Passer au contenu Passer au pied de page

Les langues officielles, un projet marqué par le féminisme

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) a dévoilé, mardi, un numéro spécial de son magazine PrésentEs !, consacré aux 50 ans de la première Loi sur les langues officielles. L’occasion de rappeler l’apport des femmes dans ce dossier.

« Pour nous, c’est une façon de dire un grand merci pour le travail, souvent peu valorisé, qu’ont fait les femmes de la francophonie canadienne à travers le pays en matière de langues officielles, pour permettre aux communautés de découvrir leur implication et aussi d’aller plus loin », explique la présidente de l’AFFC, Lily Crist.

À travers des articles à saveur historique et juridique, des portraits de personnalités, conçus par l’entremise d’une centaine de témoignages recueillis à travers le pays, ce numéro spécial rappelle la contribution des femmes à la mise en œuvre, la conservation et la promotion de la Loi sur les langues officielles.

« Ce qui est intéressant, c’est que l’année 1969, année de la première Loi sur les langues officielles, coïncide avec l’émergence du mouvement féministe. Au Québec, on disait qu’il n’y aurait pas d’affirmation du Québec sans affirmation des femmes et la francophonie canadienne a repris ce message. Les femmes et les langues officielles, ça allait ensemble », raconte la politologue de l’Université d’Ottawa, spécialiste de la francophonie canadienne, Linda Cardinal.

Pourtant, cet apport n’a pas souvent été assez mis de l’avant, poursuit-elle.

« Ça a été oublié par nos leaders. Pourtant, regardez qui travaille en francophonie minoritaire. Ce sont des femmes ! Les hommes ont le micro, mais derrière eux, il y a beaucoup de grandes femmes, qui ont œuvré au rayonnement des langues officielles, notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation… »

La couverture du magazine PrésentEs !. Source : AFFC

Élues, fonctionnaires, dirigeantes d’organismes, membres des conseils d’administration, bénévoles, commissaire aux langues officielles… Les femmes ont joué un rôle important dans les cinq décennies du projet de Loi sur les langues officielles.

« Ce sont les groupes qui travaillent sur la violence faite aux femmes qui sont à l’origine du concept de « par et pour » dont on parle beaucoup aujourd’hui », souligne Mme Cardinal.

L’apport des femmes

L’AFFC tenait donc à rendre hommage à ces femmes, tout en leur donnant la parole.

« Ce qui m’a le plus surpris, c’est de voir à quel point elles insistent sur l’état de survivance de la francophonie, alors que la Loi sur les langues officielles devrait permettre son épanouissement », s’étonne Mme Crist. « Cela prouve le besoin d’une Loi plus mordante ! »

« Les femmes sont l’angle mort de la francophonie canadienne » – Linda Cardinal, politologue

À travers toutes ces années, les femmes, insiste Mme Cardinal, ont joué et jouent encore un rôle clé dans la socialisation et la transmission de la culture dans les communautés francophones minoritaires.

« Pourtant, est-ce qu’on célèbre vraiment le 8 mars avec une grande manifestation ? », regrette-t-elle. Et de poursuivre : « On est entouré de femmes. Elles sont intervenantes dans tous les domaines. Mais on ne se pose jamais la question de leurs besoins. »

Aller plus loin

Si l’AFFC appuie le projet de loi présenté par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, l’organisme insiste sur certaines recommandations dans la modernisation de la Loi.

« On demande que l’analyse comparative entre les sexes [ACS+] soit intégrée dans la nouvelle Loi, car cela permettrait de mieux répondre aux besoins des femmes quand le gouvernement met en place des programmes ou des services. »

La modernisation de la Loi, selon Mme Cardinal, pourrait également permettre de régler certains problèmes systémiques.

« Actuellement, les ministères du Patrimoine canadien et de la Condition féminine se renvoient la balle quand il s’agit de financer les organismes des femmes francophones. Ils ne sont pas très généreux. Avoir une agence centrale responsable de la mise en œuvre de la Loi pourrait permettre de donner des directives claires et de prendre en compte ces besoins particuliers. »


POUR EN SAVOIR PLUS :

Cinq changements majeurs dans la Loi sur les langues officielles de la FCFA

La FCFA dévoile sa nouvelle Loi sur les langues officielles

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
1+