Affaires francophones : quatre ans d’ombre et de lumière

TORONTO – Au terme d’un mandat mouvementé, marqué par les coupes de 2018, le gouvernement Ford est parvenu à retrouver la faveur d’une partie des Franco-Ontariens. Sa ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a concrétisé l’ouverture de l’Université de l’Ontario français (UOF), donné un coup d’accélérateur à la franco-économie et modernisé la Loi sur les services en français. L’échec à surmonter la crise du postsecondaire dans le Moyen-Nord ternit toutefois ce bilan, de l’avis de plusieurs observateurs.

Du Jeudi noir de l’abolition de l’UOF et du Commissariat indépendant aux services en français au Lundi noir des suppressions de programme à l’Université Laurentienne, le gouvernement n’a pas vraiment démarré et conclu ses quatre dernières années de la meilleure des manières.

Un des anciens conseillers de Caroline Mulroney reconnaît que l’entourage du premier ministre a sous-estimé les conséquences du coup de hache budgétaire qui a soulevé la communauté en 2018 et mis dans l’embarras une ministre fraîchement entrée en politique. « On avait prévenu à l’interne que ça ne serait pas beau à voir si on faisait des coupes », confie l’ex-stratège progressiste-conservateur Matthew Conway.

Il affirme que la ministre a tout fait en coulisses, à partir de là, pour réparer les pots cassés en se battant sur deux fronts : se faire entendre de son propre parti mais aussi du gouvernement fédéral – dans le cas de l’UOF.

« Le commissariat (aux services en français) n’était pas visé au début : seulement celui à l’environnement », poursuit M. Conway. « Quand on l’a su, on n’était pas content. On s’est aussi opposé au plan original de le mettre dans notre ministère. On a demandé à au moins de le mettre au sein du Bureau de la vérificatrice générale ou de l’Ombudsman. On a eu gain de cause malgré qu’on a essayé jusqu’au bout de maintenir son indépendance. »

Une université créée, une loi modernisée, des entreprises aidées

Caroline Mulroney a donc dû donner de sérieux coups de rame pour corriger les dégâts causés par son gouvernement… Un de ses principaux faits d’armes est d’avoir signé, au terme de pénibles négociations avec son homologue fédérale Mélanie Joly, une entente déterminante assurant conjointement les huit premières de financement de l’UOF.

M. Conway est convaincu que la ministre a tout fait pour que ce projet de longue date se concrétise : « Quand il a fait son offre à 50 % de financement, le fédéral n’a jamais pensé que l’Ontario dirait oui. Leur obsession était de coincé Andrew Scheer (le chef conservateur du Canada) en attaquant Ford en Ontario. »

Dès sa prise de fonction, « Mme Mulroney a hérité d’un dossier auquel elle n’était pas préparée et a dû défendre des décisions regrettables du gouvernement Ford », contextualise Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa. « On a vu ensuite un changement d’attitude chez M. Ford et Mme Mulroney dans l’optique de retisser des liens avec la francophonie et je pense qu’elle a réussi à le faire. Elle est vue maintenant comme une interlocutrice crédible pour la francophonie. »

Élue députée pour la première fois en 2018, la ministre des Affaires francophones a dû assumer les conséquences des coupes de 2018. Crédit image : Jackson Ho

La ministre a mené en outre des consultations qui ont abouti à deux réalisations principales : une série d’investissements dans le développement économique francophone destinés à stimuler les affaires, mais aussi et surtout la modernisation de la Loi sur les services en français qui remet au centre l’offre active de service, lui donne des pouvoirs supplémentaires et la possibilité d’une révision tous les dix ans.

C’est aussi sous son mandat qu’une 27e région, Sarnia, a été désignée en vertu de la Loi sur les services en français, que l’Université de Hearst est devenue autonome et que le drapeau franco-ontarien a rejoint la liste des emblèmes officiels de la province, flottant aujourd’hui à Queen’s Park.

Points noirs : postsecondaire, justice, immigration, main-d’œuvre, commissariat

Il reste toutefois bien des défis à surmonter en cas – hautement probable – de réélection de la Ford Nation au soir du 2 juin prochain. Dans le domaine de la justice, les progrès ont été trop timides estiment plusieurs acteurs du dossier. Certes les documents en français sont désormais reconnus dans tous les palais de justice, mais les délais d’attente et la proximité des juges pour traiter les causes francophones sont chaotiques, comme en atteste le départ du juge Villeneuve, dont le poste a été déplacé du district d’Algoma à Sudbury.

Dans le domaine du postsecondaire, devant la plaie béante causée par les coupes de l’Université Laurentienne et face aux pressions qui s’accentuent en période électorale, le prochain gouvernement provincial n’aura pas d’autre alternative que d’agir sur l’avenir des programmes de langue française, alors que la protection de la Laurentienne sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) pourrait se prolonger jusqu’en septembre.

Lors du débat en français, les attaques se sont polarisées sur le bilan de Caroline Mulroney et son gouvernement. Capture d’écran ONFR+

Les trois principaux partis d’opposition se sont prononcés en faveur d’une Université de Sudbury autonome, par et pour les francophones, bénéficiant du transfert des programmes de langue française restants de l’Université Laurentienne. Ils réclament aussi le retour de l’indépendance du Commissariat aux services en français et plus d’ambition en immigration afin de contrer rapidement la pénurie de main-d’œuvre qui frappe la province, particulièrement en éducation et en santé.

Torpillée par les trois candidates d’opposition lors du débat en français TFO-Radio-Canada le 17 mai dernier, Caroline Mulroney a défendu un bilan somme toute consistant, niant le manque d’indépendance du Commissariat. « Il a été intégré avec succès avec tous les pouvoirs d’enquête qu’il avait auparavant », a-t-elle justifié.

Sa réforme de la LSF laisse aussi un sentiment d’inachevé dans la communauté, la mouture adoptée en chambre ne prévoyant de calendrier de désignation de l’ensemble de la province. Pour répondre aux besoins en main-d’œuvre, la ministre défend l’idée d’un corridor en immigration francophone, notamment pour attirer des enseignants, mais cette stratégie passera inévitablement, si son gouvernement est élu, par une collaboration avec le gouvernement fédéral.

Discrétion médiatique et communication contrôlée

La ministre s’est aussi faite avare de communication tout au long de son mandat, n’accordant des entrevues qu’au compte-gouttes, comparé à ses autres chapeaux de Procureur générale puis de ministre des Transports, et surtout comparé à sa prédecesseure Marie-France Lalonde, marquant une rupture dans la culture communicative du ministère avec les médias.

Le temps médiatique est bien différent du temps de l’action rappelle M. Conway qui affirme que le ministère, en dépit de sa modeste taille, « a travaillé d’arrache-pied en arrière-scène » pour concrétiser les projets portés par la communauté, comme l’UOF ou l’aide au développement économique. « Et puis c’était devenu difficile de communiquer et faire des évènements après les coupes car tout tournait autour du budget », dit-il. « On avait ce fardeau et on était paralysé. On ne pouvait pas en dire trop dans les médias pour ne pas faire foirer les processus. »

« Ce gouvernement n’aime pas la critique et a cherché à colmater les brèches » – Peter Graefe

Le politologue Peter Graefe apporte une autre perspective au changement de ton du gouvernement dans les mois et années qui ont suivi le Jeudi noir. « Ce gouvernement n’aime pas la critique et a cherché à colmater les brèches », analyse le professeur à l’Université McMaster. « La sortie des Franco-Ontariens en 2018 a lancé une vague plus large de désapprobation du gouvernement Ford qui voulait éviter que ça se répète. »

La stratégie a porté ses fruits : « Chez les Franco-Ontariens, on retrouve aujourd’hui le sentiment assez semblable de la population d’une certaine satisfaction minimale et que c’est un gouvernement qui ne cherche plus à leur faire mal », résume-t-il. Un sondage Ipsos-Radio-Canada montrait, il y a quelques jours, que Doug Ford est le chef le plus populaire au sein de la communauté.

Se faire réélire députée dans sa circonscription de York-Simcoe devrait être une formalité pour Mme Mulroney. Quant à savoir si elle reprendra le portefeuille des Affaires francophones en cas de retour aux commandes des progressistes-conservateurs, il est trop tôt pour le dire. M. Conway estime que ce serait une bonne nouvelle pour la communauté, car « quand elle parle, les autres ministres la prennent au sérieux ».

Le prochain président du CRTC sera bilingue, garantit Rodriguez

OTTAWA – Le prochain président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) devra parler français et anglais, a assuré le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez mardi.

« Pour moi, comme ministre du Patrimoine, c’est fondamental que le futur président du CRTC soit bilingue », dit-il, ajoutant que cette personne parlera les deux langues officielles « dès le jour 1 ».

Le poste affiché indiquait que « la maîtrise des deux langues officielles serait préférable », ce que dénonçait le Bloc Québécois lundi aux Communes.

« C’est inacceptable, renchérit Pablo Rodriguez sur l’affichage du poste. Que quelqu’un ne soit pas bilingue à ce poste-là, pour moi, c’est inacceptable », ajoute-t-il.

L’actuel président du CRTC Ian Scott va quitter l’organisme en septembre. Son mandat n’a pas été renouvelé par le gouvernement Trudeau, après un règne de cinq ans.

L’actuel président du CRTC Ian Scott. Photo tiré du site internet du CRTC

C-11

Le député bloquiste Martin Champoux reprochait au gouvernement de rendre le « français optionnel » et de trouver « correct de mettre une personne qui ne parle pas français responsable de tout un pan de notre culture ».

Réagissant aux propos du ministre, le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet a souligné l’importance d’avoir un président de l’organisme publique parlant français. Il ajoute prendre « M. Rodriguez à sa parole, je pense que la chance est au coureur ».

« Si on était pour accepter qu’un président ou une présidente du CRTC ne maitrise pas le français, on s’exposerait à un recul grave. »

Il faisait alors référence au projet de loi C-11 ( Loi sur la radiodiffusion) qui est présentement à l’étude à Ottawa. Dans cette loi, le CRTC devra notamment s’assurer que les plateformes de diffusion en ligne comme Netflix, Spotify, etc. produisent du contenu reflétant les deux langues officielles du pays. L’organisme devra aussi par exemple consulter les communautés francophones minoritaires « lorsqu’il prend toute décision susceptible d’avoir sur elles un effet préjudiciable », peut-on lire. Le CRTC agirait à titre d’arbitre pour s’assurer que ces plateformes suivent la Loi, sinon il pourrait distribuer des amendes ou des pénalités.

« La traduction télévisuelle qu’on a au Québec, c’est extraordinaire, ce qui se fait au Canada anglais aussi c’est extraordinaire, c’est souvent différent. Ça prend une personne qui est capable de comprendre, pas juste la langue, mais les nuances aussi à travers tout ça », affirme Pablo Rodriguez.

Ian Scott est un anglophone qui parle le français. La tradition veut que son successeur soit un francophone.

« La langue d’origine m’importe peu. Qu’une personne soit anglophone et qu’elle apprenne le français ou que ce soit un francophone qui parle l’anglais, je n’ai pas de problème », dit le ministre.

C’est le cabinet fédéral qui décide de la nomination de ce poste de la haute direction du CRTC.

Élections : Pourquoi les Ontariens s’abstiennent-ils tant de voter?

Que le constat soit fait au niveau fédéral ou provincial, l’Ontario fait pâle figure s’agissant de la démocratie représentative qui passe à travers le processus électoral. Ainsi, la province compte parmi celles qui votent le moins au pays. Quelles en sont les causes? Cela dénoterait-il d’un désintérêt pour la chose politique, notamment chez la catégorie des jeunes où le phénomène est le plus visible? Éléments de réponse.  

C’est une question qui revient à l’ordre du jour à chaque scrutin : quel en sera le taux d’abstention ou de participation des électeurs, gage d’une démocratie saine et bien installée?

Lors des élections générales provinciales de 2018, ils étaient 56,67 % des Ontariens admissibles à avoir répondu à l’appel des urnes, soit 10 % de moins que les élections provinciales québécoises qui ont eu lieu la même année.

Sur le plan fédéral, les Ontariens pointaient à la 8e place au classement des provinces avec 75 % de taux de participation au vote fédéral de l’année dernière, c’est-à-dire en dessous de la moyenne nationale. 

Mieux que cela, l’élève ne donnerait pas des signes de progression, bien au contraire! Selon plusieurs experts, il faudrait s’attendre à une abstention marquée aux élections du 2 juin prochain, notamment à cause d’un déficit en suspens avancé par les sondeurs tout au long de la campagne électorale.

Plus on est pauvre, moins on vote

« Que cela soit en Ontario où ailleurs, deux types de déterminants peuvent expliquer le taux de participation dans une élection qu’on peut résumer par : plus les gens ont un niveau d’études élevé et un revenu élevé plus ils sont susceptibles de voter. Autrement dit, plus on est pauvre, moins on a tendance à voter », explique Mathieu Turgeon, politologue à l’Université Western et spécialiste en psychologie politique.

Et d’ajouter. « Mais là aussi, quand la situation devient critique, cela peut avoir l’effet contraire et inciter les gens à aller voter pour un changement catégorique, mais ce n’est pas tout à fait le cas au Canada et en Ontario parce que le taux de chômage y est assez bas par exemple. »

Mathieu Turgeon, politologue à l’Université Western et spécialiste en psychologie politique. Gracieuseté

Les chiffres donnent raison au politologue. En effet, en affinant, il s’avère que la circonscription ontarienne qui a enregistré le plus bas taux de participation lors des élections de 2018 est celle de Windsor-Ouest (43,3 %). Or il se trouve que le taux de chômage de la région de Windsor est bien plus élevé que celui de la majorité des grandes villes ontariennes. D’après les données de mars dernier rapportées par Statistique Canada, ce taux dans la région de Windsor était de 8,3 % contre une moyenne provinciale de 5,3 %.

Et, ce n’est pas le statisticien et doctorant à l’Université de Waterloo, Jacob Legault-Leclair qui dira le contraire :   

« Le statut socioéconomique d’un citoyen exerce effectivement une influence sur les chances que celui-ci a de voter. Être sans-emploi, avoir un faible revenu et avoir un faible niveau d’éducation sont des facteurs qui influencent négativement sur la participation aux élections. C’est le genre de dynamiques qu’on retrouve également au niveau fédéral et qui semblent aussi être présent au palier provincial », confirme-t-il.

À l’inverse, le statisticien pense que cette « règle du revenu » peut s’appliquer sur les circonscriptions qui ont affiché un taux de participation supérieur à la moyenne en 2018, car « Les plus fortunés ont davantage d’intérêts en jeu » qui les poussent à se rendre aux urnes.

Pour rappel, c’est la circonscription de Huron-Bruce qui peut se targuer du plus haut taux de participation de la province aux dernières élections avec 63,51 %.

La base électorale jeune, pas si intéressante que cela pour les politiques

Ceci écrit, le thésard joint une autre variable à l’équation, celle de l’âge.

« C’est un facteur clé pour comprendre le vote dans ce genre de circonscription dont la population est plus âgée que la moyenne provinciale. Ces critères sembleraient alors être bénéfiques pour le taux de participation aux élections dans la circonscription d’Huron-Bruce, comparativement aux autres », complète-t-il.

Jacob Legault-Leclair, statisticien et doctorant à l’Université de Waterloo. Gracieuseté

Là encore, les données de Statistique Canada abondent dans le même sens dans la mesure où la moyenne d’âge d’Huron-Bruce est proche des 46 ans alors qu’elle n’est que de 41 ans pour l’ensemble de la province (recensement 2016).

Cela voudrait-il dire que les jeunes votent moins? Sans aucun doute pour Stéphanie Gaudet, professeure titulaire, sociologue et directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités de l’Université d’Ottawa.

« On sait que le taux de participation augmente tranquillement avec l’âge. On sait aussi que plus un jeune vote tôt dans sa vie, plus il est susceptible de voter toute sa vie, c’est vraiment un investissement social très important que les partis politiques devraient faire parce que c’est du domaine de leur responsabilité sociale », argumente-t-elle.

Or, de l’avis de la sociologue, il existe une forme de désintérêt des politiciens vis-à-vis des jeunes et vis-versa, un cercle vicieux, en somme.

« Les jeunes qui ne votent pas n’ont pas l’impression que les partis politiques prennent au sérieux leurs considérations. Il faut dire que les 18-24 ans ne représentent que 9 % de la population canadienne, ce qui, mathématiquement, n’est pas très intéressant à courtiser pour les partis politiques. »

« Je pense que ces derniers n’investissent pas beaucoup et n’écoutent pas trop ce groupe de la population. C’est très dangereux sur le plan social, car plus les jeunes se sentent délaissés par les politiciens, et moins ils votent, et moins ils votent, moins les partis s’en occupent », résume-t-elle.

Stéphanie Gaudet, professeure titulaire, sociologue et directrice du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

Pour l’experte, cette analyse est valable pour tous les paliers décisionnels du pays, qu’ils soient fédéraux, provinciaux ou municipaux.

« D’ailleurs, selon les données, c’est aux municipaux que les jeunes votent le moins. C’est assez étrange, parce que c’est au niveau municipal que les politiques pourraient toucher davantage les jeunes, mais ils ne saisissent pas l’occasion », observe-t-elle.  

Les immigrants voteraient moins

L’autre variable explicative qui serait derrière l’abstention réside dans le degré d’ancienneté des votants en tant que citoyens.

« On observe aussi que les nouveaux Canadiens enregistrent un taux de participation moins élevé, ce qui se comprend parce que le système politique est nouveau pour eux et donc ils sont moins familiarisés avec les familles politiques et les candidats », souligne M Turgeon.

Les immigrants seraient donc mauvais élèves quant à l’engagement civique. Pas si simple, car « Il convient d’apporter une nuance », atténue M. Legault-Leclair.

« Il faut tenir compte du type d’immigrant qui se trouve au sein de cette population. Les immigrants en provenance d’Europe ou des États-Unis sont généralement plus susceptibles que les autres immigrants d’aller voter. C’est également le cas pour les immigrants arrivés il y a plusieurs années. Certaines circonscriptions comme Brampton West et Missisauga-Malton en sont des exemples. »

À noter que tous les experts rencontrés pour le besoin de ce papier accordent leurs violons pour dire, qu’en dépit de tous ces éléments d’explication, il est de caractère aventurier de vouloir prédire l’abstention des élections qui s’en viennent dans une poignée de jours. La personnalité propre des candidats et/ou un scandale qui surgit de nulle part par exemple pourraient renverser la vapeur, et cela est quasiment impossible à quantifier.

Robert Paquette, la fierté en héritage

LONDON – Artiste légendaire de la francophonie canadienne, Robert Paquette a marqué son époque avec la fondation du groupe CANO, de La nuit sur l’étang, le premier album de chansons francophones originales d’Ontario Dépêche-toi soleil, la liste de ses accomplissements pourrait remplir un article à elle seule! Invité par au festival de la Country Music Association (CMA) Ontario, il sera en spectacle à London le 2 juin alors qu’un hommage lui sera rendu.

« C’est intéressant de présenter dans un festival surtout anglophone avec la musique country, les gens ne sont pas nécessairement au courant de l’existence de la musique country francophone en Ontario », explique Robert Paquette en entrevue avec ONFR+, qui se réjouit de la volonté des organisateurs de faire découvrir ses chansons au public anglophone.

Le chansonnier sudburois est invité sur la scène pour un Legacy revival concert avec d’autres pionniers de la musique ontarienne. Il n’en est pas à sa première reconnaissance notamment avec l’entrée de sa chanson Bleu et blanc au temple de la renommée de la musique canadienne en 2018. « Au-delà des récompenses, ça fait déjà plaisir de pouvoir continuer ce métier à l’âge que j’ai. J’ai pu faire ça toute ma vie, je n’ai pas été obligé d’aller trouver une  »vraie job » », se réjouit-il.

Rendu à 72 ans, Robert Paquette se sent encore comme s’il en avait 18 à l’intérieur de lui-même. « Les croyances qu’on avait plus jeune dans l’importance d’une culture ne partent jamais », affirme-t-il.

Les croyances qu’on avait plus jeune dans l’importance d’une culture ne partent jamais.

Robert Paquette

Cette culture, Robert Paquette l’a fait découvrir à d’innombrables spectateurs des Amériques et de l’Europe en se présentant toujours comme un fier Franco-Ontarien. « On peut sortir un gars de Sudbury mais on ne peut pas sortir Sudbury du gars », lance-t-il.

Le premier feu de la 400/69

À l’heure des hommages, l’auteur de Moi, j’viens du nord se rappelle du vide qui existait dans la francophonie ontarienne avant la révolution culturelle dont il a été un acteur.

« Quand j’étais jeune, la culture à laquelle on avait accès c’était surtout la littérature qui venait de la France ou du Québec, la musique c’était la même chose. Il n’y avait pas grand-chose qui nous appartenait », se souvient-il. « On était une génération de jeunes artistes qui voulaient s’identifier à l’Ontario français. »

Il va sans dire que Robert Paquette en garde des souvenirs inoubliables.

« La première fois que tu commences à écrire des chansons et que les gens semblent aimer ce que tu fais. C’est déjà énorme », s’exclame-t-il.

Robert Paquette à la Nuit sur l’étang en 2013. Auteur anonyme

En prenant leur place en théâtre, littérature, chanson et autres arts visuels, les Franco-Ontariens ont développé une identité propre qu’ils revendiquent fièrement aujourd’hui.

« La génération de mes grands-parents a défriché la terre du nord de l’Ontario, la génération de mes parents y a pris racine, ma génération a commencé à s’en sentir fière », résume Robert Paquette.

La génération de mes grand-parents a défriché la terre du Nord de l’Ontario, la génération de mes parents y a pris racine, ma génération a commencé à s’en sentir fière.

Robert Paquette

L’auteur-compositeur-interprète a grand espoir pour la continuité de l’essor de la culture franco-ontarienne.

« Il y a plus d’auteurs, roman, poésie, de gens de théâtre, qu’il n’y en a jamais eu », félicite-t-il. Qu’il s’agisse des nouveaux festivals, de l’expansion de TFO, des maisons d’édition, des nouveaux artistes de la relève, Robert Paquette voit de nombreux signes que sa culture est promise à un bel avenir.

Il reste cependant pragmatique face aux défis qui sont encore bien présents pour la pleine émancipation des francophones de la province.

« Je sais qu’il faut se battre tous les jours. Les acquis sont acquis, mais ils ne sont pas là en permanence. Il faut les protéger si on veut plus de nouvelles reconnaissances, plus de débouchés, plus d’ouvertures », explique-t-il. « C’est pour ça que la parole est importante ».

Robert Paquette. Gracieuseté Country Music Association Ontario

Un déplacement de Doug Ford à Ottawa, en toute discrétion

OTTAWA – En déplacement ce lundi, Doug Ford n’a pas rassemblé une foule derrière les bureaux du Ottawa Citizen. C’est sur le toit d’un bâtiment en construction que le chef progressiste-conservateur a annoncé, entre autres, son plan d’extension de l’autoroute 417. Il s’est aussi défendu sur son présumé manque d’intérêt pour la capitale et sa région.

Aucune démonstration de force, aucun partisan sur place. La présence du premier ministre sortant à trois jours des élections soulève certaines questions.

La semaine dernière, le chef libéral Steven Del Duca a attaqué Doug Ford sur son absence prolongée dans la région de la capitale nationale. « On dirait que Doug Ford a oublié qu’Ottawa faisait toujours partie de la province », avait-il lancé lors d’un déplacement dans l’Est ontarien.

Ses opposants lui reprochent, notamment, de ne pas avoir suffisamment offert son soutien aux habitants d’Ottawa durant l’occupation illégale des camionneurs en février dernier.

« Il n’était pas du tout présent et a laissé la ville d’Ottawa dans ses retranchements. On sait depuis longtemps que Doug Ford est très Toronto centré, c’est là qu’il pense asseoir sa majorité », indique Stéphanie Chouinard, politologue et professeur au Collège Militaire Royal.

Dans un second temps, Doug Ford est attaqué de toutes parts sur son absence dans cette région durant la campagne, alors qu’il est très agressif pour s’implanter dans des circonscriptions telles que Windsor ou Hamilton, pourtant fief des néo-démocrates.

C’est une semaine après qu’une tempête a particulièrement affecté l’Est ontarien et seulement trois jours avant les élections que le parti se déplace à Ottawa, la deuxième plus grande ville de l’Ontario.

Doug Ford se défend indiquant « tous les jours, j’étais en contact avec Hydro One et Hydro Ottawa. Nous avons mis en place des ressources auprès de ministères, des pompiers et nous avons contacté d’autres provinces qui ont envoyé des techniciens y compris les États-Unis ».

Il évince les critiques, notamment en expliquant quelques jours après la tempête, qu’il ne se déplacerait pas sur les lieux touchés, afin de ne pas déranger les techniciens envoyés en renfort.

« Je veux clarifier une chose, j’aurais toujours les intérêts des Ottaviens », conclut-il.

Pour Stéphanie Chouinard, son absence pourrait s’expliquer, car, « Doug Ford ne voit pas de grands gains dans la région d’Ottawa ».

Le premier ministre sortant, Doug Ford. Crédit image : Lila Mouch

Un contrôle du narratif

« Ce que le parti progressiste-conservateur fait, c’est un modèle opératoire pour éviter des gaffes », suggère la politologue Stéphanie Chouinard.

Déjà en 2018, la formation politique semblait avoir sa propre stratégie de communication en filtrant les médias traditionnels.

Dans cette campagne, cette stratégie demeure, pourtant « durant le creux de la crise sur la COVID-19, ce n’était pas le cas, la relation était même assez bien », explique Mme Chouinard.

D’ailleurs, la politologue explique que dès le début de la campagne, « nous l’avons remarqué, le parti voulait contrôler le message. Ils font ça de manière très très serrée. C’est vrai pour le chef, il répond très peu aux questions et donne rarement son itinéraire, mais c’est aussi vrai pour les candidats locaux qui ne répondent pas aux demandes d’entrevues ».

Dans le cas de Doug Ford, cette stratégie d’ignorer les médias est une façon de contrôler l’information qui sort, est souvent dénoncée par ces adversaires politiques. Une attitude qui ne serait pas nouvelle, et bien présente dans la campagne de 2022.

Les multiples fiertés de FrancoQueer

L’organisme FrancoQueer, qui sert la communauté LGBTQ+ francophone de Toronto et de l’Ontario, a dévoilé, ce lundi, sa programmation culturelle en vue du mois de la Fierté 2022. Fidèle à son approche intersectionnelle, des activités à l’image de l’hétérogénéité de la communauté sont à prévoir dès jeudi.

« Nous allons célébrer notre double fierté, franco et queer, ainsi que toutes les fiertés de nos différentes identités », lance le directeur général de FrancoQueer, Arnaud Baudry, en conférence de presse.

« Le mois de la Fierté est toujours un moment pour montrer que l’on existe et que nous sommes fiers de qui l’on est », renchérit-il.

En collaboration étroite avec Pride Toronto, FrancoQueer s’est assuré que la programmation francophone soit intégrée à l’ensemble plus large d’activités prévues au cours du mois. Par exemple, la foire communautaire de la fierté aura une partie francophone cette année, une première dans l’histoire des événements dédiés à la communauté LGBTQ+ de Toronto.

Arnaud Baudry, le directeur général de FrancoQueer. Gracieuseté

« C’est une occasion pour la communauté de découvrir un certain nombre d’organisations que ce soit spécifiquement pour les LGBTQIA2S+ ou pas. Notre partie va rassembler différents organismes qui vont présenter leurs services offerts en français et ce sera à proximité de la scène qui va offrir une programmation francophone le samedi 25 juin », explique Arnaud Baudry.

L’inclusion au programme

Afin de lancer les célébrations, FrancoQueer organise un apéro ouvert à tous le jeudi 2 juin à 17h au Boutique bar de Toronto.

Suite à cette soirée arrosée, des événements culturels auront lieu notamment le samedi 11 juin dans le quartier de la Distillerie où les participants pourront échanger avec des auteurs.trices francophones et queer tel que Paul François Sylvestre et A.M. Matte.

Alors que la forte majorité des personnes desservies par l’organisme sont d’héritage afrodescendant, FrancoQueer présentera le spectacle poétique Les voix d’Afrique : Immigrer/Émigrer ou errer entre deux mondes le vendredi 17 juin 20h30 au Théâtre Spadina.

L’événement incontournable pour la communauté francophone LGBTQIA2S+. Gracieuseté FrancoQueer

« C’est un spectacle basé sur les expériences des bénéficiaires de notre programme. C’est un théâtre d’intervention sociale qui vise à rassembler autour des mots, des anecdotes et des émotions des participants », explique Nicolas Arnaud-Goddet, gestionnaire de programme pour l’organisme.

Avec des personnes LGBTQ+ présentes dans toutes les communautés, FrancoQueer a bien l’intention de faire le maximum pour inclure tout le monde dans cette célébration de la diversité des identités.

La Laurentienne devant les tribunaux au moins jusqu’en septembre

SUDBURY – L’Université Laurentienne bénéficiera d’une quatrième prolongation de sa période de restructuration sous supervision judiciaire qui devait arriver à échéance le 31 mai. La demande avait été adressée à la Cour supérieure de justice qui a approuvé lundi le prolongement du processus judiciaire jusqu’au 30 septembre prochain.

Le recteur de l’Université, Robert Haché, avait fait l’annonce qu’il ferait la demande d’une prolongation de de cette protection jusqu’au 30 septembre lors d’une réunion du sénat le mardi 17 mai dernier. Il avait alors déclaré que cette prolongation de quatre mois supplémentaires était nécessaire pour l’arrêt vers un plan d’arrangement avec les créanciers pour lequel il est optimiste. 

La motion a été adoptée sans grande difficulté par la Cour supérieure plus tôt aujourd’hui soit une prolongation totale de 20 mois. Cette approbation de la Cour a pu être facilitée par le fait que, plus tôt cette semaine, la province de l’Ontario, via le ministère des Collèges et Universités, avait fait l’annonce d’un financement à hauteur de 53,5 millions de dollars pour l’achat de biens immobiliers en lien avec l’établissement.

Il s’agit notamment de bâtiments et de terrains tels que des espaces verts et la galerie d’art de Sudbury, propriétés de l’Université Laurentienne, qui pourront continuer à être utilisés par l’établissement. L’établissement, qui fait face à une dette totale de 360 millions de dollars, a également reçu un prêt à plus long-terme de 35 millions de dollars de la part de l’Ontario en guise de remplacement du financement par Financial Capital Corporation en décembre dernier, la compagnie en charge de la première phase de la restructuration.

L’Université Laurentienne. Crédit image : Dominique Demers.

En rappel, le controversé établissement post-secondaire avait entamé en février 2021 une procédure de restructuration sous supervision judiciaire en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) après avoir déclaré son insolvabilité. Suppression de 72 programmes dont 29 en français et licenciement d’une centaine de professeurs… L’annonce avait créé une onde de choc dans la communauté forçant de nombreux étudiants à devoir se tourner vers d’autres établissements pour compléter leur programme.

Toronto et le 905, clé de voûte de la victoire électorale

TORONTO – Toute victoire électorale ontarienne passe par une razzia de sièges dans Toronto (416) et sa banlieue (905). Impossible de vaincre en Ontario sans obtenir de majorité dans cette vaste région et représente presque la moitié des 124 sièges à Queen’s Park : 25 dans Toronto, 29 dans sa banlieue.

En 2018, les progressistes-conservateurs avaient raflé 36 des 54 sièges qui s’y rapportent, leur ouvrant en grand les portes du pouvoir. Avant eux, les libéraux de Kathleen Wynne s’y étaient assuré une large victoire leur permettant de conserver les clés de Queen’s Park. C’est une règle d’or : Toronto et le 905 décident de la couleur de chaque gouvernement.

Traditionnellement acquis aux libéraux et aux néo-démocrates, le 416 (Toronto) est souvent opposé au 905 (sa grande banlieue) plutôt fertile aux idées conservatrices, mais régulièrement des votes de contestation du pouvoir en place balayent ce postulat, comme en 1990 au profit des néo-démocrates, en 2003 à la faveur des libéraux de McGuinty ou encore en 2018, consécutif à l’usure du pouvoir libéral bénéficiant à Doug Ford.

La vague bleue progressiste-conservatrice dans Toronto et le 905 en 2018. Infographie ONFR+

« C’est un électorat volatil », explique Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa. « Ce sont des gens qui ont majoritairement voté pour les libéraux aux dernières élections fédérales mais ont largement aidé Doug Ford à accéder à Queen’s Park au provincial. Ce sont donc des comtés gagnables aux yeux des partis car ils ne sont pas toujours fidèles à un bord. »

Les chefs jettent leurs dernières forces dans la région

Rien d’étonnant donc que les chefs concentrent leurs dernières forces dans la banlieue torontoise qui concentre 3,6 millions d’Ontariens. Ces derniers jours, le premier ministre sortant, Doug Ford, est allé soutenir ses candidats à Hamilton, Brampton et Oakville. En déplacement à Mississauga et Toronto la semaine dernière, le chef libéral Steven Del Duca a martelé son opposition au projet controversé de l’autoroute 413 sur un terrain aussi convoité par Andrea Horwath.

La cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) espère faire des gains dans des circonscriptions telles que Brampton ou encore Scarborough qu’elle a sillonné tout récemment. Mais la Ford Nation pourrait en faire tout autant et ravir des sièges au NPD, tant les luttes sont serrées. Ce dernier a multiplié des promesses qui toucheront directement les population de ce grand bassin géographique s’il se maintient au pouvoir, telles que l’abolition de péages autoroutiers, le prolongement du réseau de train de banlieue ou encore la construction de logement abordable.

La cheffe néo-démocrate Andrea Horwath en déplacement à Scarborough, il y a quelques jours.

« Il y a eu beaucoup de courses à trois dans cette région en 2018 », note Emmanuelle Richez, politologue à l’Université de Windsor. « Les principaux partis tentent donc d’y préserver des acquis ou d’y faire des gains. C’est aussi une région qui comprend beaucoup de comtés baromètres, c’est-à-dire qui changent d’élection en élection et tendent à voter du côté du gouvernement élu. »

Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster, relativise l’importance du Grand Toronto dans ce scrutin-ci, car le Parti progressiste conservateur, détenteur d’une majorité de sièges depuis la vague bleue de 2018, profite d’une certaine avance dans les intentions de vote. Il estime toutefois que libéraux et néo-démocrates ont tout intérêt à y jeter leurs dernières forces.

« S’il veut rester premier ministre, M. Ford doit faire le plein dans le 905 » – Peter Graefe, politologue

« Si M. Del Duca passe autant de temps dans Toronto, c’est une indication qu’il tente de sauver les meubles, tout comme Mme Horwath qui cherche à accrocher de nouveaux sièges à Brampton, Scarborough ou encore Mississauga. »

Le politologue décrit la grande banlieue de Toronto comme la clé de voûte de la majorité de Doug Ford. « S’il veut rester premier ministre, il doit faire le plein dans le 905. »

Marché de l’emploi : dialogue de sourds?

Le taux de chômage ontarien est l’un des plus bas des 30 dernières années et la main-d’œuvre se fait cruellement rare. Jamais le marché de l’emploi n’aura atteint des extrêmes aussi dramatiques que depuis les quatre dernières années : des mises à pied massives durant la première vague pandémique jusqu’aux pénuries de main-d’œuvre actuelles. Pourtant, le discours des partis politiques ontariens, présentement en campagne, s’articule souvent autour de promesses de création d’emplois, alors qu’au contraire, ce sont les employés qui manquent, pas les emplois… Employeurs et politiciens ne semblent pas toujours partager la même vision des choses. ONFR+ s’est intéressé à ce dialogue de sourds.

Chloé Atwood encourage la jeunesse et les femmes francophones à s’affirmer

[LA RENCONTRE D’ONFR]

CASSELMAN – Lauréate du Prix de la Francophonie au côté de Joël Beddows et Amikley Fontaine, Chloé Atwood, jeune femme de 18 ans originaire de Limoges, se consacre au leadership féminin et à la jeunesse. Son intelligence émotionnelle et son leadership tranquille lui ont permis de s’engager dans des causes qui la touchent tout particulièrement. Une véritable avocate de la jeunesse et de ses besoins.

« Quel est votre rôle de présidente du Sénat au conseil de l’école élémentaire et secondaire L’Académie de la Seigneurie, à Casselman?

Je porte beaucoup d’intérêt à ce rôle qui consiste à rapporter des problématiques importantes au conseil. Généralement, ce sont des sujets qui sont traités lors des rencontres entre sénateurs et sénatrices. Ce sont des consultations, des remarques ou des propositions de changements qui pourraient être appliquées au milieu scolaire. On y soumet aussi des projets. L’an passé, en tant que sénatrice, j’ai réalisé une brochure pour les élèves sur le sujet de la santé mentale. Les points dominants étaient l’anxiété et la dépression.

Existe-t-il d’autres problématiques communes aux 13 écoles du conseil scolaire?

Oui. Par exemple, nous avons eu des questionnements autour du code vestimentaire, car une des écoles est encore soumise au port de l’uniforme, ou sur des sujets plus profonds touchant à la religion. Personnellement, je suis très touchée par la santé mentale. C’est un sujet qui, je pense, a besoin d’être discuté. Il faudrait être plus informé, avoir plus de ressources, être capable de détecter les gens qui ont besoin d’aide. Notre communauté est comme un village et tout le monde se connaît. On le voit quand les gens ne vont pas bien. C’était l’idée derrière la brochure de mon comité!

Quels sont les enjeux qui vous poussent à vouloir améliorer le milieu scolaire?

La santé mentale, plus particulièrement chez les garçons. Je vis dans une communauté où tout le monde se connaît. On se voit au travail, à l’école, on se croise partout : c’est toujours les mêmes gens. Donc on s’habitue au comportement des personnes qui nous entourent. C’est la réalité en communauté rurale. Ayant ce que les gens appellent une intelligence émotionnelle, je remarque quand quelqu’un ne va pas.

En plus, c’est fou, mais encore en 2022, les gens stigmatisent la santé mentale. J’entends des personnes faire des commentaires désobligeants et bien sûr, je le remarque quand ça affecte une personne dans le groupe. Encore aujourd’hui, les hommes sont trop poussés à ne démontrer aucune vulnérabilité et ceci ressort beaucoup en milieu rural pour certaines raisons. C’est donc évidemment que le concept de santé mentale est encore plus sensible pour ce groupe.

Élève de Casselman, Chloé Atwood prône le leadership féminin. Gracieuseté

Que représente l’école à vous yeux?

L’école pour moi, c’est non seulement un endroit où on va pour apprendre, mais aussi un endroit où il faut se sentir bien et à sa place. Étant en 12e, mon but n’est pas d’améliorer le milieu scolaire pour moi-même, mais plutôt pour les autres générations. J’observe mon frère, ma sœur et mes cousins et j’espère sincèrement que l’on réussira à rendre l’école un milieu plus inclusif et plus attentif aux besoins des jeunes dans l’avenir proche.

Comment définiriez-vous le leadership?

Le leadership, pour moi, c’est d’être capable de prendre sa place, de partager ses opinions et d’utiliser sa voix, mais sans prendre trop de place pour ne pas être encombrant pour les autres. C’est d’être un leader, tout en encourageant les autres à faire de même. Étant une leader tranquille, je n’essaie pas de prendre de place en haussant mon ton de voix par exemple, mais plutôt en faisant des actions qui auront un effet ricochet et en encourageant les autres à suivre mes traces et à suivre leur propre chemin via divers conseils. Le leadership c’est donc de collaborer, de communiquer et de s’exprimer tout en respectant ses pairs.

Pouvez-vous nous parler de votre projet Ma Voix, Mon Futur?

Oui, c’est un projet en partenariat avec le Centre Novas et Leadership féminin Prescott-Russell. L’idée était d’amener les jeunes femmes entre 14 ans et 17 ans de Prescott-Russell, de ma communauté, à se poser des questions ensemble, en laissant libre cours à la discussion. C’est un projet en plusieurs étapes dont la troisième phase devrait se dérouler prochainement. En tout cas, ce que ce projet m’a fait réaliser c’est qu’il y a beaucoup de personnes de mon âge avec les mêmes envies et les mêmes défis que moi. Les deux premières consultations que l’on a faites ont vraiment mis en lumière les défis que d’autres jeunes femmes francophones vivent dans la région. Puis, on veut faite une différence dans la société.

Faire une consultation de jeunes femmes âgées de 14 à 17 ans, c’est aussi donner une voix à des jeunes de cette tranche d’âge que peu de gens écoutent. C’est quand même rare quand on nous demande notre avis et qu’on applique réellement ce que l’on demande. Mais ce projet Ma voix, Mon Futur, le but est de mieux comprendre les enjeux qui affectent la confiance et l’estime de soi en tant que jeunes femmes issues d’un milieu rural. Le but c’est de bâtir un leadership.

Chloé Atwood est attachée à la langue française et au valeurs du bénévolat. Gracieuseté

Pourquoi le bénévolat est-il important, selon vous?

On est censé effectuer 40 heures de bénévolat pour valider notre année au secondaire. On a souvent des difficultés dans les régions rurales à avoir des places diversifiées et même à compléter nos 40 heures, dans une petite région comme la nôtre. Il n’y a pas beaucoup de places. On a moins d’options que les jeunes des grandes villes. En même temps, c’est certain qu’en neuvième année, tu ne vas pas te rendre seule dans des places si éloignées. Et faut ajouter à ça le français, et évidemment, là on se retrouve avec moitié moins d’options.

Il faut aussi prendre en compte qu’en tant que jeune, on se fait rejeter, oui, ça arrive. En milieu rural il n’y a vraiment pas beaucoup de choix. Bien sûr, une fois impliqué, c’est clair que c’est plus facile de trouver des entreprises et même d’y prendre goût. Mes activités bénévoles se sont très rapidement transformées en activités très enrichissantes. Dès qu’on dépasse les 40 heures obligatoires, ça devient une envie à ce niveau-là, plus qu’une simple obligation. Mais cela reste difficile, puisqu’il y a très peu d’opportunités.

Promouvoir votre langue française, ça se traduit comment?

Tout se passe en français dans mon quotidien et c’est très important. C’est mon identité et j’ai déjà vu trop de gens abandonner ou perdre leur langue, pour avoir accès à beaucoup plus que ce que nos ressources locales nous apportent. Avec Leadership féminin, on est à l’écoute de la communauté francophone. C’est important de promouvoir le français au travers de ce combat-là. Parce que ça fait partie de notre confiance en soi et de notre estime de soi. Je ne sais pas comment ça se passe dans les Leaderships anglophones, mais pour nous cela fait partie de notre potentiel de leaders.

Malheureusement on s’est trop souvent fait entendre dire : « Mais pourquoi parles-tu français? » alors que tu sais on ne va pas poser cette question à un anglophone, c’est évident. Si on entend ce genre de remarque, c’est parce que nous, les francophones, on parle aussi anglais et certainement qu’ils considèrent que le français ne nous sert à rien. Si on parle français, c’est aussi pour être capable de parler de choses importantes dans notre communauté.

Quels sont les projets auxquels vous allez participer dans les prochains mois?

Avec Leadership féminin Prescott-Russell, il y a un nouveau projet de revue, pour les jeunes femmes. On vise une publication en juin. C’est une très belle façon de partager, et d’encourager les jeunes femmes à avoir confiance en elle, mais aussi à s’investir dans des projets qui comptent à leurs yeux. Promouvoir le leadership féminin c’est ça ! Puis, bientôt nous allons participer à notre troisième phase en présentiel de notre consultation pour Ma voix, mon futur, ce sera la première en physique. Et plus personnellement, l’année prochaine j’entre à l’université et je compte étudier en santé. »

La jeune militante compte étudier dans le domaine de la santé. Gracieuseté

 LES DATES-CLÉS DE CHLOÉ ATWOOD

2004 : Naissance à Ottawa

Mars 2021 : Lancement du projet Ma voix, mon futur

Avril 2021 : Devient présidente du Sénat du CEPEO

Octobre 2021 : Panéliste durant la Conférence Ma voix, l’égalité pour notre avenir

2022 : Récipiendaire du prix de la Francophonie

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

L’intersectionnalité en milieu de représentation communautaire 

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, le récit d’immigrante de Rym Ben Berrah, francophone engagée.

[CHRONIQUE]

De nos jours, les combats à mener dans la vie sociale et politique ne manquent pas et se caractérisent tous par leur complexité ainsi que leur adhérence aux normes sociales évolutives. Dans les médias, on voit des choses qui nous touchent de près, de loin, certains événements nous ébranlent et nous secouent, tandis que notre réalité nous aspire de par sa proximité et, parfois, sa complexité.

La représentation dans la francophonie en milieu minoritaire est l’une des choses les plus fascinantes dans le militantisme et le travail communautaire au Canada. Tout d’abord, il y a le fait que nous reconnaissons tous les jours que notre vie est bâtie sur des terres qui n’ont pas été cédées, qui sont donc colonisées et appartiennent à un héritage autre qui leur a été arraché et que certains tentent tant bien que mal de faire vivre à travers les coutumes, les épreuves et les événements troublants.

Ensuite, il y a les minorités francophones existantes d’elles-mêmes de province en province, diverses de par leurs histoires, leurs racines et leurs façons de s’implanter dans leur milieu. Combien de fois j’ai pu voir des dirigeants ou des acteurs de la communauté, dans une conscience de bien faire, en train de jongler entre les dilemmes déjà existants et ceux à venir – par exemple – de par les réfugiés à accueillir ainsi que les nouveaux arrivants.

Enfin, bercés par le flux actuel des nouvelles mondiales et par les cibles fédérales et provinciales francophones à atteindre, nous avons l’effort collectif d’accueillir des immigrants et autres catégories d’immigrés francophones. Le challenge est donc de réussir à composer avec toutes ces réalités dans ses engagements et sa vision, et ainsi de comprendre et de démystifier le souci de l’intersectionnalité dans toute initiative à entreprendre, tel un devoir dans son accomplissement. 

Si je peux me baser sur mes impressions des dernières semaines, j’ai vu dans mon quotidien et mes rencontres des personnes qui œuvrent dans des organismes en Acadie afin d’y accueillir le mieux possible des réfugiés francophones venus d’Afrique. J’ai entendu les échos des étudiants qui se battent à l’Université Sainte-Anne. J’ai lu la déception des Franco-Ontariens quant au budget fédéral annoncé et à sa nonchalance quant à l’avenir et aux priorités de l’Ontario français.

Je suis la rage qui monte au Québec par rapport au projet de Loi 96. J’ai lu cette semaine que l’ambassadrice du Festival international Nuits d’Afrique 2022 avait été une femme blanche, qui s’est désistée suite au tollé que la nouvelle a créé sur les réseaux sociaux. Et si on évitait de heurter les mœurs des gens qu’on veut intégrer et représenter? 

L’importance du folklore 

Le but d’une représentativité réussie est donc de prendre en compte tous les aspects qui composent les communautés et individus à inclure. Le défi est de garder l’authenticité du passé et des origines de la communauté d’accueil et d’y inclure cette perspective à bâtir de présent et d’avenir. L’omniprésence du folklore est ce qui fait perdurer l’identité d’une province, d’une nation. C’est ce qui nous permet de continuer dans la lignée des combats déjà amorcés et de ne pas perdre de vue le travail qui a déjà été fait.

Que ce soit pour l’immigration, l’accueil des réfugiés, le fait de vouloir se présenter dans un poste de gouvernance ou de politique, ou peu importe la nature de l’engagement civil ou communautaire à entamer, il est important de mesurer la portée de notre compréhension de tous les aspects qui composent les réalités des personnes impliquées. La tâche est souvent ardue de par sa complexité. C’est pourquoi cela doit être une éducation continue et renouvelée, rythmée par le vécu, l’actualité et l’évolution des dossiers prioritaires.

Ce qui m’a charmée en Ontario français c’est que les pratiques culturelles sont reliées au savoir-vivre et à la tolérance dans la vie quotidienne. Je peux parler de ma propre identité en disant que mon folklore désormais est une mosaïque nord-africaine, berbère, kabyle et franco-ontarienne. Dans mon désir de connecter avec l’autre, en communiquant, je mets en avant les aspects qui nous unissent. Les moments où je me sens le mieux considérée, c’est lorsque cet instinct est réciproque. Je demeure fascinée par la richesse ethnoculturelle franco-ontarienne et confiante dans l’avenir de cette communauté, soudée, rétroactive et riche de ses vagues et apprentissages. 

Outre la communauté, il y a les dirigeants politiques, les feuilles de route de comment mener les différents dossiers cruciaux actuels, les promesses électorales et les plateformes politiques qui ne tiennent pas souvent compte de cette intersectionnalité et ce folklore. D’ailleurs, ces dernières semaines, on peut sentir que les francophones sont oppressés dans les médias, que les gens sont dépassés par l’augmentation du prix de la vie, qu’il y a une fixation sur le fait de se refermer sur soi parce que c’en est trop. Et puis c’est vrai, que ça l’est, là, trop.

Lorsque je siégeais sur le conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques, j’ai pu voir des gestes de manifestation qui m’ont beaucoup émue dans les communautés internationales des Amériques de francophonie minoritaire. J’essaye toujours de revenir à la source de ses émois pour trouver la force de braver les déceptions politiques quotidiennes et les tempêtes médiatiques qui bafouent les droits et diminuent la prise au sérieux des réalités des minorités visibles, linguistiques, etc.

Je me souviens de ce jeune homme qui, son geste de militantisme mensuel pour faire perdurer la francophonie dans son université salvadorienne, était d’organiser une soirée cinéma en français, en réunissant quelques francophones et francophiles. La joie et la fierté qui se transmettent de leur partage permettent d’aiguiser n’importe quelle détermination à l’échelle de notre réalité.

J’ose croire que la seule chose à faire, c’est de ne pas baisser les bras, sans se départir d’aucune couche de son identité. Bonnes élections!

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Prix de la musique de la capitale : les francophones cartonnent

Les artistes francophones ont fait bonne figure lors de la troisième remise des Prix de la musique de la capitale organisé par la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa. Le groupe LGS est allé chercher le prix de l’album de l’année, Les rats d’swompe se sont mérités le prix du spectacle de l’année. Céleste Lévis s’est distinguée pour la chanson primée (single) avec Ça passera.

« Tu ne t’attends jamais à ça même si tu es nominé! », lance le batteur des Rats d’swompe, Simon Joly, en entrevue avec ONFR+.

« Le trophée est magnifique! Les détails qui sont mis dedans du début à fin. Tu vois que c’est de l’art. Même les gens qui ne jouent pas de la musique peuvent comprendre ce que c’est. Ils ont mis vraiment le paquet », se réjouit-il.

« C’est le fun de se faire reconnaître parmi tant de talents », ajoute le violoncelliste du groupe, Patrick Pharand.

« C’est une reconnaissance communautaire. Être à Ottawa, être chez nous. On fait de la musique un peu partout mais quand on revient dans notre ville, les gens nous connaissent et nous respectent. Ça fait du bien aussi d’être accepté par la communauté anglophone », renchérit-il.

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Patrick Pharand et Simon Joly. Crédit image : Simon Lefranc

Du côté de LGS, connu pour ses albums techno-trads, il s’agit d’un grand changement que celui du dernier album puisque le groupe évolue de plus en plus vers la pop. « C’est un trip que j’ai toujours voulu faire. J’ai grandi à écouter du Prince, Michael Jackson, du Backstreet Boys. Pendant 20 ans j’ai voulu faire un disque comme celui-ci mais l’on osait jamais », raconte le membre du groupe, Michel Bénac.

« On est un band en premier lieu qui fait des spectacles. On s’est concentré sur ce disque, ça nous a sorti de la noirceur. On a sorti un album de party en pandémie quand les gens étaient tristes. J’espère que cette reconnaissance va aider les gens à découvrir ce disque et va leur faire du bien », renchérit-il.

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L’artiste Michel Bénac. Crédit image : Simon Lefranc

Nominé au prix du nouvel artiste de l’année, l’auteur-compositeur de folk-traditionnelle Vincent Bishop est reparti sans trophée mais s’est tout de même dit satisfait de l’événement.

« Je ne pensais pas que je pouvais me retrouver en nomination en tant qu’artiste francophone dans une coalition majoritairement anglophone. C’est bien qu’ils peuvent inclure des artistes francophones », soutient-il. « Avoir été nommé a été un honneur. Je n’ai pas gagné mais juste être nominé ça vaut beaucoup pour moi. »

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L’artiste Vincent Bishop. Crédit image : Simon Lefranc

La nouvelle directrice générale de la Coalition de la musique d’Ottawa, Mélanie Brûlée, en était à sa première présentation devant la communauté artistique de la capitale nationale. « C’était fou! Tellement une belle soirée! Il y avait beaucoup de monde. Les gens étaient contents. C’est la première fois qu’on a été capable de célébrer ensemble », lance-t-elle.

« Je connais bon nombre de gens juste de nom. Je sais que c’est une communauté assez rapprochée. Quand tu rentre dans une communauté comme ça, tu te demande ce qu’ils vont penser de toi, s’ils vont t’aimer », se remémore-t-elle. « J’ai été très bien accueillie. »

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L’artiste Mélanie Brûlée. Crédit image : Simon Lefranc

Débat de Kapuskasing : les conservateurs critiqués pour leur absence

KAPUSKASING – La campagne électorale provinciale est dans sa dernière étape, et c’est jeudi soir qu’a eu lieu à Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario, le troisième et dernier débat en français animé par Rudy Chabannes de TFO. Seuls deux candidats ont répondu présents, le député sortant Guy Bourgouin du Nouveau Parti démocratique (NPD) et le candidat du Parti libéral Matthew Provonost tous deux dans la circonscription Mushkegowuk—Baie James. Le Parti progressiste-conservateur a été l’objet de tirs groupés des deux candidats, tout comme l’absence de son député Éric Côté.

Le débat d’une durée d’une heure s’est déroulé sans la présence de plusieurs candidats dont l’absence a été soulignée tout au long du débat. Contactée à plusieurs reprises par TFO, la candidate du Parti vert (PV), l’infirmière praticienne et professeure universitaire Catherine Jones, n’a jamais donné suite à son invitation.

De son côté, le candidat francophone progressiste-conservateur Éric Côté a refusé de participer au débat. Il s’agit du deuxième candidat du Parti progressiste-conservateur (PPC) à ne pas accepter de participer à un débat. Stéphane Sarrazin avait décliné sa participation au deuxième débat en français organisé par TFO à Embrun, dans l’est de la province, le 19 mai dernier.

Par ailleurs, le candidat du Nouveau Parti bleu Mike Buckley a préféré décliner l’invitation en raison de son français qu’il a indiqué ne pas juger suffisamment bon pour l’exercice.

Les deux débatteurs Guy Bourgouin et Matthew Pronovost. Crédit image : Inès Rebei

L’absence dénoncée d’Éric Côté

Les progressistes-conservateurs et l’absence de son représentant ont donc été, sans surprise, l’objet de nombreuses attaques de la part des deux participants.

« Je trouve que c’est un gros manque de respect envers les électeurs », lance M. Bourgouin, avant de féliciter au passage son adversaire libéral d’assister au débat. S’en suivront de forts applaudissements de la salle.

Il émettra ensuite la possibilité que cette absence soit la conséquence d’une décision du parti, « c’est-tu son parti qui l’a muselé? », et de continuer  « quel genre de représentant il va être à Queen’s Park s’il n’est pas capable de débattre, de répondre aux questions ici, je trouve qu’on mérite mieux comme représentant ».

L’enseignant et pompier volontaire, M. Pronovost n’en pense pas moins.

« À Queen’s Park, il y a 123 autres députés, pour aucune raison il est incapable de venir se prononcer ici, comment peut-on lui faire confiance pour être une voix forte? Si son parti ne le laisse pas parler, ils vont-tu écouter ses idées, on n’a pas un vrai candidat, on a une face et un nom », affirme-t-il.

La question du retour du Northlander

Un autre point d’intérêt a été le fameux dossier du Northlander, que le candidat du Parti libéral promet de ramener. Selon lui, si les transports sont en voie de disparaître dans le Nord de la province c’est parce que les gens ont de plus en plus peur d’utiliser les transports en commun, une situation que la pandémie aurait exacerbée.

Le candidat des libéraux Matthew Pronovost. Crédit image : Inès Rebei.

Il dit vouloir permettre aux personnes vulnérables, en situation de précarité ou sans auto de se déplacer notamment avec le service d’autobus de Kapuskasing à Timmins pour la modique somme de 1 $, au lieu du 41 $ actuel, non sans provoquer une réaction chez son adversaire du NPD.

Selon M. Bourgouin, le parti de M. Pronovost manque de vision et est mal placé pour rétablir le train.

« Faut pas oublier que c’est les libéraux qui l’ont cancellé, puis dire qu’il ne pouvait pas survivre, mais là on va le faire à une pièce et dire qu’il va survivre », lance-t-il.

Il annonce de son côté que son parti propose plutôt de subventionner le Northlander et souligne que la question des transports est essentielle pour le Nord.

Des moments de tension

Avec 60 % de francophones dans la circonscription, la question de la représentation des Franco-Ontariens à Queen’s Park a elle aussi suscité quelques vives réactions et le premier de plusieurs moments de tensions du débat.

Comme porte-parole de l’opposition, M. Bourgouin a souligné qu’il est bien placé pour servir les intérêts des francophones et a énuméré quelques-unes des mesures qu’il a amenées de l’avant comme un projet de loi sur l’entretien des routes en hiver.

De son côté, Matthew Provonost est quant à lui sceptique sur le potentiel de son adversaire.

« Guy a fait son travail, mais on a besoin de résultats », clame-t-il.

Il ajoute que son parti est le seul qui empêchera une privatisation du secteur de la santé pour ensuite faire allusion aux nombreux décès dans les foyers de soin de longue durée pendant la pandémie qui auraient étés provoqués davantage par la négligence que par la COVID-19 elle-même, estime-t-il.

L’ex-porte-parole du NPD en matière d’Affaires francophones. Crédit image : Inès Rebei.

Il n’en faudra pas plus provoquer le candidat du NPD. « J’ai été accusé de bien des choses mais jamais d’avoir une voix faible! » lance-t-il avec humour avant de reprendre un ton plus sérieux.

« Dire que ces familles-là ne sont pas mortes du COVID je pense que c’est un grand manque de respect aux familles qui ont perdu des aînés, il faut faire attention avec ce genre de commentaire », dénonce-t-il avec émotion.

S’en suivra un moment de grande tension avec le candidat, M. Pronovost, qui reproche à son adversaire de lui mettre des mots dans la bouche, et de déformer ses propos.

La question des Premières Nations

Autre fait intéressant du débat, la question autochtone relativement absente de la campagne qui a été discutée durant le débat. Lui-même d’orginie métisse, Guy Bourgouin a exprimé avec émotion vouloir défendre les intérêts des Premières nations.

« On a vu trop souvent les Premières Nations crier, des enfants qui n’avaient pas d’école, des manques d’eau, des manques de maisons et le reste. »

M. Pronovost annonce de son côté vouloir construire 20 000 maisons pour les Premières nations, et dit qu’il faut établir des besoins solides en matière de gestion des eaux spécifiquement pour ces populations.

Il dit vouloir partager les ressources et va même jusqu’à annoncer vouloir fournir des soins de santé par et pour ces populations.

« On va les laisser voir leur financement et décider ce qui est mieux pour leur monde parce que pendant trop longtemps c’est nous qui leur avons dit comment vivre et se comporter. »

L’élection aura lieu jeudi prochain, le 2 juin.

Priorités franco-ontariennes : l’AFO révèle les réponses des partis

L’Assemblée de la francophonie en Ontario (AFO) a publié le résultat de son questionnaire permettant de comprendre quelles positions prennent les quatre partis dans les dossiers d’importances pour les francophones.

Il est question ici d’avoir l’avis des formations politiques sur les thèmes suivants : la pénurie de main-d’œuvre francophone, étendre l’accès à des soins de santé et de soins de longue durée en français. Des sujets largement exploités sur les plateformes électorales. Mais il est aussi question d’agrandir l’espace francophone en Ontario et d’appuyer les organismes à but non lucratif.

Le questionnaire visait « à mieux connaître la position des partis politiques provinciaux et à les faire connaître à la communauté franco-ontarienne », indique l’intitulé de ce sondage.

En français, s’il vous plaît

Il est demandé aux partis s’ils créeront un poste de conseiller en affaires francophones au bureau du premier ministre. Alors que le Parti progressiste-conservateur se vante d’avoir « été le premier à créer ce poste », ses adversaires y répondent favorablement.

À l’issue de ces élections, la formation gagnante devra plancher sur plusieurs réformes. Parmi les nombreux dossiers francophones en attente, quel sera le premier à attirer son attention?

Dans les 100 premiers jours, le Nouveau Parti démocratique (NPD) promet de « combler les lacunes dévastatrices en matière d’éducation en français suite à la perte des nombreux programmes à l’Université Laurentienne ».

Faisant régulièrement état de son bilan dans ce sondage, le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario (PPC) indique vouloir continuer à travailler sur la modernisation de la Loi sur les services en français.

De son côté, le Parti vert dit vouloir s’assurer « que les documents numériques partagés par les organismes dans le secteur public seront disponibles en français autant que possible ».

Dans la même veine, le NPD s’engage à « augmenter le financement provincial pour les services de bibliothèque numériques ».

