[LA RENCONTRE D’ONFR]
TORONTO – Né à Ottawa, Alexander Skinner a découvert le ballet à l’âge de 13 ans. Il cumule presque 20 ans d’expérience en tant que danseur dont neuf au Ballet national du Canada (BNC). À 28 ans, il s’impose comme l’un des talents marquants de sa génération.
« Est-ce ta culture et tes origines italo-barbadiennes qui ont contribué à ta passion pour le ballet, un art qui tire ses racines en Italie également?
J’ai une très grande appréciation pour les arts, surtout avec ma famille en effet. Mais, c’est surtout quand j’ai vu le film Billy Elliot à l’âge de 13 ans que je suis tombé amoureux du ballet. À l’époque, je dansais déjà le Hip-Hop, le jazz, et un peu de claquettes. Ça ne m’intéressait pas vraiment d’aller en ballet, même si mes enseignants m’encourageaient, d’autant plus qu’il n’y avait pas beaucoup de garçons à l’époque.
Ce film m’a beaucoup touché. C’est l’histoire d’un petit garçon qui se découvre à travers le ballet. À partir de là, je me suis dit que j’allais tenter ma chance. Après une semaine de cours, je me suis dit que j’aurais dû commencer bien avant.
Plus jeune, c’est toi qui regardais les artistes se produire sur scène quand tes parents t’emmenaient voir des spectacles, que dirais-tu à l’enfant que tu étais?
Je lui dirais que même si l’enfant que j’étais ne pensait ni à une carrière ni à la danse, il y en est arrivé. Je lui dirais d’avoir confiance en lui-même et en son rêve. Et puis, de bien s’amuser, car c’est une carrière qui passe rapidement.

Lorsque tu dis que tu te sens vraiment toi-même quand tu danses, associes-tu le ballet à une chose que tu fais, ou une chose que tu es?
C’est désormais la danse qui me fait sentir le plus comme moi-même, c’est-à-dire le mouvement en général. En effet, le ballet a beaucoup de règles, ce qui n’empêche pas que j’aie vraiment aimé ce parcours qui m’a permis de tant accomplir comme danseur.
Toutefois, je crois que je dirais que c’est la danse en général qui me fait sentir moi-même. Surtout que dans une compagnie comme celle du BNC, où notre répertoire touche à plein de styles différents comme au ballet classique, aux pièces contemporaines et aux plus modernes.
En 20 ans de carrière, quelle est la reconnaissance dont tu es le plus fier?
Chaque prix que j’ai reçu a vraiment été un honneur, surtout que ça n’a jamais été mon but, vu que je n’étais pas un danseur compétitif. Mais recevoir des honneurs comme ceux que j’ai reçus, ça me touche vraiment. Comme le David Tory Award que j’ai reçu au BNC en 2020 après avoir été sélectionné par mes collègues, parce que c’est un prix qui honore ton approche en studio, les qualités que tu présentes en tant que danseur et en tant que collègue.
Quand j’ai reçu cet honneur, j’étais encore jeune dans la compagnie, c’était seulement ma troisième saison, et j’ai toujours vu ce prix être remis à des danseurs qui étaient plutôt vers la fin de leur carrière. Ce genre de prix de la part de collègues que j’admirais et qui avaient beaucoup plus d’expérience, c’est le genre d’honneur que je tiens vraiment à avoir.
La génération juste avant la tienne devait encore poudrer ses chaussures à pointe avec du fond de teint afin de les harmoniser à la couleur de peau. Aujourd’hui, le Ballet national du Canada (BNC) a 70 danseurs de pays et d’origines différentes. Selon toi, est-ce que c’est représentatif d’un progrès pour la diversité?
C’est sûr qu’aujourd’hui, on inclut une culture plus diverse. Mais je crois que c’est lié au mouvement qui s’est produit après le meurtre de George Floyd. Ça a touché tout le monde, surtout dans la danse, dans les arts, il y a eu un grand appel à questionner l’inclusivité qu’on considérait comme la tradition, puis ce qu’on considérait comme exclusif.
Je crois que le ballet a malheureusement exclu beaucoup de culture, de type de corps, d’histoires, à cause de la tradition. C’est une notion importante, la tradition, tout comme elle peut être dangereuse dans la mesure où on vit dans un monde qui évolue continuellement. Je pense que dans toute profession, métier, ou tout autre aspect de la vie, il faut trouver des moments où l’on se demande si on garde une tradition juste parce qu’on garde une tradition ou si on garde une tradition parce que c’est important.
Il y a eu beaucoup de réformes, même dans le monde de la danse et du ballet classique et je pense qu’on y trouve du progrès. Il y a encore du travail à faire, mais je pense qu’on va y arriver même si je me rends compte que ça prend du temps, car c’est plus complexe qu’on ne le pense. Mais ça reste un aspect important parce que se voir représenté sur la scène, dans les publicités, ça inspire une autre génération.

Attribues-tu ta carrière à la chance ou à la somme de tes efforts ?
Quand j’étais étudiant, on me disait que j’avais commencé en retard, car 13 ans c’est un peu vieux pour commencer le ballet. Néanmoins, je me suis dit que j’allais faire de mon mieux et voir ce qui se passe. J’étais déterminé à travailler et maximiser mon expérience. Puis si ça n’avait pas fonctionné et si je n’étais pas devenu professionnel, au moins, je n’aurais pas eu de regrets.
La chance m’a souri également en me mettant à la bonne place, au bon moment, avec des enseignants qui m’ont vraiment poussé et encouragé, puis une famille qui m’a soutenu aussi pour accomplir ce rêve. Je crois que j’ai toujours eu du soutien.
Le métier de danseur de ballet est difficile pour la conciliation avec la vie personnelle. Que fais-tu quand tu n’es pas au studio ou en représentation?
En effet, j’ai toujours eu des intérêts hors de la danse aussi. Le ballet c’est juste le parcours que j’ai choisi de poursuivre. J’aime être exploratif dans la ville dans mon temps libre, comme en allant voir des spectacles et représentations artistiques. Ça m’inspire aussi dans mon approche à la danse. J’adore la musique, j’adore visiter les musées, j’adore la photographie. Je ne suis pas vraiment un artiste visuel, mais j’admire vraiment ça aussi. J’aime un peu de tout.
Quelles sont les prochaines représentations sur lesquelles tu travailles en ce moment?
On va faire Pinocchio à la mi-mars. Juste avant ça, on va faire un programme mixte avec le ballet Suite en blanc et Flight Pattern. Le premier est un ballet vraiment classique qui a été créé pour le ballet de l’Opéra de Paris. Le second est un ballet contemporain de Crystal Pite créé pour le Royal Ballet à Londres. »
LES DATES CLÉS D’ALEXANDER SKINNER :
2006-2007 : Début des cours de danse, notamment de Hip-Hop.
2011 : Premier cours de ballet à l’École de danse d’Ottawa.
2013 : Début des études à l’École nationale de ballet du Canada.
2017 : Intégration du Ballet national du Canada en tant qu’apprenti RBC.
2018 : Promotion au corps de ballet du Ballet national du Canada.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.





































































































































































