C’est terminé pour le bilinguisme officiel mur à mur au Collège militaire royal du Canada (CMR) à Kingston. Le même endroit où l’astronaute Jeremy Hansen a notamment perfectionné son français change sa politique de bilinguisme et désigne l’anglais comme langue de travail principale au sein de l’administration.
Le centre de formation des militaires à Kingston passe d’une entité bilingue à une entité unilingue anglaise, en vertu d’une mise à jour de la politique sur les langues officielles à la Défense nationale. C’est ce qu’a indiqué le brigadier-général et commandant au CMR, Pascal Godbout, dans une note interne envoyée aux membres du Collège dont nous avons obtenu copie. Dans celle-ci, il est indiqué que le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme étant anglophone.
« L’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux sont menés principalement en anglais », édicte Pascal Godbout en précisant que « l’utilisation des deux langues officielles dans les réunions et les communications internes est encouragée lorsque la situation opérationnelle le permet ».
« Toutefois, l’information essentielle doit être disponible en anglais », décrète le commandant.
Pas d’impact sur l’instruction en français, assure le CMR
Pour les étudiants, les cours seront toujours offerts en anglais et en français, tout comme les cours de langue seconde, est-il précisé dans la note interne. Les élèves continueront aussi de suivre leurs cours selon un mode d’alternance, soit deux semaines en français et deux semaines en anglais.
Si tous les cours ne sont pas affectés, les services internes devront dorénavant privilégier l’anglais. Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.
Pour les élèves (les aspirants de marine et élèves-officiers), « le Collège maintiendra la capacité bilingue nécessaire pour respecter cette obligation ». Idem pour les membres du public, qui pourront recevoir un service dans les deux langues officielles en vertu des « normes fédérales en matière d’offre active », est-il décrété en vertu de la nouvelle mesure. Désormais, en vertu de cette directive, l’obligation d’offrir des services internes en français et en anglais ne s’appliquera plus aux employés.
Le CMR est la seule université fédérale au Canada et a donc des obligations linguistiques en vertu de la Loi sur les langues officielles et les politiques du ministère de la Défense nationale. Les élèves qui y obtiennent leur diplôme reçoivent un diplôme universitaire de premier cycle et un brevet d’officier dans les Forces armées canadiennes. Au total, une vingtaine de programmes sont offerts à une population étudiante de près de 1200 personnes. L’établissement fête d’ailleurs son 150e anniversaire cette année.
Si la note a été envoyée mercredi aux membres de la communauté universitaire, elle date du mois de février. Cela pourrait signifier que des postes de superviseurs ou dans la haute direction n’auront plus d’obligation de bilinguisme en vertu de cette nouvelle directive.
« Le CMR s’engage à garantir que les employés unilingues anglophones et francophones soient traités équitablement et aient un accès juste aux possibilités d’emploi ainsi qu’aux occasions de perfectionnement et d’avancement professionnels, sous réserve des exigences linguistiques légitimes associées à certains postes », peut-on lire dans cette missive.
Le CMR assure que les exigences linguistiques pour les postes « seront gérées de manière responsable et transparente afin de garantir le respect continu des obligations liées aux langues officielles ».
« Les gestionnaires sont responsables de l’application adéquate des exigences linguistiques dans leurs domaines de responsabilité, tout en assurant l’efficacité opérationnelle », soutient Pascal Godbout.
Le commandant assure que le bilinguisme « demeure un aspect clé du Plan de formation des officiers·ères de la Force régulière au CMR ».
OTTAWA – Après une vacance de plus d’un an et demi, l’Université d’Ottawa (U d’O) a enfin trouvé celle qui portera le dossier de la francophonie. Julie Cafley, une experte reconnue en politiques publiques et en inclusion, a été nommée vice-rectrice à la francophonie et aux relations externes et communautaires.
C’est un poste qui a fait couler beaucoup d’encre, autant par sa longue vacance que par sa redéfinition sémantique. Après plus de 18 mois d’attente à la suite du départ de Sanni Yaya en mai 2024, l’établissement a annoncé ce mercredi la désignation de celle qui aura la lourde tâche de piloter le dossier francophone.
Julie Cafley, dont le mandat de cinq ans débutera le 6 juillet prochain, n’arrive pas en terrain inconnu.
Détentrice de quatre diplômes de l’U d’O, dont un doctorat en leadership en éducation, elle a consacré sa thèse aux enjeux de leadership et de gouvernance dans l’enseignement supérieur en examinant les mandats inachevés des recteurs et rectrices d’universités canadiennes.
Elle a d’ailleurs été cheffe de cabinet des recteurs Allan Rock et Gilles Patry.
« Julie Cafley possède une rare capacité à rassembler des milieux différents autour de projets porteurs », a souligné par écrit la rectrice Marie-Eve Sylvestre.
Elle estime que le parcours de la nouvelle vice-rectrice en inclusion et en développement de partenariats correspond à la vision d’une université « profondément ancrée dans sa communauté ».
Accent sur les relations externes
Le nouveau titre du poste, qui évacue le volet « international » au profit des « relations externes et communautaires », semble signaler un virage vers une diplomatie de proximité alors que l’établissement sort d’une période de consultations institutionnelles visant à évaluer son offre de cours et son positionnement en français.
« La nouvelle vice-rectrice aura pour mandat de réaffirmer le leadership de l’Université d’Ottawa dans la francophonie et de renforcer les partenariats avec les gouvernements, le secteur privé, le milieu communautaire et le monde universitaire pour accroître le rayonnement de l’Université et en optimiser l’impact », peut-on encore lire dans le communiqué.
Ancienne directrice générale de Catalyst Canada et vice-présidente au Forum des politiques publiques, Julie Cafley dispose d’un réseau étendu dans les cercles décisionnels canadiens.
« Je reviens à l’Université d’Ottawa avec une conviction profonde : la francophonie se construit dans l’écoute, les relations et les partenariats. Ensemble, avec nos communautés, nous bâtirons des ponts et renforcerons le sentiment d’appartenance afin de faire avancer une francophonie inclusive, ancrée dans l’équité et tournée vers l’avenir », a-t-elle déclaré par voie de communiqué.
Mme Cafley a aussi représenté le Canada à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, contribuant aux réflexions internationales sur l’avancement des femmes et l’égalité.
Une nomination bien accueillie
Les réactions ne se sont pas fait attendre dans le milieu franco-ontarien.
Madeleine Meilleur, ancienne ministre des Affaires francophones et procureure générale de l’Ontario, voit en elle une alliée de taille : « Sa vaste expérience professionnelle et son expertise dans le domaine des politiques publiques contribueront à solidifier le leadership institutionnel de l’Université. Je me réjouis particulièrement de sa connaissance approfondie de la communauté franco-ontarienne et de l’espace francophone canadien ».
Même son de cloche du côté de la santé. Dominic Giroux, président et directeur général de l’Hôpital Montfort, se réjouit de cette nomination.
« Plus que jamais, nos institutions doivent travailler main dans la main pour former la prochaine génération de professionnelles et professionnels de la santé, faire avancer la recherche en français et renforcer des communautés francophones saines, fortes et inclusives. »
Ottawa a récemment ouvert la porte à la privatisation des aéroports fédéraux, mais est-ce qu’une telle mesure pourrait avoir un impact sur le service en français dans les aéroports? Oui, selon deux experts, mais les probabilités que le gouvernement laisse passer une telle éventualité sont faibles.
Dans sa mise à jour économique présentée à la fin du mois d’avril, Ottawa évoque l’idée de réformer le modèle des aéroports, par exemple en « exploitant la valeur des aéroports pour investir dans la croissance à long terme du Canada, notamment par des modes de propriété différents ». Autant le ministre des Transports, Steven MacKinnon, que son collègue aux Finances, François-Philippe Champagne, ont mentionné ces possibilités publiquement.
Le juriste en droits linguistiques Pierre Foucher y voit de possibles signaux rouges pour les usagers des aéroports sans une intervention du gouvernement.
« Il y a des moyens pour sécuriser les droits linguistiques des passagers, mais il faut s’assurer que le gouvernement fédéral va les prendre », prévient-il en entrevue.
Si le gouvernement conclut des ententes avec des entités privées, il devra s’assurer d’y inclure des clauses linguistiques, mentionne-t-il. Il rappelle par exemple les cas d’Air Canada et du Canadien National (CN), tous les deux d’anciennes sociétés de la Couronne privatisées aux alentours des années 1990 qui ont conservé des obligations linguistiques.
Air Canada a été privatisée en 1988 à la suite de l’adoption d’une loi fédérale. À l’époque, le Parlement s’était toutefois assuré que le transporteur aérien reste assujettie à la Loi sur les langues officielles Gracieuseté Bibliothèque d’images Air Canada.
Mais il y a aussi Petro-Canada, qui a été privatisée vers la même période, qui n’est pas assujettie à des obligations linguistiques. L’option d’une privatisation complète dans le cas des aéroports comme Petro-Canada serait « un risque pour le fédéral », estime Pierre Foucher.
« Il se retrouverait politiquement avec une bataille linguistique, ce dont il n’a pas besoin à ce moment-ci », dit-il.
Et la récente modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023 a rehaussé les obligations du fédéral à prendre des décisions qui n’iraient pas à l’encontre du développement des minorités linguistiques, évoque le juriste.
« Avec cette notion que si on enlève des droits qui sont déjà là, c’est sûr qu’on ne fait pas de promotion et ça devient une violation de la partie VII de la Loi, c’est de plus en plus difficile de contourner la loi. »
« Donc, je soupçonne que ça va devenir de plus en plus courant que si le gouvernement fédéral veut procéder à des opérations de privatisation, il doive tenir compte de l’enjeu linguistique », signale M. Foucher.
S’il accorde que la Loi sur les langues officielles est souvent contournée, nécessitant le recours aux tribunaux pour « rappeler le gouvernement à l’ordre », la commissaire aux langues officielles a aussi plus d’outils et de leviers pour intervenir en raison de la refonte de la législation, contrebalance le juriste.
Par ailleurs, la commissaire nous a indiqué qu’elle avait déjà reçu une plainte à son bureau en lien avec l’annonce dans la mise à jour économique du gouvernement Carney sur les aéroports.
« Dans le cadre de toute décision sur leur modèle de gestion, j’invite le gouvernement à considérer son impact sur les langues officielles du Canada », a déclaré Kelly Burke, précisant « limiter mes commentaires » en raison de cette plainte « sous analyse afin d’en déterminer la recevabilité ».
Quel modèle de privatisation?
Plusieurs modèles de privatisation sont possibles, selon le professeur de l’Université d’Ottawa Gilles LeVasseur. Cela pourrait s’articuler autour de trois modèles principaux : la privatisation complète, la vente de participations à des investisseurs privés recherchant un rendement annuel, ou louer l’aéroport à long terme (ex. : 99 ans) contre un immense chèque immédiat versé à l’État pour obtenir le droit de l’exploiter.
« Le bail emphytéotique est celui qui est le plus commun dans bien des milieux parce que l’État ne perd pas le contrôle du terrain », avance le professeur de gestion et de droit.
« Quand c’est avec des sociétés par actions, la question c’est de savoir qui va être le maître principal de l’actif de l’entité. Est-ce que ça va être encore l’État ou est-ce que ça va être une entreprise privée et l’État va avoir 30-40 % par exemple? Tandis que la privatisation complète, le problème c’est que l’État n’a plus de place à jouer. »
Interrogé à ce sujet au Parlement la semaine dernière Steven MacKinnon a indiqué qu’Ottawa était au « stade embryonnaire de cette démarche-là (de privatisation), on aura des nouvelles un peu plus tard ». Crédit image : Stéphane Bédard
L’expert estime que l’option la plus probable consiste en un paiement initial considérable versé au gouvernement en échange des droits d’exploitation à très long terme. François-Philippe Champagne avait d’ailleurs évoqué que le gouvernement étudiait le modèle des aéroports pour savoir « comment peuvent-ils apporter de la valeur aux Canadiens? »
« Le danger est de dire que oui, on peut faire de l’argent, mais ce n’est pas récurrent à cause des obligations qui en découlent. Tandis que louer un espace, ça, ça peut amener des revenus chaque année sur une base continue », avance Gilles LeVasseur.
Il estime que le gouvernement risque de se précipiter dans ce dossier, mû par sa volonté de combler le déficit à tout prix.
« On n’a pas le temps de réfléchir parce qu’on veut tout de suite avoir des revenus. Le problème quand on bouge rapidement, c’est qu’est-ce qui arrive en l’an 2030, 2040 si on n’a pas les outils pour pouvoir revenir sur toute la situation? », questionne-t-il.
OTTAWA – À l’occasion de son rassemblement annuel tenu mardi soir au HUB Vanier, le Centre des services communautaires (CSC) Vanier a annoncé la conclusion d’un partenariat avec la Ville d’Ottawa portant sur le développement d’un carrefour de services au 250, chemin de Montréal, où seront regroupés des volets sociaux, sanitaires et résidentiels.
« Ce projet, c’est le nouveau cœur de Vanier. Ce sera aussi un pôle francophone majeur pour toute la ville d’Ottawa », a affirmé Andrée-Anne Martel, directrice générale du CSC Vanier, en entrevue avec ONFR.
Pour celle qui reçoit cette année l’Ordre de la Pléiade, cette annonce concrétise une vision de longue date : « L’édifice sera conçu pour répondre aux besoins des résidents de Vanier d’aujourd’hui et de demain. Il comprendra des services essentiels, des espaces accueillants, et agira comme un phare pour la communauté francophone. »
Andrée-Anne Martel, directrice générale du CSC Vanier a expliqué que ce Carrefour est un projet de longue date de l’organisme. Photo : Inès Rebei/ONFR
Le projet du 250, chemin de Montréal prévoit la création d’un édifice moderne conçu pour abriter le nouveau quartier général de l’organisme. Plutôt que de disperser ses ressources, le Centre souhaite unifier ses points de service afin de simplifier le parcours des usagers, tandis que le HUB Vanier actuel demeurera une extension extérieure de ce futur complexe.
Mme Martel a précisé l’ampleur des services qui y seront intégrés : « On parle de logements abordables, d’un centre récréatif, d’une clinique de santé, d’une banque alimentaire et de commerces. »
Un appui municipal à la revitalisation du quartier
Pour le maire d’Ottawa, présent lors de l’événement en compagnie de la conseillère municipale de Vanier Stéphanie Plante, ce projet dépasse la simple infrastructure physique.
« On sait aussi que les jeunes, les aînés et les familles à Vanier manquent d’espaces récréatifs pour pratiquer des sports et des activités abordables. Ce nouveau carrefour sera un catalyseur pour la revitalisation de Vanier, tout en répondant aux besoins critiques des résidents qu’il dessert », a déclaré Mark Sutcliffe insistant sur la portée intergénérationnelle de cet accord.
« Je suis fier que la Ville d’Ottawa puisse être un partenaire clé dans la réalisation de cette vision inspirante, qui profitera à des générations de résidents de Vanier et à la communauté francophone d’Ottawa », a déclaréle maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Cet engagement de la Ville est important parce qu’il représente bien plus qu’un financement. C’est une reconnaissance envers Vanier, ses organismes communautaires et les résidents qui travaillent sans relâche depuis des années pour leur communauté », a affirmé de son côté Mme Plante, précisant qu’il s’agit de l’un des investissements municipaux les plus importants dans le secteur depuis 2001.
Bien que l’appui de la Ville soit désormais officiel, le dossier demeure à une étape préliminaire.
Les partenaires doivent encore définir le montage financier global et établir l’échéancier des travaux, des détails qui seront précisés au fur et à mesure que la planification architecturale progressera.
Un nouveau cap pour 2026-2028
« Moins de barrières. Plus de possibilités » : C’est sous ce thème que le CSC Vanier a lancé sa nouvelle planification stratégique 2026-2028.
Interrogée sur les obstacles majeurs à surmonter pour concrétiser cette vision, Andrée-Anne Martel a pointé du doigt la crise du logement et l’insécurité alimentaire : « C’est un gros facteur de risque. On a vu une augmentation d’environ 90 % de l’utilisation alimentaire depuis les trois dernières années », a-t-elle précisé.
La directrice générale Andrée-Anne Martel a tenu à remercier les 150 employés et les quelque 150 bénévoles dont l’engagement totalise plus de 9000 heures de service au CSC Vanier dont certains étaient présents mardi soir. Photo : Inès Rebei/ONFR
Le plan élaboré en collaboration avec la firme ottavienne Karma Dharma s’articule autour de trois priorités stratégiques – la Navigation, les Espaces et l’Innovation- conçues pour moderniser l’accès aux soins.
Pour la directrice générale, l’objectif est clair : « L’idée, c’est de devenir un centre de santé communautaire francophone de référence pour tout Ottawa, pas seulement pour Vanier. »
Dans sa quête d’innovation, Andrée-Anne Martel mise sur la diversification des revenus, notamment par les levées de fonds, pour concrétiser une ambition de longue date : « Devenir un centre de santé communautaire francophone est une priorité sur laquelle nous travaillons depuis longtemps pour répondre à un besoin criant identifié à Vanier. »
Au cours de l’année 2025, le CSC Vanier a desservi plus de 25 000 personnes, totalisant plus de 68 000 rencontres avec les membres de la communauté.
Transition et reconnaissance communautaire
L’événement a aussi permis de saluer le parcours de Michael McLellan, dont les quinze ans d’implication, notamment à la tête du conseil d’administration, ont laissé une empreinte durable sur le Centre selon l’organisme.
Le CSC Vanier a tenu à exprimer sa « plus profonde reconnaissance pour quinze années au service d’une communauté qu’il a contribué à bâtir, à protéger et à faire rayonner ». Sous sa présidence, l’organisation a franchi des jalons significatifs, incluant le lancement du HUB Vanier, en novembre dernier, et l’atteinte d’un budget, présenté comme record, de dix millions de dollars en 2025.
Pour remercier Michael McLellan, le centre lui a offert un banc personnalisé qui sera installé à Partage Vanier et construit par son propre frère, Dale McLellan. Photo : Inès Rebei/ONFR
Enfin, le titre d’Organisme de l’année a été décerné au journal Perspectives Vanier – qui a fermé ses portes en février dernier après 22 ans d’existence – pour son rôle de témoin privilégié de l’évolution du quartier.
« Il faut se rappeler dans quel contexte ce journal est né. Vanier portait alors le poids d’une réputation que ses résidentes et ses résidents ne reconnaissaient pas; un quartier trop souvent défini de l’extérieur par des stéréotypes qui ne rendaient pas justice à la vraie vie qui y pulsait. Mais ce petit journal a choisi de faire quelque chose de courageux : raconter une autre vérité », a tenu à souligner Raymond Delage, président sortant du conseil d’administration depuis les neuf dernières années.
Ce dernier a aussi fait savoir qu’un babillard communautaire sera érigé au Hub Vanier, « un espace vivant ancré dans le quartier où les histoires des résidents continueront d’être racontées, parce que la voix de ce journal mérite de résonner encore ».
À gauche, Raymond Delage, président sortant du conseil d’administration du CSC Vanier et Christian Marcoux, l’unique journaliste qui a été à la tête du Journal jusqu’à sa dernière publication en février dernier. Photo : Inès Rebei/ONFR
LONDON – Un verdict a été rendu dans l’enquête du coroner sur la mort de Justin Bourassa, ce joueur et entraineur de tennis franco-ontarien de Sarnia. Abattu par balle en 2021 lors d’une altercation avec deux policiers l’ayant confondu avec un suspect, celui-ci effectuait une marche après un circuit de vélo Sarnia-London. Si le jury a retenu le verdict d’homicide et formulé des recommandations pour prévenir de futurs drames, la famille reste convaincue que sa mort était totalement évitable.
Après six jours d’enquête et les délibérations, le jury de cinq personnes a rendu son verdict dans le cas du décès de Justin Bourassa, 29 ans, joueur et entraineur de tennis et membre actif de la communauté francophone de Sarnia.
Toutes les parties dans l’enquête du coroner (la famille Bourassa, le chef de police, la commission de police et les deux agents) s’étaient entendues pour recommander au jury de classer le décès comme un homicide et c’est ce qui a été retenu.
Une dénomination neutre qui n’introduit pas la notion de culpabilité des deux officiers, dont l’un a tiré par balle sur M. Bourassa.
Des recommandations étaient attendues de la part du jury pour suggérer des réformes policières.
Parmi celles-ci, le jury préconise d’abord une révision profonde des pratiques d’interpellation, en insistant sur le fait que la communication et le désamorçage doivent primer sur le contrôle physique. Les jurés soulignent l’importance de laisser aux citoyens un temps de réaction suffisant pour traiter les ordres policiers, évitant ainsi qu’une confusion ne soit perçue comme une menace.
Sur le plan de la formation, le jury recommande de sensibiliser les agents aux biais de perception induits par le stress et les expériences passées, afin de mieux distinguer la peur de l’agression. Des améliorations techniques concernant le combat au sol et l’identification d’alternatives non létales en situation d’urgence sont également réclamées.
Enfin, pour garantir une meilleure redevabilité, le jury propose de rendre obligatoires les évaluations psychologiques et les débriefings tactiques systématiques pour tout agent impliqué dans un incident mortel. L’objectif est clair : transformer chaque drame en un levier d’apprentissage pour éviter que l’histoire ne se répète.
Rappel des faits relatés par la police
Le 28 octobre de 2021, deux agents de police de London, Joshua Ryan et Ryan Hendrick, répondaient à un appel pour entrée par effraction. Ils ont alors aperçu Justin Bourassa, 29 ans, qui effectuait une marche et l’ont pris pour un des suspects.
Selon leur témoignage, l’agent Ryan a tenté de menotter M. Bourassa qui s’est débattu, ce qui a résulté en une lutte entre les trois hommes. L’agent Hendrick a témoigné que Bourassa lui a fait une prise d’étranglement au sol. Selon ses dires, voyant son partenaire perdre connaissance, l’agent Ryan a pris son arme et tiré un coup de feu. Le francophone est décédé plus tard à l’hôpital des suites de ses blessures au cou et à la poitrine.
Justin Bourassa était membre du Club de tennis de Sarnia. Photo : gracieuseté du club
Durant l’enquête, il a été établi que Justin Bourassa n’était impliqué dans aucune activité criminelle ni dans l’effraction signalée. De même, les analyses toxicologiques n’ont révélé aucune trace d’alcool ni de drogue dans son système.
Il a par ailleurs été démontré que l’entrée par effraction pour laquelle les policiers avaient été appelés n’a jamais existé. Une situation mal interprétée par le voisinage, car il s’agissait de trois adolescents qui volaient des panneaux de signalisation sur la voie publique.
Des circonstances nébuleuses remises en question par la famille
L’avocate de la famille Bourassa, Meaghan Daniel, déconstruit le récit policier qui présente chaque étape comme une nécessité. Elle souligne que les policiers ont transformé une incertitude (un homme dans le noir) en une urgence mortelle en seulement 80 secondes. Elle soutient que la sécurité aurait pu être assurée par la patience, la distance et la communication, plutôt que par une confrontation physique immédiate.
Me Daniel a plaidé que la mort de Justin Bourassa n’était pas une fatalité inévitable, mais le résultat d’une escalade inutile alimentée par des biais de perception et un manque de recours aux techniques de désamorçage de la part de la police.
Dans une entrevue accordée à ONFR, elle explique également que certaines circonstances relatées par les deux officiers sont inconciliables et ambiguës.
Par exemple, selon eux l’étranglement aurait duré 40 secondes durant lesquelles l’agent Ryan aurait tenté de tirer Justin « entre 1 et 50 fois », répétant que les autres options de recours à la force n’étaient pas viables, car, en cas d’échec, il n’y aurait pas eu de temps pour essayer autre chose.
« Il est difficile de concilier ces versions et pour la famille d’accepter l’explication. (…) Il n’a pas utilisé de bâton, de gaz poivré ou de Taser », relève Me Daniel.
Autre fait troublant, dans une lettre adressée aux médias, la mère de Justin, Lorraine Sabourin Bourassa, souligne que sur plusieurs vidéos de surveillance on peut voir Justin marcher jusqu’à la scène avec ses souliers de vélo à crampons, ajoutant que « en aucun temps Justin a essayé de se sauver, car il n’avait rien fait de mal. De plus, il est impossible de courir avec ces souliers sur de l’asphalte. »
« Cette arrestation était inutile et inacceptable. Aucun crime n’avait été commis », conclut-elle.
Bien qu’elle ne figure pas dans la liste finale des recommandations adoptées par le jury, une demande cruciale de la famille a marqué les plaidoiries : l’instauration d’une reconstruction médico-légale indépendante systématique après chaque tir policier mortel. Pour la famille Bourassa, seule une analyse scientifique neutre permettrait d’établir une vérité qui ne dépend pas uniquement du récit des policiers impliqués.
Le cri d’une mère et d’une famille déchirées
« Justin ne méritait pas de mourir. Sa famille n’aurait jamais dû souffrir comme cela. Tout ce qu’il nous reste, ce sont des photos, des souvenirs et une fondation à son nom, Love-All », clame la mère de la victime, Lorraine Sabourin Bourassa, à propos de ce qu’elle qualifie d’« acte ignoble » commis par « deux êtres sans scrupules, sans morale et qui n’ont aucun remords de leurs actions ».
Et de pointer une injustice : « Les deux meurtriers, eux, ont la chance de vivre une vie normale avec leur famille. Cette enquête publique n’a pas résolu le problème. Il y aura d’autres crimes que les policiers vont commettre et qui vont rester impunis. »
Mme Bourassa appelle de ses voeux à changer le système avec l’appui d’une agence neutre pour évaluer les cas de brutalité des policiers. Il faudrait aussi, selon elle, forcer les policiers à avoir toute la formation nécessaire pour agir en cas d’urgence, évaluer leur capacité mentale à prendre des décisions logiques en cas d’altercations, les forcer à porter des caméras en cas de conflits et améliorer leurs habiletés de communication.
TORONTO – Dix ans après le décès derrière les barreaux du francophone Soleiman Faqiri, atteint de schizophrénie, après seulement 11 jours d’incarcération, un projet de loi exige que l’Ontario reconnaisse qu’un établissement correctionnel ne constitue pas un environnement approprié pour des personnes aux prises avec leur santé mentale et, d’autre part, que les maladies mentales ne devraient pas être criminalisées.
Déposé par la députée néo-démocrate de Toronto-Centre, Kristyn Wong-Tam, le projet de loi 42, intitulé Loi de 2025 exigeant la justice pour Soli (arrêter la criminalisation des problèmes de santé mentale) a été adopté en première lecture le 3 juin 2025 dernier et devrait être débattu en seconde lecture dans les prochains jours.
Bien qu’il ne prescrive pas de modèle de rechange au système correctionnel, le texte exige que le gouvernement de l’Ontario reconnaisse qu’un établissement correctionnel ne constitue pas un environnement approprié pour une personne vivant une crise de santé mentale et enfin que les maladies mentales nécessitent des soins de santé et ne devraient pas être criminalisées.
La députée Kristyn Wong-Tam en conférence de presse sur le projet de loi 42 à Queen’s Park, 30 avril dernier, avec Yusuf Faqiri (Justice for Soli). Photo : gracieuseté du NPD de l’Ontario
« J’espère que le gouvernement saura voir qu’il s’agit d’un enjeu humain non partisan, qui affecte profondément la sécurité et le bien-être des personnes incarcérées, de leurs familles et de l’ensemble du système correctionnel », partage la députée Kristyn Wong-Tam.
Convaincue que des lacunes du système correctionnel dans le traitement des profils souffrant de maladies mentales mènent souvent à l’incarcération d’individus qui devraient être dirigés vers des soins pour soigner leurs troubles mentaux, la députée s’est appuyée sur l’histoire tragique d’un francophone.
Le décès d’un francophone à l’origine de ce projet de loi
Le 4 décembre 2016, Soleiman Faqiri, 30 ans souffrant de troubles mentaux, est décédé alors qu’il était en détention provisoire au Centre correctionnel du Centre-Est de Lindsay en Ontario. Pendant son incarcération de seulement 11 jours, il a été neutralisé au moyen de mesures de contention, de gaz lacrymogène et placé en isolement, entrainant son décès le 15 décembre.
Diagnostiqué schizophrène depuis l’âge de 19 ans, celui-ci avait été arrêté à l’âge de 30 ans pour une altercation avec un voisin de sa sœur, chez laquelle il résidait.
Soleiman et Yusuf Faqiri (à droite) et leur famille. Photo : gracieuseté de Yusuf Faqiri
Son frère Yusuf Faqiri, fondateur de l’organisme Justice for Soli, mène un combat pour obtenir justice. Il explique à ONFR que la police connaissait sa maladie, documentée, et qu’aucun membre de la famille n’était présent lors de l’arrestation.
« Mon frère n’était juridiquement pas responsable, ni coupable », explique celui-ci, qui ajoute que, trois jours avant le décès, en audience à Oshawa, un juge a déterminé que la place de Soleiman n’était pas en prison, et qu’il devait être transféré dans un hôpital. Mais, faute de lits disponibles, la détention avait été prolongée.
Un inspectorat dans les prisons
En décembre 2023, le jury d’une enquête du coroner a rendu un verdict d’homicide et a formulé 57 recommandations de réformes gouvernementales visant à prévenir d’autres décès similaires à l’avenir, des recommandations qui n’ont pas été appliquées selon Yusuf Faqiri.
Aujourd’hui l’organisme d’une quinzaine de bénévoles qui accompagnent des familles victimes, formule deux demandes principales : que des excuses officielles soient présentées à la famille Faqiri pour le décès de Soleiman, et qu’une agence d’inspection du système correctionnel dédiée à la santé mentale soit créée.
« Quand on est malade, on va dans un institut, pas en prison. Aucune entité d’inspection du système correctionnel pour la santé mentale n’existe et il n’y a rien de partisan à en demander une », défend Yusuf, qui refuse que le décès de son frère ait été vain.
Le ministère du Solliciteur général de l’Ontario n’a pour l’heure pas répondu à nos questions pour connaitre la position du gouvernement sur le sujet.
RICHMOND HILL – Après plusieurs mois de préparation, l’Association des francophones de la région de York (AFRY) a officiellement lancé des services en santé mentale accessibles quel que soit le statut d’immigration.
Un financement annuel de 120 000 $ sur deux ans par la région de York a permis à l’Association francophone de la région de York (AFRY) de lancer de nouveaux services en santé mentale il y a un mois. « On prévoit de gérer 300 clients sur l’année », assure Nolwenn Beschemin, coordinatrice des services d’établissement au sein de l’association.
Mme Beschemin note que le stress, la charge mentale, la parentalité ou encore l’isolement comptent parmi les besoins pressants de la communauté, notamment chez les nouveaux arrivants. Ainsi, une demande avait été déposée à l’automne auprès de la région. « Ça a été très rapide : on a fait la demande en novembre, qui a été validée en décembre puis le service a vu le jour en janvier », se rappelle la coordinatrice.
Une aide gratuite, peu importe le statut
Les services sont offerts dans les locaux de l’Association situés à Richmond Hill. À la différence de ses services d’établissement, ce programme est également accessible, quel que soit le statut d’immigration : « Les réfugiés et demandeurs d’asile au parcours traumatique ou ayant vécu dans des camps de réfugiés nécessitent particulièrement une prise en charge », souligne Mme Beschemin.
Selon les besoins identifiés, différentes ressources peuvent être proposées : activités de bien-être, des ateliers de préventions et sensibilisation ou un accompagnement par des partenaires communautaires. Des séances de thérapie et un suivi psychosocial sont aussi offerts aux personnes éligibles disposant d’un revenu faible.
L’équipe de l’Association des francophones de la région de York (AFRY). Photo : Gracieuseté de Dorra Gueddich
Des psychothérapeutes francophones possédant différentes spécialisations ont été mobilisés pour le service. « Certains vont aider sur le choc culturel, d’autres sur la famille ou sur le stress parental », explique-t-elle.
L’organisme a également recruté un navigateur en santé mentale chargé d’évaluer les besoins des patients, de les orienter vers les ressources adaptées et, au besoin, vers des services médicaux spécialisés ou des services de crise.
Selon l’AFRY, les enjeux de santé mentale entraînent des difficultés dans la bonne intégration des nouveaux arrivants et leur insertion au marché du travail, déjà exacerbées par le choc culturel.
Semaine de la santé mentale 2026
C’est dans le cadre de la Semaine de la santé mentale au Canada que l’AFRY tente de renforcer ses activités de sensibilisation auprès de la communauté et de lui offrir un accès privilégié à ces services.
Nolwenn Beschemin souhaite aussi collaborer davantage avec les conseils scolaires afin de soutenir les familles francophones et d’éduquer sur ces enjeux de santé. « On sait que aujourd’hui, être parent, c’est stressant », constate la coordinatrice.
L’AFRY prévoit de renouveler le financement afin d’assurer la pérennité du programme en fonction des besoins ainsi que de poursuivre ses démarches auprès de différents bailleurs de fonds.
« Ces services de santé mentale pourraient aussi être davantage intégrés aux services d’établissement », conclut la coordonnatrice.
ST. VINCENT, ALBERTA – Quand il commence, on ne l’arrête plus et on ne décroche plus! Brassant imaginaire, folklore et humour, Roger Dallaire embarque son auditoire dans de captivantes histoires qui ont pour toile de fond les traditions francophones. Tout un art pour ce Franco-Albertain qui a pris son envol théâtral il y a 30 ans à Toronto.
« Qu’est-ce qu’un bon conteur, selon vous?
Un bon raconteux, ce n’est pas quelqu’un qui répète. C’est quelqu’un qui observe, qui écoute, qui s’intéresse aux autres, plus qu’à lui-même. C’est surtout une façon de voir le monde. Même une petite scène du quotidien devient une histoire! Si tu me demandes ce que j’ai fait hier, je vais te le raconter comme une histoire. Ce n’est pas un rapport, c’est une narration naturelle.
Votre travail revêt-il une dimension seulement artistique?
Je ne raconte pas des histoires juste pour divertir. Il y a aussi une dimension de patrimoine, même si je ne l’ai pas toujours formulé comme ça à mes débuts. Je vis en Alberta, dans une francophonie minoritaire. Quand j’étais jeune, les gens étaient surpris d’entendre du français ici. Aujourd’hui, c’est plus normal, mais ça reste fragile. Donc oui, il y a une transmission. Des contes traditionnels, mais aussi mes propres anecdotes, et parfois des histoires inventées. Tout ça fait partie d’un même ensemble : la mémoire vivante.
Pourquoi est-ce important de transmettre ces histoires?
Parce que ça raconte d’où on vient. Mes arrière-grands-parents sont arrivés dans l’Ouest vers 1908-1909. Ils ont quitté leur communauté, leur paroisse, leur famille… Ce n’était pas juste un déplacement économique, c’était un vrai déracinement. Mais ils ne pensaient pas perdre leur langue. Au contraire, ils croyaient recréer des villages francophones ici. Et aujourd’hui encore, cette histoire continue autrement : avec des francophones venus du monde entier, d’Afrique et d’ailleurs, qui s’installent en Alberta. C’est ça qu’il faut comprendre : la francophonie n’est pas figée, elle change.
Également musicien, M. Dallaire a participé à de nombreux festivals de musique et réalisé des tournées scolaires. Photo : Dallaire Production
À l’heure des écrans et des réseaux sociaux, les jeunes sont-ils réceptifs à vos histoires?
C’est fascinant, parce qu’on pense souvent que les jeunes ont une attention très courte, avec les téléphones, les vidéos rapides, etc. Mais quand je raconte, ça fonctionne. Parce que je crée du rythme, du silence, de l’attente, du mystère. Je peux raconter une histoire pendant longtemps, et les jeunes restent dedans. Parfois je m’arrête, volontairement, et ils me disent : « Non, c’est pas fini! » Et ça devient interactif. Ils participent, ils réagissent. Ce n’est pas un spectacle figé.
Ajustez-vous votre approche en fonction de vos publics?
Oui, complètement. Dans les écoles francophones ou d’immersion, je peux aller plus loin en français. Dans les écoles anglophones, je reste en français, mais je m’adapte autrement en termes de gestes, de rythme, de répétitions ou d’humour. Je ne traduis pas tout. Et souvent, les anglophones me disent qu’ils aimeraient comprendre davantage. C’est là que naît la curiosité.
Comment en êtes-vous venu à étudier le théâtre à Toronto?
À la base, je n’avais pas prévu ça. J’étais à Saint-Paul, au nord-est d’Edmonton, et je réfléchissais à mon avenir. Je pensais devenir forestier, parce que j’aimais le bois, les rivières, la nature. Rien ne me prédestinait vraiment au théâtre. C’est Roger Parent, du Campus Saint-Jean, qui a influencé ma trajectoire. Il savait ce que je faisais déjà un peu et il m’a invité, avec ma mère, à venir le voir. Dans son bureau, c’était rempli de masques, de livres de théâtre, c’était tout un univers.
Il m’a demandé : « Qu’est-ce que tu penses faire? » J’ai évoqué la foresterie. Il a été direct : « Non, c’est le théâtre ». J’ai répondu qu’il n’y avait pas d’avenir là-dedans car, dans ma tête, venant d’une petite communauté francophone, ça me semblait irréaliste. Mais il a insisté.
Il a même écrit au directeur de l’école de théâtre à Toronto pour demander une exception, parce qu’ils prenaient normalement des étudiants plus âgés. Je n’avais pas encore les 18 ans requis. Finalement, ils m’ont accepté. Je ne peux pas dire que j’ai vraiment choisi. C’est comme si tout s’était placé tout seul. Et avec le recul, je me dis qu’on ne s’est pas trompé.
Roger Dallaire dans son atelier où il fabrique des objets en bois et des bonhommes gigueurs. Photo : Dallaire Production
Comment s’est passée la transition après vos études?
Je suis revenu en Alberta avec cette formation, mais je ne savais pas exactement quoi faire. J’ai essayé quelques pistes : des auditions, un peu de travail de bureau, même à l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) à Saint-Paul. Mais très vite, le spectacle a repris. J’en faisais déjà à 14 ou 16 ans, donc ce n’était pas nouveau. Sauf que là, les choses se sont mises à venir à moi. Les écoles m’appelaient, les festivals aussi. Je n’étais pas vraiment attaché à une compagnie. C’était mon propre travail, ma propre manière de faire. Et j’ai vécu de ça, dès le début. Pas dans l’idée d’être riche, mais j’en vivais bien.
À quel moment vous êtes-vous senti pleinement conteur?
Je ne me suis jamais vraiment dit : « Je vais devenir conteur ». Ça s’est imposé naturellement. Je raconte depuis toujours. Même enfant, j’observais des détails que les autres ne voyaient pas. Et surtout, j’écoutais énormément les gens : mes oncles, mes tantes, mes grands-parents. Leurs histoires m’intéressaient profondément. La plupart des gens n’avaient pas forcément envie d’entendre ces récits. Moi, c’était l’inverse. Je voulais tout savoir. Et un jour, j’ai compris quelque chose : ce que je racontais intéressait les autres. Même quand j’étais petit, je répétais des histoires à la maison, et on me faisait répéter devant les adultes. Là, j’ai compris que la manière de raconter comptait autant que l’histoire elle-même.
Quel rôle joue la langue française dans votre travail?
Le français n’est pas juste un outil. C’est une manière de penser, de raconter, de vivre… Je joue avec la parlure, avec les expressions anciennes, avec la façon dont ma grand-mère parlait. Ça crée une musicalité. Et souvent, les gens me disent : « On se rappelle comment on parlait avant ». Le français que je porte, c’est aussi une mémoire collective.
Roger et sa femme Virginie ont fondé la maison de production Dallaire Production en 2020. Ils ont tourné et produit des capsules sur les francophones de la région de St-Paul. Photo : Dallaire Production
Vous êtes non seulement conteur, mais aussi musicien et marionnettiste. À travers ces arts de scène, qu’essayez-vous de transmettre au fond?
Je ne fais pas ça pour imposer quelque chose. C’est d’abord un plaisir. Mais indirectement, il y a une transmission : celle de la langue, de l’histoire, de la différence. Je dis souvent aux jeunes : on ne sait pas assez d’où on vient. Et pourtant, ça change tout. Quand on comprend ses racines, on comprend mieux les autres.
Vous avez converti une partie de votre ferme en musée. Dans quel but?
C’est une maison à Saint-Vincent, proche de Saint-Paul – dans le nord-est de l’Alberta – d’où je viens, qui date de 1913. Elle était abandonnée depuis 50 ans quand je l’ai eue pour une chanson. Je l’ai progressivement remise en état avec sa cuisinière à bois et sa grange de 1906 pour y vivre et, depuis juin dernier, y inclure un musée dédié à l’art du conte et aux traditions ancestrales.
Les gens viennent visiter cette propriété – baptisée la Grange du P’tit Bonheur – en groupe organisé depuis Edmonton et Calgary et profitent du cadre mais aussi des histoires que je leur raconte et de la musique que je fais autour de cette maison et la vie de nos ancêtres.
Quand tu arrives, je te raconte chez nous, comment tout est arrivé, comment j’améliore la bâtisse. J’ai installé des panneaux solaires récemment par exemple. Je te raconte aussi les animaux : les cochons et autres. Je plonge les gens dans l’homestead de l’ancien temps. Selon le temps et le thème de la visite, ça dérive en spectacle et je te raconte comment mes arrière-grands-parents sont arrivés dans l’Ouest.
La Grange du P’tit Bonheur avant et après sa remise en état. Photo : Dallaire Production
À travers vos récits, vous faites donc vivre en quelque sorte la langue française. Comment entrevoyez-vous son évolution en Alberta?
Quand j’étais jeune, il y avait parfois de la honte à parler français. Certains pensaient même que la langue allait disparaître. Aujourd’hui, c’est différent. Il y a de la curiosité, de l’ouverture. Même dans les écoles anglophones, les jeunes veulent apprendre quelques mots. Ils disent « bonjour ». On entend souvent : « I wish I spoke French ». Et ça, c’est un changement majeur.
Quel message adressez-vous aux jeunes générations de francophones?
Je leur dis souvent d’être fiers de parler plusieurs langues. Deux langues, c’est bien. Trois, c’est encore mieux. »
LES DATES-CLÉS DE ROGER DALLAIRE
1979 : Naissance à St. Paul (Alberta)
1998 : Entrée à la School of Physical Theatre de Toronto où il apprend la méthode Lecoq
2006 : Déménage à la maison Laberge sur son lopin de terre qui deviendra Le P’tit Bonheur
2015 : Part en canot, des Rocheuses jusqu’à la Baie d’Hudson, un trajet de 2500 km, inspiré des Voyageurs
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
Dans mon enfance, une vieille chaise berçante trônait chez mes parents. Mes frères et moi adorions nous y balancer, au point que cet objet devenait parfois source de disputes : lequel de nous trois aurait le privilège de s’y installer en premier? Lorsque j’ai découvert que cet objet ancré dans ma mémoire se trouvait au cœur du roman Rocking-chair de Soufiane Chakkouche, publié aux Éditions de la Francophonie, je n’ai pas résisté à l’envie de le lire.
Un livre qui tourne autour d’un fauteuil à bascule, donc… Et de quoi d’autre? Résumé : Joshua Lomu, un écrivain médiocre, hérite un peu par hasard d’une vieille chaise berçante. Il réalise que son inspiration est décuplée lorsqu’il écrit dessus, et surtout, que la qualité de ses écrits est tout autre. À tel point qu’il rédige un chef-d’œuvre en quelques semaines, ce qui le propulse au rang d’auteur international renommé publié en plusieurs langues. Bref, de barista chez Starbucks à écrivain célèbre, la vie de Joshua se renverse très rapidement. Il n’en faut pas plus dans l’esprit du trentenaire pour associer le meuble à son succès. Et si la chaise berçante était dotée d’une aura chanceuse? Sa logeuse pense au contraire qu’elle est possédée par le diable… Lequel des deux à raison?
L’obsession est un thème que j’adore en littérature : se focaliser sur une personne, un objet ou une idée amène souvent au chaos, à la folie voire à la destruction. Tout ce qu’on ne s’autorise pas dans la vraie vie — car nous sommes des gens raisonnables — notre esprit s’en délecte le temps d’une lecture. Loin de t’effrayer (non, je ne suis pas une psychopathe déguisée en chroniqueuse littéraire), je pointe seulement l’attrait d’un tel sujet. Qui n’a pas déjà possédé un porte-bonheur auquel il attribuait des vertus chanceuses? Je plaide coupable! Et toi? Il est très attirant de vouloir observer jusqu’où la croyance de Joshua va le mener.
Couverture – Rocking-chair publié aux Éditions de la Francophonie
Le premier chapitre, que j’aurais personnellement adoré plus long, montre la première fêlure du personnage principal, qui habite à Grande-Anse en Acadie. Il se fait abandonner par sa mère à ses dix-huit ans d’une façon quelque peu traumatique; mon cœur de maman a eu très envie, en lisant ce passage, d’avoir un mot avec la sienne! Ellipse temporelle : on le retrouve quelques années plus tard, adulte, à Toronto. Il jongle entre une jobine dans un café et tente de percer comme auteur. Petit clin d’oeil amusé de l’auteur : Joshua habite à l’adresse symbolique du 666 (nombre associé au diable) dans un grenier transformé en studio, qu’il loue à Madame Faria, une dame âgée antipathique qui surveille tous ses locataires d’un œil mauvais. On le comprend, Joshua est loin de mener une existence dorée. Ah, et j’oubliais, il est célibataire et a un crush envers sa meilleure amie Abigaël, qui préfère les filles. Bonjour tristesse….
Ce personnage m’a fait énormément penser à celui d’Antisèches (éditions Prise de Parole) de Sébastien L. Chauzu, dont je parlais récemment. Dans ces deux livres, les protagonistes sont des écrivains ratés. Y a-t-il une tendance inconsciente chez les auteurs franco-canadiens en ce moment à vouloir mettre en abîme la vie d’écrivains?
Soufiane Chakkouche Photo : Ben Addou Idrissi Youness
La plume de Chakkouche mise sur deux éléments stylistiques : tout d’abord, la narration est rapide, l’enchaînement des événements ne perd pas de temps. Si tu aimes les livres qui se dévorent vite, ce livre est pour toi! Ensuite, l’auteur opte pour un ton sarcastique, il se moque beaucoup des personnages, même de Joshua. Il use aussi parfois de termes irrévérencieux, presque vulgaires, pour transmettre, je suppose, la rudesse du personnage, dont l’empathie a été abîmée par la vie. Il n’y a pas de tendresse dans le regard que le narrateur porte sur lui comme sur les autres personnages, d’ailleurs.
Ce choix stylistique est justement ce qui nous laisse sur notre faim. Le ton sarcastique devient presque trop omniprésent et on a l’impression que le narrateur inconnu prend parfois plus de place que Joshua, dont on ne ressent que le vide émotionnel. Pourtant, il y aurait eu des failles affectives à creuser. La matière brute (le thème de l’obsession, les possibilités de construire des personnages complexes) est là, mais jamais approfondie, et c’est dommage… Tout semble aller trop vite et on a parfois le sentiment que l’auteur a pris des raccourcis : l’action aurait mérité plus de détails, la psychologie des personnages aurait pu être creusée, et il est dur de s’attacher à Joshua, dont la personnalité sans nuance énerve vite. J’aurais aimé qu’il y ait un peu plus de chair autour de l’os.
Rocking-chair reste cependant un livre fluide à lire pour qui n’est pas regardant sur la profondeur de la narration. J’ai apprécié flâner dans Toronto et ses îles, tenter de décoder les titres des chapitres qui commencent seulement par une lettre et imaginer jusqu’où la superstition de Joshua va le mener… Jusqu’à sa perte? À lire pour le découvrir!
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
OTTAWA – L’ancien président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, a remporté vendredi soir la plus haute distinction du Gala des Prix Bernard-Grandmaître. Au total, neuf prix ont été remis par l’ACFO Ottawa afin de souligner l’engagement de membres et d’organismes de la communauté francophone d’Ottawa.
« C’est un bel hommage de recevoir un prix aussi prestigieux que le Prix Bernard-Grandmaître. Mais quand on s’implique dans la francophonie, on ne le fait pas pour les honneurs. On le fait pour essayer de changer les choses et d’améliorer la situation de la communauté francophone », a affirmé Carol Jolin, vendredi soir, après avoir reçu le prix.
Celui qui a dirigé l’AFO pendant six ans, de 2016 à 2022, estime surtout que cette reconnaissance souligne un travail collectif mené avec plusieurs équipes et organismes.
Cette 26e édition du gala, la première depuis le décès de Bernard Grandmaître en octobre dernier, a aussi été l’occasion de lui rendre hommage. Grand bâtisseur de la communauté francophone d’Ottawa, il a inspiré toute une génération de leaders francophones, ont rappelé plusieurs intervenants.
Parmi les réalisations dont M. Jolin est le plus fier, il cite la mobilisation franco-ontarienne de 2018 contre les compressions du gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford.
Cette « résistance de 2018 » visait notamment à contester la décision du gouvernement ontarien d’annuler le projet de l’Université de l’Ontario français et d’abolir le poste de commissaire aux services en français.
« Il y a énormément de travail qui a été fait. Le niveau d’engagement et de stress était très élevé. Les enjeux étaient très élevés », rappelle l’actuel président du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).
Selon lui, l’appui de la communauté franco-ontarienne a joué un rôle déterminant dans l’issue du mouvement.
« La communauté a répondu présente et nous a appuyés dans nos démarches pour être capables d’aller rechercher le projet de l’Université de l’Ontario français et le poste de commissaire aux services en français », dit-il.
Carol Jolin poursuit son implication bénévole dans plusieurs organismes franco-ontariens, notamment au sein du MIFO, qui pilote actuellement un projet de construction évalué à 56 millions de dollars sur la rue Carrière.
Il souligne également le travail réalisé avec la Société franco-ontarienne de l’autisme. « Ce sont des accomplissements dont je suis très fier, avec les équipes qui m’ont aidé dans ces dossiers », affirme-t-il, annonçant aussi qu’il s’est récemment joint au conseil d’administration de l’Université Laurentienne.
La francophonie ottavienne à l’honneur
Au total, neuf prix ont été remis vendredi soir par l’ACFO Ottawa afin de souligner l’engagement de membres et d’organismes de la communauté francophone d’Ottawa.
Mosaïque Interculturelle a été nommée organisme de l’année.
Bernard Leduc, ancien président-directeur général de l’Hôpital Montfort, a été nommé intervenant en santé de l’année.
En hommage à Bernard Grandmaître, Pier Rodier, membre du conseil d’administration de l’ACFO Ottawa, a lu un texte émouvant écrit par Anik Larivière, directrice générale de l’ACFO Ottawa.
Nour Harb a remporté le prix Gisèle-Lalonde – Jeunesse de l’année (13 à 18 ans).
Patricia Toll a reçu le prix Alliée de la francophonie de l’année.
Diana Ombe s’est vu décerner le prix Jeune leader de l’année (19 à 30 ans).
Jean-François Boulanger, directeur de l’éducation du Consortium Centre Jules-Léger, a été récompensé comme intervenant en éducation de l’année.
Elisa Gilet a été reconnue comme nouvelle arrivante de l’année.
Renée Champigny a reçu le prix Claudette-Boyer – Citoyen.ne de l’année.
En plus du prix Bernard-Grandmaître remis à Carol Jolin, Renée Champigny a reçu le prix Claudette-Boyer – Citoyen.ne de l’année, tandis que Mosaïque Interculturelle a été nommée organisme de l’année.
Jean-François Boulanger, directeur de l’éducation du Consortium Centre Jules-Léger, a été récompensé comme intervenant en éducation de l’année. Bernard Leduc, ancien président-directeur général de l’Hôpital Montfort, a quant à lui été nommé intervenant en santé de l’année.
Du côté de la relève, Nour Harb a remporté le prix Gisèle-Lalonde – Jeunesse de l’année (13 à 18 ans), alors que Diana Ombe s’est vu décerner le prix Jeune leader de l’année (19 à 30 ans). Elisa Gilet a pour sa part été reconnue comme nouvelle arrivante de l’année, tandis que Patricia Toll a reçu le prix Alliée de la francophonie de l’année.
OTTAWA — Un rapport commandé par Ottawa recommande que le gouvernement fédéral consacre au moins 40 millions de dollars par année à la recherche en français, soit 1 % de son budget global en recherche. Ce rapport appelle le fédéral à faire preuve d’un plus grand leadership, alors que les chercheurs francophones en milieu minoritaire sont désavantagés dans un environnement où domine l’anglais.
Il est également recommandé d’établir une nouvelle gouvernance, incluant la création d’un secrétariat fédéral et d’une « lentille francophone », pour mieux soutenir la recherche dans les institutions fédérales. Le rapport préconise aussi que soit « rehaussée la conformité des institutions fédérales » à leurs obligations linguistiques afin de favoriser la recherche dans la langue de Molière.
Ce sont là quelques-unes des nombreuses recommandations tirées d’un rapport du Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français, dévoilé vendredi.
Ce groupe, composé de chercheurs et de membres de la communauté universitaire, a été mis sur pied en 2024 par Patrimoine canadien et devait détailler les défis de la recherche en français au pays. Le rapport, qui était entre les mains du ministre des Langues officielles Marc Miller depuis plusieurs semaines, a été rendu public vendredi. Son bureau a indiqué que « le ministre Miller et ses collègues concernés étudient actuellement les recommandations formulées dans le rapport ».
Selon le groupe, la recherche en français est un domaine qui se heurte à « des barrières structurelles qui ne sont ni accidentelles ni transitoires ». Par exemple, les grandes universités obtiennent la majeure partie des subventions fédérales, laissant des miettes aux chercheurs et universitaires en milieu minoritaire. Le rapport décrit le système de subventions comme un mécanisme qui « hiérarchise les langues au profit de l’anglais ».
Depuis plusieurs années, l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas) attire l’attention des décideurs politiques sur le fait que la recherche menée par les francophones s’effectue de plus en plus en anglais. Ce phénomène est principalement motivé par des considérations financières et de reconnaissance.
Plus grand leadership d’Ottawa
Selon le rapport, Ottawa investit près de 17 milliards de dollars par an en recherche, toutes langues confondues. De ce montant, environ 4,6 milliards sont distribués par les principaux organismes fédéraux de subventions. Le groupe constate qu’Ottawa doit en faire plus, soulignant « le peu d’attention accordée à la recherche en français et à la découvrabilité des contenus francophones au sein de l’appareil fédéral ».
« Tous ne sont pas toujours au fait de leurs obligations en matière d’égalité réelle des langues officielles, telles que décrites dans la Loi sur les langues officielles », peut-on lire dans le document.
Il est noté que les organisations fédérales travaillent souvent « en silos » ce qui empêche une coordination entre celles-ci visant à favoriser la recherche dans la langue de Molière. Source : Canva
Le rapport suggère l’établissement d’un Fonds d’appui et de valorisation de la recherche en français. Ce fonds serait doté d’un financement annuel minimal de 40 millions de dollars, soit environ 1 % du financement fédéral de la recherche. Son objectif serait de soutenir quatre domaines clés en français : la recherche, la formation de la prochaine génération de chercheurs, la communication savante et la valorisation des connaissances scientifiques.
« Ces enjeux constituent des barrières organisationnelles majeures à la circulation des savoirs en français », écrivent les experts dans le rapport.
Pour répondre à cette critique, le Groupe consultatif propose l’idée d’un cadre d’habilitation centralisé au sein de l’appareil fédéral pour « guider les institutions fédérales à vocation scientifique dans leurs efforts pour respecter leurs obligations linguistiques ».
On recommande aussi l’ajout de points supplémentaires lors du dépôt des demandes de financement pour la recherche en français, ou encore de rendre publiques des statistiques linguistiques sur les bourses offertes par le fédéral.
« Le Groupe consultatif considère que le déclin de la recherche en français ne pourra vraisemblablement être stoppé que si le gouvernement du Canada témoigne d’une volonté politique ferme afin de mettre en place les outils nécessaires en vue d’une action soutenue et financée, fondée sur le principe de l’égalité réelle », presse le groupe de 10 experts.
L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) a réagi au rapport en appelant à « rassembler toutes les parties prenantes concernées afin de transformer rapidement les recommandations en actions concrètes aux effets mesurables ».
D’autres recommandations :
Mettre sur pied un mécanisme de concertation pancanadien sur l’enseignement postsecondaire en français;
Accroître l’appui à la plateforme Érudit, y compris pour la mise à jour de ses métadonnées;
Mettre en place une plateforme publique de traduction automatique et d’archivage;
Créer un programme de bourses d’études supérieures (2e et 3e cycles) en vue d’appuyer les étudiantes et étudiants en contexte francophone minoritaire qui souhaitent poursuivre leurs études en français;
Créer des chaires de recherche du Canada sur la francophonie canadienne.
SUDBURY – L’ancien conseiller municipal et médecin de famille Ricardo de la Riva est décédé le 5 mai dernier à l’âge de 96 ans, a annoncé sa famille jeudi soir. Figure marquante du quartier du Moulin à Fleur, il a siégé à l’hôtel de ville de Sudbury pendant près de trois décennies tout en poursuivant une longue carrière médicale.
Le parcours canadien de Ricardo de la Riva s’amorce le 25 août 1956, date à laquelle il accoste au Quai 21 à Halifax, en Nouvelle-Écosse, après avoir quitté son Espagne natale.
Fraîchement diplômé en médecine de l’Université de Valladolid, il entreprend dès le lendemain de son arrivée un internat à l’Hôpital d’Ottawa, avant de mettre le cap sur Sudbury en 1963 pour y répondre à la pénurie criante de médecins de famille.
Dès son arrivée dans le Nord, le Dr de la Riva a consacré quarante-sept années de sa vie à la médecine de famille, dont une majeure partie au sein du quartier historique du Moulin à Fleur.
Après avoir pratiqué au centre-ville durant ses quatre premières années, il a choisi de transférer son cabinet au cœur de cette communauté qu’il a servie avec dévouement jusqu’à sa retraite à l’âge de 80 ans.
Les hommages au docteur Ricardo de la Riva ont afflué en ligne dès l’annonce de son décès. Photo : gracieuseté du Festival We live up Here
Au-delà de sa clinique, son implication sociale s’est manifestée dès 1965 par sa participation à la création de la Ligue de soccer junior régionale de Sudbury, une contribution historique qui lui a valu, en 2014, d’être intronisé au Temple de la renommée des sports de Sudbury pour son rôle pivot dans l’essor d’une culture dynamique du soccer chez les jeunes de la région.
Près de trente ans de vie politique municipale
En 1972, Ricardo de la Riva a été élu pour la première fois au conseil municipal de Sudbury. Ce premier mandat a marqué le début d’une présence continue de 28 ans à titre de conseiller.
Durant ses mandats successifs, il s’est particulièrement investi dans les dossiers touchant la qualité de vie urbaine, les infrastructures hospitalières et les services à la communauté francophone. En commentaire d’une publication Facebook de son fils Paul de la Riva, l’actuel maire de Sudbury, Paul Lefebvre écrivait d’ailleurs : « Ton père a énormément contribué à notre ville. Un gentlemen avec grande intégrité et un grand cœur. »
L’engagement du Dr de la Riva a été souligné par plusieurs ordres et organismes au fil des ans. Il a notamment reçu le prix de francophile de l’année de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, la Médaille du jubilé d’or de la Reine Élisabeth II ainsi que le prix provincial de la Fondation ontarienne du patrimoine.
En 2013, l’organisme We Live Up Here a également rendu hommage à sa contribution à la santé publique en intégrant son portrait à une murale urbaine sur la rue Ste-Anne.
Une publication Facebook du festival, parue peu après l’annonce du décès jeudi soir, rappelle que le médecin avait accepté sans hésiter que ses yeux soient photographiés pour l’œuvre « Prends soin de toi ».
« En 2013, nous avons frappé à la porte du Dr Ricardo de la Riva pour lui demander si nous pouvions photographier ses yeux pour une murale et il a accepté sans hésiter », a souligné le collectif We Live Up Here dans son hommage jeudi soir. Photo : gracieuseté de We Live Up Here
Dédiée aux pionniers de l’ancien Hôpital St-Joseph, la murale a fait de son regard un symbole de vigilance bienveillante. Pour le collectif, ces yeux ont « veillé sur ce coin de rue pendant des années », immortalisant celui qu’ils qualifient de véritable « monument » de la communauté sudburoise.
La famille recevra les proches à la Coopérative funéraire de Sudbury le 15 mai prochain et une messe funéraire sera célébrée le samedi 16 mai à 10 h 30 à la paroisse Saint-Jean-de-Brébeuf.
Vous avez probablement tous reçu ce feuillet beige dans votre boîte aux lettres, vous invitant à remplir le questionnaire du Recensement de 2026. Si certains n’y voient qu’un simple questionnaire formel, les données recueillies auprès des Canadiens sont, en réalité, d’une importance capitale pour les conseils scolaires, les chercheurs et les organismes de la francophonie canadienne.
Les informations du recensement permettent non seulement de planifier adéquatement les services, mais aussi de brosser un portrait précis de la situation du français à travers le pays.
« C’est ce qui nous permet de garantir notre droit à l’éducation en langue française », résume Andrée Newell, la directrice générale de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).
« Concrètement, cela permet de dénombrer les ayants droit partout au pays, ce qui nous permet ensuite de bâtir nos argumentaires et nos plaidoyers pour garantir un accès équitable à l’école de langue française », ajoute la dirigeante de l’organisme, représentant plus de 700 établissements.
