WENDOVER – Le Festival Western de Wendover est de retour! Rendu à sa 36e édition, l’événement se déroule du 13 au 17 juillet et propose de nombreuses activités country ainsi qu’une foule de spectacles francophones et bilingues. Hi ha!
« Ça va être un beau party ! », lance la chanteuse Anick Gagnon en entrevue avec ONFR+.
De nombreuses figures de la musique country et traditionnelle francophone canadienne seront en prestation lors du festival. Parmi eux, Les rats d’swompe, Yvan Petit, Steven Levac, Rhéal Leblanc et Erica Brighthill.
Anick Gagnon. Gracieuseté
« On va amener le party et le public devrait être là aussi! », affirme pour sa part Martin Rocheleau des rats d’swompe.
« On est pas vraiment niché country-franco, on fait du Trad rock qui va effleurer le country. Ces festivals avec une clientèle fiable ouvrent les portes à des groupes moins niche-country. C’est super le fun ! », renchérit-il.
Pour l’amour du country
Le Festival Western de Wendover s’annonce très populaire alors que plusieurs habitués viendront y dormir dans leur roulotte pour profiter au maximum des activités. Il y aura notamment un bingo le samedi 16 juillet ainsi qu’une messe western le lendemain. De plus, les artistes franco-ontariens de la région pourront compter sur la présence de leurs amateurs locaux et de leurs proches.
C’est l’occasion de célébrer ce style musical populaire qui s’adresse à tous les âges.
« Que tu sois content ou que tu passes un moment difficile, il y a toujours une chanson country qui peut t’accompagner là-dedans », raconte Erica Brighthill à ONFR+.
Avec l’utilisation de la steel-guitar, du violon et des autres instruments traditionnels, la musique western est très variée et permet de faire voyager le public à travers ses différents états d’esprit.
« C’est une musique qui va toucher beaucoup d’émotions. Il y a des chansons plus slow et d’autres plus party », explique Steven Levac.
Steven Levac. Gracieuseté
Le country a connu une évolution à travers les époques. Aujourd’hui, le style de Glen Campbell et Dolly Parton a laissé place aux grandes vedettes du new country comme Luke Bryan et Luke Combs. Une influence que l’on retrouve également chez les artistes de la relève francophone.
« Si on écoute ce qui passe dans les radios anglophones et dans la section country d’Apple music, ça sonne pas mal moderne. C’est le son que je voulais avoir en français avec mes chansons », raconte Martin Duford.
Martin Duford. Gracieuseté
La vague de new country n’a cependant pas emporté tout le monde. Plusieurs artistes présents au festival de Wendover sont encore attachés au son traditionnel de ce style musical. Yvan Petit se compte parmi eux.
« Mon cœur est avec le vieux country. J’aime les mélodies de la musique western populaire des années 70 », raconte l’artiste de Smooth Rock Falls.
Yvan Petit. Gracieuseté
Ainsi donc, le Festival Western de Wendover fera le bonheur des amateurs de cette musique fièrement nord-américaine. En plus d’écouter les artistes sortir leurs meilleurs morceaux, ils auront certainement l’occasion d’échanger avec certains d’entre eux.
« Je parle à tout le monde même aux vieillards. C’est naturellement en moi. Je pense que 40 % d’un artiste c’est comment on se présente », lance avec hâte Rhéal Leblanc à ONFR+.
En cette semaine de la fête nationale française, la francophonie brille de partout à travers l’Ontario. De Thunder Bay à Toronto, les festivités prennent de l’ampleur dès aujourd’hui!
Musique
Hommage à Édith Piaf
Revivez l’héritage et les classiques de la chanteuse française qui ont fait sa légende. En croisière à bord du Georgian Spirit, où vous aurez une vue de la baie Georgienne, vous pouvez vous laisser emporter par la voix de l’artiste sudburoise Pandora Topp qui rendra hommage à Piaf et ses plus grands succès. Restant toujours fidèle dans la thématique de la fête nationale française, la soirée sera accompagnée d’un repas bien à la française : coq au vin ou une ratatouille pour les participants végétaliens.
Édith Piaf. Crédit image : Studio Harcourt – RMN WC.
Montez à bord le Georgian Spirit pour revivre l’héritage d’Édith Piaf, ce soir de 18h à 21h. Embarquement au quai Midland. Vous pouvez acheter vos billets sur le site de la Clé.
Le Festival du loup de LaFontaine est de retour
De retour après 2 ans, la célébration de l’héritage culturel francophone de la région de Simcoe se présente avec une panoplie d’activités et concours pour tous les âges. La journée débutera avec la parade des tracteurs suivi par les spectacles des groupes francophones Ariko et Diable à 5 qui se dérouleront au cours de l’après-midi.
Ariko. Crédit image : Ryan Osman. Diable à 5. Crédit image : Gracieuseté.
Assistez au Festival du loup le samedi 16 juillet de 10h à 22h. Il y aura aussi un brunch familial le lendemain au Centre Colibri à 10h. Entrée gratuite. Consultez le programme sur le site du Festival du loup.
Communauté
La Fédération Tricolore Toronto vous invite à célébrer la fête nationale française
Rendez-vous au centre-ville de Toronto pour passer la journée à célébrer la fête nationale française. Organisée par la Fédération Tricolore Toronto, une programmation riche vous attend ce week-end au Bentway à Fort York. Il y aura des petits marchés pour apaiser vos petits creux, un concours de pétanque, des ateliers de danse et des concerts qui se poursuivront en soirée.
Le 14 juillet à Paris. Crédit image : Raphael Van Butsele/Stockbyte via Getty Images.
Assistez aux célébrations de la fête nationale française le 16 juillet de 11h à 22h à The Bentway au 250 Fort York Blvd, Toronto. Consultez le site de la Fondation pour la programmation détaillée. Entrée gratuite.
Arts
L’exposition La francophonie dans tous ses états se poursuit à Thunder Bay
16 artistes locaux de la région de Thunder Bay se réunissent cette année à la galerie Definitely Superior Art pour présenter leurs nouvelles œuvres. Représentant plusieurs disciplines artistiques, il y a plusieurs formats pour tous les goûts : peinture, photographie, art du fil et plus.
Les artistes de cette année : Michel Dumont, Murielle Horsman, Carole Lapointe, Carol Cooper, Tom Kyryluk, Liming Yu, Audrey Debruyne, Guillaume Heritier, Yuk-Sem Won, Derek Khani, Kelly Saxberg, Isabelle Lemée, Julie Cosgrove, Céline Mundinger, Sébastien Hardy, Ron Harpelle.
L’artiste Michel Dumont. Gracieuseté.
Assistez à l’exposition La francophonie dans tous ses états jusqu’au 23 juillet à la galerie Definitely Superior Art. Entrée par don à la porte.
SUDBURY – Le manque de soutien financier aux organismes gérés par des personnes francophones racisées a été dénoncé par plusieurs acteurs du milieu communautaire qui réclament un meilleur appui pour ces derniers lors des consultations dans le cadre du renouvellement du Plan d’action sur les langues officielles qui ont eu lieu mercredi à Sudbury. Cette rencontre a rassemblé tous les grands acteurs du monde communautaire francophone de la région pour la première fois en présentiel depuis le début de la pandémie.
Une rencontre organisée par le gouvernement fédéral qui doit renouveler son Plan d’action d’ici le 1er avril 2023 et qui aura permis de mettre en lumière des enjeux essentiels à la communauté francophone en milieu minoritaire.
« Il y avait vraiment de bonnes idées, c’est facile avec un groupe de juste critiquer, de dire des choses négatives, mais aujourd’hui aujourd’hui il y avait de bonnes suggestions », déclare pour sa part Marc Serré, député fédéral libéral de Nickel Belt et l’adjoint parlementaire de la ministre des Langues officielles en entrevue.
« Quand on parle de diversité et d’inclusion, il faut donner les moyens à ces organismes-là d’avoir une structure organisationnelle » – Carol Jolin
Mais des critiques il y en a eu, notamment concernant l’appui financier à certains organismes communautaires. Pour Carol Jolin, président de l’Assemblée francophone de l’Ontario (AFO), les organismes représentants des communautés interculturelles francophones sont sous-financés.
Une étude du Centre de leadership et d’évaluation (CLÉ) recommande notamment un financement minimum de 108 000 $ pour chaque organisme communautaire.
Selon Carol Jolin, la priorité devrait être accordée aux organismes issus des communautés racisées. Il rappelle que sur les 88 organismes racialisés en Ontario seuls cinq reçoivent du financement et un seul à hauteur de 35 000 $.
« Quand on parle de diversité et d’inclusion, il faut donner les moyens à ces organismes-là d’avoir une structure organisationnelle pour pouvoir participer à l’écosystème communautaire qui existe en Ontario », clame-t-il avant d’ajouter que ces organismes peinent même à pouvoir recenser la communauté qu’ils desservent.
Carol Jolin, Président de l’Assemblée francophone de l’Ontario. Crédit image : Inès Rebei.
« C’est extrêmement difficile, ces organismes fonctionnent actuellement grâce au bénévolat d’irréductibles qui donnent de leur temps et de leur argent pour faire vivre leurs organisations », se désole-t-il
Il relève aussi une incohérence au niveau du partage du financement du fédéral, dont l’Ontario ne reçoit que 20 % alors que cette province abrite 54 % des francophones hors Québec et un tiers des organismes francophones.
Du « racisme sytémique »
Parmi les organismes concernés se trouve le contact interculturel francophone de Sudbury dont le coordonnateur, Gouled Hassan, a assisté aux consultations.
Selon lui, il existe un véritable décalage entre le financement accordé aux organismes issus de la diversité culturelle et les informations liées au recensement. « D’après les données de Statistique Canada, les communautés culturelles représentent près de 20 % de la population franco-ontarienne alors ce n’est pas normal qu’elles ne reçoivent que 1 % ou moins de financement. »
Celui qui est aussi membre du Conseil de gouvernance de l’Université de Sudbury avance que ces organismes font face à davantage d’obstacles que les organismes communautaires dont le caractère n’est pas culturel.
Il dénonce un financement inférieur à ceux-ci, mais aussi des embûches telles que « la suggestion, beaucoup de supervision, beaucoup d’affaires à prouver qui ne sont pas la norme et qui ne sont pas demandées à d’autres organismes qui ne sont pas issus de ces communautés racisées ».
Il va même jusqu’à parler de « racisme systémique ».
« À cause de la perception qu’ils ont de la communauté, ça fait qu’il y a ces réactions là, qui se passent et c’est ce qu’on appelle le racisme systémique. »
Gouled Hassan, coordonnateur du contact interculturel francophone de Sudbury. Gracieuseté.
Il termine en rappelant que d’ici 10 à 15 ans, la grande majorité de la population sera issue de la minorité raciale et culturelle. « Il est important de donner à cette communauté les outils et l’espace pour leur permettre de prendre la relève, sans ça d’ici 10 ou 15 ans on aura une francophonie qui sera faible et qui ne sera pas capable de défendre ses intérêts. »
OTTAWA/ TORONTO – Très souvent appelé Jour de la Bastille ou Bastille Day, le 14 juillet célèbre la fête nationale des Français. En France, c’est aussi le jour de la prise de la Bastille, synonyme de révolution. En Ontario, cet événement reste majoritairement Toronto centré.
Qui ne rêverait pas d’une Garden Party à l’Ambassade de France à Ottawa? Organisée par Franck Marchetti, cette « fête de jardin » est intitulée : « Réception du 14 juillet pour la communauté française ». Cet événement est aussi l’occasion de découvrir l’Ambassade, plus communément appelée la Résidence de France. La cérémonie se déroule dans l’immense jardin de l’Ambassade, un bâtiment qui s’affiche au bord de la rivière Outaouais, en fonction depuis le 4 janvier 1939, après trois ans de travaux.
À l’intérieur, nous y trouvons une vaste collection d’objets et de meubles art déco et pour être honnête, l’inspiration des années 1930 est bien présente. C’est le premier ministre Mackenzie King qui a posé la première pierre de ce bâtiment, le 14 juillet 1936.
Intérieur de l’Ambassade de France à Ottawa. Crédit : Lila Mouch/ Montage ONFR+
Révolution ou pas, en Ontario c’est jour de fête
S’agissant de Toronto, « nous avons deux grands événements. Un événement avec 200 invités privés – des interlocuteurs réguliers du Consulat – ce 14 juillet et un événement grand public organisé par la Fédération tricolore de Toronto, le 16 juillet. Ouvert à tout le monde : Français, francophones, francophiles et au grand public torontois », nous explique Alexis Tudor, le consul général de France à Toronto.
Le premier événement aura lieu dans la Roseraie du Manoir Glendon de l’Université de York. Pour l’autre, il se déroulera le 16 juillet, pour permettre au plus grand nombre de venir. « C’est l’opportunité de montrer à quel point la communauté française est insérée dans la vie ontarienne », explique Christelle Inacio, présidente de la Fédération tricolore de Toronto.
« Elle participe à son développement économique », poursuit-elle, « d’ailleurs il y aura aussi des entreprises franco-ontariennes et pas que française lors de cette journée ».
Christelle Inacio et le programme du 16 juillet. Gracieuseté/ Montage ONFR+
L’événement aura lieu au Bentway, lieu assez fréquenté sous la Gardiner à Toronto. Au programme : concerts, spectacles, stands d’artisans français, pétanque, kermesse pour enfants, des stands gastronomiques qui présenteront des régions et des îles françaises. « En plus, on a prévu un concours amical de pétanque sur gazon », raconte Christelle Inacio.
L’incontournable ApéroChic, fondé il y a 11 ans, sera de la partie pour célébrer le 14 juillet.
« Depuis plusieurs années, nous organisons le Bastille Day au Cabana Pool bar que nous privatisons spécialement pour cette occasion. Le lieu est magnifique avec ses cabanas blancs, le lac qui scintille, la vue imprenable sur le centre-ville et bien sûr la piscine centrale… tous ces éléments nous donnent l’impression d’être transportés sur la Côte d’Azur », explique Peggy Harvey, la fondatrice.
Une soirée phare pour l’équipe d’ApéroChic qui fait appel à près de 12 000 membres. « Nos invités jouent le jeu en s’habillant en bleu, blanc, rouge et voilà la magie opère. On voit du bonheur, des sourires et cette année, ce seront les grandes retrouvailles après 2 ans de pandémie. »
Le Manoir Glendon, Université York, Toronto. Crédit image : Lila Mouch
Fêter la France outre-mer
Instituée en 1880, pour commémorer la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, la fête nationale est le symbole de la fin de la monarchie absolue, ainsi que la Fête de la Fédération de 1790, symbole de l’union de la Nation.
Pour Peggy Harvey, « je suis originaire de France, c’est bien sûr notre fête nationale et elle reste festive. Personnellement, j’ai beaucoup de bons souvenirs, les feux d’artifice, les bals ».
« Le 14 juillet, c’est la Fête de la France et des valeurs françaises » pour Alexis Tudor, le consul de France. « Évidemment, Liberté-Égalité-Fraternité, mais aussi solidarité et inclusion. Ce sont des valeurs de tolérance et de partage que nous allons fêter tous ensemble avec tous nos amis, Français, francophones, francophiles et Canadiens. »
Un fait intéressant, que souligne, la Parisienne d’ApéroChic, est « qu’en France, nous l’appelons le 14 juillet, mais ce qui est intéressant, c’est qu’en dehors de la France, c’est souvent appelé Bastille Day ». Preuve que la Révolution française est un événement important de l’histoire reconnue à l’international. « C’est un symbole, d’ailleurs lorsque je vivais à Paris, c’était dans le quartier de la Bastille. »
Cabana Pool Bar à Toronto durant une célébration du 14 juillet. Gracieuseté
Pour Christelle Inacio, « le 14 juillet, c’est vraiment la vitrine de la France à l’extérieur des frontières de l’Hexagone. C’est la seule journée et l’unique opportunité qu’on a pour montrer aux anglophones ce qu’est la France, sa culture et comment on vit la France à Toronto ».
Ouvert à tout le monde
Pour le consul de France, M. Tudor, « l’ensemble des personnes qui se sentent considérées par la France fêtent le 14 juillet ». Mais pour lui, ce n’est pas tout, c’est aussi le jour « où on a décidé que chaque homme et chaque femme était libre de son destin. On ne répond pas à une volonté divine ou une volonté royale. Les droits individuels priment sur la volonté d’une seule personne et donc, ce sont ces valeurs-là que nous fêtons ». Ces événements sont ouverts à l’ensemble des francophones et des francophiles en Ontario, selon les dires du diplomate.
« C’est vrai que c’est une journée familiale, mais tout le monde y est invité, petits et grands, francophones, francophiles et anglophones, c’est vraiment une fête pour tout le monde, pas seulement pour les Françaises », appuie Christelle Inacio.
Article écrit avec la collaboration de Soufiane Chakkouche
OTTAWA – La fierté sportive de Hearst, Claude Giroux, sera un membre des Sénateurs d’Ottawa la saison prochaine. L’hockeyeur de 34 ans a signé un contrat de trois ans avec l’équipe de la région de la capitale nationale
C’est un retour à la maison pour celui qui a joué dans le junior A avec les Grads de Cumberland en 2004 en plus d’avoir évolué l’autre bord de la rivière à Gatineau dans le junior majeur de 2004 à 2008. C’est aussi un ancien élève de l’École secondaire catholique Béatrice-Desloges qui avait déménagé à Ottawa en 2002 après avoir passé son enfance à Hearst dans le Nord de l’Ontario.
Cette entente avec l’équipe située à Kanata rapportera 6,5 millions par année pour un total de 19,5 millions de dollars au Franco-Ontarien, qui habite dans la région d’Ottawa durant la saison morte. Il a obtenu 65 points l’an dernier en 75 parties, lui qui a été échangé aux Panthers de la Floride vers la fin de la saison. Il avait auparavant passé toute sa carrière avec les Flyers de Philadelphie, où il a été le capitaine de la formation depuis 2013. En 1018 rencontres dans la Ligue nationale de hockey (LNH), Giroux a récolté 693 passes pour un total de 923 points.
« Nous sommes ravis d’ajouter un joueur du calibre de Claude à notre alignement », a dit le directeur général des Sénateurs, Pierre Dorion, qui est lui aussi un franco-ontarien né à Ottawa. « Ses compétences en leadership sont sans doute parmi ses meilleurs atouts. Nous avons décidé de renforcer notre alignement cet été et cet ajout est un autre élément important pour nous aider à atteindre cet objectif. Nous sommes très heureux d’accueillir Claude et sa famille de la maison à Ottawa. »
Les plus récentes données du recensement de 2021 révèlent que malgré la pandémie, l’Ontario est encore la province qui possède le taux de revenus par ménage après impôts, le plus élevé au Canada.
Statistique Canada a sorti les plus récentes données de son exercice quinquennal avec notamment le profil de revenus des Canadiens. Par rapport au dernier recensement, le revenu par logement après impôt a augmenté de 12,8 % pour se chiffrer à une moyenne de 79 500 $ en 2020.
Crédit image : gracieuseté de Statistique Canada
Seule la Colombie-Britannique a eu une plus grosse hausse (14,3 %) alors qu’au niveau national, la hausse s’est chiffrée à 9,8 % en une moyenne de 73 000 $. En Ontario, c’est surtout dans les grands centres urbains comme Hamilton (11,9 %), Toronto (14,1 %) et Ottawa-Gatineau ( 11,3 % ) qui ont augmenté. C’est grandement due aux aides gouvernementales lors de la pandémie, expliquent les experts de Statistique Canada, car le revenu d’emploi a baissé de 2019 à 2020.
Il est toutefois difficile de dire si les chiffres sont toujours viables aujourd’hui alors que l’inflation et les prix de plusieurs biens et des logements connaissent de fortes ascensions au Canada.
« Ce sont des données qui sont encore pertinentes aujourd’hui », note André Bernard de Statistique Canada. « Elles nous permettent d’identifier des groupes qui sont plus vulnérables à des hausses de prix par exemple. Si on identifie les groupes d’avantages à faibles revenus, on sait que ce sont des groupes, lorsqu’il y a des hausses de l’inflation, qui pourraient être davantage vulnérables. »
Le taux de faible revenu était situé à 11,1 % en 2020 alors qu’il était à 14,4 % en 2015, une baisse due grandement à l’argent gouvernemental.L’inégalité des revenus est aussi à la baisse par rapport à 2015 en grande partie attribuable aux augmentations des transferts gouvernementaux. L’Ontario reste toutefois au haut de la liste dans cette catégorie avec Toronto (1er), Hamilton (4e), Windsor (5e) et London (8e) dans les 10 villes du pays avec le plus d’inégalité au niveau du revenu.
Source : Canva
La colocation est de plus en plus populaire
Les données du recensement sorties mercredi révélaient aussi le profil des ménages où les données révèlent que la colocation dans un même logement est de plus en plus répandue au Canada.
Deux personnes ou plus vivant ensemble sans qu’aucune ne fasse pas partie d’une famille de recensement constituent le type de ménage qui a connu la croissance la plus forte, explique Statistique Canada. De 2001 à 2021, le nombre de ménages composés de colocataires a augmenté de 54 % ce qui est fortement relié à la hausse des prix des logements, expliquent les experts chez Statistique Canada.
Les grands centres de l’Ontario comme Toronto, Hamilton, Oshawa sont parmi les régions où la proportion de jeunes adultes vivant avec leurs parents est la plus élevée, se rapprochant du 50 %. En 2001, 31 % des jeunes adultes canadiens disaient vivre avec leurs parents, un nombre en hausse à 35 % vingt années plus tard.
TORONTO – Le médecin hygiéniste en chef de la province, Kieran Moore, a annoncé mercredi que l’Ontario élargira l’admissibilité (au 2e booster) à la quatrième dose du vaccin de la COVID-19 pour tous ceux âgés de 18 ans et plus. Il précise cependant que cette dose est surtout offerte pour les immunodépressifs et personnes souffrantes de maladie sous-jacentes.
Dès le 14 juillet, les personnes de 18 à 59 ans seront éligibles à se faire vacciner avec cette dose d’extra.
« Les deux dernières années ont été difficiles et vos sacrifices ont fait une différence », a dit le docteur Moore.
Alors que nous entrons dans une 7e vague de la pandémie, ce dernier rappelle que 6 millions de personnes en Ontario n’ont toujours pas reçu leur troisième dose. Selon les derniers chiffres relevés le 11 juillet dernier,plus de 33 millions de doses du vaccin contre la COVID-19 ont été administrées dans la province. Plus de 93 % des Ontariens, âgés de 12 ans et plus ont reçu au moins une dose. Et plus de 91 % ont reçu une deuxième dose. Enfin, plus de 57 % ont reçu la dose de rappel.
Pour les plus fragiles
Pour le Dr Moore « une nouvelle vague arrive tous les 90 jours ». Il explique ainsi que la province se prépare à la prochaine vague censée arriver à l’automne.
Il note également que les jeunes sans maladie sous-jacentes, et donc en bonne santé sont moins susceptibles de se faire hospitaliser. « S’ils ont reçu leurs deux doses, plus un rappel, ils peuvent attendre le nouveau vaccin à l’automne (novembre/décembre), car le risque de maladie grave est très faible. »
Cependant, il demande à ce que les plus fragiles, les immunodépressifs, diabétiques et même les fumeurs de se faire administrer ce deuxième booster (4e dose).
Docteur Kieran Moore en conférence ce 13 juillet 2022, pour annoncer la 7e vague. Crédit : capture d’écran/ ONFR+
« Nous vous demandons de prendre les mesures nécessaires, surtout les personnes au-dessus de 60 ans et tous ceux qui en ont besoin entre 18 et 59 ans. »
Un pic dans deux semaines
Depuis le début du mois de juin, les variants BA-4 et BA-5 sont très présents et toujours plus transmissibles. Ces variants de la souche Omicron augmentent le nombre d’hospitalisations. En Ontario, « nous vivons une trajectoire lente », explique le médecin hygiéniste en chef, « possiblement grâce au nombre de vaccinés ». Pourtant, ce dernier assure que, « nous verrons le pic dans les deux semaines qui suivent ».
Pour l’instant, il semble que le nombre de cas en Ontario tourne autour de 5000 infections par jour.
« Nos pharmacies ont été briefées » et le gouvernement de l’Ontario continuera aussi à fournir gratuitement des tests antigéniques rapides au grand public « par l’intermédiaire des sources suivantes : les épiceries et les pharmacies, ainsi que les lieux de travail, les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, les foyers de soins de longue durée, et d’autres habitations collectives jusqu’au 31 décembre 2022 ».
MONTRÉAL – L’Orchestre de la francophonie (OF) reprend sa saison de concerts annuels en présentiel après deux ans en d’académie en ligne. Véritable club-école pour les 28 jeunes musiciens canadiens et étrangers qui aspirent à la vie professionnelle, l’OF leur permet de se pratiquer devant public les 13, 21, 25 et 29 juillet à l’église Saint-André et Saint-Paul puis à la salle Joseph Rouleau.
« Les concerts seront incroyables! », lance enjoué William Smythe, un violoncelliste de 20 ans originaire de Toronto, en entrevue avec ONFR+.
Étudiant à l’école d’art, musique et drame de l’Université Queen’s, à Kingston, William Smythe a appris le français en immersion.
« Mes parents m’ont mis dans une école française, car c’était une bonne compétence à maîtriser. En grandissant, j’ai trouvé que c’était très utile pour communiquer avec l’ensemble des Canadiens », raconte-t-il.
William Smythe. Gracieuseté
Admirateur du grand compositeur russe Dmitri Chostakovitch, William Smythe se sent privilégié de pouvoir se perfectionner professionnellement dans une ville et un environnement francophone.
« L’orchestre cherchait des joueurs de corde. J’étais intéressé parce que c’était bilingue et à Montréal », se souvient-il.
Dans la métropole québécoise depuis une semaine, il apprécie particulièrement l’aspect constructif de son équipe ainsi que le rythme de répétition allant de trois à six heures par jour.
« C’est beaucoup plus facile de jouer avec des gens quand on les connaît. On sait comment leurs émotions se trouvent dans la musique et on peut s’adapter avec eux », explique-t-il.
William Smythe. Gracieuseté
Se préparer pour la vraie vie
Fondé en 2001 à l’occasion des Jeux de la Francophonie, l’OF ne devait qu’être pour un été, mais est devenu une école tenue annuellement à la demande des musiciens.
« Les jeunes viennent passer six semaines avec nous pour apprendre leur métier de musicien d’orchestre et pour vivre le rythme de travail professionnel », raconte le directeur artistique et chef d’orchestre, Jean-Philippe Tremblay, à ONFR+.
« Une grosse différence entre l’université et professionnel est qu’on prend beaucoup plus de temps pour monter un programme. À l’université, cela peut être des semaines ou des mois alors que dans le monde professionnel ça peut être deux programmes en une semaine », explique-t-il.
Le chef d’orchestre Jean-Philippe Tremblay. Crédit image : Jacques Robert
Ainsi, les élèves ont beaucoup de programmes, de concerts ainsi que de chefs et de solistes invités durant cette immersion de six semaines.
« Une grande majorité de nos musiciens occupent des postes importants dans des orchestres au pays. J’ai la chance de les revoir comme chef invité », se réjouit Jean-Philippe Tremblay.
Contemplateur de Beethoven, le directeur artistique voit la musique classique comme une forme d’art aux possibilités énormes et valorise son aspect rassembleur.
De plus, l’Orchestre de la francophonie permet aux Canadiens d’un bout à l’autre du pays de venir pratiquer leur langue française leur ouvrant ainsi de nombreuses portes et débouchés professionnels. Alors que certains viennent de l’étranger, l’OF prend le temps d’encadrer chacun d’eux afin de s’assurer que tous se sentent confortables.
« La beauté de la musique est aussi qu’une fois qu’on commence à jouer, le langage n’est pas la principale difficulté », conclut Jean-Philippe Tremblay.
L’Orchestre de la Francophonie. Crédit image : Jacques Robert
VICTORIA – Ce 11 et 12 juillet a eu lieu la première rencontre, en personne, des premiers ministres depuis le début de la pandémie. C’est à Victoria en Colombie-Britannique pour le Conseil de la Fédération (COF) que les chefs des provinces et territoires se sont retrouvés. Des discussions autour des peuples autochtones, du pouvoir d’achat, de la reprise économique, mais surtout du système de santé au pays. À l’unanimité, les 13 premiers ministres ont exhorté le gouvernement fédéral d’aider à couvrir les coûts croissants de leurs budgets de soins de santé, déjà essoufflés par la COVID-19.
Alors que de toute part, on parle d’une 7e vague de la COVID-19, les hôpitaux voient les prémices d’un engorgement se préparer. Pour le premier ministre de la Colombie-Britannique et représentant des premiers ministres provinciaux, John Horgan, « les problèmes rencontrés par les Canadiens pour accéder aux services de santé pendant la pandémie ont intensifié les tensions dans nos systèmes de santé qui se poursuivront à moins que le gouvernement fédéral n’augmente considérablement sa part des coûts des soins de santé ».
Actuellement, le gouvernement fédéral participe à hauteur de 22 %, tandis que les provinces et territoires prennent part à 78 %. Lors de cette rencontre, les ministres se sont entendus sur la nécessité future d’un partage, équivalent à 50/50. Pendant une rencontre avec les médias mardi matin, le ministre Horgan a déclaré, « on ne cherche pas une mesure temporaire, on veut revoir le système au niveau national ».
La pandémie a mis en lumière les retards que le système de santé au Canada peine à rattraper, en plus des difficultés touchant tous les domaines du secteur.
« Il ne peut y avoir plus de retard dans la tenue de cette conversation vitale avec le gouvernement fédéral », avait annoncé Horgan, via communiqué, en amont de la rencontre réunissant tous les chefs des provinces et territoires.
Doug Ford durant la conférence de clôture du Conseil de la Fédération à Victoria, BC. Crédit : capture d’écran/ ONFR+
En conférence avec ses homologues, Doug Ford a interpellé le fédéral. « Venez à la table et commençons à discuter. C’est inacceptable cette situation. Allez donc parler à nos patients en Ontario qui attendent le remplacement d’un genou ou d’une hanche. Nous avons un arriéré de chirurgies impressionnant. »
« Les gens se foutent d’où l’argent vient, ils veulent de l’action. Venez à la table, puis nous treize, ici, on vous rejoindra ou vous voulez et quand vous voulez », a t-il ajouté.
Une pénurie de la main-d’œuvre historique
Pour le gouvernement Ford, le Canada et l’Ontario font face à un manque historique de personnel dans le secteur.
« Nous avons besoin d’employés qualifiés en Ontario, je sais que les autres premiers ministres sont d’accord, les provinces ne peuvent pas y arriver seules. »
Dans un communiqué, le premier ministre Ford a déclaré que « nous avons besoin que le fédéral travaille avec nous (…) et pour assurer que notre économie reste forte durant cette difficile période ».
Il existe un programme d’immigration, le Programme des candidats des provinces (PCP) qui permettait l’an passé, pour l’Ontario de recevoir 9000 travailleurs qualifiés. La province avait alors demandé au fédéral de doubler ce montant, considérant les besoins. Selon le gouvernement Ford, le nombre de places allouées est passé de 9000 à seulement 9700.
« Il y a plus de 378 000 emplois disponibles en Ontario, ce n’est pas assez (…) et la moyenne pour procéder à l’évaluation des dossiers est de 26 mois », dénonce le cabinet du premier ministre par voie de presse. Pour Doug Ford, « cela fait mal à notre productivité, notre PIB et à l’économie ».
Conseil de la Fédération réunissant les premiers ministres des provinces et territoires du Canada. Crédit : Gov de la Colombie-Britannique.
Pour Pauline Worsfold, présidente de la Coalition canadienne de la santé, « notre système de soins de santé est en crise pendant que le gouvernement fédéral et les provinces se disputent les pourcentages ». Pour elle, il doit y avoir une injection de fonds supplémentaires.
C’est justement ce que le nouveau chef par intérim du NPD, Peter Tabuns évoque. « Doug Ford doit non seulement se battre pour une augmentation des transferts fédéraux en matière de santé, mais aussi s’engager à dépenser davantage. »
« Nos hôpitaux sont en crise. Nous n’avons pas assez de personnel pour garder toutes les urgences ouvertes 24h/ 24h », expliquait M. Tabuns via communiqué, « les patients attendent dans la douleur depuis trop longtemps tandis que les travailleurs de la santé épuisés sont débordés et partent en masse ».
Rappelons que les urgences de l’hôpital Clinton, dans le sud-ouest de l’Ontario, et l’hôpital de Perth, au sud d’Ottawa ont dû fermer leurs portes, en raison d’un manque de personnel.
Dans la même veine, le chef du Parti vert de l’Ontario Mike Schreiner s’est dit heureux que le gouvernement ait l’intention d’embaucher plus de travailleurs, pourtant « si ce gouvernement se souciait vraiment de réparer notre système de santé, il investirait dans les personnes qui prodiguent des soins(…) ».
La demande d’abroger la loi 124 a été un des fers de lance pour l’opposition pendant la campagne électorale en Ontario.
Pour le Parti vert, le problème des salaires stagnants nécessite l’annulation immédiate de cette loi. « Nous avons besoin d’une action urgente qui commence par des salaires équitables et de meilleures conditions de travail. »
35 % pour le gouvernement fédéral
François Legault, premier ministre du Québec, urge d’une rencontre avec le premier ministre Trudeau. Pour lui, « les provinces ne peuvent pas continuer à payer 78 % du budget en santé, la croissance est exceptionnelle, c’est un problème unique et la contribution du gouvernement fédéral doit être à la hauteur ».
Doug Ford, John Horgan et François Legault. Crédit : Impression écran/ ONFR+
Un tel partage permettrait d’engager plus de docteurs et d’infirmiers (ères), moins d’attentes pour les prises en charge. Mais aussi, l’ouverture de plusieurs services de santé mentale et de dépendance. Enfin, de meilleurs soins de longue durée.
Dans un premier temps, les premiers ministres voudraient que le transfert canadien en matière de santé s’élève à 35 %, afin que les provinces et territoires participent à hauteur de 65 %.
Durant la conférence de clôture du COF, Andrew Furey, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, indiquait vouloir un débat mature, « nous sommes tous ouverts à la collaboration. Maintenant, c’est le temps de moderniser le système ».
Andrew Furey, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. Crédit : Impression écran/ ONFR+
Pour le gouvernement Ford, avec cette augmentation, le fédéral injecterait plus de 10 milliards de dollars chaque année.
« Cet argent pourrait servir à payer de nouveaux médicaments ou recruter et former plus d’infirmières et de préposés aux services de soutien à la personne. On pourrait fournir plus de soins aux personnes âgées, fragiles, dans les foyers de soins de longue durée. »
TORONTO – Alors que les conventions collectives des enseignants arrivent à leur terme en août, la reconduction du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, laisse peu d’espoir aux enseignants d’éviter une nouvelle confrontation. L’Ontario se dirige-t-il vers de grandes manifestations comme en 2018?
« On va retourner vers un grand blocage », anticipe Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa. « On n’a pas entendu M. Ford dire qu’il donnerait plus d’argent aux enseignants et il garde le même ministre de l’Éducation. Donc tout indique qu’on va revenir à la même situation qu’en 2018. »
Un dialogue de sourd entre le ministre Lecce et les principaux syndicats en éducation au début du premier mandat de Doug Ford avait précipité les enseignants dans la rue pour réclamer une revalorisation salariale et de meilleures conditions de travail. Les organisations syndicales s’étaient alors heurté au style direct d’un jeune ministre aux coudées franches, selon eux, peu enclin à la concertation.
« On ose espérer que ce sera différent », veut croire néanmoins Anne Vinet-Roy, la présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO) qui craint de ne pas avoir accès à la lettre de mandat du ministre, comme il y a quatre ans. « On a la ferme intention de faire ce qu’on a faire et de respecter le processus de négociation. Le gouvernement devra en faire de même. Les travailleurs en éducation veulent se sentir écoutés et appuyés, ce qui n’était pas nécessairement le cas dans les quatre dernières années. »
La présidente de l’AEFO, Anne Vinet-Roy. Gracieuseté
Après deux années hors norme marquées par la pandémie et les contraintes de l’apprentissage à la maison, cumulées à un plafonnement des salaires à 1 % dans un contexte inflationniste, Mme Vinet-Roy estime que « de réels investissements doivent être faits pour tout le monde de l’éducation, car on a beaucoup de choses à faire pour reprendre notre souffle et récupérer tout l’apprentissage qui n’a pas pu être fait à cause du contexte sanitaire. »
« Nous sommes déterminés à conclure des ententes qui permettront aux élèves de rester en classe, sans interruption, afin qu’ils puissent rattraper leur retard et obtenir leur diplôme en ayant acquis les compétences dont ils ont besoin pour exercer les emplois de demain », assure pour sa part le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce.
Et d’ajouter : « La priorité de ce gouvernement est de s’assurer que les enfants se remettent sur la bonne voie dans un environnement d’apprentissage positif et stable. » Les premières rencontres avec les syndicats devraient débuter dans les jours qui viennent.
Le scénario d’un blocage politiquement sensible
Le salaire des enseignants et les conditions d’apprentissage des élèves seront à nouveau au premier plan des revendications du syndicat franco-ontarien qui saute dans l’inconnu cet été, même si le premier ministre a récemment laissé entendre que la prochaine augmentation de rémunération pourrait aller au-delà de 1 %.
Pour Mme Tellier, il ne faudra pas crier victoire trop vite. « Le premier ministre, dans sa tête, pourrait penser qu’il a été élu pour un mandat encore plus fort que la première fois, avec plus de députés, ce qui lui laisse le champs libre pour faire ce qu’il veut », estime la politologue. « Rien ne l’empêche d’adopter la ligne dure. »
Stephen Lecce poursuit son mandat de ministre de l’Éducation dans le deuxième gouvernement Ford. Crédit image : Jackson Ho
Est-ce dangereux politiquement de se mettre les enseignants à dos alors qu’ils sont, comme la plupart des travailleurs de première ligne, largement soutenus par la population?
Elle ne le croit pas. « M. Ford est en début de mandat. Le calendrier électoral est en sa faveur. La seule chose qui pourrait vraiment lui nuire serait une grève massive qui empêche les élèves de retourner à l’école. On en est pas encore là. »
« M. Lecce n’est pas quelqu’un qui semble très l’écoute des enseignants », juge Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster. « Si M. Ford l’a remis dans cette position, c’est sans doute car il cherche quelqu’un de combatif pour mener les négociations collectives. »
« Les parents ne veulent pas d’un autre hic dans l’éducation de leurs enfants » – Peter Graefe, politologue
Mais « si on se retrouve en situation de possibilité de grève, cela pourrait changer la donne », nuance-t-il, « d’autant que M. Lecce a perdu la confiance des parents à plusieurs égards avec le changement a répétition au cours de la pandémie sur la manière de procéder dans les écoles ».
« Les parents ne veulent pas d’un autre hic dans l’éducation de leurs enfants », tranche M. Graefe. « Ils attendent des enseignants un apprentissage de qualité. À la sortie de la pandémie, ils en ont ras le bol. Ils ne veulent pas revoir de grève et la tendance seraient plutôt enclin à appuyer le gouvernement et reporter la faute sur les enseignants grévistes. Mais avec M. Lecce en place, ce scénario est moins probable. Ça rend les choses plus difficile pour le gouvernement de garder le ministre en place. »
Cet article a été mis à jour le 13 juillet 2022 à 8 heures.
Recevoir un service de santé en français en tant que francophone en Ontario et au Canada résulte en de plus faibles chances d’avoir des problèmes de santé, conclut une étude.
C’est ce que dressent comme portrait 11 chercheurs dans cette étude publiée dans le journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ). Elle recense des chiffres tirés des admissions dans les hôpitaux et dans les soins de santé à domicile entre avril 2010 et mars 2018 de près de 190 000 adultes en Ontario et au Canada. Recevoir un service en français équivalait à une durée de séjour 7 % plus courte que les francophones qui obtiendraient un service dans une autre langue.
« Nous avons constaté que les francophones et les allophones qui ont reçu des soins médicaux concordants en termes de langue étaient moins susceptibles d’avoir des événements indésirables, plus susceptibles d’avoir des séjours hospitaliers plus courts et moins susceptibles de mourir à l’hôpital par rapport à leurs homologues qui ont reçu des soins linguistiques discordants », écrit l’étude.
44,4 % des francophones disent avoir été traités par un médecin parlant leur language ce qui est plus bas que les anglophones, mais plus haut que les allophones (1,6 %). Le taux de bilinguisme plus élevé chez les Franco-Ontariens et la forte présence du français dans certaines régions ontariennes pourraient expliquer cet écart, selon l’enquête.
« La législation provinciale exige la prestation de services en français dans certaines régions (ex., l’Est et le Nord de l’Ontario). Ainsi, certains patients francophones peuvent avoir bénéficié de soins linguistiques concordants dans ces hôpitaux (p. personnel infirmier, personnel de soutien à la personne) bien qu’ils aient été traités par médecins anglophones. »
Plus de déclin de santé chez les francophones
Le fait d’encourir moins de risques lorsqu’on obtiendrait un service dans sa langue serait dû à une meilleure communication ce qui pourrait permettre au médecin de mieux détecter certains symptômes ou problèmes, suggère l’étude. Une mauvaise communication entre le patient et le médecin résulterait à faire des « tests supplémentaires et parfois inutiles » qui augmenterait la possibilité de risques ou la durée d’un séjour à l’hôpital.
L’étude souligne que les francophones étaient plus susceptibles de vivre dans des milieux ruraux plus pauvres et défavorisés ainsi que d’être plus âgés.
« Le fardeau de la multimorbidité chronique était similaire dans tous les groupes linguistiques. Cependant, tant les francophones que les allophones avaient plus de troubles cognitifs que les anglophones. Comparativement aux anglophones, les allophones étaient plus susceptibles d’avoir des limitations fonctionnelles et les francophones étaient plus susceptibles d’avoir des déclins de santé plus importants », écrit-on.
Le chercheur recommande aux administrateurs d’hôpitaux la « mise en place de mesures pour accroître la prestation de soins linguistiques concordants » aux patients vivant dans des situations en milieu minoritaire.
Après deux étés marqués par la pandémie, la saison estivale de cette année est vécue comme un vent de fraîcheur pour les entreprises de l’industrie touristique du nord de la province. Si les établissements à taille familiale profitent majoritairement de la reprise des activités et la fin des mesures sanitaires, même si l’ombre de la pandémie continue de planer sur l’industrie.
« Ça va être peut-être notre meilleure année depuis 11 ans qu’on a commencé », se réjouit Carole Wolfe, propriétaire du Joli Voyageur Resort and Campground situé dans le canton de Lavigne à Nipissing Ouest.
Celle qui dirige l’établissement proposant des espaces de camping, des chambres d’hôtes et des maisons de campagne dit déjà afficher complet jusqu’en septembre prochain.
Du côté de Marc-André Therrien, co-propriétaire et fondateur du restaurant et de la microbrasserie Whiskeyjack Beer Company à Temiskaming Shores, l’achalandage est monté en flèche dès la fin de la saison scolaire.
Situé à proximité du Lac Témiscamingue, le jeune entrepreneur originaire de Kapuskasing dit profiter de la reprise de la circulation maritime dont son établissement bénéficie largement. « Il y a plus de bateaux, plus tôt que l’été plus tôt dans la saison donc c’est très encourageant pour cet été. »
Même si l’établissement bénéficie d’une clientèle locale très fidèle depuis le début de la pandémie, les clients de l’Abitibi, du Québec et du Nord de l’Ontario n’ont pas tardé à être retournés profiter de sa terrasse.
La clientèle internationale absente
Malgré l’ouverture des frontières internationales, les touristes internationaux n’ont, quant à eux, pas encore étés nombreux à poser leurs bagages dans les établissements hôteliers et de villégiatures du Nord.
C’est le cas du côté du Voyageur Wilderness Program (VWP) proposant des logements et expériences de canots écoaventure, culturelles et basées dans la nature offertes dans le nord-ouest de la province, près de Atikokan.
Selon la propriétaire de cet établissement niché sur une île isolée de 5 acres dans le territoire des Nations métisse et Achinabe, Michelle Savoie, cette saison marque avant tout le retour des touristes voisins américains et des manitobains.
Michelle Savoie dans sa pourvoierie de l’île Voyageur. Crédit photo : Voyageur Wilderness Program.
Accueillant avant la pandémie un grand nombre de clients du Japon dans le cadre du programme »Global Experience Japan », de l’Europe ou encore de l’Australie, ce début de saison la clientèle internationale est inexistante.
« Ces visiteurs ne sont pas revenus, évidemment, parce que leurs pays sont encore dans des vagues de COVID-19 alors c’est difficile de revenir faire du tourisme si son propre pays souffre encore de la pandémie », reconnaît la propriétaire métisse.
De nouvelles habitudes de voyage
Carole Wolfe dit s’estimer heureuse de ne pas avoir perdu de clientèle depuis la pandémie et avoir même gagné de nouveaux adeptes du camping. « On a eu de nouveaux clients qui n’ont jamais campé et qui ont commencé parce qu’avec la covid il y avait pas grand-chose qu’ils pouvaient faire et puis là, ils sont devenus fidèles. »
Carole Wolfe en compagnie de son mari Rodney Wolfe, co-propriétaire du Joli Voyageur Resort & Campground à Lavigne. Gracieuseté.
Elle constate aussi que les clients choisissent de réserver plus de nuitées qu’avant la pandémie. Elle l’explique notamment par la montée du prix du gaz.
« Avant il y avait des gens qui arrêtaient un soir puis cette année les gens restent 3, 4, 5 soirs donc on est vraiment chanceux », lance la propriétaire originaire de Sturgeon Falls.
Des ajustements nécessaires
Après deux années de plusieurs vagues épidémiques, les propriétaires des établissements liés au tourisme ont dû procéder à des changements dans leur manière de travailler comme Marc-André Therrien.
Il a notamment décidé de supprimer les réservations : « Ça mettait beaucoup de pression sur les clients pour arriver à l’heure avec les limites de capacité, donc maintenant c’est premier arrivé premier servi, on peut tourner les tables beaucoup plus rapidement donc c’est mieux pour les clients et les serveurs », affirme-t-il avant d’ajouter avoir également mis en place un système de commande en ligne.
Avec une mission écologique incluant des douches et des salles de bains centrales, Michelle Savoie a dû faire installer un système de ventilation et davantage de services dans les sanitaires dans son établissement.
Du côté du Joli Voyageur Resort and campground, les formalités d’accueil se font désormais à l’extérieur et les salles de bain sont utilisées de manière alternée afin de limiter le nombre de personnes dans les salles d’eau.
Des difficultés du Nord
La pénurie de travailleurs n’épargne pas le Nord et Michelle Savoie en sait quelque chose. Elle a dû jouer avec des désistements de potentiels employés à la dernière minute. Selon elle, l’isolement particulier de son établissement est un frein au recrutement, à fortiori celui saisonnier.
À cela s’ajoutent la difficulté d’approvisionnement et le besoin de se coordonner et faire des prévisions de matériel.
La clientèle reste malgré tout compréhensive quand les délais de service sont longs. « On est en train de s’adapter, mais les gens sont vraiment bons avec nous », affirme-t-elle en ajoutant que ceux-ci sont heureux d’arriver dans la nature.
« On fait beaucoup plus avec moins d’employés », déclare Marc-André Therrien qui a choisi, pour sa part, de travailler avec une plus petite équipe. La difficulté d’embaucher a tout de même permis, selon lui, de revoir la manière de travailler et d’être plus efficace sur le plancher.
Marc-André Therrien, copropriétaire du Whiskeyjack Beer de Hayleybury offrant des bières fraîchement brassées. Gracieuseté.
Même son de cloche chez Carole Wolfe : « On avait moins de choses à leur donner à faire et plus pour nous donc on n’avait pas besoin de plus de monde, mais moins », confie-t-elle.
La menace des feux de forêt pèse aussi sur des établissements comme le VWP qui a été durement touché en août de l’été passé quand il a fallu faire évacuer l’île. Si le scénario se répétait, ce serait catastrophique selon Michelle Savoie.
Avec une fréquentation loin des niveaux de l’ère prépandémique, son établissement risquerait de ne pas s’en relever. « Si ça frappe de nouveau, ça va être vraiment dur, mais on va espérer qu’il va pleuvoir suffisamment », finit-elle.
OTTAWA – Élu 48e président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Jean Philippe Bisson, un élève de 11e année du Collège catholique Mer Bleue, entame son mandat en ce mois de juillet. Son objectif est clair, il veut sonder, écouter et favoriser l’engagement des élèves.À 17 ans, ce jeune orléanais veut soutenir la jeunesse francophone en encourageant les initiatives au sein du secondaire pour une meilleure ouverture sur l’avenir.
« Selon vous, c’est quoi être un jeune en 2022?
La jeunesse à l’impact sur l’avenir, elle est forte et a des perspectives innovantes. En 2022, les jeunes sont prêts à faire plein de choses. C’est le moment où on se découvre, c’est le moment où on découvre ce qu’on aime. La jeunesse sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas perdre surtout. Alors c’est vrai qu’avec deux ans de pandémie, même si elle forte et résiliente, les jeunes ont été très touchés. Maintenant, on sait qu’on doit être capable de prévoir et on se soutient très fort.
Quels sont vos projets pour la jeunesse franco-ontarienne?
L’engagement des jeunes et la voix des jeunes. L’épanouissement en français dans leurs écoles, mais au-delà de ça, un engagement dans la communauté et pour la communauté. Je m’intéresse beaucoup aux revendications des jeunes.
Durant la pandémie, la place des jeunes a comme disparu. Je voudrais rapporter ça et le changer. Avec les mesures levées, on peut retourner à l’école donc c’est le moment de donner la voix aux jeunes. Même si le bien-être et la santé mentale des jeunes, c’est un sujet important pour la jeunesse. J’ai quand même l’impression que c’est le problème que tout le monde veut gérer. J’ai vraiment envie de donner du positif à travers du leadership. Une approche différente, en faisant la promotion de l’engagement. Je suis persuadé que s’engager dans quelque chose, ça te fait te sentir bien.
Pourquoi avez-vous voulu être président de la FESFO?
Honnêtement, c’est un rêve. J’ai d’abord connu Lydia Phillipe de mon école et j’ai vu son cheminement à la FESFO. Puis celui des autres présidents et présidentes. Puis la FESFO est très présente de manière générale. Mais surtout, j’ai un attrait pour la francophonie, puisqu’elle m’apporte du leadership et m’offre de prendre ma juste place. Je n’ai pas de difficulté à m’exprimer ou à aller chercher les gens. Donc naturellement, après avoir été au gouvernement des élèves lorsque j’étais en 9e année et après avoir été à la vice-présidence, c’était juste normal comme c’est aussi ma dernière année au secondaire.
Simplement, j’adore la FESFO. Maintenant que le présentiel revient, il faut qu’on allume les jeunes. La présidence, c’était la place à avoir. J’adore voir et comprendre tous nos combats du passé et ça permet de pouvoir le partager avec les autres jeunes. C’est une chose qui inévitablement va influencer nos voix pour l’avenir. Je connais bien le modèle de la FESFO, alors l’énergie qui y est déployée me motive à m’engager encore plus. Je me sens prêt pour ce poste. Benjamin Dennie m’a aussi encouragé, comme tous les présidents de la FESFO depuis Lydia.
Jean Philippe Bisson, Benjamin Dennie et Marème Diongue en visite à l’Université de l’Ontario français à Toronto.Gracieuseté
Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans le rôle de président?
J’aime redonner à la communauté, représenter les jeunes. Je veux faire embarquer les jeunes dans des activités pour leur montrer comment s’engager.
Je suis aussi très inquiet quand je vois que des jeunes peuvent être limités dans ce qu’ils veulent faire ou peuvent faire. Ça me donne le goût de rappeler aux élèves qu’ils ont des droits. Entre jeunes, on vit des choses similaires et je voudrais qu’on se partage des outils et des stratégies pour surmonter les difficultés.
Comment voyez-vous la FESFO après deux ans de pandémie?
Il y a la FESFO avant la pandémie, la FESFO pendant la pandémie et je récupère le poste après la pandémie – enfin je l’espère – et il y a un travail différent à faire maintenant, je pense.
Ce que j’ai toujours aimé avec la FESFO, avant la COVID-19, c’est tout ce temps où on se voyait en présentiel. Tous les jeunes de l’Ontario, lorsque nous devions nous retrouver pour partager des choses ou des projets, c’était assez incroyable. Nos rencontres étaient tout simplement des expériences hyper enrichissantes. On a en commun la langue, la francophonie, et peu importe d’où on vient. Alors avec le retour du présentiel j’ai hâte, ça va être dynamique de retrouver du monde.
Vous êtes d’Orléans, quelles sont les problématiques dans votre région liée à l’usage du français?
Il y a beaucoup de choses à faire partout, mais dans ma région et surtout pour Ottawa, il y a plein de choses à faire, autour de la question du soi-disant bilinguisme. S’affirmer en tant que francophone et être un leader ici. C’est clair que parler naturellement en français, comme aller dans un endroit et directement parler en français sans se dire qu’en fait il faut que je parle anglais ici. Ça reflète dans beaucoup d’endroits en province.
Spécifiquement à Ottawa, il y a cette idée de bilinguisme. Ce n’est pas que je n’aime pas dire bilingue, mais quand j’entends bilingue, je ne me vois jamais en premier dans l’équation. J’entends bilingue avec l’anglais majoritaire. Mais c’est le bilinguisme ici en fait, même si ce n’est pas la définition évidemment. Je préfère dire, je parle français et anglais.
Jean Philippe Bisson a été élu 48e président de la FESFO. Gracieuseté
Que pensez-vous du postsecondaire en français?
Il est essentiel d’avoir une université francophone à Sudbury, surtout après ce qui s’est passé à la Laurentienne. Alors ça prend du temps, c’est dommage parce qu’on est en train de perdre des jeunes et de l’intérêt. Tout le monde est prêt à avancer ce dossier et tout le monde attend donc il va falloir aussi que si on la veut cette institution, qu’on agisse, nous les jeunes.
Je ne sais pas s’il faut plus d’universités en français, mais il faut plutôt de bons programmes. Par exemple, l’Université de l’Ontario français (UOF) est très bien, mais on voit qu’il y a beaucoup de travail à faire. Ce qui nous est revenu, c’est que les programmes et les termes associés, on ne savait pas trop ce que ça voulait dire, vraiment trop novateurs pour le coup. Et aussi ce qu’on nous disait, c’était que cette université est extrêmement jeune et nouvelle et de ce fait manque de réputation. Comment faire confiance à une institution qui vient juste d’ouvrir?
Vous dites qu’on doit mieux écouter les jeunes, qu’est ce que vous voulez dire par là?
Ce qu’il faut vraiment, c’est que dans les universités, on respecte vraiment ce qui est dit. Que ce soit dans les programmes offerts. Construire des universités, ça coûte cher. Il faut réellement voir ce que les jeunes ont besoin et déterminer quel est le public cible. Encore une fois, je pointerai la pandémie sur ce qu’il n’a pas été possible de réaliser pour l’instant à l’UOF, mais ça s’en vient. J’aimerais mieux qu’on améliore les écoles secondaires, on est souvent en surcapacité. Alors, il faudrait peut-être construire plus d’écoles ou les agrandir. Et il faut définitivement améliorer l’environnement de travail. C’est dans les écoles qu’on construit les possibilités pour le postsecondaire.
Quelles sont les causes qui touchent les jeunes que vous rencontrez?
La francophonie n’est pas toujours la cause qui touche les jeunes en priorité. On voit qu’ils se tournent vers l’environnement. Ce n’est pas mon opinion personnelle, mais c’est une réalité que l’on voit ici au secondaire. C’est justement ce que les institutions devraient intégrer dans leurs plans pour nous les jeunes.
Il faut se démarquer, faire des projets en lien avec ce que les jeunes veulent et en français. Si c’est l’environnement et bien, faisons en sorte d’avoir ces programmes-là. Nous avons fait ce genre de consultation de près de 800 jeunes pendant la pandémie, avec la FESFO. C’était dans le but d’aider les institutions. Je pense sonder les jeunes à nouveau en me concentrant sur les défis du secondaire. Je suis convaincue qu’en améliorant et en aidant les jeunes au secondaire à faire valoir leurs causes, cela les suivra dans le postsecondaire. Les défis post-pandémie ont changé pour les jeunes, il serait intéressant de voir ce qui leur porte à cœur, comme perspective pour l’avenir. Il y a des failles : développer l’appartenance, leur faire vivre des choses et développer le sens de la communauté.
Qu’est-ce que les jeunes vous disent justement?
Présentement, les jeunes qui me parlent, leur priorité, c’est qu’on les écoute. Le problème, c’est que les adultes prennent nos places dans des décisions où, en fait, on devrait avoir une voix. Par contre, la FESFO le fait, on écoute et on prend des actions. Le code vestimentaire est un sujet de nos préoccupations, on se souviendra de la récente manifestation à l’école Béatrice-Desloges. Je pense que là-dessus, les jeunes et les adultes doivent travailler ensemble. La diversité et l’inclusion, c’est quelque chose qui me revient souvent. Et mine de rien, la francophonie à mes yeux est très importante, mais je constate que de plus en plus d’élèves se posent des questions sur la place de la francophonie dans leur avenir.
Que voulez-vous faire plus tard?
Vous savez, on nous demande continuellement « que veux-tu faire dans la vie? », mais la majorité des jeunes ne le savent pas. Moi, par exemple, je ne sais pas encore dans quelle voix m’en aller, mais j’ai mes champs d’intérêt, la politique, l’entrepreneuriat, le droit et la comptabilité.
J’aime beaucoup la question « imagine l’école de tes rêves, que serait-elle? ». Je pense qu’il faut se poser cette question d’abord. »
LES DATES-CLÉS DE JEAN PHILIPPE BISSON
2005 : Naissance à Ottawa
2019 : Participation au SFOFEL (stage franco-ontarien de formation de leadership)
2021 : Élu premier ministre du gouvernement des élèves du CCMB
2022 : Élu président de la FESFO
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
SUDBURY – La fête religieuse la plus importante de l’Islam aura lieu demain pour les croyants partout dans le monde. Il s’agit de la première fois que les musulmans pourront se réunir pour cette célébration depuis le début de la pandémie. Un véritable soulagement pour les musulmans du Nord de la province qui ont hâte de pouvoir se rassembler et sentir le sentiment de communauté dans un contexte où ils sont minoritaires.
Qu’est-ce donc que cette célébration? Communément appelé L’Aïd-el-Adha (fête du sacrifice) ou encore Aïd-el-Kébir (grande fête), cette fête sacrée de la deuxième plus grande religion du monde commémore le sacrifice du prophète Ibrahim (ou Abraham).
Celui-ci avait reçu de Dieu de prouver sa foi en sacrifiant son fils qui fut sauvé in extremis par l’Archange Jibril (ou Gabriel) qui l’a remplacé par un mouton. Un épisode religieux qui est également évoqué dans l’Ancien Testament sous une autre forme.
« On est vraiment contents parce que ça fait deux ans que tout le monde est bloqué chez soi et prie seul, là on va enfin pouvoir se rassembler », se réjouit Abdelbassit Hamat, musulman vivant à Sudbury depuis 2015.
Comme le veut la tradition, il se rendra dans une mosquée pour la prière de l’Aïd et a acheté des vêtements neufs pour ses enfants. Gâteaux et boissons sucrées seront également partagés sur place.
Le fonctionnaire et père de famille se réjouit compte bénéficier de la salle de prière offerte par l’Université Laurentienne dont les étudiants internationaux constituent une grande part de la clientèle : « Ils nous ont permis d’avoir une grande salle pour le ramadan et là aussi c’est le cas alors c’est vraiment gentil de leur part. »
Gouled Hassan, coordonnateur de projet pour le contact interculturel francophone de Sudbury compte retrouver de la famille à Toronto.
« C’est la première fois qu’on se réunira depuis la pandémie et on a bien hâte de fêter ça avec de nouvelles façons. »
« La fête du Mouton »
Une coutume du cette fête consiste à acheter un mouton et le sacrifier soi-même ce que propose notamment du Centre Islamique de Timmins.
Moustapha Kori M’bami, co-fondateur et membre du comité du Centre, dit avoir prévu un événement censé rassembler une dizaine de famille de la ville autour d’un parc ou dans une grande maison pour manger et passer la journée ensemble.
Il explique que chaque famille a acheté et va égorger son propre mouton auprès dans une ferme située à une trentaine de kilomètres de la ville avec qui l’association a une bonne entente depuis de nombreuses années.
Étant la ville la plus proche où se trouve une organisation musulmane, plusieurs familles supplémentaires viendront de Kapuskasing, New Liskeard ou encore d’Iroquois Falls qui viendront profiter de l’événement.
Abdelbassit Hamat n’a, de son côté, pas pu trouver de mouton à Sudbury en raison du fait que les moutons disponibles avaient moins de 6 mois, et sont donc trop petits pour le sacrifice.
Il a donc envoyé de l’argent dans son pays d’origine afin que sa famille puisse sacrifier le mouton pour lui.
Un isolement double
Être musulman dans le Nord peut parfois être difficile à vivre au quotidien, dans un environnement où ils sont largement minoritaires.
L’Ontario est la province où se trouvent le plus grand nombre de musulmans du Canada, concentrant près de 590 000 croyants soit 61 % du nombre total, mais seulement 5 % sont installés hors des grands centres urbains tels que Toronto selon les derniers chiffres disponibles de Statistique Canada issu du recensement de 2011.
Et dans le Nord, ce sont majoritairement des musulmans issus de l’immigration, que ce soit des travailleurs ou des étudiants internationaux ayant choisi de s’installer dans la région comme les Franco-Ontariens d’origine Tchadienne Moustapha Kori M’Bami et Abdelbassit Hamat.
Ces occasions de rassemblement créent un sentiment de communauté fort dans un moment où la distance avec le pays d’origine est encore plus douloureuse.
Sept associations musulmanes existent dans le Nord et trois d’entre elles sont à Sudbury ce qui rend l’isolement plus difficile pour les personnes des régions plus au nord de la province.
Une communauté moins importante que dans les villes du sud, mais plus soudée selon Gouled Hassan qui a émigré de Djibouti avec ses parents à l’âge de 15 ans.
Moustapha Kori M’bami avec son fils à gauche et Gouled Hassan à droite. Montage ONFR+.
