Immersion dans une école francophone, la rentrée sans restriction

OTTAWA – C’est à l’École secondaire catholique Pierre-Savard que nous sommes allés à la rencontre des élèves de la 7e à la 12e année. Faisant partie du réseau du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), l’École Pierre-Savard ouvrait ses portes en grande pompe pour la rentrée scolaire ce 30 août. La première sans restrictions depuis le début de la pandémie.

Nous n’avions pas vu de si belles accolades depuis longtemps. Même si les premiers élèves à entrer dans l’établissement l’ont fait timidement. Dès lors que les bus scolaires entamaient leur ballet matinal, les jeunes élèves se sont empressés de sauter dans les bras de leurs amis. Un tableau mêlant rires, crie de joie et la voix de la gentille dame qui chantonne : « Ici les 7e et 8e années, là-bas les 9e! »

On a même entendu, deux jeunes amies discutaient et l’une dire à l’autre : « ça fait dont bien bizarre de te toucher ». Les jeunes se retrouvent en groupes et bandes d’amis après le temps d’un été. La distance n’est plus de rigueur pour ceux qui reprennent le présentiel.

Même si cela est plus timide – fonction exige – le corps professoral et l’administration sont eux aussi heureux d’être là, en témoignent les sourires et serrages de mains.

Pas de masques, pas de visières

Presque pas, l’un des seuls à véritablement porter un masque est la mascotte de l’école, une orque aux dents très acérées. En effet, ce n’est plus obligatoire pour les élèves, le personnel et les visiteurs dans les écoles, les bureaux des conseils scolaires ou dans les transports scolaires de porter le masque.

Les mesures sanitaires, Rentrée scolaire à Pierre Savard Ottawa
La mascotte de l’École secondaire Pierre-Savard à Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Quelques élèves pourtant en cette rentrée, le portaient, et comme dit le directeur de l’éducation du CECCE, Marc Bertrand : « On respecte tout à fait les raisons de chaque enfant ou enseignant. On ne sait pas si à la maison quelqu’un est à risque et c’est important que chacun fasse son choix par rapport à cela ».

À l’École Pierre-Savard et dans toutes les écoles du CECCE, les mesures contre la COVID-19 ne sont plus obligatoires, mais le Conseil a tout de même émis des recommandations à l’attention des parents.

Rentrée scolaire à Pierre Savard
Les élèves sont sans masques dans la classe de Madame Gibson. Crédit image : Lila Mouch

Des recommandations

Le Conseil propose aussi, pour ceux qui le préfèrent, les services de l’Académie d’apprentissage virtuel (AAV) de la maternelle à la 12e année et le Centre d’enseignement personnalisé virtuel (CEPV).

Dans l’école, on a pu voir que les masques et les tests antigéniques rapides restaient offerts aux familles qui en feront la demande. On recommande aussi l’autodépistage quotidien via un questionnaire élaboré comme le suggère le ministère de l’Éducation.

Et dans tout l’établissement, du désinfectant pour les mains est disponible en libre service.

« Le protocole de nettoyage est toujours accru, les systèmes de ventilation et de filtration sont maintenus », rassure le directeur.

Rentrée scolaire Marc Bertrand
Le directeur de l’éducation du CECCE, Marc Bertrand. Crédit image : Lila Mouch

Bien-être des élèves avant tout

Pour le directeur du CECCE, Marc Bertrand, le bien-être des élèves est primordial.

Il souligne le besoin des jeunes et de cette liberté face aux mesures sanitaires. Le bien-être académique, c’est bien, mais le bien-être de soi est tout aussi important, indique-t-il.

« Nous voulons mettre l’accent sur la bienveillance, nous avons de nombreux travailleurs sociaux et des ressources. Pour bien apprendre, il faut se sentir bien. »  

rentrée scolaire Lecce Kusendova
Le ministre de l’Éducation M. Lecce et la députée Natalia Kusendova. Source : Facebook/Conseil des écoles catholiques du Centre-Est

Le dirigeant énumère les programmes de soutiens scolaires mis en place par le Conseil, par exemple, le programme Explor’A, permettant de faire du tutorat et d’étudier en pleine nature. Une façon d’apprendre ayant même conquis le ministre de l’Éducation Stephen Lecce et la députée Natalia Kusendova en visite dans une classe en nature.

« On voit plus d’engagements et la preuve que ça réduit l’anxiété chez les jeunes », soutient Marc Bertrand.

Rentrée scolaire
Les groupes d’amies se retrouvent à l’école. Crédit image : Lila Mouch

La rentrée scolaire franco-ontarienne en cinq chiffres

Des milliers d’élèves franco-ontariens font leur rentrée aujourd’hui dans l’Est de l’Ontario. Ils seront suivis par le reste de la province, la semaine prochaine, après le long week-end, le mardi 6 septembre. Fait rare, aucune nouvelle école n’ouvre ses portes en ce mois de septembre, mais une quinzaine de projets sont sur les rails.

115 000

Plus de 115 000 élèves font leur rentrée, cette année dans une des écoles des 12 conseils scolaires francophones que compte l’Ontario. À l’échelle de la province, dans le système public francophone et anglophone, ce sont plus de 2 millions d’élèves qui retrouvent les bancs de l’école, dont 1,4 million d’élèves en élémentaire et plus de 650 000 au secondaire.

Ce retour en classe et des activités parascolaires intervient après deux ans et demi de perturbations liées à la pandémie de COVID-19 qui a contraint les écoles à s’adapter et offrir une partie des apprentissages en ligne. Les parents qui le souhaitent ont eu le choix de maintenir l’apprentissage à la maison.

0

À la différence de la précédente rentrée, le port du masque n’est cette fois pas requis. Cette mesure ne fait toutefois pas l’unanimité au sein des experts. Des tests de dépistage rapide demeurent à disposition des élèves et des enseignants. 665 millions de dollars ont été investis dans l’amélioration des systèmes de ventilation depuis août 2020 pour limiter la transmission de la COVID-19.

Le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario s’est montré confiant lors de sa dernière conférence de presse, après que le pic de la septième ait été franchi, de ne pas voir de nouvelle flambée. Il a cependant mis en garde contre un possible inversement de courbe à l’approche de l’hiver.

225 millions

Les parents devraient recevoir 225 millions de dollars additionnels en paiement direct, afin de les aider à fournir du tutorat à leurs enfants. C’est une des grandes promesses du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, dans son plan pour le rattrapage 2022-2023.

Par ailleurs, la subvention pour l’éducation de l’enfance en difficulté doit augmenter de 93 millions de dollars pour atteindre plus de 3,25 milliards de dollars, cette année. 40 millions de dollars iront directement aux conseils scolaires afin qu’ils développent des programmes destinés aux élèves ayant des besoins particuliers.

3000

Le gouvernement s’est en outre engagé à embaucher 3 000 personnes supplémentaires dans les écoles, notamment des membres du personnel enseignant, des éducateurs de la petite enfance et des aides-enseignants. Il a dans la foulée annoncé un investissement de 14 milliards de dollars dans la construction d’écoles.

Dans le même temps, les négociations pour renouveler la convention collective des enseignants ont débuté ces derniers jours. Gouvernement, syndicats et conseils scolaires doivent trouver un terrain d’entente pour éviter le scénario de 2018 et la grève généralisée.

16

Fait rare, aucune nouvelle école n’ouvre en cette rentrée. Toutefois, plus d’une quinzaine de projets – validés cette année pour la plupart – devraient voir le jour au cours des deux prochaines années. Ils découlent de deux annonces intervenues en février et mai derniers.

Dans l’Est, l’École élémentaire publique Louise-Arbour, à Ottawa au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, accueillera 449 élèves de la maternelle à la 6e année. Coût du chantier : 14,5 millions de dollars.

Autre feu vert, toujours dans l’Est : l’École élémentaire et secondaire catholique Notre-Dame, qui dépendra du Conseil scolaire de district catholique du Centre-Est de l’Ontario (CSDCCEO), accueillera 417 élèves de la maternelle à la 12e année, à Kemptville.

L’École secondaire catholique Mer Bleue, à Orléans, doit quant à elle être agrandie, afin de contenir jusqu’à 343 élèves de la 7e à la 12e année à Orléans. Le gouvernement a octroyé 12,1 millions de dollars au Conseil scolaire de district catholique du Centre-Est de l’Ontario (CECCE) pour lancer les travaux.

Dans le Nord, l’École élémentaire publique Thunder Bay sera capable, une fois construite, d’accueillir 257 élèves de la maternelle à la 8e année. Le Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario bénéficie d’un financement provincial de 1,1 million de dollars.

Dans le Sud, trois projets ont été retenus par le ministère de l’Éducation, dont deux au profit du Conseil scolaire catholique MonAvenir. L’École élémentaire catholique Brooklin accueillera 354 élèves de la maternelle à la 6e année à North Durham (11,9 M $) et l’École élémentaire catholique Cobourg : 259 élèves de la maternelle à la 8e année, dans le comté de Northumberland (10,1 M $).

Enfin, l’École élémentaire publique Hamilton Ouest (Conseil scolaire Viamonde) accueillera 271 élèves.

Ces projets annoncés en mai dernier s’ajoutent à huit autres déjà validés par le gouvernement. Ils incluent la construction d’écoles élémentaires à Whitby-Ajax (317 places), London (587 places) et Orléans Sud (354 places), ainsi que la rénovation de l’école Ronald à Durham. Quatre agrandissements ont aussi le feu vert du ministère de l’Éducation : ceux des écoles catholiques Saint-Michel à Toronto, Saint-René-Goupil à Guelph, Paul-Desmarais à Stittsville et Saint-Viateur à Limoges.

À signaler également : l’ouverture en 2023 d’une école élémentaire catholique de 250 places, à Arnprior, près d’Ottawa.

Le Commissariat aux langues officielles n’est pas en crise, dit Théberge

Le Commissariat aux langues officielles (CLO) n’est pas en crise selon son commissaire Raymond Théberge. Un rapport d’enquêteurs principaux du bureau utilise pourtant ce terme pour décrire la situation, évoquant des agents surchargés et au bout du rouleau mentalement.

En mêlée de presse, quelques instants après le sommet des consultations pancanadiennes sur le Plan d’action à Ottawa, Raymond Théberge a commenté pour la première fois la situation en entrevue. Questionné à savoir si son bureau était en crise, il a répondu non.

« On est en train d’adresser les questions qui ont été soulevées. Il faut s’entendre, c’est un rapport de 2020-21. On travaille là-dessus et on va faire en sorte d’appuyer nos enquêteurs surtout dans le contexte du nombre extraordinaire de plaintes que l’on reçoit présentement. »

Huit enquêteurs soutiennent dans un rapport de novembre 2021 qu’il y a « une crise qui n’a pas encore été officiellement reconnue » par la haute gestion de l’organisme fédéral. Les plaintes ont triplé, mais les normes et processus n’ont pas changé, écrivent-ils. Ils se disent surchargés et soulignent que « la capacité du Commissariat à servir efficacement le public a été sérieusement compromise ».

« L’effondrement du moral et les problèmes liés à la santé mentale n’ont cessé d’augmenter, ce qui a déjà entraîné d’importants départs de personnel. Il faut noter que les départs exacerbent la crise pour ceux qui restent », peut-on lire.

« Je constate que, présentement, il y a une charge de travail élevée », a réagi le commissaire.

Il dit que des façons ont été trouvées pour régler cette situation comme la production de rapports plus courts « qui utilisent moins de temps et d’efforts ». Ce dernier dit avoir espoir que la situation sera réglée dans les prochaines semaines et prochains mois, mais ajoute que « ça prendra le temps que ça prendra ».

« Pour l’instant, on se penche sur la situation telle qu’elle existe avec les moyens qu’on a, mais on adresse ce qui a été soulevé par les employés. »

Plaintes en hausse, employés stables

Depuis 2015, le nombre d’employés à temps plein du CLO est passé de 161 à 177 en date de mars 2022. Le chiffre devrait être autour de 166 pour les trois prochaines années (2023 à 2025) selon le Plan ministériel. Les dépenses budgétaires du CLO qui sont autour de 22,2 millions de dollars pour la présente année devraient rester sensiblement les mêmes au cours des trois prochaines années.

AnnéeNombre de plaintes recevables
2017-2018894
2018-20191087
2019-20201361
2020-20211870
2021-20224037
Source : Commissariat aux langues officielles

Le nombre de plaintes est de son côté en constante hausse depuis quelques années (voir tableau plus haut), 4037 pour la dernière année. À titre de comparatif, de 2006 à 2013, le Commissariat avait un total de 5405 plaintes jugées recevables.

Pour Raymond Théberge, ces chiffres élevés signifient que le mode de fonctionnement du Commissariat doit être revu, arguant qu’il faut « prévoir et faire les choses différemment ».

« Est-ce qu’en faisant toutes ces enquêtes une à la fois, on s’attaque aux problèmes systémiques? », se questionne-t-il. « On doit trouver d’autres solutions. On ne s’attaque pas à un problème systémique avec un problème individuel comme ça. »

Dans son projet de loi C-13, à l’étude en comité, le gouvernement compte permettre à Raymond Théberge de sanctionner les entreprises de transport qui offrent et communiquent des services aux voyageurs, comme Air Canada et VIA Rail. Une amende allant jusqu’à 25 000 $ par infraction sera possible.

« Ça va demander quand même une restructuration du Commissariat en fonction des nouveaux pouvoirs et des nouveaux mécanismes de conformité », évoque l’ancien recteur de l’Université Moncton.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge.
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Crédit image : Commissariat aux langues officielles du Canada

Lors du dépôt de son rapport annuel en juin dernier, le haut fonctionnaire de l’appareil fédéral voyait à une augmentation importante des ressources humaines après C-13 pour aller chercher de l’expertise à l’extérieur de son organisation. En juin, le directeur parlementaire du budget signalait que le CLO ignorait le montant supplémentaire qu’Ottawa comptait lui accorder pour ces nouveaux pouvoirs, car le gouvernement Trudeau ne le saurait même pas lui-même.

Le Droit révélait il y a quelques jours qu’un plaignant avait été avisé que des enquêtes du CLO étaient ouvertes, mais sans jamais l’être réellement. Le commissaire n’a toutefois pas souhaité commenter cette information, arguant « ne pas avoir compris cette histoire ».

« On a un processus d’enquête qu’on suit », a-t-il simplement ajouté.

Le projet de loi 7 soulève de vives inquiétudes parmi les francophones

TORONTO – Les aînés francophones en Ontario s’inquiètent du sort qui leur sera attribué avec le projet de loi 7 visant à libérer des lits dans les hôpitaux de la province tout en transférant les malades dans des foyers de soins de longue durée, là où les services en français ne seront pas nécessairement présents.

La pression monte, alors que le gouvernement a déposé une motion pour faire passer le projet de loi directement en troisième lecture ce lundi, ce qui signifie qu’il ne sera pas examiné par un comité ou soumis à une audience publique..

Le projet de loi 7, Loi de 2022 pour plus de lits et de meilleurs soins, déposé à l’Assemblée parlementaire la semaine dernière, soulève de nombreuses questions dans sa mise en application. Parmi elles, l’opposition demande si les personnes francophones seront « forcées » de quitter l’hôpital et envoyées dans un centre de soins anglophone.

Dans ce projet, il est fait mention de la prise de certaines mesures sans le consentement des patients. Ces mesures concernent « les patients qui occupent un lit dans un hôpital public et qui sont désignés par un clinicien traitant comme ayant besoin d’un niveau de soins différents ». Questionné sur la mise en application de cette loi, le ministre des Soins de longue durée, Paul Calandra, assure que les spécificités religieuses et linguistiques seront prises en compte.

Il dit aussi que les patients ne seront pas forcés à quitter l’hôpital, mais s’ils refusent d’entrer dans un centre réunissant leurs préférences, ils se verront payer des frais pouvant aller jusqu’à 1500 $ la journée.

Foyer de soins de longue durée en anglais

Yacinthe Desaulniers, présidente et directrice du Réseau des services en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE), considère que « les hôpitaux vivent plein de défis, il faut alléger la situation ».

« Mais, il ne faut pas oublier la concordance linguistique qui est un énorme facteur », nuance-t-elle. « Une récente étude prouve l’impact négatif de soins de santé dans la mauvaise langue. On constate une différence dans les taux de décès. »

François Larocque, titulaire de la chaire de recherche en droit et enjeux linguistiques à l’Université d’Ottawa, abonde en ce sens : « Il y a un lien clairement établi par la recherche entre la langue et les résultats thérapeutiques des soins. »

Soins de santé longue durée. Yacinthe Desaulniers, présidente-directrice du RSSFE.
Yacinthe Desaulniers, présidente-directrice du RSSFE. Crédit image : RSSFE

Yacinthe Desaulniers a aussi récolté des données démontrant qu’à l’Hôpital Montfort, il y avait une augmentation de patients anglophones. Pour elle, ce n’est pas une qualité de soins pour les anglophones. C’est aussi une mauvaise façon d’utiliser des petites ressources francophones disponibles.

« À la résidence Saint-Louis (un établissement de soins de longue durée situé à Orléans), il y a seulement 57 % des patients qui sont francophones. »

« Le risque majeur est d’envoyer des patients dans des centres anglophones » – Michel Tremblay

Pour le directeur général de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), Michel Tremblay, « le risque majeur est d’envoyer des patients dans des centres anglophones ».

« Il y a d’autres options », ajoute-t-il. « Il faut améliorer l’offre de services à la maison, il faut aider les proches aidants et débloquer des fonds pour les besoins spéciaux, comme des lits adaptés ou des fauteuils roulants. »

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), se dit « conscient que la pandémie à un impact sur les hôpitaux. On comprend que la province doit mettre en place certaines mesures, dont celle-là. Cependant, il faut s’assurer que les services en français suivent après transferts ».

Et d’ajouter : « Le français en santé est une question de qualité des soins. »

Soins de longue durée. François Larocque, professeur à l’institut de Droit et Chaire de recherche à l’Université d’Ottawa.
François Larocque, professeur à l’institut de Droit et Chaire de recherche à l’Université d’Ottawa. Crédit image : Université d’Ottawa.

Pour François Larocque, qui cite Michel Doucet, juriste acadien, « si le Code de la route était aussi bien respecté que la Loi sur les services en français, ce serait le K.O. sur la route ».

Le cas du Nord de l’Ontario

Alors que le projet est en relecture, les libéraux soutiennent que les aînés du Nord pourraient être transférés dans des centres de soins à plus de 300 kilomètres de leur communauté, famille et amis. Pour le reste de la province, les patients seraient placés à environ 100 kilomètres de leur domicile et 30 kilomètres pour ceux résidant en ville.

Guy Bourgouin, porte-parole de l’opposition et député pour Mushkegowuk-Baie James, dénonçait en chambre le 24 août dernier que « si on doit m’envoyer dans un centre de soins, ce sera un foyer anglophone et si c’est un foyer francophone, ce sera à huit heures de route de chez moi ».

« Ça, c’est manquer de respect aux aînés, à notre culture et notre langue. »

« Les personnes âgées préfèrent attendre chez elles le centre de leur choix au lieu que d’aller dans un foyer inadapté », ajoute le directeur général de la FARFO.

Soins de longue durée. Michel Tremblay, FARFO.
Michel Tremblay, directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario. Archives ONFR+

Il n’y a pas de doutes, pour François Larocque, même si certains hôpitaux et centres ont obtenu la désignation de fournisseurs de soins en français. Quelque 80 % des francophones vivent dans une région désignée, mais 20 % hors de ces régions. Cette tranche de la population risque d’avoir des difficultés vis-à-vis des distances.

« Le risque, c’est la perte cognitive », prévient Mme Desaulniers. « Pendant la pandémie, nous avons été témoins de personnes dans des centres anglophones, qui ont décompensé. Les familles et les amis ne pouvaient pas les visiter, donc ils se sont retrouvés totalement isolés. »

« Les centres où il y a de la place sont des foyers obsolètes, sans climatisation et bien d’autres. Les gens ne veulent pas y aller », affirme Michel Tremblay.

Sans consentement

L’Ontario Health Coalition, via communiqué, déclare aussi que « le droit au consentement est fondamental dans la pratique clinique. Cibler les personnes âgées et les personnes handicapées pour enfreindre ce droit est, à notre avis, une violation de leurs droits fondamentaux ».

Et d’ajouter qu’en Ontario, « la Loi sur le consentement aux soins de santé et la Loi sur les soins de longue durée codifient l’exigence du consentement éclairé dans le processus d’admission ». En permettant à un clinicien ou un docteur de décider pour un patient, le gouvernement pourrait outrepasser ce droit, de l’avis de plusieurs observateurs.

Carol Jolin, président de l'AFO
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Archives ONFR+

« S’il y a une notion de consentement, si les gens ont le choix », souligne Carol Jolin, « ils pourront refuser d’être envoyés dans un centre loin de chez eux, c’est très important ».

Si un patient refuse une offre d’admission – un foyer de soins de longue durée qu’il n’a pas choisi et qui pourrait être éloigné, inapproprié, insalubre ou dans lequel le patient a peur d’aller – l’hôpital peut leur facturer des frais pouvant aller jusqu’à 1 200 $ à 1 500 $ par jour.

La peur des centres de soins

Les patients âgés ont plusieurs réserves, nous explique le directeur de la FARFO. D’abord, il faut se rappeler ce qui s’est passé dans les foyers durant la pandémie et cela ne rassure pas les patients.

« On est d’accord, il y a quelque chose qui doit être fait pour soutenir les hôpitaux », ajoute le président de l’AFO, Carol Jolin, « mais il faudra voir comment le projet de loi va évoluer ».

Selon M. Tremblay, certains foyers sont encore sous-adaptés, que ce soit le matériel ou l’établissement en lui-même. Enfin, il souligne que le prix d’un séjour en centre de soins longue durée est aussi un facteur aggravant dans cette situation. 

La communauté francophone ébranlée par le décès de Martin Arseneau

La francophonie ontarienne est en deuil à la suite du décès du directeur général de Réseau Ontario (RO), Martin Arseneau, 42 ans, ce samedi pour causes naturelles.

Les réactions sur les réseaux sociaux n’ont pas tardé à sortir. Tout d’abord, Réseau Ontario a souligné la mémoire d’un homme grandement apprécié qui a eu une contribution inestimable pour le fait français en Ontario.

Fier Acadien de Tracadie, Martin Arseneau a fait le choix de l’Ontario français pour y occuper de nombreux postes de gestionnaire jusqu’à la direction générale de RO. Son parcours l’a également mené à s’investir avec le Congrès mondial acadien comme directeur des communications en 2014.

Les proches en deuil

L’annonce du décès de Martin Arseneau a spontanément provoqué de nombreuses publications sur les réseaux sociaux afin de lui rendre hommage.

« Mon cœur est en morceaux. Toi qui m’as toujours encouragé, guidé, conseillé, rassuré. Toi qui pouvais toujours me faire rire à en pleurer. Qui voyait en moi ce que je ne pouvais pas voir moi-même », a commenté Pascale Arseneau dont il était le parrain.

https://www.facebook.com/pascale.arseneau/posts/pfbid0igbAVEcmZR6SCEbWLzSsTSyETG93Epa4s24199Pb675yamUq1woVCZxWMPX6GGr4l

« Un homme tellement dévoué, autant pour son travail, la communauté francophone, sa famille et ses amis. Il va certainement laisser un grand vide autour de lui », a souligné sa nièce, Amélie Arseneau.

Vague de réaction dans le milieu culturel

Les proches de Martin Arseneau ont été rejoints dans leur deuil par de nombreuses associations de l’industrie musicale francophone et acadienne.

« C’est grâce à son leadership et à sa vision qu’on lui doit de grands projets qui marqueront à toujours l’Ontario français », a indiqué Benoit Roy, président du conseil d’administration de Réseau Ontario. Dans son commentaire, il met notamment en valeur comment M. Arseneau a su guider la barque de RO durant la période pandémique.

La directrice du Centre culturel Les Trois p’tits points, Marie-Claude Sabourin, a également contribué à ce concert d’éloges à son endroit. « Un départ beaucoup trop tôt. Merci Martin Arseneau pour tout ce que tu as fait pour le milieu culturel en Ontario français, mais également, merci d’avoir été un mentor exceptionnel », a-t-elle écrit.

« Cher Martin, tu nous manqueras. Tes réflexions ont influencé nos projets et nous ferons notre possible pour les honorer. Nous nous ennuierons de ton humour et de tes analyses », a publié pour sa part l’Alliance culturelle de l’Ontario.

https://www.facebook.com/allianceculturelle.ontario/posts/pfbid02ex8mjZUPwVgPzmiuFLY8rx26PZwuBLK6goqve7aZsmTAuCY8qoroY8M3kgjKM83Ul

Du côté de l‘Alliance nationale de l’industrie musicale, on a souligné la mémoire d’un homme aux « convictions fortes » qui laissera dans le chagrin toute la famille culturelle francophone et acadienne.

Il en va de même pour la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) ainsi que pour la fondation Musicaction.

https://www.facebook.com/infofccf/photos/pcb.10162506439836515/10162506435516515/

Théâtre Action a également ajouté sa voix aux messages de sympathie.

Des hommages sont prévus prochainement par Réseau Ontario.

Plus de détails à venir…

Hearst : un mariage de raison entre trois cultures?

En ce centenaire de fondation de la ville de Hearst, nous nous penchons sur la coexistence exceptionnelle des trois cultures qui la composent, malgré un passé qui n’a pas toujours été facile : les francophones majoritaires, les anglophones minoritaires et la communauté oji-crie de Constance Lake, toute proche. Nous donnons la parole à un retraité anglophone de Hearst qui n’a jamais appris le français, un célèbre auteur franco-ontarien dont les œuvres recèlent de références sur Hearst et les environs, et le premier et seul conseiller municipal autochtone de Hearst.

Claudette Gleeson, militante en milieu ultra minoritaire

[LA RENCONTRE D’ONFR]

THUNDER BAY – Originaire de North Bay et installée dans la région de Thunder Bay depuis près de 35 ans, Claudette Gleeson a un parcours particulièrement riche. Fondatrice et présidente du Franco-Festival de Thunder Bay, présidente du conseil d’administration de l’Association des francophones du Nord-Ouest (AFNOO), vice-présidente du Conseil scolaire du district catholique des Aurores boréales, présidente de l’Accueil francophone de Thunder Bay, cette maman accumule les expériences et les nombreuses distinctions.

« Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance à North Bay?

Je suis née à North Bay dans une communauté francophone, mes deux parents sont francophones, mais on était vraiment minoritaire. Alors je ne parlais pas un mot d’anglais. J’ai appris l’anglais quand j’ai commencé à jouer avec les voisins. J’ai vraiment eu de la difficulté avec les anglophones, c’est drôle à dire, mais c’est vrai. Quand j’étais jeune, parler en français c’était mal vu.

Comme je ne parlais pas bien l’anglais, on m’a intimidée. Je pense que ça a été le moteur de pourquoi je fais ce que je fais aujourd’hui. C’est quelque chose que j’ai mieux vécu quand j’ai grandi. Même si j’étais blanche, pour moi, c’était du racisme. T’étais francophone, t’étais considéré comme inférieur aux anglophones. J’ai toujours voulu aider les personnes qui étaient moins bien considérées. C’est ce que je fais aujourd’hui avec les immigrants parce que je sais ce que c’est de commencer à zéro ailleurs.

Quel a été ce moteur, ce point de départ?

Je me rappelle de ce moment où j’étais membre consultatif francophone pour l’École de médecine du Nord de l’Ontario. Ce qu’il manquait dans le Nord-Ouest c’était un siège pour l’Université de Lakehead à Thunder Bay et un centre pour les francophones. Il y en avait trois pour les Premières Nations. Alors j’ai invité un aîné qui faisait partie du conseil d’administration de l’École de médecine et je lui ai demandé : « Qu’est-ce que vous faites pour vous assurer que vous ne nous oubliez pas, nous les francophones? Et là, il me dit, carrément : « Je ne savais pas qu’il y avait des francophones à Thunder Bay, vous êtes invisibles.’’

Je lui ai répondu que c’est faux et qu’il fallait trouver un moyen pour que les gens réalisent qu’on est là! Voilà quel a été le moteur. C’est ça qui a développé le Centre francophone et lancé le Franco-Festival en 2007. Je me rappelle que la première fois qu’on a eu le festival, une maman est venue en larme me disant qu’elle pensait jamais pouvoir célébrer en français, en public à Thunder Bay.

Claudette Gleeson (au centre) a reçu le Prix du Gouverneur général en 2016. Gracieuseté

Considérez-vous que la situation des francophones s’est améliorée depuis?

Pas complètement, les anglophones nous oublient tout le temps, mais politiquement ça a évolué. La communauté rayonne et n’a plus peur de parler en français, du moins une majorité. Parce qu’il ne faut pas oublier que, dans les années 80, avant que j’arrive à Thunder Bay, la ville avait voté, comme à Sault-Sainte-Marie, pour être unilingue, anglophone. Donc c’était dur pour les francophones de se battre. Ils ont pris l’habitude de se dire que les Anglais ne les aimaient pas. Mais on a pris une belle revanche depuis malgré tout!

Comment avez-vous réagi par rapport au recul du français annoncé par le dernier recensement particulièrement prononcé dans le Nord et à Thunder Bay?

Ça m’a fait réaliser à quel point on est minoritaire et qu’il faut qu’on se rassemble surtout qu’on est très isolé du reste de l’Ontario. On est moins de 5 % de la population. On ne peut pas avoir deux ou trois camps de francophones. À Sudbury, North Bay ou Sturgeon Falls, il y a toujours eu des querelles entre anglophones et francophones, mais dans le Nord-Ouest, les francophones étaient invisibles.

Je me dis « Qu’est-ce qu’on fait pour se remettre sur la carte? », retrouver les francophones qu’on a perdus? C’est important pour moi parce que c’est la communauté qui m’a le mieux accueillie à Thunder Bay, bien plus que les anglophones. On était un groupe de mamans qui venaient du Québec ou ailleurs que Thunder Bay, très soudées et c’est vraiment ce groupe de femmes fortes qui sont devenues des meneuses pour la communauté.

Quand avez-vous commencé le bénévolat?

À l’âge de 12 ans, à North Bay. J’ai commencé comme interprète à l’hôpital. Je traduisais de l’anglais vers le français pour les fournisseurs de service de santé et les patients et inversement pour ceux qui ne savaient pas parler en anglais. Après ça j’ai fait de l’accompagnement pour le ski à Waterloo, puis au département en français à l’Université à Toronto.

Vous avez quitté North Bay jeune. Pourquoi êtes-vous partie?

Après mes études au secondaire en français à Algonquin, j’ai voulu partir de North Bay pour l’université et j’ai choisi Waterloo. J’ai fait un bac en psychologie puis avec la formation en psycho. Ça ne m’a pas donné une job garantie, mais ça m’a préparée à penser « créativement », en dehors de la boîte.

Fondé en 2007 par Claudette Gleeson, le Franco-Festival reviendra pour une 10ème édition le 9 et 10 septembre prochain, après deux ans d’absence en raison de la pandémie. Gracieuseté.

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers la finance après avoir étudié la psychologie?

Quand j’ai travaillé à Toronto, je n’étais pas bonne en administration. Quand tu commences, t’es réceptionniste, ou en communication. Je n’aimais pas ça. Mon mari m’a dit : « Claudette, tu devrais commencer ta propre entreprise ». Je me suis dit : « Que vais-je faire? », parce que je n’avais pas d’idée.

Au début je faisais du démarchage d’employés francophones pour des entreprises anglophones de Thunder Bay avec mes enfants avant qu’ils aillent à l’école. Quand ma plus jeune fille a eu l’âge d’aller à l’école, j’ai commencé à vraiment me vendre en finance. Parce que malgré tout ce qu’on peut penser, la finance c’est le cœur. Je suis bonne en chiffres, mais ma force c’était de connaître le cœur de la personne.

Puis vous avez choisi de vous installer à Thunder Bay et vous y êtes toujours. Qu’est-ce qui vous a poussé à cette décision?

Mon mari est de Thunder Bay. On s’est rencontré quand on était à l’Université de Toronto. Il était chiropraticien, comme son père, et voulait retourner là-bas pour commencer la pratique avec lui. J’ai dit oui, mais j’avais une seule condition : qu’il y ait une école française. Parce qu’on savait qu’on voulait des enfants et que s’il n’y avait pas d’école, il y avait des chances que nos enfants perdent la langue, ma langue.

Et puis je fais partie de cette génération qui a vu des francophones partir de North Bay avec leurs parents vers des villes comme Kitchener et revenir en ne pouvant plus parler un mot de français parce qu’il n’y avait pas d’école francophone. Donc j’ai dit à mon mari : « Pas le choix! » Depuis, on a plus quitté Thunder Bay et on ne pense pas le faire.

Claudette Gleeson, présidente du Conseil de la Coopération de l’Ontario, reçoit une reconnaissance du Sénat du Canada, 2018. Gracieuseté

Votre mari est anglophone. Comment s’est passée, à ce propos, la discussion quant à la langue parlée avec les enfants?

Avec la naissance de notre premier bébé, on a dû avoir une discussion. On s’est demandé ce qu’on devait faire. Je lui ai dit que ma culture et ma langue étaient très importantes. On s’est dit que ce serait un cadeau pour nos enfants. Au début, quand on est arrivé à Thunder Bay, il n’y avait pas de garderie en français. J’ai donc décidé de rester à la maison pour leur apprendre moi-même le français avant qu’ils aillent à l’école francophone, parce que ça aurait été trop traumatisant pour eux de rentrer dans une école francophone en parlant juste l’anglais. Puis je suis fière de dire que les trois sont francophones aujourd’hui.

Vous avez été présidente et impliquée au sein d’un très grand nombre de comités et organismes francophones de Thunder Bay. Quelle a été l’expérience la plus marquante jusqu’à présent?

C’est très difficile de choisir! Je dirais mon poste de conseillère scolaire, parce que c’est la politique. Je pensais jamais, mais alors jamais, être politicienne! J’avais peur, mais j’étais vraiment encouragée par la communauté. J’ai beaucoup appris. Parler en public, connaître le milieu de l’éducation, et le Conseil me passionne encore. Je suis venue à Thunder Bay parce qu’il y avait une école comme je l’ai dit. C’était important d’avoir un bon système éducatif pour recruter des familles francophones.

En 2011, Claudette a été élue vice-présidente du Conseil scolaire du district catholique des Aurores boréales. Gracieuseté.

Quel est le plus gros projet sur lequel vous travaillez à l’AFNOO?

On a eu l’approbation des gouvernements fédéral et provincial pour développer notre garage. On a un projet de construction qui devrait commencer dans les prochains mois pour rénover et ajouter des bureaux. On veut aussi ajouter des espaces polyvalents pour accueillir des immigrants. On attend juste un nouveau devis parce que l’inflation a vraiment fait gonfler les prix donc on veut s’assurer de pouvoir couvrir les frais.

Avez-vous évolué sans difficulté dans le milieu majoritairement masculin et anglophone de l’entrepreneuriat?

Je me souviens avoir été dans un forum national pour les femmes en finance et avoir dit en à l’auditoire en anglais  »It is lonely in a room full of  men ». C’est ennuyant, c’est seul. Tout ce qu’ils faisaient, c’était pour attirer les hommes. Dans mon domaine, c’est souvent des joueurs de hockey professionnel, de football. On te parlait comme si t’étais un homme, et même les activités c’étaient des choses comme aller à la pêche. Moi, je voulais pas me retrouver avec cinq hommes sur un bateau.

Ça a changé un peu depuis mes débuts et aujourd’hui on a des jeunes femmes qui n’ont pas peur de se mesurer aux hommes. Je suis fière d’avoir vendu mon entreprise, il y a peu, à une jeune femme de 27 ans, francophone, dont j’étais la mentore. C’était très important pour moi de faire continuer cet héritage. Je lui ai dit que ce serait difficile et elle m’a dit :  »Tu sais-tu quoi, Claudette : je suis correcte, je n’ai pas besoin d’être leur amie. »

Qu’aimez-vous faire en dehors de votre implication dans la francophonie?

Marcher avec ma chienne, Sophie. J’adore faire de l’exercice, voir mes enfants mes petits-enfants et mes parents qui sont encore en vie. Mais honnêtement je n’ai pas beaucoup de temps. Mon bénévolat, c’est ma passion. Puis je crois que c’est ça qui va me maintenir en forme et garder mon cerveau jeune. Ça peut paraître étonnant, mais mon bénévolat c’est mon passe-temps favori! »


LES DATES-CLÉS DE CLAUDETTE GLEESON

1958 : Naissance à North Bay

1988 : Déménagement à Thunder Bay

2007 : Fondatrice et présidente du Franco-Festival de Thunder Bay.

2012 : Présidente de l’Association des francophones du Nord-Ouest.

2016 : Récipiendaire du Prix du Gouverneur Général du Canada.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Dans le ventre du Congo, l’amitié malgré les différences

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Dans le ventre du Congo, de l’auteur Blaise Ndala, il y a une histoire, ou plutôt des histoires. Des histoires de princesse perdue, de pas esquissés de rumba, de pouvoir politique qui s’effrite, d’amour étouffé, d’amitié qui se tisse, mais aussi d’humiliation amère, de pays confisqué et beaucoup plus.

Dans les années 1970, j’ai grandi avec le nom d’un pays appelé Zaïre. Nous utilisions ce nom fréquemment dans nos jeux enfantins, preuve d’un pays qui commence par la lettre « Z ». Nous n’avions aucune idée sur l’histoire de ce pays ni les raisons de cette appellation et, entre temps, nous consommions goulûment les aventures de Tintin écrites par le dessinateur belge Hergé. Tintin et son chien Milou qui se baladent d’un pays à un autre en s’arrêtant au Congo.

Ne sachant pas que ce Congo belge n’est nul autre que le « Congo Kinshasa » que le président Joseph-Désiré Mobutu rebaptise en 1971 Zaïre. Et que c’est ce même Mobutu qui fut une fois invité par Habib Bourguiba, le Combattant Suprême, président tunisien de mon enfance, pour une visite en Tunisie alors que je ne suis pas encore née. Deux dictateurs en herbe qui savent mutuellement s’apprécier.

C’est en pénétrant Dans le ventre du Congo que j’ai finalement pu mettre les points sur les « i » et rapiécer mon ignorance ou compléter mon éducation inachevée. Non pas que le livre de Ndala est un livre sur l’histoire du Congo mais un roman avec des évasions historiques racontées successivement par deux femmes fortes ou plutôt deux princesses, Tshala Nyota Moela et sa petite nièce, Nyota Kwete, dont le sang royal a été à la fois sacrifié et lavé respectivement par le poids du patriarcat et de la tragédie.

Douloureuses contractions de l’Histoire

En lisant le récit de ces deux femmes séparées par le temps et la géographie, la lectrice que je suis a l’impression que l’Histoire ne fait que se répéter dans ses contractions douloureuses. Le colonialisme qui n’a jamais quitté cette terre africaine, le racisme qui se métamorphose d’un projet colonialiste dans une terre lointaine en une migration indésirable des habitants des anciennes colonies vers les anciens « empires ».

L’exposition universelle de Bruxelles en 1958 qui en un temps fut une occasion au pays hôte d’exhiber ses avancées technologiques, quitte à montrer un village africain, butin de la guerre coloniale, jusqu’au salon de l’automobile moderne qui affiche ses nouveaux modèles de voiture de luxe. Et le parallèle qui se poursuit entre l’ancien et le moderne entre la tante qui s’affranchit à sa manière de l’oppression paternelle et la nièce qui veut retrouver ses racines enfouies et presque disparues.

Depuis le roi du royaume belge, Léopold II, qui s’approprie le Congo et ses habitants, y compris les rois des tribus, les forêts, les rivières, les hommes et les femmes jusqu’au stade du Roi Baudoin à Bruxelles où plusieurs joueurs de soccer originaires de ce même Congo vont dribler le ballon rond pour le compte des équipes belges. Tout devient propriété des Belges, même l’histoire des peuples, leurs diversités, leurs us et coutumes, leurs langues et les histoires.

Car c’est ça la tragédie du colonialisme. C’est la disparition des histoires, dans leurs subtilités et dans leurs complexités. Tout devient fade, tout devient uniforme, ressemblant à celui qui détient les rênes du pouvoir. Même les femmes noires se frottent le visage avec des crèmes dites magiques pour se rapprocher de la beauté blanche.

Dans le ventre du Congo est un hommage à l’amitié. L’amitié qui malgré les différences de cultures et de lieux géographiques peut se former et continuer à travers les générations. C’est aussi à un hommage à notre humanité commune, à tout ce qui reste en nous après la disparition des frontières et des rapports de force.

Aujourd’hui dans un monde de plus en plus dominé par les médias sociaux, j’ose espérer que ces amitiés, dont Ndala fait l’éloge dans son roman, que nous tissons au courant de nos vies puissent durer au-delà de notre bref passage terrestre et créer des lignes de résistance contre la méchanceté des hommes et de la superficialité des « j’aime » que nous échangeons sur les plateformes virtuelles.

La littérature, lieu de mémoire et de vérité

Même si certains personnages sont brièvement mentionnés Dans le ventre du Congo, je ne peux m’empêcher d’aimer le petit clin d’œil historique que fait l’auteur à Patrice Lumumba, un homme politique de la première heure du Congo, élu démocratiquement.

Béchir Ben Yahmed, journaliste et homme politique tunisien et fondateur du célèbre magazine Jeune Afrique, avec lequel j’ai grandi en lisant pour mieux comprendre ce monde, avait dit dans ses mémoires que dans sa vie, il n’a pleuré que trois hommes. Lumumba est l’un d’eux. Un homme que je connais mal et dont l’apparition dans le roman de Ndala m’a fait beaucoup de bien à savoir que la littérature est un lieu de mémoire et de vérité aussi.

Comme quoi, les peuples africains ne sont pas voués ou damnés à la pauvreté et au sous-développement, mais que le machiavélisme de certains de leurs dirigeants et la complicité des colons d’hier devenus amis des despotes d’aujourd’hui écartent ceux qui ont des visions patriotiques et radicales de l’avenir de leurs nations.

Dans le ventre du Congo, il y a de tout. Depuis l’économie, le caoutchouc, que Ndala appelle « ce produit de malheur » jusqu’aux relations humaines en passant par la politique locale et internationale, la lectrice ne cesse d’apprendre sur le Congo, la Belgique, les missionnaires, la finance et même le soccer!

Ndala est non seulement un conteur éloquent mais aussi un enseignant. Il nous livre un super cour magistral en histoire et en politique dans un monde qui ne cesse de se renfermer sur lui-même en ravivant les flammes du racisme et du chauvinisme.

Blaise Ndala nous ouvre sur un monde ancien riche qui a été malheureusement effacé par le rouleau compresseur du colonialisme en nous faisant croire ou même oublier qu’avant l’arrivée des colons dans ses contrées africaines, et avant l’apparition des contes de fées à la « Walt Disney », il y avait aussi des princesses Kuba qui portent de jolis colliers, des rois qui règnent et surtout de la vie et de l’amour.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Rentrée scolaire : les restrictions levées trop tôt, estime un expert

La dernière communication en date du ministère de l’Éducation à propos des mesures sanitaires prises en vue de la rentrée scolaire reste droite dans ses bottes : le gouvernement réitère sa position pour un retour à la normale en continuant de lever presque toutes les restrictions, dont le port du masque obligatoire, dans les classes et le report par les écoles de leur taux d’absentéisme au gouvernement, une politique jugée hâtive par Marc Desjardins, microbiologiste à l’hôpital d’Ottawa.

« Le ministère de l’Éducation demeure engagé envers le retour à la normale en classe », c’est ce qu’annonce la dernière circulaire datant du 5 août adressée par le ministère de l’Éducation ontarien aux responsables des conseils scolaires et des écoles concernant les mesures de santé prises (ou plutôt pas prises).

Toutefois, certains experts de santé publique restent pour le moins sceptiques quant au bien-fondé de cette politique, la jugeant précipitée. À commencer donc par M. Desjardins.

Pr Marc Desjardins, microbiologiste à l’hôpital d’Ottawa. Gracieuseté

« Supprimer presque toutes les restrictions pour cette rentrée scolaire, je ne suis pas d’accord avec ça. C’est bien beau de dire qu’on retourne à la normale, mais il faut s’assurer qu’on ne va pas empirer les choses. On aurait dû maintenir en place certaines restrictions comme le port du masque en classe ou continuer une politique de dépistage en rapportant les cas au niveau de la santé publique pour pouvoir maintenir un certain niveau de contrôle », regrette-t-il.

Le coronavirus n’a pas pris de vacances

Il est vrai que dans une autre note de service surgissant à quelques heures d’intervalle de la circulaire du ministère de l’Éducation, le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore insiste sur le fait que les écoles et les fournisseurs de services de garde ne sont plus tenus de faire remonter les absences au gouvernement, alors que le taux de transmission de la COVID-19 demeure élevé. 

En effet, selon les données de Santé publique Ontario qui, pour rappel, ne sont plus publiées à une fréquence quotidienne, on assiste encore à des taux de positivité aux tests effectués oscillant entre 10 et 15 % avec une moyenne de 1455 cas et presque six décès par jour durant la dernière semaine (faute de rafraîchissement, les données les plus récentes datent du 13 août).  

Pire que cela, selon lMarc Desjardins, « on vient tout juste de passer cet été par l’une des pires vagues depuis le début de la pandémie. On croyait que la COVID-19 allait poursuivre la même trajectoire que d’autres infections respiratoires comme la grippe et ne plus voir d’éclosions durant l’été, mais il n’en est rien ».

L’AEFO et AFOCSC n’y trouvent rien à redire

Du côté des principaux intéressés, l’avis est plus nuancé. « L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) s’attend à ce que les consignes de santé publique en lien avec la COVID-19 soient dûment respectées afin d’assurer la santé et la sécurité des élèves et du personnel », assure Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO.

Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO. Gracieuseté

Et d’ajouter : « Pour appuyer la stabilité dans les écoles et assurer le bien-être de tous les élèves et du personnel, nous continuons d’avoir des attentes fermes envers le gouvernement. »

Même son de cloche de la part d’Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) qui se veut rassurant :

« Avec les mesures de prévention et de protection que nos conseils scolaires catholiques utilisent activement depuis plusieurs mois et celles qui seront en place pour s’assurer que la rentrée scolaire se déroule bien, comme la poursuite des campagnes de vaccination, tous les moyens disponibles sont et seront en place pour la sécurité et la santé des élèves et du personnel. »

Yves Lévesque, directeur général de l’AFOCSC. Gracieuseté

Quant à savoir si une énième flambée épidémique va déferler dans un futur proche, M. Desjardins ne laisse nulle place au doute : « C’est certain, il faut s’attendre à une autre vague en automne. »

Le Festival franco-ontarien sort le grand jeu

OTTAWA – L’incontournable Festival franco-ontarien (FFO) est de retour et la programmation s’annonce haute en couleur. Éric Lapointe, Radio Radio, DJ Unpier et le magicien Éric Leclerc seront de la partie, ainsi qu’une foule d’autres invités de marque comme le groupe traditionnel Hey, wow ainsi que les Twin Flames.

Tenu au parc Major’s Hill du vendredi 23 au dimanche 25 septembre, le FFO est rendu à sa 47e édition. Les Twin Flames et Éric Lapointe assureront les concerts d’ouverture dont les billets sont disponibles sur le site du festival au prix de 27,25 $. Composé de Sunchild Deer-Okpik et Chelsey Jodoin, Twin Flames est un groupe de folk canadien dont le plus récent album, Omen, est sorti en 2020.

L’entrée pour les spectacles du samedi avec notamment DJ Unpier et Radio-Radio est au même tarif. Remixeur de talent, DJ Unpier a vu son album Gawteries (2020) être nominé au Gala de l’ADISQ pour la musique électronique. Il a récemment sorti Dans la danse qui promet de faire vibrer le public. Pour leur part, les membres de Radio Radio ne sont plus à présenter. Leur nouvel album À la carte (2021) en mettra plein la vue aux spectateurs.

DJ Unpier. Crédit image : Caleb John Taylor

La dernière journée du festival est gratuite. Les festivaliers pourront taper du pied au rythme des Hey, Wow et leur fameux accordéoniste Jean-Marc Lalonde. Les enfants de moins de 10 ans pourront accompagner leurs parents gratuitement tout au long de cet événement immanquable pour la culture franco-ontarienne.

Parfait pour les familles, le FFO présente des activités pour les plus jeunes dont le spectacle de magie Mysteric du double champion canadien Éric Leclerc le 23 septembre à 10h30 et la pièce de théâtre jeunesse d’Amandine et Rosalie le 25 septembre 10h.

Un temps annoncé, Damien Robitaille a été retiré de l’affiche pour des raisons de contre-temps professionnel, ont indiqué les organisateurs.

Organiser de telles festivités demande une bonne équipe. Ainsi, le FFO est encore à la recherche de bénévoles qui souhaitent mettre l’épaule à la roue pour faire de cette édition un succès mémorable.

Histoire de culture

« Nous sommes très heureux et fiers de pouvoir de nouveau rassembler la communauté franco-ontarienne autour d’une matinée scolaire qui rassemblera les jeunes du secondaire en immersion, deux soirs de concerts au Parc Major’s Hill, une matinée familiale et des célébrations pour souligner le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes le dimanche », a fait savoir par voie de communiqué Mathieu Gauthier, président du festival, soulignant le « rôle majeur aux échelles locale et nationale de cet événement francophone incontournable en milieu minoritaire ».

Fondé en 1976 par le président de l’ACFO d’Ottawa-Carleton de l’époque, Pierre DeBlois, le FFO est enraciné dans la communauté d’expression française de la province. Réunissant les francophones et les francophiles, l’événement permet de mieux faire connaître la culture franco-ontarienne à la majorité anglophone.

Le Festival prend fin à l’occasion de la Journée des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes. Alors que la communauté a récemment reçu une douche froide à l’occasion du recensement, le FFO permettra aux francophones de l’Ontario de faire la fête en français et de célébrer leur admirable résistance historique.

Le groupe Hey Wow sera à l’affiche du festival. Crédit image : Joël Ducharme

« Un désastre pour les francophones » : le redécoupage électoral critiqué dans le Nord

SUDBURY – Proposé la semaine dernière par la Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour l’Ontario, le redécoupage de la carte suscite de vives réactions chez des députés du Nord de l’Ontario. Ceux-ci dénoncent des risques de pertes importantes pour la communauté francophone du Nord qui verrait sa carte lourdement remaniée. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) tempère de son côté, y voyant l’émergence d’une possible circonscription francophone.

Sur la base de la proposition, la région de l’Ontario risquerait de perdre un siège et le nombre de circonscriptions du Nord passerait de 10 actuellement à neuf.

Parmi les changements suggérés, on peut noter la création d’une très grande circonscription intitulée Kiiwetinoong-Mushkegowuk dans le Grand Nord allant de l’Ouest, au-dessus de Kenora, vers l’Est, après Moosonee.

Celle-ci incorporait ainsi le nord de l’actuelle circonscription de Timmins-Baie James et Kenora. Timmins rejoindrait alors Kapuskasing et Hearst dans la nouvelle circonscription de Cochrane-Timmins-Timiskaming.

Source : Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour l’Ontario

Parmi les autres changements, Nipissing Ouest et Sturgeon Falls quitteraient la circonscription de Nickel Belt pour rejoindre celle nouvellement créée de Nipissing. Celle-ci reprend une grande partie de l’actuelle Nipissing-Timiskaming incluant North Bay et Mattawa.

Wanhapitae, Consiton et Falconbridge Lively, Copper Cliff et New Sudbury font partie des communautés formant la circonscription de Sudbury dont la taille a considérablement augmenté en absorbant une partie de l’actuelle Nickel Belt.

Une autre circonscription irait de l’ouest de l’actuelle Sudbury, à partir de Naughton, vers le Sud de l’actuelle Algoma-Manitoulin-Kapuskasing incorporant ainsi l’île Manitoulin, Espanola et Elliot Lake.

Là encore Nickel Belt perdrait l’extrême sud de son actuelle frontière en abandonnant notamment Rivière-des-Français à cette nouvelle circonscription nommée Manitoulin-Nickel Belt.

Une division des francophones

Selon Marc Serré, député fédéral de l’actuelle Nickel Belt, cette refonte de la carte électorale sera néfaste pour la population francophone de l’Ontario.

« Ils divisent nos communautés francophones », déclare-t-il en entrevue avec ONFR+. Celui-ci ajoute ne pas comprendre la manière dont ce redécoupage a été opéré ni « comment ils ont fait pour diviser les municipalités et les communautés francophones en trois députés ».

« Nickel Belt va avoir les communautés d’Azilda, Chelmsford et Vallée-Est de Sudbury qui est majoritairement francophone, mais là on va rattacher ça avec l’Île Manitoulin, Elliot Lake et Espanola qui est majoritairement anglophone. »

Le député de Nickel-Belt Marc Serré. Crédit image: Pascal Vachon
Le député de Nickel-Belt Marc Serré. Crédit image : Pascal Vachon

La députée Carol Hughes est peut-être la plus grande perdante de cette proposition de la Commission. Elle serait celle qui écoperait en perdant sa circonscription d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing qui serait redistribuée dans quatre comtés différents.

« Ce n’est pas à propos de moi de perdre ma circonscription. C’est plutôt le fait que le Nord perde une circonscription », lance celle qui en est l’élue fédérale depuis 2008.

« Ce qui me préoccupe le plus en éliminant le comté d’Algoma, c’est qu’il divise la communauté francophone et la communauté rurale encore plus. Ce n’est pas correct et la communauté du Grand Sudbury va être divisée encore plus », craint quant à lui Marc Serré.

Des services en français réduits

Selon celui qui est aussi le secrétaire parlementaire de la ministre des Langues officielles, ce sont les centres de santé et les centres communautaires proches du Grand Sudbury qui en subiront les conséquences : « Il n’y a pas d’affiliation du tout du tout avec North Bay. Il n’y a aucun lien économique, aucun lien francophone. C’est vraiment un désastre pour les francophones. »

Carol Hugues, de son côté, craint une perte de service au niveau de la gestion des dossiers de l’immigration. « Il y a des gens qui ne sont pas contents, car ça fait de grands comtés qui ne seront par serviables. On est toujours ouvert à des changements, mais des changements pour améliorer, ne pas réduire les services. »

Carol Hugues, députée d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing. Archives ONFR+

« Les grandes communautés commencent à avaler les régions rurales et dans le Nord. C’est inacceptable », se désole-t-elle.

Selon la néo-démocrate, les députés du Nord de toute appartenance politique sont du même avis. Ceux-ci comptent demander soit que les frontières actuelles soient maintenues ou d’être inclus dans de futures discussions autour du remaniement de la carte.

L’AFO plus optimiste

Le président de l’AFO est loin d’être alarmiste, au contraire.

Pour Carol Jolin, la nouvelle circonscription de Cochrane-Timmins-Timiskaming, qui inclurait trois des villes à la plus grande population francophone (Timmins, Cochrane et Temiskaming Shores) pourrait être majoritairement francophone.

Il compare ce redécoupage à celui de 2018, qui avait vu naître la circonscription provinciale de Mushkegowuk-Baie James alors majoritairement francophone.

« Si les francophones sont majoritaires, il y a de grandes chances que les gens qui se présentent soient des francophones », lance-t-il avant de rajouter qu’il faut tout de même attendre d’avoir les chiffres de ce que ce redécoupage fédéral pourrait représenter.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin.
Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Archives ONFR+

La Commission tiendra une audience publique dans les prochains mois pour recevoir les commentaires.

Une assemblée publique virtuelle aura également lieu le 26 octobre à 18h30 pour les personnes du Nord de l’Ontario. Ceux qui le souhaitent peuvent envoyer leurs commentaires à l’adresse : www.redecoupage-redistribution-2022.ca.

Si ce redécoupage est accepté, il pourrait entrer en vigueur aussi tôt qu’en 2024 lors des prochaines élections fédérales.

Déclin du français : Ottawa refuse d’admettre sa responsabilité

OTTAWA – Le gouvernement fédéral reconnaît qu’il doit en faire plus pour freiner le déclin du français au pays, mais refuse d’endosser une part de responsabilité dans les dernières années. De son côté, le commissaire aux langues officielles (CLO) pointe du doigt le fédéral pour la baisse du poids démographique des francophones, arguant des échecs répétés en immigration.

Près d’une semaine après que les données sur le français soient sorties montrant une baisse du poids démographique des francophones à l’échelle nationale, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor qualifie une fois de plus la situation de « troublante ».

« Le gouvernement fédéral prend ses responsabilités pour s’assurer qu’on adresse cette situation. On reconnaît que le français est en déclin au Canada et on doit reconnaître aussi qu’il y a une augmentation des personnes qui parlent le français au pays, mais oui on voit que le poids démographique est en déclin. C’est pour cette raison qu’on doit aller de l’avant avec un projet de loi (C-13) qui est ambitieux, mais aussi avec un Plan d’action avec des items concrets pour adresser cette situation qui est préoccupante », a lancé la membre du cabinet Trudeau, ce jeudi en conférence de presse.

Mais lorsque questionnée, la ministre refuse de dire si son gouvernement aurait pu en faire plus depuis son arrivée au pouvoir en 2015.

« Ce sont des chiffres préoccupants, soyons très clairs. Mais on doit aussi dire qu’on n’était pas surpris. Comme gouvernement fédéral, quand même, nous sommes le premier gouvernement qui a reconnu un déclin du français dans ce pays et c’est pour cette raison qu’on va de l’avant avec un projet de loi qui est ambitieux », répond-elle.

Le cap sur l’immigration francophone

Pour la députée néo-brunswickoise, l’immigration francophone doit être une priorité absolue dans les prochaines années pour régler la situation, arguant qu’il faut « absolument en faire plus et il faut le faire vite ».

« On veut s’assurer de réparer de notre poids démographique dans ce pays et on doit s’assurer d’avoir qu’on va avoir une politique d’immigration et une stratégie d’immigration francophone pour adresser cette perte démographique. »

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge.
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Crédit image : Commissariat aux langues officielles du Canada

« Il faut se donner les moyens pour essayer de renverser la vapeur » – Raymond Théberge

En faire plus et vite, c’est ce que les gouvernements ont échoué à faire depuis deux décennies, critique le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge.

« C’est le fédéral qui est responsable de l’immigration. C’est une compétence partagée, mais c’est le gouvernement fédéral qui établit les cibles. Depuis 2003, on s’est donné une cible qu’on a jamais atteinte, donc ça veut dire qu’on n’a pas mis en place les programmes nécessaires pour atteindre cette cible », reproche-t-il.

Ce dernier fait référence à la cible de 4,4 % en immigration francophone en contexte minoritaire qu’Ottawa n’a jamais atteint depuis 2003. Selon une étude du CLO, ces manquements année après année représentent 120 000 immigrants francophones de moins depuis 20 ans.

« Il faut se donner les moyens pour essayer de renverser la vapeur », poursuit-il. « La démographie, c’est cumulatif. C’est un peu comme un glacier qui tout d’un coup qui apparaît, le résultat que l’on voit cette année fait suite à des décisions qui ont été prises en 2003, 2004, 2005, au niveau de l’immigration, au niveau des cibles d’immigration qu’on n’a jamais atteintes. Donc il y a un manque à gagner et ceci fait partie maintenant de la démographie. »

La nouvelle loi comme outil

Ginette Petitpas Taylor le souligne à maintes reprises, son projet de loi C-13, qui est présentement à l’étude en comité parlementaire, est l’une des clés pour rétablir le poids démographique de la francophonie canadienne. La mouture actuelle stipule que l’appareil fédéral se doit de se doter d’objectifs, de cibles et d’indicateurs et que « l’immigration est l’un des facteurs qui contribuent au maintien ou à l’accroissement du poids démographique des minorités francophones ».

Mais cet énoncé n’inclut aucune conséquence si le gouvernement ne respecte pas ses objectifs et ne vise pas à rétablir les erreurs du passé, dénonce la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) dans son mémoire de juin sur le projet de loi C-13.

« Le projet de loi est sous étude à ce point-ci, mais on veut s’assurer d’avoir des mécanismes pour atteindre ces cibles-là », rétorque Mme Petitpas Taylor.

« C’est bien beau de mettre une cible, le plus important est qu’on doit s’assurer des mécanismes pour atteindre ces cibles-là (…) On va faire le travail avec mes collègues et le ministre Fraser (Sean Fraser) entre autres pour s’assurer qu’on puisse mettre sur pied exactement les services qui sont nécessaires et aussi les motivations pour aller recruter ces gens-là dans les autres pays », ajoute-t-elle.

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser. Crédit : Compte Twitter Sean Fraser

Depuis la récente arrivée du ministre de l’Immigration Sean Fraser, l’immigration francophone n’a jamais atteint la cible de 4,4 %, mais Ginette Petitpas Taylor se dit « confiante ».

« J’ai une très bonne relation avec le ministre Fraser et sa sous-ministre. Quand on parle d’avoir une cible et une politique (en immigration francophone), moi et le ministre Fraser on est sur la même page », mentionne-t-elle.

Culture, littérature et spectacles : l’Ontario français boucle sa saison estivale

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

La saison estivale se termine et la rentrée est à nos portes! Mais avant de délaisser notre chère saison chaleureuse, l’Ontario français nous réserve des activités et nouveautés afin que vous puissiez profiter à fond de vos derniers jours du mois d’août.

Histoire

Le quartier qui est presque devenu un quartier francophone

Il était une fois dans le quartier Cabbagetown à Toronto, les francophones étaient nombreux. Là où la première église catholique française du Sacré-Cœur a vu le jour a été un point de rassemblement pour plusieurs nouveaux arrivants francophones de la ville. Et bien qu’ils ne soient pas restés très longtemps, cette présence francophone un peu oubliée a laissé ses traces. La Société d’Histoire de Toronto vous invite donc à faire part de sa visite guidée pour découvrir les bâtiments historiques qui ont réuni toute une communauté entre les années 1860 et 1940.

L’église du Sacré-Coeur en 1952 au coin des rues Sherbourne et Carlton. Crédit image : Bibliothèque publique de Toronto.

Assistez à la visite guidée le dimanche 28 août à 13h30. Départ au coin des rues George et Queen Est. Événement gratuit.

Littérature

Fou d’Ahlam, le nouveau roman de l’auteur Louenas Hassani

Basé maintenant à Ottawa, l’auteur algérien Louenas Hassani nous lance son troisième roman. L’histoire se situe en Algérie lors de la crise sanitaire actuelle. Elian, jeune professeur de philosophie attend depuis 17 mois de rencontrer son amoureuse, Ahlam. Alors qu’ils se préparent à se rencontrer pour la première fois, le début du confinement est annoncé par les autorités algériennes. Avec les restrictions et les obstacles qui s’annoncent devant eux, la question se pose si cette relation peut résister aux peurs et à la répression politique à leurs points culminants.

