La crise à la Laurentienne avait provoqué la fermeture de 69 programmes. Photo : Inès Rebei/ONFR
Société

Université Laurentienne : le commissaire aux services en français lève sa surveillance

La crise à la Laurentienne avait provoqué la fermeture de 69 programmes. Photo : Inès Rebei/ONFR

SUDBURY – Plus de cinq ans après le déclenchement d’une crise sans précédent et la publication d’un rapport critique de l’Ombudsman de l’Ontario, l’Université Laurentienne a officiellement terminé la mise en œuvre des recommandations visant à protéger sa désignation bilingue.

Le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, a confirmé par écrit, dans une lettre que s’est procuré ONFR, que l’institution satisfait désormais aux exigences de l’Ontario. 

« J’ai déterminé que les mesures prises par l’Université Laurentienne satisfont aux trois recommandations (3, 13 et 16) qui lui ont été adressées », peut-on y lire. Cette décision met fin à l’obligation pour l’université de soumettre des rapports de progrès tous les six mois, un régime de surveillance qui durait depuis mars 2022.

Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut rappeler qu’en avril 2021, la Laurentienne s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Cette restructuration financière s’était traduite par la suppression brutale de 69 programmes, dont 28 programmes en français.

À l’époque, cette décision avait provoqué une onde de choc au sein de la communauté franco-ontarienne. L’Ombudsman de l’Ontario avait alors ouvert une enquête, concluant dans son rapport Renforcer la désignation : un travail collaboratif que l’Université n’avait pas respecté ses obligations en vertu de la Loi sur les services en français.

Natalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones, se souvient de l’état d’esprit à son arrivée en 2023 : « Nous avons beaucoup appris au cours des dernières années, particulièrement sur l’importance de l’Université Laurentienne au sein de la communauté francophone. » 

Elle ajoute que l’institution a pris « vraiment pris au sérieux les recommandations qui nous avaient été données  […] et on travaille fort pour rebâtir la confiance avec les francophones ».

Carl Bouchard, commissaire aux services en français de l’Ontario, un haut fonctionnaire rattaché au Bureau de l’Ombudsman. Photo : Marc LeMyre photography

Des verrous supplémentaires

L’un des changements les plus significatifs est la révision profonde de la Politique de bilinguisme de l’université durant l’hiver 2025. L’ancienne politique, datant de 2012, ne tenait pas compte des obligations liées à la désignation bilingue partielle.

La mise en œuvre de la recommandation 3 impose désormais un processus de consultation obligatoire avant tout changement majeur. 

Mme Poulin-Lehoux explique l’enjeu technique : « Il a fallu qu’on ajoute des clauses dans la politique pour assurer qu’on avise les bonnes personnes si on a besoin de faire des changements. »

Désormais, le texte révisé prévoit que l’Université doit assurer « une consultation avec le ministère des Collèges et Universités (MCU), ainsi qu’avec le ministère des Affaires francophones (MAFO) avant de faire tout changement qui pourrait avoir un impact sur sa désignation ». 

Le résultat de cette consultation doit obligatoirement être présenté devant le Sénat avant que celui-ci ne puisse décider de tout changement.

Nathalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones à l’Université Laurentienne. Photo : Gracieuseté de l’Université Laurentienne

Conformité, « offre active » et reddition de comptes

L’Université a également dû prouver sa conformité aux recommandations 13 et 16, portant sur le respect global de la Loi sur les services en français. Cela a mené à l’intégration formelle de la notion d’« offre active ».

La politique précise maintenant que l’Université a l’obligation d’offrir tous les services aux étudiants et aux futurs étudiants dans les deux langues. 

Pour Mme Poulin-Lehoux, ce travail est allé bien au-delà de la simple paperasse : « On aurait pu facilement créer un document pour répondre à ce qu’ils nous ont demandé. Mais je voulais m’assurer de bien faire le travail, donc on a fait beaucoup de consultations et on a vraiment cherché le consensus. »

Si la surveillance formelle prend fin, le commissaire Carl Bouchard prévient que son Bureau ne détourne pas le regard pour autant : « Mon équipe continuera de surveiller la mise en œuvre continue du plan de conformité des services en français de l’Université Laurentienne ».

« C’est le plus d’étudiants qu’on a eu dans l’histoire de l’université Laurentienne qui sont inscrits dans des programmes francophones »
— Natalie Poulin-Lehoux

« Bien que le travail avec le commissaire soit complété, ce n’est jamais réellement terminé : il y a toujours place à l’amélioration et nous allons poursuivre nos efforts en ce sens », lance de son côté la vice-rectrice.

Priorité aux partenariats

Bien que l’université ne prévoit pas de retour immédiat de certains programmes disparus lors de la crise, comme celui de sage-femme, la direction mise sur une stratégie de partenariats pour maintenir la diversité des parcours. 

L’objectif affiché est d’éviter les dédoublements avec d’autres institutions, comme le Collège Boréal, tout en garantissant la viabilité financière des programmes restants.

« Au lieu de supprimer des programmes, nous souhaitons que chaque institution puisse offrir des formations différentes afin d’éviter de futurs deuils académiques. Le dédoublement est souvent ce qui mène aux coupures, car nous n’avons pas toujours la masse critique d’étudiants pour remplir toutes les salles de classe si l’offre est éparpillée entre plusieurs établissements », consent Mme Poulin-Lehoux.

L’établissement propose 116 options de diplôme en français et compte aujourd’hui 2461 étudiants francophones, soit environ 25 % de sa population totale. 

« C’est le plus d’étudiants qu’on a eu dans l’histoire de l’université Laurentienne qui sont inscrits dans des programmes francophones », affirme la vice-rectrice.