OTTAWA – Est-il possible pour un citoyen d’obtenir des dédommagements financiers pour une section d’un site Web sans français ou pour une affiche unilingue anglophone dans un aéroport sans jamais y mettre les pieds? Voilà deux des nombreuses questions sur lesquelles va se pencher aujourd’hui la Cour suprême dans le cadre d’une bataille juridique impliquant les aéroports et les ports canadiens contre des minorités francophones au pays.
Le plus haut tribunal au pays entendra lundi l’audience de la cause Administration de l’aéroport international de St. John’s c. Michel Thibodeau. Le Conseil des aéroports du Canada (CAC) et l’Association des administrations portuaires canadiennes qui représente 17 ports du pays sont aussi de la cause à titre d’intervenants. Le Commissariat aux langues officielles (CLO), la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador ont aussi le statut d’intervenants.
L’origine de l’affaire remonte à 2018, quand Michel Thibodeau a déposé six plaintes auprès du CLO en vertu de la Loi sur les langues officielles. Ces plaintes concernaient le fait que les communications de l’aéroport (sur les réseaux sociaux, les sites Web et certains slogans) étaient uniquement disponibles en anglais.
Après avoir obtenu gain de cause auprès du CLO, Michel Thibodeau a poursuivi l’Aéroport de St. John’s (SJIAA), lequel a été condamné par la Cour fédérale en 2022 à lui verser 5000 $ pour violation de ses droits linguistiques. Bien que la Cour d’appel fédérale ait maintenu cette décision en 2024, la Cour suprême a accepté d’entendre l’appel de l’administration aéroportuaire.
Michel Thibodeau demande à ce que la Cour suprême maintienne le jugement rendu par la Cour d’appel fédérale, précise son avocat, Nicolas Rouleau.
« Cela inclut les réparations, dont les dommages-intérêts. Il veut que tout cela soit maintenu. En fin de compte, ce qu’il veut, c’est que les aéroports arrêtent d’enfreindre les droits des francophones et qu’ils se conforment à la Loi sur les langues officielles, comme ils auraient dû le faire depuis trente ans », affirme ce dernier en entrevue.
Pas de dommages-intérêts, réclament les aéroports
Le CAC et la SJIAA contestent l’attribution de dommages-intérêts à M. Thibodeau, car ses droits personnels n’auraient pas été lésés : il n’était pas un voyageur, mais cherchait activement des infractions en ligne, étayent-ils dans leurs arguments déposés à la cour.
« Le jugement de la majorité (de la Cour d’appel) a pour effet de faire de la LLO l’unique loi ou cause d’action permettant l’octroi de dommages-intérêts même lorsque les propres droits du plaignant n’ont pas été violés », déplore l’administration de l’aéroport de St. John’s comme argument.
Plus d’une centaine d’aéroports au pays participent à ce recours via leur association nationale, le Conseil des aéroports du Canada. Photo : Canva
Elles font aussi valoir que puisque M. Thibodeau n’a pas voyagé, mais a plutôt trouvé des failles en ligne, il ne correspond pas à la définition de « voyageur » selon la Loi. Par conséquent, elles affirment qu’elles n’ont pas l’obligation d’offrir des services bilingues pour des contenus qui ne visent pas spécifiquement le public voyageur.
« Certains messages dont il est question en l’espèce, comme des vœux de la Saint-Patrick publiés sur les médias sociaux, ne se rapportent manifestement pas aux services offerts », soutient le Conseil des aéroports du Canada dans son mémoire à la Cour suprême.
Accusé de faire de l’argent avec ses droits linguistiques
Entre 2016 et 2021, l’homme a déposé 410 plaintes contre des autorités aéroportuaires et 158 contre d’autres instances fédérales, selon des documents déposés devant les tribunaux dans le passé.
Dans un autre dossier l’impliquant et l’aéroport d’Edmonton, M. Thibodeau s’était fait accuser de « trouver une façon de rentabiliser ses droits linguistiques » et les dommages et intérêts qu’il reçoit « servent une seule fonction, l’amélioration de sa situation financière ».
Son avocat Nicolas Rouleau soutient que l’un des buts de la Loi sur les langues officielles est justement « d’encourager le public canadien à se plaindre des infractions auprès du commissaire et à entamer des recours pour faire changer les choses ».
« Sans Michel Thibodeau, on serait loin en arrière concernant le droit à l’égalité des langues au Canada. Comme il le dirait lui-même : si les institutions ne veulent pas se faire poursuivre, elles n’ont qu’à respecter les droits », présente-t-il.
Le CLO soutient que la décision permettra de « dissiper toute ambiguïté et de clarifier une fois pour toutes les obligations linguistiques des autorités aéroportuaires ».
« Cette décision créera sans aucun doute un précédent qui s’appliquera non seulement aux autorités aéroportuaires, mais également à toutes les autres institutions fédérales offrant des services et des communications au public voyageur », soutient sa commissaire Kelly Burke dans une déclaration.
Une décision n’est pas attendue avant plusieurs mois dans le dossier.
SUDBURY – La Fondation franco-ontarienne (FFO) a clôturé sa 11e Soirée Saphir au Collège Boréal samedi soir. Ce rendez-vous annuel, qui s’est tenu pour la première fois dans le Nord de l’Ontario, a réuni les forces vives de la province pour souligner le leadership féminin sous le thème « Vers de nouveaux horizons ».
L’édition 2026 marquait une double commémoration avec les 40 ans de la FFO et les 30 ans du Collège Boréal. En déplaçant l’événement à Sudbury, l’organisation voulait favoriser une proximité accrue avec la communauté francophone du Nord.
Le prix Engagement communautaire a été décerné à Denise Lemire, sociologue et chercheuse active dans la francophonie depuis plus de 40 ans. Cofondatrice du Réseau socioaction des femmes francophones (RéSAFF) et du Centre Espoir Sophie à Ottawa, elle est une voix influente dans la lutte contre l’âgisme et la maltraitance des aînés.
Actuellement représentante du secteur « Aînés et retraités » au conseil d’administration de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), elle a également été nommée Citoyenne de l’année par l’ACFO Ottawa en 2023 pour son dévouement exceptionnel, notamment au Centre Pauline-Charron dont elle est l’actuelle coordonatrice.
Le prix Bâtisseuse a été décerné à Solange Fortin, figure de proue de la francophonie ontarienne. Originaire de Sault-Sainte-Marie, elle y a fondé le Centre francophone ainsi que le premier Club d’âge d’or de la région, avant de diriger la communauté lors de la crise linguistique de 1990.
La Soirée Saphir 2026 a récompensé huit lauréates d’exception, dont, de gauche à droite, Solange Fortin (Bâtisseuse), Denise Lemire (Engagement communautaire), Sonia Behilil (Professionnelle) et Joanne Gervais (Coup de cœur). Montage ONFR/Gracieuseté de la Fondation franco-ontarienne
Après avoir poursuivi son engagement dans l’Est, notamment à la direction du Centre culturel La Ste-Famille de Rockland et, durant trente ans, au sein de la Fondation franco-ontarienne, elle a vu son dévouement de plus de 40 ans récompensé par la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II en 2012.
Dans la catégorie Organisme, c’est le Centre Victoria pour femmes qui a été honoré pour ses trois décennies de services spécialisés. L’organisme de Sudbury est reconnu pour son intervention essentielle en matière de violence faite aux femmes et son déploiement à travers plusieurs points de service dans le Nord.
Figure de proue du Moyen-Nord, elle a marqué l’organisme par son leadership dans des dossiers historiques, notamment les célébrations du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien et la lutte pour une université de langue française à Sudbury.
Excellence professionnelle et leadership émergent
Le volet professionnel et entrepreneurial a également été mis en lumière. Le prix Professionnelle a été décerné à Sonia Behilil, directrice des politiques et des relations gouvernementales à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).
Reconnue pour son expertise stratégique, elle a précédemment dirigé l’ACFO-SDG à Cornwall, où elle s’est distinguée par la création du Carrefour de l’immigration Crossroad. Sa distinction souligne son rôle clé dans la mobilisation et la défense des intérêts de la communauté franco-ontarienne auprès des instances décisionnelles.
Denise Lemire, à gauche, et Sonia Behilil lors de la Soirée Saphir 2026 à Sudbury. Photo : gracieuseté de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario.
Le prix Entrepreneure a été décerné à Nathalie Savard, propriétaire du Coin du Livre, la plus ancienne librairie franco-ontarienne. Après plus de 30 ans sur le chemin Cyrville à Ottawa, l’entreprise a dû effectuer un déménagement forcé en 2025 vers le chemin Montréal en raison d’une hausse de loyer.
Mme Savard a profité de cette transition pour moderniser l’espace et renouveler son engagement envers la diffusion de la littérature francophone dans la région.
Le prix Service public a été décerné à Josette Roussel, vice-présidente associée, soins aux patients et cheffe de direction des soins infirmiers à l’Hôpital Montfort.
Forte de plus de 30 ans d’expérience, dont une partie importante au sein de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, Mme Roussel est reconnue pour son impact sur la profession à l’échelle nationale et internationale. Elle avait notamment été nommée Fellow de l’Académie canadienne des sciences infirmières témoigne de son expertise stratégique dans la gestion des soins cliniques.
Nour Harb, élève conseillère au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario et Josette Roussel, vice-présidente associée, soins aux patients et cheffe de direction des soins infirmiers à l’Hôpital Montfort. Photo : Montage ONFR/gracieuseté de la Fondation franco-ontarienne
Enfin, le prix Jeunesse a été décerné à Nour Harb, élève à l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde et élève conseillère au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Reconnue pour son leadership et sa voix engagée, elle s’est illustrée par sa passion pour la représentation étudiante et son dévouement à faire rayonner la communauté scolaire à l’échelle provinciale.
La 12e édition de la Soirée Saphir retournera dans l’Est pour s’installer à l’Université d’Ottawa en 2027.
OTTAWA – Avant le duel de dimanche au CEPSUM de Montréal, premier match à domicile de l’histoire du Supra en Première ligue canadienne (PLC), ONFR est allé à la rencontre de deux nouvelles voix francophones de l’Atlético Ottawa. D’un côté, Wes Timoteo, latéral québécois déjà bien établi dans la ligue. De l’autre, Tim Arnaud, jeune milieu qui vient de signer son premier contrat professionnel. Deux trajectoires différentes, mais une même envie de trouver leur place dans une équipe ottavienne où le français occupe une place importante.
Wes Timoteo arrive à Ottawa avec un vécu déjà solide en Première ligue canadienne. Après trois saisons à Halifax, le Québécois âgé de 26 ans s’est retrouvé sans contrat pendant l’hiver avant de voir l’Atlético, champion en titre, s’intéresser à lui. Le statut du club a compté dans sa réflexion, tout comme la proximité avec le Québec et l’identité de jeu proposée.
« C’est difficile de refuser quand ce sont les champions qui viennent te chercher », résume-t-il. « C’est une équipe proche de la maison, avec un style de jeu dans lequel je me reconnais. »
Tim Arnaud, lui, aborde un tout autre tournant. Né à Tours, arrivé au Québec à l’âge de deux ans, passé par Sainte-Eustache, Blainville puis l’académie du CF Montréal, le jeune milieu de 19 ans découvre cette saison le monde professionnel. Ottawa s’est présenté comme une suite logique après l’absence d’offre de contrat du club montréalais.
« C’est mon premier contrat professionnel, donc c’est forcément une fierté, confie-t-il. Je suis un joueur de ballon, j’aime toucher la balle, participer au jeu. Ottawa était une équipe qui pouvait me convenir. »
Le français comme repère
Pour les deux joueurs, l’adaptation au vestiaire ottavien a aussi été facilitée par un élément très concret : la place qu’y occupe le français.
Arnaud admet que l’anglais représentait l’une de ses appréhensions au moment de rejoindre la capitale fédérale. Il a rapidement constaté que plusieurs coéquipiers partageaient un parcours semblable au sien, notamment du côté de Montréal.
« Quand on pense à Ottawa, on pense souvent au côté anglophone du Canada. Finalement, beaucoup de joueurs parlent français, et ça m’a beaucoup aidé pour l’intégration », explique-t-il.
Cette diversité linguistique lui permet aussi de progresser à l’extérieur du terrain. Il dit faire des efforts pour améliorer son anglais, dans un groupe où se mêlent francophones, anglophones et hispanophones.
Même constat chez Timoteo, qui ne s’attendait pas à retrouver autant de francophones dans l’effectif.
« Quand je suis arrivé ici, je ne pensais pas qu’autant de gars parlaient français. C’est un plus, dit-il. Le groupe vit bien, tout le monde essaie de s’adapter aux autres, et ça crée un environnement très sain. »
Si le jeune Tim Arnaud attend sa première convocation officielle pour un match, l’expérimenté Wes Timoteo a connu sa première titularisation contre Calgary en fin de semaine dernière. Photo : CFC Media/Tony Lewis
Un projet de jeu qui leur correspond
Au-delà de la langue, les deux recrues se rejoignent aussi sur leur lecture du projet sportif porté par Diego Mejìa. Le style de jeu de l’Atlético, très axé sur la possession, a clairement pesé dans leur décision.
Timoteo, joueur offensif de nature, assume volontiers ce qui l’a séduit.
« J’ai toujours aimé ce style de jeu, souligne-t-il. Je préfère attaquer, même si défendre reste important. Quand on a le ballon, on passe moins de temps à subir. »
Il apprécie aussi la confiance demandée aux joueurs avec ballon et cette volonté de construire en gardant une part de créativité.
Arnaud, lui, parle davantage d’un cadre favorable à son développement. Encore au début de son parcours, il insiste sur la progression quotidienne et sur la manière dont le club accompagne les jeunes.
« Je pense d’abord à ma progression. Le coach veut qu’on tente, qu’on essaie, qu’on apprenne. Pour un jeune joueur, c’est important. »
Le milieu ajoute qu’Ottawa a aussi la réputation de donner du temps de jeu aux jeunes, un élément qui a compté dans sa réflexion avant de signer. Son objectif, à court terme, reste clair : intégrer régulièrement le groupe et saisir les occasions qui se présenteront.
De son côté, Timoteo aborde davantage cette saison avec le regard d’un joueur d’expérience, conscient de son rôle au sein d’un groupe jeune. Il veut gagner sa place, mais aussi aider l’équipe à repartir à la conquête d’un trophée.
Le Supra, entre admiration et rivalité
Le contexte du match de ce dimanche donne encore plus de relief à leurs propos. Le Supra recevra l’Atlético Ottawa pour le premier match à domicile de son histoire en PLC, dans une rencontre qui a déjà une portée symbolique pour le soccer québécois.
Arnaud suit ce projet avec intérêt. Il connaît plusieurs joueurs de l’effectif et estime que l’identité largement québécoise du club peut devenir une vraie force collective.
« Je trouve ce projet très intéressant, affirme-t-il. On voit déjà qu’il y a des automatismes, et le fait que beaucoup de joueurs se connaissent peut jouer en leur faveur. »
Timoteo tient un discours semblable, teinté d’une certaine fierté québécoise. Pour lui, l’arrivée du Supra en PLC représente une bonne nouvelle autant pour la province que pour le football canadien.
« J’ai toujours pensé qu’il y avait beaucoup de talent au Québec. Avec un club comme le Supra, c’est l’occasion de le montrer davantage, avance-t-il. C’est positif pour les jeunes joueurs québécois et pour le football canadien. »
L’admiration pour le projet ne change toutefois rien à l’objectif du week-end. Le latéral gauche s’attend à un contexte chargé, porté par l’engouement autour du premier match à domicile du Supra. L’Atlético devra répondre présent pour aller chercher sa première victoire de la saison.
« On sait qu’il y aura beaucoup d’énergie dans le stade, prévient-il. À nous de rester calmes, de rester fidèles à notre style de jeu et de répondre avec la bonne intensité. »
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
L’Ontario a l’occasion de repenser la formation des enseignants. Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a présenté le projet de loi 101, la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves. La province souhaite former des enseignants plus rapidement et plus efficacement. Cela peut être nécessaire.
De nombreux candidats à l’enseignement sont déjà hautement qualifiés avant même d’entrer dans une faculté d’éducation.
Dans mon propre enseignement à l’Université d’Ottawa, j’ai travaillé avec de futurs enseignants qui détenaient déjà un baccalauréat, une maîtrise et, dans certains cas, même un doctorat. La vraie question n’est donc pas de savoir si ces étudiants sont intelligents ou capables. Ils le sont. La vraie question est de savoir quels savoirs sont essentiels pendant la courte période dont nous disposons pour les préparer à la salle de classe.
À l’Université de l’Ontario français, le baccalauréat en éducation est actuellement offert sur quatre sessions à temps plein, avec des cours en littératie, numératie, évaluation, compétences interculturelles, contextes linguistiques minoritaires, apprentissage numérique et stages en milieu scolaire. Ce sont des domaines importants. Mais si l’Ontario s’oriente maintenant vers un modèle plus court de formation des enseignants en trois sessions, chaque élément manquant devient plus urgent.
L’un de ces éléments manquants est l’éducation autochtone
Dans la formation des enseignants en français, l’éducation autochtone est trop souvent absente, facultative ou traitée comme secondaire. Même lorsqu’elle apparaît comme option, elle entre en concurrence avec d’autres cours que les étudiants estiment devoir suivre pour travailler dans les conseils scolaires catholiques ou répondre à d’autres exigences pratiques d’emploi. Résultat : de nombreux candidats francophones à l’enseignement peuvent obtenir leur diplôme sans la compréhension approfondie des peuples autochtones dont ils et leurs futurs élèves ont besoin. C’est un problème sérieux.
Les francophones comprennent déjà quelque chose d’important au sujet de l’identité. Ils savent ce que signifie vivre entre deux mondes : le français et l’anglais, la majorité et la minorité, la langue et la survie. Mais en Ontario, pour bien enseigner, cela ne suffit plus. Les enseignants doivent aussi comprendre le monde autochtone. Les facultés d’éducation anglophones l’ont largement compris. La plupart incluent maintenant une composante obligatoire en éducation autochtone, parce qu’elles reconnaissent que les enseignants ont besoin de ces connaissances pour réussir et que leurs élèves en ont besoin pour comprendre le pays dans lequel ils vivent.
La formation des enseignants francophones ne peut pas rester en arrière
Un enseignant mal préparé n’affecte pas seulement une salle de classe. Son impact peut durer des années, façonnant la manière dont les enfants comprennent les peuples autochtones, le Canada et eux-mêmes. Les enseignants comptent parce qu’ils contribuent à former la prochaine génération, et parfois même celle d’après.
Une province ne peut pas prétendre prendre la réconciliation au sérieux si les enseignants qu’elle certifie ne sont pas tenus de comprendre les peuples autochtones. Cela compte parce que leurs élèves peuvent être Métis, Premières Nations ou Inuit. Cela compte parce que de nombreux élèves non autochtones doivent aussi apprendre la véritable histoire de ce pays. Cela compte parce que les enseignants ne préparent pas seulement les enfants à des examens. Ils les préparent à vivre au Canada.
Si un élève travaille plus tard dans le domaine de la santé sans comprendre les peuples autochtones, il risque de causer du tort. S’il travaille dans le secteur des ressources naturelles dans le Nord de l’Ontario sans comprendre les droits autochtones, il risque d’échouer. S’il entre dans la fonction publique, le droit, l’éducation ou les services sociaux sans comprendre les traités, les pensionnats, la perte des langues et la résilience autochtone, il sera mal préparé au travail que le Canada lui demandera d’accomplir.
La Commission de vérité et réconciliation n’a pas demandé que l’éducation autochtone soit une décoration. Elle a demandé un véritable changement dans ce que les Canadiens apprennent et dans la manière dont les enseignants sont formés. Cela signifie que les savoirs autochtones ne peuvent pas demeurer un ajout facultatif. Ils doivent faire partie de la fondation.
Alors que l’Ontario repense la formation des enseignants, il devrait exiger que chaque candidat à l’enseignement, y compris chaque candidat francophone, reçoive une formation sérieuse en éducation autochtone. Pas une seule conférence. Pas une semaine symbolique. Un vrai cours. Un vrai lien avec les stages lorsque cela est possible. Une véritable compréhension que les enseignants doivent enseigner aux élèves devant eux, et non simplement reproduire les lacunes de ce qu’ils n’ont eux-mêmes jamais appris. Il ne s’agit pas d’ajouter un fardeau. Il s’agit de rendre la formation des enseignants plus honnête.
Si nous raccourcissons le temps, nous devons préciser le but. Et un objectif est clair : les enseignants en Ontario doivent comprendre les peuples autochtones, non pas superficiellement, mais assez profondément pour enseigner avec respect, justesse et humilité. L’Ontario peut devenir un chef de file dans ce domaine. Il peut renforcer l’éducation francophone et l’éducation autochtone en même temps. Il peut affirmer qu’un enseignant formé pour l’Ontario doit être prêt à enseigner à tout l’Ontario : urbain, rural, nordique, francophone, anglophone et autochtone.
La question n’est pas seulement de savoir à quelle vitesse nous pouvons former des enseignants. La question est de savoir si nous avons le courage de décider ce que chaque enseignant doit vraiment savoir.
Murray Sinclair nous a tendu la main, La vérité a demandé notre action.
Nous avons dit oui à la réconciliation, Mais formons-nous vraiment ceux qui enseigneront demain?
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Jacques Martin est conseiller principal des Sénateurs d’Ottawa. Ancien entraîneur-chef de l’équipe, il demeure une figure marquante de l’organisation.
LE CONTEXTE
Les Sénateurs d’Ottawa amorcent samedi leur série de premier tour des séries éliminatoires contre les Hurricanes de la Caroline.
L’ENJEU
Après avoir retrouvé les séries, Ottawa veut maintenant montrer qu’il a franchi une étape. Pour Jacques Martin, l’expérience acquise l’an dernier et la structure mise en place cette saison peuvent aider l’équipe à mieux répondre au défi.
« Quel regard portez-vous sur la saison actuelle des Sénateurs?
Je pense qu’on a été témoins d’une très belle progression chez les Sénateurs. Le début de saison a été un peu plus difficile, mais à partir de janvier, l’équipe a joué de l’excellent hockey. Les joueurs étaient complètement engagés et le groupe d’entraîneurs a fait de l’excellent travail.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette progression?
Je dirais la structure de jeu. Il faut donner beaucoup de crédit aux entraîneurs, qui ont su établir une excellente structure avec l’équipe. Lorsqu’on n’a pas la rondelle, on voit cinq joueurs impliqués, conscients et engagés, avec le but de reprendre possession de la rondelle pour se porter à l’attaque.
Même dans l’adversité, il y a deux ou trois semaines, on a eu plusieurs défenseurs blessés en même temps. Les joueurs rappelés de Belleville ont fait du bon travail. Ça montre qu’il y a une structure et une adhésion au sein du groupe.
Comment décririez-vous l’identité actuelle de cette équipe?
Je pense que c’est un groupe qui est proche, un groupe qui a une excellente chimie, avec des vétérans qui apportent de l’expérience et de jeunes joueurs qui progressent bien. Il y a eu une belle progression durant les deux dernières années, sous la gouverne de Travis Green et de son personnel.
Les Sénateurs évoluent dans un marché où la communauté franco-ontarienne et francophone est très présente. À quel point ce lien compte-t-il dans l’identité du club?
Je pense que c’est très important pour moi, et c’est très important pour l’organisation. On travaille dans un bassin où il y a une forte présence francophone. La région de Gatineau est quand même une grande région.
Je pense que ces gens soutiennent bien les Sénateurs. Surtout dans les dernières années, avec le succès et l’évolution de l’équipe, les gens sont encouragés, les gens sont enthousiastes de voir le progrès de cette équipe. On espère un long parcours en séries cette année pour les Sénateurs.
Claude Giroux est une figure de proue de l’équipe et un joueur franco-ontarien très expérimenté. Qu’apporte-t-il à ce groupe?
Je pense que Claude apporte énormément à l’équipe, d’abord à cause de ses expériences antérieures, que ce soit avec les Flyers ou avec les Panthers. C’est un joueur polyvalent, extrêmement intelligent, qui a une très bonne lecture du jeu.
C’est un joueur qui fait de l’excellent travail sur les mises au jeu et qui est utilisé dans plusieurs situations par son entraîneur. On le voit souvent dans des missions défensives contre les meilleurs trios adverses, mais aussi dans des situations offensives importantes.
Son leadership compte aussi beaucoup, j’imagine?
Oui. C’est un joueur polyvalent, qui apporte du leadership. Je pense qu’il est très respecté de ses coéquipiers. C’est un joueur local, donc c’est important pour notre organisation. Il a connu une excellente saison.
Face à la Caroline, à quel type de séries vous attendez-vous?
Je pense que ce sera une série où chaque match va compter. C’est une équipe qui joue un style de jeu semblable au nôtre. C’est une équipe très bien équilibrée, avec quatre trios et une bonne offensive.
Peut-être que les unités spéciales peuvent être un facteur. Mais je pense aussi que la façon dont on joue de manière hermétique, la façon dont les joueurs sont engagés, peut faire une différence.
L’expérience des séries de l’an dernier peut-elle aider le groupe?
Oui, je pense que l’expérience que les joueurs ont vécue l’année dernière contre Toronto va porter fruit cette année. L’an dernier, c’était la première année que l’équipe était en séries depuis plusieurs années. Il y avait peut-être cet élément de surprise, de ne pas vraiment savoir à quoi s’attendre. Ça a pris quelques matchs avant qu’on retrouve nos repères.
Cette fois, sentez-vous Ottawa mieux préparé?
Oui. Avec l’expérience de l’an dernier et avec la saison qu’on a connue, je pense qu’on est dans une des meilleures positions pour faire face à la série contre les Hurricanes. »
OTTAWA – Chanteuse, multi-instrumentiste, conteuse et clown, Joëlle Roy explore une création ancrée dans son identité franco-ontarienne et son territoire. Originaire du Témiscamingue dans le Nord de l’Ontario et établie en Huronie, elle affirme que créer en français n’est pas un choix, mais une évidence.
« Dans votre récente chanson Le blues du Nord, il y a de la mélancolie, mais aussi de la joie. Qu’est-ce qu’elle raconte? Votre terre d’origine?
Vous êtes le deuxième à l’interpréter de cette façon-là. Je pense que ça vient du fait que je n’habite plus au Témiscamingue. Depuis l’automne dernier, je savais que j’allais aller à Sudbury pour La Nuit sur l’étang.
C’était comme une envie de réaffirmer mon appartenance au Nord, en le décrivant avec ses longs hivers, sa solitude, mais aussi sa plénitude.
C’est loin… et en même temps, quand on y est, la paix est plus profonde justement parce qu’on est un peu à l’écart de tout.
Ma chanson Le blues du Nord fait partie d’un album qui s’intitule Dans mes bras, qui sortira en septembre. En ce moment, on est en studio. Là-bas, on peut multiplier les pistes, ajouter des couches… mais ensuite, il faut réussir à recréer ça sur scène, à deux ou trois personnes.
C’est un défi, mais aussi quelque chose de très intéressant. Parce qu’au fond, une bonne chanson devrait pouvoir se tenir avec un ou deux instruments, si elle est solide.
Joëlle Roy a ouvert La Nuit sur l’étang le 21 mars 2026 avec « Viens nous voir » du groupe CANO. Crédit photo : Joël Ducharme.
Ce lien entre le Nord et la Huronie, en tant qu’artiste, comment le voyez-vous?
La Huronie, c’est vraiment le travail qui m’a amenée ici. Techniquement, on est au milieu de la province, mais par rapport à Toronto, on reste dans le Nord. On est toujours le Nord de quelque chose, finalement.
Mais la Huronie, comme c’est un peu une péninsule, on ne passe pas par ici : il faut venir ici. Ça crée une forme d’isolement qui rappelle celui du Nord.
Je m’y retrouve, quelque part. Penetanguishene, c’est un village au bord de l’eau, en pente, et c’est la même chose pour Haileybury, mon village d’origine sur le lac Témiscamingue. C’est comme si, dans mon inconscient, j’étais un peu au même endroit, ou dans une sorte de copie de chez moi.
Vous dites souvent que « mon cœur s’exprime en français ». Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
On me demande souvent pourquoi j’ai choisi d’écrire en français. Mais ce n’est pas un choix. C’est qui je suis.
Si je créais en anglais, là, ce serait une décision, un choix réfléchi pour rejoindre un certain marché. Mais créer, pour moi, c’est une extension de ce que je suis profondément.
C’est pour ça que je dis que mon cœur s’exprime en français. C’est un peu comme… je n’ai pas choisi d’être une femme.
Entre musique, conte et performance, Joëlle Roy souhaite créer un spectacle où se croisent genres, instruments et son clown, Biscuit. Crédit photo : Jill Lefaive
Mais en tant qu’artiste, il y a tout de même un travail de positionnement?
C’est vraiment l’expression qui prime. En Ontario français, plusieurs instances de diffusion, de marketing et de vente de spectacles fonctionnent en anglais et en français. Et avec l’anglicisation, les instances francophones deviennent, par la force des choses, des instances de francisation.
Comme artiste, ça amène une réflexion : est-ce que je deviens une sorte de machine de francisation, ou est-ce que je reste une artiste francophone qui travaille avec ces structures qui ont évolué avec le temps et la réalité linguistique en Ontario?
C’est là que ça devient plus délicat. Si une agence veut présenter mon travail comme un outil de francisation, je n’ai aucun problème avec ça. Si ça peut aider, j’en suis enchantée. Mais de là à m’asseoir pour créer dans le but d’aider à apprendre le français, ce n’est pas ma démarche.
Être artiste francophone en Ontario, dans la dernière décennie, est devenu plus complexe. On voit d’ailleurs de plus en plus d’artistes franco-ontariens travailler dans les deux langues, et je comprends très bien leur choix.
Mais moi, je n’ai pas envie de limiter ma création en me demandant si le français est assez accessible ou non. Pour moi, on écrit en français ou on n’écrit pas en français.
Votre doctorat en études francophones vous a apporté quoi?
J’ai fait ce doctorat à l’Université de Louisiane à Lafayette. On y étudie les francophonies hors de France.
Pour moi, comme Franco-Ontarienne, c’était fascinant d’étudier la littérature, mais surtout des réalités très diverses : l’océan Indien, la Belgique, l’Acadie… Des francophonies qui, à un moment donné, ont quitté la France, ont pris leur envol et ont développé leur propre identité. Certaines rapidement, d’autres plus lentement.
J’aime ainsi dire que j’ai fait un doctorat en identité.
Et souvent, on me demande pourquoi je ne suis pas devenue professeure, comme si j’avais raté quelque chose. Mais moi, j’ai l’impression d’avoir toujours travaillé dans mon domaine. En Ontario français, tout ce qu’on fait en français devient identitaire.
Et tout ce que j’ai appris m’a servi dans mon travail au sein de la francophonie ontarienne.
Joëlle Roy revendique une liberté totale en création : « L’idée surgit, puis on la suit là où elle s’épanouit le mieux. » Crédit photo : Nathalie Nadon
Vous n’êtes pas devenue professeure, mais clown.
(Rires) C’est ma découverte des dernières années. J’ai beaucoup travaillé le conte et le clown. Au départ, j’étais curieuse, parce que le clown est vraiment dans le moment présent. Il doit réagir, être pleinement là. Je voulais voir si j’avais encore cette capacité.
Après quelques stages, mon clown a pris forme, il a sa propre identité. Et c’est assez fréquent, en fait, d’avoir un personnage en soi qui, à l’occasion, se manifeste et fait des commentaires.
J’ai bien l’intention de l’intégrer à mes spectacles dans les prochaines années. Mon clown, Biscuit, est vraiment intéressant. Il dit des choses fortes, parce que le clown est au premier niveau, sans filtre.
C’est quelque chose que je veux continuer à explorer sur scène.
Vous êtes aussi directrice générale du Festival du Loup. Ce festival doit-il aussi se réinventer?
Absolument. Depuis la pandémie, la démographie a changé. Avant, le Festival du Loup attirait beaucoup de francophones qui venaient retrouver une francophonie plus active, plus présente, qu’ils avaient connue auparavant.
Aujourd’hui, le public est beaucoup plus francophile, plus familial. Les gens restent davantage sur place, passent la soirée. Il faut donc s’adapter, trouver de nouvelles façons de maintenir cette expérience. Et ça se fait : on a une excellente coordonnatrice qui développe différentes approches.
Le rôle principal du Festival du Loup, c’est d’associer la francophonie au plaisir. Parce qu’ici, les luttes francophones ont été très dures – notamment pour les écoles – et cela a parfois laissé l’image d’une communauté en revendication constante.
Joëlle Roy prépare son cinquième album, Dans mes bras, qui sortira en septembre. Crédit photo : Joël Ducharme
Le festival a contribué à changer ce regard. Aujourd’hui, on voit beaucoup de familles bilingues, d’anglophones et de francophiles qui veulent y participer.
Le défi, maintenant, c’est de maintenir cet élan tout en gardant le français au cœur de l’événement. C’est possible, mais c’est une ligne fine, délicate à maintenir.
Qu’en est-il de l’héritage autochtone en Huronie?
Concernant les communautés autochtones dans la région, notamment autour de l’île aux Chrétiens, je ne pourrais pas vraiment me prononcer. Les liens ne sont pas évidents, chacun évolue un peu de son côté.
Par contre, il y a un réel éveil du côté des Métis. Depuis une dizaine d’années, les gens sont de plus en plus fiers de s’identifier comme Métis, et les activités liées à cette culture se multiplient.
Dans notre communauté francophone du nord de Simcoe, une grande partie de la francophonie est d’origine métisse. C’est donc un aspect qu’on cherche à valoriser, notamment à travers le festival.
Depuis plus de 20 ans, il y a un kiosque où l’on enseigne la langue michif, la langue des Métis. Et depuis quelques années, la place de la culture métisse est encore plus visible. »
LES DATES CLÉS DE JOËLLE ROY
2009 : Doctorat en Études francophones à l’Université de la Louisiane à Lafayette
2023 : Résidence d’écriture de contes à la Maison Louis Fréchette de Lévis
2024 : Apparition de mon clown Biscuit
2025 : Ambassadrice du mois du patrimoine (Réseau du patrimoine franco-ontarien)
OTTAWA – Près de deux ans après avoir identifié l’expansion des soins primaires dans l’Ouest comme une priorité, l’Hôpital Montfort a annoncé ce vendredi l’ouverture prochaine de sa nouvelle clinique à la Maison de la francophonie. Ce projet, attendu depuis plus de vingt ans, vise à offrir un ancrage médical à 6725 francophones situés dans l’Ouest de la ville d’ici la fin de l’année 2027.
L’équipe de santé familiale communautaire Montfort de l’Ouest d’Ottawa s’établit dans un secteur où la croissance de la population francophone contraste avec la rareté des services de santé en français. Le projet voit le jour grâce à un investissement provincial annuel de 2,4 millions de dollars.
Pour Dominic Giroux, président-directeur général de l’Hôpital Montfort, cette expansion répond à un engagement institutionnel clair. En entrevue avec ONFR, il explique qu’« ouvrir des services de première ligne en français dans l’Ouest d’Ottawa est un des résultats à atteindre dans le cadre de notre Plan stratégique 2024-2028 ».
Le dirigeant a précisé que la consultation communautaire tenue à la Maison de la francophonie en 2024 avait été celle ayant attiré le plus grand nombre de participants.
Ce fait représente selon lui un « témoignage sans équivoque du besoin criant pour des soins primaires en français dans l’Ouest », une zone qui compte une trentaine d’écoles de langue française, mais aucune infrastructure de santé de ce type jusqu’à présent.
« Lorsque la Maison de la francophonie a été planifiée et a ouvert ses portes en 2020, l’intention était toujours de pouvoir y aménager des services de soins primaires en français », précise-t-il.
Linda Savard, présidente du conseil d’administration de la Coopérative multiservice francophone de l’Ouest d’Ottawa (CMFO) et Dominic Giroux, PDG de Montfort. Photo : Gracieuseté de Montfort
Un recrutement déjà amorcé
Sur la question cruciale de la main-d’œuvre, l’équipe sera composée d’une quinzaine de personnes. Dominic Giroux a détaillé la composition de ce groupe en précisant qu’il y aura environ quatre médecins et environ 11 professionnels de la santé et personnel administratif y compris personnel infirmier praticien.
Le recrutement est désormais officiellement amorcé et le processus pour le poste de direction générale a également été lancé. Le PDG se montre particulièrement optimiste quant à la capacité de l’organisation à pourvoir ces postes.
Il a révélé que depuis le lancement du plan stratégique en novembre 2024, « il y avait déjà un certain intérêt de membres du corps médical, d’autres professionnels de la santé qui étaient intéressés à venir travailler ici dans l’Ouest ».
Cette anticipation semble porter ses fruits puisque l’hôpital finalise actuellement le plan de mise en œuvre technique avec une équipe de départ déjà motivée.
Quatre conditions gagnantes
Dominic Giroux attribue la réussite de ce lancement à la réunion de quatre conditions gagnantes indispensables. « Si même une de ces quatre conditions gagnantes là n’était pas en place, on n’aurait pas pu lancer la nouvelle équipe », a-t-il confié.
Ces piliers sont l’accès à un lieu rassembleur comme la Maison de la francophonie, l’appui indéfectible du CEPEO au niveau des infrastructures, la priorité stratégique de Montfort et l’existence d’une stratégie provinciale pour financer l’expansion des soins de santé primaires.
Le PDG affirme que cet alignement fait en sorte que « le rêve d’avoir des services de santé en français dans l’Ouest d’Ottawa soit une réalité ».
Linda Savard, présidente du conseil d’administration de la CMFO, a également souligné l’importance de cette intégration en affirmant que « l’ajout de soins primaires aux services offerts à la Maison vient répondre aux besoins de notre communauté francophone en croissance ».
De son côté, Jacinthe Marcil, présidente du CEPEO, voit en ce projet un « jalon historique » et assure que son organisation fera tout pour « assurer le succès de cette initiative transformatrice pour la francophonie ».
Une ouverture avant décembre 2027?
L’accès à la clinique sera toutefois encadré afin de ne pas submerger les services dès l’ouverture. Dominic Giroux insiste sur le fait que le public ne doit pas contacter l’hôpital directement.
« Ce que nous encourageons le public à faire, c’est de s’inscrire au programme Accès Soins qui est la liste du ministère de la Santé », précisant que le focus sera de desservir la clientèle francophone de l’Ouest qui n’est pas présentement desservie.
Une fois lancée, la clinique se trouvera dans le « même contexte que toutes les autres équipes de santé familiale communautaire à travers la province qui doivent gérer leurs opérations avec les fonds qui sont dévolus par la province ».
Bien que l’objectif final de prise en charge soit fixé au 31 décembre 2027, la date précise d’ouverture officielle sera confirmée dans les prochaines semaines.
Défenseure centrale de l’équipe nationale canadienne, Vanessa Gilles fait partie des cadres de la sélection. Présente au Brésil avec le Canada pour les Séries FIFA 2026, un tournoi à quatre équipes incluant la Zambie, la Corée du Sud et le pays hôte, la Franco-Ontarienne sort d’un match marquant contre la Corée, au cours duquel elle a inscrit le premier doublé de sa carrière internationale.
LE CONTEXTE :
Après une deuxième moitié de 2025 difficile, la sélection canadienne semble avoir retrouvé un nouvel élan en 2026. Cette progression s’est d’abord appuyée sur une solidité défensive retrouvée lors de la Coupe SheBelieves, où le Canada a terminé deuxième après une victoire contre la Colombie, une défaite face aux États-Unis et une nulle contre l’Argentine. Au Brésil, les Canadiennes semblent désormais y ajouter un renouveau offensif, illustré par deux victoires convaincantes contre la Zambie puis face à la Corée du Sud, malgré une infériorité numérique lors de cette deuxième rencontre.
L’ENJEU :
À la veille d’un affrontement face au Brésil, l’Ottavienne revient sur le renouveau observé chez les Canadiennes, sur l’importance du retour de Cloé Lacasse, sur les progrès permis par la Super Ligue du Nord, ainsi que sur les clés d’un match qui s’annonce aussi physique qu’intense.
« La dynamique depuis 2026, c’est quand même bien mieux par rapport à la deuxième moitié de 2025. Comment jugez-vous cette année jusqu’à présent?
Gagner, ça aide. La fin de 2025 était compliquée et, quand les défaites s’enchaînent, c’est facile d’entrer dans le doute, individuellement comme collectivement. On a eu du temps entre les camps pour débriefer, voir ce qu’il fallait changer et ce qu’il fallait garder. Le gros changement, ça a été l’engagement de tout le monde à vouloir transformer la dynamique, mais aussi les performances, sur le terrain comme en dehors. Niveau culture, que ce soit les joueuses et le staff, tout le monde a pris une charge en plus. On l’a senti dès la première journée. Ce n’est pas facile, mais quand tout un collectif veut changer, veut gagner, ça change.
Qu’est-ce qui a changé concrètement dans ce groupe canadien?
Je pense que l’énergie a été contagieuse. Les joueuses, le staff, tout le monde a vraiment voulu repartir sur autre chose. Il y avait une vraie volonté de commencer 2026 avec une nouvelle dynamique et ça s’est ressenti très vite.
Comment analysez-vous vos deux premiers matchs dans ce tournoi?
Il y a eu beaucoup de positif, mais aussi beaucoup d’enseignements. Le but de ce tournoi, c’est justement d’avoir trois matchs très différents, contre trois adversaires de trois continents différents. Contre la Zambie et la Corée du Sud, on a déjà eu deux images différentes, et le Brésil sera encore un autre défi. Ça nous met directement dans une forme de contexte Coupe du monde, avec peu de temps pour s’adapter. C’est bien pour une équipe qui a des joueuses expérimentées, mais aussi beaucoup de jeunes. On a eu deux victoires dont un match avec un carton rouge. Il y a du positif, mais on sait aussi que tout n’a pas été parfait.
Vous avez signé contre la Corée du Sud le premier doublé de votre carrière en sélection. Quel sentiment en retirez-vous?
Surtout de la satisfaction d’avoir gagné. À la mi-temps, quand on est rentrées à 1-1 avec une joueuse en moins, le message était clair : l’objectif ne change pas. On voulait gagner ce match, on veut gagner ce tournoi. Les coups de pied arrêtés, on sait que c’est une de nos forces. C’est quelque chose qu’on travaille beaucoup à l’entraînement et sur lequel on met beaucoup de fierté collectivement. Donc marquer comme ça, évidemment, ça fait du bien.
Quel regard portez-vous sur le retour de Cloé Lacasse?
Ça fait énormément de bien à tout le monde. Sur le terrain déjà, son dynamisme apporte beaucoup au collectif. C’est une joueuse capable de rentrer dans l’axe, de frapper, de combiner, mais aussi d’aller le long de la ligne et d’apporter des ballons aux attaquantes. C’est vraiment un atout dans n’importe quelle équipe. Et hors du terrain, c’est une personne incroyable. Elle apporte beaucoup d’humour, beaucoup de calme aussi. C’est une vraie leader. C’est vraiment une bonne personne à avoir dans l’équipe.
La Super Ligue du Nord a déjà permis à plusieurs joueuses de se montrer et même d’atteindre la sélection. Est-ce un signal très prometteur pour l’avenir?
Oui, énormément. C’est exactement ce dont on a besoin, et ce dont on aura besoin dans les prochaines années pour l’équipe nationale. Quand on voit des joueuses comme DB (Pridham), Kaylee Hunter, Holly Ward ou Emma Regan arriver en sélection après avoir accumulé des minutes dans cette ligue, on voit tout de suite l’intérêt. C’est un pipeline qu’on n’avait pas auparavant. Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles une ligue comme celle-là est importante, mais celle-ci en est clairement une grande.
À quoi vous attendez-vous contre le Brésil? Quelles seront les clés?
Le Brésil, c’est toujours un match à la fois amusant et frustrant. C’est une équipe très physique, qui joue d’une manière assez atypique, avec du un contre un sur presque tout le terrain. C’est une équipe qui joue avec énormément de cœur, énormément de passion, qui va vite vers l’avant et qui défend très fort. Les clés, ce sera vraiment la discipline et le calme, avec et sans ballon. Il faudra répondre dans les duels, dans l’intensité, dans le jeu d’appui aussi. Jouer au Brésil, dans la chaleur, chez elles, ce sera forcément un gros défi.
Et les coups de pied arrêtés peuvent-ils encore faire la différence?
Comme dans tous les matchs, ça va être une clé pour nous, autant défensivement qu’offensivement. On a déjà eu du succès contre le Brésil dans ce contexte-là par le passé, donc on espère encore pouvoir s’appuyer là-dessus. »
Si les conseils scolaires voient d’un bon œil le respect de l’indépendance du système de langue française par la nouvelle réforme de l’éducation, des zones d’ombre persistent, notamment la survie des deux organisations qui représentent les conseils scolaires francophones à l’échelle provinciale.
Le dépôt du projet de loi 101 (Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves), ce lundi 13 avril, réformant le système éducatif, semble plus indulgent envers le système de langue française.
Le plafonnement à 12 élus par conseil scolaire est sans conséquence pour les Franco-Ontariens, qui ne se voient pas non plus imposer de nouveaux rôles exécutifs à leurs organigrammes contrairement aux conseils anglophones.
« On apprécie qu’il (le ministre Calandra) ait reconnu nos droits auprès de la constitution. Le maintien actuel semble favoriser une stabilité, ce qui est important à nos yeux », commente Roger Demers, le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).
« Je ne voulais pas me lancer dans des contestations constitutionnelles avec le système catholique, ni dans des batailles liées à la Charte avec le système francophone. »
— Paul Calandra, ministre de l’Éducation
L’AFOCSC s’est également réjouie de la reconnaissance de la qualité des résultats obtenus par les élèves des conseils scolaires francophones.
En conférence de presse ce début de semaine, le ministre de l’Éducation n’a pas tari d’éloges sur ces derniers : « les résultats que nous observons dans nos conseils scolaires de langue française dépassent de loin ceux de nos conseils publics (anglophones). Nous voulons donc assurer ce niveau de cohérence (chez les anglophones). »
Ce, avant de préciser qu’il n’a jamais eu aucune intention de s’engager dans des « contestations constitutionnelles » liées à la Charte avec le système catholique et avec le système de langue française.
Dans une communication officielle, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO) a elle aussi salué le respect des protections constitutionnelles quant au droit de gestion des institutions scolaires des francophones, de même que le renforcement de la surveillance budgétaire générale.
Des zones d’ombre persistent
Cependant l’ACEPO considère que les restrictions de certaines dépenses discrétionnaires sont contraires au « renforcement des compétences des élus » qui constitue « un levier essentiel à une gouvernance efficace et responsable ».
Le conseil scolaire Viamonde avait d’ailleurs confié à ONFR que la revalorisation du rôle de conseiller scolaire, de même qu’une participation parentale active aux élections, permettrait d’assurer un meilleur renouvellement des élus et d’assainir la gouvernance.
« L’ACÉPO s’inquiète également de l’élargissement proposé des pouvoirs réglementaires du ministre de l’Éducation en matière de projets d’immobilisation scolaire », peut-on également lire.
« L’association demeure convaincue que les décisions finales doivent relever des conseils scolaires (…) pour tenir compte des réalités propres à leurs communautés et à leur territoire, ainsi que de la demande croissante pour l’éducation publique de langue française. »
Une inquiétude partagée par son pendant catholique qui craint que cela ne compromette « l’autonomie de gestion des conseils scolaires catholiques confrontés à l’explosion de la demande en infrastructures liée à la démographique croissante des communautés locales francophones. »
Pour Roger Demers, le président de l’AFOCSC, ce qui a été annoncé soulève beaucoup de questions qui demandent des réponses, « car nous n’avons pas encore beaucoup de détails ni de précisions ».
« On parle de rétributions plafonnées à 10 000 dollars, mais les élus francophones en sont loin. Les frais semblent correspondre à ce qu’on applique déjà, mais à force de couper, les gens risquent de devoir payer de leur poche et ne pas être attirés par la fonction », prévient celui-ci.
Quel avenir pour les associations telles que l’ACEPO et l’AFOCSC?
Parmi les dépenses à limiter, le projet de loi 101 y inclut « des cotisations à des associations de conseillers scolaires ».
En tant que l’une des deux associations de conseils scolaires francophones, c’est un des aspects qui inquiète le plus l’AFOCSC : « Peut-on continuer à contribuer tel qu’on le fait? On ne le sait pas », dit M. Demers.
Si les conseils ne peuvent plus payer leurs cotisations à l’ACÉPO/AFOCSC, ces organismes pourraient tout simplement disparaître, laissant les francophones sans voix unifiée face au gouvernement.
En parallèle, l’ACEPO a commenté la dissolution de la Commission des langues d’enseignement de l’Ontario (CLEO), une instance inactive depuis 1997.
« Elle demeure un mécanisme indépendant prévu pour la protection des droits des minorités linguistiques en matière de langue d’enseignement. Le transfert de ses fonctions directement au ministre de l’Éducation pourrait entraîner une fragilisation des droits de gestion des francophones. »
Le ministère de l’Éducation stipulait pourtant dans un document officiel que la dissolution de la Commission des langues d’enseignement de l’Ontario était une demande des communautés francophones.
Dans des communications officielles, les deux représentants francophones ont tous deux fait valoir leur volonté de rencontrer le ministre de l’Éducation dans une démarche constructive sur la gouvernance scolaire.
Le train Northlander qui doit reprendre du service, après une quinzaine d’années d’interruption, se fait toujours attendre dans le Nord de l’Ontario. Il doit être officiellement remis sur ses rails cette année, mais les tests techniques se poursuivent toujours, avertit l’organisme gouvernemental Ontario Northland.
L’itinéraire du futur train Northlander s’étendra sur environ 750 kilomètres et reliera le centre-ville de Toronto à un chapelet de villes du nord-est de l’Ontario. Le train effectuera 14 arrêts entre la gare Union de Toronto et la ville de Timmins, en passant par Huntsville et North Bay, entre autres, avec une correspondance vers Cochrane, depuis Timmins. Pour le moment, sa date de remise en service demeure un mystère et la Commission de transport Ontario Northland se limite à annoncer qu’elle met actuellement l’accent sur des essais techniques.
Une population qui attend avec impatience
Selon Jacinthe Rivard, anciennement de l’Agence fédérale de développement économique pour le Nord, et résidente de New Liskeard, le nouveau train est attendu avec impatience par la population locale. Il viendra apporter une solution de rechange à la fameuse route 11, maintes fois fermée cet hiver encore, à cause d’accidents routiers ou d’aléas météorologiques. « C’est très soulageant pour plusieurs personnes d’avoir une autre option; donc les gens reçoivent la nouvelle chaleureusement. » Avec une population vieillissante dans le Nord, nul doute que les citoyens apprécieront ce lien sécuritaire pour les rendez-vous médicaux, notamment, pense-t-elle. Elle croit aussi que les touristes profiteront de ce nouveau mode de transport pour découvrir la région.
Jacinthe Rivard enseignante à New Liskeard Photo : Gracieuseté
L’éleveur de bétail et homme d’affaires Pierre Bélanger d’Earlton avoue, lui, qu’il était d’abord très sceptique lorsqu’il a appris la nouvelle concernant un retour de ce lien ferroviaire. Il doutait de l’achalandage et de la fidélité des usagers pour ce genre de transport dans une zone si peu peuplée, mais devant l’engouement populaire qu’il observe dans les médias sociaux, il se surprend à croire que cela pourrait fonctionner. Il était lui-même un utilisateur assidu du train, dit-il, à une autre époque, lorsqu’il était en service.
« Je crois que les temps ont changé et qu’il y a un retour possible des voyages par rail. » Mais il reconnaît aussi les désavantages : des horaires fixes à respecter et des itinéraires non flexibles, qui rendent l’automobile si attrayante. Il apprécie cependant la fourchette de tarifs offerts et pense que pour des villes comme Kirkland Lake où près de 30 % de la population est composée de travailleurs de l’extérieur, le train offrira un moyen de transport pour la main-d’œuvre, qui devrait être apprécié.
Pierre Bélanger, fondateur et propriétaire de Bison du Nord Photo : Gracieuseté
L’entrepreneur général Gilles Huard de Matheson confirme que sa petite ville de près de 2500 résidents attend avec ferveur l’arrivée du train. Les chemins du coin étant souvent mal déblayés, l’hiver, et les habitants du village craignant parfois de s’aventurer dans une grande ville comme Toronto qu’ils connaissent mal, nul doute que le train offrira une alternative rassurante, pense-t-il.
Aucune date d’inauguration divulguée
Le parcours complet, de la première à la 16e escale, devrait durer 10 heures et 40 minutes. Le service fonctionnera de quatre à sept jours par semaine, selon la saison. Sans révéler de date ferme de remise en service, la compagnie de transport affirme qu’à « l’heure actuelle, nous réalisons des travaux dans de nombreux domaines pour préparer le futur service. Nous mettons notamment l’accent sur la conception et les études techniques détaillées, l’évaluation environnementale, les consultations auprès des communautés autochtones et des municipalités de même que l’approvisionnement. »
Si les rumeurs semblaient nous mener à ce printemps pour l’inauguration du nouveau train, on entend de plus en plus de gens qui croient qu’il faudra probablement attendre à cet automne, avant d’emprunter la nouvelle voie ferrée.
OTTAWA – Comme plusieurs avant eux, Anne Hamels, à la direction artistique du Festival Théâtre Action en milieu scolaire (FTAMS), et Alex Tétreault, coporte-parole, ont découvert le théâtre grâce à cet événement alors qu’ils étaient encore élèves. Des années plus tard, ils y reviennent pour inspirer la relève.
Pour sa 28e édition, le festival rassemble, du 16 au 18 avril à Ottawa, 423 élèves, accompagnés d’une trentaine d’enseignants, venus des quatre coins de l’Ontario, de Windsor à Sudbury, en passant par Kingston, Cambridge, Pembroke et Ottawa. Pendant trois jours, ces jeunes francophones participent à des ateliers, présentent des pièces de théâtre et en découvrent d’autres, autour d’une même passion : le théâtre.
À la direction artistique, Anne Hamels garde un cap clair. « Qu’est-ce que ces jeunes ont envie de vivre, ont besoin de vivre pour comprendre que faire du théâtre en français, c’est possible, c’est vivant? On est là pour les inspirer, pour leur offrir un espace de création et de célébration », affirme Anne Hamels.
Ancien participant, Anne connaît bien la portée du festival. « Je me remets toujours dans la peau des jeunes. J’ai vécu ce festival pendant quatre ans au secondaire. Aujourd’hui, je veux leur offrir cette même chance : vivre un moment marquant, dans un festival coloré et inspirant », fait remarquer Anne Hamels.
Anne Hamels, direction artistique du FTAMS : « Je veux transmettre aux jeunes que c’est possible de faire carrière dans ce domaine. » Photo : Amine Harmach/ONFR
Une génération qui se transmet le flambeau
Même trajectoire pour Alex Tétreault. Le créateur originaire de Sudbury en est à son 15e FTAMS. Il y a participé comme élève, puis comme étudiant en théâtre à l’Université Laurentienne, avant d’y revenir comme artiste professionnel et coporte-parole.
« Honnêtement, sans ce festival, je ne serais probablement pas artiste aujourd’hui. Il m’a accompagné tout au long de mon parcours. Aujourd’hui, j’ai la chance de transmettre à mon tour, en donnant des ateliers aux élèves. »
Pour lui, l’événement dépasse largement le cadre scolaire. « Des centaines de jeunes de partout en province passent trois jours ensemble à partager leur passion, à créer des liens entre les régions. C’est extrêmement formateur, et même crucial pour la santé du théâtre franco-ontarien. »
« La tête dans les étoiles »
Cette année, le festival se déroule sous le thème « La tête dans les étoiles », une idée directement inspirée des élèves.
« Ils nous ont parlé d’Hollywood, d’espace, d’extraterrestres. On a extrapolé vers cette image des étoiles, des constellations, de la poussière d’étoiles. Chaque élève est une étoile, et ensemble, ils créent quelque chose de beau », explique Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action.
Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action, souligne que le festival rassemble des élèves de tous horizons autour d’une francophonie plurielle, vécue à travers l’art. Photo : Amine Harmach/ONFR
Derrière les projecteurs, l’organisation est colossale. Le FTAMS ne se prépare pas en quelques semaines.
« C’est un projet à l’année. Dès que le festival se termine, on commence déjà le suivant : les thèmes, les inscriptions, les porte-parole », souligne Benoît Roy.
Après trois années comme coporte-paroles, Alex Tétreault (Sudbury) et Bianca Heuvelmans (Toronto) passeront le relais à une nouvelle cohorte d’artistes, comme l’ont fait avant eux des figures telles que Stef Paquette, Vincent Poirier ou Geneviève Cholette.
« On fait une rotation des porte-parole pour renouveler l’image du festival et donner la chance à d’autres artistes. Ça permet aussi une certaine découvrabilité : les élèves voient ces artistes sur scène, puis les retrouvent ensuite dans leurs écoles. Ça crée des modèles accessibles pour eux », ajoute-t-il.
L’organisme joue aussi un rôle clé en amont, en envoyant des artistes mentors dans les écoles pour accompagner les élèves dans leurs créations.
« Chaque spectacle présenté ici a été appuyé par un artiste francophone de l’Ontario. C’est un travail de fond, qui demande une équipe solide et un engagement constant. »
Un levier pour la francophonie
Au-delà du théâtre, le FTAMS s’impose comme un espace de transmission pour la francophonie ontarienne.
« Pendant trois jours, les jeunes vivent en français autour d’une passion commune. Ils rencontrent des modèles, développent un sentiment de fierté », souligne Benoît Roy.
À la fin du festival, les élèves repartent avec bien plus qu’une expérience artistique.
« Ils réalisent qu’il y a d’autres jeunes, à Kingston, Sudbury ou Windsor, qui partagent la même passion. Et les artistes qu’ils rencontrent ici retournent ensuite dans leurs écoles. Il y a une continuité, un lien concret », conclut-il.
TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario s’apprête à déposer un texte législatif qui exigera que la personne occupant le poste d’ombudsman maîtrise le français et l’anglais, en pleine période de recrutement du successeur de Paul Dubé.
Le texte soumis au parlement ontarien – et dont l’adoption ne fait que peu de doute – modifierait la Loi sur l’Ombudsman pour en faire un poste obligatoirement bilingue.
L’Ombudsman de l’Ontario est un organisme indépendant qui instruit des plaintes et mène des enquêtes sur les services du gouvernement afin de corriger les erreurs et injustices administratives, incluant celles liées aux services en français, par l’intermédiaire du Commissariat aux services en français.
Si dans les faits l’ombudsman sortant, Paul Dubé – en poste depuis dix ans – et son prédécesseur André Marin, maitrisaient les deux langues officielles, aucune règle n’obligeait jusqu’ici à ce que ce soit le cas. Cet état de fait a perduré après l’abolition du poste de commissaire indépendant aux services en français en 2019, un poste passé par la suite sous la gouvernance de l’ombudsman.
Pour le gouvernement, il s’agit donc d’officialiser et garantir une pratique existante, implicite.
« Exiger que l’ombudsman soit bilingue est une mesure pratique et nécessaire pour favoriser une communication claire, une prise de décisions éclairée et une prestation de services efficace pour nos communautés francophones », selon la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney, qui répond ainsi à une revendication formulée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) depuis 2019.
« En inscrivant cette exigence dans la loi, nous nous assurons que l’Ombudsman possède les compétences linguistiques nécessaires pour offrir un leadership crédible et une surveillance efficace des droits en matière de services en français », ajoute la ministre.
« Une avancée concrète » saluée par l’AFO
« C’est une avancée concrète et attendue pour la francophonie ontarienne », salue Fabien Hébert. Le président de l’AFO estime que ce projet de loi va corriger une anomalie : celle d’avoir un bureau à l’intérieur de l’Ombudsman avec des exigences bilingues (le commissariat aux services en français) et pas l’ombudsman lui-même : « Il y avait une incohérence à ce niveau-là qu’il fallait régler. »
Pour la ministre de la Réduction des formalités administratives, Andrea Khanjin, qui déposera le projet dans les prochains jours en chambre législative, il s’agit d’éliminer « des obstacles linguistiques inutiles dans notre système de surveillance. Cela permet un processus plus simplifié et plus transparent, qui répond mieux aux besoins des quelque 650 000 francophones de la province. »
Depuis le 1er avril, c’est Barbara Finlay, ombudsman adjointe au cours des 20 dernières années, qui assume le rôle d’ombudsman par intérim, en attendant la nomination du successeur de Paul Dubé.
