Passer au contenu Passer au pied de page

Le cri d’alarme des entreprises menacées par la COVID-19

Temps de lecture : 4 minutes

Les mesures annoncées tant par le fédéral que par l’Ontario sont insuffisantes, estiment plusieurs entrepreneurs et intervenants économiques. Ces derniers envisagent le pire si la situation perdure et demandent plus aux gouvernements.

« Je parle avec mes collègues, c’est la même situation pour tout le monde ! J’ai perdu 80 à 85 % de mon chiffre d’affaires. On était sur une bonne lancée, cette crise casse tout ! », lance, dépité, Pascal Poilbout, propriétaire de La Bréhandaise Catering, à Richmond Hill.

Déjà affectée par la récente grève des écoles, son entreprise de traiteur, en activité depuis plus de dix ans, a dû licencier l’ensemble de ses six employés.

Depuis mardi minuit, l’Ontario a décidé de fermer tous les commerces non essentiels. M. Poilbout a donc dû interrompre son service de restauration sur place. Même s’il continue à faire des livraisons avec l’aide de son fils, la fermeture des entreprises et des écoles, ainsi que l’absence d’activités et d’événements lui font craindre le pire.

« Un choc économique incroyable »

L’entreprise de Luc Régimbal, à Ottawa, n’est « techniquement » pas concernée par l’obligation de fermer, puisqu’en plus de se spécialiser dans la production d’objets promotionnels, elle vend des vêtements de travail qu’elle personnalise. Mais la compagnie familiale, en activité depuis plus de 90 ans et qui a vu passer quatre générations, a mis à pied l’ensemble de ses 18 employés.

« Avec les remises de diplômes et de trophées sportifs, les trois-quatre prochains mois devaient être les plus occupés. On a connu quatre crises économiques, notre situation a toujours été stable ou en croissance. Là, le choc économique est incroyable », raconte-t-il.

« Jeudi passé, quand j’ai dû annoncer les mises à pied, ça a été assez émotif. J’ai des gens qui travaillent ici depuis des années… »

La situation est un peu différente pour l’entreprise de services de finances et de comptabilité Brunet Bookkeeping, à Rockland, dans l’Est ontarien.

« Je ne pensais pas qu’on serait aussi occupé ! On travaille sur les dernières paies, les relevés d’emploi… On essaie d’informer nos clients des dernières annonces gouvernementales. Pour eux, le plus difficile, c’est de ne pas savoir combien de temps ça va durer », explique Melyssa Brunet.

D’autres mesures gouvernementales demandées

Le plan d’urgence annoncé par la province de l’Ontario mercredi, tout comme les mesures prises par le gouvernement fédéral, sont insuffisants, jugent ces entrepreneurs.

« Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les créanciers et les fournisseurs. Les gouvernements proposent des reports d’impôts, mais il faudra payer tôt ou tard ! Et quand la pandémie sera terminée, les gens ne vont pas manger trois fois plus. Tout le chiffre d’affaire que je ne fais pas en ce moment, il est perdu ! », rappelle M. Poilbout.

En projetant une crise sanitaire de deux à trois mois, il estime que l’impact se fera ressentir au moins jusqu’à la fin de l’année 2021.

« Nous nous sommes agrandis et avons fait de gros investissements en équipements, de l’ordre de 600 000 $. Même si le gouvernement repousse le paiement de l’hypothèque sur notre bâtisse, on continue à payer les intérêts et c’est une somme très importante. Ce qu’ont annoncé les gouvernements, c’est juste un band-aid ! »


« Sans l’aide du gouvernement, combien de temps pourrons-nous survivre ? » – Luc Régimbal, Régimbal Promotions Ltd


Le président de la Société économique de l’Ontario (SÉO), Denis Laframboise, demande aux gouvernements d’accélérer l’aide et tente de rester optimiste.

« Les entrepreneurs sont des gens résilients. Il va y avoir des pertes, c’est inévitable, surtout pour les entreprises qui étaient moins solides, mais beaucoup font preuve de créativité et on va les aider. »

La directrice générale du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale, Lise Sarazin, dit avoir alerté les différents paliers de gouvernement.

« Il faut des redevances plus directes pour traverser au moins le mois prochain. Je parlais avec un propriétaire de restaurant tout récemment. Même s’il fait des livraisons, ses revenus ont chuté de 90 % ! C’est un cri d’urgence que je lance ! »

Des aides directes

La fermeture de ces petites et moyennes entreprises serait dramatique pour leurs propriétaires, mais aussi pour les employés, insiste M. Poilbout.

« Ce sont elles qui font tourner le pays et qui sont le plus gros employeur ! »

L’équipe de La Bréhandaise Catering, à Richmond Hill. Au centre, avec des lunettes, Pascal Poilbout. Gracieuseté

Professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa, Gilles LeVasseur suggère de s’inspirer des mesures prises à travers le monde.

« La situation est beaucoup plus désastreuse qu’on l’imagine pour les petites et moyennes entreprises. Les arriérés vont s’accumuler et on n’a pas encore vu le pic de la crise économique. Beaucoup vont vouloir lancer la serviette ! Le gouvernement pourrait, comme dans certains pays d’Europe, payer jusqu’à 75 % du salaire des employés qui continuent à travailler. Le répit fiscal et le 10 % du salaire payé par le fédéral, ce n’est pas assez ! »

Appel à la solidarité

M. Poilbout lance un message à toute la population.

« On fait de la livraison gratuite, des plats froids, des plats chauds… On s’adapte. Mais on a besoin que les clients nous soutiennent. On doit se serrer les coudes ! »

À Ottawa, la municipalité a d’ailleurs lancé, jeudi, une campagne publicitaire en ligne visant à encourager les résidents à soutenir leurs petites entreprises en achetant sur internet auprès d’elles, en se procurant des cartes-cadeaux à utiliser plus tard, en se faisant livrer par des restaurants locaux ou en envoyant des messages de soutien sur les médias sociaux.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
8+