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Université de Sudbury, LSF et pénurie d’enseignants : trois épines dans le pied du gouvernement Ford

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La deuxième session de la 42e législature débute ce lundi par un discours du Trône. L’exercice démontrera si les dossiers francophones demeurent sur le haut de la pile ou s’ils seront relégués au second plan, alors que le premier ministre entame la dernière partie de son mandat avant les élections de juin 2022.

À leur retour à l’Assemblée législative de l’Ontario, quelques députés lèveront certainement les yeux au-dessus de l’entrée. Le drapeau franco-ontarien remplace désormais le drapeau de Queen’s Park sur le fronton de l’édifice, qu’il n’a pas quitté depuis le Jour des Franco-Ontariens, le 25 septembre dernier.

L’affichage permanent de ce symbole à l’extérieur de l’Assemblée voulu par les progressistes-conservateurs, à la suite d’une bonification de l’amendement de la députée libérale Lucille Collard – le réclamant dans la chambre législative -, fera-t-il oublier les nombreux défis qui restent à accomplir en francophonie, alors que la pandémie qui sévit encore appelle à de profonds changements et de lourds investissements dans les hôpitaux et les soins de longue durée ?

Refonte de la LSF : « Nous sommes dans les temps »

Promise depuis 2019 par la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF) n’a pas encore été proposée en chambre. Le bureau de la ministre affirme toujours qu’elle le sera avant la fin du mandat : « Nous sommes dans les temps pour y arriver, malgré les délais engendrés par la COVID-19 », fait savoir Natasha Tremblay. « Cela comprend autant le dépôt que l’adoption du projet de loi. »

Pour accélérer le processus, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) avait rédigé, dès 2019, experts juridiques à l’appui, un libellé de projet de loi comprenant, entre autres, le retour d’un commissaire aux services en français indépendant, la généralisation de l’offre active et la désignation de l’ensemble de la province sous la LSF.

Ces trois points sont aussi défendus par l’opposition, les néo-démocrates et les libéraux ayant chacun de leur côté présenté leur propre projet de loi, la même année. De sorte que trois textes portent sur la refonte de la LSF.

Le premier ministre Doug Ford et sa ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney. Source : YouTube Gouvernement de l’Ontario

Depuis, si la refonte de la LSF n’a plus vraiment fait les manchettes, elle n’aurait pas pour autant été perdue de vue par le ministère des Affaires francophones qui, après avoir mené des consultations au sein des différents ministères et à l’échelle de la province, travaille à présent sur « une approche globale qui comprend une modernisation des cadres législatif et administratif et un renforcement de la main-d’œuvre francophone et bilingue au sein de la fonction publique et dans les secteurs de services prioritaires ».

En clair, en face de nouvelles obligations, le gouvernement veut être sûr que des ressources humaines seront en mesure de garantir des services étendus.

Université de Sudbury « par et pour » : une manœuvre « risquée »

Une autre épine colle aux chaussures du gouvernement Ford : l’Université de Sudbury par et pour les francophones du Moyen-Nord de la province. Si ce projet va bon train du côté de l’université qui s’est récemment laïcisée, du côté du gouvernement en revanche rien ne démontre une volonté de la rendre autonome, comme il l’a fait au printemps dernier avec l’Université de Hearst.

Le bureau du ministère des Collèges et Universités martèle depuis le début de la crise que son action est suspendue à l’issue de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), ce que démentent des juristes, arguant que ce processus n’empêche pas l’action politique.

L’Université de Sudbury. Archives ONFR+

« Notre gouvernement sera là pour soutenir l’éducation postsecondaire triculturelle à Sudbury et dans le Nord de l’Ontario lorsque la Laurentienne sortira de la LACC », réaffirme à ONFR+ Scott Clark, l’attaché de presse de la ministre Dunlop. La Laurentienne est à l’abri de ces créanciers jusqu’au 31 janvier prochain. Au-delà, sans nouveau prolongement du processus, qu’adviendra-t-il ?

Pour Carol Jolin, le président de l’AFO, les planètes sont alignées pour une transformation de l’Université en institution entièrement francophone. Toutefois, « la sortie du recteur de l’Université Laurentienne contre ce projet qui remettrait en cause l’avenir de son université complique les choses », analyse le politologue Peter Graefe qui juge la manœuvre risquée avant les élections pour le gouvernement.

Enseignants francophones : pas encore de résultats

Il sera enfin intéressant de suivre au cours des prochains mois l’évolution de la lutte contre la pénurie d’enseignants. Face à l’ampleur des besoins des conseils scolaires de langue française et des écoles d’immersion, le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, n’a pas eu d’autre choix que de lancer une stratégie pour trouver coûte que coûte des professionnels.

Chaque année, il manque 500 enseignants supplémentaires, aux écoles francophones pour combler leurs besoins en ressources humaines.

Mais, pour l’heure, M. Lecce se fait avare de détails sur les premiers résultats obtenus et les changements concrets, que ce soit à travers le portail de recrutement en ligne, l’assouplissement des programmes de formation ou encore la reconnaissance des diplômes étrangers.

Le ministère de l’Éducation et celui des Affaires francophones soulignent toutefois une avancée : le microcertificat en Éducation de l’Université de l’Ontario français (UOF). « C’est un moyen de former des enseignants francophones qui pourront travailler en Ontario », signifie Mme Tremblay. L’UOF devrait être autorisée dans les prochains mois à ouvrir un baccalauréat en Éducation.

Le ministre de l’Éducation a lancé une stratégie de lutte contre la pénurie d’enseignants sous l’insistance des conseils scolaires de langue française. Crédit image : Rudy Chabannes

Mais pour que ces trois dossiers aillent de l’avant, encore faut-il qu’ils soient mentionnés dans le discours du Trône ce lundi. Le dernier discours du Trône, à l’été 2018, n’avait fait aucune allusion à la francophonie, ce qui avait fortement déçu la communauté.

« Ce serait surprenant qu’il n’y ait aucune mention d’un projet intéressant pour les francophones dans ce discours du Trône », estime M. Graefe, « parce qu’évidemment le gouvernement a pris en compte les élections qui s’en viennent et a planifié des promesses, ou tout du moins la volonté de commencer des actions avant le déclenchement des élections ».

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