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Bilan 2021 : Queen’s Park, entre crise autochtone et sortie de crise

Temps de lecture : 5 minutes

Secoués au deuxième trimestre par le drame des pensionnats autochtones alors que l’heure était au pire pic de la pandémie qu’a connu jusqu’à présent la province, les murs de Queen’s Park paraissaient plus étroits tant ses occupants étaient pris en étau entre ces deux crises. Une situation qui a, toutefois, eu pour conséquence bénéfique de donner un coup d’accélérateur à l’adoption de quelques lois majeures, comme celle de la modernisation de la Loi sur les services en français ou encore celle visant à œuvrer pour les travailleurs taillée dans un esprit post-pandémique.

Une personnalité
Sol Mamakwa

Dans le sillage de la vague d’indignation et de colère qu’a suscité la découverte, en mai dernier, des restes de 215 enfants autochtones (dont certains n’avaient que trois ans) enfouis sous le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, la voix qui a résonné le plus sur les parois de Queen’s Park est celle de Sol Mamakwa, député néo-démocrate de la circonscription de Kiiwetinoong, lui-même membre de la Première Nation de Kingfishner Lake.

Le député néo-démocrate Sol Mamakwa
Le député néo-démocrate Sol Mamakwa. Crédit photo : Compte Twitter de Sol Mamakwa.

Le porte-parole de l’opposition aux Relations avec les Autochtones et Relations découlant des traités n’avait pas hésité à qualifier tous ceux qui ne reconnaissent pas le génocide autochtone des pensionnats de « faisant partie du problème ». Dans la foulée, il avait sommé les gouvernements provincial et fédéral de mener des fouilles dans tous les sites d’anciennes écoles résidentielles dédiées aux autochtones.     

Quelques semaines plus tard, l’homme était revenu à la charge pour inviter les Ontariens à faire comme lui et boycotter les célébrations de la fête du Canada, préférant consacrer cette journée au souvenir et à la méditation.

Une date
9 décembre 2021

Il aura fallu attendre 35 ans pour moderniser en profondeur la Loi sur les services en français (LSF) qui, pour rappel, a été adoptée dans sa première mouture en 1986. En effet, présentées dans le cadre du Projet de loi 43, les modifications de la LSF ont reçu, in extremis, la sanction royale à Queen’s Park le dernier jour avant la clôture de la session parlementaire.   

Sur le papier, ce relooking législatif doit garantir que les services en français soient facilement accessibles selon le principe de l’offre active. Sur le terrain, trouver ces services ne sera plus du ressort des utilisateurs, mais incombera désormais aux fournisseurs des services. De plus, la loi permettra de désigner davantage de points de service dans l’ensemble de la province.

Toutefois, deux modifications qui tiennent à cœur aux acteurs francophones n’y sont pas prises en compte. Il s’agit de la suppression des régions désignées au profit d’une généralisation sur l’ensemble du territoire de la province et le retour du Commissariat aux services en français tel qu’il était avant les coupes Ford de 2018.     

Par ailleurs, dorénavant, il n’est plus question d’attendre plus de trois décennies pour apporter des changements d’ordre pratique à la LSF. Celle-ci sera mise à jour au moins une fois tous les dix ans selon une nouvelle disposition de ladite Loi. L’objectif étant de répondre à l’évolution des besoins de la communauté franco-ontarienne.

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. Source : compte Twitter Ford Nation

Un chiffre
10 000 morts

L’unité du chiffre phare de cette année s’inscrit en âmes perdues. En effet, c’est à la fin 2021 que l’Ontario a franchi la barre symbolique des 10 000 morts liés au COVID-19. Toutefois, le taux de mortalité de la province dû à la pandémie est en parfait accord avec les 1,6 % qu’affiche l’ensemble du pays et en deçà du taux mondial qui oscille autour des 2 %. Mieux que cela, sur la base d’un échantillon de 100 000 personnes, l’Ontario ne compte que 68 décès imputés au coronavirus contre 78 pour l’ensemble du Canada et 135 pour le voisin québécois.  

À noter également qu’à l’heure de mise sous presse, soit presque deux ans après l’avènement de la pandémie, l’Ontario comptabilise quelque 10 079 morts en raison de la COVID-19, ce qui représente environ 10 % de tous les décès rapportés par la province en une année hors pandémie. Néanmoins, la situation a conduit le législateur à accélérer le processus d’inoculation de la troisième dose ainsi qu’à une pause temporaire dans le plan de levée des mesures restrictives dans la province.   

Manifestation contre le vaccin et les restrictions sanitaire devant Queen’s Park. Crédit image : Rudy Chabannes

Un lieu
Sudbury

Une fois n’est pas coutume, c’est Sudbury abritant quelque 165 000 âmes qui s’est attirée les projecteurs de Queen’s Park en 2021. Et pour cause, en avril dernier, l’Université Laurentienne au mandat bilingue a supprimé, d’une seule traite, les 28 programmes de langue française qu’elle dispensait, soit environ 60 % de la totalité de ses programmes.   

S’en est suivi un tollé général dans le milieu francophone de la province et au-delà des frontières de cette dernière. La raison de cet échec invoquée par les responsables de l’établissement réside dans un enlisement dans une crise financière sans précédent depuis 1960, date à laquelle cette université a été créée. 

Le dernier épisode de cette saga s’est achevé le 9 décembre par l’adoption d’une motion par le Comité permanent des comptes publics, laquelle a été également acceptée par tous les députés de la chambre. Ainsi, l’Université Laurentienne est maintenant dans l’obligation de transmettre tous les documents requis par le Comité afin de les soumettre à la vérificatrice générale de la province, Bonnie Lysyk.

La cheffe de l’opposition Andréa Horwath avait fait le déplacement en octobre dernier. Archives ONFR+

Une citation
« On sait tous que les conservateurs préfèrent que les femmes restent à la maison »

Ce n’est guère dans l’éventail de choix qu’offraient les joutes verbales auxquelles s’étaient livrés les politiciens des deux bords à Queen’s Park qu’on a prélevé la citation de l’année, mais bel et bien au micro d’ONFR+. Interrogée au sujet de la réticence du gouvernement Ford à signer l’entente proposée par le fédéral à toutes les provinces et qui consiste à généraliser les garderies à 10 $ par jour sur l’échelle nationale, la députée libérale Amanda Simard n’a pas mâché ses mots.

Pour elle, au-delà des raisons économiques avancées à demi-mot par Stephen Lecce, ministre de l’Éducation de l’Ontario pour expliquer ce refus, la vraie raison est à chercher du côté de l’idéologie même du parti progressiste-conservateur aux commandes et qui voudrait que la place de la femme soit à la maison.

L’Ontario demeure la seule province à n’avoir toujours pas paraphé cette entente, au grand dam de certains parents ontariens qui s’impatientent. Une hâte qui se justifie par le fait que la province affiche les frais de garderies les plus élevés du pays, allant jusqu’à frôler les 2 000 $ par mois, soit parfois l’équivalent d’une traite hypothécaire ou d’un salaire, ce qui représente une barrière à l’entrée au marché du travail, surtout pour les femmes.

Amanda Simard, députée de Glengarry-Prescott-Russell. Archives ONFR+

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