L'ancien président-directeur général d’Air Canada, Michael Rousseau, écoute lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de la société, à Vancouver, le vendredi 1er mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Darryl Dyck
Politique

L’ex-PDG Michael Rousseau « tout simplement pas capable d’apprendre le français », selon Air Canada

L'ancien président-directeur général d’Air Canada, Michael Rousseau, écoute lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de la société, à Vancouver, le vendredi 1er mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Darryl Dyck

OTTAWA — Le président du conseil d’administration d’Air Canada fait porter à l’ex-PDG Michael Rousseau la responsabilité d’une vidéo diffusée uniquement en anglais après la tragédie de l’aéroport LaGuardia, affirmant devant les parlementaires que l’ancien haut dirigeant « n’était tout simplement pas capable d’apprendre le français ».

Le président du conseil d’administration d’Air Canada, Vagn Sørensen, comparaissait mercredi soir à Ottawa devant les députés du Comité permanent des langues officielles. Ce dernier a prononcé sa déclaration d’ouverture en français, mais a répondu aux questions des parlementaires en anglais pendant près d’une heure.

Air Canada avait été convoquée à la suite des nombreuses controverses linguistiques ayant marqué le mandat de Michael Rousseau, qui a pris sa retraite au mois d’août. Initialement, l’invitation s’adressait à l’ancien haut dirigeant en raison de la polémique entourant la vidéo unilingue, mais le comité avait retiré cette convocation après l’annonce de son départ à la retraite.

« Bonjour » et « merci » étaient deux seuls mots prononcés la langue de Molière dans le cadre d’une vidéo où il offrait ses condoléances aux familles des deux pilotes qui ont perdu la vie lors d’une collision à l’aéroport LaGuardia.

« M. Rousseau, compte tenu de l’urgence, a décidé d’enregistrer une vidéo en anglais avec des sous-titres en français, qui a été accueillie très négativement. Nous sommes vraiment désolés de cette décision au nom de M. Rousseau, décision pour laquelle il s’est excusé, mais c’est la décision qu’il avait prise », a soutenu Vagn Sørensen devant les députés.

Ce dernier estime que les protocoles de communication en situation d’urgence ont été respectés par le transporteur, mis à part cette vidéo qu’il qualifie d’erreur de jugement commise « de bonne foi, pour paraître aussi authentique que possible ».

« Le protocole a fonctionné comme il le devait, y compris l’envoi de l’équipe d’intervention spéciale sur le site de l’accident à New York », a-t-il affirmé.

Vagn Sørensen est le président du Conseil d’administration depuis 2017. Photo : Air Canada.

Interrogé par les parlementaires sur l’opportunité d’intervenir auprès du PDG à la suite de son allocution unilingue anglaise devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), M. Sørensen a précisé que la société faisait alors face à un contexte économique complexe lié à la pandémie et que M. Rousseau demeurait la personne idéale pour piloter l’entreprise.

À la suite de cet incident – qui avait provoqué un déluge de plaintes au Commissariat aux langues officielles -, M. Rousseau s’était engagé à apprendre le français. Toutefois, jusqu’à la toute fin de son mandat, il s’est révélé incapable de converser dans la langue de Molière.

« Cela a aussi été une grande déception pour nous et pour M. Rousseau. Ce n’est pas qu’il n’a pas suivi ses cours : je pense qu’il a accumulé plus de 300 heures […]. La seule explication que je puisse donner est que M. Rousseau n’était tout simplement pas capable d’apprendre le français », a exposé le dirigeant scandinave.

Le prochain dirigeant attendu de pied ferme

En juillet, l’entreprise a annoncé la nomination d’Anko Van der Werff, ancien dirigeant de Scandinavian Airlines qui parle français. Il doit entrer en fonction d’ici la fin de janvier 2027. Le président du conseil d’administration a confirmé que la maîtrise des deux langues officielles faisait partie d’une longue liste de critères lors du processus de sélection.

Questionné par les élus sur la culture d’entreprise au sein du transporteur, Vagn Sørensen a défendu que le français était « absolument respecté » et qu’Air Canada atteignait ses hauts standards de service bilingue sur la majorité de ses vols, faisant valoir que le nombre de plaintes au Commissariat aux langues officielles était à la baisse.

« Les services bilingues sont une priorité de premier ordre au sein d’ Air Canada et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous conformer aux normes que nous avons établies. Nous y parvenons dans la majorité des cas », a assuré Vagn Sørensen.

Les membres du comité parlementaire n’ont toutefois pas semblé rassurés par les explications du haut dirigeant.

« On semble beaucoup rejeter la faute sur des éléments isolés, mais non : c’est une véritable culture d’entreprise. Ça fait longtemps que c’est comme ça. Air Canada continue de battre des records de plaintes tout en poursuivant dans la même voie », a déploré Mario Beaulieu, député du Bloc québécois.

La compagnie aérienne n’a d’ailleurs pas fini de rendre des comptes au Parlement : le nouveau PDG Anko Van der Werff doit être convoqué devant le comité dans les deux mois suivant sa prise de poste.

« Je ne suis pas rassuré par le témoignage du président du conseil d’administration, a mentionné pour sa part le député conservateur Joël Godin. Il va malheureusement falloir rester vigilants. C’est dommage que le comité doive assumer ce rôle de chien de garde pour la langue française chez Air Canada. »