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Près de 200 000 travailleurs en éducation en grève demain

Temps de lecture : 3 minutes

Enseignants, personnel administratif et de soutien des écoles publiques et catholiques de l’Ontario s’acheminent, vendredi, vers une grève d’une ampleur inédite depuis plus de vingt ans. À la veille d’une démonstration de force historique, état des lieux d’une situation inextricable et des principaux points chauds de demain, en cinq questions.

La relance des négociations hier n’aura finalement rien bouleversé. Et il faudrait un spectaculaire revirement de situation pour que les tractations entre le gouvernement et deux syndicats, en cours aujourd’hui à Toronto, débouchent sur une sortie de crise.

En grève du zèle depuis plus d’un mois, les 12 000 membres de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) occuperont donc une seconde fois le terrain, dès 8 heures, demain matin, concentrés autour de 86 piquets de grève d’un bout l’autre de la province. 

Qui fait grève exactement ?

En plus de l’AEFO et de ses 12 000 travailleurs affiliés, ce débrayage massif sera simultanément observé par les travailleurs des trois syndicats anglophones qui auront leur propres lieux de rassemblement : la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO/ETFO et ses 78 000 membres, l’Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA) et ses 45 000 membres, ainsi que la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) et ses 60 000 membres.

On frôle les 200 000 agents de la fonction publique œuvrant en milieu scolaire. Cela englobe le personnel enseignant mais aussi le personnel de soutien, tels que les éducateurs, aides-enseignants, concierges, techniciens et autres animateurs culturels. Au total, 5 000 écoles appartenant aux 72 conseils scolaires seront fermées le même jour.

Où seront les piquets franco-ontariens ?

Cette fois, l’AEFO déploiera 86 piquets en divers endroits stratégiques de la province, couvrant l’ensemble des territoires des douze conseils scolaires de langue française. C’est quatre de moins que la grève du 13 février. 34 seront déployés dans le Nord, 26 dans l’Est et tout autant dans le Sud.

Les autorités anticipent une manifestation monstre de 30 000 personnes devant l’Assemblée législative, à Toronto où le personnel de près d’une trentaine d’écoles agitera des pancartes et scandera des slogans, à partir de 10h. Les abords du bureau de circonscription du ministre de l’Éducation Stephen Lecce, à King City, seront aussi occupés par la foule. Toujours dans le Sud, pas moins de six autobus convergeront vers l’hôtel de ville de Kitchener, dans la région de Waterloo.

Dans le Nord, on attend du bruit entre autres à North Bay, devant le bureau  du ministre du Développement économique, Vic Fedeli, où près d’une vingtaine d’écoles franco-ontariennes seront représentées. Sudbury devrait aussi cristalliser une bonne part de la contestation en trois points chauds de la ville : LaSalle/Barrydowne, Quatre-Coins et Kingsway/Barrydowne.

Dans l’Est, pas moins de six piquets seront en place à Ottawa, trois à Orléans et deux à Kingston notamment. Un piquet se situera devant le local de circonscription de la ministre des Industries du patrimoine, du sport, du tourisme et de la culture, Lisa MacLeod.

Pourquoi les syndicats déclenchent-ils ce mouvement ?

Les syndicats en éducation ne sont pas parvenus à s’entendre, pour l’heure, avec le gouvernement et le Conseil des associations d’employeurs sur les termes du renouvellement de leurs conventions collectives respectives. Leurs contrats sont échus depuis août dernier et font l’objet de négociations.

Les différentes fédérations ont des revendications hétérogènes et distinctes, mais se retrouvent sur la même longueur d’onde concernant la préservation des tailles de classes actuelles, le maintien de cours en ligne aux choix de l’élève ou encore, une augmentation de salaire reflétant le coût de la vie. L’adoption, en novembre dernier, d’une loi le plafonnant cette hausse à 1 % a mis le feu aux poudres dans le monde de l’éducation.

En quoi est-ce une grève historique ?

Une grève d’une telle ampleur ne s’est pas produite depuis 1997. À l’époque, les réformes du gouvernement de Mike Harris avaient provoqué une levée de boucliers des enseignants de l’Ontario, vent-debout contre la Loi 160 votée à Queen’s Park qui donnait au gouvernement progressiste-conservateur les coudées franches dans le choix de la taille des classes, du temps d’enseignement et de la préparation des cours.

Depuis 22 ans, aucune grogne n’a atteint un tel niveau de mobilisation. Un détail que ne devraient pas manquer de souligner les leaders des quatre fédérations, demain matin. Rémi Sabourin, Sam Hammond, Liz Stuart et Harvey Bischof tiendront une conférence de presse conjointe à Queen’s Park.

Que va-t-il se passer ensuite ?

Un tel mouvement pourrait faire plier le gouvernement et le contraindre à revenir sur des mesures impopulaires, comme les deux crédits en ligne obligatoires ou l’augmentation des effectifs par classe de 22 à 25 élèves. Le ministre de l’Éducation a d’ailleurs fait un premier recul en révisant ses objectifs à la baisse. Insuffisant pour les fédérations, toutefois.

Sans accord, la grève pourrait se reproduire et se généraliser sur plusieurs jours. Le gouvernement dispose toutefois d’un levier législatif pour imposer aux fonctionnaires un retour au travail : la loi spéciale de retour au travail. Une option habituellement utilisée après plusieurs semaines de paralysie à l’échelle provinciale.

Le gouvernement Ford fait face à une opinion publique majoritairement favorable aux enseignants et à une fronde politique plus soutenue. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) réclame la démission du ministre Lecce et le Parti libéral le presse à signer rapidement une entente.

Article écrit avec la collaboration de Didier Pilon

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