Le drapeau franco-ontarien flotte de manière permanente devant l'hôtel de ville de North Bay. Photo : Dominique Demers/ONFR
Société

La communauté franco-ontarienne de North Bay célèbre la présence permanente de son drapeau

Le drapeau franco-ontarien flotte de manière permanente devant l'hôtel de ville de North Bay. Photo : Dominique Demers/ONFR

NORTH BAY – Après des années de revendications et plusieurs tentatives infructueuses, la Ville de North Bay a procédé lundi soir au premier lever permanent du drapeau franco-ontarien devant son hôtel de ville. Un geste hautement symbolique pour la communauté francophone locale, qui y voit à la fois une reconnaissance attendue et un point de départ pour l’avenir.

« C’était un rêve de mon père de voir le drapeau flotter en permanence à l’hôtel de ville de North Bay », a rappelé à ONFR avant la cérémonie, Nathalie Dupuis, fille de Michel Dupuis, cocréateur du drapeau franco-ontarien avec Gaétan Gervais. 

Nathalie Dupuis est la fille de Michel Dupuis, qui a cocréé le drapeau franco-ontarien. Photo : Dominique Demers/ONFR

Celle qui fut accompagnée de ses deux fillettes pour lever le drapeau, a confié, non sans émotion qu’« il serait extrêmement fier de voir son drapeau flotter en permanence ».

Même son de cloche du côté d’Anne Brûlé, directrice adjointe au secteur culturel des Compagnons des francs loisirs.

« C’est un vrai moment historique pour la communauté. Nous le voyons de façon très positive. C’est un sentiment d’accomplissement et de fierté collective. De le voir se réaliser, c’est vraiment quelque chose de spécial. »

« Un drapeau, ce n’est pas juste un geste anodin. Ce n’est pas seulement une cérémonie, c’est profondément humain », a affirmé de son côté, la députée libérale fédérale de Nipissing—Timiskaming Pauline Rochefort, évoquant un moment « où l’on dit clairement que la communauté francophone est la bienvenue, qu’elle est appréciée et qu’elle a sa place ici ».

Celle qui était également l’ex-mairesse de la commune voisine d’East Ferris a aussi souligné que cette reconnaissance s’inscrit dans une ouverture plus large, rappelant que North Bay est « une ville ouverte au monde », où « la diversité n’est pas un défi, mais une force ».

De gauche à droite, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Pauline Rochefort, députée libérale fédérale de Nipissing—Timiskaming et le député du Nouveau-Brunswick Guillaume Deschênes-Thériault, représentant du Comité permanent des langues officielles et président du Caucus libéral pour les langues officielles. Photo : Dominique Demers/ONFR.

Une demande de longue date

Ce souhait de faire flotter le drapeau de façon continue n’est pas nouveau. Selon les Compagnons, des démarches avaient déjà été entreprises par le passé, sans succès. « Il y a eu des tentatives au cours des quinze dernières années, mais le conseil municipal avait refusé. » 

Malgré ces refus, l’idée est demeurée présente au sein de la communauté, portée à la fois par des citoyens et des organismes locaux qui avaient envoyé une vingtaine de lettres d’appui à la démarche.

Le maire de North Bay, qui s’est excusé de ne pas maîtriser la langue de Molière pendant son discours, se dit conscient du fait que le projet a nécessité du temps. « C’est quelque chose que j’appuie depuis les premières discussions, il y a environ deux ans », indique Peter Chirico, évoquant un processus qui a comporté « plusieurs étapes à franchir » avant d’aboutir.

« C’est une occasion de se remémorer l’importance de préserver et célébrer la culture et la langue française pour les générations à venir, et c’est ce drapeau qui flotte de manière permanente devant l’hôtel de ville en sera le testament pour toujours », s’est exclamé Peter Chirico, maire de North Bay, lors de son allocution. Photo : Dominique Demers/ONFR

« C’est important de reconnaître la contribution de la communauté francophone à notre ville et à la province », ajoute-t-il en amont de l’événement, estimant qu’il s’agit d’un geste attendu. « C’est quelque chose qui aurait dû être fait depuis longtemps. »

La concrétisation du projet s’inscrit dans un contexte particulier, selon l’élu, marqué notamment par le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien et le centenaire de la Ville de North Bay.

Pour Anne Brûlé, ces éléments ont contribué à rouvrir le dossier. « On a profité du 50e anniversaire pour relancer la discussion », a-t-elle indiqué en entrevue avec ONFR.

C’est finalement en juillet dernier que le conseil municipal de North Bay a fini par adopter, à l’unanimité, la résolution permettant le lever officiel du drapeau franco-ontarien.

Une chorale a offert une prestation en direct du chant « Mon beau drapeau » pendant le lever. Photo : Dominique Demers/ONFR

Aller encore plus loin

Au-delà de l’échelle municipale, la présence du drapeau est également perçue comme un geste porteur pour l’ensemble de la francophonie ontarienne.

Ayant fait le déplacement depuis Hearst, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, a souligné la portée symbolique de l’initiative. « Ça démontre la place que la francophonie a à North Bay et en Ontario », affirme-t-il.

Il rappelle que les revendications liées à la reconnaissance des francophones ne datent pas d’hier. « Depuis les années 1980, il y a eu beaucoup de revendications des communautés francophones partout en province », note-t-il.

Le public a été invité à déguster des pâtisseries aux couleurs franco-ontariennes et à signer un mémoire en amont de la cérémonie à l’hôtel de ville. Photo : Dominique Demers/ONFR

Dans ce contexte, la décision de North Bay est accueillie, selon lui, comme « une réjouissance » par la communauté qui compte environ 11 % de personnes dont la première langue officielle parlée est le français.

De son côté, Mme Dupuis estime par ailleurs que cette initiative pourrait ouvrir la voie à d’autres avancées. « On espère que ça encouragera la municipalité à aller encore plus loin », dit-elle, notamment en matière de services et de prise en compte de la réalité francophone.

Pour Anne Brûlé, la cérémonie constitue d’ailleurs « une belle façon de terminer le Mois de la francophonie », dans une ville où la présence francophone est jugée significative.