En se basant sur les données de ce recensement, les conseils scolaires sont en mesure de prendre des décisions éclairées concernant la construction d’écoles dans des villes ou secteurs spécifiques, avance Andrée Newell.
Le Recensement : c’est quoi?
Selon Statistique Canada : le Recensement dresse un portrait de la population et du secteur agricole du Canada. Les renseignements fournis sont utilisés pour produire des statistiques sur lesquelles les collectivités, les entreprises et les gouvernements s’appuient pour prendre des décisions éclairées, planifier des services et élaborer des programmes liés à l’emploi, aux écoles, au transport en commun, aux hôpitaux et plus encore.
Les réponses permettent de comptabiliser le nombre de francophones, mais aussi d’en connaître davantage sur l’impact de l’immigration sur la francophonie ou encore de comptabiliser les enfants admissibles à l’éducation en français. Pour les chercheurs, cela permet de mesurer la vitalité du français, comme lors du dernier recensement qui a montré une baisse marquée du français partout à travers le Canada.
« Nous n’avons pas les ressources pour faire ce que Statistique Canada fait à l’échelle canadienne. On ne pourrait jamais réunir ces ressources. Il nous manquerait un gros morceau pour comprendre les dynamiques linguistiques de nos communautés francophones en situation minoritaire », souligne Éric Forgues, le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques.
Au cours des années suivantes, l’institut diffuse les données du Recensement, ainsi que des analyses et des recherches qui en découlent. Par exemple, à la suite du Recensement de 2021, plus d’une trentaine de recherches et publications ont été effectuées par l’institut, portant autant sur l’immigration, le français dans le milieu du travail que l’éducation.
« Nous faisons des analyses pour compléter ce que Statistique Canada a fait », explique Éric Forgues.
« Sans ces données, il serait très difficile de suivre l’évolution de la situation linguistique à travers les communautés sur le long terme et dans l’ensemble du Canada, car on peut aller à des niveaux géographiques et locaux très précis, comme les villes ou les villages », souligne l’ancien chercheur.
Bien répondre au questionnaire
Plusieurs organisations francophones, comme les conseils scolaires mènent présentement des campagnes de sensibilisation invitant les gens à répondre aux questions de la manière la plus précise possible.
« Souvent, chez les francophones, parce que plusieurs parlent aussi l’anglais, ils vont penser qu’ils peuvent répondre qu’ils sont bilingues. Mais cela ne donne pas un portrait juste de la situation actuelle », rappelle la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Liane Roy.
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté
Depuis 2021, de nouvelles données sont apparues dans la forme longue du formulaire pour, notamment, comptabiliser les ayants droit, soit les enfants admissibles à une éducation en français à l’extérieur du Québec.
Par exemple, en Ontario, les données de Statistique Canada ont permis de révéler que 41 % des ayants droit ne pouvaient se tourner vers l’école en français, car il manquait de place. Dans la francophonie canadienne, on parle de près de 600 000 enfants, soit environ 35 %, qui pourraient fréquenter une école en français ou d’immersion.
« On peut passer très rapidement sur les questions concernant le bilinguisme ou la langue maternelle sans y réfléchir, et cela a des impacts sur notre capacité à dénombrer les besoins réels », présente Mme Newell.
« En 2021, il y a eu une confirmation de ce que l’on sait déjà : la question de l’accès a un impact sur la capacité à attirer les ayants droit. C’est un bassin important d’ayants droit qui ne sont pas rejoints par nos infrastructures actuelles », confirme Mme Newell.
Conformément à la loi, chaque ménage a l’obligation de remplir le questionnaire du Recensement de la population de 2026, rappelle Statistique Canada.
« Si on veut des écoles, des services à la petite enfance ou des centres de la petite enfance, il est important d’avoir des chiffres les plus justes possibles pour être capable de demander ces services », insiste Liane Roy.
SUDBURY – Le Salon du livre du Grand Sudbury (SLGS) lance aujourd’hui sa 13e édition à la Place des Arts, sous le thème « Histoire de nos racines ». Désormais annuel, l’événement mise sur une programmation ancrée dans le récit historique et un partenariat stratégique avec l’Abitibi pour pallier les défis de distribution du livre francophone dans le Nord.
Pour Geneviève LeBlanc, directrice générale et artistique du Salon, cette édition 2026 marque une étape de maturité.
Après avoir adopté un rythme annuel pour répondre à la soif culturelle du Nouvel-Ontario, le Salon resserre sa ligne éditoriale autour d’un thème porteur : l’identité par l’histoire.
Cette année, la programmation délaisse quelque peu la poésie et le théâtre pour se concentrer sur le récit de vie et le fait historique. « J’ai choisi ce thème parce qu’on a réuni des auteurs qui parlent de l’histoire de leurs communautés, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs », explique Mme LeBlanc.
Ce choix vise à mettre à l’honneur des œuvres comme la bande dessinée documentaire Du sang sur la neige de Jacques Poirier ou les romans de Doric Germain, le Salon se fait ainsi le gardien de la mémoire collective.
La tragédie de Reesor Siding, conflit syndical sanglant de 1963, sera au centre des discussions, illustrant la volonté du Salon d’être un lieu de réflexion sur les luttes qui ont façonné le Nord.
Le milieu minier sous la loupe des chercheurs
Parmi les récits de vie mis à l’honneur, le lancement du 104e document historique de la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO) s’annonce comme un moment fort de cette édition.
Intitulé Des vies sous la terre, des vies sur la terre, cet ouvrage est le fruit d’une collaboration entre trois professeurs de l’Université Laurentienne : Rachid Bagaoui, Donald Dennie et Simon Laflamme.
Le livre recense la mémoire collective de l’industrie minière à travers les témoignages de 28 retraités du bassin de Sudbury, dont 11 entretiens menés en français. Au-delà du travail technique, les auteurs brossent un portrait humain touchant aux loisirs, à la famille et à la culture ouvrière.
Le public pourra assister au lancement officiel et à une causerie animée par la professeure émérite Julie Boissonneault ce samedi 9 mai, à 11 h 30, au Bistro de la Place des Arts. Pour l’occasion, d’autres titres historiques de la SHNO portant sur les mines de la région seront également disponibles.
L’an dernier, la 12e édition avait marqué une première avec plusieurs activités hors des murs, comme la veillée littéraire au Refettorio du YES Theatre de samedi soir. Photo : Inès Rebei/ONFR
L’axe Sudbury-Abitibi : pallier l’absence locale
La réalité économique du livre francophone hors Québec demeure un défi de taille selon l’organisme : la présence physique des maisons d’édition québécoises est en diminution depuis une décennie, un phénomène accentué par l’explosion des frais de livraison.
Pour contrer cet isolement et compenser la fermeture de la librairie Panache en juillet 2025, le SLGS mise sur une solidarité transfrontalière avec l’Abitibi. Cette année, la librairie L’Encrage, située à environ 330 kilomètres de Sudbury, à Rouyn-Noranda, agit à titre de libraire officiel du Salon.
L’équipe québécoise a d’ailleurs pris ses quartiers dans l’ancien local de la boutique Panache, au cœur de la Place des Arts, afin d’assurer la vente des ouvrages durant toute la fin de semaine. « Ils se déplacent pour représenter toutes les maisons d’édition qui ne pouvaient pas physiquement y être », précise la directrice.
En plus de l’offre du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (RÉFC), L’Encrage apporte dans ses bagages les catalogues de grands distributeurs québécois comme Socadis, Imidia et Prologue.
« Il va y avoir une très belle variété de titres qui viennent de toutes sortes de maisons d’édition du Québec »
— Geneviève LeBlanc
Cette logistique de distribution soulève également la question des liens internes au Nouvel-Ontario. Interrogée sur une potentielle collaboration avec la nouvelle librairie 10-04 de Hearst qui a ouvert ses portes en décembre dernier, Mme LeBlanc se montre ouverte, tout en soulignant les défis de main-d’œuvre : « Ce serait certainement une conversation pour l’année prochaine. L’Encrage a plusieurs succursales et peut déléguer des employés, alors que Hearst est un plus petit projet pour l’instant. »
Le Salon n’exclut toutefois pas de bâtir un axe littéraire plus fort entre les deux pôles du Nord à l’avenir. Par ailleurs, une vente spéciale des derniers stocks de l’ancienne librairie Panache est prévue au cours de l’année.
La participation scolaire toujours au rendez-vous
Si le grand public est attendu en nombre, c’est dans les écoles que le Salon joue sa partie la plus cruciale.
Le volet scolaire ne montre aucun signe d’essoufflement : plus de 70 ateliers seront répartis dans 30 écoles des conseils catholiques et publics.
Ces prévisions s’inscrivent dans une tendance de fréquentation stable pour l’organisme, qui a attiré entre 6700 et 7400 visiteurs lors de ses trois dernières éditions, tout en maintenant un volet scolaire robuste dépassant systématiquement les 80 ateliers en classe.
« On avait peur de perdre des membres en passant à un format annuel, mais les conseils scolaires ont signé avec nous pour la troisième année consécutive », se réjouit Mme LeBlanc.
Le samedi sera d’ailleurs entièrement dédié aux familles, avec une innovation scénique : les enfants seront invités à s’installer directement sur la scène de la Grande Salle pour le spectacle Yassama et la calebasse aux cauris, créant une proximité inédite avec les artistes.
Enfin, cette année, le spectacle de Major et Moran, présenté en partenariat avec La Slague, se tiendra le 14 mai à la Grande Salle de la Place des Arts. Ce décalage après la clôture de la foire vise à favoriser l’achat de livres durant le week-end principal.
Cette soirée constitue d’ailleurs l’unique prestation confirmée du duo en Ontario pour cette tournée avant leur retour au Québec.
OTTAWA – Plus de peur que de mal pour les festivaliers franco-ontariens après l’annulation, mercredi soir, d’une centaine de billets électroniques du Festival franco-ontarien (FFO). Les organisateurs assurent que la 51e édition aura bien lieu du 11 au 13 juin 2026 au parc Major’s Hill, à Ottawa.
L’annulation soudaine de billets électroniques a semé l’inquiétude chez plusieurs festivaliers, qui ont rapidement tenté d’obtenir des explications auprès des organisateurs, notamment sur les réseaux sociaux. « J’ai eu très peur hier quand j’ai reçu l’avis d’annulation! », a commenté un internaute sur la page Facebook du festival.
Philippe Marchand a lui aussi reçu, mercredi soir, un courriel de la plateforme Point de vente intitulé « Événement annulé », après avoir acheté en janvier un passeport de trois jours « À l’aveugle », une formule moins coûteuse offerte avant l’annonce des artistes. Il a alors contacté les organisateurs sur les réseaux sociaux.
Selon les organisateurs, les billets ne seront pas remboursés, mais de nouveaux billets seront simplement envoyés aux festivaliers touchés, sans frais supplémentaires.
« J’ai été rapidement rassuré. Ils semblaient au courant et m’ont répondu. J’attends de voir », explique-t-il à ONFR, disant avoir surtout été « soulagé que le festival ne soit pas annulé », après avoir d’abord cru à un courriel frauduleux.
Selon lui, le FFO demeure un rendez-vous incontournable pour la communauté francophone de la région. « Étant originaire du Québec et vivant maintenant en Ontario, cela me touche de voir la communauté franco-ontarienne rassemblée pour célébrer et exprimer toute sa fierté », souligne-t-il.
Contacté par ONFR, José Bertrand, directeur général du festival, confirme qu’un problème technique lié à la billetterie est à l’origine des annulations et qu’environ une centaine de personnes ont été touchées.
« Hier soir, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un problème technique lié à la billetterie. Nous avons immédiatement contacté notre fournisseur, Point de vente, et la situation est actuellement en train d’être corrigée », explique-t-il.
« Nous allons réémettre des billets aux personnes concernées. Le processus est déjà en cours et les détenteurs de billets ont été contactés pour en être informés. »
José Bertrand, directeur général du Festival franco-ontarien. Photo : Amine Harmach/ONFR
Le directeur général précise que, contrairement à ce que pouvait laisser croire le message automatique envoyé aux festivaliers, les billets ne seront pas remboursés et les personnes concernées conservent leur statut de détenteurs de billets.
« De nouveaux billets leur seront simplement envoyés, sans frais supplémentaires », indique-t-il. José Bertrand tient également à rassurer le public quant à la tenue du festival.
« Nous comprenons que certaines personnes aient pu s’inquiéter et croire que le festival était annulé, mais ce n’est absolument pas le cas. Le festival aura bien lieu, les préparatifs et la programmation se poursuivent normalement », affirme-t-il.
« Il ne s’agit pas d’une fraude ni d’une tentative de fraude, mais bien d’un problème technique dans le système de billetterie », assure-t-il.
TORONTO – À l’approche de la date butoir du 15 mai, la pression monte au Théâtre français de Toronto (TfT), qui bénéficie d’un large appui communautaire dans son projet de salle de théâtre. En attente d’une décision de financement, 71 organismes franco-ontariens signent des lettres d’appui et réaffirment la nécessité d’un lieu permanent propre au TfT.
Après avoir déposé une demande de financement de 9,5 millions de dollars au ministère du Patrimoine canadien (PCH) à l’automne dernier en vue de la première pelletée de terre espérée cette année, le projet de salle de théâtre se retrouve plongé dans l’incertitude.
En effet, même si un fonctionnaire de Patrimoine canadien leur avait confirmé en 2024 que le TfT figurait dans leurs prévisions, le ministère n’a pas été en mesure de rendre une décision dans les délais habituels.
« Nous sentions qu’il fallait faire pression pour avoir une réponse à temps », affirme le co-directeur général, Ghislain Caron, qui souligne qu’un soutien communautaire s’est rapidement mis en place : « En trois jours, nous avons eu 71 lettres d’appui directement envoyées au ministère par des organismes. »
Le temps presse pour le projet de salle de spectacle puisque le promoteur a donné la date limite du 15 mai, pour la confirmation du financement et le lancement du chantier.
Dans un courriel envoyé à ONFR cette semaine, Patrimoine canadien assure que « la demande de financement du TfT fait l’objet d’une analyse et que la décision sera communiquée dès que le processus est complété. »
Karine Ricard est la directrice générale du Théâtre français de Toronto (TfT). Photo : Gracieuseté
Une mobilisation massive
Au total, 71 organismes et personnalités franco-ontariennes ont exprimé leur soutien au projet par des lettres adressées au PCH, dont l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la ville de Toronto ainsi que la députée fédérale Julie Dzerowicz. Tous demandent un traitement accéléré du dossier.
L’importance stratégique du projet fait consensus au sein des signataires notamment sur les retombées éducatives et communautaires locales que ce projet serait en mesure d’apporter, notamment par son emplacement prévu dans le secteur de Danforth à Toronto, à côté d’une école francophone.
Le projet avait déjà été identifié par l’AFO dans ses recommandations prébudgétaires en faveur de la communauté franco-ontarienne, dans lesquelles elle rappelle la place unique que le TfT occupe dans l’écosystème culturel francophone en Ontario.
Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, affirme que l’organisme a accompagné le TfT, et explique que le dossier se heurte surtout à des critères de financement complexes.
Le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk pense que l’attente imposée par le PCH est liée à des critères de financement. Photo : Gracieuseté
« Il s’agit d’une question de critères. Ces projets ne rentrent pas facilement dans les programmes existants du provincial et du fédéral », dit-il, ajoutant qu’il n’existe pas de programme spécifiquement adapté aux infrastructures francophones de cette envergure.
« À cause des montants requis, ça demande une participation des deux gouvernements », poursuit-il. Selon le directeur général, l’exception provinciale frappante du TfT de détenir sa propre salle provient du coût de construction à Toronto qui complique encore l’équation.
« C’est plus facile dans d’autres provinces qu’en Ontario à cause des structures budgétaires gouvernementales », avance M. Hominuk.
Il demeure toutefois confiant, évoquant des cas précédents comme avec le Mouvement d’implication francophone d’Orléans ou avec la Place des Arts à Toronto : « Tu es toujours en attente pour une réponse jusqu’à temps que tu aies ta réponse. »
Alexis Maquin, directeur général du Club canadien de Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Du côté du Club Canadien de Toronto, Alexis Maquin encourage le TfT à « aller vers les marchés anglophones pour récupérer des subventions ». Il croit qu’une approche économique plus diversifiée et moins ethnocentrée est la clé du succès.
Il reconnaît néanmoins l’importance du projet : « On a besoin d’espaces de découvrabilité de la culture francophone. Le TfT existe depuis 60 ans et c’est important qu’il puisse avoir un lieu à son nom. »
Parmi les 71 lettres de soutien, Louise Frappier, professeure au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa, martèle dans la sienne comment le projet de construction répond à un besoin documenté qui permettrait de renforcer l’offre pédagogique et de lancer de nouveaux services éducatifs en français tels que des camps d’été pour les jeunes et une école de théâtre.
« Ce projet n’est pas un luxe : il s’agit d’une infrastructure culturelle essentielle », lit-on dans les recommandations de la professeure.
Le chantier est prêt à démarrer
Après une rencontre en avril dernier avec Patrimoine canadien, l’équipe du Théâtre français de Toronto dit avoir eu l’assurance d’une réponse d’ici le 15 mai. « Les développeurs ne peuvent pas repousser davantage la date, et sans confirmation du fédéral, on risque de perdre le projet », affirme Karine Ricard.
Elle assure que les promoteurs sont prêts à lancer les travaux. « On est déjà avancés dans les plans structuraux du théâtre », précise-t-elle. La directrice générale explique que pour ces développeurs, un abandon du projet imposerait un remplacement fastidieux : « Le projet du théâtre est assez spécifique qui ne se remplace pas facilement. » Dans les plans, la salle serait également intégrée à un complexe résidentiel avec des logements à prix abordables.
« On nous a parlé de fonds disponibles avant que ces fonds ne soient soudainement plus disponibles », se rappelle le directeur de la communication du théâtre, Manuel Verreydt.
« C’est un risque qui coûterait peut-être la faillite du théâtre », déplore Karine Ricard, qui admet que le prix de vente du promoteur a par ailleurs été négocié au prix coûtant. « C’est déjà un énorme rabais. C’est une extrême chance. »
« L’importance d’avoir une salle où l’on peut nous-mêmes décider de nos prix et de ce qu’on veut présenter, c’est capital et ça devient de plus en plus urgent dans les prochaines années », énonce-t-elle.
Une maquette du complexe immobilier dans lequel la nouvelle salle de théâtre devrait être construite. Photo : Gracieuseté
La conception graphique de la salle de spectacle prévue. Photo : Gracieuseté
Le projet du théâtre se situe sur l’avenue Danforth dans l’Est de Toronto. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Le dénouement est attendu à la mi-mai
Les 9,5 millions demandés couvriraient environ 63 % du projet, de surcroît, le TfT espère un appui complémentaire de la province. Pour l’instant, seuls 305 000 $ ont été obtenus via le Fonds du Canada pour les espaces culturels. À l’issue de 60 ans d’existence, le Théâtre français de Toronto continue d’opérer sans lieu permanent, malgré une programmation soutenue de sept à neuf productions par saison. Tout devrait se jouer à la mi-mai.
KAPUSKASING – Les communautés du Nord de l’Ontario situées en bordure de la route 11 entre Opasatika et Smooth Rock Falls disposeront d’une nouvelle source d’information locale d’ici l’automne 2026. Baptisé La Voix du Corridor / The Corridor Voice, ce journal bilingue en ligne vise à combler le désert médiatique persistant dans la région grâce à un modèle hybride alliant organisme à but non lucratif et coopérative.
« Quand l’information n’est pas vérifiée, les rumeurs finissent par passer pour des faits. Les opinions répétées assez souvent commencent à être perçues comme la vérité, et ça a un impact réel sur les communautés. »
C’est par ce constat que Kevin Anderson, l’instigateur du projet, justifie son retour dans le domaine de l’information après vingt ans d’expérience dans les salles de nouvelles du Nord.
Ancien rédacteur en chef de publications telles que The Northern Times et The Cochrane Times Post, il a été témoin de la fermeture d’une quinzaine de journaux communautaires par le groupe Postmedia il y a sept ans.
Estimant que ce vide informationnel favorise la propagation de données inexactes sur les réseaux sociaux, il a entrepris de présenter son modèle aux instances politiques de la région.
« J’ai présenté le projet au conseil municipal de Kapuskasing cette semaine. Ils ont voté à l’unanimité pour soutenir le projet comme un projet d’infrastructure important dans la région », précise-t-il.
Fort de vingt ans de carrière dans le journalisme régional et de six ans d’expérience en marketing, Kevin Anderson s’appuie sur cette double expertise pour structurer son nouveau média. Photo : gracieuseté de Kevin Anderson
Indépendance éditoriale et modèle financier
Bien que cette reconnaissance constitue un appui moral significatif, elle ne s’accompagne d’aucun financement public.
Ce choix est délibéré de la part du fondateur, qui souhaite garantir l’autonomie complète de sa salle de presse. « C’est pour faire certain que le journal n’ait pas d’ancre dans le gouvernement municipal et les commerçants », explique-t-il.
Pour assurer la viabilité du média, M. Anderson mise sur une structure hybride : un organisme à but non lucratif (OBNL) pour le volet journalistique et une coopérative pour la gestion commerciale. Ce système de cotisations annuelles fixes pour les commerçants vise à stabiliser les revenus tout en protégeant l’indépendance de l’information.
« On veut tenir le journalisme aussi loin que possible des finances », explique-t-il, précisant que ce modèle permet d’éviter la course quotidienne à la vente publicitaire dans un marché publicitaire de plus en plus restreint.
Le promoteur poursuit ses démarches de sensibilisation auprès d’autres municipalités. « Je suis présent au conseil municipal de Hearst le 2 juin. J’ai d’autres demandes pour aller voir les autres conseils municipaux. Je pense que l’appétit est là », indique-t-il.
L’image de marque du média bilingue, un dévoilement officiel du média aura lieu ce jeudi soir en ligne. Photo : gracieuseté de Kevin Anderson
Le bilinguisme au centre de la mission
Dans une zone où la population francophone ou bilingue représente une grande majorité de la population, le bilinguisme intégral a été défini comme une priorité. Chaque article produit sera disponible simultanément en français et en anglais.
« La langue ne devrait jamais être un obstacle pour rester informé dans sa propre communauté. Je voulais offrir les histoires aux lecteurs dans la langue de leur choix », soutient M. Anderson.
L’intérêt pour cette nouvelle offre d’information semble déjà se confirmer sur le terrain. En moins de deux semaines, la page Facebook du projet avait déjà mobilisé 200 personnes en moins de 24h, avant même le dévoilement officiel des détails de la plateforme.
Bien que Le Nord soit établi à Hearst, Kevin Anderson se concentre sur le secteur d’Opasatika à Smooth Rock Falls, où le vide médiatique est plus marqué. Photo : Archives ONFR
Pour le fondateur, ces chiffres témoignent d’un signe d’intérêt bien réel pour le retour d’une source d’information structurée et bilingue.
« Je pense que l’appétit est là. Je suis quasiment certain que l’appétit est là », affirme-t-il, soulignant que cette réponse rapide de la communauté renforce sa confiance dans la viabilité de son projet d’infrastructure médiatique.
Logistique et prochaines étapes
Sur le plan opérationnel, Kevin Anderson prévoit produire entre cinq et sept reportages par semaine, axés sur le quotidien des résidents du corridor.
La ligne éditoriale se concentrera sur une diversité de sujets locaux, allant de la couverture des conseils municipaux et des enjeux sportifs aux portraits d’intérêt humain, tout en s’adaptant aux intérêts manifestés par l’auditoire après le lancement.
« Je sais que ça va être difficile. Je l’ai fait pour une vingtaine d’années, je sais à quoi m’attendre. Je n’ai pas peur »
— Kevin Anderson
« On va pouvoir regarder les chiffres de Google et on va savoir qu’est-ce qui marche plus et qu’est-ce qui marche moins pour mieux mettre notre focus », explique-t-il, précisant que l’objectif demeure de fournir des faits vérifiés pour permettre aux citoyens de se forger leur propre opinion.
Afin de minimiser les coûts de démarrage, il opérera initialement à domicile et a conclu des ententes de partenariat avec des entreprises locales pour l’aspect technologique et le développement de la plateforme web.
Le processus de recrutement pour les futurs conseils d’administration de l’OBNL et de la coopérative débutera officiellement ce vendredi lors du salon Kap Expo à Kapuskasing.
Bien que la date de mise en ligne puisse fluctuer selon les délais d’incorporation, l’objectif actuel demeure la mi-septembre 2026. « Je sais que ça va être difficile. Je l’ai fait pendant une vingtaine d’années, je sais à quoi m’attendre. Je n’ai pas peur », conclut-il.
OTTAWA – Le fédéral décerne la résidence permanente à des immigrants francophones hors Québec alors que ceux-ci ne font que prétendre habiter à l’extérieur du Québec, « sans jamais quitter leur appartement montréalais » ou en faisant un simple passage éclair « pit stop » dans une autre province. C’est ce qu’affirme le ministre québécois Jean-François Roberge, qui se présente en « lanceur d’alerte » contre les « fichiers Excel merveilleux » présentés par Ottawa sur l’immigration francophone.
Chaque année depuis 2022, le nombre d’immigrants francophones s’installant hors du Québec a augmenté. Le fédéral a atteint ses cibles d’immigration francophone, oscillant entre 4,4 % et 8,9 % de nouveaux arrivants hors Québec durant les quatre dernières années.
Mais pour Jean-François Roberge l’atteinte de ces cibles présentées par Ottawa via « des fichiers Excel merveilleux » masque la réalité sur le terrain.
« Des gens viennent au Québec, prétendent habiter à l’extérieur du Québec, font un pit stop, mais sans jamais quitter le territoire québécois, et Ottawa se félicite d’avoir recruté des immigrants francophones au Manitoba, en Ontario ou au Nouveau-Brunswick alors que, dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. Il y a quelque chose à faire », presse M. Roberge.
Jean-François Roberge est ministre de la Langue française et de la Francophonie canadienne à Québec pour le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ). Celui qui a aussi été ministre de l’Immigration au Québec de 2024 à 2026 soutient que des immigrants francophones obtiennent leur résidence permanente « sans jamais quitter leur appartement montréalais ».
« Je suis en quelque sorte un lanceur d’alerte dans cette situation-là, mais ce n’est pas le Québec qui perd là-dedans, c’est le reste de la francophonie canadienne. Donc, moi, je pense que ça prend des relayeurs pour corriger cette situation », lance le ministre en entrevue.
L’ancien ministre de l’Immigration au Québec a tenu ces propos lors de Mobilisation franco, un événement à Ottawa réunissant des centaines de personnes du Québec et de la francophonie canadienne. Il a ensuite répété la même chose en entrevue.
« Je crois qu’il y a une faille dans le programme fédéral d’immigration francophone hors Québec », relève-t-il.
Le ministre de la Francophonie canadienne et de la Langue française Jean-François Roberge lors du colloque Mobilisation franco le lundi 4 mai. Crédit image : Inès Rebei
Jean-François Roberge n’a pas donné de détails quant à l’ampleur du phénomène, que ce soit à grande ou à petite échelle. Nous avons sollicité son bureau afin de connaître les données ou les faits qui étayent ces affirmations et de savoir s’il pouvait chiffrer la situation. On nous a toutefois fait savoir qu’aucun autre commentaire ne serait émis.
« Je n’ai jamais vraiment entendu parler de ce phénomène », admet la chercheuse en immigration francophone et professeure à l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis.
« Cela peut être des anecdotes, des témoignages administratifs, des impressions de terrain; donc ça peut arriver, c’est absolument plausible, mais on n’a pas vraiment de données pour vérifier », ajoute celle qui est titulaire d’une chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes.
« Je n’ai jamais constaté ça. Je n’ai jamais vu ça… Si ça arrive, ce serait de façon exceptionnelle », a indiqué Marc Miller, ancien ministre de l’Immigration au fédéral de 2023 à 2025.
L’immigration francophone hors Québec dans les cinq dernières années
Année
En nombre
En pourcentage
2025
29 630
8,89 %
2024
30 565
7,2 %
2023
19 635
4,69 %
2022
16 380
4,44 %
2021
6950
1,95 %
Marc Miller a noté, à cet égard, qu’il y a « beaucoup de gens qui parlent français et qui veulent quitter le Québec justement pour présenter une demande et devenir des résidents permanents ailleurs ».
« Mais je n’ai jamais vu une demande qui serait de nature frauduleuse ou qui induirait les gens en erreur », a indiqué l’actuel ministre de la Culture et des Langues officielles dans le gouvernement Carney.
Au moment d’écrire ces lignes, le bureau de la ministre de l’Immigration au fédéral Lena Diab n’avait pas répondu à nos questions.
Fermeture d’un programme d’immigration québécois
Dans son discours, Jean-François Roberge a appelé les acteurs de la francophonie canadienne à faire preuve de « franco-vigilance » et à « surveiller les politiciens, pour que l’on fasse ce que l’on dit ». Luisa Veronis soutient que le « pit stop » auquel fait allusion le ministre est possible, car une fois que les gens obtiennent la résidence permanente, ils sont libres de circuler au pays.
« Donc, peut-être que certains retournent au Québec, peut-être que certains ne quittent jamais Montréal, c’est fort possible… Mais pour en fait mesurer le phénomène, il faut des données », commente-t-elle.
En février, Radio-Canada a révélé qu’un nombre croissant d’immigrants temporaires quittaient le Québec pour d’autres provinces, ce nombre ayant quadruplé entre 2024 et 2025. Ces immigrants québécois passaient par le programme Entrée express, une voie d’accès à la résidence permanente pour les immigrants qualifiés où la maîtrise du français donne davantage de points.
Selon Luisa Veronis, si un tel phénomène survient comme l’avance M. Roberge, « c’est assez nouveau, c’est au cours de la dernière année ». Car cela contraste avec ce qui se vit sur le terrain dans les services d’accueil à l’extérieur du Québec qui sont dépassés par la demande, soulève la professeure.
La chercheuse en immigration francophone de l’Université d’Ottawa, Luisa Veronis. Gracieuseté
« Si vous demandez aux fournisseurs de services, ils voient les nouveaux arrivants, ils sont là, c’est concret. Maintenant, si quelques-uns retournent au Québec ou restent au Québec, je pense que c’est probablement une très faible minorité », avance-t-elle, soutenant que cela ne risque pas de nuire à la francophonie hors Québec en raison des forts taux de migration interprovinciale.
La chercheuse avance que l’annonce par le Québec de la fermeture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) — un programme de résidence temporaire ouvrant la voie à la permanence — pourrait avoir incité certains immigrants à se tourner vers les programmes fédéraux.
« On ferme le PEQ, ces gens ne vont pas disparaître dans l’air. Ils doivent aller quelque part. Leur objectif est de rester », souligne Luisa Veronis.
TORONTO – L’Atlético Ottawa tient peut-être son match référence. En déplacement au BMO Field mardi soir, le club de Première ligue canadienne a réalisé un exploit en s’imposant 3-1 face au Toronto FC, équipe de MLS de niveau supérieur, grâce notamment à un triplé de Ballou Tabla. Une victoire qui valide son billet pour les quarts de finale du Championnat canadien.
Menés en première période après l’ouverture du score de Deandre Kerr (16e), les hommes de Diego Mejía ont longtemps subi, sans rompre. Il a même fallu un arrêt décisif du jeune gardien Tristan Crampton pour maintenir Ottawa en vie alors que le score était encore de 1-0 .
Puis, tout a basculé en seconde période.
Ballou Tabla, jusque-là discret depuis le début de saison, a complètement renversé la rencontre. L’attaquant a d’abord égalisé à la 71e minute d’une frappe précise, avant de profiter d’une récupération haute pour donner l’avantage aux siens dix minutes plus tard. Il a finalement scellé la victoire dans le temps additionnel (90+6), complétant un triplé retentissant.
Un déclic attendu
Cette victoire arrive dans un contexte délicat pour l’Atlético Ottawa. Le club connaissait un début de saison poussif en championnat, avec une seule victoire en cinq matchs (1 victoire, 1 nul, 3 défaites), et restait sur une lourde défaite 4-1 face à Inter Toronto.
« Ça fait du bien de gagner après une période difficile », a confié Tabla.
« On a souffert ces derniers mois. C’était difficile de trouver des automatismes avec le système qu’on a cette année, avec un nouveau groupe et de nouveaux joueurs. Mais on est restés confiants avec le coach et le staff », a-t-il ajouté.
Même sentiment du côté de l’entraîneur Diego Mejía, qui a insisté sur le travail effectué en interne malgré les résultats :
« Avec le début de saison, on a commencé lentement en termes de résultats, mais j’ai toujours mis l’accent sur le processus. On a construit un bon plan de jeu, on a créé de la résilience chez les joueurs, et je pense qu’on mérite de gagner ce match. »
Tabla, de l’ombre à la lumière
Critiqué pour son début de saison en demi-teinte, Ballou Tabla a répondu de la meilleure des manières. Avec ce triplé, il devient co-meilleur buteur de l’histoire du Championnat canadien avec Jonathan Osorio, confirmant son statut de joueur clé dans cette compétition .
Avec les départs de David Rodriguez et Sam Salter à l’intersaison, l’Atlético Ottawa cherche encore la bonne formule en attaque pour accompagner Ballou Tabla. (Photo : Michael Chisholm/Canadian Premier League
Mais au-delà des statistiques, c’est surtout le message envoyé qui retient l’attention. Mejía n’a jamais cessé de croire en son attaquant :
« J’ai eu beaucoup de conversations avec Ballou sur ce qu’il représente pour cette équipe et pour cette ligue. Je lui ai dit : je veux que tu joues avec ce que moi je pense de toi, pas avec ce que les gens pensent de toi. Je veux que tu croies davantage en toi. Je suis très heureux pour lui, parce qu’il mérite ce genre de performance. »
L’attaquant canado-ivoirien, lui, préfère souligner l’impact collectif de cette performance :
« C’est très spécial, surtout avec ce club. Depuis mon arrivée en 2022, j’ai toujours voulu aller loin dans cette compétition. Avec le travail qu’on fait avec le staff et le coach, je pense qu’on mérite vraiment ce moment. »
Saison lancée?
Plus qu’une qualification, ce succès pourrait marquer un tournant dans le début de saison d’Ottawa. Face à un club de MLS et dans un contexte difficile, l’Atlético a montré un visage combatif et surtout une capacité de réaction qui lui avait manqué jusque-là.
Diego Mejía voit dans cette victoire un potentiel déclic :
« Je n’ai jamais douté de l’équipe, mais parfois j’avais des doutes sur le ressenti des joueurs, sur leur confiance. Mais quand on a commencé à voir le comportement de l’équipe sur le terrain, je me suis dit : aujourd’hui, c’est le jour. Tout se passait comme on l’avait préparé. »
Reste désormais à confirmer. Mais une chose est sûre : avec un Ballou Tabla retrouvé et un groupe regonflé à bloc, l’Atlético Ottawa a peut-être enfin lancé sa saison. Prochain rendez-vous, mardi 17 mai contre les Wanderers d’Halifax.
En tournée à travers l’Ontario, Le téton tardif de Caroline Raynaud sera présenté les 7 et 8 mai à Sturgeon Falls et North Bay, avant une future tournée pancanadienne dès l’an prochain. Dans ce premier spectacle qu’elle produit, l’artiste franco-ontarienne s’attaque à un sujet qui « lui pèse sur la poitrine » : les petits seins.
« C’est drôle, parce que dès qu’on parle de seins, il y a une barrière qui tombe chez les gens. On parle plus vite d’intimité », observe l’artiste établie à Sudbury.
Au fil d’une tournée d’une dizaine de représentations à travers l’Ontario, la comédienne a vu les réactions évoluer au rythme du spectacle : beaucoup de rires au départ, puis un basculement.
« À un moment, c’est le silence absolu. En poussant le curseur de ces choses qui nous font rire, en les grossissant, finalement ce n’est plus si drôle », souligne l’autrice et interprète de ce seul en scène.
Pour Caroline Raynaud, l’histoire de sa poitrine n’a toujours été qu’un point de départ.
« L’histoire de mes seins a été le point de départ de l’écriture, mais ça a toujours été un prétexte pour parler d’autre chose », affirme-t-elle.
Elle évoque les modèles féminins qui ont marqué son adolescence.
« Le rire permet de mettre les gens en confiance avant d’aborder des sujets plus profonds », explique Caroline Raynaud. Crédit photo : Joël Ducharme
« Se sentir mal parce qu’on n’a pas les seins de Pamela Anderson dans Baywatch, c’est un peu dommage. On peut en rire, mais c’est surtout le symptôme d’une culture qui objectifie le corps humain. »
L’actrice originaire de France, vue notamment dans le film oscarisé La Môme (2007), estime que les réseaux sociaux ont transformé les injonctions physiques sans les faire disparaître.
« Les jeunes grandissent dans une société où le culte du corps est toujours là. Les injonctions ont changé de forme, mais elles existent encore. »
Dénoncer « la culture du viol »
Le public, majoritairement féminin lors de certaines représentations, se confie souvent après les spectacles. Certains diffuseurs ont même organisé des soirées réservées aux femmes.
Mais les hommes aussi viennent la voir, souligne celle qui avait auparavant participé au Cabaret de la bibite, mis en scène par le franco-sudburois Antoine Côté Legault.
« J’ai vu des hommes prendre conscience des réalités que pouvaient vivre leurs sœurs, leurs mères ou leurs filles. Certains viennent même me parler de leurs propres complexes. »
Un père en colère est même venu lui parler après une représentation.
« Il m’a dit : « Ça me fait penser à ma fille, à mon fils… comment les aider à naviguer dans ce monde? » », raconte-t-elle.
Sans prétendre avoir de réponses, Caroline Raynaud dit vouloir ouvrir des conversations.
« Poser des mots, ça fait exister les choses. Si on ignore le problème, on ne peut pas y faire face ni trouver de solutions. »
Le spectacle aborde en filigrane des thèmes plus lourds, comme la culture du viol, l’hypersexualisation et la pression sociale exercée sur les corps.
« Moi, ce dont j’ai envie, c’est que le spectacle provoque des discussions, une prise de conscience ou simplement une envie de réfléchir. C’est une conversation qui m’a manqué quand j’étais plus jeune », déplore-t-elle.
Cinq ans de création
En gestation depuis près de cinq ans, Le téton tardif est passé par plusieurs étapes avant d’atteindre la scène.
L’artiste dit s’être lancée dans « ce rêve » sans mesurer l’ampleur du travail qui l’attendait : écriture, ateliers, dramaturgie, production et diffusion.
« Heureusement que je ne savais pas au départ ce que ça impliquait de produire un spectacle. Sinon, ça m’aurait fait trop peur. »
Elle raconte avoir voulu accélérer le processus de création.
« Les délais dans le milieu du théâtre sont beaucoup plus longs que ce que je voulais pour ce spectacle. À un moment donné, je me suis dit : si ça doit arriver maintenant, ça repose sur mes épaules. »
Malgré tout, elle insiste sur le caractère collectif de l’aventure.
« Ça ne se fait pas seule. J’ai découvert qu’on a besoin d’une grande équipe et d’alliés à chaque étape. »
Le Théâtre du Nouvel-Ontario l’a notamment accompagnée dans la coproduction du projet.
Aujourd’hui encore, la comédienne avoue ressentir un certain soulagement lorsqu’elle retourne devant la caméra.
« Quand je suis simplement interprète dans un film, c’est presque reposant. Je n’ai qu’une seule chose sur laquelle me concentrer. »
Une tournée pancanadienne à venir
Après l’Ontario, Le téton tardif poursuivra sa route ailleurs au pays dès l’an prochain.
« On va aller d’est en ouest au Canada avec le spectacle et j’en suis très heureuse. »
En parallèle, Caroline Raynaud participera au prochain projet de Michka Lavigne, Triptyque boréal, réunissant plusieurs artistes francophones du pays.
« C’est un super beau texte. En juin, je vais à Caraquet, au Nouveau-Brunswick, travailler avec toute l’équipe. »
OTTAWA – Le gouvernement fédéral va compter sur des efforts de promotion et sur la population canadienne pour faire connaître et respecter le tout nouveau régime linguistique fédéral dans les entreprises privées.
En vertu de la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP), les employés et les clients auront de nouveaux droits pour travailler et être servis en français. Cela concerne près de 1300 entreprises à travers le pays, dans plusieurs secteurs comme les banques et les télécommunications, et s’appliquera au Québec, au Nouveau-Brunswick et ailleurs au pays dans une dizaine de régions considérées comme étant « à forte présence francophone ».
L’avant-projet de règlement visant à édicter la LUFEP, déposé par Ottawa à la mi-avril, est actuellement à l’étude en comité parlementaire.
Or, comment s’assurer que les entreprises fédérales et leurs clients seront au courant de ces nouveaux droits et que la loi s’appliquera?
« Le ministre des Langues officielles est responsable de faire connaître le régime et on va compter sur la population canadienne pour exercer ses droits et les recours lorsque nécessaire », indique Sarah Boily, directrice générale des Langues officielles à Patrimoine canadien, ajoutant « qu’on verra au fil des années si on doit s’ajuster ».
Le régime d’Ottawa n’imite pas celui du Québec, où des inspecteurs de l’Office québécois de la langue française (OQLF) peuvent entrer dans des milieux de travail pour s’assurer que la Charte de la langue française est bien respectée. À l’instar du régime québécois, les citoyens et les employés qui estiment que leurs droits sont violés dans le cadre de la LUFEP pourront porter plainte. C’est le Commissariat aux langues officielles qui recevra les plaintes pour le Nouveau-Brunswick et les régions à forte présence francophone, ce qui n’est pas le cas actuellement en milieu privé.
Des députés dubitatifs
Les députés ont interrogé les fonctionnaires du ministère au sujet de l’application de ce nouveau régime linguistique, qui entrera d’abord en vigueur au Québec et, deux ans plus tard, à l’extérieur du Québec.
Le député libéral acadien Chris d’Entremont a noté que « les Acadiens n’ont pas tendance à se plaindre quand ils ne reçoivent pas de service, ils passent simplement à l’anglais ». Le député Mario Beaulieu a mentionné qu’il s’agissait « d’une loi édentée sans aucune conséquence », alors que le député conservateur Jim Bélanger a soulevé la question de savoir « comment s’assurer que les compagnies vont suivre les règlements? ».
« Tout régime réglementaire a un incitatif et une méthode de correction », répond Julie Boyer, sous-ministre adjointe responsable des Langues officielles à Patrimoine canadien.
« Dans notre cas, l’incitatif est que cela tombe sous le sens de servir les gens dans leur langue si, dans une région à forte présence francophone, il y a beaucoup de clients et de travailleurs francophones, poursuit-elle. Pour le côté coercitif, le commissaire a de nouveaux pouvoirs qui permettent d’avoir une entente de conformité et, si ce n’est pas respecté, on aura recours à la Cour fédérale pour forcer l’entreprise à respecter la loi », mentionne la haute fonctionnaire.
Les entreprises assujetties à la LUFEP auront notamment des obligations d’affichage en français ou encore de fournir de la documentation en français en vertu de ce tout nouveau régime linguistique.
« Dans les deux ans que cela va prendre pour la mise en œuvre, il va y avoir un grand effort de sensibilisation pour que les entreprises soient très au courant de leurs nouvelles obligations… Je crois qu’elles vont être au courant », lance Julie Boyer.
Mardi, en comité parlementaire, les hauts fonctionnaires ont expliqué que le fédéral avait procédé à une analyse du coût financier qui sera rendue publique ultérieurement.
HAMILTON – Du 19 au 21 juin prochain, le parc Gage vibrera au rythme de la FrancoFEST Hamilton, qui propose une 45e édition sous le signe de la diversité, du renouvellement et de la fierté francophone. Une programmation riche et éclectique qui reflète, selon son directeur général Lanciné Koulibaly, « le nouveau visage démographique » de la communauté.
Pour cette édition anniversaire, le Centre francophone Hamilton a fait un choix clair : adapter son offre culturelle à la réalité actuelle du terrain.
« Cette année, on a voulu faire une programmation qui reflète vraiment le nouveau visage démographique à Hamilton, parce qu’il y a plusieurs années, la majorité des francophones venaient de la France, de la République démocratique du Congo ou encore d’Haïti. Mais aujourd’hui, on a aussi une grande proportion d’immigrants francophones venus du Maghreb, avec beaucoup de Marocains et d’Algériens dans la région, donc il fallait en tenir compte », explique M. Koulibaly.
Longtemps marquée par ces communautés historiques, la francophonie locale s’est ainsi transformée au fil des années, portée par de nouvelles réalités migratoires que le festival cherche désormais à mieux représenter.
En plus de cette ouverture sur la culture de ces nouveaux arrivants, le festival demeure résolument éclectique, avec une programmation musicale variée allant du folk à l’électro, en passant par les musiques du monde et le R&B.
Talents émergents et artistes confirmés
Parmi les artistes attendus, plusieurs noms incarnent cette diversité artistique. Le vendredi, le public pourra découvrir notamment Véronique Bilodeau et Vaëlle, figures montantes de la scène pop francophone, avant de laisser place à Miro, considéré comme l’un des artistes marquants de la nouvelle génération, et au producteur électro SMPTY.
Le samedi, Mehdi Cayenne, co-porte-parole des Rendez-vous de la Francophonie 2026, partagera l’affiche avec le Sénégalais Zale Seck, dont la musique navigue entre traditions et modernité.
La programmation fait également une place importante aux voix autochtones, une volonté assumée par l’organisation.
« Cette année, le festival tombe sur une période marquante pour la communauté autochtone, donc on essaie aussi de mettre cela en valeur en faisant passer une artiste autochtone », souligne Lanciné Koulibaly.
Une présence qui s’incarne notamment avec Makhena Rankin Guerin, artiste bispirituelle dont les performances s’inscrivent dans une démarche culturelle et spirituelle forte.
Le dimanche, le groupe franco-ontarien Ariko viendra clore les festivités avec une performance ancrée dans le patrimoine musical canadien-français.
Au-delà de la musique, la FrancoFEST mise cette année sur une expérience encore plus inclusive et intergénérationnelle.
« On a pris en compte les sondages qui nous demandaient plus d’activités pour les jeunes et pour les aînés », explique le directeur général.
Le site lui-même connaîtra des changements importants, avec une nouvelle configuration pensée pour améliorer l’expérience du public, notamment en réponse aux défis logistiques rencontrés lors des éditions précédentes.
Entre défis et ambitions
Malgré son succès, l’organisation du festival n’est pas sans défis. Le financement demeure une préoccupation constante, même si l’édition 2026 bénéficie d’un soutien renouvelé de plusieurs partenaires publics.
Autre enjeu : la concurrence d’autres événements organisés à la même période, notamment à Toronto, ainsi que la tenue simultanée de matchs de la Coupe du monde, qui pourraient influencer l’achalandage.
Malgré cela, l’équipe reste confiante. L’objectif est clair : attirer environ 6000 personnes sur le site durant les trois jours de festivités.
Les bénévoles au cœur du festival
Comme de nombreux événements communautaires, la FrancoFEST repose en grande partie sur l’engagement de ses bénévoles.
« Ce sont nos bras valides… sans eux, le festival ne peut pas avoir l’impact qu’il a », insiste Lanciné Koulibaly.
L’an dernier, plus de 150 personnes avaient manifesté leur intérêt, même si une soixantaine seulement avaient pu être retenues. Pour plusieurs, notamment les nouveaux arrivants, le bénévolat représente une porte d’entrée vers l’intégration et le réseautage.
« Ça leur permet de briser l’isolement, de pratiquer la langue et d’avoir une expérience canadienne », ajoute-t-il.
Lanciné Koulibaly a commencé en tant que bénévole à FrancoFEST en 2017 et est désormais à la tête de l’événement depuis deux ans. Photo : Rachel Crustin/TFO
45 ans de fierté et d’engagement communautaire
Pour Lanciné Koulibaly, cette édition anniversaire dépasse largement le cadre d’un simple événement culturel.
« Ça représente 45 ans d’histoire, 45 ans d’évolution… 45 ans de fierté aussi », affirme-t-il.
Depuis ses débuts, la FrancoFEST s’est imposée comme un moment clé pour la communauté francophone de Hamilton, un espace où l’on peut « écouter de la musique uniquement en français et parler sur le site uniquement en français », souligne-t-il.
Gratuite et accessible, elle continue de jouer un rôle essentiel dans la vitalité culturelle de la région, attirant des milliers de visiteurs chaque année.
Plus de la moitié des francophones échouent au test de mathématiques obligatoire pour devenir enseignant, contre moins de 30 % chez les anglophones. Une disparité alarmante pour la Fédération des enseignantes et enseignants de l’Ontario (FEO) qui a tiré la sonnette d’alarme. L’Association des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (AEFO) exprime des doutes sur les aspects linguistiques et culturels du test.
Après avoir obtenu les résultats des quatre premières sessions d’évaluation au test de compétences en mathématiques (TCM), obligatoire en Ontario depuis le 1er février 2025 pour les candidats à l’enseignement, la Fédération des enseignantes et enseignants de l’Ontario (FEO) a tiré la sonnette d’alarme.
Ces chiffres sont « alarmants », « notamment en raison des disparités manifestes dans les taux de réussite selon la langue, l’origine ethnique et l’âge des candidates et des candidats », affirme le syndicat.
Sur le plan linguistique plus précisément, dès la première tentative à ce test, un écart marqué apparaissait : 71 % de réussite chez les anglophones contre 44 % chez les francophones.
Les candidats francophones avaient également beaucoup moins de chances de réussir lors des tentatives suivantes (88 % contre 71 % à la quatrième tentative).
« En substance, le TCM retarde et entrave de manière disproportionnée le recrutement d’enseignants francophones à un moment où l’Ontario a besoin de davantage d’éducateurs francophones », indique la FEO.
« Les résultats montrent aussi un taux d’échec plus élevé chez les francophones dans la composante pédagogique, ce qui soulève des doutes sur les aspects linguistiques et culturels du test. »
— Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO
« Un écart important qui persiste et qui désavantage clairement les francophones », exprime Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants de l’Ontario (AEFO).
« Les résultats montrent aussi un taux d’échec plus élevé chez les francophones dans la composante pédagogique, ce qui soulève des doutes sur les aspects linguistiques et culturels du test », soulève celle-ci.
Avec une telle recurrence dans la disparité des résultats, Mme Lemieux considère normal de questionner la validité et l’équité de l’examen, ajoutant que rien ne démontre qu’il formerait de meilleurs enseignants.
Côté origine ethnique, les résultats du test de mathématiques montraient des disparités entre personnes blanches, dont le taux de réussite dès la première tentative était près de deux fois supérieur à celui de personnes noires. Quant à l’âge, les personnes âgées de 40 ans et plus ont affiché un taux de réussite à la première tentative inférieur de 31 points de pourcentage à celui des personnes de moins de 25 ans.
La FEO avait déjà rapporté ces mêmes préoccupations dès 2019.
La Cour divisionnaire de l’Ontario avait alors statué, lors d’un recours judiciaire en 2021, que le TCM était discriminatoire et, par conséquent, inconstitutionnel. Néanmoins, le gouvernement de l’Ontario avait choisi de faire appel de la décision du tribunal de première instance et avait poursuivi la mise en œuvre du TCM.
Pour l’AEFO, dans un contexte de pénurie, le TCM constitue un obstacle supplémentaire dans la profession, freinant l’accès aux francophones, et soulevant des enjeux de discrimination systémique et d’équité, « notamment pour les personnes nouvellement arrivées et racisées ».
« Le TCM représente une grave erreur de politique éducative qui ferme inutilement la porte à la profession enseignante », a pour sa part déclaré Chris Cowley, président de la FEO.
Sollicité par ONFR, le ministère de l’Éducation n’a pas commenté l’écart spécifique de réussite entre les deux groupes linguistiques, mais a insisté sur l’importance du test pour la qualité de l’enseignement.
Selon la porte-parole du ministre Paul Calandra, Emma Testani, ce test « établit une norme claire et cohérente » pour s’assurer que les enseignants possèdent les « compétences fondamentales » nécessaires à la réussite des élèves.
OTTAWA — L’ex-juge de la Cour suprême Louise Arbour deviendra la prochaine gouverneure générale du Canada, a annoncé le premier ministre Mark Carney à ses côtés, ce mardi matin, en conférence de presse.
Mme Arbour succède à Mary Simon, dont le mandat arrive à terme cet été. L’avocate et juriste canadienne de 79 ans, née à Montréal, est nommée pour un mandat de cinq ans. Celle qui est parfaitement bilingue devient ainsi la 31e gouverneure générale du pays depuis le début de la Confédération.
« J’accepte ces responsabilités avec un sens profond du devoir et à un moment où les Canadiens et Canadiennes sont confrontés à la complexité et aux changements. Ça sera aussi un privilège d’être présente si nous devons faire face à l’adversité », a-t-elle affirmé devant les journalistes.
Louise Arbour a notamment occupé les fonctions de procureure en chef du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et celui du Rwanda avant de devenir juge à la Cour suprême du Canada de 1999 et 2004. Par la suite, elle a été haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de 2004 à 2008, puis représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les migrations de 2017 à 2018.
Membre du Barreau de l’Ontario, elle a été juge de la Cour suprême de l’Ontario, devenant la première femme à l’époque en 1987 a occuper un tel poste.
Le premier ministre Mark Carney a loué la carrière de la juriste, soutenant que « les droits de millions de personnes sont mieux protégés parce que, quelque part, une institution que Louise Arbour a contribué à bâtir a effectué son travail ».
« Mme Arbour, au nom du gouvernement du Canada et de l’ensemble de la population canadienne, merci d’avoir accepté de servir notre pays une fois de plus. »
Le rôle de gouverneur général consiste à représenter le roi Charles III au Canada. La nomination de Louise Arbour a d’ailleurs été approuvée par le souverain d’Angleterre à la suite de la recommandation de Mark Carney.
Départ de Mary Simon
Nommée comme gouverneure générale en 2021 par Justin Trudeau, Mary Simon avait suscité la controverse en raison du fait qu’elle ne parlait pas français. Elle s’était pourtant engagée à apprendre la langue, elle qui maîtrise l’anglais et l’inuktitut et qui est devenue la première personne d’origine autochtone à occuper ce poste.
La gouverneure générale Mary Simon. Photo : Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall
Sa nomination avait suscité un nombre record de plaintes au Commissariat aux langues officielles en 2021, mais le commissaire avait décidé de ne pas enquêter en raison du fait que la décision finale relevait du premier ministre. Toutefois, comme ce dernier n’est pas reconnu comme une institution fédérale, la Loi sur les langues officielles ne lui est pas applicable.
La nomination d’une personne unilingue anglophone à ce poste par son prédécesseur constituait-elle une erreur? Mark Carney a esquivé la question en conférence de presse.
« C’est important d’avoir le bilinguisme au sein de toutes les institutions du gouvernement du Canada », a commenté le premier ministre.
« Les contributions de Mme Simon étaient très importantes dans le domaine de la réconciliation et de la santé mentale », a-t-il salué par la suite, alors que Mme Arbour a souligné avoir « beaucoup de respect pour le travail que Mme Simon a fait ».
Alors que se dessine possiblement à l’horizon un référendum au Québec et en Alberta, le premier ministre a indiqué que la nouvelle gouverneure générale aura « un rôle constitutionnel très important ».
« C’est difficile d’anticiper tous les potentiels défis et crises constitutionnelles qui pourraient se dérouler pendant un mandat, mais il va y avoir quelqu’un avec du jugement et de la clarté morale à ce poste », a dit M. Carney.
OTTAWA – Au deuxième jour de la cinquième édition de Mobilisation franco, l’Université d’Ottawa prend des airs de laboratoire diplomatique entre le Québec et les acteurs de la francophonie canadienne. Pour la première fois depuis 2022, ce rendez-vous annuel quitte le sol québécois, un virage géographique qui force le Québec et les provinces à redéfinir leurs liens au-delà du simple cadre protocolaire.
Après quatre éditions tenues à Québec et Montréal, près de 200 délégués représentant 125 organisations des quatre coins du pays ont convergé depuis lundi vers Ottawa.
« On était rendus au moment d’aller à la rencontre des gens à l’extérieur du Québec », explique Sylvain Lavoie, président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques (CFA), qui pilote l’événement aux côtés de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes (SQRC).
Liane Roy, présidente de la FCFA, rappelle que l’idée d’alterner entre le Québec et les autres provinces existait dès le départ, mais qu’il fallait d’abord briser un mur d’ignorance.
Selon Liane Roy, présidente de la FCFA, la participation à l’événement a bondi de 80 organisations en 2022 à 150 en 2026. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Il a été beaucoup dit que les organismes du Québec ne connaissaient pas beaucoup les organismes de la francophonie canadienne, et que les organismes de nos communautés ne connaissaient pas ceux de la société civile du Québec », souligne-t-elle.
Et d’ajouter : « On voulait s’assurer que les Québécois comprennent bien les réalités des communautés »
Une interdépendance assumée
Présent en personne pour acter ce changement de paradigme, le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, a affirmé vouloir délaisser la posture historique du « grand frère » au profit de celle de partenaire d’égal à égal.
« On faisait l’erreur de voir le Québec comme un grand frère. Je préfère nettement la posture de partenaire »
— Jean-François Roberge
« C’est un message d’ouverture sur tout le Canada. Mobilisation franco, c’est au départ une initiative qui part du Québec, par le Secrétariat aux relations canadiennes, mais c’est une activité de francophonie canadienne. Je trouve ça extraordinaire d’être ici, chez nos voisins ontariens », a-t-il affirmé en entrevue avec ONFR.
Pour le ministre québécois responsable de la Francophonie canadienne, la force du français dans la province est devenue indissociable de la vigueur de ses alliés extérieurs : « On a besoin d’alliés francophones partout à travers le Canada et on a besoin aussi de l’innovation qui vient de ces communautés-là »
Le ministre Roberge a profité de la tribune pour appeler à une forme de « franco-vigilance » face aux failles des programmes fédéraux, dénonçant une situation où certains immigrants recrutés pour les provinces hors Québec finissent par s’installer sur le territoire québécois. Photo : Inès Rebei/ONFR
Cette ambition de rapprochement trouve son prolongement naturel sur le terrain des affaires.
Jean-François Roberge souhaite que la langue quitte le giron purement folklorique pour devenir un levier de croissance : « On était habitués à faire des tournées d’artistes. C’est correct. Maintenant, il faut que les entrepreneurs se voisinent, signent des contrats, fassent des affaires avec le lien de la francophonie. »
Refus du paternalisme
Pour Mireille Isidore, directrice générale de l’organisme albertain Kayano, ce premier déplacement dans le cadre de l’événement fait office de test de sincérité pour le Québec. Établie à Edmonton depuis 26 ans, elle porte un regard lucide sur l’évolution des rapports de force et attend des gestes concrets.
« Ce qui m’a attirée ici, c’était le fait qu’une structure mise sur pied au Québec voie le Québec non pas comme celui qui prend les rênes du français, mais comme un partenaire. On a toujours l’impression que le Québec veut donner le ton. Cette ouverture vers la diversité des provinces est beaucoup plus enrichissante que le paternalisme historique. »
Pour Mireille Isidore, l’expérience immersive permise par l’événement offre l’occasion de sortir de l’urgence du quotidien pour mettre en perspective les accomplissements communs, procurant ainsi le recul nécessaire et l’inspiration pour surmonter les obstacles futurs. Photo : Inès Rebei/ONFR
Elle insiste sur la nécessité de transformer les discours en gestes concrets : « Je vais retourner en Alberta; ma responsabilité est de continuer ce dialogue avec les organismes qui font le même travail sur le terrain. Ce sont les actions des prochains mois qui diront si le Québec a vraiment changé sa posture. »
De son côté, Audrey Fournier, directrice générale de la Fédération franco-ténoise, voit dans l’arrivée du Québec une perturbation constructive, mais complexe. Elle décrit une friction entre la solidarité naturelle des milieux minoritaires et l’arrivée d’un bloc majoritaire puissant.
« On est souvent entre nous, francophonie canadienne, à parler d’un enjeu qu’on connaît bien avec les mêmes objectifs mais là, le Québec à la table nous sort un peu de notre vision commune »
— Audrey Fournier
Pour elle, la collaboration est une transaction de savoir-faire : « Le Québec a des outils structurants très développés. En les partageant, il nous permet de sauver un temps précieux. Mais nous avons aussi développé des expertises uniques en milieu minoritaire, notamment dans le Nord, que nous pouvons partager avec le Québec. C’est cette réciprocité qui doit être au cœur du pacte. »
Audrey Fournier est venue de Yellowknife à Mobilisation franco avec l’espoir de trouver des expertises et des partenariats pour développer un projet de jeu pédagogique qu’elle souhaite voir s’exporter dans la francophonie canadienne. Photo : Inès Rebei/ONFR
Philanthropie
Pour la première fois, Mobilisation franco a ouvert le dossier de la philanthropie, un levier d’autonomie financière encore sous-exploité dans l’espace francophone.
« Nos universités et nos collèges francophones en situation minoritaire vont chercher beaucoup moins de fonds au niveau de leurs anciens élèves (alumni) que des institutions anglophones qui existent depuis des centaines d’années », déplore la présidente de la FCFA.
Cette édition réunit des participants issus de 125 organisations – dont la moitié proviennent du Québec et le tiers de l’Ontario – représentant ainsi l’ensemble des provinces et territoires canadiens, à l’exception du Nunavut. Photo : Inès Rebei/ONFR
L’enjeu à Ottawa était de décloisonner ce secteur pour créer une culture de l’investissement communautaire. L’objectif est de forger des alliances entre les fondations québécoises et celles des provinces : « Il faut que les fondations apprennent à se connaître et à collaborer sur des projets communs pour créer un effet de levier financier », précise-t-elle.
