L’école sera installée dans les locaux de l’ancienne école secondaire technique d’Ottawa, au 440, rue Albert. Photo : Amine Harmach/ONFR
Société

Une école secondaire francophone au centre-ville d’Ottawa dès 2027, mais encore des incertitudes

L’école sera installée dans les locaux de l’ancienne école secondaire technique d’Ottawa, au 440, rue Albert. Photo : Amine Harmach/ONFR

OTTAWA – Après des années de mobilisation des parents, une école secondaire publique de langue française ouvrira ses portes au centre-ville d’Ottawa à la rentrée 2027. Une avancée accueillie avec soulagement par les familles francophones du secteur, même si le caractère temporaire des installations et l’absence d’un terrain pour la future école permanente suscitent des inquiétudes.

« C’est un pas dans la bonne direction. Une annonce qui va réjouir plusieurs parents, mais qui peut aussi susciter certaines inquiétudes. »

C’est en ces termes qu’a réagi André Poulin-Denis, membre du comité directeur du Regroupement communautaire pour une école secondaire de langue française, Ottawa-Centre, à l’annonce du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) de l’ouverture d’une nouvelle école secondaire publique dans une partie d’un bâtiment situé au 440, rue Albert, appartenant à l’Ottawa-Carleton District School Board (OCDSB).

L’établissement, aménagé dans des locaux loués au conseil scolaire anglophone, accueillera dans un premier temps les élèves de 7e et de 8e année, dès l’année scolaire 2027-2028.

Pour André Poulin-Denis, cette ouverture vient combler un manque dans l’offre scolaire francophone au centre-ville. « C’est un service qui n’existait pas et qui, quelque part, vient compléter le maillon manquant dans l’éducation, du préscolaire jusqu’au secondaire, à Ottawa-Centre. »

André Poulin-Denis, membre du comité directeur du regroupement de parents, salue l’ouverture annoncée d’une école secondaire publique francophone à Ottawa-Centre comme « une victoire », malgré les incertitudes entourant l’avenir du projet. Gracieuseté

Une mobilisation citoyenne payante

L’annonce constitue une étape supplémentaire dans un dossier porté depuis plusieurs années par des parents francophones d’Ottawa-Centre.

Dans sa lettre aux parents, le directeur de l’éducation, Christian-Charle Bouchard, souligne le rôle de la mobilisation citoyenne dans l’avancement du projet. « Votre engagement a contribué à la progression de ce projet et à démontrer l’importance de l’ajout d’une école secondaire publique francophone au centre d’Ottawa. »

Né en 2019, le regroupement communautaire s’est constitué autour d’un constat : les enfants qui fréquentaient les écoles élémentaires francophones du secteur ne disposaient pas d’une école secondaire publique de langue française à proximité de leur domicile.

Après plusieurs années de démarches et de pressions politiques, la mobilisation a pris une tournure judiciaire en mai 2024. Des parents ont alors déposé une requête constitutionnelle contre le gouvernement de l’Ontario et le CEPEO, invoquant leurs droits à l’instruction dans la langue de la minorité, protégés par l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Du côté du réseau catholique, une première réponse à cette revendication avait déjà été apportée dès la rentrée 2024-2025, avec l’ouverture du campus Saint-Jean-Baptiste, au 96, avenue Empress. Relevant du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), l’établissement, aujourd’hui connu sous le nom d’École secondaire catholique Saint-Jean-Baptiste, avait accueilli une première cohorte d’élèves de 7e et de 8e année.

Éterniser le provisoire?

Alors que la nouvelle école représente une avancée importante, le recours à des installations temporaires rappelle aux parents une expérience qu’ils connaissent déjà.

L’école élémentaire publique Louise-Arbour, également située dans le secteur, accueille depuis 2017 ses élèves dans un bâtiment provisoire, en attendant l’ouverture de son établissement permanent.

« Je pense qu’il y a une préoccupation que l’histoire pourrait se répéter à Ottawa-Centre pour l’école secondaire », souligne André Poulin-Denis.

40 millions, mais toujours pas de terrain

L’ouverture des locaux provisoires ne met pas fin au projet de construction d’une école permanente. En janvier 2025, le gouvernement ontarien avait annoncé un financement de 40,8 millions de dollars pour une nouvelle école secondaire publique de 731 places au centre-ville d’Ottawa.

Mais près de deux ans après cette annonce, le terrain qui doit accueillir l’établissement n’a toujours pas été confirmé. Dans sa communication aux parents, le directeur de l’éducation, Christian-Charle Bouchard, indique qu’il « poursuit ses démarches afin de concrétiser l’achat d’un terrain, avec l’objectif d’y construire une école secondaire permanente ».

Dans sa lettre aux parents, Christian-Charle Bouchard, directeur de l’éducation du CEPEO, les remercie pour leur appui et leur mobilisation en faveur du projet d’école secondaire publique francophone à Ottawa-Centre. Photo : Amine Harmach/ONFR

Une situation qui suscite les réserves d’André Poulin-Denis, qui rappelle que les plaines LeBreton avaient notamment été envisagées pour accueillir le futur établissement.

Or, il constate que cette possibilité ne figure plus dans la nouvelle communication du conseil scolaire. Trouver un terrain suffisamment vaste au centre-ville représente un défi supplémentaire, en raison de la densité du secteur et des besoins propres à une école secondaire, notamment en matière d’espaces verts et sportifs.

« Mais ce n’est pas non plus une tâche impossible », estime André Poulin-Denis, rappelant que les autorités doivent garantir aux familles francophones des conditions d’enseignement équivalentes à celles offertes aux élèves anglophones.

D’ici la rentrée 2027, le CEPEO devra procéder aux aménagements nécessaires pour accueillir les premiers élèves dans le bâtiment de la rue Albert. Une séance d’information virtuelle est prévue le 10 décembre afin de présenter le projet et de répondre aux questions des familles.