Présidence de l’AFO : vers une course à trois candidats aux visions contrastées
OTTAWA – Alors que la période de mise en candidature à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se clôture ce vendredi à 16 h, le président sortant, Fabien Hébert, devrait faire face à deux rivaux déclarés, Mélina Leroux et Abel Maxwell, dans ce qui s’apparente à la première course à trois depuis 2010. Deux candidats qui opposent leur désir de renouveau au discours de stabilité prôné par le candidat à sa propre succession.
« Pour moi, c’est simple, c’est un processus démocratique. Si la communauté pense que la meilleure direction est celle préconisée par un des deux autres candidats, ce sera le message donné », affirme d’emblée et avec sérénité celui qui brigue un troisième mandat de deux ans à la tête du porte-voix franco-ontarien et qui avait été élu par acclamation en 2024.
En effet, trois mois après l’annonce de sa candidature, deux nouvelles figures sont entrées en scène : Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) depuis 2019, et Abel Maxwell, artiste, entrepreneur et analyste financier.
Mais, comme il l’avait fait lorsqu’il était seul dans la course, l’ex-dirigeant du secteur de la santé prône la stabilité afin de concrétiser les recommandations des États généraux sans créer de vide politique, notamment face aux enveloppes fédérales de Patrimoine canadien verrouillées jusqu’en 2028.

Apporter un autre souffle
Ses deux adversaires défendent toutefois une autre approche, qui met de l’avant certains changements dans la direction de l’organisme.
Pour Abel Maxwell, il est impératif d’élargir le champ d’action traditionnel de l’institution : « La santé et les soins de longue durée, c’est très bien et je vais continuer de porter ce flambeau. Mais les autres cases que j’apporte en plus, comme la jeunesse dans sa pluralité, la diversité culturelle, l’entrepreneuriat artistique, ne sont tout simplement pas sur leur radar actuellement.
« Je ne viens pas pour détruire le travail fait sous le leadership de Fabien Hébert, clarifie-t-il, mais pour apporter une lumière sur ces zones délaissées ».
De son côté, Mélina Leroux estime qu’il est temps de passer à une autre échelle : « La continuité et le statu quo ne sont plus une option. Quelle meilleure façon d’apporter du changement que de poser sa candidature et de remettre en question nos réflexions sur le leadership de notre communauté? »
La jeune femme originaire de Rockland, dans l’Est ontarien, et qui siège actuellement au conseil d’administration de l’AFO depuis 2022 à titre de représentante du secteur identitaire Jeunesse, milite pour une posture plus ferme sur le terrain.
« Il manque parfois d’animation, de passion et de fermeté dans nos interventions. On a besoin de quelqu’un qui se tient droit sur le terrain, qui frappe un peu plus fort et qui va directement au-devant des communautés », confie celle qui vit à Ottawa.
Jeunesse et diversité
La réponse aux mutations démographiques constitue l’un des piliers de la candidature d’Abel Maxwell. Fort de son expérience d’analyste financier et d’artiste issu de l’immigration, il met en garde contre l’érosion démographique de la francophonie ontarienne.
Le Torontois rappelle que la jeunesse francophone est aujourd’hui composée à 70 % de personnes issues de la diversité culturelle et qu’un jeune de 20 ans ne se reconnaît pas nécessairement dans les dossiers institutionnels classiques et que « si on ne fait rien, cette francophonie va aller vers l’anglophonie ».
Celui qui a posé ses valises au Canada en 2007 place ainsi la rétention des nouveaux arrivants et l’intégration économique au centre de sa vision : « On réussit l’accueil, mais on n’arrive pas à les garder. Quand la reconnaissance des diplômes tarde ou que l’accès à l’emploi bloque, un jour, la famille bascule à l’anglais ou déménage. »
Pour contrer ce phénomène, il propose de mettre sur pied une stratégie de vitalité francophone à l’horizon 2050 soutenue par un programme d’immigration économique distinct hors Québec, tout en demandant aussi un financement accru pour les arts et la culture.
Mélina Leroux est aussi de l’avis qu’il faut consulter en dehors des cercles habituels : « Il y a des endroits dans certaines régions qui auraient mérité d’avoir aussi des conversations pour justement ceux et celles qui ne pouvaient pas se déplacer dans un centre d’une région. C’est d’être capable d’aller sur le terrain puis de prendre le temps avec les gens sans que ce soit toujours rushing. »