Une certaine ouverture
« Je suis Africain, noir, musulman et je vis dans le Nord donc c’est vraiment compliqué pour moi », lâche avec humour Moustapha Kori M’Bami qui est installé à Timmins depuis 2009 et où il travaille dans le secteur minier.
Il ajoute que des manifestations de geste ou paroles à caractère haineux surviennent à Timmins.
Il explique ne pas se taire et vouloir protéger ses enfants dans de tels cas : « Il y a toujours cette catégorie de personnes qui ne veut pas voir d’immigrants avec leurs propres idées. »
Il reconnaît tout de même que ce n’est pas le cas de tout le monde et avoir reçu des lettres de soutien après l’attentat de la Mosquée de Québec de 2017 de la part d’inconnus qui se souciaient de savoir si les musulmans de la ville étaient en sécurité.
Selon Gouled Hassan, la diversité est quelque chose de nouveau dans le Nord. « Ça crée une certaine peur chez des personnes qui ne savent pas comment réagir à cette nouvelle communauté qui est là pour rester donc il y a une nouvelle éducation à faire », lance-t-il.
Une communauté dont la contribution est de plus en plus recherchée dans les institutions telles que l’Université de Sudbury qui a annoncé mercredi dernier M. Gouled comme un nouveau membre de son Conseil de Gouvernance dans la lignée de sa mission de promouvoir la diversité et l’inclusion.
Joseph Bitamba est un cinéaste canadien originaire du Burundi. Arrivé à Toronto en 2003, il a réalisé de nombreux documentaires sur des réalités relatives à des pays de l’Afrique francophone ainsi qu’aux Premières Nations, dont Tambours sacrés (2013), Ishyaka, la volonté de vivre (2016) et Les Oubliées des Grands Lacs (2021).
CONTEXTE :
Joseph Bitamba vient de remporter le Prix du meilleur long métrage à impact socialau Festival SIFA (Festival international du film et d’art à impact social) pour son film Les Oubliées des Grands Lacs dédiés aux femmes victimes du viol alors utilisé comme arme lors de la guerre civile au Burundi (1993 – 2015) ainsi que dans les conflits congolais et rwandais.
ENJEU :
Faire entendre la voix des femmes victimes des sévices sexuels lors de la guerre, sensibiliser l’opinion internationale à ces enjeux, aider à l’évolution des mentalités dans les sociétés machistes africaines et trouver des solutions à court et long terme.
« Pouvez-vous nous résumer votre nouveau film?
Les Oubliées des Grands Lacs traite d’un sujet difficile qu’on ne parle pas beaucoup, mais qui fait des ravages dans de nombreux pays. J’ai donné le micro à des femmes victimes de viol comme crime de guerre au Burundi, au Rwanda et au Congo. La plupart parlaient pour la première fois. J’ai eu la chance d’avoir des psychologues, des accompagnateurs et des associations pour m’assister dans ce projet.
La région des Grands Lacs connaît des guerres civiles depuis une trentaine d’années et de nombreux viols y sont commis dans une ambiance d’omerta. Nous nous sommes mis à la recherche de solutions à ce phénomène qui fait des ravages depuis trop longtemps.
Parlez-nous des défis que vous avez connus en tant que réalisateur pour trouver des femmes prêtes à briser le mur du silence.
J’ai eu besoin de deux ans pour réaliser le film. Convaincre des femmes victimes de viol de parler de leur vécu devant un homme alors que je représente le sexe qui a commis ce crime.
Les solutions ne pourront pas être trouvées sans leurs voix, je leur ai promis de les faire entendre le plus loin possible. Il y a eu beaucoup de contacts dans des camps de réfugiés à l’est du Congo. Finalement, j’ai pu cibler les femmes qui acceptaient de parler.
Le Canada peut-il servir d’inspiration en termes de droits des femmes pour ces pays ou les réalités sont-elles trop éloignées?
Le Canada a une longue expérience dans la région des Grands Lacs et est le lieu de résidence d’une importante diaspora issue de ces pays. Il y a eu de nombreux témoignages de femmes violées à partir du Canada. De plus, le pays a accueilli de nombreuses réfugiées dans les dernières années.
C’est un terrain propice pour parler des droits des femmes ce qui est très inspirant. Je savais que le film aurait une bonne réception au Canada.
Joseph Bitamba. Gracieuseté
Comment jugez-vous la réception de votre documentaire au Canada?
La réception a été excellente. Le film a remporté le Prix du meilleur documentaire au Festival Nuits d’Afrique et vient de remporter le meilleur long métrage au Festival SIFA.
La distribution a été ralentie avec la pandémie, mais elle a été relancée alors que les gens peuvent maintenant aller voir des films en salle.
Sentez-vous une évolution des mentalités par rapport au viol au Burundi depuis la fin du conflit?Les gouvernements prennent-ils des mesures pour mieux protéger les femmes?
Pour ce qui est des gouvernements, pas vraiment. Il y a une prise de conscience. Le sujet est plus discuté avant. Il y a eu les initiatives du Docteur Denis Mukwege, « le médecin qui répare les femmes », dont l’ouverture d’un hôpital pour les victimes, qui ont eu une résonnance importante à l’international.
Les gouvernements locaux ne souhaitent pas investir dans un fonds pour indemniser les victimes bien que ce serait un début pour rendre justice à ces femmes.
Qu’est-ce qui vous a poussé personnellement à prendre part au combat pour la cause des droits des femmes?
C’est principalement dû à mes origines culturelles. Dans la société burundaise traditionnelle, on vouait un respect total à la femme. On ne s’attaquait pas aux femmes même pendant les guerres. Par exemple, une petite fille se fait appeler « maman » dans notre culture. Le viol comme arme de guerre est une horreur à mes yeux et est le signe d’une société qui a perdu ses repères traditionnels. Je veux dire à la jeune génération que ces crimes ne peuvent être encouragés et qu’il faut revenir à nos valeurs traditionnelles. Je ne sais pas si j’y parviendrais mais j’espère que le film puisse éveiller cet instinct de respect des femmes. »
MONTRÉAL – Le natif de Hawkesbury dans l’Est ontarien Maveric Lamoureux a été repêché jeudi soir en première ronde du repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH) par les Coyotes de l’Arizona qui en ont fait le 29e choix.Le Canadien de Montréal a pigé dans sa filière francophone vendredi en sélectionnant un Franco-Ontarien.
Maveric Lamoureux a joué cette année au niveau junior au Québec pour les Voltigeurs de Drummondville, mais il a passé son enfance dans la ville frontière de l’Est ontarien. Il a notamment évolué pour le Eastern Ontario Wild AAA en 2018-2019 avant d’aller jouer au Québec. Le défenseur de 6’’7 a récolté 24 points en 54 rencontres pour la troupe de Drummondville, dont l’entraîneur Steve Hartley est le fils du célèbre entraîneur de Hawkesbury Bob Hartley. Il est âgé de 18 ans.
« Je ne peux même pas expliquer les mots. J’ai commencé à descendre (les marches) et j’avais les jambes qui shakait. Ça n’a pas de sens… Je suis tellement content », a dit le principal intéressé sur les ondes de TVA Sports quelques secondes après avoir été sur le podium pour enfiler son chandail, lâchant quelques larmes de joies au passage.
Le Canadien de Montréal qui était l’hôte du repêchage s’est tourné vendredi après-midi vers Rockland en sélectionnant le Franco-Ontarien Cedrick Guindon. Il a été le 127e choix et le 30e espoir pris en quatrième ronde. Il a évolué cette année dans Ligue de hockey de l’Ontario (LHO) mais avec l’Attack de Owen Sound. L’attaquant de 18 ans a récolté 59 points en 68 parties pour la formation située au nord de Toronto.
Un autre joueur de Hawkesbury, David Goyette, qui a joué son hockey mineur comme Lamoureux dans la ville majoritairement francophone a vu une équipe de la LNH le sélectionner vendredi. Le Kraken de Seattle en a fait le 61e joueur repêché au Centre Bell à Montréal. Il a aussi joué avec Lamoureux et Guindon pour le Eastern Ontario Wild AAA en 2018-2019. L’attaquant était dans son année recrue avec les Wolves de Sudbury où il a récolté 73 points, dont 33 buts en 66 parties. Il avait aussi représenté le Canada en avril au championnat mondial des moins de 18 ans, récoltant 3 points en 4 rencontres.
La récente controverse impliquant des chroniqueurs de Radio-Canada utilisant le mot en « n » à la radio en 2020 a refait surface cette semaine. C’est après que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) ait sommé le diffuseur de s’excuser, que de nombreuses voix s’élèvent face au jugement du Conseil. Cet événement soulève certaines questions : cette décision est-elle une atteinte à la liberté d’expression? Quel avenir le journalisme peut-il dessiner au travers d’exceptions et de mots tabous?
Au moment de l’émission Le 15-18 du 17 août 2020, Annie Desrochers et le chroniqueur Simon Jodoin discutaient de la suspension d’une professeure de l’Université de Concordia, qui avait utilisé le mot en « n » dans un cadre pédagogique. Elle citait le titre de l’essai Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières. Pour en parler, les chroniqueurs ont donc cité quatre fois, le titre du livre sur un segment de six minutes.
Le 29 juin dernier, le CRTC indiquait que ce segment ne respectait pas la Loi sur la radiodiffusion. Et, que les chroniqueurs n’avaient pas essayé d’« atténuer l’impact du mot en « n » sur l’auditoire, particulièrement dans le contexte social actuel », rapporte Le Devoir, le 2 juillet dernier. Pour rappel, à cette période, le monde était secoué par la mort tragique de George Floyd et des manifestations Black Lives Matter.
Pour Marc-François Bernier, professeur et spécialiste en éthique, déontologie et sociologie du journalisme à l’Université d’Ottawa, « le CRTC ne va sûrement pas revenir sur cette décision. Radio-Canada devrait résister et faire appel devant la Cour fédérale. Radio-Canada ne s’excuse généralement pas. Même quand la société est accusée de diffamation, ce n’est pas dans leur habitude ».
La liberté des médias
« On peut avoir une conversation intellectuelle autour de ce livre », explique Boulou Ebanda de B’béri, professeur et chercheur en communication interculturelle et représentation des communautés culturelles dans les médias à l’Université d’Ottawa.
« Il faut contextualiser cette conversation », reprend-il. « Au final, rien ne nous censure. Si on utilise le mot en « n » pour provoquer, nous ne sommes pas en droit de le faire. Il y a une différence. On peut tout dire, oui, mais seulement quand on veut éduquer et informer. »
Ce que soutient à son tour M. Bernier, puisque pour lui, « il faut nuancer entre employer un mot dans un contexte pédagogique, créatif, théorique ou critique et juste l’utiliser tel quel. On dirait que certains ne sont pas capables de faire la différence ».
Il y a d’ailleurs eu un précédent à Radio-Canada, comme l’indique M. Bernier. « Il y a un an, la journaliste de CBC Wendy Mesley a été amenée à démissionner pour avoir simplement mentionné ce livre en réunion de production, même pas en onde. »
Boulou Ebanda De B’béri est professeur et chercheur à l’Université d’Ottawa. Source : Université d’Ottawa
Ces événements semblent suggérer qu’il faille amputer le mot en « n » même quand il s’agit de citer une œuvre, dans le but de respecter les sensibilités. On se souviendra qu’en 2020, le roman policier d’Agatha Christie, un des livres les plus lus et vendus au monde, Dix petits nègres dans sa version française, a été changé pour « Ils étaient dix ». Le mot en « n », cité 74 fois dans l’œuvre, n’est plus présent dans la version traduite.
« Les mots ne sont pas offensants sauf quand ils sont dirigés vers une personne et qu’ils sont haineux. Mais là, dans cette affaire, ce n’est pas le cas » – Marc-François Bernier
Pourquoi? Parce que, quand le livre a été écrit, le langage était différent. « Notre relation au langage a beaucoup évolué », raconte Boulou Ebanda De B’béri, « dans les années 1940, il y a des mots que l’on disait et qu’on ne peut plus dire aujourd’hui. C’est un fait ».
« Le rapport à la connaissance a, lui aussi, évolué », poursuit-il. « On détient la connaissance nécessaire. On a enrichi notre vocabulaire, on a éliminé les mots qui étaient des mots colonisant. » Pour M. De B’béri, nous devrions prendre en compte les sensibilités.
Timothy Denton est un ancien commissaire du CRTC. Source : tmdenton.com
« Votre liberté ne peut pas être plus légitime que mes douleurs. À partir du moment où une personne vous dit que vous lui faites mal, arrêter. »
Marc-François Bernier rappelle, lui, qu’il y a une responsabilité, un contexte et une pertinence dans la façon d’utiliser ces mots. « Les mots ne sont pas offensants sauf quand ils sont dirigés vers une personne et qu’ils sont haineux. Mais là, dans cette affaire, ce n’est pas le cas. »
Le journalisme à l’heure du tabou
Timothy Denton, ancien commissaire au CRTC, explique que « deux commissaires étaient contre cette conclusion. Pour eux, le CRTC n’est pas censé être en mesure de prendre cette décision ».
Pour ce défenseur de la liberté en ligne, « le projet de loi C11 va exploser les juridictions accordées au CRTC. Finalement, les promesses comme quoi, il ne pratiquerait pas de telles ingérences sont nulles. Nous en avons la preuve avec cet événement ».
Marc-François Bernier a encore de l’espoir que « peut-être le CRTC a reçu le signal comme quoi il est allé trop loin (…). J’ose espérer que les commissaires vont réfléchir à leur manière d’aborder la liberté de presse. Surtout quand on pense qu’il n’y a qu’une personne qui ait porté plainte et c’est une activiste ».
Alors que l’ancien commissaire se veut plus tranchant sur la question, pour lui cette décision montre « un pouvoir absolu du CRTC ».
Le professeur Marc-François Bernier. Gracieuseté
M. De B’béri considère tout de même que le CRTC est en droit de légiférer sur ces questions-là et qu’un « rappel à l’ordre est bien correct ».
« C’est important cet événement, car il rappelle que ma liberté doit être sensible. Cela me force à utiliser un langage plus inclusif pour traiter des sujets sensibles. »
Il rajoute : « Je ne peux pas aujourd’hui, sous le principe de la liberté d’expression, avoir des propos dont je sais pertinemment qu’ils vont être insultants. »
« Votre liberté ne peut pas être plus légitime que mes douleurs. À partir du moment où une personne vous dit que vous lui faites mal, arrêter » – Boulou Ebanda De B’béri
M. De B’béri ne pense pas que le CRTC tente de faire la censure du journalisme. « Le journaliste doit être capable d’exprimer des choses profondes en prenant compte des sensibilités des uns et des autres. »
Expert en déontologie journalistique, M. Bernier s’inquiète, « parce qu’on voit de plus en plus de menaces sur la liberté d’expression et la liberté académique. C’est une tendance liberticide et si on laisse passer, il va y en avoir d’autres ».
Est-ce qu’on va s’empêcher d’utiliser le mot en « n » pour ne pas heurter les sensibilités?
« On ne peut pas faire ça », affirme Bernier. « Mais je pense qu’il faut toujours le faire avec respect et avec le souci de la dignité humaine. On peut parler de tout dans les limites de la loi. Les tribunaux protègent notre liberté d’expression. »
Pourtant, pour M. De B’béri, c’est une question d’éthique journalistique : « Il y a aussi une relation de pouvoir et de privilèges, il ne faut pas se leurrer. »
Les mots chargés, ceux qui parlent de traumatismes ont toujours été difficiles à employer. Les experts s’entendent pour dire que des limites existent. La diffamation, l’injure, la provocation à la haine, le racisme et l’antisémitisme, ou encore l’apologie du terrorisme, sont des crimes que les journalistes réfutent au plus haut point.
Exposition, projection, concert et festivals sont au cœur de la culture franco-ontarienne cette semaine. Découvrez l’histoire de Moonbeam, laissez-vous impressionner par l’art visuel francophone à Toronto, plongez dans l’univers des cowboys, de Busty and the Bass et de l’Afrofest.
Patrimoine
Moonbeam célèbre ses 100 ans
La municipalité de Moonbeam souffle 100 bougies cette année. Pour l’occasion, la Galerie d’art du Centre culturel de Moonbeam organise une exposition de photographies historiques qui retrace les origines de la ville. Des poèmes des premiers pionniers jusqu’aux maquettes des premières fermes en passant par les équipes de hockey, tout sera sur la table pour faire vivre aux participants une authentique expérience patrimoniale.
L’exposition à la Galerie d’art du Centre culturel de Moonbeam. Crédit image : Centre culturel de Moonbeam
Exposition à la Galerie d’art au 93, rue Aubin. Ouvert et gratuit du mercredi au samedi de 13h à 16h, du 6 juillet au 27 août.
Musique
L’Afrofest 2022 démarre à Toronto
Le plus grand festival africain de l’Amérique du Nord est à vos portes. Réunissant tous les genres de musique africaine et de sa diaspora dont le reggae, rumba, afrobeat parmi plusieurs, le public aura l’occasion d’assister à plus de 45 spectacles d’artistes locaux et internationaux au cours des trois jours du festival. Sans oublier l’Afrique francophone avec le musicien et maître du djembé, Amadou Kienou. Basé maintenant à Toronto, ce virtuose du djembé originaire du Burkina Faso se distingue par sa musique et son affinité pour la percussion africaine.
Amadou Kienou. Gracieuseté.
Festival Afrofest : du 8 au 10 juillet au parc Woodbine, gratuit, à Toronto. Entrée gratuite.
Exposition
Capture d’images exceptionnelles
L’Alliance française de Toronto tient une exposition photo à partir de ce samedi. Les projets Teen Spirit d’Anne-Marie Cloutier et Finding Comfort Under the Sky de John Delante exposent au public leur vision de la période de transition de l’adolescence au début de l’âge adulte. La première série de photos prend le point de vue d’une mère qui regarde ses filles grandir rapidement, la seconde se plonge dans la peau d’un jeune immigré qui devient adulte en terrain inconnu. Les deux artistes visuels sont étudiants de quatrième année du programme de photographie de la Creative School, à la Toronto Metropolitan University.
Œuvre d’Anne-Marie Cloutier. Gracieuseté Alliance Française de Toronto
L’exposition Alliance Française Award est ouverte gratuitement au public à partir du samedi 9 juillet jusqu’au 20 août à la Galerie Pierre Léon.
Projection
La musique ancienne au cinéma
Le cinéma Bytown présente le film d’Alain Corneau Tous les matins du monde qui met en vedette Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle et Anne Brochet. L’interprète de musique ancienne, Mélisande Corriveau, offrira une performance avant la projection. L’histoire se déroule au 17e siècle, Monsieur de Sainte Colombe est approché par le roi Louis XIV pour jouer à sa cour mais refuse. Un jour, un jeune homme du nom de Marin Marais l’approche pour lui demander de lui apprendre le violon. Un film enivrant qui vous fera voyager dans le temps par la musique.
Tous les matins du monde.
Le film Tous les matins du monde est en salle ce dimanche 10 juillet à 19h30 et le mardi 12 juillet à 15h. Les billets sont à 11,95 $ et peuvent être achetés ici.
Concert
Le hip hop au service d’une bonne cause
L’Église Le Centre organise un concert de hip hop au Centre des arts Shenkman à Ottawa au profit d’une levée de fond pour la construction des puits pour les Premières Nations. Le groupe de musique du Centre ainsi que le groupe de danse hip hop Awaken et l’invité spécial Remesha Drums (Les tambours du Burundi) offriront des chants, des poèmes ainsi que des performances de danses contemporaines afin de sensibiliser le public à la cause des premiers peuples.
Le concert Espoir aura lieu à la Salle Harold-Shenkman le dimanche 10 juillet à 19h. Entrée : 10 $ sur réservation.
Festival
Les cowboys débarquent à Wendover
Le Festival country de Wendover tient sa 36e édition 13 au 17 juillet. Toute la famille est invité avec des jeux gonflables pour les enfants, un bingo, une messe western et la foire artisanale. De nombreuses figures de la scène country/traditionnelle franco-ontarienne seront en spectacle. On peut notamment compter sur Les rats d’swompe, Yvan Petit ou encore Erica Brighthill pour faire danser le public aux sons de leurs accents du far west ontarien.
Les Rats d’Swompe seront en vedette au Festival franco-ontarien et lors du spectacle de Réseau Ontario. Source : Festival franco-ontarien
Le festival country de Wendover se tient au 5000 rue du Centre, du mercredi 13 au dimanche 17 juillet. Billets entre 20 et 25 $ par jour ou passe pour l’ensemble du festival à 65 $. Plus d’information : site du festival.
Busty and the Bass, le groupe montréalais débarque à Toronto
Suite au lancement de leur nouvel EP Karneval, il n’est pas surprenant que ce collectif jazz-funk et R&B fasse son chemin jusqu’à la ville reine pour venir ajouter à l’énergie du tant anticipé festival torontois Fieldtrip Music & Arts, qui fait d’ailleurs son premier retour en présentiel depuis 2019. Composé de neuf membres, ce sont d’anciens étudiants qui se sont connus à l’école de jazz de l’Université McGill en 2011 et depuis, le collectif ne cesse à gagner en élan sur les scènes canadiennes et internationales.
Le collectif jazz-funk et R&B, Busty and the Bass. Crédit image : Kane Ocean.
Assistez au Festival Fieldtrip Music & Arts le samedi 9 juillet à Fort York et Garrison Common. Le spectacle de Busty and the Bass débutera à 13h. Billets ici.
WELLAND – Le plus gros événement bilingue de l’année en Ontario est sportif. Dans un mois, jour pour jour, du 6 au 21 août prochain, 5000 athlètes et entraîneurs convergeront vers la péninsule du Niagara, région hôte des 28e Jeux du Canada. En coulisses, 450 des 4000 volontaires veilleront à un accès égal du public et des athlètes aux deux langues officielles du pays.
L’accueil du public, la signalétique, les annonces, les résultats… Tout doit être disponible en français et en anglais lors des Jeux du Canada. Quantité de francophones dans la région ont donc répondu à l’appel du comité d’organisation pour s’engager dans ce défi autant sportif que linguistique. Près de 13 % des volontaires seront bilingues. C’est le cas de Chloé Bremner, élève l’École secondaire catholique Saint-Jean-de-Brébeuf à Welland.
« C’est comme des Jeux olympiques mais au niveau national », compare celle qui aura la charge des langues officielles au Welland Tennis Club. « J’adore le sport et je voulais travailler aux langues officielles car je suis Franco-Ontarienne et je sais la difficulté qu’on peut rencontrer pour avoir des services en français. Alors, je faire en sorte que le français occupe la place qui lui revient. »
Elle n’a jamais participé à un événement de cette ampleur et se dit ravie de voir sa ville et sa région devenir la vitrine du sport canadien. « Ça va permettre à beaucoup de gens de connaître les atouts de notre région et ça va apporter de bonnes choses pour le tourisme. »
Chloé Bremner, responsable bénévole des langues officielles au Welland Tennis Club.Gracieuseté
Marcel Castonguay pense lui aussi que cette manifestation sportive, diffusée à travers le pays, va mettre le Niagara « sur la map ». Il est le président du Comité des services des missions, un organe central dans le dispositif, qui assure à toutes les délégations d’athlètes les ressources nécessaires pour participer de façon équitable aux Jeux, que ce soit en termes d’hébergement, de transport et de règlement sportif.
L’homme est bien connu de la communauté francophone locale. Ancien directeur général du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara, il a pris sa retraite en septembre dernier, se lançant aussitôt dans cette aventure qui n’arrive qu’une fois dans une région. « J’avais du temps de libre et je voulais mettre à profit mon expérience acquise lorsque je travaillais auprès du Procureur général de l’Ontario. J’ai siégé dans plusieurs comités nationaux liés à la justice dans les deux langues officielles. J’avais donc à cœur de m’impliquer. »
Marcel Castonguay, président du Comité des services des missions et ex-directeur général du centre de santé Hamilton-Niagara.Crédit image : Nat Lapointe
Autre bénévole, autre mission : Nicole Perreault, présidente du comité du protocole, aura la lourde tâche d’accueillir et d’installer les personnes très importantes (VIP). « On attend possiblement le premier ministre du Canada, la gouverneure générale, ainsi que les premiers ministres des provinces et territoires. Pour chaque sport, notre comité aura aussi la responsabilité de présenter les remises de médaille dans les deux langues. »
« C’est dans le Niagara mais tout le pays se retrouve là » – Nicole Perreault, bénévole
Et d’ajouter : « C’est exceptionnel. On va recevoir plus d’athlètes et d’entraineurs qu’aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver (2010). C’est dire comme ça va être immense. Nos jeunes athlètes pourront démontrer leur talent avec beaucoup d’appui autour d’eux. C’est dans le Niagara mais tout le pays se retrouve là. On avait besoin d’un tel événement, surtout après une pandémie. »
Tout comme M. Castonguay, cette employée du Collège Niagara a profité de son départ en retraite pour faire le saut dans le bénévolat. « Même si je n’avais aucune expérience dans les jeux multisports, j’avais l’intérêt de continuer à apprendre et redonner à la communauté qui a déjà beaucoup donné à ma famille et moi-même. »
Nicole Perreault, résidente de Port Colborne et présidente du comité du protocole.Gracieuseté
Denis Drouin, de son côté, supervisera les épreuves de baseball à Welland. « Je dois m’assurer qu’il y aura quelqu’un qui comprend et parle le français dans tous les endroits où c’est nécessaire : à la billetterie, aux annonces, etc. »
« Ce n’est pas mon premier rodéo », plaisante-t-il. « J’ai le goût du sport depuis toujours. J’ai été arbitre au basketball et au soccer. Je fais du ski depuis que j’ai 4 ans. J’ai commencé le bénévolat en 2010 sur la piste de ski alpin aux Jeux olympiques de Vancouver et j’ai continué aux Jeux du Canada en 2013 à Sherbrooke. »
Contrairement aux trois autres, il ne vit pas dans le Niagara, mais fera la route depuis le Québec pour prêter main forte aux organisateurs. Tout comme lui, une part des bénévoles provient de la Belle Province, découvrant avec surprise la vitalité de la communauté francophone locale. « Je ne savais pas qu’il y avait autant de francophones dans cette région », avoue-t-il.
S’investir aux langues officielles dans les Jeux du Canada est une manière pour lui de protéger la langue française et d’en être fier. C’est aussi une occasion unique de partager des moments conviviaux avec les autres volontaires.
Denis Drouin, superviseur aux langues officielles au Welland Baseball Stadium, a déjà participé à de nombreux Jeux. John Woods / Winnipeg Free Press
« Ce que j’aime dans ces gros événements, c’est que tu rencontres plein de gens comme toi : tout le monde est en mode solution. Il y a aussi de beaux spectacles et d’activités qui entourent les Jeux. »
Pour garantir l’adhésion et l’engagement de la communauté, le secteur des Langues officielles a signé des partenariats avec l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), les conseils scolaires de langue française, ainsi que des regroupements communautaires et des employeurs bilingues de la région.
Les chefs du comité des Langues officielles siègent aux rencontres de tous les sites compétitifs et ailleurs, comme au Village des athlètes, pour assurer un accueil aux participants dans la langue de leur choix.
18 sports en vedette et un pavillon de la francophonie
Tenus tous les deux ans, en alternance entre l’été et l’hiver, les Jeux du Canada représentent le plus grand événement de sport amateur et le plus haut niveau de compétition au Canada. Plus de 5000 athlètes, entraîneurs et personnel de soutien participeront aux Jeux d’été du Canada Niagara 2022.
La compétition mettra en vedette 18 sports différents, dont une compétition inaugurale de rugby à sept (féminin seulement) et le retour de la crosse après une absence de 37 ans au programme des Jeux (1985). La 28e édition des Jeux du Canada marquera aussi seulement la troisième fois dans l’histoire des Jeux que l’événement aura lieu dans la province de l’Ontario, une première en 21 ans.
« Une fois, pour tous », la devise des Jeux du Canada Niagara 2022. Crédit image : Nat Lapointe
Un pavillon de la francophonie sera situé à la Place Niagara, sur la place du Parc des Jeux du Canada, et une programmation continue, assurée par l’AFO et le Centre communautaire Le Griffon aura pour thème Tous les accents sont les bienvenus.
Une toile vivante et de l’artiste André Létourneau et une programmation musicale présentée par Le Griffon sont parmi les activités qui se déroulent chaque jour du 7 au 21 août. De plus, sur la grande scène de la Place Niagara, une heure est consacrée à la musique française plusieurs fois par semaine à 14h45.
L’ancien chef du Parti progressiste-conservateur en Ontario, Patrick Brown, ne pourra pas être le chef des conservateurs au fédéral. Mardi soir, l’exécutif du parti a disqualifié le maire de Brampton de la course en raison d’allégations de son équipe de campagne qui violeraient des règles financières de la Loi électorale canadienne. Il accuse le parti de vouloir faire gagner Pierre Poilievre, en le poussant hors de la course sans preuve.
« Lors des dernières semaines, notre Parti a pris connaissance de sérieuses allégations d’actes répréhensibles de la campagne de Patrick Brown qui semblent violer les règles régissant les dispositions financières de la Loi électorale du Canada », a dit Ian Brodie le président du comité organisateur de la chefferie conservatrice.
Dans une déclaration publiée tard mardi soir, Ian Brodie a fait savoir que le directeur général des élections (DGE) avait communiqué avec l’équipe de Patrick Brown concernant ces soupçons, mais que « l’information transmise n’a pas répondu aux inquiétudes quant au respect de nos règles et procédures et/ou de la Loi électorale du Canada ».
« Le DGE a par conséquent recommandé au Comité organisateur de l’élection du chef (COEC) que le COEC disqualifie Patrick Brown. Plus tôt en soirée, le COEC a accepté la recommandation du DGE et l’a disqualifié », a indiqué M. Brodie.
Le National Post rapporte qu’il y aurait de sérieuses allégations portant sur une entreprise privée qui aurait aidé à payer le salaire du personnel de la campagne de M. Brown. Chisholm Pothier, un porte-parole du politicien ontarien a dénoncé qu’il s’agissait d’allégations anonymes non fondées.
« Notre campagne n’a jamais reçu tous les détails ni toutes les preuves de ces allégations, ce qui constitue un manquement à une exigence élémentaire de procédure régulière. Ces derniers jours, le parti s’est lancé dans une expédition de pêche pour demander des informations auxquelles nous avons entièrement coopéré par le biais de nos avocats. Cette décision n’a pas fait l’objet d’une procédure régulière et un renversement de la charge de la preuve sans précédent a été appliqué à notre campagne. »
Dans cette même déclaration, l’équipe du candidat dit avoir appris via les médias cette réunion entre le parti et le directeur général des élections, ajoutant ne pas avoir eu l’occasion de se défendre. Ian Brodie dit que tout le temps nécessaire a été accordé pour que ces allégations soient réfutées par la troupe de l’ancien représentant à Queen’s Park.
« Nous regrettons d’avoir à prendre ces mesures, mais nous avons l’obligation d’assurer le respect autant des règles de notre Parti que de la Loi fédérale de la part de tous les candidats et de leur équipe de campagne. »
Pour faire gagner Poilievre?
Mais pour la garde rapprochée de Patrick Brown, il s’agit d’un laissez-passer du parti pour le principal favori, Pierre Poilievre.
« Il s’attendait à un couronnement pour Pierre Poilievre. Lorsque le nombre final de membres est arrivé, il est devenu évident que Poilievre n’avait pas les points nécessaires pour gagner cette course. La tentative de faire taire les Canadiens et de contourner les valeurs démocratiques par cette disqualification sans fondement est la seule façon de s’assurer de sa victoire. »
Pierre Poilievre, la favori pour la direction du Parti conservateur du Canada. Source : photo tiré du compte Twitter de Pierre Poilievre.
Patrick Brown et sa garde rapprochée disent être en train de consulter leur équipe juridique. Le successeur d’Erin O’Toole sera connu le 10 septembre. La troupe conservatrice déclare avoir généré l’intérêt de 675 000 membres inscrits pour cette course, un record qui représente près du double d’inscrits à la dernière course en 2019. Pierre Poilievre avance avoir recueilli 312 000 adhérents à lui seul.
TIMMINS – Après de nombreuses années d’attente, c’est aujourd’hui qu’ont commencé les travaux de construction du nouveau site du Centre culturel La Ronde de Timmins. Une première pelletée de terre sur l’ancien terrain du Centre dont la taille sera considérablement réduite.
« Finalement ça a commencé! » lance avec soulagement Lisa Bertrand, directrice générale du Centre culturel La Ronde, et pour cause. La première pelletée de terre a eu lieu en début de journée sous une pluie battante au coin des rues Mountjoy et Algonquin.
L’attente aura duré près de cinq ans, après que le Centre avait été victime d’un incendie en 2015 et démoli entièrement en 2017.
Le chemin vers la reconstruction n’aura pas été de tout repos, avec de nombreux reports liés au financement et à la crise sanitaire. Une autre raison pour le report est liée à une longue vérification du sol, pour éviter les lignes de gaz naturel et de téléphone par exemple.
Les deux paliers gouvernementaux ont avancé 3,5 millions de dollars tandis que d’autres donateurs tels que la société canadienne d’exploitation aurifère Agnico Eagle a contribué à hauteur de 750 000 $ la semaine passée.
Bien qu’elle soit très reconnaissante à l’ensemble des bailleurs de fonds, Lisa Bertrand déclare que la somme amassée est encore loin de suffire pour couvrir tous les frais, notamment ceux pour meubler le nouveau site.
La hausse des coûts de matériaux de construction tels que le bois aura poussé cette dernière à revoir les travaux et l’aménagement du site.
Une inflation qui aura des conséquences sur le nouvel édifice dont la taille sera grandement réduite comparativement à l’ancien site. Celui-ci abritera cependant plus d’infrastructures avec notamment un studio pour les arts, une grande cuisine communautaire et une salle de spectacle.
Malgré tout, Mme Bertrand se veut rassurante : « On va absolument être créatif avec la façon dont on va animer le Centre ».
Et d’ajouter que celui-ci sera fidèle à son mandat de promouvoir, stimuler et animer les communautés francophones de Timmins et des environs et de leur permettre de pouvoir « enfin se réunir sous un même toit ».
Les travaux devraient se conclure entre la fin du printemps et le début de l’été prochain. « On espère que tout ira bien et qu’on n’aura pas de surprise », finit-elle en riant.
TORONTO – La métropole ontarienne accueille du 6 au 17 juillet la 34e édition du Festival Fringe. Près d’une centaine d’artistes contemporains et expérimentaux du milieu théâtral et de danse viendront offrir leur prestation au grand public en plus de pouvoir réseauter. À cette occasion, ONFR+ a rencontré deux artistes francophones, Frédérique Perron et Surer Deria qui nous présente leurs spectacles respectifs.
Tenu annuellement, le festival est organisé par l’organisme de charité Toronto Fringe qui offre une diversité de programmes dédiés aux jeunes artistes émergents, aux artistes issus des minorités visibles, des artistes en situation d’handicap dans le but de propulser leurs performances vers un public plus large.
« C’est vraiment inclusif! », se réjouit Frédérique Perron. Formée à la School of Toronto dance theater, la danseuse originaire du Québec participe à la pièce Phantasmagoria qui sera joué au théâtre Al Green les 7, 9, 11 et 12 juillet à diverses heures de la journée au coût de 14 $.
Ce sont six danseurs en tout qui performent. Sans texte lu ni parole, l’œuvre explore les défis relationnels de deux personnes qui cherchent à retrouver leur identité d’avant leur rencontre.
« C’est une pièce qui regarde l’amour queer et les abus qui ne sont pas nécessairement violents mais qui peuvent prendre place dans une relation sans nécessairement qu’on s’en rende compte », explique Frédérique Perron.
Alors que les deux personnages principaux sont déguisés avec des couleurs vives, les quatre autres habillés plus sombrement expriment les émotions que les concubinaires explorent. La danseuse québécoise tient ce rôle d’arrière plan et a bien hâte de le montrer au public.
« C’est un défi intéressant, on est toujours très près dans l’espace. On danse toujours en connexion mais on a quand même de l’espace pour conserver notre individualité », raconte-t-elle.
De son côté, Surer Deria fait partie de la troupe Poetic License Creations qui présente le spectacle Don Valley Girls : A Sketch Comedy Revue dont elle a écrit plusieurs sketchs en plus d’y incarner de multiples personnages.
« On fait du théâtre-sketch. C’est une forme de théâtre non-traditionnel car il n’y a pas d’histoire avec une trajectoire clair. Les sketchs sont des histoires de deux minutes qui misent ensemble donnent une image », raconte l’auteure et actrice.
Surer Deria (à droite). Gracieuseté
Sans fil conducteur, la suite de sketchs touche à une variété de sujets. Alors que certaines ont un message clair à faire passer au public, d’autres sont simplement pour faire rire.
« Ce qui relie tous les actes, c’est de faire passer un bon moment aux spectateurs! », résume Surer Deria.
Les billets pour le spectacle sont eux aussi à 14 $. Les représentations sont prévues les 7, 8, 10, 12, 14, 15 et 17 juillet à diverses heures du jour et du soir.
NEW-YORK – French all around us est l’œuvre de Kathleen Stein-Smith et Fabrice Jaumont. Ce livre réunit 22 auteurs francophones, tous basés aux États-Unis, et révèle l’importance du français au pays de l’Oncle Sam. Un tour d’horizon de la francophonie américaine bientôt traduit en français à découvrir en ce 4 juillet, Jour de l’indépendance chez nos voisins.
Selon le Centre de la francophonie des Amériques, il y aurait plus de 12 millions de personnes aux États-Unis ayant des racines françaises. On parle de 2 millions de locuteurs qui l’utilisent couramment.
French all around us raconte 22 histoires de la francophonie en Amérique. La version française devrait sortir à l’automne prochain.
Dans ce livre, on retrouve des récits qui expliquent l’histoire du français et de cette langue toujours vivante dans de nombreuses régions du pays. Les auteurs témoignent de faits francophones, de la culture, mais aussi de ces régions où elles rayonnaient autrefois.
En 2010, dans l’État du Maine, 25 % de la population aurait déclaré avoir une identité ethnique canadienne-française, acadienne ou française.
En effet, plusieurs régions des États-Unis possèdent une population francophone active. Si le pays est anglophone, ce n’est inscrit nulle part dans sa Constitution.
Quant à la langue française, elle est issue de plusieurs vagues d’immigration. En Louisiane, on parle le créole et le français louisianais, que les Acadiens ont emmené avec eux dès 1755.
L’autre grande région francophone des États-Unis, c’est la Nouvelle-Angleterre. Cette région comprend, le Maine, le Vermont, le New Hampshire, le Massachusetts, le Connecticut et le Rhode Island. D’ailleurs, Madawaska, dans le Maine, à la frontière du Nouveau-Brunswick, est la ville la plus francophone des États-Unis : 84 % de sa population parle le français.
« Cette concentration de francophones et francophiles en Nouvelle-Angleterre est le résultat de la Grande Hémorragie, période allant de 1840 à 1930 », explique l’encyclopédie canadienne.
Le Missouri, le Dakota du Nord ou encore Détroit ont une histoire qui perdure avec le français. La population francophone du Michigan est liée à sa proximité avec l’Ontario, ce qui fait que le français est très similaire à celui parlé par les Franco-Ontariens. Le Minnesota, lui, a pour devise « L’étoile du Nord », toujours en français.
La francophonie en Amérique
Kathleen Stein-Smith, à l’origine du projet, raconte : « On parlait entre amis au début de la pandémie sur le français aux États-Unis. Comme nous couvrons à nous tous une partie des États, nous nous sommes dit qu’il était temps de faire quelque chose. »
« Il y a tellement de francophones et de francophiles au pays. On a commencé par faire des balados, des publications. Puis, nous avons eu l’idée d’un livre. Le centre franco-américain du New Hampshire et la délégation du Québec à Boston ont décidé de nous appuyer en lançant des appels à auteurs sur leurs plateformes et c’est comme ça que le projet est né », explique Mme Stein-Smith.
Le livre co-écrit par 22 auteurs francophones. Gracieuseté
Elle a pensé cette collaboration d’auteurs avec Fabrice Jaumont, chercheur et éducateur français, installé aux États-Unis depuis 1997. Les auteurs, eux, viennent de Floride, du New Hampshire, de New York, de la Louisiane, du Maine, de Philadelphie, ou encore du Minnesota. Ils sont d’origine québécoise, canadienne-française, sénégalaise, haïtienne, française et certains franco-américains.
Ce projet de livre a eu un retentissement incroyable, dit Kathleen. « J’ai écrit au consulat français à New York, le consul est très investi dans la francophonie. Nous voulions une préface pour le livre, et c’est finalement l’ambassadeur de France aux États-Unis, Philippe Etienne qui a écrit notre préface. »
« Il a été suivi par l’ambassadrice de l’OIF, Ifigeneia Kontoleontos, et Ryan Fecteau, membre de la chambre des représentants du Maine, qui est un Franco-Américain. Nous avons été très surpris par cet engouement », poursuit-elle.
Depuis la sortie du livre, l’ancienne professeure et bibliothécaire du New Jersey, Kathleen Stein-Smith, nous informe à quel point de nombreuses personnes « ont dit qu’ils avaient oublié le français, que leurs ancêtres étaient francophones et maintenant, ils veulent le retrouver, alors c’est très encourageant ».
Kathleen Stein-Smith. Gracieuseté
Selon elle, « les gens ne se rendent pas compte du fait francophone aux États-Unis, on est nombreux pourtant ».
Le français est la deuxième langue la plus apprise aux États-Unis. La ville de New York compte plus de 80 000 Français. Le français est la septième langue la plus couramment parlée aux États-Unis, et 2 millions de personnes la parlent dans leur vie de tous les jours.
« La culture francophone est très vibrante aux États-Unis. Le 4 juillet est notre fête nationale, mais nous sommes entourés de la Saint-Jean-Baptiste et de la fête nationale en France. Nous venons de célébrer l’héritage français à Winooski dans le Vermont. »
Les écoles d’immersion en français
Mme Stein-Smith explique qu’en Louisiane, depuis plus de 50 ans, existe le Conseil pour le développement de la langue française en Louisiane (CODOFIL). « Ce conseil s’occupe, entre autres, des écoles d’immersion en français. On a l’équivalent à New York, la révolution bilingue, un mouvement qui appuie et lance des programmes d’immersion dans les écoles publiques de New York, ce qui est super important. »
Dans ce livre, l’auteure Georgie Ferguson, une franco-autochtone américaine, raconte l’histoire et les défis qui ont touché une petite école d’immersion en français située à Terrebonne et Lafourche Parish en Louisiane. C’est suite à la fermeture de cette école, très importante pour la communauté, que la tribu autochtone de Pointe-au-Chien s’est organisée pour qu’elle soit rétablie.
Fabrice Jaumont, co-éditeur de French all around us. Gracieuseté
Cette école abritait les jeunes francophones de la tribu indienne de Pointe-au-Chien (terme qu’ils utilisent pour s’identifier). Ayant été durement touché par les ouragans Katrina et Ida en 2021. L’histoire raconte, à quel point cette école représentait pour la communauté franco-autochtone et pour son identité. Ce n’est que la semaine passée que le gouverneur de la Louisiane, John Bel Edwards a signé une loi pour le rétablissement de cette école.
Vivre en français, c’est possible
« Il y a toujours deux thèmes qui planent dans la francophonie aux États-Unis, c’est l’apprentissage du français et l’emploi en français. »
Kathleen Stein-Smith nous parle de créer de l’intérêt : « C’est ce qu’on appelle précisément l’intérêt durable. Le processus d’apprendre une nouvelle langue est long, mais une fois le travail fait, il faut des occasions pour l’utiliser. Il faut que ça sorte de l’école et que ça se retrouve dans la vie. »
Pour elle, aujourd’hui, il est plus facile de vivre en français aux États-Unis, notamment grâce à tous les moyens de communication à notre disposition. « Avec la radio, les informations, les livres en français, on peut aussi parler avec des gens partout dans le monde. »
Elle ajoute également qu’avec la mondialisation, le commerce en français et le monde des affaires, il y a beaucoup d’opportunités.
« Le travail et les crises humanitaires sont des espaces d’expressions françaises et les États-Unis y participent », souligne-t-elle, « il y a aussi le tourisme, c’est un secteur très important dans lequel le français est nécessaire ici ».
« En 2017 et 2019, j’ai eu accès à des rapports qui démontraient que dans le marché du travail aux États-Unis, il y avait une forte demande de travailleurs francophones. Le commerce entre les États-Unis et la France est l’un des plus importants. »
Selon l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le français est parlé dans plus de 80 pays et les États-Unis commercent avec la plupart d’entre eux. « Il y a plus de francophones qu’on se l’imagine, il y a des gens parmi nous qui parlent français… French all around us. »
TORONTO – La présidente du conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français (UOF) a quitté ses fonctions cette semaine. Au terme de son mandat, elle revient sur le cheminement rocambolesque de la création de l’UOF et sur ses accomplissements dans les domaines du postsecondaire et de la défense du bilinguisme au Canada.
« Partez-vous de l’UOF avec le sentiment d’avoir atteint vos objectifs?
Oui, c’est le bon moment de quitter l’UOF. Ses assises sont établies, l’équipe est bien en place et le conseil a été renouvelé. J’ai eu le privilège de vivre toutes les étapes de cette institution : élaborer le plan d’affaires, développer les programmes ou encore obtenir l’appui des gouvernements pour aller de l’avant.
Parmi toutes les étapes que vous avez franchies dans ce projet, laquelle vous a le plus marquée?
C’est la pandémie. On sous-estime le défi que cela représente pour un établissement. On a construit le site et embauché quasiment tout le personnel de façon virtuelle. C’était du jamais vu pour tout le monde, d’autant qu’on n’existait pas encore physiquement. On est parti de zéro en pleine pandémie, en prenant des risques énormes, et on a livré le campus à temps, à l’intérieur de notre budget avec des étudiants capables de suivre leurs cours.
Comment avez-vous vécu de l’intérieur la signature de l’accord de financement entre l’Ontario et le Canada, après le cataclysme de l’abolition du projet un an plus tôt?
Quand notre financement a été mis en veilleuse en 2018, ça a été difficile. On a dû aller convaincre un nouveau gouvernement qui ne comprenait pas nos enjeux. Cette « éducation » ne s’est pas faite du jour au lendemain. On a pu compter sur le soutien du palier fédéral de 1,9 million qui nous a redonné du souffle jusqu’à la fameuse entente provinciale-fédérale. Entretemps, tous les partis fédéraux s’étaient engagés à nous soutenir, au moment des élections fédérales. Ce qui était stressant, c’est cette course contre la montre toujours là, que ce soit les élections, les programmes pas encore approuvés… On était toujours en décalage, dans une course aux obstacles perpétuelle.
Dyane Adam entourée des ministres Joly et Mulroney au moment de signer l’accord provincial-fédéral de financement de l’UOF. Archives ONFR+
Est-ce que, à un moment donné, vous vous êtes dit : « Ça ne va pas marcher, on ne va pas y arriver »?
Je ne me souviens pas. Je ne dis pas que je n’ai pas connu des moments de découragement. On était une équipe fortement soudée et pleinement conscient de ce qu’on voulait. Ma nature fondamentale n’est pas d’abandonner. Je ne cède pas tant qu’il y a une once d’espoir. Il faut être convaincant.
Être convaincant : est-ce une qualité que vous retrouvez chez votre successeur, Jacques Naud?
M. Naud a un engagement dans le postsecondaire qui le précède. Il a notamment présidé le comité qui a précédé le conseil de planification de l’université. C’est un homme qui a siégé dans beaucoup de conseils d’administration comme celui du Théâtre français de Toronto. Il a de l’expérience et il arrive à point nommé dans une équipe bien installée avec un capitaine, le recteur Pierre Ouellette, prêt pour entrer dans une nouvelle étape de développement.
Ce développement ne passe-t-il pas par la conquête des étudiants franco-ontariens, en panne depuis l’ouverture de l’institution?
C’est normal et je trouve qu’on met trop l’accent sur ça, sachant que c’est une université qui démarre. Quand le Collège Glendon – dont j’ai été la principale – a commencé, il y avait 65 étudiants, c’est moins que l’UOF en pleine pandémie, avec quatre programmes.
À mesure que des programmes vont s’ajouter, on va attirer la clientèle et cela va avoir un effet boule de neige. Je suis convaincue que ça va marcher sur dix ans, porté par la croissance démographique francophone du Centre-Sud-Ouest. Il faut dire qu’on doit lutter contre une tradition pour les étudiants de la région d’aller dans le système en anglais car, jusqu’ici, il n’y avait rien d’autre. Il faut laisser à cette université le temps de prendre sa place.
De plus en plus d’organisations comme l’UOF se tournent vers la philanthropie. Y a-t-il dans ce domaine un potentiel sous-exploité dans la francophonie ontarienne?
Le potentiel est énorme. L’UOF se penche là-dessus depuis trois ans. Dans le Centre-Sud-Ouest, il y a tellement de francophones et de francophiles intéressés à cette institution-là, mais aussi à la francophonie en général et au besoin à Toronto d’avoir des institutions fortes. On est entouré d’anglophones unilingues qui croient en la francophonie canadienne et qui usent de leur influence auprès de mécènes pour faire valoir pertinence de l’UOF. On peut jouir d’un appui important qu’il faut développer. On n’a pas cette tradition chez les francophones, chez monsieur et madame Toutlemonde, comparé aux anglophones, mais ça se travaille en se dotant de comités.
Les bras levés, Mme Adam savoure l’inauguration de l’UOF aux côtés des ministres Mulroney et Petitpas-Taylor. Crédit image : UOF
Et vous? Qu’allez-vous faire à présent?
Je vais profiter de l’été, de mes jardins potagers. Je suis à la retraite, même si je m’implique dans d’autres dossiers comme la Fondation Pierre-Elliott-Trudeau dont je suis la vice-présidente du conseil d’administration. On accorde une quinzaine de bourses importantes à des étudiants en doctorat qui viennent de partout au pays. Ils sont accompagnés de mentors qui les appuient dans un curriculum qui vise le leadership engagé pour devenir les penseurs chercheurs, mais aussi des agents de changement dans notre société.
Dans quelles conditions êtes-vous devenue la cinquième commissaire aux langues officielles en 1999?
Je terminais mon mandat de principale au Collège Glendon de l’Université York quand j’ai reçu un appel du bureau du premier ministre, Jean Chrétien. On m’a dit que j’étais sur la courte liste pour devenir la prochaine commissaire aux langues officielles et en me demandant si je savais ce que c’était (Rires). J’ai dit « oui, oui, je connais M. Goldbloom » qui était mon prédécesseur. J’ai pris l’avion pour rencontrer le premier ministre et le comité conjoint aux langues officielles. Ma nomination a été approuvée par la Chambre des communes et le Sénat quelques jours plus tard. Parfois, la vie bascule comme ça. J’ai adoré ce mandat de sept ans.
Comment réagissez-vous à toutes les attaques contre le bilinguisme aujourd’hui, que ce soit la polémique Air Canada, les nominations sans exigence bilingue ou encore les tergiversations concernant la langue des juges à la Cour suprême?
C’est complètement inacceptable. Le bilinguisme des juges à la Cour suprême figurait déjà parmi les recommandations dans les années 2000 quand j’étais commissaire, et même avant moi. Au moment où j’y étais on avait quand même une fonction publique fédérale relativement bilingue. Ce n’était pas tout bilingue, mais il y avait une obligation pour les directeurs d’être bilingues. Il aurait été très difficile de penser nommer un unilingue anglophone à la présidence d’une grande agence de la Couronne. Ça n’aurait pas passé.
Dyane Adam entourée de Pierre Ouellette et Paul Rouleau, respectivement recteur et chancelier de l’UOF. Crédit image : UOF
Qu’est-ce qui a changé fondamentalement? Le gouvernement fédéral est-il plus laxiste?
Ce qui est dangereux avec cette dualité linguistique, c’est qu’il ne faut jamais relâcher, car il y a toujours des impératifs ou d’autres variables qui font que la tendance va vers l’homogénéisation, l’unilinguisme, le groupe majoritaire. Parfois, ce n’est même pas volontaire, mais c’est la dominance naturelle qui l’emporte. Alors le commissariat doit être très vigilant, très affirmatif et travailler étroitement avec le gouvernement et le parlement pour les tenir toujours à l’affût des enjeux comme l’immigration, le sport d’élite, tous les dossiers de responsabilité fédérale doivent être sur les radars du commissaire et son équipe. C’est une vigie constante. Si on n’agit pas, on recule.
Vous détenez un doctorat en psychologie clinique. Cela vous a-t-il aidée dans vos différents postes. N’y a-t-il pas une grosse part de psychologie dans l’art de convaincre?
Je pense que cela m’a énormément servi. Quand on est administratrice dans une université, commissaire aux langues officielles et à la tête d’un dossier comme l’UOF, on travaille avec des personnes qui travaillent ensemble autour d’objectifs communs. Finalement, tout ce qu’on fait, c’est de la résolution de problème et trouver comment atteindre ces grands objectifs, s’assurer que le français a la place qui lui revient dans la société et qui sont les personnes qui, dans des postes variés, doivent assurer cela. Il faut toujours écouter, comprendre, influencer les personnes, savoir ce qui est important pour elles et les pousser à rallier à cet objectif commun, en rassemblant des perspectives différentes.
Avez-vous gardé votre âme d’enseignante, la profession de vos débuts?
Ça fait longtemps que j’ai quitté mon métier. Je l’ai fait pendant sept ans à l’Université Laurentienne. Si je dois encore enseigner d’une certaine manière, c’est davantage dans le leadership, l’administration publique, l’influence des décisions. Ce sont des choses qu’on enseigne peu et que l’UOF essaye d’amener à ses étudiants, avec sa pédagogie axée sur l’apprentissage expérientiel (en entourant les étudiants de chercheurs, d’expert du milieu). Je ne me définis pas autour d’une discipline, mais pleinement comme transdisciplinaire, là encore, comme l’UOF.
Dyane Adam, invitée du Club canadien de Toronto. Archives ONFR+
Vous avez été vice-rectrice de l’Université Laurentienne de 1988 à 1994. Que vous inspire la grave crise que traverse l’institution sudburoise?
J’aime beaucoup cette université dans laquelle travaillent des gens passionnés. C’est un établissement qui vit une décroissance importante, qui a été important pour les francophones et qui doit se redéfinir. Le processus en cours va lui permettre cela. Il appartient à la communauté francophone de déterminer ce qui est le mieux pour elle. Les gouvernements auront aussi probablement à agir, notamment choisir quel sera le futur réseau des universités francophones en Ontario.
Avez-vous confiance en la capacité de la nouvelle administration de sortir de cette crise par le haut?
L’administration fait face à des enjeux inédits au Canada. Je suis convaincue qu’elle va sortir de là épuisée : on ne passe pas à travers ça en sifflotant. Ça dure depuis deux ans déjà. Il faut souhaiter que cela se fasse dans les six mois à un an, car l’instabilité et l’insécurité ne sont pas bonnes, ni pour la communauté, ni pour les étudiants, ni pour les enseignants et le personnel.
Vous vous êtes rendue tout récemment à l’École élémentaire Dyane-Adam à Milton, ouverte depuis 2019. Qu’est-ce que cela fait d’avoir une école à son nom?
J’y suis allée pour la première fois la semaine dernière. Je n’avais pas pu m’y rendre encore à cause de la pandémie. J’avoue que c’est un surréel de voir cela en vrai. C’est la plus grande fleur que l’on pouvait m’offrir. Voir tous ces petits bouts de chou, les parents et les enseignants, c’est unique. Je n’ai pas de mots pour le décrire. »
L’ancienne principale du Collège Glendon a occupé le poste de commissaire aux langues officielles de 1999 à 2006. Crédit image : UOF
LES DATES-CLÉS DE DYANE ADAM
1953 : Naissance à Casselman, dans l’Est ontarien
1987 : Devient vice-rectrice de l’Université Laurentienne
1994 : Promue principale du Collège Glendon (Université York)
1999 : Nommée commissaire aux langues officielles du Canada
2012 : Entre dans l’Ordre du Canada
2016 : Devient présidente du Conseil de planification pour une université de langue française
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.
[CHRONIQUE]
Les Franco-Ontariens sont présents partout sur le territoire ontarien et leur enracinement ne fait surtout pas exception à Ottawa. En cette longue fin de semaine de la Fête du Canada, visite guidée textuelle sur la riche histoire et le patrimoine d’exception franco-ontariens au cœur de la capitale du pays.
Secteur de la rue George
Notre visite guidée se concentrera sur le territoire délimité par les rues Boteler au nord, l’avenue King-Edward à l’est, la rue Rideau au sud et la promenade Sussex à l’ouest. Le secteur du Marché By dans la Basse-Ville Ouest d’Ottawa est un site du patrimoine protégé en vertu de la Loi provinciale depuis 1991.
Pour commencer, l’édifice situé au 98, rue George mérite qu’on s’y attarde. Lieu du premier magasin Tigre Géant ouvert en 1961 (et toujours en activité), le bâtiment abritait à l’origine les bureaux du quotidien franco-ontarien Le Droit, de 1915 à 1929. Fondé le 27 mars 1913 en pleine crise du Règlement 17, Le Droit fut le seul quotidien de langue française publié en Ontario pendant plus de cent ans, jusqu’en 2020.
Œuvre artistique tout-à-fait exceptionnelle : une gigantesque murale en hommage à l’histoire franco-ontarienne orne le mur latéral Est du Tigre géant donnant sur une ruelle. Commanditée par la compagnie Tigre Géant et dévoilée en 1992, cette murale, est une œuvre de l’artiste-muraliste franco-ontarien Pierre Hardy et René St-Pierre.
La façade du Tigre géant, bâtiment jadis occupé par le journal Le Droit. Crédit image : Diego Elizondo
On y aperçoit des symboles et des personnalités de l’histoire franco-ontarienne, tels que la page frontispice de la première édition du Droit et son fondateur, le père Charles Charlebois, la Caisse populaire Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa, Alphonse Desjardins, Jos Montferrand, la légende de la Chasse-galerie, l’historien franco-ontarien Séraphin Marion, l’ethnologue Germain Lemieux, le missionnaire et Saint-Martyr-Canadien Jean de Brébeuf ou encore les résistantes au Règlement 17 Jeanne Lajoie et les gardiennes de l’École Guigues.
Le bâtiment situé à côté du 98, rue George, le 366, rue Dalhousie, fut construit en 1929 et également occupé par le quotidien Le Droit (jusqu’en 1955) selon les plans du prolifique architecte dans la région, Charles Brodeur (1871-1936).
À côté, au 377, rue Dalhousie se trouvait l’un des premiers grands magasins à grande surface d’Ottawa, le magasin Larocque. Ouvert en 1923, le magasin était destiné à servir dans leur langue les clients francophones d’Ottawa. Quatre ans après son ouverture une riche famille juive de Montréal s’en porta acquéreur et conserva le nom francophone et le souci d’embaucher du personnel bilingue jusqu’à la fermeture définitive du commerce en 1971. Le bâtiment fut complètement restauré en 1988.
Où est situé l’hôtel Courtyard au 350, rue Dalhousie se trouvaient deux institutions franco-ontariennes aujourd’hui disparues : le Monument National, grandiose édifice aux allures de château érigé en 1906 qui fut le lieu de fondation en 1910 de l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFÉO, aujourd’hui AFO : Assemblée de la francophonie de l’Ontario) et de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), en 1929. À ses côtés, le Théâtre Français, ouvert en 1913 (et fermé en 1961), fut l’un des premiers cinémas d’Ottawa. Les deux bâtiments furent démolis en 1963.
De l’autre côté au 325, rue Dalhousie se trouvait le gratte-ciel de l’Union du Canada, une compagnie d’assurance-vie franco-ontarienne fondée en 1863 à Ottawa et qui a fait faillite en De style résolument moderne et construit en béton en 1968 selon les plans de l’architecte Louis-J. Lapierre (né en 1924) la ville d’Ottawa autorisa la démolition en 2013 d’un des rares gratte-ciel franco-ontarien, bien qu’une désignation patrimoniale fut réclamée à l’époque par des citoyens du secteur.
L’ancien entrepôt S.-J. Major désigné en vertu de la Loi sur le patrimoine. Crédit image : Diego Elizondo
L’ancien entrepôt S.-J. Major de 1929, désigné patrimonial en vertu de la Loi, trône toujours au 126, rue York. Cette prospère entreprise de marché d’alimentation fut fondée par la famille Major d’Orléans et dirigée par Ascanio-J. Major, vraisemblablement le premier millionnaire franco-ontarien.
Fondé en 1852, l’Institut canadien-français d’Ottawa est situé au 316, rue Dalhousie depuis L’Institut est le plus ancien club socio-culturel franco-ontarien. Son président fondateur, Joseph-Balsora Turgeon, fut le premier maire franco-ontarien d’Ottawa, en 1853 et son idée de changer le nom de la cité de Bytown à Ottawa fut retenue.
Secteur des rues Dalhousie et Murray
Des professionnels franco-ontariens continuent d’être en affaires depuis plus de 100 ans au cœur de la capitale du Canada. Située depuis 1994 au 270, rue Dalhousie, la pharmacie Brisson fut fondée en 1921 à Ottawa. Tout près, au 260, rue Dalhousie se trouve les bureaux du cabinet d’avocats Vincent, Dagenais, Gibson, fondé en 1897. Ce sont trois générations de la famille Vincent qui se sont succédé à la tête du cabinet (comme pour la pharmacie Brisson) dont l’avocat Gaston Vincent, président de l’ACFÉO de 1953 à 1959.
Au 213, rue York se trouve les bureaux des Monuments Laurin, entreprise spécialisée dans les monuments funèbres. Comptant à son actif plus de 50 000 réalisations, cette entreprise franco-ontarienne a été fondée en 1902 au 95, rue George, à Ottawa et occupe son emplacement actuel depuis 1956.
L’ancienne École Guigues, haut lieu de la résistance au Règlement 17. Crédit image : Diego Elizondo
Située au 159 rue Murray, l’ancienne École Guigues fut probablement le lieu de la résistance le plus connu au Règlement 17. C’est dans cette école construite en 1904, où enseignèrent les sœurs Diane et Béatrice Desloges, qu’a eu lieu en 1916 la fameuse bataille des épingles à chapeaux. Fermée en 1979, désignée en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario en 1980, l’école est devenue aujourd’hui un centre des aînés et des condominiums. Derrière elle au 172, rue Guigues, se trouve l’ancienne École Routhier.