Cette ambition se concrétise lors des rencontres de « vis-à-vis », un format de jumelage permet à des acteurs de différents territoires, travaillant dans le même secteur (justice, petite enfance, économie), de s’asseoir face à face. Environ 80 projets de collaboration concrets sont nés de ces tête-à-tête depuis 2022.
Place à la relève
Un autre aspect majeur de cette édition est l’intégration d’une délégation jeunesse massive.
Le Centre de la francophonie des Amériques a fait de la jeunesse le pilier de cette édition en orchestrant une délégation pancanadienne, regroupant des leaders de 18 à 35 ans venus du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.
Pour Sylvain Lavoie, cette première édition hors Québec est un « pont » qui ouvre la voie à d’autres occasions de rencontre partout au pays. Photo : Inès Rebei/ONFR
« C’est important que la jeunesse soit représentée. On veut qu’ils soient des acteurs du changement dès aujourd’hui. Ce sont eux qui agiront concrètement pour ce rapprochement », soutient-il. Ces jeunes leaders participent à des ateliers sur l’intelligence artificielle et l’entrepreneuriat social, des domaines où les barrières provinciales s’effacent devant l’innovation technologique.
S’appuyant sur les réflexions de la conférencière Catherine Blais lors de l’édition précédente, Liane Roy avait d’ailleurs souligné dans son discours d’ouverture que notre réalité actuelle est le fruit des décisions de 2005, rappelant ainsi aux leaders que les alliances bâties aujourd’hui sont celles qui façonneront le visage de la francophonie en 2040.
La réussite de Mobilisation franco, qui prend fin ce mardi soir, se mesurera à la pérennité des 80 projets de collaboration déjà nés de cette initiative.
La bagarre reprend entre l’industrie du taxi et les tenants d’une plus grande variété de transports locaux. Cette fois, cette nouvelle joute se déroule dans le cadre de l’arrivée très prochaine du nouveau train qui parcourra le Nord ontarien depuis Toronto.
Les déplacements locaux dans les municipalités – que ce soit en taxi ou par des entreprises de covoiturage reliées à des plateformes numériques – sont une sorte de jungle inextricable. Le gouvernement ontarien a donc décidé de mettre de l’ordre dans tout cela et a mis sur pied un projet pilote qui démarrera dès que le train s’élancera enfin sur ses rails.
Le projet pilote dit de « covoiturage du Nord » (Northern Rideshare Pilot) entrera donc en vigueur ce printemps ou en début d’été. Il sera ensuite en phase expérimentale pour un an.
Cette initiative oblige les Uber de ce monde à se plier à une réglementation homogène et sécuritaire qui permettra à tous les usagers qui sortiront du train, dans les 16 villes desservies par le Northlander, d’avoir accès à des moyens de transport locaux accessibles et fiables, peu importe l’envergure du patelin où l’on descend.
Les grands oubliés
Mais l’industrie du taxi, déjà ébranlée par l’arrivée massive d’alternatives aux transports terrestres locaux, crie de nouveau à l’injustice.
Marc-André Way, le président de l’Association canadienne du taxi (ACT) à Ottawa est ulcéré par la situation et la façon dont les chauffeurs de taxi en feront encore les frais.
« Ce qui est très décevant, c’est que dans le corridor Nord, y a déjà, dans plusieurs de ces municipalités, de petites compagnies de taxi qui opèrent depuis des années, de génération en génération, qui offrent un service à l’année longue, qui offrent un service durant les périodes assez difficiles ou plutôt mortes, et qui sont toujours présentes dans leurs communautés. »
Le président de cette association qui représente près de 50 000 chauffeurs de taxi au Canada, estime que le gouvernement de l’Ontario les ignore.
« C’est quand même un projet qui a été annoncé, je vous dirais, d’une façon cachottière (…) un peu sous le radar. »
Marc-André Way, président, Association canadienne du taxi (Photo : courtoisie)
Daniel Larivière est chauffeur de taxi à Timmins, depuis 47 ans. Il a commencé à accueillir ses premiers clients en 1979. Il trouve injuste que des chauffeurs de taxi qui dépensent pour pouvoir exercer leur métier – en permis, assurances et autres – se fassent damer le pion par des conducteurs non professionnels.
« Eux autres n’ont pas besoin de dépenser de l’argent, comme nous, pour être protégés. On a tout ce qu’il faut pour être légal. Nous autres, on a besoin de licences à toutes les années pour lesquelles on paye. On a de gros montants d’assurances à payer. Ce n’est pas correct. »
Un accueil parfois enthousiaste, parfois mitigé
La pittoresque petite ville de Bracebridge, au cœur de Muskoka, sera l’un des 16 arrêts du futur train nordique. La chambre de commerce locale appuie sans réserve le projet pilote de covoiturage.
Sur son site Web, la chambre de commerce estime même qu’ « une concurrence accrue encouragera également les services de taxi existants à innover et à améliorer leur offre afin de rester compétitifs dans ce nouveau paysage. »
La ville de Timmins a une approche plus nuancée quant à ce projet pilote et aspire à une réglementation hybride qui tienne aussi compte des entreprises locales. La mairesse de la ville nous a cependant refusé une entrevue à ce sujet.
À North Bay, le débat est aussi bien réel car la ville compte déjà des compagnies de taxis bien implantées et une réglementation stricte en matière de transport local. Les opposants au projet parlent carrément de concurrence déloyale subventionnée. Deux des trois conseillers municipaux de la ville, joints par ONFR, n’ont pas répondu à notre invitation; le troisième nous a renvoyé au ministère des Transports.
Quoi qu’il en soit, il faudra d’abord que le Northlander, le nouveau train nordique, s’élance sur ses rails pour que le nouvel écosystème économique qu’il génère s’adapte et prenne sa place.
OTTAWA – Figure emblématique du hockey canadien, Jacques Martin a traversé plus de 40 ans d’histoire dans la LNH comme entraîneur et dirigeant. De ses débuts sur les patinoires extérieures de l’Est ontarien à ses succès derrière un banc et à des postes de direction, il a construit un parcours marqué par la transmission, l’adaptation et une compréhension fine du jeu. Il revient sur les grandes étapes de sa carrière, son approche du développement des joueurs et l’évolution du hockey.
« Comment est née votre passion pour le hockey?
Lorsque j’étais jeune, j’ai grandi dans la région de Saint-Pascal-Baylon, et à cette époque-là, le hockey faisait vraiment partie du quotidien. On jouait avec des amis, avec la famille, que ce soit dans un champ ou sur des patinoires extérieures du village.
J’ai commencé mon hockey mineur à Hawkesbury, notamment parce qu’il y avait l’aréna là-bas. Très tôt, j’ai développé une passion pour ce sport et, comme beaucoup de jeunes, j’avais le rêve de devenir joueur de hockey.
Quand je me suis installé à Ottawa pour mes études secondaires, j’ai continué à jouer, notamment dans les ligues mineures et junior. J’ai ensuite eu l’opportunité d’obtenir une bourse d’études à St. Lawrence University aux États-Unis, ce qui m’a permis de jouer pendant quatre ans à l’université.
Après mes études, j’avais encore espoir de devenir professionnel, mais j’ai rapidement réalisé que je n’avais pas le niveau nécessaire. J’ai eu un essai avec une organisation, mais ça ne s’est pas concrétisé. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de poursuivre mes études, notamment une maîtrise à l’Université d’Ottawa, et de m’orienter vers l’entraînement.
À quel moment avez-vous décidé de vous lancer pleinement dans une carrière d’entraîneur?
Au départ, j’étais dans le milieu de l’enseignement. J’ai travaillé pendant plusieurs années comme professeur au collège Algonquin, tout en étant impliqué dans le coaching, notamment avec des équipes universitaires et dans la ligue junior de la région d’Ottawa.
Après environ sept ans, j’ai pris une décision importante avec mon épouse : faire un changement de carrière et me consacrer pleinement à l’entraînement.
J’ai eu une première opportunité avec Peterborough dans la Ligue junior majeure de l’Ontario comme entraîneur adjoint pendant deux ans. Ensuite, j’ai obtenu un poste d’entraîneur-chef à Guelph. Cette expérience a été déterminante, puisqu’on a remporté le championnat de l’Ontario et la Coupe Memorial contre une équipe entraînée à l’époque par Pat Burns. Ces succès m’ont permis d’ouvrir des portes et d’accéder à la Ligue nationale.
Vous êtes devenu entraîneur-chef dans la LNH très jeune. Comment avez-vous vécu cette transition?
C’était une période d’adaptation, parce que je n’avais pas d’expérience dans la LNH. J’ai dû m’appuyer sur les méthodes que j’avais utilisées auparavant et qui m’avaient apporté du succès.
Après mon passage à St. Louis, j’ai été congédié, ce qui fait partie du métier. J’ai ensuite travaillé comme adjoint avec les Blackhawks de Chicago pendant deux ans. Cette étape a été importante pour rebâtir ma confiance et continuer à apprendre.
Par la suite, j’ai eu l’opportunité de revenir comme entraîneur-chef avec les Sénateurs d’Ottawa, et c’est là que j’ai pu m’établir davantage dans la ligue et construire quelque chose de solide.
Par quoi fallait-il commencer en arrivant à Ottawa à l’époque?
Il y avait vraiment deux éléments clés. D’abord, le travail du directeur général et du personnel de recrutement a été essentiel. Chaque année, on ajoutait un ou deux jeunes joueurs qui venaient améliorer l’équipe. Avec le temps, la qualité du groupe s’est améliorée, ce qui nous a permis de progresser collectivement.
Ensuite, il y avait toute la question de la culture. Travailler avec de jeunes joueurs permet d’établir une philosophie, une identité. On voulait être une équipe qui travaille extrêmement fort, qui est engagée des deux côtés de la glace, solide défensivement.
Au début, on était souvent perçus comme une équipe très défensive. Mais avec l’évolution du talent, on est devenus, dans les dernières années, une des meilleures équipes offensives de la ligue. C’est vraiment cette progression graduelle qui a été importante.
Votre capacité à développer les jeunes joueurs est souvent soulignée. Est-ce lié à votre parcours en enseignement?
Oui, sans aucun doute. Mon parcours en enseignement m’a donné une base très importante. Être entraîneur, ce n’est pas seulement gérer un match. Une grande partie du rôle, c’est d’enseigner : expliquer, corriger, développer. Il y a aussi tout l’aspect motivationnel et la gestion des différentes personnalités dans une équipe. Ce sont des éléments que j’avais déjà expérimentés dans le milieu scolaire, et ça m’a beaucoup servi dans la LNH.
Les séries éliminatoires ont parfois été difficiles à Ottawa. Qu’est-ce que ces expériences vous ont appris?
On apprend énormément à travers l’adversité. On avait des équipes très talentueuses en saison régulière, mais les séries sont différentes. Par exemple, on a souvent affronté Toronto, qui a été une équipe difficile pour nous.
Avec le recul, je pense qu’il faut un certain équilibre. Le talent est important, mais en séries, il faut aussi des joueurs capables de jouer un style plus physique, plus engagé, ce qu’on appelle souvent du « sandpaper ». Le jeu change, l’arbitrage change, l’intensité augmente. Ce sont des leçons que j’ai apprises au fil des années.
Jacques Martin affiche un bilan de 367 victoires, 255 défaites et 96 revers en prolongation ou match nul à la tête des Sénateurs d’Ottawa. Photo : Jeff Chiu/AP
Vous avez ensuite remporté la Coupe Stanley. Qu’est-ce qui vous revient de cette expérience?
Ce qui me revient, c’est surtout l’importance du collectif. Les joueurs et les entraîneurs doivent être sur la même longueur d’onde.
Il faut aussi une diversité dans l’équipe : des joueurs vedettes, mais aussi de la profondeur. Des joueurs capables d’apporter différentes dimensions au jeu.
En séries, ce qui est fascinant, c’est de voir quels joueurs vont élever leur niveau de performance. L’intensité est plus élevée, et l’engagement doit être total.
Quelle est la différence entre être entraîneur et dirigeant dans une organisation?
Comme entraîneur, on est très concentré sur le groupe immédiat : les joueurs, le personnel proche. Comme directeur général, la vision est beaucoup plus large. On doit gérer plusieurs départements : le recrutement amateur, le recrutement professionnel, l’analytique, la performance.
Aujourd’hui, c’est un environnement très structuré, avec beaucoup de données. Il faut être capable d’intégrer toutes ces informations pour prendre des décisions. C’est vraiment une gestion globale de l’organisation.
Votre passage à Montréal a-t-il été particulier dans votre carrière?
Oui, c’était une expérience différente et très enrichissante. Le fait de travailler dans un environnement bilingue, avec une forte culture hockey, rend l’expérience unique.
Je pense qu’on a surpris beaucoup de monde cette année-là. On a réussi à faire les séries et à battre de très bonnes équipes, comme Washington et Pittsburgh. On s’est rendus loin, même si on a finalement perdu en finale de conférence. C’était une belle aventure.
Comment avez-vous vécu les reconnaissances reçues ces dernières années?
C’est très touchant. Je suis reconnaissant envers l’organisation qui m’a permis de revenir et de continuer à contribuer. J’ai la chance de travailler avec un groupe d’entraîneurs très compétent, très engagé. Il y a beaucoup d’échanges, beaucoup de réflexion. Je pense que l’organisation est sur une bonne voie, avec une bonne structure et un avenir prometteur.
Quel héritage aimeriez-vous laisser dans le monde du hockey?
J’aimerais qu’on retienne quelqu’un de passionné, d’engagé, qui a su évoluer avec le temps. Quand je regarde ma carrière, sur plus de 40 ans, le hockey a énormément changé. J’ai toujours essayé de m’adapter, d’apporter de nouvelles idées, de continuer à apprendre.
Comment avez-vous vu évoluer le hockey au fil des décennies?
L’évolution est énorme. Les joueurs sont plus rapides, plus forts, mieux préparés. J’ai toujours essayé d’être à l’avant-garde, notamment avec l’utilisation de la vidéo pour enseigner. À mes débuts, ce n’était pas encore très répandu.
Aujourd’hui, la science du sport, la préparation physique et mentale sont essentielles. Le côté mental, notamment la capacité à gérer l’adversité, est devenu un facteur déterminant. J’ai aussi été influencé par des mentors qui prônaient une approche positive avec les joueurs, et j’ai toujours essayé de garder cet aspect-là.
Quel regard portez-vous sur la place des Franco-Ontariens dans le hockey aujourd’hui?
Je pense que les Franco-Ontariens occupent une place importante, notamment dans certaines régions comme Ottawa ou le Nord de l’Ontario. Il y a un bon bassin de joueurs, mais il y a encore du travail à faire pour les amener au plus haut niveau. Les programmes scolaires et sportifs peuvent jouer un rôle clé pour développer ce talent et donner plus d’opportunités aux jeunes. »
LES DATES-CLÉS DE JACQUES MARTIN :
1er juin 1952 : Naissance à Rockland
1979–1985 : Enseigne au collège Algonquin et amorce sa carrière d’entraîneur dans la région d’Ottawa
1986 : Devient entraîneur-chef des St. Louis Blues
1996 : Prend les rênes des Sénateurs d’Ottawa et amorce une reconstruction marquante
2009 : Nommé entraîneur-chef des Canadiens de Montréal
2017 : Remporte la Coupe Stanley comme entraîneur adjoint avec les Penguins de Pittsburgh
2023 : Retour chez les Sénateurs d’Ottawa comme conseiller, puis entraîneur-chef par intérim
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
Au Canada, on l’a bien compris : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». Ce proverbe, souvent répété, se matérialise pleinement à travers l’action bénévole, qui fait presque partie de l’ADN social canadien. Les personnes qui arrivent ici constatent très vite que le bénévolat revient dans presque toutes les conversations.
On en parle sur les bancs de l’école, au sein des organismes et comme un atout stratégique pour l’orientation professionnelle. C’est une porte d’entrée, un passage presque obligé, mais aussi un marqueur social fort. Donner de son temps, s’impliquer dans une cause, participer à la vie collective, ce sont des gestes valorisés, encouragés, parfois même attendus.
Selon Statistique Canada, le bénévolat désigne toute activité non rémunérée réalisée pour aider d’autres personnes ou soutenir une cause, généralement dans un cadre organisé. Dans son Enquête sociale générale de 2018, l’organisme indiquait que près de 41 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus avaient déclaré avoir fait du bénévolat. Des chiffres qui confirment l’importance de cet enjeu socio-culturel.
Mais au-delà de ces statistiques, une question me hante : et si la nature même de ce don était en train de changer? Je me demande si, pour la Gen Z, le bénévolat n’est plus seulement un passage obligé ou un geste de charité classique, mais s’il ne devenait pas une nouvelle forme d’activisme, c’est-à-dire plus personnel, plus ciblé, une sorte d’impact à petite échelle qui redéfinit leur manière d’influencer le monde.
S’engager autrement : quand le talent devient un levier d’impact
Chez les jeunes, l’engagement ne s’essouffle pas, il se réinvente avec une intentionnalité nouvelle. Le choix de faire du bénévolat n’est plus le fruit du hasard; il répond à une volonté de faire bouger les lignes tout en affinant son propre parcours. Désormais, on ne donne plus simplement « de son temps » ou de son énergie, mais on investit aussi ses compétences. Nous tendons vers un bénévolat qui nous ressemble et qui nous permet d’agir concrètement. Un étudiant en communication prendra les rênes des réseaux sociaux d’une petite association; une passionnée de photographie couvrira bénévolement un événement pour offrir une visibilité à une cause tout en bâtissant son portfolio. Que ce soit par le graphisme, la rédaction ou l’organisation d’événements, chaque geste est calculé pour être utile. Même le choix de l’organisme devient réfléchi. Il doit correspondre à des valeurs, à des intérêts, à une vision. Derrière ces engagements, il y a une volonté de contribuer, mais aussi de se projeter.
Cette manière de s’impliquer se retrouve aussi dans des actions plus rapides, plus ciblées, souvent liées à l’actualité. Des campagnes de financement émergent sur les réseaux sociaux, des initiatives locales se mettent en place pour répondre à des besoins immédiats, des jeunes utilisent leurs plateformes pour sensibiliser et mobiliser. Pendant la pandémie, certains ont offert du tutorat en ligne, d’autres ont aidé des aînés à se familiariser avec les outils numériques ou soutenu des communautés à distance. C’est précisément là que le bénévolat se transforme en ce que j’appelle un activisme à petite échelle. Des gestes parfois discrets mais qui permettent d’agir avec les moyens dont on dispose, là où l’on se trouve.
Reprendre le flambeau : une continuité en mouvement
Cependant, réduire le bénévolat à une simple stratégie de carrière serait oublier une dimension importante, celle de la volonté de prendre la relève. En m’impliquant sur le terrain, j’ai souvent remarqué ce contraste dans de nombreux organismes, les piliers de l’engagement sont nos aînés. Cette réalité crée un sentiment de responsabilité chez les plus jeunes. On ne veut pas simplement aider, on veut s’assurer que ce qui a été bâti ne disparaisse pas.
Lors de la 33e édition du Salon du livre de Toronto, j’ai discuté avec Stévine et Linda, deux bénévoles passionnées. Leur constat était sans appel : « En arrivant, on a vu que la majorité des bénévoles étaient beaucoup plus âgés que nous. Ça nous a fait réfléchir. On s’est dit qu’on ne pouvait pas rester spectatrices. » Pour Stévine, s’impliquer, c’est littéralement reprendre le flambeau. Il existe ici une transmission intergénérationnelle, un passage qui ne se fait pas de manière formelle, mais se construit dans les échanges et les expériences partagées. Les plus âgés transmettent des repères, une constance et une certaine éthique du don. Les plus jeunes, eux, s’approprient ces bases pour les adapter à leur propre réalité. En écoutant Linda dire qu’elle se sent « enfin utile à sa communauté », cela confirme qu’on reçoit souvent bien davantage en donnant.
Stévine et Linda, bénévoles au Salon du livre de Toronto et la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, lors de la 33e édition du SLT Photo : Monah El Achkar
Au-delà des obligations : se dépasser par choix
En Ontario, le passage par la case « 40 heures de bénévolat » est une condition sine qua non pour l’obtention du diplôme d’études secondaires. Si cette règle peut sembler administrative pour certains, elle agit pour beaucoup comme un déclencheur de passion. Ce qui est fascinant, c’est de voir comment certains élèves décident de pulvériser ce compteur.
C’est le cas d’Allegra, élève de 9e année. Pour elle, les 40 heures ne sont qu’une formalité de départ. Motivée par l’exemple de sa grande sœur qui a cumulé plus de 3000 heures d’engagement, Allegra voit dans le bénévolat un terrain de dépassement de soi. « Ce n’est pas juste pour que ça paraisse bien sur mon dossier, c’est pour voir jusqu’où je peux aller, mais surtout pour faire plus que ma sœur », m’expliquait-elle.
Eunice Boué, directrice générale du Salon du livre de Toronto, Allegra (bénévole) ainsi que Valérie Vlad, président du conseil d’administration du SLT, lors de la cérémonie de reconnaissance des bénévoles. Photo : Monah El Achkar
Ce mouvement s’observe chez plusieurs jeunes, le bénévolat devient un espace où l’on s’investit volontairement, où l’on développe une discipline personnelle et, surtout, une certaine fierté. Ce désir de dépassement prouve que lorsque l’engagement rencontre la passion, l’obligation s’efface au profit de l’accomplissement personnel. Les jeunes ne cherchent plus seulement à cocher une case; ils cherchent à se prouver et à prouver au monde qu’ils peuvent faire une différence tangible.
Finalement, donner de son temps, de soi ou de ses compétences, la génération Z semble l’avoir bien compris, sans jamais perdre de vue ce qui est essentiel à ses yeux.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
TORONTO – Dans une lettre adressée au premier ministre canadien Mark Carney vendredi, la cheffe de l’opposition à Queen’s Park, Marit Stiles, implore le gouvernement fédéral de faire barrage aux ambitions provinciales de prise de contrôle des îles de Toronto pour l’agrandissement de l’aéroport de ville Billy Bishop.
Une semaine auparavant, le gouvernement Ford introduisait le projet de loi 110 (Loi de 2026 sur la construction de l’aéroport Billy Bishop) pour prendre le contrôle de l’aéroport et procéder à des agrandissements, autorisant l’allongement de la piste et l’exploitation de jets.
La province prendrait ainsi la place de la Ville de Toronto dans l’accord tripartite qui régit le site (entre la municipalité, le gouvernement fédéral et PortsToronto).
Pour le NPD, le point de contention réside principalement dans l’expropriation de terres municipales pour mener le projet à bien, et la crainte d’une prise de contrôle de l’ensemble des îles de Toronto par la province.
Elle affirme que le projet de loi ne s’arrête pas aux pistes d’atterrissagilee, mais qu’il permet à la province de saisir des parcelles de parcs et de plages sur les îles de Toronto.
Marit Stiles dénonce une absence totale de transparence et de consultation publique, qualifiant la manœuvre d’ « un accaparement brutal de ces terres ».
Dans sa missive, la cheffe néo-démocrate réclame une intervention directe d’Ottawa pour protéger les droits démocratiques des résidents de Toronto dont les voix sont, selon elle, ignorées par Queen’s Park. Elle appelle à la préservation de l’accès public aux îles, qu’elle décrit comme un atout vital pour l’environnement et les loisirs du Grand Toronto.
Le NPD demande également le maintien du rôle de la Ville de Toronto dans la gouvernance de ses terrains.
« La lutte pour sauver les îles de Toronto définira l’avenir de notre province et de cette ville », prévient celle-ci, avant de conclure par une question directe au premier ministre Carney : « Allez-vous stopper cette mainmise? »
Pas de prise de position claire côté fédéral
Cette prise de contrôle vise à soutenir la modernisation et l’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop, « afin de répondre à la demande future dans le sud de l’Ontario de réduire la pression sur l’aéroport international Pearson de Toronto », avait précédemment justifié la province.
Avant même que le projet de loi ne soit déposé, en conférence de presse à Toronto, le mois dernier, Mark Carney avait commenté l’idée, qualifiant la vision de la province de « très intéressante », et offrant de « grandes possibilités ».
« Si la Ville et la province consolident leurs responsabilités, cela crée une efficacité permettant au fédéral de traiter avec un seul interlocuteur », avait-il dit, précisant qu’il ne prendrait pour l’heure pas de décision prématurée.
Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a récemment indiqué que son ministère suivait de près les débats à Queen’s Park.
« Nous sommes ouverts aux options. Lorsque la province sera prête à discuter, nous serons là pour voir ce qu’ils proposent », a déclaré le ministre MacKinnon lors d’un point de presse.
Celui-ci a toutefois insisté sur le fait que les opérations aéroportuaires y sont déjà largement entre les mains du secteur privé, malgré les questions des journalistes le relançant sur le fait que les terres, elles, ne sont pas privées.
Le ministre a conclu en affirmant que le gouvernement fédéral est actuellement en train d’évaluer les « meilleures pratiques » mondiales pour rendre l’expérience des passagers plus efficace et fluide.
TORONTO – À l’occasion du Jane’s Walk Festival, une flânerie francophone pas comme les autres prendra place cette fin de semaine dans le Fashion District de Toronto. Organisée conjointement par la Société d’histoire de Toronto (SHT) et Le Labo, cette marche exploratoire propose une lecture croisée de la ville, entre mémoire patrimoniale et regard artistique.
À l’origine du projet, une convergence d’intérêts entre deux actrices du milieu francophone torontois Rolande Smith de la SHT et Dyana Ouvrard, directrice artistique du Labo.
« On est toutes les deux intéressées par le façadisme », explique la présidente de la Société d’histoire, évoquant cette pratique qui consiste à conserver les façades d’anciens bâtiments tout en transformant leur intérieur.
La collaboration s’est concrétisée naturellement après plusieurs échanges. Du côté du Labo, Dyana Ouvrard souligne une proximité de longue date entre les deux structures.
« Quand on pense espace public, francophonie, Toronto, je pense qu’on ne peut pas passer à côté de la Société d’histoire. »
Au-delà d’un simple partenariat, cette flânerie est aussi une rencontre entre deux approches complémentaires : celle de l’histoire urbaine et celle de la création contemporaine.
Une invitation à ralentir et à regarder autrement
Ouverte au grand public, la marche s’adresse autant aux passionnés d’histoire qu’aux simples curieux.
« Les Jane’s Walk attirent beaucoup de curieux, des gens qui ne vont jamais à des visites guidées, mais pour ce festival, ils sortent », note Rolande Smith.
Mais ici, il ne s’agit pas seulement d’apprendre : il s’agit de changer de regard. Pour Dyana Ouvrard, la flânerie est avant tout une expérience sensible : « Lever le nez, regarder ce qu’il y a autour, c’est presque une évidence. »
Dans une ville où tout s’accélère, cette démarche invite à ralentir, à observer et à se reconnecter à son environnement immédiat. Une manière de redonner du sens à un geste simple : marcher.
Exemple de façadisme à Toronto : une façade patrimoniale en briques conservée et intégrée à une construction contemporaine, illustrant la cohabitation entre héritage architectural et développement urbain. Photo : gracieuseté de la SHT
Le façadisme, mémoire visible d’une ville en transformation
Au cœur de la visite, le façadisme devient une porte d’entrée vers l’histoire économique et sociale de Toronto. Dans le secteur de Spadina et du Fashion District, les participants découvriront un passé industriel souvent méconnu.
« On n’imagine pas toute l’histoire économique des petites industries qu’il y avait dans ce quartier », rappelle Rolande Smith.
Derrière les façades conservées, aujourd’hui transformées en bureaux ou en espaces commerciaux, se cachent des ateliers textiles, des imprimeries ou encore de petites manufactures.
La préservation de ces bâtiments n’est pas anodine : elle résulte de choix politiques.
« Ce n’est pas par hasard si on a encore ces bâtiments aujourd’hui », insiste-t-elle, évoquant notamment les décisions municipales prises pour protéger ce patrimoine.
Entre art et urbanisme : une lecture sensible de la ville
Si la Société d’histoire apporte le cadre historique, le Labo propose une lecture plus artistique et philosophique de l’espace urbain.
« L’architecture, c’est à la fois une fonction et une trace », explique Dyana Ouvrard, qui voit dans la ville un véritable « canevas » où se mêlent création, mémoire et enjeux économiques.
La flânerie devient alors un outil critique : elle permet de questionner la manière dont la ville est construite, transformée… et vécue.
« Dans 50 ans, vous voudriez que ça ressemble à quoi, Toronto? », lance-t-elle, invitant les participants à réfléchir à leur rôle de citoyens dans l’évolution de leur environnement.
Ancienne usine Weston’s Biscuits, témoin du passé industriel du secteur de Spadina à Toronto, où de nombreuses petites manufactures textiles et alimentaires animaient autrefois le quartier. Photo : gracieuseté de la SHT
Une démarche citoyenne
Au-delà de l’aspect culturel, la flânerie porte aussi une dimension politique et citoyenne. Pour la guide historique, comprendre la ville, c’est aussi s’y engager : « Il faut voter, il faut se tenir au courant. Autrement, on n’est pas du tout dans la danse. »
Dans l’esprit du Jane’s Walk Festival, ces marches urbaines sont autant d’occasions de réfléchir collectivement à l’avenir des quartiers, à la préservation du patrimoine et aux choix d’aménagement.
Certaines initiatives du festival vont même jusqu’à inclure des actions concrètes, comme des pétitions ou des mobilisations citoyennes.
Une première… et peut-être un début
Cette collaboration entre le Labo et la Société d’histoire de Toronto pourrait bien ouvrir la voie à d’autres projets communs.
Les deux organisations espèrent non seulement attirer un public francophone curieux, mais aussi susciter des vocations.
« On peut récupérer des guides », glisse Madame Smith, évoquant ces participants qui, séduits par l’expérience, choisissent ensuite de s’impliquer. Car, au fond, l’objectif reste simple : éveiller la curiosité.
« Si une personne repart en se disant ‘je ne savais pas’, la visite est un succès », résume-t-elle.
OTTAWA – Après Sudbury, le 4e Forum franco-ontarien des affaires s’est tenu ce jeudi à Ottawa, porté par une volonté de changement de paradigme pour l’économie francophone. Cette année, l’accent est mis sur l’intensification des échanges avec le Québec et le Nouveau-Brunswick et une volonté d’abolir les barrières interprovinciales, tout en cultivant l’espoir d’accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028.
S’il y a bien un enjeu qui a occupé de nombreux panels de cette 4e édition du Forum, ce fut la question des barrières interprovinciales. Cette année, la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) a d’ailleurs mis l’accent sur la présence accrue d’acteurs économiques du Québec et du Nouveau-Brunswick qui ont dressé un constat accablant sur les obstacles internes.
Parmi eux, le ministre néo-brunswickois Jean-Claude D’Amours qui a rappelé l’urgence d’une diversification à l’ère des tarifs douaniers américains.
« Quand 92 % de vos exportations dépendent d’un seul marché américain, vous n’êtes pas en contrôle de votre économie, vous êtes à la merci d’une décision politique étrangère. Il y avait certainement une époque où le « non » d’une province (le Québec) pouvait bloquer le système, mais cette approche est devenue insoutenable face aux crises actuelles. »
Le 4e forum franco-ontarien des affaires s’est tenu à la Galerie d’art d’Ottawa ce jeudi. Photo : Inès Rebei/ONFR
De son côté, Pascal Chan, Vice-président, Politique stratégique et chaînes d’approvisionnement au sein de la Chambre de commerce du Canada, a rappelé que les barrières politiques amputeraient le PIB national de 7 %, soit une valeur de « 210 milliards de dollars » d’ici 2025. Pour lui, la solution réside dans un changement de paradigme réglementaire : « La recommandation, c’est d’avoir une reconnaissance mutuelle. Ça veut dire que si c’est assez bon pour Jean au Québec, c’est assez bon pour Paul en Ontario ».
Cette réalité opérationnelle a été soulevée par Yaya Peukassa, fondateur et PDG de Pont Canada, qui a illustré les défis posés par les divergences réglementaires entre les deux rives de la rivière des Outaouais.
Selon lui, le cadre actuel limite la fluidité des services : « Tu es à Ottawa, tu travailles, tu fournis des services, tu es adéquat au niveau des règlements […] aussitôt que tu traverses la rivière, tu deviens caduc, tu deviens obsolète. C’est incroyable de voir ça au Canada ».
Yaya Peukassa a organisé CAPBLEU 2025, la première édition du Forum Canada-Afrique qui a eu lieu à Moncton en novembre dernier, un sommet international sur les ports et l’économie bleue. Photo : Inès Rebei/ONFR
« À travers nos échanges aujourd’hui, une chose ressort clairement : la collaboration entre l’Ontario et le Québec n’est plus seulement souhaitable. Ce n’est pas un vœu pieux, elle est essentielle. Le contexte économique dans lequel on vit présentement est plus qu’en évolution, il est bouleversé. Le momentum est bon pour parler de commerce interprovincial, pour renforcer nos chaînes d’approvisionnement et diversifier nos marchés », a martelé de son côté, Michelle LLambías Meunier présidente et cheffe de la direction du Conseil du patronat du Québec.
Ce plaidoyer survient alors que l’Ontario multiplie les percées diplomatiques : la province a récemment conclu des ententes avec le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ainsi qu’avec le Manitoba, pour éliminer les barrières au commerce intérieur.
Une ferme de St-Isidore à l’honneur
C’est dans cette optique que le Forum a décerné le Prix du commerce Ontario-Québec (volet Ontario) à la Ferme avicole Laviolette de St-Isidore. La reconnaissance a été remise par Stéphane Sarrazin, député provincial de Glengarry-Prescott-Russell. Fier de voir un « fleuron » de sa propre circonscription ainsi honoré, le député a souligné que cette entreprise familiale, leader de la filière agroalimentaire, incarne un « pont commercial solide entre deux provinces ».
L’entreprise avait déjà remporté le Prix du commerce Ontario-Québec en francophonie en 2022, une distinction décernée à l’époque par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA). Cette année, l’organisme hôte a choisi de collaborer avec le Conseil du patronat du Québec pour le Forum.
« C’est certain que c’est surprenant. Il y a beaucoup d’entreprises franco-ontariennes et franco-québécoises qui font affaire des deux côtés, donc on est vraiment reconnaissants et fiers de recevoir ce prix aujourd’hui », a confié Kevin Laviolette, vice-président de l’entreprise, en réaction au Prix lors d’un entretien avec ONFR.
Stéphane Sarrazin (à gauche), député de Glengarry-Prescott-Russell, et Dominic Mailloux, président de la FGA, remettent le Prix Ontario-Québec à la Ferme Laviolette, représentée par son vice-président Kevin Laviolette (au centre). Photo : Inès Rebei/ONFR
Pour le producteur d’œufs, la langue maternelle est le premier levier de croissance vers le marché voisin. « En étant une entreprise francophone en Ontario, on se rapproche naturellement des clients québécois. On est capable de leur parler dans notre langue et dans la leur. Pour un fournisseur comme nous, c’est ce qui rend l’interaction facile et permet de créer de nouveaux marchés », explique-t-il.
Cette aisance culturelle a permis à la Ferme Laviolette de s’implanter solidement dans le Grand Montréal, à Mirabel et dans la ville de Saint-Laurent, en veillant à rester dans un rayon de deux heures de la frontière pour préserver le caractère « local » de ses produits.
Pourtant, malgré cette réussite, Kevin Laviolette constate que le plus grand obstacle n’est pas toujours réglementaire, mais parfois psychologique. Pour lui, il faut briser une forme de « tabou » persistant :
« Il y a encore ce côté où l’Ontario a l’air bien loin, comme si c’était quasiment un autre pays. Mais il faut se dire qu’on est à seulement 1 h 30 de leurs commerces ou de leurs restaurants. On est vraiment juste à l’autre bord du chemin, on n’est pas si loin que ça. »
L’espoir d’un Sommet de la Francophonie à Ottawa
L’annonce officielle du lieu du Sommet de la Francophonie pour 2028 se fait encore attendre, mais c’était un sujet brûlant lors des discussions tout au long de la journée.
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, avait d’ailleurs donné le ton lors de son allocution d’ouverture en réitérant l’ambition derrière sa candidature annoncée en décembre dernier, affirmant qu’il s’agit d’un « événement international majeur qui réunirait les leaders et les membres de la société civile de 90 pays ici à Ottawa et qui offrirait une occasion de faire rayonner nos entreprises francophones de partout au pays sur la scène internationale ».
Pour lui, accueillir l’OIF est une priorité absolue car la ville ne veut pas de « penseurs cyniques », mais plutôt des « penseurs critiques, des gens qui veulent travailler ensemble […] pour créer les meilleures conditions possibles pour favoriser la croissance ».
Dans la perspective du prochain Sommet de la Francophonie les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, Ponora Ang, associé et co-chef national du Groupe Asie-Pacifique chez Fasken Martineau DuMoulin, a offert une présentation éclair sur le Cambodge. Photo : Inès Rebei/ONFR
Pour le président de la FGA et représentant le Club canadien de Toronto, Dominic Mailloux, l’enjeu est tout aussi stratégique. « Si ça a lieu à Ottawa, je pense que ça va être quelque chose de très important pour la communauté francophone, mais également pour notre communauté d’affaires. Ce que j’aimerais voir, c’est de continuer à ce qu’on prenne la place, s’affirmer davantage ».
Bernard Lord, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, ayant lui-même été le co-hôte du Sommet de la Francophonie de Moncton en 1999, a aussi exprimé son souhait de voir l’histoire se répéter en Ontario lors de la conférence d’ouverture.
« J’espère que le Sommet aura lieu à Ottawa. C’était une expérience extraordinaire pour les gens d’affaires et pour la communauté francophone en 1999 ». Pour lui, ce type d’événement est le levier nécessaire pour sortir le pays de sa torpeur.
Face au « tsunami blanc » du vieillissement, il prévient d’ailleurs que la survie culturelle est intrinsèquement liée au succès financier, car « si nos communautés francophones ne sont pas prospères économiquement, ça va être très difficile de maintenir la culture et la langue francophones ».
FGA : Cinq ans entre « paris fous » et succès confirmés
Le cocktail de clôture marquait officiellement les cinq ans de la FGA, un organisme né d’un « pari qui était vraiment fou à l’époque » selon Dominic Mailloux.
Une des réussites éclatantes de ce pari est le Forum lui-même, dont le succès ne se dément pas depuis l’édition de Sudbury l’an dernier. « La première année, j’étais extrêmement nerveux à savoir si ce serait quelque chose qui fonctionnerait. Cette année, on a affiché complet deux semaines avant l’événement », s’est réjoui le président, soulignant que l’événement attire désormais entre 150 et 180 leaders économiques.
Dominic Mailloux, président de la FGA, se réjouit de la présence de nombreux acteurs de la francophonie canadienne à cette 4e édition. Photo : Inès Rebei/ONFR
M. Mailloux se félicite d’avoir pu « fédérer un écosystème qui est extrêmement diversifié » et d’avoir enfin chiffré le poids réel des francophones.
La FGA travaille d’ailleurs sur un deuxième Livre blanc sur l’économie francophone qui sera remis au gouvernement provincial à l’automne. Ce document sera le fer de lance des revendications de la communauté pour lever les freins à la croissance.
Toutefois, le président admet que l’équipe de trois ou quatre personnes est souvent limitée par « le temps ou par les ressources ». Pour l’avenir, il veut « déterrer » les cadres bilingues de Toronto qui sont souvent « agréablement surpris » lorsqu’ils découvrent la force du réseau francophone.
Après Ottawa, Toronto et Sudbury, la prochaine édition du Forum franco-ontarien des affaires aura lieu à Toronto en 2027.
OTTAWA – Les partis politiques au Parlement recommandent au gouvernement Carney d’élargir et de renforcer le poids des pénalités financières que pourra décerner la commissaire aux langues officielles aux entreprises servant le public voyageur.
Dans un rapport déposé mardi, le Comité permanent des langues officielles émet quatre recommandations, dont celle de doubler les amendes financières pour les violations subséquentes et d’élargir la possibilité que les pénalités soient décernées à plus d’entités fédérales.
Le projet actuel prévoit que la commissaire pourra imposer des amendes de 5000 dollars à 50 000 $ par infraction pour les entités fédérales ne respectant pas leurs obligations linguistiques. En cas de récidive de même nature, les députés proposent que la nouvelle pénalité « soit au moins égale ou le double » de la précédente violation. Par exemple, cela voudrait dire qu’une entité qui commet deux infractions similaires pourrait se voir imposer jusqu’à 100 000 $ en pénalité.
Des aéroports canadiens avaient mis en garde les députés contre de telles amendes, prévenant que les coûts pourraient se répercuter sur les voyageurs. Air Canada avait soutenu de son côté qu’une telle pénalité « va nous imposer des coûts que des compétiteurs n’ont pas », un dirigeant de l’entreprise ajoutant que « si on le regarde en fonction des routes et du profit par billet d’avion, c’est beaucoup ».
Autant Air Canada que la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada ont critiqué l’actuelle proposition du fédéral, jugeant qu’elle devait être élargie, un aspect sur lequel les députés libéraux, conservateurs et le bloquiste Mario Beaulieu, membres du comité, sont d’accord. Ils exigent que l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) et toute autre entité fédérale soumise à des obligations linguistiques et ayant à servir le public voyageur puissent se voir imposer des sanctions financières.
« À la lumière des témoignages et des mémoires qu’il a reçus, le Comité est d’avis que les objectifs du règlement proposé seraient mieux atteints si toutes les institutions fédérales, au sens de la Loi, pouvaient être désignées et assujetties au régime », est-il indiqué dans le rapport du comité.
L’actuel règlement limite la portée des sanctions à une quinzaine d’administrations aéroportuaires, VIA Rail, Air Canada et Marine Atlantique. Des fonctionnaires avaient expliqué que certaines entités fédérales n’étaient pas visées, car elles sont financées entièrement par des fonds publics.
Une porte ouverte pour augmenter la somme
Le comité a émis ses recommandations après avoir entendu plusieurs groupes et témoins dans le cadre d’une étude portant sur le règlement sur les pouvoirs de la commissaire concernant les sanctions administratives pécuniaires. Le Comité permanent des langues officielles du Sénat doit aussi soumettre un rapport.
Le gouvernement n’a aucune obligation de modifier son règlement ni d’adhérer aux changements suggérés par les comités. Toutefois, le ministre des Langues officielles, Marc Miller, s’est montré ouvert à d’éventuelles modifications, précisant qu’il attendait de recevoir les deux documents avant de se prononcer sur l’adoption de tout changement.
« J’attends impatiemment les rapports des deux chambres », a soutenu le ministre devant le comité du Sénat lundi soir.
Le ministre des Langues officielles, Marc Miller. Crédit image : Stéphane Bédard
Ce dernier a ouvert la porte devant les sénateurs à augmenter la somme dans le cas où une institution fédérale devrait être pénalisée.
« Mais là où une sanction tourne à la punition, on peut mieux faire, donc qui dit punition, dit la somme qui serait jugée par la commissaire comme étant raisonnable (…) Je suis très ouvert à vos commentaires et à des suggestions de corrections », a répété Marc Miller.
L’adoption de la modernisation de la Loi sur les langues officielles en 2023 a octroyé ce nouveau pouvoir au Commissariat aux langues officielles (CLO) et, en novembre 2025, le gouvernement a déposé un règlement pour encadrer ce nouvel outil, qui attend son adoption pour entrer en vigueur.
Les députés demandent aussi à Ottawa de réduire et de simplifier les exigences administratives pour que la commissaire aux langues officielles puisse décerner ces sanctions. Le CLO avait averti, dans un mémoire déposé au sujet des sanctions, que des éléments du processus « alourdissent la mise en œuvre du dépôt d’une sanction ainsi que son émission », appelant le fédéral à un « régime plus flexible et moins chargé ».
VAL RITA-HARTY – La municipalité de Val Rita-Harty, dans le Nord de l’Ontario, a entamé une poursuite civile contre son ancien directeur général, Jimmy Côté. Selon des documents obtenus par ONFR, la Ville réclame un quart de million de dollars pour des manquements allégués à ses obligations fiduciaires et une utilisation abusive de fonds publics.
Le litige, déposé devant la Cour supérieure de justice à Cochrane, brosse le portrait d’une relation de travail qui s’est détériorée entre le conseil municipal et son ancien plus haut fonctionnaire.
Embauché en avril 2021, Jimmy Côté a vu son lien d’emploi rompu en novembre 2023, ouvrant la porte à une bataille juridique au sein de cette petite communauté à majorité francophone du Nord de l’Ontario.
Au cœur de la poursuite, la petite municipalité de 700 habitants accuse Jimmy Côté d’avoir utilisé les ressources publiques et son temps de travail à des fins personnelles.
Le document de réclamation soutient notamment que l’ex-DG aurait consacré une partie importante de ses heures de bureau à la gestion d’une équipe de hockey mineur, les Flyers de Kapuskasing U17, utilisant les outils de communication et les comptes courriel municipaux à cette fin.
La Corporation municipale affirme également que M. Côté a outrepassé ses pouvoirs financiers en s’octroyant, ainsi qu’à d’autres employés, des paiements d’heures supplémentaires lors de situations d’urgence liées aux inondations de 2022 et 2023. Selon la poursuite, ces paiements n’auraient jamais reçu l’aval du conseil municipal.
Le document de réclamation précise aussi que M. Côté aurait fait l’achat d’équipement auprès d’un fournisseur de matériel industriel aux frais de la municipalité, pour ensuite l’utiliser à des fins personnelles.
La municipalité précise que cet équipement n’a jamais été localisé sur ses propriétés, mais qu’il aurait plutôt servi à des fins privées lors du mariage de l’ancien directeur général, Jimmy Côté.
Enfin, un volet technologique préoccupe la municipalité : celle-ci soutient, entre autres, que le téléphone de fonction de M. Côté aurait été remis endommagé et réinitialisé à ses paramètres d’usine et ce plusieurs semaines après la fin de l’emploi.
Cette action aurait entraîné la suppression de messages, de journaux d’appels et de courriels considérés comme des archives publiques essentielles à la transparence administrative.
Rejet des accusations
Dans sa défense déposée le 25 février 2026, Jimmy Côté rejette la grande majorité des accusations portées contre lui, ne reconnaissant que les faits de base liés à son titre de directeur général et à son licenciement survenu le 17 novembre 2023.
Il soutient qu’au moment de son licenciement « sans cause », la municipalité lui a versé la somme de 38 306,89 $ à titre de règlement final et définitif.
Pour la défense, ce paiement constituait une quittance complète qui devrait légalement empêcher la municipalité de revenir à la charge aujourd’hui. M. Côté avance que ce règlement visait à clore tout litige lié à son emploi.
Quant aux heures supplémentaires contestées, il affirme qu’elles étaient liées à ses fonctions de coordonnateur des mesures d’urgence et qu’elles avaient été dûment approuvées par la mairesse de l’époque.
Concernant le matériel informatique, il précise que les frais liés à l’utilisation prolongée de sa carte SIM ont déjà été déduits de ses indemnités de départ.
En outre, Jimmy Côté nie catégoriquement avoir détourné du temps ou des ressources municipales pour ses activités personnelles ou bénévoles. Il met d’ailleurs au défi la municipalité de présenter des preuves concrètes de ces allégations, martelant qu’il a agi en tout temps dans le meilleur intérêt de Val Rita-Harty.
Des mesures de précaution peu après l’embauche
La municipalité de Val Rita-Harty explique avoir encadré les fonctions de Jimmy Côté par des mesures de surveillance dès 2021, à la suite d’une enquête interne menée au sein de l’administration.
Selon la déclaration de réclamation, le conseil municipal avait alors interdit à son directeur général de manipuler ou d’autoriser toute transaction financière. La poursuite allègue que M. Côté aurait outrepassé ces restrictions en continuant d’ordonner au personnel de traiter des chèques et des remboursements.
Ce n’est pas la première fois que le parcours de Jimmy Côté est documenté dans les registres judiciaires. Un dossier avait été ouvert concernant un vol présumé de matériel électronique d’un total de 5000 $ en 2020 au Centre des Loisirs de Kapuskasing, dont il était à l’époque le directeur général.
Selon les registres de la cour, les articles en question ont par la suite été retournés et les charges liées à cette affaire ont été officiellement retirées par la Couronne le 24 avril 2023.
Silence des parties
Sollicitée par ONFR, la mairesse de Val Rita-Harty, Johanne Baril, a refusé de commenter les détails de l’affaire, précisant que le dossier est actuellement devant les tribunaux et qu’il ne serait pas approprié pour la municipalité de s’exprimer davantage.
Mme Baril a toutefois souligné que le conseil municipal attend l’issue du processus judiciaire avec intérêt. De son côté, Jimmy Côté n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.
Pour l’instant, le greffe de la cour de Cochrane confirme qu’aucune date d’audience n’est encore prévue.
TORONTO – Les noms des six récipiendaires de l’Ordre de la Pléiade de 2026 ont été dévoilés par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). Ce sont Vincent Georgie, Stewart Kiff, Andrée-Anne Martel, Steve McInnis, Emmanuelle Richez et Mélanie Routhier Boudreau, dont les contributions envers la francophonie ontarienne seront reconnues lors de la cérémonie le 28 mai prochain à Queen’s Park.
Culture, politique, éducation, justice, et médias, comptent parmi les grands domaines de prédilection de cette cohorte éclectique, dont les mérites sont salués comme ayant contribué à l’épanouissement de la langue française en Ontario.
Telle est la vocation de la Pléiade, Ordre de la francophonie et du dialogue des cultures, initiative de l’APF née en 1976.
Parmi ces personnalités : Vincent Georgie, directeur général et chef programmeur du Festival international du film de Windsor (WIFF), pilier du rayonnement culturel dans le Sud-Ouest. Détenteur d’un doctorat en marketing du cinéma d’HEC Montréal et professeur à l’Odette School of Business, il a fait du WIFF une destination majeure pour la francophonie cinématographique au Canada. Il met à profit aujourd’hui son influence dans les sphères éducatives et politiques.
Vincent Georgie, directeur général et chef programmeur du Festival international du film de Windsor (WIFF). Photo : gracieuseté APF
Une autre lauréate de Windsor s’est distinguée, Emmanuelle Richez, professeure agrégée de science politique à l’Université de Windsor. Ses travaux de recherche portent sur le droit et la politique au Canada, avec un intérêt particulier pour les droits en matière de langues officielles. Au sein de son établissement, elle siège au Comité Franco, dont le mandat est de valoriser et de promouvoir la francophonie universitaire.
Très impliquée dans la gouvernance scolaire, elle occupe la vice-présidence du Conseil scolaire Viamonde. Elle contribue activement à la promotion de la recherche en français avec l’Acfas et soutient la jeunesse locale via le Club Richelieu et Épelle-moi Canada.
Emmanuelle L. Richez, professeure agrégée de science politique à l’Université de Windsor. Photo : gracieuseté APF
Côté Toronto, c’est Stewart Kiff qui est mis à l’honneur. Président de Solstice Affaires publiques, cet anglophone d’origine ayant appris le français à 18 ans, est devenu un fervent défenseur de la communauté. Acteur clé dans l’indépendance de TFO en tant que chaîne de télévision publique de langue française, il a aussi contribué à l’avancement de la gouvernance francophone à travers son soutien à l’AFO, l’AFOCSC, l’ACÉPO, et l’Université de Sudbury. Conseiller au Parti conservateur du Canada (2022-2026), il siège également au Conseil des gouverneurs de l’Université d’Ottawa.
Directrice générale du MIFO (Mouvement d’implication francophone d’Orléans), Mélanie Routhier Boudreau dirige un des plus grands centres culturels franco-ontariens. Elle a auparavant œuvré dans les milieux médiatique et institutionnel. Ancienne productrice et gestionnaire à TFO, elle a ensuite occupé des postes de direction des communications au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario et à l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens. Elle siège également aux conseils d’administration de l’Institut du Savoir Montfort et du Réseau des gens d’affaires de la capitale (RGA).
Mélanie Routhier-Boudreau, directrice générale du MIFO à Ottawa. Photo : gracieuseté APF
Originaire de Cornwall, Me Andrée-Anne Martel s’est distinguée par son engagement pour l’accès à la justice en français, notamment comme directrice générale de l’AJEFO de 2014 à 2022. Aujourd’hui à la tête du Centre des services communautaires Vanier, elle intervient sur des enjeux sociaux critiques comme le logement et l’immigration. Son leadership a été récompensé à plusieurs reprises, notamment par la Médaille du jubilé de la Reine Elizabeth II.
Également mise à l’honneur, une figure médiatique incontournable du Nord de l’Ontario, Steve McInnis. Celui qui dirige la radio communautaire CINN 91,1 à Hearst, a notamment sauvé le journal Le Nord en le transformant en média communautaire et a lancé la Librairie 10-04 en 2025 pour maintenir l’accès à la culture francophone. Ancien président de MICRO, Mouvement des intervenants en communication radio de l’Ontario, de 2019 à 2024, il continue de mobiliser son milieu au sein des Médias de l’épinette noire.
Steve Mc Innis, directeur général de la radio communautaire CINN 91,1 à Hearst. Photo : gracieuseté APF
Les six lauréats seront faits chevaliers de l’Ordre de la Pléiade lors d’une cérémonie le 28 mai 2026 prochain dans les appartements de la Lieutenante-gouverneure à Queen’s Park.
Les médailles seront remises par Edith Dumont, Lieutenante-gouverneure de l’Ontario, et Dawn Gallagher Murphy, députée et présidente déléguée de la Section de l’Ontario de l’APF.
OTTAWA – Après des semaines d’incertitude qui ont fait planer un doute sur la finalisation du budget de la 51e édition, le gouvernement de l’Ontario a confirmé ce mercredi que le Festival franco-ontarien (FFO) figure parmi les bénéficiaires du programme Expérience Ontario 2026.
L’annonce a été faite par le ministre du Tourisme, de la Culture et des Jeux, Stan Cho, dans le cadre d’un investissement de 20 millions de dollars visant à soutenir près de 400 festivals à travers la province.
Le FFO reçoit une contribution officielle de 55 000 $ pour ses activités prévues du 11 au 13 juin au parc Major’s Hill soit la même que l’an dernier.
La Franco-Fête de Toronto, qui se tiendra les 19 et 20 juin et qui est également gérée par le Groupe Simoncic de José Bertrand, figure elle aussi parmi les bénéficiaires annoncés par la province.
Le gouvernement a confirmé l’octroi d’une somme de 20 000 $ à l’événement torontois, un montant qui arrive toutefois dans un contexte critique alors que le festival avait peiné à se remettre de la pandémie.
Bien qu’il s’agisse du montant habituel pour l’organisme, cet appui arrive toutefois dans un contexte critique alors que le festival peine à se remettre de la pandémie. « On est contents, on a les fonds nécessaires pour le faire, mais on est toujours à prendre des risques et en culture, c’est difficile », a réagi José Bertrand, directeur général du festival.
José Bertrand lors du lancement de la programmation générale du FFO 2025. Photo : Rachel Crustin / ONFR
Le défi de la prévisibilité financière
Derrière cette annonce se cache un processus complexe que José Bertrand qualifie de véritable « gambling ».
En raison des règles provinciales, un festival ne peut recevoir simultanément des fonds d’Ontario Créatif et d’Expérience Ontario. Les organisateurs doivent donc choisir un guichet sans savoir si l’autre sera fructueux. « On se doit, comme festival, de prendre une chance et de refuser Ontario Créatif en espérant que l’historique se répète avec Expérience Ontario », explique-t-il.
L’an dernier, ce pari risqué avait laissé le FFO sans aucun fond provincial, forçant une intervention d’urgence du ministère des Affaires francophones, quelques jours avant le début de la 50 édition pour éviter le déficit. Si le tir a été rectifié cette année, M. Bertrand dénonce un problème qu’il qualifie de systémique.
« Pour l’instant, on a un manque à combler de 100 000 $, non pas par refus, mais par délai administratif. C’est une dynamique qui dure depuis des décennies : on applique en septembre et on attend parfois jusqu’en avril. À un mois du festival, on est obligés d’avancer les fonds et d’engager des dépenses sans certitude ».
José Bertrand compte poursuivre les discussions pour réformer le mode de financement provincial en misant sur la solidarité sectorielle : « Un festival tout seul au niveau de la province, ça n’a pas un énorme poids. Par contre, quand on parle au nom de tous les festivals de l’Ontario qui sont dans la même position que nous, à ce moment-là on est capables de faire un peu plus bouger les choses. »
Cette injection de fonds arrive après l’annonce d’une programmation ambitieuse qui verra défiler sur scène des artistes tels que Bleu Jeans Bleu, Jay Scott, Kimya et le groupe LGS. Avec le soutien confirmé de la province venant s’ajouter aux 125 000 $ déjà octroyés par la Ville d’Ottawa, le festival peut désormais se concentrer sur l’accueil des quelque 12 000 festivaliers attendus sur les plaines du parc Major’s Hill.
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Enseignants et travailleurs en éducation se mobilisent partout en province, ce mercredi. Pas de grève, mais un objectif clair : afficher leur unité face au « sous-financement chronique » du système scolaire, selon leurs propres mots.
Ils seront nombreux ce mercredi à se parer de rouge et de mauve, dans la lignée des mouvements de résistance Red for Ed et Pouvoir du mauve. Cette action concertée entre l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques ontariens (OECTA), le Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (SCFP-CSCSO) et la Fédération des enseignantes et des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEESO) se veut d’abord un geste d’unité.
« Dans le fond, ce n’est pas une action qu’on fait envers le gouvernement, mais plutôt pour nos membres, pour qu’ils se sentent faire partie de cette grande famille d’éducateurs qui travaillent ensemble, conçoit Gabrielle Lemieux, présidente de l’AEFO. C’est pour montrer aussi au public que l’éducation financée par les fonds publics est importante, qu’on mérite de lui accorder une attention particulière. »
L’idée de cette journée d’action a germé à la suite du dernier budget provincial qui a fortement déçu le milieu enseignant, en dépit de quelques avancées telles que des chèques pour le matériel pédagogique, ainsi que la réduction à un an de la formation des enseignants.
Les cinq syndicats – qui représentent au total 255 000 membres – estiment que les plans budgétaires du gouvernement n’ont pas répondu aux attentes de fond. Ils dénoncent dans un communiqué commun « un sous-financement chronique qui continue de façonner la réalité quotidienne des écoles », pointant du doigt des classes bondées, une montée de la violence, des ressources insuffisantes pour répondre aux besoins particuliers des élèves, un recrutement ardu du personnel ou encore des bâtiments vieillissants.
À Ottawa, une manifestation s’est tenue mardi soir pour dénoncer des compressions budgétaires au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Questionnée sur la journée de mobilisation du 29 avril, la présidente du SCFP 5335, Christine Couture a abordé les impacts à long terme de manque d’investissement de la province.
Mercredi 29 avril, partout en Ontario le personnel des écoles feront des actions pour dénoncer la réforme du gouvernement Ford.
Même s’il ne s’agit pas d’une grève et qu’aucune perturbation n’est à prévoir dans les établissements scolaires, Mme Lemieux croit que l’impact peut être conséquent. « Si on montre qu’on est capable de se rallier derrière une cause, cela aura un impact. Si en plus le gouvernement reçoit le message qu’on est solidaire ensemble, tant mieux. »
« Les décisions du ministre sont toujours prises sans consultation, soupire-t-elle. À chaque fois qu’il fait un changement, il dit qu’il en a parlé à un enseignant, sans chercher à saisir le portrait réel et d’ensemble de l’éducation en Ontario ni comment telle ou telle action va affecter les élèves en salle de classe. »
La concentration des pouvoirs du ministre, permise par le projet de loi 101 n’est pas pour la rassurer : « Le climat dans lequel on évolue est vraiment inquiétant, pas que pour nous, mais aussi pour nos élèves, car nos conditions de travail se répercutent sur leurs conditions d’apprentissage. Quand on parle de sous-financement, c’est n’est pas juste des statistiques abstraites, c’est vraiment des enfants dans des classes qui n’ont pas l’attention qu’ils méritent. »
OTTAWA — Le gouvernement fédéral veut retirer la possibilité pour les ministères et organismes fédéraux de contourner leurs obligations linguistiques au nom de l’innovation. Outre cette proposition, le mini-budget dévoilé mardi par Ottawa ne comporte pas d’investissements précis pour la francophonie et le français.
Dans sa mise à jour économique du printemps dévoilée mardi, le gouvernement Carney veut ajouter la Loi sur les langues officielles à la liste des lois exonérées des bacs à sable réglementaires. Les bacs à sable réglementaires sont des zones libres de réglementation trop restrictive pensées pour favoriser l’innovation technologique.
Selon le gouvernement fédéral, c’est un outil qui peut aider les organismes de réglementation fédéraux à suivre l’évolution des technologies et à tenir compte des réalités actuelles des entreprises, des défis qu’elles doivent relever et des possibilités qui s’offrent à elles.
Des ministères peuvent donc obtenir une exemption de règlements et de lois fédérales sur la base de promesses d’innovation ou de croissance économique. Outre le Code criminel, 13 autres lois fédérales comme la Loi électorale, les lois antiterroristes et plus encore ne peuvent être contournées. Le pouvoir d’exemption est principalement restreint aux secteurs des écotechnologies et des technologies financières.
