Un sondage donne le parti de Doug Ford vainqueur des élections, talonné par les libéraux

La chasse aux sondages au vu des élections provinciales qui se tiendront le 2 juin prochain pour élire les 124 membres de la 43e législature de l’Ontario est ouverte. Une enquête de l’institut Abacus Data publiée ce 21 avril donne, sans grande surprise, le Parti progressiste-conservateur gagnant, talonné néanmoins par les libéraux.

Menée auprès de 1 500 électeurs admissibles et s’étalant sur une période allant du 14 au 19 avril, cette enquête prédit la victoire pour le parti du premier ministre actuel, Doug Ford.

En effet, lorsque les sondeurs ont demandé aux participants pour quel parti voteraient-ils si les élections avaient eu lieu aujourd’hui, 36 % d’entre eux ont dit vouloir voter pour le Parti progressiste-conservateur (PPC). Cependant, ce dernier est talonné par le Parti libéral (PLO) pour lequel les répondants s’engagent à hauteur de 32 %, suivi du Nouveau Parti démocratique (NPD) avec 23 %.

Intentions de vote pour les prochaines élections provinciales de l’Ontario. Source : Abacus Data

Quant au Parti vert, il se positionne loin derrière avec 6 %, alors que 4 % des personnes interrogées donneraient leur voix à un autre parti.  

Toutefois, ces prédictions ne sont pas forcément en adéquation avec leurs intentions de vote, et ce dans la mesure où 37 % pensent que c’est le PPC qui va gagner contre seulement 26 % pour le PLO et 12 % pour le NPD. En revanche, 24 % ne peuvent se prononcer sur l’issue effective des élections.

Au niveau régional, le sondage prévoit les conservateurs en tête dans l’Est de l’Ontario, le Sud-Ouest, le Nord et la région du Grand Toronto et de Hamilton, tandis que les libéraux se distinguent davantage dans la région métropolitaine de Toronto. 

Intentions de vote pour les prochaines élections provinciales de l’Ontario par région. Source : Abacus Data

Coût de la vie, logement et santé, pierre angulaire de ces élections

Du côté des enjeux qui risqueraient de changer la donne le 2 juin prochain, ce sont les problèmes du logement, de la cherté de la vie et des soins de santé qui reviennent le plus sur les lèvres sondées.  

La moitié des Ontariens questionnés a indiqué qu’en premier lieu c’est la réduction du coût de la vie qui aura une incidence sur la couleur de leur bulletin de vote. L’accessibilité au logement et son abordabilité viennent en deuxième place, suivies de l’amélioration du système de santé.  

Ce résultat est on ne peut plus logique puisque les prix à la consommation n’ont eu de cesse d’augmenter dans le pays où l’inflation a atteint 6,7 %, alors que celle de l’Ontario avoisine les 7 %, marquant ainsi une hausse record en 31 ans.

Le statut vaccinal s’invite dans l’équation

Par ailleurs, si l’âge des votants continue de jouer un rôle considérable vis-à-vis de l’intention de vote, car plus on est âgé plus on est susceptible de voter bleu, un nouvel élément semble également avoir son petit effet. Il s’agit du statut vaccinal qui, selon ce sondage, paraît aussi être corrélé avec l’intention de vote.

Intentions de vote pour les prochaines élections provinciales de l’Ontario par statut vaccinal. Source : Abacus Data

On y trouve par exemple que les citoyens qui ont reçu une dose ou moins du vaccin contre la COVID-19 sont plus enclins à voter pour le PPC, alors que ceux qui ont eu deux injections pencheraient plus pour le parti libéral. Pour preuve quantifiée, 15 % seulement des individus interrogés ayant eu une dose ou moins voteraient pour les libéraux alors qu’ils sont 37 % à vouloir le faire pour ceux qui ont reçu deux doses.  

Cela dit, il faut prendre ces résultats avec des pincettes, car un sondage, quel qu’il soit, est loin d’être une science exacte, surtout lorsque la taille de l’échantillon de base est peu représentative comme c’est le cas ici.

En effet, le poids statistique des 1 500 individus pris en compte dans ce sondage est faible au regard de l’ensemble de la masse électorale réelle qui est estimée par Élections Ontario à 10,7 millions de personnes admissibles à voter lors de ces prochaines élections.

Musique, marionnettes et concerts : la semaine s’annonce créative

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Un nouveau son pop urbain, des marionnettes débrouillardes, sur les traces d’une aviatrice américaine et de ballades d’amour en sonorités jazz, cette semaine s’annonce créative au sein de la francophonie ontarienne!

Musique

Nouvel extrait du rappeur FLOFRANCO

LeFLOFRANCO lance son nouvel extrait #LevelUp. Quelques mois après la sortie de son extrait Noirceur absolue en février, FLO continue de nous en faire voir de toutes les couleurs à travers ce nouveau titre digne de liste d’écoute d’été. Mélangeant à la fois afrobeats et style pop urbain, il est clair que son album prévu pour l’automne prochain sera représentatif de sa versatilité musicale. Un vidéoclip pour cette même chanson est maintenant disponible sur sa chaîne YouTube.

LeFLOFRANCO. Crédit image : Freshh Anderson.

Écoutez la chanson #LevelUp dès maintenant en numérique sur Spotify, Deezer et Apple Music.

Théâtre

Portrait de jeunesse sénégalaise en spectacle de marionnettes

Le Théâtre française de Toronto et l’Alliance française de Toronto co-présentent le spectacle de marionnettes Petit bout de bois de la compagnie sénégalaise Djarama coproduit avec Le Tas de Sable – Ches Panses Vertes. Cette pièce dédiée aux jeunes de 8 à 12 ans raconte la vie des enfants des rues au Sénégal, soulignant leurs capacités débrouillardes, mais surtout leur résilience face à leurs difficultés du quotidien.

Le spectacle Petit bout de bois. Source : Théâtre français de Toronto.

Assistez au spectacle de marionnettes Petit bout de bois le 24, 25 et 27 avril au Théâtre français de Toronto. Achetez vos billets ici pour réservez vos places.

Traduction de Ever Falling Flight du dramaturge sudburois Matthew Heiti disponible en librairie

Texte à la fois fictif et historique de la vie de la célèbre aviatrice américaine Amélia Earhart, l’adaptation française, Aéroportée, est maintenant disponible en librairie. Présentée sur scène au Théâtre du Nouvel-Ontario plus tôt ce mois-ci par Miriam Cusson, artiste et dramaturge du Nord de l’Ontario qui a interprété le rôle de l’aviatrice, cette libre traduction du texte en français nouvellement disponible nous donne à nouveau une occasion de plonger dans la version francophone avec la lentille féministe de Cusson.

Aéroportée de Matthew Heiti. Source : Éditions Prise de parole.

Le texte Aéroportée de Matthew Heiti est disponible dès maintenant en librairie.

Concert

Parler d’amour avec Nicola Ciccone

Le chanteur polyglotte qui a eu des succès radio avec ses ballades d’amour comme J’taime tout court et Ciao Bella apparaîtra en concert cette fin de semaine au Pavillon Bonnie Glen. Organisé par le Centre culturel Les Trois p’tits points, fans du chanteur italien découvriront les chansons de son 13e opus Gratitude présenté pour une première fois en présentielle en territoire ontarien depuis sa sortie en septembre 2021.

Le chanteur Nicola Ciccone. Crédit image : Laurence Labat.

Assistez au concert du chanteur Nicola Ciccone le vendredi 22 avril à 20h au Pavillon Bonnie Glen. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Concert

Lorraine Klaasen : les sons de l’Afrique Du Sud à Toronto

Vous la connaissez peut-être comme la fille de la légendaire chanteuse de jazz sud-africaine, la regrettée Thandi Klaasen mais, tout comme sa mère, Lorraine Klaasen a tracé sa propre voie dans le monde de la musique au Canada, et ailleurs. Parmi ses nombreux succès, Lorraine a remporté en 2013 le Prix Juno pour son album Tribute to Miriam Makeba et a chanté devant l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, lors de sa tournée au Canada. Le concert, qui est présenté en collaboration avec le Batuki Music Society et l’Alliance française de Toronto, offrira une soirée remplie de nouvelles et ancienne musique, en plusieurs langues, qui ont défini cette artiste.

La chanteuse Lorraine Klaasen. Crédit image : Pierre Arsenault.

Assistez au concert de la chanteuse Lorraine Klaasen le samedi 23 avril à 21H à l’Alliance française de Toronto. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Testé positif à la COVID-19, Moonfruits annule son prochain concert

Le duo art-folk ottavien Moonfruits a été testé positif à la COVID-19 alors qu’il se préparait à livrer une performance au Ottawa Grassroots Festival ce vendredi à la salle St-Andrews Church.

« C’est sûr que c’est une déception mais ce n’est jamais complètement inattendu vu le contexte. On a toujours en tête que les choses peuvent changer à la dernière minute », confie l’artiste Kaitlin Milroy en entrevue avec ONFR+.

Elle espère revenir sur scène prochainement avec son partenaire et complice Alex Millaire.

Fondé en 2013, Moonfruits performe tant en français qu’en anglais, se produisant en Amérique du Nord et en Europe. « On se sentait chanceux de trouver quelqu’un avec qui on aimait chanter. On adorait pouvoir faire des harmonies ensemble. Ça a rapidement évolué en écrivant des chansons et faisant des spectacles », se souvient Kaitlin Milroy.

On doit deux albums à Moonfruits, un troisième étant sur le point de sortir. Un premier single sera disponible à partir du 29 avril. « Des nouveaux morceaux, c’est le début d’une conversation qu’on a avec le public », raconte le chanteur Alex Millaire.

Le concert de vendredi était justement l’occasion de présenter les nouveaux titres. La réception d’une œuvre fait également partie du processus créatif considérant que l’interprétation du public conditionne en partie la vision de l’artiste pour sa propre création.

« Il y a toujours un élément de pas trop savoir ce qu’on fait. C’est comme préparer un cadeau pour quelqu’un. On ne sait pas quel rapport cette chanson va avoir avec le public. On peut se dire « c’est une chanson triste » puis tout le monde danse et éclate de rire alors finalement peut être pas », renchérit Alex Millaire.

Bien que la pandémie a empêché le duo de pouvoir jouer à Ottawa vendredi, elle a cependant aidé le groupe malgré elle. « Ça a été un drôle de moment, car on était sur le point d’enregistrer un album », relate Alex Millaire en entrevue avec ONFR+. « On a soudainement eu plein de temps devant nous et le projet est passé de cinq à 12 chansons. On a vraiment mis le paquet. C’est l’album le plus complet qu’on a produit », affirme-t-il.

Le folk franco-ontarien, un héritage interdit?

Le folklore demande d’aller puiser dans les anciennes chansons traditionnelles puis de les remettre au goût du jour. En Ontario français, l’héritage culturel est plus difficile à aller chercher, selon le duo, en raison des politiques de répression anti-francophones adoptées au début du 20e siècle, dont le fameux règlement 17 qui interdisait l’enseignement en français à l’école.

« Mon père m’expliquait qu’à l’école, il y avait la vraie leçon sur le tableau de fond puis il y avait la leçon en anglais sur le tableau à roulettes que l’on mettait en avant du fond si un inspecteur venait. Les gens pouvaient perdre leur emploi ou même aller en prison pour enseigner en français », rappelle Alex Millaire.

Ainsi, les parents d’Alex Millaire ne lui ont pas partagé beaucoup de chansons traditionnelles parce qu’ils ne les ont pas appris à l’école.

« Deux générations de ce qui a fini par être essentiellement un génocide culturel en Ontario a beaucoup appauvri le stock de chansons et d’histoires francophones sur lesquelles on peut tirer. On cherche à reprendre cet héritage qui quelque part nous a été volé », continue-t-il.

« Le génocide culturel en Ontario a appauvri les chansons traditionnelles dont on peut s’inspirer » – Alex Millaire

De son côté, Kaitlin Milroy est une anglophone francophile qui dit adorer composer de la musique et écrire de la poésie dans la langue de Molière. « Les langues sont comme des portails. C’est très important d’y être ouvert », affirme-t-elle.

Reconnaissante à la communauté franco-ontarienne qui l’a accueillie à bras ouverts, elle soutient qu’elle ne se verrait pas vivre sans le français depuis que cette langue est entrée dans sa vie.

Moonfruits prépare la sortie de son nouvel album aux alentours de septembre 2022. Un spectacle cet été est également prévu mais rien n’est encore officiel.

Paul Savoie et Éric Mathieu lauréats du Prix Champlain

Les auteurs franco-ontariens Paul Savoie et Éric Mathieu ont respectivement remporté le Prix Champlain dans la catégorie adulte et le volet jeunesse. Décerné par le Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC), le prix vise à mettre en valeur la qualité littéraire provenant d’auteurs issus des diverses communautés francophones du Canada.

« Félicitation à tous les finalistes et aux organisateurs qui travaillent à la vitalité de la francophonie partout au pays! », a lancé la ministre québécoise responsable des relations canadiennes et de la francophonie canadienne, Sonia Lebel.

Prix Champlain adulte : Paul Savoie

Originaire de Saint-Boniface au Manitoba, Paul Savoie a déjà remporté le Prix Champlain en 2013 avec son recueil de nouvelles Dérapages. Il est aujourd’hui récompensé pour son recueil de poèmes Ce matin publié aux éditions David.

« C’est une œuvre qui témoigne d’une grande maîtrise de l’écriture poétique, une écriture fine et personnelle. L’auteur a le sens du mot juste et joue des sonorités pour créer un rythme qui épouse ses propos et sa réflexion sur la vie, l’écriture et le renouveau », explique le jury.

L’auteur se mérite donc une bourse de 3000 $ et une résidence d’auteur d’un mois à la Maison de la littérature de Québec, située au cœur du Vieux-Québec.

Lauréat jeunesse : Éric Mathieu

Professeur à l’Université d’Ottawa, Éric Mathieu s’est également mérité une bourse de 3000 $ et partira en tournée dans les écoles organisée par Communication-Jeunesse. Son livre Capitaine Boudu et les enfants de la Cédille (Éditions L’interligne) lui a déjà valu le Prix du livre d’enfant Trillium 2021.

« Avec ce titre, Éric Mathieu réussit à construire un univers bien ficelé et rempli d’humour qui aborde avec brio la thématique de la diversité linguistique », s’est exprimé le jury.

L’auteur en est à son troisième roman après Les suicidés d’Eau-Claire (2016) et Le goupil (2018).

Éric Mathieu lors de la cérémonie du Prix Champlain. Capture d’écran

Finalement, le jury a souligné avec une mention spéciale l’œuvre de Soufiane Chakkouche pour son roman Zahra publié aux éditions David.

« Merci au personnage de Zahra qui m’a longtemps habité avant que je couche son histoire sur le papier », a-t-il déclaré.

Soufiane Chakkouche. Capture d’écran

La nomination de Mary Simon est-elle juridiquement invalide?

La récente décision des tribunaux d’invalider la nomination de Brenda Murphy, une unilingue anglophone, comme lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick soulève une question. La nomination de Mary Simon est-elle aussi révocable? Oui, selon des experts. Basé sur cette récente décision, le poste de gouverneure générale pourrait aussi être sujet à une révision judiciaire, croient-ils.

« Maintenant, on voit qu’il semble y avoir une façon de démontrer qu’il y a effectivement quelque chose qui ne va pas dans la nomination de Mme Simon. Il y a facilement un lien à faire entre les deux », évoque le professeur associé de l’École d’affaires internationales Norman Paterson de l’Université de Carleton, Philippe Lagassé.

La question se pose selon Stéphanie Chouinard qui évoque le projet de loi de Alexandrine Latendresse en 2013 qui avait rendu obligatoire le bilinguisme de dix postes clés de la fonction publique.

« Pourquoi le poste de gouverneur général ne devrait-il pas être bilingue? » interroge la professeure au Collège militaire royal du Canada à Kingston. « Au contraire des élus ou des ministres, les hauts fonctionnaires comme la gouverneure générale ne peuvent pas être remplacés dans leurs fonctions au jour le jour. C’est justement un des éléments soulevés par la décision de la juge Dewar. »

La semaine dernière, la Cour du Banc de la Reine du Nouveau-Brunswick a tranché en faveur de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Le gouvernement Trudeau avait manqué à ses obligations linguistiques et constitutionnelles en ne nommant pas quelqu’un de bilingue à ce poste en 2019.

La lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, Brenda Murphy, dont la nomination a été jugée invalide par les tribunaux la semaine dernière. Source : Facebook gouvernement du Nouveau-Brunswick

Nommée gouverneure générale en 2021, dans la foulée des découvertes de tombes dans des pensionnats autochtones du pays, Mary Simon parle l’anglais et l’inuktitut, mais pas le français.

« Il y a des liens très évidents selon moi, pense le professeur de droit à l’Université de Moncton, Érik Labelle Eastaugh. Le cadre juridique applicable dans les deux cas est presque identique. La seule différence est qu’il y a une disposition de la charte qui s’applique uniquement au Nouveau-Brunswick et pas au fédéral. C’est l’article 16.1 de la Charte. Ça reconnaît l’égalité des deux communautés linguistiques sur le plan collectif. »

Une décision « exagérée »

Philippe Lagassé estime que la juge en chef Tracey Deware est allée trop loin en soulignant le droit au Néo-Brunswickois d’avoir un service dans les deux langues officielles.

« Elle prend ça pour dire que la personne du lieutenant-gouverneur va à l’encontre de la Charte si elle n’est pas capable de parler à un citoyen. C’est une lecture de la Charte tellement englobante et exagérée (…). Elle va dans n’importe quelle direction dans sa décision. C’est exagéré et c’est très possible qu’une autre Cour tranche différemment », estime le spécialiste du système de Westminster.

Ce dernier croit que la juge aurait pu rendre la même décision, mais en soulignant le fait que ça va à l’encontre de la constitution et non la Charte canadienne des droits et libertés. Il rappelle que les dispositions du bilinguisme canadien et celles du Nouveau-Brunswick sont assez similaires.

« Essentiellement, elle dit que ça va contre les droits de la personne du Nouveau-Brunswick, mais pas contre ceux des Canadiens d’avoir une gouverneure générale bilingue… Ça veut dire que dans un cas les citoyens du Nouveau-Brunswick ont un droit de la Charte d’avoir un lieutenant-gouverneur bilingue, mais que dans l’autre ils n’ont pas le même droit pour la gouverneure générale du Canada. Ce n’est pas logique et c’est absurde. »

La gouverneure générale Mary Simon
La gouverneure générale Mary Simon. Crédit image : Sgt Mathieu St-Amour, Rideau Hall Source : Bureau du secrétaire du gouverneur général / gg.ca

Selon Érik Labelle Eastaugh, il n’est pas rare de voir les avocats du gouvernement formuler des recommandations juridiques assez restreintes au niveau linguistique. Ça pourrait avoir été le cas lorsque Justin Trudeau avait recommandé la nomination de la première autochtone à cette fonction au Bureau du Conseil privé.

« Toute la question est de savoir quand le premier ministre recommande quelqu’un pour le poste, est-ce qu’il doit formuler une recommandation conforme à la Charte? C’est ça le débat. Le gouvernement a prétendu que le bureau du premier ministre n’était pas assujetti à la Charte, mais la Cour a rejeté cet argument-là », explique le juriste.

Vers une contestation?

Le choix de Justin Trudeau en 2021 avait généré près de 1300 plaintes au Commissariat aux langues officielles. Le commissaire Raymond Théberge avait statué que la nomination n’avait pas enfreint la Loi sur les langues officielles. Mais le récent développement pourrait augmenter les chances de voir le dossier devant une instance judiciaire.

« Ça pourrait encourager des individus ou des organismes compte tenu des arguments mobilisés par la Cour du Banc de la Reine. Cela dit, ça pourrait mettre les organismes de la société civile francophone dans l’embarras, car la nomination de Mme Simon avait été célébrée », rappelle Stéphanie Chouinard.

Un appel du gouvernement Trudeau dans le dossier de Mme Murphy serait bénéfique, évoque le professeur Lagassé. Ça pourrait même influencer, en plus de la gouverneure générale, la nomination d’autres postes de la fonction publique comme les juges de la Cour suprême.

« Si on suit la logique de la juge, j’ai de la misère à comprendre comment n’importe quelle institution au fédéral peut-être unilingue. »

Le gouvernement Trudeau a un mois pour signaler son intention de porter la cause en appel.

Rougeneck, une comédie identitaire pour les Franco-Ontariens

OTTAWA – Suspendu à l’apport de nouveaux fonds, le tournage d’un film lié à la communauté pourrait prochainement voir le jour. Son réalisateur espère trouver une issue pour mener à bien son projet, intitulé Rougeneck et qui prendra la forme soit d’un long-métrage, soit d’une production audiovisuelle. Il a dévoilé une bande-annonce pour convaincre d’éventuels investisseurs et donateurs.

En 2015, une idée bien cocasse surgit de la tête de Nathan Estabrooks. Écrire un projet à l’image des Franco-Ontariens, des bilingues et de la relation entre les francophones et les anglophones. Une incubation d’idées en lien avec son expérience personnelle mais aussi de celle de Ben Hoksyn, le coproducteur.

Marié à une Franco-Ontarienne et avec des enfants franco-ontariens, le réalisateur dit avec grande fierté : « À la maison c’est le français, je suis une Anglo-franco-ontarien! »

Nathan Estabrooks, réalisateur. Gracieuseté

Définitivement un allié de la francophonie, il nous raconte que, sans le français, il aurait été difficile d’entretenir des liens avec sa belle-famille et sa belle-mère, « elle ressemble beaucoup au personnage d’Edith dans Rougeneck ». Il reprend : « Elle m’a aidé et m’a fait sentir le bienvenu dans les deux langues. Et c’est là que le concept est né, un anglophone adopté par une famille francophone ». « Après tout on habite Vanier! », renchérit-il.

La drôle de cohabitation anglo-franco

Le projet cinématographique de Rougeneck se déroule à Vanier et met en scène les Rioux, une famille franglaise. Nathan Estabrooks explique notamment : « Ce qui m’a frappé c’est que les gens de Vanier parlent français et anglais dans la même phrase, c’est propre à cet endroit. »

C’est ainsi que Nathan Estabrooks et Ben Hoskyn ont senti que ce projet – en plus d’être un portrait de leur quotidien serait aussi une opportunité de représenter cette population. « J’ai senti que cette partie des Franco-Ontariens avait besoin de représentation et que ça pourrait peut-être aider aussi », poursuit Nathan.

Dans l’œil de la caméra de tournage : la famille Rioux. Gracieuseté

Les deux producteurs se réjouissent du nombre de retour positif concernant ce projet. « Nous prenons cela très au sérieux. Puis, si ça touche les gens de notre région, c’est peut-être aussi l’histoire des Franco-Ontariens ou bilingue de Sudbury ou de Thunder Bay. Je pense qu’il y a de la demande dans notre région. »

Dans l’équipe du tournage, nous retrouvons d’ailleurs des acteurs francophones, anglophones et bilingues même si la majorité se veut francophone. Un casting fidèle au projet.

Un long métrage ou une production télévisuelle

« Évidemment pour faire notre production nous avons besoin de demander des fonds et nous l’avons fait auprès d’Ontario création. »

Ben Hoskyn, précise que Rougeneck n’est pas un projet excessif. « Notre budget est modeste et Ottawa coûte bien moins cher que Toronto, mais nous sommes toujours à la recherche de subventions. »

Le scripte rédigé en 2015 a eu l’aide de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO) et d’Ottawa Bilingue, pour réaliser la bande-annonce.

« Cette bande-annonce est essentiellement une tentative d’attirer des fonds pour réaliser le long métrage ou la production télévisuelle, j’aime l’idée de télévision ou web-série », explique Nathan Estabrooks.

Pour Ben Hoskyn, « cette histoire pourrait être déclinée en tellement de façons, les personnages sont si variés, nous chercherons des investissements pour aller plus loin, c’est sur ». Le projet Rougeneck n’est qu’aux prémices de son élaboration, une réalisation prometteuse, qui sans aucun doute contribue au rayonnement de la francophonie.

Jean-Gilles Pelletier nommé directeur général de la Place des Arts de Sudbury

SUDBURY – À quelques jours de l’inauguration officielle de la Place des Arts, l’ancien directeur général du Commissariat aux services en français, Jean-Gilles Pelletier, a été nommé directeur général, succédant ainsi à Léo Therrien.

L’annonce a été faite via un communiqué de la Place des Arts de Sudbury un peu plus tôt aujourd’hui. Le nouveau directeur entamera son mandant le lundi 25 avril, soit quelques jours avant l’ouverture officielle de la Place des arts, le vendredi 29 avril.

Son prédécesseur, Léo Therrien, avait pris sa retraite le 1er avril, laissant planer le doute sur son renouvellement à la fin de longs travaux de construction qui avaient débuté en août 2019.

Diplômé de sociologie et sciences politiques à l’Université Laval, à l’Université Simon Fraser et à l’Université de Toronto, M. Pelletier a une longue liste d’accomplissements à son actif.

Ancien directeur général de l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario et de la Société Santé en français, M. Pelletier a également occupé les fonctions de directeur général du Commissariat aux services en français, avant son élimination sous sa forme indépendante et son transfert sous le bureau de l’ombudsman.

Il a par ailleurs été vice-président, Investissements communautaires, à la Fondation Trillium de l’Ontario et directeur au Conseil des ministres de l’Éducation du Canada, en charge de l’administration et des langues officielles.

Jean-Gilles Pelletier arrive ainsi aux commandes du tout premier centre artistique multidisciplinaire dans le Nord-Est de la province. Cet édifice polyvalent au cœur de la ville abritera une salle de spectacle, une galerie d’art contemporain, un studio multifonctionnel, un bistro et des espaces de bureaux. Ce foyer d’art contemporain et de culture pour les francophones de la région doit générer près de 7 millions de dollars de retombée économique chaque année sur le PIB local.

Réactions positives

Le président du conseil d’administration de la Place des Arts du Grand Sudbury, Alain Richard, s’est déclaré « content d’accueillir Jean-Gilles dans la grande famille de la Place des Arts. Il possède une feuille de route impressionnante, ayant occupé pendant plus de vingt-cinq ans des postes de haute direction dans les secteurs public et communautaire ».

Ayant réagi via Twitter, l’ex-commissaire François Boileau, dont M. Pelletier relevait directement durant son mandat au Commissariat aux services en français de janvier 2016 à juillet 2019, qualifie ce choix de « fantastique » tout en ajoutant ne pouvoir « imaginer meilleur candidat pour diriger ce nouvel endroit de rassemblement si important pour la communauté et la vie artistique de Sudbury. »

De son côté, le Centre francophone de Toronto, au sein duquel M. Pelletier a œuvré pendant dix ans de juillet 1997 à mai 2008, a qualifié la nomination de son ancien directeur général d’« excellente nouvelle ».

Interrogée par ONFR+, celle qui lui a succédé comme directrice générale, Florence Ngenzebuhoro, souligne l’engagement de son prédécesseur : « C’est vraiment grâce à lui que le centre a pris son envol au départ, en créant de nouveaux programmes de la petite enfance, d’établissements des nouveaux arrivants, de santé mentale. »

Rappelons que M. Pelletier était à l’origine de l’importante fusion du Centre francophone avec le Centre médico-social communautaire afin de devenir un centre proposant plusieurs services (emploi, aide juridique, santé, activités culturelles etc…). Elle rajoute également que « le Centre francophone de Toronto a hâte de collaborer avec la Place des Arts de Sudbury ».

Article mis à jour lundi 18 avril à 16h53.

Ces Franco-Ontariens qui quittent la province à cause du prix de l’immobilier

La situation devient intenable pour beaucoup d’Ontariens désireux de faire l’acquisition de leur premier bien immobilier ou simplement d’avoir plus d’espace de vie, sans se saigner pour ce faire. Certains Franco-Ontariens choisissent même d’aller s’installer dans d’autres provinces où la maison de leurs rêves est largement plus abordable.

« J’ai habité en Ontario toute ma vie, majoritairement dans l’Est de la province. On a décidé de déménager à Québec l’année dernière à cause du logement. Les prix et la tendance haussière étaient décourageants pour un jeune couple comme nous qui souhaitait se procurer une maison », raconte Nicolas Daoust, ce courtier immobilier.

Les témoignages se suivent et se ressemblent dans ce sens. Des Franco-Ontariens préfèrent quitter l’Ontario pour d’autres provinces telles que le Québec ou le Nouveau-Brunswick où le coût d’un toit est jugé beaucoup plus accessible.  

« J’ai en partie quitté l’Ontario à cause du logement. Je préférais habiter seule et je n’avais pas les moyens de le faire en Ontario où je partageais un loyer avec une amie dans le quartier Vanier », fait savoir l’autrice Sonia-Sophie Courdeau qui habite actuellement à Gatineau, plus abordable. 

L’autrice Sonia-Sophie Courdeau. Crédit photo : Samantha Stewart

Impossible d’acquérir un premier bien, même en gagnant bien sa vie

La première cause de cette immigration interprovinciale réside dans la disproportion persistance entre la montée en flèche du prix de l’immobilier et celle, beaucoup moins marquée, des revenus.

En effet, à la fin 2021, le prix moyen d’un logement en Ontario était de 923 000 $ contre 329 000 $ dix ans auparavant, soit un bond de 180 % alors que le revenu moyen, lui, ne s’est bonifié que de 38 % durant la même période. 

Il en résulte que « l’acquisition d’une propriété est hors de portée de la plupart des acheteurs d’un premier logement de la province, même ceux qui occupent un emploi bien rémunéré », comme le mentionne le rapport du groupe d’étude ontarien sur le logement abordable publié en février dernier.

L’écart est d’autant plus important qu’« il n’y a pas si longtemps, les Ontariens travailleurs (enseignants, travailleurs de la construction, propriétaires de petites entreprises, etc.) pouvaient s’offrir le logement de leur choix », à en croire le même document.

Toutefois, certains malins voient en cette situation une opportunité en or plutôt qu’un exil foncier forcé. « Vendre dans un marché en super puissance et acheter dans des marchés moins achalandés, c’est ce qu’on a fait. On a récemment vendu notre maison à Aylmer près de London et, avec cet argent, nous avons acheté un terrain où on est en train de construire une maison et nous avons également acheté une autre maison à Saguenay au Québec, et tout ça sans avoir eu recours à l’hypothèque, vive le Québec », s’extase cet autre ancien Franco-Ontarien, Rene Bouchard.

Une véritable hémorragie

« Si les choses ne changent pas, d’ici deux à trois ans maximum, quand on aura notre deuxième enfant, on ne sera plus là, on sera probablement au Québec ou carrément en France. On aime bien vivre dans cette ville et du coup, partir c’est faire le deuil d’une vie qu’on aime bien. C’est un véritable crève-cœur parce que le prix du logement c’est vraiment la seule chose qui nous ferait fuir d’ici, et on n’est pas les seuls dans ce cas », regrette Marion Nguyen de Toronto.

Marion Nguyen, habitante de Toronto mais pas pour longtemps. Gracieuseté

Et d’ajouter : « Le problème c’est que même si vous gagnez bien votre vie, et c’est notre cas mon mari et moi, c’est très difficile d’acheter une maison ou un condo de trois chambres. Même si l’obtention d’un prêt immobilier peut s’avérer facile, l’apport du départ est énorme parce que les prix de ce genre de biens sont exorbitants. Qui a, à la trentaine, 500 000 $ à mettre dans l’apport, à moins d’être un riche héritier? »

Il est donc certain que le coût du logement qui constitue la première dépense des ménages ontariens est en grande partie responsable d’une véritable hémorragie. Résultat des courses, la province perd non seulement des habitants, mais aussi une population spécialisée, celle des francophones qui fait actuellement défaut dans beaucoup de secteurs d’activité.

Monique Aubry Frize, pionnière en ingénierie et militante pour l’égalité des genres

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Monique Aubry Frize est la première femme canadienne à obtenir un baccalauréat en sciences appliquées de l’Université d’Ottawa en 1966. Professeure spécialisée en génie électrique, elle devient en 1989 la première femme titulaire de la chaire des femmes en génie de l’Université du Nouveau-Brunswick. Elle a reçu plusieurs doctorats honorifiques et distinctions en reconnaissance de son importante participation dans les Sciences, Technologies, Ingénieries et Mathématiques (STIM). Le 8 mars dernier, elle s’est vu attribuer le prestigieux prix de l’affaire « personne », qui rend hommage aux Canadiens qui font progresser l’égalité des sexes.

« En tant que chercheuse et ingénieure dans le domaine biomédical, vous êtes l’autrice de nombreuses publications et avez collaboré à l’élaboration d’outils médicaux. Quelles sont les grandes avancées auxquels vous avez contribué?

J’ai participé à plusieurs projets, mais disons que mes réalisations étaient en lien avec des systèmes d’appui aux décisions cliniques. Ce qu’il fallait surtout faire, c’était d’aider au diagnostic dans les hôpitaux et prédire les complications. J’ai notamment travaillé sur le design d’un système d’intelligence artificielle pour les Unités néonatales en soins intensifs.

En 1971, j’ai travaillé à l’Hôpital Notre-Dame à Montréal, comme ingénieure biomédicale. J’ai aussi créé un outil pour les chirurgiens dans les années 70 et il a été breveté. Cela concernait la cause des brûlures durant les opérations chirurgicales via un outil en particulier.

J’ai également évalué le danger entre les simulateurs cardiaques et les interférences électromagnétiques. Puis, j’ai été chef de service dans sept hôpitaux de Moncton. C’était d’ailleurs une très bonne période pour moi.

Monique Frize dans son bureau à l’hôpital Dumont, Moncton, en 1989, Gracieuseté 

Vous êtes un modèle pour les femmes ingénieurs, et vous avez été très active dans la promotion des STIM auprès des femmes. Dans votre livre A Women Engineer – Memoirs of a Trailblazer, vous expliquez avoir fait face à des obstacles et barrières en tant que femme entrant dans une carrière non traditionnelle dans les années 1960. Plus de 50 ans après, quel est bilan faites-vous?

Quand j’ai commencé l’université en 1963 pour étudier le génie électrique, j’étais la seule femme pour 12 hommes dans la classe. J’ai effectivement compris très vite le problème. Beaucoup de filles s’entendaient dire « Vous ne pouvez pas faire du génie, c’est pour les garçons ».

À l’inverse des garçons étaient favorisés, pour des raisons pas vraiment valables. On a beaucoup découragé les filles.

Je me rappelle qu’en 2015 le lauréat britannique du prix Nobel de médecine, Tim Hunt, avait déclaré aux participants à la conférence, que les collègues féminines devraient travailler dans un environnement réservé aux femmes. Il disait : « Trois choses se produisent lorsqu’elles sont dans un laboratoire : vous tombez amoureux d’elles, elles tombent amoureuses de vous et lorsque vous les critiquez, elles pleurent. »

Les choses ont changé depuis, c’est certain, mais il y a encore beaucoup à faire. Et cela a été mon travail toute ma vie. Je crois avoir été toujours féministe, mais je ne le savais pas. J’ai toujours été une battante, surtout pour les femmes. Depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai voulu une justice et une égalité. Puis ça a toujours été ainsi dans ma famille : mon père s’est battu très longtemps pour les écrivains, les bibliothécaires et écrivains francophones.

Vous avez participé à un nombre conséquent de conférences dans le monde entier, de projets académiques, de chair… tout ça pour que la profession s’ouvre aux femmes. Et je cite Ursula Franklin que vous mentionnez à de nombreuses reprises « l’ingénierie doit s’ouvrir aux femmes et non l’inverse comme quoi les femmes doivent correspondre à l’ingénierie ».

La profession d’ingénieur a plus besoin de femmes, que les femmes n’ont besoin d’ingénierie. C’est très compliqué, car les ingénieurs, à mon époque, continuaient de faire la promotion masculine et machiste du domaine.

Les femmes qui viennent en ingénierie semblent venir de milieu social économique plus élevé que la moyenne. Les hommes semblent moins ouverts au changement, c’est peut-être lié à leur milieu social, il faudrait étudier cela. Cette culture se maintient malheureusement, car il n’y a pas assez de femmes. Une étude sociologique expliquait que c’est seulement avec un minimum de 30 % de femmes qui intègrent un domaine que l’on a des chances de voir du changement.

Mme Frize à Paris, février 1970. Gracieuseté

Ingénieur Canada a justement un programme qui s’appelle 30 en 30, qui a comme objectif de porter à 30 % le taux de femmes ingénieures d’ici 2030. Une autre chose, c’est qu’il faut plus de femmes professeurs, il faudrait être capable d’accélérer leur carrière.

Mais, trop de femmes ont voulu être acceptées par cette majorité d’hommes, celle qui dominaient l’univers de l’ingénierie. Elles ont participé de la mauvaise façon. Elles ont parfois écrit des articles très sexistes. Pas toutes les femmes bien sûr!

Quel est l’objectif du fonds d’Archives canadiennes des femmes en STIM que vous réalisez à l’Université d’Ottawa?

Nous l’avons lancé en 2014, et ce projet a pour objectif de rassembler, de localiser et de rendre accessible le plus grand nombre de documents historiques réalisés par des femmes à travers les siècles. On s’attache aux récits, recherches et même artefacts en science, technologie, ingénierie et mathématique. Ce sont plusieurs fonds documentaires qui pourront servir à enrichir les connaissances et à soutenir la recherche.

Ce projet a démarré avec Marina Bokovay qui est la cheffe des archives, puis avec Claire Deschênes, Ruby Heap et moi-même. Bien sûr, nous collaborons sur ce projet avec la Bibliothèque de l’Université d’Ottawa, Archives Canada et l’ Institut canadien pour les femmes en ingénierie et en sciences (CIWES). C’est un projet très important, car les femmes sont invisibles dans les livres qui parlent de la science et de l‘ingénierie. Ce fonds permettra aux historiens d’écrire l’histoire de ces femmes-là au Canada.

Les médailles de Mme Frize : l’Ordre du Canada, la Médaille du jubilé d’or et celle du jubilé de diamant. Crédit image : Steve Russel

On espère pouvoir étendre le projet. Mes recherches, soit plus de 60 boîtes, sont là-bas ainsi que celle de Claudette Mackay Lassonde, grâce au don de son mari. Au total, nous avons réussi à localiser plus de 400 documents de femmes à travers le pays.

Avez-vous des projets pour la suite?

Oui, j’ai commencé à écrire 200 pages sur l’histoire du CIWES et ses conférences qui ont commencé en 1964. C’est extraordinaire, car ces conférences ont débuté quand il y avait très peu de femmes en génie. On écrit ce livre ensemble avec Claire et Ruby, on espère le publier en novembre. Puis bien évidemment, j’ai des projets personnels d’histoires plus courtes, pour compléter ce que j’ai déjà écrit dans mes mémoires.

Auriez-vous des conseils à donner aux femmes?

J’ai eu beaucoup de soutien de mon fils et de mon mari. Cela m’a permis d’avoir la carrière que j’ai eue. Et une chose est sûre : les femmes doivent s’affirmer et avoir confiance en elle. J’ai toujours dit aux jeunes filles que je rencontrais, notamment dans les écoles : « Choisissez vos partenaires avec plus d’attention même, que votre carrière, car cela va vous permettre d’avoir une carrière. » Ce n’est pas une question de femme, c’est une question sociale et la contribution et la participation masculine est sûrement nécessaire. »

Portrait extrait de l’album des finissants de 1966. Source : Université d’Ottawa

LES DATES-CLÉS DE MONIQUE AUBRY FRIZE

1942 : Naissance à Montréal

1989 : Devient la première titulaire de la chaire universitaire pour les Femmes en ingénierie à l’Université du Nouveau-Brunswick

1993 : Nommée officier de l’Ordre du Canada

1997 : Devient titulaire de la chaire des femmes en science et ingénierie de l’Ontario

2002 : Cofonde INWES, un réseau mondial d’organisations de femmes en STIM

2007 : Nommée présidente du CIWES (Institut canadien pour les femmes en ingénierie et sciences)

2014 : Lancement des Archives canadiennes des femmes en STIM visant à développer un centre d’expertise pour documenter l’histoire des femmes qui y ont contribué.
 
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

De l’Afrique à l’Ontario, itinéraire d’un cœur déraciné

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, le récit d’immigrante de Rym Ben Berrah, francophone engagée.

[CHRONIQUE]

Oran, Algérie, cœur de récits de personnages tels que Albert Camus, Yves-Saint-Laurent et Yasmina Khadra. J’y vois le jour en 1990, en plein avènement de la « décennie noire », où le climat laissait installer la guerre civile algérienne. Mes parents avaient pris le pli d’immigrer pour les conditions de vie et moi j’ai appris à romancer l’exil. 

Ma mère en rit aujourd’hui. Elle me conte qu’elle a traversé la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, avec moi, emmitouflée dans un couffin. Assise dans ce train qui l’emmenait vers sa nouvelle vie où mon père l’y attendait depuis quelques mois, elle était entourée de soldats brandissant leurs armes noires luisantes sous le soleil de la Méditerranée. C’est comme cela, dans ce couffin du bled, que commence ma vie tunisienne, à peine âgée de quelques mois.

L’arrivée à Tunis d’une famille algérienne n’avait rien d’outrageux en termes de distance, par contre la culture, la langue, les classes sociales, l’insertion au travail, que d’obstacles récurrents pour une famille de nomades. Autre bémol : la carte de séjour. Chaque année, nous devions refaire nos papiers, nous n’étions ni inclus ni étrangers, d’où le désir de repartir s’installer ailleurs qui hantait mon père qui, de son vivant, était visionnaire, curieux et téméraire.

15 ans dans la douce belle ville de Tunis, arrivés sous l’emblème du président de l’époque Ben Ali, repartis après l’instabilité accourue suite à la « Révolution du Jasmin » qui a secoué le monde arabe mais qui a vu le jour en Tunisie. Je me souviens encore, enfant, ne comprenant pas la signification de la photo d’un président qui ornait les murs de tous les commerces, les panneaux publicitaires, certaines effigies qui se retrouvaient à la poubelle. Avec le temps, j’ai compris.

Tout laisser derrière nous

Baignant dans une classe moyenne assez aisée, d’une mère sage-femme exerçant dans les cliniques privées et d’un père psychologue de la première équipe nationale tunisienne paralympique, notre famille s’est fait approcher pour un phénomène à la mode fin des années 90 : l’immigration au Canada.

Il n’en a pas fallu moins pour piquer la curiosité de mon père et de tout laisser derrière nous pour venir s’installer à Montréal, au Québec, car le processus pour les francophones à ce moment-là n’encourageait pas à la migration vers d’autres provinces canadiennes.

Notre processus fut retardé par les attentats du 11 septembre, lorsque les ambassades ont stoppé le travail sur tous les dossiers en cours pour une période de deux-trois ans. C’est de cette manière, qu’après une longue période de stagnation sans nouvelles, nous recevons l’appel fatidique que nous partons vers l’Amérique du Nord dans quelques mois. J’avais 14 ans. En pleine construction identitaire, j’ai réappris à romancer la vie dans cet avion. Comme pour beaucoup d’immigrants, ce départ vers l’inconnu nécessite une confiance quasi aveugle envers le pays d’accueil.

C’est par ce récit qu’une adolescente algéro-tunisienne de 15 ans débarque avec sa famille de quatre personnes en 2005 à Montréal, dans un Québec en plein peuplement migratoire. Heurtés aux embûches du manque de reconnaissance des acquis, de la désillusion de l’installation et de la prise en charge des nouveaux arrivants, de la dureté de l’exil et de se retrouver face au vide, mon père décide encore de nous démanteler.

Nous voilà à Ottawa en 2008, le souffle court, mais assez d’énergie pour commencer finalement la vie qu’on souhaitait. Loin de nous l’idée qu’en terre d’accueil, outre les bonnes intentions, c’est d’abord une question de langage avant que ce ne soit une question de langue(s).

La province de l’Ontario respirait la multiethnicité, l’apprentissage, le terre-à-terre et la parité. À y repenser aujourd’hui, 14 ans plus tard, je me dis que de vivre à Ottawa c’est comme de se faire accepter d’avance sans se faire prendre de haut. C’est comme donner une chance avant de voir la malchance, comme éduquer avant d’abdiquer. C’est comme ça que j’ai renoué avec les mots et mon désir de romancer la vie : sur les bancs de l’école secondaire publique De La Salle, sous la concentration « écriture », avec des femmes qui m’ont reconnue et inspirée telles que Mme Vielleuse, Carole Myre et ma prof d’amour Amélie Mercier. 

Le pouvoir de l’école

L’impact du milieu de l’éducation dans les écoles secondaires et universitaires est un tournant crucial dans la vie d’un immigrant nouvellement arrivé. L’école est sa maison, son arrimage, son axe d’équilibre et son pont entre son chez-soi teinté par l’exil et la société d’intégration. C’est pourquoi mon désir de romance s’est métamorphosé en désir d’engagement et d’implication, afin d’apporter du baume au cœur à des partenaires de récits similaires au mien.

C’est dans ce milieu d’éducation sain dans lequel je me suis finalement retrouvée que j’ai eu envie de faire partie d’un tout, car en Ontario français une bonne action est toujours le premier maillon d’une chaîne inébranlable. On se penchera sur cet aspect dans le futur, en parlant d’autres défis et réalisations du peuple franco-ontarien. 

Wajdi Mouawad était le directeur artistique du Centre National des Arts à cette époque. En hiver 2009, il était venu présenter une matinée-conférence à De La Salle qui a chamboulé ma vie : je me disais que cet être déraciné parlait la même « langue » que moi.

J’ai dévoré par la suite ses livres, ses pièces et sa carrière. J’ai eu le privilège de remporter un concours d’écriture jeunesse organisé par le CNA, où j’ai écouté mon humble morceau de pièce de théâtre se faire lire dans les murs de ce lieu, quelques mois après mon installation.

Je vous l’ai dit, une terre d’accueil où les chances sont égales, surtout lorsqu’on continue à s’ancrer en vocalisant nos besoins. La représentation est importante et cruciale, autant dans les arts que dans l’éducation. Tous les jours nous acérons nos flèches, sans jamais savoir quel amarrage va en éclore dans le cœur fragmenté d’un être déraciné. 

« La question « d’où êtes-vous? » n’a plus de sens pour moi et la seule question à laquelle je peux répondre c’est « où êtes-vous le mieux? » » – Wajdi Mouawad. 

À suivre…

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Bénédiction des tracteurs et des semences dans l’Est ontarien

ST-ISIDORE – Avant que l’industrie agricole ne mette toute sa confiance dans les engrais chimiques, les pesticides et les herbicides, on comptait sur les… saints du Ciel pour obtenir de belles récoltes. La Bénédiction des semences est une célébration qui tend peu à peu à disparaître avec l’exode rural et la désaffection des églises. ONFR+ a assisté, ce printemps, à cette cérémonie en plein air qui subsiste toujours à St-Isidore, dans l’Est ontarien.

Hommage à Jean-Marc Vallée et au film canadien

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, on met la lumière sur le film canadien et les voix autochtones du cinéma, les femmes artistes qui ont ouvert la voie dans le monde des arts et celles, plus modernes, qui s’engagent dans la lutte écologique.

Arts

Réduire, réutiliser, recycler : une installation sur la crise écologique et l’avenir des enfants

DesignTO 2022 présente l’installation vitrine Et les enfants, alors! de l’artiste et designer Christine Tatilon. Dédiée aux jeunes générations, cette exposition combinant illustrations et structures conçues à partir de déchets du quotidien vise à remettre en question nos habitudes de consommation tout en offrant une occasion de réflexion sur l’impact de notre empreinte écologique sur les jeunes d’aujourd’hui.

Plusieurs matériaux, y compris le plastique, qui sont représentatifs de certaines des menaces qui pèsent sur nos écosystèmes ont été transformés en trois chaises écoresponsables aux couleurs vives dans l’intention d’apporter une expérience sensorielle remplie de joie et de confort pour son audience cible.

Photo chaise. Courtoisie Christine Tatilon

Vous avez jusqu’au dimanche 17 avril pour assister à l’exposition Et les enfants, alors! de l’artiste Christine Tatilon, dans les locaux de ergoCentric, à Toronto.

Les artistes femmes dans l’histoire de l’art

Dans l’ombre de grands peintres comme Caravage et Manet, se trouvent les femmes peintres dont les œuvres ont été si longtemps ignorées. Pour parcourir les pages de l’histoire de l’art, l’Alliance française d’Ottawa offre une conférence virtuelle qui explore les itinéraires de celles qui ont laissé leurs traces. En commençant par le 17e siècle avec Artemisia Gentileschi, celle que l’on a tendance à comparer à Caravage, les participants pourront analyser les parcours d’autres figures longtemps invisibilisées telles que Georgia Houghton, Judith Leyster et les artistes femmes d’aujourd’hui.

Judith Leyster, Georgiana Houghton et Artemisia Gentileschi. Crédit : Autoportraits. Montage ONFr+

Assistez à la conférence virtuelle Les femmes artistes dans l’histoire de l’art le jeudi 14 avril à 15h. Inscrivez-vous ici pour réserver votre place.

Films

Soirée-hommage au célèbre réalisateur québécois Jean-Marc Vallée

À l’occasion de la Journée du film canadien, Cinéfranco en collaboration avec Reel Canada rend hommage au défunt réalisateur et producteur, Jean-Marc Vallée en présentant son film C.R.A.Z.Y.(2005), une histoire qui tourne autour du jeune adolescent, Zachary, vivant avec difficulté de vivre sa sexualité au sein d’une famille québécoise où le catholicisme occupe une très grande place.

Le film a fait partie du top 10 des meilleurs films canadiens du Festival international du film de Toronto, en 2015. Son décès inattendu en fin 2021a laissé un impact ici autant qu’à Hollywood. Vallée est notamment reconnu pour son film Dallas Buyers Club (2013), nommé pour six Oscars. Il a travaillé également pour des séries de télévision comme Big Little Lies, récipiendaire de plusieurs Emmys et, Sharp Objects pour HBO.

Le film C.R.A.Z.Y. Crédit image : Cirrus Communications.

Assistez au visionnement du film C.R.A.Z.Y le mercredi 20 avril à 19h au Royal Theatre. Consultez le site de Cinéfranco pour acheter vos billets.

Retour du ciné-club au Labo : projection du film Beans de Tracey Deer

Coïncidant avec la Journée du film canadien, le Labo entame à nouveau son ciné-club avec la projection du film Beans de la réalisatrice mohawk, Tracey Deer pour célébrer les voix autochtones du cinéma canadien. Beans (2020) s’agit d’une histoire de passage à l’âge adulte qui suit le parcours d’une jeune fille mohawk en quête de défendre sa terre lors de la crise d’Oka en 1990.

Le film Beans. Crédit image : Sebastien Raymond/EMAFilms.

Assistez au visionnement du film Beans au Labo, centre d’arts médiatiques francophone de Toronto, le jeudi 21 avril. Réservez ici vos places! Sous-titres en français.

La nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue par Trudeau jugée invalide

Le gouvernement Trudeau a manqué à ses obligations linguistiques et constitutionnelles en nommant une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick, concluent les tribunaux.

En septembre 2019, Brenda Murphy, qui parle seulement anglais, avait été nommée par le gouvernement fédéral malgré le fait que le Nouveau-Brunswick soit une province bilingue. Cette décision a été rendue ce jeudi, après que la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) ait porté en appel la décision du fédéral quelques mois après la nomination de Mme Murphy.

La juge en chef Tracey Deware de la Cour du Banc de la Reine écrit dans sa décision que « le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick doit être bilingue et capable de s’acquitter de toutes les tâches requises de son rôle en anglais et français ».

« Si des membres de l’une des deux communautés linguistiques constitutionnellement reconnues sont incapables d’interagir directement, dans leur langue, avec le chef d’État, comment pouvons-nous considérer qu’il y a, dans un tel cas, égalité des deux communautés linguistiques? À mon avis, nous ne le pouvons pas », écrit la juge Deware.

Cette dernière laisse au gouvernement le choix de décider des prochaines étapes, signalant que ce n’est pas à elle de décider si Mme Murphy peut garder son poste. Le contraire invaliderait les lois votées et en vigueur depuis la nomination de celle-ci en septembre 2019.

« La Cour est très consciente du chaos qui pourrait découler d’une ordonnance déclarant la nomination de la lieutenante-gouverneure Murphy inconstitutionnelle et donc frappée de nullité », peut-on lire.

La décision est sous révision, affirme le gouvernement.

« Nous prendrons le temps d’examiner la décision et de réfléchir aux prochaines étapes, mais nous restons déterminés à protéger et à promouvoir la langue française partout au pays et à favoriser la dualité linguistique », a indiqué Chantalle Aubertin, l’attachée de presse du ministre de la Justice David Lametti.

La SANB s’est réjouie de cette décision, affirmant qu’elle envoie un signal clair au gouvernement.

« C’est une excellente nouvelle pour la langue française et les communautés francophones en situation minoritaire », a réagi son président Alexandre Cédric Doucet.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

Ce dernier espère qu’il s’agit de la dernière étape dans le processus.

« J’espère qu’ils ne vont pas utiliser l’argent des Canadiens pour porter la décision en appel (…). Avec la quantité d’Acadiens et de francophones issus des minorités francophones au caucus et au cabinet, je ne pense pas que le gouvernement fédéral va envoyer ce message-là à la communauté francophone et acadienne du pays. »

Brenda Murphy est la première homosexuelle nommée à ce poste. Justin Trudeau avait défendu sa nomination à l’époque arguant qu’elle s’était « engagée à améliorer son français ». Elle avait été nommée par le Bureau du Conseil privé à la suite d’une recommandation du premier ministre.

Nécessaire le bilinguisme

La juge Dewar a rabroué les arguments du fédéral comme quoi la nomination de Mme Murphy n’était pas institutionnelle, car il s’agit d’une personne en « une simplification grossière d’une question complexe ».

« Une telle réponse semble faire fi de l’importance du rôle de lieutenant-gouverneur et violer les protections constitutionnelles accordant aux citoyens néo-brunswickois le droit d’interagir avec leur gouvernement dans la Iangue de leur choix. »

Le discours du trône et l’interaction avec les citoyens sont des exemples que donne la juge en chef pour déterminer que l’exécution des tâches d’un lieutenant-gouverneur doit se faire dans les deux langues. Elle souligne aussi la nature singulière du poste.

« Il n’y a qu’un chef d’État. Le juge en chef de la province peut intervenir afin de remplir les fonctions essentielles du lieutenant-gouverneur lorsqu’il est à l’extérieur de la province ou malade. Toutefois, il ne peut le faire si personne n’occupe cette charge. En cas de vacance à cette charge, le juge en chef n’est pas autorisé à agir. Encore une fois, cela témoigne du rôle hautement singulier et unique du lieutenant-gouverneur. »

Pas la première

Pour les avocats représentant la SANB, le gouvernement Trudeau a omis trop facilement les caractéristiques linguistiques d’une province constitutionnellement bilingue.

« La juge dit même dans son jugement que le même raisonnement s’appliquerait si le lieutenant-gouverneur ou la lieutenante-gouverneure était unilingue francophone. Elle mentionne toutefois au passage que cette situation-là ne s’est jamais produite », précise l’un des avocats représentant la SANB, Darius Bossé, de Jursites Power.

Ce n’est pas la première fois qu’une nomination des libéraux fait controverse. L’été dernier, la nomination de Mary Simon avait suscité des réactions comme en font foi les 1300 plaintes reçues au Commissariat aux langues officielles. La nomination de la première gouverneure générale autochtone parlant l’inuktitut et l’anglais. Pourrait-il y avoir un lien à faire?

« Il faudrait poser la question au ministère de la Justice… mais quand on lit le jugement, c’est évident que le raisonnement de la juge gravite énormément autour de dispositions qui sont spécifiques et uniques au Nouveau-Brunswick. Le jugement d’aujourd’hui n’encadre que l’exercice de discrétion du premier ministre vis-à-vis du Nouveau-Brunswick », soutient Darius Bossé.

Ce n’est pas la première fois qu’une nomination du gouvernement Trudeau soulève la controverse rappelant celle de la gouverneure générale du Canada Mary Simon.Source : Bureau du secrétaire du gouverneur général / gg.ca

De non-ayants droit et une commission scolaire francophone en Cour suprême

La Cour suprême a annoncé ce jeudi qu’elle accepte d’entendre la cause de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO) et des parents. Le gouvernement ténois avait alors refusé en 2018 et 2019 six demandes d’admission à des écoles francophones formulées par des parents d’élèves non-ayants droit.

Cette saga remonte à 2018 alors que la Cour suprême territoriale avait donné raison aux familles demandant au gouvernement de revoir sa décision. En novembre, le CSFTNO avait demandé à la Cour suprême de se pencher sur ce dossier après que la Cour d’appel des Territoires du Nord-Ouest ait penché en faveur du ministère de l’Éducation ténois.

Un ayant droit est une personne qui a un droit constitutionnel d’étudier en français en vertu de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit l’éducation dans la langue de la minorité. De non-ayants droit peuvent être admis dans des écoles francophones selon des critères qui diffèrent selon les endroits. Une province comme l’Ontario étant plus souple, par exemple.

La commission scolaire et les parents jugent que les enfants auraient dû avoir été acceptés en vertu de l’article 23.

« On refuse que le gouvernement décide pour nous qui devrait être admis dans nos écoles… On connaît très très bien notre communauté, mais notre ministère interfère depuis 30 ans dans notre gestion. Donc, c’est une validation pour nous car la Cour suprême trouve que quelque part, quelqu’un ne comprend pas son rôle », se réjouit Yvonne Careen, directrice générale de la CSFTNO.

Les juges de la Cour d’appel avaient statué dans leurs arguments que le ministère de l’Éducation n’avait pas à prendre en considération les valeurs de l’article 23.

« C’est vraiment ça la bataille. À quel point est-ce que le ministère de l’Éducation peut s’ingérer dans les affaires de la commission et exercer sa discrétion sans tenir compte de l’article 23 et de ses objectifs », explique l’un des avocats qui représentent la CSFTNO, Darius Bossé, de Juristes Power.

Les avocats du CSFTNO soulignent le signal envoyé par la plus haute instance juridique au pays.

« La Cour juge que ce dossier-là est assez important qu’il justifie que la Cour suprême consacre une journée complète à ce dossier-là. C’est rare ça. Il n’y a peut-être même pas 1 % des dossiers qui sont commencés, qui se rendent à la Cour suprême du Canada. Sur le plan juridique, c’est très encourageant que la communauté franco-ténoise puisse intéresser la Cour suprême du Canada là-dessus », lance l’avocat Mark Power de Juristes Power.

L'avocat chez Juristes Power Law, Mark Power.
Mark Power, avocat chez Juristes Power Law. Gracieuseté

Ce type de décision va avoir un impact ailleurs au pays, car elle permettra de clarifier les pouvoirs des gouvernements et ceux des conseils scolaires en vertu du droit à l’éducation dans la langue de la minorité, note Darius Bossé.

« La ministre de l’Éducation a dit que 2000 $ de plus justifiaient essentiellement de refuser quelqu’un qui n’a pas strictement des droits en vertu du libellé de l’article 23 alors que la commission était d’avis contraire. La décision apportera suffisamment de clarifications pour savoir comment gérer ces discordes entre conseils scolaires et les ministères de l’Éducation. »

Article 23

L’interprétation de l’article 23 continue de créer divers recours judiciaires alors que l’on souligne ce mois-ci le 40e anniversaire de la mise en œuvre de la Charte canadienne des droits et libertés. En plus du recours actuel, on peut penser à la victoire en 2020 du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique  ou au jugement de la Cour suprême dans l’affaire Mahé en 1990 qui confirmait aux francophones le droit à la gestion scolaire.

« Il n’y a pas beaucoup de fonctionnaires qui lisent en détail des jugements de la Cour suprême ou de la Cour d’appel des Territoires du Nord-Ouest et c’est normal. La plupart des gens qui travaillent et manipulent l’article 23 sont des fonctionnaires experts en pédagogie et qui ont une formation non juridique. Leurs outils quotidiens sont les directives de la Loi sur l’éducation », souligne l’avocat Mark Power.