Construite en 1932 selon les plans de l’architecte Lucien Leblanc, cette imposante école de trois étages (fermée en 1994) se démarque par son style art déco, sa brique jaune caractéristique et ses bas-reliefs, uniques dans l’architecture scolaire franco-ontarienne d’Ottawa.
Secteur de la promenade Sussex
Nouvellement située au 50, rue Rideau, le Centre de services Desjardins Rideau-Sussex est la continuité de la Caisse populaire Notre-Dame d’Ottawa, fondée en 1913 en présence d’Alphonse Desjardins lui-même. Sur ce tronçon du boulevard de la Confédération se trouvait jusqu’en 1989 au 489, promenade Sussex l’Institut Jeanne d’Arc, la seule congrégation féminine catholique de langue française fondée en Ontario, en 1919.
À l’ombre de la basilique-cathédrale se trouvent côte-à-côte trois maisons patrimoniales franco-ontariennes, dont la modeste maison ouvrière en bois Flavien-Rochon au 142, rue Saint-Patrick, l’une des plus vieilles d’Ottawa. À côté, au 144, rue St-Patrick, est située est la maison Valade, résidence et cabinet médical de 1866 à 1918 du docteur François-Xavier Valade, l’un des trois (et seul francophone) médecin chargé d’évaluer l’état mental de Louis Riel pour savoir si ce dernier était apte à subir son procès pour haute trahison en 1885.
Depuis 1992, la galerie d’art franco-ontarienne Jean-Claude-Bergeron est située dans la maison Alphonse-Rochon construite en 1898 au 150, rue St-Patrick. Depuis près de 125 ans, cette maison a toujours été une propriété d’une famille franco-ontarienne. En face, véritable œuvre collective, la construction de la basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa s’échelonna de 1841 à 1865.
Elle fut entamée dans le style roman par l’entrepreneur (et premier Franco-Ontarien élu à l’Assemblée législative de l’Ontario en 1883) Honoré Robillard avant d’être achevée dans un style néo-gothique. La décoration intérieure fut réalisée sous la direction du chanoine-architecte Georges Bouillon. Il a été appuyé par de nombreux artisans francophones tels que les Rochon. Elle est la seule église du patrimoine franco-ontarien à être désignée en vertu de la Loi sur le patrimoine provincial et fédéral.
En face, le Musée des beaux-arts du Canada, ouvert en 1988, héberge en son sein la chapelle du couvent Notre-Dame-du-Sacré-Cœur (couvent de la rue Rideau), œuvre également de Charles Bouillon, sauvée de la démolition controversée du couvent franco-ontarien à Ottawa en 1972.
Au 373, promenade Sussex se trouve le berceau de l’enseignement secondaire franco-ontarien à Ottawa. Le bâtiment de style palladien construit en 1847 fut tour-à-tour le palais épiscopal de Monseigneur Guigues et l’hôtel Champagne et une caserne militaire. De 1852 à 1856 l’édifice est occupé par le Collège de Bytown avant de devenir l’Académie De La Salle (une école secondaire privée franco-ontarienne des Frères des Écoles chrétiennes) de 1899 à 1971.
L’Académie De La Salle. Crédit image : Diego Elizondo
Le bâtiment jouit d’une désignation patrimoniale fédérale depuis 1988. La maison-mère de la congrégation des Sœurs de la Charité d’Ottawa, complété en 1850, est située au 9, rue Bruyère. On peut apercevoir sur le mur extérieur deux cadrans solaires, datant de 1851, les premiers du genre au Canada. L’Hôpital général d’Ottawa (premier hôpital fondé à Ottawa, fondé par Élisabeth Bruyère) était situé à côté du couvent de 1866 à 1980 dans ce vaste complexe institutionnel construit sur plusieurs années.
Notre visite guidée textuelle se termine au 60, rue Boteler. Ce bâtiment typiquement moderne fut construit en 1964 par l’ACFÉO pour y loger ses bureaux et regrouper divers organismes franco-ontariens sous un même toit.
Connue sous le nom de la Maison franco-ontarienne, elle fut dessinée par l’architecte franco-ontarien Auguste Martineau suite à un tirage au sort l’opposant aux deux autres prolifiques architectes franco-ontariens de la région de l’époque, Jean-Serge Le Fort et Roger Thibault. Le Haut-Commissariat de Malaisie occupe les lieux depuis 1974. Le bâtiment a récemment été ajoutée au Registre du patrimoine de la Ville d’Ottawa.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
OTTAWA – Yves Brunet a reçu le Prix de bâtisseur de la ville d’Ottawa qui récompense ses actes de bonté remarquables. Depuis 2016, il participe à l’accueil de plusieurs réfugiés LGBT afin de les sauver des régimes oppressifs, là où les personnes homosexuelles sont encore, aujourd’hui, massacrées.
Il a contracté le VIH (virus de l’immunodéficience humaine), il y a 38 ans. Au milieu des années 80, les essais cliniques sont expérimentaux et il se bat alors qu’on lui prédit peu de temps à vivre. Il fera de sa vie un but : briser les préjugés autour des personnes atteintes du VIH et du SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise).
Yves Brunet a survécu au SIDA après avoir été infecté par le VIH à l’âge de 25 ans. Lorsqu’il réalise qu’il est malade, il tente tout pour combattre ce virus. Beaucoup d’opérations et de médicaments lui sont administrés à la fin des années 80, jusqu’à 17 essais cliniques. Ces drogues et traitements lui ont laissé de nombreuses séquelles et de graves effets secondaires. Dans les années 1990, le diagnostic est sans appel : il va mourir.
« On me disait qu’il ne me restait plus que deux ans à vivre, puis un an, puis six mois. »
Originaire de Ste-Anne-de-Prescott, en Ontario, ce survivant explique qu’il a été chanceux et surtout beaucoup aimé par son entourage. En 1998, il aurait dû mourir, raconte-t-il : « Neuf de mes amis sont morts et pas moi. J’ai eu cet étrange sentiment de culpabilité, vous savez, comme les survivants de l’holocauste… la culpabilité du survivant. » En 1995, 2003 et en 2006, le virus mutera dans sa phase symptomatique, le SIDA. Ce n’est qu’en 2006 que la trithérapie fonctionnera et que la charge virale dans son sang disparaîtra.
« Normalement, je devrais avoir une espérance de vie normale, mais les séquelles dues aux traitements font planer le doute. Heureusement, les médicaments que l’on me donnait ne sont plus sur le marché. »
La lutte contre la stigmatisation
« Des gens m’appelaient pour me dire : « Écoute, j’ai un bouton sur le visage, l’autre jour, tu as toussé, est-ce que je suis infecté? » ». M. Brunet, nous raconte comment les gens se comportaient autour de lui face à sa maladie. Il résume cela en expliquant qu’il y avait « beaucoup de paniques, car les gens mouraient et il n’y avait pas de traitement ».
La stigmatisation est un fléau dans la lutte contre le SIDA. Elle mène, notamment, à la honte du dépistage. Au milieu des années 80 et 90, les personnes atteintes du VIH préféraient dire être atteintes d’un cancer, plutôt que d’admettre leur séropositivité. Encore aujourd’hui, la peur revêt plusieurs visages : celle du regard des autres pour les porteurs du virus, mais aussi la peur d’être infecté par quelqu’un, ce qui favorise l’absence de soutien et d’entourage pour la personne malade.
Pour briser ces préjugés, M. Brunet a pendant 20 ans témoigné dans des écoles et universités. « Au secondaire, à la Cité collégiale, à l’Université d’Ottawa et Carleton, partout où l’on voulait m’entendre. Puis progressivement, j’ai travaillé avec de nombreux organismes, le BRAS outaouais (le bureau régional d’Action SIDA) pour les francophones. »
Yves Brunet a reçu le Prix Bâtisseur de la Ville d’Ottawa. Crédit image : Ville d’Ottawa
« Et à un moment donné, je pense que j’ai fait ce que je devais faire », ajoute Yves Brunet, « sauf que j’ai vu une photo d’un enfant, réfugié syrien, décédé, et je me suis dit que c’était horrible, puis j’ai eu envie de faire quelque chose pour les réfugiés et en particulier les personnes LGBT ».
Le sauvetage de réfugiés LGBT
C’est en écoutant l’émission Tout le monde en parle qu’il a eu vent d’un programme permettant d’orienter des personnes LGBT vers le Canada. « J’ai trouvé le Refuge de l’arc-en-ciel de la Capitale, avec Lisa Hébert, puis j’ai commencé en décembre 2015. J’ai créé mon premier groupe de parrainage et on accueillait, le 28 septembre 2016, un premier réfugié du Moyen-Orient. »
Ce volontaire infatigable nous explique comme il est dur de rapatrier des réfugiés. Il dit par exemple que dans un groupe de parrainage, il faut des bénévoles en santé, des gens qui gèrent les traumatismes et bien d’autres encore. Des gens qui les écoutent et qui ne les jugent pas. « Il faut savoir que d’où ils viennent, leurs propres familles les jugent, les bannissent, les forcent à se marier, à avoir des enfants. Ils leur arrivent des choses tragiques, comme des viols collectifs, et parfois ils sont infectés par le VIH. »
Pour lui, « l’important, c’est la bonté ». Il nous parle de compassion et de résilience : « Parfois les choses paraissent extrêmement noires. Il ne faut pas laisser tomber et je crois que j’en suis un exemple ».
« 95 % des gens dans les années 1980 en mouraient et moi on m’a donné une chance » reprend-il. « Je n’ai pas le goût d’utiliser ce temps à regarder la télévision. J’ai besoin de faire quelque chose qui fasse une différence, même si c’est très difficile. »
« « I believe in kindness », je crois que c’est ça l’essence de la vie. »
Le Prix de bâtisseur de la ville d’Ottawa
Depuis qu’il a quitté la fonction publique, c’est le premier prix qu’Yves Brunet reçoit. Il se dit très touché, mais c’est surtout « les 35 personnes qui ont écrit au maire Watson. Des témoignages et des lettres pour dire que je méritais ce prix. Ça me touche beaucoup. Il y avait une lettre d’un enfant d’une dizaine d’années, que nous avons fait venir au Canada lorsqu’il avait 8 ans. Il disait que je lui avais montré la bonté, ce que c’était d’être doux et gentil et qu’on peut aller loin. Il disait qu’il n’avait pas eu cet exemple dans la vie ».
De gauche à droite : Jim Watson, Yves Brunet et Rawlson King. Crédit image : Ville d’Ottawa
« Pour moi, la meilleure façon de me remercier, c’est que ces gens soient heureux, et qu’ils atteignent le succès tel qu’eux le déterminent. »
Pour ce Franco-Ontarien, il faut plus de bénévoles francophones pour aider avec les réfugiés LGBT. « Il y a beaucoup de personnes LGBT francophones dans le besoin. Par exemple, je travaille avec des personnes au Kenya, c’est un pays plus riche que ceux qui l’entourent. Il y a donc beaucoup de réfugiés francophones qui fuient là-bas, sauf que c’est un pays anglophone et qui n’est pas plus ouvert aux personnes LGBT. C’est dur pour eux de se faire comprendre. »
« Avec le parrainage privé, on peut au moins aller chercher les francophones pour qu’ils viennent en Ontario français. »
Le Prix de bâtisseur de la ville décerné par le maire reconnaît les services bénévoles exceptionnels et l’engagement profond d’Yves Brunet. Ce prix distingue les personnes qui font d’Ottawa « un meilleur endroit aujourd’hui et pour l’avenir ». Le Prix récompense « des actes de bonté remarquables (…) et toutes autres réalisations exemplaires ». Une chose est sûre, Yves Brunet a fait preuve d’exemplarité tout au long de sa vie, que ce soit dans sa bataille contre le VIH, sa lutte contre la discrimination et la stigmatisation ou encore pour avoir sauvé 14 personnes provenant de pays où être homosexuel est un crime.
Des orchestres aux spectacles d’humour, la première célébration en personne de la Fête du Canada depuis 2019, est adaptée à tous les goûts et une chose est sûre : le Canada ne manque pas de talents. Voici les items pour le long weekend qui s’annoncent… et plus encore!
Musique
Le CNA souligne en chœur la Fête du Canada
Un spectacle d’orchestre, un atelier de danse bollywoodien et une installation textile sont quelques-unes des nombreuses activités qui vous attendent dans le cadre de la programmation du Centre national des arts pour célébrer la Fête du Canada.
Le plus grand événement de la journée sera sans doute l’orchestre du CNA animé par le musicien et poète slam, YAO, en après-midi. Celui-ci dirigera le spectacle de la soprano Jonelle Sills et la tromboniste Hillary Simms. L’audience sera ensuite invitée à se rendre à l’escalier Glass Thorsteinson pour assister au spectacle de grande envergure du chœur Unisong, qui regroupera plusieurs chorales de partout au Canada pour interpréter ensemble les plus belles chansons du répertoire canadien.
L’auteur-compositeur-interprète, YAO. Crédit image : Jag Gundu.
Assistez au concert gratuit du CNA le vendredi 1er juillet à 15h au 1 rue Elgin, Ottawa. Pour consulter la programmation entière et réserver vos billets, consultez le site CNA.
Humour et chants au festival Clarence-Rockland
Le festival Clarence-Rockland se poursuit avec une panoplie d’activités et spectacles pour célébrer la Fête du Canada autant pour qu’on puisse profiter du long week-end qui s’annonce. Parmi les têtes d’affiche, il y a le groupe musicale montréalais aux talents multiples, Alter Ego. La programmation continuera aussi en rires avec un spectacle des humoristes québécois, Martin Vachon et Jacob Ospian qui viennent armer de leur franc-parler pour faire jaillir vos rires les plus désinhibés.
L’humoriste, Martin Vachon. Crédit image : Mari photographe.
Le festival Clarence-Rockland se poursuit au Parc Simon jusqu’au 3 juillet. Pour consulter la programmation entière, consultez le site de la Cité Clarence-Rockland. Entrée gratuite.
Les Salebarbes et Charlotte Cardin en concert à Ottawa
La Fête du Canada revient à la capitale nationale avec sa première célébration en présentiel depuis 2019 et, cette fois-ci, sur son tout nouveau site officiel. Avec les rénovations qui sont en cours dans les édifices du Parlement, cela signifie une transition de la Colline vers les sites jumelés au parc des plaines LeBreton et à la Place des festivals Zibi à Gatineau. Dans le cadre des festivités, une brochette d’artistes vedettes francophones autant qu’émergents du Canada affluera vers la capitale le 1er juillet. Parmi les participants, il y aura Charlotte Cardin, le groupe acadien folk Salebarbes et du talent franco-ontarien tel que Marie Clo et le duo Geneviève & Alain.
Les Salebarbes. Crédit image : Pat Beaudry.
Assistez aux concerts de la fête du Canada le vendredi 1er juillet au parc des plaines LeBreton à 19h. Entrée gratuite.
Jeunesse
Ressentir les sons de l’Afrique centrale avec Njacko Backo
Faisant ce qu’il aime le plus, Njacko Backo transmet une fois de plus son amour de la musique et de la culture africaine aux jeunes francophones à travers l’atelier interactif Voyage africain avec Njacko Backo. Organisé par la Bibliothèque publique de Toronto, Njacko sera sur place à l’emplacement de Palmerston et de S. Walter Stewart pour lancer sa série d’ateliers au cours du mois de juillet. Percussionniste de plusieurs instruments, Njacko jouera les instruments traditionnels du Cameroun et de l’Afrique centrale tels que le djembé, le tambour et le toumkak pour accompagner ses contes africains.
Le percussionniste et auteur-compositeur, Njacko Backo. Crédit image : Rodrigo Castro.
Assistez à l’atelier Voyage africain avec Njacko Backo le 6 et 7 juillet. Pour réserver vos places, envoyez un courriel à programmesenfrancais@tpl.ca.
Film
Le documentaire Asie centrale : sur les routes de la soie de Julien et Sébastien Perret
Si les foules des festivités du long weekend ne vous tentent pas, le Mouvement d’implication francophone d’Orléans présente en collaboration avec Destidocs, le visionnement du documentaire Asie centrale : sur les routes de la soie de Julien et Sébastien Perret. Ce duo français qui a parcouru plus de 15 000 kilomètres à travers la région, mets de l’avant les liens qu’ils ont bâtis avec son peuple au cours de cette aventure pittoresque. Le documentaire sera disponible en ligne partout en Ontario, en virtuel, sur le site de la MIFO.
Crédit image : Jean-Philippe Tournut / Moment via Getty Images.
Vous pouvez visionner Asie centrale : sur les routes de la soie de chez vous, dès aujourd’hui, jusqu’au 1er juillet. Le documentaire est disponible en location sur le site de la MIFO à un coût de 5,65 $.
Marie Lebel est historienne et professeure à l’Université de Hearst.
LE CONTEXTE :
Le Centenaire de Hearst aura lieu du 2 au 6 août prochain après avoir été repoussé en raison de la situation sanitaire.
L’ENJEU :
Le livre Hearst 1922-2022, Cent regards sur 100 ans d’histoire paraît aujourd’hui. Piloté par Mme Lebel, ce projet met à contribution une quarantaine de citoyens de la ville.
« Le projet avait été abandonné par la ville, pourquoi avez-vous décidé de le reprendre?
Quand la ville a décidé de ne pas poursuivre le projet pour raisons financières, je me suis dit : ‘’Non ce n’est pas possible que Hearst n’ait pas son livre pour le centenaire’’. Je n’avais pas le temps d’écrire tout toute seule, mais j’ai pensé à utiliser le modèle de la photovoix. 100 photos, 100 mots avec une pour chaque année. Je pensais que j’étais capable de mener ce projet-là toute seule, mais rapidement je me suis rendu compte que c’était nécessaire d’avoir un comité de sélection et c’est de là qu’est arrivé l’aspect collaboratif. C’était devenu rapidement un projet communautaire avec plus de 40 auteurs différents.
Sur quoi avez-vous basé le choix des photos pour chaque année?
Notre démarche était vraiment basée sur le dialogue avec les collaborateurs et le comité d’édition. On voulait vraiment faire intervenir une variété d’auteurs et montrer la diversité, mais aussi l’évolution de la ville. La réalité d’aujourd’hui à Hearst, c’est justement les nouveaux arrivants, les Africains, les étudiants internationaux. Donc c’était important qu’ils puissent participer au projet et donner leur regard sur l’histoire. Puis on sait que Hearst est une ville de hockey, mais on ne voulait pas se focaliser là-dessus.
On voulait aussi ne pas montrer que des personnalités connues, mais dresser des portraits sous-représentés de la ville, comme les femmes, et les autochtones. C’est pour ça qu’en couverture ce sont de parfaits inconnus que nous avons choisis, le but c’était de raconter une communauté.
Quels ont étés les principaux défis dans la collecte des informations?
La première, je dirai que c’est de trouver des photos de qualité, en plus de leur pertinence historique. Après il y a tout l’aspect de dépasser le politiquement correct. Il a fallu vraiment faire attention à ne pas heurter la sensibilité des uns et des autres, mais en même temps respecter le contexte historique de l’époque. Par exemple au niveau de la manière de titrer des photos, surtout quand on montrait des choses en lien avec la question des autochtones. Aussi, je pense à la traduction qu’il a fallu faire, dans les deux langues et à la recherche de commanditaires. On a tout fait bénévolement pendant deux ans et en pleine pandémie : faut le faire! Ce n’était pas évident!
Quelle a été la réponse des citoyens pendant la collecte?
Disons que ce n’était pas celle qu’on espérait. On a fait un appel aux citoyens pour avoir des photos inédites et puis, finalement, on n’a pas reçu de réponse, donc on a dû piocher dans les collections existantes. Après coup, on a eu des personnes qui nous ont approchés en disant ‘’Hey, t’aurais dû nous demander de l’aide’’, alors qu’on l’avait fait. Il n’y a pas d’engouement pour le patrimoine, mais on espère que, justement, le livre va permettre ça et que les gens vont amener des éléments de valeur aux archives.
Des choses que vous avez découvertes vous ont-elles particulièrement surprise?
L’historienne que je suis connaissait pas mal de choses de cette ville où je vis depuis 30 ans, mais je pense que le public va apprendre des choses surprenantes. Je pense au couvent Saint-Joseph qui a longtemps été une référence, mais n’existe plus maintenant. On a découvert que, dès les années 1920, il y avait des enfants autochtones qui y avaient étés placés. Et aussi, on a un petit cadeau à la fin, avec la possibilité de retrouver ses ancêtres grâce à un gros travail à partir du premier recensement des arrivants.
Comment résumeriez-vous 100 ans d’histoire de Hearst en quelques mots?
Je dirai l’originalité. Cette petite ville est complètement différente des autres, comme le dit la bannière à l’entrée de la ville. Et après avoir vécu dans beaucoup de villes, je peux le confirmer. Différente dans sa richesse culturelle, dans son entrepreneurship, dans son côté chauvin aussi. C’est terrible dit comme ça, mais c’est simplement que ce sont des gens de province, mais profondément citadins. C’est comme si la ville avait un instinct qui l’amène à se battre, à sentir quand le vent tourne. »
HAWKESBURY – De beaux échanges culturels sont à prévoir du 30 juin au 3 juillet alors que la diversité canadienne sera célébrée pour la Fête nationale avec plus d’une centaine d’artistes dont Corneille, les Hey, wow et Ari Cui Cui au Festival multiculturel de Hawkesbury.
« Les festivals multiculturels, ce sont les meilleurs. C’est tellement unique ce que tu vis pendant ces événements. C’est the best! », lance le leader du groupe folklorique Hey, Wow, Jean-Marc Lalonde en entrevue avec ONFR+.
« Je trouve ça super enrichissant d’être au contact de tout le monde. Ce sont des valeurs inclusives que je trouve super importantes », ajoute la chanteuse et conteuse pour enfants Ari Cui Cui.
Pour la première fois cette année, les festivités se tiendront à la Place des pionniers de Hawkesbury où les artistes feront leur prestation sur deux scènes extérieures et dans des haltes culturelles. En partenariat avec le projet de Communauté francophone accueillante, la municipalité souhaite faire du festival un point tournant dans son esprit communautaire « réinventé ». La participation est gratuite.
Le groupe Hey, Wow. Crédit image : TFO
La magie multiculturelle
Il va sans dire que le Festival de Hawkesbury fait voyager ses participants d’un bout à l’autre de la planète musicalement. Le programme affiche des artistes comme Mi’gmafrica, un groupe afro-autochtone caractérisé par sa fusion entre la culture micmaque et sénégalaise.
Lors de son spectacle de conte Ari Cui Cui mijote un voyage, l’artiste apprendra aux enfants à dire « bonjour » en sept langues. L’identité de ces langues demeure une surprise!
Selon la chanteuse, les voyages permettent un enrichissement culturel et forment des valeurs à transmettre aux enfants à l’heure où la diversité fait de plus en plus sa place au Canada.
« La bougie d’allumage se fait à partir de l’intérêt et de la curiosité. J’essaie de leur mettre l’eau à la bouche », explique Ari Cui Cui.
L’artisteAri Cui Cui. Crédit image : Damian Siqueiros
Jean-Marc Lalonde poursuit dans cet état d’esprit en rappelant que ce qui est traditionnel à un endroit est exotique ailleurs. Son groupe en a souvent fait l’expérience lors de ses spectacles notamment aux États-Unis.
Les célébrations du Canada à Hawkesbury sont donc pour lui une belle occasion de venir présenter sa musique à différents publics attirés par les artistes issus de la diversité.
« N’importe quand qu’il y a un festival multiculturel, on est toujours là pour représenter les francophones », raconte-t-il.
Ainsi, tant les spectateurs que les artistes s’enrichiront dans ces festivités du Canada qui représentent en quelque sorte l’ensemble des différents apports culturels qui construisent le pays tous les jours.
L’affiche du Festival multiculturel de Hawkesbury. Gracieuseté
TORONTO – En réponse au renversement de l’arrêt Roe v. Wade, plus de 200 Torontoises et Torontois ont mené une marche ce mercredi afin de manifester leur indignation devant le parlement ontarien puis le Consulat général des États-Unis à Toronto.
Si la pluie paraissait hésitante ce jour-là, plus de 200 personnes étaient loin de l’être. En effet, pour crier haut et fort leur désaccord et surtout leur colère à l’encontre de la volte-face historique de la Cour suprême américaine qui a renversé l’arrêt Roe v. Wade qui octroyait un droit fédéral à l’avortement, plusieurs personnes se sont données rendez-vous à Queen’s Park, et ce via les réseaux sociaux.
Une manifestation qui avait tout de spontané et dont l’itinéraire de la marche est demeuré secret jusqu’à la dernière minute afin de ne pas attirer les foudres des anti-avortement.
Plus de 200 personnes ont manifesté à Toronto ce mercredi suite à la décision de la Cour suprême américaine de renverser l’arrêt Roe vs Wade. Crédit image : Soufiane Chakkouche
Le parcours de la marche qui a suivi a débuté devant l’Assemblée législative de l’Ontario pour finir devant un lieu hautement symbolique : le consulat général des États-Unis à Toronto. 1,5 km durant lequel les contestataires n’ont pas cessé de donner de la voix.
« Je suis là pour que les députés dans le bâtiment derrière moi (Queen’s Park) ne pensent jamais à revenir sur des droits acquis comme l’avortement. La preuve que c’est possible est que je suis là à manifester avec ma fille alors que j’étais là avec ma mère à manifester pour la même cause il y a plus de 30 ans, c’est inacceptable », nous livre Renée S., l’une des personnes en tête du cortège.
Les hommes aussi ont répondu présents
Les hommes n’étaient pas en reste. Beaucoup étaient de la partie, pancartes bricolées et/ou haut-parleurs à la main pour soutenir les femmes dans ce combat.
« Je suis venu avec mon amie pour supporter le droit des femmes à l’avortement. Ce qui s’est passé aux États-Unis ces derniers jours est tout simplement incroyablement tragique. Je ne veux surtout pas voir la même chose arriver au Canada, surtout lorsque l’on sait qu’il y a beaucoup de députés ici qui sont en faveur de l’abolition du droit à l’avortement, c’est pour ça qu’on prend les devants, aujourd’hui », explique Jake Barton, venu en couple pour protester.
Jake Barton et son amie Roxy Tsao venus en couple pour manifester. Crédit image : Soufiane Chakkouche
L’arrêt datant de 1973 constituait une protection fédérale au droit à l’avortement aux États-Unis. Mais la plus haute juridiction américaine l’a annulé, laissant les États américains libres d’interdire l’interruption volontaire de grossesse. L’onde de choc a atteint le Canada. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, notamment à Ottawa et Montréal, avant celle de Toronto ce mercredi.
Difficulté d’accès à l’avortement au Canada
Si beaucoup de manifestants s’accordent à dire que la probabilité de voir le droit fédéral à l’avortement au Canada annulé est minime, mais pas nulle, il n’en demeure pas moins que le problème d’accès à l’avortement était également sur toutes les lèvres.
« Beaucoup d’entre nous regardent ce qui se passe aux États-Unis et se disent qu’il n’est pas improbable que cela arrive aussi au Canada. Il est vrai que le droit à l’avortement est là aujourd’hui, mais d’un autre côté, on éprouve toujours de la difficulté à accéder à l’avortement surtout pour les femmes qui habitent dans l’est du Canada », alerte Renée S.
Renée S, une maman venue manifester avec sa fille. Crédit image : Soufiane Chakkouche
Par l’Est du pays, cette maman fait certainement référence à la province du Nouveau-Brunswick où des organismes militants comme l’Association canadienne des libertés civiles n’ont eu de cesse de dénoncer le fait que la Loi sur l’avortement n’y est pas respectée. Pour rappel, l’accès à l’avortement n’est possible que dans trois hôpitaux au Nouveau-Brunswick dont deux se situent à Moncton.
Par ailleurs, il est à noter qu’aucun organisme francophone ou ses représentants, y compris ceux défendant les droits des femmes n’était présent à cette manifestation.
L’avortement en Ontario : ce qu’il faut savoir
Depuis la décision historique de la Cour suprême en 1988, l’avortement au Canada n’est plus considéré comme un crime aux yeux de la loi. En théorie, les femmes peuvent y avoir recours à leur demande, à la charge de l’État et à tout moment.
Cependant, il existe dans chaque province une limite de temps à ne pas dépasser. En Ontario, elle est de 23 semaines, ce qui fait de la province l’une des plus souples en la matière. Au delà de ce délai, ironie du sort, c’est bien chez l’Oncle Sam que les Ontariennes se rendaient pour subir un avortement.
Quant à l’accès à l’avortement en français, c’est une autre paire de manches, ne serait-ce que parce que l’unique établissement de santé universitaire francophone de l’Ontario, à savoir l’hôpital Montfort d’Ottawa, n’est pas en mesure de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse par acte chirurgical. Cela limite considérablement son seuil d’acceptation qui ne dépasse guère neuf semaines.
Longtemps attendue par les acteurs franco-ontariens opérant dans la chose économique, l’étude concoctée conjointement par la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) vient d’être dévoilée ce mercredi, et ses résultats sont pour le moins surprenants.
Livre blanc de l’économie franco-ontarienne, c’est ainsi que se nomme le rapport présenté par l’AFO et la FGA mettant l’accent sur le rôle enfin quantifié que jouent les entreprises franco-ontariennes dans le tissu économique de la province.
Huit mois étaient nécessaires pour dessiner ce portrait à cause de commandes spéciales et payantes à Statistique Canada pour créer des données qui n’existaient pas auparavant selon les commanditaires de l’étude.
Par ailleurs, cette initiative fait office d’une première du genre. En effet, hormis un profil sommaire dressé par la FGA l’année dernière et quelques chiffres parcellaires et agrégés glanés çà et là, il était quasi-impossible de trouver des données fiables à propos des sociétés franco-ontariennes. Aucune étude, y compris gouvernementale, n’avait vu le jour jusque-là.
Richard Kempler, directeur général de la FGA. Archives ONFR+
« L’idée de base était de savoir le plus précisément et le plus finement possible qu’est-ce que l’économie franco-ontarienne et son poids dans l’économique de la province, notamment sur le plan démographique et sectoriel. Cela va nous permettre d’être crédibles et précis vis-à-vis de nos demandes adressées aux différents paliers du gouvernement pour aider à la croissance et au développement de la communauté des affaires franco-ontariennes », explique Richard Kempler, directeur général de la FGA.
Les entreprises francophones engendrent plus d’emplois et de revenus
Avec 30 150 entreprises francophones, soit 4,3 % de l’ensemble des sociétés, l’Ontario compte près de 50 % des PME francophones du Canada hors Québec. À titre comparatif, le rapport publié par la FGA en mars 2021 estimait le nombre d’entreprises francophones qu’à 18 875, faute de n’avoir pas inclus les entreprises constituées sous un schéma sans aucun employé.
Autre fait saillant, la main-d’œuvre bilingue crée quelque 80 milliards de dollars de valeur et participe de la sorte à hauteur de 12 % du PIB de la province.
Source : Statistique Canada
Mieux que cela, à en croire ce nouveau document, « la proportion d’entreprises créatrices d’emplois est plus importante chez les francophones que chez les non-francophones. De plus, ces entreprises sont proportionnellement plus nombreuses à générer des revenus supérieurs à 50 000 $ ». Autrement dit, les entreprises francophones créent plus de richesse que leurs homologues anglophones et autres.
Pour le revenu comme pour l’emploi, M Kempler attribue majoritairement ce mérite au biculturalisme.
« C’est fortement lié à l’immigration. Nécessité faisant loi, quand un immigré francophone arrive ici et qu’il monte une société, pour recruter, il va aller chercher des immigrées francophones comme lui, c’est ce qui explique qu’il existe un foisonnement légèrement plus important que les anglophones en termes d’emploi. »
Quant à « l’excédent » en revenu, il préfère citer le philosophe et historien français, Michel Serres : « Quand tu es l’héritier de deux cultures, tu es plus que la somme de deux cultures ». C’est cette capacité d’ouverture d’esprit et cette faculté d’adaptation qui se retrouvent dans les idées et le processus créatif des entrepreneurs francophones d’après le directeur général de la FGA.
Source : livre blanc FGA/AFO
Gare au Nord
Néanmoins, si le nombre d’entreprises francophones a augmenté de 19 % en sept ans, soit deux points de plus que les entreprises non francophones, il n’en est pas moins vrai que le Nord accuse un déficit, voire une régression en la matière pour se situer bien en deçà de la moyenne de la région.
« Dans le Nord, il y a un certain vieillissement de la population et on sait qu’on entreprend plus lorsqu’on est jeune. C’est ce qui explique, en grande partie, ce recul de l’entrepreneuriat francophone. Et pourtant, c’est une région qui possède toutes les conditions pour la réussite de telles entreprises, comme l’université francophone, le bassin d’une population dynamique et la présence de matières premières », s’interroge Richard Kempler.
Toutefois, si cette étude a le mérite de présenter un premier tableau de bord de l’économie franco-ontarienne, elle n’en demeure pas moins non exhaustive. Et pour cause, un point important n’y a pas été abordé, et ce par souci d’une quantification précise, selon ses auteurs. Il s’agit de la digitalisation des sociétés franco-ontariennes dont 60 à 80 % ne possèdent pas de solution e-commerce d’après la FGA. Un véritable handicap dans le développement et l’organisation d’une entreprise en cette ère prépandémique.
Au cours de la conférence de presse, Carol Jolin a souligné le fort potentiel de l’économie franco-ontarienne qui peut désormais s’appuyer sur un portrait précis, utile aux prises de décision futures pour la développer.
SUDBURY – Alors que le mois de la fierté touche à sa fin, la culture queer continue d’attirer l’attention dans le nord de la province où de plus en plus de drag queens séduisent la jeunesse. Entre travestissement, spectacle et identité, ces personnalités hors du commun ont été au cœur d’initiatives inédites au cours du dernier mois, mais le chemin à parcourir est encore long selon de jeunes queersde la région.
Que ce soit dans le Moyen-Nord à Nipissing Ouest ou plus haut à Hearst, la culture queer commence timidement à se tailler sa place hors des grands centres.
Jenna Seppa, alias Michel Gervais, est originaire de Nipissing Ouest, et selon la drag queen de 23 ans, il y a des besoins dans le Nord auxquels il est important de répondre.
Celui qui a vécu plusieurs années à Toronto a décidé de retourner chez lui afin de contribuer à l’essor du mouvement et faire une différence dans sa communauté.
Passionnée par les arts visuels, le cinéma, la danse et le théâtre, Jenna Seppa est tombée dans l’univers de la performance drag à Toronto et a décidé d’en faire son activité principale après avoir connu un grand succès dans les compétitions.
Pour Zakary Bolduc, pratiquer l’art du drag est une manière d’explorer sa propre identité. Du haut de ses 19 ans, le jeune homme originaire de Hearst s’est découvert d’une autre façon grâce au travestissement.
Après un coming out forcé par un camarade de classe au secondaire, Zakary Bolduc reconnaît avoir été soulagé et eu la force d’annoncer à sa famille qui il était. Avoir grandi en regardant des programmes tels que RuPaul’s Drag Race a permis à ce jeune qui exerce dans les médias de se sentir finalement libre d’arborer fièrement sa personnalité dans sa région où il souhaite demeurer.
Montée du conservatisme
Porter des talons hauts et des robes à Hearst est loin de passer inaperçu et le regard des autres peut parfois être curieux, voire inquisiteur, dans une communauté du Nord tel que l’a expérimenté Zakary Bolduc à Hearst.
De son côté, Michel Gervais a pu constater qu’il existe une certaine résistance dans les petites communautés du Nord qui peut particulièrement nuire à l’émancipation des jeunes queers.
« Il y a une réaction négative des gens plus conservateurs qui aiment pas voir ce progrès-là » – Michel Gervais
« Il y a une réaction négative des gens plus conservateurs qui aiment pas voir ce progrès-là, donc il y a de vrais défis dans le fait de s’afficher et d’être plus vocal sur son identité queer », confie-t-il.
Même s’il reconnaît des améliorations, notamment au niveau des programmes d’aides, de l’accompagnement parascolaire et de l’ouverture des parents, le jeune homme aimerait voir plus de progrès dans l’acceptation des nouvelles identités de genre dans le Nord.
Le manque de représentativité peut aller jusqu’à empêcher la tenue d’événements tels que le défilé de la fierté de Timmins, dont on a appris récemment le report en septembre prochain faute de volontaires.
Michel Gervais ajoute, par ailleurs, que les spectacles de drag queens dans le Nord ne mettent souvent en scène que des personnalités des grands centres de passage dans la région.
Besoin de pérenniser les événements
Un tout premier cabaret queer a eu lieu à Hearst les 10 et 11 juin dernier avec en tête d’affiche, des personnalités drag, telle que Scarlett Bobo, finaliste de la RuPaul Drag Race du Canada.
Un événement auquel ont notamment participé Michel Gervais et Zakary Bolduc et qui a rassemblé des personnes venues de près, mais également d’aussi loin que Drummondville et Thunder Bay.
Zakary Bolduc raconte avoir été électrisé par sa rencontre avec Scarlett Bobo, mais aussi ému par les réactions de la salle lors de sa toute première montée sur scène. Une expérience qu’il lui tarde de pouvoir renouveler.
Zakary Bolduc a fait ses premiers pas sur scène au premier cabaret de Hearst. Gracieuseté.
Avec un tel succès, un événement tel que celui-ci devrait pouvoir avoir lieu de manière permanente dans le Nord indique Michel Gervais qui regrette que la région n’ait qu’un seul bar queer à Sudbury.
Il espère ainsi monter son propre bar ou un restaurant afin de permettre à la communauté de voir des performances de drag queen, mais aussi dédier un espace pour la discussion des enjeux liés à l’identité queer.
Un autre projet qui lui tient à cœur serait de transporter l’idée avec son conjoint lui-même drag queen ailleurs dans la région : « Ce serait vraiment le fun d’avoir mon propre autobus ou van avec lequel voyager et porter notre spectacle partout dans le Nord. »
Si les drag queens ont la cote depuis plusieurs années, leurs homologues les drag kings ont plus de difficulté à sortir de l’ombre. Même si leur univers demeure méconnu, leurs performances sont tout aussi hautes en couleur. Pour clore ce mois de la fierté 2022, ONFR+ est allé à la rencontre de deux drag kings d’Ottawa, Cyril Cinder et Jak Ammer. Ils nous décrivent la genèse de leur alter ego masculin, ainsi que le besoin grandissant d’égalité dans la communauté de drag canadienne.
TORONTO–Le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPD) a une nouvelle fois choisi un chef unilingue à sa tête. Peter Tabuns a été nommé ce mardi soir pour assurer l’intérim après le départ d’Andrea Horwath. De nombreuses rumeurs le désignaient depuis quelques jours.
Le député de Toronto-Danforth a remercié, via son compte Twitter, les membres du NPD de l’avoir choisi comme chef du parti : « J’apprécie votre confiance. Vous savez que je me battrai pour les gens de cette province et je sais que vous le ferez aussi. »
Il succède à Mme Horwath, aux commandes depuis 2009, qui n’est pas parvenue à accéder au pouvoir lors des dernières élections, dans sa quatrième tentative. Elle avait annoncé son départ de la chefferie dans la foulée des résultats du 2 juin.
Peter Tabuns est un membre du parlement provincial de longue date. Élu pour la première fois dans la circonscription de Toronto-Danforth en 2006, puis réélu en 2007, 2011, 2014, 2018 et en 2022, il s’est occupé de divers projets et a occupé récemment les fonctions de porte-parole de l’opposition officielle en matière d’énergie et de crise climatique.
Andrea Horwah annonçant quitter la chefferie au soir des élections provinciales du 2 juin dernier. Crédit image : Abigail Alves Murta
L’élu torontois, qui tiendra une conférence de presse à Queen’s Park ce mercredi avant midi, hérite d’un parti diminué. Même s’il demeure la principale force d’opposition au gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford, le NPD a vu son nombre de sièges fondre de 40 à 31.
Andrea Horwath, de son côté, n’a pas exclu se lancer dans la course aux élections municipales dans son fief de Hamilton.
Vers une course à la chefferie à l’automne
« Sans chef, un parti perd de son importance médiatique », rappelle le politologue de l’Université McMaster, Peter Graefe. « C’est donc important de mettre quelqu’un en place qui peut piloter l’opposition, faire les suivis et veiller à l’imputabilité du gouvernement. »
Cette nomination par intérim en préfigure une autre. La course à la chefferie du NPD devrait probablement être lancée au fil de l’automne, avec un chef titulaire en place au début de l’année prochaine.
Après l’échec à accéder au pouvoir de la formation d’Andrea Horwath aux dernières élections, le parti pourrait être traversé, dans les mois à venir, par des débats idéologiques afin de changer certaines orientations politiques.
« Mme Horwath a pu fédérer une partie du Sud-Ouest autour de London, Hamilton et Niagara grâce au vote régional acquis au NPD, mais il risque d’y avoir au sein du parti un débat sur comment gagner des élections provinciales. C’est un débat en partie idéologique mais aussi lié au message et à la cible de ce message : faut-il aller chercher le vote des classes moyennes et des banlieues et, si oui, comment faire sans perdre sa base dans la classe ouvrière? »
Des questions auxquelles devront s’atteler M. Tabuns et son successeur.
Article écrit avec la collaboration de Rudy Chabannes.
L’an prochain, la Proclamation royale de 1763, fêtera ses 260 ans. De nombreuses nations autochtones et la Couronne se sont historiquement fondées sur des traités pour garantir une reconnaissance et un respect mutuel. Pourtant, cette relation entre les deux, à ce jour, est mal comprise, voire vaguement établie. Les peuples autochtones, qui ne sont pas des sujets de la Couronne, réclament un pardon pour le manquement quasi continu des traités censés les protéger.
Le prince Charles et sa femme, en déplacement au Canada en mai dernier, étaient allés à la rencontre de plusieurs représentants autochtones. Durant leur visite, Rose Anne Archibald, cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, demandait des excuses pour le manquement continu de la Couronne à respecter les traités. Mais aussi que la reine Elizabeth II, en tant que cheffe d’État du Canada et de l’Église Anglicane, s’excuse à son tour – après le Pape en avril dernier – auprès des survivants des pensionnats.
Le prince Charles, lors d’une allocution au terme de sa visite, expliquait vouloir de nouvelles relations, et s’est dit dévoué à écouter. « On doit trouver de nouvelles façons de coopérer avec la noirceur du passé. C’est un processus qui commence par le fait d’écouter(…). Nous voulons forger une nouvelle relation pour le futur. »
Pourtant, les peuples autochtones regrettent le silence de la Couronne face à la disparation de femmes autochtones, des pensionnats et de la violation des traités. Certains voient un espoir dans l’élection de Mary Simon, comme première femme autochtone en tant que gouverneure générale. Ou encore, dans les excuses de l’archevêque de Cantorbéry, le chef de l’Église d’Angleterre. Il n’empêche que ce sont les excuses de la reine, chef suprême de l’église, qui sont ici demandées.
Là encore, des accords conclus avec la Couronne britannique auraient été bafoués selon plusieurs défenseurs des droits autochtones. La Proclamation royale indique par exemple que « les nations sauvages avec lesquelles nous avons quelques relations et qui vivent sous notre protection, ne soient ni inquiétées et ni troublées dans la possession de telles parties de nos domaines et territoires comme ne nous ayant pas été cédés, ni achetés par nous ». Cette section de la Proclamation fait référence aux territoires et plus tard aux partages des ressources naturelles.
Une relation vieille et complexe
La relation entre les autochtones et la Couronne britannique est loin d’être simple.
D’abord, comme l’indique Karine Vanthuyne, chaire en enseignement universitaire de l’Université d’Ottawa, « les traités remontent au premier contact. Ce sont des traités territoriaux et des traités d’amitié et de bonne entente. Ils ont d’ailleurs régulièrement été bafoués, c’est donc évident qu’il y ait une colère accumulée ».
Karine Vanthyune, professeure et chaire en enseignement universitaire. Crédit : Université d’Ottawa
Cette relation, vieille de centaines d’années, s’est forgée dans l’histoire coloniale. Dès 1761, par exemple, Minavavana, un chef ojibwé de l’ouest de Manitoulin avait présenté une perspective reflétant l’opinion selon laquelle les Premières Nations n’avaient pas été conquises.
Il déclarait ainsi : « Anglais, quoique tu aies vaincu les Français, tu ne nous as pas encore vaincus! Nous ne sommes pas vos esclaves. Ces lacs, ces bois et ces montagnes nous ont été légués par nos ancêtres. Ils sont notre héritage et nous ne les céderons à personne. (…) Anglais, votre roi ne nous a jamais envoyé de présents, ni conclu aucun traité avec nous, c’est pourquoi lui et nous sommes toujours en guerre, et, jusqu’à ce qu’il fasse ces choses, nous devons considérer que nous n’avons pas d’autre père ou ami parmi l’homme blanc, que le roi de France. Vous êtes parmi nous, dans l’espoir que nous ne vous agresserions pas. Ne venez pas armer, avec l’intention de faire la guerre, venez en paix, pour commercer avec nous, pour nous fournir les nécessités, dont nous manquons beaucoup. Nous vous considérerons donc comme un frère et vous pouvez dormir tranquille, sans crainte. En gage de notre amitié, nous vous présentons cette pipe, à fumer. »
Cette déclaration s’inscrivait dans un désir de relation de gouvernement à gouvernement, de nation à nation.
Dès 1763, avec la Proclamation royale et 1764, avec le traité de Niagara, dans la majeure partie du Canada, les rapports se sont fondés entre la Couronne et les nations autochtones sur la base d’une collaboration et du partenariat permanent avec les peuples autochtones. Bien que l’autonomie et la compétence des Premières Nations ne soient pas claires, puisque la Proclamation a été rédigée sous le contrôle de la puissance coloniale de l’époque.
Proclamation royale du 7 octobre 1763 par le roi George III d’Angleterre. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / e010 778 430-v8
Pour Karine Vanthyune qui travaille sur la mémoire, l’identité et la défense des droits des peuples autochtones, « la Proclamation est un document colonial. C’est l’autorité royale, si on veut, qui a décidé de comment tout ça allait se passer. En même temps, le traité de Niagara a été signé entre les nations autochtones et la Couronne. Par ce traité, on voulait continuer de travailler ensemble comme des nations qui cohabitent. Il n’y avait pas, dans ce contexte à l’époque, l’idée de soumission à un pouvoir colonial. On parlait de relation de nation à nation. Une sorte de cogérance ».
Des excuses pour une bonne relation
Est-ce utopique de demander des excuses à la reine? À cette question, Karine Vanthyune, pense que « symboliquement des excuses seraient appréciées. C’est pourtant compliqué, puisque la monarchie anglaise représente le pouvoir colonial, donc dans un sens, si elle s’excuse pour cette affaire, il faudra qu’elle s’excuse pour de nombreuses autres ingérences à travers le monde. Je ne suis pas sûre que ça arrive un jour ».
Dans une allocution du 20 mai, le prince Charles annonçait reconnaître la souffrance des survivants et réitérait son désir de « travailler à mieux comprendre leurs douleurs et leurs souffrances ».
Pour la professeure, « les excuses permettent à ceux qui les reçoivent de passer à autres choses, mais s’excuser c’est aussi reconnaître ses torts. Je doute que la Couronne puisse assumer cela. Puis l’autre chose, c’est qu’après les excuses, il faut réparer, mais la Couronne n’a pas ce pouvoir, elle ne peut rien faire ».
Outre les affaires de pensionnats, ce qui atteint la relation entre la Couronne et les autochtones se joue dans les traités. « Les Canadiens pensent pensionnat, car ce sont les crimes le plus médiatisés, mais cela s’inscrit dans une longue liste de torts, qui sont des violations des droits et des accords signés », renchérit Mme Vanthyune.
En effet, bien que ces traités aient été signés bien avant le règne d’Elizabeth II, la demande des nations autochtones reste « que la reine reconnaisse que ses prédécesseurs n’ont pas respecté les ententes », souligne la professeure.
Une relation d’égal à égal
Durant le mouvement de protestation Idle No More entre 2012 et 2013, la cheffe Theresa Spence de la Première Nation d’Attawapiskat avait lancé une grève de la faim, après avoir demandé de l’aide pour sa communauté. Pour rappel des faits, « suite à une surpopulation et à problème de logement, la population de sa communauté vivait dans une situation catastrophique. En hiver, il fait jusqu’à -50 degrés là-bas, c’était dangereux, les gens chauffaient leurs maisons et elles prenaient feu, car complétement détérioré. La Croix-Rouge est intervenue. On parle du Canada, pas dans un pays du Tiers Monde. Bref, elle a demandé de l’aide et elle ne l’a pas eu, parce qu’on l’a accusé d’avoir mal géré les fonds », explique Karine Vanthyune.
Après cet événement, la cheffe avait exigé une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper et le gouverneur général David Johnston. Elle, ainsi que plusieurs de ses soutiens, ont écrit à la reine Elizabeth II en lui demandant d’ordonner au gouverneur général d’y assister.
« En faisant ce geste-là », raconte Mme Vanthuyne, « elle a rappelé qu’il y avait une entente de nation entre nation avec la Couronne britannique ».
« Cela démontre que pour les autochtones, ils n’ont jamais été conquis et c’est en fait fréquent – quand le gouvernement canadien ignore les autochtones – de se tourner vers de la Couronne. Ils se considèrent comme des co-souverains et veulent être reconnus comme tels. »
Pourtant, la relation entre les deux est sujette à beaucoup de ressentiment. En juillet 2021, après que plus de 750 tombes anonymes d’enfants qui avaient été découvertes sur le site d’un ancien pensionnat pour autochtones à Marieval. Les statues de la reine Victoria et de la reine Elizabeth II, avaient été déboulonnées à Winnipeg, au Manitoba.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
Je me revois encore comme si c’était hier, allongée sur mon lit dans ma petite chambre dans notre maison familiale Tunisoise, profitant de la lumière tamisée émanant de ma veilleuse en train de lire Tahar Ben Jelloun. Je ne lisais pas. Je dévorais entièrement les phrases et tournait frénétiquement les pages pour terminer un premier livre et entamer le suivant. Tahar Ben Jalloun fut pour moi une des meilleures découvertes d’auteurs contemporains d’origine maghrébine et qui écrivait en français. Un gars de « chez nous » comme dirait l’autre, mais qui fait parler de lui dans le bon sens!
Pour moi qui ai grandi en lisant des auteurs français comme la comtesse de Ségur, Émile Zola, Jules Vernes, Alphonse Daudet et j’en passe, Tahar Ben Jalloun était un auteur d’origine maghrébine encore en vie et qui d’autant plus créait des personnages que j’aurais pu rencontrer dans les ruelles de ma ville natale ou du moins en entendre parler.
Quelques années plus tard, j’oubliais presque Tahar Ben Jalloun en tombant sur Amine Maalouf, un auteur qui m’a transporté depuis les côtes de Carthage du Léon l’Africain jusqu’à Samarcande en passant par Jérusalem dans Les Croisades vus par les Arabes. Amine Maalouf un français d’origine Libanaise me faisait découvrir l’histoire des musulmans, des croisades, de mouvements aussi obscurs que fascinants comme celui des « Assassins », dont les vestiges de leur citadelle d’Alamut trainent encore aujourd’hui dans la montagne d’Elburz non loin de la capitale Téhéran.
Des auteurs d’origine arabe au parcours fascinant qui m’ont accompagné lors de mes journées de solitude mais aussi m’ont aidé à continuer de rêver : devenir écrivaine et pourquoi pas, moi aussi l’arabe qui a appris le français à la maternelle comme langue seconde. Quelle fut ma surprise et ma joie quand j’ai écouté Janine Massadié, quelques mois auparavant, au Salon du livre de Toronto, lire quelques pages de son récit épistolaire, « Lettre à Tahar Ben Jalloun ». Une lettre adressée à l’un de mes auteurs préférés ne pourrait être qu’intrigante pour le moins que je puisse dire.
Intrigante? Elle était, la lettre que Janine a écrit à « Tahar », comme elle l’appelle. Une intimité qui déborde mais aussi une certaine tristesse qui nous berce tout le long de ce texte. Massadié, canadienne d’origine arabe, parle doucement mais sans vergogne avec Ben Jalloun en lui posant des questions à la fois dures et simples. Sur l’état du monde, sur la justice, sur l’humanité.
Massadié glisse du personnel vers l’universel, de l’intime vers le général avec une aisance subtile en talonnant presque « Tahar » lui demandant ses opinions et son avis, lui qui a écrit « Cette aveuglante absence de lumière », un livre sur des prisonniers politiques de Tazmamart, un trou dans le désert marocain où ils ont dû passer dix-huit ans de leur vie en frôlant la mort et la folie. Comment trouver la lumière dans un monde aveuglé par la haine, par l’injustice et par les prisons?
Janine Messadié est insistante et persistante. Ses mots percutent, touchent le cœur et laissent des traces comme les gouttes d’eau qui tombent du ciel. Les larmes du ciel. Venant de cette partie du monde qui a vu pendant le siècle dernier de grands bouleversements politiques et sociaux, le colonialisme, la guerre civile et ses ravages, l’obscurantisme religieux, les invasions militaires, Janine Messadié, se tourne vers la littérature et ses hommes pour comprendre. Elle cherche, fouine, s’interroge puis se tourne vers le ciel. Toujours ce labyrinthe d’idées, toujours ces culs de sac qui renvoient à l’origine, notre existence. Nos souvenirs primordiaux.
Janine Messadié nous emporte avec elle dans ses mémoires. Un répit. Le temps de quelques souvenirs ensoleillés, de quelques jours heureux pour sombrer précipitamment dans la réalité, dérangeante et dangereuse. Une réalité qui cogne sur la porte de la Vérité. Comment expliquer ce monde? Avec la lettre de Janine à « Tahar », je me suis trouvée en face de mes propres démons. Des interrogations qui me torturent sans fin. La quête de la vérité, un défi que plusieurs d’entre nous, y compris Janine Messadié n’avons pas honte de chercher et surtout ne perdons jamais espoir de trouver.
Tahar Ben Jalloun, devient par ces écrits un peu le prophète de son temps, celui qui prêche la bonne parole, au vrai sens du mots, mais aussi cet homme littéraire qui au-delà des mots, jongle avec les idées au point de se rapprocher de la… Vérité. C’est pour cette raison, que Janine Messadié se confie à « Tahar », l’homme de lettres et d’idées, l’homme qui cherche la lumière dans la noirceur de l’humanité.
Quand mon mari, a été emprisonné en Syrie, il n’a pas pu rencontrer des hommes pendant presque un an. Quand il essayait de deviner l’heure de la journée, c’était à travers la visite des gardiens qui lui lançait la gamelle avec un repas abject dans sa cellule qu’il comparait à une tombe. Cette déshumanisation est la pire qu’une personne puisse subir m’avait-il raconté plus tard. Avant la prison, on m’appelait par mon prénom et nom de famille, en rentrant en prison je devenais un simple numéro, m’avait-il confié.
Comment ces prisonniers ont pu tenir le coup? Aller jusqu’au bout de la souffrance. Résister aux efforts de déshumanisation. Refuser de devenir un animal, un sujet, un objet. Janine Messadié veut en savoir quelque chose et la lectrice que je suis, également. Sa lettre est un cadeau, pour nous lecteurs. Un hommage à l’humanisme de Tahar Ben Jalloun, le « chercheur de vérité ». Une lucarne de lumière pour faire la connaissance d’un grand auteur de son temps. Un rappel à nous tous que nous sommes encore concernés par cette « absence de lumière » et que la retrouver serait notre gage pour un monde meilleur.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
EDMONTON – Après plus de huit ans à titre de doyen du Campus Saint-Jean en Alberta, Pierre-Yves Mocquais cèdera sa place le 30 juin prochain à Jason Carney. Le doyen quitte l’établissement marqué par de nombreuses interrogations au cours des dernières années sur la survie de l’établissement phare des francophones de l’Alberta. Rencontre avec celui qui considère que le vent est en train de tourner pour l’établissement fondé il y a plus de 110 ans.
« Très rapidement, résumez-nous un peu la situation du Campus Saint-Jean et pourquoi il s’est retrouvé en difficulté financière dans les dernières années?
Il y a eu plusieurs scénarios envisagés face aux compressions budgétaires importantes du gouvernement provincial à l’égard des universités du système postsecondaire. La possibilité de fermer un campus comme le Campus Saint-Jean parce qu’il est séparé du reste de l’Université de l’Alberta, parce ça coûte plus cher a été envisagée. Mais cette option n’a pas survécu très longtemps (…) C’est ça qui a eu tendance à mettre le Campus Saint-Jean sur la carte suite à une campagne très importante de l’ACFA (Association canadienne-française de l’Alberta) avec Sauvons Saint-Jean, qui a fait beaucoup réagir.
Le gouvernement fédéral a annoncé en partenariat avec l’Alberta vendredi une aide de près de 13,3 millions de dollars pour votre campus, comment voyiez-vous cette aide?
Il y a eu une prise de conscience des élus et des ministres fédéraux en tant qu’institution qui participe de manière fondamentale et au renforcement de la vitalité de la vie des communautés francophones. Je vois cette prise de conscience avec beaucoup d’optimisme. Je vois non seulement du gouvernement fédéral actuel, mais également de l’opposition conservatrice et néo-démocrate, une véritable volonté de faire en sorte d’améliorer considérablement la situation des institutions postsecondaires en contexte minoritaire (…) Il y a eu un certain nombre de facteurs qui ont fait que la situation du Campus Saint-Jean, en mon sens, après cette période difficile est en train de remonter.
Pourquoi dites-vous que la situation est en train de remonter?
Je vois ça comme un tournant incontestablement. C’est un point tournant, pas en termes de dollars, mais en termes d’attitude. Je n’ai pas une boule cristal, mais je peux dire que je termine huit années aux manettes du Campus Saint-Jean et pendant huit ans, j’ai fait des efforts pour faire comprendre que la situation du Campus Saint-Jean était financièrement préoccupante… mais il y avait un certain nombre de blocages.
Le recteurPierre-Yves Mocquais. Gracieuseté
Comment expliquez-vous cela?
Il y a des circonstances qui ont fait que maintenant, il y a quelque chose qui s’est débloqué… Quelqu’un m’a dit que c’était la première fois que le gouvernement provincial mettait de l’argent dans le Campus Saint-Jean en plus de ce qu’il contribue déjà de manière régulière à l’université et comme n’importe quelle autre faculté de l’Université de l’Alberta. Cette personne m’a dit que c’est une première depuis que le Campus Saint-Jean fait partie de l’Université de l’Alberta soit depuis 1977. Je ne suis pas retourné voir si c’était effectivement le cas, mais ça reste un fait qui est marquant.
Peut-on commencer à voir l’avenir de façon beaucoup plus rose?
Je pense qu’on commence un virage. Est-ce que le virage va se terminer? Je n’en sais rien… La situation du Campus Saint-Jean est améliorée et prometteuse, mais on n’est absolument pas tiré d’affaire. Je pense la même chose pour l’Université de Sudbury ou l’Université de l’Ontario français. Il doit y avoir au Canada une vision générale et canadienne des gouvernements canadiens pour soutenir un réseau d’établissements en français qui soit aussi vibrant et solide que possible, car c’est fondamental pour la vitalité des communautés en contexte minoritaires.
Vous quittez votre poste de doyen du Campus que vous occupiez depuis 2014 dans quelques jours, comment avez-vous vécu ces années?
Il y a deux points principaux. En premier, ça été pour moi une grande joie de contribuer, je l’espère, au renforcement d’une institution qui joue et doit jouer un rôle absolument fondamental dans la vie de la communauté francophone. Le deuxième point, qui contrebalance l’autre, est que ça été extrêmement difficile. J’ai été doyen de la faculté des sciences humaines à l’Université de Calgary, qui avait trois fois la taille et le nombre de professeurs que le Campus Saint-Jean et c’était beaucoup plus simple à gérer. Gérer le Campus Saint-Jean est complexe.
Qu’est-ce qui vous a marqué à votre arrivée au Campus Saint-Jean?
C’était une bulle! C’est une bulle minoritaire avec des minorités mêmes à l’intérieur. Des minorités grandissantes en particulier d’origine africaine. Donc, c’est une bulle à l’intérieur d’une autre bulle, qu’est la communauté francophone, qui elle-même se trouve à l’intérieur de la majorité. Fonctionner en contexte minoritaire est beaucoup moins simple que les gens pourraient le croire. Il y a une certaine mentalité minoritaire et il y a une certaine manière de voir le monde quand on est une minorité.
Vous soulignez le fait que vous avez fait carrière uniquement dans les Prairies depuis votre arrivée de France dans les années 1970?
J’ai fait toute ma carrière dans les Prairies. Jamais je n’aurais pensé que ça aurait été le cas! Initialement, j’avais l’intention de retourner en France après avoir obtenu mon doctorat (…) On m’a ensuite offert un poste à l’Université de Regina et je me suis dit que j’allais y aller pour quelques années. De fil en aiguille, on se retrouve à rester même si ce n’était pas prévu.
Gracieuseté
Vous en avez fait du chemin?
Oui, j’en ai parcouru du chemin et ce n’était pas quelque chose que j’avais prévu. Vous m’aviez demandé si j’envisageais de rester au Canada? Avant même que je déménage au Canada, j’avais dit oui à partout sauf dans les Prairies. J’aurais finalement passé la plus grande partie de ma vie dans les Prairies ce qui est intéressant, car ce n’est pas du tout ce que j’avais prévu.
Vous laissez votre place à Jason Carey qui va rentrer en poste après votre départ. Quel message avez-vous pour votre successeur?
On arrive toujours dans un poste — c’est ce qui m’est arrivé — avec un certain nombre d’idées, que ce soit des idées toutes faites ou des idées dures. Je dirais donc, de faire preuve de beaucoup d’humilité parce que les solutions que l’on peut avoir dérivent de quelque chose d’autre et d’expériences passées comme ça a été le cas. Certaines choses que j’avais apprises par le passé s’appliquaient, mais la majorité non. Donc il faut apprendre à connaître la réalité du Campus qui est très complexe, nuancée et délicate.
Quel héritage pensez-vous avoir laissé?
C’est difficile pour moi de répondre à ça, car il y a certaines choses spécifiques que je comptais terminer avant la fin de mon mandat (…) Je considère que quand je suis arrivé au Campus Saint-Jean, la situation financière était extrêmement précaire, je considère qu’elle est davantage solidifiée maintenant. Disons qu’il y a une assise un peu plus solide.