Une femme à la tête de l’AFO
Cette volonté de renouvellement rejoint les priorités de Mélina Leroux, qui insiste sur la représentativité des femmes et des jeunes aux postes décisionnels. Rappelant qu’aucune femme n’a dirigé l’AFO depuis deux décennies, elle revendique l’impact symbolique et politique de sa démarche.
« Être une jeune femme à la tête d’une telle institution comporte son poids. On parle souvent de la jeunesse et des femmes comme de l’avenir, mais il est temps de leur donner une vraie place décisionnelle aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’on est jeune et une femme qu’on ne peut pas diriger l’AFO », affirme-t-elle sans détour.
En ce qui concerne les consultations, elle note une perception de rigidité sur le terrain : « Les gens ont parfois l’impression que les décisions sont déjà prises ou encore qu’on a écouté un point de vue sans vouloir entendre l’autre côté. Le contact humain reste primordial, il nous permet de nous sentir moins isolés dans nos régions. »
Face à ces propositions, Fabien Hébert rappelle que les priorités portées sous son mandat découlent directement des besoins exprimés par la collectivité, citant les avancées obtenues en santé avec la création du Centre de planification des services de santé en français et la modernisation de la Loi sur les services en français ou encore l’obtention de la désignation bilingue obligatoire du poste d’Ombudsman.
« S’il y a des idées exprimées par les deux autres candidats qui méritent d’être retenues, ce n’est pas parce que je ne les ai pas mises de l’avant qu’elles ne méritent pas d’être écoutées et considérées », affirme-t-il.
Des méthodes qui diffèrent
La méthode de consultation de la base associative suscite également des discussions poussées entre les candidats.
Fort des consultations de l’acte 2 des États généraux, ayant réuni 2000 répondants aux sondages et 1200 participants régionaux, Fabien Hébert rejette l’idée que l’AFO consulte un réseau fermé.
« Si les 1200 personnes qui ont participé aux sessions représentent toujours les mêmes personnes, je ne comprends pas. L’opportunité a été donnée à tout le monde dans toutes les régions », relève-t-il.
Abel Maxwell estime quant à lui que l’AFO doit revoir sa manière de communiquer pour toucher les communautés ethnoculturelles et artistiques, qui se sentent souvent à l’écart des grandes structures politiques.
S’appuyant sur son rayonnement public, son parcours distingué par l’Ordre de la Pléiade, entre autres, et ses réseaux corporatifs, il compte mettre son profil médiatique au service de la cause francophone.
« Quand on parle de notoriété, il faut utiliser ce capital de visibilité pour ouvrir des portes qui restent fermées et faire résonner nos revendications là où on ne nous attend pas », fait-il valoir.

Mélina Leroux met pour sa part en lumière la réalité vécue par les petites organisations communautaires : « J’arrive du terrain. Je sais ce qui s’y passe : je comprends le manque de financement, je comprends l’épuisement de nos directions générales, et je sais à quel point c’est difficile d’aller rejoindre les gens parce que je le vis au quotidien ».
Témoin direct de ces réalités associatives, la directrice générale a d’ailleurs récemment orchestré la prise sous tutelle transitoire du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) par la FESFO afin de secourir la représentation étudiante au postsecondaire.
Concernant l’AFO, elle réclame une clarification des structures d’adhésion : « C’est devenu absurde : il me faut près de cinq minutes juste pour expliquer le fonctionnement des catégories de membres. Les membres individuels croient qu’ils peuvent voter pour la présidence, alors que ce n’est pas le cas. »
« Il faut moderniser nos structures et sortir des sentiers battus pour que tout le monde ait sa place », conclut-elle.
Après l’examen et la validation des dossiers par le sous-comité électoral, mardi prochain en après-midi, la liste officielle des candidatures sera diffusée par voie de communiqué mercredi, avant le vote des délégués prévu le samedi 24 octobre lors de la 21ᵉ assemblée annuelle de l’AFO à Richmond Hill.