Le roman Fou d’Ahlam. Source : Éditions David

Musique

AfroJazz Fest : les tambours et tropiques débarquent à Milton

Le festival AfroJazz bat son plein ce weekend grâce au Centre canadien pour l’unité de la famille. Des artistes locaux et internationaux viendront de tous les coins des Caraïbes et de l’Afrique francophone pour faire briller sa diversité culturelle à travers plusieurs spectacles, ateliers et activités pour tous les âges. Cette édition 2022 aura au programme plusieurs genres de musique tels que la rumba, salsa, reggae, afrosoul, musique traditionnelle africaine. Sans oublier le talent franco-ontarien, le musicien et chanteur Dieufaite Charles ainsi que l’artiste Sage Matuzolele seront tous les deux en spectacle pour la programmation du samedi.

Crédit image : Rick Diamond/Staff via Getty Images North America

Assistez à AfroJazz Fest le 26 et 27 août au Milton Community Sports Park. Entrée gratuite.

Arts

Œuvrer au nom de la santé mentale

En collaboration avec Afro Women and Youth Foundation, La Place des arts du Grand Sudbury vous invite à admirer les œuvres de plus de 50 jeunes artistes sudburois. Au cours de quatre ateliers offerts par AWYF, de jeunes artistes âgés de 9 à 16 ans se sont mis à découvrir ensemble les ressources liées à la santé mentale en compagnie de plusieurs artistes dont les efforts ont servi de mentorat. Dans cette prochaine exposition, les fruits de leurs efforts seront au premier plan pour célébrer et écouter les nouveaux talents de Sudbury.

Crédits : ChrisAt / iStock / Getty Images Plus via Getty Images

Assistez à l’exposition Artisanat pour la santé mentale le 26 août à midi à La Place des arts du Grand Sudbury. Entrée gratuite.

Rentrée scolaire et COVID-19 : pas de fermeture d’écoles au programme

À quelques jours de la rentrée scolaire en Ontario, une question brûle les lèvres des parents d’élèves : quelles seront les mesures sanitaires liées à la COVID-19 auxquelles leurs enfants seront soumis?

L’été touche à sa fin, une période estivale marquée par une levée presque complète des restrictions sanitaires qui ont régi les affaires pendant deux années.

Pour des raisons évidentes, l’une des périodes critiques durant la pandémie – qui sévit toujours – est la rentrée scolaire et ses nombreux dilemmes, autant pour le gouvernement que pour les acteurs du secteur.

Cependant, cette rentrée, le programme du ministère de tutelle semble plus tranché que jamais, la note de service adressée le 5 août dernier par le ministère de l’Éducation aux responsables des conseils scolaires et des écoles, ayant pour objet « Les mesures de santé et de sécurité dans les écoles pour 2022-2023 » et dont ONFR+ détient copie est en faveur d’un retour à la normale qui veut s’inscrire dans la durée.

Pas question de fermer les écoles

Dans une autre note cachetée le même jour par le Bureau du médecin-hygiéniste en chef de la province et dont ONFR+ détient également copie, il est mentionné que « le ministère de l’Éducation n’exigera plus des écoles et des fournisseurs de services de garde qu’ils signalent les absences au moyen de l’outil de déclaration des absences (ART) pour la surveillance individuelle des écoles et/ou des conseils scolaires ».

Dr Kieran Moore,
Le Dr Kieran Moore, médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario. Source : Compte YouTube FKL&A

Le même document stipule plus loin que cette tâche de surveillance des absences incombe cette année aux écoles et aux fournisseurs de services de garde eux-mêmes.

En d’autres termes, fini la fermeture d’école pour cause de COVID-19 puisque le gouvernement se fiait à ce taux d’absentéisme imputable à la pandémie pour prendre les décisions de fermer les écoles ou pas.

Le présentiel pour « se remettre sur la bonne voie »

Quant à savoir s’il faut dispenser les cours en présentiel, en distanciel ou en système hybride, le document du ministère de l’Éducation est sans équivoque : il privilégie le présentiel afin de « favoriser la réussite scolaire ».

Et pour preuve, l’une des cinq mesures clés annoncées pour ce retour scolaire est de « faire en sorte que les enfants retournent en classe, sans retard, et bénéficient d’une expérience scolaire complète incluant des activités parascolaires comme des activités sportives, des groupes de musique et des sorties éducatives », peut-on lire sur la note.

Contacté à ce sujet par ONFR+, le ministre de l’Éducation de la province, Stephen Lecce déclare : « Le plan de rattrapage de notre gouvernement est conçu pour garder les élèves dans des salles de classe sûres sans interruption, c’est pourquoi nous avons suivi les conseils d’experts du médecin hygiéniste en chef de l’Ontario, alors que les enfants retournent en classe en septembre. »

 Stephen Lecce
Le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Stephen Lecce. Archives ONFR+

Et de poursuivre : « Le plan de rattrapage vise à aider les élèves à se remettre sur la bonne voie, à acquérir des compétences de vie et professionnelles et à profiter du plein retour des clubs, des sports et des programmes parascolaires – essentiels pour la santé physique et mentale des élèves. Cela commence par être en classe pendant toute l’année, avec une expérience scolaire complète, associée à des soutiens historiques en matière de santé mentale et de tutorat. »

Tombe le masque qui veut

Une petite consolation toute de même pour les plus rigoristes puisque l’apprentissage à distance reste une option si la famille l’exige.

« Nous reconnaissons également qu’il est important de soutenir les parents dans leur choix et nous permettons donc à ceux qui pensent que cette solution est la bonne pour leur famille de choisir l’apprentissage à distance au cours de la prochaine année scolaire, même si le gouvernement préconise le retour à l’apprentissage en personne », lit-on sur le plan de rattrapage.

La même clarté de réponse caractérise cet autre sujet qui divise, celui du port du masque. Là encore, la circulaire est claire comme l’eau de roche : « Dans le prolongement de cette orientation, et selon les conseils du Bureau du médecin hygiéniste en chef, le port du masque ne sera pas obligatoire pour les élèves, le personnel et les visiteurs dans les écoles, les bureaux des conseils scolaires ou dans les transports scolaires. »  

Dans ce sens, le ministère recommande fortement aux conseils scolaires et aux écoles de mettre en place et promouvoir « activement » des environnements scolaires qui respectent le choix de tout le monde.

Toutefois, le premier médecin de la province prévient qu’il n’est nullement exclu de réintroduire des mesures dans les écoles si une nouvelle variante « préoccupante » montre le bout de son ADN cet hiver.

La sagesse de Njacko Backo

Chanteur, musicien, percussionniste… Njacko Backo est un artiste camerounais aux multiples talents qui cherche à partager sa passion pour la musique avec la jeunesse ontarienne. Il répond franchement à nos questions, sans filtre, sans hésitation. Le tout, en deux minutes maximum! Tac au Talk, une série ONFR+ qui vous fait découvrir nos personnalités publiques sous un autre jour.

L’ensemble numismatique de Pierre Labelle autour des éléphants

[UN FRANCO, UNE PASSION] 

ORLÉANS – Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente un nouvel épisode d’Un Franco, une passion. Que ce soit une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion hors du commun qui habite un Franco-Ontarien ou une Franco-Ontarienne, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Pour cette dernière semaine, nous retournons à Orléans à la rencontre de Pierre Labelle.

S’il y a bien une collection qui existe depuis des millénaires, c’est bien celle des monnaies. La monnaie se collectionne depuis le début des unités de compte, soit près de 2500 ans, même s’il est difficile de dire avec précision, l’invention de cette dernière. La collection de billets et de pièces, telle que nous la connaissons aujourd’hui, aurait vu le jour à la fin du 17e siècle.

Pierre Labelle collectionne donc les monnaies, mais attention, pas n’importe quelle monnaie. Son petit truc, c’est les éléphants. À savoir s’il est passionné par les éléphants ou la monnaie, nous dirions les deux et bien plus encore.

Nous sommes le 12 août, lorsque nous partons à la rencontre de Pierre Labelle et c’est la journée mondiale des éléphants… le hasard fait bien les choses.

Tout commence en Afrique

Quand nous retrouvons M. Labelle, chez lui, à Orléans, nous sommes invités à découvrir, d’abord, son salon, décoré d’objets d’Afrique. Des œuvres d’art et des statues retraçant certains de ses voyages. La musique qui se joue est, elle aussi, parsemée de rythmes africains.

« Je joue du djembé depuis près de 35 ans et d’ailleurs j’en collectionne quatre », nous dit-il alors que nous nous installons dans son jardin.

Ce jeune retraité a travaillé et vécu dans plusieurs pays d’Afrique. Là-bas, il s’est abreuvé de la culture, mais « sans jamais voir d’éléphant », dit-il avec amusement. En 2009, il finira par y retourner et cette fois-ci pour voir les éléphants.

« Je me suis vraiment intéressé à ces animaux en Afrique et à leur avenir. » Sa collection a commencé en 2006, mais depuis, n’a fait qu’évoluer, tout comme son intérêt pour l’animal.

La genèse d’une très grande collection

« J’ai reçu en cadeau un cartable de pièces de collection, et toutes, avaient un ou plusieurs éléphants gravés dessus. »

Un cadeau presque facile pour cet ancien enseignant, passionné d’Afrique, mais aussi « d’histoire, de géographie et de culture générale ».

Nous explorons ce classeur, particulièrement lourd, et pour cause il y a beaucoup de pièces rangées minutieusement dans celui-ci.

« Voilà une pièce du Danemark, avec l’éléphant, vous le voyez? », demande-t-il. Il nous tourne les pages du classeur en nous montrant un petit éléphant ici et là, se cachant sur le revers d’une pièce de l’Angola, de l’Algérie ou de la Mauritanie. Il s’arrête sur une drôle de pièce, visiblement ancienne, et nous dit : « puis celle-ci date d’avant Jésus-Christ… 187 à 175 avant Jésus-Christ ».

Impassible devant notre béatitude, il reprend : « Ici cette pièce est thaïlandaise, elle a 200 ans, puis celle-ci est afghane, environ l’an 1000. »

« Mon intérêt a commencé après avoir reçu ce premier classeur, puis évidemment avec Ebay, j’ai trouvé d’autres pièces et j’ai fait grandir cette collection. »

elephant : les pièces de collection
Pierre Labelle possède environ 500 pièces de monnaie. Crédit image : Lila Mouch

Toutes ses pièces sont des vraies et ont sans exception, un éléphant gravé dessus. En même temps, cette passion s’est tournée vers les billets de banque. « Les pièces avec un éléphant, évidemment, je n’ai pas tout, mais ma collection de billets, je l’ai étoffé et elle est quasi complète. »

« C’est un passe-temps qui n’a pas d’échéancier, c’est toujours on the go » – Pierre Labelle.

Au fur et à mesure de notre exploration, nous nous mettons à jouer le jeu et à chercher par nous même où se trouve l’éléphant, sur le recto, le verso ou dans le filigrane? Mais pourquoi y a-t-il des éléphants?

Le collectionneur nous explique que l’une des raisons est que l’éléphant fait partie de ce qu’on appelle les cinq grands : l’éléphant, le léopard, le rhinocéros, le lion et le buffle. Ce sont les animaux de la savane.

« L’Algérie est l’un des rares pays, où il y a encore des éléphants sur leur monnaie, toujours en circulation. »

Pierre Labelle possède aujourd’hui près de 500 pièces de monnaie, 700 billets dans sa collection et 2000 timbres dont le plus vieux date de 1892. « En passant, j’ai aussi une centaine d’étiquettes de bouteilles d’alcools avec des éléphants », avoue-t-il.

éléphant sur un timbre de poste
Des timbres du monde entier. Crédit image : Lila Mouch

Pierre Labelle est billetophile

Dans son immense collection de billets, le passionné nous explique qu’en cherchant des éléphants, il s’est rendu compte que dans plus de la moitié de sa collection, en plus de l’éléphant, il y avait très souvent un rhinocéros sur le billet.

« Quand je suis dans le cartable et que je feuillette, je travaille dessus et j’oublie tout » – Pierre Labelle

Nous avons droit à une réelle présentation, presque un cours particulier. Avec M. Labelle comme professeur, nous passons de longues minutes à scruter et contempler ses raretés. « Les billets du Portugal, de l’Allemagne, mais aussi de la France ont des éléphants », nous apprend-il, « alors, vous le voyez l’éléphant? », nous demande-t-il, en nous montrant un vieux billet de franc.

Un éléphant dur le billet de 50 francs

« C’est sûr que je découvre des choses », admet-il, « puis ça me fait faire de la recherche ».

Pierre Labelle aime l’histoire autour des billets, mais aussi l’Histoire avec un grand H. Dans sa recherche de billets et de monnaies, le collectionneur s’est renseigné sur l’hyperinflation qu’il y a eu au Zimbabwe. « Pendant les années 2000 à 2010, ils ont imprimé beaucoup d’argent », informe M. Labelle. L’argent ne valait plus rien au Zimbabwe. Alors, le pays a dû imprimer un billet de 100 000 milliards de dollars zimbabwéen.

100.000.000.000.000 de dollars zimbabwéen.
Cent mille milliards de dollars est la plus haute valeur numérique jamais émise sur un billet. Gracieuseté

Ce billet, unique, est aujourd’hui entre les mains de Pierre Labelle. « Il n’y a pas d’éléphant dessus, mais c’est un billet important dans l’histoire, même s’il n’a aucune valeur. »

Il reprend : « C’est la plus grosse somme au monde imprimée sur un billet de banque. »

De véritables œuvres d’art

Pour le passionné, les billets sont des œuvres d’art. En effet, lorsqu’on regarde attentivement, ce sont de véritables histoires qui sont racontées sur les monnaies.

Des histoires parfois politiques, comme celui de l’Afrique du Sud avec un Nelson Mandela dessiné post-apartheid. Des billets représentant des moments de l’histoire, « regardez ce billet du Népal », nous interpelle M. Labelle, « ce temple avec l’éléphant, n’existe plus, il a été détruit lors du tremblement de terre en 2015 ».

éléphants sur les billets de l'Algérie
Plusieurs billets, en blanc celui de l’Algérie avec des éléphants de guerre. Crédit image : Lila Mouch

D’autres billets provenant du Swaziland, un pays qui aujourd’hui s’appelle l’Eswatini et du Katanga, un pays qui n’existe plus ou encore l’Ouganda avec le dictateur Amin Dada imprimé sur une des faces. 

« On voyage à travers le monde, mais dans sa chaise », rit-il. Nous rajouterons « et dans le temps visiblement ».

Motivé par les éléphants

« Je suis inscrit à différentes revues comme Elephant voices, ou le sanctuaire d’éléphant au Tennessee, où on peut les voir via une caméra et lorsqu’il se passe quelque chose d’exceptionnel, on est notifié. »

M. Labelle a même investi des groupes où il se garde au courant de ce qui se passe avec certains centres d’éléphants comme en Namibie. « Tous les jours, je fais des recherches, je suis abonné à des tas de choses. »

On évoque ensemble la majestuosité et la grandeur des éléphants. Mais aussi la présence de cet animal dans l’Histoire et dans de nombreux évènements, comme les éléphants de guerre. 

« Justement, un de mes billets préférés est un billet de l’Algérie où figurent des éléphants de guerres. »

Un autre de ses billets préférés date de 1920, c’est son plus vieux, c’est un billet de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire. Un autre de l’Indochine et du Congo belge ont aussi été imprimés en 1920, « ils sont vieux! ».

« J’aime beaucoup, le cinq onces soudanais, j’ai eu de la difficulté à le trouver, mais grâce à eBay et des catalogues, je l’ai acheté à une personne en Égypte. »

Les anecdotes n’en finissent plus et sont toutes aussi fascinantes. « On est en 1932 maintenant, c’est peut-être celui qui vaut le plus dans ma collection », explique-t-il en nous montrant un billet éthiopien, avec inscrit la somme de 100 thalers, il nous apprendra que le mot « dollars vient du mot thalers. »

Pour Pierre Labelle, ce billet est l'un des plus beau
100 thalers, un billet éthiopien, l’un des préférés du collectionneur. Crédit image : Lila Mouch

Zaïre, Vietnam, Cambodge, Tibet, nous visitons et apprenons des faits historiques à travers une collection de billets, qui l’eut cru? Pierre Labelle a le don pour transmettre sa passion.  

Se garder connecté avec le monde

« Je me tiens branché et mon prochain voyage je veux que ce soit les Maldives. Je sais qu’il faut passer par le Sri Lanka, donc j’irais voir les éléphants », nous dit-il avec certitude.

Cette collection, Pierre Labelle, le dit : elle l’apaise. Examiner, étudier, apprendre lui procure un sentiment d’accomplissement qui l’accompagne au quotidien. « Quand je suis dans le cartable et que je feuillette, je travaille dessus et j’oublie tout. »

« On voyage à travers le monde, mais dans sa chaise » – Pierre Labelle.

« C’est un passe-temps qui n’a pas d’échéancier, c’est toujours on the go, j’adore feuilleter ma collection », avoue-t-il.

En écoutant Pierre Labelle parler de sa collection, on comprend qu’il aime regarder ses billets avec attention. Il les redécouvre presque à chaque fois, et il cherche les animaux dessus comme on cherche où est Charlie?

« Ce sont des œuvres d’art », rappelle-t-il, « ça, c’est l’Angola en 1956, et là, regarde-moi comme il est beau cet éléphant ».

Plusieurs billets de sa collection (Malawi, Portugal, Angola…) Crédit image : Lila Mouch

Justin Trudeau se sert-il des francophones hors Québec comme bouclier contre la Loi 96?

Justin Trudeau dit s’inquiéter que la Loi 96 et la protection de la langue française au Québec « nuise » aux francophones hors Québec. Mais pour des experts juridiques, l’argument de Justin Trudeau est vide de sens juridique et a plus pour idée d’apaiser la minorité anglo-québécoise.

La semaine dernière, dans la foulée des données sur le déclin du français du recensement 2021, le premier ministre a été questionné à savoir pourquoi le gouvernement refusait de faire appliquer la Charte de la langue française aux entreprises fédérales au Québec préférant laisser le choix avec la Loi sur les langues officielles.

« Le Québec prend sa responsabilité très au sérieux de protéger la langue française au Québec, mais ce n’est pas juste au Québec que les gens parlent français à travers le pays et il faudrait qu’on s’assure que la protection de la langue française au Québec ne nuise pas à la protection de la langue française en situation minoritaire à travers le pays », avait-il dit.

Son ministre de la Justice David Lametti avait aussi fait part de ses craintes par rapport à la réforme de la Loi 101 n’écartant pas l’idée de participer à une future contestation de la Loi. Mais pour des experts, Ottawa fait fausse route en arguant que le tout pourrait nuire aux minorités francophones du pays.

« Sur le plan juridique et constitutionnel, c’est complètement dénudé de sens. La Loi 96 ne comporte que les questions qui touchent le Québec. Cette loi-là n’a de portée juridique qu’au Québec et il n’y a aucune répercussion juridique et constitutionnelle sur les autres provinces et territoires », affirme le constitutionnaliste et avocat Benoît Pelletier.

« C’est peut-être juste un bon jeu politique de se garder des portes ouvertes et envoyer de bons signaux aux minorités anglophones qu’ils ne sont pas abandonnés » François Larocque

« Au niveau juridique, je ne vois pas à quel niveau il y aurait une répercussion pour les autres communautés », soutient de son côté, l’avocat spécialiste des droits linguistiques, Michel Doucet.

Les seules appréhensions ne se trouvent pas sur le plan juridique, mais bien politique, note un autre expert juridique.

« Dans la mesure où il existerait dans une autre province des droits qui pourraient être limités à la minorité francophone hors Québec qui voudrait s’inspirer du modèle québécois. C’est peut-être là que le gouvernement s’inquiète », estime François Larocque, professeur de l’Université d’Ottawa en droits et enjeux linguistiques.

Le professeur en droit de l’Université d’Ottawa Francois Larocque. Source : Université d’Ottawa

C’est aussi l’opinion de Benoît Pelletier, mais si cette crainte s’avérait fondée, elle « serait la démonstration qu’il n’a pas de place pour la spécificité du Québec au sein du Canada ».

Des parallèles entre francophones et anglophones?

Justin Trudeau a aussi dit qu’il y avait des parallèles directs entre la protection des droits des minorités anglophones et francophones du pays. S’il arguait que les menaces sont « très différentes » pour ces deux groupes, « les principes de protection tiennent et nous allons toujours être là pour ça ».

Pour Michel Doucet, « certains droits sont similaires comme dans le cas de l’article 23 et 133 », mais il n’y a pas de « parallèles aussi étroits » comme avance Justin Trudeau.

« On ne peut pas nécessairement de façon aussi cavalière établir une relation entre la situation des anglophones du Québec et ceux des francophones à l’extérieur du Québec et le dernier recensement le démontre également », juge-t-il.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

De plus, de tels propos du premier ministre ne trouvent pas d’échos dans la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles, rappelle François Larocque. Le projet de loi C-13 de la ministre Ginette Petitpas Taylor cherche plutôt à s’aligner avec la Charte de la langue française.

« Je vois mal de quoi ces propos pourraient s’agir. C’est peut-être juste un bon jeu politique de se garder des portes ouvertes et envoyer de bons signaux aux minorités anglophones qu’ils ne sont pas abandonnés et que le fédéral est toujours là pour eux », prédit le professeur.

Ottawa a d’ailleurs reconnu plusieurs principes, notamment le fait que les Québécois forment une nation et que le français est la seule langue officielle et la langue commune du Québec.

« Dans sa propre loi qu’il veut faire adopter, il reconnaît cette asymétrie au niveau des langues officielles au Canada entre les francophones hors Québec et les anglophones du Québec », souligne Michel Doucet.

Pas la première fois

La Loi 96, adoptée à la fin mai, permet notamment l’exemption des frais de scolarité supplémentaires pour les étudiants francophones hors Québec du postsecondaire dont le programme n’est pas offert en français dans leur propre province. Il est aussi question de la « responsabilité particulière » que doit jouer la Belle Province comme rôle de premier plan au sein de la francophonie.

« Je vois ça comme un impact positif, car le plus fort sera le français au Québec, le plus projetable sera l’affirmation du français pour l’ensemble du territoire canadien de l’ensemble des provinces et territoires. C’est vraiment la force du français au Québec qui peut rejaillir et rayonner sur les autres provinces et territoires », affirme M. Pelletier, ancien ministre responsable de la Francophonie canadienne à Québec et le fondateur du Centre de la Francophonie des Amériques.

Michel Doucet se souvient que les propos de M. Trudeau étaient un « mythe » répandu à l’époque de l’adoption de la Loi 101 dans les années 1970 par le gouvernement québécois.

« Je préférerais voir le premier ministre du Canada dénoncer l’inaction des premiers ministres provinciaux vis-à-vis leurs communautés au lieu de dire que les actions qui sont prises au Québec pourraient avoir un impact sur les communautés francophones. »

Élections municipales : vers du renouveau dans le Nord de l’Ontario

Près de trois mois après la fin des élections provinciales, c’est maintenant la course aux municipales qui est officiellement lancée jusqu’au 24 octobre. La liste définitive des candidats a été dévoilée lundi en fin d’après-midi et force est de constater que l’on peut s’attendre à des changements dans certaines grandes villes du Nord.

À Hearst, c’est une course à deux qui verra s’affronter le maire sortant Roger Sigouin, à la tête de la ville depuis 2002 et le résident Edward Williamson. Environ 86 % de francophones vivent dans cette ville du Nord.

L’impact des élections provinciales ontariennes s’est fait ressentir dans certaines communautés comme celle de Timmins, dont l’ancien maire George Pirie est devenu le 2 juin dernier député de la circonscription provinciale de Timmins.

Kristin Murray avait alors été désignée en août dernier pour le remplacer, devenant ainsi la première femme noire et autochtone de la ville. Celle-ci n’a cependant pas souhaité se présenter comme mairesse, mais plutôt se représenter pour son poste de conseillère.

Ce seront donc les conseillers Joe Campbell et Michelle Boileau ainsi que le résident Richard Lafleur qui tenteront de briguer la mairie de la ville comptant près de 32 % d’après les dernières données du recensement de 2021.

Après avoir perdu face à Guy Bourgouin aux élections provinciales, l’ancien candidat conservateur Éric Côté se porte désormais candidat à la mairie de Moonbeam où il est conseiller municipal. Il affrontera la mairesse sortante Nicole Fortier Levesque, qui se représente pour un deuxième mandat. La ville compte 9 % de francophones et près de 71 % de bilingues.

Quant à Sudbury, le maire Brian Bigger a porté sa candidature quelques jours avant la date butoir, dans le but de briguer un troisième mandat. Neuf autres candidatures avaient étés présentées dans la ville aux 22,5 % de francophones, jusqu’au retrait vendredi de l’homme d’affaires Tony Monteleone.

En course : l’ex-député fédéral libéral Paul Lefebvre, deux conseillères municipales Mila Wong et Evelyn Dutrisac, l’activiste social Bob Johnston et les résidents Devin Labranche, Don Gravelle et Miranda Rocca-Circelli.

Un candidat controversé tentera également de déloger le maire sortant : David Popescu, connu pour avoir notamment incité à tuer l’ex-première ministre Kathleen Wynne en raison de son homosexualité durant la course électorale provinciale de 2018. Il avait été condamné à une période de probation et une peine avec sursis.

À North Bay, ce sera également un renouveau, le maire Al McDonald tirant sa révérence après deux mandats à la tête de la ville dont 11 % de la population est francophone.

L’ancien maire de la ville Peter Chirico se porte candidat après une longue absence due à des problèmes de santé, comme la conseillère Johanne Brousseau et la résidente Leslie McVeety.

Du côté de Sault-Sainte-Marie, le maire Christian Provenzano a décidé de ne pas demander de 3e mandat à la tête de la ville où vivent 3 % de francophones.

Cinq candidats sont en lice dont les conseillers Matthew Shoemaker et Donna Hilsinger, et deux résidents, Ozzie Grandinetti, Tobi Kern.

Vendredi ayant été la dernière journée pour poser sa candidature pour les postes à la mairie, certaines municipalités, comme Kapuskasing, avaient déjà publié leur liste certifiée de candidatures et leur maire sortant sur la voie d’une réélection faute d’opposition.

L’immigration francophone en hausse, mais pas au niveau de la cible fédérale

Les plus récents chiffres de nouveaux arrivants francophones au Canada atteignent de nouveaux sommets en 2022, mais pas encore à l’objectif en immigration francophone établi par le fédéral.

En prenant en compte les chiffres du second trimestre de 2022, l’Ontario serait en mesure d’atteindre sa propre cible en immigration francophone de 5 %, mais de façon serrée à 5,01 %. Ce n’est toutefois pas le cas hors de la Belle Province. Pour les mois d’avril, mai et juin, c’est 4,10 % des immigrants qui sont francophones et qui ont choisi de s’établir à l’extérieur du Québec. Depuis 2003, le fédéral possède une cible de 4,4 %, mais ne l’a jamais atteint une seule fois depuis son implantation.

Pourcentage de l’immigration francophone :

Au Nouveau-Brunswick, on est encore très loin de la cible de 33 % établi par le gouvernement provincial. Jusqu’à présent en 2022, 20,3 % des immigrants francophones hors du Québec avaient choisi la province bilingue alors que ce chiffre monte à 23,75 % pour le second trimestre. 

Pour Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa, la tendance de la pandémie des derniers mois n’est pas étrangère à cette augmentation.

« Durant le premier trimestre, les frontières et les vols, plus ou moins, ne fonctionnaient pas (…) Ça continue la tendance du mois de mars et au mois de mai et juin qu’on voit l’augmentation la plus importante surtout pour Entrée Express et la catégorie économique. Tout le ralentissement qu’il avait eu (durant la pandémie) aurait débloqué », estime la chercheuse.

Les chiffres sont encore toutefois très loin des niveaux de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), qui veut, dès 2024, une immigration francophone au-delà de 12 % par année. L’organisme porte-parole des francophones veut ensuite une augmentation de 2 % à chaque deux ans pour atteindre 20 % d’ici 2036. Le Commissariat aux langues officielles (CLO) avait évalué dans une étude que l’échec de ces cibles constituait un manque de 120 000 locuteurs francophones au Canada depuis 20 ans.

Ces chiffres surviennent quelques jours après la sortie des données du Recensement 2021 où des experts avertissent que sans un revirement migratoire, le poids de la francophonie canadienne et ontarienne continuerait de diluer.

Entrée Express

Le ministre de l’Immigration Sean Fraser avait promis en avril que la prochaine année serait fructueuse en nouveaux arrivants francophones en raison d’améliorations à Entrée Express qui donne plus de points aux francophones.

« Je pense qu’on va voir une augmentation cette année (2022) comparativement à il y a deux ans pour ensuite atteindre la cible de 4,4 % d’ici l’an prochain », avait-il dit.

Luisa Veronis souligne d’ailleurs que ce programme constitue la catégorie d’immigration la plus populaire du second trimestre.

« Entrée Express joue avec le seuil et ils peuvent les changer d’un mois à l’autre. S’il voit que peu de gens se qualifient, ils peuvent le baisser et si beaucoup se qualifient, ils peuvent le monter », explique-t-elle.

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser. Crédit : Compte Twitter Sean Fraser

En juillet, le ministre Fraser avait annoncé rouvrir les candidatures pour les travailleurs qualifiés et de métiers spécialisés au programme Entrée Express.

« Ça peut avoir un impact (dans les prochains mois), mais ça va dépendre si les personnes qui veulent faire une demande vont être informées et vont le savoir. Mais encore une fois, il y a beaucoup moins de francophones donc l’impact est plus grand chez les immigrants d’expression anglaise. Les candidats des provinces semblaient être la voie la plus prometteuse, car ça donnait des points de plus. Bien sûr, il y a aussi les étudiants internationaux », fait remarquer la chercheuse.

Un nouveau test de langue

Par ailleurs, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a récemment approuvé un nouveau test de langue pour les immigrants, rapportent le média anglophone CICNews. En français, il existe deux tests provenant de deux organisations indépendantes différentes : Test d’évaluation de français (TEF Canada) et le Test de connaissance du français (TCF Canada). Il existe aussi deux tests en anglais.

Les candidats comme ceux de la catégorie économique ou encore les étudiants doivent passer ce test avant de pouvoir venir au Canada. Un résultat plus élevé en français donne notamment plus de points à un candidat pour pouvoir être accepté par le Canada.

Les changements permettront à un plus grand nombre d’organisations de postuler, explique IRCC dans une note obtenue par CICNews. Selon le ministère, il existe une demande de plus en plus grande pour des tests de langue notamment en raison du mandat de IRCC « d’implanter une stratégie nationale pour supporter l’immigration francophone à travers le pays ».

« Il y aura probablement plus de demandes de la part des organisations françaises désignées pour augmenter la capacité de test, et un plus grand intérêt de la part des nouvelles organisations francophones de test cherchant à obtenir une désignation », est-il écrit.

Cette nouveauté devrait être en place d’ici le milieu de l’année prochaine.

Du financement d’Ottawa coupé à un consultant qualifiant les francophones de « frogs »

Ottawa a annoncé couper le financement d’un organisme montréalais antiraciste dont le principal consultant qualifiait les francophones de « Frogs » arguant que ceux-ci avaient « un QI de moins de 77 » en plus de tenir des propos antisémites.

Laith Marouf est le principal consultant du Centre communautaire d’appui aux médias (CCAM) qui a reçu 133 822 $ l’an dernier de la part du fédéral.

Cet argent avait pour but d’organiser une série de consultations avec pour objectif « d’élaborer et de diffuser une stratégie antiraciste qui réduira les obstacles à la participation des Canadiens racisés et au développement de politiques en matière de médias et de radiodiffusion ».

Trois ont déjà eu lieu à Montréal, Vancouver et Halifax depuis avril. La prochaine consultation doit avoir lieu le 17 septembre prochain à Calgary. Suit ensuite Winnipeg et Ottawa en octobre et novembre respectivement.

Sur son compte Twitter, durant les derniers mois, Laith Marouf a dit que le français était un langage laid (ugly langage).

« Le français est une langue laide », a-t-il dit dans un premier tweet en juillet.

« Les Frogs ont un quotient intellectuel de moins de 77 », a-t-il ajouté, dans une série de tweets en référence aux pattes de grenouilles dont il qualifie les recettes de délicieuses.

Les propos de Laith Marouf qualifiant les francophones de Frogs sur Twitter.

En juillet 2021, son compte Twitter aurait été suspendu pour des propos haineux, rapporte le Journal de Montréal.

Des propos antisémites

« Nous avons avisé l’organisme « Community Media Advocacy Centre » (CMAC) que leur financement a été coupé et que leur projet a été suspendu », a dit le ministre de la Diversité et de l’Inclusion Ahmed Hussen dans une déclaration lundi.

« Nous demandons à CMAC, un organisme qui se présente en tant que champion dans la lutte contre le racisme et la haine au Canada, de répondre sur la façon dont ils ont embauché Laith Marouf et sur la façon dont ils prévoient de rectifier la situation compte tenu de la nature de ses propos antisémites et xénophobes. »

Laith Marouf a aussi tenu des propos antisémites. Parmi la dizaine de tweets antisémites qu’il a écrit, il a notamment dit que « les suprémacistes blancs juifs devraient recevoir une balle dans la tête ».

« L’antisémitisme n’a pas sa place dans ce pays. Les propos antisémites tenus par Laith Marouf sont répréhensibles et haineux », a ajouté le ministre Hussen.

« Nous attendons avec impatience une réponse appropriée sur leurs prochaines étapes et une prise de responsabilité claire à cet égard. Je tiens à assurer aux Canadiens que notre gouvernement a lutté et continuera de lutter contre I’antisémitisme et la haine sous toutes leurs formes. »

Dans sa déclaration, le ministre Hussen ne fait toutefois aucunement allusion aux propos envers les francophones de Laith Marouf.

Dans un communiqué d’avril 2022 du gouvernement en compagnie du ministre Hussen qui vantait l’initiative, Laith Marouf avait déclaré être « reconnaissants à Patrimoine Canada pour son partenariat et la confiance qu’il nous a accordée, et nous nous engageons à assurer la réussite et l’exécution responsable de ce projet ».

Le ministre avait alors dit : « Ensemble, continuons à bâtir un pays meilleur, plus juste et plus inclusif pour tout le monde » en plus de saluer le CCAM « d’avoir ouvert ces discussions ».

Prévoir le coût, les astuces pour la rentrée scolaire en Ontario 

La rentrée approche à très grand pas et même si les conseils scolaires en Ontario prennent en charge une grande partie des fournitures, il reste quelques dépenses obligatoires. ONFR+ est donc allé sonder quelques parents et experts pour dégoter les meilleures astuces afin d’économiser lors de la rentrée.

Les conseils scolaires francophones en Ontario fournissent quasiment tout le matériel scolaire à la rentrée, ce qui n’est pas le cas au Québec par exemple. Ceci est sans nul doute, un avantage considérable.

Cependant, les parents doivent acheter le sac à dos, la boîte à lunch, les souliers d’intérieur et d’extérieur et les chaussures de sport. Sans oublier qu’un enfant, ça grandit vite et que chaque année, il faut refaire la garde-robe. 

Nous avons donc discuté rentrée scolaire avec des parents. De Thunder Bay à Orléans en passant par Hamilton et un peu partout en Ontario. Des astuces qui seront très utiles en cette période économique.

Faire l’inventaire à la fin de l’année

La conférencière et blogueuse en consommation responsable, Cyndi Trottier, propose de faire un inventaire dès la fin de l’année scolaire.

« Il faut encourager les enfants à ramener tout ce qui leur reste afin de pouvoir le réutiliser l’année suivante. »

Plusieurs parents sondés ont également fait part de cette astuce. Pour eux, recycler ce que l’on possède déjà réduirait considérablement les coûts. Il faut aussi regarder ce qui se trouve au sein même d’une fratrie. Quand un de vos enfants passe au secondaire par exemple, le plus jeune peut récupérer ce qui est en bon état.

Le troc et l’échange entre parents

Certainement une des astuces le moins courut et pourtant les groupes Facebook regorgent d’offres à bas prix et de dons. Pour Johanne Le Blanc, conseillère budgétaire pour Option consommateurs. L’échange entre parents se démocratise de plus en plus, il faut surtout regarder les demandes qu’émet l’école. « Vérifiez ce que vous pouvez récupérer en échangeant avec d’autres familles, surtout quand leurs enfants ne vont plus à l’école. »

« C’est un réflexe à avoir », dit-elle. À savoir, qu’il ne soit pas rare de trouver des fournitures gratuites sur les groupes de quartier ou dans les groupes de parents d’élèves sur Facebook. D’autres nous parlent spécifiquement des pages Facebook telles que Buy Nothing ou sur MarketPlace

Rentrée scolaire: acheter durable.
Acheter de la qualité pour plus de durabilité. Source : Canva

La seconde main, mais pas pour tout

« Acheter de seconde main, mais astucieusement, ça vaut la peine », explique Cindy Trottier, « que ce soit des vêtements, pour des produits sportifs ou scolaires ». Pour la conférencière, se fournir par exemple en duotangs de seconde main, ce n’est pas forcément nécessaire, « les prix ne sont pas beaucoup plus bas que ceux d’un achat neuf ».

Pour ce qui est des vêtements, la seconde main connaît une belle réputation avec la multiplication des friperies. Là encore, il est possible de faire des affaires sur les groupes de troc de Facebook. Les enfants grandissent vite et pour certains parents, refaire la garde-robe à la rentrée scolaire est une nécessité. Il est donc utile de chercher les rabais de fin de saison.

Les parents d’élèves nous ont fait part de leurs secrets et nous révèlent les boutiques les moins chères pour faire votre magasinage de rentrée telle que Costco et Once upon a child pour habiller vos enfants. Pour les affaires sportives : Decathlon, mais aussi – Sport Expert qui offrirait fréquemment des rabais.

Quoi qu’il en soit, « y aller avec les spéciaux ». La blogueuse en consommation responsable Mme Trottier, dévoile également, « une application qui s’appelle REEBEE et qui recense les circulaires ayant les meilleurs prix ». En ce moment, il y a de nombreux articles scolaires et c’est un bon moyen pour comparer les magasins. 

Regardez Reebee pour la rentrée scolaire.
Interface de l’application Reebee. Impression écran.

Comparer les prix et les magasins

« Il faut comparer les prix et se rappeler que les grandes surfaces et les pharmacies ont de très bons deal », indique Mme Trottier.

Pour Johanne Le Blanc, il faut comparer et prendre le temps de bien le faire. « Avec internet c’est facile de comparer les prix d’un commerce à l’autre. Il ne faut pas se limiter aux boutiques spécialisées en matériel scolaire », alerte-t-elle, « il y a d’autres commerces, en cette période, puisqu’il ne faut pas oublier que la rentrée est un événement saisonnier ».

De la qualité pour plus durabilité

« On ne dit pas forcément qu’il faut y aller avec de la marque, mais certaines compagnies font de bons produits et de bonnes qualités », assure Cindy Trottier.  

La conférencière nous parle aussi des produits garantis à vie. « Jansport par exemple a des garanties sur leurs sacs à dos et boîtes à lunch. Alors, profitez de ce genre de bonus (…), car ils peuvent vous en donner un nouveau gratuitement, si jamais le produit vient à être endommagé. » 

Tous nos parents sondés nous disent avoir choisi un sac à dos solide pour leurs enfants, exprimant la volonté de ne pas en racheter un chaque année.

Pour eux, cela vaut le coup de le choisir la qualité. Une maman nous indique avoir acheté celui de ses enfants de la marque Louis Garneau. Elle nous le conseille, surtout pour la qualité des sacs et des boîtes à lunch. 

Consommation responsable
Cindy Trottier, conférencière et blogueuse en consommation responsable. Gracieuseté

Planifier d’avance les achats

Pour Johanne Le Blanc, il faut surtout anticiper la dépense et la planifier pour l’intégrer au budget. « Si c’est 300 $ et que c’est réparti sur 12 mois, ça va faire 25 $ par mois puis la dépense ne vous fera pas peur quand vous arriverez à septembre. »

Enfin, il serait utile d’étaler les achats des vêtements sur plusieurs mois. « Évitez d’acheter une seule fois et en grande quantité » conseille Cindy Trottier, « surtout au début de l’année, car les enfants risquent d’avoir une poussée de croissance ».

Pour elle, il faut s’en tenir aux besoins de l’enfant. Ajouter à cela que « les rabais reviennent tous les deux mois en fonction de la saison ». 

En plus sur Ottawa :

Coopérative Ami Jeunesse, aide les familles francophones de la ville d’Ottawa.

La coopérative se donne pour mission de travailler au soulagement de la pauvreté et de ses effets chez les enfants et les adolescents qui fréquentent une école francophone de la ville d’Ottawa.

Article écrit avec la collaboration d’Abigail Alves Murta.

Élections municipales : réélection à Kapuskasing et des courses à surveiller dans le Nord

Dave Plourde, le maire sortant, semble sur la voie d’être reconduit à la tête de la ville de Kapuskasing selon la liste définitive diffusée par la ville vendredi. D’autres villes du Nord de l’Ontario pourraient voir leur maire être réélu tandis que des courses se dégagent déjà dans certaines villes.

Dave Plourde n’aura pas eu d’opposition d’après la liste des candidats publiée hier, date limite du dépôt des candidatures pour les élections municipales du 24 octobre.

Le maire de Kapuskasing, Dave Plourde. Gracieuseté

Il avait été élu pour la première fois maire de Kapuskasing en 2018, succédant à un règne de 12 ans du précédent maire Alan Spacek. Âgé de 56 ans, il avait été conseiller municipal de la ville pendant 24 ans.

Pour le moment seules quelques municipalités ont fait savoir leur liste finale de candidats. Outre Kapuskasing, Smooth Rock Falls a aussi dévoilé son document qui montre une course à trois pour la mairesse sortante Sue Perras qui affrontera Patrick Roberts et Kevin Somer.

À Nipissing Ouest, la mairesse Joanne Savage a annoncé il y a peu ne pas se représenter après cinq mandats à la tête de la ville. Ce sera donc une autre course à suivre avec le conseiller Dan Roveda qui devrait affronter les résidents Kathleen Rochon et Dave Lewington.

Chuck Durrant, Jeff Laferriere, Darren Woods et Michael Woods sont en lice pour une course qui s’annonce serrée à la mairie de Temiskaming Shores.

Victoires par acclamation ailleurs

Tout porte à croire que d’autres municipalités pourraient annoncer la réélection de candidat sans opposition comme Marc Dupuis à Mattice Val-Côté, Gisèle Pageau à Rivières-des-Français, Beverly Nantel à Dubreuilville et Johanne Baril pour un troisième mandat à Val Rita-Harty.

À Greenstone, le conseiller du quartier de Longlac James McPherson, devrait être le seul candidat à la succession du maire Renald Beaulieu qui se retire après deux mandats.

Du côté de Wawa, seule Melanie Pilon, nommée au conseil municipal en janvier 2022 pour reprendre le poste de Pat Tait qui est devenu maire de la ville, serait dans la course à l’élection.

En conformité avec la Loi sur les élections municipales, les candidats sans opposition seront officiellement déclarés élus par acclamation ce lundi à 16h.

Angéline Lafleur, les intérêts francophones à travers les sciences

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

OTTAWA – Angéline Lafleur est une Franco-Ontarienne passionnée par l’ingénierie quantique. La jeune Orléanaise de 20 ans se trace un avenir dans l’un des domaines les plus savants de la recherche en génie, les propriétés quantiques. Inspirée par des femmes de renoms, la jeune étudiante et chercheuse veut initier la Technologie aux jeunes francophones et à leurs enseignants dans les écoles élémentaires.

« Comment vous est venue cette passion des Sciences, Technologies, Ingénieries et Mathématiques (STIM)?

Dès mon jeune âge, j’ai été influencée par mes parents, qui sont tous les deux ingénieurs électriques. J’ai participé à des camps d’été à l’Université d’Ottawa et très tôt, j’ai participé à de nombreuses activités liées au monde du génie, de la science et de la technologie.

Ce n’est peut-être pas étonnant, mais j’ai tout de suite accroché. J’étais intéressée par ce monde-là depuis petite finalement. Par contre, je ne voulais pas faire comme mes parents. J’ai choisi le domaine de la physique et de la science, puisqu’au fond, c’est ce qui m’a le plus intéressé… Bon après, j’apprends tout de même le génie électrique donc je fais un peu comme mes parents (Rires).

Comment se passent vos études aujourd’hui à l’Université d’Ottawa?

J’effectue deux baccalauréats simultanément en physique et génie électrique. C’est offert en français! Le fait de pouvoir faire mes études en français, c’est quand même très important.

Vous dites que cette passion est arrivée assez tôt?

Oui. C’était quand je travaillais dans un magasin d’ordinateur y a quelque temps. C’était en fait une de mes premières expériences dans le monde du travail et j’ai vraiment aimé ça. Puis en même temps, c’est à cet endroit-là que j’ai constaté qu’il y avait un problème dans le rapport entre les clients et les femmes. 

Certains de nos clients avaient des commentaires envers moi assez désobligeants. Une fois, une personne avait dit : « Faites-vous réellement confiance à cette fille avec mon ordinateur? ». J’étais assez choquée d’entendre ça! C’est à cet instant précis que j’ai réalisé que le sexisme, ce n’était pas un problème du passé, mais que c’était bien réel, aujourd’hui.

Et c’est donc ensuite que vous avez découvert la physique quantique?

Il faut savoir que lorsque la physique quantique a été découverte, fin des années 1880, début des années 1900, de nombreuses personnes pensaient qu’il n’y avait plus rien à découvrir. Ils pensaient qu’après Newton et ses recherches sur la gravitation, la force et bien plus, tout avait été découvert. Pourtant, le domaine a évolué. La physique quantique parle de ce qui est vraiment petit et de son effet sur le monde à notre échelle (la macroscopie). Ce sont des découvertes plus modernes qui vont s’appliquer à l’infiniment petit (la microscopie) et sur l’infiniment grand (l’Univers).

Institut de recherche Adina Lucian-Mayer
Angéline Lafleur fait de la recherche pour le Dre Adina Lucian-Mayer à Chicago. Gracieuseté.

Avec la physique et l’informatique, l’idée est d’utiliser les propriétés quantiques, afin de nous permettre d’avoir des ordinateurs plus puissants. Les plus puissants au monde. Mais ce n’est pas tout, ce domaine peut nous permettre de solutionner des problèmes auxquels on ne pensait jamais avoir de solutions. 

Notamment, le domaine de la santé, de la cybersécurité ou tous les domaines qui entrent dans la révolution quantique. La recherche est en expansion, et même si cela ne fait pas encore partie de notre quotidien, c’est un domaine qui va changer notre futur. Les propriétés quantiques sont des phénomènes très difficiles à comprendre et pour moi, c’est ce qui les rend très intrigantes.

Que pensez-vous du peu de recherches scientifiques et de l’absence de documentation de langue française dans votre domaine?

Tout est en anglais et le langage scientifique et technique est en anglais en Amérique du Nord. C’est très difficile d’effectuer une carrière dans ce domaine en français malheureusement. C’est frustrant en tant que Franco-Ontarienne de ne pas avoir un nombre suffisant de recherches scientifiques écrites en français. Il y en a bien sûr, mais ce n’est pas la majorité. L’avantage par contre de l’anglais, c’est de pouvoir communiquer avec des chercheurs dans le monde entier. La communauté scientifique est anglophone.

Que suggérez-vous?

Au niveau du partage de la science avec le public, là, il faudrait plus de documents disponibles en français. Les jeunes dans les communautés francophones, au Canada, n’ont pas nécessairement accès à des ressources éducatives ou informatives pour les inciter à entrer dans le domaine, où alors, elles ne sont pas adaptées à un jeune âge. Ce qui est sûr, c’est qu’elles ne sont pas toujours en français.

Lorsque j’étais à l’école élémentaire, beaucoup d’enseignants n’avaient pas de moyens ou de ressources disponibles en sciences et surtout en technologie, en français. A priori, cela évolue, le gouvernement de l’Ontario a lancé un curriculum de programmations scientifiques et technologiques pour les jeunes et pour les enseignants des écoles francophones. Mais on voit bien qu’il y a un contraste entre les communautés francophones et anglophones quant à l’accès à la Technologie.

Recherche technologie quantiqur e
Angéline Lafleur donnant un cours de programmation informatique. Crédit image : Université d’Ottawa.

Quel a été et quel est votre travail au sein des conseils des écoles francophones en Ontario, pour l’accès à la Science et à la Technologie?

En ce moment, je suis sur un projet de création de ressources, je travaille dessus depuis un an et demi, c’est encore très nouveau. L’idée est d’initier la Technologie aux jeunes étudiants francophones dans les écoles élémentaires, mais aussi au travers des enseignants.

Au secondaire, lorsque j’étais à l’école Garneau, qui est une école spécialisée en technologie. L’école avait des programmes d’enrichissements en informatique et j’étais souvent la seule fille dans les cours. J’ai donc contacté la direction de l’école, pour changer ça. J’ai organisé des sommets de la Technologie et des ateliers, dans les écoles élémentaires à la portée des garçons et des filles. Bien sûr, je voulais aussi qu’il y ait une représentation féminine et francophone.

Comment peut-on justement aider à une meilleure représentation féminine?

J’essaie d’influencer les jeunes filles francophones comme je peux, quand je fais mes ateliers auprès de mes élèves, mon but est de créer des connexions. Je veux dire par là que la clé, c’est d’avoir un mentor. Dans ma vie et dans l’apprentissage que j’ai eu, c’est auprès de mentors qui m’ont soutenu et encouragé que j’ai le plus appris. Alors, oui, j’espère pouvoir jouer ce rôle pour d’autres élèves afin de les voir s’épanouir dans le domaine des STIM. 

Parlez-nous un peu de vos projets?

Un de mes projets, dont je suis particulièrement fière, est la création d’une bourse d’études à destination d’une fille francophone. Je me suis rapprochée de mon ancienne école afin de sélectionner une fille qui lorsqu’elle sera diplômée d’un cursus technologique, pourra recevoir ma bourse pour aller à l’université.

J’ai moi-même été choyée par ce genre d’attribution. En 2020, j’ai reçu plusieurs bourses d’études pour étudier à l’Université dont la Schulich Leader et la bourse Horizon STIAM. J’ai été extrêmement surprise, je n’avais pas planifié cela et ça m’a tellement motivé, d’une part en restituant mes connaissances à la communauté, mais aussi en offrant cette bourse.

D’après vous, quel serait le meilleur moyen pour permettre aux femmes d’accéder au monde de l’ingénierie ?

Dans le domaine des STIM, il y a du progrès dans certains cursus. Mais en physique ou dans la communauté scientifique de manière générale, on voit que la femme est toujours stigmatisée. Le problème vient des représentations.

Quand on pense à la physique, on pense à Hawking, Einstein, Newton, tous des hommes blancs ou âgés et on ne se reconnaît pas là-dedans. J’ai eu l’extrême chance et l’opportunité de rencontrer des femmes ingénieures inspirantes, comme la professeure Nayoung Kim, de l’Université de Waterloo. J’ai beaucoup appris auprès d’elle, notamment dans la recherche en informatique quantique. Elle est, pour moi, un mentor. C’est exactement ce qu’il faut aux jeunes filles pour s’intéresser à ce domaine. Je suis tombée en amour avec la recherche grâce à mes mentors, comme Adina Lucian-Mayer avec qui j’ai travaillé dans son laboratoire de recherche en physique.

Recherche scientifique ingénieur
Angeline Lafleur et Dre Adina Luican-Mayer, sa superviseure de recherche. Gracieuseté

C’est le meilleur moyen d’intéresser d’autres jeunes filles. Mais pour les inspirer, faut-il encore qu’elles sachent que des programmes existent et qu’ils sont à leur portée. C’est simple, il faut plus de femmes en STIM pour en attirer davantage.

Quels seraient vos conseils pour ces jeunes femmes qui n’osent pas se lancer?

Toutes les peurs et les craintes que les jeunes filles vont ressentir à l’idée d’intégrer les sciences sont légitimes. Mais c’est aussi le cas dans beaucoup d’autres domaines. Alors, oui, parfois, on va se sentir très seules et très incomprises. Notre entourage va même nous traiter différemment et pas forcément comme il le faudrait.

Et peut-être que beaucoup de jeunes filles ne voudront pas faire des études en science et en technologie au final. Mais, je me demande encore si c’est parce qu’on n’a jamais vu de femmes dans ces positions? C’est certainement parce que dans les médias, on n’en parle pas. Je suis sûre que de nombreuses jeunes filles pensent que ça ne va pas les intéresser. Faut-il seulement le considérer?

Mon plus grand conseil, ce serait de rechercher des femmes qui sont dans le domaine, une femme dans une entreprise, une chercheuse, une enseignante… Vous serez surprise par le nombre de femmes qui souhaitent partager cela, qui souhaitent encourager, et vous montrer comment passionnant est le domaine. »


LES DATES-CLÉS D’ANGÉLINE LAFLEUR

2002 : Née à Ottawa, elle grandit à Orléans

2018 : Première initiation au domaine technologique et informatique

2019 : Rencontre avec la professeure Nayoung Kim, moment décisif pour son avenir

2020 : Obtention de la bourse d’études Schulich Leaders et Horizon STIAM

2021 : Récipiendaire du prix Saphir Jeunesse de la Fondation franco-ontarienne

2022 : Présentation de ses recherches en physique effectuées en 2021 au laboratoire d’Adina Lucian Mayer, à Chicago.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Déclin du français : Justin Trudeau « pas surpris », mais « préoccupé »

Deux jours après les données du recensement sur la situation du français au Canada, le premier ministre Justin Trudeau s’est dit « peu surpris » des résultats, mais « préoccupé » par « un déclin significatif » du français.

« Il y a certainement une grande préoccupation comme tous les Québécois et les francophones ont à travers le pays par rapport au déclin du français », a affirmé d’entrée de jeu le premier ministre vendredi en conférence de presse.

Mercredi, Statistique Canada a sorti ses données du Recensement 2021 qui ont révélé un déclin du français pratiquement partout au Canada, sauf au Yukon et en Colombie-Britannique. À l’échelle nationale, le poids des francophones passe de 22,2 % en 2016 à 21,4 % en 2021.

« Bien que cela ait été un choc de voir les chiffres, ça n’a pas été une surprise. On voit depuis plusieurs années qu’il y a des défis au niveau du français, de ce recul du français au Québec et partout dans le pays », soutient le premier ministre, qui était de passage aux Îles-de-la-Madeleine pour une annonce.

Le premier ministre s’est dit conscient que ça prend « des mesures et actions plus concertées » pour freiner la descente du français au pays.

« C’est pour ça d’ailleurs que dans notre discours du Trône, dans notre engagement de moderniser la Loi sur les langues officielles, on a pris une étape qui n’avait jamais été prise par aucun gouvernement fédéral jusqu’à présent, c’est de reconnaître que oui on a la responsabilité de protéger les langues officielles partout au pays, mais de reconnaître spécifiquement que ça inclut une responsabilité de protéger le français y compris au Québec. »

Justin Trudeau
De passage aux Îles-de-la-Madeleine pour une annonce, Justin Trudeau s’est dit peu surpris des données du Recensement 2021. Capture d’écran Youtube.

En Ontario, le poids des Franco-Ontariens est passé de 3,8 % à 3,4 % alors qu’à l’extérieur du Québec, les francophones sont passés de 3,6 % à 3,3 % par rapport à 2016.

« On a beaucoup plus à faire, mais on y est comme partenaire et comme leader dans cette protection du français que ce soit au niveau de l’immigration, au niveau des institutions, au niveau des communautés francophones à travers le pays », a reconnu le chef libéral.

Avec le Québec mais pas contre les minorités francophones

Le premier ministre a réitéré son désir de travailler avec le Québec où le poids démographique des personnes parlant la langue de Molière a diminué, passant de 79 % à 77,5 %. Le nombre de personnes utilisant l’anglais comme première langue officielle parlée a quant à lui franchi la barre du million pour la première fois depuis le premier recensement en 1971.

« C’est certain qu’on travaille avec le Québec sur la protection de la langue française ici sur le territoire, mais ce que le Québec ne peut pas faire, c’est d’assurer la protection à la grandeur du pays et donc la protection pour les communautés francophones à travers le pays qui demeure une grande priorité pour nous », a rappelé Justin Trudeau qui a évoqué en anglais « un déclin significatif ».

Questionné à savoir si ce n’était pas un mauvais moment pour contester la Loi 96 au Québec, qui vise à renforcer la place du français dans la province, le premier ministre a évoqué que cette législation puisse nuire aux francophones hors Québec.

« Il y a des parallèles directes avec la protection des minorités anglophones au Québec qui sont très différentes dans leurs dangers et dans les menaces auxquelles ils font face, mais les principes de protection pour s’assurer d’une langue française à travers le pays tiennent et nous allons toujours être là pour ça. »

Une Franco-Ontarienne comme juge à la Cour suprême

La native de Hanmer à Sudbury et Franco-Ontarienne Michelle O’Bonsawin deviendra la première juge autochtone de la Cour suprême. Justin Trudeau a annoncé vendredi la nomination de Michelle O’Bonsawin, qui doit remplacer le juge Michael J. Moldaver, qui part à la retraite en septembre.

Michelle O’Bonsawin est parfaitement bilingue et est membre abénakise de la Première Nation d’Odanak.

« Je suis heureux d’annoncer la nomination de la juge Michelle O’Bonsawin à la Cour suprême du Canada, une instance reconnue dans le monde entier pour sa solidité, son excellence et son indépendance. La juge O’Bonsawin a été nommée à la suite d’un processus de sélection ouvert et non partisan. Je suis convaincu qu’elle apportera des connaissances et des contributions inestimables au plus haut tribunal de notre pays », a dit Justin Trudeau dans un communiqué.

ONFR+ avait parlé avec Michelle O’Bonsawin en 2019. Revoyez notre reportage.

Michael J. Moldaver, qui avait signifié son départ était le dernier juge unilingue de la plus haute Cour du pays. Même s’il s’agit en principe d’une formalité, sa nomination doit toujours être approuvée au cours d’un processus de sélection des membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes qui participeront à une audience spéciale du Comité le 24 août.

Cela signifierait que la Cour suprême serait aussi pour la première fois, composée de neuf juges entièrement bilingues qui n’auraient pas le besoin de recourir à la traduction simultanée comme le faisait le juge Moldaver.

Elle est spécialisée dans les domaines de la santé mentale, des principes de l’arrêt Gladue, du droit du travail et de l’emploi, des droits de la personne et du droit relatif à la protection de la vie privée. Elle siège à la Cour supérieure de justice de l’Ontario à Ottawa depuis 2017, peut-on lire dans le communiqué annonçant sa nomination.

En accédant à ce poste en 2017, Michelle O’Bonsawin est devenue la plus jeune juge à la Cour supérieure de justice, et la première femme abénakise à accéder à la magistrature au pays. Le Congrès des peuples autochtones (CPA) a « félicité Mme O’Bonsawin pour sa nomination et ses années de service et de dévouement envers son peuple » rappelant toutefois qu’Ottawa « doit continuer à s’assurer que nos voix sont entendues dans toutes les sphères de la société ».

« Le plus haut tribunal du Canada a toujours manqué d’une personne pour interpréter les lois canadiennes dans une optique autochtone – mais plus maintenant. CPA est encouragé de savoir que Michelle O’Bonsawin aidera à équilibrer la haute magistrature du Canada, offrant un point de vue essentiel sur les questions juridiques les plus importantes du pays », a fait savoir via communiqué le chef national du CPA, Elmer St Pierre.

Des racines franco-ontariennes

Cette ancienne élève de l’école secondaire catholique Champlain à Chelmsford a débuté sa carrière au sein des services juridiques de la Gendarmerie royale du Canada et a agi par la suite à titre d’avocate à Postes Canada, où elle s’est spécialisée dans les domaines du droit du travail et de l’emploi, des droits de la personne et du droit relatif à la protection de la vie privée.

Elle a aussi enseigné le droit des autochtones à l’Université d’Ottawa en plus d’avoir obtenu un baccalauréat en arts de l’Université Laurentienne. Elle a aussi obtenu un baccalauréat et un doctorat en droit de l’Université d’Ottawa.

Elle est aussi membre de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario.

« Grande nouvelle pour la communauté! Félicitations à l’honorable Michelle O’Bonsawin, nommée première juge autochtone à la Cour suprême! », a souligné L’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) sur Twitter.

Déclin de la francophonie ontarienne : les experts tirent le signal d’alarme

Attendus de pied ferme par les Franco-Ontariens, les résultats se rapportant aux langues du recensement de la population de 2021 sont enfin là. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas bons pour cette communauté, à l’image de l’accélération inédite du déclin du français dans la province qui marque une nouvelle ère. Après le choc, l’analyse, place aux spécialistes.

La douche froide! C’est le sentiment qui a prévalu mercredi chez les personnes qui portent de l’intérêt à la chose franco-ontarienne, et ce suite à la publication par Statistique Canada du quatrième jet du recensement 2021 relatif à « La diversité linguistique et l’utilisation de l’anglais et du français au Canada ». 

En effet, les conclusions du rapport sont sans appel, l’Ontario enregistre une baisse de 0,4 point entre 2016 et 2021 s’agissant de la proportion de la population ontarienne ayant le français comme première langue officielle parlée, alors que, pendant ce temps, la population ontarienne a augmenté de 5,8 %.

Par ailleurs, cette chute est plus importante que celle enregistrée par le poids démographique des francophones hors Québec qui, lui, n’a diminué que de 0.3 point. De plus, c’est la première fois qu’on observe une diminution de l’effectif de la population franco-ontarienne.

« Mieux » que cela, en passant de 3,8 % à 3,4 % durant cette période, la province affiche son pire taux sur les cinq derniers recensements, une accélération sujette à toutes les inquiétudes, car ce sont là les derniers remparts de la francophonie ontarienne qui s’effritent.

Pis que prévu

Il est vrai que les experts et acteurs de la francophonie ontarienne prévoyaient un recul de la langue française dans leur province, mais peu ou prou d’entre eux ne se figuraient une telle baisse. À juste titre, car lors du recensement 2016, on a assisté à une décélération de ce déclin de l’ordre de 0,1 point par rapport à 2011.

 « J’ai regardé ces résultats avec beaucoup d’intérêt. Je m’attendais à une baisse qui se poursuit, mais certainement pas de cette ampleur. On assiste là à une accélération sans précédent du phénomène », regrette Jacob Legault-Leclair, doctorant en sociologie à l’Université de Waterloo, spécialisé en statistiques de l’immigration francophone canadienne.

Jacob Legault-Leclair
Jacob Legault-Leclair, doctorant en sociologie à l’Université de Waterloo, spécialisé en statistiques de l’immigration francophone canadienne. Gracieuseté

Même surprise du côté de Marc Termote, professeur associé au département de Démographie à l’Université de Montréal :

« Ô que oui! J’étais très surpris à la lecture de ces résultats. C’est une baisse qu’on a déjà constatée depuis plusieurs recensements, mais je ne m’attendais pas du tout à une telle étendue, surtout que la variable considérée qui est la première langue officielle parlée est calculée d’abord par rapport à la connaissance des langues, ce qui a généralement tendance à surestimer le français. Je crains donc que l’ampleur de ce déclin ne soit encore plus importante. »

Régression géographiquement généralisée

Le constat est global. Que cela soit à l’Est ou au Nord de la province, le français dans toutes les régions réputées pour être des fiefs de la francophonie ontarienne se réduit comme peau de chagrin.