La deuxième chose est que je suis fier d’avoir engagé de jeunes chercheurs et professeurs tout à fait performants. J’espère aussi que la prise de conscience auprès de l’Université de l’Alberta et de la province de la valeur d’avoir cette institution unique en Alberta et dans l’Ouest a été augmentée. J’espère aussi avoir laissé un sentiment comme avant tout être au service du Campus Saint-Jean. »
LES DATES-CLÉS DE PIERRE-YVES MOCQUAIS
1951 : Naissance à Angers en France
1976 : Arrivée au Canada à l’Université Western
1978 : Obtient un poste de professeur à l’Université de Regina
1999 : Nommé doyen de la faculté des sciences humaines de l’Université de Calgary
2014 : Nommé doyen du Campus Saint-Jean
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Se déroulant ce week-end dans la Ville reine après une impasse de deux ans due à la pandémie, la parade de Toronto est le point d’orgue qui clôture les festivités du mois de la fierté. Plus d’un million et demi de participants y sont attendus dont beaucoup viennent de l’extérieur de l’Ontario et même en dehors du Canada, un pouvoir attractif qui s’explique par plusieurs éléments.
Très attendu par la communauté LGBTQ+, à plus forte raison après l’annulation des deux précédentes éditions pour cause de la Covid-19, le week-end de parade qui se déroule à Toronto du 24 au 26 juin, clôture le mois de la fierté en beauté.
« C’est un évènement majeur. Pour les jeunes gens de Sudbury par exemple, ou de Windsor ou encore d’Ottawa, c’est la seule fois dans leur vie où ils peuvent se retrouver dans un espace aussi vaste pour être à la fois vus et anonymes parmi les anonymes dans une foule. Pour ces jeunes, cet évènement est libérateur, ils en parlent toute l’année et l’attendent avec impatience », déclare Mathieu Chantelois, ancien directeur général de Pride Toronto.
Ceci étant, l’attractivité du festival dépasse les frontières ontariennes. En effet, selon le rapport de Pride Toronto traitant de l’impact économique de l’édition 2019, 5 % des participants sont venus d’au-delà les frontières du Canada et 30 % d’en dehors de la région du Grand Toronto.
Tout est une question de taille!
« La Pride de Toronto a un grand pouvoir attractif parce que, tout simplement, ce sont les plus grandes festivités de la fierté en Amérique du Nord. Le défilé de Toronto attire plus de monde que celui de New York par exemple. Durant la parade dominicale, ce sont deux millions d’âmes qui dansent, qui s’embrassent, qui s’aiment et qui se sentent libres et eux-mêmes. Je pense que c’est ce sentiment extraordinaire qui attire les gens », livre Mathieu Chantelois.
Mario Longtin, habitant à London et participe aux festivités du week-end dans la Ville reine. Gracieuseté
Des propos qu’atténue quelque peu Mario Longtin qui participe aux festivités du week-end dans la Ville reine.
« Pour nous, Toronto est la grande ville en comparaison avec London où j’habite et où il y a très peu de clubs, de saunas ou de boîtes de nuit. À London, ça demeure communautaire alors qu’à Toronto l’évènement prend une autre dimension en termes de grandeur. Mais ce sont deux types de parades différentes, c’est comme comparer des pommes et des oranges. »
Et de concéder : « Pour certaines personnes, c’est difficile de s’afficher dans leur communauté gay par exemple, alors qu’à Toronto, ils sont immergés dans l’anonymat. Il y a ça aussi qui joue, à mon avis. »
« Mieux que le TIFF »
L’autre aspect, ô combien important, qui fait la renommée discrète de l’évènement est la manne économique qu’il génère.
« Les gens ne se rendent pas nécessairement compte de l’importance de cette Pride, y compris sur le plan économique. Les retombées dans ce domaine pour la ville sont plus importantes que celles du TIFF. Je vous mets au défi de trouver ce week-end une chambre d’hôtel libre à Toronto, c’est impossible », avance l’ex-directeur de Pride Toronto.
Mathieu Chantelois (à gauche), ancien directeur général de Pride Toronto en compagnie de John Tory, maire de Toronto. Gracieuseté
Les chiffres ne sont pas pour le faire mentir. Toujours selon le rapport économique de l’organisme, en 2019, le festival a contribué à hauteur de 374 millions de dollars au PIB de la province et a généré quelque 149 millions de dollars en revenus fiscaux. De quoi donner envie aux responsables de la Ville de lui accorder une place de choix dans leur agenda.
TORONTO – La composition du cabinet de Doug Ford a enfin été dévoilée ce vendredi. Caroline Mulroney reste la ministre des Transports et des Affaires francophones.
La reconduction de Caroline Mulroney aux Affaires francophones n’est pas une surprise.
Nommée en juin 2018 à ce poste, la députée de York-Simcoe est l’une des rares à pouvoir parler en français dans le caucus francophone, à l’exception des élus Stéphane Sarrazin et Natalia Kusendova.
Durant sa première année de mandat, Mme Mulroney avait été la cible de beaucoup de critiques de la part des francophones. En novembre 2018, la décision de Doug Ford de mettre fin provisoirement au projet d’une université francophone en Ontario, et à l’indépendance du Commissariat aux services en français, avait déclenché une levée de boucliers dans la communauté.
Par la suite, la ministre Mulroney a notamment contribué à la refonte de la Loi sur les services en français adoptée en décembre 2021, ainsi qu’une série d’investissements dans le domaine de l’économie pour stimuler le milieu des affaires en français
Quant au poste de ministre de la Santé, ce dernier était particulièrement convoité depuis l’annonce du départ de Christine Elliott en mars dernier. Ce pilier des progressistes-conservateurs sera remplacé par Sylvia Jones, qui sera aussi la vice-première ministre. Jill Dunlop aura, de son côté, la tâche de régler le dossier de l’Université de Sudbury et du postsecondaire dans le Nord de l’Ontario. Elle est de retour à titre de ministre des Collèges et Universités.
Pour la politologue Stéphanie Chouinard, « avec la sortie de la COVID-19, on va voir si le gouvernement va se trouver une nouvelle mission. Concernant Sylvia Jones, on s’en doutait que ce serait la nouvelle ministre de la Santé. C’est quelqu’un en qui Ford a vraiment confiance ».
Jill Dunlop et Sylvia Jones.Montage ONFR+
Un autre poste névralgique n’est autre que celui de ministre de l’Éducation. Stephen Lecce est reconduit pour quatre années supplémentaires – sauf si remaniement – comme ministre responsable du système éducatif. Sans surprise, Peter Bethlenfalvy est de retour comme ministre des Finances. Les dossiers chauds du logement seront attribués à Steve Clark, comme en 2018.
Le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Stephen Lecce. Archives ONFR+
Avec un caucus de 83 députés, le premier ministre n’avait que l’embarras du choix. Sans surprise certains ministres ont retrouvé leur poste, d’autres s’essayeront pour une première fois. Après avoir gagné la course par une imposante majorité, Doug Ford démarrera son deuxième mandat avec un nouveau cabinet, pas si nouveau. Comme l’explique Stéphanie Chouinard : « très peu de changement finalement, Ford a reproduit quasiment le même cabinet ».
La surprise cependant est la nomination du neveu de Doug Ford, Michael Ford qui devient ministre des Affaires civiques et du Multiculturalisme.
Caroline Mulroney et Doug Ford lors de l’annonce de la nouvelle composition du cabinet des ministres. Crédit : Soufiane Chakkouche
Vingt-cinq des ministres sortants ont été réélus à l’issue des élections ontariennes. Voilà, un des grands défis du premier ministre dans cette nouvelle composition. Qui a retrouvé les bancs de son ministère et qui a quitté le navire?
Un cabinet de 30 ministres au lieu de 28 comme en 2018, sept femmes et 23 hommes. Charmaine Williams est la première femme noire de ce nouveau cabinet et elle est la ministre associée des Perspectives sociales et économiques pour les femmes. Un nouveau ministère tout comme celui de George Pirie, ministre des Mines, avec mandat élargit au développement du Cercle de feu.
D’après Stéphanie Chouinard, seulement deux des ministres réélus ne font pas partie du nouveau cabinet, il s’agit de Lisa Macleod et Ross Romano. « Pour le reste, on a l’impression que Doug Ford a interprété le résultat des élections, comme un désir de continuité. »
Pour la politologue, il n’y a pas de surprises, « les gros postes ont été redonnés à ceux qui les avaient déjà ».
Le cabinet exécutif de l’Ontario se dessine ainsi :
Doug Ford, premier ministre de l’Ontario et ministre des Affaires intergouvernementales
Sylvia Jones, vice-première ministre et ministre de la Santé
Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances
Paul Calandra, ministre des Soins de longue durée, ministre des Affaires législatives et leader parlementaire du gouvernement
Raymond Cho, ministre des Services aux aînés et de l’Accessibilité
Steve Clark, ministre des Affaires municipales et du Logement
Doug Downey, procureur général
Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités
Vic Fedeli, ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, avec mandat élargi aux petites entreprises
Michael Ford, ministre des Affaires civiques et du Multiculturalisme
Merrilee Fullerton, ministre des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires
Parm Gill, ministre de la Réduction des formalités administratives
Michael Kerzner, solliciteur général
Stephen Lecce, ministre de l’Éducation
Neil Lumsden, ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport
Monte McNaughton, ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences
Caroline Mulroney, ministre des Transports et ministre des Affaires francophones
David Piccini, ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs
Graydon Smith, ministre des Richesses naturelles et des Forêts
George Pirie, ministre des Mines, avec mandat élargi au développement du Cercle de feu
Kaleed Rasheed, ministre des Services au public et aux entreprises
Greg Rickford, ministre du Développement du Nord et ministre des Affaires autochtones
Prabmeet Sarkaria, président du Conseil du Trésor, avec mandat élargi à la gestion des situations d’urgence et de l’approvisionnement, y compris Approvisionnement Ontario
Todd Smith, ministre de l’Énergie
Kinga Surma, ministre de l’Infrastructure, avec mandat élargi à la gestion des biens immobiliers du gouvernement
Lisa Thompson, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales
Stan Cho, ministre associé des Transports
Michael Parsa, ministre associé du Logement
Michael Tibollo, ministre associé délégué à la Santé mentale et à la Lutte contre les dépendances
Charmaine Williams, ministre associée des Perspectives sociales et économiques pour les femmes
OTTAWA – La fin de session parlementaire à Ottawa jeudi est signe de bilan, notamment dans le cadre des langues officielles. La ministre Ginette Petitpas Taylor dresse un résumé « pas parfait », mais dit avoir le sentiment d’en avoir accompli beaucoup. Elle espère que son projet de loi C-13 réformant la Loi sur les langues officielles sera adopté d’ici la fin de l’année 2022.
Nommé par Justin Trudeau au portefeuille des Langues officielles à l’automne dernier, son mandat aura été marqué par cette nouvelle mouture de cette Loi, qui tarde toujours à être adoptée après plusieurs années de promesses libérales. Il y a aussi eu des sagas au niveau judiciaire. Tout d’abord à la fin mars, les libéraux sont passés proches d’aller en Cour suprême contre des minorités francophones, se retirant à la dernière minute à la suite de pressions internes. Quelques semaines plus tard, le gouvernement Trudeau a porté en appel une décision des tribunaux qui invalidaient la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone au Nouveau-Brunswick. Ce geste a soulevé l’ire des organismes acadiens et quelques députés néo-brunswickois qui ont dénoncé l’action de leur propre gouvernement.
« C’est sûr que ce n’était pas parfait, mais on a accompli beaucoup… Il faut prendre quand même un pas de recul, c’était un nouveau dossier pour moi. Il y avait beaucoup de nouvelles personnes que je devais rencontrer et que je voulais connaître. Donc, ç’a été huit mois chargé », avance Ginette Petitpas Taylor en entrevue avec ONFR+.
Mais pour les conservateurs, les sagas des derniers mois comme dans le cas du lieutenant-gouverneur au Nouveau-Brunswick ont démontré « le manque d’intérêt » du gouvernement à vouloir s’attaquer au déclin du français.
« On voit que les libéraux sont en chicane à l’interne. Il y a un groupe qui défend la langue française, mais la majorité des gens qui siègent au conseil des ministres ne sont pas de cet avis-là (…) Il ne semble pas y avoir de cohérence et de coordination au sein de ce parti », observe le député Joël Godin.
Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Crédit image : Twitter
Ginette Petitpas Taylor « a eu la malchance d’arriver seconde » après la mouture de Mélanie Joly en juin dernier, mais l’étape après C-13 sera cruciale, estime la politologue Stéphanie Chouinard.
« C-32 marquait un pas et un changement de direction dans les principes avancés par rapport à la Loi sur les langues officielles de 1988. C’est certain que dans un cas comme dans l’autre, c’était des projets de loi qui étaient perfectibles et qui le sont toujours (…) On sait qui sont les mauvais élèves au sein de la fonction publique alors avoir une bonne loi est un excellent départ, mais il faudra aussi qu’il y ait une mise en œuvre sérieuse et que les suivis soient faits », analyse la professeure au Collège militaire royal de Kingston.
Loi sur les Langues officielles
C-13 doit retourner au Comité des langues officielles pour une quinzaine de séances alors que la chambre sera de retour à la mi-septembre.
« J’espère que je vais avoir pour Noël un projet de loi qui va avoir la boucle rouge dessus et puis qu’on pourra dire que ça sera le produit final, mais on va attendre de voir ce qui va se passer à l’automne », soutient Mme Petitpas Taylor.
« C’est un peu décevant qu’on n’ait pas réussi à finir le travail aux Communes avant l’été », soupire la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) Liane Roy. « Chaque mois où on n’a pas de loi a un impact sur nos communautés. Alors c’est quand même très important que ça se fasse très rapidement à l’automne », ajoute-t-elle.
« C’est un projet de loi historique et il ne faut pas perdre notre temps, mais il faut assurer que ça soit amélioré. »
La néo-démocrate Niki Ashton
L’organisme porte-parole des minorités francophones a l’appui de toutes les oppositions pour ses six amendements proposés à cette pièce législative, comme l’ajout de clauses linguistiques dans les ententes avec les différents gouvernements provinciaux.
Liane Roy en compagnie de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Twitter.
La ministre évite de dire si son parti appuiera les revendications de la FCFA ou encore les plus récentes suggestions du commissaire aux langues officielles.
« Le comité continue à faire l’étude du projet de loi. J’ai bien hâte de voir quels seront les recommandations et amendements finaux. Moi, ce que je veux, c’est le meilleur projet de loi possible… Tout projet de loi peut-être amélioré, on peut toujours faire des ajouts. Quand on regarde ce qui existe actuellement, on voit qu’il y a déjà beaucoup d’améliorations et qu’il y en a beaucoup par rapport à C-32 », considère-t-elle.
Même si déposer en dehors des 100 jours promis, la proposition des libéraux auraient pu avoir obtenu la sanction royale, mais « les membres de l’opposition ont choisi de ne pas coopérer avec nous », critique cette dernière.
Mais pour les néo-démocrates, C-13 dans sa forme actuelle ne mérite pas la sanction royale.
« Il doit y avoir des améliorations. C’est un projet de loi historique et il ne faut pas perdre notre temps, mais il faut assurer que ça soit amélioré. Pour nous, c’est clair que les libéraux ont une chance de le faire et on espère qu’ils vont écouter les communautés francophones », dit la députée néo-démocrate Niki Ashton.
De son côté, le Bloc Québécois, qui s’oppose au projet de loi en tant que tel, dit vouloir se ranger derrière l’appel du gouvernement québécois dans ce dossier-là.
« On sera là pour soutenir le français au Québec dans tous les scénarios », affirmait mercredi le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet.
Postsecondaire à Sudbury
Dans la situation d’une université dans le Nord de l’Ontario, Ginette Petitpas Taylor dit vouloir attendre la fin du processus administratif de l’Université de Sudbury. Ottawa avait annoncé à la fin avril une aide de deux millions de dollars pour l’établissement francophone.
« De là, on pourra voir qu’est qui va être la prochaine étape pour nous comme gouvernement », signale celle qui avait ouvert la porte à conclure une entente avec l’Ontario pour règler la saga.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d’une annonce à l’Université de Sudbury. Crédit : Dominique Demers
Cet argent est tiré d’une enveloppe de 121 millions sur trois ans dans la mise à jour économique de 2021. En campagne électorale, les libéraux avaient promis que ce montant passerait de 40 à 80 $ millions, mais les établissements n’ont toujours pas vu ce montant être doublé, absent du budget de 2022.
« Est-ce que je peux donner une date maintenant sur exactement quand ça va être doublé? Non, mais pour moi c’est une priorité absolue et on va continuer à s’assurer que ça va être fait plus tôt que plus tard », indique la députée acadienne.
Cette dernière doit maintenant faire le tour du Canada dans les prochains mois dans le cadre des consultations sur le Plan d’action sur les langues officielles.
L’histoire des Franco-Ontariens a toujours été marquée par des luttes pour préserver leurs droits. Celle qui a suivi l’annonce du règlement XVII en juin 1912 par le gouvernement de l’époque en est une. 110 ans après, le souvenir demeure toujours présent et l’impact pas encore tout à fait épongé!
C’est ce 25 juin que les Franco-Ontariens « fêteront » l’anniversaire du tristement célèbre règlement XVII dont les relents ont réussi à traverser 110 ans d’histoire.
« Le règlement XVII représente un véritable symbole de résistance. Les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens ont démontré qu’elles et qu’ils savent s’unir pour revendiquer et protéger leurs droits. Nous ne devons jamais oublier ces enseignantes et ces enseignants qui ont eu le courage de refuser de se plier à cette Loi et qui ont pratiqué la désobéissance civile pour défendre l’éducation de langue française en Ontario », déclare Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens.
Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO. Archives ONFR+
De son côté, l’historien Serge Dupuis parle d’un tournant historique déclenché par ce règlement 17 :
« Ce règlement évoque pour moi la précarité des ambitions linguistiques, culturelles et politiques des francophones en Ontario parce qu’avant 1912, on avait plus ou moins le champ libre pour établir des paroisses, des commissions scolaires, des écoles ou des entreprises francophones, et là, il y a comme un frein appliqué en 1912. Ceci dit, aujourd’hui, on en parle comme un traumatisme, mais aussi comme une victoire parce que le règlement a finalement été abrogé. »
Un peu d’histoire
Pour rappel, le règlement XVII a vu le jour il y a 110 ans jour pour jour sous forme d’une mesure que le gouvernement ontarien avait adoptée, et ce afin de limiter l’usage du français dans la province.
« Mieux » que cela, le gouvernent de l’époque avait pour ambition de faire de l’anglais la principale langue d’enseignement dans les écoles élémentaires, y compris dans celles qui accueillaient des élèves franco-ontariens et n’autorisant le français que dans les deux premières années du primaire.
Toutefois, dès l’annonce de ce règlement quelque peu discriminatoire, la communauté franco-ontarienne s’est mobilisée pour mener la résistance. À la tête du mouvement se trouve l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario fondée à peine deux ans plus tôt.
Pour sa part, le Conseil des écoles d’Ottawa prend une décision radicale en faisant fi de cette mesure et en continuant à enseigner le français. Il sera suivi par d’autres commissions scolaires bilingues.
Cette mobilisation n’a pas tardé à donner ses fruits puisqu’en 1925, Howard Ferguson, premier ministre conservateur de la province en ces temps nomme une nouvelle commission d’enquête dans le but de trouver une sortie de crise.
Deux ans plus tard, la commission remet son rapport et le gouvernement s’est vu obligé de mettre en place un système où le français devient la principale langue d’enseignement dans les écoles bilingues primaires. Cependant, le règlement n’a été supprimé officiellement qu’en 1944.
Les séquelles ont la peau dure
Mais qu’en est-il aujourd’hui? La question vaut son pesant d’or, car selon les spécialistes, les conséquences de ce règlement se font encore ressentir dans la province.
« L’impact du règlement est majeur vis-à-vis du rapport de force linguistique. On a qu’à regarder la différence entre la proportion de la population en Ontario qui a des origines françaises et qui se situe entre 12 et 15 %, et la proportion des francophones dont le français est la langue maternelle où on se rapproche de 3 à 4 %, alors qu’elle devrait être de 12 ou 15 % aujourd’hui », explique M Dupuis.
Serge Dupuis, historien. Gracieuseté
Quant à la Mme Vinet-Roy, les effets du règlement XVII se sont étalés sur plusieurs décennies et ne sont pas complètement dissipés si l’on conjugue au présent :
« Après le Règlement XVII, il a fallu attendre les années 80 avant de voir la création des premiers conseils scolaires de langue française et ensuite la fin des années 90 pour que les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens obtiennent leur pleine gestion scolaire »
Et d’ajouter : « Encore aujourd’hui, nous devons continuer de faire entendre haut et fort notre voix pour défendre nos droits et nos intérêts et pour nous assurer de protéger pleinement et entièrement l’accès à l’éducation publique en Ontario ».
Des propos qui sonnent comme un rappel, une pique lancée à la mémoire et portant le chiffre 17.
Le premier ministre ontarien réélu Doug Ford et son cabinet sont assermentés aujourd’hui. L’enjeu de la hausse du coût de la vie et de l’érosion du budget des ménages sera forcément un défi auquel devra répondre le gouvernement ontarien au cours de son second mandat. Les troupes de Doug Ford ont déjà promis, en campagne électorale, de remettre de l’argent dans les poches de 1,1 million d’Ontariens à faible revenu, en augmentant les crédits d’impôt pour les travailleurs. Mais cela suffira-t-il dans une province où les aliments dans les épiceries ont augmenté de 17,8 % au cours des quatre dernières années? Le lait, à lui seul, a connu une hausse de 40 % depuis 2018 et le fromage de 36 %. L’essence, elle, a grimpé de 60 % en quatre ans! Le tout conjugué à des loyers hors de prix. ONFR+ est allé à la rencontre de ceux qui « triment dur » pour y arriver et d’un expert qui décortique le tout.
REGINA – Les ministres représentant la francophonie aux quatre coins du Canada ont appelé ce mercredi à un partenariat du fédéral accru avec les provinces et territoires pour mieux servir la francophonie canadienne. Pour représenter l’Ontario, le sous-ministre adjoint Jean-Claude Camus a été envoyé à titre d’observateur seulement, puisque l’assermentation du nouveau cabinet de Doug Ford aura lieu ce vendredi.
C’est sous le thème « S’enraciner et garder la tête haute » que cette réunion s’est tenue à Regina en Saskatchewan.
À l’ordre du jour, les services en français. En effet, cette préoccupation demeure au sein de la francophonie canadienne. Les ministres ont notamment discuté des moyens gouvernementaux qui pourraient améliorer les services offerts aux francophones.
Mais c’est surtout le plan sur les langues officielles qui a été ici le sujet majeur de cette rencontre.
Ce projet de modernisation arrive au bon moment et les ministres ont souligné l’engagement de leur confrère au fédéral Ginette Petitpas Taylor. Ils demande aussi une meilleure collaboration d’Ottawa avec les provinces et territoires, dans le développement du nouveau Plan d’action en matière de langues officielles.
Une position qu’a soutenue la représentante québécoise Sonia Lebel en entrevue avec ONFR+.
« On a réitéré à Mme Petitpas Taylor que les langues officielles, ce n’est pas une responsabilité qui appartient uniquement au gouvernement fédéral », a souligné la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie pour le gouvernement Legault.
Ce genre de rencontre permet de discuter d’accord avec les provinces et aussi de dégager des consensus entre homologues avance Mme Lebel.
« C’est vraiment un moyen de mettre sur la table la francophonie, en autres (la Loi sur les langues officielles) dans ce dossier-là et de pas toujours être les seuls à défendre (le français) et à faire porter la voix de tout le monde sur de différents sujets qui touchent les francophones au Québec ou dans les autres provinces. »
Une alliance gouvernementale
Le Conseil des ministres de la francophonie canadienne a annoncé vouloir une coopération étroite entre les gouvernements. L’idée étant que le gouvernement fédéral s’allie aux efforts et investissements des provinces et territoires de la francophonie canadienne, pour une plus grande efficacité. Un tel partenariat pourrait s’avérer utile pour toutes les parties.
Mais le Conseil des ministres demande aussi à Mme Petitpas Taylor d’actualiser l’appui financier qui est alloué aux ententes et collaborations sur les services en français. Dans chaque province et territoire, la demande de services en français augmente et pour y répondre, il est nécessaire d’avoir plus de ressources, « pour assurer la vitalité des communautés », comme l’indique le communiqué de presse du Conseil des ministres.
Cela inclut que le gouvernement fédéral « attribue plus de ressources à la promotion de la langue française et de la francophonie canadienne ».
« Alors que de nouvelles initiatives sont proposées, nous demandons au gouvernement fédéral de travailler avec nous en vue de répondre à la demande croissante de services en français, au bénéfice de la francophonie canadienne », a indiqué la ministre Laura Ross, responsable du ministère des Parcs, de la Culture et du Sport qui abrite celui de la Francophonie en Saskatchewan
C’est la Saint-Jean-Baptiste! La francophonie est en fête aux quatre coins de la province. Au même moment, la vie culturelle franco-ontarienne propose des moments de détente avec un concert de harpe, des espaces d’évasions à l’étranger par l’entremise de la musique et du cinéma ainsi que de bonnes vieilles activités traditionnelles pour célébrer la naissance du Saint patron des Canadiens français.
Concert
Musique classique pour tous
L’Alliance Française de Toronto invite ses membres et le grand public à assister au concert de la harpiste canadienne Valérie Milot le samedi 25 juin à 20h. Artiste à l’âme rebelle, elle marie musique classique et musique numérique de manière à surprendre son public à tout coup.
Professeure, productrice, concertiste et maman, Valérie Milot se dédie à rendre la musique classique accessible au plus grand nombre. Sa discographie en témoigne avec des concerti de Mozart jusqu’à la transcription d’Electric Counterpoint pour guitare électrique de Steve Reich.
La harpiste Valérie Milot. Gracieuseté Alliance Française de Toronto
Le concert de Valérie Milot aura lieu au Théâtre Spadina le samedi 25 juin à 20h. Les billets sont disponibles au coût de 28 $ et peuvent être achetés ici.
Spectacle en ligne
La fiesta s’invite chez vous
C’est la fête de la musique 2022! Pour l’occasion, les Alliances Française des Caraïbes, d’Amérique latine et du Canada s’associent s’associent dans l’Alliance sonore, un espace virtuel collaboratif crée en avril 2020 par et pour les acteurs culturels de ces pays.
Rendu à sa troisième édition, les professionnels du spectacle expriment leur art via la plateforme Zoom pour faire vivre un voyage dans le sud même à partir du confort d’un salon canadien.
La fête internationale de la musique. Crédit image : Alliance Française d’Ottawa
La fête de la musique aura lieu le dimanche 26 juin à 13h. Les spectateurs y ont accès gratuitement en ligne et peuvent profiter de l’activité en suivant ce lien.
Cinéma
Il était une fois dans l’Est
Le MIFO organise offre mensuellement un film sur le thème du voyage destiné à être écouté dans le confort de chez soit. Pour le mois de juin, c’est en Asie centrale qu’on se promène en suivant les traces de Julien et Sébastien Perret, deux cousins partis à l’aventure en quête d’échanges culturels.
Les spectateurs peuvent suivre les comparses sur les 15 000 kilomètres parcourus au travers des dons de dessins de 500 enfants français à des orphelinats et des écoles. Un film d’une grande beauté et d’une délicatesse à l’égard de la diversité des expériences de vie humaine.
Asie centrale, sur les routes de la soie. Gracieuseté MIFO
Le film Asie centrale, sur les routes de la soie sera disponible à partir du 30 juin à 16h jusqu’au 1ier juillet. Les passionnées de voyage à domicile peuvent faire leur réservation en ligne.
Spectacle de la Saint-Jean-Baptiste
Swing Alexandria dans l’fond d’la boîte à bois
Le centre culturel Les trois p’tits points d’Alexandria a l’intention de faire swinger son monde lors de la plus célèbre fête de la fierté francophone au pays. Le trio folklorique Les Fils du Diable sera en spectacle au Palais des sports Glengarry le vendredi 24 juin 20h à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste.
Préparez-vous à danser en français avec ce groupe traditionnel qui manie les instruments de manière endiablée. Une soirée comme dans le bon vieux temps en famille sera de mise pour cette célébration annuelle de la francophonie canadienne et en plus ce sera gratuit!
Les Fils du Diable. Gracieuseté François Angers
Le spectacle de la Saint-Jean des Fils du Diable se tiendra le vendredi 24 juin 20h au Palais des sports Glengarry situé au 170 boul. Macdonald, Alexandria.
Spectacle traditionnel
Chantons Saint-Jean-Baptiste
Dans le cadre de la semaine de la Saint-Jean de Sudbury, le Centre Franco-Ontarien de folklore (CFOF) invite la communauté du nord de l’Ontario à participer à sa traditionnelle soirée de chansons à répondre. L’événement se déroulera le vendredi 24 juin 19h à la salle Desjardins de la Place des Arts du Grand Sudbury.
En plus de célébrer la naissance de Saint-Jean-Baptiste, le CFOF fête ses 50 ans d’activité cette année. Une occasion à ne pas manquer pour les amateurs de folklore. Passez le mot et préparez vos voix!
La soirée chanson à répondre. Crédit image : Centre Franco-Ontarien de Folklore
La soirée de chansons à répondre aura lieu le vendredi 24 juin à la Place des Arts du Grand Sudbury. Les participants doivent acheter leurs billets entre 10 et 12 $ en réservant auprès de Rosine à l’adresse courriel cfof@cfof.on.ca.
Le gouvernement Legault entend continuer à mener la ligne dure concernant la place du français et les langues officielles avec Ottawa, avant et après les élections à l’automne au Québec. Si Québec dit vouloir se garder « une petite gêne » en campagne électorale, le Bloc Québécois aimerait bien que le sujet de la Loi sur les langues officielles revienne à l’approche du scrutin québécois le 3 octobre prochain.
Le Québec s’oppose notamment au fait qu’Ottawa veut imposer, dans certains lieux de travail, la réforme de la Loi sur les langues officielles (C-13) à la place de la Charte de la langue française, réformée par le gouvernement Legault en mars. La ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne Sonia Lebel affirme que la Coalition Avenir Québec (CAQ) ne lâchera pas le morceau auprès du fédéral.
« On va continuer à en parler (de la Loi sur les langues officielles), mais c’est sûr qu’on va se garder une petite gêne pendant la période électorale — nous c’est le 3 octobre — mais je suis convaincue qu’on va avoir l’occasion d’y revenir par la suite », dit-elle en entrevue avec ONFR+ en référence au jour de scrutin.
Le Bloc Québécois, qui s’oppose à ce projet de loi, dit ne pas être contre l’idée que ce choc sur la langue entre Québec et Ottawa résonne en période de scrutin.
« Ça risque d’arriver, on ne demandera peut-être pas la permission », a lâché son chef Yves-François Blanchet avec un sourire en coin jeudi matin lors de son bilan de fin de session parlementaire.
Considérant que c’est la CAQ qui aussi mit de l’avant le projet de loi 96, à quelques mois des élections, cette attention accordée au projet de loi fédéral n’est pas une surprise, croit une politologue.
« C’est certain que de battre le fer identitaire fait partie des outils et des pratiques du gouvernement Legault », explique Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal de Kingston. « Ça fait partie de la stratégie pour mobiliser un électorat québécois qui est soucieux et qui s’inquiète des enjeux identitaires. »
Mais Sonia Lebel dit que la modernisation de la Loi sur les langues officielles ne sera pas abordée « en particulier », mais plus de façon générale.
« L’enjeu de la langue française, on va en parler pendant la campagne électorale, c’est sûr. Pour nous, ça va être une priorité. »
Elle était de passage à Regina en milieu de semaine pour la conférence ministérielle de la francophonie canadienne regroupant les représentants de tous les paliers gouvernementaux du pays. Sonia Lebel et les provinces avaient d’ailleurs un message pour la ministre des Langues officielles.
« On a réitéré à Mme Petitpas Taylor que les langues officielles, ce n’est pas une responsabilité qui appartient uniquement au gouvernement fédéral. Quand on parle de langues officielles, on en parle en éducation, en santé, en matière de justice et ça est tout des compétences de nature provinciale. C’est une responsabilité partagée des différents paliers gouvernementaux », avertit-elle.
La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard
Amendements de Québec
Dans un document envoyé au Comité des langues officielles, le gouvernement Legault propose une dizaine de modifications au projet de loi d’Ottawa. Cette approche était nécessaire juge Sonia Lebel, affirmant ne pas avoir eu de consultation formelle avec le gouvernement Trudeau dans ce dossier.
« Donc on a pris le taureau par les cornes et on a fait valoir notre position. On l’a fait valoir à toutes les étapes, on l’a fait valoir quand il y a eu les consultations, quand le livre blanc est sorti avec les grandes orientations, on l’a fait valoir avec le premier projet de loi et on l’a fait valoir avec le deuxième. Là, c’est simplement une continuité. »
Mais cette démarche avait peut-être une autre signification, analyse Stéphanie Chouinard.
« On tente de faire passer un message à Ottawa, mais les yeux sont tournés vers le scrutin de l’automne à Québec (…) On (le gouvernement du Québec) tente de faire le pari de l’asymétrie sur les questions linguistiques, mais on voit qu’il y a une tension inhérente entre, d’un côté, se faire l’allié des francophones hors Québec, mais d’un autre côté, vouloir protéger la langue française au détriment de la vision des compétences. C’est une tâche qui n’est pas facile de trouver l’équilibre. »
La ministre dit vouloir mettre de l’avant, auprès de la population québécoise, que C-13 sert à protéger la minorité francophone hors Québec tandis que le projet de loi 96 sert d’office dans la Belle Province.
« Pour moi, une francophonie forte au Canada, c’est un gain pour une francophonie forte au Québec. C’est mutuellement bénéfique », ajoute-t-elle.
Elle se défend d’aller dans les plates-bandes d’Ottawa, alors qu’une de ses propositions d’amendements indique que la « minorité anglophone du Québec et les minorités francophones des autres provinces et territoires ont des besoins différents ».
« On parle de langues officielles et de la promotion du français. On n’a pas l’impression d’aller dans ce territoire-là, mais en plus on a une politique d’intervention en matière de francophonie canadienne depuis 2005. Ça fait longtemps que le Québec est présent dans le dossier comme nation et comme gouvernement. »
En mars, le Québec avait annoncé sa nouvelle politique en matière de francophonie canadienne avec près de 80 mesures.
OTTAWA – Alors que la situation des passeports à Montréal et dans certaines régions du Québec est sans contrôle, Ottawa assure que la situation ne se répétera pas dans les prochains jours dans les bureaux de l’Ontario et d’ailleurs au pays.
À plusieurs reprises, la ministre responsable du dossier, Karina Gould, a affirmé que les foules de personnes qui se massaient devant les bureaux de Service Canada au Québec et à Montréal dans le but d’obtenir leur passeport étaient dues notamment au congé de la fête nationale du Québec.
« La situation à Montréal est inacceptable. C’est différent de ce qui se passe dans les autres endroits du pays », a précisé celle responsable de Service Canada.
Près de 400 à 500 personnes campent et dorment chaque jour dehors devant le complexe Guy-Favreau à Montréal pour espérer obtenir le précieux document.
« Je peux vous assurer que toutes les autres provinces, territoires et régions du pays voient la situation qui se déroule à Montréal et ils ne veulent pas que ça se passe chez eux. On apprend les leçons de Montréal depuis jeudi dernier parce que c’est vraiment une quantité de personnes inespérée. Les bureaux de passeports reçoivent 150-200 personnes par jour, s’il y a 500 personnes par jour, c’est vraiment une situation difficile », explique Karina Gould.
La Ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social Karina Gould. Source : Twitter
À l’heure actuelle à Montréal, seuls les gens qui ont un voyage dans les 48 prochaines heures peuvent tenter leur chance pour avoir leur passeport à temps. Certains doivent attendre jusqu’à la dernière minute ou tout simplement annuler leur voyage. Il existe en Ontario près d’une quinzaine de bureaux de Service Canada où il est possible de renouveler son passeport et la question se pose à quelques jours de la fête du Canada.
« Nous mettons en place de nouvelles stratégies partout au pays parce qu’on ne veut pas une répétition. Bien sûr, ça dépend du niveau de demande et de la quantité de personnes qui arrivent à un bureau », tempère la ministre Gould.
Hier, la ministre affirmait vouloir engager près d’une centaine de nouveaux employés ou encore recevoir des fonctionnaires de l’Agence du revenu, Immigration Canada et Affaires mondiales. Mais certains employés nécessiteraient jusqu’à 15 semaines de formation en temps normal.
« Pour d’autres personnes, ça pourrait être une semaine parce que peut-être ils feraient des interventions dans d’autres étapes de vérification de passeport », note-t-elle.
Le Parti conservateur demande au gouvernement d’augmenter les ressources humaines nécessaires pour régler le problème.
« On aurait dû éviter cette situation complètement en prévoyant cette augmentation de demande », a dit de son côté Jagmeet Singh, le chef néo-démocrate, qui demande aussi l’augmentation des ressources dans les différents bureaux.
Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh. Crédit image : Stéphane Bédard, ONFR+
Le Bloc Québécois demande de son côté à ce que les bureaux soient ouverts sept jours par semaine.
Retards fréquents et conséquents, vols annulés à la dernière minute, bagages perdus, files d’attente sans fin… Depuis plus d’un mois et demi, la liste des plaintes enregistrées par cet exutoire que peuvent être les réseaux sociaux est longue. Derrière ce « chaos », selon les témoignages recueillis des Franco-Ontariens, il y a les compagnies aériennes canadiennes et surtout la gestion dans les aéroports, notamment ontariennes dont les responsables jettent la pierre sur le manque du personnel au sol.
À peine l’appel à témoin publié par nos soins sur les réseaux sociaux, et ce dans le but de dénicher des personnes qui ont récemment vécu une mésaventure dans un aéroport de la province, que les réponses ont atterri en masse.
« Jeudi dernier, je me rendais à un événement célébrant la francophonie dans la région de Toronto en provenance d’Ottawa, notre vol initial avec Air Canada était prévu à 9h40, mais la veille de notre départ ce dernier a été annulé », raconte Éric Barrette, gestionnaire de l’animation culturelle pour le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO).
Éric Barrette, gestionnaire de l’animation culturelle pour le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Gracieuseté
S’en est suivi trois autres annulations en deux jours selon M Barrette qui a finalement pu se rendre à son événement, mais qui a raté l’anniversaire de sa fille à cause d’un énième retard au retour.
« Ce qui est ironique dans tout ça, c’est qu’Air Canada était commanditaire de l’événement auquel j’assistais », ajoute-t-il avec philosophie.
Des aéroports complètement débordés
Autre compagnie aérienne et même exacerbation chez cette Torontoise, Margaux Spadoni à qui on a annoncé l’annulation de son vol juste avant l’embarquement!
« C’était avec Porter Airlines, j’avais un vol pour Montréal à partir de l’aéroport Billy Bishop à Toronto. Le vol était initialement prévu à 9h30 et, au moment où j’ai passé le contrôle de sécurité et scanné ma carte d’embarquement, j’ai reçu un e-mail à 9h, soit 30 minutes avant le décollage, annonçant l’annulation du vol », rapporte-t-elle.
Non loin de là, à l’aéroport de Pearson de Toronto, les responsables de ce dernier ne savent plus où donner de la tête. En effet, depuis plusieurs semaines maintenant, on y assiste à des annulations et des retards fréquents de vols nationaux comme internationaux, au grand dam des voyageurs.
« J’ai eu des problèmes à Pearson en mai dernier sur un vol direct Paris-Toronto avec Air Canada. J’étais avec mes deux enfants, l’avion est arrivé à l’heure, mais on nous a obligés d’attendre une heure et quinze minutes dans l’avion sous prétexte qu’il faut attendre le désengorgement au service des douanes. Peine perdue, parce qu’une fois à la douane, on a attendu une heure et demi de plus. Après huit heures de vol, c’est éreintant, sans parler du douanier qui était débordé et qui était désagréable avec nous », déplore Nathalie Aumoitte, professeure de français en ligne dans la région de Toronto.
Nathalie Aumoitte, professeure de français en ligne dans la région de Toronto.Gracieuseté
L’enfer des correspondances
L’expérience est encore plus amère pour les voyageurs qui ont des vols de correspondance. C’est le cas d’Aure Jadeslolou qui avait un vol Marseille-Toronto via Montréal avec la compagnie Air Transat.
« À Montréal, le commandant de bord annonce que ceux qui ont une correspondance sont prioritaires pour sortir. L’avion atterrit et nous restons 45 minutes à attendre que les portes s’ouvrent. Puis on nous annonce qu’une personne va nous guider jusqu’à la correspondance et que ne nous passerons aucun contrôle. Là encore, Personne pour nous guider, je suis seule avec mes trois enfants à courir. Nous arrivons au contrôle de bagages et on nous fait tout sortir alors qu’à Marseille aucun problème! », regrette-t-elle.
Et de poursuivre : « J’explique à la jeune fille des bagages que nous allons rater le vol. Elle s’énerve et me jette les sacs. Je l’implore de me laisser partir, elle ne veut rien savoir même si les haut-parleurs crient mon nom et celui de mes enfants. Elle garde les sacs de mes enfants à cause de la console de jeux. Finalement, nous réussissons à monter dans l’avion, mais là aussi le vol est en retard de une heure et trente minutes. On arrive enfin à Toronto. Nous récupérons six bagages sur huit. Je n’ai jamais vécu une situation pareille, je suis furieuse. »
Aure Jadeslolou à rencontré des problèmes majeurs sur un vol Marseille-Toronto avec ses enfants. Gracieuseté
Les conséquences sont matériellement encore plus lourdes lorsqu’il s’agit de voyages d’affaires comme nous explique ce gestionnaire d’une équipe de directeurs de la construction opérant au Canada et aux États-Unis, Andre Fab.
« Le travail que mon équipe accomplit nécessite des voyages en avion et des engagements de temps considérables. Au cours du dernier mois, nous avons collectivement perdu 416 heures en raison de retards de voyage. La qualité du travail de l’équipe s’en trouve grandement diminuée, car la fatigue s’installe et les trajets rapides d’une seule journée finissent par durer deux nuits et trois jours. »
Défaut du personnel au sol
Les responsables des aéroports n’ont eu de cesse de multiplier les sorties médiatiques ces derniers temps afin d’expliquer que les dysfonctionnements auxquels font face les aéroports proviennent essentiellement d’un manque de personnel au sol causé principalement par les mesures sanitaires toujours en cours.
Il n’est donc pas rare qu’un avion arrive à l’heure et même en avance pour rester cloué au tarmac enfermant les passagers à bord, car le personnel traitant est débordé.
« Je revenais d’Alger à Montréal avec Air Algérie parce qu’il n’y a pas de vol direct pour Toronto. On est arrivé à Montréal avec 50 minutes d’avance, mais on nous a obligés de rester dans l’avion à l’arrêt pendant plus d’une heure et demi avec très peu de rafraîchissement offert. La raison qu’on nous a fournie est que plusieurs vols sont arrivés en même temps et que l’aéroport n’a pas assez de personnel pour s’occuper de nous », relate Nancy Poulette.
Et de s’étonner : « Après neuf heures de vol avec un bébé de neuf mois, c’est usant pour lui et pour moi. Je ne comprends pas pourquoi ils ont programmé quatre avions arrivant en même temps alors qu’ils ont un problème de manque du personnel au sol. C’est clairement un problème d’organisation. »
Toutes ces perturbations de haut vol n’ont pas manqué d’avoir des répercussions directes sur les marchés financiers. À titre d’exemple, à l’heure de la mise sous presse, l’action d’Air Canada se négocie à 17,33 $, soit une chute de 30 % en comparaison avec sa valeur deux mois auparavant.
Les auteurs sudburois Robert Marinier et Chloé LaDuchesse se sont mérité les honneurs à l’occasion des Prix Trillium respectivement dans la catégorie littéraire et poétique. Remis mardi en présentiel à Toronto, ces prix décernés par l’organisme Ontario Créatif récompensent la qualité des manuscrits publiés dans la province.
Auteur de Un conte de l’apocalypse, Robert Marinier a remporté une bourse de 20 000 $ en plus de 2500 $ remis à sa maison d’édition Prise de parole pour faire la promotion de son œuvre.
Après avoir publié une dizaine de pièces de théâtre dont À la gauche de Dieu, L’Insomnie (finaliste, prix du Gouverneur général 1998) ou encore Épinal, Robert Marinier amène ici le spectateur dans un Canada apocalyptique où les dérèglements de la nature sont tels qu’une faction extrémiste du Parti vert réussit un coup d’État et exécute les négationnistes du changement climatique. Il s’en suit une rébellion à travers une histoire qui pousse le public à réfléchir aux conséquences de ses actions ou plutôt de ses inactions sur l’environnement.
Un conte de l’apocalypse. Crédit image : Éditions Prise de parole
Chloé LaDuchesse a remporté un montant de 10 000 $ pour son recueil de poésies Exosquelette. Finaliste du Prix Trillium en 2018 pour Furies, son nouvel ouvrage est également finaliste des Prix littéraires du Gouverneur général 2021 et en sélection aux Prix des libraires 2022.
À l’origine du titre, la poétesse voit son œuvre comme un exosquelette « Mes os sont toujours creux, il n’y a rien à faire. Ce qui reste de moi, ce sont ces mots autour desquels je fabrique une maison », s’exprime-t-elle.
Exosquelette. Crédit image : Mémoire d’encrier
Les auteurs anglophones Ann Shin et Bardia Sinaee ont remporté les catégories littéraires et poétiques pour la parution de The Last Exiles et du recueil Intruder.
L’automne dernier, ONFR+ lançait le concours C’est quoi ton scoop destiné à dénicher la relève des journalistes en Ontario français chez les 18-22 ans. Emmanuelle Gingras, Mélodie Maxwell et Nathalie Kuesso ont su se démarquer avec la production d’un article et d’une vidéo que l’on découvre ici.
L’Éducation sexuelle en Ontario : un problème non résolu
Par Emmanuelle Gingras, gagnante du Concours
Le curriculum d’éducation sexuelle n’est pas prioritaire dans les débats en Ontario, qui est actuellement en pleine période d’élection… Et pourtant! Peut-on vraiment affirmer que les jeunes Franco-Ontariennes ont accès à une éducation sexuelle optimale, à ce jour?
L’Ontario est doté de l’un des curriculums les plus complets au Canada, souligne Frédérique Chabot, directrice d’Action Canada pour la promotion en santé et les droits sexuels. Pourtant, ce dernier ne serait toujours pas à la hauteur des lignes directrices canadiennes et internationales.
Il semblerait que les notions du consentement et de relations saines, de l’orientation sexuelle ou alors de l’identité de genre ne concernent pas les droits fondamentaux à la santé des jeunes. La preuve : anciens comme nouveau curriculum permettent aux parents de retirer leurs enfants des cours traitant de sexualité.
Malgré le fait que 87 % (étude anglophone) des parents croient que leurs enfants devraient y avoir accès, le curriculum est loin d’être complet, et ce, en raison d’une propagande de promiscuité. On parle des risques, mais pratiquement pas des actes sexuels ni de l’émancipation par rapport à tout principe qui ne correspondent pas aux croyances catholiques. On nous enseigne : « Le meilleur moyen de contraception est l’abstinence! », « Non à l’abus sexuel et non à l’épanouissement sexuel! », et dans les écoles catholiques : « Nous sommes des êtres sexués, filles et garçons, femme et hommes! ».
C’est un mythe de croire que de parler de sexe « pervertis » les jeunes. C’est éviter d’en parler et de seulement soulever ses dangers qui mettent à risque leur sécurité physique… et sociale.
Bertrand (nom fictif), qui enseigne actuellement dans une école primaire catholique francophone en Ontario, se sent toujours dans l’obligation de cacher son homosexualité, en raison du cadre religieux. Ce dernier croit qu’« il y a place à améliorer » le curriculum actuel, et qu’il est absurde que la notion de l’identité de genre ait été déplacée de la 3e année vers la 7e année.
Bertrand connaît lui-même les impacts que cela peut avoir, et parle d’expérience. Lorsqu’il était au primaire, il a subi de l’homophobie et de l’intimidation relative aux stéréotypes genrés. À savoir qu’on peut commencer à avoir un sens inné de son genre avant l’âge de cinq ans. « Se le faire enseigner seulement au secondaire n’a aucun bon sens. On n’enseigne pas à respecter les droits et l’intégrité de [tout le monde] », se révolte Mme Chabot.
N’oublions pas aussi qu’en Ontario, parler de ces sujets revient dans la majorité des cas aux enseignantes, alors qu’il n’existe presque aucune ressource pour les soutenir dans la communication de ces informations, ni de mécanisme en place pour assurer qu’elles soient transmises de façon effective, comme le mentionne aussi l’experte. Surtout en français!
Toutefois, et heureusement, l’Ontario est la première province qui obligera tous les éducateurs et éducatrices agréés à suivre un programme de prévention de violence sexuelle à partir de septembre prochain! Vivement continuer de se concentrer sur les risques du sexe plutôt que de comprendre la source de ces violences! De comprendre que, dans la plupart des cas, elle se produit en raison du silence et de l’ignorance.
Nous avons tous le droit, ici en Ontario, de s’abstenir d’avoir des rapports sexuels, et nous avons aussi le droit de nous abstenir de protéger nos jeunes. Nous avons le droit de ne pas souhaiter leur émancipation, de nous approprier leur identité et de les faire subir l’ignorance. Depuis toujours, nous avons le droit de ne pas leur faire connaître et accéder à leurs droits… il est temps que ça change.
Voici la vidéo envoyée par Emmanuelle Gingras.
L’industrie du mariage, tout un univers
Par Mélodie Maxwell, mention spéciale du jury
Derrière un mariage se cache une industrie qui pourrait produire 2 milliards de dollars en 2022 en Ontario, selon HelloSafe. Elle est composée de planificateurs, de traiteurs, de salles de réception, de photographes, de coiffeurs, de maquilleurs, de compagnies de décoration et de tenues de mariage, de DJ ou musiciens, de photo booth et plusieurs autres.
Tous ces services varient entre 100 et 10 000 $. Les services les plus dispendieux sont le traiteur et la salle de réception, qui peuvent coûter jusqu’à 9640 $, d’après HelloSafe, et en moyenne, un mariage en Ontario coûte entre 20 000 $ et 40 000 $.
L’industrie qui produit beaucoup d’argent en Ontario souffre depuis l’arrivée de la COVID-19. Plusieurs ont annulé et reporté leur mariage à différentes reprises, ce qui a causé une perte de plus de 780 millions de dollars en 2020 et seulement en Ontario.
D’ailleurs, Ottawa a connu une baisse significative de couples mariés depuis les deux dernières années. Dans le tableau ci-dessus, on peut voir une baisse de 86 % dans les mariages à l’hôtel de ville d’Ottawa ainsi qu’une diminution de 56 % au sein de l’Archidiocèse d’Ottawa-Cornwall et ce, entre les années 2019 et 2020.
Non seulement la pandémie a annulé des mariages, mais elle a aussi annulé les deux plus gros salons du mariage à Ottawa : le Capital Wedding Show et le Ottawa Wedding Show. C’est un événement dans lequel plusieurs services de mariages se rassemblent dans une salle et vendent leurs services aux futurs mariés. Avec l’absence des salons, la communauté de l’industrie du mariage a été obligée de s’adapter et de trouver de nouvelles façons de vendre ses services.
« Les salons du mariage étaient la place où les gens allaient magasiner », affirme Lexine Ménard, propriétaire de LexiBooth. « On a dû se rediriger vers les médias sociaux et investir dans des publicités en ligne, ce qui est moins gagnant parce que les gens ne peuvent pas nous rencontrer et découvrir la vraie expérience LexiBooth. »
Après deux ans d’absence, le Ottawa Wedding Show a finalement eu lieu l’automne dernier, et le Capital Wedding Show a rouvert ses portes le 12 et 13 février dernier, mais il a presque été annulé en raison du convoi de la liberté. Au lieu de s’installer au Centre Shaw au centre-ville d’Ottawa, deux jours avant l’ouverture, les organisateurs ont changé la location au Infinity Convention Centre.
Selon Steve Mills, l’un des organisateurs du Capital Wedding Show, il était hors de question d’annuler cet événement rassembleur, car l’industrie du mariage en avait besoin. Non seulement pour les couples, mais aussi pour les exposants.
« On savait que la vente de billets était spectaculaire, la demande était là, donc c’était très important de le réaliser », souligne Steve Mills. « C’est aussi très important pour les exposants d’être ici. Pour plusieurs d’entre eux, ce salon leur permet de sécuriser un revenu annuel. S’ils ne l’ont pas, ils sont en difficulté. Alors, on avait absolument besoin d’avoir le Capital Wedding Show pour eux. »
En raison du changement de location, une bonne partie des exposants ont décidé de ne pas se présenter au salon. Mais pour ceux qui étaient présents, ce festival de mariage leur a permis de commencer sur le bon pied la saison de mariage 2022-2023.
« C’est une opportunité lors de laquelle ma clientèle cible est concentrée dans une salle, ce qui nous donne de bons contrats, souligne Lexine Ménard. On peut générer plus de 250 clients qui sont très intéressés et qui nous donnent leur information. Ça en vaut la peine, car si les gens ne te voient pas ou n’entendent pas ton nom, ils vont t’oublier alors c’est vraiment important d’être présent. »
Pour certains, sans le salon, l’industrie du mariage ne serait pas aussi riche. Justement, la photographe Jasmine Mory pour Mitch Lenet Weddings Photography, explique comment cette fin de semaine est bénéfique pour les exposants.
« Les salons du mariage sont formidables, car ils nous offrent une excellente visibilité dans la communauté », exprime la photographe. « Je réserve généralement 10 à 15 mariages par salon, ce qui génère un bon revenu. »
« Nous venons au salon du mariage pour nous permettre de continuer à grandir dans l’industrie. Mocha Tree Studios est connu sur les médias sociaux, mais nous voulons continuer à montrer nos visages, nos photos et être connus dans la communauté, juste pour ne pas être oubliés. »
Pour plusieurs exposants, comme Ricardo Boreka de Sizzle with Decor, le salon du mariage leur donne la chance d’établir des liens importants avec les futurs mariés, ce qui est primordial pour ces membres de l’industrie.
« C’est certainement profitable. On a la chance de montrer aux futurs mariés qu’on est capable de leur offrir un excellent service, d’établir une connexion avec eux et de les aider à planifier leur mariage », partage Ricardo Boreka.
Avec l’essentiel des mesures sanitaires levées dès le 1er mars en Ontario, la saison de mariage s’annonce chargée en 2022. La communauté de l’industrie a retrouvé l’esprit du mariage, et les futurs mariés, un avant-goût de tout ce qui les attend.
« C’est sûr que ça a été dur. Nous avons eu beaucoup d’annulations de mariage, mais ce sont de bonnes nouvelles que les restrictions s’assouplissent maintenant », dit Ricardo Boreka. « Nous avons beaucoup plus de mariées qui sont excitées et prêtes à organiser leur mariage avec nous. »
Les futurs mariés et les exposants pourront participer au Ottawa Wedding Show le 2 et 3 avril prochain au Centre EY.
Voici la vidéo envoyée par Mélodie Maxwell.
La grande maison, la différence : la magie qui nous unit
Par Nathalie Kuesso, Coup de cœur du jury
Elle dégageait de l’amour, sa joie de vivre émerveillait et séduisait. Elle, c’est Europe. Une jeune maman métisse que j’ai rencontrée dans le bus ce matin. Sans même me connaitre elle s’approcha de moi et on se mit à sympathiser. Europe me racontait ses folles aventures amoureuses.
Elle me faisait le récit de sa journée avec ce jeune Belge qu’elle avait rencontré au restaurant La Banane qui avait dit être tombé amoureux d’elle, mais avant que la flèche de Cupidon ne puisse faire effet, ses yeux avaient croisé ceux de ce jeune arabe qui lui, son turban bien noué, avait pu faire battre la chamade au cœur de notre jeune maman. Soudain, Europe s’arrêta.
Les cris d’une Indienne nouvellement arrivée au Canada avaient tous retenu notre attention. Ne sachant pas comment stopper le bus, elle s’était mise à crier dans le but d’alerter le chauffeur qu’elle était arrivée à bon port. Mort de rire, un jeune homme assis près de nous s’exclama tout en nous pointant du doigt : « Décidément, ces sauvages ne changeront jamais ». Et Europe fondit en larme : c’en était trop.
La diversité, notre force… bienvenue à Toronto. A place to discover, Yours to discover. Désignée en 2016 par l’émission More And Less de la BBC comme étant la ville la plus multiculturelle au monde, Toronto est une ville qui a ceci de particulier : sa grande diversité.
On y rencontre des peuples venus d’un peu partout, vivant en cohésion et travaillant en harmonie.
C’est d’ailleurs pour cela que John Tory s’exprimait en ses mots le 12 septembre 2020 au micro de Radio-Canada : « Toronto a réussi à se transformer de quelque chose de très simple à l’un des endroits les plus diversifiés au monde. »
Dans cette ville, le froid des régions du Pôle nord y est ressenti différemment car la chaleur humaine rend tout de plus en plus « caliente ». Les couleurs de la diversité sont un point d’honneur célébré dans les grands festivals d’été. Les tables de la grande maison sont chaleureuses, on y mange à l’aveuglette, on boit la spécialité du pays à l’honneur, le tout accompagné de causeries, de musique inspirée d’un peu de partout.
Mais, certains phénomènes fragilisent la grande maison. La fraternité et la convivialité interculturelle se dégradent peu à peu. Les séquelles sont perceptibles et hantent nombre d’entre eux, nous poussant parfois à adopter des comportements peu honorables.
À chaque moquerie, insulte proférée, c’est tout un peuple qui se sent attaqué, poussant l’autre, dans le souci de se protéger, à prendre des postures peu sociables. On assiste de plus en plus aux scènes de racisme et les comportements xénophobes sont observés à bout de rue. On se souvient, oui on s’en souvient également en Ontario, de l’incident qui s’était déroulé au Loblaws à Toronto, lors duquel était survenue la mort de Patrick Shand.
Le racisme systémique court les rues et on se demande bien si lesdites règles judiciaires sont appliquées à tous et de la même manière. La mort de Regis Korchinski-Paquet est un cas de trop. La police ne pouvait-elle pas réagir pour éviter le pire? La question demeure posée et, selon les enquêtes, la police ne pouvait pas grand-chose. Pour mieux nous expliquer et nous éclaircir sur la notion de racisme, Radio-Canada a tendu le micro à Nicolas Ouellet. La vidéo est disponible sur tous les comptes numériques de cet organisme médiatique. Qu’il soit systémique ou pas, le racisme doit être aboli.
Essayons un instant de nous mettre à la place d’Europe qui dit être tombée ce matin-même de manière hasardeuse sur une lettre écrite par sa fille dont le titre était : Lettre à ma peau. Europe avoue avoir pleuré toute cette soirée en lisant les écrits de sa fille de 11 ans.
Sa belle peau ébène était devenue pour elle un facteur de gêne. Elle était exaspérée de voir ses camarades de classe l’approcher avec une efface. On ne peut pas plaindre les enfants qui sont uniquement le reflet de l’éducation donnée par les parents. Et si les rôles étaient inversés et si à la place d’Europe, c’était vous? Que feriez-vous?
Quand le racisme s’introduit à l’école, il devient encore plus nocif, car c’est la société de demain qui est en train d’être détruite. Lorsqu’un enseignant entre dans sa salle de classe de neuvième année à Parkdale Collegiate Institute avec une face teintée de noir, prétextant qu’il s’agit d’Halloween, on veut bien savoir si son déguisement reflète pour lui le sort qu’il a reçu en refusant des bonbons aux enfants. C’était pour faire rire qui? Vous? Moi? Le gouvernement? Le bon Dieu? Malgré tout, une belle partie de la communauté de Toronto a gardé son côté accueillant, chaleureux, courtois et serviable.
Les résultats de la petite enquête menée auprès de la communauté internationale des étudiants de l’Université de l’Ontario français sont le reflet de la grande sympathie des habitants de la ville. Fabrice Managa , étudiant de Cultures numériques, a pris la parole pour remercier du fond du cœur cette philanthrope qui l’avait plus qu’aidée le jour de son arrivée à Toronto.
Et son camarade Thierry Noutsa Dylane d’ajouter : « J’avais perdu mon sac dans un bus et j’étais rentré sans m’en rendre compte. C’est grâce à une conductrice que je l’ai retrouvé, grandement merci. » Comment faire cesser le racisme ou du moins atténuer ses effets? C’est la grande question à laquelle il faut répondre.
Il faut se lever tous et combattre ensemble ce fléau. Prôner les différentes valeurs de la francophonie pourrait être une solution. Il faudra vulgariser la langue à travers la ville, car la langue française ce n’est pas uniquement la parole, « le bon français » et l’on pourrait se douter s’il existe encore.
Certes, il faut maîtriser la base comme le disait Léopold Sédar Senghor, mais la langue française est une langue d’ouverture qui prône l’adaptation selon la culture et l’impact du milieu.
On parle du chiac au Nouveau-Brunswick, du franglais dans d’autres provinces anglophones du Canada. Très ouverte et dynamique, la vulgarisation de la langue serait un atout d’intégration et d’acceptation sociale de par sa grande diffusion à travers le monde.
Rencontrer quelqu’un qui parle la même langue que moi est toujours un facteur de socialisation. Il faut donc promouvoir au travers des différentes écoles le côté chaleureux, accueillant, diversifié et inclusif de la francophonie. Il est bien vrai que l’école formelle n’est pas forcément nécessaire car l’école de la vie et de nos aïeux nous enseigne tant sur cette belle langue.
Mais la nécessité d’acquérir des connaissances solides pour notre environnement est primordiale. Les écoles francophones à Toronto sont là, non seulement dans le souci de voir se développer de futures ambassadrices de la langue française à Toronto, mais aussi dans l’espoir d’avoir un jour une plus grande communauté francophone dans cette grande métropole. Tout comme le soulignait Mme Lise, lors d’une rencontre en tête à tête parlant de la semaine de la francophonie qui se déroule chaque année du 20 au 27 mars, la langue française c’est également la transmission : « Une langue, c’est une langue mais c’est comment on la fait vibrer cette culture francophone, cette culture globale, dynamique et inclusive. »
Toutefois, vu les résultats qu’on a recueillis lors d’une étude ethnographique d’un tweet ONFR+ concernant l’Université Laurentienne et l’Université de l’Ontario français, certains n’ont pas encore bien accueilli le projet, et ne parviennent pas à saisir toute la nécessité du français à Toronto.