Les bacs à sable réglementaires ont été introduits lors du budget de l’automne 2025. À la suite de son passage en comité au début de l’année, le projet de loi du budget a été modifié pour y ajouter des exemptions de lois à la demande des oppositions. Une députée conservatrice, Sandra Cobena, avait même accusé des ministres lors de passages en comité, dont le ministre des Langues officielles Marc Miller et celui des Finances François-Philippe Champagne, de s’arroger des « pouvoirs de rois » avec ces bacs à sable réglementaires.
La Loi sur les langues officielles n’était pas de cette liste lors de sa modification en comité. Un fonctionnaire fédéral nous a expliqué lors du huis clos budgétaire qu’il y avait eu des demandes en provenance du Sénat et de la Chambre des communes d’inclure la Loi sur les langues officielles dans la liste des lois auxquelles il est impossible de déroger.
Rien sur la francophonie
Les organisations représentant la francophonie canadienne n’avaient pas exprimé de demandes majeures dans le cadre de ce mini-budget présenté par le gouvernement Carney et cela se reflète dans le document de près de 200 pages. À part une mention de la prise en compte des deux langues officielles dans le cadre de la stratégie sur l’IA du gouvernement, on ne retrouve pas de mention de la francophonie dans la mise à jour financière présentée par le ministre Champagne.
Toujours pas de plan pour le retour au déficit zéro
Alors que le déficit budgétaire pour l’exercice 2025-2026 s’est réduit de 11 milliards de dollars (passant de 78 à 67 milliards de dollars) par rapport au budget initial de 2025, les prévisions indiquent que les déficits demeureront importants. Elles prévoient en effet que le déficit demeurera élevé, allant de 65 milliards de dollars en 2026-2027 à 53 milliards de dollars d’ici cinq ans (2030). Aucun plan pour l’atteinte de l’équilibre budgétaire n’est encore en vue à Ottawa.
« Je pense que le message qu’on envoie, c’est qu’on est de bons gestionnaires, mais en même temps, on est des gestionnaires prudents dans une période qui demande beaucoup de sérieux », a soutenu le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, au sujet du déficit.
Cette baisse s’explique notamment par une hausse des revenus pour le fédéral reliée à la hausse des prix de l’énergie, comme le baril de pétrole, affecté par la guerre en Iran.
Les dépenses de l’État continuent d’augmenter alors qu’Ottawa prévoit débourser près de 55 milliards $ de plus lors des cinq prochaines années que ce qui était prévu lors du dernier budget, dont 37,5 milliards de dollars seulement avec cette mise à jour économique.
Nouveaux investissements annoncés mardi :
Emplois pour les jeunes : Ottawa veut favoriser l’embauche de 80 000 à 100 000 nouveaux travailleurs de métiers spécialisés d’ici 2030-2031. Pour ce faire, il compte injecter plus de deux milliards de dollars pour former des jeunes de 15 à 30 ans vers des métiers spécialisés permettant d’accélérer la construction de logements et d’infrastructures. Le fédéral accordera jusqu’à 10 000 $ par apprenti aux centres de formation et entreprises, en plus de bonifier de 400 $ par semaine le soutien financier offert à ces apprentis.
Financement accru pour le sport et son élite : dans la mise à jour économique, le fédéral mise sur un financement de 755 millions de dollars sur cinq ans, et de 118 millions de dollars par année par la suite « pour appuyer le système sportif au pays ». Ces investissements serviront de hausse de financement aux associations sportives, mais aussi pour accueillir des compétitions sportives mondiales. L’élite sportive pourrait aussi bénéficier d’une enveloppe de 55 millions de dollars. Ottawa présente cela comme « le plus important investissement fédéral dans le sport depuis 20 ans ».
Baisse des cotisations sur le talon de paie : autant pour les employés que les employeurs, le fédéral fait baisser de 9,9 % à 9,5 % le taux de cotisation au Régime de pensions du Canada dès janvier 2027. Cela pourrait permettre à un travailleur gagnant autour de 70 000 $ par année d’économiser 133 dollars annuellement, selon le calcul de la mise à jour financière.
Ces investissements s’ajoutent à certains précédemment annoncés : l’injection de 25 milliards de dollars au cours des trois prochaines années pour un fonds souverain. À cela, il faut ajouter la suspension de la taxe fédérale sur l’essence annoncée à la mi-avril qui retire près de 2,4 milliards en revenus à l’État.
ALEXANDRIA – Accès aux soins en français, manque de représentation, vieillissement et fuite des jeunes : les états généraux de l’AFO ont mis en lumière les défis des francophones de l’Est ontarien, mardi à Alexandria, un village d’environ 3000 habitants, dont près de la moitié est francophone.
Plusieurs intervenants ont souligné un décalage entre la réalité linguistique et la gouvernance locale.
« Il y a une fracture entre la municipalité de North Glengarry et les organismes communautaires », résume Marie-Claude Sabourin, directrice générale du centre culturel Les trois p’tits points. Selon elle, l’absence d’élus bilingues limite la capacité des francophones à faire valoir leurs besoins, malgré une présence importante sur le terrain.
Cette situation se traduit notamment par une reconnaissance encore timide des initiatives francophones. « Lors d’un récent gala municipal, organisé le 25 septembre, un seul organisme francophone était à l’honneur, et le français y était peu présent, malgré une date symbolique liée au drapeau franco-ontarien », déplore-t-elle.
« Notre organisme existe depuis près de 50 ans, et nous sommes encore en train de nous justifier : expliquer qui nous sommes, quelle est notre place ici, ce que nous apportons à la communauté et à la région, sur les plans touristique, économique et culturel. On doit constamment se battre pour faire reconnaître notre légitimité », ajoute la directrice générale du centre culturel Les trois p’tits points situé dans ce village à mi-chemin entre Montréal et Ottawa.
Marie-Claude Sabourin rappelle que depuis l’amalgamation de North Glengarry, des élus majoritairement anglophones décident du sort d’une population pourtant largement francophone. Photo : Amine Harmach/ONFR
« Faire plus avec moins »
Le financement apparaît comme un frein majeur au développement des services et des activités dans le milieu culturel et communautaire.
« Les montants n’ont pas vraiment augmenté depuis plusieurs années, alors que les coûts, eux, ont explosé », souligne Marie-Claude Sabourin. Elle note que le cachet des artistes a triplé en moins d’une décennie, rendant difficile le maintien d’une programmation de qualité.
Dans un contexte de compressions budgétaires, les organismes sont appelés à « faire plus avec moins », souvent au prix d’un engagement accru des équipes. « Sur papier, on travaille 35 à 40 heures, mais en réalité, c’est souvent bien plus », ajoute Mme Sabourin.
Le centre Les trois p’tits points offre une programmation artistique annuelle d’environ six à huit spectacles destinés au grand public. Ne disposant pas de salle permanente, les activités se tiennent dans différents lieux de la communauté.
« Nous développons aussi des partenariats avec des entreprises locales pour promouvoir nos activités. Par exemple, nous avons commencé à organiser des événements dans des brasseries locales et à participer à un festival tout près d’ici, dans Prescott-Russell, à la limite de Stormont-Dundas-Glengarry », précise Mme Sabourin.
Le centre gère également des services de garderie et propose des activités scolaires, parascolaires ainsi que des ateliers en français pour la communauté.
« On a besoin de spécialistes francophones »
Dans le secteur de la santé, l’accès aux services en français demeure un défi, particulièrement lorsqu’il est question de soins spécialisés.
« Dès qu’on a besoin d’un spécialiste, on accepte souvent d’être servi en anglais pour avoir accès plus rapidement », explique Susie Mayer, coordonnatrice des soins primaires et de la qualité des services au Centre de santé communautaire de l’Estrie.
Suzy Mayer, du Centre de santé communautaire de l’Estrie, insiste sur l’importance de maintenir les services en français, particulièrement en contexte de soins. Photo : Amine Harmach/ONFR
Un compromis qui soulève des questions d’équité, surtout dans des situations de vulnérabilité.
« Il existe des services de traduction, mais ce n’est pas équivalent à une communication directe en français. Même quand on parle anglais, ce n’est pas la même chose. En santé mentale, par exemple, c’est essentiel de pouvoir s’exprimer dans sa langue », insiste-t-elle.
Le manque de professionnels francophones et la concentration des services dans des centres urbains à forte présence anglophone comme Ottawa ou Cornwall accentuent les délais et les inégalités d’accès.
Retenir les jeunes
Autre enjeu : le vieillissement de la population et la difficulté à retenir les jeunes dans la région.
« Il faut donner aux jeunes le goût de revenir et de s’impliquer », souligne un intervenant du milieu scolaire. L’absence de relève dans certains conseils d’administration illustre ce défi.
« Pour l’avenir de nos enfants », « ne pas perdre notre langue » : à Alexandria, les participants aux états généraux de l’AFO expriment leurs préoccupations. Photo : Amine Harmach/ONFR
Les participants insistent sur l’importance de développer une offre locale dynamique (activités, emplois, engagement communautaire) afin de renforcer le sentiment d’appartenance et la fierté francophone.
Malgré les défis, plusieurs voix appellent à une prise de responsabilité individuelle pour assurer l’avenir du français en Ontario.
« C’est un combat de tous les jours, et il commence avec chacun de nous », affirme Marie-Claude Roy.
Originaire du Québec et établie dans la région de South Glengarry depuis 2021, elle souligne que l’affirmation linguistique, parler français, le revendiquer, le promouvoir, demeure essentielle pour faire évoluer les choses.
« Si on attend que tout vienne de la province ou de la communauté, rien ne va changer. Il faut d’abord avoir le désir de parler français, de communiquer en français et de promouvoir la langue, même auprès des anglophones », insiste-t-elle.
Un « bonjour » comme geste militant : Marie-Claude Roy, participante aux états généraux de l’AFO, affirme son français dans ses interactions quotidiennes. Photo : Amine Harmach/ONFR
Elle précise qu’elle se rend régulièrement à North Glengarry, notamment à Alexandria, pour accéder à certains services comme ServiceOntario, la banque, les commerces et les restaurants.
Alexandria constitue la première étape des états généraux de l’AFO dans l’est ontarien. Une rencontre est également prévue ce mardi à Cornwall, suivie d’une autre à Hawkesbury la semaine prochaine.
Au total, l’AFO prévoit près d’une trentaine d’étapes, de mars à juin 2026, afin d’offrir une tribune aux francophones pour exprimer leurs préoccupations. Ces consultations alimenteront un livre blanc qui sera présenté lors du congrès de l’organisation, prévu en octobre.
OTTAWA — Le ministre Marc Miller se dit ouvert, mais pas nécessairement enclin à offrir de l’aide financière pour de la formation linguistique en français aux entreprises privées de compétence fédérale qui devront se conformer à de nouvelles obligations en français dans les prochaines années.
Ces entreprises toucheront plusieurs domaines comme les secteurs des télécommunications (Rogers, Bell, etc.), des services bancaires, du transport et plus encore. Cela concernera près de 1300 entreprises à travers le pays, a indiqué Marc Miller lundi soir lors d’une séance de comité au Sénat.
Interrogé pour savoir si une aide financière était prévue pour ces entreprises, notamment à l’extérieur du Québec, le ministre des Langues officielles ne s’est pas montré enclin à cette option, sans pour autant fermer la porte.
« Je ne suis pas défavorable à cette idée, sans pour autant désengager le rôle que doivent jouer ces mêmes entreprises là où elles servent un public qui doit être servi en français. Il est vrai qu’au début, des coûts seront engendrés. Est-ce nécessairement au fédéral de tout compenser? Je pense que la réponse est non », a affirmé M. Miller au Comité permanent des langues officielles du Sénat lundi soir.
Le coût estimé à au moins 240 M $
Dans une étude publiée en 2022 alors que le projet de loi était toujours à l’étude au Parlement, le directeur parlementaire du budget (DPB) évaluait les coûts à 240 millions au départ et à 20 millions de dollars par année par la suite.
Le DPB a soutenu que les coûts seraient principalement liés à la formation linguistique et aux primes de bilinguisme pour les gestionnaires, surtout dans les régions désignées francophones hors du Québec.
Dans un avant-projet de règlement publié à la mi-avril, Ottawa édicte qu’un membre du public se rendant dans une entreprise fédérale aura désormais de nouveaux droits pour être servi en français dans ces zones. Il en va de même pour les employés de ces entreprises qui auront de nouveaux droits de travailler en français.
Selon le ministre, ces entreprises pourront tirer des avantages d’une bonification du service en français dans les provinces canadiennes à majorité anglophone.
« Je dois souligner que ce n’est pas nécessairement le rôle du gouvernement fédéral de compenser les gens pour quelque chose dont ils tireront un bénéfice par la suite. Je pense qu’offrir des services en français à ceux qui le demandent et intégrer le français au sein des entreprises constitue un bénéfice net », a soutenu Marc Miller.
Ce dernier a répété à plus d’une reprise que les organisations hors du Québec bénéficieront d’une période de grâce de deux ans après l’entrée en vigueur du règlement et qu’Ottawa sera à l’écoute pour « comprendre quelle est la portée et l’étendue de cette loi en tant que telle ».
« La réalité est qu’il va y avoir une coopération avec les organisations qui seront touchées. Je dirais surtout avec les petites organisations qui ont des enjeux financiers. Quant aux grandes organisations qui font des profits, elles auront simplement à se conformer », a-t-il dit.
Les entreprises soumises à la LUFEP seront tenues d’afficher clairement que leurs services sont disponibles en français et de fournir les documents afférents dans cette langue. Actuellement, certaines entreprises de compétence fédérale ne sont pas visées par la Loi sur les langues officielles et, par conséquent, n’ont pas les obligations linguistiques qu’introduirait la LUFEP.
De plus, les consommateurs et les employés ne peuvent pas porter plainte au Commissariat aux langues officielles en cas de violation de leurs droits linguistiques dans la majorité des entreprises fédérales. Cette situation changera et ils pourront le faire à l’avenir avec la LUFEP.
À noter que hors du Québec, cette loi ne s’appliquera pas aux compagnies fédérales qui comptent moins de 100 employés dans une région ou 500 employés à travers le pays.
PRESCOTT-RUSSELL – La fronde s’organise contre le projet de TGV alors que les agriculteurs de l’Est ontarien rejettent massivement les demandes d’accès aux terres de la firme Alto. Déterminés à bloquer le passage, ces propriétaires transforment leurs champs en rempart contre ce qu’ils dénoncent comme un déracinement forcé : rencontre sur le terrain avec ceux qui ont décidé de dire non.
Pour Marc Bercier, agriculteur de cinquième génération à St-Isidore, la résistance a commencé par une pile de courrier. Sur sa table, les documents s’empilent. « J’ai reçu dix lettres. Dix! », lance-t-il, encore incrédule face à l’acharnement bureaucratique.
Ces enveloppes, envoyées par la firme Alto mandatée par VIA TGF et Transports Canada, demandent l’accès aux terres pour des tests de sol et des inventaires archéologiques.
L’offre d’indemnisation jointe à ces demandes est perçue comme une provocation. « Ils nous proposent des miettes pour venir piétiner nos propriétés. Mais c’est une insulte au regard de ce qu’on risque de perdre : notre gagne-pain, notre histoire », martèle celui qui gère une entreprise de semences de 2800 acres.
Marc Bercier de St-Isidore a reçu dix lettres pour l’ensemble de ses terres dont 70 % se trouvent présentement sur le tracé temporaire. Photo : Inès Rebei/ONFR
Pour cet homme de terre, dont la ferme est le moteur économique de sa famille, accepter cet argent équivaudrait à faciliter son propre déracinement. « C’est comme si on me payait pour un billet de loterie où je suis certain de perdre ma terre à la fin. »
Pourtant, malgré l’insistance des missives, la firme Alto précise à ONFR que l’accès aux terrains demeure, à cette étape-ci, sur une base volontaire. Une nuance qui n’apaise en rien les propriétaires, qui y voient plutôt une stratégie pour « tâter le terrain » avant que ne surgisse l’ombre de la Loi sur l’expropriation, récemment musclée par le projet de loi C-15.
Cette méfiance prend racine dans une blessure familiale profonde. « Mon père a été exproprié dans les années 60 et ça l’a toujours affecté, car c’était une de ses plus belles terres. Oui, il y a eu de l’argent, mais l’argent n’amène pas nécessairement le bonheur. Pour nous, la satisfaction, c’est de voir nos champs pousser et nos animaux grandir. C’est le combat de trop pour nous autres. »
Un cauchemar logistique
Non loin de là, à Pendleton, Philippe Henrard ne voit pas non plus dans ce train un symbole de modernité, mais une « aberration » logistique. Sa ferme de pommes de terre – l’une des plus importantes en Ontario – dépend d’une circulation fluide entre ses champs, séparés par ce qui pourrait devenir le tracé ferroviaire.
« Lors de la récolte, je traverse la traque actuelle 150 fois par jour », explique celui qui n’a pas encore reçu de lettre mais dont les trois quarts des terres se trouvent sur le tracé temporaire d’Alto.
Le calcul est simple et dévastateur : si le train bloque ses accès habituels et l’oblige à faire un détour de 5 km par les routes publiques pour chaque passage, cela représente 750 km de détour quotidien avec de la machinerie lourde.
Philippe Henrard avait quitté la Belgique il y a près de 50 ans pour établir une ferme de production de pommes de terre. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Vous imaginez la machinerie lourde sur les routes où les gens de la ville pressés essaient de doubler? C’est une recette pour le désastre », prévient l’agriculteur, inquiet pour la sécurité de ses voisins.
Pour lui, le monde rural est sacrifié sur l’autel de la vitesse urbaine : « Le fermier qui se trouve en campagne, lui, il va être négligé parce qu’on ne représente rien, on ne représente pas beaucoup de votes. »
Un rêve potentiellement brisé
À environ trente minutes de là, dans la section de Navan près de Milton, Gabrielle Perrault a vécu une intrusion encore plus directe.
« On a eu quelqu’un qui est venu cogner à notre porte la semaine passée pour nous dire qu’ils voulaient faire des tests de sol », raconte celle qui a acquis le centre agro-éducatif du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est : Accueil (CECCE) il y a seulement deux ans.
Gabrielle Perrault et sa famille pensaient avoir trouvé leur « dernière maison » sur ce terrain adjacent à une ancienne voie ferrée, un havre pour enseigner l’agriculture et la nature à plus de 300 élèves par jour.
Gabrielle Perrault confie qu’elle a pris la décision, pour le moment, de ne pas laisser passer les experts d’Alto sur sa propriété. Photo : Gracieuseté de Gabrielle Perrault
Le tracé potentiel menace aujourd’hui de couper en deux sa propriété, emportant avec lui une forêt de 32 acres essentielle aux activités pédagogiques. Celle qui rêvait d’ajouter l’apiculture, d’opérer une érablière, d’introduire des animaux à la ferme et de perfectionner le parcours d’apprentissage en forêt voit ses projets de vie frappés d’incertitude.
« Pour moi, ce n’est pas la valeur monétaire qui compte. C’est la valeur de la richesse des enfants qui viennent ici, puis leur exploration. C’est ça qui est triste : c’est cette richesse-là qu’on va perdre. »
Un modèle de précision menacé
Pour Alain Levac et son fils Jean-Philippe, le projet de TGV représente bien plus qu’une simple entrave géographique : c’est une menace directe à la viabilité de leur modèle agricole.
Propriétaires d’une ferme de grande culture biologique à Saint-Bernardin, ils produisent du blé et du soya destinés exclusivement à l’alimentation humaine. Ici, la marge d’erreur est inexistante et la précision est le maître-mot.
Contrairement à l’agriculture conventionnelle, l’exploitation des Levac n’utilise aucun pesticide ni engrais chimique. « On n’utilise pas de chimie, donc tout le désherbage se fait mécaniquement », explique Alain Levac. Ce choix environnemental exige une présence constante et des interventions répétées.
Mais au-delà de la logistique, Alain Levac s’inquiète d’une véritable « désorganisation sociale du rural ». Il pointe du doigt un enjeu crucial, souvent invisible pour les citadins : le levier financier des entreprises agricoles.
Alain Levac et son fils Jean-Philippe Levac affirment qu’il y a une forte montée d’anxiété au sein de la population agricole depuis l’annonce du projet d’Alto. Photo : Inès Rebei/ONFR
Récemment, M. Levac a consulté son conseiller financier, et le verdict est tombé comme un couperet : la simple incertitude liée au projet dévalue déjà ses actifs.
« Ces terres sont le collatéral pour nos emprunts bancaires », rappelle-t-il avec pragmatisme. Pour une ferme qui investit massivement dans des infrastructures modernes comme des silos ou de la machinerie de pointe, la valeur foncière est le nerf de la guerre.
« Si le terrain perd sa valeur parce qu’un train passe au milieu et le morcelle, comment va-t-on financer nos prochains projets? »
L’inquiétude est désormais tangible et immédiate : le simple fait d’être situé dans le corridor d’étude d’Alto pèse déjà lourdement sur l’évaluation de leurs actifs et sur leur capacité à obtenir le financement nécessaire pour assurer l’avenir de la ferme.
Esprit de solidarité et recours légal
Sur le terrain, la solidarité n’est plus un concept, c’est un mécanisme de défense. Dans les cuisines de ferme, entre deux gorgées de café noir, on ne parle plus seulement de la météo ou du prix du grain, on parle de stratégie légale.
Le sentiment d’urgence a soudé les voisins comme jamais auparavant. « Le monde agricole, on est très solidaire. Même ceux qui ne sont pas directement sur le tracé se tiennent debout avec nous », insiste Marc Bercier.
Cette unité se traduit désormais par une offensive juridique. Conscients qu’ils font face à une machine bureaucratique colossale, les agriculteurs ont décidé de ne plus se battre en ordre dispersé.
De plus en plus de propriétaires terriens affichent des pancartes pour signifier leur refus catégorique au projet. Photo : Inès Rebei/ONFR
La résistance pour les agriculteurs rencontrés passe par l’embauche collective d’avocats spécialisés pour contester les avis d’accès et se préparer à l’éventualité de l’expropriation. L’objectif est clair : ériger un rempart légal aussi solide que les clôtures qui délimitent leurs champs.
Le mot d’ordre est passé dans toutes les concessions : ne rien signer, ne rien céder sans l’avis du conseil. Cette solidarité dépasse la simple protection des actifs financiers; elle puise sa source dans ce que Philippe Henrard appelle une « décence ancestrale ».
C’est le respect du travail du grand-père qui a défriché la terre et la promesse faite au fils qui reprend le flambeau : « On a une vision sur cent ans, pas sur le prochain mandat électoral ».
Responsable des arts francophones au Conseil des arts de l’Ontario (CAO), Geneviève Trilling est elle-même riche d’un passé artistique aux mille détours et contours. Tour à tour comédienne, danseuse, projectionniste ou encore modèle vivant, elle connait ainsi intimement les réalités de la vie d’artiste et les coulisses des milieux culturels; un atout précieux à la tête du département qui pilote les demandes de subventions des projets artistiques en français.
« Qu’est-ce que ça a représenté pour vous de grandir à la fois Française et Québécoise, et quel rôle cela a-t-il joué dans votre dynamique familiale?
Ma mère est québécoise et mon père français, et je suis l’aînée de six enfants, un rôle clé dans la fratrie. J’ai toujours un peu servi de troisième parent. De la Bretagne où je suis née, nous avons déménagé dans les Alpes françaises alors que j’avais 12 ans, un virage marquant pour toute la famille. Mon père est un fanatique de ski.
Nous avons toujours gardé un ancrage québécois, que ce soit avec les recettes de cuisine de ma mère, ou par le biais de liens étroits avec mes grands-parents et ma famille maternelle. Mais c’est seulement plus tard, en tant que jeune adulte, que j’ai emménagé au Canada.
Portrait de Geneviève Trilling pris à Paris en 2008. Photo : Olivier Allard
Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler au service des arts ?
L’art a toujours été très présent dans ma famille, tout le monde jouait d’un instrument de musique et ma mère faisait de la peinture par exemple. Moi-même, je jouais du piano au conservatoire en France et je pratiquais le patinage artistique, incluant de la danse. J’ai d’ailleurs participé à la cérémonie d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’Albertville en 1992.
De mon background en informatique, j’ai tout lâché en 2002 pour une reconversion professionnelle théâtrale à Toronto. Je me suis inscrite au programme danse, chant et jeu de deux ans au Théâtre musical à l’Académie Randolph.
Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours professionnel dans la culture?
Entre 2002 et 2010, j’étais comédienne à la pige, je connais donc très bien la réalité des artistes qui font des demandes de subventions. D’ailleurs, au Conseil des Arts, tout le monde a été dans le secteur. Pour devenir responsable d’un département, il faut connaitre l’expérience du terrain.
Portrait de Geneviève Trilling pris à Paris en 2008. Photo : Olivier Allard
Sur cette même période, j’ai travaillé à l’Office national du film, j’ai même été projectionniste durant les festivals. J’ai aussi longtemps posé comme modèle vivant pour nombre de cours de dessin. En tant qu’artiste, on tend à multiplier les missions en même temps pour pouvoir en vivre.
Par la suite, j’ai remplacé la directrice culturelle à l’Alliance française entre 2010 et 2011, ce qui m’a davantage ouvert aux cercles culturels francophones. Par la suite, j’ai décroché un poste en financement privé au Théâtre français de Toronto, une expérience charnière qui m’a menée à mon poste actuel au CAO, dès 2016.
Cabaret au Tranzac Club, Geneviève Trilling aux côtés de Michèle Tredger et Ghislain Aucoin en 2010. Photo : Manuel Verreydt
Durant votre carrière de comédienne, y a-t-il eu une expérience particulièrement marquante ?
J’ai monté une pièce de théâtre dans le cadre du SummerWorks Performance Festival sur la base d’une pièce en français, « Je serai toujours là pour te tuer », que j’ai traduite pour en présenter deux versions. Mettant en scène un duo, féminin et masculin, je jouais le lead féminin dans la version anglaise et française et c’est ainsi que j’ai rencontré mon conjoint, qui lui était l’acteur de la version francophone.
Répétition de la pièce « Je serai toujours là pour te tuer » de Sophie Tonneau, dans la mise en scène de Patricia Marceau. De gauche à droite, Manuel Verreydt et Geneviève Trilling en 2009. Photo : Patricia Marceau
En quoi consiste votre rôle de responsable du département des arts francophones ?
Je gère les programmes dédiés aux francophones, conçus pour soutenir la création, la production et la diffusion. Musique, théâtre, littérature… Le but principal est de vitaliser le secteur des arts en français. Ma connaissance du milieu et mon réseau me sont précieux dans ce rôle.
Je forme également les comités d’évaluation qui attribuent les subventions. Pour ce faire, nous regardons trois aspects principaux : le mérite artistique, l’impact et la viabilité. Au niveau du fonctionnement, il y a des enveloppes réservées par discipline, mais aussi à l’échelle des organisations, pour aider leur fonctionnement, et à l’échelle de projets individuels précis.
Notre département, qui est presque son propre petit conseil des arts au sein du CAO, reçoit une centaine de demandes par an. Mais les artistes francophones ont aussi l’opportunité de candidater à des subventions de programmes généraux si le français n’est pas au cœur de leur œuvre, des arts visuels par exemple, contrairement à la littérature ou au théâtre uniquement fondés sur la langue française.
De gauche à droite : Sylvie Painchaud, directrice générale du Secrétariat du Conseil des ministres sur la francophonie canadienne (CMFC), Philippe Blanchard, doyen intérimaire à la faculté des arts de l’OCAD University, Geneviève Trilling, Elisabeth Degryse, ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et Yann Gall, délégué général Wallonie-Bruxelles au Québec, au Club canadien de Toronto le 23 avril 2026. Photo : gracieuseté
Selon vous, en quoi est-ce important de vitaliser les arts francophones dans un contexte minoritaire en Ontario ?
Si on n’y met pas des moyens, pour une certaine présence et une visibilité, on risque de perdre cette scène. Il y a aussi tout un aspect culturel et folklorique propres au français. Avoir des pièces de théâtre, des évènements auxquels on peut se rendre où les choses se passent en français permet de garder la langue vivante.
Par ailleurs, plus il y a aura d’exemples d’artistes francophones qui ont du succès, plus cela inspirera les jeunes. Mais pour ça, il faut pouvoir les garder, pour ne pas avoir une fuite au Québec, là où ils ont une plus grande audience. C’est pour ça qu’il faut leur donner la chance de réussir en Ontario.
Geneviève Trilling et Edith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario, le 25 septembre 2025, à la Place des arts du Grand Sudbury, lors de la célébration du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien. Photo : gracieuseté
Le PDG du CAO, Michael Murray, avait publiquement déclaré que le budget dédié à la francophonie a atteint des records. De quel montant parle-t-on ?
Il y a en effet eu un effort fait pour protéger les budgets réservés aux arts franco-ontariens pour que ce secteur continue de se développer, là où d’autres secteurs ont essuyé des baisses.
Le budget pour les arts francophones a également bénéficié de fonds fédéraux sur quatre ans. Grâce à cet appui, l’enveloppe de 2025 a pu franchir le cap des 4 millions de dollars, alors qu’elle se situait juste en dessous auparavant.
Sont aussi compris dans cette augmentation, les divers partenariats et évènements qui ont eu lieu pour la francophonie.
Geneviève Trilling dans les locaux du Conseil des arts de l’Ontario, au 121 rue Bloor Est à Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR
La communauté artistique s’est mobilisée pour se faire entendre avant que ces coupures soient officielles, et je pense que sur ce dossier, le secteur francophone a été particulièrement influent. Les actions ont été coordonnées par l’ACO (Alliance culturelle de l’Ontario).
Le budget du CAO n’a pas été augmenté depuis 2009, soit 60 millions de dollars. Il faut savoir qu’en 2018, avant le changement de gouvernement, on nous avait promis une augmentation de 5 millions par an pendant 4 ans, soit 20 millions au total. On avait budgétisé nos subventions au prisme de ce nouveau financement. Et en novembre, on nous a coupé l’herbe sous le pied, en nous disant que nous ne recevrions pas la somme en question. Il a donc fallu rétropédaler.
Comment vous adaptez-vous à cette stagnation du financement ?
Dans le milieu des arts, tout le monde est résilient et créatif pour trouver des solutions, mais cela finit par vous rattraper à un moment donné de devoir faire plus sans plus de moyens. On a de moins en moins de personnel pour faire des économies.
Aussi, le coût de la vie a augmenté donc les montants des subventions ne sont plus représentatifs. Les prix de fonctionnement augmentent pour nous et les demandes de subventions augmentent, plus de 30 % depuis la pandémie, d’autant que les coûts de production ont augmenté pour les artistes. Il faut que cela soit pris en compte. »
LES DATES-CLÉS DE GENEVIÈVE TRILLING :
1975 : Naissance le 19 mars à Rennes, en France, d’une mère québécoise et d’un père français.
1996 : À l’âge de 21 ans, déménagement à Montréal pour sa maitrise en informatique à Concordia.
2002 : Changement d’orientation, Geneviève arrive à Toronto et se lance dans une école de théâtre.
2009 : Sur les planches, elle rencontre son conjoint, qui sera plus tard le père de ses deux enfants.
2016 : Elle rejoint le Conseil des arts de l’Ontario, avant d’en devenir, en 2020, la responsable du département des Arts francophones.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
Noël est arrivé tôt cette année pour Doug Ford. Quelques jours avant les trois élections partielles du 13 avril dernier dans Terrebonne, University-Rosedale et Scarborough, le premier ministre ontarien avait indiqué à mots couverts souhaiter que ces dernières mènent à la formation d’un gouvernement fédéral majoritaire. Son vœu a été exaucé.
On ne pourra pas accuser Doug Ford d’être incohérent. Lors de l’élection provinciale de 2025, il avait demandé aux Ontariennes et aux Ontariens de lui donner un mandat majoritaire fort. Selon lui, une majorité parlementaire était essentielle pour assurer la stabilité politique, particulièrement importante à ses yeux, en ces temps troubles. C’est le même argument qu’il a mis de l’avant pour expliquer son désir de voir Mark Carney diriger un gouvernement majoritaire à Ottawa.
Ford ne s’est cependant pas seulement limité à souhaiter la présence à Ottawa d’un gouvernement majoritaire. Il a encensé le premier ministre Mark Carney au cours des dernières semaines. Selon Ford, il serait un « homme bon », un « homme d’affaires avisé » et quelqu’un de « très perspicace ». De quoi rendre le chef du Parti conservateur fédéral Pierre Poilievre jaloux! Et de contribuer à la poursuite des tensions qui existeraient, prétendument, entre les deux principaux leaders conservateurs au Canada.
Cette fréromance entre Doug Ford et Mark Carney, ou bromance selon l’expression anglaise maintenant consacrée, peut sans doute surprendre. Le premier ministre Ford a peu de choses en commun avec le premier ministre Carney. L’un est libéral. L’autre est conservateur. L’un est diplômé des prestigieuses universités Harvard et Oxford, et ancien gouverneur de la banque du Canada et de la banque d’Angleterre. L’autre n’a jamais terminé des études postsecondaires et a dirigé la compagnie familiale d’autocollants. Et si l’un peut sembler, à tort ou à raison, pour un « homme de Davos » particulièrement à l’aise dans les hautes sphères de la finance et de la diplomatie internationale, l’autre donne parfois l’impression d’être un prototype du politicien populiste fier de sa proximité avec le « monde ordinaire ».
Doug Ford et ses amitiés surprenantes
Cette amitié publique entre les deux hommes n’est cependant pas aussi surprenante qu’elle puisse paraître à première vue. Il faut d’ailleurs rappeler qu’il ne s’agit pas de la première relation politique de Doug Ford qui peut sembler incongrue. Sa relation de travail étroite avec l’ancienne ministre fédérale des Finances Chrystia Freeland avait également fait sourciller plus d’un commentateur.
Le premier ministre ontarien a cependant plusieurs raisons de vouloir développer de bonnes relations avec le gouvernement fédéral, et ce, particulièrement quand il s’agit d’un gouvernement libéral. Il est connu que les Ontariens ont tendance à répartir leurs votes entre deux partis politiques, l’un au niveau fédéral et l’autre au niveau provincial.
En effet, depuis 1867, 75 % du temps, le parti au pouvoir à Queen’s Park n’était pas le même qu’à Ottawa. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence. Des études en science politique ont démontré que, dans des pays fédéraux comme le Canada, plusieurs électeurs décident consciemment de diviser leurs votes entre différents partis politiques aux deux niveaux de gouvernement. Cela permettrait, entre autres, de contribuer à une forme de « checks and balances », limitant la concentration potentielle du pouvoir au sein d’une même famille politique.
L’avantage de la majorité libérale fédérale
L’obtention d’une majorité de sièges au parlement par l’ancien gouvernement minoritaire libéral assure ainsi au gouvernement provincial de Doug Ford, malmené depuis quelques mois dans les sondages et de plus en plus rattrapé par différentes controverses, qu’un gouvernement libéral fédéral sera en principe en place lors de la prochaine élection provinciale prévue en 2029.
On peut croire que le premier ministre ontarien s’assurera de déclencher des élections provinciales, prévues également en 2029, avant les élections fédérales. Les électeurs ontariens qui iront aux urnes auront peut-être alors en tête la présence d’un gouvernement libéral à Ottawa au moment de voter.
Les Ontariens sont également fort différents politiquement des Québécois ou encore des Albertains. Ils n’ont pas historiquement la même méfiance ou le même ressentiment envers le gouvernement fédéral. Il est donc beaucoup moins payant politiquement pour un premier ministre provincial de faire campagne comme défenseur de l’Ontario contre Ottawa.
Au contraire, la bonne entente entre des leaders de différentes familles politiques leur permet de se présenter comme fondamentalement pragmatiques, soucieux d’abord et avant tout du bien-être de leurs citoyens.
Finalement, en raison de l’importance du secteur manufacturier ontarien et de l’absence d’un secteur énergétique fort, secteur moins affecté par les tarifs américains, la province a été et continue d’être particulièrement touchée par l’instabilité économique liée à l’administration Trump.
On peut donc comprendre le premier ministre ontarien d’avoir souhaité que le gouvernement fédéral ait les coudées franches pour faire face aux défis qui l’attendent au cours des prochaines années, à commencer par la renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, entente particulièrement importante pour l’avenir économique de la province.
Et rien n’est plus susceptible de mener à une défaite électorale qu’une faible croissance économique. Il faut donc s’attendre à ce que Doug Ford continue, au cours des prochains mois et des prochaines années, à accorder une attention particulière à sa relation avec Mark Carney.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
OTTAWA – Au sein d’un CF Rapide d’Ottawa ambitieux, Florence Belzile aborde la saison 2026 avec l’envie de franchir un cap. Plus confiante après une préparation complète et mieux intégrée dans un collectif renouvelé, la Franco-Ontarienne veut s’imposer comme une pièce importante d’une équipe qui ne cache pas ses ambitions. Pour sa deuxième saison dans la Super Ligue du Nord, le club ontarien mise sur un effectif renouvelé au milieu de terrain et une identité de jeu plus dynamique pour viser plus haut.
Contrairement à l’an dernier, la préparation hivernale a cette fois permis de bâtir des fondations solides. Un élément clé dans la progression de la jeune joueuse qui a disputé un total de 847 minutes la saison dernière avec deux buts et deux passes décisives.
« L’année passée, je n’ai pas eu une pré-saison, donc ça a vraiment beaucoup aidé cette année d’avoir la préparation complète avec l’équipe. Tactiquement, je trouve que je me suis beaucoup développée », a confié l’attaquante de 23 ans.
Durant l’hiver, l’accent a été mis sur le travail physique, indispensable pour suivre le rythme du championnat. Un travail exigeant, parfois éloigné du ballon, mais assumé.
« C’est important de monter ton niveau d’endurance durant l’intersaison pour que tu sois 100 % en forme pendant la pré-saison. Au début, c’est vraiment important d’oublier le foot et de focus sur le cardio. »
Résultat : une joueuse plus prête, mais aussi plus à l’aise au sein de l’effectif ottavien, notamment grâce aux liens tissés avec ses coéquipières tout au long de la saison dernière avec les anciennes et lors de la préparation pour les nouvelles arrivantes.
« J’ai créé beaucoup de connexions avec les filles, je suis vraiment confiante pour la saison. »
Un milieu de terrain transformé et plus offensif
L’un des principaux changements du CF Rapide d’Ottawa cette saison concerne son entrejeu. L’effectif a été profondément remanié, avec un virage assumé vers un style plus dynamique.
L’entre-saison a notamment été marquée par plusieurs départs importants, dont celui de la vétérane Desiree Scott, désormais retraitée, ainsi que la fin de cycle pour plusieurs profils défensifs au milieu.
À l’inverse, le club a misé sur des joueuses plus jeunes et mobiles, avec les arrivées de Sadie Waite, Jung Min-young, Caitlin Crichton ou encore la prolongation du prêt de Jyllissa Harris.
Un renouvellement qui se traduit directement dans le jeu, comme l’explique Florence Belzile : « Notre milieu terrain est complètement nouveau. […] Je pense que nos 6 sont beaucoup plus offensives et dynamiques que celles qu’on avait l’année passée. »
Un changement de philosophie qui correspond davantage à ses qualités.
« Ce sont des joueuses qui vont chercher des courses vers l’avant, trouver des joueuses vers l’avant. Moi, j’aime beaucoup recevoir la balle dans l’espace puis attaquer. »
Au-delà de l’aspect tactique, la cohésion du groupe semble également avoir franchi un cap. Un élément souvent déterminant dans la performance collective.
Gagner, tout simplement
Ainsi, avec tous les ingrédients qui semblent en place, le message est clair en interne : le CF Rapide ne veut plus seulement apprendre, mais performer.
« Notre objectif, c’est de gagner. Il n’y a pas d’autre but. Gagner la Ligue, gagner les playoffs. »
Sur le plan individuel, Florence Belzile veut continuer sa progression et s’imposer dans la durée.
« Je veux aider l’équipe le plus possible, marquer des buts, créer des passes décisives, créer des opportunités offensives. »
Même si elle ne s’est pas donné d’objectif chiffré en termes de buts ou de passes décisives, Florence Belzile compte contribuer beaucoup plus au succès de son équipe que la saison dernière. Photo : CF Rapide d’Ottawa
Elle insiste également sur deux axes de développement : la constance et l’impact défensif.
« Je veux être constante à chaque match et toujours donner mon maximum. »
Encore jeune dans le circuit professionnel, elle aborde cette saison comme une étape charnière dans sa progression.
La sélection canadienne en ligne de mire
L’émergence de joueuses issues de la ligue vers l’équipe nationale canadienne ouvre de nouvelles perspectives pour plusieurs talents locaux. Florence Belzile observe notamment le parcours de sa coéquipière Delaney Baie Pridham. Meilleure buteuse et joueuse de la ligue la saison dernière, l’attaquante ottavienne s’est installé dans la rotation offensive de la sélection nationale et a gagné le respect de ses coéquipières comme l’évoquait récemment Vanessa Gilles en entrevue avec ONFR.
« Ça prend une bonne saison, puis tu te fais voir. C’est une personne inspirante pour moi. »
Sans brûler les étapes, elle reste lucide sur le chemin à parcourir.
« Je ne pense pas que ce n’est pas atteignable, mais j’ai encore beaucoup de choses à améliorer. »
Dans un environnement en pleine croissance et entourée de joueuses ambitieuses, elle estime toutefois que toutes les conditions sont réunies pour progresser.
« J’ai l’entourage avec moi pour atteindre ce niveau-là un jour. »
Un lancement révélateur
Le CF Rapide d’Ottawa entame donc sa deuxième saison avec des bases plus solides, un effectif renouvelé et des ambitions assumées.
La route vers le titre débute ce samedi 25 avril à Halifax, une première occasion de mesurer les progrès réalisés durant l’intersaison et de lancer une campagne que le club espère bien mener jusqu’au bout.
TORONTO – Le gouvernement Ford a déposé un projet de loi pour officiellement prendre le contrôle de l’aéroport Billy Bishop, évinçant la Ville de Toronto de l’accord tripartite qui le régit. Cette mesure permettrait ainsi à la province de concrétiser ses ambitions d’agrandissement et de modernisation de l’infrastructure.
La Loi de 2026 sur la construction de l’aéroport Billy Bishop déposée aujourd’hui par le ministre des Transports, Prabmeet Sarkaria, officialise le plan d’expansion de l’aéroport Billy Bishop, annoncé au cours des mois précédents.
Si elle est adoptée, la législation permettrait à la province de prendre le relais de la Ville de Toronto dans l’entente tripartite régissant l’aéroport. Cette modification de l’accord entre la municipalité, le gouvernement fédéral et PortsToronto permettrait d’autoriser l’allongement de la piste et l’exploitation de jets commerciaux modernes.
Elle autoriserait également la province à s’approprier les parcelles de terrain appartenant à la Ville de Toronto pour l’expansion, incluant une partie du parc Little Norway, en échange d’une compensation basée sur la valeur marchande.
RJ Steenstra, le président et chef de la direction, a, lui, assuré que l’Administration portuaire de Toronto appuyait fermement la législation qui permet la modernisation de l’aéroport pour améliorer la connectivité.
Contrairement à la mairesse de Toronto Olivia Chow, qui a décrié l’expropriation des terrains de la Ville sur X : « La Province a déposé une loi pour s’approprier unilatéralement des terrains de la Ville à l’angle de Bathurst et Queen’s Quay. Cela inclut le pavage d’une partie du parc Little Norway (…) Le conseil se réunit aujourd’hui; je présente une motion d’urgence pour m’y opposer et contre-attaquer. S’emparer unilatéralement des terres de la Ville est inacceptable. Qui sait ce qu’ils prendront la prochaine fois ».
Modernisation et enjeux économiques
Cette prise de contrôle vise à soutenir la modernisation et l’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop, indique le gouvernement, « afin de répondre à la demande future dans le sud de l’Ontario, de réduire la pression sur l’aéroport international Pearson de Toronto ».
Le ministère des Transports indique également vouloir accroître la concurrence dans le secteur du transport aérien pour favoriser l’ajout de liaisons et de vols moins chers, tout en soutenant la création de milliers d’emplois dans les secteurs de l’aviation, du tourisme et de la construction.
« À mesure que l’Ontario se développe, l’expansion de l’aéroport Billy Bishop contribuera à répondre à la demande croissante en matière de transport, à améliorer la connectivité, à soutenir le tourisme et les voyages d’affaires, et à créer des milliers d’emplois bien rémunérés », a commenté Prabmeet Sarkaria, ministre des Transports.
« Elle permettra l’adoption d’aéronefs plus propres et plus silencieux et soutiendra une approche opérationnelle alignée sur les priorités de la communauté (…) Toronto est une ville mondiale, et elle a besoin d’un aéroport moderne qui accueille l’innovation, améliore l’efficacité et reflète une vision commune d’un secteur riverain dynamique et accessible », avait également appuyé le PDG d’Administration portuaire.
Le communiqué de presse officiel précise que la province travaillera avec tous les partenaires, y compris afin d’atténuer tout impact potentiel sur le parc résultant de l’agrandissement futur de l’aéroport.
Des questions telles que l’échéancier ou le coût total du projet restent pour l’heure sans réponse.
TORONTO – Les nouvelles données du Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC) publiées la semaine dernière confirment l’attractivité progressive de l’enseignement supérieur en français dans la province. De nouveaux programmes et de nouvelles ententes collégiales soutiennent l’essor des universités francophones en milieu minoritaire.
L’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto enregistre une hausse de 166 % de candidatures des élèves sortant du secondaire. Le recteur, Normand Labrie, estime que ces chiffres reflètent la perception de l’institution à l’échelle provinciale : « La réputation de l’Université s’établit. Nous sommes souvent le premier ou deuxième choix des étudiants. »
Au cours des derniers mois, l’UOF a multiplié les nouveaux partenariats, notamment avec La Cité et le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), afin de renforcer le recrutement de candidats. M. Labrie tient tout de même à préciser que « même si les pourcentages sont assez impressionnants, il faut dire qu’on est partis de petits nombres. »
Le baccalauréat en éducation, qui constitue l’un des plus fort moteurs d’attractivité des dernières années, demeure un atout majeur. Une nouvelle formule combinant un baccalauréat général et un baccalauréat en éducation a d’ailleurs été introduite dans la foulée. « C’est attrayant pour les étudiants de secondaire de se dire qu’en quatre ans ils peuvent compléter le cursus puis devenir tout de suite enseignants », explique le recteur.
« Il y a deux semaines, nous avions 1886 demandes d’admission, dont 1428 en éducation », illustre-t-il.
Normand Labrie est le recteur et vice-chancelier de l’Université de l’Ontario français (UOF) depuis 2024. Photo : Gracieuseté
À ses débuts, l’Université de l’Ontario français s’est engagée à offrir des programmes de premier cycle originaux. « On a ensuite voulu ouvrir des programmes professionnels », se réjouit le recteur.
Un nouveau baccalauréat en travail social actuellement au stade d’approbation gouvernementale pourrait voir le jour cet automne. « Dès que nous recevrons l’accréditation, nous pourrons peut-être débuter en septembre. » L’université espère également offrir bientôt un baccalauréat en sciences à la rentrée de 2027, ainsi qu’un baccalauréat en santé publique et société plus tard à l’avenir.
D’après Normand Labrie, les 600 inscriptions en septembre 2025 avaient dépassé les prévisions. Pour cet automne, l’université prévoit 900 inscriptions puis 1200 inscriptions pour 2027.
Il précise toutefois que ces statistiques ne prennent pas en compte un cas où le même candidat fait plusieurs demandes d’admission. Néanmoins, il souligne que la tendance générale demeure positive.
L’Université de Hearst gagne en visibilité
Arrivée à la tête du rectorat de l’Université de Hearst (UdeH), juste avant la rentrée d’automne, Sophie Dallaire propose deux lectures de la hausse globale des demandes d’admission de 23,9 % incluant une hausse de 11,1 % de celles provenant du secondaire.
Comme à l’UOF, les partenariats avec d’autres établissements ontariens constituent une offre qui plaît à la clientèle étudiante déjà détentrice d’un diplôme.
« Les diplômés collégiaux voient l’Université de Hearst comme une passerelle intéressante. Nos demandes qui proviennent de nos partenariats ont doublé, car elles attirent davantage d’étudiants francophones en transition », souligne-t-elle.
Sophie Dallaire a succédé à Aurélie Lacassagne à titre de rectrice de l’Université de Hearst. Photo : Gracieuseté
Pour la rectrice, il ne s’agit pas d’une tendance éphémère, « il s’agit plutôt d’un changement de cap durable, car notre ministère nous encourage à permettre une certaine polyvalence. »
L’UdeH travaille d’ailleurs à travers ces partenariats sur la bonification de sa programmation actuelle afin de la rendre plus professionnalisante. L’ajout de programmes en partenariat avec d’autres établissements demeure aussi d’actualité.
Avec ses trois campus à Hearst, Kapuskasing et Timmins, l’université se dit prête à accueillir la demande grandissante.
Fluctuations des demandes d’étudiants internationaux
L’UdeH qui dépendait avant de l’Université Laurentienne, notamment pour ses services de registrariat et d’admission, dispose désormais de son propre système d’information scolaire : « C’est une première pour nous d’avoir notre propre onglet sur la plateforme de OUAC », s’enchante Mme Dallaire.
Cette nouveauté lui confère une plus grande visibilité auprès des candidats internationaux dont les demandes sont passées de 15 à 39.
En revanche, l’Université de l’Ontario français (UOF) note une baisse de 20 % des étudiants internationaux. Selon le recteur, les règles d’immigration ont provoqué un déclin dans les demandes d’admission et pourrait être suivi d’une stagnation.
« Nous sommes actuellement autour de 23 % d’étudiants internationaux et ce pourcentage pourrait descendre à 20 % dans les prochaines années », indique M. Labrie.
La Laurentienne veut attirer plus de talents francophones
Du côté de l’Université Laurentienne, le vice-recteur principal aux études de l’Université Laurentienne à Sudbury, Alain Simard, constate un intérêt croissant de la part des étudiants ontariens en immersion.
Selon lui, les 4,3 % d’augmentation des demandes provenant du secondaire démontrent l’attirance des candidats aux 106 options de programmes en français de la Laurentienne.
Le vice-recteur, Alain Simard, à l’Université Laurentienne. Photo : Université Laurentienne
Il signale qu’à l’heure actuelle, seuls quelques programmes en français ont atteint leur pleine capacité et qu’il reste une marge importante pour accueillir de nouveaux talents.
Dans l’Est, à l’Université d’Ottawa, le porte-parole, Jesse Robichaud, affirme que « le nombre total d’étudiants francophones canadiens de premier cycle et des cycles supérieurs a atteint 12 793 à l’automne 2025, soit une augmentation de 1337 par rapport à l’automne 2024. »
Ce dernier avance par ailleurs qu’en 2025 l’Université a accueilli 3116 nouvelles inscriptions d’étudiants canadiens et d’étudiants internationaux dans les programmes en français en date du 1er novembre, soit une augmentation de 269 étudiants par rapport à 2024.
Dans la même tendance, l’Université s’est engagée à rendre ses programmes et sa méthode d’apprentissage plus multidisciplinaires et expérientiels adaptés aux besoins de la population étudiante, par exemple, à l’aide de stages obligatoires et de programmes de double diplôme accéléré.
PRESCOTT-RUSSELL — Le projet de train à grande vitesse Alto entre Québec et Toronto continue de susciter une vive opposition dans l’Est ontarien alors que les inquiétudes se cristallisent au sein des Comtés unis de Prescott et Russell. Lors de la séance du conseil tenue ce mercredi, des représentants d’organismes environnementaux ont dénoncé les menaces pesant sur l’intégrité territoriale et le couvert forestier, exigeant une révision indépendante du projet.
« Nous savons que s’il y a un projet d’infrastructure majeur, cela va probablement diviser les Comtés unis. Ce seront les Comtés divisés de Prescott-Russell » : c’est par ce constat sans équivoque qu’Éric Collard, porte-parole du Sentier récréatif de Prescott-Russell, a ouvert le débat sur les conséquences sociales du tracé.
Ce à quoi Mario Zanth, président des Comtés unis, a acquiescé en reprenant les mots de l’intervenant : « J’aime bien votre formule. Ça va être les Comtés divisés de Prescott-Russell. Je pense que cela résume bien la situation, car c’est pratiquement ce à quoi cela va ressembler si ce train passe par ici. »
Pour M. Collard, l’impact ne sera pas seulement visuel, mais structurel. Le projet transformerait un « morceau de paix » et un « sentier rural où l’on voit des vaches et des arbres » en une zone industrielle protégée par des clôtures de dix pieds de haut.
Le porte-parole a rappelé la valeur du paysage actuel : « On voit des vaches, on voit des arbres, on voit des ruisseaux […] c’est vraiment la campagne », s’inquiétant de voir ce milieu sacrifié pour des bénéfices qu’il juge « minimaux » pour la région.
Éric Collard, porte-parole du Sentier récréatif de Prescott-Russell, lors de sa présentation devant les Comtés unis mercredi. Photo : Capture d’écran Internet
Cette inquiétude est exacerbée par un silence persistant de la part des promoteurs du projet. M. Collard a déploré le fait que les intervenants locaux soient « complètement dans le noir » et ne disposent d’« aucune information d’Alto ».
Cette situation est particulièrement difficile pour les organismes qui doivent continuer d’investir massivement dans la région sans garantie d’avenir, souligne-t-il : « On ne lèvera pas le pied de l’accélérateur pour obtenir ces réponses, mais en attendant, on doit continuer nos opérations business as usual. On ne peut pas arrêter de développer notre région ou d’investir dans nos projets sur de simples suppositions. ».
Un désastre écologique pour le couvert forestier
Jean Saint-Pierre, président de Boisés Est, l’Association française des propriétaires de boisés privés de l’Est de l’Ontario, a présenté un mémoire technique pour sensibiliser les élus aux enjeux environnementaux.
Il a rappelé que la couverture forestière de Prescott et Russell ne s’élève qu’à 24,8 %, un chiffre bien en deçà du seuil de 30 % recommandé et que l’arrivée du TGV Alto aggraverait cette situation de manière critique.
« Les voies seront bordées de clôtures de dix pieds de haut de chaque côté. Pour assurer la sécurité et éviter qu’un arbre ne tombe sur la voie lors d’une tempête, ils (ALTO) devront élargir le corridor. Selon nos estimations, en ajoutant une zone de dégagement de chaque côté, cela représente environ 600 acres de forêt à couper pour permettre au train de passer ». Ce déboisement massif affecterait ainsi des zones de haute valeur écologique comme la forêt Larose, la forêt Cumberland et la tourbière Mer Bleue.
« On parle trop peu des espèces en péril : la forêt Larose, véritable joyau de notre région, est un milieu très bien géré qui abrite à lui seul entre trente et quarante espèces menacées. »
« Le Plan officiel des Comtés unis a clairement identifié l’importance des corridors fauniques qui traversent notre territoire d’est en ouest et du nord au sud. Ces corridors sont essentiels pour permettre aux animaux, aux oiseaux et aux amphibiens de se déplacer, garantissant ainsi la diversité génétique de nos populations », a déclaré Jean Saint-Pierre, de l’Association française des propriétaires de boisés privés de l’Est de l’Ontario. Photo : capture d’écran Internet
Le président de Boisés Est a insisté sur le fait que la prise de décision doit intégrer la valeur monétaire des services rendus par la nature, sachant que les terrains agricoles, résidentiels tout comme les forêts perdront en valeur avec l’arrivée du TGV. Il a cité des chiffres précis : les milieux humides sont évalués à « 59 394 $ l’hectare » et les forêts rurales à « 4183 $ l’hectare ».
Selon son rapport, le projet risque de provoquer une « perte de biodiversité » et une fragmentation du « corridor faunique », tout en favorisant la propagation d’« espèces envahissantes ».
La mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie, a de son côté introduit la dimension humaine en parlant de « prescription sociale », dont elle a pris connaissance lors d’une séance de consultation menée quelques jours plus tôt. Elle s’est dite inquiète des conséquences directes de la perte d’accès aux espaces naturels sur la santé mentale et physique des résidents.
L’alternative du corridor autoroutier
Face à ce constat, les intervenants et les élus ont exhorté le gouvernement à étudier des tracés moins invasifs, notamment l’utilisation du corridor déjà existant de l’autoroute 417.
Le président de Boisés Est a fait état d’une rencontre privée et non médiatisée, tenue le lundi à l’invitation de Giovanna Mingarelli, députée fédérale de Prescott—Russell—Cumberland, au cours de laquelle l’option des corridors existants a été discutée.
« Il y a peut-être une ouverture pour utiliser les parcours routiers qui existent présentement, comme la 417. Il y a peut-être des coûts supplémentaires à passer par là, mais ce seraient des coûts moindres que de créer un circuit nouveau dans un territoire vierge. »
En conclusion de sa présentation, Jean Saint-Pierre a soumis une recommandation officielle demandant aux Comtés unis d’exiger une révision du projet par des « experts indépendants et non liés au projet ».
Continuer à mettre la pression
Le président Mario Zanth a accueilli favorablement cette recommandation, confirmant au passage le sentiment d’impuissance et de détermination des élus locaux : « On a les mêmes inquiétudes, on est dans le noir comme vous autres, et on ne lèvera pas le pied de l’accélérateur pour obtenir ces réponses. »
Ce front commun n’est pas isolé, puisqu’au cours des dernières semaines, la grande majorité des municipalités des Comtés unis a adopté une résolution s’opposant au projet dans sa mouture actuelle, emboîtant le pas à la position du Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario (EOWC).
« On va continuer à mettre la pression avec l’EOWC parce que, comme vous dites, on a des questions légitimes qui restent sans réponses et on ne peut pas laisser nos citoyens dans cette incertitude », a conclu le président Zanth.
La fin de la consultation publique menée par Alto se poursuit en ligne jusqu’à ce vendredi.
OTTAWA – En raison d’un financement insuffisant et d’une baisse du nombre d’abonnés, la chaine parlementaire se sépare de 12 collaborateurs et supprime deux émissions phares. Sa directrice décrit une situation inextricable et douloureuse qui pourrait encore se dégrader sans nouvelles sources de financement.
L’augmentation de 3 cents validée par le CRTC – qui entrera en vigueur en septembre prochain – n’aura pas suffi. Invoquant des pressions financières intenses, CPAC a pris mardi une décision radicale : abolir 12 postes, soit 15 % de son personnel, incluant des journalistes et du personnel technique – qui s’ajoutent à une première vague de suppressions de 10 % de la masse salariale en 2024.
« Leur départ forcé ne reflète en rien la qualité des personnes visées. Nos anciens collègues sont des professionnels dévoués et talentueux qui ont apporté une précieuse contribution à l’univers de la radiodiffusion et du journalisme canadiens. Nous leur sommes reconnaissants et les remercions sincèrement », a déclaré par voie de communiqué la présidente-directrice générale de la chaîne, Christa Dickenson.
Christa Dickenson, présidente-directrice générale de CPAC Photo : CPAC
La perte d’abonnés a presque doublé depuis 2024, a justifié le diffuseur ottavien, rendant caduque l’augmentation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) approuvée avec deux ans de retard.
« C’est un moment pénible, triste. C’est une décision que je n’ai pas aimé prendre mais elle était inévitable dans un contexte de consommation qui évolue aussi rapidement », a confié à ONFR Mme Dickenson qui s’est aussi résolue à rayer de la grille les deux rendez-vous quotidiens d’affaires publiques L’Essentiel (francophone) et PrimeTime Politics (anglophone).
« Ces émissions du soir étaient reconnues et importantes mais représentent une fraction de notre grille horaire, nuance la patronne de la chaine. On est renommé pour nos couvertures longues en direct (du parlement canadien, des conférences et mêlées de presse) que l’on va continuer », tempère-t-elle.
Cette couverture se poursuit donc, mais la question du financement reviendra tôt ou tard sur la table. Dans cette nouvelle configuration, CPAC pourrait en effet tenir deux à trois ans seulement.
Avec cette épée de Damoclès sur la tête, la patronne du média bilingue sans but lucratif réfléchit à la suite, esquissant « l’évolution vers un nouveau modèle découlant de la Loi C-11 » (sur la radiodiffusion) par le biais d’un nouveau fonds pour les services d’importance exceptionnelle.
Le temps presse toutefois puisque CPAC n’a pas le droit de s’appuyer sur des ressources publicitaires par exemple : « On ne peut plus attendre. J’ai parlé à l’instant avec le gouvernement fédéral pour une demande d’aide ponctuelle pour les prochains trois ans car je ne vois pas ce nouveau modèle émerger d’ici là. Ça fait 18 mois que je raconte mon histoire que ce soit au ministère du Patrimoine, des Finances, au cabinet du premier ministre… Tout le monde comprend, tout le monde est sympathique, mais je n’ai pas de réponse concrète. »
Sur le réseau social X, le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, s’est dit déçu que « le CRTC n’avance pas rapidement dans la mise en œuvre de la Loi sur la diffusion continue en ligne, afin que les plateformes en ligne contribuent équitablement ».
Et si rien ne débloque, faut-il s’attendre à de nouvelles coupes? « Tout est sur la table, soupire la PDG. On est ok pour une, deux, voire trois années, mais on a plus de marge. »
OTTAWA — Les partis politiques à Ottawa veulent entendre le prochain PDG d’Air Canada et la haute direction de l’entreprise afin d’évaluer les engagements de la nouvelle direction en matière de respect du français.
