Bobby Bourdeau reconduit à la tête de l’ACFO Ottawa pour faire bouger les lignes
[LA RENCONTRE D’ONFR]
OTTAWA – Bobby Bourdeau entame un second mandat à la tête de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa). Après deux premières années de réorganisation interne, le président veut renforcer la proximité avec les membres et accroitre l’influence de l’organisme.
« Comment se porte l’ACFO Ottawa?
Très bien, malgré qu’on ait présenté un déficit, lors de notre dernière assemblée générale annuelle, cette semaine. C’était prévu et explicable à 100 %. Ce n’est pas une crainte puisqu’on le voyait venir. Nos prévisions pour l’année prochaine nous démontrent déjà qu’on est dans le bon train et que tout devrait se réaligner. Ce n’est pas un déficit à long terme.
Si on regarde vos deux premières années de présidence dans le rétroviseur, de quel accomplissement êtes-vous le plus fier?
Principalement de la réorganisation de l’organisme. On était depuis quelques années comme des canards sur l’eau : tout paraissait bien mais, en dessous, on pédalait pour faire avancer les choses, dans une période de fort roulement des employés et de changements au sein des directions générales. De petites choses sont tombées entre les cracks ici et là qui ont peut-être contribué à perdre la confiance de certains de nos membres et bailleurs de fonds. Ces deux dernières années ont permis de rebâtir cette confiance et de se réorienter vers des objectifs clairs.
Après tous ces changements, êtes-vous structurellement prêt à aller de l’avant? Quels sont les défis à venir?
On va commencer la discussion autour d’un plan stratégique dans le but de cerner les besoins de nos membres pour les années à venir.
L’ACFO Ottawa est principalement la voix politique des francophones d’Ottawa, mais elle est aussi derrière l’organisation des Prix Bernard Grandmaître…
Oui et les deux sont liés, les Prix Bernard Grandmaître sont un outil de promotion et de mise en valeur du leadership, en droite ligne avec notre mandat de représentation, de revendications, de voix politique. C’est ce qui représente le plus notre mandat : valoriser ces gens qui, dans la communauté, font avancer les dossiers, mais aussi reconnaître les organismes qui offrent des services à Ottawa.

Que manque-t-il le plus aujourd’hui à Ottawa en termes de service en français?
Une déconcentration des services! Je veux dire par là que la majorité des services en français sont concentrés dans des endroits qui étaient plus ou moins stratégiques avant (Vanier, Orléans…), alors que les choses ont évolué ces 20-30 dernières années. On voit de plus en plus que les francophones sont partout dans la ville, surtout avec l’immigration. Il faut que les services suivent mieux la population, soient mieux répartis. On n’a pas évolué à la même vitesse que la population francophone.
Cela veut-il dire que les services sont suffisants, mais simplement mal localisés?
Il y a sûrement quand même un manque de services, mais on serait capable de mieux répondre aux besoins si on était en mesure de bien les répartir. Avec une équité d’accès aux services, on serait en meilleure position d’évaluer s’il y a réellement un manque.
Comment l’ACFO Ottawa peut-elle influencer en ce sens?
Nos relations avec les différentes instances gouvernementales et acteurs de changement peuvent faire avancer les choses. Et la meilleure façon de nous appuyer dans nos démarches, c’est que les membres nous fassent part de leurs besoins. Où est-ce qu’il manque des services? Où faire des améliorations? Afin que nous les remontions aux différents acteurs et instances de gouvernement.

Plus largement, les Franco-Ontariens à travers toute la province ont des besoins, parfois similaires à ceux d’Ottawa. Pensez-vous que les États généraux de l’Ontario français offrent justement une opportunité de remobilisation des communautés?
Oui. J’ai moi-même participé à cet exercice à Ottawa qui a été un moment pertinent et très utile pour identifier les revendications locales. Une partie du travail de l’ACFO consiste d’ailleurs à appuyer l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) dans ses revendications provinciales. Si on est à l’affût des revendications dans notre ville, on est plus facilement capable d’aller appuyer l’AFO dans ses propres démarches. Toute cette information va donc nourrir nos discussions.
25 ans après le règlement sur les services en français d’Ottawa, le bilinguisme de la ville reste-t-il une utopie?
Dans les 25 dernières années, on a quand même fait du bon travail, mais tout n’est pas terminé. Je crois que ce qui peut parfois nous mettre des bâtons dans les roues, c’est que les gens ne se considèrent pas tous francophones et ne se sentent pas légitimes pour exiger des services dans leur langue. Si on ne fait pas l’effort de demander un service, pourquoi le gouvernement ferait-il l’effort de le mettre en place? C’est donnant-donnant.
Et du français, on va en entendre en 2028 à Ottawa qui sera l’hôte du 21e Sommet de la francophonie dans une année spéciale dédiée à la langue de Molière. Est-ce une vitrine à saisir pour la francophonie ottavienne?
Absolument! Cet événement va nous inciter à mettre en place des initiatives, non seulement dans les prochains deux ans, mais dont certaines perdureront probablement dans le temps au bénéfice des francophones d’ici. Il faut nous préparer, car ça va demander des efforts de beaucoup de gens dans plusieurs instances et exiger par exemple que nos commerçants aient des employés francophones capables d’accueillir tous ces gens-là. Ça va être très favorable aux francophones d’Ottawa en termes de services et nous ouvrir des portes en termes de collaborations à l’international.

