Ottawa — Le « Train clandestin de la liberté » a rassemblé, dans la nuit du 31 juillet au 1er août, une centaine de personnes à bord pour célébrer le Jour de l’émancipation. Cette date marque la fin officielle, en 1834, de l’esclavage dans l’Empire britannique, y compris le Canada.
Tard dans la nuit, se rassemblant à la station Blair d’Ottawa, ils ont choisi de veiller plutôt que de dormir. Aînés, enfants, artistes, militantes, professeurs, sportifs, familles entières, toutes les générations sont venues célébrer le Jour de l’émancipation, le 1er août 1834, date à laquelle l’Empire britannique abolit officiellement l’esclavage dans toutes ses colonies, y compris le Canada.
Pour marquer cette date (reconnue en 2021 par le gouvernement fédéral), une centaine de personnes se sont rassemblées à bord du « Train clandestin de la liberté », un événement inspiré du modèle torontois lancé par l’écrivaine et militante noire Itah Sadu en 2013 et organisé simultanément à Toronto ce même soir.
Une mémoire et un espoir pour le futur
« Je veux me souvenir de celles et ceux qui ont tout risqué pour la liberté », confie Denise Umutoni, migrante rwandaise. « Cette liberté dont nous jouissons actuellement, elle a été arrachée par la lutte des pionniers. Et encore aujourd’hui, on continue à se battre, contre d’autres formes d’esclavage », poursuit-elle.
Denise Umutoni, migrante rwandaise, a rappelé que la quête de liberté continue sous d’autres formes. Photo : Amine Harmach
Poésie, chants, danses et récits ont fait vibrer chaque wagon. Le train, le temps d’un trajet de deux heures, s’est transformé en scène vivante, en mémoire en mouvement.
Au menu des chansons comme Redemption song de Bob Marley qui évoque l’odyssée des esclaves dans les navires les transportant de l’Afrique vers l’exploitation ou A change is gonna come de Sam Cooke qui évoque l’espoir et la fraternité humaine qui triomphera un jour.
« Je garde espoir pour notre futur collectif », témoigne Melissa Redmond, professeure à l’Université Carleton venue avec plusieurs amis « célébrer la résilience des peuples africains, peu importe où ils se trouvent ».
« Nous sommes unis par une histoire commune, par une expérience partagée », ajoute-t-elle.
Pour elle, cet événement offre l’occasion précieuse d’être ensemble. « On manque de moments pour simplement réfléchir à notre histoire, à notre situation actuelle, et à ce que l’on souhaite pour notre avenir. »
Melissa Redmond, professeure à l’Université Carleton, souligne la résilience des peuples africains. Photo : Amine Harmach
Des pionniers de la cause
Pour Jean-Marie Guerrier, vice-président et trésorier de l’organisme Histoire des Noirs d’Ottawa (traduction libre – Black History Ottawa), le « Train clandestin de la liberté » rend hommage au réseau clandestin de routes, d’abris et de personnes qui ont aidé les esclaves à fuir vers le nord.
« Les termes utilisés dans ce contexte étaient très imagés : conducteur, train, gare… D’où l’idée de recréer un train, pour incarner cette marche vers la liberté », explique-t-il.
Adrienne Codette, militante noire qui a animé l’événement en anglais, souligne que « le réseau » fonctionnait sur l’une des relations humaines les plus puissantes : « Quand on est alliés, solidaires, organisés, on peut renverser un système entier conçu pour vous détruire. »
« Tant qu’un seul d’entre nous n’est pas libre, aucun de nous ne l’est vraiment », clame-t-elle.
Au fil des stations, Sarah Onyango, coordonnatrice d’Histoire des Noirs faisait découvrir aux passagers la mémoire d’Ottawa parcourue de lieux symboliques.
Exemple parmi tant d’autres, le quartier Rideau-Rocliffe, représenté par Rawlson King, premier conseiller municipal noir élu en 2019 et réélu en 2022.
Sarah Onyango guide les passagers à travers les grandes étapes de l’histoire noire d’Ottawa. Photo : Amine Harmach
Non loin de quartier Côte-de-Sable, Sarah Onyango rappelle que certaines rues rendent hommage à des figures liées à l’esclavage ou à son abolition. Elle évoque la maison de Wilfrid Laurier, le premier premier ministre francophone du pays (de 1896 à 1911). « En 1911, il a signé un décret interdisant, pour un an, l’immigration de personnes noires, jugées inadaptées au climat et aux exigences du Canada », rappelle-t-elle.
Cette décision, prise dans un contexte de racisme et de discrimination, visait à empêcher l’établissement de Noirs au pays, en se basant sur des préjugés « d’inadaptation climatique ».
D’autres figures historiques sont également évoquées, comme Hugh Burnett qui a milité auprès du gouvernement de l’Ontario jusqu’à la promulgation en 1951 d’une loi interdisant la discrimination dans l’emploi.
Il y a aussi lieu de citer Myrtha Lapierre, doyenne de la communauté haïtienne, première femme noire francophone à avoir suivi le programme de sciences infirmières à l’Université d’Ottawa, avant d’enseigner pendant près de 30 ans.
Une odyssée historique
« Une odyssée bouleversante et féconde », résume Régy Jonathan de la Cruz Abraham, artiste haïtien et poète d’Ottawa-Gatineau.
« En tant que descendant de la première République noire, celle qui a ouvert la voie à tant d’autres, j’ai ressenti une émotion profonde », affirme-t-il
Régy Jonathan De La Cruz Abraham, artiste engagé, a récité un des ses poèmes à bord du « Train clandestin de la liberté ». Photo : Amine Harmach
De son côté, Travis Duggan, membre de la coalition Brotherhood, coorganisatrice de l’événement, appelle à ce que la société canadienne reconnaisse la présence et l’engagement des hommes noirs.
« Depuis que je suis jeune, j’ai vu de grands changements positifs pour les Noirs dans ce pays », estime-t-il, citant notamment le domaine de l’éducation. « Mais il y a encore beaucoup à faire. L’histoire qu’on nous raconte n’est pas celle des Noirs », conclut-il.
Cette mémoire noire est au centre d’un autre événement organisé par l’organisme Histoire des Noirs d’Ottawa. Tous les mercredis et samedis jusqu’au 18 octobre, des parcours en bus en 25 étapes mènent sur les traces des pionniers noirs à travers la visite de lieux marquants de l’histoire des Noirs à Ottawa et au Canada.
Les tours sont généralement en anglais, mais ces visites guidées peuvent être aussi offertes en français ou de manière bilingue.
Cécile Dionne, l’une des célèbres quintuplées originaires du Nord de l’Ontario qui avaient fasciné le monde entier dans les années 1930, est décédée dimanche dernier à l’âge de 91 ans à Montréal, à la suite d’une longue maladie.
Née à Corbeil, au sud de North Bay, le 28 mai 1934, Cécile était l’une des cinq sœurs Dionne, les premières quintuplées identiques connues à avoir survécu à la naissance.
Leur arrivée au monde en pleine Grande Dépression avait provoqué une onde médiatique sans précédent, attirant des millions de curieux et de touristes dans la petite localité nord-ontarienne de Corbeil.
Cécile Dionne rejoint ses trois sœurs déjà disparues : Émilie Dionne est décédée en 1954 à l’âge de 20 ans des suites d’une crise d’épilepsie, Marie en 1970 à 35 ans d’un caillot au cerveau, tandis qu’Yvonne s’est éteinte en 2001 à l’âge de 67 ans, victime d’un cancer.
Annette est désormais la seule sœur encore en vie. Une visite de condoléances aura lieu le jeudi 7 août 2025 à Saint-Bruno-de-Montarville au Québec selon un avis de décès disponible en ligne.
« Cécile Dionne était une femme de courage et de convictions, dont l’engagement envers la mémoire de sa famille et l’histoire franco-ontarienne a profondément marqué notre communauté. À travers ses prises de parole et ses combats, elle nous a rappelé l’importance de faire vivre notre patrimoine et de le transmettre avec dignité. Sa voix nous manquera, mais son héritage, lui, vivra longtemps », réagit Jacynthe Dupont, directrice générale, Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO).
Le maire de North Bay, Peter Chirico, s’est dit attristé d’apprendre le décès de Cécile Dionne. « Elle avait tant de liens avec cette ville et cette région », a-t-il confié à ONFR. Saluant l’héritage des quintuplées, il souligne l’importance du musée qui leur est dédié : « Leur legs continuera de vivre et d’être reconnu comme l’un des miracles du début du siècle. »
Une enfance surexploitée
Peu après leur naissance dans une maison sans électricité ni eau courante à Corbeil, les quintuplées sont retirées à leurs parents par la province, qui en fait des pupilles de la Couronne sous prétexte de préserver leur santé fragile. Un hôpital-pouponnière, le Dafoe Hospital and Nursery, est construit juste en face du domicile familial.
Face à cette situation, l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFEO) avait contesté les évaluations éducatives menées en anglais et a milité pour que le français soit reconnu comme langue d’instruction. En 1938, cette mobilisation a permis d’obtenir que le français devienne la langue principale d’éducation pour les Dionne.
C’est là que les sœurs grandiront, séparées de leurs proches, surveillées en permanence et exposées quotidiennement au regard de milliers de touristes venus de partout dans le monde. On estime que plus de trois millions de visiteurs ont défilé devant leur lieu de vie dans les premières années. Ce n’est qu’en 1943, à l’âge de 9 ans, que les quintuplées sont rendues à leurs parents.
Dans les années 1990, les trois seules encore en vie à ce temps-là, Cécile, Annette et Yvonne, intentent une poursuite contre le gouvernement de l’Ontario, réclamant une réparation pour les abus subis durant leur enfance. Elles obtiennent gain de cause en 1998, recevant un règlement de 4 millions de dollars.
Cécile Dionne a vécu à Saint-Bruno-de-Montarville, en banlieue de Montréal, à partir des années 1990, période durant laquelle elle partageait une résidence avec ses sœurs Yvonne et Annette. Elles ont choisi de s’installer ensemble dans ce secteur familial après leur vie très médiatisée, réfugiées dans un environnement plus discret et intime
Combat pour le musée
Un musée consacré aux quintuplées Dionne a été fondé en 1985 à North Bay, dans l’une des maisons d’enfance des sœurs, afin de préserver leur histoire hors du commun.
Initialement situé rue Franklin, le Musée Dionne a été déplacé en 2017 vers une zone patrimoniale au parc du waterfront de North Bay. Il a rouvert au printemps 2019 après plusieurs années d’incertitude liée à un désengagement municipal.
L’exposition, aujourd’hui relocalisée au musée communautaire de North Bay et ouverte au public, tous les vendredis et samedis, de 10 h à 16 h avec entrée gratuite, continue de susciter l’intérêt, bien que son avenir demeure incertain.
FAUQUIER-STRICKLAND – À bout de souffle sur le plan financier, la municipalité de Fauquier-Strickland a adopté jeudi soir une résolution entérinant la poursuite de ses services municipaux après le 1er août. Réunis en séance extraordinaire, les élus ont voté à l’unanimité en faveur de l’acceptation d’une aide d’urgence du gouvernement ontarien, qui permet à la localité du Nord-Est de maintenir temporairement ses activités.
La réunion a commencé dans une ambiance tendue, marquée notamment par une légère confusion autour de la langue utilisée pour les échanges.
La mairesse Madeleine Tremblay a tenté de s’exprimer en français et en anglais simultanément, cherchant à accommoder tous les participants, mais cette démarche a été perçue par certains comme confuse. Ce moment reflète les défis linguistiques auxquels fait face cette municipalité francophone minoritaire dans un contexte bilingue, où la question de la langue officielle de travail demeure sensible.
Par ailleurs, le conseiller Pierre Lamontagne a tenté d’ajouter un point à l’ordre du jour pour proposer un plan visant à réduire le déficit. La mairesse s’y est opposée, rappelant que la réunion extraordinaire ne peut traiter que des sujets inscrits à l’ordre du jour.
« Ce soir, c’est une réunion spéciale spécifiquement sur les sujets qu’on va discuter. On ne peut pas discuter d’autres sujets », a-t-elle insisté.
Malgré ce désaccord, le conseil s’est rapidement recentré sur la question centrale : la ratification formelle de l’aide provinciale. Les conseillers ont voté à l’unanimité pour adopter la résolution, permettant de débloquer le premier versement dès le 1er août.
Ceux-ci ont officiellement résolu que les services municipaux se poursuivront au-delà du 1er août 2025 et que les mises à pied prévues à cette date pour les employés restants seront annulées. Deux employés municipaux, affectés à l’entretien des routes et aux services d’hiver, conserveront notamment leurs postes, aux côtés de la directrice des services municipaux/greffière, Shannon Pawlikowski.
Une aide sous conditions
L’approbation sans réserve de l’accord de paiement de transfert conclu avec le ministère des Affaires municipales et du Logement survient deux semaines après la visite d’une délégation de la province.
En vertu de cet accord détaillé dans une lettre du ministre Rob Flack adressée à la mairesse Madeleine Trembay et datant du 25 juillet dernier, la province accorde jusqu’à 300 000 dollars à la municipalité pour lui permettre de couvrir ses coûts de fonctionnement essentiels entre le 1er août et le 31 octobre 2025.
L’aide est versée en trois paiements conditionnels. Le premier versement, d’un montant de 32 200 dollars, couvre les dépenses essentielles du mois d’août, notamment la paie, les assurances, les frais de gestion de l’eau potable, la gestion des déchets, les hypothèques et les dépenses courantes. Le deuxième versement, qui peut atteindre jusqu’à 195 000 dollars, est prévu en septembre mais peut être ajusté selon les revenus additionnels que la municipalité recevra des programmes provinciaux ou fédéraux.
Le dernier versement, d’un maximum de 72 800 dollars, est programmé pour octobre et dépend lui aussi du respect des obligations financières et des revenus déclarés par la municipalité. Chaque tranche est conditionnée à la transmission de rapports financiers détaillés, à l’interdiction de dépenses non essentielles et à la finalisation d’un budget d’ici la fin du mois d’août.
Cet appui vise principalement à permettre à la municipalité de maintenir ses services de base et de conserver son personnel, mais elle ne couvre pas les dettes à long terme ni les investissements majeurs. Elle s’arrêtera à la fin octobre, laissant toujours en suspens la question d’une solution à plus long terme.
Ce sursis intervient alors que la situation financière de Fauquier-Strickland est pire que ce qui avait été communiqué au public ces derniers mois. Le déficit municipal, initialement estimé à 2,5 millions de dollars, serait en réalité supérieur à 5,5 millions, selon de nouvelles projections internes mettant en lumière une autre dette à long terme de 3,04 millions.
Lors de la séance, la frustration populaire s’est traduite par un appel clair au changement. Un citoyen a dénoncé ce qu’il a qualifié de « corruption » dans la gestion financière, évoquant un « mauvais usage des fonds publics » et demandant un renouveau lors des prochaines élections municipales. Ce cri du cœur reflète un malaise grandissant face à une situation jugée insoutenable par plusieurs habitants.
Parallèlement, des tensions importantes ont émergé entre la mairesse Madeleine Tremblay et le conseiller Lamontagne, notamment au sujet de l’accès aux documents financiers.
Ce dernier a contesté la transparence de l’administration, affirmant ne pas avoir reçu tous les renseignements nécessaires pour évaluer correctement la situation. La mairesse a alors répliqué en assurant que tous les membres du conseil avaient accès aux documents, ce qui a provoqué un vif désaccord.
Une rencontre régulière du conseil municipal est prévue mardi prochain, au cours de laquelle plusieurs membres espèrent proposer des idées pour trouver des solutions à la crise financière.
TORONTO –Depuis que Statistique Canada a dévoilé à deux reprises des chiffres accablants sur le déclin du françaispartout en Ontario et au Canadaen l’espace de quatre ans, la question de la transmission du français s’est renouvelée dans les régions francophones en situation minoritaire. De plus en plus façonnée par l’exogamie linguistique et exposée à la langue majoritaire, la famille reste un foyerimportant de cette transmission, avec de nombreux défis à la clé.
Tandis que certains recherchent le conjoint francophone idéal, d’autres composent avec un partenaire de langue maternelle différente. À chacun sa stratégie pour pérenniser sa langue française.
Quand elle a rencontré Larkin Miller à Toronto, Marianne a voulu allier sa langue et sa culture françaises à celles de son mari, un danseur de ballet américain venu poursuivre sa carrière à la prestigieuse école nationale du pays.
« On s’est tout de suite mis dans une situation d’apprentissage de la langue de l’autre. J’ai eu besoin d’apprendre sa propre manière de parler en anglais, incluant son jargon californien », raconte la chercheuse en histoire.
Marianne et Larkin Miller sont un couple franco-américain qui parle de plus en plus français à la maison. Photo : Gracieuseté de Marianne Miller
Malgré une certaine bienveillance mutuelle vis-à-vis des différences linguistiques, Marianne a tout de même jugé essentiel d’imposer sa langue, particulièrement au sein de sa belle famille. « Je voulais les sensibiliser à ma langue et à terme à la langue que leur petit-fils parlera parce que, pour eux, l’anglais domine. »
Dans l’effort d’apprendre la langue de son mari, Marianne s’est très tôt heurtée au dilemme entre transmission et assimilation linguistique. « On s’est mis à regarder beaucoup de films et de séries en français. Et maintenant, quand on se demande de faire quelque chose, comme faire à manger ou la lessive, tout ça on commence à le dire en français », remarque-t-elle.
Bien au fait des rapports de force entre le français et l’anglais, Serge Dupuis constate qu’« il y a 50 ou 60 ans, le taux d’exogamie dans les régions comme l’Est et le Nord-Est était relativement faible. On parlait de 10 à 15 %. Alors qu’aujourd’hui, c’est devenu un phénomène majoritaire avec l’urbanisation et la raréfaction des rapports en français dans son entourage. »
Serge Dupuis au Salon du livre du Grand Sudbury le 10 mai dernier. Photo : Inès Rebei/ONFR
L’historien et consultant originaire de Sudbury suggère qu’auparavant, l’opinion répandue avançait l’idée que « l’exogamie mène forcément à l’assimilation et l’endogamie (opposée à l’exogamie) mène forcément à la transmission linguistique. » Néanmoins, il affirme que cette idée est plus complexe aujourd’hui.
En effet, M. Millersent qu’il y a eu un changement de la langue la plus parlée à la maison notamment depuis que son fils est né. « On a plus tendance à parler anglais, mais je ne pense pas que la culture de l’un l’emporte sur l’autre. En plus, on baigne aussi dans une troisième culture canadienne et ça me pousse à être curieux et apprendre le français », soutient celui qui a acquis une maitrise de base du français depuis qu’il vit avec sa femme.
Tout est-il traduisible en amour?
Pour nombre de Franco-Ontariens, privilégier un partenaire s’identifiant à la culture francophone représente une facilité de communication à l’échelle du couple, et à une plus grande échelle, un maintien du poids démographique de la francophonie à l’échelle de la province.
Même si la langue de la mère a tendance à considérablement se transmettre, d’après Serge Dupuis, l’influence de la localité et de l’école a un effet majeur. « Même si les deux parents sont francophones, si c’est dans un endroit où le français n’existe nulle part, ça va être très difficile de transmettre la langue », précise-t-il.
Parlant français et le malgache, Megahn Andrianaina a quitté sa terre de Madagascar pour Toronto il y a trois ans. La jeune diplômée de Collège Humber, qui considère le français comme sa langue maternelle depuis ses études dans un lycée français, compte privilégier cette langue dans le cadre de ses relations.
« Je trouve que les sujets profonds ou un peu difficiles sont compliqués à aborder dans une langue qui n’est pas ta première langue. Et puis j’ai l’impression qu’on est plus émotionnel dans sa première langue », compare la jeune femme.
Après avoir évolué dans un système scolaire francophone à Madagascar, Meghan Andrianaina a tendance à préférer le français dans le cadre de sa vie personnelle. Photo : Gracieuseté de Megahn Andrianaina
Dans les grandes villes, il n’est pas anodin que les jeunes francophones emploient de grands moyens pour croiser le chemin de leurs semblables, notamment à travers les applications de rencontres. « La première année où je suis arrivée, sur une de ces applications, j’avais utilisé le filtre qui permettait de trouver des personnes parlant français », évoque Megahn Andrianaina.
Toutefois, plus tôt ce mois-ci, des licenciements au sein de l’application Bumble, ont certainement contribué à une fatigue croissante de la génération montante vis-à-vis des applications de rencontre.
Dans les anciennes générations, Serge Dupuis explique que « les fréquentations se faisaient à la salle paroissiale ou dans les soirées dansantes où généralement on était majoritaire [les francophones], puis la probabilité faisant en sorte qu’on allait rencontrer un conjoint francophone. »
Le premier speed dating francophone en Ontario
À Ottawa, la semaine prochaine, se tiendra le tout premier speed dating francophone de la province organisé par 15FirstDates. « On attend près de 40 personnes », affirme Khang Pham, qui coordonne l’événement.
Pour la somme de 30 dollars, les participants auront l’occasion de rencontrer une vingtaine de potentiels partenaires avec qui ils partageraient l’usage du français au quotidien. « L’idée m’est venue quand un des participants à nos évènements en anglais avait du mal à s’exprimer pleinement car il ne maitrisait pas beaucoup l’anglais », se rappelle M. Pham qui prévoit d’organiser trois autres événements similaires à Ottawa, espèrant par la suite étendre l’initiative à l’échelle provinciale.
« Je vois définitivement des plus de jeunes gens qui viennent à ces événements », dit Khang Pham.
15FirstDates.ca va désormais organiser des évènements speed dating spécifiquement francophones dès la semaine prochaine. Photo : Gracieuseté de Khang Pham
L’organisateur assure que la porte n’est pas fermée aux non-francophones dans la mesure où l’idée demeure de créer un espace où les personnes peuvent échanger en français et laisser la chance à tout type de liens pour assurer cette transmission linguistique.
Serge Dupuis confirme finalement que lorsque des rapports s’établissent dans une certaine langue, il devient très difficile de les changer par la suite. D’ici un an, le nouveau recensement fera un nouvel état de l’usage des langues officielles dans la sphère personnelle.
L’année prochaine, le nouveau recensement de la population, qui débutera périodiquement dès le mois de mai, amassera de nouvelles données sur l’usage des langues officielles dans la sphère personnelle.
TURIN (Italie) – Présenté officiellement à la presse ce mercredi 30 juillet, Jonathan David a partagé ses premières impressions et ses grandes ambitions avec la Juventus de Turin. Le buteur Franco-Ontarien a affiché sa détermination pour s’imposer sous les couleurs bianconeri (surnom de l’équipe, noir et blanc en italien) et franchir un nouveau cap dans sa carrière.
« C’est une grande émotion pour moi d’être dans un club comme la Juventus », a-t-il déclaré en ouverture, avant d’évoquer une première semaine d’entraînement « très positive », facilitée par « des coéquipiers qui [l’]ont beaucoup aidé ».
Transféré depuis Lille après trois saisons pleines, toutes conclues au-delà des 25 buts, l’attaquant de 24 ans ne cache pas ses objectifs élevés en Serie A.
« Je pense pouvoir encore marquer 25 buts cette saison. Bien sûr, je sais que la Serie A est plus tactique et plus défensive, mais je suis prêt à relever le défi. »
S’il est conscient de la concurrence à son poste, notamment avec Dušan Vlahović ou Kenan Yıldız, le natif de Brooklyn, élevé à Ottawa, ne s’en laisse pas impressionner.
« Il n’y a jamais de garantie. Il faut jouer, prouver. Je ne m’attends pas à être titulaire à chaque match, mais je vais tout donner. »
Interrogé sur le surnom « Iceman » que lui avait attribué l’ancien sélectionneur du Canada en raison de son sang-froid devant le but, Jonathan David l’assume totalement.
« Oui, je suis très calme dans la surface de réparation. Ce sang-froid m’aide dans les moments de pression. Rester concentré est essentiel. »
Si son arrivée à Turin s’inscrit dans une logique sportive, elle répond aussi à un rêve de jeunesse.
« Chaque championnat a ses défis, mais j’ai toujours voulu jouer à la Juve, donc je suis ici. »
Enfin, s’il refuse pour l’instant de se projeter trop loin, le Franco-Ontarien ne cache pas son ambition de tutoyer l’élite mondiale.
« Je ne parle pas encore de Ballon d’Or, mais j’ai choisi ce club pour ses grandes ambitions. Je veux progresser et devenir l’un des meilleurs buteurs au monde », affirme celui-ci.
PAPINEAU-CAMERON – La municipalité de Papineau-Cameron, dans le Nord de l’Ontario, accueille de vendredi à dimanche, la toute première édition du Thunder Semi Valley Festival. Courses de camions lourds, ambiance festive, spectacles musicaux et espoirs touristiques : pour les organisateurs comme pour la municipalité, ce tout nouvel événement pourrait bien devenir un moteur économique majeur pour la région.
L’idée est née dans l’élan du Rodéo du camion, événement emblématique du Témiscamingue québécois, qui n’a pas survécu à la pandémie.
« Après sa fin, on n’avait plus de montée en côte dans la région. Gary Anderson, notre patron, a voulu combler ce vide », explique Shelbie Wagner, spécialiste en marketing pour le festival.
« On a repris le style, l’atmosphère et le déroulement du Rodéo, mais on a créé quelque chose de nouveau ici à Papineau », poursuit la francophone. Le festival s’est monté en moins de neuf mois sur l’ancien terrain industriel de Tembeck, devenu le Smoke N Spurs.
Le comité organisateur souhaite refléter l’esprit ultra local du festival : « On est tous de Papineau. On vit à deux ou trois minutes du site. Ce festival, c’est un projet local, monté par et pour la communauté ».
Le cœur de l’événement : des courses de camions lourds en montée, réparties sur trois jours. Parmi les nouveautés, le grudge match, où des participants de différentes classes peuvent s’affronter dans des duels improvisés, « juste pour le fun ».
Mais le Thunder Semi Valley Festival, c’est aussi de la musique. « On aura trois artistes le vendredi et trois le samedi », indique-t-elle. Des groupes musicaux comme The Unknown, Toe Jam Tequila, The Wounded Sons ou encore Ryan Jesse se produiront sur scène vendredi et samedi soir : « On voulait que les gens puissent rester sur le site après les courses, danser, se relaxer, partager. »
Jusqu’à 5000 visiteurs attendus
L’organisation espère accueillir entre 4000 et 5000 personnes dans ce petit canton de moins de 1000 habitants, situé tout près de Mattawa. Pour anticiper l’achalandage, le site offre 1000 emplacements pour les roulottes.
Le maire de Papineau-Cameron, Robert Corriveau, croit fermement au potentiel de l’événement.
« On veut être reconnus comme une place spéciale pour les courses de camions, affirme ce Franco-Ontarien bien connu de la région. Ce genre de festival, c’est bon pour le tourisme, pour faire connaître notre coin, pour stimuler l’économie. »
Papineau-Cameron est l’un des principaux commanditaires, aux côtés de l’entreprise GinCor Werx.
« On s’est aperçu qu’avec ce genre d’événements, il y a même des gens qui finissent par s’installer ici, surtout des retraités qui découvrent la région », déclare celui qui est maire de la municipalité depuis 34 ans.
Une forte empreinte francophone
Dans une région avec une certaine présence francophone, le festival attire naturellement une clientèle bilingue. « À Papineau, je dirais que 90 % des résidents sont francophones. Tous des Bélanger, des Lamothe, des Boulanger! À Cameron c’est plus du 50/50 », lance le maire.
Mme Wagner renchérit : « Plus de la moitié de nos 85 coureurs viennent du Québec. On en a de la Beauce, de l’Abitibi, du Témiscamingue… et même quelques-uns des États-Unis et de Suisse. »
Consciente de cette réalité, l’organisation a mis en place un minimum de services bilingues.
« Les brochures sont en anglais, mais avec un code QR pour accéder à la version française. Moi-même et plusieurs personnes sur place parlons français et les annonces seront dans les deux langues », explique Shelby.
Le maire reconnaît que davantage pourrait être fait dans les prochaines éditions : « C’est une première. On apprend. Mais avec autant de francophones présents, c’est certain qu’il faudra mieux intégrer cette dimension à l’avenir. »
Un pari touristique à long terme
Le Thunder Semi Valley Festival s’ajoute aux efforts de la municipalité pour diversifier son offre touristique. Papineau-Cameron compte déjà une pente de ski, un terrain de golf, des sentiers de VTT… et, depuis l’an dernier, le festival Smoking Spurs, qui mêle compétitions de chevaux, de camions et de VTT dans la boue.
« L’an passé, pour Smoking Spurs, les tablettes des magasins étaient vides dès le samedi matin. C’était plein de campeurs et la ville bougeait, se rappelle M. Corriveau. Ce sera pareil, voire plus gros, avec les camions. »
Avec le soutien de la Fédération canadienne des courses de camions lourds du Québec (FCCLQ), l’événement est déjà inscrit dans une perspective de rendez-vous annuel, chaque début août.
« On veut que ce soit un événement récurrent, une tradition », conclut Shelbie Wagner. Cette année, c’est la première. Mais l’an prochain, ce sera encore meilleur. »
OTTAWA — La Cour suprême du Canada (CSC) a annoncé ce mardi avoir entamé la traduction de certaines de ses décisions unilingues les plus importantes rendues avant 1970.
Le Bureau du registraire de la Cour suprême du Canada précise que ce sont 24 décisions qui sont concernées. C’est un comité indépendant qui a établi « les décisions les plus importantes d’un point de vue historique ou jurisprudentiel rendues par la Cour avant 1970 ».
Avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles en 1970, le plus haut tribunal au pays n’était pas tenu de publier ses jugements dans les deux langues officielles. Certaines décisions sont donc seulement disponibles dans une seule langue, soit près de 6 000 au total.
« Cette initiative est entreprise à l’occasion du 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en 2025, année durant laquelle la Cour commémore son histoire et son héritage en tant qu’institution qui défend la primauté du droit, inspire la confiance du public et sert notre communauté », a déclaré la branche administrative de la Cour suprême dans un communiqué.
Les membres du comité chargé d’identifier les décisions unilingues les pertinentes de la Cour suprême du Canada avant 1970 :
L’honorable Marshall Rothstein, ancien juge à la CSC
L’honorable Clément Gascon, ancien juge à la CSC
Teresa Donnelly, présidente de la Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada et ancienne trésorière du Barreau de l’Ontario
Catherine Claveau, bâtonnière du Québec (jusqu’au 1er juin 2025)
Marie-Ève Sylvestre, doyenne et professeure titulaire à la Section de droit civil de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa
Yan Campagnolo, vice-doyen et professeur titulaire à la Section de common law de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa
Francis Barragan, président-directeur général de l’Institut canadien d’information juridique (CanLII).
Le groupe d’experts a recommandé la traduction de cette vingtaine de décisions dans un rapport rendu en juin. Le comité explique avoir identifié des décisions selon certains critères comme celles les plus citées par la Cour suprême et les tribunaux antérieurs, les décisions les plus citées par les avocats et les décideurs administratifs. Les décisions les plus pertinentes pour l’enseignement du droit et aussi les plus consultées par le public ont aussi été prises en compte.
De ce lot de 24 décisions, 71 % ne le sont qu’en anglais alors que 29 % sont en partie en anglais et en partie en français. Dans son rapport, le Comité « reconnaît que plusieurs autres décisions antérieures à 1970 méritent également une attention particulière et une traduction, mais son mandat se limitait à présenter une courte liste d’environ vingt décisions qui feront l’objet d’une traduction à l’occasion du 150e anniversaire de la CSC ».
Dans son communiqué, le Bureau du registraire soutient avoir entrepris au préalable la traduction de l’affaire Roncarelli c. Duplessis, une décision figurant finalement aussi sur la liste du comité.
« Les autres décisions suivront à mesure que leur traduction sera terminée, donnant ainsi aux Canadiens la possibilité de se renseigner sur des moments importants dans l’histoire juridique du Canada. Ces décisions n’auront toutefois pas un caractère officiel, étant donné qu’elles ne peuvent pas être approuvées par les juges qui les ont rendues, ceux-ci étant tous décédés », indique le Bureau du registraire.
Bataille judiciaire
Même si ce n’est nulle part mentionné dans le communiqué, cette décision survient à la suite de la décision de l’organisme Droits collectifs Québec (DCQ) de poursuivre la Cour suprême pour son refus de traduire l’ensemble de ses décisions antérieures à 1970.
DCQ estime que la Cour suprême a enfreint la Loi sur les langues officielles, car certaines décisions rendues ne sont toujours pas bilingues. L’organisation base sa démarche sur une décision du Commissariat aux langues officielles qui avait conclu, dans un rapport d’enquête, que le plus haut tribunal au pays se devait de traduire ses anciennes décisions.
En réponse à la poursuite judiciaire, la plus haute cour au pays avait annoncé retirer de son site web l’ensemble des décisions antérieures à 1970 qui n’étaient pas bilingues. Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge avait réprouvé cette décision.
Marie-Jennyne Mayard est la fondatrice et directrice générale du Festival Kompa Zouk Ontario (FKZO), le festival franco-caribéen de Toronto. Ancienne présidente des Délégations nationales de la diaspora africaine, elle a notamment siégé au comité d’experts du Conseil des arts de l’Ontario, en parallèle de son rôle de directrice des communications de la maison d’Haïti du Grand Toronto.
CONTEXTE :
C’est du 1er au 4 août que se déroulera le 17e Festival Kompa Zouk à Toronto, qui célèbre la culture créole francophone des Caraïbes. Au programme, diverses activités gratuites, danse, musique et défilé de mode au Centre Harbourfront avec, en point de mire, le 3 août et le grand concert final.
ENJEU :
Faire découvrir les cultures francophones des Caraïbes, un enjeu primordial pour la reconnaissance et l’inclusion culturelles. Pour la première fois cette année, le FKZO enverra une délégation officielle dans le grand défilé du festival Caribana Toronto, majoritairement anglophone.
« Est-ce votre héritage haïtien qui a inspiré la création du Festival Kompa Zouk?
Mon implication trouve directement racine dans mon identité haïtienne. La création du festival est née d’une expérience très personnelle. En 2006, à mon arrivée au Canada, j’ai rapidement réalisé à quel point la culture haïtienne était méconnue, voire absente de l’espace culturel.
Chaque fois que je mentionnais que j’étais Haïtienne, on confondait mes origines, pensant que j’étais soit Jamaïcaine, Trinidadienne, ou parfois même ‘Asian’ ou ‘de Tahiti’. Ce manque de reconnaissance m’a beaucoup marquée. C’est de ce choc culturel qu’est née l’idée de créer un événement mettant en lumière la richesse de la culture haïtienne, tout en rassemblant les différentes communautés caribéennes francophones.
Par quoi s’est traduite la genèse de l’événement?
Le FKZO a pris naissance en 2008, avec une volonté claire : célébrer notre musique, notre héritage et notre présence ici… Le kompa, genre musical emblématique d’Haïti – mais aussi très populaire en Martinique et en Guadeloupe – s’est naturellement imposé comme un pilier du festival.
C’est une musique rythmée, dansante et sensuelle, mêlant des influences africaines, latines et caribéennes avec des rythmes cadencés, souvent portés par des batteries, percussions, cuivres et guitares électriques.
J’ai aussi voulu inclure le zouk, qui représente les Antilles françaises, pour favoriser un dialogue culturel et une solidarité caribéenne. Le festival a donc été fondé non seulement pour faire rayonner la culture haïtienne, mais aussi la culture créole francophone en général.
En quoi est-ce important d’avoir cette représentation?
C’est une question de visibilité, de reconnaissance, et surtout de dignité culturelle. Dans l’imaginaire collectif, la ‘Caraïbe’, c’était surtout la Jamaïque, Trinidad, les sons du dancehall, de la soca… Et c’est magnifique, mais ce n’est qu’une partie de notre histoire.
J’avais le sentiment qu’on effaçait une partie de mon identité, comme si elle n’existait pas, ou qu’elle n’avait pas sa place ici. Alors j’ai ressenti un besoin viscéral de créer un espace pour Haïti et pour les Antilles francophones, pour tous ceux qui se reconnaissent dans notre musique, notre langue, nos racines.
Le festival franco-caribéen, ce n’est pas juste un événement culturel : c’est un acte d’amour et de résistance. C’est dire : nous sommes là. Nous avons une histoire. Une culture. Une voix.
Pendant longtemps, on ne se voyait pas dedans. On n’entendait pas notre musique, on ne parlait pas notre créole, on ne dansait pas nos danses. Il manquait ce lien émotionnel, cette reconnaissance culturelle. D’ailleurs, cette année, cela va être un premier pas vers l’inclusion, car DJ TONYMIX sera sur le char allégorique de Toronto Revellers de Jamaal Magloire qui a compris l’importance de l’inclusion.
Créer ce festival, c’était aussi pour les enfants de la diaspora, pour qu’ils puissent grandir en voyant leur culture célébrée, fièrement, sans devoir l’expliquer, la défendre ou la cacher. C’est un espace où on peut être soi-même. Et ça, c’est précieux.
Ces cultures sont-elles proches ou au contraire bien différentes?
Elles sont à la fois très proches… et profondément uniques. Et c’est justement ce qui fait la beauté de la Caraïbe francophone. Nous partageons une langue qui est le français, souvent accompagné d’un créole riche et vibrant, ainsi qu’un passé colonial complexe, marqué par l’esclavage, la résistance, et une quête constante de dignité. Sur ces points-là, on se comprend sans même avoir besoin de beaucoup parler.
Il y a une sensibilité, un rapport au monde, une façon de ressentir la musique, la famille, la foi, la mémoire qui nous relie. Mais en même temps, chaque île, chaque pays a son histoire propre, ses héros, ses luttes, sa culture. Haïti, par exemple, porte en elle une force historique unique : c’est la première République noire indépendante, née d’une révolution. Cela a influencé profondément notre identité, notre rapport à la liberté, à la fierté.
Ces différences ne nous séparent pas, elles nous enrichissent. Le festival a justement été pensé comme un lieu de rencontre, pas d’uniformisation. On y vient avec nos accents, nos rythmes, nos danses, nos blessures et nos fiertés. Et quand les tambours résonnent, quand le Kompa et le Zouk se croisent, il se passe quelque chose de magique. On se reconnaît. On se respecte. Et surtout, on se célèbre.
Combien de participants attendez-vous pour cette édition?
Nous espérons accueillir entre 20 et 25 000 personnes. Nous avons vu une belle croissance depuis la COVID-19, autant du côté du public que des artistes et partenaires. Et cette année, avec la programmation que nous avons mise en place, les collaborations communautaires et la visibilité accrue, nous sommes très optimistes.
Ce qui nous touche le plus, c’est la diversité des gens qui viennent : des membres de la communauté indienne, haïtienne, guadeloupéenne, martiniquaise bien sûr, mais aussi des personnes curieuses de découvrir la culture franco-caribéenne, des jeunes de la diaspora, et même des visiteurs d’autres provinces. Notre objectif n’est pas uniquement de remplir un site, mais de créer un espace vivant, inclusif et culturellement riche, où chacun repart avec un bout de la Caraïbe dans le cœur. »
ORILLIA – Un véhicule de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) aux couleurs du drapeau franco-ontarien sillonnera les routes de l’Est et du Nord de la province cet été. Une initiative symbolique lancée pour souligner les 50 ans du drapeau et, jusqu’en 2026, les 40 ans de la Loi sur les services en français (LSF).
Le projet, imaginé par le comité francophone de la PPO, s’inscrit dans une volonté de mieux représenter et célébrer les communautés francophones de l’Ontario.
Le véhicule, un modèle administratif distinctement orné de vert et de blanc, sera déployé dans les zones désignées bilingues et lors d’événements communautaires à travers la province.
« C’est une belle représentation visuelle de notre engagement à servir les communautés franco-ontariennes », explique l’inspectrice Anne-Christine Gauthier, commandante du poste de Hawkesbury. On voulait aussi une présence visible lors des défilés ou des célébrations, et un véhicule attire toujours l’attention. »
Un engagement visuel… et bilingue
Si le véhicule ne servira pas aux interventions policières quotidiennes, il pourra exceptionnellement être utilisé en cas d’urgence. Seuls les agents ou membres civils bilingues sont autorisés à le conduire.
« Le véhicule est équipé d’une radio, donc s’il y a une urgence pendant qu’il est sur place, l’agent peut intervenir temporairement, en attendant qu’un autre officier arrive », précise Mme Gauthier.
Le véhicule était présent au Festival du Loup à Lafontaine le 19 juillet dernier. Source : Pierre Riopel
Les membres de la PPO identifiés comme bilingues pourront également porter une épinglette officielle du drapeau franco-ontarien sur leur uniforme.
Selon les données partagées, la PPO compte environ 520 employés désignés bilingues, policiers et membres civils, sur un effectif total d’environ 10 000 personnes.
Une tournée jusqu’en 2026
Actuellement stationné à Orillia, le véhicule devrait arriver à Sudbury le 25 septembre prochain, pour prendre part aux festivités du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, notamment au tintamarre prévu dans la ville. Il circulera ensuite dans d’autres communautés désignées bilingues, à commencer par Hawkesbury.
« Il faut faire une demande pour avoir le véhicule, car la logistique est complexe. Mais l’intérêt est là, et on aimerait qu’il soit présent dans toutes les zones bilingues de la province », ajoute la Franco-Ontarienne.
La tournée du véhicule se poursuivra jusqu’en 2026, en hommage aux 40 ans de la Loi sur les services en français (LSF) : « C’est encore en discussion, mais on souhaite que le véhicule prenne part à tous les événements possibles liés à la francophonie d’ici là. »
Anne-Christine Gauthier, inspectrice à la Police provinciale de l’Ontario, souligne l’importance de l’offre active de services en français au sein du corps policier. Photo : gracieuseté de Anne-Christine Gauthier
Un symbole salué
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a salué l’initiative de la PPO dans une déclaration transmise aux médias : « Ce geste symbolique, à l’occasion du 50ᵉ anniversaire du drapeau, incarne la fierté, la reconnaissance et la visibilité de la communauté francophone dans toute la province. »
L’organisme souligne aussi « l’importance des services en français et la présence grandissante de policiers bilingues identifiables à leur épinglette du drapeau ».
La PPO, de son côté, insiste sur sa volonté de continuer à développer de telles initiatives.
« Je crois que c’est un bon début, et qu’on aimerait garder ce véhicule au-delà de 2026. Il fait désormais partie de l’histoire de la PPO », conclut Anne-Christine Gauthier.
Un an après les Jeux olympiques de Paris, ONFR vous propose de revenir sur les souvenirs des athlètes franco‑ontariens et surtout sur leur année après les Jeux. Les deux membres de l’équipe féminine de soccer Vanessa Gilles et Cloé Lacasse ont pour leur part connu des difficultés et toutes deux vécu un changement de clubs.
Les Jeux olympiques de Paris 2024 ne représentent pas un bon souvenir pour l’équipe féminine de soccer canadienne, dans la tourmente avant même le début de la compétition.
Rappel des faits : le 22 juillet 2024, Joseph Lombardi, un analyste canadien avait été arrêté près d’un terrain à Saint-Étienne pour avoir fait voler un drone espionnant l’entraînement de l’équipe de Nouvelle-Zélande. Deux jours plus tard, Bev Priestman, l’entraîneure-cheffe de l’équipe canadienne, son adjointe Jasmine Mander et l’analyste étaient suspendus puis renvoyés.
L’équipe s’est retrouvée privée de sa sélectionneuse pour la compétition mais a surtout reçu une pénalité de 6 points qui condamnait Vanessa Gilles, Cloé Lacasse et leurs coéquipières à l’exploit.
Les championnes olympiques en titre devaient absolument remporter leur trois matchs pour espérer se qualifier avec 3 petits points. Après une victoire 2-1 contre la Nouvelle-Zélande en ouverture le 25 juillet et un succès renversant contre la France (2-1) le 28, grâce à un but de Vanessa Gilles au bout de temps additionnel, les Canadiennes l’ont fait! Elles ont battu la Colombie sur le score de 1-0, le 31 juillet, sur un nouveau but de la défenseur ottavienne.
Malgré ces succès, l’aventure s’est arrêtée en quart de finale avec une défaite aux tirs au but face à l’Allemagne. Un an après, il était encore difficile pour Cloé Lacasse de revenir sur cet épisode. L’attaquante n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet délicat malgré nos sollicitations.
« Je suis très fière de notre groupe, des 22 joueuses qui ont été aux Olympiques parce que, honnêtement, il fallait qu’on gravisse une montagne. Mentalement, on a réussi à atteindre un niveau supérieur. Je ne pense pas que nous étions conscientes qu’on pouvait atteindre ce niveau, car c’est une situation qu’on n’aurait jamais imaginée. C’était vraiment difficile : il y a des joueuses qui ne dormaient pas, qui ne mangeaient pas… On a vraiment dû garder notre groupe très proche. Nous avons dû adopter cette mentalité de ‘nous contre le monde’. »
Vanessa Gilles : des sommets nationaux… à la fracture émotionnelle
Après Paris, Vanessa Gilles est restée en France et a enchaîné une nouvelle saison avec l’Olympique lyonnais (OL).
Sur le plan national, tout s’est déroulé comme d’habitude. Elle a remporté un nouveau titre de D1 Arkema et la Coupe nationale. Mais la saison a basculé lors de la demi-finale retour de la Ligue des champions, le 27 avril contre Arsenal. Une lourde défaite (4-1, 5-3 cumulés) qui a mis fin aux espoirs de titre européen de la franco-ontarienne venue à l’OL dans ce but.
Cette désillusion a aussi et surtout marqué un tournant personnel pour la joueuse en fin de prêt à Lyon. Désireuse de rester, elle sentait que le club rhodanien n’était pas sur la même longueur d’ondes.
« Pour moi, tout le mois menant au match contre Arsenal, c’était compliqué. Les négociations s’étaient vraiment pas bien passées. Je n’ai pas su voir les signes de stress et d’anxiété, avait-t-elle confié à Radio Canada. Après ce match, j’ai pris conscience à quel point cette année avait été dure émotionnellement, même si ça ne paraissait pas au niveau des performances. Je pouvais quand même performer tous les jours et on gagnait. Je pouvais jouer, je ne me blessais pas, je marquais des buts. Mais au niveau émotif, l’année a été incroyablement stressante. »
Elle poursuit : « Je pense qu’en tant que joueuse, on doit prendre nos responsabilités et je suis la première à le faire. Surtout contre Arsenal, j’ai été catastrophique. Mais je pense que ça, c’est aussi l’aboutissement de toute une saison. Et quand ça craque, ça craque », a-t-elle reconnu.
Vanessa Gilles a signé pour trois ans, elle est liée avec le club allemand jusqu’en 2028. Photo : gracieuseté de Vanessa Gilles
Cet épisode signe la triste fin de son aventure à Lyon. Les discussions avec le club pour une prolongation se sont éternisées et n’ont pas abouti. Le 20 mai 2025, elle a finalement rejoint le Bayern Munich, « un club qui vise des titres avec des joueuses parmi les meilleures au monde », mais surtout un club où elle s’est sentie désirée et « valorisée, pas seulement comme joueuse, mais aussi comme personne ».
Cloé Lacasse : un nouveau départ puis un gros coup d’arrêt
De son côté, Cloé Lacasse a quitté l’Angleterre et Arsenal dans la foulée des Jeux, après une saison marquée par une forte concurrence.
« À Arsenal, la situation était particulière parce que toutes les joueuses de l’effectif étaient exceptionnelles, a-t-elle confié à ONFR. J’avais surtout besoin d’un nouveau challenge après dix ans passés en Europe. Je voulais aussi être plus proche de la maison. »
Elle a donc rejoint les Royals de l’Utah en NWSL, une équipe en construction qui occupait la dernière place au classement, mais qui comptait sur son apport sur et en dehors des terrains pour progresser.
Arrivée en août 2024, Cloé Lacasse a réalisé des débuts prometteurs avec les Royals de l’Utah, signant quatre buts en neuf matchs avant sa blessure. Photo : Utah Royals FC
Ses débuts ont été prometteurs : 4 buts en 9 matchs, dont le premier triplé de la saison 2024 de la ligue et de l’histoire du club, ainsi qu’une remontée à la onzième place au classement.
« Je sens qu’on est une équipe qui est en train de grandir. Avant de venir ici, je ne pense pas qu’elles avaient gagné plus de deux matchs, avait confié l’attaquante à ONFR. On en a déjà gagné deux sur les matchs auxquels j’ai participé. Je pense qu’on va dans la bonne direction. On doit encore beaucoup grandir, mais je ne suis pas venue en NWSL juste pour participer, je suis venue pour gagner des trophées. »
Malheureusement, un mois plus tard, tout s’est effondré. Lors d’un match contre Angel City FC, elle s’est blessée gravement au genou : rupture du ligament croisé antérieur (LCA) et entorse du ligament collatéral médial (LCM). Elle est écartée des terrains jusqu’à ce jour.
L’équipe de l’Utah et la joueuse ont été coupées dans leur élan. Les Royals occupent aujourd’hui la dernière place de la NWSL dans cette saison 2025, avec une seule victoire au compteur en 13 matchs.
Sélection canadienne : une nouvelle ère et des espoirs
Malgré les difficultés personnelles, l’horizon semble plus dégagé du côté de la sélection nationale. L’arrivée de Casey Stoney à la tête de l’équipe a relancé une dynamique plus exigeante et cohérente.
« Pendant ces dernières années, on a peut-être toléré un niveau d’exigence insuffisant. Il y avait une certaine aisance, une routine, a confié Vanessa Gilles. Casey nous a fait comprendre que c’est tous les jours qu’on construit une Coupe du monde. Aux entraînements, aux réunions, dans nos routines personnelles… La préparation pour 2027 (Coupe du monde) commence maintenant. »
Sauf blessure, la défenseure franco-ontarienne est assurée de faire partie de l’équipe nationale. En tant que pilier de l’arrière-garde canadienne, elle semble indéboulonnable à son poste par son niveau de jeu, son expérience du haut niveau et son leadership dans le vestiaire.
Pour Cloé Lacasse, le chemin est plus incertain. Sa blessure retarde son retour en sélection, mais la porte reste ouverte. Casey Stoney est encore à la recherche de la bonne formule dans sa ligne d’attaque. Aux côtés d’Adriana Leon, deux places de titulaires sont encore à prendre. Cloé Lacasse a sa chance mais la concurrence est féroce : Jordyn Huitema, Évelyne Viens, Marie-Yasmine Alidou, Nichelle Prince, Jeanine Sonins … ou encore la jeune sensation Olivia Smith, désormais à Arsenal, postulent toutes pour une place.
Un an après Paris, Vanessa Gilles et Cloé Lacasse incarnent chacune à leur manière la complexité de l’après-Jeux. L’une a dû gérer une surcharge émotionnelle malgré des résultats, l’autre a vu son élan stoppé net par une blessure. Mais toutes deux regardent vers l’avenir avec ambition, bien déterminées à retrouver le très haut niveau… en club comme en sélection.
OTTAWA – Alors qu’un troisième centre de distribution d’Amazon devrait voir le jour à Ottawa d’ici 2026, les réactions sont partagées. La Ville salue un investissement porteur pour l’emploi et l’économie, alors que des commerçants et experts redoutent ses effets sur les PME locales, la vitalité francophone et le tissu commercial de la région.
« Amazon, ils sont juste là pour vendre. Nous, on est là pour servir nos clients ». Nathalie Savard, propriétaire du Coin du livre, la dernière librairie franco-ontarienne d’Ottawa, ne cache pas son inquiétude.
L’arrivée prochaine d’un nouveau centre de distribution Amazon dans la capitale, approuvée récemment par le conseil municipal, suscite un débat de fond.
Prévu pour 2026, ce troisième entrepôt d’Amazon dans la région, situé à l’angle des promenades Leikin et Bill Leathem, relance les questions sur l’avenir du commerce de proximité. Bien que les petites entreprises spécialisées — sport, loisir, quincaillerie, etc. — puissent être touchées, elles pourront bien garder leur clientèle, si elles continuent à offrir un service à la clientèle irréprochable, estime Nathalie Savard.
Pour Nathalie Savard, la relation humaine avec les clients demeure la véritable force des commerces de proximité. Photo : Gracieuseté
« C’est parce que les PME sont les expertes dans leur domaine. Amazon, ce n’est pas leur cas », tranche-t-elle.
« Nos clients ne sont pas des numéros. Je les accompagne personnellement, je m’assure de comprendre leurs besoins. Et ils nous le rendent bien grâce à leur soutien », poursuit Nathalie Savard.
Elle admet toutefois que sa plus grande crainte n’est pas Amazon, mais la flambée des loyers commerciaux. Sa librairie a d’ailleurs dû déménager récemment, son loyer passant de 5100 $ à 9083 $ par mois.
Essoufflement de l’élan citoyen
Carl Poirier, président du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA), relaie les préoccupations des PME d’Ottawa-Gatineau.
« Les petites quincailleries, librairies, commerces spécialisés ne peuvent soutenir la concurrence. Malgré les nombreuses campagnes d’achat local, surtout pendant la pandémie, le modèle Amazon continue de croître. Ça traduit un essoufflement de l’élan citoyen en faveur des entreprises d’ici », constate-t-il.
Il déplore également le manque de retombées pour l’économie locale. Selon lui, la vaste majorité des produits vendus par Amazon proviennent des États-Unis, d’Asie ou d’Inde : « Les entreprises canadiennes, et encore moins celles franco-ontariennes, n’en tirent aucun bénéfice ».
La Ville reste optimiste
Du côté de la mairie, le ton est plus optimiste. Le maire Mark Sutcliffe y voit un signal positif pour l’économie d’Ottawa.
« C’est une marque de confiance envers notre ville et notre main-d’œuvre. Ce nouveau centre ultramoderne d’Amazon représente le plus récent investissement de l’entreprise à Ottawa en tant que pôle régional pour ses activités. Sa construction créera des centaines d’emplois et générera une importante activité économique », assure le maire dans une déclaration à ONFR.
En cours de construction, l’entrepôt, le plus grand d’Amazon au Canada selon un rapport de l’Ottawa Commercial Real Estate, devrait générer des retombées immédiates dans le secteur de la construction. L’annonce de 2000 à 2500 postes suscite un certain espoir chez les chercheurs d’emploi.
Le maire Mark Sutcliffe voit dans l’arrivée d’Amazon un signe de confiance envers l’économie d’Ottawa. Photo : Gracieuseté
« Une fois en service, le centre emploiera des centaines de résidents d’Ottawa dans les domaines de la logistique, des opérations et de la gestion du site », ajoute le maire, en rappelant la volonté de la Ville de « collaborer avec des acteurs majeurs comme Amazon pour créer des emplois et positionner Ottawa comme un chef de file en matière de technologie et de logistique ».
Des retombées limitées
Pour Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, cet enthousiasme est à relativiser.
« Que l’entrepôt soit à Ottawa ou ailleurs, ça ne change rien pour les commerces locaux. Ce qui fait la force d’Amazon, c’est sa notoriété mondiale, ses économies d’échelle, ses prix très bas et un marketing ultra efficace. »
Le véritable enjeu pour les commerçants indépendants, selon lui, est la découvrabilité : « Une boutique locale peut offrir mieux, mais si personne ne la connaît, elle ne fait pas le poids devant la force de frappe d’Amazon. »
Le défi est donc de savoir comment faire en sorte que les consommateurs aient le réflexe d’y aller, plutôt que de cliquer sur Amazon.
Frédéric Laurin, économiste, remet en question les retombées réelles d’Amazon pour l’économie locale et l’innovation. Photo : Gracieuseté
Ce professeur d’économie à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières invite ainsi les boutiques à mutualiser leurs efforts pour être plus visibles en ligne : « L’heure est aux algorithmes! Une boutique qui veut survivre doit maîtriser le référencement Internet et les réseaux sociaux. »
Des taxes d’abord
Frédéric Laurin souligne aussi les limites structurelles du modèle Amazon.
« Ce sont des emplois à faible valeur ajoutée, sans formation avancée. Il n’y a ni innovation, ni recherche, ni réseau de sous-traitants développés. C’est un modèle fermé, très automatisé. »
Le RGA rejoint ce constat. Carl Poirier s’interroge sur la pérennité des emplois annoncés.
« Amazon mise fortement sur l’automatisation. Il est légitime de se demander si ces emplois existeront encore dans 5 ou 10 ans. »
L’avantage immédiat de cette infrastructure de construction qui servira les clients de tout le pays reste fiscal.
« Ce sont les revenus fiscaux pour la municipalité qui en sont la principale retombée locale. Mais si ces fonds ne sont pas réinvestis dans le tissu entrepreneurial local, peut-on vraiment parler de développement durable? », s’interroge-t-il.
Une menace pour la francophonie
Autre sujet d’inquiétude souligné par le RGA : la place du français dans les activités d’Amazon.
« Amazon a récemment fermé ses opérations au Québec, ce qui alimente les doutes sur sa volonté d’offrir des services bilingues ou un environnement de travail francophone à Ottawa », alerte Carl Poirier.
Pour le RGA, l’annonce d’un nouveau centre Amazon à Ottawa peut sembler prometteuse à court terme. Mais à long terme, elle soulève de nombreuses questions : sur la vitalité des PME locales, l’autonomie commerciale, la place du français et le développement durable de la région.
OTTAWA – Le mandat de l’actuel commissaire aux langues officielles Raymond Théberge a été prolongé pour une seconde fois de manière temporaire, en attendant la nomination de son éventuel successeur.
Nommé pour une durée de sept ans en 2018, son mandat officiel avait pris fin en janvier 2025, mais sans remplaçant en place, il avait accepté une prolongation intérimaire de six mois qui prenait fin le 28 juillet.
Lundi, il a été prolongé à une deuxième reprise dans son rôle de façon temporaire, encore une fois pour six mois, tel qu’il est permis par la Loi sur les langues officielles, a indiqué le Bureau du Conseil privé (BCP),
« M. Raymond Théberge a été nommé, en date du 29 juillet 2025, commissaire aux langues officielles par intérim pour un mandat de six mois, ou jusqu’à ce qu’un nouveau commissaire soit nommé, selon la première de ces éventualités », a indiqué Daniel Savoie, porte-parole du BCP dans une déclaration.
Sans cette prolongation, le Commissariat aux langues officielles se serait retrouvé sans personne au haut de la pyramide de l’agence chargée de faire respecter les droits linguistiques au fédéral. Raymond Théberge avait déjà indiqué qu’il resterait en poste jusqu’à ce qu’un successeur lui soit trouvé. Cette prolongation l’amènerait à poursuivre ses fonctions jusqu’au maximum, c’est à dire à la fin du mois de janvier 2026.
Le Bureau du Conseil privé est chargé de conseiller le premier ministre et c’est ce dernier qui doit nommer un nouveau commissaire aux langues officielles.
« Le processus de sélection du prochain commissaire aux langues officielles demeure en cours. La gouverneure en conseil (GEC) nomme le commissaire aux langues officielles après approbation par résolution du Sénat et de la Chambre des communes, conformément à la Loi sur les langues officielles. Un nouveau commissaire sera nommé en temps opportun », précise le Bureau du Conseil privé.
OTTAWA – Près de 25 000 emplois pourraient disparaître d’ici 2028 dans la région d’Ottawa-Gatineau en raison des compressions prévues dans la fonction publique fédérale. Des coupes qui inquiètent le milieu des affaires de la capitale, tandis que le gouvernement affirme vouloir recentrer les dépenses sur les services essentiels et assurer une croissance durable.
Le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA) tire la sonnette d’alarme face aux compressions budgétaires annoncées dans la fonction publique fédérale. Selon une récente étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), la région d’Ottawa-Gatineau pourrait être la plus durement touchée au pays, avec près de 25 000 pertes d’emplois d’ici 2028.
Le président du RGA, Carl Poirier, déplore un virage inquiétant du gouvernement Carney : « Le premier ministre parlait de plafonnement et de transferts en campagne électorale. Maintenant élu, son discours change et laisse pressentir une hécatombe aux impacts très sérieux sur la région ».
Le RGA, qui regroupe des entreprises francophones et francophiles de la capitale nationale, craint un gel généralisé des projets économiques. « Qui va vouloir risquer des capitaux quand la menace bien réelle d’un ralentissement économique est imminente? » questionne M. Poirier.
« Non seulement la région perdra ces emplois, mais les gestionnaires et gens d’affaires vont sûrement mettre tout projet d’embauche, d’ouverture ou d’expansion sur la glace pour les trois prochaines années », affirme-t-il.
Carl Poirier, président du RGA, redoute les impacts économiques des compressions fédérales sur la région d’Ottawa. Photo : gracieuseté
L’étude du CCPA citée par le RGA souligne le fait que les coupes toucheront notamment des ministères névralgiques comme l’Agence du revenu du Canada (ARC), Emploi et Développement social Canada (EDSC) et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Pour Carl Poirier, ces choix sont révélateurs : « Le gouvernement Carney aurait voulu s’en prendre directement aux entreprises qu’il n’aurait pas agi différemment », déplore-t-il.
Le gouvernement défend un exercice de rigueur
Interrogé par ONFR, le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada affirme que cet exercice vise à recentrer les dépenses publiques sur « les responsabilités essentielles ».
