Ski alpin : Valérie Grenier de retour, en quête de son niveau d’antan

KILLINGTON (ÉTATS-UNIS) – Plus de neuf mois après son grave accident sur le super-G de Cortina d’Ampezzo, Valérie Grenier entrevoit enfin le bout du tunnel. Elle fera son retour sur les pistes lors de l’étape de Coupe du monde, ce samedi à Killington dans le Vermont. Une occasion de rechausser les skis et surtout de faire le point sur son niveau avant l’échéance la plus importante de son début de saison, Mont Tremblant les 7 et 8 décembre. 

À la veille de l’événement aux États-Unis, la native d’Ottawa a confirmé, sur son compte Instagram, sa participation au slalom géant qui marquera officiellement son retour à la compétition après des mois de rééducation et de remise en condition physique suite à sa terrible chute le 30 janvier dernier en Italie, qui lui avait valu une fracture de l’humérus, une déchirure du ligament croisé antérieur et déchirure partielle du ligament croisé postérieur du genou, ainsi qu’une opération à l’épaule.

« Devinez qui est de retour? Eh oui, je vais officiellement prendre le départ à Killington ce week-end et j’ai hâte! » lance Valérie Grenier sur ses réseaux Photo : capture d’écran du compte Instagram de Valérie Grenier

Interrogée par ONFR, la skieuse confie se sentir bien et être prête mentalement à reprendre la compétition. 

« Maintenant, je ne pense même plus à la blessure, ce n’est même pas dans mes pensées. J’ai l’impression que je suis normale, comme les autres filles. Je trouve ça vraiment cool. Ça va super bien. J’ai hâte de voir en vitesse comment ça va se passer. » 

Le retour à la compétition a été progressif pour Valérie Grenier qui est passée par plus de six mois de rééducation avec des hauts et des bas. Elle décrit notamment des périodes difficiles entre douleurs à l’humérus et raideurs au genou. 

« Finalement, j’ai commencé à pouvoir bouger mon genou de mieux en mieux, puis tout a commencé à s’améliorer à ce moment-là. J’ai recommencé à prendre de la force dans le gym. »

Des douleurs inattendues au tibia

La seconde étape a ensuite été de retrouver ses coéquipiers de l’équipe canadienne de ski lors de la traditionnelle préparation de la fin de l’été dans l’hémisphère sud. 

Un stage au Chili qui lui a réservé son lot de difficultés avec des douleurs au tibia qui ont fait surface. 

« Au Chili, ça a été quand même difficile à gérer, parce que mon genou allait super bien, ce n’était plus vraiment un souci. Mais ces douleurs au tibia, c’était frustrant d’avoir un problème qui n’était même pas la blessure en tant que telle », confie-t-elle.

« C’est certain que c’était relié à la blessure, quand même. Il me manquait encore un peu de préparation au niveau des impacts, c’était comme si mon tibia n’était pas encore habitué à ça. »

Le temps et le travail de renforcement musculaire ont finalement permis à la skieuse de retrouver l’intégralité de ses moyens sur la fin du séjour en Europe, où elle a accompagné ses coéquipiers pour la compétition à Sölden, en Autriche, les 26 et 27 octobre dernier. 

« Deux semaines après Sölden, ça s’est vraiment amélioré. J’avais peu de douleurs côté ski et de bonnes sensations. Je trouvais que je commençais à mieux skier, par rapport au début où c’était plus un genre de retour sur neige. Je trouve que j’ai fait de beaux progrès. Les douleurs ont bien diminué et maintenant, on est rendu aux États-Unis. »

Objectif Mont-Tremblant 

La compétition à Killington va permettre à l’Ottavienne de jauger son niveau de performance avant de retrouver son public, début décembre, à Mont-Tremblant, sa « compétition préférée ». Tout au long de sa convalescence, l’athlète a reçu un soutien immense sur les réseaux sociaux, au point même d’avoir du mal à gérer ce trop-plein d’amour. 

« Au début, tout de suite après ma blessure, ça a été même un peu trop. Je ne savais pas trop comment gérer tout ça. C’était beaucoup. Je voulais essayer de répondre à tout le monde et être vraiment gentille, mais j’ai dû tout mettre de côté, prendre une pause. Mais par la suite, tranquillement, j’ai commencé à répondre aux messages. J’ai vraiment ressenti beaucoup d’amour et de soutien. C’est certain que ça m’a aidé à me pousser à travailler fort pour revenir où  j’en suis rendue maintenant, puis encore plus loin. C’était grandement apprécié. »

Les blessures désormais derrière elle, Valérie Grenier à le regard tourné vers cette saison. Difficile de se fixer des objectifs précis en termes de compétitions qu’elle aimerait remporter, mais retrouver sa place dans le haut du classement mondial pourrait être le signe d’une année réussie. 

« Évidemment, c’est une année différente pour moi. Comme je l’ai dit, je ne sais pas à quoi m’attendre, mais je crois beaucoup en moi. Je n’ai pas envie de dire, je veux tel ou tel podium, je ne sais pas. Mais rester dans mon ranking, ce serait super positif. Je pense que ce serait vraiment une année accomplie pour moi si je faisais ça. »

À plus long terme, les Jeux olympiques d’hiver en février 2026 du côté de l’Italie sont déjà dans un coin de sa tête. 

« Je trouve que le timing est quand même bon, dans le sens où j’ai une année pour m’y remettre. Puis ensuite, on aura la saison olympique, donc évidemment, une saison très importante. J’aimerais vraiment être à mon niveau optimal juste avant les Jeux. Ce serait parfait. »

La Place des Arts de Sudbury « dorénavant gérée comme une petite entreprise »

SUDBURY – Le conseil d’administration de la Place des Arts (PDA) du Grand Sudbury a adopté une nouvelle vision d’affaires visant à assurer sa pérennité. Révision des tarifs, fermeture du service de restauration et création d’un institut figurent parmi les orientations de l’organisme pour les prochaines années.

« La PDA est dorénavant gérée comme une petite entreprise. On demeure un organisme à but non lucratif mais on initie des projets pour générer des revenus », confie Denis J. Bertrand qui assure le rôle de directeur général par intérim depuis quatre mois.

Il y a quelques mois, ONFR apprenait que la Place des Arts accusait un déficit de près de 500 000 $ et que son bistro ne générait pas de profits. L’organisme annonce, désormais, la fermeture du service de restauration du bistro.

La carte du bistro avait été revue plusieurs fois pour s’ajuster à la demande. Source : Place des Arts

Des tarifs inférieurs à ceux de la compétition

Parmi les autres nouveautés, on compte l’application de frais additionnels de 25 % ainsi qu’un tarif majoré à temps et demi pour toute demande de service reçue dans les sept jours précédant un événement.

« C’est juste un bon sens de business », affirme de son côté René Lapierre, président du conseil d’administration de la Place des Arts.

L’organisme a aussi procédé à une révision des tarifs de location de salle, comme chaque année, selon le directeur général.

« Les tarifs actuels de la PDA ne couvrent pas les dépenses réelles nécessaires pour opérer les espaces », affirme également la direction, dans une note de service interne, après avoir entrepris une étude afin de comparer les tarifs de location des installations de la PDA avec ceux en vigueur chez d’autres lieux de diffusion des arts de la scène en ville.

« Notre première analyse démontre que les tarifs de la PDA sont largement inférieurs à ceux de nos homologues régionaux, bien que nos salles bénéficient d’une meilleure infrastructure et d’équipements de haute qualité. »

Denis J. Bertrand a été impliqué dans la création de la Place des Arts. Crédit image : Inès Rebei/ONFR

Un institut de professionnalisation artistique et culturel

Pour accroître l’attraction autour de la PDA, le conseil d’administration a approuvé à l’unanimité la création d’un institut de professionnalisation artistique et culturel (IPAC). Il s’agit d’une des initiatives visant à faire de la PDA « une plaque tournante pour les arts, la culture et le patrimoine non seulement au niveau local, mais au niveau provincial et national ».

Sa mission : « soutenir le développement artistique et professionnel des artistes, des gestionnaires culturels, artistiques et patrimoniaux, des travailleuses et des travailleurs de ces secteurs par l’entremise de programmes annuels qui répondront à leurs besoins. »

Cet institut sera composé de deux volets : développement de compétence et développement artistique.

Pour le premier versant, il s’agira notamment de rendre disponibles des formations en gestion et développement de stratégie pour les professionnels de l’industrie, d’ateliers pratiques pour les métiers techniques, d’outils pour l’organisation d’évènements culturels ou encore le partage de ressources entre organismes et pairs.

La Slague offre également un programme de résidence artistique. Source : La Slague

Pour le second, on parle de mettre en place des résidences artistiques, des soutiens aux artistes et des stages de création.

« L’objectif n’est pas de retirer ni remplacer ce qui existe déjà, mais plutôt de mutualiser les ressources et de rassembler les initiatives de chacun sous une bannière commune », souligne-t-on dans un autre document obtenu par ONFR.

Des années avant de voir des retombées

Prochaine étape : mettre sur pied un comité afin de guider le développement du projet.

Bien qu’il n’y ait pas encore de date pour son lancement, l’institut devrait officiellement démarrer en 2025-2026 après une année de développement et un possible projet pilote.

« En tant que destination de choix pour les arts, la culture et le perfectionnement professionnel, l’Institut attirera des visiteurs de tout l’Ontario et d’ailleurs, ce qui contribuera à accroître la demande dans les hôtels, les restaurants et les magasins de détail de la région. »

Photo au Collège Boréal'
Le Collège Boréal ferait partie des discussions pour établir un partenariat dans le cadre de l’IPAC. Crédit image : Inès Rebei/ONFR

Ce projet s’inscrit dans le cadre du renouvellement du Plan directeur du centre-ville du Grand Sudbury et l’énoncé économique 2024.

« 2024 a été une bonne année »

Le président du conseil d’administration se veut enthousiaste concernant la situation financière actuelle de l’établissement qui a fêté ses deux ans en avril dernier et qui perdait, au même moment, son directeur général.

M. Lapierre a fait savoir que les chiffres de l’année 2024 seront présentés lors de l’assemblée générale annuelle en janvier : « On va voir ce que ça va nous apporter mais je peux dire que c’est mieux que l’an passé. »

Et d’ajouter : « Statistiquement, pour les petites entreprises, ça peut prendre jusqu’à cinq ans avant de voir du profit. »

Celui qui est aussi conseiller municipal pour la ville du Grand Sudbury souhaite lancer un message aux sceptiques : « Si vous vous vous inquiétez au sujet de la PDA, venez nous voir, venez à nos concerts, prenez un verre avec nous autres, vous allez voir que vous aurez du fun! »

« On a augmenté nos revenus grâce aux locations et on a des clients externes qui nous ont déjà indiqué une volonté d’accroître leur utilisation de nos espaces. 2024 a été une bonne année et on anticipe que 2025 sera encore meilleure », juge de son côté M. J. Bertrand qui ajoute qu’il ne serait pas là s’il ne croyait pas en l’avenir de la Place des Arts.

Ojibwé : se réapproprier la langue de ses ancêtres

Mitchell Akerman est Métis, pourtant, il n’a pas grandi en parlant la langue de son peuple : l’ojibwé. Né à Midland sur les rives de la baie Georgienne, Mitchell a connu une époque où l’identité autochtone était accompagnée d’un stigma, la langue étant rarement transmise aux jeunes générations. Maintenant adulte, il redécouvre cette partie fondamentale de son héritage et aide à son tour à la transmettre aux autres.

Films, musique, chorale… comme un air de temps des fêtes 

L’esprit des fêtes se répand progressivement et Sudbury prend les rênes, dès ce week-end, pour répandre sa magie avec un spectacle de Noël des Troubadours. Mais de nombreux autres événements non liés aux fêtes se déroulent cette semaine, avec des films au premier plan et un concert de musique classique mettant en vedette l’un des pianistes français les plus renommés, Bertrand Chamayou.

Projection du documentaire théâtrale Oh! Canada

Dans ce premier chapitre intitulé, L’Est du pays du projet documentaire pancanadien du Théâtre Catapulte, Oh! Canada, une troupe de comédiens s’attaque à la côte est du Canada en traversant le Québec et les Maritimes, là où réside une grande majorité de francophones, pour sonder l’état du fait français. Mené d’un ton humoristique et décontracté, cette pièce fait la lumière sur l’immigration, la francisation et la montée de l’anti-bilinguisme qui se propage à travers certaines régions de l’Est. À voir à la Nouvelle-Scène Gilles-Desjardins.

La pièce Oh! Canada. Photo : Christophe Pean

Ottawa, du 4 au 7 décembre. Billets et programmation sur le site de La Nouvelle Scène Gilles-Desjardins.

« Vous n’êtes pas seuls » sur grand écran à Sudbury

Une comédie romantique attend ceux qui souhaitent regarder un film français ce week-end. Au Sudbury Indie Cinema, les cinéphiles auront l’occasion de voir l’oeuvre québécoise Vous n’êtes pas seuls, réalisé par Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien. Selon les détails du communiqué, le film porte sur l’histoire de  «  Léo, un livreur de pizza solitaire et anxieux, tombe sur John, un mystérieux chauffeur de taxi à la recherche d’âmes esseulées.  » À la suite de cette rencontre, toute une aventure attend Léo. 

Le film de Marie-Hélène Viens et de Philippe Lupien, Vous n’êtes pas seuls. Photo : Gracieuseté de SND

Sudbury, le 1er décembre. Billets et détails sur le site du Sudbury Indie Cinema.

Le pianiste Bertrand Chamayou partage la scène avec la soprano Barbara Hannigan

La soprano canadienne originaire de Waverley, Nouvelle-Écosse, Barbara Hannigan est de retour au Koerner Hall pour son deuxième récital avec le célèbre pianiste et interprète français Bertrand Chamayou. Le très large répertoire de ce dernier couvre plusieurs intégrales majeures du répertoire, comme l’œuvre complète pour piano de Ravel, les Études Transcendantes et les Années de pèlerinage de Liszt, ou encore les Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus d’Olivier Messiaen. L’audience de jeudi soir peut s’attendre à écouter les compositions d’Olivier Messiaen, Alexander Scriabin et John Zorn.

Le pianiste Bertrand Chamayou. Photo : Marco Borggreve

Toronto, 28 novembre. Billets et programmation sur le site de Koerner Hall.

L’esprit du temps des fêtes incarné par Les Troubadours

Avec les fêtes de fin d’année qui approchent, les concerts de Noël commencent à se multiplier à travers l’Ontario. Dans le Nord, la chorale Les Troubadours donne le coup d’envoi de l’esprit des fêtes à la Place des Arts du Grand Sudbury. 

Les Troubadours. Photo : Gracieuseté de La Slague.

Sudbury, le 30 novembre. Billets et programmation sur le site de La Slague. 

Spectacle annuel du Chœur de La Clé animé par Stéphane Paquette 

Sous la direction musicale de Germaine Lespérance et animée par le chanteur franco-ontarien Stéphane Paquette, le groupe de chorale Le Chœur de La Clé se rassemblera à l’Église Sainte-Croix de Lafontaine pour chanter les belles musiques de Noël. Une partie des profits de la vente des billets sera remise à la Société de Saint-Vincent de Paul ainsi que les denrées non périssables amassées lors du spectacle.

Notes de musique. Photo : Getty images.

Tiny, ON, le 8 décembre. Billets et programmation sur le site de La Clé.

 

Le Nord de l’Ontario abritera le tombeau nucléaire canadien

IGNACE – Au terme de près de 15 ans de discussion et de recherches, c’est finalement le Nord de l’Ontario que se trouvera le futur site du tombeau nucléaire canadien. La région d’Ignace et la Nation ojibwée de Wabigoon Lake ont été préférées face à South Bruce dans le Sud-Ouest ontarien.

C’est dans un communiqué paru ce jeudi que la Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN) a annoncé cette nouvelle présentée comme historique. Le processus de sélection d’un site pour ce projet de 26 milliards de dollars a commencé en 2010 avec 22 emplacements potentiels et a finalement été réduit à deux finalistes en Ontario.

« Ce projet résoudra un problème environnemental et soutiendra les objectifs de lutte contre les changements climatiques du Canada. La décision d’aujourd’hui est le fruit d’un processus de sélection d’un site fondé sur le consentement et dirigé par les Canadiens et les peuples autochtones », a déclaré Laurie Swami, présidente et chef de la direction de la SGDN.

Ces communautés, situées non loin de Thunder Bay, avaient récemment approuvé l’accueil du site du dépôt géologique en profondeur du Canada pour le combustible nucléaire irradié provenant de réacteurs nucléaires au Canada.

Selon la SGDN, « ce projet apportera un large éventail d’avantages aux collectivités hôtes, à la région et au Canada dans son ensemble au cours de 175 années de sa mise en œuvre », y compris des emplois et des investissements.

Une décision bien accueillie

Les réactions n’ont pas tardé à tomber du côté d’ignace. La mairesse du canton d’Ignace, Kimberly Baigrie, s’est dit « honorée et très fière d’avoir été choisie » aux côtés de la Première Nation de Wabigoon Lake.

« Les résidents du canton d’Ignace se sont exprimés haut et fort cette année et ont fortement indiqué notre soutien global », souligne également celle qui a été officiellement élue en janvier dernier.

De son côté, le chef de la Nation ojibwée de Wabigoon Lake, Clayton Wetelainen, déclare :  « Le Chef et le conseil de la Première Nation de Wabigoon Lake considère que notre rôle en tant que hôte du site de déchets nucléaires comme une des responsabilités les plus importantes de notre temps ».

Et de continuer : « Nos membres ont clairement exprimé leur volonté que nous avons le courage et la bravoure nécessaires pour passer à la prochaine étape de ce projet ».

Le projet sera ensuite soumis à un processus réglementaire rigoureux, tel que défini par l’Agence d’évaluation d’impacts du Canada et la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

Droits linguistiques : les aéroports canadiens à nouveau rabroués par une cour fédérale

OTTAWA — Le Franco-Ontarien Michel Thibodeau a remporté une autre manche dans ses batailles judiciaires contre les aéroports du pays pour des violations de droits linguistiques, cette fois-ci devant la Cour d’appel fédérale.

Mardi, le tribunal a maintenu deux jugements connexes favorables au Franco-Ontarien d’Ottawa qui alléguait diverses violations de ses droits linguistiques.

Le premier jugement implique l’Administration des aéroports régionaux d’Edmonton et le second, l’Administration de l’Aéroport international de St. John’s. Dans les deux cas, M. Thibodeau alléguait que les communications sur les réseaux sociaux et sur leurs sites web ou encore des slogans aux aéroports étaient seulement disponibles en anglais et que cela violait la Loi sur les langues officielles (LLO). 

S’appuyant sur des enquêtes réalisées par le Commissariat aux langues officielles (CLO) lui étant favorables, Michel Thibodeau a poursuivi les deux administrations aéroportuaires dans les dernières années pour violations des droits linguistiques. Il avait remporté ses deux batailles en recevant en dommage et intérêts 5 000 $ dans chaque cause. Au total, il aura reçu près de 20 000 $ avec le remboursement des frais d’avocats. Mais les deux instances aéroportuaires avaient porté ces décisions rendues en 2022 en appel.

Elles ont été rejointes par les 17 administrations portuaires au Canada et les 100 aéroports au pays, via leurs associations nationales respectives, qui sont intervenues dans l’affaire notamment pour contester l’octroi de dommages et intérêts.

Mais, dans une décision rendue mardi par les juges de la Cour d’appel fédérale, Richard Boivin, René LeBlanc et Nathalie Goyette, les appels des autorités aéroportuaires ont été rejetés, donnant raison au Franco-Ontarien sur toute la ligne.

Les administrations aéroportuaires ont notamment plaidé devant les juges que seuls les aéroports étaient assujettis à l’obligation d’offrir des communications dans les deux langues officielles et non les sièges sociaux des aéroports en question, un argument qualifié de « faible » dans le jugement.

Elles plaidaient aussi que leurs obligations linguistiques en matière de service au public devraient seulement s’appliquer aux utilisateurs qui vont d’un aéroport à l’autre. Elles argumentaient donc que M. Thibodeau ne devrait pas toucher des dommages et intérêts, car celui-ci n’étant pas un voyageur, il n’aurait pas subi de violations personnelles de ses droits. 

« Une rentabilisation des droits linguistiques »

Entre 2016 et 2021, l’homme a déposé 410 plaintes contre des autorités aéroportuaires et 158 contre d’autres instances fédérales. En février 2024, il avait remporté une bataille judiciaire contre l’Aéroport international Pearson de Toronto, qui avait été condamné à lui verser 6 500 $.

Avec ses plaintes au CLO, l’Aéroport d’Edmonton juge que M. Thibodeau « a trouvé une façon de rentabiliser ses droits linguistiques » et les dommages et intérêts qu’il reçoit « servent une seule fonction, l’amélioration de sa situation financière ». L’Aéroport d’Edmonton juge notamment que le versement de dommages et intérêts par la Cour fédérale « récompense la décision de (M. Thibodeau) de commencer un procès judiciaire ».

Mais les deux jugements de la Cour d’appel rejettent les arguments du duo d’institutions fédérales qui « minimise les efforts requis » pour respecter le bilinguisme officiel, peut-on lire dans l’un des verdicts. La Cour d’appel fédérale souligne que les nombreuses plaintes déposées par Michel Thibodeau « tendent généralement à démontrer qu’il existe un problème au sein de plusieurs administrations aéroportuaires dans l’ensemble du Canada, comme par exemple à St. John’s ».

Le verdict sur l’Aéroport d’Edmonton conclut que « l’indifférence » de celle-ci combinée aux plaintes de M. Thibodeau « justifie l’octroi de dommages et intérêts afin que les administrations aéroportuaires prennent au sérieux leurs obligations linguistiques imposées par la LLO ».

« Confrontés à la résistance d’une institution à respecter ses obligations linguistiques en vertu de la LLO, les tribunaux ont le devoir de rassurer non seulement les minorités de langues officielles, mais également le public de l’importance d’assurer le respect de la LLO », est-il indiqué dans le jugement.

Dans le jugement portant sur l’Administration de l’aéroport international de St. John’s, les juges Leblanc et Boivin considèrent que l’instance fédérale « aborde à tort les droits linguistiques comme une mesure d’accommodement plutôt que comme une obligation juridique qui lui incombe ».

Les trois juges conviennent donc que dans les deux causes « les conclusions de la Cour fédérale ne comportent aucune erreur manifeste et dominante qui justifierait l’intervention de notre Cour », écrivent-ils. La juge Nathalie Goyette a toutefois démontré un avis dissident à ses deux autres collègues dans le jugement de l’Administration aéroportuaire de St. John’s arguant que celle-ci n’avait pas violé son obligation de communiquer avec le public dans les deux langues officielles.

Le commissaire aux langues officielles, qui était intervenu aux côtés de M. Thibodeau dans le dossier, a d’ailleurs salué le verdict qui « aura sans aucun doute une incidence positive sur la manière dont je mène mes enquêtes et elle me permettra de mieux protéger les droits linguistiques du public voyageur ».

Chercher la sérénité avec Anique Granger

Anique Granger, autrice-compositrice-interprète fransaskoise, fait entrer Rachel Crustin dans son univers créatif et intime. Lors d’une balade à Saskatoon, les deux femmes discutent relations humaines, inspirations du quotidien, et du balado Rewind / Le ruban de la cassette, où Anique compose à partir d’archives et de conversations profondes.
Accompagnez Rachel Crustin dans une exploration musicale à la rencontre d’artistes francophones avec notre série « Micro & boussole en Saskatchewan »
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Trump, loin d’être le seul souci des agriculteurs francophones de l’Ontario

TORONTO – L’annonce du futur président des États-Unis, via le réseau social X, d’imposer des tarifs douaniers de 25 % est certes une source d’inquiétude à la convention annuelle des agriculteurs de l’Ontario qui se déroule en ce moment-même à Toronto. Mais, pour nombre d’agriculteurs francophones de l’Ontario, d’autres sujets comme l’accès aux informations et aux ressources dans leur langue sont apparus plus importants que ce qui ne demeure pour l’instant que « des menaces » provenant de Donald Trump. 

Parmi les agriculteurs présents au grand rendez-vous annuel de la Fédération d’agriculture de l’Ontario (OFA), Michel Dignard ne cache pas ses craintes mais reste sceptique. Pour cet acteur de la grande culture à Embrun, dans l’Est, des tarifs douaniers de 25 % sur ses exportations de maïs et de soya aurait un impact conséquent sur ses revenus, mais le président américain mettra-t-il vraiment à exécution cette mesure?

« Il va tout de même mettre des tarifs, mais je ne suis pas sûr qu’il puisse mettre en pratique une telle augmentation, parce que c’est lui qui a signé le dernier libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Il se contredit quatre ans après. Avant ça, il donnait son excuse : ‘Si ce n’est pas moi qui l’ai fait, ce n’est pas bon’. Mais là, c’est lui qui l’a fait. Je pense qu’il n’a pas réalisé que le consommateur américain va payer plus cher. Là, ça a fait monter la piastre américaine, baisser la piastre canadienne. Ça peut nous aider pour l’exportation. » 

Et de tempérer : « C’est seulement un tweet qu’il a fait. Nous sommes en novembre et il parle de janvier. En deux mois, il a le temps de changer d’idée encore bien des fois. Donc, on va se préparer. » 

La convention se déroule sur deux jours. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

L’heure n’est pas à la panique non plus du côté de la FAO, qui a profité de cette convention annuelle pour mettre le sujet à l’ordre du jour dans les résolutions votées mardi après-midi. 

Paul Maurice, directeur de la FAO et représentant du comté de Simcoe, Peel et York, a confié à ONFR qu’il était tout de même nécessaire de se tenir prêt en raison du caractère imprévisible de Donald Trump. 

« Il est très difficile de prévoir ce que M. Trump va mettre en place et comment il va le poursuivre. Mais ce qui est le plus important maintenant, c’est qu’avec notre équipe on soit préparé, peu importe ce qu’il va nous envoyer. (…) Une équipe est en place pour regarder quelles pourraient être les conséquences et comment on pourrait les minimiser pour nos agriculteurs. » 

Deux points majeurs ont été discutés lors des résolutions : l’idée de réfléchir à des tarifs en réponse à cette augmentation de taxes, mais aussi une réflexion sur les possibilités de renforcer les liens et les échanges avec le Mexique, « l’autre victime » de cette décision politique à venir. 

Le défi de l’accès aux ressources en français

Si la problématique liée à l’augmentation des taxes d’exportation aux États-Unis est le lot de tous les agriculteurs ontariens, pas seulement les francophones, la question de l’accès aux ressources et aux formations en français est aussi au centre des discussions. 

Si les francophones ont leurs propres problématiques, pour Paul Maurice, ils partagent les mêmes soucis que leurs confrères anglophones, notamment au niveau des taxes locales. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Vanessa Renaud, directrice du conseil provincial de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, représentante de la région de l’Est ( Glengarry, Prescott, Russell et Stormont) a partagé ce constat.

« Parfois, c’est difficile de rechercher les bonnes informations et d’avoir les outils. Par exemple, Best management practices, c’est en anglais. Si tu vas sur un cours sur les subventions disponibles pour toi, comme avec le Soil and Crop Association, c’est en anglais aussi. »

« Ils n’ont pas de difficulté à faire de l’agriculture, convient-elle, mais avoir des ressources et des gens pour les conseiller dans leur langue, les aideraient à mieux comprendre. »

Mme Renaud prend l’exemple de l’accès à un banquier en français pour discuter de financements qui concernent de « gros coûts ». Il sera toujours plus simple pour des francophones de comprendre tous les tenants et les aboutissants en ayant des explications en français, ce qu’ils n’ont malheureusement pas toujours. 

Vanessa Renaud, directrice du conseil provincial de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR
Les technologies, « c’est une des priorités et le futur pour l’agriculture, surtout avec le manque de main-d’œuvre »
— Vanessa Renaud, directrice du conseil provincial de l’OFA

La question de l’accès aux nouvelles technologies est également au cœur de cette problématique. 

« C’est une des priorités et le futur pour l’agriculture, surtout avec le manque de main-d’œuvre. C’est vraiment un gros point de pousser vers l’innovation. Mais lorsque tu n’as pas de formation, quand tu appelles pour du service, c’est en anglais. Ton ordinateur est en français, le gars te parle en anglais. Ça crée vraiment des complexes », regrette-t-elle.

« Tu ne peux pas utiliser les technologies à leur maximum, parce que tu ne sais même pas comment utiliser toutes les fonctions, comment configurer tout ça. Je généralise, mais parfois ça peut être un désavantage pour les producteurs francophones. »

Michel Dignard a fait le voyage depuis Embrun dans l’Est de l’Ontario pour assister à la convention annuelle de la FAO. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Sur le terrain, Michel Dignard pointe du doigt l’administration, surtout au niveau fédéral. 

« Il faut encore se battre avec le gouvernement provincial pour avoir des services francophones. (Au niveau) municipal, ils s’en viennent pas mal mieux. On peut dire que les provinciaux ont gagné 50 %, mais ils ont encore la moitié du chemin (à faire). »

« Le Fédéral, c’est une bataille de tous les jours. Les services sont supposés être bilingues. Quand t’arrives là-dedans, tout est bien bilingue, mais après cinq minutes, t’es tout de suite de retour à l’anglais parce que la communication ne passe pas. »

L’un des objectifs de la convention annuelle est de fournir les outils nécessaires aux agriculteurs pour être en mesure d’aller échanger avec les administrations, mais, comme on a pu le constater sur place, tous les échanges lors des différents panels et présentations demeurent en anglais.

Les élus et sénateurs acadiens lancent une nouvelle association parlementaire

OTTAWA – Sentant un « vide » au cours des dernières années à Ottawa, les députés et sénateurs acadiens ont décidé de lancer leur propre association parlementaire pour faire entendre leur voix à l’avenir dans divers dossiers touchant la communauté.

L’idée est notamment venue du député conservateur et acadien de Nova-Ouest en Nouvelle-Écosse Chris d’Entremont et des sénateurs René Cormier et Réjean Aucoin.

« On s’est tous réunis sans s’être parlé et on est tous arrivés avec la même idée pour créer ce regroupement-là », affirme le sénateur acadien de la Nouvelle-Écosse Réjean Aucoin, nommé en novembre 2023 à la chambre haute.

Comme seul élu dans l’opposition à être Acadien, Chris D’Entremont soutient que « pour moi, comme Acadien, il y avait un grand vide » par le passé lorsque des enjeux touchant la communauté rebondissaient au Parlement.

« Je ne savais pas à qui parler ou (vers qui) me tourner », soutient en entrevue celui qui est aussi vice-président de la Chambre des communes.

Réjean Aucoin qui est l’un des porte-paroles de ce regroupement avec Chris d’Entremont soutient avoir vu dès son arrivée lui aussi un vide au niveau d’un regroupement acadien notamment avec le projet de loi sur le financement des garderies, le projet de loi C-35, où les Acadiens avaient fait des demandes.

Le sénateur Aucoin pointe aussi vers la polémique qui a entouré le spectacle de la Fête nationale de l’Acadie cette année pour mettre de l’avant l’importance pour les Acadiens de parler d’une seule voix. Radio-Canada avait décidé de ne pas faire d’émission en direct le 15 août, mais face à un appel de nombreux élus et leaders acadiens, la décision avait été infirmée.

Chris D’Entremont veut s’assurer que cette association sera apolitique et permettra de mieux relayer les enjeux soulevés par les leaders de la communauté acadienne au Parlement. Ce dernier trouve important de mettre sur place un tel regroupement, car les Acadiens n’étant pas une province ou encore issus d’une région monolithe, les défis ne sont pas similaires ou de la « même ampleur » que pour des députés représentant une province en entier, donne-t-il en exemple.

« On ne se parlait pas vraiment (entre Acadiens). On avait des enjeux et des projets de loi qui étaient discutés, mais pas ensemble. Je voulais trouver une façon de sortir un petit peu de la politique », soutient-il.

Le député conservateur Chris d’Entremont. Gracieuseté

Le conservateur pointe notamment vers le projet de Loi sur les langues officielles, C-13, qui a été adopté en juin 2023, qui a indiscutablement un gros impact sur la communauté acadienne.

« On avait des discussions qui arrivaient de C-13, dont je n’étais pas au courant. On parlait avec la communauté qui nous soulignait des problèmes qu’on avait dans le projet de loi », explique-t-il.

« On n’avait pas de forum où on pouvait pousser le gouvernement à changer ses idées, poursuit-il. On avait tous une démarche et on a eu des opportunités manquées. On ne veut pas les manquer cette fois-ci dans les prochains projets de loi. »

L’Association en tant que telle sera ouverte à des parlementaires de tous les partis, pas seulement des Acadiens, mais aussi à d’anciens membres de la Chambre des communes, précise M. D’Entremont. Le lancement de l’organisation aura lieu mercredi sur la colline Parlementaire et sera intitulé l’Association acadienne des parlementaires du Canada.

À l’heure actuelle, en plus de M. D’Entremont, il y a Darrell Samson, René Arseneault, Serge Cormier et les ministres Ginette Petitpas Taylor et Dominic Leblanc qui sont tous des élus acadiens. Au Sénat, M. Aucoin et René Cormier s’ajoutent à Rose-May Poirier, Pierrette Ringuette et Victor Boudreau comme membres de la chambre haute à être des acadiens.

La réélection de Tim Houston en Nouvelle-Écosse « augure bien » pour les Acadiens

Le parti progressiste-conservateur de la Nouvelle-Écosse avec comme chef Tim Houston a remporté un second mandat de suite majoritaire mardi soir. La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) souligne le retour d’un gouvernement ayant fait « des avancées remarquables » lors du premier mandat en plus de saluer l’ajout d’une seconde voix acadienne.

Tim Houston remporte ainsi un second mandat, lui qui a été élu en 2021 à la tête de la province maritime. 

« Ce soir, les électeurs nous ont envoyé un message, et ce message, c’est de continuer. De continuer avec le plan, de continuer d’avancer avec un plan et je veux que les Néo-Écossais sachent que c’est ce que nous allons faire », a déclaré dans son discours de victoire le premier ministre victorieux.

Au moment de publier l’article vers 22 h 10 (HNE), les progressistes-conservateurs comptaient 42 sièges, un gain de huit sièges alors que les libéraux ont fortement dégringolé en troisième position avec seulement deux sièges de prévus, en eux qui détenaient 16 sièges avant les élections. Le NPD formera l’opposition officielle avec 10 sièges projetés pour la troupe de la cheffe Claudia Chender. 

Colton LeBlanc, le ministre sortant des Affaires acadiennes et de la Francophonie a facilement conservé son siège dans Argyle. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Dans la circonscription acadienne d’Argyle, le ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie sortant Colton LeBlanc a facilement conservé son siège avec près de 82 % des intentions de vote. L’autre représentant acadien à l’Assemblée législative au moment de sa dissolution, Ronnie Leblanc, a perdu son siège pour les libéraux dans Clare, aussi un comté acadien, au profit du conservateur Ryan Robicheau, qui est aussi d’origine acadienne.

La FANE voit d’un bon œil le retour de Tim Houston au pouvoir, précisant que tous les 15 août (fête nationale de l’Acadie), ce dernier rencontrait les leaders acadiens de la province et « se montrait réceptif à nos demandes », avance le directeur général de la FANE, Jules Chiasson.

Ajout d’un mois du patrimoine acadien, modernisation de la Loi sur les services en français, adhésion de la Nouvelle-Écosse comme État membre à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et adoption d’une loi sur l’Éducation en français sont tous « des avancées remarquables » réalisées lors du premier mandat, encensent M. Chiasson.

De plus, souligne le directeur général de la FANE, le parti progressiste-conservateur s’est engagé à ne pas contester une récente décision de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, favorable aux Acadiens pour l’ajout d’une quatrième circonscription acadienne protégé à Chéticamp. 

« Ça augure bien pour la communauté acadienne et francophone de la Nouvelle-Écosse », lance-t-il au bout du fil quelques instants après le dévoilement des résultats dans la province.

« On va surveiller l’application de la Loi sur les services en français, pour voir plus de services offerts à la communauté francophone, notamment en santé. On va aussi surveiller le dossier de la petite enfance. On veut voir à ce qu’il y ait plus de places accordées aux enfants francophones des communautés acadiennes », énumère Jules Chiasson comme des éléments importants dans ce second mandat majoritaire.

Si la FANE souligne l’apport du député libéral Ronnie Leblanc, l’arrivée d’une seconde voix acadienne au sein du gouvernement en Ryan Robicheau « est une très bonne nouvelle ». 

« Il sera là pour appuyer et épauler Colton LeBlanc au développement et à l’épanouissement de la communauté acadienne. On ne sait pas qui sera nommé ministre des Affaires acadiennes, mais on aura certainement des amis de la communauté acadienne avec nos deux députés », juge M. Chiasson.

La Loi sur les langues officielles chamboulée par des élections, craint le commissaire

OTTAWA — Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge se dit inquiet que la Loi sur les langues officielles ne soit pas entièrement en vigueur d’ici de prochaines élections fédérales.

« Les choses ne bougent pas vite », a résumé avec un soupir hier Raymond Théberge devant les sénateurs au Comité sénatorial des Langues officielles.

À l’heure actuelle, plusieurs portions de la Loi sur les langues officielles ne sont pas complètement en vigueur, comme la partie VII, qui porte sur l’épanouissement des communautés de langues officielles. Raymond Théberge qualifie d’essentielle cette portion du régime linguistique fédéral pour l’avenir du français hors du Québec, car elle porte sur le développement des communautés francophones.

Il reste aussi plusieurs pouvoirs du Commissariat aux langues officielles à adopter, notamment l’imposition d’amendes ou d’émettre certaines ordonnances à des instances fédérales fautives.

Il affirme en comprendre que la fonction publique est présentement en pleine consultation avec les Premières Nations sur l’adoption des règlements qui permettront de faire appliquer entièrement la Loi sur les langues officielles, modernisée en juin 2023.

« Je sentais un momentum au début, mais ça l’a ralenti énormément », estime Raymond Théberge, qui soutient pourtant qu’« au début, on avait un plan de match solide ».

« C’est un délai important et je pense qu’on va se trouver dans une situation où l’on va peut-être manquer de temps », craint ce dernier, en entrevue, après un autre témoignage devant un Comité des langues officielles, celui de la Chambre des communes, mardi matin.

Mais avec une date de scrutin fixé pour l’automne 2025, si des élections anticipées ne sont pas déclenchées plus tôt, le chien de garde des francophones au pays craint que le dossier stagne.

« On s’approche d’une élection et, si je comprends bien, on a pas encore fait des consultations », presse-t-il.

« Je pense qu’il faut retenir cette réalité et cette possibilité. On me dit que le travail peut se poursuivre (pendant une élection), mais il faut que le règlement vienne devant le comité, la Chambre (des Communes), etc. Donc, les échéanciers sont très très serrés. »

« Je suis pas mal motivée pour faire avancer les dossiers auxquels je touche et on va travailler en étroite collaboration avec le ministère », répond aux inquiétudes du commissaire la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Gracieuseté

Elle a hérité la semaine dernière de façon intérimaire des anciens portfolios de Randy Boissonnault, lui qui a quitté le conseil des ministres à la suite d’une controverse sur l’identité autochtone. Ginette Petitpas Taylor soutient qu’elle rencontrera des intervenants des langues officielles au cours des prochains jours, elle qui a auparavant occupé ce poste de 2021 à 2023.

« C’est sûr que je connais bien le dossier des langues officielles. J’ai hâte de travailler avec les intervenants et je ne sais pas si c’est à court terme ou à long terme, mais je suis très contente de reprendre ces responsabilités », confie-t-elle en entrevue.

Ce n’est pas la première fois que le commissaire Théberge critique la lenteur de l’appareil fédéral en lien avec l’adoption de réglementations liées à la Loi sur les langues officielles. Comme il y a plusieurs règlements différents qui ont besoin d’être adoptés, une des possibilités soulevées serait d’adopter ceux-ci ensemble. 

La réglementation devra aussi préciser les fortes régions à présence francophone, hors du Québec, où les travailleurs fédéraux pourront bénéficier de nouveaux pouvoirs en matière de langue de travail.

Immigration francophone : « On ne sait pas sur quel pied danser », déplore Théberge

OTTAWA – Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge estime que la multiplication des divers programmes chez Immigration Canada en vient à nuire à la rétention des immigrants francophones au pays.

Ce dernier commentait un récent rapport du Conference Board du Canada qui conclut que le Canada perd 35 % de ses immigrants francophones à long terme, particulièrement en Ontario et au Québec.

S’il convient que la rétention des immigrants soit multifactorielle, notamment l’emploi, le logement et la langue, Raymond Théberge estime qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) « doit faire un meilleur travail lorsqu’on parle de lentille francophone au niveau de leurs politiques. ».

« Quand on parle d’immigration, il y a tout le continuum, de la sélection à l’établissement jusqu’à l’intégration dans les communautés (francophones) et je ne suis pas convaincu qu’on a mis en place tous les moyens nécessaires pour retenir les nouveaux arrivants », a-t-il affirmé aux sénateurs du Comité des langues officielles lundi soir dans le cadre d’une comparution.

Raymond Théberge considère toutefois que le ministère fédéral se complique la tâche à force d’ajouter une composante francophone à chacune de ses catégories d’immigration.

« Il y a tellement de choses qui se passent en même temps dans le monde de l’immigration : les étudiants internationaux, les cibles, les travailleurs temporaires, etc. On ne sait pas sur quel pied danser », observe le commissaire aux langues officielles.

Actuellement, soutient-il, « il y a tellement de choses qui se passent à IRCC que ça mène à un peu d’ambiguïté et d’incertitude ». 

« On ajoute un critère francophone au programme des étudiants internationaux, des travailleurs temporaires, des résidents permanents, des immigrants économiques, énumère-t-il. Mais à mon avis, ça serait beaucoup plus utile si on avait une voie francophone, car ils (francophones) ne viennent même pas des mêmes pays (que les anglophones). »

Raymond Théberge soutient qu’il y a déjà une « expertise francophone » qui existe chez le ministère fédéral et qu’une telle façon de faire pourrait améliorer l’intégration des nouveaux arrivants francophones.

« Ça permettrait de mettre en place toutes les structures nécessaires pour accompagner ces gens-là », plaide-t-il.

Cette idée d’avoir un seul programme dédié entièrement à l’immigration francophone est une suggestion de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

« Ce sont des mesures qui sont faites par et pour les francophones. Ça prend vraiment une lentille francophone à l’ensemble des initiatives pour y arriver » plaidait en entrevue avec ONFR, sa présidente Liane Roy.

Le gouvernement fédéral a récemment annoncé une augmentation de sa cible en immigration francophone pour les trois prochaines années. Dans les derniers mois, le fédéral avait annoncé un nouveau projet pilote pour les étudiants dans les établissements francophones hors du Québec, notamment en les exemptant de son plafond des étudiants étrangers. 

Ottawa avait aussi annoncé l’ajout de nouvelles communautés francophones accueillantes sélectionnées au pays pour accueillir de nouveaux arrivants francophones. Quelques mois auparavant, le fédéral avait dévoilé un nouveau projet pilote visant à offrir une voie d’accès à la résidence permanente pour des travailleurs francophones qui s’établissent dans des communautés francophones hors Québec.

Anglophones dans les écoles francophones : « On force les conseils scolaires à se prostituer »

OTTAWA — Le militant franco-ontarien Basile Dorion estime que la situation des élèves anglophones dans les écoles francophones de la province a empiré au cours des années et se dit toujours prêt à poursuivre devant les tribunaux les conseils scolaires.

L’ex-conseiller scolaire qui s’était fait connaître lors de la crise scolaire de 1979 à Penetanguishene avait déjà menacé par le passé d’aller devant les tribunaux. Il avait en 2017 envoyé une missive au gouvernement provincial et aux conseils scolaires qu’il considérait comme fautifs d’admettre des élèves anglophones dans des écoles francophones.

Aujourd’hui, il se dit toujours prêt à poursuivre cette bataille juridique, lui qui est à la recherche d’un avocat, même anglophone, avance-t-il alors qu’à l’heure actuelle, rien ne bouge dans ce dossier.

L’impact d’accepter autant d’élèves anglophones est un désavantage pour ceux qui sont francophones, car cela donne lieu à des milieux anglophones au sein de l’école en français et facilite l’assimilation à l’anglais des jeunes francophones, considère M. Dorion.

« L’enfant qui arrive à l’école et qui parle français est désavantagé par le système et nos conseils scolaires francophones sont trop pissous pour prendre des mesures proactives », a-t-il lancé aux députés fédéraux du Comité des langues officielles la semaine dernière.

Pour Basile Dorion, ces critères de sélection pour les non-ayants droit des conseils scolaires francophones prennent le bord et permettent d’accepter n’importe qui, déplore-t-il, accusant les instances scolaires d’attirer les parents anglophones.

« On les invite avec de pleines pages d’annonce dans le Toronto Star (…). Il y a des exceptions, mais beaucoup de ces personnes veulent juste rentrer et après ça, il n’y a plus d’engagement (envers le français) », a-t-il dénoncé face aux élus, qui l’avaient invité à venir témoigner dans le cadre d’une étude sur le continuum en éducation.

« Il ne faut pas que ça soit fait au détriment du petit enfant francophone qui se trouve un weirdo dans sa propre école », ajoute-t-il.

Un ayant droit est une personne qui a un droit constitutionnel à l’école française, en vertu de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés « qui garantit le droit à l’instruction dans la langue de la minorité comme outil de lutte contre l’assimilation ».

Des enfants de parents non ayant droit peuvent être admis dans des écoles franco-ontariennes si l’enfant parle français. Les parents de nouveaux arrivants qui ne parlent pas français peuvent aussi être admis tout comme ceux qui le parlent. Dans les trois derniers cas, c’est au parent de faire la demande auprès d’un conseil scolaire, qui, par l’entremise d’un comité d’admission, détermine d’accepter ou non cette requête.

Mais pour Basile Dorion, les conseils scolaires n’ont d’autre choix que de procéder ainsi, car le mode de financement fonctionne selon des effectifs scolaires et l’élève représente désormais « un signe de piasse ».

« On force les conseils scolaires à se prostituer pour obtenir des nombres et avoir de l’argent, car ça donne bonnes jobs. »

« Tous les octrois sont dirigés vers la francisation et non pas vers la francophonie. Le petit francophone est négligé (…). S’il veut se faire des amis, il doit faire comme la majorité et parler en anglais, sinon il est ostracisé », affirme-t-il.

Le député du Bloc québécois Mario Beaulieu dit y voir un parallèle avec « les problèmes qu’on a dans les écoles à Montréal où les francophones sont minoritaires ». Le point de vue du militant franco-ontarien n’était toutefois pas partagé par l’ensemble des députés conservateurs et libéraux « qui ne trouve pas ça négatif qu’on augmente le nombre d’ayants droit, car pour les francophones, c’est un gain », a plaidé le porte-parole conservateur en langues officielles, Joël Godin.

Dans une décision rendue l’an dernier, la Cour suprême du Canada, avait tranché en faveur de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest dans un dossier de six enfants de parents immigrants non-ayants droit à qui l’on avait refusé l’accès à l’école en français.

La Cour suprême avait blâmé le gouvernement ténois de ne pas avoir pris en compte l’article 23 de la Charte tout en prévenant que sa décision n’équivalait pas à l’obligation d’admettre tout non-ayant droit.

« On continue à le faire »

Basile Dorion estime que le problème a empiré dans les dernières années car, en acceptant des non-ayants droit avec des critères de sélection très souples, cela signifie, a-t-il expliqué aux élus à Ottawa, que les enfants de ceux-ci deviennent automatiquement des ayants droit et cela se multiplie au fil des générations.

« Zéro a été fait par les conseils scolaires. J’avais donné des pistes de solution et ils n’ont rien fait. On continue à le faire », lance-t-il en entrevue après sa comparution en lien avec une lettre qu’il avait envoyée aux conseils scolaires.