Une généralisation qui trouve tout son symbole dans les plus francophones des municipalités ontariennes au regard de la proportion d’habitants francophones, par exemple, Casselman dans l’Est. Le nombre de personnes déclarant avoir le français comme langue officielle première parlée a plongé de 7,1 points entre 2016 et 2021.

« Il y a une proportion importante de francophones qui résident dans l’Est et le Nord de l’Ontario, c’est-à-dire dans des régions qui n’attirent pas les immigrants et même pas les immigrants interprovinciaux. C’est bien entendu sur ces régions qu’il faut travailler pour attirer des immigrants francophones dans le but de venir contribuer à la vitalité de cette communauté. Mais, on ne le fait pas », déplore Jean-Pierre Corbeil, professeur associé au département de Sociologie à l’Université Laval et spécialiste en démolinguistique.

Jean-Pierre Corbeil, professeur associé au département de Sociologie à l’Université Laval et spécialiste en démolinguistique. Gracieuseté

Une perte d’attractivité qui bénéficie à l’anglais

Parallèlement à ce recul, la proportion de la population de l’Ontario qui a l’anglais comme langue première officielle parlée a augmenté de 0,4 point pour atteindre 93,5 % en 2021 contre 93,1 % en 2016. Peut-on parler d’un transfert linguistique du français vers l’anglais et/ou d’une perte d’attractivité pour le français en faveur de l’anglais? 

À cela M. Corbeil répond : « Il y a certainement un problème d’attractivité, surtout que 65 % des immigrants de langue française qui s’établissent à l’extérieur du Québec le font en Ontario, et pourtant les indicateurs sont à la baisse ».

Et de compléter : « Ce qui me fait dire qu’il y a clairement des mesures qui ne sont pas prises, il n’y a pas une approche efficace pour essayer d’attirer ces nouveaux arrivants de langue française, surtout dans un contexte de concurrence internationale accrue ».

Des propos que M. Termote partage.

« C’est évident et c’est triste à dire, on assiste à un manque d’attractivité pour le français. On appelle cela dans notre jargon le déclin en chaîne, une fois que ça commence à aller mal, ça va aller de plus en plus mal. »

Et d’argumenter exemple à l’appui : « Un nouvel arrivant qui n’est ni anglophone ni francophone, quand il voit que le français est déjà très faible et continue à décliner, et bien c’est logique qu’il n’aille pas se lancer à investir dans cette langue. »

Marc Termote, professeur associé au département de Démographie à l’Université de Montréal. Gracieuseté

Un effet boule de neige que M. Jacob Legault-Leclair théorise par un cercle vicieux. « Plus le français diminue, moins il devient attractif, et moins il devient attractif et plus il diminue. Cela se matérialise au moment où l’immigrant va choisir sa langue d’intégration. »

L’immigration, éternel talon d’Achille de la francophonie ontarienne

Si tous les spécialistes rencontrés sont unanimes sur deux facteurs pouvant expliquer cette décroissance, à savoir le vieillissement de la population franco-ontarienne et une immigration francophone qui n’a jamais atteint les cibles fixées par le gouvernement, aussi bien fédéral que provincial, il n’en demeure pas moins qu’un autre élément explicatif est à prendre en compte.

« Le vieillissement de la population et l’inévitable transfert linguistique vers l’anglais sont une part du problème, mais ce n’est pas tout. D’un point de vue purement démographique, je peux vous dire que les francophones en Ontario, comme au Québec d’ailleurs, ne font pas assez d’enfants pour stabiliser, voire augmenter leur effectif », explique le professeur Marc Termote.

D’après le démographe, les femmes franco-ontariennes en âge d’avoir des enfants ne font que 1,4 enfant par femme. Or, pour simplement stabiliser et renouveler une population, il faut compter 2,1 enfants par femme.  

C’est donc un véritable signal d’alarme que tirent les experts quant à l’avenir de la francophonie ontarienne. À plus forte raison lorsque l’on sait que le pouvoir décisionnel s’appuie sur ces données pour élaborer les politiques, les programmes et les lois qui régissent la vie de la communauté francophone, à l’instar de la Loi sur les services en français. En d’autres termes, on ne donne pas plus pour moins.  

Balados, festivals et arts : la francophonie vous en fait part

Cette semaine, plusieurs activités vous attendent : le festival Up Here à Sudbury, une exposition d’arts visuels, du yoga en plein air et un nouveau balado théâtral. Comme toujours, l’Ontario français vous fait part d’une programmation aussi amusante qu’enrichissante.

Arts

Quand l’art unit une communauté

Le festival Up Here est de retour cet été au centre-ville de Sudbury pour vous faire découvrir des douzaines de muralistes et artistes émergents provenant de l’Ontario et du Québec. Chaque année, Sudbury libère son côté urbain tout en unissant la communauté sudburoise. Un éventail de nouveaux talents, notamment en musique, seront au programme cette fin de semaine à la Place des arts du Grand Sudbury. Du hip-hop au métal horrorcore, il est clair que la programmation 2022 fait preuve d’une scène musicale éclectique et divertissante.

Les muralistes Greg et Chris de Born in the North à l’œuvre sur leur murale. Crédit image : Wade Montpellier

Festival Up Here du vendredi 19 août au dimanche 21 août au centre-ville de Sudbury. Pour assister aux spectacles de La Place des arts, achetez vos billets ici. Programmation complète ici.

L’exposition Nouveau(x) Monde(s) fait rayonner les arts visuels contemporain des afro-canadiens francophones

Erzulie de Dominique Dennery. Gracieuseté de la Mosaïque Interculturelle.

En collaboration avec l’organisme Mosaïque Interculturelle, la Maison de la Francophonie d’Ottawa présente l’exposition Nouveau(x) Monde(s). Le thème de cette première édition du Salon des arts visuels afro-canadiens créé par Mosaïque Interculturelle, a pour but de célébrer les nouveaux peuples qui habitent les anciens territoires. L’exposition s’interroge alors sur la place des artistes d’origine afro-canadienne à la lumière des événements sociopolitiques qui ont surgi ces dernières années.

Cette première édition mettra de l’avant sept artistes de premier plan, chacun se spécialisant en différentes pratiques artistiques : Joseph Helmer (expert en arts textiles), Komi Seshie (peintre), Sarah-Mecca Abdhourahman (peintre), Ama Ouattara (photographe), Robert Malinga Chirwa (photographe), Dominique Dennery (sculptrice) et Jean Claude Michel (photographe).

Vous pouvez assister à l’exposition Nouveau(x) Monde(s) le samedi 20 août, à la Maison de la Francophonie d’Ottawa. L’exposition sera ouverte au public entre 12h00 et 20h00.

Théâtre

Murs de Mishka Lavigne, une pièce de théâtre en format balado

L’autrice dramatique et scénariste basée à Ottawa nous lance sa toute nouvelle création théâtrale sous forme de balado. Dans ce balado de six épisodes, Murs raconte l’histoire de Éric et Zoé, frère et sœur qui sont à la recherche de leur père à la suite d’une épidémie ravageuse qui s’est produite le jour avant. Alors qu’ils se dirigent vers Portland à la recherche de leur père, les dangers qui les guettent rendent cette quête post-apocalyptique pleine de rebondissements.

Gracieuseté de Transistor Media

Écoutez dès maintenant la série Murs sur Spotify, Apple podcasts, Deezer, et Amazon Music.

Communauté

Le Club culturel francophone de Thunder Bay vous invite à faire du yoga en plein air

Venez seul ou accompagné pour profiter du beau temps en faisant une heure d’hatha yoga flow avec Mélissa Fée. Grâce au Club culturel francophone de Thunder Bay, des cours gratuits de yoga se poursuivront au cours du mois d’août dans le parc Waverley.

Crédits image :  GlobalStock /  iStock / Getty Images Plus via Getty Images

Assistez au cours de yoga au parc Waverley le mardi 23 août à 18h. Admission gratuite. Vous pouvez vous inscrire en écrivant à : melissafeeyoga@gmail.com

Le français sur la sellette au Parlement, avertissent les interprètes

OTTAWA – Les activités parlementaires dans les deux langues officielles risquent de peser sur l’accélérateur anglophone, croit une majorité des interprètes du Parlement.

Dans un sondage mené auprès de ses membres, l’Association internationale des interprètes de conférence au Canada (AIIC-Canada) 97 % des répondants disent s’inquiéter d’une récente directive qui pourrait nuire à la présence de la langue de Molière au sein du Parlement.

Au mois de mai, le Bureau de régie interne avait approuvé un plan pour avoir recours à des services d’interprétation externes ou à distance pour l’interprétation simultanée. Ces personnes à l’externe seraient toutefois non qualifiées selon les normes du Bureau de la traduction, proteste AIIC-Canada. Le gouvernement répond que le tout a pour but de tenter de répondre à la pénurie d’interprètes au sein du Parlement et que le Bureau de la Traduction ne lésine pas sur la qualification des personnes appelées.

« On est sur une pente glissante » – Nicole Gagnon

Mais le projet va diluer ou éliminer les normes de qualité associées à l’accréditation du Bureau de la traduction en faisant fi de cette obligation ainsi que de la qualification des interprètes professionnelles, spécialisées et chevronnées, dénonce Nicole Gagnon, porte-parole de l’AIIC-Canada.

« Si du jour au lendemain, les élus ou le grand public ne font plus confiance au service d’interprétation, car ce ne seront plus des professionnels en place, ça va être un dialogue de sourds. Ça va nuire au bilinguisme bien sûr. Ça va même aller dans le sens de l’unilinguisme et on s’entend, l’anglais, parce qu’on aura plus confiance aux interprètes », pense Nicole Gagnon.

Contre la LLO

La Loi sur les langues officielles (LLO) et la Constitution canadienne garantissent un accès en tout temps aux débats parlementaires dans les deux langues officielles, rappelle l’organisme.

« Si on fait appel à des gens qui ne sont pas accrédités et qui n’ont pas fait leurs preuves, on ne sait pas quelle sera la qualité de leur travail. Il y a fort à parier que la qualité de leur travail n’égalera pas la qualité du travail qu’ils ont accrédité. Là, à ce moment-là, ça porte atteinte à la qualité du service que l’on offre, qui au terme de la Constitution doit être de la même qualité en anglais et en français », dit Mme Gagnon.

« On est sur une pente glissante avec de plus en plus de séances tenues en anglais », ajoute cette dernière rappelant au passage un briefing technique du ministère de l’Environnement seulement en anglais sur un plan de réduction des GES de 9 milliards de dollars.

Ce projet pilote doit durer pendant six mois et un rapport doit être fourni en septembre pour s’assurer que les normes de qualité soient respectées.

La crise pourrait être accentuée par le fait que 49 % des interprètes disent songer à partir ou prendre leur retraite d’ici cinq ans.

« Il ne faut pas recourir à des gens qui n’ont pas été accrédités. Il faut investir dans la relève », demande Nicole Gagnon qui souligne que 65 % des répondants accepteraient des affectations parlementaires si le Bureau de la traduction leur en faisait l’offre.

Ce sondage a été réalisé auprès de 92 interprètes indépendantes et accréditées, ce qui correspond à un taux de réponse de 79 %, affirme AIIC-Canada.

Crise dans les hôpitaux : l’Ontario s’engage à recruter 6000 travailleurs de plus

TORONTO – Après un été marqué par la crise dans le système hospitalier, le gouvernement ontarien a dévoilé jeudi son « Plan pour rester ouvert ». L’Ontario promet d’accélérer le recrutement de personnels en santé et propose des mesures visant à stabiliser le système de santé, toujours très affaibli par la pandémie. L’objectif est d’ajouter 6000 travailleurs dans le système.

Dans un premier temps, la ministre de la Santé Sylvia Jones indique dans son plan vouloir préserver la capacité hospitalière. Pour ce faire, l’Ontario continuera de vacciner le plus grand nombre face à la COVID-19, mais aussi, pour les plus à risque, le gouvernement mettra en place une campagne de vaccination contre la grippe.

Il est question de davantage de lits en soins de longue durée, une promesse qui était présente durant la campagne électorale du premier ministre Ford.

Le ministre des Soins de longue durée Paul Calandra a annoncé vouloir permettre le transfert des patients âgés de l’hôpital au foyer de soins longue durée, quand les médecins le jugeront nécessaire.

De cette façon, cela aidera les hôpitaux en termes de place et les patients à recevoir des soins adaptés. « On ne forcera personne à quitter l’hôpital, mais il faudra expliquer que le meilleur moyen d’être soigné, pour certains, sera d’aller dans un centre de soins longue durée et libérer les hôpitaux », a-t-il dit lors d’une allocution jeudi.

Recruter et garder le personnel

Les grandes nouvelles de ce plan sont d’ajouter 6000 travailleurs de la santé supplémentaire en Ontario. Cet ajout est un accroissement du plan initial, promettant l’engagement de 13 000 personnes dans les milieux de santé. Un total de 19 000 employés devront être engagés pour satisfaire les exigences.

Comme promis durant les élections de juin dernier, l’Ontario va payer les frais de scolarité pour les étudiants de médecine qui, diplôme en main, iront pratiquer dans des lieux reculés.

Dans ce plan, il est également question de mettre fin aux frais d’examens et d’inscriptions pour infirmières à la retraite ou pour celles et ceux formés à l’étranger.

Santé Soins de longue durée, Paul Calandra
Le ministre des Soins de longue durée, Paul Calandra. Crédit image : Impression écran.

Réduire les interventions chirurgicales

Le plan de la ministre Jones, promet entre autres, un ajout de 2500 lits d’hôpitaux, « en plus des 3500 déjà ouvert », indique le plan en question.

Un projet encore en étude, proposé par la ministre, serait de réorienter des chirurgies, celles couvertes par l’assurance-santé, dans des établissements de santé « indépendants ».

Pour pallier les nombreux retards de chirurgies, la ministre de la Santé Sylvia Jones pense utiliser ces installations dites indépendantes seulement si « les infrastructures existent déjà ».

Recensement 2021 : les francophones de moins en moins majoritaires dans l’Est ontarien

L’Est ontarien n’échappe pas au phénomène de l’anglicisation alors que plusieurs villes francophones de la région perdent leurs plumes francophones. Aucune des principales villes de l’Est ontarien n’a gagné ou n’est restée stable en habitants francophones. Voici le portrait pour quelques villes dans l’Est de la province.

Le Recensement 2021, dont les données ont été publiées mercredi révèle que l’Ontario connaît sa plus forte baisse de francophones disant parler le français seulement comme première langue officielle passant de 3,8 % en 2016 à 3,4 % en 2021.

Hawkesbury

La ville frontalière du Québec comptait 8030 habitants francophones en 2016 et aujourd’hui 7450, ce qui constitue une descente de près de 6 % de sa population francophone (de 80 % à 74,5 %). Au total, 10 005 personnes habitent la ville encore majoritairement francophone, dont le poids total a diminué de 0,7 %.

Russell

La municipalité de Russell, laquelle comprend le village de Russell, Embrun et une partie de Limoges, est l’une des villes dont le poids démographique francophone a diminué de près de 5 % passant de 43,4 % en 2016 à 38,7 % en 2021. Le nombre d’habitants francophones a augmenté à 7560, soit de plus de 430, mais la ville a connu une augmentation de 18,6 % de sa population générale. De ce lot, près de 85 % étaient anglophones selon les données de Statistique Canada.

À l’intérieur de la municipalité de Russell, Embrun est l’un des endroits dans l’Est qui s’approche le plus de perdre sa majorité francophone. En 2016, 58,4 % de sa population était francophone. C’est 52,1 % aujourd’hui. En 2011, c’était 61,5 % de la population qui disait utiliser le français comme première langue officielle.

La municipalité du Canton de Russell. Crédit image : Wikipedia

Casselman

La ville de plus de 3000 habitants est l’une de celles qui s’anglicisent le plus vite dans la région, perdant près de 7 % de francophones en termes démographiques. En 2016, 80,4 % de cette population disait parler officiellement comme langue le français, mais en 2021, c’est 73,3 %. C’est une baisse marquée par rapport à 2011 alors que les francophones se chiffraient à 81,7 %.

En chiffres absolus, Casselman est seulement descendu de près de 70 habitants francophones, mais près de 300 nouvelles personnes qui considèrent l’anglais comme leur première langue officielle parlée se sont ajoutées au total de la ville par rapport à 2016.

Cornwall

La ville de 47 845 habitants a légèrement augmenté (2,5 %) en 2021, mais ce n’est pas le cas pour la francophonie. De 10 385 à 9040 et de 22,8 % à 19,2 % depuis 2016, les francophones de cette ville située près du fleuve Saint-Laurent ne cessent de descendre.

Cornwall
La ville de Cornwall. Archives ONFR+

Clarence-Rockland

Cette ville sur le bord de la Rivière des Outaouais a connu une croissance de 8,1 % de sa population totale. Du lot de 26 150 habitants, 15 320 affirment parler principalement en français, soit 58 %. En 2016, c’était 15 455, soit 63,8 % et donc une baisse de près de 5 %.

Alfred et Plantagenet

La ville rurale a perdu son poids démographique francophone principalement cette année passant de 76,2 % (2011) à 76,8 % (2016) à 72,8 % (2021).

Glengarry-Prescott-Russell

Le recensement offre aussi la possibilité de voir l’ensemble de Glengarry-Prescott-Russell (le territoire couvert par la circonscription fédérale) qui regroupe huit municipalités, dont plusieurs mentionnées plus haut comme Casselman et Hawkesbury. Au total, ce sont près de 116 463 qui disent y habiter selon les données de Statistique Canada, une hausse de 6 % par rapport aux 109 975 de 2016.

L’ensemble des villes combinées offre un portrait clair sur la baisse du français. Les francophones sont aujourd’hui 55,6 % dans cette circonscription alors qu’ils étaient 60,3 % en 2016, soit une baisse de 4,7 % %. En 2011, c’était 60,9 % et 61,8 % (2006) de la population qui disait avoir le français comme première langue officielle parlée.

Orléans

Cette banlieue d’Ottawa située à la frontière de l’Est ontarien est considérée comme faisant partie de la ville d’Ottawa dans le recensement de 2021. Toutefois, il est possible de connaître la population de la circonscription fédérale d’Orléans. Elle est passée de 119 247 habitants en 2011 à 13 990 910 ans plus tard. La population francophone a passé de 33,9 % en 2016 à 30,8 % en 2021, une baisse comparable à celle des villes de l’Est ontarien.

Recensement : le Nord plus touché par le recul du français

Les dernières données sur le recensement de la population de 2021 viennent de paraître et force est de constater que le recul observé du français à l’échelle du Canada et de la province de l’Ontario se ressent particulièrement dans le Nord. En revanche, si la baisse se manifeste en proportion, elle l’est aussi en nombre dans plusieurs municipalités du Nord de la province.

GRAND SUDBURY

Le Grand Sudbury accuse un recul non négligeable du français avec 22,5 % de la population ayant le français comme première langue officielle parlée. En 2016, ce chiffre était de 25,3 % soit une baisse de 2,8 % pour une population totale ayant le français comme première langue officielle passant de 40 500 à 36 980. La population totale de la ville est passée de 159 740 âmes en 2016 à 164 135 en 2021.

SMOOTH ROCK FALLS

Du côté de Smooth Rock Falls cette baisse est encore plus marquée, de 65 % en 2016, le pourcentage de personnes ayant le français comme première langue officielle chute à 57,9 % soit un recul remarquable de 7,1 %. En 2016 ce sont 865 qui avaient le français comme première langue officielle tandis qu’en 2021 ce chiffre baisse à 680 tandis que la population de la ville a augmenté de 155.

NIPISSING OUEST

En 2021, 8155 personnes avaient le français comme première langue officielle à Nipissing Ouest contre 8710 en 2016 soit une chute de 555 pour une population totale de la ville qui est quasiment la même à une âme près. De 60,6 %, la proportion de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée en 2016, descend à 56, 8 % en 2021 ce qui en fait une des chutes les plus significatives parmi les villes observées ici avec 3,8 %.

TIMMINS 

À Timmins, ce sont 32, 3 % de la population qui ont le français comme première langue officielle en 2021 comparativement à 35, 6 % en 2016 soit une baisse de 3,3 %. De 14 755 personnes ayant le français comme langue première, ce chiffre recule à 13 155 en 2021. En 2016, la ville abritait une population de 41 480 habitants contre 40 655 en 2021.

NORTH BAY

À North Bay, le français fait une chute de 1,5 % par rapport aux données de 2016 passant de 12,4 à 10,9 % de personnes ayant le français comme première langue officielle. Le nombre de personnes ayant le français comme langue officielle première passe quant à lui de 6 410 à 5 670 pour une population totale ayant augmenté de 51 553 à 51 935 personnes.

HEARST

Scénario sensiblement le même à Hearst, le nombre total de personnes ayant le français comme langue officielle première subit une chute importante- passant de 4 360 en 2016 à 4 085 en 2021. De 87,5 %, le pourcentage de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée passe, en effet, à 86,2 %, la population de la ville passe de son côté de 5 070 à 4 735.

KAPUSKASING

À Kapuskasing, la situation n’est pas si éloignée. De 8292 en 2016, la population baisse à 7 945 en 2021 et le nombre de personnes ayant le français comme première langue officielle passe de 5 405 en 2016 (65,2 %) à 5 120 en 2021 (64,4 %). Une légère chute ici de 0,8 % mais qui est amortie par la perte de population totale.

Recensement : le déclin du français « préoccupant » pour Ottawa et les organismes francophones

Les chiffres du Recensement 2021 sur le déclin du français en Ontario et au Canada publiés mercredi inquiètent le fédéral et les organismes francophones du pays. Pour ces derniers, il est nécessaire qu’Ottawa accélère l’arrivée de nouveaux immigrants francophones le plus rapidement possible.

Les francophones au Canada passent de 22,2 % en 2016 à 21,4 % en 2021. En Ontario, les Franco-Ontariens sont désormais 3,4 %, eux qui étaient 3,8 % lors du dernier exercice quinquennal. C’est aussi la plus forte baisse pour les Franco-Ontariens depuis 2001.

« C’est certain que c’est préoccupant, mais ce n’est pas nouveau », note le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

Au pays, les francophones hors Québec représentent désormais 3,3 %. En 2016, c’était à 3,6 %.

« Les données du recensement sur les langues officielles sont préoccupantes et démontrent ce que notre gouvernement a déjà dit très clairement; le français est menacé au Canada, y compris au Québec. Pour les 8 millions de francophones au Canada qui vivent dans un océan de plus de 360 millions d’anglophones à travers l’Amérique du Nord, nous savons qu’il faut redoubler d’efforts pour protéger et promouvoir le français et c’est pourquoi notre gouvernement en a fait une priorité », a commenté par courriel la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.

a ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

Cette dernière ajoute que les chiffres démontrent « l’importance d’adopter le projet de loi C-13 dans les plus brefs délais ».

« Les chiffres publiés aujourd’hui guideront également nos décisions pour notre prochain Plan d’action pour les langues officielles qui devra comprendre des mesures concrètes et nécessaires pour que les francophones puissent vivre, travailler et être servis dans la langue de leur choix. »

Mais pour les conservateurs, la Loi dans sa mouture actuelle se doit d’être revue, car elle ne donne pas suffisamment de « mordant » pour renverser le déclin de la langue de Molière. Pour le député Joël Godin, C-13 est « l’outil majeur » pour renverser les plus récentes données, mais il dit douter des intentions du gouvernement dans ce dossier.

« Les nombreuses actions du passé démontrent que ce n’est pas une priorité pour le gouvernement actuel pour réduire le déclin et faire en sorte que le français reprend sa place dans les chaumières canadiennes », dit-il en entrevue.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) se dit très inquiète des plus récents chiffres de l’organisme gouvernemental.

« Pour nous les données dénotent une stagnation du français au Canada et mettent en relief l’urgence d’agir pour la protection de la langue au pays. C’est ce que le fédéral nous promet depuis quelques années. Il faut avoir cette volonté politique maintenant avant que le poids démographique diminue encore plus », affirme sa présidente Liane Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Immigration

Pour la FCFA, les données d’aujourd’hui démontrent le besoin d’augmenter l’immigration francophone à travers le pays. Près de 2,7 millions de Canadiens ont dit être capables de soutenir une conversation en français.

« Quand on regarde les chiffres, c’est clair que si on avait atteint nos cibles en immigration francophone, on aurait près de 2,9 millions de francophones à l’extérieur du Québec. Il n’y a rien qu’on voit aujourd’hui qui était inévitable. »

En Ontario, la cible de 5 % en immigration francophone n’a jamais été atteinte depuis son implantation.

« On le dit aux deux paliers de gouvernement que c’est extrêmement important de pas juste atteindre, mais dépasser nos cibles pour être capable de rattraper le temps perdu », souligne Carol Jolin.

Ce dernier abonde dans le sens du gouvernement Ford qui veut un plus grand contrôle sur l’immigration dans la province.

Les néo-démocrates se disent peu surpris de ces chiffres, car « le gouvernement libéral échoue à accueillir plus d’immigrants francophones ».

« Il est essentiel que l’on modernise la Loi sur les langues officielles et que l’on renforce le projet de loi du gouvernement afin d’y intégrer des objectifs de rattrapage démographique pour les communautés francophones en situation minoritaire », indique par courriel la députée Niki Ashton.

La députée Niki Ashton. Source : Twitter.

De son côté, le Bloc Québécois dit s’inquiéter de l’augmentation de l’anglais au pays et au Québec soutenant que « le Québec doit être maître d’oeuvre de sa propre politique linguistique ».

« C’est même pire que je pensais. C’est très inquiétant pour les communautés francophones et acadiennes. Comme c’est le cas à peu près tous les recensements depuis la Loi sur les langues officielles, la proportion de francophones diminue (…) Quand on nous dit que c’est beau l’augmentation du bilinguisme à la maison ou l’usage de plusieurs langues régulièrement à la maison, c’est normalement le prélude à l’assimilation », dénonce le député Mario Beaulieu.

Recensement : grosse chute du français en Ontario

Le poids des francophones au Canada et en Ontario continue de descendre recensement après recensement et cette année ne fait pas exception.

Statistique Canada a publié ses plus récentes données concernant la langue mercredi matin. Au pays, le poids des francophones passe de 22,2 % en 2016 à 21,4 % en 2021. Le nombre absolu est toutefois en hausse alors que le français était la première langue officielle parlée 7,8 millions de Canadiens en 2021, en hausse par rapport à 2016 (7,7 millions). Ayant un poids démographique de 3,8 % en 2016, l’aiguille des Franco-Ontariens pointe à 3,4 % en 2021 selon la première langue officielle parlée seulement. Cette chute est la plus marquée des cinq derniers recensements.

Le poids des personnes ayant le français seulement comme première langue officielle parlée en Ontario depuis 2001

  • 2001 : 4,3 %
  • 2006 : 4,1 %
  • 2011 : 3,9 %
  • 2016 : 3,8 %
  • 2021 : 3,4 %

Le nombre absolu de Franco-Ontariens est aussi le plus bas depuis 1996. 484 425 Ontariens disent aujourd’hui utiliser le français comme première langue officielle parlée et 98 270 disent être bilingues.

Crédit image : Statistiques Canada

Le poids démographique des francophones hors Québec diminue aussi, à 3,3 %. Il était à 3,6 % en 2016. Il diminue partout au Canada sauf en Colombie-Britannique.

« Cette diminution s’explique par une combinaison de facteurs, notamment une population en moyenne plus âgée (une population plus âgée compte généralement davantage de décès), la transmission incomplète du français d’une génération à la suivante et les transferts linguistiques (c’est-à-dire lorsqu’une personne parle une autre langue que sa langue maternelle à la maison). Les migrations interprovinciales et internationales jouent pour leur part un rôle variable à cet égard d’une période à l’autre, puis d’une région à l’autre », explique Statistique Canada.

Il s’agit toutefois de chiffres tirés d’une définition moins inclusive de Statistique Canada. En 2016, l’organisme établissait à 3,8 % le nombre de francophones hors Québec en incluant les locuteurs mentionnant parler les deux langues officielles. En se basant sur cette définition, le taux de francophones hors Québec est passé à 3,5 % en 2021.

Pour l’Ontario, il est trop tôt pour déterminer des facteurs associés à cette baisse, mais les facteurs s’attribuant hors Québec peuvent aussi s’appliquer à la plus grosse province du pays, explique le directeur adjoint du centre de démographie de Statistique Canada, Éric Caron-Malenfant

« Ça poursuit les tendances du passé. On sait que la baisse a été observée dans plus d’une région. Ça été le cas à Ottawa, à Sudbury aussi, mais des analyses supplémentaires seront nécessaire pour mieux comprendre les facteurs précis pour la province de l’Ontario. »

À Sudbury, le poids démographique des francophones baisse de 2,9 %, soit de 25,3 % en 2016 à 22,5 % en 2021. À Ottawa, les francophones étaient 16 % de la population il y a cinq ans alors qu’ils sont 14,9 % en 2021.

Hors Québec

Le nombre de résidants du Canada hors Québec dont le français était la seule première langue officielle parlée seulement a non seulement diminué en pourcentage, mais en nombre absolu soit de moins 36 000. C’est la première fois depuis 1991-1996 qu’un recensement fait état d’une baisse pour les francophones hors Québec dans le nombre absolu.

Le nombre de personnes dont le français était la seule langue maternelle a aussi diminué depuis 2016, soit de 49 000. Toutefois, le nombre de personnes ayant le français comme langue maternelle, seule ou en combinaison avec une autre langue a bondi à 1,1 millions, une hausse de 36 000.

Au Nouveau-Brunswick, le poids des francophones passe de 32 % à 30 % selon la première langue officielle parlée de 2016 à 2021. À la lumière des données, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) estime que la province se soit d’avoir une plus grande autonomie en immigration et en éducation notamment.

« Toutefois, il ne faut pas voir que du négatif dans ces données linguistiques : en termes absolus, le français est dans une position de stabilité. Nous pouvons discuter des statistiques, mais le fait est que la population totale des francophones demeure stable, ce qui représente un renversement de la tendance qui était vers le déclin », dit Sue Duguay, la vice-présidente de l’organisme acadien.

Jeux du Canada 2022 : ces athlètes franco-ontariens qui promettent

NIAGARA – La cuvée 2022 des Jeux du Canada qui se déroulent actuellement dans la péninsule de Niagara est exceptionnelle pour la francophonie ontarienne, aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif. Une belle brochette d’athlètes franco-ontariens au potentiel prometteur, à l’image de la nageuse, Julie Brousseau qui, à elle seule, a raflé 11 médailles, égalant ainsi le record du plus grand nombre de médailles remportées en une seule édition des Jeux du Canada. 

Si à l’heure de la mise sous presse, l’Ontario se classe largement en tête des Jeux du Canada avec 40 médailles d’or, 22 d’argent et 28 de bronze, c’est en bonne partie grâce aux athlètes franco-ontariens qui ne manquent pas dans cette édition 2022, comme le fait remarquer le chef de mission de la délégation ontarienne pour ces Jeux, Steve Sevor.

« On a beaucoup d’athlètes franco-ontariens qui concourent dans plusieurs disciplines sportives et on est très fier d’eux. Je pense qu’il y a au moins 15 athlètes francophones dans notre équipe. »

Le chef de mission de la délégation ontarienne pour les Jeux du Canada 2022, Steve Sevor. Crédit image : Soufiane Chakkouche

En effet, Steve Sevor a bien raison d’être fier « d’eux » ! Et pour cause, plusieurs de ces sportifs brillent en or durant ces Jeux, à l’instar de la nageuse ottavienne de 16 ans, Julie Brousseau. 

Julie Brousseau brasse les médailles

En seulement une semaine de compétition, la nageuse franco-ontarienne, Julie Brousseau a littéralement survolé ses adversaires sur l’eau. Avec 11 médailles, dont six en or, une en argent et quatre en bronze, elle égale le record du plus grand nombre de médailles remportées en une seule édition des Jeux du Canada, détenu cinq ans plutôt par une autre nageuse ontarienne, Hanna Henderson.

Et, pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, la jeune nageuse qui fait déjà partie de l’équipe nationale junior a établi un record des Jeux au 200m quatre nages, individuel, avec un temps de deux minutes et 14,93 secondes.

Pourtant, la jeune nageuse ne dit être venue ici que « pour s’amuser, rencontrer de nouvelles personnes et nager vite ». Une prise de plaisir indissociable et caractéristique des grands champions.  

Tout un chemin passé et futur au fil de l’eau donc, un chemin entamé il y a 10 ans. « Ma sœur aînée a commencé à nager et mes parents voulaient que je sache nager alors ils m’ont inscrite à des cours », se rappelle-t-elle.

Julie Brousseau lors des Jeux du Canada 2022. Crédit image : Paul Sampara

Olivier Risk et Jacob Theodosiou pour ne citer qu’eux…  

D’autres athlètes franco-ontariens enflamment les gradins de ces Jeux, parmi eux, on trouve également un nageur d’Ottawa répondant au nom prémonitoire d’Olivier Risk. Ce jeune de 16 ans et mesurant déjà 6p1 fait partie de l’équipe du Canada 2022 pour le championnat du monde junior.

Vendredi dernier, il a décroché une médaille en métal jaune durant ces Jeux du Niagara en arrivant premier aux 3000m nage libre. Objectif plus qu’atteint donc pour Olivier Risk qui disait avant le départ de ces compétitions. « J’aimerais m’amuser tout en montant sur le podium. »

Le nageur franco-ontarien, Olivier Risk avant un départ plongé aux Jeux du Canada 2022. Crédit image : Robbie Halonen / équipe Ontario

Autre discipline, autre champion. Jacob Theodosiou est un basketteur de 16 ans, originaire de Waterloo. Il vient de remporter l’or avec son équipe ontarienne aux Jeux du Canada, et ce au poste clé de meneur de jeu.

Parole tenue puisque ce fils d’entraîneur de basketball avait déclaré avant le coup de sifflet du premier match éliminatoire de ces Jeux qu’il était là pour « représenter la province de manière exceptionnelle et remporter l’or pour l’équipe de l’Ontario ».

Un tremplin pour les Jeux olympiques

Cette liste d’athlètes franco-ontariens à surveiller de près durant les années à venir est loin d’être exhaustive, d’autant plus que de nouvelles médailles et records francophones pourraient encore tomber, car les Jeux se poursuivent jusqu’au 21 août prochain

Des Jeux qui, à ne pas en douter, représentent un véritable tremplin pour une carrière internationale, comme le rappelle le chef de mission de la délégation ontarienne au micro d’ONFR+ :

« Les Jeux du Canada sont définitivement une étape importante pour atteindre le plus haut niveau et participer à de grands événements sportifs tels que les championnats du monde ou les Jeux olympiques. »

Pour rappel, les prochains Jeux olympiques auront lieu en 2024 à Paris.

D’importantes données sur la situation du français au Canada connues mercredi

Le français continuera-t-il son déclin au Canada, combien y a-t-il de Franco-Ontariens dans la province? Les réponses à ces questions vont sortir mercredi lors de la publication des nouvelles données de Statistique Canada sur la langue française et anglaise.

Statistique Canada doit sortir ses chiffres collectés en mai 2021 sur « La diversité linguistique et l’utilisation de l’anglais et du français au Canada » dans le cadre du Recensement de 2021 où le taux de réponse oscille autour de 98 %. Voici les principales statistiques qui seront connues au public.

Première langue officielle parlée

Il s’agit ici probablement de la donnée la plus importante selon des démographes et experts pour évaluer le réel déclin du français au pays alors qu’elle désigne la variable dérivée. Elle tient en premier lieu compte de la connaissance des deux langues officielles, puis de la langue maternelle, et enfin, de la langue parlée le plus souvent à la maison. 

Statistique Canada dit notamment avoir modifié certaines choses à son document de questions au niveau de la langue afin que les données soient plus claires et plus précises.

En premier lieu, le questionnaire demandait quelles étaient la ou les langues parlées à la maison. Si le participant donnait plusieurs langues, il se voyait ensuite répondre à une deuxième question sur laquelle de ces langues était la plus utilisée. Dans le cas contraire, si le participant ne parlait qu’une seule langue à la maison, la deuxième ne lui était pas posée.

« On pense que c’est mieux compris. On a fait des tests avant le recensement avec des milliers de participants. Ça l’offre des résultats plus précis en plus de réduire le fardeau de deux réponses… Ça fait en sorte qu’on pose moins de questions au final à beaucoup de gens qui ont un profil linguistique beaucoup plus simple. Par exemple, qui parle une seule langue. On ne leur repose pas après une question supplémentaire », explique Bertrand Ouellet-Léveillé de Statistique Canada.

Le français comme langue officielle décline depuis une vingtaine d’années. En 1996, il était à 24,6 % alors qu’en 2016, il pointait à 22,8 %. En Ontario, en 2001, 4,7 % des Ontariens parlaient principalement le français contre 4,1 % en 2016.

Poids de la population francophone

Le poids de la population en fonction de la langue sera aussi du lot dans les chiffres rendus publics. La proportion des francophones hors Québec ne fait que chuter depuis le premier recensement de 1971. À cette époque, ils représentaient 6,1 % de la population canadienne. Ce chiffre a quasiment chuté de moitié en 2016 à 3,8 %.

En Ontario les plus récentes données faisaient état de 4,4 % de francophones et de 11,2 % de gens bilingues. Selon la première langue officielle parlée, la population francophone en Ontario est évaluée à 550 595.

Il faudra aussi surveiller le poids des francophones dans certaines villes de l’Ontario, qui pourrait continuer de diminuer. Par exemple, la dernière fois, des villes comme Sudbury, Cornwall et Timmins avait chacun perdu de 1 % à 3 % de francophones en comparaison à 2011.

La ville de Sudbury
Le poids francophone de Sudbury diminuera-t-il encore une fois au Recensement de 2021? Archives ONFR+.

Langue maternelle

Cette définition se réfère à la première langue apprise et toujours comprise par un individu. En 2016, 528 000 Ontariens disaient avoir le français comme langue maternelle, soit près de 4,1 % de la population. Ces deux chiffres n’ont pratiquement pas bougé par rapport à 2011.

Langue parlée à la maison

En 1971, 25,7 % des répondants disaient utiliser le français comme langage le plus souvent à la maison alors que ce chiffre descend à 21,4 % en 2016. En Ontario, ce sont près de 310 000 personnes qui disent utiliser le français à la maison, soit 2,3 %.

Taux de bilinguisme

On évalue aujourd’hui à 17,9 % le nombre de gens parlant français et anglais au pays. En 1996, ce chiffre était à 17 %. Mais ce sont principalement les francophones qui deviennent bilingues si on compare après plus de deux décennies. En 1996, 24,6 % des Canadiens disaient parler français, un nombre réduit à 22,8 % en 2016 tandis que ceux parlant la langue de Shakespeare a augmenté de 73,8 % à 75,4 %. En 1971, 31,4 % de la population disait parler français.

Le taux de bilinguisme en 2016 hors Québec atteignait 89 % chez les francophones contre près de 7 % chez les anglophones.

Au Québec, le taux de bilinguisme des francophones a dépassé légèrement la barre du 40 % en 2016, une première. Après avoir connu des bonds au cours du 20e siècle, les Anglo-Québécois parlant la langue de Molière ont connu un surplace autour de 66 % en 2006, 2011 et 2016.

Source : Statistique Canada

La passion de Phil Rivière, à la conquête d’Apple

[UN FRANCO, UNE PASSION] 

ORLÉANS – Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente un nouvel épisode d’Un Franco, une passion. Que ce soit une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion hors du commun qui habite un Franco-Ontarien ou une Franco-Ontarienne, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Cap sur Orléans avec le Youtubeur Philippe Rivière.

La semaine passée, nous vous présentions Marc Bissonnette et sa passion pour la haute couture. Cette semaine, c’est aussi une collection qui a du style…la rétro-informatique.

Les ordinateurs sont de véritables pièces de collection puisque, plus ils sont rares, plus ils prennent de la valeur. Cependant, tout ce qui a été produit à grande échelle n’en a pas forcément. Bien que la marque Apple ait produit plusieurs de ses ordinateurs en grande quantité, il reste certaines antiquités difficiles à trouver.

C’est dans une banlieue tranquille d’Orléans que nous retrouvons Philippe Rivière, qui possède quelques objets mythiques de la marque, ayant plus de 30 ans. Ce jeune youtubeur de 21 ans est suivi par quasiment 10 000 abonnés sur sa chaîne YouTube : « AppelezMoiPhil », mais sa passion cachée, c’est l’informatique.

Retour vers le…passé

Nous sommes comme téléportés dans le passé lorsque nous suivons Philippe Rivière dans le sous-sol de la maison de ses parents. Nous découvrons la magie du temps. Le simple fait d’être entouré de vieux ordinateurs nous donne l’étrange sensation d’être transportés en 1980.

En s’installant dans les fauteuils de cette salle de cinéma, notre première pensée s’avère avoir été : que même les canapés étaient d’un confort inégalé depuis 1980.  

Disposées de la sorte pour nous, Philippe Rivière, nous exposent quelques-unes de ses plus belles pièces sur une table. Il nous promet une démonstration à la fin de notre rencontre.

Informatique  Apple passion ordinateurs
Philippe Rivière nous présente une partie de sa collection. Crédit image : Lila Mouch

Mais qu’est-ce qui peut bien passionner un jeune homme de 21 ans? « J’ai toujours été passionné par l’informatique, c’est un de mes grands intérêts et c’est un passe-temps », dit-il.  

Philippe Rivière nous explique qu’il y a une certaine nostalgique dans ces objets. Pour le jeune youtubeur, ces ordinateurs représentent une certaine époque et une certaine créativité, à la fois inspirante et dynamique.

« J’aime beaucoup les années 1980 et 1990. Ça me passionne de voir la société d’avant et de voir des ordinateurs de cette période-là. C’est comme un bout de la société, une époque différente de la mienne. Je me renseigne sur l’ordinateur, mais aussi sur la période à laquelle il est sorti », témoigne-t-il.

Un travail de recherche

Une passion qui a commencé tout jeune, dès l’âge de deux ou trois ans, selon ses plus lointains souvenirs. Philippe Rivière se souvient avoir pianoté sur des ordinateurs avec sa famille, puis en maternelle dans son école. « Je me souviens exactement que les ordinateurs qu’il y avait dans ma classe étaient identiques à celui-ci », affirme-t-il, en nous montrant un des ordinateurs de sa collection. « C’est un Macintosh de 1984 », nous dit-il fièrement.

« Ces reliques de plus de 35 ans marchent toujours et j’en suis très fier. » – Philippe Rivière

Cette collection a commencé en 2017, il y a cinq ans seulement. « Mon premier ordinateur, celui qui démarre ma collection, c’est un iMac G3. »

C’est d’ailleurs le premier modèle d’iMac commercialisé en 1998. Il sera l’ordinateur qui permettra à Apple d’échapper à la faillite. 

Ce passionné nous parle des ordinateurs, de la marque, de l’évolution des produits et de la vision quasi futuriste de Steve Jobs lorsqu’il créa cette panoplie de produits, qui aujourd’hui compte parmi les classiques de l’informatique.

Les produits électroniques de cette marque sont considérés comme les plus créatifs aux États-Unis depuis plus de deux décennies.

Pour toutes ses trouvailles, Philippe Rivière a fouillé les méandres de Kijiji. « J’ai trouvé des ordinateurs des années 1970, certains étaient tellement rares et dispendieux, que je n’avais pas les moyens de me les procurer », explique-t-il.

« Quand j’achète de vieux ordinateurs, j’aime les nettoyer, réinstaller et les upgrader. C’est plus ou moins le premier job que j’ai eu, en tout cas la première activité rémunérée si on veut. »

Informatique  Apple passion ordinateurs
Le premier ordinateur de la collection est un iMac G3. Gracieuseté

Des objets sentimentaux

Une autre pièce qui en dit long sur la marque est le Powerbook G4 Titanium, sorti en 2001. « Il a 20 ans de différence avec le dernier MacBook que je possède et ils sont hyper similaires. »

En effet, côte à côte, les deux ordinateurs se ressemblent tout particulièrement. « On dirait qu’Apple est retourné aux basiques avec les derniers Macbook. Nous avons le même clavier, les mêmes couleurs et la même forme. »

Informatique  Apple passion ordinateurs
Au premier plan le Powerbook G4 au deuxième plan le Macbook Pro. Il y a 20 entre ces deux ordinateurs. Crédit image : Lila Mouch

Phil Rivière nous décrit les objets avec une réelle ardeur et une excitation très palpable. « Le chargeur du Powerbook est vraiment le plus cool que la marque n’ait jamais créé. C’est le space-ship. »

« Je ne suis pas sûr qu’il en reste beaucoup dans le monde de ces ordinateurs. » – Philippe Rivière

Il nous présente ensuite deux ordinateurs produits et commercialisés dans les années 1980. « Ils ont été trouvés dans la rue par un de mes amis, c’est incroyable, j’ai eu la chance de les récupérer quand mon ami a déménagé. »

C’est le Macintosh 512k de 1984, le deuxième modèle de Macintosh de la marque. Lui et son prédécesseur sont les premiers ordinateurs personnels créés par Apple. Sa mémoire quadruplée lui a valu le surnom de Fat Mac.

L’autre ordinateur est le Macintosh SE commercialisé en 1987, qui innovait puisqu’il était le premier Macintosh à intégrer un espace pour un disque dur interne.

« Ces reliques de plus de 35 ans marchent toujours et j’en suis très fier. »

En écoutant ce jeune passionné, on sent une réelle admiration pour l’informatique. « Je trouve que nous avons accès à bout de l’histoire ici et je suis un passionné d’histoire. »

Informatique  Apple passion ordinateurs
Le Macintosh 512K a 38 ans et il s’allume toujours. Crédit image : Lila Mouch

Depuis l’enfance, Phil Rivière se dit « super curieux », il avouera même que cette curiosité l’aura emmené à détruire plusieurs ordinateurs notamment en effaçant le fameux fichier system 32 des ordinateurs Windows. « Mes parents vous en parleront avec beaucoup d’amertume. »

« Dès l’âge de 8 ans, je pensais faire carrière en informatique et cela jusqu’en 2020. J’ai tenté des études en technique des systèmes informatiques, mais j’ai réalisé que ce n’était pas fait pour moi », avoue-t-il, « je suis incapable de reproduire la même tache, continuellement ».

L’électronique aussi

Philippe Rivière est passionné par les ordinateurs de la marque Apple, certes, mais ce n’est pas tout.

Si nous avons la sensation d’être dans un vieil épisode de Code Quantum, c’est simplement parce que le youtubeur collectionne d’autres vieilles machines. « Depuis le début de ma collection, j’ai probablement possédé plus de vingt ordinateurs. »

Des ordinateurs Windows appartenant à sa famille se retrouvent dans sa collection. Des ordinateurs datant des années 1995, mais aussi des disquettes, très populaires dans les années 1990. Une unité centrale, jaunie par le temps, acheté dans une boutique qui n’existe même plus.

« Vous savez ce que c’est un ordinateur de poche? », dit-il, tout en dévoilant un objet se situant entre le cellulaire portable et une télécommande. Le passionné nous dévoilera aussi des consoles de jeux, dont la Playstation One, qui aura 28 ans cette année.

Informatique  Apple passion ordinateurs
La PlayStation One est une console de jeu commercialisée en 1994. Crédit image : Lila Mouch

Nous avons officiellement fait un bon dans le passé quand Philippe Rivière nous invite à allumer les ordinateurs. Nous sommes surpris, nous retenons notre souffle. « J’espère qu’ils vont s’allumer, on ne sait jamais », murmure-t-il.

Pourtant, lorsque ses antiquités s’allument, le son et l’image révèlent de l’importance d’une telle expérience.

« Je ne suis pas sûr qu’il en reste beaucoup dans le monde de ces ordinateurs », affirme-t-il.

« Je trouve ça vraiment cool de faire une collection sur les produits Apple, en tout cas peut-être plus cool que les autres marques. Apple prend vraiment à cœur le design, c’est vraiment ça que j’aime. »

Que savez-vous vraiment de l’Acadie?

L’Acadie… Voilà une région et une nation qui regorge de particularités encore bien méconnues. Les Acadiens, c’est un peuple qui traverse le temps et qui se bat pour conserver cette singularité qui leur est chère. Pour mieux connaître les Acadiens et les Acadiennes, ONFR+ a déniché pour vous quelques faits, que vous ne pourriez peut-être pas connaître, ou qu’il est bon de rappeler en ce jour de fête nationale acadienne.  

C’est le 15 août, et partout au Canada, vous pourriez entendre le Tintamarre. Selon l’Encyclopédie canadienne, cette fête aurait été lancée en 1881 pour commémorer le bicentenaire de la déportation des Acadiens. Depuis, les Acadiens déambulent dans les rues en faisant le plus de bruits possible. Pour de nombreux Acadiens, c’est une façon de montrer qu’ils sont toujours là, survivants du Grand Dérangement de 1755.

L’Acadie grossomode

Le nom donné à la région Acadie daterait du temps des explorations effectuées sous le régime du roi de France, en 1524. Mais saviez-vous que c’est un explorateur italien qui nomma en premier une partie de la côte Atlantique-Nord « Arcadia »? Ce n’est que peu de temps après, qu’un cartographe italien, là aussi, nomma la région comprenant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et une partie de Terre-Neuve-et- Labrador : « Larcadia ».

Carte de l’Acadie du 17e siècle. Crédit image :mikroman6 / Moment via Getty Images

Le pays de la Sagouine, c’est aujourd’hui, une grande partie du Nouveau-Brunswick, de la région Évangéline de l’Île-du-Prince-Édouard et une partie de la Nouvelle-Écosse.

Il est souvent fait cas de la Péninsule de Port-au-Port à Terre-Neuve-et-Labrador.

L’Acadie a même dépassé les frontières, du fait de son histoire tragique. Les Cadiens et Cadiennes sont en Louisiane, dans le Maine, le Texas, en Martinique, sur Saint-Pierre-et-Miquelon et sur les Îles de la Madelaine. Les Acadiens sont en grande partie les ancêtres des Franco-Américains que l’on retrouve éparpillés aux États-Unis.

La Nouvelle-France, c’est une histoire de morue. Oui, les eaux poissonneuses de cette région ont fait la fortune de la France. D’après l’œuvre, La pêche à la morue en Nouvelle-France de Mario Mimeault, « la prise en main de l’industrie de la pêche par les Français a servi les intérêts de la mère patrie. L’or gris des mers, la morue, est devenu un atout de la géopolitique française (…) permettant au pays d’asseoir son hégémonie sur les côtes de l’Atlantique Nord ».

L’histoire dit que « la morue de l’Acadie était plus petite que celle de Terre-Neuve », elle se détériorait moins pendant le transport jusqu’en France.

L’Acadie a pour capitale Caraquet au Nouveau-Brunswick. Bien que le territoire acadien n’est pas reconnu officiellement comme tel, c’est-à-dire qu’il ne constitue pas la base d’un État ou d’une province, Caraquet fut longtemps l’endroit de prédilection de la culture acadienne. Aujourd’hui, le Festival acadien de Caraquet attire des milliers de visiteurs. Depuis 1979, il se termine en cette date mythique du 15 août.

Personnes participantes à l’édition 2018 du Tintamarre à Caraquet. Crédit image : Ísjaki Studio/ Festival acadien de Caraquet

L’Acadie en cinq dates

1867 : Le Moniteur acadien est le premier journal francophone acadien, fondé à Shédiac, au Nouveau-Brunswick, le 5 mars 1867.

1884 : Ave Maris Stella fut choisie comme hymne national de l’Acadie.

1991 : Acadie : L’odyssée d’un peuple, aussi appelée L’odyssée acadienne est une carte publiée à plus de 40 000 exemplaires, représentant l’histoire de l’Acadie.

1994 : Le premier Congrès mondial acadien a lieu dans le sud-est du Nouveau-Brunswick.

2003 : Une proclamation de la reine reconnaît les torts subis par les Acadiens durant le Grand Dérangement. Le 28 juillet a été désigné journée commémorative du Grand Dérangement.

Foule de participants au Festival de Caraquet, au Nouveau-Brunswick. Crédit image : David Champagne/ Festival acadien de Caraquet.

Dix faits méconnus sur Gisèle Lalonde : un hommage

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

À la fin du mois de février 1933, tout l’Ontario français fête en grande pompe Samuel Genest. Le président de 1913 à 1930 de la Commission des écoles séparées d’Ottawa a été l’un des principaux chefs de file de la résistance lors de la lutte contre le Règlement XVII (1912-1927). Déjà conscients de l’impact inestimable de Genest et de sa place dans l’histoire collective franco-ontarienne, la communauté le célèbre en grand, au moment où ce héros s’apprête à se retirer dans ses terres.

Car le fougueux et éloquent militant franco-ontarien est dorénavant âgé de 67 ans et en filigrane, on sent que sa fin approche (il décédera quatre ans plus tard). Même si une école de langue française à Eastview porte son nom depuis 1930, de vibrantes festivités sont organisées à Ottawa en son honneur et dureront deux jours. Les témoignages, provenant de partout au Canada français, se multiplient pendant une semaine dans la presse écrite.

Le principal intéressé livre un discours émouvant aux allures de testament.

« Nous laissons après nous des patriotes convaincus. C’est vous qui serez appelés à nous succéder. Montrez pour la défense de vos droits le même courage que ces mères de famille dans la prise de l’école Guigues […] Oui, quand je partirai, je verserai des larmes de joie en pensant qu’il y aura encore des patriotes pour continuer l’œuvre commencée », déclare-t-il devant 3000 élèves des écoles de langue française.

Des patriotes convaincus pour continuer l’œuvre franco-ontarienne commencée par des militants de la trempe de Genest étaient attendus. Mais qui spécifiquement allait reprendre le flambeau?

Le hasard aura voulu que ce soit dans la même municipalité où est située l’École Genest que voit le jour celle qui allait fasciner à son tour et à sa manière la communauté franco-ontarienne, particulièrement (mais pas seulement) dans l’adversité.

Gisèle Lalonde (née Deschamps) est décédée le 27 juillet dernier à l’âge de 89 ans. Véritable monument de la francophonie, sa vie a été consacrée à l’avancement, à l’épanouissement et à la défense de la communauté franco-ontarienne. Pionnière et bâtisseuse, sa place était déjà bien assurée dans les livres d’histoire quand il y a un quart de siècle, à l’âge de 63 ans, elle prend la tête de la cause qui allait la propulser au-devant des projecteurs et lui conférer une popularité communautaire incontestable et même une notoriété nationale.

Une pluie d’hommages a été rendue à Gisèle Lalonde depuis son décès, à juste titre. Les faits marquants de sa vie ont été répétés dans les médias, mais bien au-delà de la sauvegarde de l’Hôpital Montfort, l’œuvre et l’impact de Gisèle Lalonde furent multiples, divers et quelquefois insoupçonnés. Cette chronique vous présente 10 faits méconnus sur elle.

Archives ONFR+

1) L’École Montfort avant l’Hôpital Montfort

Bien avant de monter au front pour sauver l’Hôpital Montfort, c’est à l’école éponyme que tout a commencé pour Gisèle Lalonde : « cette volonté de me battre pour le fait français en Ontario, c’est grâce à l’école Montfort que je l’ai obtenue », déclara-t-elle en 2009 celle qui a fréquenté l’école comme élève de 1939 à 1945. En 1951, elle entamera sa carrière en éducation dans cette même école. Qui plus est, la maison d’enfance de Gisèle Lalonde était située à l’angle des rues Marier et… Montfort.

2) Diplômée de la première école secondaire bilingue publique de l’Ontario

Gisèle Lalonde obtient son diplôme d’école secondaire de l’École secondaire Eastview High School en 1950, dans la première cohorte diplômée. Ouverte en 1949, cette école est le premier établissement scolaire secondaire publique bilingue de l’Ontario. À l’époque, Eastview se dote d’institutions phares sous l’impulsion d’une élite de chefs de files et de bâtisseurs parmi lesquels on trouve le maire, Donat Grandmaître; le curé de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, Edmond Ducharme; le député provincial, Daniel Nault et l’entrepreneur en construction, William D’aoust. Ceux-ci seront tous membres fondateurs de l’hôpital Saint-Louis-de-Montfort, ouvert en 1953.

3) Fracasser des plafonds de verre, les uns après les autres

Déjà que le parcours de Gisèle Lalonde est en tout point impressionnant, il l’est d’autant plus qu’il l’a été à une époque marquée par les inégalités hommes/femmes.

Seule fille diplômée de la cohorte de 1950 de l’École secondaire d’Eastview High School, Gisèle Lalonde devient la première femme élue conseillère scolaire à Eastview en 1964. Elle sera ensuite la première femme élue conseillère scolaire au Conseil des écoles séparées catholiques d’Ottawa en 1969 et présidera même le conseil, poste naguère occupé par Samuel Genest.

La militante franco-ontarienne Gisèle Lalonde. Crédit image : Stéphane Bédard

Gisèle Lalonde est l’une des premières femmes franco-ontariennes à se présenter aux élections provinciales et la première dans l’histoire de sa circonscription d’Ottawa-Est lorsqu’elle est candidate pour le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, en 1977.

Depuis son décès, il a souvent été écrit dans les médias qu’elle a été la première femme mairesse de Vanier. Précision, elle a été la seule, aucune femme n’a occupé ce poste avant ou après elle.

Plus impressionnant encore est le fait que lorsque Gisèle Lalonde se fait élire une première fois à la mairie de Vanier en 1985, jamais une femme n’avait été élue au conseil municipal de la Cité de Vanier. Pas même comme conseillère municipale.

Enfin, c’est sous sa direction que se tient en 1985 à Toronto le premier Symposium pour la femme francophone et que les rues Pauline-Charron et Ida-Rocheleau apparaissent dans la toponymie de Vanier.

4) Presque sénatrice… par deux fois

Dans une entrevue parue dans Le Droit en 1991, Gisèle Lalonde ne se prive pas pour indiquer son intérêt de siéger au Sénat du Canada, afin de représenter les Franco-Ontariens. Mais elle souhaite être élue et non nommée à la Chambre haute selon les principes du Sénat triple E (élu, équitable et efficace) tels que prônés la droite politique canadienne à l’époque. En 2005, son nom circule à nouveau dans les médias. Elle est pressentie pour remplacer le sénateur Jean-Robert Gauthier qui doit prendre sa retraite, obligatoirement. Le député fédéral d’Ottawa-Orléans de l’époque, le Franco-Ontarien Marc Godbout, déclare ouvertement avoir moussé la candidature de Gisèle Lalonde auprès du premier ministre du Canada, Paul Martin.

5) Le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques : sa plus grande fierté

Gisèle Lalonde m’a déjà confié que bien que pleinement consciente qu’elle sera à jamais associée à la victoire de la survie de l’Hôpital Montfort, sa réussite qui la rend la plus fière est la co- fondation en 1974 du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP) qu’elle dirige jusqu’en 1985. À l’époque où Gisèle Lalonde fut enseignante, de 1951 à 1973, elle s’est vite aperçue que les Franco-Ontariens n’avaient pas accès à du matériel pédagogique dans leur langue et que les enseignants devaient en créer de toutes pièces ou le traduire depuis l’anglais. Le CFORP est venu combler cette lacune.

nauguration-du-Centre-franco-ontarien-de-ressources-pedagogiques.-On-peut-voir-sur-la-photographie-Gerard-Raymond-Gisele-Lalonde-Bernard-Grandmaitre-et-Jean-Robert-Gauthier-
À l’inauguration-du-Centre-franco-ontarien-de-ressources-pedagogiques.-On-peut-voir-sur-la-photographie-Gerard-Raymond-Gisele-Lalonde-Bernard-Grandmaitre-et-Jean-Robert-Gauthier. Crédit image : Université d’Ottawa, CRCCF

6) La plus décorée de l’histoire

Gisèle Lalonde est la Franco-Ontarienne qui a reçu le plus d’honneurs, de prix et de reconnaissances, confirme le chercheur et auteur franco-ontarien Jean Yves Pelletier qui a effectué la compilation dans son manuscrit inédit intitulé « Prix et Ordres en Ontario français ».

Pas moins de trente-sept honneurs lui ont été remis en date de 2016 selon son neveu et chroniqueur du Droit Denis Gratton, dont cinq diplômes honorifiques de collègues et universités.

7) Fierté civique retrouvée à Vanier

Gisèle Lalonde se lance en politique municipale alors qu’un débat de longue date fait rage sur une potentielle fusion municipale entre la Cité de Vanier et la ville d’Ottawa. Elle s’oppose à la fusion et se donne pour mandat dès sa première élection en 1985 de redonner une fierté à ses concitoyens en misant sur le développement économique, la culture et le tourisme. Bref, en faisant de la construction identitaire.

Investments, embellissements et agrandissements territoriaux figurent en tête de liste de ses accomplissements alors que coïncident le centième anniversaire de la paroisse Notre-Dame-de- Lourdes et le 75e anniversaire de Vanier. Moult activités, festivités et carnavals sont organisés, dont le premier Festival des sucres.

Bon nombre d’organismes franco-ontariens s’établiront aussi à Vanier durant son mandat, dont l’ACFO provinciale (en 1986) et le CFORP (1992). Au passage, elle fonde en 1988 l’Association des municipalités française de l’Ontario et préside l’organisme jusqu’en 1991.

La fondatrice de l’Association française des municipalités de l’Ontario, Gisèle Lalonde, lors du 28e congrès annuel de l’organisme en 2017. Archives ONFR+

C’est aussi grâce à elle si le parc Richelieu revient dans le giron municipal de Vanier. En effet, elle négocie le rapatriement de ce territoire qui avait été vendu dans les années 1970 à la Commission de la capitale nationale. Le rapatriement territorial pour Vanier de son lieu de fondation, l’Île Cummings (située dans la rivière Rideau) trônait aussi dans ses priorités dès son élection.

Moins connu que l’École secondaire publique d’Orléans qui porte son nom depuis 2003, l’édifice patrimonial où loge la succursale Vanier de la bibliothèque d’Ottawa, dans le parc Richelieu- Vanier, porte aussi son nom. Il en fut de même pour une salle de conférence du CFORP de 1992 à 2018, environ.

8) Après SOS Montfort, d’autres combats

La lutte pour la survie de l’Hôpital Montfort n’était pas une fin en soi pour Gisèle Lalonde.

D’autres combats ont marqué sa vie, même après la fin de son plus célèbre.

Créée dans la foulée de SOS Montfort en 1997 qui a mis en relief les limites des protections accordées aux minorités linguistiques, Gisèle Lalonde devient co-présidente d’Opération Constitution, un groupe qui vise à faire enchâsser les droits des Franco-Ontariens dans la constitution canadienne. Tournées, conférences de presse, publications, l’initiative durera jusqu’en 2003.

Le grand ralliement pour sauver l’hôpital, le 22 mars 1997. Crédit image : Hôpital Montfort

De 2005 à 2008, environ, Gisèle Lalonde est porte-parole et présidente d’honneur de SOS Haïti, un organisme d’Ottawa-Gatineau à la vocation humanitaire. Les dons sollicités permettent entre autres le parrainage d’un orphelinat aux Gonaïves et la mise en place d’autres programmes communautaires à Haïti.

En 2007, Gisèle Lalonde se présente devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes pour dénoncer avec force l’abolition du Programme de contestation judiciaire, qui a permis à SOS Montfort de livrer bataille devant les tribunaux.