Éducation francophone

Seuls le Parti vert et les libéraux proposent en priorité – dès les 100 premiers jours de leur mandat – de faire de l’Université de Sudbury une institution francophone indépendante « avec une entente facilitant le transfert de crédits entre l’Université de Sudbury et l’Université Laurentienne ».

Sur le volet éducation de ce sondage, tous les partis s’accordent sur le futur statut de l’Université de Sudbury.

Mais, sur la question d’un financement de base par le gouvernement provincial de l’établissement, les verts, le NPD et les libéraux donnent leur consentement.

L'Université de Sudbury.
L’Université de Sudbury. Crédit : Dominique Demers

Le parti de Doug Ford, énumère ses exploits, tels que l’autonomie de Université de Hearst et le financement de l’Université de l’Ontario français (UOF). Il se réjouit d’avoir « référé l’Université de Sudbury au CEQEP (Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire) ».

Immigration francophone

La main-d’œuvre dans de nombreux secteurs se fait rare en Ontario. Les entreprises francophones, mais aussi les préposés en soins de santé, les agriculteurs francophones et tant d’autres, ont besoin de personnel dans leur rang. Une des solutions serait d’ouvrir les portes de l’Ontario à plus d’immigration francophone.

À la question « Est-ce que votre parti politique s’engage à atteindre sa cible de 5 %? », les verts et le NPD promettent de s’y engager. Le Parti libéral est résolu : « Oui (…), il est temps que l’Ontario prenne en charge sa propre immigration et prenne le contrôle des personnes que nous accueillons (…). Nous veillerons également à ce qu’un ministre de l’Immigration aide ces nouveaux arrivants dans leur domaine ».

Quant au PPC, il indique : « Notre gouvernement a dépassé la cible de 5 % et nous continuerons de le faire ».

L’élection est le 2 juin.

La capitale nationale en scène

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, on replonge dans les origines de la révolution culturelle dans le Nord de l’Ontario, on découvre la capitale nationale sous ses multiples facettes, on se sensibilise aux enjeux LGBTQ et on danse sur du country dans l’Est.

Exposition

Aux origines de la Place des Arts 

La Place des Arts du Grand Sudbury est un projet mené à terme après plus de dix ans de travail par une poignée d’organismes culturels franco-ontariens. Il faut cependant voir plus largement et comprendre que ce lieu tire ses origines plus profondément dans la révolution culturelle de l’Ontario français dans les années 1970. Avec son exposition Ces beaux visages, le photographe Cédéric Michaud expose 280 photos prises entre 1971 et 1982 montrant les membres de 31 organismes culturels qui ont mené à l’émergence de l’identité franco-ontarienne.

L’exposition Ces beaux visages. Gracieuseté

Le vernissage a lieu le vendredi 27 mai à 17h à la Place des Arts du Grand Sudbury. L’entrée est gratuite. 

Cinéma

Les différentes facettes de la fracture 

Cinéfranco et le festival du film LGBT Inside out 2022 présentent le long-métrage La fracture de la cinéaste queer Catherine Corsini. L’histoire se déroule en France durant les manifestations des gilets jaunes où un couple se sépare. Alors qu’il y a séparation entre Julie et Raf, ce dernier se blesse et doit compter sur son ex-conjointe pour l’aider à naviguer dans le système de santé. Au même moment, Yann se trouve dans le même hôpital et devient un rival de Raf. 

Ce film décortique l’idée de la fracture au niveau amoureux, social et corporel.

Le film sera projeté le lundi 30 mai à 19h au Tiff Bell light box de Toronto. Les billets sont disponibles au coût de 15 $ et peuvent être achetés en suivant ce lien.

Concert

Country dans l’Est-ontarien 

Le chanteur country bilingue Yvan Petit fera la première partie de Mitch Jean au bar Étienne Brûlé à Embrun le 29 mai. 

En plus d’avoir réalisé cinq albums, dont un en français Mes origines (2016), Yvan Petit a voyagé d’un bout à l’autre du Canada en plus de l’Australie, la Jamaïque, l’Écosse, la Suisse et bien d’autres. Il a partagé la scène notamment avec Brad Paisley et Dwight Yoakam. Il a également eu la chance de faire jouer sa musique à la célèbre émission radiophonique américaine country Grand Ole Opry de Nashville retransmise à la télévision au poste Great American country.

L’artiste Yvan Petit. Gracieuseté

Le spectacle se tient à la brasserie Étienne Brûlé le dimanche 29 mai à 19h. L’entrée est gratuite, mais les places sont limitées.

 Art urbain

La capitale comme lieu d’exposition

L’Alliance Française d’Ottawa invite la communauté francophone et francophile à une balade en français pour découvrir les œuvres de street art de la rue Somerset le 28 mai. L’activité est ouverte à tous les niveaux de maîtrise de la langue de Molière. Quoi de mieux comme événement pour profiter des impressions fresques de la capitale nationale en une belle journée.

L’Alliance Française à Ottawa. Crédit image : Jean Gagnon.

Le prix de l’activité est libre, un don de 5 $ est suggéré. Les participants se retrouvent devant l’Alliance Française d’Ottawa, 352 rue MacLaren, le samedi 28 mai à 14h. L’Alliance Française recommande aux intéressés d’arriver 5 minutes en avance pour faire connaissance.

Lecture pour jeunes

Les défis de la transition

Le Théâtre Nouvelle Scène d’Ottawa présente Mesdames et Messieurs, garçons et filles, un laboratoire sous forme de lecture publique destinée aux jeunes de 10 à 14 ans le dimanche 29 mai à 16h. Traduit de l’anglais par Marie-Thé Morin et joué principalement par Lionel Lehouillier, cette production de Vox Théâtre raconte l’histoire de Finn, un jeune garçon assigné fille à la naissance qui amorce une transition. En puisant dans ses souvenirs d’un spectacle de cirque et ses créatures androgynes, Finn réussi à affirmer sa véritable identité.

Lionel Lehouillier – interprète et conseiller de la communauté trans et non-binaire pour la production Mesdames et messieurs. Gracieuseté : Vox Théâtre.

L’événement se tiendra au Théâtre de la Nouvelle Scène le dimanche 29 mai à 16h. Les billets sont disponibles à partir de 10 $ et peuvent être achetés ici.

Le Parti vert est-il encore un parti « outsider »?

ONFR+ a sollicité les principaux chefs des partis politiques en lice pour ces élections provinciales. Seul Mike Schreiner a répondu à notre invitation. Le chef du Parti vert de l’Ontario et premier député vert élu dans l’histoire du parti encourage les jeunes à voter et les interpelle sur les enjeux qui les préoccupent. Notamment, la crise climatique, l’abordabilité des logements, la transition énergétique, le droit à l’avortement, la santé mentale, le salaire minimum ou encore l’anxiété climatique.

Le français malmené au débat à la chefferie conservatrice

LAVAL – Le seul et unique débat en français à la chefferie conservatrice a donné plusieurs difficultés à certains candidats d’exprimer leurs idées, incapables de parler en français. Alors que Patrick Brown et Jean Charest, surtout ce dernier, ont été capables de décocher quelques flèches envers Pierre Poilievre, c’était une tout autre histoire pour les autres candidats.

Leslyn Lewis, Roman Baber et Scott Aitchison ont dû se fier à leurs notes, eux qui ne parlent pas français. À plusieurs reprises, les trois derniers n’ont pu répondre aux questions qui leur étaient posées.

Seuls Jean Charest et Pierre Poilievre pouvaient parler parfaitement en français alors que Patrick Brown, ancien chef du Parti progressiste-conservateur en Ontario, a réussi à tenir son bout dans la langue de Molière. Le tout a donné lieu parfois à un débat quasiment à deux entre Pierre Poilievre et Jean Charest.

Le sujet des deux langues officielles s’est invité au débat. Répondant à une question du modérateur, Jean Charest a semblé s’être exprimé en faveur du bilinguisme des postes de la haute fonction publique comme le gouverneur général, le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick et les juges de la Cour suprême en autres.

« Au Canada, on ne parle pas suffisamment de cette richesse de nos deux langues. Il faut se rappeler que le français d’avoir comme langue officielle donne au Canada un très grand rayonnement dans le monde, c’est ça aussi qu’il faut protéger », a dit l’ancien premier ministre du Québec.

« La protection de la langue française me tient à cœur », a affirmé de son côté M. Poilievre faisant notamment référence à ses racines familiales francophones. 

 « Je veux protéger la langue française partout au pays, y compris au Québec, mais ailleurs aussi, car les Canadiens ont le droit de recevoir tous les services du fédéral dans les deux langues officielles », a ajouté celui qui a été adopté dans sa jeunesse par deux parents franco-saskatchewanais.

Patrick Brown a de son côté fait référence à l’Université de l’Ontario français (UOF).

« Quand j’étais chef du Parti conservateur de l’Ontario, j’ai appuyé le projet pour créer une université de langue française parce que je veux protéger la langue française en Ontario. »

Loi 21

Sur l’enjeu des langues officielles, les autres candidats, notamment Patrick Brown en a plutôt profité pour attaquer les Lois 21 et 96 du Québec, notamment la position de M. Poilievre. Le maire de Brampton accuse le favori dans la course de ne pas vouloir s’opposer à la Loi 21 devant la justice.

« Si une telle loi était présentée devant la Chambre des communes, je voterais contre. Je me suis prononcé contre cette loi partout au pays », avance celui qui a refusé jusqu’à présent d’appuyer un recours contre cette loi.

Jean Charest l’a accusé de ne pas dire la même chose dans les deux langues officielles.

« Le bilinguisme, M. Poilievre, c’est dire la même chose au Canada anglais qu’au Canada français. »

Il s’agissait du second et dernier débat organisé par le parti pour cette course au leadership. Selon les règles du parti, les candidats étaient obligés de participer aux deux débats officiels du parti.

La date limite pour devenir membre est le 3 juin. Le prochain leader de la formation conservatrice sera déterminé le 10 septembre.

Élections ontariennes : la victoire dans la poche pour Doug Ford?

À une semaine du jour J, les dés semblent être jetés, car les sondages donnent le Parti progressiste-conservateur vainqueur avec une marge confortable pour briguer un deuxième mandat majoritaire, du moins selon tous les sondages.

Il est vrai que les sondages qui se sont multipliés durant la présente campagne électorale ontarienne se suivent et se ressemblent, laissant par la même peu de place au suspens en reconduisant, depuis le début, le clan des progressistes-conservateurs au pouvoir. ONFR+ a analysé l’évolution des résultats de ces sondages.

À titre d’exemple, la dernière étude réalisée entre le 18 et le 21 mai par la maison Abacus Data donnait le Parti progressiste-conservateur en tête avec 36 %, soit huit points d’avance sur le Parti libéral. Le même score a été observé par la firme lors de sa première enquête un mois plutôt, mais avec un écart moindre de moitié par rapport aux libéraux.

Évolution des intentions de vote. Source : Qc125

Idem pour Ipsos dont le dernier sondage prédit la victoire de Doug Ford avec 38 %, soit seulement un point de moins qu’au début de la campagne électorale. À noter que l’institut prévoit une avance à deux chiffres sur le poursuivant direct, à savoir le Parti libéral.

Autre constat qu’Ipsos avance et qui donne bon signe pour la victoire du premier ministre sortant réside dans le fait que le parti de ce dernier est en tête ou en deuxième position, et ce dans toutes les régions de la province.

« Dès le début de la campagne, on se doutait fort que le gouvernement Ford allait être réélu. Et on voit jusque-là que la compagne n’a eu presque aucun impact sur les intentions de vote. Le seul changement qu’on a remarqué c’est qu’après le débat des chefs, les chiffres en faveur de M Doug Ford ont commencé à augmenter au-delà de ce qu’ils étaient en début de campagne », confirme Stéphanie Chouinard, professeure adjointe de science politique au Collège militaire royal de Kingston.

Un vote par défaut

Si l’évolution de certains sondages dans le temps montre que les votes entament timidement un regroupement autour de leader libéral, Steven Del Duca concernant la seconde place, il n’en demeure pas moins que les rouges demeurent loin derrière. 

« À moins d’un événement inattendu comme un scandale, je crois que l’élection est dans la poche pour Ford », résume Mathieu Turgeon, politologue à l’Université Western et spécialiste en psychologie politique.

« La décision de l’électorat est aussi basée sur les autres options qui s’offrent à eux. Or, ce qu’on voit actuellement, c’est que ni chez les néo-démocrates ni chez les libéraux, on a réussi à convaincre l’électorat qu’il y a une meilleure option possible que celle qu’offre Doug Ford », souligne Mme Chouinard.

La chef libéral Steven Del Duca. Crédit image : archives ONFR+

Et d’ajouter : « Ce que reflètent aujourd’hui les intentions de vote, c’est autant le résultat du bilan de M. Ford que l’incapacité de l’opposition à démontrer comment ils auraient pu faire mieux pour un futur meilleur. On peut dire que le 2 juin pourrait être un vote par défaut. » 

Le taux d’abstention risque d’atteindre des records

À en croire donc les sondeurs et les spécialistes, les élections de 2022 ne présentent aucun suspens au mieux, et de l’ennui au pire. Une situation qui risque de conduire une partie des électeurs à ne pas prendre la peine de se rendre aux urnes le 2 juin prochain.

« Un important déterminant de la participation électorale est la compétitivité de la course. Quand un candidat semble filer seul vers la victoire, les gens tendent à moins s’intéresser à l’élection et sont davantage susceptibles de s’abstenir. Ainsi, le taux de participation s’annonce faible si les gens croient que Ford va gagner facilement, et les sondages vont dans ce sens », explique Mathieu Turgeon.

Une analyse que partage Stéphanie Chouinard avec des pincettes : « Je ne veux pas trop m’avancer là-dessus parce qu’on n’a pas des données précises pour le moment, mais ce que je peux dire c’est que lorsqu’on a des circonstances comme celles-là, souvent les gens vont avoir tendance à rester à la maison le jour de l’élection. Donc on s’attend à ce que le taux de participation cette année soit assez bas par rapport à 2018. »

La politologue fait bien de prendre des pincettes, car si les jeux semblent déjà faits quant au prochain commandant du vaisseau ontarien, des sondages qui se plantent et/ou des retournements de situation dans la chose électorale ne sont pas monnaie rare.

Tempête : la patience est de mise pour l’Est ontarien

L’Est ontarien devra s’armer de patience avant de pouvoir retrouver l’électricité affirme Hydro One, alors que plus de 40 000 foyers sont toujours sans courant.

« C’est juste incroyable et tellement grave. Pour l’Est de l’Ontario, il reste encore 40 000 foyers sans électricité. Nous avons demandé de l’aide à des techniciens à travers tout le Canada et aux États-Unis », explique Hydro One sur la tempête qui a frappé la province samedi soir.

« L’étendue des dommages subis par notre réseau de distribution dépasse tout simplement l’entendement », écrit de son côté le directeur des communications et affaires publiques d’Hydro Ottawa, Daniel Séguin.

Il explique être soulagé des avancées sur le terrain.

« À 13h aujourd’hui, nous avons réussi à rétablir le courant pour un peu plus de 106 000 clients, même si nous avons encore 74 000 clients privés de courant. »

Toujours selon Hydro Ottawa, « compte tenu du nombre d’événements séparés et de l’étendue des dommages causés aux structures électriques, plusieurs jours seront nécessaires pour réparer toutes les pannes ».

En effet, les dégâts sont considérables affirme le maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth en entrevue avec ONFR+ en fin de journée.

« Une tornade à balayer presque tout sur son passage en sept minutes et il nous faudra des jours pour réparer tout ça (… )Aujourd’hui, j’ai remercié les techniciens déployés sur notre territoire, j’ai vu Hydro Nouveau-Brunswick sur place. Ces gens sont loin de leurs familles, c’est très apprécié ce qu’ils font », souligne-t-il.

Impossible de prédire

« Il est compliqué de dire quand tout redeviendra normal, mais on espère dans deux ou trois jours », explique Hydro One par l’intermédiaire de leur service média.

Pour le réseau local de distribution (Hydro Ottawa), « nous ne sommes pas en mesure de fournir une estimation des heures prévues de rétablissement du service. Des équipes travaillent sans relâche depuis que la tempête a déferlé sur la ville. Nous poursuivrons nos interventions au cours des jours à venir ».

Pour Daniel Séguin, « cet événement est considérablement plus grave que la tempête de verglas de 1998 et des tornades de 2018 ».

Il explique, que dans de nombreux cas, les travaux de réparation seront longs, car les équipes doivent composer avec des arbres abattus, 216 poteaux électriques encore endommagés et d’autres obstacles jonchent les sites d’intervention dans les villes touchées.

Ce type de paysage devant les maisons se répète un peu partout dans l’Est ontarien et à Ottawa. Crédit image : Pascal Vachon

Hydro Ottawa indique que « le courant sera d’abord rétabli dans les secteurs touchés par des pannes à grande échelle, puis nos équipes s’affaireront à réparer les pannes de moindre envergure. Dans tous les cas, la sécurité de chacun sera la priorité absolue ».

Pour le maire de Clarence-Rockland, « les gens de la communauté s’entraident et tout le monde est patient, ce n’est la faute de personne ».

Certaines écoles resteront fermées

Le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) a indiqué par courriel que huit autres écoles seront fermées ce mercredi 25 mai.

  • Charlotte-Lemieux
  • Gabrielle-Roy
  • Le Sommet
  • Louis-Riel (incluant le Dôme)
  • Marie-Curie
  • Maison de la Francophonie
  • Nouvel Horizon (Le service de garde sera ouvert)
  • Omer-Deslauriers

Certaines de ses écoles n’ont toujours pas récupéré l’électricité et d’autres ne seront pas en raison de l’impact de la tempête sur le personnel.

Les écoles fermées n’offriront pas d’enseignement virtuel ou asynchrone et celles ouvertes fonctionneront de façon normale.

En ce qui concerne, les élèves qui ne peuvent aller à l’école à cause des effets de la tempête,l’école n’en tiendra pas rigueur, mais il faudra suivre la procédure habituelle, indique le conseil scolaire.

Les écoles élémentaires catholiques suivantes sont aussi fermées du côté du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) : J.-L.-Couroux, Laurier-Carrière, Pierre-Elliott-Trudeau Sainte-Bernadette et Terre-des-Jeunes.

Loi 96 : Trudeau n’écarte pas une intervention du fédéral

Justin Trudeau ne ferme pas la porte à une possible intervention du gouvernement fédéral par rapport au projet de loi 96, qui vise à réformer la Charte de la langue française au Québec. La loi a été adoptée mardi après-midi à l’Assemblée nationale du Québec.

La réforme de la Loi 101 a obtenu la majorité nécessaire à Québec avec 78 votes pour et 29 contre. Le gouvernement Legault, déjà majoritaire, a obtenu le soutien des 10 députés de Québec Solidaire.

Quelques heures avant le vote, Justin Trudeau a évoqué des réserves face au libellé du gouvernement québécois.

« On a des préoccupations par rapport à la version la plus récente de la Loi 96. On regarde de façon sérieuse la version finale qu’aura le projet de loi. On va prendre notre décision basée sur ce qui est nécessaire pour protéger les minorités à travers le pays », a dit le premier ministre en anglais.

Justin Trudeau n’écarte pas une intervention du fédéral a-t-il laissé entendre lors d’une annonce à Vancouver. Crédit : capture d’écran CPAC.

« Le travail de notre gouvernement sera toujours de protéger les minorités à travers le pays, spécialement les minorités de langues officielles », a ajouté le chef libéral.

Mais pour François Legault, « la majorité des Québécois sont d’accord », avec le projet de loi et les amendements proposés par son gouvernement

« Je vois mal comment M. Trudeau pourrait s’opposer à la majorité des Québécois », a-t-il répondu.

Questionné sur le sujet, le premier ministre Doug Ford a dit qu’il soutenait son ami François Legault et ne s’opposerait pas à son projet de loi.

« J’ai une relation phénoménale avec François et je vais continuer de le supporter », s’est limité à dire le chef progressiste-conservateur mardi matin.

À l’époque, son homologue québécois avait dénoncé les coupes faites aux francophones en 2018, pendant la crise linguistique.

Le premier ministre québécois, François Legault, et son homologue ontarien Doug Ford. Source : Facebook François Legault

La semaine précédente, plusieurs députés libéraux du Québec avaient manifesté contre la mouture du gouvernement Legault, ce qu’avait dénoncé le Bloc Québécois. Plusieurs ministres du gouvernement Trudeau avaient aussi émis des réserves.

« Il y a des impacts sur la langue et les langues autochtones », avait dit le ministre des Relations Couronne-Autochtones et député du Québec Marc Miller. Son collègue François-Philippe Champagne arguait « qu’il y a des éléments de cette loi-là à qui je pense, ne correspondent pas à la volonté de plusieurs Québécois ».

Les mesures pour les francophones

La version adoptée par Québec prévoit quelques mesures pour les francophones hors Québec. La grosse mesure phare est celle-ci touchant les étudiants du postsecondaire.

Toute personne qui est domiciliée au Canada et qui n’est pas un résident du Québec a droit, lorsqu’elle suit, dans un établissement d’enseignement collégial ou universitaire francophone visé à l’article 88.0.1, un programme d’études donné en français qui n’est pas offert dans la province ou le territoire où elle est domiciliée, d’acquitter les mêmes droits de scolarité qu’un résident du Québec pourvu que, selon l’établissement, elle ait au moment de son admission une connaissance suffisante du français lui permettant de suivre avec succès ce programme.

Parmi les autres engagements : on fait notamment allusion à la « responsabilité particulière » que doit jouer la Belle Province comme rôle de premier plan au sein de la francophonie. Québec s’engage aussi à contribuer à « l’essor des communautés francophones et acadienne du Canada de même que dans la promotion et la valorisation du français dans les actions de l’Administration au Canada et à l’étranger ».

« Le projet de loi adopté aujourd’hui inclut des mesures qui s’inscrivent dans la volonté du gouvernement du Québec de se rapprocher de nos communautés. On doit saluer la reconnaissance historique d’un rôle de leadership du Québec en matière de francophonie et les gestes concrets, par exemple, en matière de postsecondaire en français », a salué la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy.

Le projet de loi 96 prévoit un train de mesures destinées à donner plus de mordant concernant la place de la langue française au Québec, selon le gouvernement caquiste.

  • L’élaboration d’une politique linguistique de l’État québécois,
  • limiter les exigences linguistiques autres que le français nécessaire à l’embauche,
  • création d’un ministère de la Langue française et un poste de Commissaire à la langue française,
  • donner plus de pouvoirs à l’Office québécois de la langue française notamment en le permettant de faire des ordonnances.

Les Canadiens invités à donner leur opinion sur les langues officielles

VANCOUVER – Ottawa lance des consultations qui auront lieu dans les prochains mois pour son Plan d’action pour les langues officielles. Les Canadiens pourront alors s’exprimer sur les enjeux autour des deux langues officielles du pays.

L’annonce a été faite mardi à Vancouver par la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor où a débuté une première consultation. Cette dernière ira à la rencontre des organismes dans diverses villes du pays.

Le prochain Plan d’action sera en vigueur du 1er avril 2023 jusqu’en 2028. Ce plan est le document qui guide le gouvernement durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés en milieu minoritaire. S’il est plutôt inconnu pour les Canadiens, il constitue un guide de référence pour les organismes communautaires en milieu minoritaire. Parmi les sujets qui seront abordés, l’immigration francophone, l’éducation en français et les programmes d’immersions, avance Mme Petitpas Taylor.

Les consultations ont lieu dans 15 villes du pays jusqu’à la fin du mois d’août. À l’époque, sa prédécesseure Mélanie Joly avait fait pendant près d’un an des consultations dans plusieurs villes du pays. Cette année, le gouvernement Trudeau entend sensiblement conserver le même processus, que certains experts avaient critiqué comme un exercice de relations publiques à l’époque.

« En venant de l’Acadie, je connais très bien les réalités et les défis dans mon bout de pays, mais pour comprendre ce qu’est la réalité ici à Vancouver, à Terre-Neuve-et-Labrador, et Whitehorse, la réalité est bel et bien différente. Donc on veut s’assurer qu’on va entendre parler des intervenants… de tous les bouts du pays, car on veut s’assurer que notre Plan d’action va être notre feuille de route pour la prochaine période de cinq ans. C’est un travail très important », a soutenu la ministre.

Le seul arrêt en Ontario sera du côté de Sudbury, où il pourrait bien y être question du dossier du postsecondaire.

« On a bien hâte d’entendre les commentaires des intervenants qui travaillent dans le domaine et des Canadiens et Canadiennes pour qu’il nous souligne l’importance du postsecondaire. Comme gouvernement fédéral, nous avons un rôle clé à jouer et nous devons travailler en étroite collaboration avec les territoires et provinces pour nous assurer que les investissements se fassent », soutient la membre du cabinet Trudeau.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors du lancement des consultations sur le Plan d'action sur les langues officielles.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors du lancement des consultations sur le Plan d’action sur les langues officielles. Gracieuseté

La semaine précédente, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, a dressé un bilan positif du plus récent plan, présentant toutefois plusieurs recommandations au fédéral. Il a notamment évoqué le fardeau administratif qu’impose le fédéral aux organismes. Il a aussi noté l’absence de clauses linguistiques dans les ententes sur les garderies entre les provinces et le fédéral.

« On accepte ses recommandations et on va continuer à travailler en allant de l’avant en mettant sur pied un Plan d’action qui va résonner… On prend ses commentaires en considération et on va s’assurer qu’on va de l’avant avec un Plan d’action qui va faire une réelle différence », a affirmé Mme Petitpas Taylor, questionnée sur les clauses linguistiques.

D’un bout à l’autre

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) salue l’initiative d’Ottawa, jugeant que « le français et la francophonie se trouvent fragilisés partout au pays après la pandémie ».

« Les besoins sont très grands, que ce soit au niveau la vitalité des organismes communautaires et culturels, du continuum de l’éducation, de l’immigration, ou des pénuries de main-d’œuvre. Le prochain plan d’action devra être, véritablement, un vaste plan de relance pour le fait français », a affirmé sa présidente Liane Roy.

Voici la liste des villes où auront lieu les séances publiques en personne : Vancouver, Winnipeg, Regina, Edmonton, Montréal, Sherbrooke, Sudbury, Whitehorse, Moncton, Halifax, l’Île‑du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi qu’aux Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut et au Yukon.

L’horaire pour chaque ville peut être consulté ici. Des séances virtuelles auront lieu et les citoyens pourront aussi soumettre leurs réponses en ligne à des sondages.

Élections provinciales : les enjeux ne manquent pas pour le Nord

SUDBURY – La campagne électorale touche bientôt à sa fin, mais rien n’est encore certain quant à l’issue du scrutin et les enjeux ne manquent pas pour le Nord de l’Ontario. Avec un premier débat des chefs à North Bay le 11 mai dernier et de nombreux déplacements des candidats dans la région en début de campagne, la situation dans le nord de la province suscite beaucoup d’attention.

L’accès aux soins de santé, la crise de l’enseignement postsecondaire, la relance économique sont autant de préoccupations des habitants de la région qui espèrent continuer de se faire entendre par les différents partis. Au 21e jour de la campagne provinciale, nombreuses sont les promesses des différents partis.

Des organismes saluent cette lumière faite sur certains des enjeux les plus importants de la province, mais souhaitent voir de vrais changements pour le nord.

La santé mentale des Nord ontariens a grandement souffert avec la pandémie et les séquelles sont encore importantes dans la région. Steve Fillion, directeur général au service de Counselling Hearst – Kapuskasing – Smooth Rock, pense qu’il faut investir davantage pour les services de soin en santé mentale et toxicomanie afin de réduire le temps d’attente pour les personnes ayant ces besoins. Il évoque notamment la crise des opiacées qui sévit gravement dans le nord de l’Ontario, région la plus touchée par les problèmes de surconsommation.

Plus de fonds pour la santé mentale

Selon une étude menée par son association, il faudrait un minimum de 8 % d’augmentation en financement de base soit 120 millions de dollars annuellement pour le secteur de la santé mentale au niveau communautaire. Selon M. Fillion, il faudrait également revoir le plan en ressources humaines, soit le recrutement et la rétention des employés qui constituent un véritable défi en santé. Une mission encore plus complexe pour le recrutement de personnel bilingue, un plus grand défi pour le Nord ajoute-t-il.

L’inflation a, elle aussi, de lourdes conséquences sur les coûts d’opération des organismes qui ne cessent d’augmenter.

« Les coûts augmentent, mais on ne reçoit aucune hausse de fonds depuis des années », se désole-t-il.

Il regrette aussi que les annonces faites par les différents partis ne soient pas plus précises et qu’elles se concentrent sur de nouveaux programmes au lieu de renforcer ceux existant déjà. Une situation qui ne date pas d’aujourd’hui : « ce qu’on voit dans les dernières années c’est que les nouveaux investissements qui sont mis en place c’est surtout dans les nouveaux programmes, ce n’est pas en ajoutant de nouveaux programmes que ça va aider nos beaux programmes qui existent déjà et qui donnent de beaux résultats sur le terrain », lance-t-il.

De son côté, Diane Quintas, directrice générale du Réseau du mieux-être francophone du nord de l’Ontario, souhaiterait que la province s’occupe davantage de réduire les obstacles liés à l’accès aux soins de santé dans le Nord.

« On voit beaucoup d’argent qui est mis dans les infrastructures dans le sud, le métro à Toronto, les lignes GO, mais dans le nord, ça fait longtemps qu’on dit que nos routes sont dangereuses l’hiver et que ça pose problème pour les personnes qui doivent faire de longues distances pour pouvoir se soigner », affirme-t-elle.

À gauche Diane Quintas, directrice générale du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, à droite Steve Fillion, directeur général au service de Counselling Hearst – Kapuskasing – Smooth Rock. Montage ONFR+.

Les soins de santé en français en recul

L’autre inquiétude que Mme Quintas relève concerne l’accès aux soins de santé pour les francophones du nord. La télémédecine permet une liaison plus efficace entre les patients et les médecins, mais ceux-ci sont pour la plupart exclusivement anglophones.

Il faudrait pour cela, selon elle, améliorer le système de collecte des données sur le patient via la carte santé en intégrant notamment la variable des préférences linguistiques. Cela permettrait de mieux identifier où se trouvent les besoins en français et permettre un meilleur référencement d’une sous-région à une autre entre les intervenants. Il s’agit pourtant d’une demande vieille de quatre ans, après l’adoption à l’unanimité d’une motion à Queen’s Park.

Offrir des services dans la langue maternelle devrait constituer une priorité absolue selon Mme Quintas.

« On entend trop souvent des histoires d’horreur de patients qui ont dû subir des opérations qui n’étaient pas nécessaires, ne pas respecter la posologie des médicaments et donc être encore plus malades, et tout ça parce que les informations sont données dans une autre langue que celle du patient. »

Recueillir des données sur les besoins et la capacité du système de santé en français est essentiel pour éviter des trous de services.

« On ne sait même pas combien de francophones fréquentent les établissements, et parfois les fournisseurs de soin nous communiquent des chiffres qui ne correspondent pas à la réalité démographique », s’étonne-t-elle. Bien que la pandémie soit aussi au banc des accusés, Diane Quintas explique le recul du système de santé par la transition du système de santé et par le manque d’évaluation des services désignés en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).

L’incontournable crise du postsecondaire

Au cœur de nombreuses annonces ces derniers mois, les établissements postsecondaires sont eux aussi l’objet de l’attention de cette campagne électorale. Si les principaux partis s’accordent pour dire que l’accès à l’éducation en français est important pour la population franco-ontarienne, les acteurs du milieu postsecondaire veulent voir plus d’actions concrètes de la part du prochain gouvernement élu.

C’est le cas du directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), François Hastir, pour lequel il est essentiel que l’Ontario investisse des sommes conséquentes pour l’université de Sudbury, par exemple, de manière « urgente ». Ceci parce que les programmes doivent être approuvés par le ou la ministre responsable et faire du recrutement.

« Chaque jour qu’on attend c’est du personnel; que ce soit administratif, enseignant ou autre, qui quitte la région de Sudbury pour d’autres emplois ailleurs et des étudiants qui se dirigent aussi vers d’autres établissements dans d’autres régions et ne reviennent généralement plus vers leur communauté d’origine ce qui contribue encore plus à la pénurie de travailleurs dans le Moyen-Nord. »

L’Université de Sudbury. Crédit image : Pascal Vachon.

Il ajoute que bien qu’il faut que celle-ci soit reliée aux besoins du marché du travail, les francophones ont aussi leur mot à dire sur l’offre de choix de programmes et qu’il est important à l’avenir de mieux les écouter. De son côté, la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française réclame le transfert de la totalité des programmes en français de la Laurentienne vers l’Université de Sudbury afin d’éviter une situation de concurrence nuisible entre les établissements.

La relance économique prioritaire pour le Nord

La Chambre de Commerce de Timmins souhaite un meilleur investissement pour les entreprises avec des ressources adaptées à leurs défis et besoins selon leur taille. Son président, Rob Knox aimerait voir des fonds injectés dans « les principaux moteurs de la compétitivité – comme le développement et la formation de la main-d’œuvre, l’immigration, la technologie, l’infrastructure et l’énergie propre – et d’éliminer les obstacles inutiles à la croissance, notamment les règlements désuets, un régime fiscal inefficace et les obstacles au commerce interprovincial et à la mobilité des travailleurs. »

Selon Mr Knox, pour la région du Nord cela passe aussi par un plus grand financement aux services sociaux comme ceux de la garde d’enfants mais aussi une politique verte dédiée et intégrée aux grands secteurs d’activités de la région.

La pénurie de main-d’œuvre atteint des sommets inégalés dans l’ensemble de la province mais touche particulièrement le nord qui se tourne de plus en plus vers le recrutement international. Un parcours semé d’embûches pour les employeurs et qui inquiète les organismes.

Le président de la Chambre de Commerce de Timmins Rob Knox en compagnie de l’ex-présidente Mélanie Verreault. Crédit image : Chambre de Commerce de Timmins.

Réviser la cible en immigration francophone

Pour Thomas Mercier, coordonnateur chez Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, il est clair qu’il faut améliorer le soutien à l’immigration francophone. Pour cela, il faudrait revoir à la hausse le financement pour desservir les résidents temporaires financés par la province pour les services d’établissement francophones du Nord de l’Ontario, mais aussi le nombre de nouveaux arrivants francophones de la région.

Mr Mercier pense qu’il serait bon aussi pour le Nord de ramener le Ministère de l’Immigration en Ontario avec un bureau dédié aux services liés à la région. Bien que la province- contrairement au palier fédéral- atteint sa cible en immigration francophone établie à 5 % pour les nouveaux arrivants, Thomas Mercier estime qu’il faudrait repenser celle-ci en fonction des spécificités du territoire.

Une cible qui fonctionne bien pour une ville comme Toronto où les francophones sont moins nombreux, mais ne s’applique pas bien à certaines des villes du nord de la province.

« Dans une ville comme Sudbury où 40 % de la population se dit francophone ou a une connaissance du français, ce n’est pas 5 % qui vont nous permettre de nous attaquer au déclin démographique, ou une communauté comme Hearst qui compte 90 % de francophones, ça prend 86 % de nouveaux arrivants francophones », lance-t-il.

Des craintes chez les entrepreneurs

Jean-Pierre Martin est entrepreneur chez Sturgeon Falls Brush and Contracting, une compagnie spécialisée dans l’élagage de broussaille des chemins ruraux. L’instabilité politique est ce qui est au centre de ses préoccupations.

La possibilité d’un changement de gouvernement aurait des impacts non négligeables sur ses activités. Nouveaux chemins, nouvelles lignes hydro-électriques, lignes de pipelines à gaz…Les projets sur lesquels il travaille requièrent plusieurs années de préparation et une somme importante investie dans les demandes de soumission.

Avec une promesse du Parti libéral d’annuler le projet d’autoroute 413 avancé par le gouvernement -progressiste-conservateur, il avoue être épeuré et souhaiter un meilleur accompagnement en cas de revirement.

« Si on avait une garantie de continuité à l’avenir ce serait beaucoup plus rassurant parce que c’est beaucoup d’argent qu’on risque de perdre à chaque annulation. »

Quel devrait-être l’avenir du nucléaire en Ontario?

Alors que la campagne électorale bat son plein en Ontario, l’enjeu du nucléaire reste absent des débats publics. Pourtant, la troisième plus importante centrale du pays, celle de Pickering près de Toronto, s’apprête à être mise hors service et les réacteurs de la centrale de Darlington sont actuellement remis à neuf pour prolonger la durée de vie de cette autre centrale. Alors que les partis multiplient les promesses entourant les réductions de gaz à effet de serre, quelle place devrait occuper le nucléaire comme source d’énergie dans la province? Les politiciens sont divisés sur la question, de même que les citoyens et experts en la matière.

L’Est ontarien se remet à peine de la tempête

Un peu moins de 48 heures après la tempête qui a frappé la région, certaines parties de l’Est ontarien, en sont au ramassage de débris tandis que des milliers de clients sont toujours privés d’électricité, notamment à Clarence-Rockland.

Les villages de Bourget et Hammond ont durement été frappés par la tempête passée samedi soir. Idem pour Clarence Creek et la municipalité de Clarence-Rockland qui a déclaré l’état d’urgence le soir-même. Le secteur a été frappé par des vents à 90 km/h, avec des pointes à 120 km/h.

« Nous avons plusieurs villages qui ont été frappés fort. Tous les villages ont été affectés par la tempête. En ce moment, on a des maisons complètement détruites dans le village et on fait ce qu’on peut pour les aider. On a eu des gens dont un toit a atterri dans leur cour qui provient de deux kilomètres plus loin (…). On est dans un état d’urgence, quand on regarde, il y a des maisons qui existent plus alors on a pas plus urgent que ça », dit le maire de Clarence-Rockland Mario Zanth en entrevue.

Une bonne partie de Clarence-Rockland était toujours privée d’électricité lundi. Crédit image : Pascal Vachon

Près de 300 poteaux d’Hydro One sont tombés et près d’une centaine de fils d’électricité ont subi pareil sort dans la ville de près de 26 000 habitants, explique le maire. En milieu de journée lundi, la majorité de la municipalité était toujours sans électricité. La priorité est aux infrastructures essentielles, fait valoir M. Zanth, dont la ville a ouvert un centre d’urgence à Clarence Creek pour les résidents.

« Nos priorités sont les épiceries et les stations d’essence, car les gens ont des génératrices, alors ils ont besoin d’essence. On s’assure qu’Hydro comprend ça… Notre but est de prendre soin des gens le plus possible, même si nous aussi on est limité, car on est sur les mêmes réseaux que toues les autres personnes », explique le maire saluant l’attitude des résidents dans les derniers jours.

Au total, près de 80 000 résidences de l’Est ontarien n’auraient toujours pas accès à l’électricité selon Hydro One. À Ottawa, ce sont près de 110 000 foyers selon Hydro Ottawa.

« À l’heure actuelle, nous recevons l’aide d’équipes déployées par nos entrepreneurs et nos partenaires du secteur de l’électricité en provenance d’aussi loin que la région métropolitaine de Toronto, Kingston et du Nouveau-Brunswick », a fait savoir Hydro Ottawa lundi matin.

Des milliers d’arbres comme celui-ci ont été déracinés dans l’Est ontarien. Crédit image : Pascal Vachon

Écoles fermées

Les deux principaux conseils scolaires francophones publics de la région d’Ottawa et de l’Est ontarien doivent fermer des écoles en raison des tempêtes.

Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) a indiqué qu’il fermera l’ensemble de ses établissements pour la journée de mardi, sauf ceux à l’extérieur d’Ottawa. Les établissements situés à Ottawa et à Carleton Place en plus de l’Académie d’apprentissage virtuel (AAV) sont touchés par cette fermeture. La liste complète peut être consultée ici.

« Pour les écoles qui demeureront ouvertes demain, certaines routes de transport scolaire pourraient être annulées ou retardées. Le Consortium de transport scolaire d’Ottawa (CTSO) prendra cette décision très tôt le matin, en fonction de l’état de la situation et dans le but d’assurer un service sécuritaire », ajoute le CECCE.

Les écoles qui ont de l’électricité seront ouvertes pour les familles affectées. Un accès aux douches, aux salles de toilette, au gymnase et à des stations pour recharger des appareils électroniques sera offert par le CECCE.

Le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). Archives ONFR+

Le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) a annoncé lundi que 28 de ses établissements seraient fermés pour la journée de mardi. La liste complète peut être consultée ici. Il n’y aura pas d’enseignement virtuel ou asynchrone et les services de garde seront aussi fermés. Les 11 autres établissements seront ouverts et fonctionneront comme à l’habitude, indique le CEPEO dans un message envoyé aux parents. À moins d’un avis contraire, les élèves pourront retourner en classe le 25 mai, précise le conseil scolaire.

Tôt pour un bilan

Pour le moment à Clarence-Rockland, les routes sont ouvertes sauf celle où des arbres seraient sur des fils d’électricité. Le maire Zanth dit ne pas savoir exactement quand le courant pourrait revenir dans la ville.

« On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, mais pour le moment, ça l’air qu’on va pouvoir rouvrir certaines choses », dit-il.

Il est toutefois trop tôt pour faire un bilan et le nettoyage pourrait durer pendant les prochaines semaines, prévoit le maire.

« On va faire tout ça (un bilan) une fois que l’électricité est revenue. On va être capable de faire un décompte pour voir l’impact sur notre municipalité, mais présentement, de ce que j’ai vu, l’impact est majeur… Ça ne se fera pas du jour au lendemain. »

Hydro One devrait mettre plusieurs jours à réparer ses poteaux électriques et rétablir le courant. Crédit image : Pascal Vachon

À Sarsfield, le clocher de l’église local, complètement ravagé samedi a été ramassé lundi matin. Un symbole pour ce petit village francophone de l’Est ontarien dont la paroisse possède près de 130 ans histoire.

« On pourrait mettre un cap dessus, mais ça ne serait pas la même église… C’est un symbole pour la place et les alentours. C’est un point de repère pour beaucoup de gens, les noces, les funérailles, les baptêmes. Les gens de la région sont assez généreux : j’ai déjà eu des offres ce matin pour la reconstruction. Ça tient beaucoup de gens à cœur », dit le président du conseil d’administration de l’église Robert Brazeau.

L’église de Sarsfield sans son clocher historique. Crédit image : Pascal Vachon

Le premier ministre Doug Ford a tenu à remercier les travailleurs qui s’affairaient à rétablir les services touchés par la tempête à travers la province.

« À ceux d’Ottawa et d’autres régions de la province qui n’ont toujours pas d’électricité, sachez que de l’aide est en route », a-t-il déclaré sur Twitter, alors en déplacement dans sa circonscription à Etobicoke.

Le chef libéral Steven Del Duca a de son côté critiqué le fait que le chef progressiste-conservateur soit en train de faire campagne.

« J’ai suspendu mon calendrier de campagne pour aujourd’hui afin de venir ici et rencontrer les intervenants et attirer l’attention sur ce qui se passe (…). Les dirigeants ont le devoir de se montrer dans les moments difficiles. Cela en dit long sur Doug Ford qui préfère faire campagne dans sa circonscription de Toronto aujourd’hui », a-t-il critiqué, accompagné d’Amanda Simard, sa candidate dans Glengarry-Prescott-Russell.

Cet article à été mis à jour à 17h05.

Les soins de santé à domicile : une préoccupation pour les aînés francophones

Après plus de deux ans de pandémie dans les centres de soins de longue durée, de plus en plus d’aînés sont enclins à vouloir vieillir à domicile. Selon les plus récentes de Statistique Canada, l’Ontario vieillit et les besoins de soins à domicile se font de plus en plus criants pour les personnes âgées de demain, soit les baby-boomers d’hier.

Dans cette campagne électorale ontarienne, il est souvent question de construire de nouveaux centres de soins longue durée et d’augmenter l’offre de soins à domicile. Pour la Fédération des aînés francophones de l’Ontario (FARFO), c’est un discours qu’« on entend depuis des années de la part de nos membres ».

« Ils (les aînés) veulent de l’aide à domicile. Ils veulent rester chez eux. Les problèmes demeurent les mêmes depuis bien longtemps », avance son directeur général Michel Tremblay.

Les quatre partis proposent d’augmenter l’offre de soins à la maison. Le mois dernier, le gouvernement Ford proposait un investissement d’un milliard de dollars permettant d’accroître la formation d’infirmières et de préposées en plus d’allouer un crédit d’impôt pour ceux souhaitant faire des modifications rendant les logements des personnes âgées plus sécuritaires.

Plusieurs problématiques entourent les soins à domicile en Ontario : manque de personnel pour se déplacer aux domiciles, manque de centres communautaires dans certaines régions, comme dans le Nord de la province. Manque criant de fonds, mais surtout une absence totale de centralisation de ces services.

Faciliter l’accès aux soins à domicile

Le Parti vert, par exemple, propose de créer un panier standard de services de soins à domicile de base, que les fournisseurs doivent rendre disponibles de manière uniforme dans toute la province. Sur ce point, les autres partis s’alignent.

Faire les courses, préparer les repas, s’occuper des tâches ménagères, aider à la toilette et à l’habillement, vérifier que les soins médicaux et traitements sont bien suivis sont des exemples, qu’énumère Michel Tremblay.

« Les gens ne veulent pas avoir affaire à des tas d’organisations. Ils ne veulent pas avoir à les contacter, un par un, pour avoir accès à divers services ou programmes. Il y a une pléiade d’organisations et c’est très compliqué pour nos aînés de s’y retrouver, dénonce le directeur. Si vous êtes une personne vieillissante, il vous faudra démarcher plusieurs centres afin d’obtenir différents services. Là encore, si vous obtenez le service demandé, rien ne vous assure qu’il sera en français. »

Source : Getty Images

Pour Ginette Beaudry, qui vit dans la région de Glengarry-Prescott-Russel « c’est possible d’avoir des soins de santé en français, mais on ne sait pas forcément à qui s’adresser ».

Pour cette dame de 72 ans, les soins à domicile sont encore plus compliqués à recevoir plus jeunes. Elle fait référence ici à sa fille, décédée d’un cancer, il y a peu de temps.

« Heureusement, je suis bénévole en soin palliatif depuis longtemps maintenant, je connais le système, et je peux dire qu’en plus d’améliorer l’offre de soins à domicile, il nous faut des centres de fin de vie. »

« Ils veulent avoir accès à des appartements avec service de soutiens ou des maisons de retraite abordable », renchérit M. Tremblay. « Des maisons de partages, avec une vie communautaire pour les personnes francophones, mais aussi les personnes LGBTQ », ajoute-t-il.

Pour ce dernier, la clé serait de mettre en place un organisme, pour une population donnée, avec un seul numéro de téléphone, qui recense les services.

« Ils veulent des centres de santé communautaires qui offrent tous les services de soins à domicile ou de transférer les compétences à un seul et même fournisseur près de chez soi. »

Un manque cruel d’infirmières et de préposé(es)

La Commission ontarienne des droits à la personne alertait en 2000 qu’il était temps d’agir face aux manques de professionnels de santé indiquant que le nombre de seniors serait amené à doubler en 2021. Il y a aujourd’hui près de 3 millions de personnes âgées en Ontario.

« J’ai suivi l’histoire d’une personne qui a fait le choix de vivre chez. Elle était en fauteuil roulant, elle avait juste besoin d’une personne pour l’aider à aller dans son fauteuil le matin et dans son lit le soir. Il est arrivé que personne ne vînt, et qu’elle passait la nuit dans son fauteuil ou la journée dans son lit », nous raconte Michel Tremblay.

Michel Tremblay, directeur générale de la FARFO. Crédit : capture d’écran.

Là encore, les régions rurales et le Nord de l’Ontario peinent à recruter du personnel médical. Le Parti libéral propose pour la région de retenir les professionnels via des incitatifs financiers et de prendre le contrôle de l’immigration en Ontario afin d’y orienter du personnel de santé.

Des centres pour et par les francophones

Denyse Culligan de Thunder Bay à 82 ans, elle ne veut pas aller dans une maison pour personnes âgées et si oui, « j’espère que ce sera le plus tard possible ». Elle aimerait voir un réseau par et pour les francophones, dit-elle en donnant sa propre ville comme exemple.

« Il y a quelques services en français, mais ils sont peu nombreux. Puis dans les centres, il y a très peu de francophones. Nous sommes 3 % de francophones à Thunder Bay, on est minoritaire ».

Denyse Culligan de Thunder Bay. Gracieuseté.

Même si, pour l’octogénaire « quand on sort de l’hôpital, on a droit à un service de coordination en français, pour nous aiguiller. Sauf que, rendu chez nous, les personnes qui viennent c’est du personnel anglophone ».

Elle raconte qu’en étant minoritaire les centres supposés bilingues, deviennent finalement anglophones. La raison, selon elle, est qu’ils ne sont pas pour et par les francophones.

« Un organisme francophone qui a le contrôle, et où l’on pourrait fournir l’anglais, ça marcherait », suggère-t-elle.

Aider les aidants naturels

« Dans les derniers dix ans avoir des services adéquats à domicile ça n’a pas été pas facile », avoue Ginette Baudry.

Ayant fait du bénévolat dans les soins palliatifs, elle nous explique qu’il ne faut pas oublier les aidants.

« C’est aussi eux qui permettent le soin à domicile, mais il faut leur donner du répit. (…) Je me souviens d’une dame qui avait 80 ans. Elle était seule à s’occuper de son mari, sauf qu’il faut être logique, à 80 ans, on n’a pas forcément les connaissances et on n’est pas capable de ramasser une personne qui tombe au sol. »

Il faut aider les aidants naturels, raconte-t-elle.

« Il y a une iniquité dans le soin, c’est frustrant, il y a tant de choses à faire. Il faut du personnel francophone, et il faut plus d’infirmières à domicile. Mais, il faut aider les aidants naturels du mieux qu’on peut. Je milite pour plus de centres de soins palliatifs, je ne pense pas que l’on puisse mourir à la maison. »

Tempête : au moins huit morts et des milliers d’Ontariens sans électricité

Des vents violents ont frappé samedi les régions de Toronto, d’Ottawa et de l’Est de la province causant la mort de cinq personnes. Des milliers de foyers restent privés d’électricité ce dimanche, tandis que les services de secours tentent de venir en aide aux personnes blessées ou prises au piège.

Des arbres fendus en deux, des toits arrachés, des pylônes électriques en flamme ou effondrés… La région d’Ottawa est méconnaissable ce dimanche après la passage d’une tempête qui a balayé le secteur à 90 km/h avec des pointes à 120 km/h.

Huit personnes ont perdu la vie dans cette tragédie qui a débuté à l’Ouest de Toronto, dont sept à cause de chutes d’arbre. On compte une victime près de Kitchener, où les vents ont atteint 132km/h. Un arbre s’est abattu sur sa roulotte blessant trois autres occupants.

Un randonneur de la région de Durham a également succombé à ses blessures, ainsi que deux femmes septuagénaires, l’une à Brampton et l’autre à Port Hope.

Arbres déracinés ou fendus, panneaux renversés, routes entravées à Ottawa. Crédit image : Sébastien Pierroz

La tempête s’est ensuite déplacée vers l’Est, faisant sur son passage une autre victime près de North Kawartha, avant d’atteindre la région d’Ottawa. Un homme de 59 ans est mort sur un terrain de golf dans l’ouest d’Ottawa et un autre de 44 ans dans le canton du Grand Madawaska.

Côté québécois, une femme de 51 ans qui naviguait sur la rivière des Outaouais, près de Gatineau, a également péri. De source policière, plusieurs blessés graves seraient dans un état critique dans la région de la Capitale nationale.

900 000 foyers privés de courant

Des coupures d’électricité ont touché près de 900 000 foyers. Nombre d’entre eux sont toujours privés de courant à l’heure où nous écrivons ces lignes. Pompiers, policiers et services de secours sont mobilisés sur place pour aider les personnes blessées, piégées, portées disparues ou en difficulté.

La ville a déclenché son dispositif d’urgence « Opérations activées » mobilisant toutes les ressources nécessaires et ouvert des centres d’accueil d’urgence. Les secteurs les plus touchés sont Huntsville, Merivale, Navan et Stittsville.

« J’espère que tout le monde est en sécurité après cette violente tempête », a déclaré le maire Jim Watson sur Twitter, incitant ses administrés à limiter leur déplacement, à contacter le 311 en cas d’inondation ou d’arbres abattus et le 911 en cas de câble sous tension détériorés. M. Watson a instamment demandé aux automobilistes la plus grande prudence aux intersections privées de feux de circulation et de les traiter comme des arrêts à quatre voies.

Carte des zones sinistrées. Source : Hydro Ottawa

Hydro One et Hydro Ottawa tentent de rétablir le réseau électrique dans les zones les plus durement touchées. « Il faudra plusieurs jours pour rétablir le courant pour tous les clients. Nous savons que la vie s’arrête sans électricité et nous avons mobilisé toutes les ressources disponibles pour rétablir le courant aussi rapidement et en toute sécurité que possible », a indiqué Jason Fitzsimmons, directeur des affaires générales à Hydro One.

Selon la police d’Ottawa, une grange a été détruite à l’extrémité ouest de la ville, une quarantaine de véhicules ont été bloqués sur Woodroffe et de nombreux automobilistes pris au piège dans leur voiture en raison de câbles électriques sous tension, sans compter des fuites de gaz en plusieurs endroits de la ville d’Ottawa.

Plusieurs rues et routes ont dû être fermées, dont la 174 à hauteur de la route Trim, en raison de fils électriques. Dans l’Est ontarien, enfin, le clocher de l’église de Sarsfield a littéralement été soufflé par la tempête.

Cet article a été mis à jour le dimanche 22 mai à 18h.

 

La voie du poète Paul Savoie

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Manitobain de naissance et Ontarien d’adoption, Paul Savoie est l’un des auteurs franco-ontariens les plus prolifiques et le plus régulier s’agissant des parutions et des récompenses littéraires qui témoignent de la qualité de ses écrits. Il est également président du Salon du livre de Toronto où il réside et lauréat du prix Champlain 2022, le deuxième de sa carrière. Retour sur son parcours, ses joies, ses peines et sa méthode de travail.

« Tout d’abord, comment se fait-il que vous maîtrisiez si bien la langue de Molière alors que vous venez d’un milieu linguistique minoritaire?

C’est vrai que j’ai grandi dans un milieu francophone minoritaire au Manitoba avec toutes les ambivalences que cela implique, mais mon père était complètement francophone et donc on avait l’obligation, en sa présence, de parler français à la maison. En revanche, ma mère était franco-américaine et, puisqu’elle avait un français un peu amoché, elle n’aimait pas beaucoup parler cette langue avec nous, lui préférant l’anglais. J’ai donc grandi dans un milieu complètement biculturel.

Paul Savoie au Festival international de poésie de Trois-Rivières. Gracieuseté

Cela veut-il dire que vous avez la plume entre deux encriers?

Vous savez, j’ai d’abord commencé à écrire en anglais. Je devais avoir 16 ou 17 ans. À cette époque, j’étais un peu introverti et je m’exprimais à travers la poésie. Pour impressionner une fille, j’ai écrit un manuscrit en anglais. Mais par la suite, j’ai découvert la poésie en français en lisant Charles Baudelaire, et là ça a été le coup de foudre. J’ai trouvé ça tellement magnifique que c’est à ce moment-là que j’ai décidé d’écrire en français. J’ai discuté dernièrement avec un ami à propos de ce sujet et il m’a dit qu’on ne dirait pas que c’est le même auteur selon que j’écris en anglais ou en français. Je trouve ça assez intéressant. Ce qui est sûr, c’est qu’avec l’écriture en français je suis rentré dans l’universel. Il faut dire aussi que mes études étaient faites en cette langue aussi.  

Est-ce que ça a marché avec cette fille par la suite?

(Rires). Non! Elle a même perdu mon manuscrit après l’avoir lu. L’ordinateur n’existait pas à l’époque : j’ai tapé ça à la machine et je n’avais pas de copie, donc je n’ai plus retrouvé ces poèmes.

Séance de lecture à l’Université Brock à Saint Catherines. Gracieuseté

Vous détenez une quarantaine d’œuvres littéraires à votre actif, dont des romans, des récits de voyage, des recueils de nouvelles et surtout de poésies. Quel est pour vous le moment précis où votre carrière d’auteur a démarré?

Mon premier roman en français était paru dans un petit journal collégial. Mais j’ai publié mon premier recueil à la vingtaine. À l’époque, les Éditions du Blé venaient d’être fondées dans l’Ouest canadien et ils cherchaient un recueil pour le publier. Vu que j’étais probablement la seule personne dans le milieu à ce moment-là à avoir écrit quelque chose, ils m’ont publié sans même de révision. Alors, ne vous étonnez pas si vous trouvez beaucoup de coquilles dans ce recueil (Rires). Ceci dit, cette aventure était formidable parce que tout est parti de là. Cette publication m’a lancé parce que pendant longtemps après, j’ai publié en moyenne un livre par année.  

Vous avez dit que vous étiez un peu introverti. Est-ce que l’écriture en général et la poésie en particulier représentent un exutoire pour vous? 

Tout à fait. Lorsque j’étais jeune, je gardais mes émotions et mes sentiments en moi. Je me confiais à très peu de monde. Même pour mon premier texte publié à l’école, c’est un ami qui savait que j’écrivais qui est venu me chercher pour publier mon travail dans le journal de l’école. Lorsque le texte est sorti, ça m’a donné une espèce de visage public et j’ai aimé ça. Donc oui, en un sens, c’est la poésie qui m’a fait sortir de moi-même alors que c’est cette même poésie qui était un cocon protecteur pour moi. La poésie est ma première étape d’extériorisation, on peut dire ça.

Certains trouvent vos écrits difficiles à lire. Pourquoi, selon vous?

Je pense que c’est parce que je travaille toujours avec plusieurs niveaux d’idées de langage. Et puis, il n’y a jamais une seule lecture d’un texte, on peut le faire, mais ce n’est pas ça qui va révéler l’essence du texte. Une fois, un auteur du Manitoba m’avait dit lors d’une de mes séances de lecture que j’allais dans tous les sens, mais que je revenais toujours au point central. Je pense qu’il avait vu juste. C’est ce que j’ai toujours fait involontairement dans mes livres. Je crois que tout fonctionne comme ça en moi.  

Paul Savoie à Toronto où il habite. Crédit image : ONFR+

Qu’est-ce qui est le plus dur à écrire, un roman ou un recueil de poésie?

Le roman, sans hésitation, parce que, pour moi, écrire un roman est une vraie corvée. D’ailleurs, le seul qui a vraiment marché, je l’avais écrit avec quelqu’un d’autre. Mais je dois vous avouer une chose que je trouve étrange : je n’ai pas de problème à écrire un texte avec plusieurs personnages quand j’écris en anglais, mais en français, j’éprouve toute la difficulté du monde à écrire un roman. Je crois que je dois aller consulter un psy.

Non, non, ne changez rien. Vous avez reçu deux fois le prestigieux prix Champlain dont la dernière était en avril dernier. Est-ce que le sentiment de satisfaction et/ou de joie de le recevoir était moindre cette seconde fois au regard de la répétition?

Non, parce que le premier, je l’avais gagné en 2012. À ce moment-là, j’ai comme l’impression que ce prix n’avait pas autant de portée qu’aujourd’hui. Ça existait, mais ça circulait moins bien que maintenant. C’est donc comme si c’était la première fois pour moi. Et puis, celui-là tombe très bien!  

Paul Savoie à Paris. Gracieuseté

Les Franco-Ontariens vous connaissent en tant qu’auteur, mais peu savent que vous êtes également musicien. Parlez-nous de votre musique?

Je fonctionne dans ma musique comme je fonctionne dans mon écriture, c’est-à-dire avec beaucoup d’improvisation pour retrouver un noyau central, une structure fondamentale. Je m’assois par exemple devant un piano sans savoir où je vais, je joue une première note qui m’emmène à une autre jusqu’à arriver à cette structure fondamentale. Cette façon de faire est innée en moi.  

Les oreilles indiscrètes d’ONFR+ ont ouï dire que vous vouliez arrêter d’écrire pour de bon après ce dernier recueil intitulé Ce Matin, le même qui a gagné le prix Champlain 2022. Est-ce vrai?

C’est vrai que je voulais arrêter. J’ai tout donné dans ce recueil, et je n’arrivais plus à justifier l’acte d’écrire. Je ne trouvais plus un contexte dans lequel ça avait encore un sens en moi. Ce sentiment a commencé avec la disparition de la revue culturelle franco-canadienne Liaison qui était un magnifique réceptacle de ce qui se fait en culture et en art francophone et où je contribuais régulièrement. C’est pour ça que je vous ai dit que ce deuxième prix Champlain tombait très bien, il m’a permis de sortir de cet état et de me rappeler que ce que je faisais avait du sens et que je faisais partie d’une communauté, j’avais besoin de le sentir. »


LES DATES-CLÉS DE PAUL SAVOIE

1946 : Naissance à Saint-Boniface, au Manitoba

1960 : Début des études secondaires au Collège de Saint-Boniface

1974 : Publie son premier livre, Salamandre, aux Éditions du Blé

1994 : Premier séjour en Thaïlande. Il sera suivi de sept autres voyages dans ce pays

2010 : Devient directeur général du Salon du livre de Toronto

2022 : Lauréat du prix Champlain pour le recueil de poèmes Ce matin publié aux Éditions David

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le rôle du gouvernement dans la protection du patrimoine franco-ontarien

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

L’Ontario, province la plus populeuse du Canada, compte aussi le plus grand nombre de francophones vivant à l’extérieur du Québec. La présence francophone sur l’actuel territoire ontarien remonte à plus de 400 ans et, après les Autochtones, la communauté francophone a été la première à s’y établir de façon permanente.