« Chaque ministre doit examiner les programmes de son portefeuille pour évaluer leur efficacité, leur caractère essentiel et éviter les chevauchements », indique-t-on. Sur une période de trois ans, les ministères devront identifier des économies pouvant aller jusqu’à 15 % de leurs dépenses de fonctionnement, à l’exception de certains organismes jugés stratégiques. « Cet examen reflète un retour aux responsabilités essentielles, en mettant clairement l’accent sur la discipline financière, la prestation de services de qualité et la croissance économique à long terme », explique la même source.
Ainsi, la Défense nationale, l’Agence des services frontaliers du Canada et la Gendarmerie royale du Canada ne seront soumises qu’à une réduction de 2 %, en reconnaissance de leur rôle critique.
Les compressions s’appliqueront à l’ensemble des organisations financées par le gouvernement fédéral, y compris les sociétés d’État.
Dans ce sens, les questions concernant les activités prévues par ces dernières « peuvent leur être adressées directement », prévient le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada .
En revanche, les agents du Parlement, les tribunaux judiciaires, le Bureau du registraire de la Cour suprême du Canada, de même que les entités indépendantes comme la Chambre des communes ou le Sénat, ne sont pas concernés. Quant aux organisations à recouvrement de coûts, elles sont exclues de l’exercice, « car le fait de les inclure ne générerait pas d’économies ». Le gouvernement précise également que les paiements de transfert législatifs aux provinces, territoires et particuliers seront maintenus.
Appel à la mobilisation régionale
Malgré cette volonté affirmée de discipline budgétaire, le RGA presse les élus de la région de se mobiliser. « Le RGA reconnaît qu’il importe d’assainir la gestion de l’administration publique, mais il demande aux députés de la région de faire pression afin de préserver les services aux entreprises, de manière à mitiger l’impact des coupures annoncées », conclut Carl Poirier.
OTTAWA — Il n’y a plus personne à la tête de l’agence chargée de faire respecter les droits linguistiques au fédéral, du moins administrativement parlant, le mandat du commissaire aux langues officielles Raymond Théberge prenant fin.
Le mandat du commissaire actuel Raymond Théberge a officiellement pris fin ce 28 juillet. C’était en fait une nomination intérimaire, car celui-ci, nommé en 2018 pour un mandat de sept ans, devait officiellement quitter en janvier 2025. Mais, au début de l’année, il a été prolongé pour six mois de façon intérimaire, mandat qui a pris fin aujourd’hui.
Raymond Théberge risque d’être prolongé à nouveau dans les prochains jours pour un autre mandat par intérim, lui qui avait indiqué en janvier qu’il était prêt à rester jusqu’à la nomination de son successeur.
Le gouvernement de Justin Trudeau avait à l’époque jeté son dévolu sur la politicienne franco-ontarienne, Madeleine Meilleur, pour occuper le poste de chien de garde des langues officielles au fédéral. Mais sa nomination avait suscité la controverse, les partis de l’opposition accusant le gouvernement d’une nomination partisane en nommant une ancienne ministre du Parti libéral de l’Ontario. Cette dernière avait alors décidé de retirer sa candidature, forçant le recommencement d’un processus d’embauche, et ainsi le prolongement de Ghislaine Saikaley.
« Le processus de sélection du prochain commissaire aux langues officielles demeure en cours », nous a indiqué un porte-parole du Bureau du Conseil privé (BCP) dans une déclaration.
Le secrétariat du Conseil privé est chargé de conseiller le premier ministre et c’est ce dernier qui doit nommer un nouveau commissaire aux langues officielles.
« La Gouverneure générale en conseil peut nommer un commissaire aux langues officielles par intérim pour un mandat de six mois, ou jusqu’à ce qu’un nouveau commissaire soit nommé, selon la première de ces éventualités. Un nouveau commissaire sera nommé en temps opportun », a soutenu le BCP.
Le bureau de Raymond Théberge nous a simplement indiqué qu’il était en vacances, nous redirigeant vers le BCP pour des questions concernant le processus de sélection de son successeur.
Près d’un an de processus
Cela fait depuis l’automne dernier que le processus pour trouver un remplaçant à Raymond Théberge est en place. La prorogation du Parlement au début de 2025 et la tenue d’élections générales au printemps n’ont laissé qu’un mois au Parlement pour approuver une nouvelle nomination. Le choix de Mark Carney doit être approuvé via une résolution par le Sénat et la Chambre des communes conformément à la Loi sur les langues officielles, ce qui nécessite donc que les deux chambres du Parlement canadien siègent.
Le prochain commissaire pourra bénéficier de nouveaux pouvoirs en vertu de la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023.
OTTAWA – Chaque été depuis 1903, le Tour de France fait vibrer des millions de passionnés à travers le monde. Véritable monument du sport international, cette course cycliste de trois semaines s’apprête à connaître son dénouement ce dimanche 27 juillet, après plus de 3000 kilomètres à travers les routes, les cols mythiques et les villages de France. Mais loin de l’Europe, jusqu’à Ottawa, la grande boucle suscite aussi l’attention, parfois silencieuse mais bien réelle, de fervents amateurs francophones.
À 71 ans, Michel Ferland est une figure du cyclisme amateur dans la région. Pratiquant assidu, « je fais encore entre 3000 et 4000 kilomètres par an », dit-il, il suit le Tour de France depuis plus de quarante ans. Ce qu’il apprécie? « La continuité, la stratégie, le courage des coureurs… et le fait que ce soit accessible aujourd’hui avec les services comme FloBikes. » Ce passionné, impliqué dans des clubs locaux et des programmes de formation pour jeunes cyclistes, voit dans le Tour une vitrine essentielle, même au Canada.
Philippe, étudiant à l’Université d’Ottawa, a lui aussi été happé par le Tour, mais d’une manière plus contemporaine : « J’ai découvert le Tour un peu par hasard, dans un magasin de vélo. Il y avait l’écran allumé, j’ai commencé à regarder, et je ne me suis plus arrêté. » Depuis, il suit aussi d’autres grandes courses comme le Giro ou la Vuelta, mais reste fidèle au Tour de France, « la plus grande compétition ».
Un engouement discret, freiné par le décalage horaire
Mais suivre le Tour de France depuis Ottawa n’est pas simple. Entre les horaires matinaux des étapes, souvent entre 8 h et 11 h, heure locale, et la rareté des lieux de diffusion, les fans sont souvent contraints de regarder seuls, à la maison.
« Ce n’est pas comme le soccer ou le hockey. Il n’y a pas de bars sportifs qui diffusent les étapes du matin », observe Philippe. Michel confirme : « Il y a quelques regroupements dans des clubs cyclistes, après des sorties, mais ça reste ponctuel. »
La popularité du Tour reste ainsi circonscrite à un cercle d’initiés, même si l’intérêt semble croître.
« Il y a une évolution, notamment parce qu’on peut plus facilement suivre les courses en direct maintenant », souligne Michel. Philippe, lui, sent un frémissement autour de lui : « Mes proches s’y intéressent davantage, parfois parce que je les ai un peu contaminés! »
Les pros vus comme des modèles… mais lointains
Quand on évoque les cyclistes professionnels, le mot « inspirations » revient souvent. Mais aussi celui de « inaccessibles ». « Les watts qu’ils développent… c’est une autre planète », s’amuse Philippe. Il n’empêche que voir ces athlètes à l’œuvre donne envie de progresser, « d’améliorer ses propres performances, même modestes ». Michel, de son côté, insiste sur l’importance des courses professionnelles comme celles de Montréal et Québec en septembre : « Ce sont de mini-Tour de France chez nous, ça inspire nos jeunes. »
Michael Woods, une fierté locale
Originaire d’Ottawa, Michael Woods est devenu une figure emblématique pour les amateurs de la région. Présent régulièrement sur le Tour, vainqueur d’étape en 2023, il symbolise l’accession du cyclisme canadien à un niveau plus compétitif.
« C’est une très grande fierté de voir le nom de Michael Woods chaque année au Tour de France », souligne Normand Radford, passionné de cyclisme depuis plus de 30 ans. Il nuance toutefois : « Dans mon entourage, c’est partagé. Il y a ceux qui comprennent la passion du vélo et ceux qui ne la comprennent pas du tout. »
Et demain? Le rêve d’un Canadien dans le top 10
Mais que faudrait-il pour qu’un coureur canadien rivalise un jour avec les Pogacar et Vingegaard? Pour Philippe, le frein est structurel : « Il manque des infrastructures, des compétitions amicales, un encadrement. À Ottawa, il y a peu de compétitions de route. Les clubs existent, mais ce n’est pas suffisant pour repérer ou former l’élite. »
Il évoque aussi un manque de reconnaissance culturelle : « En Europe, le vélo est un sport roi. Ici, c’est encore trop perçu comme un loisir. Il faudrait des ponts entre le loisir et le compétitif. »
Michel, de son côté, reste optimiste : « Il y a eu des Canadiens dans plusieurs équipes professionnelles. En voir quatre dans Israel Premier Tech, c’est déjà un accomplissement. Mais pour viser un top 10, il faut un coureur exceptionnel, dans une équipe bâtie autour de lui. Ce n’est pas impossible… mais ce sera long. »
OTTAWA – Le projet du nouveau Hub Vanier, lancé grâce à une subvention de 188 770 $ de la Fondation Trillium, mobilise étudiants, organismes et citoyens autour d’un même rêve : créer un espace de vie à l’image de la communauté.
À Vanier, quartier historiquement francophone d’Ottawa, un édifice prend forme. Des étudiants en architecture de l’Université Carleton, épaulés par près de 80 bénévoles locaux, travaillent depuis mai à donner vie au nouveau Hub Vanier.
Aménagé sur un ancien terrain de stationnement, il se veut un espace de rassemblement conçu par et pour la communauté.
Cette structure inspirée d’une maison ouverte, sans murs, mais pleine d’âme, devrait être achevée d’ici l’automne, espèrent ses initiateurs.
« Tout est pensé pour donner aux gens l’impression d’être chez eux, dans un lieu chaleureux, où ils peuvent se rassembler », affirme Sonia Xu, étudiante en architecture.
« L’idée centrale, c’est de créer une maison ouverte avec une grande structure ombragée. Le site comprend une cuisine, une salle à manger avec une table de neuf mètres, des barbecues, des sofas, des jeux, un tapis peint au sol », détaille-t-elle.
Lancé grâce à une subvention de 188 770 $ de la Fondation Trillium, le projet repose sur une approche de co-conception avec les résidents de Vanier.
La maquette du Hub Vanier a été conçue par des étudiants en architecture de l’Université Carleton. Photo : gracieuseté CSC Vanier
Photo : gracieuseté CSC Vanier
Photo : gracieuseté CSC Vanier
Photo : gracieuseté CSC Vanier
Co-création communautaire
« Ce qui rend ce projet unique, c’est l’ampleur de la consultation communautaire. On a ajusté nos plans à partir des suggestions des résidents. C’est rare, en architecture, d’avoir un tel dialogue », observe Sonia Xu. Elle précise que la conception du projet par les étudiants germe depuis deux années et a évolué pour répondre aux besoins de la communauté.
Olive Lazarus, également étudiant en architecture, souligne une « opportunité exceptionnelle » de sortir du cadre théorique des études.
« On construit ce qu’on a imaginé. D’habitude, les architectes ne posent pas les mains sur les matériaux. Ici, on collabore avec les membres de la communauté. C’est une vraie leçon de terrain », témoigne-t-il en pointant du doigt Nel Gatsing, bénévole et résident du quartier.
Les étudiants et bénévoles contribuent à toutes les étapes du projet Hub Vanier, de la conception à la construction. Photo : gracieuseté de L’Action Lab.
« En tant que nouvel arrivant, participer à ce projet m’aide à comprendre comment les choses fonctionnent ici. C’est un geste d’intégration, mais aussi une manière de contribuer », indique de son côté Nel. Arrivé du Cameroun en février, il entamera des études en charpenterie à la rentrée prochaine.
Pour Élise Robertson, directrice des Soutiens et initiatives communautaires au Centre des services communautaires Vanier, le projet va bien au-delà d’un simple chantier.
« Des bénévoles de tous âges participent activement à la construction. Cela renforce leur sentiment d’appartenance », assure-t-elle.
Elle rappelle aussi que les étudiants de l’École d’architecture et d’urbanisme Azrieli de l’Université Carleton, regroupés au sein de l’Action Lab, ont pris en charge une grande partie du projet : recherche de financement, conception des plans, consultations.
Élise Robertson, directrice des Soutiens et initiatives communautaires au Centre Vanier. Photo : gracieuseté
« Ils travaillent bénévolement, soutenus par des professeurs et des fournisseurs locaux, qui ont offert de précieux rabais, notamment sur le bois, sur les structures. Ces jeunes présentent aujourd’hui le projet à des entreprises et acteurs économiques qui souhaitent à leur tour s’y investir », se réjouit-elle.
Créer un axe dynamique
Situé entre le futur centre de recyclage Vélo Vanier, également en développement, et le Centre francophone de Vanier, le Hub s’inscrit dans une vision à long terme de revitalisation.
« On veut créer un axe dynamique qui reflète les cultures du quartier », soutient Élise Robertson.
Dans ce sens, Nathalie Carrier, directrice de la Zone d’amélioration commerciale (ZAC) Vanier note la forte identité du quartier.
« Nous avons la plus grande population autochtone d’Ottawa, la plus importante concentration d’Inuits hors Nunavut, un tissu francophone dense et un fort pourcentage de nouveaux arrivants », explique-t-elle, ajoutant que Vanier est aussi porté par une communauté économique active et diversifiée.
Nathalie Carrier, directrice de la ZAC Vanier, voit dans le Hub Vanier un moteur de revitalisation pour ce quartier à forte identité francophone et multiculturelle. Photo : gracieuseté
Ainsi, pour la directrice de la ZAC Vanier, ce projet est l’aboutissement d’un travail de longue haleine : « On a commencé il y a sept ans avec des rampes de skate et des activités récréatives ouvertes à tous. Puis on a obtenu du financement, il y a trois ans, de l’Institut urbain du Canada et du gouvernement fédéral. Cela nous a permis d’acheter du matériel, des tentes, du mobilier. Aujourd’hui, le Hub devient un moteur de revitalisation », raconte-t-elle.
Elle insiste sur l’impact culturel et économique du lieu : « On y a présenté des spectacles francophones, des veillées autour du feu, des événements inclusifs. Quand les gens viennent, ils consomment localement, ils redécouvrent le quartier. »
Un chantier ouvert à tous
« Notre fierté, c’est d’avoir aménagé un espace sécuritaire, bilingue et accessible à toutes les cultures. Vanier devient un pôle où les différences se rencontrent, se mélangent et vibrent ensemble », déclare Nathalie Carrier.
Le projet est toujours en construction, et les organisateurs sont à la recherche de bénévoles.
« Toute personne intéressée peut s’inscrire via l’Instagram d’Action Lab. Participer, c’est poser un geste concret pour sa communauté », appelle Élise Robertson.
Les travaux devraient se conclure d’ici l’automne, mais l’esprit du projet, lui, est déjà bien ancré dans le quartier.
MATTAWA – La fermeture prochaine du magasin Scott’s No Frills, franchisé sous la bannière Giant Tiger, suscite l’inquiétude dans cette petite municipalité du nord de l’Ontario dont les alternatives sont limitées. Le maire Raymond Bélanger et des citoyens mobilisés déplorent une décision corporative qui prive la ville d’un service essentiel.
C’est à travers un communiqué diffusé le 12 juillet dernier, que l’équipe de ce magasin qui offre vêtements à bas prix pour enfants, produits ménagers, articles saisonniers et produits d’épicerie a annoncé la nouvelle.
Les tentatives de la Ville pour obtenir des explications quant à cette décision ont été vaines, les responsables locaux ayant été redirigés vers le siège social de l’entreprise, sans réponse.
Dans une brève communication transmise à ONFR, la direction de Giant Tiger a confirmé que le magasin Scott’s Discount de Mattawa, situé au 328 rue Main, fermera définitivement ses portes le samedi 30 août 2025.
« La décision de fermer l’un de nos magasins n’est jamais prise à la légère. Elle résulte d’une analyse approfondie », précise l’entreprise, ajoutant que la priorité demeure d’« assurer un soutien aux employés et aux clients touchés ».
Les employés du magasin n’ont pas voulu nous donner d’entrevue mais n’ont pas caché leur désarroi devant la situation. Photo : Inès Rebei/ONFR
Les réactions politiques n’ont pas tardé. Le député provincial de Nipissing, Vic Fedeli, ainsi que la députée fédérale Pauline Rochefort se sont dits préoccupés par les répercussions de cette fermeture sur les familles locales, dans une lettre au public diffusée par la municipalité.
« C’est une décision corporative, ils ne nous donnent aucune justification », déplore le maire de cette petite municipalité dont 24 % de la population a le français comme première langue officielle parlée.
« Ils nous disent simplement qu’on peut continuer à acheter leurs produits en ligne ou aller à Deep River ou North Bay. C’est ce que moi j’appelle un dead end. C’est vraiment un coup dur pour toute la communauté », continue M. Bélanger.
Peu d’options à Mattawa
Le magasin Scott’s, présent à Mattawa depuis 20 ans, joue un rôle important dans l’économie locale et dans l’accessibilité à des produits alimentaires à prix réduit.
Dans cette municipalité de moins de 2 000 habitants, l’offre en matière d’épicerie et de produits de base est déjà restreinte.
« La ville risque de devenir un fantôme de ce qu’elle a été. »
— Jean-Jacque DeGatineau
« Il n’y a pas d’autre endroit à Mattawa pour acheter des vêtements. Si ça ferme, c’est fini », affirme Louise Guérin, soulignant l’absence d’alternatives accessibles, en particulier pour les enfants.
« Oui, il y a une belle boutique pour les femmes, mais ce n’est pas des vêtements de tous les jours », ajoute celle qui vit dans la ville depuis toujours.
Rencontrée au détour d’un rayon du magasin, Hélène Moyneur ne cache pas son inquiétude : « On vient toujours ici, au moins quatre fois par semaine, parce que c’est ici qu’on peut avoir les aliments, surtout les fruits et légumes », explique cette résidente retraitée de Mattawa.
Photo : Inès Rebei/ONFR
Elle donne l’exemple des champignons, qu’elle achète pour 1,25 $ au magasin : « Si tu traverses de l’autre bord, ça va être minimum 4 $ pour le même genre. » Les deux seules épiceries de la ville, Foodland et Freshmart, ne suffisent pas à répondre aux besoins, selon celle qui raconte vivre sur une petite pension. « Tout est dispendieux ici. »
Avec la disparition d’un des rares magasins à prix abordable en ville, les habitants risquent d’avoir à parcourir jusqu’à 60 km pour accéder à des épiceries équivalentes, une contrainte difficilement soutenable pour une part significative de la population.
« Les gens qui n’ont pas de voiture, comme les aînés, vont être lourdement pénalisés », craint Mme Guérin.
La fin pour les petites ruralités ?
Pour certains résidents, la fermeture de commerces locaux comme Scott’s est le symptôme d’un mal plus profond.
« Je crois tout simplement que les petites villes rurales vivent leurs derniers jours. La plupart sont endettées, paient des taux d’intérêt élevés », écrit un citoyen préoccupé.
Au-delà de l’alimentation, le magasin était l’un des rares endroits où trouver des vêtements abordables dans la région. Photo : Inès Rebei/ONFR
Selon Jean-Jacque DeGatineau, Mattawa, jadis prospère grâce à ses industries, souffre aujourd’hui des conséquences de mauvaises décisions politiques prises par les conseils municipaux successifs.
« Il n’y a plus rien qui retient les gens d’ici : pas d’emplois, pas d’industrie, pas de production. La ville risque de devenir un fantôme de ce qu’elle a été. L’économie locale dépend désormais presque entièrement de l’écotourisme, note-t-il. Juste assez pour rester à flot. »
Louise Guérin s’inquiète aussi pour les quelque 10 employés, majoritairement des femmes, qui travaillaient à salaire minimum et pour qui peu d’autres options d’emploi existent à Mattawa.
« C’est important d’avoir des magasins où les gens se rencontrent. J’ai peur qu’on perde ce sens de communauté là. »
— Louise Guérin
« Ce n’est pas une petite ville où il y a beaucoup d’emplois. Je ne peux pas m’imaginer ce que ces gens-là vivent. »
Pour les résidents, cette fermeture illustre une réalité plus large : celle d’un effritement du tissu social dans les petites communautés du Nord, confrontées à l’abandon progressif des services de proximité.
« C’est important d’avoir des magasins où les gens se rencontrent. Scott’s, c’était un peu comme un magasin général. J’ai peur qu’on perde ce sens de communauté là », confie encore Mme Guérin en référence à la tendance de l’achat en ligne qui séduit de plus en plus.
Louise Guérin se dit chanceuse d’avoir une voiture et de pouvoir se déplacer pour faire ses provisions dans la région. Photo : gracieuseté de Louise Guérin
Une pétition lancée
Dans les jours qui ont suivi l’annonce, Mike Guay, citoyen et créateur d’une pétition en ligne, a rassemblé 1355 signatures – au moment d’écrire ces lignes – pour tenter de sauver le magasin, révélant l’ampleur du mécontentement local.
L’administration municipale espère maintenant qu’un repreneur potentiel se manifestera pour maintenir un commerce de détail dans les lieux. « On espère qu’une compagnie quelconque va voir qu’il y a une nouvelle opportunité à Mattawa », dit M. Bélanger. « Et puis, on espère que ça se passe plus vite que plus tard. »
Puisque le bâtiment qui abrite le commerce n’appartient pas à Giant Tiger, le maire n’écarte pas que le propriétaire des lieux puisse aussi tenter d’attirer un nouveau locataire pour éviter que l’espace ne reste vacant trop longtemps.
Le conseil municipal encourage les résidents qui ne l’auraient pas encore fait à exprimer leur désaccord directement auprès de Giant Tiger via son site web.
« Il y a de la force dans le nombre », conclut le trésorier municipal, Paul Laperrière.
OTTAWA – Le 31 juillet, le Rainbow Bistro d’Ottawa accueillera le spectacle Femme-euses, qui rend hommage aux femmes de l’industrie musicale. ONFR s’est entretenu avec deux membres du collectif, la trompettiste Ianne Allard et la chanteuse Juliette Lefebvre-Tardif, pour expliquer le concept du spectacle et sa genèse.
Percussions, voix, guitares, claviers, cuivres, costumes roses et paillettes… avec une dizaine de musiciens sur scène, tout est en place pour une soirée festive. Les spectateurs peuvent s’attendre à danser et chanter sur des rythmes qu’ils connaissent déjà dans un répertoire large : ABBA, Heart, mais aussi des succès plus contemporains comme ceux de Klô Pelgag ou de Comment Debord. La particularité de Femme-euses, c’est que toutes les chansons ont à la base été écrites, composées ou interprétées par des femmes, ou des groupes qui incluent des femmes.
Au passage, le collectif éduque le public sur des anecdotes souvent méconnues de l’histoire de la musique, comme l’explique Ianne Allard : « Par exemple, c’est une femme qui l’a composée, mais elle s’est battue pour ses droits d’autrice. On aime raconter ces histoires sur scène. »
Femme-euses est un groupe mixte qui met en vedette des chansons populaires de femmes de l’industrie de la musique. Photo : Justine Boucher/@juste_.ju
Juliette Lefebvre-Tardif donne en exemple la bassiste Carol Kaye, qui a joué sur nombre d’albums marquants de l’histoire américaine. La chanteuse de Femme-euses trouve important de faire reconnaître les musiciennes à leur juste valeur.
La trompettiste Ianne Allard abonde dans le même sens : « Les femmes dans les cuivres, c’est assez rare. J’ai tendance à me cacher derrière mes collègues masculins, à moins prendre les devants. »
La musicienne tente de s’en permettre davantage, en se proposant pour faire les arrangements pour le groupe ou en s’octroyant des solos pendant les concerts.
Elle renvoie la balle à sa collègue : « Au Cégep et même maintenant, Juliette était notre chanteuse, mais aussi notre leadeuse. Elle était notre productrice déléguée, notre directrice musicale. Elle connaît tous nos arrangements par cœur. C’est vraiment un atout. »
La place des femmes en musique
Les deux musiciennes croient que l’industrie de la musique a évolué en matière d’égalité des genres. En constatant le reste du chemin à faire, elles préfèrent embarquer dans le train, voire la locomotive.
Selon Ianne Allard, la lutte féministe en musique sera terminée lorsqu’on ne sera plus étonnée de voir une femme à la batterie, ou qu’on ne soulignera plus qu’un prix est gagné par une femme pour la première fois en plusieurs années, par exemple. « Quand on va arrêter de souligner que je suis une femme, je vais être contente. Mais on est encore là, et c’est important. »
Ianne Allard se réapproprie les paillettes grâce à Femme-euses. Photo : Timothé Hétu/@timothe_visuals
L’idée de porter du rose sur scène vient également d’une envie de revaloriser ce qui est considéré comme féminin. Ianne Allard avoue avoir rejeté cette couleur par le passé, et que le fait de mettre une robe à paillettes pour Femme-euses a eu un effet presque cathartique.
Le groupe invite les spectateurs à assister au spectacle habillés en rose, peu importe leur genre.
La genèse
Le projet a démarré autour d’étudiants en musique au Cégep Marie-Victorin, à Montréal. La cohorte de finissants en interprétation devait monter un spectacle de fin de session et l’idée de rendre hommage aux femmes en musique a plu à tous, incluant les étudiants masculins. Les cinq musiciens se sont entourés de connaissances d’autres cohortes pour créer la toute première version de Femme-euses.
« Je me rappelle de ce spectacle. C’était dans une salle assise et tout le monde a fini par se lever, se remémore Ianne Allard. L’ambiance, la scène, la boule disco, les éclairages roses, tout le monde habillé en paillettes… ça a été un de mes spectacles préférés. »
Le spectacle à l’Escogriffe de Montréal a connu un franc succès. Photo : Timothé Hétu/@timothe_visuals
Elle explique qu’à la session suivante, la cohorte a produit un autre concept, mais les gens continuaient de lui parler de Femme-euses. Les jeunes musiciens ont profité de la vague pour présenter leur spectacle au bar l’Escogriffe de Montréal, comme activité de financement pour leur spectacle suivant. Le succès de cette deuxième représentation confirmait qu’il y avait là un filon qui méritait d’être exploité davantage.
La composition du groupe a évolué avec le temps. Le projet scolaire est devenu un projet entre amis musiciens.
Et maintenant…
Lors des spectacles à Montréal, le public était composé en partie d’autres artistes et connaissances des musiciens. Les passages à Ottawa le 31 juillet et à la Foire gourmande de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-Est ontarien à Ville-Marie (Québec) le 2 août seront nécessairement différents, et de bons tests pour comprendre la viabilité du projet.
Juliette Lefebvre-Tardif travaille à assumer pleinement le titre de « chanteuse », parfois vu comme « juste chanteuse » dans l’imaginaire collectif. Photo : Timothé Hétu/@timothe_visuals
Juliette Lefebvre-Tardif considère que son groupe offre une représentation intéressante : « C’est un beau message d’être un groupe mixte, et que tout le monde soutienne la cause des femmes. »
Niveau logistique, il peut être compliqué de faire de la tournée avec autant de personnes, et encore plus d’en tirer profit. Le groupe s’attend au moins à égaliser les dépenses et les revenus pour cette mini-tournée.
L’envie de poursuivre Femme-euses est tout de même présent. Que ce soit en élaborant des spectacles dans des thèmes ou des styles spécifiques, avec plus ou moins d’animation et de faits historiques dans les chansons, en formule corporative, bar ou festival, « il y a beaucoup de choses qu’on peut faire avec ça », imagine Juliette Lefebvre-Tardif.
Peu importe leur genre, les musiciens de Femme-euses sont heureux de porter le rose et de soutenir la cause des femmes en musique. Photo : Timothé Hétu/@timothe_visuals
Les deux amies croient que la musique et l’esthétique leur permettront d’établir un lien avec le public et ne voient pas d’enjeu avec la barrière de la langue. Elles s’attendent à avoir un public bilingue et à s’exprimer majoritairement en français pendant le spectacle au Rainbow bistro.
« C’est excitant et on part entre amis. Ça reste un petit road trip », exprime Ianne Allard.
TORONTO – Depuis le 1er juillet, la loi de 2022 sur les droits des travailleurs de plateformes numériques, par exemple les chauffeurs ou les coursiers, est en vigueur dans toute la province. Même si elle étoffe certaines protections sur un travail souvent jugé précaire, certains de ces travailleurs multiplient les critiques. En outre, les 18-34 ans demeurent la part prépondérante de cette économie des petits boulots.
Avant de reprendre ses études car il ne gagnait pas assez, Brice Sopher, un Franco-Ontarien ayant grandi à Toronto, a travaillé pour des plateformes de livraison pendant 4 ans.
Par ailleurs, son engagement en tant que vice-président du syndicat Gig Workers United représentant ces travailleurs, n’en était pas moins laborieux.
« Se mobiliser syndicalement était difficile, car les gens étaient fatigués, démoralisés et ne pouvaient pas prendre du temps pour arrêter de travailler », raconte l’ancien coursier.
Déposée il y a quelques années, la loi de 2022 qui œuvre pour les travailleurs de services de covoiturage, de livraison et de messagerie, leur assure aujourd’hui de nouveaux droits, tels qu’un revenu minimum garanti, plus de transparence salariale ou encore un renforcement des mesures de santé et de sécurité.
Néanmoins, la communauté des syndicats s’accorde à dire que ces nouvelles directives négligent une part importante d’un cadre équitable, comparativement à celui d’un employé dit « traditionnel ».
« Cela ne couvre pas le temps d’attente, par exemple le temps qu’ils rentrent d’une course, mais seulement le temps actif. Et il y a des études qui ont montré qu’il s’agit presque de la moitié du temps de quelqu’un qui travaille », affirme Brice Sopher.
Brice Sopher représentait le syndicat Gig Workers United quand il travaillait également pour une plateforme de livraison à Toronto. Photo : Gracieuseté de Brice Sopher
Aissa Nauthoo, la vice-présidente des services juridiques, emploi et établissement du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), affirme que les mêmes droits doivent s’appliquer aux employés couverts par la loi sur les normes d’emploi (LNE) : « La loi doit être universellement appliquée aux acteurs du marché du travail, peu importe le statut, employé, travailleur ou entrepreneur indépendant », appuie-t-elle.
Alors que la seule et unique accréditation syndicale de chauffeurs Uber au pays ait été récemment instaurée en Colombie-Britannique, Brice espère qu’un cadre similaire verra le jour en Ontario.
« Il faut que nos organisations soient reconnues par la Commission des relations de travail de l’Ontario, pour que ça soit légalement officiel et pour pouvoir entretenir des négociations », alerte l’ancien représentant.
Peut-on parler d’une « youth-cession »?
L’année dernière, un rapport a révélé que l’économie des petits boulots reste largement alimentée par les jeunes travailleurs, ce secteur ayant explosé depuis la pandémie. À l’échelle de la province, c’était plus de 80 000 chauffeurs qui étaient actifs sur les plateformes comme Uber et Lyft, selon le site d’informations financières Money.ca.
« Ils ont la vingtaine la plupart du temps. Ce sont des étudiants internationaux » , ajoute M. Sopher.
La semaine dernière, le dernier rapport trimestriel de MNP sur l’endettement des consommateurs a montré que près de la moitié des 18 à 34 ans sont plus susceptibles de subir du stress financier. À l’heure actuelle, « le taux de chômage des Canadiens de 15 à 24 ans s’élève à 14 %, soit le double de la moyenne de la population totale », selon une étude de Indeed Canada.
Les chercheurs et économistes constatent que les jeunes traversent leur propre crise économique en partie due à la querelle commerciale avec les États-Unis qui affaiblit le marché du travail des jeunes, sur lequel les employeurs sont plus réticents à embaucher.
« Le taux de chômage des Canadiens de 15 à 24 ans s’élève à 14 %, soit le double de la moyenne de la population totale. »
— Alexandra Tillo, consultante marketing en ressources humaines chez Indeed Canada
« Si l’on regarde l’historique du taux de chômage des jeunes, ça a toujours été des chiffres plus hauts, et ça empire surtout lorsqu’on se trouve dans une période de taux d’intérêt forts à la suite de l’inflation », explique Rafael Gomez, qui dirige le Centre des relations industrielles et des ressources humaines de l’Université de Toronto.
La loi de 2022 sur les droits des travailleurs de plateformes numériques montre que les droits ne sont pas tout à fait homogènes parmi les travailleurs ontariens. Même si elle marque une étape importante pour les dizaines de milliers de personnes qui gagnent leur pain quotidien grâce à ces applications, ses limites font lumière sur la précarité qui mine la jeune génération.
Avec de plus en plus de travailleurs de plateformes actifs à la fois, le nombre de courses que chaque coursier reçoit continuera de diminuer en même temps que leur revenu. « Sur la fin, je ne gagnais peut-être plus que 6 dollars par heure », déplore Brice Sopher, une des raisons qui l’a découragé.
HUNTSVILLE – Réunis dans la région de Muskoka pour leur rencontre estivale annuelle, les premiers ministres des provinces et territoires ont misé sur le renforcement de l’économie canadienne par la réduction des obstacles au commerce intérieur et à la mobilité de main-d’œuvre. Également au cœur des échanges : immigration, santé, sécurité, feux de forêt, développement de projets d’infrastructures d’intérêt national ou encore commerce international.
En tant que président du Conseil de la fédération, le premier ministre ontarien Doug Ford a reçu les premiers ministres des provinces et territoires du 21 au 23 juillet au Deerhurst Resort, à Huntsville, le cottage country de l’Ontario.
Il s’agissait d’une « occasion de travailler ensemble à des moyens de répondre à la dernière menace du président Trump et de réaliser le plein potentiel de l’économie canadienne », avait déclaré le premier ministre ontarien en amont.
Au terme de la conférence de clôture, en ce mercredi, des thèmes forts se sont imposés, tels que la collaboration interprovinciale.
« Les provinces et territoires du Canada sont plus unis que jamais », s’est d’ailleurs réjoui M. Ford.
Les premiers ministres se sont notamment engagés à ce que leurs gouvernements respectifs réalisent au moins une mission commerciale dans une autre province ou un autre territoire au cours de la prochaine année. Ces missions renforceront les chaînes d’approvisionnement pancanadiennes.
Parmi les mesures qui se profilent :
Dépôt de lois visant le commerce intérieur
Examen et élimination des exceptions propres à certaines parties dans le cadre de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC)
Conclusion des négociations visant à ajouter un chapitre sur les services financiers à l’ALEC
Élargissement des possibilités de vente de boissons alcoolisées directement aux consommateurs
Avancement de la reconnaissance mutuelle
Amélioration de la mobilité de la main-d’œuvre.
La conclusion d’un accord de reconnaissance mutuelle complet couvrant les biens de consommation, conformément aux discussions du Comité du commerce intérieur, devrait prendre effet d’ici décembre 2025.
Les premiers ministres des provinces et territoires ont rencontré des dirigeants autochtones à Huntsvile, parmi lesquels l’Assemblée des Premières Nations, le Conseil national des Métis, le Congrès des peuples autochtones, l’Association des femmes autochtones du Canada, la Nation Anishinabek, l’Association des femmes autochtones de l’Ontario, et les Chefs de l’Ontario (OOO). Photo : Conseil de la fédération
De gauche à droite : les premiers ministres R.J. Simpson (Territoires du
Nord-Ouest), P.J. Akeeagok (Nunavut), Wab Kinew (Manitoba), Susan Holt (Nouveau-Brunswick), François Legault (Québec), Doug Ford (Ontario), Rob Lantz (Île-du-Prince-Édouard), Danielle Smith (Alberta), Tim Houston (Nouvelle-Écosse), Scott Moe (Saskatchewan), Mike Pemberton (Yukon) et David Eby (Colombie-Britannique). Photo : Conseil de la fédération
Les premiers ministres en salle de réunion. Photo : Conseil de la fédération
Le premier ministre du Québec François Legault et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford en conférence de presse. Photo : Conseil de la fédération
De gauche à droite : le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, le premier ministre du Manitoba Wab Kinew, et le premier ministre de la Saskatchewan Scott Moe. Photo : Conseil de la fédération
La Saskatchewan a également rejoint à l’accord pour un corridor est-ouest entre l’Ontario et l’Alberta sur la construction de grands projets d’infrastructures comme les pipelines ou les voies ferrées pour transporter les minéraux critiques de l’Ontario et le pétrole et le gaz de l’Ouest canadien.
« Le protocole d’entente d’aujourd’hui prévoit que les nouveaux pipelines seront construits avec de l’acier de l’Ontario le long d’un tracé qui amènera le pétrole et le gaz de l’Ouest canadien à des raffineries nouvelles et existantes dans le sud de l’Ontario, ainsi qu’à un nouveau port en eau profonde dans la Baie James », expliquait un communiqué de presse.
Immigration et sécurité publique : les premiers ministres réclament des actions concrètes d’Ottawa
Les premiers ministres provinciaux et territoriaux demandent au gouvernement fédéral de rétablir les quotas du Programme des candidats des provinces et des territoires (PCPT), réduits de 50 %, et d’augmenter leur part dans l’immigration économique. Ils souhaitent également une collaboration accrue sur la question des étudiants internationaux, en veillant à ce que l’accès au permis de travail postdiplôme reflète les besoins des marchés locaux.
Concernant les demandes d’asile, ils appellent Ottawa à accélérer les traitements et à permettre aux demandeurs acceptés de s’intégrer pleinement à la société. S’ils saluent l’intention du projet de loi C-2 visant une meilleure gestion du système, ils exigent d’être pleinement impliqués dans toute réforme.
Sur le plan de la sécurité publique, les premiers ministres insistent pour que le gouvernement fédéral réforme en profondeur le système de mise en liberté sous caution en modifiant le Code criminel. Ils appellent à des efforts conjoints pour réduire les récidives et la violence, en s’attaquant aussi aux causes systémiques comme la pauvreté, les dépendances ou les troubles de santé mentale. Ils demandent enfin une révision de l’évaluation du risque dans les cas de délinquants sexuels récidivistes, de violence conjugale et de crimes fondés sur le genre.
Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, prendra le relai du mandat de président du Conseil de la fédération dès le 1er août 2025. C’est donc à l’Île-du-Prince-Édouard que se déroulera la prochaine rencontre estivale des premiers ministres des provinces et territoires, du 21 au 23 juillet 2026.
KIRKLAND LAKE – Originaire de Chelmsford, dans le Grand Sudbury, April Belecque devient la première femme responsable du sauvetage minier de la province. Une nomination historique dans un milieu où les femmes sont encore rares, surtout à des postes de direction.
Lorsqu’elle a appris sa nomination, April Belecque avoue avoir été surprise : « C’était un poste très recherché, et je savais qu’il y avait d’autres candidats avec plus d’expérience. »
Celle-ci a été promue dans le district de Kirkland Lake, mais devient la seule femme à occuper ce poste au sein de l’organisme qui supervise les opérations de sauvetage minier à l’échelle de la province depuis 1929. Il compte également une quinzaine d’autres agents et quelques 900 bénévoles.
Aux yeux de celle qui a fait des études en géologie avant de se tourner vers le secteur minier, ce choix envoie un signal important.
« Ce n’est pas parce que je suis une femme que j’ai été choisie. Mais c’est une bonne représentation de nos volontaires, car il y a déjà des femmes parmi eux. C’est logique d’avoir aussi une femme dans un poste de direction. »
April Belecque donnant des instructions aux bénévoles d’Agnico Eagle Mine Rescue. Photo : gracieuseté d’Ontario Mine Rescue
Celles qui travaillent sous terre ou qui participent aux équipes de sauvetage minier demeurent encore très peu nombreuses, une réalité qu’April Belecque observe elle-même sur le terrain : « J’espère que ça encouragera d’autres femmes. Je ne suis pas une fille ultra sportive ou très girly, je suis entre les deux. Et ça montre que ce métier est accessible à toutes. »
Les femmes représentent actuellement environ 15 % de la main-d’œuvre dans le secteur minier au Canada. Parmi elles, la majorité occupent encore des postes en ressources humaines, en administration ou en finance.
De plus en plus de femmes commencent dans le secteur mais quittent tôt, dit constater la jeune maman, notamment à cause des contraintes du travail en région éloignée et de la conciliation famille-travail.
Mme Belecque est mère de deux enfants en bas âge. Gracieuseté d’Ontario Mine Rescue
Culture de solidarité
Le poste de responsable du sauvetage minier est crucial dans le fonctionnement du Sauvetage minier ontarien, un réseau coordonné par Workplace Safety North et chargé d’intervenir lors de situations d’urgence dans les mines : incendies, effondrements, sauvetages en espaces clos, incidents chimiques, ou encore sinistres souterrains.
En tant qu’agente responsable du district de Kirkland Lake, April Belecque supervise l’entraînement de dizaines de secouristes, veille à leur préparation en tout temps, et joue un rôle clé lors d’interventions d’envergure.
Et si elle devait résumer les qualités nécessaires dans son métier? « Le travail d’équipe. Savoir collaborer, écouter, apprendre. Et vouloir aider, même quand on ne sait pas encore comment. »
Ce désir d’aider remonte à ses débuts dans l’industrie : « J’ai tout de suite aimé l’ambiance familiale. On se connaît tous. C’est un milieu tissé serré, où on veut prendre soin les uns des autres. »
Une culture qu’elle relie directement à ses racines nord-ontariennes : « J’ai grandi à Chelmsford, étudié à Sudbury, puis j’ai travaillé à Red Lake, à Kirkland Lake… toujours dans des petites villes. Ça m’a appris à compter sur les gens autour de moi. Et le sauvetage minier, c’est exactement ça. »
April Belecque a été bénévole pendant dix ans avant d’obtenir ce poste. Photo : gracieuseté d’Ontario Mine Rescue
Un secteur en évolution
Au fil des années, celle qui compte 15 années d’expérience dans le secteur minier a vu l’industrie évoluer. « Il y a une volonté d’éloigner les gens des dangers. On utilise de plus en plus d’équipements contrôlés à distance, pour limiter les contacts directs avec les machines lourdes. C’est une grande avancée pour la sécurité. »
Selon April Belecque, le district de sauvetage minier du Nord-Est est en pleine expansion, avec des mines existantes qui prennent de l’ampleur et de nouveaux projets en développement.
Cette croissance entraîne un besoin accru de volontaires, et par conséquent, une hausse de la demande en formation spécialisée.
En outre, le rôle d’agent de sauvetage s’est élargi tout comme les possibilités de recrutement des bénévoles : « On développe maintenant des formations pour les urgences en surface, les incendies, les matières dangereuses… Ça nous permet d’atteindre des profils différents, qu’on ne ciblait pas avant. »
Le tournage de la série Surf Bay, côte Ouest s’est terminé dans les dernières semaines en Colombie-Britannique. Cette première collaboration entre UNIS TV et Bell Média se présente aussi comme la première série de fiction francophone à être tournée dans la province la plus à l’ouest du Canada. ONFR a discuté avec le réalisateur franco-ontarien Dominic Desjardins et deux des comédiennes, Camille Felton et Mia Wistaff.
Dans la ville côtière fictive de Surf Bay, la surfeuse Margot Swann (Camille Felton) pourrait devoir choisir entre ses ambitions olympiques et ses convictions écologiques, alors que l’industrie touristique menace une forêt centenaire de sa communauté.
« Elle va se mettre à faire des actions écolos sans nécessairement penser aux impacts que ça peut avoir sur sa carrière. Ça va aussi jouer dans ses liens d’amitié ou avec son entraîneuse », explique la comédienne principale.
Le groupe de jeunes de Surf Bay, incarné par Karl Walcott, Mia Wistaff, Henri Picard, Camille Felton et Tony Hiu Joong Giroux. Photo : UNIS TV
Dominic Desjardins exprime le fait que l’océan et la forêt ont été traités comme « deux planètes ». L’eau est l’élément naturel de Margot, mais elle découvrira aussi l’importance de la terre.
Pour stimuler ce lien avec la nature, le réalisateur a voulu placer les acteurs en immersion dans ces deux mondes, ce qui a mené l’équipe à tourner dans des conditions ambitieuses, incluant des cascades, des scènes de nuit ou des dialogues en plein dans les vagues.
« Une des choses qui était très ambitieuses, c’était d’amener nos actrices dans l’océan. »
— Dominic Desjardins
Surf Bay proposera en effet des scènes où Margot et sa meilleure amie Zoélie (Mia Wistaff) s’entraînent et discutent assises sur des planches de surf professionnelles, qui sont minces et difficiles à maîtriser. Les prouesses sportives ont été tournées avec des doublures, mais les actrices ont passé deux journées de tournage directement dans l’océan.
« On s’amusait comme des petits poissons dans l’eau », lance Camille Felton en se remémorant des moments intenses, après une semaine d’entraînement alors qu’elle n’avait jamais surfé de sa vie. La comédienne a dû composer avec le mal de mer, mais finalement, « il a fait tellement beau, la mer était belle et on a tout donné. (…) Ça change tout, que les acteurs soient dans l’eau. On y croit encore plus. »
Mia Wistaff explique qu’elle avait une certaine expérience en surf, mais seulement sur des planches longues. « Je surfe comme une touriste, je suis loin de pouvoir me faire passer pour une surfeuse professionnelle, mais je suis hyper à l’aise dans l’eau », raconte celle qui espérait décrocher le rôle de Zoélie pour cette raison.
« C’était vraiment un défi, mais tellement satisfaisant d’arriver au bout de ça et de dire : ‘yes, on a vraiment un show de surf’ », se réjouit Dominic Desjardins.
Amies et rivales
Camille Felton décrit Margot comme intense, impulsive, sensible et passionnée. « Il y a une énorme courbe narrative à ce personnage. »
Dans les 10 épisodes de 23 minutes, Margot et Zoélie partagent une profonde amitié, mais aussi une quête de soi propre au passage à l’âge adulte qui crée une rivalité certaine.
Mia Wistaff (à gauche) et Camille Felton (à droite) ont eu un coup de coeur mutuel lors des tournages de Surf Bay, côte Ouest. Photo : UNIS TV
Au début de la série, Zoélie revient à Surf Bay après des études à Vancouver. Celle qui s’est souvent définie par les autres (l’amie de Margot, la blonde de Noah…) devra trouver sa propre personnalité. Mia Wistaff apprécie ce « quelque chose de Zoélie qui est très commun. »
Dominic Desjardins croit que le type de relation entre les deux surfeuses n’est pas souvent exploité à la télévision. Pour trouver le bon ton, l’équipe derrière Surf Bay a interviewé les sœurs Sanoa et Mathea Olin, deux championnes de surf originaires de Tofino. Dominic cite une phrase de Mathea qui représente aussi la relation entre Margot et Zoélie : « La personne que je veux battre le plus en compétition, c’est (elle). Je sais par contre que si elle n’avait pas été là, je ne serais pas rendue où je suis. »
Une fiction en milieu minoritaire
Si les paysages de l’île de Vancouver sont particulièrement mis de l’avant, la réalité sociale de ce coin de pays n’est pas écartée. Les personnages principaux sont francophones, mais ils vivent dans la ville anglophone de Surf Bay, située dans la région de Tofino.
Dominic Desjardins spécifie : « Ça représente bien la réalité d’ici. Tout à coup, il y a une scène en anglais, après il y en a une en français. Les personnages s’expriment parfois en anglais quand ils parlent à la foule. »
Une partie de la distribution de Surf Bay, côte Ouest. De gauche à droite et de haut en bas : Mia Wistaff, Henri Picard, Camille Felton, Karl Walcott, Jessica Heafey, France Perras, Tony Hiu Joong Giroux et Émilie Leclerc. Photo : UNIS TV
Mia Wistaff aime ce bilinguisme qui transparaît dans la série. « Des fois, on parle beaucoup de ce face-à-face entre la francophonie et les anglophones. Ce que j’aime de Surf Bay, c’est que c’est vraiment juste un village, une réalité où il y a les deux et c’est correct. Ce n’est pas obligé d’être un gros enjeu. »
Originaire de Montréal, l’interprète de Zoélie a déménagé à Vancouver il y a un an, après un passage à Victoria pour ses études en Théâtre musical. « Je suis encore en train de réaliser ce que ça veut dire d’être dans cette industrie et de partager mon temps entre Montréal et Vancouver. »
« Quand tu annonces que tu vas faire un projet en français, tout à coup se révèlent des francophones invisibles. »
— Dominic Desjardins
Dominic Desjardins estime à 50 % le nombre de francophones dans le total de la production, incluant plusieurs chefs de départements. « Quand tu annonces que tu vas faire un projet en français, tout à coup se révèlent des francophones invisibles. Ce sont des gens qui sont ici depuis longtemps, qui travaillent juste en anglais, mais qui sont francophones. »
Selon Camille Felton, l’expérience de travailler dans l’Ouest a permis aux acteurs québécois de s’ouvrir à la francophonie canadienne. Elle parle déjà de collaborer à nouveau avec certaines personnes. « Ça nous a tellement nourris de rencontrer de nouveaux acteurs, de découvrir une nouvelle industrie et de nouvelles personnes, autant devant que derrière la caméra. »
Aller plus loin
Dominic Desjardins croit s’être dépassé comme réalisateur. « Dans tout ce que j’ai fait, c’est la série où on est allés le plus loin au niveau du jeu avec les acteurs. »
Pour lui, il était important que la série en soit une d’action, que ce soit au niveau du surf ou de l’écologie. « On ne voulait pas que les actions écolos soient un concept intellectuel. »
Le réalisateur franco-torontois Dominic Desjardins. Photo : UNIS TV
Habituée des caméras depuis l’enfance, Camille Felton parle de Surf Bay comme de son « plus gros projet en 20 ans de carrière. »
L’interprète de Margot croit que la série s’écoutera bien en rafale. Le titre Surf Bay, Côte Ouest laisse d’ailleurs présager une certaine ambiance « très cool, très hip » à l’américaine, que Mia Wistaff a hâte de partager avec le public.
Dominic Desjardins croit « que ce sera quelque chose d’unique. On a monté la barre à tous les niveaux, mais il y a quelque chose, culturellement et au niveau du cœur qui va se distinguer de tout ce qui se fait aux États-Unis et au Québec. C’est une première en francophonie ».
Surf Bay, Côte Ouest sera diffusée sur TV5UNIS au printemps 2026, puis sur Crave en 2027. La série est coproduite par Reign Films et Locomotive Média.
TORONTO – Double nouvelle pour l’Université de l’Ontario français (UOF) qui lancera deux nouveaux programmes en éducation : un premier baccalauréat pour l’enseignement au secondaire dès 2025, ainsi qu’une formation accélérée combinant baccalauréat général et baccalauréat en éducation en quatre ans au lieu de six, dès 2026 – une première en français en Ontario.
En plus de l’actuel baccalauréat en Éducation pour l’élémentaire s’ajoutera pour la première fois un autre pour l’enseignement du français au secondaire, de la 7e à la 12e année, disponible dès septembre 2025.
L’UOF, qui avait reçu le consentement ministériel en mai dernier, vient finalement de recevoir l’agrément la veille pour l’ajout de 80 places en plus pour former des enseignants de français pour le secondaire.
Autre nouvelle d’envergure pour l’établissement postsecondaire, la création d’un baccalauréat en Éducation en formation accélérée de quatre ans au lieu de six, destiné aux finissants du secondaire qui entreront ainsi deux années plus tôt sur le marché du travail.
Il s’agira d’un baccalauréat général combiné au baccalauréat en Éducation. 40 places ouvriront ainsi à la rentrée 2026.
« Ce parcours accéléré implique un rythme plus soutenu avec une plus grande densité de cours, des temps de vacances plus resserrés et des cours d’été, ce qui permet de gagner deux ans », explique au micro d’ONFR le recteur et vice-chancelier de l’UOF Normand Labrie.
Depuis la demande de l’UOF en ce sens, le gouvernement a déjà donné son intention d’y consentir.
« Il reste des conditions à remplir d’ici le mois d’août prochain, et, sous couvert de l’autorisation ministérielle à venir, les cours pourront démarrer en 2026. En français, ça n’existe nulle part ailleurs en Ontario, ce sera la première université à faire ça », a-t-il ajouté.
« Les récents appuis de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (OEEO) et du ministère des Collèges et Universités, de l’Excellence en Recherche et de la Sécurité (MCUERS) constituent un signal fort, qui nous encourage dans nos démarches. Ils s’alignent parfaitement avec notre mission d’offrir une éducation universitaire francophone à l’intention des futurs professionnels dans des secteurs d’emploi faisant face à des pénuries », a déclaré Normand Labrie dans un communiqué annonçant les deux nouveautés.
MONCTON – Le gouvernement fédéral a annoncé mardi un financement de 78 millions de dollars sur cinq ans pour améliorer l’accès et la formation à des soins de santé en français dans les communautés francophones minoritaires au pays.
La ministre de la Santé Marjorie Michel en a fait l’annonce à l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick, ce mardi matin. Le financement sera divisé en trois volets.
37 millions de dollars iront à la Société Santé en français dans le cadre d’un projet qui permettra de déployer des activités de réseautage en santé en partenariat avec ses 16 réseaux, pour accentuer l’accès aux services de santé pour les communautés francophones en situation minoritaire à l’échelle nationale.
Il soutiendra également l’innovation en favorisant l’intégration des professionnels de la santé bilingues et l’adaptation des services de santé existants pour mieux desservir les francophones hors du Québec.
9 millions de dollars seront alloués à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) pour améliorer l’accès aux programmes de santé dans les établissements postsecondaires francophones, ainsi que le recrutement et la formation dans ces programmes, notamment via des stages dans les communautés francophones.
Finalement, 32 millions de dollars seront partagés entre cinq établissements francophones en Atlantique, dont 14 millions, à l’Université de Moncton pour accroître la formation de professionnels de la santé comme en médecine et en sciences infirmières dans la région.
« Ces investissements vont soutenir des projets novateurs et permettront vraiment de former des professionnels de la santé bilingue dont on a besoin », a affirmé la ministre de la Santé Marjorie Michel en conférence de presse.
Pour le recteur de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme, ce financement permettra notamment de faire face aux défis d’attirer et de retenir des infirmières francophones en milieu minoritaire.
« On connait les défis de recruter dans le domaine, affirme celui qui est aussi l’ancien directeur scientifique de l’Institut du Savoir Montfort. On a également besoin de ce financement là comme je l’ai mentionné pour être en mesure d’augmenter les effectifs dans nos différents programmes, pour aller chercher davantage de professeurs, davantage de chargés d’enseignement », énumère-t-il
Cette annonce fédérale a été effectuée dans le cadre du Programme pour les langues officielles en santé. En 2023, Ottawa avait réservé un total de 206,7 millions de dollars sur cinq ans en financement pour les programmes de santé en français.
HUNTSVILLE – La Colombie-Britannique, le Yukon, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest s’ajoutent à la liste des provinces et territoires partenaires commerciaux de l’Ontario, au nombre de dix. Des signatures en marge de la rencontre estivale 2025 des premiers ministres des provinces et territoires, du 21 au 23 juillet au Deerhurst Resort à Huntsville en Ontario.
Doug Ford s’est aujourd’hui entretenu avec le premier ministre de la Colombie-Britannique David Eby, le premier ministre du Yukon Mike Pemberton, le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest R.J. Simpson et le premier ministre du Nunavut P.J. Akeeagok pour signer de nouveaux accords pour dynamiser le commerce intérieur, améliorer la mobilité de la main-d’œuvre et abattre les barrières interprovinciales.
« Étant donné les menaces continues du président Trump à l’encontre de notre économie, c’est le moment ou jamais (…) nous aidons le Canada à débloquer jusqu’à 200 milliards de dollars en potentiel économique et faisons bloc pour protéger les travailleurs canadiens partout au pays », a de nouveau martelé le premier ministre ontarien.
Entre autres mesures communes : l’élimination des formalités administratives, la réduction des coûts des entreprises et l’ouverture de nouveaux débouchés pour la libre circulation des travailleurs qualifiés.
Doug Ford, le premier ministre ontarien, et David Eby, le premier ministre de la Colombie-Britannique. Photo : compte X officiel de Doug Ford
« Plus de la moitié de la population du pays est concentrée dans nos deux provinces. Cet accord est la pierre angulaire d’une économie canadienne unique », a noté David Eby, le premier ministre de la Colombie-Britannique.
Mike Pemberton, le premier ministre du Yukon, a déclaré qu’en mettant les efforts en commun « nous aidons à faire en sorte que les territoires, dont le Yukon, puissent participer et contribuer pleinement à l’économie du Canada ».
« Pour que le Nord atteigne tout son potentiel économique, nous devons réduire les obstacles qui nuisent à la communication de nos gens et de nos entreprises avec le reste du pays », a relevé le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest R.J. Simpson, tandis que le premier ministre du Nunavut P.J. Akeeagok a affirmé sa volonté de faire du Nunavut « un acteur plus connecté et plus concurrentiel dans l’économie du Canada. »
En juin dernier, le gouvernement ontarien avait adopté la Loi de 2025 pour protéger l’Ontario en favorisant le libre-échange au Canada, visant à supprimer les barrières interprovinciales en libérant le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au sein du Canada.
Cette nouvelle législation inclut la suppression de toutes les exceptions spécifiques aux parties à l’Accord de libre-échange canadien (ALEC).
TORONTO – Les députées de l’opposition officielle France Gélinas et Dre Robin Lennox tirent la sonnette d’alarme suite à la publication d’un rapport du Toronto Drop-In Network (TDIN) qui met en lumière une hausse de 288 % des surdoses ce mois de juin, par rapport à la même période l’année dernière. Cette hausse survient après la fermeture de neuf sites de consommation supervisée (SCS), à l’instigation du gouvernement ontarien.
La porte-parole du NPD pour la santé mentale et les dépendances, Dre Robin Lennox (Hamilton-Centre), et la porte-parole de l’opposition pour la santé, France Gélinas (Nickel Belt) ont réagi aux chiffres alarmants de 288 % de hausse des surdoses à Toronto depuis la fermeture de quatre centres torontois.
Documentée par le Toronto Drop-In Network (TDIN), réseau de centres d’accueil torontois, l’analyse est fondée sur les rapports mensuels envoyés par les centres membres du TDIN, qui gèrent 56 structures.
« Au cours des trois mois qui ont suivi ces fermetures, nous avons observé une hausse dévastatrice des surdoses dans notre réseau. En avril, les centres d’accueil ont enregistré une augmentation de 75 % des surdoses. En mai, cette hausse a atteint 175 %, et en juin, elle s’est élevée à 288 %. Cette montée en flèche est extrêmement préoccupante et ne peut être ignorée », a alarmé l’organisation dans un communiqué.
Ces chiffres torontois ne permettent toutefois pas de prendre la mesure du phénomène à l’échelle de l’Ontario, puisqu’en tout, ce sont neuf SCS qui ont déjà fermé.
« Les surdoses augmentent rapidement en l’absence de services de consommation supervisée qui sauvent des vies, a déclaré Dre Lennox. Les centres d’accueil font tout ce qu’ils peuvent, mais ils n’ont jamais été conçus pour remplacer les services de prévention des surdoses. Et pendant que le gouvernement Ford les démantelait, les « HART hubs » qui étaient censés les remplacer restaient incomplets et incapables d’offrir les services dont les gens ont besoin. »
« Dans ma communauté (Nord de l’Ontario), nous perdons deux à trois personnes chaque semaine à cause des surdoses. Ce sont nos mères, nos frères, nos filles, nos voisins et nos amis, s’est désolée France Gélinas. Ce n’est pas seulement un enjeu social, c’est une urgence de santé publique. Ces sites offrent des services et traitements qui sauvent des vies. La consommation de substances doit être reconnue et traitée comme une crise sanitaire, nécessitant une réponse en santé fondée sur des preuves médicales, des soins coordonnés et de l’empathie. »
La députée de Hamilton-Centre observe les conséquences des surdoses, même non mortelles, qui entrainent « de graves complications neurologiques quand l’aide arrive trop tard », et augmentent le risque de décès par la suite.
« Ce gouvernement échoue sur toute la ligne, tranche la députée de Nickel Belt. Que ce soit en matière de prévention, de traitement ou d’intervention d’urgence rapide, il laisse tomber la population de cette province. »
Selon le TDIN, sans l’inclusion de services de réduction des méfaits et de soutien aux infrastructures, « nous continuerons de voir une augmentation tragique des surdoses et des décès liés aux surdoses dans les centres d’accueil et dans l’ensemble de la communauté ».
OTTAWA – Le Bluesfest 2025 se termine ce dimanche dans la capitale fédérale. Cette année, en plus des grandes têtes d’affiche, les organisateurs ont misé sur une panoplie d’artistes locaux, dont plusieurs femmes franco-canadiennes. ONFR en a rencontré quelques-unes pour discuter de l’intersection entre féminité et francophonie dans l’industrie musicale.
Être francophone et être femme, voilà deux aspects identitaires bien différents, mais qui peuvent parfois se rejoindre. C’est ce qui s’est passé cette année au Bluesfest, selon la responsable des relations avec les médias francophones, Annie Boucher.