Enfin, en 2015, elle fait une sortie médiatique remarquée où elle lance un nouveau S.O.S. à la suite d’une décision de l’Ontario Federation of School Athletic Associations qui oblige les élèves ontariens inscrits dans un programme spot-études de résider dans un certain rayon de leur école, ce qui nuit aux élèves francophones.

9) Sa première Journée des Franco-Ontariens

Où et avec qui Gisèle Lalonde a-t-elle célébré la première journée provinciale des Franco-Ontariens, en 2010? Avec les élèves de l’école secondaire qui porte son nom à Orléans!

À l’invitation du Gouvernement des élèves de l’école secondaire, Gisèle Lalonde accepte de participer à la cérémonie matinale qui marque l’entrée de cette première journée de commémoration annuelle, les 25 septembre. Une saynète est présentée par le Gouvernement des élèves devant l’école, où ils personnifient des personnages historiques de l’Ontario français :

Étienne Brûlé, Monseigneur Joseph-Bruno Guigues, Aurèle Joliat et Amanda Walker-Marchand.

Le clou de la cérémonie, Gisèle Lalonde elle-même, fait une apparition à la fin, en jouant son propre rôle.

Elle accepte de se prêter au jeu à l’invitation des élèves, même si elle se remettait d’un arrêt cardiorespiratoire subi un mois auparavant et qu’il s’agissait de sa première sortie publique depuis.

10) Co-fondatrice du Collège Samuel-Genest

D’abord conseillère scolaire, puis présidente du Conseil des écoles séparées catholiques d’Ottawa en 1974 et 1976, Gisèle Lalonde est membre du comité de fondation du bureau des gouverneurs du Collège Samuel-Genest en 1978-1979. L’école secondaire d’Ottawa est la première de confession catholique à ouvrir ses portes depuis l’obtention, dix ans auparavant, par les Franco-Ontariens d’écoles secondaires publiques de langue française.

Le sens de l’histoire

Gisèle Lalonde avait le sens de l’histoire, avait confiance en nous-mêmes et savait nous inspirer.

Elle était authentique, accessible, altruiste et charismatique. Sa porte était toujours grande ouverte. Elle était animée de convictions inébranlables et ne reculait devant rien.

Le destin voudra que quatre mois (presque jour pour jour) après les festivités en l’honneur de Samuel Genest en 1933, naisse celle qui allait le mieux incarner la relève qu’annonçait Genest dans son discours – sans doute même au-delà de ses plus grandes espérances.

Au firmament franco-ontarien, les voilà maintenant qui veillent sur nous.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Jean-François Breau, l’antidote des Salebarbes

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

ACADIE – La fête des Acadiens se prépare à battre son plein le 15 août comme le veut la tradition depuis 1881. Pour l’occasion, ONFR+ a rencontré Jean-François Breau, membre du populaire groupe Salebarbes dont l’objectif premier est de transmettre la fierté acadienne et de faire la fête partout au pays dans la langue de Christian Brun.

« Comment décrire la culture acadienne avec un grand A?

Avec Salebarbes on se voit comme des brasseux d’énergie. On appelle le monde à faire la fête avec nous. C’est ça la culture acadienne, la culture cajun, c’est une culture d’appel à la fête pour passer à travers tout. C’est une musique qui ne se pose pas trop de questions. Elle est faite pour les pieds et pour le cœur.

Je transmets cette culture encore bien vivante. Au Nouveau-Brunswick, le français est mis à l’épreuve dépendamment du premier ministre et celui que nous avons présentement est dur sur le bilinguisme. J’ai compris en vieillissant que la culture passait par la langue, la musique, la façon de s’exprimer. Tu peux mesurer la santé d’un peuple par sa culture. La culture acadienne est de se tenir debout dans une province entourée de défis au niveau de la langue. Il y a une mission dans le fait de prendre une bouteille qui arrive de la mer et de la repitcher en avant. Rebrasser cette culture avec le sourire. On le fait pour la musique et pour les valeurs, la famille. J’ai un attachement profond.

Parlez-nous de comment vous avez forgé votre identité acadienne à partir de votre enfance à Tracadie jusqu’à aujourd’hui?

Ma mère vient de Matane, mon père de Tracadie. J’ai été conçu à Hamilton. Mes parents ont déménagé au Nouveau-Brunswick quand j’avais un an pour nous élever dans un village où le temps était plus lent. On a été élevé dans une maison près d’une rivière. C’est une enfance parfaite qui m’a donné la base des valeurs que j’essaie de transmettre à mes filles. Les valeurs de la famille et de la musique. On dirait que dans la musique il y a tout : la communication, la joie.

Je suis parti de la péninsule acadienne et j’ai fait des comédies musicales. Cela m’a permis de me promener en France, en Asie, pour finalement revenir aujourd’hui à la source qui est la musique acadienne qui m’a bercé dans mon adolescence. Je pense à des groupes comme 1755 et Bois-Joli.

Mes filles sont nées à Tracadie et je les y emmène en vacance. Je veux qu’elles sachent d’où elles viennent et se fassent transmettre la culture qui est importante à mes yeux.

Comment avez-vous été initié à la musique?

Mon père a fait de la musique toute sa vie. Des instruments ont traîné dans la maison toute notre jeunesse. Quand j’ai eu ma première peine d’amour, mon premier réflexe a été de prendre une guitare et de demander à mon père de me montrer les accords. J’en ai appris trois et j’ai écrit une chanson sur ce que je vivais à 14-15 ans. J’ai compris que j’avais toutes les bases pour plonger dans la musique.

Saut dans le temps, j’étais en sciences pures à l’université, puis la musique a pris beaucoup de place dans ma vie. J’ai décidé de mettre une pause d’université pour écrire des chansons. J’avais comme but de participer à des concours comme celui de Granby.

Jean-François Breau. Crédit image : Marï Photographe

Comment vos parents ont-ils pris la nouvelle?

Ma mère était confiante. Elle m’a dit  »Jean-François, j’ai toujours voulu faire partie d’une troupe de danse contemporaine, mais je n’ai pas suivi mon instinct. Vas-y! »

Mon père a pris quelques jours pour avaler la pilule, mais a fini par me suivre en devenant mon gérant pendant 20 ans.

Quel a été votre premier contrat professionnel?

Ma première vraie job de chanteur a été en 1998 pour la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris. Mon père m’a présenté à Luc Plamondon lors du Gala de l’ADISQ comme le gagnant du Festival de Granby qui venait de passer un mois avant. Louise Forestier qui était à côté était juge à Granby. Elle a encouragé Luc Plamondon à écouter mon père. Il m’a convoqué chez lui quatre jours plus tard.

Je me suis retrouvé comme doublure de Sylvain Cossette. J’y ai rencontré par hasard ma femme Marie-Ève Janvier. On s’est suivi dans ce spectacle durant plusieurs années. On a fait 200-300 spectacles avec Notre-Dame-de-Paris. Ce spectacle m’a amené à Las Vegas dans le début des années 2000. Je suis revenu, j’ai fait mon premier disque. J’ai auditionné pour Don Juan par la suite.

Qu’est-ce que vous aimez dans les comédies musicales?

C’est comme demander à un athlète de faire un Iron Man. Tu dois clancher dans la course, la natation et le vélo. Avec Don Juan, on faisait parfois huit spectacles par semaine. Tu fais du jeu sur scène, des chorégraphies et tu chantes. Avant d’en faire, je n’avais pas le réflexe d’en consommer. J’ai compris ce que c’était et ce que ça demandait comme talent. Il faut être un artiste complet dans la façon de chanter et de bouger.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de tournée avec Marie-Ève Janvier?

Quand on est sorti de Don Juan, on était amoureux et on a fait un bout de carrière ensemble. On a fait la tournée des petites salles de moins de 200 places dans l’est du Québec avec une vingtaine de spectacles dans l’été. C’était comme une lune de miel.

On a fini par mettre une pause au travail ensemble. Marie-Ève a commencé l’animation télé et moi de même. On a fait nos projets séparés et ça nous a donné l’espace pour que notre fille arrive.

Comment est né Salebarbes?

J’animais l’émission Prise de son il y a cinq ans. Kevin McIntyre (actuel bassiste) était le réalisateur-monteur, Éloi Painchaud avait été appelé pour être le directeur musical. Le concept de l’émission était un blind-date entre trois auteurs-compositeurs de la relève. On enregistrait dix de leurs chansons pendant deux jours. Après de longues journées d’enregistrement, on jouait de la musique ensemble. Un soir à Kapuskasing, on se met à faire une chanson  »Marcher l’plancher » à la guitare-basse-drum. Le lendemain, Éloi nous dit qu’il veut faire un band cajun et l’appeler Salebarbes.

Aux Îles de la Madeleine, une salebarbe est un filet de pêche. C’est significatif et ça sonne bien. On a un band ! On n’a pas de chanson ni de spectacles. Éloi appelle le diffuseur du bar  »Les pas perdus » aux Îles. Quelques jours plus tard, c’est plein. 200 personnes ont acheté des billets pour aller voir Salebarbes. Ils ne savent pas c’est quoi, mais se disent que ça va être bon. On réserve donc une deuxième soirée.

Salebarbes. Crédit image : Pat Beaudry

On finit la tournée de l’émission Prise de son. Lors du pilote de l’émission, on avait enregistré dans le studio de George Belliveau qui était un ami de Kevin. Il nous avait vus aller et aurait tellement voulu faire partie de l’émission.

À la fin de la tournée, il a entendu dire qu’on était en train de se faire un band. Il vient alors chez nous pour jouer de la musique. On fait un party de cuisine. George sort son violon et se met à chanter avec nous. On voit dans son œil qu’il veut faire partie d’un groupe comme le nôtre. On lui demande s’il embarque et nous sommes rendus cinq musiciens. On se monte alors une liste de chansons acadiennes.

On part aux Îles-de-la-Madeleine. Arrivé à l’auberge, on joue pendant 24 heures en ligne pour se monter un set. Le lendemain, on a mangé une poutine aux pétoncles puis on a fait le premier spectacle à vie de Salebarbes.

Que représente la fête des Acadiens à vos yeux?

J’ai souvenir d’un 15 août sur la bute du Calvaire à Caraquet. Il y a 25 000 personnes qui font un tintamarre. Originalement, c’est un prêtre à Moncton qui avait demandé aux gens de sortir dans les rues avec toutes sortes de chaudrons pour crier la fierté d’exister.  »On est vivants! On est encore là! » Il y en a partout au Nouveau-Brunswick.

Je m’y retrouve avec un ami du Lac-Saint-Jean. Après le tintamarre, il me dit avec beaucoup d’émotions dans la voix  »J’ai l’impression qu’en Acadie vous savez pourquoi vous fêtez et qu’on a perdu ça au Québec ».

C’est une fête identitaire familiale dans une province où le français est barouetté. Elle est essentielle. C’est un antidote à la grande déportation qui est une catastrophe dans l’histoire acadienne.

Jean-François Breau. Crédit image : Marï Photographe

À quoi s’attendre de Salebarbes à court et moyen terme?

On prépare une série d’une soixantaine de spectacles jusqu’au mois de décembre. C’est complet partout! À moyen terme, on prépare la création de notre troisième disque qui devrait sortir l’été prochain. On a beaucoup de spectacles, de réactions, je n’ai pas connu souvent une telle effervescence dans ma vie! »


LES DATES-CLÉS DE JEAN-FRANÇOIS BREAU :

1978 : Naissance de Jean-François Breau

1998 : Première montée sur scène professionnellement

2001 : Premier album Jean-François Breau

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le Sud de l’Ontario, à voir absolument

Le Sud… ça sonne toujours bien et dans presque toutes les situations. Oui, le Sud à cette réputation d’être un lieu idéal pour se relaxer, bien boire et bien manger. Pour ne pas déroger à la règle, ONFR+ a trouvé pour vous, cinq idées d’activités dans le Sud de l’Ontario à faire et à refaire. Petit bonus, certaines activités en comprennent plusieurs.

Le Comté du Prince-Édouard

Se prélasser au parc provincial Sandbanks

C’est le week-end et la moitié d’entre vous veulent faire du camping, l’autre, aller à la plage. Rassurez-vous, les deux sont possibles. Il suffit de choisir une des trois plages de ce parc provincial situé au sud de Kingston. Il est connu pour ses plages de sable et pour la plus grande formation de dunes et de bancs de sable en eau douce au monde.

Au Sud de l'Ontario le parc provincial Sandbanks.
La plage Dunes au parc provincial Sandbanks sur le lac Ontario. Crédit image : James R.D. Scott / Moment via Getty Images

La plage Dunes propose un espace de jeux pour enfant, un snack-bar, des tables de pique-nique et des barbecues.

La plage Lakeshore est la plus longue plage du parc. Pourtant, elle reste la moins touristique.  

Sur la plage Outlet, il y a une section pour animaux, mais c’est surtout « un spot de surfeur », vous pouvez donc y pratiquer un sport à voile.

Les trois plages du parc provincial Sandbanks. Montage ONFR+

Les plages de Sandbanks ne sont, par contre, pas surveillées, il n’y a donc pas de sauveteur à proximité. Il est conseillé de réserver une place à l’avance.

Sandbanks, c’est aussi des randonnées, peu ardues, donc faciles pour toute la famille.

À perte de vue

Au-delà d’être un moyen de remplir votre compte Instagram de photos hautes en couleurs, les champs de lavandes Millefleurs sont un excellent moyen pour relaxer. Appréciée pour son rôle apaisant et ses vertus relaxantes, la lavande de Millefleurs se situe à Wellington, à trois heures d’Ottawa dans le Comté du Prince-Édouard. Vous pouvez aussi organiser un shooting photo privé (mariage, baptême etc.).

Sud de l'Ontario : Millefleurs
L’entreprise Millefleurs est basée à Wellington dans le Comté du Prince-Édouard. Crédit image : Millefleurs

Avec plus de 5000 plantes, l’entreprise fabrique également du vin de miel, plus communément appelé, hydromel. Il est possible de déguster leurs vins sur place tout en observant les champs de lavandes et en vous laissant bercer par le doux bruit des abeilles.

Aucune réservation n’est requise et le prix d’entrée est de 5 $ par personne.

Niagara-on-the-lake

Si vous ne le savez pas déjà, l’industrie du vin en Ontario est florissante. Sur la rive sud du lac Ontario, la région du Niagara possède plus de 80 vignobles. Faites la route des vins à vélo et comparer les appellations régionales du Niagara ou réserver un tour en bus et son chauffeur avec le Magic Winery Bus. Assistez à des dégustations ou faites une visite guidée avec winecountryontario.ca.

Plus de 80 vignobles vous attendent dans la région du Niagara. Crédit image : Getty Images

Creemore

À 130 kilomètres au Nord de Toronto et à 40 minutes à l’ouest de Barrie, vous trouverez Creemore. L’immersion commence aux portes de ce petit village chaleureux. D’ailleurs, le nom Creemore vient du gaélique « croí mór » qui signifie grand cœur.

Creemore. Crédit image : Instagram, creemoreontario

Pour visiter Creemore, tout est dans l’immersion. Suivez l’histoire de Creemore, en visitant la prison qui a eu comme premier détenu une vache. Considérée comme la plus petite prison d’Amérique du Nord (15×20 pieds) avec ses 3 petites cellules. La prison a été construite en 1892 et vous pouvez la visiter pendant l’été.

La plus petite prison d’Amérique du Nord. Crédit image : Peter Broster/ CC

Finissez la journée en beauté, en visitant la brasserie Creemore Springs, et commandez le gâteau aux carottes chez Bank Café – on nous dit que c’est le meilleur.

Le village d’Elora

Parce que visiter des villages c’est aussi découvrir sa région et ses traditions, le village d’Elora, non loin de Guelph est le parfait endroit faire une escapade de week-end à une heure seulement de Toronto.

Elora c’est aussi une zone de conservation couvrant plus de 350 acres de terres naturelles. La Grand River traverse le village et offre d’innombrables spots photographiques.

Le village est connu pour son architecture datant du XIXe siècle avec de nombreux bâtiments historiques et maisons d’héritages. Il attire un bon nombre de touristes chaque été grâce aux gorges d’Elora et ses falaises de calcaires. 

Vue sur le village d’Elora et la Grande Rivière. Crédit image : Getty Images

Un petit bonus se trouve entre Elora et Fergus, une carrière abandonnée où l’on peut se baigner paisiblement. Les falaises qui entourent la zone de baignade de deux acres atteignent environ 12 mètres (40 pieds), de quoi se sentir isolé même à une heure de Toronto.

Article écrit avec la collaboration d’Abigail Alves Murta.

Des milliers d’abonnés retrouvent le courant après une panne au centre-ville de Toronto

TORONTO – Une importante panne de courant a frappé le centre-ville de
Toronto alors que des milliers d’abonnés étaient privés d’électricité depuis le
début de l’après-midi jeudi.

Hydro Toronto et Hydro One ont fait savoir vers 20h que la panne avait été résolue pour quasiment tous les abonnés de leurs services.  Une grue qui est rentré en contact avec des lignes de transmission à haute tension dans la région de Port Lands est la cause de cette panne. L’incident est survenu dans le cadre de travaux à l’usine de traitement des eaux d’Ashbridges Bay par la compagnie Southland-Astaldi Joint Venture. Aucune blessure n’a été rapporté, selon un communiqué de la Ville de Toronto.

« La Ville a lancé une enquête complète et a demandé un rapport complet à l’entrepreneur principal pour comprendre ce qui s’est passé et ce qui doit être fait pour s’assurer que cela ne se reproduise plus. »

Des feux de circulation étaient inactifs pendant plusieurs heures mais ils ont été gérés par des agents de la Police de Toronto.

Des retards importants ont eu lieu sur les trajets, a indiqué la Commission de transport de Toronto. Des ascenseurs au centre-ville se sont aussi retrouvés hors service pendant plusieurs heures.

Cet article a été mis pour la dernière fois à jour à 21h45

L’Ontario français à saveur latine

La francophonie plurielle se prononce bien cette semaine par sa touche latine de la part des artistes Cristian de la Luna et Aurel. Sans oublier le théâtre et le cinéma, cette semaine s’annonce diversifié pour tous les âges et tous les intérêts.

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Musique

Cristian de la Luna, une touche latine à Wasaga Beach

Commandez votre boisson préférée et laissez-vous emporter par les rythmes latins du chanteur colombien, Cristian de la Luna, au Bananas Beach Club. Le bar se trouvant juste en face de la plage vous offrira une belle vue sur ses eaux claires tout en vous permettant d’apprécier les chansons françaises et espagnoles de Cristian. Le chanteur polyglotte a fait ses premiers pas dans la langue de Molière lorsqu’il a émigré au Québec à l’âge de 17 ans. Depuis, il cultive son don à réunir le pays en chanson avec sa langue natale et celle qui l’a accueillie.

Cristian de la Luna. Crédit image : Gabriel Lima.

Assistez au spectacle de Cristian de la Luna le samedi 13 août dès 13h30 au Bananas Beach Club à Wasaga Beach. Entrée gratuite.

La Place des Arts du Grand Sudbury prête sa scène en célébration de Culture Matrix : Black Arts Festival

Dans le cadre de Culture Matrix : Black Arts Festival, festival organisé par Black Lives Matter Sudbury, artistes locaux francophones et internationaux se rassembleront en célébration du lancement du festival dans La Place des Arts du Grand Sudbury. Au niveau local, il y aura notamment Aurel, l’artiste franco-mexicaine basée à Sudbury qui jouera deux chansons. Une en français et l’autre en anglais. La première intitulée Feu de camp, est une chanson qu’elle réalise dans le cadre de sa résidence artistique avec La Slague, qui porte sur les feux entre amis qu’a fait la chanteuse pendant l’été. La deuxième intitulée In the Pouring Rain, est une chanson dont le texte a été écrit au Mexique et inspiré par la saison des pluies de sa région natale de San Cristobal de las Casas.

La soirée se poursuivra avec des spectacles d’artistes de renommée internationale tels que Bryden Gwiss, chanteur de pow-wow, Manny Dingo, artiste canadien et drag king, Naya Ali, rappeuse franco-canadienne, et Haviah Mighty, rappeuse canadienne.

Aurel. Crédit image : Anny Zuñiga.

Assistez aux célébrations de Culture Matrix : Black Arts Festival le samedi 13 août. Les spectacles se dérouleront dans La Grande Salle de La Place des Arts du Grand Sudbury dès 19h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Théâtre

L’occasion de vous laisser emporter par votre imagination

Profitez des dernières semaines de vos enfants avant la rentrée scolaire en vous plongeant dans l’univers étrange de la pièce théâtrale Alice et le temps perdu de Marie-Thé Morin, une production de Vox Théâtre. Adapté du célèbre conte Alice aux pays des merveilles, le spectacle sera accompagné de plusieurs ateliers pour pousser encore plus loin l’imagination des jeunes. Lors de l’atelier préspectacle, les jeunes seront appelés à jouer une courte scène de la pièce. Après le spectacle, ils seront mis à l’épreuve à improviser leur propre conte.

Crédit image : Crédits : Andrew_Howe / : E+ via Getty Images.

Assister à l’atelier Alice et le temps perdu au Parc Richelieu d’Ottawa le dimanche 14 août de 13h à 16h. Entrée gratuite.

Films

Ciné-club au Centre francophone de Hamilton : Cherchez la femme de Sou Abadi (2017)

Le Ciné-club est de retour au Centre francophone de Hamilton avec le film Cherchez la femme au cœur du programme de ce prochain échange.

Prêt à partir pour New York faire leur stage aux Nations Unies, le jeune couple Armand et Leila est dénoncé par Mahmoud, le grand frère de Leila qui s’oppose à leur relation amoureuse. Revenant d’un long séjour au Yémen, Mahmoud a été radicalement transformé et pour rester ensemble, Armand décide de se lancer dans un plan farfelu afin de garder l’amour de sa vie.

Cherchez la femme. Crédit image : The Film.

Assistez au visionnement du film Cherchez la femme de Sou Abadi le jeudi 11 août à 18h30 sur Zoom. Inscrivez-vous ici pour participer à l’échange.

Jeux du Canada 2022 : quand le modèle franco-ontarien inspire

NIAGARA – De l’avis des observateurs in situ, la représentativité de la francophonie et l’accès à ses services aux Jeux de l’été du Canada 2022 qui se déroulent à Niagara du 6 au 21 août n’ont jamais été égalés dans l’histoire des Jeux, un travail qui inspire plus d’un…   

« On assiste aujourd’hui, à Niagara, à la plus grande présence francophone aux Jeux du Canada depuis leur création. Cela fait vraiment plaisir et c’est pas mal justifié », confie fièrement Jean Chartrand. 

Fier, le secrétaire et trésorier du Centre communautaire Le Griffon de Niagara peut l’être. En effet, avec, entre autres, une signalisation et une communication bilingue sur les sites de compétition et une armée de petits soldats bénévoles francophones reconnaissables à leur badge et leur drapeau franco-ontarien miniature, les visiteurs francophones ne peuvent s’égarer ou se plaindre d’une quelconque discrimination linguistique durant cette manifestation.

Jean Chartrand, secrétaire et trésorier du Centre communautaire Le Griffon de Niagara. Crédit image : Soufiane Chakkouche

« Selon les dernières informations en ma possession, on est arrivé à 540 bénévoles bilingues avec 40 bénévoles qui travaillent ici, au pavillon francophone », estime Mélissa Beaudet, coordonnatrice du pavillon francophone.

Pour rappel, c’est la première fois dans l’histoire des Jeux qu’un pavillon dédié à la francophonie est dressé au cœur de ce centre névralgique de l’événement qu’est la place Niagara.

Les organisateurs des Jeux 2023 en éclaireurs

Avec ses 1600 pieds carrés de surface, ce chapiteau est l’un des plus imposants de la place et offre une multitude d’informations et d’activités à ses visiteurs, à l’instar de la toile collective proposée par l’artiste multidisciplinaire, Andréa Létourneau.

« Étant une Franco-Ontarienne, de Niagara de surcroît, je suis vraiment très fière d’avoir été choisie comme artiste dans ce pavillon de la francophonie au cœur d’un événement aussi grandiose que les Jeux du Canada », livre cette dernière au micro d’ONFR+.

L’artiste franco-ontarienne, Andréa Létourneau au pavillon de la francophonie. Crédit image : Soufiane Chakkouche

Par ailleurs, c’est dans ce même pavillon qu’on a croisé Michelle Blanchard, l’œil aux aguets et l’oreille tendue. La dame n’est autre que la coordinatrice des langues officielles et porte-parole francophone aux Jeux d’hiver du Canada 2023.  

« Je suis là avec quelques collègues pour apprendre, faire un transfert de connaissances et m’inspirer de ce qui se fait ici afin de voir comment on pourrait faire ça en plein hiver à l’Île-du-Prince-Édouard. J’ai par exemple assisté à la cérémonie d’ouverture ici et je peux vous dire que le français y a été très bien intégré et d’une manière très professionnelle », reconnaît-elle.

Et de relativiser. « Toutefois, le défi est un peu différent pour nous parce que notre communauté francophone est assez petite comparée à l’Ontario, mais on va faire en sorte qu’il y ait une belle présence francophone tout au long de nos Jeux. »

Michelle Blanchard, coordinatrice des langues officielles et porte-parole francophone aux Jeux d’hiver du Canada 2023. Crédit image : Soufiane Chakkouche

Les responsables des Jeux 2025 en veulent aussi!

Peu importe la saison, les planificateurs de la chose francophone aux Jeux d’été du Canada 2025 ne sont pas en reste, à en croire Mme Beaudet.

« J’ai eu une rencontre intéressante avec les responsables des Jeux 2025 et ils sont intéressés par un transfert d’informations dans le but d’évaluer la possibilité de développer un concept francophone pour leurs Jeux en s’inspirant du nôtre. »

Et de conclure : « Je pense que ce qu’on a fait à Niagara va vraiment influencer les futurs Jeux et le travail qu’on a fourni va être légué pour mieux supporter la culture francophone dans toutes les provinces du Canada. » 

Mélissa Beaudet, coordonnatrice du pavillon francophone. Crédit image : Soufiane Chakkouche

À titre informatif, le Conseil des Jeux du Canada a jeté son dévolu sur la province de Terre-Neuve-et-Labrador pour organiser ces prochains Jeux d’été. Cependant, la population francophone de cette province ne représente que 4,75 %, ce qui risque de rendre le défi encore plus grand, notamment en ce qui concerne le recrutement des bénévoles bilingues. Ce lègue franco-ontarien tombe donc à point nommé.

Un budget sans grands changements sous le spectre de l’inflation

TORONTO – La mise à jour fiscale du budget provincial de 2022 n’apporte pas vraiment de nouveautés, comparée à sa première version déposée en avril dernier. Pourtant, deux nouveautés apparaissent dans cette bible économiste.

Un budget qui s’attaque à l’année en cours, mais qui révèle de nombreux impacts sur un plus long terme. Peu de changements, les dépenses envisagées sont en fait quasiment les mêmes que dans le budget déposé en avril dernier lors de la dissolution de l’Assemblée législative.

La seule chose ayant augmenté, sont des dépenses soutenants les intérêts de la dette – environ 100 millions – les dépenses prévues représentent maintenant et environ 198,8 milliards de dollars.

Pour l’économiste en chef du Conférence Board, Pedro Antunes : « Vous savez, l’inflation est très néfaste pour les consommateurs, mais c’est bon pour les gouvernements. »

Avec l’inflation, les prix des impôts et des taxes sur les produits augmentent, car elle est basée sur la vente. « Un exemple simple est celui des taxes sur les ventes au détail. Si le prix d’un produit a doublé, la taxe sur ce produit a également doublé. »

Ainsi, les revenus du gouvernement sont plus élevés et « même si l’inflation est forte, ceci ne va pas régler le déficit ». En Ontario, la dette, par rapport à son PIB est l’une des pires au Canada.

Actuellement, la dette de l’Ontario représente à 40.4 % du PIB. « Le plan fiscal annoncé ce 9 août indique que la situation se stabilise en 2022-23. Pendant la pandémie (en 2020-21), la dette nette s’est élevée à presque 44 % du PIB nominal. »

Un équilibre pour l’Ontario

Il est difficile de prévoir un retour à la normale. « Dans le temps du budget, au mois d’avril, on nous parlait d’un retour à l’équilibre en 2027/28 », souligne l’expert.

« Mais ce n’est pas clair, on voit dans le budget qu’il y a une amélioration fiscale, certes, mais la prévision de croissance pour l’année en cours nous indique que l’économie doit ralentir dans le prochain trimestre. »

M. Antunes constate également que la construction résidentielle est en train de s’abaisser. « Nous le voyons, l’inflation retire les effets de la surconsommation en réduisant le pouvoir d’achat aux ménages ontariens. »

Et rajoute : « Les consommateurs sont encore en bon état, beaucoup ont épargné pendant la pandémie, on est en train de vivre sur nos surplus. »

Pour l’économiste, ce sera un défi pour le gouvernement, de revenir à la normale. Même si la Banque du Canada et la Réserve fédérale des États-Unis augmentent les taux d’intérêt pour freiner l’inflation. C’est le « soft landing », l’idée étant de faire un ralentissement économique mais en douceur.

« Les mesures de Ford auront un impact sur l’inflation, si on baisse les taxes, comme cela a été fait avec l’essence. »

Pedro Antunes, économiste en chef au Conférence Board du Canada. Gracieuseté

Un budget pas forcément prudent

 « Je ne vois pas trop de prudence dans ce budget », nous dit l’économiste, « beaucoup de dépenses en infrastructures et en santé, ce qui est quand même une bonne chose ».

« C’est un budget de dépense. On devrait avoir un budget capable et préparé pour les crises à venir. »

Pour Pedro Antunes, le chômage est à un niveau très bas, ce sont même des records, 5,3 % pour l’Ontario, c’est presque du jamais vu, « nous sommes en plein emploi ».

« Dans le budget, on dit que le niveau d’emploi est bien au-dessus, par rapport à avant la pandémie », 370 000 postes sont à pourvoir en Ontario, soit plus de 190 000 de plus qu’en février 2020.

Le gouvernement injectera 1,8 milliard de dollars dans le travail, la formation et le développement des compétences.

Cependant, il faut s’attendre à encore plus de pression sur le marché du travail, puisque de nombreux retraités, « au lieu de partir à la retraite durant la pandémie, ne le font que maintenant ». Dans six ou sept ans à venir, les derniers baby-boomers prendront leur retraite. « Cette énorme frange de la population est encore bien dans le marché du travail et cette cohorte va se retirer très bientôt. »

« Il y a des défis énormes dans l’industrie des chauffeurs/camionneurs, la cohorte de baby-boomers est très importante dans ce secteur. »

Les grandes lignes du budget

« 33 400 postes vacants dans la santé en 2022, c’est le double qu’en 2019 », s’insurge M. Antunes, « c’est inquiétant ».

De gros montants sont alloués à la santé, comprenant l’engagement de 27 000 personnes en santé. « Près de 70 milliards de dollars pour la santé, c’est 42 % des revenus du budget. »

En éducation, « on aime tout ce qui touche à la capacité productive de l’économie », déclare l’expert.

Depuis les derniers 20 ans, ce n’est pas l’investissement en machineries, manufactures ou autres qui rapporte le plus, selon l’économiste en chef, « mais la croissance vient de l’économie du savoir ».

« C’est le capital humain, donc plus d’éducation. Il faut savoir que ce sont les gens avec des diplômes qui sont très recherchés dans le marché du travail au Canada, c’est un avantage comparatif. »

En ce qui concerne le logement et l’immobilier, l’économiste dit : « Il y a de nouvelles mises en chantier, et il va y avoir une grosse hausse du stock résidentiel au fil des prochains trimestres en Ontario. » Il rappelle aussi que le niveau des ventes a chuté d’environ 40 %.  

 « C’est un budget qui investit dans de bonnes infrastructures », admet M. Antunes, « et qui contribue à la croissance économique à long terme. Il sera difficile d’atteindre un équilibre fiscal et de se préparer au prochain problème géopolitique ».

Pour l’expert, il faudra tout de même garder un œil sur le risque de ralentissement économique.

Deux nouvelles mesures dans le budget

  • Une augmentation de 5 % pour le POSPH (Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées).

Le gouvernement promet d’augmenter le taux de soutien du revenu de 5 % à compter de septembre 2022 pour les familles et les particuliers qui en bénéficient. Le ministre des Finances assure également que le taux du POSPH sera ajusté sur l’inflation pour protéger les bénéficiaires de la hausse des coûts.

  • 225 millions de dollars additionnels en éducation en paiement direct pour les parents.  

En avril 2022, le gouvernement avait lancé un programme de tutorat dans la province, un investissement de 175 millions de dollars. Dans cette nouvelle version, le gouvernement renforce le programme en ajoutant 225 millions de dollars supplémentaires en paiements directs aux parents « afin de les aider à donner le soutien dont leurs enfants ont besoin pour leur rattrapage scolaire ». Cette subvention vise à pallier la longue absence des élèves ontariens durant la pandémie.

Pour l’économiste, ceci est très positif, mais « tout reste à voir dans l’application du programme ».

Les plaintes sur les services en français en augmentation en 2021-2022

TORONTO – Le rapport de l’ombudsman Paul Dubé sorti mercredi note une hausse d’augmentation des plaintes concernant les services en français en Ontario.

La commissaire aux services en français Kelly Burke notait une hausse de 15 % des plaintes dans son rapport en décembre 2021 couvrant la période d’octobre 2020 à septembre 2021 avec 351. Mercredi, Paul Dubé note une hausse de 35 % concernant les plaintes sur les services en français entre avril 2021 et mars 2022 avec 361. Kelly Burke doit sortir son rapport annuel à la fin de l’année. L’ombudsman de la province note une augmentation constante qu’a reçue le commissaire adjointe dans les deux dernières années sur la langue de Molière. 

« La commissaire est engagée à faire beaucoup de sensibilisation. Une des premières choses à faire est de sensibiliser les gens et de les éduquer et de les informer de leurs droits et ensuite, comment ils peuvent faire valoir ces droits. Que ce soit un commissaire aux langues ou un ombudsman, on est toujours en mode sensibilisation, car les gens comprennent mal notre rôle et nos mandats », a soutenu Paul Dubé en conférence de presse à la suite de la sortie du rapport.

Kelly Burke, ombudsman adjointe chargée des services en français.
Kelly Burke, ombudsman adjointe chargée des services en français. Crédit image : Jackson Ho

Hausse des plaintes

Interventions policières, mesures sanitaires dans le système de l’éducation ou encore les politiques de vaccination, le bureau de Paul Dubé a reçu 25 161 plaintes dans cet exercice, dont plus de la moitié (52 %) ont été réglées à l’intérieur de 14 jours. La majorité des plaintes, comme lors des récentes années, concerne le service correctionnel, les municipalités et les services aux enfants et la jeunesse. Il est aussi question de 1110 plaintes concernant les tribunaux, mais une énorme majorité, 964 de celles-ci, touche la Commission de la location immobilière.

Logements 

Les retards et problèmes à cette commission en ont fait l’organisme ayant récolté le plus grand nombre de plaintes pour une troisième année consécutive, avec 1110, soit un record. Paul Dubé indique qu’un rapport spécial est en préparation à ce sujet et devrait sortir dans les prochains mois. Concernant la restructuration du tribunal administratif, Paul Dubé note qu’il reste « beaucoup de travail à faire ».

« Ça n’avance pas rapidement et on a hâte de sortir nos recommandations bientôt (…) Il y a de la douleur des deux côtés », ajoute-t-il. « On a entendu des cas de difficultés chez les propriétaires comme chez les locataires. »

La Laurentienne

Les débâcles de l’Université Laurentienne, touchées par Kelly Burke en mars dernier dans un rapport spécial, sont revenues dans celui de Paul Dubé. La Commissaire aux services en français avait émis 19 recommandations aux ministères des Affaires francophones, Collèges et universités et La Laurentienne elle-même. Les trois partis se sont engagés envers ces recommandations après que Mme Burke ait conclu à un manquement à la Loi sur les services en français, notant même que les ministères et l’établissement avaient ignoré la Loi.

L’Université Laurentienne. Crédit image : Dominique Demers.

Réunions municipales et Convoi de la liberté

La pandémie a forcé une bonne partie des conseils municipaux à se tenir en mode virtuel et ça paraît dans le rapport de Paul Dubé alors qu’il note que les plaintes concernant la tenue de réunions à huis clos a connu une augmentation.

« Outre la publication de nombreux rapports sur ces cas, notre Bureau a élaboré des outils d’orientation à l’intention des municipalités pour qu’elles s’assurent que leurs réunions restent ouvertes et accessibles. »

Le Convoi de la liberté et les manifestations à Ottawa en février 2022 ont aussi généré des plaintes auprès du chien de garde des Ontariens.

« Certaines personnes ont eu le sentiment que le conseil municipal et la police n’en avaient pas fait assez pour assurer la sécurité publique, tandis que d’autres ont eu l’impression qu’ils avaient outrepassé leur pouvoir. Comme la surveillance de l’Ombudsman ne s’étend pas aux services de police municipale, nous avons transmis plusieurs de ces cas au Bureau provincial du directeur indépendant de l’examen de la police », peut-on lire.

Politiques de vaccination

L’implantation des politiques vaccinales obligatoires dans le système postsecondaire a généré une hausse de plaintes auprès des collèges et universités, les faisant bondir de 70 % par rapport à l’an dernier, note Paul Dubé.

« Certain(e)s étudiant(e)s ont eu des difficultés à trouver des renseignements sur la manière dont la politique s’appliquait à eux(elles), ou sur les critères d’exemption. D’autres n’étaient pas à l’aise à l’idée de devoir reprendre des cours en présentiel avec de nombreuses personnes, tandis que d’autres encore éprouvaient de la colère à constater que leurs cours étaient offerts uniquement en ligne », est-il écrit dans le rapport.

Le bureau indique aussi avoir reçu « une série de plaintes et de demandes de renseignements » concernant des personnes craignant de perdre leurs emplois en raison des politiques de vaccination obligatoire.

Un discours du Trône toujours sans la francophonie

TORONTO – C’est la lieutenante-gouverneure Elizabeth Dowdeswell qui a donné le coup d’envoi à la rentrée parlementaire le 9 août à la 43e législature avec le discours du Trône. Comme à son habitude, la francophonie est le grand oublié de ce discours, il aurait été étonnant de l’entendre différemment.

Bien que ce discours soit – à tout égard – une annonce conventionnelle, c’est aussi l’affirmation des grandes lignes directrices du prochain gouvernement.

La francophonie, pas une priorité

Même si la lieutenante-gouverneure a annoncé les titres de son discours en français, rien dans son allocution n’a fait mention des besoins de la communauté francophone. Plus généralement, quasi toutes les minorités sont oubliées.

Dans ce discours, annonciateur de crises à venir, certainement directives énoncées touchent tous les Ontariens et sont « de véritables défis ne pouvant pas être ignorés ».

« Il n’y a pas de solution facile, mais l’Ontario et le reste du Canada doivent se préparer à la possibilité d’un ralentissement économique à courte échéance. »

Et rajoute, que l’Ontario devra appliquer « une gestion économique prudente dans les mois et années à venir ».

L’inflation, maître mot de ce discours

Le gouvernement réitère les projets promis pendant la campagne électorale dans le but de pallier l’inflation qui fait rage. En expliquant les raisons de ces difficultés, la lieutenante-gouverneure rappelait que l’inflation avait atteint des niveaux jamais vus en presque quatre décennies. « Il n’existe pas de large consensus sur la vitesse à laquelle elle reviendra à des niveaux normaux. »

Combattre l’inflation par l’emploi semble faire partie du plan. « Près de 370 000 emplois ne sont pas comblés. La province fait face à une pénurie générationnelle d’effectifs et son taux de chômage est le plus bas depuis 1989. »

Il est question de routes, des autoroutes, du secteur automobile et notamment dans la construction des batteries pour voitures électriques, promettant de l’embauche. « Votre gouvernement investit une somme historique de 86,6 milliards de dollars. Ils seront répartis sur 10 ans pour construire et agrandir des routes, autoroutes et infrastructures de transport en commun dans tout l’Ontario », souligne Elizabeth Dowdeswell.

L’autre problème : la santé

« C’est le temps de redoubler nos efforts. L’Ontario doit construire un système de soins en santé et maintenir la province au travail. »

Après quelques louanges à propos de la campagne de vaccination en Ontario et de l’accès à de vaccins sûrs et efficaces, le gouvernement promet d’éliminer les exigences « d’expérience canadienne » pour les travailleurs étrangers dans le domaine de la santé. « La province veille à ce que les nouveaux arrivants qualifiés en Ontario soient en mesure de pratiquer les soins dès leurs arrivées. »

Le gouvernement s’engage aussi à subventionner l’apprentissage en école de médecine, « en échange d’un engagement de travailler dans une collectivité sous-desservie après l’obtention du diplôme ».

Comme largement annoncé durant les élections, le gouvernement construira et agrandira des hôpitaux comme à Brampton, Niagara, ou encore Ottawa.

« L’Ontario va construire plus de lits, 30 000 d’ici à 2028 et investira près de 5 milliards de dollars sur quatre ans pour engager plus de 27 000 nouvelles personnes. »

Les mesures phares

« Ces efforts ne pourraient qu’être facilités si le gouvernement fédéral payait sa juste part du financement des soins de santé. L’Ontario demande au gouvernement fédéral d’accroître sa part des dépenses provinciales et territoriales en soins de santé. »

Pour rappel, au début du mois de juillet, les 13 provinces et territoires, ensemble, demandaient du Transfert canadien en matière de santé, un partage permettant à ce que le fédéral participe à hauteur de 35 % – au lieu de 22 % – et que les provinces et territoires participent à hauteur de 65 %.

Enfin, le discours de la lieutenante-gouverneure a mentionné l’intention du gouvernement, dans les mois à venir, d’augmenter de 5 % les paiements par l’intermédiaire du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées. Cette mesure ne faisait pas partie du budget déposé au printemps.

« En guise de première étape, votre gouvernement a lancé un nouveau programme de tutorat à la grandeur de la province, soutenu par un investissement historique de 175 millions de dollars. »

En moyenne, près de 50 000 étudiantes et étudiants bénéficieront de ce programme chaque semaine.

Une mesure supplémentaire, ajoutée au budget, est la somme additionnelle de 225 millions de dollars sur deux ans, pour des subventions directes aux parents. Un investissement dans le but d’aider au rattrapage scolaire.

Marc Bissonnette : la haute couture sous toutes ses coutures

[UN FRANCO, UNE PASSION]

OTTAWA ­– Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente un nouvel épisode d’Un Franco, une passion. Que ce soit une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion hors du commun qui habite un Franco-Ontarien ou une Franco-Ontarienne, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Cap sur Ottawa avec Marc Bissonnette.

La semaine dernière, nous vous faisions découvrir la passion de Roxana Babinska. Cette semaine c’est un passionné de mode et de haute couture, Marc Bissonnette, qui nous invite sous son toit dans le quartier d’Overbrook à Ottawa. Chez lui, c’est en haut d’un escalier que nous pénétrons dans un salon blanc et lumineux, où tout ce qui s’y trouve est mis en valeur. Un véritable boudoir aux allures de salon classique, sobre et poudrée.

Dans ce salon – on vous le donne en mille – deux grandes bibliothèques encadrent une imposante cheminée. En s’approchant, les grands noms de la haute couture nous sautent aux yeux : Jean-Paul Gauthier, Thierry Mugler, Christian Dior, Chanel, Louboutin… et d’autres qu’on connaît moins, Manolo Blahník ou Oleg Cassini.

Des livres, des bibles, des manuscrits, des albums photos sur la mode, rien que la mode. Tous ses livres, M. Bissonnette les a un jour lus, d’autres feuilletés.

Il est aujourd’hui enseignant dans un cours sur la mode à l’école secondaire publique l’Alternative du CEPEO. Il fut auparavant directeur de l’école des médias, des arts et de la communication à La Cité.  

Une passion qui se pratique

Marc Bissonnette aime la haute couture sous toutes ses coutures. Née vers la fin du 19e siècle à Paris, la haute couture désigne la mode d’excellence et de la plus haute qualité. M. Bissonnette collectionne de nombreux livres sur la mode, mais sa passion va au-delà de sa collection.

Passion, collection mode et haute couture
Une partie de la collection de livres de M. Bissonnette. Crédit image : Lila Mouch

Il nous parle d’admiration, de création, d’histoire et d’art. Marc Bissonnette est passionné de mode depuis l’âge de 10 ans, aussi loin qu’il s’en souvient. « Lorsque j’étais enfant, ma mère me trainait partout avec elle et sa grande passion a toujours été les vêtements. »

« Le samedi ma mère avait un rituel, elle allait chez le coiffeur, puis faire sa manucure et enfin, elle allait à la Boutique Anik qui était sur Gatineau, maintenant à Ottawa », raconte-t-il. « J’étais assez jeune, mais je me souviens être assis sur un fauteuil de cuir blanc dans cette boutique et de regarder ma mère essayer des vêtements. Elle me demandait toujours mon avis », dit-il, un sourire aux lèvres en évoquant ce souvenir.

Là est, le point de départ, la Boutique Anik et sa propriétaire Marie Desmarais. Pour Marc Bissonnette, cette dernière était son mentor, il en parle comme d’un personnage haut en couleur et comme une deuxième mère. « Quand Marie revenait d’Europe, elle m’appelait pour me dire de venir voir ses nouvelles collections. »

« J’allais mettre de côté des vêtements pour ma mère », poursuit-il. J’adorais ça et pour moi, c’était ma deuxième maison. J’y ai même travaillé bénévolement à l’adolescence. »

Pendant ces nombreuses années auprès de Marie Desmarais, l’amateur d’art a peaufiné son don pour la mode.« Je connaissais toutes les pièces de la garde-robe de ma mère, puis j’ai très vite développé l’œil pour reconnaître le couturier derrière un vêtement. »

« Je partage ma passion, j’ai hâte, j’ai du plaisir, j’aime me lever le matin » — Marc Bissonnette

Ce passionné a eu droit à une réelle initiation à la mode, explique-t-il. En passant le plus clair de son temps dans la Boutique Anik en compagnie de Mme Desmarais, de tous ces vêtements de créateurs et de cette clientèle fortunée.

« C’est comme ça que c’est devenu une véritable passion », résume-t-il.

La mode, l’histoire d’une vie 

Par la suite, M. Bissonnette fera des études en sociologie de la mode à l’université, « mes travaux ont été dirigés par l’éminente sociologue Diane Pacom » puis, il s’inscrira à l’Académie de design de mode et de haute couture, Richard Robinson à Ottawa.

« Au début, je faisais un cours du soir sur l’histoire du costume. Je me souviens d’une fois où je regardais les élèves qui préparaient le défilé annuel et Mme Robinson est venue me voir en me disant : « vous avez des étoiles dans les yeux, vous devez peut-être vous inscrire dans ce cours« ».

« J’ai beau aimer la mode », reprend-il, « je ne savais absolument pas poser un bouton. Mais finalement j’ai fait un cours d’introduction à la couture, puis de haute couture de niveau un, haute-couture deux, haute couture trois et quatre ».

création haute couture
Créations de M. Bissonnette. Crédit image : Lila Mouch. Au milieu, Katheryn Humble qui porte les créations. Gracieuseté.

Avide d’apprendre, M. Bissonnette a assisté à de nombreux cours sur les accessoires et chapeaux. Mais au final, il avouera préférer les défilés à la confection.

Après avoir terminé de telles études et pouvant être considéré comme un expert dans le domaine, Marc Bissonnette est devenu le propriétaire de deux boutiques. Un retour à ses débuts, là où il avait tout appris. Il explique à quel point, il avait aimé habiller sa mère.

Pourtant, en même temps, il était directeur de l’école des médias, des arts et de la communication à La Cité. « Je n’avais pas le temps pour mes boutiques, je travaillais en moyenne 57 heures par semaine comme directeur. Alors, j’ai fermé les boutiques et peu à peu, à cause des exigences de mon poste, ma passion s’est éteinte », constate-t-il.

Passion un jour, passion toujours

Avant ça, avant de perdre ce qui l’anime, avant d’être un administrateur en chef, M. Bissonnette raconte qu’il passait des heures devant ses émissions préférées. « Je m’achetais les revues de mode dès leur sortie, je regardais tous les défilés ». Pourtant, il nous dit avoir eu un moment à vide, « je ne le faisais plus, je voyais la passion s’essouffler ».

« La mise en valeur par la haute couture, c’est quelque chose d’incroyable. » – Marc Bissonnette

Plein d’assurance, il a cru qu’il était rendu ailleurs dans sa vie.

« Mais vous savez quoi, une passion, ça ne s’éteint pas comme ça », s’exclame-t-il, des fois, la vie met en pause ce qui nous allume, simplement. »

Mode et Haute couture, la passion de Marc Bissonnette
Une partie de la collection de livre de mode. Crédit image : Lila Mouch

À présent, il se dit heureux et à l’écoute de sa passion. « J’ai eu carte blanche pour offrir mon cours sur la mode, c’est un projet pilote, et mes élèves sont très bons. »

C’est des étoiles plein les yeux et avec beaucoup d’humilité qu’il nous dit : « Je partage ma passion, j’ai hâte, j’ai du plaisir, j’aime me lever le matin. Ma direction voit que les élèves ont du plaisir (… ) Il faut être authentique et aimer les jeunes, puis moi j’aime les jeunes », renchérit-il.

Une passion inévitable

« On vient d’une famille, où cela compte beaucoup le style », admet-il. « Ma mère, sa sœur, ses amies faisaient partie d’un cercle un peu huppé. À l’époque, leurs sorties, c’était d’aller à des ballets et à l’Orchestre symphonique. »

Marc Bissonnette se rappelle que lorsqu’il était enfant, il était fasciné par les vêtements que portaient sa mère et ses amies. « Parfois, elle me disait, « je n’aime pas qu’on me regarde« mais moi, c’était tout le contraire, dès qu’on se retournait pour regarder ma mère, j’étais fier. »

Les grands couturiers qui l’ont passionné et inspiré sont les grands classiques comme Chanel, Dior, Valentino, Givenchy et Yves Saint-Laurent. Plus récemment, Alexander McQueen et Versace. « Si vous regardez Breakfast at Tiffany’s (Diamants sur Canapé), c’est ce genre-là que j’aime », décrit-il. « La robe noire de Givenchy, j’aime le classique et le chic, les choses indémodables. Le chic aura toujours sa place. »

Ce qui plaît à cet épicurien, c’est l’élégance. « La mise en valeur par la haute couture, c’est quelque chose d’incroyable, même si c’est très dispendieux », déclare-t-il.

En effet, d’après le magazine Vogue, contrairement au prêt-à-porter, les pièces haute couture n’ont pas un prix fixe. Le prix se calcule en fonction du coût de chaque matière et du nombre d’heures passées à la création de la pièce. Il est possible de passer 1000 heures sur un vêtement.

Dans sa bibliothèque, en plus de Chanel, Schiaparelli, Balenciaga ou encore Bottega Veneta, on trouve même le styliste québécois Michel Robichaud.   

On y trouve l’histoire de la grande maison Louis Vuitton, ainsi que plusieurs livres sur Yves Saint-Laurent. Des livres sur les couturiers eux-mêmes, sur la mode en général, on y apprend la confection de chaussures où l’art des accessoires.  

250 livres tous différents, retraçant l’histoire de la mode et de la haute couture depuis ses débuts.  

La mode est une énorme machine et l’influence de la haute couture est mondiale. Pour M. Bissonnette, c’est une culture, mais c’est aussi de l’art. La haute couture, c’est un laboratoire d’idées et de techniques. « Je suis allé chez Yves Saint-Laurent à Paris, trois semaines avant son décès. C’était impressionnant, les détails, le travail, c’est du génie –  le nombre d’heures, en moyenne, nécessaires pour créer une robe simple ou un costume de haute couture simple est de 150 heures – ce sont des vêtements exclusifs. »

Une passion pour la haute couture qui s’est transformée dans une autre collection : les objets de luxe. « J’ai une carafe Gucci, Baccarat aussi et une trentaine de pièces de René Lalique. Que voulez-vous, j’aime le beau et les choses raffinées. »

Cinquante jeunes leaders francophones des Amériques réunis à Ottawa

OTTAWA – Des francophones et francophiles de 18 à 35 ans des quatre coins du continent se réunissent tout au long de la semaine pour le sixième Forum des jeunes ambassadeurs de la francophonie des Amériques, à l’Université Saint-Paul.

Sélectionnés par le Centre de la francophonie des Amériques comme ambassadeurs de la francophonie, les 50 candidats seront portés à réfléchir à la langue de Molière d’aujourd’hui et de demain, au cours de formations sur le leadership et l’identité. 

En plus de participer à six conférences, gratuites et accessibles au grand public, et à des activités multiples, le contexte de rencontre du Forum est propice à « tisser des liens et apprendre à connaître des gens avec des réalités et défis similaires, d’en jaser, et de créer des amitiés et réseau », explique Flavie-Isabelle Hade, directrice générale adjointe et directrice de la programmation. 

Flavie-Isabelle, Flavie-Isabelle Hade, directrice générale adjointe et directrice de la programmation du Centre de la francophonie des Amérique. Gracieuseté : Centre de la francophonie des Amériques

« En francophonie canadienne, on parle souvent de l’isolement, le territoire est très grand. (…) Imaginez quand on parle au niveau continental! », souligne-t-elle en entrevue avec ONFR+.

Selon elle, la formule et le lieu de l’édition de cette année sont bonifiés, dans le contexte franco-ontarien dans lequel le tout se déroule.

Rencontres et anticipations

Parmi les 500 personnes ayant postulé, Mélina Leroux, Scott Tilton et Chantal Conception Arellano Pena font partie des candidats sélectionnés.

Pour Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), le chemin vers le Forum n’est pas long à faire. Originaire de l’Est ontarien, elle a travaillé dans plusieurs villes à travers l’Ontario.

Dans le cadre du Forum, cette dernière aimerait discuter de ses propres questionnements en tant que gestionnaire en contexte francophone minoritaire avec des gens venus de différents domaines et contextes francophones.

Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne. Gracieuseté : FESFO

« À travers mes différentes expériences, j’ai croisé des gens et vécu des choses, je finis toujours par m’arrêter puis me demander : « Mon identité à l’air de quoi? » » 

Les adolescents, avec lesquels elle travaille quotidiennement, portent selon elle les mêmes questionnements identitaires. Exposée au « terrain » de la réalité langagière des jeunes, Mélina Leroux souhaite transmettre ses observations.

« C’est beau qu’on soit des adultes et qu’on rêve d’avenir, mais il manque des gens à cette table-ci », exprime-t-elle.

Un désir de collaborations

Scott Tilton, directeur et co-fondateur de la Fondation Nous, située en Louisiane, exprime quant à lui être très excité de traverser la frontière vers le Canada pour la première fois. Il affirme vouloir en apprendre davantage sur les perspectives du Québec et du Canada, qu’il considère comme des phares de la francophonie des Amériques.

Avec son organisme, ce dernier a notamment lancé et piloté une initiative faisant adhérer la Louisiane à la francophonie en 2018. « On s’est rendu compte qu’il y avait énormément d’acteurs, surtout de la jeunesse et de la société civile, qui voulaient des ressources pour monter des projets en français et en créole », soulève-t-il.

Scott Tilton, directeur et co-fondateur de la Fondation Nous. Crédit image : Rudy Bazenet

Affecté par la réalité fragmentaire de la francophonie aux États-Unis, le jeune entrepreneur souhaite établir des connexions, des collaborations et améliorer les pratiques pour le développement de son organisme et de lui-même, dans le cadre du Forum.

Les objectifs sont similaires du côté de Chantal Conception Arellano Pena, qui travaille d’une part comme professeure de français et d’autre part en tant que coordinatrice du programme de français proposé par l’Université de Guadalajara, au Mexique.

« Nous sommes entourés de territoires francophones en Amérique du Nord » – Chantal Conception Arellano Pena

« Nous sommes (…), sans toujours le savoir, entourés de territoires francophones, en Amérique du Nord, Caraïbes, Amérique du Sud, et plus loin, en Europe, Afrique et Asie. Le français est une des langues les plus parlées du monde, et surtout, une des langues de travail les plus utilisées au monde, notamment en Afrique ou dans les grandes institutions internationales », renchérit-elle

L’académicienne souhaite apporter son expérience à la discussion, surtout dans le contexte mexicain où la francophonie est incertaine, quoique croissante en termes d’opportunités, comme elle l’explique. « Par exemple, l’évolution de notre pratique académique à la suite de la pandémie, ou nos efforts pour faire entrer la francophonie dans la vie de nos étudiants et les inviter à maintenir un lien avec le monde francophone après avoir conclu leur apprentissage. »

Chantal Conception Arellano Pena affirme qu’Ottawa est une ville clé pour comprendre le lien entre la langue française et les identités francophones « dans un pays qui incarne le bilinguisme et l’ouverture aux autres ».

Article réalisé par Emmanuelle Gingras

Cinq pièges à éviter pour la ministre de la Santé Sylvia Jones

TORONTO – Entre appels à une couverture universelle de soin, pénurie de personnel de santé, négociations collectives avec les syndicats, concrétisation des nouveaux hôpitaux et gestion de la pandémie, la numéro 2 du gouvernement Ford sera une des principales cibles de l’opposition à Queen’s Park au cours des prochaines semaines.

La dernière manifestation en date, mercredi dernier, de travailleurs de la santé devant l’Assemblée législative de l’Ontario, est venue mettre un peu plus de pression sur les épaules de Sylvia Jones, sommée de rendre permanent le projet pilote de couverture sanitaire universelle qui garantit des soins de santé aux non assurés.

Il s’agit là d’une énième secousse dans un système de santé ontarien, affaibli par deux ans et demi de pandémie.

Des travailleurs de la santé ont réclamé, mercredi dernier, la généralisation de la couverture sanitaire universelle. Crédit image : Soufiane Chakkouche

À la tête du plus gros ministère, tant en termes de dépenses que de visibilité – depuis le début la crise la sanitaire – la ministre Jones doit chausser les souliers de sa prédécesseure Christine Elliott, tout en imprimant sa propre marque dans un ministère souvent ingrat, entre gestion de budget des gros hôpitaux – de puissantes institutions pas toujours collaboratives – et relations avec les médecins et les travailleurs de la santé – des groupes très bien organisés capables d’opposer une forte résistance.

Pour réussir dans son nouveau mandat, l’ancienne Solliciteure générale doit essentiellement éviter cinq pièges majeurs.

Prendre à la légère la pénurie de main-d’œuvre

Au premier rang des conséquences de la crise sanitaire, la pénurie de personnel a contraint ces derniers jours des hôpitaux à réduire la voilure dans plus d’une quinzaine de services d’urgence. L’Hôpital Montfort, à Ottawa, n’a pas été épargné et a dû fermer son service d’urgence le week-end dernier.

Plusieurs syndicats sont sortis du bois ces dernières semaines pour décrire un système hospitalier en lambeau, conséquence directe de l’hémorragie de ressources humaines liée à la crise de la COVID-19. La ministre a manifesté, de son côté, son intention d’accélérer l’entrée sur le marché du travail des infirmières formées à l’étranger et laissé entendre de nouvelles mesures pour attirer et retenir les travailleurs dans le secteur.

Le chef intérimaire libéral, John Fraser, reproche à Sylvia Jones son manque de proactivité dans la lutte contre la pénurie de travailleurs de la santé. Crédit image : Jackson Ho

Insuffisant aux yeux de l’opposition. Le chef intérimaire des libéraux, John Fraser, lui reproche son manque d’implication dans le dossier depuis son entrée en fonction.

« On a vu des professionnels quitter leur travail après deux ans difficiles », contextualise Peter Graefe, politologue à l’université McMaster. « Et en même temps on ajoute de nouveaux hôpitaux en Ontario, ce qui fait qu’on a besoin de plus de monde encore. La ministre est face à un défi de taille, avec cette pénurie. »

Rater les objectifs d’infrastructure hospitalière

Garante des promesses du premier ministre en matière de construction d’hôpitaux, Mme Jones doit aussi s’assurer que de nombreuses annonces pré-élection seront suivies des faits en matière d’infrastructures, le tout en limitant les dépassements de coût et de délais.

« Dans un contexte d’inflation, de pénurie de matériaux et de main-d’œuvre, les hôpitaux ne se construiront peut-être pas aussi rapidement que prévu », craint Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa.

Le premier ministre Doug Ford a choisi Sylvia Jones pour remplacer Christine Elliott (à droite). Crédit image : Jackson Ho

Les faits et gestes de la ministre et vice-première ministre seront donc scrutés à la loupe, alors que la province s’est engagée à investir plus de 40 milliards de dollars sur 10 ans dans l’infrastructure hospitalière et des soins de santé en soutenant plus de 50 grands projets de construction et d’agrandissement créant 3000 lits.

Le gouvernement a aussi investi 3,5 milliards de dollars sur trois ans pour assurer le maintien des 3000 lits d’hôpitaux mis en place durant la pandémie.

S’enliser dans les négociations collectives

Un troisième obstacle se profile dans l’agenda de Mme Jones et pourrait très vite rattraper son gouvernement : négocier le virage des conventions collectives des personnels de soins. Ces dernières arrivent à échéance à la fin du mois dans un contexte tendu.

Les précédentes négociations avec les syndicats de la fonction publique, en 2018, s’étaient soldées par un gel des salaires, une mesure extrêmement impopulaire, entre autres dans le secteur de la santé. Le projet de loi 124 qui plafonne les rémunérations à 1 % continue d’alimenter la grogne. L’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario réclame son abrogation. La porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, France Gélinas, aussi.

France Gélinas, porte-parole de l’opposition en matière de santé, favorable à l’abrogation du projet de loi 124. Crédit image : Jackson Ho

M. Graefe souligne que ces professionnels qui se sont retrouvés en première ligne durant la pandémie, bénéficient depuis d’un vent de sympathie et payent le prix de l’inflation. Des négociations laborieuses pourrait donc jouer contre le gouvernement, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

Manquer d’ambition dans la réforme du système

La députée de Dufferin-Peel est aussi attendue de pied ferme par l’opposition sur la poursuite de la transformation du système de santé entamée il y a quatre ans par Christine Elliott. L’agence centrale Santé Ontario a depuis évolué et les équipes santé sont nées un peu partout dans la province.

Mais de nombreux rouages sont encore balbutiants ou indéterminés, notamment la place des entités de planification des services de santé en français, certes sauvegardées, ou encore l’accès équitable à des soins de proximité dans les deux langues officielles.

« À part construire plus de lits et d’hôpitaux, les promesses en termes d’offre de service ne sont pas claires », rappelle Mme Tellier. « Y a-t-il des changements à faire et comment y répondre pour sortir de la crise. Doit-on faire des réformes et à quel rythme? Le principal défi de Mme Jones est de se positionner comme ministre de la Santé. Pas juste être l’exécutante de M. Ford mais lui amener les dossiers et s’approprier ce ministère et ce qu’elle veut en faire. Elle a de gros souliers à chausser. »

« Elle va devoir trouver des manières à la marge de changer les points de vue de ces professions de la santé », ajoute M. Graefe. « Les ministres de la Santé qui essaient de tout changer ont souvent des difficultés, tellement le système est complexe. »

Laisser la pandémie reprendre le dessus

Le pic de la septième vague de COVID-19 est à présent derrière les Ontariens, a annoncé la semaine dernière le médecin-hygiéniste en chef, Kieran Moore, évoquant « le début d’un ralentissement » des infections. Malgré la baisse du taux de positivité et des hospitalisations, le virus circule toujours à travers la province, alimenté par le sous-variant BA.5 d’Omicron.