L’organisme Canadian Parents for French soutient lui aussi voir beaucoup d’élasticité dans la manière dont les conseils scolaires acceptent les non-ayants droit.

« Le ministère de l’Éducation donne le droit aux conseils scolaires (d’accepter les non-ayants droit), alors vous pouvez imaginer qu’un conseil scolaire dans une région éloignée va interpréter différemment et va peut-être changer les critères », a témoigné sa présidente Nicole Thibault au même comité parlementaire.

Dans les dix dernières années, le nombre d’élèves dans les conseils scolaires francophones a connu un bond faramineux de 13,5 % en une décennie contre 1,43 % du côté anglophone, notamment attribuable à l’immigration.

Le militant franco-ontarien Basile Dorion. Crédit image: Pascal Vachon.
Le militant franco-ontarien Basile Dorion. Crédit image : Pascal Vachon

Même si l’ex-conseiller scolaire réussit à trouver un avocat pour le représenter, un autre obstacle serait de trouver des parents francophones prêts à témoigner en faveur de cette cause.

« Les gens ont peur d’entrer dans une cause où leurs enfants vont souffrir les conséquences à l’école et beaucoup des parents sont des enseignants qui ont peur de s’exprimer », soutient-il, affirmant toutefois avoir reçu beaucoup d’aide de l’ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache dans ses démarches judiciaires.

Inné(e)s 

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, c’est Rym Ben Berrah qui évoque des enjeux de société et d’éducation qui rejoignent le quotidien.

Les inégalités sociales, on en entend tout le temps parler : on s’y connaît, on en connaît, on sait en nommer et on sait en reconnaître. Parfois l’ombre du préjudice prend le dessus et, surtout en situation de privilège, certaines nuances nous échappent. Cette idée s’est accrue en moi, notamment, lors de ma dernière grossesse.

À la fin du troisième trimestre, fin du huitième mois, mon ventre paraissait à peine et je n’ai jamais joui de cette aura magnifique de femme enceinte avec un gros ventre rond pour le prouver. Parfois je rentrais dans le cabinet du docteur et je me faisais toiser de haut en bas… Elle fait quoi, elle, ici en fin de grossesse à risque?

Une fois, dans un autobus, j’étais vraiment mal en point, avec douleurs au ventre et au dos. Dès que ça swinguait, je me retrouvais à devoir forcer avec mes jambes pour ne pas perdre mon équilibre. J’étais au bout de ma vie. Un jeune homme s’est levé, libérant sa place à l’avant – et qui devait être pour femmes enceintes et personnes âgées – a une demoiselle qui venait d’entrer. Ah bon?! Moi, je tiens un enfant entre mes entrailles mais who cares? En espérant que sa prouesse de prince charmant finisse en rendez-vous galant!

Je savais que la place me revenait de droit, l’affichage sur l’autobus le stipulant. La ville d’Ottawa le sait et le sens commun des choses le soutient aussi. Pourtant, puisque je n’avais pas un gros ventre qui justifiait haut et fort mon « état », cette personne, même n’étant pas mal intentionnée, était entrain de me faire du tort car elle n’avait pas le canal pour connaître mes besoins. Vous me suivez jusque là dans le parallèle avec les inégalités invisibles? Tant mieux. 

Inégalités linguistiques 

Je ne suis aucunement experte en termes d’équité linguistique mais j’aimerais partager avec vous une pensée qui me taraude. Lorsqu’on réussit à quasiment arriver à nos cibles d’immigration francophone dans la province mais qu’on loupe nos cibles d’emploi, ne devrions-nous pas avoir des représentants et politiciens plus alertes de ce qui se passe démographiquement sur le terrain du recrutement? Je parle du fait, par exemple, d’exiger des immigrants francophones de parler un anglais irréprochable lorsqu’ils appliquent pour des postes francophones en Ontario.

Je sais évidemment que cela va de soi, qu’on doit être bilingue pour prospérer en Ontario et qu’il est quasiment impossible de vivre de façon unilingue (et ce n’est pas le but), mais pour quelqu’un qui a atterri ici, qui a payé pour une scolarité francophone pour finalement pouvoir exercer et de se voir refuser des emplois à cause de son niveau d’anglais, ne voyez-vous pas la différence dans l’expérience de recrutement et de niveau de vie? En sachant qu’on a « promis » à cette personne qu’ « en Ontario, tu peux carrément vivre en français »…

Dans ma courte vie sur cette terre qui commence à être quand même conséquente (bonjour les premiers cheveux blancs), j’ai vu des étudiants, des femmes, des familles être brisés par le milieu éducatif francophone et bilingue, en commençant par ma propre histoire.

J’avais pris un cours de mathématiques en français à ma première année postsecondaire en Ontario et le livre, que dire, la brique indigeste qui nous servait de manuel de maths avancées, était en anglais. Moi, Rym, 18 ans, dont à l’époque le seul anglais que je connaissais provenait de séries doublées et à qui on avait promis une scolarité en français à telle université, me retrouvais à faire des équations avec des explications en anglais. Je payais des milliers de dollars en plus pour ma scolarité.

Lorsque j’ai naïvement parlé de ça au prof, il m’a toisée en me disant : « Ce n’est pas mon problème ». C’était l’une des premières flèches d’injustice sociale que je prenais en plein cœur. Par la suite, j’ai compris que des centaines et milliers de personnes vivaient des situations d’injustice linguistique et d’intégration similaires. Vous croyez que j’aurais pris le cours, payé pour, le laisser ruiner ma côte universitaire à l’époque, si je savais au préalable que le bouquin serait en anglais? Logiquement, non.

Ça peut sembler anodin pour certains. Pour d’autres, c’est tout leur monde qui tremble : la déception des parents et leur sacrifice migratoire, les notes pas assez hautes pour avoir accès à des bourses, l’échec qui n’est même pas le fruit de quelque chose dont on détient le pouvoir.

Une autre mention qui me tient à cœur : les immigrants qui, après des études d’auxiliaire infirmier ou aide-soignant dans un collège francophone échouent à leur stage de fin d’études, après le sacrifice de temps et le sacrifice financier, car au milieu de stage on leur exigeait un anglais irréprochable.

À l’époque (je ne sais plus si c’est le cas encore aujourd’hui), l’école se dédouanait du processus d’échec et j’avais déjà reçu des témoignages d’étudiants à qui ont écrivait des mentions telles que « T’es en Ontario, t’es supposé savoir tous les médicaments en anglais ». Supposé, peut-être que oui, mais pas au prix d’un échec humain et financier de deux ans de temps post-immigration. Eh puis ces récits-là n’arrivent pas qu’aux autres et aux nouveaux arrivants. 

Inégalités financières 

Je cite les sujets scrutés sous ma propre loupe de vie, comme à l’habitude. Au-delà des problématiques primaires liées à l’immigration et à l’intégration à court et moyen terme, j’aimerais porter votre attention sur un sujet qui me préoccupe depuis longtemps : l’éducation financière chez les nouveaux arrivants et leur progéniture.

Comparons un enfant dont les parents sont nés ou ont grandi au Canada versus un enfant d’immigrant dont les parents sont arrivés en milieu de vie professionnelle pour s’installer au Canada et offrir une vie plus prometteuse à leur enfant. Auront-ils forcément les mêmes privilèges et accès, même si les deux débutent leur scolarité au même niveau et dans le même système éducatif nord-américain? 

Si on prend un enfant d’un couple qui a fréquenté des écoles d’ici et qui a bénéficié d’accès aux informations éducatives financières dès un jeune âge (placements , RÉER, cotisations, REEE, fonds de pension, taux d’intérêt, gestion de crédit, etc.) peut-on dire que son bagage est égal à un enfant dont les parents sont dans l’intégration du marché d’emploi et la survie économique après un déracinement total du pays d’origine?

Les enfants d’immigrants de première génération devraient avoir accès à une éducation financière qui viendrait palier le manque d’enracinement financier de leurs parents, afin que tous les étudiants soient sur le même piédestal et aient la même égalité des chances en termes de finances car, cela va sans dire, la santé financière impacte énormément l’expérience académique et par la suite l’implantation dans la société active franco-ontarienne et franco-canadienne. 

Inégalités médicales et psychologiques 

Nous ne sommes pas tous et toutes nés avec les mêmes capacités, les mêmes réponses cognitives, ni le même tempérament. Ce qui semble être logique pour l’un, ne l’est pas pour l’autre. Ce qui semble être sain pour l’un, ne l’est pas pour l’autre.

Physiologiquement nous n’avons pas les mêmes capacités, alors pourquoi tout est construit selon un seul modèle de conduite pour les gens actifs dans le milieu du travail? Bien sûr, mis à part les limitations d’accessibilité, il devrait y avoir d’autres rangées d’accommodation, car nous ne sommes pas tous de la même veine, non? 

Je sais que parfois on en parle de manière détendue dans les 5 à 7 et autres rencontres plus spontanées en dehors du bureau. Certains disent « Je suis pas du matin », d’autres « Je suis plus productif la nuit ». D’autres « Après le repas midi, je n’arrive pas à fonctionner. C’est pour ça j’aurais préféré que mon heure de lunch soit le plus tard ».

Est-ce que c’est cela qui nous manquerait pour créer des environnements de travail des plus productifs et où les salaires sont au maximum de leurs profits et les gens sont au maximum de leurs reconnaissances car tout est mis en place pour tirer le meilleur parti de chaque situation? N’est-ce pas ce qu’on a commencé à comprendre dans un monde post-COVID-19 et dans lequel la nouvelle génération nous bat en terme d’efficacité, d’intégration et de productivité?

Je crois qu’il devrait y avoir une réflexion générale dans les milieux francophones en essor sur comment on pourrait garder le cap en amenant tous les agents impliqués à être à leur meilleur, que ça parte du département des ressources humaines et que ça se termine dans les activités annuelles planifiées entre employés. Trois volets qui portent à réflexion pour, je le souhaite, ce qui nous préoccupera entre autres pour la nouvelle année à venir. 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Entente Ontario-fédéral : des repas gratuits pour 160 000 nouveaux élèves ontariens

Le gouvernement fédéral a annoncé ce vendredi avoir conclu une entente avec l’Ontario pour son programme d’alimentation scolaire qui permettra d’offrir des repas gratuitement à plus de 160 000 nouveaux élèves dans les écoles de la province.

Le fédéral viendra contribuer financièrement à l’actuel programme ontarien dans le cadre d’une entente sur trois ans au coût de 109 millions de dollars. Cette entente permettra, selon l’estimation du fédéral, de nourrir 160 000 nouveaux élèves avec près de 9,8 millions de repas dès cette année scolaire.

« Aujourd’hui, on célèbre le fait qu’ici en Ontario, 160 000 jeunes vont avoir plus d’accès à de la nourriture scolaire », s’est félicité Justin Trudeau, qui en a fait l’annonce à Brampton dans une école secondaire en compagnie de la ministre de la Famille Jenna Sudds et la ministre de l’Éducation ontarienne Jill Dunlop.

En avril 2023, le gouvernement fédéral avait annoncé un plan d’un milliard de dollars sur cinq ans pour nourrir les enfants partout au pays, dans le cadre de son budget. Depuis ce temps, le gouvernement a conclu des ententes avec Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que le Manitoba.

« On va travailler main dans la main avec le gouvernement fédéral pour s’assurer que les enfants ne vont pas à l’école le ventre vide », a affirmé le premier ministre ontarien Doug Ford en conférence de presse à Hamilton quelques heures plus tôt, ajoutant être « un partisan » d’un tel programme.

À l’heure actuelle en Ontario, 13 organismes directeurs supervisent la gestion du programme et l’octroi de subventions. Avec cette annonce, ce sont près de 75 % des écoles de l’Ontario qui seront couvertes par le programme et près de 800 000 enfants qui vont bénéficier dans les prochains mois de déjeuners, repas et collations gratuites.

Patinage artistique : Paul Poirier « pense déjà » aux Jeux olympiques d’hiver 2026

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

L’Ottavien Paul Poirier, vice-champion du monde en titre de danse sur glace, va de succès en succès avec Piper Gilles. La saison dernière, le duo a remporté l’an passé la Coupe de Chine, les Internationaux Patinage Canada (IPC) et les Championnats du Canada et des quatre continents.

LE CONTEXTE :

Leur saison 2024-2025 a débuté par une nouvelle victoire aux IPC le 27 octobre à Halifax (la cinquième de suite), avant de signer une deuxième place à Helsinki en Coupe de Finlande, le 17 novembre dernier. Des résultats les qualifiant pour la grande finale des Grands Prix ISU, du 5 au 8 décembre à Grenoble, en France.

L’ENJEU :

Cette nouvelle saison est cruciale pour la paire Paul Poirier-Piper Gilles, qui va tenter d’améliorer les très bons résultats réalisés la saison dernière, mais aussi déjà servir de préparation pour les Jeux olympiques d’hiver de 2026.

« Vous avez déjà fait deux compétitions en ce début de saison. Quel regard portez-vous sur ces résultats, même si ce ne sont pas des compétitions majeures? 

C’est toujours important de gagner. Chaque compétition est importante, même si elles ne sont pas majeures. Premièrement, parce qu’on veut toujours bien performer. C’est l’attitude d’un athlète. On a toujours l’objectif de performer à notre mieux. Ça n’arrive pas toujours, comme cette dernière fin de semaine en Finlande. Mais il y a toujours cette pression-là.

Et je pense aussi, spécialement dans un sport comme le nôtre, qu’il est important de construire un momentum. Si tu sors à chaque compétition et que tu performes bien, ça donne une sorte d’énergie perçue par le public et les juges. Et ça, c’est important aussi! 

On a commencé assez fort quand-même. La compétition au Canada s’est super bien passée. On était très content de nos performances. Cette fin de semaine en Finlande, c’était un peu plus une déception.

Comment analysez-vous cette deuxième place alors que vous étiez en tête après la danse rythmique? 

Notre programme libre n’a pas bien marché. On a fait plusieurs erreurs. J’ai chuté au milieu du programme. Ce n’est pas quelque chose qui nous arrive très souvent. Bien sûr, ça aurait été bien de pouvoir gagner cette compétition aussi. Mais c’est ça le sport.

Donc, ce n’est pas le point d’être fâché contre moi-même ou nous-mêmes, mais simplement de se dire que ça ne s’est pas passé comme je le voulais. Ça arrive parfois et il faut prendre chaque défaite et la traiter comme une occasion de s’améliorer, l’utiliser comme motivation et comme direction pour le reste de la saison.

Parlez-nous de vos deux nouveaux programmes pour cette saison, en commençant par le programme sur le thème imposé. 

Cette année, le thème choisi par le comité international, c’est les danses des années 50, 60 et 70. Nous avons décidé de prendre les styles de danse des années 60. On utilise la musique des Beach Boys et on voulait vraiment capter cette énergie-là du rêve américain qui existait alors. Si tu regardes les films des années 60, cette idée de la Californie, de la vie paisible, de la vie parfaite… On voulait utiliser cette musique-là pour peindre cette scène-là.

C’est un programme qui est fun. La musique des Beach Boys, c’est une musique que tout le monde connaît et qui a une très bonne énergie. Donc, je pense que c’est un programme agréable, sur lequel on aime beaucoup performer. On a eu une bonne réception du public les deux fois. 

Qu’en est-il du programme libre?

Cette année, on a pris un programme qu’on avait préparé pour les tournées pendant le printemps et le convertir en programme de compétition. On sentait, après les tournées du printemps, qu’on aimait beaucoup le programme et qu’on ne voulait pas le laisser comme ça. Bien sûr, les règles de compétition sont très différentes. Donc, il a fallu beaucoup changer les chorégraphies, mais c’est un programme qu’on aime beaucoup.  C’est une chanson moderne, mais on la performe dans un style tango.

Pour terminer sur le côté artistique, un mot sur le choix du costume rouge avec dos-nu… C’est peu commun.

Ce programme est un mélange de danse traditionnelle et de danse moderne. Je voulais que le costume représente ça aussi. J’ai une tenue très traditionnelle devant, mais je voulais faire un art plus moderne en me tournant, une sorte de petite surprise. C’est juste une extension de l’idée du programme.

La tenue de Paul Poirier avec le dos-nu évoqué lors de l’entretien. Photo : Danielle Earl/Skate Canada

Quelles sont vos ambitions  pour cette année? Vous avez fait une saison dernière fantastique… Est-ce possible de faire mieux? 

Bien sûr, on était tellement proches de la première place aux Championnats du monde, donc, oui, c’est un objectif! Mais pour nous, là maintenant, il y a aussi le but plus général de bien se préparer pour la saison olympique, qui s’en vient très rapidement.

On est déjà à 15 mois des Jeux olympiques. Il nous reste quatre ou cinq compétitions cette saison pour performer, pour être en avant des juges et pour, je pense, communiquer à travers notre patinage qu’on est prêt et qu’on mérite le podium olympique.

Cela va venir avec plusieurs performances solides de façon constante à travers la saison. Ce serait bien de gagner les Championnats du monde cette année, mais je pense que le plus grand succès, ce sera de se placer comme un des meilleurs couples en entrant dans la saison olympique. 

Les Jeux olympiques occupent donc déjà vos pensées à ce moment de l’année?

Oui, on y pense déjà. C’est tellement une grande chose. Ça prend beaucoup de préparation. Ça occupe beaucoup nos pensées. On commence déjà la recherche des musiques pour la saison olympique. C’est aussi maintenant que les préparations commencent : les formulaires, l’organisation, comment on va préparer notre saison pour bien gérer notre énergie, parce que c’est toujours difficile pendant l’année olympique. Il y a tellement plus d’attention sur le sport amateur, donc beaucoup plus d’entrevues, beaucoup plus d’opportunités avec des marques.

Cela rend difficile la gestion de son énergie. Tu peux dire oui à tout ce qui s’en vient, mais en même temps, il faut savoir quand les choses sont importantes et quand il faut vraiment se donner l’espace pour se reposer, pour se sentir bien, pour mieux se préparer, pour bien s’entraîner.

C’est déjà notre quatrième cycle olympique ensemble, donc on connaît bien comment ça va se passer de ce côté-là et on sait comment nous gérer pour avoir du succès. »

Une semaine truffée de chants, de danses et de théâtre

L’Ontario français ne semble jamais s’épuiser en matière d’art et de culture. Cette semaine, une petite fenêtre s’ouvre à Toronto pour voir l’une des plus belles pièces du répertoire de ballet, tandis que l’ancien finaliste de La France a un incroyable talent David Corriveau fait un tour à Barrie. Et du côté d’Ottawa, des productions théâtrales divertiront tous les âges.

La pièce Coucou à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins

La Nouvelle Scène Gilles Desjardins présente cette semaine un spectacle de marionnettes qui ne manquera pas de divertir les jeunes francophones. L’histoire suit les aventures de Coucou l’oiseau, bien décidé à retrouver le rouage manquant de son horloge-maison. Profitant de cette nouvelle liberté sans barrières ni limites du temps, Coucou transportera son audience dans un univers coloré où tout est possible.

Coucou. Gracieuseté de la Nouvelle Scène Gilles Desjardins

Ottawa, le 23 novembre. Détails et programmation sur le site de la Nouvelle Scène Gilles Desjardins.

Citadel live présente Contes pour la fin du temps

Co-présenté par Compagnie de la Citadelle et Echo Chamber, la chorégraphe Laurence Lemieux  interprète la célèbre œuvre musicale Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen. Écrit par Messiaen alors qu’il était prisonnier de guerre en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, elle a été jouée pour la première fois par ses compagnons de prison. Elle est généralement considérée comme l’une de ses œuvres les plus importantes. Dans cette prochaine interprétation contemporaine de Laurence Lemieux, les Contes pour la fin du temps « explore le concept de l’expression artistique au cœur de l’isolation. L’œuvre invite le public à se questionner sur la survivance de l’interconnexion entre les circonstances et l’acte de la création », selon le communiqué de la Compagnie de la Citadelle. 

La chorégraphe, Laurence Lemieux. Photo :  Aleksander Antonijevic

Ottawa, du 27 novembre au 30 novembre. Détails et programmation sur le site de la Citadel + Compagnie.

Exposition de la bande dessinée Le monde sans fin

L’Alliance française de Toronto propose une exposition tirée de la bande dessinée Le monde sans fin, de Christophe Blain et Marc Jancovici. L’exposition exploite les thèmes de l’œuvre : les changements climatiques, les enjeux économiques et la transition énergétique. Cette exposition en trois axes (l’énergie, le climat et agir) est l’occasion de se réunir entre amis et en famille afin de susciter des conversations stimulantes autour du livre le plus acheté en France en 2022. À voir jusqu’au 20 décembre.

L’exposition Le monde sans fin. Gracieuseté de l’Alliance française de Toronto

Toronto, dès le 4 décembre. Détails et programmation sur le site de l’Alliance française de Toronto

David Corriveau chante Céline Dion, Ginette Reno et Lara Fabian

L’imitateur prolifique Dan Corriveau de Saint-Boniface, au Québec, s’est démarqué dans l’émission française La France a un incroyable talent étant capable de chanter au masculin comme au féminin lors de ses interprétations de grands artistes comme Édith Piaf, Céline Dion et Claude Dubois qui l’ont mené jusqu’à la finale. Bien qu’il n’ait pas gagné, ce jeune homme qui a passé 20 ans à travailler comme serveur est maintenant en tournée en tant que l’artiste qu’il a toujours voulu être.

Le chanteur et comédien, David Corriveau. Photo : Jean-Charles Labarre

Barrie, le 22 novembre. Détails et billets sur le site de La Clé.

Giselle, le Hamlet du ballet, sur scène au Ballet national du Canada

Composé par Adolphe Adam, ce ballet romantique en deux actes raconte l’histoire tragique d’une jeune paysanne nommée Giselle et d’un noble déguisé nommé Albrecht. Ils tombent amoureux l’un de l’autre, mais lorsque sa véritable identité est révélée par son rival, Hilarion, Giselle devient folle et meurt de chagrin d’amour. Le Ballet national du Canada interprète la célèbre mise en scène de Sir Peter Wright. La chorégraphie originale est de Jean Coralli et Jules Pierrot.

Giselle. Photo : Michael Slobodian

Toronto, du 20 au 24 novembre. Programmation et billets sur le site du Ballet national du Canada.

L’histoire de Souleymane : la réalité des livreurs sans papiers avec Boris Lojkine

Dans son thriller immersif, le réalisateur français Boris Lojkine explore le quotidien de Souleymane, un livreur guinéen sans papiers à Paris, incarné par Abou Sangare. Entre courses à vélo et préparation de sa demande d’asile, Souleymane dévoile la précarité et l’invisibilité sociale des travailleurs de l’ombre, redonnant une humanité à ceux que l’on côtoie sans vraiment voir.
Cannes 2024 : Prix du Jury Un Certain Regard, Prix du meilleur acteur pour Abou Sangare.
En salle dès le 24 janvier 2025.

Randy Boissonnault quitte le Conseil des ministres, Petitpas Taylor de retour aux Langues officielles

OTTAWA — Le ministre des Langues officielles et de l’Emploi, Randy Boissonnault, se retire du Conseil des ministres alors que Ginette Petitpas Taylor fait son retour comme ministre des Langues officielles, a annoncé le bureau de Justin Trudeau mercredi après-midi.

« Le premier ministre et le député Randy Boissonnault ont convenu que M. Boissonnault se retirerait du Conseil des ministres à compter de maintenant. M. Boissonnault se concentrera à faire la lumière sur les allégations à son encontre », peut-on lire dans un communiqué envoyé par le bureau du premier ministre.

C’est Ginette Petitpas Taylor qui prendra la relève de manière temporaire aux Langues officielles ainsi qu’au ministère de l’Emploi et du Développement de la main-d’œuvre, ajoute le bureau du premier ministre. Cette dernière a occupé le portfolio des Langues officielles de 2021 à 2023, en pilotant la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

En plus de ses nouvelles responsabilités, la ministre acadienne conserve aussi le ministère des Anciens combattants et son rôle de ministre associée de la Défense nationale.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Maison de la francophonie Toronto
Ginette Petitpas Taylor, sera de retour comme ministre des Langues officielles. Archives ONFR+

Randy Boissonnault a été nommé ministre des Langues officielles et de l’Emploi en 2023, lui qui était membre du cabinet de Justin Trudeau depuis 2021.

La nouvelle ministre des Langues officielles a réagi à ses nouvelles fonctions en déclarant qu’elle « remercie le premier ministre pour sa confiance continue ».

Controverse autour de l’identité autochtone

Cela fait suite à des propos contradictoires de Randy Boissonnault sur son identité autochtone révélés par le National Post. Il avait indiqué à plusieurs reprises dans le passé que son arrière-grand-mère était une « femme crie pur sang ». Il s’était aussi identifié comme un Blanc ou encore un « Cri adopté et sans statut », mais il s’est révélé que son arrière-grand-mère n’était pas Crie. L’ex-ministre avait finalement admis que ce n’était pas vrai, mais que son frère et sa mère adoptive étaient des Métis inscrits.

L’élu franco-albertain a toujours plaidé qu’il n’avait jamais prétendu avoir des origines autochtones et a indiqué récemment toujours en être « en plein apprentissage de mon propre patrimoine ».

De plus, une de ses entreprises, Global Health Imports, a appliqué à deux reprises des contrats fédéraux en s’identifiant comme une compagnie « entièrement LGBT+ et Autochtone ».

Comme la compagnie comporte deux propriétaires, le ministre et son partenaire d’affaires Stephen Anderson, il faudrait qu’au moins un des deux ait des origines autochtones. Le député libéral a plutôt accusé M. Anderson d’avoir agi en son nom en plus d’indiquer qu’il n’avait plus de parts dans cette compagnie. Le fait d’être une entreprise autochtone peut signifier d’être favorisé lors de l’obtention de contrats fédéraux.

« Ce qui s’est produit devait se produire »

Les appels à la démission du désormais ex-ministre des Langues officielles s’étaient multipliés dans les derniers jours.

À la période des questions mercredi, Pierre Poilievre a accusé Justin Trudeau d’avoir gardé en place Randy Boissonnault alors qu’il « était au courant que le ministre en question avait dirigé son entreprise lorsqu’il était au Cabinet et qu’il avait dit qu’il avait une fausse identité autochtone ».

« Le député d’Edmonton-Centre a quitté le Cabinet et va se concentrer sur sa défense contre ces allégations », a rétorqué le premier ministre.

Le député de l’Est ontarien Francis Drouin « a tenu à remercier tout ce qu’il a fait pour les langues officielles » tandis que Marc Serré a qualifié la situation de « triste » clamant que l’ex-ministre a toujours été « un champion » pour les enjeux autochtones. L’élu de Nickel-Belt n’a toutefois pas caché que la controverse a permis aux conservateurs de jouer « le jeu politique », ce qui « nuisait à certains travaux des comités et des Communes », a-t-il indiqué à sa sortie de la période des questions aux Communes.

Malgré sa démission, le NPD réclame toujours que la lumière soit faite sur cette situation en comité parlementaire autant au niveau de l’entreprise de M. Boissonnault que sur son identité autochtone.

« J’ai besoin que cette affaire fasse l’objet d’une enquête approfondie. Nous devons faire preuve de transparence pour les Canadiens », revendique le député albertain et néo-démocrate, Blake Desjarlais.

Pour le chef du Bloc Québécois,« ce qui s’est produit devait se produire » et le maintien de Randy Boissonnault ne se pouvait pas se faire, « avec autant de possibles épouvantables erreurs », a partagé Yves-François Blanchet.

Se déraciner avec Shawn Jobin

Shawn Jobin, l’un des artistes hip-hop francophones les plus connus de la Saskatchewan, nous parle de son parcours. Ayant étudié en anglais au Québec, puis en français en Saskatchewan, l’identité linguistique est une de ses principales sources d’inspiration.
Ce reportage marque le lancement de notre série « Micro & boussole en Saskatchewan », où Rachel Crustin, journaliste à ONFR, part à la découverte d’artistes-compositeurs francophones de la Saskatchewan.

Les appels à la démission de Randy Boissonnault se multiplient

OTTAWA – Après le Parti conservateur hier, c’est maintenant au tour du NPD et de l’ancienne procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould de demander la démission du ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault. Ce dernier est impliqué dans une controverse en lien avec des affirmations sur ses origines autochtones et de l’une de ses entreprises.

Le ministre se retrouve aussi sous les feux de la rampe depuis plusieurs mois en raison de ses liens d’affaires avec une de ses entreprises Global Health Imports (GHI) qui a connu des démêlés judiciaires.

Lundi lors de la période des questions aux Communes, le leader conservateur Pierre Poilievre a appelé le représentant libéral à quitter ses fonctions, soutenant qu’une seule de ces allégations serait « un prétexte pour démissionner ».

Le NPD a aussi demandé à ce que Justin Trudeau expulse Randy Boissonnault de son cabinet si ce dernier ne veut pas partir.

« Nous devons comprendre que les gens abusent du système pour obtenir des avantages limités. Nous devons rendre justice aux autochtones et aux électeurs d’Edmonton-Centre et pour ça, Randy Boissonnault doit démissionner », a réclamé l’élu néo-démocrate Blake Desjarlais en conférence de presse au Parlement.

Plus récemment, le National Post a révélé que des affirmations du ministre franco-albertain au sujet de ses origines autochtones étaient contradictoires. Dans une déclaration sur X, vendredi dernier, le ministre a indiqué qu’il n’avait pas lui-même le statut de Métis, mais que sa mère adoptive et son frère étaient tous deux des Métis inscrits. Ce dernier avait pourtant affirmé par le passé dans des discours au Parlement que son arrière-grand-mère était une femme d’origine crie (a full-blooded Cree woman). 

Il a finalement reconnu s’être trompé, indiquant en être « en plein apprentissage de mon propre patrimoine », plaidant toutefois n’avoir jamais prétendu avoir lui-même des origines autochtones.

Le National Post a aussi révélé que GHI s’était identifiée comme une entreprise entièrement autochtone à plus d’une reprise dans des soumissions pour des contrats fédéraux dans le cadre de la Stratégie d’approvisionnement auprès des entreprises autochtones qui vise à favoriser la réconciliation économique. Ce programme permet aux entreprises autochtones de postuler pour des contrats fédéraux à condition qu’au moins 51 % de l’entreprise aient des propriétaires d’origine autochtone.

Le ministre Boissonnault a accusé son partenaire d’affaires dans Global Health Imports, Stephen Anderson « d’avoir utilisé mon nom sans mon autorisation pour promouvoir ses intérêts personnels à plusieurs reprises ».

« Je n’ai pas consenti non plus à ce que M. Anderson présente Global Health Imports comme une entreprise autochtone, et je ne le ferai jamais », a-t-il déclaré.

Le comité d’éthique avait déjà enquêté sur le rôle de Randy Boissonnault dans GHI. Cela a été motivé par des textes divulgués à un journaliste de Global News qui montraient que Stephen Anderson faisant référence à des communications commerciales avec quelqu’un de GHI nommé « Randy » après que l’élu libéral ait été nommé au cabinet. Les ministres sont tenus par la loi de ne plus être impliqués dans leur entreprise une fois en poste.

Le partenaire d’affaires du député d’Edmonton-Centre a également admis avoir menti à un journaliste sur l’identité du deuxième « Randy », bien qu’il ait toujours refusé d’identifier publiquement qui est l’autre « Randy ».

L’ancienne ministre libérale Jody Wilson-Raybould a écrit sur X (en anglais) que si Justin Trudeau était « engagé en faveur d’une véritable réconciliation, aurait destitué Randy du Cabinet depuis longtemps ». 

« Au lieu de cela, nous pouvons regarder les Blancs jouer à la roue de la Fortune de leur ascendance. Tellement honteux et extrêmement destructeur! », a dénoncé l’ancienne ministre de la Justice, expulsée du caucus libéral dans l’affaire de SNC-Lavalin.

En direct du G20 à Rio de Janeiro au Brésil, Justin Trudeau a dit que son ministre « allait continuer à répondre » aux accusations qui lui sont adressées.

L’Ontario incapable de retenir ses immigrants francophones

OTTAWA – Une étude parue aujourd’hui affirme que le Canada perd 35 % de ses immigrants francophones à long terme et l’Ontario ne parvient pas à retenir les nouveaux arrivants qui parlent français à un taux plus élevé.

Le rapport du Conference Board du Canada commandé par l’Institut pour la citoyenneté canadienne révèle que le pays perd le tiers de ses immigrants de langue française et que la majorité d’entre eux sont au Québec et en Ontario.

Si le Québec attire la majorité des immigrants francophones au pays, l’Ontario se démarque par le haut taux de départ des nouveaux arrivants francophones, soutient l’étude.

« En Ontario, cependant, le taux cumulé de migration subséquente des francophones est élevé comparativement à la proportion plus faible d’immigrants francophones qui s’y établissent », est-il écrit dans l’étude.

Les auteurs de l’étude notent donc que « l’Ontario a du mal à retenir les immigrants francophones au même rythme que les immigrants s’y établissent ».

Selon les auteurs de l’étude, c’est deux ans après leur arrivée au Canada que les immigrants francophones sont plus à risque de quitter le pays. Pour les anglophones et les allophones, l’apogée de cette possibilité, intitulé la migration subséquente dans l’étude, est plus long soit cinq ans.

« Dans les autres provinces et territoires, la migration subséquente des francophones est beaucoup moins importante, ce qui en fait un problème qui touche de manière disproportionnée le Québec et l’Ontario », souligne l’étude.

« Il y a une question de vitesse et d’urgence (pour l’intégration) afin que la première et la deuxième année, que ces années soient excellentes, plaide le président de l’Institut pour la citoyenneté canadienne, Daniel Bernhard. Sinon, nos données indiquent qu’ils sont très à l’aise d’explorer d’autres options », ajoute-t-il dans le cadre d’une conférence de presse mardi pour présenter le rapport.

Si d’autres recherches sont nécessaires pour « comprendre les raisons » de ce haut taux de départ, Daniel Bernhard soupçonne que le soutien pour les personnes francophones dans les milieux anglophones en Ontario « n’est pas suffisant ».

« Être francophone et être seul n’est pas une expérience très joyeuse », a-t-il affirmé.

Les auteurs de l’étude recommandent qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) mette en place davantage de services d’intégration à l’intention des immigrants francophones, en mettant l’accent sur leur rétention en particulier au Québec et en Ontario, notamment dans les premières années de leur arrivée au pays.

La cible en immigration francophone en hausse

L’étude affirme que le manque de masse critique et de communautés francophones à l’extérieur du Québec nuit grandement à la rétention des nouveaux arrivants. Le fait de choisir une communauté francophone hors du Québec augmente les chances qu’un immigrant décide de rester au pays.

Le mois dernier, le ministre de l’Immigration, Marc Miller, avait annoncé que son gouvernement allait revoir à la hausse son objectif d’immigrants francophones hors du Québec à 8,5 % en 2025, 9 % en 2026 et finalement 10 % en 2027. La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) demande de son côté une cible de 12 % minimum.

Invité à réagir, le ministre a pointé vers deux programmes, celui des communautés francophones accueillantes et le Projet pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord comme de bonnes sources de rétention, soit jusqu’à 80 % des candidats sélectionnés.

« L’effort dans le ministère est de s’assurer que les gens qui les accueillent ont les ressources, mais il y a une limite aux efforts que peut déployer le fédéral pour accueillir ces gens… À plusieurs égards, on rame à contre-courant », dit le ministre MIller.

S’il dit s’inquiéter que ce chiffre de départ des immigrants francophones soit aussi élevé que 35 % au Canada, le ministre suggère que l’attraction des grandes villes l’emporte parfois sur des plus petites communautés rurales pour les nouveaux arrivants ce qui nuit à l’immigration francophone.

Les auteurs de l’étude suggèrent aussi au gouvernement fédéral d’instaurer une cible de rétention des immigrants.

Le français prend sa place chez les Wolves de Sudbury

SUDBURY – Depuis la fin de la saison passée, les amateurs de hockey de Sudbury ont le droit à des annonces en français tous les vendredis durant les matchs des Wolves. Alors que le premier match bilingue de la saison sera présenté ce vendredi soir à l’aréna communautaire, ONFR est allé voir à quoi ressemblent les coulisses de ces matchs avec une touche en français.

Comme tous les vendredis soir depuis le 27 septembre, Robert McMillan traverse l’aréna pour rejoindre la cabine où opèrent les techniciens et autres artisans des matchs des Wolves.

Robert McMillan estime que son passé comme voix de radio est un atout pour son rôle d’annonceur. Crédit photo : ONFR/Inès Rebei

La foule est présente en nombre pour ce match à guichet fermé opposant les jeunes Sudburois de la ligue junior de la Ligue de hockey de l’Ontario à leurs adversaires des Spitfires de Windsor. Dès le début de la partie, Robert McMillan sait qu’il faut être alerte et se place, debout, derrière de l’annonceur régulier dont il sera l’ombre.

« C’est stressant, mais c’est du bon stress », confie celui qui a derrière lui une longue carrière en tant que journaliste à Radio-Canada.

« À partir du moment où un but ou une pénalité est compté, il faut attendre le coup de fil des officiels qui confirment les informations du but et, après ça, lire les notes de l’annonceur anglophone et traduire tout de suite après lui. »

Robert McMillan espère que le nouvel aréna aura une cabine plus grande pour accueillir les huit techniciens. Crédit photo : ONFR/Inès Rebei

Contacté l’année dernière par l’Association canadienne-française du Grand Sudbury (ACFO), M. McMillan est sorti de sa retraite et n’a jamais cessé de tenir le micro tous les vendredis soir.  

« Je pensais que c’était un one shot deal mais ça continue. Qu’ils aient pensé à ça est très honorable parce qu’on sait qu’il y a quand même beaucoup de francophones à Sudbury », se félicite-t-il.

C’est le cas de la famille Bazinet, quelques mètres plus bas dans les gradins, qui suit attentivement l’action sur la glace.

« On a été très surpris. On s’est demandé si on avait bien entendu du français », fait part Natacha Bazinet en regardant son époux qui acquiesce.

La famille Bazinet a fait le déplacement depuis Verner, à près d’une heure de route, pour voir le match. Crédit photo : ONFR/Inès Rebei

Une belle surprise pour les parents, accompagnés de leurs jeunes enfants, dont il s’agit du premier match des Wolves : « On est content d’entendre du français, c’est une belle surprise ».

Une exception en Ontario

Si, à l’origine, il s’agissait d’une suggestion de l’ACFO avec un tout premier match en 2019, la pérennisation récente de ce format a été l’initiative des Wolves.

« Nous avons fait quelques essais, ça a bien marché, les gens adorent ces matchs », lance Paul Hamilton, entre deux écrans dans la cabine technique.

« On est la seule équipe qui offre une composante en français en dehors d’Ottawa »
— Paul Hamilton

Le directeur marketing de Sudbury Wolves Entertainment affirme que son équipe est la seule du Nord de l’Ontario à inclure la langue de Molière dans la commande des matchs. « C’est très unique pour la ligue de hockey de l’Ontario, on est la seule équipe qui offre une composante en français en dehors d’Ottawa. »

Paul Hamilton passe sa soirée dans la régie pour s’assurer du bon déroulement de l’événement. Crédit photo : ONFR/Inès Rebei

D’autres efforts ont été consentis comme la traduction de la page d’information sur l’alignement de l’équipe.

Joanne Gervais, directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, reconnaît que le geste derrière cette initiative a de quoi réjouir, mais aimerait que l’organisme aille encore plus loin en rendant tous les matchs bilingues et en embauchant davantage de francophones.

Le match de ce vendredi sera consacré au thème de la francophonie avec des affichages et des activités en français offertes par les Conseils de Nouvelon et du Grand Nord, la présence de 500 écoliers francophones et des annonces en grande majorité en français durant le match.

Il y a eu trois matchs bilingues des Wolves la saison dernière à l’aréna communautaire. Crédit photo : ONFR/Inès Rebei

Au-delà du hockey

Mme Gervais espère également que ce projet s’étendra à l’autre équipe appartenant au groupe des Wolves, les Fives de Sudbury. Un premier match bilingue de cette équipe professionnelle de basket-ball avait pris place en janvier dernier à l’aréna communautaire.

« On va travailler avec eux pour des joutes bilingues de l’autre panier, en espérant qu’on aura le même niveau d’amélioration avec le basket », croit-elle.

Du côté des Wolves, on dit entendre les demandes de l’ACFO du Grand Sudbury : « Nous voulons inclure de plus en plus de composantes françaises dans nos jeux et événements chaque soir. »

Chaque fois que l’équipe des Wolves marque un but, un loup empaillé accroché à un câble traverse l’aréna. Source : Destination Ontario

M. Hamilton, qui est aussi aux commandes de la régie technique, n’a aucun doute sur le fait que ce partenariat ira plus loin : « Cette année sera une grande différence par rapport à l’an dernier et j’espère que chaque année nous serons de plus en plus appréciés de la communauté francophone. »

Village de Noël de Temiskaming : « Il n’y a pas de grand marché de Noël comme le nôtre en Ontario »

Réjeanne Bélisle-Massie est la présidente du Centre culturel ARTEM qui produit le Village de Noël Temiskaming.

Le Village, célébrant l’époque de la Nouvelle-France, réunit en moyenne plus de 10 000 personnes et 200 bénévoles du jeudi au samedi.

Réjeanne Bélisle-Massie revient sur l’histoire de la création et les défis contemporains du Village qui fête cette année sa 10e édition avec plusieurs nouveautés.

« Vous avez été impliquée dans la création du Village de Noël, qu’est-ce qui avait mené à sa création?

En 2012, on savait qu’en 2015 on fêterait le 400e anniversaire des francophones en Ontario et on savait qu’il y aurait des possibilités de financement. On est allés vers la ville de Temiskaming Shores qui travaillait à ce moment-là sur une initiative pour revitaliser le centre-ville. On a souhaitait offrir une expérience unique, axée sur la famille à peu de frais comme il n’y a pas de prix d’entrée pour le Village.

Qu’est-ce qui distingue, selon vous, votre Village des autres ailleurs en province?

Quand on a conçu le Village, on avait en tête que les gens préfèrent visiter des endroits où il y a quelque chose de spécial alors si on fait juste un marché de Noël régulier, on ne se démarquerait pas des autres. C’est pour ça qu’on a exploré le thème de la Nouvelle-France. On a des personnages incarnés par des acteurs en costume, des scènes d’époques interactives avec le public, des prestations de danse folklorique etc. On a même des participants issus des premiers peuples qui présentent aussi leur histoire de l’époque de la Nouvelle-France, en anglais.

Des activités recréant la traite des fourrures de l’époque de la Nouvelle France au Village en 2023. Gracieuseté du Village de Noël de Temiskaming

Vous êtes proche de la frontière avec le Québec, comment cela influence-t-il le Village?

Une chose est certaine, les marchés de Noël sont plus connus des Québécois que des gens de l’Ontario. Au Québec, il y a des marchés de Noël partout, il y en a un à Baie-Saint-Paul, Sherbrooke, Québec, Montréal. Ici, en Ontario, on n’a pas de marché de Noël d’envergure, le seul que l’on cite tout le temps c’est celui de la Distillery à Toronto. À part celui-là, il n’y a pas de grand marché de Noël comme le nôtre en Ontario. Beaucoup de nos exposants viennent du Québec, et les visiteurs aussi.

Quels ont été les moments forts du Village sur ses dix premières années?

La première année on a eu toutes sortes de contraintes, comme la météo avec de la neige, du vent, du froid extrême et un incendie. On avait dû fermer toute une rue sur laquelle on avait plusieurs petites maisons pour le Village. Un vrai baptême de feu! Il y a eu toutes sortes d’ajustements depuis les débuts. Quand on avait fait construire les maisonnettes, on n’avait jamais pensé à isoler les maisonnettes, les exposants étaient complètement gelés, on s’est rattrapés par la suite. À la base, le Village avait lieu du jeudi au dimanche, mais les participants nous ont dit que c’était trop, alors on a réduit ça au samedi.

Vous avez aussi relocalisé le Village récemment, pourquoi?

C’était devenu très difficile à gérer pour nos bénévoles d’un point de vue logistique, avec l’installation et le démontage. Il y avait aussi la pandémie et la flambée des cas de COVID-19 dans la région qui a fait qu’il fallait une plus grande marge de manœuvre pour le nettoyage. C’est pour ces raisons que nous avons décidé de relocaliser le Village du centre-ville de New Liskaerd vers les terrains de la Foire d’automne pour notre édition de retour en 2022.

La dernière édition du Village de Noël de Temiskaming au centre-ville de New Liskaerd a eu lieu en 2019. Gracieuseté du Village de Noël de Temiskaming

Il faut dire aussi, que ça donne un aspect beaucoup plus ‘’village’’ parce que quand on était au centre-ville, il fallait tellement espacer les maisonnettes que ça ne donnait plus cette ambiance-là. On est beaucoup mieux sur notre site actuel aujourd’hui.

Qu’avez-vous préparé pour cette 10e édition?

Chaque année, on rajoute un petit quelque chose. Cette année, on a plus d’exposants que jamais avec 33 maisonnettes. On essaie toujours d’avoir des artisans de partout qui proposent des produits nouveaux chaque année, mais on a aussi nos habitués pour lesquels des gens se déplacent spécialement. C’est aussi la première fois qu’on aura un chapiteau pour que les gens puissent se réchauffer, boire une boisson chaude et se reposer.

Cette année, on a aussi un gros bateau en paille de bois qui est là pour rappeler que le Chevalier de Troyes est passé par chez nous. Des feux d’artifice en soirée également et une carriole de Saint-Nicolas sur laquelle les gens pourront s’assoir et prendre des photos. Sans compter de nouveaux jeux pour les enfants parce qu’on a près de 1500 élèves qui viennent et on veut qu’ils puissent être toujours occupés sur le site.

Le défilé du père Noël organisé par la municipalité clôture chaque année le Village de Noël. Gracieuseté du Village de Noël

Êtes-vous confiante concernant le futur de votre Village?

La communauté est attachée au Village et souhaite qu’il soit pérenne, mais ce qui m’inquiète c’est que plusieurs personnes du comité m’ont dit que cette année serait leur dernière édition. On a des défis non seulement au niveau du recrutement de bénévoles, mais aussi pour trouver une relève parce que je dois vous dire que mon comité et moi-même, on est presque tous des têtes blanches! Ce que les gens doivent savoir c’est que nous sommes tous des bénévoles de 68 à 84 ans qui travaillons toute l’année sur ce gros projet.

Malgré tout, il y a de quoi être fier du fait que le Village soit arrivé à son dixième anniversaire. Je ne pensais pas qu’il durerait aussi longtemps et je dois dire que je n’abandonnerai pas ce projet pour tout l’or du monde. »

« Si peu de gens connaissent notre histoire », lance le Métis Mitch Case pour la Journée Louis Riel

Mitch Case* est le conseiller régional de la communauté métisse de Huron-Supérieur à la Nation métisse de l’Ontario.

Le 16 novembre est l’anniversaire de la pendaison de Louis Riel par le gouvernement canadien, survenu en 1885. La Journée Louis Riel souligne l’héritage et les contributions de Louis Riel, et est aujourd’hui reconnue par le gouvernement canadien.

La Nation métisse de l’Ontario a été créée en 1993 pour former un gouvernement moderne qui représente l’ensemble des communautés métisses de la province. Ces dernières et leurs enjeux propres sont encore méconnus des Ontariens et des Canadiens.

« Que devrions-nous savoir sur la Nation métisse de l’Ontario?

La communauté métisse de l’Ontario est forte et vibrante. Elle est composée des sept communautés métisses historiques de l’Ontario, et d’environ 6 000 citoyens métis qui viennent du Manitoba ou de la Saskatchewan et qui sont maintenant chez eux en Ontario.