La porte-parole de l’opposition aux Affaires francophones, France Gélinas, s’attend fermement à ce que le candidat retenu soit bilingue, bien que le poste affiché n’indiquait pas une telle obligation linguistique. « J’espère que le comité de recrutement ira de façon rétroactive, c’est tout ce qui m’importe. C’est une interrogation qui demeure », réagit la députée néo-démocrate de Nickel Belt.
Déposer un projet de loi après la période de mise en candidature démontre selon elle que « le français n’est jamais une priorité pour ce gouvernement. C’est un autre exemple qui démontre qu’il (le gouvernement) ne pense pas au français au bon moment, quand il faut. »
Et si elle se réjouit d’avoir « la certitude que dans le futur que ce poste sera bilingue », l’élue du Nord continue de marteler que cela n’enlève rien à la « nécessité d’avoir un commissaire aux services francais indépendant ».
Prochain ombudsman : « Si la personne choisie est unilingue, il faudra s’opposer »
— Lucille Collard, porte-parole libérale aux Affaires francophones
Durant le processus de nomination, le journal Le Droit avait révélé le mois dernier que parler français était considéré dans l’offre d’emploi comme un atout et non un requis. La porte-parole libérale aux affaires francophones, Lucille Collard, avait alors écrit une lettre à la présidente de l’Assemblée législative afin que le processus inclus une exigence de bilinguisme.
« C’est une nouvelle bienvenue qui correspond à ce l’on demandait et qui correspond à une promesse faite par la ministre Mulroney », se satisfait Mme Collard qui ne veut pas voir de « gap » dans l’application de la loi. « Si la personne choisie est unilingue, il faudra s’opposer. On se sentira obligé de la contester », conclut-elle, rappelant que la nomination devra être approuvée en chambre, une fois que le comité de recrutement aura fait son travail.
La francophonie ontarienne perd l’un de ses défenseurs les plus constants. Gérard Lévesque, avocat, chroniqueur et militant de longue date pour les droits des francophones, est décédé le 13 avril à Toronto, des suites d’un cancer du pancréas. Il allait avoir 80 ans. Figure bien connue de plusieurs milieux franco-ontariens, il laisse derrière lui un parcours marqué par le droit, l’engagement communautaire et la prise de parole publique.
Au fil des décennies, Gérard Lévesque s’est imposé comme un acteur important des luttes linguistiques au pays. Son nom reste associé aux combats menés pour les droits scolaires et institutionnels des francophones, en particulier en Ontario, mais aussi en Alberta. Son implication s’est traduite par des responsabilités concrètes au sein d’organismes majeurs de la francophonie.
Il a dirigé l’ACFO provinciale, devenue depuis l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, de 1978 à 1981. Quelques années plus tard, il a aussi occupé la direction générale de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, de 1991 à 2001. Ces fonctions témoignent de la place qu’il occupait dans les réseaux francophones, à une époque où plusieurs acquis restaient encore fragiles ou à consolider.
À l’annonce de sa disparition, le président de l’AFO, Fabien Hébert, a salué « un grand défenseur, un homme de conviction et une voix profondément respectée ». Il a ajouté que Gérard Lévesque avait consacré « une part importante de sa vie à faire avancer les droits des francophones, avec rigueur, courage et constance ».
Un homme respecté, un ami aussi
Au-delà du militant et du juriste, plusieurs retiennent aussi un homme de dialogue et de fidélité. François Bergeron, rédacteur en chef de L’Express de Toronto, a confié qu’il connaissait Gérard Lévesque depuis environ 30 ans et qu’il ne perdait « pas juste un chroniqueur », mais aussi « un ami ».
Il a également rappelé leurs échanges fréquents lors d’événements francophones et les rencontres politiques que Gérard Lévesque organisait parfois chez lui, durant certaines campagnes électorales.
Cette proximité aide à comprendre la place qu’il occupait dans son entourage professionnel et communautaire. Au sein de l’AFO, le directeur général Peter Hominuk a lui aussi rappelé qu’il faisait partie de « ces bâtisseurs qui ont contribué, de manière très concrète, à structurer, défendre et faire progresser l’Ontario français ».
Une plume de grand calibre
Son parcours a été salué à plusieurs reprises. Le gouvernement de l’Ontario lui a remis le Prix de la francophonie en 2012, soulignant notamment sa contribution à l’avancement des droits de gestion scolaire de la communauté franco-ontarienne. Au fil des ans, d’autres distinctions sont venues reconnaître son apport au monde juridique et à la défense du fait français, tant en Ontario qu’ailleurs au pays.
Mais Gérard Lévesque n’était pas seulement un homme d’institutions. Il était aussi une plume. Comme chroniqueur à L’Express de Toronto, il suivait de près les enjeux juridiques et politiques touchant les communautés francophones en situation minoritaire. Ses textes rendaient accessibles des débats parfois complexes, tout en assumant une pensée claire sur les questions de justice, de démocratie et d’état de droit. Même dans les derniers mois de sa vie, il continuait d’écrire.
Pour François Bergeron, cette contribution rejaillissait aussi sur le média lui-même. Il souligne que L’Express était « très honoré d’avoir un chroniqueur de ce calibre-là », rappelant qu’il s’agissait d’un homme connu à l’échelle nationale et associé à des causes majeures liées aux droits linguistiques et aux droits scolaires des francophones.
Gérard Lévesque ( deuxième à droite) participe à une manifestation en soutien à l’Ukraine, l’un de ses derniers combats, le 25 février 2022. Photo : L’Express de Toronto
Au-delà des causes francophones
Sa trajectoire reflète aussi une solide formation intellectuelle. Titulaire d’un baccalauréat en philosophie de l’Université Saint-Paul, il détenait également un baccalauréat ès arts ainsi qu’un diplôme en droit de l’Université d’Ottawa.
Dans les derniers temps, son attention s’était aussi portée plus largement sur l’état du monde. François Bergeron dit avoir été particulièrement marqué par « son dernier combat », celui mené autour de l’état de droit et du droit international. Selon lui, Gérard Lévesque voyait ces principes « s’effriter », ce qui l’inquiétait profondément. Cette préoccupation, plus large que la seule question francophone, occupait une place importante dans ses réflexions récentes.
Une perte pour toute une communauté
Installé à Etobicoke, Gérard Lévesque laisse dans le deuil son épouse, Sonia Pooran, ses deux filles, Geneviève et Janine, ainsi que trois petits-fils. Sa disparition touche sa famille, mais aussi une large part de l’Ontario français, qui voit partir l’une de ses mémoires militantes les plus respectées.
Dans son message, Fabien Hébert a aussi offert, au nom de l’AFO, ses « plus sincères condoléances » aux proches de Gérard Lévesque ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont eu « le privilège de le côtoyer et de travailler à ses côtés ». Peter Hominuk a pour sa part salué un homme « généreux de son temps, de sa pensée et de son expertise ».
Des mots qui traduisent l’ampleur de la perte ressentie aujourd’hui dans la francophonie ontarienne.
OTTAWA — Le gouvernement fédéral propose de nouvelles obligations pour les entreprises de compétence fédérale en ce qui a trait au service en français pour le public et au droit de travailler en français pour les employés. De ce fait, Ottawa désigne de nouvelles « régions à forte présence francophone » où ces obligations seront en vigueur.
Ottawa a déposé mercredi son avant-projet de règlement visant à détailler la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP). Elle régit l’application du régime linguistique, la concrétisation des nouveaux droits accordés aux consommateurs et aux employés, ainsi que les responsabilités accrues des employeurs concernant l’utilisation du français.
Cela veut donc dire qu’un membre du public qui se rend dans une entreprise fédérale, comme une banque (telle que la RBC) ou un géant des télécommunications (comme Rogers ou Bell), aura désormais de nouveaux droits pour être servi en français dans ces zones. Idem pour les employés de ces entreprises qui auront de nouveaux droits de travailler en français.
Les consommateurs et employés pourront porter plainte au Commissariat aux langues officielles s’ils estiment que leurs droits linguistiques ont été violés, ce qui n’est pas le cas actuellement.
« Le public aura droit au service dans les deux langues officielles, dont le français, ce qui n’était pas nécessairement le cas par le passé. Pour les gens qui travaillent, c’est le droit de travailler dans un environnement en français », explique le ministre des Langues officielles, Marc Miller, qui a déposé la proposition réglementaire au Parlement mercredi.
Les compagnies assujetties à la LUFEP devront aussi afficher clairement la disponibilité de leurs services en français et fournir la documentation correspondante dans cette langue. Des entreprises de compétence fédérale ne sont pas assujetties actuellement à la Loi sur les langues officielles et n’ont donc pas d’obligations linguistiques comme le propose la LUFEP. Marc Miller convient donc que cela pourrait être un changement pour certaines entreprises, particulièrement dans les régions francophones hors du Québec.
« Il y a un ajustement à faire, et c’est la raison pour laquelle on va s’assurer que les gens soient bien représentés en comité pour que l’on puisse présenter les points forts, mais aussi entendre leurs doléances », dit-il en entrevue.
À noter que hors du Québec, cela ne s’appliquera pas aux compagnies fédérales qui comptent moins de 100 employés dans une région ou 500 employés à travers le pays.
En Ontario, sauf exception, les compagnies fédérales dans les régions suivantes sont touchées par ces nouvelles obligations :
Stormont, Dundas et Glengarry
Prescott et Russell
Ottawa
Nipissing
Sudbury
Grand Sudbury
Timiskaming
Cochrane
Ailleurs au pays, on note certaines régions au Manitoba (autour de Winnipeg), en Nouvelle-Écosse (à Yarmouth, Digby et Richmond), tout le Québec, tout le Nouveau-Brunswick et l’Alberta (autour d’Edmonton), mais les territoires autochtones sont exclus.
« C’est un gain pour les plus petites communautés, surtout d’expression francophone, qui comptent une entreprise de juridiction fédérale. Évidemment, cela touche aussi des entreprises qui sont au Québec », soutient le ministre Miller.
Ce règlement, qui peut toujours être modifié, devra être adopté par le gouvernement Carney pour son entrée en vigueur, ce qui ne devrait pas survenir avant plusieurs mois. Il s’appliquera immédiatement au Québec, puis, deux ans plus tard, dans les régions à forte présence francophone.
Négociations avec Québec
La LUFEP est une sorte de loi connexe qui avait été adoptée en 2023, au même moment que la Loi sur les langues officielles, et visait à agencer le régime linguistique du Québec avec celui du fédéral.
À l’époque, alors qu’Ottawa avait entrepris de moderniser son régime linguistique, c’est la LUFEP qui avait fait l’objet d’importantes négociations entre le gouvernement du Québec et Ottawa. Le gouvernement caquiste craignait que les compagnies fédérales ne se substituent à la Charte de la langue française au Québec pour se tourner vers un régime linguistique plus faible au fédéral.
Ottawa avait alors calqué sa loi fédérale sur le modèle de la Charte de la langue française pour éviter une telle possibilité.
OTTAWA — Après plusieurs mois sans enseignant, le premier ministre Mark Carney a une nouvelle professeure de français depuis le début de l’année.
« Oui, il a une nouvelle professeure de français depuis le début de l’année et il a repris ses cours », nous a confirmé sa porte-parole, Audrey Champoux.
En 2025, le premier ministre avait pris 11 h de cours de français entre son arrivée en poste en avril et le mois de novembre. Ce dernier avait dû interrompre son apprentissage de la langue de Molière en raison du départ de sa professeure en septembre 2025. C’est ce qu’avait indiqué le chef de cabinet du premier ministre, Marc-André Blanchard, dans une lettre envoyée au Comité permanent des langues officielles à l’automne dernier.
M. Blanchard avait indiqué que les cours s’étaient déroulés entre le 30 juin et le 2 septembre et que la majorité ont eu lieu au mois de juillet. L’agenda du premier ministre indiquait qu’aucun cours n’avait été suivi après septembre. Le bureau du premier ministre n’a pas précisé combien d’heures de cours il a suivies depuis leur reprise en 2026.
Le ministre des Langues officielles Marc Miller soutient qu’on « voit l’effort qu’il fait pour se faire informer en français » et lance à la blague qu’il peut compter sur « une quarantaine de professeurs francophones » dans le caucus libéral.
« Je le vois aller au caucus et au cabinet : il fait des efforts pour s’exprimer en français, et ça avance. Pour quelqu’un qui se force à s’exprimer dans une langue officielle qui n’est pas la sienne, je comprends la difficulté », soutient le ministre.
Les partis de l’opposition ont reproché au premier ministre l’absence d’un tuteur sur une longue période. Le comité avait mené une étude sur la qualité du français de M. Carney, les partis d’opposition lui reprochant de ne pas utiliser suffisamment le français dans ses discours et ses allocutions officielles. Radio-Canada avait établi cet automne que le français ne représentait qu’environ 17 % des discours du premier ministre, l’anglais s’arrogeant la grosse part.
« C’est un monsieur bien occupé qui se dit parfois que ce n’est pas sa priorité, car il a l’avenir du Canada entre les mains. Mais c’est un symbole important. Ces cours devraient être sa gymnastique quotidienne », affirme la politologue de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques, Linda Cardinal.
« Cela dit aux Canadiens et aux francophones que le français n’est pas au second plan : ‘Regardez, je continue mes cours’ », image la politologue.
« On s’attend à autre chose de la part de M. Carney. On s’attend à quelqu’un qui fait ce qu’il dit », ajoute Mme Cardinal.
En entrevue avec TVA Nouvelles à la fin de l’année dernière, le premier ministre avait admis que « c’est clair, mon français est loin d’être parfait », et qu’il se devait de continuer à le travailler.
Il a fréquemment mentionné par le passé qu’il perfectionnait son français en s’entourant de francophones au sein de son cercle proche, citant notamment son chef de cabinet et le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
HAWKESBURY – La municipalité de Hawkesbury a tenu lundi soir une réunion publique sur la révision de son Plan officiel, document qui orientera le développement urbain, social et économique de la ville jusqu’en 2046. Si la séance visait à présenter les grandes lignes de la croissance future, elle a été marquée par la question du droit des citoyens d’avoir accès à de la documentation en français dès les premières ébauches d’un projet.
Dès l’ouverture de la période de commentaires, le conseiller Antonio Tsourounakis a montré du doigt une faille majeure dans le processus de consultation. Constatant que la version préliminaire du Plan officiel était accessible presque exclusivement en anglais et que sa traduction n’était prévue qu’une fois le document adopté, l’élu a questionné la démarche.
Pour lui, la pertinence d’une consultation publique repose sur la compréhension du dossier par la population au moment où elle peut encore l’influencer.
Le conseiller a insisté sur le fait que la phase actuelle est cruciale puisque c’est précisément là où le conseil sollicite l’opinion des citoyens. Selon sa vision, une traduction hâtive permettrait aux gens de mieux saisir les enjeux et de commenter de manière éclairée, plutôt que de recevoir un document traduit une fois les jeux faits.
« Au lieu de la traduire à la fin, ne devrions-nous pas la traduire au début? », a-t-il lancé pour clore son argumentaire.
Cette intervention survenait après une présentation technique de la firme torontoise FOTENN Planning and Design, dont les représentants ont admis d’entrée de jeu les limites linguistiques de l’exercice.
« Je m’excuse, mon français est limité », a déclaré Lisa Della Rosa, associée de la firme, avant de préciser que la présentation se déroulerait en anglais.
L’équité démocratique en question
Pour Michael MacDonald, citoyen de Hawkesbury et cofondateur de la Ligue pour la liberté et la responsabilité citoyenne (LLRC), l’enjeu dépasse la simple logistique administrative.
Selon lui, le bilinguisme ne devrait pas être perçu comme un luxe ou un coût supplémentaire, mais comme une condition de validité de l’action publique dans une ville majoritairement francophone.
« Ce n’est même pas une question : ça devrait être fait pour tous les documents, point », martèle M. MacDonald qui soutient que l’utilisation exclusive de l’anglais dans des documents traitant d’enjeux financiers majeurs crée une barrière réelle à l’engagement.
« Quand c’est des mauvaises nouvelles, c’est publié nulle part, c’est juste en anglais. Si tu ne lis pas l’anglais, c’est moins accessible », déplore-t-il, craignant que des informations cruciales ne restent inaccessibles à une partie de la population.
M. MacDonald rejette également l’argument des risques juridiques liés à une traduction imparfaite : « Ajoute une clause de non-responsabilité au bas de tes documents précisant que les informations proviennent d’une firme externe et qu’elles ont été traduites au mieux, mais au moins, fais-le. »
Pour lui, l’absence de documents bilingues envoie un message dur aux résidents : « Oubliez ça, les francophones, vous pouvez rester sur la touche […] comme si vous étiez maltraités dans vos propres dossiers, au sein d’un pays bilingue. »
Les contraintes de l’appareil administratif
En réponse aux préoccupations de l’élu et des citoyens, la direction générale a exposé les contraintes logistiques et budgétaires auxquelles font face les services municipaux. Le directeur général, Samuel Cardarelli, a souligné que la municipalité ne dispose pas nécessairement des ressources pour traduire à l’interne des rapports dont la terminologie est très spécialisée.
Cette problématique est accentuée par la structure même du mandat confié aux experts externes : l’associée a d’ailleurs confirmé que la traduction ne faisait pas partie du contrat liant sa firme à la municipalité, laissant cette responsabilité entièrement à la charge de la Ville.
« Il y en a qui sont super techniques. Malheureusement, on ne pourra pas traduire toutes ces affaires-là qui sont techniques », a admis M. Cardarelli.
Il a précisé que le contrat liant la Ville à la firme consultante n’incluait pas la traduction des versions préliminaires, ce qui oblige la municipalité à évaluer des coûts additionnels. L’administration prévoit donc soumettre un rapport détaillé au conseil afin que les élus puissent décider d’allouer les ressources nécessaires pour traduire ces documents dès qu’ils sont au stade de brouillon.
À la suite des échanges, l’administration s’est engagée à produire un rapport administratif détaillé pour évaluer précisément les frais liés à l’externalisation de la traduction.
Les jalons du développement futur
Le Plan officiel révisé devrait être soumis pour approbation finale au cours de l’année 2027.
D’ici là, le document propose déjà des changements structurels importants, notamment un élargissement du périmètre du centre-ville pour permettre une plus grande hauteur de bâtiment et un objectif d’allouer au moins 10 % des nouvelles unités à l’habitation abordable.
La version finale devra également intégrer des exigences techniques précises, comme les études de vibrations pour les constructions situées à proximité des voies ferrées. Comme l’a rappelé l’administration lors de la séance, « n’importe qui peut construire à 30 mètres de la track s’il rencontre les standards du niveau de la vibration et puis du son ».
FAUQUIER–STRICKLAND – En pleine tourmente financière, le conseil municipal de Fauquier-Strickland a refusé, mardi soir, de financer le déplacement de la mairesse Madeleine Tremblay au congrès de la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), invoquant une rupture de confiance au cours d’une séance où plusieurs autres mesures d’austérité ont été adoptées.
Lundi soir au cours d’une réunion ordinaire du conseil municipal, une motion proposée par la mairesse et ne figurant pas dans l’ordre du jour a accentué les tensions déjà lourdes au sein du groupe d’élus.
La motion proposait d’envoyer un membre du conseil pour représenter la municipalité au congrès de la FONOM organisé à Timmins du 11 au 13 mai prochain.
La mairesse s’est portée volontaire soulignant qu’elle a appris, quelques jours plus tôt, lors de la rencontre annuelle de l’Association des municipalités du Nord de l’Ontario (NEOMA) dont elle est actuellement vice-présidente, que des ministres y seront présents.
« Je serais intéressée de m’y rendre et d’avoir une délégation pour parler avec la Société de gestion du fonds du patrimoine du Nord de l’Ontario et les Affaires municipales pour les remercier de leur soutien et de continuer le lobbying auprès du ministère des Infrastructures pour avoir des fonds pour la rénovation de notre pont », a-t-elle plaidé avant d’ajouter que le lieu du congrès cette année est « le plus proche possible ».
Une opposition frontale
La conseillère Priscilla Marcoux, bien qu’elle ait reconnu l’utilité d’une représentation, n’a pas caché sa ferme opposition : « À mon honnête avis, je ne pense pas que Madame la mairesse soit la meilleure personne pour diriger, pour expliquer les choses. »
Et d’ajouter : « Je ne suis pas d’accord que l’on paye plus de 1000 $ pour Mme la maire, c’est beaucoup trop. Si c’était votre propre argent, je n’aurais pas de problème, mais que la municipalité, que ces gens payent pour ça, ce n’est pas acceptable. »
Même son de cloche chez le conseiller Pierre Lamontagne : « Je suis d’accord, la confiance est brisée. »
« Oui, mais il y a bien de l’ouvrage à faire », lui a répondu la mairesse.
« Je sais […] mais regarde à combien de meetings tu vas et regarde dans quelle situation on est, ça n’a pas aidé », lui a-t-il rétorqué.
Madeleine Tremblay a d’abord acquiescé, avant de se défendre en insistant sur l’importance de s’enquérir de la situation des autres municipalités. « On sait ce que les autres municipalités pensent », a rétorqué Mme Marcoux.
Durant le vote enregistré, l’ensemble des conseillers, à l’exception de la mairesse, a voté en défaveur de la motion.
Austérité à tous les étages
Ce refus s’inscrit dans une série de compressions drastiques. Le conseil a notamment voté pour réduire son propre budget de déplacements et de conférences, le faisant passer de 10 000 $ à 3000 $ pour l’année à venir.
Malgré l’intervention de la conseillère Priscilla Marcoux, soulignant que la bibliothèque fonctionne déjà avec son plus faible financement en vingt ans, les élus ont entériné une coupe additionnelle de 1500 $. Cette réduction a été adoptée sous l’impulsion de la mairesse, qui préconisait des compressions encore plus drastiques.
« Voilà où les 1000 pièces devraient aller », s’est exclamé le conseiller Lamontagne après le refus d’envoyer la mairesse au Congrès de la FONOM.
Par ailleurs, une résolution a été adoptée pour demander à la province de revoir le coût de la Police provinciale de l’Ontario (PPO), jugé insoutenable.
Le dossier de l’eau a suscité de vives tensions, attirant de nombreux résidents ruraux venus s’opposer fermement à toute augmentation. Ces derniers refusent de financer, par leurs taxes, un déficit de 185 000 $ lié à un service dont ils ne bénéficient pas, dénonçant une iniquité flagrante entre les secteurs urbains et ruraux.
Devant cette mobilisation et la complexité de la répartition fiscale, les élus ont reporté leur décision au prochain conseil. Bien qu’une hausse de 15 % des tarifs soit envisagée pour les usagers du réseau, le conseil souhaite réévaluer les options et les frais facturés aux édifices publics avant de trancher.
Enfin, le conseil a rejeté le vote électronique pour 2026, préférant sacrifier une économie de 10 000 $ pour maintenir le scrutin papier, tout en garantissant, par voie de résolution, que tout le matériel électoral sera intégralement bilingue.
Cette séance d’arbitrages survient alors que la municipalité est liée par une entente de financement d’urgence pouvant atteindre 900 000 $ avec la province, l’obligeant à adopter un budget équilibré d’ici l’échéance du 30 avril.
De Hearst à Matheson, la nouvelle Communauté francophone accueillante (CFA) du Corridor du Nord de l’Ontario se mobilise pour l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants. Découvrez comment l’initiative mise sur la chaleur humaine pour souder la communauté par la langue. Une région unie et connectée.
OTTAWA – Le gouvernement ontarien recule sur une politique controversée qui limitait l’accès aux postes de résidence aux diplômés internationaux en leur imposant d’avoir complété deux années d’études secondaires en Ontario. Un virage salué par le milieu francophone de la santé ainsi que l’Association médicale de l’Ontario.
L’annulation de cette mesure « pourrait faciliter l’intégration des médecins francophones formés à l’étranger ».
C’est l’avis de Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE).
« Nous saluons le changement de cap du gouvernement », s’est-il félicité.
Dans un contexte de pénurie de médecins, de demande croissante et de départs à la retraite, il rappelle que « la pénurie actuelle ralentit le jumelage de patients orphelins avec leurs prestataires ».
Selon lui, la politique du gouvernement Ford aurait exclu « certains médecins formés à l’étranger déjà établis en Ontario – avec une formation de qualité, notamment dans des institutions francophones – sans données probantes démontrant un réel enjeu ».
Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario. Gracieuseté
Le gouvernement ontarien a récemment fait marche arrière sur une exigence controversée qui prévoyait que les diplômés internationaux en médecine (DIM) devaient avoir complété deux années d’études secondaires en Ontario pour être admissibles au premier tour du jumelage principal R-1 de 2026.
Cette décision a été confirmée par le Service canadien de jumelage des résidents, qui coordonne chaque année l’accès aux postes de résidence pour environ 6000 étudiants en médecine au Canada.
L’Association médicale de l’Ontario s’est également réjouie de ce revirement.
« Alors que de nombreux Ontariens n’ont toujours pas accès à un médecin de famille, il est essentiel que chaque candidat qualifié – y compris les médecins formés à l’étranger – puisse concourir pour des postes de résidence et contribuer à relier les patients aux soins dont ils ont besoin », a-t-elle indiqué dans une déclaration transmise à ONFR.
L’organisme dit vouloir collaborer avec le gouvernement et les facultés de médecine afin de « soutenir les étudiants ontariens tout en maintenant des possibilités équitables pour les médecins formés à l’étranger lors des prochains cycles de jumelage ».
« Cela a pris beaucoup trop de temps », selon l’opposition
La marche arrière du gouvernement fait également réagir l’opposition.
« Au Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPDO), nous savions que c’était une erreur. L’Association médicale de l’Ontario l’a dit aussi, et les Ontariens étaient clairement du même avis. Plus de 830 personnes ont signé notre pétition en ligne presque immédiatement, et bien d’autres sur papier. Il est bon de voir que le gouvernement a écouté et a renversé cette décision », a déclaré la ministre fantôme des Soins primaires, la députée Robin Lennox (Hamilton-Centre).
« Cette politique a causé de réels préjudices », a ajouté la ministre fantôme de la Santé, la députée de Nickel Belt, France Gélinas.
La députée francophone France Gélinas veut permettre à davantage de médecins d’intégrer le système de santé. Photo : La Presse canadienne/Chris Young
« Des médecins qualifiés ont été exclus alors que des millions d’Ontariens cherchent toujours à obtenir des soins. Le gouvernement a reculé, mais cela a pris beaucoup trop de temps. S’il est sérieux dans sa volonté de régler la pénurie, il doit cesser de créer des obstacles et permettre à davantage de médecins d’intégrer notre système », a-t-elle ajouté.
Entrée en vigueur en octobre 2025, la politique limitait l’accès aux postes de résidence aux diplômés canadiens et aux diplômés étrangers ayant complété au moins deux années d’études secondaires en Ontario.
À la fin de 2025, les tribunaux ont suspendu à deux reprises son application, dans le cadre d’un recours intenté par deux étudiantes devenues inadmissibles faute d’avoir fréquenté une école secondaire ontarienne pendant cette période.
OTTAWA — Depuis lundi, le premier ministre Mark Carney se retrouve à la tête d’un gouvernement majoritaire alors que son parti est passé de 171 à 174 sièges, grâce à trois victoires lors d’élections partielles. Cette nouvelle donne aura-t-elle un impact sur les enjeux liés à la francophonie et aux langues officielles?
« Ça va offrir une certaine stabilité politique », estime la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy.
La FCFA voit dans cette nouvelle composition l’avantage d’un gouvernement bien en selle jusqu’en 2029.
« Un mandat majoritaire va permettre de faire avancer avec détermination la mise en œuvre — j’espère pleine et entière — de la Loi sur les langues officielles modernisée, une immigration francophone forte et un soutien à nos institutions communautaires francophones », complète Mme Roy
Liane Roy, la présidente de la FCFA Source : compte Twitter Liane Roy
De son côté, Linda Cardinal, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa ajoute « je ne vois pas de grands changements que pourrait entraîner le fait que le gouvernement soit majoritaire ».
Cette dernière croit que la plus grande différence se situera au sein même de l’appareil gouvernemental, où les députés libéraux seront mis à contribution pour faire avancer des dossiers « parce qu’on ne peut plus utiliser le jeu du gouvernement minoritaire pour forcer la donne ».
« L’opposition est moins forte, c’est souvent à l’interne que se manifestent les volontés de faire avancer des dossiers », affirme-t-elle.
« Maintenant qu’ils sont majoritaires, c’est aux députés de s’assurer qu’il y a des alliés dans les cabinets pour faire avancer la francophonie. Ça va beaucoup se jouer à l’interne », poursuit Linda Cardinal.
L’impact le plus significatif pour les dossiers francophones se ferait sentir dans la composition des comités. Ces comités sont chargés d’examiner les projets de loi et de mener des études.
Une majorité dans le comité sur les langues officielles pourrait avoir un impact, notamment sur l’étude des propositions de règlement concernant la Loi sur les langues officielles actuellement en cours, présente Geneviève Tellier.
« Si le gouvernement était minoritaire, le comité aurait plus de poids. Les libéraux vont y devenir majoritaires et pourraient simplement dire : ‘On termine l’étude, on a fait ce qu’on avait à faire, on passe à autre chose’. Le gouvernement pourrait alors faire ce qu’il veut, même si cela déplaît à certaines communautés », juge la professeure de l’Université d’Ottawa.
Le premier ministre Mark Carney a soutenu que ce nouveau contexte apporterait « un changement dans la gestion ou la manière des comités d’avoir des débats de substance et pas des performances ». Il a notamment pris l’exemple d’un député conservateur qui mentionnait « qu’il aimait les chiots et les trouvait mignons, et que sa femme préférait les chats » lors d’une étude sur un projet de loi portant sur une réforme du droit criminel.
« On a vu plusieurs exemples de performance, mais c’est le temps d’être sérieux, on va être sérieux », a-t-il indiqué en conférence de presse mardi.
Linda Cardinal s’attend même à ce que le nouveau contexte puisse faire accélérer l’acheminement de certains de ces dossiers.
« Les oppositions ne sont plus là pour mettre des bâtons dans les roues. C’est donc à eux (les libéraux) de faire avancer le règlement de la partie VII, celui sur les pouvoirs du commissaire, ou celui pour la mise en œuvre de la loi auprès des entreprises privées de compétence fédérale. Il n’y a plus de raison pour que ça n’avance pas », décrypte la politologue franco-ontarienne.
Carney assure que la collaboration continuera
Même si sa formation politique contrôle désormais la Chambre des communes, Mark Carney a soutenu qu’il collaborerait avec les partis de l’opposition et qu’il « tiendrait compte de tous les points de vue ».
« On veut gouverner, on veut agir, il faut avancer. Ça, c’est le mandat que nous ont donné les Canadiens. »
Même si cette majorité peut être considérée comme mince avec seulement deux sièges de plus que la majorité nécessaire (172), la politologue Geneviève Tellier croit que les libéraux sont bien en selle pour les prochains mois mais le long terme reste un défi.
« Maintenant, deux sièges sur une période de trois ans, c’est là que c’est faible. Il peut se passer plein de choses comme des départs, des décès… Le gouvernement ne peut pas garantir qu’il restera là trois ans sans encombre. Il doit faire attention », rappelle-t-elle.
Elle soutient que les députés libéraux n’ont pas intérêt à voter contre leur gouvernement sur des sujets majeurs avec la certitude désormais de ne pas aller en élections jusqu’en 2029.
« Les libéraux, par le passé, se sont montrés arrogants. C’est une possibilité, prévient la politologue. Ils donnent parfois l’impression de dire : On entend que la population n’est pas contente, mais c’est ce qu’on a décidé et on va de l’avant », ajoute-t-elle.
Actuellement, la composition des comités demeure la même, ce qui signifie que les libéraux y sont toujours minoritaires. Cependant, le gouvernement pourrait proposer une motion pour modifier cette situation.
OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé mardi un investissement de plus de 815 000 $ destiné à l’Institut du savoir Montfort (ISM). Ce financement vise à accroître les capacités du Laboratoire d’innovation de l’institution afin de soutenir la commercialisation de nouvelles technologies médicales numériques.
La secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères et députée d’Ottawa-Vanier-Gloucester, Mona Fortier, en a fait l’annonce au nom du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie et ministre responsable de l’Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l’Ontario, Evan Solomon, ce mardi matin à l’Hôpital Montfort. Ce soutien financier doit permettre à une vingtaine d’entreprises émergentes du secteur des technologies de la santé de valider leurs produits dans des contextes cliniques réels.
« Le gouvernement du Canada comprend que le soutien aux entreprises et la création de possibilités économiques pour diverses populations sont essentiels à l’établissement d’une économie forte », a déclaré Mme Fortier lors de son allocution.
« Lorsque les entreprises peuvent mettre à l’essai, valider et améliorer leurs idées dans des contextes réels, elles sont en meilleure position pour croître, prendre de l’extension et réussir. »
L’initiative mise sur la création de liens directs entre les entrepreneurs, les chercheurs et les cliniciens de première ligne. Selon les responsables du projet, cette collaboration doit combler l’écart entre le développement technologique et les besoins pratiques du système de santé.
L’investissement soutiendra également l’accès à une expertise spécialisée, notamment en matière de conseils stratégiques en affaires.
Un levier pour la commercialisation médicale
Estelle Éthier, cheffe de la direction de l’Institut du Savoir Montfort et vice-présidente, enseignement et recherche, a souligné que ce financement marque une étape déterminante pour l’organisation.
« L’innovation ce n’est pas juste une fin, mais c’est vraiment un moyen concret pour améliorer nos besoins, pour soutenir nos équipes qui offrent les soins et faire avancer la santé », a-t-elle affirmé. Elle a ajouté que cet appui permettra d’accompagner davantage de compagnies avec lesquelles l’institut travaille déjà pour répondre aux besoins de la population.
« Pour l’ISM, c’est une occasion concrète d’accélérer l’innovation à fort impact en étroite collaboration avec le milieu clinique au bénéfice de nos communautés », a souligné Estelle Éthier, cheffe de la direction de l’Institut du Savoir Montfort et vice-présidente, enseignement et recherche. Photo : Inès Rebei/ONFR
Le projet s’appuie sur un écosystème régional incluant des partenaires tels qu’Investir Ottawa, l’Hôpital d’Ottawa, l’Université d’Ottawa et le Collège La Cité. Une attention particulière est portée à la dualité linguistique de la région comme levier économique.
« Ce travail sera exécuté dans un environnement innovateur francophone et en soutenant la vitalité des communautés en situation minoritaire tout en aidant les entreprises à croître », a également souligné Mme Fortier.
L’intelligence artificielle sous surveillance
Parmi les applications concrètes citées par Mme Éthier, le laboratoire travaille actuellement avec une entreprise sur un système d’auto-inscription des patients aux urgences afin de fluidifier les processus d’admission.
Un autre projet, réalisé en collaboration avec le Collège La Cité et l’entreprise PolyUnity, a permis l’utilisation de l’impression 3D pour la fabrication de pièces d’équipement hospitalier.
En marge de l’annonce, la députée Fortier a été questionnée sur l’encadrement de l’intelligence artificielle, particulièrement chez les jeunes.
Elle a indiqué qu’un projet de loi devrait être déposé prochainement à la Chambre des communes pour encadrer l’utilisation des données privées et des médias sociaux, tout en reconnaissant le potentiel de ces outils pour le développement de projets constructifs comme ceux menés à l’Institut du savoir Montfort.
Cette annonce locale suit l’annonce du ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, d’une aide d’un million de dollars pour 2025-2026 visant la recherche en français.
Le financement se répartit entre le Conseil de recherches en sciences humaines (400 000 $), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (350 000 $) et les Instituts de recherche en santé du Canada (250 000 $). Selon le ministre Miller, cet investissement permet de bâtir des milieux où « la langue n’est pas un obstacle à l’innovation, mais un moteur de création ». L’initiative s’inscrit dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028.
Patineuse de vitesse longue piste originaire d’Ottawa, Ivanie Blondin fait partie des figures majeures du patinage de vitesse canadien. Médaillée olympique, elle a aussi prolongé son parcours sportif ces dernières années en s’investissant dans le cyclisme durant l’été, un environnement qui a nourri sa motivation après les Jeux de Pékin.
LE CONTEXTE :
De passage à Newmarket dans le cadre de Medals on Tour, une initiative organisée par Patinage Canada, Ivanie Blondin est venue à la rencontre du public pour partager son expérience olympique. Aux côtés de Courtney Sarault, elle a patiné avec les participants, pris part à une séance de questions-réponses et dirigé un entraînement avec les jeunes du club local.
L’ENJEU :
Au-delà de la célébration de sa médaille et du lien créé avec les partisans, l’athlète est revenue sur la place grandissante du vélo dans son parcours estival. Mais surtout, elle a confié envisager de mettre le patinage entre parenthèses à la fin de l’été pour tenter de fonder une famille, sans annoncer officiellement sa retraite pour autant.
« Quel sentiment cela représente-t-il pour vous d’être ici à Newmarket, de présenter vos médailles et d’échanger avec les partisans?
Oui, ça ramène beaucoup de souvenirs de quand j’étais très jeune. C’est un peu un moment de boucle bouclée. Quand j’étais petite, je voyais des vedettes venir dans notre club à Orléans, à Ottawa. Aujourd’hui, me retrouver dans cette situation, avec les médailles autour du cou, et pouvoir les montrer aux jeunes, c’est vraiment spécial pour moi.
Et le fait d’avoir aussi partagé la glace avec les enfants et les autres participants, qu’est-ce que cela vous a apporté?
C’était incroyable. Il y avait beaucoup de patineurs de vitesse, mais aussi des jeunes venus du hockey, du patinage artistique, et même un petit garçon qui n’avait encore jamais essayé le patinage de vitesse. Il était là avec son père, il avait six ans, et il nous a expliqué qu’après avoir vu notre poursuite par équipe et notre médaille d’or aux Jeux Olympiques, il était tombé en amour avec ce sport. Voir ça, ça vient vraiment me chercher. Ça me donne beaucoup d’émotions.
Vous avez aussi eu l’occasion de faire le tour de plusieurs événements et arénas ces derniers mois. Que représente pour vous cette célébration publique?
C’est vraiment incroyable d’être célébrées comme ça. Après Pékin, avec le contexte de la COVID et tous les événements annulés ou modifiés, on a un peu manqué ces moments-là. Maintenant, on sent vraiment tout le monde derrière nous, et ça fait chaud au cœur.
La pratique avec les enfants du club de patinage de vitesse de Newmarket a été l’un des moments forts de l’événement. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Après cette consécration olympique, est-ce que vous vous projetez encore en patinage la saison prochaine?
C’est en réflexion en ce moment. Je vais essayer de tomber enceinte dans le futur. On espère à la fin de l’été. Donc je vais faire ma saison estivale de vélo, puis après, on va passer à la famille. »
Au sujet du cyclisme, en quoi ce sport se rapproche-t-il du patinage de vitesse?
On s’entraîne énormément sur le vélo. Durant l’été, environ 75 % de nos entraînements se font sur deux roues. Donc oui, je suis une patineuse de vitesse, mais je suis aussi presque une cycliste en même temps. Je suis très compétitive, alors retrouver la compétition à vélo durant l’été, ça me donne une autre source de motivation. Honnêtement, c’est aussi ce qui m’a gardée dans le sport pendant quatre années de plus. Après 2022, je ne savais pas si j’allais continuer. Le vélo m’a permis de changer d’air, de découvrir une nouvelle équipe et un autre univers.
Sur le vélo, êtes-vous dans une logique de victoire individuelle ou davantage dans une dynamique collective?
Beaucoup plus collective, et c’est justement ce que j’apprécie. Dans mon équipe, on est six femmes et on travaille très fort ensemble pour aller chercher une victoire d’équipe. Peu importe qui monte sur le podium. Parfois, je suis dans le bon coup, parfois je travaille pour mes coéquipières, et j’aime ce rôle-là aussi. Pouvoir les amener sur le podium, je trouve ça vraiment beau.
Vous fixez-vous quand même des objectifs individuels pour cet été?
Pas vraiment, honnêtement. Je suis surtout contente d’être avec l’équipe. On s’entraîne fort, on compétitionne fort, bien sûr on veut faire de bonnes performances, mais au bout du compte, on est surtout heureuses d’être ensemble. Que ça aille bien ou moins bien, on reste un groupe très uni.
HEARST – En ce printemps 2026, l’hebdomadaire Le Nord ne se contente pas de souffler ses cinquante bougies : il célèbre un miracle économique. Plongée au cœur d’une épopée francophone qui a débuté avec des ciseaux et de la colle pour se transformer en un modèle de survie unique au pays.
À Hearst, le journalisme ne tient plus seulement à la rigueur de la plume, mais à la vitalité d’un commerce de détail. Steve McInnis, directeur général des Médias de l’épinette noire, est catégorique : sans une décision audacieuse prise à la fin de l’année 2025, le 50e anniversaire de l’hebdomadaire aurait pu être son oraison funèbre.
Pour contrer l’érosion dramatique des revenus publicitaires, il a inauguré en décembre 2025 la Librairie 10-04 au sein même des locaux du journal et de la radio CINN-FM. Le concept est né d’un constat simple : la ville s’ennuyait d’une librairie francophone depuis la fermeture en 2024 de la librairie Le Nord, peu après le décès d’Omer Cantin, son propriétaire et un pilier de la communauté.
« Je ne voulais pas être le gars qui allait fermer le journal Le Nord. C’est une responsabilité immense, ça fait longtemps que je cherchais autre chose pour supporter le journal puis la radio. C’est pour ça qu’avant le temps des fêtes, on a ouvert une librairie. On est capable pour l’instant d’aller chercher les profits de la librairie pour faire survivre le journal », confie M. McInnis.
La librairie 10-04 à Hearst a ouvert en décembre 2025. Photo : Gracieuseté des Médias de l’épinette noire.
En intégrant la librairie à l’infrastructure existante, même personnel, même bâtiment, mêmes frais fixes, Steve McInnis a créé une synergie financière salvatrice.
« On a comblé un vide dans la population, et pour nous, c’est venu combler le manque d’argent. Nos prévisions pour les premiers mois de 2026 ont été largement dépassées. C’est ce qui a sauvé le journal […] sans ça je mettais la clé sous la porte du journal. »
Cette mutation était devenue vitale. Le portrait brossé par le gestionnaire est sombre : les gouvernements privilégient désormais le web au détriment du papier, et même la Ville de Hearst a tourné le dos à son hebdo local.
« Jadis, la Ville avait un règlement exigeant que tous les messages passent par le journal. Depuis deux ans, cela n’existe plus. La Ville ne fait carrément plus affaire avec nous. C’est un gros manque », déplore-t-il, soulignant que « les bottines ne suivent pas les babines » quand il s’agit de soutenir la presse francophone.
Steve McInnis, directeur général des Médias de l’épinette noire depuis le 40e du journal en 2016. Photo : Gracieuseté des Médias de l’épinette noire.
Une naissance financée par le peuple
Pour comprendre pourquoi la survie du Nord est si viscérale pour les gens d’ici, il faut remonter à l’automne 1975. Paul Tanguay, le premier rédacteur en chef, se souvient d’une époque où l’information francophone à Hearst était un désert.
La région était alors desservie par un journal de Kapuskasing, bilingue sur le papier, mais anglophone à 90 % dans les faits.
« On se sentait invisibles dans notre propre langue », raconte M. Tanguay. L’idée naît d’une discussion avec Raymond Tremblay, alors directeur du Collège universitaire de Hearst. Mais pour lancer un journal, il faut des fonds. Loin des grands investisseurs, c’est une levée de fonds citoyenne qui permet l’aventure.
250 personnes achètent des obligations portant le total accumulé à 20 000 $, un modèle de financement participatif révolutionnaire pour l’époque.
Le 24 mars 1976, l’équipement, acheté d’occasion à Toronto, arrive enfin. L’équipe est minuscule : Paul Tanguay à la rédaction et à la vente, sa sœur Louise à la mise en page et à la photo, et Gilles Grenier, le mentor venu de Kapuskasing.
« On pensait faire 16 pages, on en a fait 24 dès le premier numéro et certaines éditions ont grimpé jusqu’à 48 pages ! », se remémore avec fierté le fondateur.
La toute première édition du journal Le Nord a été tirée à 1600 exemplaires et vendue pour la modique somme de 25 cents. Photo : Gracieuseté de Louis Corbeil
L’époque de la « chambre noire »
Louis Corbeil, qui a rejoint l’équipe trois mois seulement après le lancement, incarne cette période de labeur manuel.
« Il n’y avait pas d’ordinateurs. On faisait tout à la main », explique celui qui a gravi les échelons de journaliste à propriétaire.
À l’époque, la production d’un journal est une prouesse logistique. Les articles sont tapés à la machine, les photos développées dans une chambre noire artisanale à Hearst, puis les maquettes sont assemblées avec des ciseaux et de la colle. Gilles Grenier, que Louis décrit comme un « oiseau de nuit », travaillait souvent jusqu’à 3 h du matin pour finaliser les pages.
Une fois la maquette prête, le périple ne faisait que commencer. Il fallait rouler jusqu’à Timmins pour l’impression, puis ramener les liasses de papier pour les confier aux camelots, ceux qui livraient les journaux aux quelque 5300 habitants de la ville.
« On avait des camelots partout, à Hearst, Kapuskasing, Moonbeam. Des petits gars qui passaient de porte en porte. Le journal était lu par 90 % des foyers », se souvient M. Corbeil.
Louis Corbeil, qui a vécu l’époque des maquettes montées aux ciseaux et à la colle, a gravi tous les échelons du journal jusqu’à en devenir propriétaire. Photo : Gracieuseté de Louis Corbeil
Le journal comme acteur politique et social
Très vite, Le Nord dépasse le simple stade de diffuseur de nouvelles pour devenir un moteur de changement.
Paul Tanguay se rappelle avec fierté d’un éditorial qui a ébranlé l’hôtel de ville. « Le conseil était francophone, mais tout se faisait en anglais. J’ai écrit que ça n’avait aucun sens. Suite à cela, ils ont voté pour que les réunions et les documents officiels passent en français. »
Louis Corbeil raconte également comment un simple article de dix lignes a provoqué une onde de choc au moulin Spruce Falls de Kapuskasing.
« À l’époque, il était interdit de parler français aux postes de commande. J’ai publié que le nouveau directeur francophone exigeait que ses cadres apprennent le français. Les travailleurs ont découpé l’article pour le coller sur les portes des bureaux des patrons anglophones. C’était une petite revanche culturelle. »
Une résilience à toute épreuve
L’histoire du journal est aussi celle d’une résilience. En septembre 2012, un incendie ravage les bureaux du journal et de la librairie de l’époque.
Omer Cantin, alors propriétaire, voit des décennies d’archives et de matériel partir en fumée. Pourtant, la voix de Hearst ne s’éteint pas puisque grâce à la solidarité de la communauté et au travail acharné des employés, aucune édition n’est manquée.
En 2016, Steve McInnis orchestre le rachat du journal auprès d’Omer Cantin. Ce n’est pas un calcul financier, mais un acte de protection patrimoniale. « Omer essayait de vendre son journal depuis un bout de temps, et je ne voulais pas qu’il soit acheté par des grosses corporations puis qu’il soit fermé. On l’a acheté pour qu’il reste ici », martèle-t-il.
« J’engage des gens d’ici qui ont de la gueule. Ils ne sont pas sortis de l’école de journalisme, mais ils connaissent la communauté »
— Steve McInnis
C’est cette année-là que naissent officiellement les Médias de l’épinette noire, un organisme à but non lucratif fusionnant le journal, la radio CINN-FM et les plateformes web sous une même bannière. Ce modèle permet une gestion de « bon père de famille » : les profits de l’un servent à éponger les pertes de l’autre.
Aujourd’hui, Steve McInnis gère une structure qui a dû se serrer la ceinture ce qui a presque mené à la fermeture du Journal il y a quelques années. « Avant la pandémie, on était 14 employés à temps plein. Aujourd’hui, on est 7. »
Steve McInnis déplore que le journal ait longtemps servi de simple tremplin pour des recrues qui, une fois formées, partaient vers les grands centres. Pour contrer cette concurrence des médias urbains, il privilégie désormais le recrutement local afin d’assurer une meilleure stabilité à son équipe.
« J’engage des gens d’ici qui ont de la gueule. Ils ne sont pas sortis de l’école de journalisme, mais ils connaissent la communauté. »
Steve McInnis regrette que l’Université de Hearst n’ait jamais emboîté le pas pour former des journalistes et des animateurs « du Nord pour le Nord ». Selon lui, la création de petites cohortes régionales, combinée à des partenariats avec les médias locaux, aurait permis de stabiliser les effectifs et de combler durablement les postes vacants. Photo : Inès Rebei/ONFR
50 ans plus tard : Une âme qui voyage
Le modèle de 2026 repose sur une synergie entre trois piliers : la radio CINN-FM (qui annonce la nouvelle), le web (qui montre les photos en continu) et le journal papier (qui explique la nouvelle en profondeur).
Le tirage papier est désormais restreint à 300 abonnés fidèles, mais le contenu virtuel explose chaque jeudi. « On a des « hits » d’achalandage impressionnants sur le site internet le jour de la sortie », précise M. McInnis.
Bien que le journal se soit adapté au numérique, son socle de fidèles demeure composé de lecteurs plus âgés, dont une proportion notable réside désormais dans l’Est ontarien.
« On a beaucoup de lecteurs dans l’Est ontarien, à Ottawa, la plupart des gens qui prennent leur retraite s’en vont là-bas, mais ils veulent garder un contact. Alors, ils se payent le journal pour le recevoir par la poste toutes les semaines. »
« De voir qu’il existe encore 50 ans plus tard, c’est extraordinaire. C’était inimaginable en 1976 »
— Paul Tanguay
Cinquante ans plus tard, Paul Tanguay jette un regard lucide sur sa création. S’il admet ne plus tout à fait retrouver l’esprit militant des débuts, il reconnaît que la dominance du sport répond aujourd’hui aux intérêts de la population. Il regrette toutefois l’époque où le journal était un lieu de débats enflammés : « Il n’y a plus de page éditoriale […] on prenait position et les lecteurs réagissaient beaucoup. »
Toutefois, celui-ci, aujourd’hui installé à Montréal, ne lâche pas son journal dont il admire la survie : « Je lis le journal chaque semaine sur ma tablette. De voir qu’il existe encore 50 ans plus tard, c’est extraordinaire. C’était inimaginable en 1976. »
C’est officiel : les victoires libérales lors de deux élections partielles en Ontario, ce lundi soir, ont permis à Mark Carney de passer d’un gouvernement minoritaire à une majorité parlementaire.
Les principaux réseaux de télévision ont officialisé, vers 22 h, la victoire des candidates Doly Begum, dans Scarborough-Sud-Ouest, et de Danielle Martin, dans University–Rosedale, permettant ainsi aux libéraux de conserver ces deux châteaux forts. Les deux nouvelles députées sont des recrues sur la scène fédérale.
Danielle Martin, la nouvelle députée fédérale francophone de University-Rosedale pour le gouvernement Carney, qui arrive à son QG de campagne.
Ces deux victoires, en plus de celle dans Terrebonne lundi soir, combinées à la défection de cinq députés (quatre conservateurs et une néo-démocrate) au cours des derniers mois, permettent à Mark Carney d’atteindre les 174 sièges, alors que la majorité absolue en nécessite 172.
Il faut noter qu’un des sièges des libéraux est actuellement occupé par le président de la Chambre des communes, Francis Scarpaleggia. Ce dernier ne vote qu’en cas d’égalité, ce qui garantissait déjà la survie du gouvernement lors des motions de censure et offre donc un coussin de sécurité supplémentaire au gouvernement libéral.
Une victoire nette dans University–Rosedale
Danielle Martin l’emporte avec près de 65 % des voix, devançant largement son adversaire la plus proche, la néo-démocrate Serena Purdy, avec près de 15 000 voix d’avance.
Danielle Martin a fait son entrée à la salle de concert El Mocambo, au centre-ville de Toronto, où elle a été acclamée par une salle comble, soit plusieurs centaines de ses partisans venus pour assister à sa victoire.
« Vous avez élu une médecin de famille au Parlement, et je serai toujours cette médecin-là », a-t-elle commenté.
Celle qui remplacera, à titre de députée libérale, l’ex-vice-première ministre Chrystia Freeland, s’est dite fière de rejoindre l’équipe de Mark Carney.
Après l’annonce de sa victoire, Danielle Martin arrive sur scène, lundi soir, accueillie par Bob Rae, ancien premier ministre de l’Ontario. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Danielle Martin prononçant son discours de victoire, lors de son rassemblement de campagne au centre-ville de Toronto. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Photo : Sandra Padovani/ONFR
Photo : Sandra Padovani/ONFR
« Les compétences les plus importantes d’un bon médecin sont l’écoute et la création de liens, et je m’engage à mettre ces deux qualités au service de cette communauté et d’Ottawa (…) L’autre volet consiste à bâtir : bâtir les services, les équipes et les institutions qui soutiennent concrètement les gens dans les moments les plus difficiles de leur vie. C’est à cette construction que j’ai consacré la majeure partie de ma carrière, et il nous reste encore de grands projets à bâtir ensemble », a déclaré la nouvelle élue fédérale.
L’ancien premier ministre de l’Ontario Bob Rae, qui avait annoncé son arrivée, l’a lui-même accueillie sur scène avant qu’elle ne livre un discours, majoritairement donné en anglais, ponctué de deux courtes interventions en français.
Doly Begum remporte son pari dans l’Est de Toronto
C’est avec une victoire facile que Doly Begum a remporté le siège de Scarborough–Sud-Ouest, récoltant un score massif de près de 70 % des voix. Elle s’assure ainsi d’une avance insurmontable de près de 15 000 voix sur sa plus proche rivale, la conservatrice Diana Filipova.
La nouvelle députée libérale Doly Begum. Photo : gracieuseté Parti libéral du Canada
Mme Begum remporte ainsi son pari, elle qui avait démissionné de son poste de députée provinciale du NPD dans la même circonscription — où elle occupait la fonction de cheffe adjointe — pour faire le saut au fédéral sous la bannière libérale. Elle succède à l’ex-ministre libéral Bill Blair, qui a quitté son siège en février pour devenir haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni.
TORONTO – La nouvelle réforme de l’éducation propose de plafonner à 12 le nombre de conseillers scolaires par conseil, se calquant sur le modèle francophone avec un chiffre qu’aucun conseil de langue française n’excède. Pour améliorer les performances scolaires, le projet de loi prévoit aussi d’uniformiser des ressources d’apprentissage, l’introduction d’examens obligatoires et l’intégration de l’assiduité dans la note finale au secondaire.
Le suspens est levé sur l’avenir du rôle des conseillers scolaires en Ontario. Le ministre de l’Éducation a déposé son projet de loi (Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves) réformant l’éducation sur plusieurs aspects clés.
Paul Calandra veut notamment sabrer le nombre de conseillers scolaires qui ne doivent désormais pas excéder douze par conseil scolaire, avec un minimum de cinq.
Les conseils de langue française comprennent tous actuellement entre 6 et 12 conseillers. Seuls les conseils anglophones seront donc touchés.
Le ministre entend limiter les « dépenses discrétionnaires et les honoraires des conseillers » pour améliorer l’utilisation des fonds publics.
Entre autres changements, la rétribution des conseillers scolaires ne pourra dépasser 10 000 dollars, et les dépenses acceptables se limiteront aux frais de transport pour les déplacements importants nécessaires pour assister à une réunion du conseil et les soutiens essentiels pour accomplir les tâches (téléphone ou ordinateur).
Paul Calandra s’adresse aux journalistes après le dépôt de son nouveau projet de loi, lundi 13 avril 2026. Photo : Sandra Padovani/ONFR
« Le système d’éducation de l’Ontario doit rester concentré sur sa responsabilité première : la réussite des élèves. Dans certains conseils scolaires, cet objectif a été perdu de vue, et ce sont les élèves qui en paient le prix », a déclaré Paul Calandra, ministre de l’Éducation.
Il a également ajouté que « si d’autres mesures sont nécessaires pour protéger les élèves et renforcer le respect envers les professionnels qui les instruisent, nous n’hésiterons pas à agir. »
Huit conseils scolaires de langue anglaise, cinq publics et trois catholiques, ont été mis sous supervision ministérielle en moins d’un an, pour cause de « mauvaise gestion financière et à une gouvernance défaillante ».
Pour les conseils anglophones seulement et en renforcer la surveillance budgétaire, deux nouveaux rôles seront ajoutés, un chef de service administratif (direction de l’éducation), qui dirigera l’élaboration du budget, et un agent d’éducation en chef. « En cas d’impasse entre les conseillers, le ministre tranchera », peut-on lire dans le document officiel.
Des mesures pour renforcer l’assiduité et la réussite scolaire
En outre, le ministre de l’Éducation souhaite imposer des ressources d’apprentissage approuvées et uniformisées à l’échelle de la province, précisant que les enseignants conserveraient la possibilité d’ajouter du matériel supplémentaire.
Ces ressources, qui incluraient des plans de leçons, du matériel pour les élèves, des outils pour l’évaluation, des guides pour le personnel enseignant et des outils d’apprentissage interactifs numériques seront disponibles dès le début de l’année scolaire 2026-2027 par l’intermédiaire d’ApprovisiOntario.
L’Ontario instaurerait une politique visant à faire valoir l’assiduité et la participation valant pour 15 % de la note finale pour la 9e et la 10e année, et 10 % pour la 11e et la 12e année (hors maladies ou absences justifiées).
Pour les élèves de la 9e à la 12e, de nouveaux jours officiels d’examens obligatoires d’écriture seront notamment introduits.
Consensus chez les partis d’opposition
Les partis d’opposition réagissent par la négative, avec un champ lexical orienté sur la prise de pouvoir unilatérale du gouvernement.
« En contrôlant davantage les nominations, les budgets et en restreignant ce que les conseillers scolaires peuvent même discuter, ce gouvernement centralise la prise de décision à Queen’s Park et met de côté les voix locales », s’offusque Chandra Pasma, porte-parole du NPD en matière d’Éducation.
« Ce que ce projet de loi fait, c’est remplacer les voix locales par les marionnettes de Paul (Calandra) — des superviseurs et maintenant des chefs de la direction (CEO) qui répondent à lui, et non aux communautés, et qui pourraient n’avoir que peu ou pas d’expérience en éducation », réagit John Fraser, chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario et porte-parole en matière d’Éducation.
Ce dernier pointe d’ailleurs du doigt l’absence de mesures en ce qui concerne la taille des classes et le financement de l’éducation spécialisée.
C’est sur le « sous-financement du système d’éducation » que Mike Schreiner, le chef des Verts, argumente également.
« Les Verts de l’Ontario demandent au gouvernement Ford de mettre fin à son attaque contre la démocratie locale et de commencer à investir de manière significative dans l’éducation publique. »
C’est jour d’élections partielles dans trois circonscriptions du Canada, dont deux en Ontario : Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale. Ces deux châteaux forts libéraux, combinés à plusieurs défections survenues dans les derniers mois, pourraient faire basculer le gouvernement du côté majoritaire dans les prochaines heures. Portrait de cette mini-soirée électorale fédérale en Ontario.
Dans Scarborough-Sud-Ouest, l’élection est rendue nécessaire à la suite de la démission de l’ex-ministre et ancien chef de police de la Ville de Toronto, Bill Blair. Son siège pourrait être remporté lundi soir par celle qui était, jusqu’à tout récemment, la députée néo-démocrate provinciale et cheffe adjointe du NPD en Ontario, Doly Begum.
Ce siège a été remporté par les libéraux lors des quatre dernières élections, avec plus du double des voix d’avance sur leurs adversaires à chaque reprise. Mme Begum affronte notamment Diana Filipova (Parti conservateur), Fatima Shaban (NPD), Pooja Malhotra (Parti vert) et Peter Koubakis (Parti populaire du Canada).
Dans University–Rosedale, le siège s’est libéré en raison de la démission, en janvier dernier, de l’ex-vice-première ministre Chrystia Freeland, qui a accepté un poste de conseillère auprès du gouvernement ukrainien.
C’est la médecin et administratrice de soins de santé Danielle Martin qui tente de succéder à Mme Freeland. L’ancienne ministre des Finances avait, elle aussi, remporté cette circonscription facilement à chaque élection depuis 2015, avec une avance minimale de près de 10 000 voix.