La ministre de la Santé, Sylvia Jones, en visite dans un laboratoire qui innove dans la lutte contre la COVID-19, à l’Université McMaster. Source Twitter Sylvia Jones

Même s’il s’avère moins destructeur que BA.1, ses dégâts sanitaires reposent avec acuité le rôle primordial que doivent jouer les autorités de santé et le gouvernement dans leur lutte pour endiguer la COVID-19.

En cas de nouvelle vague ou d’inversion de courbe à l’automne prochain, Mme Jones devra rapidement prendre les mesures sanitaires qui s’imposent, estiment plusieurs observateurs, tout en gardant la main sur la politique de vaccination et d’approvisionnement en vaccin.

Rentrée à Queen’s Park : quels dossiers prioritaires?

TORONTO – La rentrée parlementaire, ce lundi, est particulièrement attendue. Le gouvernement de l’Ontario s’est fait désirer depuis la réélection du Parti progressiste-conservateur, le 2 juin dernier. Après avoir découvert les 30 ministères et les nombreux domaines de compétences, certains secteurs ont déjà du pain sur la planche. Quels dossiers vont être prioritaires?

Le gouvernement fera face à une opposition très faible à Queen’s Park. Sa majorité écrasante devrait permettre à Doug Ford de mettre en œuvre son agenda législatif sans trop d’obstacles. Les deux autres partis, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral, doivent pour l’heure se contenter de chefs par intérim. « Doug Ford a le vent dans les voiles », image Emmanuelle Richez, politologue et professeure en science politique à l’Université de Windsor.

Dans un premier temps, elle souligne l’importance de la nomination du président de la chambre. « C’est le premier item à l’ordre du jour ce lundi », annonce-t-elle, « les progressistes-conservateurs veulent que ce soit Nina Tangri – l’ancienne ministre associée déléguée aux Petites Entreprises et à la Réduction des formalités administratives – elle deviendrait ainsi la première femme présidente à l’Assemblée législative de l’Ontario ».

La politologue Emmanuelle Richez
Emmanuelle Richez, professeure et politologue à l’Université de Windsor. Gracieuseté

Mme Richez ajoute à ce sujet que le gouvernement souhaiterait qu’elle soit nommée à l’unanimité et que toute l’opposition appuie ce choix. « Ils ont menacé le NPD de perdre des vices présidences dans certains comités parlementaires, s’ils n’appuient pas leur candidate. »

« C’est du jamais vue! », renchérit-elle. « S’ils veulent à tout prix que le NPD appuie leur candidate, c’est qu’ils veulent vraiment que ce soit un moment historique », déduit-elle.

L’immigration et l’emploi

L’Ontario fait face à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Doug Ford au début du mois de juillet rencontrait ses 13 homologues des provinces et territoires du Canada. Lors de cette rencontre, il disait notamment qu’il y avait plus de 378 000 emplois disponibles en Ontario

« Le gouvernement veut pallier cette pénurie via l’immigration et Doug Ford souhaite plus de pouvoir sur ce dossier. » Un peu comme le modèle québécois. « L’immigration est du ressort du fédéral et une nouvelle entente devra être conclue pour que ce dernier délègue plus de pouvoir à la province », confirme Emmanuelle Richez, tandis que les portefeuilles de l’immigration et de l’emploi ont regroupés sous l’égide du ministre Monte McNaughton. 

Monte McNaughton, ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences.
Monte McNaughton, ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences. Archives ONFR+

« Nous devrions en savoir plus cet automne », soutient la politologue. « C’est une tendance que l’on voit depuis les 25 dernières années. Le Québec a signé la première entente importante en 1991, l’accord Gagnon-Tremblay-McDougall et depuis les autres provinces ont demandé plus de pouvoirs. »

Le logement

Au niveau des Affaires municipales, le gouvernement Ford a l’intention de donner plus de pouvoir aux maires de Toronto et Ottawa. « La raison officielle qui est donnée et d’offrir plus de pouvoirs à ces municipalités, pour construire plus de logements et ainsi pallier la crise dans ce domaine. » On pourrait donc voir un projet de loi qui serait déposé à l’Assemblée prochainement.

Le gouvernement est en effet dans une phase de construction, les annonces se sont multipliées depuis la campagne électorale. Ce qui s’avère compliqué dans ce dossier, explique la professeure, « c’est que de nombreux entrepreneurs retardent la construction en raison de l’inflation, en plus du manque de main-d’œuvre, du prix des matériaux et des retards de livraisons ». Plusieurs éléments démontrent qu’il va être difficile pour Doug Ford de bâtir 1,5 million de logements d’ici à dix ans. Une promesse maintes fois annoncée durant les élections provinciales.

L’éducation

« Sur ce dossier, la société civile grogne et Doug Ford est sensible à l’opinion publique », assure Emmanuelle Richez. Bien que durant les quatre dernières années, l’éducation ne semblait pas être le fer-de-lance du gouvernement, il se pourrait qu’à présent ce dossier ressurgisse. « En effet, il y a des négociations en cours pour le renouvellement des conventions collectives avec les enseignants et les travailleurs du milieu de l’éducation, c’est un sujet qui va retenir l’attention. »

« On veut éviter que les enseignants partent en grève aussi et fragilisent la rentrée scolaire. » La politologue rappelle notamment que les élèves ontariens sont parmi ceux qui, en Amérique du Nord, ont manqué le plus de jours d’école en présentiel, durant la pandémie.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce.
Le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Stephen Lecce. Crédit image : Jackson Ho.

Ajouter à cela que le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, a été reconduit malgré la controverse ayant entaché sa réputation, « sa nomination est peut-être un indice comme quoi l’éducation n’est pas la priorité de Ford en ce moment », souligne encore Mme Richez. Le ministère propose un plan de rattrapage scolaire et de retour en force pour le mois de septembre. 

La santé

« Nous sommes en état de crise, notamment avec la fermeture de nombreuses urgences. » Une crise attribuable a un manque de personnel. « M. Ford devrait enlever le plafonnement des salaires pour les infirmières (Loi 124) et offrir un deuxième bonus dès septembre », anticipe la politologue.

Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances Crédit image : Jackson Ho

« Je pense qu’il va y avoir beaucoup de pression sur le dossier de la santé », alerte-t-elle. « M. Ford gouverne beaucoup par sondage et se laisse guider par l’opinion publique. Il ajuste le tir quand des mesures sont impopulaires. »

Sur la question pandémique, les experts s’attendent à une vague plus virulente cet automne, mais pour la politologue, les gens semblent passer à autre chose. « L’État n’imposera plus vraiment de mesures. Ils ont aussi l’œil sur les cas de variole simienne. »

Ce qui va occuper le gouvernement dans ce dossier, c’est la nécessité d’une plus grande capacité de lits dans les hôpitaux, embaucher et garder les travailleurs de la santé « il faudra donc que le gouvernement réévalue les conditions de travail et les salaires ».

Un autre enjeu ici, « c’est la reconnaissance des acquis et la mise à jour des diplômes issus de l’immigration ».

L’abordabilité

Le budget précédent, déposé au printemps, comprenait plusieurs mesures qui vont être réitérées. Pour s’y attaquer, le gouvernement compte réévaluer à la hausse le Programme de soutien aux personnes handicapées.

« Il pourrait y avoir d’autres surprises, mais en même temps la province n’est pas dans une bonne position fiscale », explique l’experte, « après deux ans de pandémie, ça m’étonnerait qu’on donne plus aux citoyens ».

Pour Mme Richez, le problème de l’inflation est hors du contrôle de la province. La cause étant les crises à l’international, « les leviers macro-économiques sont ici de compétence fédérale ».

La taxe sur l’essence coupée jusqu’en décembre est une mesure temporaire. Pourtant, dans le même ordre d’idées, l’hydro-électricité en Ontario est très subventionnée par l’état provincial depuis les années Wynne. « Ford n’a pas baissé ces subventions et donc les Ontariens ne paient pas le véritable prix. »

Le gouvernement compte améliorer le pouvoir d’achat en proposant la gratuité du péage sur les autoroutes et l’abolition des frais de renouvellement des plaques d’immatriculation, entre autres. Ce qu’il a amplement fait savoir durant les élections provinciales.

« Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait des mesures extraordinaires », avoue Mme Richez. « Il possède sa majorité parlementaire, il n’a pas besoin d’en faire plus ». 

À noter cependant que les prévisions budgétaires vont être ajustées prochainement et si les recettes sont plus élevées que prévu, Doug Ford pourrait faire de nouvelles dépenses ou couper dans les impôts. « Avec l’inflation, les coffres de l’État se remplissent plus vite », indique Emmanuelle Richez.

Que ce soit sur les questions de l’immigration, de la santé, et même du logement, « il risque d’y avoir une intensification des relations provinciales-fédérales, puisqu’il y a beaucoup de dossiers chauds qui impliquent le fédéral ».

La politologue rappelle aussi qu’il pourrait y avoir des surprises, puisque la question des nouveaux pouvoirs aux maires de Toronto et Ottawa n’a jamais été évoquée durant la période électorale. « En 2018, lorsque Doug Ford avait décidé d’abolir la moitié des districts électoraux à Toronto, on se souvient que cela n’avait jamais été mentionné lors de la campagne. »

Le discours du Trône, qui interviendra mardi, au lendemain du retour en chambre, sera suivi dans la foulée du dépôt du budget. Ces deux interventions donneront le ton et le tempo de la politique du gouvernement.

Coup d’envoi des Jeux du Canada 2022 à Niagara

NIAGARA – Officiels à la pelle, défilé des délégations participantes et porte-drapeaux façon Jeux olympiques, spectacles… la cérémonie d’ouverture des Jeux du Canada 2022 qui ont lieu dans la région de Niagara du 6 au 21 août marque le coup d’envoi de ce rendez-vous sportif biennal. ONFR+ est de la partie.

À vos marques, prêts, partez! Le top départ de la 28e édition des Jeux du Canada 2022 vient d’être donné ce samedi à Niagara. Plusieurs personnalités publiques et politiques ont fait le déplacement pour marquer le coup.

Cependant, annoncés au préalable par la communication de l’événement, le premier ministre de la province hôte, Doug Ford et le premier ministre du pays, Justin Trudeau n’ont pas fait le déplacement, représentés toutefois par leurs ministres des Sports respectifs, Neil Lumsden et Pascale St-Onge.

« Je suis ici pour représenter le gouvernement, mais pas seulement, parce que je suis aussi une ancienne athlète qui n’a jamais eu la chance de participer à l’événement auquel tous ces jeunes athlètes participent aujourd’hui. Je sais donc tout le travail, la persévérance et le courage que cela demande pour se rendre à ce niveau-là, c’est pour cela que je témoigne toute mon admiration et ma fierté à ces jeunes athlètes », livre cette dernière au micro d’ONFR+.

La ministre fédérale des sports, Pascale St-Onge portant la flamme des Jeux. Crédit image : Mathieu Barrette

Une cérémonie d’ouverture en grande pompe

C’est dans une ambiance de feu dans un Centre Meridian de St Catherines rempli à craquer que la cérémonie d’ouverture s’est déroulée. Comme de coutume, celle-ci a débuté par un défilé des athlètes, une équipe provinciale ou territoriale à la fois avec à sa tête un porte-drapeau fier d’allure.

S’en est suivi un programme artistique axé sur la culture et l’histoire de Niagara, mais pas que, puisque l’hymne franco-ontarien « Mon beau drapeau » a été entonné en chœur par ceux qui le pouvaient. 

Enfin, pour couronner cette cérémonie littéralement haute en couleur, on a procédé à l’allumage de la vasque Roly McLenahan, marquant ainsi, officiellement, le début des Jeux d’été du Canada 2022. Place aux Jeux.

Une édition spéciale à plus d’un égard

Ce n’est pas un slogan marketing dénué de substance, cette édition est exceptionnelle à plus d’un titre.

Tout d’abord, avec près de 4500 bénévoles, dont 14 % de francophones et 5000 athlètes et entraîneurs, cette cuvée accueille plus de sportifs participants que ce qu’ont connu les Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010.  

La vasque des Jeux du Canada allumée ce samedi 6 août à Niagara marquant ainsi le début des Jeux. Crédit image : Tim McKenna.
La vasque des Jeux du Canada allumée ce samedi 6 août à Niagara marquant ainsi le début des Jeux. Crédit image : Tim McKenna.

Toujours sur le plan sportif, ce sont 18 disciplines sportives différentes qui seront en vedette durant deux semaines avec une première dans l’histoire des Jeux, l’entrée en scène du rugby féminin à sept. Aussi, après une longue absence de 37 ans, la crosse fait son retour à la compétition dans ces Jeux.   

Quant au pan organisationnel, c’est seulement la troisième fois que cet événement se déroule en Ontario, soit 21 ans après la dernière édition qui a eu lieu à London.

Toutefois, c’est la première fois depuis 1967 que le plus grand événement multisports du pays est programmé dans toute une région et non dans une seule municipalité. En effet, pour la présente édition, 19 sites sportifs éparpillés sur 12 municipalités sont mobilisés, ce qui est loin de faciliter la tâche des organisateurs.  

Le pavillon francophone au cœur de l’événement

« Nous visons à organiser les Jeux du Canada les plus bilingues qui soient », c’est ce qu’on peut lire sur le site officiel des Jeux. Concrètement, il s’agit de garantir au public comme aux athlètes un accès aux deux langues officielles du pays d’une façon égale.

C’est dans cette optique que le pavillon francophone a vu le jour. Situé dans ce véritable centre névralgique des Jeux qu’est la Place Niagara, ce lieu se veut être l’âme et l’essence de cette promesse.  

Cérémonie d’ouverture des Jeux du Canada 2022. Crédit image : Soufiane Chakkouche

« Le pavillon francophone est notre bijou, c’est le noyau de la communauté francophone, et c’est à ce titre qu’on veut être le pavillon le plus chaleureux des Jeux », livre Susan Morin, présidente du Comité des langues officielles pour les Jeux du Canada 2022 et membre actif de la communauté francophone de Niagara.

Chapeauté par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et le Centre communautaire Le Griffon, ce pavillon assure une programmation culturelle continue dont une toile vivante et collective supervisée par l’artiste André Létourneau. Par ailleurs, sur la même place dite Niagara, plusieurs jours par semaine, une heure est dédiée uniquement à la musique française. Rendez-vous donc à 14h45 pour les mélomanes francophones.

Le corps et les mots

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Peut-on vraiment nous dissocier des mots qui sortent de nos bouches? Est-ce que « nos » mots est une partie de nous qui nous quitte, qui nous trahit en allant ailleurs? Ou alors nous blessent-ils en arrachant une partie de notre chair et la transporter avec eux? Est-ce que les mots nous inondent de joie au point de l’ivresse ou de la folie? Où vont-ils une fois rendus dehors, libres ou libérés de notre corps?

Avez-vous déjà pensé à ces questions? À qui appartiennent les mots une fois qu’ils se sont dégagés de notre corps? À nous? A notre corps? À l’air, véhicule naturel qui les transporte ou bien à nos interlocuteurs, pour partir s’accrocher à leurs oreilles, en faire leur bonheur ou leur malheur?

En tout cas, c’est à ces questions que j’ai longuement réfléchi une fois terminée la lecture de deux recueils de poésie par deux poètes franco-ontarienne. Sonia-Sophie Courdeau et Chloé LaDuchesse.

Déjà dans Ce qui reste sans contour, Sonia-Sophie Courdeau donne des bribes de réponse à certaines de mes questions. « Je ne connais plus l’ivresse des mots qui prennent. Me font l’amour », écrit Sonia-Sophie Courdeau. L’ivresse, l’amour et les mots. Mais ce n’est pas tout. « Quand les mots ne viennent pas, ma main compense ». Il y a bien une synergie parfois qui se crée ou s’établit. Un mot et un geste. Si ce n’est pas l’un, c’est l’autre qui prend le relais et continue le chemin de la pensée, de l’idée. Les gestes sont-ils alors une extension de notre esprit ou alors de nos mots?

Par ailleurs, Chloé LaDuchesse, dans son recueil Exosquelette voit son corps vulnérable recouvert de mots. Ces mots qui s’imbriquent les uns par-dessus les autres pour former un appareil pour redonner la mobilité à nos corps « mes os sont toujours creux, il n’y a rien à faire. Ce qui reste de moi, ce sont ces mots autour desquels je fabrique une maison ».

Une carapace contre la jalousie, l’amour, les blessures

Une maison, dit Chloé LaDuchesse, une carapace, je dirais. Ce sont ces mots qui nous protègent de la jalousie, de l’amour et des blessures. Et des blessures, nos corps sont des chantiers béants, ouverts à l’infestation par les bactéries et les mots. Ces mots justement qui envahissent, rongent, colonisent notre corps et s’emparent de nos muscles, de nos mouvements jusqu’à nos pensées.

Le recueil de Sonia-Sophie Courdeau est un recueil sur la féminité, sur le corps de la femme mélangée aux sentiments qui se propagent et s’enfuient. Des mots qui nous rappellent cette violence dans laquelle nous baignons, depuis la naissance jusqu’à la mort.

« Un poème arrive à terme. Juste à temps : t’avorter ». Que ces mots vivent en nous, se déplacent, rampent dans chaque recoin de notre corps, dans chaque pouce de notre chair, ou qu’ils soient expulsés, avortés, rejetés, mus, ils sont toujours là, présents pour nous rappeler notre fragilité et nos limites. Il est fascinant de voir comment Sonia-Sophie Courdeau et Chloé LaDuchesse, sans nécessairement le vouloir, tissent des liens avec leurs mots respectifs. Des thèmes féminins et féministes. Des mots qui nous transportent dans le corps mais aussi au-delà de la charpente, à son extérieur immobile, au monde qui les entourent.

« Livre-moi, pieds et poings rompus, langue charcutée, yeux crevés, à l’abattoir, je vaux mieux qu’à l’autel ». Marier la beauté inouïe des mots et la violence profonde qui s’en dégage. Les vers de Chloé LaDuchesse nous font du bien tout en nous rongeant l’intérieur. J’ai trouvé ces deux recueils des hymnes à nos mots et à nos corps. Nous les femmes, qui naviguons cette mer déchainée qui est la vie, remplie d’aventures, de naissance et de mort.

Des mondes à la fois intimes et universels

Que reste-t-il après les séparations et après les traumas? Il y aura toujours nos corps et nos mots. La symbiose, parfois apparente ou la concurrence dure et méchante. Qui vient en premier et qui disparait le premier pour laisser la place à l’autre. Ni Sonia-Sophie Courdeau ni Chloé LaDuchesse ne nous livrent de réponse définitive. Leurs recueils nous tiennent en haleine. Ils nous transportent dans des mondes à la fois intimes et universels.

Chacun pourrait en déduire et retenir les mots et les pensées qui les animent, chacun pourrait trouver ou même fabriquer sa réponse. Ces deux poètes brillantes talentueuses m’ont aidé à m’imbiber l’esprit et le corps de mots et d’images. Rappelons-nous tous, encore enfant, quand nous osions dire un gros mot, ou proférions une insulte, notre mère qui nous intime l’ordre de nous laver la bouche avec du détergent de vaisselle ou dans mon cas de me barbouiller les lèvres de pâte d’harissa piquante. Des actes qui pourraient nous tirer un sourire ou nous faire verser une larme ou deux de nostalgie.

Mais ces menaces de nos enfances ne sont-elles pas bien l’évidence et la preuve, même enfantine et un peu folklorique, que nos mots sont bels et bien une extension de nos corps? Et que ces derniers ne sont pas juste un squelette fait d’os creux, d’un utérus dont on ne verra jamais le contour, ou des yeux qui ne cessent de glaner les rayons de lumière, mais aussi des organes qui souffrent, qui jouissent et qui bougent? Des organes qui migreraient jusqu’à atteindre nos mots, s’en emparer et continuer leur quête vers la délivrance.

A la fois Ce qui reste sans contour et Exosquelette m’ont ouvert la porte sur un monde de poésie nouvelle, poignante et vivante. Une poésie qui contraste avec la lenteur et même la lourdeur émanant de la poésie avec laquelle j’ai grandi. Une poésie où les mots s’échappent du corps pour y retourner et y trouver refuge. Le dernier?

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

L’Hôpital Montfort contraint de fermer son service d’urgence ce week-end

OTTAWA – Après que plusieurs hôpitaux en Ontario aient pris cette décision, c’est au tour de l’établissement francophone de fermer son service d’urgence. En cause : le manque de personnel. Dans un communiqué, la direction indique que cette fermeture est « temporaire et partielle ».

Pas de service d’urgence donc ce samedi et ce dimanche entre 19h30 à 7h30. Les derniers patients seront acceptés autour de 19 heures ce vendredi. Seuls les patients arrivant en ambulance et nécessitant des soins aigus seront pris en charge par la suite. La réouverture est prévue lundi prochain, à partir de 7h30.  

Pour les autres, il faudra se tourner vers d’autres services d’urgence à proximité de leur domicile.

L’Hôpital justifie cette décision en raison de la « pression soutenue sur les niveaux de dotation des services d’urgence en raison des absences liées à la COVID, les vacances, la fatigue et l’épuisement du personnel ».

« Ces pressions ont été fortement ressenties au cours des dernières semaines et, en raison de la pénurie sans précédent de personnel infirmier à Montfort en ce moment, nous avons pris la difficile décision de fermer temporairement et partiellement notre service d’urgence », rapporte la direction dans son communiqué.

Les autres services et activités de l’établissement franco-ottavien ne sont pas impactés, affirme l’Hôpital, sous réserve de restrictions de visites liées à la pandémie et toujours en vigueur.

« La décision de fermer notre urgence, même pour quelques heures, n’est pas facile à prendre, mais nous devons le faire afin de garantir que notre équipe soit en mesure d’offrir des soins excellents, sécuritaires et empreints de compassion quand l’urgence rouvre », plaide la direction.

Une quinzaine d’hôpitaux touchés ces dernières semaines

Ces dernières semaines, une quinzaine d’hôpitaux ont dû prendre une décision similaire, embourbés dans un casse-tête en ressources humaines, notamment à Toronto, Kingston, Clinton, Hunstville, Owen Sound ou encore Perth. Une situation dénoncée alors par l’Association des infirmières de l’Ontario.

« Nous sommes scandalisés et alarmés par l’impact croissant de la pénurie d’infirmières sur les soins aux patients », avait réagi l’organisation porte-parole des personnels infirmiers. « Ces fermetures ne sont pas la faute d’hôpitaux individuels, elles sont un symptôme de la négligence à l’échelle de la province de nos infirmières et professionnels de la santé dévoués tout au long de la pandémie et avant. »

Le premier ministre, Doug Ford, avait pris le contre-pied du syndicat, mercredi dernier, affirmant que les patients étaient correctement pris en charge par le système de santé. « Les Ontariens continuent d’avoir accès aux soins dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin », avait-il insisté en marge d’un déplacement à Stratford.

Susan Morin : « Venez nous donner un coup de main, que vous aimiez le sport ou non »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Susan Morin est la présidente du Comité des langues officielles pour les Jeux du Canada 2022 et membre active de la communauté francophone de Niagara.

LE CONTEXTE :

Le starter donnera le top départ des Jeux du Canada 2022 ce samedi 6 août pour un marathon qui se prolongera jusqu’au 21 août. Considérée comme le plus grand évènement multisports du pays, cette 28e édition se déroulera dans la région de Niagara.

L’ENJEU :

L’un des défis majeurs auxquels feront face les organisateurs afin de mener à bien cette manifestation sportive réside dans le bilinguisme et à son accès, aussi bien du côté des athlètes que du public, dans une péninsule connue pour abriter une forte concentration de Franco-Ontariens.

« Quelles sont les nouveautés relatives aux services en français dans cette 28e édition? 

On a travaillé de près avec le Commissariat aux langues officielles depuis au moins quatre ou cinq ans. On les a invités depuis le tout début à faire partie du projet, de ses problèmes et de ses solutions. L’autre caractéristique de cette édition qu’il faut mentionner est l’engagement de notre communauté francophone de la région du Niagara, et ce depuis l’étape de la demande pour accueillir les Jeux. On a également impliqué l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario pratiquement depuis le début aussi. C’est une implication provinciale et non seulement régionale. Ça, c’est nouveau.

Pour reprendre une de vos phrases fétiches et l’appliquer à ces Jeux : « How are you going to French it up? »

(Rires). Il est vrai que je dis souvent : comment allons-nous faire ça en français? Le point le plus important est qu’il faut être à la table depuis le début et à toutes les rencontres, y compris en ce qui concerne la soumission pour accueillir les Jeux. Je faisais partie de l’équipe derrière le dépôt de notre dossier de candidature et je peux vous dire que c’est ce qu’on a fait.

C’est très important que les services en français y soient mentionnés et discutés dès les premières étapes parce qu’il y a beaucoup de choses auxquelles il faut penser, comme la manière dont il faut procéder pour faire toutes les traductions dans les deux langues officielles du pays en même temps et en temps réel. Vous savez, ce n’est pas évident de dire à nos collègues unilingues anglophones que c’est important et qu’il faut ralentir un peu pour que les procédures soient maîtrisées et pour que cela soit fait en bonne et due forme.

Justement, vous êtes là depuis le début, comment cela s’est passé avec vos collègues anglophones? Ont-ils accepté cela sans aucune forme de réticence?

Le secret pour moi ici, dans la région, réside dans le fait que la première personne qui a été engagée comme employée par les Jeux était une coordinatrice des langues officielles. C’était elle aussi qui gérait le site web et les graphismes dans les deux langues. Ceci nous a permis de commencer immédiatement à communiquer en anglais et en français.

Doit-on alors comprendre que vous garantissez aujourd’hui que l’accès du public comme des athlètes aux deux langues officielles du pays sera égal?

C’est définitivement mon rêve. Mais, après cinq ans de bénévolat dans ce dossier, j’ai compris que nos Jeux sont dans une région. C’est la première fois depuis 1967 que les Jeux sont dans une région et non dans une municipalité. L’échelle n’est donc pas la même et le travail est beaucoup plus compliqué. Prenons l’exemple des bénévoles : c’est beaucoup plus simple de les recruter et de les répartir d’une façon optimale sur les sites d’une seule municipalité que d’une région qui regroupe 12 municipalités avec 18 sites sportifs comme c’est le cas de Niagara. À l’heure où je vous parle, on n’a toujours pas terminé d’affecter les 13 ou 14 % des bénévoles francophones aux différents sites. Si c’est possible qu’il y ait des lacunes d’ordre pratique durant ces Jeux, je ne peux pas répondre à cela de façon certaine.

Doit-on comprendre par là qu’il vous manque encore des bénévoles francophones?

Ô que oui! D’ailleurs, j’en profite pour passer un message à la communauté francophone : s’il vous plaît, venez nous donner un coup de main, inscrivez-vous sur notre site internet, que vous aimiez le sport ou non parce que c’est de la francophonie dans son ensemble qu’il s’agit. C’est vraiment d’aide humaine dont on a besoin. »

La Franco-Fête de Toronto célèbre ses 40 ans

TORONTO – Les francophones et francophiles de l’Ontario sont invités à danser lors de la Franco-Fête de Toronto qui débute aujourd’hui et se poursuivra jusqu’à dimanche. Partenaire avec le bar The Painted Lady, l’événement a lieu dans la rue Rolyat, entre les avenues Ossington et Grove, qui sera fermée pour l’occasion.

« Le festival s’annonce très énergétique! », lance le président de la Franco-Fête de Toronto, Vincent Rocheleau, en entrevue avec ONFR+.

Guidé par la volonté de représenter fidèlement la communauté franco-ontarienne, l’organisateur se félicite de sa longue série de nouveaux musiciens présents à l’événement. « Chaque année, on cherche de nouveaux artistes provenant de régions qui n’ont pas encore été mises en lumière », explique-t-il.

Vincent Rocheleau, président de la Franco-Fête de Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

On retrouve parmi eux le chanteur Cristian De La Luna qui en sera à sa première participation.

« Attendez-vous à danser, à bouger, ça va être vraiment le fun! », s’exclame-t-il.

Originaire de la Colombie, cet artiste qui a vécu au Québec avant de s’établir en Alberta, adore faire vibrer les communautés francophones d’un bout à l’autre du pays au rythme de sa musique latine.

« Les communautés francophones minoritaires ont une tout autre énergie. Elles sont vraiment fières de rester francophones et sont très ouvertes quand tu parles en français », raconte Cristian De La Luna.

Ouverture et diversité francophone

La tenue de la Franco-Fête pour une quarantième édition à Toronto témoigne, selon les artistes, de l’appétit de plus en plus grand pour la musique écrite en français dans les milieux très majoritairement anglophones.

« Je trouve que de plus en plus d’anglophones et de gens des diverses communautés ethniques sont très ouverts et aiment beaucoup le français », estime Cristian De La Luna. « Ce ne sont pas des francophones de souche, mais aussi des gens qui veulent que leurs enfants apprennent le français et expérimentent la culture francophone non par opposition, mais par choix. »

Cet enthousiasme est partagé par le chanteur Nicolas Pellerin du groupe Les Grands Hurleurs qui en sera à sa seconde prestation à la Franco-Fête de Toronto.

« Jouer en français dans une ville anglophone n’a jamais été un problème pour nous », raconte-t-il à ONFR+.

« Jouer en français dans une ville anglophone n’a jamais été un problème pour nous » – Nicolas Pellerin

« On prend quelques moments dans le spectacle pour présenter les chansons et ce dont elles vont parler, mais après c’est l’énergie du groupe qui parle et ça touche tout le monde peu importe, la langue », explique l’artiste folklorique.

Cristian De La Luna. Crédit image : Amixie Solutions Inc.

Pour Cristian De La Luna, la langue de Molière permet une connexion spéciale entre les diverses communautés canadiennes. Elle crée des ouvertures pour les immigrants dans le processus de brassage culturel. En se sentant unis autour de la langue française, les barrières tombent et les nouveaux arrivants réussissent à faire découvrir par les échanges avec les communautés francophones.

« À la fin de la journée, comme francophone, la langue c’est ce par quoi on se reconnait le plus. Rien de mieux que de faire ça par la chanson et le spectacle. C’est la représentation ultime des francophones de Toronto », conclut Vincent Rocheleau.

On retrouvera en outre, au cours des trois jours de fête dans l’Ouest torontois, l’artiste autochtone franco-ontarienne Mimi O’Bonsawin, le musicien montréalais d’origine haïtienne Wesli, les rythmes brésiliens de Roda de Samba, le duo jeunesse Jojo & Brio, la comédienne Jennie Laguerre et le chanteur-compositeur d’afro-soul Dieufaite Charles. L’animatrice drag-queen DJ Sophie Stiquée clôturera les soirées du festival.

Double dose de culture à l’occasion des Jeux du Canada… et bien plus

À l’approche des Jeux d’été du Canada, le mois d’août s’annonce chargé en événements culturels. Il y aura aussi le grand retour de la Franco-Fête de Toronto, une occasion de feuilleter les pages de l’histoire de Toronto et une exposition d’art en hommage aux réflexions d’artistes de la communauté noire. Bref, un mois sans ennui grâce à la richesse de l’Ontario français.

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Festivals

Grand retour de la Franco-Fête de Toronto

La Franco-Fête est de retour, du vendredi 5 au dimanche 7 août. Ce festival de la francophonie internationale de Toronto, qui célèbre ses 40 ans d’existence, présentera plusieurs spectacles d’une gamme d’artistes issus de la francophonie plurielle. Ça commencera du bon pied, ce vendredi, avec le groupe québécois de musique trad moderne, Les Grands Hurleurs. Puis suivront Cristian de la Luna, Wesli, Roda de Samba et Jojo & Brio samedi, pour conclure dimanche avec Djennie Laguerre, Dieufaite Charles et Mimi O’Bonsawin.

Les Grands Hurleurs. Crédit image : Christine Berthiaume

La programmation complète de la 40e édition de la Franco-Fête de Toronto ici. Lieu : rue Halton à l’angle d’Ossington et dans le bar The Painted Lady. Admission gratuite.

Coup double en célébration des Jeux du Canada 2022 à Niagara

Le mois d’août vous invite à non pas un, mais deux festivals à Niagara à l’occasion des Jeux d’été du Canada. Le premier s’agit du Festival 13 sur 13 qui présentera des spectacles dans chacune des treize municipalités locales de Niagara. Chaque municipalité représentera une province ou un territoire du Canada dans le but de souligner la diversité des patrimoines et des cultures distinctes du Canada.

Il y aura aussi le Festival Place Niagara au cœur du dynamisme des Jeux d’été. Un large éventail de spectacles et d’expositions culturelles sera proposé aux francophones, aux autochtones et aux anglophones tout le mois d’août. Dans les jours à venir, la programmation francophone comprendra le groupe acrobatique féminin de Welland, Femmes du Feu Creations.

Femmes du feu Creations. Gracieuseté

Assistez au festival 13 sur 13 entre le 7 et 20 août. Le festival Place Niagara sera ouvert tous les jours entre le 7 et 21 août. Entrée gratuite pour les deux.

Arts

Exposition de groupe Comme je t’aime à la Galerie d’art d’Ottawa

L’exposition de groupe Comme je t’aime se poursuit à la Galerie d’art d’Ottawa. À travers leurs œuvres, 24 artistes de la région d’Ottawa dépeignent le concept de l’amour au sein de la communauté noire. L’exposition est divisée en trois axes conceptuels : l’amour de soi ou individuel, l’amour et les soins communautaires, ainsi que les enseignements intergénérationnels sur l’amour. Parmi les artistes, on compte la francophone cotée ivoirienne, Aurélie Kadjo et sa pièce Réconciliation.

L’œuvre Réconciliation. Gracieuseté

Vous pouvez assister à l’exposition Comme je t’aime à la Galerie d’art d’Ottawa jusqu’au 11 septembre. Entrée gratuite.

Histoire

Retour sur le Vieux-Toronto : les maires qui ont bâti la Ville Reine

Toronto a connu de nombreux changements, tant au niveau du paysage que de la politique, mais que diriez-vous de jeter un coup d’œil plus approfondi sur son passé et sur ses maires clés qui ont ouvert la voie à l’évolution de notre mégapole?

Tel est l’occasion grâce à La Société d’histoire de Toronto qui organisera une visite guidée bilingue en deux parties. En compagnie des guides Rolande Smith et Frank Nicholson, les participants feront le tour du sud-est à travers le Vieux-Toronto pour en apprendre davantage sur l’histoire de Toronto depuis 1834. La deuxième partie mettra l’accent sur son passé plus récent en direction du nouvel hôtel de ville.

Crédit :  ilbusca /  DigitalVision Vectors via Getty images

Visite guidée bilingue en deux parties les 7 et 14 août. Point de rencontre de la première partie à la fontaine du parc St. James au 120, rue King Est (à l’ouest de la rue Jarvis) à 13h30, métro Station King et une petite marche vers l’est de 5-10 minutes ou le tramway.

Qui est Stéphane Sarrazin, nouveau député à Queen’s Park?

PLANTAGENET — Stéphane Sarrazin est un touche à tout politique. L’engagement, la communauté et tout ce qui touche les habitants de sa région, c’est son idée fixe. L’ancien maire d’Alfred et Plantagenet est depuis le 2 juin député parlementaire à Queen’s Park. Il a succédé à Amanda Simard dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell et est aussi le nouvel assistant parlementaire du ministre à l’Énergie, Todd Smith.

C’est à Plantagenet au restaurant Place 19-67 que nous retrouvons Stéphane Sarrazin. Dans ce petit restaurant, on nous accueille en français. « Bonjour, pour une personne? », nous demande la tenancière. « Nous rejoignons Stéphane Sarrazin », indiquons-nous, « Installe-toi, je l’appelle! ».

La retenue laisse soudain place à un accueil très chaleureux. Évidemment, Stéphane Sarrazin est connu comme « le loup blanc » ici. Nous sommes chez lui, après tout.

Quelques minutes plus tard, c’est un grand monsieur qui nous rejoint, à la poigne d’enfer.

Ancré dans sa communauté

Stéphane Sarrazin est né à Alfred en 1968. Alfred et Plantagenet, c’est son terroir. Il connaît chaque recoin des sept villages que comprend la municipalité (Alfred, Curran, Lefaivre, Plantagenet, Pendleton, Treadwell et Wendover).

C’est à Alfred que l’homme de 54 ans a grandi et fondé sa famille. Le nom de la ville vient d’ailleurs de François-Eugène-Alfred Évanturel qui était le président de l’Assemblée législative de 1898 à 1902. Il est le seul francophone, à ce jour, à avoir été président. « Son siège de président a été rapatrié au sein de l’église d’Alfred », explique M. Sarrazin.  

« Mes parents étaient d’Alfred aussi. On ne peut pas faire plus local », précise-t-il. « Puis j’ai deux filles, une de 18 ans, qui va nous quitter pour aller au Collège La Cité et ma plus jeune qui à 14 ans. »

À la question, « comment allez-vous gérer l’emploi du temps, père et politicien? », l’élu provincial avoue que c’est dur. « J’ai manqué mon assermentation avec les autres députés, car c’était la graduation de ma fille. Le rôle de parent, cela m’est très important. Je ne serai pas forcément moins présent, mais c’est vrai que beaucoup de choses vont se dérouler à Toronto. Il y a un équilibre à trouver. »

Stéphane Sarrazin nous a retrouvé dans la ville de Plantagenet en Ontario.
À l’entrée de Plantagenet, le restaurant Place 19-67 se trouve à droite, la mairie et des habitations à gauche. Crédit image : Lila Mouch

Son parcours professionnel apporte une certaine compréhension de l’homme politique. « J’ai été maire pour la municipalité d’Alfred et Plantagenet, c’est une population d’environ 10 000 habitants », dit-il avec fierté, en tendant le bras vers la fenêtre. La mairie est en face de nous : de nos sièges nous voyons le drapeau franco-ontarien qui flotte devant l’hôtel de ville. Stéphane Sarrazin a été ici le premier magistrat de 2018 à 2022.

« Ce sont mes collègues maires qui m’ont incité à avoir une voix à la province » ­- Stéphane Sarrazin

Les habitants, M. Sarrazin, les connaît bien. « Beaucoup d’agriculteurs, quelques industries légères aussi et c’est très familial. Cette communauté est particulièrement bien située pour les familles travaillants entre Ottawa et Montréal. C’est ce qu’on appelle des villages-dortoirs. »

Ce qui semble aussi important pour lui, c’est l’aspect communautaire et francophone de la région. « En réunion on est à 80 % francophone ». Et d’ajouter : « Ça paraît changer, c’est vrai. On dirait qu’il y a plus d’anglophones, mais ce n’est pas mal perçu. Il faut s’ajuster, c’est tout. »

Comprendre son village, c’est comprendre Stéphane Sarrazin. Bien qu’il faille emprunter une diagonale du vide pour atteindre ce coin de paradis, M. Sarrazin nous en parle comme d’un endroit aux multiples avantages. Il n’y a aucun doute, cet Alfredois aime son fief. « Il y a de grandes chances, ici, d’entrer dans un commerce où d’abord, on va s’adresser à vous en français », se ravit-il.

Il poursuit : « Avec la COVID-19, les gens ont quitté la ville et la croissance résidentielle est palpable. »

« Les gens veulent un plus grand terrain », affirme-t-il, « et avec la pandémie, les gens qui travaillent de la maison ont vu la possibilité de travailler de chez eux, mais ici ».

S’engager pour du mieux

Stéphane Sarrazin n’est plus maire depuis son élection au provincial, mais se dit encore très impliqué avec les ex-homologues des communes d’Alfred et Plantagenet. « Vous savez, j’ai été président des Comtés unis de Prescott et Russell et leurs huit municipalités. On avait huit responsables à la table. Ce sont mes collègues maires qui m’ont incité à avoir une voix à la province. »

Selon le député en herbe, sa voix auprès de la province sera celle des localités. Il dit vouloir être le pont entre les deux. « Je suis élu par ces gens et je suis là pour les servir. »

Stéphane Sarrazin est né à Alfred en 1968.
M. Sarrazin a été maire d’Alfred et Plantagenet de 2018 à 2022. Crédit image : Lila Mouch

« Investir dans les gens, c’est le plus bel investissement qu’on peut avoir » – Stéphane Sarrazin

L’élu de l’Est est un inconditionnel de l’engagement, une valeur qu’il partage avec son entourage. Sa carrière bien remplie l’a amené à être aujourd’hui adjoint au ministre de l’Énergie en Ontario.

« J’ai siégé deux ans au bureau de la conservation de la Nation Sud, sur le bureau de santé de l’Est ontarien, deux ans sur le tourisme Prescott-Russell ou encore au réseau agroalimentaire de l’Est ontarien. »

Ses états de services ne sont pour lui que l’expression de sa passion. « Mes quatre ans au municipal, j’ai adoré et ça me passionne encore », déclare-t-il.

« Ce que j’aime aussi, c’est la connexion avec les autres politiciens, parler des différents défis, partager des idées. »

L’époque où les gens votaient pour des politicards est terminée selon lui. « Les gens votent pour des personnes qui leur ressemblent. Je suis monsieur tout le monde, je n’ai pas de doctorat ni de bac universitaire », reconnaît-il. « J’ai été chanceux dans ma vie, j’ai eu de bons mentors. »

Investir dans son prochain

« Je me lève à 5h30 du matin et je saute sur mon ordinateur. Si ma conjointe ne m’appelle pas, je peux rester là, jusqu’à 22h. Aider les gens, ça me passionne vraiment et j’aime trouver des solutions. »

« Investir dans les gens, c’est le plus bel investissement qu’on peut avoir », clame-t-il.

Il ajoute : « Les ressources, ça ne va pas sans une communauté soudée et en santé. Je suis très proche des gens. J’ai vraiment fait ce parcours malgré moi. »

Aujourd’hui, la relation que Stéphane Sarrazin entretient avec ses anciens confrères est d’une grande nécessité. Au-delà de se tenir informé auprès des maires du canton, le député évoque « une relation de famille ».

« Chaque matin, j’écoute la radio communautaire. Ma peur en passant la moitié du temps à Toronto, c’était de ne pas savoir ce qui ce passe chez nous. »

L’attachement de M. Sarrazin à sa communauté et sa région est manifeste. Il ne laisse presque rien au hasard quand il nous parle des habitants. « À chaque fois que quelqu’un me parle, j’essaie de me mettre dans sa situation. On ne peut pas voir tout en noir ou blanc, parfois, il faut aller dans le gris. »

Des valeurs qu’il pense avoir reçues de son père. « Il aimait aider les gens. Je me souviens pendant la crise du verglas, mon père était électricien et il allait brancher des génératrices à tout le monde. Il a toujours été prêt à aider son prochain. »

Une vertu qu’il essaie d’enseigner à ses filles. « C’est plus difficile qu’on le croit, en plus, on sort de deux ans de pandémie. Ma fille de 18 ans est super bonne, elle se débrouille, elle a son auto, elle travaille au Tim Hortons. On ne peut pas demander mieux. »

« Chacun son parcours, mais nos filles me voient en politique, alors c’est sûr que si elles s’engagent dans la communauté, ça me plairait et ça pourrait très bien arriver. »

Un homme du rural

« Mon premier métier était électricien », révèle-t-il. « Mon tremplin en politique, c’est compliqué parce que je n’ai jamais vraiment voulu être politicien ».

Mais en 2014, il a été nommé directeur d’une corporation fournissant l’électricité à Plantagenet et à Alfred. Dans la même année, il en est devenu le président. Puis, n’aimant pas la vision du maire à l’époque, M. Sarrazin a changé de trajectoire. « Mon père me disait toujours, « si tu n’es pas content, remplace-les et ne va pas critiquer. Si tu penses être capable de mieux, vas-y ». C’est comme ça que je me suis présenté pour être maire et aujourd’hui, je garde cette philosophie.

Stéphane Sarrazin a été maire d'Alfred et Plantagenet de 2018 à 2022.
Stéphane Sarrazin est originaire d’Alfred, une commune située à une heure de route d’Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

« Aider les gens ça me passionne. J’aime trouver des solutions. » — Stéphane Sarrazin.

« Les habitants ont été très contents de mon élection au provincial, d’autres m’ont dit avoir de la peine de me perdre. » Pour lui, le sentiment d’appartenance est important et même si la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell est vaste : « Il faut plus d’une heure pour la traverser d’un bout à l’autre ». L’homme politique dira tout de même appartenir au monde rural.  

Sans oublier la francophonie

S’agissant des sujets francophones, le député se dit au contact des enjeux. « Ici, c’est la plus grande circonscription francophone de l’Ontario. S’il y a de quoi, cela se passera dans ma cour. »

Le français, pour Stéphane Sarrazin, c’est évidemment important. « On parle le français ontarien ici. » Au fil de notre conversation, on apprend qu’il a de la parenté dans le Nord de l’Ontario vers Sturgeon Falls et Sudbury. « La réalité de notre français, c’est trois mots français, un mot anglais », plaisante-t-il. « D’ailleurs, j’ai un accent français très fort lorsque je parle anglais. »

Ce Franco-Ontarien nous raconte d’ailleurs une récente expérience qui l’a rendu fier. « Quand je suis arrivé à Queen’s Park pour notre première visite, j’étais épaté », se souvient-il. « Je suis arrivé et quelqu’un m’a accueilli en français « Bonjour M. Sarrazin« . Puis, pendant ma visite en chambre, il y avait une classe de francophone en visite aussi. Et là, l’enseignante se tourne vers moi et dit à sa classe : « Je vous présente le député Stéphane Sarrazin de la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell, la plus grande circonscription de francophone de l’Ontario« . J’ai trouvé ça génial », conclut-il. « Je n’en revenais pas. »

Dernier hommage à Gisèle Lalonde : « Nous ne t’oublierons jamais »

OTTAWA – Des centaines de personnes, personnalités publiques, citoyens et membres de la communauté franco-ontarienne se sont réunis pour célébrer la vie de Gisèle Lalonde, ce jeudi.

C’est à son image qu’un dernier adieu a été rendu à la leader du mouvement SOS Montfort, alors que son cercueil enveloppé d’un drapeau franco-ontarien a fait son entrée dans la Paroisse Notre-Dame de Lourdes, au cœur même de Vanier.

« Gisèle Lalonde, oubliée? Jamais! », s’est exclamée sa nièce Gisèle Gratton lors d’un discours en début de cérémonie.

« On ne pouvait pas dire non à ma tante Gisèle, car on savait qu’elle ne disait jamais non à sa communauté », a-t-elle ajouté.

« Merci Maman. Merci pour tout. Nombreux sont ceux qui se joignent à nous pour te célébrer. Ne t’inquiète pas, nous ne t’oublierons jamais. La relève est là, elle est prêt et passe au front à son tour. Maintenant, repose-toi, tu l’as bien méritée », a déclaré dans un discours son fils, Richard Lalonde.

Crédit image : Pascal Vachon

Plusieurs personnalités de la communauté étaient présentes lors de la cérémonie comme le maire d’Ottawa Jim Watson, le conseiller Mathieu Fleury ou encore l’actuelle députée d’Ottawa-Vanier Mona Fortier et l’ancienne (au niveau provincial) Madeleine Meilleur.

Gisèle Lalonde est décédée la semaine dernière à l’âge de 89 ans. Présidente du mouvement SOS Montfort, son engagement a permis de sauver le seul hôpital francophone de la province, il y a 25 ans de cela. Elle a été la mairesse de Vanier entre 1985 à 1991. Auparavant, elle a œuvré pendant plus d’une trentaine d’années dans le milieu de l’éducation en plus d’être la cofondatrice du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques en 1974 et d’en devenir la directrice générale jusqu’à 1984.

Réactions

« Ça confirme ce que tout le monde disait, que Gisèle était vraie. L’impact et la grandeur qu’elle a eus et la preuve sont que tout le monde est ici aujourd’hui pour la célébrer. Ce n’est pas souvent qu’on a l’opportunité de célébrer quelqu’un comme Gisèle Lalonde donc c’est extraordinaire », réagit l’avocat du mouvement SOS Montfort, Ronald Caza.

Crédit image : Pascal Vachon

« Il faut se souvenir de ce que signifie le leadership, de ce que signifie être une passionnée, croire en quelque chose et aller jusqu’au bout, car elle allait jusqu’au bout », affirme Gérald Savoie, ancien président de l’hôpital Montfort, évoquant « le courage et les convictions d’une femme intègre et respectée. Ce sont toutes des valeurs qu’on partage et qui renforcent notre communauté. Ce sont ces valeurs-là qui pourraient se propager à travers la jeunesse franco-ontarienne. »

Plus de détails à venir

Les accents français admis sur la carte Santé des Ontariens

TORONTO – Tous ceux qui portent un nom français pourront désormais changer leur carte de santé gratuitement. Le plan de la province visant à rendre les accents, cédilles et trémas visibles sur tous les documents officiels en Ontario entame sa deuxième étape. Ce projet avait démarré en septembre 2020 sous l’impulsion de la ministre Mulroney.

Le 25 septembre 2020 marquait le début d’une première étape : permettre les accents sur les permis de conduire et carte-photos. La deuxième étape de ce plan est arrivé presque deux ans plus tard et cette fois-ci, c’est la carte Santé qui se voit offrir des noms et prénoms accentués. On ne lira donc plus « Anais Dupre », mais « Anaïs Dupré ».

« L’Ontario est déterminé à bâtir une province inclusive où tout un chacun a sa place et où la culture et la diversité sont respectées », a annoncé Michael Ford, ministre des Affaires civiques et du Multiculturalisme, via communiqué de presse.

Et d’ajouter : « Nous sommes heureux que les caractères de langue française soient désormais accessibles sur l’ensemble des pièces d’identité du gouvernement de l’Ontario fréquemment utilisées. »

Attendre toujours

La revendication des Franco-Ontariens d’obtenir des accents sur leurs cartes officielles ne date pas d’aujourd’hui, loin de là. Certes, c’est une véritable question d’identité que d’avoir son prénom correctement écrit sur des documents devant attester de sa personne, mais c’est aussi une reconnaissance du français dans la province et des services alloués en français.

À l’origine d’une pétition provinciale, la députée néo-démocrate France Gélinas a toujours considéré que cette longue attente était un manque de respect sous couvert que les systèmes informatiques devaient être modernisés.

Au micro d’ONFR+, France Gélinas s’est avouée heureuse d’une telle victoire : « C’est une belle journée, pour les dizaines de milliers de personnes qui ont signé notre pétition. C’est aussi la reconnaissance de nos ancêtres et de nos lignées. »

Elle rappelle notamment que l’Ontario était la seule province à ne pas avoir les accents sur les documents officiels. « Les autres territoires et le Nunavut avaient le système, mais pas nous. »

« En 2022, le gouvernement dépense des milliards dans des logiciels pour faire ceci et cela, mais ne prend pas le temps de demander s’ils pourront lire les accents en français. Le message est clair : on ne compte pas et le français ce n’est pas une grande priorité. »

Par communiqué, la ministre de la Santé et vice-première ministre, Sylvia Jones, se dit ravie de cette avancée : « Nous appuyons la communauté francophone de l’Ontario et améliorons son expérience lorsqu’elle accède à des services essentiels partout dans la province. »

Dans la même veine, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, réitère ce qu’elle avait déjà dit en 2020 : « En rendant disponibles les caractères en français sur les cartes Santé de l’Ontario, le gouvernement de l’Ontario démontre sa détermination à étendre des services de qualité pour la communauté francophone de la province. »

La prochaine étape pourrait être l’identification linguistique sur les cartes de santé, le débat ayant refait surface durant la campagne électorale de mai dernier. 

Changer ses cartes gratuitement

Il est donc désormais possible d’ajouter des caractères français comme : À, Â, Ç, É, È, Ê, Ë, Ï, Î, Ô, Ù, Û, Ü. Pour demander gratuitement une nouvelle carte Santé et un changement de nom avec de tels caractères français, il faut se rendre dans un bureau de Service Ontario, muni de documents prouvant le nom officiel avec les caractères français.

Un document de citoyenneté canadienne, ou un document d’immigration sont admis. Il faudra, quoi qu’il en soit, présenter une preuve légale. Ce qui peut s’avérer compliqué, même si les actes de naissances respectent aujourd’hui les accents, certains anciens certificats ne mentionnent pas ces accents.

Mme Gélinas souhaite tout de même savourer cette victoire, « je ne suis plus une Gelinas, je suis rendue une Gélinas et j’aime bien ça ».

Cet article a été mis à jour le 3 août 2022 à 14 heures.

L’entrepreneuriat à Hearst : une histoire de famille et de résilience

HEARST – Tandis que les célébrations du centenaire de Hearst se poursuivent jusqu’au 6 août, l’histoire de la ville continue de fasciner depuis ses débuts, notamment de par la force entrepreneuriale de ses habitants qui ne cessent d’œuvrer avec acharnement pour son développement. L’industrie du bois et de la construction est le secteur dans lequel se sont le plus enrichies les familles fondatrices. Cette histoire témoigne du caractère fort de la ville qui refuse encore et toujours de céder devant les difficultés.

Cette distinction s’est imposée dès le début de son histoire, au moment de sa création après la construction du chemin de fer transcontinental en 1919. La ville s’est bâtie grâce à la volonté et au dur labeur de plusieurs entrepreneurs d’origine canadienne-française qui ont su tirer profit du bois d’œuvre précieux de la région. Ailleurs dans le Nord, ce sont des compagnies américaines qui se sont enrichies dans le secteur minier ou l’industrie papetière.

Rapidement, la région de Hearst devient un gros joueur du secteur forestier à l’échelle non seulement de la province, mais aussi du pays. De premières scieries dans les années 20 à l’établissement de compagnies de bois et l’industrialisation des années 40, les familles célèbres Lecours, Fontaine, Lévesque, Sélin ou encore Gosselin se sont largement enrichies.

Une croissance qui a nettement contribué au développement de la ville et de ses habitants qui voient ainsi se construire des maisons, églises et écoles grâce au bois produit.

Vers la fin des années 40, le gouvernement ontarien décide d’interdire l’exportation de bois de papeterie brut en dehors de la province afin de générer plus d’emplois, en poussant les compagnies à elles-mêmes à transformer le bois.

Le moulin à scie Fontaine, érigé à Hearst au milieu des années 60. Crédit image : Collection de l’Écomusée de Hearst et de la région.

Cette politique va inciter les compagnies de bois de pulpe à quitter la région et marquer un tournant décisif pour les entreprises familiales de bois de sciage qui auront un accès exclusif au territoire de coupe. Le développement de ville s’accentue jusque dans les années 70 et 80 et est tel que la ville devient celle comptant le plus de millionnaires par capital au monde.

Le secteur forestier emploie 9 % de la main-d’œuvre régionale. Encore aujourd’hui cinq des douze principaux employeurs de la ville sont reliés au bois et à la construction.

« Ça nous a fait développer de l’indépendance, un mode de survie, on est loin de tout donc il faut devenir autosuffisant » – Mario Villeneuve

Un esprit battant

Les débuts étaient difficiles et Lauryanne Joanis s’en souvient encore. Héritière de la famille Fontaine, celle qui est âgée aujourd’hui de 86 ans fut à la tête d’Arrow Timber de 1968 à 1990.

« Pour tous ceux qui sont venus dans ces années-là, c’était la misère. Le terrain n’était pas prospère comme au Québec. Les gens ont travaillé dur pour en arriver là », se rappelle-t-elle en évoquant son grand-père, Noé Fontaine, venu dans le Nord de l’Ontario dans les années 20 après avoir perdu ses trois moulins à scie dans un incendie au Québec.

Comment expliquer cet esprit de résilience si fort qui caractérise les entrepreneurs de Hearst? Selon Mario Villeneuve, vice-président de l’entreprise familiale Villeneuve Construction, créée en 1976, cela est dû principalement à l’isolement de la ville.

« Ça nous a fait développer de l’indépendance, un mode de survie. On est loin de tout donc il faut devenir autosuffisant. Ça forge une forte personnalité », confie celui qui travaille pour l’entreprise employant plusieurs centaines d’employés dans la région.

Pionnière parmi les pionniers

Dans une industrie majoritairement constituée d’hommes dans les années 70, il était difficile d’être une femme. Première femme à avoir siégé au Conseil des entrepreneurs forestiers, Lauryanne Joanis, véritable mémoire vivante de 85 ans d’histoire, peut en témoigner.

« J’étais la seule femme, aucune autre femme ne travaillait dans ce milieu d’homme », confie celle qui avait à sa charge près de 400 employés.

Lauryanne Joanis née Fontaine, première femme à faire partie du Lumbermen’s Association of Ontario. Gracieuseté.

Devenue veuve à 35 ans, celle a dû se retrousser les manches afin de reprendre l’entreprise familiale que gérait son mari, Émile Joanis, tout en devant élever six enfants seule.

Une situation difficile qui ne l’a pas empêché de continuer à marquer l’histoire en devenant l’une des premières femmes de la région à être copropriétaires d’un magasin de détail en quincaillerie et matériaux de construction en 1988 : Hearst Lumber Co. Ltd.

Et sa générosité a pu bénéficier à la communauté, en contribuant financièrement à des bourses d’études à l’Université de Hearst ou à l’Hôpital Notre-Dame.

« Ça me brise le cœur que les gens viennent ici, font de l’argent ici et après s’en vont à Ottawa » – Lauryanne Joanis

Faire face à la concurrence

Une des rares entreprises familiales prospérant encore aujourd’hui, Villeneuve Construction doit, de son côté, faire face à une concurrence de plus en plus féroce de géants de l’industrie récemment installés à Hearst.

Loin d’être intimidé, M. Villeneuve voit la situation comme positive : « Il faut se servir de ça comme motivateur. On a l’intention de rester local, de rester des Franco-Ontariens. On est fier d’être une entreprise familiale », lance le natif de Hearst.

Mario Villeneuve, vice-président de Villeneuve construction, une entreprise familiale de Hearst dont la création remonte à 1971. Gracieuseté.

De son côté, Mme Joanis regrette de voir des gérants d’entreprise quitter la ville du Nord pour s’installer ailleurs dans la province : « Les enfants partent puis ne reviennent pas, et alors les parents partent aussi. C’est vraiment triste parce qu’on perd des compagnies de chez nous. »

Le pire étant encore, selon la retraitée, ceux qui viennent s’enrichir à Hearst sans y rester : « Ça me brise le cœur que les gens viennent ici, font de l’argent ici et après s’en vont à Ottawa », se désole-t-elle.

Fièrement du Nord

Un défi auquel fait face Mario Villeneuve dont l’entreprise n’a pas été épargnée par la pénurie de main-d’œuvre. L’entrepreneur reconnaît avoir du mal à attirer et garder des jeunes comme la plupart des gérants dans le Nord.

Celui-ci dit d’ailleurs avoir embauché tout récemment un responsable des ressources humaines pour tenter de séduire les employés.

Une embauche qui sera strictement francophone et pour laquelle le caractère francophone de sa compagnie constituera un atout majeur selon son vice-président : « On est reconnu pour ça. C’est notre charme. Nos fournisseurs aiment ça ‘’oh les frenchmen’’ de Hearst. Ça nous différencie et nous donne un côté cool et je suis bien fier de ça. »

L’image des métiers de l’industrie a elle aussi bien évolué selon M. Villeneuve avec l’éveil de l’intérêt pour la traçabilité des produits notamment : « Ça vient de chez nous. C’est notre ressource première, notre bijou. On est moins vu comme des lumberjacks mais il faut respecter ceux qui sont passés avant nous et ont bâti un train comme le dit mon père. »

Hearst souffle ses 100 bougies

Hearst fête le 100e anniversaire de sa fondation, ce mercredi. Au moment de son incorporation en 1922, cette halte ferroviaire comptait un peu plus de 500 habitants et grouillait de maisons closes attendant les bûcherons de retour des chantiers. Aujourd’hui, elle abrite plus de 5000 personnes et des infrastructures municipales et institutionnelles qui pourraient faire rêver des villes de plus grande envergure. Et ce malgré le fait qu’elle soit la municipalité ontarienne la plus nordique accessible par la route transcanadienne.

L’histoire de la ville de Hearst en cinq dates-clés

HEARST – En marge des célébrations du Centenaire de la ville de Hearst, 5000 habitants, incontournable du Nord de la province, ONFR+ vous propose de remonter dans le temps en présentant cinq moments-clés qui ont façonné son histoire et fait d’elle la ville la plus francophone de l’Ontario.

1912, le boom du rail

Remonter aux origines de la création de Hearst nous ramène en 1912 alors que débute la construction du chemin de fer National Transcontinental et, plus tard, en 1914 celle du chemin de fer Algoma Central and Hudson Bays qui sera rebaptisé plus tard l’Algoma Central Railway.

À l’époque, la localité de Hearst avait été choisie pour être une des stations de ravitaillement en eau pour les trains à vapeur en circulation. Devenu rapidement un important carrefour ferroviaire, le chemin permet d’ouvrir la région de la Ceinture d’argile à l’exploitation forestière et agricole, appuyée par une volonté du gouvernement provincial de développer le Nord.

Cette campagne attirera énormément de migrants et migrantes d’Europe de l’Est et de Scandinavie, en particulier la Finlande et la Suède, qui seront rapidement rejoins par des britanniques et des Québécois, familiers avec le milieu agroforestier. L’Église catholique du Canada français avait encouragé ses fidèles à propager la foi catholique et la langue française en s’installant dans le Nord.

Réseau ferroviaire contemporain Hearst. Archives ONFR+

1922, incorporation de la ville

C’est le 3 août 1922 que naîtra officiellement la ville de Hearst après la fondation de la paroisse Notre-Dame de l’Assomption en 1919 par le premier évêque de la région, Mgr Joseph Hallé. La ville de Hearst fut ainsi incorporée en 1922 avec une population de 573 habitants.

La localité, autrefois appelée Grant, du nom d’une collectivité de l’ouest depuis disparue, fut renommée en hommage à sir William Hearst, ministre des Richesses naturelles (1911–1914) et premier ministre de l’Ontario (1914–1919) qui y avait établi une ferme expérimentale en 1917.

La ville était à l’époque multilingue et au pouvoir se trouvait l’un des gouvernements les plus francophobes de l’Ontario, à l’origine du Règlement 17, interdisant l’usage du français dans les écoles bilingues des réseaux publics et séparés. Ironiquement, le nom de cette ville est désormais synonyme d’une francophonie majoritaire.

Extrait du livre du Centenaire de Hearst. Crédit image : Dominique Demers.

1953, année décisive pour l’université et l’hôpital

C’est une année fertile pour la région qui voit naître le Séminaire de Hearst (futur Collège puis Université de Hearst), le centre d’enseignement supérieur francophone de la région, par Louis Levesque, évêque de Hearst dont le diocèse fut créé en 1939.