En 2003, la Cour suprême du Canada a reconnu les Métis comme peuple distinct, après une saga judiciaire de 10 ans qu’on appelle aujourd’hui l’affaire Powley. Qu’est-ce que cette reconnaissance a changé pour les Métis de l’Ontario?

Depuis cette décision, les gouvernements ne peuvent plus ignorer les communautés et les droits des Métis, ce qui était la façon de faire depuis plus d’un siècle. Avec les Premières Nations, le gouvernement canadien a pris l’approche de créer la Loi sur les Indiens et d’essayer de contrôler chaque aspect de la vie de ces personnes. Mais pour les Métis, l’approche du gouvernement était de nous ignorer complètement. Nous n’allons ni vous parler, ni vous écouter, ni reconnaître votre existence.

La décision Powley a permis de faire tomber ce mur qui avait été érigé pour empêcher les Métis de s’épanouir et de faire reconnaître les enjeux qui les concernent. Cette affaire a ouvert la porte pour des arrangements communs ou pour du soutien à des initiatives culturelles, ou à des enjeux comme le logement et la santé, par exemple.

Mitch Case (à droite) lors de l’ouverture du Centre du patrimoine métis de Sault Ste. Marie, en octobre 2024. Photo : Gracieuseté de la Nation métisse de l’Ontario.

Comment va la relation entre la Nation métisse de l’Ontario et les gouvernements provincial et fédéral aujourd’hui?

Vous savez, le Canada est bon pour parler des enjeux autochtones et pour parler de réconciliation. Il n’est pas toujours aussi bon pour atteindre ses objectifs que pour en parler. Mais il y a une volonté. Il y a des bosses sur toutes les routes et des tensions dans toutes les relations. C’est compliqué et ça prend des adultes à la table pour en parler.

Comme citoyens, que devrions-nous faire pour travailler à la vérité et à la réconciliation avec les Métis?

Il faut s’éduquer sur les communautés métisses, surtout celles de l’Ontario, où il y a souvent une incompréhension à propos de qui nous sommes. Je recommande le site web ontariometisfacts.com, une superbe ressource éducative que notre gouvernement métis a mise en place pour raconter les histoires de nos communautés.

L’un des plus gros défis est que même aujourd’hui, les Canadiens et les Autochtones ne se connaissent pas assez, mutuellement.

Est-ce qu’il y a des francophones parmi les Métis de l’Ontario?

Oui. Il y a une bonne proportion de francophones, particulièrement dans les régions de Timmins et de la Baie Géorgienne.

Quels parallèles peut-on dresser entre les enjeux des francophones et des Métis?

Je ne suis pas certain. L’un de nos défis est qu’il y a souvent une appropriation, surtout au Québec, où les gens veulent réclamer Louis Riel comme un héros des droits des francophones, ce qu’il était assurément. Mais nous, les Métis, ce n’est pas de cette façon que nous le voyons, alors que nous sommes toujours à la recherche de notre place dans la Confédération…

Dans les années 1990, le gouvernement québécois ne s’est même pas présenté aux tables de discussions sur les droits des Autochtones au Canada. Mais après, il veut s’approprier le leader métis comme s’il parlait pour les droits (des Québécois). Ça crée des tensions dans la relation, mais c’est plutôt un problème politique. Au final, nous sommes tous des humains qui voulons voir nos enfants grandir et s’épanouir.

Les communautés autochtones et non-autochtones devraient travailler ensemble pour offrir un meilleur avenir pour tous les enfants, croit Mitch Case. Photo : Gracieuseté de la Nation métisse de l’Ontario.

En tant que personnes de cultures différentes qui vivent dans ce qu’on appelle maintenant le Canada, si nous pouvions simplement apprendre à nous parler, nous réaliserions que nous voulons tous la même chose. Si chacun réalise que ses enfants réussiront si les autres enfants ont aussi les conditions pour réussir, nous pourrons bâtir une grande société. C’est en grande partie ce pour quoi Louis Riel s’est battu.

Nous voulons simplement être libres de faire nos affaires. Nous n’avons absolument aucun problème à ce que vous fassiez les vôtres.

Le Centre du patrimoine métis de Sault Ste. Marie a ouvert ses portes en octobre. De quoi s’agit-il?

C’est notre nouveau lieu de rassemblement communautaire. Il y a un espace-musée qui raconte l’histoire de nos communautés et de nos luttes. C’est une réussite extraordinaire du Conseil historique des Métis de Sault Ste. Marie.

Il y a quelques jours, vous avez participé à un panel organisé par le Barreau de l’Ontario. De quoi était-il question?

Nous avons parlé de l’histoire et de l’évolution de la reconnaissance des droits des Métis et des enjeux qui doivent encore être résolus entre le Canada et nous. Nous parlions encore une fois du fait que si peu de gens connaissent notre histoire. Et si vous ne comprenez pas l’histoire, il est très difficile de comprendre où nous en sommes aujourd’hui et pourquoi certaines choses ont encore autant d’importance pour nous.

Quel message supplémentaire aimeriez-vous lancer en cette Journée Louis Riel?

Je voudrais dire que nous vivons dans des temps incertains. Le monde est beaucoup plus petit qu’avant, mais ses problèmes semblent prendre de l’ampleur.

De la perspective de nos communautés, nous avons déjà vécu des temps incertains par le passé. Nous restons dévoués à l’idée de la réconciliation, de construire un meilleur futur pour tous, ensemble.

Si des gens qui lisent cette entrevue y voient une importance de bâtir une relation avec la Nation métisse de l’Ontario et ont envie de trouver des façons dont nous pouvons nous soutenir les uns les autres, ça signifie beaucoup pour nous. »

*Cette entrevue a été réalisée en anglais.

Et si on racontait l’histoire franco-ontarienne au cinéma?

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

L’histoire du cinéma en Ontario français est assez rudimentaire. Raconter l’histoire franco-ontarienne au cinéma, encore moins. Puisque l’écriture nous permet de rêver et de ne pas être cantonnés dans des limites financières, matérielles ou autres, je vous propose dans cette chronique d’imaginer que nous avions tous les moyens de nos ambitions pour réaliser des longs-métrages sur l’histoire franco-ontarienne. Quels pans de notre histoire seraient-ils les plus intéressants à porter sur grand écran? Voici ma sélection.

À l’origine, le Règlement 17

D’emblée, si l’intention dans notre projet hypothétique est de rejoindre le plus grand nombre, il m’est d’avis qu’un long-métrage, basé sur des faits réels, s’imposerait plutôt qu’un documentaire. Ainsi, deux types de films se prêteraient le mieux à faire revivre par le cinéma des moments marquants de notre histoire : le film d’histoire ou encore le film biographique.

Il me paraîtrait évident qu’un film sur la lutte franco-ontarienne au Règlement 17 s’imposerait rapidement. L’époque du Règlement 17 s’inscrivait dans une période mouvementée politiquement, linguistiquement, culturellement, religieusement et militairement. « Les Franco-Ontariens sont nés au Règlement 17 » comme le disait souvent l’historien franco-ontarien Robert Choquette.

Les premiers héros typiquement franco-ontariens sont issus de cette lutte et se trouvent aujourd’hui immortalisés dans notre toponymie. Je pense ici à Napoléon-Antoine Belcourt, Samuel Genest et le père Charles Charlebois.

L'image monte des manifestations contre le Règlement 17 à Ottawa.
Manifestation devant l’école Guigues, à Ottawa, à l’époque du Règlement XVII. Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française.

Ce film devrait aussi représenter les luttes partout où elles ont eu lieu, aux quatre coins de la province. Si la lutte a particulièrement été intense à Ottawa, elle n’en fut pas moins à Pembroke et dans la région de Windsor.

Évidemment, la célèbre bataille des épingles à chapeaux du 7 janvier 1916 à l’École Guigues d’Ottawa occuperait une place centrale dans le film, tout comme le courage des sœurs Béatrice et Diane Desloges.

Je suis aussi d’avis que le film devrait mettre en relief la bataille du Règlement 17 dans son contexte politique. Le gouvernement conservateur de James P. Whitney instaure en 1912 le règlement qui interdit l’enseignement en français dans les écoles de l’Ontario et cette politique sera suivie au-delà de Whitney qui décèdera en fonction deux ans plus tard. En fait, tous les successeurs au rang de premier ministre de l’Ontario continueront à appliquer le Règlement 17.

Formant un peuple à l’époque appelée Canadiens français, les Franco-Ontariens seront massivement appuyés par des Québécois dont les intellectuels Henri Bourassa et Lionel Groulx, entre autres, tout comme par certains politiciens. Le président du Sénat Philippe Landry démissionnera avec fracas de son poste de président de la Chambre haute pour se livrer corps et âme jusqu’à sa mort à la lutte franco-ontarienne. Le député conservateur québécois Paul-Émile Lamarche fera de même en claquant la porte de son parti. Des motions unanimes de l’Assemblée législative du Québec condamneront le Règlement 17. Fait peu connu, une motion sera même présentée pour étudier la possibilité de faire du Québec un pays…

Le combat franco-ontarien était perçu comme le dernier rempart d’une digue francophone qui résiste à la volonté assimilatrice et qui met en examen la jeune fédération canadienne.

D’autres luttes marquantes

À la fin du XXe siècle, le combat de SOS Montfort serait une bonne suite dans nos films franco-ontariens. Là encore, le contexte est intense, des héros surgissent et la lutte est celle de David contre Goliath. À la fin des années 1990, l’Ontario est aux prises avec un énorme déficit. L’objectif du gouvernement, qui délègue ses pouvoirs à une commission de restructuration, est d’économiser de l’argent. Tout y passe, y compris les hôpitaux, dont certains sont identifiés pour être fermés, sans égard des répercussions auprès des groupes minoritaires ou des obligations linguistiques gouvernementales. L’Hôpital Montfort sera du lot.

La réplique franco-ontarienne se fera aussitôt entendre et le mouvement de contestation sera porté par l’héroïne la plus charismatique de notre histoire, Gisèle Lalonde. La crise éclate moins de deux ans après le référendum du Québec de 1995 où le camp du OUI passe bien près de l’emporter. Malgré le soutien populaire, la voie politique ne fonctionne pas et les Franco-Ontariens porteront leur cause devant les tribunaux, où ils obtiendront gain de cause deux fois plutôt qu’une.

Gisèle Lalonde s’adresse à une foule de 10 000 personnes rassemblées lors du Grand Ralliement le 22 mars 1997 au Centre municipal d’Ottawa. Crédit photo : Hôpital Montfort

Un film aussi sur l’époque de la Nouvelle-France où Samuel de Champlain et Étienne Brûlé se côtoient pourrait aussi être intéressant. Une attention particulière sur la seigneurie du Fort Frontenac (aujourd’hui Kingston) et la région du Détroit devrait être aussi incluse dans le long-métrage ce qui permettrait de retracer toute l’histoire, de la fondation à la conquête de l’histoire de la Nouvelle-France en Ontario français.

Les crises scolaires des années 1970 seraient aussi intéressantes à filmer pour le cinéma. Là encore, c’est aux quatre coins de la province que des luttes ont eu lieu pour des écoles secondaires de langue française en Ontario. Sturgeon Falls, Cornwall, Windsor, Penetanguishene… des noms qui résonnent encore.

L’Ordre de Jacques-Cartier, cette société secrète fondée en Ontario ainsi que le Mouvement c’est le temps, cette campagne de désobéissance civile franco-ontarienne lancée par Jacqueline Pelletier où des francophones sont allés en prison pour réclamer le respect de leurs droits mérite assurément aussi leurs films.

Films biographiques

Dans le genre de film biographique, deux noms me viennent spontanément en tête, soit Gisèle Lalonde et Bernard Grandmaître. Ces deux personnes, nées à quelques jours d’intervalle en 1933 à Eastview (Vanier), ont eu des vies hors du commun. Et leurs parcours se sont souvent croisés. Avant même la bataille pour sauver l’Hôpital Montfort, Gisèle Lalonde avait fracassé les plafonds de verre comme aucune femme franco-ontarienne ne l’avait fait auparavant.

Bernard Grandmaître lors du Gala qui porte son nom en 2017.Crédit image : Patrick Imbeau

Bernard Grandmaître a mené sa carrière politique avec classe et dignité, de la mairie de Vanier au conseil des ministres provincial. L’adoption de la Loi sur les services en français était loin d’être gagnée d’avance et il a fallu beaucoup de diplomatie, de tact et de doigté pour l’obtenir.

Deux autres vies portées au grand écran pourraient aussi susciter de l’intérêt : Jos Montferrand et André Paiement.  

Riche de plus de 400 ans d’histoire, l’Ontario français regorge d’épisodes marquants fertiles pour le 7e art. Silence, moteur, action!

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Nouveau-Brunswick : l’Acadienne Louise Imbeault nommée lieutenante-gouverneure

Après avoir nommé une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick en 2019, le gouvernement Trudeau n’a pas répété le coup cette fois-ci en procédant à la nomination de l’Acadienne Louise Imbeault pour occuper le poste.

Le bureau du premier ministre a annoncé la nomination vendredi, par voie de communiqué. L’actuelle lieutenante-gouverneure, Brenda Murphy, avait été nommée en septembre 2019 par le premier ministre Trudeau. Les lieutenants-gouverneurs sont nommés pour un mandat d’au moins cinq ans.

« Je félicite Louise Imbeault pour sa nomination à titre de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick. Elle fait preuve d’un dévouement et d’un leadership indéfectibles au sein de la communauté acadienne, et je suis convaincu qu’elle continuera de servir la population du Nouveau-Brunswick avec distinction dans le cadre de ce nouveau rôle », a déclaré Justin Trudeau.

La nomination de 2019 de Brenda Murphy avait soulevé l’ire des groupes de défense des Acadiens, qui reprochaient à Justin Trudeau d’avoir nommé une unilingue anglophone à cette fonction dans la seule province bilingue au Canada.

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) avait intenté un recours en justice contre le gouvernement libéral, car elle jugeait que la nomination d’une personne ne parlant pas français à ce poste était inconstitutionnelle. Un premier verdict avait d’abord donné raison à la SANB, jugeant que la nomination était inconstitutionnelle. Mais en mai dernier, la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick avait renversé cette décision.

La SANB avait alors indiqué qu’elle allait demander à ce que le dossier soit entendu devant la Cour suprême. Suite au premier jugement, les libéraux fédéraux avaient admis que la nomination de Mme Murphy était une erreur, et avaient promis de ne plus nommer de personnes unilingues à cette fonction.

Louise Imbeault a été journaliste pendant plus de 30 ans, débutant en 1974. Elle aura été la première femme à occuper le poste de chef des nouvelles dans la région atlantique, en plus d’être directrice de Radio-Canada Atlantique. Elle était aussi, depuis 2018, la chancelière de l’Université de Moncton.

« Au nom de tous les gens du Nouveau-Brunswick, je félicite Louise Imbeault pour sa nomination à titre de 33e lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick », a félicité la première ministre néo-brunswickoise Susan Holt dans une déclaration.

« J’ai hâte qu’elle commence à assumer ce rôle important avec tout ce qu’il comporte, notamment en nous aidant à faire la promotion de notre province, en reconnaissant notre population extraordinaire, et en soutenant les causes qui nous tiennent à cœur », ajoute la politicienne libérale.

Réflexions culturelles de la semaine

Cette semaine culturelle en est une qui porte à réfléchir. Sur le poids des mots ou sur la diversité francophone, par exemple, ou encore sur notre rapport à l’échec, grâce à la production maison professionnelle du Théâtre du Nouvel-Ontario, L’Encyclopédie de l’échec. Si le temps plus froid vous incite à rester à l’intérieur, il est tout à fait possible de cultiver son esprit en suivant une conférence culturelle à même son salon.

Sublimer la haine à Ottawa

Le spectacle Surveillée et punie, présenté au Centre national des arts (CNA) jusqu’à samedi, réussit un tour de force. Les innombrables commentaires haineux reçus par l’autrice-compositrice-interprète Safia Nolin ont servi de combustible pour créer un spectacle d’une beauté particulière. Le livret est signé Safia Nolin et Jean-Philippe Baril-Guérard, qui ont utilisé les vrais mots des détesteurs de la chanteuse. Debbie Lynch-White se joint à Safia Nolin sur scène. Le tout est mis en scène par Philippe Cyr.

Pour les représentations ottaviennes, les chansons sont interprétées par 17 choristes professionnels et amateurs de la région d’Ottawa-Gatineau et de quatre interprètes de Montréal, dirigés par Robert Filion. Une discussion d’après spectacle suivra la représentation de vendredi.

Safia Nolin est la cible de commentaires particulièrement violents depuis le début de sa carrière, que le spectacle Sublimée est punie dénonce et sublime. Photo : Maxim Paré Fortin

Ottawa, du 14 au 16 novembre. Détails et billets sur le site du CNA.

La francophonie plurielle dans la capitale

Dans le cadre du Festival multiculturel du monde, une table ronde bilingue est organisée à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Ce samedi à 15 h, la discussion tournera autour du thème Favoriser l’harmonie par l’éducation : construire une société multiculturelle. Il sera question des défis et des avantages d’une société diversifiée. Les panélistes proposeront des idées concrètes pour améliorer l’inclusion de la diversité au quotidien.

La table ronde sera menée par le directeur artistique de la Maison de la francophonie, Marcel Morin. Les invités seront Randy Kakegamick, artiste ojibwé-cri, France Goulard, surintendante de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), Ghilian Médor, conseillère pédagogique en Équité au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), Amine Aidouni, surintendant de l’éducation au CEPEO, Hortense Mvuemba, conseillère en engagement communautaire au CECCE, Vikki (Broesamle) Lefebre et Dr. Mahmoud Maseli.

Le directeur artistique de la Maison de la francophonie d’Ottawa, Marcel Morin, animera la table ronde. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Ottawa, le 16 novembre. Gratuit. Détails sur la page Facebook du Festival multiculturel du monde. Possibilité de réserver une place en envoyant un courriel à marcel.morin@cmfo.ca.

Échange littéraire France-Ontario

L’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) reprend ses Croisées des mots, des discussions virtuelles autour de livres habituellement franco-ontariens. La causerie de ce vendredi midi s’étend au vieux continent alors que l’animateur Hugues Beaudoin-Dumouchel reçoit non pas un, mais deux invités à la fois. Le Franco-Ontarien Daniel Marchildon et la Française Marie Dô parleront des valeurs que l’on approfondit à l’adolescence et de leurs œuvres respectives, L’étonnant cas de Nico et Fais danser la poussière. Cette Croisée des mots est une collaboration de l’AAOF avec Rencontre des auteurs francophones et la Bibliothèque publique de Toronto.

Les auteurs et les oeuvres à l’honneur lors de la Croisée des mots de novembre. Gracieuseté de l’AAOF

Virtuel, le 15 novembre à midi (heure de l’Ontario). Gratuit, mais inscription obligatoire. Détails sur le site de l’AAOF.

Voyage au début du 20e siècle

La Bibliothèque publique et l’Alliance française de Toronto présentent une autre conférence en ligne, cette fois avec l’historien de l’art, Gilles Genty. Il fera découvrir les œuvres issues des voyages d’artistes européens en Afrique du Nord au début de 20e siècle. Le Russe-Allemand-Français Wassily Kandinsky en Tunisie en 1905, le Français Henri Matisse au Maroc en 1908 ou les Allemands August Macke et Paul Klee en Tunisie en 1914 ont vu leur art être grandement influencé par ce qui était devenu presque un passage obligé pour les peintres de leur génération. Dans le cas de Paul Klee, le voyage provoquera un voyage intérieur et il évoluera de plus en plus vers l’art abstrait.

L’événement a lieu samedi à 14 h, mais sera également enregistré pour pouvoir être visionné plus tard avec le même lien.

Motif de Hammamet, 1914, par Paul Klee. Domaine public, Paul Klee via Wikimedia

En ligne le 16 novembre et rattrapable ensuite. Détails et lien sur la plateforme Crowdcast.

Edouard Landry fait découvrir Akeem Oh aux Sudburois

La troisième saison du Bistro des découvertes, concept de La Slague de Sudbury, débute mardi. Dans ces soirées au Bistro de la Place des arts, un artiste établi fait découvrir au public l’un de ses coups de cœur parmi la communauté artistique franco-ontarienne émergente. Cette fois, le Sudburois bien connu Edouard Landry (Ed Landry pour les intimes) a invité dans la ville du nickel Akeem Oh. De son vrai nom Akeem Ouellette, l’auteur-compositeur-interprète et DJ est né à Philadelphie, aux États-Unis, puis a grandi à Mattawa, en Ontario. Il a vécu 11 ans à Ottawa avant de s’établir à Toronto. Son plus récent simple, Fomotion, a été lancé en septembre dernier. Akeem Oh, qui chante beaucoup en anglais, mais aussi en français, prépare maintenant son premier album.

Edouard Landry est un musicien de Sudbury, connu notamment pour sa carrière solo bilingue et pour sa présence dans le trio Les Bilinguish Boys. Photo : Gracieuseté de La Slague

Sudbury, le 19 novembre. Détails et billets sur le site de La Slague.

Pars un rigodon… en images

La chanson n’est pas nouvelle pour ceux qui sont familiers avec le Pause, le EP sorti il y a un peu plus d’un an. Mais Sugar Crush vient de lancer un vidéoclip live pour Pars un rigodon. On y voit Joanie Charron et Marie-Soleil Provost sur les différentes scènes qu’elles ont pu fouler avec leur duo country, qui lance ici un clin d’œil à la musique traditionnelle. Les deux musiciennes d’Ottawa espèrent profiter de la période des fêtes pour entendre cette chanson festive sur les ondes, alors qu’elle a été lancée en extrait radio officiel en novembre.

Sugar Crush est un duo country féminin d’Ottawa, composé de Joanie Charron (à gauche) et de Marie-Soleil Provost (à droite). Crédit image : Rachel Crustin / ONFR

Chanson et vidéoclip disponible sur les plateformes en ligne de Sugar Crush.

L’Université d’Ottawa sous la menace d’une grève

OTTAWA – Les 1300 professeurs et bibliothécaires de l’Association des professeurs de l’Université d’Ottawa (APUO) ont voté à plus de 80 % en faveur d’un mandat de grève. En négociation depuis juin dernier avec l’administration pour de meilleures conditions de travail, le corps enseignant pourrait se mettre en grève dès février 2025, la première fois de l’histoire du syndicat.

Le vote s’est déroulé cette semaine entre ce mardi 12 et ce jeudi 14 novembre. Parmi les 1026 bulletins des membres votant, une forte majorité de 80,9 % s’est montrée favorable au mandat de grève.

En négociations collectives depuis le 12 juin dernier, l’APUO s’est vue refuser ses principales propositions par l’administration centrale de l’Université, soit de meilleures conditions pour l’éducation et la recherche, la démocratisation de la prise de décision et la réduction des charges de travail.

Les professeurs et le personnel dénoncent un nombre insuffisant de personnel académique, des coupes continues de soutien administratif et pédagogique, ainsi que « l’érosion considérable de la gouvernance collégiale » ayant, selon ceux-ci, un impact délétère sur la qualité pédagogique.

« La communauté universitaire n’acceptera plus de faire plus avec moins », avait exprimé le syndicat via communiqué de presse.

Des étudiants s’étaient joints aux revendications des professeurs et bibliothécaires le 30 octobre dernier. Photo : Gracieuseté de l’APUO

« Ce vote indique à l’employeur que les membres sont prêts à déclencher leur première grève à cette université afin d’obtenir de meilleures conditions de travail et d’apprentissage sur le campus », a déclaré Dimitri Karmis, le président de l’APUO. « L’obtention de ce fort mandat de grève aidera l’APUO à obtenir la meilleure entente possible pour ses membres et la communauté universitaire ».

Possiblement une grande première pour l’APUO, avec un seul mandat de grève à son actif, voté en 2013.

Les deux parties, qui s’étaient rencontrées en médiation le 17 octobre dernier, avaient eu une première séance de conciliation le 5 novembre 2024.

L’APUO et l’Université d’Ottawa continueront la conciliation les 15, 16 et 17 janvier prochains. Chacun s’est mis d’accord de ne pas déclencher aucun lock-out (fermeture de l’établissement) ou aucune grève avant le 15 janvier.

« D’ici le 15, nous nous préparons pour la possibilité d’une grève et notre équipe de négociation se prépare pour essayer d’avoir des sessions de conciliation efficaces et productives », nous précise une porte-parole du syndicat. En prenant en compte les échéanciers liés au processus de conciliation, une grève serait possible au plus tôt dès la première semaine de février 2025.

Des milliers de données volées dans un conseil scolaire francophone

TORONTO – Victime d’une cyberattaque il y a un mois, le Conseil scolaire Viamonde confirme ce jeudi que des renseignements personnels de la « majorité » de ses employés ont été exposés, ainsi que ceux de la plupart des élèves en cours de scolarité.

L’enquête interne déclenchée à la suite de la découverte d’une cyberattaque mise à jour en octobre dernier vient de conclure que « les auteurs ont volé des renseignements personnels concernant des membres de la communauté Viamonde ».

Le conseil scolaire précise que les personnes ciblées sont des membres du personnel actuellement en poste, tout comme ceux y ayant travaillé au cours des 22 dernières années, à temps plein comme à courte durée.

Sont également vulnérables des informations concernant des membres élus ainsi que du Centre d’excellence SAP, du Service de transport Francobus, de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et du Centre d’excellence en approvisionnement FRANCOachat.

Les données exposées sont notamment les numéros d’assurance sociale, dates de naissance, genres, adresses postales, numéros de téléphone, adresses électroniques, numéros d’employé, salaires, congés et autres dossiers de formation.

Les numéros d’assurance sociale des employés embauchés après le 1er septembre 2023 n’auraient en revanche pas été exposés.

L’ensemble des élèves touchés

« Tous les élèves fréquentant actuellement une école du Conseil sont probablement concernés par l’exposition des renseignements suivants : nom, numéro d’immatriculation scolaire de l’Ontario, date de naissance, genre, nom de l’école, classe… », ajoute le conseil scolaire.

À la liste des élèves en cours de scolarité, s’ajoutent ceux inscrits dans les écoles suivantes (durant les années indiquées) :

  • Collège français (2023-2024) 
  • École secondaire Étienne-Brûlé (2023-2024) 
  • École secondaire de Lamothe-Cadillac (2023-2024) 
  • École élémentaire LaMarsh (2023-2024) 
  • Académie de la Pinède (2023-2024) 
  • École élémentaire Les Rapides (2023-2024) 
  • École élémentaire Nouvel-Horizon (2022-2023, 2023-2024) 
  • École élémentaire Patricia-Picknell (2023-2024) 
  • École secondaire Roméo-Dallaire (2020-2021, 2022-2023, 2023-2024) 

Signalement à la police

Sur la base de cette enquête, le conseil scolaire a proposé à ses employés un service de surveillance gratuit, durant deux ans, du crédit avec TransUnion, afin de pallier les risques de fraude identitaire.

« Nous sommes conscients que cet incident a affecté notre communauté de manière directe, et nous en sommes profondément désolés », a déclaré par voie de communiqué la direction du conseil, précisant que  l’enquête n’était pas terminée.

« Nous nous engageons à renforcer notre programme de cybersécurité pour mieux nous protéger »
— Conseil scolaire Viamonde

« Nous pourrions devoir notifier d’autres personnes ou envoyer des lettres de notification pour traiter des circonstances spécifiques. Nous visons à compléter cela prochainement. Nous nous engageons également à renforcer notre programme de cybersécurité pour mieux nous protéger contre de futurs incidents », poursuit la direction qui a avisé la police de Toronto et le Commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario (CIPVP).

Victime d’une panne informatique le 17 octobre dernier, le conseil scolaire avait établi le lendemain, avec l’aide d’experts, que l’origine en était un cyberincident, puis lancé une enquête. Les écoles avaient été maintenues ouvertes, retrouvant progressivement leur connexion internet jusqu’au 31 octobre.

Nouvelle-Écosse : un juge ordonne une révision de la carte électorale en faveur des Acadiens

Dans un jugement rendu mercredi, la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse a ordonné le redécoupage de la carte électorale provinciale, ce qui pourrait mener à la création d’une quatrième circonscription acadienne à Chéticamp.

Le tout survient alors que la Nouvelle-Écosse se trouve actuellement en pleine campagne électorale, mais le jugement ne sera pas applicable pour les électeurs qui se rendront aux urnes le 26 novembre.

En 2019, la Commission indépendante de délimitation des circonscriptions électorales de la Nouvelle-Écosse avait exclu dans son rapport final la région de Chéticamp de sept circonscriptions dites exceptionnelles. Ces comtés sont qualifiés ainsi, car ils ont un nombre estimé d’électeurs qui est supérieur ou inférieur à 25 % du nombre d’électeurs moyen par circonscription électorale. Les régions acadiennes de Argyle, Clare et Richmond avaient chacune été désignées comme des circonscriptions exceptionnelles en raison de leur statut acadien. 

Mais, face à l’absence de Chéticamp dans le quatuor, la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) avait soulevé le dossier devant les tribunaux néo-écossais arguant que les droits des Acadiens avaient violés l’article 3 de Charte des droits et libertés canadienne qui porte sur le droit de vote. Le juge Pierre Muise donne raison à la FANE acceptant l’argument que l’absence de Chéticamp viole le droit à une « représentation effective » pour les Acadiens de la région à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse.

« Il convient de noter en particulier qu’aucun député acadien ou francophone n’a été élu dans la circonscription où se trouve Chéticamp depuis près de 100 ans, bien que Chéticamp soit l’une des quatre partries acadiennes », argumente notamment le juge Muise dans son verdict.

Il conclut donc que la Commission aurait dû utiliser pour Chéticamp, les mêmes critères qu’elle a utilisés pour désigner Argyle, Clare and Richmond comme des comtés acadiens. Il exige que la Commission redessine d’ici le mois de juillet 2026 la carte électorale provinciale en tenant en compte la particularité acadienne de Chéticamp où près de 80 % de la population est francophone.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse Tim Houston. Crédit image: Stéphane Bédard.
Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse Tim Houston. Crédit image : Stéphane Bédard.

« Si on suit les consignes du juge, normalement, ça devrait être favorable pour une circonscription électorale pour la région de Chéticamp », se réjouit le directeur général de la FANE, Jules Chiasson.

Mais cela pourrait arriver si seulement le gouvernement décide de ne pas porter le verdict en appel. La FANE dit attendre un retour des quatre principaux partis à savoir si ces derniers maintiendraient l’actuel jugement en question. À l’heure actuelle, le gouvernement progressiste-conservateur sortant dirigé par Tim Houston mène largement dans les sondages se dirigeant vers une autre majorité, selon le site de projection 338 Canada.

« On a rencontré le premier ministre Houston le 15 août au congrès mondial acadien (…) Le premier ministre nous avait dit qu’il n’avait aucun problème à ne pas faire appel. Il semblait favorable, mais maintenant je ne sais pas s’il va tenir encore ces propos-là après les élections », affirme Jules Chiasson.

Ouverture d’un tout premier centre de santé francophone en Colombie-Britannique

VANCOUVER – Depuis le début du mois de novembre, les habitants du Grand Vancouver peuvent compter pour la première fois en Colombie-Britannique sur la présence d’un premier centre de santé communautaire bilingue.

Annoncé en juin dernier par l’ancien ministre de la Santé et des Affaires francophones Adrian Dix, le centre situé dans l’Est de Vancouver est le premier de ce genre pour les francophones dans la province. Il offre des soins de santé primaire et compte près d’une quinzaine de postes comme des médecins de famille, des infirmières praticiennes et des travailleurs sociaux réservés à des professionnels de la santé bilingues.

« Là, on est à peu près à dix. On est encore à la recherche de médecins et d’infirmières mais c’est très difficile de trouver des professionnels de la santé qui parlent français en Colombie-Britannique, qui veulent venir travailler à Vancouver. On y arrive petit à petit », affirme la directrice générale du centre Nour Enayeh qui occupe aussi le même poste pour le RésoSanté Colombie-Britannique.

Le centre a ouvert le 4 novembre dernier aux habitants du Grand Vancouver et l’objectif est d’aller rejoindre près de 4 400 patients par année.

« On a quand même une assez petite communauté alors les bruits courent vite. On a déjà beaucoup d’appels, de questions et de demandes, donc ça va vite », lance Mme Enayeh.

À l’heure actuelle, il est presque impossible ou très très compliqué de trouver des services en français dans le système de santé provincial, affirme celle qui dirige aussi l’organisme RésoSanté Colombie-Britannique. Seuls des services de traduction sont parfois offerts alors. La province compte au moins 1 500 praticiens qui disent être en mesure d’offrir des soins de santé en français, soit près d’un 1 % des travailleurs dans ce domaine au niveau provincial.

Cette nouvelle clinique, un projet en préparation depuis près de quatre ans, viendra donc combler un grand besoin notamment auprès de la population immigrante francophone, affirme Nour Enayeh

« On sait que les immigrants francophones arrivent en meilleure santé une fois arrivés qu’après quelques années. Donc, on sait qu’il y a une demande avec les nouveaux arrivants qui souvent n’ont pas l’anglais assez fort pour parler de leur santé. »

La directrice générale du tout nouveau centre de santé communautaire francophone en Colombie-Britannique. Gracieuseté.
La directrice générale du tout nouveau centre de santé communautaire francophone en Colombie-Britannique. Gracieuseté

En plus de services avec et sans rendez-vous, la nouvelle clinique effectuera aussi de la télémédecine notamment pour les patients hors de la région métropolitaine.

« Comme on a 50 % de la population francophone de la Colombie-Britannique qui est dans le Grand Vancouver, on commence par Vancouver et petit à petit, on va essayer d’étendre nos services à la province en générale », prévoit-elle.

« On veut voir avec le ministère de la Santé si on peut agrandir nos services à la province. On avait un concept d’un Hub and spoke (réseau en étoile) où ce centre de santé serait un Hub, mais on aurait des professionnels de santé dans les régions qui parlent français et avec qui on travaillerait directement. Ça serait une étape à suivre avec la télémédecine », précise-t-elle.

Près de 330 000 personnes se disent capables de soutenir une conversation en français en Colombie-Britannique, soit près de 6,6 %, alors que 1,1 % de la population a la langue de Molière comme première langue officielle parlée.

Kilimandjaro Music Awards à Toronto : des enjeux plus grands que les trophées

TORONTO : Les Kilimandjaro Music Awards (KMA), gala bilingue organisé par la Radio Kilimandjaro et récompensant les artistes canadiens afro-descendants, auront lieu ce samedi. ONFR s’est entretenu avec le fondateur et producteur exécutif de l’événement, Christian Roméo Youdjeu.

La septième édition des KMA aura lieu au Toronto Pavilion, dans le secteur North York. Le thème de cette année est Afro-chic.

Christian Roméo Youdjeu souhaite ainsi voir une véritable démonstration vestimentaire qui témoignerait de la diversité de la population canadienne afro-descendante. « On veut s’assurer qu’on puisse voir les beaux costumes de nos pays d’origine, les habits que nous aimions porter quand nous étions là-bas ou, pour ceux qui sont nés ici, qu’ils sachent ce qu’on porte quand on est dans leur pays d’origine. »

Tout comme en 2023, le Sénégalo-Torontois Abel Maxwell sera en performance aux KMA 2024, le 16 novembre. Photo : Rachel Crustin / ONFR

L’événement est bilingue, mais à 70 % francophone, selon son créateur, qui rappelle que de nombreux artistes originaires d’Haïti ou de pays francophones de l’Afrique fouleront le tapis rouge.

Quelques Franco-Ontariens sont attendus en performance ou en nomination, comme les Torontois Abel Maxwell, Mis Blandine et Cheka Katenen, ainsi que Slykiz, de Kitchener.  

Chaque année, une vedette internationale vient offrir le clou du spectacle après la remise de prix. En 2024, il s’agit de la Camerounaise Kareyce Fotso, alias Mama Africa. La multi-instrumentiste est également connue pour son engagement dans des causes humanitaires.

Mission et évolution

Les KMA ont été créés en 2015 par la Radio Kilimandjaro, « une radio 100 % afro-descendante qui a compris qu’il fallait promouvoir la culture, les mœurs et l’intégration des nouveaux arrivants », d’après le créateur des deux entités.

D’abord une simple soirée, l’événement est devenu une cérémonie de remise de prix dès 2016.

Christian Roméo Youdjeu affirme avoir « vu une évolution incroyable » des KMA, mais aussi de la qualité de travail des musiciens. Il croit y avoir contribué en offrant une compétition stimulante. Le nombre d’artistes en nomination est passé d’une vingtaine à une centaine durant ces quelques années.

Selon l’organisation, il s’agit de la plus grande cérémonie de récompenses pour les artistes afro-descendants au Canada. Pour être éligible, un artiste doit vivre et créer au pays, et avoir produit une œuvre musicale dans l’année précédant le gala.

Aux KMA 2023, la vedette ivoirienne Meiwey avait su réveiller la foule en fin de soirée avec sa traditionnelle danse du mouchoir blanc, le zoblazo. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Si chacun peut s’inscrire lors de la mise en candidature, Christian Roméo Youdjeu explique que son équipe garde l’œil ouvert toute l’année pour suivre les carrières qui se déploient d’un océan à l’autre.

En plus de prix spéciaux, 11 catégories sont mises en compétition. Pour déterminer les gagnants, le vote du jury compte pour 50 % et celui du public, pour 40 %. Le 10 % restant est alloué selon l’intérêt de l’artiste envers les KMA. « On veut être sûrs de primer ceux qui veulent bien comprendre ce qu’on fait », justifie Christian Roméo Youdjeu.

Car il croit dur comme fer en cette mission de célébrer des musiques qui évoluent parfois en marge des grands événements. « On sait que ce n’est pas facile d’allier musique et travail au Canada, de développer une carrière d’artiste, surtout issu de la diversité. »

Une ombre (financière) au tableau

Selon le producteur exécutif, l’argent est le nerf de la guerre. « On a un problème de visibilité qui ne peut s’obtenir que par des moyens financiers importants. Hors, les artistes afro-descendants n’ont pas toujours le support financier qu’il faut. »

Pour produire les KMA depuis 2015, Christian Roméo Youdjeu a puisé dans ses finances personnelles. « Ça ne peut pas durer tout le temps, se désole-t-il. La survie même de cet événement est en jeu. »

En voyant la salle pleine, les spectateurs pourraient penser que l’événement est en parfaite santé financière, selon l’organisateur. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Cette septième édition est passée à un cheveu de ne pas voir le jour. Une petite subvention d’Ontario créatif, couvrant à peine les frais de location de la salle, a motivé les organisateurs à se relancer dans l’aventure.

« On ne comprend pas pourquoi on ne peut rien recevoir alors qu’on travaille si fort », ajoute-t-il en mentionnant que la Radio Kilimandjaro n’est pas non plus subventionnée. « Il y a un problème d’accès au financement pour les communautés racisées. Je suis prêt à le dire. »

Il estime également que les KMA ressentent un manque de financement plus généralisé au sein des événements francophones, même si celui-ci est bilingue. « Je vois que beaucoup d’événements anglophones continuent d’être financés. »

Le fondateur des KMA compte aborder de front les enjeux financiers sur la scène, samedi soir. Il croit qu’en voyant les résultats, les spectateurs peuvent penser que tout va bien, mais que la transparence est importante pour espérer convaincre des donateurs éventuels, qu’ils soient publics ou privés.

De gauche à droite : la mairesse de Toronto Olivia Chow, la directrice de U-Event et responsable des communications des KMA Eunice Boue et le producteur exécutif des KMA, Christian Roméo Youdjeu. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Les députés ontariens de Don Valley East, Michael Coteau, et de Mississauga-Malton, Iqwinder Gaheer, sont attendus dans l’assistance. L’an dernier, la mairesse de Toronto, Olivia Chow, est également venue faire un tour sur le tapis rouge.

« Nous pensons que nous méritons d’être soutenus, plaide Christian Roméo Youdjeu. Pour une activité comme celle-là qui contribue à un Canada musical et culturel plus diversifié. »

Pour tous ceux qui sont prêts à veiller tard

L’an dernier, la cérémonie avait commencé avec beaucoup de retard et s’était étirée jusqu’aux petites heures du matin. La vedette internationale, l’Ivoirien Meiway, avait commencé son spectacle bien après minuit.

Cette année, l’événement officiel devrait se terminer à minuit, mais il a loué une salle à quelques minutes du Toronto Pavilion, pour ceux qui voudraient continuer de fêter. Avec la musique du DJ Pat la légende, cet after party pourrait durer jusqu’à 5 h du matin.

Des prix de présence et de participation seront également remis aux KMA, avec des tirages au sort, un concours de danse express et un prix pour la meilleure tenue Afro-chic.  

Christian Roméo Youdjeu lance l’invitation à tous les amateurs de musique : « Ce n’est pas parce que le gala est pour les Afro-descendants qu’il n’est pas pour tout le monde, plaide-t-il. Venez découvrir la culture afro (…) Je peux vous promettre un beau spectacle. »

Le record du concert souterrain le plus profond du monde battu à Timmins

TIMMINS – Un record du monde plutôt inusité devrait être battu vendredi à Timmins : celui du concert le plus profond sous la terre. Une initiative menée par un francophone souhaitant mettre en valeur l’héritage minier et musical de la ville du Nord.

Mise-à-jour : le record a été officiellement battu vendredi 15 novembre

« Je suis plutôt excité et j’ai vraiment hâte de cocher ça de ma liste », confie Norm Dwyer, membre du groupe de musique Miners and Sons à quelques jours du concert.

L’idée derrière l’initiative est inspirée du précédent record tenu par un groupe de musique sudburois qui avait joué un concert à 1 893,8 mètres sous terre dans la mine Creighton de Vale, juste avant la pandémie le 7 mars 2020.

Quatre ans plus tard, c’est dans la mine Kidd de Glencore qu’un groupe Timminsois va faire résonner de la musique rock, encore plus en profondeur.

Présentée, par l’entreprise, comme la « plus profonde mine de métaux de base au monde sous le niveau de la mer », celle-ci atteint 2987,04 mètres de profondeur.

Trois des cinq membres du groupe Miners and Sons faisaient partie de Dopamine, un ancien groupe de musique populaire de Timmins. Gracieuseté de Norm Dwyer

Mine et musique

Le choix d’allier l’univers musical et celui de la mine est une manière de mettre en valeur le patrimoine de Timmins, selon l’initiateur du projet.

« C’est deux univers complètement différents, mais tellement emblématiques de chez nous. Je veux que dès qu’on entend le mot mine et le mot musique, on pense tout de suite à Timmins », explique M. Dwyer, qui gère également l’image du groupe de musique à travers sa compagnie DwyNX Promotions.

En parallèle, il y a aussi la volonté de souligner la programmation du Collège Northern et ses bourses axées sur l’exploitation minière. Trois des cinq membres du groupe sont des diplômés du Collège.

« Quelle meilleure façon de mettre en valeur le passé, le présent et l’avenir minier de la ville – un record mondial pratiquement forgé dans la roche et les ressources qui constituent le fondement de notre grande communauté! Nous sommes heureux de soutenir cette tentative et leur souhaitons bonne chance », déclare dans un courriel à ONFR la mairesse Michelle Boileau, qui a accordé un financement à la société de M. Dwyer pour le projet.

25 ans de musique rock

Pour battre le record, le groupe est censé jouer au minimum 15 minutes, mais ce sera près d’une heure de musique rock que les mineurs pourront entendre.

Pour que le record soit officiellement enregistré, le concert doit être payant, mais Norm Dwyer affirme que les commanditaires ont acheté l’ensemble des billets, au prix symbolique de 5 dollars chacun, pour les redistribuer aux travailleurs présents dans la mine.

Quant au catalogue musical : « On peut s’attendre à remonter 25 ans de musique rock de CCR à Blink 182. »

L’événement n’est pas ouvert au public, mais des représentants municipaux et des commanditaires seront présents sous terre pour l’événement. Une personne mandatée par le Livre Guinness des records fera le déplacement depuis Montréal pour attester du record. Une conférence de presse aura lieu après l’événement à l’extérieur de la mine.

L’échec, un « point de départ pour entreprendre la création », selon Marie-Pierre Proulx

Marie-Pierre Proulx est la directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), à Sudbury.

Le TNO propose une production maison communautaire et une production maison professionnelle par année, en plus d’accueillir des spectacles externes. La production professionnelle de cette année s’intitule L’Encyclopédie de l’échec et sera présentée du 14 au 16 novembre.

L’encyclopédie de l’échec profite d’une équipe 100 % sudburoise, témoignant de la vivacité de la communauté artistique francophone. Une quinzaine d’artistes se sont réunis pour discuter du thème des petits et des grands échecs.

« Qu’est-ce que c’est, le Collectif Vivarium?

C’est un regroupement d’artistes établis à Sudbury qui œuvrent notamment en théâtre.  Il y a des auteurs, des comédiens, des gens en conception sonore, etc. Le collectif est né lors d’un rassemblement pour la Journée mondiale du théâtre, en 2023.

Il y avait une envie de se doter de moyens pour se professionnaliser, pour faire en sorte que ce soit possible de rester dans le Nord et de travailler en français. Donc moi, j’ai répondu à cet appel et leur ai proposé de monter un projet en collectif au TNO.

Qu’aviez-vous à dire sur l’échec?

C’est une thématique assez rassembleuse, même si elle peut sembler sombre. On a tous une rencontre, à un moment ou à un autre, avec le sentiment d’échec. En même temps, c’est très subjectif. Ça veut dire quelque chose de différent pour chacun.

La première rencontre du collectif est arrivée peu de temps après la situation à l’Université Laurentienne, avec la disparition de plusieurs programmes en arts, en théâtre, etc. C’était aussi la post-pandémie dans le milieu culturel : la difficulté à rejoindre un public, la précarité financière ambiante… il y avait donc, à une échelle plus sociétale, le sentiment qu’il y a des choses qui s’écroulent autour de nous, des systèmes qui échouent ou ne répondent pas aux attentes.

Chloé Thériault, Caroline Raynaud et France Huot en point média pour L’Encyclopédie de l’échec. Gracieuseté du TNO.

Sur un autre plan, il y a évidemment ces petits échecs personnels que l’on vit tous les jours. On avait envie de faire quelque chose autour de ça, mais qui ne se prenait pas au sérieux. Parfois, il faut échouer avant de réussir. Parfois, il faut embrasser les échecs et en tirer des leçons. C’était un point de départ pour entreprendre la création et laisser place à différentes formes, à différentes voix.

Vous êtes des artistes et vous jouez des artistes. À quel point les personnages sont-ils proches de la réalité?

C’est très métathéâtral, en effet. Une des lignes du projet est les échecs que les personnages vont vivre dans leur propre processus de création. C’est sûr que ces embûches font écho à ce que plusieurs artistes du groupe ont pu vivre, à une échelle ou à une autre. Cela dit, c’est vraiment de la fiction.

Quel est l’impact d’une collaboration comme celle-là sur le milieu artistique francophone de Sudbury?

J’espère que ça va contribuer à cette effervescence que je sentais déjà. J’ai l’impression que c’est une autre étape. C’est la première fois en plusieurs années que notre production professionnelle est composée à 100 % d’artistes locaux. On a aussi fait des choix de production, comme embrasser l’idée d’un théâtre pauvre au niveau de la conception, pour que l’argent qu’on a retourne vers les artistes.

J’ai hâte de voir, mais je pense que ça peut mener à d’autres collaborations. On a déjà, à même le processus, reçu quelques formations d’artistes qui étaient de passage à Sudbury. Par exemple, Anaïs Pellin, du spectacle jeunesse Clémentine, est venue nous donner de la formation en théâtre d’objets, pour certaines scènes du spectacle.

Pendant la pandémie, Marie-Pierre Proulx avait participé au documentaire Stuck, de Joanne Belluco. Elle indique que les effets de cette période se font encore sentir sur le milieu culturel. Photo : Archives ONFR/Stuck

C’est une poursuite d’un processus de professionnalisation à même la création. Je pense que ce sera fort positif, tout ça, pour le dynamisme et la vitalité du milieu.