Dans la vie active, vous êtes conseiller en engagement communautaire au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). En quoi cela consiste-t-il?
Je travaille avec les différents partenaires communautaires pour accentuer la visibilité de la francophonie, les appuyer dans leur offre de services, dans leurs événements. Ça fait partie du double mandat des conseils scolaires francophones en Ontario : éduquer les jeunes mais aussi promouvoir la culture francophone au sein de la communauté.
Vous êtes donc à la fois au contact de la jeunesse et de la communauté. N’est-ce pas une position idéale pour observer, comprendre et anticiper les besoins de chacun?
J’ai compris beaucoup de choses avec le conseil scolaire et dans la communauté en général. Ca m’a évidemment encore plus sensibilisé au contexte minoritaire. Une des choses qui m’a incité à m’impliquer dans l’ACFO a été la relation de partenariat que j’avais justement avec cet organisme, dans le cadre de mon travail au CECCE. J’ai commencé à l’ACFO en tant qu’administrateur, puis vice-président, avant d’en prendre la présidence.
Comment résumer la « méthode Bourdeau » à la tête de l’ACFO Ottawa?
C’est définitivement de l’action et de l’écoute. Je me mets beaucoup de pression à m’assurer que je représente le mieux possible tout le monde. C’est pourquoi je pousse beaucoup vers la consultation publique chaque fois que c’est possible. Même si j’ai une assez forte connaissance de la réalité, je n’oublie pas que je suis là pour relayer l’opinion des membres.

Où imaginez-vous l’organisme dans deux ans à la fin de votre second mandat?
À un stade où, au-delà des francophones, tous les Ottaviens connaitront l’ACFO et son mandat, au point que ça devienne un réflexe de se tourner vers nous quand on a besoin de revendiquer nos droits. C’est beau d’aller créer des publications sur Facebook sur Instagram ou sur X pour dire qu’on est fâché parce qu’on est allé à la piscine, puis qu’on n’a pas été servi en français, mais ce n’est pas ça qui va faire changer les choses. Il faut prendre cette même énergie-là pour signaler à l’ACFO ce qui s’est passé et comment on pourrait faire pour améliorer la situation. On est capable d’apporter ce type de problématique à un autre niveau, de changer les choses, dans la mesure du possible.
Qu’est-ce que le gens ne savent pas de vous? Un secret bien gardé?
J’ai été Cadet de la Marine pendant mon adolescence. C’est quelque chose qui a forgé une partie de ma discipline et de mon caractère. Ça a fait en sorte que je suis quelqu’un d’assez discipliné, qui est capable de faire la part des choses, quand c’est le temps de déconner, puis quand c’est le temps d’être sérieux. Ce sont les deux facettes de ma personnalité : j’ai un côté très public, professionnel, que les gens connaissent, et un autre plus introverti, dans ma bulle, calme. Ce parcours dans les cadets m’a sorti de ma zone de confort, m’a permis de m’épanouir, apparaître plus extraverti sans que ce soit 100 % de ma personnalité.
C’est aussi un milieu où il y a un esprit de corps : il faut être solidaire et savoir jouer en équipe, n’est-ce pas?
Absolument. Ça m’a beaucoup aidé aussi dans le développement de mon leadership, et ma capacité à savoir déléguer quelque chose, quand et comment le faire. »

LES DATES CLÉS DE BOBBY BOURDEAU
1992 : Naissance à Ottawa
2017 : Intègre les équipes du CECCE
2024 : Élu président de l’ACFO Ottawa
2026 : Réélu président
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.