Les électeurs pourront se rendre aux urnes entre 9h et 21h pour voter dans le cadre des élections partielles. Photo : iStock
En plus de Mme Martin, sont en lice les candidats Serena Purdy (NPD), Don Hodgson (Parti conservateur), Andy D’Andrea (Parti populaire du Canada) et Andrew Massey (Parti vert).
Majorité : « Je pense que c’est réglé », estime un politologue
Les libéraux de Mark Carney comptent désormais 171 sièges, quelques jours seulement après la défection de la députée ontarienne Marilyn Gladu, qui a quitté les rangs conservateurs. Ils ne sont désormais qu’à un siège de la majorité absolue, bien que deux élus supplémentaires offriraient au gouvernement une marge de manœuvre plus solide. Un des sièges libéraux est actuellement occupé par le président de la Chambre des communes, Francis Scarpaleggia, qui ne voterait qu’en cas d’égalité, garantissant ainsi la survie du gouvernement face à une motion de censure.
Tout indique que les deux circonscriptions du Grand Toronto qui iront aux urnes lundi soir pourraient garantir cette majorité au gouvernement Carney. Selon le site de projection électorale 338Canada, Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale sont considérées comme « solides » pour les libéraux, avec des projections de vote dépassant les 62 %.
« Je pense que c’est réglé », affirme le politologue Charles-Étienne Beaudry, de l’Université d’Ottawa, qui entrevoit une victoire facile, particulièrement pour Danielle Martin, qui pourrait surpasser les résultats de l’élection générale d’avril dernier.
« C’est possible que les libéraux aillent chercher plus de voix, envisage-t-il, parce qu’il (Mark Carney) a le vent dans les voiles. On le voit, les défections n’arrivent pas pour rien. Ce vent dans les voiles vient d’une circonstance : M. Carney est apparu comme une sorte de sauveur économique. »
Une troisième élection partielle aura également lieu au Québec, dans Terrebonne, mais la récente défection au profit des libéraux fait baisser la pression dans ce comté, croit le professeur.
« Ça relâche même la pression pour les deux autres scrutins », affirme M. Beaudry. Pour Terrebonne, étant donné que la question de la majorité libérale est réglée, les électeurs pourraient choisir le Bloc québécois. »
Bien que les chances de victoire des conservateurs soient minces, selon Charles-Étienne Beaudry, l’attention devra se porter sur leur résultat. En effet, ce sera le premier test électoral pour Pierre Poilievre depuis que quatre de ses députés ont fait défection pour rejoindre les libéraux.
« Si le score est très bas pour les conservateurs dans les trois circonscriptions — s’ils tombent à 12 % au lieu de 20 ou 25 % —, ce sera un message clair. Les autres députés vont commencer à s’impatienter et mettront de la pression pour que M. Poilievre quitte son poste », conclut-il.
TORONTO – Influencée dès son plus jeune âge par les arts de la scène, Dyana Ouvrard a construit un parcours marqué par des rencontres artistiques déterminantes. Devenue directrice du Labo à seulement 28 ans, elle célèbre cette année les 20 ans de cet îlot unique dédié aux arts médiatiques francophones.
« En six ans à la tête du Labo, comment avez-vous contribué à façonner votre identité francophone?
Le Labo se veut avant tout un espace de mutualisation, fondé sur le partage et la transmission. J’ai conscience que je ne suis que de passage, mais je souhaite que cela continue dans cette voie après moi. Nous devons garder des traces et continuer de paver cette route. Je me vois souvent comme un outil et je vois l’essence de mon travail comme une écoute des artistes francophones et de leurs besoins, afin qu’ils accomplissent leurs projets. Bien que les moyens et ressources fassent parfois défaut, cette écoute fait une réelle différence.
De quoi êtes-vous la plus fière dans ce parcours?
L’une de mes plus grandes fiertés est d’avoir fait du Labo un lieu de résistance, non pas dans une manière violente, mais plutôt d’une manière plus discrète, où les artistes viennent prendre un moment de répit face au monde qui va vite et qui veut vendre, le tout au cœur d’un ilot unique. Pour moi, ça, c’est vraiment beau. Je suis fière de pouvoir faire communauté et faire en sorte que chacun se sente comme à la maison. C’est une philosophie importante qu’on a réussi à construire au Labo.
Ce qui a également évolué depuis que je suis ici, c’est de faire du Centre un lieu d’accueil où les artistes se sentent bien. Dans un de nos récents sondages réalisés l’année dernière, 65 % des participants disent qu’ils voient le Labo comme un lieu où l’on prend soin d’eux. Ça compte beaucoup pour moi.
Pourquoi qualifiez-vous souvent votre parcours dans le domaine des arts comme improbable?
Après mes études de géographie, je me destinais plutôt à travailler dans le milieu du patrimoine. Mais c’est ma rencontre avec un metteur en scène belge, Vincent Rouche, qui m’a fait changer de direction. Je suis rapidement devenue son bras droit afin de coordonner ses spectacles. J’ai fait ça pendant trois ans entre Paris et Bruxelles et au final, je ne suis plus jamais repartie du milieu artistique.
Même si mon virage artistique remonte à mon enfance dans une famille où le théâtre amateur prenait une grande place, ce sont les sorties au musée d’art contemporain lorsque j’étais au collègequi m’ont vite fait comprendre que je serai en mesure de satisfaire ma curiosité à travers l’éducation. Ce passage a été extrêmement important, car il m’a permis de voir le monde au-delà du milieu social et géographique duquel je venais.
Dans quelle mesures les rencontres ont-elles influencé votre vie et votre parcours?
Les rencontres ont totalement fabriqué ma manière de travailler, complètement basée sur l’entraide, la convivialité et la solidarité. Surtout au Labo, car nous travaillons pour la communauté.
Rencontrer Shahla Bahrami en arrivant au Canada, il y a 10 ans, lorsqu’elle dirigeait encore le Centre d’artistes Voix Visuelle, a été vraiment incroyable. Elle-même arrivée de l’Iran, c’est une artiste qui valorise l’importance d’accompagner les nouveaux arrivants. Je la vois encore aujourd’hui comme ma mère d’immigration.
Elle a été quelqu’un d’extrêmement déterminant tout comme le metteur en scène Vincent Rouche. D’ailleurs, le Centre d’artistes Voix Visuelle, qui a été ma première expérience au Canada, reste un de nos collaborateurs réguliers au Labo. Shahla faisait partie des co-fondateurs. Le Centre est toujours situé à Ottawa, dans le quartier de Vanier.
Dyana Ouvrard pour l’exposition « En Vitrine » à l’Université de l’Ontario français. Photo : Gracieuseté
Quel est votre bilan six ans après avoir pris les rênes de l’unique centre d’arts médiatiques francophone à Toronto?
C’est pendant la pandémie que Shahla Bahrami m’a convaincue de reprendre la direction du Labo. Toutefois, je n’y croyais pas beaucoup parce qu’être directrice dans le milieu artistique à 28 ans, c’était considérable. Je n’avais pas pleinement conscience de toute la tâche monumentale qui m’attendait.
Aujourd’hui, le Labo compte 90 membres, regroupant des artistes professionnels et des artistes émergents. Notre conseil d’administration est actuellement au complet, ce qui n’était pas arrivé depuis des années. Par ailleurs, grâce à une équipe relativement jeune, nous avons pu recréer de nouveaux liens avec la communauté qui nous entoure.
Exposition des membres du Labo (Encan 2025). Photo : Pascaline Le Bras
Plan de marche comme outil artistique de découverte pour la programmation « Flânerie » par Le Labo. Photo : Mathieu Taillardas
Comment comptez-vous célébrer les 20 ans du Labo cette année?
Pour les 20 ans de Labo cette année, nous avons invité l’artiste-commissaire franco-torontoise Laura Demers pour piloter le projet. Nous espérons marquer le coup avec des œuvres interactives, en invitant la communauté artistique francophone de la ville à y participer.
Quels sont les défis auxquels Le Labo continue de se heurter malgré toutes ces années?
Notre travail repose beaucoup sur cette face cachée de l’iceberg, c’est-à-dire que nous ne vendons pas de produits et que nous tenons peu d’événements publics. Travailler sur de la matière brute, dans une société où le marketing règne et où tout est très lisse, peut rendre plus difficile la compréhension de ce que nous faisons réellement.
Sur le plan financier, nous demeurons extrêmement dépendants des subventions publiques et, avec les coupes en culture liées au changement de gouvernement, nous serons probablement parmi les premiers à perdre des financements. Ce serait catastrophique. Le point positif reste que notre gestion est rigoureuse.
Sur quels projets travaillez-vous actuellement?
Notre nouvelle programmation pour cette année et les prochaines s’appelle « Le Micro ». Il s’agira d’organiser des événements et des rencontres en très petits groupes, à échelle humaine, afin de revenir à quelque chose d’organique, où les artistes peuvent discuter de leurs projets. Il s’agit d’un fil conducteur reliant des projets en devenir.
De nos jours, on s’entête à faire tant de chiffres, accueillir tant de visiteurs. Mais pour moi, un atelier où il n’y aurait que trois personnes n’est jamais un échec, dans la mesure où l’artiste peut justement y bénéficier d’un meilleur moment d’échange plus long et plus profond avec chacun de ses collègues.
Cela fait directement suite à « La Jachère », présentée pendant la pandémie, dans laquelle nous avions conceptualisé l’idée de prendre le temps de faire les choses et d’en observer les aboutissements d’un point de vue artistique. »
En 2024, Dyana Ouvrard a dirigé l’exposition « 6 degrés, territoires de narration », une programmation artistique épistolaire. Photo : Pascaline Le Bras
LES DATES CLÉS DE DYANA OUVRARD :
1991 : Naissance en Vendée, France
2015 : Arrivée au Canada, à Ottawa
2016 : Autrice de l’essai Tatouer : d’un savoir-faire à un art à part entière
2020 : Prise de fonction à la direction générale du Labo
2025 : Commissaire de l’exposition internationale Déviations cartographiques (Voix Visuelle, Ottawa)
2026 : Co-autrice de l’essai Distance, publié à l’occasion de la Foire alternative d’arts de Sudbury
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
Selon un vieil adage, les gens apparentés ne devraient jamais travailler ensemble. Pourtant, l’histoire des Dubreuil et des Goulard démontre plutôt qu’on peut grandir dans une famille comme on peut évoluer dans une entreprise familiale, où les attentes, les comportements et les valeurs sont transmis implicitement et progressivement.
En tant qu’historien consultant, j’ai eu le privilège d’écrire l’histoire de deux entreprises familiales franco-ontariennes œuvrant dans le secteur forestier : les Dubreuil dans l’Algoma-Nord (Prise de parole, 2018) et les Goulard dans le Nipissing-Ouest (Prise de parole, 2026).
Mon plus récent livre discute des hauts et des bas de la récolte forestière dans le Nipissing-Ouest, de l’arrivée des Goulard en Ontario en 1907 jusqu’à nos jours. La Goulard Lumber (1962) Limited est une structure fascinante. Après avoir vécu le décès de trois fils et d’un gendre dans les années 1950, le patriarche Hector Goulard (1895-1968) a transmis la compagnie aux trois enfants qui lui restaient. Les deux fils ont à leur tour établi des fiducies, détenant chacune un droit de vote et des actions pour leurs enfants (âgés de 0 à 15 ans, en 1962). Soixante-quatre ans plus tard, c’est toujours cette structure qui permet à la troisième génération de gérer l’entreprise.
Comme adolescents et jeunes adultes, les petits-fils d’Hector ont bénéficié d’une expérience de travail et d’un apprentissage des valeurs auprès de leur grand-père. Depuis la décennie 1920, les Goulard privilégient la récolte de pin blanc sur les parterres des bassins versants des rivières Sturgeon et Temagami. Dans les années 1960, le transport de billots par camion a commencé, mais les chemins forestiers ne sont pas encore suffisamment développés et, surtout, l’acheminement des billes sur les rivières, pendant les crues du début du printemps, continue d’être un moyen efficace pour transporter les spécimens au moulin des Goulard, situé à trois kilomètres au nord de Sturgeon Falls.
Richard Amyotte et Marc Goulard dans un territoire de récolte au nord de River Valley, district de Nipissing, 23 octobre 2022. Collection de Serge Dupuis
De la fin d’avril à la fin de juin, des dizaines d’hommes se chargent d’y acheminer 30 000 billes (North Bay Nugget, 20 mai 1969, p. 18). La coordination de la drave nécessite l’expertise d’hommes d’expérience, qui connaissent les courbes des rivières et les étangs, qui peuvent être transformés temporairement en lac, à l’aide d’un barrage. Une fois la digue dynamitée, la force de l’eau transporte les billes et les pilotes les aide à éviter les embâcles. Les jeunes hommes anticipent la levée des cours universitaires pour la camaraderie et la bravoure qui les attend : on tombe à l’eau après avoir sauté en courant d’un billot au prochain; on se fait heurter au crâne par une bille rogue; on se trouve souvent « chanceux » lorsqu’on échappe de justesse la mort.
Si certains récits ressemblent à de la bravade, les cousins masculins des fratries Goulard et Tremblay y voient un rite de passage, où ils ont appris des leçons de la vie, des attentes et des valeurs d’une entreprise « familiariste », celle qui manifeste un souci pour le bien-être de tous ses employés, comme s’ils étaient des membres de la parenté élargie. La dernière drave sur la rivière Sturgeon a eu lieu au printemps 1974, mais les souvenirs et les valeurs qu’elle a inculqués ont fourni beaucoup de « compétences comportementales » (soft skills) aux participants de cette troisième génération, qui ont excellé en éducation, dans les arts et en affaires. À chaque rencontre, je suis épaté par la capacité des Goulard et des Tremblay à travailler avec doigté dans leur entreprise familiale, avec intelligence dans leur métier, puis avec empathie pour leurs employés. La drave et la scierie ont été d’excellentes écoles de formation humaine et technique pour ceux qui ont eu l’occasion de les fréquenter dans leur jeunesse.
Dans mon travail d’historien de l’oralité, j’ai parfois été irrité par des témoins, j’ai parfois été inspiré. J’aurais aimé être un Goulard. Je me compte chanceux d’avoir pu les côtoyer et mettre en mots leur histoire.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
OTTAWA — Le confinement imposé sur le campus de l’Université d’Ottawa a été levé vendredi soir, après que les autorités ont confirmé qu’il n’y avait plus de menace active. Un suspect a été arrêté dans la foulée. L’établissement a annoncé que la situation était revenue à la normale peu après 19 h.
« Le campus est sécuritaire à la suite d’un incident survenu plus tôt cet après-midi. La situation est terminée et il n’y a aucune menace pour la sécurité. Les activités normales peuvent reprendre », a informé l’Université d’Ottawa dans une mise à jour sur ses réseaux sociaux.
Le Service de police d’Ottawa (SPO) est intervenu vers 16 h 20 à la suite de signalements faisant état d’une « personne suspecte » dans les environs du campus. Par mesure de précaution, l’université avait ordonné aux étudiants et aux membres du personnel de se barricader à l’intérieur des bâtiments, qualifiant la situation de possiblement « violente ».
La police d’Ottawa a confirmé qu’aucun blessé n’a été rapporté et qu’une « personne a été arrêtée à la suite d’une enquête menée aujourd’hui à l’Université d’Ottawa concernant un individu suspect », a-t-elle indiqué dans une mise à jour sur le réseau X. Le corps de police ajoute que « l’enquête est en cours » et que « l’incident est en voie d’être résolu ».
Au plus fort de l’événement, les étudiants et les membres du personnel avaient reçu des alertes les enjoignant de se mettre à l’abri immédiatement.
« Si une personne violente s’approche, préparez-vous à vous sauver, à vous cacher ou, si votre vie est en danger immédiat, à vous défendre par tous les moyens nécessaires jusqu’à ce que vous puissiez vous enfuir », avertissait l’université dans un message transmis à la communauté.
À la suite de la levée de l’alerte, OC Transpo a confirmé que le service d’autobus et le train léger (Ligne 1) desservent à nouveau normalement les arrêts situés sur le campus de l’institution.
La prochaine personne qui occupera le poste de gouverneur général parlera le français et l’anglais, a affirmé le premier ministre Mark Carney.
« Bilingue, français et anglais », a répondu M. Carney au micro de l’émission Tout un matin sur les ondes de ICI Radio-Canada Première, vendredi.
Interrogé par l’animateur Patrick Masbourian à savoir s’il s’engageait à nommer une personne bilingue à titre de représentant de la Couronne, le premier ministre a répondu : « Absolument ».
Le mandat de cinq ans de la gouverneure générale Mary Simon, nommée en juillet 2021, doit prendre fin cet été. Bien que son bureau n’ait pas encore confirmé son départ, son époux, Whit Fraser, a indiqué au Globe and Mail la semaine dernière que le couple prévoyait quitter Rideau Hall, la résidence officielle.
L’absence de maîtrise du français de Mary Simon a fait l’objet de vives critiques au cours des dernières années, notamment de la part des partis d’opposition à Ottawa qui avaient dénoncé cette nomination de Justin Trudeau. Mme Simon s’était pourtant engagée à apprendre le français, elle qui maîtrise l’anglais et l’inuktitut et qui est devenue la première personne d’origine autochtone à occuper ce poste.
Depuis sa nomination en 2021, Mary Simon a accumulé près de 228,7 heures de cours de français, selon des données publiées en octobre 2024. Cela représente une moyenne de près de six heures par mois, ou 90 minutes par semaine. En septembre 2025, ces leçons de langue avaient coûté près de 50 000 $ aux contribuables canadiens, selon une réponse du gouvernement aux questions du député bloquiste Xavier Barsalou-Duval.
Sa nomination avait généré près de 1300 plaintes au Commissariat aux langues officielles en 2021, l’un des volumes les plus élevés des dernières années. Toutefois, le commissaire de l’époque, Raymond Théberge, avait estimé que ces plaintes n’étaient pas fondées, puisque la décision finale de nomination relevait du premier ministre. Or, comme ce dernier n’est pas considéré comme une institution fédérale, il n’est pas assujetti à la Loi sur les langues officielles.
L’ex-commissaire Théberge jugeait d’ailleurs qu’imposer l’obligation du bilinguisme pour ce poste « serait une très bonne décision ». Le gouverneur général du Canada est le représentant officiel du roi Charles III au Canada.
TORONTO – La formation des enseignants sera réduite à 12 mois, répartis sur trois semestres consécutifs, pour pallier la pénurie de personnel dans les écoles. Cette mesure, qui permettrait une économie allant jusqu’à 3000 $ en frais de scolarité, s’inscrit dans la réforme générale de l’éducation que le ministre Paul Calandra déposera dès lundi à Queen’s Park.
Le ministre des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, Nolan Quinn, accompagné du ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a annoncé le dépôt d’un projet de loi destiné à moderniser la formation des enseignants de la maternelle à la 12ᵉ année. Le modèle actuel de deux ans (quatre semestres) sera remplacé par cet échéancier condensé dès mai 2027.
« Ces changements permettraient à notre bassin d’enseignants exceptionnels et passionnés de commencer leur carrière plus tôt et à moindre coût afin de soutenir les collectivités en croissance pour les générations à venir », a déclaré le ministre Quinn.
Si le projet de loi est adopté, les 14 universités publiques de l’Ontario ainsi que trois établissements privés passeront au nouveau modèle. Pour soutenir cette transition accélérée, la province investira 16,8 millions de dollars destinés à augmenter les honoraires des enseignants associés qui encadrent les stagiaires.
Le plan prévoit également l’ajout de 4000 places supplémentaires en formation à l’enseignement, soutenues par une enveloppe de 150 millions de dollars.
« Il y a une explosion de demandes pour l’éducation en français. C’est un bon problème à avoir », a commenté en conférence de presse le ministre de l’Éducation Paul Calandra, en réponse à une question sur la pénurie d’enseignants francophones. Photo : Capture du compte YouTube officiel du gouvernement de l’Ontario
Le gouvernement dit explorer des pistes pour mieux reconnaître les acquis et l’expérience de travail antérieure des personnes en formation, comme celle des éducateurs de la petite enfance.
Ces changements constituent le premier volet de la réforme de l’éducation plus globale promise par Paul Calandra, qui a d’ailleurs annoncé qu’il présentera le reste de ses mesures dès le lundi de la semaine suivante.
Un enjeu de rétention selon l’opposition officielle
De son côté, la porte-parole du NPD en matière d’Éducation, Chandra Pasma, salue ce parcours plus efficace, mais s’inquiète de la rétention du personnel. Selon elle, former de nouveaux enseignants revient à « remplir un seau percé tant que l’on ne bouche pas le trou ».
« Plus de 45 000 enseignants qualifiés dans notre province choisissent de ne pas travailler dans notre système d’éducation en ce moment, souligne la députée. Tant que le gouvernement Ford ne sera pas prêt à s’attaquer aux conditions de travail dans nos écoles avec un financement adéquat, former plus d’enseignants ne suffira pas. »
« L’AEFO accueille positivement l’annonce du gouvernement de l’Ontario concernant la réforme de la formation à l’enseignement », a déclaré Gabrielle Lemieux, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens. Cette annonce envoie un signal attendu et encourageant pour le milieu de l’éducation. »
Pour cette dernière, un programme de formation plus court est un pas dans la bonne direction pour répondre aux besoins sur le terrain. « Le modèle de deux ans créait un désavantage pour le secteur francophone, notamment en limitant l’accès à la profession. »
La présidente a également loué l’augmentation du nombre de journées de stage, « une avancée très encourageante » pour faciliter l’expérience sur le terrain.
Elle précise toutefois que la rétention du personnel passe par l’amélioration des conditions de travail, « en assurant un lieu de travail sécuritaire, pour donner envie aux enseignantes et enseignants de rester dans la profession ».
HAMILTON – La qualification de la République démocratique du Congo pour la Coupe du monde 2026 a ouvert une nouvelle perspective pour Dimitri Berthaud. Arrivé cet hiver à Forge FC pour se relancer et enchaîner les matchs, le gardien franco-congolais sait désormais qu’il dispose de quelques semaines pour transformer son bon début d’aventure canadienne en véritable argument en vue d’une place dans la sélection.
Au Forge FC, Dimitri Berthaud sait désormais que chaque match peut peser lourd. Le gardien franco-congolais a vu la République démocratique du Congo décrocher son billet pour la Coupe du monde 2026 le 31 mars dernier, au terme d’une victoire 1-0 après prolongation contre la Jamaïque, à Guadalajara. Le but décisif inscrit par Axel Tuanzebe à la 100e minute a offert à la sélection congolaise une première qualification au Mondial depuis 1974.
Pour le gardien, cette qualification n’est pas seulement une grande nouvelle vécue à distance. Elle donne encore plus de relief au pari qu’il a choisi de tenter cet hiver en signant à Hamilton en Première ligue canadienne (PLC). Libre depuis la fin de son aventure à Montpellier, le gardien franco-congolais avait rejoint le Forge FC avec une idée précise : rejouer, retrouver de la visibilité et se remettre dans la conversation en sélection, alors que la RDC pouvait encore rêver du Mondial. Dans un précédent entretien avec ONFR, il expliquait avoir choisi Forge pour retrouver rapidement un projet concret et du temps de jeu dans un rôle de numéro un.
Il a suivi la qualification depuis le Canada, avec ses proches.
« Oui, bien sûr, j’ai regardé le match avec des amis et ma femme et mon fils au Canada. C’était un truc de fou », raconte-t-il.
Premier match et aucun but encaissé, des débuts réussis. Photo : Nick Iwanyshyn/PLC
Aucune certitude
Désormais, une première étape est franchie pour les Léopards, mais une autre commence pour lui : celle d’une course contre la montre pour convaincre qu’il peut faire partie du voyage en 2026.
Le principal intéressé reste prudent au moment d’évaluer ses chances. « Je ne sais pas ce que le sélectionneur a dans la tête. De mon côté, je travaille comme j’ai toujours fait. J’ai la possibilité d’enchaîner les matchs ici à Forge, alors qu’avant, ce n’était pas le cas. Je ne sais pas quelles chances j’ai, mais on verra bien au fur et à mesure que le rassemblement approchera. »
Berthaud estime avoir « à peu près une dizaine ou une douzaine de matchs » pour marquer des points. « D’ici là, il me faudra livrer des matchs sérieux et efficaces, et obtenir de bons résultats avec mon équipe. »
Une installation qui prend forme
Depuis son arrivée en Ontario, le gardien de Forge commence aussi à trouver ses repères hors du terrain. Ses premières semaines au Canada avaient surtout été rythmées par la préparation, les entraînements et ses débuts avec sa nouvelle équipe. L’arrivée de sa femme et de son fils lui permet désormais de s’installer plus pleinement et de découvrir un peu mieux la région.
Cette adaptation s’est encore accélérée ces derniers jours. « Franchement, c’est super. Ils sont arrivés, ils étaient contents. Nous avons trouvé une maison. On a visité un petit peu Toronto, Hamilton. On a vu quelques chutes, quelques parcs. Franchement, c’est très bien. On s’adapte très bien. Les gens sont très gentils aussi. On kiffe notre aventure canadienne », résume-t-il.
Sur le terrain aussi, les débuts sont encourageants. Forge a lancé sa saison de PLC par une victoire 2-0 contre l’Atlético Ottawa le 4 avril, et Dimitri Berthaud y a signé son premier blanchissage sous ses nouvelles couleurs.
Dimitri Berthaud a pu compter sur une défense solide et expérimentée avec en son sein l’autre nouvel arrivant français Antoine Batisse, auteur d’un match solide. Photo : Jojo Yanjiao Qian/Forge FC
Le gardien retient surtout la solidité collective affichée par son équipe et ce, malgré l’absence de joueurs majeurs comme le défenseur central Dan Nimick.
« On a fait un match sérieux. Je crois qu’on n’a pas encaissé de frappe. Les seules actions que j’ai eu à gérer, c’était des sorties aériennes ou du jeu au pied. Franchement, on a fait ce qu’il fallait. On a tenu bon. Premier match, premier clean sheet. »
Il souligne aussi l’efficacité du Forge sur coups de pied arrêtés et estime qu’un retour de Dan Nimick serait « un plus » pour l’équipe.
Une nouvelle ligue, de nouvelles habitudes
L’ancien Montpelliérain poursuit en parallèle son acclimatation à une ligue encore nouvelle pour lui. Cette saison, la Première ligue canadienne sert notamment de terrain d’expérimentation pour plusieurs ajustements réglementaires soutenus par la FIFA, dont une version test de la règle du hors-jeu et davantage d’interventions vidéo à la demande des équipes. Le match d’ouverture entre le Forge FC et l’Atlético Ottawa a justement servi de premier cadre à ces essais.
Dimitri Berthaud y voit des changements notables, notamment pour les gardiens et les défenseurs.
« Les hors-jeu ont changé. Ça ne nous arrange pas, nous, en tant que défense. Ça arrange plus les attaquants, mais après, il va falloir s’adapter. C’est bien qu’on soit dans une ligue test et qu’on puisse voir comment ça se passe tout ça. »
Le gardien franco-congolais n’a pas eu beaucoup de travail lors du premier match, mais s’est montré solide dans ses sorties aériennes. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL
Il souligne aussi que les arbitres laisseront désormais davantage se poursuivre certaines actions, obligeant les défenseurs à rester mobilisés jusqu’au bout, même lorsqu’un hors-jeu semble évident.
Concentré sur lui-même
Pour autant, le portier de 27 ans ne veut pas trop disperser son attention. Arriver dans un championnat qu’il découvre ne change pas fondamentalement sa façon de travailler.
« Quand tu es gardien, tu es beaucoup centré sur toi-même. Il faut que tu sois prêt à chaque ballon différent. »
Même s’il étudie les tendances adverses avec le staff, il insiste sur un point : « Je me focalise beaucoup sur moi. »
Forge poursuivra sa saison ce week-end sur le terrain de Vancouver FC. Pour le club, il s’agira de confirmer son bon départ. Pour Dimitri Berthaud, ce sera aussi un match de plus dans une séquence devenue cruciale : celle d’un gardien venu au Canada pour rejouer, se relancer et tenter de se faire une place dans le groupe congolais à quelques mois de la Coupe du monde.
AURORA – Plus de services en français, plus de visibilité, plus de collaboration, plus d’événements culturels, plus! plus! plus!… Le premier atelier des états généraux de l’Ontario français a mis en lumière une vague de besoins et fait réfléchir à quelques solutions issues du terrain. Cet exercice se répètera dans plus d’une vingtaine de communautés durant le printemps à travers la province.
Au cours d’un remue-méninge qui aura duré près de trois heures, les idées ont fusé mercredi soir à Aurora, fief de l’Association des francophones de la région de York (AFRY), un exercice répété le lendemain à Penetenguishene et ce vendredi à Windsor.
Des préoccupations constantes sont revenues sur la table comme l’exaspération de ne pas obtenir de services gouvernementaux dans des régions pourtant désignées sous la Loi sur les services en français (LSF). Un participant a suggéré à une table que « l’excuse de l’employé malade le jour où on se rend au guichet » ne soit plus acceptée et que la loi soit généralisée à toute la province.
Un autre a proposé que les municipalités, qui échappent à toute réglementation linguistique, fassent des efforts sur leurs propres services qui touchent au quotidien des administrés, ainsi que dans leurs communications. Dans ces institutions, l’offre de service ne tient souvent qu’à un fil a rappelé un résident : « on tombe parfois par hasard sur un employé bilingue qui tient au français et connait la communauté, mais son départ suffit à ce que le château de cartes s’effondre. »
Nolwenn Beschemin, résidente de Richmond Hill. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Pour Nolwenn Beschemin, il faudrait d’abord s’assurer que, dans la plupart des services, il y ait une personne-ressource et une plage dédiée aux francophones. Cette résidente de Richmond Hill – une ville non désignée en vertu de la LSF – s’est vue refuser son contrat de travail rédigé en français comme pièce justificative nécessaire à renouveler sa carte santé. « J’ai dû faire traduire mon contrat pour que cela soit accepté alors que le français est une langue officielle. C’est problématique. »
La recherche d’emploi a également vivement capté l’attention de certains participants s’estimant livrés à eux-mêmes quand ils immigrent en Ontario. Le manque de reconnaissance des employeurs pour leur personnel bilingue était aussi sur de nombreuses lèvres dans un remue-méninge animé. Comment encourager le bilinguisme dans la société si les entreprises publiques et privées ne valorisent pas les compétences linguistiques de leurs collaborateurs?
Équivalence des diplômes sur la table
Dans cet exercice de réflexion initié par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), certains ont soulevé le problème récurrent de rigidité dans l’équivalence des diplômes. « On manque de ressources humaines pour combler des postes et offrir des services en français, surtout dans le domaine de la santé, s’inquiète Oureye Seck, résidente de Scarborough qui a fait le déplacement à Aurora.
« Nos médecins francophones, on les compte. Nos infirmières, on les compte. On a besoin de mettre l’accent sur la formation des professionnels qui vont livrer ces services », dit-elle, réclamant « des assouplissements du système en matière d’équivalence des diplômes, pour que ces gens ne refassent pas le parcours du combattant pour valider un document. On doit travailler main dans la main avec les gouvernements pour identifier ces failles et y remédier. »
Oureye Seck, résidente de Scarborough. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Les enjeux liés à l’immigration, la cohésion de la communauté, la santé et l’éducation ont resurgi, comme la peur aussi de voir ses enfants perdre leur langue maternelle, faute d’un réel cadre de vie en français, a également été évoquée.
La répartition des subventions existantes a été abordée à une autre table. En filigrane : c’est le constat d’un grand nombre d’organismes comparé à une offre réelle de services en français plutôt maigre en bout de ligne.
« Ce qui me frappe le plus, c’est la façon dont sont gérés les financements aux organismes », confie Laurent Sorrentino. Cet infirmier d’Aurora s’interroge : « Où va tout cet argent? J’ai l’impression qu’il y a énormément d’organismes et peu de services. Il vaudrait mieux réduire la quantité et gagner en qualité. »
Et de regretter l’absence de services d’emploi, de services juridiques et la limitation de l’aide à l’installation pour les nouveaux arrivants dans la région de York, alors qu’à côté Toronto est bien mieux doté.
Des inégalités d’accès aux services en français
Sur les bouts de table, les formulaires se remplissent d’encre noire. Au sein de chaque petit groupe, on échange, on s’écoute, on se contredit, on se convainc, on tombe d’accord, on change d’opinion… « Il y a peut-être de bonnes pratiques à dupliquer » gribouille l’un. « On a besoin de plus se parler, se coordonner », rédige l’autre.
Zakaria Belhaj, nouvel arrivant à Aurora. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Selon Zakaria Belhaj, nouvel arrivant en provenance du Maroc, « la communauté doit être plus visible et on devrait savoir, avant même d’arriver en Ontario, qu’il existe des écoles et une vie en français ici. »
Cet effort doit être fait par les ambassades par exemple, mais aussi les communautés. « Au sein des Marocains de Toronto, les gens ne savent pas qu’il y a des écoles 100 % francophones en Ontario. Le temps d’avoir cette information, leurs enfants scolarisés depuis plusieurs années deviennent des anglophones. »
L’AFO et son directeur général, Peter Hominuk, poursuivent leur tournée dans les prochains jours dans le Sud-Ouest ontarien, avant de basculer dans l’Est en milieu de semaine prochaine. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« On va collecter toutes ces attentes et en faire un livre blanc »
— Peter Hominuk, directeur général de l’AFO
« On va collecter toutes ces attentes et en faire un livre blanc clair avec lequel on va aller voir le gouvernement et lui dire ce que la communauté veut avec des structures qui permettront que ça va se passer », a rappelé Peter Hominuk, directeur général de l’AFO, dont l’organisation tentera d’influencer les décideurs politiques en vue d’importants investissements à partir de 2028.
Les états généraux se poursuivent jusqu’au mois de juin, avec entre autres un passage à Windsor ce vendredi soir, Chatham-Kent dimanche et Sarnia lundi, London mardi et Mississauga mercredi, avant de faire route vers l’Est ontarien.
NORTH BAY – De nouveaux services d’établissement pour les immigrants francophones ont été inaugurés jeudi soir, au centre-ville de North Bay. Cet espace, qui regroupe les expertises du Collège Boréal et des Compagnons des francs loisirs, vise à offrir un point d’accès unique aux nouveaux arrivants francophones du district de Nipissing.
« C’est un rêve qui devient réalité. Un projet qui était seulement une idée et qui est maintenant bien concret », confie Frédéric Boulanger, directeur des programmes et services en immigration au Collège Boréal.
« La francophonie est dans un état d’éveil et de développement important à North Bay », affirme Arnaud Claude, directeur général des Compagnons.
Le maire de North Bay, Peter Chirico, des représentants du bureau de la députée de Nipissing-Timiskaming, Pauline Rochefort, ainsi que des représentants d’organismes de services en immigration anglophones de North Bay ont pris part à l’inauguration de jeudi soir afin d’explorer les complémentarités entre les services.
Pour le directeur du Collège Boréal, ce nouvel espace marque l’aboutissement d’une vision où l’intégration dépasse les démarches administratives pour devenir un accompagnement humain, global et ancré dans la réalité locale.
Né d’une volonté d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) de renforcer les services dans le nord de l’Ontario, ce projet a été initié par le Réseau du Nord, qui a mobilisé les partenaires de Nipissing pour répondre à l’appel fédéral. Le Collège Boréal et Les Compagnons ont alors proposé une approche tripartite, fusionnant leurs expertises sous un même toit pour simplifier le parcours d’établissement des nouveaux arrivants.
Le maire unilingue anglophone de North Bay, Peter Chirico, a pris part à l’inauguration. Photo : gracieuseté du Collège Boréal
Entre économie et culture
Le partenariat repose sur une répartition claire et rigoureuse des responsabilités pour offrir une expérience continue.
Pour Frédéric Boulanger, cette approche se distingue nettement des modèles traditionnels. « Les services d’établissement chez les fournisseurs de services répondent généralement aux besoins de base », précise-t-il.
En complémentarité, les Compagnons des francs loisirs assurent le volet socioculturel et l’intégration au sein du milieu scolaire.
Selon Arnaud Claude, leur mission est de favoriser le sentiment d’appartenance dès l’arrivée et avec des activités phares tout au long de l’année : des ateliers de découverte où se côtoient les traditions franco-ontariennes et les cultures d’origine, notamment à travers la musique, la danse et le partage culinaire, allant des traditions marocaines aux saveurs congolaises.
« On ne cherche pas à transformer les personnes. On essaie vraiment de leur permettre de trouver leur place dans la communauté tout en valorisant leur culture d’origine et la culture locale », affirme-t-il.
Une logistique pensée pour l’accessibilité
Le choix stratégique de s’installer au 222, rue McIntyre Ouest, en plein centre-ville, répond à un besoin pragmatique de proximité.
« Offrir à ta clientèle sous un même toit, ça c’est important de le dire, c’est assez unique »
— Frédéric Boulanger
Pour une clientèle où le transport en commun est souvent le seul moyen de déplacement, se situer à quelques minutes de la station de bus est un facteur de réussite majeur. L’avantage, souligne Arnaud Claude, est d’être à « une porte de distance » entre partenaires.
Un nouvel arrivant peut traiter un dossier d’équivalence de diplôme au bureau du Collège et, l’instant d’après, s’informer sur l’inscription de ses enfants auprès des Compagnons sans avoir à voyager à travers la ville, se félicitent les deux organismes.
« Offrir des services sous un même toit, c’est assez unique », relève M. Boulanger.
Actuellement, une dizaine de professionnels collaborent quotidiennement dans cet espace pour assurer le bon fonctionnement du projet dans cette ville où seuls 11 % des habitants ont le français comme première langue officielle, selon les plus récentes données de Statistique Canada.
Cette équipe multidisciplinaire regroupe des navigateurs en intégration socioéconomique, des travailleurs en établissement dans les écoles (TEE), des conseillers en connexions communautaires, ainsi que du personnel administratif et de gestion entièrement dédié à la pérennité de l’initiative.
(À gauche) Arnaud Claude, directeur général des Compagnons des francs loisirs et Frédéric Boulanger, directeur des programmes et services en immigration au Collège Boréal. Photo : gracieuseté du Collège Boréal
Surmonter les obstacles à la rétention
Malgré l’enthousiasme suscité par cette inauguration, les responsables restent lucides quant aux défis structurels du district de Nipissing.
Arnaud Claude identifie le logement comme le nerf de la guerre. « Si les gens n’arrivent pas à se loger, malheureusement ils ne restent pas dans la région », affirme-t-il sans détour, ajoutant que la stabilité résidentielle est le premier rempart contre l’exode vers les grands centres.
À cette problématique s’ajoute le défi de la communication dans un milieu où la dualité linguistique est omniprésente. Selon le directeur général de l’organisme, « la langue est souvent un obstacle aussi à l’emploi et souvent un obstacle à l’intégration communautaire. »
Pour contrer cet isolement, le nouveau centre mise sur ses services de navigation linguistique pour aider les nouveaux visages à franchir ces barrières et à s’ancrer véritablement dans leur nouveau milieu.
Cette nouvelle infrastructure à North Bay vient compléter le continuum de services d’établissements déjà présents dans le nord-est, notamment à Hearst, Timmins, Sudbury et plus récemment à Temiskaming Shores.
TORONTO – Alors que le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, promet une réforme « significative » imminente, l’inquiétude grandit dans le milieu franco-ontarien. À quelques semaines de l’ouverture des candidatures pour le renouvellement du mandat des conseillers, les représentants des conseils scolaires francophones pressent le gouvernement de sortir de son mutisme et de procéder à des consultations.
L’inquiétude monte chez les conseils scolaires francophones quant à l’annonce imminente d’un projet de loi au Parlement. L’incertitude continue de planer autour de cette réforme qui pourrait transformer le paysage éducatif.
Fin mars, lors du retour en session à Queen’s Park, le ministre de l’Éducation confirmait qu’il s’apprêtait à présenter une réforme de l’éducation « très bientôt », impliquant un changement « important » et « significatif » pour les conseils scolaires de la province.
Les représentants des conseils publics francophones, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO) et catholiques, l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), par voie de lettres, exhortent le gouvernement à les inclure dans les consultations sur ce changement de gouvernance à venir.
Denis Labelle, à gauche, est le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et Robert Demers, à droite, est le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).
« Cela fait depuis l’automne dernier que M. Calandra parle d’une réforme, mais nous n’avons toujours aucune idée de ce qui va se passer », déplore au micro d’ONFR Robert Demers, le président de l’AFOCSC.
Soulignant qu’aucun entretien n’a été possible avec le ministre depuis sa prise de fonction — outre une brève présentation initiale — M. Demers relève la contradiction entre l’ampleur du changement annoncé et le manque de clarté qui l’accompagne.
« On est prêt à travailler ensemble, mais il faut qu’en face, il y ait la volonté de travailler avec nous », déclare-t-il.
Si le président de l’ACEPO, Denis Labelle, reconnaît l’urgence d’agir pour assainir la gouvernance de certains conseils, il défend lui aussi le besoin d’un véritable dialogue. « On veut améliorer le système, mais on veut être impliqués. On veut des réponses, d’autant que les communautés ont besoin de visibilité pour se mobiliser. »
Les élections des conseillers scolaires en suspens?
Au cœur de toutes les spéculations : la potentielle élimination du rôle de conseiller scolaire. Pour les représentants francophones, l’urgence est renforcée par la tenue des prochaines élections scolaires. En effet, l’ouverture du dépôt des candidatures est fixée au 1er mai prochain.
Le ministre de l’Éducation s’est voulu rassurant à plusieurs reprises, confirmant qu’il respecterait l’article 23 de la Charte canadienne qui protège l’autonomie de gestion du système de langue française et du système catholique.
« Il dit qu’il ne touchera pas à la gouvernance des systèmes catholiques et francophones, ce qui ne veut pas dire qu’il ne la changera pas. Nous n’avons peut-être pas la même définition », nuance M. Demers.
Pour Denis Labelle, l’enjeu est d’encourager la participation en valorisant le rôle des élus. « Avec ce manque de clarté et de transparence, nous sommes préoccupés par les impacts à long terme sur la confiance du public. Il est primordial de protéger la démocratie scolaire dans le contexte francophone. »
Ce dernier prévient que toute diminution du rôle des conseillers scolaires réduirait la voix des parents et la représentation des réalités locales. « L’ACEPO ne s’oppose pas aux changements, conclut son président, mais nous continuerons de défendre les intérêts des enfants et des écoles francophones. »
La controverse entourant la vidéo unilingue du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, et le nombre record de plaintes reçues témoignent de « la valeur des langues officielles au Canada », selon la nouvelle commissaire aux langues officielles. Ce dossier lance le mandat de Kelly Burke sur les chapeaux de roues, elle qui est entrée en poste il y a peine quelques jours.
La nouvelle commissaire aux langues officielles considère qu’Air Canada doit réévaluer la façon dont elle communique avec la population, soutenant qu’une entreprise fédérale se doit de s’adresser de manière « claire, équitable et respectueuse ».
« L’ampleur des réactions et le nombre de plaintes que nous avons reçues démontrent vraiment la valeur des langues officielles au Canada. Les langues officielles sont au cœur de l’identité canadienne et nous devons les protéger », a-t-elle affirmé lors d’une entrevue.
À l’instar de son prédécesseur Raymond Théberge, elle juge essentiel que les hauts dirigeants des entreprises fédérales soient bilingues, tout en reconnaissant qu’il ne s’agit pas d’une obligation inscrite dans la loi.
« Il est important que le bilinguisme soit considéré comme une compétence essentielle dans les postes de haute gestion, afin que les dirigeants soient en mesure de respecter les droits linguistiques, mais aussi pour qu’ils prêchent par l’exemple. C’est ce que l’on souhaite de la part d’une personne à la tête des principales institutions fédérales au Canada », juge-t-elle.
Elle n’a pas voulu s’étendre davantage sur le dossier de M. Rousseau, précisant que le Commissariat aux langues officielles (CLO) est toujours en train d’analyser les plaintes. En date du 8 avril, on dénombrait 2382 plaintes concernant le discours unilingue du PDG, prononcé après la tragédie ayant coûté la vie à deux pilotes de l’entreprise, dont un francophone.
Début d’un mandat de sept ans
Kelly Burke est arrivée officiellement à la tête du CLO le 30 mars dernier. La Franco-Ontarienne a obtenu ce poste avec l’approbation de la Chambre des communes et du Sénat, après avoir été nommée par le gouvernement de Mark Carney.
Elle identifie une meilleure conformité à la Loi sur les langues officielles, modernisée au cours des dernières années, comme la priorité de son mandat. Le CLO doit d’ailleurs hériter, dans les prochains mois, de nouveaux pouvoirs lui permettant d’infliger des amendes financières aux entreprises fédérales du secteur des transports. Des sanctions allant de 5000 $ à 50 000 $ par infraction pourraient être imposées en vertu d’un règlement proposé par Ottawa.
« Je veux m’assurer qu’il y ait une bonne mise en œuvre de cette loi maintenant modernisée… Tout particulièrement en ce qui concerne l’exercice des nouveaux pouvoirs qui en découlent », précise-t-elle.
L’ancienne commissaire aux services en français de l’Ontario estime qu’on pourra la juger sur « les résultats qui souligneront les avancées » qu’elle souhaite réaliser. Elle entend bien « accomplir le mandat prescrit » de sept ans. Mme Burke avait quitté son rôle provincial en Ontario de manière inattendue en 2023 et était restée floue sur ce départ lors de son audition devant les députés en février dernier. Elle considère toutefois que les deux postes « se ressemblent à plusieurs égards ».
« J’ai déposé trois rapports annuels avec des recommandations qui ont toutes été acceptées. Cette expérience va me permettre, ici au fédéral, d’exercer les mêmes compétences afin d’améliorer le sort des langues officielles partout au pays », soutient-elle.
OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté mercredi une version actualisée de son Plan décennal sur le logement et l’itinérance. En créant un fonds destiné non seulement à la construction, mais aussi aux soins de santé intégrés, la Ville espère loger les 450 citoyens les plus vulnérables en cinq ans plutôt que dix.
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, a été très clair lors du dépôt de sa motion, adoptée à l’unanimité par le conseil. Selon lui, le modèle actuel de lutte contre l’itinérance a atteint ses limites car il oublie l’aspect humain et médical du problème.
« L’une des leçons les plus claires des cinq dernières années est que le logement à lui seul ne suffit pas », a déclaré le maire devant le Conseil. « Sans accès aux soins de santé mentale, aux services de toxicomanie et aux soins primaires, de nombreuses personnes auront du mal à rester logées malgré le fait qu’on leur ait fourni un endroit où vivre. »
Cette vision se traduit par la création du Fonds pour le logement de soutien dès le budget 2027. Ce fonds aura pour mission de financer non seulement les « briques et le mortier », mais aussi le personnel spécialisé qui accompagnera les résidents au quotidien.
Bien que le montant final de ce futur réservoir financier doive être précisé lors du prochain cycle budgétaire, la Ville a déjà posé des jalons concrets. Le maire a confirmé que le budget 2026 inclut une enveloppe de 23,25 millions $ en capital pour le logement abordable, portant l’investissement total de la Ville pour le présent mandat à plus de 105 millions $.
Le Conseil a également autorisé une mesure d’exception : si des fonds se libèrent lors de la clôture des projets de capital de 2025, ils seront immédiatement injectés dans ce nouveau fonds pour servir de « mise de fonds » initiale.
Le maire Sutcliffe a déclaré qu’il fallait en faire plus pour lutter contre l’itinérance. Photo : Inès Rebei/ONFR
3000 personnes sans toit chaque nuit
Les chiffres présentés au Conseil sont criants. En 2024, à Ottawa, près de 3000 personnes vivent l’itinérance chaque soir. Parmi elles, 450 sont sur une liste d’attente spécifique pour le logement de soutien, la seule option viable pour ceux qui font face à des défis sociaux et de santé complexes.
Au rythme actuel, le dernier de cette liste devrait attendre une décennie avant d’avoir une clé. Un délai jugé inacceptable par les élus.
« Le dernier sur la liste d’attente pourrait attendre jusqu’à 10 ans pour obtenir une unité. C’est pourquoi je dépose aujourd’hui une motion demandant de doubler le rythme auquel nous construisons ces unités de soutien », a martelé Mark Sutcliffe. « Nous ne serons jamais une ville prospère tant que tout le monde n’aura pas un endroit sûr où dormir le soir. »
Un investissement « fiscalement responsable »
Si certains s’inquiètent des coûts, le maire et ses alliés, comme la conseillère Catherine McKenney par le passé ou les voix actuelles du centre-ville, soutiennent que c’est un investissement rentable à long terme.
« Nous ne pouvons pas revitaliser le centre-ville d’Ottawa si nous avons une portion significative d’individus sans-abri ayant des besoins sérieux et qui sont continuellement ignorés pour un logement »
— Ariel Troster
« Investir dans le logement de soutien est un investissement à long terme qui déplace les dépenses de l’intervention d’urgence vers la prévention et la stabilité », explique la motion du maire. « Cela permet de maintenir les gens logés en identifiant les problèmes tôt, améliore l’accès aux soins, et réduit les appels d’ambulances, les visites aux urgences et les séjours hospitaliers. »
La conseillère du quartier Somerset au centre-ville, Ariel Troster, a salué l’initiative, rappelant que la dignité humaine est indissociable de la santé économique de la ville.
« Nous ne pouvons pas revitaliser le centre-ville d’Ottawa si nous avons une portion significative d’individus sans-abri ayant des besoins sérieux et qui sont continuellement ignorés pour un logement. Présentement, les personnes dans le pire état ne sont pas logées, et c’est très préjudiciable à leur santé ainsi qu’à la sécurité de nos communautés », a-t-elle affirmé en séance.
Une nouvelle définition de l’abordabilité
Depuis 2020, les efforts combinés des gouvernements fédéral, provincial et municipal ont permis d’injecter près de 1 milliard de dollars dans le système d’habitation d’Ottawa. Ce montant a permis de créer 554 logements abordables et 329 unités de soutien, mais la demande continue de croître plus vite que l’offre.
Pour corriger le tir, le Plan rafraîchi introduit une modification technique, mais majeure : la définition de ce qui est « abordable ».
Désormais, la Ville d’Ottawa ne se basera plus sur les prix du marché, mais sur le revenu réel des ménages. C’est un changement réclamé depuis longtemps par les organismes communautaires et les partenaires autochtones qui ont participé à la co-conception de ce plan.
Appel à Queen’s Park et Ottawa
Le maire ne s’en cache pas : en créant ce fonds et en finançant des services de santé, la Ville d’Ottawa s’aventure sur un terrain qui appartient normalement à la province de l’Ontario.
« Puisque cet investissement municipal est censé réduire la pression financière sur les autres paliers de gouvernement, le personnel est dirigé à engager des discussions avec le fédéral et la province pour demander de l’aide au financement, tant pour le capital que pour les opérations », stipule la motion finale.
OPASATIKA – Un trésor aurifère, identifié dès les années 1930 puis tombé dans l’oubli, faute d’exploration, refait surface à seulement deux kilomètres d’un village francophone du nord de l’Ontario. Entre des tests géologiques récents qualifiés de « concluants » et la perspective de centaines d’emplois durables, le projet Filion pourrait transformer le visage de la région pour les cinquante prochaines années. Immersion dans un dossier qui réveille l’espoir des communautés rurales.
Nichée à seulement 2,5 kilomètres au nord du village francophone d’Opasatika, la mine en devenir s’étend sur un axe est-ouest de 42 km de long.
Une superficie totale d’environ 260 km² au sein d’une ceinture de roches vertes largement « sous-explorée », mais au grand potentiel, explique Michael Dufresne, le chef du projet Filion et président d’Apex Geoscience.
Ce consultant pour Torr Metals, l’exploitant minier actuel, emploie 150 géologues au Canada basés dans l’Ouest ontarien, mais également très actifs au Québec et en Ontario.
« Le projet Filion jouit d’une position unique avec un accès idéal aux infrastructures, notamment la route transcanadienne, un réseau ferroviaire régional et au réseau électrique, avec donc un potentiel d’exploitation à faible coût tout au long de l’année, dans une région propice à de nouvelles découvertes », rapporte M. Dufresne.
Si l’or y avait été identifié dans les années 1930, la zone n’a jamais été explorée de façon systématique, malgré plusieurs tentatives menées jusque dans les années 1980 par des prospecteurs individuels. Aucun échantillonnage géochimique régional des sols n’avait été effectué.
« Les derniers tests sont extrêmement concluants. Le gisement juste au nord de notre village pourrait être plus massif que celui de la mine Détour à Cochrane, qui est pourtant l’une des plus grosses mines d’or en exploitation au Canada », s’enthousiasme le maire d’Opasatika Jacques Dorval.
Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Échantillonnage des canaux par des géologues et des techniciens. Photo : gracieuseté de Torr Metals
Depuis sa cabane de pêche, celui-ci a été témoin des tests aériens effectués par Torr Metals. Depuis la fonte des neiges, les géologues ont pu procéder à l’exploration terrestre durant trois semaines.
« Nous en sommes à un stade très précoce, explique le chef du projet. Mais je pense que cette ceinture de roches vertes est très prometteuse. Torr détient les permis et prévoit de forer cette année. L’exploitation minière apporte un bénéfice énorme pour les communautés rurales. On l’a vu avec Timmins, Kirkland Lake ou Thunder Bay. »
Une vision ambitieuse largement partagée par le maire Dorval : « Une mine comme celle-ci représente une viabilité allant jusqu’à 50 ans. On veut que les gens s’établissent ici, qu’ils y bâtissent des maisons, qu’ils y paient des taxes et qu’ils fassent vivre nos arénas et nos commerces. La compagnie Torr Metals semble partager cette vision du développement local et de soutien aux organisations régionales ».
Une manne d’emplois pour cette région du Nord
Dans le monde rural, l’impact se fait sentir dès la phase d’exploration. Selon Michael Dufresne, investir 10 ou 20 millions de dollars permet déjà de développer des compétences locales. L’embauche d’équipes régionales intervient dès les premières étapes : construction de routes, conduite d’engins, échantillonnage ou travaux de tranchées.
Toutefois, le véritable changement d’échelle dépend d’une découverte majeure. « Lors du premier forage, on parle de 25 personnes. On peut monter à 200 lors du forage de définition. Mais pour la construction d’une mine, on parle de 2000 personnes », précise le chef de projet.
À terme, une mine opérationnelle pourrait générer entre 500 et 600 emplois permanents. Une perspective d’autant plus attrayante que les salaires y sont élevés : « Qu’il s’agisse de travailleurs souterrains ou d’opérateurs d’équipement, ce sont des postes payés entre 100 000 $ et 200 000 $ par an », souligne M. Dufresne.
Malgré des échantillons prometteurs atteignant 13 grammes d’or par tonne — une roche d’une valeur théorique de 1500 $ — le chemin est encore long. Torr Metals prévoit de forer entre 2000 et 3000 mètres d’ici l’automne, après avoir analysé la végétation et l’humus pour y déceler des traces d’arsenic ou d’antimoine, indicateurs de la présence d’or.
« Il faut démontrer une continuité géologique sur des millions de tonnes. Cela peut coûter jusqu’à 200 millions de dollars et prendre 15 à 20 ans », prévient Michael Dufresne, comparant le secteur à un « billet de loterie ».
Selon lui, seul un projet sur mille devient rentable, « mais il faut quelqu’un qui prenne le risque financier au départ », et un succès à Opasatika pourrait attirer une dizaine d’autres compagnies dans son sillage.
Consultations étroites avec les partenaires autochtones locaux
Malgré l’ampleur des investissements, Michael Dufresne tient à relativiser l’impact environnemental au sol. Il rappelle qu’à l’échelle d’un pays comme le Canada, le nombre de mines de métaux actives reste relativement restreint, oscillant entre 120 et 140.
« On en compte peut-être 30 ou 40 au Québec et autant en Ontario. Si l’on prenait l’ensemble du secteur minier canadien, toutes les zones perturbées, les bassins de résidus et les usines tiendraient à l’intérieur des limites de la ville d’Edmonton », illustre-t-il.
Tout projet doit selon lui s’accompagner d’une approche de partenariat dès le premier jour avec les populations autochtones locales. La firme de Michael Dufresne, Apex Geoscience, est d’ailleurs détenue à 51 % par une société autochtone de l’Alberta. Pour le chef de projet, cette identité influence directement la manière de travailler en Ontario : « La consultation dès le premier jour est notre priorité. C’est ainsi que les affaires se font aujourd’hui. »
Une approche proactive saluée par le maire Jacques Dorval, qui a facilité les premiers contacts : « Nous avons établi des liens dès l’étape embryonnaire pour créer un lien de confiance avant même la première pelletée de terre. »
Si des partenaires autochtones se montrent ouverts au développement, le maire précise qu’ils restent vigilants sur le plan écologique : « Ils veulent s’assurer que toutes les étapes environnementales sont rigoureusement respectées. »
L’ancien maire de Clarence-Rockland, Marcel Guibord, est décédé le 1er avril à l’âge de 78 ans. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) salue le parcours d’un élu engagé, marqué par son attachement à la communauté francophone de l’Est ontarien.
« Homme de l’Est ontarien, Marcel Guibord aura marqué la vie municipale de sa région », a déclaré le président de l’AFO, Fabien Hébert, saluant la mémoire de l’ancien maire de Clarence-Rockland (en exercice de 2010 à 2014).
Le président de l’AFO a également souligné son attachement à la réalité francophone de sa communauté et son engagement dans des espaces de dialogue touchant l’Ontario français.
« En Ontario français, nous savons à quel point les maires et élus municipaux jouent un rôle essentiel dans la vitalité de nos milieux, dans la défense des services de proximité et dans le maintien de communautés fortes, vivantes et fières », a-t-il ajouté.
Afin de souligner son parcours, les drapeaux à l’hôtel de ville ont été mis en berne pour une période d’une semaine.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, sa sœur, Céline Guibord, lui a également rendu hommage, le décrivant comme « un protecteur de sa famille » et un homme engagé.
« Mon frère Marcel est entré aujourd’hui dans le monde des esprits. Protecteur de sa famille, il a contribué à plusieurs innovations dans le domaine de la gestion de l’eau et des déchets. Il a consacré de nombreuses années à défendre la justice et à lutter contre la corruption au service de l’humanité », y écrit-elle.
Originaire de Wendover, Marcel Guibord a été élu maire de Clarence-Rockland à la fin de l’année 2010. Homme d’affaires dans le secteur des infrastructures municipales et industrielles, il a dirigé la municipalité jusqu’en 2014.
Son mandat a notamment été marqué par une controverse liée à des accusations d’abus de confiance déposées par la Police provinciale de l’Ontario (PPO) contre lui et d’autres élus, avant que les procédures ne soient suspendues par la Couronne après révision de la preuve.
En 2014, il avait tenté sans succès d’obtenir un second mandat, affirmant alors ne pas avoir « terminé ce qu’il avait entamé » à la mairie.
La famille recevra parents et amis le 1er mai à la Maison funéraire Théo Brunet & Fils, à Rockland.
OTTAWA – À moins d’un mois du dépôt des candidatures, la majorité des maires de l’Est ontarien confirment déjà leur intention de briguer un nouveau mandat.Dans une région marquée par la dualité linguistique et la croissance des zones rurales, la tendance est à la continuité.
Sur huit maires sondés, sept confirment leur intention de solliciter un nouveau mandat, alors qu’ailleurs en Ontario, plusieurs mairies pourraient changer de main.
« Quand on entame son premier mandat, on lance des initiatives et il faut au moins deux mandats pour les mener à terme », souligne la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie.
À Russell, Mike Tarnowski adhère à cette vision à long terme, lui qui a succédé au maire sortant en 2024.
« J’aimerais ça pouvoir dire que je me suis fait complètement élire par la municipalité pour le poste spécifiquement, car on a de beaux projets qui avancent très bien et on aimerait bien les voir à leur conclusion », précise Mike Tarnowski qui avait été nommé maire de Russell grâce à l’appui de ses pairs du conseil municipal.
Seul Robert Lefebvre, à Hawkesbury, a choisi de passer le flambeau, après une longue carrière en politique municipale.
Le maire de la Cité de Clarence-Rockland, Mario Zanth, n’a toujours pas annoncé officiellement ses intentions, bien qu’il occupe la présidence du conseil des CUPR en 2026. De son côté, Justin Towndale, maire de Cornwall, n’a pas donné suite à nos demandes.
