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L’entente proposée par le fédéral relative aux garderies à 10$ par jour vient d'être signée l'Ontario.

Garderies à 10 $ par jour : l’Ontario paraphe enfin l’entente

Temps de lecture : 4 minutes

Après plusieurs mois de houleuses tractations dans les coulisses de la Colline et de Queen’s Park, et à deux mois des élections provinciales, l’entente proposée par le fédéral relative aux garderies à 10 $ par jour vient de trouver preneur du côté de l’équipe progressiste-conservatrice à la tête de l’Ontario, faisant de la province la dernière du pays à entrer dans le rang.

Ça y est, on peut dorénavant parler d’entente nationale historique. En effet, alors que les parents ontariens, à l’image des députés de l’opposition toutes couleurs confondues, commencent sérieusement à perdre patience, la dernière province récalcitrante envers l’entente fédérale concernant le programme universel de garderies vient de la signer en grande pompe.

Pour ce faire, le premier ministre, Doug Ford et le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce ont accueilli à Brampton le premier ministre du pays, Justin Trudeau, la vice-première ministre et ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland ainsi que Karina Gould, ministre fédérale de la Famille, des enfants et du développement social.

Doug Ford et Justin Trudeau lors de l’annonce de la signature de l’entente. Capture d’écran

Il faut dire que l’annonce est une première pour la province où les frais des garderies sont les plus onéreux du Canada. Plus que cela, la tendance haussière s’est accentuée ces dernières années, et il n’est pas rare aujourd’hui de dépasser les 2 000 $ mensuellement de frais de garderie par enfant dans une ville comme Toronto, soit l’équivalent d’une traite hypothécaire ou d’un salaire. 

« Je sais que les parents ontariens se demandaient quand cette entente allait être signée et nous voici, ici pour annoncer que ce projet s’est enfin concrétisé. C’est un instant historique, les parents et surtout les mamans n’ont plus à choisir entre leur carrière et leur famille », s’est félicité Justin Trudeau.

L’essentiel du deal

Pour sa part, Doug Ford qualifie cet accord de formidable.

« Non seulement pour les parents mais pour l’ensemble de la population ontarienne. Cette entente montre les grandes choses qui peuvent être accomplies lorsque le gouvernement provincial et fédéral travaillent ensemble. »

Toutefois, derrière les sourires et la bienséance de circonstance, ce fut une véritable bataille rangée qui s’était déroulée durant plusieurs mois dans les couloirs de Queen’s Park et ceux du parlement ottavien avant cette poignée de main. Et pour cause, l’enveloppe budgétaire de 10,2 milliards de dollars sur cinq ans proposée initialement par le Fédéral était peu garnie aux yeux du gouvernement de la province..

Finalement, ce sont 13,2 milliards de dollars qu’Ottawa déboursera pour l’Ontario, mais sur une période de six ans, atténuant ainsi les craintes maintes fois exprimées par le gouvernement ontarien quant à l’incertitude qui pourrait survenir après la cinquième année.

Poignée de mains entre le ministre de l’Éducation ontarien, Stephen Lecce et la ministre fédérale de la Famille, des enfants et du développement social, Karina Gould scellant ainsi l’entente. Capture d’écran

 « Aujourd’hui, Doug Ford se vante d’un accord qu’il aurait pu obtenir il y a six mois.

« Le gouvernement dit qu’il a eu de l’argent en plus, mais il l’aurait probablement eu quand même. Tout ce qu’ils ont fait c’est de priver des milliers, voire des millions de familles ontariennes de services de frais de garde abordables, et ils n’ont même pas eu la décence de rembourser à ces familles ce retard déraisonnable. On a fait le calcul, chaque famille ontarienne qui a un enfant en garderie a perdu en moyenne 2 750 $ à cause de ce délai du gouvernement », dénonce la députée libérale provinciale, Amanda Simard.   

En effet, dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau avait déjà prévu un investissement pour le programme national de garderies après la cinquième année. Avec près de neuf milliards de dollars pour tous les provinces et territoires, ce financement permettrait à l’Ontario de toucher une part annuelle de 2,9 milliards de dollars.

Pour Mme Simard, la décision repose plus sur un calcul politique que sur l’intérêt des familles ontariennes  :

« Le premier ministre a attendu jusqu’à la dernière minute pour signer afin de gagner du temps et de se rapprocher le plus possible de la date des élections. Si on regarde de près, le dernier délai pour obtenir les fonds du fédéral était le 31 mars à cause de l’année fiscale, et M. Ford a signé l’entente 3 jours avant, c’est donc stratégique. C’est dommage qu’on ait une telle gouvernance, ces gens ont négocié avec une mauvaise foi, ils ont préféré pénaliser les familles pour des gains politiques. »

Ce qui changera pour les Ontariens

Sur le papier, cette entente assurerait à l’ensemble des familles canadiennes un accès aux garderies pour seulement 10 $ par jour. Toutefois, cette mesure ne prendra pas effet immédiat en Ontario.

Les frais seront d’abord réduits de moitié d’ici la fin décembre pour atteindre 10 $ par jour en moyenne d’ici septembre 2025. Dans l’immédiat, ils seront allégés de 25 % dès le 1er avril.    

Il y a donc fort à parier que cette nouvelle bonne nouvelle aurait pour impact une augmentation considérable des enfants inscrits dans les garderies ontariennes, ce qui implique la création de plus de places de garderies. Et, si cette entente anticipe la création de quelque 86 000 nouvelles places en garderies, la carence en personnel, à plus forte raison dans les établissements francophones, risque d’être fortement accentuée. Mais cela est une autre paire de manches.

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