Pour ce dernier, le cadre de la loi gagnerait à être modernisé.

« Souvent les directives et règlements de la Loi sur l’éducation ne reflètent pas nos droits comme francophones et comme Acadiens. Donc, cette incertitude et ce flou mènent parfois à des oublis institutionnels et presque toujours — pas par manque de bonne foi —, à une difficulté de bien comprendre les droits qu’ont les francophones et Acadiens. »

La date d’un jugement rendu par la Cour suprême dans le dossier de la CSFTNO est inconnue, mais le tout pourrait prendre plusieurs mois.

Grippe aviaire : les agriculteurs franco-ontariens en alerte

Vigilance accrue pour les éleveurs de la province. Une souche inquiétante de la grippe aviaire H5N1 sévit depuis plusieurs semaines dans le sud de l’Ontario. Selon l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), une douzaine de foyers seraient déjà touchés. L’inquiétude pour les élevages et la production des fermes avicoles gagne du terrain. ONFR+ est parti à la rencontre de Marcel Laviolette, producteur d’œufs de la ferme avicole Laviolette à St-Isidore dans l’Est de l’Ontario.

L’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) rencontrée en Ontario s’avère plus dangereuse que d’habitude selon l’ACIA. Même si toutes les fermes commerciales de la région se soumettent à des règles de biosécurité, le risque est bien présent et« quand le virus touche une production, c’est trop tard », résume Marcel Laviolette.

Les élevages commerciaux ont beaucoup à perdre. Les producteurs d’œufs en Ontario sont nombreux. M. Laviolette possède 50 000 poules pondeuses, « les producteurs de loisirs qui ont 20 poules n’ont pas les mêmes enjeux. Moi, j’en ai 50 000 et notre région c’est 1,6 million de poules. On vit de l’agriculture! », affirme le producteur.

Selon Farm and Food Care Ontario, une coalition d’organismes du secteur, la province possède environ 40 % des poules pondeuses du Canada. Ce que corrobore Marcel Laviolette, en expliquant que les quatre comtés de l’Est de l’Ontario produisent environ 18 % des œufs de la région.

Marcel Laviolette, producteur d’œufs à St-Isidore. Gracieuseté

« La chaîne d’approvisionnement complète risque d’être touchée » – Marcel Laviolette, producteur d’œufs

« La chaîne d’approvisionnement complète risque d’être touchée. On ne fait pas que la production d’œufs, on fait aussi notre mise en marché. Si du jour au lendemain je n’ai plus de poules… », s’arrête ce professionnel.

« C’est tout notre bassin de producteur qui risque d’être affecté, on n’est pas à l’abri », reprend-il.

La situation évolue tous les jours et risque de se propager assez vite d’après le fermier. C’est pourquoi, les petits producteurs doivent contribuer à l’éradication de ce virus.

Même si les producteurs de loisirs consomment leurs propres œufs, pour Marcel Laviolette, il sont le plus à risque. « En n’appliquant aucune mesure de biosécurité, ils ne protègent pas leurs élevages, mais c’est aussi nous qu’ils mettent en danger. C’est en fait ce qui se passe dans le sud, la bactérie se propage, puisqu’environ 200 petites fermes de poulets et 115 fermes ont des poules. » Ce sont des foyers non commerciaux.

D’après le producteur, « beaucoup de ces gens vivent dans des endroits si reculés qu’ils ne savent pas ce qui se passe et donc sont plus à même de perdre les deux ou trois poules familiales, et de ce fait favorisent l‘éclosion de la bactérie ».

Il s’estime tout de même chanceux, puisqu’il semble que dans l’est, très peu de fermes « appartiennent à Monsieur et Madame tout le monde ».

Une stratégie d’intervention d’urgence pour contenir le risque

Même si l’ACIA surveille et traque les animaux potentiellement infectés ou exposés à la maladie, les producteurs sont seuls face à la décontamination et à la désinfection de leurs matériels.

« Si on s’impose une biosécurité, on le fait pour protéger nos fermes et nos revenus. Quoi qu’il en
soit, grippe aviaire ou pas, on ne laisse pas rentrer tout le monde dans l’aire de production. »

Les fermes avicoles se doivent donc de protéger leurs investissements et productions en tout temps. « C’est un risque de tous les jours la grippe aviaire, la biosécurité c’est notre quotidien », affirme M. Laviolette.

Une dizaine de foyers contaminés signalés dans la « zone de l’influenza aviaire » en date du 12 avril. Source : ACIA

Sa ferme essaie de protéger ses poules de l’Homme. Pour l’éleveur, le risque est aussi d’amener le virus soi-même sur les sites. « Nous avons six camions dans notre ferme et nous les conduisons régulièrement entre Montréal, Ottawa et Toronto. Le pire ennemi est l’humain, le virus ne se transmet pas si il n’y pas de contact. »

Il explique qu’il faut désinfecter les camions, les tapis, les roues, et tout le matériel utilisé. « Cela représente des heures d’ouvrage, je lave mon camion à chaque fois que je débarque. On n’a pas le choix! »

La peur du consommateur

Cette grippe aviaire heurte les consommateurs dans leur croyance. En effet, « il y a la crainte du client, les gens qui ont peur vont ralentir de manger des œufs. On l’a vu avec la COVID-19 », nous dit encore M. Laviolette. « Pourtant, il n’y a pas de transmission vers l’œuf. »

Le producteur espère que la température va augmenter, afin d’aider à anéantir le virus. Il explique qu’il sera dur de s’en remettre puisque le cycle de production des œufs peut prendre entre un an et deux ans.

Les propriétaires d’animaux dont l’ACIA ordonne la destruction pourront être admissibles à une
indemnisation. Une grippe aviaire qui arrive seulement alors que les restrictions face à la COVID-19 s’allègent.

La Laurentienne n’avait pas à recourir à la LACC, selon la vérificatrice générale

SUDBURY – Alors que paraissait seulement deux semaines plus tôt un rapport d’enquête accablant la Commissaire aux services en français, Kelly Burke, le bureau de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, a dévoilé aujourd’hui son Point de vue préliminaire sur l’Université Laurentienne. Les observations préliminaires y sont tout autant incriminantes, selon cet audit, l’établissement n’avait pas à se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Les travaux entourant cet audit ont débuté en mai 2021 sous la demande du Comité permanent des comptes publics, en vertu de l’article 17 de la Loi sur le vérificateur général. L’objet de l’enquête entourait principalement la question de l’optimisation des ressources des activités de l’Université Laurentienne pour la période de 2010 à 2020, afin de déterminer spécifiquement ce qui a amené l’Université Laurentienne à demander de se mettre à l’abri de ses créanciers.

Un audit spécial aurait dû paraître plus tard, mais dont une version préliminaire est rendue disponible avant la dissolution de l’Assemblée législative et celle du Comité Permanent pour les prochaines élections. On y apprend alors que cette décision s’explique « en raison du manque constant de collaboration de la Laurentienne et comme celle-ci a constamment tardé à nous donner un accès sans entrave aux documents et aux personnes ».

Parmi les principaux constats de cet audit, figure l’illégitimité pour l’établissement d’avoir eu recours à la LACC le 1er février 2021. Pour le bureau de la vérificatrice générale, Bonnie Lysyk, le choix de se placer sous la LACC était difficile à justifier dès le départ.

« En refusant l’aide du gouvernement et en choisissant de se mettre sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) fédérale, l’université est devenue la première université publique au Canada à chercher à restructurer ses activités au moyen d’une procédure judiciaire conçue comme un dernier recours pour les entités du secteur privé. »

Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l’Ontario. Archives ONFR+

L’Université Laurentienne aurait également fait preuve d’un manque de transparence vis-à-vis de ses demandes de financement au ministère des Collèges et Universités (le Ministère) et donc failli au respect des procédures habituelles. On y apprend que le manque de précision concernant le montant de l’aide financière est en cause, et que cette demande survenue en décembre 2020 arrivait trop tard.

En outre, l’établissement aurait délibérément refusé de l’aide financière provisoire de la part de la province et choisit de recourir à la LACC.

« Nous croyons que la Laurentienne n’était pas tenue de se placer à l’abri de ses créanciers en vertu de la LACC. Elle a stratégiquement planifié et choisi de le faire devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario le 1er février 2021. »

Une longue histoire de difficultés financières

L’autre point important de ce rapport est le constat de difficultés financières bien plus anciennes que 2020. Même si le gel des droits de scolarité et la pandémie de la COVID-19 ont eu une part de répercussion, cela n’est pas suffisant pour expliquer la situation à la Laurentienne.

En analysant les données de la période de 2010 à 2020, l’audit en conclut que celles-ci étaient liées à « un maintien de dépenses en immobilisations peu réfléchies ».

On y apprend notamment que l’établissement aurait « entrepris des projets d’expansion sans mettre en place des procédures exigeant que les cadres supérieurs effectuent une évaluation raisonnable de la valeur et de la viabilité des plans ou qu’ils tiennent pleinement compte des risques associés à une croissance ».  

Une mauvaise gestion financière est aussi invoquée dans cet audit, notamment une utilisation détournée de fonds destinés à d’autres fins tels que ceux à destination des projets de recherches et de prestation de santé des employés. Un manque d’organisation était aussi constatable dans les hautes sphères de l’Université, dont la haute direction qui n’a pas su mettre un plan à long terme afin d’éviter la croissance rapide de la dette de l’Université.

Une hausse des coûts liée à la haute direction est aussi à blâmer, dont une augmentation d’environ 75 % de la période de 2010 à 2020 et qui ont atteint un sommet en 2018 à plus de 4 millions de dollars par année. Des travaux essentiels de modernisation des infrastructures ont dû, notamment, être reportés et furent estimé à 135 millions de dollars les réparations en décembre 2020.

Tout comme dans le rapport Burke, cet audit a aussi permis de relever des failles en matière de gouvernance, mais aussi dans le rôle qu’a joué le ministère dans la crise. D’une part, une faible surveillance exercée par le Conseil de la Laurentienne, un manque d’expertise et de transparence témoignent d’une mauvaise gestion au sein de l’Université.

D’autre part, le ministère ne serait pas « intervenu de façon proactive en temps opportun pour conseiller la Laurentienne afin de l’aider à ralentir sa détérioration financière qui s’aggrave, voire à intervenir à cet égard ».

« L’administration a menti au syndicat » réagit un professeur

Le dévoilement de ce rapport préliminaire est vu comme un véritable soulagement pour le professeur de gestion Jean-Charles Cachon, qui a perdu son emploi lors de la compression des programmes, presque une année plus tôt.

Si ce rapport confirme bien ce qu’il pensait : il n’y a maintenant aucun doute sur le fait que l’Université Laurentienne a manqué de transparence. « Ça démontre bien que l’administration de l’université a menti aux syndicats, notamment celui des professeurs, et au monde entier en faisant croire qu’elle n’était pas responsable de la crise, alors que c’est totalement le contraire. »

Jean-Charles Cachon, professeur émérite à l'Université de la Laurentienne. Gracieuseté
Jean-Charles Cachon, professeur émérite à l’Université Laurentienne. Gracieuseté

Il reproche à l’Université d’avoir mis le blâme sur les coûts liés aux professeurs alors que ce rapport reconnaît plutôt que ce sont ceux reliés à l’administration qui étaient en cause.

L’Université Laurentienne a, pour sa part, transmis une communication de la part du président intérimaire du Conseil des gouverneurs, Jeff Bangs, dans laquelle celui dit « accepter volontiers le document et les conseils qu’il offre ».

« Nous savons que notre rétablissement sera dû à des changements essentiels » – Jeff Bangs

Le Conseil dit aussi avoir mis sur pied des réformes et initiatives au courant des derniers mois, mais que les conclusions de cet audit serviront à « effectuer le changement transformationnel que notre communauté mérite, y compris les modifications importantes aux processus et politiques qui guideront l’Université à l’avenir ».

On apprend également que l’établissement « communiquera des renseignements sur les mesures supplémentaires qu’elle prendra à la suite des conclusions ».

Cet article a été mis à jour le mercredi 13 avril à 17h.

Retour des grands festivals sur fond de sixième vague de COVID-19

La saison des festivals se profile et, après deux ans d’annulations et de restrictions, un retour à la normale est désormais dans les plans des organisateurs des principaux événements culturels. Paradoxalement, la province est confrontée à une sixième vague épidémique, exacerbée par la levée de plusieurs mesures sanitaires.

« On a vraiment hâte d’être face à face et de célébrer comme il se doit! », lance la directrice de la Meute culturelle de Lafontaine, Joëlle Roy, en entrevue avec ONFR+.

Organisé par la meute, le Festival du loup se tient la troisième fin de semaine du mois de juillet depuis 2002 au Parc Lafontaine de Tiny, une municipalité du Nord. L’événement a été annulé en 2020 et tenu en virtuel avec un petit rassemblement en 2021.

« C’est une fête francophone, familiale, communautaire avec de la musique, des jeux et une parade de tracteurs. On chante, on danse et on mange bien », décrit Joëlle Roy.

Pour cette édition, le Festival du loup accueillera le groupe de l’Outaouais Le diable à cinq ainsi que le groupe Pourquoi pas de l’Est ontarien. Les spectacles seront également retransmis en ligne alors que l’édition en contexte pandémique a convaincu l’organisation des bienfaits de la formule hybride.

Concours de hurlement au Festival du loup. Gracieuseté

Les francophones de Toronto se préparent aussi à célébrer en grand. « On a prévu une série d’activités qui vont de la foire communautaire jusqu’au défilé de fierté en plus d’une programmation en français sur l’une des scènes de Pride Toronto », raconte Arnaud Baudry, directeur général de FrancoQueer. Événement incontournable pour les communautés LGBTQ+, le défilé de la fierté avait été annulé lors des deux dernières années.

Ottawa sera aussi en fête cette année avec le RBC Bluesfest qui se tiendra du 7 au 17 juillet.

« En 2022, on reprend en grand! », lance la porte-parole de l’événement, Annie Boucher, à ONFR+. Alors que le RBC Bluesfest a dû limiter sa programmation l’an dernier aux artistes canadiens, il pourra se permettre la présence du groupe rock Rage against the machine ou encore du chanteur country Luke Bryan. De grands noms de la musique canadienne sont également sur la carte dont Sarah McLachlan, Alanis Morissette et le groupe Alexisonfire.

Le masque suggéré

L’excitation est palpable à l’idée de reprendre les festivités comme avant. Alors que le masque n’est plus obligatoire depuis mars, le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario recommande néanmoins « fortement » aux Ontariens de continuer à le porter. Des organisateurs semblent y voir le symbole d’un mauvais souvenir.

« À ce point-ci, il n’y a pas de lueur de restriction. On se prépare comme si tout était normal », dit Joëlle Roy en espérant que la situation se poursuive. « On sait qu’on n’est pas sorti du bois. Une sixième vague se promène. Le masque sera suggéré, mais pas obligé. »

Même son de cloche chez FrancoQueer : l’organisation ne compte pas obliger les participants à venir masqué à son cortège du défilé de la fierté. « Nous allons suivre les lignes directrices de la Ville de Toronto pour les événements extérieurs. A priori, on ne va pas demander aux gens de mettre des masques », explique Arnaud Baudry.

Arnaud Baudry, directeur général de FrancoQueer. Gracieuseté

La reprise des grands événements extérieurs sans restriction a été un signal fort envoyé par le gouvernement ontarien pour montrer sa volonté de passer à une autre étape de la lutte à la pandémie, soit d’apprendre à vivre avec le virus.

Imprévisible comme l’est la COVID-19, il n’est cependant pas impossible que des restrictions refassent surface si la situation sanitaire l’exigeait. Le médecin-hygiéniste de l’Ontario a estimé en conférence de presse que la vague actuelle pourrait se poursuivre jusqu’au milieu, voire à la fin du mois de mai.

« Pour le moment en Ontario le masque n’est pas requis et il n’y a pas de passeport vaccinal », rappelle Annie Boucher du RBC Bluesfest. « On va voir et on va suivre les mesures et protocoles à ce moment et ce sera communiqué à tous ceux qui ont des billets. »

Laurentienne : un an après les coupes, les gouvernements face à une décision

SUDBURY – En restant en retrait sur l’avenir des programmes en français à l’Université Laurentienne et à l’Université de Sudbury, au motif que la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) l’en empêche, le gouvernement ontarien a enfreint une autre loi : celle des services en français. Un an après le lundi noir à la Laurentienne, les ministres Mulroney et Dunlop sont peu loquaces, tandis que l’opposition est restée silencieuse ce mardi à Queen’s Park au cours de la période des questions.

D’un côté une université bilingue qui s’accroche à ce qui lui reste de programmes et d’étudiants francophones, après avoir sabré dans ses programmes. De l’autre, une institution qui plaide pour un statut autonome et complètement francophone. Entre les deux bords, le gouvernement ontarien se garde de trancher pour l’heure sur l’avenir du postsecondaire en français dans le Moyen-Nord.

Une issue avant le scrutin provincial du 2 juin semble peu probable, de l’avis de la politologue Stéphanie Chouinard. « C’est difficile à dire tant et aussi longtemps que la LACC est toujours en cours », juge la professeure agrégée au Département de science politique du Collège militaire royal du Canada. « On voit que la province a un partenariat de financement qui serait prêt à appuyer l’Université de Sudbury. Le signal venant de Queen’s Park, du moins pour les gens de l’extérieur, c’est que ce dossier ne semble pas être une priorité. »

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. Crédit image : Jackson Ho

Si l’opposition n’est pas intervenue au cours de la période des questions ce mardi, à un an jour pour jour du lundi noir, en coulisse les élus du Nord s’impatientent.

« On doit en finir avec la LACC », lance la députée néo-démocrate France Gélinas. « Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour s’assurer que les gens du Nord-Est continuent d’avoir accès à une éducation universitaire à la Laurentienne et écoute la communauté francophone qui veut une université pour, par et avec les francophones à l’Université de Sudbury. »

« Ça impacte les gens du Sudbury mais aussi tout autour, et plus vite on sera capable d’aller de l’avant, mieux ce sera », renchérit son collègue John Vanthof. L’élu de Timiskaming-Cochrane, ne cache son pessimisme quant à une sortie de crise dans les semaines à venir.

« Il y a un an, Doug Ford n’a pas fourni le financement nécessaire pour éviter le processus qui a mené à ces compressions dévastatrices à l’Université Laurentienne. Va-t-il enfin mettre fin au chaos du processus de la LACC et protéger ce qui reste à l’Université Laurentienne et fournir les fonds nécessaires pour aider à la reconstruire? » s’interroge pour sa part le député de Sudbury Jamie West.

L’Université de Sudbury dans le flou

À l’heure actuelle, l’Université de Sudbury attend toujours d’obtenir le financement et l’accord de la province pour devenir une institution entièrement autonome. La Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française demande à la province d’accorder le financement nécessaire à l’Université de Sudbury pour qu’elle puisse partir avec une programmation complète.

La coalition commence à trouver le temps long, soutient son porte-parole Denis Constantineau. « La date limite est déjà passée », dit-il. « On a déjà mangé la claque comme communauté dans ce dossier-là. Chaque étudiant qui quitte la région, c’est 30 000 $ de l’économie locale. On a perdu des centaines d’étudiants et des professeurs. On a perdu des gens qui siégeaient à des comités et des conseils d’administration dans la communauté. Chaque jour qui passe est un jour de trop. »

Daniel Constantineau, porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française. Gracieuseté

« J’ai des contacts avec la ministre Dunlop et nous sommes en train de regarder les développements », tente de rassurer Ginette Petitpas-Taylor, ministre des Langues officielles au micro d’ONFR+. « Je suis là pour appuyer les décisions par et pour les francophones du Nord de l’Ontario. »

En visite à Sudbury en campagne électorale, Justin Trudeau et les libéraux avaient clairement indiqué leur préférence pour un projet d’université entièrement francophone. Pour le moment, le gouvernement dit « avoir pris des engagements » dans ce dossier en plus de « le suivre de près ».

Ni Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités, ni Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, n’ont donné de suite favorable à nos demandes d’entrevue. Le bureau de Mme Dunlop a toutefois laissé entendre que des avancées étaient en cours, se disant « impatient de partager nos progrès au cours des prochains mois ».

« Le Moyen-Nord et le Nord de l’Ontario ne sont pas des régions où le gouvernement Ford met beaucoup d’énergie », contextualise Mme Chouinard. « C’est une région où la représentation progressiste-conservatrice est faible et comme on le voit avec le début de campagne électorale qui se prépare, on n’a pas l’impression que c’est là que le gouvernement va mettre ses énergies pour être réélu. »

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Crédit image : Stéphane Bédard

« Ça demeure une tâche sur le bilan du gouvernement provincial dans la gestion des affaires franco-ontariennes. Comme on l’a vu la semaine passée avec le dépôt du rapport Burke, on a voulu faire passer ce dossier-là sous le radar. Généralement parlant, le gouvernement n’était pas à la table pour tenter de trouver une solution rapidement. »

Une récente enquête de l’ombudsman adjointe chargée des services en français, Kelly Burke, a mis à jour des failles dans l’application de la Loi sur les services en français qui ont « mis en péril la désignation » de l’Université Laurentienne et eu un impact « négatif et réel sur les francophones ». Les ministères des Affaires francophones et des Collèges et Universités disposent de six mois pour agir et en rendre compte au bureau de l’ombudsman adjointe.

Selon la politologue du Collège militaire royal du Canada, « la pérennité d’une institution par et pour les francophones va passer par une décision difficile avec les programmes en français à l’Université Laurentienne. C’est un dossier extrêmement compliqué et, même si on avait voulu faire vite, on n’aurait pas pu. Mais là le temps commence à urger ».

Pascal Vachon et Rudy Chabannes

Le député franco-ontarien Gilles Bisson victime d’une crise cardiaque

TIMMINS – Le député provincial de Timmins a révélé ce mardi, par communiqué et sur les réseaux sociaux, avoir été victime d’un infarctus et subi un triple pontage à Toronto, au cours de dernier week-end. Il est en convalescence et a l’intention d’affronter le prochain scrutin du 2 juin.

L’élu néo-démocrate de Timmins, candidat à sa succession, a néanmoins l’intention de rester dans la course électorale : « Je reprendrai la campagne électorale d’ici quelques semaines, ce à quoi mon médecin a donné son accord », a-t-il assuré.

Et d’ajouter : « Je vais très bien et je me repose avec ma famille (…). Je vais prendre un court congé de quatre semaines pour me remettre de l’opération. Je suis déterminé à continuer de servir les résidents de Timmins ».

Président du comité permanent des organismes gouvernementaux et porte-parole de l’opposition en matière de sécurité communautaire et Services correctionnels, M. Bisson est par ailleurs membre du Comité spécial de la surveillance de la gestion des situations d’urgence.

Il représente la région de Timmins, château fort du NPD, depuis plus de 30 ans, avec huit élections remportées consécutivement à son actif.

Élu provincial depuis plus de 30 ans

Élu pour la première en 1990 dans ce qui s’appelait Cochrane Sud (1990-1999) sous le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae, puis dans Timmins-Baie James (1999-2018), il a continué de siéger à Queen’s Park, représentant la circonscription de Timmins à la suite d’un nouveau redécoupage électoral en 2018, donnant naissance aux circonscriptions de Timmins et Mushkegowuk-Baie James.

Fonctionnaire de longue date, il a souvent pris position dans les grands dossiers d’infrastructure du Nord, dans le domaine de la foresterie ou encore pour les causes francophones. Avec plus de 10 000 Franco-Ontariens, Timmins demeure la quatrième ville francophone de l’Ontario en termes de population derrière Ottawa, Toronto et Sudbury.

Il a en outre contribué à mettre la lumière sur la crise de l’eau dans les communautés des Premières Nations comme Kashechewan.

Plusieurs membres de la classe politique ontarienne ont déclaré un prompt rétablissement à l’élu. « Nos cœurs sont avec Gilles Bisson », a réagi la chef du parti, Andrea Horwath. « Nous souhaitons à Gilles repos, détente et prompt rétablissement. Nous avons tous hâte de le revoir et de se battre pour les résidents de Timmins très bientôt. »

Début du processus vers une première Loi sur l’éducation en français au Canada

HALIFAX – La Nouvelle-Écosse pourrait devenir la première province au Canada à se doter d’une loi distincte sur l’éducation en français alors qu’un projet de loi vient d’être déposé mardi à l’Assemblée législative néo-écossaise. Cette pratique pourrait constituer une avancée pour le système éducatif au Canada en servant de modèle pour les autres provinces.

Si adoptée, elle pourrait signifier que les Acadiens de la province de l’Atlantique seraient désormais maîtres en ce qui a trait à l’établissement et la pédagogie de leurs programmes scolaires, le financement des écoles ainsi que le recrutement du personnel scolaire. De plus, elle assurerait un nombre d’élèves et d’écoles représentatifs au poids de la population acadienne.

« Ça protègerait la francophonie pour la présente et la prochaine génération d’enfants de la Nouvelle-Écosse. Ça nous donnerait les outils dont on a besoin pour continuer à promouvoir et valoriser la langue et culture francophone qui est là depuis 400 ans et pour qu’elle reste pour les 400 prochaines années », explique le directeur général du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) Michel Collette.

« Ça servira de point de référence pour que les francophones et Acadiens puissent eux aussi améliorer leur Loi sur l’éducation » – Mark Power, avocat

À l’heure actuelle, les défis que vivent les écoles acadiennes sont mélangés dans un système d’éducation uniforme avec les anglophones, note M. Collette. Ce projet de loi permettra d’assurer que les Acadiens aient leur voix à la table, ajoute-t-il.

« Il y a beaucoup de décisions que le gouvernement prend qui, veut-veut pas, vont à l’encontre des besoins de nos élèves et de nos enseignants. Nos besoins, quoique similaires, sont fondamentalement différents des anglophones. »

Ce type de projet de loi est « en quelque sorte un cadeau » pour les francophones du pays, croit les avocats représentants le CSAP.

« Ça servira de point de référence pour que les francophones et Acadiens puissent eux aussi améliorer leur Loi sur l’éducation », dit l’avocat de Juristes Power, Mark Power

Les recours des francophones devant les différentes instances juridiques du pays concernant l’éducation en français en milieu minoritaire se sont multipliés au cours des dernières années. On peut penser à la victoire du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique en 2020. Après dix ans de bataille, la Cour suprême a statué que le gouvernement provincial avait sous-financé chroniquement des écoles de langue française en Colombie-Britannique.

« On nous a appris dernièrement en Colombie-Britannique que les besoins immobiliers des francophones et Acadiens doivent être analysés sans les comparer aux besoins de la majorité. En pratique, ça n’arrive pas souvent. Il n’en existe pas de loi sur l’éducation qui consacre ce processus beaucoup plus juste et équitable pour les francophones. Ce projet de loi fait ça », affirme M. Power.

Il y a aussi eu le cas des francophones du Yukon ainsi que ceux des Territoires du Nord-Ouest. Juste dans ce dossier-ci qui est en préparation depuis quatre ans, la CSAP dit avoir obtenu trois avis juridiques de juges de la Cour suprême du Canada et de la Cour d’appel de l’Ontario à la retraite pour « dissiper plusieurs préoccupations non fondées de technocrates ».

FatCamera / E+ via Getty Images

Épreuve politique

Déposé par le député libéral et acadien Ronnie Leblanc, de l’opposition officielle, ce projet de loi doit avoir l’aval du gouvernement progressiste-conservateur, qui est majoritaire. En 2018, le gouvernement libéral de Stephen McNeil avait signalé son intention de créer cette loi dans sa réforme du système de l’éducation.

« C’est un dossier qui transcende la politique. On veut voir les politiciens prendre position pour protéger la francophonie acadienne de la Nouvelle-Écosse, peu importe le parti », demande Michel Collette.

Pour les avocats, cette législation viendrait régler l’écart entre la Loi sur l’éducation de chacune des provinces et les dispositions de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit l’éducation dans la langue de la minorité.

« La situation est incongrue, car les conseils scolaires ont de plus en plus des systèmes très professionnels et bien rodés et obtiennent des résultats scolaires très sérieux d’une part. De l’autre part, l’encadrement législatif vieillit à vue d’œil et est de moins en moins apte à permettre à nos leaders pédagogiques et communautaires d’assurer la pérennité et l’essor du français », soutient M. Power.

L'avocat chez Juristes Power Law, Mark Power.
Mark Power, avocat chez Juristes Power . Gracieuseté

Pour le conseil scolaire, le fait que les Acadiens ont prouvé qu’il était capable d’être « au même niveau et même meilleur que les anglophones » dans le système éducatif actuel démontre le mérite d’avoir cette plus grande indépendance

« Ce projet de loi donnerait à l’Acadie et à la francophonie de la Nouvelle-Écosse tous les outils nécessaires pour assurer son avenir pendant au moins quelques générations en éducation primaire et secondaire », souligne l’avocat en droits linguistiques.

Le Conseil scolaire acadien provincial, le seul en français en Nouvelle-Écosse compte 22 écoles avec près de 6000 élèves.

Un an après, étudiants et professeurs écœurés par les coupes à la Laurentienne

SUDBURY – Le 12 avril 2021, le postsecondaire francophone vivait sa crise la plus importante en Ontario lorsque survenait l’annonce de la coupure de 72 programmes dont 29 en Français. Derrière ces chiffres, de futurs étudiants contraints de revoir leur plan universitaire, des étudiants dans l’impossibilité de terminer leur programme et des professeurs privés d’emploi. Un an plus tard, la douleur est toujours présente et les impacts de la crise continuent de se faire sentir.

Le professeur en économie David Leadbeater fait partie de ceux qui ont perdu leur emploi avec les coupes de programme, et selon lui le gouvernement provincial peut et devrait intervenir directement dans la résolution du conflit en mettant notamment fin à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

« C’est possible d’avoir une intervention pour terminer ce désastre de la LACC, d’avoir les garanties face aux créditeurs et ce n’est pas nécessaire d’avoir ce débat. »

Selon ce professeur d’économie, le gouvernement fédéral a lui aussi une énorme part de responsabilité, concernant les offres d’enseignement en langues minoritaires et les études indigènes pour lesquels « il pourrait faire beaucoup plus ».

Les sciences humaines sacrifiées

Les programmes en sciences humaines sont ceux qui avaient étés les plus sacrifiés lors de ces compressions, et pour de nombreux étudiants touchés, il a fallu se réorganiser. C’est le cas de Marie-Pier Héroux, qui étudiait dans le programme d’histoire et langue française.

Même si celle-ci s’estime chanceuse que sa nouvelle université ait accepté de lui créditer la totalité de ses acquis à la Laurentienne, elle regrette amèrement d’avoir eu à quitter la communauté de Sudbury dans laquelle elle se sentait si bien.

« J’ai vécu le pire été de ma vie » – Marie-Pier Héroux

« J’avais de l’espoir jusqu’au bout que l’Université allait pouvoir m’accommoder pour les cours qu’il me restait, ou que l’Université de Sudbury pouvait me permettre de continuer mes cours chez eux si la Laurentienne s’asseyait avec, mais j’ai finalement dû me résigner et juste transférer à Ottawa (…) J’ai vécu le pire été de ma vie. »

Marie-Pier Héroux, programme d’histoire et langue française. Archives ONFR+

Si le choc est une réaction partagée par la majorité des personnes touchées par ces compressions, la sensation d’isolement l’est aussi. Page Chartrand étudiait en deuxième année d’études autochtones lorsqu’elle a appris la suppression de son programme sur internet, au hasard d’une publication Facebook.

Celle qui était aussi présidente de l’Association des études autochtones se souvient encore.

« C’était juste pas croyable qu’un des deux programmes les plus vieux d’études autochtones au Canada, avec des professeurs renommés internationalement n’existe plus sans nous le dire directement, surtout à moi, présidente. On l’a compris quand on a su que la fédération des Universités avait été dissoute. »

« Mes amis autochtones qui y sont encore sont malheureux » – Page Chartrand

Le départ de nombreux étudiants autochtones est une lourde perte pour l’Université, pour lesquels celle-ci n’a pas fait suffisamment d’effort pour maintenir ce programme selon Page Chartrand. Elle ajoute que cela pèse sur le climat de l’établissement.

« Mes amis autochtones qui y sont encore sont malheureux d’y être et y sont par obligation et non par choix puis ont juste hâte de partir. »

Page Chartrand étudiante en études autochtones. gracieuseté

Des impacts sur le long terme

Les conséquences sont loin d’avoir fini de se faire sentir et David Leadbeater en sait quelque chose, lui qui n’a toujours pas de poste permanent. Une partie des fonds de 100 000 $ qu’il avait reçu pour son projet de recherche à l’Université de la Laurentienne est menacée par le processus de la LACC.

« J’ai très peur pour ma recherche, et je pense que les gens ne réalisent pas à quel point les impacts de cette restructuration ont encore de lourdes conséquences aujourd’hui et vont continuer d’en avoir sur le long terme sur l’ensemble de la communauté », confie-t-il.

Le départ de professeurs qualifiés et francophones est aussi difficile pour la région du moyen-nord. Aurélie Lacassagne dit faire partie des rares personnes qui n’étaient pas surprises de ces compressions, mais regrette ne pas avoir été épargnée.

« J’étais la seule à enseigner les relations internationales. Ça faisait longtemps que je travaillais à l’Université et j’ai une formation en droit. Donc je pensais vraiment être transférée au programme en droit qui n’a pas été coupé et donc échapper à un renvoi, mais ça n’a pas été suffisant. »

Aurélie Lacassagne, professeure. Gracieuseté

Heureuse dans son malheur, Mme Lacassagne a pu retrouver un emploi et même se voir proposer le poste de doyenne à l’Université Saint-Paul d’Ottawa qu’elle débutera le 1er juillet prochain.

« Il a fallu très vite trouver quelque chose parce que, le père de mes enfants étant décédé, je devais prendre en charge mes deux enfants sans plus aucun salaire du jour au lendemain », relate-t-elle.

Et quid de la relève? Selon Jean Thériault, diplômé de l’Université Laurentienne et conseiller en orientation à l’École secondaire catholique Nouvelle-Alliance à Barrie, les élèves ont mis de côté l’Université Laurentienne dans leur choix d’orientation.

Il compare les chiffres de la dernière année pré-pandémique à ceux d’aujourd’hui.

« 13 élèves de la cohorte l’ont fait à la Laurentienne, dans 23 programmes dont neuf étaient des premiers choix et sept élèves sont allés à la Laurentienne, tandis qu’en 2022, huit élèves ont fait une demande dans dix programmes, seul un étant le premier choix et qu’un élève a accepté donc c’est vraiment drastique, les élèves ne songent même plus à aller à la Laurentienne. »

Jean Thériault, conseiller en orientation. Gracieuseté

Rappelons que c’est la décision du Conseil des gouverneurs de l’Université Laurentienne de recourir à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) le 1er février 2021 qui avait précipité la crise dévastatrice au sein de l’établissement, mais aussi auprès de la communauté franco-ontarienne.

C’est donc 45 % des programmes en français et près de 110 postes de professeurs, dont une trentaine de francophones, qui ont subi de plein fouet les conséquences de la restructuration financière.

Une tragédie qui aurait pu largement être évitée comme l’a dévoilé le rapport de la Commissaire Kelly Burke le 1er avril dernier, dans lequel on apprenait notamment que L’Université Laurentienne a enfreint la Loi sur les services en français.

COVID-19 : l’Ontario entre officiellement dans sa sixième vague

Critiqué par l’opposition pour son mutisme et, après plus d’un mois sans donner de nouvelles, le Dr Kieran Moore, médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, est sorti de son silence ce lundi afin d’annoncer l’entrée de la province dans sa sixième vague de COVID-19 et l’élargissement de l’admissibilité des traitements antiviraux et des tests PCR à un plus grand nombre d’Ontariens.

« Il est clair qu’on est entré en Ontario dans la sixième vague à cause du nouveau variant BA.2 et que la tendance haussière va se poursuivre dans les prochains jours », a déclaré le médecin-hygiéniste en chef de la province, exhortant les Ontariens à continuer de porter le masque et de se faire vacciner.

« Il a fallu pousser durant des semaines pour que le Dr Moore daigne enfin sortir de son silence et éclairer les Ontariens quant aux vraies données sur la COVID-19, a réagi la députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, au micro d’ONFR+. « Les citoyens ont le droit de savoir. »

France Gélinas, députée néo-démocrate de Nickel Belt. Crédit image : Rudy Chabannes

Même constat de la députée d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard : « On a des sonnettes d’alarme qui viennent de certaines régions et de certains experts de santé qui disent que la situation des hôpitaux et des écoles est inquiétante présentement. »

La députée néo-démocrate France Gélinas s’inquiète d’une même voix du manque d’action du gouvernement, particulièrement envers les écoles. « De plus en plus de directeurs de santé publique nous disent qu’il serait plus sécuritaire d’y porter le masque » car « les enfants sont vecteurs de transmission et que leurs parents, une fois infectés, ne peuvent plus se rendre au travail. »

0,8 % des Ontariens seraient contaminés chaque jour

Si les données officielles sont, jusque-là, loin de refléter la réalité sur le terrain concernant le nombre de cas quotidien à cause d’un accès restreint au test PCR, les analyses des eaux usées effectuées par le Groupe consultatif scientifique ontarien démontrent qu’entre 100 000 et 120 000 nouveaux cas sont enregistrés chaque jour dans la province, soit 0,8 % des Ontariens qui seraient contaminés quotidiennement. À ce rythme, il suffit de cinq mois pour que la population entière soit infectée.  

« Si on fait comprendre aux Ontariens que le nombre de cas est faible, leur comportement en sera influencé et ils baisseront la garde. Alors que si on leur dit qu’il y a 100 000 cas par jour et qu’ils vont être exposés à la COVID-19 au moins une fois dans la journée, ils vont prendre leurs précautions et mettre leur masque. On demande aux gens d’évaluer eux-mêmes les risques, mais comment est-ce possible si on ne leur fournit pas des données correctes », s’indigne Mme. Simard.

La députée libérale Lucille Collard
La députée libérale d’Ottawa-Vanier, Lucille Collard. Archives ONFR+

La situation des USI pas si inquiétante que cela

Cependant, le gouvernement a annoncé aujourd’hui que la province compte, à partir du 12 avril, faciliter l’accès aux antiviraux et au test PCR jugé beaucoup plus fiable que les tests rapides pour les personnes admissibles possédant une ordonnance dans ce sens.

Ceci dit, si le nombre des cas quotidiens explose et que celui des hospitalisations a doublé entre le 21 mars, date à laquelle l’Ontario a fait tomber le masque, le nombre des cas admis en Unité de soins intensifs (USI) est, quant à lui, demeuré stable avec 181 cas le 21 mars contre 184 aujourd’hui.

L’autre point sur lequel le Dr. Moore a été clair également est relatif à la reprise de l’obligation du port du masque. « Nous n’allons pas réimposer le masque obligatoire, mais il se peut que cela soit le cas dans certains lieux publics intérieurs si la situation se dégrade, surtout pendant l’hiver », a-t-il déclaré.

Pas de retour obligatoire des masques pour le moment

En revanche, concernant le plan du gouvernement consistant à abandonner le port du masque dans les centres de soins de longue durée, les hôpitaux et les transports en commun d’ici le 27 avril prochain malgré cette sixième vague, le Dr Moore est resté vague sur le sujet, se limitant à dire qu’il est favorable à une prolongation de l’obligation du port du masque dans ces lieux, mais que c’était, in fine, au gouvernement de décider.

Le Dr Kieran Moore dans les couloirs de l’Assemblée législative de l’Ontario. Crédit image : Rudy Chabannes

Des propos qui contrastent avec ceux de la ministre de la santé de l’Ontario, Christine Elliott tenus le matin même en chambre : « Nos décisions ont toujours été fondées sur la science et les recommandations du Dr Moore. Nous avons toujours agi ainsi et nous continuerons de le faire. À ce stade, nous devons apprendre à vivre avec la COVID-19. »

Cela n’a pas manqué de susciter la crainte de Mme Collard. « Ce qui m’inquiète le plus dans cette histoire c’est le fait qu’on va bientôt enlever les masques dans les centres de soins de longue durée, les hôpitaux et les transports en commun », a-t-elle fait savoir.

Les étudiants francophones plus susceptibles de travailler en français

Étudier dans un établissement postsecondaire francophone hors Québec plutôt qu’en anglais résulte en de plus grandes chances de travailler en français, conclut une récente étude de Statistique Canada.

Ce sont 48 % des diplômés de langue maternelle française qui utilisent le français de façon prédominante au travail et 39 % pour ceux provenant d’un établissement bilingue. Ce nombre descend à 14 % pour ceux ayant obtenu leur dernier diplôme dans un établissement anglophone.

Étudier dans un établissement postsecondaire francophone hors Québec au lieu d’une institution bilingue résulte en d’encore plus grandes chances de travailler en français. À l’extérieur du Québec, 59 % des diplômés de langue maternelle française qui disent utiliser le français de façon prédominante au travail avaient obtenu leur dernier diplôme d’un établissement de langue française et un peu plus de deux fois moins, d’un établissement bilingue, soit 26 %.

Aussi, 58 % des diplômés de langue maternelle française avaient obtenu leur dernier diplôme d’un établissement d’enseignement anglophone (35 %) ou bilingue (23 %) alors que 42 % l’ont reçu d’un établissement entièrement francophone.

20 % des anglophones qui disent avoir fait leurs études postsecondaires en français hors du Québec affirment utiliser de façon prédominante le français au travail. Ce nombre est dix fois moins élevé pour les anglophones (2 %) ayant étudié dans un établissement bilingue. Ils sont toutefois très peu, car le nombre d’anglophones ayant étudié en français se chiffre à 1 % alors que 88 % l’ont fait dans la langue de Shakespeare.

Les diplômés de langue maternelle française hors Québec sont d’ailleurs plus susceptibles d’utiliser principalement le français au travail après avoir fait des études à l’extérieur de la Belle province que dans celle-ci.

L’Université de l’Ontario français et l’Université de Hearst sont les deux seuls établissements de la province entièrement francophones. Archives ONFR+

La langue prédominante au travail est déterminée en fonction du recensement de la population de 2016 et du Système d’information sur les étudiants postsecondaires.

Hors Québec, les diplômés collégiaux sont plus susceptibles d’utiliser le français de façon prédominante au travail que ceux des universités. C’est notamment explicable par l’abondance de diplômes et de techniques disponibles dans les institutions collégiales dans les domaines de la santé, du commerce et de l’éducation, explique Statistique Canada.

Sudbury différent

La région du Grand Sudbury ressort dans cette étude comme différente de ces confrères bilingues ou plus francophones d’ailleurs au pays. Le taux d’utilisation du français – soit 20 % – au travail serait similaire à de grandes villes anglophones comme Toronto, Halifax et Calgary malgré un taux de bilinguisme beaucoup plus élevé dans la ville du Nord de l’Ontario.

Sudbury compte 42 000 francophones, selon le dernier recensement de 2011. Archives ONFR+

« Ce résultat pourrait s’expliquer en partie par la présence, dans le Grand Sudbury, d’une université bilingue plutôt que d’une université uniquement française, par la proportion importante de diplômés dans les industries de la production de biens et du commerce, du transport et de l’entreposage, et aussi par le fait que la population de langue française dans cette région est caractérisée par une mobilité moins importante que celles des autres régions mentionnées », peut-on lire dans l’étude.

À Sudbury, seulement 51 % des diplômés avaient reçu leur diplôme d’un établissement unilingue, ce qui est plus bas que d’autres villes comme Moncton (97 %) où l’Université de Moncton est de langue française. De plus, le nombre de Sudburois dont le dernier diplôme provient du Québec est le plus bas au pays avec 2 %. D’autres villes avec des francophones sont plus élevées comme Ottawa (25 %), Moncton et Winnipeg avec 7 %.

Daniel Giroux, la passion du collégial dans le sang

[LA RENCONTRE D’ONFR]

SUDBURY – Nommé cinquième président du Collège Boréal en 2016, Daniel Giroux y œuvre depuis 1996 même si rien ne l’y destinait. Fier Sudburois, il a mené de front la bataille du Collège contre la COVID-19 et la préparation de plusieurs projets très attendus pour l’établissement. Ce père de famille impliqué dans sa communauté confie avoir pour rêve de voir augmenter la cible de la francophonie ontarienne de 5 % vers 10 %.

« Comptable de formation, imaginiez-vous faire carrière dans la formation postsecondaire?

Pas du tout. Au secondaire et à l’université, je travaillais dans la construction, plus précisément dans le secteur de la maçonnerie. C’était vraiment quelque chose qui me passionnait. Ensuite j’ai commencé comme comptable dans le domaine de la fiscalité, puis dans une entreprise du secteur minier, Timberock International. J’en suis devenu directeur, ce qui m’a permis de beaucoup voyager dans le pays et à l’international. C’est assez drôle parce que je n’avais pas vraiment connaissance du milieu postsecondaire, ou du Collège Boréal.

Mon épouse, qui est infirmière et a fait ses études en français au Collège Cambrian, connaissait bien le Collège Boréal. Elle m’appelle alors que j’étais sur la route à Val-d’Or, après avoir signé un contrat, pour me dire qu’un poste de comptable était affiché au Collège Boréal et qu’elle a soumis mon CV. À l’époque nous venions de faire construire une maison en périphérie de Sudbury et l’entreprise pour laquelle je travaillais devait déménager à Elliot Lake.

Mon épouse ne voulait absolument pas quitter Sudbury. Au début, j’ai eu un peu peur parce qu’il n’y avait pas de vrai bureau lorsque je passais mon entrevue, comme le campus était en construction, mais je me suis lancé et suis rapidement tombé en amour avec le Collège à force d’y apprendre et d’y travailler.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans ces fonctions?

J’ai beaucoup aimé évoluer dans le Collège. De comptable, j’ai dû, ensuite, gérer le budget, puis j’ai été vice-président développement des affaires pour ensuite devenir vice-président. Donc j’ai eu la chance de grandir pour pouvoir prétendre au poste de président. Je pense aussi que c’est combien est varié l’offre des services du Collège. On n’est pas un collège typique, on est un vrai collège communautaire. C’est vraiment de voir tous nos étudiant(e)s, client(e)s réussir, la passion, l’émotion des familles.

On voit parfois des adultes qui reviennent aux études ou après avoir perdu leur emploi, être embauchés dans de bons emplois. C’est gratifiant. Voyager aussi, découvrir l’unicité de chaque communauté, mais quelque chose qui nous rassemble, c’est la francophonie. C’est impressionnant de voir, que ce soit dans le personnel de soutien, le personnel administratif ou le personnel scolaire, la passion et la volonté de voir réussir nos étudiants.

Une partie du personnel du Collège Boréal. Gracieuseté

Quel impact a eu la pandémie sur les étudiants du Collège Boréal?

Ce n’était vraiment pas évident, je me souviens encore de début mars 2020, quand on a été forcés de fermer nos portes. Mais, ce qui m’a vraiment impressionné, c’est la résilience de notre personnel qui en seulement deux-trois semaines a dû faire la révision de tous les cours, tous les programmes, réadapter l’offre à distance, et l’accès aux laboratoires. Et tous les étudiants ont été capables de terminer et avoir leur diplôme.

Pour moi c’était vraiment impressionnant. On a dû investir beaucoup d’argent et de temps à faire en sorte de respecter toutes les mesures de distanciations dans les activités qui devaient se dérouler en présentiel. Et on a tout fait pour ne pas fermer trop longtemps pour ne pas pénaliser nos étudiants et employés.

Pour quelle raison le nouveau campus final de Toronto prévu début 2020-21 n’ouvrira que d’ici cinq ans?

C’est une combinaison de plusieurs facteurs. Premièrement il y a eu des délais administratifs en lien avec la mesure de protection requise pour la construction. Le nouvel édifice Ribbon longe la voie ferrée qui alimente la gare Union de Toronto. Donc il fallait s’assurer que le design était acceptable pour tous les partenaires, la ville de Toronto, et que tout soit sécuritaire.

Le deuxième élément, c’est la pandémie qui a ralenti les projets de constructions partout au Canada et à l’international. La troisième chose c’est l’adoption de certaines mesures législatives provinciales pour faciliter la construction de transport en commun. La ligne Ontario va passer par le quartier de la Distillerie où sera le campus temporaire, ce qui veut dire que les délais d’approbation sont plus longs. La bonne nouvelle, c’est qu’avec la nouvelle ligne, il va y avoir deux stations de métro qui seront très proches du campus. On ne s’y attendait pas et c’est une excellente nouvelle à moyen-long terme.

Donc oui, l’édifice Ribbon ne sera pas prêt en septembre 2023, mais en ayant des espaces temporaires à la Distillerie à quelques mètres de distance, on pourra contempler la construction du campus permanent qui devrait être prêt d’ici cinq ans.

Daniel Giroux, président, Lyne Michaud vice-présidente à l’ enseignement, Robin Craig, directrice de Recherche & Innovation, et Daniel Leduc, doyen de l’École des métiers et technologies appliquées. Gracieuseté

Au-delà de sa mission académique, quel rôle joue le Collège Boréal dans le développement culturel et économique de la communauté?

Comme c’est écrit dans notre mission, le Collège Boréal offre des formations et des services de qualité à une clientèle diversifiée, et je pense que c’est vraiment ça qui est au cœur de notre mandat. Il exerce un leadership pour favoriser le développement durable des communautés francophones de l’Ontario donc ça, c’est notre raison d’être. Ce qui nous différencie c’est que le Collège Boréal n’a pas seulement des programmes postsecondaires, nous offrons des cours de français langue seconde, des cours d’anglais langue seconde parce que souvent les étudiants ont besoin de maîtriser l’anglais pour travailler en Ontario.

On essaie aussi de contribuer à réduire la pénurie de main-d’œuvre en mettant en place de nouvelles cohortes. Normalement, dans le réseau collégial, on commence en septembre ou parfois en janvier. Eh bien, l’année dernière on a fait des cohortes en février, mars, avril et mai pour permettre à nos employeurs d’accéder à du personnel qualifié plus rapidement, notamment dans le domaine de la santé. Donc c’est vraiment important pour nous d’apporter ce soutien-là à notre communauté.

Vous êtes diplômé de l’Université Laurentienne, comment jugez-vous la trajectoire de cette université?

J’ai fait mes études de commerce en français à l’Université de la Laurentienne et c’est à partir de là-bas que j’ai pu avoir les moyens d’aller chercher ma désignation comme comptable. Donc je vais toujours me souvenir de la qualité de la formation exceptionnelle que j’y ai obtenue et en être un fier diplômé. C’est sûr que personne n’aime voir une institution qui vit des défis financiers. On a toujours des préoccupations quand on voit des institutions qui modifient l’offre de programmes en français.

Au Collège Boréal c’est un des défis que l’on a tout le temps, d’essayer d’avoir le même genre, ou les mêmes capacités que du côté anglophone et on en est loin pour le moment. Donc oui, c’est clair qu’on veut toujours encourager le principe de par et pour les francophones et on appuiera toujours les initiatives pour avoir plus d’offres de programmes en français.

La mascotte du Collège Boréal entourée de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, et de Daniel Giroux. Gracieuseté

Quels sont les prochains projets sur lesquels le Collège travaille?

Il y a des choses qui s’en viennent effectivement et j’espère en faire l’annonce prochainement. On a une belle initiative du côté de la programmation postsecondaire en français. Je ne peux pas encore en parler, mais je vous promets de très bonnes nouvelles qui s’en viennent pour la francophonie du Nord de l’Ontario et même de tout l’Ontario d’ici quelques semaines.

On travaille aussi sur le projet d’un centre de bien-être à Sudbury qui inclut un nouveau gymnase, de nouveaux vestiaires, une piste de course intérieure, des espaces cliniques qui pourront être de vrais laboratoires pour nos étudiants en massothérapie et servir aussi à toute la communauté.

Comment le Collège fait-il face au manque d’étudiants dans le Nord?

C’est vrai, mais ce n’est pas seulement un problème du Nord : il y a de grandes pénuries partout ans la province dans les domaines de la santé, de la petite enfance… Je pense que, ce qui va être important, c’est de continuer à attirer des étudiants de tout le pays, et aussi de travailler autour de l’immigration francophone avec notre service d’immigration.

On va aussi promouvoir les possibilités d’emploi à la sortie de nos formations, avec ce qu’on appelle notre garantie Boréal, qui est totalement unique. Si jamais tu ne trouves pas d’emploi un an après ta diplomation, tu peux revenir t’inscrire dans un programme et c’est totalement pris en charge par le Collège Boréal.

Comment votre établissement adapte ses filières au besoin de main-d’œuvre en Ontario?

Chaque programme que nous offrons possède un comité consultatif qui se rencontre une fois par année. Il se réunit afin de réévaluer les contenus des programmes en fonction du marché du travail pour s’ajuster en conséquence. Parfois il y a des emplois connexes qui sont en besoin de recrutement alors on fait une analyse de marché, on consulte les employeurs.

Parfois aussi, on utilise la reconnaissance des acquis pour la clientèle adulte pour reconnaître leur expérience. On essaie de toujours consulter les employeurs et de trouver une solution à la pénurie de main-d’œuvre comme quand on a créé notre programme de préposé(e) aux services de soutien personnel.

Daniel Giroux est un passionné de pêche au doré Gracieuseté

Qu’aimez-vous faire durant votre temps libre?

J’ai deux garçons qui jouent au hockey à un haut niveau. J’adore les voir jouer, surtout que maintenant on peut y aller en personne. Puis j’ai vraiment hâte d’être en été pour retourner pêcher, surtout la pêche au doré. Nous avons un chalet sur le lac Kipawa, et je vais à la pêche depuis de nombreuses années avec mes garçons. On aime beaucoup ça. »


LES DATES-CLÉS DE DANIEL GIROUX 

1971 : Naissance à Québec (pendant un voyage de ses parents)

1997 : Embauche au Collège Boréal

2007 : Devient vice-président à l’enseignement du Collège Boréal

2016 : Est nommé président du Collège Boréal

2020 : Célèbre le 25e anniversaire du Collège Boréal avec les 4 anciennes présidences du collège

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le patrimoine, une richesse franco-ontarienne

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Il existe une richesse collective qui se transmet de génération en génération et qui est aussi diverse que multiple pour la communauté franco-ontarienne. Pourtant, cet unique legs inestimable de celles et ceux qui nous ont précédés demeure souvent méconnu, oublié ou en péril.

Trop souvent, lorsque le patrimoine fait les manchettes c’est en temps de crise alors qu’un bâtiment tombe sous le pic des démolisseurs. Incompris, il peut être aussi perçu comme mystérieux et qu’il ne concerne que quelques initiés. Aussi, faut-il saluer l’initiative d’ONFR+ d’accorder une tribune médiatique au patrimoine franco-ontarien par delà les crises passées ou à venir.

« Comme Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes, que nous soyons nés en Ontario ou que nous ayons choisi d’y vivre, nous sommes toutes et tous porteurs d’expérience, de savoirs et de mémoires qui composent et recomposent, avec le temps, un patrimoine à raconter, à partager, à valoriser et à transmettre dans nos espaces de vie communautaire », écrivait en 1997 la regrettée Paule Doucet (1943- 2016), directrice générale du Regroupement des organismes franco-ontariens (ROPFO) dans un énoncé qui n’a pas pris une ride 25 ans plus tard.

Dans le cadre de cette chronique inauguratrice, je vous invite à mieux apprivoiser le patrimoine franco-
ontarien, de ses acteurs et d’où il tire sa légitimité.

Qu’est-ce qu’est le patrimoine franco-ontarien?

Véritable témoin et symbole d’enrichissement profond et durable, le patrimoine franco-ontarien est multiple et émane de différents secteurs d’activité. Patrimoine bâti, patrimoine religieux, patrimoine scolaire, patrimoine archivistique, patrimoine architectural, patrimoine naturel et même patrimoine immatériel sont autant d’exemples des nombreuses déclinaisons du patrimoine franco-ontarien.

Si certains patrimoines sont partagés par les francophones de partout sur le territoire ontarien (pensons au patrimoine religieux ou au patrimoine scolaire), certaines régions de l’Ontario se distinguent dans une composante précise du patrimoine. L’Est ontarien (surnommée « le grenier franco-ontarien ») regorge de patrimoine agricole alors que le Nord de l’Ontario se particularise par son important patrimoine industriel. Indéniablement, le territoire façonne le patrimoine au même titre que l’activité humaine.

Si l’histoire se définit par l’étude du passé, le patrimoine se réfère au présent. Composante intégrante de l’expérience franco-ontarienne, le patrimoine doit être compris comme un élément intrinsèque de la culture de l’Ontario français.

Les acteurs en présence

Les principaux acteurs de défense et de valorisation du patrimoine franco-ontarien se trouvent dans le milieu associatif de la communauté et s’intéressent tout autant au patrimoine qu’à l’histoire. Un organisme provincial, nommé le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) a un mandat provincial qui favorise la transmission de la connaissance historique, facilite la concertation entre les partenaires et appuie les efforts de préservation et de mise en valeur du patrimoine.

Né de la fusion en 2011 de deux organismes patrimoniaux provinciaux franco-ontariens fondés dans les dernières décennies du 20e siècle (la Société franco-ontarienne d’histoire et de généalogie et du Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien), le RPFO continue de publier trois fois par année la revue Le Chaînon qui est consacrée à l’histoire, au patrimoine et à la généalogie de l’Ontario français.

L’organisme provincial décerne également des prix de reconnaissance en patrimoine aux plus méritants chaque mois de février dans le cadre du Mois du patrimoine de l’Ontario français en plus de s’être doté récemment d’un comité bénévole et provincial sur le patrimoine bâti et religieux.

Localement, des sociétés d’histoire se trouvent partout sur le territoire ontarien et déploient leurs actions à l’échelle régionale. À L’Orignal, l’association Patrimoine L’Orignal-Longueuil (incorporée en 2005) a pour mission de reconnaître, de protéger, de sauvegarder et de promouvoir le patrimoine de ce village situé sur les rives de la rivière des Outaouais.

Depuis maintenant plus de dix ans, la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO) se donne pour mission de diffuser l’histoire de ce secteur urbanisé de l’Est d’Ottawa, qui fut jadis un petit village agricole typiquement franco-ontarien.

La Société d’histoire de Toronto (1976) met en lumière l’histoire des Franco-Ontariens dans la capitale ontarienne, tandis que le Nord de l’Ontario n’est pas en reste avec la Société historique de Nipissing Ouest (2007) et la doyenne de toutes les sociétés d’histoire franco-ontariennes, la Société historique du Nouvel-Ontario. Cette dernière, fondée en 1945 au Collège du Sacré-Cœur à Sudbury s’est fait connaître par ses « documents historiques », des fascicules d’études consacrées à l’histoire franco-ontarienne.

Enfin, toujours dans le Nord de la province, le Centre franco-ontarien de folklore célèbre ses 50 ans d’existence cette année et perpétue la mémoire et les travaux de son fondateur, le père jésuite Germain Lemieux.

Quelques musées mettent en valeur l’histoire franco-ontarienne et perpétuent des traditions tel que le Muséoparc Vanier et sa cabane à sucre à Ottawa, depuis 2006. L’Écomusée de Hearst détient pour sa part un inventaire du patrimoine religieux de son diocèse.

Côté archives, le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) de l’Université d’Ottawa de même que le Centre d’archives de la Grande Zone argileuse nord-ontarienne de l’Université de Hearst sauvegardent le patrimoine archivistique franco-ontarien.

Si les organismes provinciaux, les musées communautaires et les centres d’archives comptent généralement sur quelques employés, les sociétés d’histoire s’appuient surtout sur des bénévoles, quasiment toujours retraités.

Légitimité du patrimoine franco-ontarien

Si la communauté franco-ontarienne tire à juste titre une grande légitimité dans sa longue présence dans le temps (plus de quatre fois centenaire) sur le territoire dans la défense de ses revendications, son patrimoine sert de témoin tangible et irréfutable d’un enracinement de pionniers.

En péril, oublié ou encore peu valorisé, le patrimoine franco-ontarien est néanmoins fragile et ne peut être pris pour acquis, malgré la richesse inestimable qu’il recèle. Sans trace concrète (sans un patrimoine préservé et valorisé, donc) la mémoire franco-ontarienne, voire son identité, risque de disparaître. Pour une communauté en situation linguistique minoritaire pour qui l’avenir est à ceux qui luttent, le patrimoine représente une pierre angulaire de sa pérennité.

