« Un moment charnière » : Fabien Hébert brigue un 3e mandat à la tête de l’AFO
OTTAWA – Fort d’un capital politique qu’il dit avoir accumulé depuis quatre ans, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, confirme sa volonté de briguer un troisième mandat en octobre prochain. Le leader communautaire prévient que d’importants combats attendent l’Ontario français et justifie sa candidature précoce par le besoin d’assurer une stabilité au moment où la communauté s’apprêterait à entamer d’importants changements.
Pour ce natif de Hearst, dans le Nord de l’Ontario, solliciter un nouveau mandat de deux ans s’impose comme une évidence.
« C’était déjà mon intention d’aller pour un troisième mandat, mais c’est devenu naturel avec tous les défis qui sont à relever et ce qu’on a entendu dans toutes les communautés lors des États généraux », confie-t-il à ONFR après en avoir fait l’annonce sur les réseaux sociaux jeudi soir.
Fabien Hébert mise sur la continuité et l’accès aux cercles décisionnels : « On est à un moment charnière. J’ai quatre ans d’expérience dans le dossier, j’ai gagné du capital politique dans mes rencontres et mes discussions. Pourquoi ne pas mettre ça à l’avantage de la communauté francophone? »
Le Livre blanc comme feuille de route
Cette candidature survient alors que l’organisme porte-parole vient de clore la phase de consultation de l’Acte 2 de ses États généraux, un exercice d’envergure qui a mobilisé plus de 1000 participants.
Les données recueillies doivent mener à la publication, cet automne, d’un Livre blanc très attendu, qui servira de plan de match pour l’avenir.
Le président sortant indique vouloir faire de la mise en œuvre de ce Livre blanc sa priorité s’il obtient un nouveau mandat. Selon lui, les structures actuelles ne permettent pas de répondre pleinement aux besoins de la communauté.
« On doit développer ou imaginer un nouveau modèle d’organisation communautaire pour bien y répondre », explique-t-il.
Le paradoxe financier de 2028
Toutefois, la route vers cette transformation promise devra s’armer de patience, puisque les ressources financières majeures n’arriveront pas avant 2028.
Questionné sur ce décalage, M. Hébert précise qu’il s’agit d’une réalité purement budgétaire liée au Plan d’action fédéral pour les langues officielles et aux ententes avec Patrimoine Canada, dont les enveloppes actuelles sont verrouillées jusqu’en mars 2028.
Si la communauté voulait lancer de grands chantiers dès demain, « les fonds ne sont pas là », admet-il franchement.
Ce positionnement répond à des impératifs de calendrier alors que l’organisme prévoit d’utiliser les conclusions de son Livre blanc pour alimenter les consultations en cours avec Patrimoine Canada, en vue de la préparation du prochain cycle de financement fédéral pour la période 2028-2033.
Bien qu’il n’exclue pas la possibilité d’aller chercher des fonds d’urgence d’ici là, le président sortant estime qu’ils ne seraient pas suffisants pour mener à terme un exercice aussi ambitieux.
La modernisation de la LSF comme plus grande fierté
Interrogé sur son plus grand accomplissement, Fabien Hébert cite la création du Centre de planification des services de santé en français, né de la crise entre le gouvernement et les anciennes entités.
« Nous avons réussi, par nos interventions, à créer une agence indépendante, par et pour les francophones, pour recommander au gouvernement les actions prioritaires en santé », se félicite-t-il, soulignant que la structure a permis de préserver l’expertise et les emplois existants.
« Le renouvellement de la Loi sur les services en français et la modernisation des règlements, c’est quelque chose qui nous tenait vraiment à cœur et qu’on a réussi à obtenir », cite-t-il également tout en rappelant le soutien à des projets culturels d’envergure, à l’instar du MIFO ou du Théâtre français de Toronto.
Malgré ces gains, le président sortant continue de talonner le ministère des Affaires francophones (MAFO), nouvellement piloté par Natalia Kusendova-Bashta, pour que la révision des règlements administratifs suive le rythme, notamment en ce qui a trait à la liste des établissements désignés sous la LSF.
« On attend encore une mise à jour de ce règlement-là, qui est vraiment crucial pour nous permettre de bien comprendre où sont les lacunes », rappelle-t-il.
Enfin, si l’AFO a salué la récente annonce de la province d’imposer le bilinguisme obligatoire pour le poste d’Ombudsman, elle ne compte pas abandonner pour autant son cheval de bataille historique. « C’est toujours le souhait de l’AFO que le commissaire aux services en français soit indépendant », insiste Fabien Hébert, rappelant que la pleine autonomie politique demeure l’objectif ultime de la communauté.
Cette vigilance s’étend aussi à l’immigration, où M. Hébert réclame d’urgence une « lentille francophone » face aux récents remaniements de la province.
Un calendrier électoral devancé
En choisissant de dévoiler ses intentions dès le début de juillet, Fabien Hébert prend une longueur d’avance sur le calendrier institutionnel. La période officielle de mise en candidature de l’AFO ne s’ouvrira que le 26 août et se clôturera le 9 octobre prochain.
L’élection se déroulera lors du Congrès annuel de l’organisme, prévu du 21 au 24 octobre prochain à Richmond Hill. Placée sous le thème « Un nouveau souffle », cette édition coïncidera avec la présentation des résultats de l’Acte 2 des États généraux.
Élu pour un premier mandat en 2022 face à Nicole Fortier Levesque, puis reconduit sans opposition en 2024, le président affirme vouloir éviter qu’un « vide » politique ne s’installe durant la saison estivale, préférant rassurer la base associative.
S’il l’emporte lors du scrutin d’octobre 2026, Fabien Hébert s’inscrira dans la lignée de ses prédécesseurs directs, Carol Jolin (2016-2022) et Denis B. Vaillancourt (2010-2016).
Tous deux avaient également complété six années consécutives à la tête de l’organisme, une longévité institutionnelle devenue une véritable tradition politique pour le porte-parole de l’Ontario français depuis sa refondation en 2006 sous la présidence de Mariette Carrier-Fraser.