« Dans les dix dernières années, il y a eu une volonté d’avoir plus de diversité en général au festival. Donc, plus de femmes, plus de différentes cultures. Le fait qu’il y ait plus de femmes francophones, franco-ontariennes ou de la région, ça, c’est un adon (…) mais quand ils regardent les différentes scènes, c’est certain qu’ils essaient de balancer pour que ce ne soit pas juste des hommes. »
Sophie d’Orléans était en spectacle au Bluesfest le 11 juillet. Elle estime que pour faire une plus grande place aux francophones et aux femmes, il faut travailler en équipe avec les anglophones et les hommes. Photo : Sean Sisk
L’autrice-compositrice-interprète Sophie d’Orléans estime que la francophonie et la féminité apportent des enjeux semblables, que des événements comme le Bluesfest peuvent contribuer à surmonter.
« En tant que femmes, on a besoin d’hommes qui se disent féministes, comme en tant que francophones, on a besoin d’anglophones qui vont dire que le français est important. Ce n’est pas juste entre francophones ou entre femmes qu’on va régler tout ça. Il faut inclure tout le monde. »
Kristine St-Pierre en spectacle au Bluesfest le 11 juillet. Elle croit que son identité francophone et féminine lui ouvre des portes. Photo : Landon Entwistle
L’artiste Kristine St-Pierre croit aussi que ces aspects de son identité artistique peuvent être bénéfiques dans l’industrie. « Je crois qu’il y a plusieurs opportunités qui sont venues vers moi grâce à cette intersection. »
Elle affirme avoir vu un certain changement dans les dernières années. « Le 11 juillet, sur la scène sur laquelle je jouais, les artistes de la soirée étaient trois femmes. La personne à la console était une femme. Et il y avait plein de francophones qui travaillaient sur la scène. Le technicien de son était francophone, on me parlait en français. C’était le fun de se sentir dans un environnement bilingue, pas seulement anglophone. »
Kristine St-Pierre trouve aussi que le Bluesfest fait la promotion de tous ses artistes de façon équitable, encore plus en 2025. « C’est super, en tant qu’artiste locale, de se sentir sur un certain pied d’égalité. »
Plus de francophones
Le Bluesfest d’Ottawa prend plusieurs moyens pour s’ouvrir à la francophonie, selon Annie Boucher, à commencer par sa propre embauche comme contact pour les médias francophones. Cette année, le Festival offre aussi une version en français de son site web pour la première fois.
« C’est vraiment un effort qu’ils sont en train de faire, pour cultiver le côté Gatineau certainement, puis Montréal, et pour faire plus de place aux artistes francophones de la région. »
La proximité avec Gatineau incite le Bluesfest à faire également une place aux artistes québécoises, comme Alicia Moffet, qui était sur la scène River le 17 juillet. Photo : Greg Kolz
Il faut dire que les Plaines LeBreton se situent à un jet de pierre du Québec. Les festivaliers qui doivent se déplacer en voiture sont même encouragés à se stationner du côté gatinois et à traverser la rivière à pied.
Annie Boucher souligne que le bilinguisme fait partie de l’ADN de la région d’Ottawa-Gatineau, que ce soit chez les artistes Franco-Ontariens ou le public qui afflue des deux côtés de la rivière. Les artistes francophones attirent autant de spectateurs que les artistes anglophones programmés dans des créneaux horaires et des scènes comparables.
« Il y a vraiment un intérêt dans les artistes francophones. Il y a un momentum, en ce moment. Ça va se poursuivre, ils (les organisateurs) voient la valeur là-dedans. »
Une visibilité accrue
Selon le site web de l’événement, environ 250 000 festivaliers se présentent chaque année au Bluesfest. Nombreux sont ceux qui arrivent tôt et circulent entre les cinq scènes chaque soir. Le simple fait de jouer sur l’une de ces scènes est donc non négligeable au niveau de la découvrabilité.
« C’était sur ma liste de souhaits depuis longtemps, le Bluesfest. D’être là en tant que francophone, sur la scène extérieure, c’était vraiment le fun », raconte l’artiste Mélissa Ouimet, qui s’est produite sur la scène River. Elle ajoute qu’elle a vu que plusieurs spectateurs anglophones ont partagé des extraits de son spectacle sur les réseaux sociaux.
La moitié fransaskoise du duo féminin Beau nectar, éemi, croit aussi que la barrière de la langue n’est pas aussi étanche qu’autrefois au Canada. « Dans l’Ouest, on a remarqué qu’il y a beaucoup d’intérêt pour la langue française, même pour ceux qui ne parlent pas français. En Colombie-Britannique, on a beaucoup de gens qui viennent nous dire : je n’ai rien compris, mais c’était awesome. »
Beau nectar, composé de la Franco-Ontarienne Marie-Clo (à gauche) et de la Fransaskoise éemi (à droite) est un duo écoféministe, bilingue et pancanadien. Beau nectar était en spectacle au Bluesfest le 16 juillet. Photo : Landon Entwistle
Au Bluesfest, « on est capables d’aller chercher un public plus large. Anglo, franco ou d’ailleurs, car c’est tellement diversifié », constate Mélissa Ouimet, qui jouait quelques heures avant le groupe punk Turnstile.
« Il y a des adeptes du Bluesfest qui vont venir chaque année, qui sont des curieux et qui vont aller voir le plus d’artistes possible, même s’ils ne te connaissent pas », se réjouit Sophie d’Orléans.
Les spectacles qui se déroulent au Théâtre Barney Danson, comme le sien, sont aussi projetés dans l’aire commune du Musée canadien de la guerre. « Donc, de l’extérieur aussi, il y a beaucoup de gens qui passent. La visibilité était définitivement là, en plus de la salle qui était assez remplie. »
Et selon Annie Boucher, les médias jouent un rôle primordial dans la visibilité des artistes. Elle constate que les médias francophones ont plus tendance à parler des artistes franco-canadiens et de la programmation locale. « En anglais, ils vont parler de Green Day, de Shania Twain, mais moins des artistes sur les plus petites scènes », ajoute-t-elle en se gardant tout de même de généraliser.
Être femme dans l’industrie musicale
Les artistes rencontrées croient que la situation des femmes dans le milieu de la musique s’est améliorée, mais qu’il faut savoir s’entourer des bonnes personnes.
« Sur les choses qui sont dans mon contrôle, donc pour mon équipe, je m’arrange pour avoir des gens qui ont les mêmes valeurs que moi, explique Sophie d’Orléans. Que ce soit des hommes ou des femmes, ce sont des personnes qui veulent élever tout le monde et qu’on soit tous sur la même longueur d’onde. »
Mais la vie de tournée inclut évidemment de travailler aussi avec des gens extérieurs à notre garde rapprochée.
« Il y a encore du chemin à faire, je vais être honnête. Il faut bûcher en tant que femme pour faire sa place parmi les programmations, confirme Mélissa Ouimet. Je pense qu’on est de plus en plus conscients de ce chemin à faire. Ça, ça aide. »
Mélissa Ouimet lors de son spectacle sur la scène River du Bluesfest 2025. Photo : Greg Kolz
Selon éemi, la discrimination est plus subtile qu’avant. « On rencontre moins de gens ouvertement sexistes ou misogynes. Les gens ne disent pas certaines choses car ils savent qu’elles ne sont pas correctes, mais on le voit dans certaines subtilités. Ça devient des micro-agressions. »
Par exemple, lorsqu’une femme règle un enjeu technique sur scène, il arrive encore souvent qu’elle se fasse dire de demander à ses musiciens, alors qu’elle a la situation en main.
Le fait que Beau nectar se décrive comme un duo écoféministe peut confronter certaines personnes. « Les gens qui ont une méconnaissance de ce qu’est le féminisme vont tout de suite nous mettre dans une boîte, penser qu’on est agressives, etc », même si la musique de Beau nectar est très accessible.
Sophie d’Orléans s’est dite « remplie de fierté » de voir les femmes occuper une place non négligeable dans la programmation émergente du Bluesfest. Elle résume le sentiment général en soulignant simplement que « la place des hommes sur une scène est plus acquise » que celle des femmes, qui néanmoins se taillent une place de plus en plus grande dans l’industrie musicale.
Au niveau des grandes têtes d’affiche sur la scène RBC, seulement deux femmes se sont frayé un chemin, soit Lainey Wilson et Shania Twain.
Au-delà des difficultés financières qui frappent certains conseils anglophones, les conseils francophones, mieux positionnés, s’inquiètent des effets d’une mainmise croissante du ministère de l’Éducation, au détriment des communautés minoritaires.
Prudence, mais sans sonner l’alarme. C’est la posture adoptée par les conseils scolaires de langue française de l’Ontario après la décision du ministère de l’Éducation, fin juin, de placer quatre conseils anglophones sous tutelle en raison de difficultés financières. Le ministère de l’Éducation de l’Ontario avait nommé des superviseurs pour les administrer.
« Nous sommes conscients qu’aucun conseil scolaire n’est à l’abri », a affirmé l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), se disant « fière de constater que les conseils scolaires publics de langue française comptent sur de bons gestionnaires ».
Dans ce contexte, l’ACÉPO souligne « l’importance de collaborer avec nos membres et pour ainsi assurer une gouvernance responsable et efficace ».
La gestion budgétaire, une priorité
Le Conseil scolaire catholique MonAvenir, qui accueille plus de 15 000 élèves répartis dans 61 écoles (47 écoles élémentaires, 12 écoles secondaires et deux écoles élémentaires et secondaires), considère la gestion budgétaire comme une priorité.
Nicole Mollot, directrice de l’Éducation et Geneviève Grenier, présidente du Conseil scolaire catholique MonAvenir. Gracieuseté du Conseil.
« Notre rigueur budgétaire et notre conformité aux attentes ministérielles témoignent de notre capacité à gérer efficacement les fonds publics », déclare Geneviève Grenier, présidente du Conseil.
Le conseil respecte le plafond de déficit de 1 % et a adopté un budget de 320 millions $ pour 2025‑2026, conformément aux attentes du ministère de l’Éducation, le tout soumis avant la date limite du 30 juin, précise l’administration de ce conseil qui siège à Toronto.
« Malgré une légère baisse prévue de 0,1 % des effectifs, et un sous‑financement chronique du transport scolaire, nous maintenons l’accès à une éducation de qualité sans compromettre les services aux élèves », soutient Nicole Mollot, directrice de l’Éducation du Conseil MonAvenir.
Le Conseil scolaire Viamonde met quant à lui en avant les résultats académiques. « Nous avons obtenu les meilleures performances aux tests de l’OQRE (l’Office de la qualité et de la responsabilisation en éducation) parmi les 72 conseils de la province depuis plusieurs années », se félicite Steve Lapierre, directeur exécutif aux communications.
Pour lui, cela témoigne de la qualité des programmes et de l’encadrement offerts dans les 57 écoles élémentaires, secondaires et virtuelles du conseil.
Le Conseil scolaire Viamonde compte 59 écoles élémentaires, secondaires et virtuelles. Archives ONFR
Le droit des minorités
Selon Sachin Maharaj, professeur en administration de l’éducation à l’Université d’Ottawa, divers facteurs jouent en faveur des conseils francophones.
« Les conseils francophones sont relativement récents (créés il y a environ 30 ans) et leurs infrastructures sont plus modernes, ce qui les place dans une meilleure situation financière que certains conseils anglophones dont les bâtiments tombent en ruine, soutient-il. Leur croissance démographique et leur statut de minorité jouent aussi en leur faveur ».
Il fait remarquer qu’une mise sous tutelle d’un conseil scolaire de langue française serait politiquement et juridiquement délicate, notamment en raison de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
D’ailleurs, il existe divers précédents dans d’autres provinces, rappelle Sachin Maharaj, qui font écho aux revendications des minorités linguistiques ailleurs au pays, mais qui révèlent tout autant une tendance des provinces à vouloir prendre la main sur l’éducation.
Deux visions de l’éducation s’affrontent
Aujourd’hui en Ontario, ce qui est présenté comme un problème de gestion budgétaire relève en réalité d’un conflit de valeurs : entre une éducation strictement académique et une vision ancrée dans les réalités sociales des élèves, estime Sachin Maharaj.
« Le gouvernement provincial actuel défend une approche éducative dite de ‘retour aux bases’, centrée sur la lecture, l’écriture, les mathématiques, les sciences et la préparation à l’emploi, tandis que de nombreux conseils scolaires souhaitent offrir une expérience éducative plus large et diversifiée », explique-t-il.
Les conseils scolaires cherchent à répondre aux besoins de leurs communautés en maintenant des programmes sociaux et du personnel de soutien, comme des travailleuses sociales, des intervenants jeunesse ou des psychologues, qui sortent du cadre strictement académique.
Le gouvernement, de son côté, considère souvent ces services comme non essentiels et appelle à leur réduction, provoquant un désaccord fondamental sur le rôle et la portée de l’éducation publique.
Une loi pour renforcer le contrôle gouvernemental
La menace de mise sous tutelle ne serait donc, selon Sachin Maharaj, qu’une nouvelle étape dans le plan de contrôle de la province. En ce sens, une autre source d’inquiétude pointe : le projet de loi 33.
En plus de faciliter les mises sous tutelle, ce texte encore à l’étude conférerait au ministre de l’Éducation de nouveaux pouvoirs, y compris sur des enjeux non financiers. Il pourrait approuver ou bloquer le changement de nom d’une école, imposer des programmes de présence policière ou lancer des enquêtes sans justification budgétaire, observe Sachin Maharaj.
Sachin Maharaj, professeur en administration de l’éducation à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté de Sachin Maharaj
Face à cette volonté accrue de centralisation, Phyllis Dalley, chercheuse spécialisée en éducation et en droits linguistiques des minorités, rappelle que des recours juridiques sont possibles.
« Les conseils scolaires de langue française peuvent saisir les tribunaux et faire valoir qu’en vertu de l’article 23 de la Charte, le gouvernement ne peut prendre le contrôle de la gestion financière ou de l’administration des conseils scolaires, car cette gestion relève non pas de l’État, mais des communautés francophones », soutient Phyllis Dalley.
Elle ajoute : « C’est pour cela que les élections scolaires sont si importantes, car elles représentent, en quelque sorte, la forme de gouvernance qui appartient en propre aux francophones. »
Des précédents révélateurs
L’enseignement des francophones en situation minoritaire est un droit garanti par l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés incluse dans la Constitution canadienne adoptée en 1982.
Plusieurs décisions judiciaires au pays confirment que les droits des communautés linguistiques minoritaires à gérer leurs écoles sont solidement ancrés dans la jurisprudence canadienne.
En 1990, l’arrêt Mahé c. Alberta a confirmé le droit des francophones de gérer et de contrôler leurs propres institutions scolaires.
En 2018, la Nouvelle-Écosse, en raison d’une volonté de réorganisation du système éducatif, a aboli tous les conseils scolaires sauf le Conseil scolaire acadien provincial (CSAP), maintenu pour préserver les droits linguistiques et culturels de la communauté francophone.
Le 3 avril 2025, la Cour d’appel du Québec a donné raison aux commissions scolaires anglophones en confirmant, à l’instar de la Cour supérieure en août 2023, que la loi provinciale abolissant les commissions scolaires viole les droits à l’éducation des minorités linguistiques.
Ainsi, alors que le gouvernement provincial souhaite uniformiser davantage le système éducatif, les conseils scolaires francophones rappellent que leur autonomie n’est pas qu’une question de gestion : c’est une condition essentielle à la vitalité des communautés qu’ils servent.
TORONTO – Le conseil des arts de l’Ontario (CAO) lance un nouvel outil pour mesurer les retombées économiques du milieu culturel d’une façon plus précise, générant des données par communautés. L’organisme gouvernemental a commandé une étude de Nordicity, qui vient de publier son rapport intitulé Les arts allument l’Ontario.
« Les arts allument l’Ontario est la toute première évaluation économique complète des arts en Ontario », peut-on lire dans un communiqué envoyé mercredi.
Il contient des données détaillées sur les contributions du secteur culturel au produit intérieur brut (PIB) de la province, en retombées directes, indirectes et induites. Il mentionne aussi le nombre d’emplois créés, le travail bénévole, les taxes provinciales payées par les organismes ou des facteurs plus sociaux comme l’impact sur les communautés au niveau de la santé mentale ou de l’éducation. Il souhaite mettre en relation les arts et la culture avec les autres secteurs économiques.
En outre, on apprend que l’économie culturelle de l’Ontario contribue à la hauteur de 45 % au PIB du secteur culturel canadien, ce qui en fait l’économie culturelle la plus importante du pays. En Ontario, le secteur culturel « a fourni plus d’emplois que les secteurs de l’immobilier, de la construction automobile, de la foresterie et de l’industrie minière réunis ».
Le rapport distingue également les statistiques globales de chaque région de celles qui touchent spécifiquement les 563 organismes bénéficiaires de subventions de fonctionnement du CAO. Ces dernières ont généré un PIB de plus de 1,1 milliard de dollars et créé 16 164 emplois en 2022-2023, toujours selon le rapport.
La cheffe secteur de l’audiovisuel chez Nordicity, Nicole Matiation, commente le rapport en entrevue avec ONFR. « On a pu démontrer que les investissements du CAO ont un impact réel et mesurable. »
Nicole Matiation est cheffe secteur de l’audiovisuel chez Nordicity. Elle a participé à l’élaboration du rapport pour le CAO. Photo : Gracieuseté de Nicole Matiation
Pour le CAO, un dollar investi équivaut à 25 $ générés par d’autres sources de revenus, puisque les organismes culturels peuvent utiliser les fonds comme un levier. Par exemple, une association culturelle pourrait utiliser ces fonds pour embaucher du personnel et donc s’offrir une meilleure équipe organisationnelle ou de promotion, conduisant à la vente de plus de billets.
Le rapport détaille aussi les chiffres par domaines d’activités, ce qui contribue à dresser un portrait plus personnalisé de chaque région, en mentionnant les domaines les plus actifs selon le territoire : Patrimoine et bibliothèques, Spectacles vivants, Arts visuels et appliqués, Œuvres écrites et publiées, Audiovisuel et médias interactifs, Enregistrement sonore ou Domaines transversaux.
Une réalité différente d’une région à l’autre
Des données préliminaires, concernant la province de façon plus générale, avaient été partagées en octobre. Statistique Canada fournit également des données à l’échelle nationale et provinciale. Mais le but du CAO est de partager des résultats plus précis, par régions.
La carte de l’Ontario est donc divisée en huit : le Centre-Sud, le Sud-Ouest, Toronto, l’Est, le Centre, le Nord-Est, le Nord-Ouest et le Grand Nord.
Même si, en nombres absolus, moins de gens participent aux événements en région que dans les grands centres, l’impact sur la communauté est tout aussi grand, selon Nordicity. Photo : Franco-Festival de Thunder Bay en 2023. Rachel Crustin/ONFR
« Ce qui est clair, c’est à quel point les arts sont importants pour la communauté en question, raconte Nicole Matiation. Ce n’est peut-être pas autant d’emplois dans certaines régions où ce sont de plus petites agglomérations municipales, mais l’investissement de la communauté est aussi fort, que ça passe par les bénévoles ou par le public qui participe. Ce qui est très clair, c’est qu’il y a un gros impact au niveau du bien-être de la communauté, de la qualité de vie quotidienne et du sentiment d’appartenance. »
Dans le rapport, on peut lire par exemple que dans le Sud-Ouest de l’Ontario, « la région du Niagara est reconnue comme un haut lieu du tourisme culinaire, artistique et culturel ». De son côté, la région du Nord-Ouest de l’Ontario « est définie par son patrimoine autochtone qui se reflète dans les contes et les arts visuels ».
Le CAO prévoit mettre en lumière les résultats spécifiques de chaque région sur ses réseaux sociaux au cours des prochaines semaines. Les plus studieux peuvent déjà aller consulter les conclusions dans le rapport de près de 100 pages, disponible en ligne.
Pour les francophones
Le rapport de Nordicity mentionne que « les investissements du CAO dans les organismes et les projets artistiques autochtones et francophones ont eu des répercussions économiques et culturelles importantes dans tout l’Ontario. »
Pour un investissement de 2,3 millions de dollars du CAO dans les organismes artistiques francophones, Nordicity estime une production économique de 19,2 millions de dollars en PIB.
Selon Nicole Matiation, il est tout de même difficile de mesurer l’impact direct de la communauté francophone. Le rapport ne détaille pas de données selon la démographie et des francophones se trouvent dans toutes les régions et dans tous les domaines. Le rapport reconnaît tout de même qu’on trouve des communauté franco-ontariennes plus concentrées dans l’Est et dans le Nord-Est. Il souligne entre autres que « les institutions culturelles francophones sont prospères à des endroits comme Sudbury. »
Makhena Rankin-Guérin et DJ MKWA, frères et soeurs, donnent un atelier sur les danses autochtones à la Franco-Fête de Toronto, en juin 2025. Photo : Rachel Crustin/ONFR
La représentante de Nordicity ajoute que « la présence des francophones et des organismes francophones contribue à la diversité d’activités et (que) les choix d’expressions culturelles sont assez variés à travers toutes les régions. »
Sans donner de chiffres exacts par organismes, le CAO met en lumière certains de ses bénéficiaires de subventions de fonctionnement. Parmi les associations nommées dans le rapport, on retrouve Théâtre Action (Est) et le Théâtre du Nouvel-Ontario (Nord-Est).
Recommandations
Nordicity donne quelques pistes au CAO pour augmenter l’apport de la culture à la société ontarienne et à son économie.
L’organisme propose d’abord d’élargir la collecte de données en créant un indice provincial permanent des retombées culturelles et de fournir ces données aux municipalités.
Ensuite, le rapport parle d’intégrer davantage d’arts et de culture dans les campagnes publicitaires destinées aux touristes, argumentant que les touristes qui se déplacent pour des événements culturels sont plus susceptibles de dépenser davantage, de rester plus longtemps et d’arriver de l’international.
Troisièmement, Nordicity suggère de « développer de nouveaux outils de mesure pour quantifier le rôle des arts dans la santé mentale, l’inclusion et la résilience des collectivités ».
La dernière recommandation incite à la collaboration intersectorielle grâce au développement de partenariats entre les différents organismes, qu’ils soient publics ou privés.
Le rapport est associé à un modèle économique développé par Nordicity pour le compte du CAO. C’est l’organisme gouvernemental qui se servira de cet outil pour faire une mise à jour annuelle des données présentées.
HEARST –Un peu plus d’un an après son entrée en poste, la rectrice de l’Université de Hearst, Aurélie Lacassagne, a remis sa démission pour des raisons personnelles et familiales. Sa décision, transmise au Conseil d’administration le 2 juillet dernier, marque la fin d’un court mandat placé sous le signe du redressement et de la restructuration.
« Cette décision a été très difficile à prendre, mais elle s’est avérée nécessaire dans un contexte familial et personnel particulier », a indiqué Mme Lacassagne dans une déclaration transmise par l’université mercredi en toute fin d’après-midi. « J’ai toujours eu et je continuerai à avoir l’Université de Hearst à cœur et demeurerai une alliée fidèle. »
Dans sa lettre de départ, Mme Lacassagne s’est dite disposée à accompagner l’établissement au cours des prochains mois pour faciliter la transition. Un plan à cet effet sera annoncé prochainement, a confirmé la présidente du Conseil d’administration, Julie Béchard.
« Je tiens à remercier Aurélie pour tout le travail acharné qu’elle a accompli durant cette dernière année. Elle a su insuffler un nouvel élan et elle a effectué des changements importants et nécessaires dès son arrivée », a déclaré Mme Béchard, en soulignant que des chantiers amorcés sous sa direction devront se poursuivre pour assurer la croissance de l’institution.
Le Conseil d’administration et son exécutif ont tenu une réunion avec les parties concernées, notamment l’Association des professeures et professeurs, le secrétariat général et le vice-rectorat à l’administration, afin d’assurer une continuité dans la gouvernance de l’université. Le Conseil dit rester confiant quant au bon déroulement de cette période de transition.
ONFR a tenté de joindre Aurélie Lacassagne et l’institution afin de savoir si la démission de la rectrice était effective immédiatement et obtenir plus de détails mais n’a pas reçu de réponse mercredi soir. Jeudi matin la rectrice a confirmé qu’elle resterait disponible jusqu’à ce que la personne reprenant les rênes ne soit désignée.
Nommée en mars 2024, mais entrée en fonction quelques mois plus tard en juillet, Aurélie Lacassagne avait pris les rênes de l’Université de Hearst dans un contexte exigeant. Son mandat aura notamment été marqué par un assainissement des finances, la renégociation d’une entente de mandat stratégique et des réformes internes jugées « impérieuses » pour la pérennité de l’établissement.
« Je pars en sachant que grâce à une belle équipe, nous avons su surmonter de nombreux obstacles; assainir les finances; négocier une nouvelle entente de mandat stratégique; et entamer des restructurations impérieuses pour l’avenir de l’institution », termine la rectrice.
Une situation difficile
L’institution, devenue entièrement autonome en 2021 à la suite de la rupture de son affiliation avec l’Université Laurentienne, doit composer avec un bassin d’étudiants limité, une baisse du nombre de diplômés du secondaire dans le Nord ontarien et le plafonnement fédéral des permis d’études pour les étudiants étrangers.
Pour remédier à la situation, des stratégies de partenariat, notamment avec le Collège nordique francophone des Territoires du Nord-Ouest, avaient été mises de l’avant sous la direction de Mme Lacassagne.
Avant son arrivée à la tête de l’Université de Hearst, Aurélie Lacassagne a occupé des postes de direction académique à l’Université Laurentienne, où elle a été vice-doyenne et directrice de département pendant 15 ans jusqu’à son congédiement en 2021, dans la foulée de la crise financière qui a entraîné la suppression massive de programmes et le licenciement de plus d’une centaine de membres du personnel.
Elle a ensuite été nommée doyenne des Facultés des sciences humaines et de philosophie à l’Université Saint-Paul, à Ottawa, poste qu’elle a occupé de 2022 à 2024. Avant elle, Luc Bussières était recteur de l’Université de Hearst depuis 2017.
Le Dr Glen P. Kenny est professeur titulaire en physiologie à l’Université d’Ottawa. Expert des impacts de la chaleur sur le corps humain, il dirige l’Unité de recherche en physiologie environnementale.
CONTEXTE :
Les vagues de chaleur extrême sont de plus en plus fréquentes et dangereuses pour les personnes âgées ou vulnérables. Face à cette réalité, des municipalités de l’est ontarien, Russel, Casselman, Ottawa, entre autres, ont annoncé des mesures.
ENJEU :
De nombreuses personnes vulnérables restent exposées à des logements surchauffés, sans accès à un refroidissement adéquat. L’absence de normes contraignantes et le manque d’accès à la climatisation posent un risque pour la santé publique en contexte de réchauffement climatique.
« Des municipalités de l’est ontarien (Russel, Casselman, Ottawa, entre autres) ouvrent des centres de refroidissement ou recommandent d’utiliser des lieux publics climatisés. Quelles sont vos recommandations?
L’accès à ces espaces est utile, mais nos recherches montrent que ce n’est pas suffisant. Une personne vulnérable exposée toute une journée à une chaleur extrême peut voir sa température corporelle baisser temporairement en passant une ou deux heures dans un centre climatisé. Mais en retournant ensuite dans un environnement chaud, cette température remonte rapidement, parfois plus vite qu’avant.
Cela donne une fausse impression de sécurité. La personne se sent mieux, devient plus active, mais reste en danger. Il faut donc aussi informer les usagers : se sentir mieux ne signifie pas que le corps est protégé.
La ville de Toronto a récemment supporté l’achat de climatiseurs au profit de quelque 500 familles vulnérables, notamment des séniors. Que pensez-vous de cette mesure?
C’est une mesure louable et à élargir, surtout pour les personnes les plus à risque. Quand on vit dans un logement avec de grandes fenêtres exposées au soleil, la température intérieure peut grimper rapidement, comme dans une voiture.
Le danger, c’est l’exposition prolongée à la chaleur. Chez les personnes vulnérables sans climatisation, la température corporelle augmente au fil de la journée. Après quatre ou cinq heures, elle atteint un niveau élevé et relativement stable, ce qui impose un stress thermique important, avec des conséquences graves sur la santé.
Selon Glen P. Kenny, la climatisation n’est pas un luxe, mais une nécessité pour sauver des vies.
Qu’en est-il des ventilateurs? Peuvent-ils aider à lutter contre les effets de la chaleur?
La température corporelle reste aussi élevée avec ou sans ventilateur. Nous l’avons démontré dans une publication du Journal of the American Medical Association (JAMA). Il peut y avoir un léger bénéfice si la température ambiante est inférieure à 33 °C. Mais à 31 °C, les ventilateurs de plafond ne sont pas efficaces, notamment pour les personnes alitées. À 28 °C, une combinaison ventilation et refroidissement pourrait être utile, mais cela reste à prouver.
Même chose pour l’immersion des jambes dans l’eau glacée : les données disponibles proviennent d’études sur des athlètes, ce qui ne reflète pas la réalité des personnes âgées. Qui va changer l’eau toutes les heures pour qu’elle reste froide? Nos résultats montrent que ce n’est pas une solution efficace.
Beaucoup de recommandations manquent de fondement scientifique. C’est pourquoi nous avons mené ces études. Pour prévenir les effets graves, il faut maintenir la température intérieure à un maximum de 26 °C. C’est la recommandation de Santé Canada. Et aujourd’hui, seul l’air climatisé permet d’y parvenir efficacement.
Que pensez-vous des propositions de certains élus, notamment de Catherine McKenney, « député·e » à l’Assemblée législative de l’Ontario, visant à imposer une température maximale dans les logements locatifs?
C’est une initiative justifiée exprimée par plusieurs élus, elle est basée sur nos recommandations scientifiques. En hiver, les propriétaires doivent garantir un minimum de chauffage. En été, il devrait y avoir des règles similaires pour éviter que les logements ne deviennent dangereux.
Ces mesures visent à protéger les personnes âgées, les enfants, les familles et tous ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre contre la chaleur extrême. Elles assurent un minimum de confort thermique et réduisent les risques graves pour la santé.
Et que dites-vous de l’impact environnemental de la climatisation?
C’est un enjeu réel. Mais en 2003, 50 000 personnes sont mortes en Europe à cause d’une vague de chaleur. En 2021, il y a eu 619 décès attribuables à la chaleur en Colombie-Britannique. La majorité n’avait pas accès à l’air climatisé.
La climatisation protège et réduit les risques. Il n’est pas nécessaire de la régler à 21 ou 22 °C. À 26 °C, nos études montrent déjà des effets sur la qualité du sommeil et la tolérance à la chaleur. Ce seuil est suffisant.
En cas de canicule, il faut l’utiliser. Une température de 33 °C provoque un stress physiologique comparable à une activité physique soutenue. Imaginez cela pour une personne âgée exposée pendant plusieurs jours. Le corps se détériore. Et c’est là que réside le vrai danger.
Quels sont les signes d’un stress thermique, chez une personne active ou au repos?
Chez une personne active, on observe une fatigue rapide, une sudation importante et des étourdissements. Mais ces signes sont souvent mal perçus. C’est pourquoi on recommande, pour les gens qui travaillent dans des conditions d’extrême chaleur (la construction, l’agriculture, etc.) de travailler en binôme : un collègue peut détecter les changements de comportement.
À mesure que la transpiration augmente, le corps perd de l’eau. Le volume sanguin diminue, ce qui oblige le cœur à travailler davantage. Cette compétition entre refroidissement et activité physique épuise l’organisme.
Chez une personne au repos, exposée à une maison chaude, la réaction est plus lente. Il faut 4 à 5 heures pour atteindre un équilibre thermique. Mais si la personne ne peut pas dissiper la chaleur, sa température continue de grimper, ce qui peut mener à un épuisement, un évanouissement ou des chutes graves. »
TORONTO – Les consultations promises ayant pour l’heure été infructueuses, des Premières Nations lancent une contestation constitutionnelle d’envergure contre deux lois initiées pour pallier la menace tarifaire américaine. La première, issue du controversé projet de loi 5, permet au gouvernement Ford la désignation de « zones économiques spéciales » pour accélérer des projets d’infrastructure. L’autre, tirée du projet de loi C-5 du gouvernement fédéral, permet de contourner la législation si l’intérêt économique canadien prévaut.
« Ils veulent s’octroyer des pouvoirs extraordinaires », a commenté ce mercredi en conférence de presse à Queen’s Park Kate Kempton, l’avocate principale (cabinet Woodward & Co LLP) spécialisée dans les litiges autochtones.
« Les Premières Nations ont des droits de consultation que la Couronne doit respecter sans les bafouer, c’est son devoir envers la Constitution », continue-t-elle.
Kate Kempton demande la modification ou l’abrogation des deux lois en cause, surtout la loi provinciale, « probablement l’un des pires projets jamais avancés ».
C’est l’article 6 du projet de loi C5 qui pose problème, selon l’avocate de l’affaire, qui a exhorté Mark Carney à annuler l’article 6 de la loi. Ce dernier confère au gouvernement fédéral le pouvoir de désigner des projets « d’intérêt national » et de les accélérer via un guichet unique, tout en permettant de passer outre certaines lois existantes.
Surnommés « les deux 5 », les lois issues des projets de loi 5 (provincial) et C-5 (fédéral) autoriseraient la réalisation de projets économiques majeurs en s’affranchissant de permis et d’approbations, notamment concernant des évaluations environnementales ou la protection d’espèces menacées.
Plusieurs Premières Nations de l’Ontario ont ainsi déposé une procédure accélérée devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario pour les faire annuler, estimant qu’ils portent atteinte « à leurs droits à l’autodétermination sur leurs territoires ancestraux, l’environnement et les libertés fondamentales. »
« Ces lois autorisent les gouvernements de la Couronne à approuver, de manière accélérée, des projets majeurs comme les mines du Cercle de feu et des pipelines, sans recueillir les informations essentielles sur la sécurité humaine, l’environnement et sans consulter les peuples autochtones dont les terres seraient utilisées », a déclaré le chef Taynar Simpson de la Première Nation Alderville.
Doug Ford a aujourd’hui rencontré des chefs autochtones à Queen’s Park qui ont « accepté ses excuses » sur ses propos cavaliers sur le #bill5. La Cheffe du Grand conseil Linda Debassige dit qu’il ne s’agit que d’une première rencontre, les négociations devant se poursuive.#onpolipic.twitter.com/6P0mhCRd4F
Le 19 juin dernier, Doug Ford avait rencontré des chefs des Premières Nations et des négociations devaient s’en suivre. Selon les chefs présents en conférence ce mercredi 16 juillet, les discussions, infructueuses, ne seraient pas allées assez vite non plus.
Selon le député néo-démocrate de Sudbury Jamie West, en conférence de presse également, la menace économique que représentent les tarifs américains ne serait qu’une excuse pour justifier de créer ces « zones économiques spéciales » et s’octroyer des passe-droits : « Le président américain ne sera au pouvoir que pour trois ans et demi encore. »
« Nous, Premières Nations, ne sommes pas opposées au développement en tant que tel. Ce n’est pas une opposition binaire au progrès, a affirmé le chef Todd Cornelius, de la Nation Oneida de la Thames. Il s’agit plutôt de dénoncer les façons irresponsables de procéder, et de revendiquer le droit de faire les choses correctement. »
La cheffe Sylvia Koostachin-Metatawabin, de la Première Nation Attawapiskat, a dénoncé la précipitation de l’adoption de ces lois sans connaissance des conséquences, un pari dangereux selon elle : « La région du Cercle de feu est composée de tourbières, un puits de carbone crucial à l’échelle mondiale. Sa destruction pourrait aggraver la crise climatique de façon dramatique. Notre mode de vie, l’avenir de nos enfants et notre environnement commun ne sont pas des pions dans un jeu politique. »
En conférence de presse aujourd’hui à Hamilton au sujet de mesures d’aide pour l’industrie de l’acier, le premier ministre canadien Mark Carney a réagi : « La première chose à faire est de consulter ce dont il est question lorsque l’on parle de projets de construction nationale. Avant toute consultation sur un projet spécifique, et avant, si un projet est identifié, les conditions doivent être réunies. La première chose que nous ferons est une série de réunions avec les peuples autochtones, qui commencera cet après-midi et demain à Ottawa. »
Le premier ministre ontarien Doug Ford ne s’est quant à lui pas encore exprimé au moment de l’écriture de ces lignes.
TORONTO – Depuis peu, il arrive d’observer en Ontario plusieurs dizaines de demandeurs d’emploi faire la queue aux portes de commerces qui affichent des postes vacants. Le croisement du nombre déclinant d’annonces d’emploi avec celui ascendant de candidats sur le marché crée une concurrence féroce, qui ne faiblit pas entre les jeunes en recherche d’emplois d’été.
« Parfois, je me sens pleine d’espoir au niveau des candidatures, mais aussi parfois, c’est frustrant de ne pas recevoir de réponses », soupire Maeva Revolus, une étudiante de 16 ans qui vient de quitter Brampton pour vivre à Hawkesbury.
Non seulement elle a envoyé une vingtaine de candidatures, elle publie régulièrement des messages d’appels sur les médias sociaux pour se rendre visible auprès de la communauté. Récemment, son expérience en bénévolat lui a permis de réaliser qu’un emploi d’été pourrait d’autant plus l’aider à vaincre sa timidité.
« C’est pour avoir de l’expérience et devenir un peu plus indépendante. Je voudrais économiser pour l’avenir aussi », explique l’adolescente.
À Toronto, Xavier Box, 16 ans également, recherche aussi un emploi saisonnier depuis plus d’un mois.
Pour pallier les rares opportunités d’emploi saisonnier, Xavier Box a pris l’initiative de proposer ses propres services de bénévolat à ses voisins. Photo : Gracieuseté : Hajar Erraji
Il a distribué près d’une vingtaine de candidatures dans différents secteurs, « J’ai envoyé à plein de fast food, et aussi des SportChek ou des Canadian Tire », précise le jeune homme.
Mi-juillet, il n’a malheureusement pas reçu de retours. Toutefois le jeune homme s’attèle à des services de bénévolat dans des centres communautaires francophones dans la ville, mais aussi après de son quartier, où il tond la pelouse du voisinage.
« Je sais qu’il y a des gens qui cherchent depuis au moins deux ans. J’étais déjà au courant que ça allait être très compliqué. Je n’avais pas de grandes attentes », poursuit-il.
Alexandra Tillo est consultante en marketing ressources humaines senior chez Indeed Canada. Elle explique que par rapport à l’année dernière, on observe un recul de 22 % d’offres d’emploi saisonnier sur le marché.
« Ça a forcément un gros impact sur les jeunes qui cherchent du travail. Ça peut financer des voyages, des loyers. Il y a aussi le coût de la vie qui a énormément augmenté depuis 20 ans. Donc, c’est sûr que ça se ressent d’autant plus à ce niveau-là », détaille la consultante.
Au printemps, le taux de chômage des Canadiens de 15 à 24 ans s’élevait à 14.2 %. « C’est le double de la moyenne » de la population totale, déplore Alexandra Tillo.
Entre eux, les jeunes perdent une certaine confiance envers le marché du travail, ce qui peut créer une scission entre les jeunes générations et leur rapport au travail. Xavier l’a senti notamment au sein de son groupe d’amis. « Honnêtement, quand on en parle, on dirait qu’on n’y croit plus », raconte-t-il.
Une concurrence féroce
À Hawkesbury, Maeva remarque que les postes sont pourvus très rapidement. « Quand je vois un travail, je postule, mais après on me dit que c’est déjà pris. Même le bénévolat », défend-elle.
D’après madame Tillo, c’est ce qui résume principalement l’état du marché. « Je dirais que le principal défi que rencontrent les jeunes ou les travailleurs saisonniers, surtout cette année, c’est au niveau de la concurrence qui a énormément augmenté », souligne-t-elle.
Alexandra Tillo est consultante chez Indeed Canada à Toronto. Photo : Gracieuseté : Alexandra Tillo
En conséquence, c’est un marché plutôt favorable aux employeurs, où les critères d’embauche sont bien plus élevés qu’auparavant. La consultante note aussi que les employeurs sont plus prudents et se soumettent à des remises en question budgétaires plus fréquemment.
« Ça coûte très cher d’embaucher des employés saisonniers, ajoute-elle. Il y a le coût du recrutement, le coût de la formation. Il y a certains bénéfices auxquels ils ont accès. Et puis après, c’est une personne qu’ils savent qu’ils vont perdre. »
Entre emplois classiques et évolution du marché
Malgré tout, Alexandra Tillo observe que les entreprises demeurent engagées à s’ouvrir aux jeunes générations. Elle note par ailleurs des changements au niveau des types de postes traditionnels. En effet, les emplois d’été se sont transformés avec des secteurs d’activité qui seraient plus opportuns pour les jeunes, tels que la logistique, le commerce de détail spécialisé ou encore le service à distance de soutien technique.
Chaque année, les camps d’été redeviennent un secteur clé du marché de l’emploi saisonnier, où le besoin de main-d’œuvre se maintient. L’Association des Francophones de la Région de York (AFRY) recrute de manière active auprès de la communauté étudiante francophone torontoise.
Yasmine Malek Menasria en est la directrice générale. Elle offre chaque été 20 postes de supervision des camps. Elle confie avoir reçu 57 candidatures cette année.
« Il peut s’agir de postes administratifs, comme des agents de planification, des agents de projet, ou des postes directs avec les enfants. Ce n’est pas de jobs répétitifs. Souvent, ils adorent ça et ils veulent revenir », déclare madame Malek Menasria.
Ces recrues sont âgées de 15 à 26 ans et doivent commencer à postuler dès le mois de janvier. « On a des nouveaux arrivants, des gens qui sont établis ici depuis des années, on a des personnes qui sont là seulement pour l’été. Et ce sont tous des francophones, parce que c’est le critère premier », précise-t-elle.
L’AFRY fournit des formations de base aux recrues qui assumeront leur rôle d’animateurs de camp d’été durant toute la saison. Photo : Gracieuseté : Yasmine Malek Menasria
Toutefois, Yasmine évoque des obstacles au recrutement auxquels les employeurs peuvent être confrontés aujourd’hui.
En tant qu’organisme sans but lucratif, l’AFRY est en mesure de recruter la majorité de ses animateurs grâce à des programmes nationaux et provinciaux, ainsi qu’en partenariat avec les conseils scolaires. Par exemple, Emplois d’été Canada (EEC), Jeunesse Canada au travail (JCT) ou encore le programme Perspectives d’emplois d’été permettent aux employeurs de couvrir les salaires des jeunes grâce à des subventions.
« Sans ces financements, on ne pas offrir ces opportunités d’emploi aux jeunes »
— Yasmine Malek Menasria
Toujours selon la directrice, certains critères mettent les employeurs en difficulté pour recruter, tels que celui du statut d’immigration dans un contexte où de nombreux étudiants détiennent un permis d’étude et sont donc inéligibles. Ainsi, les programmes tenus par les conseils scolaires eux-mêmes, où « c’est l’école qui commandite l’emploi » seraient l’orientation idéale, selon elle.
« Ces programmes-là passent à travers le filtre de restrictions du statut d’immigration. Ça pourrait vraiment aider quelques jeunes à trouver des emplois », constate-t-elle.
Pour Yasmine Malek Menasria, ces programmes motivent les employeurs à recruter. « Je trouve que ça, c’est quelque chose de très rassurant pour les employeurs. Le fait de savoir qu’un jeune a assisté à ce genre de programme, que ce soit sur la sécurité au travail, le sérieux, l’assiduité. Ce sont des choses que les étudiants ont besoin de savoir, surtout s’il s’agit de leur premier job », avoue-t-elle.
Les emplois d’été sont-ils en voie de disparition?
« On me demande tout le temps de l’expérience, mais si je ne travaille jamais pas, comment je vais avoir de l’expérience? », demande Maeva.
Rafael Gomez, qui dirige le Centre des relations industrielles et des ressources humaines de l’Université de Toronto, révèle que manquer d’opportunités pour des emplois d’été pourrait avoir un effet à long terme sur la carrière des jeunes.
« Les employeurs ont un rôle à jouer sur le marché du travail, pour leur donner leur première expérience professionnelle. Parce qu’une fois qu’ils ont de l’expérience, ils trouvent des emplois facilement », explique le professeur.
« Je suis vraiment prête à apprendre et à travailler fort. Je pense qu’ils devraient donner une chance aux jeunes pour leur permettre de grandir et d’acquérir de l’expérience pour l’avenir » martèle de nouveau Maeva. Pour le moment, elle a réussi à décrocher un entretien dans une épicerie et espère que sa candidature ait retenu l’attention.
De son côté, Xavier continue de prouver sa motivation auprès des employeurs « Je leur dis que je suis de bonne humeur et que je suis assidu », assure le jeune homme.
OTTAWA – Une cinquantaine de jeunes franco-ontariens, de partout en province, sont réunis cette semaine à Laval, au Québec. Ils participent aux Jeux de la francophonie canadienne, un événement d’envergure souhaitant stimuler la fierté francophone au moyen de compétitions sportives, artistiques et de leadership. ONFR a rencontré la délégation ontarienne juste avant son départ.
La fébrilité était palpable à l’École secondaire publique Omer-Deslauriers et dans les bureaux de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), partenaire de recrutement des JFC, dimanche dernier, alors que se tenait le camp d’entraînement de l’équipe Ontario.
« C’est une bonne façon de démontrer ma langue, de m’amuser, rencontrer du nouveau monde et jouer mon sport », croit déjà Francis Morneau, 14 ans, membre de l’équipe de badminton et élève à l’École secondaire publique Odyssée de North Bay.
Pourtant, l’expérience « ne se décrit pas tant que tu ne l’as pas vécu, explique le chef de mission Éric Marcotte. C’est un événement que tu vis une fois dans ta vie qui peut être vraiment formateur, qui peut t’ouvrir les yeux sur ta francophonie, mais aussi sur la francophonie canadienne, la pluralité de notre pays, de notre langue ».
Les jeunes de 14 à 18 ans peuvent participer à cette compétition amicale qui a normalement lieu tous les trois ans. Les JFC ayant été annulés en 2020 en raison de la pandémie, la plus récente édition remonte à 2017.
Construction identitaire
« J’imagine les JFC comme les Olympiques », visualise Thomas Clay, 18 ans, fraîchement gradué de l’École secondaire catholique Franco-Cité, à Ottawa. Le trompettiste, guitariste et chanteur a gagné sa place dans l’équipe Musique grâce à sa participation au festival en milieu scolaire Quand ça nous chante. Une suite logique, même s’il ne connaissait pas les JFC.
« J’ai réalisé cette année que j’étais beaucoup plus impliqué que ce que je pensais. J’ai fait de l’impro, de la comédie musicale, plein de festivals de musique, de théâtre, de culture. »
L’équipe de musique a choisi de présenter trois compositions originales. Photo : Rachel Crustin/ONFR
Ce genre d’activités contribue directement à la construction identitaire des jeunes franco-ontariens, selon Rose-Ann Nadeau, 17 ans, présidente du gouvernement des élèves à l’École secondaire publique De la Salle (Ottawa) et membre de l’équipe Théâtre.
« Participer à des événements comme ça me permet d’avoir un sentiment d’appartenance envers la francophonie. Et j’aime juste l’idée de rencontrer de nouvelles personnes et de me faire de nouveaux amis. »
Si certains jeunes montrent un esprit compétitif, surtout s’ils sont inscrits dans une discipline qu’ils pratiquent déjà, ils ont tous hâte de rencontrer leurs camarades franco-canadiens.
« J’ai hâte de voir de quoi ça va avoir l’air, car c’est probablement le plus gros événement jeunesse auquel j’aurai la chance de participer », dit Marie-Claude Bisson, 16 ans, élève au Collège catholique Mer Bleue d’Ottawa et membre de l’équipe Médias.
Un retour modeste
Puisque l’événement a fait une pause de huit ans, il est un peu plus difficile pour ceux qui y ont participé de convaincre les jeunes de s’inscrire. La délégation de l’Ontario n’est pas complète cette année.
« La force du réseau francophone, surtout avec nos jeunes, c’est le bouche-à-oreille, explique la directrice générale de la FESFO, Mélina Leroux. Je suis convaincue qu’aux prochains jeux (…) en 2028, la barre va déjà être haute, parce qu’on va avoir reparti la machine. »
Les jumelles Ireland (à gauche) et Adrienne (à droite) Thompson devront rapidement créer une chimie avec leurs coéquipières du Nouveau-Brunswick. Photo : Rachel Crustin/ONFR
Les jumelles Ireland et Adrienne Thompson, 16 ans, de l’Académie de la Seigneurie de Casselman, voient l’impact direct de cette délégation incomplète. Les deux seules participantes en basketball féminin seront jumelées à des filles du Nouveau-Brunswick, qu’elles n’ont rencontrées que de façon virtuelle avant les jeux.
« Au Québec, comme ils sont majoritairement francophones et que c’est une des plus grandes provinces, je pense qu’ils ont plus de participantes et ont donc de bonnes chances » d’avoir de bonnes joueuses, selon Ireland, qui avoue être compétitive.
« Ça va être difficile, mais ça va être amusant. On est là pour faire un sport qu’on aime », tempère Adrienne, qui a aussi hâte d’échanger avec les Néo-Brunswickoises sur leur réalité.
Des entraîneurs qui se souviennent
Une vingtaine d’adultes accompagnent les jeunes, comme entraîneurs ou comme membres de « l’équipe mission. » Certains d’entre eux ont eu la chance de vivre les JFC alors qu’ils étaient adolescents.
L’animateur de l’équipe Médias et journaliste à Radio-Canada, Philippe De Montigny, affirme avoir eu la piqûre de son métier et de la francophonie grâce à l’édition 2008, à Edmonton. « Ça a vraiment été un tremplin pour ma fierté francophone », affirme le Franco-Albertain d’origine, qui prouve que de recevoir les JFC dans sa province est aussi marquant que de voyager pour s’y rendre.
L’équipe Médias et leur animateur, le journaliste Philippe de Montigny. De gauche à droite : Gabriel Gauthier, Marie-Claude Bisson, Cameron Levasseur, Philippe de Montigny et Eva Blais. Photo : Rachel Crustin/ONFR
Zachary Gosselin et Jessy Lindsay, qui entraînent respectivement les équipes d’improvisation et de musique, ont aussi suivi leur passion suite aux JFC de 2017 à Moncton/Dieppe. Il travaille aujourd’hui dans le domaine du théâtre et elle, de la musique. L’autrice-compositrice-interprète n’hésite pas à affirmer que les JFC l’ont aidée à trouver son identité musicale.
De plus, tous ceux qui ont vécu l’expérience racontent qu’ils ont tissé des liens qui persistent encore aujourd’hui. « On a vraiment développé une synergie et une amitié qui va durer une vie », précise Jessy Lindsay.
Un effet WOW
Comme les jeux se déroulent à Laval cette année, les francophones d’Ottawa ou de l’Est ontarien ne se retrouveront pas très loin de chez eux. C’est une autre paire de manches pour Gabriel Gauthier, 17 ans, de l’École secondaire Château-Jeunesse à Longlac.
« Pour moi, les jeux sont immenses. Un événement de 1200 personnes, c’est presque la grosseur de mon village. Voir autant de personnes au même endroit, ce sera une expérience incroyable. Je suis le seul représentant de ma région. Je suis l’élève qui arrive du plus loin », raconte celui qui a fait trois heures de route pour se rendre à l’aéroport de Thunder Bay, d’où il a pris l’avion pour rejoindre ses camarades à Ottawa.
Selon Mélina Leroux, la cérémonie d’ouverture est un moment important qui peut submerger les jeunes d’une émotion nouvelle.
« Dépendant où tu es rendu dans ton développement identitaire et dans ta francophonie, il y en a pour qui ça va peut-être moins frapper au niveau émotionnel, mais il y en a d’autres pour qui ça va être comme : OK, on n’est vraiment pas tout seuls. »
C’est pour cela que la FESFO choisit de recruter à la fois des athlètes qui ont déjà atteint un certain niveau et des jeunes qui ont envie d’essayer quelque chose de nouveau. Dans le processus de recrutement, Éric Marcotte cherche une représentation juste des régions, ainsi qu’un équilibre entre les garçons et les filles.
Impliqué depuis 2011, il témoigne de l’impact de l’événement. « Quand ils vont retourner à la maison, ils vont peut-être avoir un plus grand sentiment d’appartenance, vouloir s’engager davantage. »
Rose-Ann Nadeau est déjà convaincue. « La meilleure façon de donner un sentiment d’appartenance à la francophonie aux jeunes, c’est avec des événements comme ça. Parce que c’est en le vivant que l’on comprend. »
Il est possible de suivre Équipe Ontario et la FESFO sur les réseaux sociaux pour avoir des nouvelles de la délégation tout au long de la semaine. Les JFC se termineront le 19 juillet.
SUDBURY – L’Université Laurentienne et le Collège Boréal ont signé, ce lundi, un nouveau protocole d’entente qui vise à bonifier les parcours éducatifs offerts en français dans le Nord de l’Ontario et à accentuer leur collaboration dans plusieurs domaines clés, dont la recherche et les services aux communautés.
L’accord, rendu public le 15 juillet, prévoit notamment la création de nouveaux programmes conjoints, une meilleure passerelle entre les deux établissements pour faciliter le transfert de crédits ainsi que des initiatives ciblées pour répondre aux besoins du marché du travail francophone dans le Nord.
« La signature de cette nouvelle entente entre l’Université Laurentienne et le Collège Boréal permet de formaliser une collaboration de longue date au service des francophones de l’Ontario, a commenté Daniel Giroux, président du Collège Boréal. Notre objectif : former une main-d’œuvre véritablement bilingue capable de répondre aux enjeux actuels et futurs du monde de l’emploi. »
Le protocole prévoit aussi une complémentarité accrue entre les programmes offerts, l’amélioration de l’accès aux cycles supérieurs pour les diplômés du Collège Boréal ainsi que le développement de projets de recherche communs.
Plusieurs objectifs ont été définis :
améliorer l’accès aux études en français et augmenter le nombre de parcours disponibles dans la région de Sudbury et en Ontario;
optimiser et encourager la complémentarité de la programmation offerte en français;
réduire la pénurie de main-d’œuvre francophone dans le Nord de l’Ontario;
faciliter le transfert de crédits entre le Collège Boréal et l’Université Laurentienne;
offrir des parcours et des combinaisons de programmes intégrant des approches théoriques et pratiques afin de mieux préparer les étudiantes, les étudiants au marché du travail;
améliorer les services aux communautés autochtones de la région;
accroître l’accès des étudiantes et étudiants collégiaux aux études supérieures en français (maîtrise et doctorat);
collaborer à des projets de recherche dans des domaines d’intérêt mutuel.
Du côté de l’Université Laurentienne, on insiste sur la continuité d’un engagement historique envers l’éducation en français. « Depuis plus de 60 ans, la Laurentienne fait partie intégrante de la francophonie du Nord de l’Ontario », a déclaré la rectrice et vice-chancelière Lynn Wells, soulignant que l’université compte 2500 étudiantes et étudiants francophones et plus de 85 % de personnel francophone.
« Ce protocole est une étape importante vers des partenariats fructueux qui renforcent notre identité et ouvrent de nouvelles avenues pour les étudiantes et étudiants francophones », a-t-elle ajouté.
Réponse à la pénurie de main-d’œuvre
Le ministre des Collèges, des Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, Nolan Quinn, qui a fait le déplacement à Sudbury, s’est aussi réjoui de l’annonce. Il y voit une façon de stimuler l’autonomie et la compétitivité du Nord.
« Cet accord entre l’Université Laurentienne et le Collège Boréal renforcera non seulement l’accès à une éducation postsecondaire en français de calibre mondial, mais il dotera également les étudiantes et étudiants des connaissances et des compétences dont ils ont besoin pour protéger et faire croître l’économie de l’Ontario », a-t-il déclaré.
Dans un contexte où la pénurie de personnel bilingue se fait sentir dans de nombreux secteurs, l’entente s’inscrit comme un levier pour le développement économique et social des communautés francophones de la région.
Les deux établissements affirment que cette signature marque le début de discussions élargies sur d’autres formes de collaborations. L’objectif : répondre plus efficacement aux besoins de la population étudiante et des communautés, notamment autochtones, dans le Nord de la province.
VERNER – La municipalité de Nipissing Ouest explore de nouvelles pistes pour enrayer le problème d’eau brunâtre qui persiste dans le village de Verner. Si une solution durable semble encore lointaine, la municipalité teste actuellement une approche provisoire : l’installation de systèmes de filtration à domicile, en attendant un appui financier provincial pour une solution permanente.
Depuis plusieurs années, une partie des résidents de Verner doit composer, de manière sporadique mais récurrente, avec une eau décolorée, souvent causée par des concentrations élevées de manganèse, un élément naturel qui peut s’accumuler dans les conduites.
Selon le Bureau de santé publique de North Bay-Parry Sound, les niveaux de manganèse mesurés dans le réseau de Verner demeurent en dessous des limites maximales permises et ne présentent pas de risque, même pour les nourrissons.
Selon le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs (MECP), qui assure la surveillance du système d’eau potable, la décoloration observée récemment pourrait être liée à des travaux d’entretien comme le rinçage des conduites. En cas d’eau brunâtre, les résidents sont invités à faire couler l’eau froide quelques minutes.
Les vêtements ressortent avec des tâches en raison de l’eau brune, selon les résidents. Gracieuseté de Carole Cousineau
« Chaque fois qu’on met la table ou qu’on flush la toilette, c’est dégueulasse. J’ai honte de voir mon bain. Mon linge sent mauvais après la lessive et j’ai dû changer mon réservoir d’eau chaude deux fois », déplore Carole Cousineau, une résidente du secteur qui vit avec ces désagréments depuis près de sept ans.
Lesa Chayer-Coutu partage cette frustration. À la suite d’analyses privées qu’elle a fait réaliser à ses frais, les résultats, parus le 24 juin dernier, ont confirmé des taux de manganèse non conformes durant les épisodes de décoloration.
« Ils disent que c’est potable, mais c’est faux. Mon médecin m’a dit d’arrêter de boire l’eau. On a retrouvé du manganèse dans mon sang. C’est l’une des causes de ma maladie. »
Elle s’inquiète tout particulièrement pour les jeunes enfants et les personnes vulnérables et dit jeter systématiquement l’eau lorsque sa couleur vire au brun. « Le manganèse, ça peut causer des problèmes neurologiques. C’est dangereux. »
Système de filtrage à base de charbon
Lors de la séance du conseil municipal du 8 juillet dernier, les élus avaient discuté d’options possibles durant près d’une heure. Après un vote approuvé par la majorité, le conseil a opté pour l’exploration d’un projet pilote consistant à équiper une dizaine de foyers de filtres à charbon pouvant desservir toute la maison.
Le coût serait plafonné à 500 $ par installation, pour un total de 5 000 $. Le conseil demeure cependant divisé sur le financement, lequel pourrait être assumé soit par les foyers concernés soit par la municipalité.
L’idée a été présentée par le conseiller Fernand Pellerin, aussi président du Comité d’eau et des égouts. « Il y a eu des commentaires positifs sur cette approche, et le personnel municipal va poursuivre les recherches pour évaluer son efficacité », a indiqué le conseiller Roland Larabie.
Le conseiller Roland Larabie souhaite que la solution soit très vite appliquée dans les maisons concernées. Photo : Inès Rebei/ONFR
Parmi les premières maisons à avoir testé ce système, celle de Mme Chayer-Coutu. « Depuis que mon mari a installé le filtre, on n’a plus eu d’eau brune », rapporte-t-elle.
Technicien spécialisé en traitement de l’eau, son conjoint a même été sollicité par la municipalité pour fournir une estimation de prix pour les prochaines installations. « Ils vont essayer ça dans cinq ou six maisons. Mon mari leur soumet les prix. »
Pas la bonne démarche
Mais si elle constate une amélioration chez elle, elle ne croit pas que cela règle le problème à la source.
« L’eau est claire quand elle sort de l’usine. Le vrai problème, ce sont les tuyaux sous la terre, pleins de manganèse. » Un constat qu’elle juge trop souvent ignoré : « Ils ne testent pas l’eau dans nos maisons, ils testent seulement au centre de traitement. Ce n’est pas représentatif. »
Mme Cousineau est du même avis : « Si c’était un problème de manganèse, tout le monde aurait de l’eau brune, pas juste une maison ici, une maison là. »
« Ça fait cinq ans qu’on en parle et il n’y a jamais de résultat. Ils disent qu’ils vont installer des filtres pour tester, mais pour moi, c’est juste encore du parlage », commente-t-elle, sceptique.
Cette discussion s’inscrit dans une volonté exprimée par le conseil de « penser en dehors du cadre habituel », alors que les attentes d’une intervention provinciale tardent à se concrétiser.
Certains résidents anticipent une baisse de la valeur des maisons en raison de ce problème d’eau. Photo : Gracieuseté de Lesa Chayer-Coutu
Le projet de raccordement du réseau de Verner à celui de Sturgeon Falls reste la solution privilégiée à long terme, mais son coût, estimé aujourd’hui à 25 millions de dollars, dépasse les moyens financiers de la municipalité sans un soutien provincial massif.
La municipalité espère obtenir une aide financière du programme provincial Volet Santé et sécurité en matière d’eau, qui permettrait d’absorber entre 27 % et 73 % de la facture.
Des solutions maison… et des inégalités
Outre les systèmes de filtration, d’autres options sont envisagées, comme le ravitaillement ponctuel en eau potable, ou encore l’utilisation de conduites internes mieux préservées dans certains secteurs du village.
« Il y a des endroits à Verner où l’eau est encore bonne. On pourrait temporairement s’approvisionner à partir de là », a suggéré M. Larabie.