Vous dites que ‘le niaiseux rencontre le sensible’. De quelle façon?

Il y a beaucoup d’autodérision dans le spectacle. Il y a des moments où les clins d’œil à l’échec sont dans le banal, dans les petites choses un peu ridicules. En même temps, on avait envie de faire voyager les spectateurs dans toute une gamme d’émotions et de se permettre d’aller dans des choses plus poétiques par moments. Il y a un tableau où l’on parle de quand le corps ne suit plus, que notre corporalité nous abandonne.

C’est un très beau numéro écrit par Isaac Adams. Tout de suite après, on casse ça et on retourne dans l’humour.

Combien de tableaux composent L’Encyclopédie de l’échec?

C’est un spectacle très éclaté. En tout, il y a 30 tableaux, sur 80 à 90 minutes. Il y a de très courtes scènes qui viennent ponctuer l’action et d’autres un peu plus longues. La façon dont le spectacle se construit, c’est que nos personnages fictifs ont chacun eu le mandat d’imaginer un tableau. Mais à travers cela, il y a de petits décrochages, des moments où chaque personnage vient faire une confidence au public, sur son propre rapport à un échec qu’il a vécu. On n’a pas le temps de s’ennuyer!

Comment se passe la saison du TNO en général?

Ça se passe bien. Je ne mentirai pas : on est encore en redéveloppement de notre public depuis la pandémie. Les salles sont moins pleines qu’avant. On travaille vraiment fort du côté de la médiation culturelle.

L’Encyclopédie de l’échec s’inscrit là-dedans. Les gens aiment se divertir et voir des visages qu’ils connaissent sur scène. C’est ce qu’on avait envie de leur offrir. Le principal défi, c’est de réintéresser une population plus vaste au théâtre de création. Mais au-delà de ça, on a eu de très beaux spectacles depuis le début de la saison. On est très heureux. »

Ces commerçants franco-torontois qui misent sur la venue de Taylor Swift

TORONTO – L’effervescence se fait sentir à 48 h du premier des six concerts à guichets fermés de la chanteuse américaine Taylor Swift en sol torontois. Bien préparés, des commerçants francophones du centre-ville comptent bien profiter de la déferlante de Swifties venues du monde entier pour profiter… et dépenser.

« On est vraiment excités, on espère que les admirateurs viendront nombreux goûter à nos produits faits pour eux », se réjouit Manon Taisseire-Hureau. À seulement 19 ans, celle-ci est la cheffe pâtissière de la pâtisserie Unholy Donut.

La jeune femme d’origine française a souhaité profiter de l’emplacement stratégique de la boutique, à deux stations de métro du lieu de concert, pour mettre sur pied toute une campagne marketing destinée aux fans.

Pour Manon Taisseire-Hureau, la couleur rose de la maison qui héberge la pâtisserie est idéale pour attirer les fans de Taylor Swift. Gracieuseté de Manon Taisseire-Hureau

« On est en train de beaucoup poster sur nos réseaux sociaux à propos de nos nouveaux cookies Taylor Swift, on prépare des bracelets d’amitié à donner aux adeptes et des jeux autour des paroles des chansons de Taylor Swift », explique celle qui est également étudiante en deuxième et dernière année de gestion des arts de la pâtisserie et de la boulangerie au Collège Brown de Toronto.

Grande supportrice, elle aussi, de la chanteuse américaine, Manon Taisseire-Hureau anticipe une hausse des ventes de 20 à 25 % les deux fins de semaine des concerts.

Toutes les douceurs préparées ces derniers jours sont des clins d’œil à des ères musicales de la chanteuse. Gracieuseté de Manon Taisseire-Hureau

Et d’ajouter : « Nous avons commencé à vendre les beignets et cookies samedi et nous avons déjà de super réponses de nos clients donc les chiffres vont peut-être augmenter, c’est la première fois qu’on fait des produits sur un thème autre que les fêtes annuelles. »

Une nouvelle clientèle à apprivoiser

Les fans de Taylor Swift étant plutôt des femmes, jeunes et dont un grand nombre viendront des États-Unis, certains commerces du centre-ville y voient une opportunité de se faire mieux connaître ou d’attirer une clientèle différente de celle qu’ils ont l’habitude de servir.

C’est le cas de l’hôtel Germain de la rue Mercer qui a adapté ses espaces pour accueillir les nombreuses admiratrices.

Un exemple de décoration de la salle de bain d’une chambre à l’hôtel Germain de la rue Mercier. Gracieuseté de l’hôtel Germain

Banquet devenu fan lounge avec des breuvages et collations, photobooth, station à bracelets d’amitié, mur pour écrire des paroles de ses chansons, cadeau de bienvenue, chambres thématiques, service personnalisé avec des clins d’œil à l’univers Taylor Swift : tout est pensé pour cette clientèle aux besoins particuliers.

Jean-Philip Dupré n’a pas souhaité communiquer le taux d’occupation actuel des chambres mais ajoute qu’il reste un peu de disponibilité à son établissement. Gracieuseté de Jean-Philip Dupré

Jean-Philip Dupré, directeur général de l’établissement, explique que la venue de la chanteuse sera l’occasion de tenter de séduire cette clientèle que l’hôtel, appartenant à une chaîne d’hébergement d’origine québécoise connue pour offrir des prestations haut de gamme, ne rejoint habituellement pas.

« Avec ces concerts, on a l’occasion de présenter notre produit à une clientèle qui ne le connaît pas nécessairement donc c’est évidemment très excitant pour l’avenir », estime le Franco-Torontois.

Un peu plus loin de là, à la boutique Maguire Shoes, de la rue Queen West, on y voit également une occasion de faire mieux connaître la marque dont les Swifties pourraient être une clientèle cible idéale.

La station à bracelets de l’hôtel Germain de la rue Mercier est prête à servir les Swifties. Gracieuseté de l’hôtel Germain

« La plupart des gens qui viendront sont soit des Américains ou des Canadiens qui viennent de l’extérieur de Toronto, donc probablement des gens qui ne viennent pas de marchés où on a des boutiques, alors c’est une bonne occasion de nous faire connaître et c’est comme une énorme vitrine publicitaire gratuite », lance Myriam Belzile-Maguire, fondatrice des boutiques de chaussures Maguire.

Au-delà des profits, la visibilité

Néanmoins, si des marges plus importantes de profits semblent réalisables, la Québécoise d’origine juge que le prix des chaussures étant assez élevé, ces nouvelles clientes potentielles n’achèteront pas à leur première visite.

La boutique Maguire Shoes lance, en ce moment, une nouvelle paire de chaussures et ouvrira une boutique à Brooklyn en décembre. Gracieuseté

« C’est sûr qu’on va sûrement avoir une augmentation des ventes, mais peut-être pas de manière très inhabituelle, mais si c’est le cas, on va être agréablement surpris. »

Même son de cloche du côté de l’hôtel Germain qui dit prioriser les retombées pour des acteurs locaux qu’une course au profit.

« On a vraiment fait en sorte de maximiser l’implication de partenaires locaux plutôt que de miser sur une augmentation massive de nos tarifs, car ce ne sera ni la première ni la dernière fois qu’une personnalité publique qui arrive en ville influence le prix des hôtels à Toronto », soutient M. Dupré.

Myriam Belzile-Maguire n’exclut pas de fermer la boutique après les heures régulières en cas de hausse de l’achalandage. Gracieuseté

« On a l’occasion de collaborer avec d’autres fournisseurs et on souhaite que l’engouement se ressente jusque dans ces personnes-là aussi », conclut-il.

L’organisme à but non lucratif Destination Toronto prévoit des dépenses directes de 152 millions de dollars pendant les 10 jours entre la première et la dernière date de concert. Au total, les profits pour la ville devraient atteindre la somme vertigineuse de 282 millions de dollars.

La Ville a inauguré une promenade au nom de la chanteuse la semaine passée. Crédit photo : Rudy Chabannes/ONFR

La Cour suprême traduira certaines de ses anciennes décisions

OTTAWA — La Cour suprême a annoncé qu’elle retirait de son site web toutes ses anciennes décisions qui ne sont pas en anglais et en français, et qu’elle s’engageait à traduire certains de ces jugements, principalement en français, dès 2025.

Le plus haut tribunal au pays a annoncé que, parmi les quelque 6 000 décisions non disponibles aujourd’hui dans les deux langues officielles, « les plus importantes d’un point de vue historique ou jurisprudentiel » seraient traduites l’année prochaine « à l’occasion du 150e anniversaire de la Cour ».

« Elles seront alors accessibles en français et en anglais sur le site web de la Cour. Ces décisions n’auront toutefois pas un caractère officiel, étant donné qu’elles ne peuvent pas être approuvées par les juges qui les ont rendues, ceux-ci étant tous décédés », a annoncé le Bureau du registraire de la Cour suprême dans un communiqué vendredi en fin d’après-midi.

De 1877 jusqu’à l’adoption de la Loi sur les langues officielles en 1970, la Cour suprême n’était pas tenue de traduire ses décisions en anglais et en français. La majorité des jugements rendus sont donc uniquement en anglais tandis que certains le sont seulement en français. Ceux qui ne sont pas bilingues ne sont plus désormais disponibles sur le site web, et les gens souhaitant y avoir accès « peuvent consulter des bases de données en ligne accessibles à tous », précise le tribunal.

Le juge en chef Richard Wagner affirmait en 2023 que le tribunal avait « quand même regardé de bonne foi » à traduire ses anciennes décisions, mais soutenait qu’« on n’a pas cet argent-là ». Photo : archives ONFR

La Cour suprême devant les tribunaux

Cette annonce de la Cour suprême fait suite aux démarches judiciaires de l’organisme québécois Droits collectifs Québec (DCQ) qui a déposé une requête devant la Cour fédérale le 1er novembre envers le plus haut tribunal canadien. DCQ plaide que la Cour suprême a enfreint la Loi sur les langues officielles, elle qui refusait jusqu’à son récent communiqué de s’engager à traduire des décisions dans les deux langues officielles. 

Le commissaire aux langues officielles avait d’ailleurs donné raison à DCQ dans un rapport d’enquête arguant que le plus haut tribunal au pays se devait de traduire ses anciennes décisions. En 2023, le Parlement a modernisé la Loi sur les langues officielles, obligeant du même coup l’ensemble des tribunaux canadiens à traduire leurs décisions dans les deux langues officielles.

Dans un communiqué lundi, l’organisme québécois accuse la Cour suprême de restreindre l’accès à la justice en retirant ses jugements antérieurs à 1970 non conformes au bilinguisme officiel. Selon DCQ, il y a lieu de « s’interroger par ailleurs sur la légalité de la manœuvre » et suggère « un possible effet de disparition de la preuve pour frustrer l’effectivité des pouvoirs judiciaires de la Cour fédérale à rendre justice sur une situation régulièrement intentée ».

« Cette situation est plutôt surprenante. En effet, la Cour suprême choisit délibérément de restreindre l’accès à la justice, à sa propre jurisprudence et à l’état du droit à la population canadienne plutôt que de déployer les efforts nécessaires afin de respecter les droits linguistiques des citoyens et des citoyennes, en particulier ceux des francophones », déplore DCQ.

L’organisme se targue toutefois que la Cour suprême lui donne raison en acceptant de traduire certaines décisions en français, mais l’accuse de se contredire. Car, durant l’enquête du commissaire aux langues officielles, la Cour suprême arguait que le fait de retirer des décisions antérieures à 1970 irait à l’encontre de son objectif d’améliorer l’accès à la justice pour la population.

« Droits collectifs Québec à la ferme intention de poursuivre ses démarches afin que les droits fondamentaux des francophones soient entièrement respectés par le tribunal de plus haut ressort de l’État canadien », soutient son directeur général Etienne-Alexis Boucher et le président de l’organisme et Daniel Turp.

L’organisation estime que plusieurs questions juridiques restent en suspens, notamment si cette décision de la Cour suprême respecte l’esprit de la Loi sur les langues officielles. DCQ soulève aussi comme problématique à ses yeux que la Cour suprême n’est pas encadrée « une contrainte juridique en matière d’échéancier ou d’identification des jugements qui devront être traduits ou pas ».

Le juge en chef Richard Wagner soutenait que la traduction des quelque 6000 décisions nécessiterait un investissement de 10 à 20 millions, plus de 100 interprètes et près de dix ans de travail.

Quand la jeunesse francophone préserve la flamme du Souvenir

OTTAWA – Le 11 Novembre résonne dans le cœur des Cadets de l’unique escadron francophone de la capitale fédérale. Cette journée, qui coïncide avec la fin de la Première Guerre mondiale, souligne plus largement l’ensemble des sacrifices des Canadiens morts au combat. Un passé dont ces jeunes s’emparent au présent et s’attachent à transmettre les valeurs.

Ils étaient mobilisés ces derniers jours dans la campagne de distribution des coquelicots et participent ce lundi aux cérémonies de commémoration… Les Cadets ne manquent pas une occasion de rendre hommage aux soldats canadiens qui ont défendu la nation. C’est le cas de Zoé, Gabriel et Panwat, tous issus de l’Escadron 925 Edmond-Lanthier, une unité francophone créée à Ottawa au printemps dernier.

« C’est une journée pour se souvenir de tous les gens qui ont servi et nous permettent de prendre avantage de la liberté et la paix que nous avons », affirme Zoé Charbonneau, 17 ans, sergent de section.

« Ils nous ont montré qu’il faut se battre pour ce qu’on veut avoir, que ce soit la paix, les opportunités ou autre, et pas juste accepter la défaite, car on a du monde à protéger. Il faut se battre pour notre but. »

Sergent de section Zoé Charbonneau (17 ans). Unité régionale de soutien aux cadets (Est)

Une vision à laquelle adhère pleinement Gabriel Guénette, issu d’une famille militaire et dont le père, pilote, a servi en Afghanistan. « Ce sont des gens qui se sont battus pour nos droits, nos libertés et un meilleur monde. Il faut s’en rappeler car, sans eux, on n’aurait pas tout ça aujourd’hui. Leurs actes ont influencé tout ce qu’on fait aujourd’hui dans nos vies », estime, du haut de ses 14 ans, ce caporal de section.

Mais, dans la vie civile, tous les jeunes ne sont pas aussi réceptifs à cette journée de commémoration, constatent-ils. C’est pourquoi Panwat Morgan, 18 ans, adjudant 2e classe, utilise les réseaux sociaux pour sensibiliser la communauté à l’histoire qui entoure les guerres et l’engagement militaire.

« Les réseaux sociaux ont un grand impact sur les jeunes. Alors, je m’en sers pour promouvoir, informer, transmettre, atteindre le plus de monde sur des aspects militaires, la symbolique du coquelicot et les activités qu’ils connaissent moins », rapporte celle dont le grand-père soldat a parcouru le monde : Égypte, Allemagne… « Il serait très fier de moi », confie-t-elle.

Adjudant 2e classe Panwat Morgan (18 ans). Unité régionale de soutien aux cadets (Est)

Elle encourage avec force la nouvelle génération à s’intéresser à l’histoire du Canada. « Tout le monde devrait avoir cette culture générale, car la raison pour laquelle on est là aujourd’hui découle des événements passés. »

« Certains ne pensent que ce ne sont que des mots, d’autre sont incertains, beaucoup comprennent », observe Gabriel Guénette autour de lui. Le jeune homme s’imagine plus tard pilote ou ingénieur.

« Tant qu’on aura des programmes de cadets, le devoir de mémoire perdurera », croit Zoé Charbonneau, même s’il reste de moins en moins de vétérans de conflits majeurs capables de raconter leur vécu. L’Ontario ne comptait en effet plus que 11 000 vétérans ayant servi en tant de guerre, incluant la Seconde Guerre mondiale et la Guerre de Corée, selon le rencensement de 2021 (25 500 au pays), laissant deviner une part ténue de soldats et témoins directs pouvant s’exprimer en langue française dans la province.

Caporal de section Gabriel Guénette (14 ans). Photo : Unité régionale de soutien aux cadets (Est)

Les occasions de dialoguer avec des vétérans ou d’écouter leurs récits demeurent des moments souvent précieux et inspirants pour eux. « Ça vous marque de voir du monde qui a bâti notre pays, atteste Zoé. Entendre des histoires de guerre touche beaucoup. On ressent la fierté d’être Canadien. »

Cette proximité avec les vétérans, ainsi que l’acquisition de connaissances et compétences qui renforcent la confiance, sont d’ailleurs les objectifs principaux du programme des Cadets.

« Ce sont essentiellement des activités axées sur le leadership et la citoyenneté à travers lesquelles on explique aux jeunes de 12 à 18 ans le contexte des guerres mondiales, des conflits et des missions de paix, indique le major Sylvain Beaudry, qui commande l’Escadron 925 Edmond-Lanthier. On les sensibilise également à donner du temps pour les vétérans et les activités du coquelicot. »

C’est pourquoi ils seront nombreux, en ce 11 Novembre, à s’impliquer dans les cérémonies et défilés en Ontario et au-delà, pour rendre hommage aux héros canadiens.

La claque

Chaque samedi, ONFR propose une chronique franco-ontarienne. Cette semaine, l’auteur torontois Soufiane Chakkouche narre ses défis d’immigration canadienne, un récit à suivre en plusieurs parties.

La précédente chronique était placée sous le signe de la richesse linguistique et culturelle, principal atout de Toronto, cité ensorceleuse des belles âmes. Le présent jus de crâne s’inscrit dans la même droite lignée, du moins avant de recevoir la claque et revenir aux sources, au galop, à une écriture sans bride dessinée du côté aiguisé d’une plume épicée aux fines herbes.

Ma décision d’élire domicile fixe à Toronto fut confortée dès que je mis les pieds à l’école pour apprendre l’anglais grâce à un programme gouvernemental offert gracieusement et selon le niveau de chacun, un investissement dans l’Homme, en somme.

Réfugiés au lourd passé que l’on devine sur des sourires inachevés, résidents permanents sous l’emprise de la fraîche euphorie du nouveau, jeunes étudiants de tous horizons colorés, hommes et femmes au midi de leur vie, vieux toujours avides du savoir, musulman, juif et chrétien partageant le même banc et s’activant à solutionner ensemble un exercice… Bref, un échantillon du monde comme il devrait l’être dans ma petite tête, cosmopolite, respectueux des différences comme des similitudes et surtout assoiffé du vivre ensemble.

Mon esprit voguait à imaginer ces personnes (à la fois lointaines et proches) qui avaient goûté au partage à la tête de leur pays d’origine! J’étais prêt à mettre ma main et mon corps entier au feu quant à un meilleur monde sous ce nouvel ordre quand une autre couleur dans cette mosaïque internationale répondant au prénom d’Alexandra, notre charmante enseignante, elle-même immigrante d’origine russe, m’extirpa de cette douce utopie.

« Soufiane, en tant que nouvel immigrant, quel est le plus grand défi que vous avez rencontré en arrivant au Canada? » Tel un automate couard voulant que son tour passât au plus vite, je répondis sans vraiment savoir pourquoi : « Le logement. »

Le cercle vicieux

Je ne croyais pas si bien dire, parce qu’il fallait bien en trouver un, de logement, surtout que le bébé allait arriver dans huit semaines selon la plus sage des sages-femmes, et ce n’était pas une sinécure, loin de là. Non pas que la ville souffrait d’une pénurie de toits, au contraire, ce n’était pas les annonces qui manquaient, mais le problème résidait dans notre état de nouveaux arrivants, synonyme d’absence de garanties et de garants, vierge qui plus est du fameux credit score dont je n’avais jamais entendu parler avant de m’y frotter et de m’y piquer, ici.

Cette boucle vicieuse sans queue ni tête se résumait ainsi : pour pouvoir louer un appartement, il fallait mettre sur la table ses fiches de paie ou celles d’un garant le cas échéant, le tout consolidé par un credit score qui se respecte. Or, la condition pour se targuer d’un credit score honorable est d’avoir vécu au Canada et y avoir consommer. Seulement, selon le dictionnaire Larousse, « un nouvel arrivant est une personne qui vient d’arriver dans un lieu, un groupe, ou une communauté. Le terme s’applique souvent aux personnes qui viennent d’immigrer ou qui entrent dans un nouvel environnement social ou professionnel ». Donc, par définition et par la force des choses, cette catégorie n’a encore ni travail ni credit score.

Quant au garant, qui accepterait de cautionner un étranger qui ne connait encore personne ici et qui vit toujours dans le souvenir et l’amour non sevré des siens? Somme toute, c’était là une farce de mauvais goût, une farce dont on était les dindons.

Propriétaires peu scrupuleux

Sur le terrain fertile de l’urgence et de l’incertitude, les mâchoires du piège des exigences contradictoires venaient de se refermer sur nous, ce qui inexorablement ouvrait la porte et la fenêtre aux abus de positions dominantes.

En effet, pour pallier ce « risque » de solvabilité (pourtant, il suffisait de jeter un œil en diagonale sur nos CV pour comprendre qu’on n’est pas du genre à demeurer longtemps sans travailler. Travailler, c’est ce qu’on a toujours fait, ma conjointe et moi), les propriétaires qui ne nous refusaient pas d’emblée sans égard à l’état de grossesse avancée d’Ibtissam exigeaient jusqu’à un an de loyer payé d’avance pour certains.

Notons au passage et à toutes fins utiles que cette pratique est complètement illégale, même si elle est répondue à Toronto comme l’était le bon pain au four communal de mon ancienne médina! En définitive, je faisais face à une hypocrisie sociale et législative comme j’en ai fui par tonne de là d’où je viens. La claque!

Littéralement dos au mur, on n’eut pas d’autre choix que d’accepter de signer avec un propriétaire plus gentil que les autres, ou plutôt moins dans l’illégalité que les autres en nous proposant de s’acquitter de « seulement » six mois de loyer à l’avance.

Résultat des courses : nos économies familiales s’en retrouvèrent à sec, sachant que la location mensuelle de ce petit appartement à une chambre coûtait 1900 $, auquel il fallait ajouter le dernier mois pour assurer davantage ses arrières (je vous laisse le soin de faire le trivial calcul de la douloureuse). À ce propos, cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas compris ce mystère propre à la Ville Reine consistant à construire de lilliputiens logements dans des condos où s’entassent les Torontois par grappes, alors que ce n’est nullement l’espace qui manque dans le deuxième plus grand pays du monde en termes de superficie!

Soit, ce qui est fait est fait et rien ne sert de ressasser le côté obscur du passé, à moins que, comme bien souvent, le bien n’émerge du mal. Ce fut le cas, car les poches vides et le cœur plein, je laissai tomber l’école momentanément pour mettre les bouchées doubles dans ma recherche de travail.

Quelques jours après, je décrochais mon premier emploi en tant que journaliste. Une longue carrière venait de débuter pour me mener jusqu’ici, parmi vous, entre ces lignes. À bon entendeur, salamoualikoum (que la paix soit sur vous).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Flashback, le balado pancanadien qui (re)fait l’histoire

VANCOUVER – Une nouvelle série balado, intitulée Flashback, mêle la fiction et la réalité pour raconter l’histoire de l’utilisation des psychotiques (et ses dérives) dans le domaine de la santé mentale au Canada. Mais une autre particularité retient l’attention : il s’agit du premier balado de fiction franco-canadien (en milieu minoritaire) à être présenté sur la plateforme Ohdio. ONFR a rencontré deux des créateurs, Gilles Poulin-Denis et Louis-Philippe Roy, pour discuter du projet lancé le 29 octobre dernier.

Flashback nous mène de l’Est ontarien à Vancouver, en passant par Ottawa et la Saskatchewan. Deux amies, Sabrina et Audrey, vont tenter d’élucider l’histoire du grand-père de cette dernière. Grégoire Carrière a disparu en 1961.

« Il a fait de l’acide, puis il est allé à l’asile. » Cette phrase prononcée à propos de Grégoire a de quoi intriguer. Alors que Sabrina termine sa maîtrise en communication, elle entraîne son amie dans un projet de baladodiffusion appliquant les codes du storytelling. Un peu malgré elle, Audrey se retrouve donc à pister les traces de ce grand-père mystérieux, qu’elle n’a jamais connu et dont la seule évocation provoque de vives réactions dans sa famille.

Leurs recherches mèneront les amies à interviewer des experts et à retracer l’histoire des psychotiques utilisés dans les années 1960 dans certains hôpitaux canadiens. Flashback prendra réellement son envol après quelques épisodes, quand les deux jeunes femmes débarqueront à Vancouver.

L’affiche du balado Flashback. Gracieuseté de Production 2PAR4.

Même si l’histoire est fictive, les informations historiques et les entrevues avec des experts sont véridiques. « C’est pour ça qu’on a souvent des entrevues avec des anglophones : ce sont les vrais experts. Il y a Erika Dyck, de l’Université de la Saskatchewan, qui est la sommité dans l’historique des psychotiques au Canada », explique Gilles Poulin-Denis, à l’origine du projet avec sa compagnie de production, 2PAR4.

Il a recruté dans l’équipe d’auteurs l’ancienne journaliste Thérèse Champagne, qui a pu apporter son expertise pour la recherche et la vérification des faits, et Louis-Philippe Roy, déjà expérimenté en création de balados de théâtre et de livres audios.

« Ce dont on avait envie, c’était de fictionnaliser l’accroche pour que l’auditeur suive le périple. Et il y a des codes du balado qui ne se démentent pas. Suivre une quête, ça demeure un outil efficace. On ne voulait pas trop tomber dans l’affaire criminelle, car la ligne éthique est quand même mince », raconte Louis-Philippe Roy.

Selon ce dernier, le recours à de vrais experts « permettait aussi d’avoir un équilibre. On n’en faisait pas la promotion, mais on ne rendait pas (les psychotiques) machiavéliques. »

En studio pour l’enregistrement de Flashback. Photo : Gracieuseté de Production 2PAR4.

Louis-Philippe Roy croit que de rappeler l’histoire des psychotiques est d’autant plus pertinent à une époque où le microdosing est à la mode, souvent pour autotraiter l’anxiété d’autres maux de l’âme.

Sans rien divulgâcher, lorsque Audrey découvrira enfin la raison de la fuite de son grand-père, un autre pan de l’histoire canadienne sera déplié et raconté. « Le personnage (Audrey) le dit, mais elle porte aussi notre discours : on ne s’attendait pas à découvrir tout ça au départ. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi riche et clairement étudié. Comment faire passer ça à l’auditeur? C’était important pour moi qu’il sache qu’il n’y avait pas juste du mal dans ces techniques-là, mais qu’il y a aussi eu des dérapages. »

Tout couvrir

Le dernier épisode apparaît un peu comme un épisode « hors-série ». On retrouve les deux amies un an plus tard. Elles reparlent de leur expérience et Audrey fait comprendre à son amie que son balado de maîtrise a quelques angles morts.

L’épisode donne l’impression que l’équipe de production a voulu couvrir ses propres angles morts, particulièrement le fait que des communautés autochtones avaient déjà de grandes connaissances et utilisaient des psychotiques dans des rituels ancestraux.

L’épilogue fait entre autres découvrir la guérisseuse mexicaine Maria Sabina. Gilles Poulin-Denis trouve que ce n’était pas anodin de donner la parole finale à une femme autochtone après avoir présenté l’histoire très institutionnalisée de l’utilisation des psychotiques, où les pionniers étaient presque tous des hommes blancs. 

Il raconte avoir préféré prendre le temps d’aborder cet aspect à la fin plutôt que de le condenser rapidement dans des épisodes déjà très chargés.

Louis-Philippe Roy aime aussi l’idée que le personnage d’Audrey prenne le contrôle, car c’est son histoire qui est racontée, mais menée par son amie, tout au long de Flashback. Il explique que cet épisode supplémentaire s’inscrit dans les codes de la baladodiffusion, qui raconte souvent ce que sont devenus les protagonistes un certain temps après leur quête.

Une équipe pancanadienne

L’idée de Flashback a germé avant la pandémie. Au départ, Gilles Poulin-Denis avait envie de créer une installation, sans acteurs, mais la direction de son projet a drastiquement changé. « Je trouvais que ça n’avait pas de sens, pendant la pandémie, quand je voyais mes amis qui rushaient. Je ne peux pas prendre l’argent public pour faire un truc avec des machines. »

À force de fouiller sur le sujet, l’accumulation d’information « fascinante » l’a poussé à considérer l’option de la baladodiffusion.

Le fondateur de Production 2PAR4, maintenant installé à Montréal mais alors à Vancouver, est aussi le réalisateur de Flashback, en plus de mener l’écriture avec Thérèse Champagne (Vancouver) et Louis-Philippe Roy (Gatineau). Ce dernier a aussi joué le rôle d’assistant à la réalisation.

De son côté, Thérèse Champagne a fait partie de la distribution d’acteurs, tout comme les Vancouverois Joey L’Espérance, et France Perras, ainsi que l’Ottavien Sean Devine.

Le personnage de Sabrina est campé par Danielle Le Saux-Farmer, d’Ottawa et Gabrielle Morin, de Vancouver.

Gabrielle Morin et Danielle Le Saux-Farmer campent les rôles principaux du balado Flashback. Photo : Gracieuseté de Production 2PAR4

La musique originale est signée par le Fransaskois Mario Lepage. Le Québécois Bruno Pucella vient compléter l’équipe au montage et au mixage.

Diriger une telle équipe pour l’audio comporte son lot de défis, comme le fait d’être dans des studios différents ou d’ajuster le niveau de jeu à un ton plus introspectif, dans un contexte où les comédiens enregistrent les voix sans connaître l’univers sonore dans lequel elles seront intégrées.

« Il y a un ton dans le balado qu’il faut trouver, qui est différent. Ça passe juste par la voix. Il faut vraiment trouver les moyens d’exprimer certaines émotions, et c’est beaucoup plus délicat qu’au théâtre », reconnaît Gilles Poulin-Denis.

Malgré cela, Louis-Phlippe Roy se dit « extrêmement fier que le catalogue d’interprètes soit de partout et qu’on ait réussi à faire échanger entre eux des artistes qui n’auraient pas travaillé sur le même projet » en temps normal.

Défis et réussites pour Laure Ghenkam, enseignante et entrepreneure camerounaise

TORONTO – Du Cameroun à l’Italie, Laure Ghenkam déménage avec son époux au Canada en 2001, pour les opportunités professionnelles. Confrontée aux difficultés de la fameuse « expérience canadienne » nécessaire au marché du travail, l’épine dans le pied de beaucoup d’immigrants, c’est pourtant là que se révèlent sa vocation d’enseignante et ses talents d’entrepreneure. Les différences culturelles la confrontent également au niveau de l’éducation parentale et la poussent à se dépasser.

Après des études en droit privé au Cameroun, elle part vivre en Italie, où elle rencontre « l’homme de sa vie », qui deviendra son mari. Après six ans à Milan, ils s’intéressent au Canada pour les opportunités économiques dont le pays recèle.

Ils s’installent directement en Ontario, mais venant d’un pays francophone, la maitrise de l’anglais est un défi pour Laure au tout début.

Autres défis majeurs, la non-reconnaissance des qualifications et diplômes étrangers ainsi que la nécessité d’une première expérience canadienne pour entrer sur le marché du travail, de laquelle découle la difficulté à trouver un logement.

Elle obtient finalement son premier emploi dans un centre d’enseignement du français.

« Ça a réveillé l’éducatrice en moi. Fille d’enseignants, croyez-le ou non, c’est la seule profession que je ne voulais pas faire! »

Rattrapée par sa vocation, Laure retourne alors à l’université pour obtenir son baccalauréat en éducation. Elle est aujourd’hui enseignante à l’élémentaire immersion française depuis 2003 à Markham, dans la Région du grand Toronto.

« J’adore enseigner. Aujourd’hui je ne me vois pas faire autre chose. Je l’avais en moi et il aura fallu que j’arrive au Canada pour le découvrir », philosophe-t-elle.

Elle choisit l’élémentaire, car les adolescents du secondaire lui semblent peu respectueux de l’autorité parentale et professorale. Elle explique en effet qu’au Cameroun, les professeurs sont quasi vénérés. Au Canada, elle se confronte à une réalité bien différente.

Contrastes culturels dans l’éducation parentale

Laure Ghenkam, au centre, entourée de sa famille. Photo : Gracieuseté de Laure Ghenkam

Laure est mère de trois enfants, aujourd’hui respectivement âgés de 24 ans, 18 ans et 16 ans.

« Je viens d’une culture où le parent est respecté. Mes parents n’ont jamais eu à me répéter deux fois d’aller ranger ma chambre ou de participer aux tâches de la maison, par exemple. En bref, les enfants ont un respect incroyable pour leurs parents et enseignants. »

« Ma fille Christine est née à Milan, mais mes deux autres sont nés au Canada. »

Confrontés à une culture nord-américaine qui valorise une grande confiance en soi et l’individualité dès le plus jeune âge, pour cette maman, les vrais défis commencent à l’adolescence.

« À cet âge, ils ont parfois du mal à faire la part des choses, sont influencés par des amis de différents horizons. À cela s’ajoutent les réseaux sociaux, les émissions de téléréalité à n’en plus finir. Se crée alors un vrai écart pour moi, Camerounaise, qui ne m’attend pas à avoir à répéter mille fois la même chose. »

Celle-ci explique qu’à cet égard, élever sa fille aînée au Canada fut très difficile. « On peut parfois en arriver à la cassure si on ne met pas de l’eau dans notre vin ».

Ayant vécu le décrochage universitaire de sa fille, malgré ses facilités académiques, elle la laisse réaliser par elle-même le chemin à prendre. Après deux ans de pause, elle songe sérieusement à reprendre ses études.

« En tant que parent, c’est un équilibre à trouver. On souhaite qu’ils soient en sécurité et qu’ils réussissent et, tout à la fois, il faut être à leur écoute, reconnait-elle. J’ai appris à leur parler plus pour leur faire comprendre les choses. La communication est primordiale. »

Elle raconte que quand elle voyage avec ses enfants au Cameroun, ceux-ci sont facilement considérés « impolis » vis-à-vis des figures parentales, les codes étant si différents. Ils ont d’ailleurs découvert avec étonnement que certains membres de leur famille vivaient avec leurs poules dans leur maison.

Une adaptation réussie

Guidée par sa fibre pédagogique, en parallèle de son emploi – 20 ans passés auprès du conseil scolaire de York – Laure se lance en tant qu’entrepreneure.

Elle crée sa propre compagnie il y a trois ans, Sephora French Centre, qui offre des services de tutorat en français, aux enfants comme aux adultes, en groupe notamment, que les motivations soient personnelles ou pour les affaires. Son équipe se constitue à l’heure actuelle de cinq tuteurs.

« En commençant dans la profession, je me suis rendue compte que le besoin était grand quant à trouver des enseignants qualifiés qui ont le français comme langue maternelle. C’est de ce besoin que m’est venue l’idée. »

Laure est formelle, elle n’a aucun regret. Venir au Canada avec sa famille a été la meilleure décision qu’elle ait pu prendre. Elle ajoute en revanche que chacun gagnerait à grandir et à vivre dans son propre pays si seulement ceux-ci leur permettaient des perspectives d’avenir.

« Il est regrettable que certains pays, comme le Cameroun, ne développent pas leur propre potentiel pour leurs milliers d’étudiants qui finissent par partir, une fois leur diplôme en poche. C’est dommage et j’espère que ce sera différent à l’avenir. »

« J’adore le Canada, mis à part le froid, conclut-elle en éclatant de rire. Il m’aura tout de même fallu 20 ans pour m’habituer à la météo. »

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

Bergers : voyage au cœur des Alpes avec Sophie Deraspe

Dans cette entrevue avec la réalisatrice Sophie Deraspe et l’acteur Félix-Antoine Duval, le duo nous entraîne dans l’adaptation du roman autobiographique de Mathyas Lefebure, qui a quitté Montréal pour une nouvelle vie de berger en Provence. Découvrez les défis et moments forts du tournage d’une oeuvre qui a remporté cette année le prix du meilleur long métrage canadien au 49e Festival international du film de Toronto. En salle dès le 15 novembre.

Activités pour célébrer la diversité francophone en Ontario

L’agenda se remplit facilement cette semaine avec toutes les activités culturelles proposées en Ontario. Plusieurs sont en lien avec la Semaine nationale de l’immigration francophone (SNIF), qui se termine le 9 novembre. De plus, la formation Règlement 17 fête son 15e anniversaire à Ottawa, une artiste acadienne est de passage en Ontario, et une nouvelle exposition prend place à Toronto.

Identités multiples à North Bay

Les compagnons des francs loisirs accueillent à North Bay deux artistes du Nord de l’Ontario qui ont un point en commun, celui d’avoir une mère franco-ontarienne et un père avec une autre identité culturelle, abénaquise pour Mimi O’Bonsawin et mexicaine pour Cecilia Rodriguez-Beaudoin, alias Aurel. L’événement veut donc souligner à la fois la SNIF et la Semaine de reconnaissance des traités, qui se déroulent en même temps. La soirée aura lieu vendredi à 20 h, à la brasserie Wildwoods.

À gauche; Mimi O’Bonsawin. Photo : Rachel Crustin / ONFR. À droite : Aurel. Gracieuseté de Cecilia Rodriguez-Beaudoin

North Bay, le 8 novembre. Billets sur la plateforme Simpletix.

L’animal chic à Hearst

Dans sa chanson L’un et l’autre, sur l’album Animal chic, Mehdi Cayenne se décrit comme « pseudo-maghrébin, pseudo-français, pseudo-franco-ontarien, pseudo-québécois ». L’artiste à l’énergie débordante incarne cette diversité de l’Ontario francophone. Arrivé d’Algérie dans l’enfance, il fait partie des valeurs sûres franco-ontariennes et c’est dans le cadre de la SNIF et de Coup de cœur francophone qu’il est reçu à la Place des arts de Hearst, dans le cadre de la programmation du Conseil des arts de Hearst, ce samedi.

Mehdi Cayenne au Festival franco-ontarien 2024. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Hearst, le 9 novembre. Détails et billets sur la plateforme Le point de vente.

Country-folk québécois à Toronto

L’artiste québécoise, qu’on a pu voir à Contact ontarois 2024, sera de retour dans la province pour un spectacle au Théâtre Spadina de l’Alliance française de Toronto, ce vendredi. Elle vient présenter son plus récent album, Comme avant, sorti il y a un an. Capable à la fois de douceur et de fougue, l’artiste originaire de Baie-Saint-Paul saura envoûter les spectateurs de la Ville Reine.

Léa Jarry a deux albums à son actif, L’heure d’été (2020) et Comme avant (2023). Photo : Gracieuseté de l’Alliance française de Toronto

Toronto, le 8 novembre. Détails et billets sur le site de l’Alliance française de Toronto.  

À la découverte de la diversité de Barrie

La bibliothèque de Painswick, à Barrie, est aussi l’hôte d’un événement culturel de la SNIF. Célébrons la francophonie immigrante : à la découverte de notre diversité aura lieu vendredi, de 10 h à midi. On y présentera les services francophones accessibles et l’artiste Amadou Kienou y donnera une performance.

Amadou Kienou sur le tapis rouge des Kilimanjaro Music Awards, en 2023. Crédit image : Rachel Crustin / ONFR

Barrie, le 8 novembre en avant-midi. Détails sur le site de la SNIF.

Patrimoine riche de Sudbury

L’organisme Contact interculturel francophone de Sudbury organise la troisième édition de son événement Patrimoine riche de l’Ontario. En plus d’une performance de African Harmony, d’un dîner multiculturel et d’une danse avec DJ, il y aura un micro ouvert. Avis aux artistes locaux, chacun peut se prêter au jeu. Le tout aura lieu au Canisius Hall de l’Université de Sudbury, vendredi dès 18 h.

Artistes locaux, il est temps de faire découvrir votre talent lors de l’événement micro ouvert. Photo : Canva

Sudbury, le 8 novembre. Détails sur le site de la SNIF.

Une vitrine à Toronto

L’Université de l’Ontario français (UOF) accueille pour une deuxième saison le projet En vitrine, exposant des artistes membres du Centre d’art médiatique Le Labo dans son enceinte. Deux expositions consécutives se tiendront sous le thème Résistances silencieuses. On pourra voir le travail de Noémie Roy du 13 février au 19 mars 2025, mais c’est celui de Tania Love qui vient tout juste d’être installé. Le projet En vitrine souhaite tisser des liens entre les artistes professionnels et le milieu universitaire. L’exposition Morphogenesis I sera donc accompagnée d’un projet de médiation culturelle développé par Stéphanie Salgo, stagiaire du baccalauréat spécialisé en études des cultures numériques de l’UOf.

Tania Love est une artiste visuelle de Toronto qui « privilégie le processus, la lenteur et la sensorialité », comme on peut le lire sur le site du Labo. Photo : Pascaline Lebras

Toronto, jusqu’au 11 décembre. Détails sur le site du Labo.

Québécoise et Haïtienne : le français comme point d’ancrage en Ontario pour Natacha Castor

OSHAWA – Arrivée d’Haïti à un très jeune âge, Natacha Castor, qui a grandi et vécu dans la Belle Province, est Québécoise avant tout. Venue vivre en Ontario il y a une dizaine d’années, elle s’expose alors au choc des cultures, presque une seconde immigration. Forte de ses origines riches et multiples, elle découvre sa langue française autrement, comme vecteur d’identité, de revendication, de ralliement…

Arrivée à l’âge de 7 ans avec sa mère au pays, Natacha grandit à Montréal, y fait ses études du primaire à l’université, et y passe la majeure partie de sa vie d’adulte, teintée de ses repères culturels.

« Je suis Montréalaise, mes points de référence et mon accent sont québécois. Ainsi, je n’ai pas vécu les difficultés et l’expérience des immigrants arrivés à l’âge adulte, notamment sur le plan de l’intégration, sur le plan professionnel », confie celle-ci.

« Je suis toutefois une personne racisée, je n’ai donc pas été à l’abri non plus de certains défis que des personnes de couleur peuvent vivre. J’ai eu la chance d’avoir le soutien nécessaire et de ne pas vivre d’isolement, explique-t-elle. Au début des années 80, l’immigration francophone n’était constituée que de quelques Haïtiens, Libanais et Marocains. Depuis, la diversité est beaucoup plus importante. »

Après le cégep, elle part s’installer dans la campagne québécoise, et ce pendant 15 ans. Elle raconte être alors la seule personne noire, et représenter toutes les minorités dans la tête des gens : « On parle du début des années 90. Les personnes issues de l’immigration vivaient principalement à Montréal. J’étais très « visible », avec du racisme beaucoup plus ouvert ».

Doublement étrangère, le fait de venir de la ville la faisait également de facto sortir du lot. Avec certains de ses amis dans le même cas, ils s’appelaient entre eux « les expatriés de la ville ».

Du Québec à l’Ontario, un choc des cultures à la frontière

Natacha navigue entre plusieurs identités, se considérant autant Québécoise, Canadienne, qu’Haïtienne – depuis l’âge adulte, elle revendique davantage son patrimoine d’Outremer – et, maintenant, que « Franco-Ontarienne, ou du moins j’y travaille », plaisante-t-elle.

Natacha explique avoir besoin de comprendre l’histoire francophone de l’Ontario, pour se l’approprier pleinement.

C’est seulement en déménageant à Oshawa il y 15 ans que cette superviseure en travail social découvre l’existence de cette francophonie.

Elle inscrit alors ses enfants en école d’immersion francophone, ignorant alors l’existence des écoles de langue française dans la province : « Dès le premier jour, l’école m’a appelé pour me demander ce que mes enfants faisaient dans cette école, parlant déjà un français impeccable! »

Photo : Gracieuseté de Natacha Castor.

Si elle constate alors les avantages d’être une minorité francophone en Ontario, elle remarque que les anglophones de Québec eux n’ont pas eu à revendiquer autant leurs droits linguistiques, beaucoup plus acquis.

La francophonie ontarienne est pour elle plus fragile, celle du Québec plus politique, une lutte différente.

« En Ontario, même si je pourrais tout faire en anglais, je m’accroche au français. Même sans le vécu et la culture des Franco-Ontariens, la langue est mon point d’attache à la francophonie ontarienne et c’est, je pense, le point de ralliement de tous les francophiles et francophones qui viennent de partout dans le monde. »

Une différence qui joue beaucoup selon Natacha dans le choix de rester et de ne pas repartir au Québec. À quelques heures de la frontière seulement, elle évoque le petit choc culturel de ce « mini New York City » anglophone au rythme effréné.

« Avec des repères différents, le français est ce qui m’est familier. L’attachement à la francophonie, c’est aussi avoir retrouvé un certain art de vivre, une certaine convivialité et un état d’esprit, un franc-parler. »

« Je travaille en français (au sein du Conseil Sccolaire Viamonde), ce qui m’a permis de trouver un cadre et un réseau, développer des liens. J’ai rencontré des gens qui se revendiquent francophones qui viennent d’Amérique du Sud par exemple. Pour plusieurs d’entre nous le fait francophone et notre point de ralliement. »

Par le biais de ce sentiment d’appartenance, elle trouve un point d’ancrage, sa pierre angulaire.

La transmission francophone à ses enfants

Ses enfants, nés au Québec, sont considérés 3e génération. Ils revendiquent leurs racines haïtiennes, ont un engouement pour leur héritage culturel et comprennent bien le Créole.

Natacha est catégorique : tout le monde parle français à la maison, c’est la langue de communication, ce qui est très important pour sa fille et pour son fils.

« Ils parlent avec leurs amis en anglais, mais ils s’en sortent bien pour faire la part des choses. Notre famille est à Québec. Ils arrivent aussi, tout comme moi, à naviguer entre tous ces univers », se réjouit-elle.

« Ils sont plus Franco-Ontariens que moi, arrivés à 4 et à 5 ans, là où ils ont grandi en célébrant le drapeau. Leurs repères sont ici comme les miennes étaient au Québec à leur âge ».

Eux aussi comprennent l’importance de préserver le français. Ils écoutent de la musique en français, lisent des auteurs francophones, « de leur propre chef ».

Un positionnement non négociable, dans les institutions bancaires et autres qui offrent des services en français, toute la famille insiste pour être servie dans sa langue maternelle.

« La francophonie est en train de changer en saveurs et en couleurs. Pourquoi reste-t-on accroché à cette langue? Parce que c’est un aspect identitaire important et d’autant plus ici en Ontario, où la langue a dû être sans cesse défendue, où on s’est battu et ça n’aura pas été pour rien. »

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

La formation rock Règlement 17 fête ses 15 ans

OTTAWA – Depuis 15 ans, Règlement 17 (R17 pour les intimes) ajoute du rock au paysage musical franco-ontarien. La formation prépare un concert spécial, intitulé La Grande révolte, ce samedi 9 novembre à la Maison de la francophonie d’Ottawa. ONFR s’est entretenu avec le guitariste et membre fondateur du groupe, Daniel Sauvé.

L’événement de samedi sera « le plus gros show à petit budget de tous les temps », explique en souriant le musicien, qui s’inspire des grands concerts rock en aréna, mais compose avec la réalité des budgets de la francophonie canadienne.

« Ce sera le summum de ce qu’on fait depuis 15 ans. On a mis la totale sur la production. Ça va fesser dans le dash. »

Pour l’occasion, le groupe maintenant formé Cathy Vallières à la voix, Daniel Sauvé à la guitare, Xavier Bélanger à la basse, Corey MacDonald à la batterie, Mathieu Corrigan au violon et Jean-Nicolas Richardson à la guitare et au clavier sera rejoint sur scène par d’anciens acolytes, comme Patrick Pharand (Les Rats d’Swompe) et Kevin Daoust (Hey, wow).