Le Comité permanent des langues officielles a adopté une motion à l’unanimité mardi soir pour convoquer le prochain PDG de l’entreprise aérienne, ainsi que le président du conseil d’administration sur le processus d’embauche.
Le comité avait précédemment lancé l’invitation à l’actuel dirigeant, Michael Rousseau, après qu’il a produit une vidéo seulement en anglais sur la tragédie à l’aéroport de LaGuardia, à New York, ayant coûté la vie à deux pilotes, dont un francophone.
Or, M. Rousseau a annoncé qu’il prendra sa retraite d’ici le mois de septembre 2026; le comité a donc annulé l’invitation pour plutôt inviter la personne qui lui succèdera. Les députés demandent aussi au président du conseil d’administration, Vagn Sørensen, de venir comparaître d’ici le 29 mai.
« Je pense qu’on est proactifs. On va pouvoir lui poser la question en amont : le prochain PDG devrait-il parler français? Est-ce que ça devrait être dans les critères d’embauche? », a mentionné un des membres libéraux du comité, Guillaume Deschênes-Thériault.
L’entreprise avait publié un communiqué à la fin mars pour annoncer le départ prochain de M. Rousseau, signalant qu’elle lançait un processus pour le remplacer. Air Canada précisait que « le Conseil examinerait un certain nombre de critères de rendement, dont la capacité de communiquer en français ».
« On espère que le conseil d’administration pourra prendre les bonnes décisions et choisir la bonne personne qui respecte les deux langues officielles pour faire en sorte qu’on puisse améliorer la relation entre le PDG et les usagers d’Air Canada », a souligné le député conservateur Joël Godin mardi, auteur de la motion présentée.
Le PDG d’Air Canada Michael Rousseau. Source : Air Canada
Michael Rousseau a créé une polémique en mars après cette vidéo unilingue anglophone, s’attirant les critiques du premier ministre Mark Carney et plus de 2460 plaintes au Commissariat aux langues officielles.
« À chaque fois qu’il y a un scandale comme ça pour M. Rousseau, les partis fédéralistes déchirent leur chemise et disent que c’est bien épouvantable et qu’il ne faut plus que ça se reproduise, mais ça se reproduit continuellement depuis 50 ans parce que c’est le système qui fait ça », a déploré de son côté le député du Bloc, Mario Beaulieu.
Ce n’est pas la première fois qu’un discours attire la controverse dans le cas de M. Rousseau. Celui de novembre 2021 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prononcé quasi exclusivement en anglais, avait attiré un nombre record de plaintes au Commissariat aux langues officielles.
Ce dernier avait promis d’apprendre le français après cet épisode il y a cinq ans, mais la compagnie a indiqué récemment qu’il n’avait pas « les capacités » de s’exprimer en français.
Alors que la province est confrontée à d’importantes inondations, la députée du Nord, France Gélinas, estime que le gouvernement doit agir beaucoup plus énergiquement pour prévenir ce type de catastrophe récurrente.
« Des barrages, des digues, des levées! » C’est ce que réclame la députée Gélinas qui a passé ces derniers jours à remplir des sacs de sable pour prêter main-forte à ses voisins les pieds dans l’eau, dans Nickel Belt. « Il ne s’agit clairement pas d’un événement isolé. Nous constatons une tendance liée à des conditions météorologiques de plus en plus instables, et la province doit réagir en conséquence. »
La crue printanière touche non seulement son comté mais aussi toute une partie de la province, du Nord jusqu’à l’Est ontarien, en passant par les régions Muskoka et Simcoe. Après Rivière des Français et Nipissing Ouest, le Grand Sudbury a déclaré mardi à son tour l’état d’urgence, fermant une vingtaine de routes à la circulation, tandis qu’Ottawa a mis à disposition de ses habitants une quinzaine de stations de remplissage de sacs de sable.
« À cause des changements climatiques, on sait qu’il va y avoir de plus en plus d’inondations. Pourquoi ne fait-on rien pour s’y préparer? interroge l’élue néo-démocrate, jointe par ONFR. Tellement peut être fait pour prévenir et nous protéger. Nous avons des endroits inhabités sur des milles et des milles. Ce serait si facile d’aménager des dérivations vers des lacs pour en faire des retenues. »
À la suite des inondations de 2019 qui avaient dévasté des zones comme celle de Bracebridge, le gouvernement avait entrepris une vaste consultation publique, sondé des experts et mis en place une stratégie pour mieux appréhender ce genre de catastrophe naturelle, de concert avec le fédéral et les municipalités, notamment en matière de prévision, d’alerte et de services d’urgence.
Mais pour Mme Gélinas, le gouvernement n’a pas retenu tous les enseignements. « Ça a peut-être aidé les gens de Bracebridge mais, dans le Nord, rien qui est fait pour nous autres. Il faut que les mesures s’appliquent à l’ensemble de l’Ontario. Les changements climatiques, ce n’est pas juste aux alentours du chalet de M. Ford que ça se passe. »
Les députés d’opposition France Gélinas et John Vanthof demandent au gouvernement de renforcer les infrastructures dans le Nord en matière de gestion des crues. Photo : Assemblée législative de l’Ontario
Elle croit que bon nombre des dégâts seront pris en charge dans le programme provincial d’aide aux sinistrés. « La province va finir par beaucoup dépenser pour remettre les choses en ordre là où un peu plus de prévention aurait coûté moins cher au final. »
Les précédentes grandes inondations ont coûté près d’un milliard de dollars en dommages assurables en 2013, autant en 2018 et 74 millions en 2019. Les inondations de 2024 ont aussi marqué les esprits.
« Des efforts importants sont actuellement déployés partout en Ontario », assure le ministère des Richesses naturelles, énonçant des « mesures concrètes » telles que « des investissements importants dans les systèmes de prévision et d’alerte, la mise à jour des directives techniques relatives à la cartographie des plaines inondables, l’amélioration de l’information du public et la toute première évaluation d’impact ».
Réduire la vitesse de l’eau, un enjeu majeur
Des précipitations supérieures à la normale, conjuguées à une fonte rapide des neiges due à des températures anormalement élevées, ont libéré une grande quantité d’eau difficilement absorbable par les sols. C’est ce qu’explique Hossein Bonakdari, professeur de la faculté de génie, à l’Université d’Ottawa.
Pour cet expert en analyse des risques liés à l’eau, il n’y a pas de réponse simple ou unique pour contrer ce type de phénomène. Il faut considérer les solutions en tenant compte de l’ensemble du système (sols, rivières et infrastructures).
« Pour réduire les débits de pointe, ralentir l’eau et augmenter les capacités de stockage, il est indispensable de redonner au territoire sa capacité naturelle à gérer l’eau. Ça passe par restaurer les milieux humides, préserver les zones d’infiltration, favoriser les chaussées perméables, limiter le ruissèlement direct… L’idée est vraiment de redonner au territoire sa capacité naturelle à réduire la vitesse de l’eau. »
Et quand la réponse naturelle ne suffit pas, en termes d’infrastructures dans certaines régions, on pourrait augmenter la capacité de régulation hydraulique des barrages existants ou encore ajouter des bassins de rétention temporaire pour mieux anticiper la fonte des neiges, propose M. Bonakdari pour qui « il faut aller à la source, en amont, si on veut résoudre les choses ».
Hossein Bonakdari, professeur de la faculté de génie, à l’Université d’Ottawa. Photo : Gracieuseté Hossein Bonakdari
Certes les données satellitaires permettent aujourd’hui de mieux détecter et prévenir les crues, mais le réchauffement climatique, ajouté à la construction moins réglementée de logements, accroît les risques.
« Les municipalités devraient changer leur réglementation et plus investir dans les rivières, estime le professeur. Les valeurs historiques qu’on utilise ne sont plus valables dans les calculs de conception. Ça demande une sérieuse mise à jour avec la réglementation. »
En attendant, à Queen’s Park, les élus continuent de mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il aide davantage ces municipalités, particulièrement en milieu rural. « Les petites entreprises du Nord, qui fonctionnent déjà avec des marges réduites, sont le pilier de nos économies locales et elles ne devraient pas avoir à supporter seules les conséquences de catastrophes répétées », estime John Vanthof, député de Timiskaming-Cochrane, autre région touchée par les inondations.
Le ministère a déployé des drones de surveillance dans les zones clés afin d’évaluer la situation et de faciliter la prise de décisions rapides. Un avis de vigilance provincial pour les régions du Sud et du Nord-Est émis par le Centre de surveillance des eaux de surface demeure en vigueur jusqu’au lundi 27 avril.
PRESCOTT ET RUSSELL – La volatilité des prix du carburant continue de fragiliser les producteurs agricoles de l’Est ontarien. Selon la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, le coût des intrants atteint un niveau record pour les producteurs en 2026. En l’absence d’un soutien direct du gouvernement, les agriculteurs s’adaptent.
« Ce n’est pas seulement à la pompe », résume Michel Dignard, producteur agricole dans la région de Prescott et Russell. « Ça nous affecte sur tous les fronts. »
Spécialisé en grande culture de maïs et de soya, mais aussi de bleuets, de framboises et d’activités apicoles, il constate que la hausse du diesel se répercute désormais bien au-delà du plein des machines.
Selon M. Dignard, également vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), le phénomène s’étend à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement : transport, pièces et alimentation animale.
Michel Dignard, vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
« Certaines compagnies n’ont même pas encore livré les semences qu’elles parlent déjà d’augmenter les frais de livraison », souligne-t-il.
Les fertilisants ont connu des hausses importantes depuis l’automne, atteignant parfois jusqu’à 500 $ la tonne. Si le prix des semences demeure relativement stable, le transport de l’engrais pèse de plus en plus lourd.
Derrière ces hausses, des facteurs internationaux fragilisent les producteurs agricoles, notamment les tensions géopolitiques et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.
Hausse de 37 % des coûts des intrants en 2026
Du côté de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, on évoque un coût record des intrants pour les producteurs en 2026.
« Les producteurs font face à une hausse moyenne de 37 % des coûts des intrants en 2026, incluant carburant, engrais et énergie », affirme Sam McDonell, directeur pour la zone 14, représentant les agriculteurs de Stormont, Glengarry, Prescott et Russell. Producteur de troisième génération, il exploite avec sa famille une ferme à l’est de Cornwall.
Selon lui, les coûts du transport continuent d’augmenter, tout comme ceux des équipements.
« Certains prix sont devenus difficiles à justifier. Certaines pièces ont énormément augmenté, parfois jusqu’à 200 %. Par exemple, un semoir que j’ai regardé l’an dernier coûtait 400 000 $, alors qu’en 2013, on en avait acheté un à 120 000 $. Il y a plus de technologie aujourd’hui, mais l’écart reste très important », déplore-t-il.
Sam McDonell, directeur de la zone 14 à la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, souligne que le coût des intrants atteint un niveau record pour les producteurs en 2026. Photo : OFA
Contrairement à d’autres secteurs, les agriculteurs ne peuvent pas absorber ces hausses en augmentant leurs prix.
« On ne peut pas augmenter nos marges. Le prix des grains est fixé par le marché, notamment à Chicago. On n’a aucun contrôle là-dessus », explique M. Dignard.
« On n’investit plus »
Dans ce contexte, chaque augmentation vient directement réduire les revenus. Ainsi, plusieurs producteurs freinent leurs investissements.
« On n’investit plus. On se limite à réparer et on reporte tous les achats d’équipement d’au moins un an », affirme Michel Dignard.
« Même les concessionnaires constatent que plusieurs agriculteurs annulent leurs achats de machines parce que les marges sont trop faibles cette année », ajoute-t-il. Selon lui, les producteurs qui n’avaient pas acheté leurs engrais à l’automne doivent maintenant absorber des hausses d’environ 40 %.
De plus, à l’approche des semis, la pression financière s’intensifie. « C’est là que le gros des dépenses arrive », dit M. Dignard.
Faute de solutions immédiates, les producteurs ajustent leurs pratiques : moins de passages dans les champs, optimisation des opérations, réduction de la consommation de carburant. « On travaille avec les universités et les entreprises agricoles pour améliorer les rendements et réduire les coûts. On utilise davantage le semis direct pour limiter le travail du sol », souligne Sam McDonell.
« Ceux qui font de la grande culture vont, par exemple, passer de trois passages à deux pour préparer le sol », précise Michel Dignard.
Les producteurs pointent aussi du doigt le peu de soutien direct. « Contrairement à d’autres pays, comme les États-Unis, il n’y a pas de compensation directe lorsque les marchés changent. Et les programmes existants sont souvent complexes et demandent beaucoup de démarches », fait observer Sam McDonell.
Il précise par ailleurs qu’il existe certains programmes en Ontario, notamment des assurances ou des partenariats pour tester de nouvelles pratiques ou équipements. Michel Dignard espère, lui, un allègement supplémentaire. Si la tendance se maintient, les effets pourraient se faire sentir davantage lors de la prochaine saison agricole, estime-t-il.
En attendant, les producteurs avancent à vue. « Chaque année, et même chaque jour, on cherche des moyens de produire plus avec moins de ressources, qu’elles soient financières, naturelles ou environnementales. C’est dans la nature des agriculteurs de trouver des solutions », conclut Sam McDonell.
SUDBURY – Au terme d’un débat tendu tenu à huis clos, le Sénat de l’Université Laurentienne a rejeté mardi après-midi une motion de censure visant la rectrice Lynn Wells et les membres du Conseil des gouverneurs.Durant la même séance, le Sénat a aussi régularisé le parcours des étudiants en sciences infirmières en reconnaissant officiellement leurs stages effectués en anglais.
La motion de non-confiance visant la rectrice et les membres du Conseil des gouverneurs découlait d’une demande formelle déposée lors de la réunion précédente de la mi-mars.
Le point de discorde reposait essentiellement sur un profond manque de confiance envers la direction à la suite d’une grève de trois semaines du corps professoral qui dénonçait les conditions salariales et les retraites.
L’annonce d’une augmentation de salaire de 11 % accordée à la rectrice lors d’une réunion à huis clos quelques mois plus tôt, alors que les professeurs soutenaient avoir pris du retard financier depuis l’insolvabilité de l’institution en 2021, a cristallisé les mécontentements.
Avant même d’aborder le fond, un débat procédural intense s’est engagé concernant la légitimité même du Sénat à traiter ce dossier. Les sénateurs Alain Simard, vice-recteur aux études par intérim, et Tammy Eger, vice-rectrice à la recherche, ont vigoureusement remis en question la recevabilité de la motion.
Celui qui animait la séance, Ernst Gerhardt, a affirmé que la confiance envers la direction est intrinsèquement liée à la capacité de l’université à mettre en œuvre sa mission éducative. Pour valider sa décision, l’actuel orateur du Sénat a invoqué la jurisprudence de l’institution, citant des précédents historiques où le Sénat a agi de la sorte : en mars 1970 contre la direction de l’époque, ainsi qu’en septembre 2022, après la crise du lundi noir.
Les sénateurs Alain Simard, vice-recteur aux études par intérim, et Tammy Eger, vice-rectrice à la recherche lors de la rencontre de mardi après-midi. Photo : capture d’écran internet
Discussion autour d’un huis-clos
La sénatrice Eger a, en effet, soulevé un point d’ordre, affirmant : « Je ne vois aucun lien clair avec les politiques académiques et éducatives de l’institution […] cette motion parle de questions de personnel et de rendement des membres du Conseil ». Selon lui, le Sénat ne constituait pas le forum approprié pour une telle discussion, celle-ci relevant de la compétence exclusive du Conseil des gouverneurs.
De son côté, le sénateur Simard a demandé à ce que la discussion se poursuive à huis clos afin de protéger la vie privée des personnes nommées.
Une fois la motion jugée recevable, le Sénat a voté à 25 contre 5 en faveur de cette proposition. Après deux heures de délibérations secrètes, la motion de non-confiance a finalement été rejetée. Aucune information n’a été fournie sur le partage des votes.
Peu importe le résultat : le Sénat n’ayant pas le pouvoir légal de licencier les dirigeants de l’université, le succès d’une motion de censure n’aurait eu qu’une valeur de protestation morale.
Dans une déclaration aux médias suivant la rencontre, le président du Conseil des gouverneurs, Jean-Pierre (Jay) Barbeau, commente le résultat du vote ainsi : « Compte tenu du choix qui s’offrait au Sénat, nous considérons qu’il s’agit d’une décision de s’unir dans un esprit de reconstruction de l’université, et nous honorerons cet engagement. Nous souhaitons sincèrement collaborer avec le Sénat, le corps professoral et tous les membres de la communauté universitaire pour poursuivre dans cette voie. »
Et d’ajouter : « Après une période très difficile, l’Université Laurentienne réalise de réels progrès. Les inscriptions sont en hausse, davantage d’étudiants francophones choisissent l’Université Laurentienne, et l’université renoue ses partenariats et renforce son rôle au sein de la communauté. »
La rectrice de l’Université Laurentienne a d’ailleurs récemment lancé une « tournée d’écoute » pour renouer le dialogue avec les enseignants et le personnel. Le bilan de mi-parcours, partagé aux médias lundi, indique que ces échanges se prolongeront tout au long du mois de mai.
Les stages en anglais désormais reconnus
Un peu plus tôt dans la journée une motion, portée par Nathalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones, visait à entériner une pratique appliquée de manière informelle depuis plusieurs années : l’octroi automatique du certificat de bilinguisme aux étudiants du Baccalauréat en sciences infirmières (BScInf).
« Le certificat est accordé aux étudiantes et étudiants du programme de sciences infirmières depuis quelques années, mais n’a jamais été approuvé formellement au Sénat », a expliqué Mme Poulin-Lehoux.
Après discussion, la motion a été adoptée avec un seul vote contre et une abstention.
La révision permet désormais de comptabiliser les stages cliniques, effectués presque exclusivement en anglais, pour satisfaire à l’exigence des 15 crédits requis dans la seconde langue officielle.
Nathalie Poulin-Lehoux a justifié cette mesure par la nécessité de garantir la sécurité des patients : « La maîtrise de l’anglais est essentielle pour assurer la sécurité des patients dans un système de santé majoritairement anglophone. » Photo : capture d’écran internet
« Sudbury, c’est une ville bilingue. On essaie d’employer des éducateurs et des éducatrices bilingues, mais la réalité de notre hôpital régional, c’est plutôt l’anglais. Je dirais que la communication avec les médecins et les infirmiers, c’est entièrement en anglais, mais on embauche des francophones aussi pour guider nos étudiants », a affirmé de son côté, la sénatrice Nicole Lafrenière, de l’École des sciences infirmières.
Elle a précisé que malgré cet encadrement francophone par l’université, les étudiants évoluent dans un univers où les politiques, la documentation et les interactions professionnelles sont « entièrement en anglais », rendant l’obtention du certificat de bilinguisme dépendante de cette immersion anglophone forcée.
Tout en appuyant la motion, Michèle Minor-Corriveau a appelé à la vigilance pour éviter qu’un programme anglophone ne réclame le certificat sous prétexte d’un contact minimal avec le français.
La question des étudiants internationaux
Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et professeures de l’Université Laurentienne (APPUL), a soulevé un point concernant la transparence envers les étudiants issus de la francophonie internationale, particulièrement ceux venus d’Afrique.
Il a rappelé que, par le passé, plusieurs arrivaient sans savoir que la pratique clinique se ferait en anglais : « Nous avions beaucoup d’étudiants internationaux qui ne savaient pas que les stages seraient donnés en anglais exclusivement. »
La sénatrice Lafrenière a répondu à cette préoccupation : « Les étudiants africains sont bel et bien au clair maintenant que les stages sont dans des endroits bilingues. »
Elle a précisé qu’ils ont maintenant des prérequis spécifiques et que de l’aide leur est offerte par le centre linguistique ou au sein de l’École des sciences infirmières.
Le Secrétaire général et secrétaire du Sénat, Serge Demers, a ajouté que le programme a modifié ses règles d’admission pour inclure l’anglais de 11e année comme prérequis afin d’assurer « qu’il y a au moins une base dans la langue ».
OTTAWA – Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) a levé mardi soir le voile sur sa saison 2026-2027. Entre chanson, humour et théâtre, plus d’une vingtaine d’artistes de multiples horizons ainsi que des voix des Premiers peuples se succéderont sur scène. Objectif : émerveiller, surprendre et rassembler autour du spectacle vivant francophone.
« Une programmation qui reflète la francophonie dans laquelle on évolue », promet Anne Gutknecht, directrice artistique du MIFO, pour la saison 2026-2027 du MIFO.
« Il ne faut pas manquer cette saison tout simplement parce que le spectacle vivant permet de vivre des émotions uniques : se laisser transporter par la musique, réfléchir à travers le théâtre, rêver avec les spectacles jeunesse. C’est une invitation à retrouver son âme d’enfant et à se laisser porter par la vision d’un artiste », affirme Anne Gutknecht.
À noter que la saison se déploiera entre le Centre des arts Shenkman et l’auditorium Béatrice-Desloges, deux lieux clés de la diffusion culturelle à Orléans.
« Concernant le futur MIFO, prévu pour l’automne 2027, les spectacles de cette saison ne s’y tiendront pas. La programmation s’arrête en mai 2027, et il faudra ensuite laisser le temps aux équipes de s’approprier le nouveau lieu. Peut-être que la saison 2027-2028 en bénéficiera partiellement, mais il est encore trop tôt pour le dire », précise la directrice artistique.
Une place de choix pour les artistes franco-ontariens
Comme chaque année, les talents franco-ontariens auront une place de choix dans cette programmation. Céleste Lévis présentera, le 4 mars 2027, Si elle, un spectacle tiré de son 5e album du même nom. Damien Robitaille sera de nouveau à Orléans, le 9 décembre, avec une version solo de son spectacle Ultraviolet.
L’artiste sudburois McLean partagera la scène le 18 novembre avec l’Acadienne Caroline Savoie, l’artiste originaire du Manitoba Flora Luna et le chanteur autochtone Shauit, lors de la 8e édition de Kaléidoscope musical. Ils seront sous la direction artistique du Fransaskois Mario Lepage (Ponteix).
« Des initiatives comme le Kaléidoscope musical jouent aussi ce rôle de tremplin, en invitant le public à découvrir des artistes qu’il n’aurait peut-être pas vus autrement. L’idée est d’amener progressivement la communauté vers plus de curiosité, et d’attirer aussi de nouveaux publics qui ne fréquentaient pas forcément le MIFO auparavant », explique Anne Gutknecht.
Dans la même veine, des artistes qui faisaient partie de la précédente édition de Kaléidoscope reviennent cette année avec leur propre spectacle. Ce sera le cas pour le Montréalais d’origine haïtienne Waahli, de même que la slameuse camerounaise Lydol.
Lydol sera en concert le 12 décembre pour présenter son album Elixir. Photo : Gracieuseté
« La saison précédente a en quelque sorte servi de terreau à celle-ci. Cela illustre bien notre volonté de faire évoluer des projets vers une reconnaissance plus large », souligne la directrice artistique.
Des grands noms et des projets rassembleurs
De grands noms seront également à l’affiche. On cite Diane Tell qui soulignera 50 ans de carrière, Marie-Élaine Thibert qui rendra hommage à Dalida avec Parlez-moi d’elle et Marc Hervieux qui plongera le public d’Orléans dans l’esprit des Fêtes avec Nostalgia Noël.
Un des coups de cœur de la saison artistique 26-27 est la 2e édition de Nikamu Mamuitun – Chansons rassembleuses, qui réunit le 7 octobre des musiciens autochtones et allochtones. Cette édition permettra au public de découvrir ou redécouvrir Mimi O’Bonsawin (Abénakise, Ontario), Sandrine Masse (Wendate, Wendake), Pako (Attikamek, Manawan), Freddy Cluney (Innu, Kawawachikamach), Willows (Métisse de la Rivière Rouge, Manitoba), Mariko (Sainte-Émilie-de-l’Énergie), Velours Velours (Sainte-Anne-des-Monts/Trois-Rivières) et Luan Larobina (Latino-Gaspésienne, Douglastown).
Théâtre : entre mémoire et identité
Révélation de Contact Ontarois avec deux distinctions, Patenteuses, sera présentée le 22 octobre. La comédie musicale signée Créations In Vivo revisite l’histoire de l’Ordre de Jacques-Cartier. L’œuvre suit quatre femmes déterminées à infiltrer une société secrète masculine pour sauver le patrimoine du Canada français.
Patenteuses, ou une histoire de mafia canadienne-française, est une création de Chloé Thériault. Photo : Melody Maloney
Le public aura aussi la chance d’assister, le 21 janvier, à la pièce de théâtre Le fantôme dans la machine, une production Duceppe. Mise en scène par Alexia Bürger, l’œuvre explore les vies que l’on n’a pas vécues et les choix qui nous définissent.
La jeunesse n’est pas en reste avec Les Voisines de la compagnie Le Gros Orteil. Présenté le 18 mars durant la semaine de relâche ontarienne, le spectacle met en scène un duo clownesque féminin, Huguette et Vana, des voisines qui partagent une cour commune et qui ont des tempéraments totalement différents.
Rire et réfléchir
La relève et les grands noms de l’humour québécois fouleront la scène orléanaise en 2026-2027. Louis-José Houde (17 septembre) et Guillaume Pineault (7 janvier) viendront roder leurs prochains spectacles respectifs pour avoir le pouls du public.
Les personnes qui aiment l’humour décalé et absurde seront servies le 24 mars avec Bon jus, le 2e spectacle d’Arnaud Soly.
Boucar Diouf propose le 15 mai un mélange habile de biologie, d’histoire et de culture afin de raconter, avec humour et sensibilité, la présence du chien et du chat dans nos vies avec Trois prédateurs et un bungalow.
Parodies, bricolage et superhéros semblent un mélange intriguant? C’est ce que l’on découvrira le 27 novembre dans Le Batshow : une nouvelle aventure de Batman en carton de l’humoriste, marionnettiste, animateur et professeur à l’École nationale de l’humour, Jérémie Larouche.
Attendue à Orléans le 8 avril, l’humoriste Silvi Tourigny promet de brûler les planches avec son premier spectacle solo, En feu! Photo : Gracieuseté
Enfin, deux humoristes féminines seront de passage à Orléans, soit Silvi Tourigny avec son premier spectacle solo qui plonge les spectateurs dans son vécu, et Maude Landry avec Trop cool, un spectacle dans lequel l’humoriste cherche à savoir pourquoi elle n’a jamais fait partie des gens cool de la société.
OTTAWA – La section locale 5335 du Syndicat canadien de la fonction publique(SCFP) et le Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO) dénoncent le plan de restructuration du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Alors que l’employeur invoque des impératifs budgétaires, le syndicat condamne une « attaque directe » contre la sécurité d’emploi du personnel de soutien, dont la quasi-totalité des postes de secrétariat perdra deux mois de travail annuel.
Le projet de restructuration prévoit la suppression de 25 postes équivalents temps plein (ETP). Cette décision affectera environ 45 travailleuses et travailleurs de l’éducation d’ici la fin de l’année scolaire.
Pour Christine Couture, présidente du SCFP 5335, la cible de ces coupes est claire : « Ces coupures constituent une attaque directe contre les travailleuses et travailleurs de première ligne qui soutiennent les élèves, les familles et les communautés scolaires jour après jour ».
Elle ajoute que « l’employeur choisit d’équilibrer son budget sur le dos de nos membres, ce qui est tout à fait inacceptable ».
Fin des contrats de 12 mois
L’un des changements les plus contestés est le passage de la quasi-totalité des postes de secrétariat d’une affectation de 12 mois à 10 mois par an. Selon le syndicat, « ce changement entraînera une baisse significative des revenus et de la sécurité d’emploi pour les travailleuses et travailleurs concernés ».
Cette mesure est quasi généralisée selon Mme Couture qui précise que la vaste majorité des établissements du CEPEO est touchée, à l’exception d’environ cinq ou six écoles seulement sur l’ensemble du territoire.
Et d’ajouter que cette transition forcera les employés à dépendre de l’assurance-emploi durant l’été, ce qui implique une semaine de carence sans salaire et une prestation limitée à 55 % de leur rémunération habituelle.
« Pour bon nombre de nos membres, il ne s’agit pas seulement d’une suppression d’emploi, mais d’une réduction majeure de leur capacité à subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille », explique-t-elle. Elle considère qu’imposer ces contrats est « un pas en arrière qui attaque la valeur de leur travail ».
De plus, cette réduction de la durée annuelle du contrat affecterait négativement le calcul de leur fonds de pension à long terme.
Inquiétude pour la rentrée
L’absence de secrétaires durant les mois de juillet et août soulève des inquiétudes quant à la préparation de la rentrée.
Traditionnellement, ce personnel assure la gestion des nouvelles inscriptions, l’archivage des dossiers et la réception des commandes de matériel. Mme Couture souligne que puisque les directions d’école sont également à 10 mois, les établissements se retrouveront sans aucune ressource administrative pendant deux mois.
Cette situation survient alors que « le conseil scolaire procédera à l’ouverture de deux nouvelles écoles en septembre prochain », un paradoxe qui « soulève des inquiétudes quant aux priorités en matière de personnel et à la répartition des ressources ».
Mme Couture note que le Conseil a un plan d’expansion prévoyant jusqu’à huit nouvelles écoles, alors que la dotation en personnel de soutien semble se limiter au minimum strict.
« Planifiée depuis 2024 »
Contactée par ONFR, l’équipe média du CEPEO confirme que ces ajustements s’inscrivent dans une « restructuration des tâches administratives lancée en juin 2024 ». Le Conseil affirme que cette démarche vise à optimiser l’efficacité des opérations pour répondre aux exigences de redevabilité financière du ministère de l’Éducation, tout en assurant que les changements se feront dans le respect des conventions collectives.
La direction du Conseil ajoute vouloir travailler en collaboration avec le syndicat pour accompagner les personnes touchées : « Notre priorité demeure le maintien d’un environnement de travail respectueux, stable et humain », a déclaré l’équipe média du CEPEO par courriel.
Appels à la mobilisation
Le syndicat appelle désormais le gouvernement provincial à « remédier au sous-financement chronique de l’éducation » et demande au Conseil d’annuler ces coupes.
« Les élèves méritent le soutien d’écoles dotées de ressources suffisantes », déclare M. Tigani.
De son côté, Mme Couture invite les parents à interpeller directement le directeur de l’éducation, Christian-Charles Bouchard, pour exprimer leur opposition.
« Notre force réside dans notre solidarité, et nous sommes prêts à nous unir pour défendre nos emplois », conclut-elle.
À peine sorti de l’hiver, revoici la saison des feux de forêt! Le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario assure que les équipes sont bien en place pour faire face aux nouvelles menaces, mais le syndicat représentant les pompiers forestiers, lui, doute clairement des atouts dont dispose le gouvernement pour protéger sa population.
Dans un climat comme le nôtre, tout est possible : le scénario le plus sombre est celui de 2021, lorsque près de 1200 incendies de forêt sévirent cette année-là. À l’inverse, l’année 2024 aura été moins intense avec moins de 500 feux. En tout, ce sont environ 90 millions d’hectares de terres à surveiller dans la province.
Un syndicat sceptique
Le vice-président de la section locale 713 de la SEFPO, le syndicat de la fonction publique, Mark Bélanger, lui-même ancien pompier forestier pendant plus de 30 ans, est perplexe…
« Quand j’ai commencé, il était tout à fait possible d’avoir des équipes de cinq personnes avec plus de 100 ans d’expérience en incendie, par équipe. Désormais, une équipe de quatre fait le même travail dangereux et exigeant avec seulement sept années d’expérience combinées. »
Pourquoi ce recul, côté expérience humaine? « Il y a des années, les conservateurs de Mike Harris (l’ex-premier ministre) ont forcé une réduction du nombre d’équipes à quatre personnes effectuant le travail de cinq personnes. En plus, des employés de longue date ayant une grande expérience des incendies ont été remplacés par des étudiants avec peu ou pas d’expérience », raconte-t-il.
Mark Bélanger, ancien pompier forestier, maintenant représentant syndical. Photo : Gracieuseté Mark Bélanger
Et les conditions de travail sur le terrain sont souvent extrêmes : « Travailler 19 jours avec seulement deux jours de repos entre les deux (périodes de travail) avec des déploiements répétés (dans des conditions) d’hygiène limitées, plus de 16 heures par jour », c’est le défi des équipes déployées sur le terrain.
Selon M. Bélanger, conserver du personnel dans cet environnement de travail réclame des conditions supérieures.
Sur le plan logistique, maintenant, le tableau est tout aussi sombre, selon le représentant syndical : « Le vrai défi concerne les avions. La flotte vieillissante de bombardiers CL-415 est difficile à maintenir » avec notamment certains avions vieux de plus de 30 ans.
« Le ministre des Ressources naturelles est heureux de reprendre les déclarations du premier ministre (Ford) selon lesquelles nous avons de nouveaux 515 en préparation, mais refuse d’admettre que la province a complètement manqué la première production de l’appareil. Ils ont tous été achetés par des pays européens… Notre accès aux nouveaux bombardiers ne se fera donc que dans environ dix ans. »
Un ministère qui se veut rassurant
Au ministère des Richesses naturelles, Evan Lizotte des Services d’incendies forestiers et d’urgence (AFFES), à Sudbury, nous assure que les équipes sont prêtes à être déployées.
Aux « 100 postes de pompiers pourvus en 2024 et 2025, (nous avons) ajouté 68 postes permanents supplémentaires au personnel d’incendie et de soutien, avant la saison des incendies de 2026. Le recrutement des pompiers forestiers pour la saison 2026 est toujours en cours et devrait être finalisé d’ici mai », explique M. Lizotte.
« En plus des 140 équipes employées chaque année par le Ministère, nous pouvons également faire appel à des sous-traitants privés pour 320 travailleurs supplémentaires, soit environ 80 équipes », ajoute-t-il.
Quant à la technologie déployée pour maîtriser les feux, le ministère assoit ses compétences sur 28 appareils, soit neuf bombardiers lourds CL-415, huit hélicoptères intermédiaires, six Twin Otters et cinq Turbo Beaver. À cela, il faut aussi ajouter, ces dernières années, une flopée de drones qui parcourent les cieux pour évaluer l’envergure des défis que représente chaque site menacé ou en flamme.
Evan Lizotte du Centre de gestion des feux de forêt de la région du Nord-Est se fait rassurant : « Nous avons apporté des changements importants à notre législation pour renforcer les mesures de prévention, d’atténuation et de gestion des feux de forêt, ainsi que pour protéger les communautés, les forêts et les industries de l’Ontario. »
Et pourquoi pas comme en Colombie-Britannique?
Pour Mark Bélanger, le représentant syndical des pompiers forestiers, « nous avons besoin d’une main-d’œuvre à temps plein et permanente, sur 12 mois par année, rémunérée comme les professionnels qu’ils sont, afin que les gens restent et deviennent partie prenante de la solution à long terme des besoins de l’Ontario. »
Il propose de s’inspirer de la Colombie-Britannique qui s’est dotée d’un personnel permanent de pompiers forestiers, alors que l’Ontario continue d’utiliser une main-d’oeuvre saisonnière sous-rémunérée, temporaire et moins expérimentée…
TORONTO – Depuis lundi dernier, la nouvelle loi redéfinissant les priorités du système éducatif ontarien demeure au cœur des discussions. Le nouveau texte, présenté par le ministre Paul Calandra, va plus loin dans l’uniformisation des méthodes d’apprentissage, jugée inégale et anxiogène par les jeunes et leurs proches.
À peine quelques jours suivant l’annonce de la réduction du temps de formation des enseignants à 1 an, le gouvernement a marqué une nouvelle étape dans sa réforme du paysage éducatif. « J’en ai entendu parler auprès des jeunes qui sont inquiets de voir quel format ces réformes vont prendre. Elles sont sorties de nulle part », confie Marie-Claude Bisson, qui préside la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) du haut de ses 17 ans.
Dans le cadre de la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves, l’Ontario comptabilisera désormais l’assiduité et la participation pour 15 % de la note finale des élèves inscrits en 9e et en 10e année et pour 10 % de ceux en 11e et 12e année. Auparavant, la participation en classe ne figurait pas dans le barème de notation d’un cours.
La présidente de la FESFO note qu’une des inquiétudes des élèves repose dans l’équivalence des systèmes scolaires francophones et anglophones « parce qu’on ne va pas se le cacher, nos systèmes scolaires sont très différents », avance-t-elle.
Marie-Claude Bisson est la 50e présidente de la FESFO. Photo : Gracieuseté
Même si la loi prévoit des exceptions pour les cas de maladies et absences justifiées, « on se demande ce qu’est une absence motivée et ce qui ne l’est pas », questionne Marie-Claude Bisson, qui redoute notamment un effet négatif sur la participation des élèves à des activités extrascolaires.
« Ces absences vont démotiver certains jeunes engagés parce qu’ils ne pourront plus autant s’impliquer dans la vie scolaire. »
Elle insiste également sur l’importance de prendre en compte la pénurie de professeurs qualifiés qui persiste actuellement dans les écoles. « Il ne faudrait pas donner une charge supplémentaire aux enseignants qui sont déjà surchargés », défend l’étudiante.
D’autre part, pour les élèves de la 9e à la 12e année, de nouveaux jours officiels d’examens obligatoires d’écriture seront désormais imposés. Cette fois-ci, la nouvelle loi entend remédier à l’hétérogénéité des « pratiques en matière d’examen telles que le format, la durée et le calcul des notes finales », indique le document.
« Il s’agit d’un très grand changement dans la mesure où ça peut stresser mes camarades qui prennent davantage de temps à écrire. Ça leur impose une nouvelle stratégie de gestion du temps », avance Marie-Claude Bisson.
Une pression académique accrue
À Toronto, Aurélie Pinard, dont la fille, Rachel, est en 10e année au Collège français, se dit favorable à ces changements, tout en restant attentive à leur mise en œuvre équitable entre les élèves.
« Pour ma fille, ça va être plutôt un avantage, mais quand je me mets à la place d’autres mamans ayant des enfants plus introvertis ou neurodivergents, je comprends que ça puisse poser des questions », dit Mme Pinard. « Pour l’assiduité, l’essentiel est de faire ses devoirs », poursuit-elle.
Elle souligne qu’il sera laborieux de dissocier la personnalité des élèves de leur performance, créant des biais dans le nouveau système d’évaluation. « Quelqu’un de très introverti qui ose participer une fois recevra une bonne note par rapport à d’habitude. »
« Il y a des jeunes qui ont du mal avec les révisions, ils ne pourront pas apprendre des leçons par cœur, mais seront capables d’utiliser leur esprit critique sur une œuvre littéraire par exemple », justifie-t-elle.
Sylvie Noutie est mère d’élèves ainsi que travailleuse sociale en milieu scolaire. Photo : Gracieuseté
Du côté de Barrie, Sylvie Noutie a deux de ses filles fréquentant l’École secondaire catholique Nouvelle-Alliance, en 7e et en 11e année.
« En tant que parent, je me demande si bonifier les méthodes d’évaluation suffit pour élever le niveau des élèves », s’enquiert la travailleuse sociale. « Il y a une augmentation de la pression académique déjà présente chez les élèves de dernier cycle qui se préoccupent de leur avenir à l’université », explique la mère de Sarah et Savanah.
Pour elle, la politique d’uniformisation des expériences d’apprentissage n’est pas une issue viable, « il faudrait plutôt adapter la méthode d’évaluation à l’individualité de chaque élève », explique la mère.
Paul Calandra, ministre de l’Éducation, a présenté une réforme de l’éducation, la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves. Trois jours plus tôt, il annonçait la réduction du temps de formation des enseignants à un an, partie intégrante de cette réforme de l’éducation. Photo : Compte officiel X de Paul Calandra
Avec son expérience de travailleuse sociale en milieu scolaire avec des élèves victimes d’intimidation, elle interprète les enjeux d’assiduité avec un certain recul.
« A-t-on pris le temps de savoir pourquoi l’élève n’est pas venu à l’école et les facteurs qui affectent son assiduité? », se demande Mme Noutie. Elle martèle que la motivation des jeunes se manifeste à condition qu’ils se sentent en sécurité et soutenus.
Des détails supplémentaires bientôt communiqués
Pour le moment, les conseils scolaires francophones, les élèves et les parents attendent de découvrir les contours que prendra cette réforme une fois en vigueur au cours de l’année scolaire 2026-2027.
Pour Marie-Claude Bisson il s’agit d’une période charnière pour l’éducation franco-ontarienne : « Je pense que ça va venir avec une pression, ça risque aussi de changer le système scolaire comme on le voit présentement. »
OTTAWA – Est-il possible pour un citoyen d’obtenir des dédommagements financiers pour une section d’un site Web sans français ou pour une affiche unilingue anglophone dans un aéroport sans jamais y mettre les pieds? Voilà deux des nombreuses questions sur lesquelles va se pencher aujourd’hui la Cour suprême dans le cadre d’une bataille juridique impliquant les aéroports et les ports canadiens contre des minorités francophones au pays.
Le plus haut tribunal au pays entendra lundi l’audience de la cause Administration de l’aéroport international de St. John’s c. Michel Thibodeau. Le Conseil des aéroports du Canada (CAC) et l’Association des administrations portuaires canadiennes qui représente 17 ports du pays sont aussi de la cause à titre d’intervenants. Le Commissariat aux langues officielles (CLO), la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador ont aussi le statut d’intervenants.
L’origine de l’affaire remonte à 2018, quand Michel Thibodeau a déposé six plaintes auprès du CLO en vertu de la Loi sur les langues officielles. Ces plaintes concernaient le fait que les communications de l’aéroport (sur les réseaux sociaux, les sites Web et certains slogans) étaient uniquement disponibles en anglais.
Après avoir obtenu gain de cause auprès du CLO, Michel Thibodeau a poursuivi l’Aéroport de St. John’s (SJIAA), lequel a été condamné par la Cour fédérale en 2022 à lui verser 5000 $ pour violation de ses droits linguistiques. Bien que la Cour d’appel fédérale ait maintenu cette décision en 2024, la Cour suprême a accepté d’entendre l’appel de l’administration aéroportuaire.
Michel Thibodeau demande à ce que la Cour suprême maintienne le jugement rendu par la Cour d’appel fédérale, précise son avocat, Nicolas Rouleau.
« Cela inclut les réparations, dont les dommages-intérêts. Il veut que tout cela soit maintenu. En fin de compte, ce qu’il veut, c’est que les aéroports arrêtent d’enfreindre les droits des francophones et qu’ils se conforment à la Loi sur les langues officielles, comme ils auraient dû le faire depuis trente ans », affirme ce dernier en entrevue.
Pas de dommages-intérêts, réclament les aéroports
Le CAC et la SJIAA contestent l’attribution de dommages-intérêts à M. Thibodeau, car ses droits personnels n’auraient pas été lésés : il n’était pas un voyageur, mais cherchait activement des infractions en ligne, étayent-ils dans leurs arguments déposés à la cour.
« Le jugement de la majorité (de la Cour d’appel) a pour effet de faire de la LLO l’unique loi ou cause d’action permettant l’octroi de dommages-intérêts même lorsque les propres droits du plaignant n’ont pas été violés », déplore l’administration de l’aéroport de St. John’s comme argument.
Plus d’une centaine d’aéroports au pays participent à ce recours via leur association nationale, le Conseil des aéroports du Canada. Photo : Canva
Elles font aussi valoir que puisque M. Thibodeau n’a pas voyagé, mais a plutôt trouvé des failles en ligne, il ne correspond pas à la définition de « voyageur » selon la Loi. Par conséquent, elles affirment qu’elles n’ont pas l’obligation d’offrir des services bilingues pour des contenus qui ne visent pas spécifiquement le public voyageur.
« Certains messages dont il est question en l’espèce, comme des vœux de la Saint-Patrick publiés sur les médias sociaux, ne se rapportent manifestement pas aux services offerts », soutient le Conseil des aéroports du Canada dans son mémoire à la Cour suprême.
Accusé de faire de l’argent avec ses droits linguistiques
Entre 2016 et 2021, l’homme a déposé 410 plaintes contre des autorités aéroportuaires et 158 contre d’autres instances fédérales, selon des documents déposés devant les tribunaux dans le passé.
Dans un autre dossier l’impliquant et l’aéroport d’Edmonton, M. Thibodeau s’était fait accuser de « trouver une façon de rentabiliser ses droits linguistiques » et les dommages et intérêts qu’il reçoit « servent une seule fonction, l’amélioration de sa situation financière ».
Son avocat Nicolas Rouleau soutient que l’un des buts de la Loi sur les langues officielles est justement « d’encourager le public canadien à se plaindre des infractions auprès du commissaire et à entamer des recours pour faire changer les choses ».
« Sans Michel Thibodeau, on serait loin en arrière concernant le droit à l’égalité des langues au Canada. Comme il le dirait lui-même : si les institutions ne veulent pas se faire poursuivre, elles n’ont qu’à respecter les droits », présente-t-il.
Le CLO soutient que la décision permettra de « dissiper toute ambiguïté et de clarifier une fois pour toutes les obligations linguistiques des autorités aéroportuaires ».
« Cette décision créera sans aucun doute un précédent qui s’appliquera non seulement aux autorités aéroportuaires, mais également à toutes les autres institutions fédérales offrant des services et des communications au public voyageur », soutient sa commissaire Kelly Burke dans une déclaration.
Une décision n’est pas attendue avant plusieurs mois dans le dossier.
SUDBURY – La Fondation franco-ontarienne (FFO) a clôturé sa 11e Soirée Saphir au Collège Boréal samedi soir. Ce rendez-vous annuel, qui s’est tenu pour la première fois dans le Nord de l’Ontario, a réuni les forces vives de la province pour souligner le leadership féminin sous le thème « Vers de nouveaux horizons ».
L’édition 2026 marquait une double commémoration avec les 40 ans de la FFO et les 30 ans du Collège Boréal. En déplaçant l’événement à Sudbury, l’organisation voulait favoriser une proximité accrue avec la communauté francophone du Nord.
Le prix Engagement communautaire a été décerné à Denise Lemire, sociologue et chercheuse active dans la francophonie depuis plus de 40 ans. Cofondatrice du Réseau socioaction des femmes francophones (RéSAFF) et du Centre Espoir Sophie à Ottawa, elle est une voix influente dans la lutte contre l’âgisme et la maltraitance des aînés.
Actuellement représentante du secteur « Aînés et retraités » au conseil d’administration de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), elle a également été nommée Citoyenne de l’année par l’ACFO Ottawa en 2023 pour son dévouement exceptionnel, notamment au Centre Pauline-Charron dont elle est l’actuelle coordonatrice.
Le prix Bâtisseuse a été décerné à Solange Fortin, figure de proue de la francophonie ontarienne. Originaire de Sault-Sainte-Marie, elle y a fondé le Centre francophone ainsi que le premier Club d’âge d’or de la région, avant de diriger la communauté lors de la crise linguistique de 1990.
La Soirée Saphir 2026 a récompensé huit lauréates d’exception, dont, de gauche à droite, Solange Fortin (Bâtisseuse), Denise Lemire (Engagement communautaire), Sonia Behilil (Professionnelle) et Joanne Gervais (Coup de cœur). Montage ONFR/Gracieuseté de la Fondation franco-ontarienne
Après avoir poursuivi son engagement dans l’Est, notamment à la direction du Centre culturel La Ste-Famille de Rockland et, durant trente ans, au sein de la Fondation franco-ontarienne, elle a vu son dévouement de plus de 40 ans récompensé par la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II en 2012.
Dans la catégorie Organisme, c’est le Centre Victoria pour femmes qui a été honoré pour ses trois décennies de services spécialisés. L’organisme de Sudbury est reconnu pour son intervention essentielle en matière de violence faite aux femmes et son déploiement à travers plusieurs points de service dans le Nord.
Figure de proue du Moyen-Nord, elle a marqué l’organisme par son leadership dans des dossiers historiques, notamment les célébrations du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien et la lutte pour une université de langue française à Sudbury.
Excellence professionnelle et leadership émergent
Le volet professionnel et entrepreneurial a également été mis en lumière. Le prix Professionnelle a été décerné à Sonia Behilil, directrice des politiques et des relations gouvernementales à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).
Reconnue pour son expertise stratégique, elle a précédemment dirigé l’ACFO-SDG à Cornwall, où elle s’est distinguée par la création du Carrefour de l’immigration Crossroad. Sa distinction souligne son rôle clé dans la mobilisation et la défense des intérêts de la communauté franco-ontarienne auprès des instances décisionnelles.
Denise Lemire, à gauche, et Sonia Behilil lors de la Soirée Saphir 2026 à Sudbury. Photo : gracieuseté de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario.
Le prix Entrepreneure a été décerné à Nathalie Savard, propriétaire du Coin du Livre, la plus ancienne librairie franco-ontarienne. Après plus de 30 ans sur le chemin Cyrville à Ottawa, l’entreprise a dû effectuer un déménagement forcé en 2025 vers le chemin Montréal en raison d’une hausse de loyer.
Mme Savard a profité de cette transition pour moderniser l’espace et renouveler son engagement envers la diffusion de la littérature francophone dans la région.
Le prix Service public a été décerné à Josette Roussel, vice-présidente associée, soins aux patients et cheffe de direction des soins infirmiers à l’Hôpital Montfort.
Forte de plus de 30 ans d’expérience, dont une partie importante au sein de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, Mme Roussel est reconnue pour son impact sur la profession à l’échelle nationale et internationale. Elle avait notamment été nommée Fellow de l’Académie canadienne des sciences infirmières témoigne de son expertise stratégique dans la gestion des soins cliniques.
Nour Harb, élève conseillère au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario et Josette Roussel, vice-présidente associée, soins aux patients et cheffe de direction des soins infirmiers à l’Hôpital Montfort. Photo : Montage ONFR/gracieuseté de la Fondation franco-ontarienne
Enfin, le prix Jeunesse a été décerné à Nour Harb, élève à l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde et élève conseillère au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Reconnue pour son leadership et sa voix engagée, elle s’est illustrée par sa passion pour la représentation étudiante et son dévouement à faire rayonner la communauté scolaire à l’échelle provinciale.
La 12e édition de la Soirée Saphir retournera dans l’Est pour s’installer à l’Université d’Ottawa en 2027.
OTTAWA – Avant le duel de dimanche au CEPSUM de Montréal, premier match à domicile de l’histoire du Supra en Première ligue canadienne (PLC), ONFR est allé à la rencontre de deux nouvelles voix francophones de l’Atlético Ottawa. D’un côté, Wes Timoteo, latéral québécois déjà bien établi dans la ligue. De l’autre, Tim Arnaud, jeune milieu qui vient de signer son premier contrat professionnel. Deux trajectoires différentes, mais une même envie de trouver leur place dans une équipe ottavienne où le français occupe une place importante.
Wes Timoteo arrive à Ottawa avec un vécu déjà solide en Première ligue canadienne. Après trois saisons à Halifax, le Québécois âgé de 26 ans s’est retrouvé sans contrat pendant l’hiver avant de voir l’Atlético, champion en titre, s’intéresser à lui. Le statut du club a compté dans sa réflexion, tout comme la proximité avec le Québec et l’identité de jeu proposée.
« C’est difficile de refuser quand ce sont les champions qui viennent te chercher », résume-t-il. « C’est une équipe proche de la maison, avec un style de jeu dans lequel je me reconnais. »
Tim Arnaud, lui, aborde un tout autre tournant. Né à Tours, arrivé au Québec à l’âge de deux ans, passé par Sainte-Eustache, Blainville puis l’académie du CF Montréal, le jeune milieu de 19 ans découvre cette saison le monde professionnel. Ottawa s’est présenté comme une suite logique après l’absence d’offre de contrat du club montréalais.
« C’est mon premier contrat professionnel, donc c’est forcément une fierté, confie-t-il. Je suis un joueur de ballon, j’aime toucher la balle, participer au jeu. Ottawa était une équipe qui pouvait me convenir. »
Le français comme repère
Pour les deux joueurs, l’adaptation au vestiaire ottavien a aussi été facilitée par un élément très concret : la place qu’y occupe le français.
Arnaud admet que l’anglais représentait l’une de ses appréhensions au moment de rejoindre la capitale fédérale. Il a rapidement constaté que plusieurs coéquipiers partageaient un parcours semblable au sien, notamment du côté de Montréal.
« Quand on pense à Ottawa, on pense souvent au côté anglophone du Canada. Finalement, beaucoup de joueurs parlent français, et ça m’a beaucoup aidé pour l’intégration », explique-t-il.
Cette diversité linguistique lui permet aussi de progresser à l’extérieur du terrain. Il dit faire des efforts pour améliorer son anglais, dans un groupe où se mêlent francophones, anglophones et hispanophones.
Même constat chez Timoteo, qui ne s’attendait pas à retrouver autant de francophones dans l’effectif.
« Quand je suis arrivé ici, je ne pensais pas qu’autant de gars parlaient français. C’est un plus, dit-il. Le groupe vit bien, tout le monde essaie de s’adapter aux autres, et ça crée un environnement très sain. »
Si le jeune Tim Arnaud attend sa première convocation officielle pour un match, l’expérimenté Wes Timoteo a connu sa première titularisation contre Calgary en fin de semaine dernière. Photo : CFC Media/Tony Lewis
Un projet de jeu qui leur correspond
Au-delà de la langue, les deux recrues se rejoignent aussi sur leur lecture du projet sportif porté par Diego Mejìa. Le style de jeu de l’Atlético, très axé sur la possession, a clairement pesé dans leur décision.
Timoteo, joueur offensif de nature, assume volontiers ce qui l’a séduit.
« J’ai toujours aimé ce style de jeu, souligne-t-il. Je préfère attaquer, même si défendre reste important. Quand on a le ballon, on passe moins de temps à subir. »
Il apprécie aussi la confiance demandée aux joueurs avec ballon et cette volonté de construire en gardant une part de créativité.
Arnaud, lui, parle davantage d’un cadre favorable à son développement. Encore au début de son parcours, il insiste sur la progression quotidienne et sur la manière dont le club accompagne les jeunes.
« Je pense d’abord à ma progression. Le coach veut qu’on tente, qu’on essaie, qu’on apprenne. Pour un jeune joueur, c’est important. »
Le milieu ajoute qu’Ottawa a aussi la réputation de donner du temps de jeu aux jeunes, un élément qui a compté dans sa réflexion avant de signer. Son objectif, à court terme, reste clair : intégrer régulièrement le groupe et saisir les occasions qui se présenteront.
De son côté, Timoteo aborde davantage cette saison avec le regard d’un joueur d’expérience, conscient de son rôle au sein d’un groupe jeune. Il veut gagner sa place, mais aussi aider l’équipe à repartir à la conquête d’un trophée.
Le Supra, entre admiration et rivalité
Le contexte du match de ce dimanche donne encore plus de relief à leurs propos. Le Supra recevra l’Atlético Ottawa pour le premier match à domicile de son histoire en PLC, dans une rencontre qui a déjà une portée symbolique pour le soccer québécois.
Arnaud suit ce projet avec intérêt. Il connaît plusieurs joueurs de l’effectif et estime que l’identité largement québécoise du club peut devenir une vraie force collective.
« Je trouve ce projet très intéressant, affirme-t-il. On voit déjà qu’il y a des automatismes, et le fait que beaucoup de joueurs se connaissent peut jouer en leur faveur. »
Timoteo tient un discours semblable, teinté d’une certaine fierté québécoise. Pour lui, l’arrivée du Supra en PLC représente une bonne nouvelle autant pour la province que pour le football canadien.
« J’ai toujours pensé qu’il y avait beaucoup de talent au Québec. Avec un club comme le Supra, c’est l’occasion de le montrer davantage, avance-t-il. C’est positif pour les jeunes joueurs québécois et pour le football canadien. »
L’admiration pour le projet ne change toutefois rien à l’objectif du week-end. Le latéral gauche s’attend à un contexte chargé, porté par l’engouement autour du premier match à domicile du Supra. L’Atlético devra répondre présent pour aller chercher sa première victoire de la saison.
« On sait qu’il y aura beaucoup d’énergie dans le stade, prévient-il. À nous de rester calmes, de rester fidèles à notre style de jeu et de répondre avec la bonne intensité. »
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
L’Ontario a l’occasion de repenser la formation des enseignants. Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a présenté le projet de loi 101, la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves. La province souhaite former des enseignants plus rapidement et plus efficacement. Cela peut être nécessaire.
De nombreux candidats à l’enseignement sont déjà hautement qualifiés avant même d’entrer dans une faculté d’éducation.
Dans mon propre enseignement à l’Université d’Ottawa, j’ai travaillé avec de futurs enseignants qui détenaient déjà un baccalauréat, une maîtrise et, dans certains cas, même un doctorat. La vraie question n’est donc pas de savoir si ces étudiants sont intelligents ou capables. Ils le sont. La vraie question est de savoir quels savoirs sont essentiels pendant la courte période dont nous disposons pour les préparer à la salle de classe.
À l’Université de l’Ontario français, le baccalauréat en éducation est actuellement offert sur quatre sessions à temps plein, avec des cours en littératie, numératie, évaluation, compétences interculturelles, contextes linguistiques minoritaires, apprentissage numérique et stages en milieu scolaire. Ce sont des domaines importants. Mais si l’Ontario s’oriente maintenant vers un modèle plus court de formation des enseignants en trois sessions, chaque élément manquant devient plus urgent.
L’un de ces éléments manquants est l’éducation autochtone
Dans la formation des enseignants en français, l’éducation autochtone est trop souvent absente, facultative ou traitée comme secondaire. Même lorsqu’elle apparaît comme option, elle entre en concurrence avec d’autres cours que les étudiants estiment devoir suivre pour travailler dans les conseils scolaires catholiques ou répondre à d’autres exigences pratiques d’emploi. Résultat : de nombreux candidats francophones à l’enseignement peuvent obtenir leur diplôme sans la compréhension approfondie des peuples autochtones dont ils et leurs futurs élèves ont besoin. C’est un problème sérieux.
Les francophones comprennent déjà quelque chose d’important au sujet de l’identité. Ils savent ce que signifie vivre entre deux mondes : le français et l’anglais, la majorité et la minorité, la langue et la survie. Mais en Ontario, pour bien enseigner, cela ne suffit plus. Les enseignants doivent aussi comprendre le monde autochtone. Les facultés d’éducation anglophones l’ont largement compris. La plupart incluent maintenant une composante obligatoire en éducation autochtone, parce qu’elles reconnaissent que les enseignants ont besoin de ces connaissances pour réussir et que leurs élèves en ont besoin pour comprendre le pays dans lequel ils vivent.
La formation des enseignants francophones ne peut pas rester en arrière
Un enseignant mal préparé n’affecte pas seulement une salle de classe. Son impact peut durer des années, façonnant la manière dont les enfants comprennent les peuples autochtones, le Canada et eux-mêmes. Les enseignants comptent parce qu’ils contribuent à former la prochaine génération, et parfois même celle d’après.
Une province ne peut pas prétendre prendre la réconciliation au sérieux si les enseignants qu’elle certifie ne sont pas tenus de comprendre les peuples autochtones. Cela compte parce que leurs élèves peuvent être Métis, Premières Nations ou Inuit. Cela compte parce que de nombreux élèves non autochtones doivent aussi apprendre la véritable histoire de ce pays. Cela compte parce que les enseignants ne préparent pas seulement les enfants à des examens. Ils les préparent à vivre au Canada.
Si un élève travaille plus tard dans le domaine de la santé sans comprendre les peuples autochtones, il risque de causer du tort. S’il travaille dans le secteur des ressources naturelles dans le Nord de l’Ontario sans comprendre les droits autochtones, il risque d’échouer. S’il entre dans la fonction publique, le droit, l’éducation ou les services sociaux sans comprendre les traités, les pensionnats, la perte des langues et la résilience autochtone, il sera mal préparé au travail que le Canada lui demandera d’accomplir.
La Commission de vérité et réconciliation n’a pas demandé que l’éducation autochtone soit une décoration. Elle a demandé un véritable changement dans ce que les Canadiens apprennent et dans la manière dont les enseignants sont formés. Cela signifie que les savoirs autochtones ne peuvent pas demeurer un ajout facultatif. Ils doivent faire partie de la fondation.
Alors que l’Ontario repense la formation des enseignants, il devrait exiger que chaque candidat à l’enseignement, y compris chaque candidat francophone, reçoive une formation sérieuse en éducation autochtone. Pas une seule conférence. Pas une semaine symbolique. Un vrai cours. Un vrai lien avec les stages lorsque cela est possible. Une véritable compréhension que les enseignants doivent enseigner aux élèves devant eux, et non simplement reproduire les lacunes de ce qu’ils n’ont eux-mêmes jamais appris. Il ne s’agit pas d’ajouter un fardeau. Il s’agit de rendre la formation des enseignants plus honnête.
Si nous raccourcissons le temps, nous devons préciser le but. Et un objectif est clair : les enseignants en Ontario doivent comprendre les peuples autochtones, non pas superficiellement, mais assez profondément pour enseigner avec respect, justesse et humilité. L’Ontario peut devenir un chef de file dans ce domaine. Il peut renforcer l’éducation francophone et l’éducation autochtone en même temps. Il peut affirmer qu’un enseignant formé pour l’Ontario doit être prêt à enseigner à tout l’Ontario : urbain, rural, nordique, francophone, anglophone et autochtone.
La question n’est pas seulement de savoir à quelle vitesse nous pouvons former des enseignants. La question est de savoir si nous avons le courage de décider ce que chaque enseignant doit vraiment savoir.
Murray Sinclair nous a tendu la main, La vérité a demandé notre action.
Nous avons dit oui à la réconciliation, Mais formons-nous vraiment ceux qui enseigneront demain?