Un tel scénario soulève toutefois des questions d’équité. Carole Cousineau pointe du doigt la rue Cartier comme particulièrement touchée.
« Moi, j’ai de l’eau brune et mon voisin de l’eau claire. Puis l’inverse la semaine d’après. Les tuyaux datent de 1974, ils sont pleins de rouille et de bouette. Ça entre dans nos maisons, et ça bloque même les bornes-fontaines. »
Lesa Chayer-Coutu craint des répercussions à long terme avec l’eau brune. Gracieuseté de Lesa Chayer-Coutu
Cette situation a un impact concret sur le quotidien : vaisselle, lavage, hygiène, et même projets de rénovations sont reportés. « On pense à rénover la salle de bain, mais avec une eau comme ça, ça ne vaut pas la peine. Tout redevient brun », dit-elle.
De son côté, Lesa Chayer-Coutu rapporte que les épisodes d’eau brunâtre sont de plus en plus imprévisibles. « C’est trop au hasard. Tu ne sais jamais si tu vas avoir de l’eau claire ou pas. »
Une communauté mobilisée
Lors d’une rencontre publique à Verner le 17 juin dernier, plusieurs citoyens avaient exprimé leur colère face à ce qu’ils perçoivent comme de l’inaction municipale.
Certains s’étaient rendus au conseil avec des échantillons d’eau brunâtre en main, réclamant des réponses concrètes et des engagements fermes.
Carole Cousineau souligne aussi le poids moral et émotionnel de cette lutte. « J’ai arrêté d’utiliser mon lave-vaisselle depuis des années. Je ne prends même pas de chance pour me brosser les dents avec cette eau-là. »
La Franco-Ontarienne dit avoir contacté Santé Canada pour porter plainte et partage ses résultats d’analyse dans les groupes locaux. « Je veux que les gens sachent que ce n’est pas un petit problème. C’est notre santé. »
La prochaine rencontre du conseil, le 12 août, doit permettre de décider si le projet-pilote ira de l’avant pour le reste des quelques 3300 foyers concernés.
En attendant, des résidents comme Carole Cousineau poursuivent leur combat pour une eau véritablement potable, rappelant que malgré les apparences, leur réalité n’a rien d’anodin : « On paie déjà pour un système d’eau potable, mais la nôtre ne l’est pas. »
FAUQUIER-STRICKLAND – Confrontée à une crise financière majeure, la petite municipalité de Fauquier-Strickland a tenu lundi une réunion extraordinaire afin de rassurer ses citoyens et de rétablir certains faits. La mairesse affirme que la ville n’est pas en faillite et souligne qu’une équipe provinciale est attendue la semaine prochaine pour évaluer la situation.
La réunion qui s’est tenue lundi soir au centre communautaire a réuni plus d’une quarantaine de personnes sur place et plus de 70 personnes en ligne, du jamais-vu selon la Ville.
La mairesse Madeleine Tremblay a ouvert la réunion en insistant sur l’importance d’éclaircir les malentendus circulant dans les médias : « Ce n’est pas vrai que nous sommes en faillite et la municipalité n’est pas en train de se dissoudre. Ce genre de fausses nouvelles crée de la panique inutile. »
Le conseil a confirmé avoir reçu une lettre datée du 10 juillet du ministère des Affaires municipales et du Logement annonçant qu’une délégation ministérielle sera présente au bureau municipal la semaine du 14 juillet, avec une visite officielle prévue ce mercredi.
Ces experts auront pour mission d’évaluer sur place la situation, de vérifier les documents transmis et de travailler avec les élus à l’élaboration d’un plan d’action.
« Nous avons deux semaines pour montrer que nous sommes prêts à coopérer et à mettre en place les recommandations qui sortiront de cette visite », affirme la mairesse.
Des tensions dans la salle
L’ambiance au conseil était marquée par des interruptions fréquentes, des confusions procédurales sur les motions à adopter et une difficulté manifeste à maintenir l’ordre.
D’entrée de jeu, la mairesse s’est montrée réticente à permettre une période de questions du public, craignant de ne pouvoir offrir de réponses satisfaisantes. « Ce n’est pas le bon moment pour ça », a-t-elle lancé, évoquant le besoin de préparer des réponses claires avant d’ouvrir le dialogue.
Cette position a été mal accueillie par plusieurs membres du conseil, qui ont plaidé pour une plus grande ouverture, malgré l’incertitude. Après quelques échanges tendus, la majorité a tranché en faveur d’un espace réservé aux questions citoyennes en fin de séance.
En outre, le conseiller Pierre Lamontagne a tenu à souligner à plusieurs reprises qu’une politique de la municipalité contraint les membres du conseil à ne pas pouvoir prendre parole publiquement.
Plusieurs personnes ont pris la parole pour en savoir plus sur ce qui a mené à la crise. Photo : Capture d’écran internet/Zoom
Dans la salle, la tension était toute aussi palpable alors que plusieurs rappels à l’ordre ont été effectué durant la séance. « Ce n’est pas le temps de crier. Ce n’est pas productif. Je demande à tout le monde de garder leur calme, nous sommes ici pour travailler ensemble », a lancé Mme Tremblay au public.
Un moment particulièrement tendu est survenu lorsque des citoyens ont confronté les élus sur l’historique de leur collaboration avec le ministère.
Le gouvernement avait pourtant mené une évaluation des pratiques financières en 2022 et formulé des recommandations en février 2024.
« Avez-vous suivi ces recommandations? », a demandé un résident. « Pas toutes », a répondu honnêtement la mairesse.
« J’ai reçu un appel de mon assureur, ils veulent augmenter mes primes ou même annuler mon contrat parce que la municipalité est en crise. C’est inacceptable! »
— Un citoyen de Fauquier-Strickland
« Nous avions des pistes claires pour redresser la situation, mais plusieurs mesures n’ont pas été mises en œuvre, ce qui nous place aujourd’hui dans une position plus précaire », a regretté le conseiller municipal Pierre Lamontagne.
Ordures et assurances
Parmi les autres sujets de discorde, la fermeture temporaire du site d’enfouissement local.
« On ne peut pas ouvrir le site sans employé sur place. Sinon, on expose la municipalité à des responsabilités légales et environnementales », a expliqué la directrice des services municipaux, Shannon Pawlikowski.
Advenant une fermeture, les citoyens devront se rendre dans les municipalités voisines de Kapuskasing et Smooth Rock Falls pour éliminer leurs déchets.
Une autre inquiétude majeure exprimée par plusieurs habitants concerne leurs assurances habitation et automobile.
« J’ai reçu un appel de mon assureur, ils veulent augmenter mes primes ou même annuler mon contrat parce que la municipalité est en crise. C’est inacceptable! », a témoigné un père de famille.
Un autre participant a ajouté : « Comment on fait pour vivre dans un endroit où on n’est plus assuré? On est abandonnés, c’est ça le message? »
Un habitant est même allé jusqu’à réclamer de nouvelles élections pour le poste de maire, applaudi par plusieurs dans la salle, sans réaction de la mairesse.
Prudence envers les municipalités voisines
Une source de tension majeure a aussi porté sur la démarche de sollicitation d’aide auprès des municipalités voisines, lesquelles n’auraient pas bien accueilli la demande de cette municipalité de 400 âmes.
Certains élus craignent que cette démarche soit mal perçue et ait des conséquences économiques négatives.
« Envoyer une demande d’aide généralisée à toutes les municipalités, c’est risquer de jeter une ombre sur notre région et sur la route 11, qui est un axe vital pour notre développement », a souligné le conseiller Claude Brunet, s’inquiétant pour la réputation et les retombées économiques.
« Nous étions en situation d’extrême urgence, mais nous devons être prudents dans la manière dont nous demandons de l’aide », a admis la mairesse, qui propose désormais d’envoyer une nouvelle lettre clarifiant la réponse du ministre reçue et précisant la réalité de Fauquier-Strickland.
« Nous ne voulons pas mettre toutes les municipalités dans la même situation, car ce n’est pas le cas partout », a-t-elle souligné.
TIMMINS – Le projet très attendu de relance du train Northlander franchit une nouvelle étape. Le gouvernement de l’Ontario a confirmé l’attribution d’un contrat pour la construction de la gare Timmins-Porcupine, futur terminus nord de la liaison ferroviaire entre Timmins et Toronto.
« Notre gouvernement donne le coup d’envoi de la construction de cette gare essentielle, tenant ainsi sa promesse de rétablir le Northlander », a affirmé le ministre des Transports, Prabmeet Sarkaria, ce lundi, en soulignant l’importance de ce projet pour connecter les communautés du Nord aux services, aux emplois et au reste de la province.
Le ministre qui s’est déplacé pour l’occasion à Timmins indique que ce choix s’aligne avec le plan de la province visant à protéger l’Ontario face aux droits de douane imposés par les États-Unis.
« Nous soutenons les industries du Nord et le secteur des ressources, nous stimulons la croissance économique et nous investissons dans des infrastructures qui bâtissent un avenir plus solide et plus résilient pour l’Ontario. »
De gauche à droite, Michelle Boileau, mairesse de Timmins, le ministre des Transports, au centre, Prabmeet Sarkaria et Alan Spacek, président de la Commission de transport Ontario Northland sur le terrain de la future station de Timmins. Photo : Prabmeet Sarkaria/X
Le contrat a été confié à EllisDon. Il s’agit d’un pas de plus dans la série d’investissements annoncés depuis 2023 pour remettre en état les infrastructures du corridor ferroviaire.
« Le Northlander va fondamentalement changer la façon dont les gens se déplacent dans la province », affirme Chad Evans, directeur général d’Ontario Northland.
Les travaux ont déjà commencé sur le quai, le stationnement et les zones d’attente. Une fois complétée, la gare offrira une infrastructure moderne incluant des toilettes accessibles, un guichet, des aires pour autocars, taxis et piétons ainsi qu’un quai adapté.
Voici à quoi devrait ressembler la future station de Timmins-Porcupine. Source : Northlander/Facebook
Des travaux sont également en cours le long de la voie ferrée du Northlander afin d’ajuster les courbes pour permettre au train de circuler à des vitesses plus élevées et avec moins de perturbations.
Le trajet inclura 16 arrêts, avec une correspondance vers Cochrane, et s’appuiera sur un réseau modernisé, notamment par l’ajustement des courbes pour permettre une vitesse accrue.
Le Northlander, retiré en 2012, doit reprendre du service en 2026 avec jusqu’à sept départs par semaine, selon la demande. La date officielle du retour n’est pas encore connue.
Du côté des élus du Nord, les réactions sont enthousiastes. Le député de Timmins, George Pirie, salue une « démonstration claire de notre engagement à bâtir un Nord de l’Ontario plus fort et mieux relié ».
L’automne dernier, la province avait attribué un contrat pour la reconstruction des quais et l’installation d’abris préfabriqués aux arrêts ferroviaires le long du futur corridor du Northlander, entre North Bay et Cochrane.
CORNWALL – Face au vieillissement des infrastructures de l’École secondaire catholique La Citadelle, la communauté francophone de Cornwall redouble d’efforts pour obtenir la construction d’un nouveau bâtiment.
Après un refus initial du gouvernement ontarien de financer la construction d’un nouveau bâtiment pour l’École secondaire catholique La Citadelle, le Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) s’apprête à déposer durant ce mois de juillet une nouvelle demande de financement.
Le projet avait été soumis au ministère de l’Éducation de l’Ontario dans le cadre du programme d’immobilisations prioritaires 2024-2025. « En janvier 2025, le CSDCEO a reçu la confirmation du ministère de l’Éducation comme quoi le financement ne serait pas accordé, à ce point-ci, pour la réalisation de ce projet », a expliqué à ONFR Jean Lemay, président du CSDCEO.
« Le CSDCEO est toujours en discussion avec le ministère de l’Éducation et nous redéposerons le projet dans la prochaine ronde de demandes », assure-t-il.
Une histoire de revendication
Outre les initiatives du CSDCEO, le Comité 73, composé d’élèves, poursuit sa mobilisation, multipliant les actions et les rencontres en faveur de ce projet.
« Aujourd’hui, on poursuit le combat pour obtenir une école moderne et équitable », affirme Jacob Pilon, président du comité, qui incarne la relève militante pour l’éducation en français à Cornwall.
Il rappelle que l’histoire du Comité 73 est intimement liée à celle de l’école, qui accueille aujourd’hui environ 700 élèves de la 7e à la 12e année.
« On poursuit le combat pour une école francophonne équitable » – Jacob Pilon, président du Comité 73. Gracieuseté de Jacob Pilon
Selon lui, l’école a été construite en 1948 pour les élèves anglophones. Les francophones ont ensuite partagé les locaux pendant plusieurs années. « C’est en 1973 que les élèves francophones ont manifesté pour avoir leur propre école, ce qui a donné naissance à La Citadelle », raconte-t-il.
Aujourd’hui, le projet de construction d’un nouveau bâtiment reçoit un large soutien communautaire, y compris un appui ferme de la Ville de Cornwall.
« Je suis en faveur de cette nouvelle école. Le conseil municipal a voté une motion d’appui au projet », a affirmé le maire de Cornwall, Justin Towndale, en soulignant que l’école actuelle, très ancienne, ne constitue pas un environnement moderne pour les élèves.
Le coût estimé du nouveau bâtiment s’élèverait à environ 60 millions de dollars, estime-t-il. « C’est un investissement nécessaire pour les jeunes de notre région », soutient le maire.
Des installations dépassées
Jacob Pilon dresse un tableau précis des défis : « L’école est performante au niveau sportif, mais nos gymnases sont trop vieux pour accueillir des tournois. Côté artistique, notre grande production annuelle, le Citashow, n’a pas de lieu adapté pour les répétitions ou les représentations. Ces lacunes privent nos élèves d’occasions importantes. »
Pour Jean Lemay, le projet dépasse la simple construction d’un bâtiment. « Il s’agit d’offrir un environnement sécuritaire, inclusif, écosensible et adapté à l’épanouissement de nos élèves. Ce que nous demandons, c’est une école capable de répondre aux besoins de la communauté francophone de Cornwall. »
Le Comité 73 a récemment rencontré, parmi diverses autres personnalités, le député provincial Nolan Quinn, également ministre des Collèges et Universités.
« C’était une rencontre positive. Nous avons présenté les retombées d’un tel projet, notamment pour l’économie locale. M. Quinn s’est dit prêt à continuer les discussions », souligne Jacob Pilon.
Même espoir du côté du président du CSDCEO. « Nous sommes optimistes que nos besoins seront entendus par le ministère de l’Éducation, en respect des droits des francophones à recevoir une éducation équivalente à celle de la majorité linguistique. Présentement, l’état de nos infrastructures ne permet pas d’assurer cette équivalence. »
Une réponse du ministère de l’Éducation est attendue dans les prochains mois. En attendant, la communauté francophone de Cornwall entend maintenir la pression pour faire aboutir ce projet structurant.
SUDBURY – Après trois ans de pause, le défilé de la Fierté est revenu animer les rues du centre-ville de Sudbury samedi après-midi. La communauté LGBTQ+ s’est réunie pour marcher malgré un climat social plus polarisé, une météo peu clémente et une décision inédite des organisateurs : l’absence complète de présence policière, une première dans l’histoire de la Fierté sudburoise.
La décision de Fierté Sudbury Pride de ne pas inviter la police n’est pas passée inaperçue. En 2023, Fierté Sudbury Pride avait annulé la marche après une décision controversée d’inclure la police, ce qui avait provoqué l’indignation de groupes militants, tels que Black lives matter Sudbury.
Le 13 juin dernier, l’organisation a présenté des excuses publiques et redéfini sa mission pour recentrer l’événement sur la sécurité, la solidarité et l’inclusion, menant au retour d’une marche sans police.
Justine Martin est bénévole pour Fierté Sudbury depuis plusieurs années. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Le plus important, c’est de revenir aux racines de la résistance », explique Justine Martin, ambassadrice de la marche, assumant pleinement ce choix de l’organisme.
La jeune femme rappelle les piliers du mouvement ainsi : « L’idée que personne n’est libre tant que nous ne le sommes pas tous. On ne se bat pas seulement pour nos droits à nous, mais aussi pour les immigrants, les réfugiés, les personnes noires et de couleur, les Palestiniens, les Congolais. »
« Une bonne décision »
Plusieurs personnes venues participer à la marche ont salué ce choix. « Je suis contente qu’il n’y ait pas de police », confie Ajax, une personne se définissant comme non binaire et qui participait pour la première fois au défilé depuis le début de sa vie adulte.
Iel souligne que les racines du mouvement LGBTQ+ sont profondément liées à la résistance, rappelant que les premières marches de la Fierté ont vu le jour après les émeutes de Stonewall, un soulèvement contre les violences policières : « Aujourd’hui, on a la chance de célébrer sans craindre pour notre sécurité dans la rue. »
Ajax est aussi membre de Sudbury Queers United Around Diversity (SQUAD). Photo : Inès Rebei/TFO
Plus loin dans la marche, un autre francophone appartenant fièrement à la communauté queer, Alex Tétreault, abonde dans le même sens : « C’est une bonne décision, ça permet de créer un environnement plus accueillant pour tout le monde, c’est un bon sacrifice à faire. »
Et sur un éventuel retour de la police lors d’une prochaine édition? La réponse de Justine Martin est sans équivoque : « Non, jamais! »
Le député néodémocrate provincial de Sudbury était présent à la marche. Photo : Inès Rebei/ONFR
Il y en avait de tous les âges dans le défilé ce samedi. Photo : Inès Rebei/ONFR
Certains participants étaient maquillés voire costumés pour le défilé. Photo : Inès Rebei/ONFR
Le soleil a fait une brève apparition avant le début de la marche. Photo : Inès Rebei/ONFR
Entre espoir et vigilance
Le retour de la marche avait une valeur hautement symbolique pour plusieurs participants, dans un contexte qu’ils jugent tendu.
Durant la marche, un incident a brièvement troublé le déroulement de l’événement lorsqu’une personne a manifesté son opposition au défilé.
Un organisateur, présent pour encadrer la marche, a réagi avec vigueur, prenant le mégaphone pour répondre par des slogans affirmant la solidarité et le soutien à la communauté.
Le moment de l’altercation : une autre bénévole a dû s’interposer pour mettre fin à la dispute. Photo : Inès Rebei/ONFR
Ce moment de tension, bien que ponctuel, reflète les résistances et les défis auxquels la communauté queer est encore confrontée dans son quotidien.
« En ce moment, la vie est assez difficile au niveau sociopolitique pour les personnes queer », constate Alex Tétreault, qui n’en est pas à sa première participation aux événements de la fierté.
« Je pense que c’est important d’être ensemble. Ça fait juste du bien », confie celui qui est le poète officiel de la ville de Sudbury depuis juin 2024, notant aussi une évolution ambivalente du climat local : « Il y a autant, si pas plus d’ouverture qu’avant. Mais il y a une minorité qui n’aime pas le progrès, pis elle prend plus de place qu’on aimerait. »
Alex Tétreault a participé à une table ronde dans le cadre des événements de la fierté un peu plus tôt dans la journée. Photo : Inès Rebei/ONFR
Plus d’acceptation
Ajax, encore bouleversé·e par les réalités vécues par son partenaire aux États-Unis, voit dans la Fierté un espace de soulagement : « Mon partenaire vit dans la peur aux États-Unis, ici au Canada, c’est plus sécuritaire alors j’espère qu’il pourra vite me rejoindre. »
Gabriel Plante, venu représenter First Copper Cliff Scout in action, une troupe locale affiliée à Scouts Canada, est du même avis : « Il y a plus de tolérance qu’avant, mais ceux qui ne sont pas tolérants ont une voix plus grande qu’ils avaient. »
Par-delà les revendications politiques, plusieurs ont souligné l’importance de rendre la Fierté accessible à tous les âges et à toutes les identités.
« On a toujours dit qu’on était un groupe inclusif », explique Gabriel Plante à propos de Scouts Canada. « Ce n’est pas juste quelque chose qu’on dit, c’est quelque chose qu’on fait. On voulait aussi montrer à nos enfants qu’on les accepte pour qui ils sont. »
Certains avaient des haut-parleurs personnels et se sont mis à danser à la fin de la marche. Photo : Inès Rebei/ONFR
La marche a débuté devant le YMCA sur la rue Durham, après une fête de quartier destinée à des activités familiales. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Plus jamais de sœurs disparues, plus jamais de terres volées », un slogan scandé en anglais durant la marche, rappelant l’interconnexion entre les luttes queer, autochtones et féministes. Photo : Inès Rebei/ONFR
Cette édition de la Marche de la Fierté a aussi été marquée par une présence significative de voix trans et non binaires, portées avec fierté au cœur du défilé. Photo : Inès Rebei/ONFR
Moins « glamour », mais plus significative
Faute d’obtenir la fermeture des rues, la marche s’est déroulée sur les trottoirs du centre-ville. En Ontario, c’est la police locale qui décide de la nécessité d’une fermeture de rue pour un défilé.
Pour la marche de Sudbury, les autorités ont maintenu cette exigence sans envisager d’alternatives, selon les organisateurs. Ceux-ci ont donc opté pour un parcours sur les trottoirs, privilégiant avant tout la tenue de l’événement et la mobilisation de la communauté.
Une contrainte que plusieurs ont acceptée avec philosophie.
« C’est un peu moins glamour de marcher sur le trottoir », concède Alex Tétreault, « mais si ça veut dire qu’on est capable de créer un environnement qui est ouvert et accueillant pour tous les membres de la communauté, c’est un bon sacrifice à faire. »
De forts vents et de la pluie ont perturbé l’événement. Photo : Inès Rebei/ONFR
Justine Martin, malgré la fatigue d’avoir coordonné l’événement, ne cachait pas sa joie : « C’était vraiment excitant de voir la communauté revenir aussi fortement marcher avec Fierté Sudbury. On ne savait pas si les gens allaient revenir, ou si ça allait être tranquille. Mais ce n’était absolument pas calme. »
Selon elle, des centaines de personnes ont participé à la marche, sans compter les nombreuses familles présentes lors des autres activités de la semaine.
TORONTO – Le Comité consultatif des affaires francophones s’est à nouveau réuni. Dans la continuité du projet pilote et des brochures en français dans les musées de ville, ces informations historiques seront également mises à disposition sur le site de la Ville. De son côté, la Société d’histoire de Toronto (SHT) mobilisera les écoles francophones dès la rentrée pour inclure le tour des musées en français dans leur curriculum culturel. La création d’un inventaire des services en français de Toronto sera finalement repoussée à 2026.
La motion avait été adoptée par le Comité début 2025, et les Musées d’histoire de Toronto avaient lancé un programme pilote visant à offrir des services en français, comprenant la mise à disposition de brochures dans les deux langues.
En juin dernier, la première visite d’un groupe francophone de la Maison Spadina avait été organisée.
En intervention devant le comité, la présidente de la SHT, Rolande Smith, a proposé que les informations historiques des brochures en français soient aussi publiées en ligne sur le site de la Ville, notamment pour que les écoles puissent préparer des visites en amont.
Une initiative « facile à mettre en œuvre », selon Mme Smith, et adoptée immédiatement par le Comité.
« Les services en français ne vont pas arriver du jour au lendemain, mais ça avance », a-t-elle réagi auprès d’ONFR.
En amont de cette session, elle avait également soulevé une situation paradoxale : « Les musées disent qu’il n’y a pas de demandes, mais les écoles disent qu’il n’y a pas de services ».
Devant ce constat, la SHT a en effet décidé d’approcher les écoles francophones pour les mobiliser afin de mettre en place des visites culturelles scolaires avec ces musées d’histoire.
La présidente du Comité et conseillère municipale, Alejandra Bravo, a reconnu l’importance d’avoir cette interprétation disponible.
Rolande Smith a également fait remarquer le grand intérêt à recruter du personnel bilingue pour aller dans cette direction.
Plusieurs membres de la SHT ont assisté à la séance du Comité consultatif des affaires francophones. De gauche à droite : Guillaume Gogo, webmestre de la SHT, Gilles Huot, guide au ROM et à la SHT, Dominique Guillamand, secrétaire, Rolande Smith, présidente, et Shiralee Hudson Hill, gestionnaire musées, services musées et patrimoniaux, développement économique et culture de la Ville de Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Lors de la précédente rencontre, le Comité avait voté pour la création d’un inventaire des services en français de la Ville de Toronto.
Une création qui aura bien lieu, mais qui sera finalement intégrée au plan de travail de 2026, « bien qu’on l’aurait préférée en 2025 », a concédé Christine Michaud, la co-présidente du Comité.
Elle ajoute que « ce travail extrêmement important permettra d’identifier les manques pour pouvoir ensuite mettre en place des services. Cela requiert des ressources de la Ville, mais c’est essentiel pour que les francophones sachent où aller ».
En parallèle, la présidente Alejandra Bravo a de nouveau rappelé la motivation du Comité quant à l’adhésion de la Ville à l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO).
« Quand Toronto sera à part entière membre de l’AFMO, il y a aura des solutions qu’on pourra aller chercher. Nous pourrons apprendre des autres membres comment ils trouvent les ressources pour mettre des processus en place : gérer les demandes, avoir un point d’entrée en français, avoir du personnel bilingue », s’est avancée Christine Michaud.
Hébergements d’urgence et logements abordables pour les francophones
À l’ordre du jour également, un sujet plus épineux : celui des services d’hébergement d’urgence pour les francophones en situation d’itinérance.
Plusieurs représentants anglophones du conseil municipal ont rappelé les services disponibles, et souligné leur soutien à l’organisme torontois d’intégration économique des immigrants francophones La Passerelle-IDÉ.
En tant que membre du public, la fondatrice et directrice générale de l’Auberge francophone Julie Lutete est intervenue pour parler des services d’accueil aux réfugiés francophones qu’offre l’Auberge « sans aucune aide de la Ville de Toronto ».
Celle-ci a déploré avoir lancé plusieurs bouteilles à la mer, requêtes, rencontres et emails qui sont restés sans réponse. Elle a ainsi demandé à la Ville de soutenir l’organisme, notamment avec la mise à disposition d’un vrai centre d’hébergement d’urgence.
« La stabilité d’une personne immigrante commence par l’hébergement, sans quoi on ne peut pas chercher du travail ou s’occuper de ses enfants. »
« Nous faisons tout et payons tout nous-même », a rapporté Mme Lutete, à qui une fonctionnaire du conseil municipal est venue donner sa carte en fin de séance.
En tant que membre du Comité, Mareva Cestor, s’est enquise de savoir si la municipalité collecte des données vis-à-vis du nombre de demandes de logements francophones et si un plan était en place pour les étudiants francophones en besoin de logements abordables.
Les représentants du conseil ont alors affirmé qu’il s’agissait de la première année de mise en place d’une étude destinée à comprendre les besoins de la communauté étudiante, dont les étudiants étrangers.
Dans le cadre du plan pour le logement abordable de la Ville, plusieurs listes d’attente ont été ouvertes pour le logement abordable et pour le loyer basé sur le revenu (RGI), également disponibles aux francophones.
Ces demandes francophones seront également enregistrées pour en collecter les données.
Sophie d’Orléans est une jeune autrice-compositrice-interprète et travailleuse culturelle franco-ontarienne. Elle a grandi et est établie à Ottawa.
LE CONTEXTE :
Le Bluesfest d’Ottawa se tient du 10 au 20 juillet sur les plaines LeBreton. Sophie d’Orléans fait partie des artistes locaux qui se produiront durant le festival. Elle sera ce vendredi 11 juillet sur la scène du Barney Danson Theatre du Musée canadien de la guerre.
L’ENJEU :
Jouer dans un festival d’envergure comme le Bluesfest est une occasion en or pour les artistes de la relève. En tant que Franco-Ottavienne, Sophie d’Orléans a affirmé qu’elle réalisait un rêve.
« Comment vous sentez-vous à la veille de votre spectacle?
Je suis extrêmement excitée. Je suis dans un rêve. Je pense que ça n’a pas encore cliqué, que ça va vraiment se passer. J’ai fait du bénévolat au Bluesfest quand j’étais adolescente. J’assistais à tous les spectacles que je pouvais. C’était des années formatrices, de voir les artistes sur les petites comme les plus grandes scènes.
Le Bluesfest est un événement phare, vraiment important pour la communauté d’ici. C’est un honneur d’y être pour chanter en français et représenter la communauté francophone.
Qu’est-ce que ça représente d’accéder à ce grand festival pour la première fois?
C’est une belle tape dans le dos. Je me sens validée dans cette sélection d’artistes. Je sens que les dernières années de travail ont valu la peine. C’est une validation externe qui fait du bien, qui confirme le chemin sur lequel je suis.
Cette validation vient des pairs, de la communauté et de ma famille qui va venir de loin pour me soutenir. C’est un gros accomplissement qu’on célèbre tous ensemble.
Qu’espérez-vous que ça vous apporte pour le futur?
Comme c’est un événement important de la région, c’est certain que ça a un attrait particulier pour les médias, etc. Ça m’apporte une visibilité très grande de faire partie des artistes locaux qui ont été sélectionnés au Bluesfest.
Aussi, c’est une belle chance, justement, de pouvoir faire rayonner le français dans ce contexte minoritaire. Leurs choix de programmation démontrent une volonté de s’ouvrir à la communauté francophone locale. C’est vraiment excitant parce qu’inclure la francophonie, ça ne se fait pas juste en francophonie. Ça se fait aussi avec les anglophones qui veulent faire une place aux francophones dans leurs événements.
Sophie d’Orléans sur la scène du Café communal au Festival franco-ontarien, en 2024. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Et plusieurs de mes musiciens et collaborateurs sont bilingues, mais anglophones en premier lieu. Dans nos pratiques, c’est vraiment fluide entre les deux langues.
Il y a plein de personnes qui sont ouvertes. Je veux que tout le monde se sente inclus, même ceux qui ne s’identifient pas comme Franco-Ontariens.
Comment vous décririez-vous en quelques phrases à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore?
Je suis une autrice-compositrice-interprète basée à Ottawa. Je suis une artiste qui aime aborder les sujets de la santé mentale, de l’environnement… je fais de la musique intime, lumineuse. Ça se catégorise un peu dans le folk-pop.
Parlez-nous de votre chanson Carrousel, qui vient de sortir.
Ça faisait déjà un bon bout de temps depuis Sans turbulences, en 2022. Après ça, j’ai pris un pas de recul et je me suis beaucoup remise en question, ce qui m’a menée à un burn out. Alors, j’ai appuyé sur le frein pour pouvoir bâtir quelque chose qui dure dans le temps. Carrousel, c’est mon retour.
C’est de prendre ces moments d’obscurité et de les peindre de manière optimiste, avec une lumière pour un futur qui, j’imagine, sera rempli de belles opportunités, comme le Bluesfest!
Sophie d’Orléans montera sur une scène du Bluesfest pour la première fois ce vendredi. Photo : Luniverse Photography
Je me suis posé beaucoup de questions, notamment au sujet de la langue et de la réalité de vivre dans un environnement bilingue, où l’on passe beaucoup de l’anglais au français, où l’on pense même en anglais parfois. Au niveau de l’identité, il faut prendre des décisions et être intentionnel dans la direction qu’on veut prendre.
Maintenant, je me sens vraiment alignée avec mon identité, avec ce que je veux dire. Carrousel parle du désir de mieux m’aimer, de me recentrer et de reprendre le contrôle de ma vie et d’aller vers la lumière, l’optimiste et l’amour de soi.
À quoi peut-on s’attendre de votre spectacle au Bluesfest?
Je serai entourée de mon plus gros band jusqu’à présent, avec trois musiciens avec moi. Les trois mots-clés sont : intime, introspectif et lumineux. Je veux inviter les gens dans mon salon. On va se synchroniser ensemble et passer un beau moment en musique. Mes chansons vont parler de vulnérabilité, de résilience… et j’aurai quelques surprises.
Vous êtes impliquée dans la communauté culturelle d’Ottawa et de l’Ontario français, entre autres avec votre emploi à l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). Pourquoi est-ce important pour vous de jouer un autre rôle, en plus de celui d’autrice-compositrice-interprète?
C’est primordial pour moi. Je pense que pour avoir un écosystème francophone en santé, il faut contribuer à différents niveaux, créer des liens entre les artistes émergents et plus établis, créer des opportunités pour qu’ils puissent se rencontrer, collaborer ou apprendre à se connaître.
Pour moi, le français, ce n’est pas juste en musique. C’est la vie de tous les jours. C’est une construction identitaire et c’est une fierté qui se vit en groupe. C’est vraiment important pour moi d’être impliquée le plus que je peux pour m’assurer que l’écosystème fleurisse et continue à grandir, qu’on ouvre les bras pour inclure de plus en plus de personnes. »
OTTAWA – Le Muséoparc Vanier a dévoilé ce jeudi en fin de matinée, l’identité de son prochain directeur général. Il s’agit d’Yves Turbide, ancien directeur général de l’Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français (AAOF). Il avait annoncé son départ de l’organisme littéraire le 24 juin dernier, après 14 ans en service.
« C’est un honneur pour moi de me joindre au Muséoparc Vanier à titre de directeur général, affirme Yves Turbide dans le communiqué de jeudi. La mission de sauvegarder et de mettre en valeur le patrimoine francophone de Vanier, ainsi que celui du domaine Richelieu (…) m’inspire profondément. »
En entrevue avec ONFR, il avoue avoir suivi d’un œil attentif les dossiers de l’organisme dans les dernières années. Il se dit heureux de pouvoir ajouter sa pierre à l’édifice. « Je pense qu’avec mon expérience dans le milieu culturel franco-canadien, et particulièrement franco-ontarien et ottavien, je serai en mesure de rassembler l’équipe autour de projets intéressants, qui seront porteur et permettront au Muséoparc de croître. »
Il assure que les événements phares, comme le Festival des Sucres, par exemple, sont là pour rester. Yves Turbide veut aussi développer d’autres projets, mais il prendra le temps de s’installer et de discuter avec l’équipe en place avant de s’avancer publiquement.
« J’ai vraiment le goût de me joindre à l’équipe et qu’on puisse travailler tout le monde ensemble. »
— Yves Turbide
Il dessine tout de même quelques grandes lignes de sa vision. Il entend notamment « suivre les différents axes de la planification stratégique qui vient d’être acceptée, réinventer l’expérience muséale, renforcer davantage l’ancrage communautaire et le rayonnement culturel. »
Il compte « cogner à toutes les portes des organismes francophones » du secteur Vanier afin de faire rayonner la francophonie en unissant leurs forces.
Yves Turbide, entouré de Hanneke Ronken (à gauche) et de Shiraz Gaieb (à droite), lors du Salon du livre de l’Outaouais en 2023. Le trio présentait une première version de ce qui allait devenir Ontario terre de mots. Photo : Rachel Crustin / ONFR
À l’AAOF, Yves Turbide a notamment créé deux prix littéraires et piloté le développement de la plateforme Ontario terre de mots. L’organisme avait précisé que son directeur sortant le laissait dans une situation enviable au niveau du plan stratégique et des finances.
« Passionné, méthodique et visionnaire, Yves Turbide a profondément transformé l’AAOF, avait affirmé Marie-Josée Martin, présidente du conseil d’administration de l’AAOF. Je sais que, où que le conduise sa carrière, il demeurera un allié des auteurs et autrices de l’Ontario français. »
En entrevue, Yves Turbide rappelle les bons liens qu’entretiennent les deux organismes et soutient qu’une éventuelle collaboration « n’est absolument pas exclue. Il y a déjà eu des événements littéraires dans le passé au Muséoparc. » Le décor enchanteur du parc Richelieu pourrait être une source d’inspiration pour développer d’autres activités.
Départ à la retraite pour Madeleine Meilleur
Yves Turbide succède donc à Madeleine Meilleur. La directrice générale sortante du Muséoparc Vanier avait accepté le mandat à la suite du décès de Jean Malavoy, en 2020.
Durant ses cinq ans à la direction de l’organisme communautaire, elle a notamment remporté le prix Saphir Personnalité de l’année de la Fondation franco-ontarienne et le prix Bernard Grandmaître de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO-Ottawa).
Madeleine Meilleur à l’inauguration de la nouvelle cabane à sucre du Muséoparc Vanier, en 2023. Photo : Rachel Crustin / ONFR
« Nous lui souhaitons une retraite douce, bien méritée et à l’image de son engagement : inspirante et empreinte de chaleur humaine », a déclaré Jonathan Paquette, président du conseil d’administration du Muséoparc Vanier à propos de Madeleine Meilleur, dans un communiqué.
Yves Turbide entrera en fonction le 5 août. Les personnes qui voudraient lui succéder à la direction générale de l’AAOF ont jusqu’au 20 juillet pour soumettre leur candidature.
SUDBURY – L’Université de Sudbury élargit son offre de formation continue avec la création d’une Académie de leadership et de gouvernance. Destinée aux leaders, gestionnaires et administrateurs d’organismes à but non lucratif (OSBL) et d’institutions publiques, cette nouvelle programmation sera offerte à partir de l’automne.
L’Université de Sudbury élargit son offre de formation avec la création d’une Académie de leadership et de gouvernance « dans un contexte où les défis de gouvernance et de leadership se multiplient dans le secteur communautaire et institutionnel », peut-on lire dans un communiqué de l’établissement ce jeudi.
Cette nouvelle programmation s’adresse aux professionnels du secteur communautaire et institutionnel, à travers une série de microtitres et de microprogrammes reconnus par l’université. Les thématiques abordées incluent la gouvernance, le leadership de gestion, le financement des OSBL, les relations gouvernementales et la gestion du changement.
Les cours seront livrés en ligne dès l’automne 2025, en mode synchrone, et s’appuieront sur des études de cas, des outils concrets et une approche pédagogique axée sur le coaching.
« Ces programmes sont taillés sur mesure pour les OSBL et les institutions », affirme Serge Miville, recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury. « Toujours dans une approche « par et pour », notre réseau de formateurs et de formatrices issus de nos institutions et de notre communauté saura livrer des formations à la hauteur des attentes. »
Les formations donneront droit à des certificats universitaires, à des badges numériques ou, dans certains cas, à des désignations professionnelles.
Partenariat avec des acteurs-clés
La programmation est développée en partenariat avec Discitus, un organisme de formation spécialisé en gouvernance et en gestion, ainsi qu’avec le Centre pour l’excellence en gouvernance organisationnelle (CÉGO).
« Les programmes et les cours développés par l’équipe Discitus depuis plus de 15 ans sont maintenant offerts au grand public, avec un seul but : soutenir les gestionnaire-leaders et les conseils d’administration à faire ressortir le meilleur des gens et de leur organisation », explique Alain Vachon, fondateur et formateur principal chez Discitus.
De son côté, Julie Léger, directrice du CÉGO, souligne l’importance du partenariat avec une institution universitaire. « Unir nos forces pour professionnaliser la gouvernance de nos communautés est une décision gagnante pour le CÉGO. »
Le programme menant à la désignation professionnelle d’Administrateur ou d’Administratrice d’OSBL (APO.d) sera désormais offert sous la bannière de l’Université de Sudbury. Ce nouveau projet s’inscrit dans la relance de l’Université de Sudbury comme établissement postsecondaire de langue française dans le Nord de l’Ontario.
Ce n’est pas la première initiative de l’établissement visant à renforcer son rôle dans le développement économique et social de la communauté francophone du Nord de l’Ontario.
Le 15 mai dernier, l’Université de Sudbury avait créé un Institut économique de l’Ontario français (IEOF), un centre de recherche dédié aux enjeux économiques des francophones, notamment dans le Nord-Est ontarien. L’institut visera à renforcer le capital humain bilingue, à soutenir l’entrepreneuriat et à mieux arrimer la formation universitaire aux besoins du marché.
Il y a quelques jours, l’université obtenait un financement de 10,8 millions de dollars de la part du gouvernement de l’Ontario et annonçait également la gratuité des droits de scolarité pour l’année universitaire 2025-2026.
En rappel, la première rentrée autonome de l’établissement aura lieu le 2 septembre prochain.
Face à une pénurie de médecins de famille qui s’aggrave, diverses municipalités de l’Est ontarien multiplient les initiatives. À Cornwall, à Casselman ou encore à Ottawa, les efforts se heurtent à des obstacles structurels, administratifs et financiers.
Alors qu’on estime à 2 millions le nombre de personnes sans médecin de famille en Ontario, la pression monte dans les municipalités de l’Est ontarien pour trouver des solutions locales. À Cornwall, près de 16 000 des 47 000 habitants n’ont pas accès aux soins primaires. À Casselman, trois des six médecins sont partis à la retraite en 2024. Et partout, le recrutement médical devient un casse-tête.
Après Ottawa, qui a récemment mandaté son administration municipale pour élaborer une stratégie de recrutement et de rétention, c’est au tour de Cornwall de passer à l’action. La Ville a mis sur pied un groupe de travail chargé d’évaluer la situation et de proposer des solutions concrètes.
« Nous avons mené des entrevues avec des professionnels du secteur médical, notamment des médecins, le directeur général adjoint de l’Hôpital de Cornwall ainsi que ceux d’autres établissements de la région de Stormont–Dundas–Glengarry », explique Justin Towndale, le maire de Cornwall.
Selon le maire Justin Towndale, Cornwall compte environ 16 000 personnes qui n’ont pas accès aux soins primaires. Gracieuseté de Justin Towndale
L’objectif du groupe de travail est de dresser un état des lieux et proposer des recommandations concrètes pour le conseil municipal.
« On doit moderniser nos outils d’attraction, parce que les programmes actuels ont été conçus il y a plus de 20 ans », assure le maire.
En effet, Cornwall dispose actuellement de deux programmes d’aide financière destinés aux médecins : Une bourse de 25 000 $ par an pendant 3 ans, pour un engagement minimal dans la communauté. Depuis 2001, 42 médecins en ont bénéficié.
L’autre programme de bourses médicales, 150 000 $ pour un retour de service de 5 ans, a bénéficié à 9 médecins depuis 2009.
Mais ces incitatifs atteignent aujourd’hui leurs limites. L’ensemble des conditions de travail des médecins de famille pose problème, estime Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’est de l’Ontario (RSSFE).
« L’attrait pour la profession de médecin de famille a nettement diminué, et ce n’est pas étonnant. Pendant trop longtemps, ces professionnelles et professionnels ont été négligés par le système de santé », déplore-t-il.
Geneviève Lajoie, a mairesse de Casselman, dénonce « les limites d’un système rigide ». Photo : Stéphane Bédard / ONFR
Casselman : une municipalité pénalisée par un point
À Casselman, la mairesse Geneviève Lajoie se bat contre un autre type d’obstacle : les règles provinciales. Son village de moins de 4000 habitants n’a pas accès aux subventions prévues par le programme NRRRI (Initiative de recrutement et de maintien en poste pour le Nord et les régions rurales), faute d’un point à l’Indice de ruralité de l’Ontario (RIO).
La cote de Casselman est de 39, contre un seuil requis de 40. Un écart minime, mais qui prive la municipalité de plus de 84 000 $ sur quatre ans.
« Notre situation illustre clairement les limites d’un système rigide », dénonce la mairesse. « La municipalité voisine de La Nation, pourtant plus proche d’Ottawa, a un RIO de 43 et profite du financement. Nous demandons au gouvernement une exception ciblée. »
Après diverses discussions avec des représentants du ministère ainsi que de l’Association médicale de l’Ontario (OMA) et des responsables de l’établissement des scores, la mairesse a envoyé une demande officielle au ministère de la Santé. Mais pour l’instant, aucune réponse.
Normand Glaude, directeur général du RSSFE, plaide pour que la réforme de la santé tienne compte de la dimension linguistique.
Une crise structurelle
Et à travers l’ensemble de l’Ontario, la pénurie ne se limite pas aux médecins de famille. Tout le secteur de la santé est sous pression. « Les diplômés en médecine se détournent des modèles de pratique individuelle. Ils recherchent du travail en équipe, un encadrement, du soutien administratif », souligne M. Normand.
Selon lui, plusieurs facteurs aggravent la situation, notamment « la demande pour la santé mentale qui explose et le financement des pratiques médicales qui demeure peu souple et mal arrimé aux besoins des territoires ».
De son côté, le maire de Cornwall pointe du doigt les grilles salariales qui n’ont pas été révisées depuis 2017 et les démarches d’équivalence pour les diplômés internationaux qui sont complexes, malgré des réformes récentes.
Face à ces défis, une lueur d’espoir : le Plan d’action pour les soins primaires. Lancé en janvier 2025, ce plan provincial doté d’investissement de 1,8 milliard de dollars à l’horizon 2029 prévoit la création d’équipes de soins multidisciplinaires, pour alléger la charge des médecins et améliorer l’accès.
L’idée est de mobiliser infirmières, praticiens, intervenants en santé mentale et personnel administratif pour permettre aux médecins de se concentrer sur le cœur de leur métier.
Mais selon Normand Glaude, la mise en œuvre de ce plan doit être améliorée. Pour la première phase lancée en avril et ciblant 300 000 personnes (sur 2 millions au total), la province a investi 235 millions de dollars dans la création et l’élargissement de plus de 130 équipes de soins primaires. « L’appel d’offres du printemps dernier a laissé aux organismes à peine trois semaines pour répondre. Résultat : beaucoup de demandes, peu de temps pour planifier, et un sentiment que le gouvernement agit encore une fois dans la précipitation, sans réelle consultation. »
Pour les communautés francophones, un enjeu spécifique s’ajoute : le jumelage linguistique. « Le système actuel, que ce soit via la plateforme Accès Soins ou les cartes santé, ne garantit pas un accès à un professionnel francophone pour les patients francophones », fait remarquer M. Normand.
Il plaide pour que la réforme en cours tienne compte de cette dimension linguistique. « On investit des millions dans la relance des soins primaires. Si on ignore les besoins spécifiques des francophones, on creuse les inégalités », conclut-il.
FAUQUIER-STRICKLAND – Confrontée à une impasse financière, la petite municipalité de Fauquier-Strickland du Nord de l’Ontario, majoritairement francophone, suspendra l’ensemble de ses opérations municipales et mettra à pied tous ses employés d’ici le 1er août. Une mesure radicale, mais jugée nécessaire par les élus pour éviter un effondrement complet de l’administration locale.
« On est la première petite municipalité à être dans cette situation-là », reconnaît Madeleine Tremblay, mairesse de Fauquier-Strickland. Depuis une dizaine d’années, le canton a accumulé un déficit budgétaire de 2,5 millions de dollars, épuisant ses fonds de réserve.
« Depuis 2011, on repousse l’inévitable », résume-t-elle ajoutant que le conseil municipal avait volontairement évité de hausser les taxes pendant des années pour ne pas pénaliser les citoyens à revenu fixe. Résultat : l’écart entre les dépenses et les recettes s’est creusé.
En 2024, le conseil municipal a choisi de limiter l’augmentation des taxes foncières à 26 %, plutôt que d’imposer une hausse de 300 % qui aurait été politiquement et socialement insoutenable. Ce compromis a été rendu possible grâce à des compressions budgétaires additionnelles et à un prêt bancaire de 2 millions de dollars.
Mais malgré ces efforts, les finances de Fauquier-Strickland demeurent précaires dans cette petite ville d’à peine 467 habitants, qui craint de ne plus pouvoir garantir les services de base à court terme, particulièrement à l’approche de l’hiver.
Madeleine Tremblay est la mairesse de Fauquier-Strickland depuis 2006. Photo : Inès Rebei/ONFR
La municipalité a formulé sa demande officielle d’intervention provinciale début juillet 2025, suite à un vote du conseil le 30 juin, et à l’envoi d’une lettre formelle au ministre Rob Flack le 2 juillet 2025, dans laquelle elle invoque la Loi sur les affaires municipales pour demander une surveillance ministérielle et un soutien d’urgence.
La mairesse Madeleine Tremblay essaie pourtant d’obtenir de l’aide depuis 2021 comme on peut le lire dans sa lettre : « Malgré une communication claire et répétée sur la détérioration de la situation de notre communauté au cours de cette période prolongée, aucune aide concrète n’a été apportée, hormis des propositions de formation financière pour le conseil ».
C’est aussi durant la même rencontre que le conseil municipal a décidé de suspendre toutes les activités de la municipalité et de procéder à la mise à pied des cinq employés municipaux d’ici le 1er août, lesquels ne perçoivent plus de salaire depuis deux mois.
La collecte des déchets et l’entretien des routes, entre autres services essentiels, pourraient devoir être confiés à des contractuels si aucune aide n’est accordée.
Réponse floue du gouvernement
Interrogé sur la situation, le ministère des Affaires municipales et du Logement n’a offert qu’une réponse évasive. Une porte-parole a indiqué à ONFR, par courriel, que la ministre de l’Infrastructure, Kinga Surma, a rencontré récemment plusieurs municipalités du Nord-Est, incluant Fauquier-Strickland, afin de discuter des priorités locales.
Le gouvernement affirme également « explorer les meilleures façons d’appuyer le canton », notamment en s’appuyant sur un investissement de 315 000 $ versé au cours des trois dernières années par l’entremise du Fonds ontarien pour l’infrastructure communautaire.
Plus tard mercredi après-midi, une porte-parole du ministère des Affaires municipales et du Logement a fait parvenir une déclaration révisée, indiquant que « le ministère est activement engagé auprès du canton de Fauquier-Strickland concernant les défis locaux ».
Pourtant mercredi en fin d’après-midi la mairesse soutient qu’elle n’a pas reçu de communication depuis l’envoi de la lettre : « Je n’ai rien reçu, je sauterais si j’avais une nouvelle du ministre. Ils attendent qu’on collapse, puis qu’eux autres vont venir à notre intervention et je n’ai pas peur de le dire. »
En toile de fond, un rapport provincial portant sur les pratiques financières du canton, mené entre 2022 et 2023, avait été remis au conseil municipal en février dernier. Aucune recommandation majeure n’avait alors été rendue publique.
La municipalité affirme avoir suivi les recommandations du rapport transmis en février 2024, bien que certaines mesures soient toujours en cours de mise en œuvre. « Ils demandent ce qu’ils peuvent faire pour les gens du Nord, mais quand on répond qu’on ne veut pas un chèque direct mais une vraie solution, il n’y a pas de suite. »
D’autres villes menacées
Pour la mairesse de Fauquier-Strickland, la situation actuelle est le fruit d’une accumulation de difficultés structurelles, budgétaires et démographiques. Selon elle, les municipalités rurales comme la sienne sont prises dans une spirale descendante : peu de revenus autonomes, des coûts en hausse constante, une population vieillissante et des infrastructures à entretenir.
« Si on continue dans cette situation-là sans plus d’aide, il y a plein d’autres municipalités comme nous qui vont suivre »
— Madeleine Tremblay
Par exemple, les dépenses imprévues liées à la remise aux normes du système de filtration d’eau, à la moisissure dans le centre communautaire et à la construction d’un centre de santé, nécessaire pour ne pas perdre les services de santé dans la localité, ont aggravé la situation. « Ce sont des choix qu’on a faits pour préserver ce qui nous restait comme services de base », défend-elle.
Des coupes ont été faites partout, dit-elle : salaires réduits, terrains mis en vente, entretien limité. Mais ces efforts n’ont pas permis d’éviter la crise actuelle. « On n’a plus rien à couper », soutient la mairesse.
Selon la mairesse, d’autres petites municipalités du Nord pourraient connaître un sort similaire si rien ne change. Elle dit s’inquiéter pour l’ensemble des localités situées le long de la route 11 : « Si on continue dans cette situation-là sans plus d’aide, il y a plein d’autres municipalités comme nous qui vont suivre . »
À ce jour, aucune municipalité ontarienne, et encore moins du Nord, n’a officiellement fait faillite mais si Fauquier‑Strickland s’enfonce dans l’insolvabilité, le canton serait le premier cas moderne dans la province.
TORONTO – La nouvelle année universitaire, qui débutera cet automne, verra la fin du plafond des permis d’études imposé par Ottawa très tôt l’année dernière. En parallèle, le projet pilote visant à attirer et à retenir des étudiants internationaux dans les communautés francophones en situation minoritaire, va revoir son plafond d’ici un mois. Néanmoins, de récentes données quant aux demandes d’admission vers les universités franco-ontariennes révèlent une faille dans le recrutement de futurs étudiants.
« On n’a plus la réputation qu’on avait », lance Linda Cardinal, ancienne vice-rectrice adjointe à la recherche de l’Université de l’Ontario français. C’est la première fois qu’elle voit ces courbes descendantes.
D’après les chiffres compilés par le Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC), au printemps, l’Université de l’Ontario français (UOF) a reçu 301 demandes d’étudiants ne provenant pas des écoles secondaires, contre 683 l’an dernier. À l’Université de Hearst, c’est 28 contre à 69 et à l’Université d’Ottawa, environ 21 000 contre 28 000.
Comparativement aux années précédentes, comme en 2022 qui s’était achevée en comptant plus de 800 000 personnes avec un permis d’études en main, le gouvernement indique que la nouvelle cible pour l’année universitaire 2025-2026 sera de 437 000 permis.
À l’Université de Hearst, où 80 % des étudiants viennent de l’extérieur du Canada, la rectrice, Aurélie Lacassagne, explique que les demandes d’admission se font directement sur leur site et non à travers le système du OUAC.
Même si elle affirme que l’heure n’est pas encore venue de proclamer les chiffres, « on appréhende une chute », mesure-t-elle.
L’ancienne vice-rectrice adjointe à la recherche, Linda Cardinal, martèle que les plafonds de permis d’études mettent en péril les petites universités francophones. Gracieuseté de Linda Cardinal
En regard de l’effort fédéral pour l’immigration francophone, le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire (PPECFSM) est entré en vigueur il y a tout juste un an. Seulement, les acteurs du postsecondaire franco-ontariens n’ont pas tardé à sonner l’alarme sur les limites du projet.
Un projet pilote insuffisant
Ce projet assure exactement 2300 permis d’études, distribués entre les établissements postsecondaires hors-Québec, soit environ une vingtaine d’institutions. La vice-rectrice aux études et à la recherche de l’UOF, Isabelle Dostaler, précise que « le nombre de demandes d’admission que nous avons reçu est en fait moindre que le nombre de places qu’on nous a assignées dans le cadre du programme. »
Quant à Hearst, la rectrice estime que le programme fait une grosse différence avec ses petits chiffres.
Du côté de la capitale, la rectrice et vice-chancelière de l’Université d’Ottawa, Marie-Eve Sylvestre, affirme que « limiter le nombre de permis d’études qui sont octroyés aux étudiants internationaux dans les universités affecte tout le secteur. »
Cette dernière insiste notamment sur les défis budgétaires, qui demeurent la bête noire de nombre d’établissements. « Le contexte budgétaire est très difficile présentement pour les universités. Ça, c’est clair », souligne-t-elle.
Lena Metlege Diab a pris le relais suite à Marc Miller comme ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. Photo : THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld
Le récent remaniement du gouvernement de Mark Carney, à l’issue duquel Lena Diab est ressortie comme nouvelle ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) au mois de mai, renforce l’incertitude qui ternit les prochaines étapes.
Le ministère de l’IRCC a répondu à ONFR : « Le programme vise à favoriser la transition vers la résidence permanente pour les étudiants étrangers francophones confrontés à des taux de refus de permis d’études historiquement élevés », précisant que tout nouveau développement sera communiqué publiquement.
Le ministère a prévu de déterminer le mois prochain un nouveau plafond pour la deuxième année du programme.
Le directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), François Hastir, souligne que l’attraction d’étudiants internationaux francophones demeure primordiale dans la préexistence des communautés francophones en Ontario. « Ça contribue à avoir une main-d’œuvre francophone qui va être qualifiée. Si on part sur l’Université de Hearst, c’est une région qui accueille des cours d’étudiants francophones en proportion, et ça contribue évidemment à leur vitalité. »
Un processus de demande semé d’embûches
« C’est plus compliqué de transformer une demande d’admission en une personne » réellement dans les classes de cours, dit Aurélie Lacassagne.
Selon elle, le problème émane dès le départ dans le pays d’origine : « Il y a un problème de services consulaires et combien d’employés parlent effectivement français. Même à Dakar ce n’est pas évident, donc il y a beaucoup de Lost in Translation et les employés consulaires anglophones n’ont peut-être pas la même sensibilité », explique-t-elle.
Isabelle Dostaler de l’UOF note que ces problématiques s’ajoutent aux délais de traitement des demandes via IRCC et la forte proportion de refus « pour des raisons souvent discutables », tranche-t-elle.
L’Équipe des étudiants mentors de l’Université de Hearst pour l’année 2024-2025. Photo : Gracieuseté : Aurélie Lacassagne
L’Université de Hearst s’est retroussé les manches afin d’accompagner le plus possible les étudiants tout au long du processus. « Il faut que les universités mettent en place des ressources pour s’assurer que les étudiants ne sont pas perdus dans les dédales bureaucratiques et que les administrations les accompagnent dès le départ », avance Aurélie Lacassagne.
Un jeu de pile ou face
Dans le postsecondaire francophone, on se sent pris de court. « On doit être créatif. On doit tenter de générer de nouveaux revenus en maintenant notre mission fondamentale d’enseignement et de recherche ici à l’université, y compris de desservir la communauté franco-ontarienne », reconnait Marie-Eve Sylvestre.
Par ailleurs, la plainte qui avait été déposée auprès du Commissariat aux langues officielles après que l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) ait estimé que le plafond d’étudiants étrangers enfreint délibérément la Loi sur les langues officielles « suit son cours et les parties seront informées en temps et lieu », nous rapporte la communication du commissaire.
Dans un point de vue global, la posture du Canada comme l’eldorado des étudiants n’a jamais semblé autant remise en question. « Ça envoie un message aux autres pays de la francophonie, qui est peut-être reçu comme : ‘Bon, ben on n’est peut-être pas les bienvenus au Canada’ », craint François Hastir.
« Je crois que la politique mal avisée du gouvernement fédéral d’imposer un cap nuit considérablement à la réputation du Canada », conclut Mme Dostaler.
Pour le moment, les universités s’en tiennent à des calculs internes mais, d’ici septembre, elles pourraient encore une fois être amenées à déplorer le soi-disant bénéfice du programme.
« Quand on pense à l’immigration francophone hors Québec, c’est notre meilleure chance », réaffirme la rectrice de l’Université de Hearst.
NORTH BAY – Le conseil municipal de North Bay a voté à l’unanimité pour faire flotter le drapeau franco-ontarien de manière permanente devant l’hôtel de ville, en amont de son 50e anniversaire.
Le vote a eu lieu durant la rencontre régulière du conseil municipal, mardi soir, et a été suivi d’une salve d’applaudissements.
Ce sont les conseillères Lana Mitchell et Sara Inch qui ont avancé la motion pour le vote, laquelle évoque le fait que l’un des créateurs du drapeau, Michel Dupuis, était un résident de la ville de North Bay.
La Ville souhaite ainsi souligner la présence francophone dans la région, dont 11 % des habitants ont le français comme première langue officielle.
Il s’agit d’une demande de longue date des Compagnons des francs loisirs de North Bay, qui ont exprimé leur volonté de contribuer financièrement aux coûts de l’installation.
« Par conséquent, il est résolu que le Conseil municipal mandate le personnel pour qu’il travaille en coordination avec Les Compagnons des francs loisirs, le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario, le Conseil scolaire catholique Franco-Nord ainsi qu’avec d’autres acteurs francophones locaux, afin de soutenir l’installation du drapeau franco-ontarien à la place Leger, devant l’hôtel de ville », pouvait-on entendre mardi soir.
On pouvait entendre crier « Merci » plusieurs fois dans la salle après le vote mardi soir. Capture d’écran internet/Facebook
Sans discussion, la motion a été rapidement adoptée par l’ensemble des dix conseillers de cette ville qui célèbre cette année son 100e anniversaire.
« J’ai un peu du mal à y croire, mais on a travaillé pour, puis ça a payé », confie Arnaud Claude, directeur général des Compagnons des francs loisirs à ONFR.
Celui-ci avait fait une présentation devant le conseil le 17 juin dernier pour faire la demande pour ce nouveau mât à l’hôtel de ville : « On était optimistes car on avait fait absolument tout ce qui était en notre pouvoir pour faire entendre notre cause. »
« Un remerciement tout particulier à Arnaud et Anne qui ont porté ce dossier. Il me semble que ça remonte à six mois, voire un an, et maintenant je sais que vous allez enfin pouvoir dormir un peu », s’est exprimé le maire Peter Chirico après le vote.
Plus d’engouement pour la francophonie
Selon Arnaud Claude, les événements communautaires francophones à North Bay et dans la grande région de Nipissing gagnent en popularité : « On a connu de très belles réussites. On essaie de proposer des activités variées, qui rejoignent différents publics, différentes communautés, pour renforcer le sentiment d’appartenance chez l’ensemble des francophones de la région. »
Un autre enjeu important pour les Compagnons est la visibilité de la culture et de la communauté francophones auprès de la population anglophone. « On constate avec satisfaction que nos événements suscitent l’intérêt des communautés anglophones. Les gens participent, posent des questions, sont curieux… et finissent par en apprendre davantage sur notre culture », souligne M. Claude.
Interrogé sur le coût estimé pour l’achat d’un mât et l’installation du drapeau, Arnaud Claude se montre prudent. « Je ne voudrais pas avancer un chiffre sans les données complètes. Dire que ça coûtera 15 000 $ manquerait de contexte et de précision », explique-t-il, soulignant que les estimations sont toujours en cours.
