Paul Poirier et Piper Gilles sont partenaires depuis 2011. Crédit image : Patinage Canada / Danielle Earl

TORONTO – Médaillé de bronze à la finale du Grand Prix ISU avec sa partenaire Piper Gilles, Paul Poirier revient sur son démarrage de saison, sa préparation mais aussi sur ses débuts dans la discipline et les coulisses de sa vie en tant que patineur artistique de très haut niveau. ONFR l’a rencontré à l’aube de la Grande Finale de patinage artistique ce samedi à Pékin, en Chine. 

«  Quel regard portez-vous sur votre début de saison avec ces deux médailles d’or en Grand Prix dont la dernière en Chine?

Jusque-là, ça se passe bien. On a obtenu notre place pour la finale après la compétition en Chine. Pour nous c’était la plus compliquée, on était fatigué parce qu’il n’y avait pas beaucoup de temps de repos entre les deux compétitions. C’est toujours difficile au niveau de l’énergie dans ces cas-là. Nous sommes satisfaits des résultats, de notre programme et des retours que nous avons des juges. 

Cette année vous avez adopté une approche différente quant à votre préparation, quelles sont ces différences? 

D’habitude, on se prépare plus tôt et on commence les compétitions en septembre en local, ce qui donne plus d’opportunités d’avoir des premiers retours et de savoir comment on se sent en compétition avec notre nouveau programme.

Ces deux dernières années, on a fait plus de spectacles pendant le printemps, ce qui fait qu’on a commencé la préparation plus tard. Du coup, on commence directement la saison par les Grands Prix qui sont des compétitions majeures. Avec notre âge et notre expérience, je pense qu’au final ce n’est pas un problème, et on se sent un peu mieux de ne pas être trop pressé pendant notre préparation. 

Paul Poirier et Piper Gilles ont obtenu la médaille de bronze ce samedi lors de la grande finale du Grand Prix ISU. Crédit image : Flavio Valle / patinage Canada

Avec votre partenaire sur la glace, Piper Gilles, comment avez-vous préparé cette finale à Pékin?

Déjà, ça fait du bien d’avoir eu une longue coupure car entre les deux dernières, nous avions eu seulement quatre jours d’entraînement. Ce n’était pas assez de temps pour faire des changements. Cela prend vraiment plusieurs jours pour que le feeling d’une nouvelle chorégraphie rentre dans ton corps. Et on veut vraiment que lorsqu’on entre en compétition, tout soit fait de manière automatique. On n’avait pas fait du tout de changements entre les deux dernières compétitions. Là, on a eu plus de temps pour se reposer. On a pris quelques jours de congés, puis trois jours pour faire des changements ici et là, sur les deux programmes. Ensuite nous avions eu la période de répétition où nous répétons les programmes encore et encore. 

Qu’est-ce qui est le plus dur à gérer dans l’attente d’une compétition? 

Moi, j’aime beaucoup l’entraînement, ce ne sont pas forcément tous les athlètes qui aiment ce processus. Personnellement, c’est la partie que j’aime le plus. Ça m’a fait du bien d’être chez moi, d’avoir pu faire des améliorations et de changer des choses avec lesquels je n’étais pas très content.

Ce qui est le plus difficile c’est, après les Grands Prix et à l’approche de la finale, de pouvoir gérer l’énergie. On a eu deux compétitions de suite et beaucoup de voyages. Là, la finale est une nouvelle fois en Chine, on vient de rentré d’Asie avec le Grand Prix précédent. Ce sont de longs vols, donc il y a toujours un équilibre à trouver entre se pousser à l’entraînement ou se donner un peu plus de repos. C’est toujours un défi, mais avec l’expérience, nous nous connaissons suffisamment pour gérer cela. 

Après une saison dernière victorieuse, l’objectif cette année est-il de faire la même chose? 

Oui tout à fait, l’objectif est de gagner la finale et c’est l’état d’esprit sur toute la saison.

L’objectif c’est de tout gagner!

Quittons un peu l’actualité pour revenir en arrière, comment vous est venue la passion pour le patinage artistique? 