Des dossiers brûlants
Pour de nombreux élus, un mandat de quatre ans ne représente que le prologue d’une transformation structurelle.
« Une municipalité ne peut pas supporter les coûts seule » pour un projet de 80 millions de dollars, souligne Geneviève Lajoie, qui plaide pour une collaboration accrue entre municipalités et avec la province.
À Champlain, Normand Riopel affiche la même détermination en misant sur l’aboutissement du dossier de services d’eau et d’égouts partagés avec Hawkesbury. Fier d’avoir débloqué ce projet de raccordement et d’annexion de terrains qui stagnait depuis trente ans, il souligne l’importance historique de cette nouvelle collaboration régionale.
« Il y a une grande méconception que parce que je ne parle pas un bon français, je ne valorise pas les services en français »
— Genevieve Lajoie
« Mes ancêtres de maires n’ont pas pu négocier l’entente avec la Ville de Hawkesbury. Et aujourd’hui, on peut dire qu’on a une entente de signée », se réjouit le maire du canton de Champlain.
Cet accord prévoit l’annexion de parcelles par Hawkesbury en échange de services pour desservir une zone stratégique du canton au sud de la route 17. Pour l’élu, ce dénouement est le socle de sa prochaine campagne.
« J’aime ce que je fais, alors oui, je chercherai à atteindre un troisième mandat », annonce le maire de Champlain, impatient de voir cette entente permettre enfin la construction de logements abordables.
La question linguistique
La question linguistique demeure un des enjeux à Casselman où l’équilibre entre les deux langues officielles a récemment fait l’objet de vifs débats au conseil. Suite à des incidents liés au droit des citoyens de recevoir des réponses dans la langue de leur choix, la municipalité a dû clarifier ses procédures pour réaffirmer son identité francophone tout en s’adaptant à une démographie changeante.
Geneviève Lajoie, souvent interpellée sur son propre usage de la langue, rejette l’idée que cela affecte son leadership politique. « Il y a une grande méconception que parce que je ne parle pas un bon français, je ne valorise pas les services en français », fait remarquer la mairesse de Casselman.
Ailleurs, comme à Stormont Nord, François Landry, qui en est à son premier mandat de maire, gère cette dualité avec diplomatie.
« Je suis le seul francophone sur le conseil de ma municipalité », relève le maire de Stormont Nord affirmant son intention de protéger les acquis linguistiques.
Malgré cette position, il observe que « la société change : les jeunes familles veulent des services additionnels ».
Il explique que bien que les séances se déroulent en anglais, il met un point d’honneur de répondre en français aux citoyens qui en font la demande, particulièrement dans les pôles bilingues comme le village de Crysler.
Du côté de Glengarry Nord, le maire Jamie Macdonald admet que la place du français est « quelque chose que nous voulons améliorer, surtout sur nos publications dans les médias sociaux », souligne-t-il.
L’infrastructure, moteur du développement
Le logement dépend directement de la capacité technique. C’est le message de Jamie Macdonald qui voit dans une enveloppe de 28,5 millions de dollars le levier pour transformer Maxville et Alexandria.
« C’est ma raison de me présenter : je veux m’assurer que ces projets soient complétés », déclare le maire de Glengarry Nord en évoquant le projet de Maxville qui doit permettre la construction de près de 1000 logements.
À Russell, le maire Mike Tarnowski gère un chantier d’une tout autre envergure : un complexe récréatif de 105 millions de dollars. « J’aimerais être en poste pour le voir à sa fin, c’est un projet qui devrait être terminé vers la fin de 2026 », confie celui qui se dit fier que sa municipalité demeure la deuxième municipalité la moins taxée des Comtés unis.
Ce projet a d’ailleurs reçu un appui de taille : « C’était la première fois que le premier ministre Doug Ford venait dans notre municipalité pour nous donner un chèque de 100 millions, on était très content de le voir. »
Il dit vouloir continuer de travailler sur le retour d’une bibliothèque indépendante à Embrun. « On a réussi à trouver un nouveau local propre dans le centre du village qui devrait être terminé en 2027 en collaboration avec la coopérative locale », fait-il savoir.
Dans La Nation, le maire Francis Brière souhaite poursuivre des projets amorcés lors de son premier mandat, dont le transfert du centre communautaire à des groupes locaux et le développement du « parc Innovation », qu’il considère comme un levier économique important. « Quand on fait entrer de l’industriel et du commercial, eux autres paient des grosses taxes, puis ça enlève le fardeau fiscal sur les résidents », affirme-t-il, tout en soulignant que la croissance de la municipalité exige des investissements continus en infrastructures.
« On a encore beaucoup de travaux à faire avec la province et le fédéral », fait valoir le maire de Stormont Nord. Il cite comme exemples de progrès « exceptionnels » l’arrivée de nouveaux services de proximité, notamment une nouvelle station-service et l’implantation potentielle d’un Tim Hortons, des signes que la municipalité n’est plus seulement un dortoir rural.
À Alfred et Plantagenet, Yves Laviolette fait face à une urgence similaire : « Nos lagunes de traitement des eaux usées à Wendover sont à 133 % de capacité. On ne peut plus rien bâtir tant qu’on ne règle pas ça », explique le maire d’Alfred et Plantagenet.
Il insiste sur le fait que « la lagune de Plantagenet, est prioritaire » et qu’avec l’octroi de 13,87 millions de dollars de la part de la province, la municipalité est « en train de faire les plans » pour ce projet de modernisation et d’agrandissement.
« Cette expansion-là, puis la croissance, faire que tout est en place, ça joue un gros rôle dans le futur de notre municipalité », affirme le maire Francis Brière. Photo : gracieuseté de Francis Brière
Persévérance rurale et transition
À East Hawkesbury, le maire Robert Kirby continue de réclamer justice pour ses citoyens privés de gaz naturel. « Pourquoi est-ce que nous autres, on est la seule municipalité dans Prescott-Russell à ne pas l’avoir? », s’interroge le maire de Hawkesbury Est. Il assure qu’il ne reculera pas. « Jamais », insiste-t-il, prêt à solliciter à nouveau la confiance de sa population.
Au-delà de l’énergie, il place la sécurité au cœur de son prochain mandat avec la construction d’une nouvelle caserne de pompiers. « Je veux rester tant que la santé est correcte et que le monde veut encore de moi », indique le maire de Hawkesbury Est.
Le grand changement viendra toutefois de Hawkesbury où Robert Lefebvre quittera ses fonctions après cinquante ans de carrière. Il a annoncé son départ tôt pour « donner la chance aux résidentes et résidents qui seraient intéressés à poursuivre une carrière municipale. »
Il quitte la mairie fier de l’entente avec Champlain, soulignant que c’est « le moteur économique du futur » qui permettra une expansion de 13 % de la superficie de la ville.
Les aspirants candidats auront du 4 mai au 11 septembre 2026 à 14h pour déposer officiellement leur déclaration de candidature. La liste définitive des candidats sera dévoilée à la fin du mois d’août et les électeurs seront appelés aux urnes le 26 octobre prochain.
SUDBURY – Plus de cinq ans après le déclenchement d’une crise sans précédent et la publication d’un rapport critique de l’Ombudsman de l’Ontario, l’Université Laurentienne a officiellement terminé la mise en œuvre des recommandations visant à protéger sa désignation bilingue.
Le commissaire aux services en français, Carl Bouchard, a confirmé par écrit, dans une lettre que s’est procuré ONFR, que l’institution satisfait désormais aux exigences de l’Ontario.
« J’ai déterminé que les mesures prises par l’Université Laurentienne satisfont aux trois recommandations (3, 13 et 16) qui lui ont été adressées », peut-on y lire. Cette décision met fin à l’obligation pour l’université de soumettre des rapports de progrès tous les six mois, un régime de surveillance qui durait depuis mars 2022.
Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut rappeler qu’en avril 2021, la Laurentienne s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Cette restructuration financière s’était traduite par la suppression brutale de 69 programmes, dont 28 programmes en français.
À l’époque, cette décision avait provoqué une onde de choc au sein de la communauté franco-ontarienne. L’Ombudsman de l’Ontario avait alors ouvert une enquête, concluant dans son rapport Renforcer la désignation : un travail collaboratif que l’Université n’avait pas respecté ses obligations en vertu de la Loi sur les services en français.
Natalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones, se souvient de l’état d’esprit à son arrivée en 2023 : « Nous avons beaucoup appris au cours des dernières années, particulièrement sur l’importance de l’Université Laurentienne au sein de la communauté francophone. »
Elle ajoute que l’institution a pris « vraiment pris au sérieux les recommandations qui nous avaient été données […] et on travaille fort pour rebâtir la confiance avec les francophones ».
Carl Bouchard, commissaire aux services en français de l’Ontario, un haut fonctionnaire rattaché au Bureau de l’Ombudsman. Photo : Marc LeMyre photography
Des verrous supplémentaires
L’un des changements les plus significatifs est la révision profonde de la Politique de bilinguisme de l’université durant l’hiver 2025. L’ancienne politique, datant de 2012, ne tenait pas compte des obligations liées à la désignation bilingue partielle.
La mise en œuvre de la recommandation 3 impose désormais un processus de consultation obligatoire avant tout changement majeur.
Mme Poulin-Lehoux explique l’enjeu technique : « Il a fallu qu’on ajoute des clauses dans la politique pour assurer qu’on avise les bonnes personnes si on a besoin de faire des changements. »
Désormais, le texte révisé prévoit que l’Université doit assurer « une consultation avec le ministère des Collèges et Universités (MCU), ainsi qu’avec le ministère des Affaires francophones (MAFO) avant de faire tout changement qui pourrait avoir un impact sur sa désignation ».
Le résultat de cette consultation doit obligatoirement être présenté devant le Sénat avant que celui-ci ne puisse décider de tout changement.
Nathalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones à l’Université Laurentienne. Photo : Gracieuseté de l’Université Laurentienne
Conformité, « offre active » et reddition de comptes
L’Université a également dû prouver sa conformité aux recommandations 13 et 16, portant sur le respect global de la Loi sur les services en français. Cela a mené à l’intégration formelle de la notion d’« offre active ».
La politique précise maintenant que l’Université a l’obligation d’offrir tous les services aux étudiants et aux futurs étudiants dans les deux langues.
Pour Mme Poulin-Lehoux, ce travail est allé bien au-delà de la simple paperasse : « On aurait pu facilement créer un document pour répondre à ce qu’ils nous ont demandé. Mais je voulais m’assurer de bien faire le travail, donc on a fait beaucoup de consultations et on a vraiment cherché le consensus. »
Si la surveillance formelle prend fin, le commissaire Carl Bouchard prévient que son Bureau ne détourne pas le regard pour autant : « Mon équipe continuera de surveiller la mise en œuvre continue du plan de conformité des services en français de l’Université Laurentienne ».
« C’est le plus d’étudiants qu’on a eu dans l’histoire de l’université Laurentienne qui sont inscrits dans des programmes francophones »
— Natalie Poulin-Lehoux
« Bien que le travail avec le commissaire soit complété, ce n’est jamais réellement terminé : il y a toujours place à l’amélioration et nous allons poursuivre nos efforts en ce sens », lance de son côté la vice-rectrice.
Priorité aux partenariats
Bien que l’université ne prévoit pas de retour immédiat de certains programmes disparus lors de la crise, comme celui de sage-femme, la direction mise sur une stratégie de partenariats pour maintenir la diversité des parcours.
L’objectif affiché est d’éviter les dédoublements avec d’autres institutions, comme le Collège Boréal, tout en garantissant la viabilité financière des programmes restants.
« Au lieu de supprimer des programmes, nous souhaitons que chaque institution puisse offrir des formations différentes afin d’éviter de futurs deuils académiques. Le dédoublement est souvent ce qui mène aux coupures, car nous n’avons pas toujours la masse critique d’étudiants pour remplir toutes les salles de classe si l’offre est éparpillée entre plusieurs établissements », consent Mme Poulin-Lehoux.
L’établissement propose 116 options de diplôme en français et compte aujourd’hui 2461 étudiants francophones, soit environ 25 % de sa population totale.
« C’est le plus d’étudiants qu’on a eu dans l’histoire de l’université Laurentienne qui sont inscrits dans des programmes francophones », affirme la vice-rectrice.
OTTAWA – Marie-Christine Morin prendra la tête, le 7 avril, de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Après huit ans à la direction de la Fédération culturelle canadienne-française, elle dresse le bilan et trace les contours des défis à venir pour la francophonie.
« C’est quoi votre histoire avec le rouge?
C’est drôle comme question. Je porte beaucoup de rouge, c’est vrai. Je pense que ça vient de ma grand-mère, qui en portait beaucoup. J’ai toujours associé cette couleur à quelque chose de dynamique, lié au feu, à l’action. Il y a une énergie dans le rouge qui me parle. Je dirais que c’est ma couleur. J’aime aussi le bleu, qui est plus apaisant, mais le rouge reste très présent.
Vous avez été nommée secrétaire générale de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Que représente ce rôle pour vous?
C’est une continuité du travail que j’ai entrepris à la Fédération culturelle canadienne-française, notamment en matière de développement durable. Je vais poursuivre dans la même veine, mais à un autre niveau, avec un réseau de partenaires plus large et une ouverture plus internationale. C’est une très belle opportunité pour la suite.
Marie-Christine Morin appelle les décideurs à reconnaître le rôle central de la culture dans le développement des communautés. Crédit photo : Dany Lepage
Vous avez été directrice générale de la FCCF depuis 2018. Huit ans plus tard, quel bilan faites-vous de ce parcours?
Je suis très fière du chemin parcouru. Et je parle au « nous », car c’est le fruit d’un travail collectif, avec un réseau, un conseil d’administration et des partenaires. De grandes avancées ont été réalisées pour la francophonie, notamment en arts et culture.
Je pense au travail avec le milieu de l’éducation et aux progrès numériques, à la fois prometteurs et transformateurs. Des programmes comme PassepArt et ImmersArt ont permis à des élèves francophones et en immersion d’accéder à des activités artistiques, culturelles et patrimoniales.
Le secteur artistique et culturel est désormais reconnu dans la Loi sur les langues officielles comme un pilier du développement des communautés. C’est le résultat d’une mobilisation importante du secteur pour faire valoir cette nécessité auprès des décideurs.
Nous avons aussi mis en place des mécanismes pour mesurer l’impact de nos actions dès le départ. Aujourd’hui, des données concrètes démontrent les retombées pour les élèves, les enseignants, les artistes, les communautés et les organisations.
Le défi maintenant est de pérenniser ces acquis et de continuer à démontrer leur importance pour la francophonie et le développement des communautés.
Concrètement, quel a été l’impact de votre action à la FCCF en termes de développement et de financement?
Lorsque je suis entrée en poste en 2018, le budget de la FCCF était d’environ 675 000 $ par année. En 2026, l’organisation atteint près de 6 millions de dollars en recettes.
Cette croissance a permis une accélération importante des initiatives. La majorité de ces fonds est redistribuée dans l’écosystème, notamment à travers des programmes de microfinancement pour les organismes, ainsi que des initiatives numériques qui offrent des services et réinjectent des ressources dans le milieu.
C’est donc un développement concret, qui a permis de soutenir directement les acteurs sur le terrain et qui continue d’avoir un impact réel. C’est aussi ça, le pari de l’action : générer des moyens et les redistribuer pour faire avancer le milieu.
Quels défis avez-vous observés?
Le travail intersectoriel est exigeant. Il faut apprendre à construire un langage commun entre des secteurs qui ne fonctionnent pas de la même façon. Par exemple, le secteur de l’éducation et le secteur artistique et culturel sont nécessairement complémentaires, mais on ne parle pas toujours le même langage. Cela demande du temps, de l’écoute et de l’humilité.
L’autre défi est celui du financement. Les modèles actuels sont souvent sectoriels et ponctuels, ce qui complique la pérennisation des initiatives, même lorsqu’elles fonctionnent.
En septembre 2025, Marie-Christine Morin s’est vu décerner la Médaille du couronnement du roi Charles III pour son engagement envers le secteur culturel francophone. Crédit photo : Dany Lepage
Comment décririez-vous l’état de la culture francophone aujourd’hui?
C’est un milieu vibrant et résilient, mais aussi fragile. Les artistes et les travailleurs culturels vivent dans une grande précarité. La pandémie a encore fragilisé le secteur, et les transformations numériques viennent aussi bouleverser les modèles.
Il y a donc de grands enjeux qui exigent à la fois de la résilience et une présence soutenue. Je crois que des organisations comme la Fédération culturelle canadienne-française, ainsi que ses membres, jouent un rôle essentiel pour donner une voix à ce secteur. Un secteur qui a besoin de se rassembler, d’exprimer ses besoins pour bien fonctionner et de faire reconnaître ses réalités dans les décisions prises à tous les niveaux, notamment en ce qui concerne le numérique.
Malgré tout, la culture demeure essentielle. Elle est au cœur de l’identité, de la cohésion sociale et du développement des communautés. Elle est fondamentale pour un pays.
Votre rapport à la francophonie et à la culture a justement un lien avec le théâtre…
Mes premiers souvenirs culturels passent par le théâtre. Au primaire, une enseignante de français (aussi ma professeure de piano) m’a invitée à une sortie au Théâtre Denise-Pelletier avec des élèves du secondaire.
C’était ma première expérience de théâtre professionnel, et elle a été déterminante. Elle a ouvert des horizons et rejoint une sensibilité que j’avais déjà, notamment à travers la musique.
J’ai ensuite fait beaucoup de théâtre amateur, où j’ai rencontré mon mari, formé à l’École nationale de théâtre du Canada à Montréal. Je n’en ai pas fait carrière, mais mon attachement aux arts, lui, ne m’a jamais quittée.
Peut-on craindre des coupes similaires à celles envisagées au Québec dans la culture à l’école?
Toute coupe fait mal dans un secteur déjà fragile : les impacts sont immédiats. Des initiatives comme PassepArt et immersArt sont essentielles, surtout en région. Sans elles, plusieurs élèves n’auraient tout simplement pas accès aux arts et à la culture. Nos évaluations (2019–2023) le démontrent : sans ce soutien, ces activités n’auraient pas eu lieu dans plusieurs écoles francophones.
Les retombées sont concrètes : accès à la culture, ouverture à la diversité, bien-être des élèves. Pendant la pandémie, ces activités ont même contribué à briser l’isolement et à réduire l’anxiété.
Ces impacts sont mesurés. Il est donc crucial de maintenir ces financements. Oui, des coupures sont possibles, d’où l’importance pour les milieux artistique et éducatif de se mobiliser pour assurer la pérennité de ces initiatives.
Marie-Christine Morin prendra ses fonctions, le 7 avril, à la tête de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Crédit photo : Dany Lepage
Le plaidoyer traditionnel suffit-il encore pour faire avancer le milieu francophone, ou faut-il changer d’approche?
J’ai fait le pari de l’action en arrivant à la Fédération. Cela ne veut pas dire abandonner le plaidoyer, il reste essentiel, mais il doit être rigoureux et appuyé par des données. Documenter l’impact de nos actions est fondamental pour porter des arguments solides.
Le pari de l’action, c’est tester, innover, essayer à petite échelle, ajuster en cours de route, puis déployer ce qui fonctionne. Cela suppose aussi de se donner le droit à l’erreur.
À la FCCF, nous avons privilégié une approche de co-construction avec le milieu, notamment avec le secteur de l’éducation. Il ne s’agit pas d’imposer des solutions, mais de répondre à des besoins réels, en collaboration avec les acteurs concernés. C’est ce qui permet de développer des initiatives pertinentes et durables.
Au fond, action et plaidoyer vont de pair : les résultats sur le terrain nourrissent le discours, qui permet ensuite de faire avancer les choses à un autre niveau. »
LES DATES-CLÉS DE MARIE-CHRISTINE MORIN
2017 : Directrice adjointe de la Fédération culturelle canadienne-française
2018 : Directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française
2025 : Reçoit la Médaille du couronnement du roi Charles III
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
J’ai grandi dans une famille de garagistes automobiles où j’entendais souvent dire que « le malheur des uns fait le bonheur des autres », proverbe qui s’applique d’ailleurs à de nombreux métiers : médecin, plombier, électricien, etc. Bref, on les voit rarement quand tout va bien! Le roman Antisèchesde Sébastien L. Chauzu, publié aux éditions Prise de parole, va te faire ressentir ce plaisir coupable : le malheur du personnage principal va faire ton bonheur de lecture!
Tu connais forcément l’expression : « Il ne faut pas juger un livre sur sa couverture »? Eh bien c’est exactement l’inverse qui s’est produit pour moi! La couverture d’Antisèches de Sébastien L. Chauzu (éditions Prise de Parole) m’a parlé. Va savoir pourquoi, mais ses dessins m’ont murmuré des sons lointains, tribaux, rauques, car ils m’ont fait penser à ceux des premiers hommes sur les murs des cavernes préhistoriques. On appelle ça de l’art pariétal. Tu ne connaissais pas? Je te rassure, moi non plus, j’ai appris l’expression en rédigeant cette chronique!
Antisèches de Sébastien L. Chauzu, publié aux éditions Prise de parole
Je n’ai pas été déçue : ce livre, c’est de l’art pariétal émotionnel, car le personnage principal est un « homme préhistorique » qui a du mal à gérer ses émotions et même, avouons-le, à prendre pleinement possession de sa vie. Les dessins sur la couverture du livre comme le raton laveur et le poisson n’ont pas été choisis au hasard. Ils symbolisent ses culs-de-sac émotionnels (j’y reviendrai!).
Mais commençons par le commencement : Ed Clauss, écrivain raté, vit dans la ville canadienne fictive de Shakleton avec sa conjointe Ana. Son monde s’écroule lorsqu’il reçoit des lettres anonymes dans lesquelles il découvre qu’elle le trompe. Ed tente alors de deviner qui se cache derrière la dénonciation. Quelques semaines plus tard, Ana le quitte… Bref, vie de rêve! Perdu, il s’enfonce dans une spirale loufoque : on observe sa chute avec un soupçon de compassion et une grosse dose d’humour.
On réalise vite que la rupture n’est qu’une toile de fond camouflant une crise identitaire dormante. Cela fait un moment qu’Ed est à la dérive… Ironie : il s’était acheté depuis peu un petit bateau pour impressionner sa douce, mais trop tard, l’iceberg était déjà devant lui. Son couple a coulé. Pour détourner son attention de l’échec amoureux, Ed se focalise sur un raton laveur imaginaire (il pense qu’il y en a un dans son garage) et rêve de le prendre en flagrant délit. Et que dire de ce poisson décoratif dans son salon qui le toise? Ce souvenir de vacances acheté avec Ana lui rappelle leur passé disparu. Les dessins sur la couverture ne sont pas anodins, ils sont des miroirs des tourments d’Ed.
Il m’a fallu quelques chapitres pour entrer dans ce roman : le ton ironique n’est pas tout de suite évident, mais lorsque l’on comprend que le livre se veut décalé, on se met à le dévorer. Pourquoi? Car derrière son image de looser, image d’ailleurs que ses amis et voisins lui collent à la peau, Ed est bien plus que ça : ses écorchures personnelles, ses douleurs émotionnelles et ses échecs professionnels nuancent vite ce personnage au premier abord excessif, à la limite du grotesque. On découvre qu’il s’est perdu de vue depuis plusieurs années. Sa rupture est la virgule finale, celle qui casse sa phrase existentielle : il n’a désormais plus le choix que d’avancer. Il s’est accroché à Ana comme un naufragé sur un radeau. Enfin, tu l’as compris avec toutes mes métaphores maritimes, Ed coule, et nous, lecteurs voraces, nous n’attendons qu’une chose, le voir toucher le fond (le fameux « le malheur des uns fait le bonheur des autres! »).
Sébastien L. Chauzu – Crédit photo Kayla Blackmore
La plume de Sébastien L. Chauzu va droit au but, sans envolées ni prétention poétique comme celle de David Ménard, évoquée dans cet article. L’auteur a cependant une écriture agréable et il est facile de se laisser porter par son univers comme celui d’Andrée Christensen dont je parle ici. À mesure que la lecture avance, on se surprend à attendre avec curiosité le prochain rebondissement, souvent cocasse, qui viendra s’abattre sur le pauvre Ed, occupé à noyer son chagrin dans des commandes Amazon. Ed est touchant, comme les personnages secondaires pleins de dualité à son image : son éditeur Bob est un salaud avec un cœur, son amie Grace est une midinette pas si idiote que ça et son ex Ana le quitte avec une brutalité qui cache une blessure profonde.
Petit lecteur vorace, je te le confirme, ce livre est à dévorer sans culpabilité!
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
OTTAWA – La médaille d’or et d’argent. Le PDG d’Air Canada Michael Rousseau trône désormais seul au sommet pour le nombre de plaintes dans l’histoire du Commissariat aux langues officielles (CLO) et il devance de loin ses plus proches « poursuivants ».
Des employés du CLO peuvent dire merci à Michael Rousseau de leur fournir du travail, car ce dernier, à lui tout seul, a accumulé 5 000 plaintes et plus depuis son arrivée en poste en 2021 à titre de PDG de la compagnie aérienne. Son discours en novembre 2021 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prononcé quasi exclusivement en anglais, avait attiré 2 680 plaintes.
Sa plus récente controverse après une vidéo tournée en anglais seulement à la suite du décès de deux pilote, dont un francophone, à l’Aéroport de LaGuardia à New York, se rapproche du premier rang.
Le plus grand nombre de plaintes dans l’histoire du Commissariat (Source : CLO)
Incident
Nombre de plaintes
1. Discours du PDG d’Air Canada devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (3 novembre 2021)
2680 (recevables)
2. Message du PDG d’Air Canada à la suite de la tragédie à l’aéroport LaGuardia (en date du 2 avril 2026)
2375 (en cours d’analyse*)
3. Document envoyé en une seule langue par le Service canadien du renseignement de sécurité (1986)
1784 (recevables)
4. Nomination de la gouverneure générale Mary Simon (2021)
1346 (recevables)
5. Fermeture de la station de radio CBEF Windsor (2009)
876 (recevables)
À lui seul, M. Rousseau a déclenché, en seulement deux semaines, un nombre de plaintes qui dépasse le total des rapports du commissaire pour les deux années précédentes (2010 plaintes), soulignant ainsi l’ampleur de ce volume. De plus, ces deux tourmentes linguistiques représentent plus de plaintes que les trois dossiers suivants ayant accumulé le plus de plaintes dans l’histoire du Commissariat (4006 contre 5055).
Le troisième plus grand nombre de plaintes concerne l’envoi en 1986 de documents seulement en anglais transmis aux employés des bureaux du Québec du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). S’ensuit la nomination de la gouverneure générale Mary Simon en 2021, incapable de parler français et de la fermeture de la station radiophonique de Radio-Canada à Windsor en 2009.
Sur son départ d’ici septembre
Michael Rousseau a annoncé en début de semaine qu’il prendrait sa retraite d’ici le mois de septembre. Le conseil d’administration de l’entreprise a indiqué qu’il « examinera un certain nombre de critères de rendement, dont la capacité de communiquer en français » pour lui trouver un remplaçant.
Air Canada est un habitué des rapports des différents commissaires aux langues officielles. Par exemple, dans celui pour l’an 2022-2023, l’ancien commissaire Raymond Théberge soulignait que le nombre de plaintes touchant l’entreprise représentait « un sommet sur dix ans, si l’on fait abstraction de celles, très nombreuses, provoquées en 2021-2022 par le discours en anglais » de M. Rousseau.
« En fait, le nombre de plaintes ciblant le transporteur en 2022-2023 est trois fois supérieur à la moyenne annuelle enregistrée dans la dernière décennie », pouvait-on lire dans le document annuel.
Exaspéré par les manquements de l’entreprise en matière de français, l’ex-commissaire Fraser avait même consacré un rapport spécial au transporteur aérien en 2016.
Plus récemment, l’entreprise a pris en grippe les nouveaux pouvoirs que souhaite conférer le fédéral au commissaire aux langues officielles en matière de sanction financière. Le Commissariat, en vertu de ces pouvoirs, pourrait distribuer des amendes allant jusqu’à 50 000 $ aux entreprises qui desservent le public voyageur. L’entreprise aérienne avait soutenu que ces amendes étaient « incohérentes » et qu’elles n’auraient aucun effet sur son service bilingue dans les avions.
TORONTO – Le Tempo de Toronto vivra un moment fondateur de sa jeune histoire avec le repêchage d’expansion de la WNBA, ce vendredi 3 avril (15 h 30). Cet événement marque un véritable tournant pour la nouvelle franchise torontoise, qui commencera enfin à dévoiler les premières joueuses appelées à porter ses couleurs. Si le fonctionnement de ce repêchage reste très encadré, l’intérêt est immense côté torontois : quelles francophones pourraient se retrouver disponibles et faire partie des premiers visages du Tempo?
Le principe du repêchage d’expansion est relativement simple, même si ses règles sont nombreuses. Les 13 équipes déjà en place dans la ligue ont soumis à la WNBA une liste des joueuses dont elles détiennent les droits. Chaque équipe pouvait protéger jusqu’à cinq joueuses. Toutes les autres deviennent admissibles au repêchage d’expansion, à l’exception de certains cas particuliers encadrés par la ligue. Portland repêchera en premier, puis Toronto en deuxième, avant que l’ordre ne s’inverse au deuxième tour dans un format serpentin.
Le repêchage se déroule sur deux rondes, et chaque nouvelle franchise peut sélectionner jusqu’à six joueuses par ronde, donc jusqu’à 12 au total. Une équipe existante ne peut toutefois perdre plus d’une joueuse par ronde, soit un maximum de deux sur l’ensemble de l’exercice. La WNBA précise aussi que Toronto et Portland ne peuvent sélectionner chacune qu’une seule joueuse admissible à l’autonomie complète (libre au terme de la saison 2025), avec transfert des droits de négociation qui s’y rattachent.
Les premières bases de l’effectif du Tempo
Autrement dit, le Tempo ne bâtira pas seulement son noyau en repêchant les meilleures joueuses laissées disponibles. Il devra aussi jongler avec la stratégie contractuelle, l’âge des joueuses, leur disponibilité réelle pour la saison 2026 et la valeur de leurs droits. C’est ce qui rend l’exercice particulièrement intéressant pour la présidente Teresa Resch, la directrice générale Monica Wright Rogers et leur équipe.
Cette stratégie passe déjà par des choix de gestion en coulisses : mercredi, Toronto a obtenu du Sky de Chicago le 26e choix du repêchage universitaire 2026 en échange d’un engagement à ne sélectionner aucune joueuse de Chicago lors du repêchage d’expansion.
L’étape suivante sera justement le repêchage universitaire de la WNBA, prévu le 13 avril, puis, éventuellement, le recrutement de joueuses autonomes pour compléter l’effectif avant le début de la saison inaugurale, le 8 mai à Toronto contre les Mystics de Washington.
Derrière le flou entourant les listes protégées, plusieurs profils francophones retiennent déjà l’attention, avec des degrés de faisabilité très différents pour le Tempo.
Marine Johannès, le talent offensif qui fait rêver
Le premier nom qui vient naturellement à l’esprit est celui de Marine Johannès. L’arrière française du New York Liberty reste une joueuse extrêmement attrayante pour n’importe quelle équipe d’expansion, tant son talent offensif et sa créativité peuvent changer le rythme d’un match.
En 2025, elle a tourné à 6,4 points, 1,9 rebond et 1,6 passe par rencontre. En carrière WNBA, elle affiche 7,4 points et 2,1 passes de moyenne. Son tir extérieur, sa lecture du jeu et sa capacité à créer quelque chose à partir de rien en feraient une cible de choix pour Toronto.
Marine Johannès arrive en fin de contrat, mais le Liberty conserve encore ses droits sous le statut « reserved ». Si New York choisissait de ne pas la protéger, le Tempo pourrait donc la repêcher et récupérer ces mêmes droits de négociation.
Gabby Williams, un rêve plus qu’une réalité
Plus ambitieux encore, le profil de Gabby Williams fait rêver. Internationale française, l’ailière du Seattle Storm vient de connaître la meilleure saison WNBA de sa carrière avec 11,6 points, 4,3 rebonds et 4,2 passes par match. Ses moyennes en carrière s’élèvent à 8,3 points, 4,0 rebonds et 2,9 passes.
Capable de défendre sur plusieurs postes et d’apporter dans tous les compartiments du jeu, elle serait le genre de joueuse autour de laquelle une nouvelle franchise peut immédiatement bâtir une identité.
Mais là encore, son accessibilité réelle paraît incertaine, d’autant qu’elle a officiellement re-signé avec Seattle lors de l’intersaison 2025. On imagine mal la franchise de l’état de Washington lui offrir un nouveau contrat et ne pas la mettre dans ses cinq joueuses protégées.
Julie Allemand, l’option stabilité à la mène
Julie Allemand représente une autre possibilité intéressante, cette fois du côté de Los Angeles. La meneuse belge francophone a signé une saison 2025 très solide avec les Sparks, avec 5,4 points, 3,7 rebonds et 5,0 passes par match. En carrière, elle présente des moyennes de 5,5 points, 3,3 rebonds et 4,7 passes.
Son profil de gestionnaire, son expérience et sa stabilité en feraient une joueuse idéale pour encadrer une jeune équipe d’expansion. Rien ne permet toutefois d’affirmer publiquement qu’elle sera laissée non protégée, elle pourrait faire partie des cinq joueuses que les Sparks protègeraient.
Leïla Lacan, le pari jeunesse très séduisant
Le dossier le plus intrigant est peut-être celui de Leïla Lacan. La jeune Française du Sun du Connecticut a frappé fort pour sa saison recrue avec 10,4 points, 2,4 rebonds et 3,7 passes de moyenne en 2025.
À 21 ans, elle incarne exactement le type de joueuse que l’on imagine protégée par sa franchise. Mais si Connecticut devait faire des choix plus complexes autour de son effectif, Toronto aurait devant elle un pari d’avenir très séduisant.
Mamignan Touré, un profil de profondeur à développer
Dans un registre plus discret, Mamignan Touré pourrait aussi entrer dans l’équation. L’arrière française a disputé 18 matchs lors de sa saison recrue et a affiché 2,0 points, 0,4 rebond et 0,5 passe de moyenne.
Son impact statistique est limité, mais son profil de joueuse de profondeur, mobile et encore perfectible, peut avoir du sens pour une équipe d’expansion qui cherchera aussi à remplir le bas de son effectif avec des profils à développer.
Les Françaises de Golden State
Deux autres Françaises attirent forcément l’attention, même si leur situation paraît beaucoup plus fermée : Iliana Rupert et Carla Leite, toutes deux passées par l’expansion draft 2025 pour rejoindre Golden State.
Rupert a signé 9,3 points, 3,9 rebonds et 1,6 passe par match en 2025, pour 5,1 points et 2,7 rebonds de moyenne en carrière. Leite, de son côté, a produit 7,2 points et 2,0 passes lors de sa saison recrue. Ces deux profils seraient naturellement intéressants pour Toronto.
Et le marché des joueuses libres francophones?
Il faut distinguer deux choses : les joueuses exposées au repêchage d’expansion et les joueuses réellement autonomes sur le marché. Dans les profils francophones les plus suivis, il n’y a pas, pour l’instant, beaucoup de cas clairs de joueuses confirmées comme autonomes sans restriction.
Le cas de Laeticia Amihere, souvent évoqué instinctivement à Toronto en raison de son profil canadien et francophone, mérite justement cette précision. Golden State la classe parmi ses joueuses reserved, au même titre qu’Iliana Rupert. Elle n’est donc pas, à ce stade, une agente libre classique que le Tempo pourrait simplement signer une fois le marché ouvert.
Cela n’enlève rien à son intérêt potentiel pour Toronto. L’Ontarienne de 24 ans a tourné à 5,4 points, 4,3 rebonds et 0,9 passe avec les Valkyries en 2025 signant un retour dans la ligue prometteur.
Jeune, athlétique, capable d’apporter de l’énergie dans la raquette, elle correspond au type de profil qu’une équipe canadienne aimerait naturellement suivre de près.
TORONTO – Le budget 2026 de l’Ontario prévoit un nouvel investissement de 186 millions de dollars dans le Programme ontarien des services en matière d’autisme (POSA). Même si cette bonification vise à mieux soutenir les familles, elle ne règle pas un défi majeur : les délais d’accès aux services, particulièrement en français.
Tom, 18 ans, amorce sa 12e année au sein du Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB). « Son parcours scolaire n’a pas été de tout repos », raconte sa mère, Camille Gallard, une autrice franco-torontoise.
Arrivé au Canada peu avant la rentrée, ce jeune a vécu « un épuisement autistique », aggravé par le dépaysement et l’adaptation à un nouveau système scolaire.
Face à l’urgence, sa mère tente de trouver de l’aide en français.
Arrivé récemment au Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), Tom, 18 ans, vit avec un trouble du spectre de l’autisme diagnostiqué il y a quatre ans. Photo : Canva
« J’ai contacté des organismes comme le Centre francophone du Grand Toronto, mais les délais étaient trop longs », explique-t-elle.
« Entre le moment où j’ai inscrit mon fils sur le site et le moment où on m’a proposé quelque chose, il s’est écoulé un mois et demi », déplore la mère.
Faute d’accès rapide à des services francophones, elle se tourne finalement vers un psychologue anglophone.
« Ce financement ne résout pas le problème du manque de services en français », disent les organismes
Du côté des organismes, le nouvel investissement est accueilli avec réserve.
À Ottawa, le président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA), Carol Jolin, rappelle que les aides du POSA sont versées directement aux familles, en fonction des besoins de leur enfant.
Mais selon lui, le problème dépasse la question du financement. « Je veux savoir où cet argent ira, puisque la province ne donne plus directement de services », affirme-t-il.
Dans un courriel à ONFR, le ministère des Finances soutient que ces fonds visent aussi à renforcer les ressources humaines et à appuyer les fournisseurs de services du POSA : « En accordant la priorité aux projets qui soutiennent les communautés du Nord, rurales, éloignées, autochtones et francophones. »
Sur le terrain, l’accès aux services demeure limité. En principe, les familles peuvent recourir à des services comme l’analyse comportementale appliquée, l’orthophonie ou l’ergothérapie. Mais les longues listes d’attente compliquent la situation.
« Les familles n’arrivent pas à utiliser les fonds à temps. Elles doivent en retourner une partie à l’État, ce qui remet constamment les mêmes sommes en circulation », relate M. Jolin.
Carol Jolin, président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA) à Ottawa. Photo : Gracieuseté
Il pointe également du doigt les délais structurels du programme.
« Il faut environ cinq ans pour être admis au POSA, puis quatre autres pour faire évaluer l’enfant. À 10 ans, il se retrouve déjà dans une catégorie de financement plus faible », s’indigne-t-il, soulignant qu’une prise en charge tôt demeure cruciale pour le développement à long terme des personnes vivant sur le spectre.
Les écoles contribuent elles aussi à l’offre de services, mais peinent à répondre à la demande croissante, observe le président de la SFOA.
Mirela Lonian, directrice générale de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), souligne que des ressources existent (matériel sensoriel, orthophonistes, psychologues) mais que le manque de personnel francophone demeure un enjeu majeur.
« Pour répondre pleinement à cette croissance, nous avons besoin d’un appui accru du ministère de l’Éducation, notamment en matière de financement, de recrutement et de ressources et services adaptés », explique-t-elle.
Mirela Lonian, directrice générale de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Photo : Gracieuseté
Même constat du côté d’Autisme Ontario, qui fournit une panoplie de services dans les deux langues aux personnes touchées par l’autisme.
« Le budget de l’Ontario pour 2026 ne tient pas compte des plans du gouvernement visant à soutenir les élèves qui reçoivent des services d’éducation spécialisée dans leurs classes », lit-on dans un communiqué.
Après 18 ans, un autre défi
À partir de 18 ans, les jeunes doivent passer au Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH), tout en pouvant rester à l’école jusqu’à 21 ans. Pour les familles, cette transition ajoute une pression supplémentaire.
« Les parents qui travaillent à temps plein tout en s’occupant de leur enfant n’ont pas l’énergie d’être des militants », souligne Carol Jolin.
Des solutions encore attendues
Face à la hausse du nombre de jeunes sur le spectre, la SFOA envisage d’ouvrir de nouveaux centres de répit en Ontario.
« Tôt ou tard, la situation va éclater », prévient son président.
Dans certaines régions, l’offre se fragilise déjà. À Ottawa, deux organismes ont récemment fermé leurs portes en l’espace d’une semaine.
De son côté, Camille Gallard appelle à des mesures concrètes pour améliorer l’accès aux services.
« Il faudrait permettre aux professionnels francophones formés à l’étranger d’exercer plus facilement, sans devoir reprendre tout leur parcours de reconnaissance », propose-t-elle.
Marie-Eve Sylvestre occupe la fonction de rectrice et vice-chancelière de l’Université d’Ottawa depuis le 1er juillet 2025.
LE CONTEXTE :
Au dernier jour des consultations sur la francophonie à l’Université d’Ottawa entamées en février dernier, l’établissement commence déjà à dégager certaines tendances, entre progrès notables dans l’offre en sciences et défis persistants pour assurer une diversité complète de cours en français.
L’ENJEU :
La rectrice assure qu’il n’est pas question de supprimer des programmes, mais reconnaît que plusieurs devront être réinventés pour s’adapter à l’évolution des disciplines et du marché du travail.
« Pourquoi avoir lancé ces consultations sur la francophonie?
C’était le désir qu’on a de développer un plan d’action sur la francophonie, de faire un peu le point sur notre population étudiante, notre campus et de pouvoir développer des actions pour continuer à promouvoir la francophonie. C’était aussi dans l’état d’esprit de pouvoir développer un positionnement pour l’Université d’Ottawa. »
Dans quels secteurs l’offre en français est-elle plus fragile?
Il y a quelques années, certaines faiblesses avaient été identifiées en sciences et en génie. Depuis, on a investi massivement. On a embauché des professeurs, développé des ressources pédagogiques en français, et la situation a nettement changé. Ce que j’entends sur le campus, c’est que dans certains cas, il manque peut-être certains cours optionnels. Donc c’est au niveau de la diversité de l’offre dans certains secteurs où on peut encore s’améliorer.
Peut-on dire que l’offre en français est maintenant complète?
On offre des cours en français dans toutes les disciplines, des sciences sociales aux arts, en passant par la médecine, le droit ou la gestion. Je pense qu’on répond tout à fait à la demande.
Envisagez-vous de fixer des cibles chiffrées?
Je ne suis pas certaine que c’est en nombre qu’il faut établir des cibles. C’est vraiment dans la diversité des disciplines qu’on couvre et dans la qualité des programmes.
La rectrice de l’Université d’Ottawa se dit satisfaite du taux de participation aux consultations sur la francophonie. Photo : Inès Rebei/ONFR
Comment s’est déroulée la consultation et quelles seront les prochaines étapes?
On a 800 étudiants, on visait 1000, donc on est très heureux du taux de réponse. On apprend plein de choses. On va ensuite consulter les employés, les professeurs, puis aller à l’externe. On va se déplacer dans plusieurs régions en Ontario, au Québec, ailleurs au Canada, puis possiblement à l’international pour vraiment voir les attentes qu’il y a envers nous et comment on peut appuyer d’autres institutions en milieu minoritaire.
Et maintenant, à quoi doit-on s’attendre?
Il va y avoir des recommandations très claires dans chacun des piliers. On va les mettre en œuvre et ça va certainement vouloir dire un certain nombre d’investissements. Pour les programmes, pour l’appui à la mission francophone, on a eu des bonnes nouvelles du gouvernement de l’Ontario au niveau du réinvestissement dans les universités.
Certains programmes francophones qui n’étaient pas financés vont maintenant l’être, comme notre programme de pharmacie, le premier programme de pharmacie en français hors Québec qu’on a lancé il y a trois ans sans financement. Ça va nous permettre de soutenir cette mission-là, parce que dans le passé, on lançait des programmes sans avoir toujours la structure financière pour le faire.
Craignez-vous des compressions comme ailleurs au pays?
Non. Quand on a commencé la revitalisation des programmes, notre objectif, ce n’était pas de les couper. C’est de rendre les programmes attractifs, de répondre aux besoins des étudiants et de la société. On sait qu’en Ontario français, si on n’offre pas certains programmes, il n’y a pas d’autres institutions qui sont en mesure de le faire. Donc on sent une responsabilité de continuer à jouer ce rôle de leader.
Donc aucun programme ne sera supprimé?
Il y a des programmes qui vont être appelés à se réinventer. Les disciplines évoluent, les attentes aussi. Il y a une hausse incroyable en sciences de la santé et en sciences et technologie. On a pris 400 étudiants de plus en français dans certains secteurs. Et du côté des arts et des humanités, il y a une baisse des inscriptions, mais c’est vraiment important pour moi d’appuyer les arts et les humanités. Ces compétences sont fondamentales. Quand on parle aux employeurs, on insiste sur l’importance d’avoir des gens créatifs, avec du jugement critique et de bonnes capacités de communication.
Comment comptez-vous les valoriser?
Possiblement en développant des programmes conjoints avec les sciences et les technologies, pour mieux répondre aux réalités actuelles.
En terminant, dans un autre dossier, où en est-on concernant le poste de vice-recteur à l’International et à la Francophonie, vacant depuis plus d’un an?
Oui, le processus est en cours. Nous sommes actuellement en entrevue. Dans les prochaines semaines, il y aura des développements. »
OTTAWA –Devancée du 31 mai au 2 avril, la fermeture de la garderie Bernadette plonge plusieurs familles dans l’incertitude. La rectrice Marie-Eve Sylvestre soutient que l’Université d’Ottawa a multiplié les mesures d’aide et souhaite relancer, à terme, une offre de garde sur le campus.
Pour Michel Guilbeault, consultant et porte-parole embauché par la garderie pour défendre sa cause, l’arrêt des activités le 2 avril s’explique par une vague de départs au sein du personnel après l’annonce de la fermeture.
« Dès l’annonce de la fermeture en mai, plusieurs employés ont commencé à chercher ailleurs, y compris la directrice. On n’était plus en mesure d’assurer la garde des enfants de façon sécuritaire », dit-il. Recruter pour quelques semaines seulement était devenu irréaliste, ajoute-t-il, d’où une fermeture avancée « dans le meilleur intérêt des familles ».
Mais à ses yeux, le fond du problème demeure la gestion du dossier. Il rappelle que les familles payaient environ 500 $ par mois pour une place subventionnée. Avec la fermeture, elles risquent maintenant de devoir se tourner vers le privé, à des coûts beaucoup plus élevés.
Marie-Eve Sylvestre, rectrice de l’Université d’Ottawa. Photo : uOttawa
Du côté de l’université, la rectrice Marie-Eve Sylvestre reconnaît la dureté du choc. « Nous savons qu’il manque de places en garderie, de places abordables, et particulièrement en français à Ottawa. Nous aurions tous souhaité une autre issue », affirme-t-elle.
Sur les 49 places, 18 familles liées à la communauté universitaire, représentant 22 enfants, ont été touchées. Selon l’université, 13 étudiants-parents ont reçu une aide financière d’urgence. Un montant de 3000 $ a été accordé aux parents ayant un enfant, et de 4000 $ à ceux qui en ont deux. Neuf places permanentes ont aussi été trouvées pour certains enfants.
L’établissement affirme également avoir mis en place des accommodements pour limiter les impacts. Le service des ressources humaines a été mobilisé pour les employés-parents. Pour les étudiants, certains cours ont été enregistrés ou rendus accessibles en ligne afin de faciliter la fin de session.
Marie-Eve Sylvestre insiste aussi sur le fait que la fermeture s’inscrit dans une transformation plus large du campus. « Le complexe Brooks doit être démoli dans le cadre d’un projet d’infrastructure majeur qui prévoit l’ajout de 2600 lits en résidence étudiante, de nouvelles salles de classe et une nouvelle salle à manger ».
Malgré cette fermeture, la rectrice assure que l’idée d’un service de garde à l’université n’est pas abandonnée. « Nous considérons que c’est un service très important à offrir à notre communauté. Nous explorons donc plusieurs options », dit-elle.
Elle évoque notamment la possibilité d’intégrer un futur espace de garderie dans le nouveau projet de résidence étudiante, ainsi que d’autres scénarios à moyen terme.
« Un groupe de travail a été mis sur pied pour évaluer les besoins de la communauté. Nous réfléchissons notamment à ce qui pourrait être développé en lien avec notre faculté d’éducation, qui offre une formation dans le secteur préscolaire. Nous regardons s’il pourrait y avoir des possibilités d’appui de la part de nos étudiants, des places à temps partiel ou encore des places de dépannage sur le campus », annonce-t-elle.
Michel Guilbeault, lui, remet en question ce report des solutions. « On parle de solutions dans trois ou quatre ans, alors qu’il existait des options immédiates qui auraient permis d’éviter le stress, l’anxiété et les coûts supplémentaires pour les étudiants », déplore-t-il.
KAPUSKASING – Le Centre régional de loisirs culturels de Kapuskasing a été évacué en urgence après la découverte d’un problème structurel dans la salle de spectacle LJ Fortin, qui restera fermée pendant plusieurs mois. Cette situation entraîne l’annulation de certaines activités culturelles et la relocalisation d’autres événements.
Tout a commencé lorsqu’une anomalie a été observée au niveau du plafond de la grande salle. L’équipe sur place a immédiatement réagi, consciente des risques liés à l’accumulation de neige sur les toitures en cette période, quelques jours après l’effondrement de l’ancien salon de quilles de Kapuskasing.
« On a constaté que la structure du toit était en train de faillir. À partir de ce moment-là, la sécurité des gens passait avant tout », explique René Richard, directeur général du Centre de Loisirs de Kapuskasing.
Des experts ont été contactés sans délai et se sont présentés sur place en moins de trente minutes. Leur évaluation a confirmé que la pression exercée sur la toiture représentait un risque réel. Rapidement, le bâtiment a été entièrement évacué afin d’éviter toute situation dangereuse.
René Richard est le directeur général du Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing. Photo : Gracieuseté de René Richard
Pour stabiliser l’infrastructure, une équipe de déneigement a été mobilisée pour alléger la toiture pendant que des entrepreneurs préparent la construction de murs temporaires à l’intérieur de la salle de spectacle pour supporter la toiture.
Selon les premières évaluations, le centre pourrait rouvrir au personnel et au public dès « mercredi ou jeudi de la semaine prochaine ».
Impacts sur les services et la programmation
Par contre la réouverture totale du Centre ne se fera pas aussi rapidement. La décision est tombée ce mercredi : la salle de spectacle LJ Fortin ne rouvrira pas ses portes de sitôt. Elle « va être fermée pendant plusieurs mois pendant qu’on effectue des travaux pour réparer les dommages causés par la neige au toit », précise René Richard.
Cette fermeture prolongée force l’annulation du spectacle du magicien Marc Trudel prévu le 17 avril puisqu’aucune salle n’était disponible. La direction tente toutefois de sauver deux autres événements, dont un bingo et une collecte de fonds pour l’établissement « qui est d’autant plus pertinente maintenant », en collaborant avec d’autres salles de la ville.
Les impacts de cette fermeture touchent aussi de nombreux partenaires, incluant l’Université de Hearst qui loue « presque la moitié de nos espaces à bureaux » ainsi que le Cardio-Centre et ses 400 abonnés mensuels.
Le directeur ajoute que ces locataires représentent une source de revenus stable et prévisible et que l’organisme « ne peut pas survivre sans ça ».
La fermeture totale doit durer environ sept jours, l’impact financier est donc jugé minime pour cet organisme sans but lucratif.
Maintien des festivités de la Saint-Jean
Malgré l’ampleur des travaux à venir, l’organisation de la Saint-Jean-Baptiste, connue comme étant la plus grande célébration hors Québec, est maintenue puisque les festivités se dérouleront à l’extérieur.
René Richard a déjà informé le comité organisateur que les toilettes du centre seraient hors service et prévoit la location de toilettes portatives pour que l’événement se déroule comme prévu.
En attendant la réouverture partielle, l’équipe de neuf employés poursuit ses activités dans des locaux temporaires prêtés par l’église Immaculée-Conception.
Michaud & Levesque, c’est un magasin général qui appartient à la même famille depuis 1887. ONFR vous propose un voyage fascinant dans le temps, au cœur du Nord de l’Ontario.
OTTAWA — En n’affichant qu’en anglais sur son site Web des débats historiques du Sénat, la Bibliothèque du Parlement n’a pas respecté ses obligations linguistiques, a conclu le Commissariat aux langues officielles (CLO). Plutôt que d’effectuer la traduction, la Bibliothèque a préféré retirer ces débats, lui permettant ainsi de se conformer à la Loi sur les langues officielles.
C’est ce qui ressort d’un rapport d’enquête dont nous avons obtenu copie. Les débats historiques du Sénat de 1874 à 1896 ne sont plus disponibles en ligne pour le public à la Bibliothèque du Parlement, mais seulement sur demande. Cette décision fait suite à une enquête du commissaire qui a conclu que la Bibliothèque du Parlement a violé la Loi sur les langues officielles dans une décision rendue en février dernier.
Au total, ces 22 années d’interventions concernent des milliers de pages de débats qui n’étaient disponibles que dans la langue de Shakespeare.
« La Bibliothèque est responsable d’afficher et de publier ce contenu simultanément dans les deux langues officielles. Cette obligation incombe à la Bibliothèque, car elle est une institution fédérale assujettie à la Loi », peut-on lire dans le rapport d’enquête du CLO.
Le fait de rendre les débats historiques accessibles au public par l’entremise du site Web de la Bibliothèque est considéré « comme une communication ou un service au public au sens de la Loi » et la plainte « s’avère fondée », tranche le commissaire dans la décision.
L’institution fédérale a répliqué au CLO que le fait de rendre disponibles ces documents historiques publics « ne constitue pas une communication au public au sens de la Loi et que ces transcriptions ne doivent pas être publiées simultanément dans les deux langues officielles dans la base de données ».
À la suite de cette décision du commissaire, la Bibliothèque a choisi de retirer l’ensemble de cette documentation historique, ce qui lui permet « de se conformer à la Loi », a convenu le chien de garde des langues officielles au fédéral, qualifiant toutefois le geste de « regrettable ».
Le Sénat a entrepris de transcrire ses débats à partir de 1871, mais seulement en anglais au début, et ce jusqu’en 1896, année où il a commencé à le faire dans les deux langues officielles. Le Sénat n’a pas traduit ses débats historiques de 1875 à 1896 pour des raisons financières, est-il expliqué dans la décision.
La Bibliothèque du Parlement soutient que « seul le Sénat a l’autorité de produire, traduire ou publier ses débats » et qu’il n’y a « donc pas d’exemplaires imprimés en français de ces débats pour la Bibliothèque à numériser », indique Meredith Savka, sa directrice des communications, dans une réponse écrite à ONFR.
La Bibliothèque est une institution fédérale indépendante de la Chambre des communes et du Sénat. Elle préserve et publie les débats historiques du Parlement sur son site Web pour en faciliter l’accès et diffuse ces archives numériques afin de documenter l’histoire législative. Ces documents sont principalement accessibles dans leur langue de rédaction originale, précise l’institution.
« En l’absence de versions françaises de ces documents publiés par le Sénat, le retrait de ces documents était la seule mesure corrective permettant à la Bibliothèque de se conformer à la loi », explique Mme Savka.
Débats sur les sénateurs franco-ontariens
L’historien franco-ontarien Yves Pelletier est l’auteur de la plainte déposée au Commissariat, lui qui tentait d’obtenir ces débats dans le cadre d’un projet de recherche. Il s’intéressait plus spécifiquement aux interventions de 17 sénateurs identifiés comme franco-ontariens. Il cherchait à établir l’objet de leurs prises de parole, notamment celles effectuées en appui à la communauté francophone de l’Ontario.
Au total, ces interventions pourraient se chiffrer à près de 2000 sur les quelque 140 ans d’histoire du Sénat.
Après avoir reçu la plainte, la Bibliothèque a découvert dans ses archives plusieurs traductions de débats historiques du Sénat couvrant les années 1875, 1876, 1878 et 1879, rapporte la décision du commissaire. Source : Canva
Parmi les textes manquants figurent ceux du premier sénateur considéré comme Franco-Ontarien, Charles-Eusèbe Casgrain de Windsor, nommé à ce poste en 1887.
« Ses interventions au Sénat n’ont été captées qu’en anglais, bien qu’il eût pu s’exprimer en français », se désole le chercheur en entrevue.
Si ce dernier affirme avoir pu compléter son projet de recherche malgré l’absence de ces documents, il soutient qu’il s’agit d’une « question de principe, le Sénat ayant toujours eu des obligations constitutionnelles », rappelle-t-il. « Dans ce cas-ci, on voit qu’il y a encore un manquement à leurs obligations », déplore M. Pelletier.
« On voit là une décision qui vient punir non seulement les francophones qui n’ont pas accès aux transcriptions en français, mais qui retire aussi à la communauté de chercheurs l’accès automatique aux débats en anglais », ajoute l’historien.
Cas similaire à la Cour suprême
Ce geste de la Bibliothèque du Parlement rappelle celui de la Cour suprême du Canada, qui avait elle aussi retiré d’anciens jugements historiques de son site Web à la suite d’une décision du commissaire aux langues officielles.
Le CLO avait conclu qu’en refusant de traduire l’ensemble de ses décisions unilingues rendues entre 1877 et 1970, la Cour suprême ne respectait pas ses obligations linguistiques. Avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles en 1969 (entrée en vigueur en 1970), le plus haut tribunal au pays n’était pas tenu de publier ses jugements dans les deux langues officielles. Environ 6000 décisions sont donc uniquement disponibles en anglais.
À la suite d’une poursuite juridique de l’organisme Droits collectifs Québec, la plus haute juridiction du pays avait décidé de retirer l’ensemble des décisions antérieures à 1970 qui n’étaient pas bilingues.
En juillet 2025, la Cour suprême avait annoncé qu’elle traduirait 24 décisions unilingues sur les quelque 6000 manquantes. Le dossier se trouve actuellement devant la Cour fédérale et oppose l’organisme québécois au Bureau du registraire de la Cour suprême.
Dans des documents soumis au tribunal, le Bureau du registraire soutient que traduire l’ensemble des jugements entraînerait un coût évalué entre 62,6 et 68,9 millions de dollars, soit plus de 366 % de son budget annuel de traduction.
SUDBURY – Le conseil municipal du Grand Sudbury a adopté sans opposition, mardi soir, une nouvelle politique sur les services en français. Ce document met à jour un cadre datant de 2001, une révision demandée par la communauté francophone depuis plusieurs années.
Cette nouvelle mouture remplace officiellement la politique de 2001 et vise à accroître l’accès aux services en français en misant sur l’offre active et sur le renforcement de la capacité bilingue de l’administration municipale.
Pour la directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, Karine Tellier, cette adoption conclut un processus amorcé il y a plusieurs années.
« Ça faisait longtemps qu’on l’attendait », souligne celle qui entre en fonction officiellement ce mercredi, précisant que la révision était initialement prévue pour 2024, quelques mois après qu’une ébauche avait été présentée au conseil.
Selon le rapport présenté au conseil, ce délai est attribuable au roulement de personnel au sein du département des Initiatives stratégiques et des Communications. Ce service, dont la direction est occupée par Brigitte Pilon depuis août dernier, détient désormais le pouvoir de décision interne pour l’application quotidienne du cadre.
« Il y a eu beaucoup de consultations avec différents groupes importants de la francophonie à Sudbury, et je suis heureuse de voir qu’ils ont écouté », ajoute Mme Tellier. La Place des Arts, le Collège Boréal ou encore le Réseau du Nord font partie des groupes consultés.
Karine Tellier entre en fonction ce 1er avril en tant que directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury. Photo : Dominique Demers/ONFR
Une révision au besoin
L’un des changements notables réside dans la structure de suivi de la politique. Contrairement au cycle de révision fixe de trois ans initialement envisagé, la politique sera désormais révisée « au besoin ».
Selon les précisions fournies par la Ville, cet examen pourra survenir « en réponse à des changements organisationnels, à une modification de l’orientation municipale ou à un changement dans la désignation de la Ville ».
Pour encadrer la mise en œuvre, la municipalité s’appuiera sur un « plan d’implantation » qui sera révisé tous les cinq ans afin d’évaluer les progrès réalisés et de déterminer les mesures additionnelles nécessaires pour assurer une amélioration continue des services.