Hearst est une ville qui compte quatre niveaux d’enseignement pour une population de 5000 habitants, une autre exception de la ville du Nord. 1953 fut aussi l’année où l’Hôpital Saint-Paul, fondé en 1922, fut racheté à l’Église Unie par les Sœurs de la Providence selon la demande de l’évêque après de longues négociations.

Les Sœurs le rebaptisent alors sous son nom actuel, soit l’Hôpital Notre-Dame et ferment leur hôpital de Ste-Agathe au Québec afin de transférer leur personnel et y emménager. Un événement important qui a permis de sauver l’édifice vétuste dont les fonds d’entretien étaient épuisés, et de le rénover pour devenir un centre hospitalier servant à toute la région aujourd’hui.

Façade l’hôpital Notre-Dame à Hearst. Archives ONFR+

2002, Claude Larose et le hockey au zénith

Certains se souviendront sûrement du mois d’avril au cours duquel ont eu lieu deux jours de célébration en l’honneur du quintuple champion de la Coupe Stanley et premier joueur de la ligue nationale originaire de la ville du Nord, Claude Larose.

Le 29 avril 2002, une cérémonie a lieu afin de dévoiler l’enseigne du nouveau centre récréatif renommé Claude Larose. À l’occasion la Coupe Stanley est exposée pour le plus grand bonheur du public qui pourra poser devant elle. L’ancien joueur alors âgé de 60 ans profitera de l’occasion pour enfiler son chandail numéro 15 et faire un tour d’honneur sur la glace en portant la Coupe Stanley sous les ovations de l’auditoire.

Un incident se produit, cependant, alors que l’ancien hockeyeur fait tomber la coupe après être entré dans le noir par l’entrée des arbitres. Un moment qui sera coupé au montage de l’enregistrement de l’événement, et camouflé par Claude Larose qui cache la partie de l’anneau présentant une bosse. On raconte qu’un certain Roger Sigouin, débosseleur de métier et conseiller municipal le remarque dans la foule et la réparera en 10 minutes dans son garage familial. Celui-ci deviendra maire de la ville un mois plus tard, indétrôné à ce jour.

Claude Larose brandissant la coupe Stanley lors de l’inauguration du centre récréatif portant son nom. Crédit image : Centre d’archives de la Grande Zone argileuse/Collection Journal Le Nord

2021, l’université acquiert son autonomie

Une autre date importante de l’histoire de Hearst est l’adoption à Queen’s Park en avril d’un projet de loi faisant de l’Université de Hearst une université autonome. Avant cela l’établissement d’enseignement était affilié à l’Université de Sudbury depuis 1957 et à l’Université Laurentienne de Sudbury depuis 1963.

Celui-ci obtient sa charte institutionnelle propre et rompt donc définitivement avec l’Université Laurentienne, traversée par une lourde crise financière ayant mené la coupure de 72 programmes dont 29, en Français et à l’indignation de la communauté franco-ontarienne de la région. Plusieurs espèrent que son exemple serve à appuyer l’indépendance de l’autre Université francophone du Nord, soit l’Université de Sudbury.

L’Université de Hearst était devenue en 2013 la première université en Ontario désignée sous la Loi sur les services en français. Avec une chaire de recherche réputée, une grande clientèle internationale et des campus à Hearst, Kapuskasing et Timmins, l’Université de Hearst contribue largement à l’essor économique de la ville, à la valorisation de la francophonie et au rayonnement de toute la région.

L’Université de Hearst. Archives ONFR+

La pétrographie de Roxana Babinska ou l’amour des roches lourdes

[UN FRANCO, UNE PASSION] 

OTTAWA – Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente un nouvel épisode d’Un Franco, une passion. Que ce soit une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion hors du commun qui habite un Franco-Ontarien ou une Franco-Ontarienne, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Cap sur Ottawa avec Roxana Babinska.

C’est par un matin ensoleillé que Roxana Babinska nous ouvre les portes de chez elle, à Ottawa. Un lieu chaleureux et accueillant où quelques sculptures d’art primitif et rupestre trônent autour de nous. Pourtant, ce sont les roches qui attirent notre regard. Il y en a combien? Impossible à dire. Une centaine de petites roches peut-être, quelques-unes plus grosses.

Au fil de notre conversation, nous apprenons bien des choses sur l’histoire des roches et quelques souvenirs de nos propres classes d’antan reviennent. Celle qui est enseignante au Programme d’apprentissage virtuel des écoles (PAVÉ) du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) nous montre d’abord ses statuettes et sculptures faites de roches. « Ici, nous avons une sculpture en serpentine, là une sculpture en basalte, qui est une roche magmatique », montre-t-elle. « C’est la pierre la plus dure. »

Statuette de roche en basalte.
Sculpture à partir de basalte, une roche magmatique volcanique. Crédit image : Lila Mouch

Cet amour des roches, par le spectre de la science, n’est pas une lubie soudainement apparue chez l’enseignante. Depuis l’âge de 16 ans, elle se passionne pour la photographie « pour cerner des détails qui me parlent et cela s’est transformé dans les détails de la nature ».

La genèse de tout ça, c’est la nature, raconte-t-elle, mais c’est aussi l’art. « Enfant, j’étais exposée à de nombreux objets d’art et mes premiers jouets étaient des petites sculptures en faïence. »

« Puis à l’adolescence, j’allais chercher refuge chez la mère d’un copain », poursuit-elle. « Elle était très artistique. Elle avait des sculptures Inuits. Son grand-père avait construit des chalets au parc Algonquin près du lac Rock, eux-mêmes construits sur un grand roc. » C’est un lieu très important pour elle : c’était sa première initiation à la nature.

La science de la nature

Les pierres précieuses et les minéraux ne l’intéressent pas. Non, ce sont les roches et surtout les roches lourdes. Pour elle, c’est difficile à expliquer : « Je n’essaie pas d’en avoir plus, de ce point de vue, je n’en fais pas une collection. »

Cet engouement pour les roches vient d’un conglomérat d’événements, de voyages, de recherches et d’une grande curiosité. Comme toutes ces choses que nous aimons sans trop savoir pourquoi, Roxana Babinska aime les roches, leur beauté et ce qu’elles symbolisent.

Comme elle en parle, il est clair que cette relation avec la roche et en fait une « collaboration » ancestrale. La géologie, la pétrologie ou encore la pétrographie sont des sciences qui étudient les roches. La roche fait partie de l’histoire de l’humanité.

Pétrographie, étude des roches
Roxana apprend la formation et la classification des roches à ses élèves de 4e année. Crédit image : Lila Mouch

« Lors de certains voyages, la roche brute m’a vraiment impressionnée sur certains sites ». Cappadoce en Turquie connue pour ses grandes formations rocheuses, puis l’Égypte et le Mont Sinaï, ou encore Pétra en Jordanie, « en plein milieu du désert, la roche est présente d’une façon extraordinaire. Je suis allée dans des grottes. C’est un refuge, comme pour les hommes des cavernes. » Mme Babinska est allée au contact de monts, de roches et de grottes en Espagne, au Guatemala, au Pérou, en Argentine et bien d’autres.

La roche est un matériau utilisé depuis la nuit des temps, au cœur de notre planète. Pour la passionnée, les roches font partie de la nature, « mais les gens achètent des menhirs pour décorer en ville par exemple ». En effet, la roche façonne nos sentiers, nos pistes cyclables, nos stationnements et nos centres d’achat. « On pourrait même faire l’histoire des pierres tombales », rit la collectionneuse.  

Elle se souvient d’un voyage sur l’île de Manitoulin, en Ontario, dans une réserve autochtone où se trouve un site interdit aux touristes. « Après avoir fait une demande au conseil de bande, j’ai obtenu la permission. Là-bas, il y avait une montagne et au sommet, un endroit que je voulais absolument voir. »

« À la cime de cette montagne », reprend-elle, presque fascinée, « il y avait une roche qui avait une forme particulière : du fait de s’asseoir puis de s’allonger, la pierre avait pris la forme du corps ».

L’art de la roche

En l’écoutant raconter son histoire, ses voyages et ses découvertes, on comprend que Mme Babinska est une historienne, passionnée d’art et de nature.

Son parcours professionnel n’est donc pas étonnant puisqu’avant d’être enseignante, elle était historienne d’art. « J’ai étudié en Europe et j’y ai vécu une dizaine d’années. Je me suis intéressée à la peinture et ça a été inévitable de m’intéresser aux sculptures et à l’architecture. »

Elle raconte que le tiers des productions artistiques dans le monde sont faites de matières solides. « J’ai découvert l’art canadien et il y a un rapport à la nature, les sculptures Inuits par exemple, la base, c’est la matière et donc la roche. J’ai été amené à m’intéresser à la matière. »

« Après toutes ces années de montagne, je n’avais jamais réalisé que je voulais en ramener un peu chez moi » – Roxana Babinska

Ce sont toutes ces années à gravir des montagnes et à fouler la roche qui ont probablement créé cet engouement en elle. « Faire de la montagne, c’est regarder ses pieds pendant quatre heures », fait-elle remarquer, « et ce qu’on regarde finalement c’est la roche au sol! ».

« Après toutes ces années de montagne, je n’avais jamais réalisé que je voulais en ramener un peu chez moi. »

Une collaboration avec la nature

« La première fois que j’ai ramassé une roche lourde, j’étais dans le parc de la Gatineau. Il y avait plein de roches grises, sauf celle-là qui ressortait », dit-elle en montrant une pierre blanche et brillante. La première roche lourde de Mme Babinska occupe une place spéciale. « Je ne crois pas au côté spirituel. Pour moi c’est un objet d’art ». Au même titre que les sculptures ou la peinture, ses roches lui amènent le calme et la sérénité en les observant.  

Roche Lourde, trouvée au Québec dans le parc Gatineau
Première roche lourde trouvée au parc de la Gatineau. Crédit image : Lila Mouch

C’est au cours de ses randonnées et balades en tous genres que la baroudeuse a fait ses trouvailles. Elle indique aussi qu’il y a un certain rapport de force : « C’est une force de la nature (…). Je les prends dans mon sac et elles m’ancrent dans le sol, quelque part j’en fais un sport. »

Pourtant, Roxana Babinska avoue que ce n’est pas une mission qu’elle s’est donnée. « C’est assez inattendu quand je trouve une roche. J’en veux pas de plus en plus. Pour moi, c’est une relation à la nature, tout simplement. »

Dans le programme de quatrième année, l’enseignante apprend aux élèves de sa classe les grands types de roches, mais aussi leur classification. « On faisait des expéditions dans la cour d’école avant, pour en ramasser, puis les élèves devaient classer les roches selon leur propre système. »

Aujourd’hui, telle une pétrographe, « je regarde les roches, je cherche à savoir si c’est une roche ignée (intrusive ou extrusive), sédimentaire, métamorphique, granite ou autre ».

« Franck Lloyd Wright, faisait en sorte de construire dans la nature et dans la roche », dit-elle, « moi c’est l’inverse, je fais entrer la roche chez moi ».

À ses yeux, le ressourcement est dans la nature et il est donc normal de le ramener chez soi : « Cela me donne autant d’émerveillement que devant une œuvre d’art. »

Cinq idées d’activités pour découvrir le Nord

Le Nord de la province regorge d’attraits touristiques tous plus inoubliables les uns que les autres. Que vous veniez de la région ou non, il est certain que vous n’avez pas tout découvert. ONFR+ vous propose une sélection de cinq activités pour partir à l’aventure de la région avant la fin de l’été.

Road-trip à l’Île Manitoulin

Si vous n’avez pas encore visité la magnifique île Manitoulin, il est encore temps de le faire! À seulement 1h20 min de route du Grand Sudbury, Manitoulin est la plus grande île d’eau douce dans un lac du monde. Longue de 180 km et large de 50 km, l’île offre des vues spectaculaires sur le lac Huron et plusieurs points d’intérêt comme la célèbre cascade Bridal Veil où vous pourrez prendre des photos instagrammables à souhait! Petit coup de cœur pour la plage de Providence Bay, réputée pour être la plus belle du Nord!

La plage de Providence Bay abrite des jeux pour enfants et une promenade le long de la baie. Crédit image : Inès Rebei

Prendre le bison par les cornes

Situé à Earlton, sur la route entre North Bay et Timmins, le ranch Bison du Nord est l’un des plus anciens ranchs de bisons au Canada et le plus grand de l’est du pays. À bord d’un chariot de ferme, vous explorerez ce vaste domaine de 640 acres pour y voir ses 300 bisons et apprendre comment ils sont élevés de manière durable et nourris à l’herbe de manière biologique. Des restaurants des environs servent leurs filets et leurs burgers de bison, une expérience gustative, jumelée à une journée inoubliable à la campagne…

Le ranch Bison du Nord abrite près de 300 bêtes à Earlton. Gracieuseté.

Un voyage en train inoubliable

Quoi de mieux que d’observer la beauté des plus beaux paysages du Nord depuis le confort d’un train? Montez à bord du légendaire train touristique Agawa Canyon! Cette excursion d’une journée au départ du centre de Sault Ste. Marie vous emmènera à plus de 180 km au nord de la ville en longeant le lac Supérieur jusqu’au fameux canyon Agawa où le train s’arrêtera pour vous laisser profiter des lieux pendant une heure et demie. Une occasion en or de prendre part à une aventure et de découvrir la beauté de la région de l’Algoma qui a inspiré d’innombrables chefs-d’œuvre du Groupe des Sept.

Le train du Canyon Agawa traverse des paysages à couper le souffle le long du lac Supérieur. Source : Tourisme Sault Ste. Marie.

Sudbury : tour en bateau sur le lac Ramsey

De retour sur les eaux pour la première fois depuis 2019, le bateau de croisière William Ramsey accueille ses premiers passagers depuis seulement quelques jours. La croisière dure une heure et a lieu a beau temps, mauvais temps. Bon à savoir : il est possible de privatiser le bateau pour des événements privés et les enfants auront la chance de conduire le bateau, sous l’œil vigilant du capitaine Rob. Le bateau peut accueillir 50 passagers et propose un comptoir alimentaire afin de profiter de beaux paysages avec une bonne boisson! Les billets sont disponibles à Science North, mais aussi à bord du navire : réservez tôt!

Le William Ramsey porte le nom de l’arpenteur qui a contribué à la construction de la voie ferrée à Sudbury, et pour qui le Lac a également été nommé. Source : The William Ramsey.

Chasse à l’améthyste dans le Nord-Ouest

C’est au nord du lac Supérieur que l’on trouve les plus grandes mines d’améthyste d’Amérique du Nord, pierre précieuse adoptée comme minéral officiel de l’Ontario en 1975. Un nombre considérable de mines à proximité de Thunder Bay, vous proposent de jouer les Indiana Jones afin de récolter vous-même vos pierres précieuses. L’entrée est même gratuite dans certaines mines comme celle de Diamond Willow Amethyst Mine, vous ne payez que si vous souhaitez emporter les diamants chez vous en fonction du poids de votre panier. Alors, enfilez vos plus belles bottes et partez à la chasse!

Les mines d’améthyste proposent également des visites guidées et des stations de nettoyage des pierres récoltées. Source : BenLar137.

Avec la collaboration de Jacques-Normand Sauvé.

La Fête du trône peu populaire chez les Marocains en Ontario

Alors que le Maroc et le Canada soulignent 60 ans de relation diplomatique cette année, la communauté canado-marocaine célèbre, ce 30 juillet, la Fête du trône. En Ontario, c’est l’occasion pour les Marocains d’honorer la culture de leur pays, voire de découvrir des faits méconnus sur le pays du soleil couchant. Un pays où le français fait partie des langues parlées, lues et écrites, là où plus de 10 millions de Marocains sont touchés par l’analphabétisme.

Bien qu’il ne soit pas une langue officielle, le français est parlé par près d’un tiers du pays. Appris à l’école, utilisé dans les domaines de l’administration et des médias, le français y est devenu synonyme de « modernité » selon la revue scientifique Cairn. Il véhicule « des valeurs de prestige et de démarquage social ». Le Maroc posséderait 10 366 000 locuteurs du français selon l’Organisation internationale de Francophonie (OIF), dont il est membre.

Ce 30 juillet, les Marocains fêtent l’anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI en 1999, soit 23 ans de règne. Pourtant, cette célébration reste moins importante que la fête de l’Indépendance du 18 novembre nous précise Saad Benjelloun, Marocain installé à Ottawa.

Une monarchie en berne

Ouroui Mouad abonde : « À vrai dire, la Fête du trône n’est pas une chose à laquelle les jeunes de moins de 20 ans s’intéressent particulièrement. J’ai dû faire une recherche Google pour me rappeler ce qui se passe le 30 juillet. »

Ce jeune étudiant d’Ottawa, nous a même transmis des messages de ses amis au Maroc qui, eux-mêmes, ne savaient rien de la fête du trône : « C’est quoi cette fête? », « Je pense que tout le monde s’en fout », ou encore « Pourquoi ça t’intéresse? ».

Roi du Maroc
Le roi du Maroc, Mohammed VI, il fêtera ses 22 ans de règne, le 30 juillet. Crédit image : Carlos Alvarez/ Intermittent/ Getty Images Entertainment via Getty Images

Il nuance tout de même : « On écoute tous le discours du roi avec beaucoup d’intérêt vu les sujets importants qui y sont abordés et voir des drapeaux marocains flotter partout titille notre fibre patriotique, mais ça s’arrête là. »

La Fête du trône représente effectivement la monarchie. « Chaque année nous célébrons cette fête, mais cette année et depuis la pandémie, ce n’est plus le cas », explique Faouzi Metouilli, l’ancien président de l’Association des Marocains de Toronto.

« Nous allons avoir ici, les chutes du Niagara illuminées des couleurs du drapeau marocain. Et en ce qui concerne les rassemblements, il y aura certainement des initiatives à Toronto. »

Pour M. Matouilli, c’est une fête relativement importante. « Les gens respectent le roi, mais il est moins populaire chez les jeunes. »

Le leadership de Faouzi Metouilli a été récemment reconnu par l'ordre de la Pléiade et le Prix du service volontaire de l'Ontario. Archives ONFR+
Faouzi Metouilli, ancien président de l’Association des Marocains de Toronto. Archives ONFR+

Saad Benjelloun dit même que « les jeunes s’éloignent violemment de la monarchie. Moi-même, je suis très attaché à mon pays, mais surtout à sa culture, aux valeurs et aux souvenirs ».

« C’est un fait, la jeunesse marocaine s’éloigne de plus en plus du patriotisme et a intégré – du fait de la mondialisation et de l’influence occidentale – une critique de la monarchie et de la passation de pouvoir héréditaire », affirme Ouroui Mouad.

Le Maroc en Ontario

Pour Faouzi Metouilli, la communauté marocaine reste moins importante en Ontario qu’au Québec. 50 000 Marocains sont tout de même établis dans la province, dont 30 000 dans la grande région de Toronto. « À Montréal, il y a toujours un grand rassemblement et des activités, le 30 juillet. Il faut noter qu’il y a aussi énormément de Marocains dans la ville. »

Et de rappeler qu’en 2022 « nous célébrons les 60 ans de relation diplomatique entre le Canada et le Maroc ». Pour l’occasion, en mai dernier, une plaque commémorative en l’honneur de Fatima al-Fihriya, la fondatrice de la plus ancienne université encore en activité dans le monde, a été dévoilée sur le campus de l’Université d’Ottawa.

Plaque commémorative à l’Université d’Ottawa. Crédit image : Université d’Ottawa.

Les faits méconnus sur le Maroc

– Selon l’Observatoire du Tourisme, un total de 11,35 millions de touristes a visité le Maroc durant l’année 2017.
– La mosquée Hassan II à Casablanca, bâtie en partie sur l’océan en 1993, était le plus haut monument religieux au monde, son minaret dépasse les 200 mètres de hauteur. Récemment détrôné par la grande mosquée d’Alger en 2020 avec un minaret de 265 mètres de hauteur.
– Le royaume est d’ailleurs le plus grand producteur mondial de sardines.
– Le Maroc est le premier pays au monde à avoir reconnu l’indépendance des États-Unis.
– Il y a toujours débat sur qui de l’Algérie, de la Tunisie ou du Maroc est l’inventeur du couscous.

Maroc couscous
Le couscous est un plat traditionnel au Maroc. Crédit image : aristotoo / E+ via Getty Images

Immigration économique : plus d’autonomie, une opportunité pour la francophonie?

TORONTO – Alors que les pourparlers entre les provinces et le gouvernement fédéral ont débuté cette semaine, l’Ontario tente d’arracher un accord sur le contrôle accru de son immigration économique. Plusieurs observateurs y voient une opportunité pour la francophonie, d’autant que le regroupement des portefeuilles de l’Emploi et de l’Immigration sous la houlette d’un seul ministère dans la province marque un changement d’approche pour contrer la pénurie de main-d’œuvre. Mais l’objectif est plus économique que linguistique.

Les négociations qui se sont ouvertes ce jeudi en vue de renouveler l’entente en immigration entre les provinces et le Canada accoucheront-elles d’un accord favorable à l’Ontario? C’est ce que souhaitent plusieurs intervenants francophones du dossier, tout en restant prudents sur les impacts en francophonie.

Dans une entrevue accordée à ONFR+ et dans une lettre adressée, ce mercredi, à son homologue fédéral, le ministre ontarien du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, Monte McNaughton, affirme vouloir renégocier une plus large autonomie de la province dans le choix de ses immigrants économiques.

Son principal levier de recrutement, le Programme ontarien des candidats en immigration – qui comporte un volet dédié aux travailleurs qualifiés francophones – a permis de faire venir plus de 9000 résidents permanents cette année. Insuffisant s’accordent à dire le gouvernement et les acteurs en immigration. En plein redémarrage économique, l’Ontario veut le double.

Carol Jolin président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Archives ONFR+

« Une meilleure politique en immigration aiderait à pallier la pénurie de main-d’œuvre », croit Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Mais « pour avoir des augmentations significatives, il faut que le fédéral permette à l’Ontario de recruter davantage d’immigrants », estime-t-il. « Il y a quelques années, on avait fait une demande pour recruter 1000 immigrants de plus et on a eu la permission d’en recruter 50. On s’entend que ça n’a pas fait de grosses vagues. »

« On est prêt à encourager le gouvernement fédéral à donner plus de marge de manœuvre à la province, mais sous certaines conditions : qu’on ait des quotas pour le volet francophone ou qu’on ait des clauses dans la future entente qui favorisent l’immigration francophone », nuance Alain Dobi, directeur du Réseau en Immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.

Ce serait une façon de s’assurer, selon lui, que l’Ontario garde bien en tête l’importance de la francophonie et de le pousser à atteindre sa cible en immigration de 5 %. L’AFO demande d’ailleurs depuis des mois au gouvernement ontarien de travailler pour atteindre, voire dépasser cette cible.

L’organisation soutient aussi la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) qui presse le gouvernement fédéral d’établir et d’augmenter le poids démographique de la francophonie canadienne. « La cible fédérale de 4,4 % n’est plus acceptable et c’est pour ça que le FCFA propose une cible bien plus ambitieuse de 20 % d’ici 2023 », martèle M. Jolin.

Un super ministère pour « éviter de fonctionner en silos »

En plus d’être reconduit à son poste dans le nouveau gouvernement Ford, M. McNaughton a vu son rayon d’action élargi avec l’acquisition du portefeuille de l’Immigration. « Lier l’immigration à l’emploi peut créer un nouvel essor, si le gouvernement se donne les moyens et la volonté d’atteindre des objectifs qu’il n’a jamais atteint dans le passé, d’autant que c’est de plus en plus pressant pour la communauté », juge M. Jolin.

« Rassembler l’immigration et l’emploi peut être une bonne idée pour éviter de fonctionner en silos, notamment pour les travailleurs temporaires qui ont besoin d’un permis », renchérit Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa. « Ça peut donc être une manière plus efficace d’attirer la main-d’œuvre francophone qui correspond aux besoins de la province. »

Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa. Archives ONFR+

Mais l’immigration francophone n’est pas que de l’immigration économique, prévient-elle. « Quand on parle de francophonie, il faut tenir compte de la réunification familiale ou encore du parrainage des étudiants internationaux. Ça concerne donc d’autres ministères si on veut atteindre des objectifs concrets. »

« On ne voit pas une volonté d’atteindre une cible » – Geneviève Tellier

Pour la politologue Geneviève Tellier, il ne faut toutefois pas s’attendre à des miracles du côté de la cible ontarienne en immigration francophone. « On ne voit pas une volonté d’atteindre une cible pour maintenir un ratio francophone. Si c’est pour créer des emplois, on peut s’attendre à ce que le gouvernement tente de faire venir plus de main-d’œuvre francophone, mais si c’est juste attirer plus de francophones pour augmenter le bassin linguistique de la province, ça m’étonnerait qu’on voit d’énormes changements. »

Son confrère Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster, abonde que la francophonie n’est pas la motivation première du gouvernement Ford. « Il y a eu un changement dans le discours du gouvernement entre 2018 et 2022. Le gouvernement avait fait en 2018 une partie de sa campagne contre les demandeurs d’asile et supprimé le ministère de l’Immigration. Maintenant, il axe sa politique sur la croissance économique, et la manière de la faire au plus bas coût pour les entreprises, c’est par l’immigration. »

Financer directement les communautés

Pour que l’Ontario fasse des progrès tangibles, Mme Veronis se dit « de plus en plus convaincue qu’il faudrait rechercher une politique autonome d’immigration francophone ».

« Ce pourrait être une extension du modèle québécois qui s’appliquerait ailleurs au Canada. Certes, c’est une responsabilité partagée entre le fédéral et les provinces mais peut-être devrait-on trouver un rôle plus direct entre le fédéral et les communautés, d’autant que les structures existent déjà, que ce soit les réseaux et partenariats en immigration. L’initiative des communautés accueillantes démontre qu’on peut avoir du financement qui va directement aux communautés. »

Le poids des organisations de terrain pourrait aussi être accru, selon M. Dobi. « On a tout intérêt à vendre l’Ontario comme une destination pour les nouveaux arrivants francophones. Il faut mousser l’image de la province à l’étranger et les réseaux en immigration pourraient jouer ce rôle de promotion. »

Alain Dobi, directeur du Réseau en Immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario. Archives ONFR+

Les négociations entre le gouvernement fédéral, les provinces et territoires se poursuivent ce vendredi et devraient continuer au cours des semaines à venir, alors que l’entente en immigration arrive à échéance en novembre prochain.

Le palier fédéral n’a pas, de son côté, envoyé de signaux positifs aux provinces sur leur demande d’autonomie accrue.

« À l’heure actuelle, l’Ontario reçoit l’allocation la plus élevée parmi les provinces, et ses allocations les plus récentes ont été augmentées de 17 % », souligne Aidan Strickland, porte-parole du ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Canada, dans un échange de courriel avec ONFR+.

« L’Ontario reçoit également la plus grande part d’immigrants venant au Canada dans le cadre des programmes économiques fédéraux. L’an dernier, 60 % des admissions de résidents permanents en Ontario appartenaient aux catégories économiques et l’Ontario continue également d’être la première destination de choix pour les étudiants internationaux et les réfugiés qualifiés.

L’influence inattendue de Gisèle Lalonde sur le milieu culturel

Le décès de la militante franco-ontarienne, Gisèle Lalonde, a secoué la communauté artistique qui ne s’est pas fait prier pour dire tout le bien qu’elle pensait du personnage. Meneuse du mouvement SOS Montfort et mairesse de Vanier (1985-1991), elle laisse derrière elle un important héritage à la communauté d’expression française ainsi qu’aux générations futures, pas seulement dans le domaine de la santé et de l’éducation.

« Quand je me remémore Gisèle Lalonde, je pense à une petite dame qui a tellement de fougue et d’intensité qu’elle ne se fera pas marcher sur le dos », se souvient Vincent Poirier du groupe humoristique Improtéine en entrevue avec ONFR+, dont les trois enfants sont justement nés en français à l’Hôpital Montfort.

« C’était une femme emblématique du grand mouvement franco-ontarien et aussi une personne charmante », renchérit le Conseiller spécial en francophonie au décanat de la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa, Joël Beddows.

« J’étais happé par son dynamisme, son pragmatisme et sa créativité », ajoute-t-il.

Vincent Poirier. Crédit image : Lexine Photographie

Au-delà de sa personnalité charismatique et de son sourire légendaire, Gisèle Lalonde a toujours été reconnue pour la force de ses convictions visant le vivre-ensemble francophone en Ontario.

« Elle nous a annoncé qui on était et elle nous a dit qu’on avait le droit d’exister. Elle nous a rappelé notre droit d’exister en français », affirme Vincent Poirier.

« Elle nous a rappelé notre droit d’exister en français » – Vincent Poirier

Il est connu que les Franco-Ontariens retrouvent leur identité au travers des différentes luttes pour préserver leurs acquis. Règlement 17, SOS Montfort, « Jeudi noir » des coupes du gouvernement Ford en 2018, les nouvelles vagues de mouvements sociaux forgent l’appartenance à la communauté d’expression française.

« Il faudrait qu’on ait une Gisèle Lalonde qui revient tous les 20 ans pour nous rappeler de ne pas lâcher! », blague l’humoriste.

Identité et conscience culturelles

Femme de lutte, Gisèle Lalonde a eu un impact important sur les nouvelles têtes d’affiche de la scène culturelle francophone.

« J’étais au secondaire lors de la crise de l’Hôpital Montfort », se souvient Vincent Poirier. « C’est avec l’éducation de Gisèle Lalonde que je me suis découvert Franco-Ontarien. Cet éveil m’a suivi pour le restant de ma vie. »

Fait moins connu, la militante a aussi été une artisane du rapprochement entre le milieu associatif et la communauté artistique qui étaient en froid depuis près de trois décennies.

« Dans les années 1970, le milieu culturel a claqué la porte de l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO) car il trouvait que cette dernière n’avait pas la légitimité pour parler de la culture. Il y a eu une rupture autour d’un projet qui est devenu la Nouvelle Scène. Le conseil catholique a imposé des conditions que les artistes refusaient », rappelle Joël Beddows.

Joël Beddows. Crédit image : Maud Chauvin

Alors que la crise de l’Hôpital Montfort bat son plein, la première crise survient au Théâtre de la Nouvelle Scène alors que le programme d’infrastructure n’existe pas encore. Joël Beddows et ses acolytes sont alors en train de gérer un prélèvement de fonds politiques en coulisse.

« Il y avait un consensus que les Franco-Ontariens n’avaient pas à choisir entre les deux projets, car ils étaient essentiels », affirme le conseiller de la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa à ONFR+.

Le mouvement en faveur du Théâtre Nouvelle Scène a bénéficié à ce moment-là du soutien de SOS Montfort qui disposait d’un pouvoir d’influence bien plus importante que le milieu culturel. Joël Beddows ne se prive pas de souligner la générosité dont a fait preuve Gisèle Lalonde durant ces événements.

« C’est lors des crises de Montfort et Nouvelle Scène qu’il y a eu un rapprochement qui était beau à voir. On était unis autour de deux grandes causes simultanément », se rappelle-t-il.

Le tact et l’éveil en héritage

Mener ces luttes d’importance capitale ne se fait pas qu’en se reposant sur son charisme naturel. Gisèle Lalonde comprenait comment tirer avantage du jeu médiatique dans les deux langues officielles.

La militante parlait autant au Droit, à TFO et Radio-Canada qu’aux médias anglophones de l’époque et disposait d’un savoir-faire politique qui lui permettait de bien les gérer.

« On a compris à travers elle que pour lutter pour une cause, pour bâtir un projet, pour construire des établissements, il fallait parler à tout le monde. C’était la première fois que je voyais ça aussi bien fait avec autant de professionnalisme », se permet de dire Joël Beddows.

Le groupe Improtéine. Gracieuseté

Alors que les Franco-Ontariens font face à de nouveaux défis par rapport au maintien de leurs acquis, la figure de Gisèle Lalonde sert d’inspiration à ceux auxquels elle a toujours souhaité passer le flambeau.

« On avait animé une table ronde avec tous les grands acteurs de la saga Montfort à l’école Samuel-Genest », se souvient Vincent Poirier. « Quand ça s’est terminé, Gisèle a pris le micro et elle s’est mise à parler directement aux jeunes de l’impact qu’ils pouvaient avoir dans le futur. Je m’en souviendrais toujours : elle avait dit « Je m’en fous que c’est fini. J’ai le goût de parler encore! » »

À ces mots, tous ceux qui étaient sur le point de partir sont venus se rasseoir pour l’écouter développer ses idées.

Cette anecdote traduit bien la fougue dont Gisèle Lalonde savait faire preuve pour captiver les foules et les mobiliser vers la prise de conscience de l’identité collective. Il s’agit probablement ici de son legs le plus important.

« Improtéine, on est là pour réveiller les Franco-Ontariens mais sans cet éveil dans notre adolescence, on n’aurait peut-être jamais existé! », conclut Vincent Poirier.

Gisèle Lalonde, présidente de SOS Montfort, harangue la foule franco-ontarienne le 22 mars 1997.
Gisèle Lalonde, présidente de SOS Montfort, harangue la foule franco-ontarienne le 22 mars 1997. Source : Hôpital Montfort

Des activités pour profiter à fond du long week-end

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

L’Ontario français vous offre, cette semaine, des activités adaptées à tous les âges pour profiter pleinement du long week-end à venir. Que vous le passiez en famille ou entre amis, vous serez sûr de commencer le mois d’août du bon pied.

Musique

Kelly Bado sur scène au festival Blue Skies

L’auteure-compositrice-interprète franco-manitobaine, Kelly Bado, débarque à Clarendon avec sa voix soul pour le festival folk, Blue Skies. Celle qui a su impressionner Paul McCartney en 2018 pour sa prestation de la chanson Let It Be lors de son duel sur la télé-réalité La Voix, a depuis réussi à s’affirmer comme artiste à part entière. En 2021, elle a été récipiendaire de deux Prix de la musique de l’Ouest canadien : artiste francophone et artiste mondiale de l’année.

Au cours du festival, Kelly interprétera ses chansons émouvantes de son dernier album paru en 2020, Hey Terre, une ode à notre planète Terre, dans laquelle la chanteuse réunit ses diverses influences musicales. Du gospel américain à l’afro-beat, Kelly Bado continuera de nous faire découvrir les multiples facettes de son esprit musical.

La chanteuse Kelly Bado. Crédit image : BNB studios.

Assistez au festival Blue Skies du 29 au 1er août à Clarendon, en Ontario. Achetez vos billets sur le site du festival pour réserver vos places.

La culture franco-caribéenne célébrée au Festival Kompa Zouk à Toronto

Le Festival Kompa Zouk entame bientôt sa 14e édition pour célébrer la culture franco-caribéenne, cette fois-ci, en mode soirée blanche à bord du navire de croisière, Yankee Lady III. À cause de la pandémie et de l’incertitude, le festival a jugé de changer le format du festival en incluant un brunch. Cependant, il y aura de tout au cours de cette soirée qui se prolongera jusqu’à 2h du matin.

Des expositions, activités pour enfants et des spectacles de musique avec plusieurs groupes reconnus tant au niveau provincial et à l’international. Le groupe haïtien Klass, faisant parmi des meilleurs groupes des Antilles et T-Vice, un groupe de compas haïtien qui célèbre ses 30 ans de musique, y feront notamment partie.

Le Festival Kompa Zouk Ontario. Crédit image : G Photography.

Assistez à la 14e édition du Festival Kompa Zouk le samedi 30 juillet à bord de la Yankee Lady III à Queens Quay West. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Communauté – Jeunesse

Kermesse et barbecue : SOFIFRAN rassemble les francophones de Welland

À l’occasion du jour férié du mois d’août, journée placée sous le signe de la détente et du divertissement pour tous, Sofifran organise une journée destinée aux jeunes tout en rassemblant parents et la communauté francophone de Welland. Au programme, plusieurs jeux sportifs et de société tels que le saut à la corde, course en sac de patates, course à l’œuf et une compétition de puissance.

Des petits trophées et des prix d’encouragement seront ensuite remis aux jeunes participants. La journée consistera également d’un barbecue et repas-partage communautaire dont les participants pourront y profiter.

Crédit image : monkeybusinessimages / iStock / Getty Images Plus via Getty Images.

Assistez aux Jeux de SOFIFRAN le lundi 1er août à midi au parc Chippawa. Pour s’inscrire : info@sofifran.org. Admission gratuite.

Guitare et chants avec Monsieur Philippe

La guitare toujours à ses côtés, Philippe Flahaut, mieux connu sous le nom de Monsieur Philippe, continue d’être une grande source de joie pour son public cible : les enfants. L’auteur-compositeur-interprète qui réalise et écrit des chansons pour les jeunes depuis plus de 15 ans, fera partie de la programmation estivale en français organisée par La Bibliothèque publique de Toronto. Monsieur Philippe vous emmènera dans des aventures en chanson tout en vous apprenant la langue française.  

Le musicien Philippe Flahaut. Crédit image : Antoine Flahaut.

Assistez à l’atelier Vive les vacances! avec Monsieur Philippe le mercredi 3 août de 14h à 15h à l’emplacement Leaside de la Bibliothèque publique de Toronto. Admission gratuite.

« Montfort, fermé, jamais » : les moments forts et faits de la vie de Gisèle Lalonde

OTTAWA – La francophonie ontarienne a appris une triste nouvelle mercredi avec le décès de Gisèle Lalonde, visage de SOS Montfort, à l’âge de 89 ans. Voici cinq faits et moments sur Gisèle Lalonde, un monument de la francophonie ontarienne.

Mars 1997 : « Montfort, fermé, jamais »

Devant une foule bondée de 10 000 militants au Centre municipal d’Ottawa, la présidente de SOS Montfort prononce un discours qui enflamme la foule. Son fameux « Montfort, fermé, jamais » sera scandé et vu comme une phrase fétiche d’un des combats les plus célèbres de la francophonie ontarienne.

« Nous devons crier sans hésitation et sans peur qu’on ne touche pas à Montfort. Le Canada a les yeux rivés sur nous. Les Canadiennes et les Canadiens regardent aujourd’hui un peuple debout! », mentionne-t-elle devant des milliers de gens.

La bataille de Montfort

En février 1997, la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario recommande la fermeture de l’hôpital. Quelques jours plus tard, Gisèle Lalonde est alors désignée par des leaders de la francophonie ontarienne comme porte-voix dans le dossier.

« Car il n’y a personne qui comprenait l’importance de l’Hôpital Montfort comme Gisèle Lalonde », explique 25 ans plus tard l’avocat de la cause SOS Montfort, Ronald Caza. « Gisèle a expliqué des milliers de fois pourquoi c’était important de sauver l’Hôpital Montfort et pas juste à la communauté franco-ontarienne, mais aussi aux communautés anglophones des autres provinces. Car quand tu es une majorité, tu ne comprends pas ce que c’est de vivre comme membre d’une minorité. Elle le savait et elle savait comment le décrire, l’expliquer et convaincre les personnes pourquoi c’était important. »

La dirigeante de SOS Montfort sera la voix du mouvement, s’adressant aux médias à maintes reprises pendant cette crise qui aura duré dans un duo avec son neveu et ancien journaliste du Droit, Michel Gratton.

Création de l’AFMO

En 1988, alors qu’elle est maire de Vanier depuis trois ans, Gisèle Lalonde fonde l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), puis en devient la présidente. Elle assume jusqu’en 1991 ce rôle dans l’organisme. En 2017, alors que l’avenir de l’AFMO était gravement menacé par une situation financière précaire, la fondatrice avait lancé un cri du cœur.

« Quand nous avons fondé l’AFMO, en 1989, on voulait que le français prenne sa place. Il y avait une grosse association anglophone, mais nous, les francophones, nous n’avions rien. Et quand on veut quelque chose, il faut se mouiller pour l’avoir. Quand on a commencé, on n’avait pas une cenne, alors ne braillez pas maintenant! Ça ne nous a pas empêchés de foncer et regardez : vous êtes encore là aujourd’hui! », avait-elle déclaré lors d’un congrès de l’association.

Archives ONFR+

Son franc-parler

Un mot qui revient souvent dans la bouche de ceux ayant côtoyé Gisèle Lalonde était à quel point elle avait un franc-parler.

« Parfois des membres de la communauté francophone prennent une position et une position que Gisèle ne croyait pas que c’était dans le meilleur intérêt de la communauté francophone et elle ne se gênait pas pour le dire publiquement », se souvient Ronald Caza.

« Elle était capable d’exprimer ce qu’elle pensait de façon simple, mais très directe. Elle n’avait peur de rien et disait ce qui devait être dit », résume l’ancien président de l’établissement hospitalier Gérald Savoie. 

En entrevue avec ONFR+ en 2017, Gisèle Lalonde évoquait la nécessité d’être radical mais aussi diplomatique.

« Il faut savoir être les deux! Il faut savoir se présenter auprès des groupes anglophones, leur donner confiance pour qu’ils parlent! Sans ça, ils peuvent juste nous inviter! Il faut avoir des amis avec eux autres, pas nécessairement des grands amis, mais au moins des personnes qui parlent français! »

D’abord en éducation

Surtout connu pour son implication dans le mouvement Montfort, on peut oublier que Gisèle Lalonde a aussi été une pionnière dans le milieu de l’éducation. Elle est d’abord enseignante dans diverses écoles de langue française entre 1951 et 1973. En 1974, elle devient la présidente du Conseil des écoles catholiques séparées d’Ottawa pour deux ans avant d’occuper la même fonction à l’Association française des conseils scolaires de l’Ontario en 1978 et 1979.

Entre-temps, elle cofonde le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques en 1974 en plus de devenir la directrice générale jusqu’à 1984.

En 1980-1981, elle occupe le poste de directrice générale de l’Association française des conseils scolaires.

Gisèle Lalonde racontée par ceux qui l’ont côtoyée : « C’est notre Jeanne d’Arc »

Gisèle Lalonde aura été le visage d’un des grands mouvements de contestation de la francophonie canadienne avec SOS Montfort. Sa phrase, « Montfort, fermé, jamais », prononcée lors du grand rassemblement de 1997 aura été à son image : pleine d’énergie et de conviction. Une détermination qui aura marqué des acteurs clés du mouvement qui était aux premières loges pour voir Gisèle Lalonde.

« Gisèle était bigger than life. Gisèle rentrait dans une salle et tu savais qu’elle était là même si tu ne l’avais pas entendu ou vu », lance Ronald Caza en entrevue.

Ce dernier était l’avocat qui a piloté le dossier juridique pour la sauvegarde de l’institution franco-ontarienne en compagnie de l’ancienne mairesse de Vanier.

« J’ai travaillé et passé beaucoup de temps avec elle, et elle était toujours de bonne humeur. Parfois, elle se choquait et devait monter aux barricades, mais elle avait toujours un sens de l’humour extraordinaire. Tout le monde aimait Gisèle Lalonde », résume-t-il.

« C’était une femme intense, un génie qui était brillant », énumère de son côté Gérald Savoie, qui était le président et chef de la direction de l’Hôpital Montfort au moment des événements.

L’avocat Ronald Caza. Archives ONFR+

L’attention générée par cette cause lui aura apporté une certaine renommée aux quatre coins du Canada à défendre le mouvement, mais ça n’a pas changé l’ancienne éducatrice.

« Elle traitait tout le monde de la même façon. Le monde qu’elle rencontrait dans la rue dans Vanier en allant au dépanneur, quand elle a rencontré le pape ou les chefs d’État. Elle voyait tout le monde de la même façon. On voyait toujours la vraie Gisèle », dit Ronald Caza.

Son énergie, un trait de caractère qui revient aussi dans les paroles de Gérald Savoie. « SOS Montfort, c’était du 12 à 16 heures par jour pendant quatre à six ans », rappelle-t-il.

Le commencement

Cette énergie est vite remarquée lors du premier jour de la crise, le 24 février 1997, alors que la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario recommande la fermeture de l’hôpital. Le lendemain de l’annonce, Gisèle Lalonde, ainsi que plusieurs membres de la communauté franco-ontarienne et de l’hôpital Montfort, se réunissent.

« J’ai dit : écoutez, il va falloir faire quelque chose », disait Gisèle Lalonde sur ce moment-là en entrevue avec ONFR+ en 2017.

« Il va falloir commencer par se réunir », poursuit-elle. « Pas des affaires de 200 et de 300 là. Ça nous prend des milliers de personnes. Là, tout le monde m’a regardé en disant : ‘’Es-tu folle’’. J’ai dit  »ça nous prend des dizaines de milliers de personnes pour vraiment faire bouger ce gouvernement-là ». »

Gisèle Lalonde en entrevue avec ONFR+ en 2017.

« Quand Gisèle a commencé à parler, tout le monde savait que ça serait elle qui mènerait le combat. C’est clair que c’était la personne pour la cause. Il n’y avait personne d’autre », se souvient M. Caza.

« C’était l’unanimité, le consensus était fait », ajoute de son côté Gérald Savoie. « On est tombé pile sur la meilleure personne qu’on pouvait avoir pour représenter la communauté, qu’elle avait à cœur. C’est elle qui a amené la communauté en appui, constamment garder cette communauté très active. Si ce soutien-là n’était pas là, c’était perdu. »

Mais pour ce dernier, le plus impressionnant était d’où Gisèle Lalonde est partie.

« On n’avait absolument rien au départ. On n’avait aucune assise légale sur laquelle se reposer. C’est certain qu’il y avait d’énormes doutes (dans la communauté). Les francophones qui s’étaient battus pour les causes scolaires nous traitaient de fous et nous disaient qu’on était pour tout perdre, car il n’y avait absolument rien. »

« Il fallait avoir confiance en soi pour prendre la communauté comme ça. Ce qu’elle avait, c’était une croyance. Pour elle, ce n’était pas possible qu’on n’ait pas une place et des droits. Il fallait y croire et ça prenait une détermination et une persévérance inimaginable », raconte M. Savoie.

Archives ONFR+

Un legs

Ronald Caza espère que son départ et le message qu’elle portait ne tomberont pas dans l’oreille d’un sourd.

« Ce qui est le plus important pour tous les Franco-Ontariens et même les Acadiens, c’est que quand des moments comme ça arrivent, on se souvient de ce que Gisèle a fait. Elle a tout donné et réussi de façon extraordinaire. Elle a sauvé un hôpital et gagné contre la plus grosse province du pays. »

« On a perdu Gisèle, mais on n’a pas perdu ce qu’elle a fait » – Ronald Caza.

Le legs de sa lutte, c’est ce que note Michelle de Courville Nicol qui était la présidente du Conseil d’administration de l’établissement à l’époque.

« Ça a eu des effets qui durent encore aujourd’hui et je pense que ça va durer longtemps. Les décisions des tribunaux ont fait en sorte que d’autres communautés francophones peuvent utiliser nos arguments et le jugement des résultats qu’on a eus. C’est en quelque sorte un héritage qui est laissé à la communauté francophone. »

Gérald Savoie (à l’extrême gauche), Ronald Caza (en arrière) en compagnie de Gisèle Lalonde (à l’extrême droite). Gracieuseté Hôpital Montfort

Pour l’ancienne dirigeante de Montfort, Gisèle Lalonde a été « un facteur très important dans cette lutte ».

« Elle était très connue dans la communauté francophone et elle n’avait pas peur de dire ce qu’elle pensait ou de parler à ceux qui avaient du pouvoir. Ce n’était pas tout le monde qui avait cette habilité-là. Elle pouvait aussi soulever les foules. On peut penser au grand rassemblement de 1997. Il ne faut pas oublier que ça a duré des années. »

Ronald Caza se remémore une dame avec une force de conviction incroyable.

« La raison pour laquelle elle a mené la lutte de Montfort, c’était surtout le message que ça – la fermeture de l’hôpital – envoyait. Le message que ça envoyait est que ça ne valait pas la peine qu’on fasse des efforts pour préserver notre langue et notre culture. »

Un des moments marquants de Gisèle Lalonde aura été les propos que lui a adressés Mike Harris, l’ancien premier ministre de l’Ontario, qui l’avait appelé à l’époque pour la féliciter d’avoir remporté la bataille.

« C’est notre Jeanne d’Arc, notre grande dame, notre héroïne. On ne pourra jamais la remercier assez pour tout ce qu’elle a pu faire. C’est la plus grande dame de la francophonie ontarienne », conclut M. Savoie.

Découvrir la muZIK avec Mehdi Cayenne

TORONTO – En collaboration avec Moi & Dave, le Groupe TFO lance l’émission ZIK pour sa saison estivale. Animée par l’artiste Franco-Ontarien Mehdi Cayenne, ZIK explore l’univers de la musique dans ses aspects méconnus comme la science du son, les interdits musicaux, la musicothérapie et bien plus encore. Accompagnée d’une bonne dose d’humour, cette émission jeunesse est autant instructive que divertissante.

« On s’est très tôt mis d’accord que c’était plus drôle que je ne sois pas vu comme un grand musicien. Premièrement parce que je ne le suis pas et aussi parce que ça se veut plus approchable pour les gens », raconte Mehdi Cayenne en entrevue avec ONFR+.

Présentée par bloc de deux épisodes tous les dimanches à 19h sur TFO depuis le 24 juillet, ZIK comprend dix épisodes de 11 minutes. Les émissions sont rediffusées les vendredis à 19 h 30 et les samedis à 19 h en plus d’être disponibles sur TFO.org.

ZIK. Crédit image : Groupe Média TFO

Vecteur de passion

Artiste autodidacte, Mehdi Cayenne donne des ateliers d’écriture de poèmes et de chansons dans les écoles depuis les quinze dernières années. Quand il a été approché par Moi & Dave pour le projet, il s’est tout de suite senti interpellé par le concept.

« L’émission va puiser dans des trucs d’un peu partout pour parler de musique. Quand tu écris une chanson, tu ne penses pas juste à la mélodie », explique-t-il. « Tu penses à ta vie, aux gens, à tes souvenirs, à plein de choses disparates et j’aime que l’émission puise dans le même éclectisme d’influences pour parler de concepts musicaux. »

Avec sa participation, Mehdi Cayenne espère transmettre aux jeunes son amour de la musique par l’entremise de l’humour.

Mehdi Cayenne. Crédit image : Groupe Média TFO

Selon lui, faire rire le public permet à ce dernier de s’approprier la musique comme quelque chose de plaisant.

« Il y a du fun dans les spectacles, il y a du fun dans les tournées artistiques, c’est pour cela qu’on dit que l’on joue de la musique », lance-t-il.

« C’est pour cela qu’on dit que l’on joue de la musique » – Mehdi Cayenne

Le chanteur expérimental voit dans cette émission une autre façon de contribuer à l’univers musical. ZIK fait confiance à l’intelligence du public pour comprendre les nombreuses références et blagues et contribue ainsi à perpétuer une tradition vieille comme le monde.

« N’importe quel musicien participe à une longue chaine qui existe depuis l’aube de l’humanité. On continue d’affecter l’évolution de la musique tant qu’on en joue et qu’on en écoute », conclut Mehdi Cayenne.

Avalanche de réactions à la suite du décès de Gisèle Lalonde

Décédée dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 89 ans, Gisèle Lalonde aura marqué bien des gens au cours de sa carrière comme personnalité publique de la francophonie ontarienne et canadienne. Les réactions n’ont pas tardé à la suite du décès de l’un des visages les plus connus de la bataille de SOS Montfort.

« On perd une grande dame, militante et défenseure de la francophonie canadienne », a lancé à ONFR+ l’ancienne procureure générale et ex-ministre déléguée à l’Office des affaires francophones, Madeleine Meilleur .

Cette dernière a connu Gisèle Lalonde notamment alors qu’elle était conseillère municipale à la Ville de Vanier dès 1991 et lors de la crise de Montfort à partir de 1997.

« J’étais là le soir du 22 mars lorsqu’elle avait dit ‘’Montfort, fermé, jamais!’’ À chaque fois que j’entends ça, ça me donne un serrement de cœur, ça me rend fière et triste en même temps. C’était un cri du cœur pour nous tous », se remémore-t-elle.

Elle se souvient de Mme Lalonde comme d’une rassembleuse. « C’était une personne qui était très convaincante et qui amenait les gens à l’appuyer dans ses missions. C’était une personne d’une grande simplicité et d’une grande humilité. Elle était brillante et une leader naturelle. »

Le premier ministre Justin Trudeau a dit « offrir ses pensées à tous ceux qui sont en deuil aujourd’hui ».

« Gisèle Lalonde était une fière Franco-Ontarienne qui a travaillé sans relâche pour servir ses concitoyens franco-ontariens. La communauté francophone est plus forte grâce à ses efforts, et son décès est une perte énorme », a-t-il indiqué dans une déclaration.

« Aujourd’hui, c’est toute la famille Montfort qui est en deuil », a réagi l’Hôpital Montfort dans un communiqué. « Gisèle était une grande dame et nous lui devons énormément. On se souviendra de son énergie, de sa bonne humeur et de son rire contagieux, et surtout de sa détermination. »

L’établissement de santé a aussi annoncé qu’il mettrait ses drapeaux à l’hôpital et au monument de la Francophonie jusqu’aux funérailles de Mme Lalonde.

La Ville d’Ottawa a fait de même : les drapeaux de l’hôtel de ville et du Centre des services communautaires Vanier seront mis en berne. Le maire Jim Watson a rendu hommage à Gisèle Lalonde, considérant son décès comme « une énorme perte pour notre ville et notre pays ».

« Véritable force de la nature et fière défenseure de ses racines franco-ontariennes, elle a contribué à sauver l’Hôpital Montfort. J’ai eu l’occasion d’échanger avec Mme Lalonde à de nombreuses reprises et j’en suis toujours ressorti avec le sentiment qu’elle adorait Vanier et que la communauté l’adorait encore plus. J’offre mes sympathies à sa famille et ses nombreux amis. »

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a de son côté demandé aux gestionnaires de monuments de la francophonie de mettre le drapeau franco-ontarien en berne à la date de ses funérailles.

« Durant sa vie, Mme Lalonde a eu un grand impact sur la francophonie ontarienne. Ses efforts à la tête du mouvement SOS Montfort ont assuré que les Ontariens peuvent aujourd’hui compter sur un hôpital francophone à l’extérieur du Québec », a réagi le président de l’AFO, Carol Jolin.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a de son côté rendu hommage à une dame « plus grande que nature ».

« Gisèle Lalonde n’est plus avec nous, mais le grand cri de ralliement qu’elle a lancé, Montfort, fermé, jamais! demeure et résonne toujours comme un appel à l’action pour tous et toutes les francophones déterminées à vivre et à s’affirmer en français, à demander le respect de leurs droits », a souligné sa présidente Liane Roy.

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, s’est dite « peinée d’apprendre le décès de Gisèle Lalonde, une grande dame qui a œuvré pour la vitalité de la communauté francophone toute sa carrière. Mes condoléances à sa famille ».

Son homologue au niveau fédéral, la ministre Ginette Petitpas Taylor a offert ses condoléances aux proches de l’ancienne mairesse et à tous les Franco-Ontariens.

« La communauté franco-ontarienne et les francophones du pays sont en deuil. Mme Lalonde était une militante dévouée qui a consacré sa vie à la promotion et à la défense de la francophonie, notamment à travers la lutte pour sauver l’hôpital Montfort. Elle sera toujours une source d’inspiration pour les Canadiens et Canadiennes et son héritage restera gravé à jamais. »

Gisèle Lalonde, figure de la résistance franco-ontarienne, n’est plus

OTTAWA – Elle a marqué son temps et montré la voie à sa communauté. Cheffe de file du mouvement SOS Montfort, ce bras de fer avec le gouvernement Harris qui a empêché la fermeture de l’hôpital francophone d’Ottawa dans les années 90, l’ancienne enseignante et mairesse de Vanier laisse derrière elle un legs immense, et de nombreuses réactions de sympathie.

Gisèle Lalonde est décédée dans la nuit de mardi à mercredi. Âgée de 89 ans, cette femme de convictions et de combats était hospitalisée depuis plusieurs mois à Ottawa.

Un de ses faits d’arme les plus significatifs a été son opposition à la fermeture de l’Hôpital Montfort avec, en point d’orgue, le rassemblement historique de 10 000 manifestants franco-ontariens en 1997.

« Si on n’avait pas eu de crise, on serait encore pris avec le Règlement 17 », avait-elle réagi récemment au micro d’ONFR+, revenant sur cet épisode Montfort, un an après la crise linguistique de 2018. « On est en crise tout le temps quand on est minoritaire!  Il y a toujours un groupe qui annonce ses vraies couleurs et on doit être prêt à se battre tout le temps. »

Gisèle Lalonde (au centre) lors de la manifestation SOS Montfort à Ottawa. Crédit image : Étienne Morin, Le Droit, Université d’Ottawa, CRCCF.

Née le 28 juin 1933 à Eastview (actuel Vanier), Mme Lalonde a étudié à l’École Montfort, au Pensionnat Notre-Dame-de-Lourdes et à l’École secondaire d’Eastview, avant de devenir elle-même enseignante.

Diplômée de l’École normale de l’Université d’Ottawa, elle a d’ailleurs fait l’essentiel de sa carrière dans l’éducation, jusqu’en 1973, aux écoles Montfort, Saint-Paul, Garneau et Saint-Gabriel. Elle fut, en 1965, la première femme présidente du Conseil scolaire des écoles séparées d’Eastview.

Co-fondatrice et première directrice générale du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP), elle a été, dans les années 80, directrice générale de l’Association française des conseils scolaires et présidente du Conseil des Affaires franco-ontariennes.

Élue mairesse de Vanier en 1985, elle conservera son poste jusqu’en 1991. On lui doit, en outre, la création l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Elle a reçu de nombreuses distinctions, parmi lesquelles les insignes de chevalier l’Ordre de l’Ontario, l’Ordre du Canada et de la Légion d’honneur de la France. Une école du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario porte même son nom à Orléans.

Les réactions affluent

Les réactions se multiplient après sa disparition. « Je l’ entends encore avec son cri de cœur reconnu  »Montfort fermé jamais! » », a réagi Mona Fortier. La députée d’Ottawa-Vanier a déclaré que Mme Lalonde avait été une source d’inspiration.

« Elle m’a inspirée à me présenter en politique et j’admire tous ses efforts pour défendre les intérêts des francophones; entre autres en éducation et en santé. Elle continuera à m’inspirer à rendre ma communauté plus meilleure et plus juste », a-t-elle souligné.

Décrivant une « francophonie en deuil », sa collègue Marie-France Lalonde, a mis en avant « une pionnière et militante qui a tant fait pour la sauvegarde de notre langue française. Elle laisse un grand vide en Ontario ».

La militante Gisèle Lalonde. Archives TFO

« Toute sa vie Mme Lalonde a été un modèle d’engagement et de détermination qui peut nous inspirer pour faire valoir nos droits comme communauté », a soulevé pour sa part Jean-Rock Boutin, président de la Fédération des retraités et aînés francophones de l’Ontario (FARFO).

Son implication dans le milieu éducatif a été par ailleurs saluée par des conseils scolaires. Pour le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), Gisèle Lalonde a été une « infatigable militante franco-ontarienne, figure de proue du mouvement SOS Montfort, qui laisse un héritage des plus précieux à ceux et celles qui lui succèdent. C’est pour nous une immense fierté d’avoir une école à son nom ».

Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) la remercie « pour l’ampleur de sa contribution à la cause francophone en Ontario et gardons dans nos prières ses proches dans ces moments éprouvants ».

Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce a ajouté son mot en français sur Twitter. « Nous honorons et nous nous souvenons de ses contributions en tant qu’éducatrice passionnée, défenseure de longue date de l’éducation francophone, et mairesse. »

« Un exemple d’engagement positif et de courage » – Zachary Richard

Cette tragique disparition trouve aussi un écho au-delà des frontières de l’Ontario, ainsi que parmi la jeunesse.

« Avec sa force inépuisable et son énergie irrésistible, elle restera pour moi un exemple d’engagement positif et de courage », a réagi l’auteur-compositeur-interprète louisianais Zachary Richard.

« Merci Mme Lalonde pour toutes vos contributions pour la communauté franco-ontarienne. Montfort, fermé, jamais! », a lancé Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

Andrea Horwath candidate à la mairie de Hamilton

HAMILTON – L’ancienne cheffe du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPD) a officiellement annoncé sa candidature aux prochaines élections municipales dans la ville de l’acier. Elle va quitter ses fonctions de députée provinciale de Hamilton-Centre pour se lancer dans la course.

Qui succèdera à Fred Eisenberger, le maire sortant de Hamilton? Andrea Horwath a avancé ses pions en mettant un terme aux rumeurs qui courraient depuis quelques semaines. À 59 ans, l’ex-patronne du NPD veut devenir le 58e maire de la ville.

« Mon engagement est d’être un maire pour tous les Hamiltoniens afin qu’ensemble nous puissions continuer à faire de cette ville un endroit où il fait bon vivre, réussir, élever une famille et vieillir », a-t-elle déclaré.

« J’ai travaillé avec les résidents d’Hamilton pendant toute ma vie (…). J’aime chaque minute et j’ai hâte d’avoir la chance de le faire en tant que maire. »

Face à elle, trois autres candidats se sont déclarés pour l’heure : l’ancien maire et député libéral Bob Bratina, l’ex-PDG de la Chambre de commerce de Hamilton Keanin Loomis, et l’avocat Ejaz Butt, déjà candidat en 2014.

Élu à trois reprises en 2006, 2014 et 2018, le maire actuel, Fred Eisenberger, ne convoite pas de quatrième mandat. D’autres prétendants pourraient encore se manifester d’ici le 19 août, date limite du dépôt de déclaration de candidature.

Mme Horwath a dirigé le NPD provincial de 2009 à juin dernier, sans parvenir à accéder au pouvoir en Ontario, après quatre tentatives. Sous sa gouverne, le parti orange s’est hissé depuis 2018 au rang d’opposition officielle.

Elle avait annoncé son départ de la chefferie dans la foulée des résultats du 2 juin qui ont conforté les progressistes-conservateurs aux commandes de la province.

La politique municipale n’est pas étrangère à la native de Hamilton puisqu’elle a été conseillère du quartier 2 de 1997 à 2004.

« Comme je l’ai dit au lendemain des élections, qu’il ne fasse aucun doute qu’Andrea se réveille chaque jour prête à se battre pour ce en quoi elle croit », a réagi le premier ministre, Doug Ford, la remerciant pour ses années de service public en tant que chef de l’opposition et députée provinciale.

Le chef intérimaire du Parti libéral, John Fraser, a pour sa part remercié Mme Horwath pour ses « nombreuses années de service auprès des habitants de Hamilton-Centre et des Ontariens au sein de notre Assemblée législative ».

Les élections municipales se dérouleront le 24 octobre prochain. Une élection partielle provinciale devra déterminer ultérieurement un nouveau député pour Hamilton-Centre.

Les artistes à la rescousse de l’économie ottavienne

OTTAWA – Entre pandémie et blocus du centre-ville, les temps ont été difficiles pour les commerces de la capitale nationale. Afin de donner un coup de pouce à l’économie locale, la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO) organise Sons de la Ville qui comprend plus de 40 spectacles gratuits en plein air jusqu’au 31 août.

Lancé en 2021, Sons de la ville a initialement été conçu pour permettre aux artistes de se produire en concert à l’extérieur alors que les salles étaient fermées. Cette année, la Ville d’Ottawa a décidé d’investir 70 000 $ dans l’événement.