C’est un peu par accident. Quand j’étais très jeune, vers l’âge de trois ans, mes parents m’ont mis dans une ligue de hockey. Cela ne m’a pas du tout plus, je n’aimais pas les sports en équipe. J’ai aussi essayé le soccer pendant l’été. Mes parents voulaient vraiment que j’apprenne à patiner. Au Canada, la plupart des programmes d’apprentissage du patin sont fait par des clubs de patinage artistique.

J’ai commencé des leçons juste pour apprendre à patiner puis après un entraîneur m’a vu et a approché mes parents pour savoir si je voulais essayer le patinage artistique. J’ai accepté. Je dirais que c’est vraiment une passion qui a grandi doucement. Je ne l’ai pas faite un jour puis je me suis dit « ok ça c’est mon truc ». Ça c’est fait progressivement avec des premières compétitions, puis la nécessité de s’entraîner plus pour atteindre un niveau supérieur. C’est vraiment devenu mon truc de manière graduelle. 

Paul et Piper se connaissaient avant de former leur duo en 2011. Crédit image : Patinage Canada / Danielle Earl

Comment vous est venu ensuite cette spécialisation de danser en duo, vous qui n’étiez pas sport d’équipe comme vous l’avez mentionné?

Dans mon club, il y avait une fille qui voulait faire de la compétition avec un partenaire. Et ce qu’il faut savoir c’est que dans les clubs, il n’y a pas beaucoup de garçons. L’entraîneur m’a demandé si j’étais intéressé et j’ai dit « ok je vais essayer ». C’était juste un jour par semaine et c’est comme ça qu’on a commencé. Je me rappelle, on faisait juste des petites compétitions au niveau provincial. Je me souviens qu’on est allé à une de ces compétitions qui permettait de se qualifier pour les Championnats nationaux juniors. On a raté la qualification pour seulement une place. Alors là, ça m’a motivé, je voulais vraiment me qualifier l’année suivante, alors j’ai commencé à m’entraîner plus. C’est comme ça en voulant toujours devenir meilleur que la passion est née. 

Comment s’est créé par la suite votre duo avec Piper Gilles, comment s’est faite la rencontre? 

J’avais 19 ans, j’étais olympien et top 10 dans le monde. Il devait y avoir comme quatre filles en Amérique du Nord qui avaient assez d’habileté et que je voulais vraiment considérer. En plus, le monde du patin est vraiment petit, surtout à ce niveau-là, donc je connaissais déjà toutes les filles. On se croisait sur les compétitions, je connaissais leurs entraîneurs. Il fallait juste les contacter pour leur demander si elles avaient un intérêt à patiner avec moi. 

Habituellement, on fait des essais sur deux, trois jours où on patine ensemble pour voir si ça marche bien et si on s’entend bien. Lors de ces essais, en cinq minutes, on sait si le côté physique va bien marcher. La partie la plus difficile c’est de savoir si on va bien s’entendre et si on va être d’accord sur la façon dont on veut s’entraîner, où s’entraîner et avec quel entraîneur ou encore l’approche face aux entrainements et aux compétitions. 

Je connaissais Piper depuis dejà cinq ou six ans avant qu’on décide de patiner ensemble. Je l’ai appelée, elle est venue à Toronto pour trois jours et je pense qu’on a su assez vite que ça allait marcher. Ensuite, il faut tout de même faire le grand saut en compétition, car tu ne sais pas non plus tout de suite si ça va marcher à ce niveau-là, il y a toujours un risque. 

Avez-vous développé une relation en dehors du sport et à quel point ce relationnel est-il important ensuite dans le sport?

Je pense que le relationnel est assez important. Bien sûr, quand tu passes autant de temps avec une personne, tous les jours, l’intensité émotionnelle qui est partagée est énorme. Quand tu partages les émotions des victoires mais aussi des défaites, c’est difficile de ne pas développer une amitié très proche. Ça se passe de façon naturelle.

C’est aussi très important pour le côté performance d’avoir une certaine relation. Je pense que ça se voit de manière émotionnelle quand il y a deux patineurs qui ne sont pas connectés de la même façon. Ça peut avoir un impact sur les scores, particulièrement les scores artistiques, où l’émotion et l’expression sont très importantes.

