Le Conseil municipal d'Ottawa fait front commun pour exiger du gouvernement fédéral et de la société d'État Alto plus de transparence sur le tracé du futur TGV. Photo : Inès Rebei/ONFR
Politique

TGV : le Conseil municipal d’Ottawa fait front commun et dénonce un manque de transparence

Le Conseil municipal d'Ottawa fait front commun pour exiger du gouvernement fédéral et de la société d'État Alto plus de transparence sur le tracé du futur TGV. Photo : Inès Rebei/ONFR

OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté sans grande opposition une motion demandant au gouvernement fédéral et à la société d’État Alto de revoir en profondeur la méthode et la transparence de leurs consultations concernant le futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto. Si l’importance stratégique du projet est globalement reconnue, les élus exigent que la municipalité et ses résidents ruraux soient traités comme des partenaires à part entière, et non mis devant le fait accompli.

La conseillère Catherine Kitts, qui représente le quartier d’Orléans-Sud-Navan, une circonscription de l’est de la ville à forte composante rurale, est l’instigatrice de la motion et a martelé l’importance pour le conseil de faire front commun.

« Les résidents voient des drones circuler au-dessus de leur propriété. On leur demande d’accéder à leurs terres, et on leur fournit très peu d’informations. Ils sont préoccupés, le niveau d’anxiété est élevé […]. Qu’est-ce que cela aura comme incidence pour leur communauté? »

Reprenant une partie de l’intitulé de la motion, celle-ci a poursuivi : « Alors qu’ils évaluent les tracés potentiels, nous nous opposons à la perte de terres agricoles. L’expropriation ne devrait être qu’un dernier recours. J’aimerais que nous puissions nous exprimer au nom des communautés qui sont de plus en plus inquiètes des retombées de ce grand projet. »

La conseillère Isabelle Skalski, élue de Osgoode, une vaste région agricole et rurale du sud d’Ottawa, a attiré l’attention sur l’effet de rupture qu’un tel aménagement pourrait provoquer au sein des collectivités.

« Nos deux communautés sont dans le couloir envisagé par Alto. Ce n’est pas une voie ferroviaire, c’est une barrière. Cet obstacle pourrait traverser notre ville et modifier notre communauté. L’infrastructure devrait servir de lien et non pas bloquer le chemin. »

Beaucoup de questions sans réponses

Cette inquiétude est amplifiée par un sentiment d’opacité entourant les démarches de la société d’État. Plusieurs élus rapportent que les séances d’information menées jusqu’à présent n’ont pas permis de répondre aux questions fondamentales des propriétaires fonciers. 

Le conseiller Riley Brockington, représentant le quartier urbain de Rivière (quartier 16), a ainsi déploré la nature des récentes rencontres publiques dont les conclusions ont été présentées la veille par Alto.

« J’ai participé à l’une des séances tenues l’hiver dernier avec Alto. Ce n’était pas une consultation; c’était une séance d’information. Ils n’ont pas répondu aux grandes questions […]. Les gens ne se sentent pas entendus. »

« Je reçois tellement d’appels et de demandes de renseignements. Je n’ai aucune réponse à fournir. […] Personne n’est au courant, je n’arrive pas à leur donner plus d’informations. Il faut qu’il y ait plus de transparence », s’est plainte la conseillère du quartier d’Alta Vista, Marty Carr.

Et de continuer : « Avant les consultations de l’an passé, le PDG d’Alto avait déclaré qu’il y aurait probablement une station dans mon quartier et qu’ils avaient besoin de 600 mètres pour une station. Il y a des terres fédérales sur Tremblay mais elles ne font que 500 mètres de large. Puis on me dit qu’il n’y aura pas de décision avant les élections municipales. Si vous savez qu’une station sera bientôt choisie, ça serait bien de pouvoir informer nos résidents. »

Nuances et débats sur le rôle de la municipalité

Si l’ensemble du Conseil s’est rallié derrière la motion pour réclamer plus de clarté, les discussions ont mis en relief certaines nuances quant à l’attitude à adopter face à un projet d’infrastructure de compétence fédérale.