Un mât sera installé juste à temps pour souligner le 50e anniversaire du drapeau le 25 septembre prochain, Jour des Franco-Ontariens.
TORONTO – Zaahirah Atchia, directrice des stations de Radio-Canada à Toronto, Windsor, London et Sudbury depuis novembre 2021, quitte ses fonctions, selon une note interne qu’ONFR a pu se procurer. On apprend aussi qu’Yvan Cloutier lui succède, tout en continuant d’assumer son rôle de directeur régional à la station d’Ottawa-Gatineau. Selon certaines sources, l’ambiance générale serait particulièrement tendue dans certaines stations du radiodiffuseur public.
L’annonce aurait été faite lundi matin lors d’une réunion virtuelle aux employés des salles de la région, provoquant une certaine surprise, selon plusieurs sources à Radio-Canada.
« La façon dont l’annonce a été faite est inacceptable. En n’allant pas droit au but, il y a eu confusion et nous ne comprenions pas si Zaahirah était remerciée ou non. Qu’elle soit dans la pièce au moment de l’annonce qui s’est faite à distance par le grand patron à Montréal était aussi malaisant », confie un employé de Radio-Canada.
Jean François Rioux, directeur général des médias régionaux, explique ainsi sa décision dans une note interne aux employés : « Dans un souci constant d’adapter notre offre aux besoins de nos auditoires et de renforcer notre proximité avec tous les francophones du pays, j’ai décidé de poursuivre la révision de la structure de gestion entamée il y a plusieurs mois déjà. Cette démarche vise à allier alignement stratégique et gestion de proximité ».
Un processus qui, selon lui, avait été entamé au Québec en novembre dernier avec le regroupement de la Côte-Nord avec les régions du Nord-du-Québec, ainsi que celui du Bas St-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine avec la grande région de Québec, et qui s’est poursuivi en mars 2025 avec l’ajout de la Mauricie-Centre-du-Québec à la direction de l’Estrie.
« On se disait, nous, l’Ontario, on n’est pas encore là mais peut-être, qui sait. Mais là, ils nous font ça abruptement. Pourquoi l’avoir fait comme ça? Quelle maladresse! On nous parle d’une continuité, mais ils auraient pu donner un mois de préavis à Zaahirah », soutient cette autre source.
Des craintes pour la gestion des stations
La décision de confier les rênes des régions de l’Ontario et celles de la salle d’Ottawa-Gatineau à la même personne s’inscrit dans la lignée de cette réorganisation, peut-on aussi lire dans la note.
« Fort de ses quinze années d’expérience de gestion, dont dix en tant que directeur régional, Yvan a pour mandat de consolider la gestion de proximité au sein de ces stations. Des postes de gestion pourraient être créés pour soutenir cet objectif et assurer le meilleur accompagnement possible à nos équipes », écrit M. Rioux.
« J’accepte cette nouvelle responsabilité avec beaucoup d’humilité, car je sais que les attentes des francophones de l’Ontario à l’égard du diffuseur public sont importantes. Je sais que, chaque jour, les équipes de Radio-Canada en Ontario travaillent ardemment à remplir leur mission et c’est pour moi un grand honneur de pouvoir les accompagner », tient à mentionner Yvan Cloutier.
« Le fait que toute la direction ontarienne de Radio-Canada soit désormais pilotée depuis Ottawa-Gatineau comporte un risque tangible de dilution des enjeux locaux et régionaux »
— Fabien Hébert
Néanmoins, ce double mandat suscite une certaine inquiétude, selon nos sources qui évoquent des craintes devant cette double responsabilité vue par certains « comme une forme de tutelle ».
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) dit saluer l’expérience de M. Cloutier, mais avoir « des inquiétudes quant aux impacts potentiels de cette décision sur la couverture médiatique des réalités franco-ontariennes », dans une déclaration écrite à ONFR.
« Le fait que toute la direction ontarienne de Radio-Canada soit désormais pilotée depuis Ottawa-Gatineau comporte un risque tangible de dilution des enjeux locaux et régionaux, particulièrement dans des régions comme le Centre, le Sud-Ouest ou le Nord de la province », croit également, le président de l’AFO, Fabien Hébert.
Zaahirah Atchia, à gauche, et Yvan Cloutier, à droite. Gracieuseté de Radio-Canada
La direction se veut toutefois rassurante, comme on peut le lire, encore une fois, dans la communication aux employés : « Nous tenons à vous assurer que cette évolution de la structure n’affecte en rien les mandats des stations, ni leur indépendance. Les stations conservent leur autonomie et continueront de produire des contenus pertinents et ancrés dans leurs communautés. »
En juin, M. Cloutier annonçait une formule renouvelée pour le Téléjournal Ottawa-Gatineau, lequel consacre, depuis septembre, les trente dernières minutes du bulletin à des sujets d’intérêt régionaux, nationaux et internationaux.
Des relations compliquées
Mme Atchia a été rencontrée lundi matin et aurait accepté la décision, fait savoir M. Rioux dans cette communication interne. « Je l’ai rencontrée ce matin, et l’ai remerciée pour sa contribution à Radio-canada. Zaahirah a tenu à souligner qu’elle comprenait et appuyait parfaitement la vision présentée. »
Celle qui était également gestionnaire de la salle des nouvelles de Windsor a notamment contribué à la création du bureau économique de Toronto et à l’implantation d’un bureau journalistique à London.
Sa nomination, en 2021, avait fait grincer des dents alors que plusieurs journalistes disaient s’interroger sur la crédibilité, les compétences et l’expérience de l’ex-directrice de la radio communautaire CHOQ-FM.
Celle-ci avait notamment démissionné, en 2019, du conseil d’administration de La Passerelle-IDÉ, lequel avait été éclaboussé par un quadruple scandale de gestion de fonds publics.
« Les noirs on les veut dans l’Ouest, dans des rôles secondaires, pas en avant-plan »
— Source anonyme
Une source avec une certaine expérience a bien accueilli la nouvelle : « Sur le fond, le changement était nécessaire. Les équipes sont démotivées, la gestion ne comprend pas notre réalité et il était impossible de faire comprendre nos points sans que Zaahirah se mette sur ses gardes. Nous marchions toujours sur des œufs et avions peur d’avoir des discussions difficiles. »
« Il y a un climat toxique dans toutes les salles de nouvelles qui relevaient de la gestion de Zaahirah », confie une autre source, qui juge que l’ex-gestionnaire faisait du favoritisme.
ONFR a tenté de rejoindre Mme Atchia pour une réaction, mais n’a pas reçu de réponse favorable.
Différence de traitement?
D’autres employés n’ont pas la même vision des choses. Un de nos contacts va même jusqu’à dire : « Zaahirah était la seule gestionnaire noire du réseau et voilà qu’on la congédie pour mettre d’autres caucasiens! À l’image de la philosophie de Radio-Canada : les noirs on les veut dans l’Ouest, dans des rôles secondaires, pas en avant-plan ».
« Elle avait clairement à cœur l’avancement des personnes noires, comparativement aux gestionnaires de la vieille garde », révèle aussi une autre source, qui dit constater un manque de diversité dans la station de Toronto, contrairement à celle des autres régions.
Même son de cloche chez cet autre employé : « Il n’y a pas le même traitement pour les gens de couleur, surtout pour les personnes noires, par rapport à celles dont la peau est blanche. »
La couleur de peau a-t-elle influé la manière dont Mme Atchia a été traitée, comme le clament plusieurs employés?
« Absolument pas », répond par courriel Marie-Claude Gélinas, cheffe, Expériences citoyennes et partenariats pour Radio-Canada en Ontario et responsable des relations avec les médias.
« La décision prise s’inscrit dans une réorganisation de la structure de gestion de nos stations régionales amorcée en novembre 2024. L’engagement envers la diversité, l’inclusion et la représentation des minorités demeure une priorité à Radio-Canada », déclare-t-elle.
Climat de travail et enquête sur la toxicité
Un peu plus tôt, en novembre dernier, c’était le premier chef des contenus pour le Nord de l’Ontario, Éric Bachand, qui perdait son emploi. Fin avril, c’était Andréanne Germain, réalisatrice à l’émission Jonction 11-17, qui lui succédait à ce poste.
« Nous sentions le besoin de renouveler le leadership au sein de la station afin de poursuivre la transformation et le virage numérique en cours », précisait alors Marie-Claude Gélinas.
On apprenait aussi qu’une enquête par une firme externe avait été lancée concernant le climat dans la salle de Sudbury.
« En ce qui concerne le climat de travail, Radio-Canada prend toujours très au sérieux toute situation pouvant contrevenir à nos politiques internes et affecter le climat de travail. Nous avons décidé de procéder à une évaluation de l’environnement de travail de la station de Sudbury avec l’aide d’une ressource externe, afin de mettre sur pied un plan d’actions pour enrayer toute situation problématique, selon les recommandations obtenues », continue Mme Gélinas.
Selon plusieurs sources, la toxicité est encore bien présente, même dans une autre station. « C’est depuis bien avant Zaahirah que le climat n’est pas bon à Toronto. Il y a des gens qui contribuent au climat toxique de Toronto qui sont encore en poste parce que personne ne leur fait rien », nous explique une autre personne.
Concernant l’état de l’enquête à Sudbury et d’autres à potentiellement mener pour les autres salles, Mme Gélinas répond : « L’étude a été complétée et des actions ont déjà été entreprises. Toute étude de climat est faite lorsque jugée appropriée ».
Tyr Duhaney-Walker est l’un des visages prometteurs de l’Atlético Ottawa. Défenseur central franco-ontarien, il s’impose peu à peu dans le onze de départ grâce à sa qualité technique, à sa lecture du jeu et à sa force mentale. À seulement 21 ans, il incarne la nouvelle génération ambitieuse du club de la capitale.
LE CONTEXTE
Ce mardi, l’Atlético Ottawa se déplace sur la pelouse de York United pour le match retour du quart de finale du Championnat canadien. Après une victoire 2-1 à l’aller, les rouges et blancs ont un léger avantage à défendre.
Pour Duhaney-Walker, ce rendez-vous intervient dans une période positive : nommé dans l’équipe de la semaine en Première Ligue canadienne, il regagne la confiance des entraîneurs et enchaîne les minutes, après un début de saison perturbé par un carton rouge et une concurrence féroce.
L’ENJEU
Dans cet entretien accordé à ONFR, le jeune défenseur revient sur ses premières semaines mouvementées, l’exigence quotidienne sous les ordres de Diego Mejia, la richesse de l’effectif et l’identité offensive du groupe. Confiant et déterminé, Tyr Duhaney-Walker affirme l’ambition collective de l’Atlético : jouer chaque compétition à fond, viser les sommets en Première ligue canadienne (PLC) et se projeter vers la scène continentale avec la Ligue des champions de la CONCACAF en ligne de mire.
« Parlez-nous un peu de votre début de saison. Comment l’analysez-vous aujourd’hui?
Le début de saison a été un peu compliqué pour moi. J’ai commencé titulaire lors du premier match, mais j’ai rapidement écopé d’un carton rouge. Cela m’a écarté de l’équipe pendant un moment.
Ça a été un vrai défi mental, une période où j’ai dû travailler sur moi-même pour m’améliorer. Mais dans un groupe aussi compétitif que le nôtre, ce genre d’obstacle est aussi une opportunité. Chaque jour, l’intensité est élevée, personne n’a sa place garantie. Il fallait que je redouble d’efforts, et aujourd’hui, je commence à en voir les fruits.
Vous évoquez justement cette compétition interne, notamment avec Sergei Kozlovskiy qui s’est imposé très vite à tout juste 17 ans. Comment vivez-vous cette émulation entre jeunes défenseurs?
C’est extrêmement stimulant. Sergei est un excellent joueur, tout comme Loïc Cloutier et Noah Abatneh. Malgré la perte de Amir Didic, qui nous apportait beaucoup d’expérience et de leadership, on reste solide grâce à cette jeune garde.
Didic était un joueur précieux, autant sur le terrain qu’en dehors. Mais la qualité de notre groupe nous permet de compenser. On peut vraiment compter les uns sur les autres, et c’est une grande force.
Tyr Duhaney-Walker revient en force dans la défense centrale ottavienne, il pourrait enchaîner une deuxième titularisation de suite face à York ce mardi. Photo : Sarah Parker
Comment Diego Mejia vous garde-t-il impliqué dans le groupe, surtout après avoir perdu votre place en début de saison?
Le coach sait créer un environnement de confiance. Il accepte que l’on fasse des erreurs, ce qui est essentiel pour progresser. Son approche offensive expose parfois notre défense, mais il assume ce choix et nous donne les outils pour mieux gérer ces situations.
Il nous responsabilise, tout en nous soutenant. Que l’on soit titulaire ou non, tout le monde se sent concerné. Et dans le vestiaire, au-delà des qualités techniques, c’est la qualité humaine qui prime. On forme une vraie famille.
Votre style de jeu, porté sur la relance et la prise de risque, semble parfaitement s’inscrire dans ce projet.
Oui, c’est un système qui me correspond bien. Il me permet d’exprimer mes qualités techniques, de tenter des relances longues ou des prises d’initiative balle au pied. Cette saison, j’apprends à jouer différemment, à m’adapter.
C’est une belle occasion de grandir, surtout avec un staff qui croit en moi. Défendre, c’est mon rôle, mais j’ai aussi du plaisir à construire le jeu.
Trois jeux blancs consécutifs et une attaque en feu : on a l’impression que l’équipe monte en puissance. Où voyez-vous encore des marges de progression?
Offensivement, je pense qu’on est les meilleurs, c’est clair. On l’a prouvé avec nos 30 buts inscrits en championnat. Mais je suis surtout fier des progrès défensifs récents. On commence à gagner en stabilité.
On est une ligne défensive jeune, mais on a envie de prouver qu’on peut rivaliser avec les meilleures équipes de la Ligue, et même au-delà. On a du talent, et on veut le montrer.
Ottawa et York se sont affrontées le 22 juin à Toronto, sous une chaleur accablante, avec un score final logique de 0-0. Photo : Denys Rudenko/ York United
Un mot pour conclure sur ce match retour contre York. Quelle est son importance pour vous?
Elle est énorme. Le coach nous l’a dit dès le début : on joue chaque compétition pour la gagner. Que ce soit la Ligue, les séries ou le Championnat canadien, on veut tout jouer à fond. Et au bout de tout ça, il y a aussi la Ligue des Champions de la CONCACAF.
Ce match contre York est une étape de plus vers ces objectifs. On sait ce qu’on veut, et on va tout faire pour y parvenir. »
Ottawa – C’est sous les exclamations fébriles et sous la pluie battante que le premier coup de pelle a été donné pour la démolition de l’ancien centre communautaire du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). L’organisme avait invité la population à assister à ce moment symbolique, précédé de la descente du drapeau franco-ontarien au 6600 rue Carrière.
Quelques dizaines de personnes se sont déplacées lundi matin pour voir l’enseigne de leur centre culturel tomber au sol. Regroupées sous les tentes et les parapluies, elles ont d’abord assisté à quelques discours.
« Avant de regarder vers l’avenir, on va prendre un instant pour rendre hommage à ce lieu », a déclaré la directrice générale du MIFO, Mélanie Routhier Boudreau.
« Aujourd’hui, nous commençons une nouvelle époque pour le MIFO, pour la communauté francophone, et pour notre communauté de la ville d’Ottawa », a renchéri la conseillère municipale d’Orléans-Ouest-Innes, Laura Dudas.
Une dernière photo de famille devant l’ancien bâtiment du MIFO. Photo : Rachel Crustin/ONFR
Élu en juin, le nouveau président du conseil d’administration, Carol Jolin, s’est montré poétique. « Nous sommes réunis pour un événement communautaire qui n’est pas banal, a-t-il exprimé. Loin d’être un adieu triste, c’est un au revoir tourné vers l’avenir. Parce que ce que nous démolissons, ce ne sont pas nos racines. Ce sont les murs trop petits pour nos rêves. »
Si quelques mouchoirs ont été nécessaires pour essuyer la nostalgie, c’est surtout avec fébrilité que les gens impliqués de près ou de loin dans l’histoire du MIFO ont regardé ces murs tomber.
L’ancien bâtiment du MIFO, juste avant sa démolition. Il aura servi la francophonie d’Orléans pendant 40 ans. Photo : Rachel Crustin/ONFR
Certains se sont rappelé avoir assisté à la première pelletée de terre, il y a 40 ans. C’est le cas de Florian Couture, ex-professeur d’économie à l’École secondaire catholique Garneau, qui s’est confié à ONFR. À l’époque, il avait mené le projet du MIFO avec un groupe d’élèves. L’idée était venue d’un rapport qui démontrait qu’Orléans accueillait de plus en plus d’habitants, au détriment du poids démographique des francophones. Il a lancé le défi à ses élèves de trouver « comment on garde notre place et comment on continue de jouer un rôle actif dans la communauté. »
Il explique que le mot mouvement, dans le Mouvement d’implication francophone d’Orléans, n’a pas été choisi au hasard. « Les gens s’impliquent, font quelque chose. Dans la francophonie, si tu veux avoir ta place, il faut que tu crées. »
Un nouveau bâtiment et un monument actualisé
Dans son discours, Carol Jolin a rappelé que le nouveau bâtiment du MIFO sera quatre fois plus grand que son prédécesseur. « Inclusif, accessible, carboneutre, intergénérationnel » sont les mots-clés qui décrivent les ambitions de l’organisme.
L’édifice comptera notamment une salle de spectacle de 300 places, un gymnase avec une piste de course en mezzanine, des salles polyvalentes, des studios de musique et une galerie d’art.
« Ce nouvel édifice ne sera pas qu’un toit ou quatre murs. Il sera un carrefour vivant de rencontres » a visualisé Carol Jolin en souhaitant que toutes les générations s’y reconnaissent, s’y côtoient et s’y entraident.
Des volontaires attrapent le drapeau franco-ontarien du monument de la francophonie du MIFO. Photo : Rachel Crustin/ONFR
La démolition a été précédée de la descente du drapeau franco-ontarien, hissé au mât du monument de la francophonie du MIFO. Ce dernier sera démantelé, mais pas détruit. Dans le futur, il trônera devant l’entrée du MIFO, dans une version modernisée. Entre-temps, le monument passe au virtuel et peut être admiré sur le site web de l’organisme.
SUDBURY – L’Université de Sudbury annonce la confirmation d’un investissement historique de 10.8 millions de dollars sur trois ans du gouvernement de l’Ontario et la gratuité des droits de scolarité pour les étudiantes et étudiants de 2025-2026.
« Aujourd’hui, nous célébrons la concrétisation d’un rêve qui date de plus d’un siècle en annonçant la relance de nos programmes d’études et la gratuité des droits de scolarité pour 2025-2026 », a déclaré Jean-Marc Spencer, président du Conseil de gouvernance de l’Université de Sudbury.
Selon le ministre des Collèges, des Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, Nolan Quinn, cet investissement permettra de former une main-d’œuvre bilingue mieux adaptée aux réalités du marché du travail.
« Les communautés francophones de notre province jouent un rôle essentiel dans le renforcement de notre main-d’œuvre hautement qualifiée. Grâce à cet investissement, notre gouvernement forme une main-d’œuvre bilingue solide pour rendre le Nord de l’Ontario plus fort, plus concurrentiel et plus autonome », a-t-il déclaré dans le communiqué paru ce lundi, en début d’après-midi.
De son côté, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, y voit un signal fort envoyé à la francophonie ontarienne. Elle affirme que ce projet contribue à renforcer le rôle des francophones comme « moteur social, culturel et économique » dans la province, en particulier dans les régions rurales et nordiques.
18 millions de ses propres fonds
L’Université de Sudbury, qui œuvre à sa transformation en institution francophone depuis plusieurs années, qualifie l’annonce de moment charnière. « Cette annonce concrétise un rêve centenaire », a affirmé le recteur Serge Miville, saluant la mobilisation de la communauté pour faire renaître l’établissement sous une nouvelle forme et remerciant ce financement du gouvernement.
L’Université de Sudbury a investi 18 millions de dollars de ses propres fonds, un record institutionnel en Ontario français. selon l’établissement. « Notre investissement de 18 millions de dollars représente la plus importante mise de fonds institutionnelle jamais réalisée par un établissement francophone en Ontario », souligne M. Miville.
La rectrice et vice-chancelière de l’Université d’Ottawa, Marie-Ève Sylvestre, souligne quant à elle que ce partenariat permettra d’élargir l’offre universitaire francophone dans le nord-est de l’Ontario, tout en répondant aux besoins locaux en matière de formation et d’emploi.
« Cette journée marque une nouvelle étape déterminante dans l’histoire de la francophonie ontarienne. Grâce à ce partenariat novateur avec l’Université de Sudbury, dont je suis particulièrement fière, les communautés francophones du nord-est de l’Ontario auront désormais accès à un plus grand nombre de programmes universitaires en français de qualité, qui répondent aux besoins du marché du travail de cette région de la province », a fait également savoir Mme Sylvestre.
« Cette décision est bien plus qu’un geste financier. C’est une reconnaissance fondamentale du droit des francophones à recevoir une éducation postsecondaire en français, dans une institution qui leur appartient et qui les représente », a indiqué, quant à lui, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario (AFO).
Le contexte d’un virage francophone
Cette nouvelle intervient alors que l’Ontario avait d’abord refusé un premier financement en juin 2023, suscitant une vague de réactions dans toute la province.
Plus tard, en mars 2024, l’Université de Sudbury annonçait un partenariat avec l’Université d’Ottawa lui permettant d’offrir 23 programmes dès la rentrée de septembre prochain. Ce financement intervient donc dans le cadre de cette entente.
En mars dernier, le gouvernement fédéral octroyait une première tranche de financement de 1 809 310 $ sur trois ans à l’établissement.
Dès septembre 2025, l’Université de Sudbury accueillera de nouveau des étudiantes et étudiants dans des programmes en sciences de la santé, gestion et commerce, sciences sociales et arts, tous offerts en français. Il s’agit de la première rentrée de l’établissement depuis la crise à la Laurentienne à laquelle l’Université de Sudbury était fédérée jusqu’en 2021.
Récemment, le gouvernement avait aussi fait d’importantes annonces pour la francophonie notamment en culture, dont un investissement de15,75 millions de dollars au nouvel édifice du MIFO d’Ottawa, et en santé, avec la création d’un Centre de planification des services de santé en français pour tout l’Ontario.
CALGARY – L’Ontario et l’Alberta signent une entente pour développer un corridor Est-Ouest : construction d’infrastructures, via pipelines et voies ferrées, afin de transporter et d’échanger les minéraux critiques de l’Ontario, ainsi que le pétrole et le gaz de l’Ouest canadien.
À Calgary, le premier ministre ontarien, Doug Ford, et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont annoncé la décision commune de développer un corridor énergétique et commercial est-ouest.
L’objectif en toile de fond : trouver des solutions aux tarifs américains par la diversification des partenariats commerciaux, en l’occurrence par le transport des minéraux critiques de l’Ontario et celui du pétrole et du gaz de l’Ouest du pays.
« Il est temps de mettre fin aux excuses, il est temps de construire maintenant (…) c’est ainsi que nous bâtissons le Canada », a lancé Doug Ford.
« Fabriqués avec de l’acier ontarien, de nouveaux pipelines relieront les ressources de l’Ouest aux raffineries du sud de l’Ontario et renforceront les débouchés, notamment grâce à un nouveau port en eau profonde à la Baie James, dans le Nord de l’Ontario », détaille le communiqué de presse.
« De nouvelles lignes ferroviaires, également construites avec de l’acier ontarien, relieront la région du Cercle de feu, les projets miniers critiques et les installations de transformation aux ports de l’Ouest, permettant à l’Ontario de créer une chaîne d’approvisionnement complète pour les minéraux critiques. »
« Nous pouvons devenir le pays le plus riche du monde si nous travaillons tous ensemble, incluant les nations autochtones. »
— Doug Ford
Une étude de faisabilité conjointe sera lancée. Le communiqué de presse promet des projets qui « respecteront pleinement la consultation des communautés autochtones ».
Notamment interrogée sur la mauvaise presse des pipelines, durant la période des questions, Danielle Smith a ajouté que ces infrastructures, dont de nouvelles routes, pourraient permettre d’échanger d’autres biens et produits, de la nourriture par exemple, plutôt que de compter sur les États-Unis.
« Nous pouvons devenir le pays le plus riche du monde si nous travaillons tous ensemble, incluant les nations autochtones », s’est enthousiasmé Doug Ford.
Dans le cadre de ces ententes, l’Ontario et l’Alberta militeront ensemble auprès du gouvernement fédéral pour un cadre réglementaire stimulant les investissements privés dans les nouvelles infrastructures énergétiques et commerciales.
La coopération entre les deux provinces inclura le développement de l’énergie nucléaire, notamment par le partage de technologies et d’expertise pour les petits et grands réacteurs.
L’Alberta donnera également la priorité aux véhicules fabriqués au Canada pour le parc de véhicules de son gouvernement, tandis que l’Ontario augmentera la présence de bière, vin, liqueur et autres boissons alcoolisées de l’Alberta dans ses magasins.
SUDBURY –La Semaine de la Fierté s’amorce à Sudbury avec une programmation inclusive et festive, mettant en lumière la diversité et la résilience de la communauté LGBTQ+. Spectacles, expositions, rassemblements communautaires et moments de célébration seront au rendez-vous tout au long de la semaine. Voici cinq façons de participer à cette édition 2025 de Fierté Sudbury.
Cérémonie d’ouverture et exposition artistique 2S/Indigiqueer
Fierté Sudbury 2025 débute le lundi 7 juillet, de 18 h 30 à 20 h, au Centre d’amitié N’Swakamok, un centre communautaire autochtone qui favorise une approche holistique du mieux-être, avec une soirée sociale chaleureuse, des rafraîchissements légers et une exposition artistique.
Les œuvres présentées, zines et collages, sont issues de l’atelier du 24 juin, réalisé en partenariat avec Thunderbird Artist Collective et Myths and Mirrors Community Arts. Elles visent à célébrer les voix bispirituelles et indigiqueer dans un cadre inclusif et convivial.
Soirée micro ouvert queer
Chanteur(euse)s, poètes, conteur(euse)s et artistes de tous horizons sont invité(e)s à une soirée où art, poésie et militantisme seront à l’honneur. En collaboration avec l’initiative de poésie et d’arts interdisciplinaires bilingue Anaphore, l’événement sera animé par Alexia Cousineau. Les prestations (de 5 à 7 minutes) peuvent inclure musique, poésie, magie ou toute autre forme artistique.
Les inscriptions se font entre 17 h et 18 h (premier arrivé, premier servi). La soirée gratuite se déroulera ensuite de 18 h à 19 h 30 au café Books & Beans.
Bal de la Fierté pour les jeunes
Le Bal de la jeunesse, organisé par Fierté Sudbury, se tiendra à la Caverne de Science Nord vendredi soir. L’activité s’adresse aux jeunes de 14 à 18 ans, qu’ils soient membres de la communauté LGBTQ+ ou allié(e)s.
L’événement promet une soirée festive axée sur l’expression de soi, avec de la musique, une piste de danse, un photomaton et un souper sur place. Les participant(e)s sont encouragé(e)s à porter la tenue de leur choix. Les portes ouvrent à 18 h 45 et la soirée prendra fin à 22 h. L’admission est gratuite sur présentation d’un billet.
Marche de la Fierté sans la police
Une marche pour la visibilité et la résilience de la communauté LGBTQ+ aura lieu samedi de 16 h à 17 h. Les participants sont invités à se rassembler devant le YMCA de Sudbury, situé au 140 rue Durham.
L’événement vise à affirmer la présence de la communauté LGBTQ+ dans l’espace public, dans un contexte marqué par une montée des discours haineux. C’est aussi la première marche depuis 2022, après une controverse autour de la présence policière, laquelle ne sera pas permise cette année. Résultat : la marche de cette année se déroulera sur les trottoirs du centre-ville.
Soirée de rue pour adultes
La rue Durham s’animera pour célébrer la Fierté avec des jeux, des kiosques, des performances et une ambiance festive toute la journée du samedi. Le soir, après la marche, les organisateurs proposent le premier événement officiel réservé aux adultes : une fête nocturne gratuite à l’extérieur.
Ce sera nulle autre que Jenna Seppa, une drag queen franco-ontarienne de Sturgeon Falls, qui animera la soirée, qui vise un public de jeunes adultes. Les festivités débutent à 19 h et continueront jusqu’à 23 h.
Tous les détails sur les autres activités de la semaine sont disponibles sur le site de Fierté Sudbury.
Comédien dans une autre vie, militant de la nuit à Montréal, devenu aujourd’hui commissaire à la vie nocturne d’Ottawa, Mathieu Grondin incarne un parcours au service d’un renouveau culturel. Entre rêves personnels et stratégies urbaines, il veut faire de la nuit un espace de liberté, de création et d’inclusion. Rencontre avec un fonctionnaire pas comme les autres, bien décidé à réveiller la capitale.
« Vous avez été comédien. Que retenez-vous de cette époque?
J’ai été comédien de l’âge de 5 ans jusqu’à mes 25 ans. J’ai fait plusieurs choses, c’était une époque importante dans ma vie, mais ça fait déjà plus de 20 ans que j’ai cessé de jouer. J’aimais ça, mais j’avais envie d’explorer autre chose. Je suis passé à la réalisation, j’ai fait beaucoup de vidéoclips, de publicités, un peu de cinéma, de télévision, puis je me suis spécialisé en montage. Et les hasards de la vie m’ont amené à fonder un organisme pour la vie nocturne en 2017, qui a rapidement gagné une attention nationale et internationale. Aujourd’hui, je consacre tout mon temps à cette question de la vie nocturne.
Comment êtes-vous passé du milieu artistique à la politique urbaine de la vie nocturne?
J’ai toujours gardé un pied dans la culture. J’étais aussi disc jockey, j’organisais des événements. J’ai travaillé pour des festivals de cinéma, programmé des volets événementiels. Je connaissais donc bien le milieu nocturne. Mais il y avait une stigmatisation importante, beaucoup de complications administratives, des frictions avec la police et les pompiers. On s’est donc réunis à Montréal, avec d’autres organisateurs, pour créer un organisme qui défend les intérêts des citoyens nocturnes. On a ensuite établi un dialogue avec la Ville de Montréal, obtenu un financement, mis en place un plan d’action, un Conseil de la nuit, publié des études, organisé des conférences.
On a même testé l’expansion des heures de vente d’alcool avec un événement de 29 heures, pour démontrer quels en seraient les impacts sur la santé publique, l’économie, les artistes et l’espace public. Cela a mené à l’adoption d’une politique de la vie nocturne et, par exemple, à émettre des permis d’opération de 24 h pour des centres de spectacle.
Ça s’est fait graduellement, puis on a organisé des sommets à Montréal. J’avais beaucoup de prises de parole pour conseiller les villes, entre autres, et plaider pour s’inspirer du modèle des « maires de nuit » en Europe. Puis, Ottawa s’est intéressée à notre modèle. Et quand le poste de commissaire a été créé, j’ai tenté ma chance. Et me voilà.
Vous êtes passé du militantisme à la fonction publique. Comment vivez-vous cette transition?
C’était une volonté de ma part. En tant que militant, on identifie les problèmes, mais on ne peut pas forcément les régler. J’ai voulu me salir les mains en essayant de réparer le moteur de l’intérieur, parce qu’il y a quand même des frustrations qui viennent avec le fait d’être un activiste. Je reste un défenseur de la vie nocturne, mais mon rôle de fonctionnaire me donne les outils pour mettre en œuvre les solutions. C’est une transition qui m’a permis d’avoir un impact plus direct et durable.
Et les frustrations du côté fonctionnaire, en décelez-vous aussi?
Pour être honnête, ici à Ottawa, ça avance très vite. J’ai été bien accueilli par l’administration. Tout le monde semble vouloir développer la vie nocturne et éviter les erreurs faites ailleurs. En moins d’un an, on a déjà une dizaine de propositions prêtes à aller au conseil municipal. À Montréal, il a fallu sept ans pour en arriver là.
Mathieu Grondin veut faire d’Ottawa, une ville où il fait bon vivre… la nuit. La Presse canadienne/Spencer Colby
Est-ce qu’Ottawa vous a surpris?
Oui, beaucoup. Il y a ici un réel engagement de toutes les parties prenantes : conseillers municipaux, administration, partenaires externes… Tout le monde rame dans la même direction. Le dossier de la vie nocturne est moins politisé qu’à Montréal, où l’on est dans une optique de gestion des externalités négatives et où des politiciens ont l’impression d’avoir une grosse pression des associations de résidents.
À Ottawa, il y a des défis, bien sûr – la taille du territoire, le transport, la faible densité au centre-ville – mais la volonté de faire bouger les choses est réelle.
Aussi, j’étais surpris de constater qu’on sous-estime Ottawa. On la traite parfois injustement de ville de fonctionnaires. Il y a une vie culturelle riche, des initiatives incroyables. Il faut juste mieux les mettre en lumière afin de développer une offre qui pourrait être attractive justement pour les gens de Montréal et de Toronto, de venir à Ottawa et d’avoir un peu toutes les facilités d’une grande ville, mais dans une ville à taille plus humaine.
Qu’est-ce que représente la nuit pour vous, personnellement?
La nuit, c’est un marqueur identitaire pour moi. Je me sens plus proche d’un autre ‘nocturne’ à l’autre bout du monde que d’un voisin qui partage ma langue. La nuit permet d’être soi-même, de se libérer des contraintes du jour, dont cette nécessité de se conformer.
La nuit c’est un espace de liberté, de création, d’expérimentation. Les plus grandes idées, les plus grandes œuvres d’art, les plus grandes révolutions ont été fomentées la nuit.
Rassurez-nous… vous dormez la nuit?
Oui, ça m’arrive (rires). Encore plus maintenant que je suis fonctionnaire. C’est peut-être l’ironie de la chose : c’est un poste de jour qui me permet de défendre les intérêts de la nuit. Parfois, je suis présent sur le terrain la nuit aussi, bien sûr.
Votre père était animateur de radio, votre frère est comédien… Est-ce que cela vous a influencé?
Absolument. Mon père faisait de la radio de nuit, il terminait à 3 heures du matin. Je l’accompagnais parfois. Je m’endormais même dans le studio. J’avais l’impression d’accéder à un monde secret, tandis que d’autres enfants devaient aller se coucher tôt, contrairement à moi. Pour ce qui est de mon frère, il est comédien, je l’ai été moi aussi. Le cinéma fait partie de nos vies. C’est sûr que tout ça teinte mon parcours. Je ne me considère pas comme un artiste engagé, mais je suis assurément un citoyen engagé pour la culture.
La francophonie peut-elle jouer un rôle dans le renouveau culturel nocturne à Ottawa?
Oui, elle a un rôle à jouer dans ce renouveau nocturne qu’on essaie d’apporter. Il y a un dynamisme, une sensibilité culturelle plus grande, je crois, dans les communautés francophones. Une proximité avec le Québec aussi. La nuit est un espace de diffusion, d’expression artistique. Il y a là une opportunité pour les francophones d’investir ce plan d’action, de monter des projets et de se mettre en valeur.
Si vous pouviez changer une seule chose dans la perception de la vie nocturne?
L’idée que la nuit est dangereuse est fausse. Les statistiques le montrent. La nuit est sécuritaire, parfois même plus que le jour. La nuit, particulièrement ici en Amérique du Nord, ou au Canada, est extrêmement sécuritaire et je pense que les gens auraient intérêt à la fréquenter plus souvent pour la démystifier, la redécouvrir et l’apprivoiser.
Et le marché By?
Le problème là-bas est surtout lié à la santé publique et à la pauvreté.
C’est sûr qu’il y a un inconfort et quand on parle de sécurité, la perception de sécurité est parfois aussi importante que la réalité sécuritaire. Mais moi, quand je me promène dans le marché By, c’est sûr que je me sens bien, mon profil y est aussi pour quelque chose : je suis un homme dans la quarantaine. Mais je pense qu’il y a plein d’actions qui sont mises en branle en ce moment par différents niveaux de gouvernement, différentes agences, pour faire en sorte que les gens se sentent en sécurité. Et j’ai bon espoir qu’on va y parvenir et redynamiser le marché dans les prochaines années.
La nuit, c’est aussi le rêve… Quel est votre rêve pour Ottawa dans 5 ou 10 ans?
Que les projets qu’on a lancés se concrétisent. L’ouverture d’une nouvelle salle dans le marché By, le 200e anniversaire, la revitalisation du centre-ville, l’arrivée de l’aréna des Sénateurs… Tout cela peut transformer complètement la nuit à Ottawa. Je veux que dans 5 ou 10 ans, on ne parle plus de la vie nocturne d’Ottawa comme on le fait aujourd’hui.
Et votre rêve personnel?
Mon rêve, c’est qu’on fonde un institut dédié à la culture et à la vie nocturne, ici au Canada. Un lieu de diffusion, d’archives, de réflexion, pour valoriser notre histoire nocturne et la recherche sur le sujet. Et… de prendre des vacances! »
LES DATES-CLÉS DE MATHIEU GRONDIN
1979 : Naissance à Montréal
2017 : Fonde MTL 24/24, organisme qui analyse et structure la vie nocturne à Montréal
2024 : Devient commissaire à la vie nocturne à Ottawa
TORONTO – Un organisme anglophone spécialisé en autisme de la région du Grand Toronto reçoit un financement de 400 000 dollars pour élargir ses services aux francophones. L’objectif : répondre à la demande croissante et desservir les régions dépourvues de services. Un financement qui soulève toutefois des interrogations pour la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA) quant au manque de moyens pour les organismes francophones et à la pénurie d’activités pour des parents « au bout du rouleau ».
Kinark Children and Youth, un fournisseur anglophone de services en autisme pour les enfants et les jeunes, bénéficiera d’un financement provincial de 400 000 dollars sur deux ans pour étendre ses services aux francophones.
« Ce financement nous permet de combler un vide critique dans les services en autisme pour les communautés francophones et rurales », affirme Cathy Paul, la directrice générale de Kinark.
Concernant la décision de solliciter ce financement, « nous savons que le français est non seulement l’une des langues officielles du Canada, mais aussi la langue principale de nombreuses personnes dans les régions que nous desservons », justifie Erin Johnston, gestionnaire principale des communications.
« Nous avons observé une demande croissante de la part de clients et partenaires francophones, poursuit celle-ci. La langue ne devrait jamais être un obstacle à l’accès aux services. (…) En tant qu’organisation historiquement anglophone, cette initiative comme une étape essentielle pour mieux représenter et répondre aux réalités linguistiques ».
« C’est bien plus facile pour une entreprise de cette envergure de monter un gros projet pour avoir du financement par rapport à nos petites organisations dans l’Est. »
— Carol Jolin, président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA)
Des créations de postes permettront l’embauche d’un superviseur clinique, d’un consultant en autisme et d’un thérapeute instructeur, tous francophones, affirme l’organisation.
Les services francophones iront de l’analyse comportementale appliquée (ACA), au coaching virtuel, des formations pour les parents et aidants, ainsi qu’au soutien individualisé, déployés dans la région de York, la région de Durham, le comté de Simcoe, Muskoka et le Nord de l’Ontario, région la plus mal desservie.
Une démarche qui soulève toutefois une question : pourquoi ne pas avoir étendu les capacités d’un organisme déjà francophone pour une extension de ses services?
Si pour le président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA) Carol Jolin, le besoin est réel dans la ville reine, « c’est bien plus facile pour une entreprise de cette envergure de monter un gros projet pour avoir du financement par rapport à nos petites organisations dans l’Est, comme la nôtre qui vient tout juste de pouvoir avoir une direction générale à temps partiel sans soutien administratif ».
Les organismes franco-ontariens pas logés à la même enseigne?
« 400 000 dollars c’est un chiffre qu’on rêverait d’avoir », commente M. Jolin qui rappelle que la SFOA avait failli fermer en 2023, faute de moyens, remise sur pied in extremis via une collecte de fonds par un groupe de parents soucieux de conserver les camps d’été adaptés à l’autisme pour leurs enfants.
Il s’agissait de pouvoir payer les frais récurrents et frais d’entreposage de 8000 dollars par année.
« On est en meilleure santé, on peut garder une direction générale, mais on loin d’aller chercher autant. Si on avait de plus gros moyens, on pourrait faire davantage », regrette-t-il.
Notamment avec un type de services liés à l’autisme sous-estimé et sous-financé à son sens, les activités de répit : les camps, dont il y a un grand besoin l’été, et la garde relais après l’école et avant le retour des parents du travail.
« Autisme Ontario ne donne pas d’activités de répit, c’est ce qu’on entend des parents qui sont au bout du rouleau. C’est le genre de services que nous pourrions proposer à grande échelle. »
Il faudrait selon lui élargir les critères de l’enveloppe de Programme ontarien des services en matière d’autisme (POSA) pour que les parents puissent payer des services de répit par son biais, comme c’est le cas en Alberta.
« Pour ce qui est de Kinark, j’ose croire qu’ils vont se donner les moyens d’être vraiment efficaces pour les francophones bien qu’ils ne soient pas sous la Loi sur les Services en français (LSF), ce qui est toujours inquiétant », déplore le président de la SFOA.
N’étant en effet pas d’un organisme désigné en vertu de la LSF, il n’est donc pas tenu par les mêmes obligations légales.
Sa porte-parole a cependant indiqué qu’ils exercent leurs activités dans plusieurs régions désignées, avec l’engagement d’offrir des services en français conformément aux besoins des communautés.
Une obligatoire contractuelle liée au français, assure le gouvernement
« Tous les fournisseurs de services financés par le ministère ont l’obligation contractuelle de fournir des services équivalents en français », assure le bureau de Michael Parsa, ministre des Services à l’enfance, des Services communautaires et des Services sociaux.
De préciser que : « Les bénéficiaires retenus du Fonds de renforcement des capacités sont ceux qui ont démontré leur capacité à élargir l’accès aux services, notamment pour les familles vivant dans des communautés nordiques, rurales et éloignées, ainsi que pour les familles francophones et autochtones. »
La subvention accordée à Kinark provient du Fonds de renforcement des capacités de la main-d’œuvre du POSA qui vise à augmenter la capacité des organismes à offrir les services cliniques principaux.
Les subventions versées dans le cadre de ce fonds s’inscrivent dans un investissement de 37 millions de dollars auprès de 100 fournisseurs de services pour enfants en Ontario, pour qu’un plus grand nombre ait accès aux services du POSA. L’organisation Kinark prévoit que cette initiative permettra d’offrir des services à 110 familles supplémentaires. Les services cliniques devraient débuter à l’automne 2025.
Kailin Kohls est chargée des communications et réseaux sociaux pour le Northern Lights Festival Boréal.
LE CONTEXTE :
C’est le coup d’envoi du 53e Festival Boréal qui se tiendra principalement sur le bord du Lac Ramsey à Sudburyjusqu’à dimanche. Il s’agit du plus ancien festival de musique en plein air à se dérouler sans interruption au Canada.
L’ENJEU :
Six artistes francophones offriront des prestations dans la langue de Molière dans cet événement qui se définit comme bilingueet réunit en moyenne plus de 10 000 personnes.
« Quels sont les temps forts de la programmation cette année?
Cette année, on a à peu près 42 artistes qui offriront des prestations sur trois jours. Lights est notre tête d’affiche cette année, ainsi que Jamie Fine, Destroyer, et le Melbourne Ska Orchestra, un groupe australien de 26 musiciens. Notre première performance Pendjabie avec Fateh Doe sera vraiment excitante parce qu’on aime faire découvrir de nouveaux sons. Nous avons aussi une grande diversité dans les artistes et on a le retour de noms populaires comme Begonia qui avait offert une belle prestation lors de notre 50e anniversaire en 2022.
Le Festival offre une vitrine importante pour des dizaines d’exposants. Photo : Mike Bourgeault
Quelle place occupe la culture francophone dans la programmation?
C’est primordial pour nous. C’est un événement solidaire, enraciné dans la communauté. On intègre le français dans plusieurs volets du programme, y compris les ateliers. On veut donner une voix égale aux artistes francophones, peu importe qu’ils soient locaux ou d’ailleurs.
Présentez nous ces artistes qui chanteront en français…
On a la québécoise Klô Pelgag qui propose une musique rêveuse, indie, très fluide. Waahli avec son mélange de musique hip-hop et reggae, avec un rythme travaillé et un style de rap profond. Le groupe Déferlance apporte une touche d’énergie avec sa musique traditionnelle qui met de l’avant le violon. Eadsé est une artiste wendat fièrement trilingue et se démarque avec une musique pop teintée de soul. Kat Pereira propose une pop accrocheuse portée par une voix remarquable et Cheikh Ibra Fam se distingue par une rythmique très présente qui donne immédiatement envie de danser.
L’artiste québécoise et wendat Eadsé intègre des éléments culturels autochtones avec des sonorités modernes. Photo : Eadsé/Facebook
En quoi les éléments communautaires (cuisine locale, artisanat, activités familiales) enrichissent-ils ce rendez-vous annuel?
On propose une foule d’activités : des ateliers animés par des artistes engagés dans la communauté, une grande diversité culinaire, des spectacles japonais, américains… Tout est pensé pour rassembler les gens et créer un sentiment de maison pour celles et ceux qui viennent au festival. Que vous soyez un artiste local, francophone, anglophone ou autochtone, on veut créer ce sentiment d’appartenance.
Il y a aussi des activités hors site et des performances locales cette année…
C’est quelque chose qu’on avait négligé, mais cette année on y est allé à fond avec des groupes comme Glitter Glue, gagnants du concours Meltdown, qui ont eu leur première expérience de scène avec nous. On a aussi accueilli des groupes comme Low Animal et This Love is Drone. C’était l’fun, énergique, et très dansant!
Kailin Kohls se dit particulièrement fière de la programmation de cette 53e édition. Gracieuseté de Kailin Kohls
Quel soutien offrez-vous aux artistes émergents du Nord comme Mistaken for Wayne ou Burnstick?
On leur offre un traitement professionnel à part entière : cachets à 100 %, repas, hébergement…L’idée, c’est qu’ils vivent le festival comme n’importe quel artiste établi.
Comment jonglez-vous entre les grandes scènes et les concerts dans des lieux plus intimistes?
Il y a d’abord la scène principale, à l’aréna du Parc Bell, qui accueille une grande variété de performances, pour permettre à tout le monde d’explorer tout type de musique. Nous avons aussi deux scènes plus acoustiques, l’une installée dans une pièce fermée au Townehouse Tavern et l’autre au Lounge 390, qui offrent une ambiance plus intime.
Et puis, il y a notre scène de cabaret, un lieu parfait pour danser, proposer une expérience diversifiée, peu importe sur quelle scène vous vous trouvez que ce soit quelque chose de rassembleur ou de plus personnel.
Pourquoi les Franco-Ontariens devraient-ils absolument assister au festival cette année?
Parce qu’ils s’y sentiront chez eux, même s’ils ne pensaient pas en avoir besoin. »
C’est terminé pour le People’s Alliance of New Brunswick, un parti provincial farouchement opposé au bilinguisme officielayant réussi à faire élire des députés en 2018 et 2022.
Élections Nouveau-Brunswick a confirmé avoir reçu une demande de dissolution de la part de la formation politique.
« L’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick a effectivement soumis une demande d’annulation de leur enregistrement le 23 juin. L’annulation a pris effet le 30 juin 2025 », a indiqué Karine Pitre, agente des communications chez Élections NB.
Le site internet et les pages des réseaux sociaux du People’s Alliance étaient d’ailleurs inaccessibles jeudi.
Né en 2010, le parti a réussi à faire élire trois députés en 2018 lors des élections provinciales avec près de 13 % du vote populaire. En 2020, il a réussi à faire élire son chef Kris Austin pour une seconde élection de suite, mais a perdu un député.
Le People’s Alliance prônait la fin de la séparation du réseau de santé anglophone et francophone, d’éliminer le Commissariat aux langues officielles et de réduire les exigences linguistiques dans la fonction publique, en plus de qualifier le bilinguisme officiel de « gaspillage de fonds publics ». Le parti proposait aussi de faire un seul système de transport scolaire au lieu de deux (anglais et français).
La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) avait qualifié la formation de droite de « parti extrémiste » l’accusant de faire de la désinformation sur ses prises de position linguistiques.
En 2022, Kris Austin et Michelle Conroy, l’autre élue du People’s Alliance, ont rejoint les rangs du gouvernement de Blaine Higgs laissant le parti sans représentant à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. La venue de Kris Austin au Parti progressiste-conservateur avait été vivement dénoncée par les groupes de représentation des Acadiens.
Ces deux départs lui avaient fait perdre le statut de parti enregistré, mais les membres avaient par la suite voté pour remettre le parti sur les rails. C’est l’autre élu du trio de députés du People’s Alliance en 2018, Rick DeSaulniers, qui avait alors pris la relève à la tête du parti.
Lors des plus récentes élections en 2024, le People’s Alliance n’a pas obtenu de sièges, récoltant moins de 1 % de voix.
NIPISSING OUEST – Le Centre de santé communautaire de Nipissing Ouest a rendu hommage au docteur Jean Anawati, à qui l’on doit plusieurs avancées en matière de médecine en français dans la région.
Plus de 150 membres de la communauté se sont réunis le 23 juin dernier pour souligner les 15 ans du Centre de santé communautaire de Nipissing Ouest (CSCNO).
L’événement a permis d’inaugurer une nouvelle salle de réunion baptisée « Dr Jean Anawati », en hommage à ce médecin de famille qui exerce dans la région depuis plus de 40 ans. Ce nouvel espace a pour vocation de favoriser la connexion, le leadership et le développement au sein du Centre et de la communauté locale.
« Je ne m’y attendais pas du tout. Quand on œuvre pour la communauté, on ne le fait pas pour espérer une reconnaissance. J’étais donc agréablement surpris », a confié le docteur à ONFR.
La salle de réunion dédiée au docteur Jean Anawati au (CSCNO) énumère toutes ses contributions. Gracieuseté du docteur Jean Anawati
Ce dernier a aussi accepté de revenir au conseil d’administration de l’organisme, après un mandat de six ans, à titre de directeur, après une demande du président, l’ex-conseiller municipal Dan Roveda et du conseiller municipal Roland Larabie, entre autres.
« Il est évident que le Dr Anawati a consacré sa vie à la communauté, non seulement en tant que médecin, mais aussi en s’impliquant dans de nombreuses causes sociales. Il a joué un rôle déterminant dans la création de plusieurs initiatives, dont le Centre de santé communautaire », précise M. Roveda qui souhaitait lui accorder cette reconnaissance de son vivant.
Création de l’EMNO
Lorsque le Dr Jean Anawati s’est installé à Sturgeon Falls dans les années 1970, après avoir terminé son résidanat à Montréal, la région manquait cruellement de médecins. Avec ses collègues, il endossait de multiples rôles : accouchements, gestion des urgences, visites hospitalières, et soins complets auprès de la population.
Mais ce qui avait particulièrement marqué l’octogénaire était le peu d’intérêt des jeunes locaux pour les carrières en santé : « J’ai demandé aux conseillers d’orientation dans des écoles pourquoi personne ne considérait la médecine. Ils m’ont répondu : »Ici, on devient mécanicien, agriculteur ou bûcheron », j’ai rétorqué : »Tout le monde n’est pas fait pour être bûcheron » »
À cette époque, les étudiants du Nord qui voulaient étudier la médecine devaient souvent quitter la région pour le sud de l’Ontario, avec peu de chances d’y revenir après leur formation.
C’est à l’invitation d’un confrère que M. Anawati s’est joint aux premières démarches menant à la fondation de l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO). Un des deux seuls francophones du groupe, celui-ci s’est rapidement fait le porte-voix de la communauté franco-ontarienne, insistant sur l’importance d’intégrer un volet bilingue à la formation en médecine familiale.
En 2021, le Dr Anawati recevait une plaque de l’Hôpital général de Nipissing Ouest en reconnaissance de ses nombreuses années de service en tant que coroner. Source : Hôpital général de Nipissing Ouest
« Au départ, on envisageait que l’EMNO soit simplement une faculté rattachée à l’Université Laurentienne et à la Lakehead University mais l’autonomie est toujours restée notre objectif : gérer des programmes sur mesure pour le Nord, par des gens du Nord », se souvient-il.
Ce dernier s’était alors impliqué sur un comité consultatif, à la Northeastern Ontario Medical Education Corporation (NOMEC), formé pour établir un programme de médecine familiale dans le Nord-Est de la province, sous l’égide de l’Université d’Ottawa.
Engagement pour la francophonie
M. Anawati avait ensuite assumé le rôle de coordonnateur du programme de résidence en médecine familiale, puis celui de coordonnateur francophone pour la région nord-est au début des années 2000.
Selon lui, la formation de médecins francophones était primordiale pour répondre aux besoins spécifiques de la région : « La meilleure façon de servir les Franco-Ontariens est de former des Franco-Ontariens. Nous avons fait des progrès, mais il reste encore beaucoup à faire. »
« Si vous êtes francophone, faites votre formation dans une communauté francophone »
— Jean Anawati
Le docteur de Sturgeon Falls juge qu’il est nécessaire de faciliter la formation des francophones dans des communautés où le français est parlé.
« Par exemple, les étudiants de première et de deuxième année ont l’occasion de passer du temps dans des communautés francophones, qu’ils soient eux-mêmes francophones, francophiles ou non. Ce type d’immersion, qui permet une meilleure compréhension des réalités locales, est déjà en place et devrait, selon moi, devenir une composante permanente du programme. »
Selon M. Anawati, les données d’inscriptions à l’EMNO ne reflète pas encore pleinement la réalité démographique du Nord.
Le docteur Jean Anawati entouré des membres de sa famille, travaillant tous dans le milieu de la santé. Gracieuseté du docteur Jean Anawati
« Les francophones représentent 5 % de la population ontarienne, ils forment environ 25 % des résidents du Nord-Est de la province. Dans les autres universités ontariennes, seuls 5 % des étudiants sont francophones alors qu’à l’EMNO, ce chiffre est autour de 15 %, seulement. On devrait viser à refléter ce 25 % dans nos admissions », estime-t-il.
Et d’ajouter : « Si vous êtes francophone, faites votre formation dans une communauté francophone. Si vous êtes Autochtone, faites de même dans une communauté autochtone. C’est ce dont nous avons besoin : des gens enracinés dans ces communautés qui deviennent médecins et reviennent les servir. »
Besoin de relève
Le Dr Jean Anawati avait été invité à partager ses espoirs et sa vision pour les deux prochaines décennies, à l’occasion du 20e anniversaire de l’Université de l’EMNO en mai dernier.
Selon lui, l’un des principaux problèmes aujourd’hui est que les médecins sont submergés par les tâches administratives et doivent parfois travailler seuls, ce qui mène à un épuisement professionnel.
Après avoir immigré au Canada depuis l’Égypte et fait des études à London, le docteur Jean Anawati a ouvert son premier cabinet de médecine familiale à Sturgeon Falls en 1977. Gracieuseté de l’EMNO
« Il est temps qu’une nouvelle génération prenne le relais. J’ai fait ma part pendant longtemps, et même si j’ai encore de nombreuses idées pour l’avenir, c’est cette nouvelle génération de médecins qui doit faire évoluer la pratique », estime celui qui a pris sa retraite depuis quelques années.
Et de finir : « Nous devons augmenter le nombre d’étudiants et de résidents, en particulier de médecins de famille francophones, et assurer une intégration complète des étudiants francophones dans la communauté. »
En hommage à son épouse Jocelyne, décédée six mois plus tôt, le Dr Jean Anawati a bonifié en février 2025 une bourse qu’il avait instaurée près de vingt ans auparavant. Créée en 2006, cette aide financière destinée aux futurs médecins totalise désormais plus de 100 000 $.
Cette bourse est attribuée à des étudiants en médecine à temps plein à l’Université de l’EMNO qui ont des liens avec Nipissing Ouest et la communauté franco-ontarienne.
Après 26 ans au Ballet national du Canada, Guillaume Côté, danseur d’exception et chorégraphe acclamé, fait ses adieux à la scène et revient sur les moments marquants de sa carrière ainsi que sur ses nouveaux défis artistiques.
SUDBURY – Face à des défis structurels, les organismes fondateurs de la Librairie Panache suspendent temporairement des activités à partir du 11 juillet. La direction entame une période de réflexion pour repenser le rôle du livre à la Place des Arts.
L’information a été dévoilée ce mercredi matin par la Place des Arts : « comme plusieurs librairies indépendantes en contexte minoritaire, Panache fait aujourd’hui face à des défis structurels qui exigent une réinvention ».
« Ce n’est pas une fermeture. C’est un moment pour réfléchir, repenser, réancrer le projet dans les besoins de la communauté. Le livre reste au cœur de notre engagement », peut-on aussi lire dans la lettre ouverte de Denis Bertrand, directeur général, Place des Arts du Grand Sudbury, co-signée avec Stéphane Cormier, codirecteur général et directeur de la commercialisation aux Éditions Prise de parole, Stéphane Gauthier, directeur général et culturel du Carrefour francophone et Geneviève LeBlanc, directrice générale du Salon du livre du Grand Sudbury.
Cette mise sur pause ne signifie pas une disparition, insistent les partenaires, bien qu’il demeure toute une réflexion au sujet de la forme que prendra la présence des livres à l’automne.
« Ce que nous avons construit ensemble reste précieux », souligne Stéphane Cormier, codirecteur général des Éditions Prise de parole. « Notre objectif est de permettre à Panache de revenir à l’automne avec un modèle qui répond mieux aux priorités de la communauté. »
Un modèle qui ne fonctionne pas
« Tout simplement, le modèle d’une librairie traditionnelle ne fonctionne pas en milieu minoritaire », confie M. Bertrand qui ajoute que Sudbury n’est pas la première communauté en situation minoritaire à éprouver des difficultés pour faire fonctionner une librairie traditionnelle.
« Ça prend trois choses pour qu’une librairie en milieu minoritaire fonctionne : des grands artistes et des gens qui vont aller dépenser plusieurs centaines de dollars régulièrement pour s’approvisionner en livres, des clients corporatistes qui achètent en masse pour leurs employés et ensuite une forme d’animation quelconque. »
Bien que l’animation était présente à la librairie, les ventes, elles, n’ont pas été suffisantes pour maintenir les opérations elon celui qui dirige la Place des Arts depuis août 2024 et qui a opéré un changement important dans le style de gestion de l’établissement, lequel est depuis géré comme une petite entreprise.
Une période de liquidation est prévue dans les prochaines semaines, et les personnes ayant des commandes en attente seront contactées.
Concernant l’avenir de la seule employée à temps plein et des quelques autres à temps partiel de la librairie : rien n’est encore défini, selon M. Bertrand.
Dans un contexte où les librairies indépendantes – surtout en milieu minoritaire – peinent à survivre, la pause estivale s’impose comme un moment de recul pour évaluer les options. Le défi : repenser un modèle économique et culturel qui puisse perdurer.
Et quid du local accueillant la librairie? « Pour le moment, on espère que l’espace sera attrayant et qu’il saura plaire à la communauté pour la tenue d’événements, tout en conservant une présence de livres et, potentiellement, des activités d’animation », répond M. Bertrand.
Bien que la librairie ferme temporairement ses portes, les initiatives autour du livre continueront à rayonner dans la région, avance-t-on aussi dans le communiqué. Le projet du Carrefour Francophone de mettre sur pied une librairie des tout-petits serait encore sur la table mais une réflexion sera également amorcée sur la forme que cette initiative pourrait prendre.
Le Salon du livre du Grand Sudbury poursuivra ses activités annuelles, et les Éditions Prise de parole maintiendront leur travail éditorial.
« Le Salon du livre du Grand Sudbury demeurera une présence forte chaque année à la Place des Arts », affirme Geneviève LeBlanc. « Nous continuerons de célébrer le livre et les voix qui l’animent, ici même dans le Nord. »
Gérald Demeules est responsable de la gestion des incidents pour ISN Maskwa, une organisation autochtone mandatée pour coordonner l’accueil des évacués à Kapuskasing.
LE CONTEXTE :
La Première Nation de Sandy Lake, dans le Nord-Ouest ontarien, a dû être évacuée en raison d’un feu de forêt majeur. Des centaines de membres de la communauté ont été déplacés à Kapuskasing et dans les environs.
L’ENJEU :
Avec la multiplication des feux de forêt et des phénomènes extrêmes, les communautés isolées doivent être prises en charge rapidement. Selon M. Demeules, il faut une meilleure préparation et une plus grande coordination entre les trois leviers de gouvernementspour faire face à la crise climatique.
« Depuis quand Kapuskasing accueille-t-elle des membres de Sandy Lake?
Nous avons commencé à accueillir des membres de différentes Premières Nations le 13 avril. Pour Sandy Lake, ils sont arrivés ici depuis le 7 juin. Présentement, nous avons 341 résidents de Sandy Lake qui sont à Kapuskasing. On a aussi des personnes logées en ce moment dans des motels à Smooth Rock Falls et à Val-Rita.
Le feu Red Lake 12 s’étend sur une superficie de 195 000 hectares et a forcé l’évacuation des Premières Nations de Red Lake et Sandy Lake. Gracieuseté de Sandy Lake FN Communications.
Pouvez-vous expliquer comment se déroule l’arrivée des familles?