Au micro d’ONFR, Patrick Pharand raconte que lui et ses amis admiraient Daniel Sauvé, le « rock star franco-ontarien » lorsqu’il était au secondaire. Il a par la suite pu jouer de la basse et du violon dans le groupe de celui qui était devenu un ami. « Malgré mon départ du groupe, je suis un fan fini. »

Règlement 17 en 2021. Photo : Marc-Antoine Joly

Les plus motivés peuvent se procurer des billets pour un événement VIP qui aura lieu avant le spectacle, où les membres du groupe échangeront avec le public, tout en jouant à des jeux vidéo, un loisir apprécié par plusieurs des musiciens.

« C’est quoi l’affaire la plus rock qu’on peut faire un dimanche après-midi, à Ottawa? »
— Daniel Sauvé

« Il y a un buzz dans l’industrie, où l’on veut créer des expériences. (…) La prémisse de base, c’est : c’est quoi l’affaire la plus rock qu’on peut faire un dimanche après-midi, à Ottawa? Et aussi, rock à notre image. »

Chaque personne présente aura droit à un sac de café signature Règlement 17, une collaboration avec le torréfacteur artisanal Café Joyeux de Rockland, que Daniel Sauvé a découvert lors du Festival franco-ontarien, en juin dernier.

Le trio The Great Diversion (Marc-Antoine et Simon Joly avec Patrick Harrison) donnera une performance lors de cet événement VIP.

Daniel Sauvé dit à la blague que Règlement 17 pourrait gagner un Trille Or de longévité, si un tel prix existait. Photo : Maxime Delaquis / ONFR

S’en suivra le spectacle intitulé La grande révolte, où Daniel Sauvé promet que l’énergie, la présence scénique, l’éclairage et les effets visuels seront à leur comble. Le trio de Hawkesbury, Prospect Nelson, assurera la première partie.

Règlement 17 se produira ensuite à la Place des arts de Hearst le 16 novembre, puis à North Bay en avril 2025, lors d’un premier festival de musique heavy dans le Nord de l’Ontario.

15 ans de rock


Dans une scène musicale déjà de niche, celle de l’Ontario francophone, Règlement 17 souhaite « faire tomber les murs des conventions », pour paraphraser la chanson Faire Rébellion.

Le musicien Marc-Antoine Joly, qui côtoie le groupe depuis 2011, témoigne de son importance en Ontario français. « C’est l’incarnation même de la résilience : 15 ans de rock, de cœur et de passion dans une industrie qui, souvent, ne joue pas en faveur de ce style. C’est un collectif qui inspire, qui persévère, et qui prouve que la musique authentique trouve toujours son chemin. »

« Règlement 17 est un modèle de détermination et une véritable source d’inspiration pour ceux qui refusent de renoncer à leurs rêves. »
— Marc-Antoine Joly

Patrick Pharand abonde dans le même sens. « Je trouve ça tellement important qu’un groupe comme Règlement 17 ait continué si longtemps, exprime-t-il. Ça a toujours été plus difficile de caser le groupe dans les programmations de salles et de festivals. Je trouve impressionnant (qu’ils) restes fidèles à eux-mêmes. »

La musique de R17 flirte avec le côté plus percutant et la distorsion, mais aussi avec les mélodies agréables à chanter, un peu plus « grand public. » Daniel Sauvé refuse donc l’étiquette métal qu’on lui attribue parfois, même s’il en emprunte certains codes. « On est seulement un band métal pour les gens qui n’écoutent pas du métal, » image-t-il.

Règlement 17 en 2010. Photo : Jaime Johnson

Néanmoins, R17 offre un son qu’il est aussi important de représenter en français, selon le guitariste, qui se décrit comme « un petit gars de la FESFO » (Fédération de la jeunesse franco-ontarienne).

« Si on essaie d’identifier des modèles accessibles pour la jeunesse franco-ontarienne, ça prend une variété de formes musicales. Les gens n’écoutent pas de la musique parce que c’est en français. Ils écoutent de la musique parce qu’ils aiment ça. Alors, si on n’interpelle pas leurs goûts musicaux, il y a tout un groupe de jeunes et de moins jeunes qui n’auront pas ce sens d’attachement à la communauté à travers la musique et l’art. »

Même s’il a d’abord formé le groupe avec des musiciens québécois, alors qu’il vivait à Montréal, le nom Règlement 17 a rapidement fait l’unanimité.

« On a toujours eu une composante politique, sans nécessairement toujours parler de francophonie. »
— Daniel Sauvé

Le nom est évidemment un clin d’œil à ce pan de l’histoire franco-ontarienne dont ses amis québécois n’avaient aucune idée, mais qui symbolise le combat social et la collaboration entre les deux provinces. Daniel Sauvé dresse le parallèle avec le mouvement de la Résistance, en 2018. Selon lui, il s’agissait de la première fois où les médias québécois s’intéressaient à ce point à une lutte franco-ontarienne depuis… le Règlement 17.

« Pour moi, il y a beaucoup de parallèles, sans qu’on parle nécessairement de langue. On se lève pour se battre contre quelque chose de plus gros que nous. C’est ce qu’on fait dans le band, à notre façon. »

Règlement 17 à l’époque de l’album Contre courant, en 2021. Photo : Dark Moon production

Après quelques années, le guitariste originaire de North Bay s’est réinstallé dans sa province natale. « À l’époque, il y avait vraiment un dynamisme au niveau de la scène musicale à Ottawa. Ça m’a donné envie de revenir. »

L’arrivée de Kevin Daoust, Patrick Pharand et Xavier Bélanger a donné un second souffle à Règlement 17, plus que jamais un groupe franco-ontarien.

Plus récemment, une autre transition, avec l’arrivée de Mathieu Corrigan et Jean-Nicolas Richardson, a permis de réaligner la vision musicale vers l’idéal que Daniel Sauvé avait imaginé il y a 15 ans.

Et ça continue

Règlement 17 devrait offrir quelques nouvelles chansons dans les prochains mois, de façon plus régulière, mais toujours sporadique.

« On est revenus dans l’ère des singles. Et nous, avec notre rythme de création, ça fait un peu notre affaire. On est capables de digérer nos idées musicales un peu mieux quand on n’en a pas douze à faire en même temps. »

Cette nouvelle musique devrait offrir un son « un peu plus orchestral, un peu plus cinématique, disons. Peut-être un peu plus violent. »

Règlement 17 en 2021. Photo : Marc-Antoine Joly

Les doubles standards et la misogynie toujours présente dans l’industrie de la musique font partie des thèmes qui seront abordés. La chanteuse Cathy Vallières, la seule du groupe à faire carrière dans la musique à temps plein, peut témoigner de son expérience personnelle. Il était temps qu’elle dénonce, selon son compatriote.

Si un album complet verra éventuellement le jour, Daniel Sauvé le voit plus comme la gare d’arrivée que comme le point de départ.

Le plus récent album de Règlement 17, Contre courant, est sorti en 2021.

Desjardins n’a presque plus pignon sur rue : quel message pour sa communauté de l’Est ontarien?

EST ONTARIEN – Quatre nouvelles caisses Desjardins en Ontario ferment leurs portes ce mois de novembre, marquant une étape supplémentaire dans la restructuration du groupe coopératif dans la province. Ce phénomène n’est pas inédit : en 2019, 11 caisses Desjardins ontariennes avaient fusionné pour ne former qu’une seule entité. Historiquement ancré dans les communautés rurales et franco-ontariennes, Desjardins s’est toujours distingué par sa proximité avec sa clientèle. Cependant, ces fermetures successives illustrent un retrait progressif de l’institution du paysage financier local, même si sept succursales demeurent présentes.

Dans certains villages franco-ontariens et dans des communautés plus reculées, Desjardins s’éloignerait physiquement de sa clientèle, surtout pour ceux qui en dépendent. On pense notamment aux personnes âgées ou plus vulnérables.

L’expert en éthique et gouvernance de l’Université d’Ottawa, Marc Tassé, estime que le retrait de Desjardins de certaines communautés pourrait entraîner un détachement de ses membres. « Rien que pour les communautés où l’accès à Internet est limité et où les gens ne sont pas toujours à l’aise avec les technologies numériques, le changement ne sera pas positif », pense-t-il.

« Bien que Desjardins cherche à offrir des services adéquats en misant de plus en plus sur le numérique, dans ces régions, cette transition créera une certaine distance entre l’institution et ses clients. »

Avec une population franco-ontarienne vieillissante dans l’Est, le passage au numérique peut être déstabilisant. Retirer une succursale, là où, depuis des décennies, les gens allaient voir leur conseiller, peut instaurer un sentiment de délaissement. Au-delà de cette perception, les aînés sont aussi plus inquiets face aux fraudes. « Beaucoup préfèrent encore se rendre en personne pour s’assurer de parler à un employé fiable, ce qui les rassure davantage que les transactions en ligne », ajoute M. Tassé.

En entrevue avec ONFR, Stéphan Plante, vice-président Ontario, expérience membre et marché des particuliers chez Desjardins, croit que si l’heure est au changement, l’institution ne s’éloigne pas pour autant de sa clientèle.

Ce dernier affirme que l’institution n’a pas attendu pour accompagner sa communauté face aux risques de fraudes : « Je peux vous citer des exemples de notre travail dans certaines communautés et villages. Nous organisons des présentations en direct dans des foyers pour aînés et des formations. On met en place également des séances sur la planification successorale et l’accompagnement des personnes âgées, mais aussi plusieurs sujets essentiels pour garantir leur autonomie financière. »

Le risque d’un sentiment de perte d’appartenance

M. Plante insiste sur le fait que l’engagement communautaire reste inchangé. « Je peux vous assurer que notre implication ne faiblira pas. Nous restons présents et engagés envers toutes nos communautés dans l’Est ontarien. »

Historiquement, Desjardins joue un rôle essentiel dans le soutien de projets locaux, au-delà des services bancaires, mais au cœur d’événements culturels franco-ontariens, comme le concours LOL-Mort de rire à Cornwall ou encore dans des activités communautaires et en partenariat avec des organismes tels que les associations canadiennes-françaises de l’Ontario (ACFO) et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

« Au fil des ans, nous avons prouvé cet engagement en finançant divers projets, comme l’aréna de Saint-Isidore et la revitalisation des bandes de la patinoire de St-Albert. »

Stéphan Plante, vice-président Ontario, Expérience membre et Marché des particuliers chez Desjardins Ontario. Photo : Caisse Desjardins Ontario

Il n’y a aucun doute pour M. Plante, bien que la présence physique du groupe financier ait évolué, Desjardins Ontario reste actif pour accompagner les communautés et jouer un rôle socio-économique.

Mais M. Tassé, lui, croit l’inverse. Pour l’expert en finance, cette situation risque de créer un sentiment de perte d’appartenance. « Les gens pourraient se dire que ce qui faisait la force de Desjardins, c’est cette proximité avec la communauté franco-ontarienne. »

D’après le professeur, si tout passe au numérique, certains membres pourraient se tourner vers d’autres institutions financières. La fidélité des clients pourrait être mise à mal, et Desjardins pourrait redoubler d’efforts pour expliquer ses choix et offrir des alternatives.

Bien que le virage technologique soit inévitable, une approche plus graduelle et inclusive serait essentielle, selon M. Tassé, pour éviter que cette décision ne soit perçue comme purement mercantile.

De son côté, M. Plante le réaffirme : « On ne s’éloigne pas de nos clients. » D’ailleurs, il estime que le message envoyé à la communauté démontre que depuis les dernières années, « les habitudes transactionnelles et les préférences des membres évoluent. »

Ce sont l’ensemble de l’industrie qui vivrait ces changements. Chez Desjardins, 96 % des transactions sont faites en ligne, soutient-il. « Quand on regarde cette transformation, on se doit d’évoluer et d’accompagner nos membres de façon personnalisée. »

Sept centres de services restants

La fermeture de plusieurs succursales dans l’Est ontarien est liée à l’achalandage, martèle M. Plante.

Avec raison, la population pourrait s’inquiéter de voir d’autres fermetures. À travers le pays, le Mouvement Desjardins a déjà amorcé une réduction de son offre de service et de ses guichets automatiques.

Alors évidemment, pour l’expert en éthique et gouvernance, « le message que les gens risquent de percevoir est que Desjardins cherche avant tout à optimiser ses opérations. Pourtant, en tant qu’institution à responsabilité sociale, elle a un devoir envers ses communautés. Le défi pour Desjardins sera de montrer que ces décisions sont éthiques. »

Il ajoute : « Les membres pourraient se demander si cette décision a été prise avec une analyse coûts-bénéfices uniquement, ou bien avec une considération pour la dimension sociale. »

Conférencier primé à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa et au programme de MBA pour cadres de l’École de gestion Telfer, Marc Tassé possède une expertise en éthique et gouvernance, en finance et en comptabilité. Sa compréhension du monde bancaire l’a amené à enquêter sur des cas de corruption et de fraude à travers le monde. Photo : Gracieuseté de Marc Tassé

M. Tassé considère que la banque de demain devrait équilibrer les gains en efficacité apportés par la numérisation avec les besoins réels de tous ses clients. À ce titre, Stéphan Plante considère que, malgré les grandes tendances de l’industrie bancaire, « il est crucial de conserver des succursales stratégiquement situées et il est vital que ce soit une expérience positive. »

À savoir si en Ontario d’autres succursales pourront fermer, rien n’est gravé dans le marbre, clarifie Stéphan Plante : « Nous avons d’abord concentré nos efforts sur l’Est ontarien, mais je suis très confiant avec les sept centres de services restants, qui sont stratégiquement répartis dans la région. »

Quant aux autres régions de la province, des décisions liées à une transformation et à une optimisation des services ne sont pas exclues.

Imad Belarbi ou le parcours inspirant d’un Algérois à Hearst

HEARST – Quelques années après son arrivée à Hearst, Imad Belarbi est déjà bien implanté dans la bourgade de 5000 habitants. Installé comme étudiant peu avant la pandémie, celui qui se présente comme le doyen des Algériens de Hearst est désormais père de famille et employé dans une importante usine de la ville.

Imad Belarbi le savait depuis longtemps : il voulait quitter l’Algérie. Et la première solution qui s’offrait à lui était d’immigrer en tant qu’étudiant. Hésitant entre la Bulgarie et le Canada, celui-ci décidera finalement d’opter pour la seconde destination, jugeant que ses opportunités de revenus y seraient plus importantes.

Quant au lieu précis de son établissement, Imad Belarbi choisit l’Université de Hearst, séduit par ses frais de scolarité plus abordables et sa programmation en bloc de cours mettant l’accent sur la débrouillardise des étudiants.

Après avoir étudié deux ans en mathématiques et informatique dans son Algérie natale, celui-ci décide de recommencer à zéro avec un baccalauréat en gestion à Hearst.

« Ça me paraissait plus facile de m’adapter dans une petite ville et de connaître la culture locale que dans une grande ville où j’aurais plus de chance d’y rencontrer des gens de mon pays par exemple », ajoute-t-il.

Le couple Belarbi profite pleinement des activités permises par la vie dans le Nord. Gracieuseté

Pandémie et solitude

Arrivé fin 2019, Imad Belarbi souhaitait préparer le terrain : trouver un logement, chercher du travail parallèlement à ses études, s’imprégner de la culture locale… Un choix qui s’est avéré plus que judicieux puisque, peu après la rentrée en janvier 2020, la pandémie paralysera les déplacements.

« À quelques mois près, j’aurais pu ne pas venir. Le destin fait bien les choses », lâche-t-il. Quelque temps après sa venue, celui-ci est submergé par un sentiment de solitude et peine à trouver du travail.

Il décide alors de se rendre temporairement à Montréal, tout en continuant de suivre les cours de Hearst en ligne.

« Ici, il n’y a pas beaucoup de monde, donc c’est compliqué pour moi qui vient de la capitale de l’Algérie et qui n’ai pas l’habitude des petites villes. »

Néanmoins, Imad Belarbi se réjouit d’avoir pu échapper à la pandémie : « J’ai évité Montréal pendant la pandémie et j’ai évité Hearst pendant la pandémie, donc j’ai vraiment été chanceux. »

Alors qu’il avait commencé son parcours universitaire en tant que célibataire, c’est avec un nourrisson qu’il se rend à sa cérémonie de collation des grades en 2023. Gracieuseté

Dernier bébé né à Hearst

En 2022, Imad Belarbi se rend en Algérie pour épouser sa compagne de longue date qui finira par le rejoindre peu de temps après avec un permis de travail ouvert.

La naissance de sa fille en mai 2023 n’a pas été sans défi, au moment où les services d’obstétrique connaissent une crise importante dans le Nord.

« Ma femme a accouché après 31 heures de travail et on nous a envoyés à Kapuskasing qui est à 100 kilomètres avant de nous renvoyer à Hearst », se rappelle le jeune papa.

Le couple Belarbi soulagé après la naissance de leur petite fille. Gracieuseté

Ironiquement, il s’agit du dernier bébé pris en charge par le départ à la retraite, en juin 2023, du Dr Richard Claveau, dernier médecin de famille et obstétricien de Hearst.

« Je dirais qu’on a eu de la chance, mais pas à 100 % », estime M. Belarbi, qui juge que le système de santé est un gros aspect négatif de la vie à Hearst. Par ailleurs, le couple n’a, à ce jour, toujours pas trouvé de place en garderie pour leur fille.

Ajoutez à cela la difficulté de trouver un appartement en pleine pénurie de logements : « Après avoir eu ma fille, on vivait dans un petit appartement et on a mis sept-huit mois avant de mettre la main sur quelque chose de convenable. »

Être musulman à Hearst

Un autre enjeu de la vie en région pour les communautés racisées est le manque, parfois, de lieux de culte ou de produits exotiques.

Imad Belarbi regrette que Hearst ne compte toujours pas de mosquée malgré une augmentation constante de nouveaux arrivants musulmans ces dernières années, notamment à l’Université.

Toutefois, celui-ci a décidé de prendre les choses en main et tenter de faire évoluer les choses, à son échelle alors qu’il travaillait, avec son épouse, à l’épicerie locale.

Imad Belarbi s’est arrangé avec des amis pour acheter un bateau avec lesquels il fait des sorties sur le lac en été. Gracieuseté

« On demandait souvent s’il y avait des chances d’avoir de la viande halal et ils ont pris ça en compte à travers le temps. À tel point que c’est maintenant très souvent disponible dans les rayons. »

La philosophie d’Imad Belarbi reste, néanmoins, ancrée sur l’idée de respecter la culture du pays hôte : « Dès le départ, j’étais arrivé avec l’idée que je suis un étranger et que je resterai un étranger malgré tout. Ce n’était pas aux autres de s’adapter à ma culture ou à ma façon de penser. »

Un sacrifice personnel

Son intégration, il la doit aussi à son emploi à temps plein obtenu à la fin de ses études dans une usine de contreplaqué notable de la ville, Columbia Forest Production, où il côtoie principalement des personnes originaires de Hearst.

Son travail, c’est aussi la raison pour laquelle il a choisi de demeurer à Hearst, malgré l’isolement : « C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’activités ici, tout le monde s’ennuie, à part les gens d’ici qui ont leur propre intérêt dans cette ville, mais personnellement, je m’accroche à mon objectif de faire une grande carrière ici. »

Et d’ajouter : « C’est un sacrifice par lequel je suis obligé de passer, mais je sais que ça finira par s’arranger. »

Les Belarbi aiment passer le plus clair de leur temps libre avec des amis originaires du Maghreb. Gracieuseté

Très vite, Imad Belarbi a pu goûter à la joie de l’ascension professionnelle en accédant au rôle de superviseur et a récemment fait une demande pour obtenir la résidence permanente via le Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord.

« J’ai aussi l’opportunité de viser plus haut et je ne veux pas m’éloigner de Hearst pour l’instant », finit-il.

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

Soccer : le bilan de la saison des Franco-Ontariens de l’Atlético Ottawa

OTTAWA – Éliminé en demi-finale de Première ligue canadienne (PLC), l’Atlético Ottawa tenait ce mardi sa conférence de presse de fin de saison. L’occasion pour les joueurs franco-ontariens de l’équipe, Matteo de Brienne et Tyr Walker, de faire le bilan.

Créée il y a maintenant six ans, la PLC a notamment pour vocation de permettre le développement des jeunes joueurs canadiens de soccer qui n’ont pas eu l’opportunité de percer dans les clubs de MLS, le niveau supérieur au Canada.

Malgré une saison 2024 où l’Atlético Ottawa avait comme objectif de remporter le premier titre de son histoire avec un recrutement de joueurs expérimentés comme Amer Didic, Manny Aparicio ou encore Aboubacar Sissoko, cela n’a pas empêché le club ottavien de donner sa chance aux jeunes talents locaux.

En effet, Matteo De Brienne, recruté en provenance de Winnipeg après son titre de meilleur jeune espoir de la saison dernière, et Tyr Walker, jeune joueur de l’Université Carleton, ont tous deux eu un temps de jeu conséquent et se sont imposés comme des titulaires indiscutables à leur poste.

De Brienne a réalisé un rêve

Si collectivement, la saison ne s’est pas terminée comme ils l’auraient souhaité avec une élimination contre le Forge FC d’Hamilton en demi-finale (1-0), Matteo De Brienne, né à Ottawa et qui a grandi du côté de Barrhaven, a tout de même savouré ce retour à la maison.

« J’avais un rêve de jouer chez moi, devant ma famille et mes amis, a-t-il confié en conférence de presse. J’avais l’opportunité cette année de le faire. Je voulais vraiment gagner un trophée avec Ottawa. On n’a pas été capables de le faire, mais c’était quand même un moment incroyable pour moi dans ma carrière professionnelle d’être ici. »

Matteo de Brienne admet avoir eu un rôle plus défensif avec l’Atlético cette saison et un apport offensif en dessous de ses attentes. Photo : Matt Zambonin/Freestyle Photography

Le jeune Ottavien a réalisé une saison complète avec un total de 28 matchs disputés dans la ligue, dont 27 en tant que titulaire, et a largement dépassé la barre des 2000 minutes jouées (2385).

« Mon focus cette année, c’était d’aider l’équipe de la meilleure manière que je pouvais. J’ai trouvé qu’il y avait des matchs où c’était difficile pour moi, mais au final, j’ai fait tout mon possible. Il y a eu beaucoup de pression sur moi, comme je m’y attendais, parce qu’ils connaissaient mes qualités et mes capacités aussi bien que moi. »

Petit bémol : l’apport offensif du latéral gauche avec l’Atlético Ottawa a été moins prolifique que la saison dernière avec une seule passe décisive et aucun but marqué (contre 3 buts et 3 passes avec Winnipeg l’an dernier).

« Cette année, je pense que mon rôle s’est transformé en un rôle défensif, a-t-il expliqué, plutôt qu’un rôle d’attaquant qui contribue à marquer des buts comme l’année dernière à Winnipeg. Mais je trouve que c’était une bonne saison même si ça m’a pris un peu de temps pour m’intégrer dans la nouvelle équipe. »

L’Ottavien ne sait pas encore s’il sera resigné la saison prochaine, même si les rumeurs tendent dans ce sens-là. Peu importe son avenir, l’objectif de Matteo De Brienne, qui n’a aujourd’hui que 22 ans, est de continuer sa progression.

« Je n’ai pas réussi à accomplir grand-chose cette année en termes de trophées. Mais en termes d’accomplissement individuel, je pense que mon objectif principal cette année, c’était de continuer à me développer comme l’année dernière. En termes de maturité et de jeu sur le terrain, je pense qu’il y a eu beaucoup d’aspects où j’ai appris. Je pense que c’était une chose très positive cette année. »

« Mais le mieux, c’est qu’il y a toujours des choses différentes que je peux améliorer. Je pense que je n’ai pas encore atteint mon potentiel. Donc, en me projetant sur l’année prochaine, où que ce soit, ici à Ottawa ou ailleurs, je vais vraiment me concentrer dessus pour faire de moi un joueur complet. »

Tyr Walker en éclaireur

Alors que De Brienne était tout de même arrivé dans l’équipe avec une étiquette de joueur qui avait déjà fait ses preuves en PLC, Tyr Walker a lui dû gravir les échelons de joueur de banc jusqu’à titulaire indiscutable.

Favorisé par la règle qui impose aux équipes 2000 minutes de temps de jeu pour les joueurs de moins de 21 ans, le natif de Russell a su tirer son épingle du jeu jusqu’à prendre définitivement la place de Luke Singh au sein de la défense centrale d’une formation qui joue les premiers rôles, à tout juste 21 ans.

Tyr Walker a été titulaire en défense lors des deux matchs de phase finale contre York United FC puis Forge FC. Photo : Matt Zambonin/Freestyle Photography

« C’est un sentiment incroyable, a confié Walker. J’ai beaucoup de fierté. On a tellement de bons joueurs de qui on peut apprendre tous les jours. Des joueurs comme Manu Aparicio, Nate (Ingham), Max (Tissot). Sur mon poste aussi, avoir Amer Didic, l’un des meilleurs défenseurs de la ligue, et Luke Singh comme modèles pour apprendre, c’était formidable. »

« Cela a pris du temps pour gagner la confiance pour devenir titulaire, mais au fil de la saison j’ai réalisé que j’avais cette opportunité. »

Une opportunité qu’il a saisie à merveille avec un total de 18 matchs dont 16 en tant que titulaire, et surtout une présence dans le onze partant lors des phases finales, moment où les impositions de minutes de joueurs de moins de 21 ans n’étaient plus en vigueur.

Premier joueur issu du circuit local à se faire une place dans l’équipe professionnelle de la ville, Tyr Walker est fier de montrer la voie aux jeunes joueurs de la région.

« Je suis heureux qu’il y ait un chemin pour nous. Je suis l’un des premiers à le faire et je pense que j’ai fait un long parcours dans mon travail pour aider la prochaine génération à avoir ce même parcours; ils peuvent maintenant voir qu’il y a une chance de jouer au niveau supérieur à Ottawa. »

Et s’il devait donner des conseils?

« Travaille fort, sois patient, et quand l’opportunité viendra, sois prêt et saisis-la. »

Immigration francophone : « Du je-m’en-foutisme » de certaines provinces, déplore Miller

OTTAWA — Alors que le fédéral veut augmenter dans les prochaines années le nombre d’immigrants francophones, le ministre de l’Immigration Marc Miller se préoccupe « du je-m’en-foutisme de certaines provinces », dont l’Ontario, dans le dossier.

Le fédéral a récemment annoncé qu’il haussait ses objectifs en matière d’immigration francophone hors du Québec. Ottawa espère atteindre un taux de 10 % de nouveaux arrivants francophones hors du Québec en 2027, dans un but de favoriser le rétablissement du poids démographique francophone au pays, comme l’exige la Loi sur les langues officielles.

« Dans les meilleures provinces, il y a non seulement la compréhension, mais des fonds qui suivent, mais entre les deux, une méconnaissance totale, du je-m’en-foutisme. Il y a des provinces qui comprennent, mais qui n’ont pas nécessairement des fonds qui sont affectés », a-t-il soulevé lundi soir devant le Comité sénatorial des langues officielles.

Ottawa a augmenté en aôut le nombre de communautés francophones au pays désignées pour l’accueil de nouveaux arrivants. L’augmentation du volume dans ces petites communautés signifie le besoin d’un meilleur appui des provinces dans le domaine de la santé, l’éducation, du logement et de l’emploi, plaide le ministre.

« Ça me préoccupe beaucoup dans le besoin d’assurer d’une bonne intégration », ne cache pas Marc Miller.

« Ce sont des gens qui ont besoin de maisons, de services en français, d’éducation en français et des services de langue. Quand ils sont unilingues, ce n’est pas tout le monde qui peut passer toute sa vie en français dans ces petites communautés. »

« Sinon ce pôle d’attraction se perd et les gens se perdent dans les communautés et vont se diriger vers Montréal et Toronto, et c’est une question de deux générations avant qu’ils soient assimilés », craint le ministre de l’Immigration.

S’il salue le travail du Manitoba avec le premier ministre Wab Kinew et se dit encouragé par la récente élection de Susan Holt au Nouveau-Brunswick, Marc Miller affirme que la situation « dépend de la mouture politique de la province en question ».

« Je dirais que le travail est partiel surtout avec la façon de collaborer avec la province. Ça dépend de la province en question. C’est le cas autant pour l’Ontario que la Nouvelle-Écosse », donne-t-il en exemple.

« Le fédéral ne peut pas tout faire, poursuit-il. S’il y a une critique à nous faire comme gouvernement, c’est de tout faire nous-mêmes et ça a eu des résultats parfois mitigés, c’est le cas ici. Il faut que les provinces assument leurs responsabilités. »

Étudiants étrangers : « L’Ontario était assis sur son steak »

Concernant les étudiants étrangers en Ontario, le ministre a vivement critiqué le gouvernement Ford qui s’est « traîné les pattes » face à la situation de l’explosion de leur nombre et de la fraude.

« Je pense que, très honnêtement, l’Ontario était vraiment assis sur son steak en bon français et s’attendait à ce que personne ne fasse quoi que ce soit », a-t-il imagé.

En septembre, le fédéral a encore annoncé qu’il allait réduire le nombre d’étudiants étrangers de 10 % en 2025 et 2026. Cette décision a été vivement critiquée par les établissements francophones postsecondaires qui la considèrent comme contradictoire avec l’objet de la politique en immigration francophone fédérale qui vise à augmenter le nombre d’étudiants francophones.

« La modernisation de la Loi sur les langues officielles ne donnait pas nécessairement un passe-droit aux institutions francophones d’aller se payer n’importe qui, n’importe comment avec les vannes ouvertes simplement par prétexte qu’ils ont à cœur le fait français. Je les crois sur parole et je crois en la bonne foi (…) mais il fallait agir pour limiter le volume », rétorque à cet argument Marc Miller.

Nicolas Sefrani nourrit de grandes ambitions à l’aube de son parcours d’immigrant

TORONTO – Arrivé de Genève sur les rives du Lac Ontario à tout juste 22 ans, dans le cadre d’un tour du monde, Nicolas Sefrani n’en est finalement pas reparti. Le Canada, il le voit comme un pays qui lui donne sa chance tout comme sa Suisse natale à sa famille avant lui, réfugiée après une catastrophe naturelle en Afrique du Nord. Son diplôme universitaire bientôt en poche, il a déjà de grands projets communautaires pour sa ville d’accueil.  

D’origine marocaine séfarade, il nait et grandit dans la capitale financière de la Suisse, Genève, où sa famille a trouvé refuge après le tremblement de terre d’Agadir en 1960, causant la mort de près de 12 000 personnes.

Une intégration très positive pour les siens, pour qui s’est rapidement imposé l’évidence de rester et de rendre au pays qui leur a donné la chance de s’établir, de travailler et de voter.

Un sentiment qu’il ressent à son tour depuis son arrivée au Canada en 2022.

Guidé par son goût effréné de voyages et d’aventures, il décide initialement d’entamer un tour du monde avec un premier arrêt au pays de la feuille d’érable.

« Je pensais qu’il y faisait un froid polaire toute l’année, raconte Nicolas, pour qui il ne s’agissait que d’une étape. Mais arrivé ici, l’ambiance électrique de Toronto m’a emporté, je m’y suis senti bien, presque comme à la maison. »

Nicolas Sefrani dans le quartier de la Distillerie, lors de son premier hiver à Toronto. Photo : Gracieuseté

N’ayant pas de diplôme universitaire, il se lance et décide de s’inscrire dans le Baccalauréat spécialisé en pluralité humaine à l’Université de l’Ontario français, animé par son intérêt pour la politique et les sciences sociales.

Achevant actuellement sa troisième et avant-dernière année d’études, il est aussi employé de banque à temps partiel. Rapidement, il prend également la tête de l’association étudiante de l’UOF et entame les protocoles avec l’administration universitaire pour obtenir le statut légal de l’association.

Une soif de découverte toujours présente

S’il comptait explorer l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Océanie et l’Afrique, cette installation précoce n’a pas entamé ses penchants de baroudeur.

« Depuis mon arrivée ici, j’ai visité le Pérou et la Colombie. J’avais déjà fait le tour des pays du Moyen-Orient à l’histoire et à la culture riches, des pays européens. J’ai exploré la Thaïlande, la Malaisie, ou encore les Philippines. »

Pour Nicolas, voyager est le moyen d’observer et de comprendre les contours de la culture locale, une approche pour laquelle il considère nécessaire de vaincre sa peur de l’inconnu pour sortir de sentiers battus.

« Oser aller à la rencontre des locaux, leur parler et goûter à la cuisine locale. Avoir un regard ouvert et sortir de nos idées préconçues. Faire du tourisme ne m’intéresse pas autant que de m’imprégner des lieux et de leurs habitants. »

Toujours aux prémices de son parcours d’immigration, Nicolas souhaite y aller étape par étape pour bâtir une vision à long terme éclairée. Entamer un master ou entrer dans le monde du travail, il n’écarte pour l’heure aucune option.

Ce qu’il sait, c’est qu’il souhaite continuer à prospérer et à évoluer au Canada.

Un projet d’avenir

Nicolas Sefrani lors de l’assemblée générale de l’association étudiante de l’UOF en sa qualité de président de l’association. Photo : Gracieuseté

Trilingue en français, anglais et allemand, il comprend l’arabe et parle un peu l’hébreu. Celui-ci raconte qu’en Suisse, l’intégration des langues est systémique de l’école à l’université et fait partie de la culture, bien que le découpage régional en divise l’usage.

« Une particularité que j’apprécie au Canada : même s’il y a le Québec francophone et le Nouveau-Brunswick bilingue, il y a des communautés francophones partout. Chez moi, il n’y a pas de communautés italophones ou germanophones dans chaque canton par exemple, c’est plus segmenté. »

« C’est une opportunité canadienne que chacun puisse connaitre la culture de l’autre au sein de la même province, sans avoir à en sortir. »

Nous confiant qu’une des difficultés rencontrées a été de se reconstituer une vie sociale en repartant à zéro, il partage ses idées de projets dans le social et le communautaire pour les nouveaux arrivants.  

« Toronto est la ville la plus diversifiée et multiculturelle au monde. Tout le monde ne parle d’ailleurs pas l’une ou l’autre des langues officielles et une de mes aspirations serait que chacun se sente accueilli et à l’aise », explique celui-ci. 

Son envie, tisser des réseaux d’intégration systémiques mettant les communautés isolées en lien les unes avec les autres : « pour favoriser la découverte des lieux, de la culture et des langues sur place. D’un côté, mettre en relation les communautés et, de l’autre, favoriser leur intégration ».

Notamment en renseignant et en mettant en avant les compétences linguistiques multiples d’établissements, d’organismes, de centres référents friendly à travers la ville qui peuvent aider les nouveaux arrivants et les faire se sentir à la maison.

Un projet de passerelles multiculturelles sur lequel il compte bien se pencher, à l’échelle de la ville, de la province, voire un jour, pourquoi pas, à l’échelle du pays.

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

L’élection américaine scrutée depuis l’Ontario où l’acier tente de « préserver ses acquis »

François Desmarais est vice-président Commerce et Affaires industrielles au sein de l’Association canadienne des producteurs de l’acier, à Ottawa.

Près de 244 millions d’Américains sont appelés aux urnes ce mardi pour choisir leur 47e président, dans une course serrée qui oppose la démocrate Kamala Harris et au républicain Donald Trump.

Vu de l’Ontario, une partie de l’avenir de l’acier ontarien se joue dans ce scrutin puisque le successeur de Joe Biden sera à la manœuvre lors des prochaines négociations du traité de libre-échange nord-américain en 2026.

« Pourquoi scrutez-vous avec autant d’intérêt cette élection de l’autre côté de la frontière?

Le partenariat économique et commercial entre le Canada et les États-Unis est extrêmement important pour le secteur de l’acier. En effet, 50 % de la production canadienne est acheminée aux États-Unis et 45 % de nos importations proviennent des États-Unis. Et au Canada, 75 % de l’acier est produit en Ontario (principalement à Sault Ste. Marie et Hamilton) et concernent 17 000 emplois. C’est dire qu’il y a beaucoup d’échanges et que l’Ontario est en première ligne.

Ça représente un peu plus de 8 milliards de dollars américains de revenu pour le Canada. Donc tout ce qui peut avoir une incidence sur la direction des politiques commerciales des États-Unis va nous préoccuper grandement, et ce, à plus forte raison au moment d’une élection présidentielle, car le président a une énorme latitude dans l’établissement de cette politique.

Qui de Donald Trump ou Kamala Harris serait l’interlocuteur le moins pire pour préserver les intérêts de la filière et les emplois en Ontario?

Le président Trump a mis sur la table plusieurs propositions qui auraient un impact pour nous, de la même manière que la vice-présidente Harris a régulièrement souligné les politiques commerciales qui pourraient être questionnantes pour le Canada. Leurs deux partis, tant les démocrates que les républicains, ont une tendance très protectionniste qui s’est accentuée dans les dix dernières années.

Malgré ce retour au protectionnisme, le Canada est quand même dans une meilleure position qu’en 2018 au moment de l’imposition de tarifs douaniers par Trump. De bonnes politiques en cours de développement pourraient convaincre les Américains que nous sommes un partenaire économique fiable, ce qui permettrait d’éviter un nouveau drame comme en 2018, voire entrer dans un environnement plus sain en vue de la révision de l’accord nord-américain.

À quoi ressemblerait un mauvais accord de libre-échange?

Dans notre mémoire issu des consultations fédérales remis hier, nous suggérons au gouvernement canadien de préserver nos acquis en améliorant continuellement nos politiques commerciales et nos systèmes anti-contournement, en les alignant sur ceux des Américains, pour être en position d’engager des négociations sur certains périmètres, par exemple, sur la teneur carbone qu’on laisse rentrer en Amérique du Nord.

En quoi l’acier canadien est-il plus fiable?

On a mis en place un mécanisme de vérification des stocks d’acier qui rentrent au pays qui obligera les importateurs, à partir de mars prochain, à déclarer où l’acier a été coulé pour la première fois. On a aussi créé une unité de surveillance des marchés dédiés et imposé des tarifs sur l’acier chinois. Tout ça est très bien vu par Washington qui constate qu’on aligne nos outils et politiques.

En termes de production et de vente d’acier, les États-Unis n’ont-ils pas justement plus à craindre des Chinois que des Canadiens?

Les Chinois ont la moitié de la capacité de production d’acier et la moitié de la production d’acier. Ils produisent plus que la demande existante. Avec leurs surplus, ils vendent sous le prix de production. Ce dumping a anéanti certaines industries nationales de l’acier, ce qui préoccupent États-Unis et Canada. 60 % de toutes nos mesures antidumping au Canada, tous secteurs confondus, sont vis-à-vis de la Chine. Dans ces 60 %, 70 % concernent l’acier. »

Le dernier service d’obstétrique entre Thunder Bay et Timmins menacé de fermeture

KAPUSKASING – L’hôpital Sensenbrenner de Kapuskasing lance un appel au gouvernement ontarien afin de demander un soutien financier immédiat pour éviter des fermetures intermittentes de son programme d’obstétrique couvrant un territoire de 800 km dans le nord ontarien.

« Depuis la fermeture du programme obstétrique à Hearst en 2023, Sensenbrenner a dû faire face à des demandes accrues sur ses ressources limitées en obstétrique, ce qui a entraîné des risques graves pour les femmes enceintes et les nouveau-nés dans le nord de l’Ontario », peut-on lire dans une déclaration de l’hôpital parue en fin d’après-midi vendredi.

On apprend également que depuis le départ à la retraite, en juin 2023, du Dr Richard Claveau, dernier médecin de famille et obstétricien à Hearst, sept femmes ont dû accoucher dans des conditions dangereuses comme dans des taxis, dans des ambulances et même dans les toilettes d’une salle d’urgence.

Présentement, l’hôpital Sensenbrenner ne compte aucun gynécologue-obstétricien, mais trois médecins généralistes ayant reçu une formation spécialisée en obstétrique. L’un d’entre eux a soumis sa démission pour le début du mois de décembre. Ces derniers ne travaillent pas à temps plein.

L’hôpital a besoin de fonds urgents du gouvernement sous peine de devoir interrompre ses services d’obstétrique : « Si cela ne se produit pas, à partir du 1er décembre, il y aura des périodes – ça pourrait être un jour ici ou là, une fin de semaine ou même une semaine à la fois – où il n’y aura personne dans toute cette région de 800 kilomètres qui est disponible pour faire naître un bébé », prévient Jessica Kwapis, chirurgienne et chef d’équipe des médecins à l’hôpital Sensenbrenner.

Deux demandes au ministère de la Santé

Les modèles actuels de financement des suppléances en obstétrique et gynécologie ne s’étendant pas aux généralistes-obstétriciens, l’hôpital se retrouve devant un enjeu de taille pour payer des médecins qui viendraient en appui à l’établissement.

L’hôpital de Kapuskasing a soumis deux demandes au ministère de la Santé, le premier est l’approbation accélérée de la proposition de plan de paiement alternatif (PPA) pour les omnipraticiens.

En bref, cette proposition vise à établir un modèle de paiement similaire à celui utilisé pour l’anesthésie générale dans le nord de l’Ontario, lequel a permis de stabiliser les services d’anesthésie générale dans plusieurs communautés.

Jessica Kwapis s’inquiète pour les femmes enceintes de la région. Source : Hôpital Sensenbrennerr

La seconde proposition vise à accorder un financement provisoire pour la couverture d’omnipraticiens de 400 000 $ sur deux ans en attendant l’approbation du PPA afin de maintenir les services d’obstétrique.

« Idéalement le recrutement d’un ou deux médecins généralistes-obstétriciens supplémentaires au sein de l’équipe permettrait d’assurer une couverture obstétricale plus durable dans la région, mais une suppléance immédiate est essentielle pour combler les lacunes actuelles en matière de services », estime l’établissement.

Mme Kwapis ajoute que certains parents ont revu leur choix d’avoir des enfants en raison de la situation dans le Nord et que ces propositions peuvent servir de modèle pour des hôpitaux confrontés à des défis similaires en Ontario.

Urgence d’agir maintenant

« Le ministère de la Santé a pris connaissance de la demande de Kapuskasing et de Hearst. Comme il s’agit d’une toute nouvelle proposition, il faut l’examiner et travailler en collaboration avec l’Association médicale de l’Ontario pour analyser la demande », a indiqué dans un courriel à ONFR, Hannah Jensen, porte-parole de la ministre de la Santé, Sylvia Jones.

« Est-ce que la ministre attend le décès d’une femme enceinte ou d’un enfant avant d’agir? »
— France Gélinas

Et d’ajouter : « Depuis 2018, nous avons ajouté 80 000 nouveaux infirmiers et 12 500 nouveaux médecins à notre effectif de soins de santé, ce qui comprend une augmentation du nombre de spécialistes en obstétrique et gynécologie (OBGYN) en Ontario, qui a augmenté de 6,3 % (de 2018 à 2021), et nous ne nous arrêtons pas là. »

De son côté, Jessica Kwapis juge que bien que les perspectives d’avenir sont possiblement réjouissantes avec les programmes de l’École de Médecine du Nord de l’Ontario, il ne faut pas attendre que les étudiants graduent.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre des années pour le processus d’approbation, des fonds de transition immédiats et une évaluation accélérée de notre proposition sont essentiels pour que ces services vitaux restent disponibles dans notre communauté. »

« Est-ce que la ministre attend le décès d’une femme enceinte ou d’un enfant avant d’agir? » se demande France Gélinas, porte-parole officielle de l’opposition en matière de santé avant d’ajouter que « ça ne la dérange pas du tout de demander à une femme enceinte de voyager 700 kilomètres pour accoucher, ça n’a pas de bon sens. »

« On a des solutions sur la table en ce moment mais la ministre de la Santé ne veut même pas admettre qu’il y a une crise dans le Nord », continue la députée néodémocrate qui estime que cette situation serait vue comme inacceptable dans le sud de la province.

L’hôpital Sensenbrenner conseille, par ailleurs, aux femmes enceintes qui vivent dans la région de Hearst de déménager à partir de 38 semaines de grossesse pour assurer leur sécurité et celle du bébé, à fortiori à l’approche des conditions hivernales.

De la France au Mexique vers le Canada : la success story d’Adriana Nava Tornar à Sioux Lookout

SIOUX LOOKOUT – Qui aurait cru qu’une Italienne d’origine ayant grandi en France, émigré au Mexique finirait par trouver son chez-soi dans une petite commune isolée du Nord-Ouest ontarien? Alors que débute la Semaine nationale de l’immigration francophone, on vous fait découvrir le parcours inspirant d’Adriana Nava Tornar, rare Française de Sioux Lookout, qui y a trouvé des opportunités et son cocon.

À la base, le choix de s’établir au Canada était stratégique : « On voulait une immersion complète pour nos filles afin qu’elle puisse maîtriser parfaitement l’anglais ».

Avant d’arriver en sol canadien, au printemps 2023, la famille a vécu sept ans en France, puis huit autres au Mexique durant lesquels les trois jeunes enfants du couple ont pu apprendre et parler le français puis l’espagnol.

Pour Mme Nava Tornar comme pour son époux, originaire du Mexique, « la prochaine étape était de passer à l’anglais parce qu’on voulait aussi que nos filles connaissent une autre culture et qu’elles aient plus d’outils pour leur futur. »

Adriana Nava Tornar avec son époux et ses enfants devant Chichen-Itzà, au Mexique. Gracieuseté

Après un contact avec l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO) et une demande acceptée rapidement par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Adriana Nava Tornar a pu rapidement obtenir un permis de travail fermé pour elle et ouvert pour son époux, tandis que ses filles bénéficient d’une exemption pour étudier sans visa grâce à des accords avec la France.

La sécurité d’une petite ville

Mais alors, qu’est-ce qui a porté le choix de cette jeune famille à s’installer à Sioux Lookout plutôt qu’une autre ville potentiellement moins isolée?

« On voulait une petite localité, loin du danger qu’on peut trouver dans ces grandes villes, où nos filles (de 7, 10 et 16 ans) peuvent sortir en toute sécurité », répond-elle, soucieuse d’échapper aux risques inhérents à la vie parisienne et mexicaine.

Prenant les choses au sérieux, la mère de famille avait aussi contacté la municipalité afin de vérifier les statistiques autour de la violence dans la ville. « Je crois que, pendant 70 ans, il n’y a jamais eu aucun accident envers un enfant, à moins que ce soit dans le cercle familial, et il y a énormément de policiers ici. »

Les Nava Tornar se sont découvert une passion pour le plein air à Sioux Lookout. Gracieuseté

L’éternelle quête de logement

Le seul obstacle que la mère de famille née en Italie a rencontré est la pénurie de logements qui affecte le Nord ontarien. Si celle-ci a pu, néanmoins, bénéficier de l’aide de son employeur qui lui a fourni une chambre à son arrivée, trouver un logement pour sa famille, qui arrivera trois mois après elle, était une autre paire de manches.

« Pour la première fois de notre vie, on a senti la crise du logement. Pourtant, on a vécu dans plusieurs villes et pays, mais c’était extrêmement difficile de trouver un logement, même en ayant des références et des connaissances. » Après avoir loué un sous-sol, la famille a finalement trouvé une maison qui répond à ses besoin.

Ascension professionnelle

S’il y a bien une chose que la femme de 35 ans a pu réaliser, c’est qu’en faisant le choix de s’établir dans une localité de 5000 âmes, les opportunités professionnelles seraient plus intéressantes.

Celle qui est aujourd’hui manager des opérations commerciales, des ventes et des services chez Fresh Market Foods, une entreprise de distribution alimentaire, avait déjà de l’expérience dans le secteur des ventes. En moins d’un an, elle a vu son salaire augmenter et a gravi plusieurs échelons, tout comme son époux.

« Non seulement c’est très facile de trouver du travail, mais en plus, à partir du moment où on est des bosseurs, on peut très rapidement gravir les échelons. »

La famille Nava Tornar apprécie le fait que Sioux Lookout dispose d’une écurie. Gracieuseté

Pas d’anglais à la maison

Malgré ce besoin de vivre une immersion totale en anglais, le couple a gardé un lien avec la langue de Molière. « On a une règle quand on vit dans un pays : la langue de celui-ci est interdite à la maison. Donc on parle français », confie-t-elle.

