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Éducation : « plus de questions que de réponses » avant la rentrée

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Les changements induits par la nouvelle réforme en éducation entrent en vigueur cette rentrée. Des questions demeurent toutefois pour les francophones, notamment celle du matériel pédagogique en français sur la nouvelle plateforme d’éducation en ligne. Les conseils scolaires francophones ne savent pas encore quand les ressources seront prêtes et si elles seront obligatoires. L’Association des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (AEFO) estime de son côté que ces premiers intéressés sont laissés dans le flou.

La Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves, adoptée en mai dernier, implique plusieurs changements notables pour cette rentrée scolaire 2026 et ce, afin d’améliorer les performances scolaires.

Elle prévoit notamment l’uniformisation des ressources d’apprentissage à l’échelle de la province, par le biais d’une nouvelle plateforme d’apprentissage numérique unique.

Les enseignants devront choisir parmi le matériel pédagogique aligné sur le curriculum de l’Ontario, pour trouver des plans de leçon ou pour créer leurs propres outils interactifs ou présentations, avec du matériel téléchargeable et imprimable.

Or, la plateforme Edwin n’est pas encore adaptée pour le réseau francophone.

Tant que les ressources pédagogiques ne seront pas disponibles en français, les conseils scolaires francophones ne seront pas tenus d’utiliser la plateforme. En attendant, les discussions se poursuivent pour trouver une solution pérenne.

« Nous analysons toujours s’il s’agit d’une ressource qui répondra aux besoins pédagogiques des écoles de langue française. Nous aurons toutefois la liberté de choisir une autre plateforme, si pertinent », explique Steve Lapierre, directeur des communications du conseil scolaire Viamonde, avant d’indiquer que « ça reste à confirmer ».

« Pour l’instant, nous ne suivons pas la plateforme Edwin jusqu’à ce que le matériel soit disponible pour les francophones. De ce que j’en comprends, cela vient appuyer l’enseignant pour qu’il puisse bien transmettre son curriculum », déclare pour sa part Marie-France Paquette, directrice associée de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE).

Elle précise d’ailleurs que leurs équipes travaillent depuis de nombreuses années à outiller leurs enseignants.

Une préparation tardive « déraisonnable » selon l’AEFO

« Concernant le matériel de référence et les plans de leçon annoncés, je n’ai rien vu passer depuis les annonces. C’est un délai presque déraisonnable pour une mise en œuvre à ce niveau-là », déplore Gabrielle Lemieux, la présidente de l’AEFO, qui explique qu’avec l’approche de la rentrée, certains enseignants commencent à travailler dès cette semaine.

Celle-ci demande un accompagnement planifié et respectueux du personnel. « Dans cette incertitude, nous craignons une surcharge administrative, de la reddition de comptes prématurée et des échéanciers irréalistes qui mettent le ton sur toute l’année scolaire ».

« Il y a une méconnaissance au sein du grand public : les enseignants ne sont pas rémunérés l’été. Dans le système public comme ailleurs, nous sommes payés pour 194 jours de travail dans l’année scolaire. »

Elle estime que s’attendre à ce que les enseignants prennent sur leurs vacances d’été non payées pour préparer de nouveaux cours va à l’encontre du concept d’être payé pour les heures travaillées.

« Les directives du ministère de l’Éducation ont été reçues en juillet, en plein été », concède Marie-France Paquette concernant la réception tardive des consignes. « Les équipes de travail du conseil scolaire se sont mobilisées immédiatement pour faire avancer l’ensemble des décisions requises. »

En tant qu’enseignante du secondaire, Gabrielle Lemieux considère la planification à rebours comme Fl’un des principes essentiels de l’enseignement. « Des modifications de dernière minute peuvent complètement chambouler la création d’un cours. Il y a plus de questions que de réponses en ce moment. »

Nouvelle note d’assiduité et nouveaux tests au secondaire

Intégrer formellement la présence en classe dans la note académique (à hauteur de 10 % à 15 %) est également un changement majeur de la réforme.

Le ministère de l’Éducation impose également des examens écrits provinciaux uniformes pour les cours théoriques, ce qui oblige les conseils à réajuster rapidement leurs grilles d’évaluation.

La principale zone de flou pour le CECCE réside dans l’application exacte des nouvelles règles d’évaluation provinciales au secondaire. Le ministère impose désormais une grille stricte : la note finale combinera le travail continu (65 %), l’évaluation finale (20 % à 25 %) et une toute nouvelle note d’assiduité et de participation (10 % à 15 %).

Mme Paquette explique que le conseil scolaire communiquera rapidement aux parents et aux enseignants comment ces nouveaux barèmes seront appliqués dès cette rentrée, notamment pour garantir que les absences motivées ne viennent pas pénaliser les élèves.

« Nous veillerons à ce que les mesures nécessaires soient mises en place et communiquées au personnel scolaire pour assurer notre conformité. Des informations explicatives seront aussi fournies aux familles et aux élèves pour que tous comprennent les changements et leur impact potentiel sur le dossier scolaire de l’élève », a également commenté pour Viamonde M. Lapierre.

Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, s’était enthousiasmé la semaine précédente en conférence de presse de cette mesure : « La participation et la présence sont vitales pour le succès du système éducatif. Je sais que les enseignants sont enthousiastes, et j’ai même eu des retours d’enseignants de l’élémentaire qui demandent la même chose ».

750 $ par enseignant pour la salle de classe

Pour les nouvelles cartes d’achat de 750 dollars annuelles octroyées aux enseignants de l’élémentaire, le gouvernement Ford a choisi Staples comme fournisseur officiel pour ce Fonds pour les fournitures scolaires, qui a remporté l’appel d’offres mené par Approvisionnements Ontario.

Annoncé en mars dernier, le programme visait à éviter que les enseignants n’aient à payer de leur poche pour les fournitures de classe.

Dès cet automne, les enseignants pourront y acheter du matériel pédagogique (articles d’écriture, cahiers, calculatrices, matériel d’arts plastiques, ou encore articles d’hygiène comme des mouchoirs).

Pour Gabrielle Lemieux, il s’agit là aussi d’un sujet d’inquiétude. « Nous n’avons aucune idée de ce à quoi cela va ressembler sur le terrain. Le fait que cela passe par Staples soulève des questions inquiétantes sur la privatisation. De plus, cet argent provient du budget existant, ce n’est pas de l’argent en plus. Cela risque d’avoir un impact direct, surtout à l’élémentaire », craint celle-ci, qui espère avoir plus de visibilité avec la rentrée au cours des deux prochaines semaines, en fonction des zones géographiques.