De par sa nature collective, l’engament citoyen est fondamental dans la protection du patrimoine franco-ontarien. La communauté, première concernée, est la mieux placée pour connaître les lieux, édifices ou traditions qui relèvent d’une importance à conserver par transmission générationnelle. C’est à elle que lui revient le devoir de veiller à sa valorisation, à lutter pour sa sauvegarde et ne pas hésiter à monter aux barricades aux moments critiques.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

La présidentielle française, entre espoir et désespoir pour les Français de l’Ontario

 
Les 30 000 Français vivant en Ontario sont appelés aux urnes ce 9 avril, qui marque le premier tour de l’élection française. Ce scrutin intervient dans un contexte inédit, après deux ans de pandémie et une guerre aux frontières de l’Europe. Les Français de l’Ontario qui iront voter partagent une vision commune : faire que leur pays ne sombre pas dans des idéologies extrêmes, mais aussi que la France rayonne, ici, en Ontario.
 
ONFR+ a réalisé une enquête auprès d’une cinquantaine de Français installés dans plusieurs régions de l’Ontario. Parmi eux, 53,8 % voteront dans une circonscription proche de leur domicile et 19.2 % par procuration, contre 23,1 % qui ne compteront pas se déplacer aux bureaux de vote.
 
Les Français du Canada ont un statut appelé « Français de l’étranger » qui offre les mêmes droits que leurs compatriotes en métropole. Pourtant, les ressortissants vivants au Canada n’ont pas nécessairement les mêmes besoins que leurs concitoyens.

Voter pour que la France rayonne

Pour Florian François, Franco-Canadien originaire d’Orléans en France et habitant de Toronto, il est important de s’intéresser à cette élection, comme à toutes les élections dans le monde. « L’enjeu de ce vote est primordial, car l’élection aura un impact dans le monde entier, on parle d’un pays membre du G7, la France et le Canada partagent beaucoup de choses. »

Cette relation entre les deux pays s’est aussi traduite par une immigration française importante au Canada et en Ontario depuis les dix dernières années.

De son côté, Camille Cottais, étudiante en science politique et journaliste pour La Rotonde à Ottawa, nous explique les raisons presque politiques de son départ : « Je suis partie, car j’en avais marre de la fermeture d’esprit de la France. D’où mon choix d’être au Canada, les droits de la personne, ici, sont mieux mis en avant. Le multiculturalisme est mieux. En France, on a du mal avec ça, on fait comme si le racisme n’existait pas. »

Camille Cottais, étudiante en science politique à Ottawa. Gracieuseté

D’après elle, la France est en retard sur des domaines dans lesquels le Canada s’avère être en marge. Ce qui n’empêche que le vote est important pour ces ressortissants.

Originaire de Normandie et installée à Hamilton, Julie Jardel explique de son côté : « Je n’ai pas le droit de vote au Canada. Mais je veux m’assurer que je donne une chance à mes valeurs d’être représentées dans mon pays. Je le veux pour mes proches et ceux qui me sont chers, afin qu’ils puissent vivre dans ce que j’estime être un pays où il fait bon vivre. »

« Je veux être capable de parler de mon pays avec fierté et non avec honte et révolte », reprend-
elle.

De même pour Amandine Girard qui a vécu 25 ans en France : « Je pense que c’est important pour mes proches en France, de m’assurer que je peux contribuer à ma manière sur l’avenir de la France ».

Audrey De Bruyne, Française résidant à Thunder Bay. Gracieuseté

Qu’il faille voter pour ses propres valeurs et aspirations ou bien pour participer au rayonnement du pays, les Français de l’Ontario pensent à l’importance que leur vote pourrait avoir sur leur proche et leur famille qui vivent de plein fouet les décisions politiques.

Parmi nos sondés, 81,5 % se sentent concernés par la politique, et suivent ce qui se déroule dans le pays. Audrey De Bruyne se dit attachée à la France, sa culture, son patrimoine, le terroir, c’est son identité. « En parlant français et en travaillant en français dans une province anglophone et dans un milieu minoritaire, j’essaie de faire rayonner la francophonie. » Cette Française, immigrée à Thunder Bay, lit la presse française tous les jours. C’est un moyen pour elle d’avoir accès au quotidien qui s’y passe.

Florian François, Julie Jardel et Yann Le Borgne. Montage ONFR+

Tout comme Yann Le Borgne à Ottawa, élu local et conseiller des Français à l’étranger : « Je représente les Français au sein du consulat, de l’ambassade et auprès de nos parlementaires. » Pour lui, ce vote est important puisque c’est une grande responsabilité : « On sait que le président français a beaucoup de pouvoir et d’influence sur l’état du pays ».

Des enjeux qui touchent les familles et les amis

Les Français de l’Ontario sont résolument tournés vers l’Hexagone et pensent avant tout à ce dont la France et ses habitants ont besoin. Sur 100 % de nos participants, 60 % ne se sentent pas utiles à la France en étant au Canada. Pourtant, 59,3 %, pensent que cette élection est vitale. Une conscience politique liée aux attaches et aux liens qui résident en France.

Amandine Girard considère que la France est très attachée à ses valeurs et à ses traditions « mais en 2022 la France à un travail à faire sur l’inclusion et la diversité. Il y a des enjeux sociaux comme la question du flux migratoire. Mais aussi, sur l’environnement, la question n’est plus de savoir comment l’arrêter, mais comment on va s’adapter au changement climatique, qui aura des répercussions économiques et des vagues de réfugiés climatiques ».

Pour Camille Cottais, « les enjeux importants pour les Français aujourd’hui, c’est le pouvoir d’achat, l’environnement, les inégalités entre riche et pauvre. Et non pas l’immigration ou le voile… On veut un gouvernement qui respecte tout le monde, dont les populations marginalisées ».

Quelques-uns des programmes politiques diffusés durant la campagne électorale. Crédit image : Lila Mouch

Une autre préoccupation que les Français d’ici observent est la montée des extrêmes. Pour eux, c’est inquiétant. Pour beaucoup de nos sondés, le système est bancal, des alliances devraient se former, des personnalités comme Eric Zemmour font peur, les programmes ne sont pas clairs ou encore, il risque d’y avoir encore beaucoup d’abstentions. Toutes ses remarques récoltées, traduisent d’une perte de confiance dans un système politique qui peine à toucher ses citoyens expatriés. 66,7 % des participants trouvent que le panel des candidats ne représente pas les Français.

Clara Reid de Thunder Bay n’ira pas voter. Pourtant l’élection présidentielle est importante aux yeux de cette étudiante. « Quel dommage que les Français de l’étranger ne puissent pas voter sans se déplacer au consulat, même pour établir une procuration. Quand on habite à 1000 km et à 8 heures de route minimum des bureaux de consuls honoraires, il est difficile de ne pas se sentir exclu du vote. »

Les six récipiendaires de l’Ordre de la Pléiade 2022 dévoilés

La branche ontarienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) a levé le voile sur les six récipiendaires de l’Ordre de la Pléiade pour l’année en cours. Il s’agit de Dorine Tcheumeleu, Faouzi Metouilli, Jean-Claude Carrière, Marie-Claude Doucet, Pierre Riopel et la Dre Vera Etches.

Les six lauréats se feront chevaliers et recevront leur médaille le 11 avril prochain des mains de la lieutenante-gouverneure de la province, Elizabeth Dowdeswell et de la députée provinciale de la circonscription de Nickel Belt et présidente de la section de l’Ontario de l’APF, France Gélinas.

Soigneusement sélectionnés par un jury constitué de parlementaires représentants plusieurs couleurs politiques, les six Franco-Ontariens récipiendaires de l’Ordre de la Pléiade ont été choisis selon leur degré d’apport à l’expansion du français en Ontario.

Les nordistes

Les heureux élus représentant le Nord sont au nombre de deux : Pierre Riopel et Jean-Claude Carrière.

Retraité à Alban non loin de la rivière des Français, le premier a fait carrière dans l’enseignement postsecondaire et l’éducation pendant une trentaine d’années. Il a occupé, entre autres, le poste de directeur de conseil scolaire et président du Collège Boréal. Il est aujourd’hui membre du conseil d’administration de l’Institut des politiques du Nord et président du Conseil de gouvernance de l’Université de Sudbury dont il a mené la transformation historique, aboutie le 11 mars dernier, en une institution « par et pour » les Franco-Ontariens.  

Jean-Claude Carrière, agent communautaire. Archives ONFR+

Quant au second nordiste, Jean-Claude Carrière, il a travaillé pendant un quart de siècle comme agent de développement communautaire à l’Association canadienne-française de l’Ontario. Onzième d’une famille de quatorze enfants (fait très rare au Canada pour le mentionner) il est aujourd’hui fraîchement retraité.

Les sudistes

À l’Est, c’est Marie-Claude Doucet qui s’est fait couronner pour son investissement personnel durant plusieurs années dans le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). À cet égard, il se murmure que le MIFO a multiplié par trois ses revenus sous sa direction.

Toutefois, au-delà des considérations pécuniaires, l’engagement de Mme Doucet a permis d’alléger l’isolement des aînés ainsi que de créer plus de services de garde pour les enfants.

Toujours dans l’Est, les membres du jury ont jeté leur dévolu pour des raisons pandémiques évidentes, sur la Dre Vera Etches, médecin hygiéniste en chef de Santé publique Ottawa. La doctoresse est aussi professeure auxiliaire à l’Université d’Ottawa où elle est responsable des médecins résidents.

Faouzi Metouilli, président de l’Association marocaine de Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

Plus au centre, c’est le président de l’Association marocaine de Toronto, Faouzi Metouilli qui a raflé la médaille, un poste qu’il occupe depuis huit ans. M. Metouilli est également administrateur à l’information des ressources humaines et gestion de la paie au Conseil scolaire catholique MonAvenir, et ce depuis 22 ans.

Enfin, le Sud-Ouest a aussi été à l’honneur avec la récompense de Dorine Tcheumeleu. D’origine camerounaise, cette enseignante à l’école élémentaire catholique St-Ambroise du Conseil scolaire Providence à Belle River est la fondatrice et directrice générale de l’incontournable programme éducationnel, Épelle-Moi Canada.

Dorine Tcheumeleu, directrice générale d’Épelle-Moi Canada. Gracieuseté

Pour rappel, l’APF a été créée il y a 46 ans et a pour objectif de sanctionner les personnalités ontariennes qui participent d’une manière significative à « l’épanouissement de la langue française en Ontario ». Les différents grades des récompenses sont chevalier, officier, commandeur, grand officier et grande croix.

Budget 2022 : Ottawa veut construire 3,5 millions de logements en dix ans

OTTAWA – Dans son budget de 2022, le gouvernement Trudeau veut s’attaquer à la crise du logement en doublant la construction de logement d’ici 2031 avec un nouvel investissement de 10 milliards de dollars. Pour les francophones et les langues officielles, Ottawa ne fait aucun nouvel investissement.

Pour régler la crise de logement au pays, Ottawa mise sur la construction massive d’habitations. Le gouvernement estime que 3,5 millions d’unités seront nécessaires d’ici 2031 pour faire face au marché actuel et aux futures tendances démographiques. En prenant en compte l’actuelle stratégie de logement et les nouvelles mesures, le fédéral prévoit débourser 72,8 milliards de dollars d’ici 2027.

Le gouvernement estime que la meilleure façon de réduire la surchauffe dans le marché est d’accroître l’offre de propriétés aux acheteurs.

« 90 % des investissements qu’on fait ont pour but d’augmenter l’offre de logements. On reconnait que le principal défi concernant le logement au Canada est en raison d’un manque d’offres. On reconnait aussi que le gouvernement fédéral ne possède pas tous les outils concernant le manque de logements donc on essaye d’être créatif », a dit la vice-première ministre et ministre des Finances Chrystia Freeland.

La ministre des Finances Chrystia Freeland. Crédit image : CC BY-NC-ND 2.0 / John Lehmann/Fortune

Le fédéral créera un nouveau fonds de 4 milliards de dollars sur cinq ans qui aura pour but d’accélérer la construction d’habitations.

Ce nouveau programme prendra en compte les petites municipalités rurales comme dans le Nord de l’Ontario, précise-t-on. Pour ce faire, un mécanisme sera créé pour donner des compensations financières pour la construction de logements abordables à de petites municipalités. Cette mesure a notamment pour but de permettre à ces petites villes de passer au-dessus de certaines de leurs réglementations.

Parmi les autres mesures dans le logement :

  • Instauration d’un compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété avec une épargne possible jusqu’à 40 000 $.
  • Crédit d’impôt doublé pour l’achat d’une première maison à 10 000 $
  • Permettre aux acheteurs de voir les autres offres et l’assurance d’avoir droit à une inspection
  • Les résidents (ou entreprises) étranger(e)s ne pourront pas acheter de maison dans les deux prochaines années
  • Restrictions et taxation financières sur la revente de logements après un achat dans les 12 derniers mois

Rien pour les francophones

Le budget propose d’allouer un financement de 408,3 millions pour les langues officielles. Cet argent n’est toutefois pas nouveau, car cette somme s’additionne aux 16 $ millions présentés lors de la mise à jour économique de 2021 et le 392 millions annoncés lors du budget de 2021.

Ce financement est réservé aux communautés francophones du pays et pour la réforme de la Loi sur les langues officielles « en vue d’atteindre une égalité réelle entre les langues officielles du Canada et qui inclut des bonifications vouées à répondre aux défis des communautés de langue officielle en situation minoritaire ».

La promesse des libéraux en campagne électorale de doubler le financement des institutions postsecondaires en milieu minoritaire et de le rendre permanent ne s’y trouve pas. Ils avaient promis de faire passer le financement de 40 à 80 millions de dollars.

« C’est le premier de quatre budgets. Vous n’allez pas voir toutes nos ambitions dans notre premier budget. On construit le premier de quatre chapitres. On va faire plus d’annonces dans les trois prochains budgets », a affirmé la ministre Freeland.

Pour l’opposition officielle, l’absence de cette promesse et de nouveautés dans le budget démontre un manque de conviction et de sérieux pour la francophonie.

« Ça démontre encore une fois que ce gouvernement n’a pas d’intérêt, d’appétit et de respect pour la francophonie. Il n’a pas rien prévu pour arrêter le déclin du français. Si on avait vraiment eu l’intention, on aurait eu des outils et des actions », critique le porte-parole en Langues officielles Joël Godin.

Pour l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente 22 établissements francophones au pays, c’est une déception, mais admet qu’il reste encore du temps.

« On avait une attente que ça se retrouve là (dans le budget) parce que ça se retrouvait aussi dans la plateforme des libéraux en campagne. On pensait que les fonds bonifiés auraient été disponibles dès 2022-2023. On est déçu de ne pas le voir là, mais on va faire les suivis nécessaires (…) On a un peu de marge de manoeuvre avec le prochain Plan d’action », soutient la présidente de l’ACUFC Lynn Brouillette.

Avant cette promesse électorale, le gouvernement Trudeau avait promis 121 millions de dollars sur trois ans à partir de 2021-2022. Mais un flou persiste à savoir à partir de quelle année l’argent rentre en compte, car Ottawa n’a pas réussi à envoyer le financement avant la fin de l’année fiscale.

En visite à Sudbury lors de la campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau et l’ancienne ministre des Langues officielles Mélanie Joly avaient promis ce 80 millions de dollars. Archives ONFR+.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est dite « étonnée que ce budget ne fasse aucune mention de la francophonie », notamment le fonds destiné aux établissements universitaires. L’organisme attend des retombées pour le dossier du postsecondaire dans le Nord de l’Ontario.

« La situation dans le nord de l’Ontario est une urgence pour la jeunesse franco-ontarienne. Dans la prochaine année, nous serons donc très attentifs à ce fonds et également au Plan d’action pour les langues officielles », a déclaré Carol Jolin, le président de l’AFO.

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Source : Twitter

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) dit « souhaiter que cette augmentation se concrétise incessamment », mais s’est dite peu surprise du manque d’annonces pour les francophones.

« Les consultations pour le prochain Plan d’action pour les langues officielles s’amorcent dans les mois qui viennent, et ce plan sera capital pour nos communautés. Au sortir de la pandémie, dans une situation de pénurie de main-d’œuvre sans précédent, il faudra que le budget 2023 prévoie véritablement un plan de relance pour la francophonie », soutient Liane Roy, présidente de la FCFA.

Dette et budget fédéral

La dette du fédéral est prévue à 52,8 milliards de dollars cette année, une chute par rapport au 58,4 milliards prévu dans la dernière mise à jour économique de 2021. Le déficit de 2021 était de 144,5 milliards, alors fortement gonflé par les mesures d’aide reliées à la COVID-19, principalement disparu dans ce budget. Ottawa n’envisage pas de faire un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2026-2027, mais la dette devrait fondre à 8 milliards de dollars.

Améliorer le système d’immigration

Ce budget annonce aussi modifier la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. Cette modification donnera plus de pouvoirs au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser dans le cadre du programme d’Entrée express.

Cette modification législative pourra « aider à sélectionner les candidats qui répondent le mieux aux besoins du marché du travail canadien parmi le bassin croissant de candidats qui souhaitent devenir résidents permanents dans le cadre du système Entré express ». Sean Fraser avait affirmé mercredi que d’ajouter plus de flexibilité à ce programme d’immigration permettrait d’atteindre la cible de 4,4 % en immigration francophone hors Québec.

Le budget prévoit aussi 2,1 milliards de dollars sur cinq ans pour accélérer le traitement de demandes de nouveaux permanents et 187,3 millions de dollars sur la même période pour accélérer le traitement de renseignements

Soins dentaires

L’exercice financier de Chrystia Freeland planifie 5,3 milliards de dollars dans les cinq prochaines années pour offrir des soins dentaires avec une mise en œuvre complète du régime dès 2025.

Inflation

Les libéraux investissent 603,2 millions de dollars pour solidifier les chaines d’approvisionnement du pays.

Défense nationale et Ukraine

En réaction à la guerre en Ukraine, le Canada bonifie sa défense nationale avec un financement de 8 milliards de dollars dès cette année sur cinq ans, notamment dans les Forces armées canadiennes.

COVID-19

« La crise économique de la COVID-19 est passée », a dit la vice-première ministre Freeland. Elle assure qu’en raison de « l’approche fiscale responsable », le Canada est prêt concernant les incertitudes reliées au virus ainsi que la guerre en Ukraine. Aucune dépense de grande nature ne se retrouve dans cet exercice financière au cas où le pays ferait face à une sixième vague.

Ce texte à été mis à jour à 19h40

Nos cinq coups de cœur culturels de la semaine

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Danse, lecture, arts et musique : il y a en pour tous les goûts cette semaine. On vous emmène sur les planches du Théâtre Babs Asper, dans une nouvelle histoire signée Dany Laferrière ou encore à la découverte de Yao dans un univers atypique : du slam en mode orchestral.

Danse

Crypto : une nouvelle création du célèbre danseur-chorégraphe, Guillaume Côté

Théâtre, technologie et danse contemporaine s’unissent en symbiose dans cette nouvelle création indépendante du célèbre danseur-chorégraphe, Guillaume Côté. Le danseur principal et associé chorégraphique du Ballet national du Canada réimagine de façon avant-gardiste une histoire originale du librettiste canado-américain, Royce Vavrek.

À ses côtés, les danseuses Greta Hodgkinson, Natasha Poon Woo et Casia Vengoechea font avancer cette histoire qui tourne autour d’une relation romantique à bout de souffle. L’intensité de l’œuvre est accompagnée par la musique du compositeur suédois Mikael Karlsson et les effets visuels de l’entreprise lauréate de Montréal, mirari.  

Guillaume Côté et Greta Hodgkinson. Crédit image : Karolina Kuras.

Assistez au spectacle Crypto du 8 au 9 avril au Théâtre Babs Asper à Ottawa. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Littérature

Sur la route avec Bashō de Dany Laferrière disponible en librairie

Plongez-vous dans une aventure pittoresque de Dany Laferrière. L’écrivain et journaliste canadien d’origine haïtienne connu pour plusieurs romans dont Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, nous lance dans une nouvelle aventure à travers son roman graphique. Laferrière nous fait traverser l’Amérique, l’Haïti et le nord du Japon en compagnie de Matsuo Bashō, le célèbre Japonais du XVIIe siècle dont le romancier est grand admirateur.

Couverture Sur la route avec Bashô de Dany Laferrière. Source : Les éditions du Boréal.

Dès cette semaine, Sur la route avec Bashō est disponible en librairie. Vous pouvez aussi acheter votre copie en ligne sur le site des éditions Boréal.

Arts

L’Alliance française de Toronto célèbre ses 120 ans

Que ce soit pour recevoir des cours en français ou assister aux événements culturels, il est évident que pour plusieurs, francophiles et francophones, l’Alliance française de Toronto est un pilier de ressourcement dans la ville reine. Alors que l’institution franchie son 120e anniversaire, elle lance une exposition spéciale portant hommage aux 60 années de carrière du peintre canadien, Charles Pachter. Pachter est notamment reconnu pour ses œuvres incorporant des symboles de la culture canadienne ainsi que ses portraits de personnages célèbres du Canada tels que la reine Elizabeth et l’écrivaine, Margaret Atwood.

L’œuvre Portrait de Margaret Atwood, 2020, Charles Pachter. Courtoisie de l’artiste.

Assistez à l’exposition du peintre Charles Pachter du 9 au 30 avril qui aura lieu à la Galerie Pierre Léon de l’Alliance française de Toronto.

Concert

YAO, invité spécial de la tournée La vérité à l’ère moderne 2022

L’Orchestre du Centre national des Arts du Canada et le chef d’orchestre, Alexander Shelley, s’arrêtent bientôt à New York et Ottawa pour jouer la Symphonie no 13 du compositeur renommé, Philip Glass. En compagnie de Yao pour les dates torontoises et ottaviennes, l’auteur-compositeur sera l’invité spécial de la tournée La vérité à l’ère moderne pour ajouter un peu de poésie à la soirée.

Le musicien Yao en tournée du concert Truth in Our Time. Crédit image : Jag Gundu.

Assistez à la tournée de l’Orchestre du Centre national des Arts du Canada le 13 et 14 avril à Ottawa dans la Salle Southam. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

L’artiste G.R. Gritt anime reVITALives : Indigenized Self-Care

Anishnawbe Health Toronto et le Tkaronto Music Festival présentent en collaboration reVITALives : Indigenized Self-Care, deux jours d’ateliers virtuels rassemblant le savoir autochtone en matière de santé, musique et danse. Si vous avez raté la première partie le weekend passé, vous pouvez toujours participer à cette deuxième session qui abordera les traditions médicinales et la santé mentale des jeunes autochtones avec l’artiste franco-ontarien Métis et Anishinabé G.R. Gritt toujours au micro. Il y aura aussi des performances d’artistes autochtones tels que DJ Shub, Shayla Stonechild et Snotty Nose Rez Kids.

L’artiste G.R. Gritt. Capture d’écran. Archive ONFR+.

Assistez à reVITALives : Indigenized Self-Care, gratuitement, samedi le 9 avril. Inscrivez-vous ici pour réserver votre place.

Encore de considérables défis pour accéder à des services de santé en français 

En cette Journée mondiale de la santé, ONFR+ s’est penché sur le chemin qui reste à parcourir en Ontario. Le monde hospitalier, les services communautaires, les fondations et réseaux de santé ont les mêmes défis en Ontario : recruter du personnel francophone, mais aussi faire que les professionnels et les étudiants viennent et restent en région.
 
Erin Tabakman, directrice générale de la Fondation de l’Hôpital général de Hawkesbury et district (HGH), le déplore : « Nous avons besoin de personnel bilingue. Ce défi est certainement le même pour tous les hôpitaux, mais pour nous, à Hawkesbury, notre hôpital a beaucoup évolué dans les dernières années. Nous avons redéveloppé de nombreux services et même ajouté des nouveaux. L’hôpital a doublé de superficie, il est donc essentiel pour nous d’engager de nouveaux professionnels de santé. »
 
Cette difficulté en ressources humaines est effectivement globale. Selon Jacinthe Desaulniers, présidente-directrice générale du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFE), « le plus gros enjeu est la disponibilité des ressources humaines. On a une très grande pénurie de professionnels de la santé. Pas seulement des docteurs et des infirmières, mais aussi de tout type de travailleur dans la santé, dans des métiers qui n’ont pas toujours été valorisés ».

Jacinthe Desaulniers, présidente-directrice générale du Réseau des services de santé en français de l’est de l’Ontario. Gracieuseté

Des défis qui ne datent pas d’aujourd’hui

Il existe de nombreuses inégalités, d’abord, territoriales. Les étudiants partent faire leurs études dans les grandes villes et délaissent les hôpitaux publics.

« Nous devons offrir la possibilité à nos étudiants de revenir en région, c’est pourquoi il existe des programmes pour les encourager. Nous offrons notamment quatre bourses de 5000 $ pour les appuyer financièrement les études de nos jeunes », raconte Erin Tabakman de l’HGH.

Une autre difficulté vient des centres de santé qui, dans certains territoires, sont exclusivement anglophones.

Une réflexion s’impose donc sur la proximité les services de santé en français. « On doit créer des points de services plus proches », souligne Estelle Duchon, directrice des services de santé au Centre francophone du Grand Toronto.

« Les gens qui habitent en dehors de Toronto ne devraient pas avoir besoin de venir à Toronto pour recevoir ces services. On les oblige trop souvent à choisir entre services en français éloignés et service de proximité en anglais. »

Erin Tabakman, directrice générale de la Fondation de l’Hôpital général de Hawkesbury et district. Gracieuseté

Pour Mme Tabakman, les hôpitaux sont des places sociales où l’on cultive un sentiment de communauté et de bonnes conditions de travail.

« Notre fondation soutient l’Hôpital général de Hawkesbury. On contribue avec des levées de fonds, qui aujourd’hui ont permis de moderniser nos équipements et cela rend nos centres et hôpitaux plus attractifs. »

Selon une étude de 2014, sur le recrutement et la rétention des professionnels de la santé et des services sociaux bilingues en situation minoritaire, « non seulement la main-d’œuvre est plus rare, plus âgée et plus diversifiée, mais elle est aussi plus exigeante et plus difficile à fidéliser ».

Un enrôlement de la jeunesse en santé qui passe inévitablement par des partenariats et des investissements.

Un combat mis à mal par la pandémie

Jacinthe Desaulniers du RSSFE l’admet : « Avant la pandémie, c’était déjà difficile de recruter des gens qui ont la maîtrise du français, mais aujourd’hui c’est encore plus dur de les attirer et de les garder. » Elle explique que cette pandémie a accéléré les tensions dans la main-d’œuvre bilingue, mais la hausse de la population à soigner était déjà bien connue.

« La pandémie a accru ce problème, mais en même temps a apporté des solutions avec le développement des services virtuels », nuance Mme Duchon qui anticipe que des consultations vont dorénavant rester virtuelles quand la situation est appropriée.

« Pour certaines problématiques, cela répond à la fois à un besoin du patient et à une capacité du médecin à fournir le service sans se déplacer. » 

Estelle Duchon, directrice des services de santé au Centre francophone du Grand Toronto. Gracieuseté

Il n’en demeure pas moins que de nombreuses pratiques médicales ne peuvent pas être effectuées en ligne. Le manque de points de service en français s’est fait sentir durant la pandémie. La télémédecine ne remplacera pas complètement les consultations en personne.

Les personnes âgées ou en situation de démence, ceux en séjours de longue durée, n’ont pas accès à ce service. Un bilan, finalement mitigé, qui sera l’un des sujets du troisième épisode de la série Rencontre au sommet dans le cadre de la Journée internationale de la santé présenté par la Fondation franco-ontarienne ce 7 avril.

Ottawa promet d’atteindre sa cible en immigration francophone d’ici 2023

OTTAWA – Alors que le fédéral est incapable d’atteindre sa cible de 4,4 % en immigration francophone depuis 2001, le ministre de l’Immigration Sean Fraser promet un changement de cap dès cette année. Les organismes francophones de leur côté critiquent le manque de flexibilité dans le système d’immigration du fédéral qui aurait besoin d’une révision, selon eux.

« Je pense qu’on va voir une augmentation cette année comparativement à il y a deux ans pour ensuite atteindre la cible de 4,4 % d’ici l’an prochain », a affirmé mercredi en conférence de presse le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.

Il dit baser cette affirmation sur le fait que 2021 a représenté une année difficile pour l’immigration, mais en particulier pour l’arrivée de nouveaux arrivants francophones

« Nous avons un inventaire plus grand avec des personnes… qui sont dans leur processus d’immigration au Canada et qui sont francophones. »

Le ministre Fraser fonde beaucoup d’espoirs en l’amélioration du système d’Entrée express qui pourrait donner lieu à cette augmentation. S’il ne rentre pas dans les détails, il veut donner plus de flexibilité.

« Ces nouvelles mesures vont faire en sorte que ça va être plus facile d’avoir de nouveaux arrivants francophones qui sont déjà dans le système. On veut sélectionner des francophones avec des compétences d’enseignants francophones et des travailleurs de la santé. Des gens qui vont aller dans des communautés francophones où ils auront accès à des services dans leur langue. »

Plus tôt cette semaine, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a demandé au fédéral de mettre en place une cible de 12 % en 2024 en augmentant à chaque deux ans jusqu’à 20 % en 2036.

« J’hésite avant de dire « allons de l’avant avec cet objectif » avant d’avoir mieux compris le processus pour atteindre cette cible. Je salue le rapport, mais on a maintenant besoin d’avoir une réflexion profonde sur ce qu’on peut faire. »

2021 a constitué une année difficile pour l’immigration francophone en Ontario et au Canada. Archives ONFR+

Le Canada a accueilli l’an dernier 405 000 personnes, un record de près de 110 ans, mais seulement 1,95 % de ce nombre était des francophones à l’extérieur du Québec. Dans les trois premiers mois de 2022, Ottawa dit avoir accueilli 108 000 nouveaux résidents permanents.

En janvier, les chiffres de l’immigration francophone hors Québec étaient de 2,2 %, loin de la cible de 4,4 %, mais le ministre Fraser avertit de ne pas trop juger rapidement les premiers chiffres de 2022. Il admet toutefois que le gouvernement doit être « prudent avec les grandes ambitions de notre système d’immigration ».

« Si on ne contrôle pas l’aspect démographique de nos ambitions, on pourrait facilement voir comment une augmentation dans le nombre (d’immigrants) général viendra éroder la présence du français au Canada. Ça serait inacceptable. »

Un « manque de créativité du fédéral »

En comité parlementaire mercredi, des acteurs francophones du pays ont témoigné de leur insatisfaction par rapport au système d’Ottawa.

« Il y a des idées concrètes qui pourraient être développées et facilement mises en œuvre, mais je pense que c’est juste un manque de créativité de l’appareil fédéral », avance Alexandre Cédric Doucet, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

Ce dernier évoque de faire appel aux institutions postsecondaires pour faciliter à l’accueil des immigrants. À l’image de la SANB, la FCFA veut que le gouvernement Trudeau s’engage vers un virage dans sa façon d’approcher les choses.

« Il va falloir qu’il y ait une nouvelle stratégie. On ne peut plus aspirer à avoir de l’immigration francophone en essayant de changer quelques critères à des programmes. Il faut des programmes taillés sur mesure pour nos communautés », réclame le directeur général de l’organisme Alain Dupuis.

Guerre d’Ukraine : des photos pour ne jamais oublier

Le drame humain qui se joue depuis plusieurs semaines en Ukraine n’a de cesse de prendre de l’ampleur. L’un des baromètres de cette tragédie est la vague des réfugiés qui déferle sans interruption sur les pays frontaliers tels que la Roumanie ou la Pologne. Notre confrère Simon Séguin Bertrand, photographe pour le journal Le Droit est parti à leur rencontre afin d’immortaliser l’Histoire.

À l’heure de la mise sous presse, ils seraient, selon le Haut commissariat aux réfugiés, plus de 4,2 millions (soit l’équivalent d’une fois et demi la population d’une ville comme Toronto) ukrainiens à s’être exilés pour fuir l’invasion russe lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier.

Une école de Bucarest est transformée en camp de réfugiés. Crédit image : Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

Deux tiers de ces réfugiés atterrissent en Pologne qui représente, avec la Roumanie, les principales sorties de secours pour ces exilés forcés. C’est bien aux postes-frontières de ces pays où s’est rendu le photographe de presse Simon Séguin Bertrand afin d’y réaliser un reportage pendant deux semaines. 

« On est allé couvrir le flot des réfugiés aux frontières de la Roumanie et de la Pologne avec l’Ukraine. On n’a pas mis les pieds sur le sol ukrainien pour des raisons de mandat journalistique. On n’a pas couvert la guerre, mais les conséquences de la guerre et les drames humains qui s’en suivent. On n’a pas vu la violence de la guerre, mais on a suivi les réfugiés dans leur exil », lance-t-il d’emblée avant d’entrer dans le vif du sujet.

Arrivée de réfugiés ukrainiens au poste frontalier d’Isaccea, en Roumanie. Crédit image : Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

Toute une vie dans un sac en plastique

« Ce qu’on ressent lorsqu’on rentre à la maison après avoir couvert de tels événements, c’est la prise de conscience de la chance qu’on a de vivre ici, au Canada. La définition des mots sécurité et liberté n’est plus la même du tout. On prend aussi conscience de ce qui est essentiel dans la vie dans la mesure où la plupart des gens qu’on a vus traverser la frontière n’avaient rien sur eux, juste une petite valise ou un sac en plastique », relate le photographe de terrain.

Dans les faits, il s’agit surtout de femmes et d’enfants. Et pour cause, la loi martiale instaurée par l’Ukraine suite à l’envahissement de son territoire stipule que les hommes âgés entre 18 et 60 ans soient mobilisés pour participer à l’effort de guerre.

Le photographe du Droit, Simon Séguin-Bertrand en reportage en Roumanie. Gracieuseté Oleg Koleboshyn

« Les femmes qu’on a croisées étaient fortes et avaient confiance que leur pays allait s’en sortir. Mais, dès qu’on leur parlait des hommes restés derrière, c’est là où la carapace émotionnelle se brisait. Quant aux enfants, ils ne semblaient pas traumatisés alors qu’il y en avait sûrement qui ont vécu des traumatismes horribles. Ils continuaient à jouer parce qu’ils étaient avec leur mère. Il faut croire que les enfants ont une résilience que les adultes n’ont pas », poursuit M. Bertrand.  

Cependant, s’il y a une situation qui a beaucoup ému l’œil de l’artiste et qu’il a gravée à jamais sur sa pellicule et sa mémoire c’est celle d’une adolescente ukrainienne qui est arrivée seule et à pieds au poste frontalier d’Isaccea, en Roumanie.

Une école de Bucarest transformée en camp de réfugiés. Crédit image : Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

« Cette scène m’a troublée au plus haut point. Cette adolescente n’avait pas plus de 15 ans et elle est arrivée seule dans un pays qu’elle ne connaissait pas. Elle était belle dans sa solitude. Je me suis immédiatement posé la question : qu’est-ce qui va advenir de cette fille qui avait toute la vie devant elle, alors qu’une semaine avant, elle menait chez elle la vie d’une adolescente tout à fait normale. Ça m’a donné le vertige », confie le journaliste, non sans émotion perceptible.

Tout le monde n’a pas la main sur le cœur

Il faut dire que le reporter a de bonnes raisons de s’inquiéter. En effet, plusieurs ONG présentes sur place ont fait état de traite de personnes, de trafic d’être humain et de réseaux de prostitution qui rôdent autour des camps des réfugiés, profitant ainsi de la confusion et la vulnérabilité des femmes.

« Oui! On en a entendu parler de ça. On a eu des témoignages de gens qui parlent de femmes réfugiées qui ont disparu et d’autres qui ont été violées par des personnes qui leur faisaient croire qu’ils voulaient les aider ou les héberger. C’est pour cette raison que les organismes communautaires sur place ont développé des systèmes pour resserrer la sécurité autour des réfugiés parce que ce n’est pas tout le monde qui a un grand cœur. C’est lamentable », déplore le photographe.

Accueil des réfugiés ukrainiens au poste frontalier de Siret, en Roumanie. Crédit image : Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

Concrètement, ce sont des systèmes d’enregistrement sous forme de bracelets pour les réfugiés et les bénévoles qui ont été installés afin de constituer un filtre de sécurité en amont et pallier ce phénomène. De la sorte, les antécédents des personnes qui veulent aider peuvent être vérifiés.

S’il y a un point positif à la guerre, c’est la solidarité

Toutefois, il ne s’agit là qu’une petite minorité. Toutes les personnes qui sont venues tendre la main à leur petite échelle le font avec une bonne intention et ne sont guidées que par la profonde satisfaction que procure le fait d’aider son prochain dans le besoin, comme l’explique Simon Séguin Bertrand : « C’est vraiment frappant. L’effort que les gens déploient pour venir en aide aux Ukrainiens est impressionnant. Ça fait chaud au cœur. »

Réfugiés ukrainiens à la gare de Varsovie. Crédit image : Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

Et d’ajouter : « Il y avait là des personnes qui n’ont aucun lien avec l’Ukraine, mais qui sont venues quand même pour aider. C’est le cas de cette Espagnole qu’on a rencontré et qui, dès que le conflit avait éclaté, est venue en Pologne pour aider comme elle le pouvait. »

C’est probablement cet élan de solidarité et de générosité qui a poussé ce photographe chevronné à revoir son emploi du temps, car, depuis qu’il est rentré au Canada, il ne pense qu’à retourner là-bas afin de figer le temps pour que personne n’oublie.

Nouvelle tournée et album pour Yao

OTTAWA – L’incontournable figure de la culture franco-ontarienne, Yao, lance son quatrième album Kintsugi le 27 mai et débute une nouvelle tournée, ce mercredi, à Contact ontarois, qui se conclura le 18 juin à Gatineau avec entre-temps des spectacles à Ottawa (12 mai), Québec (16 mai) et Toronto (20 mai).

« J’ai très hâte de présenter ce nouveau spectacle! On a hâte de comparer les réactions du public européen qu’on vient d’avoir avec les réactions du public canadien », lance Yao en entrevue avec ONFR+.

De retour d’une tournée en Suisse, en Belgique et en France, l’artiste est heureux de la réception qu’il a connue pour son nouveau spectacle. « Ça faisait chaud au cœur, car c’est un peu un défrichage pour nous dans la perspective que ce sont des nouvelles chansons que l’on fait pour la première fois devant public », raconte-t-il.

Yao lors de sa récente tournée européenne. Crédit image : Axel Tihon Photography

Il espère bien vivre une aussi bonne ambiance devant ses amateurs locaux. « Je m’attends à beaucoup de chaleur. Du fait de la pandémie avec deux ans sans activité, je pense qu’il y aura une très belle énergie de la part du public canadien qui me connaît pour mes spectacles intimes », exprime-t-il. « C’est un projet très personnel. »

Personnel et thérapeutique

Pour ce nouvel album, Yao est allé puiser dans ses racines. Kintsugi navigue entre le hip-hop, l’alternatif, le slam avec un côté funk et soul aux sonorités afros. Il en résulte onze chansons originales.

Le kintsugi est un art japonais consistant à réparer des vases ou des assiettes en céramique avec des métaux précieux tels que l’or. Une fois réparée, l’œuvre d’art prend de la valeur et ses fissures attirent l’œil.

« Je suis parti de cette idée pour faire un kitsungi de l’homme en mettant la lentille sur mes propres blessures et essayer d’en faire quelque chose de beau en retrouvant de la beauté dans le chaos », raconte Yao à ONFR+. « Je pense que les gens vont se reconnaître dans beaucoup des chansons alors que de nombreuses vies ont été chamboulées dans les deux dernières années. »

J’ai essayé de retrouver la beauté dans le chaos – Yao

« Ce n’est pas vrai que toute adversité nous rend plus forts. Toute adversité nous détruit. La seule vérité du processus est qu’une fois que l’on est en mille morceaux, on a le choix de rester en mille morceaux ou de se reconstruire. C’est dans cette idée de se reconstruire que m’est venue cette image d’une assiette en céramique qu’on répare un morceau à la fois, une chanson à la fois », poursuit-il.

La couverture de l’album Kintsugi. Gracieuseté

Amenant le public à ressentir de l’espoir, de la résilience et de la peine, Yao décrit chacune de ses chansons comme un « état d’âme ». Dans son univers artistique, le chanteur souhaite que les spectateurs se questionnent profondément sur eux tout en appréciant tous les moments de l’expérience musicale. « Ils peuvent se concentrer juste sur le texte ou encore juste écouter la musique ou faire les deux. C’est un album qui est fait pour être écouté comme ça. »

« Mon meilleur projet jusqu’à présent »

Yao a enregistré son premier album solo Généris en 2011. Rendu à son quatrième, l’artiste se plaît à raconter les différentes émotions qui l’ont traversé au cours de sa carrière. « Au premier album, on est comme un gamin qui découvre son premier Noël. On est excité de partager avec le public. Au quatrième album, il y a une certaine pression. Il y a une attente de l’industrie et du public. »

Ces expériences de vie ont mené Yao a acquérir une certaine maturité comme figure du secteur culturel.

« Je suis un artiste beaucoup plus mûr, plus ancré dans sa folie créative. J’ai beaucoup plus confiance dans mes délires, explique-t-il. Je me permets d’être plus créatif, d’oser pousser mes propres limites sans craindre une réaction du public qui serait à l’encontre de ce que je recherche. »

L’artiste Yao. Crédit image : Sebastien Lavallée

Si l’artiste a changé durant son parcours, il est toujours resté fidèle à la musique francophone et à la défense de la langue française au Canada.

« La francophonie est un moyen de renforcer notre coopération culturelle. Partout où tu vas, tu trouves quelqu’un qui parle français. Le français me permet de me connecter à des gens aux cultures différentes des miennes. On arrive à partager. C’est la beauté de la francophonie canadienne qui est si différente d’un bout à l’autre du pays et qui se rejoint autour de la même table », conclut-il.

Ramadan : les musulmans franco-ontariens renouent avec leurs traditions

Attendu avec impatience cette année par les fidèles après la levée des mesures sanitaires et des restrictions concernant les rassemblements, le mois de ramadan a débuté le 2 avril dernier en Ontario dans une ambiance empreinte de festivités et de joie des retrouvailles.

Après deux ans de pandémie synonyme de confinement et de restrictions, les musulmans de l’Ontario accueillent ce ramadan 2022 avec beaucoup de soulagement. Et pour cause, pour les musulmans du monde entier, ce mois est considéré comme une période de festivités, de retrouvailles et de partage par excellence, notamment à l’heure de la coupure du jeûne appelée le iftar.  

« Cette année, nous nous sentons plus libres et plus soulagés du fait que nous pouvons partager certains repas avec nos amis. Hier, nous avons reçu le fils d’une amie et c’était déjà différent. Qu’on le veuille ou non, nous avons des coutumes ramadanesques bien ancrées et il est difficile de s’en séparer », estime Nabila Idm’Hammed.

Entre soulagement et prudence

Même ressenti du côté de Thierno Soumare : « Le ramadan cette année est un ouf de soulagement parce qu’on peut maintenant passer du temps avec les amis et la famille et quand on connaît la signification de ce mois, on sait que le partage et les rencontres sont des choses très importantes durant ce mois. Après la levée des restrictions, ramadan c’est vraiment que du bonheur. »

Quant à Walid Hachani, la prudence devrait tout de même rester de mise. « Maintenant que les restrictions ont été levées et que tous nos proches ont reçu leurs deux vaccins et rappels, nous nous sentons plus à l’aise avec les réunions de famille et les regroupements entre amis. Nous sommes impatients de rétablir les traditions qui nous ont tant manqué ces deux dernières années. On a le sentiment que les choses pourraient revenir à la normale, mais l’augmentation du nombre d’infections pourrait mettre en danger le reste du mois de ramadan », craint-il.

Nabila Idm’Hammed, Franco-Ontarienne de confession musulmane. Gracieuseté

Et d’ajouter : « Le ramadan a aussi changé pour notre famille après la perte de mon père suite à des complications dues à la COVID-19, et cela quelques jours seulement avant le début du ramadan 2021. Ce mois a toujours été sa période préférée de l’année. Comme de nombreuses familles qui ont subi une telle perte pendant la pandémie, nous rétablissons notre vie avec plus de prudence et un peu d’appréhension. Le ramadan est devenu pour nous un moyen de se souvenir et de commémorer la vie de mon père. »

Impact psychologique

Toutefois, si ramadan 2022 est reçu avec enthousiasme chez la plupart des musulmans franco-ontariens, il n’en était pas de même durant la pandémie. En effet, si on a beaucoup parlé des conséquences des confinements successifs sur la santé mentale des personnes qui ne pouvaient pas fêter noël ou pâques en famille à cause de la crise sanitaire, elles sont rarement évoquées pour la communauté musulmane, sachant que l’impact pourrait être plus profond au regard de la durée du ramadan.

Le constat est beaucoup plus perceptible chez les nouveaux arrivants, à l’instar de Mme Idm’Hammed : « Nous sommes arrivés en Ontario à l’été 2020, c’est-à-dire en pleine pandémie. Du coup, on a passé le ramadan confinés et seuls, un cocktail Molotov d’émotions, un mélange de tristesse, de mélancolie et de solitude dans une ambiance ramadanesque morose, loin de celle familiale et chaleureuse dont on avait l’habitude. » 

 Cela dit, certains pratiquants prennent la chose avec philosophie. « Personnellement, je pense que ces deux années de confinement nous ont quand même permis de nous retrouver avec nous-même, ce qui permet de rester concentrer sur son jeûne, de méditer et d’être en paix avec soi-même et son environnement. Après tout, c’est le but recherché pendant ce mois sacré. Je pense que le confinement nous a aidés dans ce sens », explique M. Soumare.

Ramadan pour les néophytes

Ramadan est le neuvième mois du calendrier lunaire musulman. Pour la communauté musulmane, c’est le mois où le Coran a été révélé au prophète Mahomet. Le jeûne est l’un des cinq piliers de l’islam. Il est obligatoire pour tous les fidèles dès leur puberté. Toutefois, des dérogations divines sont accordées. Ainsi, les femmes enceintes ou qui allaitent, les personnes malades, les personnes âgées, les voyageurs ou encore les femmes en période de menstrues y sont exemptés.

Walid Hachani, Franco-Ontarien d’origine tunisienne. Gracieuseté

La période quotidienne du jeûne dure de l’aube jusqu’au coucher du soleil, et ce pendant 29 à 30 jours. En journée, les pratiquants ne peuvent pas manger, boire, fumer ou avoir des relations sexuelles.

Ceci écrit, l’essence du ramadan réside dans son côté spirituel et humain. En effet, au-delà du fait que ce mois soit dédié à la méditation et la contemplation, il a pour but de mettre les fidèles à la place des pauvres qui, eux, ont faim durant toute l’année. Le but étant de ressentir ce qu’ils ressentent et, par conséquent, savoir pourquoi il faut venir en aide aux démunis de ce monde. 

L’Ontario est la province qui compte le plus de musulmans au Canada. De plus, elle enregistre le plus grand taux d’accroissement de cette communauté.

Le bilinguisme des juges à la Cour suprême pas encore obligatoire

OTTAWA – Contrairement à ce que prétend Ottawa, le bilinguisme des juges de la Cour suprême n’est pas entièrement acquis dans sa réforme de la Loi sur les langues officielles. Selon des experts, le gouvernement évite de rouvrir un débat constitutionnel et pourrait pelleter le problème dans la cour d’un futur gouvernement.

En comité sénatorial et en Chambre des communes, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a répété qu’Ottawa imposait le bilinguisme des magistrats dans son projet de Loi C-13.

En fait, le fédéral ne fait qu’appliquer l’article 16 de la Loi sur les langues officielles à la Cour suprême, qui était auparavant exemptée. Dans cette section de la législature, il est indiqué que « chacun a le droit d’être entendu par un juge qui comprend, sans l’aide d’un interprète, la langue officielle qu’il a choisi d’utiliser ».

« Le ministre de la Justice Ray Hnatyshyn avait dit en 1988 que c’était une mesure temporaire en attendant que le bilinguisme s’enracine dans l’administration de la justice du Canada. Aujourd’hui, le gouvernement nous envoie un message disant qu’il y a un bassin suffisant pour nommer neuf juges bilingues sur une base permanente », affirme François Larocque, professeur de droit et enjeux linguistiques à l’Université d’Ottawa.

Le professeur en droit de l’Université d’Ottawa François Larocque. Source : Université d’Ottawa

Toutefois, cette disposition oblige les magistrats à maîtriser et comprendre la langue dans laquelle la cause est entendue.

« Ça n’exige pas que tout juge doive être fonctionnellement bilingue pour être nommé à la Cour. Si le but est d’assurer que les neuf juges soient bel et bien bilingues, la mesure législative proposée n’atteint pas cet objectif-là », soutient Érik Labelle Eastaugh, professeur à la Faculté de droit de l’Université Moncton.

Ce dernier souligne que dans le cas où un gouvernement nommerait un juge ne pouvant maîtriser le français, la plus haute juridiction au pays se verrait obliger de siéger à effectif réduit et non à neuf comme ce serait le cas en anglais.

« Il y a de la variation d’un dossier à l’autre, mais ce n’est pas systématique. Là, il y aurait un problème systématique, car tous les dossiers en français seraient entendus par une Cour réduite et ceux en anglais par une pleine Cour. »

Une promesse libérale

Mme Petitpas Taylor défend le fait de ne pas obliger la maîtrise du français et de l’anglais aux neuf magistrats, rappelant la promesse libérale.

« Comme gouvernement fédéral depuis 2016, ce sont trois juges qui sont complètement bilingues qu’on a nommés… On veut s’assurer que tous les juges à la Cour suprême qui vont être nommés vont pouvoir entendre les causes sans aide de traduction pour s’assurer que les gens qui vont présenter leur cause vont pouvoir le faire dans leur langue », dit-elle.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d'une annonce à l'Université Saint-Paul.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d’une annonce à l’Université Saint-Paul . Gracieuseté.

« Est-ce que ça veut dire qu’un prochain gouvernement va continuer avec la même pratique? C’est ça qu’il reste à voir », fait valoir de son côté M. Larocque.

Les deux juristes se questionnent à savoir si un futur gouvernement oserait aller de l’avant avec une nomination unilingue, rappelant que la juge Beverley McLachlin avait mis fin à la pratique à moins de neuf juges il y a une vingtaine d’années.

« C’est pour ça que l’idée de revenir à une pratique à moins de neuf juges n’est pas forcément problématique, car ça fait partie des pratiques antérieures. Mais on aurait systématiquement une Cour pour les francophones et une Cour différente pour les dossiers en anglais. Ça pourrait créer un problème de perception et des incohérences au niveau du droit », estime Érik Labelle Eastaugh.

Conflit constitutionnel?

Pour les experts, le gouvernement Trudeau procède ainsi pour éviter une querelle constitutionnelle. En 2014, la Cour suprême a rejeté la nomination du juge québécois Marc Nadon. Pour nommer le juge Nadon, le gouvernement Harper avait tenté de modifier la composition de la Cour via la Loi sur la Cour suprême. Le plus haut tribunal au Canada avait alors statué qu’Ottawa se devait d’avoir l’approbation de la Chambre des communes, du Sénat et des dix législatures provinciales, ce qui n’est pas faisable à court, moyen ou long terme, note le constitutionnaliste Benoît Pelletier.

C’est en se basant sur ce renvoi que plusieurs estiment qu’une modification constitutionnelle serait nécessaire.

« Est-ce qu’il y a un minimum de rationalité et d’arguments valables dans ce qu’ils défendent? La réponse est oui », croit M. Pelletier.

« Ils (le gouvernement) veulent éviter un débat judiciaire de longue haleine » – Benoît Pelletier, professeur en droit

Ce dernier pense toutefois qu’une contestation judiciaire sur le sujet serait rejetée par les tribunaux.

« Le renvoi (du juge Nadon) nous dit que les caractéristiques essentielles de la Cour sont enchâssées. Je pose la question, l’unilinguisme des juges est-il une caractéristique essentielle de la Cour suprême? Certainement pas. Poser la question, c’est y répondre. On n’est donc pas en présence d’une caractéristique essentielle de la Cour qui ne pourrait être modifiée. »

L’idéal pour ce dernier serait que le gouvernement décide de modifier la Loi sur la Cour suprême comme il veut le faire avec la Loi sur les langues officielles.

« Étant donné la question et les principes constitutionnels en cause, ça serait contesté et ça irait jusqu’à la Cour suprême du Canada. Ils (le gouvernement) veulent éviter un débat judiciaire de longue haleine ( …)Ce qu’ils ont fait toutefois en modifiant la Loi sur les langues officielles est tout à fait acceptable à mon avis », estime Benoît Pelletier.

Ottawa doit remplacer le dernier juge unilingue, Michael Moldaver, qui était le seul à utiliser les services d’interprétation. Il prend sa retraite en septembre. Lundi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé lancer de façon immédiate le processus en promettant un juge bilingue en provenance de l’Ontario.

Ottawa appelé à tripler son immigration francophone dès 2024

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) demande au gouvernement fédéral de réserver 12 % d’ici 2024 et le cinquième de toute son immigration aux francophones hors Québec en 2036.

La FCFA demande au fédéral d’y aller progressivement en commençant entre 2024 et 2026 avec 12 %, puis 14 % entre 2026 et 2029, 16 % entre 2030 et 2032, 18 % entre 2033 et 2035, avant d’arriver à 20 % en 2036. Ces cibles ont pour but de rétablir le poids des francophones hors Québec, qui était à 3,8 % en 2011 et qui est appelé à descendre à 2,7 % en 2036, explique l’organisme des francophones du Canada.

« Ce qui est clair, c’est qu’on ne pourra plus faire les choses comme avant. Il nous faut un nouveau départ. Il faut que la nouvelle cible soit intégrée au plan annuel des niveaux du Canada. Il faut qu’on recrute plus systématiquement dans les pays sources francophones. Et surtout, il faut qu’on reconnaisse à nos communautés un rôle dans la promotion et dans la sélection d’immigrants et d’immigrantes d’expression française », a dit la présidente de la FCFA Liane Roy.

La FCFA explique que les cibles définies ont trois objectifs : renverser la tendance du déclin démographique, rattraper la cible actuelle et accroître le poids démographique des francophones. Actuellement, la cible du gouvernement fédéral est à 4,4 % depuis 2001, mais elle n’a jamais été atteinte. Ce manque depuis une vingtaine d’années constitue une absence totale de près de 120 000 immigrants francophones.

« On ne pense pas que c’est une mission impossible », clame Liane Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Dans le but de réaliser ces chiffres, la FCFA demande à Immigration Canada de créer un volet francophone pour le parrainage familial ainsi que pour les nouveaux arrivants économiques. Durant quelques mois de 2021, le Canada avait accéléré l’ouverture à la résidence permanente à certaines catégories d’emplois d’immigrants francophones hors Québec. La FCFA demande au fédéral de rendre permanente cette passerelle. L’organisme demande ainsi au ministère de l’Immigration de sortir les francophones de la loupe plus générale.

« Ce sont des mesures qui sont faites par et pour les francophones. Ça prend vraiment une lentille francophone à l’ensemble des initiatives pour y arriver. On ne parle pas d’aller chercher plus d’immigrants sur les 450 000 que le Canada va chercher, mais on veut aller chercher notre juste part pour rétablir le poids démographique dans nos communautés. »

Début d’année encore difficile pour l’immigration

L’année 2022 a mal commencé pour les communautés francophones alors que le Canada a reçu une proportion de 2,20 % en immigration francophone au mois de janvier. Parmi les principales provinces, l’Ontario est chiffré à 2,21 %, le Nouveau-Brunswick à 16,08 % et l’Alberta à 2 %. De ce lot, ce sont les réfugiés et les arrivants du système d’ Entrée express qui ont constitué comme les deux premières catégories d’immigrants francophones.

L’année 2021 avait été assez pénible pour l’immigration dans la langue de Molière hors Québec avec seulement 1,95 % au niveau national et 1,97 % en Ontario.

Le bureau du ministre de l’Immigration Sean Fraser n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevues au moment de publier cet article.

Les Franco-Ontariens se joignent à l’effort de guerre pour soutenir les Ukrainiens forcés à l’exil

Suite à l’annonce du gouvernement en faveur de l’accueil des Ukrainiens au Canada, les francophones de l’Ontario ont offert leur logis au premier jour du conflit. Plus d’un mois après le début de la guerre, la communauté s’est organisée en plusieurs groupes de soutien et en familles d’accueil. ONFR+ est parti à la rencontre de cinq familles décidées à faire changer les choses.

Beaucoup offrent un appartement ou une chambre. D’autres organisent des collectes de vêtements, des levées de fonds ou appels au don via des plateformes de financement participatif.

Marie Dupuis, une enseignante dans une école francophone d’Orléans, fait partie de ces familles. « Comment ne pas réagir! », nous dit-elle. « Il y a quelques semaines, j’étais tranquillement à un concert de musique à Gatineau, puis le musicien dédia une chanson au peuple ukrainien et moi, j’étais-là, et j’écoutais ça. »

C’est ainsi qu’elle a intégré plusieurs communautés Facebook jusqu’à devenir l’une des modératrices du groupe Ukrainian Settlement Helpers Ottawa, au côté de Morgan, elle aussi Franco-Ontarienne. « On s’organise comme on peut et chacun offre son soutien malgré le manque de coordination gouvernementale », explique Morgan.

Marie Dupuis. Gracieuseté

C’est l’avis que partagent Suzanne Charest et Norm Looker. Ce couple de retraités franco-ontariens va accueillir Medhat, Liudmyla et leur fils de 9 ans Shady. « Ils habitaient Kyiv et ont dû fuir, car les bombardements menaçaient leur maison », confie Suzanne. « Ils ont pris un train pour traverser la frontière en Pologne, puis un bus jusqu’aux Pays-Bas. Ils ont traversé toute l’Europe. On ne s’imagine pas l’expérience difficile que cela a pu être ».

Hébergement, collecte de dons, enseignement de la langue…

Lynne Fleury et son mari Simon Stafford s’en doutent. « C’est dur pour nous de voir les images de l’Ukraine, mais imaginez eux, ce qu’ils peuvent ressentir ». Ce couple a lui aussi décidé d’héberger une famille qui, ils l’espèrent, arrivera bientôt.

Bien qu’elles ne se connaissent pas, Suzanne et Lynne ont une expérience dans le bénévolat. Suzanne a travaillé pour la Croix rouge et, dans le passé, elle aidait les réfugiés kosovars. Lynne, bénévole au Guatemala, a aussi été en Russie pour Jeunesse Canada Monde. Là encore, l’entourage, les amis et familles participeront à travers des dons et des collectes.

Suzanne Charest et Norm Looker. Gracieuseté

Enfin, certains Franco-Ontariens proposent d’aller chercher les arrivants à l’aéroport. Une ancienne enseignante offre d’apprendre le français aux Ukrainiens, une vétérinaire propose ses services… Un soutien inestimable pour ces exilés en devenir.

Pascale, Franco-Ottavienne du côté de Blair, récolte des vêtements, de la nourriture pour bébé et des produits de première nécessité, en partenariat avec la boutique Comfort Shoes tenue par deux Ukrainiens de Nepean.

Marie nous dit qu’elle a de la chance : « Mes voisins sont Franco-Ukrainiens et d’autres parlent le russe. Je vais pouvoir trouver de l’aide dans mon quartier ». L’enseignante le clame haut et fort : « Ils sont inspirants, en défendant leur pays et je me sens prête à les écouter. Avec notre réseau, nous allons combler leurs besoins ». Elle accueillera une mère et son fils dès le 5 avril.

Toutes ces personnes savent la responsabilité et les besoins qui devront être mis à disposition des familles ukrainiennes : « Nous allons travailler avec les autres familles pour que les Ukrainiens se retrouvent entre eux ».