On l’avait prévenue : à Sioux Lookout, il y a peu de francophones et aucune école de langue française. Selon les dernières données du recensement de 2021, 1 % de la population a le français comme première langue officielle parlée.

Néanmoins, par le biais de son travail dans la plus grande épicerie de la ville, celle-ci a eu une belle surprise : « J’ai rencontré des tonnes de francophones, dont beaucoup sont des personnes du troisième âge ou des personnes qui me disent avoir l’impression d’entendre leur mère qui avait un fort accent français en parlant anglais. »

Touchée par ce vent de nostalgie qui caractérise le lien des francophones à leurs origines, Adriana Nava Tornar ira jusqu’à créer une page Facebook : « Les francophones de Sioux Lookout ».

« En très peu de temps, on est passé de 15 à 60, on fait des activités qu’on arrive parfois à faire sponsoriser par l’AFNOO. »

Adriana Nava Tornar, à droite, est née en Italie d’une mère Française et a grandi en France. Gracieuseté

Vers la résidence permanente

Seule ombre au tableau pour la mère de famille : l’absence de cinéma, théâtre et piscine dans la ville. Heureusement, Sioux Lookout dispose d’une écurie pour le plus grand bonheur des enfants, de la pêche pour les adultes et il est possible de retrouver les activités manquantes dans les villes voisines de Kenora et Dryden.

Bien qu’il n’y ait pas de médecin de famille disponible, le couple Nava Tornar n’a pas rencontré de problème pour consulter à l’hôpital local où il a eu la surprise de tomber, une fois, sur un médecin francophone.

« Mais au final, je suis contente qu’il n’y ait pas des grands centres commerciaux, parce que ça aurait généré beaucoup de dépenses, ajoute-t-elle. Tant qu’on est en famille, on ne s’ennuie pas trop et on arrive quand même à faire beaucoup d’activités avec des amis. »

Alors qu’ils avaient l’intention de ne rester que deux ans, les Nava Tornar ont fini par succomber aux plaisirs de la vie à Sioux Lookout.

« Même si on obtient la résidence permanente, je ne pense pas qu’on ira dans une grande ville justement par rapport à ces opportunités de travail et aussi parce que c’est une belle ville pour élever des enfants », termine-t-elle.

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

Le Conseil culturel fransaskois, un pilier depuis 50 ans

REGINA – Au cœur des prairies canadiennes, dans une province où 4,7 % de la population peut soutenir une conversation en français*, se trouve un organisme qui travaille sans relâche à la vitalité de la culture francophone. Depuis 50 ans, le Conseil culturel fransaskois (CCF) est un pilier, tant pour les artistes que pour les organismes diffuseurs. ONFR a profité d’un passage en Saskatchewan cet été pour en savoir plus sur le CCF.

« J’aime bien dire que le CCF est un organisme qui a un mandat très ambitieux, et qui prend son mandat très au sérieux », lance Anne Brochu-Lambert, artiste visuelle et présidente du conseil d’administration.

Anne Brochu-Lambert est impliquée au CCF depuis une dizaine d’années, et présidente depuis 2019. Photo : Rachel Crustin / ONFR

En plus d’être large, le mandat de l’organisme provincial est triple. D’abord, il faut épauler le développement d’activités culturelles au sein des communautés, en soutenant les organismes membres.

Ensuite, il faut épauler les membres individuels : les artistes, toutes disciplines confondues, émergents ou établis. Le CCF les aide dans toutes les étapes : recherche, création, promotion, rédaction de demandes de subventions ou financement direct.

Finalement, il y a le volet scolaire. Le CCF élabore des guides pédagogiques, organise des ateliers et des spectacles dans les écoles. Récemment, l’organisme a commencé à fournir des partitions de chansons fransaskoises pour les cours de musique.

« Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui (comme artiste) sans le CCF »
— Alexis Normand

C’est justement lorsque le CCF a visité son école secondaire que tout a commencé pour Alexis Normand, autrice-compositrice-interprète et réalisatrice. Remarquée par les intervenants, elle a été invitée à enregistrer un premier démo. Lorsque ONFR lui demande ce que le CCF lui a apporté dans sa carrière, elle répond en riant : « Tout! »

Étienne Fletcher et Alexis Normand au gala du 50e anniversaire du CCF, le 19 octobre. Photo : Peter Scoular

Même son de cloche du côté de Mario Lepage, connu partout au pays pour son projet Ponteix mais omniprésent comme collaborateur dans les autres œuvres musicales fransaskoises. « Le CCF m’a offert des opportunités à toutes les étapes de ma carrière. C’est un grand cadeau de les avoir », affirme-t-il dans une vidéo promouvant le gala du 50e anniversaire.

L’autrice-compositrice-interprète Sylvie Walker, dont le premier extrait Cimetière vient d’être dévoilé, raconte qu’elle a eu accès à toutes sortes d’ateliers, de formations et d’activités de mentorat dès qu’elle a atteint l’âge de la majorité. « Sans le CCF, ce ne serait pas possible », affirme-t-elle à ONFR.

Un anniversaire dynamique

Le CCF a souligné son demi-siècle avec plusieurs initiatives au cours de l’année. Nouvelle image de marque, création d’une résidence artistique avec un organisme québécois, le traditionnel Festival fransaskois , un café littéraire qui soulignait aussi les 40 ans des Éditions de la nouvelle plume ont fait partie de ce menu chargé.

Une autre victoire est l’obtention d’une exposition solo de Laura St. Pierre à la galerie d’art MacKenzie de Regina, une première pour une femme fransaskoise, selon Anne Brochu-Lambert.

« On met beaucoup l’accent sur les auteurs-compositeurs-interprètes, parce que c’est, dans l’imaginaire collectif, ce qu’on associe beaucoup à l’appui de la langue, de la culture et de l’identité. Mais le CCF a à cœur d’appuyer également les autres disciplines. »
— Anne Brochu-Lambert

Autre signe de l’engagement envers les artistes visuels, un projet de murales a été déployé pour afficher les Couleurs de la fransaskoisie. Les communautés de Saskatoon, Regina, Prince Albert, Zénon Park et Gravelbourg se sont donc embellies, respectivement peintes ou dirigées par Michel St.Hilaire (pour les deux premières), Diana Ntibandetse, Mackenzy Vida et Julien Hamon-Fafard.

La murale de Zénon Park pour les 50 ans du CCF. Photo : Gracieuseté de Web Ouest

Cet été, le CCF a reçu une nouvelle enveloppe de 55 000 $ de la part du bureau des affaires francophones de la Saskatchewan. Ce budget servira à « mettre l’accent sur l’aspect entrepreneur des artistes », la majorité étant des travailleurs autonomes. « Certains ont tellement de collaborateurs que ce sont littéralement des PME », indique la présidente, qui y voit une reconnaissance de la mission qu’accomplit déjà le CCF.

En octobre, le CCF a accueilli à Regina l’événement de vitrines du Réseau des grands espaces, Contact Ouest. Plus récemment, l’Assemblée communautaire fransaskoise lui a confié la programmation de son Rendez-vous fransaskois. L’événement, habituellement politique, a adopté le thème des arts et de la culture pour son édition 2024, qui s’est tenue du 1er au 3 novembre à Saskatoon.

Mario Lepage est un des artistes fransaskois qui a pu bénéficier du soutien du CCF et rayonne maintenant à l’extérieur de sa province. Durant Contact Ouest, il a lancé la maison de disques Homestead Records avec Étienne Fletcher et Joël Couture. Photo : Rachel Crustin / ONFR

L’événement le plus significatif fut un gala organisé le 19 octobre. Des artistes de différentes disciplines se sont unis sous la direction artistique du Réginois Francis Marchildon, aussi membre du groupe bien connu en Saskatchewan, La raquette à claquettes.

Musique, danse, arts visuels et vidéos ont offert sur scène un spectacle émouvant, relatant les collaborations essentielles de l’organisme avec ses artistes et sa communauté.

Au téléphone après le spectacle, Alexis Normand prononce la même phrase qu’ONFR a entendue de plusieurs bouches lors de son passage au Festival fransaskois : « Ça rappelle qu’on est comme une grande famille. »

La raquette à claquettes incarne bien cet esprit de camaraderie qui règne en fransaskoisie. Photo : Peter Scoular

La coordination des projets du 50e anniversaire a été confiée à celle qui a longtemps été directrice générale du CCF, Suzanne Campagne. Immensément respectée, elle a contribué à l’essor de nombreuses carrières.

« Son calibre et sa réputation en tant qu’artiste de la scène lui ont permis à son tour de repérer les talents, de savoir comment développer des initiatives pour (les soutenir) jusqu’au moment où ils vont aller briller dans des galas comme le Trille or, en Ontario, ou le Festival international de la chanson de Granby, par exemple », reconnaît Anne Brochu-Lambert, qui croit que le CCF profite « de la vision et du flair du passé ».

Depuis le départ de Suzanne Campagne, c’est Elma Bos et Dany Rousseau qui assurent conjointement la direction générale du CCF, dans les bureaux de Regina et de Saskatoon.

Pour la petite histoire

Les années 1970 sont marquées par une recherche identitaire dans les communautés franco-canadiennes. Suite à l’émancipation culturelle québécoise, il faut redéfinir le « canadien-français ». C’est dans ce contexte que le mot « fransaskois » a émergé, popularisé par l’Association jeunesse fransaskoise. 

Anne Brochu-Lambert raconte la genèse du CCF. « Au départ, c’était une étincelle dans le giron d’un organisme politique, l’ancêtre de l’Assemblée communautaire fransaskoise, explique-t-elle. Rapidement, ils se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient pas gérer ça comme un dossier parmi tant d’autres. »

« La communauté a senti le besoin d’épauler le développement des associations culturelles. »
— Anne Brochu-Lambert, sur la création du CCF

Plus tard, devant les difficultés de pérennité d’une jeune association d’artistes, le mandat d’appuyer les individus a également été confié au CCF. L’organisation, alors menée par Suzanne Campagne, a plaidé sa cause devant le Conseil des arts du Canada.

« Nous avions un vrai mandat de développement en art et nous étions les seuls à le faire en français. La communauté méritait d’avoir l’appui du Conseil des arts du Canada. Et c’est accompli, maintenant », se rappelle Anne Brochu-Lambert.

Éventuellement, le CCF a développé son propre réseau de diffusion, un projet mené par le responsable du développement artistique de l’époque, Laurier Gareau.

Les événements du CCF donnent souvent l’impression d’une réunion de famille. Le duo formé d’Elizabeth Tkachuk et de Sylvie Walker s’appelle d’ailleurs « C’est ma cousine », clin d’oeil à la communauté fransaskoise. Aussi sur la photo, les animateurs du Festival fransaskois 2024 : Shawn Jobin et Gabrielle Dufresne. Photo : Rachel Crustin / ONFR

50 ans après sa création, le CCF est toujours un incontournable. Son omniprésence est un avantage, affirme Alexis Normand. « C’est la beauté du CCF et l’une des forces du secteur culturel francophone en Saskatchewan, c’est qu’on a juste un organisme qui travaille toutes les dimensions culturelles. »

*Selon le recensement 2021 de Statistique Canada

Standards de beauté, standards de respect

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, c’est Rym Ben Berrah qui évoque des enjeux de société et d’éducation qui rejoignent le quotidien.

De nos jours, nous sommes exposés à l’image constamment, même sans le vouloir, même sans nous en rendre compte. Ce n’est pas habituel de partager sa photo sur un CV, comme dans d’autres pays, mais nous sommes constamment obligés de nous « vendre » sur la place publique. Nos photos de profil sont soigneusement choisies sur nos réseaux sociaux, autant personnels que professionnels. 

Comme à l’habitude, je ne suis pas là pour généraliser ni pour conceptualiser, ni pour innover, mais seulement pour donner mon opinion selon ce que j’ai vécu, selon ce que j’expérimente et selon ma vision des choses à travers le spectre de mes connaissances, racines et privilèges.

Ceux qui me connaissent personnellement ont connu physiquement plusieurs versions de moi. À vous, chers lecteurs, je me dévoile : j’ai vécu en obésité qu’on appelle « morbide » pendant 27 ans.

Depuis mon enfance, j’ai tout le temps été ronde. Au primaire comme au secondaire, on se moquait de mon physique, de mon poids. Le résultat de ça est que j’ai été une enfant/ado plongée dans les livres, à la recherche des bonnes notes pour pallier la confiance physique en soi. 

Une fois à l’université, mon train de vie a empiré et mon père fut diagnostiqué d’un cancer en phase terminale. J’ai vécu la majorité de la vingtaine dans une tristesse sans fin à la maison familiale, et dans une dévotion à ma communauté et à mes implications.

Je faisais passer le chagrin, je changeais le mal de place, je revendiquais des droits que je pouvais paramétrer, alors que je ne pouvais plus cloisonner la vie de mon père et la tristesse de ma mère, de mon petit frère et de nos proches.

De là, des kilos se sont rajoutés sur la balance : stress, hygiène de vie pauvre, suivis médicaux peu rigoureux, etc. Rajoutons à cela le manque d’empathie et d’ouverture des médecins. Loin de moi l’idée de parler au nom des personnes en « surpoids », mais je crois qu’on a tous vécu ce traitement : dès que quelque chose n’allait pas c’était « parce que tu es grosse ». 

Des bilans consternants au niveau de ma santé, des répercussions que mon état physique me faisait subir sur ma carrière et ma vie personnelle, ainsi que l’avenir de la progéniture que j’aurais pu ne pas avoir m’ont fait prendre une décision radicale, suite au décès de mon père. J’allais passer à travers une transformation physique extrême.

Sortir de la spirale

Je me suis coupée en deux. En l’espace de 2 ans, j’ai perdu dans les 80 kilos. Combien de fois m’avait-on invitée à prendre une photo dans une foule et avais-je refusé à cause de mon image? Combien d’apparitions à la télé avais-je refusées, car je n’avais pas envie de m’exposer? Combien de malaises avais-je essuyés lors de certains événements et congrès professionnels et étudiants? Combien de fois avais-je dû demander des accommodements, afin que moi-même je puisse accommoder les gens, ou ne pas les exposer à ce que je vivais comme réalité dans mon état de sédentarité et de fatigue?

Je n’avais pas pris la décision de changer pour des standards de beauté, mais bien pour des standards d’accommodements de vie et de santé. 

J’ai toujours été coquette et nous le sommes toutes et tous. J’ai toujours été romantique et nous le sommes toutes et tous. Il n’y a ni forme, ni poids, ni traits particuliers à ce qui a trait au fait de séduire, d’émouvoir, d’avoir une relation passionnelle avec la beauté et de flirter avec l’affirmation de soi. Mon bilan médical s’aggravait et j’avais envie de vivre. 

Pouvoir trouver facilement des vêtements à sa taille est un privilège dont ne disposent pas les personnes qui sortent des normes en matière de poids. Photo : Canva

Plus je fondais, plus la perception des gens vis-à-vis de moi changeait. Je suis entrée dans un spectre que je ne connaissais pas avant. À 29 ans, je commençais à vivre dans la bulle des gens minces à moyens, et je trouvais cela injuste. Pourquoi on me tient la porte? Pourquoi on vient me parler correctement dans les magasins? Pourquoi j’attire l’attention de XYZ alors qu’il y a 2 ans, on riait de moi? Pourquoi j’ai le « droit » d’entrer dans n’importe quel magasin et le luxe de bien m’habiller et, même, pour pas cher? Ce n’est pas JUSTE.

Obèse, je devais, en plus de ne pouvoir magasiner qu’à deux ou trois endroits, trouver des solutions onéreuses à tout : chaussures, accessoires, vêtements d’extérieur, commandes qui proviennent des États-Unis avec des frais de port exorbitants. C’est là que j’ai compris que les personnes dans les tailles plus vivaient avec une taxe en plus sur leurs frais vestimentaires et frais d’accommodements et ça, ça ne devrait pas exister.

Deux poids, deux mesures

Il est temps de revendiquer haut et fort le manque de représentativité et d’acceptation, et tous les tabous qu’on contourne, mais qu’on ne perce pas concernant les tailles plus. Il devrait y avoir plus de tables de discussion, de milieux inclusifs, de prises de conscience vis-à-vis des obstacles et des injustices qu’on subit dans certaines de ces circonstances. 

Pour ma part, je me sentais gênée, comme si j’étais un imposteur. D’un côté, j’avais un corps que je n’habitais pas encore mentalement. D’un autre, dans ma tête, j’étais toujours la même. J’en voulais au monde de m’octroyer certains privilèges.

Je me sentais mal d’afficher ma silhouette sur les réseaux sociaux, alors je ne l’ai pas trop fait. Je recevais des dizaines de messages de personnes qui m’exprimaient des choses intimes, me demandaient conseil, me parlaient de leurs problématiques. Je me suis dit qu’un jour, je trouverais le moyen de canaliser ces informations et de partager à ces personnes mon envie de les épauler dans leurs questionnements, besoins, transitions. Hélas, après 2 grossesses, moi aussi j’ai besoin de ce chuchotement qui me dit : « Vas-y, tu vas y arriver, bientôt tu vas habiter dans ton corps le physique que, dans ta tête, tu espères avoir. »

En faisant défiler mon fil d’actualité, comme chacun de nous au quotidien, j’étais là à scruter des images embellies et pixelisées et à lorgner sur des moments capturés et choisis d’être partagés avec parcimonie. Je me suis dit que ce dont le monde a besoin, c’est de la compassion. Je vous souhaite d’en avoir envers vous-même autant que vous en avez envers les autres.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Une semaine culturelle multidisciplinaire et multi-identitaire

Le mois de novembre est commencé, les Ontariens retournent à l’heure d’hiver cette fin de semaine… Quoi faire en Ontario pour combattre le manque de luminosité qui s’installe? Il y a des festivals de cinéma pour les gens d’Ottawa avec Objectif Cinéma, pour ceux de Windsor avec la fin du Festival international du film de Windsor (WIFF) et pour ceux de Toronto, avec Cinéfranco. Mais le fil culturel vous propose aussi un festival multidisciplinaire, des artistes musicaux à découvrir, de l’improvisation et le début d’une semaine thématique importante en Ontario français.

Maten dans le Nord

Le groupe innu Maten sera en tournée dans le Nord de l’Ontario cette semaine. On pourra voir les musiciens à la Place des arts du Grand Sudbury le 6 novembre, au Centre culturel La Ronde de Timmins le 7 novembre et à la Place des arts de Hearst le 8 novembre. La formation originaire de Mani-utenam, sur la Côte-Nord québécoise, existe depuis 25 ans. Il est temps de faire connaître leur musique auprès d’une plus grande population, ce qui a été souligné lors de leur passage à Contact ontarois en janvier dernier. L’énergie de Maten, le message important et les chansons en français et en innu-aïmun ont su convaincre le public présent et, heureusement, quelques diffuseurs ont répondu à l’appel.

Maten est formé de Mathieu Mckenzie, Samuel Pinette et Kim Fontaine. Crédit image : Alexandre Bussière

Sudbury, Timmins et Hearst, du 6 au 8 novembre. Détails sur le site de Maten.

Les Bermudababes à Ottawa

L’Ontario français a aussi pu découvrir Bermuda lors de Contact ontarois 2024. L’artiste née aux Bermudes, élevée en Irlande et résidant à Sherbrooke, au Québec, a canalisé la mom rage dans une présence scénique sans égal. Dans son EP Bermudababes, elle revient sur sa dépression post-partum, sujet qui ne connaîtra pas le tabou sur scène. La chanteuse pop millénariale fera trembler les murs de la Quatrième salle du Centre national des arts (CNA) ce samedi à 20 h.

L’intensité de Bermuda avait réveillé la foule lors de sa vitrine à Contact ontarois, en janvier 2024. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Ottawa, le 2 novembre. Détails et billets sur le site du CNA.

Diversité franco-sudburoise

La Semaine nationale de l’immigration francophone se déroule du 3 au 9 novembre, avec de nombreuses causeries, activités communautaires et spectacles. Lundi, le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario propose un panel de discussion à la Place des arts du Grand Sudbury, autour du thème Notre héritage de demain au-delà des différences. Le but est de dépasser les frontières des générations et des cultures d’origine en réunissant cinq panélistes qui doivent représenter deux générations de Franco-Ontariens d’origine et deux générations de Franco-Ontariens issus de l’immigration. On retrouvera entre autres Joëlle Villeneuve, Marguerite F. Mbonimpa et Rachid Bagaoui.

La discussion dans le cadre de la Semaine nationale de l’immigration francophone veut créer des ponts non seulement entre les cultures, mais aussi entre les générations. Photo : Canva

Sudbury, le 4 novembre. Détails et billets gratuits sur la plateforme Eventbrite.

La biennale Actoral à Ottawa

Le Théâtre du Trillium présente un festival multidisciplinaire misant sur le théâtre, la danse et la performance. Après une soirée de lancement gratuite au centre d’artistes AXENÉO7 de Gatineau, du côté québécois de la rivière des Outaouais, huit spectacles seront présentés à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD), à raison de deux par soir. Il est possible d’accéder à tous les spectacles avec un passeport au coût de 35 $. Actoral est l’occasion de découvrir différents artistes de la région de la capitale nationale, dont certains auront reçu le mandat de créer une œuvre unique durant l’événement.

La Nouvelle Scène Gilles Desjardins abrite quatre compagnies de théâtre francophones à Ottawa, dont le Théâtre du Trillium. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Ottawa, du 5 au 9 novembre. Détails et billets sur le site de LNSGD.

De l’impro à Toronto

La Ligue d’improvisation francophone (LIF) de Toronto tiendra son prochain match mardi au Comedy Bar du 945 rue Bloor Ouest. Le spectacle d’improvisation, dirigé par Pierre-Luc Barr, verra s’affronter l’équipe des Bleus et celle des Blancs.

Les équipes qui s’affronteront mardi. Photo : page Facebook LIF Toronto

Toronto, le 5 novembre. Billets sur le site du Comedy Bar.

Cinéfranco : Marcelle Lean veut donner « accès à ces films qu’on ne connaît pas toujours à Toronto. »

Marcelle Lean est la directrice générale et artistique du festival Cinéfranco. Elle est la fondatrice de ce festival international du film francophone, qui a vu le jour à Toronto en 1997.

L’édition 2024 de Cinéfranco débute ce vendredi 1er novembre et durera jusqu’au dimanche 10 novembre. Les films sont diffusés au cinéma Carlton (20 rue Carlton) à Toronto. Le thème de cette année est la singularité.

La directrice générale et artistique présente les particularités de cette édition 2024 et explique comment les choix de films se font. Elle aborde également la question de la santé financière du festival et ses incertitudes liées aux financements publics et à la difficulté à trouver des investisseurs privés.

« Quelles sont les nouveautés de cette édition 2024 de Cinéfranco? 

Il y en a plusieurs.  Moi, je ne tiens pas particulièrement aux premières, parce que ce qui est important, c’est qu’on puisse avoir accès à ces films qu’on ne connaît pas toujours à Toronto et en Ontario. Des films comme N’avoue jamais, comme Nous, les Leroy, comme Un jour, fille… 

Il y  a aussi Un p’tit un truc en plus, qui a déjà été montré à Toronto, mais on m’a dit que c’était à un prix assez inaccessible. il paraît que c’était quelque chose comme 70 dollars la place. Je ne dirais pas qui l’a fait, mais j’ai pensé que des jeunes francophones qui viennent justement ici à Toronto aimeraient peut-être le voir à un prix très raisonnable qui est de 8 ou 10 dollars. 

Enfin, le film de fermeture est une première mondiale en dehors de la France. Quand l’automne vient est en effet sorti en France, mais je n’ai pas remarqué qu’il soit sorti ailleurs.

Donc, il y a énormément de nouveautés, en fait, dans les courts-métrages aussi bien que dans les longs-métrages. 

Est-ce qu’il y a un film en particulier sur lequel vous voudriez vous attarder, qui vous aurait particulièrement émue? 

Le thème principal cette année, c’est la singularité. Et ce qui s’est passé, c’est qu’au départ, ce n’était pas vraiment bien établi dans ma tête, jusqu’à ce que je vois la bande-annonce de Un jour, fille. Et ça m’a tellement révoltée.

C’est l’histoire d’une personne intersexe au XVIIIe siècle. Dans la bande-annonce, un avocat dit de cette personne : « C’est l’ordure du travail de Dieu. »  Cela m’a beaucoup choquée d’une part, et d’autre part aussi, je me suis dit que de parler de l’hermaphrodite à l’époque, au XVIIIe siècle, c’était quelque chose de très singulier.

Et puis à travers ce film, on peut voir aussi le manque d’éducation et la manipulation de l’Église. C’est tout ça qui m’a tout de suite mise sur les rails.

Pouvez-vous nous parler du film Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles de Mylène Mackay?

Au début du mois de juillet, je suis allée à Montréal, et j’ai vu quelques films, comme ça, en salle. Et l’un des films que j’ai vus, c’était justement Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles. J’ai été absolument fascinée et charmée, parce que c’était une histoire d’amour entre deux personnes qui ne voulaient pas entamer cet amour sexuel, et qui, en fait, se sont aimées à travers leur passion, leur goût, leur exploration corporelle aussi. J’ai trouvé ça tellement noble. Et puis, cela me fait toujours penser à une critique que j’ai lue et que je répète souvent, disant que, de nos jours, au cinéma, on fait le sexe sans amour, et dans ce film, on fait l’amour sans sexe.

Là, c’est exactement ça. J’ai trouvé ça magnifique. Et j’avoue que c’était un de mes coups de cœur, surtout que Mylène Mackay va venir présenter son film. Je trouve cela extraordinaire, surtout qu’elle a gagné le Valois de la meilleure actrice au Festival francophone d’Angoulême cet été. 

Comment se fait la sélection des films pour une édition de Cinéfranco?

Pour le choix et la sélection, en général, au départ, j’ai une idée. Cette année, c’est l’idée de la singularité. Je la partage avec des gens que je connais dans le milieu. Et je reçois des suggestions.

Par exemple, le film Captives, je ne l’avais pas vu au départ. J’avais vu Le bal des folles. Une amie me l’a recommandé et j’ai tout de suite aimé. Donc, je me suis dit, formidable, on le montre, celui-là. 

Pour le film de fermeture, je n’ai pas eu accès à ce film qui était au marché du TIFF. Seuls les acheteurs ont le droit de le visionner. C’est une acheteuse qui m’a dit que c’était un film pour nous.  Quand je dis pour nous, c’est parce qu’elle l’a co-présenté avec son festival à Argeles. Donc, on a fait une co-présentation, mais c’est elle qui m’a apporté ce film.

On a aussi des suggestions des distributeurs. Par exemple, les film Un coup de dés, Chasse gardée et La fête continue.

C’est vous qui prenez les décisions finales, mais vous restez ouvertes à toutes les propositions…

Exactement, ce que j’aime bien dire et faire, c’est que Cinéfranco, c’est le festival de tout le monde. C’est-à-dire que si, par exemple, vous êtes allé à Tombouctou ou à Paris, ou je ne sais où, et que vous avez vu ce très beau film, et que vous vous dites qu’il faut absolument le montrer, je vais vous écouter.

Je vais le voir, puis je vais vous dire oui ou non, j’aime ou je n’aime pas. Le seul bémol, c’est qu’avant la pandémie,  j’avais une très bonne intuition pour déterminer ce qui va plaire au public, pour quel film le public va venir, etc…

Et après la pandémie, j’avoue que je suis un peu perdue. Parce que les habitudes des spectateurs ont changé, la fréquentation a baissé. 

Et c’est quelque chose que je ne comprends pas toujours. Aller au cinéma, partager le rire, partager les larmes,  peut-être rencontrer quelqu’un qui va devenir un ami ou une amie. Pour moi, ce sont des occasions précieuses. 

Comment se porte le festival financièrement? 

Le défi est toujours là, parce que d’année en année, on ne sait pas si on va pouvoir avoir des subventions. J’avoue que ces deux dernières années, nos subventions viennent principalement du gouvernement. Pas à tous les niveaux : le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial, mais pas le gouvernement municipal.

Et ça, ça m’étonne beaucoup, parce que je trouve qu’un festival donne un lustre à la ville de Toronto, mais ça ne marche pas avec la Ville.

À part une fondation, la Fondation 5, que je remercie infiniment pour justement nous donner de l’argent, nous n’avons pas vraiment de commanditaire du côté privé. 

C’est un danger pour nous si nous perdons les financements public, et ça peut arriver. Par exemple, Trillium, il y a quelques années, nous avait donné pendant deux, trois ans de très belles subventions, et d’un seul coup en 2016 : ‘Bon écoutez, débrouillez-vous, au revoir et merci.’ On a failli s’effondrer à ce moment-là.

Le problème avec Cinéfranco, c’est qu’on n’a pas les moyens de s’offrir un personnel stable. On travaille avec des contrats, et au final, je dirais que le travail me tombe sur les épaules. 

Je travaille tout le temps. Je ne m’en plains pas, je suis très contente, mais une personne n’est pas assez versatile pour penser à tout. J’aimerais pouvoir profiter des idées des autres de manière plus constante. Par exemple,  j’ai un développeur de site qui est magnifique, il m’aide beaucoup.  La personne qui s’occupe des médias sociaux est formidable. L’artiste graphique, Adelé Fouché, est vraiment géniale. J’ai le plaisir, la joie, le privilège de travailler avec des gens formidables. Ils ont tous aidé, ils ont tous contribué, mais c’est toujours dans des périodes assez courtes. »

Traduction d’anciennes décisions : la Cour suprême traînée devant les tribunaux

Dans un cas unique dans l’histoire du système judiciaire, la Cour suprême du Canada devra se défendre devant un tribunal inférieur, la Cour fédérale. Un organisme québécois plaide que le plus haut tribunal au pays a enfreint la Loi sur les langues officielles.

À Montréal vendredi, l’organisme Droits collectifs Québec (DCQ) a déposé une demande de recours judiciaire contre la Cour suprême en Cour fédérale. L’organisation estime que le refus de la Cour suprême de traduire certaines de ses anciennes décisions en anglais et en français contrevient à la Loi sur les langues officielles.

La modernisation de la Loi sur les langues officielles, adoptée en juin 2023, oblige l’ensemble des tribunaux canadiens à traduire leurs décisions dans les deux langues officielles.

Or, ce sont près de 6000 jugements de la Cour suprême rendus avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles, en 1969, qui ne sont pas tous disponibles en français et en anglais sur son site web. La très grande majorité des jugements sont seulement disponibles en anglais, selon DCQ.

Dans sa requête déposée vendredi, Droits collectifs Québec demande à ce que la Cour suprême traduise l’ensemble de ses jugements, arguant une violation de ses droits linguistiques.

Pour l’organisme, « le tribunal suprême refuse de respecter l’état de droit » alors qu’elle exige elle-même que les lois soient suivies via ses propres jugements. La demande déposée envers le Bureau du registraire de la Cour suprême du Canada a pour but de démontrer que « nul n’est au-dessus des lois », déclare son président Daniel Turp.

« Pour nous c’est un recours important et même historique, parce qu’il est important de respecter la Loi sur les langues officielles pour assurer que les droits des francophones et des anglophones soient respectés au Canada », mentionne Daniel Turp en conférence de presse.

Appelée à réagir, la Cour suprême a indiqué qu’elle ne ferait aucun commentaire étant donné que la cause est actuellement devant les tribunaux.

Un rapport du commissaire

À titre de réparation, les demandeurs exigent que la Cour suprême fasse la traduction des jugements, et ce, en trois années. Les demandeurs réclament aussi un million de dollars pour couvrir notamment les frais judiciaires et une lettre d’excuses formelle envers les francophones du pays de la part du plus haut tribunal canadien.

Droits collectifs Québec appuie sa demande sur un rapport du Commissariat aux langues officielles du mois dernier, qui donne raison à l’organisme. Le commissaire Raymond Théberge avait ordonné dans son rapport d’enquête que la plus haute juridiction au pays rectifie la situation dans les 18 prochains mois, pour se conformer à la Loi sur les langues officielles.

Une question de moyens, selon le juge Wagner

En juin dernier, le juge en chef de la Cour suprême du Canada Richard Wagner avait dit que le plus haut tribunal avait « quand même regardé de bonne foi » à traduire les décisions. Le tout nécessiterait un investissement de 10 à 20 millions, plus de 100 interprètes et près de dix ans de travail, juge M. Wagner.

« On n’a pas cet argent-là. S’il y a quelqu’un qui l’a, tant mieux (…), mais nous, on ne l’a pas », avait-il soutenu lors de sa conférence de presse annuelle.

Richard Wagner arguait que ces décisions ont un intérêt juridique « très minime » et comme elles datent de plusieurs années, « le problème ultime, c’est que ça ne serait jamais des versions officielles ».

« Moi, j’aimerais ça, ne serait-ce que pour protéger notre patrimoine juridique de pouvoir le faire (…) Ce n’est pas de la mauvaise foi, c’est une question de moyens et de raisonnabilité », affirmait-il.

DCQ estime que la Cour suprême n’a jamais démontré d’ouverture à traduire les jugements, d’où sa décision d’intenter cette démarche en justice. L’organisation considère qu’il s’agit de la première fois que la plus haute cour au pays fera face à la justice au Canada.

Dans le cadre du processus d’enquête, la Cour suprême s’était défendue en disant que la Loi ne s’appliquait pas de manière rétroactive pour les décisions antérieures à 1969, ce que lui accorde le Commissariat aux langues officielles.

Elle plaidait aussi que l’affichage de ces décisions relevait du domaine juridique, ce qu’a désapprouvé Raymond Théberge. Selon lui, leur publication « a pour effet de rendre l’information disponible au public », un droit inscrit dans la Loi sur les langues officielles.

Les services gouvernementaux en français entrent en vigueur à Sarnia

SARNIA – Trois ans après sa désignation en vertu de la Loi sur les services en français (LSF), la région de Sarnia met à disposition à partir de ce vendredi des services gouvernementaux et de tierces parties qui fournissent des services pour le compte du gouvernement en langue française.

Trois ans, c’est la période prévue après chaque désignation pour laisser le temps aux agences et organismes de mettre en place des ressources humaines, matérielles et une organisation du travail aptes à offrir des services de qualité équivalente à ceux offerts en anglais.

Sarnia entre donc dans le vif du sujet ce vendredi, dans une variété de services puisque que la Loi s’applique à une grande diversité de ministères : Travail et Immigration, Éducation, Tourisme, Transports, Environnement, Procureur général, Service au public et aux entreprises… Cela englobe Aide juridique Ontario, ainsi que la Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) qui marquera cette journée par un lancement officiel du site désigné.

Presque tous les ministères seraient à présent conformes à la Loi sur les services en français, affirme une source gouvernementale qui ajoute que « le ministère des Transports continue de travailler activement avec ses partenaires pour que les panneaux de signalisation et les services routiers qui ne sont pas encore en conformité le soient dès que possible. »

Si quelques ajustements restent à prévoir dans certains secteurs, d’autres services ont été à l’inverse opérationnels avant la date officielle, comme les services en personne de Service Ontario, déjà offerts en anglais et en français, incluant l’offre active de services dans les deux langues officielles, comme l’exige la LSF.

« Nous sommes très motivés et confiants que les services soient en place », confie Tanya Tamilio, présidente du Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton, un des chaînons qui a contribué à la désignation de cette 27e région en avril 2021, conjointement avec le Regroupement des organismes francophones de Sarnia-Lambton et le Centre culturel francophone Jolliet.

« Beaucoup de travail a été accompli par le ministère et les agences dont les services sont financés par la province au cours des trois dernières années. Je suis fière de tout le travail réalisé par les partenaires francophones et anglophones pour concrétiser ce projet. »

Le maire de la Ville, Mike Bradley, accueille lui aussi avec enthousiasme ce passage officiel à des services publics dans les deux langues. « On va travailler avec la communauté francophone pour obtenir des commentaires » afin de s’assurer que les services répondent bien au besoin, dit-il, nourrissant l’espoir d’« attirer des francophones et des immigrants bilingues ».

« Un pas important vers l’amélioration concrète des services en français »

« La désignation de Sarnia est un exemple concret de l’engagement durable du gouvernement de l’Ontario à améliorer les services en français dans toute la province », indique Caroline Mulroney la ministre des Affaires francophones.

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), parle quant à lui d’un « symbole fort de reconnaissance pour les francophones de Sarnia-Lambton et d’un pas important vers l’amélioration concrète des services en français pour la communauté », encourageant les partenaires et acteurs municipaux et provinciaux à « continuer leur travail en étroite collaboration pour que cette nouvelle réalité de services en français devienne un pilier de la vie communautaire ».

Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, 5270 résidents parlent les deux langues officielles à Sarnia, soit 7,4 % de la population. Le français y est la langue maternelle de 2,2 % de la population.

Renouvellement d’une entente importante pour la culture franco-canadienne

OTTAWA – Dans le cadre du Forum annuel du réseau des membres de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Patrimoine Canadien et diverses organisations œuvrant pour les arts et la culture dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) se sont réunis jeudi au Centre national des arts. Le but : la signature officielle pour le renouvellement de l’Entente de collaboration pour le développement des arts et de la culture des communautés francophones en situation minoritaire du Canada.

Cette entente réaffirme que le canal de communication est ouvert entre les organismes membres de la FCCF et les grandes institutions des arts et de la culture au Canada. En plus de la FCCF et de Patrimoine canadien, les signataires sont le Centre national des arts (CNA), le Conseil des arts du Canada, la Société Radio-Canada, l’Office national du film et Téléfilm Canada.

Ce canal de communication permet à la FCCF de mieux comprendre les programmes publics disponibles tout en permettant de faire comprendre au gouvernement les besoins spécifiques des CLOSM, a expliqué à ONFR Nancy Juneau, la présidente de la FCCF.

« Au fur et à mesure que les besoins se manifestent, on a un espace de discussion qui permet de voir comment, ensemble, on peut y répondre. »

« Quelle belle journée pour les arts et la culture francophone », a lancé avec enthousiasme Randy Boissonnault, le ministre des Langues officielles.

Marie-Christine Morin, la directrice générale de la FCCF, a pour sa part rappelé leurs engagements aux institutions et organismes impliqués. « En tant que signataires de l’entente, nous avons le devoir de mettre en œuvre des mesures positives qui favoriseront le développement culturel durable de nos milieux. »

Des enjeux actuels

« La nouvelle mouture de l’entente (…) n’est pas qu’une réplique de la précédente. Elle reflète les nouveaux enjeux dont nous devons tous, collectivement, tenir compte », a déclaré Nancy Juneau dans son discours.

Le déclin de la langue française, l’époque numérique et « l’emprise grandissante des géants du web sur les contenus culturels », ainsi que la sauvegarde de la souveraineté culturelle et le rayonnement de la diversité des voix en francophonie canadienne sont autant de défis qui devraient être priorisés, selon la FCCF.

Des représentants des organismes membres de la FCCF sont venus de partout au Canada pour participer au forum annuel de l’organisme. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Un changement majeur à être survenu depuis la signature précédente est la modernisation de la Loi sur les langues officielles en juin 2023. Cette nouvelle version « reconnaît que le français est la langue menacée au Canada, selon Nancy Juneau, et c’est reflété dans le texte de l’entente. »

Cette nouvelle version reconnaît aussi le besoin d’avoir plus de données concrètes qui permettraient de documenter les progrès.

Le ministre Randy Boissonnault a affirmé devant la foule qu’il souhaitait rejoindre la jeunesse, afin que les nouvelles générations continuent de porter leur fierté francophone.

Un quart de siècle de collaboration

Cette entente, renouvelée tous les cinq ans, a été signée pour la première fois en 1998. Nancy Juneau était alors directrice générale de la FCCF. Elle parle d’un « dialogue continu et très fertile » et assure avoir vu des changements concrets au fil des ans.

Elle nomme entre autres la création de groupes de travail de différentes disciplines artistiques, ou encore l’apparition d’une enveloppe dédiée à la francophonie canadienne au sein du Fonds des médias du Canada, géré par Téléfilm Canada.

Également, le soutien aux trois réseaux de diffusion des arts de la scène : Réseau Ontario, le Réseau des grands espaces et RADARTS. Ces derniers ont d’ailleurs lancé l’an dernier Scènes francophones, une plateforme conjointe pour faciliter les liens entre les artistes, les diffuseurs et le public de partout au pays.

Plus récemment, deux nouveaux projets ont vu le jour entre la FCCF et le CNA, soit la création de résidences en gestion culturelle et en théâtre. L’institut de la rue Elgin à Ottawa s’est aussi engagé à financer une étude sur l’état des lieux en matière de diffusion des arts en francophonie canadienne. « C’est une collaboration agile, fluide, concrète et fort appréciée », s’est réjouie Nancy Juneau devant la foule.

Nancy Juneau et Randy Boissonnault au moment de la signature de l’entente. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Depuis 1998, aucun partenaire ne s’est désisté de l’entente au moment de la renouveler. Certains se sont aussi ajoutés au fil du temps. Nancy Juneau espère continuer en ce sens, un message qu’elle a transmis au ministre Randy Boissonneault pendant la rencontre annuelle de la FCCF.

« Développement économique devrait être dans cette entente. Tout le volet de l’appui des agences économiques aux entreprises et industries culturelles dans nos communautés. Il faut qu’elles soient soutenues. »

Le ministre des Langues officielles a affirmé dans son discours être d’accord avec cette demande, affirmant que le milieu culturel franco-canadien (à l’extérieur du Québec) constitue un moteur économique important, avec 36 000 employés et des retombées de plus de cinq milliards de dollars.

En s’adressant à la foule, Nancy Juneau a lancé : « La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le créer. L’entente que nous signons aujourd’hui nous permettra de faire exactement ça. »

Ottawa « prêt à accueillir » des immigrants francophones du Québec dans d’autres provinces

OTTAWA – À la suite de la suspension de deux programmes d’immigration temporaire par le gouvernement du Québec, le fédéral se dit prêt à prendre les francophones qui seront refusés par le gouvernement Legault pour les rediriger vers les autres provinces.

C’est ce qu’a affirmé le ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Marc Miller, jeudi en conférence de presse.

Hier, son homologue à Québec, Jean-François Roberge, a annoncé que la province allait suspendre deux programmes d’immigration permanents : le Programme régulier des travailleurs qualifiés et le Programme de l’expérience québécoise. Ce dernier est principalement destiné aux étudiants étrangers diplômés et le premier aux travailleurs temporaires qui souhaiteraient s’installer au Québec. Le gouvernement québécois cessera simplement d’envoyer des invitations aux candidats qui correspondaient à ses critères d’acceptation dans le cadre des deux programmes.

« Il y a des gens qui sont là, qui s’attendaient à être des résidents du Québec qui vont être un peu laissés pour compte », a déploré M. Miller.

« Je serais même prêt à accueillir ces gens-là parce que ce sont des gens brillants qui pètent des scores incroyables dans les qualifications. Donc je ne verrai pas pourquoi on ne les accueillerait pas en dehors du Québec parce qu’on a besoin de francophones », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse au Parlement, visant à réagir au plan de la province québécoise annoncé jeudi.

Il estime qu’il y a « de la place pour eux » dans les communautés francophones hors du Québec, notamment avec « les cibles très agressives dans mon plan, c’est-à-dire de monter jusqu’à 10 % ». 

« On a un devoir important au Canada de s’assurer que les communautés francophones puissent s’épanouir. L’immigration est une piste de solution. On serait prêt à les aider », suggère le ministre Miller.

La semaine dernière, Ottawa a annoncé qu’il baisserait ses seuils d’immigrants permanents, mais qu’il allait augmenter sa cible en immigration francophone jusqu’en 2027 pour atteindre un taux de 10 %. Cette année, la cible en immigration francophone est de 6 % et le ministre a réitéré jeudi, en conférence de presse, que son gouvernement allait finir l’année au-delà de son objectif.

La cible en immigration francophone du fédéral pour les trois prochaines années :

  • 2025 : 8,5 %
  • 2026 : 9,5 %
  • 2027 : 10 %

Marc Miller s’explique mal les candidats francophones qui ne seront pas acceptés par le gouvernement du Québec. Selon le ministre, il s’agit de « la crème de la crème », car ils remplissent les critères recherchés notamment avec « un parcours pédagogique d’études postsecondaires en français ».

Québec a annoncé un moratoire sur ses deux programmes dans un but de réduction du seuil d’immigration permanente dans la province, notamment en calculant le nombre d’immigrants temporaires dans sa planification.

La permaculture : le virage vers l’autosuffisance alimentaire

En 2019, Magali Laville et Stefan Dixon quittent la région du Grand Toronto pour poursuivre leur grand rêve : vivre de la permaculture et bâtir un mode de vie ancré dans l’autosuffisance alimentaire. Produisant uniquement leur nourriture avec l’aide des écosystèmes environnants, le couple, basé à Stirling en Ontario, n’utilise aucun pesticide ni herbicide pour faire pousser ses provisions annuelles qui nourrissent sa famille de quatre. Dans ce reportage, Magali Laville et Stefan Dixon expliquent ce qu’est la permaculture et comment nous pouvons intégrer cette forme de jardinage dans nos vies de tous les jours.

La Fromagerie Kapuskoise couronnée lors de la plus grande compétition de fromage au pays

KAPUSKASING – La Fromagerie Kapuskoise a annoncé avoir remporté plusieurs prix qui seront exposés lors de la plus importante compétition de fromage du Canada, la Foire Royale d’Hiver de l’Agriculture, qui se tiendra à Toronto du 1er au 10 novembre prochain. Parmi eux, celui du meilleur fromage frais (hors lait de vache) au Canada pour son fromage de chèvre.

Le fromage de chèvre frais produit par la Fromagerie Kapuskoise a remporté la première place dans la catégorie « Fromage frais non affiné – naturel » (fromage de chèvre, de mouton, en grains, ricotta, mozzarella et fromage mixte de lait), qui comprenait huit autres concurrents de partout au pays.

« On avait participé l’année dernière, mais on avait envoyé des quarts de meule et congelés. Cette fois-ci, on voulait faire les choses bien alors on a envoyé des fromages pleine meule et du fromage frais et on a gagné », rapporte Denis Nadeau, co-fondateur de la Fromagerie Kapuskoise qui ajoute avoir trouvé un moyen de transporter les produits en personne à Toronto cette année.

Denis Nadeau est un ancien enseignant qui se consacre désormais à la Fromagerie Kapuskoise. Gracieuseté

Dans la catégorie fromage avec affinage de surface (hors lait de vache), ce sont aussi des produits de la fromagerie qui ont remporté plusieurs marches du podium : le fromage Saganash, en deuxième position, le Mattagami (2e pour la catégorie chèvre), en quatrième position et le Kapuskasing (3e dans la catégorie chèvre), en sixième position.

Pour la catégorie de fromage à pâte pressée avec affinage en surface, le Wakusimi, seul le fromage de vache envoyé, a obtenu la troisième place.

« Pour l’an prochain, on espère faire encore mieux avec notre fromage de vache qui, selon mon épouse, est même meilleur que le Saganash », estime encore le Franco-Ontarien, pas surpris du succès de ses fromages cette année.

« C’est bien beau de le savoir, mais d’être reconnu, c’est très satisfaisant. On espère que ça va énormément stimuler la demande, car on en a besoin depuis la pandémie. »

La Fromagerie Kapuskoise est une affaire de famille (de gauche à droite) : le père Denis Nadeau, agent de marketing et liaison, la mère Ellen Nadeau, teneuse de livre, les fils Emmanuel et François Nadeau, fromager et propriétaire-fromager, la belle-fille, Liu Wenjing, propriétaire et responsable de la comptabilité et du service à la clientèle et Samantha Bédard, gestionnaire du magasin et service à la clientèle. Gracieuseté.