Le conseiller Jeff Leiper, représentant le quartier central et urbain de Kitchissippi, et candidat à la mairie, a invité ses collègues à faire preuve de réalisme politique et technique, soulignant que la Ville ne peut simplement pas exiger un évitement total des propriétés privées.

« Nous devons faire preuve de prudence […]. C’est comme si on demandait à Alto d’être autre chose que son mandat. C’est une entité fédérale qui va de l’avant avec un projet ferroviaire d’importance. »

D’autres conseillers ont insisté sur le fait que la recherche de garanties ne doit pas paralyser le projet de transport lui-même. La conseillère Stéphanie Plante, représentante de Rideau-Vanier, a résumé cette tension entre la nécessité d’avancer et le besoin de valider les impacts, en traçant un parallèle direct avec la gestion de l’avenue King Edward par le gouvernement fédéral, pour illustrer les risques de l’enlisement administratif.

« Nous ne voulons pas qu’il y ait trop de consultations, trop d’études. Nous attendons des réponses depuis très longtemps. Et maintenant c’est comme si un bulldozer passait en plein milieu de nos communautés. […] J’appuie le projet, mais je ne veux pas que l’on dépense trop, qu’on passe trop de temps avec des études, des consultations car il n’y aura pas de résultats.. »

L’impact économique à long terme en question

Au-delà des tracés, les élus ont également débattu de la portée économique réelle du projet pour la région de la capitale nationale.

Le conseiller Matthew Luloff, représentant Orléans-Est-Cumberland, à l’extrême Est de la ville, a porté un regard critique sur les promesses de retombées économiques souvent associées à ces mégaprojets.

« Les gouvernements ont l’habitude, pour les grands projets d’infrastructure, de dire que les retombées sont garanties. Ce n’est pas vrai. Les retombées économiques ne sont pas garanties, le coût non plus […]. Toute personne qui a dirigé un grand projet d’infrastructure pourra vous dire que le coût est toujours accru. »

Le conseiller Shawn Menard, représentant de Capitale, une circonscription densément peuplée du centre-ville, a quant à lui rappelé que le projet s’inscrit dans une vision nationale du transport qui dépasse les frontières municipales, tout en insistant sur le fait que l’adhésion publique est indispensable.

« Je suis tout à fait d’accord avec l’ajout du TGV dans notre pays, dans notre ville […] mais j’espère vraiment que le projet peut se concrétiser de la bonne façon, après avoir sérieusement consulté la population concernée. »

Les exigences formulées à l’endroit d’Alto

« On a tous saisi l’importance économique, mais en même temps, le projet doit être exécuté d’une façon respectueuse à l’endroit des résidents de milieu rural qui verront leur propriété divisée. […] Je ne pense pas qu’Alto sera surprise de cette motion », a conclu de son côté le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, lequel a, d’ailleurs, secondé la proposition de Mme Kitts.

Par l’adoption de cette motion, le Conseil municipal d’Ottawa demande à son personnel de maintenir une position ferme dans ses discussions avec Alto et les représentants fédéraux.

La Ville exige notamment la transparence sur les critères pondérés utilisés pour évaluer les tracés alternatifs, une prise en compte réelle des commentaires des résidents afin qu’ils soient traités comme des partenaires, et l’engagement ferme de traiter l’expropriation comme une mesure exceptionnelle de dernier recours.

À la suite d’un amendement proposé durant les débats, une copie officielle de cette motion sera transmise non seulement à la société Alto et au ministre fédéral des Transports, mais également à l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) et à la Fédération canadienne des municipalités (FCM), afin de mobiliser les réseaux municipaux provinciaux et nationaux autour des réalités d’Ottawa.