Bien évidemment, la présence historique francophone et la vitalité de sa communauté sont un incontournable et une plus-value pour la province, mais qu’en est-il du rôle que joue l’Ontario dans la préservation et la protection du patrimoine, particulièrement franco-ontarien.

Par la façon dont est conçu et s’applique le fédéralisme au Canada, la culture est de compétence provinciale, au même titre que la santé et l’éducation. Ainsi, le patrimoine (qui est une des nombreuses composantes de la culture), relève des provinces. Pour protéger le patrimoine franco-ontarien, c’est donc du côté des textes législatifs de l’Ontario qu’il faut s’appuyer.

La Loi sur le patrimoine de l’Ontario

La première Loi sur le patrimoine en Ontario a été adoptée sous le gouvernement de Bill Davis en 1975. Même si l’éveil à l’importance de la protection patrimoine s’est surtout fait dans les années 1970, l’Ontario était loin d’être une pionnière en la matière en adoptant une Loi sur le patrimoine. À titre de comparaison, le Québec s’est doté de ce type de loi dès 1922!

Bien qu’adoptée à l’Assemblée législative, la mise en application de Loi sur le patrimoine de l’Ontario relève des municipalités, ces dites « créatures des provinces » selon l’expression consacrée. Ainsi, la Loi sur le patrimoine s’applique de la même façon partout en Ontario « que tu viennes de Pointe-aux-Roches ou d’Orléans… d’ici jusqu’à Fauquier! » pour citer la chanson de Paul Demers.

Ce n’est pas unique au patrimoine, cependant. Par exemple, les bibliothèques publiques de l’Ontario sont régies selon une loi provinciale mais, sur le terrain, ce sont les municipalités qui les gèrent. La Loi offre une protection légale et juridique contre la démolition de bâtiments qui sont désignés en vertu de celle-ci.

La mouture de 1975 a été modernisée en 2005 à l’époque où Madeleine Meilleur était ministre de la Culture dans le gouvernement de Dalton McGuinty, en plus de cumuler la fonction de ministre déléguée aux Affaires francophones.

Des bâtiments de l’histoire franco-ontarienne sont protégés en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, dont une dizaine d’églises, quatre anciennes écoles et trois presbytères. Précisons par contre que la Loi ne contient pas de mesures spécifiques réservées à la protection du patrimoine franco-ontarien. Également, le rôle de la ministre aux Affaires francophones de l’Ontario ne s’intéresse pas aux questions du patrimoine franco-ontarien.

Les citoyens intéressés par la protection de ce patrimoine sont référés au ministère des Industries du patrimoine, du Sport, du Tourisme et de la Culture. Ce dernier est chargé d’administrer différentes législations, dont pas moins de 18 lois célébrant le jour ou le mois du patrimoine d’une communauté culturelle donnée. Par contre, aucune des 18 lois ne commémore le patrimoine franco-ontarien, bien que la communauté, sous l’égide du Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO), célèbre chaque février depuis 2008 le Mois du patrimoine en Ontario français.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral octroie aussi des désignations patrimoniales. Cependant, bien que prestigieuses, ces désignations fédérales sont surtout symboliques car c’est la législation provinciale qui a force de loi.

Archives provinciales et Fiducie du patrimoine ontarien

Outre la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, les Archives publiques de l’Ontario acquièrent et préservent des documents liés à l’histoire de la province. Les Archives « détiennent des collections considérables qui contribuent à éclairer l’histoire de la présence française dans la province » selon la présentation sur leur site web.

Y sont préservées plusieurs sujets liés à l’histoire franco-ontarienne comme par exemple des documents liés aux pionniers francophones, au Règlement 17, aux Sœurs Dionne ou encore la correspondance et activités politiques de l’office/ministère des Affaires francophones. Les documents des Archives publiques de l’Ontario se situent dans la capitale provinciale, à Toronto.

La Fiducie du patrimoine ontarien est un organisme à but non lucratif, relevant du ministère de la Culture de l’Ontario ayant pour mission d’identifier, de protéger, de préserver et de promouvoir le patrimoine en Ontario.

Parmi ses nombreuses activités, elle dévoile d’imposantes plaques commémoratives de couleur bleue et or. Elle gère en outre un parc immobilier de propriétés désignées patrimoniales, parmi lesquelles la maison Baby, à Windsor. Plusieurs plaques de la Fiducie commémorent partout en province des moments, personnages, lieux ou événements de l’histoire franco-ontarienne et plusieurs ont été dévoilées au courant des dernières années : l’un sur le drapeau franco-ontarien, un autre sur le quotidien Le Droit ou encore sur les Flying Frenchmen.

Les parcs provinciaux

Les parcs provinciaux préservent le patrimoine naturel de l’Ontario et le rendent accessible de façon récréative. Certains d’entre eux portent des noms francophones ou des noms liés à l’histoire franco-ontarienne, tels que Samuel-de-Champlain, Rivières-des-Français, La-Vérendrye, Voyageur ou René-Brunelle.

En résumé, l’Ontario n’accorde pas une attention particulière ou spéciale à la préservation du patrimoine franco-ontarien. Il n’existe pas un « réflexe franco » systématique (pour reprendre l’ancienne expression de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario) pour la protection du patrimoine francophone en Ontario.

Par contre, l’Ontario a investi ponctuellement 5,9 millions de dollars au soutien de célébrations culturelles commémorant le 400e anniversaire de la présence francophone en Ontario en 2015, par l’entremise de nombreuses festivités (dont une première : le dévoilement d’une plaque de la Fiducie du patrimoine ontarien à Honfleur, en France).

De fait, les francophones trouvent davantage de protections provinciales faites sur mesure pour leurs droits linguistiques que pour la protection de leur patrimoine. Effectivement, en Ontario le patrimoine franco-ontarien ne jouit pas de traitement de faveur ou de statut particulier. Il se fond aux yeux de la province comme au sein d’un seul et même patrimoine… ontarien, tout simplement.

Ce manque de reconnaissance explicite a pour effet que pour en assurer sa protection, la communauté franco-ontarienne doit naviguer parmi les lois et organismes gouvernementaux existants et tirer son épingle du jeu.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Del Duca pas inquiet pour la réélection d’Amanda Simard

ST-ALBERT – De passage dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell vendredi, le chef des libéraux Steven Del Duca s’est dit peu inquiet de la réélection de sa députée locale. De son côté, la principale intéressée Amanda Simard se dit consciente que la lutte s’annonce chaude, mais espère que les gens iront voter.

La députée élue sous la bannière progressiste-conservatrice avait annoncé son départ après la crise linguistique de 2018. Siégeant comme indépendante pendant un peu plus d’un an, elle a rejoint ensuite la troupe libérale en janvier 2020.

« J’ai eu la chance de voir de mes yeux la façon dont Amanda Simard représente et travaille pour cette communauté dans la circonscription », a lancé le chef en face de la Fromagerie St-Albert. « Elle est une championne pour les familles d’ici ainsi que pour les droits des francophones en général dans toute la province. »

Le chef ajoute qu’il ne pense pas que les électeurs vont la faire payer pour son changement de camp.

« Je n’ai aucun doute que les gens de Glengarry-Prescott-Russell vont la réélire avec un mandat fort pour continuer ce qu’elle fait… Ce qui est clair dans les derniers jours, c’est que seulement les libéraux ont le plan et l’équipe pour arrêter Doug Ford de nous traîner vers le bas pour quatre autres années. C’est un choix très clair dans cette élection et on a le momentum en ce moment. »

Crédit image : Pascal Vachon

À l’heure actuelle, le site de sondage 338 Canada prédit une course très serrée avec le candidat progressiste-conservateur Stéphane Sarrazin. Même si le site de prédictions considère que Mme Simard pourrait reprendre le siège sous la bannière rouge, M. Sarrazin reste en retard de 5 à 6 % de la députée sortante. N’y’a-t-il pas une inquiétude?

« C’est pour ça qu’on a une campagne électorale », lance simplement Steven Del Duca en réitérant ne pas être inquiet pour sa représentante franco-ontarienne.

La principale intéressée se dit consciente que la bataille n’est pas gagnée d’avance.

« C’est vrai que c’est serré dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell, l’important c’est qui va voter, on peut être très populaire dans une circonscription, mais si nos électeurs ne votent pas voter, on ne gagnera pas. J’essaie de motiver les gens à aller voter, c’est très important », souligne Amanda Simard.

Doug Ford le plus populaire

Le chef libérale était aussi de passage à Ottawa vendredi matin où il a été questionné sur un sondage commandé par Radio-Canada auprès des francophones de la province. Une majorité des Franco-Ontariens pensent que le Parti libéral est le parti le mieux placé pour défendre leurs intérêts, selon un coup de sonde de la maison Ipsos Canada.

« Je suis fière de voir que le Parti libéral est quand même le parti des Franco-Ontariens. On parle de décennie de travaux ici, les libéraux ont toujours été là pour les francophones », avance Mme Simard.

Toutefois, Doug Ford serait le chef le plus populaire chez les Franco-Ontariens avec près de 30 % d’appuis. Des chiffres qui n’apeurent pas M. Del Duca, lui qui a seulement 14,6 % des appuis.

« Regardez mon équipe, comment pourrais-je être inquiet. Rien n’est acquis, donc pour les 13 derniers jours, nous démontrerons aux électeurs francophones de l’Ontario pourquoi nous sommes la meilleure option et je crois qu’ils commencent déjà à nous répondre de façon positive. »

Steven Del Duca lors d’un rassemblement à Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Rappelons que le chef libéral est unilingue, et ne fait pas nécessairement l’unanimité auprès des Franco-Ontariens selon ce même sondage qui le mettent en troisième position.

Mais pour Amanda Simard, « si 30 % appuient Doug Ford, ça veut dire que 70 % ne l’appuient pas ».

« Notre plateforme le montre, nous soutenons et aidons les Franco-Ontariens. Nous sommes le choix clair et évident », ajoute son chef.

Article écrit en collaboration avec Pascal Vachon.

Sandra Laronde lauréate du Prix Johanna-Metcalf

TORONTO – La metteuse en scène Sandra Laronde s’est vu décerner le Prix Johanna-Metcalf des Arts de la scène, jeudi, à Toronto, accompagné d’une bourse de 25 000 $. Elle a choisi d’en faire profiter l’artiste interdisciplinaire Aria Evans qui a reçu 10 000 $ comme protégée de Mme Laronde.

Sandra Laronde a remporté le Prix dans la catégorie metteuse en scène. Les artistes Ian Cusson, iskwē, Ravi Jain et Marilo Nuñez ont également remporté un lauréat.

En tout, c’est une valeur de 175 000 $ qui a été remise aux artistes alors que les gagnants avaient chacun un protégé. Pour la fondation, il s’agit de donner un coup de pouce au secteur culturel particulièrement affecté par la pandémie de COVID-19.

Sandra Laronde. Crédit image : Lott Thor
La metteuse Sandra Laronde. Crédit image : Lott Thor

Originaire du Nord de l’Ontario, Sandra Laronde appartient à la nation teme-augama-anishinaabée de Tegami. Chorégraphe, auteure, productrice et conteuse numérique, elle a fondé en 2000 Red Sky Performance dont elle est toujours la directrice artistique. Son entreprise se spécialise dans la production et la promotion des artistes autochtones partout au Canada et dans le monde. Elle a également été une figure de la diplomatie canadienne en représentant le pays notamment lors de la première mission commerciale des industries culturelles du Patrimoine canadien en Chine (2018).

Créés en 2019, les Prix Johanna récompensent les artistes de l’Ontario, francophones comme anglophones, qui ont eu un impact reconnu dans leurs domaines.

Nommé en l’honneur de Johanna Metcalf qui a piloté la fondation pendant plus de 40 ans et qui était une amoureuse des arts et des artistes, le prix vise à encourager les artistes mettant de l’avant des pratiques visionnaires de façon prometteuse.

Une première politique dans Orléans pour le Franco-Ontarien Gabe Bourdon

ORLÉANS – Voilà une circonscription où de nombreux Franco-Ontariens vivent. Des aînés, des fonctionnaires et de nouveaux arrivants résident dans cette région à majorité libérale. Là, où les sondages placent le candidat des libéraux Stephen Blais en tête, le concurrent néo-démocrate, Gabe Bourdon, privilégie le dialogue et veut représenter les habitants d’Orléans, peu importe leur âge, leurs origines ou leurs genres.

« Je veux partager un message d’espoir », nous dit ce novice en politique. « Je rencontre des gens de tous les genres, il y a une diversité infinie à Orléans. On veut prendre soin des gens ici. »

Ce Franco-Ontarien a grandi à Orléans et explique n’avoir jamais fait de la politique, mais que ses raisons sont multiples.

« Je n’ai jamais été membre d’un parti politique, ni de bénévolat ou de porte-à-porte. J’ai voulu rejoindre le Nouveau Parti démocratique (NPD) surtout contre la privatisation de nos services de santé. »

C’est avec une énergie débordante que le candidat nous raconte ce qu’il aime dans son nouveau rôle. À 37 ans, ce père de famille, auparavant représentant syndical, avoue apprendre tous les jours. « J’essaie de faire au mieux de mes capacités », reprend-il.

« J’ai hâte d’entendre parler les gens, peu importe ce qu’ils ont à dire. La seule manière que j’ai de pouvoir représenter les Orléanais, c’est de les entendre. Je ne peux pas les représenter si je ne sais pas les enjeux qui les touchent. »

Gabe Bourdon dans son local de campagne. Crédit image : Lila Mouch

Le prétendant au titre, ne s’inquiète pas de la place que lui accordent les sondages. Pour lui, en politique on ne peut rien prévoir. Chaque événement ou crise peut faire basculer l’opinion publique. Son avantage dans cette campagne, c’est le système de santé, selon lui, après deux années de pandémie.

« La santé est la préoccupation première des habitants (…). Nous avons la santé à cœur, c’est une des raisons qui m’a poussé à rejoindre le parti. »

Les enjeux de plus 128 000 Orléanais

Depuis le début de la campagne électorale et quasiment tous les jours, Gabe Bourdon et ses bénévoles sillonnent les rues d’Orléans, à la rencontre des habitants. C’est dans le quartier de Chapel Hill Sud où s’étalent quelques grandes maisons unifamiliales et des VUS de derniers prix que le candidat sous un soleil de feu est allé à la rencontre des habitants. Pour lui, le porte-à-porte est la façon la plus efficace de discuter avec les gens et d’en apprendre sur eux.

« Les enjeux de beaucoup d’Orléanais, c’est la francophonie, sans aucun doute. On est, je crois, entre 35 % et 40 % de francophone ici. C’est un sujet qui dans notre province, n’est pas assez mis en avant. »

Le candidat néo-démocrate se présente contre le libéral sortant Stephen Blais et la progressiste-conservatrice Melissa Felián. Crédit image : Lila Mouch

Dans ce quartier où les beaux jardins fleurissent, une maison sur deux est habitée par des francophones. À Chapel Hill Sud, une maison coûte entre 750 000 $ et plus de 1 million de dollars.

Son projet est d’être la voix des francophones à Queen’s Park et à tous les congrès du NPD.

« Il faut que ça change, on doit avoir des services en français autant qu’en anglais. Ce sont les deux langues officielles du Canada. Je suis Canadien, j’ai le droit d’être servi en français, pourtant, la province a beaucoup de travail à faire dans ce sens. »

Le manque de services en français lors des cliniques de vaccination à la Place d’Orléans est souvent revenu durant son porte-porte.

« Si tu as des questions sur la vaccination, notamment avec toutes les controverses autour du vaccin, tu ne peux même pas avoir d’informations dans ta langue. J’ai entendu ça plusieurs fois, c’est aberrant. »

Pour lui, ce sont ces choses-là qui l’habitent. « Je veux avoir une voix forte et juste, qui reflète les gens de ma circonscription. Je veux qu’on entende la voix des francophones et des gens d’Orléans ».

Diversité et curiosité dans sa ville chérie

Ce fier francophone sait que le coût de la vie et le logement sont des préoccupations montantes dans sa région. « Je ne pense pas qu’il faille s’allier aux libéraux au niveau de la province. Je pense par contre qu’il faut des partenariats dans tous les niveaux du gouvernement municipal, provincial et fédéral. »

« La santé, et l’éducation, pour moi, c’est une raison d’être, pas une bière à 1 dollar », ironise-t-il.

Les gens de cette circonscription parlent d’éducation. Gabe Bourdon pense qu’il faut s’inspirer des belles pratiques que l’on voit, notamment en Europe. Pour lui, « forcer à suivre des cours en ligne alors que des gens n’ont même pas accès à Internet dans certains coins de l’Ontario, ça n’a pas de sens ».

À l’angle de Nature Trail Crescent et de la voie Noblewood, les résidents ouvrent volontiers la porte. C’est tout sourire que les gens accueillent Gabe Bourdon. Sa phrase d’accroche interpelle : « Bonjour, je suis Gabe Bourdon, je veux savoir quels sont vos enjeux, qu’est-ce qui est important pour vous? ».

Il est dur de savoir la couleur politique de ce quartier. Aucune pancarte ne jonche les parvis. Familles et aînés parlent de santé et du prix de l’essence. Les gens avouent hésiter pour qui voter. D’ailleurs, beaucoup se demandent s’il sert à quelque chose d’y croire encore. Gabe Bourdon veut changer les mentalités.

« Je veux donner un message d’espoir et d’amour. On peut changer les choses… Si à l’issue de cette élection, je ne suis pas élu, je continuerai probablement toute ma vie de représenter ma communauté. »

Au cours de son porte-à-porte, le candidat rencontre des résidents préoccupés par le système de santé. Crédit image : Lila Mouch

Une diversité qui se traduit dans les enjeux, à chaque porte, sa peine. Bien que la santé soit le sujet de mise, on parlera souvent de la construction d’immeubles et de maisons aux alentours. « L’étalement urbain oui, mais il faut préserver le paysage, il ne faut pas que ce soit dense », nous dit une mère de famille.

Plus tard, c’est un Franco-Ontarien marié à une soignante, qui nous dit : « Ma femme est infirmière, alors, vous vous doutez bien qu’on ne va pas voter pour le Parti progressiste-conservateur. »

À la porte à côté, on nous dira avoir toujours voté libéral, mais on promet de lire le programme du NPD. Puis, celle d’après assure avoir déjà fait son choix et nous demandera de partir.

Nouveau et motivé comme jamais

De retour à son bureau de campagne, le candidat NPD y organise sa prochaine journée. Des messages de soutiens collés aux murs en français et en anglais lui rappellent pourquoi il fait ça. Au même moment, nous apprenons qu’Andrea Horwath, publiait un tweet sur l’événement qui a eu lieu plus tôt dans la journée, concernant des adolescentes de l’école Béatrices-Desloges, ayant subi un contrôle hors norme du code vestimentaire.

Gabe Bourdon est dotée de l’énergie nécessaire pour mener à bien la mission qu’il s’est fixée « une porte à la fois, mon but est de connecter avec les gens, à chaque porte, je suis un meilleur représentant et j’espère pouvoir gagner des soutiens ».

Gabe Bourdon utilise TikTok pour faire passer ses messages. Crédit image : Lila Mouch

« On essaie aussi de toucher les gens sur les réseaux sociaux, grâce à ma bénévole et gestionnaire en médias sociaux. Elle est phénoménale et être sur TikTok était son idée. J’adore faire du karaoké : dans ma maison, on danse », explique-t-il avec son enthousiasme contagieux.

Quand on lui demande quel est son message rassembleur, le candidat dit qu’il « espère qu’on peut être élu pour notre travail en politique ».

« Le lien entre tous ici, c’est que tout le monde est tanné des politiques. Je veux me battre pour que les gens se réintéressent. Je veux qu’on parle avec amour, espoir et optimisme. Je suis comme les gens à qui je parle. Je veux qu’on ait de l’espoir et j’aime le monde d’Orléans. »

Débat à Embrun autour de la francophonie, l’agriculture et la COVID-19

EMBRUN – Les élections provinciales battent leur plein en Ontario. Pour l’occasion, ONFR+ a invité les différents partis politiques à participer au débat de la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell. Coût de la vie, relève agricole, autoroute, francophonie, tout y était pour une joute régionale animée par Rudy Chabannes.

La députée sortante, Amanda Simard, désormais sous la bannière du Parti libéral, se mesurait à Thaila Riden du Parti vert et Victor Brassard du Nouveau Parti bleu. Les candidats des progressistes-conservateurs et du Nouveau Parti démocratique brillaient par leur absence.

La pandémie de COVID-19 s’est invitée en début de débat alors que les candidats en ont tiré des bilans relativement similaires.

« Il y a eu moins de division dans Prescott-Russell qu’ailleurs dans la province. On se connaît et on se respecte dans nos communautés. Tout le monde souhaite être en santé », a lancé Amanda Simard.

Le candidat du Parti vert, Thaila Riden. Crédit image : Simon Lefranc

De son côté, Victor Brassard en a profité pour affirmer qu’il était opposé aux « obligations ».

« On est capable de suivre les règles, chaque personne à la responsabilité de s’occuper de sa famille », développe-t-il.

Tout au long du débat, M. Riden a fait de grands efforts pour s’exprimer en français, mais a été surclassé par ses adversaires francophones.

L’économie francophone au cœur des préoccupations

Bien que les progressistes-conservateurs n’étaient pas présents au débat, ils étaient clairement la principale cible des attaques d’Amanda Simard. La candidate a critiqué le bilan de Doug Ford à de nombreuses reprises en particulier sur les enjeux touchant à sa communauté.

« On a compris qu’avec M. Ford, les services en français ne sont pas valorisés », a-t-elle lancé.

Alors que le débat a glissé sur la question de la pénurie de main-d’œuvre francophone dans l’Est ontarien, Victor Brassard a surpris quelque peu l’animateur en affirmant que le problème n’existait pas. « Je ne vois pas de problème de main-d’œuvre dans mon village d’Alexandria », a-t-il justifié.

Pour ce qui est de la question du logement, M. Riden a prôné une politique de taxation des maisons vides. « Les maisons sont pour les gens, pas pour les spéculateurs », a-t-il affirmé.

Amanda Simard a également étalé différentes propositions du Parti libéral pour aider les citoyens à faire face à la hausse du coût de la vie. Parmi elles, le transport en commun à 1 dollar partout en Ontario ainsi qu’une augmentation par deux des pensions de sécurité de la vieillesse.

Victor Brassard n’a pas été convaincu par ses adversaires à ce sujet. « On nous promet des baisses de taxes, mais les politiciens ne font rien et c’est pour cela qu’on a des problèmes avec le coût de la vie. On donne de l’argent et l’inflation augmente », a-t-il argumenté.

Victor Brassard du Nouveau Parti Bleu. Crédit image : Simon Lefranc

Enjeu très local, les citoyens présents au débat ont interpellé les candidats au sujet de l’état de l’autoroute 174 qui dessert les banlieues d’Orléans et Cumberland.

« C’est la municipalité de faire l’entretien ce qui n’est pas réaliste avec les impôts qu’on reçoit à ce niveau. La province doit reprendre cet autoroute », a affirmé Amanda Simard.

Thaila Riden s’est montré plutôt hostile à la question et a tranché en affirmant qu’avec le Parti vert, « c’est le logement, pas l’autoroute ».

Au niveau de la relève agricole, les trois candidats se sont entendus pour dire qu’il y avait là un enjeu important pour l’économie de l’Est ontarien.

Thaila Riden a dénoncé la « disparition » de 175 acres de terre quotidiennement et a promis de rendre l’agriculture plus abordable pour les familles.

De son côté, Amanda Simard a pointé les effets négatifs de la taxe carbone sur les fermiers et a promis d’augmenter le crédit financier pour ces dernier.

Amanda Simard, députée libérale en Ontario. Archives ONFR+

« Je suis fermier. On a du miel, des poules, des lapins… C’est une joie », a témoigné Victor Brassard.

En terminant, les candidats ont fait une profession de foi dans leur soutien à la communauté d’expression française de l’Ontario.

« J’ai quitté (Doug) Ford, car il a trahi les francophones. Il ne m’a jamais dit combien il a sauvé d’argent avec l’abolition du Commissariat aux services en français », a dénoncé Amanda Simard.

Les électeurs peuvent se prononcer dès aujourd’hui sur les candidats par le vote anticipatoire. Les résultats finaux seront connus le 2 juin 2022. Alors sous la bannière du Parti progressiste-conservateur, Amanda Simard avait remporté l’élection de 2018 avec 41 % des suffrages.

Conférence, livre, spectacle et festival : le nord en fête!

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Un festival à Sudbury, un nouveau livre de contes se déroulant dans la même ville, la visite d’une vedette de la pop québécoise à Hearst et Kapuskasing, ça va bouger en culture dans le nord de l’Ontario! Les férus d’histoire acadienne seront également servis en plus des amateurs d’humour.

Conférence

Revivre le rêve acadien

Les passionnés d’histoire auront quelque chose à se mettre sous la dent le mercredi 25 mai alors que l’Alliance française de Toronto organise une conférence sous le thème L’aventure des Acadiens aux îles Malouines en compagnie de Bougainville. Offerte par Christian Brode, les spectateurs plongeront dans l’aventure de la tentative d’établissement d’une colonie acadienne sur les célèbres îles détenues par les Espagnols puis les Anglais. Les colons acadiens poursuivent le rêve d’une terre d’harmonie pour y vivre en paix suite à la Guerre de Sept Ans. L’enfer étant pavé de bonnes intentions, l’épopée acadienne aux Malouines ne dura que trois ans, mais certains y sont restés.

Christian Brode. Gracieuseté

L’événement est gratuit et aura lieu au Théâtre Spadina de Toronto le 25 mai à 19h. L’Alliance française demande cependant aux participants de s’inscrire d’avance. 

Festival

Tonnerre à la Nuit émergente

La Place des Arts du Grand Sudbury accueillera les talents montants de la musique francophone le samedi 21 mai. Une dizaine d’artistes se produiront dans des salles différentes où le public pourra se déplacer comme dans un festival. Organisé par La Slague, les neufs coups de cœur de l’organisme soit Et on déjeune, Alex Pic, Emilio Portal, Chloé Lacasse, Matiu, Mort Rose, Solipsisme, Larynx et Sarah Bradley seront sur scène. Pour les plus tardifs, il y aura une suite au Townehouse Tavern à 23h.

La nuit émergente. Source : La Slague du Carrefour francophone

Tenu à la Place des Arts du Grand Sudbury le samedi 21 mai à 18h, les billets vont de 0 à 40 $ et peuvent être achetés en suivant ce lien

Sortie en librairie

Histoires du nord

Les Éditions Prise de parole présentent Nouveaux contes sudburois. Écrits par Antoine Côté Legault, Miriam Cusson, Marie-Thé Morin, Chloé Thériault et Gaston Tremblay lors d’une résidence d’écriture au centre-ville du Grand Sudbury, ces nouveaux contes urbains renouvellent l’imaginaire du nord de l’Ontario par les fantômes, les avatars et les ambitions de la mythique ville francophone.

L’autrice Chloé Thériault. Crédit image : Stacey Lalande

Le livre peut être trouvé dans les librairies suivantes de l’Ontario et se vend 17.95 $. Un résumé peut être lu sur le site de la maison d’Éditions Prise de parole.

Spectacle humoristique

Rire au féminin

Anne-Élisabeth Bossé présentera son spectacle Jalouse qui saura divertir le public d’Orléans. Invitée par le MIFO, l’habituée des plateaux télé, du théâtre et de la radio s’offre maintenant en one-woman-show humoristique où elle nous révèle ses impressions sur le monde qui l’entoure. Mis en scène par Frédéric Blanchette, Jalouse vous tordra de rire bien assis sur votre siège.

Anne-Élisabeth Bossé. Gracieuseté

Le spectacle d’Anne-Élisabeth Bossé se tiendra au Centre des arts de Shenkman le jeudi 26 mai à 20h. Les billets sont à 43 $ pour le grand public, 39 $ pour les membres privilège et 21,25 $ pour les moins de 25 ans. Ils peuvent être trouvé sur le site internet du MIFO.

Tournée

Grande visite à Hearst et Kapuskasing 

La vedette de la pop québécoise Nicola Ciccone est en tournée en Ontario. Il viendra rendre visite au nord de la province avec des spectacles à Hearst et Kapuskasing respectivement les 20 et 21 mai. Son premier spectacle à Hearst sera tenu en virtuel alors que celui de Kapuskasing sera devant public. Il présentera son spectacle Le long chemin issu de son troisième album paru en 2019. Dans cette œuvre, l’artiste aborde les défis de la vie avec ses joies, ses succès et ses échecs.

Nicola Ciccone. Crédit image : Laurence Labat

Le spectacle virtuel de Nicola Ciccone à Hearst est disponible au coût de 17 $ par adulte et 7 $ pour les enfants. Il se déroulera le vendredi 20 mai de 20h à 22h. Les billets sont disponibles ici. La prestation devant public à Kapuskasing sera à la salle de spectacle L.J. Fortin du Centre régional des loisirs culturels inc. le samedi 21 mai à 20h. Les billets sont à 45 $ pour les admissions générales et 35 $ pour les membres. Ils peuvent être achetés au Centre des loisirs ou à la porte.

Le rire franco-ontarien aux deux rives

L’humour franco-ontarien, ça existe! En pleine croissance depuis quelques années, rien n’arrête les nouveaux talents de la scène à la conquête des sourires des deux côtés de la rivière des Outaouais. ONFR+ a discuté de ce renouveau artistique avec Jonathan Dion et Évelyne Roy-Molgat, deux figures de la relève en spectacle samedi 20h au bar Le Troquet à Gatineau.

Jeune humoriste de 26 ans, Jonathan Dion a grandi dans la municipalité bilingue de Clarence Creek dans l’Est ontarien. « J’ai commencé l’humour par l’improvisation en 7e – 8e année. J’en ai fait tout mon secondaire et à l’université. C’est ce qui m’a poussé à faire du stand-up lors des opens mics bilingues », raconte-t-il.

Je viens de l’Ontario, mais je ne parle pas anglais!

Évelyne Roy-Molgat

« Je viens de l’Ontario, mais je ne parle pas anglais! », se présente Évelyne Roy-Molgat, 20 ans, originaire de L’Orignal, un petit village francophone doté d’une marina bordant la rivière des Outaouais.

Jonathan Dion en spectacle. Crédit image : NykProduction

Enfin de l’humour franco en Ontario

Alors que les grandes figures du rire franco-ontarien comme Patrick Groulx ont réalisé leur carrière au Québec, la relève a désormais des opportunités pour se faire valoir dans sa propre province.

« Il y a 4-5 ans, la Station 4 saisons a commencé à ouvrir dans l’Est ontarien et la région de Hammond. C’est là qu’ont été les premières opportunités de faire du stand-up dans notre région », raconte Jonathan Dion. « Maintenant que les gens de la région savent qu’on existe, on fait plus de festivals et d’événements corporatifs. Je suis formateur au concours LOL dans les écoles de l’Ontario qui crée de futurs humoristes un peu partout dans la province. »

Évelyne Roy-Molgat a d’ailleurs commencé l’humour avec le concours LOL alors qu’elle avait 14 ans.

« J’ai tellement aimé que je m’inscrivais chaque année! C’était ma seule opportunité pour faire de l’humour tellement j’étais jeune », se souvient-elle. « D’habitude dans les bars tu joues devant 30 ou peut-être 60 personnes. Au concours tu en as 500-800. C’était mon premier gros show à vie. Ça a bien été, mais en plein numéro j’ai eu un blanc. J’avais le micro dans les mains et sans m’en rendre compte j’ai laissé sortir un ‘shit’ que tout le monde a entendu. »

Évelyne Roy-Molgat aux 100 génies. Crédit image : Vincent Descoteaux

Rire vert rire bleu

Bien que les opportunités soient de plus en plus importantes en Ontario, Jonathan et Évelyne ne se privent pas d’aller se faire valoir en spectacle au Québec.

« Il y a toujours des gens qui sont bien surpris d’apprendre qu’on fait de l’humour en français, qu’on est originaire de l’Ontario et qu’en plus on fait des spectacles d’humour en français en Ontario », lance Jonathan Dion en entrevue avec ONFR+.

Il y a toujours des gens surpris d’apprendre qu’on fait des spectacles d’humour en français en Ontario!

Jonathan Dion

Habitué de causer la surprise, le professionnel du rire explique que l’humour devant le public québécois n’est pas le même que celui face aux Franco-Ontariens. « Il y a beaucoup plus d’humour de référence au Québec qu’on ne peut pas faire en Ontario que ce soit sur des émissions de télé ou la politique. Les histoires comme celles que l’on entend sur la construction à Montréal, on a pas nécessairement ça dans notre coin », explique-t-il.

De son côté, Évelyne Roy-Molgat a déménagé à Montréal à l’âge de 18 ans pour se concentrer pleinement sur sa carrière humoristique, mais la pandémie de COVID-19 lui a fait changer ses plans. Active sur la scène régionale, elle adore jouer devant son public original.

« J’ai joué récemment à Hawkesbury et le public m’aimait dès le moment que j’ai affirmé être Franco-Ontarienne. Les gens connaissent toutes les références humoristiques dont je parle », se réjouit-elle.

Après avoir beaucoup joué dans la métropole québécoise, Évelyne profite bien des opportunités que lui offre l’Ontario français. « À Montréal, le bassin d’humoriste est tellement grand que c’est difficile de faire sa place, mais en Ontario on est tellement pas beaucoup que tout le monde se connaît et c’est plus facile », explique-t-elle.

« Il y a plus de shows d’humour et de demande en particulier dans les écoles francophones où ils veulent des artistes pour parler aux jeunes. Quand quelqu’un a besoin d’une humoriste en Ontario, mon nom sort », renchérit-elle.

 Évelyne Roy-Molgat. Crédit image : Émilie Lapointe

Phoenix de la pandémie

Il va sans dire que la pandémie n’aide en rien les jeunes artistes en début de carrière. Pour Jonathan et Évelyne, les deux années ont été une période de grande remise en question. Tant bien que mal, les deux amuseurs publics se sont adaptés en s’équipant de matériel pour faire des formations ainsi que des spectacles en ligne.

« Quand on en revient plus fort et on continue de faire des spectacles suite à la COVID-19, ça prouve qu’on a vraiment la passion et qu’on est à la bonne place », affirme Jonathan Dion.

Pour sa part, Évelyne Roy-Molgat a une pensée pour son copain, également humoriste, qui l’a épaulé et gardé motivée durant la phase pandémique. Elle a pu en profiter pour écrire bon nombre de nouvelles blagues qu’elle compte bien lancer durant ses 30 minutes samedi.

« J’ai vraiment hâte! C’est un bon challenge pour un humoriste (…)J’aime beaucoup parler au public, mais si dans une soirée je n’ai que 10 minutes, je n’ai pas le temps », lance-t-elle.

Jonathan Dion se prépare pour une demi-heure de nouveaux matériels. Alors qu’il se prépare à de nouveaux spectacles prochainement, dont un à North Bay, cet été, il a hâte de pouvoir les utiliser devant le public.

« Tester des blagues c’est comme se lancer dans un filet sans savoir s’il va tenir. C’est se lancer dans le vide. Il faut l’assumer jusqu’au bout. Si une blague ne fonctionne pas bien, il faut trouver pourquoi et retravailler le processus d’écriture de la joke », explique-t-il.

« C’est sûr que c’est stressant, mais l’improvisation m’a toujours aidé pour rattraper un gag. Il ne faut pas se démoraliser, car ça arrive ces choses-là », lance-t-il en guise de conclusion.

Jonathan Dion. Crédit image : Elou Photographie 

COVID-19 : Deux des quatre chefs testés positifs

Le chef des verts Mike Schreiner et la cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) Andrea Horwath ont obtenu un test positif à la COVID-19, ont fait savoir les deux leaders jeudi matin. Le chef libéral Steven Del Duca et Doug Ford ont eu des résultats négatifs.

C’est par communiqué de presse et sur les réseaux sociaux que Andrea Horwath a partagé son message :

« Comme tant d’autres personnes au cours des deux dernières années, mon test de dépistage de la COVID-19 a été positif ce matin. Nous avons fait de notre mieux pour assurer la sécurité de tout le monde, et je vais continuer à le faire en restant en isolement. »

La cheffe des néo-démocrates rajoute : « Au cours des prochains jours, nous devions nous rendre à Sault Ste. Marie, Thunder Bay, Kenora, la Première nation de Sandy Lake et North Bay — et j’avais vraiment hâte. Nous allons faire quelques ajustements, mais je continuerai à rejoindre les gens de toutes les façons possibles. Soyez prudents, prenez soin les uns des autres, et je vous verrai tous sur Zoom. » 

C’est de la même façon que Mike Schreiner, a annoncé à son tour, avoir testé positif.

« Après un contact étroit avec un membre du personnel, j’ai été déclaré positif au COVID-19 via un test rapide ce soir. Je suis complètement vacciné et je me sens bien. Comme le conseille la santé publique, je vais m’isoler pendant quelques jours et continuer à faire campagne à distance depuis chez moi. » 

Ce dernier devait se déplacer à Guelph, Wellington-Halton Hills et Toronto, aujourd’hui afin de discuter des enjeux sur la protection de l’eau. C’est de sa chambre d’hôtel à Guelph qu’il annonce ce matin qu’il s’isolera et continuera sa campagne virtuellement. « On rencontre des gens tous les jours, il est dur de dire où j’aurais pu contracter la COVID. »  

À Ottawa ce matin, et sur Zoom, Andrea Horwath dit espérer pouvoir revenir dans la course le plus tôt possible.

Steven Del Duca, lui, dit s’être testé ce matin. « Je regarderai mes symptômes tout le temps et je continuerai d’être vigilant. Je me sens mal pour Mme Horwath et M. Schreiner, je sais à quel point le timing n’est pas bon. Ils travaillent fort pour être le prochain premier ministre. Je les ai appelés ce matin et laissé des messages vocaux pour leur dire que je pensais à eux. Je leur souhaite de s’en remettre. »

Steven Del Duca. Crédit : capture d’écran Youtube.

Beaucoup soupçonnent que les deux chefs auraient contracté la COVID durant le débat du lundi 16 mai, lorsque les quatre candidats étaient réunis dans la même pièce. Steven Del Duca, en déplacement à Mississauga ce jeudi, clarifie la situation en indiquant que « le débat était génial, l’équipe de TVO était très professionnelle et tout le monde portait un masque. Les seules personnes qui ne le portaient pas étaient nous quatre dans la salle de débat ».

Mandat de Doug Ford : promesses tenues versus les promesses avortées

Toute période électorale est propice à des promesses en masse. Cependant, dans la plupart des cas, un pan de ces engagements ne dépasse guère le domaine du verbal durant le mandat du parti vainqueur. Qu’en est-il de ceux émis par Doug Ford lors des dernières élections? A-t-il failli à ses promesses ou, au contraire, les a-t-il honorées? Réponse en toute objectivité.

« On ne peut tout simplement pas faire confiance aux conservateurs de Doug Ford. Au cours des quatre dernières années, ils ont prouvé qu’ils ne se souciaient pas de tenir leurs promesses », n’a eu de cesse de dénoncer le chef libéral de l’Ontario, Steven Del Duca lors de ses déplacements de campagne.

Du côté des néo-démocrates, ils vont plus loin et chiffrent l’affaire. « Selon les études qu’on a menées, Doug Ford n’a tenu que 37 % des promesses qu’il avait faites en 2018 », souligne le porte-parole de l’opposition pour les Affaires francophones, Guy Bourgouin.

Même constat fait par le Parti vert, seul le secteur change. Son leader, Mike Schreiner donne sa version à ONFR+ : « Doug Ford a affirmé que le changement climatique est réel, mais il a passé les quatre dernières années à agir comme si ce n’était pas le cas : retirer le pouvoir des contrôleurs de la protection de la nature ou planifier des autoroutes à travers la Ceinture verte en sont quelques exemples. »

Le chef du Parti Vert, Mike Schreiner en campagne. Crédit image : ONFR+

Voilà pour l’opposition qui a éteint le calumet de la paix le temps d’une élection. Quant au clan d’en face, l’histoire est toute autre. Pour le gouvernement sortant, la parole donnée a été tenue et les objectifs atteints.  

En effet, le gouvernement avait multiplié les annonces durant les semaines qui ont précédé le départ officiel de la campagne électorale le 4 mai dernier, dont certaines honoraient des promesses préélectorales.

À noter que, pour la plupart, ces déclarations on été faites au nord de la province dans des circonscriptions que les progressistes-conservateurs ont dans le viseur. Diminuer les taxes sur le carburant pour une période de six mois ou encore la participation du gouvernement à hauteur de 900 millions de dollars pour « Réussir la transition aux véhicules électriques » sont de celles-là.

La voix neutre du Polimètre

Toutefois, pour séparer le bon grain de l’ivraie et éviter le biais que pourrait représenter l’intérêt politique de chacun des partis en course, il convient d’user de la voie de la neutralité, autrement dit de l’expertise. Pour ce faire, le Polimètre s’avère être un moyen optimal.

Développé par le Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, cet outil analytique adressé au citoyen lambda comme aux chercheurs permet de mesurer d’une manière exhaustive le niveau de réalisation des promesses faites par les gouvernements. Le tout en temps réel et en toute transparence.

Ainsi, s’agissant de l’Ontario, il en ressort que, à l’heure de la mise sous presse (soit 1441 jours après le début du mandat du gouvernement sortant), sur les 136 engagements tenus par les progressistes-conservateurs au cours de leur mandat, seulement 13 % n’ont pas été honorés, 37 % l’ont été et 18 % l’ont été partiellement. Néanmoins, 31 promesses sont toujours en cours de traitement et 14 n’ont pas encore été notées.

Rendre à « César » ce qui est à « César »

Afin de rendre à César ce qui lui appartient, voici quelques principaux engagements préélectoraux de Doug Ford qui ont été mis en application, documents et chiffres publics à l’appui.

Tout d’abord, un qui concerne directement la bourse des Ontariens, à savoir la taxation. Dès son investiture, le premier ministre candidat avait promis de n’introduire aucune taxe durant tout son mandat. Parole respectée.

Dans le secteur de la santé publique, et au regard des budgets 2019, 2020 et 2021 alloués (2,68 milliards de dollars déjà investis et 3,7 milliards supplémentaires à partir de 2024-2025), on peut dire que la troupe de Doug Ford a bel et bien tenu parole à propos de la création de 30 000 lits de soins de longue durée en 10 ans.

Autre promesse qui vaut son pesant d’or, mais qui est passée presque inaperçue au vu de l’augmentation du prix de l’immobilier en Ontario, porte sur le loyer. Certes, l’homme fort de la province n’a pas manqué de supprimer le contrôle des loyers sur les nouveaux immeubles résidentiels peu après son accession au pouvoir, mais il a maintenu, comme promis, le contrôle des loyers pour les locataires déjà en place. De plus, il a limité l’augmentation de loyer pour 2022 pour l’établir à 1,2 %. Une promesse de statu quo, en somme !

En outre, le gouvernement ontarien a réussi à faire adopter par l’Assemblée, en novembre dernier, la loi 27 visant à œuvrer pour les travailleurs, une loi qui, entre autres, ambitionne d’éliminer les obstacles rencontrés par les nouveaux arrivants formés à l’étranger, tels que l’exigence d’une expérience de travail canadienne.

Source : Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval

Ford a failli

À l’inverse, il existe des domaines où Doug Ford a failli à sa parole. L’économie en est un. En effet, si l’Ontario a honoré sa promesse vis-à-vis de la réduction du taux de l’Impôt sur le revenu des petites entreprises en le faisant passer de 8,7 % à 3,2 % dès le 1er janvier 2020, il n’en va pas de même pour la promesse relative à la baisse des taux d’imposition des sociétés de 11,5 à 10,5 % afin d’attirer de nouvelles entreprises en Ontario. « Le taux général de l’impôt sur le revenu des sociétés en Ontario est actuellement de 11,5 % », peut-on lire sur le site gouvernemental.

Toujours dans la chose économique, le premier ministre tenant du titre a échoué à concrétiser sa promesse d’équilibrer « le budget provincial au cours de la troisième ou quatrième année du mandat », comme annoncé lors des dernières élections. Il n’en est rien, le déficit budgétaire de l’Ontario a plus que doublé depuis lors. Bien que le gouvernement table sur une baisse de déficit de 27,7 milliards de dollars pour l’exercice 2022-2023, on est toujours loin du compte. 

Autre défit, autre échec, les progressistes-conservateurs n’ont pas réussi à réduire la facture d’électricité du contribuable ontarien de 12 % comme annoncé avant les élections. Mieux que cela, selon le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, la facture moyenne a grimpé de 4,3 % entre 2018 et 2021 et poursuivrait sa hausse de 2 % chaque année.

Quant aux promesses environnementales, là aussi, il y a beaucoup à redire, en commençant par l’engagement voulant renforcer la surveillance des principaux pollueurs. À en croire le rapport du Bureau du vérificateur général de 2021, il existe peu de preuves qui abondent dans ce sens, allant jusqu’à qualifier le travail du ministère de tutelle de « trop faible pour prévenir et réduire les risques de déversements » commis par les industriels pollueurs. Qui plus est, le rapport pointe du doigt le manque de transparence de la part du gouvernement et une législation trop molle dans ce domaine. 

Sur un autre registre, celui de la santé publique, l’opposition reproche deux promesses non tenues. D’une part, la médecine de couloir, c’est-à-dire le surpeuplement des hôpitaux que le premier ministre avait promis d’éradiquer pendant son mandat. Les données suggèrent que, loin d’avoir disparu, le phénomène persiste et a même atteint aujourd’hui le niveau prépandémique.

D’autre part, le temps d’attente dans les hôpitaux avant d’être pris en charge que le gouvernement avait prévu de réduire d’une manière significative. En juin 2018, le temps moyen d’attente était de 14,4 heures contre 15,1 en décembre 2020. Plus récemment, en novembre 2021, certains patients pouvaient attendre jusqu’à deux ans pour pouvoir subir une opération chirurgicale.

La pandémie à la rescousse

Ceci écrit, il en va du bon sens qu’il faut prendre en considération dans cet examen de la bonne foi politique les deux années de COVID-19, lesquelles représentent ce qu’on appelle une variable accidentelle dans le jargon statistique, car imprévisible.

Emmanuelle Richez, professeure agrégée des Sciences politiques à l’université de Windsor

« Même si le gouvernement n’a pas tenu plusieurs de ses promesses, il bénéficie d’un peu de répit du fait qu’il a été accablé par la gestion de la pandémie durant la moitié de son mandat », relativise Emmanuelle Richez, professeure agrégée des Sciences politiques à l’Université de Windsor, avant d’y aller de son petit pronostic : « Il me semble bien que les électeurs soient prêts à donner à Doug Ford une deuxième chance pour gouverner la province. »

Les sondages donnent raison pour l’instant à la professeure, puisque les plus pessimistes d’entre eux donnent le Parti progressiste-conservateur vainqueur avec une confortable marge de sept points devant le Parti libéral.

Cinq circonscriptions à surveiller dans l’Est

OTTAWA – Cinq circonscriptions retiennent l’attention dans l’Est de la province. En premier lieu, Glengarry-Prescott-Russell où vit une population majoritairement francophone, mais il sera intéressant de suivre aussi Ottawa-Vanier, Orléans, Ottawa-Ouest-Nepean et Stormont-Dundas-Glengarry. Voici l’essentiel à retenir de chaque territoire, ainsi que l’identité et les chances des candidats en lice.

La députée Amanda Simard avait claqué la porte du Parti progressiste-conservateur dès 2018. Crédit image : Jackson Ho

Amanda Simard bien positionnée dans Glengarry-Prescott-Russell

Élue en 2018 sous les couleurs progressistes-conservatrices, Amanda Simard se représente cette fois devant les électeurs sous la bannière libérale. Elle a quitté son parti d’adoption à la suite du Jeudi noir de l’Ontario français, pour devenir indépendante, avant de rallier le camp libéral en 2020. Le site Qc125 la crédite de 44 % d’intentions de vote, devant son principal adversaire politique, Stéphane Sarrazin (38 %).

Pour faire la différence, le maire du canton d’Alfred et Plantagenet et directeur des Comtés unis de Prescott Russell compte sur le bilan et la popularité du premier ministre sortant et sur les électeurs qui ont majoritairement voté pour son parti en 2018 sur ce territoire qui compte 60,3 % de francophones.

« Les quatre dernières années ont été extrêmement mouvementées pour Amanda Simard. Sera-t-elle en mesure de continuer à capter son électorat maintenant qu’elle est passée chez les libéraux? Ce sera intéressant de surveiller », résume la politologue Stéphanie Chouinard.

Les autres candidats sont Alicia Eglin du NPD, Thaila Riden du Parti vert, Victor Brassard du Nouveau Parti bleu et Stéphane Aubry du Parti de l’Ontario. Certains de ces candidats croiseront le fer ce jeudi 19 mai au cours d’un débat organisé par ONFR+ et retransmis en direct sur Facebook.

■ PC : Stéphane Sarrazin NPD : Alicia Eglin ■ PLO : Amanda Simard ■ Vert : Thaila Riden

La députée sortante d’Orléans, Lucille Collard, et la carte de la circonscription. Crédit image : Jackson Ho

Confortable avance pour Lucille Collard dans Ottawa-Vanier

Avec 54 % d’intentions de vote, les projections donnent la députée sortante, Lucille Collard, loin devant ses poursuivants. La néo-démocrate Lyra Evans, le progressiste-conservateur Patrick Mayangi et le vert Christian Proulx capitalisent respectivement 20 %, 18 % et 3 % de sympathie.

Aux mains des libéraux sans discontinuité depuis 1971, la circonscription est profondément rouge et il faudrait une intense fin de campagne de ses adversaires pour parvenir à déloger celle qui a succéder à Nathalie Des Rosiers. En route pour un second mandat, Mme Collard siège à Queen’s Park depuis 2020, auteure d’une large victoire lors d’une élection partielle, au cours de laquelle elle avait déjà croisé le fer avec Patrick Mayangi.

Ce francophone qui maîtrise quatre langue semble aussi distancé par Lyra Evans, une chimiste environnementale qui défend les sans-abri et la communauté LGBTQ. Les électeurs de ce territoire, qui englobe la partie Est de la capitale nationale, sont à 30,8 % francophones.

■ PC : Patrick Mayangi ■ NPD : Lyra Evans ■ PLO : Lucille Collard ■ Vert : Christian Proulx

Le député sortant d’Orléans, Stephen Blais, et la carte de la circonscription. Crédit image : Jackson Ho

Orléans, l’autre château fort libéral

Dans la circonscription voisine, l’écart du député sortant sur ses poursuivants est plus ténu mais paraît suffisant pour que les libéraux maintiennent Orléans dans leur giron. Tout comme Ottawa-Vanier, Orléans est un château fort rouge depuis plusieurs décennies.

Sur ce territoire où résident près de 33,9 % de francophones, dans l’ombre de sa prédécesseure Marie-France Lalonde, Stephen Blais n’est pas le député qui a le plus brillé à Queen’s Park pour les causes francophones. Son français est bien moins expansif que celui de l’ex-ministre des Affaires francophones.

Les projections lui donnent néanmoins le vent dans les voiles (48 %) face à la progressiste-conservatrice Melissa Felián (31 %), au néodémocrate Gabe Bourdon (14 %) et à la verte Michelle Petersen, candidate malheureuse au dernier scrutin fédéral.

■ PC : Melissa Felián ■ NPD : Gabe Bourdon ■ PLO : Stephen Blais ■ Vert : Michelle Petersen

Le député sortant de Stormont-Dundas-Glengarry, Jim McDonell, ne se représente pas. Archives ONFR+

Ancrage bleu dans Stormont-Dundas-Glengarry Sud

Pour maintenir sa mainmise sur la circonscription de l’Est qui longe le fleuve Saint-Laurent, le Parti progressiste-conservateur compte sur Nolan Quinn. Cet entrepreneur de Cornwall tentera de succéder à Jim McDonell, ex-maire de Glengarry Sud qui a annoncé qu’il ne briguerait pas de quatrième mandat.

Autrefois libérale de 1999 à 2011, la circonscription est solidement ancrée à droite depuis dix ans. Il sera extrêmement compliqué aux autres candidats de contester la victoire à M. Quinn qui culmine à 54 % d’intention de vote. Sa première poursuivante, la libérale Kristen Gardner est créditée de 25 % d’intentions de vote. Activiste communautaire et maire adjointe de South Dundas, elle a fait carrière dans la fonction public municipale, provincial et fédéral.

Avec 14 % et 4 % de bulletins estimés en leur faveur, les deux autres principales candidates, Wendy Stephen (NPD) et Jacqueline Milner (Parti vert) ont du mal à émerger dans cette campagne.

■ PC : Nolan Quinn ■ NPD : Wendy Stephen ■ PLO : Kirsten Gardner ■ Vert : Jacqueline Milner

Le député sortant d’Ottawa-Ouest-Nepean, Jeremy Roberts, et la carte de la circonscription. Archives ONFR+

Course serrée dans Ottawa-Ouest-Nepean

Le député sortant, Jeremy Roberts, avait bouté en 2018 l’ancien ministre de l’Infrastructure, Bob Chiarelli, tombé après six mandats affublé d’une médiocre troisième place. La candidate du PLO, Sam Bhalesar, a la lourde tâche de faire revenir la circonscription dans le giron du parti. Elle est donnée favorite par le site Qc125 (35 %) devant Jeremy Roberts (32 %) mais l’écart reste faible et l’issue du scrutin indécise dans cette circonscription pivot qui abrite 9,2 % de francophones.

Derrière que la candidate néo-démocrate, Chandra Pasma (27 %) semble distancée, de même que le vert Steven Warren. Le scrutin du 2 juin ne devrait donc pas être une revanche PC-NPD sur 2018. Aux dernières élections, Mme Pasma avait été défaite d’une poignée de votes d’écart, dans la course la plus serrée de la province.

■ PC : Jeremy Roberts ■ NPD : Chandra Pasma ■ PLO : Sam Bhalesar ■ Vert : Steven Warren

Dans les circonscriptions voisines, le libéral sortant John Fraser est en pole position dans Ottawa-Sud, crédité de 53 % d’intentions de vote, tandis que le néo-démocrate sortant, Joel Harden, est au coude à coude dans Ottawa-Centre avec son adversaire libéral qui le devancerait 3 points.

Estimations en date du 18 mai 2022 : source Qc125, site de projections basées sur les tendances électorales, l’évolution démographique et les sondages politiques.

La bureaucratie fédérale : un fardeau pour les organismes francophones

Les organismes, les conseils scolaires et les établissements postsecondaires paient pour des retards et la complexité bureaucratique fédérale, affirme le commissaire aux langues officielles dans un rapport. Ce dernier souligne que, dans le cadre de plusieurs ententes avec les ministères, les organisations francophones reçoivent l’argent en retard. Il recommande des changements.

C’est ce qu’affirme Raymond Théberge dans son rapport sur le Plan d’action sur les langues officielles. Ce plan sur cinq ans vient à échéance en 2023. La ministre Ginette Petitpas Taylor doit annoncer d’ici quelques jours le début des consultations en vue de ce plan qui entrera en vigueur le 1er avril 2023. Ce plan établit les grandes lignes du gouvernement sur une demi-décennie en matière de langues officielles et de communautés linguistiques en milieu minoritaire.

M. Théberge formule 17 initiatives et 14 recommandations au gouvernement pour son prochain plan.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d'une annonce à l'Université de Sudbury.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Dominique Demers

Raymond Théberge note que le secteur de l’éducation est frappé par les retards des différents ministères fédéraux. Le commissaire explique que les conseils scolaires sont souvent dans le noir à savoir quel montant il leur est possible d’obtenir.

« Ces retards entraînent des difficultés dans la gestion des ressources humaines et nuisent à la capacité des organismes de mettre en œuvre leurs initiatives », écrit-il dans son document.

Il constate aussi la difficulté des plus petits organismes francophones avec ce qu’il appelle le fardeau administratif.

« Bien que les procédures de demande de financement et de reddition de compte soient claires, elles sont aussi lourdes et requièrent beaucoup de temps qui pourrait plutôt être consacré au développement des programmes et des services », peut-on lire.

« C’est extrêmement important pour la mise en œuvre de leur programmation que les fonds soient versés en temps et lieu » – Raymond Théberge

Il recommande au gouvernement d’alléger le processus. « À l’avenir, il faut trouver de meilleures façons aux organismes d’utiliser leurs ressources autrement qu’administratives. Très souvent, ils n’ont pas les ressources nécessaires pour répondre aux demandes administratives », dit-il en entrevue.

Il évoque la mise en place d’un financement pluriannuel pour les communautés francophones. Selon ce dernier, les démarches pour obtenir un financement sont « lourdes et requièrent beaucoup de temps qui pourrait plutôt être consacré au développement des programmes et des services ».

« Ça prend des mécanismes pour alléger ces lourdeurs-là », avance Liane Roy de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). « Ça perd beaucoup de temps et ça crée beaucoup d’incertitude, car si tu n’as pas ta confirmation de financement, il y a des organismes qui doivent fermer, surtout les plus petits. C’est pour ça que c’est important », ajoute la présidente des représentants de 21 associations et organismes francophones.

Le commissaire note que des programmes annoncés ne sont souvent pas prêts à être déployés. « C’est important de toujours s’assurer qu’on déploie aussi rapidement les ressources proposées dans le programme. Tout délai nuit aux organismes. On a toutefois constaté qu’il y a eu un effort durant la pandémie supplémentaire pour assurer le financement aux organismes. »

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge. Archives ONFR+

M. Théberge fait notamment référence au fédéral qui avait annoncé une enveloppe de 121 millions de dollars pour les établissements postsecondaires, mais dont certains établissements ont tardé ou tardent à recevoir l’argent.

« Quand on n’a pas envoyé les fonds avant la fin de l’année fiscale, c’est un retard qui a un impact sur les organismes et les institutions en éducation. C’est extrêmement important pour la mise en œuvre de leur programmation que les fonds soient versés en temps et lieu. »

Le commissaire souligne toutefois les initiatives posées dans le plan d’action de 2018 à 2023. « Force est de constater que la majorité des initiatives faisant l’objet de notre vigie progressent bien. »

Garderies : le commissaire « inquiet »

L’ancien recteur de l’Université de Moncton salue les plus récentes initiatives contenues dans les ententes entre le fédéral et les provinces en petite enfance. Toutefois, il se dit inquiet du fait que les francophones n’ont pas de place assurée dans les accords.

« Je pense que lorsqu’on a ce genre d’ententes entre le fédéral et les provinces et que ça touche les communautés, on devrait spécifier dans les ententes ce qui est destiné aux communautés. Si ce n’est pas dans l’entente, on peut toujours se questionner à savoir si on va vraiment se soucier des besoins des communautés. »

Justement, il recommande à Mme Petitpas Taylor d’augmenter la collaboration avec les différentes communautés. « Il faut consulter autant d’intervenants que possible pour mieux cerner leurs besoins. »

La ministre des Langues officielles souligne avoir pris connaisance du rapport. Ce document a été présenté à la suite d’une centaine de consultations dans les trois dernières années avec des organisations francophones et anglophones du pays.

D’autres recommandations

  • Élargir la gamme de services d’accueil spécialisés en français où elle existe déjà;
  • Augmenter le nombre de communautés qui offrent des services comme ceux qui ont été mis sur place grâce à l’initiative des communautés francophones accueillantes;
  • Consulter les médias et les radios communautaires en situation minoritaire pour trouver des moyens de pallier la perte de revenus occasionnée.

Mulroney attaquée de tous les côtés lors du débat en français

TORONTO – Le bilan conservateur des quatre dernières années pour les francophones a été l’objet de vives critiques de la part des partis dans le débat en français de Radio-Canada et TFO. Commissariat aux services en français, Université Laurentienne, centres de soins de longue durée francophones, Caroline Mulroney a essuyé les critiques, notamment de la libérale Amanda Simard mardi.

Cette dernière a ouvert le bal en milieu de débat en accusant le parti de Doug Ford d’être une « machine à propagande ».

« Le gouvernement de Doug Ford a plus fait pour les francophones que les gouvernements libéraux ont fait en 15 ans », a soutenu Caroline Mulroney en énumérant les actions posées dans le domaine économique et du postsecondaire en français.

Cette affirmation a fait bondir l’ancienne membre du gouvernement Ford.

« Ça, c’est faux. Doug Ford a trahi les Franco-Ontariens. Vous êtes une machine à propagande. Franchement. »

Et d’ajouter quelques secondes plus tard, alors que Mme Mulroney vante le nombre de lits en soins de longue durée pour les francophones.

« Vous annoncez plein de lits, mais y a personnes pour prendre soin de ces lits-là, c’est complètement déconnecté. C’est complètement déconnecté », a répété la députée des quatre dernières années de Glengarry-Prescott-Russell alors que France Gélinas dénonçait le fait que les lits « n’étaient pas encore construits ».

La crise linguistique de 2018 est aussi revenue lors de ce débat alors que Caroline Mulroney a défendu la décision de supprimer le Commissariat aux services en français en le mutant au bureau de l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé.