Un succès francophone

De nombreux internautes ont réagi positivement aux publications Facebook annonçant les résultats obtenus par la fromagerie, l’écrasante majorité étant des francophones.

« Vous faites honneur aux gens du Nord de l’Ontario et surtout aux Franco-Ontariens. Félicitations! », écrit Suzanne Rondeau.

Selon M. Nadeau, la Fromagerie s’est toujours présentée comme un projet par et pour les francophones et c’est ce qui explique en grande partie le succès pour cette petite entreprise familiale située dans une localité à majorité francophone.

« Les gens ont décidé d’appuyer dès le début ce projet qui se présente comme francophone. Les anglophones ne savent pas qu’on existe », soutient-il avant de préciser que cela s’explique par le fait que la population anglophone est plus nomade que celle francophone.

À l’exception du fromage en grains et du chèvre frais, tous les fromages sont vieillis à l’air libre. Gracieuseté

La recette du succès, c’est aussi ce choix de se spécialiser : des fromages à la française faits ici.

« Ça fait des années que les experts nous disent qu’on est un des trois meilleurs fromagers au Canada et puis nous on le croit. On est capable de faire des fromages aussi bons que ce qui se fait en France avec des fromageries industrielles qui s’exportent ici. »

Bientôt dix ans d’existence

La Fromagerie Kapuskoise estime que 75 % de sa production est vendue localement, aux gens de la région de Timmins à Hearst. Certains produits sont aussi disponibles à l’achat dans certains détaillants du nord et du sud de la province.

Environ 25 % des ventes sont des exportations de fromages affinés – non frais – vers le reste de l’Ontario et le reste du pays comme au Québec ou même les Territoires du Nord-Ouest.

« Des gens nous appellent de France pour envoyer des produits à leur fils en Colombie-Britannique par exemple. Les Français sont nostalgiques des produits de France, fait-il savoir. Ce n’est pas étonnant quand on sait que le fromage a originellement été inventé pour le transport. »

L’entreprise produit quelque 20 tonnes par année, un chiffre modeste, si l’on compare aux 500 tonnes de la Fromagerie Thorneloe qui a fermé ses portes en novembre 2023, mais qui est un atout selon les propriétaires.

Les fromages à pâte molle sont affinés pendant quelques semaines, tandis que ceux à pâte ferme sont affinés pendant quelques mois, voire quelques années, à une température variant entre 10 et 15 ºC. Gracieuseté

« Une fromagerie industrielle ne peut pas réduire la qualité du fromage artisanal et la meilleure qualité que l’on peut avoir vient des petites fromageries, pas des grosses », insiste M. Nadeau.

Pour produire un fromage de qualité, les Nadeau ont su tirer profit de l’expertise et des recettes d’usine de fromagerie dans les Pyrénées et d’une formation en Savoie, mais aussi du climat de la région du Nord ontarien.

« La densité, le climat froid et les nuits froides donnent le message à la plante de produire plus de nutriments. Les vaches se nourrissent de cette végétation qui a plus de goût et ça donne un fromage avec plus de goût. »

L’année 2025 marquera le dixième anniversaire de la création de la fromagerie : « On nous avait martelé que les fromages français à Kapuskasing ne marcheraient pas et aujourd’hui on est encore là et l’avenir est beau. »

L’ouverture de la Fromagerie Kapuskoise en 2015, en présence de Gilles Bisson, ex-député provincial de Timmins—Baie James, et Carol Hugues, députée fédérale d’Algoma—Manitoulin—Kapuskasing. Gracieuseté

Les élus libéraux franco-ontariens contre un vote secret sur le leadership de Trudeau

OTTAWA — Les députés libéraux franco-ontariens estiment que le caucus libéral doit passer à autre chose concernant la révision du leadership de Justin Trudeau et que la tenue d’un vote secret n’est pas nécessaire.

Les députés francophones de l’Ontario Marc Serré (Nickel-Belt), Vivianne Lapointe (Sudbury) et Arielle Kayabaga (London-Ouest) ont tour à tour répondu brièvement « non » devant les journalistes lorsqu’ils se sont fait demander si un vote secret était nécessaire concernant une révision du leadership de leur chef.

« Non, a aussi commenté de son côté la députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier. J’ai déjà partagé le fait que j’étais loyale au premier ministre. C’est sa décision », soutient-elle.

Marc Serré
Le représentant de Nickel-Belt Marc Serré est l’un des députés franco-ontariens à se ranger du côté de Justin Trudeau. Crédit image : Stéphane Bédard

Depuis plus d’une semaine, une vingtaine d’élus libéraux réclament un changement de leadership à la chefferie, mais Justin Trudeau a clairement indiqué en conférence de presse la semaine dernière qu’il comptait être le chef lors de la prochaine campagne électorale.

Donc, des représentants libéraux comme les députés du Nouveau-Brunswick Wayne Long et René Arsenault ou encore l’élu ontarien Yvan Baker ont signalé qu’ils seraient favorables à un scrutin secret à l’intérieur de leur formation politique.

« Ça pourrait rassembler les collègues et le Parti libéral de se mettre derrière une seule et même idée, soit de battre Pierre Poilievre », soutient le député acadien René Arsenault.

« Pour moi, on doit entendre le premier ministre sur cette question-là (…) Si le premier ministre et son équipe disent qu’ils croient que celui-ci jouit du soutien de la vaste majorité du caucus, il n’y a pas de raison pour que le premier ministre refuse cela », juge le représentant d’Etobicoke-Centre, Yvan Baker.

« Quand on est questionné, c’est difficile, ça demande une réflexion. Je suis certain qu’il l’a eu (la réflexion) du fait qu’il continue », indique l’élu acadien de la Nouvelle-Écosse Darrell Samson, qui « n’a pas de préférence » concernant la tenue d’un scrutin ou non.

À la sortie du caucus, les députés ont confirmé qu’il n’avait pas eu de vote ou encore de discussion sur leadership de leur chef. Les députés ont plutôt eu droit à une présentation du directeur de la prochaine campagne électorale fédérale, Andrew Bevan concernant le plan pour les troupes libérales.

Des ministres ont plaidé devant les journalistes mercredi que les règlements du Parti libéral sont clairs sur le fait que ce sont les membres qui choisissent le chef et qu’un vote secret des députés n’est pas permis dans la constitution du parti. D’autres ministres, à l’image de leurs collègues députés franco-ontariens, estiment que Justin Trudeau a tranché.

« Il n’y aura pas de vote secret. La semaine passée, on a eu tout le temps d’exprimer nos sentiments et nos suggestions et là, la décision a été prise et on continue à travailler », suggère la ministre du Revenu national, Marie-Claude Bibeau.

L’Ontario vise une baisse drastique du déficit

TORONTO – La mise à jour des prévisions budgétaires de la province publiée ce jour révèle l’objectif très ambitieux d’une baisse du déficit de 5,1 milliards de dollars à l’horizon 2025-2026. Autre démarche affichée : « remettre de l’argent dans vos poches » avec le prolongement de la réduction de la taxe sur l’essence ou encore la distribution de chèques de 200 $. Opération séduction fiscale inefficace pour régler la crise de l’abordabilité selon un économiste francophone.

Le déficit est désormais affiché à 6,6 milliards de dollars en 2024-2025, soit une amélioration de 3,2 milliards par rapport au budget de mars 2024. Des estimations très optimistes, avec un déficit de 1,5 milliard en 2025-2026, soit plus de 5 milliards d’économie à réaliser en un an. Le gouvernement prévoit même un excédent de 0,9 milliard en 2026-2027.

La province miserait sur une croissance économique soutenue, malgré un ralentissement en 2025, avec des prédictions à 1,7 % avant de remonter légèrement en 2026, aux alentours de 2,3 %.

Des perspectives fiscales raisonnables, selon l’économiste Pedro Antunes, avec un point de départ bien meilleur que lors du précédent budget. « Les recettes totales pour 2024-2025 ont été une bonne surprise, surtout grâce aux revenus générés par les propres sources de la province. Ce n’est donc pas étonnant que la situation budgétaire soit au-dessus des prévisions du budget du printemps dernier. »

Photo : Extrait de l’énoncé économique de l’automne 2024/Ministère des Finances

« L’inflation et la croissance de notre économie ont généré des revenus fiscaux inattendus, peut-on lire dans l’énoncé économique. Même après avoir réduit le déficit et réalisé les investissements nécessaires pour soutenir notre province en plein essor, le gouvernement a été en mesure de mettre une partie de cet argent dans les poches des Ontariens. »

Accusant la taxe fédérale sur le carbone à plusieurs reprises de l’augmentation du coût de la vie, l’Ontario met en avant ces mesures « d’allègement fiscal » compensatoires.

Parmi les mesures pour « garder les coûts bas », la prolongation de la réduction de la taxe sur les carburants à 9 cents le litre jusqu’au 30 juin 2025, le gel des frais de scolarité dans les universités et collèges publics, une économie d’environ 1600 $ par an pour fréquenter une université, et 350 $ par an pour fréquenter un collège.

Il est fait mention des chèques de 200 dollars que chaque contribuable recevra dès 2025, qui a fait l’objet d’une annonce la veille. L’économie estimée est évaluée à « près de 12 milliards de dollars cette année ».

Une solution peu ou pas efficace pour régler les problèmes d’abordabilité, selon M. Antunes, avec ces subventions générales pour tous les ménages, sans tenir compte des revenus.

« La situation économique est vraiment différente pour les ménages à faible revenu et les jeunes par rapport aux ménages plus âgés. On pense que la majorité de l’épargne est surtout concentrée chez les ménages plus riches, plus âgés, et sans dettes. Par contre, les jeunes et ceux à faible revenu peinent à joindre les deux bouts après une période de forte inflation et des coûts de financement encore élevés. »

Ce mini budget réaffirme entre autres la ligne de mire principale du gouvernement avec des investissements majoritaires pour les infrastructures, 27,8 milliards sur dix ans. Avec les travaux à commencer dès 2025 pour la 413, évaluation de construction d’un tunnel sous la 401, le contournement de Bradford, etc.

Des priorités manquées selon les partis d’opposition

La cheffe du NPD a qualifié les points de cette mise à jour économique de la province « d’idées périmées et de promesses creuses », « gaspillant l’argent public ».

La veille de la sortie de l’exercice financier, le parti avait publié une vidéo de Stiles défendant des logements abordables avec la construction de quadruplex, des soins de santé fiables, des écoles solides »

« Nous savons que trop de familles se sentent encore coincées, coincées dans l’attente d’une maison qu’elles peuvent se permettre. Je suis ici pour partager une vision différente, dans laquelle votre gouvernement revient à l’essentiel : construire des maisons, embaucher des médecins, réparer les écoles et rendre la vie abordable pour vous. »

« La vie est insupportablement chère pour beaucoup trop de gens à l’heure actuelle, et les familles de partout dans la province recherchent une aide financière. Le fait est que l’aide que Doug Ford offre aux gens ordinaires en Ontario est dérisoire en comparaison de ce qu’il a donné à ses amis riches et initiés », pointe du doigt Bonnie Crombie, la leader libérale

« Des milliards pour aider des chaînes américaines multimilliardaires comme Walmart et 7-Eleven à vendre de l’alcool un peu plus tôt, pour permettre à un spa étranger de s’installer à la Place de l’Ontario, et des milliards aux promoteurs pour construire des mégamanoirs sur la Ceinture de verdure », résume-t-elle.

Mike Schreiner du Parti vert pointe lui aussi du doigt l’augmentation des coûts, des maisons toujours pas construites et un système de santé défaillant. « Le gouvernement Ford nous a abandonnés. Tout ce que nous devrions pouvoir attendre des gouvernements provinciaux – garder nos voisins logés, garantir la construction de maisons, la disponibilité de médecins et l’accès à la santé mentale – le premier ministre y a renoncé. »

Hôtel Beyrouth, une comédie familiale qui tombe à point

La nouvelle série Hôtel Beyrouth, présentée sur les ondes de TFO et la plateforme tfo.org tous les jeudis, raconte avec légèreté le parcours d’immigration d’une famille libanaise qui fuit la guerre civile, en 1989. La série aborde une histoire à la fois personnelle et universelle et se regarde bien en famille, parents et enfants pouvant s’y reconnaître.

La série s’ouvre dans la voiture de la famille Haddad, qui s’apprête à passer la frontière entre les États-Unis et le Canada. Remplis d’appréhension, les deux parents et deux enfants se retrouveront finalement devant un douanier compréhensif qui les laissera passer sans trop de soucis.

Cette anecdote est réellement arrivée à la famille de Patrick Saad, artiste multidisciplinaire dont l’histoire personnelle a inspiré la série, réalisée par les Franco-Ontariennes Josiane Blanc et Ania Jamila, une coproduction des Productions Sahkosh et Ocho.

« Ça s’est vraiment passé presque comme ça. Il y avait cette peur d’entrer, de se faire poser des questions. (…) puis, ça a super bien été », explique Patrick Saad au micro d’ONFR.

« Il y avait cette espèce de flexibilité. Lorsque les gens passaient la douane, on les laissait passer, sachant toutes les horreurs et que beaucoup de communautés fuyaient la guerre, » renchérit Josiane Blanc.

La scène de la traversée est douanes est le point de départ de la série. Photo : TFO

En se remémorant cette histoire et d’autres anecdotes avec son frère et sa sœur (la famille comptait trois enfants dans la réalité), Patrick Saad s’est rendu compte que ses cousins, amis et d’autres familles d’immigrants en avait vécu des semblables.

C’est aussi ce qui a interpellé Josiane Blanc. Elle aimait ce mélange de comique et de tragique qui montre une certaine expérience commune. « Étant d’origine haïtienne, mes parents ont aussi vécu l’immigration au Canada. Dans les éléments que Patrick nous a partagés, j’en retrouvais beaucoup qui me faisaient penser à ma propre famille. On s’est rendu compte (…) qu’il y a un aspect universel. »

Elle cite notamment les communications difficiles avec les proches ou les défis de devoir trouver du travail, dans une société qui, souvent, ne reconnaît pas les diplômes des pays d’origine, comme c’est le cas pour Samir (Chadi Alhelou), le père de famille dans la série Hôtel Beyrouth.

Communiquer avec les proches restés au Liban n’est pas chose facile. Photo : TFO

« On n’avait pas de séries francophones qui mettaient de l’avant une famille libanaise. Qu’on soit en 2024 pour en avoir une première, je suis contente de participer à ça, mais je trouve ça aussi fou que ça ait pris autant de temps », affirme la réalisatrice.

L’équipe des Productions Sahkosh est derrière l’idée de camper l’histoire à Ottawa et de faire de la famille Haddad une famille franco-ontarienne. « Il y a une grande communauté libanaise dans la région d’Ottawa. On trouvait intéressant de mettre de l’avant cet aspect-là, qu’il y a une communauté libanaise, et aussi qu’il y a une communauté francophone en Ontario, » relate Josiane Blanc. Patrick Saad rappelle que 40 % de la population canado-libanaise se trouve en Ontario, contre 35 % au Québec.

Toujours d’actualité

Hôtel Beyrouth tombe à point, alors que la guerre est de retour au Liban et que le gouvernement canadien vient d’annoncer des changements importants dans sa politique d’immigration.

« Je pense que des séries comme Hôtel Beyrouth, ça permet de donner un visage et une humanité aux gens qui fuient la guerre. (Dans les médias), on va parler des bombardements, des conflits, mais d’avoir une famille dans une série qui nous fait à la fois pleurer et rire, qui nous montre que ces gens sont humains et qu’ils nous ressemblent, c’est important quand cette réalité-là semble éloignée », avance Josiane Blanc.

« Presque tout le monde connaît un Libanais », ajoute Patrick Saad, qui avoue qu’il aimerait qu’Hôtel Beyrouth permette « de rouvrir cette discussion, comment c’est bien d’avoir ces portes (ouvertes à l’immigration), car il y a ces belles histoires qui doivent être racontées. Je pense que ça va faire du bien. »

« On voulait mettre en lumière la solidarité qu’on retrouve au sein de la communauté (et des immigrants en général) », raconte l’artiste derrière l’idée originale. À ce propos, le propriétaire de dépanneur, M. Nguyen (Khai Tri), qu’on rencontre dans le deuxième épisode, jouera un rôle important dans la trajectoire de Samir.

Les parents de la famille Haddad, Nour (Christina Tannous) et Samir (Chadi Alhelou), avec M. Nguyen (Khai Tri). Photo : TFO

« Du début à la fin, c’est vraiment la question de comment on s’installe dans une nouvelle ville, comment on se reconstruit à travers le temps quand on a laissé derrière énormément de choses, pas parce qu’on le voulait, mais parce qu’on n’a pas eu le choix », raconte Josiane Blanc.

Malgré tout, Hôtel Beyrouth est une série légère, qui s’écoute bien en famille, alors que l’histoire couvre les enjeux de plus d’une génération. Elle peut aussi susciter des discussions dans les foyers, et même les familles qui ne sont pas issues de l’immigration pourront parfois se reconnaître. 

« On ne veut pas non plus tomber dans le cliché des victimes de guerre. On sent que les enfants vivent un choc culturel, un changement, mais on ne voulait pas aller trop là-dedans », explique Patrick Saad.  

Les enfants à l’honneur

Au cœur de la série, on retrouve l’adaptation des enfants, qui doivent s’intégrer à une toute nouvelle école avec des codes sociaux bien loin de ce qu’ils ont connu auparavant, tout en vivant eux aussi avec les souvenirs de la guerre.

Ils doivent composer avec le désir d’indépendance propre à l’adolescence, dans un foyer qui deviendra une porte tournante pour les membres de la famille qui débarquent graduellement au Canada.

Au ton léger de la série s’ajoutent donc quelques moments touchants, comme lorsque les enfants Fady (Elias Leo Asmar), Zeina (Jory Eldred) et leur cousin Christian (Elie Ibrahim) se demandent combien de temps ils vont rester au Canada, lors du premier épisode. Quand Zeina raconte que sa mère dit qu’ils retourneront au Liban quand la situation se sera calmée, Christian répond : « On m’a dit la même chose, mais ça fait trois ans, et on est encore là. »

Elie Ibrahim (à gauche) et Elias Leo Asmar (à droite) jouent deux cousins dans Hôtel Beyrouth. Photo : TFO

C’était tout un défi pour la production de recruter ces jeunes comédiens, qui devaient entre autres parler arabe et ne pas avoir d’accent québécois en français. Dans le cas de Zeina, la comédienne devait aussi savoir chanter.

Jory Eldred n’avait pas fait partie de la première ronde d’auditions, mais l’équipe s’est rappelée de cette jeune femme qui avait auditionné pour un tout autre projet l’année précédente. « On est retournés voir dans nos vidéos de casting et on l’a retrouvée », explique Josiane Blanc.

Dans le cas d’Elias Leo Asmar, le hasard a bien fait les choses. Sa mère avait auditionné pour le rôle de Nour, la mère de famille finalement jouée par Christina Tannous. En voyant qu’ils cherchaient un jeune garçon, elle a tout de suite proposé son fils. « Le lendemain, elle l’a emmené en audition. On auditionnait à la fois pour le rôle de Fady et le rôle de Christian. Elias avait appris les deux rôles par cœur (en moins de 24 h.) Dès qu’on l’a vu, on savait que c’était lui. Il crève l’écran. Il a un jeu tellement naturel. »

Dans la série comme dans la vie, l’appartement au Canada devient une plaque tournante pour les membres de la famille et les amis qui arrivent au pays. Photo : TFO

Hôtel Beyrouth fait partie de la sélection officielle du festival de films francophones Cinémania de Montréal. Les trois premiers épisodes y seront présentés le 8 novembre. Pour l’occasion, Patrick Saad se retient de les regarder. Il veut vivre le moment du dévoilement en direct avec ses proches, ceux-là mêmes qui ont inspiré la série. « Ça va être le fun de faire une réunion de famille des deux côtés, la famille de la production et la vraie famille. »

L’artiste multidisciplinaire n’a pas peur de voir le résultat final. « Je connais le travail de Josiane et Ania. Je sais que je vais aimer. J’ai vu les cinq premières minutes et j’ai adoré. J’ai lu les scénarios, je sais à quoi m’attendre. » De son côté, Josiane Blanc reconnaît qu’il y a un stress. « Est-ce qu’ils vont aimer ça? Est-ce qu’ils vont trouver ça authentique? On attend avec impatience le retour de la famille et de la communauté libanaise. On espère qu’ils vont se retrouver à travers les personnages. »

Une projection spéciale du premier épisode est également prévue à Ottawa le 4 novembre, dans le cadre de la semaine nationale de l’immigration francophone. L’événement de TFO et du Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario aura lieu dès 18 h au campus Lees de l’Université d’Ottawa, en compagnie de Josiane Blanc, Ania Jamila et Patrick Saad.

Le premier épisode d’Hôtel Beyrouth est disponible en rattrapage sur tfo.org. Les sept autres seront diffusés à la télé et mis en ligne tous les jeudis à 20 h.

Doug Ford promet un chèque de 200 $ aux Ontariens

TORONTO – Les contribuables qui ont payé leurs taxes en 2023 recevront un chèque de 200 dollars par la poste dès début 2025. Quelque 3 milliards de dollars seront répartis entre 12,5 millions d’adultes et 2,5 millions d’enfants. « Une aide bien méritée pour les aider à joindre les deux bouts », déclare le premier ministre ontarien, accusant la taxe carbone fédérale d’avoir impacté le coût de la vie.

Doug Ford a rendu officielle ce matin la remise de chèques de 200 $ aux contribuables, information que le Toronto Star avait divulguée deux semaines auparavant.

Chaque résident, âgé de 18 ans ou plus ayant payé ses impôts en 2023, est éligible pour recevoir ce chèque unique, à l’exception d’une personne en situation de faillite financière ou incarcérée en 2024. Avec un montant additionnel similaire par enfant. Une famille de cinq recevrait par exemple un montant de 1000 $.

« Nous faisons tout notre possible pour garder les coûts bas pour les familles ontariennes, mais la taxe fédérale sur le carbone et les taux d’intérêt élevés continuent de pénaliser les contribuables partout dans la province », a pointé du doigt le premier ministre, via communiqué.

Ce à quoi la cheffe du Parti libéral de l’Ontario Bonnie Crombie avait taxé de « stratagème ponctuel de la part d’un premier ministre » sur les réseaux sociaux. « Il a promis, sans succès, de réduire les impôts depuis plus de six ans. Plutôt que de tenter d’acheter votre vote lors d’une année électorale, les libéraux de l’Ontario réduiront les impôts de toutes les familles de la classe moyenne, et ce, de façon permanente ».

Une initiative dans un contexte électoral, non sans rappeler de précédentes faveurs fiscales du gouvernement avant les élections de 2022, comme l’élimination des péages, de frais de vignettes de plaques d’immatriculation, et la réduction de la taxe sur l’essence, faisant économiser aux ménages quelques centaines de dollars par année.

Selon Pedro Antunes, économiste en chef du Conference Board of Canada, la taxe carbone a pour visée de changer les habitudes de consommation des gens pour réduire les gaz à effets de serre. Contrer ça avec la réduction de la taxe sur les carburants de Doug Ford, est à l’opposé de cette incentive par exemple.

« Ces deux dernières années, la Banque nationale du Canada a essayé de ralentir l’économie pour contrer les effets inflationnistes. Quand on voit que cet argent est versé à toutes les bourses (et pas juste aux personnes à faible revenu), on pourrait se dire que la province devrait le retenir pour remettre le déficit en place et pour des projets à plus long terme dans l’éducation ou la santé où des pressions financières se font sentir. »

Selon cet expert, c’est une mesure très temporaire qui n’aidera pas à faire croitre l’économie.

« L’opposition à cette taxe sur le carbone est une approche très capitaliste de la part du gouvernement Ford et c’est devenu un argument politique pour les élections, avait précédemment commenté l’environnementaliste Yannick Beaudoin au micro d’ONFR. Selon la Cour suprême du Canada, il s’agit d’un prix sur la pollution, ‘une récompense carbone’, et pas juste une taxe. (…) Dans les faits, le contribuable reçoit plus d’argent que ce qu’il dépense ».

Le gouvernement a déclaré être en mesure de fournir cet allégement fiscal grâce à des revenus plus élevés que prévu, « en raison de l’impact de l’inflation sur les recettes de taxe de vente provinciale et de l’impact des récentes modifications à l’impôt sur les gains en capital du gouvernement fédéral ».

Élections : une première et du renouveau dans la continuité pour les Fransaskois

REGINA – Avec une première députée fransaskoise en 40 ans et une ministre aux Affaires francophones en moins, la réélection de Scott Moe du Parti saskatchewanais lundi pour un cinquième mandat amène quand même des changements à travers le statu quo gouvernemental pour les Fransaskois.

Lundi, Scott Moe a vu son parti récolter une cinquième majorité de suite, lui qui avait succédé comme chef à Brad Wall en 2018. Toutefois, les sièges que détenait le Parti saskatchewanais avant lundi soir, soit 43, ont fondu à 35, selon les plus récents résultats d’Élections Saskatchewan. 

« Notre équipe a entendu votre message », a déclaré Scott Moe, s’adressant aux habitants de la province qui n’ont pas voté pour lui ainsi qu’à ceux dont il a perdu le soutien lors des élections précédentes. « Nous devons faire mieux, et nous le ferons très certainement. »

De leur côté, les néo-démocrates auraient bondi de 14 à 26 sièges. La majorité nécessaire est de 31 sièges à l’Assemblée législative de la Saskatchewan. Le NPD a raflé l’ensemble des sièges dans les deux grands centres de la province, Regina et Saskatoon, alors que le parti de Scott Moe a remporté le restant de la province, excepté deux circonscriptions dans le nord.

« Nous n’avons peut-être pas franchi la ligne d’arrivée ce soir mais, mes amis, nous avons changé le paysage de cette province », a affirmé dans son discours lundi soir la leader néo-démocrate, Carla Beck.

Jacqueline Roy, pour le nouveau Parti démocratique de la Saskatchewan (NPD), est devenue la première Fransaskoise à faire son entrée à l’Assemblée législative à la suite de son élection dans Regina Nord-Est depuis Louise Simard, aussi au NPD entre 1986 et 1996.

« C’est évidemment quelqu’un qui connaît notre histoire et nos traditions. Donc évidemment, on va l’encourager à utiliser la langue de Molière dans la législature et pousser l’agenda francophone. Ça ajoute à l’histoire de notre communauté et on va continuer à bâtir là-dessus », salue le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) Denis Simard.

Toutefois, pour l’ACF, la ministre désignée aux Affaires francophones et à la Culture, Laura Ross, a perdu son siège dans Regina Rochdale, en plus des ministres de la Justice, Bronwyn Eyre et des Services sociaux, Gene Makowsky.

« C’est clair qu’hier soir, avec beaucoup de ministres qui ont été basculés, ça signifie que l’ACF et la communauté vont devoir renouer des liens et créer de nouvelles relations avec les nouveaux ministres. Ce nouveau cycle de personnes offre l ‘occasion d’être là dès le début », affirme Denis Simard.

Denis Simard est le président de l'ACF. Gracieuseté
Denis Simard, président de l’ACF. Gracieuseté

Le dossier des infrastructures scolaires se retrouve au haut de la liste pour la communauté fransaskoise, qui bénéficie actuellement de 15 écoles, un nombre insuffisant, soutient M. Simard.

« On a à peu près 12 000 jeunes considérés comme des ayants droit dans notre province, mais on a seulement des écoles pour 2000 jeunes. Ça nous prend des écoles pour les 10 000 autres, ce qui va être une énorme conversation. »

Dans les dernières années, dans le cadre d’une entente avec le gouvernement Moe, les Fransaskois ont réussi à obtenir la construction de trois nouvelles écoles. Par le passé, ils devaient se contenter d’anciennes écoles anglophones reconverties.

« Habituellement, ça prenait 10-15 ans avant qu’il y ait une nouvelle école qui était annoncée. Là, on en a eu trois dans une période de six ans. On va vouloir accélérer là-dessus (…) Peut-être qu’on peut aller en chercher cinq (écoles) dans les prochains cinq à six ans. C’est un objectif qu’on se donne », lance le président de l’organisme fransaskois.

Un autre dossier pointe le bout du nez : agir pour que les francophones au sein du système de santé comme les médecins pour qu’ils soient mieux connues par la population fransaskoise afin que celle-ci puisse avoir accès à des soins dans sa langue. 

« On a très très peu de services, bien que des gens dans le système de santé peuvent parler en français, mais ils sont rarement identifiés. On a d’énormes besoins de ce côté-là », lance-t-il.

Mary Simon a suivi 90 minutes de cours de français par semaine depuis sa nomination

OTTAWA — La gouverneure générale Mary Simon a suivi près de 228,7 heures de cours depuis sa nomination en 2021, soit une moyenne de près de 6 heures par mois, ou encore 90 minutes par semaine. 

C’est ce qu’a indiqué le bureau de la gouverneure générale à la suite de nos questions précisant que ces leçons de français ont coûté 34 592,33 $ aux contribuables canadiens. Nommée comme gouverneure générale en 2021 par Justin Trudeau, elle avait promis à ce moment d’apprendre le français, étant bilingue en anglais et en inuktitut. En décembre 2023, Rideau Hall affirmait qu’elle avait atteint à ce moment 184 heures de cours dans la langue de Molière.

Mary Simon affirme prendre des leçons de français chaque semaine. « Les critiques adressées envers mon français n’étaient pas vraies », a-t-elle dit dans une récente entrevue avec le Réseau de télévision des peuples autochtones.

« Je peux parler un peu français, mais je suis bien meilleure pour lire et comprendre le français », soutient-elle.

« Apprendre une langue à mon âge n’est pas facile, mais je le fais chaque semaine. Je prends des leçons chaque semaine à la fin de mes journées de travail. Je travaille à temps plein, alors que je ne suis pas à l’école à temps plein », se défend-elle.

Son inaptitude à parler français lors d’une visite dans un organisme de la région de Québec a fait l’objet de multiples reportages dans les dernières semaines dans les médias québécois. Cette dernière avait même dû annuler une autre visite dans un organisme de Québec suite à la controverse. 

Mais cette dernière a profité de sa visite dans la capitale québécoise pour passer une fin de semaine avec une famille francophone de trois enfants ne parlant pas anglais dans le but de « s’imprégner de la langue, de l’identité et de la culture et de se pratiquer à converser en français », signale Rideau Hall. 

Suite à cette visite, l’ancienne journaliste de CBC avait déclaré « comprendre l’importance du français pour les Canadiens et Canadiennes francophones » et que parler inuktitut « fait partie intégrante de son identité et de son engagement envers les langues autochtones ».

Dans son entrevue, Mary Simon soutient avoir été honnête dès le départ du processus de nomination pour trouver la successeure de Julie Payette « que j’étais bilingue, mais pas en français, mais que j’étais déterminé à l’apprendre ». Sur les critiques envers son français, Mme Simon considère que c’est important de « regarder qui elle est comme personne » avant tout.

« Pourquoi j’ai été nommée gouverneure générale? Parce que le Canada était prêt à nommer une gouverneure générale autochtone et j’avais cette expérience que les gens voulaient », avance-t-elle.

Récemment, c’est le mari de Mary Simon qui avait fortement repoussé les critiques des politiciens et médias qu’avait reçues sa femme concernant son français. Dans une longue publication sur Facebook, Whit Fraser avait qualifié les reportages des médias québécois concernant sa femme de « série croissante de conneries ».

Une semaine pour « redéfinir l’accès à la justice » 

Julia Ballerio-Dupé est conseillère bilingue en affaires publiques au sein du Groupe d’action sur l’accès à la justice (TAG). Elle est en charge de l’organisation de la semaine de l’accès à la justice. Son collègue, Jason Pichelli, est manager des relations externes au sein du Groupe.

La 9e édition de la Semaine d’accès à la justice débute ce lundi avec une série d’ateliers et de conférences qui seront proposés en ligne jusqu’à vendredi sur le site internet du TAG.

Être servi en français dans tout processus judiciaire n’est pas un long fleuve tranquille pour les Franco-Ontariens qui, en outre, sont confrontés à des disparités géographiques. Le TAG tente de fluidifier cet accès en s’appuyant sur un réseau de partenaires.

« Pouvez-vous expliquer ce qu’est le Groupe d’action pour l’accès à la justice? 

Julia Ballerio-Dupé : Il a été créé parce que nous avons plusieurs organisations en Ontario, plusieurs partenaires, qui s’occupent de faire avancer les choses en matière d’accès à la justice. C’est une manière de collaborer en se réunissant trois à quatre fois par an, se tenir au courant des opportunités de collaboration et les réaliser. 

Comment jugez-vous la situation de l’accès à la justice en français en Ontario? 

JBD : Il y a toujours des améliorations à faire. Un des problèmes, c’est l’accès aux ressources : les employés bilingues et les traductions, notamment. Cela peut créer des délais. On a beaucoup de partenaires comme l’AJEFO (Association des juristes d’expression française de l’Ontario) ou le Programme de pratique du droit qui font des efforts pour créer des ressources, essayer d’alléger ces délais. C’est aussi important de le mentionner aux avocats et aux juristes et parajuristes, car il y a beaucoup d’avocats qui ne sont pas en soi francophones, mais qui parlent français et pourraient offrir des services en français. Mais, soit ils ne sont pas à l’aise, soit ils ne sont pas conscients qu’ils peuvent le faire. C’est donc important de créer de l’information pour les encourager à le faire car cela pourrait beaucoup aider. 

Jason Pichelli : J’ajouterais qu’un autre problème se situe au niveau de l’aide juridique. Le seuil de bénéfice est trop bas. Elle n’est disponible que pour les personnes qui ont un salaire en dessous de 18 000 dollars par an individuellement, ou 50 à 55 000 pour une famille. C’est le cas en anglais aussi ,mais cela fait qu’il y a une tranche de la population qui ne peut pas avoir un avocat car c’est trop cher et ils ne qualifient pas pour les services d’aide juridique. 

Y a-t-il des disparités d’accès à la justice en français selon les zones géographiques en Ontario? 

JBD : Oui, c’est plus simple à Ottawa, où il y a plus de personnes bilingues par exemple. À Toronto aussi, c’est beaucoup plus présent. Il y a la FOLA (Federation of Ontario Law Associations) qui veut faire la promotion pour encourager les professionnels juridiques à aller dans les communautés plus éloignées, parce qu’il est vrai que les gens quittent souvent les campagnes pour aller en ville. 

Existe-t-il des incitations pour les avocats ou les personnes travaillant dans le droit afin qu’ils restent dans ces endroits plus éloignés?

JP : C’est une question compliquée. Depuis un an, la FOLA a demandé au barreau de faire de la recherche et des recommandations pour améliorer la situation. Nous sommes encore en train de faire cette recherche en partenariat avec d’autres organisations juridiques en Ontario. On essaie de savoir s’il y a des solutions qu’on puisse apporter pour répondre à ce défi.

De manière générale, en quoi consiste cette neuvième édition de la semaine de l’accès à la justice? 

JBD : C’est une semaine de conférences en ligne. Partout en Ontario et même au pays, on peut suivre les séances. Le but est de donner une vitrine pour l’accès à la justice. On parle évidemment des obstacles, mais surtout des solutions. Au sein du Groupe d’accès à la justice, nous échangeons entre nous, mais il faut savoir qu’il y a des professionnels de la justice qui ne font pas partie du groupe. C’est une manière de les tenir au courant en leur montrant ce qui se passe, ce qu’ils peuvent faire dans leurs communautés, mais aussi de créer des discussions et des réflexions sur la situation et ce qu’on peut faire pour l’améliorer. 

Parmi les activités offertes lors de cette semaine, il y a la possibilité de prendre un rendez-vous personnalisé pour un appel téléphonique avec un avocat francophone. En quoi cela consiste-t-il? 

JBD : C’est une initiative du Programme de pratique de droit de l’Université d’Ottawa en collaboration avec le Centre juridique de l’Ontario. On peut aller sur leur site internet, prendre leur numéro de téléphone et on a accès à une consultation gratuite de 30 minutes. Cela peut concerner n’importe quelle affaire judiciaire, cela reste confidentiel entre le professionnel juridique et la personne qui appelle. 

Quels sont les objectifs de cette neuvième édition? 

JBD : Le thème de cette année, c’est Redéfinir l’accès à la justice. C’est un gros thème, nous n’avons pas forcément l’ambition de tout redéfinir, mais c’est plus l’occasion de prendre le temps, de sortir de la routine quotidienne, de réfléchir, de voir les solutions novatrices. Cette année, il y aura beaucoup de séances qui porteront sur la technologie, notamment l’intelligence artificielle. On va aussi se pencher sur la place du français, la place des autochtones dans l’accès à la justice. Et aussi le travail pro bono que les avocats peuvent faire pour améliorer l’accès à la justice. » 

Gabrielle Lemieux, nouvelle voix forte des enseignants franco-ontariens

OTTAWA – Elle est le nouveau visage de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), mais est loin d’être une inconnue dans le milieu de l’éducation francophone. Gabrielle Lemieux a à son actif de nombreuses implications bénévoles que ce soit à la la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), ou à l’AEFO. Rencontre avec une enseignante passionnée du Nord qui souhaite miser sur la consultation et la collaboration.

« Vous venez d’accéder à la présidence de l’AEFO, depuis le mois de septembre. Quels sont vos objectifs?

Je veux m’assurer qu’on demeure proche des membres pour qu’au moment de faire nos revendications auprès des employeurs ou du gouvernement, on soit vraiment à l’affût de ce qui se passe dans leur quotidien.

Gabrielle Lemieux a été vice-présidente de l’AEFO pendant trois mandats avant de présider l’organisme en février dernier. Source : Compte X de l’AEFO

L’AEFO a récemment conclu des ententes avec le gouvernement pour le renouvellement des conventions collectives. Est-ce la fin de la bataille?

C’est sûr que c’est un début. Le cycle des négociations est perpétuel. Il y a des choses de notre côté ou de l’autre qu’on finit par laisser tomber pour arriver à une entente. Ce serait vraiment idéaliste de penser que c’est la fin. Nos revendications n’arrêteront pas, que ce soit au niveau du financement des institutions publiques, de la violence à l’école, de la pénurie de main-d’œuvre. Le travail de l’AEFO va bien au-delà des négociations.

En tant qu’enseignante, comment voyez-vous les nouvelles règles sur l’interdiction du vapotage et du cellulaire en classe?

C’est certain qu’il faut en parler et voir les mesures qui ont été mises en place. Je ne suis pas certaine que ça va vraiment attaquer le gros du problème. On est en train de mettre des solutions qui sont temporaires.

Ça ajoute au fardeau de la tâche d’enseignant d’avoir à gérer ces situations-là. Il est possible aussi que ces annonces soient là pour – peut-être – enlever le spotlight sur les coupures qui ont été faites en éducation.

Gabrielle Lemieux aux côtés de Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (à gauche) et Sylvain Ducharme, vice-président de l’AEFO (à droite) en octobre. Gracieuseté

On a assisté à une sorte de valse des ministres de l’Éducation : trois ministres en peu de temps. Cela inquiète-t-il?

On aurait besoin que ce soit plus stable, mais avoir un changement n’est pas toujours mauvais non plus. J’ai quand même espoir qu’avec un changement au niveau du ministère de l’Éducation on va peut-être voir quelqu’un plus à l’écoute et prêt à consulter davantage.

J’ai déjà eu l’occasion de discuter brièvement avec Mme Dunlop. On est entrées en poste toutes les deux à peu près en même temps, alors c’est aussi une belle occasion de pouvoir s’approprier des dossiers, de voir ce qu’on est capable de faire ensemble.  Sans être trop optimiste, il y a quand même des opportunités qui sont là.

Avez-vous bon espoir que, justement, ça se passe bien avec la ministre Dunlop par rapport à la question des francophones?

Mon souhait c’est qu’elle comprenne le système d’éducation francophone, ses enjeux et ses besoins particuliers. Il faut que le financement soit adéquat pour assurer la pérennité de ce système qui n’est pas le même que du côté anglophone. Je lui ai recommandé d’aller visiter des écoles francophones et surtout de miser sur la consultation. Il faut se fier aux acteurs qui sont sur le terrain et les partenaires à l’éducation, c’est essentiel.

Vous habitez maintenant à Ottawa. Comment se passe votre adaptation?

Même si je n’avais jamais vécu ici, je me sens quand même un peu chez moi. Quand j’étais jeune, j’étais impliquée dans la FESFO, et on venait souvent à Ottawa pour des réunions. C’est une grande ville, alors il y a quand même des moments où je rentre à l’épicerie et je réalise qu’ici c’est à peu près quatre fois la taille de celle de la maison. Mais je m’adapte bien pour le moment.

Gabrielle Lemieux, vice-présidente de l’AEFO, manifestant contre les coupes en éducation à Queen’s Park en 2019. Gracieuseté

Vous avez aussi dû arrêter d’enseigner. Est-ce quelque chose qui va vous manquer?

Je savais que quitter la salle de classe serait un sacrifice. Alors, pour moi, ce n’est pas une question de vouloir quitter la salle de classe, mais bien de pouvoir impacter celle-ci à un autre niveau. C’est ça qui m’a poussée à me présenter pour ce poste, mais de fermer la porte de ma salle de classe a quand même été difficile pour moi au mois de juin. Le contact quotidien avec les jeunes me manque tous les jours, mais je sais que le travail que je suis en train de faire avec l’équipe sera bénéfique pour eux aussi.

Pour revenir un peu sur ce que vous disiez plus tôt, en quoi consistait votre implication à la FESFO ?

J’y ai été impliquée dès la neuvième année, mais en été élue à la vice-présidence quand j’étais en deuxième année CPO. Je me suis investie assez jeune au niveau d’un organisme qui m’a donné des ailes pour mon implication communautaire. Pour s’engager, à la base de nos associations, il faut comprendre la gouvernance, les conseils d’administration, etc.

La FESFO m’a vraiment donné ce boost là au niveau du leadership. Je pouvais comprendre les enjeux et le fonctionnement de l’organisme. Ça a été un tremplin pour le reste de ma vie. Aujourd’hui encore, je leur suis très reconnaissante. C’est un organisme qui impacte considérablement la communauté francophone.

Présentation devant une centaine d’étudiantes et d’étudiants de la Faculté d’éducation d’Ottawa pour leur faire découvrir l’AEFO en octobre. Gracieuseté

Vous avez aussi été investie au niveau syndical comme présidente de l’Unité 57-Nord-Ouest publique pendant cinq ans, alors que vous étiez enseignante. Était-ce important pour vous de continuer votre engagement communautaire?

C’était extrêmement difficile de jongler entre un gagne-pain et une occupation bénévole! J’avais 27 ans quand j’ai été élue présidente au niveau de l’unité mais, ça aussi, ça m’a donné un tremplin vers le provincial, grâce à la compréhension du fonctionnement interne au niveau local. Ça m’a aussi fait réaliser l’importance du leadership féminin. Il n’est jamais trop tard pour s’impliquer. On donne ce qu’on peut. Se tenir informé et participer à des activités permet de garder une communauté en bonne santé.

Comment avez-vous eu la piqure pour l’enseignement?

J’ai eu des enseignants incroyables tout au long de mon parcours. Leur passion m’a inspirée. Même mes poupées, je les amenais pour leur faire l’école. Je voulais dès le début enseigner, mais ce sont vraiment des stages d’éducation coopérative au secondaire et des placements qui m’ont permis de cerner à quel niveau je voulais enseigner.

À l’université et à la FESFO, j’ai compris que je voulais enseigner au secondaire. J’étais très stimulée par le fait d’aller chercher des groupes de jeunes adolescents et les aider à développer leur leadership, à devenir des citoyens, pas juste de demain, mais aussi d’aujourd’hui.

Gabrielle Lemieux, alors présidente de l’Association des étudiants francophones de l’Université Laurentienne, à l’occasion de la manifestation contre la hausse des frais de scolarité en 2007 à Queen’s Park. Gracieuseté

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans le métier d’enseignant aujourd’hui?

C’est la lourdeur de la tâche dans un domaine où on ajoute constamment des initiatives. Je vais aller au-delà des enseignants, avec le personnel professionnel qui travaille dans nos des écoles : on n’arrête pas d’en ajouter sur leurs épaules. Et puis il n’y a pas un regard sur ce qu’on peut enlever pour compenser. Sans parler du poids sociétal qui s’est ajouté sur les écoles au niveau de ce qu’on inculque aux enfants au sujet de la violence, des bonnes valeurs citoyennes, etc. Ce qui est dommage, c’est aussi qu’on ne consulte pas assez et on ne respecte pas toujours le jugement de ces gens qui ont investi dans l’éducation et leur formation pour devenir des professionnels.

Gabrielle Lemieux en 2013 durant le Projet Outremer en Guinée Conakry animant un jeu coopératif. Gracieuseté

S’il y avait une chose à retenir de votre parcours, à ce jour, de quoi s’agirait-il?

Une chose qui m’a vraiment marquée ce sont les projets auxquels j’ai participé à travers la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants en Guinée-Conakry en 2013, puis en Haïti en 2016 et au Togo en 2018.

Ce qui m’a marquée, c’est vraiment ce travail de collaboration avec des syndicats d’enseignants dans les pays en développement qui n’ont pas accès nécessairement du perfectionnement professionnel. Ça a été une expérience incroyable, non seulement de voyager, mais aussi au niveau professionnel d’avoir la chance de travailler avec des experts en éducation qui viennent d’autres pays pour cibler leurs expertises puis apporter des choses plutôt canadiennes.

J’ai eu la sensation de faire partie d’une énorme famille ou d’un énorme réseau d’éducateurs au niveau international. Ce sont des événements qui m’ont ouvert les yeux et qui m’ont permis de travailler avec plein de collègues canadiens et à l’international. »


1984 – Naissance à Sudbury

1998 – Première implication à la FESFO

2008 – Début de carrière en enseignement à Dubreuilville

2012 – Élue à la présidence de l’Unité 57 – Nord-Ouest publique de l’AEFO

2024 – Élue à la présidence de l’AEFO

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Soccer : un duel ontarien sous haute tension pour une place en demi-finale

OTTAWA – Ce dimanche, l’Atlético Ottawa reçoit le York United FC en quart de finale de la Première ligue canadienne de soccer. Un match à élimination directe qui s’annonce électrique entre deux équipes qui ne s’apprécient guère. 

L’entraîneur de l’Atlético Ottawa avait balancé une bombe en conférence de presse le 6 octobre dernier, après une défaite 1-0 de son équipe sur le terrain des Torontois, en affirmant que ces derniers étaient l’équipe la plus faible des phases finales. Un commentaire qui avait beaucoup fait parler, vu la rivalité naissante entre les deux clubs et la domination de York sur Ottawa cette saison avec un bilan de trois victoires sur les trois dernières confrontations entre les deux équipes. 

Du côté des joueurs ottaviens, on essaie de ne pas se mettre de pression supplémentaire par rapport aux déclarations faites par l’entraîneur et on se concentre sur le match à jouer. 

« Honnêtement, cela me passe au-dessus de la tête, a confié Abou Sissoko en conférence de presse d’avant-match. Chaque personne a le droit de penser ce qu’elle veut. On respecte la décision d’une personne de s’élever et de dire quelque chose. On ne va pas commencer à la juger. C’est ce que notre entraîneur, avec beaucoup de respect, pense. D’autres pensent la même chose, mais j’imagine aussi que du côté de York, ils doivent penser qu’on est la pire équipe qui existe sur Terre. En fin de compte, ça reste le football, on est fair-play et on va essayer d’obtenir la victoire. »

Le dernier match entre les deux équipes a été très tendu avec l’expulsion du milieu de terrain Liberman Torres à la 25e minute pour un mauvais geste sur Edgar Martinez. Photo : CPL

L’avantage de l’expérience

Concentré sur la rencontre du jour, le milieu de terrain malien ne veut pas non plus dramatiser cette rencontre, même si l’enjeu est capital. Une défaite et la saison de l’Atlético Ottawa sera terminée. 