« Le Canada a un lien particulier avec l’Ukraine », se ravit Pascale. Les Ukrainiens représentent 3,8 % de la population canadienne, selon L’Encyclopédie canadienne, soit le onzième rang des groupes ethniques du pays.

Des mesures provinciales et gouvernementales quasi absentes

Pour Morgan, lors des vagues d’accueil de réfugiés précédents, des organismes faisaient la coordination. « Là, il ne se passe rien ». La communauté franco-ontarienne se retrouve tantôt agent d’immigration, tantôt agent de voyage, un rôle à endosser dû au manque de dispositions locales.  

« Le gouvernement n’est pas organisé, on doit poser beaucoup de questions pour vérifier que ce sont des Ukrainiens », renchérit Lynne. « Récemment trois jeunes filles ukrainiennes cherchaient un hébergement. Les gens qui les ont approchées étaient douteux. Les administratrices ont donc contacté la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et, en fait, c’était des personnes liées au trafic d’humains ».

Lynne Fleury et Simon Stafford. Gracieuseté

Une réalité décevante puisque qu’« il n’y a aucune information du fédéral, du provincial, ou même à l’échelle de la ville », nous fait comprendre Morgan. Elle poursuit : « L’absence de vérification des hôtes présente un risque pour les familles ukrainiennes ».

Une bureaucratie qui semble bien laborieuse, là où demeurent de nombreux obstacles. Les mesures extraordinaires décidées par le gouvernement, l’AVUCU (Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine), démontrent qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) est capable d’accélérer les processus d’immigration.

D’ailleurs, le ministre Fraser rappelait sur Twitter : « Nous travaillons avec nos partenaires provinciaux et territoriaux, la communauté ukrainienne et les organismes d’aide à l’établissement pour trouver d’autres moyens de soutenir ceux qui viennent au Canada ».

Le Canada offre aux Ukrainiens un statut qui leur permet de travailler, d’étudier et de demeurer ici jusqu’à ce qu’ils puissent retourner dans leur pays en toute sécurité. Ils verront leur demande auprès d’IRCC traitée en priorité et sans frais. Une aide dans l’urgence qui offrira peut-être un moment de répit loin de la guerre, et proche de la bienveillance des Franco-ontariens.

Medhat, Liudmyla et Shady seront accueillis par Suzanne Charest et Norm Looker. Gracieuseté

L’incontournable Contact ontarois

Contact ontarois, le marché des spectacles francophones, débute aujourd’hui. Jusqu’au 7 avril, au cours de cette 40e édition virtuelle, artistes et diffuseurs culturels de la francophonie canadienne échangeront dans l’espoir de conclure des ententes d’organisation de concerts.

« Les salles de spectacle, les écoles et les centres culturels des régions francophones du Canada viennent faire leur magasinage pour leur prochaine saison artistique », explique le directeur général de Réseau Ontario, Martin Arsenault, en entrevue avec ONFR+.

À ce titre, Contact ontarois est en collaboration avec les 18 centres culturels francophones de l’Ontario ainsi que les 12 conseils scolaires et 450 écoles.

Les artistes souhaitant intéresser les diffuseurs culturels présentent alors un avant-goût de leurs spectacles. Cela peut prendre la forme de vitrine de 20 minutes ou de présentations éclairs de dix minutes.

« Je suis bien content que ça arrive et que je n’ai pas fait mon tournage pour rien. J’espère que ma vitrine va me donner plus d’opportunités pour faire des concerts soit dans des festivals ou des écoles », raconte l’auteur-compositeur-interprète de musique folk et traditionnelle originaire d’Ottawa, Vincent Bishop.

L’artiste Vincent Bishop. Gracieuseté

« Ma vitrine a été tournée d’avance au mois de novembre. Je suis vraiment fière de pouvoir la présenter. Je vais pouvoir rencontrer des diffuseurs de partout plutôt que de les contacter un à un », lance de son côté Caroline Yergeau, directrice artistique du théâtre Belvédère.

Lors de l’événement, elle présentera Cadences, une pièce déambulatoire qui allie une histoire théâtrale et musique classique. « C’est un spectacle qui se déroule à l’extérieur. La personne écoute l’histoire pendant qu’elle marche », explique-t-elle.

Normalement, un marché des spectacles se déroule dans une grande salle avec des kiosques où les diffuseurs parlent directement aux artistes et à leurs agents. Dans cette version numérique, les diffuseurs naviguent de vitrine en vitrine pour se faire une idée sur le produit culturel.

De plus, Contact ontarois a mis en ligne des balados Écoutez, même de loin! où les artistes présentent leur univers plus en profondeur ainsi que leur côté créatif pour permettre aux diffuseurs d’en apprendre davantage non seulement sur le produit culturel, mais aussi sur la personne.

Caroline Yergeau, directrice artistique du Théâtre Belvédère, co-autrice du spectacle Cadences. Crédit image : Marianne Duval

Alors que tous conviennent que de tenir cet événement en virtuel n’égale pas une édition présentielle, les avis sont mitigés par rapport aux opportunités offertes par ce grand salon de réseautage.

« Les diffuseurs qui veulent nous parler viennent nous voir. On a des rendez-vous avez eux », affirme Caroline Yergeau à ONFR+. « J’ai l’impression que les effets positifs de Contact ontarois vont quand même avoir lieu même si on est en ligne cette année. »

D’autres se montrent un peu plus sceptiques bien qu’ils aient tout de même très hâte de participer à Contact ontarois et de faire connaître leurs productions. « Même dans des contextes normaux, on ne sait jamais si les vitrines vont porter succès ou non. C’est difficile de prédire ce qu’il va arriver car je ne sais pas dans quelle mesure les propriétaires de salle ont confiance en leur public de venir remplir les salles », se questionne Denis Vignon-Tessier du groupe franco-manitobain Les Surveillantes.

Les Surveillantes. Gracieuseté

Littérature et culture avec Janine Messadié

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

OTTAWA – Animatrice, journaliste culturelle et grande amoureuse des livres, Janine Messadié a remporté le prix Alain-Thomas au dernier Salon du livre de Toronto pour sa Lettre à Tahar Ben Jelloun. Celle « qui n’a pas d’âge » revient sur les moments marquants de sa carrière, nous partage ses coups de cœur littéraires, en plus de nous faire réfléchir sur l’état du monde et l’avenir de la langue française.

« Vous êtes née au Caire, en Égypte. Parlez-nous de votre arrivée au Canada…

Mes parents se sont installés à Montréal en 1963 à l’époque de l’exode des premiers chrétiens sous le gouvernement Nasser, suite à la crise du canal de Suez.

J’ai grandi à Montréal, j’y ai connu mon premier hiver et découvert une culture qui m’a fascinée. C’était la belle époque au Québec autant pour la lecture que pour la télévision. J’ai baigné dans La ribouldingue, La boîte à surprises ou encore Sol et Gobelet. Tout ça a construit mon imaginaire. On ne peut pas oublier ces moments quand on grandit. On se dit : « Je veux faire ce métier plus tard ». Ces émissions à Radio-Canada m’ont émerveillée.

Janine Messadié tient le petit camion alors qu’elle est accompagnée de sa famille. Gracieuseté

Racontez-nous vos débuts comme journaliste…

On me disait que j’avais une belle voix et que je devrais faire de la radio. Je suis allée prendre des cours de journalisme et de présence micro à l’école Promédia. J’ai embarqué sur la voie journalistique avec une carrière radio-canadienne comme lectrice de nouvelles. J’ai aussi été reporter à la chronique immigration à Montréal ce soir.

Après mes débuts professionnels, je me suis inscrite en littérature française à l’Université de Montréal. J’ai même suivi un cours en création littéraire en 1991. J’ai encore mes cahiers dans mes tiroirs qui me servent à l’occasion! J’ai commencé la presse écrite en 1994-95 pour le défunt magazine Québec rock. J’ai atterri ensuite au défunt journal Voir et j’ai beaucoup écrit pour l’Express de Toronto.

Vous avez interviewé de nombreuses grandes figures culturelles de la francophonie internationale. Quelles sont les trois rencontres qui vous ont le plus marquées et pourquoi?

L’une de mes rencontres les plus marquantes a été avec Claude Léveillée en 1995, alors que je travaillais pour TV5. C’est un grand parolier qui racontait des histoires mais en chanson. Lors de l’entrevue, il nous a parlé du petit cheval de bois. Il nous a raconté qu’il venait d’un milieu très modeste. Un hiver alors qu’il faisait très froid, ses parents ont dû prendre le cheval de bois et le brûler pour faire du feu. Il s’est mis à pleurer.

C’était un moment incroyable de télévision, très intimiste. On avait rejoint le petit garçon avec ce souvenir. Le caméraman a fait un zoom très lentement sur le visage de Claude Léveillée pour que les téléspectateurs puissent capter son émotion. Il m’a marqué et reste, selon moi, un des plus grands paroliers et chansonniers du Québec.

Janine Messadié et Michel Desautels à TV5. Gracieuseté

Je dirais ensuite Gilbert Bécaud lors de l’entrevue pour l’émission Visions d’Amérique. Je lui disais  »Il y a deux Gilbert Bécaud, le Gilbert et le Bécaud ». À ce moment, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « Vous êtes une sacrée psychologue vous ». En effet, il y a l’artiste sur scène que tout le monde voit et l’homme dans son intimité que l’on connaît très peu. On a réussi à dévoiler un peu l’homme derrière la très grande vedette, à toucher à la vulnérabilité de l’artiste. C’est très enrichissant. C’est là qu’il y a une véritable connexion, une véritable rencontre.

Pour finir, Nana Mouskouri. Ce qui nous a surpris toutes les deux, c’est qu’on portait la même broche au moment de l’entrevue. Ça a été un déclic, on s’est dit qu’on avait les mêmes goûts car on avait la même broche. Quand on s’est revu, on s’en est rappelé. C’est une grande artiste, d’une grande humilité qui a toujours le trac d’aller sur scène.

Vous avez perdu votre emploi à la première chaîne en 2014, suite aux coupes du gouvernement Harper. Comment vous êtes-vous relevée?

J’étais au chômage pour la première fois de mon existence. Je me suis dit « Sors tes écrits » et c’est ce que j’ai fait. J’ai suivi un atelier d’écriture avec Gaston Tremblay, un auteur et poète, professeur émérite à l’Université Laurentienne et l’un des fondateurs de la maison Prise de parole. Je lui ai montré quelques pages de mon manuscrit Lettre à Tahar Ben Jelloun et il m’a encouragé à poursuivre et à aller le présenter au Conseil des arts de l’Ontario. J’ai suivi cette voie et le conseil des arts a appuyé ce projet. J’ai donc levé l’ancre de Toronto en 2016, alors que je travaillais sous contrat pour Radio-Canada, pour venir à Ottawa et me rapprocher de ma famille.

M’acclimater à Ottawa m’a pris du temps. C’est une ville qui est très calme comparativement à Toronto qui est un mini New York pour moi. À Ottawa, c’est le calme absolu. Il y a eu de l’ennui avant de rentrer dans le milieu du travail. Je suis vite rentrée comme rédactrice à La Cité des affaires, une branche de La Cité collégiale qui s’occupe de recevoir les immigrants et de les référer aux programmes d’intégration.

À l’animation de l’émission du matin. Gracieuseté

Vous avez beaucoup déménagé au cours de votre vie entre Montréal, Toronto et Ottawa. Comment avez-vous vécu la francophonie dans ces différents contextes?

Je n’ai pas senti la différence en vivant à Toronto car je travaillais en français. Cependant, je connais les luttes des francophones en situation minoritaire. Elles sont nombreuses. Je connais Gérard Lévesque, l’avocat de Toronto qui s’est battu pour que les francophones puissent avoir des services dans leur langue. J’étais proche de ces luttes. En travaillant en français dans un milieu minoritaire, j’ai contribué à assurer la pérennité de cette langue.

Le fait français continue d’évoluer. J’ai donné des cours de journalisme au campus de La Cité à Toronto. Mais c’est vrai qu’on n’est pas au Québec, alors on a parfois à faire à des rednecks, des gens qui n’aiment pas les francophones. Il m’est arrivé d’en rencontrer un dans un taxi avec une amie. Le chauffeur nous a fait descendre car il nous trouvait impolis de parler français entre nous, alors que lui parlait anglais.

La langue française va rester vivante. Nous sommes de plus en plus nombreux à l’Association des auteurs-es de l’Ontario français avec des auteurs comme Nicole Champeau, Jean Fahmy, Mireille Messier, Gabriel Osson, pour ne citer que ceux-là. Je reste optimiste. Nous sommes dans une mer anglophone mais le français persiste et signe.

Quels livres ont changé votre vie?

Le premier livre que j’ai adoré est Le lion de Joseph Kessel. Il raconte l’histoire d’une jeune fille tombée amoureuse d’un lionceau au Kenya, en Afrique de l’Est. Cet ouvrage nous ouvre sur un autre pays, sur de nouveaux paysages et de nouvelles réalités.

J’aime beaucoup les essais ou les rencontres : Les yeux ouverts de Marguerite Yourcenar où elle répond aux questions du journaliste Matthieu Galey, La Passion suspendue de Marguerite Duras, un entretien avec Leolpoldina Pallotta della Torre.

J’aime les romans comme La Route de Cormac McCarthy (prix Pulitzer 2007), un récit post-apocalyptique, extrêmement dépouillé. J’aime aussi les grands auteurs comme Emmanuel Carrère ou Jorge Semprun et son livre L’écriture ou la vie. Philippe Claudel m’a beaucoup frappée avec Le rapport de Brodeck. Son écriture est d’une extrême fluidité, ses descriptions de la nature sont magnifiques, et la manière dont il décrit la souffrance des camps de concentration ne peut nous laisser indifférents.

J’aime les livres qui me procurent une intensité. Quelques fois je lis et je mets ma main sur ma bouche tellement je suis effrayé parce que je viens de lire. C’est rare que je prenne une pause de lecture. Je vais avaler le livre puis le relire tellement il m’a frappé. Parfois, il faut prendre une pause comme si on ne voulait pas finir le livre tellement il est bien écrit.

Hommage à la grande dame de la littérature Marguerite Andersen. Crédit image : Claudette Gravel

Comment avez-vous entendu parler de Tahar Ben Jelloun? Pourquoi avez-vous tenu à lui écrire une lettre?

J’ai découvert La nuit sacrée qui avait gagné le prix Goncourt. Je baignais dans le domaine culturel. Cette aveuglante absence de lumière était un coup de cœur Renaud Bray. Quand j’ai lu ce livre, j’ai été complètement happée, mais alors totalement. Ça m’a rejoint au plus profond. J’ai ressenti une immense compassion pour son personnage qui va vivre 18 ans au fond d’un petit trou noir dans la prison secrète de Tazmamart, et qui va repousser la mort grâce à la grande force de son esprit, de son imaginaire et de sa très grande foi. C’est cruel, c’est sombre et tout à la fois baigné de lumière. C’est un roman inspiré d’une histoire vraie, superbement écrit.

J’ai senti un besoin viscéral d’écrire à l’auteur pour lui dire pourquoi son livre m’avait tant bouleversée. Il faisait écho à ce que me racontait un ami de l’époque, un cinéaste irakien réfugié politique qui a beaucoup souffert sous la dictature de Saddam Hussein. J’ai voulu faire un parallèle entre le livre et la vie de cet artiste que j’ai connu intimement qui vivait une déchirure, un exil profond. Leurs histoires se rapprochaient dans leur volonté à défier la mort, le combat contre la torture, la réclusion et la violence.

J’ai écrit cette lettre mais je n’attends aucune réponse. J’ai utilisé les outils du journalisme dans sa rédaction notamment la recherche et la lecture de nombreux rapports sur l’Irak. La lettre s’avère moins importante que le processus créatif qui a été plaisant, mais aussi exigeant. Il fallait que je mette de la musique et de la poésie dans les mots. Je suis heureuse qu’il soit reçu comme un essai poétique. Au-delà de lui écrire cette lettre, j’avais besoin de questionner les raisons pour lesquelles le monde s’en va à la dérive.

Que voulez-vous dire par « à la dérive »?

On a encore beaucoup de cruauté aujourd’hui. Il y a encore beaucoup de guerres, de nouvelles guerres. Sans vouloir aller dans la politique, je questionne les raisons pourquoi on se rend toujours à ça. Comme plusieurs, j’ai été horrifiée par les atrocités qu’a subies la population civile en Syrie. Plus de six millions de personnes ont quitté ce pays magnifique, d’une grande richesse, aujourd’hui dévasté, en ruine.
De nombreux sites religieux et historiques ont été totalement détruits, saccagés ou pillés. Ces sites, comme ceux de l’Irak, ou les Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan (détruits par les talibans en 2001), étaient inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est comme si les conflits armés voulaient effacer l’histoire, anéantir les vestiges plusieurs fois millénaires.

Janine Messadié à Gatineau lors de la pandémie. Gracieuseté
Janine Messadié à Gatineau lors de la pandémie. Gracieuseté

Comment avez-vous vécu la pandémie?

J’en ai profité. J’aime la solitude. J’en ai besoin pour me retrouver. Il me faut du silence pour écrire, créer un rythme, une musique dans l’écriture. On a l’impression que la planète a respiré à ce moment-là. On entendait les oiseaux, on entendait plus d’avions dans le ciel. C’était curieux comme ambiance. J’ai pensé à tous les gens isolés, j’ai fait un effort pour appeler des personnes isolées. On peut devenir fou si l’on n’est pas habitué à la solitude. »


LES DATES-CLÉS DE JANINE MESSADIÉ

1963 : Arrivée au Canada

1976 : Début de la carrière à Radio-Canada à Toronto

1996 : Couronnement au Gala des prix Gémeau pour l’émission Visions d’Amérique

2014 : Perte d’emploi à titre d’animatrice sur la chaîne Espace Musique

2016 : Installation à Ottawa et écriture à temps plein du manuscrit

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

L’autonomie complète de l’Université de Hearst : « Une entrée dans l’âge adulte », selon son recteur 

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Luc Bussières est recteur de l’Université de Hearst.

LE CONTEXTE :

Ce vendredi marque la fin d’une entente d’affiliation que l’Université de Hearst avait avec l’Université Laurentienne qui datait de 1963.

L’ENJEU :

Le début d’une autonomie complète pour l’établissement, dont l’autonomie n’était jusqu’à présent que financière et non pas académique.

« Que va changer l’autonomie complète de l’université concrètement?

C’est comme si l’Université de Hearst avait été dans une longue adolescence avec sa collaboration avec la Laurentienne, et qu’on était finalement arrivé à l’âge adulte. Maintenant on a une entente avec le ministère des Collèges et des Universités (MCU) sans intermédiaire. Le deuxième élément c’est qu’en termes de développement de l’université maintenant les décisions sont complètement en contrôle ici par le Conseil des gouverneurs de l’Université donc on va avoir de nouveaux moyens financiers.

Un autre changement c’est pour les étudiants et étudiantes qui vont désormais recevoir des diplômes de l’Université de Hearst et non plus de l’Université Laurentienne et de celle de Hearst. On va faire une refonte de notre image de marque, de notre identité visuelle effectivement pour rendre compte de cette nouvelle réalité-là.

Pensez-vous travailler avec les autres universités en milieu minoritaire, comme celle de Sudbury?

C’est sûr qu’on suit de près la situation dans les Nords de l’Ontario, comme j’aime souvent le dire, pour pouvoir s’adapter par rapport aux autres universités comme la Laurentienne ou Sudbury. On est vraiment dans une situation d’attente et d’ouverture par rapport à Sudbury parce que c’est clair qu’il y a eu une saignée importante de programmes en Français.

On est vraiment prêts à collaborer ensemble dans un contexte de ‘’par et pour’’ avec d’autres établissements pour offrir des programmes ensemble puis pour trouver une manière de proposer une offre qui est coordonnée, où on ne va pas se concurrencer chacun en développant chacun les mêmes programmes. 

Allez-vous mettre en avant une des pistes avancées lors du Sommet des États-Généraux comme la mobilité entre établissements francophones?

Oui et d’ailleurs, on a eu des pourparlers préliminaires avec des recteurs de l’Université de l’Ontario français, de l’Université de Sudbury, de l’Université de Hearst en mars. Par exemple, à l’Université de Hearst on a des ententes de mobilité avec trois universités françaises donc on a convenu de façons de procéder qui seront faciles pour les étudiants et les étudiantes qui veulent se déplacer paient des frais de scolarité dans leur université d’origine, et des frais de logement dans l’université qui les accueille.

On s’est parlé, déjà, de reconnaissance de crédits automatiques, et que c’est un peu ridicule de faire ça entre deux continents mais pas entre deux universités d’une même province. On a pris à peine cinq minutes pour en arriver à ce consensus-là.

Quelle stratégie allez-vous mettre en place pour attirer et retenir les étudiants dans votre établissement?

C’est sûr que notre premier défi est le pouvoir d’attraction et, jusqu’à présent, on a pas eu de problème de rétention. Quand les gens commencent chez nous, habituellement ils terminent leur parcours avec nous. On reçoit beaucoup d’étudiants internationaux qui, la moitié du temps, selon nos statistiques, s’établissent dans le Nord de l’Ontario après leurs études. Je nous vois vraiment comme une pépinière de nouveaux Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes à Hearst, mais le vrai défi qu’on a à l’Université, c’est de recruter à l’échelle domestique donc en Ontario.

On manque de statistiques sur le parcours des étudiants du secondaire, qu’est-ce qui se passe dans la tête des Franco-Ontariens, quelles sont leurs aspirations, qu’est-ce qui fait qu’on pourra les retenir? Les services, la variété des programmes? C’est un peu un mystère et c’est un peu agaçant pour nous, les gestionnaires d’Université.

Souhaitez-vous écouter et inclure les étudiants comme le souhaitent des associations étudiantes telles que la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF)?

Oui, parce que, comme je le disais, on est à la recherche de la bonne solution. Si des associations étudiantes comme la RÉFO (Regroupement des étudiants franco-ontariens), la FESFO (Fédération de la jeunesse franco-ontarienne) ont des suggestions à faire, on a notre propre association étudiante à l’interne, mais si la communauté franco-ontarienne a des souhaits à émettre, on va être évidemment disponibles pour les rencontrer puis pour les écouter. L’angle de la clientèle étudiante est définitivement central pour nous dans notre réflexion pour améliorer la qualité de nos services et nos programmes. »

Une semaine de sciences, arts et musique classique

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, dans l’Ontario français, les univers de la musique, de la science et de l’art se rencontrent. Voici des événements pour bien commencer le mois d’avril.

Arts

Tisser les liens entre les différentes disciplines artistiques

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) nous présente une occasion de découvrir différentes disciplines artistiques à travers son exposition Le carnaval des animaux. Il s’agit d’une exposition qui réunit les œuvres de neuf artistes faisant partie de l’association Les Créateurs de la Petite Nation. Le groupe rassemble les artistes francophones de la région de l’Outaouais et mettra de l’avant les œuvres de certains d’entre eux. Céramique, peinture et dessin, Le carnaval des animaux est une exposition qui relie en cohésion les différentes pratiques des arts visuels.

Œuvre de de la peintre Laurence Bietlot (alias Lola). Œuvre du peintre Jean Luc Denat. Oeuvre de la peintre Colette Duhaime. Montage ONFr+

Assistez à l’exposition le Carnaval des animaux du 2 au 28 avril à la Galerie d’art Eugène-Racette. Réservez vos billets ici. Entrée gratuite.

Les arts visuels de l’Ontario français

Clément Bérini, Laurent L. Vaillancourt, Paul Walty, Geneviève Thauvette et Samuel Choisy : voici les artistes Franco-Ontariens qui sont au cœur de l’exposition Un œil | Cinq piliers à l’Alliance française de Toronto. Bien que l’exposition soit ouverte au public, elle est surtout une occasion pour les travailleurs de musées et de galléries publiques ontariennes qui sont à la recherche de nouvelles œuvres à ajouter dans leurs collections permanentes.

 L’exposition Un œil | Cinq piliers. Crédit image : L’Alliance française de Toronto.  

Assistez à l’exposition Un œil | Cinq piliers du 1er au 4 avril à l’Alliance française de Toronto – Galerie Pierre Léon.

Quand la science et les arts s’unissent

Le Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO) présente un événement hybride où les neurosciences et les arts s’entrelaceront pour mieux répondre à certaines de nos questions par rapport au processus de création. Durant deux jours, neuf experts se spécialisant en neuroscience examineront pourquoi et comment certaines œuvres produisent d’avantage d’impacts que d’autres. La portion présentielle se déroulera au campus de l’Université de l’Ontario français et invite les artistes de toutes disciplines ainsi qu’au grand public d’y assister.

Le symposium « Arts; entre émotions et langues ». Crédit image : BRAVO et Costa Leclerc Design.

Assistez au Symposium Art : entre émotions et langues du 5 au 6 avril. Inscrivez-vous ici pour réserver vos billets.

Concert

L’harpiste Valérie Milot en concert à Toronto

La musicienne Valérie Milot se prépare encore une fois à mettre de l’avant son talent et sa versatilité par les sons de sa harpe. De Schubert en passant par Mozart ou ses productions plus innovantes comme Orbis, qui intègre un concept hyperfuturiste, la démarche créative de Valérie est ce qui la distingue, faisant d’elle une artiste à ne pas manquer cette fin de semaine.

La musicienne Valérie Milot. Crédit image : @LE FAR, courtoisie de l’artiste.

Assistez au concert de Valérie Milot le samedi 2 avril à l’Alliance française de Toronto à 20h. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Communauté

Découvrez les saveurs du sirop d’érable

Cette année le Muséoparc Vanier offre une édition virtuelle du Festival des sucres 2022. Les gens d’Ottawa et de ses alentours auront tout de même l’occasion de témoigner les fruits de travail qui ont été effectués lors de la saison d’entaillage en automne. Sa programmation est en partie une surprise où chaque jour, au long du festival, une nouvelle activité sera dévoilée sur leur plateforme web pour le grand public.

Le Festival des sucres 2022. Affiche : fournie par le Muséoparc Vanier.

Assistez au Festival des sucres du 1er au 9 avril en ligne. Consultez entretemps le site du festival pour vous inscrire dans les activités déjà ouvertes pour inscription.

Garderies à 10 $ : les établissements francophones s’attendent à une aggravation de la pénurie du personnel

Si la nouvelle de la signature de l’entente avec le gouvernement fédéral concernant les garderies à dix dollars par jour a été accueillie comme un soulagement par les parents, l’accord national soulève, à juste titre, quelques grandes inquiétudes chez les responsables des garderies francophones. L’exacerbation de la pénurie actuelle du personnel en est une.  

La députée provinciale du Nouveau Parti démocratique et porte-parole de l’opposition en matière d’apprentissage des jeunes enfants et garde d’enfants, Bhutila Karpoche, a tiré la sonnette d’alarme en chambre au lendemain de la signature historique de l’entente sur les garderies entre le fédéral et l’Ontario. « Il existe une pénurie du personnel dans les garderies et il faut s’attendre à ce que ce déficit s’accentue avec cette nouvelle entente », a-t-elle lancé au bord d’en face.

Il faut dire que le problème se pose déjà dans la province et dans une large mesure dans les garderies francophones, et ce pour la simple raison que, de par leur nature, ces établissements nécessitent du personnel non seulement qualifié, mais également spécialisé. 

« Le fait qu’il y est une telle baisse des prix va faire augmenter les demandes d’inscription, mais est-ce que les garderies vont être en mesure de les satisfaire? En ce moment, on a plusieurs de nos centres qui tournent à pleine capacité alors que dans certaines de nos garderies où on est autorisé à prendre 15 bambins et dix poupons, on accepte que dix bambins et six poupons parce qu’on n’a pas assez d’éducatrices », déplore Véronique Emery, directrice générale du réseau des garderies La Boîte à soleil.  

Véronique Emery, directrice générale du réseau des garderies La Boîte à soleil. Gracieuseté

Inéluctable bond des inscriptions

Les craintes de la directrice sont pour le moins fondées. En effet, l’Ontario est la province où la proportion des enfants en âge de fréquenter les services de garde est la plus importante du Canada.

Même si aucune étude prévisionnelle n’a été rendue publique dans ce sens à ce jour, le gouvernement prévoit une flambée des demandes d’inscriptions dans les garderies. Pour preuve, il compte, d’ici 2026, augmenter de 30 % le nombre de places en services de garde pour les enfants de cinq ans et moins.

« Même si on accueille  cette entente les bras ouverts, c’est certain qu’on avait des problèmes pour lesquels on n’avait pas encore de solutions et cette bonne nouvelle pourrait bien creuser encore plus le fossé », estime Hanane Jaouich, cofondatrice de l’agence francophone de garderies en milieu familial Bonjour Sunshine.

Hanane Jaouich, cofondatrice de l’agence francophone de garderies en milieu familial Bonjour Sunshine. Gracieuseté

Et d’ajouter : « Le nerf de la guerre dans les garderies francophones est l’embauche de travailleurs qualifiés. On s’attend à ce que les demandes d’inscriptions chez nous doublent après cette entente, surtout quand on sait que dans la région de Toronto ce sont 20 000 enfants qui sont déjà inscrits dans les listes d’attentes. »

Pour rappel, cet accord ambitionne d’inscrire à son programme près de 5000 centres de garde d’enfants et services de garde d’enfants en milieu familial agréés d’ici le 1er septembre 2022.

Les mêmes inquiétudes émanent du côté des responsables du réseau des garderies francophones Le Petit Chaperon Rouge.

« Je pense qu’il y aura un problème pour répondre à la demande parce que celle-ci va augmenter d’une manière exponentielle après cette entente. De plus, à l’interne, le défi de recruter de nouvelles ressources qualifiées va se poser, parce que pour faire face à cette nouvelle demande, il va nous falloir plus de personnel qualifié afin de pouvoir maintenir le niveau de qualité des services que nous offrons aujourd’hui », prédit sa directrice des finances, Cynthia Kuassi.

Cynthia Kuassi, directrice des finances du réseau des garderies francophones Le Petit Chaperon Rouge. Gracieuseté

Les solutions

Face à ce défi de taille, les garderies francophones commencent d’ores et déjà à réfléchir à des solutions. Selon Véronique Emery, cela passe obligatoirement par une valorisation de la profession, laquelle n’est possible que par une bonification des salaires du personnel de la petite enfance.  

« La réalité est que les éducatrices sont sous-rémunérées et leur travail sous-apprécié. Cela entraîne un taux élevé d’épuisement professionnel en plus du stress de la nature du travail, alors que les enfants méritent d’être soutenus par des éducatrices en bonne santé physique et mentale. Ces dernières doivent se sentir en sécurité financière avec un salaire décent », explique-t-elle.

De son côté, la directrice générale des garderies francophones Le Petit Chaperon Rouge, Nadia Daoust privilégie, entre autres, les futurs lauréats des écoles : « On travaille en partenariat avec les collèges francophones de Toronto qui offrent des formations à la petite enfance pour accueillir des stagiaires. On a aussi le service des ressources humaines qui travaille à élaborer des tableaux de personnes qui pourraient être disponibles. Aussi, on élabore des partenariats dans des régions francophones en dehors du Canada pour recruter des personnes à l’externe. »

Nadia Daoust, directrice générale des garderies francophones Le Petit Chaperon Rouge. Gracieuseté

Quant à Hanane Jaouich, le salut pourrait bien venir des ratios en vigueur concernant le nombre d’enfants par éducatrice(eur)s.  

« Peut-être que les ratios doivent être augmentés ou réévalués. Le ratio par exemple dans les garderies en milieu familial est de six enfants par logement en Ontario alors que dans la province voisine, le Manitoba, il est de huit enfants par maison », compare-t-elle. 

Toutefois, les intervenants ne semblaient pas vouloir s’étendre plus que cela sur cette question de ratios, à l’image de Véronique Emery. « C’est un bon point, mais je n’entrerais pas dans ce débat », esquive-t-elle.

La Laurentienne a manqué à ses obligations légales, selon le rapport Burke

SUDBURY – Près d’un an après les coupes de programmes à La Laurentienne, l’ombudsman adjointe Kelly Burke a rendu public ce jeudi son rapport d’enquête dans le cadre de la restructuration financière de l’université, et sur l’administration de la désignation de l’université par les ministères des Affaires francophones et des Collèges et Universités.

L’enquête, menée par l’Unité des services en français du Bureau de l’Ombudsman, a été ouverte en juin 2021 à la suite de la réception de 60 plaintes au sujet des coupes à l’Université. Désignée depuis 2014 par règlement comme un organisme gouvernemental en vertu de la Loi sur les services en français (LSF) et première université bilingue en Ontario, l’Université Laurentienne a des responsabilités légales.

L’ombudsman adjointe rappelle que l’université a le devoir d’assurer la prestation de  programmes menant à 13 grades et reconnaît que cela ait pu contribuer à une certaine confusion pour le public.

« Il semble indiquer que les programmes menant aux grades désignés sont protégés en vertu de la LSF. Toutefois, les trois organisations visées par l’enquête nous ont indiqué que c’était en réalité seulement les grades qui étaient protégés », dit-elle.

Elle ajoute que le fait de ne garder qu’un seul programme sous chaque grade est donc contraire à l’esprit de la Loi. La suppression de tous les programmes menant à deux grades désignés maîtrise ès arts et  maîtrise en activité physique est une infraction directe de cette Loi par le non-respect des étapes requises.

L’enquête a aussi permis d’apprendre que ce sont 72 programmes et non pas 69 qui ont été supprimés, dont 29 en Français au lieu des 28 connus. L’ombudsman adjointe a reconnu qu’il est possible qu’il y ait eu une confusion sur cette Loi, en conférence de presse : « Il y a plusieurs interprétations de cette Loi là, je laisse aux tribunaux de déterminer de l’application de la Loi ».

Une communication inefficace entre les partis

Mme Burke a aussi cherché à évaluer le rôle des ministères des Collèges et Universités (MCU), et des Affaires francophones (MAFO) au cours de son enquête. Elle affirme que ceux-ci ont communiqué trop tard, notamment le ministère des Collèges et Universités qui était « au courant que l’Université  Laurentienne faisait face à des problèmes financiers depuis au moins l’été 2020, quand l’université a annoncé publiquement la suspension de sept programmes de langue française ».

Pourtant, apprend-on dans le rapport, bien que des discussions informelles aient eu lieu entre le MCU et l’Université, la LSF n’a été abordée qu’à partir de 2021 et ce même si « il n’y a aucune trace de ces  conversations », déclare-t-elle.

L'Université Laurentienne.
L’Université Laurentienne. Archives ONFR+

L’enquête a aussi permis de conclure que, malgré l’obligation de 2014 par le MAFO « pour tous les organismes désignés de faire rapport tous les trois ans sur  leur conformité continue aux exigences de leur désignation, l’Université  Laurentienne n’a pas respecté cette exigence. Pour sa part, le MCU n’a pris  aucune mesure pour s’assurer que l’université s’y soumette ».

L’ombudsman adjointe a indiqué en conférence de presse aujourd’hui que la Loi exige que les ministères jouent un rôle proactif. Dans sa recommandation 6, elle demande que le ministère des Affaires francophones et le ministère des  Collèges et Universités s’assurent que l’évaluation de la conformité  de l’Université Laurentienne soit faite avant tout changement futur qui pourrait affecter les services désignés. 

Kelly Burke en profite pour lancer un blâme au MAFO qui « a manqué à son rôle en tant que  ministère chargé de l’application de la Loi sur les services en français ».

Manque d’implication du coordonnateur 

Comme le rappelle le rapport, en vertu de la LSF, chaque ministère du gouvernement a un  coordonnateur des services en français qui, selon le MCU, collecte des informations et vérifie que les organismes désignés respectent les critères de leurs désignations.

Mme Burke s’est dite « très surprise, étonnée même » que le coordonnateur de service en français n’ait pas été plus impliqué dans le processus comme le révèle également l’enquête : « Le MCU nous a confirmé que son coordonnateur des services en français ne  jouait pas de rôle par rapport à l’Université Laurentienne après sa désignation en  2014. Une fonctionnaire nous a spécifié que le ministère n’a pas non plus consulté son coordonnateur des services en français entre juillet 2020 et avril 2021 au sujet des coupes dans les programmes de l’université ».

Un constat qui a permis de conclure qu’il faudrait, ici aussi, un meilleur encadrement du rôle de coordonnateur et qui fait l’objet de deux recommandations.

Recommandation 14 : Que le ministère des Collèges et Universités s’assure que le coordonnateur des services en français soit consulté immédiatement par rapport à la conformité de l’Université Laurentienne à ses obligations en vertu de sa désignation sous la LSF. 

Recommandation 15 : Que le ministère des Collèges et Universités développe une politique qui détaille le rôle du coordonnateur des services en français dans la surveillance de la conformité des  organismes désignés par rapport à leurs obligations en vertu de la  Loi. 

Le rapport d’enquête présente 19 recommandations à l’intention des trois organismes qui les auraient acceptées et sur lesquelles ceux-ci se sont engagés et devront lui rendre des comptes jusqu’à ce que celles-ci soient complètement respectées, écrit Burke.

La 19e recommandation invite le ministère des Collèges et Universités, le ministère des Affaires francophones, et l’Université Laurentienne à faire rapport auprès de la commissaire Burke « dans six mois sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ces recommandations, puis à intervalles de six mois, jusqu’à ce que je sois convaincue qu’ils ont pris des mesures adéquates pour les appliquer », conclut-elle.

« La Laurentian University ne mérite pas notre confiance », réagit l’AFO

« Ce rapport est une autre preuve que la Laurentian University ne mérite pas la confiance de la communauté franco-ontarienne », a réagi par voie de communiqué l’Association de la francophonie de l’Ontario (AFO). « L’institution est devenue un vecteur d’assimilation et vide le Nord de sa jeunesse franco-ontarienne », a fustigé son président, Carol Jolin.

De son côté, la principale concernée, l’Université Laurentienne, a « apprécié le rapport et les recommandations », affirmant être « prête à travailler avec les ministères. Elle ajoute cependant que la réduction des programmes en anglais et en français était « une étape difficile, mais nécessaire » et a s’est dite convaincue que sa « programmation actuelle concorde davantage avec la demande étudiante et contribuera à assurer la viabilité financière pour l’avenir ». 

Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) qualifie quant à lui la situation de « scandaleuse » et son président, Ephrem Porou ajoute que ce rapport vient confirmer que « Laurentian University ment à la communauté depuis des mois ».

Le RÉFO tout comme l’AFO exhortent le gouvernement à financer l’Université de Sudbury et à transférer les programmes de langue française sous le giron de l’Université Laurentienne vers l’Université de Sudbury.

Un projet de loi pour faciliter l’achat des biens immobiliers

Le ministère des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario vient de déposer un projet de loi visant à lutter contre la spéculation immobilière, protéger les futurs acheteurs et accroître l’offre de logements dans la province. Les détails.

Plus de logements pour tous, c’est l’intitulé du nouveau projet de loi déposé aujourd’hui par le ministre des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario. S’il est adopté, ce plan apporterait des solutions afin de régler en partie la crise du logement dans la province.  

« Le plan de notre gouvernement propose des mesures intelligentes et ciblées pour protéger les consommateurs, rendre le processus plus efficace et plus rapide et aider plus d’Ontariennes et d’Ontariens à trouver le bon domicile pour eux-mêmes et leur famille », a déclaré le ministre de tutelle, Steve Clark.

Pénaliser les spéculateurs étrangers

L’un des articles phares de ce projet de loi réside dans davantage de pénalités pour les spéculateurs non-résidents, qu’il s’agisse de particuliers, de sociétés étrangères ou de fiduciaires imposables.

En effet, à compter du 30 mars 2022, la loi prévoit d’augmenter le taux d’imposition pour ces spéculateurs de 15 à 20 %, une obligation qui sera appliquée sur l’ensemble du territoire ontarien alors qu’elle n’était effective jusqu’à présent que dans la région de Golden Horseshoe.

« Grâce aux consultations menées auprès du public, au tout premier Sommet provincial-municipal sur le logement et au Groupe d’étude sur le logement abordable, nous avons appris que les pratiques de spéculation sur le marché et les longs processus d’approbation qui n’en finissent pas sont trop d’obstacles sur le chemin des Ontariennes et des Ontariens qui veulent réaliser le rêve de l’accès à la propriété », a déclaré le ministre Steve Clark.

Lutter contre les pratiques déloyales de certains promoteurs

Par ailleurs, le gouvernement prévoit de consolider les initiatives de protection des consommateurs, surtout des acquéreurs de biens immobiliers neufs, en doublant les amendes et en rallongeant les périodes de suspensions des permis de construire. Ces mesures s’adressent directement aux promoteurs peu scrupuleux vis-à-vis des pratiques déloyales.  

Sur un autre registre, le plan met en avant un investissement de plus de 19 millions de dollars dédiés au Tribunal ontarien de l’aménagement du territoire et à la Commission de la location immobilière. Cette enveloppe permettra de réduire les arriérés de dossiers de ces derniers en leur offrant la possibilité de disposer davantage de ressources concernant la médiation. Ainsi, le gouvernement espère régler plus rapidement les différends en matière d’aménagement du territoire et de location immobilière.

Pour rappel, à en croire un rapport sur le logement de la Banque Scotia, l’Ontario se positionne sous la moyenne nationale s’agissant de l’offre de logements par habitant. Ceci écrit, le Canada affiche toujours le plus faible nombre de logements par habitant parmi tous les pays du G7.

La Nuit sur l’étang, une tradition identitaire

SUDBURY – Événement incontournable de la culture francophone du Nord ontarien, La Nuit sur l’étang est de retour ce samedi pour sa 49e édition. Avec pour thème En voie d’évasion, la soirée mettra en vedette la relève artistique d’expression française et se tiendra en présentiel devant une centaine de participants à guichet fermé en plus d’être retransmis en ligne.

« Ça va faire du bien de revenir devant public! », lance Stef Paquette du groupe Les Bilinguish Boys en entrevue avec ONFR+.

« Je m’attends à une belle foule chaleureuse contente de revenir en salle », ajoute l’animatrice de la soirée, Chloé Thériault.

« Les organisateurs m’ont donné carte blanche. Je parle de musique, du quotidien et de comment j’ai traversé la pandémie. On va garder ça light et on va beaucoup rire », continue-t-elle.

Après deux ans de spectacles virtuels, La Nuit sur l’étang recevra une centaine de spectateurs au Collège Boréal. Ils pourront danser sur la musique de Meagan Bigras et Zachary Clément en plus de la chanteuse Patricia Cano.

Chloé Thériault animera sa première Nuit sur l’étang. Gracieuseté

Après avoir reporté le spectacle quatre fois en raison des restrictions sanitaires, les organisateurs ont choisi le thème « En voie d’évasion » pour exprimer leur soulagement d’enfin pouvoir le tenir. « Quand on accepte que la pandémie est là et que l’on continue de vivre, on s’en libère », explique le directeur artistique de l’événement, Pierre Paul Mongeon.

Aux origines de La Nuit sur l’étang

Créé en mars 1973 à l’Université Laurentienne, La Nuit sur l’étang a émergé à la suite du colloque « Franco-parole » alors qu’un gros party s’est tenu pour les gens qui étaient venus de très loin pour y participer. Environ 600 personnes ont participé à cette fête musicale francophone ce qui a provoqué la surprise générale dans la communauté.

Affiche de La Nuit sur l’étang en 1973. Gracieuseté

« On s’est alors rendu compte qu’il y avait un besoin criant pour la musique francophone dans le Nord de l’Ontario », raconte Pierre Paul Mongeon.

« Ma mère était enceinte de moi lors de la première Nuit sur l’étang alors c’est peut-être pour ça que je suis devenu musicien qui sait », ajoute Stef Paquette d’un ton rieur.

Remis année après année, l’organisation a développé plusieurs événements comme les ateliers de formation professionnelle « La Brunante ». Au fil du temps, la soirée a servi de tremplin pour de nombreuses grandes figures de la communauté comme Robert Paquette et Michel Paiement.

« Il y avait beaucoup d’artistes amateurs qui voulaient virer professionnels, La Nuit a offert un endroit et de l’équipement afin que les gens deviennent professionnels en musique francophone », raconte M. Mongeon.

Une fierté bien vivante

« Combien de soirées artistiques francophones peuvent célébrer 49 ans en Ontario? C’est vraiment quelque chose! », se réjouit Stef Paquette.

Stef Paquette, auteur-compositeur-interprète au lancement de la saison du MIFO. Crédit : Etienne Ranger Le Droit

Pour l’artiste, La Nuit sur l’étang représente bien un trait du caractère de la communauté francophone. « C’est toujours comme ça chez les Franco-Ontariens, on s’adapte et on fait preuve de résilience », commente-t-il en entrevue avec ONFR+.

Alors que d’autres festivals franco-ontariens ont pris une plus grande place dans le secteur culturel, La Nuit sur l’étang continue d’être un événement « identitaire » incontournable pour célébrer la culture francophone.

« Toutes les cultures et toutes les identités surtout en milieu minoritaire doivent avoir leur voix quelque part », affirme Pierre Paul Mongeon. « C’est important pour les gens que tu sois autochtone, que tu sois francophone ou ukrainien, qu’il y ait des artistes qui te représentent. Quand tu te vois à la télévision, quand tu t’entends à la radio, quand tu te vois dans les nouvelles, tu sais que tu existes. »

Le fédéral recule et ne trainera pas les minorités francophones en Cour suprême

OTTAWA – Moins d’une semaine après avoir annoncé son intention d’amener des minorités francophones en Cour suprême, le gouvernement fédéral recule et n’ira pas devant la plus haute Cour du pays.

C’est ce qu’a annoncé le ministre de la Justice David Lametti mardi après-midi à la période des questions en Chambre des communes.

Le ministre affirme que ça « ne valait pas la peine d’aller de l’avant » dans le dossier, qu’il refuse de qualifier d’attaque envers les francophones.

« C’était un accord complexe. On avait une période très serrée pour renégocier l’accord et dans les circonstances, j’aurais aimé donner une marge de manœuvre à ma collègue, la ministre Carla Qualtrough pour négocier les principes comme il le faut. On était jamais en désaccord avec le substantiel, mais avec l’application du texte par la Cour », explique-t-il.

Il dit qu’il n’a pas eu de pression de la part de collègues dans son caucus et qu’il s’agissait de sa décision de présenter une demande d’appel.

« J’ai réfléchi au cours de la fin de semaine et en tant que procureur général – c’est vrai que mes collègues sont mes clients-, mais la décision m’appartient de porter en appel ou non. »

Le ministre de la Justice et procureur général du Canada, David Lametti. Crédit image : Wikimedia, Sebastiaan ter Burg

La présidente de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), Lily Crist, s’est dite ravie de la décision du gouvernement Trudeau, mais admet que le tout laisse des marques.

« On ne peut pas tourner la page, ça nous montre clairement que nos droits demeurent précaires. »

Pour la présidente, il y a un lien de confiance à rebâtir entre les organismes francophones du pays et les libéraux, souvent qualifiés de champions en francophonie hors Québec.

« Un champion ne vous menace pas de vous emmener devant la Cour suprême, un champion vous comprend et vous soutient. Pour moi, la définition de champion va plus loin que des bonnes intentions que des beaux discours. Il y a une réalité et on a besoin que le gouvernement fédéral tel qu’il soit et se montre leader dans ce domaine-là. On attend plus d’actions positives pour soutenir nos communautés plutôt que de beaux discours. »

La présidente de la FFCB dont l’organisme était le principal intimé dans cette demande d’aller devant la Cour suprême. Gracieuseté.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a qualifié de « bonne décision » l’annonce de David Lametti soulignant que cet appel « aurait créé une incohérence dans la position du gouvernement fédéral » avec le projet de loi C-13.

Le juge en chef de la Cour d’appel fédérale Marc Noël avait qualifié le fait d’attendre à la toute fin pour déposer une demande de sursis « d’abus de procédure » et de « marasme bureaucratique » de la part d’Ottawa.

« Je suis en train d’essayer de comprendre pourquoi il a employé ces mots parce que c’était un cas complexe. On a un accord complexe entre la Colombie-Britannique et nous, qui touche plusieurs ministères au fédéral et donc il faut prendre le temps qu’il faut. On a été dans les délais prévus dans la loi », soutient David Lametti.

Le fédéral contestait ce jugement qui affirmait qu’il avait manqué à ses obligations linguistiques en signant une entente sans tenir compte de l’impact négatif qu’elle était susceptible d’avoir sur la minorité linguistique francophone.

Les francophones de la Colombie-Britannique contre-attaquent

Si le fédéral a reculé, ce n’est pas le cas de la FFCB qui a déposé mardi soir en Cour suprême une demande d’autorisation en appel portant sur un rejet de la Cour d’appel fédérale.

Selon la fédération, le gouvernement de la Colombie-Britannique aurait dû se souscrire à la Loi sur les langues officielles en offrant un service dans les deux langues officielles dans le cadre d’une entente sur les services et programmes d’aide à l’emploi.

« La demande d’autorisation en appel demande à la Cour suprême de trancher le débat quant à quelle situation le gouvernement du Canada pourra-t-il contracter avec un tiers d’une façon qui lui permettrait d’échapper à la Loi sur les langues officielles. C’est très spécifique et très différent de la partie VII, le gain dans lequel le gouvernement ne fait pas appel », explique l’avocat de la FFCB, Mark Power, de la firme Juristes Power Law.

Mark Power, qui est l’avocat représentant la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique. Crédit image : Benjamin Vachet

Cette démarche se veut une « police d’assurance » pour les francophones du pays, eux qui attendent après l’ajout de clauses linguistiques dans la réforme de la Loi sur les langues officielles.

« Malheureusement, le projet de loi C-13 n’inclut pas ces clauses linguistiques là. Mais jusqu’à ce que ça soit fait et que le projet de loi obtienne la sanction royale, la seule chose responsable à faire pour un organisme de défense des droits des minorités est de sauvegarder son levier juridique qui lui permettrait d’atteindre le même objectif en droit », explique Darius Bossé de Juristes Power Law.

Si l’appel est autorisé, il pourrait avoir un impact sur les francophones du reste du pays, notamment dans le cadre des ententes entre les provinces et le fédéral. C’est notamment le cas avec les récents accords sur les garderies à 10 $.

« Il y a de plus en plus d’ententes entre les provinces et le fédéral et c’est très bien (…) Mais c’est seulement bon si le français n’est pas oublié, si les droits des francophones et des Acadiens ne sont pas les victimes de la tendance vers le fédéralisme coopératif », soutient M. Power.

Improvisation et amateurisme, dénonce l’opposition.

Pour le député conservateur Joël Godin, cette saga laisse présager des jours difficiles pour les droits francophones du pays.

« Ça démontre que le gouvernement n’est pas en contrôle de ce dossier-là .Ce n’est pas une priorité pour eux les langues officielles et il a attendu à minuit moins 5 pour décider de pas y aller. C’était pas nécessaire, pourquoi avoir attendu aussi longtemps. On voit qu’il y a de l’improvisation et de l’amateurisme chez ce gouvernement », critique le porte-parole en Langues officielles.

Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Crédit image : Twitter

Pour les néo-démocrates, les libéraux n’avaient pas le choix de reculer.

« Cette victoire est celle des francophones de la Colombie-Britannique et de partout au Canada, et sert d’avertissement aux Libéraux : on s’attend à ce que le gouvernement se batte pour le français et non pas contre les francophones », estime la critique en Langues officielles Niki Ashton.

Le Bloc Québécois juge que « cette seule tergiversation dénote le profond manque de sensibilité du gouvernement libéral vis-à-vis la langue française ».

« Que ce soit au Québec ou pour les francophones ailleurs au Canada, les libéraux ne saisissent pas l’ampleur que requiert la situation », a déclaré le député Mario Beaulieu.

Ce texte a été mis à jour à 19h20.

Ces fonctionnaires franco-ontariens qui gagnent plus de 100 000 $

TORONTO – Des centaines de Franco-Ontariens figurent dans le club de moins en moins fermé des fonctionnaires au revenu à six chiffres. C’est ce que révèle la Sunshine List 2021 tout juste dévoilée. On y retrouve des agents ministériels, des enseignants, des médecins, des dirigeants de conseil scolaire, d’université et d’hôpitaux.

C’est un rituel immuable depuis 1996. Chaque année, le traitement annuel des fonctionnaires les mieux rémunérés de la province est déballé sur la place publique. Objectif : faire toute la transparence sur l’usage de l’argent des contribuables et limiter les abus. La liste en compte plus de 244 000, en 2021, 38 000 de plus que l’année précédente. Ils n’étaient que 4500 en 1996, au moment sa création sous le gouvernement Harris.

En haut de la pyramide, le patron d’Ontario Power Generation (OPG) culmine à plus de 1,6 million de dollars, talonné par l’un de ses lieutenants, Dominique Minière. Avec 1,5 million de dollars par an, le chef de la stratégie d’OPG est le fonctionnaire francophone le mieux payé en Ontario.

Dans la sphère franco-ontarienne, on retrouve également les patrons d’hôpitaux Bernard Leduc (Hôpital Montfort) avec 434 515 $ et Dominic Giroux (Horizon Santé Nord) avec 368 947 $. Toujours dans le domaine de la santé, le médecin-hygiéniste et directeur général du bureau de santé publique de l’Est de l’Ontario, Paul Roumeliotis, a perçu un traitement de 409 842 $, tout proche de celui de Kieran Moore qui a perçu 461 022 $ à titre de médecin-hygiéniste en chef de Kingston puis de l’Ontario.

Le monde de l’éducation est aussi largement représenté. 95 % des augmentations proviennent de ce secteur, selon le Conseil du Trésor de l’Ontario. La quasi-totalité des directeurs de l’éducation dans les conseils scolaires figure sur la Sunshine List, de même que la présidente de L’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO).

Les recteurs d’université aussi, avec toutefois d’importantes disparités. Nommé en juin dernier, Pierre Ouellette de l’Université de l’Ontario français a touché 116 495 $. Robert Haché, qui a sabré dans les effectifs et les programmes de La Laurentienne, a perçu le double. Jacques Frémont de l’Université d’Ottawa – englué dans plusieurs polémiques en 2021 – a empoché quasiment le quadruple : 399 616 $.

Les patrons des collèges Boréal et La Cité, Daniel Giroux et Lise Bourgeois, franchissent la barre des 260 000 $. La nouvelle présidente-directrice générale de Groupe Média TFO, Michelle Séguin, a perçu quant à elle 186 573 $ en 2021. Elle assurait sa fonction par intérim depuis mai 2021 jusqu’à sa nomination en février dernier.

La juge en chef de l’Ontario, Lise Maisonneuve, est dans le haut du panier avec un traitement de 365 654 $. Au sein du ministère des Affaires francophones, la rémunération de la sous-ministre Marie-Lison Fougère dépasse les 300 000 $. C’est deux fois plus que la ministre Caroline Mulroney. L’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, touche 312 419 $. Son adjointe aux services en français Kelly Burke, 244 066 $.

Le salaire moyen en baisse à 123 738 $

Dans l’ensemble, le salaire moyen est de 123 738 $ en 2021, en légère baisse comparé à l’année précédente, 125 870 $. Le top 4 est occupé par des employés d’OPG, tous au-dessus du million de dollars. Il faut descendre au 9e rang pour voir la première femme. Les revenus de Penny Sutcliffe, la médecin-hygiéniste du bureau de santé publique de Sudbury et districts, avoisinent les 800 000 $.

Il existe à l’inverse de nombreux organismes publics qui ne rémunèrent aucun salarié au-delà de 100 000 $. Dans la francophonie, par exemple : Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOCVF), l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), le Carrefour des femmes du sud-ouest de l’Ontario, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), le Festival franco-ontarien (2006), la Clé d’la baie en Huronie, Intégration communautaire de Nipissing Ouest…

Divulguée chaque année avant le 31 mars, la Sunshine list est née de la Loi de 1996 sur la divulgation des traitements dans le secteur public qui exige que les organismes qui reçoivent des fonds publics de la province de l’Ontario rendent publics les noms, postes, salaires et total des avantages imposables des employés ont été de 100 000 $ ou plus au cours de l’année civile précédente.

Elle s’applique au gouvernement de l’Ontario, aux organismes de la Couronne, municipalités, hôpitaux, conseils de santé publique, conseils scolaires, universités, collèges et autres employeurs du secteur public qui reçoivent un financement important du gouvernement provincial.

Rémunération annuelle (en dollars) de fonctionnaires franco-ontariens issus de différents secteurs publics. Tableau ONFR+

Myriam Gendron fait halte à Ottawa

OTTAWA – En tournée pour son 2e album Ma délire, Songs of love, lost & found, l’artiste native d’Ottawa se représentait au Happy Goat Coffee sur la rue Laurel et sa petite scène intimiste. ONFR+ l’a rencontrée.

« La création n’a pas de sens si elle n’est pas en dialogue avec le passé », estime celle qui s’imprègne de toutes les cultures, d’influences musicales anglophones et francophones. Son album bilingue propose une réappropriation de musiques traditionnelles, qui pour elle, sont  intemporelles.

Pour cette artiste francophone, la musique folk est un processus créatif qui cherche à aller puiser dans une certaine tradition. « Le folk, c’est faire quelque chose d’ultramoderne », nous dit-elle. « C’est puiser dans le passé mais avec les yeux vers le futur et ce n’est pas nécessairement nostalgique. En opposition à la musique savante, le folk, c’est la musique des gens. »

La chanson Au cœur de Ma délire représente ce processus. « J’ai cherché des sons électriques, des bruits, de la distorsion ». On y entend la voix d’un Chaloupier, des voix d’enfants, une vielle radio aussi. Myriam Gendron a capté son environnement, on assiste alors à un reportage musical dont la mélodie presque angoissante est servie d’une sensibilité finalement très honnête. « J’ai eu envie de lui insuffler une nouvelle vie, j’en étais obsédée », avoue-t-elle.
 
Cette chanson-là a été créée en 2016 durant une résidence musicale et créative au moulin du Bic. « Je venais de la découvrir et je n’en croyais pas mes oreilles ». C’était une chanson déjà existante datant de 1971 des folkloristes Dominique Tremblay et Philippe Gagnon. « Comme beaucoup de gens, j’associais le folklore québécois aux rigodons, au temps des fêtes. »
 
Pourtant, nous confie-t-elle, « j’ai une bonne connaissance de la musique traditionnelle anglo et je n’avais pas compris, je crois, la musique traditionnelle québécoise. C’est un répertoire que l’on a arrêté de revisiter. »

C’est le terroir québécois et américain

En octobre 2020, Myriam Gendron débute ce projet, que la pandémie n’a eu de cesse de décaler. « Ce travail autour de la tradition, je me suis laissé traverser par les chansons, je me suis laissé guider par ce qui résonnait en moi. »

Ses voyages et ses influences culturelles sont diversifiés, nous explique l’artiste. « Le mélange entre l’anglais et le français s’est fait naturellement, en faisant un pont entre les deux. »
 
Avec le titre Poor Girl Blues, Gendron mélange une chanson afro-américaine et une chanson canadienne-française (Un Canadien errant). « Je voulais que dans cet album, tout se parle de manière fluide. Ma vision du monde est peut-être idéalisée, mais je crois qu’on n’a pas besoin de vivre en silo et on peut se parler. Les gens sont de plus en plus bilingues. Il y a des thèmes et des histoires universelles. »

Myriam Gendron entame une grande tournée au Canada, aux États-Unis et en Europe. À savoir ce qu’on peut lui souhaiter de plus, elle nous répond : « J’aimerais dans la prochaine année réfléchir à un nouveau projet. J’ai utilisé beaucoup d’affaires trouvées et empruntées. Le prochain album aura plus de créations originales, mais j’aime travailler le déjà-là et je n’ai pas l’intention d’arrêter ça. »

Minorités francophones en Cour suprême : Ottawa veut « réviser » sa démarche

OTTAWA – Le fédéral affirme vouloir « réviser et considérer les prochaines étapes » dans son intention d’amener les minorités francophones du pays en Cour suprême. Le temps se fait compter alors qu’Ottawa a jusqu’à demain pour aller de l’avant dans une décision qui ne fait « aucun sens », selon un expert.

Questionnée à la période des questions au Parlement, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a évité de se prononcer, mais le ministre de la Justice David Lametti a entrouvert la porte à un changement de cap.