« Quand je lui parlais pendant la crise linguistique, il ne savait même pas la différence entre le Commissariat aux services en français et le ministère des Affaires francophones » – Amanda Simard

Caroline Mulroney a tout d’abord jugé erronées les affirmations comme quoi la commissaire actuelle Kelly Burke n’avait pas son indépendance et les pouvoirs d’un commissaire

« Elle fait son travail avec intégrité et un mordant sans gêne », a-t-elle lâché.

« Le gouvernement Ford a vraiment peur des experts, on a vu la même chose avec le commissaire à l’environnement. Pourquoi avez-vous si peur des experts dans ces enjeux-ci? », a critiqué la représentante des Verts Cara Des Granges

Ce geste de supprimer le poste de François Boileau n’a toutefois pas surpris Amanda Simard.

« Ce n’est pas très rassurant avec M. Ford. Quand je lui parlais pendant la crise linguistique, il ne savait même pas la différence entre le Commissariat aux services en français et le ministère des Affaires francophones. »

 « François Boileau n’avait pas besoin d’attendre des plaintes », a lancé de son côté France Gélinas du NPD.

Ce débat d’une heure réunissait les quatres principaux partis et leurs porte-parole en matière de francophonie en ce 14e jour de campagne dans la province. L’affrontement entre les quatres représentantes s’est axé sur les principaux thèmes de l’éducation, l’immigration, le coût de la vie, vivre en français et les leçons de la pandémie.

Les premières minutes du débat offraient la possibilité aux chefs de s’adresser à la communauté Franco-Ontarienne. Andrea Horwath du NPD et Steven Del Duca pour les libéraux ont réitéré leur soutien en français. Mike Schreiner, des verts, a opté pour une allocution à moitié en français et l’autre en anglais, tandis que Doug Ford a communiqué uniquement en anglais.

Postsecondaire dans le Nord de l’Ontario

Sur le sujet de l’Université de Sudbury, France Gélinas pour le NPD, a vivement déclaré que « le processus avance, mais l’Ontario a mis zéro… L’Université de Sudbury n’a pas reçu un sou du gouvernement provincial. Ils en ont reçu du gouvernement fédéral (…) Ça fait plus de 40 ans, que les francophones demandent une université par pour et avec partout dans la province » .

Caroline Mulroney s’est défendue en disant que le processus suit son cours devant la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire. 

Sur La Laurentienne, Amanda Simard rejoint la candidate de Nickel Belt en lançant à la progressiste-conservatrice : « Vous le saviez, que les programmes allaient être coupés à la Laurentienne, et vous n’avez rien dit, too bad », dit-elle en faisant référence à la réaction du gouvernement Ford dans le dossier.

La fille de Brian Mulroney a aussi rappelé que le gouvernement Ford avait créé l’UOF en plus de rendre l’indépendance à l’Université de Hearst, selon ses dires.

Les autres partis ont tous promis qu’il ferait de l’Université de Sudbury une institution indépendante. Le NPD, tout comme les verts, propose le transfert des programmes de La Laurentienne vers son ancien confrère de Sudbury.

Les soins de longue durée et la pandémie

Pour Cara Des Granges du Parti vert, ce qui s’est passé durant la pandémie est une tragédie, « aujourd’hui plus personne ne veut aller dans ces centres, en tout cas pas moi ». Pour Amanda Simard, Doug Ford n’a pas protégé les personnes âgées qui souffraient de la pandémie, il a préféré protéger les propriétaires négligents de ces établissements, rendant impossibles les poursuites civiles.

C’est, non sans émotion que France Gélinas explique à son tour, qu’il y a un conflit entre la recherche de profit et le soin. « Les infirmières sont épuisées, tous ces gens qui ont pris soin de nous, et avec vous (Caroline Mulroney) ils n’ont pas le droit à plus de 1 % d’augmentation de salaire par an et non même pas accès à des soins de santé mentale », dit-elle avec dégoût.

« Zéro inspection dans les centres de soins en 2020 pendant la pandémie, zéro », accuse la candidate libérale. Une allégation que Caroline Mulroney n’a pas démentie, bien qu’elle affirmait que la période était compliquée. Elle s’explique à son tour, « on a hérité d’un système basé sur un système de santé de couloir, grâce aux libéraux. Maintenant, nous allons investir. 40 milliards de dollars à travers la province ».

Encore une fois, Amanda Simard ne manqua pas de lui répondre. « Vous avez honte de votre bilan, c’est pourquoi vous vivez toujours l’élection de 2018. Abrogez la loi 124 et arrêtez d’appeler les travailleurs de santé des héros, si pour vous ils ne valent que 1 %. »

Manque de francophones dans la haute fonction publique : Ottawa avare de détails

OTTAWA – Le fédéral assure être préoccupé par le manque de hauts fonctionnaires francophones dans sa fonction publique, mais admet que des solutions n’arriveront pas du jour au lendemain. Pour le moment, les ministres du gouvernement Trudeau proposent d’outiller le Conseil du Trésor pour élaborer un cadre linguistique, sans toutefois donner davantage de détails.

Seuls 19 % des sous-ministres ou des sous-ministres déléguées parlent français alors que les francophones représentent 31 % de la fonction publique, selon des données de Radio-Canada. Ces nominations sont faites par le premier ministre Justin Trudeau via les recommandations du Bureau du Conseil privé.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor admet que ce sont des chiffres qui sont très préoccupants. Elle pointe vers son projet de loi C-13 qui selon elle donne plus de moyens au Conseil du Trésor pour procéder à une évaluation du bilinguisme au sein de la fonction publique.

« Premièrement, je ne pense pas que ça va être une situation qui va être remédié du jour au lendemain.  Notre gouvernement prend quand même des étapes concrètes pour s’assurer qu’on peut adresser cette situation et cette tendance.  La ministre du Conseil du Trésor va avoir maintenant l’option d’évaluer c’est quoi les cours de langue qui sont donnés aux fonctionnaires, ainsi que d’élaborer un nouveau cadre linguistique », a-t-elle dit mardi sans toutefois spécifier quels moyens précis seraient mis en place.

À la Chambre des communes mardi, le Bloc Québécois a dénoncé que les francophones soient les victimes de discriminations, car ils sont sous représentés dans l’appareil fédéral, a affirmé son député Mario Beaulieu.

« Nous allons veiller à ce que les postes de la fonction publique soient identifiés bilingues lorsqu’il y a lieu et que ça soit fait à un niveau de bilinguisme approprié. C’est essentiel pour créer et maintenir un milieu de travail qui encourage les deux langues officielles », a répondu de la Présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier.

La présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier. Crédit image : Stéphane Bédard

Des sous-ministres bilingues?

À l’heure actuelle, des postes sont identifiés comme bilingues tandis que d’autres le sont comme unilingues. Ceux qui sont bilingues sont par la suite classés selon le niveau.

Le Comité sénatorial des langues officielles avait recommandé dans son rapport final sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles d’obliger le bilinguisme des sous-ministres. Questionnée à ce sujet, Ginette Petitpas Taylor n’a pas répondu à savoir pourquoi cette mesure ne se retrouvait pas dans son projet de loi.

« Nous allons de l’avant pour à outiller le Conseil du Trésor avec plus d’outils à leur disposition pour qu’il puisse effectivement faire leur travail », a-t-elle répondu.

Questionnée sur le sujet la semaine dernière au Sénat, la ministre a reconnu que « les dirigeants tardent à donner l’exemple à leurs organisations ».

« Il faut maintenir l’usage des deux langues officielles dans les milieux de travail fédéraux, car, à mon avis, le droit de travailler en français au sein de la fonction publique n’est pas négociable. »

Le Commissariat aux langues officielles avançait dans un rapport en 2020 que les compétences linguistiques pour les postes bilingues étaient souvent délaissées et généralisées. Parmi les raisons avancées pour faire fi des exigences linguistiques étaient; le manque de candidats bilingues, la volonté de promouvoir un employé etc. Près d’un fonctionnaire sur deux disait se sentir mal à l’aise d’utiliser le français au travail dans un sondage mené par le Commissariat au début de 2021.

Lent départ pour l’immigration francophone au Canada en 2022

L’immigration francophone en Ontario et au Canada depuis le début de l’année continue de nouveau d’être loin des cibles établies par les gouvernements fédéraux et provinciaux.

Après le premier trimestre de 2022, près de 2,56 % de l’immigration canadienne était composés de francophones à l’extérieur du Québec. Ce nombre est un peu plus élevé en Ontario avec 2,81 %.

Dans les trois premiers mois de l’année, l’immigration francophone a toutefois connu une progression à la hausse passant de 2,2 % à 2,28 % et à 3,16 % au mois de mars. Idem en Ontario avec une légère augmentation de 1 % en mars, pour se chiffrer à 3,66 %.

La cible canadienne actuelle pour l’arrivée de nouveaux arrivants parlant français hors du Québec est de 4,4 %. La cible n’a jamais été atteinte depuis son intégration en 2001, un manque total de près de 120 000 personnes, selon un décompte du Commissariat aux langues officielles. En Ontario, la cible provinciale est de 5 %.

« Le chiffre à observer est vraiment en Ontario, car les francophones se perdent souvent dans la masse d’immigrants anglophones », souligne Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa.

Elle fait notamment allusion à une pétition de près de 700 signataires francophones et candidats des provinces qui dénonçait le lent traitement de leurs dossiers.

« Les pétitionnaires étaient des candidats des provinces de l’Ontario qui étaient en particulier retardés dans l’évaluation. Tandis qu’au Nouveau-Brunswick, ça fonctionne très bien avec les candidats des provinces. C’est peut-être là le manque à gagner », soutient-elle.

Des chiffres du mois dernier ont révélé que près de 20 000 dossiers de candidats francophones dormaient dans les tiroirs d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

« Il se peut que tout débloque et que le deuxième trimestre ait des chiffres extraordinaires, ça semble prometteur… Les candidats sont là, ils ont envoyé leurs demandes. Ils sont en attente, » remarque Mme Veronis.

Entrée express comme solution pour le ministre

En comité sénatorial lundi soir, le ministre de l’Immigration Sean Fraser a dit qu’il fondait beaucoup d’espoir sur une modification législative présentée lors du budget de 2022.

Cette nouvelle disposition pourrait « aider à sélectionner les candidats qui répondent le mieux aux besoins du marché du travail canadien parmi le bassin croissant de candidats qui souhaitent devenir résidents permanents dans le cadre du système Entré express », peut-on lire dans le budget.

« Ça va être un changement majeur ce qui va me permettre à moi et les futurs ministres d’avoir un outil plus précis de ceux qui veulent entrer au Canada en faisant un ciblage. Si on voulait avoir plus de professeurs et travailleurs de la santé francophones dans certaines régions, on pourrait utiliser cet outil pour atteindre notre objectif », accentue Sean Fraser.

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser. Crédit : Compte Twitter Sean Fraser

Ce dernier ajoute qu’il y a toujours une consultation à l’heure actuelle pour développer une nouvelle stratégie en immigration francophone. Pour Luisa Veronis, Sean Fraser fait bien de miser sur le programme d’Entrée express pour aider la cause.

« Ce qui se passe maintenant avec Entrée Express, c’est que ça l’inclut plusieurs groupes et c’est probablement pour ça que le défi a augmenté. Il y a des candidats indépendants hors du Canada, les candidats des provinces, les étudiants internationaux qui ont reçu leur diplôme et ceux qui étaient là avec un permis temporaire. Alors c’est un chiffre élevé, car ça l’inclut beaucoup de catégories différentes »

Changer la façon de faire

Plus récemment, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a demandé au fédéral de revoir à la hausse son objectif. La FCFA propose une cible graduelle de 12 % en 2024 avant d’atteindre 20 % en 2036 dans le but de réparer le manque d’arrivées dans le passé. Elle propose aussi de catégoriser l’immigration francophone pour la détacher de celle qui est anglophone.

« Il faut vraiment un changement dans la manière de faire les choses », réclame la présidente de la FCFA Liane Roy.

« Il faut vraiment regarder à des programmes qui sont par et pour les francophones, poursuit-elle. Si on avait une politique en immigration francophone qui regarderait l’ensemble des programmes comme on avait demandé… C’est là qu’on pense que ça pourrait faire une différence, car on pourrait avoir des chiffres plus près de nos cibles. »

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

La chercheuse Luisa Veronis croit qu’une autre initiative serait de sensibiliser davantage les entreprises en besoin.

« Je me demande si les employeurs francophones sont en fait au courant qu’ils peuvent eux aller piger les candidats et leur offrir des emplois, ce qui augmente le nombre de points des candidats. Ça pourrait aider à débloquer la pénurie de main-d’œuvre. »

Julie Lutete, la francophone qui veut déloger Doug Ford

TORONTO – Elle n’a quasiment aucune chance de l’emporter et pourtant, une militante locale franco-ontarienne mène une croisade contre le premier ministre sur les terres qui l’ont porté au pouvoir. Immersion dans une singulière et inégale bataille politique livrée par Julie Lutete entre les rangées d’immeubles de la circonscription d’Etobicoke-Nord, fief de la Ford Nation.

Dans Etobicoke-Nord, pas de bus de candidat ni de tournée ultra-médiatisée. La campagne se distingue par les bas-côtés des grandes avenues, criblés de pancartes bleues à l’effigie de Doug Ford. À l’ombre du tapage médiatique relayé par les grandes chaînes d’information, Julie Lutete mène une bataille quasiment anonyme, souterraine, engagée depuis plusieurs semaines dans un porte-à-porte effréné.

Chaque jour, sur les coups de 17h, le rituel est immuable : son équipe de campagne quitte le petit local de sa permanence qu’abrite un modeste centre commercial. Tracts politiques sous le bras, la militante prend son bâton de pèlerin et part sillonner les quartiers populaires de ce bout de banlieue ouest torontoise, coincé entre deux autoroutes et un aéroport international.

Dans les couloirs d’une immense barre d’immeuble, le porte-à-porte, un exercice souvent ingrat mais essentiel. Crédit image : Rudy Chabannes

Elle-même immigrante, elle veut convaincre les sans-voix, ces nouveaux arrivants entassés dans des logements à bas coût, qui vivent au jour le jour, désillusionnés par les promesses politiques. Mais son combat est ardu. 118 000 résidents vivent ici. Seuls 72 000 ont le droit de vote et, au dernier scrutin de 2018, un électeur sur deux s’était abstenu.

Dans un immeuble décrépi de l’avenue Kipling où nous donne rendez-vous son équipe de campagne, de nombreux résidents préfèrent ne pas ouvrir leur porte. Il faut alors s’armer de patience, parfois s’imposer, frapper encore et encore, jusqu’à ce qu’une porte s’entrouvre et que la discussion s’engage.

« Je suis Julie Lutete, votre candidate. Votez pour moi si vous voulez que les choses changent. » Et de pointer les principales mesures du programme de son chef, Steven Del Duca.

L’éducation et la santé sont deux enjeux qui semblent alors toucher les résidents. Certains reconnaissent en elle le visage d’une diversité qu’ils ne retrouvent pas (ou très peu) dans la classe politique actuelle. D’autres ne veulent rien entendre.

Le porte-à-porte, un marathon indispensable pour convaincre

Au gré du porte-à-porte, un climat pesant est palpable : les gens paraissent fatigués, certains tendus, d’autres résignés. En bas de l’immeuble, des langues se délient. Le coût de la vie est omniprésent dans la bouche de travailleurs précaires pris à la gorge par le prix du loyer, de la garderie, de l’épicerie…

L’inflation et la pandémie ont laissé des stigmates sociaux. Ici, le discours du premier ministre sortant résonne donc fortement. La plupart des passants rencontrés le disent : ils revoteront Ford car pour eux, le retour des libéraux au pouvoir signifierait le retour des taxes et du gaspillage.

Le fantôme des années Wynne et McGuinty – qui ont cumulé à eux deux 15 ans de pouvoir – plane inlassablement dans le subconscient des résidents.

Etobicoke-Nord, un entrelacs de quartiers huppés et de zones paupérisées où la Ford Nation prospère. Crédit image : Rudy Chabannes

Les promesses de cadeaux fiscaux du candidat progressiste-conservateur ces derniers mois (autoroutes gratuites, réduction du prix à la pompe) ont de surcroît renforcé ce rejet des partis d’opposition, accusés de dilapider les fonds publics.

Un conducteur de Uber dépose un client au bas d’un immeuble voisin. La présence d’un journaliste dans son quartier l’étonne. Il vide son sac, parle même de corruption chez les libéraux et loue le style direct et empathique de Doug Ford, « l’homme du peuple qui a remis de l’argent dans nos poches et mis la province sur la voix de la prospérité, malgré la pandémie ».

Le discours progressiste-conservateur trouve donc un écho certain dans cette circonscription où cohabitent de riches propriétaires de villas et des travailleurs à faible revenu massés dans d’immenses tours d’habitation à la salubrité chancelante.

Etobicoke-Nord, cœur nucléaire de la Ford Nation

Il faut dire qu’entre Etobicoke-Nord et la famille Ford, les liens sont profonds. Son grand frère, le sulfureux Rob Ford, a représenté la circonscription durant près d’une décennie avant de conquérir la mairie en 2010. Son frère Doug l’a remplacé lorsqu’il s’est retiré pour des raisons de santé, tentant à son tour de s’emparer de la mairie, avant de bifurquer dans la course provinciale, l’ex-chef Patrick Brown ayant laissé le champ libre, visé par des allégations d’inconduite sexuelle.

Avant lui, leur père, un millionnaire ayant fait fortune dans l’industrie de l’adhésif, avait été député provincial dans les années 1990. Cette longue histoire commune a forgé le mythe de la Ford Nation, ce halo de sympathisants qui gravitent autour de la famille depuis ces années-là.

Élu en 2018 dans Etobicoke-Nord, Doug Ford file tout droit vers un second mandat. Crédit image : Jackson Ho

Est-ce que Doug Ford fait peur à Mme Lutete? « Je ne vois pas les choses dans ce sens-là. Ça ne m’intéresse pas de savoir qui est en face. Je suis impliquée au niveau communautaire et nous avons eu beaucoup de réalisations dans cette zone. C’est ce qui m’a poussée à aller chercher la nomination ici », confie celle qui dirige l’Auberge francophone et préside la Coalition des noirs francophones de l’Ontario.

Impliquée dans le Parti libéral depuis plus de vingt ans, cette ancienne vice-présidente de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ne pensait pas un jour devenir candidate. Elle est convaincue que le programme du Parti libéral est le mieux à même de répondre aux aspirations et aux besoins d’une large frange de la population locale. « Qu’a fait Ford durant les quatre dernières années? » fustige-t-elle.

« Je mets en avant ce que nous avons à offrir aux communautés et plus particulièrement aux gens à faible revenu et aux classes moyennes », reprend-elle, arguant que la circonscription est historiquement libérale au niveau provincial comme au niveau fédéral. « On l’a perdue comme la plupart de nos sièges en 2018, mais en livrant un message fort, j’ai convaincu des gens et je vais continuer. »

La candidate francophone Julie Lutete se lance pour la première fois dans la bataille électorale. Crédit image : Rudy Chabannes

Elle estime qu’être francophone dans ce territoire torontois est un atout. « Je ne le cache pas, c’est mon identité. J’ai fait avancer beaucoup de causes francophones et je veux continuer à le faire avec le Parti libéral qui a beaucoup donné à tous les résidents par le passé. »

Originaire de la République démocratique du Congo, elle dit se battre pour la diversité, l’équité et l’inclusion. « J’en fais une de mes priorités au niveau du parti. Notre leader est prêt à faire un ministère de l’Antiracisme. Alors je suis très positive et prête à porter les doléances des gens d’Etobicoke-Nord à Queen’s Park. » Les minorités visibles y constituent 65 % de la population, bien au-delà des 47 % à l’échelle de Toronto.

Et si le soir du 2 juin vous perdez, que ferez-vous? Elle sourit. Et si vous gagner? Avant de frapper à la prochaine porte au bout d’un long corridor, elle s’arrête et sourit nouveau. « Nous voulons redonner de l’espoir, de l’importance aux organismes non lucratifs et à l’éducation. Avec ce discours, on a de fortes chances de convaincre. »

Cinq moments clés du débat des chefs ontariens

TORONTO – Le débat des chefs (en anglais) a réuni ce lundi Steven Del Duca du Parti libéral, Doug Ford du Parti progressiste-conservateur, Andrea Horwath du Nouveau Parti démocratique (NPD) et Mike Schreiner du Parti vert. Des retrouvailles houleuses pour les candidats et un Doug Ford envers et contre tous, sur différents sujets, dont l’économie et le pouvoir d’achat, la santé, le leadership, l’éducation et la pandémie.
 
La gestion de la pandémie a certainement été le sujet le plus véhément de ce débat. Les trois candidats face à Doug Ford l’ont contraint à s’expliquer sur ses décisions.

La crise sanitaire 

Alors que la COVID-19 et les deux dernières années sont revenues sur la table, le chef des libéraux a critiqué Doug Ford pour ne pas avoir écouté les experts. « En février 2021, quand les scientifiques ont dit au gouvernement Ford de ne pas rouvrir, il n’a pas écouté. Cela a créé des vagues de COVID-19 bien pire pour les familles de l’Ontario », a pointé Steven Del Duca.

« Pendant deux ans et demi, 24 heures sur sept, je travaillais sur la pandémie », a riposté Doug Ford. « C’est facile de s’asseoir de l’autre côté de la ligne et de critiquer les décisions difficiles que j’avais à faire. Vous aviez le rôle le plus facile : rester assis et me critiquer. »

Doug Ford a admis tout de même une gestion imparfaite, conscient de la difficulté de mettre en place ses directives. Il a ajouté qu’il ne souhaitait que plus jamais une telle pandémie ne revienne.

« C’était le moment le plus difficile de toute ma vie. Je ne souhaite ça à aucun futurs premier ministre ou gouvernement… Est-ce que tout ce qu’on a fait était parfait? Non, mais chaque décision que j’ai prise était avec la meilleure intention possible et avec les avis médicaux que j’avais à ce moment-là. »

La santé, un possible terrain d’entente

Le candidat du Parti vert a très vite attaqué Doug Ford sur son manque de considération des personnes vulnérables, lui rappelant que dans son budget ne figurait aucune mention du programme ontarien pour les handicapés et que son offre d’augmenter de 5 % cette pension en était le reflet. Pour le militant de l’environnement, tout ce que Doug Ford a fait, a affecté les personnes en difficultés.

 « Je suis heureux que Mme Horwath se batte pour les plus vulnérables en doublant l’allocation POSPH (Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées), tout comme nous. » Malgré plusieurs critiques ici et là, les quatre partis proposent d’engager plus de docteurs, plus d’infirmières et plus de préposés. Certaines mesures se rejoignent. Notamment sur la proposition de gratuité des frais en école de médecine par Mike Schreiner et Doug Ford. Andrea Horwath parle même de « l’horreur » des centres de soins de longue durée, là où plusieurs chefs acquiescent.

L’éducation et les enfants

Steven Del Duca a deux filles, une information amplement répétée par le candidat, espérant le légitimer dans ses propositions. Pour lui, « c’est un sujet très sérieux, là où Ford a préféré couper dans le budget ».

Andrea Horwath ne manquera pas de s’écrier : « Vous avez coupé dans le budget à hauteur de 1,3 milliard de dollars et en pleine pandémie ». M. Ford tentera de démentir ces allégations en disant qu’il a augmenté le budget de 9 % et alloué 14 milliards de dollars dans la construction d’école afin de préparer les enfants à leur futur.

Le racisme et la haine

Ce sujet a largement occupé la scène médiatique, notamment avec l’affaire Steven Lecce, ministre de l’Éducation sortant, qui, plusieurs semaines auparavant, s’est retrouvé mêlé à une problématique raciale. 

Pour Mike Schreiner, les verts seront capables de travailler avec tous les Partis pour faire appliquer le projet de loi 86, Loi de 2022 en solidarité avec la famille de London, contre l’islamophobie et la haine.

Là où, la cheffe du NPD rejoint le candidat des verts, puisqu’elle ajoutera : « Je ne sais pas pourquoi Ford ne veut pas soutenir le projet de loi 86, mais soyons honnête, on voit trop de haine monter dans la province, nous travaillerons pour réduire cette haine. »

Enfin, Steven Del Duca, lui aussi, a proposé de travailler avec ses opposants pour collaborer à un projet d’antiracisme. Pour lui, « rassembler les gens est au cœur des valeurs libérales de l’Ontario ».

Une étonnante question de regrets

À la question : « Dans votre carrière, quelle décision regrettez-vous? », Mike Schreiner fut le premier appelé à répondre. C’est en partageant son malaise face à la question, qu’il a avoué regretter ne pas avoir concouru quatre plus tôt à Guelph. Doug Ford lui aussi a regretté de ne pas avoir participé à des élections plus tôt dans sa vie. « Nous aurions évité un passé avec les libéraux », a-t-il taclé.

Pour Steven Del Duca, c’est de ne pas avoir assez écouté, et de ne pas avoir accorder plus d’attentions. Et enfin, Mme Horwath finira par conseiller qu’il faut apprendre de ces erreurs, et faire de son mieux. « Les erreurs sont des opportunités pour apprendre. »

Les libéraux accusés d’être divisés sur la question du français

Les partis de l’opposition accusent le Parti libéral d’être divisé sur la question de la langue française. L’opposition écorche le gouvernement Trudeau après que près d’une dizaine de députés libéraux fédéraux québécois ont participé à une manifestation contre le projet de loi 96 au Québec organisée par des organismes anglo-québécois.

Ce projet de loi affirme notamment que le français est la seule langue officielle du Québec en plus de renforcer l’obligation d’utiliser le français au sein des entreprises.

« Je pense que c’est très symbolique cette dissidence-là de la part de l’interne du Parti libéral du Canada et ça confirme que le Parti libéral n’est pas nécessairement aussi sensible au français qu’il l’affirme. C’est un autre geste qui s’ajoute à une longue liste », affirme le critique aux Langues officielles chez les conservateurs Joël Godin.

Au total, ils étaient près d’une dizaine de députés parmi des milliers de personnes à avoir marché dans cette protestation. Parmi eux, la députée et membre du Comité des langues officielles Patricia Lattanzio et le député Anthony Housefather.

« Nous sommes tous là pour la protection du français au Canada, mais la minorité anglophone au Québec n’est pas responsable pour les menaces au français. Les minorités anglophones ont aussi le droit d’avoir leurs droits à être respectés », explique le député Housefather à son entrée au parlement.

La députée libérale de Vimy Annie Koutrakis était accompagnée de quelqu’un de ses collègues lors d’une marche contre la Loi 96 au Québec.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor refuse de dire qu’il existe une division concernant la survie du français au sein du gouvernement.

« Comme caucus, on peut toujours avoir de bonnes discussions sur différents sujets », argue-t-elle.

La ministre avance vouloir tout faire pour protéger le français, évoquant la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

« Nous avons été très clairs et nous avons été le premier gouvernement à reconnaître le déclin du français au Canada, y compris le Québec. C’est pour cette raison qu’on a été de l’avant avec une nouvelle mouture du projet de loi C-13, un projet de loi qui a plus de mordant. »

Mais pour l’opposition, cette présence de libéraux à cette manifestation combinés à la nomination d’une gouverneure générale et d’une lieutenante-gouverneure unilingue est une incohérence

« Ça démontre deux discours. En apparence, ils semblent être sensibles au fait français, mais dans la réalité, les bobines ne suivent pas les bottines », estime Joël Godin.

Idem pour le Bloc Québécois qui pense que « les gestes que l’on voit comme en fin de semaine sont clairement dans un sens de l’anglicisation pur et simple du Québec ».

« C’est un message très très clair qu’il adresse au Québécois qu’il n’y a pas de problème de français au Québec et que la protection du français est peut-être exagérée parce que nos députés vont justement contester une loi qui vise la promotion de l’utilisation du français », avance son leader parlementaire Alain Therrien.

Questionnés en chambre, les libéraux se défendent et estiment être là pour protéger les minorités francophones et anglophones du pays.

« Nos députés ne sont pas emprisonnés. On ne les retient pas après des poteaux et on les attache avec des menottes. Ils ont droit d’aller manifester pour leur point de vue contrairement à ceux du Bloc », a dit le ministre du Patrimoine canadien et lieutenant du Québec Pablo Rodriguez.

Lieutenant-gouverneur unilingue

La décision du fédéral de porter en appel le jugement invalidant la nomination de la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick Brenda Murphy a aussi rebondi à la Chambre des communes lundi.

Questionnée par le Bloc Québécois, Ginette Petitpas Taylor défend que la décision d’interjeter en appel « n’affecte pas notre engagement à protéger et promouvoir notre dualité linguistique ».

« On va en appel pour la question du principe d’interprétation de la constitution. Je ne suis pas juriste, mais les juristes me disent qu’il faut vraiment clarifier cette partie-là », soutient la ministre en entrevue.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

Elle réaffirme la promesse de ne nommer que des personnes bilingues à ce poste, mais ferme aussi la porte à légiférer la promesse tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de clarification judiciaire à ce niveau.

« C’est inacceptable, a de son côté réagi Joël Godin sur le geste d’aller devant la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick. C’est comme la zizanie qui est arrivée autour de la contestation du jugement de la Colombie-Britannique où est-ce qu’on va en appel et ensuite pas en appel… À l’intérieur du cabinet ministériel, je pense qu’il y a dissidence et ils ne sont pas cohérents. »

La face cachée des pétitions publiques menées par les partis politiques

Les pétitions publiques font partie depuis longtemps des outils utilisés par les partis politiques afin de sonder les priorités et les attentes de leurs électeurs, à plus forte raison à l’approche des élections. Toutefois, si celles déposées en chambre suivent un processus plutôt encadré administrativement, celles lancées en ligne par les partis de tout bord, sans jamais tomber entre les mains du greffier de Queen’s Park, recèlent de sérieuses interrogations. Notamment sur l’utilisation des informations recueillies, tout autant que les données achetées auprès de sociétés privées.

« A-t-on déjà vu les résultats de ces pétitions qui ne sont pas déposées à la chambre et qui sont faites par les partis juste comme ça? Non. Est-ce que ça ne sert pas juste à récolter de l’information sur les citoyens pour l’utiliser à des fins électorales? La question se pose, vraiment. » Tout est parti de cette interrogation posée au détour d’une interview accordée à ONFR+ par une candidate, laquelle a jugé plus prudent de garder l’anonymat.  

C’est d’utilisation de données recueillies ou achetées par les partis politiques dont il s’agit, un sujet épineux auquel la vétérane canadienne en journalisme politique, Susan Delacourt a consacré tout un livre, Shopping for Votes (Le shoping des votes). Elle y explique que la politique est aujourd’hui considérée comme une entreprise plutôt qu’un service public comme veut l’essence même de la discipline.

Ainsi, dans ce système, les citoyens seraient vus comme des clients par les politiques, et, qui dit clients de nos jours, dit récolte d’informations sur ces derniers. Susan Delacourt va jusqu’à avancer que les citoyens seraient choqués s’ils connaissaient l’ampleur des informations que détiennent les partis politiques sur eux.

Une pratique généralisée

Les pétitions adressées en ligne au public peuvent s’avérer être un moyen efficace pour la course aux données. Toutefois, il convient de faire le distinguo entre les pétitions présentées par les députés à la Chambre des communes et les pétitions en ligne ou le porte-à-porte dont les aboutissants restent dans les tiroirs des partis.

Depuis toujours, les pétitions déposées en chambre sont considérées comme le moyen de communication le plus direct entre les citoyens et le parlement, se faisant parfois qualifier d’« ancêtre des formules parlementaires ».

« Personnellement, je dépose des pétitions en chambre qui me sont fournies par la communauté parce qu’on veut des changements au niveau politique. C’est une façon de faire connaître au gouvernement l’avis des gens par rapport à des enjeux qui les touchent », confie la députée libérale d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard.

Rien de nouveau donc, sauf lorsque la technologie s’en mêle, comme l’explique l’ex-député et ministre fédéral sous l’ère Jean Chrétien, Don Boudria : « Les partis ont toujours recueilli des données sur les citoyens pour tenter de trouver des sympathisants qui adhèrent à leurs points de vue. Ce qui est nouveau, c’est l’utilisation des nouvelles technologies pour le faire. »

Don Boudria, ancien député et ancien ministre sous l’ère Jean Chrétien. Gracieuseté

Et d’ajouter : « Tout dépend du but de la pétition. Est-ce qu’il s’agit d’une pétition déguisée pour recueillir de l’information sur les gens et avoir une liste de noms pour les utiliser ensuite en marketing ou en politique ou est-ce que c’est une vraie pétition sur un enjeu qui concerne les citoyens. »

Interrogé par ONFR+ au sujet de cette séparation du bon grain de l’ivraie, le leader du Parti vert, Mike Schreiner a tenu à préciser : « Je ne peux pas parler pour les autres partis, mais le nôtre est honnête avec nos membres concernant les informations collectées et leur utilisation. En outre, nous respectons les demandes de désinscription sur nos listes. J’espère sincèrement que tous les partis jouent également franc jeu, car cela sape la confiance des citoyens dans la démocratie. »

Mike Schreiner, chef du Parti vert de l’Ontario, lors du dévoilement du programme de son parti. Crédit photo : Rozenn Nicolle

Les politiques empruntent les méthodes du marketing commercial

Du côté des analystes, ce n’est pas un scoop non plus. « De manière générale, les partis politiques font la même chose que les entreprises privées qui essaient de cibler leur clientèle », fait savoir Peter Graefe, professeur au département des Sciences politiques de l’Université McMaster.

Peter Graefe, professeur au département des Sciences politiques de l’Université McMaster. Gracieuseté

« Ces pratiques de marketing politique existent depuis plus de 20 ans au Canada. Elles ont été importées des États-Unis. Elles sont légales et constituent un outil efficace pour les partis politiques afin de gagner des votes. On transpose les techniques du marketing commercial à la politique », appuie Emmanuelle Richez, professeure agrégée des Sciences politiques à l’université de Windsor.

« Par ailleurs, certains électeurs sont ce qu’on appelle des single issue voters. S’ils ne sont pas mobilisés sur leurs enjeux de prédilection, ils ne s’engageront pas dans le processus électoral », poursuit-elle. 

Emmanuelle Richez, professeure agrégée des Sciences politiques à l’université de Windsor. Gracieuseté

Seulement voilà, si la politique utilise les techniques du marketing commercial dans ce domaine, les mêmes problèmes d’ordre éthiques que pose ce dernier s’y appliquent, à savoir l’utilisation de ces données à grande échelle afin de bâtir des profils de consommateurs potentiels, ou dans ce cas précis, d’électeurs potentiels, au risque de tomber dans la polarisation politique.

« La grande préoccupation est moins que les partis politiques et les candidats aux élections disposent de ces informations sur les citoyens que de savoir si ces informations sont protégées en toute sécurité », s’inquiète le professeur en Sciences politiques à l’université Memorial et spécialiste en marketing politique, Alex Marland.

Les partis achètent les données chez des entreprises privées

Moins éthique encore que les pétitions « déguisées » mais tout aussi légale, les partis politiques n’hésitent pas à acheter des données mieux compilées et mieux croisées que celles élémentaires amassées via le processus des pétitions, et ce chez des sociétés spécialisées et/ou chez ce qu’on appelle des courtiers de données, à l’instar de ceux qui gèrent les cartes de fidélité clients des grandes surfaces. 

« Les données récoltées par les cartes de fidélité clients qu’on trouve dans les grandes surfaces par exemple, servent également à dresser des profils électoraux suivant les produits achetés et qui sont ensuite vendues aux partis politiques qui souhaitent les acquérir », révèle cette politologue qui a souhaité que son identité demeure incognito.

Une indiscrétion que le professeur Alex Marland ne manque pas de confirmer : « Les données sur les citoyens sont également de plus en plus collectées via des programmes de fidélité. D’une manière générale, l’ensemble de données des partis politiques peut être élargi en achetant des informations sur les citoyens. Ceux-ci donnent des informations les concernant lorsqu’ils visitent un site web, font un don ou tout simplement quand quelqu’un les appelle au téléphone ou vient sonner à leur porte. »

La faute aux vendeurs et non aux acheteurs

Toutefois, M. Marland insiste sur le fait que cette pratique n’a rien d’illégal, parce qu’à regarder de plus près dans les contrats que signent les clients pour obtenir ces fameuses cartes de fidélité, un tout petit astérisque perdu au bas d’une page est toujours là pour prévenir le consommateur qu’en signant, il donne son accord pour que ses informations soient exploitées par une tierce entité.  

Alex Marland, professeur en Sciences politiques à l’université Memorial et spécialiste en marketing politique. Gracieuseté

C’est ce qui fait dire à M. Don Boudria que « Ces données représentent un produit qui est en vente libre sur le marché, les acheter n’a donc rien d’illégitime, y compris par les partis politiques. Par contre, ce qu’il faut réglementer et contrôler ce sont les organismes qui les vendent. Le vrai problème c’est le manque de règles dans ce domaine. On doit prévenir la personne qui prend une carte de fidélité ou une carte de crédit que ses informations vont être vendues et exploitées, et cela d’une manière claire et bien en évidence ».

Quant à savoir si cet ancien politicien avait déjà assisté de visu à de telles acquisitions durant sa longue carrière, il rappelle que la dernière élection à laquelle il a participé remonte à 2004 et que l’eau a bien coulé sous les ponts depuis, s’agissant du mariage d’intérêt entre la politique et la technologie.

Pour en être convaincu, il n’y a qu’à se mémoriser le scandale qui a éclaté en 2018 touchant la société Cambridge Analytica. Cette dernière a fait l’objet de vives critiques pour avoir utilisé à des fins politiques les données personnelles de millions d’utilisateurs glanées sur Facebook.

À l’heure de la mise sous presse, les partis provinciaux des progressistes-conservateurs et des néo-démocrates n’ont toujours pas donné suite à nos sollicitations répétées.

 

Les quatre temps forts de la couverture électorale en français

TORONTO – À 20 jours du scrutin provincial, les déplacements des chefs s’enchaînent à haute fréquence, les annonces politiques se multiplient et les enjeux s’entrechoquent. Pour ne rien rater de la campagne, outre sa couverture web quotidienne, sa veille Twitter et ses formats Instagram, ONFR+ propose au public quatre temps forts de l’information en français : trois débats et une soirée électorale à suivre en direct.

Le premier grand rendez-vous aura lieu ce mardi, dès 20 heures, à Toronto. Au lendemain du débat des chefs (en anglais) sur TVO, les représentants francophones de chaque parti confronteront leurs idées dans les mêmes studios du quartier Midtown. Ce sera le grand débat en français.

La députée sortante de York-Simcoe Caroline Mulroney, la députée sortante de Glengarry-Prescott-Russell Amanda Simard, la députée sortante de Nickel Belt France Gélinas et la candidate de Spadina-Fort York Cara Des Granges confronteront leurs idées au cours d’un débat d’une heure retransmis sur les ondes de Radio-Canada, TFO et CPAC, ainsi que des radios communautaires CINN FM à Hearst et CKGN à Kapuskasing.

Cara Des Granges (Parti vert), Caroline Mulroney (Parti progressiste-conservateur), Amanda Simard (Parti libéral) et France Gélinas (Nouveau Parti démocratique). Montage ONFR+

Elles représentent respectivement le Parti progressiste-conservateur, le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert. C’est la première fois dans l’histoire (anglophone et francophone) de l’Ontario qu’un tel débat provincial rassemble quatre femmes.

Elles répondront aux questions des journalistes Gabrielle Sabourin (Radio-Canada) et Rudy Chabannes (TFO) autour de trois thèmes : le coût de la vie, vivre en français et les leçons de la pandémie.

Deux débats régionaux : dans l’Est et le Nord

Deux autres débats auront lieu par la suite en région, dans les deux circonscriptions ontariennes à majorité francophone. D’abord au Centre Camille-Piché d’Embrun, dans l’Est, ce jeudi 19 mai, où la joute opposera trois candidats de Glengarry-Prescott-Russell. Ensuite au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing, dans le Nord, le jeudi 26 mai, où trois autres candidats de Mushkegowuk-Baie James débattront. Ils seront diffusés en direct dès 19h sur la page Facebook d’ONFR+.

Les députés sortants de ces deux circonscriptions, la libérale Amanda Simard et le néo-démocrate Guy Bourgouin, tous deux porte-parole aux affaires francophones de leur parti et candidats à leur succession, ont d’ores et déjà accepté de participer à cet exercice démocratique. Les candidats progressistes-conservateurs Stéphane Sarrazin et Éric Côté n’ont en revanche pas encore confirmé leur participation à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Aux dernières élections, en 2018, le précédent débat à Embrun s’était déroulé entre seulement deux candidats, laissant vide la chaise réservée au Parti progressiste-conservateur. Cette absence avait soulevé beaucoup d’interrogations parmi les électeurs.

Une soirée avec analyses, duplex et résultats

Le point culminant de cette campagne sera la soirée électorale, diffusée le 2 juin à partir de 20h30 sur les ondes de TFO et sur la page Facebook d’ONFR+. À la barre de l’émission, Rudy Chabannes et Andréanne Baribeau coanimeront une émission de près de 2h30 ponctuée d’analyses, de duplex et de résultats en temps réel.

La politologue Stéphanie Chouinard, professeure adjointe de science politique au Collège militaire royal (Kingston), apportera son expertise pour décortiquer les résultats, esquisser les différents scénarios possibles et analyser les différentes courses, avec une emphase sur les circonscriptions francophones, de même que celles où les chefs et ministres sortants remettent en jeu leur fauteuil de député.

En 2018, grâce à son bureau des décisions, la chaîne publique francophone avait été la première en Ontario à déterminer que le gouvernement serait progressiste-conservateur et majoritaire.

Le diffuseur public franco-ontarien renoue avec son dispositif composé d’un bureau de décision et d’une animation des résultats en réalité augmentée grâce à son laboratoire d’univers virtuels (LUV) en trois dimensions. Il réserve également quelques nouveautés avec une incursion dans l’univers des médias sociaux, l’ajout de cartes interactives et le recours plus poussé aux reporters sur le terrain, répartis à travers la province dans les quartiers généraux des chefs et les circonscriptions francophones clés.

Mélanie Brulée, cowgirl de Cornwall

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

OTTAWA – La chanteuse country-folk Mélanie Brulée a récemment été nommée directrice générale de la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO). Franco-Ontarienne atypique, on lui doit deux albums ainsi que la construction d’un lien culturel entre le Canada français et le sud des États-Unis.

« Qu’elle est l’importance de votre héritage de francophone de Cornwall en tant qu’artiste?

Mon père est un Québécois de Montréal marié à une femme de Cornwall. Ma mère s’est remariée quand j’avais six ans avec un anglophone. Légalement, je m’appelle Melanie McDonald, mais de naissance Brulée.

Je suis allée à l’école en français. Je me souviens qu’on se faisait chicaner si on parlait anglais dans les couloirs. On sait ce que ça fait à des enfants. Ce que tu me dis de ne pas faire, je veux le faire. Ce n’était pas cool de parler français à l’école. C’est dommage, car les écoles essayaient tellement fort. Il y avait beaucoup d’artistes qui venaient.

D’un autre côté, mon parcours scolaire m’a permis de voir qu’il y avait des artistes qui faisaient des affaires cool en français et c’est pour cela que j’ai voulu garder ma francophonie en tant qu’adulte.

Comment êtes-vous venue à la musique?

À la fin du secondaire, j’ai travaillé deux ans à Kingston puis je suis partie pour l’Australie. J’ai rencontré un gars dans un hôtel de Sydney qui jouait de la guitare. Je me suis mise à chanter avec lui pendant qu’il jouait. Ce n’était rien de spécial. Il avait un petit livre avec des accords et il m’a proposé de me le montrer. Jouer de la guitare fait vraiment mal quand tu commences!

Il est devenu un très bon ami. On a voyagé ensemble en station wagon assez grand pour se mettre en arrière et jouer de la guitare. On est allé sur la côte est. C’était un cours assez intensif de guitare pendant trois mois, mais c’était déguisé en fumer des joints sur la plage, prendre une bière en après-midi, faire un road trip.

Quand avez-vous commencé à gagner votre vie grâce à la musique?

J’ai beaucoup joué dans les coins de rues à prendre des pourboires. J’ai gagné en confiance.

Parlez-nous de votre tout premier coin de rue

C’était à Byron Bay en Australie : j’avais 21-22 ans. Il faut demander aux commerçants si tu peux sinon tu te fais virer. J’avais fait des open mic puis des amis m’ont encouragé à continuer. Je n’avais pas d’argent ni de job alors je me suis dit aussi bien chanter sur la rue.

J’ai demandé à la propriétaire d’un magasin si je pouvais chanter devant son commerce. Elle était hésitante. Je lui ai demandé de me laisser deux chansons et que je partirais si ça n’allait pas. Finalement, elle est venue me donner de la monnaie!

J’ai appris à connaître une communauté par cette activité. Une fois, j’avais faim, je n’avais pas déjeuné. Je ne pouvais pas arrêter, car il y avait beaucoup de touristes, c’était un rush hour. Un bon samaritain est arrivé avec un sandwich dans une assiette justement au moment où je voulais arrêter. Quand tu es connecté avec du monde, c’est comme si on lisait dans les pensées des autres.

Mélanie Brulée en spectacle. Crédit image : Tomo Nogi

Puis vous êtes passée de la rue à la scène. Quel a été votre premier concert?

Je suis revenue à Kingston, en Ontario, à 26 ans et je jouais dans la rue. Un de mes anciens employeurs m’a croisé par hasard et il m’a demandé si j’avais déjà pensé jouer ailleurs que dans la rue… Évidemment!

Il était propriétaire d’un pub et m’a proposé de venir y faire un concert. J’arrive le dire au barman puis on m’apprend que l’artiste qui devait passer le soir même venait d’annuler. On m’a offert 75 $ pour le remplacer avec un spectacle de trois heures.

J’ai sorti toutes les chansons que je connaissais au monde surtout des covers rock comme Zombie des Cranberries. Je suis rentré ce soir-là en empruntant la guitare d’un ami. L’ampli grichait. Je n’avais pas de micro. Je croyais que ça allait être mon premier et dernier show. Ils ont appelé un autre musicien pour m’aider. Finalement, le pub m’a offert de performer chaque mardi soir. Je passais ma semaine à découvrir des chansons.

Ça m’a pris dix ans pour développer ma voix et ma personnalité artistique. Je suis revenue au Canada en 2011. Après six mois à Cornwall, je suis allée dans un événement folk à Toronto et j’y ai déménagé pour propulser ma carrière.

En 2013, j’ai fait une demande de subvention au Conseil des arts de l’Ontario puis j’ai été acceptée pour faire un programme de résidence en France. J’ai écrit des poèmes chaque matin et soir en français pour me réémerger dans ma langue que j’avais beaucoup perdu en Australie.

Qu’est-ce qui vous a motivé à reprendre la langue natale dans vos créations?

En revenant d’Australie, mon vocabulaire souffrait. J’ai eu peur de perdre ma langue. Je me suis dis qu’en écrivant de la poésie chaque matin et soir, j’allais en faire des chansons puis que mon premier album en revenant au Canada allait être en français.

Un projet change en cours de création. Les poèmes n’étaient pas bons, j’en ai gardé juste quelques-uns au final. Mais ça m’a donné une impulsion pour reprendre le français. J’ai écouté de la musique, de la télévision, des entrevues, etc.

On arrive au premier album Débridée en 2015. Dans quel contexte il est né et quel a été la première chanson?

J’ai rencontré le réalisateur Benoit Morier par Anique Granger avec qui je faisais une tournée dans l’Ouest. Il revenait de Winnipeg et on s’est vu à Thunder Bay. On est allé enregistrer quelques chansons chez lui à Montréal. On a fait trois démos. La première chanson était Peur de moi, on a fait un démo avec des bottes sur un plancher en bois. Il pense vraiment outside of the box, on a fait des trucs spéciaux, mais avec de bons résultats.

L’album Débridée, 2015. Gracieuseté

Après l’enregistrement vient le temps de la parution. Comment on se sent avec son bébé?

Sortir un album est un immense stress. Il y a toute une zone de doutes. Une chanson n’est jamais finie. Quand on sort, c’est que c’est good enough. Comment le public reçoit nos chansons ne nous regarde pas. Notre travail est de le faire et de le sortir. En ce qui concerne mon premier album, il a beaucoup joué sur les radios et satellites. J’ai gagné assez pour pouvoir faire mon deuxième en anglais (2018).

Au-delà du fait qu’il soit en anglais, en quoi ce deuxième album se différencie-t-il du premier?

C’est plus country, plus americana. J’ai écrit la plupart des chansons durant un roadtrip que j’ai fait de Nashville à Las Vegas et j’obsédais avec la musique des vieux films western. J’ai des fans en anglais et en français. J’ai beaucoup travaillé mon côté francophone de 2013 à 2018. Je me suis ensuite dit que je faisais partie des deux communautés alors il fallait bien que je donne un album à ma communauté anglophone.

La vie a changé à ce moment, car ce n’est plus faire de l’art pour faire de l’art, mais faire de l’art pour être capable de vivre. La musique était ma job, ce n’était plus la façon dont je gérais mes émotions. C’était la cause de mon stress. C’est pour cela que j’ai fait une grosse dépression en 2019. J’ai voulu arrêter complètement pour six mois et mon six mois s’est terminé en mars 2020 et on sait tous ce qui est arrivé.

Fires, Floods & Things We Leave Behind, 2018. Gracieuseté

On connait votre dévouement à la sensibilisation aux questions relatives à la santé mentale. Pouvez-vous nous en dire plus?

Ce n’est pas un secret que mon père s’est suicidé quand j’avais 12 ans. C’est ce qui m’a poussé à vouloir apprendre plus au sujet de l’anxiété et de la dépression. J’en souffre également, c’est dans mon sang. Quand quelqu’un se prend la vie, tout ce qui reste c’est beaucoup de questions.

Je me suis impliquée dans l’Association canadienne pour la santé mentale. J’ai fait des ateliers avec des jeunes, des levées de fond. J’ai une page dédiée aux ressources en santé mentale sur mon site internet. C’est une mission qui m’a été donnée, j’imagine. Je vois chaque moment de peine comme une opportunité d’apprendre davantage des autres. Tout le monde souffre des problèmes de santé mentale, si ce n’est pas toi c’est quelqu’un que tu connais.

Quand quelqu’un se prend la vie, tout ce qui reste c’est beaucoup de questions. La pandémie a fait qu’on a parlé plus de santé mentale. Tout ce qui était tout petit se ressent vraiment grand lorsqu’on est isolé.

Votre carrière en artistique vous a conduite à la direction de la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO). Dans quelles circonstances cela s’est-il produit?

J’ai travaillé pour la Canadian live music association, j’ai fait du tracking radio, des programmes, j’ai travaillé pour une entreprise de gérance. Il y a quelqu’un sur le conseil d’administration de l’association qui m’a demandé de postuler à la coalition. De départ, je n’étais pas sûr. Est-ce que j’ai ce qu’il faut pour gérer un organisme comme ça? Finalement j’ai fait l’entrevue et on m’a dit que j’avais vraiment bien fait. Je sais comment gérer des campagnes, j’ ai organisé de gros événements. Je mets toutes mes forces dans une job et j’ai la chance de faire de beaux changements dans la scène musicale. Je sais ce qui mène au burn-out et comment faire une communauté plus saine pour les artistes.

Que comptez-vous apporter au cours de ce mandat?

Je veux un cachet de base pour les artistes qu’on embauche. Il y a beaucoup d’artistes qui ont besoin de travail et qui vont faire des shows pour moins que ce que ça vaut. Il y a la télévision qui paye bien, puis on a des artistes qui ne se font payer presque rien sur Spotify. Si on ne se fait pas payer avec nos redevances, comment va-t-on garder la scène musicale active?

Finalement, je veux vraiment peaufiner notre système de membres pour que chacun puisse se parler, faire des mentorats, apprendre à se connaître pour vraiment créer une communauté. »


LES DATES-CLÉS DE MÉLANIE BRULÉE

1982 : Naissance à Cornwall

2003 : Voyage en Australie

2015 : Lancement de Débridée, album aux trois nominations au Gala Trille Or

2018 : Sortie de Fires, Floods & Things We Leave Behind, son deuxième album

2022 : Devient directrice générale de la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Contrôle vestimentaire qui tourne au cauchemar dans une école : vives réactions

OTTAWA – 24 heures après une manifestation d’élèves devant l’École secondaire catholique Béatrice-Desloges à Orléans contre le code vestimentaire de l’établissement, les réactions de soutien aux élèves continuent d’affluer, y compris sur le terrain politique, en pleine campagne électorale provinciale. De son côté le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) a présenté ses excuses dans un communiqué, ce samedi.

Sur Twitter, plusieurs politiques ont apporté leurs soutiens aux élèves et notamment aux adolescentes, qui auraient été la cible d’humiliations jeudi lors d’une vérification vestimentaire menée par l’établissement scolaire. 

« Les jeunes filles méritent respect, peu importe ce qu’elles portent. Pas de jugement. Pas d’humiliation. Plus jamais », indiquait la cheffe NPD Andrea Horwath sur son Twitter.

Stephen Blais, candidat sortant libéral à Orléans, dit être en contact avec Dan Boudria. Ce vice-président du CECCE indique vouloir participer au dialogue pour réviser le code vestimentaire.

Michelle Petersen, candidate du Parti vert dans la même circonscription, rappelle en entrevue que « nous sommes le mois de mai, qui est le mois de la sensibilisation aux agressions sexuelles ». La candidate s’est indignée à son tour sur les réseaux sociaux, apportant son soutien aux porteuses et porteurs de shorts « trop courts ».

Un exercice qui tourne mal

Jeudi dernier, la direction de l’École secondaire catholique Béatrice-Desloges a décidé de contrôler le respect des règles du code de vie, dont le code vestimentaire.

La manière employée a été contestée par une majorité d’élèves et de parents. Selon de nombreux témoignages vidéo et sur les réseaux sociaux, les élèves ont témoigné que des camarades de classe étaient amenées au bureau du directeur afin qu’on mesure la longueur de leur short, parfois devant des hommes et des femmes employées de l’école.

« Les filles ont dû se pencher et toucher leurs orteils afin de voir si les shorts et jupes étaient trop courts, afin de constater si leurs sous-vêtements étaient visibles. Ils ont même pris des règles pour mesurer et les ont touchés sur les cuisses pour leur montrer que, ce qu’elles portaient n’était pas correct », relate une élève au micro d’ONFR+.

Certains témoignages sur les réseaux sociaux indiquaient par ailleurs que ces vérifications avaient été parfois effectuées devant une classe entière. Selon cet élève de 9e année, « le personnel a même discriminé les plus rondes, car les shorts paraissaient plus courts sur leur corps et c’était une distraction pour les garçons, d’après la hiérarchie ».

Les élèves ne veulent pas d’arrêter là. Il manifesteront mardi. Pour eux, cette humiliation, ces remarques n’ont pas leur place en 2022. « Il fait chaud et on ne s’habille pas de même pour distraire les garçons », rajoute cette même adolescente. « On m’a demandé de mettre mon manteau parce que ma poitrine est trop grosse, mais je n’y peux rien, moi. C’est mon corps », déplore-t-elle.

« Ils ont aussi envoyé des élèves à leur maison pour se changer. Certains ont dû marcher une
heure en plein soleil, jeudi. C’était la journée la plus chaude. Ils ont gardé les téléphones des
élèves comme monnaie d’échange pour être sûr qu’elles reviennent en classe. »

D’après elle, plus de 60 élèves se sont fait rappeler à l’ordre et ont dû trouver un moyen
pour se changer. Aucun des garçons qui portaient des shorts n’a été interpellé par l’école.

Intervention musclée de la police

Vers 11h30, le service de police d’Ottawa a été appelé vraisemblablement pour trouble à l’ordre public devant l’école. Une centaine d’élèves garçons et filles brandissaient des pancartes. Cependant une personne d’une école voisine de Béatrice-Desloges a été arrêtée pour intrusion. Une vidéo circule sur les réseaux sociaux montrant un jeune homme sévèrement plaqué sur une voiture de police.  

« Il était sur le trottoir d’en face, qui appartient à la ville d’Ottawa, donc il n’y a pas eu intrusion », estime Cloé, une élève témoin de la scène. « C’est de l’abus, car des étudiants étaient juste là pour nous soutenir. »

La conseillère municipale Catherine Kitts s’est même demandé le véritable intérêt d’une intervention de la police via une publication sur Twitter. Pour Josée, la mère de Cloé, « c’est ma décision, en tant que parent, de dire à ma fille de se changer ou non, ou si sa façon de s’habiller est correcte ».

Premières conclusions d’une enquête interne

Le CECCE affirme prendre cette situation « très au sérieux ». Dans un communiqué diffusé ce samedi, la direction explique avoir dépêché vendredi deux cadres pour « faire la lumière » et entendre des élèves. Dans leurs conclusion préliminaires, ils confirment qu’une vérification de l’habillement a été faite mais qu’aucun élève n’aurait été prié de se pencher.

« Aucun élève n’a été assujetti à une mesure par une règle ou autre, comme le décrivent certaines versions des événements qui circulent en ligne », poursuivent les rapporteurs, reconnaissant que « bon nombre d’élèves se sont sentis dégradés et humiliés ». Et d’ajouter : « Cette stratégie de vérification du code vestimentaire n’est pas encouragée par le CECCE et n’est pas acceptable. »

L’administration du CECCE présente, dans ce même communiqué, ses excuses auprès des élèves et de leurs familles. « Des suivis sont en cours auprès de l’ensemble des écoles du conseil scolaire afin de s’assurer qu’une telle situation ne se reproduise plus. »

L’appel du Nord

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Je suis une fille du sud… Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. Certes, je suis originaire de l’Afrique du Nord, mais pour mes concitoyens canadiens, cette région fait partie du sud de notre globe. Et même si aujourd’hui je vis à Ottawa à 4900 km du pôle Nord, pour les gens de Sudbury, ma résidence ottavienne, fait de moi une fille du sud.

Tout ça pour dire que, le sud et le nord, c’est toujours relatif. Tout dépend du sud de qui ou de quoi. Une chose est certaine c’est que une fois rendue à la nouvelle Place des Arts de Sudbury, je me suis sentie bien au chaud, bercée par la poésie, allumée par les entretiens littéraires et tenue en haleine par les contes racontés à la manière bien typique des gens du nord.

Depuis ma première visite au Salon du livre du Grand Sudbury il y a plus d’une dizaine d’années, en passant par la deuxième visite, il y a quelques années, beaucoup de choses ont changé. Ou, disons-le franchement, beaucoup de neige est tombée. Bien évidemment, je ne peux m’empêcher de décrire la belle et flamboyante Place des Arts, un lieu de rencontre des mots et de la scène.

Une fierté que j’ai cru déceler dans les yeux de plusieurs artistes de la ville mais aussi que j’ai pu reconnaitre dans les sourires des visiteurs que je voyais arriver en petits groupes accompagnés de leurs enfants, amis et grands-parents. On dirait presque une affaire de famille et pourquoi pas de villages et de communautés. Quel accomplissement mérité.

Pendant ces trois jours d’activité intellectuelle intense, j’ai eu la chance de rencontrer de nouveaux auteurs de l’Ontario. Bien évidemment, une chronique ne serait pas suffisante d’étaler le butin littéraire de ces quelques jours et toutes ces découvertes mais je me suis promis de les partager avec vous dans les prochains mois et de vous en donner un avant-gout.

Un voyage dans le temps à travers plusieurs pays

Pour cette chronique, j’ai choisi de vous emmener dans un voyage pas tout à fait dans le sud mais plutôt, un voyage dans le temps à travers plusieurs pays, notamment la Russie, la Turquie, la Syrie et le Liban dans les années 30 du siècle écoulé. C’est justement ce que fait Lamara Papitashvili, une autrice de Toronto dans son roman intitulé Adieu Staline. Une quête de liberté qui se transforme en péripéties dangereuses pour deux jeunes hommes de la Géorgie, Témour et Llia, sous la main de fer du régime de Staline.

Peut-on vraiment poursuivre ses rêves de jeunesse quand la police contrôle les allées et venues de tout le monde, quand la suspicion devient une seconde nature, quand la délation est un gagne-pain pour certains ou quand la musique et les arts sont des signes honteux de la bourgeoisie qu’il fallait combattre à tout bout de champ? Seule la fuite devient la réponse et avec elle, la peur, la perte des racines, la misère et parfois la mort.

Papitashvili nous transporte des hautes montagnes périlleuses du Caucase vers la ville enneigée de Kars au temps de la nouvelle République turque que Témour décrit par ses mots : « J’avais la sensation d’être entre deux mondes, pas tout à fait en Turquie musulmane, mais quelque part entre un passé arménien et géorgien ».

Puis traverser la Syrie prise sous un mandant français pour finalement arriver à la mer et au port de Beyrouth. Un voyage forcé, un départ déchirant des siens mais une amitié solide et un monde en perpétuelle déconstruction et reconstruction où les guerres, les conflits ne sont jamais trop loin et leurs conséquences terribles et dures sur les personnes.

Même si les événements du livre de Papitashvili se passent dans la première moitié du siècle dernier, à maintes reprises j’ai cru que c’était une histoire d’actualité. Les guerres, l’autoritarisme, les réfugiés et le déracinement. Tous des thèmes qui malheureusement n’ont pas disparu de notre époque et qui nous affectent tous à des degrés différents, à la fois, gens du nord et du sud. Une humanité qui se cherche encore et Lamara Papitashvili ne fait que nous rappeler avec son roman que « l’histoire ne se répète pas, elle bégaie » comme l’aurait dit un certain Karl Marx.