Une fois qu’une déclaration d’urgence est acceptée par le gouvernement fédéral, les vols commencent. Les évacués passent souvent par Thunder Bay, puis sont redirigés vers Kapuskasing. Une fois ici, on leur fournit des chambres, de la nourriture, de la sécurité, des soins de santé et des services de loisirs.
Quels sont les besoins les plus urgents à l’arrivée?
La nourriture, les médicaments, les articles pour bébés comme les couches et les préparations. Beaucoup de gens arrivent sans rien. On s’assure aussi qu’ils aient accès à des services essentiels comme les soins médicaux ou les documents gouvernementaux.
Quels types de fonds recevez-vous pour vos opérations?
Notre compagnie autochtone est soutenue par la Première Nation Missanabie Cree. Elle reçoit du financement du gouvernement fédéral pour organiser la logistique.
Des membres des Premières Nations profitant des installations de Kapuskasing. Photo : gracieuseté de Gérald Demeules.
Concrètement, quel est votre rôle sur le terrain?
Je coordonne tous les jours avec les partenaires locaux – police, hôpital, pompiers, etc. – pour répondre aux besoins. On tient une réunion chaque matin. On opère 24 heures sur 24 pour garder tout le monde en sécurité et informé. On fait aussi en sorte qu’ils aient accès à de nombreux services de base qui ne sont pas nécessairement disponibles dans leur communauté d’origine.
Une fois arrivés ici, on leur facilite l’obtention de documents essentiels comme les certificats de naissance, les cartes de santé, les permis de conduire, les numéros d’assurance sociale ou encore les cartes de statut. On leur donne aussi accès à des soins de santé, notamment des services de dentiste, puisque ces professionnels ne se rendent pas régulièrement dans les communautés éloignées.
M. Demeules donnant une formation à une évacuée sur les gestes à poser pour lutter contre les flammes en forêt. Gracieuseté de Gérald Demeules
Avez-vous connu des imprévus depuis le début de l’accueil?
Oui. Par exemple, à cause des fortes pluies, un hôtel a été inondé. Une douzaine de personnes ont dû être relocalisées en urgence. Vous pouvez vous imaginer : on les évacue pour un feu de forêt, puis ils arrivent au milieu d’une inondation, avec de l’eau jusque dans leur chambre d’hôtel. Alors, il a fallu les transférer à d’autres chambres et s’assurer qu’ils se sentent en sécurité ici.
Qu’en est-il de la coopération de la communauté locale?
La solidarité est forte. Des gens nous aident spontanément : dons de nourriture, d’articles de première nécessité. On reçoit aussi du soutien logistique des organismes locaux.
Comment faites-vous pour les aider à se sentir épanouis, notamment les enfants?
C’est essentiel de penser aux loisirs, surtout que ces enfants passent toute la journée dans des chambres d’hôtel. On fait appel à un partenaire, Crew Emergency, pour organiser des activités chaque jour. Ils peuvent aller à la piscine à Cochrane, visiter l’Habitat des ours polaires ou encore s’amuser dans des parcs de trampolines à Timmins, pour alléger un peu le quotidien et réduire le stress.
Enfants et adultes tentent de se distraire en visionnant des films. Photo : gracieuseté de Gérald Demeules.
Ils arrivent dans des communautés majoritairement francophones : cela constitue-t-il un enjeu particulier?
Pas vraiment. C’est sûr que les membres de Sandy Lake parlent anglais et cri. Le plus dur est de répondre aux questions, ils nous demandent tous les jours ‘’quand est-ce qu’on pourra rentrer chez nous?’’. On essaie de maintenir autant que possible le mode de vie auquel ils sont habitués dans leur communauté, pour ne pas bouleverser leurs repères. On veille, par exemple, à ce qu’ils puissent maintenir leurs pratiques culturelles : nourriture traditionnelle, cérémonies, tipis, etc.
Avez-vous une estimation pour la date de retour des évacués vers Sandy Lake?
Nous anticipons cela vers la fin de la semaine prochaine. Il n’y a que quatre avions de disponibles et avec les distances et le nombre d’heures que peuvent faire les pilotes, on estime que le rapatriement pourrait prendre entre sept et huit jours.
Les femmes cuisinent du pain banique ensemble. Photo : gracieuseté de Gérald Demeules.
Avez-vous remarqué une augmentation des évacuations climatiques?
Oui. On évacue pour des feux, mais on fait face à des inondations et tornades en même temps. Ces dernières années, tout s’intensifie. Les changements climatiques rendent notre travail plus complexe. Je pense que c’est juste le début et qu’il faut vraiment réfléchir à une meilleure préparation en amont. C’est frustrant, parce que plusieurs municipalités disent vouloir aider, accueillir les évacués… mais en parallèle, il faut composer avec le fait que les hôtels ont d’autres réservations et d’autres considération, ce qui complique les choses sur le terrain.
Faut-il revoir la stratégie d’accueil au pays?
Absolument. Il est temps d’élaborer une véritable stratégie intégrée. Actuellement, chaque palier de gouvernement agit selon ses propres règles : les municipalités gèrent ce qu’elles peuvent, les provinces ont leurs priorités, puis tout est transféré au fédéral. C’est très difficile de naviguer entre ces trois juridictions pour arriver à une réponse cohérente.
Les dons aux évacués sont souvent des articles de première nécessité comme des vêtements, produits d’hygiène, jouets, couvertures, collations, cartes-cadeaux et fournitures pour enfants et familles. Photo : gracieuseté de Gérald Demeules.
Avez-vous des craintes par rapport au reste de la saison?
C’est un peu inquiétant pour les feux de forêt parce qu’on est qu’au commencement de la saison. La première vague de chaleur est arrivée seulement la semaine passée. On va être très occupés tout l’été, malheureusement. Je ne souhaite ça à aucune communauté, mais on sait qu’il y aura encore des évacuations. La situation ne fait qu’empirer.
C’est difficile de gérer tout ça et, en même temps, de maintenir l’espoir pour les gens touchés. Je ne veux pas paraître alarmiste, mais on voit bien que les conditions se détériorent rapidement. Quand on regarde l’ensemble de la province, les incendies sont déjà nombreux, et ça pourrait très bien s’étendre jusqu’ici. »
Dre Stéphanie Manoni-Millar est chercheuse communautaire au Centre de recherche sur les services éducatifs et communautaires de l’Université d’Ottawa. Ses travaux portent principalement sur les questions liées au logement et à l’itinérance, en particulier chez les jeunes.
LE CONTEXTE
L’itinérance chez les femmes enceintes et les mères monoparentales est une réalité peu visible, mais croissante. Le phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de crise du logement au Canada, où l’on observe une hausse marquée de l’itinérance chez les femmes aux prises avec des enjeux de santé mentale, de violence ou de pauvreté.
L’ENJEU
Cette hausse de l’itinérance chez les mères et les femmes enceintes a des répercussions graves et multiples. Pour y remédier, des modèles éprouvés comme les refuges intégrés ou le programme « Logement d’abord » nécessitent des investissements gouvernementaux à la hauteur.
« Vous venez de publier un commentaire dans le Canadian Medical Association Journal. Qu’est-ce qui vous a poussée à lancer cet appel?
Ce commentaire n’est pas basé sur un travail de terrain direct. Il s’agit d’un point de départ, d’une prise de position fondée sur des constats remontés par nos partenaires communautaires, principalement à Toronto. On s’apprête à lancer un programme de recherche en collaboration avec eux. Nous avons voulu attirer l’attention sur une réalité invisible : l’augmentation de l’itinérance chez les femmes enceintes et les mères monoparentales.
Comment cette crise se manifeste-t-elle concrètement?
Le Canada vit une crise nationale du logement. Entre 2018 et 2022, il y a eu une augmentation de 20 % du nombre de personnes sans abri. Et cette situation touche de manière disproportionnée les plus vulnérables, notamment les femmes aux prises avec des problèmes de santé mentale, de consommation de substances, ou qui sont exposées à la violence.
L’itinérance féminine est souvent cachée : elles dorment chez des amis, échangent des services sexuels pour un toit. L’Association des municipalités de l’Ontario estime qu’il y aurait plus de 80 000 personnes en situation d’itinérance dans la province.
Stéphanie Manoni-Millar complète actuellement un doctorat en psychologie. Gracieuseté
Pourquoi cette hausse particulièrement chez les femmes enceintes ou avec enfants?
Parce qu’elles sont à l’intersection de plusieurs vulnérabilités : santé mentale, violence, pauvreté, charge parentale. Les services destinés aux femmes sont débordés. On en arrive à devoir refuser des femmes faute de places. Et pendant ce temps, ces femmes doivent gérer la grossesse, chercher un emploi, trouver un logement, et s’occuper de leurs enfants.
Vous avez travaillé auparavant avec de jeunes mères. Quel est leur profil?
J’ai travaillé avec de jeunes femmes sans abri de 16 à 24 ans. Elles sont souvent confrontées à des tensions familiales, ont interrompu leurs études, cherchent un emploi, et doivent assumer la garde de leur enfant. La maternité accentue leurs difficultés et les rend encore plus vulnérables.
Quelles sont les conséquences pour les enfants?
Elles sont graves. Les enfants en situation d’itinérance sont plus sujets aux accidents, infections, troubles respiratoires, problèmes cognitifs et mentaux. Les bébés naissent avec un faible poids, passent plus de temps à l’hôpital. L’impact est aussi à long terme : anxiété, agressivité, santé mentale affectée.
Et les parents? Leur situation est souvent invisibilisée. Elles hésitent à demander de l’aide, par peur qu’on leur enlève leurs enfants, ou à cause de la stigmatisation liée à la santé mentale et à la consommation. Beaucoup ont vécu des violences, des traumatismes, du racisme systémique.
Quels modèles de solution existent selon vous?
Il y a de bons exemples, comme le refuge Maxxine Wright en Colombie-Britannique, ou Cornerstone à Ottawa, qui offrent un hébergement sécuritaire, des soins de santé, de la toxicomanie, du soutien parental… tout en permettant aux enfants de rester avec leur mère. Ces modèles fonctionnent, mais ils sont encore rares.
Un autre modèle efficace est celui du logement d’abord (Housing First) : offrir un logement stable, puis du soutien psychosocial. Ces solutions sont éprouvées, mais demandent des investissements.
Est-ce que les gouvernements sont prêts à investir?
Ils doivent l’être. Ces programmes coûtent cher au départ, mais à long terme, ils réduisent les coûts pour la société. Les recherches de Tim Aubry (Université d’Ottawa) et d’Éric Latimer (Université McGill) démontrent que ces investissements rapportent. Ils améliorent la santé, la stabilité, l’emploi… et donc les retombées économiques.
Que peut-on faire en tant que citoyens?
S’engager. Faire du bénévolat. Soutenir financièrement les services communautaires. Beaucoup d’organismes pour femmes sont sous-financés, débordés. Il faut plaider pour leur financement, pour que les services restent sécuritaires et accessibles. »
TORONTO – Les 45e Prix Dora Mavor Moore, qui récompensent les arts de la danse, du théâtre et de l’opéra à Toronto, se sont tenus au Meridian Hall, dans la Ville Reine, lundi soir. Quelques francophones ont tiré leur épingle du jeu.
Co-production entre A Canadian Opera Company et l’Opéra de Montréal, La Reine-garçon a remporté trois trophées dans le volet Opéra : Production exceptionnelle, Performance individuelle exceptionnelle pour la soprano Kirsten MacKinnon et Direction artistique exceptionnelle pour Angela Konrad et Johannes Debus. Le spectacle est écrit par le dramaturge Michel Marc Bouchard et composé par Julien Bilodeau, que l’Opéra de Montréal identifie comme « l’un des compositeurs les plus en vues de sa génération. »
La Reine-garçon a remporté trois prix, soit la moitié des catégories du volet Opéra. Photo : Abigail Alves Murta / ONFR
En danse, la compagnie torontoise Citadel + Compagnie, dirigée par Laurence Lemieux, a remporté trois prix pour everything i wanted to tell you (but couldn’t, so here it is now) : Production exceptionnelle, Chorégraphie originale exceptionnelle pour Jessie Garon et Performance individuelle exceptionnelle pour Sully Malaeb Proulx. Les trois autres catégories de ce volet ont été remportées par Big Time Miss de Rock Bottom Movement, présenté par Fall For Dance North.
Le volet de Théâtre jeunesse a aussi récompensé des francophones, alors que la comédienne Alexandra Laferrière a été récompensée dans la catégorie Performance individuelle exceptionnelle de ce volet, pour sa présence dans Taking Care of Maman, un texte de la franco-torontoise Djennie Laguerre. La pièce est produite par les compagnies Black Theatre Workshop et Roseneath Theatre.
« Ça veut dire que je suis quand même appréciée par mes pairs à Toronto. Moi, je suis Montréalaise et c’est vraiment un honneur pour moi d’être ici », a commenté Alexandra Laferrière au micro d’ONFR.
C’est la pièce Alligator Pie du Soulpepper Theatre Company qui s’est le plus démarquée dans le volet Théâtre jeunesse. Les zinspiré.e.s : le nombre sublime, du Théâtre français de Toronto, y était nommé dans cinq catégories.
Alexandra Laferrière a remporté le prix de la Performance individuelle exceptionnelle dans le volet Théâtre jeunesse. Photo : Abigail Alves Murta / ONFR
Dans le volet théâtre général, la compagnie Why Not Theater s’est démarquée avec Mahabharata : Karma (Part 1), The Life We Inherit, qui a remporté cinq prix. Pour le théâtre indépendant, People, Places and Things de la compagnie Coal Mine Theatre a été récompensée quatre fois.
« C’est important de célébrer le talent ici, à Toronto, car il n’y a pas vraiment de système de célébrités. Pour nous, ce soir, c’est l’occasion de fêter ce qui se passe ici », a déclaré le producteur de la soirée, Victor Pokinko, rencontré par ONFR juste avant la cérémonie. Il croit que le milieu torontois des arts de la scène fait partie des plus vibrants au monde, rivalisant avec plusieurs grandes villes américaines. Selon lui, plusieurs spectacles sont présentés sur de courtes durées de quelques semaines, ce qui fait qu’il est plus facile d’oublier la quantité de productions réalisées en une année. Les Prix Dora Mavor Moore jouent donc un rôle important pour saluer le dynamisme artistique torontois.
Le milieu des arts du spectacle torontois s’est rassemblé au Meridian Hall pour les Prix Dora Mavor Moore. Photo : Abigail Alves Murta / ONFR
Les Prix Dora Mavor Moore sont remis par la Toronto Alliance for the Performing Arts (Alliance torontoise des arts du spectacle). Les gagnants sont choisis par un jury de pairs. Les prix tirent leur nom d’une pionnière du théâtre canadien, qui oeuvrait majoritairement dans les décennies 1930 et 1940.
KAPUSKASING – Pour la première fois depuis la fondation de la municipalité en 1921, une femme prend les rênes de la direction générale à Kapuskasing. Chantal Guillemette, employée de longue date, accède officiellement à ce poste-clé ce mardi après plus de 26 ans de service au sein de l’administration municipale.
Annoncée vendredi dernier, cette nomination intervient après une décision du comité d’embauche mandaté par le conseil et composé des conseillers Dinnissen et Munnoch et du maire de la ville.
Selon une déclaration du maire David Plourde, « la décision de la nommer a été prise à l’issue d’une procédure de recrutement officielle qui a attiré des candidatures de tout le pays. »
« Je sais que sa nomination bénéficiera d’un large soutien, tant au sein de la municipalité que dans l’ensemble de la communauté. Son dévouement envers notre communauté, sa compréhension approfondie de la gouvernance municipale et son approche avant-gardiste font d’elle une personne exceptionnellement bien placée pour diriger la municipalité », a-t-il aussi fait savoir.
Employée à la Ville depuis 1999, Mme Guillemette occupait jusqu’ici le poste de greffière municipale, une expérience de dix ans qui lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des dossiers et de l’organisation interne.
« La transition est naturelle, car je connais déjà les opérations de la municipalité. C’était pour moi une belle occasion de faire évoluer ma carrière et de mettre à profit mon expérience pour la communauté », explique-t-elle.
En plus de ses fonctions à Kapuskasing, Mme Guillemette est impliquée à l’échelle provinciale. Depuis 2016, elle siège comme directrice à l’exécutif de l’Association of Municipal Clerks and Treasurers of Ontario (AMCTO), une organisation qui représente les professionnels municipaux de partout en Ontario.
Un milieu masculin
La nomination de Mme Guillemette marque un jalon important pour cette municipalité très francophone du Nord. « Ça fait plus de cent ans que la ville existe, et je suis la première femme à occuper ce poste. C’est une réalisation personnelle, mais aussi un signe de changement dans notre secteur », souligne-t-elle.
La Kapuskoise d’origine reconnaît que le milieu municipal demeure dominé par des hommes, notamment dans les services techniques et opérationnels.
Mais les choses évoluent : « On voit de plus en plus de femmes dans les métiers, et les établissements d’enseignement encouragent cette tendance. Il y a une transformation graduelle de la culture de travail, et j’espère que ma nomination pourra en inspirer d’autres. »
« Il faut rendre ces postes plus visibles et accessibles pour les femmes »
— Chantal Guillemette
Mme Guillemette espère aussi que sa présence à la direction permettra d’encourager davantage de femmes à envisager des carrières dans l’administration municipale. « Le secteur municipal est riche en possibilités. Il faut rendre ces postes plus visibles et accessibles pour les femmes qui veulent s’engager dans leur communauté. »
Elle amorce maintenant son mandat avec confiance, consciente des défis à relever, mais aussi de la valeur de son expérience locale. « Je suis ici depuis plus de deux décennies. Je connais la communauté, ses enjeux, ses besoins. Je suis prête à servir Kapuskasing avec dévouement et leadership. »
Chantal Guillemette succède à Guylain Baril qui a décidé de se lancer dans un nouveau projet professionnel dans le secteur privé.
Le Franco-Ontarien d’adoption Ronald Bisson, un des acteurs derrière le projet de la Maison de la francophonie d’Ottawa, fait partie des 83 nouvelles personnes nommées à l’Ordre du Canada.
La gouverneure générale a annoncé lundi matin 83 nouvelles nominations au sein de l’Ordre du Canada, à savoir 2 compagnons, 19 officiers et 62 membres.
Ronald Bisson, un Franco-Manitobain d’origine et Franco-Ottavien depuis 1982, a été le président du conseil d’administration de la Maison de la francophonie d’Ottawa pendant plusieurs années notamment lorsqu’elle a vu le jour en 2020.
« J’étais très surpris, a réagi le principal intéressé en entrevue. J’étais très content, pas juste pour moi, mais pour les centaines et centaines de bénévoles que j’ai côtoyés au courant de ma carrière. »
« C’est vrai que je donne et j’ai donné beaucoup de temps à la francophonie, mais on est des centaines et des centaines à faire ça, si ce n’est des milliers. Quand on donne du temps, on ne pense pas un jour à des reconnaissances », ajoute-t-il.
En plus de diriger une entreprise de consultants avec des expertises en langues officielles, il a aussi été directeur général de la Fédération culturelle canadienne-française à son arrivée dans la région d’Ottawa, il y a plus de 40 ans.
« Ronald Bisson a œuvré à la défense des intérêts des communautés francophones en situation minoritaire au pays (…) Bénévole engagé, il s’est également investi dans l’accueil et l’intégration de personnes réfugiées ou immigrantes, leur faisant même une place dans sa propre entreprise », résume le site de la gouverneure générale.
Depuis 2013, il est aussi le directeur des opérations pour l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).
« Ronald se démarque par sa soif de transmettre ses valeurs, ses connaissances et sa passion à celles et ceux qui l’entourent », a salué Martin Normand, le président et directeur général de l’ACUFC, qui a déposé la candidature de M. Bisson.
Pourquoi le nouveau membre de l’Ordre du Canada pense-t-il avoir reçu un tel honneur? « Je fais souvent des farces qu’il n’y a pas une communauté où je n’ai pas déjà couché. J’ai travaillé de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique et les Territoires. Le fait d’avoir travaillé de province en province, ça fait qu’on devient pas mal expert et on avance des choses qui font des changements », estime celui qui prendra sa retraite à l’automne.
Ce Franco-Manitobain originaire de La Broquerie souligne l’évolution de la langue de Molière au Canada, notamment via l’immigration francophone, depuis près d’un demi-siècle, à une époque « où les temps étaient durs » pour la francophonie.
« Ma plus grande fierté est de voir la force et l’évolution de la francophonie aujourd’hui », confie-t-il.
« Le français était illégal quand j’étudiais à mon école élémentaire (…). J’ai vu et été élevé dans une minorité qui avait honte d’être francophone et qui restait cachée. On parlait anglais en public partout et je vois aujourd’hui qu’on est des facteurs clés du Canada », souligne-t-il.
L’Ordre du Canada est l’une des plus hautes distinctions honorifiques au pays et reconnaît des personnes de tous les secteurs de la société qui ont apporté une contribution extraordinaire et durable au Canada, indique le site de la gouverneure générale.
Des nominations acadiennes et franco-albertaines
Autre nomination de la région d’Ottawa : celle de l’ex-colonel Michel W. Drapeau, professeur de droit à l’Université d’Ottawa et fondateur du premier cabinet canadien spécialisé en droit administratif militaire.
Le musicien acadien de Chéticamp Ronald Bourgeois et Michel Cardin, professeur à l’Université Moncton et « référence incontestable » de la musique baroque, ont en outre été faits membres.
Stephen A. White, une « référence canadienne en matière de généalogie acadienne » s’est aussi mérité une nomination à titre honorifique. L’ex-doyenne de la Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta et ex-sénatrice Claudette Tardif fait aussi partie de la liste des 83 nouveaux membres de l’Ordre du Canada.
Parmi les autres nominations, on note celle de Theresa Tam, ancienne cheffe de l’Agence de la santé publique du Canada à titre d’officier, et du combattant d’arts martiaux Georges St-Pierre
La bispiritualité, ce n’est pas seulement une identité de genre : c’est un rôle spirituel transmis depuis des générations dans plusieurs nations autochtones. Émily Marie Séguin, interprète bispirituelle, partage son expérience et l’importance de cette reconnaissance. Une parole rare, à l’intersection des cultures, des fiertés et de la mémoire.
Catastrophes naturelles, système d’alerte, COVID-19… Le français a pris le bord au sein des institutions fédérales dans les dernières années lors de situations d’urgence, constate le commissaire aux langues officielles dans un rapport.
Il fait un état des lieux de l’utilisation des deux langues officielles par le gouvernement du Canada lors de situations critiques qui sont survenues entre 2010 et 2020 et formule des recommandations pour que « les langues officielles ne soient plus une considération de second ordre pendant les situations d’urgence ».
Raymond Théberge constate que les obligations linguistiques du fédéral notamment lorsqu’il vient le temps de communiquer de manière rapide avec le public sont mises de côté au profit d’une « analyse coûts-avantages, où le coût lié au fait d’enfreindre la Loi est compensé par l’avantage de fournir rapidement l’information ».
« Les institutions fédérales ont eu tendance à justifier la diffusion d’informations unilingues lors de crises en faisant remarquer qu’en cas d’urgence, le fait d’attendre que les communications soient traduites prendrait tout simplement trop de temps », observe-t-il.
Pour le chien de garde des langues officielles, ce n’est pas le manque de politiques et procédures qui nuisent au moment critique. Des réformes ont été mises en place pour pouvoir servir le public en français lors de situations critiques, mais elles sont souvent mises à la poubelle une fois dans le moment. Comme « l’anglais est la langue de travail principale et le français étant traité comme une langue de traduction », il est donc naturel que les instances fédérales « s’exposent à des retards de traduction », soutient M. Théberge.
« Procéder ainsi augmente les risques pour les membres du public et les membres du personnel qui ne parlent pas la langue officielle de la majorité linguistique », s’inquiète-t-il dans un rapport publié la semaine dernière.
« Un retard dans les communications pendant une urgence peut avoir des conséquences néfastes, voire fatales, rappelle-t-il. C’est pourquoi le gouvernement fédéral doit s’efforcer de lever les obstacles qui pourraient retarder les communications rapides avec le public dans les deux langues officielles. »
L’une des racines du problème qui est identifiée est que plusieurs postes qui devraient être occupés par des personnes maîtrisant les deux langues officielles ne le sont pas.
« Ainsi, cette tendance pourrait potentiellement faire en sorte qu’un grand nombre de fonctionnaires fédéraux, lorsqu’ils sont appelés à communiquer dans les deux langues officielles en situation d’urgence, se trouvent dans l’impossibilité de le faire », constate le haut fonctionnaire fédéral.
Selon un sondage cité par le Commissariat aux langues officielles de 2228 répondants canadiens, 24 % d’entre eux disent avoir eu de la difficulté à accéder à des informations dans leur langue officielle lors de la pandémie. Photo : Getty Images
Il exhorte d’ailleurs le Conseil du Trésor à mieux surveiller les institutions fédérales comme Sécurité publique Canada, pour s’assurer que celles-ci aient une main-d’œuvre bilingue prête à communiquer avec le public en cas d’urgence. Raymond Théberge recommande aussi au gouvernement et au Bureau de la traduction de faciliter la rédaction et la diffusion simultanée de communications en anglais et français notamment via « un service de traduction accéléré pour les situations d’urgence ou de crise ».
Plusieurs exemples au cours des dernières années
Au début de la pandémie de COVID-19, le Commissariat aux langues officielles (CLO) avait reçu plusieurs plaintes concernant un manque d’informations en français lors des premières conférences de presse de Justin Trudeau. Il y a Santé Canada, qui avait autorisé de manière provisoire une dérogation sur l’étiquetage bilingue sur les produits désinfectants. Au Nouveau-Brunswick et en Ontario, les mises à jour médiatiques sur la COVID-19, principalement unilingue, ont aussi été dénoncées à l’époque.
25 % des francophones hors Québec ayant répondu à un questionnaire du CLO disent avoir eu de la difficulté lors de la pandémie à avoir accès à des informations dans leur première langue officielle.
Raymond Théberge pointe aussi vers d’autres situations où des ministères fédéraux ont échoué à leurs obligations linguistiques en envoyant des messages d’alertes en anglais seulement comme durant des inondations ou lors de la fusillade sur la Colline du Parlement en 2014. D’autres situations comme des conférences de presse avec de hauts responsables en anglais seulement sont soulevées comme d’autres exemples de manquements à la Loi sur les langues officielles.
17 % des francophones hors Québec ayant répondu au questionnaire ont noté avoir eu des difficultés lors de moments d’urgence à avoir accès à de l’information en français.
TORONTO – Le cortège de la 44ème marche de la Fierté a défilé ce dimanche le long de la rue Yonge, où plus de 25 000 personnes et 250 organismes ont manifesté leur soutien aux communautés LGBTQ+. Toute la fin de semaine avait été animée d’une variété d’événements qui dépeignent le thème de cette année « Tous ensemble » voué à mettre en lumière les communautés trans et non-binaires.
Souder les communautés dans un contexte politique et social menacé par un certain recul des droits des personnes LGBTQ+, telles sont les préoccupations dans l’esprit des participants aux célébrations de cette année.
Maelig, qui enseigne au sein du Conseil Scolaire Viamonde, participe cette année pour la première fois.
« Ça me fait plaisir d’être ici et de représenter toutes les familles qu’on représente à travers nos écoles et qu’elles se sentent acceptées et reconnues », avance-t-elle. Le Conseil a d’ailleurs réalisé son lever de drapeau LGBTQ+ plus tôt ce mois-ci.
L’enseignante pense que le corps pédagogique apparait comme essentiel dans l’éducation des diversités des identités LGBTQ+. Cette dernière affirme qu’« on a des équipes dans le conseil qui nous envoient des ressources avec des livres, des petites histoires adaptées à tous les âges. »
Maelig est enseignante depuis 3 ans à Toronto. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
L’année prochaine, elle espère ramener ses enfants afin de leur faire découvrir les différentes activités sur place qui apprennent les notions d’égalité et d’acceptation.
En parallèle, la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) était présente. Normand Babin, animateur du Réseau Vivre+ Fierté Toronto, faisait la promotion de tous nouveaux groupes pour personnes âgées queers qu’il a commencé à organiser le mois dernier pour pallier la solitude de beaucoup d’entres eux.
« La question de l’isolement c’est ce qui revient le plus, avec la crainte d’aller en maison de retraite où l’orientation sexuelle ne sera pas reconnue », explique l’animateur.
« On parle de 2SLGBTQ+. Moi je dis gentiment qu’il manque une lettre, c’est V pour vieux », poursuit M. Babin.
Une minorité dans une minorité
C’est dans cette lignée que la Fierté de cette année met particulièrement l’accent sur des minorités dans les minorités.
Selon le directeur d’Action Positive, Benjamin Sourisseau, « les jours précédents sont vraiment communautaires et sont basés sur le droit de la personne ainsi que sur la défense de ces droits. Ces deux foires (Trans March et Dyke March) représentent exactement ce que j’attends d’une parade », dit-il.
Le village francophone se tenait dans la rue Church tout au long des célébrations. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Il s’agit également de sa première participation en tant que directeur général et il souligne à quel point les personnes LGBTQ+ atteintes de VIH se retrouvent dans une inégalité des services de santé en français.
« Pour le cas du VIH, on va moins se dépister, on va moins être informé et je pense que c’est vraiment quelque chose pour lequel il faut continuer à se battre en tant que francophone », affirme-t-il.
Il déplore également l’investissement irrégulier du gouvernement, qui selon lui devrait être fait de manière systématique.
« Souvent c’est fait en après-coup, avec des fonds de tiroirs. Nous, on a besoin de quelque chose qui soit définitif, soit permanent et qui soit à la hauteur de la population », lance le directeur général.
Selon Benjamin Sourisseau qui dirige Action Positive à Toronto, il y a eu un contre-mouvement qui s’est créé afin que la Fierté garde son sens initial. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
L’une des batailles de M. Sourisseau reste encore de créer une loi au niveau fédéral autour de la criminalisation du VIH.
« Ce serait très important que le Canada puisse faire en sorte que les personnes atteintes par le VIH ne soient plus facilement poursuivables et que ce soit une réponse de santé publique et non pas une réponse de droit pénal », martèle-t-il.
La Fierté est-elle toujours une lutte?
D’après Normand Babin, il existe une espèce de fatigue de la Pride chez beaucoup de personnes âgées, dans la mesure où cette population a vécu les années 70-80, où c’était majoritairement des manifestations et des revendications qui occupaient l’espace public, aujourd’hui presque effacées par l’esprit festif.
Il appuie tout de même l’importance de ces initiatives : « Il y a un de nos nouveaux membres à Sudbury qui vient de sortir du placard récemment à environ 70 ans. Pour lui, c’est un grand moment de fierté, de solidarité, de pouvoir marcher dans la rue et de dire c’est ce que je suis. Et ça devrait être le but premier de toutes les Pride », raconte-t-il.
Le thème des célébrations de la Fierté cette année est « Tous ensemble » et a pour objectif de souligner la solidarité envers les communautés trans et non-binaires. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Le thème des célébrations de la Fierté cette année est « Tous ensemble » et a pour objectif de souligner la solidarité envers les communautés trans et non-binaires. Photo : ONFR/Abigail Alves Murta
En définitive, de nombreuses personnes s’accordent à dire que la Parade a changé.
« Quand on voit défiler dans la parade, c’est des banques, des compagnies d’assurance, des compagnies de tout genre », déplore l’animateur du réseau VIVRE+ Fierté.
Cette année a été marquée par une note négative, avec des commanditaires tels que Google et Home Depot qui ont rétracté leur participation. La Ville de Toronto a dû débloquer un financement de 350 000 $, autrement dit une augmentation de 35 % par rapport à l’année dernière.
Au total, c’est d’un déficit de près de 900 000 $ auquel l’organisateur a dû s’adapter pour garder le plus grand festival de fierté d’Amérique du Nord à la surface.
Cette année marque le 54e anniversaire des premières marches de la Fierté au Canada.
Après une quinzaine d’années à Ottawa, la Franco-Manitobaine Marie-Ève Fontaine rentre au bercail. Elle devient la nouvelle directrice artistique et co-directrice générale du Théâtre Cercle Molière (TCM) de Winnipeg, la plus ancienne compagnie de théâtre au Canada. ONFR l’a rencontrée avant son déménagement.
« Vous avez déjà une feuille de route bien remplie dans le domaine du théâtre franco-canadien. Qu’est-ce qui vous a amenée dans cet univers?
La pomme ne tombe pas loin de l’arbre. Quand j’étais enfant, mes parents étaient très actifs dans la vie culturelle du Manitoba. Mon père y a démarré la Ligue d’improvisation. Ma mère était très impliquée avec l’animation culturelle dans les communautés et trippait sur la marionnette. Mon frère et moi étions tout le temps dans les coulisses du centre culturel. À un moment donné, j’ai décidé que je participais à l’un de leurs spectacles.
Après, j’ai participé au Festival théâtre jeunesse du TCM, ce qui a cristallisé cet intérêt pour le théâtre. Quand est venu le temps de faire des études, je me suis inscrite en théâtre à l’Université d’Ottawa. Je voulais quitter le Manitoba, voir autre chose, et Ottawa était un environnement francophone avec un écosystème plus varié, plus dynamique que Winnipeg. Ça me plaisait comme entre-deux, par rapport à Montréal qui m’intimidait.
Marie-Ève Fontaine travaille présentement sur la pièce documentaire Giant Mine. Photo : Jonathan Lorange
J’ai adoré mon BAC. Ça a fait boule de neige à partir de là. Des professeurs m’ont proposé des contrats. On nous disait aussi : ‘Si vous voulez travailler, n’attendez pas que le téléphone sonne.’ Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Grâce à mes parents, j’avais déjà la fibre de l’entrepreneuriat culturel. Je me suis tout de suite organisée pour financer des petites étapes de création, voir si j’étais capable de rassembler des gens autour d’une idée. Et ça fonctionnait super bien. Ça a fini par donner quelques spectacles, dont le plus abouti, Cet été qui chantait, que j’ai coproduit avec le TCM en 2023 et qui vient de faire une tournée nationale. On continue encore l’an prochain.
Vous avez collaboré avec plusieurs noms du théâtre franco-canadien. Mis à part les projets que vous avez écrits, lequel vous a le plus marquée?
Le dire de Di de Michel Ouellette. C’était mis en scène par Joël Beddows, qui était le directeur du département de théâtre quand j’ai fait mes études. On s’entendait vraiment bien, peut-être car c’est entre autres lui qui m’a formée.
Il m’a invitée pour auditionner au Théâtre français de Toronto. Je lisais dans le train et le texte m’est rentré dedans. C’était un solo, en plus. Je le trouvais tellement imagé, mystérieux, stimulant. Quand je suis arrivée pour l’audition avec Joël, je me sentais comme si on était déjà en train de travailler.
Marie-Ève Fontaine dans Le dire de Di, de Michel Ouellette, en 2017. Photo : Marc LeMyre
J’aime ça quand c’est intense. En étant toute seule sur scène, je me prouvais de quoi j’étais capable. Et c’était la première fois que je faisais une grosse tournée.
Chaque fois que j’étais sur le point d’embarquer sur scène, je me disais : ‘Je suis tellement chanceuse, j’ai tellement hâte d’être dans le spectacle.’
Vous avez eu une nomination pour un Prix Rideau pour ce rôle. Vous aviez d’ailleurs gagné le Rideau Artiste émergente en 2015. Qu’est-ce que ça change dans une carrière?
Ça peut accorder une perception de légitimité, au niveau des demandes de subventions. Quand tu veux obtenir quelque chose, tu es capable de dire : ‘Regardez, on m’a reconnue.’
Je dirais que le prix qui m’a le plus aidée, c’est celui remis par la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada (ATFC), le Prix national d’excellence RBC – artiste émergent. Ça venait avec une bourse de 10 000 dollars. Ça m’a donné beaucoup de visibilité. Ça peut aider à accéder plus rapidement à du financement ou à des collaborations.
Avez-vous réussi à vivre du théâtre depuis votre sortie de l’école, en 2015?
Oui. Mis à part une année où je suis allée vivre en Nouvelle-Zélande avec un copain de l’époque. À part ça, j’ai fait un peu de radio communautaire à temps partiel. Je suis retournée un an ici et là au Manitoba. Je faisais des emplois connexes, mais ce n’était pas en plein dans le mille. À Ottawa, j’ai toujours vécu de mon travail comme artiste et comme travailleuse culturelle.
J’ai aussi travaillé au CNA, au Festival Big Bang. J’étais accompagnatrice et coordonnatrice artistique du volet des jeunes ambassadeurs.
Marie-Ève Fontaine s’implique aussi auprès des jeunes, entre autres en donnant des ateliers. Photo : Gracieuseté de Marie-Ève Fontaine
J’ai fait beaucoup d’ateliers dans les écoles, aussi. Pendant la COVID, c’est un peu comme ça que je me suis tirée d’affaire. J’ai inventé des histoires où les élèves se connectaient en virtuel et rencontraient mon personnage. J’ai réussi à être assez inventive pour vivre de mon art.
Je pense que ça vient aussi de mes parents. Au Manitoba, comme artiste, il faut vraiment que tu aies plein de cordes à ton arc.
Vous terminez une résidence d’un an au CNA. Parlez-nous de cette expérience.
Spécifiquement, ma mission était de travailler sur Giant Mine, un spectacle de théâtre documentaire sur lequel je suis depuis 2020. La pandémie m’a beaucoup ralentie, mais c’est aussi un processus de recherche qui a été vraiment long. Ça va être produit l’an prochain par le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) et moi, en coproduction.
Des extraits du projet Giant Mine ont été présentés devant un public restreint, lors d’une sortie de résidence, en juin 2025. Photo : Sylvain Sabatié
Mani Soleymanlou (le directeur artistique du Théâtre français du CNA) m’a proposé un boost pour arriver à pondre ce projet. J’avais une compagnie avec Guillaume Saindon, dont je ne fais plus partie, mais au départ c’était nous deux. On avait parlé à Mani de plusieurs projets, notamment Giant Mine.
Oui, on a réussi à obtenir un chantier. C’est cool, parce que Cet été qui chantait, j’ai eu la chance de le présenter en chantier en 2021, puis en spectacle en 2023 pendant les Zones théâtrales. C’est en partie grâce à ça que l’on a pu faire une tournée dans huit théâtres, dans trois provinces.
Je ne pense pas que Giant Mine soit aussi grand public que Cet été qui chantait, mais notre intention est de proposer ce spectacle dans des petites communautés éloignées qui vivent avec l’industrie minière.
Quel est l’enjeu de Giant Mine et comment en avez-vous eu l’idée?
Ma mère a habité pendant environ 15 ans à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. C’est un lieu que j’ai tout de suite aimé. Ma première visite était au solstice d’hiver. Il faisait clair quatre heures par jour. Le reste du temps, il faisait noir comme nuit. Et il y a des aurores boréales. L’été, c’est inversé. Le soleil se couche, mais à peine, avant de se relever. Les plantes poussent en un clin d’œil. Les gens qui vivent là incarnent un peu ces extrêmes. Ils ne veulent pas de compromis.
Je me suis aperçue que cette ville existe à cause de deux mines d’or, qui sont à l’intérieur des frontières de la ville. Elles sont toutes les deux désaffectées. Il y en a une qui a une quantité incroyable de trioxyde d’arsenic, un produit dérivé de l’extraction de l’or, vraiment toxique et très solvable dans l’eau. Et c’est juste sur le bord du Grand lac des Esclaves. Si les contaminants atteignaient la nappe phréatique, toute l’eau serait empoisonnée.
Je n’avais jamais été exposée à l’industrie minière et à ses enjeux écologiques. Je me suis un peu garrochée dans cette recherche. Ça m’a menée à Sudbury, à Rouyn-Noranda, à Fort McMurray.
Les recherches sur Giant Mine ont mené Marie-Ève Fontaine à Sudbury. Photo : Jonathan Lorange
Je travaille sur un texte où je me sers des verbatims d’entrevues et de mes expériences personnelles avec le lieu pour aborder le sujet des enjeux écologiques liés aux industries d’extraction, mais aussi à notre relation avec le territoire et avec nos objets, pour questionner nos habitudes de consommation.
Comment vivez-vous le grand succès de Cet été qui chantait?
Je pense que, comme artiste, on s’en rend compte quand on est chanceux. C’est toute une question que ce soit le bon moment pour cette idée-là, de trouver les bons collaborateurs et que la mayonnaise prenne.
J’ai eu cette idée en lisant un livre de Gabrielle Roy, une de mes autrices fétiches. J’ai travaillé dans sa maison d’enfance, qui est devenue un musée à Saint-Boniface. C’était mon premier emploi. J’avais mon petit background de marionnette grâce à ma mère. Je lisais ça et je me disais que ce serait bon en marionnette.
Marie-Ève Fontaine incarne Gabrielle Roy dans Cet été qui chantait. Photo : Jonathan Lorange
À partir de là, les gens qui entendaient parler de mon idée m’encourageaient, dont Geneviève Pelletier, directrice artistique et générale du TCM. Je me suis entourée de certaines personnes, dont ma mère, Pierre Robitaille à Québec, Gérald Laroche, musicien manitobain et Denis Duguay, scénographe manitobain.
J’ai commencé à faire des demandes de subventions et ça fonctionnait. Et à un moment donné, le TCM a décidé de coproduire.
Il a fallu que je sois patiente, que je sois à l’écoute de l’œuvre, des étapes dont elle avait besoin. On s’est rendu en 2023, au TCM. On l’a présentée devant des jeunes, des vieux et tout le monde entre les deux, et on a eu une super belle réception.
On l’a présenté à Petite-Rivière-Saint-François, le village duquel sont inspirées les histoires, dans la cabane à sucre qui est mentionnée dans le livre. C’était incroyable! C’est un spectacle très feel good, une célébration de la nature, de la beauté et de la vie.
Est-ce que l’attachement des gens pour Gabrielle Roy fait partie de la formule gagnante?
Je pense que c’est ce qui fonctionne dans ce projet. Il y a quelques portes d’entrée, dont Gabrielle Roy. Il y a aussi l’aspect musical, très inventif, l’aspect marionnette et l’aspect image. On a pris le pari de faire quelque chose pour les petits et les vieux. On voulait quelque chose d’intergénérationnel, ce qui est aussi très tendance.
Marie-Ève Fontaine a également joué dans la série télévisuelle Le monde de Gabrielle Roy. Photo : Gracieuseté de Marie-Ève Fontaine
Cette expérience de Cet été qui chantait a été formatrice à tellement de niveaux pour moi, je pense que c’est ce qui fait que j’ai été choisie pour le poste au TCM. Parce que c’est un projet qui est lié au Manitoba et à cet héritage culturel, que je l’ai fait avec le TCM, et aussi parce que ça m’a permis de me prouver comme productrice et directrice artistique.
Quel a été le processus qui vous a menée à cette nomination au TCM?
J’ai toujours gardé un lien très fort avec Saint-Boniface, parce qu’une partie de ma famille est là. C’est un point de repère culturel. Le TCM est un organe vital de la culture francophone dans l’Ouest.
Quand Geneviève a annoncé sa démission, j’étais moi-même… c’est fatiguant, être artiste pigiste et productrice indépendante. Je l’ai dans le corps, un peu. Même si c’était vraiment enrichissant, je suis fatiguée. J’aimerais ça avoir des gens qui m’aident à réaliser une vision.
J’avais ces pensées-là quand Geneviève a annoncé son départ. Ma mère vient juste de quitter les Territoires du Nord-Ouest pour retourner au Manitoba, et c’est une artiste avec qui je collabore. C’est quelqu’un en qui j’ai confiance, ma confidente et ma consultante.
Alors là, je vois ma mère qui retourne avec son copain, qui est aussi acteur et va jouer dans Giant Mine, et puis le poste s’ouvre alors que je viens juste de fermer plein de projets. Tout s’est aligné comme une éclipse solaire. Je pense que c’est le moment de retourner.
Les réactions ont été enthousiastes. Les gens vous connaissent et il y a une certaine continuité…
Je pense que oui. Je suis à Ottawa depuis 15 ans, mais il y a plein d’histoires que j’ai envie de raconter qui sont ancrées dans l’Ouest. Ça fait quelques années que je me demande pourquoi j’ai ces idées, sur la vie de tel personnage historique, par exemple. Les gens me disent : ‘Parles-en au TCM, ce n’est pas ici que tu vas faire ce show-là.’
Quelle est votre ambition pour le TCM dans les années à venir?
Quand j’étais adolescente et que Roland Mahé était à la tête du TCM, je trouvais que c’était pas mal conventionnel. Quand Geneviève est arrivée, elle a fait un virage vers un théâtre de création, vers la prise de risque et l’innovation artistique, ce qui est bien pour moi.
Marie-Ève Fontaine dans Le Tartuffe de Molière, avec le Fâcheux théâtre, en 2024. Photo : Jonathan Lorange
En même temps, je remarque que le public qui allait au théâtre conventionnel n’a pas suivi ce virage. Je veux trouver un juste milieu entre ces deux visions.
Il y a beaucoup d’immigration africaine dans la communauté francophone. Il faut que ces gens-là se voient sur scène aussi. Il faut trouver une cohésion sociale, et je pense que le TCM peut faire ça.
Avez-vous d’autres projets en chantier?
Oui… à quel point je peux ou veux révéler ça, je ne sais pas. Des projets artistiques, ce sont des petits objets fragiles, au début. Récemment, il est sorti un balado vraiment super sur Pauline Boutal, la directrice artistique qui a précédé Roland Mahé au TCM. C’est elle qui a monté les premiers Molière au Théâtre Cercle Molière, ironiquement.
J’ai beaucoup travaillé avec le Fâcheux Théâtre, qui fait Molière dans le parc à Gatineau. Je trouve qu’ils font un travail extraordinaire de développement de public, parce que c’est super accessible, sur contribution volontaire. Tu peux voir un itinérant et un sous-ministre un à côté de l’autre qui rient des mêmes blagues. Je pense que c’est une des clés, de revenir vers le classique et de le rendre fun.
Je pense aussi à un projet sur Marie-Anne Gaboury, la grand-mère de Louis Riel et épouse du voyageur Jean-Baptiste Lagimodière. Elle a été la première femme blanche à s’établir dans l’Ouest canadien. Elle a eu une vie rocambolesque. Elle a vécu un peu partout, ça vient chercher mon petit côté pancanadien. »
LES DATES CLÉS DE MARIE-ÈVE FONTAINE
1991 : Naissance à Winnipeg, au Manitoba
2014 : Début de carrière alors qu’elle poursuit son BAC en théâtre, à Ottawa
2017 : Joue dans Le dire de Di, de Michel Ouellette
2022 : Participation à Un. Deux. Trois, spectacle à grand déploiement de Mani Soleymanlou
2023 : Création de Cet été qui chantait, qui connait un succès national
2024 : Est nommée artiste en résidence du Théâtre français du CNA
2025 : Nomination comme directrice artistique et co-directrice générale du TCM
Chaque samedi, ONFR propose une chronique franco-ontarienne. Cette semaine, l’auteur torontois Soufiane Chakkouche narre ses défis d’immigration canadienne, un récit à suivre en plusieurs parties.
[CHRONIQUE]
Pour cette dernière de la saison, je vais enfin honorer ma parole – ou presque – et dessiner ainsi les sons de la séance de ma cérémonie de citoyenneté lors d’un mardi gris, gras d’émotions, sentant les relents de la pandémie au grand dam des touristes, avec ou sans visa!
Avant toute chose, je souhaite rassurer celles et ceux qui « kiffent » mes lignes et savent lire entre ces dernières : je viens de renouveler mon contrat de chroniqueur avec le groupe TFO. D’autres vont devoir me supporter encore un an de plus.
Derniers effluves de la COVID-19 obligent, j’ai juré fidélité à mon deuxième roi en ligne, il y a plus de deux ans de cela. Si je ne me souviens guère de la date exacte de ce tournant dans ma vie, je me rappelle très bien que je portais une chemise blanche impeccablement repassée, mais pas de pantalon, juste un caleçon usé, mais propre. Loin de moi était l’idée de manquer de respect à la cérémonie avec un tel accoutrement, surtout que les dizaines de personnes qui y assistaient, par familles entières parfois, étaient tirées à quatre épingles derrière leurs petits écrans, petit drapeau canadien à la main. Le fait était que, l’organisation n’étant pas ma tasse de thé à la menthe, tous mes vêtements extérieurs couvrant le dessous de ma taille étaient à la machine.
« Mais qu’est-ce qu’on s’en fout de ces détails! Va directement à l’essentiel, le nombre de mots t’est compté », souffle à raison la Petite voix dans ma boîte crânienne.
Un homme ne pleure pas, mon fils
Ce jour-là, je cessai officiellement d’être un touriste de l’histoire. Ce jour-là, je fis mine de chanter un hymne que je ne connaissais qu’à moitié – je n’aime pas les hymnes nationaux, car ils résonnent dans mes tympans comme un clairon de ralliement à la guerre. Ce jour-là, on me remit un certificat et une boule dans la gorge que même le sirop d’érable aurait du mal à faire passer.
Et pour cause, cette juge de noir vêtu, maîtresse de la cérémonie, devant un mur aussi jaune qu’un formulaire d’immigration, et dont la bienveillance rappelait celle d’un professeur de philosophie qui croit encore en l’humanité avait prononcé des mots simples, mais puissants à propos du vivre-ensemble, de la diversité et de la liberté. Elle avait cette voix qui donne envie de ne jamais enfreindre la loi ou d’adopter un castor! Elle parlait avec cette douceur rarement entendue dans une réunion virtuelle. Elle aurait pu m’annoncer la découverte d’une planète carrée ou la fin du monde, j’aurais tout gobé.
Cependant, ce fut lorsqu’elle dit que le Canada était chanceux de nous avoir que l’émoi du cœur atteignit son paroxysme en moi. Mes yeux se mouillèrent sans mon consentement. Or, je fis vite de laper mes larmes devant ma conjointe, qui jouait aussi son avenir à mes côtés, car de là d’où je viens, un homme, ça ne pleure pas, ou en cachette!
En revanche, beaucoup de personnes qui venaient également de loin laissèrent libre cours à leurs larmes, les âmes libres, enfin… Je pensai illico que beaucoup d’entre eux étaient arrivés ici en tant que réfugiés, des survivants, des gens pour qui ce papier était plus qu’un droit de vote, un gage de liberté. Je les regardais pleurer avec cette honte de celui qui a eu la vie un peu plus facile. Comme moi, ils avaient traversé des océans, des frontières et des silences. Comme moi, ils avaient finalement atteint bon port.
Ce jour-là, je compris que devenir citoyen, c’est rejoindre une histoire. Et parfois, cette histoire commence avec des yeux embués et des épaules secouées… mais le cœur plus léger.
Allez, ça suffit, rangeons le violon dans son étui et attaquons-nous aux bassesses de ce monde!
Le passeporte
Au-delà de tout cela, la citoyenneté canadienne est synonyme d’un passeport bleu. Cette couleur anodine sur un document qui tient dans la paume d’une main est le rêve de beaucoup de jeunes de l’hémisphère sud. Et pour cause, c’est un sésame planétaire qui ouvre toutes les frontières, sauf celles de la Corée du Nord!
En effet, selon l’index Henley Passport publié en mai dernier, le passeport canadien offre un accès sans visa ou visa à l’arrivée (une simple formalité) à 184 pays, ce qui le place à la 8ᵉ position mondiale en termes de passeports les plus puissants. Rien à voir donc avec mon ancien passeport vert, qui occupe la 69ᵉ position et qui n’ouvre que sur le tiers-monde (oups les pays en voie de développement).
Finis donc pour moi les formulaires sans fin, les preuves bancaires, les photos biométriques, les fiches anthropométriques, les prières en quatre exemplaires et surtout finies les interminables files d’attente devant les consulats sous le soleil de plomb de Marrakech.
Néanmoins, je ne peux clore cette chronique et la saison dans la foulée sans pousser un coup de gueule contre cette injustice mondiale que j’appelle l’art de voyager selon son PIB.
Pourquoi diable les citoyens des pays pauvres ont-ils besoin de visas, refusés pour la plupart, pour rendre visite aux pays dits développés et de droits, alors que ceux des pays riches peuvent papillonner de contrée en contrée lorsque l’envie leur prend? Pourquoi diable a-t-on dessiné des angles à la Terre alors qu’elle est ronde? À quel moment a-t-on décidé que le droit à l’évasion, à la découverte ou à la visite de grand-maman devait dépendre de la croissance du PIB ou du nombre de sièges à l’ONU? Bref, en somme, la planète est une école privée dont les pays pauvres n’ont pas payé les frais d’inscription.
Restent l’espoir, la bonté et la sagesse qui nous rappellent que nous sommes tous des habitants de la Terre mère nourricière et que le monde entier est le toit de ceux qui n’en ont pas.
À bon entendeur, Salamoualikoum (que la paix soit sur vous).
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
TORONTO – Adele est arrivée à Toronto depuis le Maroc avec, dans ses bagages, un passé marqué par les discriminations en raison de sa transidentité et de son homosexualité. En tombant dans la précarité et l’incertitude, les réfugiés LGBTQ+ se heurtent, comme elle, à un système carencé.
« J’ai quitté pour être libre », confit d’emblée Adele, qui a définitivement quitté le Maroc à la fin de l’année dernière, après 40 ans dans sa ville natale de Kénitra. Bien qu’elle ait suivi son frère qui vit à Toronto, le rejet de son orientation sexuelle par sa famille retentit encore ici, où elle vit dans un refuge.
« Je suis née en tant qu’homme, mais à l’esprit, au geste de femme », raconte Adele, qui, durant son enfance, a adopté un comportement et des intérêts perçus par la société comme efféminés.
À l’âge de 20 ans, sa nature féminine s’est heurtée à la violence de son père, combinée à la myriade de discriminations que les personnes homosexuelles endurent dans une société majoritairement régulée par la religion musulmane.
« Quand j’étais petite, mon père me frappait pour corriger ce qu’il considérait comme un problème, pour que je sois un homme », évoque-t-elle.
Elle dépeint l’expérience homosexuelle dans ce pays comme un rejet total de la société à tous les niveaux, y compris les violations des droits de la personne. « Ils peuvent même te refuser une hospitalisation. »
Au Maroc, Adele a été éloignée de sa famille par son père en raison de son homosexualité. Photo : ONFR/Florian Brisot
Jean-Nicolas Yacoub est avocat au sein de la clinique juridique du Centre francophone du Grand Toronto. Ce dernier rappelle que les discriminations subies par les ressortissants LGBTQ+ de pays qui criminalisent l’homosexualité se produisent sous des formes variées et insidieuses.
« Ce qui nous vient en tête le plus souvent, ce sont les personnes affligées par la guerre. Mais c’est beaucoup plus large que cela. La discrimination, c’est également une forme de persécution », rappelle l’avocat.
Selon lui, ce type de traitement est prévisible dans certains pays d’Afrique francophones comme la République démocratique du Congo ou le Cameroun.
Pour l’heure, aucune date d’audience n’est fixée pour l’asile qu’Adele a demandé, tant elle peine à trouver du travail. Georgelie Berry, coordinatrice des services d’établissement des nouveaux arrivants à FrancoQueer, affirme que « les délais de traitement tuent les nouveaux arrivants, surtout les demandeurs d’asile ».
Homophobie dans les couloirs du refuge
Par ailleurs, prouver son homosexualité peut s’avérer plus difficile pour ces réfugiés qui ont mené presque toute une vie dans le secret.
« Si la personne n’a pas de preuves concrètes, par exemple des photos avec son partenaire ou d’autres types de rapports, à la fin de la journée, tout va être une question de crédibilité sur le témoignage de la personne », affirme Jean-Nicolas Yacoub.
« Parfois, quand je me maquillais, ils commençaient à rire »
Même si elle a pu trouver un espace dans une maison de transition francophone du centre-ville, Adele se souvient d’expériences négatives au sein de refuges, comme à Homes First.
La négligence, voire les moqueries de la part de la gestion, l’ont fait se questionner sur l’engagement de certains établissements comme lieux sécuritaires pour les personnes LGBTQ+. « Parfois, quand je me maquillais, quand le gestionnaire et son équipe passaient, ils commençaient à rire par exemple », se souvient Adele.
Adele avait déjà tenté l’Espagne sans succès, afin de fuir la persécution pour son identité sexuelle et de genre. Photo : ONFR/Florian Brisot
Adele avait déjà tenté l’Espagne sans succès, afin de fuir la persécution pour son identité sexuelle et de genre. Photo : ONFR/Florian Brisot
Elle déplore un manque de formation et de sensibilité du personnel : « Je leur dis que mes plaintes, ce n’est pas pour vous faire des problèmes. Mes plaintes, c’est juste pour vous montrer qu’il y a une faille au sein de l’équipe. »
Georgelie Berry soutient l’idée qu’« il n’y a pas vraiment beaucoup de refuges spécialement adaptés pour les personnes LGBTQ+, notamment les femmes trans. On va trouver le drapeau dans un refuge puis on va vous dire que nous sommes un espace inclusif, mais ça doit être traduit dans les faits. »
Homes First a répondu à ONFR dans un courriel en s’abstenant de commenter ses cas individuels de plaintes par égard à sa politique de confidentialité.
Toutefois, l’organisation se dit engagée sur cette question par exemple en assurant des chambres d’affirmation de genre et en développant le premier site de refuge torontois spécifiquement dédié pour la communauté LGBTQ+.
Elle dit également soumettre son personnel à des formations obligatoires qui comprennent des modules relatifs à l’inclusion.
À Ottawa, Capital Rainbow Refuge est une maison de refuge spécifiquement faite pour accueillir les réfugiés sur le spectre queer. Selon Mauricio Oviedo qui coordonne les services et partenariats du refuge, les soins sensibles au traumatisme sont les plus importantes formations que tout personnel s’occupant de la communauté LGBT doit détenir.
« On ne peut pas traiter une personne qui fuit son pays, sa famille, parfois ne parle ni anglais ni français, sans considérer ses traumatismes ni la servir avec compassion », dit-il.
Après des expériences négatives consécutives, Adele conteste la bienveillance des centres de refuge envers la communauté LGBTQ+. Photo : ONFR/Florian Brisot
Choisir sa langue de communication
L’aspect de la langue occupe une certaine place dans l’expérience d’Adele dans la mesure où elle a développé un sentiment de conflit avec l’arabe, sa langue natale. « Je viens d’un pays arabe musulman, donc l’islam interdit ça (son homosexualité). Quand je parle avec un arabe je ne me sens pas bien », confie-t-elle.
Mauricio Oviedo confirme qu’il est commun que ces réfugiés refusent d’être mélangés à d’autres résidents de la même origine. « Parfois, ils viennent ici comme hommes, mais ils commencent leur transition à Ottawa. Donc ils ne veulent pas être placés avec d’autres de leur pays qui vont peut-être commencer à faire des commentaires », décrypte-t-il.
En réfléchissant à sa propre expérience de femme de couleur et queer, Georgelie Berry explique qu’en Ontario, être à la fois francophone, queer et une personne de couleur constitue un ensemble d’intersections compromettant le parcours de ces personnes. « On peut vivre 100 fois l’homophobie dans notre communauté ethnoculturelle », mentionne-t-elle.
Cela s’ajoute à la difficulté qu’Adele a rencontrée pour bénéficier de services en français à Toronto, où les refuges dédiés à la communauté LGBTQ+ affichent souvent complet.
Le Canada, terre d’asile des réfugiés LGBT?
Plus tôt ce mois-ci, dans la même lignée que les renforcements politiques en matière d’immigration qui se suivent depuis plus d’un an, le nouveau projet de loi C-2 voué à resserrer les mesures de sécurité à la frontière canado-américaine a marqué un important durcissement des options d’accès à l’asile au Canada.
Face à cette forme de fragilisation de l’image du Canada comme terre d’asile pour les réfugiées francophones LGBTQ+, des groupes œuvrant pour la défense des droits de la personne s’inquiètent d’une entrave au droit de demander l’asile de ces réfugiés. « C’est comme des sortes de mesures draconiennes, c’est anti-réfugiés, anti-immigration. Ça va contre l’esprit de la Convention de Genève », suggère Jean-Nicolas Yacoub.
D’après Adele, un effort reste à fournir notamment de la part des administrations des refuges, qui demeurent l’une des premières institutions avec lesquelles ces réfugiés interagissent dès leur arrivée au pays. « Ils disent que le Canada c’est ouvert. Mais ce n’est pas cas. Il y a pas mal de personnes qui n’acceptent pas (cette diversité) », conclut Adèle.
*LGBTQ+ désigne les personnes lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queer, le + englobant ici l’ensemble des personnes aux autres réalités diverses.
Une légende de la musique, Serge Fiori, s’est éteinte le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste. Et comme la Saint-Jean-Baptiste, Serge Fiori, élevé au rang de symbole national au Québec, est aussi célébré dans toute la francophonie canadienne.
En Ontario, dans les années 1970, les notes d’Harmonium, tout comme celles de Fiori-Séguin (collaboration entre Serge Fiori et Richard Séguin) résonnaient en même temps que celles de CANO ou de Robert Paquette. Plusieurs se rappellent les rassemblements autour du feu de camp, les spectacles de la Saint-Jean ou les groupes d’étudiants dans les résidences universitaires, que ce soit à l’Université d’Ottawa ou à La Laurentienne, à Sudbury.