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Jacques Martin est conseiller principal des Sénateurs d’Ottawa. Ancien entraîneur-chef de l’équipe, il demeure une figure marquante de l’organisation.
LE CONTEXTE
Les Sénateurs d’Ottawa amorcent samedi leur série de premier tour des séries éliminatoires contre les Hurricanes de la Caroline.
L’ENJEU
Après avoir retrouvé les séries, Ottawa veut maintenant montrer qu’il a franchi une étape. Pour Jacques Martin, l’expérience acquise l’an dernier et la structure mise en place cette saison peuvent aider l’équipe à mieux répondre au défi.
« Quel regard portez-vous sur la saison actuelle des Sénateurs?
Je pense qu’on a été témoins d’une très belle progression chez les Sénateurs. Le début de saison a été un peu plus difficile, mais à partir de janvier, l’équipe a joué de l’excellent hockey. Les joueurs étaient complètement engagés et le groupe d’entraîneurs a fait de l’excellent travail.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette progression?
Je dirais la structure de jeu. Il faut donner beaucoup de crédit aux entraîneurs, qui ont su établir une excellente structure avec l’équipe. Lorsqu’on n’a pas la rondelle, on voit cinq joueurs impliqués, conscients et engagés, avec le but de reprendre possession de la rondelle pour se porter à l’attaque.
Même dans l’adversité, il y a deux ou trois semaines, on a eu plusieurs défenseurs blessés en même temps. Les joueurs rappelés de Belleville ont fait du bon travail. Ça montre qu’il y a une structure et une adhésion au sein du groupe.
Comment décririez-vous l’identité actuelle de cette équipe?
Je pense que c’est un groupe qui est proche, un groupe qui a une excellente chimie, avec des vétérans qui apportent de l’expérience et de jeunes joueurs qui progressent bien. Il y a eu une belle progression durant les deux dernières années, sous la gouverne de Travis Green et de son personnel.
Les Sénateurs évoluent dans un marché où la communauté franco-ontarienne et francophone est très présente. À quel point ce lien compte-t-il dans l’identité du club?
Je pense que c’est très important pour moi, et c’est très important pour l’organisation. On travaille dans un bassin où il y a une forte présence francophone. La région de Gatineau est quand même une grande région.
Je pense que ces gens soutiennent bien les Sénateurs. Surtout dans les dernières années, avec le succès et l’évolution de l’équipe, les gens sont encouragés, les gens sont enthousiastes de voir le progrès de cette équipe. On espère un long parcours en séries cette année pour les Sénateurs.
Claude Giroux est une figure de proue de l’équipe et un joueur franco-ontarien très expérimenté. Qu’apporte-t-il à ce groupe?
Je pense que Claude apporte énormément à l’équipe, d’abord à cause de ses expériences antérieures, que ce soit avec les Flyers ou avec les Panthers. C’est un joueur polyvalent, extrêmement intelligent, qui a une très bonne lecture du jeu.
C’est un joueur qui fait de l’excellent travail sur les mises au jeu et qui est utilisé dans plusieurs situations par son entraîneur. On le voit souvent dans des missions défensives contre les meilleurs trios adverses, mais aussi dans des situations offensives importantes.
Son leadership compte aussi beaucoup, j’imagine?
Oui. C’est un joueur polyvalent, qui apporte du leadership. Je pense qu’il est très respecté de ses coéquipiers. C’est un joueur local, donc c’est important pour notre organisation. Il a connu une excellente saison.
Face à la Caroline, à quel type de séries vous attendez-vous?
Je pense que ce sera une série où chaque match va compter. C’est une équipe qui joue un style de jeu semblable au nôtre. C’est une équipe très bien équilibrée, avec quatre trios et une bonne offensive.
Peut-être que les unités spéciales peuvent être un facteur. Mais je pense aussi que la façon dont on joue de manière hermétique, la façon dont les joueurs sont engagés, peut faire une différence.
L’expérience des séries de l’an dernier peut-elle aider le groupe?
Oui, je pense que l’expérience que les joueurs ont vécue l’année dernière contre Toronto va porter fruit cette année. L’an dernier, c’était la première année que l’équipe était en séries depuis plusieurs années. Il y avait peut-être cet élément de surprise, de ne pas vraiment savoir à quoi s’attendre. Ça a pris quelques matchs avant qu’on retrouve nos repères.
Cette fois, sentez-vous Ottawa mieux préparé?
Oui. Avec l’expérience de l’an dernier et avec la saison qu’on a connue, je pense qu’on est dans une des meilleures positions pour faire face à la série contre les Hurricanes. »
OTTAWA – Chanteuse, multi-instrumentiste, conteuse et clown, Joëlle Roy explore une création ancrée dans son identité franco-ontarienne et son territoire. Originaire du Témiscamingue dans le Nord de l’Ontario et établie en Huronie, elle affirme que créer en français n’est pas un choix, mais une évidence.
« Dans votre récente chanson Le blues du Nord, il y a de la mélancolie, mais aussi de la joie. Qu’est-ce qu’elle raconte? Votre terre d’origine?
Vous êtes le deuxième à l’interpréter de cette façon-là. Je pense que ça vient du fait que je n’habite plus au Témiscamingue. Depuis l’automne dernier, je savais que j’allais aller à Sudbury pour La Nuit sur l’étang.
C’était comme une envie de réaffirmer mon appartenance au Nord, en le décrivant avec ses longs hivers, sa solitude, mais aussi sa plénitude.
C’est loin… et en même temps, quand on y est, la paix est plus profonde justement parce qu’on est un peu à l’écart de tout.
Ma chanson Le blues du Nord fait partie d’un album qui s’intitule Dans mes bras, qui sortira en septembre. En ce moment, on est en studio. Là-bas, on peut multiplier les pistes, ajouter des couches… mais ensuite, il faut réussir à recréer ça sur scène, à deux ou trois personnes.
C’est un défi, mais aussi quelque chose de très intéressant. Parce qu’au fond, une bonne chanson devrait pouvoir se tenir avec un ou deux instruments, si elle est solide.
Joëlle Roy a ouvert La Nuit sur l’étang le 21 mars 2026 avec « Viens nous voir » du groupe CANO. Crédit photo : Joël Ducharme.
Ce lien entre le Nord et la Huronie, en tant qu’artiste, comment le voyez-vous?
La Huronie, c’est vraiment le travail qui m’a amenée ici. Techniquement, on est au milieu de la province, mais par rapport à Toronto, on reste dans le Nord. On est toujours le Nord de quelque chose, finalement.
Mais la Huronie, comme c’est un peu une péninsule, on ne passe pas par ici : il faut venir ici. Ça crée une forme d’isolement qui rappelle celui du Nord.
Je m’y retrouve, quelque part. Penetanguishene, c’est un village au bord de l’eau, en pente, et c’est la même chose pour Haileybury, mon village d’origine sur le lac Témiscamingue. C’est comme si, dans mon inconscient, j’étais un peu au même endroit, ou dans une sorte de copie de chez moi.
Vous dites souvent que « mon cœur s’exprime en français ». Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
On me demande souvent pourquoi j’ai choisi d’écrire en français. Mais ce n’est pas un choix. C’est qui je suis.
Si je créais en anglais, là, ce serait une décision, un choix réfléchi pour rejoindre un certain marché. Mais créer, pour moi, c’est une extension de ce que je suis profondément.
C’est pour ça que je dis que mon cœur s’exprime en français. C’est un peu comme… je n’ai pas choisi d’être une femme.
Entre musique, conte et performance, Joëlle Roy souhaite créer un spectacle où se croisent genres, instruments et son clown, Biscuit. Crédit photo : Jill Lefaive
Mais en tant qu’artiste, il y a tout de même un travail de positionnement?
C’est vraiment l’expression qui prime. En Ontario français, plusieurs instances de diffusion, de marketing et de vente de spectacles fonctionnent en anglais et en français. Et avec l’anglicisation, les instances francophones deviennent, par la force des choses, des instances de francisation.
Comme artiste, ça amène une réflexion : est-ce que je deviens une sorte de machine de francisation, ou est-ce que je reste une artiste francophone qui travaille avec ces structures qui ont évolué avec le temps et la réalité linguistique en Ontario?
C’est là que ça devient plus délicat. Si une agence veut présenter mon travail comme un outil de francisation, je n’ai aucun problème avec ça. Si ça peut aider, j’en suis enchantée. Mais de là à m’asseoir pour créer dans le but d’aider à apprendre le français, ce n’est pas ma démarche.
Être artiste francophone en Ontario, dans la dernière décennie, est devenu plus complexe. On voit d’ailleurs de plus en plus d’artistes franco-ontariens travailler dans les deux langues, et je comprends très bien leur choix.
Mais moi, je n’ai pas envie de limiter ma création en me demandant si le français est assez accessible ou non. Pour moi, on écrit en français ou on n’écrit pas en français.
Votre doctorat en études francophones vous a apporté quoi?
J’ai fait ce doctorat à l’Université de Louisiane à Lafayette. On y étudie les francophonies hors de France.
Pour moi, comme Franco-Ontarienne, c’était fascinant d’étudier la littérature, mais surtout des réalités très diverses : l’océan Indien, la Belgique, l’Acadie… Des francophonies qui, à un moment donné, ont quitté la France, ont pris leur envol et ont développé leur propre identité. Certaines rapidement, d’autres plus lentement.
J’aime ainsi dire que j’ai fait un doctorat en identité.
Et souvent, on me demande pourquoi je ne suis pas devenue professeure, comme si j’avais raté quelque chose. Mais moi, j’ai l’impression d’avoir toujours travaillé dans mon domaine. En Ontario français, tout ce qu’on fait en français devient identitaire.
Et tout ce que j’ai appris m’a servi dans mon travail au sein de la francophonie ontarienne.
Joëlle Roy revendique une liberté totale en création : « L’idée surgit, puis on la suit là où elle s’épanouit le mieux. » Crédit photo : Nathalie Nadon
Vous n’êtes pas devenue professeure, mais clown.
(Rires) C’est ma découverte des dernières années. J’ai beaucoup travaillé le conte et le clown. Au départ, j’étais curieuse, parce que le clown est vraiment dans le moment présent. Il doit réagir, être pleinement là. Je voulais voir si j’avais encore cette capacité.
Après quelques stages, mon clown a pris forme, il a sa propre identité. Et c’est assez fréquent, en fait, d’avoir un personnage en soi qui, à l’occasion, se manifeste et fait des commentaires.
J’ai bien l’intention de l’intégrer à mes spectacles dans les prochaines années. Mon clown, Biscuit, est vraiment intéressant. Il dit des choses fortes, parce que le clown est au premier niveau, sans filtre.
C’est quelque chose que je veux continuer à explorer sur scène.
Vous êtes aussi directrice générale du Festival du Loup. Ce festival doit-il aussi se réinventer?
Absolument. Depuis la pandémie, la démographie a changé. Avant, le Festival du Loup attirait beaucoup de francophones qui venaient retrouver une francophonie plus active, plus présente, qu’ils avaient connue auparavant.
Aujourd’hui, le public est beaucoup plus francophile, plus familial. Les gens restent davantage sur place, passent la soirée. Il faut donc s’adapter, trouver de nouvelles façons de maintenir cette expérience. Et ça se fait : on a une excellente coordonnatrice qui développe différentes approches.
Le rôle principal du Festival du Loup, c’est d’associer la francophonie au plaisir. Parce qu’ici, les luttes francophones ont été très dures – notamment pour les écoles – et cela a parfois laissé l’image d’une communauté en revendication constante.
Joëlle Roy prépare son cinquième album, Dans mes bras, qui sortira en septembre. Crédit photo : Joël Ducharme
Le festival a contribué à changer ce regard. Aujourd’hui, on voit beaucoup de familles bilingues, d’anglophones et de francophiles qui veulent y participer.
Le défi, maintenant, c’est de maintenir cet élan tout en gardant le français au cœur de l’événement. C’est possible, mais c’est une ligne fine, délicate à maintenir.
Qu’en est-il de l’héritage autochtone en Huronie?
Concernant les communautés autochtones dans la région, notamment autour de l’île aux Chrétiens, je ne pourrais pas vraiment me prononcer. Les liens ne sont pas évidents, chacun évolue un peu de son côté.
Par contre, il y a un réel éveil du côté des Métis. Depuis une dizaine d’années, les gens sont de plus en plus fiers de s’identifier comme Métis, et les activités liées à cette culture se multiplient.
Dans notre communauté francophone du nord de Simcoe, une grande partie de la francophonie est d’origine métisse. C’est donc un aspect qu’on cherche à valoriser, notamment à travers le festival.
Depuis plus de 20 ans, il y a un kiosque où l’on enseigne la langue michif, la langue des Métis. Et depuis quelques années, la place de la culture métisse est encore plus visible. »
LES DATES CLÉS DE JOËLLE ROY
2009 : Doctorat en Études francophones à l’Université de la Louisiane à Lafayette
2023 : Résidence d’écriture de contes à la Maison Louis Fréchette de Lévis
2024 : Apparition de mon clown Biscuit
2025 : Ambassadrice du mois du patrimoine (Réseau du patrimoine franco-ontarien)
OTTAWA – Près de deux ans après avoir identifié l’expansion des soins primaires dans l’Ouest comme une priorité, l’Hôpital Montfort a annoncé ce vendredi l’ouverture prochaine de sa nouvelle clinique à la Maison de la francophonie. Ce projet, attendu depuis plus de vingt ans, vise à offrir un ancrage médical à 6725 francophones situés dans l’Ouest de la ville d’ici la fin de l’année 2027.
L’équipe de santé familiale communautaire Montfort de l’Ouest d’Ottawa s’établit dans un secteur où la croissance de la population francophone contraste avec la rareté des services de santé en français. Le projet voit le jour grâce à un investissement provincial annuel de 2,4 millions de dollars.
Pour Dominic Giroux, président-directeur général de l’Hôpital Montfort, cette expansion répond à un engagement institutionnel clair. En entrevue avec ONFR, il explique qu’« ouvrir des services de première ligne en français dans l’Ouest d’Ottawa est un des résultats à atteindre dans le cadre de notre Plan stratégique 2024-2028 ».
Le dirigeant a précisé que la consultation communautaire tenue à la Maison de la francophonie en 2024 avait été celle ayant attiré le plus grand nombre de participants.
Ce fait représente selon lui un « témoignage sans équivoque du besoin criant pour des soins primaires en français dans l’Ouest », une zone qui compte une trentaine d’écoles de langue française, mais aucune infrastructure de santé de ce type jusqu’à présent.
« Lorsque la Maison de la francophonie a été planifiée et a ouvert ses portes en 2020, l’intention était toujours de pouvoir y aménager des services de soins primaires en français », précise-t-il.
Linda Savard, présidente du conseil d’administration de la Coopérative multiservice francophone de l’Ouest d’Ottawa (CMFO) et Dominic Giroux, PDG de Montfort. Photo : Gracieuseté de Montfort
Un recrutement déjà amorcé
Sur la question cruciale de la main-d’œuvre, l’équipe sera composée d’une quinzaine de personnes. Dominic Giroux a détaillé la composition de ce groupe en précisant qu’il y aura environ quatre médecins et environ 11 professionnels de la santé et personnel administratif y compris personnel infirmier praticien.
Le recrutement est désormais officiellement amorcé et le processus pour le poste de direction générale a également été lancé. Le PDG se montre particulièrement optimiste quant à la capacité de l’organisation à pourvoir ces postes.
Il a révélé que depuis le lancement du plan stratégique en novembre 2024, « il y avait déjà un certain intérêt de membres du corps médical, d’autres professionnels de la santé qui étaient intéressés à venir travailler ici dans l’Ouest ».
Cette anticipation semble porter ses fruits puisque l’hôpital finalise actuellement le plan de mise en œuvre technique avec une équipe de départ déjà motivée.
Quatre conditions gagnantes
Dominic Giroux attribue la réussite de ce lancement à la réunion de quatre conditions gagnantes indispensables. « Si même une de ces quatre conditions gagnantes là n’était pas en place, on n’aurait pas pu lancer la nouvelle équipe », a-t-il confié.
Ces piliers sont l’accès à un lieu rassembleur comme la Maison de la francophonie, l’appui indéfectible du CEPEO au niveau des infrastructures, la priorité stratégique de Montfort et l’existence d’une stratégie provinciale pour financer l’expansion des soins de santé primaires.
Le PDG affirme que cet alignement fait en sorte que « le rêve d’avoir des services de santé en français dans l’Ouest d’Ottawa soit une réalité ».
Linda Savard, présidente du conseil d’administration de la CMFO, a également souligné l’importance de cette intégration en affirmant que « l’ajout de soins primaires aux services offerts à la Maison vient répondre aux besoins de notre communauté francophone en croissance ».
De son côté, Jacinthe Marcil, présidente du CEPEO, voit en ce projet un « jalon historique » et assure que son organisation fera tout pour « assurer le succès de cette initiative transformatrice pour la francophonie ».
Une ouverture avant décembre 2027?
L’accès à la clinique sera toutefois encadré afin de ne pas submerger les services dès l’ouverture. Dominic Giroux insiste sur le fait que le public ne doit pas contacter l’hôpital directement.
« Ce que nous encourageons le public à faire, c’est de s’inscrire au programme Accès Soins qui est la liste du ministère de la Santé », précisant que le focus sera de desservir la clientèle francophone de l’Ouest qui n’est pas présentement desservie.
Une fois lancée, la clinique se trouvera dans le « même contexte que toutes les autres équipes de santé familiale communautaire à travers la province qui doivent gérer leurs opérations avec les fonds qui sont dévolus par la province ».
Bien que l’objectif final de prise en charge soit fixé au 31 décembre 2027, la date précise d’ouverture officielle sera confirmée dans les prochaines semaines.
Défenseure centrale de l’équipe nationale canadienne, Vanessa Gilles fait partie des cadres de la sélection. Présente au Brésil avec le Canada pour les Séries FIFA 2026, un tournoi à quatre équipes incluant la Zambie, la Corée du Sud et le pays hôte, la Franco-Ontarienne sort d’un match marquant contre la Corée, au cours duquel elle a inscrit le premier doublé de sa carrière internationale.
LE CONTEXTE :
Après une deuxième moitié de 2025 difficile, la sélection canadienne semble avoir retrouvé un nouvel élan en 2026. Cette progression s’est d’abord appuyée sur une solidité défensive retrouvée lors de la Coupe SheBelieves, où le Canada a terminé deuxième après une victoire contre la Colombie, une défaite face aux États-Unis et une nulle contre l’Argentine. Au Brésil, les Canadiennes semblent désormais y ajouter un renouveau offensif, illustré par deux victoires convaincantes contre la Zambie puis face à la Corée du Sud, malgré une infériorité numérique lors de cette deuxième rencontre.
L’ENJEU :
À la veille d’un affrontement face au Brésil, l’Ottavienne revient sur le renouveau observé chez les Canadiennes, sur l’importance du retour de Cloé Lacasse, sur les progrès permis par la Super Ligue du Nord, ainsi que sur les clés d’un match qui s’annonce aussi physique qu’intense.
« La dynamique depuis 2026, c’est quand même bien mieux par rapport à la deuxième moitié de 2025. Comment jugez-vous cette année jusqu’à présent?
Gagner, ça aide. La fin de 2025 était compliquée et, quand les défaites s’enchaînent, c’est facile d’entrer dans le doute, individuellement comme collectivement. On a eu du temps entre les camps pour débriefer, voir ce qu’il fallait changer et ce qu’il fallait garder. Le gros changement, ça a été l’engagement de tout le monde à vouloir transformer la dynamique, mais aussi les performances, sur le terrain comme en dehors. Niveau culture, que ce soit les joueuses et le staff, tout le monde a pris une charge en plus. On l’a senti dès la première journée. Ce n’est pas facile, mais quand tout un collectif veut changer, veut gagner, ça change.
Qu’est-ce qui a changé concrètement dans ce groupe canadien?
Je pense que l’énergie a été contagieuse. Les joueuses, le staff, tout le monde a vraiment voulu repartir sur autre chose. Il y avait une vraie volonté de commencer 2026 avec une nouvelle dynamique et ça s’est ressenti très vite.
Comment analysez-vous vos deux premiers matchs dans ce tournoi?
Il y a eu beaucoup de positif, mais aussi beaucoup d’enseignements. Le but de ce tournoi, c’est justement d’avoir trois matchs très différents, contre trois adversaires de trois continents différents. Contre la Zambie et la Corée du Sud, on a déjà eu deux images différentes, et le Brésil sera encore un autre défi. Ça nous met directement dans une forme de contexte Coupe du monde, avec peu de temps pour s’adapter. C’est bien pour une équipe qui a des joueuses expérimentées, mais aussi beaucoup de jeunes. On a eu deux victoires dont un match avec un carton rouge. Il y a du positif, mais on sait aussi que tout n’a pas été parfait.
Vous avez signé contre la Corée du Sud le premier doublé de votre carrière en sélection. Quel sentiment en retirez-vous?
Surtout de la satisfaction d’avoir gagné. À la mi-temps, quand on est rentrées à 1-1 avec une joueuse en moins, le message était clair : l’objectif ne change pas. On voulait gagner ce match, on veut gagner ce tournoi. Les coups de pied arrêtés, on sait que c’est une de nos forces. C’est quelque chose qu’on travaille beaucoup à l’entraînement et sur lequel on met beaucoup de fierté collectivement. Donc marquer comme ça, évidemment, ça fait du bien.
Quel regard portez-vous sur le retour de Cloé Lacasse?
Ça fait énormément de bien à tout le monde. Sur le terrain déjà, son dynamisme apporte beaucoup au collectif. C’est une joueuse capable de rentrer dans l’axe, de frapper, de combiner, mais aussi d’aller le long de la ligne et d’apporter des ballons aux attaquantes. C’est vraiment un atout dans n’importe quelle équipe. Et hors du terrain, c’est une personne incroyable. Elle apporte beaucoup d’humour, beaucoup de calme aussi. C’est une vraie leader. C’est vraiment une bonne personne à avoir dans l’équipe.
La Super Ligue du Nord a déjà permis à plusieurs joueuses de se montrer et même d’atteindre la sélection. Est-ce un signal très prometteur pour l’avenir?
Oui, énormément. C’est exactement ce dont on a besoin, et ce dont on aura besoin dans les prochaines années pour l’équipe nationale. Quand on voit des joueuses comme DB (Pridham), Kaylee Hunter, Holly Ward ou Emma Regan arriver en sélection après avoir accumulé des minutes dans cette ligue, on voit tout de suite l’intérêt. C’est un pipeline qu’on n’avait pas auparavant. Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles une ligue comme celle-là est importante, mais celle-ci en est clairement une grande.
À quoi vous attendez-vous contre le Brésil? Quelles seront les clés?
Le Brésil, c’est toujours un match à la fois amusant et frustrant. C’est une équipe très physique, qui joue d’une manière assez atypique, avec du un contre un sur presque tout le terrain. C’est une équipe qui joue avec énormément de cœur, énormément de passion, qui va vite vers l’avant et qui défend très fort. Les clés, ce sera vraiment la discipline et le calme, avec et sans ballon. Il faudra répondre dans les duels, dans l’intensité, dans le jeu d’appui aussi. Jouer au Brésil, dans la chaleur, chez elles, ce sera forcément un gros défi.
Et les coups de pied arrêtés peuvent-ils encore faire la différence?
Comme dans tous les matchs, ça va être une clé pour nous, autant défensivement qu’offensivement. On a déjà eu du succès contre le Brésil dans ce contexte-là par le passé, donc on espère encore pouvoir s’appuyer là-dessus. »
Si les conseils scolaires voient d’un bon œil le respect de l’indépendance du système de langue française par la nouvelle réforme de l’éducation, des zones d’ombre persistent, notamment la survie des deux organisations qui représentent les conseils scolaires francophones à l’échelle provinciale.
Le dépôt du projet de loi 101 (Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves), ce lundi 13 avril, réformant le système éducatif, semble plus indulgent envers le système de langue française.
Le plafonnement à 12 élus par conseil scolaire est sans conséquence pour les Franco-Ontariens, qui ne se voient pas non plus imposer de nouveaux rôles exécutifs à leurs organigrammes contrairement aux conseils anglophones.
« On apprécie qu’il (le ministre Calandra) ait reconnu nos droits auprès de la constitution. Le maintien actuel semble favoriser une stabilité, ce qui est important à nos yeux », commente Roger Demers, le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).
« Je ne voulais pas me lancer dans des contestations constitutionnelles avec le système catholique, ni dans des batailles liées à la Charte avec le système francophone. »
— Paul Calandra, ministre de l’Éducation
L’AFOCSC s’est également réjouie de la reconnaissance de la qualité des résultats obtenus par les élèves des conseils scolaires francophones.
En conférence de presse ce début de semaine, le ministre de l’Éducation n’a pas tari d’éloges sur ces derniers : « les résultats que nous observons dans nos conseils scolaires de langue française dépassent de loin ceux de nos conseils publics (anglophones). Nous voulons donc assurer ce niveau de cohérence (chez les anglophones). »
Ce, avant de préciser qu’il n’a jamais eu aucune intention de s’engager dans des « contestations constitutionnelles » liées à la Charte avec le système catholique et avec le système de langue française.
Dans une communication officielle, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO) a elle aussi salué le respect des protections constitutionnelles quant au droit de gestion des institutions scolaires des francophones, de même que le renforcement de la surveillance budgétaire générale.
Des zones d’ombre persistent
Cependant l’ACEPO considère que les restrictions de certaines dépenses discrétionnaires sont contraires au « renforcement des compétences des élus » qui constitue « un levier essentiel à une gouvernance efficace et responsable ».
Le conseil scolaire Viamonde avait d’ailleurs confié à ONFR que la revalorisation du rôle de conseiller scolaire, de même qu’une participation parentale active aux élections, permettrait d’assurer un meilleur renouvellement des élus et d’assainir la gouvernance.
« L’ACÉPO s’inquiète également de l’élargissement proposé des pouvoirs réglementaires du ministre de l’Éducation en matière de projets d’immobilisation scolaire », peut-on également lire.
« L’association demeure convaincue que les décisions finales doivent relever des conseils scolaires (…) pour tenir compte des réalités propres à leurs communautés et à leur territoire, ainsi que de la demande croissante pour l’éducation publique de langue française. »
Une inquiétude partagée par son pendant catholique qui craint que cela ne compromette « l’autonomie de gestion des conseils scolaires catholiques confrontés à l’explosion de la demande en infrastructures liée à la démographique croissante des communautés locales francophones. »
Pour Roger Demers, le président de l’AFOCSC, ce qui a été annoncé soulève beaucoup de questions qui demandent des réponses, « car nous n’avons pas encore beaucoup de détails ni de précisions ».
« On parle de rétributions plafonnées à 10 000 dollars, mais les élus francophones en sont loin. Les frais semblent correspondre à ce qu’on applique déjà, mais à force de couper, les gens risquent de devoir payer de leur poche et ne pas être attirés par la fonction », prévient celui-ci.
Quel avenir pour les associations telles que l’ACEPO et l’AFOCSC?
Parmi les dépenses à limiter, le projet de loi 101 y inclut « des cotisations à des associations de conseillers scolaires ».
En tant que l’une des deux associations de conseils scolaires francophones, c’est un des aspects qui inquiète le plus l’AFOCSC : « Peut-on continuer à contribuer tel qu’on le fait? On ne le sait pas », dit M. Demers.
Si les conseils ne peuvent plus payer leurs cotisations à l’ACÉPO/AFOCSC, ces organismes pourraient tout simplement disparaître, laissant les francophones sans voix unifiée face au gouvernement.
En parallèle, l’ACEPO a commenté la dissolution de la Commission des langues d’enseignement de l’Ontario (CLEO), une instance inactive depuis 1997.
« Elle demeure un mécanisme indépendant prévu pour la protection des droits des minorités linguistiques en matière de langue d’enseignement. Le transfert de ses fonctions directement au ministre de l’Éducation pourrait entraîner une fragilisation des droits de gestion des francophones. »
Le ministère de l’Éducation stipulait pourtant dans un document officiel que la dissolution de la Commission des langues d’enseignement de l’Ontario était une demande des communautés francophones.
Dans des communications officielles, les deux représentants francophones ont tous deux fait valoir leur volonté de rencontrer le ministre de l’Éducation dans une démarche constructive sur la gouvernance scolaire.
Le train Northlander qui doit reprendre du service, après une quinzaine d’années d’interruption, se fait toujours attendre dans le Nord de l’Ontario. Il doit être officiellement remis sur ses rails cette année, mais les tests techniques se poursuivent toujours, avertit l’organisme gouvernemental Ontario Northland.
L’itinéraire du futur train Northlander s’étendra sur environ 750 kilomètres et reliera le centre-ville de Toronto à un chapelet de villes du nord-est de l’Ontario. Le train effectuera 14 arrêts entre la gare Union de Toronto et la ville de Timmins, en passant par Huntsville et North Bay, entre autres, avec une correspondance vers Cochrane, depuis Timmins. Pour le moment, sa date de remise en service demeure un mystère et la Commission de transport Ontario Northland se limite à annoncer qu’elle met actuellement l’accent sur des essais techniques.
Une population qui attend avec impatience
Selon Jacinthe Rivard, anciennement de l’Agence fédérale de développement économique pour le Nord, et résidente de New Liskeard, le nouveau train est attendu avec impatience par la population locale. Il viendra apporter une solution de rechange à la fameuse route 11, maintes fois fermée cet hiver encore, à cause d’accidents routiers ou d’aléas météorologiques. « C’est très soulageant pour plusieurs personnes d’avoir une autre option; donc les gens reçoivent la nouvelle chaleureusement. » Avec une population vieillissante dans le Nord, nul doute que les citoyens apprécieront ce lien sécuritaire pour les rendez-vous médicaux, notamment, pense-t-elle. Elle croit aussi que les touristes profiteront de ce nouveau mode de transport pour découvrir la région.
Jacinthe Rivard enseignante à New Liskeard Photo : Gracieuseté
L’éleveur de bétail et homme d’affaires Pierre Bélanger d’Earlton avoue, lui, qu’il était d’abord très sceptique lorsqu’il a appris la nouvelle concernant un retour de ce lien ferroviaire. Il doutait de l’achalandage et de la fidélité des usagers pour ce genre de transport dans une zone si peu peuplée, mais devant l’engouement populaire qu’il observe dans les médias sociaux, il se surprend à croire que cela pourrait fonctionner. Il était lui-même un utilisateur assidu du train, dit-il, à une autre époque, lorsqu’il était en service.
« Je crois que les temps ont changé et qu’il y a un retour possible des voyages par rail. » Mais il reconnaît aussi les désavantages : des horaires fixes à respecter et des itinéraires non flexibles, qui rendent l’automobile si attrayante. Il apprécie cependant la fourchette de tarifs offerts et pense que pour des villes comme Kirkland Lake où près de 30 % de la population est composée de travailleurs de l’extérieur, le train offrira un moyen de transport pour la main-d’œuvre, qui devrait être apprécié.
Pierre Bélanger, fondateur et propriétaire de Bison du Nord Photo : Gracieuseté
L’entrepreneur général Gilles Huard de Matheson confirme que sa petite ville de près de 2500 résidents attend avec ferveur l’arrivée du train. Les chemins du coin étant souvent mal déblayés, l’hiver, et les habitants du village craignant parfois de s’aventurer dans une grande ville comme Toronto qu’ils connaissent mal, nul doute que le train offrira une alternative rassurante, pense-t-il.
Aucune date d’inauguration divulguée
Le parcours complet, de la première à la 16e escale, devrait durer 10 heures et 40 minutes. Le service fonctionnera de quatre à sept jours par semaine, selon la saison. Sans révéler de date ferme de remise en service, la compagnie de transport affirme qu’à « l’heure actuelle, nous réalisons des travaux dans de nombreux domaines pour préparer le futur service. Nous mettons notamment l’accent sur la conception et les études techniques détaillées, l’évaluation environnementale, les consultations auprès des communautés autochtones et des municipalités de même que l’approvisionnement. »
Si les rumeurs semblaient nous mener à ce printemps pour l’inauguration du nouveau train, on entend de plus en plus de gens qui croient qu’il faudra probablement attendre à cet automne, avant d’emprunter la nouvelle voie ferrée.
OTTAWA – Comme plusieurs avant eux, Anne Hamels, à la direction artistique du Festival Théâtre Action en milieu scolaire (FTAMS), et Alex Tétreault, coporte-parole, ont découvert le théâtre grâce à cet événement alors qu’ils étaient encore élèves. Des années plus tard, ils y reviennent pour inspirer la relève.
Pour sa 28e édition, le festival rassemble, du 16 au 18 avril à Ottawa, 423 élèves, accompagnés d’une trentaine d’enseignants, venus des quatre coins de l’Ontario, de Windsor à Sudbury, en passant par Kingston, Cambridge, Pembroke et Ottawa. Pendant trois jours, ces jeunes francophones participent à des ateliers, présentent des pièces de théâtre et en découvrent d’autres, autour d’une même passion : le théâtre.
À la direction artistique, Anne Hamels garde un cap clair. « Qu’est-ce que ces jeunes ont envie de vivre, ont besoin de vivre pour comprendre que faire du théâtre en français, c’est possible, c’est vivant? On est là pour les inspirer, pour leur offrir un espace de création et de célébration », affirme Anne Hamels.
Ancien participant, Anne connaît bien la portée du festival. « Je me remets toujours dans la peau des jeunes. J’ai vécu ce festival pendant quatre ans au secondaire. Aujourd’hui, je veux leur offrir cette même chance : vivre un moment marquant, dans un festival coloré et inspirant », fait remarquer Anne Hamels.
Anne Hamels, direction artistique du FTAMS : « Je veux transmettre aux jeunes que c’est possible de faire carrière dans ce domaine. » Photo : Amine Harmach/ONFR
Une génération qui se transmet le flambeau
Même trajectoire pour Alex Tétreault. Le créateur originaire de Sudbury en est à son 15e FTAMS. Il y a participé comme élève, puis comme étudiant en théâtre à l’Université Laurentienne, avant d’y revenir comme artiste professionnel et coporte-parole.
« Honnêtement, sans ce festival, je ne serais probablement pas artiste aujourd’hui. Il m’a accompagné tout au long de mon parcours. Aujourd’hui, j’ai la chance de transmettre à mon tour, en donnant des ateliers aux élèves. »
Pour lui, l’événement dépasse largement le cadre scolaire. « Des centaines de jeunes de partout en province passent trois jours ensemble à partager leur passion, à créer des liens entre les régions. C’est extrêmement formateur, et même crucial pour la santé du théâtre franco-ontarien. »
« La tête dans les étoiles »
Cette année, le festival se déroule sous le thème « La tête dans les étoiles », une idée directement inspirée des élèves.
« Ils nous ont parlé d’Hollywood, d’espace, d’extraterrestres. On a extrapolé vers cette image des étoiles, des constellations, de la poussière d’étoiles. Chaque élève est une étoile, et ensemble, ils créent quelque chose de beau », explique Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action.
Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action, souligne que le festival rassemble des élèves de tous horizons autour d’une francophonie plurielle, vécue à travers l’art. Photo : Amine Harmach/ONFR
Derrière les projecteurs, l’organisation est colossale. Le FTAMS ne se prépare pas en quelques semaines.
« C’est un projet à l’année. Dès que le festival se termine, on commence déjà le suivant : les thèmes, les inscriptions, les porte-parole », souligne Benoît Roy.
Après trois années comme coporte-paroles, Alex Tétreault (Sudbury) et Bianca Heuvelmans (Toronto) passeront le relais à une nouvelle cohorte d’artistes, comme l’ont fait avant eux des figures telles que Stef Paquette, Vincent Poirier ou Geneviève Cholette.
« On fait une rotation des porte-parole pour renouveler l’image du festival et donner la chance à d’autres artistes. Ça permet aussi une certaine découvrabilité : les élèves voient ces artistes sur scène, puis les retrouvent ensuite dans leurs écoles. Ça crée des modèles accessibles pour eux », ajoute-t-il.
L’organisme joue aussi un rôle clé en amont, en envoyant des artistes mentors dans les écoles pour accompagner les élèves dans leurs créations.
« Chaque spectacle présenté ici a été appuyé par un artiste francophone de l’Ontario. C’est un travail de fond, qui demande une équipe solide et un engagement constant. »
Un levier pour la francophonie
Au-delà du théâtre, le FTAMS s’impose comme un espace de transmission pour la francophonie ontarienne.
« Pendant trois jours, les jeunes vivent en français autour d’une passion commune. Ils rencontrent des modèles, développent un sentiment de fierté », souligne Benoît Roy.
À la fin du festival, les élèves repartent avec bien plus qu’une expérience artistique.
« Ils réalisent qu’il y a d’autres jeunes, à Kingston, Sudbury ou Windsor, qui partagent la même passion. Et les artistes qu’ils rencontrent ici retournent ensuite dans leurs écoles. Il y a une continuité, un lien concret », conclut-il.
TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario s’apprête à déposer un texte législatif qui exigera que la personne occupant le poste d’ombudsman maîtrise le français et l’anglais, en pleine période de recrutement du successeur de Paul Dubé.
Le texte soumis au parlement ontarien – et dont l’adoption ne fait que peu de doute – modifierait la Loi sur l’Ombudsman pour en faire un poste obligatoirement bilingue.
L’Ombudsman de l’Ontario est un organisme indépendant qui instruit des plaintes et mène des enquêtes sur les services du gouvernement afin de corriger les erreurs et injustices administratives, incluant celles liées aux services en français, par l’intermédiaire du Commissariat aux services en français.
Si dans les faits l’ombudsman sortant, Paul Dubé – en poste depuis dix ans – et son prédécesseur André Marin, maitrisaient les deux langues officielles, aucune règle n’obligeait jusqu’ici à ce que ce soit le cas. Cet état de fait a perduré après l’abolition du poste de commissaire indépendant aux services en français en 2019, un poste passé par la suite sous la gouvernance de l’ombudsman.
Pour le gouvernement, il s’agit donc d’officialiser et garantir une pratique existante, implicite.
« Exiger que l’ombudsman soit bilingue est une mesure pratique et nécessaire pour favoriser une communication claire, une prise de décisions éclairée et une prestation de services efficace pour nos communautés francophones », selon la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney, qui répond ainsi à une revendication formulée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) depuis 2019.
« En inscrivant cette exigence dans la loi, nous nous assurons que l’Ombudsman possède les compétences linguistiques nécessaires pour offrir un leadership crédible et une surveillance efficace des droits en matière de services en français », ajoute la ministre.
« Une avancée concrète » saluée par l’AFO
« C’est une avancée concrète et attendue pour la francophonie ontarienne », salue Fabien Hébert. Le président de l’AFO estime que ce projet de loi va corriger une anomalie : celle d’avoir un bureau à l’intérieur de l’Ombudsman avec des exigences bilingues (le commissariat aux services en français) et pas l’ombudsman lui-même : « Il y avait une incohérence à ce niveau-là qu’il fallait régler. »
Pour la ministre de la Réduction des formalités administratives, Andrea Khanjin, qui déposera le projet dans les prochains jours en chambre législative, il s’agit d’éliminer « des obstacles linguistiques inutiles dans notre système de surveillance. Cela permet un processus plus simplifié et plus transparent, qui répond mieux aux besoins des quelque 650 000 francophones de la province. »
Depuis le 1er avril, c’est Barbara Finlay, ombudsman adjointe au cours des 20 dernières années, qui assume le rôle d’ombudsman par intérim, en attendant la nomination du successeur de Paul Dubé.
La porte-parole de l’opposition aux Affaires francophones, France Gélinas, s’attend fermement à ce que le candidat retenu soit bilingue, bien que le poste affiché n’indiquait pas une telle obligation linguistique. « J’espère que le comité de recrutement ira de façon rétroactive, c’est tout ce qui m’importe. C’est une interrogation qui demeure », réagit la députée néo-démocrate de Nickel Belt.
Déposer un projet de loi après la période de mise en candidature démontre selon elle que « le français n’est jamais une priorité pour ce gouvernement. C’est un autre exemple qui démontre qu’il (le gouvernement) ne pense pas au français au bon moment, quand il faut. »
Et si elle se réjouit d’avoir « la certitude que dans le futur que ce poste sera bilingue », l’élue du Nord continue de marteler que cela n’enlève rien à la « nécessité d’avoir un commissaire aux services francais indépendant ».
Prochain ombudsman : « Si la personne choisie est unilingue, il faudra s’opposer »
— Lucille Collard, porte-parole libérale aux Affaires francophones
Durant le processus de nomination, le journal Le Droit avait révélé le mois dernier que parler français était considéré dans l’offre d’emploi comme un atout et non un requis. La porte-parole libérale aux affaires francophones, Lucille Collard, avait alors écrit une lettre à la présidente de l’Assemblée législative afin que le processus inclus une exigence de bilinguisme.
« C’est une nouvelle bienvenue qui correspond à ce l’on demandait et qui correspond à une promesse faite par la ministre Mulroney », se satisfait Mme Collard qui ne veut pas voir de « gap » dans l’application de la loi. « Si la personne choisie est unilingue, il faudra s’opposer. On se sentira obligé de la contester », conclut-elle, rappelant que la nomination devra être approuvée en chambre, une fois que le comité de recrutement aura fait son travail.
La francophonie ontarienne perd l’un de ses défenseurs les plus constants. Gérard Lévesque, avocat, chroniqueur et militant de longue date pour les droits des francophones, est décédé le 13 avril à Toronto, des suites d’un cancer du pancréas. Il allait avoir 80 ans. Figure bien connue de plusieurs milieux franco-ontariens, il laisse derrière lui un parcours marqué par le droit, l’engagement communautaire et la prise de parole publique.
Au fil des décennies, Gérard Lévesque s’est imposé comme un acteur important des luttes linguistiques au pays. Son nom reste associé aux combats menés pour les droits scolaires et institutionnels des francophones, en particulier en Ontario, mais aussi en Alberta. Son implication s’est traduite par des responsabilités concrètes au sein d’organismes majeurs de la francophonie.
Il a dirigé l’ACFO provinciale, devenue depuis l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, de 1978 à 1981. Quelques années plus tard, il a aussi occupé la direction générale de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, de 1991 à 2001. Ces fonctions témoignent de la place qu’il occupait dans les réseaux francophones, à une époque où plusieurs acquis restaient encore fragiles ou à consolider.
À l’annonce de sa disparition, le président de l’AFO, Fabien Hébert, a salué « un grand défenseur, un homme de conviction et une voix profondément respectée ». Il a ajouté que Gérard Lévesque avait consacré « une part importante de sa vie à faire avancer les droits des francophones, avec rigueur, courage et constance ».
Un homme respecté, un ami aussi
Au-delà du militant et du juriste, plusieurs retiennent aussi un homme de dialogue et de fidélité. François Bergeron, rédacteur en chef de L’Express de Toronto, a confié qu’il connaissait Gérard Lévesque depuis environ 30 ans et qu’il ne perdait « pas juste un chroniqueur », mais aussi « un ami ».
Il a également rappelé leurs échanges fréquents lors d’événements francophones et les rencontres politiques que Gérard Lévesque organisait parfois chez lui, durant certaines campagnes électorales.
Cette proximité aide à comprendre la place qu’il occupait dans son entourage professionnel et communautaire. Au sein de l’AFO, le directeur général Peter Hominuk a lui aussi rappelé qu’il faisait partie de « ces bâtisseurs qui ont contribué, de manière très concrète, à structurer, défendre et faire progresser l’Ontario français ».
Une plume de grand calibre
Son parcours a été salué à plusieurs reprises. Le gouvernement de l’Ontario lui a remis le Prix de la francophonie en 2012, soulignant notamment sa contribution à l’avancement des droits de gestion scolaire de la communauté franco-ontarienne. Au fil des ans, d’autres distinctions sont venues reconnaître son apport au monde juridique et à la défense du fait français, tant en Ontario qu’ailleurs au pays.
Mais Gérard Lévesque n’était pas seulement un homme d’institutions. Il était aussi une plume. Comme chroniqueur à L’Express de Toronto, il suivait de près les enjeux juridiques et politiques touchant les communautés francophones en situation minoritaire. Ses textes rendaient accessibles des débats parfois complexes, tout en assumant une pensée claire sur les questions de justice, de démocratie et d’état de droit. Même dans les derniers mois de sa vie, il continuait d’écrire.
Pour François Bergeron, cette contribution rejaillissait aussi sur le média lui-même. Il souligne que L’Express était « très honoré d’avoir un chroniqueur de ce calibre-là », rappelant qu’il s’agissait d’un homme connu à l’échelle nationale et associé à des causes majeures liées aux droits linguistiques et aux droits scolaires des francophones.
Gérard Lévesque ( deuxième à droite) participe à une manifestation en soutien à l’Ukraine, l’un de ses derniers combats, le 25 février 2022. Photo : L’Express de Toronto
Au-delà des causes francophones
Sa trajectoire reflète aussi une solide formation intellectuelle. Titulaire d’un baccalauréat en philosophie de l’Université Saint-Paul, il détenait également un baccalauréat ès arts ainsi qu’un diplôme en droit de l’Université d’Ottawa.
Dans les derniers temps, son attention s’était aussi portée plus largement sur l’état du monde. François Bergeron dit avoir été particulièrement marqué par « son dernier combat », celui mené autour de l’état de droit et du droit international. Selon lui, Gérard Lévesque voyait ces principes « s’effriter », ce qui l’inquiétait profondément. Cette préoccupation, plus large que la seule question francophone, occupait une place importante dans ses réflexions récentes.
Une perte pour toute une communauté
Installé à Etobicoke, Gérard Lévesque laisse dans le deuil son épouse, Sonia Pooran, ses deux filles, Geneviève et Janine, ainsi que trois petits-fils. Sa disparition touche sa famille, mais aussi une large part de l’Ontario français, qui voit partir l’une de ses mémoires militantes les plus respectées.
Dans son message, Fabien Hébert a aussi offert, au nom de l’AFO, ses « plus sincères condoléances » aux proches de Gérard Lévesque ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont eu « le privilège de le côtoyer et de travailler à ses côtés ». Peter Hominuk a pour sa part salué un homme « généreux de son temps, de sa pensée et de son expertise ».
Des mots qui traduisent l’ampleur de la perte ressentie aujourd’hui dans la francophonie ontarienne.
OTTAWA — Le gouvernement fédéral propose de nouvelles obligations pour les entreprises de compétence fédérale en ce qui a trait au service en français pour le public et au droit de travailler en français pour les employés. De ce fait, Ottawa désigne de nouvelles « régions à forte présence francophone » où ces obligations seront en vigueur.
Ottawa a déposé mercredi son avant-projet de règlement visant à détailler la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP). Elle régit l’application du régime linguistique, la concrétisation des nouveaux droits accordés aux consommateurs et aux employés, ainsi que les responsabilités accrues des employeurs concernant l’utilisation du français.
Cela veut donc dire qu’un membre du public qui se rend dans une entreprise fédérale, comme une banque (telle que la RBC) ou un géant des télécommunications (comme Rogers ou Bell), aura désormais de nouveaux droits pour être servi en français dans ces zones. Idem pour les employés de ces entreprises qui auront de nouveaux droits de travailler en français.
Les consommateurs et employés pourront porter plainte au Commissariat aux langues officielles s’ils estiment que leurs droits linguistiques ont été violés, ce qui n’est pas le cas actuellement.
« Le public aura droit au service dans les deux langues officielles, dont le français, ce qui n’était pas nécessairement le cas par le passé. Pour les gens qui travaillent, c’est le droit de travailler dans un environnement en français », explique le ministre des Langues officielles, Marc Miller, qui a déposé la proposition réglementaire au Parlement mercredi.
Les compagnies assujetties à la LUFEP devront aussi afficher clairement la disponibilité de leurs services en français et fournir la documentation correspondante dans cette langue. Des entreprises de compétence fédérale ne sont pas assujetties actuellement à la Loi sur les langues officielles et n’ont donc pas d’obligations linguistiques comme le propose la LUFEP. Marc Miller convient donc que cela pourrait être un changement pour certaines entreprises, particulièrement dans les régions francophones hors du Québec.
« Il y a un ajustement à faire, et c’est la raison pour laquelle on va s’assurer que les gens soient bien représentés en comité pour que l’on puisse présenter les points forts, mais aussi entendre leurs doléances », dit-il en entrevue.
À noter que hors du Québec, cela ne s’appliquera pas aux compagnies fédérales qui comptent moins de 100 employés dans une région ou 500 employés à travers le pays.
En Ontario, sauf exception, les compagnies fédérales dans les régions suivantes sont touchées par ces nouvelles obligations :
Stormont, Dundas et Glengarry
Prescott et Russell
Ottawa
Nipissing
Sudbury
Grand Sudbury
Timiskaming
Cochrane
Ailleurs au pays, on note certaines régions au Manitoba (autour de Winnipeg), en Nouvelle-Écosse (à Yarmouth, Digby et Richmond), tout le Québec, tout le Nouveau-Brunswick et l’Alberta (autour d’Edmonton), mais les territoires autochtones sont exclus.
« C’est un gain pour les plus petites communautés, surtout d’expression francophone, qui comptent une entreprise de juridiction fédérale. Évidemment, cela touche aussi des entreprises qui sont au Québec », soutient le ministre Miller.
Ce règlement, qui peut toujours être modifié, devra être adopté par le gouvernement Carney pour son entrée en vigueur, ce qui ne devrait pas survenir avant plusieurs mois. Il s’appliquera immédiatement au Québec, puis, deux ans plus tard, dans les régions à forte présence francophone.
Négociations avec Québec
La LUFEP est une sorte de loi connexe qui avait été adoptée en 2023, au même moment que la Loi sur les langues officielles, et visait à agencer le régime linguistique du Québec avec celui du fédéral.
À l’époque, alors qu’Ottawa avait entrepris de moderniser son régime linguistique, c’est la LUFEP qui avait fait l’objet d’importantes négociations entre le gouvernement du Québec et Ottawa. Le gouvernement caquiste craignait que les compagnies fédérales ne se substituent à la Charte de la langue française au Québec pour se tourner vers un régime linguistique plus faible au fédéral.
Ottawa avait alors calqué sa loi fédérale sur le modèle de la Charte de la langue française pour éviter une telle possibilité.
OTTAWA — Après plusieurs mois sans enseignant, le premier ministre Mark Carney a une nouvelle professeure de français depuis le début de l’année.
« Oui, il a une nouvelle professeure de français depuis le début de l’année et il a repris ses cours », nous a confirmé sa porte-parole, Audrey Champoux.
En 2025, le premier ministre avait pris 11 h de cours de français entre son arrivée en poste en avril et le mois de novembre. Ce dernier avait dû interrompre son apprentissage de la langue de Molière en raison du départ de sa professeure en septembre 2025. C’est ce qu’avait indiqué le chef de cabinet du premier ministre, Marc-André Blanchard, dans une lettre envoyée au Comité permanent des langues officielles à l’automne dernier.
M. Blanchard avait indiqué que les cours s’étaient déroulés entre le 30 juin et le 2 septembre et que la majorité ont eu lieu au mois de juillet. L’agenda du premier ministre indiquait qu’aucun cours n’avait été suivi après septembre. Le bureau du premier ministre n’a pas précisé combien d’heures de cours il a suivies depuis leur reprise en 2026.
Le ministre des Langues officielles Marc Miller soutient qu’on « voit l’effort qu’il fait pour se faire informer en français » et lance à la blague qu’il peut compter sur « une quarantaine de professeurs francophones » dans le caucus libéral.
« Je le vois aller au caucus et au cabinet : il fait des efforts pour s’exprimer en français, et ça avance. Pour quelqu’un qui se force à s’exprimer dans une langue officielle qui n’est pas la sienne, je comprends la difficulté », soutient le ministre.
Les partis de l’opposition ont reproché au premier ministre l’absence d’un tuteur sur une longue période. Le comité avait mené une étude sur la qualité du français de M. Carney, les partis d’opposition lui reprochant de ne pas utiliser suffisamment le français dans ses discours et ses allocutions officielles. Radio-Canada avait établi cet automne que le français ne représentait qu’environ 17 % des discours du premier ministre, l’anglais s’arrogeant la grosse part.
« C’est un monsieur bien occupé qui se dit parfois que ce n’est pas sa priorité, car il a l’avenir du Canada entre les mains. Mais c’est un symbole important. Ces cours devraient être sa gymnastique quotidienne », affirme la politologue de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques, Linda Cardinal.
« Cela dit aux Canadiens et aux francophones que le français n’est pas au second plan : ‘Regardez, je continue mes cours’ », image la politologue.
« On s’attend à autre chose de la part de M. Carney. On s’attend à quelqu’un qui fait ce qu’il dit », ajoute Mme Cardinal.
En entrevue avec TVA Nouvelles à la fin de l’année dernière, le premier ministre avait admis que « c’est clair, mon français est loin d’être parfait », et qu’il se devait de continuer à le travailler.
Il a fréquemment mentionné par le passé qu’il perfectionnait son français en s’entourant de francophones au sein de son cercle proche, citant notamment son chef de cabinet et le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
HAWKESBURY – La municipalité de Hawkesbury a tenu lundi soir une réunion publique sur la révision de son Plan officiel, document qui orientera le développement urbain, social et économique de la ville jusqu’en 2046. Si la séance visait à présenter les grandes lignes de la croissance future, elle a été marquée par la question du droit des citoyens d’avoir accès à de la documentation en français dès les premières ébauches d’un projet.
Dès l’ouverture de la période de commentaires, le conseiller Antonio Tsourounakis a montré du doigt une faille majeure dans le processus de consultation. Constatant que la version préliminaire du Plan officiel était accessible presque exclusivement en anglais et que sa traduction n’était prévue qu’une fois le document adopté, l’élu a questionné la démarche.
Pour lui, la pertinence d’une consultation publique repose sur la compréhension du dossier par la population au moment où elle peut encore l’influencer.
Le conseiller a insisté sur le fait que la phase actuelle est cruciale puisque c’est précisément là où le conseil sollicite l’opinion des citoyens. Selon sa vision, une traduction hâtive permettrait aux gens de mieux saisir les enjeux et de commenter de manière éclairée, plutôt que de recevoir un document traduit une fois les jeux faits.
« Au lieu de la traduire à la fin, ne devrions-nous pas la traduire au début? », a-t-il lancé pour clore son argumentaire.
Cette intervention survenait après une présentation technique de la firme torontoise FOTENN Planning and Design, dont les représentants ont admis d’entrée de jeu les limites linguistiques de l’exercice.
« Je m’excuse, mon français est limité », a déclaré Lisa Della Rosa, associée de la firme, avant de préciser que la présentation se déroulerait en anglais.
L’équité démocratique en question
Pour Michael MacDonald, citoyen de Hawkesbury et cofondateur de la Ligue pour la liberté et la responsabilité citoyenne (LLRC), l’enjeu dépasse la simple logistique administrative.
Selon lui, le bilinguisme ne devrait pas être perçu comme un luxe ou un coût supplémentaire, mais comme une condition de validité de l’action publique dans une ville majoritairement francophone.
« Ce n’est même pas une question : ça devrait être fait pour tous les documents, point », martèle M. MacDonald qui soutient que l’utilisation exclusive de l’anglais dans des documents traitant d’enjeux financiers majeurs crée une barrière réelle à l’engagement.
« Quand c’est des mauvaises nouvelles, c’est publié nulle part, c’est juste en anglais. Si tu ne lis pas l’anglais, c’est moins accessible », déplore-t-il, craignant que des informations cruciales ne restent inaccessibles à une partie de la population.
M. MacDonald rejette également l’argument des risques juridiques liés à une traduction imparfaite : « Ajoute une clause de non-responsabilité au bas de tes documents précisant que les informations proviennent d’une firme externe et qu’elles ont été traduites au mieux, mais au moins, fais-le. »
Pour lui, l’absence de documents bilingues envoie un message dur aux résidents : « Oubliez ça, les francophones, vous pouvez rester sur la touche […] comme si vous étiez maltraités dans vos propres dossiers, au sein d’un pays bilingue. »
Les contraintes de l’appareil administratif
En réponse aux préoccupations de l’élu et des citoyens, la direction générale a exposé les contraintes logistiques et budgétaires auxquelles font face les services municipaux. Le directeur général, Samuel Cardarelli, a souligné que la municipalité ne dispose pas nécessairement des ressources pour traduire à l’interne des rapports dont la terminologie est très spécialisée.
Cette problématique est accentuée par la structure même du mandat confié aux experts externes : l’associée a d’ailleurs confirmé que la traduction ne faisait pas partie du contrat liant sa firme à la municipalité, laissant cette responsabilité entièrement à la charge de la Ville.
« Il y en a qui sont super techniques. Malheureusement, on ne pourra pas traduire toutes ces affaires-là qui sont techniques », a admis M. Cardarelli.
Il a précisé que le contrat liant la Ville à la firme consultante n’incluait pas la traduction des versions préliminaires, ce qui oblige la municipalité à évaluer des coûts additionnels. L’administration prévoit donc soumettre un rapport détaillé au conseil afin que les élus puissent décider d’allouer les ressources nécessaires pour traduire ces documents dès qu’ils sont au stade de brouillon.
À la suite des échanges, l’administration s’est engagée à produire un rapport administratif détaillé pour évaluer précisément les frais liés à l’externalisation de la traduction.
Les jalons du développement futur
Le Plan officiel révisé devrait être soumis pour approbation finale au cours de l’année 2027.
D’ici là, le document propose déjà des changements structurels importants, notamment un élargissement du périmètre du centre-ville pour permettre une plus grande hauteur de bâtiment et un objectif d’allouer au moins 10 % des nouvelles unités à l’habitation abordable.
La version finale devra également intégrer des exigences techniques précises, comme les études de vibrations pour les constructions situées à proximité des voies ferrées. Comme l’a rappelé l’administration lors de la séance, « n’importe qui peut construire à 30 mètres de la track s’il rencontre les standards du niveau de la vibration et puis du son ».
FAUQUIER–STRICKLAND – En pleine tourmente financière, le conseil municipal de Fauquier-Strickland a refusé, mardi soir, de financer le déplacement de la mairesse Madeleine Tremblay au congrès de la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), invoquant une rupture de confiance au cours d’une séance où plusieurs autres mesures d’austérité ont été adoptées.
Lundi soir au cours d’une réunion ordinaire du conseil municipal, une motion proposée par la mairesse et ne figurant pas dans l’ordre du jour a accentué les tensions déjà lourdes au sein du groupe d’élus.
La motion proposait d’envoyer un membre du conseil pour représenter la municipalité au congrès de la FONOM organisé à Timmins du 11 au 13 mai prochain.
La mairesse s’est portée volontaire soulignant qu’elle a appris, quelques jours plus tôt, lors de la rencontre annuelle de l’Association des municipalités du Nord de l’Ontario (NEOMA) dont elle est actuellement vice-présidente, que des ministres y seront présents.
« Je serais intéressée de m’y rendre et d’avoir une délégation pour parler avec la Société de gestion du fonds du patrimoine du Nord de l’Ontario et les Affaires municipales pour les remercier de leur soutien et de continuer le lobbying auprès du ministère des Infrastructures pour avoir des fonds pour la rénovation de notre pont », a-t-elle plaidé avant d’ajouter que le lieu du congrès cette année est « le plus proche possible ».
Une opposition frontale
La conseillère Priscilla Marcoux, bien qu’elle ait reconnu l’utilité d’une représentation, n’a pas caché sa ferme opposition : « À mon honnête avis, je ne pense pas que Madame la mairesse soit la meilleure personne pour diriger, pour expliquer les choses. »
Et d’ajouter : « Je ne suis pas d’accord que l’on paye plus de 1000 $ pour Mme la maire, c’est beaucoup trop. Si c’était votre propre argent, je n’aurais pas de problème, mais que la municipalité, que ces gens payent pour ça, ce n’est pas acceptable. »
Même son de cloche chez le conseiller Pierre Lamontagne : « Je suis d’accord, la confiance est brisée. »
« Oui, mais il y a bien de l’ouvrage à faire », lui a répondu la mairesse.
« Je sais […] mais regarde à combien de meetings tu vas et regarde dans quelle situation on est, ça n’a pas aidé », lui a-t-il rétorqué.
Madeleine Tremblay a d’abord acquiescé, avant de se défendre en insistant sur l’importance de s’enquérir de la situation des autres municipalités. « On sait ce que les autres municipalités pensent », a rétorqué Mme Marcoux.
Durant le vote enregistré, l’ensemble des conseillers, à l’exception de la mairesse, a voté en défaveur de la motion.
Austérité à tous les étages
Ce refus s’inscrit dans une série de compressions drastiques. Le conseil a notamment voté pour réduire son propre budget de déplacements et de conférences, le faisant passer de 10 000 $ à 3000 $ pour l’année à venir.
Malgré l’intervention de la conseillère Priscilla Marcoux, soulignant que la bibliothèque fonctionne déjà avec son plus faible financement en vingt ans, les élus ont entériné une coupe additionnelle de 1500 $. Cette réduction a été adoptée sous l’impulsion de la mairesse, qui préconisait des compressions encore plus drastiques.
« Voilà où les 1000 pièces devraient aller », s’est exclamé le conseiller Lamontagne après le refus d’envoyer la mairesse au Congrès de la FONOM.
Par ailleurs, une résolution a été adoptée pour demander à la province de revoir le coût de la Police provinciale de l’Ontario (PPO), jugé insoutenable.