« On a eu beaucoup plus de fonds surtout à cause des manifestations du convoi de la liberté cet hiver. La ville veut revigorer les communautés d’Ottawa », explique le coordonnateur de programme à la CIMO, Karim Rostom, en entrevue avec ONFR+.

Cet investissement n’est visiblement pas tombé entre de mauvaises mains. Alors qu’une vingtaine de spectacles avaient été organisés en 2021, c’est aujourd’hui le double avec plus de 80 artistes impliqués.

« Il y a beaucoup d’artistes qui n’ont pas pu faire de concerts durant les trois dernières années », rappelle M. Rostom. « C’est une occasion pour jouer de nouveau. »

Ces initiatives font de nombreux heureux dans la communauté artistique de la capitale nationale. Le dévouement de la nouvelle directrice générale Mélanie Brûlée en faveur de l’inclusion et de la santé mentale est très bien reçu.

Jessy Lindsay. Crédit image : Le réveil

« L’industrie de la musique grossit à Ottawa, il y a plus d’opportunités et la francophonie rayonne de plus en plus grâce au travail de la CIMO », félicite la chanteuse Jessy Lindsay.

Sons de la Ville traduit bien cette volonté de la CIMO de faire une bonne place à la culture francophone dans la scène locale. Mimi O’Bonsawin, Rachel Beausoleil, Jessy Lindsay, Jessie Simmons, Sophie d’Orléans, Sofia Duhaime et d’autres figures de la musique franco-ontarienne participent à l’événement.

Relation symbiotique

Dans cette volonté de faire revenir les citoyens dans les commerces du centre-ville par l’entremise des spectacles, ce sont les milieux d’affaires et artistiques qui en sortent gagnants.

« Sans le secteur d’affaires, les artistes n’ont pas d’endroits où ils peuvent jouer. De l’autre côté, c’est important pour les zones commerciales d’avoir des artistes qui veulent venir jouer et amener leurs fans », explique Karim Rostom.

Les artistes sont bien conscients du rôle qu’ils jouent de concert avec les milieux d’affaires.

« La musique a un talent secret. Les gens deviennent instantanément heureux dès qu’il y a des musiciens! », lance Mimi O’Bonsawin. « Nous avons un rôle important de ramener du monde et il est tellement naturel que c’est beau à voir », ajoute-t-elle.

Mimi O’Bonsawin. Gracieuseté

Besoin économique, besoin psychologique aussi. Rachel Beausoleil a participé à Sons de la Ville le samedi 16 juillet au parc Manotick.

« Les gens s’approchent et ont du plaisir. Notre art leur fait du bien et ça nous fait du bien de leur faire du bien », décrit la chanteuse jazz.

En plus des artistes et des commerces, ce sont également les citoyens de la région qui gagnent avec cet événement. Gratuits et à l’extérieur, les concerts sont accessibles à tous et offrent aux Ottaviens une opportunité de découvrir la culture de leur ville.

« C’est une bonne idée de créer cette série de spectacles pour permettre aux gens de la ville de se dire  »Wow! Il y a de la bonne musique à Ottawa! Ça vaut la peine d’aller à d’autres spectacles pendant l’année » », conclut Jessy Lindsay.

Sons de la ville. Crédit image : Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa

Un retour « à la normale » en classe, promet l’Ontario

Le gouvernement de l’Ontario mise sur un retour à la normale à la rentrée scolaire pour rattraper les deux dernières années pandémiques, escomptant aussi sur un retour complet des activités scolaires, comme les sports et la musique.

« Les enfants doivent être à l’école. C’est tellement important pour leur santé physique et mentale », a lancé le ministre de l’Éducation Stephen Lecce en conférence de presse à Ajax, lundi matin.

« Après deux ans de grandes difficultés, la bonne chose à faire est que l’enfant retourne à la normale et à une expérience complète ce qui inclut les activités interscolaires », ajoute-t-il.

Alors que certains experts estiment que la province est en pleine septième vague, le ministre Lecce assure que ce n’est pas les plans de fermer une seule salle de classe comme lors des deux précédentes années.

« Mais ils ne doivent pas juste être en classe avec le côté académique, c’est aussi les autres éléments de l’apprentissage qui sont importants. Les clubs, les sports, l’expérience d’apprentissage, l’art, la musique, toutes ces choses qui comptent vraiment pour les enfants. Je crois que tous ces éléments doivent être là en septembre », argue-t-il.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce.
Le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Stephen Lecce. Crédit image : Jackson Ho.

Des tests de dépistage rapide seront mis à la disposition des élèves et des employés au cours de l’année 2022-2023, a assuré le politicien conservateur.

Les cinq composantes clés du plan Lecce :

  1. Retour en classe en septembre complet et sans retard, incluant des activités parascolaires
  2. Nouveaux soutiens au tutorat pour combler les lacunes en matière d’apprentissage.
  3. Préparer les élèves à exercer les emplois de demain.
  4. Augmenter le financement pour construire des écoles et améliorer l’éducation.
  5. Financements « sans précédent » en santé mentale des élèves

L’Ontario promet dans son cadre de 26,6 milliards de dollars l’embauche de 3000 nouveaux membres de première ligne, la rénovation et construction d’écoles au coût de 14,1 milliards et 175 millions de dollars pour l’élargissement des services de tutorat. Certaines de ces mesures comme le tutorat et l’embauche de personnel supplémentaire avaient été annoncées en février dernier.

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) salue « l’importance et le besoin de stabilité » pour les élèves, mais souligne que ceci requiert l’implantation de mesures clés nécessaires.

« De vrais investissements significatifs devront être faits pour prendre des actions concrètes et faire de l’éducation une réelle priorité », a réagi sa présidente Anne Vinet-Roy.

« Il est maintenant temps pour le gouvernement de travailler de façon collaborative et concertée avec les travailleuses et les travailleurs en éducation pour faire en sorte que notre système d’éducation publique donne à toutes et tous les moyens de réussir et offre les meilleures conditions d’apprentissage pour les élèves dans le contexte postpandémique », précise-t-elle.

Négociations avec les syndicats

Si c’est la COVID-19 qui a fermé les écoles dans les dernières années, la prochaine année pourrait aussi provoquer la fermeture d’écoles. L’Ontario et les syndicats doivent renégocier les conventions collectives qui viennent à échéance en août. La dernière fois en 2018, un tel processus avait déclenché des grèves enseignantes dans les établissements de la province.

Les négociations entre les deux clans ont commencé la semaine dernière.

« On est reconnaissant des syndicats qui ont décidé de se rendre disponibles durant l’été », a remercié Stephen Lecce. « Ce n’est pas le cas pour tous les syndicats, mais pour certains, ce l’est. Ils se sont assis avec nous semaine après semaine pour avoir une entente qui est bonne pour les enfants (…). Il y a un engagement que nous devons tous prendre, c’est envers ces enfants. De s’assurer qu’ils retournent à l’école normale. »

Le ministre Lecce aimerait parvenir à une entente le plus rapidement possible, mais refuse de dire s’il serait prêt à forcer le retour des professeurs en classe via une loi spéciale.

« Notre intention est d’obtenir un accord avec tous les enseignants et le personnel scolaire à table. On l’a fait il y a deux ans. On a été à travers ça. On a obtenu un accord avec tous les syndicats dans cette province et pour autant que ç’a été difficile, on s’est rendu à la ligne d’arrivée. »

De son côté, l’AEFO dit vouloir « miser sur des négociations axées sur le respect des intérêts mutuels pour obtenir la meilleure entente possible pour ses membres qui soit juste et équitable ».

La passion de Guy Matte : le talent de Sacha Guitry

[UN FRANCO, UNE PASSION] 

OTTAWA – Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente Un Franco, une passion. Au travers de rencontres singulières, vous pouvez lire, ici, l’histoire d’un Franco-Ontarien ou d’une Franco-Ontarienne qui partagent une passion hors du commun. Une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion qui habite nos Franco-Ontariens, du Nord au Sud et d’Est en Ouest.

Cette semaine, nous rencontrons Guy Matte, qui se passionne pour « le verbe » au travers des œuvres de l’illustre dramaturge et écrivain, Sacha Guitry.

Bien que Guy Matte soit une personnalité connue de la francophonie ontarienne, il est aussi un grand passionné. Cette partie de lui, certainement peu connue, nous rappelle à quel point être passionné, c’est être vivant, comme il nous l’a si bien dit.

Sacha Guitry n’a pas besoin d’être raconté, puisque sa carrière a traversé les continents et le temps. Il faut par contre souligner que cet écrivain – acteur, metteur en scène, scénariste, conteur, peintre et dessinateur – est un artiste plus que complet. Son impressionnante filmographie et bibliographie traduisent du génie et de la versatilité de ce personnage (124 œuvres littéraires et 36 films).

ll suffit de chercher des informations sur Sacha Guitry pour que notre moteur de recherche nous propose des citations, des proverbes, des pensées poétiques mordantes en tous genres et à foison.

Une passion didactique

C’est au domicile de Guy Matte que nous le retrouvons pour parler passion. Il nous accueille chez lui à Ottawa. Dans son appartement, nous empruntons un couloir qui nous mène à une pièce, presque isolée, tel un jardin secret. C’est un petit salon, une petite salle de cinéma.

Entre les étagères de livres et de films sur Sacha Guitry, Guy Matte nous met tout de suite dans l’ambiance, puisque se joue sur son écran Faisons un rêve, un film de Guitry datant de 1937. Guy Matte connaît la scène par cœur : « Allô, Allô, Ah mademoiselle, voilà une demi-heure que j’essaie d’avoir un numéro », répète-t-il, les yeux rivés sur l’écran.

Et reprend, « Allô, Allô, comment? maison? quoi? Oui monsieur, c’est bien ici, de la cerisette, bien monsieur, un litre de cerisette, bien ». Une synchronisation presque parfaite avec son idole.

Voilà clairement ce qui fascine ce passionné : le talent. « Ce qui me plaît, c’est le verbe, la façon de dire les choses. Quand on est jeune et qu’on vit dans un milieu rural, on aime très vite ce genre de personnage », nous raconte M. Matte.

C’est dans sa vingtaine que tout démarre, lorsqu’il découvre Mon père avait raison, un film de 1936.

Il pense l’avoir vu à la télé dans les années 1975 et nous dira « j’ai tout de suite accroché ».

« Sacha Guitry c’est un modèle que j’ai utilisé toute ma vie, ça fait 50 ans que je fais ça avec lui. Il m’accompagne. »

Crédit image : Lila Mouch.

Il rajoutera, « j’étais assez curieux, je me souviens mettre dit que c’était ça que je voudrais être et que je voudrais dire et comment m’exprimer ».

Pour Guy Matte, enseignant retraité, Guitry lui apprit l’art du langage. « Quand on veut convaincre, il faut avoir une langue, qui elle, est possédée. Il faut avoir les bons termes et il faut l’utiliser à bon escient. Il faut être capable de l’exprimer. »

« Dans un sens il m’a mis au défi du langage et de comment l’utiliser » – Guy Matte

Ancien président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Guy considère que ce qu’il a appris des œuvres de l’artiste lui a permis de faire une aussi bonne carrière. « D’abord dans l’enseignement, tu joues l’artiste pendant cinq heures par jour avec les enfants, il faut les convaincre. Puis, j’ai été dans le syndical, donc ce sont les adultes qu’il a fallu convaincre, des conseils scolaires et des ministères. C’est là qu’on se rend compte vraiment de l’importance de la langue. »

« C’est un outil, le langage et j’ai eu à l’utiliser de nombreuses fois. Et c’est lui, c’est Sacha Guitry l’exemple que j’ai toujours voulu suivre. »

Pour M. Matte, Sacha Guitry avait toujours une rythmique quand il s’exprimait. « Il y a trois raisons, trois temps. Je l’ai appliqué dans mes écrits, dans mes nomenclatures. Cela a toujours fonctionné, à l’écrit comme à l’oral. »

Des livres et des films

Guy Matte possède une trentaine de films où l’acteur figure, « j’en ai en DVD et en VHS ». Pour les visionner, Guy a dû se procurer plusieurs lecteurs DVD et magnétoscopes, cinq au total trônent sur son étagère. « Il m’a fallu avoir des lecteurs compatibles, des machines européennes et nord-américaines. »

Parmi ses œuvres favorites, Mon père avait raison reste une œuvre importante à ses yeux, puisqu’il s’agit du premier film qu’il eut vu. Mais il souligne les prouesses de toutes des autres réalisations. « Faut savoir qu’un des films les plus courus en France était Quand Versailles m’était contée… il y avait une flopée d’artistes dans ce film. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des bouts d’histoire, de la vraie histoire de France, ce sont un peu des documentaires, même si toujours romancés bien sûr. »

Guy Matte nous parle des actes qu’il aime, Le mot de Cambronne, une histoire hilare datant de 1937, qui tourne autour de l’emploi du mot « merde ». Il nous parle des œuvres audio du conteur ou encore du film Napoléon que Guitry a réalisé en 1955, peu de temps avant sa mort.

Guy Matte
La collection complète de Sacha Guitry. Crédit image : Lila Mouch

M. Matte est presque habité par ses textes, et quand il nous joue certains dialogues, nous pouvons étrangement entendre Guitry. Une imitation naturelle peut-être. Après 50 ans de passion, à écouter et à lire et relire les œuvres de l’artiste, ne devenons-nous pas un peu l’artiste?

« J’ai vu tous les films de Guitry et lu à peu près tout son théâtre et tout ce qui a été écrit sur lui. »

Ce qui touche M. Matte, c’est aussi l’injustice dont Guitry a souffert. Pour rappel, Sacha Guitry pendant l’Occupation en France était déjà très populaire. Il jouera de son influence auprès d’Allemands haut placés pour obtenir la libération de personnalités juives comme l’écrivain Tristan Bernard ou Maurice Goudeket, le mari de Colette.

Ses interventions auraient permis de libérer de nombreux artistes. Pourtant, en 1944, il se fera arrêter pour « intelligence avec l’ennemi » et passera 60 jours en prison, au Vel d’Hiv et à Drancy, puis sera libéré par un non-lieu.

Pour Guy Matte, « c’était monsieur Paris, très adulé et très respecté et c’est pour ça qu’on lui a fait de la misère et à dire toute sorte de choses à son sujet ».

M. Matte défendra Sacha Guitry, il nous dit que « si quelqu’un l’attaque, je le défendrais, c’est sûr ».

« Il a quand même travaillé jusqu’à son dernier souffle. Alors cette collection, c’est comprendre son histoire. Quand j’ai commencé à m’intéresser à lui, je ne savais pas cette accusation de collaboration avec les nazis, et ça n’aurait pas pu marcher, je ne pouvais aimer quelqu’un comme ça. Alors, j’ai étudié cette période de sa vie et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’avait rien. »

Un vulgarisateur de l’histoire

« Il a rendu ça intéressant, il m’a appris à rendre l’histoire intéressante », raconte, avec reconnaissance, M. Matte.

Parmi ses nombreux livres. Guy possède, un livre des plus étonnants, De 1429 à 1942 – de Jeanne d’Arc à Philippe Pétain. Une œuvre originale de seulement 4935 exemplaires, qui raconte 500 ans d’histoire de France avec des auteurs tels que Colette, Paul Valéry, Aristide Maillol ou encore Jean Cocteau. Cet in-folio se termine par le mot « Fin », barré d’une croix avec l’inscription manuscrite de Guitry « ça jamais ».

Sacha Guitry De 1429 à 1942 - de Jeanne d'Arc à Philippe Pétain
Guy Matte qui tient la dernière page de l’œuvre « De 1429 à 1942 – de Jeanne d’Arc à Philippe Pétain ». Crédit image : Lila Mouch

« C’est une passion qui m’a permis de faire des choses », avoue l’intéressé. « Il faut avoir une passion qui correspond à chacun. Il faut que ça vous touche. Il ne faut pas collectionner juste pour collectionner. »

Pour le fan, « avoir une passion, c’est ça qui te garde vivant. Cela te tient loin du cimetière, loin des hôpitaux. Ça te permet d’oublier tes maux et ça te permet d’avoir des mots pour pouvoir t’exprimer ».

« C’est important d’avoir une passion qui te fait rencontrer du monde. Le grand danger en vieillissant, c’est de ne plus rencontrer personne. Il faut trouver des moyens afin de rester passionné. »

Il y a 25 ans, la sauvegarde patrimoniale de l’École Guigues

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Pendant que tous les yeux étaient rivés sur la lutte de SOS Montfort, il y a 25 ans cette année, les défenseurs du patrimoine franco-ontarien remportaient au même moment l’une de leurs plus belles victoires : celle de la Bataille des épingles à chapeau. Après plus d’une décennie de tentatives infructueuses et d’un avenir incertain, l’École Guigues, haut lieu symbolique de la lutte des Franco-Ontariens contre le Règlement 17, était enfin sauvée, grâce à leur ténacité.

Les faits sont archiconnus : au début du mois de janvier 1916, au paroxysme de la lutte contre le Règlement 17, des mères de famille d’élèves munies de leurs épingles à chapeau montent la garde devant plusieurs écoles de langue française d’Ottawa, dont l’École Guigues, afin d’empêcher l’entrée des inspecteurs et des policiers venus faire respecter « l’ignoble » Règlement 17.

Une mesure gouvernementale très controversée de l’Ontario, décriée partout au Canada français, qui interdisait pratiquement l’enseignement en français dans les écoles de la province.

La mémoire collective franco-ontarienne retiendra même de cet épisode marquant de résistance et de désobéissance civile plusieurs noms de héros et héroïnes, qui passeront à la légende et dans la toponymie, dont les institutrices Diane et Béatrice Desloges, petites-filles du patriote Michel Desloges, qui participa à la bataille de Saint-Eustache lors des rébellions de 1837-1838.

Ces jeunes institutrices du début de la vingtaine et en début de carrière bravèrent l’inique règlement pour continuer clandestinement à enseigner en français, malgré le danger qu’elles couraient de défier ouvertement les directives de l’Ontario.

Les gardiennes de l’école Guigues d’Ottawa en 1916. Rangée du haut : Albertine Sarault, Euphrasie Dubé, Annette Trépanier, Marie-Antoinette Bérubé, Donalda Blais et Adèle Défayette. Rangée du milieu : Alice Lafrenière, Honorine Brazeau, Valentine Bédard, Yvonne Grenon, Marie-Blanche Desloges, Adelia Richard, Georgianna Lapierre, Adèle Baizana et Agnès Blanchette. Rangée du bas : Ernestine De La Salle, Alexina Fink, Diane Desloges, Béatrice Desloges, Delisca Dionne et une personne non identifiée. Crédit photo : Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (C2), Ph2-954. Reproduit des Archives municipales de la Ville d’Ottawa.

Une école aux origines plus que centenaires

La baisse du nombre d’élèves fréquentant des écoles de langue française au centre-ville d’Ottawa entraîne de nombreuses fermetures d’écoles dans la capitale canadienne à la fin des années 1970, dont l’École Guigues en 1979.

Se clôturait ainsi 75 ans d’existence de l’école dont les origines remontent à 1864 alors qu’une première école de langue française ouvrit ses portes à proximité dans le même secteur de la basse-ville Ouest d’Ottawa. Nommée École Centrale, l’établissement est rebaptisé Guigues en 1889, en honneur de monseigneur Joseph-Eugène-Bruno Guigues, o.m.i., premier évêque catholique d’Ottawa.

L’École Guigues qui ferme ses portes en 1979 fut bâtie en 1904 pour la Commission des écoles séparées catholiques d’Ottawa selon les plans de l’architecte-ingénieur hullois Félix Maral Hamel (1851-1907).

L’imposant bâtiment scolaire en briques rouges rectangulaires de trois étages et de 14 salles de classes de style néoroman à la Richardson à toit plat repose sur une fondation en pierres calcaires massives à parement brut. Un imposant parapet en tôle portant le nom de l’école et son année de construction repose sur une corniche qui couronne l’édifice. En dessus du porche massif, deux escaliers en pierre à quartier tournant mènent à l’entrée principale et aboutissent à un large palier face à de doubles portes.

L’école est dirigée pendant des décennies par les Frères des écoles chrétiennes et brièvement au tournant du 20e siècle par les Sœurs de la Charité d’Ottawa. Elle dessert initialement et pendant longtemps qu’une clientèle garçons, mais deviendra mixte dans les années 1970.

À son ouverture, l’imposant bâtiment scolaire peut accueillir une centaine d’élèves et sera agrandi en 1923-1924 pour augmenter sa capacité d’accueil à 250.

Les nouvelles gardiennes de l’École Guigues

Une décennie s’est écoulée depuis la fermeture de l’École Guigues. Au début des années 1990, conscients de l’importance historique, patrimoniale et symbolique de l’ancienne école pour la communauté franco-ontarienne, des défenseurs du patrimoine inquiets de l’avenir du bâtiment se réunissent sous l’égide du Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien (ROPFO, actuel Réseau du patrimoine franco-ontarien).

Comme l’explique l’auteur et chercheur en histoire et patrimoine franco-ontarien Jean Yves Pelletier, « l’École Guigues a joué un rôle de premier plan dans le développement de l’identité et de la mémoire franco-ontarienne. Centre d’éducation des jeunes Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes pendant plus d’un siècle, l’école Guigues est l’une des écoles françaises les plus connues en Ontario français ».

Une affirmation confirmée par les études parues de 2015 à 2020 des professeurs Jean-Philippe Croteau et Stéphane Lévesque sur la conscience historique des élèves franco-ontariens.

Coupure de presse du Ottawa Evening Journal du 5 août 1904 annonçant la construction de la nouvelle École Guigues. Crédit photo : Heritage Ottawa.

Organisme provincial fondé en 1989 par, entre autres, Huguette Parent, Gaétan Gervais et Jean Yves Pelletier, le ROPFO priorise dans ses activités la sauvegarde patrimoniale de l’ancienne École Guigues, dont l’état se détériore rapidement, même si le bâtiment est désigné en vertu de la partie 4 de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario depuis 1980. Pour le jeune organisme, il s’agit d’un de ses premiers combats.

La situation devient critique en 1992 lorsque jugée excédentaire, l’ancienne école Guigues est mise en vente par la section catholique du Conseil scolaire de langue française d’Ottawa-Carleton. Au sein du ROPFO, un comité de sauvegarde est créé et prépare des rencontres publiques et privées avec les médias, le grand public et les autorités publiques.

Le comité se donne pour mission, entre autres choses, de solliciter des acheteurs francophones et de veiller à ce que l’édifice ne soit pas démoli. Du côté des communications, un sous-comité de cinq intervenantes bénévoles nommées les « nouvelles dames gardiennes de l’École Guigues » est créé. Ce clin d’œil aux célèbres gardiennes historiques de 1916 deviendra le visage public du comité de sauvegarde des années 1990.

Après des mois d’efforts, un acheteur privilégié se manifeste : le Centre polyvalent des aînés francophones d’Ottawa-Carleton (CPAFOC). Jusqu’alors, tous les projets de revitalisation de l’École avaient échoué : centre culturel, centre de théâtre et centre d’archives.

Le CPAFOC achète l’ancienne école Guigues en 1994 au coût de 353 000 $ pour y aménager son centre de jour pour aînés francophones. Par contre, le bâtiment est en mauvais état et nécessite des rénovations de fond en comble qui s’élèvent à 4 millions $. Pour ramasser la somme nécessaire, tous les paliers de gouvernements sont mis à contribution : municipal (600 000 $), provincial (1,6 million $) et fédéral (175 000 $).

La communauté franco-ontarienne se cotise aussi et ramasse la somme d’environ un demi-million grâce à une vigoureuse campagne de financement. Pour trouver d’autres formes de revenus, le CPAFOC décide de transformer les étages supérieurs de l’ancienne école en condominiums privés.

Un comité du patrimoine veille à ce que le rez-de-chaussée soit consacré à une aire patrimoniale avec exposition historique permanente, désigne des salles en honneur d’illustres Franco-Ontariens d’Ottawa et crée un fonds d’archives. L’entièreté de l’édifice est minutieusement rénovée à l’intérieur comme à l’extérieur et de fond en comble. C’est fait en 1996-1997 par l’architecte engagé d’origine polonaise d’Ottawa et lui-même défenseur du patrimoine, Barry Padolski, selon les normes du patrimoine bâti pour lui redonner son allure d’origine de 1904.

Son avenir en péril aura duré 15 ans, de 1979 à 1994, soit le même nombre d’années que l’application du Règlement 17 en Ontario. C’est aussi 70 ans après la mise en veilleuse de ce même Règlement et la sauvegarde de l’enseignement en français en Ontario que l’École Guigues est sauvée à son tour!

Melissa Gordon, du ministère de la Culture, du Tourisme et des Loisirs de l'Ontario (Toronto) et Barry Padolsky, architecte d'Ottawa, avant d'entrer dans l'édifice de l'ancienne École Guigues pour faire l'inspection de l'état des lieux. Le mardi 28 juin 1994.
Melissa Gordon, du ministère de la Culture, du Tourisme et des Loisirs de l’Ontario (Toronto) et Barry Padolsky, architecte d’Ottawa, avant d’entrer dans l’édifice de l’ancienne École Guigues pour faire l’inspection de l’état des lieux. Le mardi 28 juin 1994. Crédit photo : Jean Yves Pelletier, conseiller au ministère de la Culture, Toronto.

De Guigues à Montfort

Faute de places et signe de l’engouement pour le patrimoine, la moitié des 1000 personnes intéressées à assister à l’inauguration officielle le soir du 30 mai 1997 peuvent y être. L’inauguration marque la seconde vie de l’ancienne École Guigues, rénovée et revitalisée sous le nom de Centre de jour Guigues.

« Portés par la détermination et la volonté de nos ancêtres qui ont lutté pour assurer l’avenir de l’éducation en français, nous avons compris que la richesse de notre héritage culturel et de notre langue était liée à la défense de nos symboles », déclare lors de la cérémonie le président du Centre de jour Guigues, Lionel Desjarlais.

Bien que n’y pouvant y assister, le président d’honneur de l’inauguration, le gouverneur général du Canada Roméo LeBlanc, avait déclaré par voie de communiqué que « la cérémonie de ce soir va s’inscrire dans les annales de l’histoire franco-ontarienne, car elle marque le renouveau d’un édifice qui est un puissant symbole des combats et des aspirations des francophones depuis le début du siècle ».

Alors que survenait ce dénouement heureux pour la sauvegarde patrimoniale de l’ancienne école, la bataille pour la survie de l’Hôpital Montfort battait son plein dans la même ville et rien n’était gagné d’avance.

Le parallèle de ces deux événements importants pour la communauté franco-ontarienne qui coïncident au même moment n’échappe pas aux acteurs de l’époque. Dans les pages du quotidien Le Droit, un côté du journal est consacré à l’inauguration du Centre de jours Guigues tandis que l’autre côté relatait les activités de SOS Montfort. La présidente du mouvement populaire, Gisèle Lalonde, y déclare : « Guigues et Montfort, c’est le même combat, celui de la survie de nos institutions. La réouverture de Guigues démontre que les institutions franco-ontariennes ne peuvent pas mourir parce que notre peuple, lui, refuse de mourir ».

Gisèle Lalonde, présidente de SOS Montfort, harangue la foule franco-ontarienne le 22 mars 1997.
Gisèle Lalonde, présidente de SOS Montfort, harangue la foule franco-ontarienne le 22 mars 1997. Source : Hôpital Montfort

« Guigues, c’est notre château fort, le symbole de notre résistance. La fermeture définitive de Guigues aurait été un drame pour la communauté comme ce sera le cas si l’Hôpital Montfort ferme ses portes », avait affirmé Mado Hudon, une habituée du Centre de jour Guigues, au journaliste du Droit.

Toujours en 1997, l’année de la sauvegarde patrimoniale de l’ancienne École Guigues et du grand rassemblement de SOS Montfort le fameux 22 mars, une école secondaire catholique de langue française ouvrait ses portes à Orléans et prit le nom de Béatrice Desloges…

D’ailleurs, l’historien Marcel Martel ne manqua pas de remarquer dans un de ses articles les nombreuses références que les dirigeants de SOS Montfort tissèrent entre leur combat et celui contre le Règlement 17.

L’histoire des acquis fragiles franco-ontariens en péril et de sa communauté qui monte aux barricades se répétait en écho 80 ans plus tard. La pérennité patrimoniale de l’ancienne École Guigues revêtait d’une importance symbolique encore plus importante et concrète en 1997.

Pendant qu’un symbole était sauvé, l’autre restait à l’être ou l’éternel mythe de Sisyphe franco-ontarien.

Car bien plus qu’un simple combat patrimonial, la sauvegarde de l’École Guigues s’avéra être un devoir de mémoire qui inspira les Franco-Ontariens à un moment critique de leur histoire où ils furent confrontés à énième combat pour la survie de leurs institutions.

La communauté francophone peu impressionnée par le départ du recteur Haché : « Le mal est déjà fait »

SUDBURY – Au lendemain de l’annonce du départ à la retraite du recteur de l’Université Laurentienne Robert Haché et de la vice-rectrice Marie-Josée Berger, les réactions ne se sont pas fait attendre du côté de la communauté franco-ontarienne.

La date annoncée de la fin prochaine du processus de la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), pour le 5 octobre prochain n’est pas non plus passée inaperçue. Même s’il s’agit d’un pas vers la fin de la crise qui a secoué la région depuis plus d’un an, ces nouvelles sont loin de sauver la situation selon les francophones de Sudbury.

Depuis les révélations incriminantes issues du rapport de la commissaire aux services en français de l’Ontario, Kelly Burke, le 1er avril dernier et celui de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk près de deux semaines plus tard, dans lesquels on apprenait, d’une part, que l’établissement a enfreint la Loi sur les services en français de l’Ontario, et, d’autre part, que celui-ci n’était pas tenu de se placer sous la LACC, les appels à la démission de la direction se sont multipliés.

C’est le cas de l’Association des professeurs et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), dont le président Fabrice Colin rappelle que cette nouvelle fait suite à un vote de non confiance des membres envers l’administration.

« Tous nos membres ont perdu confiance en ces personnes donc le renouveau était nécessaire »,  lance Fabrice Colin qui reconnaît ne pas avoir été très surpris de cette décision.

Fabrice Colin, président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (l’APPUL) et professeur émérite. Crédit image :  Dr. Byron Eastman.

Pour autant, selon Denis Constantineau, directeur général du Centre de santé communautaire de Sudbury, la nouvelle est loin d’apaiser.

« Ça change pas grand-chose, on est en train de changer les joueurs mais le processus est le même, le mal est déjà fait », déclare-t-il avant d’ajouter que les jeunes ontariens boudent l’établissement dont la fréquentation est majoritairement celle des étudiants internationaux.

Le directeur général du Regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO), François Hastir, peine à croire l’optimisme exprimé par le recteur Haché dans le communiqué.

« La réalité c’est que leur héritage ça va avoir été un héritage ou ce que ce fut la première institution au pays à s’être placé à l’abri de ses créanciers en travaillant très peu avec leur communauté et particulièrement les plus touchées, soit les autochtones et les francophones, c’est ça qu’on va se rappeler de l’époque Haché », lance-t-il.

De son côté, l’ancien étudiant en Musique de l’établissement Philippe Mathieu, reconnaît que, même s’il s’agit d’un pas dans la bonne direction, il est difficile de comprendre qu’il ne soit pas parti plus tôt comme le souhaitaient beaucoup d’autres étudiants ayant lourdement étés affectés par les suppressions de programmes.

Un départ forcé?

Annoncé comme un départ à la retraite, le doute plane sur une possible implication de l’établissement dans la décision de Robert Haché et Marie-Josée Berger.

Denis Constantineau se réjouit du fait de ce départ annoncé comme étant une retraite. Selon lui, le recteur Haché ne peut donc pas prétendre à un dédommagement : « Comme ça on ne lui donne pas ce qu’il a refusé aux professeurs qui ont étés congédiés. »

Denis Constantineau, directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury. Gracieuseté.

Il ajoute également ne pas comprendre que le changement de direction s’effectue avant la fin du processus de la LACC : « je trouve ça bizarre de changer de capitaine, du Titanic on peut dire, d’amener quelqu’un de nouveau pour compléter le processus ».

« Je suis très heureux pour le recteur Haché et la vice-rectrice Berger qu’ils puissent avoir le choix de partir ou de rester, car s’il y a une chose qu’on a vue dans la dernière année et dans le climat qui s’est installé sous leur leadership c’est que pour beaucoup d’employés de La Laurentienne il n’y a plus de choix entre partir ou rester », lance de son côté François Hastir.

Marie-Josée Berger était également vice-rectrice aux affaires francophones par intérim. Son départ pourrait poser davantage de doutes sur la considération de la francophonie par l’université, selon l’ancien professeur Thierry Bissonnette.

Celui qui a perdu son poste en avril 2021, comme une centaine d’autres, s’interroge sur le fait que ce sujet ne soit pas davantage adressé : « Il y a plus personne! On en parle même pas, ça prouve à quel point c’est pas important », se désole-t-il.

Fin de la LACC

La fin annoncée de la LACC pour le 5 octobre prochain après avoir été prolongée à quatre reprises, est très bien accueillie par Fabrice Colin de l’APPUL.

Également professeur à l’établissement, celui-ci y voit une source d’espoir : « Les membres du corps professoral, les employés, les membres de la communauté peuvent enfin voir la lumière à la fin du tunnel. »

Denis Constantineau, quant à lui, est loin d’être rassuré par la nouvelle. « Que le processus de la LACC se termine au mois d’octobre, décembre ou en juin ça n’arrange rien au niveau du prix qu’on a payé pour tout ce fiasco-là. »

François Hastir soulève également que, bien que la nouvelle puisse être positive, il existe encore un flou concernant les détails du processus : « On a encore très peu de détails sur comment cette sortie-là va s’effectuer, quels vont être les dommages collatéraux jusqu’au 5 octobre. »

Il cite en exemple, les discussions autour de la vente de bâtiments de l’université comme la Galerie d’art de Sudbury, les coupures et autres suppressions de programmes qui pourraient se produire d’ici là.

Le directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), François Hastir. Crédit image : EMNO

Quel avenir pour la Laurentienne?

Selon Fabrice Colin, il faudra très vite assurer un recrutement pour remplacer les quelque 20 professeurs ayant définitivement quitté l’établissement pour la retraite ou d’autres universités : « Il en va de la qualité de l’enseignement », somme-t-il.

Il ajoute qu’il est nécessaire que les professeurs soient à l’avenir inclus dans le processus décisionnel, avec notamment un siège attribué dans différents comités, et que l’établissement fasse preuve d’une complète transparence à l’avenir.

Selon Denis Constantineau, qui est également à la tête de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française, l’université « ne doit plus s’opposer au développement collectif de la francophonie. Elle doit transférer tous les programmes de langue française qu’elle offrait jadis ou offre couramment vers l’Université de Sudbury ».

Même son de cloche du côté de François Hastir qui estime que le mandat de l’Université doit changer.

« L’entêtement de la Laurentian de se considérer comme bilingue et triculturelle malgré tous les dommages qui ont étés faits aux communautés francophones et autochtones montrent que l’institution a plus à cœur ses propres intérêts que ceux des communautés en question. »

La Bolduc sort du Québec et arrive à Sudbury

SUDBURY – Mary Rose-Anna Bolduc, mieux connue sous le nom de La Bolduc, a marqué la culture québécoise et canadienne-française des années 1930. Ça va venir, découragez-vous pas, Dans le temps du jour de l’an et autres titres sont encore joués de nos jours lors d’événements folkloriques et du temps des fêtes. Afin de célébrer cet héritage, le Collège Boréal accueille l’exposition Madame Bolduc en tournée jusqu’au 4 novembre.

Présentée au Musée de la Gaspésie depuis 2018-19, l’exposition La Bolduc a été lancée peu après la parution du film biographique réalisé par François Bouvier. Le Musée conservait depuis 1984 un fonds d’archives grâce à la fille de Mme Bolduc qui respectait la volonté de sa mère que ses objets reviennent dans sa région natale.

« L’idée nous est venue d’en faire une exposition itinérante, mais avec des modifications dans la sélection des pièces et des archives avec les endroits où Mme Bolduc a fait des spectacles et des tournées », explique la conservatrice du Musée de la Gaspésie, Vicky Boulay, en entrevue avec ONFR+.

Parmi ces artéfacts du Nord de l’Ontario, on retrouve notamment une broche que la chanteuse s’était fait remettre dans la petite municipalité d’Haileyburry lors de sa participation à un banquet d’une ligue de curling.

La Bolduc. Crédit image : Musée de la Gaspésie

Organisée conjointement avec le Centre franco-ontarien de folklore, cette exposition présente pour la première fois la collection à l’extérieur du musée.

« Lorsque j’ai été approché par la direction du Musée de la Gaspésie pour les aider à coordonner la venue d’une exposition de La Bolduc dans notre coin de pays, j’ai répondu tout de suite que ça nous intéressait », affirme le directeur du Centre, Patrick Breton, par voie de communiqué.

« On est vraiment content d’être au Collège Boréal, car ce n’est pas un lieu de présentation typiquement muséal. C’est une façon d’incarner encore mieux qui était Mme Bolduc en allant dans un milieu fréquenté par tout le monde », explique Vicky Boulay.

L’exposition La Bolduc. Crédit image : Musée de la Gaspésie

Un baume sur la misère

Très populaire à son époque, La Bolduc a connu son succès à une époque où le théâtre burlesque et le vaudeville gagnaient également en popularité. Les spectacles de la chanteuse gaspésienne s’inséraient alors dans les tournées des troupes théâtrales qui allaient à la rencontre des gens dans les régions rurales du Québec.

Lors des années 1930, le théâtre burlesque cherche à rejoindre la diaspora canadienne-française du Nord de l’Ontario et même dans le Nord-Est des États-Unis. C’est ainsi que Mme Bolduc parvient à se faire connaître dans la région reconnue pour son exploitation minière.

« C’était une réalité que La Bolduc dépeignait dans ses chansons. Elle allait à la rencontre de son public qui était francophone qui se reconnaissait dans ses paroles. Dans les années 1930, c’est la crise économique, ça ne va pas bien. Elle apportait un baume sur les cœurs », raconte Vicky Boulay à ONFR+.

La Bolduc. Crédit image : Musée de la Gaspésie

Ainsi, les curieux pourront découvrir l’histoire de celle qui fut l’une des chanteuses les plus populaires des années 1930 au Canada français. L’exposition retrace l’ensemble de sa vie partant de sa naissance et son enfance en Gaspésie jusqu’à ses derniers jours. Costumes, robes de soirée, bijoux, production de publicité et documents d’archives, tout sera en place pour permettre au public de saisir l’univers du personnage ainsi que l’époque difficile dans laquelle elle s’est inscrite.

La tournée se poursuivra à Rimouski, Edmundston pour finir en Abitibi. L’entrée est gratuite et peut être visitée durant la période estivale du lundi au vendredi de 9 h à 16 h , au Centre de ressources Alphonse Desjardins du Collège Boréal au 21 boulevard Lasalle à Sudbury.

L’exposition La Bolduc. Crédit image : Musée de la Gaspésie

La Laurentienne : le recteur Robert Haché quitte ses fonctions

SUDBURY – Le recteur de l’Université Laurentienne Robert Haché a annoncé jeudi qu’il quittait ses fonctions à la tête de l’établissement de Sudbury. L’Université Laurentienne a aussi annoncé qu’elle sera sortie de son processus judiciaire, soit la restructuration en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), après le 5 octobre.

« À ce moment décisif pour l’Université Laurentienne, je laisse mes fonctions de recteur avec énergie et optimisme pour l’avenir », a déclaré M. Haché dans un communiqué jeudi soir.

La vice-rectrice aux études Marie-Josée Berger va aussi quitter son poste. La démission de cette dernière et de Robert Haché prendra effet lorsque l’établissement sera sorti du processus de la LACC. Rappelons que le départ de la haute direction était réclamé depuis longtemps par le syndicat des professeurs de l’université. Cette annonce survient près de 15 mois après les événements ayant mené à la suppression de 72 programmes, dont 29 en français.

De son côté, le président du Conseil des gouverneurs, Jeff Bangs se veut rassurant : « Même si nous avons encore beaucoup de chemin à faire l’optimisme règne à nouveau au Conseil qui travaille avec la communauté et ses partenaires communautaires pour protéger et faire avancer la mission unique de la Laurentienne en tant qu’établissement bilingue et triculturel du nord de l’Ontario. »

Un recteur et un vice-recteur par intérim seront nommés, et le processus officiel de recrutement d’un recteur permanent, en consultation avec la communauté de la Laurentienne, débutera, apprend-on dans le communiqué transmis par l’université.

Fin du processus judiciaire en octobre

La Laurentienne a aussi soumis un plan pour ses créanciers qui sera voté le 14 septembre, si sa demande auprès de la Cour prévue à la fin du mois de juillet est acceptée. Si les créanciers approuvent le plan à cette réunion en septembre, la Laurentienne demandera une autre ordonnance le 5 octobre 2022 pour mettre le plan en oeuvre et ainsi mettre fin à la restructuration en vertu de la LACC.

« Nous sommes convaincus que nous pourrons émerger de la restructuration plus forts qu’auparavant et envisageons l’avenir avec un optimisme renouvelé », lance Jeff Bangs.

Coups de cœur et activités à ne pas manquer en cette saison estivale

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

De Sudbury à Toronto, un mois de juillet animé se poursuit en Ontario français dans plusieurs domaines des arts et de la culture. Une exposition d’art, le festival Chamberfest 2022 et un BBQ d’été figurent parmi la pléthore d’activités qui vous attendent vous et les vôtres cette semaine.

Arts

Quand nature et féminité s’entremêlent

Les fruits de travail de l’artiste visuel Sylvain Tremblay seront à admirer dans cette nouvelle exposition The Fifth Season of SYLT à la galerie Thompson Landry de Toronto. Ancrés dans la nature et influencés par l’énergie féminine, les portraits de Sylvain sont créés à partir d’une technique numérique qui s’enchaîne ensuite par une approche plus traditionnelle pour les conclure. En employant des peintures acryliques et en aérosol, ainsi que sa technique de collage, les portraits de l’artiste montréalais sont d’une physicalité complexe à la fois passionnés.

À l’occasion de cette exposition, le public aura l’opportunité de rencontrer Sylvain Tremblay et se renseigner davantage sur son processus artistique le samedi, 23 juillet de midi à 16h à la galerie Stone Distillery.

L’œuvre Standing Tall Against All Odds de Sylt. Gracieuseté de l’artiste.

Assistez à l’exposition The Fifth Season of SYLT du 21 juillet jusqu’au 14 août à la galerie Thompson Landry.

Musique

L’Orchestre national des jeunes du Canada parmi la gamme de spectacles au festival Chamberfest d’Ottawa

Chamberfest est de retour à Ottawa pour rassembler certains des meilleurs actes en musique classique et le spectacle de l’Orchestre national des jeunes du Canada est à ne surtout pas manquer. De Mozart à Ligeti, ce programme d’une heure vous fera découvrir le talent d’une nouvelle génération d’interprètes canadiens.

Crédits : Glowimages / Glowimages via Getty Images.

Assistez au spectacle Musique de chambre avec l’Orchestre national des jeunes du Canada le 26 juillet au Atrium O’Brien du Centre national des arts. Entrée gratuite. Aucun billet n’est requis pour admission.

Communauté

Fête d’été pour tous : La Slague célèbre son lancement de la saison 2022-2023 à la Place des arts du Grand Sudbury

La Slague lancera la saison 2022-2023 jeudi prochain au bistro de la Place des Arts du Grand Sudbury, à partir de 18h. Le tout se fera sous l’ambiance d’une fête estivale, avec un barbecue et de la musique en direct sur la terrasse du Bistro. Au cours de la soirée, il y aura plein de surprises qui seront dévoilées par rapport à ce qui est à venir pour La Slague, notamment les neuf spectacles de la saison. Des abonnements et des billets pour les spectacles annoncés seront également en vente durant l’événement. 

Lancement de saison de La Slague. Crédits image : Le Petit Russe.

Assistez au lancement de saison de La Slague le 28 juillet au bistro de la Place des Arts du Grand Sudbury, à partir de 18h. Entrée gratuite.

Atelier de lecture pour enfants à la bibliothèque publique de Toronto

Dans le cadre de la programmation francophone de la bibliothèque de Toronto, les enfants de 4 à 8 ans seront accompagnés cette semaine par l’éducatrice en jeune enfance, Inas Abusheika, dans cet atelier de lecture qui mettra de l’avant l’importance de notre planète à travers des histoires et chansons francophones. Sans s’arrêter à la lecture, l’atelier sera conclu d’une session créative de bricolage.

Crédits : monkeybusinessimages /  iStock / Getty Images Plus via Getty Images.

Assistez en famille à l’atelier À l’heure du conte en français avec Inas Abusheika le samedi 23 juillet de 11h à midi, à l’emplacement Agincourt.

COVID-19 : la vaccination ouverte aux cinq ans et moins la semaine prochaine

Les Ontariens entre six mois et cinq ans pourront dès le 28 juillet recevoir une première dose du vaccin contre la COVID-19, a annoncé la province jeudi.

Dès cette date, les parents et tuteurs d’enfants de cette catégorie d’âge pourront prendre rendez-vous via le portail provincial. L’administration de deux doses du vaccin Moderna dans un délai de huit semaines minimum pour les enfants de cinq ans et moins a été approuvé la semaine dernière par Santé Canada.

« L’approbation d’un vaccin pédiatrique à plus faible dose de Moderna donnera la chance aux familles d’offrir une couche de protection supplémentaire contre la COVID-19 à leurs plus jeunes membres », a indiqué via communiqué la ministre de la Santé Sylvia Jones.

Les vaccins seront distribués dans la prochaine semaine, explique le gouvernement et ils seront acheminés aux bureaux de santé régionaux et auprès des pédiatres, pharmacies et fournisseurs de soins de santé.

« Se faire vacciner demeure la meilleure défense contre la COVID-19, et j’encourage les parents qui ont des questions à communiquer avec leur fournisseur de soins de santé, l’InfoCentre provincial pour la vaccination ou le service de consultation sur les vaccins contre la COVID-19 du SickKids afin de faire un choix éclairé pour leur famille », a affirmé la ministre de la Santé.

La semaine dernière, l’Ontario a ouvert la 4e dose, soit la deuxième dose de rappel à toutes les personnes de 18 ans et plus.

« Nous savons que les vaccins contre la COVID-19 sont sécuritaires et qu’ils ont contribué à diminuer le taux d’infection dans nos collectivités tout au long de la pandémie », a déclaré Kieran Moore, médecin hygiéniste en chef de l’Ontario.

Covid Dct Moore
Kerian Moore. Crédit : capture d’écran/ONFR+

Cette dose de Moderna est deux fois moins élevée que celle administrée aux enfants de 6 à 11 ans.

« Même si la plupart des enfants infectés ne présentent aucun symptôme ou des symptômes légers, certains peuvent devenir très malades et avoir besoin d’être hospitalisés. La dose du vaccin offert aux enfants âgés de six mois à moins de cinq ans est plus faible et est sécuritaire et efficace pour protéger ce groupe d’âge contre la COVID-19. Même si un enfant a déjà eu la COVID-19, la vaccination permettra d’améliorer sa réponse immunitaire et offrira une protection plus robuste », ajoute le Dr Moore.

Les jeunes immunodéprimés âgés de 12 à 17 ans deviendront également admissibles à la prise de rendez-vous pour la cinquième dose s’il s’est écoulé au moins six mois depuis l’administration de leur première dose de rappel quatrième dose. Ceux de 18 ans et plus sont déjà admissibles à cette cinquième vaccination.

Prolongement des jours payés de maladie

La province a du même coup prolongé son système de congé de maladie payé en raison de la COVID-19 jusqu’au 31 mars 2023. Les personnes qui subissent un test de dépistage, qui ont la COVID-19, qui sont en isolement ou qui doivent, entre autres, aller se faire vacciner sont éligibles à ce montant qui couvre jusqu’à 200 $ par jour pendant un maximum de trois jours.

« Le gouvernement continuera de rembourser les employeurs admissibles pour les jours de congé de maladie payé », précise le communiqué.

La Belgique comme vous ne la connaissez pas

OTTAWA – Que savons-nous vraiment de la Belgique? En Ontario, nous savons par exemple que la Belgique produit une grande variété de bières et bien que les anglophones appellent les frites : French fries, celle-ci font entièrement partie de la culture belge. C’est aussi un pays francophone, membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’un des pays fondateurs de l’Union européenne. Mais la Belgique ce n’est pas que ça… et c’est surtout un petit pays très surprenant.

Reconnue donc pour ses bières, ses frites et son chocolat, la Belgique possède de nombreuses caractéristiques insoupçonnées. Certaines vous feront sourire et c’est bien normal, les Belges sont aussi connus pour leur humour. Voilà un peuple pour qui l’autodérision n’a plus aucun secret et en même temps, il y a de quoi.

Pour mieux connaître ces autres francophones, nous vous proposons de découvrir quelques spécificités, ce qui permettra peut-être de ne plus les confondre avec leurs voisins de France.

La Belgique est un très petit pays avec une superficie de 30 688 km², l’Ontario fait presque quatre fois la taille de ce petit royaume. Ce 21 juillet, c’est la fête nationale de la Belgique et en réalité nous fêtons la prestation de serment du 1er roi des Belges, Leopold 1er, devenu roi officiellement le 21 juillet 1831. Mais, ce n’est qu’en 1890 qu’il fut décidé de cette fête. En effet, avant cela, la fête nationale était le 27 septembre afin de commémorer les « journées de septembre », nom donné à la révolution belge. C’est un peu confus, tout à fait.

Le surréalisme belge

Parlons emblèmes – non pas de frites –, mais plutôt de Manneken-Pis. Oui, la statuette d’un enfant qui « fait pipi » est un symbole internationalement connu et représente bien la Belgique. Cette fontaine de 55,5cm , située au cœur de Bruxelles personnifie le sens de l’humour belge (la zwanze en Bruxellois) et leur indépendance d’esprit. La zwanze c’est l’art de vivre et l’autodérision à la Bruxelloise. Contrairement à ce qu’on croit, Manneken-Pis n’est pas la seule statut qui urine en Belgique. Il y a Jeanneke-Pis, la fillette et Zinneke-Pis, le chien.

Manneken-Pis l'emblême de la Belgique
Manneken-Pis, Crédit : querbeet / iStock / Getty Images Plus via Getty Images.

Manneken-Pis a déjà porté plus de 1000 costumes, il est habillé par un employé de la ville. En tout, 23 habillages sont prévus à date fixe. Une véritable garde-robe.

Officiellement, la Belgique est un pays trilingue, avec comme langues officielles : le néerlandais, le français et l’allemand.

La capitale de l’Union européenne est Bruxelles, mais aussi de l’Organisation du traité de l’Antlantique Nord (l’OTAN).

Parmi les bandes dessinées les plus connues, les auteurs belges sont dans le haut du classement, avec notamment, Tintin, les schtroumpfs, Lucky Luke, mais aussi XIII et Largo Winch, tous des bédéistes et artistes belges.

Pour Virginie Georges, citoyenne belge installée à Ottawa, « nous avons beaucoup d’autodérision, il est vrai que l’on dit souvent que c’est un pays surréaliste. Rien qu’à voir les œuvres de René Magritte ». En effet, l’illustre peintre belge était connu pour de nombreux tableaux surréalistes comme La trahison des images, l’un des plus célèbres.

« Mais la Belgique est aussi un pays très libéral et très ouvert avec le droit des homosexuels, l’avortement, l’euthanasie », reprend-elle. En effet, La Belgique est le seul pays au monde à permettre l’euthanasie sur les mineurs par exemple.

Selon le dernier rapport sur le bonheur dans le monde, la Belgique se hisserait donc à la 19e position, c’est une place de mieux que la France, mais quatre de moins que le Canada au 15ème rang.

La politique en Belgique

La Belgique est une monarchie constitutionnelle héréditaire et leur roi est appelé le « roi des Belges », la nuance ne vous saute peut-être pas aux yeux, mais il y a une différence symbolique entre, être le roi d’un territoire, la Belgique et le roi d’un peuple, les Belges. On sent de suite, une proximité.

Le roi peut accepter ou refuser la démission d’un ministre ou de tout un gouvernement. Le roi peut sanctionner et promulgue les lois. Oui, le roi des Belges a un peu plus de pouvoir que la reine d’Angleterre, la reine des Canadiens…étrangement cela marche un peu moins.

Pour rester en politique, l’ancien premier ministre belge Yves Leterme (2009-2011) a une fois confondu l’hymne belge la Brabançonne à l’hymne français, la Marseillaise. D’ailleurs, depuis la crise politique de 2010-2011, la Belgique détient le record mondial de jours sans gouvernement soit 541.

Le roi de Belgique, Philippe, roi des Belges, il est le 7e roi du pays et a accédé au pouvoir le 21 juillet 2013, lorsque son père a abdiqué.
Le 7e roi des Belges, Philippe de Belgique, Crédit : Pool / Collectif / Getty Images News via Getty Images

Ce 21 juillet, il sera difficile de trouver où fêter la fête nationale des Belges en Ontario, mais se réunir autour d’une bière pour la célébrer sera facile à organiser. Comme le dit si bien la devise nationale du pays « L’union fait la force ». Et pour rester dans l’absurde, cette devise est la même pour la Bulgarie, l’Angola, la Bolivie, la Malaisie, Haïti et Andorre. C’est aussi la devise de l’Acadie depuis 1884. Une raison de plus pour célébrer.

Les Franco-Ténois veulent qu’Ottawa joue un rôle plus accru en éducation

YELLOWKNIFE – Pour les organisations de la communauté franco-ténoise, une plus grande implication du fédéral est attendue dans le domaine de l’éducation pour permettre l’atteinte de l’égalité réelle entre les francophones et les anglophones. Le continuum en éducation est vu comme l’une des mesures clés pour éviter un transfert des Franco-Ténois vers la langue de Shakespeare.

C’est un des messages qui ont été envoyés mardi aux fonctionnaires et membres du gouvernement Trudeau qui était de passage à Yellowknife dans le cadre des consultations du Plan d’action pour les langues officielles. Ce plan qui sera en vigueur dès avril 2023 est ce qui guide le gouvernement durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés en milieu minoritaire.

« Il y a de gros problèmes au niveau du continuum de l’éducation du français aux Territoires du Nord-Ouest », observe Patrick Arsenault.

Ce dernier est le directeur général du Collège nordique francophone, le seul établissement francophone postsecondaire dans le Grand Nord. Pour celui-ci, il y a un manque d’opportunités offert aux élèves francophones qui décident soit de partir vers les provinces ou encore d’aller étudier en anglais.

« Un important facteur qui contribue à ça est qu’on n’a pas d’établissement francophone où on est au niveau postsecondaire. Veux veux pas, beaucoup d’étudiants commencent à penser à leur futur. Beaucoup partent vers le Sud, on est d’accord, mais ils se disent, dans tous les cas, je pourrais étudier en anglais ici, c’est un bon plan B. Par contre, il n’y a pas de plan B en français. »

Son collège espère régler la situation grâce à un aide financier du fédéral et du territoire, annoncé mardi. L’établissement devrait ainsi d’ici 2024 devenir entièrement indépendant pour pouvoir offrir des diplômes et ainsi offrir une option aux francophones à la fin de leurs parcours au secondaire.

« Tant qu’on n’a pas ça, c’est difficile de garder les élèves dans le système en français, car on n’a pas le même type d’opportunité disponible. Étudier en français dans le Sud, c’est loin, c’est au Québec et en Ontario. Mais si on se rapproche dans l’Ouest, c’est vraiment limité en français et je pense que ça fait peur aux élèves, car ils veulent s’ouvrir des portes », remarque Patrick Arsenault.

Si l’éducation est une compétence provinciale, le fédéral a son rôle à jouer dans son mandat de promouvoir l’égalité réelle entre les deux groupes linguistiques, estime la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO).

« Pour améliorer ou construire de nouvelles infrastructures, on nous dit tout le temps qu’il n’y a pas d’argent », se désole Jean de Dieu Tuyishime, président de la CSFTNO.

« C’est pour ça qu’on parle d’égalité réelle avec les écoles dans les mêmes régions pour que nos élèves puissent bénéficier des mêmes infrastructures que les autres. On aimerait que le gouvernement fédéral ajoute un plus, car on est toujours en compétition avec les anglophones », ajoute-t-il.

Étudiants en hausse

Il cite les infrastructures plus développées et les opportunités offertes aux élèves comme des écoles de métiers ou des programmes spécialisés pour expliquer l’écart et cette compétition entre anglophones et francophones.

« Les jeunes sont souvent attirés par ces variétés-là. Même s’ils sont arrivés chez nous dès le départ, on constate qu’il y a un grand départ des élèves entre la 8e et 10e année vers les écoles anglophones. Ces autres écoles ont des programmes d’immersion et ces programmes viennent combler le programme francophone dans lequel il était. »

Collège Nordique francophone
Le Collège nordique francophone est la seule institution postsecondaire disponible pour les francophones dans le Grand Nord. Crédit image : gracieuseté Collège nordique francophone

À l’heure actuelle, près de 250 élèves fréquentent les deux écoles à Yellowknife et Hay River et la commission scolaire prévoit une augmentation de près de 30 % d’ici deux ans. Pourtant, l’enveloppe monétaire en matière d’éducation dans la langue de la minorité n’a pas changé depuis 2009, dénonce Jean de Dieu Tuyishime.

« Le soutien financier actuel permet de nous garder sous le respirateur. Sans ce soutien-là, nos écoles ne seraient pas en train de fonctionner. On perdrait plus de ⅓ de membres de notre personnel, car ça nous permet de soutenir les salaires. »

Garderies

Le continuum en éducation implique aussi un besoin d’infrastructures grandissant, notamment en petite enfance. Le président de la CSFTNO cite le branle-bas de combat depuis quelques années pour obtenir une garderie publique francophone à Hay River.

« Ce n’est pas dans les compétences du fédéral, mais on pense que le soutien fédéral pour les infrastructures devrait passer au niveau territorial pour qu’on ait accès à ces garderies de façon beaucoup plus soutenue et avoir une pérennité pour ces garderies francophones », soutient Jean de Dieu Tuyishime.

L’enveloppe monétaire en provenance d’Ottawa revient aussi dans les objectifs de la Fédération franco-ténoise qui espère une modification dans le mécanisme de financement.

« Il faut favoriser un financement de fonctionnement, de moins y aller exclusivement par du financement de projet, ce qui alourdit la tâche administrative et ne permet pas d’avoir de la stabilité à long terme. Ça amène beaucoup d’insécurité et c’est difficile de se développer et de projeter à long terme », affirme Audrey Fournier, la directrice générale de l’organisme francophone.

Vers un premier établissement postsecondaire francophone autonome dans le Grand Nord

YELLOWKNIFE – À moins d’un changement improbable, le Collège nordique francophone aux Territoires du Nord-Ouest (TNO) deviendra officiellement d’ici quelques années le premier établissement postsecondaire francophone dans le Grand Nord.

Ottawa a annoncé mardi une aide de près de 5 millions de dollars qui permettra à l’établissement de préparer un plan pour officiellement devenir autonome avec objectif 2024.

À l’heure actuelle, le Collège nordique francophone ne peut donner de diplômes ou distribuer des crédits, étant obligé de conclure des ententes avec d’autres collèges. Dans les prochains mois, le gouvernement ténois doit adopter la Loi sur l’éducation postsecondaire des TNO, ce qui permettrait de déterminer quelle sorte d’établissements postsecondaires pourront être reconnus et le processus pour y parvenir. En suivant les critères de cette législation, le collège pourra devenir entièrement indépendant.

Au total, près de 400 étudiants passent annuellement par cet établissement, qui a notamment signé dans les derniers mois des ententes de partenariat avec La Cité et l’Université de l’Ontario français.

« On n’a pas vraiment de contrôle sur le curriculum. On peut faire des recommandations, des partenariats et collaborer, mais ça reste que ce sont leurs (les établissements partenaires) programmes et ils ne sont toujours pas adaptés aux réalités du Nord et des Territoires du Nord-Ouest. On a une communauté excessivement mobile, car on a des gens qui arrivent pour travailler et repartent après. On a des enjeux sociaux qui nous touchent ici qui ne sont peut-être pas reflétés de la même manière comme à Toronto et Ottawa », souligne le directeur général du Collège nordique francophone Patrick Arsenault.

Le directeur général du Collège Nordique francophone en compagnie du recteur et de la vice-rectrice de l'UOF Pierre Ouellette (au centre) et Edith Dumont.
Le directeur général du Collège nordique francophone en compagnie du recteur et de la vice-rectrice de l’UOF Pierre Ouellette (au centre) et Édith Dumont. Gracieuseté.

Ce dernier voit de grandes chances que l’établissement atteigne son objectif.

« Je suis peut-être très optimiste, mais je dirais que c’est 10/10. Il n’y a pas d’obstacles. Tant que l’on continue à recevoir du financement qui va nous permettre de débourser pour avancer. Il n’y a pas de raisons qu’on n’arrive pas à atteindre ça. Je sens le désir dans la communauté d’avoir un collège francophone et le gouvernement qui est très collaboratif avec nous », évoque-t-il en entrevue avec ONFR+.

M. Arsenault voit déjà des programmes reliés aux réalités du marché comme dans le monde minier, de la santé ou encore dans les services sociaux.

« On aimerait trouver de nouveaux programmes qui parlent de la nordicité, de nos enjeux et de notre population. Ces programmes-là n’existent pas à l’extérieur. On aimerait innover et proposer des choses uniques (…) On a un bon bassin de programmes potentiels », dit celui qui est entré en fonction en mai dans son poste.

Financement entre Ottawa et Yellowknife

Ottawa a annoncé qu’il fournira une aide de 4,2 millions de dollars sur trois ans pour l’établissement de Yellowknife tandis que la province ajoutera 680 000 $ sur la même période.

« Le financement annoncé aujourd’hui est très important pour la communauté franco-ténoise. Il permettra de développer et de mettre sur pied un modèle pédagogique, ainsi qu’une stratégie communautaire axée sur la formation et le développement des compétences aux Territoires du Nord-Ouest qui répondent aux besoins de la communauté. Cette stratégie régionale ciblée aidera les diplômés du Collège à entrer sur le marché du travail outillés, et ce, tout en ayant fait leurs études dans la langue officielle de leur choix », a indiqué la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.

Sans cet argent, une telle démarche serait complètement impossible, avance le directeur général du collège.

« C’est pluriannuel alors ça fait une très grosse différence pour nous. La majorité notre financement est sur du court terme et précaire, donc on ne peut pas faire beaucoup de choses sur le long terme. Il faut toujours réagir à ce que l’on a besoin là, c’est un peu comme éteindre des feux, donc on ne peut pas vraiment développer nos capacités. »

« On a besoin de plus d’immigrants francophones », torpille le ministre Monte McNaughton

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Monte McNaughton, ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences au sein du gouvernement de l’Ontario, a répondu aux questions d’ONFR+.

LE CONTEXTE :

La province s’apprête à renégocier son entente avec le palier fédéral, qui prend fin à l’automne. Son objectif est clair : réclamer un contrôle accru de son immigration économique et francophone.