« Ça me fait peur que ça puisse tomber dans l’oubli », affirme Mme Tellier, rappelant que le cadre précédent est resté inchangé pendant plus de deux décennies.
Le plan de mise en œuvre, dont les fonds proviendront des budgets existants qui couvrent jusqu’en 2031, impose également un certain délai.
Le conseil a cité l’exemple du Manoir des pionniers, où l’identification du personnel bilingue est cruciale pour les résidents atteints de démence qui retournent à leur langue maternelle. Photo : capture d’écran internet/Ville du Grand Sudbury
Emphase sur l’offre active
Le cœur de cette nouvelle politique repose sur le principe de l’offre active. La Ville s’engage à ce que les services de première ligne soient « visibles » et offerts « proactivement », sans que le citoyen n’ait à solliciter le français.
Concrètement, cela se traduira par une identification claire du personnel bilingue (insigne ‘’je parle français’’), une signalisation bilingue cohérente et des communications publiques (appels, courriels, médias sociaux) diffusées simultanément dans les deux langues.
Toutefois, la politique précise que les documents techniques et juridiques resteront produits en anglais seulement, avec une version française fournie « au besoin » ou selon l’impact désiré.
Lors des discussions, le conseiller René Lapierre – instigateur du renouvellement de la politique – a souligné que des outils modernes comme l’intelligence artificielle (IA) pourraient désormais permettre de traduire davantage de documents, comme les ordres du jour des comités, sans coûts additionnels majeurs.
« Il y a des gens qui ne demandent pas de services en français parce qu’ils ne savent pas que ça existe ou parce qu’ils ont déjà essuyé des refus »
— Karine Tellier
Les résultats d’un sondage mené à l’automne 2025 sur la plateforme À toi la parole ont lourdement pesé dans la balance. L’enquête, qui a recueilli plus de 240 réponses, révèle un fossé entre les intentions de la Ville et la réalité des citoyens.
Seulement 21 % des répondants estiment que la Ville procure avec efficacité une offre active. La peur des retards, l’ignorance de la disponibilité des services ou des refus essuyés par le passé sont les principales raisons invoquées par ceux qui n’utilisent pas le français.
« Il y a des gens qui ne demandent pas de services en français parce qu’ils ne savent pas que ça existe ou parce qu’ils ont déjà essuyé des refus », explique Mme Tellier. « Le fait que les services soient visibles et offerts automatiquement est une priorité. »
Pas de date pour le comité
Le nouveau cadre repose sur quatre piliers : l’offre active, la consultation des francophones, l’amélioration continue et le renforcement de la capacité bilingue.
Parmi les autres priorités, on souligne qu’un « engagement plus ferme » est requis pour la désignation de postes de langue française et que le service municipal doit impérativement intégrer une « composante culturelle ».
Le document insiste également sur la nécessité d’accorder une plus grande attention au recrutement, au maintien en poste et à l’avancement des employés francophones au sein de l’appareil municipal.
Un défi de taille que reconnaît la directrice générale de l’ACFO : « C’est sûr qu’on ne peut pas changer une équipe complètement anglophone en une équipe parfaitement bilingue du jour au lendemain ».
Par ailleurs, la date de création d’un comité sur les services en français, réclamée par plusieurs intervenants pour assurer une reddition de comptes, demeure incertaine. « La création d’un comité, sous une forme ou une autre, reste une option envisagée par le maire. Cela dit, le maire Lefebvre continue de rencontrer régulièrement les responsables francophones de la communauté », peut-on lire dans un courriel envoyé par la Ville à ONFR.
EDMONTON – En désignant 2026 comme l’année de la francophonie, le gouvernement albertain a mis les projecteurs sur une minorité linguistique qu’il veut développer sans nécessairement lui faciliter la tâche dans la réalité, selon plusieurs observateurs. En immigration, santé ou encore éducation, les défis persistent.
Trois Franco-Albertains sur quatre sont nés hors de la province, un sur quatre à l’étranger. Si, comme il l’ambitionne, le gouvernement veut développer la francophonie, difficile de faire sans les nouveaux arrivants.
Pourtant, depuis quelques temps, l’immigration est au contraire pointée du doigt, suspectée de dérégler l’économie. À tel point que les Albertains se prononceront, à l’automne prochain, sur plusieurs questions référendaires sur cette thématique. Ce climat de défiance à l’égard de l’immigration sans distinction linguistique inquiète Alphonse Ndem Ahola, directeur général de la Francophonie canadienne plurielle (FRAP), selon qui « les francophones ne sont pas la priorité du gouvernement actuel ».
« Même si l’immigration est un facteur qui contribue à alourdir les charges du gouvernement, mettre tout sur le dos des immigrants est une exagération qui en fait des boucs émissaires, alors qu’ils travaillent et payent des impôts comme tout le monde, rappelle M. Ahola. Ça donne l’impression qu’ils sont des parasites alors que la province vit au contraire grâce à l’immigration. »
Alphonse Ndem Ahola, directeur général de la Francophonie canadienne plurielle (FRAP). Photo : Rudy Chabannes/ONFR
L’immigration critiquée sans considération francophone
En cherchant à contrôler son immigration, le directeur de la FRAP croit que la province pourrait en même temps chercher à contrôler les ressources du gouvernement fédéral destinées à la francophonie : « Cela aurait de grosses conséquences sur des organisations comme la nôtre ».
Le gouvernement précédent avait pourtant lancé l’initiative Alberta Is Calling pour attirer plus d’immigrants, suivi d’un appel de la première ministre actuelle, Danielle Smith, à doubler la population, mais « le discours a complétement changé et décourage à présent de venir en Alberta en donnant l’impression de ne plus être les bienvenus », constate, amer, M. Ahola, dont l’organisation aide les nouveaux arrivants à s’établir, trouver un logement, payer leurs impôts…
Paradoxalement, le gouvernement espère recruter massivement des professionnels pour combler des secteurs en pénurie de main-d’oeuvre et aura besoin de bras dans cette optique, notamment dans la santé.
Même s’il existe des services structurés autour de l’autorité de santé provinciale (Alberta Health Services) et du réseau de soins (Primary Care Networks), appuyés par un Réseau Santé Alberta très actif, des alliés et des initiatives comme celle de clinique mobile, le système de santé en français a besoin de progrès et de stabilité.
C’est en tout cas ce qu’estime Michelle Dion, médecin de famille à Edmonton. « Les gens ne parlent pas tous anglais, les prises de rendez-vous sont parfois compliquées si une clinique ne dispose pas d’une ligne de traduction et les spécialistes sont difficiles à trouver, notamment en santé mentale », énumère-t-elle.
Il est temps de lever les barrières provinciales et de faire appel à des professionnels ailleurs au pays, tranche cette professionnelle : « On est seulement autorisé à soigner des patients dans la même province mais on a le même permis, les mêmes lignes directrices. Si je suis capable de travailler ici, je suis capable de travailler n’importe où. »
Michelle Dion, médecin de famille à Edmonton. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
En nouant des ententes avec d’autres provinces comme le Québec, elle croit que l’Alberta débloquerait bien plus de services en français et désengorgerait les listes d’attente.
L’autre levier serait de généraliser les services à la traduction et de mieux identifier les professionnels de santé. « Si on augmentait la confiance des médecins en leur niveau de français et si on mettait en place des quotas et incitatifs au bilinguisme dans le recrutement, ça changerait la dynamique », considère la Dre Dion.
« Le problème n’est pas au niveau de la communauté à petite échelle mais en haut, au niveau des politiques qui pourraient décider d’augmenter les soins virtuels, lever les barrières interprovinciales ou encore améliorer l’identification des patients francophones. »
Et d’enfoncer le clou : « Avec les changements de gouvernement à chaque élection, des avancées peuvent être remises en cause suivant des priorités et valeurs différentes. Il faudrait plutôt universaliser les soins au niveau du Canada car, tant que les gouvernements se mêleront de santé, on n’avancera pas », juge-t-elle, plaidant pour une autorité de santé canadienne garantissant égalité et équité dans les soins en langues officielles.
Besoin d’un système éducatif plus inclusif
Un troisième grand défi se pose aux Franco-Albertains : cette fois dans le domaine éducatif. Avec 44 écoles francophones desservant 22 communautés et accueillant plus de 9500 élèves, de la maternelle à la 12e année, les écoles se portent plutôt bien.
Cependant, « le défi vient avec la croissance » et de cruciales questions se posent en termes de recrutement d’enseignants, rapporte Alice Prophète, docteure en éducation au Campus Saint-Jean.
Le nombre de postes vacants augmente dans les conseils scolaires francophones, particulièrement dans les zones rurales. La profession séduit moins, les conditions de travail se dégradent et nombre d’enseignants quittent prématurément leur poste.
La dernière grève s’est soldée à l’automne dernier par un retour forcé au travail. C’est dans ce contexte délétère que la province espère recruter plus de 5000 enseignants et aides-élèves au cours des trois prochaines années. Ardu.
Alice Prophète, docteure en éducation au Campus Saint-Jean. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Dans les écoles de langue française, Mme Prophète décrit des professionnels « écartelés entre charge de travail et gestion de la diversité des besoins, autant que de la diversité culturelle. »
Au-delà des conditions de travail, en effet, « les écoles manquent de politique d’inclusion, de formation sur le mentorat culturel et la façon d’accueillir culturellement des immigrants au beau milieu de l’année, souvent sans support », indique-t-elle. Le risque si rien ne change? « Perdre ces élèves dans la majorité, en faire des anglophones en transition. »
Véritables clés de voûte du rayonnement de la francophonie albertaine, immigration, santé et éducation sont étroitement imbriquées et requièrent un changement de culture à l’échelle de la province de l’Ouest. Le gouvernement s’est en tout cas engagé, par la voix de la ministre responsable du Secrétariat francophone, Tanya Fir, à « faire progresser sa politique du français et améliorer les services ». À suivre.
Tout au long du Mois de la francophonie, ONFR vous fait découvrir les différentes facettes de la francophonie albertaine à travers reportages et entrevues, sur onfr.org et notre chaîne YouTube. À lire également : notre reportage à Edmonton, la Rencontre d’ONFR avec Nathalie Lachance, présidente de l’ACFA, notre entrevue avec la ministre Tanya Fir et nos sujets sur le campus Saint-Jean ainsi que le séparatisme.
Le ministère des Collèges et Universités alloue plus de 20 millions de dollars à cinq établissements de l’Ontario français cette année. De la réfection des toitures à l’ajout de salles de classe, ces fonds visent à moderniser les équipements et à freiner l’accumulation du retard d’entretien sur les campus pour assurer la pérennité des installations.
Comme annoncé dans le budget de l’Ontario 2026 la semaine précédente, 5,5 milliards de dollars sur dix ans seront mobilisés pour rénover et moderniser l’infrastructure des universités et collèges ontariens.
Le dernier financement de 242 millions de dollars dévoilé en février dernier – par le biais de divers fonds de réfection et d’amélioration du matériel – totalisait 20,5 millions de dollars pour des campus francophones.
Les bénéficiaires en sont l’Université Laurentienne, l’Université de Hearst, l’Université d’Ottawa, La Cité et le Collège Boréal, nous a confirmé le ministère des Collèges et Universités.
Nolan Quinn, ministre des Collèges et Universités, le 13 février dernier, annonçant l’investissement de 242 millions pour des rénovations infrastructurelles d’établissements postsecondaires. Photo : gracieuseté du ministère des Collèges et Universités
« Grâce à cet investissement, notre gouvernement veille à ce que les étudiants disposent des outils et des installations modernes dont ils ont besoin pour demeurer à la fine pointe de nos industries essentielles dans leurs futures carrières », avait déclaré le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn.
Rénovations et nouvelles résidences étudiantes pour l’Université d’Ottawa
L’Université d’Ottawa a cette année bénéficié d’une subvention totale de 7,8 millions de dollars destinée à la réfection d’installations qui nécessitaient des réparations.
Le porte-parole de l’Université d’Ottawa, Jesse Robichaud, précise toutefois que pour 2025-2026, l’Université a dû mobiliser 25 millions de dollars additionnels de son propre Programme d’amélioration du parc immobilier, pour l’entretien différé des bâtiments et des infrastructures technologiques.
Autres grands projets infrastructurels, M. Robichaud explique que des résidences étudiantes seront construites sur le campus principal, pour y abriter 2600 lits, une nouvelle salle à manger ou encore des salles de classe additionnelles.
« Il s’agit du plus grand projet d’infrastructure de notre histoire qui transformera notre campus, explique le porte-parole. Il permettra à un plus grand nombre d’étudiants de vivre directement sur le campus, renforçant l’expérience étudiante et l’attractivité de notre université. Les négociations se poursuivent actuellement avec le promoteur et la construction débutera à l’automne. »
Par ailleurs, un Centre de recherche médicale de pointe (CRMP) de sept étages ouvrira ses portes plus tard cette année sur le campus de l’Université d’Ottawa.
Modernisation pour l’Université de Hearst et la Laurentienne
L’Université Laurentienne a, elle, perçu un montant de 4,9 millions de dollars consacré à la modernisation des systèmes mécaniques et électriques, au remplacement de la toiture et à la mise aux normes du système de chauffage, ventilation et climatisation.
L’Université de Hearst a bénéficié d’une subvention totale combinée de 1,2 million de dollars pour moderniser ses installations.
Outre des réparations de fondations à Kapuskasing, l’aménagement de toilettes accessibles et non genrées à Hearst, et rafraîchissement de peinture sur les trois campus, l’établissement a misé sur ses infrastructures pédagogiques.
La salle de classe devenue bimodale au sein du campus de Timmins de l’Université de Hearst. Photo : gracieuseté de l’Université
Une salle de classe a été réaménagée en studio d’enregistrement pour la production et la diffusion numérique des programmes, tandis qu’une salle du campus de Timmins est devenue « bimodale » pour l’enseignement hybride.
« Ce financement permet de réaliser plusieurs projets visant l’amélioration, la modernisation et la mise aux normes de nos installations (…) tout en appuyant directement la mission d’enseignement », souligne Chantal Pelletier, responsable de la gestion des immeubles de l’université.
Équipements de pointe et cybersécurité à La Cité
Le Collège Boréal reçoit 2,7 millions de dollars, tandis que le Collège la Cité dispose d’une enveloppe totale de 3,9 millions de dollars.
Une partie de ces fonds a permis la réfection d’infrastructures physiques, comme le toit du pavillon H et l’amélioration de l’accessibilité des trottoirs. Le collège a également renouvelé son matériel pédagogique, allant de mannequins de simulation pour les soins de santé à des instruments de mesure en génie civil.
Nouvelles infrastructures pédagogiques en cybersécurité. Photo : gracieuseté du Collège La Cité
L’établissement a aussi décroché un million de dollars supplémentaire via le volet concurrentiel du Fonds d’amélioration du matériel. « Cet appui a contribué à l’acquisition d’équipements technologiques de pointe en génie électrique et en cybersécurité, explique Emy Lafortune, conseillère en communications à La Cité. Elle permettra au Collège La Cité de renforcer la formation de centaines d’étudiants dans le domaine des sciences, des technologies, d’ingénierie et de mathématiques (STIM). »
Cet investissement soutient notamment le lancement de deux nouveaux baccalauréats en cybersécurité offerts depuis l’automne dernier.
KIMBERLEY (CB) – À peine revenus des Jeux paralympiques de Milan-Cortina, Sierra Smith et Kalle Eriksson n’ont pas ralenti. Le duo canadien de ski para alpin dans la catégorie des athlètes malvoyants a enchaîné avec, la semaine dernière, les Championnats nationaux de Kimberley, en Colombie-Britannique. Kalle Eriksson et sa guide franco-ontarienne ont remporté quatre médailles d’or. Derrière cette fin de saison éclatante, il y a aussi l’histoire d’une athlète qui, après avoir vu sa carrière stoppée par deux graves blessures au genou, a trouvé une nouvelle voie et un nouveau souffle auprès de son partenaire.
En Italie, plus tôt en mars, le duo avait décroché trois médailles lors de ses premiers Jeux paralympiques : l’argent en descente, puis le bronze en super-G et en slalom. Pour ce tandem qui avait traversé un hiver perturbé par les blessures, cette récolte a confirmé une chose : malgré le peu de courses disputées avant Milan-Cortina, le potentiel du duo était bien réel. Il s’est révélé sur la plus grande scène.
« Honnêtement, c’est quelque chose d’incroyable », confie Sierra Smith au sujet de la campagne paralympique qu’elle a réalisée avec Kalle Eriksson.
En entrevue avec ONFR, elle a reconnu que l’enchaînement entre les Jeux et les nationaux n’avait pas été simple. L’émotion, la fatigue et le besoin de souffler étaient bien présents. Mais une fois dans la cabine de départ, l’essentiel revenait vite.
Un parcours lancé très tôt, puis stoppé net
Avant de devenir guide, l’Ottavienne se destinait à une carrière en ski alpin. Née à Montréal, passée par la France et l’Europe pendant une partie de son enfance avant de revenir au Canada à 12 ans, elle avait rapidement gravi les échelons jusqu’à rejoindre l’équipe NextGen canadienne. Mais deux graves blessures au genou, survenues coup sur coup, ont brutalement freiné son élan.
« Quand j’étais sur l’équipe nationale, à 17 ans, j’ai subi une grave blessure au genou, avec une rupture complète des ligaments croisés. L’année suivante, ça s’est reproduit. Entre les deux, la rééducation m’a pris près de quatre ans, se remémore l’athlète. C’était des années très difficiles pour moi. »
Revenue à la compétition pendant la pandémie de la COVID-19, elle explique ne jamais avoir vraiment retrouvé le ski qu’elle espérait, ni les conditions nécessaires pour s’entraîner à son meilleur niveau.
Le rebond inattendu dans le para-ski
La suite s’est dessinée presque par hasard. Alors qu’elle aidait comme entraîneuse, on lui a demandé de skier devant Kalle Eriksson, qui n’avait pas encore de guide. Ce premier essai a immédiatement fait naître une évidence.
« Le début de notre première journée de ski ensemble, c’était incroyable, se souvient-elle. C’était juste un clic entre nous deux. »
Sierra Smith est en constante communication avec Kalle Eriksson, tout au long de la descente. Photo : CPC
Le duo a été formé en 2023 et a rapidement enchaîné les performances, jusqu’à devenir un tandem régulier sur les podiums internationaux. Smith sert de guide à Eriksson chez les malvoyants, une discipline où la communication et la confiance sont essentielles. Tout au long de la descente, elle skie devant lui et lui transmet, par radio, les informations sur le tracé, le relief, la neige, la luminosité ou encore le rythme à adopter.
« Du début à la fin je suis ses yeux. Je lui donne des indications pour aller vite, mais aussi pour qu’il skie en sécurité », explique-t-elle.
Une relation qui fait la différence
Au-delà de la technique, Smith insiste sur l’importance de leur relation humaine. Les mois passés ensemble sur la route, à l’entraînement et en compétition, ont renforcé une complicité qu’elle juge indispensable à ce niveau.
« C’est vraiment important qu’on soit des amis, dit-elle. On fait genre six mois de l’année ensemble. »
Cette entente a d’autant plus de valeur que leur hiver n’a pas été de tout repos. Avant les Jeux, Eriksson a composé avec une blessure à l’épaule puis un autre problème au genou, tandis que Smith a elle-même subi une déchirure partielle du ligament croisé antérieur à peine deux semaines avant le rendez-vous paralympique. Malgré cela, ils ont répondu présent en Italie, puis aux nationaux de Kimberley.
Leur histoire raconte donc plus qu’une série de médailles. Elle parle aussi d’un rebond, d’une deuxième carrière pour l’Ottavienne, et d’une confiance bâtie très vite entre deux athlètes qui, dès leur première journée ensemble, ont senti que quelque chose fonctionnait.
Déjà tournés vers la prochaine saison
Après une saison aussi chargée, place maintenant à une période plus légère. Sierra Smith explique vouloir profiter du printemps et de l’été pour récupérer, voyager un peu et retrouver de l’énergie, avant un retour sur neige prévu en août au Chili pour lancer la prochaine campagne. L’objectif sera de pouvoir disputer, enfin, une saison complète.
Le rêve olympique qu’elle nourrissait plus jeune s’est refermé brutalement à cause des blessures. Mais c’est dans le para-ski que Sierra Smith a retrouvé la vitesse, la compétition et une nouvelle façon de viser les sommets. Avec Kalle Eriksson, elle forme désormais l’un des tandems les plus rapides du circuit, qui pourrait imposer sa domination sur la discipline dans les années à venir.
Près d’une semaine après la controverse entourant son discours unilingue, le PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, a annoncé qu’il quitterait ses fonctions d’ici le mois de septembre 2026. Réagissant à ce départ, le premier ministre Mark Carney a exprimé le souhait que son successeur soit « complètement bilingue ».
« Le conseil d’administration d’Air Canada a annoncé aujourd’hui que Michael Rousseau l’a informé de sa décision de prendre sa retraite d’ici la fin du troisième trimestre de 2026 », peut-on lire dans un communiqué de l’entreprise publié lundi matin.
Le transporteur aérien indique qu’il « examinera un certain nombre de critères de rendement, dont la capacité de communiquer en français » pour lui trouver un remplaçant, et qu’il « continuera de diriger l’entreprise et de siéger à son conseil d’administration jusqu’au moment de sa retraite ».
Cette annonce fait suite à la diffusion, près d’une semaine auparavant, d’une vidéo de M. Rousseau enregistrée entièrement en anglais. Dans ce message de condoléances, diffusé après le tragique accident survenu à l’aéroport LaGuardia de New York — qui a coûté la vie à deux pilotes d’Air Canada, dont un francophone —, M. Rousseau n’avait prononcé que les mots « bonjour » et « merci » en français.
« Ce fut un grand honneur pour moi de travailler avec les employés dévoués et talentueux d’Air Canada et de représenter notre entreprise exceptionnelle, notamment en tant que président du conseil de direction du réseau Star Alliance », a déclaré Michael Rousseau, qui se dit « pleinement engagé à soutenir l’entreprise pendant cette importante période de transition ».
Michael Rousseau occupe la tête de la compagnie canadienne depuis février 2021.
« Au nom de l’ensemble du conseil d’administration, je tiens à remercier Mike pour ses nombreuses contributions à Air Canada. Nous sommes reconnaissants du leadership affirmé qu’il a apporté, non seulement en guidant notre entreprise à travers la crise financière de 2007-2008, la COVID-19 et d’autres défis », a déclaré Vagn Sørensen, président du conseil d’administration d’Air Canada.
Le prochain PDG devra être bilingue, estime Carney
Appelé à réagir au départ prochain de M. Rousseau, le premier ministre Mark Carney a soutenu qu’il s’agissait de « la bonne décision au bon moment ».
« Selon moi, c’est approprié. Il a fait un bon travail technique comme PDG, mais il a des responsabilités plus larges comme dirigeant d’une organisation », a-t-il commenté lors d’une conférence de presse tenue lundi matin à Etobicoke, en compagnie de son homologue ontarien, Doug Ford.
Le ministre des Transports, Steven MacKinnon, a salué M. Rousseau « pour ses années de service et pour sa contribution au maintien de la position du Canada en tant que chef de file du transport aérien international ».
« Le gouvernement du Canada continuera de travailler étroitement avec la direction et le conseil d’administration d’Air Canada afin de veiller à ce que la compagnie offre un service sûr, fiable, abordable et bilingue à l’ensemble des Canadiens », a écrit le ministre sur le réseau social X.
En date du jeudi 26 mars en après-midi, le Commissariat aux langues officielles (CLO) soutenait avoir reçu 1808 plaintes au sujet du discours de M. Rousseau. Le PDG de l’ancienne société d’État avait d’ailleurs été convoqué par les députés du Comité des langues officielles à Ottawa dans les jours qui ont suivi la diffusion de sa vidéo unilingue.
« Des jeunes Noirs sont régulièrement interpellés ou contrôlés sans motifs apparents ». Ces témoignages, portéspar la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario, trouvent aujourd’hui un écho dans les données de Statistique Canada.
Une étude récente de Statistique Canada révèle que les personnes noires demeurent nettement surreprésentées devant les tribunaux criminels pour adultes en Ontario, relançant le débat sur les inégalités systémiques au sein du système de justice.
Entre 2016 et 2023, les personnes noires représentaient 10,6 % des accusés devant les tribunaux criminels en Ontario, alors qu’elles ne constituent que 4,9 % de la population adulte de la province. Au total, les tribunaux ont traité 64 990 causes qui impliquaient une personne noire accusée.
À l’échelle canadienne, les personnes noires représentaient 3,7 % de la population adulte, mais 6,2 % des accusés, soit plus de 100 000 causes recensées durant la même période.
Pour la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario, ces chiffres confirment « l’existence de déséquilibres systémiques persistants au sein du système de justice ».
« Sur le terrain, nos membres et nos intervenants observent de manière récurrente des pratiques préoccupantes. Des jeunes Noirs sont régulièrement interpellés ou contrôlés sans motifs apparents, notamment dans l’espace public ou sur la route », affirme Julie Lutete, présidente de la Coalition.
Julie Lutete s’interroge sur une réalité préoccupante : pourquoi autant de personnes noires sont-elles judiciarisées pour des dossiers qui ne tiennent pas toujours devant les tribunaux? Photo : gracieuseté
« Dans certains cas, des personnes rapportent avoir été arrêtées ou questionnées à la suite d’une « confusion » avec un suspect », ajoute-t-elle, soulignant que « la répétition de ces expériences au sein des communautés soulève des inquiétudes légitimes quant à l’existence de biais dans les pratiques d’interpellation et de mise en accusation ».
« Un biais des services de police »
Les conclusions de l’étude vont dans le même sens.
« Ces types de pratiques envers les Noirs tendent à montrer un biais des services de police, probablement motivé par l’origine ethnique, ce qui entraîne une mise en contact inutile de ce groupe de population avec le système de justice », soutiennent les auteurs Ashley Maxwell et Zoran Miladinovic.
Autre élément marquant : en Ontario, 54 % des causes impliquant des accusés noirs se soldent par un retrait, un rejet ou une absolution, une proportion plus élevée que dans le reste du pays.
À l’échelle nationale, les causes impliquant des accusés noirs aboutissent à un verdict de culpabilité dans 42 % des cas, contre 55 % chez les personnes non noires.
« Le fait que les personnes noires sont largement surreprésentées parmi les accusés, tout en étant proportionnellement moins souvent reconnues coupables et plus fréquemment associées à des causes abandonnées ou rejetées, soulève une question fondamentale : pourquoi autant de personnes noires sont-elles judiciarisées pour des dossiers qui ne tiennent pas toujours devant les tribunaux? », s’indigne Mme Lutete.
Aussi contrairement à certaines idées reçues, les personnes noires poursuivies ne présentent pas davantage d’antécédents criminels. Entre 2016 et 2023, à l’échelle canadienne, 36 % des personnes noires accusées avaient une condamnation dans les cinq années précédentes, contre 39 % chez les personnes non noires. En Ontario, ce taux est plus faible, avec 33 % chez les personnes noires contre 31 % chez les personnes non noires.
Crédit : Statistique Canada
Accès inégal à la justice
Pour Julie Lutete, le problème est aussi structurel : l’accès à une défense juridique de qualité demeure inégal.
« De nombreuses personnes noires, en particulier au sein des communautés francophones en situation minoritaire, n’ont pas les moyens financiers de recourir à des avocats expérimentés. Elles dépendent souvent de l’aide juridique, dont les ressources sont limitées, ce qui peut restreindre leur capacité à faire valoir pleinement leurs droits. »
Selon Julie Lutete, cette réalité se traduit par une compréhension incomplète des recours possibles, des décisions prises sous pression et une inégalité dans la qualité de la représentation devant les tribunaux.
« Elles sont davantage susceptibles d’être exposées à des verdicts plus sévères, notamment à des peines plus longues et à des classifications de sécurité plus élevées », souligne également l’étude.
Corriger les inégalités
Face à ces constats, la Coalition appelle à des actions concrètes, notamment un examen rigoureux des pratiques d’interpellation, un meilleur accès à une représentation juridique de qualité, en particulier en français, et une prise en compte accrue des réalités sociales et culturelles.
L’étude de Statistique Canada évoque aussi, parmi les outils déjà utilisés, le recours de plus en plus fréquent par les tribunaux aux évaluations de l’incidence de l’origine ethnique et culturelle (EIOEC), inspirées des rapports Gladue. Elles permettent de tenir compte du racisme systémique et des parcours de vie dans les décisions judiciaires.
Un rapport des Nations Unies, publié en 2017, soulignait déjà que le racisme envers les personnes noires au Canada est « fonctionnellement normalisé ou rendu invisible ».
Depuis, Ottawa a mis en place la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires, avec l’objectif d’assurer une égalité réelle devant la loi.
Nouvelle directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, Karine Tellier entre en fonction le 1er avril. Elle entend miser sur la continuité tout en relançant certains dossiers clés, dont le bilinguisme municipal, avec l’ambition de renforcer la place du français dans la vie quotidienne.
« Vous venez du milieu des médias francophones, notamment du journal Le Voyageur. Qu’est-ce qui a motivé votre transition vers la direction de l’ACFO?
Essentiellement, au Voyageur, je m’occupais des partenariats avec différents groupes culturels et communautaires. J’étais au département des ventes, mais ce que j’aimais le plus, c’était d’aider les organismes à rejoindre leur public, à trouver les bonnes personnes pour assister à des spectacles ou pour bénéficier de programmes.
Aujourd’hui, à l’ACFO, je fais un peu la même chose, mais à une autre échelle. Quelqu’un peut arriver en disant : « Je suis un nouvel arrivant, j’ai besoin de ressources », et je peux le diriger vers les bons organismes. C’est vraiment ce rôle d’accompagnement qui m’a attirée. Je suis aussi très impliquée dans la francophonie au point que certains amis sont surpris que j’écoute parfois de la musique en anglais. Mais j’aime dire que je suis une « cheerleader » de la francophonie. Devenir directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, c’était donc une suite logique.
Karine Tellier souhaite faciliter l’accès aux services en français au quotidien. Photo : Dominique Demers/ONFR
Comment définissez-vous la mission de l’ACFO?
Notre objectif, c’est de bâtir une communauté inclusive où il fait bon vivre en français. Cela passe par l’offre de services en français dans tous les domaines.
S’il y a des lacunes, on les identifie et on travaille avec nos partenaires pour y répondre. On veut que les francophones puissent recevoir des services en français, que ce soit à l’hôpital, à la Ville ou ailleurs, surtout dans des moments où ils sont vulnérables. Il y a encore du travail à faire, mais c’est la direction dans laquelle on avance.
Quels sont les principaux défis pour la francophonie à Sudbury?
Un des grands défis, c’est que Sudbury n’est pas une ville officiellement bilingue. Malgré une forte population francophone, il existe encore des réticences, notamment à certains niveaux décisionnels.
Certains craignent que plus de français signifie moins d’anglais, ce qui est faux. Le défi, c’est donc de promouvoir davantage de services en français sans que les anglophones aient l’impression de perdre quelque chose.
Vous succédez à Joanne Gervais, en poste depuis longtemps. Comment abordez-vous cette transition?
On me dit souvent que j’ai de grands souliers à remplir, et je le sais. Joanne Gervais a marqué l’organisation pendant 16 ans.
Pour moi, l’ACFO du Grand Sudbury a toujours été associée à elle. Aujourd’hui, je dois poursuivre ce travail tout en apportant ma propre touche.
J’apprends encore beaucoup : les dossiers, les enjeux, les détails. Il y a énormément d’informations, mais la transition se fait très bien, et nous travaillons ensemble pour assurer une continuité.
Karine Tellier entrera en fonction le 1er avril à la tête de l’ACFO du Grand Sudbury. Photo : Dominique Demers/ONFR
Qu’allez-vous garder ou changer?
Je n’ai pas l’intention de tout changer. Je veux d’abord poursuivre ce qui se faisait déjà.
Cela dit, le fait d’arriver comme nouvelle personne permet de relancer certaines discussions ou de remettre de l’avant des dossiers laissés de côté. Mon objectif est de mettre en lumière des enjeux importants et de faire avancer certains dossiers, notamment la question du bilinguisme à la Ville du Grand Sudbury.
On attend toujours la politique sur les services en français, annoncée depuis un moment. Cela fait environ un an qu’on nous dit qu’elle devrait être publiée. Je l’attends avec impatience.
Je souhaite aussi travailler avec le maire Paul Lefebvre sur la mise en place d’un comité francophone. L’objectif est de s’assurer qu’il existe et qu’il contribue à rendre la ville de plus en plus francophone.
Concrètement, je veux que les citoyens puissent accéder aux services municipaux en français, sans avoir à répéter ou à basculer en anglais pour se faire comprendre.
Quels sont vos défis personnels comme leader?
Mon premier défi, c’est d’apprendre : les dossiers, les politiques et les données. Même si je connais bien le milieu, il me faut maîtriser certains détails pour faire avancer les discussions.
Je dois me donner les outils nécessaires pour intervenir efficacement.
Concrètement, je me plonge dans l’ensemble des enjeux liés à la francophonie. J’ai déjà de bonnes bases, mais il me reste du travail pour bien saisir tous les aspects.
Nous avons aussi des rapports en cours, notamment sur le bilinguisme à la Ville du Grand Sudbury. J’ai commencé à les analyser et je dois approfondir ces recherches pour être en mesure de nourrir les discussions et faire avancer les dossiers.
Quel type de leadership souhaitez-vous incarner?
Un leadership participatif. Je ne crois pas détenir seule les réponses.
Je vais vers les autres, je pose des questions, je cherche à comprendre différents points de vue. L’ACFO, ce n’est pas une seule personne : c’est toute une communauté.
Même à l’interne, je consulte mon équipe. Les décisions se prennent ensemble. C’est important pour moi que plusieurs voix contribuent à construire ce que représente l’ACFO.
Comment attirer les jeunes vers la francophonie?
Je n’ai pas encore toutes les réponses, mais c’est une priorité.
Il faut offrir des activités qui leur parlent, peut-être plus accessibles, parfois gratuites. J’essaie aussi de consulter les jeunes directement pour comprendre leurs attentes.
L’idée, c’est de créer des espaces où ils auront envie de participer en français.
Karine Tellier mise sur la continuité et la relance de dossiers clés, dont le bilinguisme municipal. Photo : Dominique Demers/ONFR
Et les nouveaux arrivants?
Ils font déjà partie de notre organisation, que ce soit comme membres du conseil d’administration, bénévoles ou participants à nos activités.
La francophonie évolue, et ils y contribuent énormément. Il reste du travail pour renforcer les liens avec les organismes culturels et communautaires, mais on y réfléchit avec nos partenaires.
Je veux développer des initiatives, même modestes, pour favoriser leur participation.
L’ACFO doit-elle se renouveler?
Oui, mais sans tout bouleverser.
Il faut garder ce qui fonctionne tout en ajoutant des éléments nouveaux pour attirer d’autres publics. Aujourd’hui, certaines personnes pensent que l’ACFO se limite à des levées de drapeau ou à des banquets, alors que ce n’est pas le cas.
On offre beaucoup de ressources, mais il faut mieux les faire connaître et rendre l’organisation plus attrayante pour une diversité de publics.
Comment se porte l’ACFO financièrement?
Pour l’instant, ça va bien. Nous avions un surplus d’environ 30 000 à 40 000 dollars, même si les bilans finaux ne sont pas encore complétés.
Nous continuons de chercher du financement pour soutenir nos activités et nos services.
Engagée pour la francophonie, Karine Tellier se décrit comme une « cheerleader » du français. Dominique Demers/ONFR
Qu’est-ce qui vous donne espoir pour la francophonie?
La jeunesse, notamment celle du Collège Boréal. Ce sont des francophones d’ici et d’ailleurs, parfois même sans connaissance de l’anglais. Cela crée un besoin réel de services en français.
Je crois aussi beaucoup aux petits gestes du quotidien : demander un service en français, parler français dans les commerces. Ce sont ces actions qui normalisent la langue et encouragent son usage. Ce sont de petites victoires, mais elles font avancer les choses. »
LES DATES-CLÉS DE KARINE TELLIER
2013 : Membre du comité exécutif du Réseau d’action communautaire de Coniston
2018 : Directrice du markéting, membre de l’équipe de direction, pour le journal Le Voyageur et la radio Le Loup FM
2020 : Conseillère en publicité pour le journal Le Voyageur
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
« Gouverner, c’est choisir, si difficiles que soient les choix ». Cette phrase toute simple, prononcée à l’Assemblée nationale française par Pierre Mendès France en 1953, est fréquemment citée pour faire référence à l’idée que nos dirigeants politiques doivent faire des choix difficiles et transparents pour le bien commun.
Quelques jours avant le dépôt du budget provincial, le premier ministre ontarien Doug Ford avait annoncé son principal choix : « Jamais nous n’augmenterons les taxes ». Cela n’est guère surprenant. L’opposition à l’augmentation de l’impôt, des taxes aux consommateurs, ou encore des frais de service est à certains égards dans l’ADN du gouvernement Ford.
Le budget ontarien de 2026, présenté jeudi dernier par le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy et intitulé pour la deuxième année de suite Un plan pour protéger l’Ontario, rappelle d’ailleurs l’ensemble des mesures adoptées depuis 2018 par le gouvernement pour atteindre son objectif de « rendre la vie plus abordable », notamment l’annulation des frais de renouvellement des plaques d’immatriculation, l’abolition des péages sur différentes autoroutes et la réduction permanente de la taxe sur l’essence et de celle sur les carburants.
Ce choix a cependant un coût important : 11,9 milliards de dollars en 2025-26 en dépenses directes ou en revenus dont le gouvernement se prive. Ce montant est encore plus élevé en ajoutant les mesures visant les entreprises, comme une série de mesures pour faire diminuer d’au moins 10 % le prix de gros pour « les ventes d’alcool de la Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) aux bars et restaurants, aux grandes surfaces, aux épiceries et aux dépanneurs titulaires d’un permis de vente d’alcool. » Après tout, outre une certaine phobie de la taxation, un autre élément de l’ADN du gouvernement Ford, c’est bien de favoriser la réduction du prix de l’alcool et sa consommation dans les lieux publics.
Dans son budget, le gouvernement Ford fait non seulement le choix de ne pas augmenter les taxes, il annonce des mesures pour diminuer les impôts des petites entreprises, certaines taxes visant les particuliers ou encore le coût de certains services publics. Le taux d’imposition des petites entreprises diminuera ainsi de 3,2 % à 2,2 %. Les acheteurs d’habitation neuve, d’une valeur allant jusqu’à un million de dollars, bénéficieront quant à eux d’un congé de la taxe de vente harmonisée, qui est de 13 %. Les utilisateurs du transport en commun du Grand Toronto pourront continuer à bénéficier d’un programme de tarif unique subventionné par le gouvernement.
Ces annonces s’accompagnent également de nouvelles mesures fiscales et de divers programmes de subventions qui visent à augmenter les investissements des entreprises et les dépenses dans les infrastructures. Dans un contexte de ralentissement économique important, d’instabilité géopolitique et de crise de l’habitation, on peut comprendre le gouvernement de vouloir, par de telles mesures, stimuler l’économie, et en particulier le secteur de l’habitation.
Le choix de ne pas augmenter les taxes ou les frais de service, et même de les diminuer dans certains cas, a cependant des conséquences importantes. La première est qu’elle limite la capacité du gouvernement d’investir dans certains domaines qui ont des besoins criants. Si la décision du gouvernement d’augmenter ses investissements dans les services en matière d’autisme doit être saluée, les investissements dans le secteur hospitalier ou dans les soins à domicile et les soins de longue durée sont bien moindres que ceux qui sont nécessaires pour faire face au vieillissement à la fois des infrastructures et de la population.
La deuxième conséquence est que certains choix du gouvernement contribuent à pénaliser des citoyens qui ont besoin de l’aide de l’État. Après une longue période de gel relatif des investissements dans l’éducation postsecondaire, la province a finalement décidé de réinvestir dans ce secteur. Cet investissement se fait cependant en partie au prix d’une réforme importante du régime d’aide financière aux étudiantes et aux étudiants de l’Ontario. La majorité de l’appui aux étudiants participant à ce régime se fera à l’avenir sous forme de prêts plutôt que de bourses.
La troisième conséquence est un déficit budgétaire anticipé élevé, par conséquent une dette qui ne cesse d’augmenter. Le déficit prévu pour 2026-27 est de 13,8 milliards de dollars, alors qu’on anticipait l’année dernière que le déficit pour la même période serait de 7,8 milliards. L’augmentation de la dette à un coût immédiat important : les charges liées à l’intérêt et aux autres frais du service de la dette seront en 2026-2027 de 17,2 milliards, un montant supérieur à celui alloué au financement de l’éducation postsecondaire qui est de 14 milliards.
Les déficits et l’accumulation de la dette sont parfois le prix à payer à court terme pour des investissements nécessaires à long terme. Ils peuvent ainsi contribuer à un développement économique qui bénéficiera aux prochaines générations. Ce n’est cependant pas le cas pour le budget ontarien de 2026 qui poursuit dans la voie qui est celle des conservateurs depuis 2018 : quelques cadeaux aux contribuables, mêlés avec quelques investissements stratégiques. Rien, à première vue, qui semble pouvoir modifier profondément la trajectoire de la province.
Des économistes affirment parfois que les déficits et la dette sont une taxe que les prochaines générations devront payer. À cet effet, le choix du gouvernement Ford de limiter les revenus de la province et ainsi de contribuer à augmenter la dette de la province est également le choix de remettre aux prochaines générations des décisions difficiles quant à l’avenir fiscal et économique de l’Ontario.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Ottawa – Le Centre d’accueil Champlain, un foyer de soins de longue durée, a officiellement obtenu, ce vendredi, sa désignation en vertu de la Loi sur les services en français. Une reconnaissance qui vient consolider l’offre de soins en français dans un contexte de forte demande et de pression sur les capacités.
Pour Denise Cyr, gestionnaire de programme de soins aux résidents, cette reconnaissance dépasse le symbole. Elle est le fruit d’un travail de près de trois ans, amorcé en 2023.
« Cette désignation reconnaît notre statut de foyer à prédominance francophone et confirme que nous continuerons d’offrir des services principalement en français, de façon permanente », a-t-elle souligné lors de la cérémonie officielle, vendredi, en présence du maire d’Ottawa, Marc Sutcliffe, et du député provincial Stéphane Sarrazin.
Présent sur place, le maire d’Ottawa a salué une annonce « très importante » pour la communauté francophone.
« Il est essentiel que les francophones puissent vivre dans leur langue. Ce sont des lieux comme celui-ci qui font vivre notre héritage francophone au quotidien », a-t-il déclaré.
« Le Centre d’accueil Champlain est un pilier essentiel de la communauté. Cette désignation vient reconnaître de manière claire et durable sa contribution », a-t-il ajouté.
Marc Sutcliffe, Stéphane Sarrazin et Denise Cyr lors de l’annonce de la désignation officielle du Centre d’accueil Champlain. Photo : Amine Harmach/ONFR
Situé dans le quartier Vanier, le centre, l’un des quatre foyers de soins de longue durée gérés par la Ville d’Ottawa, est déjà reconnu pour son approche francophone depuis plus de 50 ans.
Une demande en forte croissance
Pour le député provincial Stéphane Sarrazin, cette désignation envoie un signal clair aux francophones.
« Elle vient dire aux francophones : ces services existent pour vous. Pour les personnes âgées, pouvoir être servies dans leur langue, c’est essentiel », affirme-t-il.
Il rappelle que plusieurs projets devraient voir le jour dans les prochaines années.
« Depuis 2018, le gouvernement s’est engagé, sur dix ans, à créer près de 58 000 nouveaux lits en soins de longue durée, et les francophones auront leur part », rappelle-t-il.
Selon lui, dans l’Est ontarien, des projets sont notamment en développement à Prescott-Russell, Clarence-Rockland et dans le canton d’Alfred-et-Plantagenet, entre autres.
Des listes d’attente importantes
Malgré cette avancée, les défis demeurent importants. « Il y a un enjeu de capacité partout en Ontario », rappelle Normand Glaude, directeur général du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario, organisme ayant participé au processus de désignation.
Au Centre Champlain, environ 460 personnes figurent actuellement sur la liste d’attente. « Les listes sont même proportionnellement plus élevées ici, en partie parce que les gens souhaitent venir dans cet établissement », précise-t-il.
Pour sa part, Marlene Steppan, présidente du conseil des familles, avance que le centre fonctionne déjà à pleine capacité, avec environ 160 lits. « Nous ne pouvons pas ajouter davantage de lits pour le moment. L’enjeu est donc de bien gérer la liste d’attente et d’assurer un roulement efficace. »
Selon elle, chaque année, environ le tiers des résidents quitte, ce qui permet d’accueillir de nouvelles personnes selon les besoins identifiés.
Marlene Steppan, présidente du conseil des familles, dont la mère est résidente du Centre Champlain depuis plus de trois ans. Photo : Amine Harmach/ONFR
« Nous travaillons en collaboration avec l’administration pour améliorer la qualité de vie des résidents », ajoute-t-elle, elle dont la mère est résidente du centre depuis plus de trois ans.
Du côté de la direction, on assure que la situation est suivie de près dans un contexte de vieillissement de la population.
« Nous travaillons étroitement avec le ministère et Santé Ontario pour gérer les listes d’attente. Nous cherchons constamment à améliorer les services offerts, autant pour les résidents actuels que futurs », indique Denise Cyr.
SUDBURY – Le festival connu auparavant sous le nom de La Nuit émergente revient cette fin de semaine à Sudbury sans nom officiel, dans une formule revisitée qui se veut plus proche des jeunes publics.
Cette situation s’explique en partie par une demande de l’équipe du festival La Nuit sur l’Étang, qui estimait que l’utilisation du mot « nuit » créait de la confusion auprès du public. Son directeur général, Gino St-Jean, indique que certaines personnes communiquaient avec son organisation pour obtenir des renseignements ou des billets liés à l’autre événement.
« Les gens appelaient La Nuit sur l’Étang pour des billets ou des informations sur La Nuit émergente, alors que ça n’avait rien à voir », explique-t-il quelques jours après que ce rendez-vous incontournable de Sudbury ait tenu sa 52e édition.
Un courriel de courtoisie a donc été envoyé afin de demander de ne plus utiliser cette appellation, ce à quoi le Carrefour francophone de Sudbury, qui organise La Nuit émergente, a répondu favorablement.
« C’est une lettre bienveillante qui explique le point de vue. Ça créait un peu de confusion parce qu’on utilisait le même mot », affirme Stéphane Gauthier, directeur général et culturel du Carrefour culturel. « De toute façon, on était déjà en réévaluation du festival, donc ça ne donnait rien de s’obstiner. »
Une transformation en cours
Au-delà de cette question de nom, le festival traverse une période de transformation. Le Carrefour francophone souhaite revoir sa formule et se trouver un nom afin de mieux rejoindre les publics plus jeunes et de s’adapter à l’évolution des habitudes culturelles.
« C’est presqu’un projet pilote. On fait de l’ajustement, on fait de l’adaptation », explique Stéphane Gauthier.
Il ajoute : « Les habitudes ont beaucoup changé en diffusion. On a besoin de trouver une façon de mieux préparer le public de demain, mieux comprendre ses appétits, ses besoins, ses préférences ».
L’événement qui en est à sa 12e édition est ainsi présenté comme une étape de réflexion, au cours de laquelle les organisateurs cherchent à mieux comprendre les attentes du public.
Cette année la programmation met en vedette le groupe franco-sudburois, Konflit, qui fête les 25 ans de son premier album, Hors d’œuvre, et se produira dans la salle Trisac du Collège Boréal samedi soir.
Par et pour les jeunes
La nouvelle orientation du festival repose sur une volonté de s’adresser davantage aux jeunes, notamment aux adolescents. Stéphane Gauthier indique que la démarche consiste à engager un dialogue avec ce public afin de mieux cerner ses intérêts et ses habitudes.
La programmation reflète cette orientation. Historiquement, le festival attirait surtout un public de jeunes adultes, mais la nouvelle formule vise désormais des adolescents, voire des préadolescents.
« On n’a jamais eu des artistes aussi jeunes en résidence », souligne Stéphane Gauthier au sujet des artistes en résidence qui se produiront vendredi soir au Studio Desjardins de la Place des Arts. « Il y a beaucoup de mentorat, beaucoup de travail en amont. »
Certaines activités ont également été pensées pour favoriser les échanges, comme une répétition générale – une première pour le festival – du spectacle de Konflit ouverte à des élèves du secondaire, suivie d’une discussion avec les artistes.
« On commence le dialogue avec le public, parce qu’on va voir quel public on rejoint », explique le directeur. « On veut quelque chose qui soit pour et par les jeunes. »
La Franco-Manitobaine Rayannah assure l’ouverture de la programmation au Pied du Rocher samedi soir puis rejoindra ensuite le trio sudburois Magic Pelvis au Lounge 390 à 22 h 30 pour une séance d’improvisation jazz-rock et psychédélique en clôture de soirée après la prestation de Konflit. Photo : Gracieuseté du Carrefour francophone de Sudbury
Défi de fréquentation
Ce repositionnement répond à des défis concrets en matière de fréquentation. Malgré différentes initiatives mises en place au fil des ans, il demeure difficile d’attirer un nombre suffisant de spectateurs, en particulier dans un contexte francophone minoritaire.
Stéphane Gauthier souligne que les comportements du public ont évolué, notamment en ce qui concerne la décision d’acheter des billets pour des événements culturels.
Il reconnaît,notamment, que l’offre gastronomique proposée lors de précédentes éditions n’avait pas totalement séduit les jeunes : « Pour un festival avec autant d’artistes, c’est un petit peu contraignant si tu ne dépasse pas les 250-300 personnes, tu as besoin de pas mal plus de monde ».
Pour mieux comprendre, l’organisme indique avoir eu des discussions avec les partenaires scolaires pour la suite des choses : « On a déjà eu des propositions et des pistes avec eux qu’on serait peut-être prêt à tester pour effectuer des rapprochements un petit peu plus solides ».
Il évoque également la transformation du profil des jeunes publics, marqués par une diversité accrue et par de nouvelles références culturelles, souvent développées dans les milieux scolaires.
« Les jeunes développent leurs référents culturels entre eux. Ça crée une nouvelle francophonie. »
Cette réflexion s’inscrit dans une période charnière pour le Carrefour francophone, qui prévoit souligner son 75e anniversaire en juin 2026. Plusieurs activités sont en préparation, dont une exposition et la publication d’un ouvrage historique.
OTTAWA – Lors du 19e Rendez-vous francophone annuel qui s’est tenu ce vendredi matin à l’hôtel de ville, le maire Mark Sutcliffe a annoncé deux initiatives marquant l’évolution de la francophonie à Ottawa : la correction d’un oubli historique etl’adhésion de la Ville à un réseau international.
C’est dans une formule renouvelée, proposant pour la première fois des places assises aux convives, que de nombreux dignitaires et chefs de file de la communauté se sont rassemblés ce vendredi matin à l’hôtel de ville d’Ottawa.
Le moment le plus solennel de la matinée fut le dévoilement du portrait de Joseph-Balsora Turgeon, premier maire francophone de Bytown, soit l’ancien nom d’Ottawa avant son incorporation, laquelle fête ses 200 ans cette année.
Élu premier maire francophone de Bytown en 1853, Joseph-Balsore Turgeon est une figure dont l’influence résonne encore aujourd’hui, bien que son image ait été absente des galeries officielles de la Ville pendant plus d’un siècle.
« C’était une question de justice historique […] la présence francophone définit Ottawa depuis bien avant sa fondation officielle », a fait savoir M. Sutcliffe qui a précisé avoir rectifié cet oubli grâce à une collaboration entre l’archiviste en chef Paul Henry et le Musée Bytown.
Le portrait, une photo datant de 1848, trônera dans l’édifice historique de l’hôtel de ville, flanqué d’une plaque commémorative.
Le portrait de Joseph-Balsore Turgeon. Photo : Gracieuseté de la Ville d’Ottawa
« JB Turgeon n’était pas seulement un forgeron de métier, c’était un bâtisseur de ponts », a déclaré le maire Sutcliffe. Le maire a rappelé que c’est Turgeon qui a proposé de rebaptiser la ville « Ottawa », du mot algonquin Adawe, afin de choisir un nom neutre capable d’unir les solitudes anglophone et francophone.
Il fut également un pilier de la création du Collège de Bytown (l’actuelle Université d’Ottawa) et du système scolaire séparé.
« Bien que ce geste de dévoiler un portrait soit symbolique, il témoigne de notre engagement profond », a conclu Mark Sutcliffe. « Nous ne faisons pas que célébrer le passé; nous bâtissons une capitale où le français est un moteur de développement économique et culturel. »
Cap sur le Sommet de la Francophonie 2028
L’annonce la plus stratégique concerne le rayonnement international de la capitale. Le maire a confirmé que, suite à une collaboration étroite avec la ministre Caroline Mulroney et les députés fédéraux, le Canada briguera officiellement l’accueil du Sommet de la Francophonie en 2028 après avoir posé la candidature de la Ville plus tôt cette semaine.
« J’ai rencontré le Premier ministre Carney pour plaider la cause d’Ottawa, et je suis ravi qu’il nous ait écoutés », a précisé le maire.
En préparation pour cet événement qui réunit des chefs d’État de 90 pays, Mark Sutcliffe a officiellement rejoint l’Association internationale des maires francophones (AIMF), intégrant ainsi Ottawa dans un réseau mondial de villes influentes.
« J’ai décidé que c’est peut-être le temps de me joindre à cet organisme international pour rencontrer les autres maires des villes francophones […] pour connecter notre équipe ici à l’hôtel de ville avec les hôtels de ville partout au monde », a-t-il précisé en entrevue avec ONFR.
Des avancées mais encore des défis
L’élu en a aussi profité pour revenir sur les résultats du bilan sur les services en français pour l’année 2025 publiés un jour plus tôt.
« C’est toujours l’objectif d’avoir plus de personnel bilingue, mais il est parfois difficile de trouver le candidat idéal »
— Mark Sutcliffe
D’une part, les indicateurs de satisfaction et de participation sont à la hausse. La Ville note une diminution de 27 % des plaintes déposées concernant les services en français, tandis que les inscriptions aux programmes récréatifs francophones ont progressé de 6 %.
D’autre part, le rapport – qui sera présenté au Comité des finances et des services organisationnels le 7 avril prochain – souligne une stabilité dans la structure des effectifs : la proportion de postes désignés bilingues demeure à 16,7 % pour une deuxième année consécutive.
Interrogé par ONFR sur cette stagnation, Mark Sutcliffe a évoqué les défis de recrutement auxquels la municipalité fait face : « C’est toujours l’objectif d’avoir plus de personnel bilingue, mais il est parfois difficile de trouver le candidat idéal. Nous sommes en compétition avec le gouvernement fédéral pour les employés. Ce n’est pas toujours possible, mais c’est l’objectif. »
De son côté, l’ACFO Ottawa, dans un communiqué publié jeudi soir, reconnaît certaines avancées tout en exprimant des « préoccupations importantes ». L’organisme souligne notamment que si le nombre de plaintes a diminué, cela ne doit pas occulter les problèmes de fond, comme l’affichage unilingue ou l’offre de services incomplète.
Le président de l’ACFO Ottawa, Bobby Bourdeau, a d’ailleurs rappelé que le respect des droits linguistiques ne devrait jamais dépendre de la seule vigilance des citoyens : « La diminution des plaintes ne doit pas masquer l’enjeu de fond : pourquoi, en 2025, doit-on encore porter plainte pour obtenir un service dans sa langue? » affirme-t-il.
M. Sutcliffe a aussi affirmé « avoir corrigé le tir » concernant les enjeux soulevés par le Comité consultatif sur les services en français lors de sa dernière rencontre de novembre dernier. La Ville instaurera un mécanisme formel de rétroaction pour assurer un suivi systématique de ses recommandations auprès du personnel municipal. De plus, les rencontres budgétaires seront désormais décalées de deux semaines après le dépôt du budget pour permettre aux membres d’analyser un survol détaillé des investissements francophones avant de siéger.
Hommage à la Maison Marie-Louise
Enfin, le volet social de la rencontre a mis en lumière la Maison Marie-Louise, un pilier communautaire de Vanier depuis près de 30 ans.
En présence de la directrice générale Ginette Gratton et de sœur Louise Madore (des Sœurs de la Sagesse), le maire a remis une proclamation officielle honorant le rôle crucial de l’organisme auprès des familles francophones vulnérables de la région.
Fondé en 1997 par la congrégation des Filles de la Sagesse, cet organisme s’est donné pour mission d’aider les personnes et les familles ayant besoin d’un soutien temporaire. Photo : Inès Rebei/ONFR
Le maire a réitéré le soutien financier de la Ville à d’autres projets structurants, tels que le nouveau MIFO à Orléans, le Centre de services communautaires Vanier, et la Maison de la Francophonie dans l’ouest ou encore la mise en place du balado OttaVoix qui met en vedette 17 employés francophones issus de différents secteurs de l’administration municipale.
OTTAWA – Après 26 événements portes ouvertes en Ontario et au Québec, les consultations publiques du projet Alto se sont conclus cette semaine. Les commentaires pourront toutefois être acheminés en ligne jusqu’à la fin du mois d’avril. Alors que la société d’État s’apprête à analyser des milliers de commentaires, le projet de train à grande vitesse (TGV), reliant Québec à Toronto, le plus ambitieux de l’histoire canadienne, laisse dans son sillage un mélange d’incertitude et de résistance.
Annoncé en février 2025, le projet de TGV à 300 km/h entre Québec et Toronto a franchi une étape importante, la fin des premières consultations.
Depuis janvier dernier, l’organisation a lancé sa démarche de consultation qualifiée de précoce puisque le tracé définitif n’est pas encore arrêté. Consciente que ce chantier colossal de 60 à 90 milliards de dollars navigue en zone trouble, Alto justifie ce calendrier par une volonté de co-construction, laissant la porte grande ouverte à des ajustements.
Les dernières consultations en personne ont lieu cette semaine à Gatineau (Québec) et Stirling. Photo : Inès Rebei/ONFR
« On a choisi de sortir de l’abstrait très tôt, avant même d’avoir un tracé final, pour que les citoyens puissent réellement influencer le projet », plaide Philippe Archambault, vice-président aux communications chez Alto, admettant que ce flou initial est le prix à payer pour une co-construction réelle.
Ce choix de la transparence a généré un volume de données massif : plus de 10 000 commentaires ont été récoltés sur la carte interactive d’Alto depuis le début du processus en janvier dernier.
Selon le bilan préliminaire d’Alto, les critiques ne portent pas uniquement sur la géographie du rail, mais se cristallisent autour de trois piliers : l’impact environnemental, les nuisances sonores et la protection des terres agricoles.
Philippe Archambault, vice-président aux communications et image de marque chez Alto, explique le choix de commencer par Montréal-Ottawa par la volonté de créer une « équipe école » qui servira pour tout le corridor. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Un cauchemar total »
Depuis quelques semaines, le projet se heurte à une opposition féroce en milieu rural qui a culminé lors de la manifestation de tracteurs à Chute-à-Blondeau, village situé au sud d’Hawkesbury, le 6 mars dernier, où les agriculteurs ont dénoncé un projet qui les traverse sans les servir.
Mario Zanth, président des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) mène la charge : « Ça va couper notre comté en deux. À 300 km/h, il n’y a pas de passage à niveau possible. On crée des impasses partout pour que les Montréalais arrivent 20 minutes plus vite à Ottawa. C’est un cauchemar total. »
Celui qui est également maire de Clarence-Rockland s’inquiète également de la pression sur un réseau électrique déjà fragile : « Notre « grid » d’hydro manque déjà d’électricité, souvent. On va pomper notre énergie pour un train qui ne s’arrêtera même pas chez nous. »
Le tracé actuel englobe plusieurs municipalités de l’Est ontarien comme Hawkesbury, Vankleek Hill, Alfred et Plantagenet, Bourget ou encore Champlain. Photo : Capture d’écran Altotrain.ca
Le réseau s’étendra sur près de 1000 km, avec trois des sept arrêts prévus présentement se trouvent en Ontario. Photo : Capture d’écran Altotrain.ca
Le projet de TGV Alto mobilise actuellement un corridor d’étude de 10 km de large, première étape avant le rétrécissement progressif du tracé. Photo : Capture d’écran Altotrain.ca
L’élu, qui représente plusieurs municipalités potentiellement impactées par le tracé actuel, souhaite que le TGV soit situé le long des voies ferrées existantes. Mais, selon Alto, pour rouler à la vitesse prévue, le train exige des lignes droites quasi parfaites sans arrêts possibles dans l’Est ontarien, alors que la commande gouvernementale impose un maximum de sept arrêts pour la totalité de la ligne finale qui s’étendra de Québec à Toronto.