Le dossier de l’eau a suscité de vives tensions, attirant de nombreux résidents ruraux venus s’opposer fermement à toute augmentation. Ces derniers refusent de financer, par leurs taxes, un déficit de 185 000 $ lié à un service dont ils ne bénéficient pas, dénonçant une iniquité flagrante entre les secteurs urbains et ruraux.
Devant cette mobilisation et la complexité de la répartition fiscale, les élus ont reporté leur décision au prochain conseil. Bien qu’une hausse de 15 % des tarifs soit envisagée pour les usagers du réseau, le conseil souhaite réévaluer les options et les frais facturés aux édifices publics avant de trancher.
Enfin, le conseil a rejeté le vote électronique pour 2026, préférant sacrifier une économie de 10 000 $ pour maintenir le scrutin papier, tout en garantissant, par voie de résolution, que tout le matériel électoral sera intégralement bilingue.
Cette séance d’arbitrages survient alors que la municipalité est liée par une entente de financement d’urgence pouvant atteindre 900 000 $ avec la province, l’obligeant à adopter un budget équilibré d’ici l’échéance du 30 avril.
De Hearst à Matheson, la nouvelle Communauté francophone accueillante (CFA) du Corridor du Nord de l’Ontario se mobilise pour l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants. Découvrez comment l’initiative mise sur la chaleur humaine pour souder la communauté par la langue. Une région unie et connectée.
OTTAWA – Le gouvernement ontarien recule sur une politique controversée qui limitait l’accès aux postes de résidence aux diplômés internationaux en leur imposant d’avoir complété deux années d’études secondaires en Ontario. Un virage salué par le milieu francophone de la santé ainsi que l’Association médicale de l’Ontario.
L’annulation de cette mesure « pourrait faciliter l’intégration des médecins francophones formés à l’étranger ».
C’est l’avis de Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE).
« Nous saluons le changement de cap du gouvernement », s’est-il félicité.
Dans un contexte de pénurie de médecins, de demande croissante et de départs à la retraite, il rappelle que « la pénurie actuelle ralentit le jumelage de patients orphelins avec leurs prestataires ».
Selon lui, la politique du gouvernement Ford aurait exclu « certains médecins formés à l’étranger déjà établis en Ontario – avec une formation de qualité, notamment dans des institutions francophones – sans données probantes démontrant un réel enjeu ».
Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario. Gracieuseté
Le gouvernement ontarien a récemment fait marche arrière sur une exigence controversée qui prévoyait que les diplômés internationaux en médecine (DIM) devaient avoir complété deux années d’études secondaires en Ontario pour être admissibles au premier tour du jumelage principal R-1 de 2026.
Cette décision a été confirmée par le Service canadien de jumelage des résidents, qui coordonne chaque année l’accès aux postes de résidence pour environ 6000 étudiants en médecine au Canada.
L’Association médicale de l’Ontario s’est également réjouie de ce revirement.
« Alors que de nombreux Ontariens n’ont toujours pas accès à un médecin de famille, il est essentiel que chaque candidat qualifié – y compris les médecins formés à l’étranger – puisse concourir pour des postes de résidence et contribuer à relier les patients aux soins dont ils ont besoin », a-t-elle indiqué dans une déclaration transmise à ONFR.
L’organisme dit vouloir collaborer avec le gouvernement et les facultés de médecine afin de « soutenir les étudiants ontariens tout en maintenant des possibilités équitables pour les médecins formés à l’étranger lors des prochains cycles de jumelage ».
« Cela a pris beaucoup trop de temps », selon l’opposition
La marche arrière du gouvernement fait également réagir l’opposition.
« Au Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPDO), nous savions que c’était une erreur. L’Association médicale de l’Ontario l’a dit aussi, et les Ontariens étaient clairement du même avis. Plus de 830 personnes ont signé notre pétition en ligne presque immédiatement, et bien d’autres sur papier. Il est bon de voir que le gouvernement a écouté et a renversé cette décision », a déclaré la ministre fantôme des Soins primaires, la députée Robin Lennox (Hamilton-Centre).
« Cette politique a causé de réels préjudices », a ajouté la ministre fantôme de la Santé, la députée de Nickel Belt, France Gélinas.
La députée francophone France Gélinas veut permettre à davantage de médecins d’intégrer le système de santé. Photo : La Presse canadienne/Chris Young
« Des médecins qualifiés ont été exclus alors que des millions d’Ontariens cherchent toujours à obtenir des soins. Le gouvernement a reculé, mais cela a pris beaucoup trop de temps. S’il est sérieux dans sa volonté de régler la pénurie, il doit cesser de créer des obstacles et permettre à davantage de médecins d’intégrer notre système », a-t-elle ajouté.
Entrée en vigueur en octobre 2025, la politique limitait l’accès aux postes de résidence aux diplômés canadiens et aux diplômés étrangers ayant complété au moins deux années d’études secondaires en Ontario.
À la fin de 2025, les tribunaux ont suspendu à deux reprises son application, dans le cadre d’un recours intenté par deux étudiantes devenues inadmissibles faute d’avoir fréquenté une école secondaire ontarienne pendant cette période.
OTTAWA — Depuis lundi, le premier ministre Mark Carney se retrouve à la tête d’un gouvernement majoritaire alors que son parti est passé de 171 à 174 sièges, grâce à trois victoires lors d’élections partielles. Cette nouvelle donne aura-t-elle un impact sur les enjeux liés à la francophonie et aux langues officielles?
« Ça va offrir une certaine stabilité politique », estime la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy.
La FCFA voit dans cette nouvelle composition l’avantage d’un gouvernement bien en selle jusqu’en 2029.
« Un mandat majoritaire va permettre de faire avancer avec détermination la mise en œuvre — j’espère pleine et entière — de la Loi sur les langues officielles modernisée, une immigration francophone forte et un soutien à nos institutions communautaires francophones », complète Mme Roy
Liane Roy, la présidente de la FCFA Source : compte Twitter Liane Roy
De son côté, Linda Cardinal, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa ajoute « je ne vois pas de grands changements que pourrait entraîner le fait que le gouvernement soit majoritaire ».
Cette dernière croit que la plus grande différence se situera au sein même de l’appareil gouvernemental, où les députés libéraux seront mis à contribution pour faire avancer des dossiers « parce qu’on ne peut plus utiliser le jeu du gouvernement minoritaire pour forcer la donne ».
« L’opposition est moins forte, c’est souvent à l’interne que se manifestent les volontés de faire avancer des dossiers », affirme-t-elle.
« Maintenant qu’ils sont majoritaires, c’est aux députés de s’assurer qu’il y a des alliés dans les cabinets pour faire avancer la francophonie. Ça va beaucoup se jouer à l’interne », poursuit Linda Cardinal.
L’impact le plus significatif pour les dossiers francophones se ferait sentir dans la composition des comités. Ces comités sont chargés d’examiner les projets de loi et de mener des études.
Une majorité dans le comité sur les langues officielles pourrait avoir un impact, notamment sur l’étude des propositions de règlement concernant la Loi sur les langues officielles actuellement en cours, présente Geneviève Tellier.
« Si le gouvernement était minoritaire, le comité aurait plus de poids. Les libéraux vont y devenir majoritaires et pourraient simplement dire : ‘On termine l’étude, on a fait ce qu’on avait à faire, on passe à autre chose’. Le gouvernement pourrait alors faire ce qu’il veut, même si cela déplaît à certaines communautés », juge la professeure de l’Université d’Ottawa.
Le premier ministre Mark Carney a soutenu que ce nouveau contexte apporterait « un changement dans la gestion ou la manière des comités d’avoir des débats de substance et pas des performances ». Il a notamment pris l’exemple d’un député conservateur qui mentionnait « qu’il aimait les chiots et les trouvait mignons, et que sa femme préférait les chats » lors d’une étude sur un projet de loi portant sur une réforme du droit criminel.
« On a vu plusieurs exemples de performance, mais c’est le temps d’être sérieux, on va être sérieux », a-t-il indiqué en conférence de presse mardi.
Linda Cardinal s’attend même à ce que le nouveau contexte puisse faire accélérer l’acheminement de certains de ces dossiers.
« Les oppositions ne sont plus là pour mettre des bâtons dans les roues. C’est donc à eux (les libéraux) de faire avancer le règlement de la partie VII, celui sur les pouvoirs du commissaire, ou celui pour la mise en œuvre de la loi auprès des entreprises privées de compétence fédérale. Il n’y a plus de raison pour que ça n’avance pas », décrypte la politologue franco-ontarienne.
Carney assure que la collaboration continuera
Même si sa formation politique contrôle désormais la Chambre des communes, Mark Carney a soutenu qu’il collaborerait avec les partis de l’opposition et qu’il « tiendrait compte de tous les points de vue ».
« On veut gouverner, on veut agir, il faut avancer. Ça, c’est le mandat que nous ont donné les Canadiens. »
Même si cette majorité peut être considérée comme mince avec seulement deux sièges de plus que la majorité nécessaire (172), la politologue Geneviève Tellier croit que les libéraux sont bien en selle pour les prochains mois mais le long terme reste un défi.
« Maintenant, deux sièges sur une période de trois ans, c’est là que c’est faible. Il peut se passer plein de choses comme des départs, des décès… Le gouvernement ne peut pas garantir qu’il restera là trois ans sans encombre. Il doit faire attention », rappelle-t-elle.
Elle soutient que les députés libéraux n’ont pas intérêt à voter contre leur gouvernement sur des sujets majeurs avec la certitude désormais de ne pas aller en élections jusqu’en 2029.
« Les libéraux, par le passé, se sont montrés arrogants. C’est une possibilité, prévient la politologue. Ils donnent parfois l’impression de dire : On entend que la population n’est pas contente, mais c’est ce qu’on a décidé et on va de l’avant », ajoute-t-elle.
Actuellement, la composition des comités demeure la même, ce qui signifie que les libéraux y sont toujours minoritaires. Cependant, le gouvernement pourrait proposer une motion pour modifier cette situation.
OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé mardi un investissement de plus de 815 000 $ destiné à l’Institut du savoir Montfort (ISM). Ce financement vise à accroître les capacités du Laboratoire d’innovation de l’institution afin de soutenir la commercialisation de nouvelles technologies médicales numériques.
La secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères et députée d’Ottawa-Vanier-Gloucester, Mona Fortier, en a fait l’annonce au nom du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie et ministre responsable de l’Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l’Ontario, Evan Solomon, ce mardi matin à l’Hôpital Montfort. Ce soutien financier doit permettre à une vingtaine d’entreprises émergentes du secteur des technologies de la santé de valider leurs produits dans des contextes cliniques réels.
« Le gouvernement du Canada comprend que le soutien aux entreprises et la création de possibilités économiques pour diverses populations sont essentiels à l’établissement d’une économie forte », a déclaré Mme Fortier lors de son allocution.
« Lorsque les entreprises peuvent mettre à l’essai, valider et améliorer leurs idées dans des contextes réels, elles sont en meilleure position pour croître, prendre de l’extension et réussir. »
L’initiative mise sur la création de liens directs entre les entrepreneurs, les chercheurs et les cliniciens de première ligne. Selon les responsables du projet, cette collaboration doit combler l’écart entre le développement technologique et les besoins pratiques du système de santé.
L’investissement soutiendra également l’accès à une expertise spécialisée, notamment en matière de conseils stratégiques en affaires.
Un levier pour la commercialisation médicale
Estelle Éthier, cheffe de la direction de l’Institut du Savoir Montfort et vice-présidente, enseignement et recherche, a souligné que ce financement marque une étape déterminante pour l’organisation.
« L’innovation ce n’est pas juste une fin, mais c’est vraiment un moyen concret pour améliorer nos besoins, pour soutenir nos équipes qui offrent les soins et faire avancer la santé », a-t-elle affirmé. Elle a ajouté que cet appui permettra d’accompagner davantage de compagnies avec lesquelles l’institut travaille déjà pour répondre aux besoins de la population.
« Pour l’ISM, c’est une occasion concrète d’accélérer l’innovation à fort impact en étroite collaboration avec le milieu clinique au bénéfice de nos communautés », a souligné Estelle Éthier, cheffe de la direction de l’Institut du Savoir Montfort et vice-présidente, enseignement et recherche. Photo : Inès Rebei/ONFR
Le projet s’appuie sur un écosystème régional incluant des partenaires tels qu’Investir Ottawa, l’Hôpital d’Ottawa, l’Université d’Ottawa et le Collège La Cité. Une attention particulière est portée à la dualité linguistique de la région comme levier économique.
« Ce travail sera exécuté dans un environnement innovateur francophone et en soutenant la vitalité des communautés en situation minoritaire tout en aidant les entreprises à croître », a également souligné Mme Fortier.
L’intelligence artificielle sous surveillance
Parmi les applications concrètes citées par Mme Éthier, le laboratoire travaille actuellement avec une entreprise sur un système d’auto-inscription des patients aux urgences afin de fluidifier les processus d’admission.
Un autre projet, réalisé en collaboration avec le Collège La Cité et l’entreprise PolyUnity, a permis l’utilisation de l’impression 3D pour la fabrication de pièces d’équipement hospitalier.
En marge de l’annonce, la députée Fortier a été questionnée sur l’encadrement de l’intelligence artificielle, particulièrement chez les jeunes.
Elle a indiqué qu’un projet de loi devrait être déposé prochainement à la Chambre des communes pour encadrer l’utilisation des données privées et des médias sociaux, tout en reconnaissant le potentiel de ces outils pour le développement de projets constructifs comme ceux menés à l’Institut du savoir Montfort.
Cette annonce locale suit l’annonce du ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, d’une aide d’un million de dollars pour 2025-2026 visant la recherche en français.
Le financement se répartit entre le Conseil de recherches en sciences humaines (400 000 $), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (350 000 $) et les Instituts de recherche en santé du Canada (250 000 $). Selon le ministre Miller, cet investissement permet de bâtir des milieux où « la langue n’est pas un obstacle à l’innovation, mais un moteur de création ». L’initiative s’inscrit dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028.
Patineuse de vitesse longue piste originaire d’Ottawa, Ivanie Blondin fait partie des figures majeures du patinage de vitesse canadien. Médaillée olympique, elle a aussi prolongé son parcours sportif ces dernières années en s’investissant dans le cyclisme durant l’été, un environnement qui a nourri sa motivation après les Jeux de Pékin.
LE CONTEXTE :
De passage à Newmarket dans le cadre de Medals on Tour, une initiative organisée par Patinage Canada, Ivanie Blondin est venue à la rencontre du public pour partager son expérience olympique. Aux côtés de Courtney Sarault, elle a patiné avec les participants, pris part à une séance de questions-réponses et dirigé un entraînement avec les jeunes du club local.
L’ENJEU :
Au-delà de la célébration de sa médaille et du lien créé avec les partisans, l’athlète est revenue sur la place grandissante du vélo dans son parcours estival. Mais surtout, elle a confié envisager de mettre le patinage entre parenthèses à la fin de l’été pour tenter de fonder une famille, sans annoncer officiellement sa retraite pour autant.
« Quel sentiment cela représente-t-il pour vous d’être ici à Newmarket, de présenter vos médailles et d’échanger avec les partisans?
Oui, ça ramène beaucoup de souvenirs de quand j’étais très jeune. C’est un peu un moment de boucle bouclée. Quand j’étais petite, je voyais des vedettes venir dans notre club à Orléans, à Ottawa. Aujourd’hui, me retrouver dans cette situation, avec les médailles autour du cou, et pouvoir les montrer aux jeunes, c’est vraiment spécial pour moi.
Et le fait d’avoir aussi partagé la glace avec les enfants et les autres participants, qu’est-ce que cela vous a apporté?
C’était incroyable. Il y avait beaucoup de patineurs de vitesse, mais aussi des jeunes venus du hockey, du patinage artistique, et même un petit garçon qui n’avait encore jamais essayé le patinage de vitesse. Il était là avec son père, il avait six ans, et il nous a expliqué qu’après avoir vu notre poursuite par équipe et notre médaille d’or aux Jeux Olympiques, il était tombé en amour avec ce sport. Voir ça, ça vient vraiment me chercher. Ça me donne beaucoup d’émotions.
Vous avez aussi eu l’occasion de faire le tour de plusieurs événements et arénas ces derniers mois. Que représente pour vous cette célébration publique?
C’est vraiment incroyable d’être célébrées comme ça. Après Pékin, avec le contexte de la COVID et tous les événements annulés ou modifiés, on a un peu manqué ces moments-là. Maintenant, on sent vraiment tout le monde derrière nous, et ça fait chaud au cœur.
La pratique avec les enfants du club de patinage de vitesse de Newmarket a été l’un des moments forts de l’événement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Après cette consécration olympique, est-ce que vous vous projetez encore en patinage la saison prochaine?
C’est en réflexion en ce moment. Je vais essayer de tomber enceinte dans le futur. On espère à la fin de l’été. Donc je vais faire ma saison estivale de vélo, puis après, on va passer à la famille. »
Au sujet du cyclisme, en quoi ce sport se rapproche-t-il du patinage de vitesse?
On s’entraîne énormément sur le vélo. Durant l’été, environ 75 % de nos entraînements se font sur deux roues. Donc oui, je suis une patineuse de vitesse, mais je suis aussi presque une cycliste en même temps. Je suis très compétitive, alors retrouver la compétition à vélo durant l’été, ça me donne une autre source de motivation. Honnêtement, c’est aussi ce qui m’a gardée dans le sport pendant quatre années de plus. Après 2022, je ne savais pas si j’allais continuer. Le vélo m’a permis de changer d’air, de découvrir une nouvelle équipe et un autre univers.
Sur le vélo, êtes-vous dans une logique de victoire individuelle ou davantage dans une dynamique collective?
Beaucoup plus collective, et c’est justement ce que j’apprécie. Dans mon équipe, on est six femmes et on travaille très fort ensemble pour aller chercher une victoire d’équipe. Peu importe qui monte sur le podium. Parfois, je suis dans le bon coup, parfois je travaille pour mes coéquipières, et j’aime ce rôle-là aussi. Pouvoir les amener sur le podium, je trouve ça vraiment beau.
Vous fixez-vous quand même des objectifs individuels pour cet été?
Pas vraiment, honnêtement. Je suis surtout contente d’être avec l’équipe. On s’entraîne fort, on compétitionne fort, bien sûr on veut faire de bonnes performances, mais au bout du compte, on est surtout heureuses d’être ensemble. Que ça aille bien ou moins bien, on reste un groupe très uni.
HEARST – En ce printemps 2026, l’hebdomadaire Le Nord ne se contente pas de souffler ses cinquante bougies : il célèbre un miracle économique. Plongée au cœur d’une épopée francophone qui a débuté avec des ciseaux et de la colle pour se transformer en un modèle de survie unique au pays.
À Hearst, le journalisme ne tient plus seulement à la rigueur de la plume, mais à la vitalité d’un commerce de détail. Steve McInnis, directeur général des Médias de l’épinette noire, est catégorique : sans une décision audacieuse prise à la fin de l’année 2025, le 50e anniversaire de l’hebdomadaire aurait pu être son oraison funèbre.
Pour contrer l’érosion dramatique des revenus publicitaires, il a inauguré en décembre 2025 la Librairie 10-04 au sein même des locaux du journal et de la radio CINN-FM. Le concept est né d’un constat simple : la ville s’ennuyait d’une librairie francophone depuis la fermeture en 2024 de la librairie Le Nord, peu après le décès d’Omer Cantin, son propriétaire et un pilier de la communauté.
« Je ne voulais pas être le gars qui allait fermer le journal Le Nord. C’est une responsabilité immense, ça fait longtemps que je cherchais autre chose pour supporter le journal puis la radio. C’est pour ça qu’avant le temps des fêtes, on a ouvert une librairie. On est capable pour l’instant d’aller chercher les profits de la librairie pour faire survivre le journal », confie M. McInnis.
La librairie 10-04 à Hearst a ouvert en décembre 2025. Photo : Gracieuseté des Médias de l’épinette noire.
En intégrant la librairie à l’infrastructure existante, même personnel, même bâtiment, mêmes frais fixes, Steve McInnis a créé une synergie financière salvatrice.
« On a comblé un vide dans la population, et pour nous, c’est venu combler le manque d’argent. Nos prévisions pour les premiers mois de 2026 ont été largement dépassées. C’est ce qui a sauvé le journal […] sans ça je mettais la clé sous la porte du journal. »
Cette mutation était devenue vitale. Le portrait brossé par le gestionnaire est sombre : les gouvernements privilégient désormais le web au détriment du papier, et même la Ville de Hearst a tourné le dos à son hebdo local.
« Jadis, la Ville avait un règlement exigeant que tous les messages passent par le journal. Depuis deux ans, cela n’existe plus. La Ville ne fait carrément plus affaire avec nous. C’est un gros manque », déplore-t-il, soulignant que « les bottines ne suivent pas les babines » quand il s’agit de soutenir la presse francophone.
Steve McInnis, directeur général des Médias de l’épinette noire depuis le 40e du journal en 2016. Photo : Gracieuseté des Médias de l’épinette noire.
Une naissance financée par le peuple
Pour comprendre pourquoi la survie du Nord est si viscérale pour les gens d’ici, il faut remonter à l’automne 1975. Paul Tanguay, le premier rédacteur en chef, se souvient d’une époque où l’information francophone à Hearst était un désert.
La région était alors desservie par un journal de Kapuskasing, bilingue sur le papier, mais anglophone à 90 % dans les faits.
« On se sentait invisibles dans notre propre langue », raconte M. Tanguay. L’idée naît d’une discussion avec Raymond Tremblay, alors directeur du Collège universitaire de Hearst. Mais pour lancer un journal, il faut des fonds. Loin des grands investisseurs, c’est une levée de fonds citoyenne qui permet l’aventure.
250 personnes achètent des obligations portant le total accumulé à 20 000 $, un modèle de financement participatif révolutionnaire pour l’époque.
Le 24 mars 1976, l’équipement, acheté d’occasion à Toronto, arrive enfin. L’équipe est minuscule : Paul Tanguay à la rédaction et à la vente, sa sœur Louise à la mise en page et à la photo, et Gilles Grenier, le mentor venu de Kapuskasing.
« On pensait faire 16 pages, on en a fait 24 dès le premier numéro et certaines éditions ont grimpé jusqu’à 48 pages ! », se remémore avec fierté le fondateur.
La toute première édition du journal Le Nord a été tirée à 1600 exemplaires et vendue pour la modique somme de 25 cents. Photo : Gracieuseté de Louis Corbeil
L’époque de la « chambre noire »
Louis Corbeil, qui a rejoint l’équipe trois mois seulement après le lancement, incarne cette période de labeur manuel.
« Il n’y avait pas d’ordinateurs. On faisait tout à la main », explique celui qui a gravi les échelons de journaliste à propriétaire.
À l’époque, la production d’un journal est une prouesse logistique. Les articles sont tapés à la machine, les photos développées dans une chambre noire artisanale à Hearst, puis les maquettes sont assemblées avec des ciseaux et de la colle. Gilles Grenier, que Louis décrit comme un « oiseau de nuit », travaillait souvent jusqu’à 3 h du matin pour finaliser les pages.
Une fois la maquette prête, le périple ne faisait que commencer. Il fallait rouler jusqu’à Timmins pour l’impression, puis ramener les liasses de papier pour les confier aux camelots, ceux qui livraient les journaux aux quelque 5300 habitants de la ville.
« On avait des camelots partout, à Hearst, Kapuskasing, Moonbeam. Des petits gars qui passaient de porte en porte. Le journal était lu par 90 % des foyers », se souvient M. Corbeil.
Louis Corbeil, qui a vécu l’époque des maquettes montées aux ciseaux et à la colle, a gravi tous les échelons du journal jusqu’à en devenir propriétaire. Photo : Gracieuseté de Louis Corbeil
Le journal comme acteur politique et social
Très vite, Le Nord dépasse le simple stade de diffuseur de nouvelles pour devenir un moteur de changement.
Paul Tanguay se rappelle avec fierté d’un éditorial qui a ébranlé l’hôtel de ville. « Le conseil était francophone, mais tout se faisait en anglais. J’ai écrit que ça n’avait aucun sens. Suite à cela, ils ont voté pour que les réunions et les documents officiels passent en français. »
Louis Corbeil raconte également comment un simple article de dix lignes a provoqué une onde de choc au moulin Spruce Falls de Kapuskasing.
« À l’époque, il était interdit de parler français aux postes de commande. J’ai publié que le nouveau directeur francophone exigeait que ses cadres apprennent le français. Les travailleurs ont découpé l’article pour le coller sur les portes des bureaux des patrons anglophones. C’était une petite revanche culturelle. »
Une résilience à toute épreuve
L’histoire du journal est aussi celle d’une résilience. En septembre 2012, un incendie ravage les bureaux du journal et de la librairie de l’époque.
Omer Cantin, alors propriétaire, voit des décennies d’archives et de matériel partir en fumée. Pourtant, la voix de Hearst ne s’éteint pas puisque grâce à la solidarité de la communauté et au travail acharné des employés, aucune édition n’est manquée.
En 2016, Steve McInnis orchestre le rachat du journal auprès d’Omer Cantin. Ce n’est pas un calcul financier, mais un acte de protection patrimoniale. « Omer essayait de vendre son journal depuis un bout de temps, et je ne voulais pas qu’il soit acheté par des grosses corporations puis qu’il soit fermé. On l’a acheté pour qu’il reste ici », martèle-t-il.
« J’engage des gens d’ici qui ont de la gueule. Ils ne sont pas sortis de l’école de journalisme, mais ils connaissent la communauté »
— Steve McInnis
C’est cette année-là que naissent officiellement les Médias de l’épinette noire, un organisme à but non lucratif fusionnant le journal, la radio CINN-FM et les plateformes web sous une même bannière. Ce modèle permet une gestion de « bon père de famille » : les profits de l’un servent à éponger les pertes de l’autre.
Aujourd’hui, Steve McInnis gère une structure qui a dû se serrer la ceinture ce qui a presque mené à la fermeture du Journal il y a quelques années. « Avant la pandémie, on était 14 employés à temps plein. Aujourd’hui, on est 7. »
Steve McInnis déplore que le journal ait longtemps servi de simple tremplin pour des recrues qui, une fois formées, partaient vers les grands centres. Pour contrer cette concurrence des médias urbains, il privilégie désormais le recrutement local afin d’assurer une meilleure stabilité à son équipe.
« J’engage des gens d’ici qui ont de la gueule. Ils ne sont pas sortis de l’école de journalisme, mais ils connaissent la communauté. »
Steve McInnis regrette que l’Université de Hearst n’ait jamais emboîté le pas pour former des journalistes et des animateurs « du Nord pour le Nord ». Selon lui, la création de petites cohortes régionales, combinée à des partenariats avec les médias locaux, aurait permis de stabiliser les effectifs et de combler durablement les postes vacants. Photo : Inès Rebei/ONFR
50 ans plus tard : Une âme qui voyage
Le modèle de 2026 repose sur une synergie entre trois piliers : la radio CINN-FM (qui annonce la nouvelle), le web (qui montre les photos en continu) et le journal papier (qui explique la nouvelle en profondeur).
Le tirage papier est désormais restreint à 300 abonnés fidèles, mais le contenu virtuel explose chaque jeudi. « On a des « hits » d’achalandage impressionnants sur le site internet le jour de la sortie », précise M. McInnis.
Bien que le journal se soit adapté au numérique, son socle de fidèles demeure composé de lecteurs plus âgés, dont une proportion notable réside désormais dans l’Est ontarien.
« On a beaucoup de lecteurs dans l’Est ontarien, à Ottawa, la plupart des gens qui prennent leur retraite s’en vont là-bas, mais ils veulent garder un contact. Alors, ils se payent le journal pour le recevoir par la poste toutes les semaines. »
« De voir qu’il existe encore 50 ans plus tard, c’est extraordinaire. C’était inimaginable en 1976 »
— Paul Tanguay
Cinquante ans plus tard, Paul Tanguay jette un regard lucide sur sa création. S’il admet ne plus tout à fait retrouver l’esprit militant des débuts, il reconnaît que la dominance du sport répond aujourd’hui aux intérêts de la population. Il regrette toutefois l’époque où le journal était un lieu de débats enflammés : « Il n’y a plus de page éditoriale […] on prenait position et les lecteurs réagissaient beaucoup. »
Toutefois, celui-ci, aujourd’hui installé à Montréal, ne lâche pas son journal dont il admire la survie : « Je lis le journal chaque semaine sur ma tablette. De voir qu’il existe encore 50 ans plus tard, c’est extraordinaire. C’était inimaginable en 1976. »
C’est officiel : les victoires libérales lors de deux élections partielles en Ontario, ce lundi soir, ont permis à Mark Carney de passer d’un gouvernement minoritaire à une majorité parlementaire.
Les principaux réseaux de télévision ont officialisé, vers 22 h, la victoire des candidates Doly Begum, dans Scarborough-Sud-Ouest, et de Danielle Martin, dans University–Rosedale, permettant ainsi aux libéraux de conserver ces deux châteaux forts. Les deux nouvelles députées sont des recrues sur la scène fédérale.
Danielle Martin, la nouvelle députée fédérale francophone de University-Rosedale pour le gouvernement Carney, qui arrive à son QG de campagne.
Ces deux victoires, en plus de celle dans Terrebonne lundi soir, combinées à la défection de cinq députés (quatre conservateurs et une néo-démocrate) au cours des derniers mois, permettent à Mark Carney d’atteindre les 174 sièges, alors que la majorité absolue en nécessite 172.
Il faut noter qu’un des sièges des libéraux est actuellement occupé par le président de la Chambre des communes, Francis Scarpaleggia. Ce dernier ne vote qu’en cas d’égalité, ce qui garantissait déjà la survie du gouvernement lors des motions de censure et offre donc un coussin de sécurité supplémentaire au gouvernement libéral.
Une victoire nette dans University–Rosedale
Danielle Martin l’emporte avec près de 65 % des voix, devançant largement son adversaire la plus proche, la néo-démocrate Serena Purdy, avec près de 15 000 voix d’avance.
Danielle Martin a fait son entrée à la salle de concert El Mocambo, au centre-ville de Toronto, où elle a été acclamée par une salle comble, soit plusieurs centaines de ses partisans venus pour assister à sa victoire.
« Vous avez élu une médecin de famille au Parlement, et je serai toujours cette médecin-là », a-t-elle commenté.
Celle qui remplacera, à titre de députée libérale, l’ex-vice-première ministre Chrystia Freeland, s’est dite fière de rejoindre l’équipe de Mark Carney.
Après l’annonce de sa victoire, Danielle Martin arrive sur scène, lundi soir, accueillie par Bob Rae, ancien premier ministre de l’Ontario. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Danielle Martin prononçant son discours de victoire, lors de son rassemblement de campagne au centre-ville de Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Photo : Sandra Padovani/ONFR
Photo : Sandra Padovani/ONFR
« Les compétences les plus importantes d’un bon médecin sont l’écoute et la création de liens, et je m’engage à mettre ces deux qualités au service de cette communauté et d’Ottawa (…) L’autre volet consiste à bâtir : bâtir les services, les équipes et les institutions qui soutiennent concrètement les gens dans les moments les plus difficiles de leur vie. C’est à cette construction que j’ai consacré la majeure partie de ma carrière, et il nous reste encore de grands projets à bâtir ensemble », a déclaré la nouvelle élue fédérale.
L’ancien premier ministre de l’Ontario Bob Rae, qui avait annoncé son arrivée, l’a lui-même accueillie sur scène avant qu’elle ne livre un discours, majoritairement donné en anglais, ponctué de deux courtes interventions en français.
Doly Begum remporte son pari dans l’Est de Toronto
C’est avec une victoire facile que Doly Begum a remporté le siège de Scarborough–Sud-Ouest, récoltant un score massif de près de 70 % des voix. Elle s’assure ainsi d’une avance insurmontable de près de 15 000 voix sur sa plus proche rivale, la conservatrice Diana Filipova.
La nouvelle députée libérale Doly Begum. Photo : gracieuseté Parti libéral du Canada
Mme Begum remporte ainsi son pari, elle qui avait démissionné de son poste de députée provinciale du NPD dans la même circonscription — où elle occupait la fonction de cheffe adjointe — pour faire le saut au fédéral sous la bannière libérale. Elle succède à l’ex-ministre libéral Bill Blair, qui a quitté son siège en février pour devenir haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni.
TORONTO – La nouvelle réforme de l’éducation propose de plafonner à 12 le nombre de conseillers scolaires par conseil, se calquant sur le modèle francophone avec un chiffre qu’aucun conseil de langue française n’excède. Pour améliorer les performances scolaires, le projet de loi prévoit aussi d’uniformiser des ressources d’apprentissage, l’introduction d’examens obligatoires et l’intégration de l’assiduité dans la note finale au secondaire.
Le suspens est levé sur l’avenir du rôle des conseillers scolaires en Ontario. Le ministre de l’Éducation a déposé son projet de loi (Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves) réformant l’éducation sur plusieurs aspects clés.
Paul Calandra veut notamment sabrer le nombre de conseillers scolaires qui ne doivent désormais pas excéder douze par conseil scolaire, avec un minimum de cinq.
Les conseils de langue française comprennent tous actuellement entre 6 et 12 conseillers. Seuls les conseils anglophones seront donc touchés.
Le ministre entend limiter les « dépenses discrétionnaires et les honoraires des conseillers » pour améliorer l’utilisation des fonds publics.
Entre autres changements, la rétribution des conseillers scolaires ne pourra dépasser 10 000 dollars, et les dépenses acceptables se limiteront aux frais de transport pour les déplacements importants nécessaires pour assister à une réunion du conseil et les soutiens essentiels pour accomplir les tâches (téléphone ou ordinateur).
Paul Calandra s’adresse aux journalistes après le dépôt de son nouveau projet de loi, lundi 13 avril 2026. Photo : Sandra Padovani/ONFR
« Le système d’éducation de l’Ontario doit rester concentré sur sa responsabilité première : la réussite des élèves. Dans certains conseils scolaires, cet objectif a été perdu de vue, et ce sont les élèves qui en paient le prix », a déclaré Paul Calandra, ministre de l’Éducation.
Il a également ajouté que « si d’autres mesures sont nécessaires pour protéger les élèves et renforcer le respect envers les professionnels qui les instruisent, nous n’hésiterons pas à agir. »
Huit conseils scolaires de langue anglaise, cinq publics et trois catholiques, ont été mis sous supervision ministérielle en moins d’un an, pour cause de « mauvaise gestion financière et à une gouvernance défaillante ».
Pour les conseils anglophones seulement et en renforcer la surveillance budgétaire, deux nouveaux rôles seront ajoutés, un chef de service administratif (direction de l’éducation), qui dirigera l’élaboration du budget, et un agent d’éducation en chef. « En cas d’impasse entre les conseillers, le ministre tranchera », peut-on lire dans le document officiel.
Des mesures pour renforcer l’assiduité et la réussite scolaire
En outre, le ministre de l’Éducation souhaite imposer des ressources d’apprentissage approuvées et uniformisées à l’échelle de la province, précisant que les enseignants conserveraient la possibilité d’ajouter du matériel supplémentaire.
Ces ressources, qui incluraient des plans de leçons, du matériel pour les élèves, des outils pour l’évaluation, des guides pour le personnel enseignant et des outils d’apprentissage interactifs numériques seront disponibles dès le début de l’année scolaire 2026-2027 par l’intermédiaire d’ApprovisiOntario.
L’Ontario instaurerait une politique visant à faire valoir l’assiduité et la participation valant pour 15 % de la note finale pour la 9e et la 10e année, et 10 % pour la 11e et la 12e année (hors maladies ou absences justifiées).
Pour les élèves de la 9e à la 12e, de nouveaux jours officiels d’examens obligatoires d’écriture seront notamment introduits.
Consensus chez les partis d’opposition
Les partis d’opposition réagissent par la négative, avec un champ lexical orienté sur la prise de pouvoir unilatérale du gouvernement.
« En contrôlant davantage les nominations, les budgets et en restreignant ce que les conseillers scolaires peuvent même discuter, ce gouvernement centralise la prise de décision à Queen’s Park et met de côté les voix locales », s’offusque Chandra Pasma, porte-parole du NPD en matière d’Éducation.
« Ce que ce projet de loi fait, c’est remplacer les voix locales par les marionnettes de Paul (Calandra) — des superviseurs et maintenant des chefs de la direction (CEO) qui répondent à lui, et non aux communautés, et qui pourraient n’avoir que peu ou pas d’expérience en éducation », réagit John Fraser, chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario et porte-parole en matière d’Éducation.
Ce dernier pointe d’ailleurs du doigt l’absence de mesures en ce qui concerne la taille des classes et le financement de l’éducation spécialisée.
C’est sur le « sous-financement du système d’éducation » que Mike Schreiner, le chef des Verts, argumente également.
« Les Verts de l’Ontario demandent au gouvernement Ford de mettre fin à son attaque contre la démocratie locale et de commencer à investir de manière significative dans l’éducation publique. »
C’est jour d’élections partielles dans trois circonscriptions du Canada, dont deux en Ontario : Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale. Ces deux châteaux forts libéraux, combinés à plusieurs défections survenues dans les derniers mois, pourraient faire basculer le gouvernement du côté majoritaire dans les prochaines heures. Portrait de cette mini-soirée électorale fédérale en Ontario.
Dans Scarborough-Sud-Ouest, l’élection est rendue nécessaire à la suite de la démission de l’ex-ministre et ancien chef de police de la Ville de Toronto, Bill Blair. Son siège pourrait être remporté lundi soir par celle qui était, jusqu’à tout récemment, la députée néo-démocrate provinciale et cheffe adjointe du NPD en Ontario, Doly Begum.
Ce siège a été remporté par les libéraux lors des quatre dernières élections, avec plus du double des voix d’avance sur leurs adversaires à chaque reprise. Mme Begum affronte notamment Diana Filipova (Parti conservateur), Fatima Shaban (NPD), Pooja Malhotra (Parti vert) et Peter Koubakis (Parti populaire du Canada).
Dans University–Rosedale, le siège s’est libéré en raison de la démission, en janvier dernier, de l’ex-vice-première ministre Chrystia Freeland, qui a accepté un poste de conseillère auprès du gouvernement ukrainien.
C’est la médecin et administratrice de soins de santé Danielle Martin qui tente de succéder à Mme Freeland. L’ancienne ministre des Finances avait, elle aussi, remporté cette circonscription facilement à chaque élection depuis 2015, avec une avance minimale de près de 10 000 voix.
Les électeurs pourront se rendre aux urnes entre 9h et 21h pour voter dans le cadre des élections partielles. Photo : iStock
En plus de Mme Martin, sont en lice les candidats Serena Purdy (NPD), Don Hodgson (Parti conservateur), Andy D’Andrea (Parti populaire du Canada) et Andrew Massey (Parti vert).
Majorité : « Je pense que c’est réglé », estime un politologue
Les libéraux de Mark Carney comptent désormais 171 sièges, quelques jours seulement après la défection de la députée ontarienne Marilyn Gladu, qui a quitté les rangs conservateurs. Ils ne sont désormais qu’à un siège de la majorité absolue, bien que deux élus supplémentaires offriraient au gouvernement une marge de manœuvre plus solide. Un des sièges libéraux est actuellement occupé par le président de la Chambre des communes, Francis Scarpaleggia, qui ne voterait qu’en cas d’égalité, garantissant ainsi la survie du gouvernement face à une motion de censure.
Tout indique que les deux circonscriptions du Grand Toronto qui iront aux urnes lundi soir pourraient garantir cette majorité au gouvernement Carney. Selon le site de projection électorale 338Canada, Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale sont considérées comme « solides » pour les libéraux, avec des projections de vote dépassant les 62 %.
« Je pense que c’est réglé », affirme le politologue Charles-Étienne Beaudry, de l’Université d’Ottawa, qui entrevoit une victoire facile, particulièrement pour Danielle Martin, qui pourrait surpasser les résultats de l’élection générale d’avril dernier.
« C’est possible que les libéraux aillent chercher plus de voix, envisage-t-il, parce qu’il (Mark Carney) a le vent dans les voiles. On le voit, les défections n’arrivent pas pour rien. Ce vent dans les voiles vient d’une circonstance : M. Carney est apparu comme une sorte de sauveur économique. »
Une troisième élection partielle aura également lieu au Québec, dans Terrebonne, mais la récente défection au profit des libéraux fait baisser la pression dans ce comté, croit le professeur.
« Ça relâche même la pression pour les deux autres scrutins », affirme M. Beaudry. Pour Terrebonne, étant donné que la question de la majorité libérale est réglée, les électeurs pourraient choisir le Bloc québécois. »
Bien que les chances de victoire des conservateurs soient minces, selon Charles-Étienne Beaudry, l’attention devra se porter sur leur résultat. En effet, ce sera le premier test électoral pour Pierre Poilievre depuis que quatre de ses députés ont fait défection pour rejoindre les libéraux.
« Si le score est très bas pour les conservateurs dans les trois circonscriptions — s’ils tombent à 12 % au lieu de 20 ou 25 % —, ce sera un message clair. Les autres députés vont commencer à s’impatienter et mettront de la pression pour que M. Poilievre quitte son poste », conclut-il.
TORONTO – Influencée dès son plus jeune âge par les arts de la scène, Dyana Ouvrard a construit un parcours marqué par des rencontres artistiques déterminantes. Devenue directrice du Labo à seulement 28 ans, elle célèbre cette année les 20 ans de cet îlot unique dédié aux arts médiatiques francophones.
« En six ans à la tête du Labo, comment avez-vous contribué à façonner votre identité francophone?
Le Labo se veut avant tout un espace de mutualisation, fondé sur le partage et la transmission. J’ai conscience que je ne suis que de passage, mais je souhaite que cela continue dans cette voie après moi. Nous devons garder des traces et continuer de paver cette route. Je me vois souvent comme un outil et je vois l’essence de mon travail comme une écoute des artistes francophones et de leurs besoins, afin qu’ils accomplissent leurs projets. Bien que les moyens et ressources fassent parfois défaut, cette écoute fait une réelle différence.
De quoi êtes-vous la plus fière dans ce parcours?
L’une de mes plus grandes fiertés est d’avoir fait du Labo un lieu de résistance, non pas dans une manière violente, mais plutôt d’une manière plus discrète, où les artistes viennent prendre un moment de répit face au monde qui va vite et qui veut vendre, le tout au cœur d’un ilot unique. Pour moi, ça, c’est vraiment beau. Je suis fière de pouvoir faire communauté et faire en sorte que chacun se sente comme à la maison. C’est une philosophie importante qu’on a réussi à construire au Labo.
Ce qui a également évolué depuis que je suis ici, c’est de faire du Centre un lieu d’accueil où les artistes se sentent bien. Dans un de nos récents sondages réalisés l’année dernière, 65 % des participants disent qu’ils voient le Labo comme un lieu où l’on prend soin d’eux. Ça compte beaucoup pour moi.
Pourquoi qualifiez-vous souvent votre parcours dans le domaine des arts comme improbable?
Après mes études de géographie, je me destinais plutôt à travailler dans le milieu du patrimoine. Mais c’est ma rencontre avec un metteur en scène belge, Vincent Rouche, qui m’a fait changer de direction. Je suis rapidement devenue son bras droit afin de coordonner ses spectacles. J’ai fait ça pendant trois ans entre Paris et Bruxelles et au final, je ne suis plus jamais repartie du milieu artistique.
Même si mon virage artistique remonte à mon enfance dans une famille où le théâtre amateur prenait une grande place, ce sont les sorties au musée d’art contemporain lorsque j’étais au collègequi m’ont vite fait comprendre que je serai en mesure de satisfaire ma curiosité à travers l’éducation. Ce passage a été extrêmement important, car il m’a permis de voir le monde au-delà du milieu social et géographique duquel je venais.
Dans quelle mesures les rencontres ont-elles influencé votre vie et votre parcours?
Les rencontres ont totalement fabriqué ma manière de travailler, complètement basée sur l’entraide, la convivialité et la solidarité. Surtout au Labo, car nous travaillons pour la communauté.
Rencontrer Shahla Bahrami en arrivant au Canada, il y a 10 ans, lorsqu’elle dirigeait encore le Centre d’artistes Voix Visuelle, a été vraiment incroyable. Elle-même arrivée de l’Iran, c’est une artiste qui valorise l’importance d’accompagner les nouveaux arrivants. Je la vois encore aujourd’hui comme ma mère d’immigration.
Elle a été quelqu’un d’extrêmement déterminant tout comme le metteur en scène Vincent Rouche. D’ailleurs, le Centre d’artistes Voix Visuelle, qui a été ma première expérience au Canada, reste un de nos collaborateurs réguliers au Labo. Shahla faisait partie des co-fondateurs. Le Centre est toujours situé à Ottawa, dans le quartier de Vanier.
Dyana Ouvrard pour l’exposition « En Vitrine » à l’Université de l’Ontario français. Photo : Gracieuseté
Quel est votre bilan six ans après avoir pris les rênes de l’unique centre d’arts médiatiques francophone à Toronto?
C’est pendant la pandémie que Shahla Bahrami m’a convaincue de reprendre la direction du Labo. Toutefois, je n’y croyais pas beaucoup parce qu’être directrice dans le milieu artistique à 28 ans, c’était considérable. Je n’avais pas pleinement conscience de toute la tâche monumentale qui m’attendait.
Aujourd’hui, le Labo compte 90 membres, regroupant des artistes professionnels et des artistes émergents. Notre conseil d’administration est actuellement au complet, ce qui n’était pas arrivé depuis des années. Par ailleurs, grâce à une équipe relativement jeune, nous avons pu recréer de nouveaux liens avec la communauté qui nous entoure.
Exposition des membres du Labo (Encan 2025). Photo : Pascaline Le Bras
Plan de marche comme outil artistique de découverte pour la programmation « Flânerie » par Le Labo. Photo : Mathieu Taillardas
Comment comptez-vous célébrer les 20 ans du Labo cette année?
Pour les 20 ans de Labo cette année, nous avons invité l’artiste-commissaire franco-torontoise Laura Demers pour piloter le projet. Nous espérons marquer le coup avec des œuvres interactives, en invitant la communauté artistique francophone de la ville à y participer.
Quels sont les défis auxquels Le Labo continue de se heurter malgré toutes ces années?
Notre travail repose beaucoup sur cette face cachée de l’iceberg, c’est-à-dire que nous ne vendons pas de produits et que nous tenons peu d’événements publics. Travailler sur de la matière brute, dans une société où le marketing règne et où tout est très lisse, peut rendre plus difficile la compréhension de ce que nous faisons réellement.
Sur le plan financier, nous demeurons extrêmement dépendants des subventions publiques et, avec les coupes en culture liées au changement de gouvernement, nous serons probablement parmi les premiers à perdre des financements. Ce serait catastrophique. Le point positif reste que notre gestion est rigoureuse.
Sur quels projets travaillez-vous actuellement?
Notre nouvelle programmation pour cette année et les prochaines s’appelle « Le Micro ». Il s’agira d’organiser des événements et des rencontres en très petits groupes, à échelle humaine, afin de revenir à quelque chose d’organique, où les artistes peuvent discuter de leurs projets. Il s’agit d’un fil conducteur reliant des projets en devenir.
De nos jours, on s’entête à faire tant de chiffres, accueillir tant de visiteurs. Mais pour moi, un atelier où il n’y aurait que trois personnes n’est jamais un échec, dans la mesure où l’artiste peut justement y bénéficier d’un meilleur moment d’échange plus long et plus profond avec chacun de ses collègues.
Cela fait directement suite à « La Jachère », présentée pendant la pandémie, dans laquelle nous avions conceptualisé l’idée de prendre le temps de faire les choses et d’en observer les aboutissements d’un point de vue artistique. »
En 2024, Dyana Ouvrard a dirigé l’exposition « 6 degrés, territoires de narration », une programmation artistique épistolaire. Photo : Pascaline Le Bras
LES DATES CLÉS DE DYANA OUVRARD :
1991 : Naissance en Vendée, France
2015 : Arrivée au Canada, à Ottawa
2016 : Autrice de l’essai Tatouer : d’un savoir-faire à un art à part entière
2020 : Prise de fonction à la direction générale du Labo
2025 : Commissaire de l’exposition internationale Déviations cartographiques (Voix Visuelle, Ottawa)
2026 : Co-autrice de l’essai Distance, publié à l’occasion de la Foire alternative d’arts de Sudbury
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
Selon un vieil adage, les gens apparentés ne devraient jamais travailler ensemble. Pourtant, l’histoire des Dubreuil et des Goulard démontre plutôt qu’on peut grandir dans une famille comme on peut évoluer dans une entreprise familiale, où les attentes, les comportements et les valeurs sont transmis implicitement et progressivement.
En tant qu’historien consultant, j’ai eu le privilège d’écrire l’histoire de deux entreprises familiales franco-ontariennes œuvrant dans le secteur forestier : les Dubreuil dans l’Algoma-Nord (Prise de parole, 2018) et les Goulard dans le Nipissing-Ouest (Prise de parole, 2026).
Mon plus récent livre discute des hauts et des bas de la récolte forestière dans le Nipissing-Ouest, de l’arrivée des Goulard en Ontario en 1907 jusqu’à nos jours. La Goulard Lumber (1962) Limited est une structure fascinante. Après avoir vécu le décès de trois fils et d’un gendre dans les années 1950, le patriarche Hector Goulard (1895-1968) a transmis la compagnie aux trois enfants qui lui restaient. Les deux fils ont à leur tour établi des fiducies, détenant chacune un droit de vote et des actions pour leurs enfants (âgés de 0 à 15 ans, en 1962). Soixante-quatre ans plus tard, c’est toujours cette structure qui permet à la troisième génération de gérer l’entreprise.
Comme adolescents et jeunes adultes, les petits-fils d’Hector ont bénéficié d’une expérience de travail et d’un apprentissage des valeurs auprès de leur grand-père. Depuis la décennie 1920, les Goulard privilégient la récolte de pin blanc sur les parterres des bassins versants des rivières Sturgeon et Temagami. Dans les années 1960, le transport de billots par camion a commencé, mais les chemins forestiers ne sont pas encore suffisamment développés et, surtout, l’acheminement des billes sur les rivières, pendant les crues du début du printemps, continue d’être un moyen efficace pour transporter les spécimens au moulin des Goulard, situé à trois kilomètres au nord de Sturgeon Falls.
Richard Amyotte et Marc Goulard dans un territoire de récolte au nord de River Valley, district de Nipissing, 23 octobre 2022. Collection de Serge Dupuis
De la fin d’avril à la fin de juin, des dizaines d’hommes se chargent d’y acheminer 30 000 billes (North Bay Nugget, 20 mai 1969, p. 18). La coordination de la drave nécessite l’expertise d’hommes d’expérience, qui connaissent les courbes des rivières et les étangs, qui peuvent être transformés temporairement en lac, à l’aide d’un barrage. Une fois la digue dynamitée, la force de l’eau transporte les billes et les pilotes les aide à éviter les embâcles. Les jeunes hommes anticipent la levée des cours universitaires pour la camaraderie et la bravoure qui les attend : on tombe à l’eau après avoir sauté en courant d’un billot au prochain; on se fait heurter au crâne par une bille rogue; on se trouve souvent « chanceux » lorsqu’on échappe de justesse la mort.
Si certains récits ressemblent à de la bravade, les cousins masculins des fratries Goulard et Tremblay y voient un rite de passage, où ils ont appris des leçons de la vie, des attentes et des valeurs d’une entreprise « familiariste », celle qui manifeste un souci pour le bien-être de tous ses employés, comme s’ils étaient des membres de la parenté élargie. La dernière drave sur la rivière Sturgeon a eu lieu au printemps 1974, mais les souvenirs et les valeurs qu’elle a inculqués ont fourni beaucoup de « compétences comportementales » (soft skills) aux participants de cette troisième génération, qui ont excellé en éducation, dans les arts et en affaires. À chaque rencontre, je suis épaté par la capacité des Goulard et des Tremblay à travailler avec doigté dans leur entreprise familiale, avec intelligence dans leur métier, puis avec empathie pour leurs employés. La drave et la scierie ont été d’excellentes écoles de formation humaine et technique pour ceux qui ont eu l’occasion de les fréquenter dans leur jeunesse.
Dans mon travail d’historien de l’oralité, j’ai parfois été irrité par des témoins, j’ai parfois été inspiré. J’aurais aimé être un Goulard. Je me compte chanceux d’avoir pu les côtoyer et mettre en mots leur histoire.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
OTTAWA — Le confinement imposé sur le campus de l’Université d’Ottawa a été levé vendredi soir, après que les autorités ont confirmé qu’il n’y avait plus de menace active. Un suspect a été arrêté dans la foulée. L’établissement a annoncé que la situation était revenue à la normale peu après 19 h.
« Le campus est sécuritaire à la suite d’un incident survenu plus tôt cet après-midi. La situation est terminée et il n’y a aucune menace pour la sécurité. Les activités normales peuvent reprendre », a informé l’Université d’Ottawa dans une mise à jour sur ses réseaux sociaux.
Le Service de police d’Ottawa (SPO) est intervenu vers 16 h 20 à la suite de signalements faisant état d’une « personne suspecte » dans les environs du campus. Par mesure de précaution, l’université avait ordonné aux étudiants et aux membres du personnel de se barricader à l’intérieur des bâtiments, qualifiant la situation de possiblement « violente ».
La police d’Ottawa a confirmé qu’aucun blessé n’a été rapporté et qu’une « personne a été arrêtée à la suite d’une enquête menée aujourd’hui à l’Université d’Ottawa concernant un individu suspect », a-t-elle indiqué dans une mise à jour sur le réseau X. Le corps de police ajoute que « l’enquête est en cours » et que « l’incident est en voie d’être résolu ».
Au plus fort de l’événement, les étudiants et les membres du personnel avaient reçu des alertes les enjoignant de se mettre à l’abri immédiatement.
« Si une personne violente s’approche, préparez-vous à vous sauver, à vous cacher ou, si votre vie est en danger immédiat, à vous défendre par tous les moyens nécessaires jusqu’à ce que vous puissiez vous enfuir », avertissait l’université dans un message transmis à la communauté.
À la suite de la levée de l’alerte, OC Transpo a confirmé que le service d’autobus et le train léger (Ligne 1) desservent à nouveau normalement les arrêts situés sur le campus de l’institution.
La prochaine personne qui occupera le poste de gouverneur général parlera le français et l’anglais, a affirmé le premier ministre Mark Carney.
« Bilingue, français et anglais », a répondu M. Carney au micro de l’émission Tout un matin sur les ondes de ICI Radio-Canada Première, vendredi.
Interrogé par l’animateur Patrick Masbourian à savoir s’il s’engageait à nommer une personne bilingue à titre de représentant de la Couronne, le premier ministre a répondu : « Absolument ».
Le mandat de cinq ans de la gouverneure générale Mary Simon, nommée en juillet 2021, doit prendre fin cet été. Bien que son bureau n’ait pas encore confirmé son départ, son époux, Whit Fraser, a indiqué au Globe and Mail la semaine dernière que le couple prévoyait quitter Rideau Hall, la résidence officielle.
L’absence de maîtrise du français de Mary Simon a fait l’objet de vives critiques au cours des dernières années, notamment de la part des partis d’opposition à Ottawa qui avaient dénoncé cette nomination de Justin Trudeau. Mme Simon s’était pourtant engagée à apprendre le français, elle qui maîtrise l’anglais et l’inuktitut et qui est devenue la première personne d’origine autochtone à occuper ce poste.
Depuis sa nomination en 2021, Mary Simon a accumulé près de 228,7 heures de cours de français, selon des données publiées en octobre 2024. Cela représente une moyenne de près de six heures par mois, ou 90 minutes par semaine. En septembre 2025, ces leçons de langue avaient coûté près de 50 000 $ aux contribuables canadiens, selon une réponse du gouvernement aux questions du député bloquiste Xavier Barsalou-Duval.
Sa nomination avait généré près de 1300 plaintes au Commissariat aux langues officielles en 2021, l’un des volumes les plus élevés des dernières années. Toutefois, le commissaire de l’époque, Raymond Théberge, avait estimé que ces plaintes n’étaient pas fondées, puisque la décision finale de nomination relevait du premier ministre. Or, comme ce dernier n’est pas considéré comme une institution fédérale, il n’est pas assujetti à la Loi sur les langues officielles.
L’ex-commissaire Théberge jugeait d’ailleurs qu’imposer l’obligation du bilinguisme pour ce poste « serait une très bonne décision ». Le gouverneur général du Canada est le représentant officiel du roi Charles III au Canada.
TORONTO – La formation des enseignants sera réduite à 12 mois, répartis sur trois semestres consécutifs, pour pallier la pénurie de personnel dans les écoles. Cette mesure, qui permettrait une économie allant jusqu’à 3000 $ en frais de scolarité, s’inscrit dans la réforme générale de l’éducation que le ministre Paul Calandra déposera dès lundi à Queen’s Park.
Le ministre des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, Nolan Quinn, accompagné du ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a annoncé le dépôt d’un projet de loi destiné à moderniser la formation des enseignants de la maternelle à la 12ᵉ année. Le modèle actuel de deux ans (quatre semestres) sera remplacé par cet échéancier condensé dès mai 2027.
« Ces changements permettraient à notre bassin d’enseignants exceptionnels et passionnés de commencer leur carrière plus tôt et à moindre coût afin de soutenir les collectivités en croissance pour les générations à venir », a déclaré le ministre Quinn.
Si le projet de loi est adopté, les 14 universités publiques de l’Ontario ainsi que trois établissements privés passeront au nouveau modèle. Pour soutenir cette transition accélérée, la province investira 16,8 millions de dollars destinés à augmenter les honoraires des enseignants associés qui encadrent les stagiaires.
Le plan prévoit également l’ajout de 4000 places supplémentaires en formation à l’enseignement, soutenues par une enveloppe de 150 millions de dollars.
« Il y a une explosion de demandes pour l’éducation en français. C’est un bon problème à avoir », a commenté en conférence de presse le ministre de l’Éducation Paul Calandra, en réponse à une question sur la pénurie d’enseignants francophones. Photo : Capture du compte YouTube officiel du gouvernement de l’Ontario
Le gouvernement dit explorer des pistes pour mieux reconnaître les acquis et l’expérience de travail antérieure des personnes en formation, comme celle des éducateurs de la petite enfance.
Ces changements constituent le premier volet de la réforme de l’éducation plus globale promise par Paul Calandra, qui a d’ailleurs annoncé qu’il présentera le reste de ses mesures dès le lundi de la semaine suivante.
Un enjeu de rétention selon l’opposition officielle
De son côté, la porte-parole du NPD en matière d’Éducation, Chandra Pasma, salue ce parcours plus efficace, mais s’inquiète de la rétention du personnel. Selon elle, former de nouveaux enseignants revient à « remplir un seau percé tant que l’on ne bouche pas le trou ».
« Plus de 45 000 enseignants qualifiés dans notre province choisissent de ne pas travailler dans notre système d’éducation en ce moment, souligne la députée. Tant que le gouvernement Ford ne sera pas prêt à s’attaquer aux conditions de travail dans nos écoles avec un financement adéquat, former plus d’enseignants ne suffira pas. »
« L’AEFO accueille positivement l’annonce du gouvernement de l’Ontario concernant la réforme de la formation à l’enseignement », a déclaré Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens. Cette annonce envoie un signal attendu et encourageant pour le milieu de l’éducation. »
Pour cette dernière, un programme de formation plus court est un pas dans la bonne direction pour répondre aux besoins sur le terrain. « Le modèle de deux ans créait un désavantage pour le secteur francophone, notamment en limitant l’accès à la profession. »
La présidente a également loué l’augmentation du nombre de journées de stage, « une avancée très encourageante » pour faciliter l’expérience sur le terrain.
Elle précise toutefois que la rétention du personnel passe par l’amélioration des conditions de travail, « en assurant un lieu de travail sécuritaire, pour donner envie aux enseignantes et enseignants de rester dans la profession ».
HAMILTON – La qualification de la République démocratique du Congo pour la Coupe du monde 2026 a ouvert une nouvelle perspective pour Dimitri Bertaud. Arrivé cet hiver à Forge FC pour se relancer et enchaîner les matchs, le gardien franco-congolais sait désormais qu’il dispose de quelques semaines pour transformer son bon début d’aventure canadienne en véritable argument en vue d’une place dans la sélection.
Au Forge FC, Dimitri Bertaud sait désormais que chaque match peut peser lourd. Le gardien franco-congolais a vu la République démocratique du Congo décrocher son billet pour la Coupe du monde 2026 le 31 mars dernier, au terme d’une victoire 1-0 après prolongation contre la Jamaïque, à Guadalajara. Le but décisif inscrit par Axel Tuanzebe à la 100e minute a offert à la sélection congolaise une première qualification au Mondial depuis 1974.
Pour le gardien, cette qualification n’est pas seulement une grande nouvelle vécue à distance. Elle donne encore plus de relief au pari qu’il a choisi de tenter cet hiver en signant à Hamilton en Première ligue canadienne (PLC). Libre depuis la fin de son aventure à Montpellier, le gardien franco-congolais avait rejoint le Forge FC avec une idée précise : rejouer, retrouver de la visibilité et se remettre dans la conversation en sélection, alors que la RDC pouvait encore rêver du Mondial. Dans un précédent entretien avec ONFR, il expliquait avoir choisi Forge pour retrouver rapidement un projet concret et du temps de jeu dans un rôle de numéro un.
Il a suivi la qualification depuis le Canada, avec ses proches.
« Oui, bien sûr, j’ai regardé le match avec des amis et ma femme et mon fils au Canada. C’était un truc de fou », raconte-t-il.