De manière générale aussi, je dirais que ce qu’on fait tous les jours est très difficile et très demandant pour notre corps et notre mental et c’est beaucoup plus facile quand tu le fais avec quelqu’un avec qui tu t’entends bien et avec qui tu peux t’amuser. Par expérience, je peux vous dire que lorsque les couples ne s’entendent pas très bien, ça ne marche pas et ça s’arrête après quelques années.

Vous êtes en duo depuis 2011 avec Piper Gilles, cela signifie que ça fonctionne très bien?

Ça marche bien, on se connait très bien. Ça nous aide beaucoup. On a plus de sensibilité vis-à-vis de comment l’autre se sent. J’ai une bonne idée de comment Piper se sent et comment moi je devrais réagir pour équilibrer. Que ce soit positif ou négatif. On ne peut pas s’attendre à ce que l’autre personne soit pareille chaque jour, ce n’est pas réaliste. On doit s’attendre à ce que l’autre personne ait des bons jours, des mauvais jours. C’est notre responsabilité en tant que partenaire d’essayer autant que possible d’équilibrer, de se soutenir et de faire le tout ensemble. 

Le duo à l’entraînement en dehors de la glace, sans les patins. Crédit image : Patinage Canada / Danielle Earl

Comment se construit un programme, quel est le processus de création au sein du duo?

On le fait avec beaucoup de collaboration entre nous deux et nos deux entraîneurs. En général, on commence pendant l’hiver, on cherche de nouvelles musiques, de nouvelles idées, de nouveaux concepts. Chacun va apporter ses nouvelles idées, il n’y a pas nécessairement une personne qui est responsable d’une seule chose, tout le monde apporte ses idées. La plupart du temps, ce sont de mauvaises idées. Il faut accepter que ce soit le cas. 

Cela prend beaucoup de temps. Il est question de trouver des idées, des musiques et des concepts sur lesquels nous sommes tous d’accord. Il faut vraiment croire que ça va nous mener à créer un bon programme. Si quelqu’un n’est pas convaincu, habituellement, ça ne marche pas. On prend vraiment le temps de trouver quelque chose qui plaise à tous.

Parfois c’est facile et ça va super vite, et il y a d’autres années où ça a pris un mois et demi pour être tous d’accord. Donc, on organise nos idées et il y en aura toujours trop, alors il faut réduire pour trouver un programme qui mettra en valeur nos forces et qui ne montrera pas nos faiblesses. C’est un processus dynamique qui va évoluer au fur et à mesure de la saison, c’est en constante évolution. 

Pour finir, considérez-vous que votre travail est plus sportif ou artistique? 

Je pense que ça dépend où tu en es dans ta carrière. Ma philosophie, c’est que l’essentiel – la base – c’est la technique du patinage. Si ton patinage n’est pas équilibré et fort, tu ne seras pas capable de développer le côté artistique. Tu vas toujours réfléchir à ce que tu fais techniquement.

Je pense que le côté artistique est un peu dépendant de la base. C’est sûr qu’on va travailler sur les deux. Au début on va plus travailler sur la technique parce qu’il faut apprendre comment bien pratiquer. 

Mais je dirais aussi que ce n’est pas nécessairement toujours l’un ou l’autre séparément. Par exemple, si je patine et ma jambe est bien droite, d’un point de vue esthétique ce sera plus beau, mais cela veut aussi dire que mon action de poussée est plus longue, cela génère plus de vélocité. Souvent la bonne technique d’un point de vue sportif va nous mener à des choses plus intéressantes au niveau artistique. 

En fait, je n’aime pas beaucoup les séparer, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui sont dans les deux. »


1991 : Naissance à Ottawa

2001 : Fait ses débuts au Scarboro FSC

2001 : Commence son duo avec Vanessa Crone, jusqu’en 2010

2005 : Débute en Grand Prix junior

2011 : Commence son duo avec Piper Gilles

2018 : Première participation aux Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang en Corée du sud (8e)

2022 : Deuxième participation aux Jeux olympiques d’hiver à Pékin en Chine (7e)

2022 : Gagne la médaille d’or à la finale du Grand Prix ISU à Turin

2023 : Termine troisième de la finale du Grand Prix ISU à Pékin