« Une voie ferrée pour VIA Rail ou pour des trains de marchandises peut se permettre des courbes beaucoup plus prolongées qu’un train à grande vitesse. Autant on veut suivre l’existant, autant à certains endroits, on devra emprunter un autre chemin pour limiter les courbes », répond M. Archambault.
Le spectre de Mirabel
Cette rigidité géographique inquiète les agriculteurs notamment l’Union nationale des fermiers de l’Ontario : « Les infrastructures linéaires peuvent altérer le drainage, perturber les déplacements des espèces sauvages, affecter l’habitat et créer des impacts cumulatifs durables sur le sol et l’eau. Un projet commercialisé comme respectueux du climat ne peut pas être autorisé à externaliser ses coûts sur les terres agricoles, les zones humides et la biodiversité ».
« Aujourd’hui, la crainte est technique : si le train fragmente une terre et brise les systèmes de drainage souterrains, c’est toute la productivité du champ qui meurt. »
— Renée-Claude Goulet
Renée-Claude Goulet, présidente de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), rappelle de son côté que la cicatrice du fiasco de Mirabel – une expropriation fédérale de 97 000 acres de terres agricoles près de Montréal en 1969 pour un projet aéroportuaire dont l’ampleur initiale n’a jamais été atteinte – n’est pas refermée.
Renée-Claude Goulet, présidente de l’UCFO, encourage ses membres à autoriser la collecte de données biologiques sur leurs terres pour influencer le tracé final. Photo : Inès Rebei/ONFR
« Les gens ont été brûlés par des expropriations massives. Aujourd’hui, la crainte est technique : si le train fragmente une terre et brise les systèmes de drainage souterrains, c’est toute la productivité du champ qui meurt. »
Elle souligne que pour un producteur, devoir faire un détour de 10 kilomètres avec sa machinerie parce qu’il ne peut plus traverser sa propre terre est une perte économique majeure.
« Désert de service » dans l’Est?
Le professeur Ika Lavagnon, expert en gestion de projet à l’Université d’Ottawa, confirme que sans station entre Ottawa et Montréal, l’Est ontarien subira ce qu’il appelle un « désert de service ».
« S’il n’y a pas de station, il n’y aura pas beaucoup d’activités économiques locales. On aura moins d’effets directs, mais on va avoir tous les désagréments », explique-t-il.
« On prend des projets européens et on les adapte tout croche. En Europe, le train sert les villages. Ici, il les ignore »
— Mario Zanth
Enfin, l’impact sur l’immobilier inquiète. M. Lavagnon confirme que la valeur foncière autour des futurs pôles et le long du tracé va grimper, risquant de transformer l’Est ontarien en une banlieue-dortoir inabordable pour les familles locales.
« C’est prouvé en science, le prix de l’immobilier a tendance à augmenter près des infrastructures structurantes. C’est une lame à deux tranchants. »
« On prend des projets européens et on les adapte tout croche. En Europe, le train sert les villages. Ici, il les ignore », pense de son côté M. Zanth.
Tout en saluant la volonté de rattraper le retard du Canada sur le G7, le professeur Ika Lavagnon prévient que la géographie d’îlots urbains séparés par de vastes zones rurales rend la rentabilité du modèle européen incertaine, limitant la valeur réelle du projet au gain de temps individuel. Photo : Université d’Ottawa
Vers plus d’échanges Ontario-Québec
Selon la société d’État, ce sont quelque 51 000 emplois qui seront créés au total, dont un bassin de 15 000 à 20 000 postes directs affectés spécifiquement à la phase de construction lourde et à l’ingénierie, tandis que le reste de la main-d’œuvre se déclinera en carrières permanentes liées à l’exploitation du réseau et en retombées indirectes massives pour les fournisseurs de matériaux de la région.
Sur le plan des affaires, le TGV promet de fluidifier les échanges entre les francophones des deux provinces, pense Pascale de Montigny, présidente du Regroupement des gens d’affaires (RGA) de la capitale. Elle entrevoit la création d’un « index spécialisé francophone » où les experts de Gatineau, Ottawa et Montréal circuleraient librement. Mais, malgré cela, des incertitudes demeurent.
« Présentement, on est dans le brouillard. On ne peut pas être contre la vertu, mais on attend de voir si le service sera réellement accessible pour nos PME », confie-t-elle.
« Si on crée une gare, c’est sûr que ça crée des emplois, des restaurants, des commerces. Mais pour l’instant, tout le monde est bien prudent », lance Pascale de Montigny, présidente de la RGA. Photo : Inès Rebei/ONFR
Elle remet d’ailleurs en question le choix d’une gare au cœur de la capitale, craignant que les travaux de tunnelage nécessaires ne ralentissent la cadence du TGV tout en alourdissant la facture.
À ses yeux, la gare actuelle du chemin Tremblay offre une alternative stratégique : elle est déjà reliée à l’O-Train – le réseau de train léger (LRT) d’Ottawa – permettant un accès rapide au centre-ville sans les coûts astronomiques d’un passage souterrain sous le noyau urbain dense.
Du côté de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), le TGV est perçu comme un levier de croissance pour le corridor Québec-Toronto. Son président, Dominic Mailloux, qualifie le projet de « facteur-clé de succès » pour la « multiplication des échanges » entre les deux provinces.
Concernant l’emplacement de la future gare de Toronto, Dominic Mailloux estime qu’une station au centre-ville de Toronto ou à proximité de l’aéroport Pearson constituerait deux options stratégiques, soulignant la connectivité internationale qu’offrirait un arrêt aéroportuaire. Source : Club canadien/X
Il souligne notamment l’importance de désengorger les liaisons vers Toronto, actuellement dominées par des corridors aériens saturés : « C’est une alternative peut-être un peu plus économique et aussi une option où les gens vont pouvoir travailler dans le train comparativement peut-être à l’avion », explique-t-il.
Pour la FGA, cette fluidité permettrait aux entrepreneurs de Toronto, d’Ottawa et de Montréal de faciliter leurs liens avec des « fournisseurs ou des clients de la province voisine ».
Prochain arrêt : Automne 2026
Pour M. Archambault, ce déluge de réactions n’est pas un désaveu, mais une feuille de route : « L’objectif était justement de confronter notre vision à la réalité du terrain afin de raffiner le projet d’ici l’automne prochain. »
Des groupes de citoyens opposés au projet ont vu le jour dès l’annonce du tracé prioritaire en décembre dernier. Photo : Gracieuseté d’Alie Howie
Le corridor d’étude passera alors de 10 kilomètres à seulement 1 kilomètre de large et une seconde phase de consultations aura lieu. Pour 90 % des propriétaires actuellement dans l’incertitude, le stress prendra fin, mais pour d’autres ce sera le début des négociations de « gré à gré ». Alto martèle que l’expropriation est un « dernier recours », privilégiant l’achat à valeur marchande.
Lundi, la société d’État et son partenaire privé Cadence annonçaient justement qu’ils commenceront bientôt à solliciter l’accès à certaines propriétés privées le long du corridor Ottawa‑Montréal pour collecter des données environnementales sur la faune, la flore, le sol et les cours d’eau, sans que cela signifie nécessairement que le tracé final du train passera par ces terrains.
La première pelletée de terre est espérée pour 2029 ou 2030, avec une mise en service complète du tronçon Montréal-Ottawa estimée à 2036.
TORONTO – Le budget 2026 de l’Ontario fait la part belle aux francophones, notamment sur le volet postsecondaire : le gouvernement accorde 10,8 millions de dollars de plus pour l’Université de Sudbury, portant son soutien total à 21,6 millions sur trois ans. Côté éducation, le diffuseur public TFO reçoit un investissement de 5 millions de dollars par année pendant trois ans pour créer des ressources d’apprentissage de langue française.
Parmi leurs neuf recommandations prébudgétaires adressées au ministère des Finances, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) réclamait « un financement structurant et différencié pour l’ensemble des établissements postsecondaires francophones et bilingues ».
Via le budget 2026, publié ce jour, le gouvernement de l’Ontario annonce « un investissement record » de 21,6 millions de dollars sur trois ans pour relancer les cours en français à l’Université de Sudbury, en partenariat avec l’Université d’Ottawa, ce qui inclut les 10,8 millions de dollars injectés en 2025.
« Cet investissement nous apporte de la clarté, de la prévisibilité, de la confiance », réagit Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury. Cet argent va nous permettre de continuer à déployer les programmes qu’on a lancés. On est satisfait et fier d’avoir produit des années de travail pour en arriver à ça. »
« Ce financement permettra d’élargir l’accès à une éducation postsecondaire en français de haute qualité dans le Nord de l’Ontario. L’objectif est d’aider davantage d’étudiants francophones à acquérir les compétences nécessaires (…) tout en répondant aux besoins de main-d’œuvre », a commenté un porte-parole du ministère.
5,5 milliards de dollars sont également mobilisés sur 10 ans pour l’infrastructure des établissements postsecondaire. Une somme de 242 millions de dollars pour rénovation et autres projets de modernisation a d’ailleurs été annoncée en février dernier, dont 20,5 millions répartis entre cinq établissements francophones, nous a confirmé le gouvernement : l’Université laurentienne, l’Université de Hearst, l’Université d’Ottawa, La Cité et le Collège Boréal.
Dans l’optique de stabiliser les finances en crise des universités, le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn, annonçait en février dernier injecter 6,4 milliards de dollars sur quatre ans, permettant notamment la création de 70 000 places supplémentaires dans des programmes à forte demande.
C’est dans ce même temps que les changements au régime du RAFEO et la fin du gel des frais de scolarité, qui font polémique, avaient été annoncés.
Éducation : 16 millions sur trois ans à TFO pour des ressources éducatives franco-ontariennes
Un nouvel investissement de plus de 5 millions de dollars par année pendant trois ans — pour un total de près de 16 millions — est accordé au diffuseur public francophone TFO.
L’objectif est « de créer des ressources d’apprentissage tenant compte de la langue française et de la culture francophone, visant à renforcer la disponibilité et la qualité des ressources éducatives en français culturellement adaptées, afin de soutenir l’enseignement et l’apprentissage partout en Ontario ».
Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Le ministère des Finances nous confirme qu’il appuiera les ressources numériques produites par le groupe média et alignées sur le curriculum, lesquelles sont diffusées via ses plateformes établies, notamment IDÉLLO, Boukili et Apprendre à la maison, tout en permettant la création d’une nouvelle programmation.
Il s’agissait là aussi d’une recommandation de l’AFO, qui réclamait toutefois une augmentation de son financement de base « quasi stagnant depuis plus d’une décennie ».
Si certaines mises en chantier étaient déjà connues pour 2026, quelques nouvelles écoles francophones sont annoncées : l’école élémentaire et secondaire catholique de langue française à Kemptville (417 élèves et 49 nouvelles places en service de garde agréé) ou encore l’école de langue française à Ajax (317 élèves et 49 nouvelles places en service de garde agréé).
La santé en français oubliée du budget
La santé en français est, elle, quasi absente de l’exercice financier, si ce n’est l’agrandissement de l’Équipe de santé familiale académique de Monfort à Ottawa, à laquelle 800 patients ont été jumelés en décembre 2025 – parmi les 75 nouvelles propositions d’élargissement des soins primaires en Ontario.
La demande de l’AFO d’intégrer une lentille francophone dans l’expansion des soins primaires « pour lever les obstacles structurels à l’accès à des soins primaires en français partout en province », n’a pour l’heure pas été entendue.
Un budget stable au ministère des Affaires francophones
Par rapport à l’année précédente, le budget global 2026 du ministère des Affaires francophones (MAFO) passe de 15 à 13,3 millions de dollars.
« L’augmentation en 2025-2026 était principalement attribuable à des initiatives temporaires, telles que la commémoration du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien et le financement accordé dans le cadre d’une entente fédérale-provinciale appuyant la prestation de services en français de qualité », explique un porte-parole du gouvernement.
Source : Budget de l’Ontario 2026 – Un plan pour protéger l’Ontario
Le financement de base du ministère des Affaires francophones demeure constant.
L’investissement temporaire de 2026-2027 représente un financement destiné à appuyer l’entente fédérale-provinciale visant à accroître la prestation de services en français (développement de programmes de formation bilingues, amélioration des débouchés économiques pour les entreprises francophones et mesures de soutien en langue française dans les communautés).
La Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) reçoit, elle, un soutien financier de 750 000 dollars sur trois ans.
Le retour à l’équilibre repoussé d’un an
Au-delà des mesures directes en faveur du postsecondaire et des francophones, ce budget déficitaire à hauteur de 13,8 milliards de dollars en 2026-27 contient plusieurs investissements majeurs dans l’industrie automobile, l’énergie nucléaire, l’innovation, les minéraux critiques, ou encore la foresterie.
« Nous investissons dans les priorités stratégiques tout en réduisant la bureaucratie et en créant les conditions propices à la croissance des entreprises », plaide le ministre des Finances.
Le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, s’adresse aux médias le jour du dépôt du budget. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Dans son document de 230 pages, Peter Bethlenfalvy consolide la formation pour les travailleurs victimes des tarifs américains, allège l’impôt sur le revenu des sociétés pour les petites entreprises et met sur pied un fonds d’investissement de régime de retraite.
Sur le plan de la santé, le gouvernement bonifie ses programmes de soins primaires et de services en matière d’autisme, en même temps qu’il confirme huit projets hospitaliers, dont le campus civique de l’Hôpital d’Ottawa, faisant partie d’un plan plus large de 64 milliards de dollars sur dix ans pour moderniser une cinquantaine d’hôpitaux.
Conjuguées à une croissance stable, ces dépenses conduisent donc le gouvernement à reporter d’un an le retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2028-2029, avec une réserve financière de 1,5 milliard de dollars pour 2026.
La cheffe néo-démocrate a attribué une note générale de « zéro » au budget 2026 de l’Ontario, sur la base de cinq critères tels que l’abordabilité. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« Ce budget échoue à répondre aux priorités de l’Ontario, a réagi la cheffe de l’opposition, Marit Stiles. Les jeunes et les familles peinent avec des loyers exorbitants, moins d’opportunités et des coûts en forte hausse. Le budget 2026 était une occasion d’apporter espoir et soulagement à notre province en ce moment difficile. »
Selon les calculs du NPD, cet exercice financier imposerait des coupes de 347 millions de dollars dans le logement et de 69 millions dans le secteur postsecondaire. Mme Stiles déplore le fait que le gouvernement privilégie des projets de « vanité » au détriment des services essentiels comme l’éducation et la santé.
Cinq autres chiffres à retenir
Innovation : 26 millions sur trois ans sont alloués aux programmes et instituts de recherche
Autisme : le programme ontarien est bonifié pour atteindre près d’1 milliard de dollars
Soins primaires : le plan d’action passe à 3,4 milliards de dollars de 2025 à 2029
Garderies : l’entente fédérale est prolongée d’un an, assortie de 3,6 milliards de dollars
Sport : l’infrastructure des sports et loisirs se voit bonifiée de 300 millions de dollars sur six ans
Cet article a été mis à jour le 27 mars à 12h00 afin de préciser le montant de 5 millions de dollars octroyé au média TFO : il s’agit d’un peu plus de 5 millions par année sur trois ans, soit un montant de presque 16 millions.
OTTAWA — Le drapeau, la poutine râpée et d’autres symboles acadiens pourraient éventuellement être interdits dans les écoles des Maritimes, ont entendu les juges de la Cour suprême, jeudi, dans le cadre de la cause sur la Loi 21. Le juge en chef Richard Wagner n’a toutefois pas semblé apprécier l’utilisation de ces « exemples extrêmes » par l’un des nombreux intervenants francophones venus plaider contre de possibles dangers d’une décision qui affaiblirait les droits des minorités linguistiques.
Jeudi était la dernière journée d’audiences dans le cadre de la contestation de la Loi 21 du Québec, qui interdit le port de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité, comme les professeurs ou les policiers.
Plusieurs groupes de défense des minorités francophones intervenaient dans le cadre de la cause qui pourrait avoir des répercussions sur les écoles francophones. En effet, la Commission scolaire English-Montreal conteste l’imposition de la Loi sur la laïcité de l’État du Québec dans ses établissements, jugeant que cela contrevient à son droit de gestion de ses écoles, garanti par l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
La Cour d’appel du Québec avait statué que le gouvernement était en droit d’imposer l’interdiction du port de signes religieux, alors que les commissions scolaires anglophones plaident que cette mesure relève de leur compétence. Les intervenants francophones considèrent que maintenir une telle décision pourrait affaiblir les droits de gestion des conseils scolaires francophones hors Québec au profit des gouvernements provinciaux.
À la Cour suprême, l’avocat de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Dominic Caron, a mis en garde contre la possibilité qu’un gouvernement néo-brunswickois ou des Maritimes puisse aller jusqu’à retirer « les œuvres d’art visuel acadien des écoles de langue française, les drapeaux acadiens des écoles de langue française, les mets traditionnels acadiens ou proscrire les fameux tintamarres acadiens ».
« Selon toute interprétation de la garantie culturelle de l’article 23 qui exige un lien d’abord avec la langue, il serait permis d’adopter une telle loi ou un tel règlement, car ces aspects culturels ne seraient pas protégés par l’article 23 de la Charte », a soutenu M. Caron durant son intervention de cinq minutes.
Ces exemples n’ont pas semblé convaincre le juge en chef Richard Wagner, qui a interrompu l’avocat pour le mettre en garde contre l’utilisation « des exemples extrêmes ».
« Je ne pense pas que nous allons disposer d’un dossier en utilisant des scénarios extrêmes », a-t-il lancé à l’intention de l’avocat de la SANB, ajoutant que la question à laquelle fait face la Cour n’était pas de déterminer si l’article 23 protège la langue et la culture, mais plutôt si la religion doit y être incluse.
Le juge en chef de la Cour suprême du Canada, Richard Wagner. Crédit image : LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld
L’avocat de la SANB a poursuivi son intervention en mentionnant le risque que le maintien de la décision de la Cour d’appel du Québec puisse permettre à un gouvernement provincial de bannir « le port du drapeau acadien par les enseignants sur leurs vêtements au travail », car le drapeau ne « serait pas protégé par l’article 23, puisqu’il n’y aurait pas de lien avec la langue ». La SANB craint aussi que si la Cour suprême restreint la portée de l’article 23, cela mette en péril « le projet de société dont s’est dotée la communauté acadienne au Nouveau-Brunswick » par l’entremise de ses écoles.
À noter que ce n’est pas la première fois cette semaine, dans le cadre des audiences, que les juges ont paru surpris ou ont contesté les interventions des différentes parties. Le juge en chef Richard Wagner s’est également indigné, mercredi, de l’argument avancé par une organisation représentant les groupes anglophones au Québec selon lequel ils seraient davantage touchés par la Loi 21 parce que la communauté anglophone est plus diversifiée.
« Je ne pense pas que la communauté anglophone ait le monopole de la diversité », avait lancé le juge en chef Richard Wagner, qualifiant ces propos de « presque scandaleux ».
Intervention des écoles francophones publiques de l’Ontario
En plus de la SANB, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), le Commissariat aux langues officielles (CLO) et la Commission nationale des parents francophones (CNPF) ont présenté leurs argumentaires devant le banc de sept juges de la Cour suprême.
L’intervention d’Érik Labelle-Eastaugh, avocat de l’ACÉPO, a porté principalement sur les échanges de lundi entre la commission scolaire English-Montreal et les juges. Ces échanges avaient notamment soulevé des questions auprès des avocats de la commission scolaire, qui argumentaient que la Loi 21 enfreignait les préoccupations culturelles de la communauté anglophone.
Il a notamment appelé la Cour suprême à suivre la « logique » de décisions qu’elle a rendues, comme les causes Mahé c. Alberta en 1990 et Arsenault-Cameron c. Île-du-Prince-Édouard en 2000. Ces deux jugements ont renforcé le droit de gestion des écoles par et pour les francophones.
Soutenant que les minorités linguistiques « sont de plus en plus diversifiées sur le plan ethnoculturel et religieux », l’avocat de l’ACÉPO avance que « la gestion de cette diversité dans une perspective d’intégration à l’identité culturelle » est donc « un enjeu majeur » pour les écoles de la langue de Molière.
« Les gouvernements et les tribunaux devraient s’en remettre au jugement de la minorité, du moins dans un premier temps, comme cette Cour l’a fait. Cette même logique indique également, à l’inverse, qu’il faut éviter l’adoption d’un critère qui subordonne l’identité de la minorité aux perceptions subjectives du gouvernement ou des tribunaux », ajoute Érik Labelle-Eastaugh.
L’avocate du Commissariat aux langues officielles, Isabelle Hardy, a invoqué un argument similaire, plaidant que la décision de la Cour d’appel du Québec « déplace les balises et a limité le droit de gestion et de contrôle lui-même, ce qui est contraire à l’article 23 et à l’interprétation de longue date de cette disposition ».
La juriste de la CNPF, Julie Mouris, a dit de son côté partager la crainte qu’une lecture restrictive de l’article 23 par la Cour suprême dans ce dossier pourrait avoir « pour effet de restreindre le pouvoir de gestion et de contrôle, notamment dans la catégorie de l’embauche des enseignants ».
La décision, dont la date de prononcé reste inconnue, devrait logiquement prendre plusieurs mois. Cette audience s’est tenue sans les juges Mahmud Jamal et Mary Moreau.
OTTAWA — Le Commissariat aux langues officielles (CLO) indique avoir reçu près de 2000 plaintes en lien avec la vidéo de condoléances unilingue du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau. Ce dernier s’est d’ailleurs excusé, jeudi matin, pour son allocution prononcée uniquement en anglais.
Près de 72 heures après son message vidéo, le Commissariat aux langues officielles (CLO) continue d’accumuler les plaintes avec 1808 plaintes reçues en date de jeudi après-midi 13 h 00. Le CLO précise être toujours à l’étape de l’analyse « pour déterminer si elles sont recevables ».
Ce n’est pas la première fois qu’un discours de Michael Rousseau attire l’attention pour l’absence de français. En novembre 2021, son allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prononcée quasi exclusivement en anglais, avait fait l’objet de 2680 plaintes.
La polémique actuelle a pris de l’ampleur après que le dirigeant a enregistré une vidéo de près de quatre minutes où il ne prononce que les mots « bonjour » et « merci » dans la langue de Molière. Il s’adressait au public à la suite d’une collision survenue dimanche soir à l’aéroport LaGuardia, à New York, qui a coûté la vie à deux pilotes d’Air Canada, dont un francophone.
À l’instar de M. Carney, plusieurs ministres et députés fédéraux ont pressé le conseil d’administration de l’entreprise de réagir. Le ministre Joël Lightbound a notamment invité M. Rousseau à faire « un sérieux examen de conscience ».
Michael Rousseau présente ses excuses
Plus tôt jeudi matin, le PDG d’Air Canada a présenté ses excuses par voie de communiqué. Il a admis que malgré « un grand nombre de leçons au fil des années, je demeure incapable de m’exprimer adéquatement en français », tout en précisant qu’il poursuit ses efforts pour s’améliorer.
« Je suis profondément attristé que mon incapacité à m’exprimer en français ait détourné l’attention du profond deuil des familles et de la grande résilience des employés d’Air Canada, qui font preuve d’un professionnalisme hors pair durant les événements des derniers jours », a-t-il déclaré.
Ce dernier avait pourtant promis d’apprendre le français en 2021, à la suite de la controverse de la Chambre de commerce. Air Canada figure, année après année, au sommet de la liste des plaintes dans les rapports du commissaire aux langues officielles. L’ancien commissaire, Graham Fraser, avait d’ailleurs consacré un rapport spécial sur le transporteur en 2016.
TORONTO – À la veille du dépôt de son budget 2026, le gouvernement Ford annonce que les acheteurs de logements neufs bénéficieront d’un remboursement total de la TVH (13 %) allant jusqu’à 130 000 $, et ce, pour une durée d’un an. Grâce à un partenariat avec le fédéral, cette mesure représente un investissement provincial de 1,4 milliard de dollars.
Le gouvernement Ford a confirmé ce matin la suppression de la totalité de la taxe de vente harmonisée (TVH) de 13 % pour les acheteurs admissibles.
Le nouveau remboursement maximal s’élève à 130 000 $ pour les habitations neuves d’une valeur allant jusqu’à 1,5 million de dollars. Le montant diminue ensuite progressivement pour atteindre un plancher de 24 000 $ pour les propriétés de 1,85 million de dollars et plus.
Le gouvernement fédéral de Mark Carney emboîte le pas en acceptant de couvrir sa portion de 5 %, portant le total des allègements fiscaux combinés à 2,2 milliards de dollars, dont l’investissement provincial de 1,4 milliard de dollars.
Avec cette injection de fonds, la province espère générer « 8000 mises en chantier supplémentaires l’année prochaine, soutenir jusqu’à 21 000 emplois et stimuler la croissance du PIB de l’Ontario de 2,7 milliards de dollars ».
« Grâce à la bonification et à l’élargissement des remboursements de la TVH, nous favorisons l’accessibilité à la propriété tout en apportant un allégement aux familles ontariennes au moment d’effectuer l’une des transactions financières les plus importantes de leur vie », a déclaré Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances.
Cette mesure temporaire sera en vigueur du 1er avril 2026 au 31 mars 2027. Elle s’inscrit dans la foulée des initiatives précédentes visant à rembourser la TVH aux premiers acheteurs et pour les nouveaux immeubles résidentiels locatifs.
De condo à appartement locatif
Par ailleurs, la province a annoncé la veille un investissement de 300 millions de dollars pour convertir 2200 condominiums invendus en logements locatifs à long terme dans la région du Grand Toronto. Ce projet pilote, réalisé en partenariat avec High Art Capital, vise à débloquer des unités qui risqueraient autrement de rester vacantes en raison de l’incertitude économique.
Sur l’ensemble de ces unités, 550 logements seront réservés au volet abordable, avec des loyers fixés à 25 % sous le prix du marché ou à un montant ne dépassant pas 30 % du revenu médian des ménages dans la région du Grand Toronto, selon le montant le moins élevé.
Le Fonds ontarien pour la construction mobilisera environ 733 millions de dollars supplémentaires sous forme de prêts auprès d’autres investisseurs. Le Fonds prévoit conserver la propriété des unités pendant au moins cinq ans. À l’issue de cette période, les unités seront vendues et le prêt via le Fonds sera remboursé.
La ville de Sudbury est-elle un tremplin ou une impasse? On demande aux étudiants et professeurs du Collège Boréal ce qui les retient dans le Nord ou ce qui les pousserait vers le Sud.
LILLEHAMMER (NORVÈGE) – Loin de la grisaille des récents Jeux olympiques de Milan-Cortina, Valérie Grenier a retrouvé la lumière ce mercredi. En s’imposant lors du dernier slalom géant de la saison, la Franco-Ontarienne a su transformer ses doutes olympiques en une victoire magistrale.
Valérie Grenier a construit son succès grâce à une régularité chirurgicale sur la piste d’Hafjell. Dès la première manche, elle a frappé fort! Avec un chrono de 1:07,90, l’Ottavienne a pris la tête. Lors de la seconde, sur une neige de printemps qu’elle affectionne particulièrement, elle a su garder ses trajectoires pour boucler l’épreuve avec un temps combiné de 2:16,79. Cette maîtrise lui a permis de devancer Mina Fuerst Holtmann de 43 centièmes et Julia Scheib de 57 centièmes.
Effacer les cicatrices de Cortina
Cette victoire signe un retour au premier plan après un mois de février qui avait laissé l’athlète franco-ontarienne sur sa faim. En Italie, le rêve olympique avait tourné court : une 13e place décevante en géant, une disqualification frustrante en descente et une sortie de piste (DNF) en super-G. Avec ce succès, le regard est tourné vers l’avenir.
« J’ai vraiment aimé ça, c’était très amusant… C’est une excellente façon de terminer la saison et ça me donne encore plus faim pour la saison prochaine. Je veux continuer à m’améliorer », a confié la championne après la course.
Une première en dehors de la Slovénie
Ce succès en Norvège marque le troisième triomphe de Valérie Grenier en Coupe du monde, tous obtenus en slalom géant. Elle renoue ainsi avec les sommets après ses deux victoires historiques sur la mythique piste de Kranjska Gora, en Slovénie, où elle s’était imposée consécutivement en janvier 2023 puis en janvier 2024.
Grâce à cette performance, la skieuse native de Saint-Isidore termine la saison au septième rang mondial du classement de slalom géant. Alors que Julia Scheib s’empare du petit globe de la spécialité et que Mikaela Shiffrin décroche son sixième gros globe, c’est bien la résilience de la Canadienne qui aura marqué cette finale norvégienne.
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney s’est dit « déçu » du PDG d’Air Canada Michael Rousseau, lui qui a livré un message uniquement en anglais pour offrir ses condoléances à la suite du décès de deux pilotes à l’aéroport de LaGuardia dimanche soir.
« Je suis tellement déçu par le message vidéo du PDG d’Air Canada. Il manque de jugement et de compassion », a soutenu le premier ministre mercredi matin au Parlement, rappelant qu’Air Canada a le mandat de respecter la Loi sur les langues officielles en tout temps.
Mardi, le comité des Langues officielles a convoqué M. Rousseau pour qu’il vienne s’expliquer pendant une heure au plus tard le 1er mai. M. Carney a indiqué qu’il suivrait de près « ses commentaires devant le Comité des langues officielles » ainsi que « les commentaires du Conseil d’administration » de l’entreprise.
« J’espère qu’il présentera des justifications, bien que je ne pense pas qu’il y en ait pour de telles situations », a affirmé de son côté le ministre des Langues officielles, Marc Miller. « Ce n’est pas la première fois qu’on lui mentionne qu’il devrait s’exprimer en français », déplore-t-il.
M. Rousseau avait promis d’apprendre le français en 2021. Crédit image : Capture d’écran ParlVu.
Le PDG d’Air Canada est à nouveau pris dans une polémique linguistique depuis lundi avec sa vidéo de près de quatre minutes où il ne prononce que « merci » et « bonjour » dans la langue de Molière. L’entreprise a expliqué que M. Rousseau a voulu « enregistrer un message en priorité avant de partir pour le site de l’accident ».
« Malgré ses efforts, ses capacités à s’exprimer en français ne lui permettent pas de communiquer, comme il le souhaiterait, un message aussi délicat dans cette langue », a déclaré un porte-parole de l’entreprise, Christophe Hennebelle.
À Québec, le premier ministre François Legault et des membres de son gouvernement ont demandé la démission de M. Rousseau. Appelé à commenter de possibles appels à la démission, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a plutôt lancé la balle aux actionnaires et au conseil d’administration de l’entreprise privée. Son collègue aux Services publics, Joël Lightbound, a de son côté invité M. Rousseau à faire « un sérieux examen de conscience », ajoutant que l’on « s’attendait à mieux de sa part ».
En date de mercredi, à 13 h (HE), le Commissariat aux langues officielles (CLO) indiquait avoir recueilli 795 plaintes au sujet de la vidéo de M. Rousseau, et il y a fort à parier que ce nombre augmentera dans les prochains jours. Il s’agit d’une hausse de plus de 700 plaintes en moins d’une journée, alors que le décompte s’élevait à 84 mardi après-midi, selon les chiffres transmis par le CLO.
Ce n’est pas la première fois qu’un discours uniquement en anglais de Michael Rousseau attire l’attention. Celui de novembre 2021 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prononcé quasi exclusivement en anglais, avait attiré un nombre record de milliers de plaintes au Commissariat aux langues officielles.
TORONTO – Une motion adoptée en 2021 au Comité consultatif des affaires francophones de Toronto et ensuite au Conseil municipal en faveur de l’adhésion de la ville de Toronto à l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) semble être passée à la trappe. Alors que s’ouvre ce mercredi à Sudbury, le Congrès annuel de l’AFMO, les membres continuent de courtiser la Ville Reine, qui tarde à répondre à l’appel.
En raison de coupes au sein de son conseil municipal, la ville est sortie de l’AFMO il y a huit ans, après en avoir été membre pendant près de 30 ans. Toutefois, une motion adoptée en 2021 pour la faire adhérer à nouveau semble être restée au stade de recommandation. Alors, que s’est-il passé?
Ayant pris les rênes de l’association un an après l’adoption de la motion en question, l’actuelle présidente de l’AFMO, Michelle Boileau qui occupe également les fonctions de maire de Timmins, affirme qu’à ce jour, l’AFMO n’a reçu aucune cotisation de Toronto depuis 2017.
Michelle Boileau est présidente de l’AFMO depuis septembre 2023. Photo : Inès Rebei/ONFR
L’ancien président de l’AFMO, Roger Sigouin, qui dirige la ville de Hearst, croit que la métropole ne voulait pas contribuer à l’AFMO au montant qui lui avait été fixé. « Dans le temps, la ville payait environ 20 000 $ à l’AFMO. Tout à coup, elle nous a annoncé son intention de payer 5000 $ ». Il explique que les cotisations sont calculées proportionnellement à la taille des municipalités et donc qu’un montant de 5000 $ n’est pas équitable vis-à-vis d’autres villes comme Ottawa ou Windsor.
Le français : une langue qui exclut?
La présidente du Comité des affaires francophones de Toronto et conseillère municipale, Alejandra Bravo, affichait une grande confiance lors de l’adoption de la motion d’adhésion à l’AFMO présentée en 2021. Cinq ans plus tard, cette adhésion ne s’est toujours pas concrétisée. Son bureau n’a pas souhaité répondre à nos questions. « Les discussions concernant l’adhésion entre Toronto et l’AFMO sont en cours, et la Ville n’est pas en mesure de divulguer les détails des négociations passées ou actuelles pour le moment », précise son bureau de communication.
Sous un autre angle, le maire de Moonbeam, Luc Léonard, pense que le flou quant à l’adhésion de Toronto repose sur une question linguistique. « Même dans le nord, on a des municipalités dont les maires sont unilingues anglophones, tout comme Mme Chow. Donc même s’ils participent à nos réunions, ils ne pourront pas comprendre. »
Le maire de Champlain, Normand Riopel, soutient également qu’une fracture culturelle pourrait entrer en jeu : « Toronto est très multiculturelle et les élus sont parfois formés dans une langue différente avec l’anglais comme deuxième langue. Alors si on ajoute le français, ça pourrait ajouter une difficulté. »
Par le passé, l’adhésion de Toronto reposait largement sur la bonne volonté d’élus francophones prêts à défendre le projet, comme la députée actuelle du Parti libéral du Canada, Jennifer McKelvie qui a occupé à l’époque les fonctions de mairesse par intérim.
Toronto laisse sa chaise vide au congrès
Bien que la venue d’une ville de cette taille puisse donner du poids à l’organisme et multiplier les opportunités de collaborations, le retour de la Ville Reine demeure incertain.
Alors que se déroule à Sudbury le congrès de l’AFMO, après un report en septembre en raison d’une restructuration, certains maires n’hésitent pas à afficher leur désir de voir la grande ville se joindre à eux.
Une telle adhésion pourrait encourager le gouvernement à financer l’Association française des municipalités de l’Ontario et à améliorer les services en français dans les municipalités. Chaque année, le processus d’adhésion nécessite généralement une résolution du conseil municipal.
OTTAWA — Le ministre et des hauts fonctionnaires de Sécurité publique Canada sont convoqués en comité parlementaire. Ils devront fournir des explications concernant un fonctionnaire fédéral de leur ministère qui a été victime d’intimidation après avoir sollicité des documents en français.
Les élus des trois partis du Comité des langues officielles ont adopté à l’unanimité, mardi, une motion du député bloquiste Mario Beaulieu, ce dernier soutenant qu’il y a « un problème de culture à Sécurité publique Canada ». La motion atteste « qu’il est totalement inacceptable qu’un employé se sente menacé, discriminé ou intimidé parce qu’il souhaite déposer une plainte. »
« Se faire intimider pour avoir simplement demandé des documents en français, c’est inacceptable. Nous sommes en 2026, dans un pays bilingue », n’en revient pas le député conservateur Joël Godin.
Cela fait suite à un texte que nous avions publié sur une enquête du commissaire aux langues officielles, qui révélait qu’un fonctionnaire fédéral avait été intimidé après avoir indiqué qu’il entendait porter plainte pour faire respecter ses droits linguistiques. L’événement en question remonte à septembre 2023.
L’employé a demandé à plusieurs reprises, dans le cadre de ses fonctions, des documents qui auraient dû être fournis en français, mais qui ne l’étaient pas. Non seulement le Commissariat aux langues officielles (CLO) a établi une violation des droits linguistiques de l’employé, mais il a également jugé « qu’il y avait des motifs raisonnables de croire que la personne avait subi de l’intimidation » de la part de son gestionnaire.
Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, ses hauts fonctionnaires, le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali, ainsi que la future commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, prendront part à cette étude. Conformément au libellé de la motion, l’étude nécessitera au moins deux séances.
La présidente de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, Sharon DeSousa, dont le syndicat représente les employés de Sécurité publique Canada, est aussi convoquée. L’étude aura lieu à une date ultérieure.
OTTAWA – Le PDG d’Air Canada Michael Rousseau devra s’expliquer devant les élus à Ottawa pour sa vidéo uniquement en anglais où il offrait ses condoléances aux familles des deux pilotes qui ont perdu la vie lors d’une collision à l’aéroport LaGuardia dimanche soir à New York.
Le Comité des Langues officielles a adopté de façon unanime mardi en fin d’après-midi une motion visant à faire témoigner ultérieurement M. Rousseau pendant une heure pour qu’il vienne s’expliquer.
Lundi, dans une allocution diffusée sur les réseaux sociaux de la compagnie, Michael Rousseau a confirmé le décès des deux employés. Il a également présenté ses condoléances aux familles et a assuré qu’Air Canada collaborera aux enquêtes menées par les autorités.
« Bonjour » au début du message et « merci » à la fin sont les deux seuls mots dans la langue de Molière qu’a prononcés le PDG de la compagnie aérienne assujettie à la Loi sur les langues officielles.
Michael Rousseau, président et chef de la direction d'Air Canada, fait une déclaration vidéo au sujet du tragique accident impliquant le vol Air Canada Express AC8646 : pic.twitter.com/v9zbLH3g62
Cette allocution a été dénoncée à Ottawa par le gouvernement et les partis de l’opposition. Interrogé sur le caractère acceptable de la situation, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a répondu par la négative, ajoutant que « je m’attends à ce qu’ils (Air Canada) remplissent leurs obligations ».
« Air Canada, ils savent mieux que ça. Ils ont une responsabilité : communiquer avec l’ensemble de la population et leurs intervenants dans les deux langues officielles », a-t-il dit mardi avant une réunion du conseil des ministres au Parlement.
Son collègue, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a exprimé le souhait que M. Rousseau « s’exprime plus souvent en français ».
Les deux pilotes décédés de Jazz Aviation (un transporteur pour Air Canada) sont Antoine Forest, un Québécois, et Mackenzie Gunther, un diplômé du collège Seneca Polytechnic à Toronto. Ils ont perdu la vie après que leur avion est entré en contact avec un camion de pompiers sur le tarmac de l’aéroport new-yorkais. (Photo AP/Seth Wenig)
Pas « les capacités » de s’exprimer en français, justifie Air Canada
Dans une déclaration, Air Canada soutient que son PDG, « malgré ses efforts, ses capacités à s’exprimer en français ne lui permettent pas de communiquer, comme il le souhaiterait, un message aussi délicat dans cette langue ».
« Dans les circonstances dramatiques de l’accident du vol AC8646, M. Rousseau a tenu à s’adresser en personne à nos clients, nos employés et ceux de Jazz, leurs familles et tous ceux qui étaient touchés de près ou de loin. Il a donc enregistré un message en priorité avant de partir pour le site de l’accident », a indiqué un porte-parole de la compagnie aérienne.
Est-ce que M. Rousseau devrait démissionner? À cette question, le député conservateur Joël Godin préfère ne pas s’avancer, il ajoute « je serais très mal à l’aise d’être à sa place aujourd’hui ».
« Il ne semble pas être affecté et démontre encore une fois qu’il se fout du français au Canada », a-t-il déploré quelques instants avant le début du comité.
« C’est presque de la provocation, s’est insurgé de son côté le député bloquiste Mario Beaulieu en comité mardi. C’est rire du monde, ça n’a pas de bon sens. On peut confronter M. Rousseau, mais c’est vraiment déplorable qu’on n’ait pas de moyens d’agir ».
Le député acadien Guillaume Deschênes-Thériault a aussi soutenu que le haut dirigeant de la compagnie aérienne « a manqué de sensibilité envers les francophones ».
« Dans des moments de crise ou des moments aussi importants que la tragédie que nous avons vécue, il est tout à fait inacceptable de s’exprimer uniquement en anglais », soutient-il.
Les députés ont également prévu une deuxième heure de séance pour entendre des experts. L’objectif est de trouver des moyens législatifs permettant au gouvernement d’intervenir concernant le sort du président d’Air Canada, indique le texte de la motion.
Près d’une centaine de plaintes
Le Commissariat aux langues officielles nous a indiqué avoir reçu, en date de mardi après-midi, 84 plaintes au sujet du message de condoléances, confirmant aussi qu’il allait analyser les plaintes pour déterminer si elles sont recevables.
Ce n’est pas la première fois qu’un discours seulement en anglais de Michael Rousseau attire l’attention. Celui de novembre 2021 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prononcé quasi exclusivement en anglais, avait attiré un nombre record de milliers de plaintes au Commissariat aux langues officielles du Canada.
Après ce discours, le président de la compagnie canadienne avait aussi provoqué l’indignation en affirmant qu’il avait pu vivre à Montréal pendant 14 ans sans parler français, un fait qu’il jugeait « tout à l’honneur de Montréal ».
Par la suite, ce dernier s’est engagé à apprendre le français, mais en octobre 2025, la compagnie soutenait que son plus haut dirigeant avait un français toujours « limité ».
Air Canada reçoit régulièrement des plaintes concernant son service en français et en anglais, la compagnie aérienne étant une abonnée constante des rapports annuels du commissaire aux langues officielles.
NORTH BAY – Après des années de revendications et plusieurs tentatives infructueuses, la Ville de North Bay a procédé lundi soir au premier lever permanent du drapeau franco-ontarien devant son hôtel de ville. Un geste hautement symbolique pour la communauté francophone locale, qui y voit à la fois une reconnaissance attendue et un point de départ pour l’avenir.
C’est sous un ciel froid et dégagé que plusieurs dizaines de personnes et quelques dignitaires étaient rassemblés lundi soir devant l’hôtel de ville pour assister au lever officiel du drapeau franco-ontarien, non loin de la voiture qui en porte les couleurs présente spécialement pour l’occasion.
« C’était un rêve de mon père de voir le drapeau flotter en permanence à l’hôtel de ville de North Bay », a rappelé à ONFR avant la cérémonie, Nathalie Dupuis, fille de Michel Dupuis, cocréateur du drapeau franco-ontarien avec Gaétan Gervais.
Nathalie Dupuis est la fille de Michel Dupuis, qui a cocréé le drapeau franco-ontarien. Photo : Dominique Demers/ONFR
Celle qui fut accompagnée de ses deux fillettes pour lever le drapeau, a confié, non sans émotion qu’« il serait extrêmement fier de voir son drapeau flotter en permanence ».
Même son de cloche du côté d’Anne Brûlé, directrice adjointe au secteur culturel des Compagnons des francs loisirs.
« C’est un vrai moment historique pour la communauté. Nous le voyons de façon très positive. C’est un sentiment d’accomplissement et de fierté collective. De le voir se réaliser, c’est vraiment quelque chose de spécial. »
« Un drapeau, ce n’est pas juste un geste anodin. Ce n’est pas seulement une cérémonie, c’est profondément humain », a affirmé de son côté, la députée libérale fédérale de Nipissing—Timiskaming Pauline Rochefort, évoquant un moment « où l’on dit clairement que la communauté francophone est la bienvenue, qu’elle est appréciée et qu’elle a sa place ici ».
Celle qui était également l’ex-mairesse de la commune voisine d’East Ferris a aussi souligné que cette reconnaissance s’inscrit dans une ouverture plus large, rappelant que North Bay est « une ville ouverte au monde », où « la diversité n’est pas un défi, mais une force ».
De gauche à droite, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Pauline Rochefort, députée libérale fédérale de Nipissing—Timiskaming et le député du Nouveau-Brunswick Guillaume Deschênes-Thériault, représentant du Comité permanent des langues officielles et président du Caucus libéral pour les langues officielles. Photo : Dominique Demers/ONFR.
Une demande de longue date
Ce souhait de faire flotter le drapeau de façon continue n’est pas nouveau. Selon les Compagnons, des démarches avaient déjà été entreprises par le passé, sans succès. « Il y a eu des tentatives au cours des quinze dernières années, mais le conseil municipal avait refusé. »
Malgré ces refus, l’idée est demeurée présente au sein de la communauté, portée à la fois par des citoyens et des organismes locaux qui avaient envoyé une vingtaine de lettres d’appui à la démarche.
Le maire de North Bay, qui s’est excusé de ne pas maîtriser la langue de Molière pendant son discours, se dit conscient du fait que le projet a nécessité du temps. « C’est quelque chose que j’appuie depuis les premières discussions, il y a environ deux ans », indique Peter Chirico, évoquant un processus qui a comporté « plusieurs étapes à franchir » avant d’aboutir.
« C’est une occasion de se remémorer l’importance de préserver et célébrer la culture et la langue française pour les générations à venir, et c’est ce drapeau qui flotte de manière permanente devant l’hôtel de ville en sera le testament pour toujours », s’est exclamé Peter Chirico, maire de North Bay, lors de son allocution. Photo : Dominique Demers/ONFR
« C’est important de reconnaître la contribution de la communauté francophone à notre ville et à la province », ajoute-t-il en amont de l’événement, estimant qu’il s’agit d’un geste attendu. « C’est quelque chose qui aurait dû être fait depuis longtemps. »
Pour Anne Brûlé, ces éléments ont contribué à rouvrir le dossier. « On a profité du 50e anniversaire pour relancer la discussion », a-t-elle indiqué en entrevue avec ONFR.
C’est finalement en juillet dernier que le conseil municipal de North Bay a fini par adopter, à l’unanimité, la résolution permettant le lever officiel du drapeau franco-ontarien.
Une chorale a offert une prestation en direct du chant « Mon beau drapeau » pendant le lever. Photo : Dominique Demers/ONFR
Aller encore plus loin
Au-delà de l’échelle municipale, la présence du drapeau est également perçue comme un geste porteur pour l’ensemble de la francophonie ontarienne.
Ayant fait le déplacement depuis Hearst, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, a souligné la portée symbolique de l’initiative. « Ça démontre la place que la francophonie a à North Bay et en Ontario », affirme-t-il.
Il rappelle que les revendications liées à la reconnaissance des francophones ne datent pas d’hier. « Depuis les années 1980, il y a eu beaucoup de revendications des communautés francophones partout en province », note-t-il.
Le public a été invité à déguster des pâtisseries aux couleurs franco-ontariennes et à signer un mémoire en amont de la cérémonie à l’hôtel de ville. Photo : Dominique Demers/ONFR
Dans ce contexte, la décision de North Bay est accueillie, selon lui, comme « une réjouissance » par la communauté qui compte environ 11 % de personnes dont la première langue officielle parlée est le français.
De son côté, Mme Dupuis estime par ailleurs que cette initiative pourrait ouvrir la voie à d’autres avancées. « On espère que ça encouragera la municipalité à aller encore plus loin », dit-elle, notamment en matière de services et de prise en compte de la réalité francophone.
Pour Anne Brûlé, la cérémonie constitue d’ailleurs « une belle façon de terminer le Mois de la francophonie », dans une ville où la présence francophone est jugée significative.
TORONTO – La reprise parlementaire à Queen’s Park s’ouvre sous haute tension. Alors que les attaques fusent contre les changements au régime d’aide financière des étudiants (RAFEO), le gouvernement Ford annonce sa mainmise sur l’aéroport Billy Bishop de Toronto. Les partis d’opposition sont unanimes : Doug Ford ne met pas les priorités là où il le devrait.
Un retour en chambre qui met en relief les tensions des dernières semaines. Avec les changements apportés au RAFEO et le dégel des frais de scolarité dans le postsecondaire, les reproches ont fusé des bancs de l’opposition vers le gouvernement.
« Ce gouvernement a décimé le RAFEO, a accusé la cheffe néo-démocrate Marit Stiles en chambre. Les étudiants vont devoir faire face à des dettes. Pourquoi condamnez-vous les jeunes générations ? Ferez-vous ce qu’il faut, rétablirez-vous OSAP ? »
« Le RAFEO ne s’en va nulle part », a défendu Nolan Quinn, le ministre des Collèges et Universités.
« C’est notre gouvernement qui a gelé les frais de scolarité pendant 8 ans, a-t-il assené. Nous serons toujours là pour que l’argent du contribuable soit dépensé de façon responsable. »
« Après huit longues années, le premier ministre rend la vie plus difficile pour les Ontariens. Pourquoi rajouter ce fardeau pour les jeunes familles ? », a insisté le chef du Parti libéral, John Fraser.
La nouvelle cible de Doug Ford : l’aéroport du centre-ville de Toronto
Une rhétorique des partis d’opposition largement alimentée aujourd’hui par l’annonce du nouveau projet d’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop au centre-ville de Toronto pour permettre l’atterrissage de jets et augmenter la capacité de 2 à 10 millions de passagers.
Ce matin même, Doug Ford a en effet confirmé le dépôt d’un projet de loi pour mettre ce projet à bien, visant ainsi à évincer la Ville de Toronto de l’accord de gestion et à exproprier les terrains municipaux. Pour y parvenir, il compte utiliser les fameuses nouvelles zones économiques spéciales.
Introduit via le projet de loi 5 en décembre dernier — la Loi de 2025 pour protéger l’Ontario en libérant son économie —, cet outil permet au gouvernement de s’affranchir de certaines réglementations provinciales et municipales pour accélérer des chantiers jugés stratégiques.
Si le gouvernement évoque des retombées de 140 milliards sur 25 ans, le flou persiste sur le chèque que la province devra signer immédiatement pour dédommager la Ville de Toronto. Le coût de l’expropriation ou encore les investissements requis pour accueillir des avions à réaction pourraient s’avérer dispendieux.
Des priorités « sur les mauvaises choses », tacle l’opposition
« Le premier ministre ne se concentre que sur les mauvaises choses […] alors qu’il devrait s’assurer que les gens aient accès aux études postsecondaires et qu’ils ne soient pas écrasés par les dettes », a déploré M. Fraser en scrum média.
Construire un nouveau centre des congrès sur le lac Ontario, autoriser l’alcool personnel dans les festivals, ou encore légaliser le port du poivre de cayenne, celui-ci a alors pointé du doigt la non-pertinence des dernières priorités du gouvernement Ford.
John Fraser, le chef du Parti libéral de l’Ontario, en mêlée de presse à Queen’s Park. Photo : Sandra Padovani/ONFR
« Ce que le Premier ministre doit faire, c’est comprendre son rôle : s’occuper des choses qui sont les plus importantes pour les citoyens et ce n’est pas Billy Bishop », a-t-il conclu.
« Personne n’a réclamé ça, a elle aussi réagi la leader de l’opposition officielle en scrum. Nous avons déjà l’aéroport Pearson. C’est un aéroport international (…) Ce premier ministre cherche toujours des moyens de faire diversion. »
« Pendant ce temps, il coupe dans les prêts et réduit les bourses qui aident nos jeunes à obtenir l’éducation dont ils ont tant besoin, s’est-elle désolée. J’entends des jeunes de toute la province me dire n’ont plus les moyens d’aller à l’école. Des familles me disent que leurs rêves dépendent de cet organisme (RAFEO). »
Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, a fustigé une vision gouvernementale qu’il juge « déconnectée de la réalité ».
Mike Schreiner, le chef du Parti vert de l’Ontario, en mêlée de presse à Queen’s Park. Photo : Sandra Padovani/ONFR
« Les gens ont du mal à se loger et à mettre de la nourriture sur la table, et de quoi parle le premier ministre? Il parle de construire des tunnels, de prendre le contrôle d’aéroports et de bâtir des îles imaginaires pour des centres de congrès, au lieu de parler de construire des logements abordables, d’aider les familles à se nourrir et de répondre à leurs préoccupations économiques. »
OTTAWA — Le Bloc Québécois déposera une motion en comité parlementaire pour faire la lumière sur l’histoire d’un fonctionnaire fédéral à Sécurité publique Canada qui a été intimidé par son gestionnaire après avoir demandé des documents en français.Le Bloc demande que deux ministres témoignent.
La formation politique veut que le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali, en plus de la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, témoignent dans le cadre de cette étude.
La motion en question sera déposée à la prochaine réunion du Comité des langues officielles qui est prévue mardi. Cet avis fait suite à un texte que nous avions publié sur une enquête du commissaire aux langues officielles, qui révélait qu’un fonctionnaire fédéral avait été intimidé après avoir indiqué qu’il entendait porter plainte pour faire respecter ses droits linguistiques.
L’employé a demandé à plusieurs reprises, dans le cadre de ses fonctions, des documents qui auraient dû être fournis en français, mais qui ne l’étaient pas. Non seulement le Commissariat aux langues officielles (CLO) a établi une violation des droits linguistiques de l’employé, mais il a également jugé « qu’il y avait des motifs raisonnables de croire que la personne avait subi de l’intimidation » de la part de son gestionnaire.
« C’est complètement inacceptable », réagit le député du Bloc Québécois, Mario Beaulieu.
Un problème de culture dénoncé
Ce n’est qu’après que la plainte a été formulée auprès du commissaire que Sécurité publique Canada a traduit les documents en question, expose le rapport. L’auteur de la motion n’est pas surpris qu’un tel cas soit survenu dans ce ministère fédéral.
« Les échos que je reçois des employés de la Sécurité publique indiquent que le français n’est vraiment pas respecté », avance M. Beaulieu.
« Ça semble être un secteur particulièrement difficile où les plaintes sont fréquentes. On a ici quelqu’un qui a osé porter plainte et dénoncer l’intimidation. Pour qu’un supérieur agisse ainsi impunément, c’est qu’il y a un problème de culture à Sécurité publique Canada », estime l’élu du Comité des langues officielles.
Quelques jours après la publication de notre article, Sécurité publique Canada nous a répondu que « les comportements pouvant être perçus comme de l’intimidation ou comme une entrave à l’exercice des droits linguistiques ne sont pas acceptables ».
« Ils ne reflètent ni les valeurs de Sécurité publique Canada ni les attentes envers l’ensemble des gestionnaires et employés pour assurer un environnement de travail sécuritaire, respectueux et conforme à la Loi », nous a indiqué le ministère fédéral.
Il a en outre précisé avoir mis en œuvre les recommandations du CLO et « prendre très au sérieux les conclusions » de ce dernier.
Le CLO aurait pu dans ce cas-ci transmettre un rapport au président du Conseil du Trésor, assigner ou contraindre le témoignage d’individus. Il a aussi carte blanche pour interroger, saisir des preuves et perquisitionner, mais il a préféré rendre le dossier public « afin de sensibiliser l’ensemble des institutions fédérales aux pouvoirs d’enquête que lui confère la Loi sur les langues officielles ».
« À part faire une demande de rappel sur les droits linguistiques et une sensibilisation, est-ce qu’il y a eu autre chose? », demande M. Beaulieu, qui aurait aimé que le bureau fédéral aille plus loin.
Le Bloc Québécois demande qu’au moins deux séances de comité soient consacrées à cette étude. Il devra obtenir l’appui d’au moins l’un des deux autres partis (Parti libéral ou Parti conservateur) siégeant au comité pour que la motion soit adoptée.
OTTAWA – Le nombre d’étudiants étrangers au Canada a diminué plus que prévu sous l’effet des mesures du gouvernement fédéral et l’intégrité du système ne s’est pas améliorée, c’est ce que constate la vérificatrice générale (VG). Elle note également qu’Ottawa a du même coup sous-estimé le nombre d’étudiants francophones internationaux.
Dans son rapport déposé lundi au Parlement, la vérificatrice générale, Karen Hogan, révèle un écart important dans un programme pilote d’immigration francophone : le Canada n’a accueilli que 780 étudiants sur les 2300 qu’Ottawa visait initialement.
Le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire, lancé en août 2024, avait pour but de répondre aux obligations législatives du ministère d’augmenter la population francophone au pays. Il visait notamment à ce que les étudiants qui iraient étudier dans les établissements francophones à l’extérieur du Québec soient exemptés du plafond national des permis d’études. De plus, les candidats n’ont pas à démontrer leur intention de quitter le Canada à la fin de leurs études et peuvent obtenir une voie d’accès à la résidence permanente à la fin de celles-ci.
« Le taux d’approbation préliminaire s’élevait à 71 %, ce qui est nettement plus élevé que pour les candidates et candidats de ces mêmes pays ne participant pas au programme pilote », observe la vérificatrice générale.
Au moment du lancement du programme en question, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) n’avait pas établi d’indicateurs de rendement. Cependant, la VG indique que l’organisme « a mis au point des indicateurs de rendement propres au programme pilote à la fin de notre audit et prévoit commencer à suivre les résultats du programme pilote en 2026 ». Ce projet pilote doit en principe prendre fin en août de cette année.
En 2023, Ottawa a annoncé une réforme du Programme des étudiants étrangers où il visait notamment à réduire la population étudiante. Karen Hogan constate que, malgré la baisse annoncée, la population étudiante internationale a été encore plus basse que les prévisions d’IRCC.
La part des étudiants provenant de pays d’Afrique francophone dans les nouveaux permis a fluctué, passant de 9,2 % en 2023 à 13,6 % en 2024, avant de redescendre à 8,7 % en septembre 2025. Capture d’écran, rapport de la vérificatrice générale
Le rapport indique que le ministère a également noté une baisse du taux d’approbation : il est passé de 58 % en 2023 à 41 % en 2024 et à 38 % en septembre 2025. IRCC « ignorait pourquoi les taux d’approbation étaient inférieurs aux prévisions », note la VG, qui révèle aussi que les plus petites provinces ont été plus touchées proportionnellement par la réduction.
Intégrité compromise
Après son enquête, la VG a conclu que le ministère de l’Immigration « ne mettait pas efficacement en œuvre les réformes du Programme des étudiants étrangers », notamment en ce qui concerne l’intégrité du système.
IRCC a ignoré 800 cas de fraude détectés après approbation, permettant à 92 % de ces individus de solliciter d’autres statuts au Canada, souvent avec succès. Ces contrôles d’intégrité sont largement insuffisants : environ 153 000 cas de ce type ont été signalés en 2023 et 2024, mais le financement accordé au ministère lui a seulement permis d’enquêter sur environ 4000 d’entre eux.
La VG soutient que IRCC n’a pas évalué en quoi « ces réformes avaient contribué à la diminution du nombre de demandes soumises ou à la baisse des taux d’approbation ». Capture d’écran
Enfin, l’absence de suivi systématique sur les départs empêche d’identifier précisément les étudiants dont le permis est expiré et qui demeurent au pays sans autorisation.
« Nous acceptons les recommandations de la vérificatrice générale concernant le renforcement du suivi en cas de fraude ou de non-conformité présumées. Nous agirons pour améliorer ces processus », a déclaré la ministre de l’Immigration, Lena Diab.
Elle note toutefois que ce rapport n’a porté que sur les 18 premiers mois « d’un effort de réforme plus vaste » qui s’étend jusqu’en 2027 et qu’il ne s’agit pas de « l’incidence globale des changements en cours ».
SUDBURY – La Nuit sur l’étang amorce un virage important. Dès la prochaine édition, le festival se tiendra en juin et s’étendra sur quatre jours, ont annoncé les organisateurs à l’issue de la 53e édition présentée les 20 et 21 mars à Sudbury. Retour sur les moments forts de cette édition.
La Nuit se tiendra désormais en juin. Cette nouvelle formule s’étalera sur quatre jours et proposera, en plus des concerts, une programmation diversifiée : poésie, théâtre, ateliers et concours pour artistes et musiciens en herbe, notamment La Brunante. Objectif : insuffler une nouvelle dynamique et attirer une nouvelle génération de festivaliers.
