#Francophonie, #Ontario

Le quart d’heure le plus franco-ontarien de l’histoire de TLMEP

Capture écran TLMEP

MONTRÉAL – Une image impensable il y a encore deux semaines sur le plateau de l’émission québécoise Tout le monde en parle (TLMEP) diffusée ce dimanche. Assis côte à côte, Ronald Caza, Dyane Adam, Marie-Pierre Héroux et Amanda Simard. Des francophones aux trajectoires et parfois aux opinions assez opposées avant les compressions aux services en français, le 15 novembre dernier.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

17 minutes montre en main à partir de 21h32, c’est le temps consacré à la diffusion de la séquence où les animateurs Guy A. Lepage et Dany Turcotte ont interrogé les quatre Franco-Ontariens. Au menu de ce quart d’heure un peu plus large: la suppression du poste de commissaire aux services en français de François Boileau, mais surtout l’annulation de l’Université de l’Ontario français.

Sans surprise, c’est Ronald Caza qui a parlé le plus. «Ford n’avait pas le droit d’envoyer ces messages à tous les jeunes dans les écoles franco-ontariennes», a lancé l’avocat vedette, provoquant les applaudissements du public.

M. Caza a de nouveau insisté que le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford allait à l’encontre des droits constitutionnels.

Des quatre invités, c’est toutefois Marie-Pierre Héroux qui s’est montrée la plus véhémente. La co-présidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) a parlé d’emblée «d’attaque» contre les Franco-Ontariens. «C’est la pire crise linguistique de l’Ontario depuis le Règlement XVII. Jamais je n’aurais cru vivre cela de ma vie.»

Plus tard, Mme Héroux s’est montrée assez inspirée pour illustrer les défis de la vie en français en Ontario. «J’ai grandi à Embrun qui est francophone, mais d’aller d’un milieu francophone à un milieu bilingue où c’est l’anglais qui l’emporte, moi en première année d’université, ça a été un choc, j’ai même douté de mon identité (…) À cause que je suis dans un milieu bilingue, je n’ai pas le même français qu’avant.»

La présidente du conseil d’administration de l’Université de l’Ontario français, Dyane Adam, n’est pas celle qui a parlé le plus dans cette diffusion. Mais l’ancienne commissaire aux langues officielles du Canada a su avoir les bonnes répliques.

D’abord en affirmant que «lorsqu’il n’y a pas de ressources, c’est la loi du plus fort qui l’emporte».

Un peu plus tard dans l’émission, Mme Adam a dénoncé les arguments financiers invoqués par le gouvernement pour justifier l’annulation de l’Université. «L’Université, c’est 85 millions de dollars pour le fond de démarrage sur huit-neuf ans, le fédéral contribuant à 50 %, cela fait 4,5 millions par année. Vous savez ce que ça signifie? Un dixième de 1 % du budget de l’Ontario qui est consacré à l’enseignement supérieur!»

Enfin, Amanda Simard, toujours députée progressiste-conservatrice, malgré son opposition à son chef, est restée plus mesurée. «Je ne veux pas que ça se rende à la contestation judiciaire», a martelé l’élue. «C’est à l’arène politique, à la législature, de faire un peu de lobbying.»

Un peu plus tôt dans la séquence, Mme Simard avait comparé Embrun majoritairement francophone, Ottawa bilingue, et Toronto résolument anglophone pour illustrer les différences de services en français offerts aux Ontariens. Rappelant que les annonces au Centre Eaton de Toronto sont à la fois en anglais et en mandarin, la députée a affirmé chercher depuis cinq mois des employés bilingues dans son équipe à Toronto.

 

Le passage de Denise Bombardier évoqué

Très regardée parmi les Franco-Ontariens et par les francophones à travers le pays, l’émission Tout le monde en parle du 21 octobre avait provoqué beaucoup de réactions. En cause: les propos de l’écrivaine et romancière Denise Bombardier sur les francophones en milieu minoritaire.

«On ne peut pas dire que c’est le Canada qui a fait que les Québécois parlent encore français. À travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu. Il en reste encore un peu en Ontario.»

La séquence a d’ailleurs été rediffusée lors du passage des quatre invités franco-ontariens ce dimanche. «Ses propos ont suscité de vives réactions», a admis Guy. A. Lepage. «Il y a plus de francophones en Ontario que dans la population entière de la ville de Québec», a alors fait valoir M. Caza. «Il y a des communautés francophones vibrantes dans toute la province.»

 

Peut-être 500 000 Franco-Ontariens

Lors de l’émission suivante, diffusée le 4 novembre, le «fou du roi» Dany Turcotte avait déclaré que les francophones hors Québec étaient 2,7 millions, déclenchant malgré lui un débat sur les réels chiffres des francophones présents en milieu minoritaire.

«Ce soir, on a peut-être 500 000 Franco-Ontariens qui nous écoutent», a affirmé mi-amusé, mi-sérieux, le «fou du roi», ce dimanche.

Reste que les propos des invités sont à prendre avec recul. L’émission Tout le monde en parle est enregistrée tous les jeudis, soit trois jours avant la diffusion.

Depuis l’enregistrement, le bureau de Doug Ford a pris les francophones par surprise vendredi en fin d’après-midi. Dans un communiqué, le premier ministre de l’Ontario annonçait la création d’un poste de commissaire aux services en français intégré dans le bureau de l’ombudsman, l’autonomie du ministère des Affaires francophones, et la mise en place d’un poste de conseiller principal en politiques responsable des Affaires francophones.

Ce dimanche, Amanda Simard rencontrait les électeurs de Glengarry-Prescott-Russell à St-Isidore. L’occasion pour l’élue de faire savoir qu’elle restait bien pour le moment membre du caucus progressiste-conservateur.

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

Coupures francophones: Amanda Simard se désolidarise de son chef Doug Ford

Ronald Caza, Dyane Adam et Marie-Pierre Héroux à TLMEP

Doug Ford ne réussit pas à calmer les Franco-Ontariens

Simard réfléchit, l’AFO lui demande de rester au gouvernement

La résistance franco-ontarienne est lancée

Crise linguistique: dix jours et dix moments

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
4+

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.