Surprenant Salon du livre du Grand Sudbury

En tout cas, c’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu ce roman de Papitashvili qui ne fait que tisser un pont entre un passé douloureux et un présent titubant que se construit encore avec des pointes d’espoir dont Papitashvili est capable de nous les faire sentir, comme lorsqu’elle décrit le quotidien de Llia « tous les matins, il boit son thé noir, en balayant les pages de son journal qu’il ramasse sur son porche, l’esprit paisible ».

En fin de compte, ne parcourons-nous tous pas des milliers des kilomètres à pied comme l’ont fait Témour et Llia ou par bateau, en voiture ou en avion, justement pour savourer ces gestes anodins et respirer les roses. Des voyages du sud vers le nord ou vice-versa pour retrouver un amoureux, gagner sa vie et respirer la liberté?

Les deux avions que j’ai pris d’Ottawa à Toronto puis de Toronto à Sudbury m’ont permis de monter vers le nord. Revoir la lumière majestueuse. Frissonner au gré de la brise nordique. Entendre siffler le train de marchandises et ses wagons à la queue leu leu qui me rappelle que le Canada est un vaste pays rattaché par un chemin de fer est-ouest. Un autre axe. Une autre géographie.

Ces kilomètres de parcourus m’ont fait découvrir des gens qui lisent, qui réfléchissent et qui racontent des histoires. Encore une fois le Salon du livre du Grand Sudbury m’a surpris, choyé et surtout beaucoup appris. Sur moi, la fille du sud, mais aussi sur des auteurs qui entament ou continuent leur chemin littéraire.

Merci Sudbury.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Lieutenante-gouverneure unilingue : Ottawa conteste la décision, mais admet son erreur

Le gouvernement Trudeau porte en appel la décision des tribunaux du Nouveau-Brunswick qui jugeait invalide la nomination de la lieutenante-gouverneure de la province Brenda Murphy. Ottawa prend toutefois l’engagement à ne plus nommer une personne unilingue à ce poste.

Le mois dernier, la juge en chef Tracey Deware de la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick avait statué que la nomination de Justin Trudeau d’une unilingue anglophone à ce poste était inconstitutionnelle. Elle avait été nommée par le Bureau du Conseil privé à la suite d’une recommandation du premier ministre Justin Trudeau. Les libéraux admettent toutefois leur erreur dans ce dossier.

« À l’avenir, notre gouvernement s’engage à nommer des lieutenants-gouverneurs bilingues au Nouveau-Brunswick, et ce, dès le prochain processus de nomination », indique la ministre des Langues officielles et députée du Nouveau-Brunswick, Ginette Petitpas Taylor, dans une déclaration.

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) est celle qui poursuit le fédéral dans ce dossier. La SANB a réagi samedi en journée via son président Alexandre Cedric Doucet.

« On est extrêmement déçu… La décision de la juge Deware était excellente et reconnaissait un tort historique envers la communauté francophone et acadienne. Il y a plusieurs experts en droit constitutionnel qui mentionne, que ça ne prend pas un changement constitutionnel, pour statuer sur la question de nominations des lieutenants-gouverneurs au Nouveau-Brunswick. Beaucoup de gens on mentionné que ça pourrait être fait via le projet de loi C-13 », soutient-il en entrevue.

La lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, Brenda Murphy. Source : Facebook gouvernement du Nouveau-Brunswick

Les arguments

Les avocats du gouvernement soutiennent dans un document déposé à la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick que la juge Deware a erré dans son jugement. Ils écrivent que cette nomination ne contient pas une exigence de bilinguisme à la base. Ils ajoutent que les recommandations du premier ministre ne sont pas assujetties au cadre judiciaire.

Cet appel a pour but de protéger la Charte canadienne des droits et libertés, explique le fédéral qui estime que cette décision nécessiterait une modification constitutionnelle. Cette action exigerait alors le consentement unanime des provinces et du fédéral.

« En tant que ministre des Langues officielles et fière Acadienne, ma priorité est de protéger et de promouvoir nos deux langues officielles. La décision du gouvernement du Canada d’aller en appel de la décision de la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick n’affecte en rien notre engagement à protéger et promouvoir notre dualité linguistique », souligne la ministre Petitpas Taylor.

Le gouvernement ferme toutefois la porte à légiférer sa promesse, ce que dénonce la SANB comme une incohérence.

« Les droits linguistiques ce n’est pas un spin de communications que les gouvernements peuvent utiliser. Si on prend juste la parole des gouvernements « pour du cash », on n’en sortira pas gagnant (…) On pensait que le fait qu’on avait des alliés au cabinet ferait en sorte qu’on n’irait pas en appel, mais bon », soupire Alexandre Cédric Doucet en faisant allusion à la ministre Petitpas Taylor et son collègue Dominic Leblanc.

Le Bloc Québécois a dénoncé ce geste de retourner devant les tribunaux.

« Justin Trudeau et les libéraux s’entêtent à vouloir nommer des personnalités qui ne parlent pas français aux postes de lieutenant-gouverneur et gouverneur général malgré l’avis de la Cour. Les Québécois, comme les communautés francophones et acadiennes, doivent prendre acte de cette décision, emblématique de l’action libérale vis-à-vis la langue française », a affirmé le porte-parole en Langues officielles Mario Beaulieu.

Des experts estimait pourtant que le gouvernement n’avait aucun avantage à contester cette décision.

Livres en français : « Les coupes menacent toujours si on ne s’implique pas assez »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Férue de littérature francophone et fervente défenseuse de la place des auteurs franco-ontariens, Céline Marcoux-Hamade a été en charge des services en français à la Bibliothèque publique de Toronto (TPL) durant 14 ans.

LE CONTEXTE :

Début 2020, TPL annonçait le retrait de plus de 26 000 livres francophones des étagères torontoises, avant de faire machine arrière face au tollé populaire et politique, promettant des consultations communautaires sur l’avenir de ces collections.

L’ENJEU :

Quatre consultations auront lieu du 14 mai au 11 juin dans le but de discuter, sélectionner et promouvoir ces livres. La réussite et le maintien de la collection dépendra du degré de participation de la communauté à ces consultations.

« Cela fait deux ans et trois mois que les responsables de la TPL avaient promis ces consultations à la communauté francophone. N’est-ce pas un peu long?

Oui, c’est long! Ça aurait été inexcusable si on n’avait pas eu la pandémie qui a bouleversé beaucoup de milieux de travail dont la bibliothèque. Ceci dit, ils auraient pu faire un sondage en ligne l’année passée ou à la fin 2020. Donc ça a été long jusqu’à un certain point.

Cette « lenteur » remet-elle en question leur réelle volonté d’œuvrer pour les livres francophones après le scandale de janvier 2020?

Je suis tentée de répondre non, car il y a tout de même des signes qui me font dire qu’ils nous ont pris au sérieux après le scandale. On a vu par exemple qu’ils ont engagé une personne à temps plein pour s’occuper des collections en français comme on l’a recommandé à l’époque. Par contre, je suis aussi tentée de répondre oui parce qu’ils n’ont pas attendu les résultats des consultations pour se débarrasser de collections au complet dans certaines bibliothèques, comme cela était le cas il y a quelques mois.

Vous avez toujours dit que la vraie raison de la baisse du taux de circulation des livres francophones – principal argument des responsables de la TPL à l’époque – pour retirer des collections en français, est le manque de communication et de promotion. Est-ce que cela a changé depuis?

Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression qu’il y a beaucoup de promotion qui est faite, mais encore une fois, la pandémie est passée par là. Quand j’étais là, il y avait beaucoup plus de réseautage et de communications autour des livres en français qu’aujourd’hui. C’est sûr que si on n’est pas en constante communication avec la communauté qui, rappelons-le, change régulièrement, le taux de circulation (qui est le nombre de fois que le livre circule) va diminuer, puisque les gens ne savent pas qu’il existe.

On ne peut pas tout de même tout mettre sur le dos de la pandémie, si?

Tout ce que je peux vous dire c’est qu’à présent, il n’y a plus d’excuses, ils devraient être capables de faire plus de promotion.

Concrètement, qu’est-ce que vous attendez de ces consultations?

Ce que j’attends, c’est que la Bibliothèque de Toronto écoute sérieusement ce que la communauté va avoir à dire et pas juste dire « oui, oui on a fait des consultations » et partent faire ce qu’ils veulent après. Ils doivent discuter et surtout écouter la communauté pour avoir de bonnes collections ciblées dans plusieurs bibliothèques. C’est comme ça que le taux de circulation va augmenter.

Quel message message voulez-vous faire passer à nos lecteurs qui lisent probablement les collections francophones de la bibliothèque torontoise?

Une seule chose : j’espère que la communauté va être présente en nombre à ces consultations et qu’elle prenne le temps de remplir le sondage. C’est extrêmement important, parce que si personne ne se présente à ces consultations, je vous laisse imaginer ce que TPL va penser et faire par la suite.

Est-ce que cela veut dire qu’au cas où « la communauté » ne réponde pas présent, les coupes de 2020 s’abattraient sur les œuvres en français à nouveau?

Malheureusement, j’ai l’impression que oui! C’est pour ça que je le répète, c’est si important que la communauté participe à ces consultations. Ne l’oublions pas, ils n’ont quand même pas hésité à fermer certaines collections sans en parler avec la communauté, il n’y avait même pas de signes dans la Bibliothèque disant que ces livres vont être retirés des rayons. Pour moi, c’est un manque de respect vis-à-vis de la communauté. »

« On a donné aux Franco-Ontariens de l’amour comme ils n’en ont jamais vu », dit Ford

WINDSOR – Les Franco-Ontariens n’ont jamais reçu autant d’amour que durant les quatre dernières années sous son gouvernement, a affirmé Doug Ford vendredi. Le meneur dans les sondages a aussi réaffirmé son engagement d’apprendre le français.

Le chef conservateur a vanté les agissements de sa ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney, notamment dans les dossiers de l’Université de l’Ontario français et l’Université de Hearst ainsi que pour la francophonie économique.

« Nous sommes le seul gouvernement réellement dédié aux universités en français de l’Ontario, nous sommes le seul gouvernement à avoir une véritable stratégie économique pour les francophones. Nous avons donné aux Franco-Ontariens de l’amour comme ils n’en ont jamais vu », a soutenu celui qui tente d’obtenir un second mandat à la tête de l’Ontario.

Une affirmation que la cheffe néo-démocrate Andrea Horwath a balayé du revers de la main.

« Il n’était pas prêt à gérer ce qui s’est passé à Sudbury avec l’Université Laurentienne. Il n’a pas démontré d’amour aux Franco-Ontariens. On sait que les Franco-Ontariens sont encore incapables d’obtenir les services publics en français qu’ils devraient recevoir. Le gouvernement n’a posé aucune action pour redresser la barre », a critiqué Mme Horwath, qui était du côté Chatham-Kent pour faire campagne.

Une promesse

Doug Ford avait promis d’apprendre le français en 2018, promesse qu’il a réitérée à de nombreuses reprises dont vendredi.

« Je m’engage toujours à apprendre le français et je sais que nous avons plus de 600 000 francophones en Ontario, je les soutiens », affirme celui qui était en déplacement à Windsor en ce jour 10 de la campagne électorale.

Il ajoute avoir suivi des cours de français à certains moments pendant la pandémie, lorsque c’était possible de se regrouper. Pourtant en octobre dernier, le chef conservateur disait avoir complètement arrêté les leçons en raison de la pandémie.

« Je ne pouvais pas suivre les cours alors que je disais aux autres d’aller en ligne et de suivre des cours. Je ne pouvais pas faire venir mon professeur de français », avait-il dit.

Il n’est toutefois pas le seul, car Steven Del Duca (Parti libéral), Andrea Horwath et Mike Schreiner (Parti vert) ne parlent pas le français. Les chefs disent tous avoir suivi des cours depuis quelques années ou être en train d’en suivre.

Lieutenante-gouverneure unilingue : Ottawa va-t-il porter la décision en appel?

Le gouvernement Trudeau doit dans les prochains jours décider s’il va en appel ou non d’une décision des tribunaux qui avait déclaré invalide la nomination de Brenda Murphy comme la lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick. Pour des experts, il n’y aurait aucun avantage pour les libéraux à porter le jugement en appel.

Ottawa a jusqu’au 16 mai pour officiellement aller de l’avant ou non dans ce dossier. En rappel, la juge en chef Tracey Deware de la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick avait statué que la nomination de Justin Trudeau d’une unilingue anglophone à ce poste était inconstitutionnelle.

La ministre des Langues officielles et députée néo-brunswickoise Ginette Petitpas Taylor dit ne pas savoir quelle décision va prendre le ministre de la Justice David Lametti. Ce dernier soutient qu’il ne s’agit pas de la sienne.

« On va prendre une position en tant que gouvernement », précise-t-il.

Le ministre de la Justice et procureur général du Canada, David Lametti. Crédit image : Wikimedia, Sebastiaan ter Burg

Ginette Petitpas Taylor a souligné que le critère du bilinguisme, ignoré par son gouvernement notamment dans le cas de Mary Simon, devrait être une priorité dans les nominations.

« En tant qu’Acadienne et ministre des Langues officielles, il va de soi que je crois que la capacité de s’exprimer dans les deux langues officielles doit toujours être en haut de la liste des critères à considérer et qu’il est important que nos leaders donnent l’exemple », a-t-elle dit mercredi au Sénat.

Pour un spécialiste du système de Westminster, il y a très peu de bénéfices pour le gouvernement d’aller de l’avant dans le dossier.

« La cour n’impose rien, donc ils n’ont pas vraiment d’incitatifs à faire quoi que ce soit pour changer la décision, ils n’ont aucune pression… La juge a laissé ça entre leurs mains et sans conséquences donc c’était essentiellement un message politique plus que d’autres choses. La meilleure solution est de ne rien faire », pense le professeur associé de l’École d’affaires internationales Norman Paterson de l’Université de Carleton, Philippe Lagassé.

Idem pour le professeur de droit Érik Labelle Eastaugh, qui estime qu’il pourrait y avoir un risque à aller de l’avant dans le dossier pour le fédéral.

« En tout état de cause, la décision va s’appliquer juste au cas de la lieutenante-gouverneure, mais si la Cour d’appel venait à confirmer la décision de la juge Deware, ça pourrait renforcer l’argumentaire selon lequel les articles 16 à 20 de la Charte imposent l’obligation que les représentants de la reine, la gouverneure générale ou la lieutenante-gouverneure, soient bilingues. »

Un mauvais message 

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) est celle qui poursuit le fédéral dans ce dossier. La SANB demande au gouvernement de respecter le jugement et d’inclure une exigence de bilinguisme à cette fonction dans son projet de loi C-13.

« Sinon, ça enverrait le message, que le gouvernement fait appel des droits linguistiques de la communauté francophone et Acadienne. Ça serait très négatif comme message et ça irait un peu à contresens du message public que le gouvernement libéral a depuis quelques années, soit celui d’un gouvernement qui protège la langue française partout au pays », lance son président Alexandre Cédric Doucet.

Ce dernier souligne aussi le projet de loi S-229 du sénateur Claude Carignan, en deuxième lecture au Sénat qui obligerait le bilinguisme de la charge de lieutenant-gouverneur.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.
Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

Les partis de l’opposition demandent à Ottawa de ne pas retourner devant les tribunaux, idem pour les libéraux provinciaux au Nouveau-Brunswick.

« L’idée est que nonobstant l’affaire juridique, il y a une décision politique à prendre », note le politologue de l’Université Moncton Roger Ouellette.

Plusieurs scénarios s’offrent au gouvernement Trudeau qui pourrait notamment faire deux actions du même coup.

« Ça pourrait être une geste politique à poser de dire que pour des questions techniques et constitutionnelles, c’est important que ça soit clarifié devant la Cour suprême, mais en même temps, qu’il (Justin Trudeau) a compris le message que c’est important de nommer un lieutenant-gouverneur bilingue. À ce moment-là, il pourrait le mettre dans la Loi sur les langues officielles. »

Si ce dernier croit que ce type de décision pourrait nuire ou aider aux relations entre les libéraux et les organismes francophones, il y aura peu d’impact au scrutin.

« Les libéraux ne payent pas le prix politique, en tout cas. Ça aurait été plus inacceptable si Harper avait nommé un lieutenant-gouverneur unilingue anglophone… On voit que M. Trudeau et les libéraux peuvent faire des choses auprès des communautés francophones qui n’ont pas de conséquences dans les urnes », estime-t-il.

Les verts dévoilent leur plateforme promettant une économie climatique

TORONTO – Le Parti vert a dévoilé ce jeudi sa plateforme électorale concentrée sur des enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Mais la francophonie ontarienne passe légèrement sous silence. Les promesses faites durant ses déplacements sont soit absentes de son plan, soit à peine nommées. Il rétablira, cependant l’indépendance du Commissariat aux services en français.

Mike Schreiner soumet trois propositions pour les francophones de la province. Le parti fournira aux organismes à but non lucratif des ressources linguistiques en français. Il augmentera le nombre de personnes parlant français dans les programmes scolaires et compte améliorer l’offre de services en français. Il ne précise toutefois pas ces notions.

En déplacement à Toronto ce jeudi. Mike Schreiner a tenté une réponse en français au micro d’ONFR+, se justifiant ensuite de vouloir plus de services pour mieux apprendre à parler français. Il affirme ensuite que l’Université de Sudbury sera l’université du Nord pour et par les francophones et promet de protéger l’éducation en français dans les universités au Sud de la province.

Une plateforme sociale

Deux ans après le début de la pandémie, la santé reste un thème important dans cette élection. Le plan des verts partage plusieurs points communs avec le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Entre autres, Mike Schreiner propose d’augmenter les dépenses en santé mentale de 10 %, directement prélevées dans le budget de la santé et dans le cadre de la l’Assurance santé. En effet, le Parti vert accorde aux soins de santé mentale une priorité de cette campagne. Il veut notamment catégoriser ce problème comme étant de santé publique. Il souhaite allouer des ressources pour traiter la toxicomanie et les démocratiser aux cliniques sans rendez-vous et auprès des équipes de santé familiale.

En plus, il veut accroître le financement en santé mentale pour les enfants afin de réduire le temps d’attente à moins de 30 jours, que ce soit pour des thérapies ou des soins associés.

« Parfois les jeunes et enfants, attendent 18 mois ou même deux ans avant d’être pris en charge », s’est insurgé le député sortant de Gueph, lors de l’annonce de sa plateforme.

Toujours en santé, Mike Schreiner compte reconnaître le suicide comme une priorité de santé publique. Marquée par l’actualité des dernières semaines, la formation politique propose d’augmenter le nombre de cliniques de santé pour femmes et de cliniques d’avortement en Ontario.

Un plan pour un logement économique et climatique

La crise du logement représente un aspect phare de la plateforme des verts. Le chef souhaite mettre en place les quartiers « 15 minutes », comme une des solutions climatiques. « Une ville, 15 minutes » est un concept qui signifierait l’accès au travail, à l’école, au système de santé et aux magasins en moins d’un quart d’heure de marche ou de vélo.

Le chef du Parti vert Mike Schreiner.
Le chef du Parti vert Mike Schreiner. Crédit image : Rudy Chabannes

La formation écologique veut ainsi miser sur une réduction des véhicules sur la route pour notamment atteindre zéro émission nette d’ici 2045.

Dans la même veine, on propose d’offrir jusqu’à 15 000 $ pour inciter les propriétaires à faire des rénovations énergétiques dans les logements qu’ils détiennent.

« Cela créera de l’emploi, mais je veux aussi créer de nombreux emplois verts dans la province. »

Dans son plan logement, il est question de construire 160 000 nouvelles habitations locatives abordables dans les dix prochaines années en plus de rétablir le contrôle des loyers.

Enfin, si Mike Schreiner est élu, il étendra l’allocation au logement à 300 000 nouveaux foyers, une dépense estimée à 240 millions de dollars par an. Il compte travailler afin de mettre fin à l’itinérance sur un plan de dix ans.

Autres mesures extraites de la plateforme :

  • Ramener l’âge du vote à 16 ans.
  • Fournir un financement de 1 milliard de dollars pour les aires protégées par les autochtones.
  • Que les travailleurs temporaires deviennent des employés à part entière après trois mois.
  • Électrifier le réseau de transport en commun de l’Ontario avec 4000 autobus électriques d’ici 2030.
  • Augmenter la demande de véhicules neufs à faibles émissions avec des incitatifs allant jusqu’à 10 000 $ pour l’achat d’un véhicule entièrement électrique et 1000 $ pour un vélo électrique ou un véhicule électrique d’occasion.
  • Interdire l’élevage et la vente d’animaux exotiques sauvages.
  • Protéger de façon permanente les terres agricoles.
  • Restaurer le Bureau du commissaire à l’environnement

Plus de détails à venir

Théâtre, cinéma et concert : la francophonie dans toute sa diversité

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

La culture haïtienne mise en scène, les sonorités afro en concert, l’histoire d’une sud-américaine en dessin animé, une prestation hip-hop et violoncelle puis un film se déroulant en Suède, la francophonie ontarienne déploie sa diversité cette semaine.

Théâtre

Voyage dans l’esprit de la culture haïtienne

Le Théâtre du Nouvel Ontario présente le spectacle Manman la Mè produit par le Théâtre Catapulte. Mis en scène par Kamana Ntibarikure et interprété par la conteuse Djennie Laguerre, cette pièce raconte l’histoire de Marjolaine, une jeune fille d’origine haïtienne atteinte d’une maladie incurable voulant retourner voir sa grand-mère au pays pour guérir. Accompagnée de chants haïtiens, l’œuvre explore avec humour l’univers des relations mère-fille.

Djennie Laguerre. Crédit image : Sibylle Berger.

En scène du 12 au 14 mai 19h30 à la Place des Arts du Grand Sudbury. Les billets sont disponibles ici.

Cinéma

Le cinéma triomphe

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) projette le film Un triomphe. Lauréat du Prix de la Meilleure comédie européenne au European Film Awards 2020, le film fait le récit de la vie d’un acteur qui finit par animer un atelier de théâtre en prison pour boucler les fins de mois. Cette comédie dramatique plonge le public dans une épopée à la fois drôle et humaine inspirée de faits vécus.

Un triomphe, Source : MIFO.

En salle le 12 mai 19h au 6600 rue Carrière à Orléans, les billets sont disponibles ici. Le tarif adulte est de 8 $ et 6 $ pour les enfants.

Concert

La beauté dans le YAO

L’Alliance française de Toronto accueille le chanteur YAO qui se passe de présentation dans le milieu culturel franco-ontarien. Le chanteur slam, soul et funk fait vivre toute la gamme des émotions à son public avec son nouveau spectacle Kintsugi, la beauté dans le chaos. Cet art japonais du même nom réfère à la poterie cassée que l’on répare avec des métaux précieux pour en faire une œuvre de plus grande valeur. C’est en explorant ses fissures de l’âme que l’artiste vous amènera dans son univers.

Yao en tournée. Crédit Axel Tihon Photography
Yao en tournée. Crédit image : Axel Tihon Photography

En concert le vendredi 20 mai au Théâtre de Spadina, les billets d’admission générale sont disponibles au coût de 28 $ et peuvent être achetés sur le site de l’Alliance française.

Spectacle

Quand le hip-hop rencontre le violoncelle

L’artiste Miro livrera une performance en présentiel le samedi 14 mai au théâtre L’Octave à Kingston organisé par le Centre culturel Frontenac. Il viendra présenter son spectacle En retard sur ma vie. Riche et planant, Miro n’hésite pas à sortir son violoncelle pour offrir des sonorités envoûtantes sur ses beats de rap et de hip-hop. Unique à sa façon, son spectacle ne laisse personne indifférent.

Miro. Crédit image : Augustin Chapdelaine.

En spectacle le 14 mai à 19h au Théâtre L’Octave, les billets sont offerts à 26,14 $. Réservez votre place en suivant ce lien

Cinéma jeunesse

La magie de la forêt

Le Carrefour francophone invite les parents et leurs progénitures au Cinéma Sudbury Indie le dimanche 15 mai 13h pour la projection de Mia et le Migou. Ce dessin animé nous plonge en Amérique du Sud où la jeune Mia cherche son père qui travaille sur un chantier dans une forêt tropicale. Sur son chemin, elle découvre un arbre hors du commun qui lui montrera les véritables forces de la nature… À suivre!

La projection aura lieu le dimanche 15 mai à 13h. Les membres du Carrefour francophone ont droit à un billet à 10 $ alors qu’il sera 14 $ pour les autres. 

Plusieurs ministres sortants de la Ford Nation en danger

TORONTO – Sept ministres et ministres associés sortants sont malmenés dans les intentions de vote selon les projections du site QC125, chacun au coude à coude avec un candidat libéral. C’est notamment le cas de David Piccini (Environnement), Kinga Surma (Infrastructure) ou encore Parm Gill (Multiculturalisme). Les duels les plus serrés se situent dans la grande région de Toronto, un territoire très convoité qui déterminera l’issue du scrutin.

David Piccini, ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs, est en délicate position dans Northcumberland-Peterborough Sud. Si les élections devaient avoir lieu aujourd’hui, une poignée de votes le séparerait de son adversaire le plus dangereux, le libéral Jeff Kawzenuk.

Néophyte en politique, M. Kawzenuk, un ancien directeur d’école, se lance dans ses premières élections. C’était aussi le cas de M. Piccini lorsqu’il a été élu pour la première fois en 2018. Avant d’obtenir son premier portefeuille à l’Environnement, cet agent de la fonction publique fédérale a été l’adjoint parlementaire des ministres Fullerton et Romano au sein du ministère des Collèges et Universités.

Les deux adversaires politiques sont crédités de 37 % et 38 % dans cette circonscription pivot.

Michael Tibollo aux prises avec le chef libéral

Dans Vaughan-Woodbridge, la planche est tout autant glissante pour le député sortant et ministre associé Michael Tibollo. Il doit effacer le chef du Parti libéral, Steven Del Duca, qui tente de reprendre son siège perdu en 2018. Tous deux obtiendraient 43 % si le vote avait lieu ce mercredi.

Né du découpage en 2018 de la circonscription de Vaughan, ce territoire est historiquement libéral. M. Del Duca y était élu depuis 2012 avant la débâcle de son parti aux dernières élections. S’il veut peser sur la prochaine législature, l’ancien ministre des Transports et du Développement économique sous le gouvernement Wynne doit impérativement l’emporter le 2 juin.

Successivement ministre de la sécurité communautaire et des Services correctionnels, ainsi que du Tourisme, de la culture et du Sport, Michael Tibollo était en charge du portefeuille de la Santé mentale et de la Lutte contre les dépendances, au moment de la dissolution de l’Assemblée législative. Il brigue un second mandat.

Stan Cho talonné de près dans Willowdale

Autre circonscription, autre égalité (38 %) : dans Willowdale le ministre associé aux Transports, Stan Cho ne parvient pas à distancer son challenger : le libéral Paul Saguil, un avocat qui lutte contre la criminalité financière et la corruption au sein de la Banque TD.

M. Cho avait renversé en 2018 l’ancien ministre des Affaires autochtones, David Zimmer, qui détenait la circonscription depuis 2003, et avait mis fin à 15 ans d’emprise libérale dans Willowdale. Cette fois, l’issue du scrutin semble bien plus indécise.

Candidat pour la première fois dans une élection, Paul Saguil avait déjà sollicité l’investiture libérale au fédéral à deux reprises auparavant, sans succès.

Milton, circonscription pivot

Dans Milton, le sortant Parm Gill fait jeu égal avec la candidate libérale Sameera Ali, tous deux crédités de 39 % des intentions de vote. Le ministre sortant des Affaires civiques et du Multiculturalisme fait face à une jeune conseillère municipale à Milton. Membre du groupe de travail pour la jeunesse de la ville, elle est agente de communications pour la Légion de Milton et directrice de la banque alimentaire Halal.

Élu à la Chambre des communes de 2011 à 2015, M. Gill a essuyé deux échecs au cours des scrutins suivants, avant de concentrer ses efforts sur Queen’s Park, avec succès. À la faveur de vague bleue de 2018, il a battu la ministre de l’Éducation sortante Indira Naidoo-Harris, dans Milton, nouvelle circonscription née du redécoupage d’Halton, fief progressiste-conservateur, à l’exception de 2015 à 2018.

Deux duels s’annoncent serrés dans Mississauga

Toujours d’après les prévisions de Qc125, dans Mississauga-Est-Cooksville, Kaleed Rasheed est donné battu pour le moment (38 %), devancé de deux points par son adversaire libéral. Le ministre associé délégué de l’Action pour un gouvernement numérique doit donc briller durant cette campagne électorale.

Face à lui : Dipika Damerla, ancienne ministre des Affaires des personnes âgées dans le gouvernement Wynne. Élue en 2011 et 2014, celle qui a aussi été ministre associée à la Santé, responsable des Soins de longue durée et de la Promotion du mieux-être, tente de récupérer son siège.

Dans Mississauga-Streetsville, Nina Tangri, ministre associée déléguée aux Petites Entreprises et à la Réduction des formalités administratives, devance son adversaire d’un point. Si le scrutin devait se dérouler maintenant, cette femme d’affaires et vice-présidente du conseil de direction de l’hôpital Credit Valley conserverait son siège de justesse à Queen’s Park aux dépens de sa rivale libérale, Jill Promoli.

Kinga Surma est elle aussi en danger, dans Etobicoke-Centre. La ministre de l’Infrastructure perdrait à ce stade son siège avec 39 % des suffrages contre 41 % à son adversaire libéral, Noel Semple.

Estimations en date du 11 mai 2022 : source Qc125, site de projections électorales basées sur les tendances électorales, l’évolution démographique et les sondages politiques.

Sécurité et libertés civiles, une épine dans le pied du prochain gouvernement

OTTAWA – Au début de l’année, l’occupation des camionneurs dans le centre-ville d’Ottawa s’est vite étendue, jusqu’à dépasser les frontières de la ville. Le convoi de la liberté a-t-il fait émerger un nouveau type de manifestation, laissant la province de l’Ontario et un pays du G7 paralysés par une poignée de gens, dont certains pensant faire tomber le gouvernement? Quelle place le futur gouvernement devra-t-il occuper dans ce dossier?

Plusieurs incohérences stratégiques se sont produites au cours des manifestations de février dernier selon l’expert en sécurité nationale et ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya.

D’une part, les lois municipales ont été bafouées durant le convoi et, d’autre part, la mise en place d’une mesure d’urgence invoquée par le gouvernement fédéral, n’aurait jamais dû arriver si le gouvernement provincial avait agi de façon proportionnelle.

Le directeur général du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA), Marc Chénier, admet que cet épisode a tourmenté les citoyens et les commerçants. Son organisation regroupe 432 commerces affiliés.

« La Ville d’Ottawa et la province de l’Ontario ont incontestablement les outils pour gérer ce type d’événement », indique M. Juneau-Katsuya. L’Ontario possède un système de police provinciale supposé efficace, en plus d’une police municipale et fédérale. La municipalité et le ministère provincial doivent se doter d’un programme de gestion des situations d’urgence, comme le prévoit la Loi sur la protection civile et la gestion des situations d’urgence (LPCGSU).

Michel Juneau-Katsuya, ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Gracieuseté

« Au début, les commerçants du centre-ville n’étaient pas inquiets. Nous avons l’habitude des manifestations. Mais c’est devenu préoccupant quand ça s’est transformé en occupation », explique M. Chénier. « On s’est rendu compte que l’intérêt public n’était plus respecté et c’est devenu de la désobéissance publique. »

Pourtant, la LPCGSU indique qu’« un décret provincial qui déclare la situation d’urgence pour l’ensemble ou une partie de l’Ontario (…) exige une intervention immédiate afin d’empêcher l’émergence d’une situation dangereuse (…) à des personnes ou d’importants dommages à des biens ».

Le 11 février dernier, l’Ontario entrait alors en situation d’urgence provinciale, en vertu de cette Loi. Ainsi, la police détenait les pouvoirs temporaires pour « détruire et enlever des biens, interdire et réglementer les déplacements en provenance ou à l’intérieur d’une zone désignée ».

Il est juste de croire que « c’est une solution raisonnable et préférable à la prise d’autres mesures », décrit cette loi. La LPCGSU est différente de la Loi sur les mesures d’urgence, invoquée par le gouvernement fédéral.

Avec une occupation de trois semaines, il semble que le gouvernement de l’Ontario et la municipalité ont échoué dans leur mandat sécuritaire. Cependant, pour Geneviève Tellier, « les citoyens de l’Ontario n’ont pas remis en cause les choix de Ford. Il a réagi vite avec le pont Ambassador à Windsor et plus récemment avec la loi sur le transport des biens à la frontière. Mais sécuriser la chaîne d’approvisionnement relève des intérêts économiques ».

Pour l’ancien agent du renseignement, « cet événement était prévisible, il fallait appliquer les lois municipales. Il fallait un plan, puisque les mesures de sécurité, nous les avons ».

Dans une entrevue avec Radio-Canada, M. Juneau-Katsuya – avant la venue du convoi à Ottawa – alertait déjà sur le risque sérieux d’un événement similaire à janvier 2021, au Capitole à Washington. « Nous savions que les camionneurs venaient et qu’il ne fallait pas leur permettre de s’immobiliser. Il fallait leur offrir un corridor pour défiler devant le Parlement, c’est tout! »

Pour la politologue Geneviève Tellier, « les gens ont d’autres problèmes et les partis politiques l’ont compris, c’est exactement pour ça que le thème de la sécurité est timide durant la campagne électorale ».

Améliorer la gestion de crise sera incontournable

Le dossier sécuritaire en Ontario n’est pas lié aux moyens donnés aux forces de l’ordre, mais à
une organisation et à une conscientisation des problèmes, estiment plusieurs experts.

D’une certaine façon, « on assiste à un nouveau genre de manifestation », explique Mme Tellier. « Au Canada, ce type de manifestation est bien moins fréquent qu’en Europe. Ce qui est nouveau aussi, c’est la place des réseaux sociaux et du financement sur les plateformes participatives. C’est une nouvelle forme de manifestation qui pourrait se pérenniser. »

Pour Marc Chénier, la désobéissance civile est inquiétante : « Avec les élections qui arrivent, le rôle de l’Ontario dans ce dossier est de baisser le niveau de scepticisme envers les institutions ».

Marc Chénier, directeur général du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA). Gracieuseté

La sécurité de la province est régie par des lois et par une collaboration à plusieurs niveaux. Cette stabilité peut-être déséquilibrée si le niveau de gestion de crise n’est pas adéquat. Dans le cas du convoi, plusieurs éléments démontrent qu’un laxisme décisionnel a permis l’immobilisation du mouvement et des erreurs stratégiques ont atteint la sécurité, notent plusieurs observateurs.

« Cette erreur est impardonnable, car ce siège était prévisible. Et on savait qu’à l’intérieur des rangs, il y avait des extrémistes », analyse l’expert.

Deux niveaux de responsabilités seraient ici, mis en cause, selon M. Juneau-Katsuya : la défaillance de la gestion de crise et les manquements de la classe politique à ne pas avoir vu les mouvements extrémistes prendre forme.

En plus de ces erreurs, selon Mme Tellier, cet événement aurait coûté 36 millions de dollars à la province.

Le 14 avril dernier, le gouvernement de l’Ontario mettait en place une loi donnant « à la police les moyens de mieux réagir aux futures perturbations économiques causées par le blocage d’infrastructures frontalières essentielles au commerce international, sans avoir à déclarer une situation d’urgence » – extrait de la Loi de 2022.

Geneviève Tellier, professeure en science politique à l’Université d’Ottawa. Capture d’écran

Pour Marc Chénier, il ne faut pas s’arrêter là, et « si ce n’est pas déjà fait, l’Ontario doit offrir plus de formations dans ce type d’événement, notamment dans la planification d’urgence ».

Afin de réussir le mandat sécuritaire de la province et de protéger les droits et libertés, des formations en gestion de manifestation et en gestion de crise pourraient être mises en place, en vertu de Loi sur la protection civile et la gestion des situations d’urgence.

Le gouvernement fédéral est actuellement en train de mener une enquête pour déterminer les causes d’un tel bourbier. Pour Geneviève Tellier, la province devrait elle aussi mener une enquête.

La francophonie oubliée du premier débat des chefs

NORTH BAY – Organisé par la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), le premier débat des chefs (en anglais) a réuni ce mardi Steven Del Duca du Parti libéral, Doug Ford du Parti progressiste-conservateur, Andrea Horwath du Nouveau Parti démocratique (NPD), Mike Schreiner du Parti vert. Comme attendu, les enjeux du Nord ont largement occupé les sujets du débat mais aucune mention n’a été faite au sujet des préoccupations des francophones.

Chaque candidat a pu disposer de deux minutes pour répondre aux cinq questions posées par le modérateur et journaliste de CBC Markus Schwabe. Fait cocasse : une personne indiquait aux chefs qu’il était temps de parler à l’aide d’une rame de canot. Sans surprise pour ces premières élections provinciales post-pandémie, la santé a largement occupé le devant de la scène, tout comme la crise du logement et la question des infrastructures.

Si le premier ministre sortant Doug Ford était, comme attendu, la cible de prédilection de ses adversaires, les échanges sont restés relativement cordiaux et les attaques personnelles peu nombreuses. Le modérateur a même interpellé MM. Ford et Del Duca pour leur manque de réactivité à certains moments du débat dans lequel M. Schreiner et Mme Horwath semblaient plus dynamiques.

Le premier point abordé fut celui de l’autonomie des municipalités du Nord, à l’origine de l’invitation à ce débat. M. Del Duca a proposé de rediriger 5 % des taxes liées à l’industrie minière vers les municipalités, ce qui lui a valu les critiques de Ford reprochant à l’ensemble de ses adversaires d’« aimer augmenter les taxes ».

Mme Horwath a dit vouloir transférer une partie des coûts municipaux vers la province. M. Schreiner du Parti vert s’est montré le plus radical, la province devant selon lui donner le soutien financier le plus fort possible afin de permettre aux municipalités de pouvoir améliorer la gestion de leur budget comme le montre le modèle unique de taxation foncière de Toronto.

« Nous avons besoin de plus de gens qui travaillent » – Doug Ford

La question de l’accessibilité aux logements est vite arrivée dans le débat. Le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert se sont tous accordés pour dire qu’il faut permettre aux municipalités d’avoir le pouvoir de réguler le marché du logement à court terme, tels que les Airbnb, et des logements à flottaison. Préserver le caractère unique des municipalités du Nord et les protéger de la spéculation corporative est une priorité selon M. Del Duca. 

Doug Ford est quant à lui plus prudent, en rappelant que ces clientèles doivent faire attention à respecter l’environnement mais encouragent la création d’emplois et génèrent des revenus importants auprès des commerces de proximité.

Accéder à une première propriété devrait être facilité, selon Mme Horwath, surtout pour les jeunes qui quittent de plus en plus le nord de la province.

M. Schreiner souhaite la construction d’un plus grand nombre de logements abordables, ce à quoi M. Del Duca répond qu’il faut faire en sorte que les 250 000 logements vides appartenant au marché spéculatif soient récupérés par les municipalités via le projet du Ontario Home Building Corporation (OHBC) du Parti libéral. Pour Doug Ford, il faut surtout que les municipalités approuvent plus rapidement les permis de construction.

L’état des routes au cœur des tensions

L’enjeu des infrastructures, comme la construction et la réfection des autoroutes, a été un des points de discorde les plus forts du débat. L’état des routes fait partie des préoccupations les plus importantes du Nord, notamment en hiver où les déplacements sont plus complexes. M. Del Duca a proposé d’instaurer une taxe sur les pneus d’hiver et d’agrandir certaines autoroutes tout en attaquant vivement M. Ford sur la question du train Northlander qu’il était supposé réparer durant son mandat.

Il est revenu aussi sur le projet de l’autoroute 413 dans la grande région de Toronto, qu’il annulerait et dont il utiliserait les 10 milliards de dollars vers le financement des écoles. Il en profite au passage pour émettre une attaque personnelle en disant que cette autoroute n’est faite que pour « enrichir ses amis riches ».

M. Ford, de son côté, a déclaré que M. Del Duca est mal placé pour parler de la question après avoir échoué dans son rôle de ministre des Transports sur la question du déneigement notamment.

Mme Horwath a, quant à elle, fait un tir groupé sur le Parti libéral et le Parti conservateur, reprochant au premier d’être à l’origine de la fermeture du Northlander en 2012 et au deuxième de répéter les mêmes promesses qu’aux dernières élections de réparer des autoroutes sans s’y tenir. Elle est allée jusqu’à dire que l’état des routes est mortellement dangereux dans le nord de l’Ontario.

 « Ils ont laissé une épave dans le Nord de l’Ontario » – Andrea Horwath

Sur la question de la santé, tous se sont accordés pour dire qu’il faut investir massivement surtout dans la construction de lits supplémentaires et d’infrastructures d’accueil pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale et de problèmes de consommation.

Tandis que M. Ford se vantait d’avoir créé plus de lits que n’importe quel autre gouvernement de l’histoire de la province, Mme Horwath a rétorqué qu’il faut surtout davantage recruter et augmenter le salaire minimal quand ce dernier a gelé leur revenu durant la pandémie.

Elle a évoqué les chiffres de mortalité liée à la crise des opioïdes, non sans émotion, tout en accusant les partis Libéral et le NPD d’être responsable le manque d’accessibilité de soins de proximité dans le nord. M. Del Duca, avance l’idée de la gratuité de frais de scolarité pour les docteurs et infirmières qui s’engagent à aller exercer dans le nord de la province.

Le postsecondaire éclipsé

M. Schreiner a reproché à M. Ford sa gestion de la pandémie lors de la troisième vague quand celui-ci a décidé, contre les avis scientifiques, de rouvrir la province, bien qu’il reconnaisse que le début de la pandémie a vu une belle collaboration entre l’ensemble des partis.

Malgré un temps de débat qui a excédé la limite prévue, aucun des chefs n’a fait mention des enjeux liés aux populations francophones comme le financement du postsecondaire francophone qui a connu une grave crise au cours des dernières années ou encore l’accès aux soins de santé en français, qui figurait pourtant notamment sur la plateforme du NPD dévoilé ce lundi.

Bien qu’aucun des quatre chefs ne soit francophone, Mme Horwath a prononcé le seul mot en français du débat lors de son discours de clôture suivi par sa traduction en langue autochtone.

Les chefs dans le Nord quasi unanimes sur l’Université de Sudbury

NORTH BAY – En déplacement à North Bay, le libéral Steven Del Duca et le vert Mike Schreiner ont tous deux révélé leur plateforme pour le Nord. Ils sont favorables à un transfert des programmes de l’Université Laurentienne vers l’Université de Sudbury, rejoignant la position déjà connue de la néo-démocrate Andrea Horwath, avant le premier débat des chefs à la mi-journée.

Alors que les différents partis tentent de se démarquer avec certaines promesses tape-à-l’œil – comme le projet Buck a ride des libéraux ou encore le plan dentaire du Nouveau Parti démocratique (NPD) – le Nord de l’Ontario demande des améliorations déjà connues du grand public.

Pour ce qui est des francophones, les libéraux, les verts et les néo-démocrates proposent de rétablir le bureau indépendant du Commissariat aux services en français. Il est aussi question pour les quatre chefs que l’Université de Sudbury soit pour et par les francophones.

À North Bay, ce mardi pour le lancement de sa plateforme pour le Nord, le chef libéral Steven Del Duca, en réponse à un journaliste, a déclaré : « Je sais que c’est un sujet très important pour le Nord de l’Ontario (…). Nous promettons un financement durable pour les deux universités, La Laurentienne et Sudbury. Nous voulons que l’Université de Sudbury soit l’institution postsecondaire, francophone et indépendante dans le Nord. Je ne forcerais rien, mais l’Université de Sudbury sera l’Université des programmes en français et l’Université la Laurentienne sera l’Université des programmes en anglais. »

Steven Del Duca, chef du Parti libéral. Capture d’écran ONFR+

Au même moment, toujours à North Bay, le chef des verts Mike Schreiner, dévoilait sa plateforme pour le Nord. Lui aussi, s’est dit, favorable à une Université en français à Sudbury. « Nous transférons les programmes de la Laurentienne, je crois en l’éducation en français. »

Des promesses qui résonnent

L’internet à haute vitesse est aussi un projet très important pour la région. Les quatre partis politiques mettent régulièrement ce problème en avant lors de leurs déplacements respectifs. L’objectif quasi commun serait de développer un accès internet haut débit et abordable d’ici 2025.

La santé est autre sujet phare de la campagne qui se joue. Le Parti vert s’attaque à la santé mentale et aux problèmes de dépendances et de toxicomanie dans les régions rurales du Nord. Quant au Parti libéral, l’accent est sur les soins à domiciles, Steven Del Duca promettant 4,4 milliards de dollars l’investissement pour les soins à la maison « c’est une question de dignité » avait-il dit, lors de son allocution à North Bay.

Les transports vers le Nord, au Nord et pour le Nord

Doug Ford promet de son côté des investissements massifs pour construire et améliorer les routes et les autoroutes. Il déclare ainsi que de nombreux emplois verront le jour pour les habitants via les projets de création et d’expansion des routes. Il investira notamment un milliard de dollars pour revitaliser et connecter la région du Cercle de feu en partenariat avec les communautés autochtones. Il veut rétablir l’Ontario Northlander et le relier à Timmins, une promesse, déjà faite en 2018.

Doug Ford, premier ministre sortant. Crédit image : Jackson Ho

Le NPD souhaite là aussi rétablir intégralement les services du train Ontario Northlander, dans le cadre de leur Stratégie ferroviaire du Nord. Andrea Horwath, dit vouloir connecter le Northlander avec le Polar Express jusqu’à Cochrane. Sur sa plateforme du Nord, le NPD déclare vouloir « travailler avec les partenaires des municipalités et des industries pour développer une stratégie de transport intercommunautaire et mieux connecter les communautés de diverses régions de l’Ontario ».

Steven Del Duca veut remettre sur les rails l’Ontario Northlander de Toronto à North Bay, d’ici deux ans. Il promet d’améliorer le transport ferroviaire de passagers plus au nord, et de rallonger la route du Polar Bear Express jusqu’à Timmins.

Andrea Horwath s’est exprimée depuis Sudbury. Capture d’écran ONFR+

« Il faut améliorer les liaisons entre les collectivités du Nord, avec plus de bus et de services. Cela
est important pour connecter la population, et ces transports feront partie du projet Buck a ride à
1 dollar le trajet. »

Le projet du Northlander entre Toronto et Cochrane fait également partie de la plateforme pour le Nord du Parti vert. Mais pour améliorer le transport, Mike Schreiner propose d’établir « un service d’autobus électrique interurbain et abordable pour relier toutes les collectivités de la province, assurant ainsi des connexions dans les petites collectivités rurales du Nord ».

Les chefs tentent de se démarquer

Les programmes électoraux des chefs s’avèrent similaires sur de nombreux points qui touchent
les habitants du Nord de l’Ontario. Cependant, les verts s’expriment avec fermeté sur la volonté de protéger la région forestière du Nord, dont la superficie de 50 millions d’hectares avec la forêt boréale constitue les deux tiers de la forêt ontarienne.

Quant aux libéraux – malgré une comparaison au système d’immigration du Québec que beaucoup contesteraient – Steven Del Duca exposait que « la province de Québec a un contrôle important sur sa propre immigration dont nous ne bénéficions pas ici en Ontario ». Le parti souhaite donc un système d’immigration fort en Ontario, avec des programmes permettant d’ouvrir le Nord à des travailleurs qualifiés venant de l’étranger.

Une pause dans la vie politique pour le conseiller Fleury

OTTAWA – L’une des figures de proue francophones au conseil municipal de la ville d’Ottawa, Mathieu Fleury, a annoncé ce mardi qu’il prenait une pause de la vie politique. À l’image du maire Jim Watson, l’élu du quartier de Rideau-Vanier ne se représentera pas aux élections municipales en octobre prochain.

C’est ce qu’a fait savoir le Franco-Ontarien dans un message en français et en anglais sur YouTube à ses citoyens et sur les réseaux sociaux. Son nom circulait comme potentiel remplaçant de Jim Watson qui avait annoncé sa retraite à la fin de l’année 2021.

« Cette décision n’a pas été facile à prendre, mais c’est la meilleure pour moi et ma famille en ce moment », a-t-il dit dans un long message sur ses réseaux sociaux.

L’élu explique que plusieurs dossiers au cours des dernières années comme l’effondrement de la rue Rideau ont penché dans la balance.

« Pour l’instant, pour moi, c’est une pause. J’aime les gens. J’aime ma ville. Je suis fier de notre capitale. Je suis prêt à continuer de façonner notre avenir. »

Il a été l’un des rares conseillers à appuyer la décision de désigner la ville d’Ottawa officiellement bilingue. En 2017, Queen’s Park avait reconnu le caractère bilingue de la capitale canadienne, mais cette action ne garantissait aucune offre de service en français pour les citoyens. Mathieu Fleury avait aussi en 2018 désigner le Carré de la francophonie comme un lieu de rassemblement public destiné aux francophones de Vanier.

Il était le représentant des habitants de Basse-Ville, la Côte-de-Sable et Vanier depuis 2010, lui qui avait fait son entrée au conseil municipal à l’âge de 24 ans.

« J’ai été à la fois stimulé et touché par le soutien considérable que l’idée de ma candidature a reçu. Des gens de partout dans notre vaste ville m’ont exhorté à me présenter. Les gens semblaient sincèrement enthousiastes à l’idée que quelqu’un de mon âge, avec mon expérience, puisse tenter d’occuper le poste le plus important de notre ville. »

 En 2016, la députée libérale provinciale d’Ottawa-Vanier, Madeleine Meilleur avait désigné le conseiller municipal de Rideau-Vanier comme son successeur après qu’elle ait annoncé son retrait de la vie politique. L’élu franco-ontarien avait toutefois refusé l’invitation.

Sept circonscriptions à surveiller dans le Nord

Dans le Nord ontarien où se rendent les chefs cette semaine, 11 des 13 députés sortants sont candidats à leur succession. Des les régions qui comportent le plus de francophones, plusieurs courses électorales semblent acquises aux néo-démocrates, à l’image de Nickel Belt, Algoma-Manitoulin ou encore Timiskaming-Cochrane. À l’inverse, Nipissing semble profondément attachée aux services de son député et ministre progressiste-conservateur. Deux interrogations subsistent : les libéraux peuvent-ils reprendre Sudbury aux mains du NPD et les conservateurs sont-ils capables de renverser le NPD dans Mushkegowuk-Baie James?

Le député sortant de Sudbury, Jamie Ouest, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

Jamie West en danger dans Sudbury

Selon les estimations du site Qc125, le député néo-démocrate sortant et porte-parole de l’opposition officielle aux Infrastructures, transports et routes du Nord, Jamie West (32 %), serait devancé par le libéral David Farrow (34 %) dans Sudbury, si l’élection devait avoir lieu aujourd’hui.

Le premier, ex-président du Conseil syndical du district de Sudbury, a mis un terme en 2018 au long règne libéral en place depuis le milieu des années 1990. Il a par la suite porté avec constance en chambre le dossier du postsecondaire, depuis que l’Université Laurentienne a sabré dans ses effectifs et programmes en français en 2020.

Le second, ancien directeur d’école élémentaire et bénévole communautaire, se lance pour la première fois en politique, espérant ramener la circonscription de l’ancien ministre de l’Énergie Glenn Thibeault dans le giron libéral. Loin derrière, le Franco-Ontarien Marc Despatie, directeur de la communication au sein du Collège Boréal, qui représentera la Ford Nation (23 %), et l’élu vert David Robinson (5 %) ne devraient pas jouer les premiers rôles dans cette circonscription à 26 % francophone.

■ PC : Marc Despatie ■ NPD : Jamie West ■ PLO : David Farrow ■ Vert : David Robinson

Le député sortant de Muskegowuk-Baie James, Guy Bourgouin, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

Duel serré Bourgouin-Côté dans Mushkegowuk-Baie James

Dans un territoire à 60 % francophone, le sortant Guy Bourgouin sollicite un deuxième mandat. Porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones et membre du Comité permanent des affaires gouvernementales, ce militant des droits des travailleurs se décrit fièrement Métis et donne régulièrement de la voix sur les dossiers francophones.

Ce protégé du député Bisson a été, au cours des quatre dernières années, un partisan de la première heure de la modernisation de la Loi sur les services en français. Il a aussi tenté de faire passer un projet de loi sur les épingles à chapeau et a vertement critiqué les problèmes d’accès aux informations du gouvernement en français et au marché publicitaire gouvernemental, le jugeant inéquitable pour les journaux francophones.

Il est talonné (35 %) dans les intentions de vote par le progressiste-conservateur Éric Côté (33 %), un conseiller municipal de Moonbeam. Cet ancien directeur général des travaux publics de la ville de Kapuskasing mise sur son attachement aux petites entreprises et au postsecondaire pour faire une percée dans l’électorat. Le libéral Matthew Pronovost et la candidate verte Catherine Jones apparaissent en retrait, respectivement crédités de 25 % et 3 %.

■ PC : Éric Côté ■ NPD : Guy Bourgouin ■ PLO : Matthew Pronovost ■ Vert : Catherine Jones

La députée sortante de Nickel Belt, France Gélinas, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

Gélinas en route pour un cinquième mandat

Dans ce château fort néo-démocrate composé à 40 % de francophones, le verdict des urnes devrait sans surprise pencher en faveur de la sortante France Gélinas. L’élue néo-démocrate (47 %), devance largement ses poursuivants Randy Hazlett (PC, 24 %), Gilles Proulx (PLO, 17 %) et Glenys Babcock (Vert, 5 %) et file tout droit vers un cinquième mandat.

Après avoir été porte-parole néo-démocrate aux Affaires francophones, elle a passé le relai à Guy Bourgouin en 2018, ce qui ne l’a pas empêché de monter aux barricades dans plusieurs dossiers au cours du mandat de Doug Ford, notamment dans l’accès à la santé, dont elle est porte-parole, critiquant entre autres l’immobilisme du gouvernement dans l’identification linguistique et les accents sur la carte de santé ontarienne, mais aussi la pénurie de personnel francophone.

Son principal adversaire, le progressiste-conservateur Randy Hazlett, est conseiller municipal à Rivière des Français et siège au conseil d’administration de Santé publique Sudbury et districts.

■ PC : Randy Hazlett ■ NPD : France Gélinas ■ PLO : Gilles Proulx ■ Vert : Glenys Babcock

Le député sortant d’Algoma-Manitoulin, Michael Mantha, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

Mantha fait course en tête dans Algoma-Manitoulin

Dans ce château fort néo-démocrate, le député sortant, Michael Mantha, tient la corde (42 %). Élu depuis 2011, le porte-parole de l’opposition officielle au Développement du Nord et au Tourisme sollicite un quatrième mandat consécutif. Il a défendu plusieurs dossiers du Nord, déplorant notamment la perte du juge bilingue dans le district d’Algoma, l’an dernier.

À ses trousses : la progressiste-conservatrice Cheryl Fort, mairesse du Canton de Hornepayne. En accédant à ces fonctions, elle est devenue en 2018 la seconde femme autochtone à être élue à ce poste en Ontario. Les projections la créditent de 27 % devant le libéral Tim Vine (16 %), cadre dans un hôpital de l’île Manitoulin et membre du conseil des régents de l’Université de Sudbury, et la militante verte Maria Legault (6 %).

Algoma-Manitoulin compte aussi une forte proportion de résidants francophones, notamment autour des villes d’Elliott Lake, Chapleau, Dubreuilville ou encore Blind River.

■ PC : Cheryl Fort ■ NPD : Michael Mantha ■ PLO : Tim Vine ■ Vert : Maria Legault

La député sortant de Nipissing, Vic Fedeli, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

Nipissing tend les bras à la réélection de Vic Fedeli

Le ministre du développement économique sortant rencontre peu de résistance dans Nipissing. M. Fedeli pourrait rafler la moitié des votes dans cette circonscription qui comprend les villes de North Bay, Mattawa, Nipissing Ouest et concentre près de 23 % de francophones.

Élu depuis 2011, ce pilier de la Ford Nation file tout droit vers un quatrième mandat dans le fief de l’ancien premier ministre Mike Harris, durant plus de 20 ans, de 1981 à 2002. Fidèle de la première heure de Doug Ford, le natif de North Bay a occupé deux ministères clés dans le gouvernement : les Finances et le Développement économique.

Ses plus proches poursuivantes sont deux élues municipales : la néo-démocrate Erika Lougheed d’East Ferry et la libérale Tanya Vrebosch de North Bay mobiliseraient à ce stade 25 % et 15 % de l’électorat selon le site Qc125.

■ PC : Vic Fedeli ■ NPD : Erika Lougheed ■ PLO : Tanya Vrebosch ■ Vert : Sean McClocklin

Le député sortant de Timiskaming-Cochrane, John Vanthof, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

La balance penche pour le NPD dans Timiskaming-Cochrane

Dans ce territoire du Nord qui englobe Kirkland Lake, Cochane, Iroquois Falls, Cobalt ou encore Témiskaming-Shore, le néo-démocrate John Vanthof s’envole vers un quatrième mandat (44 %). Élu depuis 2011, il maîtrise le français comme deuxième langue mais son parti ne l’a pas classé dans la liste des élus identifiés comme francophones.

Membre de la Commission de régie interne, porte-parole de l’opposition à l’Agriculture et l’Alimentation et le Développement rural, et whip en chef de l’opposition officielle, il n’est pas en reste sur la cause des francophones de son territoire.

Derrière lui, le progressiste-conservateur William Foy, un agent de conservation au ministère du Développement du Nord, des Mines, des Ressources naturelles et des Forêts, est crédité de 24 %, tandis que le libéral Brian A. Johnson et le vert Kristopher Rivard se partagent les miettes : 17 % et 7 %.

■ PC : William Foy ■ NPD : John Vanthof ■ PLO : Brian A. Johnson ■ Vert : Kristopher Rivard

Le député sortant de Timmins, Gilles Bisson, et la carte de la circonscription. Montage ONFR+

Timmins : campagne écourtée pour Gilles Bisson

Victime d’un infarctus en avril dernier, le député sortant reste en retrait de la course pour le moment mais a prévu de revenir en milieu de campagne. « Il veut se lancer dans la mêlée mais on essaye de le retenir un peu. C’est important d’écouter son médecin qui lui recommande du repos. Il en a conscience et met toutes les chances de son côté pour revenir en forme », raconte une proche de son entourage, rassurante sur son état de santé.

Avec 41 % d’intention de vote en sa faveur, la réélection de celui qui représente la région depuis plus de 30 ans devrait être une formalité dans ce château fort néo-démocrate où vivent près de 15 000 francophones. Le premier poursuivant de M. Bisson, le progressiste-conservateur George Pirie, est crédité de 32 % des intentions de vote. Il n’est autre que le maire de Timmins, une ville tractée économiquement par le secteur minier. Avant de se lancer en politique municipale, M. Pirie a été justement cadre supérieur dans ce secteur pendant plus de trente-cinq ans, et à la tête de plusieurs compagnies.

Parmi les autres candidats : le libéral Mickey Auger (17 %) et la candidate verte Elizabeth Lockhard (3 %). La circonscription de Timmins est née en 2018 du redécoupage de la Timmins-Baie James, qui a dans le même temps accouché de la circonscription de Mushkegowuk-Baie James.

■ PC : George Pirie ■ NPD : Gilles Bisson ■ PLO : Mickey Auger ■ Vert : Elizabeth Lockhard

Estimations en date du 10 mai 2022 : source Qc125, site de projection électorale basé sur les tendances électorales, l’évolution démographique et les sondages politiques.

Le NPD promet plus de soins de santé en français pour le Nord de l’Ontario

SUDBURY – Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a dévoilé, ce lundi, sa plateforme pour le Nord de l’Ontario, misant sur l’augmentation de centres de soins de santé et des maisons de soins de longue durée francophones. La cheffe néo-démocrate Andrea Horwath réitère son engagement de transférer les programmes en français de La Laurentienne vers l’Université de Sudbury.

Toujours fidèle à son mandat, Andrea Horwath met l’accent sur la santé dans le Nord de l’Ontario.

Elle promet entre autres 300 médecins de plus, 100 médecins de famille et au moins 40 médecins en santé mentale dans les zones urbaines, ainsi que 160 spécialistes. Les néo-démocrates promettent de consulter l’Association médicale de l’Ontario, l’Ordre des médecins et chirurgiens et les communautés du Nord pour permettre à son projet de voir le jour.

Pour les francophones, on promet de veiller à ce que le ministère de la Santé fasse de l’accès aux soins en français un élément clé de son processus de planification tout en augmentant le nombre de centres de santé communautaire, foyers de soins de longue durée, santé mentale et les services en toxicomanie par et pour les francophones.

Le NPD propose aussi d’augmenter le nombre de places en étude de médecine et de possibilités à l’École de médecine du Nord de l’Ontario. Dans son plan de modernisation et d’accessibilité, la cheffe du NPD, promet d’élargir l’accès à des soins offerts par les sages-femmes à Sudbury, notamment pour les francophones et les autochtones.

Université par et pour les francophones

En déplacement à Sudbury en octobre, la cheffe néo-démocrate avait promis de transférer les programmes en français de La Laurentienne vers l’Université de Sudbury, mais la plateforme ne va pas aussi loin, indiquant vouloir « investir pour supporter l’Université de Sudbury ». Mais la cheffe néo-démocrate assure ne pas avoir changé d’avis.

