Caroline Mulroney démissionne au cours de son troisième mandat de députée. Photo : Archives Jackson Ho/ONFR
Politique

La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney quitte ses fonctions

Caroline Mulroney démissionne au cours de son troisième mandat de députée. Photo : Archives Jackson Ho/ONFR

TORONTO – La ministre des Affaires francophones et présidente du Conseil du Trésor se retire de la vie politique et quittera le cabinet de Doug Ford ainsi que son siège de députée provinciale, à compter du 5 juin.

Dans une lettre adressée dimanche au premier ministre ontarien, l’élue de York-Simcoe affirme que « cette décision n’a pas été prise à la légère », mettant en avant la perte de son père, Brian Mulroney (premier ministre du Canada de 1984 à 1993) et le fait que ses enfants, devenus adultes, prennent leur envol.

« Ce sont des moments qui nous rappellent l’essentiel, déclare-t-elle. Ensemble, ils m’ont amenée à conclure qu’il était temps pour moi de tourner la page sur la vie politique élective et d’entreprendre un nouveau chapitre que j’aborde avec enthousiasme. »

Mme Mulroney est entrée en politique en 2018 en tentant de briguer la tête du Parti progressiste-conservateur, finalement remportée par Doug Ford. Élue députée de la circonscription de York-Simcoe lors des élections provinciales de 2018, elle est aussitôt devenue ministre des Affaires francophones, un poste qu’elle a occupé sans discontinuer durant huit ans, en parallèle de plusieurs portefeuilles de premier plan : Procureur générale (2018-2019), Transports (2019-2023) et Conseil du Trésor (depuis 2023).

Ses premiers pas ont été marqués par la mobilisation du Jeudi noir de l’Ontario français contre les coupes Ford visant le Commissariat aux services en français et le projet d’Université de l’Ontario français. Le premier a finalement été intégré au Bureau de l’ombudsman et le second relancé puis concrétisé.

Mme Mulroney a ensuite mené à terme plusieurs chantiers, dont le plus significatif est la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF). On peut également citer la création de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario, le renforcement du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), la désignation de Sarnia en vertu de la LSF, l’autonomie de l’Université de Hearst ou encore la reconnaissance du drapeau franco-ontarien comme emblème officiel de la province ou encore la réforme des entités de planification des services en français.

« Nous avons réalisé des avancées qui laisseront une empreinte durable, dit-elle. La société franco-ontarienne n’est pas une clientèle politique à gérer. Elle constitue l’une des forces vives de la province et de notre pays. Je me réjouis à l’idée de trouver de nouvelles façons de contribuer à son essor dans les années à venir. »

Dans une longue entrevue accordée à ONFR, elle s’était positionnée il y a un an sur plusieurs dossiers sensibles tels que la pénurie d’enseignants, la crise à La Cité, la réforme des entités de planification, le financement du MIFO ou encore l’avenir des universités de langue française…

Au-delà de la francophonie, l’élue conservatrice aux trois mandats se dit fière du travail accompli, énumérant la construction de la voie de contournement de Bradford, la protection de la forêt de North Gwillimbury, la préservation du lac Simcoe contre tout nouveau rejet d’eau usée et l’avancement du nouvel hôpital de soins actifs de Southlake Health à East Gwillimbury.

« Rien de tout cela n’est arrivé par hasard, est-elle convaincue. Cela s’est produit grâce à votre engagement, votre mobilisation et votre volonté constante de me demander des comptes. »

« Elle ne menait pas les Affaires francophones pour simplement couper des rubans »
— Matthew Conway, stratège conservateur

Interrogé par les journalistes en conférence de presse ce lundi, Doug Ford a laissé entendre qu’il n’était pas étonné de sa démission, affirmant que « nous l’avions déjà convaincue de courir pour un 3e mandat », en référence aux élections provinciales de février 2025. Celui-ci a ajouté que leurs deux familles étaient très proches depuis longtemps et qu’il a « la plus grande estime pour Caroline Mulroney ».

Un peu plus tôt, par voie de communiqué, le premier ministre a salué le « leadership calme et stable » de sa ministre qui « laisse derrière elle un bilan dont elle peut être immensément fière : un accord historique de financement pour la plus grande expansion des transports en commun en Amérique du Nord, des politiques budgétaires disciplinées qui contribuent à maintenir la compétitivité de notre économie (…) et une communauté francophone forte et florissante à travers la province. »

« Tout au long de son parcours, elle aura été une voix influente au cœur du gouvernement ontarien, avec cette capacité rare de porter les enjeux de la francophonie là où se prennent les grandes décisions, mais surtout de contribuer à faire reconnaître l’Ontario français non pas comme une réalité périphérique, mais comme une composante essentielle, dynamique et pleinement contributive de notre province », juge Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

« Elle ne menait pas les Affaires francophones pour simplement couper des rubans. Elle y était pour assurer un avenir meilleur à ses concitoyens, considère le stratège conservateur Matthew Conway. Son bilan et son legs politique pour les francophones en Ontario auront des impacts pendant longtemps. »

Pas encore d’intérim désigné aux Affaires francophones

« Elle fut une super ministre des Affaires francophones depuis 2018, estime pour sa part Dominic Giroux, PDG de l’Hôpital Montfort. À son arrivée, elle a contribué à s’assurer que le projet du Carrefour santé Aline-Chrétien se déroule comme prévu et a participé à la première pelletée de terre. À l’automne 2023, elle a sollicité le leadership de l’Hôpital Montfort pour l’élaboration d’un Plan d’action provincial pour les soins de santé, l’éducation et la recherche en français », cite-t-il en exemple.

Si l’intérim du Conseil du Trésor est assuré par le ministre des Finances Peter Bethlenfavly à compter du 5 juin, le bureau de Doug Ford n’a pas été en mesure d’annoncer qui prenait provisoirement en main le portefeuille des Affaires francophones.

Avec les informations de Sandra Padovani.