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La discrimination des accents, une menace pour le français

OTTAWA – La Franco-Manitobaine, Nathalie Freynet, s’intéresse à la discrimination des accents dans la francophonie canadienne. À travers ses travaux, la doctorante en psychologie clinique à l’Université d’Ottawa a constaté que beaucoup de francophones de l’extérieur du Québec en font l’expérience, ce qui peut menacer leur utilisation du français.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Chaque personne va réagir différemment. Certains vont voir vouloir s’affirmer davantage, d’autres vont ajuster leur façon de s’exprimer et enfin, il y en a qui vont éviter de parler le français. Car en discriminant leur accent, c’est comme si on niait leur identité, comme s’ils étaient moins francophones», lance Mme Freynet.

Le président de la FESFO, Pablo Mhanna-Sandoval. Crédit image: Sénat du Canada

La discrimination envers les différents accents est une réalité et elle est bien souvent l’oeuvre de francophones entre eux, soulignent les travaux de Mme Freynet. Sur le terrain, le président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Pablo Mhanna-Sandoval, fait le lien avec l’insécurité linguistique à laquelle s’intéresse son organisme et juge central le rôle des enseignants.

«Les élèves passent la majorité de leur temps en classe où on ne cesse de leur dire qu’ils parlent mal et que leur accent n’est pas acceptable. Comment s’attendre à ce qu’ensuite, ils vivent leur francophonie si on leur dit que leur français est inadéquat?»

Les recherches de Mme Freynet ne surprennent pas Justin Johnson, le président de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF).

«Cela contribue à l’insécurité linguistique qui affaiblit le fait français au Canada.»


«Plus on l’utilise, plus on est confiant envers sa langue.» – Nathalie Freynet, doctorante


La chercheuse estime que la discrimination des accents n’est pas le seul facteur qui mène l’insécurité linguistique, qui dépend également de la fréquence à laquelle on utilise sa langue.

 

Un phénomène fréquent

Reste que le phénomène de la discrimination des accents n’est pas isolé, comme l’a constaté Mme Freynet en interrogeant des francophones de langue maternelle et de langue seconde de tous les coins du pays.

«La plupart ont vécu de la discrimination à cause de leur accent. Moi-même, quand je suis arrivée à Ottawa, il y a 12 ans, j’ai trouvé ça curieux que les gens y prêtent attention. Parfois, certains passaient directement à l’anglais, ce qui me rendait moins à l’aise de leur parler. C’est l’une des raisons qui m’ont conduite à m’intéresser à cette question dans mes études.»

Bien qu’elle se penche davantage sur la psychologie individuelle de cette stigmatisation et de ses impacts, Mme Freynet évoque une responsabilité collective.

«Cela fait partie des idéologies qu’on a dans la langue française que certains accents seraient supérieurs. Souvent, cet accent «standard» est issu de la communauté qui possède la plus grande vitalité. Au Canada, c’est donc l’accent québécois. Et cette croyance est véhiculée dans la sphère publique, par exemple dans les médias. À Radio-Canada, on entend souvent un même type d’accent qui contribue à propager l’idée que certains accents ne valent pas la peine d’être entendus.»

 

Travail collectif et individuel

Elle constate toutefois qu’au fil du temps, plusieurs médias ont commencé à s’ouvrir à la diversité des accents. L’important est de parler de cette stigmatisation pour faire avancer les choses, dit-elle.

«Il ne faut pas oublier que même si on est victime, on peut aussi, nous-mêmes, stigmatiser une personne à cause de son accent. Si on en est conscient, on peut le corriger.»

Quant à la raison qui nous pousse à réagir différemment à cette forme de discrimination, Mme Freynet poursuit ses recherches, mais y va de son expérience personnelle.

«Ça va souvent dépendre de comment on a inculqué la fierté de notre accent. Pour ma part, ça a été un mélange des deux quand j’y ai été confrontée, mais j’en suis ressortie encore plus fière. Ça a aussi renforcé ma solidarité envers les autres francophones qui parlent comme moi, au Nouveau-Brunswick, dans les Prairies, dont beaucoup de mes amis sont issus. Comme quoi, un accent peut être un outil d’exclusion, mais aussi d’inclusion!»

M. Johnson soutient l’importance d’une communauté forte pour surmonter cette stigmatisation.

«Les gens sont fiers de leur accent quand ils ont une communauté fière derrière eux.»

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

Le «franglais» ne menacerait pas le français

BALADODIFFUSION du 23 février

L’insécurité linguistique au cœur du Sommet sur l’éducation

 

Insécurité linguistique: des élèves francophones inquiets

Des jeunes Franco-Ontariens jugés en raison de leur accent

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.