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Pas le temps de couper dans les services en français, plaide Joly

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – La ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, rencontrait, ce vendredi, ses homologues des provinces et territoires dans le cadre de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne (CMFC). Son message : l’heure n’est pas aux coupures, mais à l’investissement pour les communautés francophones. En Ontario, la ministre Mulroney appelle Ottawa à mieux financer les Franco-Ontariens.

« La pandémie a mis en lumière l’importance de protéger le français et les organismes et institutions de la francophonie, car ils sont au cœur de la croissance, du dynamisme et de la vitalité des communautés. Je voulais rappeler aux provinces et territoires que l’heure n’est pas aux coupures et qu’il est important qu’ils respectent leurs obligations linguistiques. Il y a toujours une crainte, notamment avec ce qui se passe en Alberta, mais aussi ce qui est arrivé par le passé dans d’autres provinces », explique la ministre Joly, en entrevue avec ONFR+.

Malgré l’annulation de la conférence, prévue initialement en juin, les ministres ont décidé de faire le point sur l’évolution de la collaboration intergouvernementale pour répondre aux attentes et aux besoins des communautés francophones et acadiennes de partout au pays.

Selon le Bureau de coordination nationale de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne (CMFC), « toutes les juridictions étaient représentées » à cette téléconférence.

« Onze étaient représentées par un élu responsable des affaires francophones au sein de son gouvernement », précise-t-on dans un échange de courriels.

« Je tiens à remercier tous les ministres d’avoir pris le temps de discuter d’enjeux cruciaux en francophonie canadienne », a déclaré, par voie de communiqué, la ministre québécoise Sonia LeBel, responsable de la Francophonie canadienne pour son gouvernement et coprésidente de la CMFC. « Cette période de pandémie confronte chacun de nos gouvernements à de nombreux défis. Je suis cependant très heureuse que tous les ministres présents se soient engagés à travailler ensemble afin de protéger les intérêts, la santé et la sécurité des francophones de partout au Canada ».

Québec devrait accueillir la prochaine conférence, en juin, « si la situation de santé publique le permet ».

Le fédéral dit faire sa part

Investissements en immersion, en éducation, dans la main d’œuvre bilingue, maintien et appui aux institutions francophones – une référence à peine voilée à la situation du Campus Saint-Jean en Alberta -, la ministre Joly a enjoint les provinces et territoires à ne pas oublier la francophonie dans leurs prochains budgets.

Pour la ministre fédérale, le gouvernement fait sa part et va continuer à soutenir la francophonie canadienne. Et elle attend le même degré d’engagement de ses partenaires provinciaux et territoriaux.

« On a mis sur la table un financement de 9,6 millions pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire [via le Fonds d’urgence pour soutenir les organismes chargés de la culture, du patrimoine et du sport]. Il y a aussi des mesures, comme la subvention salariale d’urgence ou l’aide au loyer, qui vont aider les organismes. On doit s’assurer de maintenir ces emplois et cette expertise. La réponse à la crise économique ne doit pas se faire au détriment des communautés francophones et de leurs organismes et institutions qui sont très fragiles. Il faut les aider à traverser cette crise. »

Le bureau de la ministre évoque également les 1,2 million de dollars versés à 74 organismes dans le cadre des programmes d’appui aux langues officielles.

En Ontario, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) estime toutefois que 10 % des organismes de son réseau sont menacés de disparaître à cause des conséquences de la COVID-19.

Le fédéral pourrait-il faire davantage ?

« Ça va me faire plaisir de parler avec Carol Jolin [président de l’AFO] sur cette question », dit Mme Joly.

Mulroney réclame plus pour les Franco-Ontariens

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, assure que tout le monde autour de la table est sur la même longueur d’onde.

« Nous avons parlé du besoin de continuer à promouvoir le français et d’améliorer les services pour les francophones, ce qui est d’autant plus important en temps de pandémie, notamment dans le domaine de la santé, celui de la santé mentale… On partage cette priorité de soutenir la francophonie, comme nous l’avons démontré encore hier avec la création du Réseau des gens d’affaires francophones pour lequel on a investi 250 000 $ et qui bénéficiera bientôt d’une campagne de promotion. Il y a aussi un important besoin de main d’œuvre bilingue à travers le pays. On va réfléchir ensemble à des pistes de solution. »

Si elle salue la bonne relation de l’Ontario avec le gouvernement fédéral, soulignant l’issue heureuse du dossier de l’Université de l’Ontario français (UOF), la ministre ontarienne réitère, du même souffle, l’importance pour le gouvernement fédéral de mieux financer la francophonie ontarienne.

« C’est important d’assurer la survie de nos organismes de la francophonie ontarienne, car ce sont souvent eux qui livrent les services. Du côté de la province, nous avons mis en place un Fonds de secours pour les organismes francophones sans but lucratif, à la suite de la COVID-19 et un groupe de travail pour appuyer les organismes… C’est important que tous les paliers gouvernementaux participent. Les Franco-Ontariens continuent d’être sous-financés par rapport aux autres. »

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney. Archives ONFR+

En 2018, la ministre Mulroney avait déjà fait valoir cet argument auprès du fédéral. Le bureau de la ministre rappelle les données présentées par l’AFO qui, en 2017, expliquait que si l’Ontario comprend près de 54 % des francophones hors Québec*, la province ne reçoit que 23 % du financement d’Ottawa.

La modernisation de la Loi sur les langues officielles n’était pas à l’ordre du jour de la CMFC, mais la ministre insiste avoir déjà, à plusieurs reprises, invité ses homologues à partager leurs commentaires sur ce projet. Pour l’heure, seul le Québec a répondu à son appel, explique-t-elle, précisant travailler très fort sur ce dossier, sans ne donner d’échéancier pour le dépôt de ce très attendu projet de loi.

*Une erreur s’était glissée dans la précédente version de cet article concernant ce pourcentage. Il était indiqué qu’un tiers des francophones hors Québec vivaient en Ontario, or le pourcentage est en réalité près de 54 %. Nos sincères excuses à nos lecteurs.

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