« Je vois davantage de présence d’enfants », anticipe la directrice artistique Renelle Tousignant, rappelant qu’autrefois, des autobus étaient organisés pour amener les jeunes à la Nuit sur l’étang.
« Il faut intégrer les jeunes, du primaire jusqu’au postsecondaire, dans des projets de création tout au long de l’année, et pas seulement pendant le festival », ajoute-t-elle.
Depuis novembre 2025, Renelle Tousignant assure la direction artistique de la Nuit sur l’étang à Sudbury. Photo : Amine Harmach/ONFR
Gino St-Jean, directeur général de la Nuit, abonde dans le même sens. « Il devient important d’aller chercher de nouveaux groupes, d’organiser des ateliers et de les accompagner dans la culture franco-ontarienne afin de former la prochaine génération d’artistes », souligne-t-il.
L’ouverture à des artistes francophones issus d’autres pays est également perçue comme une richesse pour la scène artistique, fait-il remarquer.
Une relève qui s’impose déjà
Cette volonté de renouvellement s’est illustrée sur scène. Le groupe Les Aigles de Lafontaine, composé de jeunes musiciennes et musiciens de 10 à 14 ans, a fait sensation lors du gala vendredi.
Le groupe Les Aigles interprète aussi des chansons traditionnelles pour rendre hommage aux ancêtres. Photo : Dominique Demers/ONFR
En plus de compositions originales et de chansons traditionnelles, le groupe, lauréat de La Brunante, a offert un méli-mélo en hommage aux artistes d’avant. « Ce sont eux qui ont tracé la route de la francophonie. Sans eux, on n’aurait pas cette scène aujourd’hui. On les remercie pour tout le travail qu’ils ont fait », souligne Léo Lagarde, pianiste du groupe.
Son camarade Charl vanRooyen ne cache pas l’influence de la Nuit dans l’éveil de sa vocation. « J’ai enregistré ma première chanson en français il y a deux ans, et La 50e Nuit sur l’étang m’a vraiment inspiré à continuer à écrire et à chanter en français », confie-t-il.
Les chansons de Michel Payment, artiste originaire de Lafontaine, puisent dans son vécu : le travail, la pandémie, la perte de repères et l’amour. Photo : Amine Harmach/ONFR
Il cite aussi parmi ses influences Michel Payment, artiste originaire de Lafontaine, qui a présenté samedi sur scène des chansons ancrées dans l’Huronie.
L’Huronie à l’honneur
Promesse tenue : l’Huronie a chanté haut et fort lors de cette 53e édition.
Michel Payment, Joëlle Roy, Brasse-Camarade et le groupe Hey, Wow ont démontré, samedi à Sudbury, à quel point les artistes de cette région contribuent au rayonnement de la culture franco-ontarienne.
Joëlle Roy, conteuse et artiste multidisciplinaire originaire du Témiscamingue, a ouvert samedi La Nuit avec « Viens nous voir » du groupe CANO. Photo : Dominique Demers/ONFR
Chuck Labelle, seul artiste non originaire de l’Huronie parmi cette cohorte, était également de la partie.
Habitué de l’événement, le « cowboy franco-ontarien » voit dans la thématique de cette année (La Nuit chante l’Huronie) une ouverture nécessaire. « Il n’y a pas juste le Nord : la musique francophone existe partout, et ces artistes méritent leur place ici », estime-t-il.
Avec plus de 150 chansons originales, il a profité de cette édition pour présenter de nouvelles compositions, en attendant la sortie de son prochain album prévue en septembre.
« C’est la musique en français qui m’a permis de faire carrière. Elle m’a ouvert les portes des festivals et des scènes, et m’a permis de sortir du circuit restreint des bars », confie-t-il.
Retrouvailles et transmission
De son côté, le groupe Brasse-Camarade a signé un retour remarqué, 35 ans après sa première participation au festival.
François Lamoureux, du groupe Brasse-Camarade. Photo : Dominique Demers/ONFR
Un retour chargé d’émotion, présenté comme un « au revoir » en bonne et due forme.
« Des gars de 56 ans qui font semblant d’avoir 22 ans. On va essayer d’oublier qu’on est gris », lance François Lamoureux, fidèle à l’esprit festif de la Nuit.
Au-delà de la nostalgie, son message est clair : il est possible de créer, de s’exprimer et de s’amuser en français, sans complexe, en valorisant la richesse artistique de la langue.
Jean-Marc Lalonde (en rouge), du groupe Hey, Wow, a animé la soirée avec une bonne dose d’humour. Photo : Dominique Demers/ONFR
La soirée s’est conclue avec le groupe Hey, Wow, des musiciens virtuoses au ton ludique et aux rythmes enjoués, offrant une finale à l’image du festival : festive, rassembleuse et ancrée dans le plaisir de créer.
Le Collège Boréal reçoit le prix du Nouvel-Ontario
Vendredi soir, lors du gala, Daniel Giroux, président du Collège Boréal, a reçu le prix du Nouvel-Ontario 2026 des mains de Chuck Labelle, lauréat de l’année précédente.
« La culture fait partie de qui nous sommes. D’être reconnus ce soir, ça nous touche énormément », déclare-t-il au nom du Collège.
Daniel Giroux (à droite) a reçu le prix du Nouvel-Ontario 2026 au nom du Collège Boréal, aux côtés de Gino St-Jean et Chuck Labelle. Photo : Amine Harmach/ONFR
« Nourrir le savoir afin de faire vibrer la culture » n’est pas qu’une devise, souligne-t-il, mais une réalité portée au quotidien par près de 1400 membres du personnel, ainsi que par de nombreux bénévoles et comités engagés à travers la province.
Selon Gino St-Jean, le choix du Collège Boréal s’explique par son implication de longue date dans la francophonie, son rôle de partenaire de la Nuit sur l’étang et son soutien constant aux artistes. Un bel hommage à l’établissement qui a célébré 30 ans d’existence en 2025.
TORONTO – Ce samedi au Parkdale Hall, 20 jeunes figures de l’organisme communautaire Point Ancrage Jeunesse (PAJ) ont tenu leur premier spectacle, « Expressions Afro-Francophones ». Lors de cet événement culturel et éducatif, la jeunesse afro-descendante francophone de l’Ontario s’est affirmée dans un esprit de créativité et de communauté.
Après avoir choisi une discipline artistique et l’avoir perfectionnée au cours de six mois de répétitions, les participants ont captivé le public avec une performance mêlant arts visuels, prises de parole et création scénique. Bien qu’ils se soient familiarisés avec ces langages artistiques au fil de leur parcours au sein de l’organisme, c’était la première fois qu’ils montaient sur scène.
Une scène et un public accordés au même rythme
La salle de spectacle, décorée des créations de jeunes, a rassemblé une très grande partie de la communauté afro-francophone de Toronto, y compris les principaux organismes et conseils scolaires.
Lorsque le moment du spectacle est arrivé, un enchaînement de performances s’est déroulé, avec des groupes de jeunes se produisant les uns après les autres.
La directrice générale du Salon du livre de Toronto, Eunice Boué, a animé la cérémonie ainsi qu’un panel de discussion avec les mentors afin de revenir sur ces derniers mois de préparation.
« Il y a dix ans, j’avais leur âge et je voulais aussi m’exprimer, mais je n’avais pas de moyens. Aujourd’hui, je veux encourager mes petits frères et mes petites sœurs », assure Oriane Diebou, entrepreneuse mode et mentor.
Mamadou Ndaw, qui coordonne le projet depuis six mois, affirme qu’il s’agit d’une première expérience pour ces jeunes : « Nous avions déjà organisé une compétition auparavant, mais cette fois-ci, le spectacle a été entièrement préparé par eux. »
De son côté, Edwige Ngom précise que « le projet Expressions afro-francophones amène les jeunes à s’exprimer différemment ». En effet, pour celle qui préside et dirige l’organisme, ce spectacle vient appuyer la mission de PAJ, soit les encourager à se développer personnellement et à s’affirmer lors de collaborations interculturelles.
Grâce à un accompagnement individualisé assuré par six mentors, ces apprentis artistes ont pu présenter les œuvres créées au cours de leur parcours. Parmi les mentors, considérés comme des « grandes sœurs et grands frères », figurent des personnalités bien établies dans la communauté francophone de Toronto, dont la créatrice de mode Oriane Diebou, le chanteur Abel Maxwell et l’écrivain Gabriel Osson.
Les jeunes ayant travaillé sous le mentorat d’Oriane Diebou, créatrice de mode à Toronto. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Audrey Noémie a livré une performance de prise de parole. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Le groupe des Danseuses a pris le relais. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
L’équipe des mentors était présente pour saluer les accomplissements des jeunes. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Étudiante en 10e année à l’École secondaire Sainte-Famille à Mississauga, Audrey Naomie a rejoint PAJ par le biais d’une éducatrice de son établissement. « J’ai choisi d’interpréter un poème, car selon moi, il n’y a pas qu’une façon de transmettre ses mots. Pouvoir m’exprimer et me faire comprendre est important pour moi, et c’est une compétence cruciale », témoigne la jeune artiste.
« Le message que nous voulons vraiment envoyer au public, c’est de montrer que, par l’art, nous pouvons transmettre des valeurs comme la solidarité et la fierté d’être francophone à Toronto et en Ontario », estime le coordinateur.
Même s’il n’est pas mentor, Mamadou Ndaw se dit heureux de contribuer aux activités entourant la jeunesse : « Je pense qu’ils représentent l’avenir. Donc, si on les aide à se développer, on aide aussi notre communauté. »
« Toutes les créations sont écrites en langue française », dit l’organisation
« C’est sûr qu’un spectacle en anglais aurait été plus facile pour certains, dont le français n’est pas la première langue. Mais ils restent très engagés envers cette langue et la francophonie », avance M. Ndaw.
Le mandat de l’organisme repose sur un travail mené auprès de jeunes issus de communautés noires du Grand Toronto, qui se heurtent aux réalités du racisme dans les systèmes scolaires, où persistent des enjeux liés à leur intégration, à leur santé mentale et à leur réussite professionnelle. Par ailleurs, plusieurs d’entre eux font état de défis quant à l’accès à des services en français culturellement adaptés.
Comme coordinateur des projets, Mamadou Ndaw est lui-même un point d’ancrage au sein de l’organisme PAJ. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Créé juste avant la pandémie en 2019, l’organisme a connu une croissance exponentielle, comptant aujourd’hui une équipe de six personnes et ayant acquis ses premiers bureaux en janvier 2025. À l’heure actuelle, PAJ accompagne chaque année 200 jeunes âgés de 15 à 18 ans. « Chaque année, ça augmente », souligne Mme Ngom.
« On travaille à trois, avec un mentor comme moi, un jeune ambassadeur et un jeune nouvellement arrivé, qui se sent donc très soutenu », décrit-elle.
La directrice ajoute que des mentors tels que Gabriel Osson ont contribué à façonner la mission de l’organisme : aider les jeunes à s’épanouir personnellement et professionnellement, tout en renforçant leur identité culturelle à travers différentes formes d’expression.
« On aborde le racisme systémique et la lutte contre le racisme d’une autre façon. »
L’estime de soi, les relations interculturelles et les relations saines constituent le cœur des activités menées. Mamadou Ndaw abonde dans le même sens : « En les sensibilisant au racisme systémique, nous pouvons les aider à gagner en confiance et à représenter fièrement notre communauté. »
Lorsque Edwige Ngom a créé PAJ, elle était la seule personne à gérer l’organisme de façon bénévole. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Le spectacle présenté aujourd’hui a bénéficié d’un financement de Patrimoine canadien en raison de la « portée éducative, de la transmission culturelle et de la valorisation de la culture afro-descendante », affirme Mamadou Ndaw.
À l’échelle de l’organisme, Edwige Ngom explique que « de fil en aiguille, on a commencé à recevoir des fonds de la Ville de Toronto, puis des fonds provinciaux. Et là, nous avons des fonds fédéraux ».
Les partenariats avec des conseils scolaires et d’autres organismes communautaires francophones contribuent également à faire avancer la mission de l’organisme, qui porte désormais son plaidoyer à l’échelle provinciale à travers des forums. « Nous avons réuni de nombreux partenaires de Windsor et d’Ottawa », ajoute Mme Ngom.
« C’est un organisme par, pour et avec les jeunes, qui ne sont pas uniquement des bénéficiaires, mais aussi des acteurs du changement. Ils participent et co-construisent », conclut la directrice.
Article écrit avec les informations de Sandra Padovani.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
« J’ai détesté travailler pour les autres. » Non…ne détournez surtout pas le regard de cette phrase, parce qu’elle a le mérite d’être vraie. Et je dois avouer que cette phrase prononcée par Mathias Kieme a tellement résonnéfort en moi! Je me suis même arrêtée un instant pour me demander : mais que s’est-il passé? Parce qu’à une époque, pas si lointaine, les jeunes rêvaient de faire carrière.
Je rêvais de faire carrière. Nous rêvions d’un métier précis, d’un titre que l’on porterait toute une vie. Les enfants voulaient devenir médecins, pilotes d’avion, ingénieurs ou avocats. On nous répétait que si l’on travaillait bien à l’école, on finirait par trouver une place dans une entreprise.
On imaginait une vie autour du travail avec un bureau, un horaire, des promotions. Bref, c’est ce modèle que nous voyions chez nos parents. Alors quand un jeune comme Mathias Kieme, un ancien élève du Conseil scolaire catholique MonAvenir et aujourd’hui entrepreneur et co-auteur du livre Ose entreprendre : Le monde des affaires, affirme sans détour qu’il a détesté travailler pour les autres, non pas parce que les conditions étaient mauvaises, mais simplement parce qu’il aspirait à un autre style de vie, cela ressemble presque à une rupture avec tout ce que les générations précédentes ont appris à valoriser. J’essaie alors de revenir à la réalité et je me demande : à quel moment tout a changé?
Mathias Kieme, entrepreneur et fondateur de Ayako. Photo : Gracieuseté
Attention divulgâcheur : le traditionnel 9 à 5 n’est plus à la mode
Il suffit de parler avec des jeunes aujourd’hui pour constater qu’il y a un véritable changement dans notre rapport au travail. Le parcours classique : étudier, trouver un emploi, gravir les échelons n’attire plus grand monde. Plusieurs jeunes explorent désormais d’autres chemins entre les projets créatifs, le travail autonome, l’économie numérique ou encore l’entrepreneuriat. Dans un monde où une idée peut devenir une entreprise et où un téléphone peut se transformer en bureau mobile, le travail ne se limite plus forcément à un lieu ou à un horaire fixe. Les jeunes ne cherchent plus seulement une place dans un système, ils cherchent parfois à construire le leur.
Les incubateurs d’entreprises se multiplient, les programmes d’accompagnement pour jeunes entrepreneurs ont le vent en poupe, les communautés d’innovation prennent de l’ampleur et les idées entrepreneuriales sont célébrées au quotidien. Alors, vous conviendrez avec moi qu’il devient difficile de rester de marbre face à l’envie de créer sa propre entreprise lorsqu’il y a une nouvelle spécialité de pain sur la planche. La charge de travail a donc, d’une certaine manière, changé de camp. Elle est devenue un allié plutôt qu’un obstacle. Cette nouvelle dynamique encourage les jeunes à tester leurs idées, à lancer des projets et à développer leurs propres opportunités professionnelles, plutôt que d’attendre une réponse dans un délai de trois à cinq jours ouvrables après le énième entretien d’embauche.
Entreprendre ou « entre et prendre »
Toujours à la recherche d’une réponse à ma question, je suis tombée sur Anaïs Delhomelle, fondatrice de l’entreprise ULUANA et ancienne élève du Conseil scolaire Viamonde. Dans nos échanges, Anaïs m’a confié qu’elle n’accepte jamais un « non » comme réponse. Cette phrase, à elle seule, en dit long. Mais je n’étais pas encore au bout de mes surprises. La jeune étudiante et entrepreneure, venue présenter son entreprise lors d’un concours de pitch entrepreneurial, avait commencé son discours par une phrase qui avait immédiatement attiré mon attention : « Je crois que tout est possible. Je vais vous le prouver en trois minutes. » Croire que tout est possible et le prouver en trois minutes seulement, quelle audace! Ne serait-ce pas cette audace qui anime la génération Z aujourd’hui?
Cette sensation qu’on peut tout faire, qu’on peut tout être, qu’on peut tout avoir, qu’on peut tout essayer et qu’à défaut d’atteindre la lune, on pourrait au moins se contenter des étoiles. Oscar Wilde avait-il fait un saut dans le futur lorsqu’il écrivait cette célèbre citation? Cela dit, il serait faux de croire que toute une génération rejette l’idée de faire carrière. Plusieurs jeunes aspirent encore à exercer ces nobles professions dans l’éducation, la santé, l’ingénierie ou la recherche.
C’est d’ailleurs le cas de mon amie Maria. Diplômée depuis plusieurs mois, elle continue de chérir son rêve d’intégrer un jour la fonction publique. Malgré les refus, malgré les candidatures qui restent parfois sans réponse, elle persévère. Et en la regardant poursuivre ses démarches avec autant de détermination, je ne peux m’empêcher de penser au Laboureur de Jean de La Fontaine. Peut-être serait-il heureux de voir que ses enfants de cette époque continuent de « creuser, fouiller, bêcher » à la recherche d’une opportunité qui leur permettrait enfin de vivre de leurs études comme l’imaginaient nos parents lorsqu’ils nous demandaient de bien travailler à l’école.
Anais Delhomelle fondatrice de ULUANA. Photo : Gracieuseté
Alors, assistons-nous vraiment à la fin du 9 à 5?
Peut-être que la réalité est simplement plus nuancée. Mais ce qui change, c’est sans doute notre manière de penser le travail. Car si certains jeunes choisissent la stabilité d’un parcours professionnel classique, d’autres préfèrent tracer leur propre chemin. Et peut-être que l’avenir du travail se trouve justement dans cette coexistence, dans cette pluralité de parcours qui permet à chacun de trouver sa place.
Bon nombre de jeunes et je m’inclus dans cette réflexion ne se demandent plus seulement où ils vont travailler, mais pourquoi. Pourquoi choisir ce chemin plutôt qu’un autre? Pourquoi consacrer son énergie à un projet plutôt qu’à un poste? Derrière ces questions se cache une quête plus profonde, celle de l’épanouissement. Et dans cette quête, nous redécouvrons la sagesse contenue dans une vieille citation d’Henri Estienne : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. ». Car la jeunesse d’aujourd’hui ose imaginer de nouvelles façons de travailler, tandis que l’expérience des générations précédentes rappelle l’importance de la persévérance et du temps.
Quant au traditionnel 9 à 5, il ne disparaît peut-être pas… il est simplement en train de se transformer, ailleurs, sous d’autres formes et sous d’autres cieux.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
TORONTO – Entre la montée du populisme et l’érosion de la confiance envers les institutions, les mécanismes démocratiques semblent fragilisés. Réunis au campus Glendon, quatre panélistes — dont deux anciens premiers ministres provinciaux — ont tenté de diagnostiquer ce décalage croissant entre citoyens et élus. Cet échange, en partie bilingue, a permis d’explorer des pistes de solutions, notamment avec le public, pour tenter de colmater les brèches.
« Avons-nous perdu confiance en la démocratie? »
C’est la question débattue entre les panélistes Kathleen Wynne (ex-première ministre de l’Ontario), Philippe Couillard (ex-premier ministre du Québec), Victoria Kuketz (chercheuse à la Fondation Obama) et Allen Sutherland (Institut sur la gouvernance).
Animée par le journaliste francophile Steve Paikin, la table ronde s’est tenue au théâtre du campus Glendon, avec un débat majoritairement anglophone, accompagné de sous-titres français, mais parsemé d’échanges en français.
Est-ce que le populisme sous stéroïdes tel qu’on le voit aujourd’hui est inconsistant avec la démocratie libérale, questionne le modérateur.
D’entrée de jeu, Allen Sutherland a appelé à la nuance : « Le populisme n’est pas intrinsèquement antidémocratique. Quelqu’un qui conteste le statu quo ne s’oppose pas pour autant à la démocratie. »
Citant le poète français Paul Valéry, « Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare je me console », il a défendu le fait que le Canada fait un « plutôt bon travail » d’inclusion, comparé au reste du monde.
Pour Kathleen Wynne, le danger réside plutôt dans « l’incohérence » des décisions politiques actuelles, souvent déconnectées des données probantes, tandis que Philippe Couillard a pointé du doigt l’impact dévastateur des promesses électorales non tenues sur la confiance du public.
Le fossé générationnel : de nombreuses craintes chez les jeunes
L’un des moments forts de la rencontre a porté sur le désengagement des jeunes. « Ils croient en la promesse de la démocratie, mais se demandent si elle tient ses engagements », a observé Victoria Kuketz.
Selon ses recherches, la polarisation et l’incapacité des politiciens à collaborer sont leurs principales sources d’inquiétude, devant même le fossé générationnel.
Philippe Couillard a renchéri en français : « La tradition voulant que la génération suivante vive mieux que la précédente n’est plus toujours vraie. » Pour lui, la solution passe par l’éducation : il faut réenseigner l’empathie et la pensée critique pour distinguer les faits de l’opinion.
Kathleen Wynne a rappelé que la responsabilité incombe aux élus : « Contre la polarisation, il faut échanger avec ceux qui ne sont pas d’accord. C’est dans le désaccord que le vrai débat a lieu et qu’on avance. »
Pour les panélistes, la démocratie doit redevenir un outil capable de produire des « résultats concrets » sur des enjeux vitaux comme le logement, l’emploi et l’accès aux études.
L’évènement, ouvert au public, a fait salle comble, nécessitant la mise à disposition d’une seconde salle avec diffusion sur écrans pour accommoder l’affluence. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Réformer le système, du vote obligatoire au mode de scrutin
La discussion s’est conclue sur les mécanismes concrets pour raviver la participation. Kathleen Wynne s’est dite favorable à l’abaissement du droit de vote à 16 ans pour impliquer les citoyens plus tôt, tandis que Victoria Kuketz a défendu le vote obligatoire, citant l’exemple de l’Australie.
Face à des taux de participation historiquement bas, Steve Paikin a sondé l’audience sur la légitimité du mode de scrutin actuel. Le constat est sans appel : environ 75 % du public s’est prononcé en faveur d’un changement tel que la représentation proportionnelle, plusieurs voix rappelant au passage la promesse non tenue de Justin Trudeau en 2015 de réformer le système électoral fédéral.
Pendant la période de questions, le dialogue s’est enrichi de réflexions citoyennes variées. Pour certains, l’intégrité au cœur des institutions et la prospérité économique pour tous constituent les fondements indispensables d’une démocratie libérale. Pour d’autres, l’isolation sociale ou l’absence de procédure de rappel pour destituer les élus défaillants demeurent des obstacles majeurs à la confiance.
Comme l’avait résumé Allen Sutherland sur le sujet : « Nous faisons tout pour rendre le vote accessible. La démocratie vaut-elle 15 minutes de votre temps? »
SUDBURY — Un projet en immigration francophone mené par l’Université de Hearst recevra 1,1 million de dollars sur trois ans. Le fédéral a fait cette annonce à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Au total, trois initiatives hors Québec se partagent une enveloppe de 1,5 million de dollars.
Ces fonds permettront de soutenir un projet de l’Université de Hearst destiné à accompagner les étudiantes et étudiants ainsi que des diplômés internationaux qui souhaitent s’établir au Canada. L’objectif : faciliter leur accès à la résidence permanente.
« Depuis plus de dix ans, l’Université de Hearst accueille des étudiantes et étudiants internationaux qui contribuent à transformer la mosaïque de notre région. Au fil du temps, ils deviennent nos collègues, nos amis, nos voisins, et parfois même des membres de nos familles. Nous constatons chaque jour l’impact de nos personnes diplômées dans nos communautés », a souligné Sophie Dallaire, rectrice de l’Université de Hearst, par voie de communiqué.
Jusqu’ici, l’université offrait certaines activités et ressources, mais de façon ponctuelle. Le nouveau financement permettra de structurer ces initiatives dans un parcours cohérent avec différentes étapes dès l’automne prochain.
Les étudiants intéressés seront notamment invités à participer à des ateliers, à des activités d’intégration et à des initiatives liées à l’employabilité.
« L’objectif, c’est de leur donner tous les outils nécessaires pendant qu’ils sont avec nous pour qu’ils soient en mesure de faire leurs démarches par la suite », souligne Elsa St-Onge, gestionnaire des projets de développement pour l’établissement.
À terme, une cinquantaine d’étudiants pourraient être accompagnés chaque année dans le cadre du programme. Les activités liées au projet demeureront toutefois accessibles à un plus grand nombre : « Même ceux qui ne sont pas inscrits au programme pourront participer aux activités. L’idée, c’est d’avoir un impact le plus large possible », conclut la responsable de l’initiative.
Au-delà des démarches administratives, le projet met aussi l’accent sur l’intégration dans la communauté, un facteur jugé déterminant pour encourager les diplômés à s’établir durablement dans le Nord de l’Ontario. « Si les étudiants ont la chance de côtoyer des gens locaux, de se faire des amis et de se sentir partie prenante de la communauté, il y a beaucoup plus de chances qu’ils décident de rester », souligne-t-elle.
L’Université de Hearst, qui compte des campus à Hearst, Kapuskasing et Timmins, souhaite ainsi contribuer à la vitalité des communautés francophones de la région en misant à la fois sur l’accompagnement vers la résidence permanente et sur l’ancrage local des étudiants internationaux.
D’autres projets pour faciliter l’immigration francophone
Un financement supplémentaire pouvant atteindre 575 000 $ sur trois ans a également été annoncé pour l’Université de l’Ontario français. L’établissement prévoit créer un microcertificat en gestion de l’immigration francophone afin de former des professionnels du secteur de l’établissement.
« Le marché mondial étant concurrentiel et en évolution, les immigrants et immigrantes francophones jouent un rôle déterminant dans la croissance économique du Canada », a déclaré Lena Metlege Diab,ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté par voie écrite. Photo : La Presse Canadienne/Justin Tang
Les deux autres projets financés portent sur une campagne internationale de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) visant à mieux informer les candidats francophones sur les possibilités d’immigration et de vie en français au Canada (300 000 $ sur trois ans), ainsi que sur une initiative du Conseil des technologies de l’information et des communications pour repérer des bassins de talents bilingues en TIC et proposer des stratégies de recrutement à l’échelle internationale (160 000 $ sur deux ans).
« Ce projet touche à ces deux objectifs, en ciblant des pays-sources francophones et en fournissant aux personnes candidates à l’immigration dans ces pays des renseignements et des témoignages sur la vie en français dans nos communautés, ainsi que sur les facteurs de réussite en matière d’établissement », a fait savoir Alain Dupuis, directeur général de la FCFA.
Selon Ottawa, ces mesures s’inscrivent dans un contexte de demande croissante pour une main-d’œuvre bilingue, notamment dans les secteurs liés à l’économie numérique.
Au total, 19 projets ont été financés jusqu’à présent dans le cadre du Programme d’appui à l’immigration francophone, pour une enveloppe d’environ 14,4 millions de dollars.
Le gouvernement fédéral rappelle par ailleurs que la proportion d’admissions de résidents permanents d’expression française hors Québec a atteint 8,9 % en 2025.
Le gouvernement de l’Ontario a annoncé, ce vendredi, un plan visant à améliorer la sécurité sur le corridor des routes 11 et 17. Ce sont deux axes majeurs du réseau transcanadien qui traversent le Nord de la province et sur lesquels de nombreuses personnes ont perdu la vie. Pour un élu du Nord, ces mesures sont les bienvenues, mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur des enjeux sur ce vaste territoire.
Parmi les mesures annoncées, le gouvernement augmentera le nombre d’agents chargés de l’application de la loi dans le Nord de l’Ontario pour mieux surveiller la circulation et limiter les comportements dangereux. Des campagnes ciblées seront également menées le long du corridor, notamment pour vérifier que les poids lourds sont en bon état et que leurs conducteurs respectent les règles de circulation.
En outre, au printemps 2026, deux véhicules d’inspection mobiles seront déployés pour renforcer le contrôle des camions sur ces routes. La province entamera également la reconstruction de la station d’inspection de camions à Hearst et remplacera le poste de pesée existant afin d’améliorer les inspections.
Le gouvernement installera de nouveaux panneaux portatifs à messages variables pour mieux informer les conducteurs des conditions météorologiques et des fermetures de routes. Par ailleurs, les projets d’élargissement des routes entre Thunder Bay et Shabaqua avancent, une réunion publique est d’ailleurs prévue au printemps 2026 pour présenter les détails aux résidents.
Enfin, le plan comprend aussi la rénovation des aires de repos dans le nord de l’Ontario et la création d’un centre de services à Matheson. Ces ajouts permettront d’augmenter le nombre de places de stationnement pour les camions utilisables toute l’année et de garantir des arrêts sécuritaires pendant les tempêtes hivernales.
Réactions des municipalités
Le maire de Mattice-Val-Côté, Marc Dupuis, a salué certaines des mesures annoncées, mais a aussi exprimé des réserves quant à leur portée.
Selon lui, le déploiement de deux véhicules d’inspection mobiles représente un premier pas, mais reste insuffisant compte tenu de l’étendue du Nord de l’Ontario et du volume de trafic. « C’est un début, mais pour le vrai Nord, il n’y a pas grand chose. Pour le kilométrage qu’il y a entre le Nord, qui s’étend probablement de Barrie à Thunder Bay, deux camions mobiles ne peuvent couvrir qu’une fraction du trafic », a-t-il expliqué à ONFR.
L’élu, qui est également conducteur d’autobus, a rappelé que la station de pesée de Hearst devait être réparée depuis plusieurs années et que les annonces récentes ne garantissent pas encore la finalisation de ces travaux. « Ça fait longtemps qu’ils promettent de réparer cette balance-là à Hearst, puis ça n’a jamais été fait. Donc, quand est-ce que ça va être réparé? », s’est-il interrogé.
« C’est encourageant, mais il faut continuer à faire pression sur le gouvernement pour vraiment mieux desservir le Nord », affirme quant à lui Roger Sigouin, maire de Hearst.
Selon lui, plusieurs enjeux importants ne sont pas abordés dans les annonces gouvernementales. Il cite notamment l’absence de mesures concernant les voies de dépassement ou l’amélioration des accotements. « Ils n’ont pas parlé de routes de dépassement ni de pavage des accotements. Ce sont pourtant des éléments essentiels pour la sécurité », souligne-t-il, ajoutant que les actions annoncées ressemblent davantage à « un petit pansement sur le problème ».
Le maire insiste également sur le manque de planification à long terme. « J’avais demandé un plan sur 10 ans pour la route, mais rien n’a été présenté jusqu’à maintenant. On ne sait pas quand ces mesures vont se réaliser », dit-il, estimant que des changements doivent être apportés rapidement.
De son côté, Rick Dumas, président de l’Association des municipalités du Nord-Ouest, a déclaré : « Ces actions démontrent que lorsque les gouvernements collaborent avec les collectivités du Nord, nous pouvons avancer rapidement vers la construction d’un réseau routier transcanadien plus sûr et plus moderne, bénéfique pour notre population, nos industries et les chaînes d’approvisionnement du Canada. »
Pour sa part, Dave Plourde, président de la Fédération des municipalités du nord de l’Ontario (FONOM) et maire de Kapuskasing, a souligné : « Le dialogue se poursuit et nous demeurons concentrés sur des améliorations à long terme qui reflètent l’importance de ces routes pour le Nord de l’Ontario et pour l’ensemble du Canada. »
PHNOM PENH (Cambodge) – En cette Journée internationale de la Francophonie, on franchit les frontières avec l’ambassadeur du Canada au Cambodge, Christian DesRoches. Fin connaisseur de l’Asie du Sud-Est, ce natif d’Ottawa nous confie son grand intérêt pour cette région du globe et nous dévoile l’envers du décor de sa mission au cœur du pays hôte du 20e Sommet de la francophonie qui aura lieu en novembre prochain.
« Peu de gens savent que vous êtes Franco-Ontarien…
Oui, quand je rencontre des gens à l’étranger, ils disent « Ah, vous êtes Québécois? » Je leur réponds que je suis Franco-Ontarien et leur apprends qu’il y a beaucoup de francophones à l’extérieur du Québec.
Je suis né à Ottawa. J’y ai fait le début de ma scolarité avant de poursuivre au secondaire au Québec. Mon père était journaliste au Droit et a enseigné le journalisme au Collège Algonquin. Ma mère est Italienne. J’ai donc grandi dans une maison où mes parents parlaient anglais, italien et français.
Je suis revenu ensuite en Ontario pour étudier à l’Université d’Ottawa. C’est en passant ma maîtrise à l’Université Laval que j’ai réalisé que j’étais Franco-Ontarien.
Votre entrée en fonction, l’été dernier, au poste d’ambassadeur a marqué, en quelque sorte, le retour de la diplomatie canadienne au Cambodge après une longue parenthèse…
En effet, je suis arrivé ici en août dernier, alors que nous connaissions une situation un peu unique parce que nous avions depuis 1993 une ambassade au Cambodge que nous avons fermée en 2009. Après ça, nous avions ouvert un petit bureau tributaire de notre ambassade à Bangkok, mais il n’y avait plus d’ambassadeur résident depuis 2007. Je suis donc le premier ambassadeur résident au Cambodge depuis 2007. J’ai reçu un accueil très chaleureux de la part des Cambodgiens.
Comment expliquer ce regain d’intérêt du Canada pour ce pays d’Asie du Sud-Est?
Il y a un intérêt très marqué pour l’Asie du Sud-Est du point de vue commercial. Le premier ministre Mark Carney nous a demandé de travailler très fort pour doubler nos exportations à l’extérieur des États-Unis. L’Inde et l’Asie du Sud-Est sont deux objectifs importants, particulièrement le Cambodge qui connaît une forte croissance depuis quelques années. Les intérêts économiques du Canada se sont approfondis avec le Cambodge, depuis 2012. Une vie s’est établie ici avec entre autres la présence de la première société d’assurance vie au Cambodge et depuis 2019, la plus grande banque commerciale, ABA Bank.
M. DesRoches présente ses lettres de créance au roi du Cambodge Norodom Sihamoni. Source : LinkedIn
Combien y a-t-il de ressortissants canadiens dans ce royaume?
Près de 3000 Canadiens sont enregistrés auprès de l’ambassade, mais nous pensons qu’il y a probablement plus de 15 ou 20 000 citoyens canadiens dans le pays. Des gens sont ici depuis plusieurs années, des missionnaires, des gens d’affaires… On compte beaucoup de Canadiens d’origine cambodgienne, d’autres Canadiens travaillent dans l’éducation, la culture… Il y a là une certaine effervescence. Et pour nous, c’est important de pouvoir être ici et de bien les représenter et de constater que parfois tous ces gens-là peuvent nous aider à ouvrir des portes.
Comment les représentez-vous et les aidez-vous au quotidien?
Le travail est très varié. Premièrement, il y a les services consulaires, ces services qu’on offre à tous les Canadiens ici, comme le renouvellement de passeport, l’aide aux personnes emprisonnées, etc. C’est une partie importante de notre travail, comme dans toutes les ambassades du monde. Notre section consulaire est très occupée. On aide aussi les sociétés canadiennes implantées ici à débloquer certaines barrières. Je les représente en assistant à des événements pour les encourager.
Je soutiens aussi le secteur de l’éducation culturelle. Il y a une école canadienne internationale à Phnom Penh qui a été fondée par une Canadienne d’origine cambodgienne de Montréal qui utilise le curriculum albertin. Il y a 55 professeurs canadiens qui enseignent dans cette école. Et il y a un programme français à l’école. Avec le lycée Descartes, homologué par le gouvernement français, cela fait deux écoles où on peut apprendre en français. Je suis très fier en tant que Canadien de voir vivre la dualité linguistique canadienne y compris dans les écoles cambodgiennes, où on enseigne trois langues, le khmer, le français et l’anglais.
Visite dans la province de Banteay Meanchey proche des zones de tensions frontalières. Source : LinkedIn
Vous n’êtes pas un néophyte de la diplomatie en Asie-Pacifique. Vous avez développé des relations avec le Vietnam, la Chine, la Papouasie-Nouvelle Guinée, la Nouvelle-Zélande… Pourquoi un tel attrait pour cette partie du globe?
J’ai rejoint le ministère en 2006 comme agent du service extérieur. J’ai travaillé en Afrique, aux Nations unies, puis sur le G7… Mon parcours plutôt généraliste a vraiment changé lorsque je suis devenu chef de mission adjoint en Nouvelle-Zélande en 2013. Depuis Wellington, j’observais les diplomaties australienne et néo-zélandaise en Asie du Sud-Est. Je les trouvais très efficaces, avec un virage clair vers l’engagement économique dans la région.
Je me suis alors dit que je pouvais contribuer à une réorientation similaire de la diplomatie canadienne. De retour au Canada en 2016, j’ai travaillé sur le forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC). Cela m’a amené à voyager au Vietnam, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, à Singapour et dans plusieurs autres pays de la région.
Ensuite, j’ai été conseiller pour la sous-ministre des Affaires étrangères, puis j’ai travaillé au Bureau du Conseil privé, qui est en quelque sorte le ministère du Premier ministre. J’y étais conseiller pour les dossiers asiatiques.
Vous avez donc conseillé le premier ministre. Sur quels dossiers avez-vous travaillé?
J’ai beaucoup travaillé sur la stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique, annoncée en novembre 2022. Cette stratégie prévoit plus de 2,3 milliards de dollars de nouveaux investissements dans la région.
Lorsque j’étais au Bureau du Conseil privé, j’ai conseillé l’équipe du premier ministre sur cette stratégie. Ensuite, de retour au ministère, j’ai participé à sa mise en œuvre.
Concrètement, cela s’est traduit par la création de nombreux nouveaux postes diplomatiques. Par exemple, nous avons maintenant un bureau agricole à Manille avec seize spécialistes qui soutiennent les exportations canadiennes dans la région.
Nous avons aussi développé un réseau d’attachés spécialisés dans les enjeux numériques et cybernétiques dans plusieurs capitales asiatiques.
Selon M. DesRoches, l’essentiel de la diplomatie consiste à bâtir des relations de confiance. Source : LinkedIn
Quelle est la situation la plus délicate que vous ayez eu à gérer au cours de votre carrière?
En diplomatie, on intervient souvent lorsqu’il y a des problèmes. Je me souviens par exemple d’un voyage du premier ministre Trudeau en Asie en 2022. Pendant ce déplacement, il y a eu un échange assez tendu entre le président chinois Xi Jinping et le premier ministre canadien.
Cet épisode a été filmé et repris par les médias internationaux. Après cela, nous avons dû préparer des notes et expliquer la situation aux médias canadiens afin que cet incident ne devienne pas le sujet principal d’un voyage diplomatique pourtant très important.
Un autre exemple remonte à un sommet de l’APEC auquel participait Donald Trump pour la première fois. J’ai travaillé 20 heures par jour pour finaliser le communiqué commun, après des négociations particulièrement difficiles. Le contexte international évoluait et la diplomatie canadienne devait s’adapter.
Les réseaux sociaux et la communication instantanée ont-ils bouleversé la culture de la diplomatie?
Oui et non. Les médias sociaux ont évidemment transformé la communication. Lorsque j’ai commencé ma carrière, Facebook venait tout juste d’apparaître. Aujourd’hui, il est important d’expliquer au public ce que nous faisons. Mais il ne faut pas oublier que l’essentiel de la diplomatie consiste à bâtir des relations de confiance.
Ici au Cambodge, j’ai développé des relations personnelles avec plusieurs ministres. Nous échangeons parfois des messages sur WhatsApp ou Telegram et nous avons des discussions discrètes sur certains dossiers. Ces relations ne pourraient pas exister si chaque rencontre était immédiatement publiée sur les réseaux sociaux. Il faut donc trouver un équilibre entre la communication publique et la diplomatie discrète.
L’ambassadeur rend hommage au monastère Wat Ounalom, en 2025, à l’occasion du festival des ancêtres Pchum Ben. Source : LinkedIn
Le contexte international actuel rend-il l’action diplomatique plus incertaine?
Le monde devient plus imprévisible et plus dangereux. Le Canada se considère comme une puissance moyenne, et dans ce contexte nous devons adapter notre approche.
Pendant longtemps, la diplomatie canadienne reposait fortement sur la promotion de la démocratie et des droits de la personne. Ces valeurs demeurent essentielles, mais nous devons aussi composer avec un monde où certains pays suivent des modèles politiques différents.
Il faut trouver les moyens de bâtir des relations avec ces pays tout en maintenant nos valeurs.
Quelle langue utilisez-vous le plus au Cambodge? Le français y a-t-il encore une place?
Oui, et c’est même une très belle surprise pour moi. J’utilise le français presque tous les jours. Il existe une importante communauté francophone au Cambodge.
Au moins douze ministres cambodgiens parlent français. Beaucoup d’étudiants l’apprennent aussi, notamment grâce à des bourses d’études françaises dans les domaines du droit, de la médecine et des technologies.
La famille royale est également francophone. Lorsque j’ai présenté mes lettres de créance au roi, la conversation s’est déroulée environ à 80 % en français.
Rencontre avec d’anciens boursiers cambodgiens du Programme de bourses et d’échanges éducatifs pour le développement (SEED) à l’ambassade. Source : LinkedIn
Votre carrière diplomatique a-t-elle changé votre vision du monde?
Oui, de plusieurs façons. D’abord, elle a renforcé ma fierté d’être Canadien. Lorsque l’on vit à l’étranger, on réalise à quel point l’expérience canadienne, notre dualité linguistique et notre respect des droits de la personne sont appréciés.
Deuxièmement, travailler dans des pays où les institutions sont parfois fragiles rappelle à quel point la démocratie peut être vulnérable. Au Canada, nous avons tendance à considérer nos institutions comme acquises. Mais ailleurs, on voit à quel point elles peuvent être fragiles.
Vous est-il déjà arrivé de défendre une position politique avec laquelle vous n’étiez pas personnellement d’accord?
Ça peut arriver. Je me souviens d’une négociation aux Nations unies lors du sommet Rio+20 sur le développement durable. À l’époque, le gouvernement canadien ne voulait pas prendre certains nouveaux engagements internationaux.
Pendant les négociations, j’ai dû bloquer une entente soutenue par plusieurs ONG. Certaines organisations canadiennes m’ont reproché cette position.
Je leur ai répondu que dans une démocratie, une fonction publique impartiale doit mettre en œuvre les décisions prises par le gouvernement élu. Quelques années plus tard, le Canada a finalement soutenu cette même entente sous un gouvernement différent.
C’est la preuve que le rôle d’un fonctionnaire est d’appliquer les décisions démocratiques, même si elles évoluent avec le temps.
Le Cambodge accueillera bientôt un sommet de la Francophonie. Quel est votre rôle dans cette préparation?
Le Cambodge prépare activement ce sommet. Il y aura notamment un village culturel de la Francophonie et un pavillon consacré aux technologies francophones. Nous travaillons avec les autorités cambodgiennes pour assurer le succès de cet événement. Le Québec participe aussi aux préparatifs, notamment à travers son bureau à Singapour.
Lors d’un événement préparatoire, la chanteuse Fabienne Thibault est venue interpréter des chansons de Starmania. Le public cambodgien a été très ému. »
LES DATES-CLÉS DE CHRISTIAN DESROCHES
2006 : Rejoint le ministère Affaires mondialesCanada
2017 : Pilote la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Ottawa
2020 : Détaché auprès du Secrétariat de la politique étrangère et de défense du Bureau du Conseil privé
2023 : Coordonne la Stratégie indo-pacifique du Canada
2025 : Nommé ambassadeur du Canada au Cambodge
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
OTTAWA — L’Ontario va sortir son joker devant la Cour suprême du Canada pour défendre l’utilisation de la clause dérogatoire dans le dossier de la Loi 21 qui débute le 23 mars. Dans une rareté historique, c’est le procureur général de l’Ontario, Doug Downey, qui présentera les arguments au nom de la province, une démarche à saveur politique plutôt que juridique, soutient un professeur de droit.
En général, il est très rare de voir un procureur général se présenter lui-même en cour et livrer le plaidoyer dans une cause judiciaire, la tâche relevant plutôt d’avocats du ministère de la Justice.
Le professeur de droit à l’Université d’Ottawa, Adam Dodek, spécialiste de la constitution canadienne, s’est dit « surpris » lorsqu’on lui a annoncé cette information, confirmant que c’était « hautement inhabituel ».
Les cas ontariens depuis 50 ans peuvent se compter sur les doigts d’une main, selon celui qui enseigne un séminaire sur la Cour suprême. Il dit avoir connaissance que dans l’histoire récente, seuls les anciens procureurs généraux Ian Scott à une reprise, Roy McMurtry à deux reprises et Jim Flaherty en 2001, dans une cause sur la pornographie juvénile, ont effectué une telle démarche. Mais dans les trois cas, l’Ontario était partie prenante dans le dossier, souligne-t-il, contrairement au dossier québécois de la Loi 21 où l’Ontario n’est qu’un intervenant.
Le bureau du procureur général soutient que c’est parce qu’il s’agit d’une « affaire très importante pour la population de l’Ontario et pour tous les Canadiens, avec des répercussions graves et durables pour notre pays » que M. Downey « comparaîtra personnellement devant la Cour suprême ». L’Ontario argumentera devant le plus haut tribunal au pays qu’il « ne devrait pas imposer de limites supplémentaires à l’utilisation de la clause de dérogation », présente le bureau du procureur général.
« Les observations du procureur général porteront sur la position de l’Ontario selon laquelle la clause de dérogation joue un rôle essentiel dans l’ordre constitutionnel du Canada, ainsi que sur la nécessité de protéger le compromis qui a permis la création de la Charte », soutient le porte-parole du ministre, Jack M. Fazzari, dans une déclaration.
Selon le registre de la Cour suprême, le gouvernement Ford fera cavalier seul alors qu’aucun autre ministre de la Justice provincial ou fédéral n’effectuera une telle démarche. Ni même le ministre de la Justice du Québec, Simon Jolin-Barrette, dont le gouvernement est défendeur dans la cause, qui fera plutôt confiance à ses procureurs.
Une démarche politique?
Le professeur Adam Dodek rappelle que, par le passé, d’anciens procureurs généraux de l’Ontario n’ont pas plaidé personnellement dans des dossiers pourtant cruciaux, comme ceux touchant au droit criminel ou à l’avenir de la Confédération.
« Je pense que l’explication principale est probablement politique. Je ne crois pas qu’elle soit d’ordre juridique », observe-t-il.
Selon lui, de « nombreuses affaires » pourraient être qualifiées d’« extrêmement importantes pour l’Ontario », relativisant ainsi l’urgence ou la spécificité de la cause présente, qui n’aura « pas des conséquences à long terme ».
Madeleine Meilleure, une ancienne procureure générale sous le gouvernement libéral, s’est aussi dite surprise, elle qui louange toutefois les compétences de M. Downey comme procureur général. Elle soutient qu’une telle manœuvre, quand elle était en poste, « ne m’est jamais passée par la tête ».
« On ne me l’a jamais présenté, et si on me l’avait présenté, j’aurais refusé », affirme-t-elle en entrevue.
Madeleine Meilleur a été procureure générale de l’Ontario de 2014 à 2016. Crédit image : Archives ONFR
« On avait de très bons procureurs au ministère de la Justice et quelquefois, le ministère de la Justice proposait un avocat dans le secteur privé qui avait les compétences en conséquence. Alors, je ne voyais pas ça comme étant mon rôle », explique l’ancienne députée libérale d’Ottawa-Vanier.
Nommé procureur général en 2019, Doug Downey a une expérience en droit immobilier en plus d’avoir aussi enseigné le droit. Selon Adam Dodek, Doug Downey ne serait pas un plaideur à la base et il ne comparaissait pas devant les tribunaux lorsqu’il était avocat.
« Ce que vous verrez des autres provinces, ce sont des personnes possédant une vaste expérience en droit constitutionnel. Je pense que M. Downey a un défi à relever, car je pense que sa participation sera accueillie avec scepticisme par la Cour », souligne M. Dodek.
Il mentionne que contrairement à M. Downey, ses prédécesseurs Ian Scott et Roy McMurtry « avaient l’habitude de comparaître devant les plus hautes instances judiciaires » alors que pour Jim Flaherty en 2001, « ses arguments étaient bien plus politiques que juridiques, ce que le tribunal n’avait pas apprécié ».
Aux électeurs à juger la clause dérogatoire, clame l’Ontario
L’Ontario aura 15 minutes le 25 mars pour présenter ses arguments dans cette cause qui porte sur la Loi sur la laïcité de l’État au Québec, la Loi 21, qui interdit le port de signes religieux par des employés de l’État. La clause dérogatoire est utilisée dans la législation pour protéger la Loi sur la laïcité de l’État contre des contestations judiciaires en vertu de la Constitution canadienne.
Dès l’entrée en vigueur de la Loi 21, des groupes de personnes et des organismes ont entrepris des recours distincts pour contester la constitutionnalité de la loi ou certaines de ses dispositions, comme l’utilisation de la clause dérogatoire.
Dans ses arguments déposés en Cour, le gouvernement Ford se dit contre la Loi 21, mais souligne que « cette décision revient à l’Assemblée nationale et, en fin de compte, aux électeurs du Québec ». L’Ontario soutient que la clause dérogatoire maintient également « le pouvoir ultime de l’électorat, et non des tribunaux », de juger si son application est justifiée.
Depuis son arrivée au pouvoir, Doug Ford a invoqué la clause dérogatoire à trois reprises : en 2018, pour réduire la taille du conseil municipal de Toronto; en 2021, dans une loi plafonnant les dépenses électorales; et en 2022, pour mettre fin à une grève dans le système d’éducation, un usage que le gouvernement avait finalement révoqué quelques jours plus tard face à l’indignation publique.
TORONTO – Le ministère de la Santé annonce la création d’un dossier médical électronique provincial pour les patients ontariens qui agirait comme un carnet de santé numérique, pour centraliser des données cliniques. Allergies, vaccinations, prescriptions, ou examens y seront répertoriés, mais sans mention, pour l’heure, des préférences linguistiques.
Ce « Dossier médical de soins primaires », à l’échelle de la province, sera un dossier de santé par patient accessible par les professionnels de la santé.
« Si le dossier médical n’est pas accessible et complet pour tous les professionnels de la santé, cela peut occasionner des complications et risques pour le patient, faire répéter des examens médicaux inutiles, ainsi que créer des retards de prise en charge », souligne la Dre Jane Philpott, présidente de l’Équipe d’action pour les soins primaires, expliquant ainsi que le système actuel est fragmenté.
Une base de données coordonnée réduirait les formalités administratives et améliorerait la qualité des soins reçus par les patients, bien que l’utilisation par les professionnels soit volontaire.
Ces nouveaux dossiers médicaux des patients comporteront tout antécédent vaccinal et médical, les allergies, les traitements en cours, les examens médicaux, mais aucune mention des données sur les préférences linguistiques pour l’instant.
Le ministère de la Santé n’a pas encore été en mesure de confirmer si les préférences linguistiques du patient seraient incluses à terme dans ce nouveau dossier. Le projet est présenté sans en faire mention. Interrogé sur ce point, le bureau de la ministre Jones a indiqué à ONFR que le projet n’en était qu’à ses balbutiements. La province s’apprête à lancer une étude de marché pour sonder les fournisseurs potentiels, précisant que les capacités techniques du futur système ne seront déterminées qu’une fois ce processus complété.
« C’est absolument inconcevable qu’en 2026, la question linguistique n’y ait pas sa place. Pourquoi est-on obligés de réclamer à ce stade alors que le processus d’appel d’offres est déjà en cours? », questionne avec frustration la députée néo-démocrate France Gélinas.
« Cela fait plus de 20 ans qu’on demande ce dossier médical provincial, j’étais encore la directrice d’un centre de soins communautaire ! »
Au-delà des critères linguistiques, l’élue soulève des questions logistiques : « Actuellement, les professionnels de la santé paient pour des bases de données, toutes différentes. Devront-ils encore payer pour accéder à celle-ci? Qui s’occupera du transfert et de la formation du personnel? »
La variable linguistique, « incontournable dans la création d’une base de données provinciale », selon l’AFO
En réaction à cette annonce, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Fabien Hébert indique à ONFR qu’une rencontre avec le Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF) aura lieu dans les plus brefs délais sur le sujet.
« Le gouvernement est actuellement en appel d’offres. Cela devrait faire partie des critères de sélection pour le logiciel qui sera utilisé et on a encore le temps d’intervenir pour s’assurer que la variable linguistique soit incluse », explique celui-ci.
« Ce qui m’inquiète en revanche, c’est le fait que les médecins auront le choix d’adopter ce système ou non. Si on veut créer un portail universel, est-ce la solution? »
Selon M. Hébert, dans les années 80, quand le processus d’informatisation a commencé en Ontario, le gouvernement a manqué la chance de créer un réseau homogène.
Il nous confirme que l’AFO rappellera aux ministères des Affaires francophones et de la Santé qu’avoir la variable linguistique est un besoin et une demande des francophones.
« Avoir la variable linguistique (anglais-français) est un incontournable dans la création d’une base de données provinciale, tranche-t-il. Il ne faut pas oublier pas que le Canada est un pays bilingue et qu’il y a des obligations envers la communauté francophone. »
« Un rôle déterminant » dans l’accès aux soins
Le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) salue la création de dossier médical électronique, mais considère comme essentiel l’ajout des préférences linguistiques : « Une telle approche pourrait contribuer à soutenir davantage la planification et l’offre de services adaptés aux besoins des différentes communautés, notamment les francophones », réagit la vice-présidente Aissa Nautho.
« Pour les communautés francophones, la langue joue un rôle déterminant dans la compréhension des soins, la relation avec les professionnels de la santé et l’expérience globale du patient. La prise en compte des besoins linguistiques contribue à améliorer l’accès aux services et la qualité des soins. »
Celle-ci souligne l’opportunité que représente l’intégration des préférences linguistiques des patients dans les données recueillies : « Pour les centres de santé communautaires, la disponibilité de ces données faciliterait une meilleure organisation des services, renforcerait l’offre active en français et contribuerait à améliorer l’expérience globale des patients. »
Dans le cadre du budget 2026, qui sera déposé le 26 mars prochain, le gouvernement affirme accroître le financement général de son Plan d’action pour les soins primaires pour le porter à un total de 3,4 milliards de dollars entre 2025 et 2029.
Selon les données transmises par la province, le Plan d’action pour les soins primaires aurait dépassé ses cibles initiales pour l’exercice 2025-2026. En date du 1er janvier dernier, 330 000 Ontariens auraient été aiguillés vers des services de soins, 30 000 de plus que l’objectif fixé.
Dans son sixième rapport intitulé La langue française dans le monde 2023-2026, publié cette semaine, l’Observatoire de la langue française (OIF) souligne plusieurs statistiques mettant en lumière l’évolution de la 4e langue mondiale. Voici en sept chiffres ce qu’il faut retenir.
396
396 millions de francophones vivent sur la planète. C’est un bond de près de 76 millions de locuteurs par rapport à 2010 dû à une progression de l’usage de la langue mais aussi un décompte plus large fondé sur une définition plus inclusive (est Francophone toute personne capable de communiquer en français, à l’oral ou à l’écrit) incluant les élèves de 6 à 9 ans alphabétisés en français, dans les pays du Sud où le français est langue officielle, co-officielle ou d’enseignement.
4
Le français est la quatrième langue mondiale après l’anglais, le mandarin, l’espagnol, et devant l’arabe standard, le bengali, le portuguais, le russe. En tant que langue maternelle, elle fait partie des 20 langues les plus parlées au monde, avec environ 90 millions de locuteurs maternels. Près de 150 millions de jeunes la pratiquent, soit 30,6 % de la population totale. C’est aussi la 4e langue sur Internet, alors que, dans le même temps, 7000 langues sont en voie d’extinction numérique.
2
Deuxième langue la plus apprise dans le monde, après l’anglais, le français est enseigné dans 36 pays sur tous les continents comme langue maternelle, seconde, de scolarisation ou encore langue étrangère. Il est l’unique langue d’enseignement au Québec, au Bénin, au Burkina Faso, en France, au Gabon, en Guinée, en Haïti, en Suisse romande, au Togo et en Wallonie…
7
On estime à 7 millions le nombre d’enseignants de et en français, qui encadrent environ 170 millions d’élèves et étudiants dans 36 pays à travers le monde. Plus de 2,8 millions d’enseignants exercent dans le primaire avec un ratio de 33 élèves par enseignant. Ils sont tout autant (2,8 millions) dans le secondaire à raison d’une moyenne de 17 élèves par enseignant. L’enseignement supérieur concentre plus de 352 000 professeurs.
65
65 % des locuteurs vivent en Afrique, soit 228 millions de francophones. Ils sont 96 millions en Afrique centrale, 65 millions en Afrique de l’Ouest, 48 en Afrique du Nord… La croissance démographique continue de soutenir massivement de la vitalité du français, particulièrement dans les centres urbains, où il cohabite avec plus de 1400 langues locales : 813 langues en Afrique centrale, 472 en Afrique de l’Ouest, 71 en Afrique du Nord et 53 en Afrique de l’Est et dans l’océan Indien…
3
Le français est la 3e langue de l’économie et des affaires. L’espace économique francophone regroupe 90 États et gouvernements membres répartis sur les cinq continents. Il représente une population de 1,2 milliard de personnes, soit 17,5 % de la population mondiale. Il génère 16,5 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, 20 % du commerce mondial de marchandises et 14 % des réserves mondiales de ressources minières et énergétiques, dont certains minerais critiques pour la transition énergétique.
590
Et en 2050? 590 millions de francophones peupleront les cinq continents selon les projections qui prennent en compte la scolarisation, le numérique, l’urbanisation et la mobilité internationale. Ils feront partie d’un ensemble plus vaste de 2 milliards d’individus habitants dans l’espace des 93 États et gouvernements membres et observateurs de la Francophonie, un cercle qui pourrait s’élargir à de nouveaux membres dans l’intervalle. La population mondiale atteindra alors 9,6 milliards d’êtres humains.
Des citoyens de Sudbury s’inquiètent de l’abolition des vols directs de Porter vers Toronto. Ce vox pop illustre la difficulté de rester connecté au reste de la province quand les services essentiels s’éloignent du Nord de l’Ontario.
EDMONTON – Le Campus Saint-Jean deviendrait-il trop petit? Plus d’un millier d’étudiants le fréquentent, un chiffre qui pourrait doubler d’ici six ans. ONFR s’est glissé dans les couloirs de l’établissement pour en saisir les attraits dans une province à large majorité anglophone.
La vie universitaire ne s’arrête pas à la fin des cours comme en témoignent, ce jeudi en fin d’après-midi, des étudiants qui investissent progressivement les sièges de l’amphithéâtre du campus. Aujourd’hui, on clôture le Mois de l’histoire des Noirs. Demain, on ouvrira celui de la francophonie. Dans ce « village dans le village », les événements s’enchaînent dans un tourbillon de projets où l’académique se mêle au communautaire.
Hope Anaky écoute, les yeux rivés vers l’estrade, attentive à la conférence du moment qui décortique les ressorts de la double minorité, linguistique et culturelle. Étudier en français en Alberta a longtemps été une source d’inquiétude pour sa famille, confie cette étudiante en science politique.
« En venant ici en tant qu’immigrants, nos parents veulent qu’on s’intègre dans la communauté le plus rapidement possible, et donc qu’on parle anglais, mais j’ai décidé de continuer mes études en français parce qu’il y a une communauté vivante et que ça m’ouvre plus d’opportunités. »
Hope Anaky, étudiante en science politique, ici dans la bibliothèque du Campus. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Depuis sa création, le campus use fortement de cette double carte de visite français-anglais pour attirer toujours plus d’étudiants en quête d’une carrière bilingue adossée à un diplôme de l’Université de l’Alberta, qui figure dans le top-3 des universités canadiennes.
« On a toujours été ici pour assurer une vitalité dans la francophonie, jouer un rôle vital au maintien de la langue française, c’est ça qui constitue notre noyau dur », affirme le doyen, Jason Carey, dans un contexte de recul du poids démographique des francophones en Alberta.
Ici, on forme la relève (en personne et en ligne) dans les arts, les sciences infirmières ou encore l’éducation à travers la faculté qui concentre les cycles universitaires, mais aussi un centre collégial qui permet d’acquérir des compétences plus techniques dans des secteurs en manque de main-d’œuvre, comme la santé et la petite enfance.