« Celui qui a écrit la plateforme n’avait peut-être pas le même langage que j’ai utilisé lors de cette conférence de presse mais notre engagement est solide et indéfectible. On va faire ce qu’il faut (…). Je peux garantir qu’on sera un partenaire avec l’Université de Sudbury pour qu’elle puisse prendre son envol. »

Elle dénonce du même coup l’inaction du gouvernement Ford dans le dossier.

« J’ai parlé avec l’Université de Sudbury et ils ont tout ce qu’il faut pour aller de l’avant, excepté un gouvernement qui est prêt à les aider. Je promets que nous serons le gouvernement qui va faire en sorte que ça va arriver », dit la cheffe du NPD.

L’Université de Sudbury. Crédit image : Pascal Vachon

Le parti dit vouloir rétablir le lien de confiance brisé avec la communauté en ce qui concerne l’Université Laurentienne, notamment en ramenant le programme de sage-femme à Sudbury, supprimé lors des coupes à La Laurentienne.

Les progressistes-conservateurs avaient transféré les étudiants anglophones affectés vers les universités McMaster et Ryerson, mais rien pour les francophones. La troupe d’Andrea Horwath demande aussi le retour du Commissariat aux services en français, supprimé en 2018.

Autres recommandations extraites de la plateforme :

  • Déclarer la crise des opioïdes une urgence de santé publique
  • Bâtir 6000 nouvelles unités de logement abordable dans le Nord de l’Ontario et 3600 unités avec des services de soutien
  • Mettre en place des soins de santé mentale universels afin que les gens puissent obtenir des thérapies.
  • Rendre l’internet à haute vitesse disponible à l’échelle de la province
  • Rétablir intégralement le service du train Ontario Northlander

Article écrit en collaboration avec Pascal Vachon

Les libéraux promettent du logement abordable par et pour les francophones

TORONTO – Dans sa plateforme chiffrée dévoilée ce lundi, le Parti libéral de l’Ontario (PLO) s’engage sur plusieurs points pour les francophones, certains déjà connus comme le rétablissement du Commissariat indépendant aux services en français ou la francisation de l’Université de Sudbury, d’autres moins comme le logement supervisé.

En déplacement dans l’Est de Toronto, Steven Del Duca a rendu publique sa plateforme qui comporte plusieurs engagements en direction des Franco-Ontariens. Le chef des libéraux s’engage notamment à désigner l’ensemble de la province de l’Ontario en vertu de la Loi sur les services en français, allant plus loin que la modernisation récemment actée par le gouvernement sortant.

Objectif : apporter des services en français aux 20 % de francophones résidant hors des régions actuellement désignées.

Le parti affirme en outre qu’il fera de l’Université de Sudbury une institution francophone indépendante. « Nous investirons dans le maintien de l’Université Laurentienne et ferons de l’Université de Sudbury une université francophone indépendante avec une entente facilitant le transfert de crédits entre les deux », explique-t-on.

Autre engagement : accroître le nombre de travailleurs de la santé francophones et investir dans le logement abordable et supervisé pour les francophones. Il entend ainsi répondre à la fois à la pénurie de main d’œuvre bilingue et à la crise du logement, sans toutefois apporter de précision consistantes sur la manière dont il envisage le faire concrètement. Pour la pénurie de travailleurs, une partie de l’équation serait d’augmenter le nombre d’étudiants internationaux. Pour le logement abordable, l’idée serait de développer le modèle des Centres d’accueil Héritage de Toronto.

La plateforme mentionne également des intentions d’investir dans les opportunités artistiques, culturelles et communautaires francophones, alors que les organismes francophones ont été durement frappés par la crise sanitaire, particulièrement dans la sphère culturelle. La plateforme identifie la nécessité de construire un nouveau bâtiment pour le Mouvement d’implication francophone d’Orléans, tandis que le Programme d’appui à la francophonie ontarienne serait bonifié d’un million de dollars additionnel, portant l’enveloppe globale à 3 millions.

Dans le domaine de la santé, il est question d’identification linguistique sur la carte Santé, une revendication de longue date de la communauté, ainsi que de rendre l’accès à un médecin en 24 heures, y compris en français.

Retour d’un commissaire aux services en français indépendant

Sans surprise, on retrouve dans le document de 80 pages la promesse de rétablir le Commissariat aux services en français, dans sa forme indépendante, un engagement identique à celui des néo-démocrates dans leur propre plateforme dévoilée la semaine précédente. Conséquence des coupes de 2018, le gouvernement l’avait rattaché ce bureau à l’Ombudsman de l’Ontario.

S’il est porté au pouvoir le 2 juin prochain, le Parti libéral appliquera plusieurs autres mesures majeures qui pourraient impacter indirectement les francophones de la province, comme l’amélioration de l’éducation publique, du logement et de la santé. L’arsenal de mesures annoncées ce lundi creuserait le déficit à 19,9 milliards de dollars en 2022-2023, selon les estimations du PLO, une projection identique à celle des progressistes-conservateurs.

Les libéraux entendent, entre autres, interdire les foyers de soins de longue durée lucratifs, supprimer l’impôt sur les sociétés pendant deux ans, réduire la taille des classes par l’embauche de 10 000 enseignants supplémentaires, ou encore protéger la ceinture verte et créer de nouveaux parcs provinciaux.

Principales mesures issues de la plateforme libérale

  • Interdire les armes de poing
  • Encadrer les loyers
  • Réduire la semaine de travail à quatre jours
  • Régionaliser le salaire minimum
  • Réduire le coût des transports en commun à 1 $
  • Financer une 13e année scolaire facultative
  • Donner dix jours de congé maladie aux travailleurs
  • Accès à un médecin en 24h dans les deux langues officielles

« Après quatre années de coupes, de chaos et de confusion, nous devons reconstruire ce qui a toujours fait notre force : les écoles, les hôpitaux et les services publics qui soutiennent les familles de travailleurs », a déclaré M. Del Duca.

Depuis la déroute du parti aux dernières élections provinciales de 2018, les libéraux ne constituaient plus un parti officiel à Queen’s Park. Sept députés siégeaient sur les bancs de l’opposition au moment de la dissolution de l’Assemblée législative, incluant la députée indépendante Amanda Simard, qui ralliée en janvier 2020.

Un récent sondage de l’institut Léger place la formation de Steven Del Duca, ancien ministre des Transports de Kathleen Wynne, en deuxième position dans les intentions de vote à 29 %, intercalée entre les progressistes-conservateurs (36 %) et les néo-démocrates (25 %).

Élections provinciales : les expectatives de la jeunesse franco-ontarienne

L’importance du vote des jeunes dans une élection, quelle qu’elle soit, n’est plus à démontrer, ne serait-ce que parce qu’il est question de faire vivre la démocratie. À trois semaines du scrutin ontarien, ONFR+ a rencontré des jeunes qui votent pour la première fois. Quelles sont les motivations qui les poussent à prendre le chemin des urnes dès qu’ils y sont admissibles? Quels attentes et espoirs nourrissent-ils envers le futur gouvernement?

Si, de façon générale, les jeunes gens sont plus connus pour aller manifester dans la rue plutôt que d’aller voter afin de se faire entendre, il n’en demeure pas moins qu’une bonne partie des Franco-Ontariens s’intéresse à la politique, et ce dès un âge précoce. Mieux que cela, certains attendent avec impatience d’avoir 18 ans pour faire valoir leur droit au vote. 

« C’est important pour nous de voter parce qu’on va choisir la personne qui va prendre des décisions à notre place. Dès que j’ai eu 18 ans, il y a trois mois de cela, je savais que j’allais voter pour les élections qui s’en viennent », affirme Sandra Kemzang, une élève fréquentant l’école secondaire catholique Sainte-Famille à Mississauga.

Sandra Kemzang, élève à l’école secondaire catholique Sainte-Famille. Elle va voter pour la première fois. Gracieuseté

Plus qu’un droit, « un honneur »

Même prise de conscience chez cette élève de l’école secondaire Étienne-Brûlé à Toronto : « Le monde évolue chaque jour, ce qui veut dire qu’il y aura beaucoup de décisions politiques qui vont affecter les jeunes dans un futur proche comme dans un futur lointain. En résumé, je vais voter pour l’avenir », assure Raveena Iyathurai.

Quant à Oscar Chau-Chan, un élève en 12e année à l’école secondaire catholique Pierre-Savard à Ottawa, il va plus loin : « Il y a beaucoup de jeunes qui pensent que c’est un seul vote et que cela ne compte pas parce que ça ne fera aucune différence. Je suis complètement en désaccord avec cette pensée. C’est peut-être qu’une seule voix mais elle compte, car elle participe à un effort collectif qui est plus grand que soi-même. Je considère donc que c’est un honneur que de pouvoir aller voter le 2 juin. »

Oscar Chau-Chan, élève à l’école secondaire catholique Pierre-Savard. Il va voter pour la première fois. Gracieuseté

L’avenir de l’éducation francophone préoccupe

Du côté des attentes de la jeunesse franco-ontarienne, c’est l’éducation qui l’emporte haut la main. En effet, plus que des attentes, ce sont des craintes qu’expriment la plupart des jeunes rencontrés, quant à l’avenir de ce secteur, à l’instar d’Oscar Chau-Chan : « Doug Ford a apporté des changements qui ne sont pas populaires chez les francophones, notamment en ce qui concerne l’éducation. Ce qui me préoccupe le plus c’est que notre droit constitutionnel d’apprendre en français et en anglais soit affecté par un gouvernement qui veut prioriser un côté au détriment de l’autre. »

Et d’ajouter : « J’aimerais que le prochain gouvernement favorise un accès plus élargi à l’éducation en français et surtout que les coupes budgétaires dans les programmes en français cessent parce que c’est de la survie de notre langue dont il s’agit. S’il y a moins de personnes qui apprennent le français à l’école, cela veut dire qu’au futur il y aura moins de services en cette langue parce qu’il y aura peu ou pas de personnel qualifier pour occuper ces postes. » 

Raveena Iyathurai, élève à l’école secondaire Étienne-Brûlé. Elle va voter pour la première fois. Gracieuseté

Un constat que partage Priya Hiebert, inscrite à l’école secondaire Père-René-de-Galinée à Cambridge : « J’aimerais beaucoup voir plus de support dédié exclusivement aux écoles francophones, que cela soit au niveau du primaire, du secondaire ou du postsecondaire. »

Cette dernière, qui aura 18 ans trois semaines à peine avant la date butoir du 2 juin, estime que « le système éducatif a été durement touché par la pandémie. Le prochain premier ministre devrait donc rétablir le système scolaire antérieur à la pandémie et fournir un soutien adéquat à long terme pour les élèves qui ont suivi leurs études en pleine pandémie, car leur apprentissage en a énormément souffert. »

Pour sa part, Raveena Iyathurai met l’accent sur le déficit de promotion autour des formations francophones. « Je souhaiterais que le futur parti au pouvoir communique plus et plus efficacement sur les formations 100 % francophones. Je suis parti d’un constat pour dire ça, beaucoup de gens sont très surpris quand je leur dis que je suis dans une école complètement francophone parce qu’ils n’ont entendu parler que des programmes d’immersion en français. La même remarque est valable pour le postsecondaire », raconte-t-elle.

Sentiment d’être délaissés

L’autre constat largement partagé par les jeunes intervenants découle d’un sentiment : celui de ne pas être pris en compte dans l’échiquier politique.  

« C’est incroyable de voir un gouvernement qui n’a pas compris les francophones parce qu’il ne travaille pas avec eux, notamment avec les jeunes. Cela doit changer. Le prochain gouvernement doit accepter les jeunes francophones autour de la table des consultations avant de prendre une décision. Il doit les écouter et les consulter pour comprendre ce qui est bon pour eux », exhorte Priya Hiebert.

Pour celle-ci, ces élections provinciales sont l’occasion de commencer « enfin » le dialogue entre les politiciens et la jeunesse.

Priya Hiebert, élève à l’école secondaire Père-René-de-Galinée. Elle va voter pour la première fois. Gracieuseté

« Doug Ford a vraiment négligé les affaires franco-ontariennes durant son mandat », renchérit Sandra Kemzang avant de poursuivre : « J’espère que le parti pour qui je vais voter se rendra compte de l’importance du français en Ontario et qu’il valorise et promeuve cette langue en créant plus d’événements en français. »

Pour l’écolière, cette « négligence » de la chose francophone commence déjà dans le procédé électoral lui-même! Elle en veut pour preuve une mauvaise expérience vécue par son propre enseignant.

« Mon prof m’a raconté une histoire qui m’a choquée. Il était parti voter, et il voulait le faire en français. Mais, une fois au bureau de vote, il était très déçu parce qu’il ne pouvait pas se faire servir en français dans un pays censé être bilingue, alors qu’on a le droit de voter dans les deux langues », s’indigne-t-elle.  

Reste à savoir si ce sentiment aura un impact considérable sur le taux de participation des jeunes francophones, ce qui risque d’être difficile à mesurer puisqu’Élections Ontario « ne fournit pas de renseignements démographiques sur les électeurs ».

Faouzi Metouilli, porte-étendard des Marocains de Toronto

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Le président de de l’Association marocaine de Toronto (AMDT) s’apprête dans quelques jours à passer le flambeau. Récemment fait chevalier de l’Ordre de la Pléiade, cet agent du Conseil scolaire MonAvenir impliqué dans plusieurs comités consultatifs en français revient sur un riche parcours de sa ville natale, Marrakech, à sa ville d’adoption, Toronto.

« Pourquoi quitter la présidence de l’AMDT maintenant?

J’ai fait deux mandats et j’ai même prolongé depuis 2018 car personne ne voulait prendre la relève. Le 14 mai prochain, des élections désigneront de nouveaux visages qui auront l’opportunité de continuer ce qu’on a entamé et de créer d’autres projets.

Qu’est-ce qui vous a le plus passionné dans ce rôle de président?

J’ai été élu il y a huit ans à un moment où il fallait un peu tout reconstruire depuis la base. On a bâti une structure connue et estimée dans la communauté. C’est très gratifiant. J’ai toujours aimé œuvrer dans des associations caritatives qui instaurent le partage et la connaissance. C’était donc naturel pour moi de m’investir dans cette association pour accompagner les immigrants qui s’installent et contribuent au changement du tissu communautaire. Je voulais montrer qu’on était capable de faire des choses grandioses.

À quelles « chose grandiose » pensez-vous particulièrement?

On a réalisé le grand projet d’avoir un consulat général du Maroc à Toronto. Depuis juin 2020, les gens n’ont plus besoin de se rendre à Montréal et dépenser 500 $ pour faire un papier qui coûte 10 $. Grâce à l’appui de l’ambassadeur du Royaume du Maroc et ministre canadien du Commerce international, le consulat général sert aujourd’hui non seulement la communauté mais aussi établit des partenariats d’affaires qui contribuent au développement économique.

M. Metouilli a reçu le prix de l’excellence collective individuelle en 2017 décerné par le CCO. Gracieuseté

Comment avez-vous conforté la présence culturelle des Marocains à Toronto au cours de ces huit dernières années?

D’abord en mettant sur pied une grande soirée culturelle qui réunit, chaque mois de mars, plus de 500 convives, bien que la pandémie nous ait contraint à la mettre en veille ces deux dernières années. Ensuite, en ouvrant un local stable qui permet de recevoir les nouveaux arrivants et aider la communauté de diverses manières. On a aussi organisé une conférence des femmes entrepreneures. C’est la première fois qu’on faisait une conférence de cette envergure avec une centaine de business women africaines et canadiennes.

La communauté marocaine est-elle en expansion en Ontario? Où se concentre-t-elle et pourquoi Toronto l’attire de plus en plus?

J’ai assisté ces cinq-six dernières années à un afflux dans le Grand Toronto, alors qu’auparavant le voyage se faisait principalement du Maroc au Québec. Malgré le coût de la vie, les gens diplômés viennent ici pour les opportunités d’emploi et la volonté d’apprendre l’anglais. Ils viennent du Maroc, du Québec et du Moyen-Orient.

Que représente votre nouveau titre de chevalier de l’Ordre de la Pléiade, à vos yeux?

Ça met en valeur tout le travail que tu fais et ça témoigne du respect que portent les gens à ton travail. Ça fait vraiment chaud au cœur et ça donne l’énergie de s’engager encore plus. Toute chose que tu fais dans la communauté, qu’elle soit petite ou grande, fait un effet et est reconnue comme telle.

M. Metouilli décoré de l’Ordre de la Pléiade par l’Assemblée parlementaire de la francophonie. Gracieuseté

Quels étaient vos plans lorsque vous étiez étudiant en relations économiques internationales à Rabat?

Avant même de finir mes études, un déclic en moi m’a poussé à changer de place, voir d’autres horizons. Je suis allé en Europe. J’y suis resté trois mois. Mais je n’étais pas à l’aise, alors j’ai décidé de me tourner vers le Canada, où vivait déjà ma sœur.

Avez-vous gardé un lien avec Marrakech?

Oui, Marrakech est dans mon cœur, même si je l’ai quittée à l’âge de sept ans pour aller à la capitale Rabat, afin de suivre ma famille et mon père, militaire de carrière. Chaque fois que je voyage au Maroc, je reste la moitié de mon temps à Marrakech.

Qu’est-ce qu’on trouve à Marrakech et qu’on ne trouvera jamais à Toronto?

Le style de vie est très différent, plus européen. Ici tu cours, tu cours, tandis que là-bas c’est très lent. Les gens prennent le temps de manger, discuter, se rencontrer. J’aime cette ville car elle est relaxante et le climat très agréable. Après tout le stress qu’on peut accumuler ici, là-bas je me détends vraiment.

Lever du drapeau marocain à Toronto en présence du premier ministre Doug Ford. Gracieuseté

Presque dix ans après le printemps arable qui a balayé l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, le Maroc a-t-il véritablement mué?

Ce pays a beaucoup changé, notamment depuis le changement de sa constitution en 2011. On s’en rend compte surtout vu de l’extérieur et qu’on y voyage une fois par an. Certes il y a toujours du chômage et il reste beaucoup de choses à faire, mais en termes de droits, d’économie ou encore de prospérité, il y a une grande différence que je vois depuis ces dernières années.

Vous êtes employé au sein du Conseil scolaire MonAvenir depuis 22 ans. En quoi l’éducation en milieu minoritaire est-elle, à vos yeux, une mission cruciale?

L’éducation est importante partout. Sans éducation, on ne peut pas évoluer. Ça me tient beaucoup à cœur. Au-delà de mes fonctions administratives, j’ai eu l’occasion d’enseignent brièvement les mathématiques. Voir comment le conseil se développe et comment les enfants étudient dans leur langue de préférence, c’est gratifiant. Alors c’est sûr que pour avoir ces droits il faut se battre, mais j’espère que la nouvelle Loi sur les langues officielles renforcera ces droits pour les francophones d’être servis dans leur langue, non seulement dans l’éducation mais aussi tous les secteurs d’activité.

Que représente le lever du drapeau marocain chaque année devant l’Assemblée législative de l’Ontario et l’hôtel de ville de Toronto que vous ne ratez jamais?

C’est un moment historique. Chaque 18 novembre, on commémore l’indépendance du Maroc et on tient à préserver cette histoire. C’est une fierté pour nous car cela nous rappelle notre pays d’origine, mais c’est aussi un enrichissement pour les jeunes qui sont nés ici au Canada et qui peuvent mieux saisir la complexité historique de ce pays qui est passé par la colonisation et pas mal d’étapes ces 100 dernières années.

Le maire John Tory et Faouzi Metouilli. Gracieuseté

Vous avez été membre du comité des affaires francophones de la ville de Toronto. Pour quelle raison cette structure est-elle aussi inefficace? Faut-il la réformer?

Il faut changer pas mal de choses. C’est mon point de vue personnel. C’était très lent et ce n’est pas ma façon de faire. J’y suis entré par amour de la francophonie et pour que le français soit reconnu mais, une fois dedans, je me suis senti coincé. On parle, on fait des réunions, on parle, on fait des réunions… Souvent en anglais suivant le fonctionnaire de la ville présent. Ca n’a pas d’allure de ne pas trouver des gens qui parlent en français dans un comité français.

Vous qui avez siégé au conseil d’administration de la radio torontoise CHOQ-FM, trouvez-vous que les gouvernements aident suffisamment les médias communautaires à travers la province?

Il y a eu des fonds ces dernières années mais ça reste limité. Il faut être doué pour aller les chercher. Le travail bénévole qui se fait dans ces radios est colossal car il faut constamment trouver des fonds et sensibiliser les gens pour qu’une station survive. C’est très lourd comme travail. C’est un exploit qui a besoin de l’appui de la communauté et des gouvernements.

Faouzi Metouilli (à droite) aux côtés de Gilles Marchildon, directeur du campus torontois du Collège Boréal, et Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (au centre). Gracieuseté

En tant que membre du comité consultatif minorités raciales et ethnoculturelles, jugez-vous que des progrès substantiels ont été réalisés dans la prise en compte des minorités dans notre société ?

L’AFO fait du bon travail. On échange des idées sur comment donner de la place à ces minorités. Mais au niveau du gouvernement, il reste beaucoup de travail à faire car les inégalités demeurent.

Est-il vrai que les questions environnementales et le changement climatique vous passionnent? Y a-t-il des enjeux communs entre le Maroc et le Canada?

Oui, j’ai consacré ma thèse à l’environnement au Maroc. J’ai assisté à une conférence mondiale sur le changement climatique à Marrakech en 2017. C’est un problème mondial qui affecte tout le monde. On devrait prendre cela bien plus au sérieux. Les Canadiens sont très divisés sur ce dossier mais si on prend cela de façon humaine et objective, avant de regarder l’économie, on sera obligé un jour de faire des concessions.

Quels projets avez-vous en tête?

Je vais passer le relai de la présidence de l’AMDT mais ça ne veut pas dire que je vais disparaître de la communauté. Je vais rester et aider comme je peux. Je vais accorder plus de temps à ma famille et à mes enfants qui grandissent. J’ai aussi l’intention de développer ma compagnie et de participer à plusieurs comités liés à la francophonie. »


LES DATES-CLÉS DE FAOUZI METOUILLI

1969 : Naissance à Marrakesh, au Maroc

1999 : Immigre en Ontario

2000 : Rejoint le Conseil scolaire MonAvenir

2014 : Devient président de l’Association marocaine de Toronto

2020 : Nommé conseiller et ambassadeur pour la paix par les Nations Unies

2022 : Fait chevalier de l’Ordre de la Pléiade

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Dans l’antichambre d’une université « par et pour », le combat de la représentativité

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, le récit d’immigrante de Rym Ben Berrah, francophone engagée.

[CHRONIQUE]

Il s’en est passé des choses dans l’univers post-secondaire en Ontario français depuis une décennie. Me voilà donc diplômée du secondaire de De La Salle, en quête d’une éducation qui bâtirait les fondations de mon avenir, assurerait mon intégration dans le marché de travail de la société canadienne et dont la satisfaction d’obtention égaliserait la sueur de front de mes parents dans leur démarche d’immigration. Les enjeux étaient clairs et la tâche était ardue.

Une université c’est bien plus qu’une scolarité, un nom, un papier. Dans la construction identitaire d’un.e jeune sortant du secondaire, ce lieu, tout d’abord physique, est le laboratoire du maillon qu’il deviendrait dans la société, en tant que membre actif et membre de famille.

Voyez-vous cela, une petite Rym Ben Berrah qui s’inscrit à l’éducation en français à l’Université d’Ottawa et qui se retrouve nez-à-nez avec une énorme brique d’équations en anglais pour son cours obligatoire de mathématiques – offert en français. C’était à l’époque, il y a une dizaine d’années, que j’ai été confrontée à ma première injustice de francophone minoritaire dans un Ontario qui se veut bilingue.

Je me souviens encore de ma conversation avec le professeur après avoir échoué mon premier
examen. J’essayais de lui expliquer que j’étais immigrante et que je n’avais reçu aucune éducation en anglais, encore moins en mathématiques avancées. J’avais foi que le corps professoral et mon milieu d’enseignement étaient là pour favoriser ma réussite et non pas me prendre dans un piège sans issue : celui où les enjeux qui me concernent le plus étaient les moins traités car ils étaient ceux de la minorité.

C’est à ce moment-là qu’a commencé à se démystifier l’idée en moi de la fierté universitaire et du gage de réussite grâce à la motivation : j’ai compris que le système était fait pour les privilégiés.

Me voilà donc à 21 ans, trois tentatives de sessions sous le bras, avec des cours infranchissables car leur matériel didactique était en anglais. Dans ma tête et dans mon quotidien de jeune adulte venue d’ailleurs, j’étais confrontée à cette constante frustration : « C’est dommage parce que je suis vraiment une meilleure étudiante en français », « c’est dommage, je suis plus intelligente en français ». L’argent investi dans cette quête était égal à celui d’un.e autre qui avait plus de chances que moi, de par son privilège, sa position, son lieu de naissance.

Le temps passait et je sentais cette fougue de m’accaparer mon avenir diminuer, oppressée par tous les obstacles qu’une université non-francophone ou bilingue « que sur papier » imposait.

Le Regroupement étudiant franco-ontarien : l’union fait la force

Ma rencontre avec le RÉFO a été des plus intrigantes car, vu les circonstances, l’arrivée de cet organisme dans ma vie était une nécessité et est devenu le berceau de mon identité militante franco-ontarienne. Alain Dupuis : quel homme, quel être humain, quel esprit brillant, quel cœur engagé. Alain Dupuis, à l’époque directeur général et porteur de la verve du flambeau du RÉFO, avait – avec son équipe – une vision pour l’avenir : une université franco-ontarienne. J’ai fait la rencontre de personnes admirables qui m’ont tant appris sur la vie, l’engagement et l’Ontario français : mes années de coprésidence avec Geneviève Latour, Geneviève Souligny, Myriam Vigneault et Josée Joliat.

Le RÉFO opérait avec brio avec ce qu’il avait. Il mettait en avant les besoins des francophones du milieu post-secondaire et agissait comme un pont entre plusieurs structures, autant politiques, qu’éducatives ou gouvernementales. Je me suis retrouvée, tout d’abord comme participante, accueillie et écoutée. Je me suis rendue compte que beaucoup de jeunes et de moins jeunes subissaient les mêmes tourmentes que moi dans leurs cheminements. La représentation ainsi que la représentativité comptent vraiment pour des personnes qui manquent de repères.

Alain Dupuis, ex-directeur du RÉFO, et Rym Ben Berrah devant l’Assemblé législative de l’Ontario. Gracieuseté

Lorsque j’ai été élue coprésidente, j’avais ce désir ardent d’œuvrer dans l’intérêt des étudiant.e.s qui subissaient des dilemmes et des oppressions, être plus proche d’eux et bâtir des lieux fictifs et non-fictifs afin de se rassembler et de construire, ensemble. Les symposiums, les États Généraux, les tables de concertation : on prenait le pouls de la vitalité estudiantine.

Tout le monde était d’accord sur une chose : nous voulons notre propre université franco-ontarienne. Il a fallu faire preuve de beaucoup de diplomatie, afin de montrer aux établissements déjà existants que cela ne va pas à l’encontre de ce qu’ils ont à offrir, mais que c’est un lègue crucial pour les générations futures, vu l’état et l’avancement de la francophonie
ontarienne, canadienne et internationale.

Je me souviens encore lorsque tout n’était qu’une idée, des opinions diverses gribouillées sur des post-it par des participants lors d’ateliers, de brainstormings ou d’animations. « Je veux une garantie que mon éducation se déroule en français dans ma région ». « Je ne veux pas être aussi loin de ma famille pour étudier ». « Je veux avoir les mêmes chances en tant que nouvel arrivant qu’une personne née ici ». « Je veux être un atout positif à ma communauté d’accueil ». « Je veux rencontrer du monde franco-ontarien et pas juste dans les événements provinciaux du RÉFO ». « Je veux que les autres organismes se rallient à notre cause ». « Je veux que le gouvernement investisse dans son avenir : nous ». Des rêves, certes, mais cette fougue qui nous nourrissait provenait de tous les éléments de nos réalités confondues.

L’Université de l’Ontario français n’était pas qu’un lieu pour nous, un bâtiment et un corps professoral. C’était la matérialisation de la conscientisation du peuple franco-ontarien qu’il méritait son université bâtie par et pour lui. Plus besoin de glisser des points de vote pour des détails de cours francophones, de budgets maniés selon d’autres priorités d’année en année, de bulles de consultation pour essayer de répondre à une demande qui manquait d’inclusion et de diversité, de démantèlement des sources de vigueur du futur franco-ontarien.

Les élections sont enclenchées en Ontario et les analyses fusent de tous côtés. Les enjeux des francophones demeurent-ils les mêmes une élection après l’autre? Continuons-nous à prospérer dans notre rôle de citoyens engagés à de faire de l’Ontario français un milieu de vie, d’éducation et d’épanouissement digne de la mosaïque et de la riche histoire qui nous constitue? Parlons à nos futurs élus.

À suivre…

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le folklore sensible de Vincent Bishop

OTTAWA – Taper des mains et du pied, du sourire aux lèvres au torrent de larmes, le folklore de Vincent Bishop fait voyager le public à travers toutes les émotions possibles dans son nouvel album L’amour serait bienvenu.

Composé de dix chansons dont neuf originales, L’amour serait bienvenu est le premier album, sur trois, a être pleinement francophone. Produit par la maison de disques LaFab, il est disponible en CD ainsi que sur toutes les plateformes musicales numériques.

Remettant le folklore au goût du jour, le mélomane y va de deux chansons sur la pandémie de COVID-19 dont son premier single francophone Dansons la corona.

« C’est une chanson qui ne vieillira pas très bien! », blague-t-il en entrevue avec ONFR+.

Originaire de Vancouver, domicilié à Ottawa, Vincent Bishop est un bachelier distingué en musique de l’Université Carleton. Virtuose de la guitare, cet artiste est un passionné de folklore francophone et de la chanson à répondre.

« Quand j’arrive en concert, le public fait partie du spectacle! », lance-t-il.

« J’ai envie d’apporter une contribution d’amour et de paix au monde puis la musique c’est un bon remède pour ça », renchérit-il.

Quand il y a une femme

Après Out of the Dark (2015) et Ambiguous (2019) en anglais, Vincent Bishop s’est progressivement tourné vers la musique francophone.

« Je voulais écrire en anglais, car c’était la langue qui m’inspirait le plus à 21-22 ans. Je pensais que l’anglais était la langue ultime pour avoir une carrière en musique », se souvient-il.

À quelque chose malheur est bon, Vincent Bishop a fait paraître sa première chanson en français Dans l’air pur et clair sur son second album en pleine période de chagrin amoureux. « Je voulais écrire une chanson dans ma zone de confort en français dans un style que j’aime beaucoup qui est la chanson à répondre », raconte-t-il. « C’était une grosse peine d’amour et je me demandais comment la transformer en quelque chose de plus amusant. »

Vincent Bishop. Gracieuseté

« Quand on chante en anglais, on est un poisson dans un océan. Quand on chante en français, on est un poisson dans un étang » – Vincent Bishop

Cette chanson n’est pas passée inaperçue auprès du producteur Michel Bénac qui lui a présenté son intérêt de collaborer avec lui s’il chantait en français. Il est commun de dire que le troisième album est souvent un des – sinon le – plus importants dans la carrière d’un artiste. Alors que Vincent Bishop était un artiste indépendant en anglais, il est désormais produit en français à la maison de disques Lafab.

Bien que l’idée de faire un album dans sa langue maternelle lui traversait l’esprit depuis longtemps, c’est dans ce contexte que sa carrière a pris un nouvel envol. « Quand on chante en anglais, on est un poisson dans un océan. Quand on chante en français, on est un poisson dans un étang », image-t-il.

L’amour sous toutes ses formes

Diagnostiqué asperger à l’âge de 5 ans, Vincent Bishop a connu de nombreuses difficultés dans son cheminement scolaire et sa vie sociale en raison de mécompréhensions et de discriminations. Devenu malgré tout artiste professionnel, il souhaite désormais être un exemple pour les élèves partageant sa condition. « Il faut éduquer les jeunes, car la façon dont les autistes sont traités va se refléter sur la façon dont ils vont se comporter plus tard », affirme-t-il.

Le nouvel album de Vincent Bishop, L’amour serait bienvenu. Gracieuseté

Le chanteur s’est même récemment donné le droit de s’aimer et les bienfaits de ce processus d’apprentissage paraissent en entrevue. Dans son nouvel album, Vincent Bishop aborde le thème de l’amour qu’il soit romantique, social ou personnel. « L’amour est un besoin essentiel. Quand on en reçoit, on est capable d’en donner. », conclut-il.

Éducation : les libéraux veulent ramener la 13e année en Ontario

KITCHENER – S’il était porté au pouvoir le 2 juin, le Parti libéral ramènerait la 13e année en Ontario de façon optionnelle pour les élèves qui le souhaiteraient. Cette mesure viserait à aider les étudiants voulant effectuer une année supplémentaire dans le but de rattraper les retards accumulés durant la pandémie.

Il s’agirait alors d’un retour pour la 13e année qui avait été retiré en 1988, alors qu’elle avait été remplacée par le Cours préuniversitaire de l’Ontario (CPO), plus en fonction depuis 2003.

« La pandémie a été très demandante pour les élèves et les enseignants de l’Ontario (…). J’ai eu la chance de parler avec des élèves des défis créés par le chaos des deux dernières années. Pour ces élèves qui ont besoin de ce temps ou de cette attention supplémentaire avant d’aller au postsecondaire ou dans leur future carrière, on veut faire faire certain qu’il ait le support nécessaire de façon structurée et entièrement financée », a affirmé le chef libéral Steven Del Duca vendredi matin, de passage à Kitchener.

Cette année supplémentaire serait mise en place, dès que possible pour la prochaine année scolaire, a ajouté l’aspirant premier ministre. Elle serait en place pour quatre ans et réévaluée à la fin de cet échéancier.

Un plan peu spécifique pour les francophones

Cette mesure fait partie d’un plan de 295 millions de dollars en éducation révélé vendredi par les libéraux. La veille, le parti avait annoncé son intention de plafonner la taille de chaque classe à 20 élèves en plus de promettre l’embauche de 10 000 enseignants. Pour ce faire, il entend notamment puiser dans la banque de 80 000 enseignants certifiés de l’Ontario qui ne sont pas actuellement employés par les écoles.

« Si on fait tout ça ensemble, j’ai l’impression qu’on va voir des gens qui vont vouloir retourner à ce qu’il avait choisi comme une vocation dans leurs premières années. Ces gens aiment enseigner et je sais que c’est difficile d’aimer enseigner sous Doug Ford, car il ne respecte pas les enseignants », estime M. Del Duca.

« Peu importe ce que Steven Del Duca dit, il avait 15 ans pour réduire la taille des classes, mais les libéraux ont refusé, a réagi la cheffe des néo-démocrates Andrea Horwath. Ils ont eu 15 ans pour faire attention à notre système d’éducation, mais ce n’est pas ce que l’on a vu sous les libéraux. »

Pour les francophones, le Parti libéral ne propose aucune mesure spécifique, mais avance son intention d’augmenter le nombre de nouveaux enseignants dans les programmes de langue française en plus de soutenir l’apprentissage de plusieurs langues, dont le français. L’ancien parti au pouvoir propose de recruter des enseignants québécois qui perdraient leur emploi en raison de la loi 21 au Québec. Steven Del Duca avait aussi dit vouloir mettre fin à l’apprentissage en ligne des francophones, dont la gestion avait été conférée au diffuseur public TFO.

Les libéraux ont promis la construction de 200 nouvelles écoles et la réparation de 4500 autres au coût de 10 milliards de dollars.

La culture absente de la campagne électorale : une situation qui exaspère

Totalement éclipsée de ce début de campagne, la culture ne parvient pas à émerger comme un des enjeux électoraux. Le secteur a pourtant durement souffert ces deux dernières années à cause des restrictions sanitaires qui ont conduit à la fermeture de salles de spectacle, de cinémas et à l’annulation massive de festivals. Le milieu culturel francophone veut aussi faire entendre ses revendications après un premier mandat difficile marqué par des compressions.

Le premier mandat du premier ministre Doug Ford n’a pas été le plus harmonieux en ce qui concerne les relations entre le gouvernement ontarien et le secteur culturel francophone. Les coupures au Conseil des arts de l’Ontario ainsi que dans les universités francophones, en plus de l’annulation de la subvention exceptionnelle pour éponger la dette de la Nouvelle Scène Gilles-Desjardins, ne trouvent pas beaucoup de partisans au sein des organismes affectés.

« Nous tirons un bilan somme toute insatisfaisant du gouvernement conservateur. Dès son entrée au pouvoir, Doug Ford a foncièrement diminué les budgets pour les arts et la culture puis pour les francophones. Je ne pense pas que ce soit la personne la plus partisane de notre secteur d’activité », lance Thomas Kriner, directeur général de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), en entrevue avec ONFR+.

« Ça a vraiment été quatre ans de crise » – Joël Beddows

De son côté, le professeur au conservatoire de théâtre de l’Université d’Ottawa, Joël Beddows, considère que le milieu artistique doit tirer des leçons du mandat progressiste-conservateur. « Ça a vraiment été quatre ans de crise (…) Toutes les crises qu’on a vécu en début de mandat de M. Ford nous ont fait comprendre que c’est important d’être en contact avec tous les partis politiques », raconte-t-il en donnant l’exemple d’Amanda Simard qui était une alliée inconnue des francophones et des artistes.

Priorité au Conseil des arts

Lors de son début de mandat, le premier ministre Doug Ford a exigé des compressions de 30 millions de dollars au Conseil des arts de l’Ontario. Durant la pandémie de COVID-19, le gouvernement a réinjecté environ 25 millions dans la culture. Cependant, les fonds ont été redistribués à 25 organismes culturels avec une activité de plus d’un million de dollars, explique Denis Bertrand, coordonnateur de l’alliance culturelle de l’Ontario. De ce nombre, seulement quatre d’entre eux étaient francophones.

« C’est conséquent avec la ligne de pensée des conservateurs qui ont toujours valorisé la culture de prestige comme le balai ou l’opéra », pense Joël Beddows.

Joël Beddows, professeur. Crédit image : Maude Chauvin

Alors que la pandémie a causé une importante perte d’emplois dans le milieu culturel, de nombreux professionnels se sont réorientés durant cette période. Denis Bertrand explique que ceux qui sont restés malgré tout ont maintenant des exigences plus prononcées en termes de salaire et de conditions de travail.

« Les conditions de travail demandées par les candidats du milieu sont le plus gros défi. Ainsi, nous avons demandé une bonification du budget du Conseil des arts de l’Ontario », raconte M. Bertrand. « Le milieu est aux prises avec les mêmes défis que tous les secteurs de la province. De nombreux secteurs ont obtenu une aide supplémentaire, mais ça n’a pas vraiment été le cas dans la culture. »

Se faire entendre sur l’idée d’un revenu minimum

La culture ne défraie pas particulièrement les manchettes en ce début de campagne électorale regrette plusieurs observateurs. « C’est sûr qu’en temps de pandémie et de guerre, je ne sais pas si c’est la priorité majeure de la population », concède M. Kriner.

De plus, les endroits où les besoins en culture sont les plus criants ne sont généralement pas situés dans un district électoral facilitant le dialogue. « La condition des salles de spectacle à Toronto est déplorable et il n’existe aucun fond provincial défié aux infrastructures », déplore Joël Beddows. « Cela s’explique en partie par la situation démographique de Toronto qui a beaucoup de petites circonscriptions. Allez voir un politicien pour lui demander qu’il appuie votre projet! À moins que ce soit dans sa circonscription, il n’a pas intérêt à le faire. »

Denis Bertrand, coordonnateur de l’alliance culturelle de l’Ontario. Gracieuseté

Afin de rejoindre les différents partis politiques, l’Alliance culturelle de l’Ontario leur a fait parvenir une note d’information lors de leurs consultations budgétaires avec les différentes idées pour aider le secteur. En plus du Conseil des arts, le secteur artistique apprécierait une forme de revenu minimum pour les professionnels du divertissement.

Durant les élections, les artistes entendent bien passer le mot à leur public d’aller discuter avec les candidats de leur parti respectif. Alors qu’il se trouve des Franco-Ontariens pour voter pour tous les partis disponibles, il peut y avoir un consensus par rapport à l’importance de la préservation de leur identité et de leur culture. « Peu importe votre affinité idéologique, posez la question à votre candidat « Que pense faire ton parti pour la culture? » », demande Joël Beddows.

Au cœur d’une controverse, la députée Kusendova sauvée par les élections

MISSISSAUGA – Le rapport du commissaire à l’intégrité de l’Ontario, concernant les dons que Natalia Kusendova, députée de Mississauga-Centre, aurait perçu et transgressant l’article 6 de la Loi de 1994 sur l’intégrité des députés, ne verra pas le jour prochainement.

En avril dernier, l’adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones avait fait les manchettes du Toronto Star, stipulant que l’élue avait reçu plus 30 000 $ de dons entre décembre 2018 et décembre 2019.

Le donateur Grant Gorchynski, un comptable agréé d’Oakville, indiquait avoir seulement prêté cet argent. Pourtant, en acceptant des dons d’une valeur supérieure à 30 000 $, elle serait allée à l’encontre de la loi qui oblige à déclarer les dons supérieurs à 200 $, dans les 30 jours qui suivent la réception d’un don ou d’un avantage personnel.
 
C’est pourquoi le 19 avril, Taras Natyshak, député néo-démocrate d’Essex, a demandé au commissaire de donner son avis sur l’affaire.

L’enquête suspendue

La Loi interdit toutefois la tenue d’une enquête en période électorale. En vertu du paragraphe 31 de la Loi de 1994 sur l’intégrité des députés, le commissaire doit suspendre une enquête en application de la Loi électorale en vue d’une élection générale.

Un autre membre de la députation de la prochaine législature devra donc faire une nouvelle demande d’avis sur l’affaire (sous réserve de la réélection de la députée en cause). Il est important de noter que la Loi oblige le commissaire à déposer un rapport même s’il détermine qu’il n’y a pas de motifs suffisants pour mener une enquête.

Michelle Renaud, du Bureau du commissaire à l’intégrité de l’Ontario, a avoué auprès d’ONFR+ que, « dans ce cas, le commissaire n’avait pas encore été en mesure de déterminer s’il devait mener une enquête ».

« Le commissaire poursuit l’enquête si, dans les 30 jours qui suivent le jour du scrutin de l’élection, le député ou l’ancien député dont la conduite est en cause ou le député qui a soumis l’affaire lui en fait la demande par écrit. »

Rappel des faits

Le commissaire a remis une copie de l’affidavit à Mme Kusendova le 20 avril, afin qu’elle transmette les relevés bancaires et les autres renseignements requis. L’élue progressiste-conservatrice, candidate à sa succession, aurait alors demandé qu’on lui donne jusqu’au 2 mai pour fournir l’information. Au même moment, M. Gorchynski invoquait une action en justice pour la même affaire.

Mme Kusendova n’avait pas retourné nos demandes d’entrevue au moment d’écrire ces lignes.

Une semaine entre vie culturelle et vie de château

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, on vous emmène à Toronto, Ottawa et Sudbury. Du patrimoine pour les plus grands, un spectacle pour les plus petits et un concert de jazz. Et si vous brulez d’envie de pousser les portes de la demeure du Roi Soleil, c’est possible en restant confortablement à la maison.

Patrimoine

Laissez-vous guider à Ottawa

Découvrez l’histoire, l’architecture et le patrimoine de la capitale nationale à l’occasion de deux visites menées par le guide Diego Elizondo. L’événement est organisé dans le cadre des Promenades de Jane qui rendent hommage à l’urbaniste canado-américaine Jane Jacob (1916-2006). La première visite sera autour de l’Hôpital Montfort en guise de commémoration du 25e anniversaire du mouvement S.OS. Montfort. Elle sera suivie d’une visite à l’église Saint-Joseph d’Orléans qui fête son centenaire.

L’Hôpital Montfort. Archives ONFR+

Inscrivez-vous aux Promenades de Jane à Ottawa, le dimanche 8 mai à 10h puis à 13h, en suivant le lien. https://www.janeswalkottawa.ca/fr

Musique

Soirée jazz à Toronto

Le virtuose de la guitare mondialement connu Stéphane Wrembel offre une prestation au théâtre Spadina organisée par l’Alliance française de Toronto. Ce spécialiste du compositeur Django Reinhardt plongera le public dans l’univers des gitans de la campagne française.

Stéphane Wrembel. Crédit image : Lawrence Sumulong

Réservez votre billet au coût de 30 $ pour l’admission sur le site de l’Alliance française, le mardi 10 mai à 20h. https://www.alliance-francaise.ca/fr/art/saison-2021-2022/

Virtuel

Humour et opéra au château de Versailles

Vous avez toujours rêvé de découvrir le palais du Roi Soleil? L’autrice et metteuse en scène (clown à ses heures) Éléonore Nicolas s’invite dans votre salon pour vous faire découvrir cet univers fascinant jusqu’à ce que votre demeure se métamorphose en palais des glaces. Une gracieuseté de l’Alliance française d’Ottawa.

Le château de Versailles. Source : Canva

Pour vous inscrire, vous avez jusqu’à ce soir : la visite interactive gratuite se déroule le samedi 7 mai à 13h. https://www.af.ca/ottawa/details-de-levenement/#/

Spectacle pour enfants

Grande musique pour les petits Sudburois

L’opéra, une musique de vieux? Pas sûr! L’éclectique soprano Nathalie Choquette fera rire vos enfants par son humour redoutable en leur montrant parallèlement à quel la bel canto peut être branché. Sa nouvelle boîte à chansons est prête et elle contient tous les styles. Jazz, blues, pop, folklore, rap mélangé à la magie de l’opéra.

La Place des Arts du Grand Sudbury. Archives ONFR+

Rendez-vous à la Place des Arts du Grand Sudbury, le dimanche 8 mai à 14h. Les billets vont jusqu’à 22 $ suivant le budget des familles. https://carrefour.ca/programmation/la-slague/la-boite-a-chansons-avec-natalie-choquette/

Ces poids lourds qui ne se représentent pas aux élections provinciales

TORONTO – Quoiqu’il advienne le 2 juin prochain, trois figures importantes de la vie politique ontarienne ne retrouveront pas les bancs de Queen’s Park : la ministre de la Santé Christine Elliott, le ministre des Soins de longue durée Rod Phillips et l’ancienne première ministre Kathleen Wynne ont tous trois annoncé leur retrait de la vie politique.

Le départ de deux ministres de tout premier ordre est un coup dur pour le premier ministre. Avec Rod Phillips et Christine Elliott, le gouvernement avait démontré une ouverture singulière à la société civile, d’autant que ces deux personnalités ont rapidement occupé une place prépondérante dans le cabinet.

Catapulté ministre des Finances, M. Phillips a occupé le rôle central de grand argentier ontarien avec pour mission d’éliminer le déficit hérité des libéraux en 2018 et de remettre l’argent dans la poche des Ontariens, un plan contrecarré à mi-mandat par l’irruption de la pandémie de COVID-19.

Rod Phillips, ministre des Finances, vacancier poussé à la démission puis revenu à la tête des Soins de longue durée. Archives ONFR+

Poussé vers la sortie en décembre 2020 pour avoir enfreint la consigne du premier ministre de ne pas sortir du territoire sans raison valable, l’ex-patron du groupe Postmedia est revenu par la petite porte six mois plus tard à la faveur d’un remaniement ministériel. Aux commandes du portefeuille des Soins de longue durée, l’élu d’Ajax a succédé à Merrilee Fullerton, elle-même sous le feu de la critique pour sa gestion calamiteuse, de l’avis de plusieurs observateurs, des foyers durant la pandémie.

À l’annonce de son départ en janvier dernier, est venue se greffer celle d’un autre ténor de la Ford nation : Christine Elliott.

Elliott dans l’œil du cyclone sanitaire

La très médiatisée ministre de la Santé, qui aura été au cœur du cyclone sanitaire, a annoncé qu’elle renonçait à être candidate à sa succession, en tant que députée de Newmarket-Aurora, deux mois après le retrait de Rod Phillips.

Mme Elliott est une des rares ministres à avoir conservé le même ministère en dépit des remaniements ministériels. Députée depuis 13 ans, elle a été élue pour la première fois en 2006 dans la circonscription de Whitby-Ajax, tentant à trois reprises de conquérir la chefferie progressiste-conservatrice. Sa dernière tentative, face à Doug Ford et Caroline Mulroney, avait failli être la bonne.

Christine Elliott, ministre de la Santé et vice-première ministre chahutée à Queen’s Park depuis deux ans. Crédit image : Jackson Ho

Adversaire d’hier, allié incontournable par la suite, l’avocate de formation devenue vice-première ministre a essuyé durant quatre ans les invectives de l’opposition alors qu’elle faisait la pluie et le beau temps sur les mesures sanitaires, entre l’humeur de Doug Ford et les recommandations des scientifiques. Elle l’a dit : elle ne se représentera pas, certainement usée par la pandémie et sans espoir d’ascension politique à court terme.

S’il est reconduit au pouvoir, le premier ministre devra trouver une personnalité du calibre de Mme Elliott à un portefeuille hautement sensible alors que le système de santé poursuit sa transformation et que la pandémie n’est pas terminée.

Deux autres ministres de la Ford Nation ne se représentent pas : l’ex-ministre de l’Environnement, Jeff Yurek, dans Elgin-Middlesex-London, et l’ex-ministre associée déléguée à la Petite enfance et à la Condition féminine, Jane McKenna, dans Burlington.

Wynne, le meilleur et le pire

Au cours de sa longue carrière politique, l’ex-première ministre libérale aura connu la gloire et l’humiliation. Première femme à occuper le poste de première ministre en Ontario, en 2013, elle est reconduite l’année suivante, avant d’essuyer un cuisant revers en 2018 qui anéantit la quasi-totalité de son caucus.

Dans la foulée de la vague bleue qui a succédé à 15 ans de règne libéral, l’élue de Don-Valley-Ouest a tout de même sauvé son siège de députée, figurant parmi les sept rescapés libéraux de l’opposition dans un parti sans statut officiel. Élue pour la première fois en octobre 2003, elle aura siégé pendant 19 ans à l’Assemblée législative.

Kathleen Wynne, première femme première ministre et première personne ouvertement gaie aux commandes de la province. Archives ONFR+

À l’origine de la gratuité de certains frais de scolarité universitaires et de l’augmentation du salaire minimum à 14 $ de l’heure, l’ancienne première ministre a aussi accompagné les bases de la création de l’Université de l’Ontario français – sans jamais mener le projet à son terme – et transformé l’Office des Affaires francophones de l’Ontario en un véritable ministère des Affaires francophones. Elle avait aussi présenté des excuses officielles devant l’Assemblée législative pour le Règlement 17 qui interdisait l’enseignement et l’utilisation du français dans les écoles primaires.

Sans Martow, ni Barrett, ni Gravelle

La liste ne s’arrête pas là. Il faut ajouter à ces départs, celui de l’ancienne adjointe parlementaire de la ministre des Affaires francophones, Gila Martow. Élue depuis 2014, la députée de Thornhill aura péniblement tenté de représenter les intérêts francophones à partir de 2018, après le départ de la députée Amanda Simard, lorsqu’elle a claqué la porte du parti dans la foulée du Jeudi noir.

Sa bourde la plus spectaculaire sur la francophonie aura été de déclarer, en 2015, au micro d’ONFR+, qu’elle ignorait l’existence de la crise de l’Hôpital Montfort. « Je ne connais pas du tout Montfort, de quoi s’agit-il ? » était devenue une phrase culte.

Par la suite, sa tentative de faire le saut au fédéral aux dernières élections de 2021 s’est soldée par un échec, battue dans la course à l’investiture conservatrice par Melissa Lanstman, stratège de Doug Ford. Mme Martow a dû renoncer à son rôle d’adjointe parlementaire provinciale et n’a pas été autorisée à se présenter aux prochaines élections ontariennes. C’est une directrice du club de soccer local qui tentera de reprendre son siège.

La députée Gila Martow, auteure de la célèbre phrase : « Je ne connais pas du tout Montfort, de quoi s’agit-il? » Archives ONFR+

Il faut aussi souligner le retrait d’un autre progressiste-conservateur : Toby Barrett, à l’âge de 76 ans. Ce vétéran de la politique ontarienne aux sept mandats dans Haldimand-Norfolk a été élu pour la première fois il y a 27 ans, sous le gouvernement Harris. Il avait occupé les fonctions d’adjoint parlementaire au ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales.

Pour terminer, signalons la récente défection de Michael Gravelle, lui aussi au terme de 27 ans sur les bancs de Queen’s Park. Le député libéral de Thunder Bay-Supérieur Nord a révélé en février dernier qu’il était atteint d’un cancer et devait subir une chimiothérapie. « J’avais espéré et prévu de continuer à représenter mes électeurs à Queen’s Park. Cependant, ma santé et les traitements que je dois subir dans les mois à venir ont rendu ce plan impossible », a concédé sur les réseaux sociaux cet ancien publiciste pour la CBC et fondateur de la North of Superior Film Association.

Dans les circonscriptions de ces six personnalités politiques, les projections indiquent qu’il ne devrait pas y avoir d’alternance politique.

Kristine St-Pierre, artiste et ambassadrice pour l’égalité des genres

OTTAWA – Kristine St-Pierre combine deux passions : la chanson au travers de compositions originales et bilingues. Et son travail pour l’égalité des genres, la paix et la sécurité dans le monde. Elle se produira le 6 mai à Ottawa puis le 5 juin à London pour révéler une partie de son nouvel album qui sortira à l’automne prochain.
 
Kristine St-Pierre a grandi à Ottawa et y vit toujours. « Je suis fière franco-ontarienne », dit-elle. Depuis son plus jeune âge, la musique fait partie de sa vie. Elle nous raconte que ses influences sont multiples, diversifiées et surtout évoluent constamment.

« Lorsque j’étais enfant, mes parents écoutaient beaucoup la radio en français. Je me rappelle en voiture, je m’endormais avec les grands classiques québécois dans les oreilles. » Bercée par les classiques de la chanson francophone, Kristine St-Pierre a été inspirée par des artistes telles que Lara Fabian et Lynda Lemay. « J’aime toujours les artistes qui racontent des histoires. »

C’est au secondaire qu’elle commence son initiation à la musique, avec sa première guitare. Les classiques anglophones à quatre accords n’étaient alors, plus un secret. « J’ai découvert un tout autre univers, puis c’est là que j’ai commencé à écrire à la guitare et j’ai même auditionné à la Star Académie », relate-t-elle dans un éclat de rire.

Kristine St-Pierre a notamment été nominée au Prix de la musique folk canadienne en 2018. Crédit image : Solis & Roam 

Aujourd’hui, la jeune débutante a laissé place à une artiste complète. « En m’améliorant à la guitare, mon oreille a changé. La façon dont j’écoute la musique a complètement évolué. Maintenant, j’écoute avec une oreille d’autrice-compositrice-musicienne. J’écoute ce que l’artiste raconte et comment c’est raconté, et surtout toute l’instrumentalisation derrière. »

Quand on lui demande ses influences, Kristine St-Pierre paraît étonnée. En effet, ce qui l’inspire
est plus complexe que ça. « L’influence c’est l’énergie, parfois j’entends une musique et c’est la
dynamique derrière qui va m’inspirer. » Elle est touchée par toute sorte de
musiques, et que son répertoire musical se construit tous les jours.

« Avec mes enfants, j’écoute les chansons de Disney. Je suis fascinée par l’évolution des histoires, des voix, des harmonies et ça vient m’influencer », décrit la chanteuse. « D’ailleurs, il y a une chanson dans mon prochain album qui s’en est inspirée. »

Que ce soit les tournées en solo et le voyage en lui-même, Kristine se nourrit de ce qu’elle voit sur sa route. « On se pose toujours beaucoup de questions en tant qu’artiste, mais c’est comme ça qu’on se développe. » 

Le bilinguisme est une seconde nature

Pour cette musicienne, écrire en français et en anglais, l’un n’est pas plus difficile que l’autre. « Il y a des moments où j’écrivais un peu plus en anglais, comme dans les premiers albums. Puis, c’était un choix d’écrire en français avec l’EP La Promesse et de faire un album uniquement en français. »

Avec La promesse, Kristine St-Pierre a notamment fait partie des nominés au Prix de la musique folk canadienne en 2018 (catégorie auteur-compositeur francophone de l’année) ainsi qu’à l’Association de musique country de l’Ontario (artiste francophone de l’année). Pour elle, « c’est super de se faire reconnaître. Je me suis poussée le plus loin possible pour en arriver là, et même si ce ne sont que des nominations, c’est vraiment touchant ».

En 2019, l’artiste dévoilait un album de Noël en français réalisé avec Justin Lacroix, un artiste franco-manitobain. Pour la musicienne écrire et sortir un album en français c’était aussi « une manière de s’établir un peu plus en français ».

« J’ai fait beaucoup d’ateliers d’écriture, et je voulais essayer de percer dans ce marché. Je me suis lancée et ça a été super », ajoute-t-elle.

Musique et égalité des passions au même niveau

« Mes deux carrières ont commencé en même temps et sont très liées », explique Kristine St-Pierre. Entre 2008 et 2012, alors que Kristine St-Pierre était impliquée dans de nombreux voyages liés à ses missions, elle s’est rendu compte qu’il était possible de faire son travail et de faire de la musique durant ses déplacements.

« C’est comme ça que je me suis retrouvée à jouer dans des pays tels que le Congo, le Nigéria ou encore le Kenya. »

En plus de ses missions musicales, Kristine St-Pierre chante pour toutes les causes qui lui sont importantes. « J’ai fait des petits concerts ici et là, pour la lutte contre le cancer du sein. En ce moment sur des événements qui soutiennent l’Ukraine. »

Kristine St-Pierre se dit « très chanceuse ». Les opportunités liées à son travail lui ont permis de partager sa musique. Notamment lors de déplacements en Ukraine. « J’ai eu l’incroyable chance de me produire au festival de la francophonie à Kyiv en 2017 et c’était juste incroyable. »

La campagne électorale entre officiellement dans le vif du sujet

TORONTO – 28 jours nous séparent désormais des élections provinciales. Près de 10,7 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire le futur député qui les représentera au cours des quatre prochaines années à Queen’s Park. À l’issue du scrutin, les élus de 124 circonscriptions siégeront en chambre. ONFR+ vous propose trois débats en français et une soirée électorale à vivre en direct sur Facebook et en partie à la télévision sur TFO.

À la demande du premier ministre Doug Ford, la lieutenante-gouverneure générale a dissout la veille la 42e législature. Les sondages montrent que le parti au pouvoir est en bonne voie d’être reconduit aux manettes de la province, devançant le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique.

Si l’Ontario vit son premier jour officiel de campagne électorale ce mercredi, la conquête des bulletins de vote a débuté depuis plusieurs jours dans les faits. En déposant son dernier budget sans débat ni adoption possible en chambre, le gouvernement progressiste-conservateur a clairement affiché les grandes lignes de son programme, tandis que le NPD a dévoilé sa plateforme électorale dans la foulée. Les autres partis devraient à leur tour sortir du bois dans les tout prochains jours.

Favori dans cette course, Doug Ford a multiplié les engagements populaires ces dernières semaines, de la hausse du salaire minimum à la gratuité de péages autoroutiers. Il a aussi promis des investissements massifs dans les infrastructures, quitte à repousser l’échéancier du retour à l’équilibre budgétaire, au-delà de 2023. Il va défendre son bilan à bord de son autobus de campagne, le « Yes Bus », qui sillonnera la province à compter d’aujourd’hui.

Comme la plupart des chefs, il devrait toutefois focaliser son attention sur le 905, cette vaste région qui entoure Toronto. La victoire finale passe inévitablement par le 905 qui concentre près du quart des sièges à conquérir.

L’Assemblée législative de l’Ontario. Source : Canva

Andrea Horwath, qui tente pour la 4e fois, d’accéder au pouvoir, promet de son côté un régime d’assurance-médicaments universel, un accès gratuit à la contraception et une embauche massive de professionnels de la santé. La cheffe du NPD s’est aussi engagée à créer les conditions d’un postsecondaire en français fort dans le Moyen-Nord et à tout faire pour résorber la pénurie de travailleurs de langue française. Son parti, qui détenait 38 sièges au moment de la dissolution, ne semble toutefois pas décoller dans les intentions de vote, alors que les libéraux grappillent jour après jour de précieux points.

Le chef du Parti libéral de l’Ontario, Steven Del Duca, a lui aussi avancé ses pions avant même le début officiel de la campagne. S’il est élu, il a promis d’interdire les armes de poing dans toute la province, de réduire le coût du trajet en transport en commun à 1 dollar, de favoriser les soins à domicile et de planter 800 millions d’arbres en huit ans.

Unique élu vert à Queen’s Park, Mike Schreiner est le quatrième leader à surveiller. Le chef du Parti vert de l’Ontario, qui doit assurer sa réélection dans Guelph, tente d’accroître l’influence de sa formation politique dans d’autres circonscriptions, mais la fenêtre de tir est limitée. Trois enjeux clés sont au cœur de son programme : mettre un terme à la crise du logement, rendre l’accès aux soins en santé mentale accessibles et agir pour le climat. Il s’érige enfin en protecteur de la ceinture verte de Toronto convoitée par les investisseurs immobiliers.

