Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
[CHRONIQUE]
La guerre frappe de nouveau au Moyen-Orient. Des missiles tombent sur les villes, les marchés pétroliers tremblent et les dirigeants politiques parlent avec certitude du bien et du mal. Mais ce conflit transporte quelque chose d’encore plus dangereux que des missiles. Il transporte le langage de la guerre sainte.
Des témoignages de soldats américains suggèrent que certains commandants ont présenté la guerre contre l’Iran comme faisant partie du plan divin, évoquant même des prophéties bibliques sur l’Armageddon et le retour de Jésus-Christ. Des plaintes déposées par des militaires affirment que des officiers auraient dit aux troupes que ce conflit était lié aux « derniers jours » décrits dans le livre de l’Apocalypse.
Au même moment, des dirigeants iraniens présentent le conflit comme une lutte contre le « Grand Satan », un ennemi spirituel et politique représenté par les États-Unis et Israël. Pour Israël, la guerre est souvent décrite comme la défense d’un État enraciné dans une histoire et une identité religieuses.
Lorsque la religion devient une justification de la guerre, le compromis devient presque impossible. Si Dieu est de votre côté, l’autre camp n’a pas seulement tort, il devient mauvais.
Du point de vue autochtone, cette manière de penser est difficile à comprendre. Les nations autochtones d’Amérique du Nord connaissaient bien sûr la guerre bien avant l’arrivée des Européens. Des conflits pouvaient survenir pour le territoire, pour les ressources alimentaires, pour l’honneur ou simplement en raison de la compétition entre peuples. Les guerriers se préparaient au combat par des cérémonies, des prières et des moments de réflexion. Un guerrier cri pouvait demander à Kitchi Manitou, le Grand Mystère ou le Grand Esprit, protection ou guidance avant d’entrer au combat.
Mais ces prières n’avaient jamais pour but d’obliger un autre peuple à croire la même chose. La spiritualité autochtone est fondamentalement différente des traditions religieuses qui cherchent la conversion universelle. Le but n’est pas d’amener le monde entier à croire la même vérité. Il s’agit plutôt de vivre bien dans le monde tel qu’il existe. Chez de nombreuses communautés cries et métisses, cette idée s’exprime par le concept de miyo pimatisiwin, la bonne vie, une vie vécue en équilibre avec les autres et avec la création.
La guerre pouvait survenir, mais elle n’avait presque jamais pour objectif d’imposer une croyance.
L’une des leçons les plus choquantes que les peuples autochtones ont apprises après l’arrivée des Européens fut de découvrir que d’autres croyaient que la religion devait être universelle et que ceux qui la rejetaient pouvaient être punis, voire tués.
Les missionnaires et les autorités coloniales ont souvent insisté pour que les peuples autochtones abandonnent leurs cérémonies et leurs langues. Le message était simple. Croyez ce que nous croyons ou faites face aux conséquences. À partir de ce moment, les peuples autochtones ont compris que la religion pouvait devenir une arme.
Aujourd’hui, en observant la rhétorique entourant la guerre en Iran, je vois cette même logique dangereuse se poursuivre. Lorsque des dirigeants politiques présentent les conflits comme des batailles spirituelles entre le bien et le mal, ils déplacent la conversation loin de la diplomatie pour la rapprocher du destin. Et le destin laisse peu de place à la paix.
Il existe pourtant une autre manière de penser la relation entre religion et guerre, une voie que le Canada a tentée, imparfaitement, de mettre en pratique. Le Canada est différent aujourd’hui.
Au sein des Forces armées canadiennes, où je sers comme aumônier réserviste et gardien du savoir autochtone, les aumôniers accompagnent des militaires de nombreuses croyances différentes. Chrétiens, musulmans, juifs, sikhs, pratiquants de spiritualités autochtones, athées et bien d’autres servent ensemble. La philosophie moderne de l’aumônerie n’est pas de promouvoir une seule foi, mais de soutenir le bien-être spirituel de chacun, quelle que soit sa croyance. Les aumôniers sont des non-combattants. Leur rôle n’est pas de bénir la guerre, mais de prendre soin des personnes qui doivent l’endurer.
Cette idée, selon laquelle les guides spirituels doivent protéger la dignité humaine plutôt que justifier la violence, est plus proche des traditions autochtones que plusieurs pourraient le croire. Les aînés et les gardiens du savoir servent souvent de guides, de conseillers et de voix de retenue. Ils rappellent aux guerriers que, même dans le conflit, l’humanité doit demeurer.
C’est peut-être la leçon qui manque le plus dans la rhétorique entourant la guerre actuelle en Iran. Lorsque des dirigeants prétendent agir avec l’autorité divine, ils risquent de transformer des conflits politiques en luttes sacrées. Or les luttes sacrées se terminent rarement rapidement.
Les enseignements autochtones offrent une perspective plus silencieuse. On peut prier avant la bataille. On peut demander au Créateur du courage. Mais le Créateur n’appartient pas à un seul peuple.
La guerre peut parfois être inévitable, mais le Créateur n’a jamais été destiné à devenir une arme.
Les États-Unis disent : Dieu marche avec nous.
L’Iran répond : Dieu combat avec nous.
Israël affirme : Dieu veille sur nous.
Mais le Créateur appartient à tous.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.































































































































