Comme le mentionnait également Mme Lise, « les valeurs de la francophonie sont très claires et simples : la francophonie ensemble nous réunit. Être réuni est très important pour la francophonie parce qu’il y a plusieurs francophones à Toronto. La francophonie est globale : elle est diversifiée de partout dans plein de pays. Collaborer, se réunir et célébrer ensemble, la langue, la belle langue ».
Pour faire valoir la langue française et faire comprendre sa nécessité, il est primordial pour nous francophones de Toronto de se réunir et travailler ensemble pour prôner les valeurs de l’inclusion sociale et l’acceptation de la francophonie plurielle. C’est comme cela qu’on réussira à diminuer les impacts du racisme et freiner sa progression.
OTTAWA – Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge émet 46 recommandations au gouvernement Trudeau pour son projet de loi C-13, qui vise à réformer la Loi sur les langues officielles. Ce dernier note que l’actuel projet de loi manque de cohérence et que l’offre de services en français est « le maillon faible » de la proposition des libéraux.
Le commissaire dit s’inquiéter que l’appareil fédéral, notamment certaines compagnies aériennes, n’ait pas à suivre la Loi sur les langues officielles, mais plutôt laLoi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. Cette notion pourrait permettre à certaines institutions de s’extirper de l’offre de services en français, estime M. Théberge.
« Il faut préciser dans la Loi quelles sont les obligations de ces institutions-là et je pense que, trop souvent, ces institutions font une lecture très étroite concernant leurs obligations. Il y en a qui sont déjà là dans la Loi, mais il faut juste s’assurer de les respecter », a déclaré Raymond Théberge devant un comité sénatorial lundi soir.
Source : page Facebook Air Canada
Il signale que le manque d’obligations dans C-13 concernant la communication et la prestation de services auprès du public « est le maillon faible qui nuit à la réussite de l’ensemble du projet de loi ».
« Si on évite l’offre active, on évite d’une certaine façon d’offrir le service… Il y a 50 ans, c’était ça l’idée (de la Loi sur les langues officielles) que tous les Canadiens soient desservis dans la langue de leur choix. En 2022, on est encore face à une situation où c’est loin d’être le cas. La plupart des plaintes qu’on reçoit touchent la prestation des services et la langue de communication. »
Il demande aussi une meilleure uniformité dans le domaine du service aux voyageurs, notant que le public et les employés auront des droits, voire des recours, différents selon le cas. Il donne en exemple une compagnie comme WestJet qui n’est pas assujettie à la Loi sur les langues officielles comme Air Canada.
« Les Canadiens et Canadiennes se retrouveront, en fin de compte, dans un environnement linguistique fragmenté et parfois incohérent », écrit-il dans son mémoire sur le projet de loi C-13.
Régions bilingues
Son rapport fait aussi état d’un manque de cohérence pour les employés de la fonction publique dans les régions désignées bilingues et ceux où doit être offert du service dans les deux langues officielles. Ils signalent que les deux types de régions ne « coexistent pas en harmonie. »
« Les régions qui sont désignées bilingues pour les fins de langue de travail existent depuis 40 ans, mais depuis 40 ans, il y a eu énormément de changements sur le terrain. Au minimum, ça serait important que les régions désignées bilingues pour les fins de travail se retrouvent là où les bureaux sont censés donner des services bilingues. »
Il demande au fédéral d’assurer que les employés en télétravail dans une région unilingue puissent bénéficier du droit de travailler en français si leur poste est situé dans une région désignée bilingue.
S’adapter à la technologie
Le commissaire demande à la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, de modifier C-13 pour qu’il puisse durer dans l’ère du temps et du numérique. Il note que de possibles avancées technologiques comme l’intelligence artificielle dans les années à venir nécessitent l’utilisation d’un langage neutre et assez large.
« J’ai vu l’arrivée du fax et je vais voir la disparition du fax. Donc, c’est difficile de prédire quelles seront les nouvelles technologies, mais il ne faut pas que ça devienne une excuse pour ne pas respecter ses obligations sous la Loi sur les langues officielles », dit-il.
Autres recommandations :
Faire du Conseil du Trésor l’agence centrale chargée de faire appliquer la Loi
Garantir des droits liés à la formation, aux services individuels et aux services centraux partout au pays et non seulement dans les régions désignées bilingues.
Obliger les institutions à suivre la LLO dans les situations d’urgence
Inclure des clauses linguistiques dans les ententes entre le fédéral et les provinces
Avoir le droit d’imposer des sanctions administratives pécuniaires à toutes les institutions et entreprises fédérales
Le commissaire aux langues officielles a sorti son rapport officiel au début du mois de juin où il recommande d’obliger le bilinguisme des hauts fonctionnaires de l’appareil fédéral. Le rapport a été marqué par un nombre record de 5409 plaintes en lien avec la nomination de Mary Simon comme gouverneur général et le discours en anglais du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau.
Pierre Ouellette est le recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF).
CONTEXTE :
Le Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC) vient de rendre publiques les données concernant les confirmations des admissions dans les universités de la province.
L’ENJEU :
Il y a actuellement moins d’élèves franco-ontariens ayant confirmé leur admission à l’établissement de Toronto comparativement aux données de juin 2021, passant de cinq à quatre. Cette tendance à la baisse suscite une certaine inquiétude et contraste avec les données concernant les étudiants hors province qui ont explosé.
« Pourquoi les chiffres ne décollent pas au niveau des étudiants issus des écoles franco-ontariennes?
Je pense que ça s’explique en partie par le fait qu’il n’y a pas de tradition universitaire en langue française dans le Centre et Sud-Ouest de l’Ontario. Un autre facteur est le fait que tous les programmes qui sont visés par l’UOF n’existent pas encore.
On a commencé avec quatre programmes, essentiellement en sciences sociales, axés sur la culture du 21e siècle. Quand tu termines ton secondaire, tu connais plus les programmes classiques comme la psychologie, mais tu ne sais pas que tu peux faire du design urbain ou de la culture numérique, donc il va falloir les démystifier et rassurer les élèves et les parents. Ça va prendre des années avant de les voir vraiment décoller.
Allez-vous ajuster votre stratégie de recrutement?
Oui, alors premièrement il va falloir commencer à recruter plus tôt dans le cycle des études secondaires. À l’année 1, on est allé visiter des élèves de 12e année qui s’apprêtaient à faire leur choix et souvent ils l’ont déjà fait donc ça prend un choc un peu plus important pour les inciter à venir changer d’idée pour faire une demande pour une université comme la nôtre. Donc ce qu’il faut maintenant, c’est aller les voir en 9e année, 10e année, 11e année quand ils ont encore des séances d’orientation. Je pense même qu’il faut leur en parler plus tôt pour qu’ils sachent que c’est une possibilité, laisser l’idée cheminer.
En revanche, les étudiants internationaux eux sont plus que jamais attirés par l’UOF. Comment l’expliquez-vous?
Dans cinq ans, j’aimerais dire que c’est parce qu’on fait un travail exceptionnel, mais pour l’instant on ne peut pas dire ça, on vient de commencer les cours en novembre dernier. Je pense qu’on profite de la notoriété du Canada comme destination universitaire d’une part. Et souvent, quand j’étais recteur de l’Université de Hearst et qu’on allait à l’international pour le recrutement, les gens ne savaient pas situer l’Ontario, mais ils parlaient souvent des rocheuses, de la tour CN ou des chutes de Niagara.
Donc comme on est proches de deux de ces symboles du Canada, ça jouait en notre faveur. Et d’autre part, c’est le cycle de recrutement qui est très différent justement. Les étudiants internationaux sont déjà décidés sur leur choix de partir maintenant. Ce qu’ils font, c’est choisir une province, une ville ou une université.
Avez-vous la sensation de ne pas avoir pu faire jeu égal dans la promotion avec les autres universités?
Je dirais que, de ce que j’ai pu voir, on a eu ou on va avoir un accès important et intéressé des conseils scolaires de langue française du Centre et Sud-Ouest de l’Ontario. Donc je dirais non, mais en même temps il faut reconnaître une chose : c’est que l’on a en face de nous des universités comme celle d’Ottawa qui font du recrutement depuis des décennies et bénéficient d’une très grande notoriété. Nous, on doit encore se faire connaître et nos programmes et, en plus, on continue de chercher à recruter du personnel donc c’est normal d’avoir encore de la difficulté.
On travaille à ouvrir un programme en éducation pour former les futurs enseignants et en enseignantes, car comme on le sait il y a une pénurie. On espère l’ouvrir officiellement en 2023. Il nous reste une étape. On a obtenu le consentement ministériel, puis ça nous prend juste l’agrément de l’Ordre des enseignants et enseignantes de l’Ontario. Après ça, on va arriver avec des programmes professionnalisants comme administration des affaires, psychologie et on explore d’autres pistes aussi, mais ce sont vraiment les premières sur lesquelles on va se lancer.
Songez-vous à mettre en place un système de partenariats ou d’échanges avec les établissements?
Absolument, c’est vraiment dans notre ADN et pour le moment le plus simple pour nous c’est de travailler avec les autres universités de gouvernance francophone « par et pour ». On a toujours été proche de l’Université de Hearst. On regarde de près ce qui se passe avec la Laurentienne et l’Université de Sudbury. Et on travaille sur un projet à long terme, sur lequel on va beaucoup miser à l’avenir, qui est d’offrir un volet linguistique et culturel francophone pour permettre aux étudiants des universités anglophones d’obtenir, par exemple, une certification en culture franco-ontarienne par l’UOF.
On réfléchit aussi, pour après notre financement de démarrage qui finit dans cinq ans, à une solution qui soit basée sur la collaboration entre universités, au lieu de la concurrence. Humblement, je pense qu’une petite université comme la nôtre pourrait enrichir le système avec des idées comme celles-ci. »
Des questions et propos ont été modifiés pour le format de l’entrevue.
SUDBURY/NORTH BAY – Les jeunes autochtones sont majoritairement à l’aise avec leur identité selon une étude de Statistique Canada, publiée en 2021. Mais qu’en est-il du milieu dans lequel ils évoluent? De récentes recherches indiquent que dans leurs études ou sur le marché de l’emploi, la jeunesse autochtone subit encore un écart considérable avec les non-autochtones. La stigmatisation et l’absence de représentation sont souvent mises en cause. Au sein des universités, les étudiants observent un manque de représentation pourtant nécessaire au fondement de leur identité.
Bien qu’il soit souvent question d’art, comme un outil d’expression et de représentation pour les communautés autochtones, ce n’est pas l’unique solution. Les peuples autochtones se sont souvent fait attribuer le rôle de peuples artistiques, aux multiples talents. Même si ce stéréotype conserve une part de réalité, la culture autochtone relève d’éléments plus complexes. Comment être représenté quand la richesse et la diversité de ces peuples sont des murmures à peine audibles?
Il est évident que l’apprentissage de la culture autochtone par des allochtones fait partie du processus. Mais ce qu’on appelle culture, ici, s’inscrit dans un plus large processus d’identification et de représentation au sein de l’espace public. Ce qui nous intéresse, c’est comment le système universitaire, par exemple, participe à la représentation de ses étudiants autochtones?
Cette jeunesse se retrouve aujourd’hui dans une ambivalence identitaire, non pas bidimensionnelle – franco-ontarienne d’un côté et autochtone de l’autre – mais est en fait plurielle.
L’importance de l’identité autochtone
L’art est une des façons de représenter l’identité autochtone, mais pour Page Chartrand, étudiante en études autochtones à l’Université Nipissing, « l’art est une manière de s’exprimer, mais ce n’est pas tout. Il ne faut pas nous réduire à une culture purement artistique. Nous ne sommes pas là juste pour divertir ».
La jeune fille de 21 ans, issue de la Nation Algonquin est une artiste déjà complète. « Je fais de la peinture et des murales, du perlage, du chant au tambour, de la danse au pow-wow, du dessin et de la couture. »
Plusieurs créations traditionnelles autochtones par Page Chartrand. Gracieuseté
Page Chartrand raconte qu’elle n’est pas seulement une artiste et que son identité est plus complexe que ça. Pour elle, il est difficile d’être représentée dans la société : « Je dois piocher dans plein de représentations pour me reconnaître et ce n’est jamais satisfaisant. Je suis femme, francophone, autochtone, queer… Et toutes ses façons d’être ne sont même pas acceptées dans notre société normalisée blanche et à majorité anglophone. »
« Mon identité c’est ma culture, j’y suis attachée » – Nathalie Larocque
Nathalie Larocque est Franco-Ontarienne et Métisse. Étudiante en 3e année à l’Université Laurentienne, elle étudie la psychologie et le travail social autochtone.
« Mon identité c’est ma culture, j’y suis attachée. C’est sûr qu’on manque de représentation, mais je suis entourée d’amis qui s’intéressent à ma culture et à mes pratiques, ils demandent à participer. »
Pour la jeune fille originaire de Sturgeon Falls, l’Université Laurentienne offre des opportunités pour les autochtones. « Je pense qu’il y a des outils pour que la jeunesse autochtone puisse s’exprimer aujourd’hui. À la Laurentienne avec le centre d’étude pour étudiants autochtones et le cercle des étudiants autochtones, on touche à la représentation dont on a besoin. On y fait des workshops pour apprendre certaines pratiques culturelles et ce qui inclut l’art. »
Et d’ajouter : « On offre aussi des ressources et des outils pour que les jeunes autochtones aient des réponses à leur question. Je peux définitivement dire qu’il y a de l’entraide. »
Nathalie Larocque se réjouit des opportunités qui existent dans son institution. « J’ai rencontré de jeunes étudiants qui ont réalisé qu’ils étaient autochtones, il n’y a pas très longtemps. Ils ne savaient pas nécessairement par où commencer, et ça remet en question leur identité. Moi, ça me fait plaisir de les aider à se découvrir. Il faut bien commencer quelque part et avec les ressources à notre disposition. »
Pour la jeune métisse, le système s’améliore et les gens aussi. Elle considère avoir une chance de pouvoir étudier à l’université, et d’avoir accès à des connaissances qu’elle n’aurait pas découvertes autrement. Tout comme Page Chartrand qui se dit très heureuse d’apprendre, mais nuance en disant : « Je trouve ça désolant d’avoir à payer pour des choses qu’on aurait dû savoir dès l’enfance, et on n’a pas pu, parce qu’on nous a volé ses connaissances. »
Un système universitaire par et pour les privilégiés?
Il n’empêche que le système universitaire n’est pas totalement adapté aux besoins des jeunes autochtones, d’après les deux étudiantes.
« On est constamment dans la découverte de notre culture », explique Nathalie Larocque. « Il ne faut pas avoir peur d’aller à sa découverte, et ce, par tous les moyens ». D’après Statistique Canada, « afin de favoriser l’identité culturelle, il est essentiel de laisser les communautés autochtones développer des solutions qu’ils jugent pertinentes ».
Selon Nathalie Larocque, même si les jeunes non-autochtones sont de plus en plus ouverts, il reste toujours quelques personnes qui vont les juger et les critiquer. « On nous reproche nos soi-disant avantages. C’est parce ces étudiants ne se font pas leur propre avis et écoutent de vieux préjugés encore présents. »
« Ils ne réalisent pas que là où ils sont assis, c’étaient nos territoires » juge-t-elle. « Aujourd’hui on a que quelques spots à travers le pays et ils sont très souvent éloignés ».
Pour Page Chartrand, « être étudiant autochtone dans une université qui n’est pas autochtone, c’est difficile et les services offerts son toujours moindre que les services pour les autres ». Elle explique avoir quitté la Laurentienne pour aller à Nipissing, car ses programmes universitaires ont été coupés.
L’étudiante a travaillé dur pour améliorer la représentation des Franco-Autochtones à l’Université Laurentienne. « J’étais présidente de l’Association des étudiants autochtones, représentante autochtone de l’Association des étudiants francophones, représentante autochtone au Sénat des étudiants, et représentante étudiante autochtone au sous-comité du Sénat pour la révision du contenu autochtone. »
Page Chartrand. Gracieuseté
En plus d’aider le Comité de droit dans les Affaires autochtones, Page faisait également partie du sous-comité diversité, équité et inclusion pour le Sénat.
Elle reprend : « Si je ne le faisais pas, personne ne le faisait et l’Université en demandait toujours plus de nous ».
L’université est censée être un milieu inclusif et ouvert au débat. Ce que regrette Page Chartrand, c’est que le message ne soit pas clair : « Présentement, nous survivons. Le milieu dans lequel nous évoluons nous demande de faire le travail à la place des personnes qui sont censées le faire. »
« On doit décider si on veut encore tolérer des établissements non autochtones, tolérer des violences qui sont toujours présentes dans les institutions, tout en espérant graduer et ramener ces informations à nos communautés. »
« Quand j’ai un professeur raciste, violent avec moi ou insensible face à nos traumatismes, c’est très dur » – Page Chartrand
Elle se dit pourtant extrêmement reconnaissante d’apprendre des choses qu’elle n’aurait pas pu découvrir par elle-même. Pourtant, elle se demande si la stigmatisation présente en vaut le coup. « Quand j’ai un professeur raciste, violent avec moi ou insensible face à nos traumatismes, c’est très dur. On veut aller plus loin et apprendre des connaissances non autochtones pour améliorer nos vies, mais souffrir dans cet environnement, c’est dur. »
Elle explique qu’il y a de nombreux privilèges dans les institutions universitaires. Pour elle, les besoins de la jeunesse autochtone sont au second plan des préoccupations.
Nathalie Larocque dit même qu’il n’est pas rare que des professeurs partagent de fausses informations. « Je leur indique quand c’est faux pourtant, on me répond que dans les livres, c’est écrit de la sorte, sauf que c’est ma culture, je sais de quoi je parle. »
Les deux étudiantes pensent travailler dans le système scolaire plus tard. Une façon de modifier la sous-représentation des jeunes autochtones en milieu universitaire. Une façon aussi de renverser les préjugés et de permettre à plus de jeunes autochtones d’accéder à des diplômes et ainsi peut-être avoir plus d’universités par et pour les autochtones. Pour l’instant, il existe neuf établissements autochtones en Ontario reconnus au sens de la Loi de 2017 sur les établissements autochtones.
TORONTO – L’Université de l’Ontario français (UOF) peine encore à recruter des étudiants franco-ontariens d’après les dernières statistiques rendues disponibles par le Centre de demandes d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC). En revanche, les admissions hors province devraient à nouveau sauver la mise selon les plus récentes données qui estiment actuellement un bond de 164,4 % des admissions tous publics confondus comparativement à l’an passé.
Quatre étudiants issus des écoles secondaires franco-ontariennes ont confirmé accepter une offre d’admission à l’UOF pour la rentrée prochaine, c’est un étudiant de moins que l’an dernier à cette même période selon les dernières données rendues disponibles par l’OUAC.
Une baisse oui, mais relative selon une déclaration de l’UOF à ONFR+ qui se dit encouragée par les autres données concernant les demandes d’admission hors Ontario.
Alors qu’ils étaient 68 en juin dernier, ils sont cette année 189 futurs étudiants du secondaire hors Ontario, adultes, en échange et internationaux à avoir choisi l’établissement jusqu’à moment.
Des données qui font grimper le nombre de confirmations des admissions de 73 en juin 2021 à 193 pour cette année soit une augmentation non négligeable de 164,4 % qui pourrait, cependant, encore évoluer.
L’UOF optimiste
En effet, l’UOF reste très optimiste, car les confirmations sont encore susceptibles d’augmenter d’ici la rentrée : « Les chiffres dévoilés cette semaine sont un portrait annuel à date fixe alors que les confirmations continuent d’entrer ce qui est de bon augure pour l’UOF. »
Après un combat de 40 ans pour sa création et une campagne de recrutement massive sur différents canaux destinés au secondaire Ontarien depuis son inauguration en novembre 2021, l’UOF semble avoir de la difficulté à séduire son public cible pour laquelle l’établissement du centre-ville de Toronto a été créé.
En mai 2021, ce sont 19 étudiants du secondaire ontarien qui avaient soumis une demande d’admission et en mai 2022, ce chiffre était exactement le même selon les données de l’OUAC.
L’an dernier, pour sa première rentrée, ils étaient cependant plus nombreux à intégrer les bancs – virtuels – de l’université ce qui pourrait présager une note d’espoir pour cette année selon l’UOF.
« Si la tendance de l’année dernière se répète, l’UOF pourrait accueillir près d’une trentaine d’étudiantes et des étudiants ontariens en septembre 2022 dans ses programmes de baccalauréats et programmes courts », déclare-t-on dans un communiqué adressé à notre rédaction.
Une baisse pour la Laurentienne
De son côté, la Laurentienne, dont les déboires ont été au cœur de la couverture médiatique de ces derniers mois, perd encore l’intérêt des étudiants franco-ontariens.
De 626 en juin 2021, ils sont 466 à avoir confirmé leur admission à l’établissement selon les données actuelles, comptabilisant une chute de 25,6 %.
La crise à l’Université Laurentienne a fait chuter les confirmations d’admission des étudiants franco-ontariens. Crédit image : Dominique Demers.
En revanche, la popularité de l’établissement de Sudbury ne cesse d’augmenter auprès des étudiants des autres provinces et de l’international avec une hausse de 33,1 %. Malgré tout, la Laurentienne enregistre une baisse projetée de la fréquentation estimée à 6,7 %.
Une hausse générale
Pour l’Université de Hearst, désormais autonome, tous les indicateurs sont à la hausse. L’établissement qui a obtenu son indépendance de la fédération qui la liait à l’Université Laurentienne, attire quatre étudiants du secondaire ontarien de plus ayant confirmé leur admission à l’heure actuelle, passant de sept en juin 2021 à 11 cette année.
Une légère augmentation également du côté des étudiants hors Ontario passant de 17 à 19 pour une hausse générale projetée de la population à la rentrée de 25 %.
Même scénario pour l’Université d’Ottawa qui a reçu la confirmation de 3,8 % d’étudiants franco-ontariens de plus qu’en juin 2021, mais une hausse beaucoup plus importante de celle provenant des étudiants hors province. De 3634 en juin 2021, ils sont cette année 4943 à avoir confirmé leur intérêt pour l’établissement de la capitale soit une hausse globale de la fréquentation estimée à 17 %.
En terminant, les hausses des confirmations sont bien installées à l’échelle de la province qui enregistre 2,7 % de confirmations supplémentaires comparé à juin 2021.
OTTAWA – Marc Forgette est un artisan, fabricant d’objets traditionnels autochtones. Issu de la Première Nation Algonquin et du clan Wahgoshig dans le Nord de l’Ontario, ce Franco-Autochtone partage ses créations et ateliers au service de l’appréciation culturelle, qui consiste à découvrir positivement une autre culture (par opposition à l’appropriation culturelle). Il y a un peu plus de cinq ans, il se réveille à l’hôpital à cause de sa dépendance à l’alcool. Ne sachant plus vraiment qui il était, c’est au travers de sa culture et des recherches sur ses ancêtres qu’il a trouvé un sens et un objectif : son entreprise Makatew.
« Quel est votre rapport à votre culture autochtone et comment se définit votre identité?
J’ai toujours voulu en savoir plus sur ma culture. Quand j’étais jeune, on était tous les samedis en famille et ils parlaient une autre langue que je ne connaissais pas. Ce n’était pas de l’anglais ni du français. On me disait « on parle l’indien ». On était là dans les années 70. Le terme indien, c’était le seul terme qu’on avait à l’époque et qui nous désignait. Mais c’est toujours présent. Sur ma carte d’identité, c’est écrit « certificat de statut indien ».
Donc, il faut expliquer que le mot indien, selon le contexte bien évidemment, n’est pas toujours une insulte. Sauf si on l’utilise pour désigner une personne de façon péjorative. Mais on est toujours régi par la Loi sur les indiens et on a un statut d’indien, donc c’est un terme qui nous représente au niveau du gouvernement en fait. Moi, j’ai demandé mon statut un peu plus tard, à cause de mon chemin de vie. Mais j’ai toujours su d’où je venais, mon premier pow-wow, ça devait être en 1981.
Justement, quel est votre chemin de vie?
Pour être honnête, j’ai été alcoolique pendant presque 30 ans. Je suis sobre depuis un peu plus de cinq ans. C’est à peu près là que j’ai eu envie d’en savoir plus sur qui j’étais. J’ai renoué avec mes cousins et tantes. J’ai des cousins qui demeurent toujours à Wagoshig. En parlant avec eux, j’ai appris que ma grande tante confectionnait des mocassins, des sacs de médecine et d’autres objets traditionnels. Personne ne m’a appris, mais j’ai eu envie de faire des sacs de médecine, j’ai donc contacté quelqu’un qui vendait du cuir et j’ai commencé.
Peu de temps après, on me demandait si je faisais des ateliers. Puis, mon premier client m’a proposé de participer à un énorme atelier avec 300 journalistes du tourisme qui venaient de Chine, Australie, Allemagne et partout dans le monde. J’avais ouvert mon entreprise en juin et cet événement avait eu lieu en août 2019. Ça a été très rapide et j’ai fait évoluer le projet Makatew. En 2021, j’ai compté plus de 3500 participants à mes ateliers.
Pourquoi l’appréciation culturelle occupe-t-elle autant de place dans vos ateliers?
C’est important de parler d’appréciation culturelle, à différencier avec l’appropriation culturelle. Il y a deux côtés dans l’histoire, donc je parle de l’appréciation autochtone dans mes ateliers. Beaucoup de gens ne savent pas qu’ils peuvent aller à un pow-wow, mais tu as le droit. Faire un smudging est aussi autorisé.
Si tu achètes ta sauge au sein d’une entreprise autochtone, c’est bon. Si tu achètes ton capteur de rêve au Wallmart, c’est de l’appropriation culturelle. Alors que si tu l’achètes auprès d’une entreprise autochtone qui pourrait t’expliquer de manière responsable comment utiliser ses objets, tu t’inscris dans un processus d’appréciation de la culture.
Marc Forgette dans son atelier Makatew. Source : Ottawa Tourisme
Comment avez-vous trouvé la force d’arrêter votre dépendance?
J’ai commencé cette dépendance à l’alcool très jeune. Ça faisait 30 ans que je buvais. Je ne pourrais pas dire que ma dépendance n’était pas liée à un mal-être, à une quête d’identité. Mais en tout cas, c’était surtout parce que, lorsque j’étais enfant, j’ai été victime de harcèlement. Je suis tombé dans l’alcool autour de ma 7e ou de ma 8e année. Mes parents étaient alcooliques aussi, donc j’ai eu accès à l’alcool très tôt. J’avais l’impression d’avoir plus confiance en moi.
Vous souvenez-vous du jour?
C’est en fait le jour de mon anniversaire, 30 ans plus tard, le 14 janvier 2016 où j’ai passé la journée à l’hôpital et que mon pronostic vital était engagé, que je me suis dit : « J’arrête ». Mais je ne savais plus qui j’étais, à chaque fois que je me regardais dans le miroir, je ne me reconnaissais plus. Je suis allée parler à quelqu’un et ça m’a aidé.
Que s’est-il passé ensuite?
Après ma première année de sevrage, ma femme a eu un cancer, puis c’était vraiment dur. Je suis allée dans une fondation qui coache les gens sur le cancer et il a était possible de parler à quelqu’un. J’ai commencé à parler de ma femme, puis on m’a arrêté tout de suite en me disant, « On est là pour parler de toi ». Ce moment a vraiment changé ma vie. On a donc parlé de mon alcoolisme, du fait que je ne savais pas qui j’étais, de ma grand-mère autochtone décédée 24 ans plus tôt, puis ma mère trois ans après.
Puis je me souviens que ma cousine me disait de demander mon statut d’indien. Puis quand je me suis finalement décidé, ça a pris 30 mois pour avoir ma carte d’identité. C’est environ à cette période que j’ai trouvé le nom de famille de mon arrière-arrière-arrière-grand-père : Makatew, qui a été changé par le nom Black par la suite. C’est la traduction Anishinaabemowin.
Quel a été le départ de votre artisanat, dans la fabrication d’objets autochtones?
Quand j’ai découvert le nom Makatew, je me suis dit que c’était un nom cool pour une entreprise. Mais je n’avais pas d’objectif à ce moment-là. En février 2019, j’ai commencé à ressentir l’envie de faire quelque chose. Ma femme m’encourageait beaucoup.
Quelques mois après, j’ai perdu perdre mon travail. Mon contrat se terminait et je savais que, le 21 juin 2019, je n’allais plus avoir de job. Puis ma femme m’a simplement dit : « Pourquoi tu ne fais pas Makatew? », mais on avait juste ça, un nom. Je n’avais pas de plan. Je ne sais pas si j’étais guidé par mes ancêtres et ma culture. J’ai ensuite commencé la confection de sac de médecine.
C’est donc là qu’il y a eu ce fameux appel?
Oui! J’ai reçu ce fameux appel me proposant le workshop avec 300 personnes. J’ai accepté. Je n’avais jamais fait ça. Je lui ai donné un prix, mais je ne savais vraiment pas ce que je faisais (rire). Je me suis dit : « Bon, j’ai pas le choix, j’y vais ». J’ai acheté une machine à coudre alors que je n’avais jamais touché à ça de ma vie. J’ai appris par moi-même et en plus j’avais un deadline.
Que proposez-vous maintenant dans vos ateliers?
Je propose de confectionner des sacs de médecine, des marque-pages, des capteurs de rêve – que je fais uniquement si j’ai des plumes, car je fabrique tout avec des produits locaux –, des couvertures. J’ai des idées que je mets en pratique et ça marche, donc je vois que y’a de la demande et la moitié de mes clients sont autochtones.
Au final, c’est dans mon sang. Comme ma grande tante faisait des mocassins, des sacs…c’était une artisane. Je ne l’ai jamais vu faire et j’ai qu’un seul souvenir de ma grande tante quand j’avais 12 ans.
Des petits sacs de médecine fabriqués à la main. Gracieuseté
Est-ce que vous considérez qu’aujourd’hui vous êtes plus proche de votre culture grâce aux activités de votre entreprise?
J’apprends chaque jour. J’ai rencontré des aînés, expliqué ma situation et leur ai dit que je voulais en apprendre plus. Et c’est correct, une chose à la fois, parce que ce n’est pas comme un cours d’une ou deux heures, ça prend du temps. Dans les enseignements que je recherche, je sais que certains prendront peut-être une vie. La culture autochtone et notamment nos langues ont longtemps été interdites. Je suis rendu à apprendre ça aussi, mais j’admets que c’est dur.
Ma grand-mère a été chanceuse : elle a pu parler sa langue, car elle a été cachée lorsqu’ils sont venus les chercher dans les réserves. Ça n’a malheureusement pas été le cas pour la cousine de ma grand-mère qui est allée dans un pensionnat.
Ma grand-mère ne savait pas écrire, donc quand il fallait transmettre des choses, comme des recettes par exemple. Elle disait tout à l’oral. Tout son savoir devait être partagé par l’oral ou en le montrant.
Avez-vous une autre anecdote sur votre grand-mère?
Ce qui est incroyable, c’est que ma grand-mère, qui n’est pas allée à l’école, parlait trois langues : sa langue algonquine, l’anglais et le français. Elle a appris le français, car mon grand-père était francophone. Mes grands-parents communiquaient entre eux en français et à leurs enfants, puis donc mes parents aussi. Nous avons aussi fait l’école en français. Malheureusement mon frère a perdu sa langue française, ce sont des choses qui arrivent vite.
Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite?
Je pense que ce que je souhaite le plus, c’est que les gens apprennent de ma culture. Je veux continuer à partager cette notion d’appréciation culturelle, c’est une si belle culture. »
LES DATES-CLÉS DE MARC FORGETTE
1971 : Naissance à Ottawa
2016 : Arrête la consommation d’alcool et démarre une nouvelle vie
2019 : Création de son entreprise : Makatew
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, le récit d’immigrante de Rym Ben Berrah, francophone engagée.
[CHRONIQUE]
Pourquoi normaliser l’état de dystopie générale dans lequel est plongé notre monde depuis le début de la pandémie? Maintenant que les beaux jours s’annoncent, que les activités redémarrent, que la vie reprend son souffle, nous nous relâchons. Sommes-nous pris dans une tornade émotionnelle qui brime la cohérence des étapes de traitement d’information que nous apprivoisons?
On annonce fièrement que l’époque de la COVID-19 est révolue, qu’on peut se relâcher pour les mesures sanitaires, les quiproquos et les a priori. Notre mémoire humaine est courte et sélective. Un barbecue estival par-ci, une sortie au resto par-là et on en est déjà à oublier les heures vécues à peaufiner sa recette de pain aux bananes, à repenser sa vie et sa dynamique de famille dans son foyer, à penser constamment tout court pour les moins bien lotis, sans foyer et/ou sans famille.
Exit repenser la structure du bureau, du foyer, de la nomenclature de l’être et du paraître, du voisinage, de l’État et des pays extérieurs qu’on fuyait comme la peste et à qui on donne nos sous désormais pour un bol d’air frais, le nez bien en dehors de nos masques.
Je ne suis pas d’accord. Je voudrais rappeler aux gens que nous venons de traverser en apnée deux ans et demi de vie durant lesquels on s’est carrément refaits. Toutes les sphères de nos vies se sont vues repensées, confrontées, repêchées et subies. Tout d’abord en termes d’humain vis-à-vis de soi, ensuite en termes de membre de société vis-à-vis des autres et finalement en tant qu’employeur/employé.
La responsabilité collective de tout et chacun était de se protéger ainsi que de protéger les autres. Nous avions le sens du devoir collectif et de la servitude afin d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous. Et si c’était la solution définitive pour tous les maux de la société? Œuvrer pour le bien commun, ensemble, afin de tacler un problème actuel qui nous dépasse et qui amoindrit notre qualité de vie en nous oppressant, en nous affaiblissant et en ne nous offrant pas un cadre de vie à notre plein potentiel.
J’écris cela avec mon petit café fumant à mes côtés, jouissant des bruits ambiants de gens qui conversent à côté de moi. Je me rappelle combien de fois je me réveillais la boule au ventre, cloîtrée dans une chambre restreinte à en vouloir à la vie de me priver de ces plaisirs simples qui constituaient la majorité de mon quotidien. L’anxiété de ce moment me reste au palais. Un rire fort m’échappe de ma rêverie. Avec raison, mieux vaut en rire qu’en souffrir.
Santé mentale
Il est logiquement impossible et impensable que nous nous remettions de cette épreuve en l’espace de quelques semaines, voire de quelques mois. Pendant longtemps tenus à bout de souffle, d’annonce en annonce gouvernementale, nous nous sommes retrouvés à être surproductifs, surmenés et surtout moins soutenus. Chacun vivait dans sa bulle, une fenêtre d’un réseau social à la fois pour s’ouvrir sur le monde, prendre des nouvelles, voir l’autre comme il désire se présenter et non conforme à la réalité que chacun traversait.
Est-ce que notre réalité actuelle est surfaite? Pouvons-nous avoir la même confiance dans l’avenir qu’on avait jadis, lorsqu’on n’hésitait pas pour se faire une accolade en nous voyant, organiser un événement en personne, avoir des gens à la maison, être présent pour ses ainés. Je crois que c’est un privilège que d’avoir le choix, de naviguer encore – ou pas – dans ce genre de dynamique restrictive. Certaines personnes étaient à bout, essuyant leurs larmes entre deux conférences Zoom, avec les petits qui pleurent dans la chambre à côté parce qu’ils n’ont pas leur goûter à temps : ils s’ennuient de leurs amis et la baby-sitter a lâché à la dernière minute.
La violence psychologique de la pauvreté a aussi sévi dans les paniers de nourriture des ménages à travers le Canada. Les communautés moins bien desservies. Les personnes vivant à côté d’individus violents dans leur quotidien. Les familles qui ne savaient pas ce que voulait dire cohabiter… Aujourd’hui, les séquelles sont monstrueuses mais l’instinct de survie nous plonge dans l’oubli immédiat.
« Le vivre ensemble, le vrai, c’est de repenser à une société qui fonctionnerait à la prochaine crise, guerre, pandémie »
Je ne suis pas d’accord. Afin de guérir et de renaître de nos cendres, nous devons apprendre de ce que nous avons vécu : nous sommes au service du capitalisme, de la multifonction, de l’immédiat et du précaire. Nous devons être axés sur l’altruisme et la collectivité. Non pas dans le but de rendre le quotidien plus doux, mais dans le but de prendre le pouvoir dans la pérennité des décisions qui englobent nos vies. Nous avons vécu les répercussions dévastatrices des conséquences des décisions prises par les instances qui nous gouvernent.
Nous avons payé de notre état, autant physique que mental, l’érosion de nos relations, la lourdeur des jours et la désillusion. Et si la société devait plutôt ressembler à une mosaïque aux mille visages qui nous sied le mieux?
Travailler pour vivre. Vivre pour exister. Exister pour perdurer. Je rêve d’une adhérence entre nos efforts constants et notre protection dans l’avenir. Que ce soit dans notre vie privée, sociale, politique, économique ou juridique. Pour ce faire, nous devons nous concerter, nous outiller de ce bagage vécu dans la solitude ces deux-trois dernières années.
Oui, certes, nous devons nous relâcher et replonger dans le goût du vivre ensemble. Le vivre ensemble, le vrai, c’est de repenser à une société qui fonctionnerait à la prochaine crise, guerre, pandémie. Nous sommes en trêve et les élections ne nous ont pas laissé de sursis. (Ré)agissons.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
HAILEYBURY – Fête nationale du Québec, fête des Canadiens français d’un océan à l’autre? Est-il possible d’y voir les deux dans un même événement? Habitué de jouer au Québec et dans les communautés francophones minoritaires, le chansonnier québécois André Thériault livre son point de vue en route vers son spectacle à Haileybury dans le Témiscamingue ontarien.
Chanteur country-folk avec sept albums à son actif, André Thériault a joué de nombreuses fois en Ontario à l’occasion des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste.
« C’est toujours très intéressant. Quand on va dans les communautés francophones de l’Ontario, les gens sont vraiment au rendez-vous », raconte-t-il en entrevue avec ONFR+. « On a l’impression que ça fait un certain temps qu’ils ne se sont pas vu et en profitent pour échanger en français. Un événement se crée et ce sont des soirées mémorables. »
L’artiste André Thériault. Crédit image : Guylaine Charest
La Saint-Jean bleue ou verte?
En 1977, la Saint-Jean Baptiste-devient la fête nationale du Québec par décret ministériel du gouvernement de René Lévesque. Depuis, un certain questionnement persiste à savoir si cette fête réfère au nationalisme québécois ou à la fierté francophone canadienne.
Pour André Thériault, un aspect n’exclut pas forcément l’autre. « C’est vrai qu’il y a une certaine appartenance nationaliste, mais je crois que c’est un moment de rassemblement plus large des francophones. Elle est fêtée du Nouveau-Brunswick jusqu’à Vancouver », affirme-t-il. « À l’heure où tout va très vite, la Saint-Jean reste quelque chose de bien ancré et je crois que c’est pour ça qu’elle est célébrée à la grandeur de l’échelle canadienne. »
Avec son expérience dans les différentes communautés francophones du Canada, le chansonnier comprend bien l’importance de cette fête en particulier pour les locuteurs d’expression française hors Québec. « La Saint-Jean fait remonter quelque chose de profond dans les communautés minoritaires alors qu’au Québec on a encore l’occasion de célébrer la chanson traditionnelle francophone dans plusieurs festivals », explique-t-il.
En direction vers son spectacle, André Thériault se prépare à faire vivre aux membres de son public une soirée qui leur fera penser à celles qu’ils passaient en famille autrefois.
L’album Un rayon de miel. Crédit image : Guylaine Charest
TORONTO – Le cinquième Gala des prix RelèveON, qui s’est tenu ce jeudi dans la métropole ontarienne, a récompensé Soukaina Boutiyeb, Laurent Gérin, Estelle Chen et Jean-François Démoré, respectivement vainqueurs dans les catégories leader inclusif, cadre, professionnel et entrepreneur.
Le jury a tranché : Soukaina Boutiyeb a été élue Jeune leader inclusive pour son dévouement envers sa communauté francophone ontarienne et canadienne dans les secteurs dédiés aux femmes. Directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne, elle préside notamment le conseil d’administration de l’Association des communautés francophones (ACFO) d’Ottawa et le bureau de direction du Centre de recherche en civilisation canadienne-française et au bureau des gouverneurs de l’Université Saint-Paul.
Elle s’est dite surprise et ravie au moment de recevoir son prix. La Franco-Ottavienne était en compétition avec Joëlle Kabisoso, qui milite pour l’accès à la justice pour les filles et les femmes noires, et Amy Sylla, créatrice de la plateforme Brown Sugar Talk qui donne la parole aux voix marginalisées.
Près de 200 convives ont profité du retour du gala en mode présentiel. Crédit image : ONFR+
Laurent Gérin s’est mérité, quant à lui, le prix Jeune cadre. Originaire de Casselman, ce passionné de génie travaille à temps plein pour la start-up Clearcalcs qui automatise les calculs des ingénieurs. Sous son leadership, l’entreprise est passée de un à sept employés et poursuit sa croissance.
Il avait atteint la finale aux côtés d’Éric Barette, gestionnaire de l’animation culturelle au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, et Baptiste Bourquardez, directeur des programmes et services en immigration au Collège Boréal.
Le leader francophone Laurent Gérin. Crédit image : ONFR+
Dans la catégorie Jeune entrepreneur, le prix a été remis à Jean-François Démoré, un entrepreneur en série qui a notamment lancé NPlexStudyBuddy.com et Innova Wealth Partners. Membre fondateur du Marathon de Golf Sudbury, il a récolté plus de 300 000 $ pour des œuvres bienfaisances locales lors de ses cinq premières années d’activité.
Il concourait face à Sabrina Boulkheir, fondatrice de Rendez-Vous, une entreprise qui met en valeur la gastronomie française, et Sierra Levesque, à la tête avec son mari de RNL Cleaning Services, une société de services de conciergerie dans la région de Kapuskasing.
Estelle Chen de son côté remporté le prix Jeune professionnel(le). Gestionnaire en charge de tirer parti des technologies financières à la Banque TD, elle accompagne de jeunes entrepreneurs depuis 2014. Elle est également la cofondatrice de La French Tech Toronto qui réunit les entrepreneurs Tech français et francophones, les chefs d’entreprise, les investisseurs, les universitaires et les représentants du gouvernement français et canadien.
Estelle Chen, lauréate du prix Jeune professionnel(le). Crédit image : ONFR+
Deux prix spéciaux ont également été remis au cours de cette soirée. Le jury a d’abord souligné la contribution exceptionnelle de Connor Lafortune en lui attribuant le prix Coup de cœur. Ce Sudburois membre de la Première Nation Anishinaabek de Dokis est le plus jeune candidat dans l’histoire des Prix RelèveON, déjà finaliste lors de la précédente édition, à 18 ans, dans la catégorie Leader inclusif.
Lucie Moncion a reçu enfin le prix Hommage Stéphane-Taesdale. Sénatrice depuis 2016, elle a été la première femme au Canada nommée à la tête d’une Fédération de caisses populaires, et a été vice-présidente du conseil des gouverneurs de l’Université Nipissing.
Lise Béland, présidente du Club Canadien de Toronto. Crédit image : ONFR+
Animé par les journalistes Rudy Chabannes de TFO et Philippe de Montigny de Radio-Canada, puis accompagné de la musique de DJ UNPIER, cet événement conçu par le Club canadien de Toronto se tenait dans le décor d’une église reconvertie en salle de réception dans le centre-ville.
Cette cinquième édition était celle du retour en mode présentiel de l’événement limité ces deux dernières années à une émission en ligne, à cause de la pandémie et des restrictions sanitaires. D’abord torontois durant les trois premières années, le concours qui récompense le talent des jeunes personnes d’affaires francophones de moins de 40 ans a pris, à partir de sa 4e édition, une dimension provinciale.
Plus de la moitié des 62 candidatures reçues cette année émanaient d’ailleurs de l’extérieur de la Ville reine, et près des deux tiers étaient des femmes, un record depuis l’origine du concours.
Une autre semaine bien remplie dans la vie culturelle de l’Ontario français. On découvre la poésie innue, on redécouvre les luttes franco-ontariennes contre les coupures du gouvernement Ford puis on se laisse illusionner par les tours de magie dans l’est de la province.
Balado
La poétesse de l’âme innue
Dans le cadre du mois national de l’histoire autochtone du Canada, le Centre Culturel Canadien a produit le balado Canad’Air avec la poétesse Joséphine Bacon. Dans cette entrevue d’une vingtaine de minutes, elle raconte notamment son combat pour la préservation de l’innu-aimun. Un épisode qui fera vibrer les auditeurs par sa sagesse, sa poésie et sa grande dose d’humanité.
Joséphine Bacon. Crédit image : Florence Cassisi
Le balado Canad’Air est disponible en suivant ce lien et son écoute est gratuite.
Magie
Danse et magie à Bourget
DJ Marty invite la communauté de Bourget au spectacle du magicien Kayser qui a récemment fait fureur au Casino du Lac Lemay. La soirée débutera par un vins et fromages afin de faire des retrouvailles alors que le magicien se promènera dans le public pour faire quelques tours. Suivra le fameux spectacle de magie et pour finir les spectateurs pourront danser au rythme de la musique et des jeux de lumière de DJ Marty.
Spectacle de magie. Gracieuseté
Le spectacle de magie se tiendra au Centre communautaire de Bourget le samedi 18 juin de 19h30 à minuit. L’âge minimum pour participer est 13 ans. Les billets sont disponibles au coût de 37,69 $ et peuvent être achetés ici.
Théâtre
La résistance franco-ontarienne sur scène
La Nouvelle Scène Gilles Desjardins accueille la production du Théâtre Tremplin Poèmes de la résistance qui raconte l’histoire de la lutte des Franco-Ontariens contre les coupures du gouvernement de Doug Ford dans le dossier de l’Université de l’Ontario français à Toronto. Près de quatre ans plus tard, l’événement est revisité sous un angle artistique pour offrir une expérience unique au public.
Poèmes de la résistance. Gracieuseté
Le spectacle Poèmes de la résistance sera joué les 21, 22, 23 et 25 juin à 19h30 puis le 24 juin à 20h30 à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins à Ottawa. Les billets sont disponibles à partir de 17,25 $ en suivant ce lien.
Webdiffusion
Mise en ligne d’un classique
Le Théâtre français de Toronto diffuse la série en huit épisodes Les Liaisons dangereuses, inspiré de l’œuvre de Pierre Choderlos de Laclos publié en 1782 à Paris. Ce roman épistolaire raconte les divertissements et le duel de deux anciens amants, la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont. Écrit par Sébastien Bernard, ces épisodes plongent le public dans une époque remplie d’intrigues, de jeux de pouvoir et de complots.
Les Liaisons dangereuses. Crédit image : Mathieu Taillardas
La série Les Liaisons dangereuses est disponible sur le site internet du Théâtre français de Toronto et peut être visionnée gratuitement. Elle s’adresse à un public âgé de 14 ans et plus.
Arts visuels
Imaginaire minier
La Place des Arts du Grand Sudbury accueille l’exposition Contre vents et marées des artistes locaux Elyse Portal, Magali Alanis Rodriguez Beaudoin et Camille Tremblay Beaulieu. Alors que l’exploitation minière est au cœur de l’économie de Sudbury depuis le début, les artistes cherchent à cultiver un rapport à la nature fondé sur l’interdépendance plutôt que sur l’extraction. Elles réalisent à exprimer ce sentiment par l’entremise de photographies, d’œuvres installatrices et de gestes posés in situ.
Vernissage Contre vents et marées. Crédit image : Galerie du Nouvel Ontario
L’exposition Contre vents et marées se tient à la Galerie du Nouvel Ontario à la Place des Arts du Grand Sudbury. Elle est ouverte au public sans frais et se tient jusqu’au 22 juillet 2022.
OTTAWA – Le juge en chef de la Cour suprême Richard Wagner faisait jeudi sa cinquième conférence de presse annuelle. Ce dernier a rappelé l’importance d’avoir un banc bilingue, mais a aussi mentionné le rôle de la Cour suprême « dans sa juridiction » à aider à combattre le déclin du français au Canada via le bilinguisme.
« L’un des objectifs d’avoir le bilinguisme à la Cour, non seulement du personnel et des juges, c’est justement une question de crédibilité et de transparence afin que les citoyens canadiens puissent se reconnaître dans leurs institutions, a dit Richard Wagner. J’ai toujours demandé depuis plusieurs années à ce que les institutions reflètent les membres de la société et sa diversité à tous les niveaux – et les tribunaux incluant la Cour suprême. Je pense qu’on s’en va dans la bonne direction », a-t-il dit devant les journalistes.
S’il reconnaît le rôle plus limité de son institution, il évoque que ça en va pour « la crédibilité de la Cour » d’assurer un banc complètement apte à siéger dans la langue de Molière.
« On n’a pas un rôle politique à jouer, il en revient aux élus… mais la Cour suprême a un rôle à jouer pour appuyer le bilinguisme à la Cour suprême du Canada et surtout pour assurer aux francophones du pays, que ce soit au Québec ou d’autres provinces, qu’ils se reconnaissent dans leurs institutions. »
Ce dernier a d’ailleurs souligné l’arrivée d’un juge racisé et bilingue Mahmud Jamal, nommé par le gouvernement Trudeau en juin dernier.
« Il est avant tout un des meilleurs juristes au Canada et c’est la qualité première qu’on recherche », a souligné Richard Wagner.
Le juge de la Cour suprême Mahmud Jamal. Gracieuseté
« J’espère qu’un jour qu’on aura un juriste autochtone qui va siéger à la Cour comme ils doivent siéger. Encore faut-il que ça soit un juriste de premier niveau. Je pense qu’il y a moyen de le faire. Je pense qu’on doit faire en sorte que les gens de la diversité soient nommés aux différents niveaux. On ne devra jamais sacrifier la qualité cependant », répète-t-il.
Il mentionne aussi la création d’un comité à la Cour sur les langues officielles qu’il a mis sur pied l’an dernier.
« On discute des manières de continuer de promouvoir le bilinguisme à la Cour et d’améliorer nos techniques et politiques. »
Alors que des débats ont lieu actuellement à Ottawa dans le but de moderniser la Loi sur les langues officielles, le juge en chef dit ne pas vouloir s’immiscer. Toutefois, il note que c’est une loi « qui remonte à plusieurs années ».
« S’il y a un débat éventuellement qui découle d’une interprétation de la Loi, on sera saisi du dossier une fois présenté, mais la question ou l’opportunité de revoir la Loi, ce n’est pas à moi d’y répondre. »
La Cour suprême du Canada. Crédit image : Stéphane Bédard
Plus de sécurité
Le fédéral doit remplacer prochainement le juge Michael Moldaver qui partira à la retraite dès le 1er septembre prochain. Il était le dernier et seul juge unilingue de la plus haute instance judiciaire du Canada. Le gouvernement Trudeau a promis à plusieurs reprises qu’il s’agira d’un juge bilingue de l’Ontario.
« Je suis sûr qu’on aura neuf membres d’ici le 1er septembre. J’espère, car on va à Québec le 12 septembre et je veux être là avec tous mes collègues. »
Le juge en chef Wagner fait ici mention à un déplacement des activités du plus haut tribunal du pays à l’extérieur d’Ottawa, expliquant cette décision par le fait de vouloir sensibiliser et informer davantage les Canadiens aux activités de la Cour suprême.
Manifestation du Convoi de la Liberté en février dernier à Ottawa : le juge en chef Wagner demande une meilleure sécurité à la Cour suprême. Crédit image : Pascal Vachon
Il réclame aussi aux autorités, après les événements en février dernier avec les camionneurs, d’assurer une meilleure sécurité autour de la Cour suprême.
« J’ai l’impression que, jusqu’à un certain point, l’édifice de la Cour suprême est un petit peu le parent pauvre de ces mesures-là », dit-il en référence à la sécurité qui a été augmentée autour des institutions parlementaires dans les derniers mois.
Avec la Loi sur les langues officielles en plein processus de refonte, est-ce qu’il serait temps pour le gouvernement Trudeau de séparer les minorités francophones du pays des Anglo-Québécois? C’est ce que suggère notamment le gouvernement du Québec, le Bloc Québécois, des experts et en partie les autres partis de l’opposition, qui trouvent injuste de mettre ces deux groupes linguistiques sous un même pied d’égalité.
La semaine précédente, le gouvernement du Québec a fait part d’amendements qu’il jugeait nécessaires au projet de loi libéral. Dans ce document, la ministre québécoise Sonia Lebel propose de « tenir compte de la situation linguistique particulière et unique du Québec », tout en tenant compte des « réalités particulières et propres aux communautés francophones et acadiennes et celles propres à la communauté québécoise d’expression anglaise ».
« Nous reconnaissons que le français est la seule langue minoritaire au Canada » – Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles
La ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne propose notamment de retirer la mention de promotion de l’anglais à une partie de la Loi pour faire mention seulement de la promotion du français et des minorités. « Puisque des deux langues officielles, c’est le français qui, en raison de sa situation minoritaire, doit être promu », écrit-on dans le document qu’a obtenu ONFR+.
La ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel. Archives ONFR+
Dans l’actuelle loi du gouvernement Trudeau, la mention « minorités francophones et anglophones » est répétée à près d’une dizaine de reprises. Pourtant, ces deux groupes minoritaires sont réunis alors qu’ils ont des défis complètement différents, selon les experts.
« Les anglophones au Québec sont clairement bien protégés, ils ont plusieurs institutions : des hôpitaux et plusieurs universités. On le voit par les chiffres que le nombre d’allophones et de parlants anglais augmentent. Ce n’est pas là que le bât blesse », note Martin Meunier, professeur et titulaire de la Chaire de recherche Québec, francophonie canadienne et mutations culturelles à l’Université d’Ottawa.
Et de poursuivre : « Quand on regarde la situation des francophones hors Québec, elle n’est pas réjouissante. Le nombre de locuteurs reste pareil, mais la proportion des francophones par rapport aux anglophones diminue. Je pense que c’est là qu’il y a quelque chose à distinguer. »
Reconnaître l’inégalité avec les anglo-québécois
La refonte de cette loi présentée par Mélanie Joly en juin 2021 est morte au feuilleton avec le déclenchement des élections. Cette mouture reconnaissait un principe d’asymétrie, soit le fait qu’il fallait faire plus d’effort pour protéger le français. L’actuel projet de loi retire ce principe d’asymétrie, un gain pour les anglophones du Québec qui avaient milité contre.
Mais la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor rappelle un des principes clés de son projet de loi : « Nous reconnaissons que le français est la seule langue minoritaire au Canada », dit-elle, évoquant avoir un objectif commun avec le Québec, soit de mettre fin au déclin de la langue de Molière.
Pourquoi ne pas alors inscrire la distinction entre les deux groupes linguistiques dans la Loi, ce qui n’est pas le cas actuellement? « Je comprends exactement que la situation n’est pas la même (entre les francophones hors Québec et anglophones du Québec). Mais comme ministre des Langues officielles, c’est quand même mon rôle de s’assurer qu’on va tout faire pour protéger nos communautés en situation minoritaires », tempère-t-elle.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Gracieuseté
Mais la proposition du gouvernement Legault fait du bon sens, croit le chercheur Martin Meunier. « Ce n’est pas une mauvaise idée de distinguer l’accent mis sur une langue par rapport à une autre dans un contexte sociodémographique qui est très peu similaire », commente-t-il.
C’est aussi l’avis du chercheur Mario Polèse de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP). Ce dernier a réalisé une étude d’une quarantaine de pages sur C-13. Il écrit qu’il faut préconiser « l’inégalité des minorités francophones et anglophones du pays » et « ne plus traiter la minorité anglophone comme un groupe monolithique ». Il propose aussi d’ajouter l’adjectif « sociologique » à « minorité » pour parler de réelle égalité.
« Il est temps d’en finir avec une fausse égalité qui oppose inutilement les francophones du Québec et du reste du pays », écrit-il.
L’opposition assez d’accord avec Québec
Le Bloc Québécois demande à ce que la Loi sur les langues officielles ne s’applique pas au Québec, réclamant plutôt que la Charte de la langue française (Loi 96) ait préséance.
« Ça prend une approche différenciée… Tous les spécialistes au monde s’entendent pour dire que les seuls modèles vraiment efficaces pour protéger les langues minoritaires sont ceux basés sur les droits territoriaux et collectifs. Le modèle du fédéral est en opposition avec la Charte de la langue française. Il vise à donner le choix aux individus d’utiliser une langue ou l’autre », dénonce son député Mario Beaulieu.
Le Parti conservateur n’est pas prêt à aller aussi loin que son confrère québécois concernantla Loi sur les langues officielles, mais admet que le statu quo n’est pas assez bon.
« On pourrait exclure le Québec de cette équation-là. Il doit y avoir une asymétrie concernant le Québec. C’est une province francophone dans un monde anglophone en Amérique du Nord… La réalité du Québec est totalement différente. La minorité anglophone au Québec est très bien traitée alors que les minorités francophones sont très mal traitées », estime son porte-parole en Langues officielles Joël Godin.
Le NPD dit toujours être en train d’évaluer les propositions de Mme Lebel et de Québec, mais admet cette inégalité entre les deux groupes.
La députée Niki Ashton. Source : Twitter.
« Je pense qu’il y a quelques parallèles, mais c’est clair qu’ils sont dans des situations différentes. De notre part, notre priorité demeure de travailler avec les communautés francophones et de défendre le français au Québec en reconnaissait qu’il est en déclin au Québec et au Canada », priorise Niki Ashton.
Le projet de Loi C-13 ne sera pas adopté avant l’automne, a dit Ottawa mardi, repoussant encore une fois une promesse de 2015.
NIPISSING OUEST – Après près de deux ans de conflits et de fins de réunions abruptes, le siège du conseiller démissionnaire Jérémy Seguin du quartier 7 a finalement été pourvu mercredi en soirée. C’est le candidat et ancien conseiller Normand Roberge qui a été choisi au terme d’un processus qui aura été long et laborieux.
Une élection qui arrive à deux semaines de l’échéance imposée à la municipalité par le ministère des Affaires municipales et du Logement pour combler le siège vacant à 5 mois des prochaines élections municipales du 24 octobre.
Pour rappel, le 9 juin dernier, les conseillers municipaux n’avaient pas réussi à se décider sur le candidat à élire et avaient donc dû repousser l’élection.
Le blocage était provoqué par un vote à égalité qui n’a cessé de paralyser les activités depuis la démission du conseiller Jérémy Seguin en juillet 2020, lequel qualifiait de toxique le climat de travail au sein du conseil.
C’est donc au terme d’un processus de vote revu et corrigé par le médiateur envoyé par le ministère, Nigel Bellchamber, la greffière, Melanie Ducharme, et l’avocat de la municipalité que le candidat Normand Roberge a finalement été élu.
À la différence de la dernière séance où le vote était fait par proposition d’une motion en faveur d’un candidat, cette fois-ci chacun devait écrire sur une feuille blanche le nom du candidat de leur choix et le montrer à la greffière en face à face ou à l’écran.
Le conseiller Dan Roveda a été le plus fervent défenseur du candidat élu Normand Roberge. Capture YouTube.
Une énième division
Après une discussion de près d’une heure avec les habituelles tensions, les conseillers ont pu procéder au vote en présentiel pour Denis Sénécal représentant du quartier 8, Lise Sénécal du quartier 1, le conseiller Yvon Duhaime du quartier 3, et la mairesse Johanne Savage.
Les conseillers Léo Mallette du quartier 2, Dan Roveda du quartier 4, Roland Larabie du quartier 6 et Christopher Fisher du quartier 5 ont assisté à la réunion et voté en ligne.
Une séparation qui n’était pas seulement géographique, mais aussi idéologique.
C’est, en effet, sans surprise, que les quatre conseillers ayant voté en ligne ont choisi de plébisciter le candidat Normand Roberge tandis que les quatre autres ayant voté en présentiel ont choisi quant à eux le candidat Fernand Pellerin, qui a siégé au sein de plusieurs comités municipaux.
Le règlement adopté prévoyait justement cette éventualité pour laquelle la solution avancée était un tirage au sort par la greffière. C’est devant l’assemblée que 10 bulletins de vote ont étés divisés en deux et portaient le nom de l’un ou l’autre des deux candidats avant d’être disposés par la greffière dans une boite fermée. Le nom tiré fut donc celui de M. Roberge.
Un processus questionnable
Interrogée après la réunion, la conseillère Lise Sénécal avoue être déçue de l’issue de cette élection. « C’est la démocratie, j’accepte le vote puis c’est tout ce que je peux dire », déclare-t-elle avant d’ajouter que le tout a été fait selon un accord général des conseillers.
De son côté, Dan Roveda est plus enthousiaste. « C’était un 50/50 puis on dirait que les étoiles étaient en ligne, je suis content pour les gens de Verner, ils vont avoir quelqu’un qui parle fort pour eux autres », lance-t-il avec soulagement.
Selon Mme Sénécal, qui n’a pas voté pour le candidat gagnant par crainte que celui-ci ne soit influencé dans son devoir, une élection partielle aurait été plus appropriée que ce vote par les conseillers.
Une proposition qui avait été lancée lors de la démission du conseiller Seguin, mais n’avait pas pu être adoptée faute de majorité : « C’est aux gens de décider qui ils veulent, pas à huit personnes pour des quartiers qui en ont mille personnes », affirme-t-elle avec conviction.
M. Roveda avait, quant à lui, demandé avec les conseillers Fisher, Larabie et Mallette une nomination directe du candidat Normand Roberge qui avait perdu devant Jérémy Seguin en 2018. Bien qu’il soit soulagé, il regrette le temps perdu pour en arriver, au final, au même résultat.
Selon lui, il faudrait revoir les procédures pour le prochain mandat municipal en empêchant le ou la futur(e) maire(esse) de voter, mais l’autoriser seulement en cas d’égalité de vote.
La question du bilinguisme
Bien que la réunion ait été entièrement en anglais, comme par le passé, le français n’a pas été totalement absent et a fait l’objet d’une discussion.
Pendant la relecture du règlement, un amendement à ce dernier a été proposé par les conseillers Lise Sénécal et Yvon Mallette concernant la possibilité pour les candidats de pouvoir recevoir et répondre aux questions en français.