Une vingtaine d’autres parties seront présents sur le bulletin de vote des Ontariens.

Reportages, enquêtes, analyses… tout au long de la campagne ONFR+ vous fera vivre les temps forts de la campagne sur ses différentes plateformes, notamment à travers trois débats cruciaux qui verront les candidats confronter leurs idées et leur vision.

Un premier débat en français TFO-Radio Canada se tiendra dans les studios de TVO le 17 mai. Puis suivront deux autres rendez-vous, dans les circonscriptions ontariennes à majorité francophone, le 19 mai à Embrun et le 26 mai à Kapuskasing, en direct sur Facebook. Point d’orgue du dispositif d’ONFR+ : une grande soirée électorale aura lieu le 2 juin en direct à la télévision et sur Facebook.

Le vote, rouage essentiel de la démocratie ontarienne

Pour voter, il faut être un citoyen canadien, être âgé de 18 ans ou plus, vivre en Ontario, et être inscrit sur le Registre ontarien des futurs votants. On est automatiquement inscrit sur la liste des électeurs à l’âge de 18 ans. On peut voter par la poste, par anticipation ou sur place, le jour du scrutin. Les résidents permanents ou temporaires, comme les étudiants internationaux par exemple, ne peuvent pas voter.

Les électeurs votent pour le candidat de leur choix dans leur circonscription électorale. Il y en a 124 en Ontario. Dans chacune d’elle, le candidat qui récolte le plus grand nombre de voix est élu député.

Pour voter, il faut être un citoyen canadien, âgé de 18 ans ou plus, résider en Ontario et être inscrit sur le Registre ontarien. Source : Canva

Le parti politique qui compte le plus grand nombre de députés élus forme le nouveau gouvernement. Il peut être majoritaire ou minoritaire, suivant s’il a obtenu plus ou moins de 63 sièges. Les autres députés constituent l’opposition et acquièrent le statut de parti officiel dès lors qu’ils disposent de 12 députés au moins. Ils sont représentés par un porte-parole.

Tous ces élus siégeront ensuite à Queen’s Park lors d’une nouvelle législature afin de déposer, débattre et adopter des projets de lois. L’Assemblée législative de l’Ontario est unicamérale, c’est-à-dire qu’elle ne possède qu’une seule Chambre législative, à la différence du parlement fédéral qui est bicaméral.

Avec 67 sièges, les progressistes-conservateurs sont aux commandes de la province depuis les dernières élections de 2018. En face, 38 députés néo-démocrates, 7 libéraux 1 vert et 4 indépendants (c’est-à-dire sans parti) formaient l’opposition au moment de la dissolution de la chambre.

Ce qu’attendent les organismes franco-ontariens du prochain gouvernement

À l’aube du coup d’envoi de la campagne électorale, les responsables des organismes francophones de l’Ontario font valoir leurs attentes vis-à-vis du parti qui sortira vainqueur, avant même que la communauté franco-ontarienne ne se rue sur les urnes. ONFR+ est parti à la cueillette de ces espoirs.

Tous les acteurs de la société civile et les militants de toutes causes le savent bien, les périodes électorales sont les plus propices pour avoir l’oreille des politiciens. Les élections provinciales de l’Ontario qui approchent à grands pas n’échappent guère à cette règle.

En effet, à l’image de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), certaines organisations franco-ontariennes ont récemment rendu publiques leurs recommandations, voire leurs doléances, à l’adresse des leaders politiques et surtout de celle ou celui à la tête du parti qui formera le futur gouvernement.

Richard Kempler, directeur général de la FGA. Gracieuseté

« Notre principale attente de ces élections est que l’aspect francophone soit pris en compte, non pas comme une sempiternelle recommandation, mais comme un atout pour la province parce que ce qui profite au développement économique francophone profite à celui de l’ensemble de l’Ontario. Par exemple, le simple fait de pouvoir communiquer dans les deux langues officielles, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’international, permet d’avoir un surcroît de croissance économique », affirme Richard Kempler, directeur général de la FGA.

Faire des défis économiques francophones une priorité politique

À cela, le président de l’AFO, Carol Jolin ajoute un élément économique clé dont la problématique est redondante et touche tous les secteurs.

« On a fait un sondage au niveau de la province pour recueillir les attentes des Franco-Ontariens et il en sort plusieurs éléments. Le plus important est relatif à la pénurie de la main-d’œuvre francophone. Le prochain gouvernement devrait s’attaquer en priorité à ce problème que rencontrent tous les secteurs d’activités, que ce soit au niveau du public, du privé ou communautaire. C’est le frein le plus important au niveau économique pour la francophonie. »

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Archives ONFR+

Quant au pan entrepreneurial ainsi qu’aux professions libérales, la FGA met l’accent sur les obstacles persistants rencontrés par la communauté francophone, et cela avant même de pouvoir exercer.

« Il y a toujours des freins terribles dans ce domaine lorsqu’on est francophone, surtout lorsqu’on est nouvel arrivant. Une fois ces derniers sont sur place, ils se heurtent au problème de l’acceptation de leur statut par les différents ordres professionnels qui rechignent ou tardent à valider leurs acquis. Ce qu’on demande concrètement au futur gouvernement c’est que les ordres enregistrent directement ces gens à partir du moment où il y a eu une reconnaissance des diplômes dans le processus de l’immigration », exige M. Kempler.

Cette barrière à l’entrée du marché du travail est d’autant plus contraignante lorsque l’on sait que les deux tiers de l’augmentation de la population francophone de l’Ontario proviennent de l’immigration et qu’à « peine 48 % des postes désignés bilingues sont pourvus parce qu’on manque de candidats », comme le signale M. Kempler qui qualifie cette situation d’aberrante.

La santé francophone malade du manque de données

L’autre domaine vital pour lequel les acteurs franco-ontariens attendent beaucoup de la part du prochain exécutif de la province est celui de la santé. Or, au-delà des enjeux classiques ayant attrait au manque de lits désignés ou du manque du personnel qualifié en français dans ce secteur, le directeur général du Centre de santé communautaire de l’Estrie (CSCE), Marc Bisson évoque des expectatives moins évidentes de prime abord.

« Il faut que le prochain gouvernement établisse une vraie stratégie de collecte de données sociodémographiques par rapport aux francophones si on veut améliorer les résultats en santé de la communauté. Ce point est extrêmement important pour qu’on puisse cibler les interventions dans la diversité de la communauté francophone de l’Ontario parce que la réalité du Franco-Ontarien qui vit à Hearst n’est pas la même que celle de quelqu’un qui vit à Toronto par exemple. »

Marc Bisson, directeur général du Centre de santé communautaire de l’Estrie. Gracieuseté

Ce manque de disponibilité de données spécifiques impacte forcément l’optimisation des investissements du gouvernement. 

« Lorsque le gouvernement accorde un financement supplémentaire en santé, il va juste mentionner une phrase vide de sens comme quoi c’est important que quelque chose soit fait pour les francophones sans reddition de compte. C’est très important que le financement soit ciblé, direct et dédié à la communauté francophone et pas noyé dans la masse », dénonce M. Bisson qui pense que toutes ces problématiques s’appliquent aussi au secteur de la santé mentale.

L’éducation francophone, un investissement plutôt qu’une dépense

Quant à cet autre secteur ô combien important qu’est l’éducation, la toute première chose que le gouvernement entrant devrait considérer par rapport aux francophones c’est sa vision du financement, comme le souligne Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO).

« Le gouvernement futur doit voir le financement de l’éducation des francophones comme un investissement dans l’avenir et non nécessairement comme une dépense parce que le plus souvent, sa perspective c’est combien ça va coûter au lieu de poser la question de combien on peut investir pour vraiment enrichir et rendre le système de l’éducation meilleur. »

Et d’ajouter, un brin excédée : « On avait déposé un rapport avec plus d’une trentaine de recommandations qui devraient être mises en œuvre pour, notamment, contrer le déficit du personnel francophone dans l’éducation, mais le gouvernement actuel bouge à pas de tortue sur ce dossier. Donc on renouvelle les mêmes recommandations et attentes au futur gouvernement. »

Par ailleurs, Mme Vinet-Roy réitère son souhait de réduire les effectifs dans les salles de classe, et ce afin, selon elle, que le système scolaire puisse répondre d’une manière efficace aux besoins particuliers des élèves qui sont de plus en plus individualisés. Une directive qui, dans l’hypothèse qu’elle soit appliquée, creusera inexorablement encore plus la pénurie de main-d’œuvre que vivent actuellement les établissements francophones.

À ce propos, Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) prédit que le nombre de lettres de permission pour exercer le métier d’enseignant au sein des conseils scolaires francophones ontariens et qui était de 480 dérogations en 2021, sera amener à augmenter en 2022. Une situation qu’il juge pour le moins alarmante. 

Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO. Gracieuseté

Pour pallier un tant soit peu cette crise du personnel éducatif, M. Jolin propose au prochain gouvernement de s’attaquer au postsecondaire francophone en général et celui de l’Université de Sudbury en particulier. De la sorte, les conseils scolaires pourraient puiser à la source, c’est-à-dire dans le réservoir des futures recrues que représentent les établissements postsecondaires francophones.

« Il est extrêmement important que ce dossier de l’Université de Sudbury avance pour qu’elle puisse devenir totalement indépendante par et pour les francophones. Pour cela, il est primordial de mettre sur les rails une programmation solide en français dans cette université, surtout que la Laurentienne a subi une baisse des inscriptions au niveau francophone de 52 %. C’est ce qu’on demande en priorité au futur gouvernement. »

La justice et la police ne sont pas en reste

Se pencher sérieusement sur le problème de la carence que connaît la main-d’œuvre dans le secteur public représente aussi le fer de lance s’agissant des attentes de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto).  

« Ce qui a été le plus mis en avant par notre CA concernant ce qu’on attend du prochain gouvernement, c’est d’abord le manque du personnel dans le secteur public pour desservir la communauté francophone. C’est un blocage majeur à l’accès réel aux services en français. Même si, sur le papier, ils améliorent les choses, le problème demeure sur le terrain où les solutions ont du mal à se concrétiser », fait savoir son président, Serge Paul, qui fait également partie du comité francophone de la police de Toronto.

Serge Paul, président de l’ACFO-Toronto. Archives ONFR+

Ce dernier en veut pour preuve ce qui se passe dans les services de la justice ainsi que dans celui de la police où, d’après lui, le besoin en personnel francophone se fait beaucoup sentir.

« La police avance un petit chiffre de 600 employés qui disent être francophones, et encore, ce sont ceux qui sont déclarés comme tels, mais qui n’utilisent pas le français tous les jours. En général, ils utilisent leur français pour traduire des documents et pas forcément pour aider les francophones dans la rue ou lors des jugements par exemple. » Il aimerait que le français soit plus présent, y compris à l’échelon provincial de la police.

Et d’appuyer : « Si tu vas à n’importe quel bureau de police pour déposer plainte en français, ce qui prend normalement une petite heure en anglais, risque de prendre cinq ou six heures en français, on est donc plus dans une situation d’urgence. » 

Le prochain gouvernement provincial a donc du pain sur la planche en ce qui concerne la communauté francophone. Reste à voir si ces attentes vont être prises en compte par le parti qui prendra les rênes des affaires de la cité durant les quatre prochaines années.

Doug Ford, quatre ans plus tard : que retient-on?

Avec la campagne électorale qui s’amorce en Ontario, quel bilan peut-on tirer des quatre années de Doug Ford au pouvoir? Le premier ministre sortant s’est fait plusieurs ennemis, notamment dans la fonction publique et dans la francophonie ontarienne. La pandémie a aussi complètement chambouler les priorités du chef progressiste-conservateur, qui avait fait du conservatisme fiscal son cheval de bataille. Le candidat populiste réussira-t-il à décrocher un second mandat?

Deux candidats bilingues sur six briguent la chefferie conservatrice

OTTAWA – Jean Charest et le favori Pierre Poilievre seront les deux seuls candidats dans la course à la chefferie conservatrice capable de parler parfaitement le français et l’anglais. Ce lundi, le Parti conservateur du Canada a officialisé sa liste de six candidats comportant notamment l’ancien chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown, pas parfaitement bilingue, mais capable de converser en français.

ONFR+ vous dresse le portrait des six candidats ainsi que leur niveau de maîtrise du français.

Pierre Poilievre

Le député de Carleton, parfaitement bilingue, a été adopté dans sa jeunesse par deux Franco-Saskatchewanais et siège aux Communes depuis 2004. Depuis le début de sa candidature, présenté quelques jours après le départ d’Erin O’Toole, M. Poilievre attire de grandes foules dans ses rassemblements qu’il tient à travers le Canada. Il est le favori selon les différentes maisons de sondages.

Pierre Poilievre peut notamment compter sur l’appui de son ancien chef Andrew Scheer dans la présente course à la chefferie. Crédit image : archives ONFR+

Il fait notamment campagne contre la Banque du Canada et l’inflation avec son slogan #justinflation en plus de se proclamer comme le candidat anti-woke. Le conservateur n’a pas laissé entrevoir de politiques pour le moment en termes de francophonie et langues officielles, mais il promet d’être « un allié pour la langue française à travers le Canada ».

Il a affiché son intention de privatiser une partie de CBC/Radio-Canada, qualifiant le diffuseur public de « grand gaspillage d’argent ». ll veut toutefois préserver RDI soulignant le fait qu’il n’existe « pas d’alternative pour les francophones du pays ».

Jean Charest

Lui aussi parfaitement bilingue, l’ancien premier ministre du Québec semble être le principal rival à Pierre Poilievre dans cette course. L’ancien chef progressiste-conservateur tente un retour en politique sous les couleurs du parti dont il défendait entre 1993 et 1998. Ce dernier a déjà promis qu’il ne briserait pas les ententes sur les garderies signées avec les provinces par le gouvernement Trudeau, en plus d’accuser Pierre Poilievre de défendre les blocus d’infrastructures essentielles comme en février à Windsor et Ottawa.

Sous sa gouverne, le Québec a créé le Centre de la francophonie des Amériques, un organisme québécois visant à solidifier les liens entre les communautés francophones du Canada. Il compte aussi dans ses appuis l’ancien porte-parole aux langues officielles, Alain Rayes, ainsi que l’actuel critique Joël Godin.

Jean Charest peut compter sur l’appui de l’ancien premier ministre de l’Ontario Mike Harris, qui avait créé le cri de ralliement autour de l’Hôpital Montfort en voulant le fermer.

Patrick Brown

L’ancien chef du parti de Doug Ford entre 2015 et 2018 avait été exclu du parti après des allégations d’inconduites sexuelles. Capable de parler français, notamment en entrevue, il n’est pas parfaitement bilingue à l’image de Jean Charest ou Pierre Poilievre, ni au même titre que l’ancien chef Erin O’Toole. Il produit des messages en français sur les réseaux sociaux en plus de posséder un site internet bilingue.

L’ancien chef du Parti progressite-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown. Crédit image : Maxime Delaquis

Dès 2015, il avait soutenu le projet d’une université francophone, devenu l’Université de l’Ontario français. Maire de Brampton, dans la grande banlieue de Toronto, il fait actuellement campagne à l’abri des médias, se concentrant surtout auprès des minorités ethnoculturelles du pays.

Scott Aitchison

Il représente la circonscription ontarienne de Parry Sound-Muskoka depuis 2019. Il ne parle pas français et la langue de Molière est introuvable sur ses réseaux sociaux. Scott Aitchison possède un site internet en français et avait promis à son lancement de campagne de parler couramment le français d’ici la prochaine élection.

L’ancien maire de la ville ontarienne de Huntsville promet notamment de mettre fin au zonage d’exclusion dans les grandes villes en plus de faire campagne sur un allègement des règles pour accélérer la construction de nouveaux logements. Il veut aussi mettre fin à la taxe sur le carbone.

Roman Baber

Élu sous la bannière des progressistes-conservateurs en 2018, M. Baber a été exclu du parti de Doug Ford en janvier 2021 après avoir critiqué l’approche de son gouvernement concernant les mesures sanitaires contre la COVID-19. Ce député de York-Centre ne parle pas français.

Leslyn Lewis

Pour la deuxième fois, Leslyn Lewis se présente pour devenir cheffe du Parti conservateur, elle qui avait terminé troisième en 2020 derrière Peter Mackay et Erin O’Toole. Elle ne parle pas français non plus et, lors d’un débat des candidats en 2020, elle avait peiné à réaliser cet exercice entièrement en français.

Elle se présente comme une conservatrice sociale, étant notamment contre la vaccination obligatoire en plus d’être pro-vie. Lors de la dernière course à la chefferie, elle avait obtenu le soutien de plusieurs groupes antiavortements.

Un retour en force pour le Salon du livre du Grand Sudbury

SUDBURY – Après deux années en ligne, le salon du livre du Grand Sudbury fait son grand retour en présentiel cette semaine, du 5 au 8 mai. Une dixième édition très attendue qui aura lieu à la Place des Arts qui vient d’être inaugurée vendredi dernier. Avec pour thème « Place à l’imaginaire », la programmation du Salon pour cette année est plus remplie que jamais.

Une programmation riche et diversifiée qui se veut une célébration de retrouvailles bien méritées après deux années de pandémie.

« On est vraiment fébriles d’accueillir enfin le public en vrai », lance Geneviève Leblanc, directrice du Salon du livre du Grand Sudbury qui espère accueillir près de 10 000 personnes cette année. Le port du masque demeurera obligatoire sur place, mais les retrouvailles en chair et en os réjouissent les participants.

Il y a deux ans lors de l’éclosion de la pandémie, la formule avait dû être changée en virtuel au dernier moment : « Ce n’est pas la même chose, là en présentiel, on va retrouver cette belle énergie et ce côté très rassembleur et humain que j’aime beaucoup du Salon du livre de Sudbury », confie Véronique Sylvain, responsable de la promotion et des communications aux Éditions David qui fera le déplacement d’Ottawa.

Un événement très attendu aussi de la part des auteurs et autrices locaux tels que Chloé LaDuchesse, poétesse et romancière de Sudbury et invitée d’honneur du Salon : « Rencontrer nos lecteurs en personne après deux ans et rire ensemble ça va être extraordinaire. »

« Il n’y a pas une minute où on peut respirer, il y a tellement de choses à voir » – Chloé LaDuchesse, autrice

Avec une soixantaine d’auteurs et une douzaine d’autres dans la littérature jeunesse présents sur place, cette édition mettra également en valeur la diversité. Un volet de littérature autochtone et un autre présentant celle issue de la diversité culturelle, en mode « par et pour » feront partie des spécificités de cette année, ajoute Geneviève Leblanc.

Chloé LaDuchesse, autrice. Crédit image : Bennett Malcolmson

La part belle aux spectacles

Spectacles multidisciplinaires, lunchs littéraires, 5 à 7, tables rondes, expositions et plus de 80 ateliers en salle de classe sont prévus afin de divertir les amoureux du livre des plus jeunes aux plus matures. Du financement supplémentaire provenant des bailleurs de fonds et de subventions additionnelles liées à la pandémie auront rendu possible cette riche panoplie d’activités pour le dixième anniversaire du Salon.

Avec huit spectacles présentés en l’espace de seulement trois jours, cette édition a des airs de festival. Mme Leblanc se réjouit de pouvoir compter comme président d’honneur de cette édition le célèbre dramaturge, romancier, pianiste et compositeur de chansons Tomson Highway. Celui qui a reçu, entre autres, onze doctorats honorifiques et l’Ordre du Canada va présenter Nagamoona, un cabaret cri, le vendredi 6 mai à 20 h.

Un autre point fort de la programmation est la présentation jeudi 5 mai à 20h30 inédite et exclusive d’Ici Serge Bouchard, spectacle produit par le Festival international de la littérature à Montréal spécialement pour le Salon du livre du Grand Sudbury et qui se veut un hommage vibrant à l’anthropologue, homme de radio et écrivain québécois à l’occasion du premier anniversaire de son décès.

Une première édition « chez nous »

Inaugurée quelques jours plus tôt en grande pompe, la Place des Arts accueillera pour la première fois le Salon du livre de Sudbury pour le plus grand bonheur de la communauté et des participants. Un lieu qui deviendra l’hôte permanent pour les futures éditions du Salon.

Avoir un lieu dédié à la culture francophone comme maison pour le Salon du livre est vu comme une victoire pour Chloé Sainte-Marie, chanteuse et autrice qui participera notamment au lunch littéraire avec Tomson Highway.

« Tout ce qui se passe du côté francophone à Sudbury est non seulement essentiel, mais change les choses donc là c’est la Place des Arts dans le monde francophone des écrivains, c’est extraordinaire », lance-t-elle avec émotion.

Chloé Sainte-Marie, chanteuse et autrice accompagnée de l’écrivain Dany Laferrière. Gracieuseté

« On est enfin chez nous! C’est magnifique. On a de belles installations à la fine pointe de la technologie » savoure Geneviève Leblanc qui évoque la présence entre autres d’un bistro, de salles de spectacles, boites noires, d’une galerie du Nouvel Ontario. Un libraire originaire d’Abitibi viendra appuyer le Salon, mais l’objectif est de fonder une librairie-boutique pour la prochaine édition », nous confie Geneviève Leblanc.

 « C’est un moment charnière qu’on vit en ce moment » – Chloé-Sainte-Marie, chanteuse et autrice

Une idée saluée par Chloé LaDuchesse : « On va enfin avoir un lieu où on va pouvoir voir des livres, prendre des livres dans ses mains. C’est bien beau les publications Facebook, mais il y a un contact avec les livres qu’on n’a pas à Sudbury. Avoir cette vitrine et ce lieu va inspirer les futures créations », croit-elle.

Car la vocation du Salon est bien de promouvoir et d’exposer des œuvres littéraires et culturelles, l’objectif est aussi de mousser la vente de livres qui a subi une baisse en raison de la pandémie. « On ne peut pas reposer seulement sur le travail des libraires, on a besoin de salons du livre en présentiel comme Sudbury » détaille Véronique Sylvain.

Le tarif d’entrée au Salon est de 5 $ offrant accès à plusieurs activités gratuites, incluant trois spectacles. Une échelle de tarifs sociaux est également disponible pour les familles à faible revenu.

Jean-Gilles Pelletier, le maestro de la Place des Arts

[LA RENCONTRE D’ONFR]

SUDBURY – Jean-Gilles Pelletier a succédé à Léo Therrien, à la direction générale de la Place des Arts, quelques jours avant son inauguration. Un nouveau défi attend celui qui a successivement dirigé le Centre francophone de Toronto, le Commissariat aux services en français de l’Ontario, la Société Santé en français et l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario.

« Quelle est l’expérience qui vous a le plus marqué dans votre parcours professionnel jusqu’à présent ?

Oh, il y en a eu plusieurs, mais c’est inévitable que la direction générale du Centre francophone de Toronto pendant 11 ans a été une expérience marquante et très enrichissante pour moi. Le centre a vécu un développement organisationnel très important, passant de 17 à près de 100 employés durant mon temps. On a vraiment fait croître une panoplie de services dans un environnement difficile.

En quoi était-ce compliqué de développer ces services?

Les gouvernements provinciaux qui n’ont pas toujours à l’écoute des francophones, même si on a été capables de tirer notre épingle du jeu et de se positionner pour répondre aux priorités gouvernementales. C’était une période très riche professionnellement, mais aussi personnellement. On a eu à gérer une fusion importante entre le centre médico-social communautaire et le centre francophone devenu donc le centre culturel. Ce développement a été très porteur dans la communauté francophone de Toronto. Réussir cette fusion, c’est une grande fierté, surtout que c’est beaucoup plus compliqué que ça ne laisse paraître.

Comment avez-vous vécu le « Jeudi noir » et l’abolition de l’indépendance du Commissariat aux services en français dont vous étiez directeur au moment des faits?

Je l’ai su seulement 48 heures avant. L’adjoint-politique de la ministre m’a appelé pour me dire que le cabinet s’était rencontré et qu’il y avait une recommandation en faveur de l’élimination du poste de Commissaire parce que, à l’époque, c’est vraiment ce qu’on visait même si cette proposition a été revue. Donc on a intégré le poste et l’organisation à l’ombudsman de l’Ontario. Et là, j’ai appelé François Boileau (le commissaire de l’époque) puis on n’en est tous les deux pas revenus.

Comment avez-vous géré tout cela?

C’était dur parce que l’indépendance du Commissariat avait été gagnée à bout de bras et c’était vraiment une fierté de réussir à s’exprimer librement. On a dû gérer toute une transition. Et ce qui est paradoxal c’est qu’on avait organisé un grand symposium au mois de novembre 2018 sur l’avenir de la communauté francophone pour les dix prochaines années donc quelques jours après l’annonce, ce qui devait être une période d’effervescence, mais en fait ce n’était pas avec gaîté de cœur qu’on célébrait finalement le rôle du Commissariat.

Qu’est-ce qui vous a amené vers la gestion après des études en sociologie et sciences politiques?

Je pense que le défi de donner une saveur à une équipe et une organisation, ça a été irrésistible. Quand on a la chance de travailler dans le domaine paragouvernemental et qu’on a la chance d’avoir un impact sur les résultats, la manière dont l’organisation dessert ses membres et ses clients et qu’elle se positionne dans l’environnement public, c’est extraordinairement gratifiant. Je ne l’ai pas toujours eu cette influence-là, mais de pouvoir avoir un mot à dire sur la manière dont se conduit une organisation c’est formidable et les rôles de gestion que j’ai eue m’ont permis de faire ça.

Quels sont, selon vous, les principaux défis qui vous attendent à la tête de la Place des Arts ?

Je pense qu’il faut être une organisation agile, s’adapter et comprendre comment on peut faire bénéficier la communauté de certaines priorités gouvernementales. Ce n’est pas évident, mais si on fait un bon travail, on peut aligner les priorités gouvernementales avec des propositions de manières de faire qui vont bien desservir les communautés francophones. Être constamment à l’écoute de cette clientèle francophone minoritaire, c’est essentiel. Puis une autre chose qu’on peut se permettre avec cette clientèle francophone, ce sont les expériences.

Qu’entendez-vous par le terme expériences?

Je veux dire : essayer des modes de gestion et de service différent. C’est quelque chose qu’on peut se permettre dans des milieux plus petits à la différence des organisations anglophones dont la taille des sommets rend le processus impossible.

Il y a aussi le défi de la démocratisation de l’accès aux arts et à la culture. Aller voir une pièce de théâtre ce n’est pas donné. Dans ce contexte-là, il y a plein de gens qui ne pensent pas à cette possibilité. L’idée est également de penser d’être flexible et ouvert par rapport à la diversité de la création qu’on veut mettre, et c’est ça le cœur de l’enjeu. On a beau avoir un édifice extraordinaire, ce qu’on veut c’est mettre en avant les créateurs, car c’est eux qui nous nourrissent.

Qu’est-ce qui est le plus palpitant à vos yeux dans cette prochaine aventure ?

Beaucoup de choses, mais j’ai vraiment hâte de m’immerger dans le Nord de l’Ontario. C’est une région qui est totalement unique, si dynamique, foisonnante de culture. C’est un foyer de créativité incomparable. Je ne sais pas ce qu’ils mettent dans cette eau-là vraiment, mais c’est remarquable. Je suis impatient de me joindre à cet élan.

J’ai hâte de mieux comprendre ce phénomène et de voir s’il y a des pans de créativité qui n’ont pas bénéficié du même niveau d’appui et qu’on ne peut pas faire éclore. Il faut être attentif à toutes les formes de créations, car sans elles on n’en serait pas où on en est aujourd’hui. Par exemple, la poésie chantée et la danse. On n’a pas de festival de danse à Sudbury et moi je veux en voir naître un, car j’adore la danse moderne, même si je ne suis pas du tout un artiste!

Allez-vous mettre de l’avant la collaboration avec d’autres organismes culturels, tel le Centre culturel francophone ?

Absolument, mais pas seulement avec les organismes culturels, mais vraiment tous les organismes franco-ontariens. Il y a une façon de faire en sorte qu’on soit tous gagnants à collaborer. On reconnaît l’importance des rôles respectifs des partenaires donc ce n’est pas question de s’accaparer l’enveloppe de qui que ce soit.

Deuxièmement on se met d’accord sur l’objectif à réaliser pour bien desservir la clientèle ou offrir un service qui n’a jamais été offert. C’est là qu’on sort gagnant-gagnant. Et si on peut faire en sorte que la programmation culturelle dans la communauté italienne de Sudbury puisse avoir un foyer de diffusion encore plus pertinent et vibrant tant mieux. J’adorerai aller voir un spectacle de slam poésie en Italien, de danse ukrainienne, des artistes en arts visuels de l’ancien temps soviétique.

Quelles activités aimez-vous pratiquer en dehors de votre travail?

Je suis un avide amateur d’arts visuels et membre du Musée des Beaux-Arts de l’Ontario, dont j’ai été guide bénévole pendant plusieurs années. Les arts de la scène me passionnent également : j’ai siégé au conseil d’administration du Théâtre français de Toronto pendant plusieurs années. J’ai un vélo de route donc j’en profite au maximum, en faisant des randonnées de 80-100 km. Je suis aussi un maniaque de cardio vélo et j’ai longtemps été un adepte du squash. Mes jambes me le permettent moins aujourd’hui.

Le sport est super important pour moi. En hiver, j’aime beaucoup patiner et pratiquer le ski de fond. J’aime faire du canot de rivière. J’ai descendu la rivière de Missinaibi dans le Nord de l’Ontario justement, et fait plusieurs expéditions. On m’a dit qu’il y a près de 300 lacs dans la grande région de Sudbury. Donc pour moi qui aime le plein air, c’est vraiment la cerise sur le sundae de pouvoir travailler en étant entouré par cet environnement de toute beauté. J’ai vraiment hâte de m’y installer cet été! »


LES DATES-CLÉS DE JEAN-GILLES PELLETIER

1964 : Naissance à Montréal (Québec).

1997 : Nommé directeur général du Centre francophone de Toronto.

2008 : Devient directeur, Administration et Langues officielles au Conseil des ministres de l’éducation.

2016 : Nommé directeur général du Commissariat aux services en Français.

2019 : Prend la direction générale de la Société Santé en français

2022 : Nommé directeur général de la Place des Arts de Sudbury.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Place des Arts du Grand Sudbury : place… à l’architecture!

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

D’un rêve imaginé pendant plusieurs années, la Place des Arts du Grand Sudbury s’incarne désormais concrètement dans la réalité, en trois dimensions.

Dans ce nouveau haut lieu des arts et de la culture en Ontario français qui rassemble sous un même toit une pléiade d’organismes phares de la communauté, rien n’a été laissé au hasard et tout été pensé jusque dans les moindres détails, dans un édifice qui fait une belle part au premier art : l’architecture. En ce lendemain d’ouverture officielle, cette chronique peut se lire comme une visite guidée.

Un symbole architectural franco-ontarien

En 2017, le choix de l’équipe d’architectes qui réalisera le design, les plans et les devis du futur édifice de la Place des Arts est révélé. C’est le consortium composé de Yallowega Bélanger Salach Architecture et Moriyama & Teshima (YBSA+MTA) qui est retenu pour ce projet de 30 millions de dollars.

Fondé en 1964 sous le nom Townend Stefura & Baleshta Architects, ce cabinet d’architecture de Sudbury est l’un des plus prolifiques de la ville depuis plus de 50 ans. Sans si limiter, on compte à son actif divers bâtiments liés aux institutions franco-ontariennes telles que le pavillon Alphonse-Raymond de l’Université Laurentienne (1967), la nouvelle église Sainte-Anne-des-Pins (1996), plusieurs écoles dont l’École secondaire catholique Sacré-Cœur (2003) de même que l’École de Médecine du Nord de l’Ontario (2003) et l’hôpital Horizon Santé-Nord (2010).

Avec ses bureaux à Toronto et Ottawa, Moriyama & Teshima s’est spécialisé depuis 1970 en architecture de l’éducation postsecondaire et institutionnelle étatique. Dans la capitale canadienne, le pavillon Desmarais de l’Université d’Ottawa (2007) et le Musée canadien de la guerre (en consortium, 2005) portent leur signature.

Dès sa conception initiale jusqu’au dévoilement des plans en 2019, un réel souci de marquer le paysage architectural et imaginaire en créant un symbole identitaire franco-ontarien est exprimé : « Cette nouvelle infrastructure de pointe sera notre signature comme francophones, une autre façon d’exprimer qui nous sommes », déclarait dès 2017 l’architecte principal de Yallowega Bélanger Salach Architecture et Franco-Sudburois, Louis Bélanger.

Vue aérienne de la Place des Arts du Grand Sudbury. Crédit image :  Léo Ducette

D’une superficie de 40 000 pieds carrés, le centre artistique multidisciplinaire de quatre étages qui comprend en son sein une grande salle de spectacle de 299 places, un studio multifonctionnel, une galerie d’art contemporain, un bistro avec terrasse, une boutique-librairie, un centre artistique de la petite enfance et des espaces de bureau.

Situé en plein centre-ville à l’angle des rues Elgin et Larch, la Place des Arts s’élève sur l’ancien emplacement de l’hôtel King Edward. Bâti en 1905 (puis démoli en 1964), cet hôtel comprenait un singulier coin arrondi. Cette caractéristique architecturale unique pour Sudbury, inspira la conception de l’entrée principale de la Place des Arts par l’architecte Louis Bélanger, croit Donald Dennie, historien et sociologue anciennement professeur à l’Université Laurentienne.

Les revêtements extérieurs de l’édifice mettent en valeur son imposante volumétrie rectangulaire, particulièrement en vogue en architecture contemporaine. Le mur rideau sur la rue Elgin composé de grandes fenêtres recouvre presque entièrement la façade ouest des deux étages supérieurs et offrent une magnifique vue panoramique vers l’ouest de la ville.

L’acier Corten (dit acier autopatiné) recouvre la majeure partie des façades des rues Medina et Larch. Créé au début du 19e siècle, cet acier est un matériau riche et résistant qui développe sa propre patine. Le processus d’oxydation de l’acier le fait passer graduellement de la couleur du grise au rougeâtre et rouillé sous l’effet des conditions atmosphériques et météorologiques.

Pour ses concepteurs, l’acier Corten représentait un revêtement extérieur symbolique idéal de la façade de la Place des Arts parce qu’il rend, des dires de l’architecte Bélanger, de par sa composition et de sa couleur qui rappelle les minerais typiques du Nord ontarien un « hommage à un passé assumé qui continuera d’alimenter la vitalité de la communauté franco-ontarienne ».

Des vestiges du passé franco-ontarien mis en valeur

Une vision s’est rapidement imposée dès le début du processus de design de la Place des Arts au sein des organismes fondateurs, qui cumulent ensemble 300 ans d’existence. Conscients de ce qu’ils doivent aux générations qui les ont précédées, il était impératif pour eux que leur Place des Arts intègre à son design intérieur des éléments de matériaux culturels chargés de symbolisme qui rendent hommage à l’histoire de la communauté franco-ontarienne, à son enracinement à Sudbury et dans le nord de l’Ontario.

Des recherches et appels à tous se sont multipliés pour dénicher, repérer et rescaper des vestiges du passé, ces anciens objets et matériaux dignes d’intérêt qui ont marqué l’évolution de la communauté sur le plan culturel, artistique, historique, associatif, géographique, industriel, ouvrier et minier. L’excavation du site de la Place des Arts a déterré nombre des anciennes briques rouges de l’hôtel King Edward enfouies là depuis la démolition de l’édifice. Quelques-unes de ces briques auront une deuxième vie dans le décor intérieur de la Place des Arts.

On y trouve aussi des briques du probablement plus ancien bâtiment de Sudbury et lieu de convergence francophone pendant des décennies, le presbytère patrimonial Ste-Anne (bâti en 1889); de l’Hôpital St-Joseph (1920) premier hôpital bilingue de Sudbury fondé en 1898 par la congrégation religieuse des Sœurs de la Charité d’Ottawa; de la maison d’enfance à Sturgeon Falls de l’écrivain et critique littéraire de renommée nationale Jean Éthier Blais (1925) et de l’École primaire Ste-Thérèse à Hearst (1929, démolie en 2015).

La galerie d’art contemporain abritée par la Place des Arts. Crédit image : Simon Lefranc

Le patrimoine scolaire est aussi mis en valeur dans le design intérieur de la Place des Arts avec des carreaux de plafond de l’École Saint-Louis-de-Gonzague (première école francophone élémentaire de Sudbury, ouverte en plein Règlement 17 et édifice patrimonial désigné en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario depuis 2020); un magnifique vitrail du Collège du Sacré-Cœur (1913-1967); des projecteurs de l’auditorium Sheridan du Sudbury High School (1951) et des casiers de l’École secondaire Macdonald-Cartier (1969), première école secondaire publique de langue française à Sudbury et l’une des premières de la province.

Des poutres de pin blanc coupées à Sudbury au XIXe siècle puis exportées à Chicago après son incendie ravageur de 1871 reviennent au bercail alors que des planches produites à l’Île-aux-Chênes (dans le lac Nipissing), le mythique lieu de colonie de vacances estivales francophones pour jeunes de 1945 à 1981, y trouve une nouvelle maison dans la Place des Arts.

Afin d’orner un mur du bistro, des moules à pain ont été récupérés de l’ancienne boulangerie Canada Bread (bâtie en 1947) qui abrita le Théâtre du Nouvel-Ontario de 1982 à 1997 dans le quartier historiquement francophone et ouvrier du Moulin-à-Fleur.

Bien que la Place des Arts soit flambant neuve, la mémoire franco-ontarienne y est sans cesse commémorée au propre comme au figuré à l’extérieur et à l’intérieur du premier centre artistique et culturel multidisciplinaire du nord de l’Ontario. De par son design et sa conception architecturale, l’édifice incarne véritablement en lui-même un hommage structurant à notre histoire collective, à la hauteur de la réputation de l’effervescence culturelle franco-ontarienne inédite dans les années 1970 dans la même région.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

La Place des Arts du Grand Sudbury est ouverte

SUDBURY – Après 14 ans de travail acharné de sept organismes culturels francophones de Sudbury, la Place des Arts a été inaugurée ce vendredi. Un point tournant dans l’histoire de la culture canadienne-française du Nord de l’Ontario.

« J’ai le plaisir de vous souhaiter bienvenue à la Place des Arts! », a lancé l’animateur Stef Paquette, suivi d’un tonnerre d’applaudissements. « C’est rare que je me fasse applaudir comme ça après seulement une phrase », a plaisanté l’artiste.

Le public était au rendez-vous pour l’événement avec la présence des bailleurs de fonds, d’artistes, de directeurs d’organisme culturel ainsi que de plusieurs élus dont la députée du Nouveau Parti Démocratique (NPD) de l’Ontario, France Gélinas, la ministre canadienne des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor, ou encore le maire de la ville, Brian Bigger. La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, n’avait en revanche pas fait le déplacement.

La Place des Arts ambitionne de devenir un pôle d’attraction des artistes dans le Nord. Crédit image : Simon Lefranc

« Cette réalisation est un symbole de la renaissance et de l’émancipation des institutions culturelles francophones en situation minoritaire », a affirmé Ginette Petitpas Taylor.

Alors que le milieu culturel a connu une période particulièrement difficile avec la pandémie de COVID-19, illustré par exemple par la fermeture de librairies francophones, cette inauguration génère un enthousiasme évident dans la communauté artistique.

« Tout ce dont on a rêvé, on va pouvoir le réaliser! » – denise truax,

Situé au centre-ville, la Place des Arts est le fruit du Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) qui inclue le Salon du livre de Sudbury, la Galerie du Nouvel Ontario, les Éditions Prise de parole, les Concerts de La nuit sur l’étang, le Théâtre du Nouvel Ontario, le Centre Franco-Ontarien de folklore et le Carrefour francophone.

« Tout ce dont on a rêvé, on va pouvoir le réaliser! », lance la codirectrice des Éditions Prise de Parole, denise truax.

Lors de l’inauguration, les différents représentants des organisations culturelles francophones du nord de l’Ontario étaient heureux de pouvoir se rencontrer en chair et en os.

« La blague qu’on se fait depuis qu’on est arrivé est de se dire : « Oh wow! Tu existes pour vrai! ». On se touche l’épaule et non ce n’est pas un écran. On fait des rencontres virtuelles depuis deux ans, c’est le fun de se voir », raconte Patrick Breton, directeur général du Centre franco-ontarien de folklore.

Des spectacles francophones et anglophones

Le bâtiment comprend notamment une salle de spectacle de 299 places, une galerie d’art contemporain avec une boutique-librairie, un centre artistique de la petite enfance en plus d’un bistro.

Les artistes désirant s’y produire en spectacle pourront louer la salle de la même manière que des équipes de hockey louent une aréna, a expliqué le président de la Place des Arts, Alain Richard, à ONFR+. Les spectacles seront francophones et anglophones afin d’inclure l’ensemble de la communauté de Sudbury.

Alain Richard, président de la Place des Arts. Crédit image : Simon Lefranc

« Il va y avoir des mélanges quand il y a une certaine programmation dans la grande salle on va pouvoir la jumeler avec la nourriture et les livres afin d’améliorer l’expérience », détaille M. Richard.

La Place des Arts de Sudbury est d’ailleurs une œuvre artistique en elle-même alors que le pilier du bâtiment est composé de 15 000 photos empilées selon le concept que l’artiste visuelle Lise Beaudry. La façade ouest de la rue Elgin comporte des panneaux vitrés par laser qui illustre une forêt de pins, arbre à l’origine du nom de Sudbury anciennement nommée Sainte-Anne-des-Pins.

Ainsi, cette inauguration est non seulement une très grande avancée pour les francophones du Nord, mais également le dévoilement d’une des meilleures salles de spectacle en Ontario.

L’inauguration a attiré de nombreux curieux, futurs spectateurs et bailleurs de fonds. Crédit image : Simon Lefranc
denise truax, codirectrice générale des Éditions Prise de parole et Jean-Gilles Pelletier, directeur général de la Place des Arts du Grand Sudbury. Crédit image : Simon Lefranc
Le bâtiment comprend notamment une salle de spectacle de 299 places, une boutique-librairie et un centre artistique de la petite enfance. Crédit image : Simon Lefranc
Brian Bigger, maire de Sudbury, a salué l’abnégation des organisations francophones à l’origine du projet. Crédit image : Simon Lefranc
Une galerie d’art contemporain occupe une part du bâtiment. Crédit image : Simon Lefranc

L’ex-PDG par intérim de TFO Éric Minoli débarqué

TORONTO – Le sort de l’ancien président-directeur général par interim de Groupe Média TFO est scellé : Éric Minoli n’est plus à l’emploi, apprend-on ce vendredi dans un courrier interne du diffuseur public francophone de l’Ontario, qui ne dit pas s’il a été renvoyé ou a présenté sa démission.

« Le Conseil d’administration de GMTFO annonce le départ d’Éric Minoli. À l’emploi de TFO depuis 2004, il a entre autres occupé les postes de directeur général des opérations, vice-président et chef des opérations et vice-président, technologies et optimisation. Merci de votre engagement continu à TFO, envers vos collègues et nos partenaires », a déclaré, laconique, le président du Conseil d’administration, Jean Lépine.

Placé en retrait administratif depuis le 14 mai dernier, M. Minoli était toujours à l’emploi au sein du groupe médiatique et percevait donc son salaire, alors même qu’il avait été remplacé à ce poste. Il avait pris les rênes intérimaires du groupe à la suite du départ de Glenn O’Farrell.

Un scandale de climat toxique et de harcèlement mis en lumière par Radio-Canada avait provoqué sa mise à l’écart, en attendant les conclusions d’une enquête indépendante.

Les investigations de nos confrères s’appuyaient sur des témoignages anonymes mais aussi sur une lettre adressée, dès le 9 mars dernier, au conseil d’administration par des gestionnaires pointant « le comportement inapproprié et inacceptable » au quotidien de celui qui occupait le double rôle de directeur général des opérations et de président par intérim.

Depuis, une nouvelle directrice générale avait été nommée, Michelle Séguin, d’abord par intérim à partir de mai 2021, puis définitivement à compter de février dernier.

Dans les rangs du personnel, c’est la sensation de tourner la page qui prédomine, même si certains regrettent que l’enquête ait duré près d’un an. « Ça a pris du temps et tout le monde l’a réalisé », glisse cet employé sous couvert d’anonymat. « Durant tout ce temps-là, c’était dans notre pensée : il y avait l’ombre d’Éric qui planait toujours, encore employé, même absent. »

Et de poursuivre : « C’est un soulagement de savoir que toute cette histoire est finie. La culture s’est beaucoup améliorée depuis que Michelle (Séguin) est en position. Il y a eu beaucoup de changement. On a fait un pas de géant dans la culture d’entreprise. Il y a plus de confiance dans la gestion et dans les employés, une meilleure écoute et compréhension, ce qui ne veut pas dire qu’il y a encore des progrès à faire ».

La direction de TFO a décliné nos demandes d’entrevue. Ni le ministère de l’Éducation, ni l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario n’ont souhaité commenter cette décision.

Le fédéral donne deux millions de dollars à l’Université de Sudbury

SUDBURY – Ottawa délaisse l’Université Laurentienne en décidant d’accorder sa confiance à l’Université de Sudbury à qui elle donne près de deux millions de dollars. Le gouvernement Trudeau veut ainsi aider l’Université de Sudbury à réaliser son projet d’une institution entièrement autonome pour qu’elle devienne la troisième université entièrement francophone en Ontario.

C’est ce qu’a annoncé la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor de passage à Sudbury vendredi.

Le fédéral fournira 1,9 million de dollars à l’Université de Sudbury lors des deux prochaines années pour aider l’institution à devenir une université entièrement autonome. Pour le moment, l’établissement ne peut accueillir des étudiants, car il n’a pas l’autorisation de la province pour pouvoir donner des cours.

« On est déterminés à soutenir l’université danssces défis de retourner à ses sources francophones pour retourner à un établissement pour et par les francophones (…) Nous voulons être sûrs que nous pouvons appuyer nos institutions francophones en situation minoritaire », affirme Ginette Petitpas Taylor.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d'une annonce à l'Université de Sudbury.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d’une annonce à l’Université de Sudbury. Crédit image : Dominique Demers

Alors que des acteurs de la communauté francophone demandent le rapatriement des programmes en français vers l’Université de Sudbury, la ministre refuse de fermer la porte à un possible futur soutien envers La Laurentienne, soulignant toutefois avoir pris connaissance du rapport de Kelly Burke.

« La priorité du gouvernement fédéral est de soutenir l’éducation supérieure de qualité dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire » s’est contenté de dire la ministre, ajoutant toutefois « vouloir s’assurer qu’on respecte l’argent des contribuables ».

L’Université Laurentienne avait déposé une demande de financement auprès du fédéral. Elle n’a pour l’instant, eu aucun retour alors que d’autres universités ontariennes comme Saint-Paul et Hearst ont déjà reçu du financement.

L’Université Laurentienne. Crédit image : Dominique Demers.

Lors du budget présenté jeudi, un haut fonctionnaire du gouvernement ontarien a précisé que, de façon générale, les détails sur les enveloppes financières des établissements sont fournis à l’aube de la rentrée scolaire en septembre.

Pas d’argent provincial

Cet argent est décerné à l’ancienne université fédérée dans le cadre de l’Entente Canada–Ontario relative à l’enseignement dans la langue de la minorité, mais la province n’investit pas un seul sou dans le cadre de cet accord. Queen’s Park a toutefois dû donner son approbation à ce financement.

« C’est eux qui ont fait la demande de s’assurer que le gouvernement fédéral pouvait s’assurer de supporter l’Université de Sudbury. On travaille en étroite collaboration avec la province de l’Ontario », soutient Ginette Petitpas Taylor.

Ce financement à l’Université de Sudbury permettra à l’institution d’aller de l’avant dans le cadre de son processus auprès de la Commission d’évaluation de qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP), chargée d’évaluer le dossier de l’établissement sudburois.

« C’est une évaluation normative, apolitique et qui va permettre de faire la démonstration qu’on a tous les outils nécessaires pour pouvoir délivrer des diplômes selon les normes du gouvernement de l’Ontario. C’est quelque chose de très normal et qui va permettre de démontrer toute la crédibilité de l’Université de Sudbury pour l’avenir », explique le recteur de l’institution Serge Miville.

Le recteur de l'Université de Sudbury Serge Miville.
Le recteur de l’Université de Sudbury Serge Miville. Crédit : Dominique Demers

L’Université de Sudbury est une ancienne université fédérée de La Laurentienne. L’établissement bilingue avait mis à sa fédération dans le cadre de son processus judiciaire. En mars 2021, l’Université de Sudbury avait signalé son intention de devenir une institution entièrement francophone.

Large déception chez les Franco-Ontariens après la sortie du budget

Des sentiments très mitigés dominent dans la communauté après la publication du dernier budget. Le document met avant la modernisation de la Loi sur les services en français et l’aide à l’entrepreneuriat via la Fédération des gens d’affaires de l’Ontario, deux avancées déjà actées, mais reste muet sur le postsecondaire en français dans le Moyen-Nord.

« On a un vrai plan », a martelé le ministre ce jeudi en chambre. Mais pas encore pour le postsecondaire en français. De l’avis de plusieurs observateurs, le gouvernement aurait dû profiter de l’exercice 2022 pour reprendre l’agenda à son compte sur ce dossier après le rapport de l’ombudsman adjointe, chargée des services en français, révélant des négligences dans la gestion de la crise sudburoise.

« On est très déçu qu’il n’y ait pas eu d’annonce dans les semaines qui ont précédé le budget ni au moins un clin d’œil dans le budget au niveau de l’université pour le Moyen-Nord », regrette Denis Constantineau, porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française. « Pour nous dans le Moyen-Nord, la présence d’une université de langue française est une priorité pour les étudiants afin d’étudier près de chez eux », rappelle-t-il alors que la communauté sensibilise le gouvernement depuis un an.

François Hastir, directeur général du RÉFO. Gracieuseté

Sudbury : « Ce gouvernement doit rapidement présenter des actions concrètes » – François Hastir, directeur général du RÉFO

« Nous sommes évidemment déçus de ne pas voir d’engagement ferme de la province dans ce dossier de première importance », renchérit François Hastir, directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien. « Si ce gouvernement se veut vraiment être à l’écoute des besoins des francophones, il doit rapidement présenter des actions concrètes. » Et de dénoncer un « statu quo alors que l’heure devrait être à l’action. »

Quelque 9 millions ont bien été débloqués pour les filières autochtones et le gel des frais de scolarité maintenu pour la prochaine année (sans compensation pour les universités). L’avenir des Universités Laurentienne et de Sudbury est absent. Tout comme le postsecondaire, d’autres thèmes ont été évoqués sans décliner de réponse spécifique pour les francophones, à l’image de la réponse à la pénurie.

« On ne note pas de nouvelles mesures ciblées pour les francophones », regrette Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. « Le budget annonce des initiatives importantes pour contrer la pénurie de main-d’œuvre en Ontario, en santé et en petite enfance, trois enjeux importants pour la communauté franco-ontarienne. Que veut faire le gouvernement à cet égard envers la communauté franco-ontarienne? » interroge-t-il, sur sa faim.

Des signaux positifs mais vagues sur le plan économique

Julien Geremie constate que beaucoup d’éléments que contient le document sont des répétitions issues de l’ancien budget comme le Cercle de feu : « On y fait encore mention mais ce serait bien que cela se matérialise », réagit le directeur général du Conseil de la coopération de l’Ontario.

Il salue en revanche la mention sur les gens d’affaires francophones, la hausse du salaire minimum ainsi que le renforcement du Fonds de développement des compétences, un programme en employabilité pour la requalification professionnelle sur le marché de l’emploi. M. Geremie croit que ces trois aspects représentent une part de la réponse à la pénurie de main-d’œuvre.

Il voit par ailleurs d’un bon œil le rôle que pourrait jouer Croissance Ontario : « Cette agence est censée injecter du capital de démarrage dans les entreprises et ce sera quelque chose à suivre de près, si ça se réalise concrètement », tout comme le programme Investissement Ontario (créé dans le dernier budget) mais dont les contours lui semblent encore flous.

Dominic Mailloux, président de la FGA. Crédit image Rudy Chabannes

« Dommage que les enjeux touchant notre communauté ne mobilisent pas plus » – Dominic Mailloux, président de la FGA

De son côté, la Fédération des gens d’affaires de l’Ontario, par la voie de son président Dominic Mailloux, se dit « rassurée de constater que le gouvernement prévoit un ensemble de mesures qui permettront non seulement de tirer bénéfice des forces économiques en place dans notre province, mais aussi d’aller chercher une nouvelle main-d’œuvre qualifiée ».

La réduction de la bureaucratie et des coûts pour les petites et moyennes entreprises, conjuguée à la simplification les démarches pour la venue de nouveaux arrivants sont d’importants atouts estime l’organisme-parapluie de l’économie francophone, faisant référence aux 15,1 millions de dollars promis sur trois ans dans le cadre du Programme ontarien des candidats à l’immigration.

La FGA trouve toutefois « dommage que les enjeux et questions touchant notre communauté franco-ontarienne ne mobilisent pas plus pour ce budget 2022 ».

Les enseignants tombent de leurs chaises

« Il est évident que le gouvernement utilise le dépôt du budget pour faire la promotion de sa campagne électorale », tacle pour sa part l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens. Sa présidente, Anne Vinet-Roy, ne relève « aucune information concrète pour le financement de l’éducation. Ce qui ne nous étonne malheureusement pas, puisque les investissements nécessaires et adéquats pour appuyer le bien-être et la réussite des élèves ainsi que les travailleurs en éducation ne semblent pas être une priorité pour ce gouvernement. »

Elle déplore que les montants alloués à l’éducation n’aient « pas été répartis selon les besoins réels des élèves et n’accordent pas la priorité à leur santé mentale, à leur bien-être et à leur réussite scolaire ».

Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO. Archives ONFR+

« Un gouvernement qui pense à ses propres gains politiques plutôt qu’à l’éducation des futurs électeurs » – Anne Vinet-Roy

« De plus, nous savons que le gouvernement Ford souhaite en fait amputer de 12,3 milliards de dollars le financement des écoles au cours des neuf prochaines années. Nous sommes donc bien loin d’un « investissement historique » comme on l’aura entendu, et nous en sommes encore une fois à nous demander comment il se fait qu’un gouvernement qui se dit responsable puisse continuer à penser à ses propres gains politiques plutôt qu’à l’éducation des futurs électrices et électeurs de l’Ontario? »

Plusieurs intervenants joints par ONFR+ accueillent enfin favorablement l’augmentation de l’enveloppe dévolue au ministère des Affaires francophones à hauteur de 9 millions de dollars pour l’année, soit 3 millions de plus que lors de l’exercice 2021-2022 et la présence d’une mesure pour améliorer l’accessibilité dans les établissements des soins de longue durée pour les résidents francophones, avec un investissement de 300 000 $ pour développer du matériel en français.

Opération policière à l’Hôpital Montfort en raison d’un individu potentiellement armé

OTTAWA – L’Hôpital Montfort a été en confinement jeudi après-midi en raison d’une personne qui aurait été possiblement armée, a indiqué la police d’Ottawa.

« La police a fouillé l’hôpital. Les agents pensent que l’homme a quitté l’établissement », a dit la police d’Ottawa un peu après 17h jeudi soir.

Vers 14h30, le Service de police d’Ottawa dit avoir reçu un appel concernant un individu potentiellement armé à l’Hôpital Montfort, ce qui a déclenché ce confinement. C’est alors que les autorités ont procédé à une inspection de l’hôpital.

L’établissement hospitalier disait de son côté avoir « été informé de la présence d’un individu potentiellement armé sur le site de l’Hôpital Montfort ».

« Nous avons immédiatement mis en place le protocole de sécurité habituel pour une situation de ce genre. »

Le tout est revenu à la normal vers 16h25.

« Nous tenons à remercier les membres de l’équipe Montfort, incluant nos agents de sécurité, et les policiers d’Ottawa, ainsi que les autres personnes impliquées dans la gestion de cet incident, pour leur calme et leur professionnalisme dans la gestion de cette situation. »

Aucun blessé n’a été rapporté pour le moment. La police demandait aux gens d’éviter le secteur durant les quelques heures de confinement alors que les ambulances ont été redirigées vers d’autres hôpitaux de la région.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois à 17h14.

Budget ontarien : rien de neuf pour les francophones

TORONTO – Si le budget du dernier exercice financier de l’Ontario était placé sous le signe de la lutte contre la pandémie et la protection de l’économie de la province, celui de 2022-2023 présenté ce jeudi par le ministère des Finances est plus axé sur le plan de relance économique qui a pour ambition, notamment, d’éliminer le boulet du déficit de la province, et ce deux ans plus tôt que ce qui a été prévu dans le budget de 2021. Quant aux affaires francophones, le document n’apporte aucune fraîcheur dans ce sens.

Et de quatre pour le budget de l’Ontario sous l’ère Ford. En effet, c’est ce jeudi que le ministre des Finances de la province, Peter Bethlenfalvy, a présenté en chambre le budget de 2022-2023.

Toutefois, le contenu du document a quelque chose de déjà vu, car pratiquement tous les investissements futurs et les mesures qui y figurent ont d’ores et déjà étaient annoncés par différents ministres, à l’instar du développement des infrastructures dites essentielles comme les hôpitaux et les routes, l’augmentation du salaire minimum ou encore l’investissement dans les programmes d’emploi et de formation des travailleurs. Sur ce dernier point, la province prévoit une enveloppe d’un milliard de dollars.

Hormis une référence à la modernisation de la Loi sur les services en français – déjà adoptée – et à l’appui aux entreprises francophones pour attirer de la main-d’œuvre, via la Fédération des gens d’affaires de l’Ontario, les mentions ciblant la francophonie sont rares.

Notons 300 000 $ prévus en 2022-2023 pour « soutenir l’élaboration de séances et de matériel pédagogiques en français » visant à rendre les services en français plus accessibles, ainsi que le financement d’un nouveau toit pour le Centre de santé communautaire à Timmins, annoncé déjà la veille par le ministère des Affaires francophones. Les francophones n’ont rien à se mettre sous la dent ou presque.

Toutefois, à y regarder de plus près, un pourcentage y est pour réjouir la communauté franco-ontarienne. Il s’agit d’une augmentation de 50 % des dépenses du ministère des Affaires francophones, passant ainsi de 6 millions de dollars pour l’exercice 2020-2021 à 9 millions pour celui de 2021-2022. Cependant, la réjouissance sera de courte durée, puisque le gouvernement table sur 7,9 millions pour 2022-2023.

Une neuvième mise à jour au goût du déjà vu

La province compte faire cadeau de 8,9 milliards de dollars en aides aux entreprises ontariennes pour l’année 2022. Cela concernera, entre autres, la réduction du poids salarial, l’allégement des coûts de l’électricité, l’annulation de la taxe sur le carbone et la diminution de l’impôt sur le revenu et de l’impôt foncier.

Un autre présent, sur le plan individuel cette fois, est relatif à la bonification du crédit d’impôt pour les personnes et les familles à faible revenu. Le gouvernement propose de l’étendre de 38 000 à 50 000 $ à compter de l’année d’imposition 2022.

Côté santé, plus de 40 milliards de dollars seront injectés dans ce secteur au cours des dix prochaines années dans le dessein d’appuyer 50 grands projets hospitaliers qui permettront de créer 3000 lits. De plus, un investissement supplémentaire de 3,3 milliards est programmé pour l’exercice 2022-2023.

Quant à l’infrastructure routière, il est question d’une enveloppe de 25,1 milliards de dollars dispatchée sur les dix prochaines années afin de planifier et/ou de construire des projets d’expansion et de réfection dans les quatre coins de la province. De plus, 61,6 milliards de dollars seront alloués aux transports en commun pendant la prochaine décennie.

Le camp progressiste-conservateur autour du ministre Bethlenfalvy. Crédit image : ONFR+

Par ailleurs, ce sont quelque 14 milliards de dollars de subventions d’immobilisations qui seront réservées au cours des dix prochaines années pour soutenir l’infrastructure scolaire, dont 1,4 milliard pour le renouvellement et l’entretien des écoles durant l’année scolaire 2022-2023.

Le postsecondaire, lui, bénéficiera de 6 milliards de dollars pour les dix ans à venir afin d’épauler les collèges et les universités pour moderniser leurs salles de cours et améliorer leur durabilité environnementale. Quant à savoir quelle est la part réservée aux universités de la Laurentienne et de Sudbury, le ministère des Finances nous donne rendez-vous à quelques jours de la prochaine rentrée universitaire, période où, selon lui, plus de détails seront disponibles sur cette question.

L’Ontario traîne toujours le fardeau de la dette

Si la relance économique prépandémique en Ontario augure de beaux jours avec une augmentation du PIB réel de 3,7 % en 2022, puis de 3,1 % en 2023 pour se stabiliser autour de 2 % par la suite, la dette demeure un véritable boulet pour la province. En effet, pour l’exercice 2021‐2022, l’Ontario a eu recours à des emprunts à long terme d’une valeur de 41,1 milliards de dollars.

Certes, il s’agit d’une baisse de 13,5 milliards de dollars par rapport aux prévisions figurant dans le budget de 2021, mais le gouvernement progressiste-conservateur estime qu’il fera appel à 41,5 milliards d’emprunts à long terme sur les marchés publics pour 2022‐2023. Qui plus est, le ministère des Finances s’attend à payer 13 milliards de dollars en frais d’intérêt en 2021‐2022. De la sorte, le ratio de la dette nette au PIB devrait avoisiner les 40,7 % en 2020‐2021 et 41,4 % en 2022‐2023.

Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances. Crédit image : Jackson Ho

Quant au déficit budgétaire, le gouvernement prédit 19,9 milliards de dollars en 2022‐2023 et 12,3 milliards de dollars en 2023‐2024, avant de chuter à 7,6 milliards de dollars en 2024‐2025.

Ceci écrit, ce budget n’a aucune chance d’être adopté. Et pour cause, à un peu plus d’un mois avant les élections provinciales, il n’aura pas le temps d’être débattu en chambre avant son adoption puisqu’il ne reste que quatre journées effectives en chambre avant la trêve parlementaire prévue le 5 mai prochain pour une reprise le 8 septembre 2022.

D’autant plus que l’ombre très proche d’une dissolution plane sur l’Assemblée, ce qui n’a pas manqué de faire dire à l’opposition qu’il s’agit là d’une manœuvre électorale plutôt qu’une présentation d’un budget provincial.

Les arts se taillent une place de choix à Sudbury

SUDBURY – Depuis plus de 50 ans, la culture francophone rayonne aux quatre coins du Grand Sudbury. Les différents organismes culturels francophones de la ville (Carrefour francophone, Centre franco-ontarien de folklore, Théâtre du Nouvel-Ontario, Concerts La Nuit sur l’étang, Éditions Prise de parole, Galerie du Nouvel-Ontario, Salon du livre du Grand Sudbury) se sont associés autour d’un projet commun de centre culturel au cœur de la ville. La Place des Arts du Grand Sudbury a mis près de quinze ans à voir le jour. L’édifice ouvrira ses portes au public lors d’une soirée portes ouvertes ce vendredi 29 avril à partir de 19h.

Le Nord de l’Ontario franchit une étape importante et … bien plus!

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, l’Ontario français rayonne d’événements marquants, notamment dans le Nord de l’Ontario où la Place des Arts du Grand Sudbury verra enfin son jour. En plus de cela, il y a le Festival international canadien du documentaire Hot Docs qui se lance dès aujourd’hui à Toronto, des nouveautés littéraires jeunesse, un spectacle de l’humoriste Stéphane Guertin et un autre sur le grand dramaturge français, Molière. Comme d’habitude, une semaine remplie d’activités a ne pas manquer!

Communauté

La Place des Arts du Grand Sudbury ouvre ses portes

Après une décennie d’efforts et de collaboration pour faire de cet espace une réalité, francophones et francophiles pourront enfin découvrir les locaux modernes de La Place des Arts du Grand Sudbury lors de sa soirée portes ouvertes. Que vous optiez pour une visite guidée ou autoguidée, les participants auront l’occasion de parcourir le nouveau théâtre, la salle bistro et les galeries d’arts, au cours d’une soirée riche en musique et installations artistiques avec une possibilité de rencontrer certains artistes francophones de la région.

La Place des Arts du Grand Sudbury. Source : La Place des Arts du Grand Sudbury.

Assistez à la soirée portes ouvertes de La Place des Arts du Grand Sudbury le vendredi 29 avril à 19h. Vous pouvez réserver vos places sur le site de La Place des Arts.

Films

Le festival Hot Docs salue la carrière de la documentariste québécoise Raymonde Provencher

Le Festival international canadien du documentaire Hot Docs présente cinq films de la réalisatrice québécoise Raymonde Provencher dans le cadre de la programmation Focus On Retrospective qui met en lumière le fruit de travail de sa carrière prolifique en tant que documentariste. Raymonde Provencher qui a été correspondante en affaires internationales dans les années 80, s’est tournée vers le documentaire et a depuis réalisé plusieurs longs métrages tournant autour des questions des droits de la personne et de la justice sociale.

De son répertoire, les documentaires War Babies, Grace, Milly, Lucy…Child Soldiers, Crimes Without Honour et Café Désirs feront partie de la programmation de 2022. Café Désirs est le seul documentaire francophone des cinq sélectionnés.

La documentariste Raymonde Provencher. Crédit image : 2010 Macumba DOC inc et l’Office national du film du Canada.

Assistez au festival international canadien du documentaire Hot Docs du 28 avril jusqu’au 8 mai.

Littérature

Nouveauté jeunesse de l’écrivaine Mireille Messier

La bien-aimée autrice jeunesse de l’Ontario français, Mireille Messier, incite aux jeunes d’apprécier le rôle et l’utilité des moustiques dans la nature à travers son nouvel ouvrage intitulé, Je déteste les moustiques, mais …  

Le livre Je déteste les moustiques, mais… Source : Éditions de l’Isatis

Je déteste les moustiques, mais… est disponible dès maintenant sur le site des Éditions de l’Isatis.

Mégane et Mathis : nouveau roman de la romancière Hélène Koscielniak

L’écrivaine basée à Kapuskasing, Hélène Koscnielniak lance ce tout nouveau récit d’adolescence abordant la dynamique familiale et les facettes complexes de l’anorexie à travers l’histoire poignante de frère et sœur jumeaux, Mégane et Mathis.

Le roman Mégane et Mathis. Source : Les Éditions David

Le roman Mégane et Mathis est disponible dès maintenant sur le site du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.

Théâtre

Le spectacle Mad Men! Chez Molière à Toronto

La compagnie Caravague & André Nerman présente en collaboration avec l’Alliance française de Toronto la pièce de théâtre, Mad Men! Chez Molière. Molière qui est connu comme le grand critique social de la bourgeoisie et des rapports hommes-femmes du 17e siècle, a résisté à l’épreuve du temps en ce qui concerne ses observations et ses moqueries de la haute société. Mais les temps ont-ils changé? Ces observations sont-elles encore pertinentes aujourd’hui? Cette pièce menée totalement dans la langue de Molière tente d’explorer la pertinence de son dialogue aujourd’hui.

L’acteur André Nerman. Crédit photo : David Mount.

Assistez au spectacle Mad Men! Chez Molière à l’Alliance française de Toronto, le samedi 30 avril à 20h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Laissez-vous emporter par les contes de Stéphane Guertin

Le fondateur du groupe d’improvisation Improtéine, Stéphane Guertin, présente en collaboration avec La Clé son spectacle Vie et mort d’un char boiteux. Remplies d’histoires drôles et à la fois touchantes, il s’agit d’un spectacle dont les participants feront part des aventures réelles que le conteur a vécues lors de son voyage du Canada jusqu’au Panama en vieille voiture.

L’humoriste Stéphane Guertin. Crédit photo : Oscar Aguirre

Assistez au spectacle Vie et mort d’un char boiteux de Stéphane Guertin à la Salle Roland Desroches le samedi 30 avril à 19h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Un budget-tremplin vers les élections provinciales

TORONTO – En façade, le budget que s’apprête à dévoiler le gouvernement, ce jeudi, doit baliser le terrain de la relance économique. À l’écart des micros, c’est surtout une plateforme électorale qui ne dit pas son nom. Ce test grandeur nature pour les progressistes-conservateurs ne sera d’ailleurs pas adopté avant la dissolution de l’Assemblée législative qui plongera l’Ontario en campagne électorale à 28 jours du scrutin du 2 juin. Dès lors, qu’attendre réellement de cet exercice comptable?

Plusieurs mesures déjà annoncées doivent trouver leur source de financement dans ce quatrième budget de la Ford nation, telles que la construction d’autoroutes, le développement des transports en commun et l’agrandissement d’hôpitaux. Il sera donc principalement question de poursuivre l’accompagnement de la relance économique et tout indique que les infrastructures y trouveront une bonne place.

« Le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy a indiqué que ce budget servirait à un meilleur futur pour l’Ontario. Il souhaite donner de l’espoir aux Ontariens qui en ont besoin après plus deux ans de pandémie et l’augmentation du coût de la vie qui s’en est suivi », analyse la politologue Emmanuelle Richez, professeure agrégée au département de science politique de l’Université de Windsor.

« On peut s’attendre à retrouver la parade de promesses faites au cours des dernières semaines », complète Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada, évoquant entre autres la fin des péages d’autoroute 412 et 418, la suppression des frais de renouvellement de plaques d’immatriculation, la hausse du salaire minimum à 15,50 $ de l’heure ou encore la baisse de la taxe sur l’essence.

Le gouvernement étendra en outre le crédit d’impôt pour les travailleurs à faible revenu de 38 000 à 50 000 $, a-t-on appris mercredi de source gouvernementale.

Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances, au côté du premier ministre Doug Ford. Source : Twitter Ford Nation

Si la croissance économique donne chaque jour plus de revenu et donc de latitude au gouvernement d’investir dans ses priorités, ce dernier devrait toutefois faire des arbitrages conséquents afin de tenir son cap d’un retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2023-2024, tandis que le déficit actuel flirte avec les 13 milliards de dollars. À son arrivée au pouvoir en 2018, le parti s’était engagé dans cette voie avant de revoir sa copie, face aux coûts inattendus engendrés par la crise sanitaire.

Tenir cette promesse est donc capital. « Le gouvernement ne veut pas s’aliéner sa base conservatrice, surtout qu’avec la pandémie il a été très interventionniste », poursuit Mme Richez. « Mais en même temps, avec l’inflation, ses recettes fiscales risquent d’être plus élevées que prévu, ce qui lui donne une certaine marge de manœuvre pour de nouvelles initiatives. On peut s’attendre par exemple à des réductions d’impôts, toujours bienvenues en période électorale. »

Le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF) prévoit effectivement de son côté un équilibre budgétaire dès 2023-2024 grâce à une croissance économique soutenue de 4,8 %, pour atteindre un excédent de 7,1 milliards de dollars en 2026-2027. Les indicateurs sont au vert.

Une plateforme électorale dans un calendrier législatif raboté

Alors que la date du 4 mai, coup d’envoi hautement probable de la campagne électorale, figure dans tous les agendas, tout indique que ce budget sera le véritable déclencheur. C’est du moins ce que croit Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster.

« On retrouvera dans ce budget les grandes lignes de la campagne de M. Ford. Ce document financier va souligner la reprise économique en Ontario et la nécessité de continuer sur cet élan en enlevant les barrières qui pourraient freiner son développement. »

« Le gouvernement ne réussira pas à adopter le budget avant les élections », rappelle Mme Richez. « On peut donc dire qu’il servira de plateforme électorale au parti progressiste-conservateur. » S’ils sont réélus en juin, les progressistes-conservateurs devront donc redéposer un nouveau budget.

Emmanuelle Richez, professeure agrégée au département de science politique de l’Université de Windsor. Gracieuseté

Il y a huit ans, les libéraux avaient usé de la même stratégie, au moment de la passation de pouvoir entre Dalton McGuinty et Kathleen Wynne. La chambre avait été dissolue et le budget redéposé à la virgule près, sous le gouvernement majoritaire suivant.

« C’est une pratique habituelle », contextualise M. Graefe. « L’attention du public et des médias est focalisée sur cet acte important du dépôt le budget. Et il y a en même temps une opportunité pour le gouvernement en place d’utiliser les fonds publics pour faire la promotion de ses grands projets. »

Et il n’est « pas rare non plus qu’un gouvernement dépose un budget au printemps et trouve qu’il n’a pas le sou à l’automne pour en mettre en place toutes ses idées », observe M. Graefe.

Le spectre d’une dissolution de l’Assemblée dès aujourd’hui

Ce jeudi pourrait également être le dernier jour où les députés siègent en chambre. Dans les couloirs de Queen’s Park, l’opposition ne se fait guère d’illusion : « Ce n’est plus une surprise : après le budget, ils vont annoncer la dissolution de la chambre », est convaincue la députée France Gélinas. « Ils enlèvent une voix à l’opposition. Eux ils auront la chance de présenter leur budget et, nous, on aura jamais eu la chance ni d’y répondre ni de leur poser des questions en chambre. C’est fait pour les aider. C’est assez évident. »

Déjà la semaine dernière, le gouvernement avait supprimé, par motion, trois jours de présence en chambre.

France Gélinas, députée de Nickel Belt. Crédit image : Jackson Ho

Vers un nouveau toit pour le Centre de santé communautaire à Timmins

TIMMINS – À quelques jours du coup d’envoi de la campagne électorale provinciale, l’Ontario fait un coup d’éclat, à Timmins. Dans un communiqué publié plus tôt aujourd’hui, le gouvernement Ford annonce un investissement de 10 millions de dollars afin de renforcer le Centre de santé communautaire de Timmins (CSC Timmins).

Un nouvel emplacement servira à compléter et diversifier l’offre en soin de l’actuel Centre communautaire de Timmins qui a vu le jour en novembre 2019 après 30 ans d’attente. L’offre actuelle comprend des programmes et services comme des soins de santé primaire, des services de santé mentale et de lutte contre les dépendances et des services aux personnes atteintes de maladies chroniques dans deux emplacements temporaires.

« La communauté francophone dynamique et en pleine croissance de l’Ontario mérite d’avoir accès à des soins de grande qualité dans sa langue de prédilection, et le Centre de santé communautaire de Timmins lui offre tout cela », indique Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones.

L’Ontario promet un établissement moderne qui proposera des services liés à l’éducation de la petite enfance, physiothérapie et de psychologie. Le gouvernement évalue que ce nouveau centre recevra près de 18 000 visites et 20 000 présentes de groupes pour des services de soins en santé chaque année.

L’Ontario dit vouloir respecter « son engagement d’investir dans les médecins de demain et de stimuler la main-d’œuvre en santé de la province, en permettant à des étudiants en médecine d’être formés sur place, sous la supervision d’un médecin de famille ».

« Plus de 20 ans qu’on attend! » réagit l’opposition

L’annonce est bien accueillie par le maire de Timmins, George Pirie : « Ce nouveau centre de soins primaires essentiel pour nos citoyens francophones répond à un besoin de longue date. Les chefs de file francophones de la collectivité, qui défendent ce projet depuis de nombreuses années, m’ont fortement encouragé à en faire l’une de mes principales priorités en tant que maire. Et maintenant, j’ai hâte au jour où se déroulera une cérémonie de la première pelletée de terre ici à Timmins. »

De son côté, la directrice du Centre de santé communautaire de Timmins, Michelle Stevens, a elle aussi salué la nouvelle. Elle souligne qu’il s’agit d’un projet attendu depuis longtemps par les francophones de Timmins et des environs : « Nous sommes très soulagés de savoir que les francophones pourront bénéficier de services de soins de santé équivalents sous un même toit. Les membres de notre conseil, à commencer par moi-même, sont réellement reconnaissants de l’aide que nous avons reçue du maire Pirie et du gouvernement provincial. »

« Ça fait plus de vingt ans qu’on attend un centre à Timmins », relativise la députée France Gélinas, porte-parole de l’opposition officielle dans le dossier de la santé. « Je trouve ça louche qu’une semaine avant le déclenchement de la campagne, on nous annonce de l’argent pour le financer. »

L’élue de Nickel Belt y voit de l’opportunisme politique et rappelle que le centre actuel se situe dans un centre commercial. « C’est pas comme ça que ça fonctionne un centre de santé communautaire! Ça doit être sous un même toit et près de la communauté. » Et de qualifier cette nouvelle de « pas dans bonne direction », tout en nuançant qu’il ne s’agit là que la première étape d’un processus en cinq étapes qui pourrait durer plusieurs années avant l’ouverture concrète du nouveau site.

Cet article a été mis à jour le mercredi 27 avril à 16h.

L’Alliance française de Toronto fête ses 120 ans

TORONTO – Fondé dans la métropole ontarienne en 1902, le centre de l’Alliance française (AF) de Toronto est le plus ancien du Canada et l’un des plus importants au monde.

« Que de chemin parcouru! », lance son directeur général, Pierre-Emmanuel Jacob, en entrevue avec ONFR+. « C’est un sentiment à la fois de fierté et une vraie pression de continuer d’être à la hauteur de notre réputation et de tout le travail qui a été fait depuis 120 ans. »

Riche de son histoire, l’AF de Toronto a été créée par le professeur Charles Saint-Elme de Champ. « Elle a eu la tâche de former des soldats canadiens qui allaient venir faire la guerre en France. Elle a déménagé quelques fois pour être au 24, Spadina Road, puis commencé par un campus, jusqu’à l’ouverture d’un sixième en virtuel », raconte Jean Grenier Godard, directeur du centre de 2017 à 2021.

Chaque année, 6000 étudiants canadiens y apprennent la langue de Molière sur ses campus de Spadina, Mississauga, Oakville, North York et Markham. « Certains viennent parce qu’ils voient la nécessité professionnelle de parler français. Pour d’autres, le français est une langue de culture qu’ils souhaitent la partager », affirme M. Jacob.

Pierre-Emmanuel Jacob, directeur général de l’Alliance française de Toronto. Gracieuseté

Fondée à Paris en 1883 par de grandes figures françaises de l’époque, Jules Verne et Louis Pasteur pour ne citer qu’eux, l’AF dispose de plus de 1000 centres d’enseignement du français à travers le monde.

« Ce n’est ni la France ni l’Alliance française qui décide de créer un centre mais des personnalités francophones et francophiles locales », explique Pierre-Emmanuel Jacob. « Une fois que le conseil d’administration se met en place, l’association demande la labélisation à l’AF de Paris. C’est un peu ça la magie de ce réseau : ce sont des centres culturels qui sont très ancrés dans le tissu social et culturel des villes dans lesquelles elles sont. »

La traversée de la COVID-19

L’AF a connu de grands défis de restructuration durant la pandémie. Alors que le centre accueillait près de 11 000 étudiants en présentiel, il en a perdu environ 20 % avec le début des événements. C’est à cette occasion que l’AF a lancé son campus virtuel.

« Il a fallu se réinventer », se souvient M. Grenier Godard qui était en fonction au cours de la période. « On a dû reformer les professeurs, revoir nos pratiques pour au final dégager une marge bénéficiaire comme on avait jamais fait auparavant dans la dernière année. »

Claire Pierrel, professeure de français. Gracieuseté

D’un certain point de vue, la pandémie a été un mal pour un bien. L’AF a développé un campus virtuel désormais prisé. « En étant confiné, les gens avaient plus de temps et voulaient apprendre de nouvelles choses dont des langues étrangères. On a pu toucher un public qui se trouvait loin du campus et qui ne pouvait pas prendre des cours en présent », explique Claire Pierrel, professeure de français sur le campus de North York en entrevue avec ONFR+.

Vie et avenir de la francophonie à Toronto

Issus de communautés très diverses, les francophones représentent environ 2,5 % de la population de la métropole canadienne avec un peu plus de 63 000 locuteurs.

Cette réalité démographique fait en sorte que la francophonie à Toronto se fait plutôt discrète et qu’il peut être difficile de pratiquer son talent pour la conversation.

« J’ai beaucoup d’élèves qui me demandent s’il y a des endroits où ils peuvent aller discuter en français ou encore un restaurant pour passer une commande en français », raconte la professeure Claire Pierrel.

« Le français sera ce que les francophones en feront » – Jean Grenier Godard

La situation extrêmement minoritaire du français dans la capitale de l’Ontario fait craindre le pire quant à la pérennité de la langue. « Je suis plutôt pessimiste pour l’avenir du français à Toronto », se désole M. Grenier Godard. « Le français sera ce que les francophones en feront et ce que les anglophones voudront bien nous laisser faire. »

Alors que l’avenir est imprévisible, l’Alliance française de Toronto continue de tenir le fort depuis plus d’un siècle et tiendra des événements culturels en lien avec son 120e anniversaire au cours de l’année. Une exposition de l’artiste Charles Pachter à la galerie du centre prendra fin le 30 avril pour être suivie de celle du photographe français Lo Kee, à partir du 9 mai et jusqu’au 29 du même mois.

Une célébration officielle de l’anniversaire aura lieu dans la seconde moitié de l’année, mais les détails sont encore à confirmer.

La galerie de l’Alliance française de Toronto. Gracieuseté

Des libéraux veulent une exigence de dirigeants francophones dans les entreprises fédérales

OTTAWA – Est-ce qu’Ottawa devrait obliger les entreprises fédérales à avoir un minimum de hauts dirigeants francophones? L’opposition et certains élus libéraux pensent qu’il devrait y avoir une certaine représentation de francophones au sein des compagnies assujetties à la Loi sur les langues officielles.

La présidente du Conseil du Trésor et députée franco-ontarienne Mona Fortier pense qu’on devrait s’assurer qu’il y ait « des règlements pour que les entreprises continuent à respecter la Loi sur les langues officielles ».

« C’est une bonne question à explorer, mais il devrait y avoir une représentation pour que les deux langues officielles soient représentées », pense l’élue d’Ottawa-Vanier

De son côté, le président du comité des langues officielles et député libéral, René Arsenault, a évoqué l’idée d’avoir au moins le quart d’un conseil d’administration composé de francophones en entrevue à la Presse Canadienne.

La question se pose depuis la saga de Air Canada et plus récemment celle du Canadien National (CN). Le transporteur ferroviaire, qui est assujetti à la Loi sur les langues officielles, ne comporte aucun francophone au sein de son conseil d’administration, comme le révélait La Presse la semaine passée.

Mardi, le CN a fait savoir qu’il avait entamé le processus pour trouver un administrateur francophone du Québec en vue de remplacer Jean Charest, qui a quitté au début du mois pour se lancer dans la course à la chefferie conservatrice.

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, refuse de dire si elle pourrait inclure dans son projet de loi C-13 une certaine obligation pour les entreprises fédérales, mais dit s’attendre à ce que « ces entreprises et compagnies fassent la bonne chose ».

« Je pense que c’est réellement très important de s’assurer que sur les conseils d’administration, qu’il va y avoir une représentation des francophones, et puis encore une fois, le CN nous a dit qu’ils vont rectifier cette situation-là, et puis j’espère que les autres entreprises aussi, vont suivre l’exemple. »

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

La ministre souligne que son projet de loi permettra d’assurer une prestation des services dans les deux langues officielles.

« Le message qui nous a été envoyé très clairement et aussi par le commissaire aux langues officielles, c’est de s’assurer qu’il va toujours avoir des services qui vont être offerts en français et en anglais. C’est exactement ce dont on s’assure avec toutes les entreprises de compétence fédérale : que les employés et puis les clients pourront se faire servir en français. »

Ottawa doit aller de l’avant dit l’opposition

Le critique aux Langues officielles chez les conservateurs, Joël Godin, aimerait voir une certaine obligation pour les entreprises dans le projet de loi C-13.

« On se doit de prendre des mesures. Si le fédéral ne peut pas mettre des mesures, qui va en mettre? Il y a un impact direct sur le déclin du français, car si le français n’est pas représenté à la table des conseils d’administration, qui va se préoccuper du fait français et qui va le descendre dans la chaîne de gouvernance au niveau de chacune des institutions? », se demande le député de l’opposition officielle.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a adopté lundi une motion pour inviter le CN devant le comité permanent des langues officielles, notamment la nouvelle PDG unilingue anglophone Tracy Robinson. Les néo-démocrates se disent pour l’ajout d’exigences de francophones au sein des têtes dirigeantes des sociétés fédérales.

« Je pense que c’est une solution qu’il faut maintenant envisager, car la volonté et la bonne foi ne suffisent pas… Que ça soit Air Canada ou le CN, le cadre législatif actuel est insuffisant. On a toujours été prêt, mais là, on l’est plus que jamais à le renforcer. On va être prêt à envisager un pourcentage de francophones sur un conseil d’administration », affirme le député et auteur de cette motion Alexandre Boulerice.

Le député Alexandre Boulerice. Credit : Bernard Thibodeau, House of Commons Photo Services

Le Bloc Québécois dit douter de la volonté du gouvernement Trudeau d’aller de l’avant avec une imposition.

« Je vous laisse imaginer combien de personnes qui ont un numéro de téléphone direct dans le cabinet du premier ministre qui dirige de grandes entreprises canadiennes qui vont prendre le téléphone et dire « tu ne peux pas nous faire ça ». Je suis convaincu que la sensibilité du premier ministre sera davantage à des gens qui vont lui expliquer en anglais qu’ils ne veulent pas se faire imposer du français », croit son chef Yves-François Blanchet.

De son côté, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) pense que les grandes entreprises assujetties à la Loi sur les langues officielles « devraient avoir des dirigeants et dirigeantes qui ont la capacité de s’exprimer en français ».

20 000 francophones en attente d’une réponse d’Immigration Canada

Près de 20 000 immigrants francophones souhaitant s’installer dans une province hors Québec attendent toujours qu’on traite leur dossier. Ce sont précisément 19 996 demandeurs de résidence permanente qui sont en attente du fédéral, dont 11 872, en Ontario, selon des données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Au total, 429 984 dossiers, tous langages confondus, s’accumulent à IRCC. Les demandeurs de résidence permanente francophones constituent 4,6 % du total des dossiers traités. De plus, cette proportion inclut 109 969 allophones et 19 972 demandeurs n’ayant pas précisé leur langue. En Ontario, les 11 872 dossiers francophones en question correspondent à 5,8 % du total des demandes, selon des données obtenues par ONFR+.

« Si on pouvait atteindre un nombre comme ça, ça aurait un impact certain pour nous », estime le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

« Ces gens-là arrivent avec une expertise de toutes les sortes et Dieu sait le nombre d’endroits où on a besoin de main-d’œuvre en français, comme le secteur de la santé, de l’éducation et des organismes à but non lucratif. Ça donnerait un coup de pouce sur le plan économique et nos communautés sont prêtes à accueillir ces gens-là », ajoute le représentant de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens.

Il presse le fédéral d’agir rapidement pour les 12 000 candidats francophones en Ontario.

« Il faut que le fédéral augmente la capacité du système à traiter des demandes » – Carol Jolin. président de l’AFO

« Je suis content de voir que le nombre de candidats pouvant être acceptés pourrait faire en sorte qu’on dépasse la cible de 5 %. C’est sûr que ça serait de bon augure si on pouvait accepter et admettre ces gens-là rapidement. Si le fédéral est sérieux dans son besoin d’immigration, il faut qu’il augmente la capacité du système à traiter des demandes. »

La semaine passée, Ottawa avait annoncé que les sélections dans le cadre d’Entrée express reprendraient bientôt et que les invitations pour des candidats présentant des demandes de résidence permanente débuteraient en juillet. Le fédéral avait interrompu certains programmes au cours des deux dernières années en raison de la pandémie.

Il faut rappeler que le Canada vise une cible de 4,4  % en immigration francophone d’ici 2023, un objectif jamais atteint depuis son élaboration en 2001. En Ontario, l’objectif est de 5 %, jamais atteint lui non plus. Les premières données de 2022 ne sont guère plus encourageantes alors que l’immigration francophone canadienne représentait 2,2 % en janvier et 2,28 % en février.

Trois ans d’attente pour un candidat

C’est le cas de Issoufa Assalik, qui habite au Niger et qui tente d’immigrer au Canada depuis 2019, lui qui a été accepté dans la catégorie économique via Entrée express. Sa femme, ses quatre enfants et lui attendent des réponses du bureau d’Immigration Canada à Dakar au Sénégal, où son dossier est traité, mais c’est le silence total.

« C’est le flou total. On a des enfants, on a des besoins et des projets, mais depuis trois ans, tout est à l’arrêt », soupire-t-il.

Ce travailleur en informatique à un emploi dans le domaine qui l’attend avec une entreprise à Edmundston au Nouveau-Brunswick. Il a obtenu la désignation de la province le 23 septembre 2019.

« J’ai signé un contrat en novembre, ça fait pratiquement six mois. C’est difficile pour eux de recruter localement, car la demande est très forte, mais c’est aussi difficile pour eux de faire venir. Ma procédure avec Entrée express aurait dû prendre normalement six mois, mais ça fait trois ans que ça dure. »

Issoufa Assalik, sa femme et ses enfants tentent d’immigrer au Canada depuis près de trois ans. Gracieuseté

Le programme Entrée express a souvent été vanté par le fédéral par le passé pour l’immigration francophone avec notamment son délai de traitement à l’intérieur de six mois. Le ministre de l’Immigration Sean Fraser avait pointé il y a quelques semaines vers une meilleure flexibilité dans ce programme comme moyen d’améliorer l’immigration dans la langue de Molière.

Issoufa Assalik dénonce certains problèmes comme le fait qu’il en soit rendu à effectuer une troisième visite médicale avec sa famille à ses propres frais en plus de ne pas avoir accès à son passeport depuis un an, qu’il aurait besoin dans le cadre de son travail.

« Pour ma famille, je suis aussi obligé de bloquer 32 000 $ dans un compte. Je ne peux pas toucher à cet argent. Alors je ne peux faire aucun projet. Ensuite, on a des opportunités, mais on ne sait pas comment s’y prendre », déplore-t-il.

Il dit avoir ciblé le Canada notamment pour les nombreuses opportunités d’emplois, mais il déplore l’impact du silence du bureau d’Immigration Canada à Dakar.

« Les enfants nous disent : « Papa, tu avais promis que l’année prochaine on serait au Canada, on irait étudier ailleurs, mais on est toujours dans la même école ou encore qu’on prendrait l’avion ». Alors on ne peut pas se focaliser sur une date. Est-ce que ça va être un été ou un hiver? On ne le sait pas. C’est vraiment quelque chose de déplaisant », conclut le résident du Niger.

Convoi de la liberté : Ottawa lance une enquête sur l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence

OTTAWA – Le fédéral a annoncé lundi lancer une enquête sur l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence en février dernier lors des manifestations du « Convoi de la liberté  » dans diverses villes du pays notamment à Ottawa.

Le tout prendra la forme sous une Commission sur l’état d’urgence indépendante et publique, qui sera chargé d’évaluer les circonstances ayant mené le gouvernement Trudeau à prendre cette décision. C’est le juge franco-ontarien et chancelier de l’Université de l’Ontario français Paul Rouleau qui présidera cette commission. Il devra soumettre un rapport avec des recommandations et des conclusions d’ici le 20 février 2023.

Le fédéral veut se pencher sur l’évolution du convoi, les impacts du financement et de la désinformation ainsi que les conséquences économiques et les efforts des forces policières et des autres intervenants avant et après la déclaration de l’état d’urgence. Le gouvernement Trudeau refuse toutefois de dire si les discussions du cabinet seront rendus publiques dans la cadre de cette commission.

« Notre intention est de veiller à ce que le juge ait accès aux informations dont il a besoin pour s’acquitter de ses responsabilités selon les paramètres qui ont été établis en vertu du Décret en conseil. Et nous soulignons que les paramètres sont là pour guider le juge mais qu’il y a aussi là un pouvoir discrétionnaire, y compris en ce qui concerne les témoins et documents sensibles , y compris les informations classifiées  », a dit Marco Mendicino, le ministre de la Sécurité publique.

Ça sera au juge Rouleau de déterminer les ressources et moyens nécessaires à la commission.

« Nous comprenons l’urgence d’agir vite, nous comprenons le besoin de s’assurer que toutes les ressources nécessaires que le commissaire va demander seront disponibles pour lui », a assuré le ministre des Affaires intergouvernementales Dominic Leblanc.

Des manifestations avaient eu lieu partout à travers le pays, comme celle-ci à Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

Ottawa avait invoqué pour la première fois cette loi fondée en 1988, près de deux semaines après les arrivées des camions au centre-ville d’Ottawa et quelques jours après les blocus à Windsor. Les rues autour du parlement avaient été occupées pendant plusieurs semaines alors que des blocus avaient eu lieu dans divers postes frontaliers du pays comme au pont Ambassadeur à Windsor. Le gouvernement Trudeau avait suivi le pas à l’Ontario qui avait invoqué l’état d’urgence quelques jours auparavant.

Ottawa avait jusqu’à 60 jours, soit lundi pour officiellement aller de l’avant avec une enquête dans ce dossier.

Le NPD dévoile sa plateforme avec des mesures pour les Franco-Ontariens à peine citées

TORONTO — Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a dévoilé lundi sa plateforme en vue des élections provinciales. Il entend faire de la santé son sujet phare de la campagne électorale et mentionne quelques objectifs pour les Franco-Ontariens : faire progresser les soins de santé en français, un facteur essentiel dans les communautés francophones. Il est aussi question de combattre la pénurie d’enseignants de langue française et d’investir dans l’Université de Sudbury, pour les francophones.

Comme dernier engagement, le NPD s’engage à redonner du pouvoir au Commissariat aux services en français (CSF).

« La culture francophone est vitale pour notre histoire et pour notre avenir. Pourtant, les Franco-Ontariens font souvent face à un manque de respect et à des obstacles en matière de services dans leur propre langue, qu’il s’agisse de soins de santé, d’éducation ou de justice. »

Investir dans la santé après deux ans de pandémie

Sans surprise, la cheffe Andrea Horwath met l’accent sur la santé, l’embauche de travailleurs et travailleuses dans les soins de santé, ainsi que le logement. Le tout dans un registre post-pandémie, où il faut réanimer les services, rebâtir et réparer ce qui est brisé.

Il est d’ailleurs toujours question pour les néo-démocrates d’étendre l’Assurance-santé de l’Ontario. Le NPD ne change pas de fusil d’épaule. Dans cet onglet, il est annoncé que les soins de santé mentale, les soins dentaires et les ordonnances doivent être pris en charge.

Comme en 2018, l’Assurance médicament sera dans un premier temps financée par un investissement annuel de 475 millions de dollars. L’accès universel à la contraception gratuite exigera un investissement annuel de 60 millions de dollars.

Le NPD souhaite également créer un organisme de coordination appelé Santé mentale Ontario. Enfin, il est question de comprendre et de surmonter les retards de chirurgies imposés par la crise de la COVID-19.

« Les conservateurs de Doug Ford ont refusé d’agir et de faire les investissements nécessaires pour régler le problème de ces retards », indique Andrea Horwath dans sa plateforme électorale.

Mettre sur table l’emploi et le logement

Afin de recruter, retenir et remettre au travail les Ontariens dans les services de santé, le NPD embauchera 10 000 préposés aux services de soutien et 30 000 infirmières et infirmiers. Pour le Nord de l’Ontario, le parti compte engager plus de 300 médecins s’il est élu le 2 juin. La grande région est frappée de plein fouet par les problématiques de santé, ainsi que du recrutement et de la rétention du personnel, notamment francophone.

Pour le domaine de l’enseignement, la cheffe prévoit d’embaucher plus de 20 000 enseignants et diverses employées dans l’éducation.

« Les conservateurs de Doug Ford n’en ont pas assez fait pour attirer et retenir des enseignants de français. »

Là aussi, elle souhaite augmenter le salaire minimum à 20 $ de l’heure d’ici 2026. Un autre problème de taille concerne la crise du logement sans précédent en Ontario. Il est prévu, un contrôle des loyers en mettant fin aux grandes augmentations, c’est-à-dire bâtir plus de maisons, tout en s’attaquant aux prix des factures d’électricité.

« Nous allons aussi nous assurer que vous payez ce qu’avait payé le locataire avant vous, en éliminant la soi-disant  »suppression du contrôle pour cause de disponibilité » », annonce Mme Horwath sur la plateforme.

Pour Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa, s’attaquer au prix du loyer est une mesure qui va plaire, contrairement aux libéraux qui actionnent des aides d’urgence et des chèques de soutien. Ce programme vise à agir directement sur ce que le locataire va payer.

Estimation du budget en attente

Plusieurs investissements sont prévus, notamment dans les programmes de santé. Cependant, à ce jour, le NPD ne possède pas de plan et de budget pour évaluer la fiabilité de ces mesures. D’après Mme Horwath, « Doug Ford ne délivre pas le budget afin de ralentir la sortie des plateformes. »

Elle garantit que son budget sortira très bientôt.

Pour Geneviève Tellier, « c’est tout à fait normal que le cadre financier ne soit pas délivré. Par contre on ne peut pas savoir quelles sont les priorités, c’est très embêtant. »

« Ceci dit, on sait que l’assurance-médicaments va coûter cher! » Et ce n’est pas tout, car l’un des projets ambitieux, la santé mentale, représentera 1,15 milliard de dollars par an.

La cheffe du NPD affirme qu’ils seront responsables avec le budget. « Nous n’augmenterons pas les taxes des plus démunis. »

Une grande partie du budget (lorsqu’il sera public) sera consacré au logement. La création de logements sociaux exigera 493 millions de dollars en investissements annuels et 100 millions de dollars de plus pour des unités avec services. Les aides au loyer, par un investissement annuel de 240 millions de dollars.

La justice sociale au-delà de l’environnement

Un programme environnemental léger à part une stratégie automobile, le NPD souhaite amener l’Ontario vers une économie à zéro émission de carbone, protéger l’eau et réduire le gaspillage.

C’est sur le plan de l’équité que le parti NPD fait son grand retour. Une équité salariale notamment dans les communautés et surtout pour les sages- femmes, en abrogeant la loi 124, qui plafonne les salaires dans les secteurs des soins dominés par les femmes. On parle d’équité pour les communautés LGBTQ+, mais aussi d’équité raciale, de stratégie antiracisme et de financement des lieux de culte.

Abracadabra! C’est Éric Leclerc!

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

OTTAWA – Le prestidigitateur franco-ontarien Éric Leclerc éblouit les foules partout où il passe. Double champion canadien, cet « homme à tout faire » de la magie a bien voulu faire tomber le masque au micro d’ONFR, en marge de son nouveau spectacle, MYSTERIC

« Vous avez reçu votre première trousse de magie à 9 ans. Avec quel tour avez-vous impressionné votre mère?

Faire disparaître un foulard de sa main! Elle m’a dit :  »Comment tu fais? Dis-le à maman. » J’ai su ce jour-là que je voulais devenir magicien. J’ai pratiqué de longues heures devant le miroir avant de lui montrer. C’était une bonne trousse intermédiaire! Suivre ses conseils m’a permis de suivre mes rêves.

Jusqu’à votre Record Guinness 2021. Comment avez-vous atteint un tel niveau?

Je jouais à 12 ans dans des fêtes d’enfants ou dans les centres du troisième âge. Ce sont les spectacles qui paient le moins, mais où la demande est plus forte pour les débutants. Ma mère m’amenait faire des spectacles pour enfants à La maison inconnue les fins de semaine. Je suis devenu champion canadien en magie de scène cette année-là (1993).

Plus le temps avançait, plus je me produisais dans des foires. J’ai également fait beaucoup de magie ambulante dans de gros événements où j’abordais des passants. J’y ai développé mon caractère. J’ai joué devant une foule de 500 magiciens qui me jugeaient pour mon second prix du meilleur magicien. Je regarde mes trophées chaque jour sur ma table.

J’ai commencé le Lecleric show sur YouTube en 2011 avec un tour de magie par jour. J’y ai perdu ma blonde de l’époque, mais les portes que ça m’a ouvertes pour les gros shows américains en ont valu la peine. Je suis devenu populaire notamment à Salt Lake City, en Utah. Je filmais une émission de caméra cachée Tricked sur la seule chaîne mormone de la ville. C’est le fin équilibre de la célébrité entre ne plus pouvoir sortir et jamais se faire reconnaître.

Eric Leclerc. Gracieuseté

En plus d’être un des seuls magiciens à avoir remporté les deux prix, vous êtes également un des rares experts dans les publics de tous les âges. Quel est public affectionnez-vous le plus?

Les adultes sont plus faciles à arnaquer que les enfants à cause de leurs concepts prédéterminés de la réalité. Lors de mes spectacles dans les écoles, mon micro tombe lorsque j’arrive sur scène et une grosse étincelle en tombe, les enfants sont crampés! La télépathie est la forme la plus convaincante de magie pour adultes. Tu demandes aux gens de penser au nom de leur première blonde, le nom du chien qu’ils avaient quand ils étaient jeunes, c’est une mémoire fluide.

Quel instrument de magie vous passionne?

Les cartes! Tout le monde en a déjà touché, sait qu’il y en a 52 et que c’est pour jouer. Nous, les magiciens, montrons au public l’autre côté des cartes tout en leur cachant nos habiletés. C’est un langage universel! Je m’en vais à Nairobi (Kenya) cette année montrer la magie dans des écoles. Même si on ne parle pas la langue, je vais pouvoir communiquer avec eux. Je fais signer une carte, elle se retrouve dans ma bouche ou derrière la fenêtre du restaurant.

J’ai toujours 15 paquets dans ma voiture et des centaines de tours en tête. C’est pour cela que je suis tombé en amour avec les cartes. Il y a tellement de subtilités et d’angles pour rendre un tour encore plus intéressant. C’est vraiment spécial comme objet.

Combien de tours de magie connaissez-vous?

J’ai pour environ 350 000 $ de matériel dans ma salle de magie. Je dirais que j’en connais 10 000, que j’en fais 1000 et que j’en ai une vingtaine dans mon répertoire.

Dans le monde de la magie, on publie nos tours dans des magazines de magicien. L’idée est que si tu penses à un tour, tu appelles un éditeur de magazine pour que ce soit publié et ça devient ta propriété intellectuelle. Mon tour dont je suis le plus fier est un close-up ou je prends un rasoir jetable, je le brasse au bout de mes doigts et il se change en paquet d’allumettes. C’est facile à faire et je n’en reviens pas que personne n’ait pensé à cela avant, depuis le temps qu’on a des rasoirs et des allumettes.

Mon tour le plus controversé, c’est quand j’ouvre mes conférences de magie. Je prends une bouteille de vodka et je donne un shooter à un spectateur. Je la bois ensuite d’un trait, un 26 onces! Puis je continue ma conférence comme si de rien n’était.

Éric Leclerc exposait sa vitrine à la dernière édition de Contact ontarois. Gracieuseté

Inventer des tours, c’est notre plaisir quand on jamme entre magiciens et qu’on se demande si un tour existe puis la recherche commence. Est-ce que le concept a déjà existé? A-t-il déjà été publié? Y a-t-il des subtilités qu’on peut ajouter?

Quels magiciens vous ont inspiré?

Quand j’étais tout jeune, Alain Choquette. Je suis retourné le voir le 18 avril dernier, à la Maison de la culture. Par la suite, je m’inspirais des magiciens pour les magiciens. On parle ici de magiciens asiatiques connus dans le monde de la magie. J’aime beaucoup Cyril Takayama. Son tour le plus célèbre était d’aller dans un service à l’auto de McDonald’s et faire apparaître un cheeseburger dans sa main après l’avoir collé sur le menu extérieur. David Blaine m’a aussi inspiré pendant longtemps. Je suis choyé de pouvoir le côtoyer et même faire des brainstorm avec lui. J’ai visité le musée privé de David Copperfield avec nul autre que lui qui nous donnait une tournée de deux heures.

Comment vous sentez-vous lorsque spectateur d’un confrère?

Je regarde surtout la présentation, les décors de scène, comment le magicien s’adresse à la foule. Généralement, les magiciens professionnels comprennent 90 % des tours sur scène. J’aime me faire avoir par le 10 % restant. Dans les conventions de magie, il y a toujours de nouveaux tours qui nous gardent la bouche et les yeux grands ouverts. Ça te fait ressentir ce qui t’a fait entrer dans la magie quand tu étais jeune. C’est ça les magiciens, on fait ressentir des réactions aux gens 40 ans après qu’ils aient arrêté de croire au père Noël.

Est-ce pour cela que vous faites de la magie?

Je fais de la magie pour les réactions. Un des plus beaux compliments quand je fais un tour à une grand-mère ou un grand-père, eux ils ont tout vu dans leur vie et me disent  »wow! je n’ai jamais vu quelque chose de même! », on les ramène en enfance.

Plus de 10 000 tours en tête! Gracieuseté

Avez-vous déjà complètement raté un tour sur scène?

Le monde adore penser que les magiciens peuvent rater leur coup. On utilise ça à notre avantage. On dit à un spectateur de piger une carte. On la fait sauter dans le paquet. On lui demande si c’était le 3 de pique. Il répond  »non, c’était le 8 de cœur », puis on souffle sur la carte et le 8 de cœur apparaît.

La différence entre un professionnel et un débutant est que nous sommes capables de cacher ces défauts au public. Les magiciens ont l’avantage de la surprise. Personne ne sait ce qui va arriver avant que ça arrive. S’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, un expert va être capable de le couvrir sans que ce soit catastrophique.

Je me suis étouffé sur une balle. J’ai vomi hors scène. Je suis tombé de la scène quelques fois. Il y a des enfants qui ont fait pipi sur scène (pauvres jeunes!). J’ai déjà eu mes décors qui sont tombés. Parfois en télépathie je choisis mal mes assistants et je vais choisir un homme qui veut juste que ça ne marche pas. Je sais que la personne pense à  »Claire Galipeau » et quand je demande le nom, elle me répond :  »Gilles Longpré ».

Comment se distingue-t-on des autres magiciens? Comment est-ce que l’on trouve son style?

Beaucoup de magiciens se prennent au sérieux. Ils croient qu’ils sont vraiment en train de faire des miracles. Ils demandent à un adulte de souffler sur une pièce dans leur main pour que la pièce disparaisse. Je ris des magiciens, je ris de la magie sur scène, je ris de moi-même. J’ai beaucoup d’énergie, je suis très fou. Je me distingue en étant capable de lire une salle et la réaction des gens.

Les magiciens ont une liste de tours pour leurs spectacles. De mon côté, je connais mon premier et mon dernier tour. Entre les deux, je fais des tours selon le feeling du public. Je veux que la passion que j’ai pour la magie se voie sur scène.

Comment avez-vous vécu la pandémie?

Je me rappelle avoir été un peu arrogant. J’étais en tournée et je me disais que rien ne pourrait mettre de bâton dans mes roues. Même si les écoles ferment, je vais avoir les adultes. Même s’il y a une récession, les écoles seront toujours ouvertes. Même s’il y a une grève à la télévision, je vais avoir les spectacles dans les écoles. Jamais je n’aurais pensé à une pandémie!

La pandémie était très difficile. Je n’ai pas eu de spectacle pendant presque deux ans. Je n’avais pas d’argent qui rentrait. J’ai fait une vingtaine de spectacles virtuels. Je n’ai pas aimé ça, on ne peut pas connecter avec les gens, ils ne peuvent pas me regarder dans le blanc des yeux.

Je suis vraiment heureux que les spectacles reprennent. J’en ai fait une douzaine depuis que j’ai le droit. Je suis un peu rouillé, mais pas assez pour dire que j’ai besoin de retourner me pratiquer. J’ai juste besoin de lire un peu plus mes scripts.

Affiche du nouveau spectacle d’Éric Leclerc. Gracieuseté

Parlez-nous de l’importance du bilinguisme pour vous

Je suis tellement reconnaissant de mes racines. Je m’exprime en français dans la vie de tous les jours avec mes amis. J’ai toujours parlé français avec ma famille. Le français m’a ouvert tellement de portes surtout avec Réseau Ontario : j’ai eu des centaines de spectacles avec eux. Quand je fais des spectacles pour enfants, mon français est très soigné car dans les écoles francophones en Ontario, l’anglais c’est tolérance zéro contrairement au Québec où on peut dire des mots comme whatever ou c’est cool. C’est ça les Franco-Ontariens! On a un père francophone et une mère anglaise puis on lance quelques anglicismes, ça fait partie de notre culture.

Je dis toujours aux enfants que de parler français me permet de faire deux fois plus de spectacles, d’avoir deux fois plus d’amis et toujours plus de portes ouvertes. Je suis content de faire la promotion du français et d’être fier de nos racines.

Auriez-vous un petit scoop à nous glisser sur les prochains spectacles?

Je suis en train de travailler sur un spectacle qui s’appelle Smokus Pocus sur le thème du cannabis. Je pense me louer une petite salle à Ottawa et tester l’intérêt dans la population. J’ai parti une compagnie de cannabis durant la pandémie. On a 500 plants, des vapes, des gummies. Je vais combiner le cannabis et la magie pour faire un spectacle qui va ouvrir les yeux ou bien les fermer! »


LES DATES-CLÉS D’ÉRIC LECLERC

1981 : Naissance à Orléans

1990 : Première boîte de magie en cadeau

1993 : Prix du meilleur magicien au Canada

2011 : Lancement du Lecleric show

2021 : Record Guinness de la plus longue chaîne de vidéos de magie

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Au bonheur de l’écriture

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

S’il y a un bonheur à être écrivain, c’est qu’il y en deux. Le premier est de visiter des salons du livre et de rencontrer de nouveaux lecteurs, bien évidemment après la pandémie, et le deuxième est de faire la connaissance de nouveaux écrivains et de leurs ouvrages.

Lors du Salon du livre de Toronto qui s’est tenu en format présentiel entre le 19 et le 20 mars, j’ai eu droit à ces deux bonheurs.

La première fois que j’ai été invitée par le Salon du livre de Toronto, c’était il y a un peu plus d’une décennie. Je commençais mon petit bout de chemin d’autrice franco-ontarienne. Un défi de taille car je ne suis pas allée à « l’école des écrivains » mais en plus je voulais me faire une place en littérature sans passer par Montréal. Tout un défi.

Le salon du livre de Toronto est un petit salon, en termes de surface et de nombres de visiteurs, certes, surtout si comparé aux grands salons du livre de ce monde, mais il reste un salon ambitieux, actif et surtout persévérant. À l’époque, il se tenait dans un étage de l’immense bibliothèque publique de Toronto (Toronto Reference Library). Mais dans sa toute dernière édition, j’ai eu le plaisir de revoir mes amis auteurs dans les locaux de l’université de l’Ontario français.

Un sentiment à la fois de fébrilité et d’invraisemblance m’ont parcouru le corps et l’esprit car, du temps où j’entendais parler dans les nouvelles de l’université de l’Ontario français, des défis et des controverses, j’ai failli croire que ça serait un rêve et jamais une réalité mais ma présence dans l’agora de ces lieux m’a rassurée. Cette université existe bel et bien, pas dans les rêves mais bien en béton et surtout avec une architecture ouverte et lumineuse qui contraste avec les environnements souvent sombres et renfermés de certains lieux du savoir.

C’est en participant à un panel intitulé L’héritage littéraire, un avenir de notre passé?, que j’ai fait la rencontre d’une écrivaine Torontoise, Tassia Trifiatis-Tezgel. Elle m’a intriguée quand lors de nos échanges sur le sujet, elle a mentionné le mot « mandat » en faisant allusion au fait que nos vies sur chaque coin de la terre sont une sorte d’un mandat qu’on exécute puis on passe à un autre et ainsi de suite. Une façon que je trouvais un peu étrange mais aussi innovante de penser à nos « identités meurtrières » comme les appelait Amin Maalouf, l’écrivain franco-libanais, dans son essai du même nom.

Et c’est dans « Créatures primordiales » que je me suis plongée une fois rentrée chez moi à Ottawa pour savourer le fruit de ces rencontres et profiter du bonheur qui pouvait en ressortir.

Tassia Trifiatis-Tezgel m’a rappelé Istanbul comme je l’ai connu sous la plume du célèbre écrivain turc Orhan Pamuk dans son superbe ouvrage Une impression étrange dans ma tête. Cette ville aussi complexe que captivante où la richesse et l’aristocratie de certains quartiers côtoient la pauvreté et la précarité d’autres et où certaines minorités tentent de résister au rouleau d’uniformisation et d’oppression. Sofronia, qui veut dire sage en grec, est le nom de l’héroïne de ce récit.

Elle est femme-hibou, elle rencontre l’homme-livre et les deux vont exécuter un « mandat » dans la ville d’Istanbul. Alors que l’homme-livre reste assez énigmatique proche de ses livres pour sa quête du savoir, Sofronia, elle, déclare que « le Savoir dont j’ai besoin, je l’attrape dans la rue ». Puis elle continue en disant « Moi, j’ai besoin du Savoir des trottoirs ».

C’est donc, entre autres, en prenant le « vapur », ce genre de traversier pittoresque qui transporte les Stambouliotes entre les eaux du Bosphore et la mer Marmara, que Sofronia fera la connaissance des lieux historiques et surtout des gens. Un savoir millénaire caché dans de multiples couches de traditions, d’architecture et de langages des yeux.

Quand elle débarque à Toronto, Sofronia exécute un autre « mandat » à la recherche des racines autochtones de cette ville sans pour autant oublier ses propres racines et surtout sa nature de femme-hibou. Ce deuxième mandat s’exécute dans la douleur de l’enfantement dans le sens propre et figuré.

Même si j’ai eu quelques difficultés à comprendre et suivre le récit de Sofronia à certains moments surtout lorsqu’elle parlait de Toronto et de sa nouvelle vie, je me suis rattrapée vers la fin en découvrant la portée symbolique et philosophique de son écriture. Tassia Trifiatis-Tezgel et son livre « Créatures primordiales » a su m’accrocher jusqu’à la fin. Une réflexion intelligente sur le sens de nos vies, sur les rapports humains, sur nos racines et aussi sur la maternité qui reste toujours un sujet fascinant qu’on peut aborder de différentes manières, le « mandat » en est un, comme le fait superbement Tassia Trifiatis-Tezgel dans son livre.

Et me voilà donc comblé par le Salon du livre de Toronto dans sa dernière édition. Une édition riche et courageuse dans un monde encore hanté par la COVID et des séquelles qu’elle nous a laissées après les confinements répétitifs et l’effritement de nos rapports sociaux.

Dans quelques semaines, je serai à Sudbury pour le Salon du livre du Grand Sudbury. Un autre salon qui reste emblématique de notre Ontario francophone aussi vaste que riche. La première fois que j’y me suis rendue c’était à l’université de Hearst car le salon se tient en alternance entre la ville de Hearst et celle de Sudbury.

Encore un lieu du savoir et encore une rencontre avec des lecteurs et des auteurs qui autrement, me prendrait d’autres occasions rares pour les découvrir. J’ai déjà grande hâte à exécuter ce nouveau « mandat » à la manière de Sofronia. Rencontrer des gens et des livres.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le port du masque prolongé dans les foyers, hôpitaux et transports

TORONTO – Le gouvernement donne une suite favorable à la recommandation du médecin-hygiéniste et maintient les exigences de port du masque dans certains milieux intérieurs à risque élevé jusqu’au 11 juin prochain.

Le masque devra ainsi être porté les transports en commun, les hôpitaux, les cabinets de médecins, les cliniques de soins de santé, les laboratoires, les centres de collecte de prélèvements et les soins à domicile et en milieu communautaire. Les foyers de soins de longue durée, les maisons de retraite et les refuges sont aussi concernés par cette mesure de santé publique.

Cette décision intervient après que le Dr Kieran Moore ait signifié la semaine dernière sa préférence pour repousser l’échéance initialement prévue ce 27 avril, en raison de la sixième vague de COVID-19.

La ministre Elliott semblait aller dans le même sens au moment d’une annonce faite à la mi-journée, ce vendredi.

« Continuer à respecter les exigences en matière de port du masque et rester à jour en ce qui concerne la vaccination contre la COVID-19 sont les meilleurs moyens de prévenir la transmission et de protéger nos amis, nos familles et nos communautés », a fait valoir le Dr Kieran Moore.

Au-delà du 11 juin, le ministère publiera des orientations sur les recommandations en matière d’équipement de protection individuelle pour la prévention et le contrôle des infections dans les établissements de soins de santé.

Plus de 1500 personnes sont actuellement hospitalisées en Ontario, un chiffre en légère baisse. Dans le même temps, plus 4600 nouveaux cas quotidiens ont été déclarés auprès de la santé publique.

La province a par ailleurs élargi l’admissibilité à la quatrième dose de vaccin et aux traitements antiviraux, notamment le Paxlovid et le Evusheld, un anticorps pour les personnes immunodéprimées qui ne sont pas positives à la COVID-19 au moment de l’administration, en cours d’acheminement en Ontario. Après deux injections à dose unique, le traitement offre une protection pendant six mois.

Jour de la Terre : le secteur agricole sera toujours vulnérable aux conditions météorologiques

En Ontario, il existe plus de 50 000 fermes, selon le dernier recensement sur l’agriculture de Statistique Canada. L’Ontario, c’est aussi la moitié des terres agricoles — de la plus haute qualité (classe 1) — du Canada. Toutes ces fermes ont un point en commun : vivre au gré du temps.

La production agricole de l’Ontario

Le paysage agricole de l’Ontario est vaste et diversifié. De nombreuses fermes commerciales de volailles, porcins, bovins laitiers et de viande jalonnent nos contrées. La culture du soja (majoritaire dans la région), le maïs et le blé ainsi que plusieurs légumes, fruits et fleurs poussent de façon satisfaisante dès la saison entamée. Néanmoins, ce portrait verdoyant renferme de nombreux défis.

Selon l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), « l’agriculture primaire contribue à hauteur de 8,5 milliards de dollars au PIB de l’Ontario ». Un montant qui révèle l’importance du secteur. C’est pourquoi il est devenu nécessaire de protéger les terres agricoles.

Ces terres, « sont une ressource limitée et non renouvelable qu’il faut protéger, et à l’instar des autres secteurs, l’agriculture doit bénéficier d’un soutien pour continuer d’améliorer ses pratiques », rappelle l’UCFO dans son rapport Les priorités de l’UCFO, visant les élections provinciales 2022.

La relève et la main-d’œuvre manquent à l’appel

Véronique et Francis Dupont, de la ferme Alfran à St-Bernardin, admettent que l’agriculture n’est pas un domaine facile et qui a son lot de défis. Leur ferme de production principalement laitière est de taille moyenne. Leur 350 acres, où ils cultivent du soja, maïs, blé et foin, sont en grande partie destinées à leurs vaches.

Pour eux, « il faut investir dans la relève et faire connaître ce domaine aux plus jeunes. Tous les jours, des exploitants doivent lâcher ou vendre leurs parcelles ».

Elle reprend : « Faute de relève, on voit les géants de l’agriculture prendre la place. »

D’après l’UCFO, il faut encourager l’entrepreneuriat de la relève. « La valeur moyenne de terres agricoles en Ontario a augmenté de 22,2 % en 2021. Cela impose un fardeau d’endettement irréaliste pour la relève. »

Véronique et Francis Dupont. Gracieuseté

Le prix des terres agricoles en Ontario est trois fois plus important que la moyenne canadienne. Ce que confirme Véronique, pour qui, la compétition est rude, « c’est compliqué d’accéder à de nouvelles terres ».

Statistique Canada, révèle dans son dernier recensement que l’âge moyen des exploitants est de 55 ans. Sur plus de 70 000 exploitants agricoles en Ontario, seulement 5 % sont âgés de moins de 35 ans.
 
À cela, s’ajoute le besoin en immigration, là aussi au cœur des débats sur l’agriculture. Pour Danik Lafond, directeur général de l’UCFO, « d’ici 2025, l’Ontario aura besoin de pourvoir 46 600 postes agricoles, soit 38 % de l’ensemble de la main-d’œuvre agricole requise ». L’immigration de cultivateurs s’en vient vitale et « la pandémie n’a pas facilité l’arrivé des travailleurs étrangers », rajoute Véronique Dupont.
 
Pourtant, nous avons constaté l’importance de l’agroalimentaire et des produits locaux durant la pandémie. M. Lafond soutient qu’« il faut devenir plus souverain dans nos exportations, on est capable de produire de nombreux aliments sur notre territoire. »

Le réchauffement climatique, ce long coup de grâce

En mai 2021, l’Ontario vivait une gelée tardive. « Dans notre région, nous avions commencé la saison des semences assez tôt, le blé était même rendu haut et le maïs avait été planté de bonne heure. De nombreux cultivateurs ont dû ressemer le maïs à cause de cette gelée inattendue. Les rendements n’étaient pas au maximum. »

Pour Danik Lafond, ces variations climatiques sont de mauvais augures, les redoux en janvier peuvent être catastrophiques. Il nous explique qu’« en octobre, nous plantons le blé d’automne, capable de survivre à des températures froides. Ce blé protège les sols, car c’est une couverture végétale. Il survit et reprend vie dès le printemps. Le problème maintenant, c’est que les redoux font fondre la neige, qui isolait les cultures. Mais lorsque la neige fond ou s’il pleut, l’eau gèle par la suite et c’est là, que les cultures brûlent. »

Danik Lafond et sa famille. Gracieuseté

Comme la jeune fermière l’explique, chaque année l’agriculture joue à la loterie. Le réchauffement climatique apporte des intempéries désastreuses, mais aussi de bonnes surprises.

« Dernièrement, on a eu des automnes beaucoup plus chaud, ce qui nous a permis de tirer un peu plus sur nos récoltes et d’avoir plus d’unités thermiques. On ne pouvait pas faire ça, 15 ou 20 ans en arrière. »
 
La ferme Alfran est alerte sur les prévisions météorologiques. « L’angle noir de tout agriculteur, c’est la météo. C’est un enjeu, puisqu’on doit souvent s’adapter et s’assurer le moins de risque possible. »

Dernièrement, la famille Dupont renouvelait ses tracteurs afin de minimiser son impact sur l’environnement, « il nous fallait des machines moins polluantes, c’est une réelle préoccupation pour nous ». 

« On essaie d’avoir un impact moindre. En utilisant l’engrais naturel de nos vaches, on s’affaire à moins utiliser d’herbicides et on fait beaucoup de rotations de cultures ce qui est bon pour le sol. »

En effet, les rotations de cultures diversifiées permettent d’augmenter les rendements, d’améliorer la santé des sols et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. On observe un renforcement du carbone du sol, ce que soutient Danik Lafond, puisque « la monoculture est dommageable pour les terres agricoles ».

L’agriculture subit les changements climatiques depuis très longtemps. Mais ces trois dernières années semblent avoir été éprouvantes pour le secteur. La pandémie a ralenti certaines productions, le manque de main-d’œuvre, l’absence de programme pour s’assurer une relève et l’inflation qui perturbe le domaine. En cette journée de la Terre, il semble bien évident que de nombreux défis se dressent encore face au monde agricole, pourtant vital.