C’est le cas de Daniel Cayen, fier Franco-Ontarien, qui rappelle que les années 1970 étaient effervescentes aussi dans sa province. « C’était pas mal mouvementé. Ce sont des années de contestation en Ontario. Ça nous accompagnait dans nos manifestations. »
Celui qui a plus tard travaillé dans la haute fonction publique ontarienne, notamment au sein du ministère des Affaires francophones, a été choqué par le traitement médiatique de la mort du musicien parmi tant d’autres, trop centré sur le Québec, selon lui. « Nous aussi, on est en deuil, à l’extérieur du Québec, déplore-t-il. Quand on néglige l’impact de Fiori sur le réveil culturel en Ontario français, non seulement ça insulte les francophones hors Québec, mais ça diminue l’influence de Serge Fiori. »
Toute une vague francophone
À la fois Franco-Ontarien et Québécois, Robert Paquette parle en effet d’un sentiment de groupe, incluant également les Québécois de Beau Dommage, les Franco-Ontariens de Garolou ou les Acadiens de 1755, qui partageaient « cette conviction fondamentale de l’importance de la langue française pour véhiculer ce qu’ils étaient et ce qu’on était » en tant que francophones.
À l’opposé de critiques parfois formulées envers les groupes québécois, il n’a pas senti que les artistes des autres provinces étaient mis à part dans cette émancipation collective, même s’il reconnaît qu’il fallait se déplacer au Québec pour être reconnu. Il croit que, de par leurs tournées au pays (entre autres à Sudbury, en 1976), Serge Fiori et Harmonium étaient très conscients de la francophonie canadienne. Il se dit aussi heureux que le talent de l’artiste ait été reconnu de son vivant.
Harmonium, après avoir reçu un hommage au Gala de l’ADISQ, en 2018. Photo : La Presse canadienne/Graham Hughes
Marcel Aymar raconte également s’être senti dans la même vague, entre autres lorsque Serge Fiori et Richard Séguin étaient venus assister à un spectacle de CANO.
« Comme groupe et comme beaucoup d’autres musiciens à travers le Canada, on trippait sur Harmonium et sur Serge Fiori », raconte-t-il.
Il nuance toutefois en précisant que le groupe de L’heptade « a surtout eu une influence au niveau musical » et pas nécessairement au niveau identitaire pour les francophones hors Québec.
« C’est une époque où tous les francophones à travers le Canada étaient en train de se définir. (…) On n’était pas juste des Canadiens français d’un bout à l’autre du pays, mais on avait des communautés différentes. »
Paul Paiement, musicien amateur et frère des membres de CANO André et Rachel Paiement, abonde dans le même sens. « Il n’y avait rien de politique dans notre goût pour cette musique-là. C’était la musique comme telle qui venait nous chercher. »
« Je sais que Serge était nationaliste. Mais sa musique, pour moi, était universelle. »
— Paul Paiement
Il est tout de même convaincu que les gens de sa génération ont conservé leur fierté francophone grâce à tous ces groupes de la même époque, ce que croit aussi le technicien de son et professeur au Collège Boréal, Jules Ducharme.
« Ça fait partie de ma jeunesse et de ma vie de tous les jours, explique-t-il. Je ne savais même pas que c’était québécois (…) Entre Harmonium, CANO et Robert Paquette, c’était LA musique, LA francophonie qui était chez nous », raconte celui qui a grandi dans une famille de militants franco-ontariens.
Traverser les frontières, linguistiques et temporelles
C’est plus tard, quand il a côtoyé des Québécois, que Jules Ducharme a senti que certains s’appropriaient la musique d’Harmonium comme quelque chose d’exclusif au Québec, comme s’il n’avait pas le droit d’être un fan au même titre qu’eux. « Ce n’était pas méchant. Il y avait juste une incompréhension. »
Pourtant, comme l’explique l’auteur-compositeur-interprète Dayv Poulin, de nombreux musiciens francophones ont gratté leurs premières guitares en fredonnant Pour un instant.
« Quand on apprend, on cherche des chansons que tout le monde connaît. Quand je chante des chansons d’Harmonium, je peux jouer un spectacle à Timmins comme je peux jouer un spectacle à Ottawa ou au Québec, et tout le monde va les connaître. »
Pour Dayv Poulin, l’admiration va encore plus loin. En 2012, avec son projet Le Paysagiste, il a lancé une reprise de la chanson Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie. C’est ce qui lui a donné l’idée du prénom de son fils… Fiori.
« C’est un peu comme quand je parle de Pink Floyd ou des Beatles, mais du côté canadien-français, à quel point ce groupe-là a eu un impact. »
— Dayv Poulin
Quelques années plus tôt, en 2009, Dayv Poulin a orchestré un hommage à Harmonium pour le spectacle de la Saint-Jean-Baptiste de La Slague. Paul Paiement raconte que c’est ce soir-là que ses enfants ont eu la piqûre. Le directeur général de La Slague, Stéphane Gauthier, se rappelle aussi d’une soirée mémorable. « C’est un de nos très beaux gros moments des 20 dernières années. »
Au début de l’âge adulte, Stéphane Gauthier collectionnait les vinyles. Les seuls disques francophones qu’il arrivait à trouver en Ontario étaient ceux d’Harmonium, qu’on pouvait dénicher dans des bacs de disques usagés. Il faut dire que le groupe de Serge Fiori avait d’abord chanté en anglais, en tout début de carrière, et que certains fans avaient suivi le bateau après le virage francophone.
Dayv Poulin incarnait son idole Serge Fiori pour un hommage à Harmonium à Sudbury, en 2009 : Photo : Gracieuseté de La Slague
Le musicien punk Véloce André, qui a commencé sa carrière en anglais, raconte pour sa part que c’est Harmonium qui lui a fait comprendre « qu’il y avait de la musique un peu plus flyée en français. » Alors qu’il se renfrognait parfois devant les choix musicaux francophones de son père, il est rapidement devenu fan de Serge Fiori, dont il se rappelle aussi l’album éponyme, sorti en 2014. « C’est vraiment un des grands chanteurs québécois qui m’ont beaucoup influencé. »
Véloce André peut aussi témoigner de l’amour que portent les artistes de la relève franco-canadienne à Serge Fiori. « Au Festival international de la chanson de Granby, j’ai passé beaucoup de temps avec les autres hors Québec. Ils connaissaient tous Serge, on a jammé sur des tounes d’Harmonium. »
OTTAWA – Les fonctionnaires francophones au fédéral se disent beaucoup moins à l’aise de travailler et de communiquer dans leur langue comparativement aux anglophones, selon un sondage répondu par plus de 150 000 travailleurs.
Le Conseil du Trésor a dévoilé plus tôt cette semaine les résultats d’un sondage auprès des fonctionnaires fédéraux de 2024 pour la fonction publique. Au total, 186 635 employés de 93 ministères et organismes fédéraux ont répondu, pour un taux de participation de 50,5 %. Ce coup de sonde effectué depuis plusieurs années comporte cette fois de nouvelles questions concernant la langue de travail.
Si, à première vue, une très forte majorité de fonctionnaires se disent libres d’utiliser le français ou l’anglais (88 % de réponses positives) lors de réunions ou encore de rédiger des documents et courriels dans la langue de leur choix (85 % de réponses positives), les données diffèrent entre les deux groupes linguistiques.
C’est 75 % des 58 255 fonctionnaires francophones ayant répondu au sondage qui considèrent qu’ils sont libres d’utiliser la langue de leur choix en réunion, alors que ce chiffre bondit à 94 % chez les anglophones.
La différence est aussi distincte pour la rédaction de courriels et de documents, alors que 23 % des francophones disent ne pas se sentir libres de le faire dans la langue de leur choix, alors que ce chiffre tombe à 3 % chez les 127 090 fonctionnaires anglophones ayant répondu à cette question. 66 % des francophones se disent à l’aise de rédiger en anglais ou en français alors que ce nombre s’élève à 94 % pour les fonctionnaires dont l’anglais est la langue officielle.
Pour ce qui est de la communication directe avec un superviseur, les fonctionnaires anglophones (96 %) et francophones (90 %) se disent confortables de communiquer dans la langue de leur choix. Idem pour les cadres supérieurs alors que seuls 11 % des employés anglophones et francophones disent qu’ils ne communiquent pas dans les deux langues officielles.
Depuis 2020, les données linguistiques concernant les cadres et les superviseurs sont similaires, avec des variations annuelles de 0 à 5 %.
Manque de formation linguistique
Plus du tiers des anglophones dans la fonction publique estime que le manque de formation linguistique offerte dans la dernière année est nuisible à leur avancement professionnel. 37 % des travailleurs fédéraux considèrent que le manque de formation pour l’apprentissage du français a eu un impact sur leur carrière professionnelle dans les 12 derniers mois, alors que 63 % estiment que ça n’a pas eu de répercussion.
Chez les francophones, c’est 27 % qui jugent qu’une formation en anglais permettrait un meilleur avancement professionnel dans l’appareil fédéral.
Le sondage s’est déroulé du 28 octobre au 31 décembre 2024. Administré par Statistique Canada avec le Conseil du Trésor, cet exercice a lieu tous les deux ans.
SUDBURY – Figure discrète, mais essentielle de la francophonie du Grand Sudbury, Michel Lavoie a reçu, ce jeudi soir,le Mérite Horace-Viau, une distinction remise chaque année par les Clubs Richelieu de la ville à une personnalité francophone au parcours exceptionnel.
Organisée pour la 24e fois, cette soirée de reconnaissance souligne l’engagement bénévole et communautaire d’un ou d’une francophone qui contribue activement au rayonnement de la langue et de la culture française dans la région.
Cette année, c’est Michel Lavoie, membre du Club Les Patriotes de Sudbury depuis 39 ans, qui s’est vu remettre cette distinction au Centre communautaire Edgar-Leclair d’Azilda jeudi soir.
L’événement est, d’ailleurs, de retour au printemps, dans le cadre des célébrations de la Saint-Jean, après avoir été organisé à l’automne ces dernières années.
Le groupe de musique franco-sudburois The Frogs ont offert une prestation musicale en début de soirée. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Ça a été une belle surprise. Je suis bien content de cet honneur. Ça fait près de 40 ans que je suis membre du Club Les Patriotes de Sudbury. Je suis un fier membre et un fier franco-ontarien », a réagi celui qui est bénévole pour l’organisme depuis sa création.
C’est Marcel Vaillancourt, impliqué pendant une quinzaine d’années à la Nuit sur l’Étang, qui l’a nominé et lui a remis le prix jeudi.
Drapeau franco-ontarien
Homme de communications, militant syndical, bénévole infatigable, Michel Lavoie s’est impliqué dans une multitude d’organismes, souvent dans l’ombre, mais toujours avec conviction.
Ancien président de l’Association étudiante francophone (AEF) à l’Université Laurentienne, animateur de radio, il a également été agent de communications au ministère du Développement du Nord de l’Ontario, tout en représentant ses collègues à titre syndical pendant de nombreuses années.
Marcel Vaillancourt a fait part de plusieurs anecdotes au sujet de son amitié avec M. Lavoie. Photo : Inès Rebei/ONFR
« J’ai aussi présidé l’association des étudiants francophones lorsque j’étais à l’Université Laurentienne. Une de nos réussites, c’est qu’on a été capable de hisser le drapeau franco-ontarien en permanence sur le campus de l’université », se souvient-il.
« Michel place sa communauté avant lui et son égo », a déclaré M. Vaillancourt, évoquant son rôle déterminant dans la lutte pour faire flotter le drapeau franco-ontarien à l’Université Laurentienne en 1982.
Loyal et discret
Son engagement déborde largement son club Richelieu : les Chevaliers de Colomb, l’ACFO du Grand Sudbury, les Caisses populaires Desjardins, mais aussi le conseil d’administration de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario et de Cultural Industries Ontario North, pour soutenir les arts, notamment à Cinéfest, sont autant de milieux où Michel Lavoie a laissé sa marque.
L’engagement qui l’a le plus marqué : ses 17 années au sein du siège de la Caisse populaire nationale des voyageurs.
Michel Lavoie est à la retraite depuis deux ans et compte continuer à s’impliquer dans son Club Richelieu. Photo : Inès Rebei/ONFR
« J’aimais ça parce que ça montrait le côté financier pour aider les francophones de la région de Sudbury, du nord d’Ontario et on voyait le bien que ça faisait avec des retours dans les organismes communautaires », confie-t-il.
« Michel travaille beaucoup dans l’ombre, c’est pourquoi nous voulons mettre de l’avant sa contribution importante à la communauté francophone de Sudbury », souligne le comité organisateur présidé par Régent Dupuis, représentant les Clubs Richelieu de la région.
Un prix à portée collective
Le Mérite Horace-Viau, en plus d’être une reconnaissance symbolique, prend la forme d’un don remis en son nom à la Fondation Richelieu International, pour soutenir des programmes jeunesse axés sur l’environnement.
L’événement de jeudi a aussi permis de célébrer la relève francophone avec la remise des Prix Jeunesse Richelieu, attribués à de jeunes francophones engagés dans leur communauté.
Cette année, les récipiendaires sont Mélanie Denis-Plante (Prix Richelieu, niveau secondaire), élève de 12e année à l’École secondaire L’Horizon, Koloina Ralison (Prix Richelieu, nouvelle arrivante), élève de 12e année à l’École secondaire du Sacré-Cœur et Bradley Bertrand (Prix Richelieu, niveau post-secondaire), étudiant à la maîtrise en kinésiologie à l’Université Laurentienne.
Koloina Ralison est arrivée il y a deux ans de Madagascar avec sa famille. Photo : Inès Rebei/ONFR
Lise Lamothe, présidente du Centre de santé communautaire, n’a pas caché son émotion lors de son allocution honorant Bradley Bertrand, bénévole pour l’organisme. Photo : Inès Rebei/ONFR
Les trois lauréats recevront une bourse monétaire pour souligner leur contribution au rayonnement du français dans leur milieu, que ce soit au secondaire ou au postsecondaire.
Les clubs Richelieu ont remis 1375 dollars à la Fondation Richelieu International pour que Michel Lavoie devienne membre du cercle Horace Bio. Cet argent va appuyer des projets pour et par les jeunes francophones ayant une préoccupation environnementale.
L’orientation vers l’environnement de la Fondation Richelieu International s’est faite en 2019 lors du 75e anniversaire du Richelieu International.
Parmi les récipiendaires du Mérite Horace-Viau, depuis 2000, on compte Gaëtan Gervais (2005), Denis Constantineau (2016), Joanne Gervais (2022), Jacques Babin (2023) ou encore Germaine Paquette (2024).
Alain Dupuis (2011), Simon Paquette et Isaac Robitaille (2018), Maegan Lavigne et Camie Gareau (2023), Katrine Tessier, Amyka Gagné et Roxane Kamagate (2024) figurent parmi les lauréats des Prix Jeunesse Richelieu, lesquels sont remis depuis 2010.
D’anciens récipiendaires, ceux étant debout sur cette photo, ont aussi été reconnus durant la soirée. Photo : Inès Rebei/ONFR
TORONTO – Francophonie en Fête célébrera sa 20ᵉ édition du 12 au 27 septembre 2025 à Toronto, avec une programmation qui reflète la diversité francophone. L’événement débutera avec trois jours de spectacles gratuits au Bentway, sous l’autoroute Gardiner, avant de se poursuivre avec deux spectacles en salle au Paradise Theatre. Le programme a été officiellement dévoilé à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de l’organisme, tenue ce jeudi 26 juin, où le bilan de l’année écoulée a également été présenté.
La soirée d’ouverture, le vendredi 12 septembre, donnera le ton avec une série de performances mêlant rythmes urbains, musiques du monde et créations électroniques. Le trio Hasiba lancera les festivités, suivi de Folklassico, un groupe fusionnant les sonorités latines et africaines. Les platines seront ensuite confiées à plusieurs DJ : DJ Clembox déjà présent l’an dernier, DJ Jahtee et DJ UNPIER, pour faire danser la foule jusqu’à 22 h.
La tête d’affiche de la soirée sera Waahli, rappeur montréalais d’origine haïtienne, reconnu pour ses textes engagés et ses influences afro-caribéennes.
Le samedi 13 s’annonce comme la journée la plus dense, avec une programmation ininterrompue dès 11 h en fin de matinée. Njacko Backo & Kalimbas at Work ouvriront la scène principale avec leurs rythmes africains traditionnels.
On retrouvera ensuite notamment Suzelle, lauréate de plusieurs prix jeunesse, le chanteur marocain Hassan el Hadi et le collectif montréalais Welcome Soleil. Jessy Lindsay, avec son indie pop bilingue, Adama Daou et ses percussions maliennes, ainsi que Kymia et Marta Elena viendront compléter une journée riche en découvertes.
En soirée, la scène accueillera la Révélation Radio-Canada 2025 : le groupe Allô Fantôme, une formation de huit musiciens. « C’est un groupe qui va vraiment bouger la baraque, comme on dit », s’enthousiasme Jacques Charrette, directeur général du festival. « Une belle prise pour nous. »
Après une performance remarquée l’année dernière, Dee Joyce sera de nouveau présent cette année pour la journée du dimanche. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Le dimanche 14 septembre offrira une programmation tout aussi festive avec, dès le matin, le théâtre jeunesse d’Amandine & Rosalie, suivi du défilé de mode Ori-Krea Ballet. En milieu d’après-midi, Noemi & Le Friendless Crew apporteront une touche pop-électro rafraîchissante. « C’est vraiment du indie très, très apprécié », précise le directeur du festival.
Le duo féminin Beau Nectar offrira un set énergique et coloré, suivi par les voix métissées de Zilis d’Or, puis, Dee Joyce, très remarqué l’an passé, sera de retour cette année pour réchauffer la scène avec sa soul. « Dee Joyce a fait un tabac l’année passée », rappelle M. Charrette, en soulignant le lien fort qu’il a su créer avec le public.
L’artiste viendra une nouvelle fois électriser le Bentway avant une clôture en beauté signée Abel Maxwell, de retour sur scène à Toronto après plusieurs années d’absence. « Il vient de lancer son nouvel album », indique M. Charrette, ajoutant ainsi à l’excitation entourant cette performance.
La scène principale et les nombreux stands sous l’autoroute Gardiner dans l’espace Bentway ont été reconduits par l’organisation. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
La programmation se prolongera ensuite au Paradise Theatre avec deux soirées exceptionnelles. Le 26 septembre, Claude Dubois livrera un concert hommage à sa carrière.
« Claude Dubois, c’est un monument de la chanson québécoise. Il roule depuis les années 60, et aujourd’hui encore, sa voix est plus forte, plus assumée que jamais », souligne Michel Charrette. « Ce sont les plus grandes chansons québécoises qu’il a écrites. Le voir en spectacle, c’est vivre un pan de notre patrimoine musical. »
Le lendemain, Anthony Kavanagh présentera un spectacle d’humour mêlant musique, sons et mimiques, avec en première partie l’humoriste torontoise Magalie Bazinet. Ces deux événements sont les seuls à nécessiter l’achat d’un billet.
« C’est important pour nous, car ce sont les spectacles payants qui nous permettent de faire rentrer un peu de revenus dans la billetterie », précise le directeur général.
Sur le plan institutionnel, l’Assemblée générale annuelle (AGA) de l’organisation a permis de dresser un bilan positif malgré les défis financiers rencontrés. « Le coût de la production, c’est le plus gros des défis », reconnaît M. Charrette. « Les prix ont quadruplé depuis que nous devons occuper tout l’espace du Bentway. » Malgré cela, l’équipe maintient le cap, portée par la fidélité du public et des bénévoles.
L’implication de la jeunesse est aussi au cœur des priorités. Cette année, des chorales d’élèves des conseils scolaires Viamonde et MonAvenir seront intégrées à la programmation.
« On a travaillé ça depuis mai. C’est important d’impliquer les jeunes et leurs parents, qui viennent voir leurs enfants sur scène, et qui restent pour la suite », explique-t-il. « Il faut miser sur cette synergie. »
Enfin, l’édition 2025 marque une continuité dans le choix du site. « C’est notre quatrième année au Bentway. C’est un lieu emblématique. On veut que les gens s’habituent à venir ici chaque année », insiste M. Charrette. Protégé du soleil et de la pluie, bien situé près d’Exhibition, le site accueille aussi une vingtaine d’exposants, un espace jeunesse, des animations et une offre culinaire reflétant la diversité francophone : Afrique, Antilles, Haïti, France et Canada.
« Une belle programmation pour notre 20ᵉ édition », conclut-il avec fierté.
Un nom discret, mais une vision marquante. Luc Montpellier, né à Sudbury, éclaire le cinéma avec sa caméra. Directeur de la photographie pour On Swift Horses, il brille au TIFF 2024 aux côtés de stars hollywoodiennes. Sa trajectoire entre Toronto, Guy Maddin et Sarah Polley, raconte l’excellence franco-ontarienne.
TORONTO – Il y a 40 ans tout juste, l’Ontario posait les bases d’un ministère des Affaires francophones. D’abord une agence de conseil auprès du gouvernement dotée d’un ministre délégué, l’Office des affaires francophones s’est mué par la suite en ministère à part entière. De l’adoption de la Loi sur les services en français à l’ouverture de l’Université de l’Ontario français, en passant par la crise Montfort et le Jeudi noir, ONFR retrace quatre décennies d’une politique faite de hauts et de bas.
26 juin 1985. Jour d’assermentation à Queen’s Park. Fraichement élu, le premier ministre libéral David Peterson surprend l’opinion publique en créant l’Office des affaires francophones (OAF).
C’est un tournant majeur dans les corridors de l’Assemblée législative. Depuis les années 1970, les services en français étaient l’apanage du ministère des Affaires intergouvernementales qui s’appuyait sur un Bureau du coordonnateur provincial.
L’initiative n’est pas anodine. Dans un contexte de fortes tensions linguistiques en Ontario et de tentation souverainiste encore vivace au Québec, il faut envoyer un signal d’unité à la plus importante minorité francophone au pays.
« J’ai toujours porté une attention particulière à nos relations avec le Québec, argumente M. Peterson en entrevue avec ONFR, et je voulais faciliter la vie des minorités ici en leur créant un accès à des services en français qui leur permettraient de participer à tous les aspects de notre société. »
Extraits du journal Le Droit (20 et 26 juin) avant la formation du gouvernement Peterson. Source : Journal Le Droit, Bibliothèque et archives nationales du Québec
Et de confier ce tout nouveau portefeuille au député d’Ottawa-Est Bernard Grandmaître, « un homme logique, bon, un vétéran de la politique qui porte une attention forte à ses racines francophones », dépeint l’ancien premier ministre… L’homme de la situation, en quelque sorte, pour réaliser ce qui deviendra le plus grand fait d’armes du ministère : faire voter une loi donnant aux Franco-Ontariens le droit d’obtenir des services dans leur langue.
En novembre 1986, la Loi sur les services en français (LSF) est adoptée. Un pas de géant, bientôt suivi d’un autre : l’entrée en ondes en janvier 1987 de la Chaine française, télévision publique francophone de la province, future TFO.
Lorsque Charles Beer est nommé ministre délégué aux Affaires francophones en juillet 1989 – à la suite d’un remaniement du cabinet Peterson –, le chemin est tout tracé : il faut faire appliquer dans les meilleurs délais la LSF, entrée en vigueur cette même année.
« C’était notre tâche la plus importante à ce moment-là, se souvient l’élu de York North. « Il y avait des réticences des autres ministères, raconte le successeur de Bernard Grandmaître, mais le premier ministre avait donné l’impulsion… La Loi était là, ce qui faisait en sorte que la machine était lancée pour les gouvernements suivants. »
Mais, à peine installé, M. Beer doit déjà céder sa place lors des élections de 1990 qui balayent les libéraux. Le premier ministre néo-démocrate Bob Rae charge l’élu nordiste de Lake Nipigon Gilles Pouliot de poursuivre l’application de la LSF. Il n’en restera pas là, actant d’autres avancées telles que la naissance des collèges La Cité et Boréal en 1990 et 1995.
Crise Montfort et émergence des conseils scolaires de langue française
Le vent politique tourne à nouveau lors des élections de 1995, cette fois à la faveur des progressistes-conservateurs de Mike Harris. Une période tumultueuse qui voit se lever les Franco-Ontariens comme jamais dans leur histoire, alors que le seul hôpital bilingue de la province, Montfort, est menacé de fermeture en 1997.
Le ministre délégué des Affaires francophones d’alors, Noble Villeneuve, doit juguler une levée de boucliers sous-estimée alimentée par le mouvement SOS Montfort.
Les huit ministres des Affaires francophones successifs : Bernard Grandmaître (1985-1989), Charles Beer (1989-1990), Gilles Pouliot (1990-1995), Noble Villeneuve (1995-1999), John Baird (1999-2003), Madeleine Meilleur (2003-2016), Marie-France Lalonde (2016-2018) et Caroline Mulroney (2018-2025). Montage ONFR
L’année suivante, celui qui est aussi cofondateur de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) est encore à la manœuvre pour concrétiser un des plus importants chantiers de la communauté : la création des 12 conseils scolaires de langue française, puis pour sauvegarder le Collège d’Alfred, menacé de fermeture.
« Montfort était une période difficile »
— John Baird, ancien ministre des Affaires francophones
Des moments charnières que met en perspective son successeur, John Baird, qui reprend le flambeau à la tête de l’Office en 1999 : « Montfort était une période difficile », concède aujourd’hui l’élu ottavien qui estime avoir fait un choix juste par la suite en renonçant à porter la fermeture de Montfort devant la Cour suprême, après la défaite du gouvernement Harris en appel.
« C’était l’opportunité de mettre un terme à la bataille et de garder l’hôpital, confie-t-il. J’ai personnellement appelé Mme (Gisèle) Lalonde (militante à la tête du mouvement SOS Montfort) pour le lui annoncer. »
« Ça a été le meilleur jour pour moi comme ministre des Affaires francophones », confie M. Baird qui a par la suite naviguer dans des relations plus apaisées avec la communauté. C’est notamment sous son mandat, en 2001, que le drapeau franco-ontarien est officialisé comme le symbole de la communauté.
Un sous-ministre, un commissaire, une influence
L’arrivée au pouvoir de Dalton McGuinty en 2003 signe le retour aux affaires des libéraux. La nouvelle ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, met sur pied un comité consultatif pour conseiller son ministère et développe son administration en la dotant d’un sous-ministre et d’un sous-ministre adjoint, à l’égal des autres ministères.
« Ça a fait toute une différence car, assure-t-elle, pour faire avancer les dossiers à l’intérieur de la fonction publique, ça prend quelqu’un qui siège aux hauts comités présidés par le secrétaire du cabinet. Ça apportait à la fois crédibilité au sein du gouvernement et lien avec la communauté. »
Madeleine Meilleur (ici au côté de Bernard Grandmaître au 13e Gala des Prix Bernard-Grandmaître) détient la plus grande longévité à la tête du ministère des Affaires francophones. Photo : Le Droit, 22 février 2013. Photographie d’Étienne Ranger. Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Le Droit – C71, Ph92-120 224-907.
Sous son leadership est également créé en 2007 le Commissariat aux services en français. Ce chien de garde des Franco-Ontariens écoute, contrôle et enquête sur tout ce qui a trait aux droits de la communauté.
« La création d’un commissaire a été une grande réalisation »
— Madeleine Meilleur, ancienne ministre des Affaires francophones
« La création d’un commissaire se rapportant directement à l’Assemblée législative a été une grande réalisation, pas seulement de moi mais aussi du premier ministre, relate Mme Meilleur qui, à ce jour, détient le record de longévité aux manettes du ministère, 13 ans. Parlons franchement, il n’y a pas beaucoup de gouvernements qui veulent avoir des officiers complètement indépendants qui peuvent les contredire. Mais à cette époque, il y avait un désir de mieux faire connaître et appliquer les droits des francophones. »
L’ancienne élue sera aussi la manoeuvre lorsqu’en 2010 sera proclamé le Jour des Franco-Ontariens et quand, en 2015, le 400e anniversaire de l’arrivée de Champlain en Ontario bénéficira d’un coup de pouce de 6 millions de dollars.
OIF : l’Ontario dans le concert des nations francophones
Après la démission de Mme Meilleur en 2016, Marie-France Lalonde reprend le flambeau et fait entrer l’Ontario dans l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en tant que membre observateur. Elle scelle le destin de la province au Sommet de la Francophonie, à Madagascar, un souvenir qui reste vif dans sa mémoire.
« Ce statut positionne l’Ontario au niveau international et montre que les francophones existent à l’extérieur du Québec, et peut aider dans plusieurs dossiers comme l’économie ou l’immigration », plaide celle qui voudrait la province oser franchir le pas du statut permanent.
En 2017, la ministre Laolonde crée un fonds de soutien aux organismes francophones, le PAFO, toujours en activité depuis, tandis que l’OAF devient un ministère à part entière. On ne parle plus de ministre délégué mais de ministre de plein exercice. « Ça reflétait clairement l’importance et la diversité de la communauté. Ça venait concrétiser que la lentille francophone était essentielle en Ontario », juge-t-elle.
La ministre des Affaires francophones et sherpa de l’Ontario, Marie-France Lalonde, scelle l’entrée de la province dans l’OIF en 2017, au Sommet de la Francophonie de Madagascar, ici avec la secrétaire générale Michaëlle Jean.
Le gouvernement Ford y met brièvement fin dès son arrivée au pouvoir en 2018, avant de le rétablir comme ministère autonome l’année suivante. C’est aussi l’époque du Jeudi noir qui raye à la fois l’indépendance du Commissariat aux services en français – en le plaçant sous l’autorité de l’ombudsman – et le projet d’Université franco-ontarienne à Toronto, qui ne verra le jour qu’en 2021.
Nommée ministre des Affaires francophones en 2018, Caroline Mulroney, qui débute en politique, doit alors affronter un tsunami de contestations. Si son mandat est souvent associé au Jeudi noir, c’est sous sa gouvernance que la LSF sera finalement modernisée, 30 ans après son entrée en vigueur, et qu’elle le sera dorénavant tous les 10 ans.
Caroline Mulroney à la tête du ministère depuis 2018. Photo : ONFR/TFO
« C’est un ministère essentiel pour se prononcer sur les enjeux francophones, s’assurer que le gouvernement et chaque ministère livre des services en français de bonne qualité », considère Mme Mulroney qui, par l’intermédiaire du Conseil du Trésor – qu’elle dirige aussi -, garde un oeil sur la lentille francophone apportée à chaque soumission de projet des autres ministères.
Mais les défis à venir restent colossaux. M. Baird croit que l’un des plus gros chantiers du ministère sera de contre-carrer la baisse démographique des francophones en agissant sur l’immigration. Quant à Mme Lalonde, elle reste confiante que l’Ontario devienne un jour officiellement bilingue, à condition de porter des efforts sur l’éducation et la formation. « Il y a un retard. Il faut continuer d’augmenter les enveloppes budgétaires. »
« Le plus gros enjeu à venir, c’est la santé en français »
— Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones
« Le plus gros enjeu à venir, c’est la santé en français », pointe pour sa part Mme Mulroney, citant la transformation des entités de planification des services de santé en français comme une étape importante. « Il y a beaucoup de travail qui doit se faire encore, dans ce domaine mais aussi dans celui de l’offre active de services en français. Pour y arriver, il nous faut une main-d’oeuvre qualifiée et c’est un grand sujet pour le ministère. »
« On a fait des avancées, on a connu des reculs… être ministre des Affaires francophones, c’est remettre 100 fois sur le métier son ouvrage », ne pouvait pas mieux conclure Madeleine Meilleur.
Diane Quintas est directrice générale de l’actuel Réseau mieux-être francophone du Nord, organisme qui œuvre à un meilleur accès en français de la population du Nord à des services de santé.
LE CONTEXTE
Depuis 2010, le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario agit à la fois comme entité de planification mandatée par le ministère de la Santé de l’Ontario, et comme réseau régional soutenu par la Société Santé en français, relevant de Santé Canada. La création du nouveau Centre de planification des services de santé en français, annoncée par la province, bouleverse le fonctionnement du Réseau.
L’ENJEU
Le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario redoute une perte massive de ressources humaines et une rupture dans la continuité de son travail sur le terrain.
« Comment avez-vous appris la création du nouveau Centre de planification des services de santé en français?
Nous l’avons appris à peine une heure ou une heure et demie avant que l’annonce ne sorte au grand public. Ça a été une réelle surprise. On savait qu’un changement se préparait dans le système. On avait même soumis des recommandations au ministère dès 2020. Mais on ne s’attendait pas du tout à être écartés de la conception de ce nouveau modèle. Et encore moins à un résultat comme celui-là.
Qu’est-ce que cette annonce implique pour votre organisation?
Pour nous, en tant que Réseau, les enjeux sont particuliers. Contrairement aux entités du Sud qui n’ont qu’un seul mandat, nous en avons deux.
Et tous nos employés (11 personnes) travaillent sur les deux fronts : le mandat de Réseau et celui d’Entité. Il n’y a pas de séparation des tâches. C’est la même équipe. Alors apprendre qu’il y aurait une division du travail a été un véritable choc. C’est l’incertitude, la peur, la frustration…
Évidemment, depuis cette annonce, j’ai commencé à travailler le dossier, à évaluer l’impact et à regarder quelles seraient les possibilités pour que ce changement ait le moindre impact possible sur le progrès et le travail déjà en marche.
Pouvez-vous nous rappeler la mission exacte du Réseau?
Notre mandat est d’améliorer l’accès aux services de santé en français pour la population du Nord de l’Ontario. On le faisait déjà bien avant 2010, mais cette année-là, le ministère nous a donné un mandat officiel, accompagné d’un financement provincial, pour que l’on continue à travailler avec les fournisseurs du système de santé. On les avisait, on les accompagnait. En parallèle, on a aussi un financement fédéral à travers la Société santé en français. C’est un modèle unique, avec deux sources de financement pour un travail interrelié. Ce qu’on fait pour le fédéral bénéficie aussi à la province, et vice-versa.
Justement, que se passe-t-il avec ce double mandat?
C’est là que ça devient complexe. Avec le nouveau centre, la province retire son financement. Mais on ne peut pas simplement couper un organisme en deux et espérer que tout continue comme avant. Aucun employé n’est à 100 % réseau ou à 100 % entité. Ce sont les mêmes personnes. Séparer l’équipe, c’est risquer de ralentir ou interrompre le travail déjà en cours, notamment avec les fournisseurs sur le terrain.
Avez-vous des craintes concrètes?
Par exemple, j’ai présenté des plans de travail sur cinq ans, basés sur les financements provincial et fédéral, ainsi qu’une équipe complète. Si je perds 60 % de mon personnel, comment puis-je livrer les résultats attendus? Et ce n’est pas qu’un enjeu pour nous : même le nouveau centre sera affaibli s’il n’a pas les ressources nécessaires. Avant, il y avait une synergie. Aujourd’hui, on risque d’affaiblir tout le système.
Y a-t-il eu des garanties concernant les employés?
Les rencontres après l’annonce ont laissé entendre qu’il n’y aurait pas de perte d’emploi et que les conditions demeureraient semblables. On nous dit que ce n’est pas une réforme faite pour nuire, mais pour évoluer. Et je le crois. Mais je pense aussi que certains n’avaient pas toute l’information nécessaire au moment de prendre les décisions. La composante Réseau n’a pas été bien comprise ni intégrée au nouveau modèle.
Que souhaitez-vous pour la suite?
Maintenant que l’annonce a été faite, on veut s’asseoir avec tous les partenaires pour planifier la suite correctement. Il y a des solutions possibles pour les Réseaux du Nord et de l’Est, qui vivent cette réalité à double mandat. Il faut juste se donner le temps de faire les choses intelligemment. Ce qu’on demande, c’est du temps et de la collaboration pour éviter des pertes, des doublons ou des bris dans la continuité des services. Il faut s’assurer que personne ne soit laissé pour compte dans cette transition, ni les réseaux, ni les communautés. »
Comédien franco-ontarien et membre fondateur d’Improtéine, Vincent Poirier revient sur les chemins qu’il a tracés pour faire sa place en Ontario français. De la scène d’improvisation aux réalités du quotidien comme père de trois enfants, dont un atteint du syndrome Williams, il partage les moments qui l’ont façonné, sur scène comme ailleurs.
La création d’un Centre de planification de services de santé en français, lancé récemment par l’Ontario en collaboration avec l’Hôpital Montfort et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), fait réagir le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO) et le Réseau de services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE).
Deux des six entités de planification des services de santé en français qui seront remplacées par ce nouveau centre, en l’occurrence le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO) et le Réseau de services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE) se disent « surprises par cette annonce qui ne les a pas inclus, bien qu’une réévaluation du mandat des Entités était attendue depuis quelques années.
« La combinaison des effectifs du RMEFNO et du RSSFE de réseautage du fédéral et du mandat d’Entité provincial a grandement contribué au rendement exceptionnel des Réseaux. Il serait dommage de priver la communauté d’une telle synergie », affirme Saint-Phard Désir, président du RSSFE cité dans un communiqué diffusé ce mardi.
Saint-Phard Désir, président du RSSFE. Photo : gracieuseté du RSSFE
« Pour assurer le succès à long terme de cette nouvelle structure, les nouveaux dirigeants du Centre ainsi que ses co-créateurs, l’AFO et l’Hôpital Montfort, devront être vigilants, faire preuve de transparence auprès de la communauté, et poursuivre la collaboration avec tous les acteurs du système, et ce, dans toutes les régions de l’Ontario », indiquent les responsables des deux réseaux.
Ils appellent ainsi à inclure les Réseaux qui restent pertinents, bien branchés dans la communauté régionale, en plus de continuer leur contribution sur la scène nationale avec leurs expertises respectives développées au fil des ans.
Entités : des progrès significatifs à prendre en compte
Pour sa part, Isabelle Charbonneau, présidente du RMEFNO, a souligné que les Réseaux du Nord et de l’Est, soutenus et conseillés par la communauté francophone, ont fait des progrès significatifs dans l’amélioration de l’accès aux services en français depuis leur création, en établissant des relations de confiance durables.
En effet, selon la même source, le RMEFNO et le RSSFE pilotent cette même mission depuis plus de 20 et 25 ans respectivement, non seulement à titre de Réseaux affiliés au mouvement national chapeauté par Société santé en français, mais aussi comme Entité de planification endossée par le ministère de la Santé depuis environ 15 ans.
Par ailleurs, les deux réseaux ont salué l’idée de réunir les forces des Entités régionales en une seule organisation concertée telle que le Centre de planification des services de santé en français.
« Nous croyons que l’ambition d’uniformiser les relations avec le système de santé et de centraliser les efforts de planification pourrait porter fruit », lit-on dans le communiqué.
Pour rappel, tout le personnel des Entités du Sud et la majeure partie des équipes chevronnées du RMEFNO et du RSSFE seront transférés à ce nouveau Centre à compter du 1er septembre 2025.
Aussi, un investissement annuel de 3,85 millions de dollars pour la planification des services de santé en français sera maintenu durant la mise en œuvre du centre.
Autant d’éléments positifs selon le RMEFNO et le RSSFE qui voient en l’ancrage communautaire et l’indépendance institutionnelle des réseaux des atouts uniques.
Formation des enseignants, financement du MIFO, crise à La Cité, réforme des entités de planification, essor de l’économie francophone, avenir des universités de langue française… Dans un long entretien accordé à ONFR, la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney évoque les derniers acquis et défis de la communauté, à la veille de rejoindre ses homologues des autres provinces, à Yellowknife, au Conseil des ministres sur la francophonie canadienne.
La ministre est d’abord revenu sur les 7000 francophones supplémentaires qui auront accès à des services en français, par le jeu de la mise à jour des régions désignées sous la Loi sur les services en français. Elle a aussi affirmé travailler à l’élaboration d’un répertoire des services en français, sans toutefois s’aventurer sur un échéancier.
« Je ne sais pas combien de temps cela va prendre, mais c’est un grand projet, un projet important », a-t-elle indiqué, faisant suite à la recommandation du commissaire aux services français dans son dernier rapport.
Dans le domaine de la santé, elle a défendu au micro d’ONFR le nouveau centre de planification des services de santé en français qui va donner « plus de sens à la livraison de services en français en santé, partout à travers la province, mais il y aura toujours un travail au niveau régional », a-t-elle précisé en référence aux entités régionales de planification des services de santé en français.
Après avoir paraphé un plaidoyer sur la découvrabilité conjointement avec plusieurs pays francophones, sous l’égide de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’Ontario n’envisage pas, du moins pas pour le moment, d’emprunter la voie législative – comme l’a fait le Québec – pour imposer des quotas de diffusion de contenus de langue française. « On a beaucoup de contenus francophones ici en Ontario et on veut que les francophones d’ici et d’ailleurs les découvrent. (…) Pour l’instant, le travail de collaboration se passe très bien. On va poursuivre ces discussion au niveau international. »
La Cité : un « contexte de changements au niveau fédéral »
Pour pallier la pénurie d’enseignants de langue française, Mme Mulroney a indiqué qu’elle n’écartait pas la piste visant à réduire la formation des enseignants à un an, pour faire entrer plus de personnel qualifié sur le marché du travail. Une attente émanant du milieu scolaire.
« Il y a plusieurs pistes : ajouter plus de la formation, c’est du travail qui a déjà été fait. L’idée de raccourcir l’enseignement est quelque chose qu’il faut regarder. C’est certainement une discussion entre le ministre de l’Éducation, celui des Collèges et Universités et moi. (…) Il faut regarder toutes les solutions en collaboration avec la communauté. »
Le gouvernement a-t-il fait tout ce qui était en son pouvoir pour préserver les programmes du collège La Cité? « Nous existons dans un contexte de changements au niveau fédéral, avec le cap mis sur les permis d’étude. Ce n’est pas juste La Cité qui est affectée par ce cap, mais aussi toutes les institutions postsecondaires en Ontario », a recontextualisé la ministre.
Université de Sudbury : une « très bonne demande »
Alors que l’Université de Sudbury prépare une rentrée inédite, appuyée par le gouvernement fédéral, la ministre a indiqué qu’une « très bonne demande » de financement était sur la table du ministère des Collèges et Universités. « C’est un projet que j’appuie mais c’est aux bureaucrates de faire leurs recommandations. »
Toujours au chapitre du postsecondaire, l’élue de York-Simcoe veut « assurer le succès de l’Université de l’Ontario français » qui a produit ses premiers diplômes récemment. Cette université, ouverte durant la pandémie, a « rencontré des défis », convient-elle, tout en saluant les changements opérés en termes de programmation afin d’attirer plus d’étudiants et de répondre aux besoins du marché du travail.
Économie francophone, une des réponses aux tarifs
Dans le volet économique, l’appui provincial depuis 2018 à la constitution d’une chambre de commerce franco-ontarienne permet aujourd’hui aux gens d’affaires de parler d’une voix pour tous les francophones, se félicite Caroline Mulroney dans un contexte économique international tendu avec le voisin américain.
« Une des choses qui nous distingue des États-Unis, c’est que nous avons une autre économie, avec cette culture et cette langue française. Ce point de distinction nous ouvre à d’autres marchés par exemple. »
La baisse de budget de son ministère ne doit pas être traduit comme une baisse d’engagement envers les francophones, soutient par ailleurs la ministre. « C’est un très petit ministère qui travaille avec tous les autres. Les investissements qui se font dans la communauté ne viennent pas nécessairement du ministère, dont le budget a plus que doublé depuis notre arrivée au gouvernement depuis 2018. »
« Les investissements dans la francophonie se retrouvent dans les millions de dollars investis dans le postsecondaire, la santé ou la culture », rappelle-t-elle, prenant pour exemple la réforme des entités ou encore le financement pour la reconstruction du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).
Sur ce projet précis du MIFO, elle a souligné l’importance d’y contribuer : « C’est essentiel de construire de nouvelles installations pour le MIFO qui a connu une croissance de 182 % au cours de la dernière décennie. On a besoin de contribuer à ces lieux. »
Alors qu’elle représentera la province au Conseil des ministres sur la francophonie canadienne, cette semaine à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, Mme Mulroney qualifie ce rendez-vous annuel de « moment important pour l’Ontario qui joue un rôle de leadership quand il s’agit de parler de francophonie en milieu minoritaire. (…) Mais c’est aussi une chance de collaborer, d’entendre et d’apprendre de mes homologues au niveau provincial et territorial. »
TORONTO – Après une année particulièrement difficile qui menaçait sa survie, la Franco-Fête de Toronto misait sur son édition 2025 pour se remettre sur pieds. De retour au Centre Harbourfront, la fin de semaine précédant la Saint-Jean-Baptiste, l’événement a connu un certain succès, et pu identifier des défis encore présents.
ONFR était sur place samedi dernier, soit la deuxième journée de la Franco-Fête. Si les spectacles de la soirée ont pu attirer les curieux, les activités de l’après-midi avaient lieu dans un bâtiment intérieur, sans indications claires pour les festivaliers. L’atelier de danse autochtone donné en cette Journée nationale des peuples autochtones par Makhena Rankin-Guérin, accompagnée de son frère DJ MKWA, n’a été suivi que par une dizaine de participants.
Makhena Rankin-Guérin, anishinabée et francophone, se spécialise dans la danse du cerceau. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Des participants à l’atelier de danse autochtone, samedi après-midi. Photo : Rachel Crustin / ONFR
DJ MKWA et Makhena Rankin-Guérin ont offert des ateliers et jeux questionnaires en lien avec la Journée nationale des peuples autochtones. Photo : Rachel Crustin / ONFR
La Franco-Algérienne Sensei H a ouvert les festivités de la soirée devant une foule dispersée, comme ce fut le cas la veille pour le Franco-Ontarien Yao. L’amphithéâtre extérieur offrait tout de même l’avantage d’être situé sur le chemin des passants, qui pouvaient s’arrêter quelques minutes pour regarder un spectacle en français en plein cœur de Toronto.
L’énergie et le charisme débordant de Joyce N’Sana, deuxième artiste de la soirée, a permis d’attirer un public plus attentif et plus nombreux. Près de 200 personnes se sont assises dans l’amphithéâtre, sans compter ceux qui restaient plus en retrait. Celle qui s’est fait connaitre des diffuseurs à Contact ontarois, en janvier dernier, était également à la FrancoFEST d’Hamilton (tout comme Sensei H) la veille, et à Kingston le mois dernier.
Sensei H a ouvert la soirée de samedi. Photo : Rachel Crustin / ONFR
La Montréalaise Joyce N’Sana en spectacle. Photo : Rachel Crustin / ONFR
La Montréalaise Joyce N’Sana en spectacle. Photo : Rachel Crustin / ONFR
De gauche à droite : Dominic De Grasse, Jason Hudon et Mike Sawatzky. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Jason Hudon est le chanteur des Colocs – Ensemble depuis 2015. Il interprète les chansons de son idole de jeunesse, Dédé Fortin. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Avec Les Colocs – Ensemble, Mike Sawatzky et ses acolytes rendent hommage aux regrettés Dédé Fortin et Patrick Esposito di Napoli. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Un public double était présent à la Franco-Fête : les spectateurs d’intention et les passants qui choisissaient de rester pour quelques chansons. Photo : Rachel Crustin / ONFR
« J’étais déjà venue en Ontario, à Ottawa, mais je n’avais pas encore fait le tour, a-t-elle raconté à ONFR après son spectacle. J’adore l’accueil qu’il y a ici, et je suis heureuse de voir toute cette diversité de personnes, de visages, de langues et d’origines qui sont toutes rassemblées dans un même lieu pour célébrer quelque chose. »
Autre défi logistique : la Franco-Fête devait se taire pendant une heure chaque soir juste avant sa tête d’affiche, pour laisser place à l’activation du Terceradix Luminarium, une installation du Festival Luminato, située juste à côté. Le momentum installé par les premières parties était donc perdu.
Les Colocs – Ensemble, en formule trio, ont tout de même pu ramener un public étonnamment sage dès 21 h. Mike Sawatzky (seul membre original du groupe) Jason Hudon et Dominic De Grasse ont interprété de nombreux succès du groupe québécois, et réussi à faire lever la foule pour des chansons comme Tassez-vous de d’là et Bonyeu.
La star montante française Théodora était la tête d’affiche de la première soirée de la Franco-Fête. Photo : Curtis Martin Photography
Les gens dans le public était beaucoup plus nombreux en fin de soirée, autant vendredi que samedi. Photo : Curtis Martin Photography
La mairesse de Toronto, Olivia Chow, est venue lancer les festivités, vendredi soir. Photo : Curtis Martin Photography
C’est le Franco-Ontarien Yao qui a débuté la soirée de vendredi. Photo : Curtis Martin Photography
La fête s’est poursuivie pour les familles dimanche après-midi, avec le spectacle de Zak : dompteur de défis.
HAMILTON – La 44e édition du FrancoFEST de Hamilton a été lancée vendredi soir dans une ambiance chaleureuse au parc Gage. Trois artistes aux univers contrastés, mais complémentaires, ont marqué cette première soirée : Sugar Crush, Mimi O’Bonsawin et Joyce N’Sana. De la chanson festive au folk introspectif, en passant par un final envoûtant aux sonorités afro-blues et reggae, le public était convié à un voyage musical.
C’est le duo Sugar Crush qui a ouvert les festivités en mettant immédiatement le feu à la scène. Avec leurs chansons à répondre, leurs rythmes accrocheurs et leur énergie débordante, les deux musiciennes de la région d’Ottawa ont transformé le parc en piste de danse à ciel ouvert.
« Les gens étaient vraiment contents, ça dansait, les enfants tapaient des mains, ils chantaient avec nous, c’est une belle participation », ont-elles raconté après leur prestation.
Sugar Crush en ouverture du festival. Photo : gracieuseté de FrancoFEST Hamilton
Être présentes à un festival francophone revêt une signification particulière pour elles : « Le français, il se perd de plus en plus au Canada. C’est pour ça qu’on fait de la musique en français. La langue est très importante, et c’est une priorité pour nous de la conserver. »
Elles ont également été touchées par la diversité linguistique du public : « Ce n’est pas seulement un festival francophone, c’est pour tous les francophiles. Ce genre d’événement permet de créer des liens, même entre unilingues anglophones et francophones. Ensemble, ils dansaient. »
Mimi O’Bonsawin : l’appel de la nature et des racines
La soirée s’est poursuivie avec la performance poétique et enracinée de Mimi O’Bonsawin. Portée par ses origines abénakises et franco-ontariennes, elle a proposé un moment suspendu où la nature, la mémoire et l’identité se mêlaient dans une atmosphère feutrée.
Même si le public était un peu moins nombreux que lors de son passage en 2024, Mimi a été inspirée par l’élan des plus jeunes : « Ils sont toujours les premiers à se lever et encourager les gens à danser. Pour nous, c’est un beau cadeau. »
Mimi O’Bonsawin a représenté fièrement ses origines abénakises et franco-ontariennes. Photo : Mickael Laviolle/ ONFR
Elle a aussi partagé sa fierté de pouvoir s’exprimer en français : « C’est grâce à ma communauté à Sudbury que j’ai été encouragée à composer en français. C’était un peu plus de travail, mais ça a ouvert tout un univers. »
Très attendue sur la scène francophone cet été, elle a récemment lancé un remix de sa chanson Elle danse avec l’artiste Boogat, et prépare la sortie d’un album en anglais, avec d’autres projets francophones à venir.
Joyce N’Sana : une clôture puissante et participative
Pour clore cette première soirée, Joyce N’Sana a littéralement transporté le public avec son « Afrobluehop », un mélange envoûtant d’afro-blues, de hip-hop, de reggae et de gospel. À travers une performance riche en émotions et en énergie, l’artiste montréalaise a transformé la scène en un espace de communion. Elle a même invité des spectateurs à monter sur scène pour une chorégraphie collective, soulignant l’esprit de connexion au cœur de sa démarche artistique.
« Ma philosophie, c’est le partage. Peu importe qui ils sont, combien ils sont ou comment ils sont, ça m’importe peu. Ce qui compte, c’est ce qu’ils ont ressenti, ce qu’ils ont donné. Parce que pour moi, la musique, c’est donner et recevoir », a-t-elle confié.
Joyce N’Sana a clôturé la soirée dans son style éclectique du rock à la musique congolaise en passant par le reggae. Photo : Mickael Laviolle/ ONFR
Nourrie par le blues, le jazz et le reggae depuis son enfance, elle voit dans sa musique un moyen d’aborder les réalités sociales et de créer des ponts entre les cultures : « J’adore cette programmation qui est de plus en plus à l’image de ce qu’est l’Ontario, de ce qu’est Hamilton. »
La fête continue tout le week-end
Ce samedi, le festival se poursuit avec une programmation variée qui mettra à l’honneur plusieurs artistes issus de la scène francophone émergente et confirmée. Gabrielle Goulet, figure incontournable du country franco-ontarien, partagera la scène avec Blynk, jeune talent montréalais originaire du Liban, dont la musique R&B tisse un lien entre les cultures en mêlant français, anglais et arabe.
Autre moment fort de la journée : la prestation de Diogo Ramos, artiste brésilien qui propose une fusion enivrante d’électro-samba-funk, à la croisée des sons urbains et des rythmes traditionnels du Brésil.
L’organisation attend une participation croissante du public ce samedi et dimanche. Photo : Mickael Laviolle/ ONFR
Le site du parc Gage continuera aussi d’accueillir des activités pour tous les âges : spectacles de cirque avec le Hamilton Aerial Group, numéros aériens et de feu avec Chris Precius, animations interactives avec Marco le Clown et jeux immersifs avec Mobile Escapes. Les enfants pourront aussi retrouver les célèbres chiens et chats cascadeurs du spectacle Ultimutts, ou encore embarquer à bord du navire de Pirate Life pour une aventure inoubliable.
Dimanche, le festival s’achèvera en beauté avec la célébration de la Saint-Jean et les performances de Sensei H, rappeuse engagée finaliste des Francouvertes 2024, Fethi Nadjem, musicien algérien aux sonorités orientales métissées, et Chris Precius, qui offrira à nouveau un spectacle de feu et de danse caribéenne.
Le Odawa Native Friendship Centre, à Ottawa, organisait son 50e pow-wow, une invitation à visiter, danser, et partager. ONFR a tendu le micro à des participants de toutes les tranches de la société venus (re)découvrir cette célébration.
Cri d’origine et francophone d’adoption, Robert-Falcon Ouellette endosse tour à tour les rôles de militaire, anthropologue, professeur d’université à Ottawa et au Manitoba, et député fédéral. Une trajectoire hors norme guidée par un engagement constant en faveur des droits autochtones. De l’éthique militaire à l’éducation, ses recherches croisent les mondes de l’armée, de l’université et de la politique. Polyglotte et militant, il a notamment marqué l’histoire parlementaire en faisant avancer la reconnaissance des langues autochtones à Ottawa. Portrait d’un homme qui déjoue les étiquettes et trace sa propre voie.
« Vous êtes issu d’une nation crie de Saskatchewan et vous parlez français. Parlez-nous de vos origines…
Ma mère anglaise était une nouvelle arrivante au Canada, et mon père autochtone, vient de la nation crie Red Pheasant de Saskatchewan. Mes parents sont tombés fous amoureux et se sont mariés. Ils ont ensuite déménagé de Vancouver pour arriver dans les plaines en Alberta. Mon père s’était lancé dans des études de droit, mais du fait d’un passé extrêmement difficile marqué par un pensionnat autochtone, il est tombé dans l’alcool et a fini par partir. En situation de grande pauvreté, ma mère a été épaulée par ma grand-mère venue d’Angleterre à Calgary. J’étais alors âgé d’un an et mon frère, nouveau-né.
À quoi a ressemblé votre enfance et dans quelle culture avez-vous le plus baigné?
Depuis tout jeune, je fabrique des objets comme des raquettes à neige dont je me servais pour livrer les journaux. Un de mes professeurs m’avait donné un ouvrage que j’ai lu des centaines de fois, adolescent et même maintenant, Medicine Boy and Other Cree Tales d’Eleanor Dieter Brass, qui m’a beaucoup appris.
J’avais ma vie anglo-saxonne et j’avais ma vie autochtone. Ma mère, bien que britannique, ne m’a jamais coupé de l’autre partie de ma culture. Elle nous encourageait à aller à des événements autochtones et me laissait avec mon père dans sa communauté. Nous avons même vécu un été avec un oncle à moi qui était artiste traditionnel.
Ma vie de tous les jours est empreinte de la culture autochtone. J’ai deux tipis dans mon jardin et des tambours dans la maison. Après le décès de mon père, j’ai été adopté par un oncle autochtone de la communauté saskatchewanaise Crie.
J’ai engrangé beaucoup de connaissances sur les cultures et traditions autochtones.
Robert-Falcon Ouellette revient sur son parcours lors de notre rencontre à Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Robert-Falcon Ouellette ave son tambour traditionnel en peau de bison, aussi appelé têwêhikan. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Photo : Sandra Padovani/ONFR
Quel est votre rapport aux langues, le français et la langue crie?
Mes langues maternelles sont l’anglais et le cri.
Mais à l’âge de 22 ans quand j’ai rejoint l’armée canadienne, j’ai été muté dans la Ville de Québec où j’ai vécu pendant 13 ans. J’ai appris le français et la culture francophone. Au-delà de l’immersion, ça a été une assimilation. J’avais presque perdu l’usage de l’anglais!
Ça m’a permis d’apprendre que les francophones ne pensent pas de la même manière que les anglophones de l’Alberta ou de l’Ontario par exemple. Une autre façon de vivre avec un langage différent qui façonne notre vision du monde. C’est pareil avec les langues autochtones.
Bien que je n’aie pas grandi en français, mes enfants vont dans les écoles francophones, pas en immersion. Ils parlent très bien français, c’est très important pour moi.
Je parle aussi mandarin depuis sept ans.
Parlez-nous de votre parcours universitaire jusqu’à enseigner et à faire de la recherche…
Pendant mes premières années dans l’armée, j’ai obtenu mon baccalauréat puis ma maitrise en musique ainsi qu’une maitrise en éducation à l’Université Laval de Québec, tout en restant dans l’armée.
J’ai ensuite pu être chercheur pour le Conseil en éducation des Premières Nations, toujours dans la Ville de Québec. Une immersion totale dans le domaine de l’éducation autochtone, avec le sentiment d’avoir trouvé ma place.
Robert-Falcon Ouellette. Photo : gracieuseté
À ce stade j’avais mes deux enfants en bas âge et me suis plus tard lancé dans un doctorat en anthropologie, réalisé en trois ans au lieu de sept, tout en étant commandant de compagnie pour l’armée.
En 2010, j’ai pris un un poste à Winnipeg en tant que directeur des programmes autochtones de l’Université du Manitoba. En 2019, après mon mandat de député, j’ai été recruté par l’Université d’Ottawa pour enseigner. Je navigue ainsi entre les deux.
Vous avez passé 29 ans dans les Forces armées canadiennes (FAC). Qu’est-ce qui a motivé votre engagement?
C’est une tradition familiale. Je suis la 4e génération à m’être engagé. Mes deux enfants les plus âgés sont dans la marine.
Après avoir quitté, je suis d’ailleurs revenu assez rapidement dans l’armée en tant que réserviste dans une unité en tant aumônier militaire des FAC, en charge de favoriser la prise en charge spirituelle des soldats, quelle qu’en soit la confession.
Je suis aussi le premier et le seul gardien de savoir autochtone au sein des Forces armées canadiennes. Je suis maintenant capable d’influencer les bonnes pratiques en termes d’éthiques et de leadership à un certain niveau.
Robert-Falcon Ouellette, à droite, avec sa mère, au centre, durant ses débuts dans les Forces armées canadiennes. Photo : gracieuseté
J’ai demandé à créer un groupe de tambours traditionnels autochtones et de chants, dont je suis le Capitaine. Nous sommes 12 soldats, femmes et hommes sur les 500 personnes de la brigade. C’est un groupe de soutien important, une façon de rester fiers et d’avoir une raison d’être dans l’engagement. Je m’emploie à enseigner les sept valeurs fondamentales autochtones : la sagesse, l’amour, le respect, le courage, l’honnêteté, l’humilité et la vérité.
En tant que député, quel rôle avez-vous joué dans les droits linguistiques des autochtones?
En 2015, je suis devenu député fédéral pour Winnipeg Centre, navigant entre Manitoba et Ontario. Une vraie fierté, car je suis devenu le premier député canadien depuis la 2e guerre mondiale à servir en même temps dans l’armée, en tant que membre de rang.
En janvier 2019, après deux ans de débat et de bataille pour faire avancer les droits linguistiques des autochtones, j’ai reçu l’unanimité en faveur de la modification des Règlements de la Chambre des communes afin d’inclure et d’interpréter pleinement les langues autochtones.
J’ai eu la chance de parler dans une langue autochtone, avec interprétation, pour la première fois dans l’histoire du Canada. J’étais alors président du caucus autochtone, et la pression était énorme. Un moment de grande réussite.
Ma participation au changement de la législation sur les services à l’enfance et à la famille et les langues autochtones fait aussi partie des choses dont je suis le plus fier.
Que représente pour vous la journée du 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones?