Dans une ville comptant une large partie de francophones, une telle possibilité a été proposée afin de permettre aux candidats, tous francophones, d’être à l’aise dans leur réponse devant le conseil.
Tous les conseillers ont voté en faveur de l’amendement à l’exception du conseiller Christopher Fisher, le seul qui n’est pas francophone.
De son côté, le conseiller Larabie a fait le commentaire que la proposition était inutile, car existant déjà dans l’arrêté municipal. Ce à quoi Lise Sénécal répond que « bah oui, mais la dernière fois on n’y a pas pensé, il n’y a personne de nous autres qui a pensé à dire aux candidats si vous voulez vous pouvez répondre en français ».
Lise Sénécal a, d’ailleurs, été la seule à s’être exprimée dans la langue de Molière pendant ce conseil lors de sa proposition de motion en début de conseil avant de se faire dire par la greffière de traduire en anglais pour le médiateur du ministère et le conseiller Fisher.
La Saint-Jean-Baptiste ne se limite pas qu’au Québec! La fête de tous les Canadiens français se déclinera en plusieurs événements prévus dès cette semaine et jusqu’aux 25 et 26 juin. Après les célébrations de Timmins et Hamilton, ONFR+ vous dresse ici la liste des incontournables à venir.
Cinéma et scène musicale à Kapuskasing
Célébrant la fierté francophone de Timmins jusqu’à Hearst, la Saint-Jean de Kapuskasing est le plus gros événement de l’Ontario. Nouveauté de cette année, un méga cinéma a été installé pour la projection, jeudi 16 juin, du film Souterrain qui raconte l’histoire de mineurs de Rouyn-Noranda pris au piège sous terre. L’écran géant sera également utilisé lors des spectacles les 17 et 18.
« On a tout donné pour donner envie aux gens de venir célébrer avec nous et on est certain qu’ils seront aux rendez-vous! », lance le directeur général du Centre régional des loisirs culturels, Dènik Dorval.
Après avoir reçu des artistes comme Kevin Parent et Éric Lapointe, ce sera au tour de Medhi Cayenne, Jérôme Couture, Renée Wilkin, Les Frères à ch’val et Noir silence de venir faire danser les francophones du nord. Présent lors de la première édition en 2000, Noir silence sera de retour pour la reprise des festivités en présentiel après la pause des deux dernières années.
Zachary Richard sera en concert à Sudbury. Source : zacharyrichard.com
Zachary Richard en concert à Sudbury
Sudbury célébrera la naissance du saint patron des Canadiens-français pendant toute une semaine à partir du lundi 20 juin. L’horaire est rempli d’activités pour toute la famille, allant de la chasse virtuelle aux grenouilles jusqu’à la levée du drapeau franco-ontarien. Les festivités se concluront par un spectacle de Robert Paquette et Zachary Richard en duo au Collège Boréal.
Penetanguishene au rythme de Hey, Wow!
Natif de Penetanguishene, le leader du groupe folklorique Hey, wow!, l’accordéoniste, chanteur et raconteur du groupe, Jean-Marc Lalonde, s’attend à une belle célébration avec la communauté d’expression française le samedi 25 juin au Havre de la découverte.
« Je dois dire que depuis ma jeunesse, elle a pas mal rétréci », se désole-t-il. « Mais il y a un noyau de gens qui tiennent bon et qui y croient. On se rend compte qu’on est dans une mer d’anglophones, mais depuis un certain temps, on met de plus en plus d’efforts pour la préservation de la culture francophone. »
Oshawa, Windsor, Kitchener et Welland
Dans le Grand Toronto, en attendant la Franco-Fête de Toronto cet été, les amateurs de chanson française pourront assister au concert du trio de la Baie géorgienne Ariko à Oshawa, le samedi 25 juin à 20h, au Pavillon canadien-français. La soirée est organisée par le Conseil des organismes francophones de la région de Durham.
Dans le Sud-Ouest, l’Association des francophones de Kitchener-Waterloo (AFKW) invite les familles à sa Franco-fête le samedi 18 juin de midi à 17h auKitchener Portuguese Club. Les enfants pourront s’amuser dans les châteaux gonflables, se faire peinturer le visage ou encore se laisser émerveiller par un spectacle de magie.
À l’initiative du Centre communautaire francophone Windsor-Essex-Kent (CCFWEK), un souper de homards est prévu le vendredi 24 juin au pavillon du club Ciociaro à Windsor. Le repas sera accompagné musicalement, dès 19h, par le duo Mélanie Côté et Donovan LeNabat, puis, autour de 21h, par le groupe Bigg Wiggle.
Les francophones de Welland ne seront pas en reste et se donnent rendez-vous à l’Auberge Richelieu de Welland le dimanche 26 juin durant une après-midi avec un spectacle folklorique, des tours de magie et, dès 13h, un concert de Suzan Le Clerk, une enseignante franco-ontarienne originaire du Québec qui a sorti un premier album Belle est la vie en 2020.
OTTAWA – Le projet de loi visant à moderniser la Loi sur les langues officielles ne sera pas adopté avant l’automne prochain, confirme Ottawa qui accuse l’opposition, notamment les conservateurs, de ralentir le processus.
« Nous avons tenté de travailler avec les membres de l’opposition », a plaidé la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor en entrevue.
« Je voulais voir le projet de loi se rendre au Sénat avant la fin de la session parlementaire… Le projet de loi va être ramené l’automne prochain et puis j’espère qu’à ce moment-là, on ne va pas voir des jeux politiques. Pour moi, c’est un projet de loi qui est très important et qui va faire une différence », a ajouté la députée acadienne avant la période des questions.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Dominique Demers
Un peu plus tôt dans la matinée, le leader du gouvernement Mark Holland a accusé le Parti conservateur de faire dérailler C-13. « Il y a beaucoup d’appui dans la Chambre des communes et sur le besoin d’adopter la législation pour les langues officielles, mais avec le blocage, de particulièrement le Parti conservateur, c’est difficile d’adopter. J’imagine qu’on va adopter le projet de loi C-13 à l’automne à cause de l’obstruction », a-t-il lâché devant les journalistes avant la réunion du Cabinet.
L’opposition dénonce
Ces propos des deux membres du gouvernement Trudeau font bondir les partis de l’opposition.
« Le problème là-dedans, ce n’est pas le Bloc, le NPD ou les conservateurs, c’est les libéraux », critique le député conservateur Joël Godin.
« Les libéraux ont essayé de nous en passer une petite vite », estime de son côté le député du Bloc Québécois Mario Beaulieu. « C’est eux qui essaient de faire des petits jeux politiques. Tous les partis de l’opposition ont été d’accord. C’était vraiment vouloir passer ça à toute vapeur comme ça. »
« Je suis en désaccord avec l’analyse de la ministre et des libéraux. C’est clair que c’est un projet de loi qui doit être amélioré », pense Niki Ashton, la critique en Langues officielles pour les néo-démocrates.
« Ce nouveau délai est une grosse déception », lance Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).
Cette dernière estime que le retard dans ce processus fait augmenter « le coût social ».
« Déjà il y a cinq ans, la FCFA a fait de la modernisation de la Loi sur les langues officielles sa priorité dans un contexte de contestation du statut du français à plusieurs endroits au pays. Le rapport du commissaire aux langues officielles la semaine dernière a montré que les entorses au français se poursuivent et ça ne changera pas tant qu’on n’aura pas une Loi forte, moderne et respectée », a déclaré Mme Roy.
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté
La semaine précédente, les trois partis de l’opposition ont accusé en chaîne les libéraux de « bulldozer » le processus. Le Parti libéral avait alors déposé une motion en comité où il demandait notamment un maximum de 15 heures d’étude pour C-13, qui se retrouve à l’étude au Comité des langues officielles depuis le début du mois juin.
« Utopique » comme échéancier
Le porte-parole de l’opposition conservatrice en Langues officielles soutient que la ministre n’a qu’à blâmer son parti et elle-même, eux « qui avaient le contrôle de l’agenda ».
« Elle essaie de nous faire porter l’odieux. Elle va spinner ça tout l’été pour faire en sorte que ce soit les oppositions qui sont contre l’évolution du projet de loi C-13. C’est un dossier qui est très important et je pense qu’il faut le faire de façon rigoureuse et sérieuse. Ils sont en train de politiser un dossier qui est un des plus importants dans l’actualité », déplore Joël Godin.
Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Crédit image : Twitter
Ce dernier dit qu’il a toujours espéré un projet de loi d’ici la fin de l’année 2022. Ottawa a déposé son projet de loi au début mars. Sachant cette échéance, l’objectif de la ministre d’avoir une nouvelle mouture au Sénat avant le début de l’été est farfelu, selon lui.
« Son objectif est utopique, c’est rêver en couleur et déconnecter de la réalité (…). Il faudrait peut-être qu’elle se renseigne (sur la procédure parlementaire) avant de dire n’importe quoi. »
Niki Ahston dit vouloir se ranger derrière les amendements demandés par la FCFA, notamment l’inclusion de clauses linguistiques, mais elle dit s’interroger sur l’appui des libéraux à certaines propositions.
« Je voix des jeux politiques de la part des libéraux. Il faut être clair que oui on veut avancer ce projet de loi. Au NPD, ce n’est pas une question de perdre notre temps, on veut bien faire notre travail. On veut vraiment avancer des amendements qui vont améliorer le projet de loi, et on est clair sur quels sont ces amendements. J’espère que les autres partis, incluant les libéraux vont entendre les intervenants. »
Pour la formation souverainiste, cette mouture mérite plusieurs autres séances afin d’être scrutée à la loupe.
« Pour les gens au Québec, je pense que c’est important qu’il y ait un débat public sur la Loi sur les langues officielles, car au Québec, elle ne vise qu’à promouvoir l’anglais », estime Mario Beaulieu.
Ginette Petitpas Taylor refuse toutefois de dire si le projet de loi sera similaire à son retour en septembre. « Le Comité va faire l’étude et puis de là, on va s’assurer d’avoir le meilleur projet de loi possible. »
Récemment, le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge a recommandé aux parlementaires d’étudier la possibilité d’obliger le bilinguisme de hauts fonctionnaires fédéraux.
OTTAWA – Le gouvernement Trudeau annonce qu’il met fin aux mandats vaccinaux touchant ses employés fédéraux et les voyageurs non vaccinés. Dès le 20 juin, les personnes qui ne sont pas complètement vaccinées pourront recommencer à voyager en avion ou en train au Canada.
L’information, qui avait été filtrée dans divers médias lundi soir, a été confirmée par plusieurs ministres du gouvernement Trudeau mardi en conférence de presse.
« Ces mesures ont été efficaces, mais elles n’ont jamais été là pour être permanentes », a souligné le ministre des Affaires intergouvernementales, de l’Infrastructure et des Collectivités Dominic Leblanc.
Ces mesures toucheront les voyageurs nationaux et internationaux qui partent du Canada, mais ceux qui ne seront pas complètement vaccinés devront quand même s’isoler pour 14 jours après un voyage hors du pays. Les voyageurs arrivant au pays devront toutefois respecter les mesures sanitaires. Toutefois, les exigences en matière de vaccination des passagers et de l’équipage des navires de croisière resteront en vigueur.
La pression montait depuis quelques semaines de la part de l’industrie touristique sur le gouvernement Trudeau pour enlever les mesures sanitaires, dont la vaccination obligatoire, en place depuis le 30 octobre 2021. La semaine dernière, Ottawa avait annoncé temporairement la fin des tests aléatoires obligatoires pour ceux arrivant au Canada et étant vaccinés. Les masques seront toutefois maintenus dans les aéroports et trains du pays.
Le gouvernement ne ferme toutefois pas la porte au retour du passeport vaccinal ultérieurement.
« Nous devons être prêts contre un retour de la COVID-19 à l’automne. Notre meilleure protection contre la COVID-19 est d’être vaccinée », a déclaré Dominic Leblanc.
Les fonctionnaires réfractaires en voie d’être réintégrés
Pour les fonctionnaires du fédéral, la vaccination ne sera plus imposée aussi dès le 20 juin. Près de 98 % du personnel de la fonction publique est vacciné selon les récentes données du Conseil du Trésor. Ceux qui étaient non vaccinés avaient été suspendus sans solde. Lundi, le premier ministre Justin Trudeau a été déclaré positif à la COVID-19, lui qui revenait d’un voyage de quelques jours aux États-Unis.
« Les employés de l’administration de base, y compris la Gendarmerie royale du Canada, n’auront plus cette obligation comme condition d’emploi », a indiqué Mona Fortier, présidente du Conseil du Trésor, ajoutant que les employés non vaccinés placés en congé sans solde seraient recontactés par leur gestionnaire pour reprendre leur tâche régulière avec solde.
Et de marteler l’importance de poursuivre les efforts de vaccination : « Soyons clair, la pandémie n’est pas encore terminée. La vigilance reste essentielle pour protéger notre santé et notre économie. Cela signifie que nous devons mettre à jour notre nos politiques de vaccination et être prêt à adapter notre approche. »
Si vous êtes admissible à une troisième ou quatrième dose, vous devriez la recevoir dès que possible à ajouté le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos. « C’est la meilleure façon d’éviter de développer une forme grave de la maladie, d’être hospitalisé ou d’en mourir. C’est aussi la meilleure façon de limiter la transmission et de protéger nos travailleurs de la santé et les plus vulnérables. »é
HAMILTON – Le gratin de la musique franco-ontarienne sera de la partie pour célébrer la vivacité des communautés d’expression française dans la ville de l’acier. YAO, DJ Unpier, Mimi O’Bonsawin, Stef Paquette et Céleste Lévis seront sur la scène de la FrancoFest d’Hamilton qui se tiendra les 17 et 18 juin au parc Gage.
« Quand on pense communautés francophones en Ontario, c’est sûr qu’Hamilton ne rentre pas dans la tête de beaucoup de gens », lance Stef Paquette en entrevue avec ONFR+ qui en sera à sa quatrième année consécutive d’animation du festival.
Entre 10 et 12 000 francophones habitent la ville et ses environs. Une statistique qui monte à près de 50 000 lorsque les francophiles sont comptés. Nommée communauté francophone accueillante en 2019 par le gouvernement fédéral, Hamilton voit son nombre de locuteurs de la langue de Molière venant d’un peu partout dans le monde être en constante augmentation dans la région.
« On vient pour célébrer le monde qui bûche, pour s’assurer qu’il y ait de la francophonie un peu partout en Ontario », ajoute l’animateur chevronné.
Exprimer sa créativité en français
À l’origine une fête pour la Saint-Jean-Baptiste, la FrancoFest existe depuis près de 40 ans. « On est devenu le rendez-vous de l’été des francophones de la grande région de Niagara », se félicite la directrice générale du Centre francophone Hamilton, Julie Jardel.
Julie Jardel, directrice générale du Centre francophone Hamilton. Gracieuseté
En plus de la musique, les participants pourront rire au spectacle de cirque de la compagnie québécoise Le gros orteil. Il y aura également de nombreux ateliers destinés à tous les âges. « C’est vraiment diversifié la FrancoFest, impossible de ne pas trouver quelque chose que vous allez aimer », affirme Stef Paquette.
« C’est mon premier festival de l’été. On a vraiment hâte! », se réjouit Mimi O’Bonsawin qui prévoit jouer des chansons en français qui figureront dans son prochain double album bilingue à paraître en 2023.
Retrouvailles communautaires
En raison de la pandémie, les deux dernières éditions de la FrancoFest se sont tenues virtuellement. Alors que la parenthèse covidienne semble se fermer, le thème des Retrouvailles a été choisi pour l’édition 2022.
« Un de nos défis est de montrer la diversité et le dynamisme de la communauté francophone à la population plus large de la région », explique Julie Jardel à ONFR+.
Diversifiée, la communauté d’Hamilton l’est, à l’image de la francophonie ontarienne. Une réalité que constatent les artistes invités.
« C’est toujours entre quatre murs que l’on entend parler français » – Julie Jardel
« Quand on va à Sudbury, tout le monde a le même vibe. On pense que c’est comme ça dans tout l’Ontario français, mais non », reconnaît Mimi O’Bonsawin.
Il va sans dire que d’entendre parler français à Hamilton en dehors des lieux spécifiques comme les écoles n’est pas commun.
Des bénévoles d’une précédente édition de la FrancoFest. Crédit image : Katherine Fleitas
« Je trouve que c’est important de rassembler les francophones dans un espace où chacun sait qu’il y a 90 % de chance que les gens autour de nous parlent français », explique Mme Jardel à ONFR+. « C’est toujours entre quatre murs que l’on entend parler français. »
Familial et gratuit, l’événement se tient dans un parc afin de justement sortir le français des lieux emmurés. Plusieurs dizaines de bénévoles sont à pied d’œuvre pour faire de ce grand retour en présentiel une fête réussie. Certains spectacles seront également retransmis en ligne.
Têtes d’affiche et programme
L’affiche de la FrancoFest 2022. Source : Facebook Centre francophone Hamilton
LE MANS – Le Franco-Ontarien Zacharie Robichon a participé, les 11 et 12 juin, à l’incroyable course de renom, les 24 Heures du Mans. C’est pour l’équipe Proton Competition et avec une Porshe 911 que le pilote de course a partagé le bitume avec ses coéquipiers Matt Campbell et la célébrité Micheal Fassbender en qualité d’amateur.
Il n’en est pas à son premier rodéo. En effet, Zacharie Robichon avait déjà terminé premier aux 24 Heures de Daytona, en Floride, au début de l’année 2022. Mais cette course est différente nous dit-il : « C’était un gros challenge, un événement complètement différent de tous ceux auxquels j’ai participé. »
Pour le jeune ontarien, « même si j’ai gagné des courses d’un même niveau, ça reste inexplicable, ce qui se passe autour de cette course ».
Il explique, notamment que la ville du Mans est habituellement peuplée d’environ 100 000 personnes, mais que cette course amène tellement de spectateurs que la population triple durant cette fameuse fin de semaine.
« Nous avons eu plus 300 000 spectateurs et ça m’a beaucoup surpris. Surtout lorsqu’on a dû faire une parade de pilotes dans les rues pendant environ 1h30. Je dirais que là on réalise pas mal. On a l’impression de faire quelque chose de très spécial et c’était très excitant », raconte le pilote.
Un rêve qui se concrétise
Participer à cette grande course a toujours été un rêve et un but pour Zacharie, il explique justement ne pas avoir encore tous les mots pour expliquer ce qu’il a vécu.
« C’est mon métier, c’est sûr et je m’amuse. C’est le fun. Maintenant que j’ai fait cette course, j’aurais envie de la refaire encore ». Pour le pilote de course, participer aux 24 Heures du Mans est une première, tout comme Michael Fassbender, l’acteur de X-Men qui continue sa série Road to le Mans, une production de la star qui documente sa participation à la course automobile.
Sur la ligne, le bolide de Proton Competition : une Porshe 911. Crédit image : Drew Gibson/Proton Competition
La présence de l’acteur ne semble pas avoir affecté la course, au contraire relate-t-il : « La participation de célébrités, c’est parfois bon pour le sport. Puis pour nous, c’est une nouvelle visibilité aux courses d’endurance. Je trouve ça drôle et bizarre aussi, parce qu’on reçoit beaucoup d’attention. Mais quand le travail commence, il est le pilote amateur de cette équipe et c’est très semblable à tous les pilotes amateurs avec lesquels on a travaillé. »
Les 24 Heures du Mans, en français
Zacharie Robichon vient de la région d’Ottawa et, en tant que Franco-Ontarien, il trouve que cette course en France avait une saveur particulière. « J’ai fait mes entrevues en français, et on a constaté à plusieurs reprises que les Français réagissaient quand mon nom était prononcé. C’est intéressant parce que je représente le Canada, le Canada-Français, mais il y avait autre chose qui se passait avec les supporters de France. »
Il dit aussi n’avoir jamais rien vu de pareil. « Ne serait-ce que les fans, les spectateurs : ils sont très passionnés, mais aussi très connaisseurs. Je dirais qu’il y avait beaucoup de monde qui connaissait la véritable histoire des 24 Heures du Mans. »
Des difficultés, mais une course terminée
« On est heureux de l’avoir terminé, malgré avoir fini 16e dans la catégorie amateur, le succès c’est de l’avoir complété. »
Pour le pilote, ce qui est le plus difficile, c’est ce qui se passe hors du circuit. Il nous donne en exemple, la parade des pilotes, la journée avant la course, et plusieurs événements qui rendent la préparation pour le Jour J, éprouvante.
Zacharie Robichon monte dans sa voiture. Crédit image : Drew Gibson/Proton Competition
« Je compare ça aux 24 Heures de Daytona », dit-il, « mais avant la course on ne fait rien la journée. Ici, avec tout ce qui entoure l’événement, la préparation est très différente. Par exemple, je suis arrivé le 1er juin et le 2 juin j’avais déjà des réunions, des événements pour montrer les voitures, des tests et des rendez-vous. On parle d’environ dix jours de préparation ».
Bien que Zacharie Robichon n’est pas gagné, ce n’est pas terminé pour lui. Il sait déjà qu’à son retour au pays, la préparation pour les prochaines courses est à prévoir.
« C’est vrai que quand je rentre, je travaille aussi. Je suis dans une compagnie qui fait des événements de conduite au Canada, pour Porshe. »
Pour la suite, le pilote franco-ontarien sera attendu dans plusieurs courses, notamment à New York dans deux semaines pour Wright Motorsport et en Italie, pour un championnat européen durant l’été. Un total de 11 courses attendent le pilote pour cette saison.
Le Franco-Ontarien a terminé en 16e position à l’issue de cette course très physique. Crédit image : Drew Gibson/Proton Competition
La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a entamé une mue au sein de sa gouvernance, avec l’apport de huit nouveaux visages autour de la présidente Liane Roy. Objectif : mieux refléter la diversité culturelle et géographique de la francophonie.
Le Franco-Ontarien Yves-Gérard Méhou-Loko a notamment été élu à la vice-présidence. Commissaire en équité et droits de la personne au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPÉO), il a aussi été chef des enquêtes au Commissariat aux services en français de l’Ontario et animateur radio.
Autre arrivée au sein du conseil d’administration : Mylène Lapierre, présidente et directrice générale pour les Comptables professionnels agréés (CPA) du Nouveau-Brunswick, occupe désormais le poste de trésorière au sein de la FCFA. Elle apporte à ce rôle une certaine expérience en réglementation et en audit, ainsi qu’une connaissance approfondie du personnel, de la structure et des membres de CPA Nouveau-Brunswick.
La Nouvelle-Écosse est représentée par Martine Béland, vice-rectrice à l’enseignement et à la recherche de l’Université Sainte-Anne et professeure agrégée. Depuis 2018, elle était directrice du Centre canadien d’études allemandes et européennes et professeure associée au Département de littératures et de langues du monde à l’Université de Montréal.
Le Franco-Ontarien Yves-Gérard Méhou-Loko devient vice-président de la FCFA. Source : Twitter FCFA
Siègent en outre au conseil deux représentants de la Colombie-Britannique : Nour Enayeh, activiste féministe et présidente du conseil d’administration de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), ainsi que Marie-Pierre Lavoie, ex-présidente de la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique et de la Commission nationale des parents francophones. Depuis octobre 2018, elle est conseillère scolaire au sein du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique.
Deux Franco-Manitobains au sein du conseil d’administration
Les Franco-Manitobains Ibrahima Diallo et Justin Johnson font également leur entrée à la FCFA. Professeur à l’Université Saint-Boniface et doyen de la Faculté des arts et la Faculté des sciences pendant 10 ans, M. Diallo a été consul honoraire du Sénégal au Manitoba, membre fondateur de l’Association canadienne pour l’avancement des sciences et président de la Société de la francophonie manitobaine de 2006 à 2011.
Quant à M. Johnson, il est directeur de l’Association des municipalités bilingues du Manitoba, qui porte la voix des municipalités bilingues de la province. Ce Métis de la rivière Rouge a été récompensé en 2021 d’un Prix Riel soulignant son engagement envers la francophonie.
Enfin, la Franco-Yukonaise Marguerite Tölgyesi est l’actuelle présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), une organisation qui contribue au développement socioculturel et identitaire des jeunes. Elle est la plus jeune des nouveaux membres du conseil d’administration de la FCFA.
Ces huit administrateurs rejoignent ainsi la présidente Liane Roy, à la tête depuis un an de la FCFA qui inaugure un nouveau mode de désignation de son conseil d’administration. Auparavant, chaque organisme membre avait automatiquement une place au conseil. Maintenant, ces places sont attribuées en fonction des compétences recherchées et de la diversité culturelle et géographique.
L’Organisation a beaucoup milité pour aboutir à une réforme ambitieuse de la Loi sur les langues officielles et entend faire valoir ses points de vue sur de nombreux autres dossiers comme celui de l’immigration francophone.
OTTAWA – Christian Pilon a grandi à Azilda, non loin de Sudbury et plus tard près du lac Supérieur. Issu d’une famille de chasseurs et de pêcheurs, il est aujourd’hui un voyageur, fabricant de canot traditionnel anishnabé qui vit à Ottawa. Ce Franco-Ontarien porte le nom spirituel de Briseur de siège. Portant en lui le devoir de partage, il raconte qui il est et ce que signifie être Métis, fier de son histoire et de ses racines ancestrales.
« Comment vivez-vous au quotidien votre double identité franco-ontarienne et métisse?
En fait, pour moi, ce n’est pas une double identité. C’est juste mon identité. D’ailleurs, être Métis, ce n’est pas juste une chose. On n’est pas juste une chose dans la vie. Mes ancêtres étaient de France et ont marié des Anishnabés, donc les Métis. J’explique ça comme des combattants hybrides : on a pris le meilleur du côté autochtone et du côté européen, puis on l’est a mis ensemble. Malheureusement, nous sommes aussi rejetés des deux côtés, soit tu es trop blanc d’un bord, soit tu es trop indien de l’autre.
Tout ça pour dire que mon identité, c’est d’être entre les deux. En tant que Métis, je suis le pont naturel entre les deux côtés et je comprends les deux côtés.
Ça a son lot de difficultés et là où moi je me sens vraiment bien, c’est dans la forêt. Là-bas, pas de stéréotypes, pas de préjugés, pas de racisme.
C’est en partie pour cette raison que je construis des canots d’écorce de bouleau, pour fonder et bâtir des liens. C’est un cadeau de nos ancêtres Anishnabés. Ils l’ont partagé avec les Français à l’époque. On est toujours dans le canot, nous les autochtones, et on veut pagayer ensemble.
Quelle est votre situation personnelle au regard des difficultés que peut rencontrer la communauté autochtone. Avez-vous été victime de discrimination?
Oui, et des deux côtés. On me disait, une fois que les plus racistes envers les Noirs étaient les Noirs, puis les plus racistes envers les Autochtones, c’était les Autochtones. Ça semble drôle et pourtant la violence latérale existe réellement. Dans l’Est ontarien, il a souvent été question de ça, même si c’est un peu partout, pour être honnête. J’ai déjà entendu dire que les Métis de l’Est ça n’existait pas.
Avec les non-Autochtones à l’école, c’était quand les élèves ont su que j’étais Autochtone : ils m’ont repoussé. Enfant, je le voyais bien, que j’étais différent, je regardais des photos de moi, puis je me disais « wow », ça a l’air que je ne suis pas comme les autres, mais je ne l’affichais pas.
Crédit image : Kathy Lapointe
Quand avez-vous eu réellement connaissance de votre identité autochtone?
Tard, c’est simple, on n’en parlait pas chez nous. C’était secret, mais je savais qu’on était différent. Ce n’est pas tout le monde qui parle aux animaux et aux arbres. Quand j’étais jeune, durant les fêtes de famille et quand la boisson faisait effet, ça parlait et j’en apprenais un peu plus. Mais c’est seulement quand mon arrière-grand-mère est décédée – la matriarche – que j’ai commencé à en savoir plus sur ma culture. Alors, c’est une dure réalité, mais on a été assimilé, du fait d’avoir caché notre identité. Je devais avoir 28 ans vraiment, quand j’ai commencé à chercher des réponses.
Dans notre petite ville d’Azilda, lorsque nous étions enfants, on nous demandait si on était des Italiens ou Portugais, alors nous répondions oui.
Par contre le français, c’est ma première langue même si on parlait un peu le michif, qui est un mélange de vieux français et de langue de la région.
Vous voyez le drapeau métis, le signe de l’infini sur un drapeau bleu, eh bien pour moi, ce signe à l’air d’un masque et nous l’avons porté longtemps ce masque. Ce signe, de deux boucles, représente les deux cultures, européenne et autochtone, pour en créer une seule, la nation métisse. Mais n’empêche qu’on passe inaperçu.
Après avoir découvert votre culture, comment cela s’est traduit dans votre quotidien?
Il y a eu plusieurs étapes, mais aujourd’hui c’est le fun, quand je rencontre mes cousins et mes cousines qui ont des enfants. Les jeunes savent que quand il y a l’oncle Christian, on va aller dans le bois (Rires).
Mais, c’est réellement grâce à ma participation dans l’émission Destination Nor’ouest, qu’une porte s’est ouverte. J’y ai rencontré des autochtones qui m’ont reconnu comme l’un des leurs. Puis j’ai rencontré Marcel Labelle, mon aîné. C’est lui qui m’a montré comment bâtir un canot d’écorce, parmi tant d’autres choses. Construire des canots c’est une belle activité que je fais auprès des écoles et des jeunes.
Christian Pilon et Marcel Labelle. Gracieuseté
Je ne peux pas retourner en arrière, mais c’est la raison pour laquelle je partage beaucoup de ma culture aujourd’hui. Notamment avec mes projets de canots. Je participe à des cérémonies et j’y amène du monde, pour leur donner plus de temps que moi j’en ai eu. L’autre chose que je réalise, c’est que je n’ai pas besoin de rattraper ce que je n’ai pas appris durant l’enfance, parce que ma base est là, elle a toujours été là. C’est juste qu’elle ne m’a pas été expliquée, mais je l’ai vécu quand même. Notre culture est basée sur la nature, observer, apprendre et écouter, c’est l’enseignement dont on a besoin.
L’enseignement que j’ai reçu vient de Marcel en grande partie. Je me souviens qu’il me disait : « Tu prends les enseignements que tu entends et les amènes dans la nature. Si tu ne les retrouves pas dans la forêt, c’est que cet enseignement fait partie de ton assimilation. Si tu les retrouves dans la forêt, tu es au bon endroit ». C’est une directive qui me suit toujours.
Quelles sont les valeurs qui vous tiennent à cœur? Le lien à la nature est-il une valeur autochtone?
C’est en étant être humain qu’on a un rapport à la nature, dans le fond nous sommes des animaux, mais nous l’avons oublié. On assume qu’il faut aller au fin fond de la nature pour s’y connecter, mais en fait ce n’est pas nécessaire, c’est aussi simple que développer une relation avec une plante dans ta maison.
J’anime une émission sur APTN, le Réseau de télévision des peuples autochtones, La terre en nous, et j’essaie d’expliquer nos liens avec la nature entre autres.
Quand tu vas dans la forêt, ne regardes pas un arbre comme si c’était juste un arbre, ou un oiseau comme un simple oiseau. Regardes comme si c’était toi, comme tes relations, tes frères, tes sœurs et tu verras ta perception changera complètement, puis tu vivras différemment aussi.
On a cette volonté de prendre, prendre, prendre, alors qu’il faut demander la permission. Je prends le temps d’observer et d’écouter. Quel arbre veut participer et quel arbre veut m’offrir ses racines? Il faut un moment de réflexion avant de prendre, il faut être conscient.
Quels conseils donneriez-vous aux gens, qui voudraient se rapprocher des valeurs autochtones?
La spiritualité. Le simple fait qu’on est vivant fait de nous des êtres spirituels. Ressentir, c’est être spirituel. Il faut écouter et ralentir. Un ami m’expliquait que nous avons sept cadeaux, deux yeux, deux oreilles, deux narines et une bouche. Pourtant, on commence toujours par parler, on utilise la bouche. On devrait en fait regarder dans un premier temps, regarder les gens, les oiseux, la terre, la planète, peu importe. Puis écouter et sentir l’autre, avant de parler.
Christian Pilon et Diane Moreau Durant l’émission Destination Nor’ouest. Gracieuseté
Puis tu sais, du monde vient nous voir en demandant ce qu’ils peuvent faire pour les Métis, les Inuits, les Premières Nations. Et je leur réponds souvent : « Vous vous trompez, nous autres, on est là, pour vous aider ». Nous avons déjà notre culture, nos traditions, nos cérémonies, notre langue. Nous avons tous des cultures et des pratiques, mais la culture autochtone est peut-être un tremplin à la découverte de soi.
On parle de réconciliation, mais, là je ne parle pas seulement avec les Canadiens, mais aussi entre l’homme et la femme, entre les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Il reste beaucoup à faire. On nous demande de partager bien des enseignements, et de guider les autres, mais nous devons guérir de nos pertes. À chaque évènement tragique, nous devons faire notre deuil.
Vous avez fait de nombreuses émissions pour la télévision afin de transmettre votre culture et votre histoire. Quels sont vos projets?
Ça fait 17 ans que je fais ça. J’ai rencontré beaucoup de monde et j’ai eu des retours très positifs. J’ai rencontré des élèves, qui aujourd’hui sont des parents et qui se souviennent. J’ai un devoir de partager mon savoir. Si je meurs demain, je ne pourrai pas le partager. Plusieurs de mes anciens élèves maintenant à l’Université m’écrivent parfois, soit pour avoir des nouvelles, soit dans le cadre de leurs études. Souvent ils ont besoin qu’on se rencontre, mais si tu n’es pas loin on va prendre une marche et on va aller dans le bois. C’est très important, pour que je transmette ces valeurs.
Aujourd’hui avec ma fabrique de canots, je fais aussi des paniers, des bracelets, des bijoux. J’ai fait surtout ça pendant la pandémie, mais quoi qu’il en soit, j’essaie d’utiliser tout ce que l’arbre m’a donné.
Christian Pilon est aussi conférencier. Gracieuseté
Je suis dans une compagnie de théâtre montréalaise qui est la première compagnie francophone et autochtone. Puis à Ottawa, je joue pour la compagnie La vieille 17, où je fais partie d’une troupe et on joue une pièce intitulée Delphine rêve toujours. C’est une pièce réalisée par des autochtones et des allochtones.
J’anime des web-séries et je fais des émissions. Puis sinon, je me laisse guider, où je m’en vais ça je ne le sais pas! Une chose est sûre c’est que je suis redevable à la communauté. Mon nom spirituel, Briseur de sièges, c’est un nom donné par un aîné, et c’est mon talent, c’est qui je suis. Moi, je brise des sièges culturels, des stéréotypes et des préjugés envers la nation. Tout le monde à un nom spirituel, même toi. On est tous indigènes de quelque part. »
LES DATES-CLÉS DE CHRISTIAN PILON
1975 : Naissance à Ottawa
1997 : Obtention d’une ceinture noire en art-martiaux
2004 : Émission 180, retour sur un moment traumatique de la vie de Christian
2005 : Destination Nor’Ouest – 100 jours en canot d’écorce de Montréal à Winnipeg
2010 : Rencontre avec son aîné Marcel Labelle
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.
[CHRONIQUE]
L’image a fait le tour de la toile et des médias. Rapidement, elle est devenue tristement le symbole malgré elle de toute la force destructrice du derecho du 21 mai dernier qui a fait rage dans plusieurs localités et a privé d’électricité des milliers abonnés. Cette image, c’est celle du clocher arraché et jeté sur le sol du stationnement de l’église Saint-Hugues de Sarsfield, petite localité rurale et francophone au sud-est d’Orléans, dans l’Est d’Ottawa.
Le clocher arraché de l’église franco-ontarienne a suscité beaucoup de réactions émotives sur les réseaux sociaux, signe d’un attachement pour ce bâtiment historique construit en pierre calcaire. Bien que l’église ne jouisse pas encore d’une protection en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, elle figure depuis de nombreuses années sur le Registre du patrimoine de la Ville d’Ottawa.
Avec son toit et son clocher d’un blanc éclatant distinctifs, visibles depuis des kilomètres à la ronde dans les champs autour, Saint-Hugues de Sarsfield est le véritable monument de la localité. Elle est la plus ancienne église franco-ontarienne et la seule qui date du 19e siècle à l’Est de la rivière Rideau, à Ottawa.
Normalement, le fait que la paroisse soit prospère, ne soit pas menacée d’une fermeture annoncée ou prévisible et qu’elle se trouve dans un milieu majoritairement francophone où continueront de s’établir d’autres familles, aurait dû faire en sorte que l’avenir de l’église Saint-Hugues de Sarsfield ne nous préoccupe pas dans un avenir rapproché. Pourtant, l’image du clocher arraché faisait trop penser aux nombreuses démolitions que les défenseurs du patrimoine sont habitués à déplorer, lorsque qu’un joyau du patrimoine tombe sous le pic des démolisseurs.
C’est que la situation à l’église Saint-Hugues de Sarsfield vient d’apprendre aux défenseurs du patrimoine franco-ontarien qu’une nouvelle menace, peut-être encore plus virulente et inattendue que les traditionnelles menaces de négligence ou de démolition, guette le patrimoine. En effet, le climat extrême s’ajoute désormais aux menaces qui mettent le patrimoine en danger.
Le changement climatique, un danger planétaire
À l’échelle internationale, l’évidence s’est déjà imposée : le changement climatique est désormais aujourd’hui la principale menace au Patrimoine mondial naturel plutôt que les espèces envahissantes comme jadis, selon un rapport publié en 2020 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’organe officiel consultatif sur la nature auprès du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Globalement, l’UICN indique que c’est un tiers des 252 sites naturels du Patrimoine mondial qui sont menacés par le changement climatique. À cela s’ajoute le patrimoine culturel, qui n’est pas épargné.
Prenant la parole à l’ouverture en 2019 d’une conférence internationale sur les conséquences du changement climatique sur le patrimoine culturel, le président à l’époque de la Grèce, Prokópis Pavlópoulos, mettait déjà en garde : « Malheureusement notre patrimoine culturel n’est pas resté intact, mais a subi les effets néfastes du changement climatique. Les derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat illustrent avec clarté que si nous n’agissons pas dans l’immédiat, les dégâts causés à l’ensemble des Monuments les plus importants du monde peuvent devenir irréparables. »
C’est le changement climatique qui met en péril le plus grand nombre de monuments et sites selon l’organisme sans but lucratif World Monuments Fund qui a dévoilé, en mars dernier, une liste des 25 sites historiques et culturels les plus menacés au monde, dans 24 pays répartis sur six continents.
D’ailleurs, le thème de cette année de la Journée internationale des monuments et des sites (le 18 avril) tel que choisi par le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) était justement « Patrimoine et climat ».
Au pays, en réaction à la menace que pose le changement climatique pour le patrimoine culturel, Parcs Canada a amorcé des études et des discussions sur les stratégies à adopter pour préserver le patrimoine canadien : « Ces transformations sont préoccupantes pour un grand nombre de lieux patrimoniaux du Canada, en particulier pour ceux qui se trouvent dans les régions nordiques et côtières et qui sont maintenant en péril. Certains lieux patrimoniaux du Canada risquent de plus en plus d’être gravement endommagés ou détruits » écrit l’agence du gouvernement fédéral.
Le patrimoine franco-ontarien n’y échappe pas
Dans l’immédiat, c’est la situation à l’église Saint-Hugues de Sarsfield qui est devenue l’exemple concret du patrimoine franco-ontarien victime de la dégradation du climat. En plus des tempêtes déchaînées qui peuvent déboucher en orages violents, en derecho ou tornades, dans un territoire parsemé de cours d’eau comme l’Ontario, les inondations posent un autre risque au patrimoine au même niveau que les vents destructeurs.
Par exemple, le dernier des chalets qui subsistait de l’époque où l’illustre famille franco-ontarienne Grandmaître était autrefois propriétaire privé de l’île Petrie, à Orléans, a été emporté par l’inondation de 2017 des berges de la rivière des Outaouais.
Plusieurs ont rappelé dans leurs commentaires sur les réseaux sociaux que ce n’était pas la première fois que l’église Saint-Hugues de Sarsfield était amputée d’une partie de sa tour centrale, ce qui n’est pas faux, mais précisons qu’à la différence de 2011 où un incident similaire s’était produit suite à un autre orage violent, ce n’était que la flèche qui s’était effondrée, contrairement à tout le clocher qui a été emporté cette fois-ci par le vent.
Les dégâts sont visiblement plus importants après le derecho de cette année mais il est souhaitable, par respect du patrimoine religieux (bien que peu probable), que le clocher de l’église de 1895 soit rétabli à l’identique, selon les plans des architectes de l’époque, les prolifiques Victor Roy (1837-1902) et Louis-Zéphirin Gauthier (1842-1922). Pour ces messieurs, il s’agit d’une autre de leur église plus que centenaire dans l’Est de l’Ontario qui résiste mal au climat extrême de notre époque.
En 2016, l’église de Saint-Isidore était incendiée après que la foudre se soit abattue à côté d’elle, réduisant en poussière et amas de ruines le bâtiment religieux franco-ontarien datant de 1879. Cet incendie provoqua une autre menace inattendue pour le patrimoine franco-ontarien alors que l’archidiocèse d’Ottawa a voulu profiter de l’occasion pour fermer une église située dans une localité voisine, Saint-Bernard de Fournier, afin de financer la reconstruction à Saint-Isidore.
« Le changement climatique constitue un danger certain pour l’avenir, mais il laisse également planer une grande menace sur notre passé »
Les paroissiens et les défenseurs du patrimoine franco-ontarien ont dû se mobiliser pour sauver de la fermeture Saint-Bernard de Fournier, victime collatérale de la foudre qui a ravagé Saint-Isidore. Ne spéculons pas davantage sur le sort qui sera réservé à l’église Saint-Hugues de Sarsfield de peur de donner des idées à l’archidiocèse ou de provoquer la colère du ciel…
En 2016, suite à l’incendie qui a décimé l’église de Saint-Isidore, je terminais un texte publié dans le quotidien Le Droit avec la phrase suivante : « Avec les changements climatiques, notre patrimoine religieux est-il en sécurité face au climat devenu extrême? » Force est de constater que la question demeure toujours aussi inquiétante aujourd’hui car, au fur et à mesure que le climat se réchauffera, notre fragile patrimoine sera une fois de plus en danger de destruction.
Les lieux historiques et patrimoniaux sont d’une importance cruciale pour comprendre le présent et en apprendre davantage sur le passé, mais l’avenir de ces bâtiments, qui sont souvent demeurés intacts pendant des siècles, semble maintenant plutôt incertain. Le changement climatique constitue un danger certain pour l’avenir, mais il laisse également planer une grande menace sur notre passé.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
TIMMINS – Une semaine après une soirée électorale pleine de rebondissements, la défaite du député sortant Gilles Bisson fait toujours autant réagir. Aprèst 32 ans à Queen’s Park, il tire sa révérence en quittant la politique. Celui qui vient de vider son bureau de Toronto ne part pas les mains vides, il emporte avec lui le fruit d’un travail acharné pour les Franco-Ontariens de Timmins et du Nord de la province. Retour sur l’œuvre d’un géant de la politique ontarienne.
« Je suis le néodémocrate provincial qui a servi le plus longtemps », indique le député sortant en entrevue avec ONFR+. Le ton est donné et le niveau difficile à dépasser.
Gilles Bisson est né à Timmins où il a grandi, et commencé sa carrière d’électricien dans les mines avant de se faire une entrée inattendue, mais en force, en politique en 1989.
Oeuvrant alors pour le syndicat de son entreprise, il réalise qu’il a besoin de faire plus pour faire changer les choses : « Je faisais beaucoup d’ouvrage pour ceux qui étaient malades, qui avaient un cancer en travaillant dans les mines et j’ai réalisé que si on voulait faire des changements ça prenait des changements de lois donc c’est là que j’ai décidé de me présenter. »
« Je m’attendais pas à être élu la première fois », confie-t-il avant d’ajouter que son adversaire de l’époque, le député progressiste-conservateur Alan Pope, était donné largement favori jusqu’à ce qu’il décide de ne plus se présenter aux élections.
À titre de leader parlementaire de l’opposition officielle, de 2018 à 2021, Gilles Bisson était proche de la cheffe du NPD, Andrea Horwath. Archives ONFR+
C’est le 6 septembre 1990 qu’il sera élu après s’être présenté sous les couleurs du Nouveau Parti démocratique (NPD).
Son entrée en politique ne se fait pas de n’importe quelle manière, alors qu’il est élu au sein du premier et seul gouvernement néodémocrate de l’histoire de l’Ontario.
Il sera alors nommé par le premier ministre Rob Rae en tant qu’adjoint parlementaire du ministre au Développement du Nord et des Mines et également du ministre des Affaires francophones.
En 1993, c’est un autre mandat qui lui est confié pour l’accord de libre-échange nord-américain au sein du comité du cabinet.
Sauver les industries du Nord à tout prix
Pour l’homme de 65 ans, travailler dans ce gouvernement néo-démocrate aura permis d’accomplir des projets qui n’auraient pas été possibles avec un autre parti : « On a eu par exemple la chance de relancer l’usine de pâtes et papiers de Kimberly-Clark à Kapuskasing qui allait fermer, puis on a pu négocier avec les employés et les investisseurs et sauver ces moulins qui existent encore aujourd’hui », lance-t-il non sans fierté.
Parmi les autres réalisations menées au sein du gouvernement, il évoque la création de deux collèges francophones : le Collège Boréal et le Collège des Grands Lacs qui sera supprimé par le gouvernement suivant – dirigé par le progressiste-conservateur Mike Harris – puis réintégré au Collège Boréal.
Le député néo-démocrate, Gilles Bisson, en conférence de presse à l’Assemblée législative de l’Ontario. Archives ONFR+
Mais le député de Timmins aura par la suite servi uniquement au sein de l’opposition, et là encore il a pu participer à l’avancement de gros dossiers pour la communauté francophone comme lors de la crise de l’Hôpital Montfort.
« J’ai eu la chance de travailler sur le dossier SOS Montfort quand le gouvernement progressiste-conservateur voulait fermer notre seul hôpital francophone », rappelle également M. Bisson. « J’ai fait partie du groupe qui a tout fait pour ne pas le fermer. »
Timmins avant tout
Dans son comté aussi le député aura contribué à la création de véritables institutions pour la communauté. Les expansions au collège Northern, la construction du campus du Collège Boréal à Timmins et de l’Université de Hearst en font partie, mais la liste est encore longue.
À cela s’ajoutent la mise sur pied du centre de santé communautaire de Kapuskasing et de celui de Timmins qui aura été le fruit de 25 années de travail.
Ce dont il est le plus fier de son long parcours est d’avoir pu aider directement les habitants de son comté. Écouter et agir ensemble, voilà ce qui l’a motivé au quotidien. « J’entends toujours le monde m’arrêter dans la rue et me dire : « Gilles, tu m’as aidé il y a deux ans, c’est ça qui est important pour moi » ».
Une communauté au sein de laquelle il ne s’est jamais senti malaimé : « Les gens ici ont toujours été super fins avec moi, même après ma défaite. »
« Ça a été une grosse surprise, on ne s’attendait pas à perdre » – Gilles Bisson
L’onde de choc a beau être passée, il n’en demeure pas moins que la défaite continue de susciter des questions, surtout que Gilles Bisson était donné gagnant dans les sondages.
« Ça a été une grosse surprise, on ne s’attendait pas à perdre », reconnait-il avant d’ajouter qu’il pensait recueillir 40 % des suffrages mais pas descendre aussi bas que 29,5 % contre un score massif de 69,9 % en faveur du vainqueur George Pirie.
Comment expliquer la défaite?
Celui qui a subi un infarctus peu avant le début de la campagne concède qu’il s’agit possiblement d’une des raisons qui aura joué dans sa campagne. Il explique notamment qu’il ne pouvait plus cogner aux portes dès la deuxième semaine de la campagne.
Selon lui, les progressistes-conservateurs ont fait beaucoup d’efforts, dans ces élections, pour séduire le Nord dans une campagne menée contre lui, juge-t-il : « La différence c’est que les idées conservatrices se sont bien vendues dans le Nord, alors qu’avant c’était pas le cas. »
Gilles Bisson, ici devant Queen’s Park, le 14 juillet 2019 pour marquer la Fête nationale de la France, a défendu le rayonnement de la langue française à maintes reprises. Archives ONFR+
Il remet aussi le blâme sur le redécoupage de sa circonscription. Le politicien a, en effet, représenté plusieurs zones de la carte électorale dont il aura vécu trois découpages.
D’abord député de Cochrane-Sud, il a par la suite représenté la circonscription de Timmins-Baie James jusqu’à ce que celle-ci soit scindée en deux avant les élections de 2018.
« Avant, si tu gagnais dans une partie du comté, tu perdais dans l’autre, donc t’étais toujours capable de gagner ton comté », résume-t-il.
Une défaite, mais pas un échec
S’il avait été élu pour un 9e mandat, le député aurait voulu continuer de travailler sur des dossiers locaux importants pour sa circonscription comme la crise des opioïdes, la pénurie de travailleurs dans le domaine de la santé, ou encore la question du transport interurbain dans le Nord.
« On aurait pu faire une grande différence », affirme-t-il en ajoutant que s’il s’était présenté c’est parce qu’il pensait justement que le NPD avait de grandes chances de former le gouvernement.
Malgré tout, le député n’est pas amer de la défaite et reconnaissant de la réaction des citoyens. « J’ai eu des gens qui m’ont dit ‘’Gilles, on t’aime bien, on n’a jamais eu quelqu’un qui a fait autant pour nous, mais on a besoin de changement’’, puis j’accepte ce changement », admet-il sans détour.
S’il compte continuer à offrir ses perspectives sur la politique en tant que citoyen, Gilles Bisson nous confie avec assurance ne plus vouloir travailler pour un autre employeur et profiter de sa retraite. Assurant n’avoir aucune rancœur ni regret, il termine : « Je ne voulais pas perdre, mais je l’accepte, puis je vais prendre ma retraite. »
Voyages et repos dans son chalet au lac, entouré de ses petits-enfants : voilà ce qui attend le doyen de Queen’s Park.
Le député du Nord a subi un infarctus qui a écourté son porte-à-porte durant la campagne électorale. Archives ONFR+
NIPISSING OUEST – À près de 20 jours de l’échéance donnée au conseil municipal de Nipissing Ouest afin de pourvoir le siège vacant du quartier 7 suite au départ du conseiller Jérémy Seguin en 2020, une autre rencontre agitée a secoué la municipalité du Nord de l’Ontario, jeudi soir. L’objectif était de faire passer en entrevue les six candidats ayant présenté leur intérêt pour le poste pour ensuite procéder à un vote. Cependant, une grande confusion autour des procédés provoque un retard de l’élection, de la même façon que l’habituelle division au sein du conseil.
Il s’agissait d’une réunion dont le mandat était de présenter les citoyens ayant présenté leur candidature pour le siège du quartier 7, correspondant à la communauté de Verner, à Nipissing Ouest.
Celle-ci aura toutefois dérivé vers des débats sur le processus entourant le vote et duré près de quatre heures sans arriver à un consensus pour la nomination du nouveau conseiller.
La séance s’est déroulée sous la médiation du représentant mandaté par le ministère des Affaires municipales et du Logement affecté au dossier, Nigel Bellchamber, les sept conseillers municipaux, la mairesse Johanne Savage et la greffière.
Fait intéressant, le médiateur s’est confondu en excuses en début de réunion en raison du fait qu’il ne pourrait pas s’exprimer en français durant la séance qui a eu lieu entièrement en anglais.
Parmi les candidatures figurent celle de l’ancien conseiller Normand Roberge arrivé à deuxième place derrière Jeremy Seguin lors des anciennes élections de 2018 et l’ancien conseiller Jamie Restoule qui, lui, avait été défait par le conseiller actuel du quartier 4 Dan Roveda.
Une procédure non conventionnelle
Les entrevues se sont déroulées devant l’assistance dans la salle, mais aussi en présence d’une moyenne 150 personnes ayant suivi la séance via la plateforme YouTube.
Un choix dont la légitimité aura été remise en question par le conseiller Christopher Fisher du quartier 5 en début de réunion. Ce à quoi M. Bellchamber a indiqué qu’il s’agit d’une procédure ordinaire dans le domaine politique.
Les six candidats avaient 15 minutes chacun afin de répondre à trois questions identiques posées par le représentant ministériel.
Bien que le choix de passage ait été aléatoire, le premier candidat à passer en entrevue, M. Roberge, a ouvert le bal en montrant qu’il maîtrise bien les dossiers de la ville.
Les autres candidats passant après lui ont majoritairement repris les réponses concernant notamment la question des enjeux de la ville comme la gestion des eaux.
Par ailleurs, le huis clos prévu à l’agenda afin de permettre de discuter de détails personnels autour des candidats n’aura pas eu lieu non plus malgré des objections de certains conseillers.
Cacophonie autour du processus de vote
Une fois les entrevues terminées, se posait alors la question de la nature de processus de vote. Au lieu d’un vote traditionnel, le médiateur a suggéré de voter via des propositions de motion en faveur de tel ou tel candidat jusqu’à obtention d’une majorité.
Un processus qui a semé la confusion auprès des conseillers municipaux présents dans la salle (seul le conseiller Denis Sénécal du quartier 8 a suivi la séance en ligne) dont les questions se sont multipliées.
Ceux-ci auraient notamment préféré un vote à main levée, ce à quoi le médiateur a répondu qu’il ne croyait pas que la Loi municipale autorise un tel procédé.
La conseillère Lise Sénécal du quartier 1 a, par la suite, émis des doutes par rapport à ce vote en disant qu’elle avait besoin de relire ses notes et avoir plusieurs jours pour réfléchir à son choix de vote. Le représentant M. Bellchamber lui répondra qu’il devient urgent de régler la situation et que différer le vote serait une erreur.
En outre, une proposition de déléguer le vote au niveau du ministère a été évoquée, mais vite abandonnée, car interdite par la Loi municipale.
Les tensions personnelles ont ressurgi lors du conseil municipal de Nipissing Ouest. Crédit image : capture d’écran YouTube.
L’éternel problème du vote à égalité
C’est alors que deux motions proposées feront l’objet d’un rejet en raison d’une égalité des voix soit, le report du vote au 16 juin et une autre pour reconsidérer une autre séance en mandatant le médiateur de communiquer avec la greffière et l’avocat de la municipalité afin de récolter des informations sur les options pour le processus à suivre en cas d’égalité des votes avec un retour de vote au 16 juin.
Par la suite, une autre motion a été proposée pour un vote en faveur du candidat Normand Roberge par le conseiller Dan Roveda, mais sera de nouveau l’objet d’un rejet en raison d’une autre égalité.
Comme ce fut le cas de nombreuses fois, la division s’est faite entre le clan de la mairesse Savage composé des conseiller(e)s Lise Sénécal, Denis Sénécal et Yvon Duhaime du quartier 3 et celui de Dan Roveda, Christopher Fisher, Roland Larabie du quartier 6 et Léo Mallette du quartier 2.
Opposés à voter pour le candidat Normand Roberge, les conseillers Lise Sénécal et Denis Sénécal pensent que l’aveu par celui-ci de ne pas vouloir se représenter aux prochaines élections municipales du 24 octobre serait néfaste pour le conseil.
De leur côté, Dan Roveda et Roland Larabie considèrent que ce serait au contraire un atout compte tenu du fait que celui-ci n’aura pas d’avantage par rapport aux futurs candidats et de son expérience au sein de quatre conseils.
Le même scénario se répète
Lise Sénécal exprimera également des reproches au clan adverse de ne pas considérer les autres candidats qui se trouvent dans la salle. Denis Sénécal va jusqu’à parler de biais en faveur du candidat Normand Roberge.
Et Lise Sénécal d’ajouter qu’il s’agit d’un retour six mois en arrière lorsque les conseillers s’étaient divisés sur le fait de nommer ce même candidat ou de procéder à des élections partielles.
Les rancœurs personnelles ont, elles aussi, refait surface avec des reproches de part et d’autre des candidats des deux clans.
Après une demande de reconsidération, la première motion a finalement été acceptée par les conseillers Christopher Fisher et Léo Mallette avec un retour du vote ajusté au 15 juin prochain.
Plusieurs concerts sont prévus cette semaine dans la capitale nationale ainsi que dans la métropole. Tous les âges sont comblés allant du théâtre pour enfants jusqu’à la pop en passant par la découverte historique.
Concert
Pierre Lapointe en toute intimité
La vedette québécoise Pierre Lapointe se produira en spectacle ce samedi 11 juin au Centre national des arts d’Ottawa. L’artiste sera seul sur scène, accompagné de son piano avec lequel il compte faire passer son public du sourire aux lèvres aux yeux larmoyants. Sa prestation sera une longue rétrospective de sa riche carrière.
Pierre Lapointe. Crédit image : Productions Autrement
Pierre Lapointe livrera sa performance au Théâtre Babs Asper le samedi 11 juin à 19h30. Les billets sont disponibles à partir de 45 $ en suivant ce lien.
Musique
Pop en français s’il vous plaît
L’Alliance française d’Ottawa vous invite au spectacle de la chanteuse et violoncelliste Gatha qui vous fera découvrir sa musique pop dans la langue de Molière. Le concert se tiendra au Club SAW le mercredi 15 juin à 19h30. L’auteure-compositrice-interprète franco-ontarienne Jessy Lyndsay assurera la première partie de cette dense expérience culturelle.
Gatha. Crédit image : Ben Fourmi
Le spectacle de Gatha se déroulera au Club SAW le mercredi 15 juin à 19h30. Les billets sont à 15 $ pour le grand public et 10 $ pour les membres de l’Alliance Française. Ils peuvent être achetés en réservant ici.
Patrimoine
L’histoire de l’Ontario par les statues torontoises
La Société historique de Toronto annonce le retour de ses événements Historitours pour les passionnés de la construction dans le temps long de l’Ontario. Menée par Rolande Smith, la visite guidée se déroulera le dimanche 12 juin à 13h30 avec comme point de départ la soirée du métro Queen’s Park. Avec pour thème ‘Sept hommes autour d’une reine’, les curieux verront différentes statues, monuments et sculptures à l’effigie des anciens premiers ministres de la province.
Statue de la Reine Victoria. Gracieuseté Société historique de Toronto
Les intéressés peuvent s’inscrire en contactant la guide Rolande Smith à son adresse courriel smth7631@rogers.com. La date limite pour s’inscrire est le samedi 11 juin. Seulement 25 personnes seront admises au groupe.
Humour
Rire à St-Isidore
Le Club optimiste de St-Isidore porte bien son nom! Dans le cadre de son Festival du canard et de la plume, les humoristes bien connus Jean-Thomas Jobin, Cathy Gauthier et Silvi Tourigny ont été invités à faire rire aux éclats le public ce vendredi 10 juin à 20h au Centre récréatif. Alors que les portes seront ouvertes à partir de 19h, un foodtruck sera sur place pour faire le bonheur des gourmands.
Festival du canard et de la plume. Crédit image : Club optimiste de St-Isidore
Le spectacle d’humour aura lieu au Centre récréatif de St-Isidore ce vendredi 10 juin à 20h. Les billets sont à 48,76 $ et peuvent être réservés en ligne.
Théâtre
Pièce pour toute la famille
Dans le cadre du WeeFestival, l’Alliance française de Toronto présente le spectacle Lettres de la ville peinture. La pièce amène le public dans l’imagination débordante d’un petit garçon qui invente et dessine des créatures fantastiques. Au fur et à mesure que les murs de sa chambre se remplissent de dessins, il décide de construire une ville pour tous ses amis. Dessins, ombres, objets, projections vidéos, tout est mis en place pour ce voyage dans le merveilleux monde de l’esprit des enfants.
Lettres de la ville peinture. Crédit image : Alliance Française de Toronto
La pièce Lettres de la ville peinture sera présentée le vendredi 10 juin 11h et le dimanche 12 juin à 11 et 14h au Théâtre Spadina. Les billets sont entre 10 et 15 $ et peuvent être réservés ici.
TORONTO – Au cœur du Mois national de l’histoire autochtone, le Indigenous Fashion Arts Festival se tient à partir de ce jeudi dans la métropole et jusqu’au 12 juin. Originaire de Saint-Boniface, la directrice générale de la griffe Anne Mulaire, Andréanne Dandeneau, est venue y présenter sa collection Revive.
« Il y a tellement de designers dans le monde, c’est le fun quand un événement peut cibler les groupes minoritaires pour nous permettre de démontrer notre culture et notre art », confie la designer en entrevue avec ONFR+.
« Entrer dans l’espace de la mode pour un petit designer c’est déjà très difficile, alors imagine pour ceux qui le font en puisant dans leur héritage », ajoute-t-elle.
Plus de 60 designers du Canada et des États-Unis se retrouvent lors de l’événement pour assister à des défilés de mode, des ateliers, des conférences ainsi que la participation à un marché pour rencontrer la clientèle en personne.
« Les gens vont voir la qualité des produits faits à la main. Il y a beaucoup de produits pas vraiment autochtones qui sont faits en Chine. Ce n’est pas fait avec l’authenticité de la culture autochtone », explique Andréanne Dandeneau. « C’est une opportunité de venir acheter directement au créateur. »
Andréanne Dandeneau, designer métisse et franco-manitobaine. Crédit image : Anne Mulaire
« L’histoire et la mode vont ensemble »
Le nom d’Anne Mulaire est inspiré de l’ancêtre métis d’Andréanne Dandereau, Catherine Mulaire. Puisant dans son héritage ojibwé et francophone, la designer a lancé l’entreprise en 2005 après avoir été inspirée par l’esprit d’une pièce de vêtement faite par les mains de sa mère. Elle a par la suite collaboré avec son père pour créer des motifs de fleurs symbolisant l’héritage métis.
« On s’appelle les flower people parce qu’on était de la rivière Rouge. Les métis vivaient autour de la rivière et utilisaient toutes sortes de plantes pour faire leurs paniers », raconte la créatrice de mode.
« On a été élevé dans le côté naturel de la culture avec la musique et la nourriture. C’est en moi. C’est pour cela que ma collection est très écolo, j’ai été élevé à la terre, à la nature. Les voyages en canot, c’est mon enfance », poursuit-elle.
La designer se réjouit cependant de voir l’attrait de ses produits pour une clientèle large, un signe de l’évolution des mentalités au Canada. « Il y a de plus en plus de reconnaissance de notre culture avec la commission vérité-et-réconciliation. Nous sommes désormais vus avec une image plus positive », se réjouit-elle.
