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Premier contact entre Petitpas Taylor et Mulroney : deux ministres, deux lois vitales pour les francophones

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Les ministres Ginette Petitpas Taylor et Caroline Mulroney se sont croisées pour la première fois vendredi dernier, en marge de l’inauguration de l’Université de l’Ontario français (UOF). Il reste moins de 100 jours à la première pour déposer le projet de Loi sur la modernisation des langues officielles et moins de 200 jours à la seconde pour faire adopter la refonte de la Loi sur les services en français. Un double compte à rebours d’une importance capitale pour les francophones hors Québec et une rencontre éclair entre deux décideuses qui seront très certainement amenées à négocier l’issue du dossier des universités du Moyen-Nord.

À l’issue de leurs discours respectifs, les deux ministres ont brièvement échangé entre elles, dans un bain de foule précédant la visite des installations de l’UOF, une première depuis la nomination de Ginette Petitpas Taylor au portefeuille fédéral des Langues officielles.

Le premier ministre Justin Trudeau a donné 100 jours – soit d’ici le 2 février – à cette dernière pour redéposer le projet de loi C-32 qui doit moderniser la Loi sur les langues officielles. Au micro d’ONFR+, elle a réaffirmé sa détermination à mener ce chantier à son terme et dans les délais impartis. « C’est une priorité absolue », a-t-elle insisté, se disant abasourdie par la polémique sur le PDG d’Air Canada sur l’utilité de parler français à la tête du transporteur aérien.

« J’ai été très frustrée par les propos de M. Rousseau. Il s’est excusé. Après la lettre de Mme Freeland, le conseil d’administration doit passer à l’action. C’est exactement pour ce type de raison qu’on veut donner plus de mordant à la loi et au rôle du commissaire aux langues officielles. Plusieurs changements vont lui donner plus de pouvoir pour agir. »

Ginette Petitpas Taylor, ministre des langues officielles. Crédit image : Rudy Chabannes

La représentante du gouvernement, Caroline Mulroney, a joué le ton de l’humour devant le parterre d’invités. « Je garde un impérissable souvenir des négociations passionnées que nous avons eues avec la ministre Mélanie Joly », a-t-elle lancé, entraînant une salve de rires.

Un peu plus tôt, au cours d’un discours officiel, la ministre acadienne a salué la résistance franco-ontarienne qui a abouti à la création de l’UOF. « Je sais que ce n’est pas toujours facile de défendre ses institutions. Je veux que vous sachiez à quel point votre lutte a été importante », a-t-elle déclaré, comme un pied de nez au gouvernement Ford, bourreau du projet trois ans plus tôt dans son budget, avant de rétropédaler devant la levée de boucliers de la communauté.

L’Université de Sudbury, prochaine bataille entre l’Ontario et Ottawa ?

La ministre ontarienne des Affaires francophones a inscrit l’avènement de l’UOF dans la suite logique de la stratégie du gouvernement pour résorber la pénurie de main d’œuvre francophone, et mis en avant un autre de ses piliers : la modernisation de la Loi sur les services en français.

« Le succès à long terme de cette modernisation, et en particulier de la réalisation du principe d’offre active, repose en grande partie sur la formation et de la disponibilité d’une main d’œuvre bilingue et qualifiée. Il nous faut pour cela déployer tous les moyens nécessaires. »

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. Crédit image : Rudy Chabannes

Et de pointer vers l’UOF, les universités et les collèges de langue française qui ont « un rôle primordial à jouer pour remédier aux lacunes du marché du travail », a poursuivi Mme Mulroney. Une de ces institutions, l’Université de Sudbury réclame son indépendance par et pour les francophones depuis près de huit mois.

Les deux ministres savent qu’elles se retrouveront sur ce dossier du postsecondaire dans le Moyen-Nord de l’Ontario lequel traverse une crise.

L’Université Laurentienne s’accroche aux programmes en français qui lui reste, tandis qu’une partie de la communauté réclame leur transfert à l’Université de Sudbury pour appuyer sa transformation en université complètement francophone. Mme Mulroney martèle que son gouvernement a pieds et poings liés tant que la procédure de restructuration protégeant la Laurentienne suit son cours.

« On espère grandement cette même coopération avec le gouvernement de l’Ontario pour l’Université de Sudbury » – Ginette Petitpas Taylor

Les ministres Petitpas Taylor et Mulroney discutent sous le regard du chancelier de l’UOF, Paul Rouleau. Crédit image : Rudy Chabannes

Au micro d’ONFR+, Mme Petitpas Taylor a osé le parallèle entre l’UOF et l’Université de Sudbury, souhaitant un dénouement aussi heureux dans le Nord qu’il l’a été à Toronto. « On a eu un partenaire provincial pour établir l’UOF. On espère grandement cette même coopération avec le gouvernement de l’Ontario pour l’Université de Sudbury ». Le ton est donné.

« Le gouvernement fédéral sera là pour appuyer les universités mais ce n’est pas à Ottawa de prendre les décisions pour les universités », a-t-elle mise en garde. « On veut que les décisions soient prises par et pour les Franco-Ontariens et on sera là pour les soutenir. »

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