Cela doit être, selon moi, une journée où on laisse de côté le négatif, une journée de fierté où on honore notre héritage et notre culture. »
Robert-Falcon Ouellette, en bas à gauche, lors de la remise des diplômes du programme de formation en éducation français du campus de Toronto de l’Université d’Ottawa. Photo : Gracieuseté
LES DATES-CLÉS DE ROBERT-FALCON OUELLETTE :
1976 : Naissance à Calgary en Alberta
1977 : Arrivée de sa grand-mère d’Angleterre pour le rejoindre, lui, son petit-frère et sa mère
1991 : Inscription dans une école secondaire privée où son goût pour l’étude et ses aptitudes académiques se révèlent
Janvier 2019 : Victoire pour faire avancer le droit linguistique des autochtones avec la modification des Règlements de la Chambre des communes afin d’inclure et d’interpréter les langues autochtones
Juin 2019 : Adotion d’une loi à laquelle il a participésur la protection des enfants autochtones et de langues autochtones, la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis
2025 : Devient le premier gardien de savoir autochtone au sein des Forces armées canadiennes (FAC) après 29 ans de service.
Mattice-Val Côté – Petit territoire isolé, enraciné sur la rivière Missinaibi, le village de Mattice-Val Coté est l’un de ces derniers petits villages francophones du nord de l’Ontario. Le canton célèbre ce samedi la première partie des festivités de son 50e anniversaire dans Val Coté.
Créés le 18 avril 1975, les cantons de Mattice et Val‑Coté se sont rassemblés pour former une municipalité unilingue francophone, hissée par l’essor du chemin de fer et l’industrie de la fourrure, bien que la fondation des deux communautés date de plus de cent ans.
Pour célébrer les deux cantons unis, la municipalité a décidé de séparer les festivités du 50e en deux périodes : le 21 juin pour Val Coté et la fin de semaine du 20 septembre pour Mattice, en marge du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien.
Rallye de VTT, course à obstacles, volet nostalgie, jeux pour enfants, nourriture : plusieurs activités gratuites auront lieu samedi pour toute la famille.
Côté financement, la municipalité dit fonctionner avec un modeste budget de 10 000 $, en provenance des réserves municipales et de dons de la Caisse Alliance et de TC Énergie, ainsi que des commandites de sociétés privées.
La directrice générale et greffière de la ville, Guylaine Coulombe, espère déposer une demande en vertu du programme PAFO (Programme d’appui à la francophonie ontarienne), faute d’avoir pu satisfaire les critères pour d’autres sources de financement gouvernementales, lesquelles ne sont disponibles que pour les festivals.
Marc Dupuis occupe le poste de maire de Mattice‑Val Coté depuis octobre 2018. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Ça ne sera pas aussi grandiose qu’on aimerait, mais on va fêter en même temps les 50 ans de la francophonie avec la municipalité la plus francophone de l’Ontario », déclare de son côté Marc Dupuis, maire de la ville.
Francophone mais ouvert à tous
Selon les plus récentes données partagées par Statistique Canada en 2023, Mattice-Val Coté est en première position des communautés d’au moins 500 habitants qui ont la plus forte proportion de personnes pouvant s’exprimer en français en Ontario.
Le canton a même détrôné la municipalité voisine de Hearst, communément surnommé le dernier village gaulois, avec un pourcentage de 96,3 contre 94 %.
Le cimetière autochtone de Mattice-Val Coté a principalement été utilisé du début des années 20 jusque dans les années 40, avant d’être abandonné puis réhabilité dans les années 80. Photo : Victoire Gireudet/ONFR
« On en est fiers, on aime notre langue et on aime la défendre aussi, mais on accepte aussi les autres, tout le monde est le bienvenu chez nous », souligne celui qui est aussi conducteur d’autobus.
Le maire estime que la présence de plus en plus d’anglophones, lesquels ont créé plusieurs petites entreprises dans la localité, n’est pas à sous-estimer. Il admet également que sa communauté n’est pas à l’abri du déclin du français et du recul démographique, constatés partout au pays, mais dit remarquer un retour de jeunes familles dans la collectivité depuis la pandémie.
« Est-ce que nous allons devenir un endroit où les gens vont déménager à cause du français? Je ne crois pas, mais nous, on va tout faire pour garder notre français », pense M. Dupuis, qui se réjouit que les nouveaux arrivants issus de l’immigration soient aussi en majorité francophones.
Des attraits uniques
Selon Mme Coulombe, ce qui distingue la municipalité est sa situation unique, en plein cœur de la Missinaibi, rivière historique reconnue comme voie de canotage patrimoniale nationale.
La rivière Missinaibi, longue de 400 km, était une voie de navigation centrale pour la traite de fourrure entre autochtones et les voyageurs. Gracieuseté de la municipalité de Mattice-Val Coté
« C’est le point de départ pour plusieurs canoteurs qui s’en vont à Moose Factory, le point d’arrêt pour ceux qui sont partis du Lac supérieur ou de Chapleau, et c’est le point milieu pour ceux qui la parcourent du début à la fin », explique-t-elle.
Facilement repérables depuis la route 11, les dinosaures de Mattice ont longtemps été considérés comme l’un des symboles visuels les plus reconnaissables de la localité.
Installés et sculptés par les frères Serge, Jean et Paul Dupuis – de la même famille que le maire – dans les années 50-60, il ne reste aujourd’hui de ces dinosaures que le tyrannosaure, niché devant l’ancien Mattice Motel, détruit par un incendie en 2018.
« Pendant longtemps, les gens savaient qu’ils étaient arrivés à Mattice parce qu’il n’y avait pas vraiment de dinosaures ailleurs. On essaie de garder le cachet cute des dinosaures comme faisant partie de notre communauté », conclut la Franco-Ontarienne.
Curiosité locale aussi surprenante que familière, le dinosaure de Mattice-Val-Coté est ancré dans l’identité visuelle du village. Source : Dan Gaouette/DG Imaging.
Des figures d’ici, connues ailleurs
De ce coin reculé du Nord ontarien sont issus des visages marquants qui ont fait rayonner la communauté bien au-delà de ses frontières.
Parmi elles, Réal Tanguay, originaire de la municipalité, s’est illustré comme l’un des piliers de l’industrie automobile canadienne. Ancien président de Toyota Canada – le premier à ne pas être d’origine asiatique – et coordonnateur de la Stratégie ontarienne de fabrication de véhicules, il est reconnu pour avoir façonné le virage technologique et durable du secteur.
Yvan Breton s’est illustré comme l’un des plus grands joueurs de ballon‑balai (broomball) au pays. Véritable pilier de son sport, il a été nommé meilleur joueur au Canada à neuf reprises, un exploit qui témoigne de sa constance et de son talent hors norme.
Son parcours l’a mené jusqu’au Temple de la renommée du ballon‑balai, une reconnaissance nationale pour cet athlète enraciné dans le Nord ontarien. Autre fun fact : son gendre n’est nul autre que Claude Giroux, géant du hockey sur glace.
SUDBURY – À l’occasion du Mois national de l’histoire autochtone, ONFR a interrogé plusieurs personnes francophones et aux racines autochtones en Ontario afin de mieux comprendre leur rapport avec cette double identité. Être francophone, être autochtone ou être les deux : la question est plus sensible qu’il n’y paraîtpour plusieurs personnes interrogées.
« Je parle français, mais ça ne veut pas dire que je suis francophone. Je suis ojibwé de Dokis et je ne suis rien d’autre », commente Gerry Duquette, Chef de la nation de Dokis.
Pour le Chef de cette communauté située à environ 16 kilomètres au sud-ouest du centre-sud du lac Nipissing, le long de la rivière des Français, la maîtrise d’une langue n’est pas nécessairement reliée à un sentiment d’appartenance.
« Si quelqu’un apprend l’espagnol, ils ne peuvent pas dire vraiment qu’ils sont espagnols. C’est un langage », continue-t-il. M. Duquette est né de ce double héritage, une mère de Dokis et un père de Monetville, et a fait sa scolarité en français dans la région.
Gerry Duquette, Chef de la Nation Dokis, maîtrise parfaitement la langue française. Photo : Inès Rebei/ONFR
Des obstacles sur le chemin
Selon le père de famille, l’autre problème rencontré demeure l’obstacle financier à l’apprentissage de la langue française pour les premiers peuples : « Le coût pour aller à l’école est terrible. Pour chaque étudiant, c’est 15 000 à 19 000 dollars par année qui va au conseil scolaire, même du côté anglophone, c’est une vraie mafia. »
Kelyn Best a appris le français à Toronto et, bien qu’elle maîtrise la langue de Molière, elle ne se considère pas non plus comme étant francophone.
« C’est difficile de dire quelle est l’identité à laquelle je m’identifie le plus aujourd’hui, parce que ça évolue constamment. »
— Kelyn Best
C’est sa maman, membre de la Nation Crie de Peepeekisis en Saskatchewan et avec des racines écossaises, qui avait pris la décision de l’inscrire à l’immersion française afin qu’elle ait de meilleures perspectives d’emplois.
« J’ai fait des cours de français et je suis fière de parler la langue aujourd’hui, mais je pense que ce n’est pas aussi simple parce qu’il y a toute une culture et un héritage qui est rattaché à l’identité », explique celle qui est installée à Sudbury.
La jeune femme est aussi riche d’un autre héritage, du côté de son père, puisqu’elle a des racines du Somaliland, une région située dans la Corne de l’Afrique, qui s’est autoproclamée indépendante de la Somalie en 1991.
« C’est difficile de dire quelle est l’identité à laquelle je m’identifie le plus aujourd’hui, parce que ça évolue constamment, mais ces deux identités m’accompagnent toujours », confie-t-elle.
Un long combat identitaire
Natalie Goring a, elle aussi, mis du temps à trouver son identité. Membre de la Nation Wiikwemkoong de l’île Manitoulin, par son père, et avec des racines de Sturgeon Falls, du côté de sa mère, celle-ci a eu du mal à se faire accepter par des membres des deux communautés.
« À la réserve, j’étais le petit gars français riche, mais à Hearst, c’était le contraire, j’étais le petit garçon foncé pauvre de la réserve. »
— Gaëtan Baillargeon
« Comme j’ai dû beaucoup déménager dans mon enfance, je n’ai jamais appris ma culture et je n’ai jamais été reconnue comme autochtone par ma communauté, parce que j’ai les cheveux blonds et la peau blanche. Et du côté français non plus parce que, des fois, je parle avec un accent différent », raconte cette résidente de la communauté de Capreol, près de Sudbury.
Même son de cloche chez Gaëtan Baillargeon du côté de Hearst, bastion de la francophonie ontarienne.
« À la réserve, j’étais le petit gars français riche, mais à Hearst, c’était le contraire, j’étais le petit garçon foncé pauvre de la réserve », témoigne celui qui a un double héritage québécois et Oji-Cree, Première nation sur les rives du lac Constance, près de Hearst.
Il y a quatre ans, Natalie Goring a eu un déclic après avoir commencé à travailler pour un organisme qui dessert les communautés autochtones de Wahnapitae.
Natalie Goring dit que son français est inspiré des endroits où elle a vécu : Québec, Acadie, Sud de l’Ontario et Nord de l’Ontario. Photo : Inès Rebei/ONFR
« J’étais sur deux bateaux, français et autochtone, mais je me suis plus rapprochée de mes racines, et je me sens plus proche de mon héritage autochtone aujourd’hui qu’autre chose », lance celle qui pratique désormais la chasse à l’arc et a suivi des cours pour parler sa langue.
Faire front commun
Bien qu’il reçoive encore des remarques, M. Baillargeon pense également avoir trouvé un équilibre entre ses deux identités aujourd’hui.
Selon celui qui est aussi conseiller municipal de la ville de Hearst et directeur de l’éducation de la Première Nation de Constance Lake, il reste encore des progrès à faire pour faciliter les échanges entre les deux communautés.
Gaëtan Baillargeon estime qu’il est plus difficile d’assumer cette double identité dans un milieu où les francophones sont très minoritaires. Photo : Inès Rebei/ONFR
Il évoque l’exemple du conflit québécois lié au projet de loi 97 pour la coupe de bois auquel les Premières Nations sont fermement opposées : « S’ils (les travailleurs québécois de l’industrie forestière et des autochtones) se mettaient ensemble contre le gouvernement, pour construire des entreprises ensemble au lieu d’essayer de se battre l’un contre l’autre, je pense qu’ils seraient plus forts. »
Le Chef de la Nation Dokis pense, quant à lui, que les francophones en milieu minoritaire sont favorisés plus qu’ils ne le savent. « Les francophones disent devoir se battre et être considérés comme des sous-citoyens, mais c’est clair qu’on peut mettre les Premières Nations en dessous d’eux. On devrait être les premiers, on est les premiers, mais ce n’est jamais reconnu. »
« Mon père me disait de ne pas dire que j’étais autochtone parce que les gens ne nous aimaient pas. »
— Natalie Goring
Bien qu’il admette qu’il existe un privilège blanc, Gaëtan Baillargeon ajoute, pour sa part, que le fait qu’il y a eu un recul du nombre de locuteurs francophones et autochtones serait aussi une occasion de souder les deux communautés.
Un vent de changement
Pour plusieurs intervenants, les temps semblent changer en faveur d’une plus grande affirmation identitaire des premiers peuples.
« Mon père me disait de ne pas dire que j’étais autochtone parce que les gens ne nous aimaient pas », confie de son côté Natalie Goring, qui avoue avoir été mieux traitée lorsqu’elle se présentait comme francophone à l’hôpital, par exemple.
Mais, selon elle, la situation aurait évolué : « Avant on s’identifiait comme francophone au lieu d’autochtone parce qu’on était mieux traités, mais maintenant on fait l’inverse pour essayer de susciter un changement. »
Selon M. Baillargeon, il existe aussi, aujourd’hui, une plus grande volonté des premiers peuples et de leur descendance à vouloir se réapproprier sa langue. Les deux intervenants indiquent faire des efforts pour transmettre cette envie d’apprentissage à leurs enfants.
OTTAWA – Les entreprises privées de compétence fédérale ne pourront pas contourner leurs obligations linguistiques, comme le droit aux employés de travailler en français, dans le cadre du projet de loi C-5 sur les grands projets d’intérêt national.
Les députés étudiant le projet de loi mercredi soir en comité ont adopté un amendement qui exclurait la Loi sur les langues officielles et la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale de l’article 21. La première version du projet de loi aurait permis à toute entreprise étant participant dans un « projet d’intérêt national », comme le stipule le projet de loi, de demander au gouvernement de « supprimer la mention d’une loi fédérale, d’un règlement ou d’un passage d’une loi fédérale ou d’un règlement ».
Par exemple, avant la modification apportée, il aurait été possible pour une entreprise privée de compétence fédérale de demander à Ottawa de ne pas avoir l’obligation de garantir à ses employés de pouvoir travailler en français, comme le stipule la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale.
« Nous (les francophones), on ne veut certainement pas mettre des bâtons dans les roues de l’économie canadienne, mais il faut quand même que nos droits linguistiques ne soient jamais compromis (…) Ça a bien abouti, on est bien content », se réjouit la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) via sa présidente Nicole Arseneau-Sluyter.
L’organisme acadien avait soulevé son inquiétude auprès des élus fédéraux, exprimant que des « compagnies auraient pu dire que ce n’est pas important que les travailleurs puissent travailler en français », ajoute la présidente de la SANB.
La proposition déposée par le Bloc québécois, appuyée par les conservateurs — qui sont majoritaires dans les comités de la Chambre des communes — a été rejetée par les libéraux, comme l’ensemble des autres amendements déposés par les oppositions. Nonobstant, le Bloc et les conservateurs ont aussi réussi à faire ajouter d’autres lois fédérales qui ne seraient pas possible d’enfreindre, comme la Loi sur les Indiens, la Loi sur l’accès à l’information, la Loi sur les conflits d’intérêts, le Code criminel, etc.
Le leader en Chambre du gouvernement, Steven MacKinnon, a affirmé jeudi matin que les modifications apportées au projet de loi étaient en cours d’analyse par les ministres concernés dans le dossier. Afin de stimuler l’économie canadienne en réponse à la guerre commerciale avec les États-Unis, le projet de loi C-5 vise à accélérer d’importants projets d’intérêt national, tels que les oléoducs et les lignes de transport électrique. De plus, à compter du 1er juillet, ce projet de loi éliminerait des barrières fédérales au commerce interprovincial.
Adopté d’ici la fin de session
Tout indique que le projet de Loi C-5 risque désormais d’être adopté d’ici le dernier jour de la session parlementaire vendredi, les conservateurs ayant appuyé les libéraux lors des étapes précédentes du projet de loi.
Il restera ensuite à être adopté par la Chambre haute pour un vote d’ici le dernier jour de la session du Sénat, le 27 juin. Le gouvernement a imposé des bâillons aux différentes étapes du processus législatif pour accélérer l’adoption du projet de loi, déposé le 6 juin dernier. Ce court laps de temps a soulevé l’ire de groupes environnementaux et de Premières nations qui ont dénoncé le peu de temps d’évaluation accordé au projet de loi.
En conférence de presse jeudi, Mark Carney a défendu la proposition législative de son gouvernement, soutenant que la consultation auprès des Premières Nations « est au cœur du projet de loi ».
Le délai est serré, car Mark Carney avait promis pendant la campagne électorale de lever les barrières commerciales interprovinciales avant le 1er juillet. Les ministres libéraux ont appuyé le projet de loi C-5, arguant que le premier ministre s’était engagé à accélérer les grands projets énergétiques nationaux. Cependant, certains députés libéraux ont récemment exprimé des réserves quant à la rapidité du processus.
Un nouveau Centre de planification des services de santé en français verra le jour en Ontario dès le 1er septembre 2025. Né d’un partenariat entre la province, l’Hôpital Montfort et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, ce centre vise à centraliser et moderniser la planification des soins en français.
L’annonce a été faite ce jeudi par le ministère de la Santé de l’Ontario. Ce centre établi à Ottawa aura le mandat de moderniser et d’améliorer les services et les résultats en santé pour les francophones de la province.
Il sera chargé de la planification, des politiques, des programmes, du financement et de la gestion des ressources.
Il remplacera ainsi les six entités existantes de planification des services de santé en français, ce qui permettra « de minimiser les dédoublements et de réduire les fardeaux administratifs », explique Santé Ontario.
En effet, en Ontario, il existe déjà 6 entités de planification régionale des services en français (Nord, Sud, Est, Sud‑Ouest, Centre,…). L’idée est de passer d’un modèle régional fragmenté à un centre plus intégré.
Le modèle des entités remonte à une réforme datant de 2006, basée sur les Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS). Alors que ces réseaux ont changé, voire disparu, le modèle n’a pas évolué depuis. « L’objectif de ce nouveau centre est d’évoluer vers une planification centralisée par Santé Ontario, tout en assurant une voix forte aux francophones », explique une source bien informée au sein de la province. Selon elle, les employés des précédentes entités seront transférés vers le nouveau centre, aussi il ne sera pas question de coupes budgétaires, assure-t-on.
Dans ce sens, un investissement annuel de 3,85 millions de dollars pour la planification des services de santé en français sera maintenu durant la mise en œuvre du centre.
« On espère même que certaines efficacités permettront de réallouer des ressources ailleurs », confie la même source.
Pour ce qui est de la gouvernance de ce nouveau centre, les conseils d’administration (CA) des anciennes entités, formés de membres de la communauté, seront dissous, mais un conseil d’administration transitoire sera mis en place pour un délai maximum d’un an.
Il comprendra notamment Lise Bourgeois, ancienne PDG de La Cité, Florence Ngenzebuhoro, ancienne PDG du Centre francophone du Grand Toronto, et Angèle Brunelle, directrice générale de l’Accueil francophone de Thunder Bay. Il y aura aussi des représentants de l’Hôpital Montfort et de l’AFO.
Dans l’absolu, un CA permanent de 11 membres sera instauré. Il sera composé de deux membres issus de l’hôpital Montfort, deux de l’AFO, cinq membres communautaires et deux nommés par le gouvernement. L’objectif est d’avoir une gouvernance solide, enracinée dans la francophonie, explique-t-on.
« Conçu par et pour les francophones, ce centre contribuera à répondre à leurs besoins en matière de soins pour les années à venir », a affirmé Sylvia Jones, vice-première ministre et ministre de la Santé, soulignant que cette initiative devrait bénéficier à plus de 650 000 francophones et 1,5 million de personnes bilingues vivant en Ontario.
Pour Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, « ce nouveau centre pose les bases d’un meilleur accès aux soins de santé en français pour les générations futures ».
Fabien Hébert, président de l’AFO, a de son côté salué « l’engagement proactif de la province et l’opportunité de co-construire un modèle novateur ».
« Cette annonce confirme la volonté du gouvernement d’assurer la prestation de services de santé de haute qualité en français à travers l’Ontario », a-t-il souligné.
Pour sa part, Marie-Josée Martel, présidente du conseil d’administration de Montfort, s’est félicitée de « cette nouvelle initiative, qui s’inscrit dans notre mandat provincial à titre d’hôpital universitaire francophone de l’Ontario ».
« C’est une journée historique qui marque le renforcement des responsabilités provinciales des partenaires de la santé en matière de services de santé en français », a-t-elle relevé.
Il existe 27 régions désignées en Ontario où les services gouvernementaux doivent être offerts en français et où vit 80 % de la population francophone de la province.
Aussi, afin d’améliorer l’accès au soin des francophones, la province envisage de renforcer dans les prochains mois le Conseil consultatif des services de santé en français.
SUDBURY – Alors que le Nord-Ouest ontarien connaît une de ses pires saisons de feux de forêt, le Syndicat des employés de la Fonction publique de l’Ontario (SEPFO) et des députés de l’opposition à Queen’s Park dénoncent des salaires jugés trop bas pour les pompiers forestiers, un manque d’investissement et des difficultés de rétention des travailleurs.
« On est passé de 214 équipes de pompiers forestiers en 2005 à 143 aujourd’hui et dans le Nord on est à 50 % des forces donc clairement il y a quelque chose que le gouvernement ne fait pas correctement », déplore le député néodémocrate, Guy Bourgouin en entrevue avec ONFR.
Il y a quelques jours, l’opposition officielle dénonçait également une réduction de 42 millions de dollars de la réponse aux incendies de forêt et près de 4 millions de dollars pour les préparatifs d’urgence, selon les données du budget provincial.
Le manque de pilotes est tel que trois avions-citernes de l’Ontario sont cloués au sol en ce moment dans le Nord de l’Ontario. Photo : Canva
« Les faits parlent d’eux-mêmes, depuis 2018, notre gouvernement a augmenté les investissements dans la protection contre l’incendie de 92 % (…) Toute affirmation selon laquelle nous avons réduit le financement cette année pour la réponse aux incendies de forêt est fausse », répond par courriel à ONFR le porte-parole du ministère des Ressources naturelles, Richard Mullin.
« Ça ne payait pas beaucoup et c’était devenu impossible de survivre avec ce salaire quand tout le reste augmente »
— Travis Vernier
De son côté, la SEPFO juge que les investissements annoncés par le gouvernement, dont six nouveaux avions, ne résolvent la situation et tire la sonnette d’alarme concernant la pénurie de personnel forestier. En outre, le syndicat a fait savoir que les pilotes qu’il représente ont refusé en bloc une offre du gouvernement qui aurait fait de leur salaire le deuxième plus bas au pays.
Un métier qui n’attire plus
« Les pilotes qualifiés dont nous avons besoin ne viennent pas travailler en Ontario et d’autres partent travailler dans les provinces voisines qui offrent une juste rémunération pour ce travail spécialisé et souvent dangereux », a déclaré Chris Eckert, président du comité chargé des cas spéciaux de la SEFPO, qui représente les pilotes de bombardiers d’eau en Ontario.
Travis Vernier a travaillé comme pompier forestier pendant douze ans avant de quitter le domaine et de se réorienter en 2021.
« Ça ne payait pas beaucoup et c’était devenu impossible de survivre avec ce salaire quand tout le reste augmente », confie le Franco-Ontarien de la communauté de Nakina, à Greenstone.
« Une bonne année, où on travaillait beaucoup et qu’on nous envoyait dans d’autres provinces, je pouvais gagner près de 60 000 dollars par année, mais ce n’est pas assez pour tout le travail que ça demande », souligne-t-il.
Travis Vernier, à gauche, travaille désormais dans le secteur minier. Photo : gracieuseté de Travis Vernier
Il ajoute que le fait qu’il s’agisse d’un emploi saisonnier n’aide pas à vouloir rester dans le domaine. À l’époque, le syndicat avait tenté de revaloriser la rémunération et d’obtenir une reclassification du métier de pompier forestier pour que les salaires soient alignés sur ceux des sapeurs-pompiers, en vain.
« C’est déplorable quand on sait que l’Ontario est la province la plus riche et où il y a le plus de forêts », estime le député de Mushkegowuk-Baie James.
Des conditions de travail difficiles
De son côté, Lise Vaugeois, députée de Thunder Bay-Supérieur-Nord juge qu’il y a un manque de travailleurs spécialisés : « On entend le gouvernement dire avec beaucoup de fierté qu’il y a 700 pompiers qui travaillent dans le Nord en ce moment, mais ce ne sont pas nécessairement des pompiers expérimentés. Il faut des pompiers expérimentés pour diriger les équipes ».
« C’est un travail difficile, ce n’est pas tout le monde qui est capable de vivre dans des tentes, porter des vêtements mouillés sur une longue période et être exposé à des agents cancérigènes »
— Guy Bourgouin, député
M. Bourgouin abonde dans le même sens : « L’année passée, le gouvernement a offert 5000 pièces pour attirer des personnes pour aider à éteindre les feux, mais souvent ce sont des étudiants qui cherchent des emplois d’été, et cette année le fédéral déploie les Forces armées canadiennes…Ce ne sont pas des solutions à long terme. »
Mme Vaugeois souhaite aussi que le gouvernement de Doug Ford en fasse davantage pour protéger les travailleurs sur le terrain : « Il n’y a pas de véritables protections, comme des respirateurs contre les toxines pour les pompiers en milieu sauvage. »
La députée Lise Vaugeois estime que le gouvernement a grossi le nombre de pompiers forestiers et que celui-ci est plus proche de 600 que de 700. Source : Lise Vaugeois/Facebook
« C’est un travail difficile, ce n’est pas tout le monde qui est capable de vivre dans des tentes, porter des vêtements mouillés sur une longue période et être exposé à des agents cancérigènes », continue son collègue de Mushkegowuk-Baie James.
Le Nouveau Parti démocratique demande, notamment, au gouvernement de favoriser la création d’emplois permanents à temps plein et d’augmenter le nombre d’équipes plutôt que le nombre de personnes dans ces équipes.
La SEPFO précise que les congés maladie et le vieillissement du personnel actuel rendent la situation encore plus précaire sur le terrain. Le poste de chef pilote d’hélicoptère demeure vacant après une démission il y a deux ans et que l’Ontario a perdu 20 ingénieurs en mécanique aérienne sur 46 au cours des cinq dernières années.
TORONTO – L’auteur Aristote Kavungu a remporté le prix littéraire Trillium 2025 en langue française, ce mercredi, lors d’une soirée de gala à la Bibliothèque de référence de Toronto. 16 finalistes, dont huit talents francophones, étaient lice dans quatre catégories.
« J’écris parce qu’il y a en moi un enfant qu’il est urgent de sauver », a souvent exprimé l’auteur de plusieurs romans, qui a finalement reçu la distinction pour son essai Céline au Congo, sorti en 2024 aux Éditions du Boréal.
Dans cet essai, Aristote Kavungu s’attaque à des thèmes difficiles, en dénonçant non seulement l’antisémitisme de Louis-Ferdinand Céline, mais aussi l’hypocrisie de ses accusateursayant pointé du doigt l’écrivain français pour sa haine des juifs tout en fermant les yeux sur sa négrophobie.
Au micro d’ONFR, celui qui est par ailleurs enseignant, auteur et scénariste, a réagi : « C’est une victoire qui me fait plaisir, car ça montre que ce prix consacre une certaine façon d’écrire. »
En plus d’enseigner les lettres, Aristote Kavungu s’est fait une place dans la littérature franco-ontarienne. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
L’essayiste, qui mêle souvent son expérience multiculturelle avec son amour fou pour la littérature, a composé cet ouvrage également pour naviguer à travers la contradiction profonde qui le lie à Céline.
« J’ai décidé de l’écrire en utilisant ma passion pour Céline et ma détestation pour l’homme qu’il était. Pour le renvoyer dos à dos, lui et la France, par rapport à des sujets comme le racisme et la xénophobie, l’antisémitisme », a expliqué le professeur de lettres qui a vécu sa vie entre la France, le Congo et le Canada.
Ce dernier était, il y a quelques jours, au centre d’un épisode du balado Cœur d’encre, revenant sur son parcours et les événements qui l’ont marqué, dans une conversation intime et amicale avec Marine Sibileau.
Il y décrit sa capacité à écrire n’importe où et en tout temps : « Je peux même écrire dans un stade et oublier le monde autour. »
D’après Ontario Créatif qui organise ce gala annuel, « les lauréats de cette année reflètent la diversité du paysage littéraire ontarien. » En effet, parmi les quatre autres finalistes francophones, figuraient Marie-Hélène Larochelle, Didier Leclair et Claire Ménard-Roussy pour leurs romans ainsi qu’Alex Tétreault pour sa pièce de théâtre.
Une province qui déborde de talents
Mireille Messier a quant à elle remporté le prix du livre jeunesse Trillium en langue française avec Le bonnet magique, publié en 2023 aux Éditions Comme des géants. Du côté anglophone, c’est Maurice Vellekoop qui remporte le prix adulte avec I’m So Glad We Had This Time Together et Jake Byrne a remporté le prix de poésie avec DADDY.
Après 25 années comme autrice et 30 livres jeunesse publiés, Mireille Messier envisage cette année comme une année majeure de son parcours : « Ça faisait très longtemps que je l’espérais ce prix », s’est réjouie l’écrivaine.
Maurice Vellekoop a tenu un discours fort en retraçant le paysage politique depuis le début de l’écriture de son livre jusqu’à ce jour. Il a notamment évoqué le recul des droits de la personne pour nombre de groupes sociaux. « Mon message est urgent dans un monde où les valeurs conservatrices reprennent le dessus et mon livre illustre les conséquences que l’ignorance peut amener », a-t-il conclu.
Mireille Messier, Maurice Vellekoop et Jake Byrne ont déjà été finalistes ou gagnants de prix divers prix littéraires dans le passé. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
Ontario Créatif a emboité le pas de Maurice Vellekoop en affirmant son engagement envers la diversité et la facilitation économique en faveur de la communauté littéraire ontarienne.
« En juin on célèbre le Mois des fiertés. Au moment où la diversité des voix est en train d’être menacée par tant de façons et par tant de lieux différents, le prix Trillium nous rappelle d’élever ces voix et de célébrer la littérature riche et diversifiée du Canada », a poursuivi l’une des maîtresses de la cérémonie.
La cérémonie de remise des récompenses du Prix littéraire Trillium a eu lieu à la Bibliothèque publique de référence de Toronto. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe
D’ici deux ans, ce prix littéraire annuel décerné en Ontario célèbrera ses 40 ans, même si le volet francophone, lui, n’a été ajouté qu’en 1994.
La diversité des candidats continue de participer à l’excellence de la scène littéraire ontarienne et franco-ontarienne, sur les traces de Marguerite Anderson, Daniel Poliquin, Paul Savoie ou Danièle Vallée qui comptent parmi les anciens gagnants.
Aux Essais nationaux de natation qui se tenaient du 13 au 18 mai à Victoria, deux jeunes espoirs franco-ontariens ont su tirer leur épingle du jeu, chacun dans leur style. Ben Winterborn et Alexandre Landry, tous deux membres actifs du circuit universitaire canadien, ont quitté la Colombie-Britannique avec des performances jugées satisfaisantes après coup… mais aussi un goût d’inachevé.
Ben Winterborn a enchaîné six courses en dos et en nage libre : 50m, 100m et 200m dans chaque spécialité. Il a atteint la finale B au 200m dos et a remporté une médaille d’argent dans la finale A du 50m dos, terminant à seulement 0,9 seconde des critères de sélection pour l’équipe nationale. Il s’est aussi classé 4e au 100m dos, manquant le podium pour deux centièmes de seconde.
« C’est très difficile de me dire que j’ai bien fait quand je n’ai pas atteint mes objectifs, mais je suis quand même fier de mon effort », confie le nageur du Centre de haute performance de l’Ontario et de l’Université de Toronto. Ses temps en dos, notamment au 50m et au 100m, sont ses meilleurs en carrière.
Un départ trop profond a coûté du temps à Ben Winterborn en finale du 50 m dos. Photo : Daniel Harrison
De son côté, Alexandre Landry s’alignait dans ses trois spécialités en brasse (50, 100 et 200m). S’il n’a pas battu ses records personnels, il s’est tout de même hissé dans le top 15 canadien à chacune de ses épreuves, un résultat qu’il dit avoir appris à apprécier avec du recul.
« Au début, je n’étais pas trop satisfait… mais après quelques jours, franchement je suis vraiment content. Être dans le top 15 au Canada, c’est déjà beaucoup », admet-il.
Ce qu’ils auraient voulu mieux faire
Les deux athlètes partagent le même constat : certains détails techniques et mentaux leur ont coûté quelques précieuses fractions de seconde.
Pour Ben Winterborn, c’est le départ du 50m dos qui a fait la différence. « J’ai plongé trop profond, donc j’ai dû me rattraper en sortant. » Un détail qui, à ce niveau, peut faire la différence entre une place sur le podium ou non.
Alexandre Landry pense lui aussi que son départ fait partie des pistes d’amélioration pour améliorer ses temps. Photo : Daniel Landry
Alexandre Landry évoque quant à lui un manque de confiance en début de compétition, couplé à un décalage horaire difficile à gérer : « C’était ma première compétition complètement dans l’Ouest. Le changement de temps m’a affecté plus que prévu. »
Au-delà de leurs performances, les deux nageurs ont été impressionnés par le niveau général observé à Victoria. Les exploits de la sensation de la natation canadienne, Summer McIntosh, qui a établi trois records du monde et deux canadiens en cinq jours, ont marqué les esprits.
« Quand elle entrait dans l’eau, tout le monde s’arrêtait pour la regarder, des nageurs à l’échauffement jusqu’au maîtres nageurs », raconte Ben Winterborn avec admiration.
Il a aussi tenu à saluer la performance de sa coéquipière Madison Kriger, seulement âgée de 16 ans, qui s’est qualifiée pour les Championnats du monde au 200 m dos.
« C’est comme une petite sœur pour moi, alors j’étais très fier d’elle. C’était fou de la voir réussir comme ça. »
Inspiré par les performances auxquelles il a assisté, Ben Winterborn pense déjà à son rêve olympique en 2028. Photo : Daniel Harrison
Alexandre Landry a, de son côté, souligné la performance surprise de Marie-Sophie Harvey au 200 m brasse.
« Elle n’était pas reconnue pour la brasse du tout, mais elle a fini première dans le 200 m. On ne s’attendait pas vraiment à ça. C’était impressionnant de voir comment elle s’est améliorée. »
Il a également été marqué par le chrono du jeune Antoine Sauvé, qui a battu le record national sur le 200 m nage libre détenu par Brent Hayden de 0,01 seconde, le tout dans la finale B!
Deux compétitions chacun pour clore la saison
Les deux nageurs auront encore deux occasions de se mesurer à l’élite cet été.
Ben Winterborn représentera le Canada universitaire dans une rencontre amicale face à la sélection britannique à Sheffield, en Angleterre, les 2 et 3 juillet. Il participera ensuite aux Championnats nationaux en petit bassin à Sherbrooke en août.
Alexandre Landry veut bien finir sa saison pour se qualifier pour la Coupe du monde qui aura lieu à Toronto en automne. Photo : Daniel Landry
Alexandre Landry participera d’abord aux Ontario Summer Events (OSE) à Scarborough, où il sera accompagné d’une délégation de onze nageurs de son club, puis lui aussi prendra part aux Nationaux à Sherbrooke début août.
Les JO 2028 déjà en tête
Si la saison actuelle touche à sa fin, les deux nageurs gardent déjà un œil sur les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.
Pour le spécialiste du dos originaire de Kingston, l’objectif est clair : continuer à progresser en dos, mais aussi revenir fort en nage libre afin de se tailler une place dans un relais.
« Quand j’avais 9 ou 10 ans, mon rêve c’était d’être dans le relais 4×100 nage libre. Alors je veux continuer à m’améliorer dans les deux. »
Le Sudburois, de son côté, préfère y aller une compétition à la fois, mais n’exclut rien.
« C’est toujours dans un coin de ma tête. Et si je suis dans le top 20 à Sherbrooke, je pourrais me qualifier pour représenter le Canada à la Coupe du monde de Toronto cet automne. »
OTTAWA — Les entreprises privées de compétence fédérale pourraient demander à contourner certaines de leurs exigences linguistiques, comme le droit aux employés de travailler en français, dans le cadre du projet de loi C-5 sur les grands projets d’intérêt national.
L’article 21 donnerait le droit à une entreprise privée de compétence fédérale, de demander au gouvernement de « supprimer la mention d’une loi fédérale, d’un règlement ou d’un passage d’une loi fédérale ou d’un règlement ». Questionné par le sénateur acadien Réjean Aucoin mardi lors d’une séance du Sénat, le ministre Dominic Leblanc a convenu que la législation dans sa forme actuelle pourrait permettre un tel effacement d’obligations linguistiques.
« Vous avez raison de soulever cette inquiétude, car, dans un autre scénario ou sous un autre gouvernement, le projet de loi pourrait être utilisé pour affaiblir ces obligations », a-t-il acquiescé.
Le premier ministre Mark Carney et ses homologues provinciaux ont convenu de « l’urgence d’agir », mais à aucun moment « nous n’avons conçu qu’un tel scénario serait raisonnable », a soutenu le ministre acadien.
« Nous reconnaissons que ce type d’exemption, tant que je serai le ministre responsable, ne verra pas la lumière du jour », a assuré le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, des Affaires intergouvernementales et de l’Unité de l’économie canadienne.
Le sénateur Aucoin, un juriste pendant plus de 30 ans, perçoit aussi une possibilité que des règlements linguistiques puissent être contournées, mais dit avoir « espoir et confiance que ça ne va pas se faire, car il y a des choses qui sont sacrées au Canada », a-t-il affirmé en entrevue.
Des obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles (LLO) et de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale pourraient être bafouées sur accord du gouvernement, selon la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).
« Le français est vulnérable au Canada. On ne peut pas accepter que des lois comme la Loi sur les langues officielles puissent être contournées », s’inquiète l’organisme acadien dans un communiqué.
Cet article de la législation, si non modifié, serait une « menace potentielle pour les droits linguistiques des travailleurs, particulièrement au Québec, en Acadie et dans les régions à forte présence francophone », soutient l’organisme dans un mémoire acheminé aux députés du Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités qui étudie la législation.
Le juriste en droits linguistiques Érik Labelle-Eastaugh tempère que cette possibilité soulevée par la SANB est limitée. L’article 82 de la Loi sur les langues officielles édicte que les parties 1 à 5, dont celle portant sur la langue de travail, ont primauté « de toute autre loi ou de tout règlement fédéral ».
« Le seul moyen de contrecarrer cet effet de la loi serait, si le législateur mentionne explicitement que la nouvelle loi s’applique nonobstant de l’article 82 de la Loi sur les langues officielles (…) En général, les autres lois (fédérales) n’ont pas une telle disposition ce qui rend la Loi sur les langues officielles si spéciale », explique le doyen de la faculté de droit l’Université de Moncton.
Cette nouvelle loi pourrait accélérer l’approbation de grands projets, comme dans le secteur pétrolier, au Canada, qui remplissent certains critères. Photo Canva
Toutefois, la loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale ne comporte pas une clause similaire. Mais celle-ci n’est toujours pas en vigueur, car elle nécessite toujours l’adoption de réglementations avant d’être en application. Elle garantit en principe de nouveaux droits aux employés pour travailler et être supervisée en français au Québec et dans des régions à forte présence francophone, qui elles sont encore inconnues.
Comme il s’agit d’une loi à part, il existe une possibilité théorique qu’une entreprise, qui serait participante dans « un projet d’intérêt national » pourrait demander à ne pas garantir un droit de travailler en français, convient Érik Labelle-Eastaugh, car « ces obligations sont prévues ailleurs que dans les parties 1 à 5 de la LLO ».
Un processus rapide
Déposé le 6 juin, le projet de loi C-5 est divisé en deux parties. La première concerne l’abolition de barrières commerciales entre les provinces et l’élimination d’obstacles à la mobilité de la main-d’œuvre par exemple. Cette section fait consensus entre les partis politiques jusqu’à présent. C’est plutôt la seconde partie, la Loi visant à bâtir le Canada, qui s’avère controversée. Elle a suscité la colère des Premières Nations et des groupes environnementaux qui ont dénoncé un manque de consultation.
Le projet de loi risque d’être adopté d’ici le vendredi 20 juin, le gouvernement ayant imposé des bâillons -qui ont été appuyés par les conservateurs- en cours de processus pour limiter le temps de débat dans la Chambre des communes. Le projet de loi était destiné à passer l’étape du comité jeudi, le comité ayant alloué près de 11 heures au total pour l’étude du projet de loi. Le comité doit l’étudier de 15 h à minuit un nombre d’heures anormalement élevé pour une seule séance de comité.
L’échéance serrée suit la promesse électorale de Mark Carney de mettre fin aux barrières commerciales entre provinces d’ici le 1er juillet. Les ministres libéraux ont défendu C-5 en soutenant que le premier ministre avait fait campagne sur l’accélération des grands projets énergétiques au pays. Toutefois, certains députés libéraux ont émis des bémols dans les derniers jours sur la vitesse du processus.
OTTAWA – Le gouvernement de l’Ontario a annoncé ce mercredi un investissement majeur pour la construction du nouveau bâtiment du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Tiré du Fonds pour l’infrastructure communautaire des sports et des loisirs (FICSL), ce montant de plus de 15,7 millions de dollars permet d’atteindre 100 % de l’objectif de financement de l’organisme culturel et communautaire.
Neil Lumsden, ministre du Sport et Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, en ont fait l’annonce dans les locaux temporaires du MIFO, situés à la Place d’Orléans.
« La francophonie ontarienne, pour s’épanouir, a besoin d’institutions communautaires très fortes. Le MIFO représente cela, exactement », explique Caroline Mulroney au micro d’ONFR.
Elle précise que le FICSL, un fonds de 200 millions de dollars, a reçu des demandes qui totalisaient plus de 1,15 milliard de dollars. « Ça démontre la qualité et la force de la demande du MIFO », qui a obtenu davantage que le montant maximal initialement prévu par projet.
« Le projet du MIFO s’insérait tellement bien à l’intérieur de cette enveloppe », se réjouit Mélanie Routhier Boudreau, directrice générale du MIFO, en entrevue avec ONFR. « Ça vient compléter l’ensemble du financement dont on a besoin pour notre projet de construction. »
Quatre fois plus grand
L’idée d’un nouveau bâtiment ultramoderne est un rêve vieux de plus de 10 ans pour le MIFO. Sa présidente, Trèva Cousineau, a talonné sans relâche la ministre des Affaires francophones afin d’obtenir une aide de la province. « Je savais qu’elle croyait au projet », indique-t-elle, tout en avouant qu’elle n’était pas pleinement convaincue de recevoir l’entièreté du montant demandé.
Trèva Cousineau se disait euphorique à la suite de l’annonce de mercredi. « On a tout ce qu’il faut pour aller de l’avant » avec le plan A, celui d’un centre multifonctionnel à la fine pointe de la technologie, carboneutre et inclusif.
« Ça nous permet de faire le projet dans son entièreté, indique Mme Routhier Boudreau. L’édifice sera quatre fois plus grand que l’édifice actuel, avec des espaces qui ont vraiment été pensés au niveau de l’accessibilité, qui seront inclusifs et intergénérationnels. »
De gauche à droite : la directrice générale du MIFO, Mélanie Routhier Boudreau, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney et la présidente du MIFO, Trèva Cousineau. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le futur bâtiment comprendra une salle de spectacles de 300 places, des salles polyvalentes, des studios pour l’école de musique, un gymnase avec une piste de course en mezzanine et des galeries d’art, entre autres.
La directrice générale imagine le nouveau MIFO comme « un carrefour de rassemblement » pour la communauté francophone dans son ensemble, « des tout-petits jusqu’aux aînés. »
Avec l’annonce l’an dernier de 36 millions de dollars de la part du gouvernement fédéral, le MIFO avait déjà confirmé le projet. « On pouvait construire sans ça (l’investissement provincial), mais il aurait fallu couper » et faire des choix, indique Trèva Cousineau. C’est maintenant sans compromis que la construction aura lieu à compter de cet été, pour une ouverture espérée en 2027.
Un maquette du futur bâtiment du MIFO, telle que présentée en 2024. Photo : Gracieuseté du MIFO
Un événement public se tiendra au 6600, rue Carrière dans les prochaines semaines, pour les gens qui voudront assister au début de la démolition du vieux bâtiment. « Il y a beaucoup d’émotions après 40 ans dans le même édifice. C’est important pour nous d’inviter la communauté », indique Mélanie Routhier Boudreau.
Des réactions enthousiastes
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, était aussi présent pour l’annonce de ce nouvel investissement provincial pour le MIFO. La Ville a elle-même fourni 1,5 million de dollars pour le projet.
« C’est une excellente nouvelle pour Orléans et pour toute la ville. Le MIFO est au cœur de la vie culturelle et communautaire des résidents francophones d’Ottawa depuis plusieurs décennies. Ce nouvel investissement aidera à créer un espace moderne et inclusif qui encouragera l’adoption de modes de vie sains, qui réunira les gens et qui reflétera la diversité de notre ville, » a commenté M. Sutcliffe.
« L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario se réjouit profondément de cet investissement de 15,7 millions de dollars, qui témoigne d’une écoute attentive du gouvernement face aux priorités exprimées par notre communauté, a indiqué Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Nous espérons que cette annonce inspirera d’autres initiatives du même souffle. »
Les sources de financement du MIFO pour son nouveau bâtiment
36,1 millions de dollars du gouvernement fédéral
15,75 millions de dollars du gouvernement provincial
1,5 million de dollars de la Ville d’Ottawa
Une campagne de financement auprès de la communauté et des partenaires
Des fonds accumulés par le MIFO à travers les années, à hauteur de plus de 2,5 millions de dollars.
On part à la découverte du parcours de Catherine Goueth, agricultrice camerounaise passionnée qui a fondé Likebel Farms. Portée par son amour pour la terre et son esprit d’innovation, elle raconte son parcours, ses défis, et les apprentissages qui ont marqué son adaptation au système agricole ontarien.
OTTAWA – Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, se dit en désaccord avec la décision de la Cour suprême du Canada de ne traduire que quelques-unes de ses 6 000 décisions qui ne sont pas bilingues.
Une enquête du Commissariat aux langues officielles avait conclu que la Cour suprême se devait de traduire ses milliers de décisions, qui sont majoritairement unilingues anglophones.
Basé sur cette conclusion, l’organisme Droits collectifs Québec a déposé à l’automne 2024 une poursuite en cour fédérale contre la plus haute instance juridique au pays pour l’obliger à faire cette traduction. En réponse, elle avait annoncé retirer toutes ces décisions unilingues de son site web, mais s’engageait à en traduire en 2025.
« Je pense que c’est une solution qui ne répond pas à la recommandation que j’ai mise de l’avant », a commenté mardi Raymond Théberge, en conférence de presse après le dépôt de son rapport annuel.
Lors de sa conférence de presse annuelle la semaine dernière, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, avait indiqué que le tribunal traduirait quelques jugements rendus avant 1970 sur les 6 000 qui ne sont pas disponibles dans les deux langues officielles. Depuis la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023, les tribunaux fédéraux ont l’obligation de traduire l’ensemble de leurs décisions rendues dans les deux langues officielles. Or, avant l’adoption de cette loi en 1970, le plus haut tribunal canadien ne traduisait pas ses jugements délivrés.
Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge. Gracieuseté Commissariat aux langues officielles.
Richard Wagner a indiqué qu’un groupe de travail indépendant avait été mis en place « pour vérifier quelles étaient les décisions les plus pertinentes » et que « quelques décisions » ont été identifiées.
« Ça a un impact sur le système de justice au Canada, de ne pas avoir accès à ces décisions dans les deux langues officielles. Je sais qu’on vient d’annoncer qu’on va en traduire quelques-unes, mais je demeure ferme sur ma position qu’on devrait toutes les traduire et que le fait de les retirer ne résout pas le problème », a reproché le commissaire Théberge.
Malgré les propos du juge en chef, le commissaire aux langues officielles soutient que son équipe effectuera « ce que l’on fait typiquement », dans les mois suivant la formulation de recommandations.
« Après un certain temps, on fait un suivi et à ce moment-là, on fait état de la question. Évidemment, le juge en chef a déjà répondu en disant qu’on va retirer les décisions et en traduire quelques-unes. Mais on va toujours faire notre suivi quand même dans les prochains mois », signale Raymond Théberge.
Dans le passé, Richard Wagner soutenait que la traduction des quelque 6 000 décisions nécessiterait un investissement de 10 à 20 millions de dollars, plus d’une centaine d’interprètes et près de dix ans de travail.
OTTAWA – Le Festival franco-ontarien (FFO) tire un bilan positif de sa 50e édition, qui s’est déroulée au parc Major’s Hill d’Ottawa du 12 au 14 juin. Sans préciser de nombre exact, l’organisation parle d’un record d’achalandage avec des milliers de festivaliers. Retour en images sur trois soirées de célébration.
« Nous ne pouvions rêver d’un plus bel anniversaire. Le public a répondu présent en grand nombre, les artistes ont livré des performances touchantes et inspirées, et la météo nous a offert trois jours parfaits », a déclaré le directeur général du FFO, José Bertrand, par communiqué.
Les spectacles sur la grande scène
La musique est l’ingrédient principal de la recette du FFO. Il fallait bien sûr souligner le tournant historique du 50e anniversaire, mais l’organisation a tenu sa promesse faite l’an dernier d’offrir plus de place à une nouvelle génération d’artistes et de Festivaliers. La première soirée a débuté avec le Franco-Ontarien JOLY, dont le projet musical a remporté trois prix Trille Or le mois dernier. Son album Deuil avait également remporté le titre d’album de l’année aux Prix de la musique de la capitale en 2024.
La sensation française Carbonne a donné son tout premier spectacle en sol canadien, quelques heures après sa sortie de l’avion. Le public comptait en ses rangs de nombreux enfants et adolescents, venus écouter des chansons comme Imagine ou Bene avec leurs parents.
Pour le Québécois Fredz, très en demande dans les festivals cet été, il s’agissait d’une première performance en Ontario. L’interprète de la chanson Le stade sera de retour dans la région le 23 juin, au festival Outaouais en fête, et le 1er juillet pour le spectacle de la Fête du Canada.
L’Ottavien JOLY a été ajouté à la programmation dans les dernières semaines précédent l’événement, suite au désistement du duo De Flore. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
La foule se rassemblait déjà en début de soirée pour le spectacle de JOLY. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
L’humoriste franco-ontarien Patrick Groulx est l’ambassadeur du FFO pour un mandat de trois ans. Il a animé les soirées du jeudi et du samedi. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le Français Carbonne s’est rapproché de la foule à la fin de sa performance, au grand bonheur des festivaliers. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Après Ottawa, Carbonne s’est arrêté deux soirs à Montréal (MTelus et Francos de Montréal) avant de repartir vers l’Europe. Photo : Rachel Crustin / ONFR
En plus de nombreuses dates au Québec, Fredz donnera des concerts en France, en Belgique et en Suisse cet été. Photo : Rachel Crustin / ONFR
C’est un tour du chapeau pour Fredz, de passage trois fois en trois semaines dans la région d’Ottawa-Gatineau. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le vendredi soir était consacré à l’anniversaire du FFO. Pour l’occasion, l’ACFO Ottawa a créé un tout nouveau prix, le prix Porte-drapeau, remis à une initiative, un projet ou un événement porteur de la fierté franco-ontarienne. Le FFO en est le tout premier gagnant.
L’occasion a aussi été prise par Brian St-Pierre et ses acolytes pour tourner des images du futur vidéoclip de l’hymne Mon beau drapeau, qui sera présenté plus tard dans l’année, dans le cadre du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien. Un immense drapeau vert et blanc s’est promené au-dessus de la foule, pendant que la chanson était interprétée par son compositeur, accompagné de Manon Séguin, Stef Paquette et LeFLOFRANCO.
Le grand spectacle Aujourd’hui pour demain, imaginé par François Dubé et DJ UNPIER, a zigzagué entre les époques sans faire de ponts. Manon Séguin et Mélissa Ouimet ont réchauffé la foule en interprétant tour à tour des chansons d’Andrea Lindsay, de Gabrielle Goulet ou de L’Écho d’un peuple, par exemple. Mélissa Ouimet en a profité pour inviter les Ottaviens à son lancement d’album, qui aura lieu au Centre national des arts le 17 septembre.
Bien que seul membre officiellement annoncé, Michel Lalonde a invité sur scène ses acolytes de Garolou, Bobby Lalonde et Marc Lalonde, visiblement pour son plus grand bonheur et pour celui des fans de la première heure de ce groupe pionnier de l’Ontario français. Suivre cette formation mythique était un grand défi pour les jeunes de la relève qui ont suivi, invités par DJ UNPIER.
Réunis pour la première fois de la décennie, les membres de CANO ont offert le moment le plus mémorable. À leur tête, Marcel Aymar a rappelé que le vrai leader du groupe était André Paiement, décédé en 1978. CANO a invité sur scène sa soeur Monique Paiement et son grand ami Robert Paquette. Plus tard, le dramaturge Jean Marc Dalpé et la chorale senior de l’école secondaire publique De La Salle ont offert une interprétation remarquée de la chanson Au Nord de notre vie, célèbre texte de Robert Dickson.
DJ UNPIER, LeFLOFRANCO et leurs invités, dont la talentueuse rappeuse de 15 ans Emcee Janie, ont ensuite repris la scène, avant que Robert Paquette ne revienne comme dernière tête d’affiche de la soirée, et que tous les artistes ne se retrouvent pour interpréter avec la foule l’hymne franco-ontarien Notre place, incontournable dans le contexte.
Manon Séguin a débuté le spectacle Aujourd’hui pour demain. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
À seulement 15 ans, Emcee Janie a su prendre sa place sur scène aux côtés de l’artiste LeFLOFRANCO. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
La foule devant le spectacle Aujourd’hui pour demain. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Un immense drapeau pour le tournage du vidéoclip de la chanson Mon beau drapeau. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Les spectateurs affichaient également leurs drapeaux verts et blancs.
Les frères Michel et Marc Lalonde, membres de Garolou. Photo : Rachel Crustin / ONFR
De gauche à droite : Bobby, Michel et Marc Lalonde, qui ont offert les grands succès de Garolou. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Robert Paquette et Monique Paiement ont rendu hommage à André Paiement. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Marcel Aymar pendant la réunion de CANO. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le frère d’André, Paul Paiement, a aussi participé au spectacle dans la peau du personnage du Vieux Mederick. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Jean Marc Dalpé, Monique Paiement et la la chorale senior de l’école secondaire publique De La Salle pendant la réunion de CANO. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Samedi, le dernier jour du FFO a aussi attiré un grand nombre de spectateurs. Après une matinée familiale gratuite comprenant entre autres une séance de Mini Yoga avec Josée LeBlanc de Mini TFO et un spectacle du magicien Daniel Coutu, le site a réouvert en soirée pour un doublé musical et humoristique. Les Bilinguish Boys (Stef Paquette, Dayv Poulin et Edouard Landry) ont ainsi précédé la formation québécoise Les Trois accords.
Tout au long du festival, le Café communal a également fait place aux artistes de la relève de la région de la capitale nationale, et plusieurs activités familiales se sont déroulées dans le parc Major’s Hill.
Différents organismes francophones tenaient un kiosque dans le parc Major’s Hill. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Les Franco-Ontariens ont affiché leurs couleurs tout au long de l’événement. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Val D’Avalon en performance au Café communal. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
L’organisation s’est dite pleinement satisfaite de cette 50e édition. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Les Bilinguish Boys. De gauche à droite : Dayv Poulin, Stef Paquette et Edouard Landry. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Simon Proulx, chanteur des Trois accords. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Les spectateurs étaient particulièrement nombreux pour accueillir Les Trois accords. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Le maquillage aux couleurs franco-ontariennes, un classique du FFO. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Daniel Coutu a émerveillé le jeune public lors de la matinée familiale. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
L’animation de foule a aussi ravi les familles tout au long de la fin de semaine. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
Le Café communal a accueilli la relève, mais aussi des vétérans comme Jean-Marc Lalonde. Photo : SamLaflamme Productions – Félix Déry
OTTAWA — Dans son rapport annuel déposé mardi, le commissaire aux langues officielles (CLO) Raymond Théberge dénonce le manque de respect des langues officielles des commissions d’enquête publique du gouvernement fédéral. Le nombre de plaintes pour l’année 2024-2025 repart d’ailleurs à la hausse par rapport à l’an dernier.
Il vise principalement la Commission sur l’état d’urgence, chargée d’enquêter sur l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence lors du convoi de la liberté en 2022 par le gouvernement fédéral. Le Commissariat aux langues officielles avait conclu à des manquements linguistiques de la part de l’organe dirigé par le juge franco-ontarien, Paul Rouleau, comme le manque de traduction de documents et témoignages.
Ce dernier précise qu’il n’a pu faire de recommandation dans le cadre de son enquête, car la commission a cessé ses activités. Son enquête visait aussi le Bureau du conseil privé (BCP), dont relèvent les commissions d’enquête, « qui a un rôle à jouer, à faire respecter, durant leur existence, les règles du jeu en matière linguistique, entre autres ».
La commission d’enquête sur l’état d’urgence a enfreint la Loi sur les langues officielles, a conclu le Commissariat aux langues officielles. Crédit image : Commission sur l’état d’urgence
Il fait donc la recommandation à un comité parlementaire de se pencher sur la question et « de suggérer des moyens, législatifs ou autres, visant à améliorer le respect de leurs obligations linguistiques ».
La Commission sur l’ingérence étrangère était aussi dans le viseur du commissaire, avait rapporté Radio-Canada. Raymond Théberge avait conclu que celle-ci avait enfreint la Loi sur les langues officielles en omettant de traduire et de publier sur son site Internet tous les documents qu’elle produit simultanément en français et en anglais.
« Loin d’être un cas unique, la situation illustrée par cette Commission (d’état d’urgence) me préoccupe, car toute commission dont le mandat est national doit respecter des obligations linguistiques quand elle communique avec le public canadien », est-il écrit dans le rapport de M. Théberge.
Il demande donc au Bureau du conseil privé de rappeler aux présidents de commissions d’enquête leurs obligations linguistiques, « notamment celle de servir le public dans les deux langues officielles à toutes les étapes de vie d’une commission d’enquête ». Il recommande aussi au BCP, le ministère chargé de conseiller le premier ministre et de surveiller la fonction publique, de fournir à ces enquêtes publiques « les ressources requises pour que les commissions puissent fonctionner de façon optimale dans les deux langues officielles ».
Plaintes : de retour à la hausse
Le Commissariat aux langues officielles fait état de 1 163 plaintes pour 2024-2025, en hausse par rapport à 2022-2023 (847). Le principal objet des plaintes continue d’être le service offert au public avec 766 sur les 1 163 plaintes considérées recevables par le CLO, suivi par la langue de travail avec 255.
L’évolution du nombre de plaintes jugées recevables par le commissaire aux langues officielles lors des dernières années. Crédit image : rapport annuel du CLO
Rapport après rapport, le commissaire souligne le non-respect des obligations linguistiques des institutions fédérales et celui-ci ne fait pas exception. Il demande à ce que le Conseil du Trésor soit plus sévère envers les institutions fédérales, soulignant qu’elles « ont besoin d’un réel encadrement de leurs responsabilités, ainsi qu’une marche à suivre claire ».
« Présentement, on donne beaucoup de marge de manœuvre aux institutions fédérales pour la mise en œuvre de la Loi », a-t-il dénoncé lors d’une conférence de presse mardi matin.
De nouveaux pouvoirs toujours en attente.
Dans son document annuel, Raymond Théberge rappelle à nouveau qu’il est toujours en attente de l’adoption de règlements en lien avec ses nouveaux pouvoirs obtenus lors de la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023.
Il mentionne notamment celui de pouvoir distribuer des pénalités financières ou d’émettre des ordonnances aux mauvais joueurs en matière de langues officielles. Il indique avoir commencé à utiliser certains de ses nouveaux pouvoirs comme le fait de conclure des accords de conformité avec les instances fédérales ou l’utilisation d’un processus de médiation.
Raymond Théberge a aussi fait échos à de nombreux règlements touchant les communautés de langue officielle qui restent à être adoptés, rappelant « l’importance d’agir diligemment afin de respecter les objectifs de la Loi modernisée ».
« Nous avons dit clairement ce que nous voulions pour ce règlement et Raymond Théberge y fait écho dans son rapport, a réagi Liane Roy, la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). Il faut que les institutions fédérales aient une marche à suivre claire pour se conformer à leurs obligations, pour consulter nos communautés et pour rendre des comptes sur ce qu’elles auront fait », ajoute-t-elle.
Il s’agit en principe du dernier rapport délivré par Raymond Théberge, dont le mandat doit prendre fin le mois prochain.
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