Par son travail ainsi que son dévouement sociale, elle souhaite montrer aux nouvelles générations de métis ojibwés francophones qu’elles peuvent être fières de qui elles sont et s’épanouir.
L’inclusion au cœur des priorités
Avec ses 13 employés, la manufacture et la boutique Anne Mulaire propose des vêtements allant de XXS jusqu’à 6X. « Faire des vêtements écolos qui n’allaient pas à tout le monde ne faisait pas de sens selon moi », raconte Mme Dandeneau à ONFR+.
En plus d’offrir toutes les tailles, la manufacture fusionnée à la boutique permet de réaliser des retouches sur place et de faire du sur-mesure. « L’entreprise a grandi pour offrir plus de service à la clientèle plutôt que de miser sur la production et vendre aux magasins », explique-t-elle.
Un défi reste important au niveau de l’inclusion et c’est celui de l’accessibilité. Faire travailler de la main-d’œuvre canadienne plutôt qu’étrangère et utiliser des matériaux naturels de qualités se reflète dans les prix.
À ce titre, Andréanne Dandeneau a créé un programme de rachat ciblant les clients qui possèdent des vêtements qu’ils n’ont pas portés depuis longtemps. « On va pouvoir les revendre à un prix plus abordable pour ouvrir la porte à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un morceau plus chers, mais qui veulent porter du Anne Mulaire avec la matière et le confort que l’on offre », explique la designer métisse. « J’essaie d’inclure le plus possible de gens dans ce mouvement vestimentaire. »
TIMMINS – Si la fête de la Saint-Jean-Baptiste est célébrée le 24 juin dans la Belle Province, ailleurs dans le pays les célébrations se déroulent à différentes dates. En Ontario, c’est aussi tôt que ce jeudi 9 juin qu’aura lieu la première fête à Timmins, dans le Nord de la province. Spectacle pour enfant, barbecue, spectacle de musique et kiosques d’artisans locaux : la programmation de la journée est riche et invite tout type de public à célébrer la francophonie.
Après deux années de célébrations interrompues ou en ligne en raison de la pandémie, les occasions de se réunir en présentiel sont particulièrement attendues et c’est le cas pour la Saint-Jean-Baptiste.
C’est donc le Centre culturel La Ronde à Timmins qui ouvre le bal avec une journée remplie d’activités pour les francophiles et francophones de la région.
Traditionnellement, la Saint-Jean est célébrée lors du solstice d’été, mais pour Lisa Bertrand, directrice générale du centre, ce choix s’explique en raison de contraintes logistiques. On se rappelle que le centre avait été victime d’un incendie d’origine potentiellement criminelle en 2015, ce qui a amené à la reconstruction du site depuis.
Les travaux de construction et l’incertitude liée à la situation sanitaire sont autant d’éléments qui ont participé à une organisation tardive de l’événement, presque à la dernière minute selon Lisa Bertrand : « J’ai essayé d’organiser quelque chose, mais normalement pour la Saint-Jean, il faut s’y prendre une année à l’avance pour réserver des artistes pour la date de la fête. »
C’est la première fois qu’elle organise l’événement en tant que tel depuis sa nomination à titre de directrice en 2018.
Les spectacles auront lieu à l’Auditorium Thériault et pourront accueillir jusqu’à 700 personnes, et déjà celui-ci affiche complet pour le spectacle BAM! dont le public sera composé d’enfants des écoles françaises. La demande est telle que la directrice a dû refuser des dizaines d’écoliers et faire une liste d’attente.
Pour la relève
Au total ce seront donc 1400 écoliers des conseils scolaires catholiques et d’immersion française de Timmins qui pourront profiter de ce spectacle alliant comédie et batterie vibrante organisé spécialement pour eux à l’école secondaire Thériault.
Les spectacles auront lieu de 9h30 à 10h30 pour les élèves de maternelle à la 4e année et de 13h30 à 14h30 pour les élèves de 5e année à la 8e année.
L’organisatrice a choisi un jour de semaine ouvrable pour l’événement, car elle souhaite que les écoles puissent envoyer leurs élèves. Il s’agit, selon elle, d’une belle visibilité pour les activités du centre.
Lisa Bertrand, directrice générale du centre culturel La Ronde à Timmins. Montage ONFR+
« C’est notre responsabilité de transmettre ces valeurs francophones et nos traditions de génération en génération » – Lisa Bertrand
Lisa Bertrand explique également qu’accueillir ces enfants est très important pour elle, car il s’agit de la relève de la culture franco-ontarienne : « C’est notre responsabilité de transmettre ces valeurs francophones et nos traditions de génération en génération. »
Le reste de la journée sera l’occasion de se réunir autour d’un barbecue où seront offerts boissons et hot dogs, mais aussi 21 kiosques mettant en lumière des artisans francophones ou bilingues locaux au niveau de la bibliothèque municipale de Timmins.
Une fête pour tous
Au même moment, entre midi et 15h, le Groupe Méga, composé d’artistes du Québec, offrira un concert extérieur qui ne manquera pas de faire danser le public présent.
À 20h, ce sera au tour du groupe musical de Sudbury et North Bay les Bilinguish Boys de clore les festivités en beauté avec un concert au Surge Sports Lounge.
Proposant un répertoire de musiques originales et populaires en français et en anglais, ce concert saura plaire à tous. Lisa Bertrand explique, en effet, qu’elle espère aussi attirer des anglophones. « La musique est universelle et c’est une fête où tout le monde est invité à découvrir notre belle identité francophone », affirme-t-elle avec conviction.
Encore plus grand
Si cette année est une première pour la jeune directrice, celle-ci annonce vouloir voir plus grand pour la prochaine année.
Elle souhaite organiser l’événement un vendredi afin de permettre aux enfants de venir et perpétuer cette tradition qui s’était perdu les précédentes années.
Une prochaine édition qui devrait se dérouler pour la première fois dans le nouvel édifice très attendu du centre : « J’ai déjà mon comité, on va commencer nos planifications pour la Saint-Jean dès le mois de septembre donc soyez à l’écoute pour une belle Saint-Jean! » conclut-elle avec enthousiasme.
L’obligation sera levée dès ce samedi, le 11 juin, dans l’ensemble des transports collectifs de l’Ontario. Les foyers de soins de longue durée restent quant à eux toujours soumis à cette restriction de santé publique.
« Compte tenu des taux de vaccination élevés et de l’amélioration continue de la situation de la pandémie de COVID-19 en Ontario, la plupart des exigences provinciales restantes en matière de port du masque, y compris dans les transports en commun, prendront fin le 11 juin à minuit », a indiqué le Dr Kieran Moore, médecin-hygiéniste en chef de la province.
Le port du masque était l’une des dernières grandes mesures de santé publique à être encore en vigueur, depuis l’abandon, en mars dernier, du passeport vaccinal. La province avait rouvert ses restaurants, bars, salles de gym et musées en janvier, dans un premier temps avec une limite de capacité, puis pleinement le mois suivant, partout où la preuve vaccinale était requise.
Dr Kieran Moore, médecin-hygiéniste en chef de la province. Archives ONFR+
Le Dr Kieran Moore a précisé par voie de communiqué que le port du masque continuerait d’être requis dans les foyers de soins de longue durée et les maisons de retraite, recommandant fortement de le porter là où le risque est élevé, comme les refuges et les foyers collectifs, mais aussi les zones intérieures des lieux publics.
À compter de samedi, les autres directives encore en place seront remplacées par des documents d’orientation du ministère de la Santé à l’intention des travailleurs et des organismes de soins de santé. Le ministère précise qu’il s’agit notamment de conseils sur le moment où il convient de porter un masque dans les hôpitaux et autres établissements de soins de santé.
Plus de 1000 nouvelles contaminations
« Grâce aux efforts de toute la population ontarienne pour suivre les mesures de santé publique et se faire vacciner, nous avons fait des progrès considérables dans la lutte contre la pandémie », a déclaré le médecin-hygiéniste en chef qui incite à la vigilance et à toute personne malade à rester chez elle.
« Rester à jour en matière de vaccination est la meilleure protection contre les conséquences graves de la COVID-19 », ajoute-t-il. Le Dr Moore ne précise pas quand le port du masque obligatoire sera levé dans les foyers de soins de longue durée.
Plus de 60 % des Ontariens ont reçu une dose de rappel, tandis que 85 % des Ontariens âgées de plus de 5 ans sont entièrement vaccinés. Le virus continue toutefois de circuler dans la province. On dénombrait, ce mercredi, 522 hospitalisations et plus de 1000 nouveaux cas.
Source : Santé publique Ontario, en date du 8 juin 2022.
OTTAWA – Le cabinet de Justin Trudeau doit procéder dans les prochaines semaines et mois à la nomination de plus de 40 hauts postes de la fonction publique fédérale et il pourrait le faire sans avoir à engager une seule personne parlant français.
Ces nominations sont effectuées sur l’avis du Conseil privé de la Reine pour le Canada, représenté par le Cabinet après que les ministres recommandent une nomination à leurs collègues. Dans toutes les offres d’emploi sauf deux, le critère du bilinguisme est jugé « préférable » et on indique que l’on « tiendra compte du bilinguisme et de la diversité des postulants ».
Des postes ouverts dans lesquels le gouvernement pourrait engager des unilingues anglophones :
Directeur du Musée canadien de la nature
Directeur du Musée canadien de l’histoire
Ombudsman des victimes d’actes criminels
Président de la Commission du droit du Canada
Président de la Commission canadienne des droits de la personne
Représentant spécial chargé de la lutte contre l’islamophobie
Première dirigeante du Centre canadien de lutte contre les toxicomanies
Au total, 38 postes sur 40 pourraient être des unilingues anglophones ou francophones. Une des exceptions est celui du commissaire à la protection de la vie privée dont la Loi sur les compétences linguistiquesl’oblige à maîtriser les deux langues officielles. Daniel Therrien vient tout juste de prendre sa retraite après un mandat de huit ans.
Mercredi après-midi, le gouvernement a annoncé la nomination de Philippe Dufresne comme commissaire à la protection de la vie privée
L’autre est le poste de président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) où le bilinguisme est jugé « préférable ». Toutefois, le ministre du Patrimoine Pablo Rodriguez a réitéré mardi que le successeur de Ian Scott serait bilingue.
« Quand on dit « préférable », trop souvent, on ne trouvera pas un candidat bilingue » Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge
En plus de ces 38 ouvertures, on peut ajouter le prochain président de VIA Rail. Cynthia Garneau, bilingue, était à VIA Rail depuis mai 2019 et a quitté à la mi-mai sa fonction, mais rien n’exige que son remplaçant soit bilingue. Également, la fonction de directeur du Musée des beaux-arts du Canada. Mardi, Sasha Suda, une unilingue anglophone, a annoncé sa démission. Son poste, à moins que le gouvernement ne change le cap, n’exige lui aussi aucune connaissance des deux langues officielles.
Il faut noter que certains postes sont actuellement occupés par des personnes bilingues et que le mandat de ceux-ci vient à échéance bientôt. À titre d’exemple, le mandat du directeur du Conseil des arts du Canada Simon Brault, qui parle français, pourrait être renouvelé par Ottawa.
« Préférable », c’est « pas bilingue »
Au total, près de 2000 postes de haut échelon de ce genre passent par ce processus. Sur ce nombre, 11 exigent la connaissance du français et l’anglais en vertu de la Loi sur les compétences linguistiques. C’est le cas du poste de commissaire aux langues officielles ou de celui de vérificateur général. Le mois dernier, un reportage de Radio-Canada notait que dans la haute fonction publique que seulement 19 % des sous-ministres, qui font partie de la liste de ces 2000 postes, se disaient francophones.
« Quand on dit « préférable », trop souvent, on ne trouvera pas un candidat bilingue. On va trouver un candidat bilingue très souvent à un poste qui est obligatoire. On devrait resserrer les critères », dit-il en entrevue.
Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge. Archives ONFR+
Il pointe notamment vers des postes actuellement de haute direction ouverts comme à la Commission du droit du Canada et à la Commission canadienne des droits de la personne.
« Quand on parle de droit, on doit respecter tous les droits, incluant les droits linguistiques. »
Il demande notamment dans son rapport aux deux comités sur les langues officielles (au Sénat et aux Communes) de se pencher sur le dossier pour notamment identifier certains des postes qui devraient requérir une telle exigence.
Des postes actuellement remplis qui n’exigent aucun bilinguisme :
Administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada
Président-directeur général à Poste Canada
Président du Centre national des arts (CNA)
Président et directeur général d’Air Canada
Commissaire, Gendarmerie royale du Canada
Président, Société Radio-Canada
Le poste du président d’Air Canada Michael Rousseau n’a pas une exigence de bilinguisme. Capture d’écran ParlVu.
Inacceptable pour l’opposition
L’opposition officielle se dit « inquiète » que plusieurs postes soient ouverts pour de possibles candidats unilingues.
« Je trouve ça inacceptable », lance le porte-parole conservateur en Langues officielles Joël Godin.
« C’est un indicateur d’un problème dans un système qui ne fonctionne pas », renchérit-il. « Maintenant, il faut se donner des moyens. Il faut le prévoir et on a la chance de l’écrire dans la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Donnons-nous les outils pour faire en sorte qu’une telle situation ne se répète pas dans le futur. »
L’obligation mérite d’être étudiée, selon des libéraux
Mardi, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a refusé systématiquement de dire si elle était encline à aller de l’avant avec une telle obligation dans son projet de loi C-13.
« Le projet de loi est présentement en étude au Comité parlementaire. Tous les députés de tous les partis sont en train de faire cette étude-là. Et puis finalement, j’ai bien hâte de voir ce que va être le résultat final puisqu’on veut voir des amendements qui vont être mis de l’avant. Comme gouvernement, comme ministre des Langues officielles, je veux m’assurer qu’on va avoir le meilleur projet de loi possible », préconise-t-elle.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor à Grand Pré lors du dépôt de la réforme sur les langues officielles. Crédit image : Gracieuseté
La présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier a été plus volubile sur le sujet avant son entrée à la période des questions mercredi.
« L’obligation est une question qu’on devrait regarder », admet-elle.
Le député Francis Drouin partage l’avis de sa collègue d’Ottawa-Vanier. Il pense que cette évaluation pourrait être faite, mais pas au détriment d’un rapide dépôt de C-13, dit-il. Toutefois, il s’inquiète surtout d’un effet pervers sur les locuteurs de la langue de Molière.
« Je ne veux pas mettre au détriment les francophones qui peuvent avoir accès à des postes de l’exécutif. La question est, comment est que l’on peut faire pour que les francophones aient accès à plus de postes de l’exécutif? Si le commissaire est prêt à travailler avec nous, je suis prêt à travailler avec lui », invite le représentant de Glengarry-Prescott-Russell.
Son collègue au Nouveau-Brunswick René Arseneault ne s’est jamais caché qu’il était en faveur d’une telle mesure. Il a dit être en parfait accord avec la proposition de Raymond Théberge.
« Il y a une polarisation qui se fait, comme s’il n’y a pas d’anglophones qui sont bilingues. Quand on doit alterner entre les francophones et les anglophones, il y a suffisamment d’anglophones qui font l’effort », a-t-il affirmé.
Raymond Théberge est le commissaire aux langues officielles du Canada depuis janvier 2018.
LE CONTEXTE :
M. Théberge a sorti mardi son rapport annuel 2021-2022. Il s’agit d’une année record avec 5409 plaintes. La majorité de ces plaintes touchent deux événements : le discours et l’unilinguisme du président d’Air Canada Michael Rousseau, ainsi que la nomination par Justin Trudeau d’une personne ne parlant pas français au poste de gouverneur général. Le commissaire recommande par ailleurs des changements au sein de la haute fonction publique fédérale.
L’ENJEU :
Le rapport annuel du commissaire arrive au moment où Ottawa évalue le projet de Loi C-13, visant à réformer la Loi sur les langues officielles. Lundi, en comité, les premières audiences ont eu lieu en lien avec cette loi et M. Théberge demande au gouvernement d’étudier la question des obligations linguistiques dans sa réforme.
« Votre rapport recommande aux parlementaires d’« évaluer » la possibilité de mettre une exigence de bilinguisme pour les hauts fonctionnaires mais, vous en tant que commissaire, êtes vous pour ou contre l’idée?
Je suis pour l’obligation que tous les hauts fonctionnaires soient bilingues, car présentement ce n’est pas obligatoire… Que ce soit dans C-13, dans une autre loi ou dans les règlements du Conseil du Trésor, pour moi le mécanisme, ce n’est pas ça qui est important. J’aimerais voir l’obligation, peu importe.
Dans ce cas, pourquoi ne pas demander à ce que cette mesure soit adoptée plutôt que d’être évaluée en comité?
J’aimerais voir les parlementaires se pencher sur la question. Ce sont les parlementaires qui doivent prendre la balle par la suite pour aller de l’avant. C’est une façon de s’assurer que les parlementaires sont saisis qu’ils doivent aller à la prochaine étape (…). Ils sont bien mieux placés pour avoir une vue d’ensemble sur ça (les nominations).
Quel impact pourrait avoir l’adoption d’une telle politique par le gouvernement Trudeau?
Ça passerait un message très très fort qu’au niveau de la fonction publique : on valorise le bilinguisme de haut en bas.
Quel constat principal tirez-vous de votre rapport 2021-2022?
C’est une indication assez claire que l’on doit procéder à une prochaine étape au Canada pour valoriser les langues officielles. Il faut qu’il y ait une plus grande reconnaissance de l’importance du bilinguisme chez nos leaders. C’est une conjoncture qui s’est présentée mais, parfois, c’est ça qu’il faut. Ça démontre clairement encore qu’on a d’énormes défis à ce niveau-là. Chaque fois qu’on fait une exception au principe du bilinguisme, ça veut souvent dire que le statut d’une langue est diminué par rapport à une autre langue.
Vous dites que vous êtes en train d’évaluer la réforme de la Loi sur les langues officielles du gouvernement Trudeau. Est-ce que vous voyez des drapeaux rouges à l’heure actuelle?
Je ne sais pas s’il y a des drapeaux rouges, mais on a certainement identifié des endroits où on aimerait voir des améliorations. On va soumettre un mémoire la semaine prochaine au Comité des langues officielles.
Vous soulignez dans votre rapport qu’il existe souvent une opposition entre la diversité culturelle et la dualité linguistique. Comment expliquer un tel contraste?
Je dirais que, trop souvent, c’est un manque de compréhension concernant l’objectif et le rôle de la Loi sur les langues officielles. Trop souvent, on oppose l’un à l’autre tandis que moi je vois une complémentarité entre les langues officielles et la diversité comme étant deux façons d’être plus inclusives. Quand on regarde l’impact de l’immigration hors Québec, on peut constater que ce sont des communautés de plus en plus diversifiées. »
Des questions et propos ont été modifiés pour le format de l’entrevue.
Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge conclut dans son rapport que le fédéral fait erreur en nommant des personnes à de hauts postes de la fonction publique qui ne parle pas les deux langues officielles.Son rapport de 2021-2022 est marqué par un record de plaintes reçues en grande partie liée au discours et l’unilinguisme de Michael Rousseau ainsi que de la nomination d’une gouverneure générale unilingue anglophone.
Au total, il aura reçu 4037 plaintes jugées recevables en lien avec des postes de la haute gestion, soit plus du double par rapport à 2017-2018.
« Nous comptons au Canada de nombreux leaders qui croient aux langues officielles, mais force est d’admettre que ces meneuses et ces meneurs sont encore trop rares. J’espère sincèrement, alors que j’amorce la seconde moitié de mon mandat, que nos dirigeantes et nos dirigeants comprendront le message que la population canadienne et moi-même leur lançons », écrit Raymond Théberge dans son document annuel.
Capture d’écran du rapport du commissaire aux Langues officielles 2021-2022.
Ce dernier demande au cabinet Trudeau de modifier sa trajectoire en mettant en place des mesures « ciblées et durables » pour encourager le bilinguisme quand il nomme des fonctionnaires.
« Je pense que trop souvent on voit le français comme une langue seconde au sein de l’appareil fédéral. Je pense qu’on doit renforcer les critères de sélections autour de ces postes-là et d’en assurer une meilleure conformité », réclame-t-il.
Jusqu’à présent, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a refusé d’ouvrir la porte à de telles obligations. En conférence de presse, M. Théberge a affirmé qu’il fallait y avoir une exigence du bilinguisme pour l’accès aux postes de la haute fonction publique, via C-13 ou une autre loi.
Le commissaire somme notamment l’un des deux comités parlementaires sur les langues officielles, celui du Sénat ou de la Chambre des Communes, de se pencher sur la question des obligations.
« Je souhaiterai que les résultats de cette réflexion soient intégrés dans le projet de Loi C-13 », dit-il, signifiant qu’il serait quasi impossible pour C-13 d’être adopté d’ici la fin juin comme le souhaitent les libéraux.
Plaintes records
Le commissaire souligne aussi que 2021-2022 aura été son année la plus marquée en nombre de plaintes avec 5409, mais précise que ce n’est pas juste à cause de « l’événement Michael Rousseau ».
« Mis à part cet incident particulier, le nombre de plaintes en vertu de la partie IV demeure relativement élevé et comparable à celui des dernières années. »
Depuis quatre ans, le nombre de plaintes de la part de citoyens ne cesse d’augmenter.
Capture d’écran du rapport du commissaire aux langues officielles 2021-2022.
Le Commissariat aux langues officielles n’a pas suffisamment de ressources humaines ou financières à l’heure actuelle pour pouvoir répondre aux nouveaux pouvoirs qu’ils lui sont concedés dans la réformes de la Loi sur les langues officielles, selon le principal interessé.
« On regarde à une augmentation importante. Il y a des expertises qu’on n’a pas présentement au commissariat qu’il va falloir aller chercher à l’extérieur. »
Un récent rapport du directeur parlementaire du budget (DPB) suggérait que le fédéral ignorait combien de ressources seraient nécessaires pour mettre en place son propre projet de loi.
Réactions
Malgré les multiples questions, Ginette Petipas Taylor refuse catégoriquement de dire si son gouvernement envisage d’imposer ou non le bilinguisme dans la haute fonction publique. « La présidente du Conseil du Trésor (Mona Fortier) est en train d’effectivement, à ce point-ci, évaluer la formation linguistique que les employés sont en train de prendre, puisqu’on veut s’assurer que cette formation va être la meilleure formation disponible à nos employés et pour nos hauts fonctionnaires. »
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.
Questionnée à savoir si elle serait ouverte à appuyer un amendement du Comité des langues officielles qui obligerait ces exigences, elle répond qu’elle a « bien hâte de voir tous les amendements puisse qu’on veut aller de l’avant avec le meilleur projet de loi possible ».
Le porte-parole en Langues officielles chez les conservateurs Joël Godin accueille favorablement la recommandation de Raymond Théberge.
« Je suis un défenseur du bilinguisme dans la haute fonction publique. Je suis favorable à mettre ces postes-là de hauts fonctionnaires bilingues parce que c’est le phénomène de redescendre dans la chaîne de gouvernance… Mais il faut se donner un moyen d’échappatoire s’il n’y a personne qui a la compétence (le bilinguisme) pour occuper le poste », concède-t-il, ajoutant être autant ouvert à que ça soit un unilingue francophone qu’anglophone.
Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), le document du commissaire démontre que « ce gouvernement n’en fait pas assez pour protéger les droits linguistiques des communautés francophones ».
« Les droits linguistiques des travailleurs francophones sont violés sous ce gouvernement. Les travailleurs sont en droit de voir des changements concrets se réaliser le plus vite possible – l’inaction doit cesser maintenant », indique la députée Niki Ashton.
Les constats du commissaire sont la preuve qu’il y a urgence pour faire réformer la Loi sur les langues officielles, clame de son côté la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).
« C’est un rapport qui souligne l’urgence d’agir et l’impatience de la population francophone de voir des changements », soutient le directeur général de l’organisme Alain Dupuis.
Pour le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet, il serait « incohérent » de ne pas exiger le bilinguisme de hauts fonctionnaires de la part d’un « gouvernement qui prétend qu’il y a deux langues officielles ».
Le poste de premier ministre assujeti?
Raymond Théberge a par ailleurs ouvert la porte à assujettir le poste de premier ministre à la Loi sur les langues officielles.
« À ce moment-ci, je réfléchis à ce genre de question et je vais rendre ma position beaucoup plus claire lors de ma comparution devant les comités parlementaires. »
Dans le cas de Mme Simon, le haut fonctionnaire avait jugé non fondées les plaintes reçues, car la fonction de Justin Trudeau ne le rendait pas redevable envers la Loi.
Air Canada
Sans surprise, les manquements linguistiques d’Air Canada dans le service aux voyageurs sont mentionnés par l’ancien recteur de l’Université de Moncton.
« Le Commissariat aux langues officielles a reçu une moyenne de 80 plaintes recevables par an contre le transporteur au cours des cinq dernières années. Malheureusement, la direction de ce dernier ne réagit pas plus vigoureusement aujourd’hui qu’hier aux recommandations qui lui sont adressées dans les rapports d’enquête », dit-il en référence au rapport spécial sur le transporteur aérien d’un de ses prédécesseurs, Graham Fraser.
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Source : Commissariat aux langues officielles du Canada
Cour d’appel fédérale vs francophones de la Colombie-Britannique
« Les institutions fédérales devront intensifier leurs efforts au cours des prochaines années pour respecter leurs obligations de contribuer à l’épanouissement des communautés de langues officielles en situation minoritaire dispersées à travers le pays. »
Il formule d’ailleurs, à l’attention de Mme Petitpas Taylor, dans sa deuxième et dernière recommandation, « de s’assurer que les institutions fédérales sont bien informées de leurs obligations » en lien avec ce jugement.
OTTAWA – Les libéraux et l’opposition se tirent dessus à boulets rouges concernant la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Les libéraux prétendent qu’il existe une crainte que le projet de loi ne soit jamais adopté alors que l’opposition juge que le gouvernement veut bâcler le tout.
En Comité des langues officielles lundi, les libéraux ont proposé une motion visant à adopter tous les amendements proposés au projet de Loi C-13 d’ici le 21 juin, soit deux jours avant la fin du calendrier parlementaire.
« C’est vrai qu’on est rendu à minuit moins une, mais vous savez bien qu’un gouvernement minoritaire ne dure pas tous les jours et plus qu’on avance, plus on risque que C-13 ne passe pas », clame le député de Glengarry-Prescott-Russell et auteur de la motion, Francis Drouin.
L’opposition rejette du revers de la main l’argument et croit que le processus autour de C-13 doit prendre le temps nécessaire qu’il faudra. Les conservateurs soulignent que 67 journées d’étude en comité ont été consacrées à l’étude du projet de loi qui a réformé la Loi sur les langues officielles en 1988, selon les données de la Bibliothèque du Parlement.
« La Loi sur les langues officielles est un éléphant et il faut prendre le temps de bien faire les choses. On collabore avec le Bloc québécois et le NPD, on est prêt à mettre plus d’heures… C’est irresponsable et ils (les libéraux) n’ont aucun respect pour la langue française », fustige Joël Godin, porte-parole de l’opposition officielle en matière de Langues officielles.
Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Crédit image : Twitter
Pour le Bloc québécois, cinq à six séances seraient obligatoires pour pouvoir examiner la mouture.
« Il ne faut pas tout bulldozer comme ça en deux semaines, pour faire venir les témoins et amener les amendements… On verra combien combien de témoins on a besoin de voir, mais selon moi ça va aller en septembre pour (l’étude) article par article », croit le député Mario Beaulieu.
Mais pour Francis Drouin, il y a un risque pour cette loi, voulue depuis belle lurette par les organismes francophones du pays.
« C’est un gouvernement minoritaire, on ne sait jamais. Oui, il y a des ententes de quatre ans, mais l’histoire c’est 18 mois en principe. Il y a un risque que C-13 ne passe pas et pour moi c’est important de faire tout ce qu’on peut pour au moins l’amener en troisième lecture. »
La faute du NPD, attaque des libéraux
La motion de ce dernier proposait aussi notamment d’avoir autant de réunions possibles pour compléter un maximum de 15 heures d’études avant de passer à l’étude de C-13, article par article.
Selon le calendrier, il doit en principe rester cinq séances pour inviter les témoins et les ministres concernés : Sean Fraser (Immigration), Mona Fortier (Conseil du Trésor), Ginette Petitpas Taylor (Langues officielles) et Pablo Rodriguez (Patrimoine). La semaine dernière, de hauts fonctionnaires de Patrimoine Canada n’ont pas pu témoigner, par manque de temps. Francis Drouin avance que son gouvernement a tenté à multiples reprises de faire une préétude sur le sujet, pointant du doigt la seule néo-démocrate du Comité, qui possède la balance du pouvoir.
« On pensait avoir une entente, mais on ne l’a pas eu. Alors ça va être à Mme Ashton (Niki Ashton) de répondre à ça et j’invite les communautés en situation de langues officielles pour faire avancer ce dossier-là », souligne le député franco-ontarien.
La députée Niki Ashton. Source : Twitter.
« Je ne sais pas de quoi M. Drouin est en train de parler », affirme Niki Ashton. « Je ne suis pas très facile avec toutes les personnes avec lesquelles M. Drouin a parlé, mais comme porte-parole sur les Langues officielles, je suis claire avec la ministre, avec les libéraux, qu’il faut faire un travail efficace, mais un bon travail pour s’assurer qu’on puisse améliorer C-13. »
Cette dernière, comme ses collègues, accuse les libéraux de « jouer des jeux politiques ».
« Ça, c’est un grand dommage puisqu’on sait tout ce que c’est un moment historique où on a la chance d’avoir une langue, une Loi sur les langues officielles, de bonne qualité, qui reflètent les communautés francophones et les droits linguistiques à travers le Canada… On est assez préoccupé au niveau du NPD. On veut voir un projet de loi amélioré. »
De son côté, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) croit que le projet de loi, avec un peu de vouloir politique des deux côtés, peut-être adopté d’ici les prochaines semaines et que d’attendre à l’automne (prochaine session parlementaire) serait critique pour la francophonie canadienne
Le festival de la Country Music Association Ontario (CMA) à London vient de prendre fin. Souvent perçu comme un milieu à dominance nettement masculine et anglophone, le festival accueille les artistes féminines francophones et entend bien transformer le monde du country et le rajeunir.
« Je suis là pour prouver que la fille de Bourget qui parle français peut faire du country elle aussi! », lance Gabrielle Goulet en entrevue avec ONFR+.
« Être francophone dans le milieu country m’ouvre des portes, ça fait de la diversité et c’est ce que le milieu veut plutôt que toujours la même affaire », ajoute la chanteuse Erica Brighthill.
Faire de la musique country en français est un défi pour les artistes de la scène ontarienne. Bien souvent, les premières chansons sont écrites dans la langue de Luke Bryan. Par exemple, Erica Brighthill a récemment sorti un nouveau single intitulé Girls don’t need a guy to dance.
« Je suis ouverte à écrire éventuellement des chansons en français, mais ça a adonné que je me suis lancée avec l’anglais, vu que c’est plutôt ce que j’écoute. Cependant, j’incorpore toujours des chansons en français dans mes spectacles, car c’est important pour moi », raconte Erica Brighthill. « J’aime voir les gens qui sont francophones à mes spectacles être contents quand je fais des chansons en français. »
Pour sa part, Gabrielle Goulet a fracassé le monde country francophone en 2017 avec Elle saitet prépare un nouvel album qui devrait sortir en mars 2023. « Je me suis débarrassée de ce que je pensais que le monde pensait de la musique francophone. J’ai réalisé que la musique francophone c’était bon et je me suis mise à en consommer plus avant de sortir mon premier album en français à l’âge de 19 ans », explique la chanteuse de Bourget. « C’était plus naturel car c’était ma langue natale, c’est avec elle que je m’exprime le mieux. »
Nouvelle génération, nouveaux thèmes
En plus de devoir faire leur place comme femmes et francophones, les artistes souhaitent également populariser le nouveau country, un style incorporant plus de sonorités pop aux trames musicales traditionnelles.
« Il y a des gens qui vont nous accueillir les bras ouverts, d’autres vont se dire que le country pop n’est pas bon et n’a pas sa place dans les festivals. Le défi est de montrer à ce public que ce n’est pas obligé d’être ce qu’ils sont habitués d’entendre pour que ce soit bon », explique Gabrielle Goulet.
La chanteuseGabrielle Goulet. Crédit image : CMA Ontario
« On ne veut pas qu’être la relève, on veut être qui on est comme artiste. Oui on les aime les vieux classiques mais on veut aussi notre style. C’est une question de trouver un juste milieu », renchérit Erica Brighthill.
En plus d’amener son nouveau style à la musique country, les jeunes artistes féminines éloignent ce style musical des stéréotypes qui lui sont associés.
« Ce n’est plus comme avant où le country parlait principalement des trucks, la bière, le party, pis des filles. Maintenant, les filles vont amener des sujets un peu plus deep dans les histoires racontées », pense Erica Brighthill. « On s’éloigne des stéréotypes. On mélange le country avec la pop, on s’ouvre à un autre monde. »
Transformer les traditions, bousculer les conventions, tout cela représente de beaux défis pour les nouvelles chanteuses country du Canada français. Alors qu’il peut y avoir un sentiment d’insécurité au début, l’ouverture dont le milieu fait preuve aide beaucoup dans la confiance. « Si l’on m’invite à un gala country, c’est que j’ai mérité ma place », affirme Gabrielle Goulet.
Un grand défi se pose encore pour le milieu country et c’est celui du passage de flambeau au niveau du public. « Il faut incorporer de la nouveauté sinon il n’y aura pas de relève générationnelle », affirme Erica Brighthill.
La chanteuse Erica Brighthill. Crédit image : Novovisio Productions
La diversité venue des voix féminines et francophones permet un renouvellement de la scène country canadienne. Alors que les jeunes artistes attirent également un public plus jeune, du travail reste à faire pour que la transformation soit complète. Entre l’amour des grands classiques et le besoin de nouveauté, les amateurs de cette légendaire musique nord-américaine peuvent avoir confiance en la bravoure de celles qui saisissent le micro du pèlerin.
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) doit modifier plusieurs aspects dans le but d’améliorer sa stratégie en matière d’immigration francophone, note un rapport d’élus d’Ottawa. Le Comité permanent de la citoyenneté et de l’Immigration émet 35 recommandations à IRCC et au ministre Sean Fraser pour, notamment, régler le problème autour des permis d’études des étudiants africains francophones.
L’automne dernier, Radio-Canada et Le Devoir révélaient que dans certains pays africains francophones, le nombre d’étudiants refusés avoisinait les 80 %. En comité, des établissements franco-ontariens avaient soutenu avoir des taux similaires. L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente 21 établissements du pays, notait que IRCC aurait refusé de possibles étudiants, car l’agent en immigration doutait du sérieux de la démarche d’étudier en français hors du Québec.
Le comité avance qu’une meilleure collaboration entre les différentes institutions et gouvernements (provinciaux, territoriaux et le fédéral) et les établissements postsecondaires francophones « à la façon de mieux informer les potentiels étudiants francophones des possibilités d’étudier en français à l’extérieur du Québec » serait bénéfique pour atteindre la cible de nouveaux arrivants francophones de 4,4 %. Le rapport rappelle aussi que la venue de plus d’étudiants étrangers fait partie des façons qu’avance IRCC pour augmenter son immigration dans la langue de Molière.
« Alain Dupuis (directeur général de la FCFA) a déclaré qu’au vu des pourcentages élevés de refus qu’ils (les étudiants africains) essuient, c’est comme si « on leur ferme les portes », même si c’est contraire à nos politiques », peut-on lire dans le document.
Des pays francophones comme la République démocratique du Congo, l’Algérie et le Sénégal ont des taux de refus entre 73 % et 82 %.
« Étant donné que les établissements francophones dépendent des étudiants d’Afrique francophone, et que les taux de refus pour l’Afrique sont plus élevés, les établissements francophones accusent des taux de refus plus élevés »
IRCC devrait justement mettre en place un plan pour réduire ces taux de refus des demandes de visas d’étudiant pour pouvoir atteindre cet objectif en immigration francophone, est-il recommandé.
« Comme on enregistre des taux d’acceptation plus élevés chez les étudiants asiatiques, français et américains, les universités anglophones réussissent mieux à accueillir des étudiants étrangers », est-il écrit.
Les chiffres fournis par le comité indiquent que les hauts taux de refus ne sont pas similaires chez les établissements anglophones, car les étudiants asiatiques et américains, plus majoritaires dans ces institutions, ont des taux d’acceptation parfois deux à trois plus élevées.
« Étant donné que les établissements francophones dépendent des étudiants d’Afrique francophone, et que les taux de refus pour l’Afrique sont plus élevés, les établissements francophones accusent des taux de refus plus élevés », ajoute-t-on.
La majorité des refus pour les étudiants concernait la double intention, qui signifie que quelqu’un vient au Canada pour étudier et qu’il a aussi l’intention de devenir un résident permanent par la suite. Les employés du ministère ont souvent refusé de possibles étudiants craignant qu’il ne retourne pas dans leur pays d’origine par la suite.
Il est aussi recommandé de rappeler aux différents bureaux du ministère à travers la planète les objectifs en immigration francophone.
« Bien que le Canada se soit doté d’une stratégie pour les étudiants étrangers, celle-ci semble être mal appliquée et envoyer des messages contradictoires, ce qui a d’importantes répercussions sur les demandes des étudiants étrangers. »
Le Canada n’a jamais atteint sa cible de 4,4 % de nouveaux arrivants francophones hors Québec. Une étude du Commissariat aux langues officielles révélait un manque de près de 120 000 nouveaux arrivants francophones au Canada depuis 2001, en raison de l’échec de cette cible.
Racisme
Le Comité évoque aussi l’existence de préjugés raciaux à IRCC qui nuirait à la venue de candidats africains, majoritairement francophone. En plus des hauts taux de refus, on note l’ajout de présenter de la documentation supplémentaire pour les candidats de ce continent.
« Les différences dans les règles et les documents exigés dans les programmes d’IRCC peuvent aussi finir par créer de la discrimination » – Extrait du rapport du Comité permanent de la citoyenneté et de l’Immigration
Les parlementaires préconisent de « mener une étude du racisme anti-Noirs et anti-Africains francophones dans l’histoire de l’immigration canadienne » ainsi qu’une « sur l’histoire sociale du racisme, anti-Noirs et anti-Africains francophones dans l’immigration canadienne afin d’assurer que les erreurs ne se répètent pas ».
Bureaux de visas en Afrique
Le rapport recommande aussi qu’IRCC ajoute plus de ressources et d’infrastructures aux bureaux de traitement de visas en Afrique. Par exemple, le bureau de Dakar au Sénégal traite une dizaine de pays francophones, soit près de l’ensemble de l’immigration francophone d’Afrique. Certains candidats doivent parfois se déplacer des milliers de kilomètres pour pouvoir s’y rendre en personne.
Chinook
Sur l’utilisation du logiciel Chinook, le rapport indique qu’IRCC devrait faire une vérification de ce système d’intelligence artificielle. Plusieurs avocats en immigration ont témoigné que Chinook, comporte plusieurs incohérences.
« Les témoins ont souligné le fait que le système permet « de refuser en bloc » des demandes à partir d’un écran semblable à une feuille de calcul. Même si l’outil utilise une technologie simple, les indicateurs de risque et les mots-clés peuvent mettre en évidence certaines parties des demandes et en laisser d’autres de côté. »
TORONTO – Avec 83 députés sur les bancs de la prochaine législature de l’Ontario, le Parti progressiste-conservateur a les coudées franches pour les quatre prochaines années de gouvernement mais devra éviter bien des écueils pour ne pas reproduire son précédent début de mandat, y compris en matière de francophonie.
Malgré un taux de participation historiquement bas, les résultats qui ont solidement reconduit, jeudi dernier, la Ford nation au pouvoir constituent un plébiscite pour Doug Ford et une déconvenue majeure pour les partis d’opposition qui ont fait campagne sur des thèmes très proches.
Plusieurs experts pensent que le premier ministre aura une latitude bien plus grande qu’en 2018 au moment où l’opposition s’affaiblit et que la pandémie s’estompe. Une double conjoncture favorable à l’application de mesures plus à droite qui devront toutefois ménager les sensibilités plus centristes constituant une part non négligeable de son électorat.
Gynny Roth, commentatrice politique et militante pour le Parti progressiste-conservateur. Gracieuseté
« Quand Doug Ford a coupé dans des programmes qui ont touché des populations vulnérables, il a vu sa popularité chuter dans ses premiers mois de gouvernance en 2018 », rappelle la politologue Stéphanie Chouinard. « Est-ce qu’il va continuer à gouverner comme un Red Tory ou plutôt en étant plus austère en matière budgétaire? » s’interroge la professeure adjointe de science politique au Collège militaire royal.
Le dernier budget – qui devra être à nouveau présenté pour être adopté – donne d’ores et déjà une indication claire de la direction qu’entend prendre le gouvernement Ford 2 : construire des autoroutes, des lignes de métro, des logements, favoriser la croissance économique et alléger les taxes, alors que l’équilibre budgétaire ne devrait pas être atteint avant 2029. Mais rien ne dit que le futur document sera la copie conforme du précédent. Le premier ministre a lui-même laissé entendre qu’il pourrait procéder à quelques « ajustements ».
Au sein du parti, l’ennemi numéro 1 est identifié : l’inflation. « Le parti va s’occuper de la crise de l’abordabilité, du prix du gaz et du prix l’épicerie quotidienne », affirme au micro d’ONFR+ Gynny Roth, commentatrice politique et militante pour le Parti progressiste-conservateur. « Il devra couper des taxes et rendre la vie des gens abordable. Dans un deuxième temps, il va construire les routes, les autoroutes et créer des emplois dans la construction. »
Risque de tensions avec le service public et les municipalités
Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster, anticipe plusieurs obstacles en travers du futur gouvernement, à commencer sur le front immobilier et de l’étalement urbain où « certains conflits avec les conseils municipaux qui cherchent à limiter ce genre de développement pourraient survenir ».
Autre front : la santé et l’éducation, en partie oubliées par le dernier budget. « Face à l’inflation qui explose, le coût pour développer un hôpital ou une école risque d’augmenter, avec le risque de friction avec les services publics », soupèse M. Graefe. « Ça pourrait dégénérer en conflit avec les travailleurs du secteur public comme les enseignants et les infirmières qui viennent d’encaisser des gels de salaires. »
Doug Ford, au soir sa réélection dans Etobicoke-Nord. Crédit image : Joanne Belluco
« Il y aura toujours une cure d’austérité mais mieux cachée, grâce à l’inflation » – Peter Graefe, politologue
« M. Ford a appris qu’il peut faire ce qu’il veut, imposer des coûts à d’autres sans être méchant, en profitant de la situation inflationniste », observe M. Graefe. « Il peut réduire la place du secteur public sans avoir à couper, simplement en augmentant les budgets en dessous du niveau de l’inflation. Il y aura toujours une cure d’austérité mais mieux cachée grâce à la situation inflationniste. »
Ce qui alerte le plus cet expert ne réside toutefois pas dans de nouvelles lois mais plutôt dans un certain nombre de changements de règlementation moins populaires qui pourraient discrètement passer dans le courant de l’été. « Ce type de changement évite de passer par une loi, tout en modifiant de façon significative la portée d’une politique. Et même si les gens ne sont pas heureux avec ça, ils l’oublieront dans quatre ans. »
Une nouvelle crise linguistique peu probable
La politologue Stéphanie Chouinard écarte, quant à elle, l’hypothèse d’une nouvelle crise francophone dans le second mandat qui s’ouvre. « Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait des crises comme en 2018. Doug Ford a découvert la communauté franco-ontarienne et c’était dans les premiers mois de son mandat. »
Le ministère des Collèges et Universités ira-t-il de l’avant avec le dossier du postsecondaire dans le Moyen-Nord? La lettre de mandat du prochain ministre pourrait se révéler éclairante à ce propos, mais tout porte à croire que Doug Ford, qui a toujours refusé de révéler le contenu de celles de son premier conseil des ministres, en fera tout autant pour les membres de son prochain cabinet. La Cour suprême pourrait l’y contraindre.
Stéphanie Chouinard, professeure adjointe de science politique au Collège militaire royal, sur le plateau d’ONFR+. Crédit image : TFO
Autre inconnue : « Mme Mulroney conservera-t-elle le ministère des Affaires francophones? « Elle est ambitieuse », relève Stéphanie Chouinard. « Elle avait le ministère du Transport, un gros portefeuille, mais elle va peut-être s’intéresser à la Santé – Christine Elliott étant partie – ou les Finances. Avec un caucus élargi, tout ça va jouer des coudes pour trouver une place à la table du conseil exécutif. »
Nouveau venu francophone à Queen’s Park, Stéphane Sarrazin, tombeur d’Amanda Simard dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell, pourrait aussi occuper un rôle de près ou de loin dans les Affaires francophones, par exemple comme adjoint parlementaire si Caroline Mulroney conservait son portefeuille ministériel.
Il faudra attendre la formation du prochain gouvernement qui pourrait prendre plus de temps qu’en 2018… Un micro-répit pour les partis d’opposition néo-démocrate et libéral qui doivent rapidement se trouver un chef intérimaire après les démissions d’Andrea Horwath et Steven Del Duca.
Article écrit avec la collaboration de Lila Mouch.
LEFAIVRE – L’artiste multidisciplinaire Marie-Clovient de sortirOn fera la fête, un nouveau single avec la chanteuse fransaskoise éemi. ONFR en a profité pour la visiter dans son univers où le féminisme côtoie les sciences naturelles pour offrir une expérience unique aux mélomanes.
« Quels ont été vos premiers pas dans le monde musical?
Ma mère est une francophone de Sudbury et chanteuse non professionnelle. Elle a voulu me donner cet accès. Je lui en serai toujours reconnaissante. Je viens d’un milieu très rural. Il fallait se déplacer deux heures par jour pour aller chanter.
J’ai commencé mes études en théâtre à De Lasalle dans le centre d’Ottawa. Quand ma famille a déménagé à Toronto, j’ai postulé dans toutes les écoles d’art. Je dansais déjà en compétition et suivais des cours de piano. J’ai été acceptée à l’école Sheridan en comédie musicale, la meilleure école au Canada.
À l’âge de 17 ans, j’ai eu mon premier contrat professionnel à Charlottetown. J’ai signé avec une agence et j’ai eu mon premier chèque. C’est à ce moment que je me suis dit que c’était la vie que je voulais. Je voulais aller déposer mes chèques à la banque en sachant que ça ne venait que du monde des arts.
Quels souvenirs gardez-vous de vos années d’études?
Lors de la première journée d’école, le directeur du programme nous a assis en rond et nous a demandé de nous présenter. J’ai dit « Hello, I’m Marie-Clo, I’m the francophone girl of this year ». Il m’a répondu « Yeah, you and everyone else ». C’est mentalité typique des écoles d’art : ils veulent briser l’artiste, nier ton identité. C’est une mentalité très toxique. Ils ne veulent pas que tu te sentes unique. Ils veulent te casser et te reconstruire au complet. Je me suis fait beaucoup dire de perdre mon accent et j’ai beaucoup travaillé pour le perdre.
Marie-Clo avec son Prix de la musique de la Capitale pour son album Shell(e). Gracieuseté
Pourquoi vous demandait-on de perdre votre accent?
Tu ne peux pas avoir un rôle crédible de personnage anglophone dans une comédie musicale si tu interprètes la pièce avec ton accent francophone. Je n’aurais pas pu avoir les rôles que j’ai maintenant à ma première année d’école. J’ai rêvé en anglais pour la première fois quand j’étais à Sheridan. Ça ne m’est jamais plus arrivé depuis. J’étais tellement immergée dans un monde anglophone pour perdre mon accent que je n’en avais plus.
Revenons à votre premier spectacle : pouvez-vous nous en dire plus?
C’était un gros show extérieur qui s’appelait Québec à la carte pour les 400 ans de Québec. C’était un super spectacle! Je suis tombée en amour. Depuis ce temps, j’ai fait plein de comédies musicales, de spectacles et de films.
Quelles comédies musicales préfèrez-vous?
Rocky horrorpicture show! Je trouve ça très éclectique. La musique est bonne. La chorégraphie est fun. Les gens arrivent costumés. Les comédies musicales, ça m’allume au bout! C’est un mélange de tout ce que j’aime faire. C’est à l’intersection de la musique, du chant, de la danse et du théâtre.
Comment est venue la transition vers la musique?
J’écrivais des chansons depuis ma jeunesse sans les chanter à personne. J’ai été mariée à un joueur de hockey professionnel. On a déménagé aux États-Unis. Je prenais une pause dans mes affaires artistiques, mais à la condition d’au moins terminer un baccalauréat. J’ai terminé un baccalauréat à distance avec une mineure en théâtre et une majeure en psychologie à l’Université d’Ottawa.
Pourquoi la psychologie?
J’ai un bon sens pour lire les gens qui m’a beaucoup aidé dans ma vie. Je suis potentiellement très au début sur le spectre de l’autisme. J’ai essayé de comprendre l’humain au niveau théorique pour mieux communiquer avec les gens. Entre-temps, j’écrivais de plus en plus de chansons et la qualité semblait beaucoup s’améliorer.
Marie-Clo en concert. Gracieuseté
Qu’est-ce qui vous fait dire que la qualité s’améliorait?
Vu que je voyageais beaucoup, je vivais plus d’expériences et j’avais de quoi écrire. En revenant d’Europe où j’accompagnais mon mari, j’ai appris que TFO organisait un concours pour son émission de téléréalité pour artistes canadiens Planète BRBR. J’ai fait l’audition avec mon petit ukulélé et j’ai remporté le grand concours. Je gagnais la production d’un EP, la production d’un vidéoclip et un prix comptant. C’est à ce moment que j’ai pu produire Faune.
Vos chansons portent justement surtout sur la faune et la flore. En quel animal et/ou plante voudriez-vous vous réincarner?
Je serais un éléphant. Je trouve leur mémoire fascinante et que ce sont des animaux très émotifs qui pleurent leurs morts pendant des mois. Ils sont gros et je suis super petite puis j’aimerais pouvoir prendre plus de place. Pour ce qui est des plantes, j’aimerais être un magnolia. C’est une plante asiatique avec des énormes fleurs roses qui goûtent le gingembre. J’en ai dans mon jardin.
Vous vous considérez comme écoféministe, c’est-à-dire?
J’ai écrit le nouvel album avec Éemi, nous étions les deux finalistes de l’émission Planète BRBR en 2017. Quand je l’ai rencontrée, je venais de sortir mon album Shell(e), album de l’année au Capital music award. Nous avons fait ensemble l’album Tulip où l’on personnifie la faune et la flore pour apporter de l’empathie à la nature. Écrire un album juste féministe ne nous parlait pas durant la pandémie. Écrire un album sur ce qui se passe à l’extérieur était plus intéressant. On était tellement encabanées et on voulait parler de ce que l’on voyait par la fenêtre. On compare les similarités de la réalité des femmes avec la nature.
À quelles similarités pensez-vous?
Il y a un manque de respect très semblable face aux deux, mais il y a aussi une beauté. Les cycles saisonniers, les cycles menstruels, la liste des similarités est longue. Les conditions de la femme sont encore loin d’être optimales. Pour la nature, on voit la déforestation et le manque de respect pour sa préservation.
Dans la chanson Le noyer, on parle du noyer noir. Dans son état naturel, cet arbre aide les autres plantes à bien grandir et pousser. En laboratoire, ce n’est pas du tout le cas, il se met à tuer les plantes autour de lui. Le noyer noir, c’est comme la femme. Quand elle est sous l’œil du patriarcat, elle se sent en compétition avec les autres et elle est nuisible. Dans son état naturel, elle portée sur l’entraide.
Je fais un baccalauréat en herboristerie. On est vraiment entré dans la science pour composer notre album. Nos textes sont remplis de faits scientifiques, mais les gens voient cela comme des métaphores.
Entre deux mondes. Gracieuseté
Quelles émotions cherchez-vous à faire vivre au public?
Je veux que la personne se sente percutée. J’essaie d’avoir une réaction non seulement avec les paroles, mais aussi avec les instruments, les arrangements et les tonalités. Souvent en Ontario français, je me fais dire que ma musique est trop à gauche, elle ne passe pas à la radio commerciale. L’industrie privilégie davantage des projets folk, country, traditionnels ou très très pop.
Pourquoi faire de la musique moins grand public?
Je joue beaucoup à la radio, mais à la radio satellite. Ce n’est pas que ça m’intéresse moins, je crois que ma musique est très accessible. Elle est très pop, mais il y a des composantes qui font qu’elle est plus à gauche au niveau des paroles, des instruments et des arrangements.
Quels instruments vous accompagnent le plus dans vos chansons?
Je joue du clavier avec un synthétiseur. C’est comme cela que je compose aussi, au piano.
Votre album a une part d’électro. Comment cela s’intègre-t-il dans vos compositions?
Le côté électro vient beaucoup de mon réalisateur. C’est lui qui amène cette réalité musicale au monde. J’écris les paroles et la mélodie, il infuse la vie dans la chanson. Je l’ai rencontré à la compétition Ontario pop en 2016.
Cette rencontre a été capitale pour vous…
Quand j’ai rencontré la production Planète BRBR, il me fallait un réalisateur. Il m’avait déjà écrit pour me dire qu’il aimait beaucoup ce que je faisais et qu’il aimerait travailler avec moi. On a fait 20 chansons ensemble depuis.
Pourquoi avoir fait votre premier album en anglais?
J’adore mon identité bilingue. J’avais le goût d’écrire dans ce marché. Je voulais promouvoir le français dans ce marché. C’est pourquoi j’ai mis une chanson en français dans l’album. Elle a beaucoup marché et cela crée des belles opportunités pour les francophones hors Québec.
Le processus de création est-il différent en français ou en anglais?
En anglais, on peut rester très longtemps sur une voyelle et c’est complètement naturel. On ajoute des oh oh oh, des la la la. C’est beaucoup plus facile d’écrire en anglais. Il y a moins de mots et ils sont beaux ensemble. En français, il faut vraiment trouver quelque chose de riche et d’imagé. Il ne peut pas y avoir la même paresse qu’en anglais. Le public francophone s’attend à plus que ça.
J’y vais au feeling pour le choix de la langue. Des fois je me dis : M****, cette chanson est sortie en anglais alors que j’avais vraiment le goût d’écrire une chanson en anglais. Ce n’est pas toujours évident et le feeling ne se traduit pas toujours bien.
Marie-Clo en compagnie d’Arianne Moffatt. Gracieuseté
À quel moment êtes-vous devenue une professionnelle de la scène?
Quand j’ai reçu mes subventions de Musicaction au Québec et du Canada Art Council. J’ai pu pleinement gagner ma vie par mon art. C’est vraiment long et ardue comme processus pour les obtenir. On a choisi ma chanson Sablier pour une publicité de la compagnie de chocolat Aero. C’était un gros contrat pour une artiste émergente. J’ai gagné en crédibilité et en stabilité financière pour vraiment m’investir dans ma carrière.
Comment se sent-on quand on entend pour la première fois une de ses chansons à la radio?
C’est un sentiment qui ne se décrit même pas. La chanson ne t’appartient plus. Avant que tu la sortes, elle est à toi, c’est ta musique. Mais une fois sortie, elle appartient au public. Les gens vont l’interpréter de la façon qu’ils veulent. La première chanson que j’ai entendue était Vagabond qui était sur mon premier album.
Comment définiriez-vous votre culture?
J’ai grandi sur le bord de la rivière des Outaouais. Ma culture est québécoise, mais la nuance est que moi je ne le suis pas. Quand je vais au Québec, je m’aperçois que mes référents anglais sont plus nombreux. Je me sens parfois expatrié des deux provinces. En Ontario, tu es entourée d’anglais, tu peux te sentir autant perdue ou invisible. C’est une dualité intéressante qui peut être vu comme une grande force.
J’aime partager des affinités avec les francophones hors Québec mais quand je vais au Québec j’adore ça. J’adore me faire servir en français partout où je vais. C’est un endroit incroyable pour la musique et la culture. Quand tu grandis comme adolescente, tu vas écouter la musique du Québec. C’est une richesse et j’aimerais qu’on ait plus conscience de toutes les réalités francophones qui existent et pas juste voir le Québec comme le nombril de la francophonie. »
Marie-Clo. Gracieuseté
LES DATES-CLÉS DE MARIE-CLO
1988 : Naissance à Lefaivre
2009 : Gradue du prestigieuxprogramme en comédie musicale de l’école Sheridan
2017 : Grande gagnante du concours Planète BRBR pour auteurs-compositeurs-interprètes
2018 : Figure dans une annonce télévisée nationale d’Aero Chocolate
2021 : Remporte le Prix Trille Or pour Chanson Primée
2022 : Sort le mini-album album Two Lips Pt. 1 avec la Fransaskoise éemi
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
Maintes fois, j’ai réfléchi à mon travail d’écrivaine. Suis-je une simple raconteuse d’histoires, à la manière d’une grand-mère qui s’assoirait au milieu de la chambre avec des enfants au tour d’elle pour leur raconter des histoires de goules et de récits fantastiques dans des pays exotiques ou suis-je plutôt une journaliste qui rapporterait la misère, l’injustice et les mauvaises nouvelles?
Pourrais-je être les deux à la fois? À savoir raconter des histoires inventées où les héros et les héroïnes finissent toujours par trouver le bonheur tout en rapportant une réalité, souvent triste et malheureuse?
Serais-je une simple photographe de mon temps qui capte des moments éphémères de la vie des gens, le temps d’un clin d’œil ou d’un baiser furtif lancé à la hâte ou serais-je une « hakawati » au féminin, ce personnage folklorique et attachant qui déambulait dans les ruelles de Damas ou du Caire le temps d’une gorgée d’un café amer bu au ralenti ou l’espace d’une bouffée de fumée tirée d’un narghilé parfumé pour entretenir la foule par des histoires fabulées.
Comment parler de sujets durs sans les nommer? Comment aborder des thèmes lourds et complexes comme le colonialisme, l’esclavage, l’agriculture de produits génétiquement modifiés, le tout dans une histoire qui ne dure qu’à peine six heures depuis le premier chapitre jusqu’au dernier? Comme transporter une réalité tragique dans une histoire avec des personnages, des lieux et des œuvres d’art?
C’est en tout cas la mission qu’a entrepris Edem Awumey en écrivant son roman Noces de coton. Un livre qui malgré la légèreté que pourrait évoquer son titre, le coton, étant une plante dont la fleur est connue à la fois pour sa blancheur et sa délicatesse, est selon moi, trop lourd de sens et d’idées.
Awumey nous raconte une prise d’otage digne de celles qui se passeraient dans une banque ou un avion mais celle-ci se passe dans un musée. Pas le Metropolitain Museum of Art de New York ni celui du Louvre, à Paris mais « le musée de la révolution verte » dans un pays africain qui n’est jamais nommé. La fiction qui prend le dessus et la réalité qui se cache.
Un début bouleversant et chaotique où la victime et le bourreau sont brouillés et ne font qu’un. Des récits de leur vie qui défilent dans un lieu supposé être un lieu de préservation de la mémoire. Awumey manie les mots et les expressions pareil à un artisan qui polit une pièce d’ébène sans jamais lâcher prise. Alors que la prise d’otage nous tient en haleine tout le long du livre, Awumey transporte ses lecteurs dans le temps et les lieux. Réels ou inventés? Peu importe, c’est le récit qui compte.
Les années 1850, dans le sud des États-Unis, où l’esclavage battait son plein et la culture du coton qui en fut le symbole tragique. C’est cette culture de coton qui nous poursuit de l’Amérique jusqu’en Afrique. Un continent d’où les esclaves sont originellement partis de comptoirs tenus par les marchands européens qui en faisaient leur commerce triangulaire : l’Afrique-l’Amérique-l’Europe. Toutes les retombées de ce commerce maléfique profitaient aux États-Unis et à l’Europe.
L’Afrique quant à elle restait orpheline et voyait ses enfants arrachés au sein de leurs mères et partir dans les cales de bateaux sans jamais retourner et ses terres se vider de leurs cultivateurs, de ceux qui travaillaient la terre. Et même quand la liberté est arrivée, elle est arrivée aussi violement qu’elle est partie. Une liberté qui épie, qui opprime et qui change les habitudes de culture pour les remplacer par des cultures plus performantes et surtout plus profitables.
Awumey ne parle pas explicitement de tout cela mais ce sont des thèmes que la lectrice découvrira en filigrane, par les non-dits ou les sous-entendus. Encore une fois, la fiction qui rampe en dessus de la réalité, pour tout dire, sans rien dire. Le silence et l’imaginaire. Raconter l’Afrique ou raconter la souffrance humaine restent des thèmes difficiles à aborder pour ne pas tomber dans le misérabilisme ou la victimisation. Pourquoi ne pas lire un rapport académique sur le développement? Pourquoi ne pas se contenter des statistiques du Fonds monétaire international pour comprendre les obstacles au progrès.
Dans Noces de coton, Awumey nous tient en otage, nous lecteurs, le temps de 250 pages, pour nous raconter ces histoires à la manière d’un « hakawati ». Les retours en arrière et les rebondissements. Le récit qui avance puis recule dans le temps et qui s’étend dans l’espace. Un « conte » à rebours. N’est-ce pas là, l’histoire de l’humanité? Un récit qui ne serait pas linéaire mais plutôt à circonvolution, ardu et sinueux, qui souvent bifurque avec plein de soubresauts en cours de route.
Et dans ce cas, on aurait besoin à la fois de chiffres mais surtout de beaucoup de lettres pour l’écrire et le comprendre. Awumey a choisi la fiction pour parler de la souffrance humaine. Sans chiffre ni indice ni étude économétrique, le lecteur saisit toute la gravité de la situation et surtout le destin de ces paysans qui restent toujours défiants et résilients. Des hommes et des femmes dont la patience est plus lourde que le coton qu’ils cultivent.
Qu’elle soit une quête journalistique plus proche des faits ou qu’elle soit imagée et poétique, l’écriture reste, du moins pour moi, un moyen de m’exprimer et par-delà tout simplement de comprendre et découvrir le monde. Hélène Cixous, autrice féministe française, connue pour son livre Le rire de la méduse n’avait-elle pas justement dit : « Quand j’écris, je soulève quelque chose, je cherche la scène cachée. »
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
TORONTO – Avec cette huitième réunion qui a eu lieu au lendemain des élections provinciales, la mission du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto arrive à échéance. Quels en sont les points d’orgue et les principales réalisations durant ce mandat marqué par deux ans de pandémie?