Premier match et aucun but encaissé, des débuts réussis. Photo : Nick Iwanyshyn/PLC
Aucune certitude
Désormais, une première étape est franchie pour les Léopards, mais une autre commence pour lui : celle d’une course contre la montre pour convaincre qu’il peut faire partie du voyage en 2026.
Le principal intéressé reste prudent au moment d’évaluer ses chances. « Je ne sais pas ce que le sélectionneur a dans la tête. De mon côté, je travaille comme j’ai toujours fait. J’ai la possibilité d’enchaîner les matchs ici à Forge, alors qu’avant, ce n’était pas le cas. Je ne sais pas quelles chances j’ai, mais on verra bien au fur et à mesure que le rassemblement approchera. »
Bertaud estime avoir « à peu près une dizaine ou une douzaine de matchs » pour marquer des points. « D’ici là, il me faudra livrer des matchs sérieux et efficaces, et obtenir de bons résultats avec mon équipe. »
Une installation qui prend forme
Depuis son arrivée en Ontario, le gardien de Forge commence aussi à trouver ses repères hors du terrain. Ses premières semaines au Canada avaient surtout été rythmées par la préparation, les entraînements et ses débuts avec sa nouvelle équipe. L’arrivée de sa femme et de son fils lui permet désormais de s’installer plus pleinement et de découvrir un peu mieux la région.
Cette adaptation s’est encore accélérée ces derniers jours. « Franchement, c’est super. Ils sont arrivés, ils étaient contents. Nous avons trouvé une maison. On a visité un petit peu Toronto, Hamilton. On a vu quelques chutes, quelques parcs. Franchement, c’est très bien. On s’adapte très bien. Les gens sont très gentils aussi. On kiffe notre aventure canadienne », résume-t-il.
Sur le terrain aussi, les débuts sont encourageants. Forge a lancé sa saison de PLC par une victoire 2-0 contre l’Atlético Ottawa le 4 avril, et Dimitri Bertaud y a signé son premier blanchissage sous ses nouvelles couleurs.
Dimitri Bertaud a pu compter sur une défense solide et expérimentée avec en son sein l’autre nouvel arrivant français Antoine Batisse, auteur d’un match solide. Photo : Jojo Yanjiao Qian/Forge FC
Le gardien retient surtout la solidité collective affichée par son équipe et ce, malgré l’absence de joueurs majeurs comme le défenseur central Dan Nimick.
« On a fait un match sérieux. Je crois qu’on n’a pas encaissé de frappe. Les seules actions que j’ai eu à gérer, c’était des sorties aériennes ou du jeu au pied. Franchement, on a fait ce qu’il fallait. On a tenu bon. Premier match, premier clean sheet. »
Il souligne aussi l’efficacité du Forge sur coups de pied arrêtés et estime qu’un retour de Dan Nimick serait « un plus » pour l’équipe.
Une nouvelle ligue, de nouvelles habitudes
L’ancien Montpelliérain poursuit en parallèle son acclimatation à une ligue encore nouvelle pour lui. Cette saison, la Première ligue canadienne sert notamment de terrain d’expérimentation pour plusieurs ajustements réglementaires soutenus par la FIFA, dont une version test de la règle du hors-jeu et davantage d’interventions vidéo à la demande des équipes. Le match d’ouverture entre le Forge FC et l’Atlético Ottawa a justement servi de premier cadre à ces essais.
Dimitri Bertaud y voit des changements notables, notamment pour les gardiens et les défenseurs.
« Les hors-jeu ont changé. Ça ne nous arrange pas, nous, en tant que défense. Ça arrange plus les attaquants, mais après, il va falloir s’adapter. C’est bien qu’on soit dans une ligue test et qu’on puisse voir comment ça se passe tout ça. »
Le gardien franco-congolais n’a pas eu beaucoup de travail lors du premier match, mais s’est montré solide dans ses sorties aériennes. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL
Il souligne aussi que les arbitres laisseront désormais davantage se poursuivre certaines actions, obligeant les défenseurs à rester mobilisés jusqu’au bout, même lorsqu’un hors-jeu semble évident.
Concentré sur lui-même
Pour autant, le portier de 27 ans ne veut pas trop disperser son attention. Arriver dans un championnat qu’il découvre ne change pas fondamentalement sa façon de travailler.
« Quand tu es gardien, tu es beaucoup centré sur toi-même. Il faut que tu sois prêt à chaque ballon différent. »
Même s’il étudie les tendances adverses avec le staff, il insiste sur un point : « Je me focalise beaucoup sur moi. »
Forge poursuivra sa saison ce week-end sur le terrain de Vancouver FC. Pour le club, il s’agira de confirmer son bon départ. Pour Dimitri Bertaud, ce sera aussi un match de plus dans une séquence devenue cruciale : celle d’un gardien venu au Canada pour rejouer, se relancer et tenter de se faire une place dans le groupe congolais à quelques mois de la Coupe du monde.
AURORA – Plus de services en français, plus de visibilité, plus de collaboration, plus d’événements culturels, plus! plus! plus!… Le premier atelier des états généraux de l’Ontario français a mis en lumière une vague de besoins et fait réfléchir à quelques solutions issues du terrain. Cet exercice se répètera dans plus d’une vingtaine de communautés durant le printemps à travers la province.
Au cours d’un remue-méninge qui aura duré près de trois heures, les idées ont fusé mercredi soir à Aurora, fief de l’Association des francophones de la région de York (AFRY), un exercice répété le lendemain à Penetenguishene et ce vendredi à Windsor.
Des préoccupations constantes sont revenues sur la table comme l’exaspération de ne pas obtenir de services gouvernementaux dans des régions pourtant désignées sous la Loi sur les services en français (LSF). Un participant a suggéré à une table que « l’excuse de l’employé malade le jour où on se rend au guichet » ne soit plus acceptée et que la loi soit généralisée à toute la province.
Un autre a proposé que les municipalités, qui échappent à toute réglementation linguistique, fassent des efforts sur leurs propres services qui touchent au quotidien des administrés, ainsi que dans leurs communications. Dans ces institutions, l’offre de service ne tient souvent qu’à un fil a rappelé un résident : « on tombe parfois par hasard sur un employé bilingue qui tient au français et connait la communauté, mais son départ suffit à ce que le château de cartes s’effondre. »
Nolwenn Beschemin, résidente de Richmond Hill. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Pour Nolwenn Beschemin, il faudrait d’abord s’assurer que, dans la plupart des services, il y ait une personne-ressource et une plage dédiée aux francophones. Cette résidente de Richmond Hill – une ville non désignée en vertu de la LSF – s’est vue refuser son contrat de travail rédigé en français comme pièce justificative nécessaire à renouveler sa carte santé. « J’ai dû faire traduire mon contrat pour que cela soit accepté alors que le français est une langue officielle. C’est problématique. »
La recherche d’emploi a également vivement capté l’attention de certains participants s’estimant livrés à eux-mêmes quand ils immigrent en Ontario. Le manque de reconnaissance des employeurs pour leur personnel bilingue était aussi sur de nombreuses lèvres dans un remue-méninge animé. Comment encourager le bilinguisme dans la société si les entreprises publiques et privées ne valorisent pas les compétences linguistiques de leurs collaborateurs?
Équivalence des diplômes sur la table
Dans cet exercice de réflexion initié par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), certains ont soulevé le problème récurrent de rigidité dans l’équivalence des diplômes. « On manque de ressources humaines pour combler des postes et offrir des services en français, surtout dans le domaine de la santé, s’inquiète Oureye Seck, résidente de Scarborough qui a fait le déplacement à Aurora.
« Nos médecins francophones, on les compte. Nos infirmières, on les compte. On a besoin de mettre l’accent sur la formation des professionnels qui vont livrer ces services », dit-elle, réclamant « des assouplissements du système en matière d’équivalence des diplômes, pour que ces gens ne refassent pas le parcours du combattant pour valider un document. On doit travailler main dans la main avec les gouvernements pour identifier ces failles et y remédier. »
Oureye Seck, résidente de Scarborough. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Les enjeux liés à l’immigration, la cohésion de la communauté, la santé et l’éducation ont resurgi, comme la peur aussi de voir ses enfants perdre leur langue maternelle, faute d’un réel cadre de vie en français, a également été évoquée.
La répartition des subventions existantes a été abordée à une autre table. En filigrane : c’est le constat d’un grand nombre d’organismes comparé à une offre réelle de services en français plutôt maigre en bout de ligne.
« Ce qui me frappe le plus, c’est la façon dont sont gérés les financements aux organismes », confie Laurent Sorrentino. Cet infirmier d’Aurora s’interroge : « Où va tout cet argent? J’ai l’impression qu’il y a énormément d’organismes et peu de services. Il vaudrait mieux réduire la quantité et gagner en qualité. »
Et de regretter l’absence de services d’emploi, de services juridiques et la limitation de l’aide à l’installation pour les nouveaux arrivants dans la région de York, alors qu’à côté Toronto est bien mieux doté.
Des inégalités d’accès aux services en français
Sur les bouts de table, les formulaires se remplissent d’encre noire. Au sein de chaque petit groupe, on échange, on s’écoute, on se contredit, on se convainc, on tombe d’accord, on change d’opinion… « Il y a peut-être de bonnes pratiques à dupliquer » gribouille l’un. « On a besoin de plus se parler, se coordonner », rédige l’autre.
Zakaria Belhaj, nouvel arrivant à Aurora. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Selon Zakaria Belhaj, nouvel arrivant en provenance du Maroc, « la communauté doit être plus visible et on devrait savoir, avant même d’arriver en Ontario, qu’il existe des écoles et une vie en français ici. »
Cet effort doit être fait par les ambassades par exemple, mais aussi les communautés. « Au sein des Marocains de Toronto, les gens ne savent pas qu’il y a des écoles 100 % francophones en Ontario. Le temps d’avoir cette information, leurs enfants scolarisés depuis plusieurs années deviennent des anglophones. »
L’AFO et son directeur général, Peter Hominuk, poursuivent leur tournée dans les prochains jours dans le Sud-Ouest ontarien, avant de basculer dans l’Est en milieu de semaine prochaine. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« On va collecter toutes ces attentes et en faire un livre blanc »
— Peter Hominuk, directeur général de l’AFO
« On va collecter toutes ces attentes et en faire un livre blanc clair avec lequel on va aller voir le gouvernement et lui dire ce que la communauté veut avec des structures qui permettront que ça va se passer », a rappelé Peter Hominuk, directeur général de l’AFO, dont l’organisation tentera d’influencer les décideurs politiques en vue d’importants investissements à partir de 2028.
Les états généraux se poursuivent jusqu’au mois de juin, avec entre autres un passage à Windsor ce vendredi soir, Chatham-Kent dimanche et Sarnia lundi, London mardi et Mississauga mercredi, avant de faire route vers l’Est ontarien.
NORTH BAY – De nouveaux services d’établissement pour les immigrants francophones ont été inaugurés jeudi soir, au centre-ville de North Bay. Cet espace, qui regroupe les expertises du Collège Boréal et des Compagnons des francs loisirs, vise à offrir un point d’accès unique aux nouveaux arrivants francophones du district de Nipissing.
« C’est un rêve qui devient réalité. Un projet qui était seulement une idée et qui est maintenant bien concret », confie Frédéric Boulanger, directeur des programmes et services en immigration au Collège Boréal.
« La francophonie est dans un état d’éveil et de développement important à North Bay », affirme Arnaud Claude, directeur général des Compagnons.
Le maire de North Bay, Peter Chirico, des représentants du bureau de la députée de Nipissing-Timiskaming, Pauline Rochefort, ainsi que des représentants d’organismes de services en immigration anglophones de North Bay ont pris part à l’inauguration de jeudi soir afin d’explorer les complémentarités entre les services.
Pour le directeur du Collège Boréal, ce nouvel espace marque l’aboutissement d’une vision où l’intégration dépasse les démarches administratives pour devenir un accompagnement humain, global et ancré dans la réalité locale.
Né d’une volonté d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) de renforcer les services dans le nord de l’Ontario, ce projet a été initié par le Réseau du Nord, qui a mobilisé les partenaires de Nipissing pour répondre à l’appel fédéral. Le Collège Boréal et Les Compagnons ont alors proposé une approche tripartite, fusionnant leurs expertises sous un même toit pour simplifier le parcours d’établissement des nouveaux arrivants.
Le maire unilingue anglophone de North Bay, Peter Chirico, a pris part à l’inauguration. Photo : gracieuseté du Collège Boréal
Entre économie et culture
Le partenariat repose sur une répartition claire et rigoureuse des responsabilités pour offrir une expérience continue.
Pour Frédéric Boulanger, cette approche se distingue nettement des modèles traditionnels. « Les services d’établissement chez les fournisseurs de services répondent généralement aux besoins de base », précise-t-il.
En complémentarité, les Compagnons des francs loisirs assurent le volet socioculturel et l’intégration au sein du milieu scolaire.
Selon Arnaud Claude, leur mission est de favoriser le sentiment d’appartenance dès l’arrivée et avec des activités phares tout au long de l’année : des ateliers de découverte où se côtoient les traditions franco-ontariennes et les cultures d’origine, notamment à travers la musique, la danse et le partage culinaire, allant des traditions marocaines aux saveurs congolaises.
« On ne cherche pas à transformer les personnes. On essaie vraiment de leur permettre de trouver leur place dans la communauté tout en valorisant leur culture d’origine et la culture locale », affirme-t-il.
Une logistique pensée pour l’accessibilité
Le choix stratégique de s’installer au 222, rue McIntyre Ouest, en plein centre-ville, répond à un besoin pragmatique de proximité.
« Offrir à ta clientèle sous un même toit, ça c’est important de le dire, c’est assez unique »
— Frédéric Boulanger
Pour une clientèle où le transport en commun est souvent le seul moyen de déplacement, se situer à quelques minutes de la station de bus est un facteur de réussite majeur. L’avantage, souligne Arnaud Claude, est d’être à « une porte de distance » entre partenaires.
Un nouvel arrivant peut traiter un dossier d’équivalence de diplôme au bureau du Collège et, l’instant d’après, s’informer sur l’inscription de ses enfants auprès des Compagnons sans avoir à voyager à travers la ville, se félicitent les deux organismes.
« Offrir des services sous un même toit, c’est assez unique », relève M. Boulanger.
Actuellement, une dizaine de professionnels collaborent quotidiennement dans cet espace pour assurer le bon fonctionnement du projet dans cette ville où seuls 11 % des habitants ont le français comme première langue officielle, selon les plus récentes données de Statistique Canada.
Cette équipe multidisciplinaire regroupe des navigateurs en intégration socioéconomique, des travailleurs en établissement dans les écoles (TEE), des conseillers en connexions communautaires, ainsi que du personnel administratif et de gestion entièrement dédié à la pérennité de l’initiative.
(À gauche) Arnaud Claude, directeur général des Compagnons des francs loisirs et Frédéric Boulanger, directeur des programmes et services en immigration au Collège Boréal. Photo : gracieuseté du Collège Boréal
Surmonter les obstacles à la rétention
Malgré l’enthousiasme suscité par cette inauguration, les responsables restent lucides quant aux défis structurels du district de Nipissing.
Arnaud Claude identifie le logement comme le nerf de la guerre. « Si les gens n’arrivent pas à se loger, malheureusement ils ne restent pas dans la région », affirme-t-il sans détour, ajoutant que la stabilité résidentielle est le premier rempart contre l’exode vers les grands centres.
À cette problématique s’ajoute le défi de la communication dans un milieu où la dualité linguistique est omniprésente. Selon le directeur général de l’organisme, « la langue est souvent un obstacle aussi à l’emploi et souvent un obstacle à l’intégration communautaire. »
Pour contrer cet isolement, le nouveau centre mise sur ses services de navigation linguistique pour aider les nouveaux visages à franchir ces barrières et à s’ancrer véritablement dans leur nouveau milieu.
Cette nouvelle infrastructure à North Bay vient compléter le continuum de services d’établissements déjà présents dans le nord-est, notamment à Hearst, Timmins, Sudbury et plus récemment à Temiskaming Shores.
TORONTO – Alors que le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, promet une réforme « significative » imminente, l’inquiétude grandit dans le milieu franco-ontarien. À quelques semaines de l’ouverture des candidatures pour le renouvellement du mandat des conseillers, les représentants des conseils scolaires francophones pressent le gouvernement de sortir de son mutisme et de procéder à des consultations.
L’inquiétude monte chez les conseils scolaires francophones quant à l’annonce imminente d’un projet de loi au Parlement. L’incertitude continue de planer autour de cette réforme qui pourrait transformer le paysage éducatif.
Fin mars, lors du retour en session à Queen’s Park, le ministre de l’Éducation confirmait qu’il s’apprêtait à présenter une réforme de l’éducation « très bientôt », impliquant un changement « important » et « significatif » pour les conseils scolaires de la province.
Les représentants des conseils publics francophones, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO) et catholiques, l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), par voie de lettres, exhortent le gouvernement à les inclure dans les consultations sur ce changement de gouvernance à venir.
Denis Labelle, à gauche, est le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et Robert Demers, à droite, est le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).
« Cela fait depuis l’automne dernier que M. Calandra parle d’une réforme, mais nous n’avons toujours aucune idée de ce qui va se passer », déplore au micro d’ONFR Robert Demers, le président de l’AFOCSC.
Soulignant qu’aucun entretien n’a été possible avec le ministre depuis sa prise de fonction — outre une brève présentation initiale — M. Demers relève la contradiction entre l’ampleur du changement annoncé et le manque de clarté qui l’accompagne.
« On est prêt à travailler ensemble, mais il faut qu’en face, il y ait la volonté de travailler avec nous », déclare-t-il.
Si le président de l’ACEPO, Denis Labelle, reconnaît l’urgence d’agir pour assainir la gouvernance de certains conseils, il défend lui aussi le besoin d’un véritable dialogue. « On veut améliorer le système, mais on veut être impliqués. On veut des réponses, d’autant que les communautés ont besoin de visibilité pour se mobiliser. »
Les élections des conseillers scolaires en suspens?
Au cœur de toutes les spéculations : la potentielle élimination du rôle de conseiller scolaire. Pour les représentants francophones, l’urgence est renforcée par la tenue des prochaines élections scolaires. En effet, l’ouverture du dépôt des candidatures est fixée au 1er mai prochain.
Le ministre de l’Éducation s’est voulu rassurant à plusieurs reprises, confirmant qu’il respecterait l’article 23 de la Charte canadienne qui protège l’autonomie de gestion du système de langue française et du système catholique.
« Il dit qu’il ne touchera pas à la gouvernance des systèmes catholiques et francophones, ce qui ne veut pas dire qu’il ne la changera pas. Nous n’avons peut-être pas la même définition », nuance M. Demers.
Pour Denis Labelle, l’enjeu est d’encourager la participation en valorisant le rôle des élus. « Avec ce manque de clarté et de transparence, nous sommes préoccupés par les impacts à long terme sur la confiance du public. Il est primordial de protéger la démocratie scolaire dans le contexte francophone. »
Ce dernier prévient que toute diminution du rôle des conseillers scolaires réduirait la voix des parents et la représentation des réalités locales. « L’ACEPO ne s’oppose pas aux changements, conclut son président, mais nous continuerons de défendre les intérêts des enfants et des écoles francophones. »
La controverse entourant la vidéo unilingue du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, et le nombre record de plaintes reçues témoignent de « la valeur des langues officielles au Canada », selon la nouvelle commissaire aux langues officielles. Ce dossier lance le mandat de Kelly Burke sur les chapeaux de roues, elle qui est entrée en poste il y a peine quelques jours.
La nouvelle commissaire aux langues officielles considère qu’Air Canada doit réévaluer la façon dont elle communique avec la population, soutenant qu’une entreprise fédérale se doit de s’adresser de manière « claire, équitable et respectueuse ».
« L’ampleur des réactions et le nombre de plaintes que nous avons reçues démontrent vraiment la valeur des langues officielles au Canada. Les langues officielles sont au cœur de l’identité canadienne et nous devons les protéger », a-t-elle affirmé lors d’une entrevue.
À l’instar de son prédécesseur Raymond Théberge, elle juge essentiel que les hauts dirigeants des entreprises fédérales soient bilingues, tout en reconnaissant qu’il ne s’agit pas d’une obligation inscrite dans la loi.
« Il est important que le bilinguisme soit considéré comme une compétence essentielle dans les postes de haute gestion, afin que les dirigeants soient en mesure de respecter les droits linguistiques, mais aussi pour qu’ils prêchent par l’exemple. C’est ce que l’on souhaite de la part d’une personne à la tête des principales institutions fédérales au Canada », juge-t-elle.
Elle n’a pas voulu s’étendre davantage sur le dossier de M. Rousseau, précisant que le Commissariat aux langues officielles (CLO) est toujours en train d’analyser les plaintes. En date du 8 avril, on dénombrait 2382 plaintes concernant le discours unilingue du PDG, prononcé après la tragédie ayant coûté la vie à deux pilotes de l’entreprise, dont un francophone.
Début d’un mandat de sept ans
Kelly Burke est arrivée officiellement à la tête du CLO le 30 mars dernier. La Franco-Ontarienne a obtenu ce poste avec l’approbation de la Chambre des communes et du Sénat, après avoir été nommée par le gouvernement de Mark Carney.
Elle identifie une meilleure conformité à la Loi sur les langues officielles, modernisée au cours des dernières années, comme la priorité de son mandat. Le CLO doit d’ailleurs hériter, dans les prochains mois, de nouveaux pouvoirs lui permettant d’infliger des amendes financières aux entreprises fédérales du secteur des transports. Des sanctions allant de 5000 $ à 50 000 $ par infraction pourraient être imposées en vertu d’un règlement proposé par Ottawa.
« Je veux m’assurer qu’il y ait une bonne mise en œuvre de cette loi maintenant modernisée… Tout particulièrement en ce qui concerne l’exercice des nouveaux pouvoirs qui en découlent », précise-t-elle.
L’ancienne commissaire aux services en français de l’Ontario estime qu’on pourra la juger sur « les résultats qui souligneront les avancées » qu’elle souhaite réaliser. Elle entend bien « accomplir le mandat prescrit » de sept ans. Mme Burke avait quitté son rôle provincial en Ontario de manière inattendue en 2023 et était restée floue sur ce départ lors de son audition devant les députés en février dernier. Elle considère toutefois que les deux postes « se ressemblent à plusieurs égards ».
« J’ai déposé trois rapports annuels avec des recommandations qui ont toutes été acceptées. Cette expérience va me permettre, ici au fédéral, d’exercer les mêmes compétences afin d’améliorer le sort des langues officielles partout au pays », soutient-elle.
OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté mercredi une version actualisée de son Plan décennal sur le logement et l’itinérance. En créant un fonds destiné non seulement à la construction, mais aussi aux soins de santé intégrés, la Ville espère loger les 450 citoyens les plus vulnérables en cinq ans plutôt que dix.
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, a été très clair lors du dépôt de sa motion, adoptée à l’unanimité par le conseil. Selon lui, le modèle actuel de lutte contre l’itinérance a atteint ses limites car il oublie l’aspect humain et médical du problème.
« L’une des leçons les plus claires des cinq dernières années est que le logement à lui seul ne suffit pas », a déclaré le maire devant le Conseil. « Sans accès aux soins de santé mentale, aux services de toxicomanie et aux soins primaires, de nombreuses personnes auront du mal à rester logées malgré le fait qu’on leur ait fourni un endroit où vivre. »
Cette vision se traduit par la création du Fonds pour le logement de soutien dès le budget 2027. Ce fonds aura pour mission de financer non seulement les « briques et le mortier », mais aussi le personnel spécialisé qui accompagnera les résidents au quotidien.
Bien que le montant final de ce futur réservoir financier doive être précisé lors du prochain cycle budgétaire, la Ville a déjà posé des jalons concrets. Le maire a confirmé que le budget 2026 inclut une enveloppe de 23,25 millions $ en capital pour le logement abordable, portant l’investissement total de la Ville pour le présent mandat à plus de 105 millions $.
Le Conseil a également autorisé une mesure d’exception : si des fonds se libèrent lors de la clôture des projets de capital de 2025, ils seront immédiatement injectés dans ce nouveau fonds pour servir de « mise de fonds » initiale.
Le maire Sutcliffe a déclaré qu’il fallait en faire plus pour lutter contre l’itinérance. Photo : Inès Rebei/ONFR
3000 personnes sans toit chaque nuit
Les chiffres présentés au Conseil sont criants. En 2024, à Ottawa, près de 3000 personnes vivent l’itinérance chaque soir. Parmi elles, 450 sont sur une liste d’attente spécifique pour le logement de soutien, la seule option viable pour ceux qui font face à des défis sociaux et de santé complexes.
Au rythme actuel, le dernier de cette liste devrait attendre une décennie avant d’avoir une clé. Un délai jugé inacceptable par les élus.
« Le dernier sur la liste d’attente pourrait attendre jusqu’à 10 ans pour obtenir une unité. C’est pourquoi je dépose aujourd’hui une motion demandant de doubler le rythme auquel nous construisons ces unités de soutien », a martelé Mark Sutcliffe. « Nous ne serons jamais une ville prospère tant que tout le monde n’aura pas un endroit sûr où dormir le soir. »
Un investissement « fiscalement responsable »
Si certains s’inquiètent des coûts, le maire et ses alliés, comme la conseillère Catherine McKenney par le passé ou les voix actuelles du centre-ville, soutiennent que c’est un investissement rentable à long terme.
« Nous ne pouvons pas revitaliser le centre-ville d’Ottawa si nous avons une portion significative d’individus sans-abri ayant des besoins sérieux et qui sont continuellement ignorés pour un logement »
— Ariel Troster
« Investir dans le logement de soutien est un investissement à long terme qui déplace les dépenses de l’intervention d’urgence vers la prévention et la stabilité », explique la motion du maire. « Cela permet de maintenir les gens logés en identifiant les problèmes tôt, améliore l’accès aux soins, et réduit les appels d’ambulances, les visites aux urgences et les séjours hospitaliers. »
La conseillère du quartier Somerset au centre-ville, Ariel Troster, a salué l’initiative, rappelant que la dignité humaine est indissociable de la santé économique de la ville.
« Nous ne pouvons pas revitaliser le centre-ville d’Ottawa si nous avons une portion significative d’individus sans-abri ayant des besoins sérieux et qui sont continuellement ignorés pour un logement. Présentement, les personnes dans le pire état ne sont pas logées, et c’est très préjudiciable à leur santé ainsi qu’à la sécurité de nos communautés », a-t-elle affirmé en séance.
Une nouvelle définition de l’abordabilité
Depuis 2020, les efforts combinés des gouvernements fédéral, provincial et municipal ont permis d’injecter près de 1 milliard de dollars dans le système d’habitation d’Ottawa. Ce montant a permis de créer 554 logements abordables et 329 unités de soutien, mais la demande continue de croître plus vite que l’offre.
Pour corriger le tir, le Plan rafraîchi introduit une modification technique, mais majeure : la définition de ce qui est « abordable ».
Désormais, la Ville d’Ottawa ne se basera plus sur les prix du marché, mais sur le revenu réel des ménages. C’est un changement réclamé depuis longtemps par les organismes communautaires et les partenaires autochtones qui ont participé à la co-conception de ce plan.
Appel à Queen’s Park et Ottawa
Le maire ne s’en cache pas : en créant ce fonds et en finançant des services de santé, la Ville d’Ottawa s’aventure sur un terrain qui appartient normalement à la province de l’Ontario.
« Puisque cet investissement municipal est censé réduire la pression financière sur les autres paliers de gouvernement, le personnel est dirigé à engager des discussions avec le fédéral et la province pour demander de l’aide au financement, tant pour le capital que pour les opérations », stipule la motion finale.
OPASATIKA – Un trésor aurifère, identifié dès les années 1930 puis tombé dans l’oubli, faute d’exploration, refait surface à seulement deux kilomètres d’un village francophone du nord de l’Ontario. Entre des tests géologiques récents qualifiés de « concluants » et la perspective de centaines d’emplois durables, le projet Filion pourrait transformer le visage de la région pour les cinquante prochaines années. Immersion dans un dossier qui réveille l’espoir des communautés rurales.
Nichée à seulement 2,5 kilomètres au nord du village francophone d’Opasatika, la mine en devenir s’étend sur un axe est-ouest de 42 km de long.
Une superficie totale d’environ 260 km² au sein d’une ceinture de roches vertes largement « sous-explorée », mais au grand potentiel, explique Michael Dufresne, le chef du projet Filion et président d’Apex Geoscience.
Ce consultant pour Torr Metals, l’exploitant minier actuel, emploie 150 géologues au Canada basés dans l’Ouest ontarien, mais également très actifs au Québec et en Ontario.
« Le projet Filion jouit d’une position unique avec un accès idéal aux infrastructures, notamment la route transcanadienne, un réseau ferroviaire régional et au réseau électrique, avec donc un potentiel d’exploitation à faible coût tout au long de l’année, dans une région propice à de nouvelles découvertes », rapporte M. Dufresne.
Si l’or y avait été identifié dans les années 1930, la zone n’a jamais été explorée de façon systématique, malgré plusieurs tentatives menées jusque dans les années 1980 par des prospecteurs individuels. Aucun échantillonnage géochimique régional des sols n’avait été effectué.
« Les derniers tests sont extrêmement concluants. Le gisement juste au nord de notre village pourrait être plus massif que celui de la mine Détour à Cochrane, qui est pourtant l’une des plus grosses mines d’or en exploitation au Canada », s’enthousiasme le maire d’Opasatika Jacques Dorval.
Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Depuis sa cabane de pêche, celui-ci a été témoin des tests aériens effectués par Torr Metals. Depuis la fonte des neiges, les géologues ont pu procéder à l’exploration terrestre durant trois semaines.
« Nous en sommes à un stade très précoce, explique le chef du projet. Mais je pense que cette ceinture de roches vertes est très prometteuse. Torr détient les permis et prévoit de forer cette année. L’exploitation minière apporte un bénéfice énorme pour les communautés rurales. On l’a vu avec Timmins, Kirkland Lake ou Thunder Bay. »
Une vision ambitieuse largement partagée par le maire Dorval : « Une mine comme celle-ci représente une viabilité allant jusqu’à 50 ans. On veut que les gens s’établissent ici, qu’ils y bâtissent des maisons, qu’ils y paient des taxes et qu’ils fassent vivre nos arénas et nos commerces. La compagnie Torr Metals semble partager cette vision du développement local et de soutien aux organisations régionales ».
Une manne d’emplois pour cette région du Nord
Dans le monde rural, l’impact se fait sentir dès la phase d’exploration. Selon Michael Dufresne, investir 10 ou 20 millions de dollars permet déjà de développer des compétences locales. L’embauche d’équipes régionales intervient dès les premières étapes : construction de routes, conduite d’engins, échantillonnage ou travaux de tranchées.
Toutefois, le véritable changement d’échelle dépend d’une découverte majeure. « Lors du premier forage, on parle de 25 personnes. On peut monter à 200 lors du forage de définition. Mais pour la construction d’une mine, on parle de 2000 personnes », précise le chef de projet.
À terme, une mine opérationnelle pourrait générer entre 500 et 600 emplois permanents. Une perspective d’autant plus attrayante que les salaires y sont élevés : « Qu’il s’agisse de travailleurs souterrains ou d’opérateurs d’équipement, ce sont des postes payés entre 100 000 $ et 200 000 $ par an », souligne M. Dufresne.
Malgré des échantillons prometteurs atteignant 13 grammes d’or par tonne — une roche d’une valeur théorique de 1500 $ — le chemin est encore long. Torr Metals prévoit de forer entre 2000 et 3000 mètres d’ici l’automne, après avoir analysé la végétation et l’humus pour y déceler des traces d’arsenic ou d’antimoine, indicateurs de la présence d’or.
« Il faut démontrer une continuité géologique sur des millions de tonnes. Cela peut coûter jusqu’à 200 millions de dollars et prendre 15 à 20 ans », prévient Michael Dufresne, comparant le secteur à un « billet de loterie ».
Selon lui, seul un projet sur mille devient rentable, « mais il faut quelqu’un qui prenne le risque financier au départ », et un succès à Opasatika pourrait attirer une dizaine d’autres compagnies dans son sillage.
Consultations étroites avec les partenaires autochtones locaux
Malgré l’ampleur des investissements, Michael Dufresne tient à relativiser l’impact environnemental au sol. Il rappelle qu’à l’échelle d’un pays comme le Canada, le nombre de mines de métaux actives reste relativement restreint, oscillant entre 120 et 140.
« On en compte peut-être 30 ou 40 au Québec et autant en Ontario. Si l’on prenait l’ensemble du secteur minier canadien, toutes les zones perturbées, les bassins de résidus et les usines tiendraient à l’intérieur des limites de la ville d’Edmonton », illustre-t-il.
Tout projet doit selon lui s’accompagner d’une approche de partenariat dès le premier jour avec les populations autochtones locales. La firme de Michael Dufresne, Apex Geoscience, est d’ailleurs détenue à 51 % par une société autochtone de l’Alberta. Pour le chef de projet, cette identité influence directement la manière de travailler en Ontario : « La consultation dès le premier jour est notre priorité. C’est ainsi que les affaires se font aujourd’hui. »
Une approche proactive saluée par le maire Jacques Dorval, qui a facilité les premiers contacts : « Nous avons établi des liens dès l’étape embryonnaire pour créer un lien de confiance avant même la première pelletée de terre. »
Si des partenaires autochtones se montrent ouverts au développement, le maire précise qu’ils restent vigilants sur le plan écologique : « Ils veulent s’assurer que toutes les étapes environnementales sont rigoureusement respectées. »
L’ancien maire de Clarence-Rockland, Marcel Guibord, est décédé le 1er avril à l’âge de 78 ans. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) salue le parcours d’un élu engagé, marqué par son attachement à la communauté francophone de l’Est ontarien.
« Homme de l’Est ontarien, Marcel Guibord aura marqué la vie municipale de sa région », a déclaré le président de l’AFO, Fabien Hébert, saluant la mémoire de l’ancien maire de Clarence-Rockland (en exercice de 2010 à 2014).
Le président de l’AFO a également souligné son attachement à la réalité francophone de sa communauté et son engagement dans des espaces de dialogue touchant l’Ontario français.
« En Ontario français, nous savons à quel point les maires et élus municipaux jouent un rôle essentiel dans la vitalité de nos milieux, dans la défense des services de proximité et dans le maintien de communautés fortes, vivantes et fières », a-t-il ajouté.
Afin de souligner son parcours, les drapeaux à l’hôtel de ville ont été mis en berne pour une période d’une semaine.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, sa sœur, Céline Guibord, lui a également rendu hommage, le décrivant comme « un protecteur de sa famille » et un homme engagé.
« Mon frère Marcel est entré aujourd’hui dans le monde des esprits. Protecteur de sa famille, il a contribué à plusieurs innovations dans le domaine de la gestion de l’eau et des déchets. Il a consacré de nombreuses années à défendre la justice et à lutter contre la corruption au service de l’humanité », y écrit-elle.
Originaire de Wendover, Marcel Guibord a été élu maire de Clarence-Rockland à la fin de l’année 2010. Homme d’affaires dans le secteur des infrastructures municipales et industrielles, il a dirigé la municipalité jusqu’en 2014.
Son mandat a notamment été marqué par une controverse liée à des accusations d’abus de confiance déposées par la Police provinciale de l’Ontario (PPO) contre lui et d’autres élus, avant que les procédures ne soient suspendues par la Couronne après révision de la preuve.
En 2014, il avait tenté sans succès d’obtenir un second mandat, affirmant alors ne pas avoir « terminé ce qu’il avait entamé » à la mairie.
La famille recevra parents et amis le 1er mai à la Maison funéraire Théo Brunet & Fils, à Rockland.
OTTAWA – À moins d’un mois du dépôt des candidatures, la majorité des maires de l’Est ontarien confirment déjà leur intention de briguer un nouveau mandat.Dans une région marquée par la dualité linguistique et la croissance des zones rurales, la tendance est à la continuité.
Sur huit maires sondés, sept confirment leur intention de solliciter un nouveau mandat, alors qu’ailleurs en Ontario, plusieurs mairies pourraient changer de main.
« Quand on entame son premier mandat, on lance des initiatives et il faut au moins deux mandats pour les mener à terme », souligne la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie.
À Russell, Mike Tarnowski adhère à cette vision à long terme, lui qui a succédé au maire sortant en 2024.
« J’aimerais ça pouvoir dire que je me suis fait complètement élire par la municipalité pour le poste spécifiquement, car on a de beaux projets qui avancent très bien et on aimerait bien les voir à leur conclusion », précise Mike Tarnowski qui avait été nommé maire de Russell grâce à l’appui de ses pairs du conseil municipal.
Seul Robert Lefebvre, à Hawkesbury, a choisi de passer le flambeau, après une longue carrière en politique municipale.
Le maire de la Cité de Clarence-Rockland, Mario Zanth, n’a toujours pas annoncé officiellement ses intentions, bien qu’il occupe la présidence du conseil des CUPR en 2026. De son côté, Justin Towndale, maire de Cornwall, n’a pas donné suite à nos demandes.
Des dossiers brûlants
Pour de nombreux élus, un mandat de quatre ans ne représente que le prologue d’une transformation structurelle.
« Une municipalité ne peut pas supporter les coûts seule » pour un projet de 80 millions de dollars, souligne Geneviève Lajoie, qui plaide pour une collaboration accrue entre municipalités et avec la province.
À Champlain, Normand Riopel affiche la même détermination en misant sur l’aboutissement du dossier de services d’eau et d’égouts partagés avec Hawkesbury. Fier d’avoir débloqué ce projet de raccordement et d’annexion de terrains qui stagnait depuis trente ans, il souligne l’importance historique de cette nouvelle collaboration régionale.
« Il y a une grande méconception que parce que je ne parle pas un bon français, je ne valorise pas les services en français »
— Genevieve Lajoie
« Mes ancêtres de maires n’ont pas pu négocier l’entente avec la Ville de Hawkesbury. Et aujourd’hui, on peut dire qu’on a une entente de signée », se réjouit le maire du canton de Champlain.
Cet accord prévoit l’annexion de parcelles par Hawkesbury en échange de services pour desservir une zone stratégique du canton au sud de la route 17. Pour l’élu, ce dénouement est le socle de sa prochaine campagne.
« J’aime ce que je fais, alors oui, je chercherai à atteindre un troisième mandat », annonce le maire de Champlain, impatient de voir cette entente permettre enfin la construction de logements abordables.
La question linguistique
La question linguistique demeure un des enjeux à Casselman où l’équilibre entre les deux langues officielles a récemment fait l’objet de vifs débats au conseil. Suite à des incidents liés au droit des citoyens de recevoir des réponses dans la langue de leur choix, la municipalité a dû clarifier ses procédures pour réaffirmer son identité francophone tout en s’adaptant à une démographie changeante.
Geneviève Lajoie, souvent interpellée sur son propre usage de la langue, rejette l’idée que cela affecte son leadership politique. « Il y a une grande méconception que parce que je ne parle pas un bon français, je ne valorise pas les services en français », fait remarquer la mairesse de Casselman.
Ailleurs, comme à Stormont Nord, François Landry, qui en est à son premier mandat de maire, gère cette dualité avec diplomatie.
« Je suis le seul francophone sur le conseil de ma municipalité », relève le maire de Stormont Nord affirmant son intention de protéger les acquis linguistiques.
Malgré cette position, il observe que « la société change : les jeunes familles veulent des services additionnels ».
Il explique que bien que les séances se déroulent en anglais, il met un point d’honneur de répondre en français aux citoyens qui en font la demande, particulièrement dans les pôles bilingues comme le village de Crysler.
Du côté de Glengarry Nord, le maire Jamie Macdonald admet que la place du français est « quelque chose que nous voulons améliorer, surtout sur nos publications dans les médias sociaux », souligne-t-il.
L’infrastructure, moteur du développement
Le logement dépend directement de la capacité technique. C’est le message de Jamie Macdonald qui voit dans une enveloppe de 28,5 millions de dollars le levier pour transformer Maxville et Alexandria.
« C’est ma raison de me présenter : je veux m’assurer que ces projets soient complétés », déclare le maire de Glengarry Nord en évoquant le projet de Maxville qui doit permettre la construction de près de 1000 logements.
À Russell, le maire Mike Tarnowski gère un chantier d’une tout autre envergure : un complexe récréatif de 105 millions de dollars. « J’aimerais être en poste pour le voir à sa fin, c’est un projet qui devrait être terminé vers la fin de 2026 », confie celui qui se dit fier que sa municipalité demeure la deuxième municipalité la moins taxée des Comtés unis.
Ce projet a d’ailleurs reçu un appui de taille : « C’était la première fois que le premier ministre Doug Ford venait dans notre municipalité pour nous donner un chèque de 100 millions, on était très content de le voir. »
Il dit vouloir continuer de travailler sur le retour d’une bibliothèque indépendante à Embrun. « On a réussi à trouver un nouveau local propre dans le centre du village qui devrait être terminé en 2027 en collaboration avec la coopérative locale », fait-il savoir.
Dans La Nation, le maire Francis Brière souhaite poursuivre des projets amorcés lors de son premier mandat, dont le transfert du centre communautaire à des groupes locaux et le développement du « parc Innovation », qu’il considère comme un levier économique important. « Quand on fait entrer de l’industriel et du commercial, eux autres paient des grosses taxes, puis ça enlève le fardeau fiscal sur les résidents », affirme-t-il, tout en soulignant que la croissance de la municipalité exige des investissements continus en infrastructures.
« On a encore beaucoup de travaux à faire avec la province et le fédéral », fait valoir le maire de Stormont Nord. Il cite comme exemples de progrès « exceptionnels » l’arrivée de nouveaux services de proximité, notamment une nouvelle station-service et l’implantation potentielle d’un Tim Hortons, des signes que la municipalité n’est plus seulement un dortoir rural.
À Alfred et Plantagenet, Yves Laviolette fait face à une urgence similaire : « Nos lagunes de traitement des eaux usées à Wendover sont à 133 % de capacité. On ne peut plus rien bâtir tant qu’on ne règle pas ça », explique le maire d’Alfred et Plantagenet.
Il insiste sur le fait que « la lagune de Plantagenet, est prioritaire » et qu’avec l’octroi de 13,87 millions de dollars de la part de la province, la municipalité est « en train de faire les plans » pour ce projet de modernisation et d’agrandissement.
« Cette expansion-là, puis la croissance, faire que tout est en place, ça joue un gros rôle dans le futur de notre municipalité », affirme le maire Francis Brière. Photo : gracieuseté de Francis Brière
Persévérance rurale et transition
À East Hawkesbury, le maire Robert Kirby continue de réclamer justice pour ses citoyens privés de gaz naturel. « Pourquoi est-ce que nous autres, on est la seule municipalité dans Prescott-Russell à ne pas l’avoir? », s’interroge le maire de Hawkesbury Est. Il assure qu’il ne reculera pas. « Jamais », insiste-t-il, prêt à solliciter à nouveau la confiance de sa population.
Au-delà de l’énergie, il place la sécurité au cœur de son prochain mandat avec la construction d’une nouvelle caserne de pompiers. « Je veux rester tant que la santé est correcte et que le monde veut encore de moi », indique le maire de Hawkesbury Est.
Le grand changement viendra toutefois de Hawkesbury où Robert Lefebvre quittera ses fonctions après cinquante ans de carrière. Il a annoncé son départ tôt pour « donner la chance aux résidentes et résidents qui seraient intéressés à poursuivre une carrière municipale. »
Il quitte la mairie fier de l’entente avec Champlain, soulignant que c’est « le moteur économique du futur » qui permettra une expansion de 13 % de la superficie de la ville.
Les aspirants candidats auront du 4 mai au 11 septembre 2026 à 14h pour déposer officiellement leur déclaration de candidature. La liste définitive des candidats sera dévoilée à la fin du mois d’août et les électeurs seront appelés aux urnes le 26 octobre prochain.
SUDBURY – Plus de cinq ans après le déclenchement d’une crise sans précédent et la publication d’un rapport critique de l’Ombudsman de l’Ontario, l’Université Laurentienne a officiellement terminé la mise en œuvre des recommandations visant à protéger sa désignation bilingue.
Le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, a confirmé par écrit, dans une lettre que s’est procuré ONFR, que l’institution satisfait désormais aux exigences de l’Ontario.
« J’ai déterminé que les mesures prises par l’Université Laurentienne satisfont aux trois recommandations (3, 13 et 16) qui lui ont été adressées », peut-on y lire. Cette décision met fin à l’obligation pour l’université de soumettre des rapports de progrès tous les six mois, un régime de surveillance qui durait depuis mars 2022.
Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut rappeler qu’en avril 2021, la Laurentienne s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Cette restructuration financière s’était traduite par la suppression brutale de 69 programmes, dont 28 programmes en français.
À l’époque, cette décision avait provoqué une onde de choc au sein de la communauté franco-ontarienne. L’Ombudsman de l’Ontario avait alors ouvert une enquête, concluant dans son rapport Renforcer la désignation : un travail collaboratif que l’Université n’avait pas respecté ses obligations en vertu de la Loi sur les services en français.
Natalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones, se souvient de l’état d’esprit à son arrivée en 2023 : « Nous avons beaucoup appris au cours des dernières années, particulièrement sur l’importance de l’Université Laurentienne au sein de la communauté francophone. »
Elle ajoute que l’institution a pris « vraiment pris au sérieux les recommandations qui nous avaient été données […] et on travaille fort pour rebâtir la confiance avec les francophones ».
Carl Bouchard, commissaire aux services en français de l’Ontario, un haut fonctionnaire rattaché au Bureau de l’Ombudsman. Photo : Marc LeMyre photography
Des verrous supplémentaires
L’un des changements les plus significatifs est la révision profonde de la Politique de bilinguisme de l’université durant l’hiver 2025. L’ancienne politique, datant de 2012, ne tenait pas compte des obligations liées à la désignation bilingue partielle.
La mise en œuvre de la recommandation 3 impose désormais un processus de consultation obligatoire avant tout changement majeur.
Mme Poulin-Lehoux explique l’enjeu technique : « Il a fallu qu’on ajoute des clauses dans la politique pour assurer qu’on avise les bonnes personnes si on a besoin de faire des changements. »
Désormais, le texte révisé prévoit que l’Université doit assurer « une consultation avec le ministère des Collèges et Universités (MCU), ainsi qu’avec le ministère des Affaires francophones (MAFO) avant de faire tout changement qui pourrait avoir un impact sur sa désignation ».
Le résultat de cette consultation doit obligatoirement être présenté devant le Sénat avant que celui-ci ne puisse décider de tout changement.
Nathalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones à l’Université Laurentienne. Photo : Gracieuseté de l’Université Laurentienne
Conformité, « offre active » et reddition de comptes
L’Université a également dû prouver sa conformité aux recommandations 13 et 16, portant sur le respect global de la Loi sur les services en français. Cela a mené à l’intégration formelle de la notion d’« offre active ».
La politique précise maintenant que l’Université a l’obligation d’offrir tous les services aux étudiants et aux futurs étudiants dans les deux langues.
Pour Mme Poulin-Lehoux, ce travail est allé bien au-delà de la simple paperasse : « On aurait pu facilement créer un document pour répondre à ce qu’ils nous ont demandé. Mais je voulais m’assurer de bien faire le travail, donc on a fait beaucoup de consultations et on a vraiment cherché le consensus. »
Si la surveillance formelle prend fin, le commissaire Carl Bouchard prévient que son Bureau ne détourne pas le regard pour autant : « Mon équipe continuera de surveiller la mise en œuvre continue du plan de conformité des services en français de l’Université Laurentienne ».
« C’est le plus d’étudiants qu’on a eu dans l’histoire de l’université Laurentienne qui sont inscrits dans des programmes francophones »
— Natalie Poulin-Lehoux
« Bien que le travail avec le commissaire soit complété, ce n’est jamais réellement terminé : il y a toujours place à l’amélioration et nous allons poursuivre nos efforts en ce sens », lance de son côté la vice-rectrice.
Priorité aux partenariats
Bien que l’université ne prévoit pas de retour immédiat de certains programmes disparus lors de la crise, comme celui de sage-femme, la direction mise sur une stratégie de partenariats pour maintenir la diversité des parcours.
L’objectif affiché est d’éviter les dédoublements avec d’autres institutions, comme le Collège Boréal, tout en garantissant la viabilité financière des programmes restants.
« Au lieu de supprimer des programmes, nous souhaitons que chaque institution puisse offrir des formations différentes afin d’éviter de futurs deuils académiques. Le dédoublement est souvent ce qui mène aux coupures, car nous n’avons pas toujours la masse critique d’étudiants pour remplir toutes les salles de classe si l’offre est éparpillée entre plusieurs établissements », consent Mme Poulin-Lehoux.
L’établissement propose 116 options de diplôme en français et compte aujourd’hui 2461 étudiants francophones, soit environ 25 % de sa population totale.
« C’est le plus d’étudiants qu’on a eu dans l’histoire de l’université Laurentienne qui sont inscrits dans des programmes francophones », affirme la vice-rectrice.
OTTAWA – Marie-Christine Morin prendra la tête, le 7 avril, de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Après huit ans à la direction de la Fédération culturelle canadienne-française, elle dresse le bilan et trace les contours des défis à venir pour la francophonie.
« C’est quoi votre histoire avec le rouge?
C’est drôle comme question. Je porte beaucoup de rouge, c’est vrai. Je pense que ça vient de ma grand-mère, qui en portait beaucoup. J’ai toujours associé cette couleur à quelque chose de dynamique, lié au feu, à l’action. Il y a une énergie dans le rouge qui me parle. Je dirais que c’est ma couleur. J’aime aussi le bleu, qui est plus apaisant, mais le rouge reste très présent.
Vous avez été nommée secrétaire générale de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Que représente ce rôle pour vous?
C’est une continuité du travail que j’ai entrepris à la Fédération culturelle canadienne-française, notamment en matière de développement durable. Je vais poursuivre dans la même veine, mais à un autre niveau, avec un réseau de partenaires plus large et une ouverture plus internationale. C’est une très belle opportunité pour la suite.
Marie-Christine Morin appelle les décideurs à reconnaître le rôle central de la culture dans le développement des communautés. Crédit photo : Dany Lepage
Vous avez été directrice générale de la FCCF depuis 2018. Huit ans plus tard, quel bilan faites-vous de ce parcours?
Je suis très fière du chemin parcouru. Et je parle au « nous », car c’est le fruit d’un travail collectif, avec un réseau, un conseil d’administration et des partenaires. De grandes avancées ont été réalisées pour la francophonie, notamment en arts et culture.
Je pense au travail avec le milieu de l’éducation et aux progrès numériques, à la fois prometteurs et transformateurs. Des programmes comme PassepArt et ImmersArt ont permis à des élèves francophones et en immersion d’accéder à des activités artistiques, culturelles et patrimoniales.
Le secteur artistique et culturel est désormais reconnu dans la Loi sur les langues officielles comme un pilier du développement des communautés. C’est le résultat d’une mobilisation importante du secteur pour faire valoir cette nécessité auprès des décideurs.
Nous avons aussi mis en place des mécanismes pour mesurer l’impact de nos actions dès le départ. Aujourd’hui, des données concrètes démontrent les retombées pour les élèves, les enseignants, les artistes, les communautés et les organisations.
Le défi maintenant est de pérenniser ces acquis et de continuer à démontrer leur importance pour la francophonie et le développement des communautés.
Concrètement, quel a été l’impact de votre action à la FCCF en termes de développement et de financement?
Lorsque je suis entrée en poste en 2018, le budget de la FCCF était d’environ 675 000 $ par année. En 2026, l’organisation atteint près de 6 millions de dollars en recettes.
Cette croissance a permis une accélération importante des initiatives. La majorité de ces fonds est redistribuée dans l’écosystème, notamment à travers des programmes de microfinancement pour les organismes, ainsi que des initiatives numériques qui offrent des services et réinjectent des ressources dans le milieu.
C’est donc un développement concret, qui a permis de soutenir directement les acteurs sur le terrain et qui continue d’avoir un impact réel. C’est aussi ça, le pari de l’action : générer des moyens et les redistribuer pour faire avancer le milieu.
Quels défis avez-vous observés?
Le travail intersectoriel est exigeant. Il faut apprendre à construire un langage commun entre des secteurs qui ne fonctionnent pas de la même façon. Par exemple, le secteur de l’éducation et le secteur artistique et culturel sont nécessairement complémentaires, mais on ne parle pas toujours le même langage. Cela demande du temps, de l’écoute et de l’humilité.
L’autre défi est celui du financement. Les modèles actuels sont souvent sectoriels et ponctuels, ce qui complique la pérennisation des initiatives, même lorsqu’elles fonctionnent.
En septembre 2025, Marie-Christine Morin s’est vu décerner la Médaille du couronnement du roi Charles III pour son engagement envers le secteur culturel francophone. Crédit photo : Dany Lepage
Comment décririez-vous l’état de la culture francophone aujourd’hui?
C’est un milieu vibrant et résilient, mais aussi fragile. Les artistes et les travailleurs culturels vivent dans une grande précarité. La pandémie a encore fragilisé le secteur, et les transformations numériques viennent aussi bouleverser les modèles.
Il y a donc de grands enjeux qui exigent à la fois de la résilience et une présence soutenue. Je crois que des organisations comme la Fédération culturelle canadienne-française, ainsi que ses membres, jouent un rôle essentiel pour donner une voix à ce secteur. Un secteur qui a besoin de se rassembler, d’exprimer ses besoins pour bien fonctionner et de faire reconnaître ses réalités dans les décisions prises à tous les niveaux, notamment en ce qui concerne le numérique.
Malgré tout, la culture demeure essentielle. Elle est au cœur de l’identité, de la cohésion sociale et du développement des communautés. Elle est fondamentale pour un pays.
Votre rapport à la francophonie et à la culture a justement un lien avec le théâtre…
Mes premiers souvenirs culturels passent par le théâtre. Au primaire, une enseignante de français (aussi ma professeure de piano) m’a invitée à une sortie au Théâtre Denise-Pelletier avec des élèves du secondaire.
C’était ma première expérience de théâtre professionnel, et elle a été déterminante. Elle a ouvert des horizons et rejoint une sensibilité que j’avais déjà, notamment à travers la musique.
J’ai ensuite fait beaucoup de théâtre amateur, où j’ai rencontré mon mari, formé à l’École nationale de théâtre du Canada à Montréal. Je n’en ai pas fait carrière, mais mon attachement aux arts, lui, ne m’a jamais quittée.
Peut-on craindre des coupes similaires à celles envisagées au Québec dans la culture à l’école?
Toute coupe fait mal dans un secteur déjà fragile : les impacts sont immédiats. Des initiatives comme PassepArt et immersArt sont essentielles, surtout en région. Sans elles, plusieurs élèves n’auraient tout simplement pas accès aux arts et à la culture. Nos évaluations (2019–2023) le démontrent : sans ce soutien, ces activités n’auraient pas eu lieu dans plusieurs écoles francophones.
Les retombées sont concrètes : accès à la culture, ouverture à la diversité, bien-être des élèves. Pendant la pandémie, ces activités ont même contribué à briser l’isolement et à réduire l’anxiété.
Ces impacts sont mesurés. Il est donc crucial de maintenir ces financements. Oui, des coupures sont possibles, d’où l’importance pour les milieux artistique et éducatif de se mobiliser pour assurer la pérennité de ces initiatives.
Marie-Christine Morin prendra ses fonctions, le 7 avril, à la tête de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Crédit photo : Dany Lepage
Le plaidoyer traditionnel suffit-il encore pour faire avancer le milieu francophone, ou faut-il changer d’approche?
J’ai fait le pari de l’action en arrivant à la Fédération. Cela ne veut pas dire abandonner le plaidoyer, il reste essentiel, mais il doit être rigoureux et appuyé par des données. Documenter l’impact de nos actions est fondamental pour porter des arguments solides.
Le pari de l’action, c’est tester, innover, essayer à petite échelle, ajuster en cours de route, puis déployer ce qui fonctionne. Cela suppose aussi de se donner le droit à l’erreur.
À la FCCF, nous avons privilégié une approche de co-construction avec le milieu, notamment avec le secteur de l’éducation. Il ne s’agit pas d’imposer des solutions, mais de répondre à des besoins réels, en collaboration avec les acteurs concernés. C’est ce qui permet de développer des initiatives pertinentes et durables.
Au fond, action et plaidoyer vont de pair : les résultats sur le terrain nourrissent le discours, qui permet ensuite de faire avancer les choses à un autre niveau. »
LES DATES-CLÉS DE MARIE-CHRISTINE MORIN
2017 : Directrice adjointe de la Fédération culturelle canadienne-française
2018 : Directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française
2025 : Reçoit la Médaille du couronnement du roi Charles III
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
J’ai grandi dans une famille de garagistes automobiles où j’entendais souvent dire que « le malheur des uns fait le bonheur des autres », proverbe qui s’applique d’ailleurs à de nombreux métiers : médecin, plombier, électricien, etc. Bref, on les voit rarement quand tout va bien! Le roman Antisèchesde Sébastien L. Chauzu, publié aux éditions Prise de parole, va te faire ressentir ce plaisir coupable : le malheur du personnage principal va faire ton bonheur de lecture!
Tu connais forcément l’expression : « Il ne faut pas juger un livre sur sa couverture »? Eh bien c’est exactement l’inverse qui s’est produit pour moi! La couverture d’Antisèches de Sébastien L. Chauzu (éditions Prise de Parole) m’a parlé. Va savoir pourquoi, mais ses dessins m’ont murmuré des sons lointains, tribaux, rauques, car ils m’ont fait penser à ceux des premiers hommes sur les murs des cavernes préhistoriques. On appelle ça de l’art pariétal. Tu ne connaissais pas? Je te rassure, moi non plus, j’ai appris l’expression en rédigeant cette chronique!
Antisèches de Sébastien L. Chauzu, publié aux éditions Prise de parole
Je n’ai pas été déçue : ce livre, c’est de l’art pariétal émotionnel, car le personnage principal est un « homme préhistorique » qui a du mal à gérer ses émotions et même, avouons-le, à prendre pleinement possession de sa vie. Les dessins sur la couverture du livre comme le raton laveur et le poisson n’ont pas été choisis au hasard. Ils symbolisent ses culs-de-sac émotionnels (j’y reviendrai!).
Mais commençons par le commencement : Ed Clauss, écrivain raté, vit dans la ville canadienne fictive de Shakleton avec sa conjointe Ana. Son monde s’écroule lorsqu’il reçoit des lettres anonymes dans lesquelles il découvre qu’elle le trompe. Ed tente alors de deviner qui se cache derrière la dénonciation. Quelques semaines plus tard, Ana le quitte… Bref, vie de rêve! Perdu, il s’enfonce dans une spirale loufoque : on observe sa chute avec un soupçon de compassion et une grosse dose d’humour.
On réalise vite que la rupture n’est qu’une toile de fond camouflant une crise identitaire dormante. Cela fait un moment qu’Ed est à la dérive… Ironie : il s’était acheté depuis peu un petit bateau pour impressionner sa douce, mais trop tard, l’iceberg était déjà devant lui. Son couple a coulé. Pour détourner son attention de l’échec amoureux, Ed se focalise sur un raton laveur imaginaire (il pense qu’il y en a un dans son garage) et rêve de le prendre en flagrant délit. Et que dire de ce poisson décoratif dans son salon qui le toise? Ce souvenir de vacances acheté avec Ana lui rappelle leur passé disparu. Les dessins sur la couverture ne sont pas anodins, ils sont des miroirs des tourments d’Ed.
Il m’a fallu quelques chapitres pour entrer dans ce roman : le ton ironique n’est pas tout de suite évident, mais lorsque l’on comprend que le livre se veut décalé, on se met à le dévorer. Pourquoi? Car derrière son image de looser, image d’ailleurs que ses amis et voisins lui collent à la peau, Ed est bien plus que ça : ses écorchures personnelles, ses douleurs émotionnelles et ses échecs professionnels nuancent vite ce personnage au premier abord excessif, à la limite du grotesque. On découvre qu’il s’est perdu de vue depuis plusieurs années. Sa rupture est la virgule finale, celle qui casse sa phrase existentielle : il n’a désormais plus le choix que d’avancer. Il s’est accroché à Ana comme un naufragé sur un radeau. Enfin, tu l’as compris avec toutes mes métaphores maritimes, Ed coule, et nous, lecteurs voraces, nous n’attendons qu’une chose, le voir toucher le fond (le fameux « le malheur des uns fait le bonheur des autres! »).
Sébastien L. Chauzu – Crédit photo Kayla Blackmore
La plume de Sébastien L. Chauzu va droit au but, sans envolées ni prétention poétique comme celle de David Ménard, évoquée dans cet article. L’auteur a cependant une écriture agréable et il est facile de se laisser porter par son univers comme celui d’Andrée Christensen dont je parle ici. À mesure que la lecture avance, on se surprend à attendre avec curiosité le prochain rebondissement, souvent cocasse, qui viendra s’abattre sur le pauvre Ed, occupé à noyer son chagrin dans des commandes Amazon. Ed est touchant, comme les personnages secondaires pleins de dualité à son image : son éditeur Bob est un salaud avec un cœur, son amie Grace est une midinette pas si idiote que ça et son ex Ana le quitte avec une brutalité qui cache une blessure profonde.
Petit lecteur vorace, je te le confirme, ce livre est à dévorer sans culpabilité!
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
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