« Nous avons pris connaissance de la décision de la Cour d’appel fédérale vendredi passé et nous allons prendre le temps de réviser et considérer les prochaines étapes », a-t-il dit.

Le ministre de la Justice et procureur général du Canada, David Lametti. Crédit image : Wikimedia, Sebastiaan ter Burg

En rappel, jeudi dernier, le gouvernement fédéral a signalé son intention d’amener la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) devant la Cour suprême. Cet appel fait suite à une décision rendue en janvier dernier qui était favorable aux francophones du pays.

Les avocats du gouvernement ont jusqu’à demain pour officiellement porter en appel la décision. Vendredi, la Cour d’appel fédérale a rejeté la demande du gouvernement Trudeau, qui souhaitait obtenir un sursis dans le dossier. Le juge en chef de la Cour d’appel Marc Noël a qualifié de « marasme bureaucratique » le fait que le fédéral ait attendu à la dernière minute pour poser un tel geste.

La ministre Petitpas Taylor évite la question

En conférence de presse lundi matin, la ministre Petitpas Taylor a ignoré la dizaine de questions des journalistes sur le sujet, les relayant vers le ministre Lametti.

« Je vous invite à transmettre vos questions au procureur général pour ce sujet-là », a-t-elle résumé.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

Pour l’opposition officielle, la démarche du gouvernement est « hypocrite » et soulève la question à savoir qui est « réellement en charge de l’agenda francophone dans le gouvernement ».

« Est-ce que c’est la (Ginette Petitpas Taylor) bonne personne au cabinet pour défendre le fait français? », se questionne le porte-parole conservateur aux Langues officielles Joël Godin.

Ce dernier pense que les événements des derniers jours « démontrent qu’elle n’a pas l’écoute et l’appui de son gouvernement ».

« Le seul portefeuille qu’elle a, ce sont les langues officielles et elle n’est pas capable de répondre sur un jugement qui concerne les langues officielles. Elle s’en lave les mains (…) Ma lecture à ce moment-ci est qu’il n’y a pas d’écoute et de volonté dans ce gouvernement-là. Elle est laissée à elle seule et ça veut dire qu’elle ne pourra pas défendre le fait français et les minorités francophones du pays dans ce cabinet-là », estime M. Godin.

Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Source : Twitter

Un appel qui ne fait pas de sens

Pour l’expert en droits linguistiques François Larocque, la démarche du gouvernement fédéral ne tient pas debout sur le plan judiciaire, car le « contexte est déterminant ».

« Il y a une modernisation de la Loi qui vient avec des modifications importantes à la partie VII de la Loi, la même partie qui fonde l’appel du gouvernement en Cour suprême. Ça n’a aucun sens de demander à la Cour suprême de se prononcer sur des dispositions qui sont appelées à disparaître (… ) Les juges (de la Cour suprême) sont soucieux du contexte et devraient donc prendre acte du fait que le projet de loi a été déposé sur des dispositions appelées à disparaître », souligne-t-il.

Pour ce dernier, le ministre de la Justice David Lametti aurait dû avoir vu venir le coup.

« Le travail du ministre de la Justice est justement d’agir comme un filtre et d’exercer un jugement et dire « non, on ne peut pas aller de l’avant ici, car il y a cette autre position que nous avons prise au sein du gouvernement » et franchement, ça serait compatible avec la position du gouvernement depuis 2015. »

Préparer la relève au festival « Quand ça nous chante »

Tenu en virtuel, le festival « Quand ça nous chante » mettra en spectacle des jeunes d’une dizaine d’écoles franco-ontariennes suivis des prestations de DJ UNPIER, Mimi O’Bonsawin et Pointex. Cette 18e édition, qui se tiendra du 29 au 31 mars, représente une belle opportunité pour les artistes en herbe.

« J’ai hâte de voir la qualité de ce que les jeunes vont nous offrir, ça va être spectaculaire! », lance DJ UNPIER en entrevue avec ONFR+.

« C’est un excellent point de départ pour des jeunes qui veulent faire carrière dans la musique », ajoute-t-il. « Quand ça nous chante, c’est la première expérience comme Secondaires en spectacle au Québec ».

Alors que les spectacles sont déjà enregistrés, les jeunes pourront interagir en direct entre eux et avec les artistes durant les prestations.

L’artiste DJ UNPIER. Crédit image : Caleb John Taylor

Retour aux sources

DJ UNPIER et Mimi O’Bonsawin en seront à leur première prestation professionnelle dans le cadre du festival. Cependant, les deux artistes ont également eu des expériences en lien avec l’événement lors de leur passage au secondaire.

« J’ai participé comme étudiante avec mon band d’école. Mon teenage self est pas mal fier de moi! », s’exclame Mimi O’Bonsawin. « J’ai toujours rêvé de faire de la musique. Lorsque j’ai participé à Quand ça nous chante, je me souviens qu’il y avait Damien Robitaille et que j’étais tellement impressionnée par les artistes que j’ai vraiment commencé à vouloir en devenir une moi-même », se remémore-t-elle.

De son côté, DJ UNPIER raconte y avoir fait du bénévolat dans son jeune temps et d’y avoir rencontré Mehdi Cayenne. De nombreuses années plus tard (2020), le DJ remixait la chanson de ce dernier « Croque-pomme ».

L’artiste Mimi O’Bonsawin. Gracieuseté

Inspirer professionnellement la jeunesse francophone

Destiné à former la relève artistique, le festival Quand ça nous chante permet aux jeunes participants de voir comment l’industrie musicale franco-ontarienne se déroule dans la réalité.

« C’était important pour mes enseignants au secondaire de nous amener dans des places où notre culture franco-ontarienne était célébrée. Ils voulaient nous montrer des gens qui travaillent dans la communauté et comment c’est possible », raconte Mimi O’Bonsawin.

De plus, certains jeunes talents pourront se voir ouvrir des portes pour leurs débuts d’artistes. « Pour mon projet Dans la danse, j’ai eu un flash de donner une chance à quelqu’un de Quand ça nous chante. J’ai trouvé que Kaiday avait une belle voix puis je l’ai approché pour participer », rappelle DJ UNPIER.

« Cette année, on va essayer de refaire la même chose. Il y aura un prix de mon label Bienvenue Records qui va offrir une opportunité d’enregistrement sur une de nos chansons. »

Bien que le virtuel est moins propice pour faire des contacts, les deux artistes sont sûrs qu’ils feront de belles rencontres avec les jeunes et espèrent bien contribuer à la culture franco-ontarienne de demain.

Garderies à 10 $ par jour : l’Ontario paraphe enfin l’entente

Après plusieurs mois de houleuses tractations dans les coulisses de la Colline et de Queen’s Park, et à deux mois des élections provinciales, l’entente proposée par le fédéral relative aux garderies à 10 $ par jour vient de trouver preneur du côté de l’équipe progressiste-conservatrice à la tête de l’Ontario, faisant de la province la dernière du pays à entrer dans le rang.

Ça y est, on peut dorénavant parler d’entente nationale historique. En effet, alors que les parents ontariens, à l’image des députés de l’opposition toutes couleurs confondues, commencent sérieusement à perdre patience, la dernière province récalcitrante envers l’entente fédérale concernant le programme universel de garderies vient de la signer en grande pompe.

Pour ce faire, le premier ministre, Doug Ford et le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce ont accueilli à Brampton le premier ministre du pays, Justin Trudeau, la vice-première ministre et ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland ainsi que Karina Gould, ministre fédérale de la Famille, des enfants et du développement social.

Doug Ford et Justin Trudeau lors de l’annonce de la signature de l’entente. Capture d’écran

Il faut dire que l’annonce est une première pour la province où les frais des garderies sont les plus onéreux du Canada. Plus que cela, la tendance haussière s’est accentuée ces dernières années, et il n’est pas rare aujourd’hui de dépasser les 2000 $ mensuellement de frais de garderie par enfant dans une ville comme Toronto, soit l’équivalent d’une traite hypothécaire ou d’un salaire. 

« Je sais que les parents ontariens se demandaient quand cette entente allait être signée et nous voici, ici pour annoncer que ce projet s’est enfin concrétisé. C’est un instant historique, les parents et surtout les mamans n’ont plus à choisir entre leur carrière et leur famille », s’est félicité Justin Trudeau.

L’essentiel du deal

Pour sa part, Doug Ford qualifie cet accord de formidable.

« Non seulement pour les parents mais pour l’ensemble de la population ontarienne. Cette entente montre les grandes choses qui peuvent être accomplies lorsque le gouvernement provincial et fédéral travaillent ensemble. »

Toutefois, derrière les sourires et la bienséance de circonstance, ce fut une véritable bataille rangée qui s’était déroulée durant plusieurs mois dans les couloirs de Queen’s Park et ceux du parlement ottavien avant cette poignée de main. Et pour cause, l’enveloppe budgétaire de 10,2 milliards de dollars sur cinq ans proposée initialement par le Fédéral était peu garnie aux yeux du gouvernement de la province..

Finalement, ce sont 13,2 milliards de dollars qu’Ottawa déboursera pour l’Ontario, mais sur une période de six ans, atténuant ainsi les craintes maintes fois exprimées par le gouvernement ontarien quant à l’incertitude qui pourrait survenir après la cinquième année.

Poignée de mains entre le ministre de l’Éducation ontarien, Stephen Lecce et la ministre fédérale de la Famille, des enfants et du développement social, Karina Gould scellant ainsi l’entente. Capture d’écran

 « Aujourd’hui, Doug Ford se vante d’un accord qu’il aurait pu obtenir il y a six mois.

« Le gouvernement dit qu’il a eu de l’argent en plus, mais il l’aurait probablement eu quand même. Tout ce qu’ils ont fait c’est de priver des milliers, voire des millions de familles ontariennes de services de frais de garde abordables, et ils n’ont même pas eu la décence de rembourser à ces familles ce retard déraisonnable. On a fait le calcul, chaque famille ontarienne qui a un enfant en garderie a perdu en moyenne 2750 $ à cause de ce délai du gouvernement », dénonce la députée libérale provinciale, Amanda Simard.  

En effet, dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau avait déjà prévu un investissement pour le programme national de garderies après la cinquième année. Avec près de neuf milliards de dollars pour tous les provinces et territoires, ce financement permettrait à l’Ontario de toucher une part annuelle de 2,9 milliards de dollars.

Pour Mme Simard, la décision repose plus sur un calcul politique que sur l’intérêt des familles ontariennes :

« Le premier ministre a attendu jusqu’à la dernière minute pour signer afin de gagner du temps et de se rapprocher le plus possible de la date des élections. Si on regarde de près, le dernier délai pour obtenir les fonds du fédéral était le 31 mars à cause de l’année fiscale, et M. Ford a signé l’entente 3 jours avant, c’est donc stratégique. C’est dommage qu’on ait une telle gouvernance, ces gens ont négocié avec une mauvaise foi, ils ont préféré pénaliser les familles pour des gains politiques. »

Ce qui changera pour les Ontariens

Sur le papier, cette entente assurerait à l’ensemble des familles canadiennes un accès aux garderies pour seulement 10 $ par jour. Toutefois, cette mesure ne prendra pas effet immédiat en Ontario.

Les frais seront d’abord réduits de moitié d’ici la fin décembre pour atteindre 10 $ par jour en moyenne d’ici septembre 2025. Dans l’immédiat, ils seront allégés de 25 % dès le 1er avril.  

Il y a donc fort à parier que cette nouvelle bonne nouvelle aurait pour impact une augmentation considérable des enfants inscrits dans les garderies ontariennes, ce qui implique la création de plus de places de garderies. Et, si cette entente anticipe la création de quelque 86 000 nouvelles places en garderies, la carence en personnel, à plus forte raison dans les établissements francophones, risque d’être fortement accentuée. Mais cela est une autre paire de manches.

Autochtones : pas de réconciliation sans un toit

32 % de la population carcérale fédérale (alors qu’ils représentent moins de 5 % de la population), un taux de suicide trois fois plus important que le reste de la population nationale, dix ans de moins d’espérance de vie en Ontario en comparaison avec les allochtones … la situation des Autochtones au Canada en général et dans la province en particulier est loin d’être enviable. À l’origine de la plupart de ces maux, un seul : le logement. ONFR+ dresse l’état des lieux.

Selon les statistiques gouvernementales, l’Ontario est la province où l’on compte la plus importante population autochtone du Canada. C’est aussi la communauté qui souffre le plus de la crise du logement dans la province, et ce malgré le fait que le dossier du logement soit le cheval de bataille des partis politiques, toutes couleurs confondues, spécialement à l’approche des élections provinciales.

En effet, d’après un rapport publié en février 2021 par le Bureau fédéral du directeur parlementaire du budget, 20 % des ménages autochtones ayant des besoins de logement vivent en Ontario.

Autre statistique préoccupante découlant directement de cette crise du logement : les Autochtones représentent 16 % des sans-abri dans une ville comme Toronto, alors qu’ils représentent seulement 1 % à 2,5 % de la population totale de cette cité selon les données les plus fraîches de la Ville.

Une inégalité communautaire donc qui prend des allures d’injustice nationale lorsque l’on sait qu’à l’échelle du pays, « leur taux d’itinérance est 11 fois supérieur à la moyenne nationale », selon le rapport du Groupe d’étude ontarien sur le logement abordable publié le 8 février dernier.

Une situation accentuée par un manque de logement pour cette communauté comme l’explique Justin Marchand, chef de la direction d’Ontario Aboriginal Housing Services et membre du Groupe d’étude sur le logement abordable de l’Ontario : « Il existe en Ontario un besoin criant pour des logements abordables dans les régions rurales et urbaines. Les besoins en logement parmi les peuples autochtones sont 52 % plus élevés que la population générale. »

La réalité du terrain

Deux constats reviennent souvent dans les témoignages recueillis : la cherté des prix et une accessibilité limitée aux programmes dédiés.

« Les logements par ici coûtent très cher. Les prix ont flambé ces derniers temps alors que rien ne le justifie parce qu’il n’y a pas grand-chose ici : pas de gros magasins ni de centres d’affaires ni que sais-je d’autre. Il faut compter 1200 à 1400 dollars par mois pour une chambre à coucher. C’est comme si on était dans une grande ville », déplore Sue Lambert de la nation Ojibway à Sturgeon Falls et qui vit avec sa mère de 87 ans parce que son salaire ne lui permet pas de payer un tel loyer.

Et d’ajouter : « Il y a un nouveau projet dédié aux Autochtones qui vient d’être bâti à Sturgeon Falls et où ils se basent sur les salaires pour fixer le montant du loyer. J’y ai soumis ma demande l’été passé et je n’ai reçu aucune réponse jusqu’à aujourd’hui. »

Sue Lambert, femme autochtone vivant chez sa mère à Sturgeon Falls. Gracieuseté

L’autre raison invoquée est afférente à l’accessibilité à ces logements subventionnés aux personnes vivant seules. Il semblerait que pour bénéficier d’un logement social, il vaudrait mieux être parent, car la priorité est donnée aux familles et/ou aux personnes avec enfant(s). De ce pas, et au regard de la rareté du produit, certains, les plus jeunes, sont forcément laissés sur le palier.  

« Ma fille est partie étudier dans une ville et, quand la COVID-19 a frappé, elle est revenue parmi la communauté puisque tous ses cours étaient en mode virtuel. Ça fait depuis le printemps 2021 qu’elle cherche un logement dans la réserve, mais elle ne trouve rien. Elle a fini par s’installer chez nous. Donc son problème de logement est devenu aussi le mien », raconte Chantal Vézina depuis Garden Village en Ontario.

Cette femme s’identifiant de la Première Nation de Nipissing explique que « les gestionnaires de ces appartements dédiés aux membres de la communauté privilégient les familles avec des enfants aux jeunes célibataires ou aux jeunes couples. Pour avoir accès à ces logements, il faudrait que ma fille ait un enfant et ce n’est pas dans ses projets pour l’instant. »

Chantal Vézina, autochtone habitant à Garden Village en Ontario. Gracieuseté

Des propos que M. Marchand confirme : « Les listes d’attentes sont très longues pour le logement social réservé aux Autochtones. C’est souvent les plus jeunes vivant seuls qui sont délaissés par le système et, malheureusement, n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’itinérance ».

Par ailleurs, cet expert pointe du doigt un autre élément explicatif, moins quantifiable celui-là de par son caractère tendancieux, mais qui contribue à aggraver la situation. Il s’agit de ce qu’il appelle « le racisme dans le marché immobilier ».

Tour du propriétaire

Pourtant, des projets immobiliers destinés aux Autochtones en Ontario existent bel et bien, que ce soit du côté du fédéral ou du côté provincial. Parmi les initiatives phares du premier, on trouve le programme des logements abordables lancé sur le plan national par les Libéraux en octobre 2020.

Dotée d’une enveloppe globale de 2,5 milliards de dollars, L’Initiative pour la création rapide de logements (ICRL) vise à bâtir, à terme, plus de 10 000 logements abordables pour les personnes les plus vulnérables au Canada, et ce en usant de méthodes de construction rapides. 2870 seront consacrés à l’Ontario. Aussi, 40 % de ces nouvelles unités seront dédiées aux Autochtones. 

Les responsables de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) en charge du dossier assurent que dans le cadre de la phase 1 de l’ICRL visant à créer quelque 4800 unités abordables, près de 3800 sont actuellement en construction ou achevées. La Société affirme également que « d’ici 2030, tout le monde au Canada pourra se payer un logement qui répond à ses besoins. » 

Justin Marchand, chef de la direction d’Ontario Aboriginal Housing Services et membre du Groupe d’étude sur le logement abordable de l’Ontario. Gracieuseté

De son côté, le gouvernement provincial a annoncé, le 13 janvier dernier, un plan d’investissement annuel de 10 millions de dollars afin de mettre en place des solutions en matière de logement à long terme et des services de soutien adaptés aux Autochtones qui sont sans-abri ou susceptibles de le devenir.

Insuffisant, martèle l’Association du logement sans but lucratif de l’Ontario (ALSBLO) qui regroupe 730 fournisseurs de logements et de sociétés d’habitation locales sans but lucratif à travers la province.

« À lui seul, l’Ontario doit construire, au cours des dix prochaines années, au moins 22 000 logements subventionnés qui appartiendront à des Autochtones et seront exploités par ces derniers afin de répondre aux besoins croissants en matière de logement des populations autochtones vivant hors réserve », peut-on lire sur un rapport de l’Association intitulé Stratégie sur le logement autochtone en milieux urbains, ruraux et dans le Nord pour le Canada « pour les Autochtones, par les Autochtones ».

L’Association estime que l’investissement de 7,3 milliards de dollars que nécessite ce programme permettrait de réaliser 14,3 milliards de dollars d’économie, notamment dans les services sociaux, les soins de santé ou encore les services d’hébergement.

Le cercle vicieux

Plus qu’un constat, ce problème d’accessibilité aux logements sociaux réservé aux Autochtones est largement évoqué dans le rapport du Groupe d’étude ontarien sur le logement abordable. Le document stipule que « le coût élevé des logements exclut encore davantage les minorités et les Ontariennes et Ontariens à faible revenu des marchés de l’emploi. Les taux d’accession à la propriété des Noirs et des Autochtones représentent moins de la moitié de la moyenne provinciale. »

Quelles que soient les raisons sous-jacentes à ce manque indéniable d’habitations pour les Autochtones, cela relève du bon sens de penser qu’une grande partie des maux que connaissent ces peuples en Ontario comme au Canada puisent leur combustible dans ce déficit d’habitats.

En effet, comment espérer trouver un emploi, vaquer à l’éducation de ses enfants ou simplement mener une vie décente si on ne dort pas bien, on ne prend pas de douche et/ou on ne mange pas bien? À l’inverse, comment trouver un logement si on n’a pas un emploi stable et suffisamment rémunéré pour ce faire? Un véritable cercle vicieux.

Le document de la Stratégie de renouvellement du secteur du logement communautaire édité par le gouvernement ontarien à fin 2019 pointe du doigt cette relation de cause à effet.

« Les personnes qui ont le logement dont elles ont besoin ont une meilleure santé, une meilleure éducation et un meilleur emploi. Lorsque le logement est abordable et situé près des transports en commun, des écoles, des lieux de travail et des services, les gens sont en mesure de gérer leur vie et d’élever leur famille. »

Il est donc crucial pour la province et le pays de résoudre ce problème source qu’est le logement. La réconciliation nationale passe probablement par-là, par un toit.

Du 15 au 29 mars, retrouvez Au pied du mur, la série web d’ONFR+ qui explore la crise du logement en Ontario. Prochain rendez-vous : Au pied du mur, comment dénouer la crise? Émission en direct sur TFO.

Anastasia Baczynskyj, celle qui vola au secours des livres ukrainiens

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – À défaut de pouvoir sauver des vies, la Canado-Ukrainienne Anastasia Baczynskyj sauve des livres, et pas n’importe lesquels. Il s’agit de plus 20 000 livres ukrainiens dont 4000 très anciens d’une valeur inestimable qui s’effritaient tranquillement dans une cave de la Ville Reine, preuves s’il en faut d’une identité ukrainienne à part entière. Un travail de fourmi reconnu au 29e Salon du livre de Toronto, dont elle était présidente d’honneur.

« Commençons par le commencement si vous le voulez bien. Où est-ce que vous êtes née?

Je suis née à Toronto comme mes parents. Mes grands-parents, eux, sont nés en Europe. C’est à cause de la Première Guerre mondiale et la révolution russe que mon arrière-grand-père, qui était diplomate en Ukraine, s’est exilé en France où ma grand-mère maternelle a vu le jour.

Est-ce pour cette raison que vous parlez bien la langue de Molière?

(Rire). Ma grand-mère m’a forcé quand j’avais 13 ans à apprendre le français. Mais je pense que c’est vraiment la Première Guerre mondiale qui a fait que je parle maintenant français. D’ailleurs, c’est vraiment intéressant de faire le parallèle entre ce qui se passe en ce moment en Ukraine et cette première guerre, parce que le désir de la Russie envers l’Ukraine, cette envie de russification de l’Ukraine est semblable. C’est parce que mes arrière-grands-parents ont compris que ce désir est dangereux qu’ils ont pris le chemin de l’exil. Je ne comprenais pas trop ce choix, mais maintenant, je les comprends tellement, je ressens ce lien au plus profond de moi avec cette nouvelle invasion russe.

Anastasia Baczynskyj avec le portrait de Taras Shevchenko, « père » de la nation ukrainienne et icône nationale. Gracieuseté

Quel rapport entretiennent les Ukrainiens avec la langue française?

En Ukraine, le français n’est pas une langue de business comme l’allemand ou le russe par exemple. Mais elle est très recherchée parce qu’elle représente pour les Ukrainiens une sorte de raffinement culturel.  

Quelle est la nature de vos liens aujourd’hui avec l’Ukraine?

Ce lien est très profond. Je suis très active dans la communauté, ici et là-bas. Je suis née dans une famille qui parlait ukrainien à la maison et, quand on y parlait anglais, on se faisait gronder par ma grand-mère, donc, on peut dire que c’est ma langue natale. L’Ukraine est au centre de ma vie. Je viens d’une famille profondément ukrainienne, je parle ukrainien, je lis ukrainien, mon mari est ukrainien et toute sa famille est en ce moment sous les bombes, je fais du bénévolat en Ukraine avec des enfants orphelins. J’avais, j’ai et j’aurais toujours un lien très fort avec ce pays.

Avez-vous des nouvelles de la famille de votre mari restée là-bas?

Dieu merci, on a un contact quotidien par internet et les réseaux sociaux. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Ce qui se passe en Ukraine en ce moment est très chaud. On a de la famille à l’est du pays et leurs maisons sont détruites, ce qui a conduit certains à s’engager au front pour défendre notre pays.

Parlez-nous de votre engagement à vous, ici en Ontario…

Avant la COVID-19, j’étais directrice des programmes pour les jeunes à la Fédération nationale ukrainienne du Canada. Pendant ces années, j’ai pu développer cinq nouveaux programmes qui se déroulaient simultanément. Malheureusement, à cause de la pandémie et des restrictions qui étaient de rigueur on a dû arrêter ces programmes. Je fais beaucoup de bénévolat auprès de la communauté, mais je suis plus connue pour être maîtresse de cérémonie. Ici, je suis un peu le visage de la communauté sur scène.

Anastasia Baczynskyj sur scène avec le groupe Lemon Bucket Orkestra. Gracieuseté

Justement, parlons de la scène. Vous avez également eu une brillante carrière de chanteuse. Est-on bien renseigné?

(Rire). En effet, vous êtes très bien renseigné. Il est vrai que j’étais la chanteuse du groupe Lemon Bucket Orkestra il y a neuf ans de ça. Lorsqu’on a commencé, on n’avait même pas un nom pour le groupe. J’ai chanté avec eux pendant trois ans. On a tourné deux disques et on a même était nominé aux prix Juno dans la catégorie Word Music pour le disque Lume Lume. C’était une très belle période de ma vie, c’était la vie de bohème pour moi. Mais dès que j’ai eu mon fils, c’était plus possible pour moi de continuer. Ceci dit, de temps en temps, les membres du groupe qui sont bien entendu des amis m’invitent à monter sur scène pour chanter, c’était le cas il y a une semaine.  

Est-ce que vous pensez que vous allez avoir beaucoup de travail en raison de l’arrivée massive de réfugiés ukrainiens dans un futur proche?

Oui. Je crois que ça sera la plus grande vague migratoire qu’on ait jamais vue. Il y a eu cinq vagues de réfugiés ukrainiens à travers l’histoire moderne, mais cette sixième sera à mon avis incomparable avec les précédentes. Donc oui, je m’attends à avoir du travail comme jamais auparavant. J’espère que cette guerre va cesser rapidement.

Processus de triage des livres avec quelques étudiants qui ont aidé Anastasia Baczynskyj pendant une semaine en 2020. Gracieuseté

Vous avez déterré puis restauré un précieux trésor à Toronto. Pouvez-vous nous en dire plus?

Depuis la création de la Fédération nationale ukrainienne du Canada en 1932, celle-ci a amassé une quantité énorme de livres ukrainiens afin de promouvoir notre culture. Certains de ces livres provenaient de dons de gens qui les ont légués à la Fondation après leur mort. La bibliothèque où ils étaient sauvegardés a été transformée en café et ces livres se sont retrouvés stockés dans un sous-sol dans des conditions d’humidité et de température inadaptées.

Je les ai répertoriés et classifiés un à un et il y en avait environ 20 000 dont 5 000 étaient rares, sans compter les journaux et gazettes. Le plus ancien livre est une bible de 1822. Donc il fallait absolument que je les sauve, je ne pouvais pas faire autrement parce que c’est la preuve qu’on a une belle langue, une identité culturelle et une identité tout court. C’était à moi de sauver ces livres parce qu’il n’y avait personne d’autre pour le faire, autrement, ça aurait été un meurtre culturel. On peut dire que j’étais au bon moment et à la bonne place. C’est la destinée.  

L’un des livres sauvés par Anastasia Baczynskyj. l’œuvre date de 1919. Gracieuseté

Certains hauts responsables russes disent que l’identité du peuple ukrainien est russe. Ces livres ne sont-ils pas là pour prouver le contraire?  

Exactement. Ces livres sont des témoignages parce que beaucoup d’entre eux ont été imprimés durant la révolution ukrainienne qui a duré de 1917 à 1922 dans le côté est. La plupart de ces livres rares décrivent la bataille des Ukrainiens pour le droit d’exister. Poutine dit que Lénine a inventé le peuple ukrainien. Ces œuvres qui datent d’avant Lénine lui-même prouvent tout simplement le contraire, ne serait-ce que parce que la langue dans laquelle ils sont écrits est différente de la langue russe. Cette différence est devant nos yeux en ce moment. »  


LES DATES-CLÉS D’ANASTASIA BACZYNSKYJ :

1983 : Naissance à Toronto

2005-2006 : Enseignante des langues vivantes (Les Abymes, Guadeloupe) 2005-2006

2006 : Travail auprès des orphelins en Ukraine

2009 : Maîtrise en Historiographie de l’Université de Toronto (Sujet : La formation d’identité chez les Ukrainiens Canadiens)

2010-2013 : Chanteuse dans le groupe Lemon Bucket Orkestra

2014 : Nomination Juno pour le disque Lume Lume

2020 : Formation de la collection des livres rares à la Fédération nationale ukrainienne du Canada

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

 

L’Ontario est la province la moins favorable à l’accueil des réfugiés ukrainiens

Une étude publiée par l’institut Angus Reid s’est penchée sur le ressenti des Canadiens par rapport à l’accueil des réfugiés ukrainiens. Le sondage révèle une différence très significative entre le désir d’accueillir des réfugiés ukrainiens en 2022 et celui éprouvé pour les réfugiés syriens en 2015. Éléments d’explications.

Quatre Canadiens sur cinq appuient le plan du gouvernement fédéral consistant à accueillir un nombre illimité de réfugiés ukrainiens, contre seulement 13 % qui s’y opposent. C’est ce qui ressort d’un récent sondage effectué par l’institut Angus Reid intitulé Des réfugiés ukrainiens accueillis par des Canadiens.

Ce soutien infaillible pour l’accueil de réfugiés est historique d’un point de vue quantitatif. Qui plus est, le constat est valable pour toutes les provinces et tous les penchants politiques des citoyens.

L’Ontario dernier de la classe

Ceci écrit, toujours d’après l’étude, l’Ontario abrite le plus de Canadiens défavorables à l’accueil d’un nombre illimité de réfugiés ukrainiens avec 15 % des personnes sondées contre 78 % pour, sur un échantillon de 4 292 individus. À titre comparatif, la moyenne nationale est de 13 % contre et 80 % pour.


Soutien vs opposition par province au plan du gouvernement d’autoriser un nombre « illimité » de réfugiés ukrainiens au Canada. Source : Angus Reid

Par ailleurs, avec 88 %, ce sont les provinces de l’Atlantique qui sont les plus désireuses du pays à accueillir des réfugiés ukrainiens. Quelque 8 % seulement souhaitent que ces derniers aillent s’installer où ils veulent sauf au Canada.

« Je m’explique mal la raison de ce constat mais, si je dois quand même l’expliquer, je dirais que la crise au niveau du logement et des sans-abri y est pour quelque chose. Peut-être que l’Ontario est plus concerné par cette situation qui risque de s’intensifier si on accueille beaucoup de gens. Ces réfugiés vont être déjà vulnérables et probablement qu’ils ne vont pas arriver avec des richesses au vu des conditions dans lesquelles ils ont quitté leur pays. Mais encore une fois, on ne peut que spéculer là-dessus », tente d’argumenter la députée provinciale libérale, Lucile Collard.

Les Canadiens deux fois plus favorables aux réfugiés ukrainiens que syriens

Si on a fait appel à une députée pour tenter d’expliquer cette place peu honorable de l’Ontario, c’est que l’enjeu est également politique. En effet, si les Canadiens sont majoritairement compatissants envers l’arrivée des réfugiés ukrainiens, ils l’étaient deux fois moins s’agissant des réfugiés syriens.

Seulement 39 % des Canadiens supportaient la venue des Syriens sur le sol canadien en 2015 contre 80 % aujourd’hui pour les Ukrainiens. Qui plus est, le plan fédéral à l’époque ne prévoyait que 25 000 réfugiés syriens et non un nombre illimité comme cela est le cas pour les réfugiés ukrainiens.  

« Il existe une différence significative dans la façon dont les Canadiens abordent la question des réfugiés d’Ukraine par rapport à la position nationale adoptée concernant la crise des migrants de 2015, déclenchée par la guerre civile syrienne toujours en cours », peut-on lire sur le rapport.  

La comparaison ne s’arrête pas là, les auteurs de l’étude ont jugé judicieux de comparer les deux situations en prenant en compte l’appartenance politique des personnes interrogées. Le résultat est sans appel : les votants de tous les bords politiques préfèrent largement les réfugiés ukrainiens que ceux en provenance de Syrie.

Dans le détail, 36 % des anciens électeurs libéraux et 37 % de leurs homologues néo-démocrates s’opposaient à l’arrivée des 25 000 réfugiés syriens alors qu’ils sont respectivement 6 % et 4 % à refuser les réfugiés ukrainiens aujourd’hui.


Soutien à la réinstallation des réfugiés de Syrie en 2015 et d’Ukraine en 2022 suivant les votants aux élections fédérales passées. Source Angus Reid

Toutefois, le plus grand écart est attribué au Parti conservateur dont les partisans sont empiriquement réputés d’être en grande majorité hostile à l’accueil des réfugiés. En 2015, 78 % d’entre eux étaient contre le projet d’installation des réfugiés syriens, alors qu’en mars 2022, ils sont uniquement 18 % à dire non pour offrir l’hospitalité aux Ukrainiens.

« On n’avait pas autant d’affinité avec ce peuple-là »

« Selon ma logique de citoyenne, de personne et de politicienne, je pense qu’il faut apprécier la situation en comparant les contextes et voir comment la société canadienne a évolué depuis 2015. Je pense qu’avec la COVID-19 on a appris à être beaucoup plus empathique envers les autres et à réaliser qu’il y a beaucoup de gens vulnérables qui ont besoin d’aide », analyse la députée d’Ottawa-Vanier.

Et d’ajouter : « L’autre facteur qui pourrait expliquer cette différence est qu’au niveau de ses médias et de ses actions politiques, le Canada semble avoir été beaucoup plus impliqué dans cette crise ukrainienne que dans celle de 2015 en Syrie. Ce n’est pas qu’on ne voulait pas aider les Syriens, mais on n’avait pas autant d’affinité avec ce peuple-là. »

De son côté, la députée fédérale du Nouveau Parti démocratique (NPD) et porte-parole en matière d’immigration, réfugiés et citoyenneté, Jenny Kwan regrette ces chiffres.

« Cet écart ne reflète pas le travail que nous faisons à Ottawa », réagit-elle. « Les néo-démocrates ont toujours priorisé l’accueil et le bien-être des personnes qui fuient les milieux de conflits et des crises humanitaires. »

Et de pointer du doigt le gouvernement fédéral : « Le gouvernement actuel a l’habitude d’ignorer les appels du NPD à éliminer les obstacles bureaucratiques afin d’accélérer le rythme auquel nous accueillons les réfugiés fuyant une crise imminente, plus récemment avec la situation en Afghanistan et à Hong Kong. Nous constatons que le gouvernement est toujours loin de ses objectifs pour l’Afghanistan et qu’il n’a pas fait grand-chose depuis pour y remédier. Alors que les obstacles subsistent dans la réponse à la crise actuelle en Ukraine, il est regrettable que nous n’ayons pas vu le même niveau de réponse à d’autres crises humanitaires de la part du gouvernement fédéral. »

Pour leur part, les initiateurs de l’étude avancent un autre argument en précisant bien que cela ne peut constituer qu’un pan de l’explication. D’après eux, la forte présence de la communauté ukrainienne déjà installée au Canada est l’un des éléments explicatifs de cet énorme fossé creusé par les consciences.  

Pour rappel, la population canadienne compte environ 1,4 million de Canadiens d’origine ukrainienne dont la plupart sont nés au Canada. Cela fait de cette communauté la troisième au monde en termes d’importance, juste après l’Ukraine et la Russie.

À l’heure de la mise sous presse, le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario, le gouvernement progressiste-conservateur de la province et le Parti conservateur du Canada n’avaient pas donné suite à nos sollicitations.

Le gouvernement Trudeau débouté par la Cour d’appel fédérale

OTTAWA – la Cour d’appel fédérale qualifie « d’abus de procédure » le choix du gouvernement de demander un sursis à la suite d’une décision favorable envers les minorités francophones du pays.

Le gouvernement fédéral demandait un sursis concernant un ordre de la Cour d’appel de cesser une entente conclue avec la Colombie-Britannique sur les services et programmes d’aide à l’emploi d’ici le 29 mars.

Selon des sources proches du dossier, le juge en chef de la Cour d’appel fédérale Marc Noël a « démontré une certaine frustration » du fait que le fédéral ait attendu à la dernière minute pour poser un geste. Le juge Noël qualifie « d’abus de procédure » le dépôt tardif de la demande de sursis.

« Une requête en sursis peut être déposée rapidement et est facile à enclencher. Le droit est bien connu et les intimés ont eu deux mois pour réfléchir. Pour des raisons inexpliquées sauf de marasme bureaucratique, ils n’ont pris aucune mesure. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’ils demandent un sursis. Cela dément toute urgence », a dénoncé le juge dans ses motifs.

Le bureau du ministre de la Justice David Lametti a simplement réagi affirmant être au courant de « l’ordonnance de la Cour d’appel fédérale ».

« Nous prendrons le temps d’examiner l’ordonnance et d’envisager les prochaines étapes », a indiqué, Chantalle Aubertin, l’attachée de presse du ministre.

Pas de changement

Il faut noter que décision de la Cour d’appel ne change toutefois en rien la décision du fédéral d’amener les francophones de la Colombie-Britannique en Cour suprême.

« Tout indique que le gouvernement semble maintenir le cap vers la Cour suprême », nous a indiqué cette même source.

Vendredi à la Chambre des communes, les libéraux se sont fait talonner par l’opposition concernant la décision de vouloir aller devant la plus haute juridiction au pays.

« On n’est pas d’accord avec la décision. Le précédent créé par cette décision pourrait affecter la capacité du gouvernement du Canada à conclure des accords avec les provinces et territoires », a répondu David Lametti.

Ce dernier signale que la décision « pourrait mettre en péril le soutien à la formation et à l’emploi dont bénéficient chaque année plus de 80 000 Britanno‑Colombiens ».

Prémice du dossier

Le dossier remonte au 28 janvier alors que la Cour d’appel fédérale donne raison à la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB). Le jugement signale que le fédéral a manqué à ses obligations linguistiques en signant une entente sans tenir compte de l’impact négatif qu’elle était susceptible d’avoir sur la minorité linguistique francophone.

En 2008, le gouvernement avait signé une entente afin de transférer aux provinces la responsabilité d’offrir les services et programmes d’aide à l’emploi. La FFCB contestait le tout, arguant que cela avait pour effet de réduire considérablement l’accès à des services à l’emploi en français.

Densifier nos villes, une solution incontournable à la crise du logement

Pour de plus en plus d’experts, il est impossible de résoudre la crise du logement sans densifier nos centres urbains. Mais ce n’est pas une approche qui plaît à tout le monde, surtout pas aux propriétaires de maisons unifamiliales. Comment ajouter de la densité dans une ville sans perdre l’identité des quartiers? Certains architectes et urbanistes pensent avoir trouvé la solution.

Erratum : Guillaume Lessard est chercheur postdoctoral en urbanisme mais ne porte pas le titre d’urbaniste (attribué par l’ordre), comme mentionné dans notre reportage.

Cinq pistes de solution à la crise du postsecondaire en français

Les coupures massives dans les dernières années à l’Université Laurentienne et au Campus Saint-Jean ainsi que les difficultés de l’Université de l’Ontario français (UOF) ont amené les problèmes des établissements francophones à l’avant-plan. Des solutions pourraient émerger au cours du Sommet des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire au Canada qui se poursuit aujourd’hui. ONFR+ a sondé différents intervenants et dresse cinq pistes de solution.

Un financement plus important des gouvernements

« C’est une crise complexe avec plusieurs dimensions », note d’entrée de jeu Normand Labrie.

Pour le spécialiste sur l’accès au postsecondaire en Ontario pour les francophones, une augmentation du financement provincial est l’une des plus grandes façons de régler le fléau.

« Si on regarde à l’échelle canadienne, tous font face à la question du financement par les provinces à des degrés divers. On peut le voir avec les difficultés qu’a connues l’UOF à démarrer, avec la situation de la Faculté Saint-Jean et La Laurentienne en crise. C’est plus que juste une crise par institution. C’est vraiment une crise systémique à plusieurs dimensions… Il y a des investissements, mais ça prend des investissements majeurs. »

Le professeur de l’Université de Toronto Normand Labrie. Gracieuseté OISE

Il y a aussi le rôle du fédéral, souligne le professeur de l’Université de Toronto. Le gouvernement Trudeau s’est engagé à donner 40 $ millions par année et 121 $ millions sur trois ans aux établissements en milieu minoritaire. Même s’il s’agit d’un champ de compétence provinciale, Normand Labrie croit que le gouvernement devrait s’engager encore plus.

« 40 ou 80 millions de dollars, ce n’est pas beaucoup d’argent. Ça semble beaucoup, mais quand on redistribue à travers des établissements en difficulté, ça revient à saupoudrer. Si on est sérieux, ça va prendre des investissements plus importants. »

Une meilleure collaboration dans le réseau

Pour Lynn Brouillette, présidente de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), il doit y avoir une meilleure coopération entre institutions.

« Les hauts dirigeants des établissements souhaitent faire davantage de collaboration pour notamment faire des économies et en même temps augmenter leur offre à leur clientèle (…). On peut voir ce qu’il existe en termes de programmes et collaborer avec d’autres institutions là où il y a des trous. Il faut s’entendre entre nous sur qui peut offrir quoi en termes de partenariats. »

Pour Marguerite Tölgyesi, présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), le problème du postsecondaire francophone en milieu minoritaire réside actuellement dans le recrutement des étudiants et des enseignants. Il faudrait repenser le modèle, et la rétention des étudiants en plus d’avoir une vision plus systémique.

« Les forces de chacun et chacune pourraient bénéficier à l’ensemble des institutions ». Une manifestation concrète de cette idée serait que celles-ci proposent « un recrutement à la carte des spécialisations » afin de permettre aux étudiants « de voir plus loin que leur propre cercle et de garder ces jeunes qui sont intéressés dans ces domaines d’expertise ».

Marguerite Tölgyesi. Gracieuseté FJCF

Une mobilité accrue

Faciliter la rétention des étudiants passerait aussi par une priorité accordée à la mobilité francophone au sein du postsecondaire selon Marguerite Tölgyesi, notamment l’accréditation des cours obtenus dans d’autres institutions. Un dialogue est nécessaire entre celles-ci afin de mettre en avant les possibilités existant au sein du réseau institutionnel francophone, selon l’étudiante.

« Je suis allée à l’Université de Moncton et maintenant j’étudie en ligne à l’Université Laval mais, honnêtement, c’est parce que je ne savais pas trop s’il y avait autre chose ailleurs », donne-t-elle en exemple.

Une solution que défend aussi Lynn Brouillette, dont l’organisme représente 22 institutions de la francophonie. Elle pense que cette mobilité pourrait profiter aux professeurs et chercheurs.

« Il y a des modèles qui existent pour la mobilité et on doit explorer différents modèles. Je pense notamment à la maîtrise en administration des affaires par exemple dont plusieurs universités l’offrent. Pourquoi ne pas faire une année dans une place et l’autre dans une autre? Il y a plusieurs options à explorer. »

Une plus grande ouverture

Ancien professeur de l’Université Laurentienne, Joël Béliveau a vécu la crise au plus près, perdant son emploi en raison des coupes de 40 programmes francophones. Selon lui, il est important de comprendre que la réalité des institutions postsecondaires en milieu minoritaire a changé depuis ses débuts et que celles-ci ne sont plus uniquement destinées à une seule communauté.

« La communauté francophone n’est plus forcément loyale. Elle s’est diversifiée et complexifiée », soutient-il.

Le Campus Saint-Jean. Source : https://medium.com/

Face au défi de la culture de la consommation et une concurrence féroce, les établissements postsecondaires en milieu minoritaire devraient, selon lui, miser sur l’excellence et sur l’attraction générale de la clientèle étudiante.

« Il faut penser un peu plus en termes d’étudiants internationaux, de francophones issus de l’immigration, d’étudiants issus des programmes d’immersion française et d’étudiants autochtones », selon lui.

L’insécurité linguistique est aussi un frein à l’épanouissement de ces établissements qui engendre la perte potentielle de nombreux étudiants, raison pour laquelle l’accueil des francophiles, dans toute leur diversité, doit être une priorité.

« Il y a beaucoup d’anglophones et même de francophones qui ne savent pas si leur niveau est assez bon pour étudier au postsecondaire en français, mais il faut que nos établissements les rassurent, les accompagnent et sachent vendre ce savoir-faire francophone comme un véritable avantage pour le marché du travail », conclut-il.

Maintenir des frais de scolarité abordables

Les étudiants internationaux sont considérés comme une source de revenus importante pour les établissements postsecondaires en milieu minoritaire et sont de plus en plus nombreux à venir chaque année selon François Hastir, directeur général Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO). Une situation qui pousse ces établissements à augmenter de manière considérable leurs frais de scolarité au cours de la dernière décennie.

« Il faut trouver un moyen de garder ces frais abordables, car sinon on risque de ne plus pouvoir en recruter », prévient François Hastir.

Le directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), François Hastir. Crédit image : EMNO

Il ajoute qu’il faudrait également consacrer un financement dédié afin de leur offrir un environnement académique et un milieu de vie qui leur permettent une bonne intégration dans les communautés francophones. Il pointe aussi vers le dossier des étudiants africains étrangers, refusés à des taux aussi élevés que 75 % dans des universités franco-ontariennes.

« Le provincial et le fédéral doivent également s’asseoir afin d’éviter que ceux-ci se voient refuser des visas d’études comme on l’a vu récemment. »

Amikley Fontaine lauréat du Prix de la francophonie de l’Ontario

Le fondateur de la Fondation Sylvenie-Lindor, Amikley Fontaine, s’est adjugé le prix dans la catégorie Francophone. Joël Beddows, dramaturge et ancien directeur artistique du Théâtre français de Toronto, et Chloé Atwood, engagée aux côtés des plus vulnérables, ont respectivement été récompensés dans les catégories Francophile et Jeune francophone ou francophile.

Le gouvernement ontarien a annoncé ce jeudi, lors d’une cérémonie en mode virtuelle, les lauréates et lauréats des Prix de la francophonie de l’Ontario pour l’année en cours. Les candidats concourraient dans trois catégories distinctes : Francophone, Francophile et Jeune francophone ou francophile.

Honorant les personnes ayant contribué d’une manière significative au développement et à la vitalité de la communauté francophone de l’Ontario, le Prix de la francophonie 2022 vient d’être attribué à trois lauréats dans les catégories Francophone, francophile et Jeune francophone ou francophile.

Amikley Fontaine rafle le prix Francophone

Pour sa septième édition, c’est Amikley Fontaine qui s’est vu couronné du prix Francophone. Il s’agit du fondateur de la Fondation Sylvenie-Lindor, un organisme à but non lucratif dédié aux jeunes noirs francophones et ayant pour but d’aider ces derniers à développer leurs compétences en matière de leadership. Les programmes offerts par la Fondation visent à favoriser l’intégration économique et l’inclusion de ces jeunes en leur permettant d’avoir un accès direct aux ressources dont ils ont besoin afin de dépunaiser leurs ailes.

Amikley Fontaine est récipiendaire du prix "Francophone" 2022.
Caroline Mulroney, ministre ontarienne des Affaires francophones, félicite Amikley Fontaine, récipiendaire du prix « Francophone ». Capture ONFR+

« Notre travail à la fondation a toujours été un effort d’équipe. Je partage donc ce prix avec les membres du conseil d’administration, les ambassadrices, les ambassadeurs, les sympathisants et les bénévoles », a déclaré M. Fontaine.  

Pour la catégorie Francophile, c’est un homme à plusieurs casquettes, dont celle de dramaturge, auteur, metteur en scène, chercheur et pédagogue, qui rafle la mise. On a nommé Joël Beddows qui a, également, été directeur artistique du Théâtre français de Toronto entre 2016 et 2021.

Joël Beddows, récipiendaire du prix de la catégorie "Francophile".
Joël Beddows, récipiendaire du prix de la catégorie « Francophile ». Archives ONFR+

Quant à Chloé Atwood, elle remporte le prix Jeune francophone ou francophile pour son engagement dans une multitude de combats en lien avec les personnes vulnérables, la santé mentale et le leadership des jeunes femmes franco-ontariennes de sa région.

Les trois lauréats ont reçu les « chaleureuses félicitations » du premier ministre ontarien, Doug Ford, via un message préenregistré.

Des « candidatures exceptionnelles », selon le jury

Du côté des présents, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a aussi tenu à « féliciter les trois récipiendaires des prix de 2022 ainsi que toutes les personnes mises en nomination. Toutes ces candidates et tous ces candidats démontrent chaque jour par leur engagement, le dynamisme d’une francophonie toujours plus avant-gardiste, épanouie et talentueuse ».

Chloé Atwood remporte le prix « Jeune francophone ou francophile ». Capture écran ONFR+

Par ailleurs, les quatre membres du jury ont tenu à souligner d’une façon unanime « le caractère exceptionnel des candidatures », tout en mettant l’accent sur la diversité des parcours personnels des candidats. « Les trois lauréats des Prix de la francophonie 2022 sont des modèles exemplaires d’engagement et de dévouement qui font rayonner la francophonie ontarienne dans toute sa diversité », ont-ils fait savoir.

Pour rappel, ces prix ont été créés en 2006 dans le but de marquer le 20e anniversaire de la Loi sur les services en français. Ils ont lieu tous les deux ou trois ans. Toutefois, pandémie de COVID-19 oblige, il n’y a pas eu d’édition depuis 2018.

Sur les planches ou entre les lignes, les pépites culturelles à ne pas manquer

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Théâtres, concert, récits de vie et sans oublier, le cinéma. Cette semaine, le Fil culturel vous invite à une réflexion puissante à travers des œuvres et projets dignes de fierté francophone.

Théâtre

Prendre du plaisir devant La Douleur

Plongez encore une fois dans les récits de chagrin de La Douleur de Marguerite Duras à travers une représentation théâtrale de la comédienne, Maud Andrieux. En partie autobiographiques, les récits intimes de Duras racontent sa longue période de déchirement lorsque son mari Robert Antelme est déporté à un camp de concentration de prisonniers politiques lors de la Seconde Guerre mondiale.

La Douleur de Marguerite Duras interprétée par Maud Andrieux. Photo : Courtoisie de l’Alliance française Ottawa.

Assistez à la pièce de théâtre La Douleur de Marguerite Duras, par Maud Andrieux le samedi 26 mars à 19h30 à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Achetez vos billets en ligne ici.

Le Club des éphémères sur les planches du TFT

Après une longue période de suspens, deux ans après le premier confinement, le Théâtre français de Toronto présente enfin la comédie dramatique tant attendue d’Alain Doom, Le Club des éphémères. Coproduite en collaboration avec le Théâtre du Nouvel Ontario et mise en scène par Dillon Orr, la pièce tourne autour de cinq femmes âgées dans la région du Nippissing qui répètent un spectacle au sujet de l’histoire tragique des Quintuplées Dionne. Abordant les thèmes de la mémoire collective à saveur féministe, la pièce d’Alain Doom nous rappelle à tous à quel point la vie est éphémère.

La pièce de théâtre le Club des éphémères. Photo : Denys Tremblay, courtoisie du Théâtre français de Toronto.

Assistez au Club des éphémères du 30 mars au 9 avril 2022 au Théâtre français de Toronto. Achetez vos billets en ligne pour réserver vos places.

Musique

Diane Tell en concert à Toronto

À l’occasion de la Semaine de la francophonie de Toronto, Francophonie en Fête présente Bonjour Printemps, un spectacle qui fera rayonner la musicienne et chanteuse québécoise, Diane Tell et son plus récent album Haïku. L’auteure-compositrice-interprète abénaquise de Sudbury, Mimi O’Bonsawin, sera aussi sur scène en première partie.

La chanteuse et musicienne, Diane Tell. Photo : Courtoisie de Francophonie en Fête.

Assistez au concert de Diane Tell le samedi 26 mars à 19h30 au Daniels Spectrum à Toronto. Achetez vos billets sur le site de Francophonie en Fête pour réserver vos places.

Lecture

Lancement du recueil Autour d’Elles

L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) lance un tout nouveau projet Autour d’Elles : Récits de femmes. Par le biais de l’écriture, 16 femmes des communautés francophones de la Colombie-Britannique, l’Alberta et du Yukon, partageront leurs parcours de vie en tant que femmes immigrées.

Le recueil Autour d’elles : Récits de femmes. Affiche : Courtoisie de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne.

Assistez au recueil Autour d’Elles : Récits de femmes, le vendredi 25 mars à 14h (heure de l’Est) sur la plateforme Zoom. Inscrivez-vous sur le site de l’AFFC pour réserver votre place.

Cinéma

Une réflexion sur la Francophonie et l’identité

Dans le cadre de la 24e édition des Rendez-vous de la Francophonie, l’Office National du Film du Canada (ONF) en collaboration avec l’Alliance française d’Ottawa, présentent 3 courts-métrages abordant les thèmes de la Francophonie et de l’identité. Les films Samedi, la nuit (Rosana Matecki), Histoire de sable (Hyacinthe Combary) et Si le temps le permet (Elisapie Isaac) seront suivis d’un débat animé par Samuel Coeytaux, directeur de l’Alliance française d’Ottawa.

De gauche à droite. Histoire de sable. Crédit image : Michel La Veaux. Si le temps le permet. Crédit image : Alex Margineanu. Samedi, la nuit. Crédit image : l’ONF. Photomontage de ONFr+

Vous pouvez visionner les trois projections gratuitement le 25 mars à l’Alliance française d’Ottawa. Inscrivez-vous ici pour assister à la projection et du débat qui suivra.


Un projet de 32 lits de soins de longue durée pour les francophones de Kapuskasing

KAPUSKASING – Le Foyer Extendicare verra son nombre de lits porté à 128 à l’horizon 2025, dont 32 lits désignés pour les résidents francophones. En plus de la modernisation des 60 lits existants, 68 nouveaux seront créés, a annoncé le gouvernement.

Le foyer offrira en outre des services de santé mentale, de soutien comportemental et de soins palliatifs à tous les résidents. Des partenariats communautaires dans les secteurs de la culture, de l’éducation et de la santé doivent garantir l’accès des résidents aux soins dont ils ont besoin dans leur langue.

La construction du foyer devrait commencer à l’été 2023 pour s’achever au printemps 2025.

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, a maintenu, en conférence de presse ce jeudi, que son gouvernement visait toujours la cible de 5 % de lits francophones parmi l’ensemble des projets financés.

En mars dernier, son adjointe parlementaire, Natalia Kusendova, avait indiqué à ONFR+ que sur les 30 000 nouveaux lits qu’il compte créer d’ici 2028, l’Ontario compte en effet être en mesure de servir 5 % de résidents francophones.

Rien ne garantit toutefois par la loi, à l’heure actuelle, que les foyers obtenant des financements provinciaux maintiendront ces services dans la durée. Seule une désignation en vertu de la Loi sur les services en français peut les contraindre à durablement les garantir.

Le gouvernement encourage ces établissements à faire cette demande une fois les lits mis en place.

Au total, 33 projets de soins de longue durée sont en développement dans la province où des services seront offerts aux résidents francophones.

« Notre gouvernement a présenté pour la première fois en Ontario une stratégie pour les soins de longue durée francophones », a souligné Mme Mulroney. « Pendant 15 ans, sous le gouvernement libéral précédent, 611 lits ont été créés dans toute la province sans qu’aucun ne soit réservé aux francophones. L’année dernière, on a annoncé 777 nouveaux lits pour la communauté et plus de 250 modernisés. C’est un progrès exceptionnel et on va continuer à construire et à travailler vers cette cible de 5 %. »

« Ce foyer est un exemple des mesures que prend notre gouvernement pour soutenir la communauté francophone en lui offrant des soins adaptés à ses besoins culturels et linguistiques », a affirmé au côté de son homologue des Affaires francophones, Paul Calandra, ministre des Soins de longue durée.

L’Ontario investira en outre 300 000 $ supplémentaires, à compter de 2022-2023, pour aider à rendre les services et programmes de soins de longue durée plus accessibles aux résidents francophones, dont 250 000 $ pour le Programme régional du réseau de traduction (un programme relevant du Bureau des services en français). Le financement appuiera la création de séances et de documents éducatifs en français pour les programmes et les services.

Plus de détails à venir…

Le fédéral tente d’amener des minorités francophones en Cour suprême

OTTAWA – Le gouvernement fédéra veut amener la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) devant la Cour suprême pour contester une décision rendue favorable aux droits des minorités linguistiques du pays. À la fin janvier, la Cour d’appel fédérale avait alors conclu que le fédéral avait manqué à ses obligations linguistiques en signant une entente sans tenir compte de l’impact négatif qu’elle était susceptible d’avoir sur la minorité linguistique francophone.

C’est dans un document dont ONFR+ a obtenu copie que le gouvernement Trudeau signale son intention d’amener le tout devant la Cour Suprême d’ici le 29 mars. Il demande aussi un sursis à la Cour, qui devait cesser une entente conclue avec la Colombie-Britannique sur les services et programmes d’aide à l’emploi d’ici le 29 mars. La Cour d’appel fédérale avait alors jugé que le fédéral n’aurait pas dû signer cette entente en sachant l’impact négatif qu’elle était susceptible d’avoir sur les Franco-Colombiens.

Les avocats du gouvernement Trudeau jugent que la Cour d’appel a été trop loin dans son jugement, notamment dans la partie VII, qui porte sur les mesures positives à adopter envers les minorités linguistiques. 

« La Cour d’appel fédérale n’aurait pas dû tenir compte de l’action ou de l’inaction de la Colombie-Britannique dans l’examen du respect de la partie VII de la Loi sur les langues officielles par le ministère de l’Emploi et du Développement social; puisque la province a toute la latitude (et la compétence) pour élaborer la prestation de services d’aide à l’emploi », écrivent les avocats gouvernementaux dans leur requête.

Cette décision avait motivé le retard du dépôt de la réforme de la Loi sur les langues officielles. La ministre Ginette Petitpas Taylor arguant que cette décision avait un impact.

 « Le gouvernement dit qu’il doit revoir sa modernisation de la Loi sur les langues officielles, d’une part en raison du jugement de la Cour dans ce cas-ci. Ensuite, on observe qu’il bonifie la partie VII sur les Langues officielles. On consacre dans le projet de loi certains gains de devant la Cour d’appel fédérale. Mais d’un autre part, le ministère de la Justice porte ce jugement en appel alors c’est une incongruité totale », note Darius Bossé, avocat chez la firme Juristes Power, qui représente les minorités francophones dans cette cause.

La Cour suprême du Canada devrait à nouveau se pencher sur un dossier concernant les francophones de la Colombie-Britannique. Source : Sénat du Canada

Une « incohérence » selon les Franco-Colombiens

La FFCB s’est dite « abasourdie » soulignant « un flagrant délit d’incohérence gouvernementale ».

« Comment pouvons-nous croire que le projet de loi actuel, vague sur les contraintes linguistiques et les ententes de dévolution, puisse protéger nos communautés quand Emploi et Développement social Canada procède déjà à une opération de sabordage et relance d’éreintantes procédures judiciaires? », se questionne la fédération.

Emploi et Développement social Canada avance que la parti VII de la Loi doit se faire dans le respect des domaines de compétence et des pouvoirs des provinces, ce qui n’est pas pris en compte dans la décision rendu à la fin janvier, selon les avocats du fédéral.

« En outre, le jugement de la Cour d’appel fédérale est le premier à se pencher sur l’interprétation à donner à la partie VII de la Loi sur les langues officielles. Ce seul enjeu justifie, à lui seul, de conclure qu’il existe des questions sérieuses en l’espèce », peut-on aussi lire.

Le bureau de Carla Qualtrough, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes en situation de handicap explique que « cette décision aurait des conséquences graves et imprévues pour les habitants de la Colombie-Britannique, voire de tout le Canada, en interrompant la formation professionnelle et d’autres services d’emploi en Colombie-Britannique ».

« Bien que nous demandions l’autorisation d’interjeter appel de cette décision, notre gouvernement est fermement résolu à faire en sorte que les services fédéraux continuent d’être pleinement accessibles dans les deux langues officielles, y compris la formation professionnelle et l’acquisition de compétences. »

Le ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a refusé de commenter le dossier.

Une contradiction

Cette action survient alors que le gouvernement Trudeau encense depuis un mois les modifications apportées à sa réforme de la Loi sur les langues officielles, qui est notamment venue bonifier la partie des mesures positives.