Et de huit pour le Comité consultatif des affaires francophones de Toronto! Ayant pour mission de servir d’intermédiaire entre la communauté francophone de Toronto, les élus et l’administration municipale, ce comité aviseur de la ville vient de clore sa huitième réunion, et avec, son mandat qui a pris effet en 2019.
À l’ordre du jour : présentation du Bureau du Québec invité pour l’occasion, présentation du rapport des représentants de la Commission de transport de Toronto concernant l’étude des coûts d’installation de panneaux bilingues dans chaque station de métro (un coût qui n’a pas été livré pendant la réunion!), le point sur la Stratégie de Toronto pour les nouveaux arrivants 2022-2026 et la remise du rapport de fin de mandat du Comité.
L’affaire des livres en français est le principal fait d’armes selon les intéressés
Toutefois, pour plusieurs membres du comité sortant, leur principal fait d’armes concret réalisé durant leur mission ne figure guère dans cet ordre du jour.
Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario. Gracieuseté
« On a eu une belle discussion en ce qui concerne la Bibliothèque publique de Toronto et les livres francophones qu’on voulait retirer. Suite à cela, la Ville a mené des actions concrètes avec des changements de cap, ce qui a abouti aux consultations publiques qui ont eu lieu en ce moment », se targue Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario.
Et d’ajouter : « Il y a aussi les discussions qu’on a eues avec la Ville concernant la COVID-19 et son impact sur la communauté francophone. Ces deux éléments sont pour moi les plus importants pendant notre mandat. »
Même son de cloche du côté culturel représenté au comité par Marcelle Lean, directrice générale de Cinéfranco.
« S’il y a des avancées, elles seraient de l’ordre de l’intelligence dans la mesure où on a mis la lumière sur ce qui se passe à Toronto et comment on y presse parfois la francophonie. L’affaire des livres en français de la TPL en est un exemple intéressant parce qu’on a pu parler directement aux responsables de la ville. »
Marcelle Lean, directrice générale de Cinéfranco, Archives ONFR+
« La mollesse » du Comité critiquée
Si le bilan du comité peut sembler maigre, certaines voix s’étaient levées bien avant cette dernière rencontre pour critiquer le peu de résultats attribué au Comité dont les membres l’expliquent, en partie, par les deux ans de pandémie.
« Je reste positive sur le potentiel d’action du comité consultatif des affaires francophones de Toronto. En tant que chefs de file de nos organismes francophones, nous avons bien œuvré, mais la pandémie nous a certainement privés d’une cohésion d’ensemble pour agir collectivement », optimise Mme Lean.
« Il y a eu des incidences de la COVID-19 sur le travail du comité, mais je dirais que de tous les comités sur lesquels je suis assis, celui-là était le moins touché. On a par exemple eu une réunion qui a été annulée parce qu’il n’y a pas eu du tout d’agenda, mais c’est une en deux ans », relativise Serge Paul, président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO) à Toronto.
Serge Paul, , président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto. Archives ONFR+
Quant à savoir si le Comité va être reconduit avec de nouveaux membres, cela dépendra du nouveau conseil qui émergera des élections municipales, lesquelles auront lieu en octobre prochain. L’une des prérogatives de ce dernier est de décider de maintenir le Comité, ou pas.
En entrevue avec la politologue Stéphanie Chouinard, au lendemain de la réélection de Doug Ford en tant que premier ministre de l’Ontario, ONFR+ a tenté de décrypter et comprendre les moments forts de cette soirée. Des départs surprises et un nouveau député francophone au pouvoir : Stéphane Sarrazin.
« Quelle victoire! Le père Noël est passé pour les conservateurs », ironise Mme Chouinard. Une vague bleue sur l’Ontario et plus aucun chef de l’opposition en face. Deux chefs qui quittent, c’est assez incroyable ».
La soirée électorale promettait d’être plus mouvementée, loin de l’image d’une campagne calme et ennuyeuse. Voilà un pari réussi.
Des surprises à l’appel
« Le taux de participation, soit 43,5 %, est le plus bas en 50 ans. C’est le plus petit taux de participation dans l’histoire du Canada », indique la politologue.
Voilà une nouvelle peu rassurante pour la machine politique. Selon plusieurs experts, il semblait évident que l’abstention serait marquée aux élections du 2 juin.
La politologue Stéphanie Chouinard. Gracieuseté
L’experte nous explique notamment qu’« on le sentait dans le courant de la campagne, il y avait une certaine apathie, un manque d’intérêt vis-à-vis des élections ».
« Ce qui s’est traduit par un taux d’absentéisme assez inquiétant en fait. Un gouvernement élu avec moins de la moitié des électeurs éligibles, qui se sont déplacés… C’est toujours une mauvaise nouvelle pour la santé de la démocratie. »
Comme le vote conservateur est un groupe d’électeurs plus mobilisés généralement, la victoire de Doug Ford a du sens. « Les taux d’absentéisme, lorsqu’ils sont bas, ont tendance à donner le gouvernement sortant, vainqueur dans une élection. »
Pour la politologue, « c’est peut-être une stratégie voulue par les progressistes conservateurs, une campagne ennuyante, mais une stratégie surprise, qui est de faire une campagne agressive dans les bastions néo-démocrates. »
« Il y a malheureusement un potentiel dommageable à faire une politique comme ça. De faire campagne en espérant désintéresser les citoyens, une démocratie ne peut pas survivre ainsi ».
À présent, le parti possède les deux tiers de la chambre.
La peopolisation du chef au profit des démissions
Doug Ford est une célébrité politique, une personnalité politique. La peopolisation, ou vedettisation ne date pas d’hier, mais, en ce qui concerne la famille Ford et tout ce que la Ford Nation représente, cet avènement aura été favorable à la réélection du premier ministre.
« On traite nos politiciens de plus en plus comme des célébrités et on a de plus en plus de célébrités qui font de la politique », explique la politologue. Moins au Canada, qu’aux États-Unis évidemment », nuance-t-elle.
Pourtant, c’est ce qu’on attend de nos politiciens. Charisme et éloquence sont de rigueur. C’est là où Steven Del Duca semble avoir raté sa performance. Le chef du parti libéral a démissionné de son poste après son revers dans sa circonscription de Vaughan-Woodbrige face à Micheal Tibollo du PPC.
Ce n’était pas l’heure à la fête hier au rassemblement de Steven Del Duca. Crédit Image : Archives ONFR+
L’autre surprise étant la deuxième démission de la soirée, celle de la cheffe néo-démocrate.
« Pour la démission d’Andrea Horwath, j’ai l’impression que l’électorat sentait qu’elle n’apportait plus rien de nouveau à la table, elle a essayé quatre fois quand même », note Stéphanie Chouinard.
La perte de popularité
Selon une liste non exhaustive, le Nouveau parti démocratique (NPD) compterait, trois députés francophones vainqueurs, à égalité avec les libéraux. Il y aurait maintenant, cinq députés parlant français au pouvoir chez les conservateurs.
Amanda Simard ayant perdu dans Glengarry-Prescott-Russell au profit de Stéphane Sarrazin, le progressiste-conservateur.
« On aura tout de même un francophone au pouvoir, se rassure Mme Chouinard. Il y avait quand même toute une symbolique derrière l’élection d’Amanda Simard. Mais, il faut voir que pour la représentation franco-ontarienne, rien n’est perdu dans Glengarry-Prescott-Russell. »
Amanda Simard devant ses partisans jeudi soir à Embrun. Crédit image : Jean-Philippe Bélanger
D’autres surprises du côté du NPD, durant cette soirée comme à Timmins.
« Gilles Bisson, après plus de 30 ans à l’Assemblée législative, qui n’est pas réélue, c’est crève-cœur ».
Et on notera que Bobbi Ann Brady est la première indépendante à être élue en Ontario depuis 1905. Plusieurs candidats dans le passé se sont présentés en indépendant, mais avait fait partie d’un parti politique avant. Pour Bobbi Ann Brady, c’est une première.
Bien que le verdict rendu par les urnes ce jeudi n’avait rien de surprenant au regard des sondages qui avaient toujours donné Doug Ford vainqueur, et ce avant même le début officiel de la campagne électorale, les organismes francophones évoquent quelques craintes vis-à-vis de quelques circonscriptions jadis aux mains de francophones, notamment dans le Nord.
Ça y est, c’est get it done et haut la main! Avec sa victoire éclair, le Parti progressiste-conservateur est reconduit pour un deuxième mandat majoritaire afin de gouverner la plus grande province du pays, raflant dans la foulée 83 sièges sur les 124 disponibles.
Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Archives ONFR+
« Les sondages avaient l’air de nous orienter vers un gouvernement conservateur majoritaire, mais je ne m’attendais pas à cette différence avec l’opposition, c’est assez surprenant. Ceci dit, les personnes avec qui on travaillait le plus ont toutes étaient réélues. Maintenant, il reste à voir à quels postes on va les retrouver », livre Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).
La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney et son adjointe parlementaire Natalia Kusendova l’ont remporté dans leurs comtés respectifs. Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce et son adjoint parlementaire, Sam Oosterhoff, qui est francophile seront aussi de retour à Quenn’s Park.
Résultats attendus, mais guère avec pareil écart
Même constat du côté de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO). « Je ne m’attendais pas à un tel écart. Je pensais qu’il y aurait plus d’élus du côté de l’opposition, que cela soit chez les démocrates ou chez les libéraux. La population a décidé de faire confiance en majorité au gouvernement Ford, c’est la réalité qui est sortie des urnes », confie son directeur général, Michel Tremblay.
Michel Tremblay, directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario. Archives ONFR+
Pour sa part, Serge Paul, président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto), si ces résultats n’ont rien de surprenant, ils ne sont pas de très bon augure pour les francophones.
« Malheureusement, cette issue était prévue et ce n’est pas forcément très favorable pour la communauté francophone. On se bat depuis quatre ans avec ce gouvernement qui n’est pas très profrancophone et qui ne fait que rectifier le tir au lieu d’être proactif et travailler avec nous, et le revoilà qui est réélu. Ça va donc être encore beaucoup d’énergie à dépenser », craint-il.
Déception pour le Nord et l’Est
Toutefois, si on peut résumer ces élections par « on prend les mêmes et on recommence », il n’en est pas de même pour deux circonscriptions tenues par des francophones et où cette communauté est bien présente. Il s’agit de Glengarry-Prescott-Russell et Timmins où les députés Amanda Simard et Gilles Bisson ont été délogés respectivement par les progressistes-conservateurs, Stéphane Sarrazin et George Pirie.
Serge Paul, , président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto. Archives ONFR+
« On est content en tant que francophone de la réélection de personnes comme Caroline Mulroney ou Guy Bourgouin avec qui on a bien travaillé. En revanche, c’est dommage pour Amanda Simard et Gilles Bisson qui sont dans des régions à forte population francophone », déplore Richard Kempler, directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA).
« Je pense que la communauté francophone dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell ou au Nord de l’Ontario ont probablement aussi voté pour avoir un changement », ajoute M Tremblay.
Cela écrit, le cas Amanda Simard préoccupe moins les acteurs de la francophonie que celui de son homologue, Gilles Bisson.
« Dans Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard a été remplacée par Stéphane Sarrazin qui est francophone également. On ne peut pas dire autant pour le Nord où on a remplacé un francophone par un anglophone, donc là on peut se poser des questions », redoute le patron de la FGA.
Richard Kempler, directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario. Archives ONFR+
Quant à savoir si un changement de cap va être opéré quant aux revendications et/ou recommandations des organismes francophones à l’aune de ce scrutin, ces derniers sont unanimes sur le fait que si les gouvernements changent, les besoins des Franco-Ontariens demeurent les mêmes : plus d’équité et un meilleur accès aux services en français dans la province.
SUDBURY – Des luttes serrées ont eu lieu dans certaines circonscriptions mais la continuité semble prévaloir dans celles à forte concentration francophone dans le Nord de l’Ontario où le Nouveau Parti démocratique (NPD) a eu quelques difficultés. C’est à Timmins que la défaite du député néo-démocrate sortant Gilles Bissona particulièrement retenu l’attention.
La course aura été chaude durant toute la soirée avec des résultats finaux qui sont sans équivoque : la victoire est massive pour le maire actuel de Timmins George Pirie avec 64,9 % des voix contre seulement 29,5 % pour Gilles Bisson. Le pari aura été gagnant pour les conservateurs qui auront réussi à déloger le député qui siège à Queen’s Park depuis 1990 et avait subi un infarctus un peu avant le début de la campagne.
Le candidat défait a d’ailleurs été félicité son successeur en personne peu après l’annonce des résultats. Il a, en outre, annoncé se retirer de la vie politique pour se consacrer à sa famille. Si la nouvelle en a surpris plus d’un, le soutien envers l’ex-député demeure solide auprès d’autres candidats du NPD tels que France Gélinas.
« Gilles a toujours été quelqu’un sur lequel j’ai pu compte. Il a été un des députés qui a été là depuis le plus longtemps. Il connaissait comment tout fonctionnait », a-t-elle confié avec émotion, ajoutant qu’elle lui a téléphoné plus tôt aujourd’hui et qu’il lui aurait assuré qu’il serait toujours là pour l’aider après lui avoir appris qu’il prenait sa retraite.
Sans surprise, cette dernière retrouvera son siège à Queen’s Park pour un cinquième mandat. La députée de Nickel Belt, a été en tête des sondages durant toute la campagne dans cette circonscription comptant près de 40 % de population francophone.
La députée a recueilli 50,8 % des voix, dépassant son score des dernières élections provinciales de 2018 où 63,5 % des votants lui avaient accordé leur confiance.
La députée sortante de Nickel Belt France Gélinas réélue pour un cinquième mandat. Crédit image : Inès Rebei.
Loin derrière elle, se trouvait le candidat Randy Hazzlet du Parti progressiste-conservateur et conseiller municipal à Rivière des Français, qui a obtenu 29,9 % des votes.
Quels seront les dossiers sur lesquels elle travaillera en premier à Queen’s Park? Celle qui occupait le rôle de porte-parole de l’opposition en matière de santé évoque justement la santé dans ses priorités.
« Pour les gens de Nickel Belt, la priorité numéro un ce sera l’accès aux soins de santé. Il y a de trop grands temps d’attente pour des opérations », a-t-elle indiqué au micro d’ONFR+ dans la foulée de sa victoire, ajoutant l’entretien des routes du Nord en hiver serait aussi dans sa liste.
Les néo-démocrates sauvent les meubles
À Mushkegowuk-Baie James, où la population est composée de près de 60 % de francophones, la lutte a aussi été chaude durant toute la soirée. Cette circonscription compte notamment les villes de Hearst, Elliot Lake et Chapleau.
Le député sortant Guy Bourgouin, porte-parole du NPD en matière d’Affaires francophones au moment de la dissolution de la Chambre, a été réélu pour un deuxième mandat, non sans difficultés.
Il affrontait le conseiller municipal de Moonbeam et candidat progressiste-conservateur Éric Côté dans une lutte assez serrée durant la campagne.
Au final, seules 824 voix le séparaient de son adversaire Éric Côté qui a obtenu 35,8 % contre 47,2 % pour le député sortant. En dernière position suivait l’enseignant et pompier volontaire portant les couleurs du Parti libéral Matthew Pronovost qui récolte 11,7 % d’appui.
Du côté d’Algoma-Manitoulin, les résultats se sont fait connaître plus tardivement en raison de problèmes techniques révélés par Élections Ontario en début de soirée et qui ont forcé la fermeture des bureaux de vote à 23h. Le député sortant du NPD, Michael Manta, s’est fait réélire pour un cinquième mandat avec 46 % des voix dans un château fort néo-démocrate composé à 40 % de francophones.
Du côté de Sudbury, son homologue Jamie West récupère aussi son siège à Queen’s Park avec 40,8 % de votes en sa faveur, contre 29,0 % pour le candidat du Parti progressiste-conservateur, le Franco-Ontarien Éric Despatie. M. West a été un des principaux députés à monter aux barricades pour trouver une issue à la crise du postsecondaire dans sa région depuis que l’Université Laurentienne a sabré dans ses effectifs et programmes en français en 2020.
À Timiskaming-Cochrane, c’est le néo-démocrate John Vanthof qui a été plébiscité avec 42,9 % des votes contre 35,5 % en faveur du candidat progressiste-conservateur Bill Foy.
Les ministres largement rééelus
Avec une confortable avance de 6727 voix et 50,2 %, c’est le candidat conservateur Vic Fedeli qui l’a emporté dans la circonscription de Nipissing, où vivent 22,7 % de francophones. Une réelection sans difficulté pour l’ancien ministre des Finances de la province.
À Sault-Sainte-Marie, très convoitée par les chefs durant la campagne, c’est l’ancien ministre des Collèges et Universités au moment de la crise à l’Université Laurentienne , Ross Romano, qui a été réélu avec 46,9 % des voix.
Avec seulement 414 voix de plus que son adversaire néo-démocrate Michele McCleave-Kennedy lors des dernières élections provinciales de 2018, la course s’annoncait serrée pour cette année mais c’est finalement une différence de 2577 voix qui les séparent pour 37,3 % en la faveur de la candidate défaite.
Pari raté pour les verts
À Parry-Sound-Muskoka l’attente était grande pour le Parti vert qui espérait faire une percée en obtenant un autre siège. Les verts avaient misé sur l’enseignant Matt Richter qui se présentait pour la cinquième fois dans cette circonscription. Il avait recueilli 20 % des voix en 2018. Un espoir alimenté par le fait le retrait du candidat libéral faisant face à des accusations de propos homophobes.
C’est donc le maire de Bracebridge, Graydon Smith, qui conserve le siège pour les progressistes-conservateurs. La lutte aura été chaude avec des résultats de 45,4 % des voix pour le conservateur contre 40, 7 % pour le candidat vert.
À Kenora-Rainy River, c’est celui qui était le ministre du Développement du Nord, des Mines, des Richesses naturelles et des Forêts et Ministre des Affaires autochtones Greg Rickford qui l’a emporté avec un score confortable de 59,4 % des voix.
Les gagnants
Algoma–Manitoulin : Michael Manta (NPD)
Kenora-Rainy River : Greg Rickford(Parti progressiste-conservateur)
EMBRUN – La candidate francophone vedette du Parti libéral de l’Ontario, Amanda Simard, a été battue dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell par le candidat du Parti progressiste-conservateur, le maire d’Alfred-Plantagenet, Stéphane Sarrazin. La libérale a obtenu 38,2 % des votes contre 42,9 % pour son adversaire.
« On en a fait du millage! Avec le prix de l’essence, on y a goûté », a déclaré Amanda Simard devant ses militants.
La députée défaite s’est dite à l’aise avec le résultat en affirmant avoir fait une campagne propre. « J’ai fait tous les débats alors que mon adversaire n’était jamais disponible. On n’a rien à cacher et j’en suis fière », a-t-elle affirmé.
« Tu as fait mieux que ton parti ce soir! », a lancé un militant pour la réconforter après son discours de défaite.
Amanda Simard lors de son discours. Crédit image : Jean-Philippe Bélanger
De son côté, Stéphane Sarrazin a remercié les électeurs de la circonscription et a mis la table de ses priorités comme élu en entrevue avec ONFR+.
« Comme maire, j’ai travaillé fort dans de nombreux dossiers importants pour la région tels que les lits pour les soins de longue durée ou encore le Community wellbeing plan », raconte-t-il. « On rencontre plein d’organismes pour venir en aide à la population et c’est ce que l’on compte faire au niveau provincial pour les quatre prochaines années ».
La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a salué sa victoire sur Twitter : « J’ai hâte de travailler avec toi sur les dossiers francophones qui sont importants pour les gens de ta circonscription. »
Félicitations à mon ami Stéphane Sarrazin (@gpr_pc) sur sa belle victoire ce soir!
J’ai hâte de travailler avec toi sur les dossiers francophones qui sont importants pour les gens de ta circonscription. pic.twitter.com/IPTPgxBLHY
Le Parti libéral est resté dominant dans les autres circonscriptions comptant d’importantes communautés francophones dans l’Est ontarien. Stephen Blais a été réélu avec 46,4 % dans Orléans contre la candidate du Parti progressiste-conservateur Melissa Felián qui a terminé avec 32,7 %.
Lucille Collard a pu s’enorgueillir d’un score de 41 % dépassant largement sa rivale du Nouveau Parti démocratique à 25,5 % dans la circonscription d’Ottawa-Vanier. Élue en 2020 à la faveur d’une élection partielle suite au départ de Nathalie Des Rosiers, Mme Collard empoche ainsi un second mandat provincial.
Dans Stormont-Dundas-South Glengarry, le progressiste Nolan Quinn a été élu avec près de 60 % de voix. Cet entrepreneur de Cornwall succéde donc à Jim McDonell, ex-maire de Glengarry Sud, qui avait annoncé qu’il ne briguerait pas de quatrième mandat.
Il y aura eu des départs majeurs dans la francophonie ontarienne ce jeudi soir : la députée libérale Amanda Simard a perdu son siège dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell. Même chose pour le néo-démocrate Gilles Bisson dans Timmins, battu par le maire de la ville George Pirie du Parti progressiste-conservateur.
Dans l’Est ontarien, c’est le maire du canton d’Alfred et Plantagenet, Stéphane Sarrazin, qui l’a emporté pour le Parti progressiste-conservateur aux dépends d’Amanda Simard. « Ce n’est pas les résultats qu’on espérait », a-t-elle déclaré. « En tant que comté de l’Est ontarien, on a vraiment pris notre place mais il reste encore beaucoup de travail à faire. La table est mise mis la table pour les prochain qui vont venir. »
La députée sortante avait claqué la porte du parti au pouvoir après la crise linguistique de 2018. Son pari de se faire réélire sous la bannière libérale a échoué sur ce territoire majoritairement francophone.
L’ancienne circonscription de Madeleine Meilleur sera encore une fois représentée par une députée francophone libérale puisque Lucille Collard a été réélue dans la circonscription d’Ottawa-Vanier. Elle était entrée à Queen’s Park à la faveur d’une élection partielle suite au départ de Nathalie Des Rosiers.
« Je vais continuer le travail commencé il y a deux ans, être à l’écoute et dans la collaboration », a-t-elle déclaré au micro d’ONFR+. Sur la prestation de son parti à l’échelle de la province, elle s’est dite déçue.
« On avait de bonnes idées, la plateforme est très attrayante et les gens se reconnaissaient dans ces idées-là… Donc, c’est un peu surprenant de voir ces résultats-là. » Aux mains des libéraux sans discontinuité depuis 1971, Ottawa-Vanier reste donc un château fort libéral.
Amanda Simard n’est pas réélue, ici dans son quartier générale de campagne. Crédit image : Simon Lefranc
Une surprise et de la continuité dans le Nord
Dans le Nord, ça passe aussi pour Michael Mantha dans Algoma-Manitoulin et Guy Bourgouin dans Mushkegowuk-Baie James. La soirée était mal partie pour ce dernier dans les premiers dépiouillements de bulletin, avant d’entamer une remontée vers la réélection.
Victoire également de France Gélinas, réélue haut la main pour la cinquième fois de suite dans Nickel Belt. C’est finit en revanche pour Gilles Bisson dans Timmins. Avec la défaite de ce pilier néo-démocrate historique, c’est un château fort néo-démocrate qui tombe aux mains de la Ford Nation.
France Gélinas réélu avec une bonne longueur d’avance dans Nickel Belt. Crdéit image : Inès Rebéi
Caroline Mulroney, la ministre des Affaires francophones pendant quatre années au sein du gouvernement, Ford a facilement fait la différence dans York-Simcoe avec plus de 20 000 votes d’avance. Son adjointe parlementaire Natalia Kusendova, représentera encore une fois les électeurs de Mississauga-Centre à l’Assemblée législative, elle qui a récolté l’appui de 44 % des électeurs. La ministre Mulroney a d’ailleurs félicité Stéphane Sarrazin pour sa victoire.
« J’ai hâte de travailler avec toi sur les dossiers francophones qui sont importants pour les gens de ta circonscription », a t-elle écrit sur Twitter.
Andrea Horwath a annoncé ce jeudi soir, lors de son discours, sa démission à titre de chef du Nouveau parti démocratique (NPD). Idem pour le chef du Parti libéral de l’Ontario, Steven Del Duca, qui a annoncé qu’il quittait la chefferie du parti, lui qui a été battu dans sa propre circonscription de Vaughan-Woodbridge.
« C’est le temps pour moi de passer la torche de leader du NPD à quelqu’un d’autre. Ça me rend triste mais aussi contente parce que notre équipe est très forte présentement. Je suis contente », a répété Mme Horwath en s’adressant aux militants.
Dans son discours d’adieu dans son fief d’Hamilton-Centre, la leader néo-démocrate n’a pu contenir ses larmes.
« Je ne lâche pas des larmes de tristesse, je lâche des larmes de fierté… Ensemble, nous avons bâti un parti qui est plus fort et plus que prêt à gouverner que jamais avant. On va continuer à être le champion que les gens veulent qu’on soit. »
Andrea Horwath à la fin de son discours d’adieu. Crédit image ONFR+
Un peu plus tard en soirée, le chef libéral a emboité le pas de Mme Horwath en annonçant son départ.
« Plus tôt ce soir, j’ai informé le président de notre parti que je démissionnais de la chefferie de notre parti. Je lui ai demandé de rencontrer l’exécutif du parti pour trouver un nouveau leader le plus tôt possible », a lâché de son côté Steven Del Duca au milieu de son discours d’adieu.
Contrairement à Andrea Horwath, ce dernier a été battu dans son propre comté par Michael Tibollo, ministre sortant associé délégué au dossier de la Santé mentale et de la Lutte contre les dépendances. Son adversaire progressiste-conservateur a récolté 53 % des voix contre 38 % pour le désormais ancien leader libéral.
« Je suis déçu pour ne pas avoir été couronné de succès dans mon chez moi, dans ma communauté de Vaughan-Woodbridge, mais je suis très fier », a affirmé M. Del Duca. « Je suis fier aussi de mes députés qui ont été élus. Je n’ai aucun doute que les hommes et les femmes élus sous la bannière libérale vont faire plus que leur devoir de faire progresser un nouveau mouvement progressiste en Ontario. »
Steven Del Duca lors de son discours d’adieu. Crédit image : ONFR+
Réactions francophones
Les libéraux n’ont guère évolué en nombre de sièges comparé à 2018 puisqu’ils n’ont grapillé qu’un député de plus, échouant dans leur tentative de redevenir un parti officiel, statut qu’ils ont perdu aux élections provinciales de 2018.
« Évidemment, ce n’est pas le résultat qu’on souhaitait. C’est une déception. Je crois qu’il va y avoir un travail à faire pour savoir ce qui s’est passé », a soutenu la députée d’Ottawa-Vanier Lucille Collard au micro d‘ONFR+.
L’une des figures marquantes du parti, John Fraser n’aura eu aucun problème à se faire réélire dans Ottawa-Sud, avec près de 9000 votes d’avance.
Andrea Horwath était à ce poste depuis 2009. Elle avait d’abord été élue dans Hamilton-Centre en 2004, région qu’elle a encore facilement remporté jeudi soir avec près de 40 % de voix d’avance.
« Andrea était ma cheffe pendant au moins 11 ans », a réagi la députée de Nickel-Belt France Gélinas. « C’était une très bonne cheffe, c’est sûr que moi ça me fait de la peine de la voir partir mais c’est sa décision et je vais la respecter. C’est une personne avec laquelle j’ai bien aimé travailler. »
La leader néo-démocrate n’a toutefois pas annoncé si elle quitterait son poste de députée.
TORONTO – Pour la deuxième fois consécutive en quatre ans, le Parti progressiste-conservateur (PPC) et Doug Ford formeront un gouvernement majoritaire à Queen’s Park. Le parti aura récolté 83 sièges, soit sept de plus qu’en 2018.
« Ce qui me ravit, c’est de voir tant de nouveaux visages, je suis reconnaissant pour le soutien et c’est ça qui me pousse à continuer », a déclaré Doug Ford à ses partisan jeudi soir dans son discours de victoire.
Depuis son fief d’Etobicoke, il a notamment félicité son équipe pour le travail accompli durant cette campagne : « Nous venons d’écrire l’histoire, je vous aime. »
Le premier ministre réélu n’a pas manqué de parler de sa famille et de remercier sa femme Karla sur scène avec lui. Concernant son mandat, il a ajouté : « Je ne prendrais pas cette responsabilité avec légèreté. »
« Merci de partager notre vision pour notre grande province. Nous partageons un grand avenir, une ère de prospérité sans précédent. Si vous avez peur pour votre emploi dans l’automobile, je peux vous dire que l’on investit dans le secteur et si vous êtes un étudiant qui veux travailler dans le secteur technologique, nous aurons un emploi pour vous. »
Le parti a su faire des gains clés notamment dans le Nord de l’Ontario à Timmins avec la victoire du maire George Pirie. « Mon Dieu, merci, Timmins! », s’est exclamé le premier ministre.
« Mes amis, j’ai voyagé dans tous les recoins de cette province pour rencontrer ceux qui construisent l’Ontario et je peux vous dire que nous sommes prêts. Nous avons le potentiel. Nous avons les minéraux que le monde convoite. Nous avons la technologie et l’ingénierie. Mais surtout nous avons un rêve. Je le vois dans vos visages, je vois l’espoir, l’optimisme, une énergie et une passion », a-t-il ajouté.
Doug Ford a été déclaré vainqueur dans sa Ford Nation à Etobicoke-Nord avec 55 % des voix. Il bat la francophone Julie Lutete qui a obtenu 23 % des votes, elle qui se présentait sous la bannière libérale.
Le taux de participation de 43 % aura été l’un des plus bas jamais enregistré en Ontario. En 2018, 58 % des électeurs avaient voté.
Doug Ford avait le gros sourire jeudi soir avec ses partisans après sa victoire. Crédit image : Joanne Belluco.
Le NPD demeure l’opposition officielle
La majorité des ministres du gouvernement Ford ont été réélus jeudi soir. Stephen Lecce, qui s’occupait de l’Éducation a été reconduit dans sa circonscription de King-Vaughan. Le ministre des Finances sortant et francophile Peter Bethlenfalvy aura un autre mandat dans sa circonscription de Pickering-Uxbridge.
La victoire des troupes de Doug Ford était prévisible depuis plusieurs semaines alors que les divers sondages le donnaient largement favori.
Les néo-démocrates auront le titre d’opposition officielle avec leurs 31 sièges, soit plus bas que les 40 de 2018. Ce résultat aura sonné la fin pour Andrea Horwath qui a démissionné de son poste de cheffe.
Le Parti vert aura échoué à faire élire un second député à Parry-Sound-Muskoka où la formation écologique visait gros.
« De voir un candidat vert si près dans un comté qui a toujours été bleu nous dit qu’il y a un élan vert et qu’il y a une vague verte partout dans la province. Je veux féliciter Matt Ritcher et son équipe pour une excellente campagne », a dit Mike Schreiner.
De leur côté, huit députés libéraux prendront la direction de Queen’s Park, encore insuffisant pour détenir le statut de parti officiel.
Des fermetures de bureaux
Les bureaux de scrutins fermaient tous à 21h mais certaines problèmes ont forcés 27 bureaux de 19 circonscriptions à fermer plus tardivement avec des retards allant de 10 minutes jusqu’à 2 heures. Élections Ontario a expliqué que des ouvertures tardives de bureaux de vote, des déménagements en raison de problèmes techniques, y compris des pannes de courant ont forcé ces retards.
Les exigences linguistiques du gouvernement fédéral dans les régions francophones du Canada et prévues dans la modernisation de la Loi sur les langues officielles coûteront 240 $ millions aux entreprises fédérales du secteur privé. Si cette directive est claire, il en est tout autre pour Ottawa qui semble ignorer combien il devra dépenser son 16 millions de dollars qu’il a pourtant réservé précisément pour cette loi.
Dans son projet de loi C-13, le gouvernement Trudeau a un décret garantissant des droits et des obligations concernant l’usage du français en tant que langue de service et travail relativement aux entreprises privées de compétence fédérale dans les régions désignées francophones et au Québec. Le décret doit premièrement entrer au Québec et sera appliqué dans les régions à haute densité francophone hors du Québec deux ans après la Belle Province. Les régions en question restent toujours à déterminer. Au total ce sont près de 822 139 employés du privé qui seront affectés.
« Ces coûts seront principalement dus à la formation linguistique et au versement aux gestionnaires de primes salariales au bilinguisme dans les régions situées en dehors du Québec désignées comme étant bilingues », écrit Yves Giroux dans son rapport.
« C’est très rare, c’est probablement une des premières fois où on nous sert ce genre d’arguments »
Yves Giroux sur le fait que des ministères refusent de divulguer les dépenses de C-13.
Le directeur parlementaire du budget (DPB), une entité indépendante, évalue que cela coûtera 240 $ millions dès le départ et 20 $ millions pour chaque année subséquente.
« On s’est basé sur des données qui existent déjà sur ce que le commissaire aux langues officielles et les ministères fédéraux dépensent pour s’assurer du respect des obligations linguistiques où ça s’applique déjà, par exemple dans la fonction publique et dans le secteur privé qui est déjà assujetti à ces exigences-là comme Air Canada qui génère beaucoup de plaintes », explique Yves Giroux en entrevue.
Pour l’Ontario, le DPB a notamment pris en compte dans son rapport certaines régions désignées comme Prescott-Russell, Sudbury et Cochrane (Hearst, Kapuskasing, Timmins).
Le fédéral cachotier
Dans son dernier énoncé économique, le gouvernement fédéral s’est réservé 16 millions de dollars pour les coûts de mise en œuvre initiaux de ce projet de loi en 2022-2023. Mais voilà que les différents ministères impliqués ne veulent pas donner au bureau de l’organisme indépendant la façon dont l’argent sera déployé, car « cette information n’a pas été rendue publique ».
« C’est très rare, c’est probablement une des premières fois où on nous sert ce genre d’arguments. C’est la raison pour laquelle on le mentionne dans le rapport, car c’est très rare. Quand les données n’existent pas, ils nous disent que ça n’existe pas ou « on les a, mais on ne peut pas les divulguer ». »
Pour Yves Giroux, on peut supposer que le gouvernement a annoncé ce montant sachant qu’il ne sait pas à quoi il va servir.
« Étant donné que le Commissariat aux langues officielles nous a dit qu’eux, ne savaient pas encore la proportion du 16 millions de dollars qu’il leur est alloué, ça suggère que les autres ministères ne le savent pas non plus. Plutôt que de dire « on ne le sait pas », ils nous ont dit que ce n’est pas disponible au public. »
Mais le gouvernement se défend en disant que le 16 millions provient d’une évaluation préliminaire et que celle finale sera faite après l’adoption de C-13. Les coûts ne sont pas fixes, plaide-t-on.
« Le projet de loi C-13 suit actuellement son cours devant le Parlement et il est coutume d’attendre la sanction royale avant de rédiger tout règlement connexe », a indiqué Marianne Blondin, l’attachée de presse de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
Pour l’opposition officielle, c’est une preuve que le gouvernement a mis un chiffre sans toutefois savoir comment le dépenser.
« C’est complètement inacceptable, dénonce le critique en langues officielles député Joël Godin. C’est de l’improvisation totale, mais c’est à l’image du gouvernement dans les langues officielles… C’est peut-être même un outrage au travail du directeur parlementaire du budget ».
Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Crédit image : Twitter
Pour le Bloc Québécois, ce 16 millions de dollars est un « exemple emblématique des libéraux, que les actions ne suivent pas les paroles ».
« On se demande s’ils savent à quoi il va servir. Il y a un manque de volonté et de transparence… Peut-être, qu’ils ne veuillent pas le dire, mais honnêtement, ça fait dur. C’est comme s’il nous demande un chèque en blanc pour une fois que la loi sera adoptée », déplore le porte-parole du parti en Langues officielles Mario Beaulieu.
Plus tôt cette semaine, le projet de loi a franchi la seconde lecture. Il est maintenant au comité des Langues officielles qui doit l’étudier. Idem au Sénat où le comité sénatorial des Langues officielles a adopté une motion pour faire une pré-étude sur la mouture du gouvernement Trudeau.
Musique, chant, théâtre, marionnette… il y en a pour tous les âges et dans tous les coins de l’Ontario francophone cette semaine! Si vous voulez vous laisser émerveiller par la danse contemporaine ou prendre un verre accompagné des classiques rocks, tout est possible!
Danse
Suivez le bâton
Le centre culturel Frontenac de Kingston accueille le nouveau spectacle de Tara Luz Danse Les bâtons ce samedi 4 juin au Théâtre l’Octave. Cette pièce amène les spectateurs dans un voyage dans l’imaginaire débordant de ces créateurs. Émerveillés, les membres du public suivent quatre personnages à travers différentes scènes qui utilisent des bâtons musicaux colorés. Ces objets créent bien des surprises alors que les danseurs utilisent leurs corps et accessoires pour transformer ces bâtons en formes inattendues.
Les bâtons. Crédit image : Tara Luz Danse
Le spectacle Les bâtons se donnera le samedi 4 juin 19h au Théâtre l’Octave. Les billets sont disponibles au prix de 19,14 $. Ils peuvent être réservés en suivant ce lien.
Théâtre
Les nouveaux talents de Sudbury
La Place des Arts du Grand Sudbury met en scène Par ici, le talent!, un concours de talent théâtralisé porté par le Théâtre du Nouvel Ontario. Du 9 au 11 juin, ce sont 6 francophones issus de l’immigration qui participeront à ce spectacle haut en couleur. Ils auront la chance d’être entourés d’artistes professionnels afin de peaufiner leur numéro et de gagner des prix!
Par ici, le talent!. Crédit image : Théâtre du Nouvel Ontario
Par ici, le talent! sera présenté du 9 au 11 juin à la Grande Salle de la Place des Arts du Grand Sudbury. Les places sont limitées alors faites vite! Les billets peuvent être acheté en ligne et varient entre 0 et 40 $.
Musique
A Cappella à Kapuskasing
Le quatuor QW4RTZ est de passage au Centre des loisirs de Kapuskasing le samedi 4 juin à 20h. Après s’être reposés durant la pandémie, les artistes reviennent avec un nouveau spectacle mettant le spectateur au cœur de l’action. Les plus grands amateurs du groupe reconnaîtront les numéros d’anthologie à travers des improvisations, des demandes spéciales ainsi que des numéros inédits.
QW4RTZ. Gracieuseté
Le groupe QW4RTZ se produira au Centre régional de loisirs culturels inc. le samedi 4 juin 20h. Les billets peuvent être achetés à la porte au coût de 35 $ pour le grand public et 25 $ pour les membres.
Bar
Fabien en prestation à Orléans
Le chanteur bilingue néo-brunswickois Fabien Melanson, du duo folk/indie rock Étoile noire, livrera une performance solo au bar Royal Oak dans Orléans le vendredi 3 juin. Il va jouer les grands classiques préférés du public ainsi que des compositions originales. Le duo a sorti son premier album Étoile Noire en 2017 et travaille actuellement sur un second en plus de se préparer pour le RBC Bluesfest. En attendant cet événement, Fabien saura sortir de son répertoire les meilleurs morceaux pour vous faire passer une agréable soirée.
Fabien. Crédit photo : Ashley Newall
Fabien sera en spectacle au Royal Oak le vendredi 3 juin de 19h à 23h. Il n’y a pas de frais pour entrer, juste des consommations à prendre!
Marionnette
L’Alliance Française dans la nature
L’Alliance Française de Toronto est l’hôte du spectacle de marionnettes Bois qui s’adresse aux enfants dès l’âge de 3 ans. Dans cette pièce, une feuille verte cherche sa branche et un monde curieux l’entoure formé de bouts de bois qui se transforment en d’étranges créatures pouvant être autant hostiles que rigolotes. Le spectacle est mis en scène par Puzzle Théâtre, une compagnie de Bulgarie et établie à Montréal depuis 2004, qui est réputé pour son style unique qui mélange le théâtre d’objets, les marionnettes et le jeu d’acteur qui laisse au public la liberté d’interpréter le non-dit de chacune de leurs créations.
Bois. Crédit image : Gracieuseté de l’Alliance Française
Bois sera sur la scène du Théâtre Spadina le dimanche 5 juin à 14h. Les intéressés peuvent acheter leur billet sur ce site au coût de 10 $.
Après une campagne de 28 jours, l’heure est venue pour les 10,7 millions d’Ontariens éligibles de se rendre aux urnes afin de voter pour ceux qu’ils souhaitent voir les représenter à Queen’s Park. Si le vote par anticipation s’est terminé le 28 mai, il est désormais possible pour le reste des électeurs de se rendre toute la journée dans les bureaux de vote des circonscriptions de la région. Pour ceux qui auraient besoin d’éclairage, voici un guide pour savoir ce qui vous attend lorsque vous irez vous prononcer aux urnes aujourd’hui.
Qui peut voter?
Le vote aux 43e élections générales provinciales est possible pour tous les citoyens canadiens de 18 ans et plus résidant dans la province. Les personnes inscrites sur la liste des électeurs avaient jusqu’au 23 mai pour actualiser leurs coordonnées sur le site inscriptionenligne.elections.on.ca, même s’il est aussi possible de le faire en personne directement au bureau de vote. Des cartes d’information de l’électeur ont également étés acheminées depuis le 13 mai par la poste.
Et pour les personnes qui ne l’ont pas reçue? Il suffit de se rendre au bureau de vote muni d’une pièce d’identité sur laquelle figurent nom de famille et adresse personnelle actuelle, tel que le permis de conduire de la province par exemple. Inutile de ramener un stylo ou un crayon, le nécessaire sera fourni sur place par l’équipe de bureau.
À noter, il n’est pas nécessaire de présenter une pièce d’identité avec photo selon Élections Ontario et même si vous en présentez une, votre apparence ne doit pas nécessairement correspondre à la photo. Les informations telles que le sexe ou l’expression de genre ne sont pas non plus requises pour l’identification, selon le site d’Élections Ontario.
Questions de langue
Pour les personnes qui ne parlent pas anglais ou français, il est possible de venir accompagné d’une personne à titre d’interprète qui pourra aider à montrer sa pièce d’identité et obtenir son bulletin de vote. Celle-ci devra prêter serment avant de passer au vote.
Interrogé par ONFR+, Élections Ontario indique, dans une déclaration en anglais, vouloir augmenter le nombre de ses employés parlant le français jusqu’à 55 000 (personnel bilingue) et garantir d’offrir des informations sur le processus de vote dans les deux langues dans l’ensemble de ses communications tout en voulant atteindre davantage de populations non francophones.
L’organisme qui détient une politique sur les services en français, assure aussi que ses 124 officiers reviendront travailler « avec une compréhension claire de leur responsabilité de fournir des services en français dans 26 régions désignées francophones, ce qui touche 81 circonscriptions, pendant cette élection ».
Il promet aussi d’avoir au moins un employé francophone dans chacun des bureaux de vote des 26 régions désignées et invite la population à contacter son siège au 1-888-ONT-VOTE si ce n’est pas le cas sur le terrain demain.
Comment savoir où voter ?
Il suffit de consulter sa carte d’électeur, l’application Élections Ontario ou encore le site d’Élections Ontario. Il est possible de voter dès 9h, et ce jusqu’à 21h (heure de l’Est) dans le bureau de circonscription qui vous a été attribué. Il n’est pas permis de voter ailleurs que le bureau local.
Fait à prendre en considération, le nombre de bureaux de vote a diminué depuis les dernières élections provinciales. Une suppression de 751 bureaux qui veut dire que les files d’attente pourraient être longues. Ce fut le cas lors des dernières élections fédérales de septembre dernier, notamment dans la circonscription du centre-ville de Toronto, Spadina-Fort York.
Une situation qui risque de se reproduire aujourd’hui et qui explique, entre autres, l’augmentation du nombre de jours permis pour le vote par anticipation qui est passé de cinq à dix soit le double comparativement aux dernières élections provinciales de 2018.
Pour ceux qui travaillent, il est utile de savoir que tous les employeurs sont tenus par la Loi de vous accorder jusqu’à 3 h rémunérées pour vous rendre dans un bureau afin d’exercer votre droit de vote durant vos heures de travail.
Des règles à respecter
En ce qui concerne les mesures en lien avec la COVID-19, le port du masque n’est pas obligatoire dans les bureaux de vote, mais la distanciation physique sera requise dans la file de votes. Par ailleurs, aucun employé n’est censé vous demander votre statut vaccinal.
Vous remarquerez possiblement que les employés d’Élections Ontario le porteront, pratiqueront la distanciation physique, distribueront du désinfectant pour les mains et auront mis en place des écrans en plexiglas.
À savoir aussi, il n’est pas permis de prendre des photos à l’intérieur du bureau de vote, ce qui revient aussi à dire que les selfies avec votre bulletin sont strictement interdits. Pour les contrevenants, il s’agit d’une violation de la Loi électorale du Canada et ceux-ci risquent donc une amende voire même une peine de prison.
Que faire en cas de suspicion de fraude ?
Les bulletins de vote étant strictement confidentiels, il n’est pas permis de jeter de coup d’œil sur ceux d’une autre personne. Vous pouvez voter tant et aussi longtemps que vous êtes dans la file même s’il est 21 h passé.
Des représentants des partis en lice peuvent se retrouver dans la salle, mais ceux-ci ne peuvent pas interférer dans le processus de vote ou faire une quelconque publicité pour leur parti. Ceci s’applique également au personnel d’Élections Ontario. Si vous constatez des affiches ou des prospectus dans le bâtiment et même le stationnement, sachez que ceci n’est pas non plus permis bien qu’il existe des exceptions pour les universités par exemple.
Vous pourrez, en cas de suspicion de fraude, reporter l’incident au superviseur du bureau de vote, qui se trouve sur place et vous invitera à remplir un formulaire dédié et une manière d’assurer un suivi.
Une abstention comme en 2018?
En rappel, lors des dernières élections provinciales de 2018, seuls 56,67 % des Ontariens admissibles avaient exprimé leur droit de vote. Des experts avancent que l’abstention devrait atteindre des niveaux records cette année.
Selon Élections Ontario, les données préliminaires indiquent que près de 10 % des électeurs admissibles se sont exprimés par le vote par anticipation. En 2018, ce chiffre concernait 6,8 % des électeurs inscrits.
OTTAWA – De passage devant les parlementaires mercredi, la présidente unilingue anglophone du Canadien National (CN) Tracy Robinson a refusé d’offrir des excuses aux francophones après les événements des dernières semaines. Le CN s’est retrouvé sous les projecteurs après que son conseil d’administration se soit retrouvé sans aucun représentant francophone.
« Ce que j’offre c’est un engagement à nommer très bientôt un administrateur francophone du Québec. C’est une priorité pour moi et notre conseil d’administration. Ce que je vous offre, c’est un engagement ferme sur les actions qu’on prend pour rectifier la situation », a-t-elle répondu au député néo-démocrate Alexandre Boulerice.
Ce dernier lui demandait si elle voulait offrir des excuses au nom de l’entreprise fédérale envers les francophones à la lumière des récentes révélations.
La Presse révélait, via des témoignages, que des employés n’étaient pas « confortables » à travailler en français. Certains subiraient de la pression et des menaces de mesures disciplinaires pour les forcer à travailler en anglais.
Le Canadien National, qui est assujettie à la Loi sur les langues officielles, avance avoir comptabilisé 70 plaintes depuis le mois d’avril en lien avec la langue française. Si des employés craignent des représailles, c’est complètement inacceptable, a exprimé la dirigeante du CN devant le Comité des langues officielles.
Au cours de son témoignage, Tracy Robinson a répété à multiples reprises l’engagement de la compagnie envers les deux langues du pays.
« Peu importe si c’est une obligation, 90 % de nos cadres supérieurs au Québec parlent français, a-t-elle donné en exemple. Je pense que ça démontre qu’on prend la langue de façon très sérieuse. »
Trois administrateurs francophones
Tracy Robinson a promis d’ici les prochaines semaines de trouver un administrateur francophone, soulignant au passage qu’il y avait un grand nombre de candidats francophones disponibles. Après le départ de Jean Charest, la compagnie ferroviaire ne s’était retrouvée avec aucun représentant francophone au sein de son conseil d’administration.
« Nous avons trois membres de notre conseil d’administration qui parlent français. On a deux personnes, la présidente du conseil Shauneen Bruder et moi-même qui travaillons très fort pour devenir fluides en français… Nous avons donc une représentation considérable de personnes parlant français sur notre conseil d’administration. »
La présidente du CN Tracy Robinson. Photo tirée du site Web du CN.
Mme Robinson a été nommée en janvier dernier, après le départ à la retraite de Jean-Jacques Ruest, qui était bilingue. Elle avait promis à l’époque d’apprendre le français.
« Je pense que la bonne façon de démontrer notre engagement, et d’avoir un message très fort, ça serait d’avoir une personne de l’Ouest canadien apprenant le français à la tête du CN », a soutenu celle-ci qui a brièvement parlé en français au début de son apparition.
Les élus peu impressionnés
Les parlementaires n’ont pas été satisfaits des réponses de Mme Robinson.
« Je voulais une excuse au nom de la compagnie, ça aurait envoyé un message fort aux Québécois et aux francophones. Malheureusement, on ne l’a pas eu. Ça teinte un peu tout le reste de son témoignage selon moi, car sur beaucoup d’enjeux, il fallait la croire sur parole et sur sa bonne foi », a réagi Alexandre Boulerice, l’auteur de la motion invitant la haute dirigeante à comparaître au comité.
« Plus ça change, plus c’est pareil », s’est désolé le conservateur Joël Godin.
« On ne sent pas une sensibilité au fait français. Le fait de nommer un membre du conseil d’administration francophone du Québec, c’est un pas. Maintenant, il faut avoir le bénéfice du doute, car ça fait trois mois qu’elle est là », a concédé le porte-parole conservateur en Langues officielles.
« J’ai l’impression de m’être fait niaiser, pas seulement par elle (Tracy Robinson), mais par Air Canada et tout ça… Ces compagnies-là viennent nous dire qu’il n’y a pas de problèmes et qu’ils ont fait des efforts alors que c’est tout à fait le contraire… Au niveau de ses réponses -je trouve ça inacceptable-, elle admet passablement rien. »
Stéphanie Chouinard est professeure et chercheuse en minorité linguistique, au département de Science politique du Collège Militaire Royal du Canada et à l’Université Queens. Elle s’intéresse à la francophonie canadienne et à l’Ontario français.
LECONTEXTE :
À l’aube des élections ontariennes, certains événements ont façonné la campagne électorale des quatre chefs en lice pour devenir le prochain premier ministre de l’Ontario. Stéphanie Chouinard, propose un décryptage des faits marquants de cette campagne, via le spectre d’une réélection pour le Parti progressiste-conservateur (PPC), sous l’égide de Doug Ford. Pour la politologue, il y a une très mince chance que le gouvernement tombe en situation minoritaire.
L’ENJEU :
Le 2 juin, la campagne sera officiellement terminée et à l’issue de ces élections, le parti gagnant sera le prochain gouvernement pour les quatre prochaines années. Bien que le Parti progressiste-conservateur soit confortable dans les sondages, la course pour être le parti de l’opposition se joue entre les libéraux et les néo-démocrates. Le Parti vert quant à lui, avance vers un deuxième siège à Queens Park.
Selon vous, pourquoi le Parti progressiste-conservateur contrôle autant le message?
Là, on est dans de la pure stratégie. On a l’impression qu’on donne à Doug Ford peu de chances de faire des erreurs. Eh oui, dès le début de la campagne, les PPC voulaient contrôler le message. Ils ne donnent pas toujours l’itinéraire du chef, ils interdisent l’accès aux médias. D’ailleurs, plusieurs candidats en région ont refusé de participer à des débats locaux. Leur stratégie, c’est de faire passer le message directement aux électeurs sans le filtre des médias traditionnels.
L’absence du chef à Ottawa, à savoir si cela fait partie de sa stratégie ou non, j’ai envie de dire, quoi de neuf sous le soleil (rire).
On sait qu’il a été critiqué là-dessus cet hiver avec son absence durant le convoi des camionneurs. En fait, c’est comme si Ottawa était le Vatican. Comme si la région ne faisait pas partie de l’Ontario. On sait depuis longtemps que Doug Ford est très 905. C’est une priorité de campagne pour lui et c’est là qu’il pense être en mesure d’asseoir sa majorité.
Pourquoi a-t-on qualifié cette campagne parfois d’être ennuyante et inintéressante?
Cette campagne a été peu rocambolesque et je pense que c’était souhaité par le parti. On le sait, l’apathie est payante pour la droite au Canada.
La base électorale du Parti progressiste-conservateur, contrairement aux autres partis, va sortir voter, peu importe ce qui se passe. C’est un vote d’un âge plus mûr, une base plus solide et plus mobilisée. Alors évidemment, une campagne qui suscite peu les passions, ça ne vient pas fâcher un électorat différent du nôtre.
C’est extrêmement cynique, dans une démocratie on devrait espérer qu’à toutes les élections, les gens se déplacent aux urnes, le plus possible. Ça donne aussi une légitimité supplémentaire au gouvernement, si le taux de participation est bon. Bref, le fait d’avoir une campagne qui ne fait pas trop de vague s’était souhaité par le gouvernement Ford.
Les néo-démocrates et les libéraux, eux, étaient occupés à manger le lunch de l’autre plutôt que d’attaquer Doug Ford. Le gros de la campagne, ça n’a pas été qui sera le numéro un, mais plutôt qui sera le numéro deux.
Considérant que la majorité des électeurs sont du côté progressiste de l’échiquier, c’était un peu désintéressant. Quand les deux oppositions se tapent dessus, Ford rit. C’est une drôle de stratégie qui n’a été payante pour personne sauf pour Doug Ford.
Deux des chefs ont attrapé la COVID-19, en milieu de campagne. Pensez-vous qu’il y aura un impact sur le résultat?
Pas vraiment en fait. Par exemple, M. Schreiner à Guelph était déjà en bonne position, on voit même qu’ils vont peut-être gagner un deuxième siège dans Muskoka Parry-Sound. Je ne pense pas qu’il y ait eu grande incidence. Pour Madame Horwath, ils ont eu du renfort de la part de Jagmeet Singh, mais là encore, je suis pas certaine qu’il y aura une énorme différence.
Selon vous, quel est l’avenir de la francophonie ontarienne, considérant la conjoncture politique?
Le PPC durant toute la campagne s’est vanté de son bilan sur la francophonie, plutôt que de projeter des idées nouvelles pour la francophonie ontarienne. C’est un peu inquiétant, puisqu’on se demande quelles seront les grandes priorités du parti s’il est réélu. Quels seront les grands enjeux pour la francophonie?
L’éducation postsecondaire par et pour les francophones avec l’indépendance de l’Université de Sudbury. La province dit attendre le résultat d’une évaluation, mais il faudrait savoir si c’est une démarche honnête ou si c’est pour ralentir le processus. C’est inquiétant que ça prenne autant de temps à mettre sur pied cette institution et remettre sur les rails des programmes importants. La communauté est profondément touchée par ce qui s’est passé à La Laurentienne, pas seulement pour l’éducation, mais aussi pour la perte économique.
La première campagne provinciale post-pandémie touche à sa fin, mais selon des experts il est déjà possible de conclure que celle-ci a raté son objectif. Entre tentatives de campagne de salissage entre les partis et manque de transparence, cette campagne n’aura pas permis de captiver l’attention des électeurs.
Si lors des dernières élections provinciales de 2018, les libéraux étaient très impopulaires après 15 ans de règne et un grand besoin de changement se faisait sentir, ce n’est pas le cas pour ces élections selon Alex Marland, professeur en sciences politiques de l’Université Memorial de Terre-Neuve.
« Il n’y a pas de grand appétit pour le changement et c’est ce qui explique la manière dont les partis ont orchestré leur campagne », nous confie-t-il. Une autre constatation du chercheur est que les syndicats n’ont pas beaucoup participé à ces élections, contrairement aux précédentes.
Il l’explique en partie par le fait que « le gouvernement sortant a réussi à faire passer des législations qui limitaient la capacité d’organismes tiers à dépenser de gros montants dans les campagnes de communication » ajoute-t-il.
Le spécialiste en marketing, chef de création et président de l’entreprise torontoise GWP Brand Engineering, Philippe Garneau va même jusqu’à dire qu’« il manque d’intérêt, il manque de tout presque dans cette campagne » et que « les électeurs s’en fichent de ces élections ».
Il l’explique en partie en raison du choix des partis adverses de consacrer une grande partie de leur communication autour de la critique de la gouvernance de l’administration Ford.
Gaspillage d’énergie
On a pu le voir durant le premier débat qui s’est tenu à North Bay et qui a vu les chefs des quatre principaux partis se lancer mutuellement des attaques sur la gouvernance passée et des promesses non tenues notamment chez les libéraux et les progressistes-conservateurs.
Entre déterrer de vieilles publications homophobes de candidats et autres scandales dans le placard, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral ont détourné l’attention des électeurs sur les enjeux importants du moment pour la diriger sur de vieilles querelles politiques selon l’expert.
« Le public ne veut pas parler de ce qui s’est passé dans les dernières années, mais de ce qui se passe maintenant » selon Philippe Garneau qui cite notamment l’inflation et la hausse du coût de l’essence dans les sujets d’intérêt des citoyens.
De la même manière, il parle de dissonance cognitive dans le cas de Doug Ford qui consacre beaucoup de son discours à l’annonce de projets d’infrastructures alors que l’emphase de la campagne est mise sur des dossiers comme la santé ou la pénurie de travailleurs par exemple. Il s’agit, selon le chercheur, pour Doug Ford de plaire à son électorat en faisant du populisme.
À droite, Philippe Garneau, spécialiste en marketing, chef de création et président de GWP Brand Engineering et à gauche, Alexandre Sévigny, directeur de la maîtrise en communication à l’université McMaster à Hamilton. Gracieuseté.
Une alliance manquée entre le NPD et le Parti libéral
Selon Alexandre Sévigny, directeur de la maîtrise en communication à l’université McMaster à Hamilton, les partis de l’opposition ont fait une erreur stratégique en s’attaquant entre eux.
Parlant du choix du chef du Parti libéral, le chercheur pense « qu’il perd son temps en attaquant Andrea Horwath au lieu de juste la mettre de côté en disant qu’elle a perdu plusieurs élections pourquoi gagnerait-elle celle-ci ? »
De son côté, le spécialiste en marketing Philippe Garneau, le NPD et le Parti libéral qui s’annoncent chacun comme étant les meilleurs remparts contre une réélection de Doug Ford auraient dû le prouver au public en faisant une alliance.
Il évoque alors le cas de leurs homologues fédéraux, Justin Trudeau et Jagmeet Singh, qui ont annoncé une entente cordiale il y a quelques mois. Pour M. Sévigny, ces attaques mutuelles entre les deux partis bénéficient à Doug Ford qui cherche à récupérer une partie des votes des personnes qui ont voté pour le Parti libéral au fédéral.
L’absence des progressistes-conservateurs
L’avance confortable du parti de Doug Ford dans tous les sondages depuis le début de cette campagne ne fait qu’encourager son manque d’implication dans la campagne et donc influer également sur le cours de la campagne.
Une stratégie courante, dont le gouvernement sortant bénéficie particulièrement lorsque des crises ont traversé son mandat comme ce fut le cas de la pandémie et de la crise afghane ou encore l’invasion de l’Ukraine explique Philippe Garneau.
Il explique, en effet, que le public accordera plus facilement sa confiance au gouvernement sortant qu’il jugera plus à même de diriger le pays face à d’autres crises puisqu’il l’a déjà fait, et ce même si cela s’est fait avec des erreurs de manœuvres.
L’idée c’est de rester calme jusqu’au 2 juin et il va gagner
Philippe Garneau, spécialiste en marketing sur Doug Ford
Selon M. Garneau, ceci est d’autant plus vrai que Doug Ford n’a rien à voir avec la figure du politicien habituel, un entourage controversé, un manque d’aisance en public, peine à improviser et éprouve des difficultés à lire des textes. Il demeure pourtant un grand favori bien qu’« en 2018 personne n’aurait élu Doug Ford pour être le premier ministre dans une pandémie » ajoute-t-il.
De la même manière, la stratégie du parti de Ford d’éviter de participer à des débats locaux et de répondre à des journalistes est claire : « l’idée c’est de rester calme jusqu’au 2 juin et il va gagner » selon Philippe Garneau.
Alex Marland, pense de son côté que le refus de candidats locaux de s’exprimer librement et participer à des débats dans des circonscriptions comme Embrun ou Kapuskasing est une manière pour le parti progressiste-conservateur de laisser encore plus de place à Doug Ford.
Alex Marland, professeur en sciences politiques de l’Université Memorial de Terre-Neuve. Gracieuseté.
Faire campagne en temps de pandémie
Deux semaines après le début de la campagne deux des quatre chefs des principaux partis, Andrea Horvath du NPD et Mike Schreiner du Parti vert avait étés déclarés positifs à la covid-19 et ont donc dû interrompre leur tournée en présentiel.
Selon Alexandre Sévigny, cette période d’interruption de la campagne en présentiel aura des répercussions sur le vote des électeurs.
« Le narratif des partis qui ont dû mettre leur campagne en hiatus et aller en virtuel a été dilué par le fait même que ces reporters ont parlé sur ça ».
Il explique que le porte-à-porte et les visites demeurent essentiels pour maintenir un lien avec le public et que les partis adverses ont pu tirer avantage de leur présence sur le terrain et de la couverture médiatique que celle-ci a pu engendrer.
Des cibles négligées
Même s’il est difficile de le constater avant d’avoir les statistiques de vote, il est possible de voir que cette campagne électorale aura peiné à atteindre les jeunes selon M. Garneau.
Les attaques entre partis en font partie, mais ce qui l’explique c’est aussi les enjeux et la campagne qui vise davantage les boomers, les personnes, les ouvriers et les retraités selon lui.
Et d’ajouter : « Il leur manque un candidat qui leur donne de l’espoir. »
De leur côté les francophones ont été quelque peu oubliés de la campagne, mais rien de surprenant selon l’expert. Il explique cela par le fait que ceux-ci sont davantage considérés par les partis à travers leur statut de travailleurs que de membres d’une communauté culturelle.
Leur statut minoritaire dans la province en est aussi une raison : « ils sont vus comme une petite poche et n’attirent pas l’attention des médias anglais », conclut-il.
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