Depuis l’année passée, un doctorat transdisciplinaire, plutôt populaire, parachève cet écosystème académique.
Le Campus s’appuie sur une école de langue qui assure le niveau de français et d’anglais, ainsi qu’une antenne à Calgary, la plus grande ville de la province. « On songeait à le fermer il y a quelques années quand il y avait 15 à 20 personnes… Maintenant qu’on est rendu à 276 étudiants, on pense au contraire à le déménager dans un endroit plus spacieux où on pourrait greffer des programmes du centre collégial », rapporte M. Carey.
Objectif : 1500 étudiants à Edmonton, 500 à Calgary
Ce qui frappe au premier abord, c’est la taille humaine du campus, divisé en deux pavillons. Un univers qui plait à Hope Anaky : « J’aime cette proximité avec les professeurs. Ça nous pousse à la curiosité, au savoir, à la réussite, à s’impliquer nous aussi », s’enthousiasme celle qui assure des tâches d’assistante aux événements dans l’établissement et souhaite intégrer le programme de guide parlementaire à Ottawa.
« En 2022, on était à peu près 630 étudiants contre presque 1300 maintenant, compare le doyen. Notre cible en 2032 de 2000 étudiants, dont 500 à Calgary, est très atteignable compte tenu de la croissance actuelle, et je pense que ce sera plus que ça. Des discussions sont en cours avec l’université concernant un nouvel édifice qui répondrait aux besoins à long terme. »
Chaque année, les étudiants du Campus Saint-Jean ont accès à plus de 500 000 $ en bourses. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
L’amphithéâtre est un lieu de rassemblement régulier pour la communauté universitaire, ici lors de la clôture du Mois de l’histoire des Noirs. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Le campus abrite trois associations étudiantes, une chorale, un théâtre, une bibliothèque, des services d’employabilité et de santé mentale. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Les diplômes du campus sont délivrés par l’Université de l’Alberta. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Le campus se trouve au coeur du quartier Bonnie Doon. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Depuis mai 2024, les étudiants autochtones disposent d’un espace où se rassembler, échanger et célébrer leur culture. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Le Campus se veut un carrefour linguistique et académique. Il ouvre la voie à des parcours bilingues. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Créé en 1908 par l’ordre religieux des missionnaires Oblats de Marie Immaculée, le Campus Saint-Jean est la première faculté en langue française de l’Ouest du Canada Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« On a toujours été ici pour assurer une vitalité dans la francophonie », affirme le doyen Jason Carey (à gauche). Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Pour l’étudiante Hope Anaky, la maitrise des deux langues officielles est un atout. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
En coulisses, Saint-Jean joue sa réputation, explique Jason Carey : « On avait d’excellents programmes, mais on semblait être le poster de ce qui allait mal dans les institutions postsecondaires en milieu minoritaire, lorsque je suis arrivé ici. L’Université de l’Alberta s’est engagée en 1976 à protéger l’éducation postsecondaire en français dans la province et cet engagement est encore plus fort maintenant, grâce à nos partenaires et notre impact national et international. »
Le Campus a bâti ces dernières années des ponts avec le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, la France, la Belgique… « On est un peu partout en termes d’échanges d’étudiants, d’enseignement, mais aussi de recherche. »
Enseigner en français, un acte de résistance
« Enseigner ici, c’est un peu résister à une certaine culture politique, lance d’emblée la professeure Valérie Lapointe Gagnon. Pas plus tard que l’été passé, un député de Red Deer a insulté les francophones en disant que le français n’avait pas de valeur en Alberta. On est un lieu de résistance face à ce discours. »
Elle fait partie de la trentaine d’enseignants-chercheurs du campus. « Ce n’est pas énorme pour une faculté qui a plus de 1000 étudiants et qui a l’ambitieuse visée de répondre à de grands besoins. Au-delà d’enseigner, on anime une vie en français. Ça prend de petites poches de français, comme le quartier où nous sommes (…) dans une province qui n’est pas forcément au diapason du bilinguisme », considère-t-elle, en écho à la tentation du séparatisme, dans l’air du temps.
Valérie Lapointe Gagnon, professeure, historienne et directrice de l’Institut Marcelle et Louis Desrochers pour le Patrimoine et les recherches transdisciplinaires en francophonie (IMELDA). Photo : Rudy Chabannes/ONFR
« Dans les années 90, il y avait 25 professeurs pour 400 étudiants. On est 29 aujourd’hui, alors que les étudiants ont doublé. Il y a plus de chargés de cours qu’à l’époque, mais on ne peut pas construire quelque chose dans le long terme sur de la précarité. Il faut être dans la prévisibilité », ajoute-t-elle.
D’autant qu’une autre tâche occupe une place centrale chez les profs : la recherche. Et, en milieu minoritaire, les chercheurs francophones se voient confrontés à l’obstacle de l’accès aux ressources.
« La ressource repose souvent sur les épaules d’une seule personne. Il suffit qu’elle parte pour que tout s’effondre », observe la professeure. Quant à la part du français dans la littérature, « elle s’érode (…) Les revues bilingues le sont de moins en moins. Sans compter que les recherches sur la francophonie canadienne ne sont pas très bien subventionnées par le gouvernement fédéral. »
Elle est convaincue que l’Université doit développer des chaires de recherche afin de créer un dynamisme intellectuel capable d’influencer les politiques publiques, comme on en voit en Ontario ou au Nouveau-Brunswick.
Le doyen Jason Carey planche sur une offre de programmes de droit, en collaboration avec l’Université d’Ottawa. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Mais l’institution n’est pas exempte de défis, comme celui de son autonomie menacée puis finalement préservée, lors de la restructuration de l’université en 2020. En 2023, l’installation d’un panneau unilingue en lieu et place d’un panneau bilingue avait fait polémique. Plus récemment, en 2025, la direction a dû jouer aux équilibristes entre identité et inclusivité, au moment de rénover ses bâtiments. Le recouvrement d’une fresque historique avait suscité le malaise dans la communauté, alors vécu comme une atteinte à l’ADN du campus.
« On devait tirer parti de tout l’espace disponible pour l’enseignement, notre mission primaire, justifie sur ce dernier point le doyen de l’institution fondée en 1908 par les pères Oblats. Plusieurs salles ont dû être rénovées pour en faire des salles de classe et ça a froissé certaines personnes. On en est conscient. C’est pour ça que nous avons entrepris un processus de consultations pour raconter l’histoire du Campus Saint-Jean, faire progresser cette histoire-là afin qu’elle rejoigne tout le monde, sachant qu’une grande part de la population étudiante vient d’anciens pays colonisés. On espère qu’à la fin, la communauté réalisera que tout le monde y gagne. »
Au-delà des cours magistraux, le Campus Saint-Jean abrite des activités en tout genre, telles que des conférences et débats. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Après ses études, Hope Anaky envisage de s’orienter vers une maîtrise ici au Campus Saint-Jean ou à Ottawa pour faire du droit. Elle imagine apporter sa pierre à la communauté francophone minoritaire d’Edmonton.
« Peut-être une carrière en leadership au sein de la communauté d’Edmonton, afin d’avoir un impact concret à court et long terme », conclut-elle avant de reprendre le chemin des cours.
Avec la contribution de Jacques-Normand Sauvé à la recherche.
Tout au long du Mois de la francophonie, ONFR vous fait découvrir les différentes facettes de la francophonie albertaine à travers reportages et entrevues, sur onfr.org et notre chaîne YouTube. À lire également : notre reportage à Edmonton, la Rencontre d’ONFR avec Nathalie Lachance, présidente de l’ACFA, notre entrevue avec la ministre Tanya Fir et notre sujet sur le séparatisme.
À Sudbury, la 53e édition de La Nuit sur l’étang met l’Huronie à l’honneur les 20 et 21 mars. Entre hommage, relève et retrouvailles, l’événement, présenté au Collège Boréal, marque aussi le retour attendu du groupe Brasse-Camarade, 35 ans après son premier passage sur cette scène.
« Chanter en français en Ontario est un acte politique, qu’on le veuille ou non. »
François Lamoureux, l’une des figures du duo Brasse-Camarade, reprend à son compte cette réflexion des pionniers de la musique franco-ontarienne lorsqu’il évoque l’importance de La Nuit sur l’étang.
Le festival, qui célèbre cette année sa 53e édition les 20 et 21 mars à Sudbury, se tiendra sous le thème « La Nuit chante l’Huronie », avec un hommage aux artistes franco-ontariens de cette région.
Le retour du groupe Brasse-Camarade, 35 ans après son premier passage à La Nuit sur l’étang, constitue l’un des temps forts de cette édition.
Pour François Lamoureux, qui remontera sur scène samedi avec son frère Pierre, il s’agira d’un dernier salut du groupe.
« On va rejouer les chansons qui ont marqué les gens, retrouver le public… et simplement partager un moment de plaisir », résume-t-il.
« Être francophone en Ontario, c’est aussi une forme d’engagement », estime François Lamoureux, du duo Brasse-Camarade. Crédit photo : CXCAG
Le parcours des frères Lamoureux les a menés bien au-delà des frontières ontariennes. Réalisateurs et producteurs reconnus à l’international, ils ont contribué à des projets récompensés par des Grammy, Emmy et Juno, participant à la vente de millions de CD et DVD/BD. Mais chanter en français est toujours resté un choix assumé.
« Avec notre groupe, on voulait surtout donner de la fierté aux jeunes, leur montrer qu’on peut s’amuser et créer en français, naturellement, sans revendication directe, simplement parce que c’est notre langue », explique François Lamoureux.
Une programmation ancrée en Huronie
Parmi les artistes invités qui portent ce même engagement, on retrouve notamment Joëlle Roy, originaire du Témiscamingue et établie en Huronie, dont le parcours artistique touche à plusieurs disciplines, de l’opéra-blues à la littérature.
L’auteur-compositeur-interprète Michel Paiement, actif depuis 1982 et originaire de Lafontaine, un village de la baie Georgienne, présentera également son univers musical. Il travaille actuellement sur un EP enregistré à Nashville.
Figure emblématique de la francophonie ontarienne, Jean-Guy « Chuck » Labelle proposera un spectacle mêlant nouvelles compositions et moments forts de son répertoire.
Le Prix du Nouvel-Ontario 2025 a été remis à Jean-Guy « Chuck » Labelle, chanteur originaire d’Azilda. Photo : Dominique Demers/ONFR
Le groupe festif Hey, Wow, d’Ottawa, viendra pour sa part insuffler une énergie contagieuse, avec des textes ludiques et un mélange de rock, funk, disco et musique traditionnelle.
« C’est un peu comme un grand rassemblement, une occasion de se connaître et de comprendre qui on est », explique le directeur général, Gino St-Jean.
Longtemps, ajoute-t-il, l’événement a permis à des jeunes de toute la province de se retrouver et de célébrer leur identité. Cette année encore, il se veut un lien entre les différentes régions, notamment entre Sudbury, berceau de la culture franco-ontarienne, et l’Huronie.
L’événement sera également marqué par une soirée de gala le vendredi, au cours de laquelle sera remis le Prix du Nouvel-Ontario 2026. Une vidéo hommage aux artistes de l’Huronie y sera présentée.
La relève sera aussi au rendez-vous avec la participation du groupe Les Aigles, composé de jeunes musiciennes et musiciens âgés de 10 à 14 ans, originaires de Lafontaine. La formation s’est fait connaître lors du spectacle La Brunante, un tremplin pour les jeunes artistes franco-ontariens depuis plus de 40 ans et par lequel sont passés plusieurs des artistes présents à cette édition de La Nuit sur l’étang.
Entre l’art de la scène et la production, Nathalie Nadon évolue également comme chargée de projet au sein de l’Union culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO), qui annonce son nouveau projet « ÉGALES », un acronyme pour « Égalité des genres des agricultrices pour le leadership, l’équité et la solidarité ».
LE CONTEXTE :
Ce projet unique en Ontario français amorce le lancement d’une plateforme en ligne destinée à rassembler les femmes du secteur agricole ontarien, afin de créer une communauté active basée sur le partage et l’entraide.
L’ENJEU :
Les agricultrices franco-ontariennes continuent de faire face à des biais de genre dans un système où les dynamiques les invisibilisent dans les discussions importantes de ce secteur.
« Le projet ÉGALES, en quoi consiste-t-il?
Ce projet veut offrir aux Franco-Ontariennes des zones rurales des moyens de pallier la distance géographique, qui s’avère être considérable en Ontario. Ainsi, la nouvelle plateforme va permettre aux agricultrices de se retrouver selon leurs horaires respectifs car la réalité est qu’une ferme laitière, une ferme hydroponique et une serre de fleurs fonctionnent selon des créneaux différents.
L’objectif est de créer une sororité inclusive entre ces agricultrices où elles peuvent se rencontrer virtuellement et échanger librement sur leurs expériences, collaborer et innover pour favoriser l’accès à des solutions équitables. Comme il n’existe pas vraiment de porte-parole pour toutes les agricultrices francophones, c’est l’occasion pour cette plateforme business-to-business (B2B) de s’ériger comme un concept créé par ces femmes et pour ces femmes.
Quels contenus et outils cette plateforme mettra-t-elle à disposition?
L’outil principal de la plateforme prendra la forme d’un forum de discussion où les agricultrices pourront s’apporter mutuellement des réponses. Il y aura aussi des opportunités de mentorat ainsi que des outils de formation en comptabilité, gouvernance et leadership. Tous ces outils seront gratuits et nous espérons aussi tenir des conférences en agriculture.
Je dirais que c’est vraiment la plateforme faite pour que ces femmes puissent s’échanger leurs connaissances et pratiques afin d’en faire une communauté vivante. Nous voulons que les échanges y soient structurés et informés en même temps. En somme, ce que nous voulons offrir, c’est une plateforme spécifiquement pour les Franco-Ontariennes.
Sara Poliquin est la directrice générale de La Maison Verte dans la Nord Ontarien. Photo : Gracieuseté
Véronique Dupont tient la ferme Alfran dans l’Est Ontarien. Photo : Gracieuseté
Joanie Grenier de la DJ’S Dream Fram dans le Nord Ontarien. Photo : Gracieuseté
Où en Ontario peut-on trouver des femmes francophones engagées dans l’agriculture?
Une grande portion des agricultrices francophones se trouvent dans l’Est Ontarien, à Casselman, Embrun ou Saint-Isidore, il y a aussi une grande représentation dans le nord de la province. C’est plus compliqué dans le sud, où il y a pourtant beaucoup d’activités agricoles. Toutefois, ça reste compliqué de recenser les agricultrices francophones dans cette région.
Quels sont les principaux défis ayant motivé la création de cette plateforme?
Les femmes en agriculture ne sont toujours pas pleinement représentées et sont souvent enregistrées dans des statistiques comme conjointes d’agriculteurs. Elles continuent à se faire rares dans les sphères décisionnelles et consultatives malgré leur expérience et leur expertise. On n’en voit pas tant dans les conseils d’administration, les syndicats ni dans les comités consultatifs. À travers cette plateforme, on veut mettre en lumière des modèles inspirants afin de renforcer la confiance des autres agricultrices pour qu’elles briguent des postes de leadership.
Les trois défis qui s’enchevêtrent ici c’est qu’elles doivent revendiquer leur place en tant que femme, puis en tant que francophone et tout cela en milieu rural.
En tant que chargée de projet à l’UCFO à côté de son métier de comédienne, Nathalie Nadon est fortement engagée dans la communauté des agricultrices francophones. Photo : Gracieuseté
Comment cette plateforme répond-t-elle au manque de services en français?
Étant donné que presque tout le monde parle anglais dans le domaine agricole en Ontario français, On tient souvent pour acquis que les francophones vont s’adapter. D’après plusieurs agricultrices, bien qu’elles comprennent très bien l’anglais, elles apprécient de pouvoir s’exprimer clairement sur leurs besoins, donc quand tu peux le faire dans ta langue maternelle, ça prend tout son sens. Ça vient vraiment toucher ta fibre dans ton cœur.
De plus, ces femmes sont reconnues pour être les gardiennes de la langue française dans ces communautés qu’elles tiennent à bout de bras. Elles font des activités en français, des levées de fonds au profit d’organismes communautaires.
Quels résultats avez-vous tirés de votre sondage à l’intention de ces femmes?
Nous avons réalisé un grand sondage auprès des agricultrices ainsi que nous avons rencontré divers acteurs du milieu agricole. Un état des lieux du sondage est prévu le 28 avril avec Financement agricole Canada, toutefois, le sondage révèle d’ores et déjà que ces femmes se sentent contraintes à devoir faire plus pour prouver leurs compétences. Les biais de genre et les préjugés viennent principalement de l’extérieur.
Par exemple, lorsqu’elles vont acheter une pièce au magasin pour faire réparer leur tracteur, elles auront tendance à ne pas être prises au sérieux, ou encore, lors d’entretiens bancaires, le banquier aura tendance à s’asseoir plutôt en face de l’homme.
Prudence Aline Tapsoba Ouanga est finissante du programme d’agriculture de La Cité. Photo : Gracieuseté
Qu’en est-il de la situation des femmes issues de l’immigration?
En effet, leur faible nombre dans le projet ne veut pas dire qu’elles sont absentes, au contraire. Par exemple selon Catherine Goueth à Ottawa, qui cultive des légumes camerounais, bien qu’elle soit là depuis une quinzaine d’années, seule, elle n’a pas d’appui. Par ailleurs, en tant que locataire de sa terre, elle reste à la merci de son propriétaire qui peut éventuellement la revendre quand bon lui semble sans tenir compte de l’entreprise de Mme Goueth. Il faut que ces femmes soient mieux épaulées, soient mieux reconnues.
Malgré les défis, quelles sont les réussites des agricultrices franco-ontariennes?
Il y a des entreprises exemplaires. Par exemple à l’Orignal Packing où l’abattoir produit le meilleur jambon de la ville. C’est une agricultrice qui a repris la ferme de son père et la gère toute seule depuis. Elle en a fait un produit de qualité exceptionnelle.
Clodine Baumgartner de la ferme Ô Saveurs dans l’Est ontarien. Photo : Gracieuseté
Peut-on s’attendre à de nouvelles phases de développement pour la plateforme?
On espère que le financement du projet par Femmes et Égalité des genres Canada va être reconduit. Pour l’instant, nous voulons voir comment la plateforme va fonctionner.
Les organismes Ottawa Inner City Health et le Centre de santé communautaire Côte-de-Sable tirent la sonnette d’alarme après l’annonce du ministère ontarien de la Santé de mettre fin, dans un délai de 90 jours, au financement des services de consommation et de traitement (SCT) à Ottawa. Le ministère de la Santé a officialisé l’arrêt du financement des sept derniers sites de consommation supervisée (SCS) recevant des fonds de la province, avec fermeture effective d’ici le 13 juin 2026.
« Cette décision soudaine est extrêmement préoccupante », ont déploré les deux organisations dans une déclaration conjointe.
« Les clients qui fréquentent notre centre n’ont pas juste la chance de consommer dans un endroit propre et sécuritaire. Ils reçoivent aussi des services de santé physique et de santé mentale. Ils reçoivent le support social pour du logement, des rendez-vous et beaucoup plus », a expliqué Louise Beaudoin, directrice des services cliniques à Ottawa Inner City Health (OICH).
« L’impact va être majeur sur nos clients, nos employés et la communauté », s’indigne Louise Beaudoin, directrice des services cliniques à OICH. Crédit : OICH
Le PDG d’OICH, Rob Boyd, se dit lui aussi très inquiet des conséquences de cette décision.
« Ces services représentent souvent un point de contact essentiel avec le système de santé et les services sociaux pour les personnes qui consomment des drogues », affirme-t-il.
Selon lui, la fermeture des sites pourrait entraîner une hausse de la consommation dans l’espace public et augmenter les risques pour les personnes en situation de surdose.
« Une surdose est une urgence médicale. Chaque minute compte. Dans nos sites, nous pouvons intervenir immédiatement. Sans ces services, les gens risquent de consommer seuls ou dans des endroits isolés », explique-t-il.
Environ 50 000 visites de consommation supervisée sont enregistrées chaque année au sein du site mobile d’Ottawa Inner City Health. Le personnel intervient également dans environ 300 cas de surdose par année, toutes prises en charge sur place.
La disparition de ces services pourrait également entraîner une pression accrue sur les services d’urgence et le système de santé, en plus d’augmenter les risques de blessures et de décès liés aux surdoses, mettent en garde Ottawa Inner City Health et le Centre de santé communautaire Côte-de-Sable.
« Nous demandons au gouvernement de revenir à la table pour discuter de solutions alternatives », affirme Rob Boyd, PDG d’OICH. Crédit : OICH
Cette décision intervient dans un contexte où Ottawa a déjà perdu un site de consommation supervisée. Faute d’autorisation du gouvernement ontarien, Santé publique Ottawa (SPO) a dû mettre fin, le 1er octobre 2025, à son centre de services de consommation supervisée situé au 179, rue Clarence.
Cette fermeture s’ajoute aussi à celle de l’an dernier du site du Centre de santé communautaire Somerset Ouest en raison de la proximité avec une garderie. Le centre doit être transformé en carrefour AIDE, mais n’est pas encore pleinement opérationnel.
Pour ce qui est de la communauté, Mme Beaudoin estime que les citoyens pourraient voir davantage de personnes consommer à l’extérieur, des surdoses dans des endroits insolites ou directement sur le trottoir, ainsi qu’une augmentation du matériel de consommation abandonné dans l’espace public.
« C’est un pas en arrière, retourner au temps où on retrouvait des clients en surdose dans les allées sombres, dans les contenants à déchets ou dans des bâtiments abandonnés. C’est abandonner nos clients sans ressources! », déplore-t-elle, soulignant aussi l’impact personnel pour les employés qui vont peut-être perdre leur emploi.
Au cours des prochaines semaines, Ottawa Inner City Health et le Centre de santé communautaire Côte-de-Sable disent vouloir travailler avec leur personnel, les responsables locaux et les partenaires communautaires afin d’évaluer les impacts de la décision et de trouver des moyens d’en atténuer les conséquences.
Les deux organismes exhortent la province à revenir sur sa décision et à collaborer à l’élaboration de modèles de soins alternatifs fondés sur des données probantes et sur les besoins de la communauté.
Fin des services pour sept centres au total
Près d’un an après l’annonce de la fermeture de 10 centres de consommation supervisée à travers la province en raison de leur proximité d’une école ou d’une garderie, l’Ontario annonce la fin du financement de sept sites de consommation supervisée (SCS) supplémentaires, les derniers financés par la province.
En plus des deux sites d’Ottawa, cette mesure touche aussi deux sites à Toronto (Fred Victor et South Riverdale), ainsi qu’un site à Niagara, à Peterborough et à London.
La ministre de la Santé, Sylvia Jones, justifie ce virage par une volonté de prioriser la sécurité publique et de briser le « cycle des dépendances » en délaissant le modèle de réduction des méfaits au profit du traitement à long terme.
Une période de démantèlement de 90 jours est lancée pour se conclure d’ici le 13 juin 2026. Pendant cette phase, les usagers seront redirigés vers les nouveaux « carrefours AIDE » (HART Hubs), des centres axés sur l’abstinence et la désintoxication.
Une décision « mortelle et irresponsable » selon l’opposition
La députée néo-démocrate de Hamilton Centre, Dre Robin Lennox, a taxé cette décision de « mortelle et irresponsable », alertant sur la prolifération de surdoses dans des espaces publics, la rue, les toilettes publiques, les bibliothèques ou encore dans les transports en commun.
« Les sites de consommation supervisée sauvent des vies. Point final. Nous disposons de plus de 30 ans de données probantes provenant du Canada et d’ailleurs dans le monde démontrant que ces services réduisent les décès par surdose, limitent la propagation du VIH et de l’hépatite C, et permettent de mettre les gens en contact avec des soins », a argumenté la députée.
Le chef du Parti vert de l’Ontario, Mike Schreiner, a lui aussi dénoncé cette nouvelle vague de fermetures, avertissant qu’elles « coûteront des vies ».
Selon lui, les données montrent déjà une hausse des intoxications à Toronto depuis les premières compressions budgétaires du gouvernement Ford dans ce secteur.
Il exhorte la province à maintenir la réduction des méfaits au cœur de sa stratégie de santé mentale pour garantir des soins accessibles à tous.
Après la fermeture des neuf premiers SCS, la publication d’un rapport du Toronto Drop-In Network (TDIN) en juin 2025 mettait en lumière une hausse de 288 % des surdoses, par rapport à la même période l’année dernière.
TORONTO – Deux ans après le reportage d’ONFR révélant l’abandon de panneaux historiques franco-torontois, le dossier piétine toujours. Il semblerait que le contenu historique soit en phase de révision, la Ville de Toronto n’a pour l’heure déterminé aucune date de fabrication ou d’installation. Une inertie qui désespère la communauté.
Il y a plus de deux ans de cela, ONFR rapportait le vandalisme des panneaux du Sentier partagé, au cœur du parc Étienne Brulé, le long de la rivière Humber — une situation à l’époque ignorée par les autorités locales.
Partie intégrante de l’histoire franco-torontoise, le Sentier partagé raconte les fondations autochtones et françaises de la ville reine au 17e siècle, avant que les Anglais ne s’y installent, via 12 points d’information et leurs 25 panneaux.
De nos constatations, plus d’un tiers manquaient à l’appel. Quant aux autres, graffitis ou intempéries en avaient eu raison.
À la suite de quoi, plusieurs conseillers municipaux avaient signé une lettre conjointe réclamant la sauvegarde des écriteaux, garants de l’histoire et du patrimoine franco-torontois demandant au service des parcs, des forêts et des loisirs, en consultation avec le bureau des affaires autochtones et les services de développement économique de la culture, d’entreprendre des travaux de restauration et de réparation.
Photo : Sandra Padovani/ONFR
Le département des Parcs, des Forêts et des Loisirs (PFR) de Toronto avait alors recommandé une révision du contenu de toutes les plaques impliquant les partenaires communautaires pour le contenu sur leur patrimoine.
« Le projet est actuellement dans une phase de révision et de planification », nous a assuré Kayla Lewis, porte-parole média de la Ville. Dans le cadre d’un engagement plus large visant à mettre à jour les marqueurs historiques, la Ville s’assure que tout nouveau contenu reflète les valeurs actuelles et implique un engagement significatif auprès des partenaires communautaires. »
« Bien que nous n’ayons pas d’échéancier de travail confirmé ni de date précise pour l’installation à ce jour, nous explorons les moyens de faire avancer les phases de fabrication et d’installation une fois la révision du contenu finalisée. »
De nombreuses relances et peu d’avancement
« Les valeurs changent, mais pas l’histoire », commente Rolande Smith, la directrice de la Société d’histoire de Toronto, qui défend activement la restauration des panneaux d’interprétation.
« Nous attendons toujours d’être consultés pour les contenus en français, comme cela nous avait été promis. Nous n’avons en réalité jamais eu de contact avec le bureau culturel, désormais en charge de la patate chaude », déplore celle-ci.
« Je pensais même que le sujet était tombé dans le néant », confie Mme Smith, qui tente, en parallèle, de développer une visite audioguidée en français.
Du côté de l’ACFO-Toronto, Jean Claude N’da, le président du conseil d’administration, estime que la durée de ce dossier, qui s’étire depuis plusieurs années, envoie un signal négatif quant à la priorité accordée à la mémoire et à la visibilité de la francophonie dans l’espace public.
« La situation est préoccupante à plusieurs égards, avance-t-il. Ces plaques jouent un rôle essentiel dans la reconnaissance de l’histoire francophone et de la contribution des communautés francophones et autochtones à Toronto. (…) Nous comprenons bien qu’ils (la mairie) puissent avoir certaines contraintes, mais nous estimons important que cette réhabilitation soit traitée avec diligence et transparence. »
Celui-ci souhaite faire du dossier l’un des points forts à aborder lors de la prochaine rencontre du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto, le 18 juin prochain.
« Nous avons fait une présentation en octobre 2024 lors d’une de nos rencontres et la Ville ne nous a pas donné de mise à jour depuis », rapporte Hélène Grégoire, elle-même membre du comité consultatif.
« Personnellement, j’appuie la réhabilitation des plaques et c’est mon impression que tous les membres du comité l’appuient également. »
Elle espère qu’un bilan sur le Sentier partagé ainsi que sur les actions entreprises à la suite des diverses recommandations du comité leur soit présentés à la rencontre de juin.
TORONTO – À ses yeux, exonérer le premier ministre et les ministres de la Loi sur l’accès à l’information, comme l’a annoncé le gouvernement cette semaine, compromettrait gravement le principe de transparence démocratique et le pouvoir de surveillance de son bureau. Qui est Patricia Kosseim, la commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario (CIPVP)? On a voulu en savoir plus sur les missions de cette commissaire indépendante, une francophone qui enquête, instruit des plaintes et tente de faire évoluer la législation.
« En quoi consiste votre rôle?
Je dirige un bureau de l’Assemblée législative indépendant du gouvernement, chargé d’appliquer les lois provinciales sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée dans le secteur public, la santé et les services à l’enfance, à la jeunesse et à la famille. Ces lois confèrent au public le droit d’accès aux renseignements détenus par les institutions publiques et le droit à la protection de leurs renseignements personnels qui sont colligés par ces institutions.
Comment réglez-vous les conflits exactement?
Nous réglons les différends liés aux appels en matière d’accès à l’information ou aux plaintes concernant la vie privée. Dans la grande majorité des cas, nous résolvons ces conflits à l’amiable, mais parfois nous menons des enquêtes formelles et rendons des décisions contraignantes.
Nous examinons aussi les politiques de protection de la vie privée et les pratiques de gestion de l’information, offrons des commentaires sur les projets de loi, éduquons le public et les médias, et menons des recherches sur les nouvelles technologies.
Qui porte plainte en général et quel volume de plaintes traitez-vous chaque année?
Principalement des particuliers, parfois des organismes comme les médias, mais toujours représentés par des particuliers. Pour 2025, nous avons traité aux alentours de 3000 à 4000 plaintes et appels.
Nous avons aussi un mandat proactif sur des enjeux stratégiques : transparence dans un gouvernement moderne, enfants et jeunes dans un monde numérique, nouvelle génération des forces de l’ordre. Parmi nos stratégies transversales, nous nous sommes aussi engagés à favoriser un environnement qui valorise et appuie la prestation de services aux francophones… Nous avons ajouté l’innovation à nos valeurs et notre plan stratégique guidera nos actions pour les prochaines années.
Mme Kosseim est titulaire de diplômes en affaires et en droit de l’Université McGill de Montréal, et d’une maîtrise en droit et éthique en médecine du King’s College, Université de Londres. Photo : CIPVP
Vous parliez un peu plus tôt de pouvoir contraignant : qu’est-ce que cela signifie concrètement?
Cela dépend de la loi. Dans le secteur public provincial, la Loi sur la protection de la vie privée et l’accès à l’information nous permet de faire des ordonnances auprès des institutions pour améliorer leurs pratiques ou cesser celles qui mettent en péril la vie privée.
Nous avons également ces pouvoirs dans le secteur de la santé et des services à l’enfance. Depuis 2024, nous pouvons même imposer des pénalités monétaires aux fournisseurs de soins dans les cas graves. En revanche, nous n’avons pas ce pouvoir au niveau municipal : nous ne pouvons qu’émettre des recommandations.
Comment gérez-vous les défis posés par Internet et l’intelligence artificielle (IA)?
Nous avons une équipe d’experts en technologie et en information pour comprendre, évaluer les risques et conseiller les institutions. Nous collaborons avec d’autres autorités au Canada et des régulateurs externes. Récemment, nous avons publié conjointement avec la Commission des droits de la personne des principes pour encadrer l’IA dans le secteur public : son usage doit être sûr, transparent, responsable et protéger les droits des personnes. L’IA représente à la fois des risques et des opportunités, mais il faut encadrer son usage pour protéger les citoyens.
Pouvez-vous donner un exemple où vous avez influencé une loi?
En novembre 2024, le gouvernement ontarien a adopté la loi visant à renforcer la sécurité et la confiance numériques. Elle permettra de développer des règlements sur l’IA, la cybersécurité et les technologies pour les moins de 18 ans. Nous avons interpellé le gouvernement pour inclure des principes directement dans la loi. Même si ce n’était pas fait, nous participons maintenant à l’élaboration des règlements et offrons nos meilleurs avis pour orienter la mise en œuvre.
La tendance à la réduction des formalités administratives voulue par le gouvernement ces dernières années ouvre-t-elle des brèches dans la protection des renseignements personnels?
Cela dépend. Il y a encore beaucoup à faire pour bâtir une culture proactive en matière d’accès à l’information et de protection de la vie privée. Nous constatons que ces droits ne sont pas toujours priorisés et que les institutions manquent parfois de ressources et d’expertise pour les appliquer correctement. Réduire les formalités administratives est possible tout en respectant ces droits, à condition d’investir dans la technologie et la formation des équipes, et de gérer correctement l’information pour qu’elle soit accessible et protégée.
Avant de se joindre au CIPVP, la commissaire était avocate au sein du groupe Respect de la vie privée et gestion de l’information chez Osle. Photo : CIPVP
La culture de la protection de la vie privée est-elle suffisamment ancrée dans notre société et nos institutions?
Nous avons encore un bon chemin à parcourir pour transformer la culture gouvernementale, d’une approche réactive à une approche proactive de divulgation de renseignements et de données ouvertes. Nous encourageons les institutions à être plus transparentes et à adopter des pratiques exemplaires. Depuis trois ans, nous lançons un « défi de la transparence » annuel pour mettre en valeur les meilleures initiatives et inspirer d’autres organisations à faire de même.
Comment conciliez-vous indépendance institutionnelle et pressions politiques?
La nature indépendante des bureaux de l’Assemblée législative de l’Ontario est très protégée et respectée, ce qui nous permet de travailler de façon indépendante et impartiale. Comparé à d’autres autorités dans le monde, nous sommes chanceux en Ontario. Cela est essentiel pour tenir le gouvernement responsable et protéger les droits des Ontariens.
Un commissariat indépendant n’est toutefois pas à l’abri de changements structurels comme on l’a vu avec le Commissariat aux services en français en 2018. Est-ce une crainte quelque part?
Notre commissariat existe depuis 40 ans. Il est absolument primordial d’avoir une autorité qui surveille l’accès à l’information et protège la vie privée dans un monde numérique où nous sommes inondés de sources de désinformation, notamment avec les réseaux sociaux. Nous sommes reconnus et j’ai toute confiance que notre bureau va continuer son mandat. Bien sûr, tout gouvernement pourrait envisager des changements, mais le public ontarien aurait son mot à dire.
Vous êtes avocate et avez travaillé au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada à Ottawa (au niveau fédéral). En quoi votre parcours vous a préparée à ce rôle?
Mon expérience m’a bien préparée puisque j’ai travaillé à l’intersection des technologies et des enjeux éthiques, juridiques et sociaux, dans le secteur public, la santé et le privé. J’ai appris à garder l’esprit ouvert et à considérer les perspectives des institutions et de l’autorité de réglementation. Cette expérience m’aide à équilibrer application des lois et réalité sur le terrain, pour être efficace et pragmatique.
Patricia Kosseim a par ailleurs été avocate générale principale et directrice générale au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada à Ottawa. Photo : CIPVP
De quelles enquêtes êtes-vous particulièrement fière? Pourquoi?
Je pense à trois enquêtes qui sont d’excellent exemples des progrès que nous réalisons en vue de mieux protéger le droit à la vie privée des Ontariens.
D’abord, la Décision 298 en vertu de la LPRPS (accès non autorisé par un médecin, pénalités administratives pécuniaires). Cette décision a imposé pour la première fois au Canada une pénalité administrative pécuniaire (PAP) dans une affaire concernant la protection des données.
En règle générale, en tant qu’organisme de réglementation moderne et efficace, nous faisons respecter la loi selon une approche très mesurée et proportionnée. Cependant, cette affaire montre clairement qu’il faut sanctionner plus sévèrement les comportements répréhensibles afin de maintenir la confiance du public dans le système de santé.
Et les deux autres?
Je pense aussi à deux autres affaires… L’atteinte à la vie privée liée à PowerSchool (cyberattaque contre de multiples conseils scolaires) et l’affaire concernant l’Université McMaster (logiciel de surveillance d’examens en ligne recourant à l’IA).
Dans ces deux affaires, j’ai eu l’occasion d’aller au-delà de l’interprétation stricte de la loi. Après avoir examiné de manière approfondie la conformité à la loi actuelle, j’ai formulé des recommandations de haut niveau à l’intention des institutions et du gouvernement quant aux mesures qui pourraient et devraient être prises afin de mieux répondre aux enjeux stratégiques importants soulevés dans chacun de ces dossiers.
Quel sera l’enjeu le plus important pour votre Bureau au cours des cinq à dix prochaines années?
Ce sera de renforcer la confiance des Ontariens dans le respect de leurs droits en matière d’accès à l’information et de protection de la vie privée dans un contexte de numérisation croissante, compte tenu surtout de l’évolution rapide de l’IA, qui aura des retombées profondes et durables sur notre vie personnelle et professionnelle.
Notre défi sera de rester d’actualité en renforçant nos capacités technologiques, en modernisant nos processus et en réclamant des réformes législatives correspondant à l’évolution de la conjoncture numérique.
L’an dernier, nous avons lancé notre nouveau plan stratégique, qui décrit les objectifs et stratégies qui orienteront notre bureau au cours des quatre prochaines années, de 2026 à 2030. Nous demeurons résolus à nous concentrer sur les enjeux prioritaires en matière d’accès à l’information et de protection de la vie privée pour la population ontarienne, aujourd’hui et demain.
Dites-nous quelque chose que le public ignore à votre sujet…
Il y a huit ans, je suis devenue, bien malgré moi, l’heureuse propriétaire d’un chien noir qui s’appelle Rocky. J’étais bien hésitante au début, mais je me suis vite attachée à ce petit compagnon qui m’apporte beaucoup de joie tous les jours! Mon moment de bonheur, c’est quand je « ferme la marche », que ce soit à ski, à vélo ou en randonnée, et que j’admire devant moi mon mari et mes enfants, remplie de gratitude pour ce temps précieux que nous passons ensemble en famille. »
LES DATES-CLÉS DE PATRICIA KOSSEIM
1995 : Débute sa carrière d’avocate à Montréal
2000 : Devient directrice de l’éthique aux Instituts de recherche en santé du Canada
2005 : Devient avocate générale principale au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.
2008 : Occupe le poste de chef de la science et de la société à Génome Canada
2020 : Nommée commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
La guerre frappe de nouveau au Moyen-Orient. Des missiles tombent sur les villes, les marchés pétroliers tremblent et les dirigeants politiques parlent avec certitude du bien et du mal. Mais ce conflit transporte quelque chose d’encore plus dangereux que des missiles. Il transporte le langage de la guerre sainte.
Des témoignages de soldats américains suggèrent que certains commandants ont présenté la guerre contre l’Iran comme faisant partie du plan divin, évoquant même des prophéties bibliques sur l’Armageddon et le retour de Jésus-Christ. Des plaintes déposées par des militaires affirment que des officiers auraient dit aux troupes que ce conflit était lié aux « derniers jours » décrits dans le livre de l’Apocalypse.
Au même moment, des dirigeants iraniens présentent le conflit comme une lutte contre le « Grand Satan », un ennemi spirituel et politique représenté par les États-Unis et Israël. Pour Israël, la guerre est souvent décrite comme la défense d’un État enraciné dans une histoire et une identité religieuses.
Lorsque la religion devient une justification de la guerre, le compromis devient presque impossible. Si Dieu est de votre côté, l’autre camp n’a pas seulement tort, il devient mauvais.
Du point de vue autochtone, cette manière de penser est difficile à comprendre. Les nations autochtones d’Amérique du Nord connaissaient bien sûr la guerre bien avant l’arrivée des Européens. Des conflits pouvaient survenir pour le territoire, pour les ressources alimentaires, pour l’honneur ou simplement en raison de la compétition entre peuples. Les guerriers se préparaient au combat par des cérémonies, des prières et des moments de réflexion. Un guerrier cri pouvait demander à Kitchi Manitou, le Grand Mystère ou le Grand Esprit, protection ou guidance avant d’entrer au combat.
Mais ces prières n’avaient jamais pour but d’obliger un autre peuple à croire la même chose. La spiritualité autochtone est fondamentalement différente des traditions religieuses qui cherchent la conversion universelle. Le but n’est pas d’amener le monde entier à croire la même vérité. Il s’agit plutôt de vivre bien dans le monde tel qu’il existe. Chez de nombreuses communautés cries et métisses, cette idée s’exprime par le concept de miyo pimatisiwin, la bonne vie, une vie vécue en équilibre avec les autres et avec la création.
La guerre pouvait survenir, mais elle n’avait presque jamais pour objectif d’imposer une croyance.
L’une des leçons les plus choquantes que les peuples autochtones ont apprises après l’arrivée des Européens fut de découvrir que d’autres croyaient que la religion devait être universelle et que ceux qui la rejetaient pouvaient être punis, voire tués.
Les missionnaires et les autorités coloniales ont souvent insisté pour que les peuples autochtones abandonnent leurs cérémonies et leurs langues. Le message était simple. Croyez ce que nous croyons ou faites face aux conséquences. À partir de ce moment, les peuples autochtones ont compris que la religion pouvait devenir une arme.
Aujourd’hui, en observant la rhétorique entourant la guerre en Iran, je vois cette même logique dangereuse se poursuivre. Lorsque des dirigeants politiques présentent les conflits comme des batailles spirituelles entre le bien et le mal, ils déplacent la conversation loin de la diplomatie pour la rapprocher du destin. Et le destin laisse peu de place à la paix.
Il existe pourtant une autre manière de penser la relation entre religion et guerre, une voie que le Canada a tentée, imparfaitement, de mettre en pratique. Le Canada est différent aujourd’hui.
Au sein des Forces armées canadiennes, où je sers comme aumônier réserviste et gardien du savoir autochtone, les aumôniers accompagnent des militaires de nombreuses croyances différentes. Chrétiens, musulmans, juifs, sikhs, pratiquants de spiritualités autochtones, athées et bien d’autres servent ensemble. La philosophie moderne de l’aumônerie n’est pas de promouvoir une seule foi, mais de soutenir le bien-être spirituel de chacun, quelle que soit sa croyance. Les aumôniers sont des non-combattants. Leur rôle n’est pas de bénir la guerre, mais de prendre soin des personnes qui doivent l’endurer.
Cette idée, selon laquelle les guides spirituels doivent protéger la dignité humaine plutôt que justifier la violence, est plus proche des traditions autochtones que plusieurs pourraient le croire. Les aînés et les gardiens du savoir servent souvent de guides, de conseillers et de voix de retenue. Ils rappellent aux guerriers que, même dans le conflit, l’humanité doit demeurer.
C’est peut-être la leçon qui manque le plus dans la rhétorique entourant la guerre actuelle en Iran. Lorsque des dirigeants prétendent agir avec l’autorité divine, ils risquent de transformer des conflits politiques en luttes sacrées. Or les luttes sacrées se terminent rarement rapidement.
Les enseignements autochtones offrent une perspective plus silencieuse. On peut prier avant la bataille. On peut demander au Créateur du courage. Mais le Créateur n’appartient pas à un seul peuple.
La guerre peut parfois être inévitable, mais le Créateur n’a jamais été destiné à devenir une arme.
Les États-Unis disent : Dieu marche avec nous. L’Iran répond : Dieu combat avec nous. Israël affirme : Dieu veille sur nous. Mais le Créateur appartient à tous.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.
Ministre des Arts, de la Culture et de la Condition féminine, Tanya Fir est aussi responsable du Secrétariat francophone.
CONTEXTE :
Le gouvernement albertain s’est engagé à améliorer l’accès aux services en français sur la base d’un Plan d’action pour la politique francophone.
ENJEU :
La communauté aspire à être mieux desservie en français en Alberta dans de multiples domaines, d’autant que 2026 a été désignée comme l’année de la francophonie.
« Pourquoi avoir proclamé 2026 année de la francophonie?
Le gouvernement de l’Alberta a proclamé ceci afin de souligner l’importance des racines francophones des Albertains et de marquer le 100e anniversaire de l’Association canadienne-française de l’Alberta.
Les Albertains francophones contribuent de façon significative à la vie culturelle, sociale et économique de notre province, et cette année marquante est l’occasion de célébrer leur contribution et de mieux faire connaître les services et initiatives offerts en français par le gouvernement.
Cela va-t-il se traduire par des actions concrètes?
Oui puisqu’au-delà des célébrations, notre priorité est d’obtenir des résultats concrets grâce à notre Plan d’action pour la politique francophone, qui comprend plus de 100 initiatives visant à améliorer l’accès aux services dans des domaines comme l’éducation, la santé, la justice et la culture.
Ce plan prévoit notamment l’embauche de personnel bilingue, la traduction de ressources clés, l’expansion de la programmation en français dans des lieux comme le Musée royal de l’Alberta et l’amélioration de l’accès aux archives historiques françaises des Archives provinciales de l’Alberta. La flexibilité de ce plan élaboré en collaboration avec les intervenants francophones nous permet d’être plus à l’écoute et de continuer à adapter notre approche aux besoins de la communauté.
Estimez-vous être suffisamment épaulée financièrement par le gouvernement fédéral?
Après des décennies de stagnation du financement fédéral, nous avons négocié avec succès une augmentation de près de 250 % de notre entente bilatérale sur les services en français, faisant passer le soutien fédéral de 650 000 $ à plus de 2 millions de dollars par année.
Cette hausse renforce la capacité de l’Alberta, par l’entremise du Secrétariat francophone, de faire progresser sa politique du français et d’améliorer les services offerts par l’ensemble du gouvernement. Alors que notre population francophone est en pleine croissance, nous demeurons fermement engagés à promouvoir une collaboration fédérale solide et à renforcer nos services ici même, au pays.
C’est aussi le Mois de la francophonie. Comment le célébrez-vous?
Chaque année en mars, l’Alberta célèbre le Mois de la francophonie avec une cérémonie de lever du drapeau et des activités communautaires.
Cette année, le Musée royal de l’Alberta accueillera la première exposition entièrement consacrée à la francophonie en Alberta, et nous poursuivrons notre collaboration avec nos partenaires communautaires afin que les initiatives de reconnaissance soient significatives et reflètent la diversité des communautés francophones de l’Alberta.
Tout au long du Mois de la francophonie, ONFR vous fait découvrir les différentes facettes de la francophonie albertaine à travers reportages et entrevues, sur onfr.org et notre chaîne YouTube. À lire également : la Rencontre d’ONFR avec Nathalie Lachance, notre reportage à Edmonton et notre sujet sur le séparatisme.
TORONTO – Le gouvernement Ford veut exempter les échanges et communications des bureaux des ministres et du premier ministre de la Loi sur l’accès à l’information. Aux yeux du gouvernement, l’accès tel qu’il est actuellement « compromet la confidentialité et la franchise des discussions entre les ministres et leurs bureaux. »Un tel changement constituerait un recul de la transparence gouvernementale, estime au contraire l’opposition.
Depuis son adoption en 1988, la Loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée (LAIPVP) de l’Ontario repose sur un principe fondamental : l’information détenue par le gouvernement appartient au public. Jusqu’à présent, ce droit permettait aux membres du public ou aux journalistes de demander des documents non seulement aux ministères, mais aussi aux bureaux des ministres et du premier ministre.
Cet accès permettait de mettre la focale sur les coulisses gouvernementales, donnant notamment la possibilité de retracer les communications entre les élus et les lobbyistes, et de comprendre les motivations derrière une décision politique par exemple. Les bureaux des ministres faisaient partie intégrante des institutions visées par la transparence.
En annonçant ce vendredi l’exclusion des « dossiers du premier ministre, des ministres du Cabinet, les adjoints parlementaires et de leurs bureaux en vertu de la LAIPVP », au nom de la « confidentialité du Cabinet », le gouvernement Ford ferme une porte restée ouverte pendant près de 40 ans, limitant désormais l’examen public aux seules instructions finales transmises à la fonction publique.
Les échanges internes aux cabinets politiques, impliquant ministres, personnel politique, et le premier ministre de l’Ontario n’auront plus à être partagés à la suite d’une demande d’accès à l’information.
« L’Ontario est actuellement l’une des deux seules provinces au Canada (l’autre étant la Nouvelle-Écosse) à ne pas disposer de mesures de protection explicites pour les documents appartenant aux ministres du Cabinet et de leurs bureaux, explique le communiqué de presse officiel. Cela affaiblit la clarté des protections entourant la prise de décisions au sein du Cabinet et compromet la confidentialité et la franchise des discussions entre les ministres et leurs bureaux. »
Cybersécurité et modernisation technologique
La raison invoquée repose sur la nécessité de modernisation du cadre et de modernisation technologique en y mêlant d’autres mesures de protection contre la cybercriminalité.
Cette mise à jour prévoit de nouvelles obligations pour les hôpitaux, les conseils scolaires et les universités, qui devront signaler tout incident critique et réaliser des évaluations de « cybermaturité » tous les deux ans. Le gouvernement souhaite également resserrer la protection des données des mineurs en obligeant les écoles à informer les parents lorsque les renseignements personnels des élèves sont partagés avec des logiciels tiers.
Selon le ministre des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement, Stephen Crawford, ces mises à jour renforceront la cybersécurité, protégeront la confidentialité du cabinet et garantiront une gouvernance moderne et responsable.
Enfin, la réforme prévoit également de porter le délai de réponse aux demandes d’accès à l’information de 30 à 45 jours ouvrables, tout en offrant plus de flexibilité au gouvernement pour gérer les demandes jugées complexes ou volumineuses.
« Un timing suspect » dit un politologue
Le politologue Luc Turgeon évoque « un timing politiquement suspect dans la mesure où plusieurs scandales ont éclaboussé le gouvernement et que des demandes d’accès aux communications du premier ministre ont été faite par différents médias. Le gouvernement a récemment perdu un recours sur cet aspect-là ».
Selon ce professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, « ça donne l’impression que le gouvernement a quelque chose à cacher et on peut s’attendre à ce que les partis d’opposition en fassent un élément central de la rentrée parlementaire », le 23 mars prochain.
« Doug Ford change les règles pour dissimuler la vérité aux Ontariens, accuse la cheffe de l’opposition Marie Stiles. Avec ces règles, il aurait été impossible de dévoiler la corruption de ce gouvernement concernant la Ceinture de verdure, ni son traitement de faveur accordé au centre de bienfaisance privé de plusieurs milliards de dollars situé à Ontario Place. »
« Que cache Doug Ford? questionne pour sa part Stephanie Smyth, porte-parole libérale de l’Ontario en matière d’éthique. Ses relevés téléphoniques? L’enquête en cours de la GRC sur le scandale de la Ceinture de verdure? Des preuves que l’argent des contribuables a été distribué à des initiés par l’entremise du Fonds de perfectionnement des compétences? Ou essaie-t-il de devancer les révélations futures? »
Transparence compromise selon la commissaire Kosseim
La commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario, Patricia Kosseim, a jugé l’annonce du gouvernement « choquante » : elle « compromet gravement » le principe de transparence sur lequel repose de la Loi et « soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’avenir des droits des Ontariens. »
Mme Kosseim estime qu’exonérer le premier ministre et les ministres des demandes d’accès à l’information « vise à dissimuler des activités gouvernementales afin d’échapper à la responsabilité publique. »
Et d’avertir : « Ce projet de loi réduirait considérablement le rôle de surveillance de mon bureau (…). Un contrôle indépendant est essentiel pour garantir que les programmes gouvernementaux fonctionnent de manière responsable et dans le respect des droits de la population. (…) Qualifier le contrôle de contraignant ou d’inefficace et l’utiliser comme prétexte pour démanteler les protections des droits devrait profondément inquiéter les Ontariens. »
TORONTO – À plusieurs mois des élections municipales prévues en octobre, les préoccupations ne manquent pas pour le Nord. Dans cette région, de nombreux maires solliciteront un autre mandat dans le cadre de cette course qui a lieu tous les quatre ans. ONFR s’est entretenu avec les élus de neuf villes dont les priorités pourraient attirer le vote des francophones.
Même si certains ont eu des mandats mouvementés, plusieurs élus sortants tenteront de se faire réélire dont Gisèle Pageau à Rivière des Français, Roger Sigouin à Hearst, Dave Plourde à Kapuskasing, Beverly Nantel à Dubreuilville, Normand Riopel à Champlain ainsi que James McPherson à Greenstone.
En effet, chacun de ces futurs candidats souligne une myriade de priorités qui se rejoignent toutes sur une chose : les villes ont besoin de plus de financement de la part du gouvernement provincial.
Logements abordables, infrastructures municipales et sécurité routière, les enjeux sont nombreux et un appui bonifié de Queen’s Park sera essentiel.
Être candidat à sa propre succession
Maire de la ville de Hearst depuis 2002, Roger Sigouin compte se porter à nouveau candidat pour un 7e mandat. Ce dernier, qui siège au conseil municipal de la ville depuis 33 ans, souhaite y demeurer afin de faire avancer les projets amorcés. « Mes contacts au gouvernement sont précieux pour entreprendre nos démarches », affirme l’ancien président de l’Association francophone des municipalités de l’Ontario (AFMO).
Faire construire des maisons à prix modiques et améliorer la sécurité routière sont au cœur de ses dossiers prioritaires. À l’instar de M. Sigouin, sa collègue Beverly Nantel de Dubreuilville, souligne le manque de réactivité de la province dans le dossier de la sécurité routière. La population, dont une grande partie est francophone, a dû composer avec 59 fermetures de la route 17 en un an. « Je me sens très frustrée et indécise, mais je vais encore marcher », confie la mairesse de la ville du Nord.
Après un premier mandat et 16 ans de vie politique, Mme Nantel place la sécurité et la « route tueuse », tel qu’elle la décrit, en haut de sa liste de priorités avec le logement abordable et les impôts municipaux extraterritoriaux.
Roger Sigouin, le maire de Hearst depuis 2002. Photo : ONFR/Rudy Chabannes
En revanche, pour Normand Riopel à Champlain, qui a succédé à Gary Barton en 2018, les projets en cours évoluent de manière positive. La ville vient de recevoir 2,3 millions de dollars du gouvernement pour refaire le réseau d’égouts sanitaires. C’est dans ce contexte que l’ancien président des Comtés unis de Prescott et Russell entend poursuivre son travail : « J’aime ce que je fais, alors oui, je chercherai à atteindre un troisième mandat. »
À Greenstone, le maire unilingue anglophone James McPherson ayant succédé à Renald Beaulieu, est également déterminé à solliciter un nouveau mandat. « Ces deux dernières années j’ai participé à toutes les initiatives que la ville a entreprises et je veux être présent afin de les compléter ». M. McPherson souhaite développer des occasions pour construire des nouvelles maisons à Greenstone dès sa possible réélection.
Pour Gisèle Pageau qui dirige la ville de Rivière des Français, son mandat a été marqué par le financement d’un complexe de 10 millions de dollars afin d’ériger un pavillon de 30 logements prévus pour les aînés dans le besoin. Néanmoins, deux ans après, elle se joint aux demandes de financement des routes du Nord : « Notre problème, c’est qu’ils n’ont pas fini les quatre voies de la 69 et il y a tellement d’accidents. » À ce jour, si elle est réélue, la mairesse envisage d’en faire son dernier mandat.
Gisèle Pageau veut aller chercher son dernier mandat comme maire de Rivière des Français. Photo : Gracieuseté
La municipalité de Mattice-Val Côté, elle, tente de survivre après de récentes coupes budgétaires : « La TransCanada Pipeline a fermé deux compresseurs et nous avons perdu 23 % de notre budget en taxes. » Pour le maire, Marc Dupuis, qui occupe le poste depuis 2018 « il reste encore beaucoup de temps pour se décider », considère-t-il.
Le maire de Kapuskasing, Dave Plourde, qui avait été élu pour la première fois en 2018, vise un nouveau mandat afin de continuer à faire avancer ses demandes de financement pour une aire de repos, de nouveaux logements et des infrastructures municipales.
Pour ce qui est des villes de Sudbury, Timmins et Moonbeam, où la francophonie est implantée depuis longue date, des annonces de candidatures seront faites ultérieurement.
On peut s’attendre à des changements dans certaines grandes villes du Nord, comme à Val Rita-Harty où Johanne Baril annonce vouloir quitter ses fonctions de mairesse à la fin de son mandat. Les représentants des villes de Cochrane, Nipissing Ouest, Fauquier-Strickland, Iroquois Falls et East Ferris n’ont pas donné suite à notre demande d’entrevue.
À surveiller dans le Nord
Le mois dernier, le gouvernement de l’Ontario a lancé un appel d’offres pour la conception de l’élargissement de la route 17 par le biais d’un investissement de 30 milliards de dollars.
Par ailleurs, le financement réclamé par Roger Sigouin en faveur d’une aire de repos au centre-ville équipée de services comme des salles de bain, des restaurants, et une pharmacie, renforce l’idée partagée par les maires que les fermetures fréquentes des routes compliquent l’accès aux services de santé dans les municipalités enclavées.
La liste définitive des candidats sera dévoilée à la fin du mois d’août et les électeurs seront appelés aux urnes dès le 26 octobre.
OTTAWA – La Franco-Ontarienne Ivanie Blondin, médaillée olympique, poursuit sa tournée dans son patelin d’Orléans à la rencontre des jeunes. Après sa récente visite aux Concordes de Gloucester, son ancien club de patinage de vitesse, l’athlète était de passage jeudi dans ses deux anciennes écoles, l’École secondaire catholique Garneau et l’École élémentaire catholique Des Voyageurs.
« C’est notre championne olympique et une ancienne élève de l’école. Sa présence montre aux enfants qu’ils peuvent réaliser leurs rêves s’ils travaillent fort et persévèrent pour atteindre leurs objectifs », souligne le directeur de l’école élémentaire catholique Des Voyageurs, Jean Gauthier. Il rappelle que ce n’est pas la première fois que l’athlète revient dans son ancienne école.
Ivanie Blondin a échangé avec les élèves, qui ont aussi célébré ses performances aux Jeux olympiques. À cette occasion, elle n’a pas manqué d’exprimer sa fierté franco-ontarienne.
« Je suis fière d’être franco-ontarienne. La communauté est très forte et c’est toujours spécial d’être entourée de gens qui partagent cette identité. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis ici aujourd’hui », a déclaré Ivanie Blondin à ONFR.
Son message aux jeunes : continuer à foncer et surtout avoir du plaisir.
Ivanie Blondin en compagnie de Jean Gauthier, directeur de l’École élémentaire catholique Des Voyageurs, lors de sa visite à Orléans. Photo : Amine Harmach/ONFR
« Dans le passé, il y a eu des périodes où le plaisir n’était pas toujours là. Alors je dirais aux jeunes d’en profiter », ajoute cette athlète qui se définit comme très compétitive.
La patineuse, qui fêtera bientôt ses 36 ans, compte quatre médailles olympiques en autant de participations aux Jeux, ainsi que plus d’une centaine de médailles aux championnats du monde. Mais son parcours n’a pas été sans obstacles.
« Dans ma carrière, il y a eu beaucoup plus de bas que de hauts. Aujourd’hui, on me voit avec des médailles au cou, mais pour en arriver là, j’ai connu beaucoup de défaites. »
Selon elle, ce sont justement ces moments difficiles qui ont défini sa carrière. « J’avais un but et j’ai persévéré jusqu’à atteindre mon objectif. »
L’athlète salue aussi le soutien de ses parents, qui l’ont accompagnée partout : en Ontario, au Québec, à Montréal, à Calgary et dans de nombreuses compétitions à travers le monde.
« Je ne serais pas ici sans eux. Quand j’étais jeune, la motivation venait de moi. Mes parents ne m’ont jamais poussée, ils m’ont simplement soutenue. Ma mère insistait toujours pour que je prenne soin de ma santé et que je me repose quand j’étais trop fatiguée. »
Ivanie Blondin en compagnie des élèves de l’École élémentaire catholique Des Voyageurs. Photo : Amine Harmach/ONFR
Concernant la suite, Ivanie Blondin dit vouloir continuer à avancer.
« Je suis quelqu’un qui ne s’arrête jamais. Cet été, je vais faire du vélo avec une équipe professionnelle américaine et nous venons aussi d’acheter une maison à Cambridge où il y aura de grosses rénovations », conclut-elle.
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