L’ENJEU :

En regroupant l’emploi et l’immigration sous la coupe du même ministère, l’Ontario envoie le signal que l’immigration économique est devenue prioritaire pour endiguer la pénurie de main-d’œuvre.

« Votre mandat élargi à l’immigration représente-t-il une opportunité de résoudre la pénurie de travailleurs qui sévit en Ontario?

Certainement. Notre ministère est responsable de tout ce qui a trait aux politiques d’immigration, aux programmes d’entrée, ainsi qu’aux services d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants. Mon principal but est de gérer la pénurie. Au début de la pandémie, on avait 200 000 emplois non pourvus. Aujourd’hui, on parle de 300 000 et cela coûte très cher à notre économie. Il y a de multiples opportunités pour les gens de travailler et faire grandir leur famille en Ontario. Ça va être mon défi.

Mais, dans les faits, la province a peu d’emprise sur son immigration. Demandez-vous au gouvernement fédéral d’accorder plus d’autonomie à l’Ontario dans le contrôle de son immigration?

On appelle le fédéral à une nouvelle donne en immigration. L’accord qui lie l’Ontario et le Canada sur ce point se termine à l’automne prochain. Des négociations vont être lancées avec Sean Fraser (ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté). J’ai de bonnes relations avec lui et il doit comprendre qu’on a vraiment besoin d’avoir une plus grande maîtrise de notre immigration pour bâtir une province forte.

La façon dont le Québec gère sa propre immigration vous semble-t-elle un exemple à suivre?

Il y a certainement quelques directions dans lesquelles on veut nous aussi aller. On veut par exemple sélectionner plus d’immigrants selon nos besoins économiques. J’ai parlé aux ministres provinciaux de l’immigration à travers le pays et je suis prêt à parler en leur nom et mettre leurs propositions de l’avant quand nous serons assis à la table des négociations avec le fédéral à la fin du mois.

Estimez-vous que l’Ontario est le grand perdant du pays en immigration, comparé aux autres provinces?

Le Québec a sélectionné 50 000 immigrants cette année, La Nouvelle-Écosse a choisi 50 % du total de ses immigrants. L’Ontario : 5 %. On a besoin d’une nouvelle donne.

Et l’immigration francophone dans tout ça? La province est-elle à la hauteur des enjeux dans ce contexte de pénurie?

On a besoin de plus d’immigrants francophones. Via notre notre Programme ontarien des candidats à l’immigration, on donne la priorité aux travailleurs de la santé, aux compétences et aux immigrants francophones. Mais en 2022, on a pu sélectionner que 9 000 immigrants, tandis que le gouvernement en a choisi 190 000 pour nous.

Entendez-vous les frustrations des candidats francophones à l’immigration exaspérés par les délais de traitement de leur dossier?

C’est en effet un autre point critique. Les délais d’approbation des applications de la part du gouvernement fédéral sont trop longues. On entend travailler avec le gouvernement canadien pour accélérer ce processus.

Au-delà du secteur de la santé, la pénurie touche aussi l’enseignement de langue française. Quelle est votre marge de manœuvre en la matière?

Mme Mulroney et M. Lecce (respectivement ministre des Affaires francophones et ministre de l’Éducation) travaillent aussi sur ce dossier afin de créer plus d’opportunité d’immigration et pourvoir des postes vacants. On a besoin de plus de marge pour sélectionner des immigrants en fonction de la pénurie. C’est sur le haut de la pile de notre gouvernement.

Avec 2 % d’immigration francophone en 2021, l’Ontario est loin de sa cible de 5 %. Êtes-vous préoccupé, voire déçu, de ces résultats? Cette cible est-elle inatteignable?

Non. On négocie un nouvel accord Ontario-Canada pour améliorer cela, pour sélectionner les immigrants dont on a le plus besoin pour répondre à la pénurie de main-d’oeuvre, avec un gros focus sur l’immigration francophone car il y a un besoin énorme et grandissant pour avoir plus de francophones en Ontario. On a déjà signalé cela au gouvernement fédéral et on va continuer de le faire. Pour être honnête, je suis déçu du gouvernement fédéral libéral et je vais continuer de discuter avec le ministre Fraser pour trouver des solutions.

Comment expliquer que le ministère de l’Immigration, aboli en 2018 par le gouvernement Ford, refasse surface maintenant? La vision du premier ministre concernant l’immigration a-t-elle changé depuis?

Je crois fermement que les nouveaux Canadiens font de notre communauté, notre province et notre pays des endroits plus forts. J’ai toujours promu l’immigration ces dernières années et cela reste une priorité pour mon gouvernement et pour moi-même. On est la première province au Canada à reconnaître les diplômes internationaux pour les professionnels étrangers dans la santé. On a éliminé l’expérience professionnelle canadienne et on a réduit les exigences de test linguistique pour s’assurer que les gens puissent accéder au métier qu’ils désirent, car cela change la vie. »

La vexillophilie de Guy Harrold, la passion des drapeaux

[UN FRANCO, UNE PASSION] 

IROQUOIS FALLS – Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente Un Franco, une passion. Au travers de rencontres singulières, vous pouvez lire, ici, l’histoire d’un Franco-Ontarien ou d’une Franco-Ontarienne qui partagent une passion hors du commun. Une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion qui habite nos Franco-Ontariens, du nord au sud et d’est en ouest.

C’est à Iroquois Falls à une heure de route de Timmins que vit notre passionné, Guy Harrold.

Guy est un vexillophile. Sa passion, ce sont les drapeaux. D’ailleurs, l’étude des drapeaux, fanions et étendards s’appelle la vexillologie. Pas facile à prononcer, n’est-ce pas?

Guy Harrold possède une collection assez importante de drapeaux — une quarantaine environ — qu’il amasse depuis un très jeune âge.

Très tôt, il s’intéresse aux petits fanions récupérés lors d’évènements, de fêtes ou de sorties sportives. C’est à partir de 14 ans que le jeune Guy façonnera ce qui, plus tard, deviendra une véritable passion.

« J’aime beaucoup les symboles, l’historique derrière un drapeau, c’est ce qui m’intéresse . »

Des fanions
Les fanions de Val Gagné, ville où Guy Harrold a passé son enfance. Gracieuseté.

Nous sommes dans les années 1970/1980. « J’ai commencé avec ça, mais c’est lorsque ma grand-mère m’a donné un grand drapeau de l’Union Jack que cette passion a vraiment démarré. J’ai eu ce beau drapeau en cadeau pour ma fête, je crois. »

Un objet fièrement exposé à l’époque dans le magasin général de sa grand-mère à Val gagné, là où Guy a fait jeunesse.

Magasin général Lacombe à Val Gagné et Evelyne Lacombe (née Groulx) la grand-mère de Guy. Gracieuseté.

« Ce drapeau datait d’avant 1965, je crois qu’elle le possédait avant que le drapeau du Canada ne change pour celui que nous avons présentement, l’Unifolié. »

Une collection, petit à petit

« J’ai commencé à acheter mes premiers drapeaux par moi-même. J’ai acheté celui du Japon en même temps que celui des États-Unis et de l’Union soviétique. »

Lorsque Guy s’est procuré ses premiers drapeaux, le contexte historique des années 1980 opposait toujours et encore les États-Unis et l’URSS. « J’avais même mis les deux drapeaux côte à côte, dans ma chambre, en ce temps-là », nous dit-il. Une façon d’aller à l’encontre de cette période particulièrement tangible. Voilà une représentation intéressante. Opposer l’histoire et la comparer via le spectre de drapeaux, le tout, dans la chambre d’un adolescent.

En 1983, il paiera une fortune pour avoir celui des Franco-Ontariens, mais pour lui, c’est une fierté. Il admet le prix, « il m’a coûté 40 $, à l‘époque », nous rions ensemble.

En écoutant Guy nous parler de sa passion et de ses rares découvertes, on se rend compte très vite qu’un drapeau, ça se choisit. La qualité du tissu est importante, si on veut une grande intensité lumineuse. C’est un fait avéré, « un drapeau, ça coûte cher », songeons-nous.

Entre 1984 et 2002, la grand-mère de Guy partira vivre à Ottawa. Ainsi, lors de ses voyages à la capitale, c’est au Marché by que Guy découvrira des boutiques propices à ses recherches. Une vexillophilie qui ne tardera pas à prendre encore plus de place.

Il nous raconte qu’en voyage éducatif à Ottawa, il ne manquait pas une occasion pour aller dans sa boutique habituelle et acheter de nouveaux drapeaux.

« J’aime beaucoup les symboles, l’historique derrière un drapeau, c’est ce qui m’intéresse. » — Guy Harrold

Les drapeaux de Guy Harrold
Une partie de la collection de Guy Harrold. Gracieuseté.

« Entre autres, j’y ai acheté les drapeaux des provinces et des territoires. Je me souviens que je voulais qu’ils aient la même taille et la même grandeur », rit-il.

Une passion sans limites

Parmi les bannières bien gardées du collectionneur, le drapeau du Vatican. Une trouvaille toute particulière, que l’admirateur a dégoté dans la ville de Berri. Nous sentons une certaine fierté à l’évocation de ce drapeau.

Il nous parle aussi de ceux qui sont chargés d’histoire, les drapeaux de la RDA et de la RFA. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne était divisée en deux pays. La République fédérale d’Allemagne (RFA), également appelée Allemagne de l’Ouest, et la République démocratique allemande (RDA), appelée Allemagne de l’Est. Guy Harrold a eu ces deux drapeaux alors que le mur de Berlin n’était pas encore détruit, soit avant la réunification allemande.

« Ma collection la plus complète pour l’instant, c’est celle des provinces et territoires du Canada », dévoile-t-il.

Enseignant en études sociales à l’École catholique Saints-Martyrs-Canadiens à Iroquois Falls, Guy affiche ses 13 drapeaux des provinces et territoires dans sa classe. Ce qui a – bien évidemment – attiré l’attention de ses élèves. « Ils sont curieux, alors je leur explique les détails sur les drapeaux, comme pour celui de l’Alberta et du blé qu’il y a dessus », constate-t-il.

« Celui du Nunavut, je leur explique que c’est un territoire récent, depuis 1999 seulement. On parle de l’inukshuk, qui est au programme pastoral de notre école », nous dit-il.

« Puis pour les autres pays, c’est pareil, on me posait des questions sur les symboles, et sur la couleur des drapeaux », reprend-il, « alors, c’est aussi une opportunité de leur apprendre un peu sur le pays et sur l’histoire ».

Il se réjouit de l’intérêt des autres : « cette passion, c’est quelque chose qui m’appartient, le but au départ était de les afficher pour moi, puis maintenant, je vois que mes élèves sont très curieux ».

Guy Harrold, nous explique qu’au départ, il cherchait seulement à assouvir sa passion. Mais maintenant, en les exposant à ses élèves, il a trouvé un moyen de partager sa passion. La curiosité des enfants est une belle opportunité de transmettre pour ce féru d’emblèmes et de symboles.

« C’est souvent les élèves les plus distraits qui me posent des questions », nous raconte-t-il, non sans rire, « c’est intéressant pour eux ».

« En plus, l’école, on apprend les drapeaux, mais c’est vrai qu’on n’étudie pas nécessairement les drapeaux d’autres pays », rajoute-t-il.

Les recherches continuent

« Je continue mes recherches, c’est sûr. Juste avant la COVID-19, j’ai acquis celui de l’Écosse, de l’Irlande et de l’Angleterre. C’est assez important parce que ce sont mes racines du côté de mon père. Je suis un Harrold. »

Pour lui, cela va prendre du temps jusqu’à ce qu’il ait une collection encore plus impressionnante. Mais le but ne semble pas, pour Guy Harrold, de détenir tous les drapeaux du monde. « Petit à petit », nous a-t-il dit.

Drapeau de la République dominicaine
Un petit drapeau du Mexique, celui de la République dominicaine (dans les mains) et le drapeau de Cuba. Gracieuseté.

« Mes amis m’en achètent, lorsqu’ils partent en voyage. Des drapeaux qui m’ont été donnés en cadeau, comme ceux de Cuba, de la République dominicaine (tissés à la main) et du Mexique. »

Le drapeau de la Coupe Stanley fait partie des préférés du fan. « Il date de 1993, lors de la dernière Coupe Stanley des Canadiens. Je le garde d’ailleurs précieusement chez moi. »

Il n’empêche que c’est celui de l’Union Jack qui conserve une place précieuse dans son cœur. « Celui du Brésil, j’aime vraiment les couleurs et celui de l’Afrique du Sud c’est un drapeau qui me touche du point de vue de son histoire. »

Une passion qui ne s’achèvera pas d’aussitôt, puisque Guy nous parle des projets de drapeaux qu’il souhaite avoir. « Pour le continent africain, je ne possède pour le moment que celui de l’Afrique du Sud, post-apartheid. »

Drapeaux préférés de Guy Harrold
Les drapeaux que Guy préfèrent : Brésil, Royaume-Unis et Afrique du Sud. Gracieuseté.

« J’en ai treize de l’Europe », reprend-il, « et encore une fois, il y en a plein d’autres que je souhaite acquérir. Celui de l’Israël que je trouve très beau, j’aimerais celui de la Nouvelle-Zélande que je pourrais accrocher près de celui de l’Australie ».

« Un autre drapeau que je voudrais avoir, c’est le drapeau canadien qui flotte au-dessus de la tour de la Paix sur la Colline du Parlement. » En effet, chaque jour, un employé remplace ce drapeau qui est ensuite envoyé à un Canadien qui en aura fait la demande. Malheureusement, à ce jour, il y a plus de 100 ans d’attente.

Quand il sera à la retraite, il nous dit vouloir aller en Europe et peut-être acheter ceux qui lui manquent. Mais c’est avec joie que Guy nous explique ce qu’il désire actuellement. Son but est de trouver les drapeaux des francophones au Canada. « Ils prendront leur place dans l’école, comme ça je pourrais montrer aux élèves qu’il n’y a pas juste le drapeau des Franco-Ontariens, mais aussi des Franco-Manitobains, Franco-Colombiens et les autres. »

« Cette passion, c’est quelque chose qui m’appartient, le but au départ était de les afficher pour moi. » Guy Harrold

On se met subitement à avoir des idées et à chercher nous même les drapeaux sur la toile, « mais vous avez vu celui des Franco-Ténois, qu’est-ce qu’il est beau ».

« Oui, mais c’est celui des Franco-Ontariens le plus beau », nous répond-il. Pari gagné, cette passion est contagieuse.

Les Franco-Nunavois s’inquiètent pour la survie de leurs organismes

IQALUIT – Alors qu’Ottawa est en plein processus de consultations pour son Plan d’action pour les langues officielles, les francophones du Nunavut demandent au fédéral de modifier et rehausser son financement accordé aux organismes, arguant notamment des différences territoriales.

Au Nunavut, près de 1600 personnes disent parler français, soit 4,4 % selon les données du recensement de 2016, ce qui représente une légère hausse par rapport à 2001. Mais c’est surtout le haut coût de la vie qui nuit à la rétention de locuteurs francophones.

« Pour pourvoir les postes, on a besoin d’un financement équitable pour pouvoir retenir nos employés ici. On se retrouve souvent à ne pas être compétitif en termes d’offres salariales pour les employés face au secteur privé ou le gouvernement. On est vraiment trop sous-financé pour pouvoir être compétitif », affirme le président de l’Association des francophones du Nunavut, Goump Djalogue.

Le président de l’Association des francophones du Nunavut, Goump Djalogue.
Le président de l’Association des francophones du Nunavut, Goump Djalogue. Gracieuseté

Pour pallier cela, Ottawa devrait augmenter le financement de base, estime de son côté le directeur général du Réseau de santé en français au Nunavut qui croit que ça améliorerait le niveau d’attraction.

« Les gens sont recrutés, mais ça ne dure pas longtemps. Ils travaillent un peu de temps et ensuite il retourne vers le Sud. Les gens ici sont découragés par le fait qu’on déborde d’idées ici et de choses à faire, mais on ne peut pas les faire », soupire Samir Gharbi.

Il donne l’exemple d’un médecin, qui pratiquait à l’hôpital local de Qikiqtani en plus d’effectuer les examens médicaux désignés par Immigration Canada auprès des nouveaux arrivants qui est parti ce mois-ci.

« Cela pose problème. Qui va être mis à sa place ou qui va encadrer les gens qui vont travailler là-bas à l’hôpital? Qui va faire les examens pour les nouveaux venus? Ça va aussi être un problème pour l’immigration. Tout ça, ce sont des problèmes que l’on ressent, mais malheureusement, les gens en bureaux ne le ressentent pas. »

Il souhaiterait pour la communauté de soins de santé francophone un financement plus stable, élevé et durable pour pouvoir notamment retenir plus d’étudiants en médecine. Le prochain Plan d’action doit aussi prendre note de réalités uniques au Nunavut, ajoute M. Gharbi.

« C’est un lieu isolé au niveau territorial. On est pratiquement accessible que par la voie aérienne et quand il fait mauvais temps, on est isolé. Tous ces facteurs font en sorte que le coût de la vie grimpe de jour en jour, mais malheureusement le financement n’est pas en train de suivre, donc on est en train d’étouffer », indique le dirigeant du Réseau de la santé.

Goump Djalogue dit s’inquiéter de l’impact sur la communauté francophone si Ottawa n’écoute pas leurs doléances.

« Sinon, c’est la réduction de l’offre de services à la communauté. L’un de nos mandats est d’offrir des activités culturelles qui permettent aux francophones ici de vivre le fait français. C’est vrai qu’on est francophone et qu’on peut étudier en français, mais si l’on n’a pas l’occasion de vivre la culture francophone, la fierté et le plaisir d’être francophone ne sont pas développés… Ça permet d’avoir un milieu de vie agréable qui permet aux gens de rester dans la communauté. »

Nunavut
Source : Canva

Plus d’accent sur les multiples langues

La communauté francophone du territoire doit aussi vivre avec trois autres communautés de langues officielles, l’anglais, l’inuinnaqtun et l’inuktitut. Près de 76 % de la population nunavummiute dit pouvoir converser en inuktitut et 94 % en anglais.

« Le prochain plan d’action ne sera pas une réussite si toutes ces langues-là ne sont pas valorisées… On doit travailler à changer le discours ou le narratif sur la diversité linguistique canadienne. Le bilinguisme canadien et la diversité linguistique doivent être célébrés comme un seul. Pas en position de compétition », souligne M. Djalogue.

Les consultations dans le cadre du Plan d’action sur les langues officielles se poursuivent cet été jusqu’au 25 aout. Lundi, Marc Serré, l’adjoint parlementaire de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor, est de passage à Iqaluit en compagnies de fonctionnaires de Patrimoine Canada où sont réunis les organismes francophones du Nunavut pour la seule consultation en territoire nunavummiut. Le gouvernement fédéral doit présenter son Plan d’action d’ici le 1er avril 2023

Marc Lavigne, le touche-à-tout du Nord

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

SUDBURY – Enseignant de formation, Marc Lavigne est passé par plusieurs organismes importants de la communauté franco-ontarienne. De la Place des Arts, à la Laurentienne en passant par le Conseil des Arts de Nipissing Ouest, le natif de Sturgeon Falls est aux commandes de la Fondation franco-ontarienne depuis le 9 mai dernier. Après avoir vécu à Ottawa, le fier franco-ontarien est revenu dans le Nord pour y rester et le faire prospérer.

« Comment avez-vous accédé au poste de directeur de la Fondation que vous occupez depuis deux mois?

C’est un de mes collègues dans la région d’Ottawa qui avait entendu que le directeur général en poste allait quitter ses fonctions et m’a souligné le fait qu’il croyait que je ferais un très bon travail dans ce poste-là donc il m’a encouragé de postuler. Ce que j’ai fait et j’ai eu la chance d’être retenu!

Depuis votre entrée en fonction, quels sont les dossiers sur lesquels vous avez choisi de vous consacrer?

Vraiment deux grosses priorités. La première chose, je l’avais évoquée en entrevue, c’est que Marc Lavigne, qui est un franco-ontarien de souche de 1969 qui a fait les quatre coins de la province dans le monde de l’éducation, de la finance, de l’administration, dans tous les mondes possibles, ne connaissait quasiment rien de la Fondation. Donc si Marc Lavigne ne connait rien de la Fondation, il y en a certainement des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers qui ne la connaissent pas non plus. Il faut changer ça, mais comment?

Et bien en étant à Sudbury c’est déjà un gros pas en avant. J’ai déjà reçu des dizaines de courriels de personnes qui me disent qu’elles sont contentes que je ne sois pas quelqu’un vivant à Ottawa parce que la grosse portion de nos affaires c’est là-bas dans l’Est, mais je veux étendre la connaissance de notre fondation partout dans la province. De Sudbury à Longlac en passant par Windsor, je veux me promener partout pour serrer la pince des gens et leur expliquer quelle est notre mission et ce qu’on peut faire pour eux.

Puis la deuxième priorité c’est de rencontrer chacun des plus de 60 constituants de fonds que nous avons et voir avec eux ce qu’on peut faire de plus pour aider leur organisme.

Marc Chénier, ex-directeur général de la Fondation franco-ontarienne et nouveau directeur du Gala Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA) à gauche, et son successeur Marc Lavigne à droite lors du Gala du RGA le 27 mai dernier. Gracieuseté.

Pourriez-vous donc expliquer en quelques mots ce que c’est que la Fondation franco-ontarienne pour ceux qui ne la connaissent pas?

Notre raison d’être est super simple. C’est de prélever des fonds à travers la province pour appuyer financièrement la réalisation d’initiatives qui assureront la vitalité de la communauté franco-ontarienne. On redistribue ces fonds à différentes initiatives dans les différents coins de la province franco-ontarienne. Mon objectif, c’est vraiment qu’à long terme, chaque Franco-Ontarien connaisse la fondation… Et en devienne donateur!

Le siège de la Fondation a toujours été à Ottawa, mais l’adresse se trouve, comme vous venez de le dire, désormais à Sudbury, pour quelle raison?

On a fermé les portes de notre siège social à Ottawa puisque tous les employés sont en télétravail. L’adresse de Sudbury est mon adresse résidentielle qui deviendra probablement l’adresse de la Fondation franco-ontarienne dans les mois à venir.

Le télétravail est donc là pour rester à la Fondation?

Oui, définitivement c’est le cadeau que la pandémie nous a donné parmi tous les cauchemars que nous avons reçus à cause de la COVID-19! Avec tous les outils d’internet, on est capables d’accomplir facilement tout le travail de bureau depuis la maison. Alors évidemment ça nous permet de sauver beaucoup de sous puis avec moi qui suis installé à Sudbury ce ne serait pas facile de garder le siège à Ottawa, où j’aurai été qu’une fois par mois donc pour le moment on garde le siège chez moi, mais il se peut qu’on ouvre un siège à Sudbury ou Ottawa à l’avenir.

Vous travaillez à la Place des Arts lors de sa récente inauguration du 30 avril dernier, comment avez-vous vécu cet événement si majeur pour la région?

Oui, alors je tenais absolument à y assister, donc j’ai quitté mon poste le 6 mai d’une part parce que je voulais voir l’inauguration du 29 et 30 avril et d’autre part pour aider la nouvelle direction à s’approprier ses fonctions puisque notre ancienne direction s’est retirée le 31 mars. C’était un beau moment et je sais que Jean-Gilles Pelletier fera un travail fantastique en tant que directeur général.

Léo Therrien, directeur général de la Place des Arts, à gauche, le Maire du Grand Sudbury, Brian Bigger, au milieu et Marc Lavigne, directeur administratif et financier de la Place des Arts, août 2021. Gracieuseté.

Vous avez fait carrière en enseignement, mais n’avez plus enseigné depuis un moment, ça vous manque?

Et bien, en fait, la plupart des postes que j’ai occupés ont eu un lien soit super étroit soit à distance avec l’enseignement. Alors oui, je manque l’aspect d’être à l’école, avec les enfants, c’est certain que c’est super énergisant dans ce genre de travail là, mais il y a des aspects que je retrouve dans mes autres emplois où j’ai été en lien avec la Laurentienne et Boréal où j’ai enseigné. Et j’ai travaillé avec plein d’organismes éducatifs régionaux, provinciaux, nationaux et internationaux donc le lien n’a jamais vraiment été rompu.

Justement, vous avez aussi obtenu un baccalauréat en éducation de la Laurentienne, que pensez-vous de la crise que l’établissement traverse?

Alors j’en ai subi l’impact parce que j’ai fait un petit contrat pour La Laurentienne pour lequel je n’ai pas été payé jusqu’à présent. J’ai fait plein de dossiers pour La Laurentienne avant la crise, mais quand elle a commencé et qu’on a arrêté de me payer j’ai décidé de tout simplement ne plus continuer à travailler pour eux. J’espère que ça va s’arranger, je sais qu’il y a un grand mouvement ici dans la région de Sudbury pour appuyer l’Université de Sudbury dans son mandat pour offrir des cours en français. Moi je dois avouer que j’ai beaucoup aimé fréquenter la Laurentienne et que je leur ai dit que dès qu’ils seront capables de régler la situation et me payer pour mon contrat je me proposais d’offrir à nouveau mes services.

Vous êtes également Président du Conseil des Arts de Nipissing Ouest, à titre bénévole, vous reconnaissez-vous comme étant un amateur d’art?

Oui et j’ai toujours voulu être au Conseil, j’ai commencé en 2012 comme administrateur puis j’en suis devenu président en 2014. Les arts et la culture me font énormément vibrer, je voulais m’impliquer davantage et faire progresser l’organisme dans une belle direction puis j’ose croire que j’ai réussi. C’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur encore aujourd’hui. À cause de la pandémie, on avait mis les spectacles en dormance, mais on revient en septembre 2022.

 Marc Lavigne, à droite, accompagné de son ami de longue date et directeur général de la Maison de la francophonie d’Ottawa Marcel Morin à l’occasion des portes ouvertes de l’établissement le 28 mai 2022. Gracieuseté.

Les spectacles sont offerts dans les deux langues officielles, est-ce que c’est important pour vous?

La mission originale du Conseil c’était d’offrir des spectacles strictement franco-ontariens par contre, pour l’esprit plus inclusif que je voulais apporter, le conseil d’administration et la communauté ont vraiment accueilli à bras ouverts les spectacles en anglais et bilingues. C’est devenu très populaire et ils adorent ça.

Parmi toutes les nombreuses expériences que vous avez, quelle a été celle qui vous a le plus marqué?

Wow, pas facile! Mais je dirais mon passage à Desjardins. Ça m’a vraiment ouvert les yeux puisque, en éducation, on travaille toujours pour le public, Desjardins c’est un organisme privé donc c’est tout un autre monde que j’ai appris à découvrir et aimer. J’ai énormément grandi, professionnellement, pendant mon séjour là-bas.

Marc Lavigne alors conseiller service pour la province de l’Ontario pour le Mouvement Desjardins. Gracieuseté.

Vous dites que vous êtes promenés partout dans la province, selon vous qu’est-ce qui fait l’essence de la communauté franco-ontarienne du Nord?

Selon moi, étant un petit gars de Sturgeon Falls, ayant connu la crise à l’école secondaire de 1971, il y a plusieurs communautés comme Sturgeon Falls qui sont des petites bulles de francophonie qui ont une population qui est à 70, 80, 90 % francophones. Donc il y en a plusieurs comme Kapuskasing, Hearst, Sudbury, c’est juste d’aller faire vivre ces communautés-là davantage par l’entremise de fonds, d’initiatives.

Par rapport à cela, on sait que les jeunes du Nord se dirigent de plus en plus vers le sud ou l’Est, allez-vous essayer de les rejoindre?

Oui, absolument, et je dois avouer que j’étais de ces personnes-là, pour apprendre de nouvelles choses, faire un baccalauréat en administration des affaires à l’Université d’Ottawa, vivre sa francophonie ailleurs. Mais c’est drôle comme parfois la vie te joue des tours, par exemple je pensais retourner à mon village natal…Il y a tellement d’avantages dans les différentes communautés dans le Nord que faut juste les faire ressortir plus parce que parfois ça fait juste partie de notre quotidien, mais c’est une très grande valeur ajoutée que nous ne réalisons pas avant de sortir de la communauté.

Outre les arts et la culture, quelles sont vos passions?

Le sport! Je suis un entraîneur certifié au niveau III par le programme national de certification des entraîneurs donc je suis très emballé surtout par le basket-ball et j’entraîne depuis 40 ans à tous les niveaux, école élémentaire, secondaire, club, élite, communautaire, programmes provinciaux… J’aime aussi le golf, le curling et la radio! Je coanime l’émission « Match nul » à CHIP FM les vendredis matin de 11h à midi. On vient de terminer notre première saison vendredi dernier et on sera de retour en septembre pour une deuxième saison.

Et, bien sûr, passer du temps avec mon beau garçon d’amour de 20 ans et ma fiancée que je vais épouser au mois d’août!  »


LES DATES-CLÉS DE MARC LAVIGNE 

1969 : Naissance à Sturgeon Falls

1992 : Commence une carrière en enseignement à l’école publique jeunesse active de Sturgeon Falls

2016 : Conseiller service pour la province de l’Ontario pour le Mouvement Desjardins

2020 : Devient le directeur administratif et financier de la Place des Arts de Sudbury

2022 : Nommé directeur général de la Fondation franco-ontarienne

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le Cercle de la vie

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Je devais avoir neuf ou dix ans quand ma grand-mère paternelle est venue habiter chez nous. Elle était une femme éduquée qui n’aimait pas trop la cuisine, ou disons, qui ne savait pas trop faire la cuisine, mais par contre elle savait très bien « manier » les mots et surtout raconter des histoires.

Dans le temps, on avait une bicyclette Peugeot qu’on gardait dans un coin de sa chambre. J’y allais pour m’assoir sur le siège de la bicyclette et tournais les pédales dans le sens contraire. Une sorte de vélo stationnaire. Mais en réalité, c’était ma façon de me rapprocher de ma grand-mère et d’écouter ses histoires. Les histoires des grandes familles tunisoises, des histoires d’amour et de trahison, des histoires d’héritages perdus et de richesses dilapidées. Bref, des histoires de vie parties en poussière.

Aujourd’hui avec le passage du temps et des années, plusieurs fois, je me surprends en train de repenser à ma grand-mère, à sa vie et surtout à ses histoires. Ces histoires qui paraissaient quelconques, parfois incongrues, et surtout attachantes, sont aujourd’hui un terrain de jeu pour ma mémoire, là où mes neurones peuvent gambader comme bon leur sied.

La transmission de la mémoire; le Cercle de la vie

Dans son livre Kukum,le journaliste et écrivain innu Michel Jean de Mashteuiatsh, aussi appelé Pointe-Bleue dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, nous raconte l’histoire de sa grand-mère, sa « Kukum ». Il prend le chemin inverse, de l’embouchure jusqu’à la source. Il remonte ce voyage centenaire dans le temps et dans l’espace quand sa « Kukum » était encore une jeune adolescente, orpheline qui vivait chez ses « parents » qu’elle appelait ma tante et mon oncle. C’est la connaissance d’un jeune homme innu qui a changé sa vie.

D’une vie villageoise, sédentaire et monotone, dédiée au travail de la terre et l’église, sa « Kukum » découvrira l’amour et une vie tribale, nomade et remplie d’aventures. La vie au grès des saisons. La vie au grès de la forêt et de ses habitants. La vie où chaque jour est une découverte et une humilité que s’ajoutent au bagage des connaissances de ce territoire vaste et vierge.

La jeune fille connaitra l’amour et les traditions d’une communauté ancestrale qui arpentent le territoire à la recherche de nourriture et de peaux d’animaux qui seraient plus tard vendues dans les comptoirs de la Baie d’Hudson tenus par les colons blancs venus d’Europe.

Dans ce roman, Jean donne un cours magistral sur la colonisation des Innus par les Européens. Une colonisation à la fois violente, destructrice, subtile et insidieuse.

La perte graduelle du savoir-faire, du travail manuel, des relations humaines et même du silence. Ce silence si important est remplacé par le sifflement des trains, le vrombissement des machines, des hydravions et des bateaux qui polluent les lacs, autrefois des réservoirs de fraicheur et de poissons.

La perte du territoire et du mode nomade

Une perte qui forcera certains à devenir sédentaires et souffrir des maux de la société à laquelle ils ont été greffés de force.

En racontant l’histoire de sa « Kukum », Jean choisit de raconter l’histoire d’une femme exceptionnelle qui a résisté au changement avec son intelligence, mais aussi sa persévérance et son éducation.

« Mes enfants sont nés dans le bois. Mes petits-enfants ont grandi sur une réserve. Les premiers ont reçu leur éducation en territoire, les seconds, au pensionnat. » Tout est dit avec si peu de mots. Des mots tranchants et vifs. Ainsi parlait Almanda Siméon, celle que Jean appelle sa « Kukum ». Le savoir ancestral qui n’est plus transmis aux générations successives. La brisure.

Les générations qui sont confisquées par les prêtres et les agents de la Gendarmerie royale du Canada qui viennent chercher les petits Innus et les arracher à leurs familles, sous prétexte qu’ils seraient nourris et logés et éduqués dans des écoles, les pensionnats. Aujourd’hui, cela a un nom : « Un génocide culturel ». Dans le temps, cela avait un visage. Les visages de tous ces enfants confisqués, déracinés, arrachés de leur habitat et de leur langue : l’innu-aimun. Beaucoup d’entre eux mourront dans ces lieux de violence, de maladie, mais aussi de tristesse. La tristesse de tout perdre.

Le roman Kukum. Crédit image : Libre Expression.

« Kukum » avait compris tout cela. Elle s’est battue bec et ongle pour préserver sa dignité et sa famille. Mais la colonisation est un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage et plusieurs familles se sont retrouvées dans la rue livrée à la maladie et à l’intoxication.

Le livre de Michel Jean est une ode à la vie de sa grand-mère, celle qui a vécu en symbiose avec son territoire, celle qui aimait et respectait son territoire. C’est une histoire d’espoir. La maison de « Kukum » est restée solide, bien que minuscule et menacée par le train, symbole de la civilisation et de la force destructrice.

« Kukum » avec sa foi et sa force de caractère a pu se tenir debout jusqu’à la fin. Mieux. Elle a pu transmettre cette force à ses enfants et ses petits-enfants. L’histoire que Jean nous raconte n’est pas anodine. Elle n’est pas une histoire choisie au hasard. C’est une histoire de transmission. Le maillon de la chaine qui reprend sa place pour que le cercle de la vie se renferme. Jean a pu reconnecter son histoire à celle de sa « Kukum ».

Almanda Siméon n’est pas seule. Elle vient d’une lignée de femmes. Celles qui donnent la vie et celle qui fait tout pour la préserver. Comme l’a fait ma grand-mère en me racontant des histoires comme l’a fait « Kukum » en envoyant ses enfants à l’école.

« Kukum », un livre que je n’oublierai pas de sitôt.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Grand-messe western à Wendover

WENDOVER – Le Festival Western de Wendover est de retour! Rendu à sa 36e édition, l’événement se déroule du 13 au 17 juillet et propose de nombreuses activités country ainsi qu’une foule de spectacles francophones et bilingues. Hi ha!

« Ça va être un beau party ! », lance la chanteuse Anick Gagnon en entrevue avec ONFR+.

De nombreuses figures de la musique country et traditionnelle francophone canadienne seront en prestation lors du festival. Parmi eux, Les rats d’swompe, Yvan Petit, Steven Levac, Rhéal Leblanc et Erica Brighthill.

Anick Gagnon. Gracieuseté

« On va amener le party et le public devrait être là aussi! », affirme pour sa part Martin Rocheleau des rats d’swompe.

« On est pas vraiment niché country-franco, on fait du Trad rock qui va effleurer le country. Ces festivals avec une clientèle fiable ouvrent les portes à des groupes moins niche-country. C’est super le fun ! », renchérit-il.

Pour l’amour du country

Le Festival Western de Wendover s’annonce très populaire alors que plusieurs habitués viendront y dormir dans leur roulotte pour profiter au maximum des activités. Il y aura notamment un bingo le samedi 16 juillet ainsi qu’une messe western le lendemain. De plus, les artistes franco-ontariens de la région pourront compter sur la présence de leurs amateurs locaux et de leurs proches.

C’est l’occasion de célébrer ce style musical populaire qui s’adresse à tous les âges.

« Que tu sois content ou que tu passes un moment difficile, il y a toujours une chanson country qui peut t’accompagner là-dedans », raconte Erica Brighthill à ONFR+.

Erica Brighthill. Crédit image : Novovisio Productions

Avec l’utilisation de la steel-guitar, du violon et des autres instruments traditionnels, la musique western est très variée et permet de faire voyager le public à travers ses différents états d’esprit.

« C’est une musique qui va toucher beaucoup d’émotions. Il y a des chansons plus slow et d’autres plus party », explique Steven Levac.

Steven Levac. Gracieuseté

Le country a connu une évolution à travers les époques. Aujourd’hui, le style de Glen Campbell et Dolly Parton a laissé place aux grandes vedettes du new country comme Luke Bryan et Luke Combs. Une influence que l’on retrouve également chez les artistes de la relève francophone.

« Si on écoute ce qui passe dans les radios anglophones et dans la section country d’Apple music, ça sonne pas mal moderne. C’est le son que je voulais avoir en français avec mes chansons », raconte Martin Duford.

Martin Duford. Gracieuseté

La vague de new country n’a cependant pas emporté tout le monde. Plusieurs artistes présents au festival de Wendover sont encore attachés au son traditionnel de ce style musical. Yvan Petit se compte parmi eux.

« Mon cœur est avec le vieux country. J’aime les mélodies de la musique western populaire des années 70 », raconte l’artiste de Smooth Rock Falls.

Yvan Petit. Gracieuseté

Ainsi donc, le Festival Western de Wendover fera le bonheur des amateurs de cette musique fièrement nord-américaine. En plus d’écouter les artistes sortir leurs meilleurs morceaux, ils auront certainement l’occasion d’échanger avec certains d’entre eux.

« Je parle à tout le monde même aux vieillards. C’est naturellement en moi. Je pense que 40 % d’un artiste c’est comment on se présente », lance avec hâte Rhéal Leblanc à ONFR+.

Rhéal Leblanc. Gracieuseté

Une francophonie brillante en cette semaine de la fête nationale française

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

En cette semaine de la fête nationale française, la francophonie brille de partout à travers l’Ontario. De Thunder Bay à Toronto, les festivités prennent de l’ampleur dès aujourd’hui!

Musique

Hommage à Édith Piaf

Revivez l’héritage et les classiques de la chanteuse française qui ont fait sa légende. En croisière à bord du Georgian Spirit, où vous aurez une vue de la baie Georgienne, vous pouvez vous laisser emporter par la voix de l’artiste sudburoise Pandora Topp qui rendra hommage à Piaf et ses plus grands succès. Restant toujours fidèle dans la thématique de la fête nationale française, la soirée sera accompagnée d’un repas bien à la française : coq au vin ou une ratatouille pour les participants végétaliens.

Édith Piaf. Crédit image : Studio Harcourt – RMN  WC.

Montez à bord le Georgian Spirit pour revivre l’héritage d’Édith Piaf, ce soir de 18h à 21h. Embarquement au quai Midland. Vous pouvez acheter vos billets sur le site de la Clé.

Le Festival du loup de LaFontaine est de retour

De retour après 2 ans, la célébration de l’héritage culturel francophone de la région de Simcoe se présente avec une panoplie d’activités et concours pour tous les âges. La journée débutera avec la parade des tracteurs suivi par les spectacles des groupes francophones Ariko et Diable à 5 qui se dérouleront au cours de l’après-midi.

Ariko. Crédit image : Ryan Osman. Diable à 5. Crédit image : Gracieuseté.

Assistez au Festival du loup le samedi 16 juillet de 10h à 22h. Il y aura aussi un brunch familial le lendemain au Centre Colibri à 10h. Entrée gratuite. Consultez le programme sur le site du Festival du loup.

Communauté

La Fédération Tricolore Toronto vous invite à célébrer la fête nationale française

Rendez-vous au centre-ville de Toronto pour passer la journée à célébrer la fête nationale française. Organisée par la Fédération Tricolore Toronto, une programmation riche vous attend ce week-end au Bentway à Fort York. Il y aura des petits marchés pour apaiser vos petits creux, un concours de pétanque, des ateliers de danse et des concerts qui se poursuivront en soirée.

Le 14 juillet à Paris. Crédit image : Raphael Van Butsele/Stockbyte via Getty Images.

Assistez aux célébrations de la fête nationale française le 16 juillet de 11h à 22h à The Bentway au 250 Fort York Blvd, Toronto. Consultez le site de la Fondation pour la programmation détaillée. Entrée gratuite.

Arts

L’exposition La francophonie dans tous ses états se poursuit à Thunder Bay

16 artistes locaux de la région de Thunder Bay se réunissent cette année à la galerie Definitely Superior Art pour présenter leurs nouvelles œuvres. Représentant plusieurs disciplines artistiques, il y a plusieurs formats pour tous les goûts : peinture, photographie, art du fil et plus.

Les artistes de cette année : Michel Dumont, Murielle Horsman, Carole Lapointe, Carol Cooper, Tom Kyryluk, Liming Yu, Audrey Debruyne, Guillaume Heritier, Yuk-Sem Won, Derek Khani, Kelly Saxberg, Isabelle Lemée, Julie Cosgrove, Céline Mundinger, Sébastien Hardy, Ron Harpelle.

L’artiste Michel Dumont. Gracieuseté.

Assistez à l’exposition La francophonie dans tous ses états jusqu’au 23 juillet à la galerie Definitely Superior Art. Entrée par don à la porte.

Le sous-financement des organismes interculturels dénoncé en Ontario

SUDBURY – Le manque de soutien financier aux organismes gérés par des personnes francophones racisées a été dénoncé par plusieurs acteurs du milieu communautaire qui réclament un meilleur appui pour ces derniers lors des consultations dans le cadre du renouvellement du Plan d’action sur les langues officielles qui ont eu lieu mercredi à Sudbury. Cette rencontre a rassemblé tous les grands acteurs du monde communautaire francophone de la région pour la première fois en présentiel depuis le début de la pandémie.

Une rencontre organisée par le gouvernement fédéral qui doit renouveler son Plan d’action d’ici le 1er avril 2023 et qui aura permis de mettre en lumière des enjeux essentiels à la communauté francophone en milieu minoritaire.

« Il y avait vraiment de bonnes idées, c’est facile avec un groupe de juste critiquer, de dire des choses négatives, mais aujourd’hui aujourd’hui il y avait de bonnes suggestions », déclare pour sa part Marc Serré, député fédéral libéral de Nickel Belt et l’adjoint parlementaire de la ministre des Langues officielles en entrevue.

« Quand on parle de diversité et d’inclusion, il faut donner les moyens à ces organismes-là d’avoir une structure organisationnelle » – Carol Jolin

Mais des critiques il y en a eu, notamment concernant l’appui financier à certains organismes communautaires. Pour Carol Jolin, président de l’Assemblée francophone de l’Ontario (AFO), les organismes représentants des communautés interculturelles francophones sont sous-financés.

Une étude du Centre de leadership et d’évaluation (CLÉ) recommande notamment un financement minimum de 108 000 $ pour chaque organisme communautaire.

Selon Carol Jolin, la priorité devrait être accordée aux organismes issus des communautés racisées. Il rappelle que sur les 88 organismes racialisés en Ontario seuls cinq reçoivent du financement et un seul à hauteur de 35 000 $.

« Quand on parle de diversité et d’inclusion, il faut donner les moyens à ces organismes-là d’avoir une structure organisationnelle pour pouvoir participer à l’écosystème communautaire qui existe en Ontario », clame-t-il avant d’ajouter que ces organismes peinent même à pouvoir recenser la communauté qu’ils desservent.

Carol Jolin, Président de l’Assemblée francophone de l’Ontario. Crédit image : Inès Rebei.

« C’est extrêmement difficile, ces organismes fonctionnent actuellement grâce au bénévolat d’irréductibles qui donnent de leur temps et de leur argent pour faire vivre leurs organisations », se désole-t-il

Il relève aussi une incohérence au niveau du partage du financement du fédéral, dont l’Ontario ne reçoit que 20 % alors que cette province abrite 54 % des francophones hors Québec et un tiers des organismes francophones.

Du « racisme sytémique »

Parmi les organismes concernés se trouve le contact interculturel francophone de Sudbury dont le coordonnateur, Gouled Hassan, a assisté aux consultations.

Selon lui, il existe un véritable décalage entre le financement accordé aux organismes issus de la diversité culturelle et les informations liées au recensement. « D’après les données de Statistique Canada, les communautés culturelles représentent près de 20 % de la population franco-ontarienne alors ce n’est pas normal qu’elles ne reçoivent que 1 % ou moins de financement. »

Celui qui est aussi membre du Conseil de gouvernance de l’Université de Sudbury avance que ces organismes font face à davantage d’obstacles que les organismes communautaires dont le caractère n’est pas culturel.

Il dénonce un financement inférieur à ceux-ci, mais aussi des embûches telles que « la suggestion, beaucoup de supervision, beaucoup d’affaires à prouver qui ne sont pas la norme et qui ne sont pas demandées à d’autres organismes qui ne sont pas issus de ces communautés racisées ».

Il va même jusqu’à parler de « racisme systémique ».

« À cause de la perception qu’ils ont de la communauté, ça fait qu’il y a ces réactions là, qui se passent et c’est ce qu’on appelle le racisme systémique. »

Gouled Hassan, coordonnateur du contact interculturel francophone de Sudbury. Gracieuseté.

Il termine en rappelant que d’ici 10 à 15 ans, la grande majorité de la population sera issue de la minorité raciale et culturelle. « Il est important de donner à cette communauté les outils et l’espace pour leur permettre de prendre la relève, sans ça d’ici 10 ou 15 ans on aura une francophonie qui sera faible et qui ne sera pas capable de défendre ses intérêts. »

Le 14 juillet en Ontario, on célèbre la fête nationale des Français

OTTAWA/ TORONTO – Très souvent appelé Jour de la Bastille ou Bastille Day, le 14 juillet célèbre la fête nationale des Français. En France, c’est aussi le jour de la prise de la Bastille, synonyme de révolution. En Ontario, cet événement reste majoritairement Toronto centré.

Qui ne rêverait pas d’une Garden Party à l’Ambassade de France à Ottawa? Organisée par Franck Marchetti, cette « fête de jardin » est intitulée : « Réception du 14 juillet pour la communauté française ». Cet événement est aussi l’occasion de découvrir l’Ambassade, plus communément appelée la Résidence de France. La cérémonie se déroule dans l’immense jardin de l’Ambassade, un bâtiment qui s’affiche au bord de la rivière Outaouais, en fonction depuis le 4 janvier 1939, après trois ans de travaux.

À l’intérieur, nous y trouvons une vaste collection d’objets et de meubles art déco et pour être honnête, l’inspiration des années 1930 est bien présente. C’est le premier ministre Mackenzie King qui a posé la première pierre de ce bâtiment, le 14 juillet 1936.

Fête de la Bastille : Art deco à l'ambassade de France à Ottawa
Intérieur de l’Ambassade de France à Ottawa. Crédit : Lila Mouch/ Montage ONFR+

Révolution ou pas, en Ontario c’est jour de fête

S’agissant de Toronto, « nous avons deux grands événements. Un événement avec 200 invités privés – des interlocuteurs réguliers du Consulat – ce 14 juillet et un événement grand public organisé par la Fédération tricolore de Toronto, le 16 juillet. Ouvert à tout le monde : Français, francophones, francophiles et au grand public torontois », nous explique Alexis Tudor, le consul général de France à Toronto.

Le premier événement aura lieu dans la Roseraie du Manoir Glendon de l’Université de York. Pour l’autre, il se déroulera le 16 juillet, pour permettre au plus grand nombre de venir. « C’est l’opportunité de montrer à quel point la communauté française est insérée dans la vie ontarienne », explique Christelle Inacio, présidente de la Fédération tricolore de Toronto.

« Elle participe à son développement économique », poursuit-elle, « d’ailleurs il y aura aussi des entreprises franco-ontariennes et pas que française lors de cette journée ».

Bastille Day à Toronto
Christelle Inacio et le programme du 16 juillet. Gracieuseté/ Montage ONFR+

L’événement aura lieu au Bentway, lieu assez fréquenté sous la Gardiner à Toronto. Au programme : concerts, spectacles, stands d’artisans français, pétanque, kermesse pour enfants, des stands gastronomiques qui présenteront des régions et des îles françaises. « En plus, on a prévu un concours amical de pétanque sur gazon », raconte Christelle Inacio.

L’incontournable ApéroChic, fondé il y a 11 ans, sera de la partie pour célébrer le 14 juillet.

« Depuis plusieurs années, nous organisons le Bastille Day au Cabana Pool bar que nous privatisons spécialement pour cette occasion. Le lieu est magnifique avec ses cabanas blancs, le lac qui scintille, la vue imprenable sur le centre-ville et bien sûr la piscine centrale… tous ces éléments nous donnent l’impression d’être transportés sur la Côte d’Azur », explique Peggy Harvey, la fondatrice.

Une soirée phare pour l’équipe d’ApéroChic qui fait appel à près de 12 000 membres. « Nos invités jouent le jeu en s’habillant en bleu, blanc, rouge et voilà la magie opère. On voit du bonheur, des sourires et cette année, ce seront les grandes retrouvailles après 2 ans de pandémie. »

Le manoir Glendon acceuillera le Bastille day, ce 14 juillet
Le Manoir Glendon, Université York, Toronto. Crédit image : Lila Mouch

Fêter la France outre-mer

Instituée en 1880, pour commémorer la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, la fête nationale est le symbole de la fin de la monarchie absolue, ainsi que la Fête de la Fédération de 1790, symbole de l’union de la Nation.

Pour Peggy Harvey, « je suis originaire de France, c’est bien sûr notre fête nationale et elle reste festive. Personnellement, j’ai beaucoup de bons souvenirs, les feux d’artifice, les bals ».

« Le 14 juillet, c’est la Fête de la France et des valeurs françaises » pour Alexis Tudor, le consul de France. « Évidemment, Liberté-Égalité-Fraternité, mais aussi solidarité et inclusion. Ce sont des valeurs de tolérance et de partage que nous allons fêter tous ensemble avec tous nos amis, Français, francophones, francophiles et Canadiens. »

Un fait intéressant, que souligne, la Parisienne d’ApéroChic, est « qu’en France, nous l’appelons le 14 juillet, mais ce qui est intéressant, c’est qu’en dehors de la France, c’est souvent appelé Bastille Day ». Preuve que la Révolution française est un événement important de l’histoire reconnue à l’international. « C’est un symbole, d’ailleurs lorsque je vivais à Paris, c’était dans le quartier de la Bastille. »

Cabana Pool Bar à Toronto durant une célébration du 14 juillet. Gracieuseté

Pour Christelle Inacio, « le 14 juillet, c’est vraiment la vitrine de la France à l’extérieur des frontières de l’Hexagone. C’est la seule journée et l’unique opportunité qu’on a pour montrer aux anglophones ce qu’est la France, sa culture et comment on vit la France à Toronto ».

Ouvert à tout le monde

Pour le consul de France, M. Tudor, « l’ensemble des personnes qui se sentent considérées par la France fêtent le 14 juillet ». Mais pour lui, ce n’est pas tout, c’est aussi le jour « où on a décidé que chaque homme et chaque femme était libre de son destin. On ne répond pas à une volonté divine ou une volonté royale. Les droits individuels priment sur la volonté d’une seule personne et donc, ce sont ces valeurs-là que nous fêtons ». Ces événements sont ouverts à l’ensemble des francophones et des francophiles en Ontario, selon les dires du diplomate.

« C’est vrai que c’est une journée familiale, mais tout le monde y est invité, petits et grands, francophones, francophiles et anglophones, c’est vraiment une fête pour tout le monde, pas seulement pour les Françaises », appuie Christelle Inacio.

Article écrit avec la collaboration de Soufiane Chakkouche

Le Franco-Ontarien Claude Giroux avec les Sénateurs d’Ottawa

OTTAWA – La fierté sportive de Hearst, Claude Giroux, sera un membre des Sénateurs d’Ottawa la saison prochaine. L’hockeyeur de 34 ans a signé un contrat de trois ans avec l’équipe de la région de la capitale nationale

C’est un retour à la maison pour celui qui a joué dans le junior A avec les Grads de Cumberland en 2004 en plus d’avoir évolué l’autre bord de la rivière à Gatineau dans le junior majeur de 2004 à 2008. C’est aussi un ancien élève de l’École secondaire catholique Béatrice-Desloges qui avait déménagé à Ottawa en 2002 après avoir passé son enfance à Hearst dans le Nord de l’Ontario.

Cette entente avec l’équipe située à Kanata rapportera 6,5 millions par année pour un total de 19,5 millions de dollars au Franco-Ontarien, qui habite dans la région d’Ottawa durant la saison morte. Il a obtenu 65 points l’an dernier en 75 parties, lui qui a été échangé aux Panthers de la Floride vers la fin de la saison. Il avait auparavant passé toute sa carrière avec les Flyers de Philadelphie, où il a été le capitaine de la formation depuis 2013. En 1018 rencontres dans la Ligue nationale de hockey (LNH), Giroux a récolté 693 passes pour un total de 923 points.

« Nous sommes ravis d’ajouter un joueur du calibre de Claude à notre alignement », a dit le directeur général des Sénateurs, Pierre Dorion, qui est lui aussi un franco-ontarien né à Ottawa. « Ses compétences en leadership sont sans doute parmi ses meilleurs atouts. Nous avons décidé de renforcer notre alignement cet été et cet ajout est un autre élément important pour nous aider à atteindre cet objectif. Nous sommes très heureux d’accueillir Claude et sa famille de la maison à Ottawa. »

Recensement : la pandémie a enrichi les Ontariens en 2020

Les plus récentes données du recensement de 2021 révèlent que malgré la pandémie, l’Ontario est encore la province qui possède le taux de revenus par ménage après impôts, le plus élevé au Canada.

Statistique Canada a sorti les plus récentes données de son exercice quinquennal avec notamment le profil de revenus des Canadiens. Par rapport au dernier recensement, le revenu par logement après impôt a augmenté de 12,8 % pour se chiffrer à une moyenne de 79 500 $ en 2020.

Crédit image : gracieuseté de Statistique Canada

Seule la Colombie-Britannique a eu une plus grosse hausse (14,3 %) alors qu’au niveau national, la hausse s’est chiffrée à 9,8 % en une moyenne de 73 000 $. En Ontario, c’est surtout dans les grands centres urbains comme Hamilton (11,9 %), Toronto (14,1 %) et Ottawa-Gatineau ( 11,3 % ) qui ont augmenté. C’est grandement due aux aides gouvernementales lors de la pandémie, expliquent les experts de Statistique Canada, car le revenu d’emploi a baissé de 2019 à 2020.

Il est toutefois difficile de dire si les chiffres sont toujours viables aujourd’hui alors que l’inflation et les prix de plusieurs biens et des logements connaissent de fortes ascensions au Canada.

« Ce sont des données qui sont encore pertinentes aujourd’hui », note André Bernard de Statistique Canada. « Elles nous permettent d’identifier des groupes qui sont plus vulnérables à des hausses de prix par exemple. Si on identifie les groupes d’avantages à faibles revenus, on sait que ce sont des groupes, lorsqu’il y a des hausses de l’inflation, qui pourraient être davantage vulnérables. »

Le taux de faible revenu était situé à 11,1 % en 2020 alors qu’il était à 14,4 % en 2015, une baisse due grandement à l’argent gouvernemental.L’inégalité des revenus est aussi à la baisse par rapport à 2015 en grande partie attribuable aux augmentations des transferts gouvernementaux. L’Ontario reste toutefois au haut de la liste dans cette catégorie avec Toronto (1er), Hamilton (4e), Windsor (5e) et London (8e) dans les 10 villes du pays avec le plus d’inégalité au niveau du revenu.

Source : Canva

La colocation est de plus en plus populaire

Les données du recensement sorties mercredi révélaient aussi le profil des ménages où les données révèlent que la colocation dans un même logement est de plus en plus répandue au Canada.

Deux personnes ou plus vivant ensemble sans qu’aucune ne fasse pas partie d’une famille de recensement constituent le type de ménage qui a connu la croissance la plus forte, explique Statistique Canada. De 2001 à 2021, le nombre de ménages composés de colocataires a augmenté de 54 % ce qui est fortement relié à la hausse des prix des logements, expliquent les experts chez Statistique Canada.

Les grands centres de l’Ontario comme Toronto, Hamilton, Oshawa sont parmi les régions où la proportion de jeunes adultes vivant avec leurs parents est la plus élevée, se rapprochant du 50 %. En 2001, 31 % des jeunes adultes canadiens disaient vivre avec leurs parents, un nombre en hausse à 35 % vingt années plus tard.

COVID-19 : une 4e dose pour les plus fragiles

TORONTO – Le médecin hygiéniste en chef de la province, Kieran Moore, a annoncé mercredi que l’Ontario élargira l’admissibilité (au 2e booster) à la quatrième dose du vaccin de la COVID-19 pour tous ceux âgés de 18 ans et plus. Il précise cependant que cette dose est surtout offerte pour les immunodépressifs et personnes souffrantes de maladie sous-jacentes.

Dès le 14 juillet, les personnes de 18 à 59 ans seront éligibles à se faire vacciner avec cette dose d’extra.

« Les deux dernières années ont été difficiles et vos sacrifices ont fait une différence », a dit le docteur Moore.

Alors que nous entrons dans une 7e vague de la pandémie, ce dernier rappelle que 6 millions de personnes en Ontario n’ont toujours pas reçu leur troisième dose. Selon les derniers chiffres relevés le 11 juillet dernier,plus de 33 millions de doses du vaccin contre la COVID-19 ont été administrées dans la province. Plus de 93 % des Ontariens, âgés de 12 ans et plus ont reçu au moins une dose. Et plus de 91 % ont reçu une deuxième dose. Enfin, plus de 57 % ont reçu la dose de rappel.

Pour les plus fragiles

Pour le Dr Moore « une nouvelle vague arrive tous les 90 jours ». Il explique ainsi que la province se prépare à la prochaine vague censée arriver à l’automne.

Il note également que les jeunes sans maladie sous-jacentes, et donc en bonne santé sont moins susceptibles de se faire hospitaliser. « S’ils ont reçu leurs deux doses, plus un rappel, ils peuvent attendre le nouveau vaccin à l’automne (novembre/décembre), car le risque de maladie grave est très faible. »

Cependant, il demande à ce que les plus fragiles, les immunodépressifs, diabétiques et même les fumeurs de se faire administrer ce deuxième booster (4e dose).

Covid Dct Moore
Docteur Kieran Moore en conférence ce 13 juillet 2022, pour annoncer la 7e vague. Crédit : capture d’écran/ ONFR+

« Nous vous demandons de prendre les mesures nécessaires, surtout les personnes au-dessus de 60 ans et tous ceux qui en ont besoin entre 18 et 59 ans. »

Un pic dans deux semaines

Depuis le début du mois de juin, les variants BA-4 et BA-5 sont très présents et toujours plus transmissibles. Ces variants de la souche Omicron augmentent le nombre d’hospitalisations. En Ontario, « nous vivons une trajectoire lente », explique le médecin hygiéniste en chef, « possiblement grâce au nombre de vaccinés ». Pourtant, ce dernier assure que, « nous verrons le pic dans les deux semaines qui suivent ».

Pour l’instant, il semble que le nombre de cas en Ontario tourne autour de 5000 infections par jour.

« Nos pharmacies ont été briefées » et le gouvernement de l’Ontario continuera aussi à fournir gratuitement des tests antigéniques rapides au grand public « par l’intermédiaire des sources suivantes : les épiceries et les pharmacies, ainsi que les lieux de travail, les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, les foyers de soins de longue durée, et d’autres habitations collectives jusqu’au 31 décembre 2022 ».

La symphonie de la francophonie

MONTRÉAL – L’Orchestre de la francophonie (OF) reprend sa saison de concerts annuels en présentiel après deux ans en d’académie en ligne. Véritable club-école pour les 28 jeunes musiciens canadiens et étrangers qui aspirent à la vie professionnelle, l’OF leur permet de se pratiquer devant public les 13, 21, 25 et 29 juillet à l’église Saint-André et Saint-Paul puis à la salle Joseph Rouleau.

« Les concerts seront incroyables! », lance enjoué William Smythe, un violoncelliste de 20 ans originaire de Toronto, en entrevue avec ONFR+.

Étudiant à l’école d’art, musique et drame de l’Université Queen’s, à Kingston, William Smythe a appris le français en immersion.

« Mes parents m’ont mis dans une école française, car c’était une bonne compétence à maîtriser. En grandissant, j’ai trouvé que c’était très utile pour communiquer avec l’ensemble des Canadiens », raconte-t-il.

William Smythe. Gracieuseté

Admirateur du grand compositeur russe Dmitri Chostakovitch, William Smythe se sent privilégié de pouvoir se perfectionner professionnellement dans une ville et un environnement francophone.

« L’orchestre cherchait des joueurs de corde. J’étais intéressé parce que c’était bilingue et à Montréal », se souvient-il.

Dans la métropole québécoise depuis une semaine, il apprécie particulièrement l’aspect constructif de son équipe ainsi que le rythme de répétition allant de trois à six heures par jour.

« C’est beaucoup plus facile de jouer avec des gens quand on les connaît. On sait comment leurs émotions se trouvent dans la musique et on peut s’adapter avec eux », explique-t-il.

William Smythe. Gracieuseté

Se préparer pour la vraie vie

Fondé en 2001 à l’occasion des Jeux de la Francophonie, l’OF ne devait qu’être pour un été, mais est devenu une école tenue annuellement à la demande des musiciens.

« Les jeunes viennent passer six semaines avec nous pour apprendre leur métier de musicien d’orchestre et pour vivre le rythme de travail professionnel », raconte le directeur artistique et chef d’orchestre, Jean-Philippe Tremblay, à ONFR+.

« Une grosse différence entre l’université et professionnel est qu’on prend beaucoup plus de temps pour monter un programme. À l’université, cela peut être des semaines ou des mois alors que dans le monde professionnel ça peut être deux programmes en une semaine », explique-t-il.

Le chef d’orchestre Jean-Philippe Tremblay. Crédit image : Jacques Robert

Ainsi, les élèves ont beaucoup de programmes, de concerts ainsi que de chefs et de solistes invités durant cette immersion de six semaines.

« Une grande majorité de nos musiciens occupent des postes importants dans des orchestres au pays. J’ai la chance de les revoir comme chef invité », se réjouit Jean-Philippe Tremblay.

Contemplateur de Beethoven, le directeur artistique voit la musique classique comme une forme d’art aux possibilités énormes et valorise son aspect rassembleur.

De plus, l’Orchestre de la francophonie permet aux Canadiens d’un bout à l’autre du pays de venir pratiquer leur langue française leur ouvrant ainsi de nombreuses portes et débouchés professionnels. Alors que certains viennent de l’étranger, l’OF prend le temps d’encadrer chacun d’eux afin de s’assurer que tous se sentent confortables.

« La beauté de la musique est aussi qu’une fois qu’on commence à jouer, le langage n’est pas la principale difficulté », conclut Jean-Philippe Tremblay.

L’Orchestre de la Francophonie. Crédit image : Jacques Robert