 « On croyait la partie VII presque derrière nous avec la modernisation de la Loi. C’est quasiment étourdissant. Quelle est la politique fédérale en matière de langues officielles? Ça serait bon de le savoir et que l’on nous la clarifie. Il faudrait que le Canada français hors Québec sache sur quel pied danser », réagit le collègue de M. Bossé, l’avocat Mark Power.

Co plaintif avec la FFCB dans ce dossier, le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge affirme qu’il va s’opposer à la demande de sursis présentée. Il s’explique mal la décision dans le contexte actuel.

« La protection des droits linguistiques de la population canadienne et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire sont au centre de la modernisation de la Loi. La décision de porter cette décision devant la plus haute instance juridique au pays me semble en contradiction avec les efforts faits par le gouvernement fédéral jusqu’à présent. »

Raymond Théberge, le commissaire aux langues officielles du Canada. Crédit image : gracieuseté.

Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), le gouvernement « doit des explications à la francophonie » pour cette action qu’elle qualifie de « gifle au visage des francophones de la Colombie-Britannique ».

« C’est d’autant plus intolérable que pas même un mois ne s’est écoulé depuis le dépôt du projet de loi C-13, qui vise justement à renforcer et clarifier les obligations des institutions fédérales en vertu de la partie VII », a fustigé sa présidente Liane Roy.

Ce texte à été mis à jour à 19h45

Ottawa tarde à envoyer l’argent promis aux établissements postsecondaires

OTTAWA – Lors du budget de 2021, le gouvernement Trudeau annonçait une nouveauté, 121 millions de dollars destinés aux institutions postsecondaires en milieu minoritaire. Voilà que près d’un an plus tard, ces établissements n’ont toujours pas vu la couleur de cet argent, mais la ministre des Langues officielles assure que cela arrivera sous peu.

Cet investissement qui représente 40 millions de dollars par année pendant trois ans avait été annoncé aux universités et collèges francophones dans la foulée des événements à l’Université Laurentienne.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui représente 22 institutions à travers le pays, confirme qu’aucun de ses membres n’a reçu quoi que ce soit pour le moment. La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor se défend, assurant que de « bonnes nouvelles » sont à venir prochainement.

« Il y a des universités qui ont reçu la nouvelle qu’elles vont recevoir l’argent. Les demandes ont été faites et évaluées, mais l’annonce officielle n’a pas encore été faite (…). Juste la semaine dernière, j’ai fait un sign off (approuver) sur plusieurs demandes. » 

Les établissements signalent qu’en raison du fait que l’année fiscale se termine à la fin du mois, l’argent doit arriver et être dépensé d’ici le 31 mars pour pouvoir rentrer dans le budget de la présente année. En comité parlementaire mercredi, Ginette Petitpas Taylor a refusé de confirmer si les fonds seraient remis d’ici la fin du mois. La présidente de ACUFC, Lynn Brouillette avance que les établissements ont été « flexibles » dans leur budget avec les montants promis par Ottawa.

« S’ils avaient eu la volonté, ils auraient trouvé des solutions » – Joël Godin, porte-parole conservateur aux Langues officielles

Il existe toutefois un flou, à savoir si ces 40 millions de dollars promis cette année seront reportés à l’année prochaine ou si le montant en 2022-2023 sera doublé pour compenser l’absence de financement cette année. En entrevue avec ONFR+, la ministre refuse de préciser quel montant sera remis aux institutions l’an prochain, mais répète « qu’il y a des universités qui savent exactement combien elles vont recevoir ».

Sur le retard, elle note que travailler avec de différentes instances provinciales complique les choses.

« Parfois, ce n’est pas toujours le fédéral, on doit travailler en étroite collaboration avec eux et on doit attendre qu’une demande de la province vienne chez nous, car on ne peut pas empiéter sur nos champs de compétence. »

Mais l’opposition officielle n’achète pas cette excuse, déplorant le retard, affirmant qu’Ottawa a « laissé miroiter » les administrateurs des établissements du pays.

« S’ils avaient eu la volonté, ils auraient trouvé des solutions », déplore le critique conservateur en Langues officielles Joël Godin.

« C’est manquer de respect envers les individus et institutions qui s’arrachent le cœur pour offrir l’instruction dans les milieux minoritaires », poursuit-il. « Même si Ottawa verse ce montant d’argent là, c’est irrespectueux envers les organisations. Il a déjà été annoncé ce 40 millions-là, c’est ça le problème, c’est aberrant, mais c’est la méthode libérale. »

Au Nouveau-Brunswick, l’Université de Moncton confirme à ONFR+ avoir fait une demande au fédéral et être toujours en attente d’une réponse. L’Université a dû faire de nombreuses coupures dans les dernières années, à la hauteur de plus de 25 millions de dollars.

« Ce modèle n’est pas viable à long terme et ne permet pas à l’Université de Moncton de jouer pleinement son rôle en Acadie et au sein de la francophonie canadienne et internationale, et ce, tout en préservant l’accessibilité des étudiantes et étudiants aux études postsecondaires avec des frais de scolarités abordables », a dit Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton dans une déclaration écrite.

L'Université Laurentienne. Crédit image: Pascal Vachon
L’Université Laurentienne a connu plusieurs difficultés financières dans les derniers mois. Crédit image : Pascal Vachon

Idem pour l’Université Laurentienne qui atteste avoir déposé une demande auprès de Patrimoine canadien.

« Le financement mis à disposition par le gouvernement fédéral est important pour l’Université Laurentienne. La prestation de nos programmes académiques complets est au cœur de nos préoccupations et sera prioritaire dans tous les scénarios », a indiqué l’Université Laurentienne dans une déclaration.

De l’argent qui fait une différence

Pour les petits collèges et universités francophones à l’extérieur du Québec, l’argent distribué par les gouvernements est essentiel pour le bon fonctionnement de leurs activités.

 « Ce sont des montants importants. L’enjeu là-dedans est que la compétition est forte avec les institutions anglophones, on doit se démarquer. On a déjà une belle programmation de qualité, mais il y a aussi le reste avec la vie étudiante qui est importante. Les étudiants veulent une vie étudiante intéressante et pour ça il faut des ressources qui sont modernes avec la technologie nécessaire », explique Lyne Brouillette.

Cette semaine, Ottawa a annoncé fournir 3,8 millions de dollars à l’Université Saint-Paul pour la construction d’un pavillon avec de l’argent qui faisait toutefois partie d’une autre enveloppe de 80 millions de dollars pour les infrastructures éducatives. La province fournit aussi le même montant pour un total de 6,8 millions de dollars.

« Six millions de dollars sur un budget opérationnel de 25 millions, c’est énorme. C’est le 1⁄5 de nos opérations. Tandis que pour les grosses universités, c’est de l’argent qui va se perdre dans les milliards de dollars en budget », estime la rectrice Chantal Beauvais.

La rectrice de l'Université Saint-Paul Chantal Beauvais
La rectrice de l’Université Saint-Paul Chantal Beauvais. Crédit image : Pascal Vachon.

Il y a quelques mois, Mme Beauvais affirmait à ONFR+ que sans changement et nouvel afflux d’argent, Saint-Paul serait dans le risque de fermer les portes d’ici 10 à 15 ans. Mais si des annonces comme celle-ci se multiplient, le vent pourrait vite tourner de bord, manifeste-t-elle.

« C’est ça qui est intéressant avec le fédéral, ils savent que leurs institutions sont fragiles et les annonces sont arrivées à un moment où ils en avaient vraiment besoin. »

En campagne électorale, les libéraux avaient promis de doubler ce montant à 80 millions de dollars. L’année de son entrée en fonction est encore inconnue, mais le tout devrait être connu une fois que le budget sera sorti. La ministre des Finances n’a pas encore annoncé de date, mais le dernier budget avait été déposé en avril dernier.

Se loger dans le Nord : la situation devient critique

Douze inscriptions dans la ville de Kapuskasing. Voilà le nombre total de maisons et de terrains disponibles à la vente dans cette localité sur le site Realtor. La pénurie de biens disponibles, plus le mauvais état des biens actuels et la migration des sudistes vers le nord : voici quelques facteurs qui causent une tension extrême en termes de logement dans le Nord de l’Ontario. Même si plusieurs instances locales tirent la sonnette d’alarme, certains sudistes y voient une opportunité économique.

Il était impératif pour Annie Jones et son conjoint de retourner vivre dans le Nord pour offrir une meilleure qualité de vie à leurs enfants. C’est ainsi qu’en 2019, la famille a quitté London, dans le Sud-Ouest, pour s’installer à Kapuskasing.

« Je savais que c’était moins coûteux [de vivre au nord de l’Ontario]. La différence entre les prix du logement était très avantageuse. Quand nous avons déménagé, ma sœur avait payé 80 000 $ pour sa maison. Comparativement à London, pour le même prix, elle n’aurait pas une maison aussi grande et bien entretenue compte tenu du marché immobilier », explique-t-elle.

Annie Jones, résidente de Kapuskasing et sa famille. Gracieuseté

D’après cette mère de famille de trois enfants, la hausse exponentielle du marché immobilier dans les grandes villes, combinée à la détérioration de la qualité de vie, pousse de plus en plus de sudistes à s’installer dans la région.  

Pourtant, cette migration n’est pas sans risque. Au fil des années, les foyers moyens vivant dans le Nord de l’Ontario ont perdu leur pouvoir d’achat et ne sont plus en mesure d’acquérir une propriété à cause de la flambée des prix de l’immobilier.

Pas seulement une crise des grandes villes

Selon le rapport de projet North at Home de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), il y a sept enjeux majeurs à prendre en considération lorsque l’on veut analyser la crise du logement dans le Nord.

Le premier repose sur l’offre limitée en raison de l’absence de biens neufs, les coûts de construction élevés et la courte période de construction. Par la suite, il y a un manque de logement locatif abordable, laissant peu de place aux personnes à faible revenu.

Les logements en mauvais état, les coûts élevés de l’énergie, le manque de logement adéquat, la croissance de l’itinérance et le nombre limité de logements offrant des services de soutien, causent la crise actuelle. 

Pour Brigitte Lacelle, agente immobilière à Great Sudbury Management, le manque d’inventaire disponible est l’un des facteurs principaux qui empêchent l’accès au logement.

« Nous n’avons pas assez d’appartements pour répondre aux besoins de toutes les personnes qui nous sollicitent. Malgré la rareté des biens, on essaye toujours de trouver des appartements pour venir en aide », indique-t-elle.

Brigitte Lacelle, agente immobilière spécialisée dans la location à Great Sudbury Management. Gracieuseté

Elle ajoute aussi que le rachat des maisons et des propriétés multilocatives par des investisseurs privés venant du sud a un impact direct sur la hausse des prix du loyer.

« Cette situation est due au fait que beaucoup de jeunes adultes commencent à hériter de l’argent de leurs parents ou grands-parents. Avec ce gain financier, ils veulent investir dans des biens immobiliers. En raison de la hausse massive des prix du logement dans le sud, ils décident de se déplacer plus au nord. Vu que Sudbury est la première ville la plus abordable après Barrie, ils décident de s’y installer », explique Mme Lacelle.

Selon le Centre ontarien de défense des droits des locataires (ACTO), il n’existe pas de chiffres concrets pour prouver que les migrations de personnes du sud de la province ont eu un réel impact sur la crise du logement dans le Nord.

« Dans certaines parties du Nord de l’Ontario, il y a eu un afflux d’anciens résidents saisonniers faisant le choix de déménager définitivement à l’âge de la retraite. Dans d’autres endroits, il y a eu une augmentation des logements utilisés pour le court terme. La concurrence entre les touristes et les logements à court terme peuvent faire grimper les prix au-delà de ce que les locaux peuvent payer », analyse l’organisme.

Pour l’ACTO, tous ces facteurs exercent une pression accrue sur le marché immobilier, ce qui entraîne une réduction de l’offre pour les foyers à faible revenu.

Les plus vulnérables sont les plus touchés

Les ménages locataires à faible revenu sont les plus touchés par la crise actuelle joute l’ACTO : « Ils font face à la combinaison de facteurs : une nouvelle offre de logements locatifs, la détérioration des conditions du parc locatif existant et la concurrence accrue pour les logements vacants. Pour les locataires à faible revenu de nombreux centres urbains du Nord de l’Ontario, il est presque impossible de trouver un logement sûr et abordable. »

D’après l’ACTO, les locataires à faible revenu doivent souvent faire des choix difficiles entre un logement abordable et leur sécurité personnelle. Trouver un logement abordable signifie souvent faire face à de mauvaises conditions de logement, des immeubles délabrés ou un environnement dangereux.

« Les locataires sous assistance sociale ont particulièrement de la difficulté à trouver une résidence abordable et finissent souvent par accepter des logements en très mauvais état », ajoute-t-il. « D’autres fois, ces habitations se trouvent dans des endroits isolés, ce qui crée des difficultés pour les gens d’accéder aux emplois et aux services, dans une région où les options de transport en commun sont limitées. »

Cet état des lieux semble représentatif de la situation décrite par l’agente immobilière Brigitte Lacelle. Selon cette dernière, la classe moyenne sudburoise est de moins en moins à même de se loger en raison de la hausse des prix du loyer.

« Si l’on veut garder les prix comme tels, nous avons besoin de personnes qui ne veulent pas faire de rénovation et qui veulent laisser les appartements dans leur état actuel. Pour l’instant, il n’y a pas de juste milieu. Soit les personnes prennent des biens à moindres coûts qui sont mal entretenus, soit ils prennent des appartements mieux rénovés qui sont plus chers », dit-elle.

Carole Lafrenière, résidente de Nipissing Ouest et responsable de la page Franco-ontariens du Nord de l’Ontario. Gracieuseté

Cette vision pessimiste de la migration des populations du Sud vers le Nord n’est pas partagée par Carole Lafrenière, membre du comité de développement économique du Nipissing Ouest.

« Notre initiative consiste à développer une stratégie autour du logement, car c’est un moteur économique. Notre première industrie, c’est le capital humain qui décide de déménager dans la municipalité pour faire cette reconnexion à la nature et avoir accès aux services de base. Nous voulons attirer des gens qui souhaitent venir s’installer et les développeurs pour faire de nouvelles constructions », affirme-t-elle.

Elle reconnaît tout de même que la hausse fulgurante des prix au cours des cinq dernières années a poussé la population locale à se questionner sur les conséquences de cette augmentation sur sa qualité de vie.

« Les résidents locaux craignent une inflation du niveau de la vie. Ils ont peur que la migration massive des gens du sud dans leurs villes soit une situation temporaire. Selon eux, les prix risquent de tomber s’ils décident de ne plus venir s’installer », note Mme Lafrenière.

Un appui gouvernemental réclamé par les municipalités

Il est nécessaire, à ses yeux, que le gouvernement appuie financièrement les municipalités du Nord pour qu’elles puissent développer des initiatives pour loger leur population vieillissante.

« Nous avons beaucoup de personnes âgées qui demeurent à domicile et qui voudraient s’établir dans des foyers où ils ont plus d’appuis et moins d’obligations. Si l’investissement financier de l’état sur notre projet de construction immobilière pouvait se mettre en place, cela libèrerait des biens sur le marché », ajoute la mairesse de Nipissing Ouest, Joanne Savage.

Joanne Savage, mairesse de Nipissing Ouest. Archive ONFR+

De son côté, le gouvernement a annoncé un investissement de plus de 45 millions de dollars pour la création du nouveau fonds pour la simplification du processus d’approbation des demandes d’aménagement.

Ceci devrait permettre aux 39 municipalités les plus importantes de la province de moderniser, de rationaliser et d’accélérer leurs processus de gestion et d’approbation des demandes d’aménagement.

Le 24 janvier dernier, le premier ministre Ford a aussi participé à la Conférence organisée par la Rural Ontario Municipal Association (ROMA).

Lors de son allocution, il a annoncé un investissement additionnel d’un milliard de dollars au cours des prochaines années au Fonds ontarien pour l’infrastructure communautaire. Ce fonds devrait aider les 424 collectivités ontariennes à améliorer des projets d’infrastructure essentiels, notamment des routes, des ponts, de l’eau et des eaux usées.

Nicole Fortier Lévesque AFMO Moonbeam
Nicole Fortier Levesque, mairesse de Moonbeam et présidente de l’AFMO. Archives ONFR+

Même si ces divers sommets représentent un pas en avant pour répondre aux problèmes de logis dans le Nord, ils sont jugés inadaptés aux besoins des communautés rurales francophones.

« Est-ce que les mesures prises vont répondre aux besoins des communautés rurales? J’en doute vraiment », conclut Nicole Levesque, mairesse de Moonbeam et présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). « On dirait que les communautés rurales sont toujours laissées de côté. On parle de Congrès des municipalités rurales de l’Ontario mais je pense qu’il serait de mise d’offrir du financement à ces communautés. »

Du 15 au 29 mars, retrouvez Au pied du mur, la série web d’ONFR+ qui explore la crise du logement en Ontario. Prochain épisode : Densifier nos villes, une solution incontournable à la crise du logement, vendredi 25 mars.

Ronald Caza et la crise Montfort

25 ans après la mobilisation pour sauver l’Hôpital Montfort à Ottawa, l’avocat qui a piloté le dossier juridique, Ronald Caza, répond franchement à nos questions, sans filtre, sans hésitation. Le tout, en deux minutes max! Tac au Talk, une série ONFR+ qui vous fait découvrir nos personnalités publiques sous un autre jour.

La semaine de la francophonie fait irruption à Queen’s Park

TORONTO – Les députés provinciaux ont donné de la voix ce mercredi en chambre en cette semaine de la francophonie, la dernière avant les échéances électorales. La ministre des Affaires francophones a défendu son bilan. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) veut débloquer le dossier des accents sur la carte de santé. Les libéraux veulent un accès universel aux programmes d’immersion. À 70 jours du scrutin provincial, chaque parti tente de se positionner en champion de la francophonie.

Modernisation de la Loi sur les services en français, financement de projets, présence sur la scène internationale… la ministre Mulroney a dressé devant les parlementaires provinciaux un état des lieux des actions du gouvernement en direction de la francophonie ontarienne.

« La modernisation de la Loi pour les services en français est la plus grande avancée faite pour les francophones durant cette année », a-t-elle déclaré.

Elle a également mis en avant le lancement d’un deuxième appel à projets issu de l’accord de coopération et d’échanges en matière de francophonie entre l’Ontario et le Québec. « Le précédent appel à projets en 2021 a permis le financement conjoint de 18 projets. »

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l’Ontario. Capture d’écran : ONFR+

Au plan international, la ministre a soutenu que la province déployait et poursuivait « des efforts pour tisser des partenariats avec les membres de l’OIF », prenant en exemple l’entente de coopération signée en 2021 avec la communauté française de la Belgique, dans les domaines de l’éducation, de la jeunesse, du numérique et du développement économique.

« Toutes ces réalisations témoignent du désir fort du gouvernement de reconnaître les besoins spécifiques de la communauté franco-ontarienne », a-t-elle assuré, à la veille de la remise des prix de la francophonie de l’Ontario.

Prises de position pré-électorales

Le porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones, Guy Bourgouin, a profité du momentum pour remettre sur le haut de la pile l’indépendance du Commissariat aux services en français. Celui qui qualifie la modernisation de la Loi sur les services en français d’incomplète a promis une nouvelle fois en chambre de rétablir le commissaire dans ses fonctions telles qu’elles étaient avant les coupes budgétaires de 2018, si les Ontariens portent le NPD au pouvoir en juin prochain.

« Le NPD assurera le retour d’un commissaire indépendant, l’accès à une éducation en français de la maternelle à l’université et donnera à la culture francophone la place et le respect qu’elle mérite dans l’histoire de l’Ontario », a-t-il certifié. Écornant au passage le bilan du gouvernement.

Guy Bourgouin, porte-parole de l’opposition officielles aux Affaires francophones. Capture d’écran ONFR+

« Pendant les quatre dernières années, le gouvernement Ford, avec ses coupures draconiennes sur les services en français, a fait reculer les intérêts franco-ontariens », a-t-il fait valoir, évoquant des carences dans l’accès à l’information en santé publique et aux tribunaux dans les deux langues officielles.

« J’ai pu vivre et étudier en français, en Ontario, grâce aux générations qui m’ont précédée, qui ont lutté, qui ont sorti leurs épingles à chapeau », a déclaré pour sa part Amanda Simard, députée libérale de Glengarry-Prescott-Russell.

« C’est de la responsabilité de notre génération d’assurer que ceux qui viennent après nous puissent non seulement vivre en français en Ontario, au Canada, en contexte minoritaire, mais aussi prospérer. »

L’élue libérale fait de l’accès aux programmes d’immersion française son cheval de bataille. Elle milite pour un accès universel. « C’est un grand projet, long terme, mais en équipe, ensemble, avec la vision, je suis confiante que nous allons y arriver. »

Accents sur la carte de santé dans l’impasse

Le NPD est aussi monté aux barricades, ce mercredi, par la voie de France Gélinas. La députée de Nickel Belt a présenté une pétition demandant que les accents soient inclus sur la carte de santé avant le 31 décembre 2022. Ce dossier est au point mort depuis plusieurs années. Le gouvernement a partiellement débloqué la situation avec les permis de conduire en rendant le changement gratuit pour les francophones nés hors de la province. En revanche, pour les cartes de santé, la situation s’enlise.

Déjà en 2019, la députée néo-démocrate avait lancé une pétition pour les mêmes motifs, sans succès. Le rapport 2019-2020 de l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, pointait aussi ce manque.

Enrichissement culturel au cabaret africain de Sudbury

SUDBURY – Organisé par Contact interculturel francophone de Sudbury, le cabaret africain tiendra sa 22e édition le 26 mars à guichet fermé. Musique, défilé de mode et buffet africain attendent les 350 participants issus des différentes communautés francophones qui auront une belle occasion d’apprendre à mieux se connaître dans une ambiance festive.

« Ça va péter l’feu! », lance l’artiste reggae Bobo William, en entrevue avec ONFR+.

Originaire de la Côte d’Ivoire, le chanteur s’apprête à faire groover le public comme lors de chacune de ses prestations à cet événement. « La dernière fois, ça dansait sans arrêt! », se souvient-il.

Bobo William en spectacle. Gracieuseté

La ville de Sudbury reçoit chaque année de nombreux nouveaux arrivants issus de l’Afrique francophone. Selon le coordonnateur du cabaret, Gouled Hassan, cette fête reflète cet apport culturel des communautés venues de partout à travers le continent. « C’est un événement qui montre que la communauté francophone est en train de changer et que la diversité prend de plus en plus d’espace », explique-t-il.

Attirés par les études postsecondaires, le regroupement familial ou encore les perspectives professionnelles, les Africains francophones représentent un visage de plus en plus présent dans la communauté d’expression française de la région. « Le but est d’avoir une présence dans le tissu social afin que l’on puisse retenir ces personnes et qu’elles ne soient pas seulement ici de façon transitoire », continue M. Hassan.

Bobo William abonde dans le même sens. « C’est vraiment très bon pour les nouveaux arrivants, ça leur montre qu’ils sont bien arrivés à leur nouvelle destination et qu’ils ne manqueront de rien au niveau culturel ».

L’intégration par les échanges

Considéré comme l’un des, sinon le, plus ancien événement célébrant les cultures africaines en Ontario, le cabaret se voulait à l’origine une façon de faire sortir les familles issues de l’immigration africaine francophone de chez elles en leur donnant un espace où elles pouvaient se sentir confortables.

Alors qu’il ne rejoignait que 70 personnes à ses débuts, le cabaret a tenu des événements avec 500 participants dans les dernières années et vise à faire découvrir l’apport culturel africain aux autres membres de la communauté francophone.

Meron Yeshoa (left) and Gouled Hassan, chair of the CIFS board of directors, (right) at the 21st annual African Cabaret. (Keira Ferguson/ Sudbury.com)
Gouled Hassan accompagné de sa femme Meron Yeshoa. Gracieuseté

Bien que le continent africain a souvent mauvaise presse en raison des guerres ou encore de la famine, Gouled Hassan a bon espoir de changer cette perception et ainsi mener à de meilleurs rapports interculturels.

« En Afrique, il y a aussi la joie, la paix, le bonheur, la gaieté et des gens qui s’amusent! », raconte-t-il. « À la fin de la journée, on a beaucoup plus à partager qu’on a de choses qui nous différencie. Si je vis avec vous, comme vous pour une soirée, je vais finir par mieux comprendre qui vous êtes comme humain. »

« Si je suis l’étranger, je viens avec un bagage culturel. Par un événement comme celui-là, je peux me présenter à vous, montrer que je ne suis pas venu avec des bagages et que j’apporte quelque chose dans ce pays », explique le professeur de communication de l’Université d’Ottawa, Boulou Ebanda De B’Beri.

Avec ces rencontres, les stéréotypes sont chassés par la connaissance de l’autre ce qui mène à la création d’une société plus inclusive. « Les stéréotypes sont la base du racisme. Le racisme est un ensemble de croyances que l’on développe sur un groupe d’individus. On détermine les gens alors qu’on ne les connaît pas. C’est ce qui mène à la haine sur certains groupes personnes », renchérit M. De B’Beri, en entrevue avec ONFR+.

L’évolution infinie de l’identité

Selon l’académicien, des événements comme le cabaret africain permettent de construire l’identité collective d’un lieu par l’apport des différentes cultures.

« Si on ne regarde pas ce type de fête de haut, on crée une société où plusieurs de ces événements viennent construire une identité nationale à commencer par l’identité de Sudbury qui peut se définir comme une ville avec une diversité de cultures en son sein », explique ce spécialiste des communications interculturelles.

Le professeur Boulou Ebanda De B’Beri. Gracieuseté

Par ce processus, les citoyens se sentent appartenir à un collectif, peu importe leur pays d’origine.

« L’identité est un processus qui n’est pas figé dans le temps et l’esprit », affirme Boulou Ebanda De B’Beri. « L’identité canadienne se construit tous les jours. Toutes les nouvelles valises qui s’ouvrent et qui montrent ce qu’elles contiennent permettent de l’enrichir. »

Alors que le Canada prône le multiculturalisme politique comme modèle d’intégration des nouveaux arrivants, Gouled Hassan se montre légèrement critique en disant que cela peut mener les citoyens à cohabiter chacun dans leur culture. « Notre approche est l’interculturalisme, l’idée est que chacun amène un peu de nous autour de la table et on contribue à changer la table avec cette communauté-là. On change notre image et on change avec la communauté. C’est une transformation bilatérale », conclut-il.

Le cabaret africain de Sudbury. Gracieuseté

Logement inabordable : des artistes francophones poussés à l’exode

Alors qu’il est de plus en plus coûteux de se loger dans les grandes villes, certains artistes décident de s’établir ailleurs. D’autres s’accrochent à l’effervescence des centres urbains. La crise du logement aura-t-elle un impact sur la scène culturelle ontarienne? Une ville comme Toronto pourrait-elle se vider de sa vie artistique? 

C’est un scénario qui inquiète l’urbaniste Pierre Filion. Le professeur émérite de l’Université de Waterloo rappelle le sort qu’a vécu la ville californienne de San Francisco, autrefois un lieu de prédilection pour les intellectuels, les écrivains et les artistes.

« San Francisco était une ville très diversifiée qui avait beaucoup d’animation. C’est de moins en moins le cas car elle est maintenant habitée par des gens excessivement riches (…). Ça risque d’être un peu la même chose qui va se produire à Toronto. »

Selon lui, on voit déjà l’impact de cette gentrification dans les rues du centre-ville. « Vous n’avez pas la diversité d’établissement qui existait auparavant car les loyers sont trop chers. Et les artistes qui donnaient tant de vie à Toronto déménagent à Hamilton maintenant parce qu’ils n’ont plus les moyens de vivre à Toronto. »

D’ailleurs, une étude de la Toronto Arts Foundation (TAF) et de la firme Léger, réalisée en 2019, montre que la crise du logement exerçait déjà une grande pression sur le milieu culturel avant l’arrivée de la crise sanitaire. Selon la TAF, le salaire médian des Torontois en général est de 65 829 $, alors que celui des artistes est de 30 000 $.

Toujours selon l’étude, 73 % des gens œuvrant dans le milieu des arts et de la culture ont songé à quitter la ville. Le prix du logement en général, le prix des maisons et le prix des locaux commerciaux sont les trois raisons principales évoquées par les 1508 répondants. 

Choisir de quitter : Mimi O’Bonsawin 

L’autrice-compositrice-interprète Mimi O’Bonsawin fait partie de ces artistes qui ont décidé de quitter la Ville Reine. Elle a mis le cap vers le comté de Renfrew, dans l’Est ontarien. Elle a pu s’y acheter une maison avec trois acres de terrain en forêt pour à peine 260 000 $, même s’il a fallu faire des sacrifices, comme renoncer à l’accès Internet et à une visite préalable.

Mimi O’Bonsawin n’a pas perdu son amour pour Toronto, mais le coût du logement y est trop élevé pour des artistes émergents. La réalité du travail autonome ajoute une pression supplémentaire. 

« Parfois tu as un chèque. Parfois, tu n’en as pas. » Cette instabilité pose aussi problème au moment d’emprunter à une banque. Aujourd’hui, la Franco-Ontarienne possède son studio, son bureau et son atelier d’arts visuels directement chez elle. 

L’autrice-compositrice-interprète Mimi O’Bonsawin. Crédit image : Ryan Schurman

Sa culture abénaquise l’a aussi poussé à vouloir vivre près de la nature. Mimi O’Bonsawin avoue qu’en tant qu’artiste émergente, elle craignait de ne plus faire partie du groupe en s’installant en région. Mais deux ans plus tard, elle réalise que ces craintes étaient infondées, que plusieurs artistes établis ont aussi quitté la ville, et que ceux qui y sont restés ont probablement moins de contrats à Toronto que ce qu’elle décroche à Ottawa. 

« Ça me dit deux choses. Un : aue l’industrie musicale est plus grande que Toronto. Deux : que c’est dommage que Toronto n’ait pas pu nous garder. » 

Elle souhaite que la Ville Reine garde son cachet mais réalise qu’il y a de moins en moins de lieux de diffusion pour les artistes émergents. Il est maintenant plus judicieux d’habiter en région, tout en revenant dans la métropole pour travailler, au besoin. 

« S’il faut que je voyage quatre heures (pour un spectacle), c’est mieux que de vivre à Toronto et de ne pas avoir de travail. » 

Pas plus rose à Ottawa : Marie-Clo 

Si la situation est particulièrement difficile à Toronto, d’autres grandes villes deviennent de moins en moins abordables pour les artistes émergents et la ville d’Ottawa n’y échappe pas. 

L’autrice-compositrice-interprète Marie-Claude Sarault (Marie-Clo) payait 1800 $ par mois pour son appartement à une chambre au centre-ville d’Ottawa, en plus de 300 $ pour le stationnement. L’emplacement était idéal pour le réseautage, mais beaucoup trop dispendieux. 

L’autrice-compositrice-interprète Marie-Claude Sarault (Marie-Clo). Crédit image : Krys Kudakiewicz 

Marie-Clo et son conjoint ont aussi eu du mal à contracter un prêt auprès des banques dû à leur statut de travailleurs autonomes. Avec l’aide de leurs parents, ils ont pu devenir propriétaires d’une maison dans l’Est ontarien, non loin de la ville, juste avant la pandémie. La valeur de cette maison a déjà doublé. S’ils avaient attendu, l’option de devenir propriétaire n’aurait plus été envisageable dans leur quartier.

Marie-Clo croit que certains quartiers ottaviens pourraient complètement se vider de leur vie culturelle. Le déséquilibre est palpable dans la capitale, reconnue pour ses fonctionnaires plutôt que ses artistes. 

Rester malgré tout : Dieufaite Charles 

Le musicien afro-soul Dieufaite Charles vit à Toronto depuis son arrivée au pays, il y a 12 ans. Il constate que le coût des loyers a doublé, parfois triplé. Aujourd’hui, sa femme et lui paient 1630 $ par mois pour un appartement à une chambre. Vivre dans l’est de la ville leur permet d’avoir un loyer en dessous de la moyenne de 2044 $. Pour pouvoir rester à Toronto, il combine la musique avec un travail à temps plein de représentant d’une grande société de distribution alimentaire.

Le musicien afro-soul Dieufaite Charles.

Si la pandémie est rude pour les arts vivants, il croit toutefois que la réalité est la même partout. C’est surtout pour le réseautage que l’artiste afro-soul souhaite continuer de vivre dans la ville reine. Par contre, « ce n’est pas la peine de planifier d’acheter une maison dans cette ville ».

Le son de cloche de l’industrie

Grace Lee Reynolds est la directrice générale de Artscape Toronto, un organisme à but non lucratif qui propose des logements abordables, des locaux commerciaux et des salles communautaires à louer à faible coût pour les artistes. L’organisme opère 250 espaces résidentiels et leur liste d’attente pour y accéder est très longue. 

Elle constate elle aussi un exode des artistes, mais croit qu’il faudra attendre la fin de la pandémie pour en mesurer les impacts réels. 

Selon elle, il y a quand même de bons côtés à ce que les artistes décentralisent leurs lieux de résidence, puisque les arts et la culture pourront mieux se développer dans les petites municipalités. Elle souligne cependant qu’à long terme, les grands centres devront développer des initiatives pour inciter les artistes à revenir.

Alex Bordokas, directeur artistique du festival Uma Nota Culture.

Pour sa part, le directeur artistique du festival Uma Nota Culture et propriétaire de la salle de spectacle BSMT 254, Alex Bordokas, ne croit pas que l’esprit artistique de Toronto soit en train de disparaître. Il pense plutôt qu’il est en train de changer, tout simplement. 

Selon lui, une conséquence de la nouvelle réalité du logement est qu’on voit moins de groupes de musiciens qui jouent ensemble, mais plus d’artistes qui produisent de la musique en studio. Il attribue ce phénomène à la vie de condo, où le bruit des répétitions est moins bien toléré, et bien sûr aux interdictions de rassemblements durant la pandémie. Cela favoriserait des styles de musique comme le hip-hop ou la musique électronique, qui peuvent facilement se déployer en appartement.

Il croit que les petites salles peuvent tirer leur épingle du jeu grâce à une réduction des dépenses, mais qu’il faut être propriétaire de ses locaux pour bien s’en sortir. Les coûts de loyers commerciaux sont aussi exorbitants que pour les logements, et les subventions pandémiques sont allées directement dans les poches des propriétaires des bâtisses et non dans la programmation des salles. 

« On n’a pas gagné avec les subventions. On a réussi à ne pas tout perdre. »

Malgré tout, certains quartiers de Toronto restent très artistiques et Alex Bordokas reste optimiste. Selon lui, on assistera à une renaissance de la scène musicale torontoise après la pandémie. Il croit fermement que les spectateurs auront envie de remettre les arts vivants à l’agenda. 

Article écrit avec la collaboration d’Abigail Alves Murta

Du 15 au 29 mars, retrouvez Au pied du mur, la série web d’ONFR+ qui explore la crise du logement en Ontario. Prochain épisode : Se loger dans le Nord : la situation devient critique, le 24 mars

En quête d’un toit, un combat aux multiples facettes

Trouver un logement adéquat et abordable en Ontario est-il encore possible? Réfugié de la République démocratique du Congo, Dane Kayi peine à trouver un propriétaire qui soit prêt à lui louer un sous-sol à Mississauga, le seul type de logement qu’il peut se payer. Pendant ce temps, une équipe d’intervenants essaie de loger les sans-abris qui dorment dans des tentes en plein hiver à Sudbury. Et à Ottawa, un jeune couple cherche à acheter leur première maison. Trois combats bien différents mais qui se rejoignent sur un point central : l’importance d’avoir un toit décent sur la tête.

Désinformation : « Les réseaux sociaux doivent jouer un rôle de fact checking » soutient Francis Drouin

 
[ENTREVUE EXPRESS]


QUI :

Francis Drouin est vice-président de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, membre du comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire et membre du comité spécial sur la pandémie de la COVID-19.
 
LE CONTEXTE :
 
Lors de la 40e Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) organisée à Paris par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le vice-président de l’APF, s’est engagé contre la désinformation. Il a aussi assisté à un consensus sur la situation en Ukraine.
 
L‘ENJEU :
 
La désinformation est un sujet mondial. Du continent africain à Ottawa – notamment au moment du convoi de la liberté -, ou encore en Russie avec la guerre en Ukraine, les fausses informations sont partout et même dans nos pays francophones.
 
« Pensez-vous que votre allocution sur la désinformation lors de la Conférence ministérielle de la Francophonie a été bien reçue?
 
Oui et je dirais même que l’on se rend compte que ce problème s’aggrave sur tous les continents. Durant les récents coups d’État au Mali, en Guinée ou au Burkina Faso, on a pu voir que de nombreux jeunes citoyens soutenaient les coups d’État. Cela est aussi lié aux fausses nouvelles. De plus en plus de pays se penchent là-dessus. On l’a constaté, la désinformation peut déstabiliser un pays et cela crée un manque de confiance sur la gouvernance, envers les élus et les institutions. Les réseaux sociaux doivent jouer un rôle de fact checking. Les plateformes en ligne ont un rôle à jouer. Quand on voit que Facebook place les fausses informations et les vraies informations au sujet de la COVID-19 sur le même pied d’égalité, ce n’est pas normal.
 
Et la place de l’OIF, dans tout ça?
 
L’Organisation internationale de la Francophonie et l’APF avons de bons rapports. L’OIF émet des demandes et subventionne l’APF aussi. Nous essayons d’informer les parlementaires, de donner de bonnes pratiques et d’échanger entre parlementaires. L’idéal serait d’avoir une participation égale de tous les membres. C’est la section canadienne de l’APF qui aura d’ailleurs la présidence en juillet prochain.

La Conférence ministérielle a aussi fait beaucoup de bien à l’OIF et à ses membres. Après deux ans de pandémie, se retrouver en présentiel a permis de nombreuses conversations de couloirs, qui ont ouvert de nouvelles possibilités. J’ai très envie de m’impliquer et de comprendre la jeunesse, le rôle des femmes et de parler de francophonie internationale.
 
Pourquoi, selon vous, l’OIF a mis tant de temps avant de se prononcer sur la guerre en Ukraine?
 
C’est vrai que nous attendions que l’OIF statue sur cette guerre, puis, en même temps, on se doutait que ça allait arriver, mais il ne faut pas non plus être étonné. La Russie a beaucoup d’intérêts en Afrique. On rappellera que plus de 30 pays africains sont membre de l’OIF.

Concernant l’état des lieux de la francophonie hors Québec, sommes-nous loin des objectifs?
 
Il y a eu des avancées. Toronto vit actuellement sa plus grande croissance en français, mais bien sûr rien n’est acquis. Depuis que je suis député, mon quotidien est plus souvent francophone, pourtant ça n’a pas toujours était le cas.

C’est toujours plus facile de subventionner une université en français. C’est plus compliqué de faire le choix de parler en français en contexte minoritaire. Mon comté est à majorité francophone et pourtant j’ai de la difficulté à scolariser mon enfant en français, il n’y a pas assez de place. Il y a donc de la demande, mais pas assez d’offre. C’est récurrent.
 
Avez-vous été sollicité par les habitants de votre circonscription concernant la crise en Ukraine?
 
Oui, et nous sommes en train de nous préparer. Il faut se rapprocher de la croix rouge, mais aussi des centres d’emploi et des mairies. Nous avons une région agricole qui pourrait attirer les travailleurs ukrainiens.

Aujourd’hui le plus important c’est la sécurité de ces gens-là, le statut qui leur sera accordé est secondaire. Mais il va falloir s’organiser. Il faudra des intervenants avec le gouvernement, car à l’heure actuelle on ne sait pas qui va prendre la responsabilité d’une telle organisation. Nous ne sommes pas vraiment habitués aux migrations de masse. En tout cas, pas au même niveau que l’Europe. »

Les libéraux auront le support du NPD jusqu’en 2025

OTTAWA – Justin Trudeau a confirmé ce matin que les libéraux ont conclu une entente avec le Nouveau Parti démocratique (NPD) pour obtenir un soutien clé dans certains dossiers jusqu’à la fin du mandat libéral en 2025.

Dans cette entente, le Parti libéral dit vouloir faire avancer certains dossiers clés au NPD. En retour, les libéraux pourront ainsi obtenir la majorité nécessaire, eux qui forment un gouvernement minoritaire. 

« Les Canadiens ont élu ce parlement pour qu’il parvienne à des résultats et c’est exactement pourquoi on est arrivé à une entente. Le grand message, que tout le monde a conclu de l’élection d’un gouvernement minoritaire, est que les gens s’attendent à ce que les parlementaires travaillent ensemble… et c’est exactement ce qu’on a annoncé aujourd’hui », a affirmé Justin Trudeau.

Ce dernier précise qu’il s’agira de projets de loi où les deux camps s’entendent qui font partie de ce pacte.

« Dans les endroits où il y a moins d’alignement entre le NPD et le Parti libéral, on va être là pour travailler avec les autres partis. On va aussi voir que les priorités qu’on a partagées aujourd’hui… ce sont tous des éléments qui étaient au cœur de la plateforme (plateforme électorale). »

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh assure que le message envoyé par les électeurs nécessitait de l’action le plus tôt possible.

« Dans ces temps difficiles, on a utilisé notre pouvoir pour aider les gens maintenant. On a livré la marchandise pour aider les gens qui ont de la misère à joindre les deux bouts. »

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh
Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh. Crédit image : Stéphane Bédard, ONFR+

Il affirme que l’entente est un document public pour « analyser et vérifier les actions du gouvernement ». Mais les autres partis de l’opposition n’achètent pas son argumentation.

« Ceci est un gouvernement libéral et néo-démocrate majoritaire. 82 % des électeurs n’ont pas voté pour le NPD et les libéraux sans compter les millions d’électeurs libéraux », a réagi la cheffe conservatrice Candice Bergen.

« Le NPD confirme ce qu’il fait déjà depuis plus de deux ans, c’est-à-dire, voter sur commande, selon la volonté des libéraux sans même un siège au conseil des ministres », a dénoncé le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet.

« On reste un parti de l’opposition, ce n’est pas du tout une carte blanche », a répliqué Jagmeet Singh.

Une place pour les langues officielles?

Aucun dossier, notamment la modernisation de la Loi sur les langues officielles ou concernant la francophonie et les langues officielles est mentionnée dans cette entente. Le chef néo-démocrate assure que cette entente « n’inclut pas toutes nos priorités ».

« On va continuer notre travail sur les autres enjeux aussi, comme les langues officielles et l’importance d’améliorer l’accès aux services en français et améliorer les protections sur les langues officielles. Ça reste une priorité pour nous. On va continuer d’utiliser notre position dans le parti pour avancer d’autres enjeux. »

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a défendu l’absence de priorités en francophonie dans cette entente.

 « Nos priorités sont très claires avec le dépôt du projet de loi et ma lettre de mandat. Je n’ai pas eu de discussion spécifique avec le premier ministre, mais grosso modo, nos priorités pour promouvoir et protéger la langue française et la modernisation de la Loi sur les langues officielles sont une priorité absolue. »

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image; Pascal Vachon

Elle refuse aussi de s’avancer à savoir si l’appui des néo-démocrates concernant le projet de loi C-13 fait partie du pacte entre les deux camps.

« Je vais continuer de travailler avec mes homologues de l’opposition ainsi que les sénateurs pour s’assurer qu’on puisse passer notre projet de loi… On veut s’assurer d’avoir la sanction royale le plus tôt possible », s’est contenté de dire la députée acadienne.

Pour la politologue de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier, cette alliance pourrait faire avancer les objectifs en langues officielles des libéraux.

« Les libéraux sont les alliés les plus naturels des francophones… M. Trudeau a dit ce matin qu’il voulait des résultats en faisant avancer les choses plus rapidement. Si on parle de la modernisation de la Loi sur les langues officielles qu’on voudrait voir rapidement, ça pourrait accélérer le projet. Ce ne sont pas de mauvaises nouvelles pour la francophonie, mais il n’y a pas énormément de nouveautés. »

Elle ajoute que l’image de la troupe de Jagmeet Singh en langues officielles pourrait en bénéficier

« Le NPD a démontré lors de la dernière campagne qu’il n’avait pas une très grande connaissance des enjeux en langues officielles, alors ça va peut-être les aider de dire au gouvernement libéral, » vous les connaissez mieux ces dossiers et si vous avez de bonnes initiatives, on vous appuie et si ça ne fonctionne pas, vous en porterez la responsabilité » », dit-elle en référant au passage de M. Singh à Sudbury lors de la campagne électorale.

Jagmeet Singh avait soulevé l’ire de certains militants franco-ontariens lors de sa dernière visite à l’Université de Sudbury. Crédit image : Pascal Vachon

Les dossiers prioritaires

Parmi les actions mentionnées : un nouveau programme de soins dentaires, la mise en œuvre d’un régime universel d’assurance-médicaments, l’amélioration du système de santé, notamment l’embauche de plus d’infirmières et médecins.

Parmi les autres priorités dans l’entente :

  • La hausse du coût de la vie
  • La crise du logement
  • Les changements climatiques
  • Jours de congés de maladie payés
  • La réconciliation avec les peuples autochtones

La crise Montfort a influencé la trajectoire des soins de santé en français en Ontario

OTTAWA – Il y a 25 ans, jour pour jour, des milliers de manifestants déferlaient dans la capitale pour empêcher la fermeture du seul hôpital universitaire francophone de la province. Sous la bannière SOS Montfort, cette mobilisation hors norme a impulsé des changements d’approche et des structures novatrices qui constituent le socle des services tels qu’on les connaît aujourd’hui, mais de nombreux défis demeurent dans l’accès à la santé dans la langue de son choix.

Un quart de siècle plus tard, l’Hôpital Montfort a quasiment doublé sa superficie et triplé son personnel. Hissé dans le top 100 des hôpitaux canadiens, l’hôpital universitaire est devenu une clinique militaire et forme des professionnels qui alimentent les besoins en ressources humaines partout au pays.

Cette crise majeure qui a secoué l’Ontario en 1997 a aussi été le détonateur à la création d’un réseau de services de santé à Ottawa qui s’est étendu, par la suite, dans le reste de la province. Dans même veine, la mise sur pied en 2006 d’un comité francophone a aussi donné naissance aux entités de planification des services de santé en français, pour soutenir les RLISS.

Ce véritable bras de fer entre la communauté et le gouvernement Harris a aussi préfiguré la création du Consortium national de formation en santé (CNFS) capable de former des professionnels de santé partout en Ontario et au Canada en milieu minoritaire. D’aucuns estiment que la création de la Société de santé en français (SSF) en 2002 et de 16 réseaux de santé au Canada hors Québec, trouve elle aussi son origine dans ce rapport de force dont le dénouement judiciaire a représenté une victoire retentissante pour les droits de la minorité.

Michel Tremblay, directeur général de la FARFO et ancien directeur de la SSF. Archives ONFR+

« Toutes ces structures découlent de cette époque, de cette lutte », estime Michel Tremblay, directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) et ancien directeur de la SSF. « Si la crise Montfort n’avait pas existé, on aurait donné aux gouvernements successifs le loisir de fermer des établissements ou de réduire des services, voire de ne pas en créer de nouveaux », est-il convaincu.

« Ça a été un signal envoyé aux gouvernements que les services de santé en français sont importants et que, si on y touche, les francophones se tiennent debout », abonde Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie en Ontario (AFO).

« Aucun gouvernement ne touchera plus à Montfort, ça c’est officiel (…). Ça nous permet aussi de rappeler aux gouvernements de ne pas oublier la lentille francophone quand ils font une réforme. »

« Cette contestation a pavé le terrain pour que les gouvernements supportent mieux les francophones » – Sean Keays

« Sans la crise Montfort, il n’y aurait pas eu le rapport Savoie (2005) qui a mis en relief l’importance d’une planification délibérée de services de santé en français », renchérit Jacinthe Desaulniers, présidente-directrice générale du Réseau des services de santé en français de l’est de l’Ontario.

« Toutes les recommandations ont été mises en œuvre, en dehors de celle de la création d’un RLISS (Réseau local d’intégration des services de santé) francophone. Le compromis a été la création des entités. Ce rapport, trop oublié de nos jours, a sensibilisé le système à la responsabilité qu’il avait de planifier et livrer des services à la minorité. »

Jacinthe Desaulniers, présidente-directrice générale du Réseau des services de santé en français de l’est de l’Ontario. Archives ONFR+

« Cette contestation a pavé le terrain pour que les gouvernements supportent mieux les francophones et ça va nous aider pour le restant de nos carrières. La voix des francophones dans la santé est durable », convient Sean Keays, le directeur du foyer de soins de longue durée Richelieu à Welland. « Mais tout n’est pas acquis. Il faut continuer à se battre pour ne pas perdre cet héritage et ça va prendre des efforts aux  générations à venir. »

M. Keays met en avant l’immense défi que représente la pénurie de personnel de santé. « On essaye de prendre le talent partout où il se trouve : en Ontario, au Québec, en France et autour du monde », tandis que les membres de son personnel proviennent de huit provinces et pays francophones. Ce défi humain atteint même l’Hôpital Montfort qui peine à pourvoir certains postes.

Pénurie de personnel, déserts médicaux et application réelle de la LSF parmi les défis

L’autre faille qui fragilise la qualité des services de santé en français tient à la géographie : certaines régions offrent très peu de services, non seulement au niveau médical et hospitalier mais aussi communautaire. « Il y a des déserts comme dans le Sud-Ouest », pointe M. Tremblay, « car les organismes ne font pas l’effort de demander une désignation sous la Loi sur les services en français (LSF) ».

Il faut dire que l’application de la LSF est très critiquée en Ontario. « On a une nouvelle Loi avec des améliorations, tant mieux, mais c’est la mise en œuvre est décevante », indique Mme Desaulniers. « Cette loi dit que les francophones devraient avoir accès à la santé dans les régions désignées mais est-ce que le gouvernement a transféré ce pouvoir à des agences et est-ce que ces agences livrent ces services? Ces quatre dernières années, des rapports montrent qu’il reste énormément de travail sur ce point. »

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie en Ontario (AFO). Archives ONFR+

Elle ajoute que la restructuration incessante du système de santé annihile les progrès réalisés. « À chaque fois qu’on change de système, on doit rebâtir les relations et rééduquer tous les joueurs. On recommence à la case zéro à chaque fois ». La dernière réforme de la santé a en effet bouleversé les repères d’acteurs cruciaux comme les entités de planification qui cherchent encore à définir leur rôle le nouvel écosystème de soins.

Selon Estelle Duchon, directrice des services de santé au Centre francophone du Grand Toronto, les services en santé mentale, les services aux aînés et les soins de longue durée font clairement défaut en Ontario. « Trop souvent les francophones doivent faire le choix entre une résidence près de leur famille ou une résidence où on parle en français », illustre-t-elle. « De façon générale, plus les services se spécialisent, plus c’est difficile d’accéder à des soins en français. »

Des manques que la COVID-19 n’a fait qu’exacerber, complète M. Jolin. « La pandémie a révélé plusieurs lacunes dans la livraison de services. Il y a du travail à faire pour les offrir, que ce soit dans les services primaires, les hôpitaux et même au sein du gouvernement. »

Un conseil d’administration in english only à Air Canada

Quatre des 12 membres du conseil d’administration parlent et comprennent le français, mais les réunions des hauts dirigeants du transporteur aérien Air Canada sont en anglais seulement. C’est ce qu’a affirmé le président Michael Rousseau qui a comparu devant les parlementaires à Ottawa pendant près de deux heures, principalement en anglais.

Il s’est toutefois excusé en français en entrée de jeu pour ses propos tenus en novembre après une allocution en anglais seulement devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il avait alors affirmé qu’il ne voyait pas la nécessité d’apprendre le français malgré le fait qu’il vivait à Montréal depuis 14 ans.

« J’ai fait un commentaire qui était insensible envers la langue française et je le regrette (…) J’ai appris (suite aux événements) que je devais parler français pour participer pleinement à la société québécoise. J’aurais dû commencer à apprendre le français plus tôt dans ma carrière à Air Canada, c’est une erreur de ma part. Je prends des leçons de français depuis », a-t-il dit au Comité des langues officielles.

À part quelques phrases en français au début, le président d’Air Canada s’est adressé seulement en anglais. Il a affirmé que depuis le mois de novembre, il suit des cours de français chaque jour en plus de faire des devoirs en français pour un total de 10 heures par semaine.

Le président d’Air Canada Michael Rousseau lors de sa comparution devant les parlementaires à Ottawa lundi. Capture d’écran : bParlVu.

13 heures de cours en français par employé

Air Canada dit avoir 30 000 employés, dont 40 % sont bilingues alors que 50 % des employés qui offriraient un service direct au client seraient capable de converser dans les deux langues. Ce sont près de 10 000 employés qui auraient eu 130 000 heures de cours de français depuis 2015. Ça constitue 13 heures par employé et 20 000 heures par année au total et les heures pourraient avoir été comptées plus d’une fois, a noté le député conservateur Jacques Gourde.

« C’est une loterie recevoir des cours linguistiques à Air Canada, y’en a pratiquement pas. Je suis estomaquée », s’est insurgé le politicien conservateur.

« Notre performance s’est améliorée au cours des années », a évoqué le président de l’entreprise assujettie à la Loi sur les langues officielles. « Mais on sait qu’on peut faire mieux et en faire plus et c’est notre objectif (…) Notre nombre d’employés bilingues a augmenté ou s’est maintenu au cours des années », a ajouté le PDG d’Air Canada.

Crédit image: Air Canada
Crédit image : Air Canada

Ce dernier avance que la compagnie « engage sur le mérite tout en essayant d’avoir le plus d’employés bilingues ».

« Notre plus grand défi est de trouver des gens à engager à l’extérieur du Québec. On aimerait engager plus d’employés bilingues, mais la disponibilité n’y est pas. »

L’entreprise affirme que dans la majorité des cas, un vol comporte au moins un agent de bord bilingue.

« Pour l’assignation du personnel, on vérifie chaque mois le niveau de conformité pour s’assurer que le système fonctionne bien. Je peux vous assurer que dans tous les vols d’Air Canada… à 99,95 %, l’an passé, le service était disponible dans les deux langues officielles », a dit David Rheault, vice-président du transporteur aérien.

Nombres de plaintes

Le Commissariat aux langues officielles avait reçu près de 2000 plaintes à la suite du discours de Michael Rousseau en novembre. Le gouvernement a récemment donné, dans son projet de loi C-13, le pouvoir au commissaire de sanctionner jusqu’à 25 000 $ par infraction le transporteur aérien.

« On ne pense pas que donner des amendes à des entreprises privées comme nous va améliorer la situation », a signalé le vice-président David Rheault. « On pense au contraire que le gouvernement pourrait soutenir davantage les entreprises engagées envers le bilinguisme. »

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor s’est dite déçue du passage des dirigeants de la société d’État. Elle signale la nécessité des outils donnés au commissaire aux langues officielles dans le projet de loi C-13.

« C’est profondément décevant de voir que, six mois après les propos tenus par Michael Rousseau, Air Canada ne semble toujours pas comprendre les besoins des francophones, à travers le pays (…) La comparution d’Air Canada au Comité des langues officielles démontre clairement pourquoi nos réformes proposées sont si nécessaires », a fait valoir la ministre dans une déclaration.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des langues officielles.
Le projet de loi de la modernisation de la Loi sur les langues officielles de Ginette Petitpas Taylor, ministre des langues officielles. Archives ONFR+

Air Canada a souvent été épinglée par le commissaire aux langues officielles par le passé, étant l’entreprise fédérale générant le plus de plaintes.

« Notre indicateur clé est le nombre de plaintes par le nombre d’interactions qu’on a avec chaque client. Ce ratio a baissé. Je comprends la perspective du commissaire qu’il regarde à des chiffres larges, mais nous, on regarde des chiffres relatifs. »

En 2016, l’ancien commissaire Graham Fraser avait même soumis un rapport uniquement consacré aux problèmes chez le géant aéronautique. La compagnie affirme avoir mis dans les dernières semaines diverses mesures en place comme la création d’un département sur les langues officielles.

Cet article à été mis à jour à 19h12.

Francophonie : « Le Québec ne peut plus être tout seul dans son coin » – Sonia Lebel

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Sonia Lebel est ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne.

LE CONTEXTE :

Dans sa Politique en matière de francophonie canadienne déposée dimanche, le Québec propose de faire un pont entre la société québécoise et les communautés francophones du Canada, notamment entre les entreprises et dans le domaine de la recherche.

L’ENJEU :

La politique venait à échéance cette année et le Québec doit aussi déposer prochainement son projet de loi 96 sur la langue française. Le tout intervient alors qu’Ottawa vient de déposer sa réforme sur les langues officielles et que le débat sur le déclin du français au Canada se fait de plus en plus persistant.

« Quel est votre souhait avec cette nouvelle politique?

Le but de la démarche est d’entamer et d’accélérer un processus de rapprochement avec la francophonie canadienne et maintenant de bien assumer notre rôle de nation francophone au sein du Canada. Le Québec a une position de leadership à jouer qui doit se faire avec les autres communautés francophones. Il faut une francophonie forte, unie et engagée et le Québec ne doit pas le faire tout seul dans notre propre coin.

Qu’est-ce que le Québec ne faisait pas auparavant qui va désormais faire une différence avec cette nouvelle politique?

Quand j’ai fait ma tournée de la francophonie en 2019, il y avait deux choses qui ressortaient. Premièrement, du point de vue du reste du Canada francophone, le Québec s’est un peu replié sur lui-même pour défendre son français et beaucoup de communautés se sont senties un peu ignorées dans leur réalité par la nation francophone, le Québec. Au Québec, on ne se pose pas la question de vivre en français, c’est naturel d’avoir des services en français. Alors pour moi c’est comment on peut utiliser notre statut pour encore plus soutenir les communautés. Ensuite, il faut mieux faire connaître la francophonie hors Québec aux Québécois pour créer ce lien d’appartenance.

Le Québec s’est souvent fait reprocher par le passé de se ranger derrière des gouvernements dans des causes impliquant les francophones. Comment votre province peut-elle concilier ce fait avec le rapprochement désiré?

Je l’ai beaucoup entendu quand j’ai fait ma tournée et c’est sur qu’il faut qu’on ait une meilleure sensibilité quand on est le gouvernement du Québec… La difficulté au Québec est de faire valoir notre autonomie provinciale. L’idée n’est pas d’enlever des droits à personne, mais le Québec demeurera dans un univers anglophone noyé autour de nous. Bien que je suis fervente partisane du fait que notre communauté anglophone doit faire valoir ses droits et avoir le plein contrôle de ses institutions, parfois on est pris avec ça.

La ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel. Archives ONFR+

Vous parlez de sensibilité. Est-ce que ça veut dire que le Québec pourrait éviter d’intervenir judiciairement à l’avenir?

On est majoritaire dans notre province et on a notre minorité, mais notre majorité est minoritaire au Canada. On a comme un inversement, car notre minorité est majoritaire au Canada alors on se doit d’intervenir comme si on était une majorité alors qu’on est une minorité. Il va falloir avoir une certaine sensibilité dans la façon dont ça va impacter les autres communautés, mais il y a aussi cette espèce de catch-22 à l’intérieur duquel on est pris comme gouvernement qui veut faire respecter ses compétences et c’est ça qui est difficile.

Parfois, les interventions du gouvernement fédéral sont pour les minorités alors qu’elles devraient se faire valoir pour la francophonie, ce qui ferait en sorte qu’on ne serait peut-être pas dans la même situation par rapport à nos obligations.

Pensez-vous que le projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles, déposé par le gouvernement fédéral, puisse freiner le déclin du français au Québec et au Canada?

Il ne faut pas nier qu’il s’agit d’un pas en avant. Là où je vois un recul, c’est entre le projet de loi déposé par Mme Joly et celui de Mme Petitpas Taylor où il y avait cette reconnaissance du fait que la seule langue qui était en position de minorité était le français, et pas juste un petit peu, fortement minoritaire. Elle (la langue française) a besoin pour aspirer à une réelle égalité qu’on prenne acte qu’elle est minoritaire (…). C’était ça notre déception au Québec. Il y a aussi des aspects qui interviennent dans nos compétences. On avait salué le projet de loi qui reconnaissait cette asymétrie-là et c’est maintenant disparu. Alors il y a une déception. »

Levée des masques : les universités font un pied de nez au gouvernement

Cela résonne comme un désaveu pour le gouvernement s’agissant de sa récente décision visant à mettre fin à l’obligation de porter le masque dans la province, y compris dans le milieu éducatif. Comme leurs homologues anglophones, les universités fréquentées par les francophones refusent d’appliquer cette levée, jugée prématurée.

