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Pourquoi l’UOF doit réussir sa campagne de recrutement

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Les mois de janvier, l’Université de l’Ontario français (UOF) a l’habitude de faire parler d’elle. En janvier 2019, le projet, d’abord annulé par l’équipe Ford, reprenait vie grâce à un investissement fédéral de dernière minute. L’an dernier à la même époque, les gouvernements fédéral et provincial apposaient leur signature sur une entente de financement conjointe pour la création de l’UOF.

Mais les chiffres dévoilés cette semaine jettent un coup de froid sur l’intérêt de la future institution. Seuls 19 étudiants issus des écoles secondaires de la province ont envoyé un dossier d’admission à l’UOF, dont les portes doivent ouvrir en septembre 2021.

À ce chiffre s’ajouterait une vingtaine d’étudiants internationaux.

Lancée en grande pompe en septembre, la campagne de recrutement bat à priori de l’aile puisque le recteur André Roy misait sur une cohorte « historique » de 200 étudiants pour démarrer la prochaine entrée. Ce dernier demande aux francophones de la patience, reconnaissant au passage que la cible était « ambitieuse ».

On ne peut pas blâmer André Roy de viser des cibles élevées. Si elle veut exister dans le paysage universitaire torontois très concurrentiel, car garni d’une myriade d’universités, l’UOF doit d’entrée se démarquer. D’autant que la clientèle torontoise ciblée par la future institution est beaucoup plus bilingue et anglicisée que le sont celles du Nord de la province ou encore de la région d’Ottawa.

Des raisons diverses

On pensait le défi élevé, il est en réalité immense. En dépit de la croissance des francophones dans la métropole torontoise – une exception démographique dans la province où la proportion de Franco-Ontariens tend à diminuer -, mais aussi la richesse culturelle en français, Toronto ne parvient pas à s’imposer comme une destination « francophone » naturelle pour les Québécois et les locuteurs de la langue de Molière à l’internationale.

Or, l’UOF n’a pas le choix de voir au-delà de l’Ontario pour son recrutement. Dans ces conditions, la pandémie a empiré les choses. Le ralentissement de l’obtention des résidences permanentes et des permis d’études a été un sérieux coup de frein aux potentielles admissions.

Pour ne rien arranger, l’approbation tardive des programmes de l’UOF par le ministère des Collèges et Universités a considérablement réduit sa fenêtre de tir pour lancer et développer sa campagne de promotion auprès des jeunes.

Autant de circonstances inenvisageables début 2020, mais qui 12 mois plus tard, dans un climat de morosité économique, convainquent sans doute beaucoup d’étudiants à choisir des « avenues plus sécuritaires » dans la Ville reine, comme le Campus Glendon, l’Université de Toronto, Ryerson ou encore York.

Une réussite obligatoire

Quoi qu’il en soit, le projet de l’UOF doit se poursuivre. Peu importe si l’institution torontoise ne parvient pas à atteindre sa cible pour sa rentrée en septembre, sa réussite est obligatoire.

Le soutien de la communauté ontarienne à la réussite doit être infaillible, même si dans les coulisses une partie des francophones pensent que l’Université d’Ottawa représente déjà l’université franco-ontarienne, tandis que d’autres auraient d’abord préféré fédérer tous les programmes universitaires en français existants dans la province.

Rêvé dès les années 60, espéré dans les décennies suivantes, proche d’être accompli au début des années 90, abandonné de nouveau, puis relancé victorieusement à partir de 2012, ce projet d’une université franco-ontarienne – bien qu’imparfait – doit se matérialiser de la plus belle manière. Son échec aurait des conséquences dramatiques sur la crédibilité des Franco-Ontariens.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 23 janvier.  

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