« La santé des étudiantes, des étudiants, du personnel et de l’ensemble de la communauté universitaire demeure une priorité pour nous. C’est pourquoi la pratique du port du masque et la politique de vaccination contre la COVID-19 demeureront en vigueur, au moins jusqu’à la fin du semestre », nous apprend Elise Leblanc, adjointe exécutive du recteur et secrétaire du Conseil de gouvernance à l’université de Sudbury.

Et pourtant, lors d’une annonce faite le 9 mars dernier, le gouvernement provincial a bien fait savoir que l’obligation du port du masque, comme la majorité des restrictions appartiendront au passé, et ce dès aujourd’hui. 

De son côté, l’Université Laurentienne abonde dans le même sens. « Nous avons décidé de conserver les politiques relatives à la vaccination et aux masques au moins jusqu’à la fin du trimestre en cours afin de minimiser l’incertitude et les interruptions. Cette décision concorde avec celle prise par tous les autres collèges et universités de l’Ontario », fait savoir sa communication.

Front commun des universités francophones

Quant à la plus francophone des universités franco-ontariennes, à savoir celle de Hearst, la décision n’est guère différente comme le confirme son adjointe à la direction, Émilie Lacroix :

« Le comité de santé et de sécurité s’est réuni la semaine dernière pour décider quelle devrait être la position de l’université concernant la levée des politiques et des restrictions liées à la COVID-19. Il a été décidé qu’afin de continuer à contribuer à l’effort collectif, l’université de Hearst maintiendrait le statu quo jusqu’à la fin avril. »

Pour rappel, l’université de Hearst avait déjà annoncé via son site internet que « malgré l’annonce du gouvernement ontarien de lever les exigences relatives à la preuve de vaccination dans tous les établissements en date du 1er mars, la politique de vaccination de l’Université de Hearst reste en place, sur les installations et ce, jusqu’à avis contraire ».

Enfin, et bien qu’avec un nombre d’inscrits limité permettant largement de respecter la distanciation sociale dans ses locaux, l’Université de l’Ontario français (UOF) n’en démord pas.

En effet, selon Anaïs Latulippe, conseillère principale en relations publiques et relations médias à L’UOF, « toutes les mesures préventives à la COVID-19, dont le port du masque, continuent de s’appliquer sur le campus, et ce, au moins jusqu’au 1er avril 2022 ».

Les étudiants divisés

Dans la communauté estudiantine, le chiisme est palpable. Une division telle que, sollicité à ce sujet, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) n’a pas souhaité faire de commentaires.

Rachel Barber, étudiante francophone à l’université Queen’s. Gracieuseté

« Nous préférons nous abstenir de tout commentaire officiel puisque nous n’avons pas eu de mandat officiel de nos membres pour une position sur la question, et que nous n’avons pas non plus eu l’occasion de sonder ceux-ci sur leurs réactions face à cette nouvelle », argumente François Hastir, directeur général du RÉFO.

Cette communauté, nous l’avons sondée, et il en ressort une division d’avis assez tranchés entre les étudiants en faveur du maintien du masque et ceux qui sont pour un retour total à la normale.  

« À ce que je sache, les masques seront obligatoires aux universités ontariennes jusqu’à la fin du semestre. Même si le masque n’était pas obligatoire, je continuerais quand même à les porter, vu qu’il n’y a pas de distanciation physique dans ma salle de classe », livre Rachel Barber, étudiante francophone à l’université Queen’s.

Des propos à mille lieues de ce que l’on pourrait entendre du côté contre. 

« On nous a déjà privés de deux des plus belles années de notre vie. Nous avons toujours respecté les mesures sanitaires et, lorsque le gouvernement les a enfin retirées et qu’on croyait qu’on allait retourner à une vie normale d’étudiant, voilà que l’université nous dit que rien ne va changer », s’insurge cette étudiante qui a préféré garder l’anonymat. 

Comme observé chez les parents d’élèves des écoles secondaires qui, elles, ne sont pas autonomes et par conséquent doivent se plier à la décision gouvernementale, le milieu du postsecondaire semble plus que jamais divisé sur la question du port du masque. Un désaccord qui risque de s’inscrire dans la durée puisque les échéances avancées par les universités peuvent être prolongées au-delà de la fin du semestre.

Dernière ligne droite vers la réforme de la Loi sur les langues officielles

OTTAWA – Les travaux en comité en vue de réformer la Loi sur les langues officielles commencent cette semaine à Ottawa, ce qui pourrait signaler la veille des dernières étapes avant l’adoption du projet de loi C-13 déposé au début du mois par le gouvernement Trudeau.

Le projet de loi devrait être déposé en deuxième lecture dans les prochains jours pour ainsi pouvoir être évalué lors des comités. La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor doit d’ailleurs comparaître devant les sénateurs et parlementaires au cours de la semaine.

« Son point de départ va être de défendre son projet », croit le politologue Rémi Léger.

« Si elle présente ce projet-là, c’est qu’elle trouve qu’il est bon, convaincant et met de l’avant les mesures nécessaires, mais tout le monde sait que c’est un gouvernement minoritaire. Tout le monde va vouloir mettre son grain de sel (…). Dans les prochaines semaines, elle va devoir faire des concessions. S’il y a des modifications, on est plus dans les nuances que dans les gros morceaux. Je ne m’attends pas à ce que la ministre sorte un lapin de son chapeau », estime le professeur de l’Université Simon-Fraser à Vancouver.

Pour le député conservateur Joël Godin, l’ajout de clauses linguistiques et la désignation du Conseil du Trésor comme unique agence chargée de coordonner et appliquer la loi viendraient peser lourd dans la balance pour un éventuel appui conservateur.

« On ne peut pas être contre la vertu de se donner des outils pour améliorer la situation, mais il faut qu’elle (Ginette Petitpas Taylor) soit ouverte à des amendements, car ce projet de loi là, on ne peut pas l’appuyer dans l’état actuel des choses. Moi, je lui tends la main, mais il faut qu’elle soit ouverte à de nombreux amendements », soutient le porte-parole aux Langues officielles dans l’opposition officielle.

« On a une meilleure loi, mais l’enjeu est de savoir si elle va être bien mise en œuvre. C’est là le véritable test du gouvernement » – Linda Cardinal, professeure à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa

Pour Linda Cardinal, professeure émérite à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa, les néo-démocrates pourraient tracer un chemin simple pour la ministre Petitpas Taylor.

« Je ne vois pas comment ils pourraient s’opposer (au projet de loi). Niki Ashton n’a pas arrêté de souhaiter l’adoption de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Je ne vois pas pourquoi tout d’un coup, le projet ne serait plus satisfaisant. Déjà qu’on dit que les langues officielles ne font pas partie de l’ADN du NPD, ils ne voudront pas être vus comme des gens qui n’ont pas à cœur les langues officielles. »

La porte-parole aux langues officielles chez le Nouveau Parti démocraitque (NPD) aimerait voir quelques amendements être apportés dans les prochaines semaines, notamment au comité.

« On appuie les propos de la Fédédation des communautés francophones et acadienne (FCFA) notamment les recommandations faites sur plusieurs sujets comme de faire du Conseil du Trésor l’agence centrale, les clauses linguistiques dans les accords fédéraux-provinciaux et la question de renforcer l’immigration, il y a plusieurs amendements qu’on aimerait voir ou appuyer en comité », soutient Niki Ashton.

Un dossier rapide?

Pour la politologue, le contexte actuel avec l’Ukraine et le fait qu’il existe une certaine saturation après plusieurs années de débats a un impact.

« Les demandes en ce moment ne sont peut-être pas des demandes qui appartiennent à une loi. On veut une cible en immigration, c’est dans la loi maintenant et là on veut un chiffre. Ça n’appartient pas à la loi, c’est du travail administratif… On a une meilleure loi, mais l’enjeu est de savoir si elle va être bien mise en œuvre. C’est là le véritable test du gouvernement à mon avis », souligne Linda Cardinal.

La politologue Linda Cardinal. Crédit image : Patrick Imbeau.

Cette saturation devrait accélérer le projet de loi au profit d’autres dossiers en francophonie canadienne, pense la professeure de l’Université d’Ottawa.

« Cette question-là a été discutée sous toutes ses coutures. Le nouvel enjeu qui s’ajoute et qui crée de la pression pour qu’on aille de l’avant est toute la question de l’immigration, notamment des étudiants africains francophones qui veulent venir étudier au Canada. On a vu qu’il y avait des biais systémiques contre eux (…) et qu’il y a un manque de cohérence important dans la politique gouvernementale en immigration. J’ai l’impression que c’est là-dessus que les gens veulent travailler. Même chose avec la question du postsecondaire en français. »

Le Bloc rejoint les critiques de Québec

La semaine passée, la ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia Lebel, a attaqué la réforme du fédéral. « Le Québec n’a pas besoin d’Ottawa pour s’occuper de la question de la langue française sur le territoire québécois », a-t-elle fait valoir dans une entrevue accordée au Journal de Montréal.

Une position rejointe par le Bloc Québécois et son député Mario Beaulieu, qui réclame aux libéraux de reculer.

« Ça rejoint ce qu’on a dit quand C-13 est sorti. C’est un recul pour le Québec parce que ça rend l’application de la Loi 101 optionnelle pour les entreprises fédérales. Les entreprises vont avoir le choix entre la Loi 101 ou la Loi sur les langues officielles, normalement ils vont choisir la loi la moins contraignante, donc la loi fédérale. »

Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie
Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie

Pour Rémi Léger, la sortie de la politicienne québécoise était électoraliste, à quelques mois du scrutin en octobre dans la Belle Province. Il rappelle toutefois que la composante électorale retombe aussi dans le projet de loi C-13 pour les partis fédéraux.

« Pour les partis, c’est le Québec qui compte parce que ça représente 125 sièges tandis que la francophonie hors Québec représente environ une douzaine de sièges. Les positions que prennent les partis vont en premier être en fonction de comment les Québécois et Québécoises vont réagir à la prise de position de leur parti. Les partis sont à l’écoute des francophones hors Québec, mais il reste qu’ils n’ont pas 125 sièges. »

Toutefois, rappelle-t-il, les libéraux possèdent une bonne part de sièges dans les communautés anglophones du Québec, ce qui vient jouer dans l’équation à l’intérieur même du parti.

« On reconnaît qu’on n’a pas atteint l’égalité entre les deux langues et qu’on vise l’égalité. En visant l’égalité, ça veut dire qu’on doit en faire plus pour le français que l’anglais tout en appuyant la communauté anglophone. Elle (Ginette Petitpas Taylor) est prise entre l’arbre et l’écorce mais, cela dit, on peut faire les deux. »

La bataille de l’Hôpital Montfort en cinq dates

OTTAWA – Il y a 25 ans, un mouvement de résistance sans précédent, SOS Montfort, mobilisait la communauté francophone ontarienne autour d’un même objectif : sauvegarder le seul hôpital francophone canadien à l’Ouest du Québec. Revivons cinq dates mémorables reliées à cette mobilisation.

Photo principale : Gisèle Lalonde, présidente de SOS Montfort, harangue la foule franco-ontarienne le 22 mars 1997. Source : Hôpital Montfort

Québec veut rapprocher la société québécoise et les communautés francophones

QUÉBEC – Le gouvernement du Québec a présenté ce dimanche sa nouvelle politique en matière de francophonie canadienne où il propose de faire un pont entre la société québécoise et les communautés francophones du Canada, notamment dans les domaines de l’économie et de la recherche postsecondaire. La Belle Province instaurera aussi une journée québécoise de la francophonie canadienne en l’honneur de la romancière Gabrielle Roy.

C’est ce qu’a annoncé la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia Lebel, en cette Journée internationale de la francophonie.

« L’idée est d’être capable de justement mieux connaître les uns et les autres et que la nation québécoise soit mieux équipée pour défendre les autres francophones. On l’a vu avec les Acadiens qui ont eu ce réflexe là de s’unir à travers les territoires et provinces. »

Le gouvernement Legault entend aussi créer le label « francoresponsable », qui réunira les organismes francophones en faveur de la langue française. Cela permettra de reconnaître les entités au Québec et au Canada « mobilisées pour le rayonnement du français dans la vie de tous les jours ». Plus de détails seront fournis prochainement par le Centre de la francophonie des Amériques qui pilote ce dossier.

« On a une responsabilité parce qu’on est minoritaire au Canada et en Amérique de mieux se connaître et se soutenir mutuellement pour être capable de progresser » – Sonia Lebel

« C’est important que ça soit un gage de qualité et de sérieux dans la volonté des organismes et des entreprises qui pourront la poser, de servir en français et de participer à la vitalité du français sur leur territoire », soutient Sonia Lebel.

La politique, intitulée Pour une francophonie forte, unie et engagée, comporte 80 mesures concrètes dans le cadre d’un plan sur trois ans. Le gouvernement québécois doublera son soutien financier d’ici 2024-2025 pour un investissement supplémentaire de 8 millions de dollars sur trois ans, pour un total de 24,5 millions de dollars.

« Même si on a chacun notre couleur et notre spécificité attachées à notre territoire – au Québec, on n’est pas tous les mêmes et on ne parle pas tous avec le même accent -, on a une responsabilité parce qu’on est minoritaire au Canada et en Amérique de mieux se connaître et se soutenir mutuellement pour être capable de progresser. »

Réunir la recherche en français

La ministre Lebel affirme que cette nouvelle entente pourra bénéficier à divers secteurs de la société comme l’économie, la culture et le communautaire avec les organismes. Québec veut notamment offrir plus de possibilités de stages et de mobilités professionnelles entre la Belle Province et le reste du Canada francophone.

« Les universités seront amenées à participer (…). On constate qu’il y a une très grande mobilité des francophones partout au Canada et on veut que le Québec participe à cette mobilité-là et reçoive des francophones. Il faut qu’il y ait un échange d’expertise qui se fasse donc il y aura certainement une participation des universités qui sont fort intéressées à le faire. »

La ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel. Archives ONFR+

L’Association de promotion et défense de la recherche en français (ACFAS) sera aussi chargée de « faciliter la recherche en français » à travers le Canada. Pour ce faire, l’organisme entend créer un service d’aide à la recherche en français qui offrira « un soutien en français à des chercheuses et chercheurs qui travaillent en francophonie minoritaire et qui n’y ont pas accès dans leur établissement d’attache ».

La Journée québécoise de la francophonie canadienne sera le 22 mars, date de naissance de Gabrielle Roy, née à Saint-Boniface et qui est devenue l’une des plus importantes figures de la littérature canadienne et québécoise.

« Partout où on peut parler du français et du nous ensemble, je pense que ça peut juste nous permettre d’aller vers l’avant », a dit Mme Lebel.

Cinq orientations

Cette annonce fait suite à celle conjointe avec la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) en juin dernier à la suite du Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes. Plus récemment, en novembre, la FCFA avait conclu une nouvelle entente avec le gouvernement du Québec, comportant notamment la pérennisation de cette rencontre annuelle en plus d’une nouvelle aide financière plus accrue.

La présidente de l’organisme francophone se réjouit de ce qui marque selon elle, un vent de renouveau dans la province francophone.

« Ça signale un changement de discours vraiment impressionnant de l’État québécois sur la manière dont il perçoit son rôle en matière de francophonie canadienne. Il y a vraiment une volonté de rapprochement et de solidarité. C’est vraiment la première fois que le politique cherche à engager l’ensemble de l’administration québécoise envers le rapprochement des communautés francophones et acadiennes », louange Liane Roy.

La présidente de la FCFA Liane Roy
La présidente de la FCFA Liane Roy en compagnie du directeur général de l’organisme Alain Dupuis. Gracieuseté.

Cette dernière se réjouit aussi du nouveau montant alloué, en plus de qualifier les mesures d’« ambitieuses ».

« Où on se pose des questions, c’est que c’est une politique qui est très ambitieuse alors la clé va vraiment être d’y mettre les moyens nécessaires de l’ensemble des actions prévues… Il faudra juste s’assurer que tous les moyens seront mis en œuvre. C’est pas clair aujourd’hui où l’argent va aller et comment ça va se faire. »

Le gouvernement Legault adopte cette nouvelle politique en se basant sur cinq orientations, notamment en avançant vouloir faire mieux connaître les organismes de la société québécoise et des communautés francophones. Québec veut aussi créer et renforcer les liens économiques bâtis autour de la langue française en plus d’accentuer la visibilité de la culture francophone.

  1. Favoriser une meilleure connaissance mutuelle et une plus grande ouverture réciproque des communautés francophones et du Québec
  2. Préserver la vitalité des communautés francophones et acadiennes
  3. Valoriser le français et les cultures francophones
  4. Mettre en valeur la contribution des francophones à la société et à l’économie canadienne
  5. Accentuer le leadership du gouvernement du Québec

L’étonnante francophonie en Ukraine

Saviez-vous que le français est la troisième langue étrangère la plus parlée en Ukraine avec près de 250 000 locuteurs? En cette Journée internationale de la Francophonie, ONFR+ vous raconte l’histoire et l’actualité du fait français ukrainien. Une épopée de plusieurs siècles.

« Il y a toujours eu des Français en Ukraine! », lance l’ancien directeur du Centre français à Lviv, Cyril Horiszny.

En entrevue avec ONFR+, ce spécialiste de l’histoire franco-ukrainienne fait remonter l’origine du phénomène au 11e siècle avec la figure d’Anne de Kiev qui a été reine des Francs de 1051 à 1060 et a notamment donné naissance au roi Philippe 1er.

La relation entre la France et l’Ukraine se poursuit durant les siècles suivants, alors que des Français visitent la région temporairement ou s’y établissent. « Il n’y a jamais eu un mouvement de Français qui allaient en Ukraine. Tout le monde y allait pour différentes raisons, c’était des cas isolés », explique M. Horiszny.

En 1648, la première carte de l’Ukraine est imprimée suite aux travaux de l’ingénieur français Guillaume Levasseur de Beauplan.

Senlis (Oise) - Statue de Anne de Kiev reine de France de … | Flickr
Statue d’Anne de Kiev à Senlis (France). Crédit image : Patrick (Flickr)

Il est à noter que le fait français en Ukraine ne se limite pas qu’à la présence des Français. Au 18e siècle, la France fascine bien au-delà de ses frontières et sa langue est populaire en Europe de l’Est.

Cyril Horiszny rappelle ici que « beaucoup de Polonais qui habitaient en Ukraine parlaient français à cette époque ». Une trace intéressante de cet héritage francophile est le journal La Gazette de Léopold. Fondé en 1776 à Lviv, ce journal de langue française est le plus ancien périodique publié sur le territoire de l’Ukraine.

Actuellement un des points chauds de la guerre, la ville portuaire d’Odessa a été développée par le Duc de Richelieu. Gouverneur de la région de la Nouvelle Russie et maire d’Odessa de 1803 à 1814, Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu demeure une figure culturellement très populaire en Ukraine pour avoir fait passer la municipalité de petit village à capitale provinciale.

Cet héritage va même plus loin, alors qu’Odessa est encore de nos jours jumelée à Marseille favorisant la mobilité et les échanges entre les deux villes.

« Odessa et Marseille sont liés par la culture, ce sont des villes portuaires, cosmopolites avec une population très mélangée, ouverte sur l’extérieur et sur le sud. La gouvernance du Duc a permis de structurer ces liens », explique Fabrice Peutot, attaché de coopération pour le français à l’ambassade de France en Ukraine de 2016 à 2020.

Par son théâtre, sa littérature ou encore sa musique, la France a durablement imprégné la société ukrainienne. À Kiev se trouve un buste de l’illustre écrivain Honoré de Balzac, inauguré en 2019. En effet, l’auteur du Père Goriot se rendait souvent en Ukraine entre 1833 et 1850 pour y retrouver son épouse Ewelina Hańska au château de Wierzchownia.

« Il y a un intérêt pour la langue et la culture française au sens général », affirme Fabrice Peutot. « Les Ukrainiens ont une tradition littéraire, de poésie, de littérature francophone. Ils vont avoir cet intérêt d’apprendre le français pour le théâtre, la littérature et la musique même si évidemment face au soft power des États-Unis la musique américaine est plus importante. »

Arrivé au 20e siècle, l’enseignement du français se poursuit en République socialiste soviétique d’Ukraine. « La langue française a été populaire à l’époque soviétique, car le Parti communiste français était assez important. Il y a eu beaucoup d’échanges entre des villes communistes. Des enfants de France allaient en Ukraine soviétique et les enfants des écoles ukrainiennes pouvaient parler français avec eux », raconte Cyril Horiszny.

L’Ukraine et l’Organisation internationale de la Francophonie

La francophilie ukrainienne se poursuit au début du 21e siècle alors que le pays obtient, en 2006, le statut d’État observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

« Quand l’Ukraine a demandé son adhésion à l’OIF, c’est venu d’un double mouvement d’universitaires et de diplomates voulant rapprocher le pays de l’espace francophone. La position d’observateur reste soft par rapport à la position des membres de plein droit qui ont des obligations importantes par rapport à la langue française », raconte Fabrice Peutot.

Ferry de Kerckhove, ancien « sherpa » du Canada à l’OIF . Gracieuseté

« À l’époque, quand j’étais au ministère des Affaires étrangères et que je m’occupais des questions de la francophonie, l’ambassadeur d’Ukraine était venu me voir pour demander l’entrée de l’Ukraine dans l’OIF et il m’a présenté sa demande entièrement en anglais ce qui était un peu gênant. Il m’a donné comme raison de son entrée dans la francophonie que les Ukrainiens aimaient bien la France. Je leur ai dit que c’était très mignon, mais que ce n’était pas le critère », se souvient l’ancien « sherpa » du Canada à l’OIF, Ferry de Kerckhove, en entrevue avec ONFR+.

Alors que le silence de la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, a été fortement critiqué au Canada, l’organisation a finalement adopté, le 16 mars, une résolution pour condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’euromaïdan propulse le français

Bien que l’enseignement du français au niveau primaire a connu une régression depuis la fin de l’Union soviétique (11,5 % des élèves du primaire scolarisés en français en 1991, 4,5 % en 2019), l’apprentissage au secondaire a augmenté en particulier depuis 2013, année de l’euromaïdan.

« L’enseignement du français a monté en flèche à mesure que l’Ukraine espérait entrer dans l’Union européenne. L’amour du français a augmenté depuis le maïdan car l’Ukraine faisait tout pour se rapprocher à l’Europe », explique Ferry de Kerckhove.

« Avec la révolution ukrainienne, il y a eu un regard populaire qui s’est tourné vers l’Occident alors l’appétit pour les langues étrangères est devenu plus important. Maîtriser le français permet d’aller étudier à l’étranger comme en France, en Belgique, en Suisse ou au Canada », renchérit Fabrice Peutot.

Le bel avenir de la francophonie en Ukraine

Selon Cyril Horiszny, la progression du français en territoire ukrainien est intimement liée au développement économique. « Les entreprises françaises comme Beauchamp ont commencé à venir en Ukraine ce qui donne également envie aux Ukrainiens d’apprendre le français pour monter dans la hiérarchie », explique-t-il. « L’apprentissage du français ouvre des opportunités de travail. »

Cette dynamique donne lieu à des phénomènes comme à Obertyn, une région près de la Roumanie, où le français est parlé dans des villages entiers. « Tout le monde apprend le français, car il y a du travail saisonnier en France. Les gens y vont puis reviennent à Obertyn avec la maîtrise du français », raconte Fabrice Peutot.

Un nouveau facteur s’est récemment ajouté à la francophonie ukrainienne et c’est celui des étudiants étrangers. « Il y a beaucoup d’étudiants africains de l’Afrique francophone en Ukraine car les études sont d’un bon niveau, meilleures que dans leur pays, affirme Fabrice Peutot. Les étudiants marocains sont les deuxièmes en nombre pour les étudiants étrangers. »

Cette arrivée d’étudiants francophones a même poussé des universités ukrainiennes à développer des filières complètement ou partiellement en français. C’est notamment le cas à l’Académie de médecine de Dnipropetrovsk dont un département de soins dentaires est francophone.

Ainsi donc, le français continue son chemin de plusieurs siècles en Ukraine. Une aventure qui est loin d’être terminée et qui est célébrée chaque année à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie.

La guerre en Ukraine s’invite au Banquet de la francophonie de Prescott et Russell

EMBRUN – Le conflit entre la Russie et l’Ukraine s’est invité samedi soir au 22e Banquet de la francophonie de Prescott et Russell. Le Franco-Ontarien Luc Chénier, de retour dans l’Est ontarien après avoir quitté l’Ukraine à la hâte, a raconté son périple des dernières semaines.

Celui qui vivait dans le pays d’Europe depuis 22 ans a décrit le parcours le menant à fuir son pays d’adoption. Tout cela devant une foule de près de 200 personnes, munies de petits écussons du drapeau ukrainien jaune et bleu. Luc Chénier a relaté qu’il avait préparé le coup pour partir au cas où cela arriverait, mais ne pensait pas que la réalité actuelle prendrait forme.

« C’était le choc, c’était « It’s happening ». Il (Vladimir Poutine) l’a fait », dit-il à propos de la première bombe qu’il a entendue le 24 février, résonnant au petit matin à quelques kilomètres de chez lui.

Celui qui aura mis 17 jours pour atteindre son pays d’origine a notamment décrit les difficultés de s’extraire de Kiev. « Ce qui aurait normalement pris 30 ou 40 minutes pour sortir de la ville nous a pris cinq à six heures. Il y avait des lignées de centaines d’autos juste pour faire le plein d’essence. »

Luc Chénier, originaire d’Alexandria, a raconté sa fuite d’Ukraine lors du Banquet de la francophonie de Prescott et Russell. Crédit image : Pascal Vachon

M. Chénier a dû passer par Budapest en Hongrie avant d’aller à Vienne en Autriche avec sa fille et sa femme pour pouvoir venir au Canada. « On voulait aller en Pologne, mais il y avait beaucoup trop de monde… On a mis toute notre vie dans cinq valises », illustre-t-il.

Le travail ne s’arrête pas pour M. Chénier, qui est président et directeur général du journal ukrainien Kyiv Post. « J’ai des employés et des journalistes qui sont un peu partout en Ukraine. Certains sont dans des bunkers. »

Une première depuis 2019

Sans surprise, la COVID-19 s’est aussi invitée au banquet qui avait lieu à Embrun. Le rendez-vous annuel des francophones de l’Est ontarien faisait son retour après deux ans sans gala en personne.

« Les francophones dans l’Est ontarien, on se connaît tous, on est une grosse famille », a affirmé le directeur général de l’ACFO Prescott-Russell, Jacques Héroux, en entrevue pour ONFR+.

« Ça fait du bien de voir les gens se rassembler et se côtoyer à nouveau », poursuit-il. « On a été encabané pendant deux ans. C’est tous des gens qui se connaissent et c’est sûr qu’on s’est suivi en mode virtuel, mais on avait juste hâte de s’asseoir ensemble autour d’une table. C’était le temps de se réunir. »

Ce dernier espère que les prochaines éditions comporteront plus de personnes, signalant que l’incertitude autour de la situation pandémique a notamment joué un rôle dans ce gala qui parvenait par les années passées à attirer près de 400 invités.

Le Dr Roumeliotis à l’honneur

C’est d’ailleurs le médecin-hygiéniste du Bureau de santé de l’Est de l’Ontario, Paul Roumeliotis, qui a reçu le prix récompensant le francophile de l’année. Le docteur s’est mérité l’Ordre de la Francophonie de Prescott et Russell, dans la catégorie Allié de la francophonie. Dans une toute nouvelle catégorie, la chanteuse originaire de St-Albert, Mélissa Ouimet, s’est vu décerner le prix de l’Ordre de la francophonie dans le volet Sports et Arts. La fierté fromagère de l’Est ontarien, la fromagerie St-Albert a remporté le prix Organisme communautaire.

Mélissa Ouimet avec un prix de l’Ordre de la francophonie dans la catégorie Arts et Sports. Crédit image : Pascal Vachon

Le volet « Engagement » a été remporté par Jean-Jacques Legault. Il est notamment le président fondateur du Club Champlain de Rockland depuis 2018 et comédien dans l’Écho d’un peuple. Lauréate d’une Médaille du Jubilé d’or de la Reine en 2002 pour son engagement communautaire, Louise Myner a été récompensée dans le volet Bénévoles en compagnie de son mari Gilles Myner.

Finalement, le prix Jeunesse Thomas-Godefroy (14-19 ans) a été remis à Catherine Cadieux-Fredette, élève de l’École secondaire catholique de Plantagenet ainsi qu’à Sabrina Tremblay, enseignante à l’école secondaire Le Sommet, dans la catégorie 20 à 35 ans.

Julie Lockman, la cause Montfort à cœur

[LA RENCONTRE ONFR]

OTTAWA – Il y a 25 ans avait lieu ce qui est considéré aujourd’hui comme l’un des plus gros rassemblements franco-ontariens : 10 000 personnes s’entassaient dans le Centre municipal d’Ottawa pour manifester contre la fermeture de l’Hôpital Montfort. Munie de son stéthoscope et de son drapeau franco-ontarien, la docteure Julie Lockman, tout juste sortie de l’université, y voyait une injustice dans la décision du gouvernement de Mike Harris. Elle fait partie de cette génération de médecins qui ont grandi avec cette cause.

« Expliquez-nous d’où a commencé votre expérience à l’Hôpital Montfort?

Je suis venu faire un stage à Montfort en 1993 et c’était un vrai coup de foudre. J’ai vraiment capoté sur l’esprit de famille qui régnait dans cet hôpital. Je pouvais faire un métier formidable comme celui dans lequel je m’engageais essentiellement, tout ça en baignant dans la culture franco-ontarienne. Je suis revenue en 1994 pour faire ma résidence et, à partir de là, j’ai décidé que j’y ferais carrière, car c’est là qu’était ma place.

Vous souvenez-vous du jour où l’on a annoncé la fermeture de Montfort?

Je m’en souviens. Je m’en allais vers ma clinique à Embrun et j’ai entendu ça à la radio. J’étais estomaquée. Quand je suis arrivée au bureau avec mes collègues, j’étais en larmes. C’était inconcevable, j’y pense encore aujourd’hui et je me dis  »Comment ont-ils pensé faire ça? ». Ma réaction initiale était de la tristesse et une grande déception pour moi et je savais que je n’allais pas pratiquer en anglais dans un autre hôpital. Je n’étais pas faite pour compromettre mes idéaux linguistiques. Pour moi, c’était un gros deuil, car c’était comme la fin de ma carrière hospitalière.

Mais vos larmes se sont vite transformées en colère…

Le deuil n’a pas duré longtemps. C’était la journée même. Je sentais qu’il y avait une sorte de lionne en moi qui avait brusquement été réveillée. Ça ne pouvait pas se passer comme ça et il y a eu un mouvement qui s’est créé assez rapidement et je me suis impliquée. C’était dans ma nature et je tiens ça de ma mère qui a toujours été une militante pour la cause franco-ontarienne. J’ai toujours eu ma langue et ma culture à cœur. C’était alors très naturel pour moi de me battre avec toute la population.

La Dre Lockman (a l’extrême droite) remettant un prix en compagnie du doyen de l’Université d’Ottawa de l’époque, dont elle avait dénoncé la position. Gracieuseté

Alors que vous étiez stagiaire à Montfort et étudiante à la faculté de médecine, vous n’avez pas hésité à aller à l’encontre de l’Université d’Ottawa publiquement en dénoncant leur position. Expliquez-nous?

J’étais un peu comme la jeune qui se révoltait (rires). Le doyen à l’époque disait que l’université pouvait facilement former les étudiants en français (si Montfort fermait) et je savais que c’était complètement faux. Je me suis dit  »Bien, voyons donc ». J’étais fraîchement sortie du système d’enseignement de la médecine à Ottawa et j’avais principalement travaillé à Montfort, mais aussi au CHEO (Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario), à l’Hôpital général qui était jadis associé au Campus civique de l’Hôpital d’Ottawa. C’était absolument inconcevable de penser qu’il y avait un moyen de former des étudiants en français (…) J’étais particulièrement consciente de la menace de l’anglais qui pesait sur nous, les Franco-Ontariens.

Ce ne sont pas toutes les jeunes docteures tout juste sorties de l’école qui auraient ainsi pris la parole publiquement. Craigniez-vous pour la suite de votre carrière en faisant cela?

Pas du tout. Je n’avais aucunement peur, car je savais que j’avais raison. J’ai toujours eu la force de mes convictions et j’ai toujours été prête à prendre des risques pour des choses qui me tiennent à cœur et c’était quelque chose qui me tenait à cœur. Je ne sentais aucune menace et je n’avais jamais senti que c’était un risque pour ma carrière. Je n’ai aucun regret encore aujourd’hui.

Étiez-vous présent lors du grand rassemblement du 22 mars 1997 au Centre municipal d’Ottawa?

J’étais membre de l’équipe médicale s’il y avait une urgence, donc je travaillais si on veut. C’était complètement euphorisant. De voir les autobus arriver avec les gens, c’était complètement irréel, on ne s’attendait pas à ça. De voir le centre municipal se remplir ce jour-là me donnait les larmes aux yeux… Je n’étais pas dans le comité, mais à chaque fois qu’il y avait une manifestation, j’étais là avec mon drapeau.

La Dre Lockman a vécu les événements de 1997 au plus près. Gracieuseté

Vous travailliez au même moment où la cause était portée devant la Cour et sur la scène publique. Les patients vous en parlaient-ils beaucoup?

Au tout début, oui, mais une fois que l’équipe avait été montée pour aller s’obstiner à Queen’s Park, disons que non, car on laissait ça entre les mains de Ronald Caza et sa bande. La vie continuait, on avait du boulot à faire. J’étais très présente à l’hôpital, car j’étais impliquée dans divers départements, en plus de ma pratique à Embrun, alors ça roulait. Ça n’avait rien changé… Je crois que les gens appréciaient qu’on se batte et on l’entendait particulièrement dans Prescott Russell, qui était très francophone à l’époque.

Le 7 décembre 2001, la Cour d’appel de l’Ontario donnait raison à la cause de Montfort. Quelle a été votre réaction ce jour-là?

Je m’en souviens certainement. La bataille avait été gagnée, mais il y a toujours un petit quelque chose qui faisait en sorte qu’on ne pouvait pas pleurer de joie, car on savait que c’est toujours à recommencer en tant que minorité linguistique. C’était excitant, mais en même temps on se rendait compte qu’on était vulnérable et on se demandait quelle serait la prochaine insulte au peuple. Donc oui, c’était super excitant et c’était un soulagement, car ça faisait plusieurs années que ça trainait, mais il y avait un petit côté craintif.

Vous avez dit que l’annonce de la fin de Montfort en 1997 signalait un deuil pour vous. Aviez-vous peur de perdre cette cause?

Quand tu as Ronald Caza dans ton équipe, tu ne peux quasiment pas douter d’une défaite. Il avait toute une équipe à l’époque avec lui, notamment Michel Gratton, qui était tout un stratège, et Gérald Savoie. C’est dans ma nature, j’ai toujours eu confiance. Je me disais qu’avec l’équipe qu’il y avait, si on ne réussissait pas à gagner, ça serait fini pour de bon et ça n’a jamais été une option que tout soit fini pour de bon (…) Au début, on parlait de faire de Montfort une clinique externe. Ce n’était donc absolument pas une victoire tant qu’on n’avait pas récupéré tous nos acquis.

La docteure Julie Lockman
Pour la docteure Julie Lockman, il est important de garder en mémoire cette crise. Gracieuseté

Vous avez aussi votre propre cabinet de pratique privée à Embrun, mais êtes-vous encore investie dans les activités de l’Hôpital Montfort?

Je suis encore membre associée. J’ai continué à faire de l’obstétrique jusqu’à il y a deux ans passés, donc j’ai accouché des enfants pendant 24 ans et après ça, la pandémie s’est déclarée. J’ai alors travaillé à la clinique COVID-19 de Montfort. Donc oui, suis restée fidèle à mes premiers amours.

Entretenez-vous l’espoir que la cause de Montfort ne tombe pas dans l’oubli pour les futures générations?

Je l’espère ardemment. Je pense que c’est important qu’on garde ces souvenirs-là dans notre imaginaire collectif et c’est important que les jeunes sachent ça. Les jeunes vont dire  »Regardez la vieille avec ces histoires d’il y a 25 ans passés », mais je vais continuer à le marteler et c’est ultra important là. C’est sûr, je le souhaite. »

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LES DATES-CLÉS DE JULIE LOCKMAN

1968 : Naissance à l’Hôpital Montfort (Ottawa)

1993 : Début de son stage à l’Hôpital Montfort

1996 : Création de sa clinique de pratique privée à Embrun

1996 : Devient médecin de famille à l’Hôpital Montfort

1998 : Devient présidente du conseil des médecins de l’hôpital

2022 : 25 ans de la crise SOS Montfort

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Qu’est-ce qu’une maison, vraiment?

On a tous une vision différente de ce que représente notre chez-soi. Pour certains, le logement sert avant tout de lieu de rassemblement. Pour d’autres, la maison représente une preuve de réussite; une étape de vie nécessaire. Certains s’attachent à leurs quatre murs alors que les plus nomades y accordent peu d’importance. On vous présente six témoignages, six visions différentes de ce que symbolise la maison. Un vidéoreportage d’Éric Bachand.

Aventure virtuelle aux pays des bibliothèques… et plus!

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de voyager et d’explorer certaines des bibliothèques les plus magnifiques que le monde ait à offrir. Cette semaine, parmi les activités à découvrir, le célèbre réalisateur québécois Robert Lepage nous emmène dans un voyage au-delà de notre imagination.

Théâtre

Le spectacle Dog Rising de Clara Furey

La Nouvelle scène Gilles Desjardins à Ottawa présente le spectacle Dog Rising de la chorégraphe et performeuse franco-canadienne, Clara Furey. Cette pièce contemporaine d’une heure explore le mouvement du corps dans toutes ses capacités avec trois danseurs qui se déplacent de manière ritualiste, en synchronisation autant qu’en dissonance, aux vibrations d’une bande-son viscéralement hypnotique.

Le spectacle Dog Rising. Crédit image : Kinga Michalska

Assistez au spectacle Dog Rising à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins du 17 au 19 mars 2022. Vous pouvez acheter vos billets ici pour réserver votre place.

Littérature

29e Salon du livre de Toronto

Des ateliers de musique, un concert, un brunch et l’occasion de décortiquer l’esprit de plusieurs auteurs littéraires émergent du Canada français sont à votre disposition ce week-end en cette nouvelle édition qui aura lieu sur le campus de la nouvelle université ontarienne, l’Université de l’Ontario français.

Cependant, cet amour pour les livres s’étend bien au-delà du français cette année. En collaboration avec le UNF Toronto Rare Book Collection, une association qui a pour but de conserver des livres ukrainiens rares dont plusieurs ont des centaines d’années, mettra en valeur une collection d’anciens livres riches en histoire ukrainienne en solidarité avec son peuple.

Crédit image : Salon du livre de Toronto.

Assistez à la 29e édition du Salon du livre de Toronto du 19 au 20 mars 2022 à l’Université de l’Ontario français.

Concert

Natasha Kanapé en deux parties au campus de l’UOF

Francophonie en fête présente, en partenariat avec le Salon du livre de Toronto, un concert de l’artiste innue, Natasha Kanapé Fontaine. La poète-performeuse et militante pour les droits autochtones, partagera sa scène en deux parties avec l’auteur-compositeur-interprète et poète acadien, Frederic Gary Comeau et le musicien Manuel Gasse qui sera au piano et guitare en accompagnement.

L’artiste Natasha Kanapé. Crédit image : Photo fournie par Francophonie en fête.

Assistez au concert de Natasha Kanapé le 19 mars à 18h au campus de l’Université de l’Ontario français. Vous pouvez acheter vos billets ici pour réserver votre place.

Podcast

Departure Lounge : un podcast qui cherche à relancer le tourisme en Ontario

L’un des secteurs les plus durement touchés par la pandémie n’a été autre que celui du tourisme. Des experts du secteur partageront leurs points de vue et conseils quant au maintien de sa prospérité continu en contexte pandémique dans ce nouveau podcast composé de cinq épisodes. Bien qu’il s’agisse d’une production anglophone, une touche francophone laisse ses traces à travers la recherche effectuée par ses deux collaborateurs, Frédéric Dimanche, directeur de l’École Ted Rogers en gestion du tourisme et de l’hôtellerie à l’Université Ryerson et Louis-Étienne Dubois, professeur adjoint à l’École des industries créatives de l’Université Ryerson qui se spécialise notamment dans la technique de gestion employée par le secteur.

Le podcast Departure Lounge. Crédit image : Photo fournie par le Festival Ontario Culture Days.

Vous pouvez écouter le premier épisode du podcast Departure Lounge dès maintenant en numérique sur Apple PodcastsSpotify, Google Podcasts et plus!

Arts

Immersion virtuelle au cœur des plus belles bibliothèques du monde

L’artiste multidisciplinaire québécois, Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina s’installent à Toronto pour nous livrer une expérience pas comme les autres. Il s’agit de l’exposition The library at Night, où l’on sera transportés vers les bibliothèques les plus iconiques du monde. Certaines réelles et d’autres, imaginées. Du Mexique à Sarajevo en passant par la Bibliothèque du parlement du Canada, les participants se permettront un voyage dans le temps grâce à la réalité virtuelle qu’apportent les casques VR. L’exposition est inspirée de l’ouvrage La bibliothèque, la nuit, de l’écrivain argentino-canadien Alberto Manguel.

L’exposition immersive La bibliothèque, la nuit. Crédit image : Photo fournie par Ex Machina.

Vous pouvez assister à l’exposition immersive The Library at Night du 10 mars jusqu’au 18 avril 2022 à Toronto. Achetez vos billets sur le siteweb de Lighthouse Immersive.

Cinéma

Le mois de la francophonie se poursuit à Cinéfranco

On vous rappelle que Cinéfranco et le Petit Septième lancent une programmation dédiée au Mois de la francophonie. Jusqu’à la fin du mois de mars, deux films vous attendent chez vous chaque week-end. Prévu cette semaine c’est le drame sociopolitique L’horizon de Émilie Carpentier (2022) et Tom Medina de Tony Gatlif (2021), l’histoire d’un jeune homme qui débarque en Camargue au sud de la France, à la découverte du métier de gardian.

Le film Tom Medina (à gauche). Le film L’horizon (à droite). Source : Cinéfranco. Montage ONFR+.

Tom Medina et L’horizon sont disponibles en ligne cette fin de semaine du 18 au 20 mars 2022. Vous pouvez acheter vos billets sur le site web de Cinéfranco.

La levée du port du masque obligatoire à l’école divise

Qu’ils soient membres du personnel ou parents d’élèves, la levée de l’obligation du port du masque à compter de lundi prochain est loin de faire l’unanimité dans le milieu éducatif, d’autant qu’elle coïncide avec le retour des vacances d’hiver

Il y a ceux qui ont accueilli la nouvelle avec enthousiasme et ceux qui s’en méfient comme de la peste. Il s’agit de la récente décision du gouvernement progressiste-conservateur de l’Ontario qui abroge l’obligation du port du masque, y compris dans les écoles publiques de la province. Et c’est bien là où les avis divergent.

« Les ressentis des parents en Ontario sont partagés. On n’a pas eu le temps de faire un sondage sur le phénomène, mais d’après nos données recueillies en janvier, je vois plus de parents qui sont prêts à abandonner le port du masque parce qu’ils veulent revenir à la normale et aller de l’avant », observe Paul Baril, président du réseau Parents partenaires en éducation.

Paul Baril, président du réseau Parents partenaires en éducation. Gracieuseté

« Certains parents vont jusqu’à nous demander d’imposer le masque même si cette restriction est levée, mais on n’a pas le droit de faire ça », confie Denis M. Chartrand, président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO).

Ce dernier tient à préciser que l’ACÉPO ne s’est pas encore réunie pour discuter de cette décision, raison pour laquelle il ne livre là qu’une opinion personnelle : « Ce que j’aurais aimé plutôt voir, c’est une levée partielle. En d’autres termes, on aurait pu continuer à garder le masque, tout simplement pour voir si la réduction du nombre des cas dans les écoles se poursuit ou pas. Je pense que cela aurait été plus judicieux que d’enlever toutes les restrictions d’un seul coup parce qu’on ne sait pas quelle va être la réaction du virus au sein de l’école. »

Denis M. Chartrand, président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario. Archives ONFR+

Même son de cloche chez les responsables du Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales comme le fait savoir Néomie Duval, directrice par intérim aux services des communications du Conseil.

« Notre Conseil est d’avis que les décisions en matière de transmissions de maladies infectieuses relèvent des experts de la santé publique. Nous avons toujours respecté leurs avis et ça nous a bien servi jusqu’à maintenant. Toutefois, nous aurions préféré une approche plus graduelle afin de suivre l’évolution de la levée des mesures sanitaires. »

Si les mots des responsables du secteur sont plutôt moulés dans la retenue, ceux des parents qui sont opposés à l’abandon du port du masque le sont beaucoup moins.

Les parents opposés à cette décision donnent de la voix

« Cette décision n’a aucun sens parce que les seules défenses qu’on a contre la COVID-19 sont les masques et les vaccins. Ce n’est pas le bon moment de les enlever avant d’avoir vacciné les moins de cinq ans. J’en veux pour preuve le fait qu’avec d’autres parents ont a mis la pression sur la direction pour obtenir le nombre de cas quotidien, et je peux vous dire qu’on a eu plus de cas pendant les neuf dernières semaines que pendant les deux dernières années », avance Jean-François Pagé, père d’un garçon de cinq ans inscrit à l’école La Mosaïque appartenant au réseau Viamonde. 

Jean-François Pagé, père d’un garçon de cinq ans. Gracieuseté

L’un des facteurs mis en avant par ce père en colère est le jeu politique. « C’est insensé qu’une chose aussi banale comme le masque médical soit devenue un objet politique. On sait que le niveau de popularité de Doug Ford a beaucoup baissé parce qu’il a perdu une partie de ses sympathisants de droite et cette décision d’arrêter le port du masque est une façon de les récupérer à la dernière minute. Jouer de la politique avec la vie des individus, c’est immonde. »

Sollicité à ce sujet, le Conseil scolaire Viamonde, par la voix de son directeur de la communication, Steve Lapierre, a indiqué ne pas prendre de position sur les questions qui relèvent des compétences d’autres ministères ou organismes, tel que la santé. « Le Conseil applique les directives et recommandations reçues des bureaux de santé publique ou du ministère de la Santé. »

Le plus grand conseil scolaire de l’Ontario fait bande à part

Alors que tous les conseils scolaires publics francophones contactés pour les besoins de ces lignes disent respecter la décision gouvernementale à la lettre, ce n’est pas le cas du Conseil scolaire du district de Toronto (TDSB). En effet, ce dernier a demandé aux autorités de tutelle un délai supplémentaire pour supprimer les mesures COVID-19, dont le port du masque.

L’initiative n’a pas manqué de s’attirer les foudres de certains parents, à l’instar de cette jeune maman franco-ontarienne qui a préféré témoigner sous couvert d’anonymat : « Je suis furieuse que le TDSB ne respecte pas les recommandations gouvernementales et de la santé publique. Ils font leurs propres règles. Nos enfants ont assez enduré les difficultés de la pandémie. Ils ont accumulé du retard sur le plan langagier et sur le plan des habiletés sociales selon les avis des intervenants et des pédiatres. »

Et de conclure : « Je n’enverrai pas mon enfant à l’école pour un enseignement en présentiel aussi longtemps qu’ils n’auront pas enlevé le port du masque obligatoire. »

Régler la crise : une question de volonté politique à tous les étages

Face à un accroissement démographique constant et une augmentation des prix de l’immobilier plus rapide que celle des revenus de la population, les gouvernements successifs ont eu, à maintes reprises, la possibilité d’agir. Ils ont pourtant choisi de ne pas le faire. En initiant un sommet inédit pour sortir de cette spirale inflationniste, le gouvernement Ford a forcé le destin, à l’aube des élections. Mais les solutions ne font pas l’unanimité et laissent présager des résistances à plusieurs niveaux.

Ce qui est rare est cher. Devant cette logique implacable, le groupe d’étude sur le logement mandaté par le gouvernement suggère dans ses conclusions d’accélérer les constructions tous azimuts pour élargir l’offre de logement le plus rapidement possible. L’objectif est ambitieux : sortir de terre 1,5 million d’unités en dix ans.

Pour l’atteindre, tous les moyens sont bons : revoir de fond en comble les politiques d’aménagement, assouplir les règles de zonage et d’exclusion, limiter les abus de procédures d’appel ou encore éliminer des règles liées au design et au caractère du quartier.

Ces simplifications de procédures doivent libérer les entraves à la construction et accroître le nombre de logements disponibles, provoquant mécaniquement une baisse des prix par l’ajustement de l’offre à la demande. Mais derrière cette vision quantitative, plusieurs failles et enjeux s’esquissent.

Plus de logement ne veut pas dire plus d’abordabilité

La première est qu’on a perdu de vue le but premier de la manœuvre : rendre le logement abordable. C’est ce qu’assure Steve Pomeroy, chercheur à l’Université Carleton.

« Conclure que c’est en augmentant l’offre qu’on va faire baisser les prix n’est pas vrai selon moi. Toutes les unités à l’achat et à la location créées ces cinq dernières années s’alignent sur les prix du marché. Si on veut vraiment résoudre la crise de l’abordabilité, on doit agir sur les prix en réduisant la taille des unités et sur l’offre abordable en finançant les organisations sans but lucratif. »

Les défenseurs du droit au logement croient qu’au-delà de développer le marché privé, le gouvernement doit en effet diversifier son approche pour répondre aux difficultés des plus vulnérables, notamment en investissant dans des projets coopératifs et non lucratifs qui allient bas loyers et services sociaux.

Bahar Shadpour, responsable de la politique, de la communication et de l’engagement au Centre pour les droits à l’égalité dans le logement (CERA). Gracieuseté

Les plus exposés dans cette crise sont d’abord les locataires, rappelle Bahar Shadpour, responsable de la politique et de l’engagement au Centre pour les droits à l’égalité dans le logement (CERA). « Ils ont moins de revenus que les propriétaires et font face à des situations d’éviction, de harcèlement et sont dans l’incapacité de quitter un logement sans courir le risque de ne pas trouver un autre toit. »

Cette réponse sociale versus la réponse économique dominante est au cœur d’une bataille idéologique à l’Assemblée législative de l’Ontario. Aux yeux des progressistes-conservateurs, c’est essentiellement un problème de marché : pour satisfaire la demande, il suffit d’augmenter l’offre pour briser la spirale inflationniste.

Pour les néo-démocrates, il faut au contraire englober des mesures contraignantes comme le contrôle des loyers, des taxes sur la spéculation et l’inoccupation ou encore l’interdiction des rénovictions – qui consistent à expulser des locataires sous prétexte de rénovations pour relouer un logement plus cher.

Jessica Bell, porte-parole de l’opposition officielle au logement, reproche d’ailleurs au gouvernement d’avoir abandonné les locataires en permettant aux propriétaires de logements construits après 2018 d’imposer des hausses de loyers illimitées.

« Le gouvernement pensait qu’en éliminant ce contrôle du loyer, il allait encourager la construction de logements locatifs », décrypte l’urbaniste Pierre Filion, « mais ça ne s’est pas du tout passé comme ça : au contraire, le stock de loyers devient encore moins abordable à chaque fois que quelqu’un déménage ou est mis à la porte de son logement ».

Les maires pris en étau entre population et investisseurs

Mais la province n’est pas la seule responsable dans cette crise. Les conseils municipaux ont en effet plusieurs leviers pour orienter la politique du logement. Ce sont eux notamment qui accordent les permis de construire aux promoteurs immobiliers. Ils ont aussi la latitude d’imposer un quota de logements abordables ou sociaux.

Toronto a ainsi pris de timides mesures pour éteindre le feu comme, en novembre dernier, l’adoption d’une règle de zonage inclusif imposant aux constructeurs de condominiums d’intégrer 5 à 10 % d’unités abordables dans les nouvelles tours situées à moins de 500 mètres des stations de transport en commun dès septembre prochain, 8 à 22 % d’ici 2030. Une taxe de 1 % sur les propriétés vacantes de la ville est également entrée en vigueur depuis le 1er janvier afin de pousser les propriétaires à louer leur bien.

John Tory, maire de Toronto, veut conserver les prérogatives municipales existantes en matière de logement. Archives ONFR+

Mais ces mesures ont une portée bien trop limitée, de l’avis de plusieurs experts. Un saupoudrage qui se retourne contre les municipalités aujourd’hui puisque la province tente de réduire leurs prérogatives comme le contrôle de la hauteur des immeubles ou encore le recours à la consultation publique.

Or, plusieurs maires, dont celui de Toronto, affichent leur hostilité à voir les élus de proximité dépossédés de tels pouvoirs, même si la province envisage un retour de balancier en récompensant les bons joueurs via un fond financier.

Pris en étau entre l’opinion publique et les investisseurs, les élus municipaux marchent sur des œufs, particulièrement en période pré-électorale, quitte à repousser les votes encombrants, comme à Toronto celui de la légalisation des maisons de chambres, considérées par beaucoup comme une des clés de l’abordabilité.

La lourde responsabilité du palier fédéral

Le gouvernement canadien a lui aussi sa part de responsabilité, pointé du doigt dans son manque de transferts de financement, depuis qu’il a délégué nombre de ses programmes aux provinces et aux municipalités dans les années 1990.

Lancé en 2017, sa stratégie nationale sur le logement, un vaste plan de plus de 72 milliards de dollars sur 10 ans, devait permettre de créer 160 000 nouveaux logements, combler les besoins en matière de logement de 530 000 familles, réparer et de renouveler plus de 300 000 logements, à travers le pays. En Ontario, 5,8 milliards de dollars de financement conjoints sur dix ans.

Steve Pomeroy, chercheur à l’Université Carleton. Gracieuseté

Mais au bout du compte, les résultats de cette stratégie sont contestables, d’après M. Pomeroy. « On ne connaît pas les résultats de cette stratégie car le gouvernement manque de transparence dans ce dossier », note le chercheur.

« Les premiers chantiers lancés qu’en 2019 commencent tout juste à être occupés. On a donc très peu de recul. Le gouvernement fédéral a fait une erreur stratégique en transférant des pouvoirs aux provinces tout en réduisant les fonds correspondants. Mais compte tenu de sa population, l’Ontario a eu sa juste part, comparativement aux autres provinces et territoires », relativise-t-il.

En finir avec les pré-carrés gouvernementaux

Sortir de cette crise passera immanquablement par la création d’un plus grand nombre de logements disponibles, mais ne pourra pas faire l’économie d’un arsenal d’outils législatifs pragmatiques pour atténuer les effets dévastateurs des rénovictions ou des augmentations exagérées de loyer.

« On doit être capable de protéger les locataires, de leur trouver des solutions de logement temporaire quand ils en ont besoin pour se prémunir du sans-abrisme », mentionne par exemple Mme Shadpour. « Au-delà du logement privé et du logement d’urgence, on doit trouver une voie médiane offrant une panoplie d’options de logements abordables à long terme. »

Brian Doucet, chercheur à l’Université de Waterloo. Gracieuseté

Cela passera aussi par une réelle collaboration des trois paliers de gouvernement. « Chacun d’eux a un rôle à jouer », souligne Douglas Kwan, directeur du Centre ontarien de défense des droits de locataires : « Le municipal a le pouvoir d’introduire du zonage inclusif, le provincial peut agir sur le contrôle des loyers et le fédéral dans l’apport de fonds. »

Cette collaboration n’aura toutefois de sens, selon Brian Doucet, chercheur à l’Université de Waterloo, que si les gouvernements se posent la bonne question : « Construire plus de logements pour qui? Les investisseurs? On a besoin d’un réel financement pour soutenir de nouveaux logements véritablement abordables et d’explorer plus sérieusement les options de contrôle des loyers et de taxes qui découragent la spéculation. Des mesures comme ça réorienteront l’offre vers les personnes qui ont vraiment besoin d’un logement. »

L’Ontario devrait s’inspirer d’autres grandes villes d’Amérique du Nord, ajoute-t-il, citant la règle 30-30-30 qui assure la mixité dans les quartiers de Montréal en intégrant des logements à 30 % abordables, 30 % sociaux et 30 % familiaux.

Et de saluer du même souffle le geste novateur de la ville de New Westminster en Colombie-Britannique, qui interdit par règlement les rénovictions en tenant les propriétaires pour responsables de l’hébergement alternatif de leurs locataires en cas de travaux, sous peine d’amendes. « C’est une initiative intéressante dont devrait s’inspirer l’Ontario. »

M. Kwan invite enfin à regarder les villes américaines comme San Francisco, Boston et New York qui pratiquent un zonage inclusif à deux chiffres, bien au-delà des pratiques des villes canadiennes.

Du 15 au 29 mars, retrouvez Au pied du mur, la série web d’ONFR+ qui explore la crise du logement en Ontario. Prochain épisode : Qu’est-ce qu’une maison, vraiment? vendredi 18 mars.

L’OIF adopte une résolution contre l’invasion russe, l’Ontario discret

PARIS – Pressée au cours des derniers jours de condamner l’invasion russe en Ukraine, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a finalement adopté, ce mercredi à Paris, un texte appelant à un cessez-le-feu immédiat et sans condition, lors de la 40e Conférence ministérielle de la francophonie, au 21e jour de guerre.

Alors que la question divise toujours sur la scène internationale jusque parmi les 88 membres de l’OIF, l’Europe s’est imposée d’une seule voix de façon forte et inédite, tandis que le Canada a fait preuve d’une approche coordonnée.

Si le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick ont enjoint l’organisation à prendre position au plus vite, ces derniers jours, l’Ontario s’est fait en revanche plus discret.

La sherpa de l’Ontario et sous-ministre des Affaires francophones, Marie-Lison Fougère, n’a d’ailleurs assisté à la conférence ministérielle que par visioconférence, là où d’autres représentants canadiens ont fait le déplacement en France, à l’image d’Isabelle Hudon, présidente de la Banque du Canada, ou encore du député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin.

Isabelle Hudon, présidente de la Banque du Canada. Source : OIF

Ce dernier a notamment fait une allocution sur la lutte contre la désinformation, en tant que vice-président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie.

Le bureau du ministère des Affaires francophones a toutefois souligné le vif intérêt qu’il portait à la situation en Ukraine et à la position de l’OIF. « L’Ontario est solidaire de l’Ukraine, de son peuple et de la communauté ukraino-canadienne de l’Ontario, et appuie la réponse du Canada à la situation actuelle en Ukraine, notamment les nouvelles sanctions imposées à la Russie et les diverses mesures de soutien à l’Ukraine », a indiqué Mathieu Paul Dumont, conseiller principal auprès le ministre Caroline Mulroney.

Et de féliciter le Canada pour son approche multilatérale solide en travaillant avec des partenaires internationaux pour coordonner sa réponse, notamment avec les États-Unis et l’Union européenne.

Une résolution adoptée « avec unité et fermeté »  

L’OIF a dans le passé condamné de nombreux conflits armés. En 2012, le Conseil permanent de la francophonie (CPF) avait décidé de suspendre les Instances francophones au Mali. Le 8 février 2022, le CPF condamnait le coup d’État militaire du 24 janvier et, conformément aux dispositions de la Déclaration de Bamako, suspendait le Burkina Faso des Instances de la francophonie.

L’organisation se dit pleinement investie au service de la prévention et de la résolution des crises et des conflits dans l’espace francophone, espace dans lequel l’Ukraine est membre observateur depuis 2006.

Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF. Source : OIF

En entrevue pour le journal Jeune Afrique, la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, expliquait au début du mois de mars que « la position (des membres et gouvernements de l’OIF) s’est exprimée différemment depuis le début du conflit. Notre organisation est une organisation dont le fonctionnement est basé sur le principe du consensus ».

Et c’est finalement ce consensus, qui a réuni pour la première fois depuis la pandémie, les États membres et gouvernements à se mobiliser face à l’invasion russe. « À l’issue des débats, les États et gouvernements membres ont adopté, avec fermeté et dans un esprit d’unité, une résolution sur l’Ukraine », a annoncé l’OIF via son service de communication.

Un cessez-le-feu immédiat réclamé

Par cette résolution, l’OIF « déplore dans les termes les plus énergiques l’agression militaire de l’Ukraine par la Fédération de Russie et condamne les violations du droit international, des droits de l’Homme et du droit humanitaire qui en découlent, y compris la violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine ».

Le texte de résolution réaffirme la solidarité de la francophonie envers le peuple ukrainien. Le lancement du « Plan AUF spécial Ukraine », en faveur des étudiants, enseignants, chercheurs et cadres dirigeants. La francophonie annonce également se mobiliser dans ses domaines de compétences.

L’OIF « appelle instamment à un cessez-le-feu immédiat et sans condition, au retrait par la Fédération de Russie de ses forces militaires et appelle à un règlement pacifique et rapide du conflit en cours ». 

Sollicitée par ONFR+, la sherpa de l’Ontario, Marie-Lison Fougère, a décliné nos demandes d’entrevue.

10 000 km à vélo pour lutter contre les agressions sexuelles

 
OTTAWA – C’est avec son vélo et une motivation inébranlable que la Franco-Ottavienne Chantal St-Onge s’est lancé un défi de taille. Celui de parcourir 10 000 km à vélo afin d’amasser 30 000 $ pour le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

Cet objectif ne lui est pas venu subitement, a-t-elle expliqué lors d’une présentation organisée à l’Université d’Ottawa, ce mardi. « J’ai eu besoin d’aide moi aussi et il a fallu des années pour qu’une personne m’écoute, j’ai vécu ses blessures. »

Chantal St-Onge le dit, sa vie a changé et ce n’est qu’un début, il y aura un avant et un après ce voyage. Elle raconte son projet comme une réelle introspection, son voyage elle le fait pour les victimes, mais aussi pour elle, « pour se défouler et pour réfléchir ». L’émotion est palpable, son fils et dans la salle et quelques hommes aussi.
 
« On m’a aidée, que ce soit mes amis ou ma thérapeute, alors j’espère que je vais aider d’autres victimes et d’autres survivantes avec ce voyage. »

Chantal St-Onge débutera son périple au printemps. Crédit image : Lila Mouch

Son périple débutera dès que les beaux jours pointeront le bout du nez. L’objectif de 10 000 km s’effectuera au Canada et en Europe. Chantal St-Onge a mis en place une page Facebook intitulée Je roule pour Calacs et qui servira de canal de communication, mais aussi d’espace pour la levée de fond. Une autre manière de contribuer sera d’accompagner Chantal St-Onge durant son périple.

Depuis 1995, le CALACS s’est engagé dans l’aide aux démarches, le soutien et l’écoute des victimes et des survivantes d’agressions sexuelles. C’est dans ce cadre que son antenne d’Ottawa réitère son mandat au service des femmes francophones.

« L’initiative de Chantal St-Onge est une grosse affaire, c’est la plus grande levée de fonds en 25 ans » nous révèle Josée Guindon, porte-parole du CALACS. « C’est plus facile pour les autres causes, il n’y a pas de déclaration à faire. Donner publiquement et en faire un événement, c’est dire : je crois les victimes. »

Des statistiques obsolètes

Si l’on cherche des données concrètes sur les agressions sexuelles commises en Ontario ou au Canada, toutes les statistiques sont obsolètes. La collecte d’informations, de chiffres et de témoignages par le gouvernement ou des entités légitimes manquerait cruellement de suivi.

D’après Josée Guindon, « ce manque de données est une barrière supplémentaire à la cause et c’est très frustrant. Les données que nous avons sont celles que nous collectons avec nos interventions. Nous sommes conscientes qu’il faut très souvent doubler ces chiffres, puisque toutes les victimes ne peuvent ni témoigner, ni sortir de ce carcan ».

Josée Guindon, porte-parole du CALACS Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

En tant que partenaire communautaire, le CALACS rencontrera dans une semaine les responsables du service des violences faites aux femmes et des agressions sexuelles de la Police d’Ottawa. Ils mettront en place un projet pilote afin de rouvrir des dossiers et enterrer les préjugés qui existent autour de certaines victimes, tout en travaillant sur les lacunes des services en français.

C’est aussi le mandat du Bureau des droits à la personne de l’Université d’Ottawa. Marie-Lou Villeneuve-Hobbs, intervenante en droits de la personne, le dit : « Non, ce n’est pas rare les dévoilements, que ce soit des étudiants ou des employés de l’Université, on voit bien que la demande est accrue. »

Marie-Lou Villeneuve-Hobbs, intervenante en droits de la personne. Crédit image : Lila Mouch

Depuis le mouvement Me Too et bien avant, depuis 2014 avec les deux incidents qui ont plongé l’Université dans le débat entourant la violence sexuelle, le campus met en place de nombreux accommodements et activités de sensibilisation.

« Il faut que la communauté universitaire se sente en sécurité », réaffirme Mme Villeneuve-Hobbs. « Il y a un service de protection à l’Université et notre mandat est d’être à l’écoute, dans le respect de la personne et d’évaluer les besoins. Il faut offrir du choix dans la démarche et les services. »

Le Salon du livre de Toronto fait son retour en mode présentiel

TORONTO La 29e édition Salon du livre de Toronto (SLT) se déroulera les 19 et 20 mars à l’Université de l’Ontario français. Les bibliophiles seront servis par une riche programmation qui inclue des auteurs tels que Michel Jean et Natasha Kanapé-Fontaine. L’événement se tiendra en personne, sans limites de participant, et l’entrée est gratuite.

« On a hâte de rencontrer les gens, de serrer des mains et de se regarder à nouveau sans l’intermédiaire d’un écran. On est vraiment heureux! », lance Valéry Vlad, président du SLT en entrevue avec ONFR+.

« On aurait dû l’organiser en février mais, vu qu’il y avait des restrictions sanitaires, on l’a repoussé et on a visé juste. Il n’y a plus de limitation quant au nombre de participants », ajoute-t-il.

Alors que le SLT se tenait habituellement à la Bibliothèque de Référence à Toronto pour y accueillir entre 6 et 7000 élèves, il se fera à l’Université de l’Ontario français puisque les écoles ont jugé qu’il était encore sanitairement trop tôt pour organiser des sorties, rapporte M. Vlad.

Le président du Salon du livre de Toronto, Valéry Vlad. Gracieuseté

Le SLT permet annuellement aux amateurs de livres de rencontrer leurs auteurs préférés de la francophonie canadienne en plus de faire découvrir les nouveautés du milieu littéraire.

« Quand j’ai participé à mon premier SLT, ça ne faisait pas longtemps que je vivais à Toronto », raconte l’autrice Tassia Trifiatis-Tezgel. « En y exposant, c’est là que je me suis dit Bon ok, je vis à Toronto. Je peux dire que je suis une écrivaine basée à Toronto. Je ne peux pas dire que je suis une autrice d’ici, mais je peux dire que je suis une autrice ici! »

Des activités sont prévues pour faire plaisir à toutes les générations de francophiles. Par exemple, les enfants pourront découvrir la batterie (toum et kak), le kalimba (piano à pouce) et une harpe africaine appelée zaa koua dans le cadre d’un atelier donné par le musicien d’origine camerounaise Njacko Backo. « Souvent ici les enfants ne savent pas que le français se parle en Afrique alors qu’il y a 27 pays francophones! C’est une grande découverte pour eux de rencontrer des artistes comme moi », explique l’artiste.

Le musicien Njacko Backo. Crédit image : Rodrigo Castro

« Dans une ville anglophone comme Toronto, il faut vraiment donner le goût et un sens à la langue française pour que les enfants y voient un avenir. Plus on travaille fort là-dessus, plus le bilinguisme va s’agrandir et ce sera bénéfique pour tout le monde! », ajoute-t-il.

Un héritage en question

Le thème mis de l’avant cette année au SLT est celui de l’héritage commun dans la diversité de la francophonie ontarienne. À ce titre, Tassia Trifiatis-Tezgel participera à une table ronde le samedi 19 mars à 15h avec pour sujet « L’héritage littéraire, un avenir de notre passé? ».

L’autrice Tassia Trifiatis-Tezgel. Gracieuseté

« L’héritage a toujours été un des thèmes qui revient dans mon œuvre, celui des identités multiples. Quand on sent qu’on n’a plus rien, qu’est-ce qui nous reste encore? », se questionne l’autrice québéco-greco-torontoise.

« L’héritage c’est ce qu’on a dans le passé et qu’on aura un jour. Celui de la francophonie ontarienne se construit au jour le jour. Chacun vient avec son héritage et cet héritage mis en commun est à tous. Un auteur qui écrit un magnifique livre sur les Grands Lacs africains, c’est également mon héritage même s’il n’y a rien de sanguin. Il faut de la paix et de la tolérance pour réussir cette alchimie », commente Valéry Vlad.

Incontournable Ukraine

Le Salon du livre de Toronto n’échappe pas à l’actualité. Afin de montrer sa solidarité envers la situation tragique du peuple ukrainien, le SLT a décidé de nommer Anastasia Baczynskyj comme présidente d’honneur. Ancienne directrice exécutive de la Ukrainian National Federation (UNF) de Toronto, de 2016 à 2021, elle est actuellement directrice de UNF rare books and archive collection, une association qui se propose de sauver des livres ukrainiens rares. 

Alors que l’identité du peuple ukrainien se voit niée, le SLT considère le livre comme une arme redoutable de défense du patrimoine culturel. « Le Salon du livre de Toronto et la UNF rare books and archive collection ont convenu d’un partenariat pour soutenir cette initiative qui se révèle d’une importance capitale compte tenu de la tragique situation en Ukraine », peut-on lire dans le communiqué de presse. 

L’autrice Anastasia Baczynskyj. Gracieuseté

Dans le contexte où de nombreux artistes d’origine russe voient leurs spectacles annulés un peu partout dans le monde occidental, Valéry Vlad précise sa pensée à ce sujet : « Les auteurs francophones d’origine russe sont les bienvenus au salon dans la mesure où ils prouvent qu’ils ne sont pas du côté des assassins du peuple ukrainien. »

2021, une année pénible pour l’immigration francophone en Ontario

Seulement 1,97 % de l’immigration en Ontario en 2021 était francophone, marquant une première année sous la barre du 2 % depuis 2016. Neuf ans après avoir établi une cible de 5 %, l’Ontario n’a encore jamais atteint son objectif. Le portrait est similaire pour le reste des provinces hors Québec.

2020 marquait pourtant une année à la hausse avec 4,09 % de nouveaux arrivants francophones. En 2021, l’Ontario a reçu un total de 198 085 nouveaux arrivants, dont 3900 maîtrisant la langue de Molière.

« Ce sont des chiffres décevants. On n’est pas vraiment surpris, car on pouvait les voir venir. Après l’année 2020, on pensait qu’on était sur la bonne voie après avoir atteint 4,09 % », rappelle Carol Jolin, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

AnnéePourcentage d’immigration francophone en Ontario ( %)
20151,54
20161,88
20172,01
20182,14
20193,42
20204,09
20211,97

Mais pour la professeure Luisa Veronis, 2020 était une anomalie.

« En 2020, l’immigration francophone comparativement à l’immigration en général a été moins impactée par la pandémie. Les bons chiffres en 2020 ne signifient pas qu’on a mieux performé, mais juste que l’immigration anglophone a moins bien performé », explique la titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa.

D’après celle-ci, les gros problèmes d’Immigration Canada surviennent en Afrique, le plus gros bassin en immigration francophone. Elle cite le cas du bureau de Dakar au Sénégal qui dessert parfois plusieurs pays à lui seul.

« Les bureaux d’immigration sont très éparpillés. Je crois qu’il y en a trois pour l’Afrique, un par région, ce qui fait qu’il y a un défi avec la pandémie avec la question des frontières et des voyages. La vie a était interrompue, donc les gens ne pouvaient pas se rendre dans un autre pays pour se rendre à l’entrevue. Il y a des solutions rapides et évidentes qui ne sont pas mises en place », affirme-t-elle, citant la possibilité d’ajouter des comptoirs de services dans des pays comme le Congo ou le Rwanda.

Le bureau de la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney n’avait pas répondu à nos demandes médiatiques au moment d’écrire ces lignes.

L’Ontario dans la moyenne canadienne

L’immigration francophone a représenté 1,95 % de tous les nouveaux arrivants canadiens. Tout cela malgré des niveaux records en immigration alors que le Canada a accueilli 405 000 immigrants, un record datant de plus de 110 ans. La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) s’explique mal encore un tel échec.

« C’est très difficile à comprendre. Ils disent que c’est difficile en pandémie, mais ce n’est pas clair, car en 2020, on avait commencé à voir une belle progression », soupire Liane Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Ce n’est pas juste en Ontario que l’immigration francophone a tiré de la patte. Le Manitoba qui possède une cible de 7 % a accueilli comme l’Ontario, 1,97 % de francophones. Le Nouveau-Brunswick n’a pas atteint sa cible de 33 %, recevant seulement 14,84 % de résidents francophones. Au niveau national, le tout reste très loin de la cible de 4,4 % en immigration francophone hors Québec, objectif ayant été raté depuis 2003 par le fédéral, relatait récemment un rapport du Commissariat aux langues officielles.

« Ça démontre que la cible de 4,4, % est désuète (…). Dans le projet de loi C-13, on parle d’avoir une politique en immigration francophone avec une cible, des objectifs clairs et une reddition de compte. Si on pouvait jumeler ça avec une nouvelle cible – une cible de réparation – ça pourrait changer les choses. On veut que cette politique montre ce que le ministère veut en termes d’immigration francophone », soutient Mme Roy.

De son côté, Carol Jolin demande au fédéral d’augmenter le nombre d’immigrants que l’Ontario pourrait sélectionner dans la catégorie économique.

« En 2020, l’Ontario avait dépassé sa cible de 5 % en choisissant ses immigrants. La province avait choisi 8350 personnes, et de ce nombre-là, l’Ontario s’est toujours assuré dans les dernières années d’atteindre la cible et c’est pour ça que l’Ontario demande de pouvoir choisir 13 000 immigrants (…). Chaque année durant laquelle on n’atteint pas 5 % en Ontario, on perd de notre poids démographique. »

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin.
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Archives ONFR+

Entrée express

Seulement 1,91 % des immigrants francophones sont passés par Entrée express, un programme fédéral vanté par le gouvernement Trudeau pour améliorer l’immigration francophone. En 2019, le fédéral avait allégé sa définition d’un immigrant francophone. Les chiffres avaient alors atteint des taux de 4 % et 5,22 % en 2019 et 2020 respectivement.

« Entrée express ne semble pas fonctionner très bien pour les francophones, mais ils semblent fonctionner très bien pour les autres groupes. C’est un système qui change constamment. Ils changent chaque mois le système de niveau de points. Est-ce que ce sont les employeurs qui ne vont pas piger des candidats ou des candidates qui sont coupés? On n’en sait rien », relate la chercheuse de l’Université d’Ottawa.

Le ministre de l’Immigration Sean Fraser avait dit aux parlementaires, il y a quelques semaines, vouloir traiter la cible de 4,4 % « comme le plancher minimum à atteindre et pas le plafond ». Le bureau du ministre Fraser n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue au moment de publier l’article.

« Le gouvernement dit que l’immigration francophone est une priorité, mais quand on regarde n’importe quelle catégorie, les candidats des provinces, la réunification familiale, les étudiants internationaux et Entrée express, aucun ne fonctionne. C’est aberrant », signale Mme Veronis.

Élections ontariennes : l’AFO dévoile ses propositions pour la francophonie

Main d’œuvre, santé, espace francophone, secteur non lucratif… L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a publié, ce mardi, sa plateforme de revendications pour faire avancer les intérêts de la communauté franco-ontarienne, en vue des élections provinciales du 2 juin prochain.

« D’ici la prochaine élection, nous allons rencontrer le plus de candidats possible afin de les sensibiliser à notre document. Nous voulons qu’un maximum d’entre eux soit bien conscient des priorités de la francophonie », explique le président de l’AFO, Carol Jolin, en entrevue avec ONFR+.

Dans son programme électoral, l’AFO a décidé de mettre de l’avant les enjeux de la pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue, l’accès aux soins de santé et aux soins de longue durée en français, l’agrandissement de l’espace francophone en Ontario ainsi que le soutien aux organismes sans but lucratif (OSBL).

Les solutions à la pénurie de main-d’œuvre

Un des principaux secteurs frappés par la pénurie de main-d’œuvre francophone est l’éducation. En 2030, la région Centre-sud-ouest, à elle seule, manquera de 170 000 diplômés postsecondaires francophones.

Afin de pallier la pénurie, l’AFO souhaite que le prochain gouvernement provincial améliore le continuum de l’éducation en langue française de la petite enfance au postsecondaire. Pour ce faire, l’Assemblée réclame notamment la création d’un réseau d’universités francophones inspiré de celui du Québec.

Selon l’AFO, les solutions à la pénurie de main-d’œuvre viennent aussi de l’immigration francophone. À ce sujet, l’organisation porte-parole des Franco-Ontariens revendique une amélioration dans la reconnaissance des acquis des immigrants et que l’Ontario continue d’atteindre sa cible annuelle de 5 % d’immigrants francophones.

Finalement, l’AFO demande au gouvernement ontarien de développer une stratégie pour attirer davantage de finissants provenant de l’immersion en français dans les collèges et universités francophones.

Une francophonie en santé et en expansion

« Les aînés francophones représentent 5,5 % des aînés de la province (75 ans et plus), mais seulement 1,9 % des foyers de soins de longue durée sont désignés sous la Loi sur les services en français et 0,05 % ont une désignation culturelle », peut-on lire dans le programme de l’AFO.

Afin de renverser cette situation, l’organisation demande la création de carrefours multiservices et de centres de santé communautaire en plus de développer les points de service dans les régions peu desservies en français.

L’AFO est également favorable à l’assujettissement des bureaux de santé publique locaux à la Loi sur les services en français.

« On veut une grande région désignée et c’est l’Ontario » – Carol Jolin, président de l’AFO

La loi sur les services en français a été modernisée en décembre dernier. Elle accorde notamment au gouvernement le pouvoir de désigner des services devant être offert en français même dans les régions non désignées francophones. Près de 20 % des Franco-Ontariens habitent actuellement dans ces régions non désignées.

« On veut une grande région désignée et c’est l’Ontario! », lance Carol Jolin qui ne démord pas de cette revendication.

Le président demande aux candidats de se prononcer sur les services gouvernementaux qui devraient être offerts en français dans les régions non désignées.

Aider les organismes communautaires

Finalement, l’AFO souhaite un meilleur appui aux OSBL dans le cadre de la relance économique post-pandémie. Il y a actuellement environ entre 300 et 400 OSBL francophones sur 50 000 en Ontario. L’AFO souhaite que le prochain gouvernement dédie un office et un ministre à ces organismes. De plus, l’Assemblée demande au gouvernement provincial de mieux les outiller dans leurs obligations face à la Loi sur les services en français en plus de réduire leur fardeau administratif.

Pourquoi est-ce si difficile de se loger en Ontario?

La crise du logement fait les manchettes partout au pays, mais la situation en Ontario est particulièrement difficile. Le rêve de devenir propriétaire s’estompe de jour en jour, et dénicher un loyer abordable relève presque du miracle. Comment en est-on arrivé là? Pour lancer notre série sur la crise du logement en Ontario, on vous propose ce premier tour d’horizon, question de comprendre l’ampleur du problème et ses causes.

Un enseignant franco-ontarien piégé par des activistes anti-pédophilie

TORONTO – Une association qui traque les prédateurs sexuels allègue avoir piégé un enseignant d’une école secondaire franco-torontoise après s’être fait passer pour un mineur, avoir échangé des messages et convenu d’un rendez-vous, via un site internet de rencontre. Le Conseil scolaire Viamonde a mis à l’écart son employé, le temps qu’une enquête interne fasse la lumière sur ces allégations.

Tournée le 12 février dernier, une vidéo circule sur YouTube, cumulant plus de 8000 vues. On y voit des échanges de messages sur le site de rencontre Grindr entre un supposé mineur et un adulte au courant de l’âge du jeune. Les deux protagonistes conviennent alors d’un rendez-vous mais sur place, pas d’adolescent : l’adulte se retrouve face à des activistes de Regional Deviant Watch, un groupe qui traque les prédateurs sexuels dans le Niagara.

La scène est également filmée. Questionné à son arrivée devant un logement, l’homme affirme rentrer chez lui, avant de reculer et prendre la fuite en voiture. La plaque d’immatriculation relevée par les activistes, leur aurait permis de déterminer l’identité du propriétaire de la voiture et de faire le lien avec son profil Linkedin qui depuis a été retiré du web.

Mise à l’écart et enquête en cours

Le Conseil scolaire Viamonde a depuis suspendu son employé. « Une publication sensible impliquant un membre du personnel d’une école secondaire du Conseil circule actuellement dans les médias sociaux. Étant donné la nature de la publication, nous avons enclenché un processus d’examen interne en plus de porter la situation à l’intention des autorités, qui décideront des étapes à suivre », peut-on lire sur une note interne adressée aux parents le 18 février et dont ONFR+ détient copie.

Le Conseil Viamonde a « exigé que la personne représentée dans cette vidéo ne soit pas présente dans les écoles du Conseil », souligne la note aux parents.

« Tout ce que je peux dire à ce stade, c’est que, dès qu’on a été mis au courant de cette vidéo circulant dans le net, des actions ont immédiatement étaient prises pour mener une enquête interne qui se poursuit actuellement » , indique le directeur de la communication du Conseil, Steve Lapierre. Et de poursuivre : « En attendant que les conclusions de cette enquête soient disponibles, la personne en question ne sera pas présente dans nos écoles. »

À la lumière de ces allégations et de cette vidéo virale, des parents d’élèves ont manifesté leurs troubles. « Après le choc et la surprise qu’a suscité la vidéo en moi, c’est maintenant l’inquiétude qui prédomine, d’autant plus que ce monsieur était loin de tout soupçon auprès des parents », confie, sous couvert d’anonymat, une mère de famille qui dit suivre avec attention la suite de la procédure.

Plus de vingt cas rapportés à la police selon un activiste

« On a tout envoyé à la police et aux détectives le soir-même et averti le conseil scolaire », relate un des auteurs de la vidéo et membre de Regional Deviant Watch, affirmant avoir piégé plus d’une vingtaine de présumés prédateurs.

Les autorités tentent de dissuader ces traques car elles font courir des risques à ceux qui les entreprennent. Mais le militant estime que c’est son devoir de mettre hors-circuit les présumés prédateurs, afin de faciliter le travail des enquêteurs.

« On fait ça pour protéger nos enfants », justifie-t-il, souhaitant conserver lui aussi l’anonymat afin de pouvoir poursuivre ses activités. « On le fait pour que les gens savent ce qui se passe. »

Il nous explique comment il procède : « Je m’inscris sur une application avec le profil d’un jeune homme de 18 ans, parce que l’application n’accepte pas les mineurs, ensuite j’attends qu’on me contacte. Ce point est très important : on n’entre jamais en contact en premier. Ensuite, j’échange mon numéro avec la personne et, par textos, je lui annonce, à plusieurs reprises, que je suis un garçon de 15 ans. Si cet âge ne le dérange pas, on se donne rendez-vous pour un éventuel acte sexuel. »

Une fois que la personne qui pense avoir rendez-vous avec un adolescent arrive sur place, le piège se referme. L’auteur du faux profil ainsi que ses collègues surgissent pour filmer l’arrivée du suspect sur les lieux du rendez-vous. Puis, ils le confrontent sur les motifs de sa venue. Après quoi, la vidéo et les échanges écrits sont diffusés sur le web et envoyés également à la police.

C’est ce scénario qui s’est déroulé avec l’enseignant franco-ontarien. « Celui-là était particulièrement méfiant », prétend l’activiste, qualifiant de facteur aggravant le fait qu’il travaille en milieu scolaire, au contact de jeunes. « Je suis complètement sidéré. »

ONFR+ n’a pas été en mesure de joindre l’enseignant, dont toute trace a été effacée sur les réseaux sociaux. Le Service de police de la région de Niagara n’a pas divulgué si une enquête était en cours et affirme qu’aucune charge ne pèse sur lui au moment où nous écrivons ses lignes.

Article écrit co-signé avec Rudy Chabannes.

La chanteuse Cindy Doire puise l’inspiration dans ses émotions

[LA RENCONTRE ONFR]

TIMMINS – Auteure, compositrice et interprète franco-ontarienne, Cindy Doire a produit quatre albums et compose sa carrière musicale avec sa vie de mère famille dans le Nord de l’Ontario. Elle revient sur son parcours discographique, ses défis et son rapport à la langue française.

« Votre premier album La vie en bleu (2008) traite surtout du thème de l’amour déçu. D’où vous est venue cette inspiration?

Mon premier album en français n’était pas évident. Il y a un défi supplémentaire qui va avec le processus de création. J’avais vécu une peine d’amour. J’étais dans la vingtaine. Je me cherchais. Je venais de finir mes études à l’Université Laurentienne. C’était une grande transition de prendre un congé de mes études pour me concentrer sur ma vie d’artiste.

Racontez-nous le processus pour sortir votre premier album…

Le réalisateur et professeur de musique de Sudbury, Daniel Bédard, m’a encouragé à créer cet album. Il m’a aidé à aller chercher une subvention au Conseil des arts de l’Ontario. J’ai eu la bourse de l’Ontario pour faire un album. C’est grâce à ces appuis que j’ai pu réaliser mon projet. Je ne savais pas ce que c’était de sortir un album. Je ne faisais que jouer et écrire de la musique pour le besoin de créer qui était plus fort que moi. J’ai pris cette chance pour voir ce que ça donnerait puis ça a créé toute une carrière.

En quoi la création en français représente une épreuve plus importante?

Je suis Franco-Ontarienne du Nord. Je dirais que j’étais pas mal assimilée, que j’avais enterré ma langue. À la fin de mes études en langues modernes, j’irais jusqu’à dire que mon espagnol était meilleur que mon français! J’étais vraiment déconnectée de mes racines. Je n’avais pas la fierté d’être francophone. Mon premier album m’a reconnecté avec qui j’étais et a enrichi ma vie comme personne et artiste.

La pandémie a éloigné la chanteuse de la scène. Gracieuseté

Est-ce que l’on s’en rend compte lorsqu’on se déracine au fur et à mesure?

L’influence de la langue anglaise, tu ne la réalises pas. À l’école, ce n’était pas très cool d’être francophone. Dans les corridors au secondaire, tout le monde se parlait en anglais. On entendait tout le temps les professeurs nous demander de parler français. On ne les écoutait pas. Tout le monde voulait se parler en anglais. J’entends la voix de mes parents « Parle-nous en français! », mais quand on est adolescent c’est plus important de connecter avec nos amis.

Comme Franco-Ontarienne, j’avais aussi le complexe de ne pas bien m’exprimer en anglais et en français. Quand je regardais la scène francophone et je craignais avoir de la misère à m’intégrer. En anglais, j’avais les mêmes défis avec mon accent francophone.

Quand mon père est décédé en 1998, j’ai réalisé la fierté que j’avais à parler sa langue. Je repensais à ce qu’il me disait plus jeune et j’ai compris ce qu’il voulait dire. Son décès a déclenché un besoin en moi de savoir d’où je venais et qui j’étais.

Comment percer en Ontario en tant qu’artiste francophone?

La scène franco-ontarienne est très riche. Quand j’ai commencé mon album, j’ai connecté avec l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). Avec leurs démarches, j’ai pu me placer dans des organisations. C’est vraiment une petite famille la scène franco-canadienne. Ils t’accueillent avec les bras ouverts. Ils m’ont expliqué tout ce qui touche à la distribution. J’ai trouvé les outils que j’avais besoin pour évoluer comme artiste.

Quelles ont été vos inspirations au moment de créer votre second album, Chapeau de pluie, en 2009?

L’inspiration vient des émotions, de l’expression humaine, de comment je vis la vie. Une image, une histoire, une idée entre dans ma tête puis une fois en processus de création je la développe à un plus grand niveau que simplement ce que moi j’ai vécu. Sortir de notre vécu est une grande liberté, mais il reste toujours quelque chose de personnel.

Cindy Doire sans cesse en quête de sonorités nouvelles. Gracieuseté

Pour quelles raisons avez-vous produit votre troisième album Sticks and mud (2011) en anglais?

Les chansons en anglais me viennent plus facilement. Je me le suis permis. J’avais accumulé beaucoup de chansons qui faisaient partie de mon parcours comme artiste et je voulais qu’elles aient une place. Je suis une artiste bilingue et si ce n’était que de moi tous mes albums le seraient. Ce n’est cependant pas l’idéal de faire des albums bilingues quand on veut percer dans les milieux francophones ou anglophones.

Comment choisissez-vous les instruments qui accompagnent vos chansons?

J’aime me limiter à certains collaborateurs et instruments dans le processus d’enregistrement. Pour Sticks and mud, j’ai été chez Bahaus Studio. C’est une ferme où on crée un vibe ensemble et c’est dans cette ambiance que les idées flottent. On l’a enregistré en une semaine.

Comment définiriez-vous votre style?

Fluide! Le premier album était plus jazz-folk, le deuxième folk-country, le troisième americana, le dernier electric-pop. Je n’aime pas rester à une place. Tout change dans la vie. J’explore différents instruments et j’écris les chansons en conséquence.

L’artiste de Timmins en est à son quatrième album. Gracieuseté

Votre dernier album, Panorama (2017), est plus numérique dans sa sonorité. D’où est venue l’idée d’intégrer cela dans votre musique?

J’ai acheté un Sub 37 moog et je suis devenue obsédée par la création de sons analogues. Changer les outils de travail m’a intéressée. Je suis sortie de la rythmique de la musique folk avec une atmosphère complètement différente.

On va finir avec la pandémie. Comment l’avez-vous vécue?

C’est un chapitre intense de ma vie. Ma petite avait deux ans au début de la pandémie. J’ai commencé une maîtrise en art et psychologie que j’ai presque terminée. Je l’ai pris comme une opportunité pour retourner aux études. »


LES DATES-CLÉS DE CINDY DOIRE

1983 : Naissance à Timmins

2008 : Sortie du premier album La vie en bleu

2011 : Prix du meilleur album au Music Film and Moton Awards

2017 : Sortie de son dernier album Panorama

2019 : Prix Trille Or dans les catégories Artiste solo et Auteure/compositrice

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Vers une politique sur les services en français en Colombie-Britannique

VICTORIA – La seule province au Canada à ne pas avoir de politique sur les services en français a annoncé qu’elle allait rectifier le tir. Le ministre des Affaires francophones, Adrian Dix, a dit vendredi que des travaux en ce sens allaient débuter.

« Si elle est adoptée, cette politique assurera une coordination et une orientation à l’échelle du gouvernement en ce qui concerne la prestation de services en français », a lancé le ministre Dix au cours d’une conférence soulignant le Mois de la francophonie.

Pour le moment, le gouvernement assure en être à la phase préliminaire du processus qui nécessitera des consultations avec les différents ministères et organismes francophones de la Colombie-Britannique dans les mois à venir.

« C’est une journée historique pour nous », s’exclame la présidente de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), Lily Crist, en entrevue avec ONFR+.

Le ministre des affaires francophones Adrian Dix en Colombie-Britannique.
Le ministre des Affaires francophones Adrian Dix en Colombie-Britannique. Source : Twitter.

« Notre communauté attendait cela depuis longtemps. C’est juste le commencement évidemment, mais il y a un engagement d’un processus de concertations et de consultations qui commence. »

Mme Crist ne cache pas qu’elle aimerait voir le tout être enchâssé dans la loi d’ici la fin de l’année. « Il y a une grande volonté pour mettre cela en place en 2022… On est dans une situation favorable avec le ministre Dix qui veut travailler avec nous dans ce processus. »

Une demande depuis plusieurs années

Cela faisait depuis 2016 que les Franco-Colombiens avaient entrepris des démarches pour l’aboutissement d’une telle action de la part du gouvernement.

« Ça fait longtemps que ça a été réclamé. Il y a eu des pourparlers qui se sont faits avec le changement de gouvernement en Colombie-Britannique… Récemment, il y avait aussi eu des pourparlers avec le ministre Dix », a souligné la présidente de la FFCB.

Lily Crist est à la tête de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB). Gracieuseté

Pour Lily Crist, les secteurs de la santé et de l’éducation sont deux exemples où le besoin d’une telle politique est criant.

« Une politique assure un minimum de services en français et donne un cadran et des pistes pour répondre aux besoins de nos communautés. Quand on n’a pas de politique en services en français, nos communautés le perçoivent dans la vie de tous les jours. »

« Nous sommes à un moment décisif » – Lily Crist, présidente de la FFCB

Elle n’hésite pas à pointer vers la réforme des langues officielles au fédéral pour expliquer la décision du gouvernement de John Horgan.

« 2022 est une année extraordinaire. Nous sommes arrivés à un moment historique dans notre histoire comme francophones en Colombie-Britannique. Là, ça s’accélère, car nous sommes à un moment décisif. »

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge a salué sur Twitter l’annonce faite par la province.

« En se donnant le mandat d’élaborer une politique pour appuyer le développement des services en français dans la province, le gouvernement démontre concrètement son engagement à favoriser l’épanouissement des francophones en Colombie-Britannique. »

La dernière province à avoir bougé dans ce sens est l’Alberta en 2017 sous le gouvernement néo-démocrate Rachel Notley ainsi que le Manitoba en 2016 lequel avait voté l’adoption d’une loi sur les services en français.

Retrait du port du masque : « un peu tôt », dit une experte

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

La docteure Valerie Sales est spécialiste des maladies infectieuses et pédiatre à l’Hôpital de Markham-Stouffville.

CONTEXTE :

Alors que la pandémie sévit depuis deux ans, le gouvernement Ford abandonnera le port du masque obligatoire le 21 mars dans la plupart des lieux publics comme dans les écoles, restaurants et cinémas. Seuls les foyers de soins de longue durée et les transports en commun auront toujours cette obligation.

ENJEU :

Cette nouvelle étape, qui s’ajoute au retrait du passeport vaccinal depuis le 1er mars, fait craindre à des professionnels de santé un laisser-aller des consignes épidémiologiques .

« Croyez-vous que la décision de l’Ontario de retirer le port du masque est basée sur la science?

Ce qui m’inquiète un peu c’est qu’il (le gouvernement) n’a apparemment pas consulté la table scientifique et je ne sais pas à quel point il a consulté toute l’organisation de la santé publique. Je ne sais pas trop pourquoi on pousse si rapidement, mais j’ai un peu l’impression que les élections jouent un rôle. Je pense que c’est trop tôt.

Pourquoi est-ce trop tôt?

Premièrement, juste au niveau de la pandémie, on a eu de grosses surprises quand on avait enlevé le masque dans certains contextes cet automne avant que l’omicron nous frappe de plein fouet. Ensuite, ça va correspondre à la fin de la semaine de relâche et il y a énormément de gens qui vont voyager. On va donc ramener des variants d’autres pays. Les enfants vont aller à l’école et les parents vont aller au travail et s’ils ne portent pas de masque, on va se retrouver avec des problèmes.

Quand serait le bon moment pour les retirer?

En ce moment, c’est le printemps : les gens ne vont pas suffisamment dehors pour la plupart de leurs activités. Alors, je dirais qu’il faudrait conserver le masque jusqu’au mois de mai. Jusqu’à ce moment-là, si on va au magasin pour aller acheter à manger ou magasiner, on le garde. À priori, à l’été, on pourrait dire, si la situation est bonne, qu’on peut les enlever mais, au mois d’octobre, on va les remettre quand on va au travail ou dans des endroits plus confinés. Ça nous donnerait une protection pour empêcher de refermer et a apprendre à vivre avec le virus.

Croyez-vous que les chiffres d’hospitalisations et de décès vont augmenter dans les semaines suivant le 21 mars?

Je crois qu’on va avoir une augmentation des cas et des hospitalisations, car on a deux éléments qui manquent en ce moment. L’élément principal est d’avoir le plus grand nombre de personnes vaccinées. Ensuite, si ça l’augmente, il va y avoir plus de gens, qui ont peut-être deux doses, et qui ne se rendront pas à l’hôpital, mais ils vont l’avoir (le virus) suffisamment dans leur nez pour le transmettre à quelqu’un d’autre qui est peut-être à risque de se retrouver à l’hôpital. Malheureusement, on va avoir des augmentations. On voit que, du point de vue clinique, les gens ne savent pas toujours comment ils ont attrapé le virus.

Quels conseils donnez-vous aux gens, doivent-ils toujours porter le masque?

S’il y avait un endroit où enlever les masques, ça serait dans les écoles surtout chez les enfants qui peuvent être vaccinés. Pour les plus petits, c’est plus compliqué, mais on prend ce risque, car on dit qu’en temps d’adulte, on prend ce risque, car — nous — on porte le masque. Les gens devraient le porter au travail à l’intérieur, au cinéma et quand ils vont faire des courses. Si on va voir nos parents ou nos grands-parents qui sont à risque, il faut faire attention. »

Des nouveautés à découvrir en ce Mois de la francophonie

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Le Mois de la francophonie se démarque avec des nouveautés en plusieurs formats. Podcast, livres et films font partie de notre liste et vous attendent, prêts à être dévorés cette semaine.

Littérature

Traditions africaines sous la plume de Fété Kimpiobi

Voix de la communauté ontarienne chez les femmes et familles immigrantes francophones, la directrice générale du SOFIFRAN se fait aussi entendre par sa plume avec son nouveau récit Dias, thérapeute et homme-léopard pour aborder la spiritualité et les traditions africaines à travers le récit de la vie de son grand-père. Homme simple et modeste, il menait à la fois une double vie en tant qu’« homme-léopard », membre d’une société secrète africaine dans laquelle le surnaturel et la nature étaient à la base des pratiques spirituelles. Cette confrérie a notamment laissé ses traces sous le régime colonial belge du Congo et l’histoire revient sur cette époque en trois parties à travers les yeux de Fété, de son père et de ses deux sœurs qui ont été marqués par la présence énigmatique de cet homme tant respecté.

Fété Kimpiobi, autrice et directrice générale du SOFIFRAN. Gracieuseté de l’autrice.

Vous pouvez acheter votre copie de Dias, thérapeute et homme-léopard sur le site de Les éditions L’empreinte du Passant.

Discussion autour du roman Premier sang d’Amélie Nothomb

Récipiendaire du Prix Renaudot 2021, le roman Premier Sang de l’écrivaine belge Amélie Nothomb est sélectionné comme œuvre de discussion dans le club de lecture virtuel organisé par l’Alliance française d’Ottawa et l’ambassade de Belgique du Canada dans le cadre du Mois de la francophonie. Avec son 30e roman, la romancière rend hommage à son père, Patrick Nothomb, et revient sur ses débuts marquants en tant que diplomate en République démocratique du Congo dans les années 1960.

Le roman Premier sang d’Amélie Nothomb. Crédit image : Albin Michel (photo fournie par l’Alliance française d’Ottawa)

La discussion se déroulera en ligne le mercredi 16 mars à 18h. Contactez l’ambassade de Belgique au Canada à l’adresse events.ottawa@diplobel.fed.be pour vous inscrire.

Théâtre

Cutlass Spring, un spectacle de la chorégraphe Dana Michel

La Nouvelle Scène Gilles Desjardins présente le spectacle contemporain Cutlass Spring de la danseuse et chorégraphe originaire d’Ottawa, Dana Michel. Seule sur scène, Dana nous fait découvrir son parcours personnel en quête de son identité et d’une libération corporelle.

La pièce de théâtre Cutlass Spring. Crédit image : Jocelyn Michel

Assistez à Cutlass Spring du 10 au 12 mars. Vous pouvez acheter vos billets sur le site de La nouvelle scène Gilles Desjardins.

Arts

Visite guidée : un regard sur le parcours de Marcel Duchamp

Quand on pense à l’artiste Marcel Duchamp, c’est surtout la « Fontaine » de 1917 qui nous vient à l’esprit. Son célèbre urinoir inversé a complètement bousculé les conventions traditionnelles des Beaux-Arts, faisant de lui l’un des plus grands pionniers de l’art contemporain du 20e siècle.

Cette semaine, l’Alliance française de Toronto présente, en collaboration avec la Bibliothèque publique de Toronto, une occasion de redécouvrir cet artiste excentrique qui a réussi à repousser les limites du monde des arts. Il s’agit d’une visite guidée virtuelle animée par Ophélie Delacour, médiatrice culturelle. À travers une sélection d’œuvres, amateurs et professionnels culturels pourront profiter d’un aperçu plus approfondi de la vie de l’artiste et de son impact historique.

L’artiste Marcel Duchamp. Crédit image : Library of Congress, Prints & Photographs Division, LC-USZ62-63 273

Assistez à la conférence virtuelle Artistes révolutionnaires : Marcel Duchamp le 12 mars à 14h. Inscrivez-vous ici pour réserver votre place.

Podcast

Le podcast Quoi de neuf? entame sa troisième saison

Le Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (CREFO) lance cette semaine le tout premier épisode de sa troisième saison du podcast Quoi de neuf? avec son invitée Annette Boudreau, professeure émérite à l’Université de Moncton. Restant fidèle dans sa ligne éditoriale d’aborder divers sujets liés à la francophonie, notamment en contexte minoritaire, cette troisième saison se concentrera plutôt sur les questions qui entourent la production et diffusion des contenus francophones en contexte international. Celle qui sera au micro cette fois-ci pour orienter la troisième saison c’est Laura Bisaillon, membre de la CREFO et professeure agrégée à l’Université de Toronto. Le cinéaste franco-torontois originaire du Burundi, Joseph Bitamba, sera au cœur du prochain épisode. Restez à l’écoute.

Le podcast Quoi de neuf?. Source : CREFO

Écoutez le premier épisode de la troisième saison dès maintenant en numérique sur Apple Podcasts, Spotify et Google Podcasts.

Films

Clin d’œil de Cinéfranco au Mois de la francophonie

Quoi de mieux que de célébrer la francophonie à travers le cinéma? Ce mois-ci, Cinéfranco et le Petit Septième lancent une programmation dédiée au Mois de la francophonie. Jusqu’à la fin du mois de mars, deux films seront disponibles chaque week-end. Cette semaine, la comédie romantique française On est fait pour s’entendre de Pascal Elbé (2021) et le documentaire Tonton Manu de Thierry Dechilly et Patrick Puzenat (2021) sur le saxophoniste camerounais, Manu Dibango, vous attendent chez vous.

Le film On est fait pour s’entendre (gauche). Crédit image : Axia Films (photo fournie par Cinéfranco). Le documentaire Tonton Manu. Source : photo fournie par Cinéfranco. Montage ONFR+.

On est fait pour s’entendre et Tonton Manu sont disponibles en ligne cette fin de semaine du 11 au 13 mars 2022. Vous pouvez acheter vos billets sur le site web de Cinéfranco.

L’Ontario fait tomber le masque

C’est durant un point de presse visant à mettre à jour le plan de l’Ontario de lutte contre la COVID-19 que l’annonce a été faite ce mercredi : le 21 mars prochain, la province va supprimer les exigences en matière de port du masque dans les commerces ainsi que dans les écoles élémentaires et secondaires.

On ne veut plus éradiquer la COVID-19, mais on veut vivre avec et limiter les dégâts, du moins c’est ce que laisse suggérer le Dr Kieran Moore, médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario qui a présenté « une mise à jour sur le plan de l’Ontario pour vivre avec la COVID-19 et gérer cette maladie ».

La province envisage de supprimer le port du masque dans les magasins, les restaurants et dans les écoles élémentaires et secondaires à partir du 21 mars prochain.

Par ailleurs, l’abandon du masque n’est pas du goût de l’opposition comme le fait savoir Steven Del Duca, chef du Parti libéral de l’Ontario.

« Aujourd’hui, malgré les conseils clairs et sans équivoque de la table scientifique de la province, et contre l’avis direct des experts de SickKids, de l’Hôpital pour enfants de l’est de l’Ontario, de l’Hôpital pour enfants de London Health Sciences et de l’Hôpital pour enfants McMaster, Doug Ford a décidé de retirer toute exigence de port du masque dans les écoles. »

Pour sa part, la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario jette un pont entre cette décision et les prochaines élections provinciales.

« Malheureusement, il semble que les élections de juin qui approchent à grands pas influencent les décisions des politiciens de lever les mesures de sécurité liées à la COVID-19 », fait savoir la présidente de la Fédération dans un communiqué publié dans la foulée de l’annonce du Dr Moore.

Maintien du masque dans les transports en commun

En revanche, les couvre-visages demeureront toujours obligatoires dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les transports en commun. Aussi, les autorités recommandent aux personnes présentant des facteurs de risque de continuer à porter le masque.

Selon le médecin-hygiéniste en chef, cette décision intervient après que les tendances actuelles aient affiché une baisse continue, à l’instar du nombre d’hospitalisations et celui des admissions dans les unités de soins intensifs.  

Quelque 241 personnes se trouvaient ce mercredi dans les unités de soins intensifs de l’Ontario dont les établissements de santé enregistrent 751 hospitalisations et 20 décès. Quant au nombre de cas, il est peu représentatif pour qu’il soit rapporté en raison des tests PCR limités. À ce propos, le Dr Moore avait déclaré mardi que le chiffre de 1208 cas que comptait la province en ce jour est « probablement plus proche des 12 000 », soit dix fois plus.

Parité homme-femme en politique : une utopie ontarienne?

TORONTO – Les femmes représentent 51 % de la population mais seulement 20 % des élues au Canada. En Ontario elles constituent 29 % des conseillers municipaux et 39,5 % des députés provinciaux. Le chemin vers la parité en politique est encore long, tellement long qu’il n’est pas un objectif unanimement affiché. Entre confidences d’élues et initiatives citoyennes pour inverser la tendance, ONFR+ décortique, en cette Journée internationale des droits des femmes, les raisons qui les éloignent de la sphère politique et, quand elles y entrent, les coups bas qu’elles encaissent et qui bien souvent les rendent plus fortes.

Commentaires déplacés sur les réseaux sociaux, courriels d’insultes, piques douteuses d’élus… Les femmes politiques essuient sans cesse des coups bas jusque sur les bancs de l’Assemblée législative de l’Ontario. La députée libérale Amanda Simard, qui subit régulièrement ce genre d’assauts verbaux, décrit « de petites agressions multiples », une confrontation constante » dans « un environnement négatif et toxique » qui rend la profession peu attirante.

« Je vis des journées difficiles mais ce qui me fait tenir c’est de garder en tête que je représente les gens et que je suis là pour faire une différence », poursuit-elle.

Les propos sexistes à l’égard des femmes ne sont pas des actes isolés à Queen’s Park. « Ce sont des commentaires sur ta coupe de cheveux ou tes vêtements, le genre de remarques qu’on n’entend pas pour les hommes », rapporte France Gélinas, députée de Nickel Belt. « Si ce n’est pas tous les jours, c’est toutes les semaines : dans les couloirs, dans les comités et parfois même en chambre quand on se crie dessus d’un bord à l’autre. Ça n’arrête pas. »

Amanda Simard, députée libérale de Glengarry-Prescott-Russell. Crédit image : Jackson Ho

« Quand je suis entrée à Queen’s, les gens me demandaient pour qui je travaillais, pensant que j’étais une assistante car j’étais jeune et inconnue », confie Natalia Kusendova. Élue pour la toute première fois en 2018, la députée progressiste-conservatrice de Mississauga-Centre a dû affronter des stéréotypes bien ancrés et, si les temps ont changé, elle dit se retrouver régulièrement dans des comités où elle est la seule femme et doit « faire plus que les hommes » pour faire valoir ses arguments.

Dans un tel climat, difficile de susciter des vocations chez les femmes. Les hommes sont, sans surprise, largement majoritaires à tous les échelons de la politique canadienne : municipal, provincial et fédéral. Dans une année d’élections majeures (provinciales en juin et municipales en octobre), des associations tentent pourtant de convaincre les femmes de se lancer en politique.

« Plus il y aura de femmes et plus les gens se retrouveront dans leurs élus » – Marie-Noëlle Lanthier, présidente de LFPR

C’est le cas de Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR), une organisation qui milite pour la parité homme-femme dans les municipalités de l’Est ontarien par le biais de son comité Politique au féminin, elle les informe sur les tâches requises et les prépare à mener une campagne électorale.

« On les encourage à s’investir car on croit que plus il y aura de femmes et plus les gens se retrouveront dans leurs élus », est convaincue sa présidente Marie-Noëlle Lanthier. « Si on veut que les entités gouvernementales prennent des décisions équilibrées qui tiennent compte de toutes les perspectives et de la diversité de la communauté, il faut retrouver ce même équilibre dans la représentation. »

France Gélinas, députée néodémocrate de Nickel Belt. Crédit image : Jackson Ho

Et d’ajouter : « On aide les femmes dans leur réflexion car ce n’est pas quelque chose à laquelle elles pensent ni même pour laquelle elles ont été approchées. Quand on demande à un homme s’il veut se présenter, il dit tout de suite oui car il est flatté qu’on pense à lui. Quand on approche une femme, elle dit non en général et il faut revenir sept fois pour la convaincre. »

L’idée même de se présenter à une élection est en effet loin d’être naturel dans l’esprit de bien des femmes qui, vont avant tout mesurer les implications que cela engendre au niveau familial et professionnel. C’est ce que constate Mme Gélinas. « Il faut revenir plusieurs fois, car elle mesure les conséquences pour son foyer, son conjoint, ses enfants, son travail. Pour un homme, rien de tout ça n’a d’importance. »

Mentors, vote préférentiel et parlement hybride pour faire bouger les lignes

La députée néo-démocrate, dont le parti est le seul à Queen’s Park à atteindre la parité dans les rangs de ses députés (20 femmes, 20 hommes), estime que la société est prête à accepter la parité, mais les partis politiques en revanche se montrent plus résistants à cette idée. Un changement du système de vote pourrait selon elle contribuer à résorber cette fracture de genre en passant du vote uninominal au vote préférentiel, une piste un temps évoquée par le gouvernement Trudeau.

Mme Kusendova juge toutefois qu’on ne peut pas tout attendre des lois et qu’il faut avant tout placer la meilleure personne au meilleur poste, une logique qui favoriserait souvent le choix d’un homme. Contrairement au Nouveau Parti démocratique (NPD), le Parti progressiste-conservateur, pire élève à Queen’s Park en termes de parité, n’impose pas de quota lié au genre.

« Le parti est ouvert aux candidatures féminines », assure-t-elle mais « ce sont aux femmes de prendre la décision de se lancer en politique. Le problème c’est que le niveau d’exigence de l’opinion publique est beaucoup plus haut envers elles ».

Natalia Kusendova, députée progressiste-conservatrice de Mississauga-Centre. Capture d’écran

« Si on veut avancer, il faut des modèles. On a besoin de voir des femmes déjà en politique et qui inspirent les autres », affirme l’élue de Mississauga-Centre, prenant en exemple l’ascension de Chrystia Freeland, première femme ministre des Finances au niveau fédéral et citant Mitzie Hunter (ex-ministre libérale de l’Éducation) lorsqu’elle disait If you can see me, you can be me (Si tu peux me voir, tu peux être moi). »

Avoir des mentors, c’est aussi le leitmotiv d’Amanda Simard : « J’ai moi-même suivi des exemples de femmes qui ont persévéré dans l’adversité et cela a été une source d’inspiration. On peut, nous aussi, en inspirer d’autres à leur tour, les voir accéder au parlement et, ensemble, plus nombreuses, influencer la culture politique. C’est une question d’entraide et de réseautage, y compris avec les hommes. Ils ont aussi un très grand rôle à jouer en tant qu’alliés. On a besoin de leur soutien et ils sont de plus en plus conscients de nos défis. »

« On a toutes notre perception de la réalité, qui place des priorités dans un ordre bien différent de celle des hommes » – France Gélinas

Se priver de parité en politique, c’est se mettre des œillères regrette Mme Gélinas : « Ma perception de femme est primordiale car nous je perçois des réalités à travers ma lentille de femme francophone en milieu minoritaire. On a toutes notre perception de la réalité, qui place des priorités dans un ordre bien différent de celle des hommes. »

Elle ajoute que les femmes développent des qualités singulières, notamment au sein des comités législatifs : moins d’ego, moins d’agressivité, plus d’équipe et une volonté réelle d’aboutir à un consensus.

Proportion d’élues aux niveaux fédéral, provincial, municipal et visages des pionnières. Infographie Rudy Chabannes

Une femme a des atouts que les hommes n’ont pas ou moins, complète Mme Lanthier : les raisons pour lesquelles elles se lancent en politique. « Elles ne cherchent pas à parler fort, à être flamboyantes, à soigner leur statut, ni à chercher la reconnaissance publique comme le font les hommes. Elles sont avant tout motivées par le changement qu’elles peuvent impulser et cherchent les moyens de le réaliser. »

Leur vie de famille est aussi une préoccupation majeure dans la balance. Mme Simard estime qu’une des voies pour inciter les femmes à faire le saut en politique serait de considérer un modèle hybride de participation parlementaire qui permette de mieux concilier le travail et la vie de famille.

« Avoir l’opportunité de participer aux débats en partie à distance serait un avantage », croit-elle. « On a vu que cela a fonctionné au Parlement fédéral. On pourrait très bien faire la même chose à Toronto. Ce serait plus respectueux de la vie de famille, particulièrement pour les élues les plus éloignées. »

Seul un règlement pourrait acter un tel fonctionnement mais la députée craint que cela ne voie jamais le jour car les grandes décisions, selon elle, sont l’apanage des élus de Toronto et du Grand Toronto, proches du Parlement.

Trèva Cousineau lauréate du Prix Bernard-Grandmaître

OTTAWA – L’enseignante et diététiste, Trèva Cousineau, a reçu, lundi, le Prix Bernard-GrandMaître de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO).

« Je suis comblée! », a lancé la lauréate.

« Je partage ce prix avec tous ceux avec qui j’ai travaillé pendant des années parce qu’on ne réussit rien seule. Les spécialistes disent que faire du bénévolat garde jeune, faites-en! », a-t-elle ajouté.

Décerné annuellement depuis 1999, le prix souligne le dévouement exceptionnel des leaders de la francophonie ottavienne. Animé par Claude Andréa Bonny et accompagné des prestations du R Premier, les Twins Flames et Jacobus, le Gala a été tenu en présentiel au grand plaisir des participants.

Surnommée « le bouclier de la francophonie » par le chroniqueur Denis Gratton, Trèva Cousineau a œuvré pendant un demi-siècle pour la promotion de la langue française aux niveaux local, provincial, national et international.

Figure de proue des Franco-Ontariens

Née à Timmins en 1937, Trèva Cousineau y a été conseillère scolaire de 1969 à 1983. C’est durant cette période qu’elle a le déclic de se dévouer à la francophonie alors qu’elle participe à des réunions du conseil se déroulant en anglais alors que huit des neuf membres étaient francophones.

Organisatrice chevronnée, Mme Cousineau a également fondé un centre pour alcooliques à Timmins en 1985 puis a été coordonnatrice des services en français de l’Hôpital Sudbury Algoma de 1986 à 1988.

Cette expérience mène Trèva Cousineau à présider, en 1990, le Groupe consultatif sur la gestion de l’éducation en langue française. Le rapport de la « Commission Cousineau » sera à l’origine de l’établissement de 12 conseils scolaires francophones en Ontario.

Déménagée à Ottawa au début des années 1990, l’infatigable militante prend la direction du Conseil d’éducation catholique pour les francophones de l’Ontario. En 1997, elle devient présidente de l’Association canadienne-française de l’Ontario. Trèva Cousineau sera également la directrice générale de la Fédération nationale des conseils scolaires de langue française.

Son dévouement pour le fait français lui vaudra de nombreux prix notamment en 2001 où a elle été décoré de l’Ordre de la Pléiade.

Porteuse de grandes ambitions pour le français, elle a occupé la vice-présidence de l’organisme « Richelieu International » de 2003 à 2008 visant la promotion de la francophonie aux quatre coins de la planète. En 2010, elle est élue au conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques.

Visant à faire reconnaître le caractère bilingue d’Ottawa, Trèva Cousineau a été présidente du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). En 2006, elle devient membre du comité organisateur du projet des « Monuments de la francophonie d’Ottawa ». Les six premiers monuments rendant hommage aux figures historiques d’expression française d’Ottawa ont été construits sous son impulsion. En 2012, elle sera présidente du projet du Monument de la francophonie de l’Université d’Ottawa qui sera inauguré l’année suivante.

Son inspirant parcours lui a par ailleurs valu le Prix d’excellence 2018 de l’Ontario pour les personnes âgées.

Les autres gagnants

Le 22e Gala des Prix Bernard-Grandmaître a également mis à l’honneur différents acteurs de la francophonie ottavienne. Voici les lauréats dans les différentes catégories.

  • Organisme de l’année : Patro d’Ottawa

Le Patro d’Ottawa est un organisme communautaire venant en aide aux jeunes, aux nouveaux citoyens et aux aînés vivant avec des besoins spéciaux. Il s’est mérité le prix notamment pour son adaptation lors de la pandémie.

  • Allié.e de la francophonie de l’année : Véronica Roy

Véronica Roy est la directrice générale du festival d’art urbain House of Paint (HoP) depuis cinq ans. Bien qu’elle ne s’exprime pas en français, Mme Roy a toujours fait des efforts importants pour mettre de l’avant des artistes francophones dans la programmation du festival.

  • Intervenant.e en santé de l’année : Anthony Di Monte

D’origine montréalaise, Anthony DiMonte est un Ottavien qui a toujours eu le souci de rejoindre la population de la capitale nationale dans les deux langues officielles du pays.

  • Jeunesse de l’année : Logan Hussein

Né en 2008 avec une pneumothorax, Logan Hussein a survécu grâce aux soins intensifs de l’unité néonatale du Centre Hospitalier de l’Est de l’Ontario. Il a lancé le programme « Kids Helping Kids » qui a récolté plus de 223 000 $ au cours des dernières années au profit du CHEO.

  • Jeune leader de l’année : Ama Ouattara

Ama Ouattara s’implique depuis de nombreuses années pour l’épanouissement de la francophonie dans toutes ses facettes multiculturelles. Elle s’est notamment impliquée dans le concours « Histoires d’immigrations », des expositions d’arts pour les jeunes francophones et des chroniques participatives comme T’es-Tu?

  • Intervenant.e en éducation de l’année : Éric Barrette

Éric Barrette est membre du conseil d’administration de la Nouvelle Scène et de l’ACFO-Ottawa. De plus, il est collaborateur à l’émission L’effet Pogonat, diffusée à l’échelle nationale sur les ondes d’ICI-Musique, et il fait des interventions culturelles récurrentes sur les ondes d’Unique FM, en plus d’être l’instigateur du podcast historique Assis Devant.

  • Nouvel.le arrivant.e de l’année : Ayoub Jlila

Venu du Maroc, Ayoub Jlila est journaliste pour les Éditions André Paquette. Il est également coordonnateur des communications du Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario. 

  • Citoyen.ne de l’année : Solange Fortin

Main sur le cœur, Solange Fortin a dédié sa vie à venir en aide aux gens vivant dans des communautés vulnérables. Elle a notamment fait partie du Centre Pauline-Charron, la Société Saint-Vincent de Paul – Conseil central d’Ottawa, la Conférence Trinité de la Saint-Vincent de Paul et le Comité paroissial de pastorale de la Communauté chrétienne St-Frère-André. Elle a également mis sur pied, un projet d’envoi de conteneurs de produits alimentaires et autres produits de nécessité pour les familles inuites habitant Rankin Inlet au Nunavut.