« Je ne trouve pas qu’il y ait un élément clé (sur lequel se focaliser), il faut le prendre comme un match comme les autres. Cela va être la cinquième fois qu’on va jouer contre York cette année, on se connaît parfaitement. On doit juste respecter le plan de jeu que l’entraîneur va mettre en place et prendre la victoire pour se qualifier. »

Ayant effectué un recrutement de haut niveau, en récupérant quelques-un des meilleurs joueurs de la ligue, lors de la dernière intersaison, le club de la capitale fédérale espère que l’expérience des phases finales que possède son effectif sera un élément clé pour remporter ce match. 

« Je ne suis pas le seul dans cette équipe avec l’expérience des playoffs, précise Abou Sissoko. Il y a Manu (Aparicio), Ballou (Tabla), Ollie (Bassett), Nate (Ingham) et aussi Didic qui ont joué les phases finales les années précédentes avec leurs équipes. L’équipe est prête, je sens que l’énergie sera positive cette fin de semaine.

L’expérience compte, poursuit-il, car plus on a de matchs de playoffs à notre actif, plus on sait comment terminer les matchs, comment gérer nos émotions. C’est sûr que le match contre York va être électrique. Il va y avoir beaucoup d’impact physique et ce n’est pas à exclure qu’il y ait des accrochages sur le terrain. Il faudra rester mature, rester concentrer et respecter l’adversaire sans trop les respecter non plus. C’est l’expérience qui permet tout cela et je suis sûr qu’on a les joueurs capables de le faire sur le terrain. »

Les Ottaviens voudraient prolonger la carrière de leur capitaine emblématique Maxime Tissot (au centre en bleu) avec deux matchs supplémentaires. Photo : Matt Zambonin/Freestyle Photography

Gagner pour Tissot

Un autre élément qui pourrait apporter un surplus de motivation aux Ottaviens, c’est l’annonce de Maxime Tissot de sa retraite à la fin de la saison. L’arrière gauche gatinois est une figure emblématique du club. Ses coéquipiers voudraient lui offrir une fin de carrière digne de ce nom en allant le plus loin possible dans cette phase finale. 

« Maxime reste un joueur très important dans l’effectif, un leader et un modèle pour tout le monde. C’est sûr que chaque match qu’on va jouer maintenant ce sera pour nos partisans, pour l’équipe, pour nos familles, mais aussi pour Maxime, pour lui rendre un dernier hommage. Aller le plus loin possible sera un très bel hommage pour lui. Ça commence dimanche, on va essayer de donner un très bon match. »

Le coup d’envoi de la rencontre sera donné à 13 heures ce dimanche après-midi à la Place TD d’Ottawa, où on n’attend une foule record pour cette rencontre à ne manquer sous aucun prétexte. 

« Mettre les accents… là où il le faut! » 30 ans après la bataille de l’accent d’Orléans

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

« Mettre les accents… là où il le faut! » Le refrain est bien connu en Ontario français. 30 ans après la fin de cette lutte franco-ontarienne historique, retour dans cette chronique sur la célèbre bataille de l’accent d’Orléans.

Orléans, à l’origine d’un nom

Orléans est fondé en 1860, au moment où la paroisse catholique Saint-Joseph est créée et qu’un bureau de poste ouvre ses portes. Le village agricole est en tout point typiquement canadien-français. Ses pionniers proviennent pour la plupart de la rive sud de Montréal. Avec le temps, le nom Orléans finit par s’imposer, même si l’origine du nom demeure inconnue avec certitude. Des légendes urbaines tenaces font croire que le nom proviendrait du premier curé de la paroisse, supposément originaire d’Orléans, en France, ou encore de la ville natale de l’épouse du pionnier Luc Major, qui a dessiné le premier plan en 1858 du village en devenir. Si le premier curé de la paroisse, Alphonse-Marius Chaîne était effectivement Français, il était originaire de la région des Hautes-Alpes, donc loin d’Orléans. Quant à l’épouse de Luc Major, Émilie Masson, la généalogiste franco-ontarienne Suzanne Labelle-Martin déboulonne le mythe dans son livre sur l’histoire d’Orléans, publié en 1984 grâce à ses recherches. Émilie Masson était plutôt originaire de Ste-Martine, sur la rive nord de Montréal. Donc encore plus loin d’Orléans, France…

Deux articles parus dans le journal Le Droit à l’époque. En haut : La décision en 1989 de la Commission de toponymie de l’Ontario de reconnaître  »Orleans » au lieu d’Orléans provoque l’ire de la communauté franco-ontarienne. En bas : Le conseiller municipal Franco-Ontarien de la Ville de Gloucester Royal Galipeau jette un pavé dans la marre en se questionnant sur pourquoi Orléans est orthographié sans accent, à l’anglaise, dans les documents de la municipalité. La bataille de l’accent durera une décennie. Crédit photo : archives Le Droit.

Une troisième hypothèse sur l’origine du nom Orléans serait que le premier maître poste du village, Jean-Théodore Besserer, aurait donné le nom d’Orléans au village en honneur de ses ancêtres allemands qui ont immigrés à l’Île d’Orléans, près de Québec, au XVIIe siècle. C’est une hypothèse plausible, certains villages en Ontario ont été nommés par le premier maître-poste. Quoi qu’il en soit, c’est l’hypothèse la plus crédible et le nom d’Orléans a fini pour perdurer dans le temps, malgré son origine incertaine.

Urbanisation

Le village d’Orléans, situé à une vingtaine de kilomètres à l’Est d’Ottawa, subit peu de changements jusqu’aux années 1970, et surtout 1980. À ce moment-là, le village rural et agricole majoritairement francophone est urbanisé à la vitesse grand V, avec la construction massive de domiciles par des promoteurs immobiliers. Orléans devient un lieu de prédiction pour les familles de la classe moyenne, pour la plupart employés de la fonction publique fédérale, qui souhaitent y acheter une maison et y fonder une famille. Le changement est rapide et drastique. La population triple. En l’espace de quelques années, les francophones passent de majoritaires à minoritaires.

La bataille de l’accent 

En 1982, le conseiller municipal de la ville de Gloucester, le Franco-Ontarien Eugène Bellemare, lance à des fonctionnaires du ministère des Transports et des Communications de l’Ontario que « mes concitoyens d’Orléans ne cessent de mettre un accent sur vos panneaux et vous ne vous corrigez pas ».

Deux ans plus tard, son collègue conseiller, le Franco-Ontarien Royal Galipeau, s’interroge sur l’absence d’accent aigu sur le nom d’Orléans dans les documents de la municipalité. Une querelle s’ensuit entre les conseillers franco-ontariens et les conseillers anglophones, qui estiment que s’interroger là-dessus est une perte de temps et que le nom devrait continuer à s’écrire sans accent.

La bataille de l’accent pour Orléans est alors bien entamée. Pendant les années 1980, c’est à coup de lettres et de pressions auprès des élus que les francophones réclament à la province de l’Ontario que le nom d’Orléans prenne officiellement un accent aigu, en reconnaissance de son passé francophone, de son histoire et de son patrimoine culturel. Certains militants franco-ontariens n’attendront pas et ajouteront, à l’aide de peinture, un accent sur les panneaux routiers. L’image est passée à l’histoire.

L’accent aigu sur la lettre  »e » ajouté avec de la peinture blanche sur le panneau bleu situé à l’entrée de la localité d’Orléans. Geste d’éclat de militants franco-ontariens pendant la célèbre bataille de l’accent. Photo mythique.

À la demande du député provincial de Prescott-Russell, le Franco-Ontarien Jean Poirier, la Commission de toponymie de l’Ontario est chargée d’étudier la question de ce dossier assez inhabituel et controversé. Sa décision, rendue en 1989, est qu’à la lumière de ses consultations, Orléans ne doit pas prendre d’accent, l’usage d’Orleans étant assez répandu et que de toute façon, la majorité des résidents d’Orléans sont dorénavant anglophones. La décision est très mal accueillie du côté francophone, qui y voit là un affront.

Les francophones d’Orléans se tournent donc vers les municipalités de Gloucester et de Cumberland afin de faire des résolutions réclamant le retour de l’accent sur le nom Orléans. Le territoire d’Orléans (qui n’est pas une ville) se trouve à cheval sur ces deux municipalités.

La bataille de l’accent retient l’attention médiatique et culturelle. Le compositeur Paul Demers s’en inspire lorsqu’il compose la chanson Notre place. La référence est explicite dans le refrain : « Mettre les accents… là où il le faut! » Comble, Demers mentionne même Orléans dans sa chanson.

Cette chanson (reconnue en 2017 par le gouvernement de l’Ontario comme l’hymne officiel provincial des Franco-Ontariens) est chantée pour la première fois à Toronto en 1989.

Les municipalités de Gloucester et de Cumberland adoptent coup sur coup l’année suivante des résolutions pour que le nom Orléans avec un accent soit reconnu. La Commission de toponymie de l’Ontario l’accepte.

Les résolutions de 1990 de la Ville de Gloucester et du canton de Cumberland pour l’accent sur Orléans. Crédit photo : archives de la Société historique du canton de Cumberland.

Une seconde résolution… ou mettre les points sur les i

Alors qu’on pensait le débat clos, les panneaux de signalisation, les cartes routières et autres documents gouvernementaux continuent d’aborder « Orleans », malgré les résolutions municipales.

À la Commission de toponymie de l’Ontario, on se défend en expliquant que les résolutions de 1990 font en sorte qu’Orléans est une forme acceptée d’orthographe, mais qu’Orleans continue de l’être aussi aux yeux de la province.

Afin d’y remédier et pour respecter le souhait initial des Franco-Ontariens, Cumberland et Gloucester adoptent de nouvelles résolutions en 1994, afin de demander à la Commission de toponymie de l’Ontario de reconnaître officiellement une seule orthographe pour le nom Orléans, soit celle en français, avec un accent. Bien que récalcitrante, la Commission de toponymie n’a d’autre choix que de respecter les nouvelles résolutions des municipalités. En définitive, il n’y aura donc qu’un seul nom officiel pour la localité, celui d’Orléans, avec un accent.

La résolution provinciale qui reconnaît l’orthographe officiel d’Orléans, avec un accent, en 1994, et qui met fin à la bataille. Notez bien à gauche l’inscription :  »Name change. Orléans not Orleans. Crédit photo : Le Chaînon et archives de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO).

C’est une reconnaissance de plus de leur identité que les Franco-Ontariens obtiennent avec la bataille de l’accent victorieuse. Le fondement de cette bataille toponymique tirait sa raison d’être de l’histoire et du patrimoine. La bataille de l’accent a frappé l’imaginaire collectif et s’est hissée, chanson de Paul Demers aidant, au rang de mythe franco-ontarien moderne.

Rappelant la décision de 1994, la Société franco-ontarienne de l’histoire et du patrimoine d’Orléans veille au grain depuis 2012 pour qu’Orléans continue d’être écrit avec un accent auprès de tous.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Plus de 50 films en français au Festival international du film de Windsor

WINDSOR – Le 20e Festival international du film de Windsor (WIFF) s’est ouvert jeudi soir avec la présentation de Bergers, de Sophie Deraspe. Cette projection donne le ton à l’événement, celui qui présente la plus grande quantité de films francophones lors d’un même festival au Canada, selon son site web.

C’est 54 productions francophones qui sont présentées d’ici au 3 novembre, entre autres grâce à un partenariat avec le Bureau du Québec. Les films en français constituent 25 % de la programmation totale du WIFF. « Le WIFF est ravi de pouvoir offrir à la communauté des options pour expérimenter un large éventail de films francophones chaque année », peut-on lire sur le site web du festival, qui affirme également qu’il s’agit de la plus grande programmation de films en français pour un festival au pays, incluant les festivals québécois.

On retrouve ainsi de grands succès québécois comme 1995 de Ricardo Trogi et Ababouiné d’André Forcier. Plusieurs films remarqués récemment dans d’autres festivals de l’Ontario comme le Festival international du film de Toronto (TIFF) et le Cinéfest de Sudbury sont aussi de la partie : Le comte de Monte-Cristo (Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaport), La petite et le vieux (Patrice Sauvé), Vous n’êtes pas seuls (Marie-Hélène Viens, Philippe Lupien) et le candidat canadien à la course aux Oscars, Une langue universelle de Matthew Rankin.

Philippe Lupien et Marie-Hélène Viens dans la saison 3 de La Cabine, réalisée par Joanne Belluco. Photo : ONFR

Au niveau des documentaires, on retrouve notamment La bataille de Saint-Léonard, de Félix Rose, et Le dernier Canadien français, du Québécois-Franco-Ontarien, Pascal Justin Boyer. La langue et l’identité sont au cœur de ces deux œuvres, bien qu’elles touchent à ses sujets d’une façon très différente, la première racontant une crise linguistique passée et la deuxième s’interrogeant sur le présent.

En plus des films francophones, les sections spéciales du WIFF incluent les documentaires, les réalisatrices féminines, les productions locales et les productions LGBTQ+, en plus de braquer les projecteurs sur des films mettant à l’avant l’architecture. Cette collaboration avec la Société d’architecture de la région de Windsor veut attirer l’attention sur des enjeux sociaux comme la gentrification, les espaces publics et le rôle que joue l’architecture dans le monde moderne.

Il n’y a pas que des nouveautés au WIFF. Les projections Anniversaire, Famille ou le Midnight Madness (la folie de minuit), par exemple, présentent des classiques qu’il fait bon de revoir sur grand écran.

Le WIFF, qui se présente comme l’un des événements culturels à la plus forte croissance dans le Sud-ouest de l’Ontario, se déroule jusqu’au 3 novembre, dans trois différents lieux de Windsor. La programmation complète se trouve sur son site web.

Élections anticipées : priorités francophones menacées?

TORONTO – Avec la reprise parlementaire teintée par le potentiel appel à une élection anticipée, des députés franco-ontariens craignent pour le suivi de projets de loi et de priorités sur lesquels ils sont engagés. Communautés francophones du Nord, offre active, Université de Sudbury ou pénurie de personnel bilingue, autant d’enjeux en attente risquant d’être abandonnés.

Le retour en chambre de l’Assemblée législative de l’Ontario cette semaine, après presque cinq mois de pause estivale, est marqué par le possible appel à une élection anticipée de la part du gouvernement.

Une décision qui mettrait dès lors fin à tous travaux parlementaires actuels. Dans l’expectative, certains députés franco-ontariens de l’opposition expriment des craintes quant à l’aboutissement de leurs projets de loi en cours.

La députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas, a indiqué s’inquiéter de voir le Projet de loi 173 sur l’épidémie de violence entre partenaires intimes stagner, renvoyé en commission après son adoption le 10 avril dernier.

« Nous savons depuis trop longtemps que la violence entre partenaires intimes est un problème trop fréquent. Est-ce que le gouvernement peut nous assurer que des solutions seront mises en œuvre dans les plus brefs délais pour les communautés francophones et les communautés du Nord? », avait-elle alors réclamé au gouvernement.

France Gélinas, députée franco-ontarienne de Nickel Belt, pendant la période des questions en chambre. Photo : capture d’écran/Assemblée législative

France Gélinas, qui se représentera pour sa circonscription, reste également concentrée sur l’accès aux soins primaires en français, le manque de médecins ou infirmières praticiennes francophones, le recrutement et la rétention des travailleurs de la santé.

Également dans sa ligne de mire, les écoles francophones qui manquent de personnel et qui ne sont pas entretenues, faute de budget, ainsi que le financement de l’université de Sudbury « pour, par et avec les francophones, pour desservir les francophones du Nord-est ».

Les enjeux de communautés francophones en attente

« Lorsqu’il s’agit de la date des prochaines élections, nous sommes à la merci du gouvernement, déplore Guy Bourgouin, le député de Mushkegowuk-Baie James. Nous proposons des solutions, c’est notre responsabilité en tant qu’opposition officielle. Mais si nous avons une élection en avance, les enjeux en attente des décisions du gouvernement resteront encore plus longtemps sans solutions. »

« Mes priorités sont celles de ma communauté, souligne le porte-parole en Affaires francophones de l’opposition officielle, indiquant se représenter aux prochaines élections provinciales.

La situation est encore plus difficile dans le Nord, et particulièrement pour les francophones.
— Guy Bourgouin

« Je me concentre surtout sur l’avancement des enjeux qui sont particuliers au Nord et aux communautés francophones. Partout où il y a des pénuries en Ontario, que ce soit pour des médecins, des enseignants, des lits de soins prolongés ou du financement pour les universités. La situation est encore plus difficile dans le Nord, et particulièrement pour les francophones ».

Selon la députée libérale d’Ottawa-Vanier Lucille Collard, « assurer une offre active de services en français n’est pas une priorité pour ce gouvernement. Que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé, ou de la justice – la communauté francophone est toujours une arrière-pensée ».

La députée franco-ontarienne d’Ottawa-Vanier Lucille Collard. Photo : Gracieuseté du Parti libéral de l’Ontario

« Je continuerai de partager les perspectives et les réalités de la communauté francophone en Chambre à la législature pour que le gouvernement les comprenne. »

Celle-ci espère que son Projet de loi 133, Loi de 2024 sur le Mois de la sécurité et de la protection de la vie privée des enfants en ligne, adopté en deuxième lecture, aboutira avant la fin du terme parlementaire, de même que le Projet de loi 41, qui a reçu la sanction royale, protégeant contre les dettes les victimes de la traite de personnes.

« J’exhorte le gouvernement à assurer sa mise en œuvre le plus tôt possible. Si cela n’arrive pas avant la prochaine élection, il y a un risque que cette loi, qui est si importante pour les survivantes de la traite des personnes, soit tablettée, ce qui serait une honte et une grande déception ».

Besoin d’infrastructures rurales

L’adjoint parlementaire aux Affaires francophones et député de Glengarry-Prescott-Russell, Stéphane Sarrazin, qui repartira lui aussi en campagne, indique vouloir améliorer les services en français dans tous les secteurs, et vouloir se concentrer sur la construction de logements et l’investissement dans les infrastructures.

Avant la fin de ce terme, le député de l’Est ontarien souhaite « finaliser des ententes pour la construction de plusieurs Maisons de soins de longue durée dans Glengarry-Prescott-Russell, continuer des discussions avec les municipalités pour faciliter le développement et obtenir du financement pour les projets municipaux : routes, eaux, égouts, etc… »

L’indépendant Michael Mantha, député franco-ontarien de Algoma-Manitoulin, souhaite plaider pour un financement adéquat aux petits hôpitaux dans les régions rurales du nord de l’Ontario, et pour un meilleur entretien des routes du Nord.

Michael Mantha, député franco-ontarien de Algoma-Manitoulin, qui siège en indépendant. Photo : Gracieuseté/Bureau de circonscription de Michael Mantha

Il prépare également un projet de loi d’initiative parlementaire « pour m’attaquer aux problèmes qui ont été cernés avec la privatisation des tests de conduite en Ontario. »

« Malheureusement, le gouvernement actuel a régulièrement utilisé sa majorité pour empêcher que de bons projets de loi d’autres partis ne soient présentés à l’Assemblée législative, note celui-ci. Le Projet de loi 13, sur des subventions aux résidents du Nord de l’Ontario pour frais de transport à des fins médicales, le projet de loi 67, sur la délivrance de permis et de règlements aux agences de soins infirmiers temporaires, le Projet de loi 27, sur la protection du territoire agricole, etc. Ils auraient profité aux gens de ma circonscription d’Algoma-Manitoulin et de partout en Ontario. »

Celui-ci précise qu’il prendra une décision finale avec son équipe dans les prochains mois quant à se présenter aux prochaines élections.

Surdose de musique et théâtre en Ontario français

Le théâtre et la musique sont au premier plan de l’agenda de cette semaine, dans le monde des arts et de la culture en Ontario. Que ce soit par le biais de la musique ou du théâtre, de nombreuses pièces cette saison rendent hommage à de personnages clés de la Belle Époque, du mouvement baroque et même la de mythologie grecque.

Feu Monsieur Feydeau! se poursuit sur scène au Théâtre français de Toronto

La nouvelle création du Théâtre français de Toronto Feu Monsieur Feydeau! s’empare de sa scène jusqu’au 3 novembre. La pièce, écrite et imaginée par Sébastien Bertrand, se produit dans un sanatorium à Rueil-Malmaison, dans lequel George Feydeau, maître incontesté du vaudeville, passe ses derniers jours. Alors qu’il se retrouve entouré de personnages excentriques de tous horizons, George Feydeau devient «  malgré lui, le personnage principal d’une farce inédite,  » selon le communiqué du Théâtre français de Toronto. Implacable et frénétique dans son rythme, l’hommage de Sébastien Bertrand au dramaturge de la Belle Époque est à la fois comique et tragique.

Photo : Mathieu Taillardas

Toronto, jusqu’au 3 novembre. Détails et billets sur le site du Théâtre français de Toronto.

Iphigénie à Pointe-Aux à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins

S’inspirant de l’héroïne grecque Iphigénie, le dramaturge et scénariste Gary Owen adopte une approche contemporaine de ce personnage fort et combatif afin de discuter des classes sociales, du féminisme et de la jeunesse d’aujourd’hui. Le personnage d’Iphigénie devient sur scène un symbole puissant de la rage féminine face aux contradictions sociétales imposées sur les femmes. La version présentée ici a été adaptée pour que l’action se déroule à Montréal, ce qui n’empêche pas les gens d’ici de comprendre les enjeux, comme l’avait confié la comédienne Virginie Charland à ONFR, au lancement de saison de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins. « C’est très situé, mais je trouve que le texte fait un bel écho à ce qui se passe à Ottawa. »

Photo : David Wong

Ottawa, jusqu’au 26 octobre. Détails et billets sur le site de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins.

Vernissage de l’exposition Le monde sans fin

L’Alliance française d’Ottawa propose une exposition tirée de la bande dessinée Le monde sans fin, de Christophe Blain et Marc Jancovici. Le vernissage aura lieu ce vendredi avec une soirée ludique exploitant les thèmes de l’oeuvre : les changements climatiques, les enjeux économiques et la transition énergétique. Cette exposition en trois axes (l’énergie, le climat et agir) est l’occasion de se réunir entre amis et en famille et ne manquera pas de susciter des conversations stimulantes autour du livre le plus acheté en France en 2022. Il sera possible de visiter l’exposition jusqu’au 13 décembre.

Photo : Alliance française Ottawa

Ottawa, le 25 octobre. Détails et programmation sur le site de l’Alliance française Ottawa.

So Long Seven débarque à Toronto

Ce quatuor talentueux équipé d’un banjo (Tim Posgate), d’une guitare (Neil Hendry), d’un violon (William Lamoureux) et d’un tabla (Ravi Naimpally) se réunit sur scène pour créer une riche fusion de sons provenant des Amériques, de l’Europe et de l’Inde, tout en incorporant du jazz et du blues classique, dans les locaux de l’Alliance française Toronto.

Photo : Krista Ellis

Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux chantent Haendel à Koerner Hall

Le duo soprano et contralto Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux s’empareront de la scène de Koerner Hall dimanche soir en compagnie du célèbre orchestre de chambre québécois Les Violons du Roy, sous la direction du directeur musical Jonathan Cohen, pour chanter une programmation entièrement dédiée aux compositions du maître de la musique baroque, Georg Frideric Handel.

Karina Gauvin (gauche). Photo : Michael Slobodian. Marie-Nicole Lemieux (droite). Photo : Geneviève Lesieur.

Toronto, le 27 octobre. Détails et billets sur le site du Royal Conservatory of Music.

Chicane linguistique aux Communes : « La question est en anglais »

OTTAWA – La Chambre des communes s’est échauffée jeudi. Un député conservateur ne semble pas avoir aimé que le ministre Jean-Yves Duclos ait répondu à sa question en français après qu’elle ait été posée en anglais.

« La question est en anglais, mais je m’écarte ». Les quelques mots du député conservateur Larry Brock ont plongé la période des questions à Ottawa dans un chahut pendant quelques instants. Après ces propos, le président de la Chambre des communes Greg Fergus a dû intervenir, appelant à l’ordre à plus d’une reprise.

Le ministre des Services publics et lieutenant du Québec pour les libéraux, Jean-Yves Duclos, avait insisté quelques instants plus tôt pour répondre « en français à quelque chose que mon collègue a déjà entendu à plusieurs reprises en anglais ». C’est alors que le député conservateur a rétorqué qu’il avait posé sa question en anglais, provoquant des huées en provenance des banquettes libérales.

« Je vais demander au collègue de reprendre sa question, mais c’est un fait de base que les questions peuvent être demandées en français ou en anglais et les questions peuvent être répondues en anglais ou en français » a tenu à rappeler Greg Fergus.

« Ce qu’on vient d’entendre, c’est une insulte à tous les députés francophones de cette chambre, incluant les députés conservateurs », a lancé en fulminant Jean-Yves Duclos, dans la langue de Molière.

Il a alors poursuivi en demandant à Larry Brock que « s’il ne pouvait pas répondre en français à une question dans cette Chambre, qu’il le répète à nouveau », se provoquant du même coup une salve d’applaudissements de ses collègues libéraux.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel événement survient dans le camp conservateur. La députée Rachel Thomas avait déjà demandé à la ministre Pascale St-Onge, lors d’une séance de comité, de lui offrir une réponse en anglais.

Le représentant conservateur s’est par la suite excusé sur X. Le ministre avait demandé des excuses après la période de questions, disant « avoir le droit comme député francophone de répondre en français à une question qui est en anglais ».

« Chaque membre du Parlement a le droit de s’exprimer dans la langue officielle de son choix et mon commentaire était inapproprié, et je m’en excuse », a écrit M. Brock.

À la fin de la séance, le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, avait invoqué un rappel au règlement, soutenant « avoir vu un manque de respect flagrant ».

« J’étais incapable d’entendre la réponse du ministre à cause de la commotion dans la Chambre. Le volume ne fonctionnait pas correctement dans mon oreillette, et c’est pour ça que j’ai fait cette référence », avait plaidé le député conservateur.

« Je reconnais clairement que chaque membre dans cette Chambre peut poser des questions dans les deux langues officielles », avait-il ajouté.

« On a tous compris ce qu’il a tenté de faire », avait alors lancé le député libéral Joël Lightbound, appelant Greg Fergus à ordonner à Larry Brock de s’excuser. Mais le président de la Chambre a refusé en clamant « qu’il en avait assez entendu pour passer à autre chose ».

Le Salon du livre afro-canadien veut faire voyager, tout en célébrant les auteurs d’ici

OTTAWA – Le septième Salon du livre afro-canadien (SLAC) se tient à Ottawa du 24 au 27 octobre. L’initiative de l’organisme Mosaïque interculturelle (MI) a su se tailler une place enviable parmi les événements littéraires en Ontario, étant le seul salon du livre francophone de la capitale. Le thème Voyage en francophonie évoque la diversité des territoires et des accents, qui se rejoignent tous dans un simple but : célébrer les mots et les livres.

Pour le président d’honneur, l’auteur Edem Awumey, il s’agit d’une occasion parfaite de montrer la francophonie dans toute sa diversité, avec une représentation des communautés afrodescendantes, qui sont souvent sous-représentées dans d’autres événements.

« On n’est plus une périphérie. Un événement comme ça ramène la culture afro-canadienne au centre du débat culturel », exprime-t-il en entrevue avec ONFR. Il insiste tout de même sur le fait que tout le monde est le bienvenu au SLAC.

Edem Awumey est le président d’honneur du Salon du livre afro-canadien 2024. Photo : Gracieuseté de Mosaïque interculturelle

La présidente-directrice générale de MI, Nicole Baptiste, raconte que les visiteurs en profitent souvent pour recevoir des suggestions de lecture personnalisées. Ils cherchent parfois un livre spécifique pour reconnecter avec une culture qui fait partie de leur identité, se remémorer un voyage ou se rapprocher de quelqu’un, par exemple dans le cas de grands-parents ayant des petits-enfants métissés.

La base reste tout de même pareille à n’importe quel autre événement du genre. « Les visiteurs sont surtout intéressés par l’auteur et par le livre, et engagent souvent une conversation autour du livre », explique Nicole Baptiste.

Une programmation qui ratisse large

L’événement débutera en accueillant une délégation malgache. L’autrice et les deux musiciens qui animeront la soirée d’ouverture avaient dû annuler leur présence au SLAC l’an passé, dû à des délais importants dans le processus d’obtention des visas qui leur permettrait de mettre les pieds en sol canadien.

Ce n’était que partie remise pour Nicole Baptiste, qui affirment qu’ils « sont tellement heureux de venir et de partager ce moment-là avec nous » cette année.

Parmi les autres moments forts de la programmation, elle note la soirée de poésie, qui en est à sa troisième édition. Également, l’exposition 500 ans de résistance autochtone, en collaboration avec les éditions Prise de parole, que Nicole Baptiste a découverte lorsque MI tenait un kiosque au Salon du livre de Sudbury.

« On cherche toujours ce qu’il y a de mieux à offrir au public et cette exposition m’avait vraiment frappée, à Sudbury. Alors on la présente cette année. »

Le SLAC est un moment pour les auteurs de sortir de leur solitude et de partager leur passion, souligne Edem Awumey. Photo de l’édition 2023, gracieuseté de Mosaïque interculturelle

Plusieurs sujets seront également abordés lors des nombreuses tables rondes, conférences et rencontres d’auteurs.

Entre autres, la table ronde Le français classique et le français populaire, jeudi après-midi, célébrera les dialectes et les accents de par le monde. « Ça fait un lien avec notre quotidienneté et avec la créativité de la francophonie. »

Samedi, En conversation avec Dre Lory Zephyr discutera de la santé mentale des mères. « C’est un sujet très pointu, mais en même temps très accessible pour le public », affirme la dirigeante de MI.

« On n’est pas que des rêveurs, ajoute Edem Awumey. Il y a aussi un sujet autour de la gestion des finances. On a aussi les deux pieds plantés dans la réalité. »

Parmi les autres thèmes abordés, on retrouve L’écriture afro en science-fiction et littérature fantastique, Mémoires d’ici et d’ailleurs, et la table ronde qui porte le thème de l’événement : Voyage en francophonie.

Pour Nicole Baptiste, la rencontre d’auteur à ne pas manquer est celle avec le président d’honneur. « Tous les auteurs sont à découvrir, mais particulièrement Edem, qui est de la région. Je pense que c’est important que le public vienne connaître ses auteurs. Car même nos communautés d’ascendance africaine ne connaissent pas leurs auteurs. »

Le principal intéressé tourne pour sa part les projecteurs vers l’hommage qui sera rendu à Maryse Condé, grande écrivaine décédée en avril dernier, à 90 ans.

« Il n’y a pas plus cosmopolite au monde que Maryse Condé. S’il y a un écrivain qui se lit à la fois comme un ancrage dans une culture afro et comme une ouverture au monde, c’est Maryse Condé », affirme celui qui ne croit pas qu’un tel hommage lui aurait été rendu au Canada si ce n’était du SLAC.

Un portrait de la journaliste et autrice Maryse Condé à la bibliothèque nationale de France, lui rendant hommage peu après son décès. Photo : Ludovic Marin / POOL via AP

L’hommage prendra la forme d’une table ronde et de lectures publiques d’extraits des textes de celle qui a « écrit le monde noir, ouvert au monde, tout simplement. »

Des activités jeunesse sont aussi proposées tout au long du salon.

« C’est important de rappeler l’existence de la littérature francophone, qu’il y a des personnes qui écrivent en français et qui produisent des œuvres extraordinaires. Et c’est important que les jeunes y aient accès, parce que c’est comme ça qu’ils vont avoir l’habitude de s’accrocher à leur langue, » plaide Nicole Baptiste.

« L’anglais envahit un peu tous les pays et la culture des jeunes, avec les réseaux sociaux. Je pense qu’un salon comme le nôtre et tous les salons francophones sont importants pour garder ce dialogue avec les jeunes au niveau de la littérature, leur donner cette opportunité de rencontrer des auteurs, de lire en français, d’écouter des histoires. Un lecteur se construit dès l’enfance. »

Toucher un plus grand public

« Le fait que nous sommes en Ontario, c’est-à-dire en situation de minorité linguistique, ça veut dire que notre public est un peu plus restreint. On doit faire beaucoup d’efforts de promotion pour aller chercher le public », avoue Nicole Baptiste.

C’est donc une agréable surprise de constater que les visiteurs viennent maintenant de Toronto, Montréal et d’autres villes canadiennes pour assister au SLAC.

Environ 2500 personnes ont participé au salon l’an dernier, incluant le public scolaire. Si les organisateurs espèrent bien sûr une foule nombreuse, Edem Awumey mise pour sa part sur la qualité des visiteurs et sur leur niveau de curiosité, pour que les auteurs puissent communiquer leur passion.

« Le visiteur peut être frappé par deux choses essentielles. D’abord, le nombre, la variété d’écrivains afro-canadiens qui existent, ne fût-ce que dans notre petite région. Ce ne sont pas des gens que l’on voit tout le temps. (…) Deuxièmement, ils sont frappés par la qualité du travail. »

Le président d’honneur lance ainsi un clin d’œil aux médias, qui doivent diversifier leurs sources plutôt que de toujours parler aux mêmes personnes, selon lui.

Le kiosque de l’Association des auteurs et auteures de l’Ontario français au Salon du livre afrocanadien 2023. Photo : Gracieuseté de Mosaïque interculturelle

En plus du rappel que des auteurs francophones se trouvent aux quatre coins du monde, Edem Awumey et Nicole Baptiste croient que le thème Voyage en francophonie est bien à propos. La PDG de MI raconte que les livres l’ont fait voyager bien avant de quitter son Haïti natale.

Le président d’honneur, né au Togo et ayant vécu en Europe avant de s’installer à Gatineau, entretient aussi un lien personnel avec le thème. « Ça m’a ramené au lieu de la naissance. Ça fait bientôt 20 ans que je vis au Canada. (…) C’est comme un rappel de là d’où l’on vient. Je parle de l’univers langagier. Si j’ai écrit, moi, c’est que j’ai pu lire très tôt des écrivains francophones. »

Le SLAC se déroule dans l’édifice du 435 rue Donald, à Ottawa, jusqu’au 27 octobre.

Ottawa réduira l’immigration, mais augmente sa cible en immigration francophone

OTTAWA – Le gouvernement fédéral a annoncé jeudi qu’il abaissera de plus de 100 000 le nombre d’immigrants qu’il accueillera pour les deux prochaines années au Canada, mais qu’il augmentera ses cibles en immigration francophone hors Québec.

Dans un communiqué, le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté précise que sa cible en immigration francophone hors Québec sera de 8,5 % en 2025, 9,5 % en 2026 et 10 % en 2027. Il s’agit d’une hausse par rapport aux niveaux annoncés en 2023 par le ministre de l’Immigration, Marc Miller. Ce dernier avait annoncé l’an dernier que le pourcentage de nouveaux arrivants francophones hors Québec au pays seraient de 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026. Il avait toutefois laissé la porte à l’augmenter par la suite, comme c’est le cas aujourd’hui.

L’augmentation de la cible en immigration francophone :

  • 2025 : de 7 % à 8,5 %
  • 2026 : de 8 % à 9,5 %
  • 2027 : 10 %

Concrètement, cela veut dire que le fédéral compte accueillir 33 575 résidents permanents francophones hors Québec en 2025, 36 100 l’année suivante et 36 500 en 2027, une augmenation qui vise à « contribuer à la vitalité du français » hors du Québec, a indiqué Justin Trudeau en conférence de presse.

Dans un communiqué jeudi, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a salué « les efforts effectués par le gouvernement » alors que la Société Nationale de l’Acadie « se réjouit de la prise en compte de nos besoins spécifiques en immigration ».

La FCFA demande depuis plusieurs années une cible de 12 %, estimant que c’est le seuil minimal pour pouvoir freiner le déclin démographique des francophones. La Loi sur les langues officielles, modernisée en 2023, oblige d’ailleurs le fédéral à ramener le poids des francophones hors Québec à 6,1 % alors qu’il est de 3,4 % selon les plus récentes données du Recensement de 2021.

Marc Miller soutient que son ministère « continue de pousser très fort » pour favoriser l’établissement d’immigrants francophones hors Québec, mais ne veut pas « induire en erreur » en y allant trop rapidement.

« Le 10 % est très ambitieux pour un gouvernement qui n’a jamais nécessairement rencontré même le 4,4 % (…) C’est significatif et c’est plus de trois fois ce que l’on faisait il y a quelques années, » a-t-il commenté, faisant référence aux échecs dans le passé de cet objectif fédéral.

Il plaide toutefois que l’immigration « n’est pas la solution à tout, mais que c’est une des grandes solutions » pour freiner le déclin du français hors du Québec. Il existe des défis « d’intégration », car il s’agit « de beaucoup de personnes dans des communautés qui sont somme toute assez petites ».

« Il y a des défis d’arrimer ces gens-là avec du travail dans les communautés pour ne pas qu’il migre par la suite à Montréal et à d’autres places où le français prédomine, ce qui ne contribue pas à l’épanouissement du français hors du Québec », a dit le ministre devant les journalistes.

Réduction de l’immigration

Aux côtés de Marc Miller, le premier ministre Justin Trudeau a aussi annoncé, jeudi matin, une réduction de 21 % du nombre d’immigrants pour l’année 2025, et de 24 % en 2026, par rapport aux cibles annoncées l’an dernier.

Il y a près d’un an, Marc Miller avait indiqué que le fédéral comptait accueillir 500 000 immigrants par année en 2025 et 2026. Il n’avait pas précisé de cible pour 2027.

Cette année, en 2024, le nombre anticipé de nouveaux arrivants est de 485 000.

La réduction en chiffres :

  • 2025 : de 500 000 à 395 000 immigrants permanents
  • 2026 : de 500 000 à 380 000 immigrants permanents
  • 2027 : 365 000 immigrants permanents

Un récent sondage de la firme Environics Institute conclut que plus de la moitié des Canadiens, soit 58 %, considèrent que le fédéral accepte trop d’immigrants, une hausse de 14 % par rapport à 2023. Il s’agit du changement le plus rapide sur une période de deux ans depuis 1977, soit depuis que la firme de sondage pose la question aux Canadiens.

Reconnaissance de Doug Ford, drapeau franco-ontarien, crise à la Laurentienne : l’AEF fête ses 50 ans

SUDBURY – Le 23 octobre 1974 naissait l’Association des étudiants et étudiantes francophones de l’Université Laurentienne (AEF) à Sudbury. 50 ans plus tard, l’organisme est encore bien vivant, même s’il se remet encore de la crise qui a secoué l’établissement en 2021.

Aujourd’hui marque le cinquantième de l’AEF sur le campus avec, en après-midi, une activité conçue en partenariat avec le Centre franco-ontarien de folklore, visant à célébrer l’héritage francophone de l’organisme.

Ce sera aussi l’occasion de dévoiler des certificats de reconnaissance émis le 1er janvier 2024 par plusieurs hauts dignitaires, tels que le premier ministre Doug Ford, le député Jamie West et la députée France Gélinas.

« On ne peut pas croire qu’on a réussi à faire ça, parce que d’habitude, Doug Ford et les conservateurs ne reconnaissent pas souvent les francophones », confie Emily Benedicic, coordinatrice aux événements pour l’AEF.

Celle-ci souligne également le rôle particulier de l’AEF sur la scène franco-canadienne : « Ce que ces certificats reconnaissent, c’est que nous sommes la seule et unique association étudiante 100 % francophone à l’extérieur du Québec qui a atteint ses 50 ans. Même à l’Université d’Ottawa, ce sont des associations bilingues ».

Emily Benedicic, coordinatrice aux événements pour l’AEF, est une passionnée de l’histoire franco-ontarienne. Source : Capture d’écran Youtube/Laurentienne

L’AEF a fait du chemin depuis ses débuts, dans un contexte marqué par une certaine méfiance envers les mouvements de revendication des francophones dans les années 60-70.

« Le fait qu’une telle association ait vu le jour sur le campus de la Laurentienne, c’était un signe fort du militantisme franco-ontarien à Sudbury », estime Nawfal Sbaa, président sortant et délégué à l’AEF.

Création du drapeau franco-ontarien

Parmi les moments marquants de son histoire, il y a le rôle important qu’a joué l’AEF dans le processus de création du drapeau franco-ontarien.

Ce fut Michel Dupuis, un étudiant de l’Université Laurentienne et membre de l’AEF, qui avait appuyé Gaëtan Gervais pour la conception du drapeau vert et blanc en 1975.

Jacqueline England, également membre de l’AEF, avait pour sa part cousu ce dernier, qui a été hissé pour la première fois le 25 septembre 1975 devant l’Université de Sudbury, alors fédérée à celle de la Laurentienne.

Des décennies plus tard, en 1992, c’est le début d’une vraie reconnaissance sur la scène provinciale : l’AEF obtient un statut officiel. « C’est là où il y a eu un vrai revirement, c’est devenu un engagement plus formel, plus officiel », continue M. Sbaa.

Le drapeau franco-ontarien célébré à l’Université Laurentienne par des membres de l’AEF. Crédit image : Inès Rebei/ONFR

Le difficile après crise

Le principal défi aujourd’hui reste de susciter de l’engagement auprès des jeunes étudiants francophones. Leur nombre a drastiquement diminué après la crise de 2021, qui a vu la suppression de 76 programmes, dont 28 programmes en français.

« On a un grand manque d’engagement et de participation. »
— Emily Benedicic

L’AEF reçoit une bonne part de son financement des frais d’inscriptions des étudiants francophones, si bien qu’elle avait perdu le tiers de son financement après que l’Université Laurentienne se soit placée sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Néanmoins, l’organisme dit avoir eu, cette année, une augmentation de 12 % de sa membriété par rapport à 2022 et vu une stagnation au niveau des inscriptions. Répondant à la question de la relation liant, aujourd’hui, l’organisme avec l’établissement, Emily Benedicic répond : « En gros ça va bien, mais il y a encore des défis à relever avec les francophones ».

« On a un grand manque d’engagement et de participation et je ne sais pas si ce n’est pas aussi dû à la manière dont on fait la promotion de nos événements », se questionne encore celle qui travaille à l’AEF depuis le mois d’août.

Nawfal Sbaa est le président sortant de l’Association des étudiants et étudiantes francophones de la Laurentienne. Crédit photo : Inès Rebei/ONFR

Réconciliation et tournant multiculturel

C’est aussi sous l’initiative de l’AEF qu’un lever de drapeau franco-ontarien a lieu, depuis 2022, tous les 25 septembre sur les terrains de l’Université Laurentienne, en parallèle avec celui de l’Université de Sudbury.

Marque d’une réconciliation bien entamée avec les organismes francophones, l’AEF participe depuis 2022 aux événements organisés par le Réseau de soutien à l’immigration francophone du nord de l’Ontario et vient d’en devenir un membre à part entière.

Pour souligner son adhésion, celle-ci tiendra une foire le 6 novembre prochain dans le cadre de la Semaine nationale de l’immigration francophone, en collaboration avec le Réseau du nord, afin de mettre en avant les ressources disponibles pour les francophones.

L’année 2022 marque aussi un véritable tournant pour l’organisme, qui revisite son orientation afin de refléter les changements au sein de la francophonie sudburoise, qui se diversifie avec l’arrivée de nouveaux immigrants francophones.

L’AEF a fait appel, en décembre dernier, à l’artiste Mique Michelle pour la création d’une nouvelle murale pour célébrer le 50e de l’AEF à l’EntreDeux, lieu de rassemblement sur le campus pour les étudiants francophones. Source : Facebook/AEF

Semaine de l’Histoire noire en février, semaine francophone internationale en mars, semaine de l’éducation francophone, Franco-Halloween, Franco-Valentin, Franco-femme de l’année : autant de nouveaux événements qui démontrent une volonté pour l’association de se mettre à la page.

Pas juste une association locale

L’AEF d’aujourd’hui dit voir les choses en grand. Quelques mois plus tôt cette année, en mars, l’association avait organisé un Gala pour souligner son 50e en avance et avait réuni près de 300 personnes, y compris des députés provinciaux et fédéraux.

« L’AEF ne se définit plus uniquement comme une association étudiante locale. »
— Nawfal Sbaa

« Il y a des gens qui se sont demandé : ‘c’est juste une association étudiante, comment peuvent-ils faire un Gala ?’ Mais on était agréablement surpris par la réussite de la soirée », se souvient Mme Benedicic.

Lors du Congrès annuel de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario (AFO), qui s’est tenue la fin de semaine passée, une motion avancée par la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) demandait que l’AFO vienne en aide à l’AEF.

Cette motion, qui a été adoptée lors de l’assemblée générale, stipulait que l’organisme porte-parole des francophones devait mettre en œuvre des initiatives afin de veiller à ce que l’AEF ne soit pas amalgamée.

La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants est un syndicat national bilingue composé de plus de 530 000 membres, représentés par plus de 65 syndicats étudiants de collèges et d’universités du Canada. Crédit photo : Inès Rebei/ONFR

En outre, l’AEF est membre de la Fédération des étudiants canadiens et canadiennes et a obtenu le mandat de Commissaire aux Affaires francophones pour les deux prochaines années, après avoir remporté des élections en 2023.

L’organisme participe aux semaines de lobbying à la fois à Queen’s Park et sur la colline d’Ottawa, afin de défendre les intérêts des étudiants francophones.

« L’AEF est ouverte aux collaborations avec d’autres organismes et ne se définit plus uniquement comme une association étudiante locale, mais veut jouer un rôle important en Ontario francophone », finit Nawfal Sbaa.

Sauvegarder la voix des pionniers franco-torontois

TORONTO – La Société d’histoire de Toronto (SHT) lance une campagne de financement participatif pour réaliser une série de balados relatant des mémoires historiques francophones. L’objectif, collecter les témoignages de pionniers qui ont œuvré, autour des années 70 et 80, aux fondations des institutions francophones, pour constituer des archives de l’effervescence franco-ontarienne de la capitale économique.

« Nous nous sommes équipés pour capturer des entrevues avec des acteurs de la communauté francophone qui ont travaillé dur pour créer des centres francophones, des cliniques médicales, des conseils scolaires, etc. pour les générations futures, avant que ces histoires ne disparaissent avec leurs détenteurs », nous expliquait quelques mois auparavant Rolande Smith, la présidente de la SHT.

Conserver la mémoire de ces pionniers francophones, un projet qu’avait à cœur l’ancienne présidente Lisette Mallet, décédée en janvier 2023.

C’est depuis ce début de semaine que l’organisme a lancé un appel aux dons en ligne pour son projet « Sauvegarde des voix franco-torontoises », espérant récolter la somme de 4000 dollars pour le projet pilote, la création d’un premier récit audio.

Le premier enregistrement mettra en lumière l’histoire de l’acteur et chanteur Robert Godin, « un des rares artistes francophones à avoir vu le jour à Toronto en 1946 » et à avoir mené une grande partie de sa carrière dans la ville reine. Sa carrière est étroitement liée à l’essor du Théâtre français de Toronto, ayant fait partie du tout premier spectacle en 1967.

La vice-présidente de la SHT, Catherine Frelin, explique qu’il s’agira de créer une série qui se découpera en trois volets. Le premier, sur les pionniers francophones de Toronto, explorera les contributions réalisées dans différents domaines tels que la culture, les affaires et la politique.

« Il est important de recueillir les témoignages de ces personnes aujourd’hui aînées, qui ont participé à la mise en place des services en français à Toronto »
— Catherine Frelin

Le second volet s’attachera à rassembler des témoignages sur la préservation de la langue et de la culture via l’éducation, retraçant notamment la genèse des conseils scolaires et les batailles qui se sont jouées à Toronto pour conserver un enseignement de qualité en français.

Enfin, le dernier s’intitulera Inclusion, les voix qui résonnent encore et qui sont en train de s’écrire, avec des conversations de Franco-Torontois de tous horizons, « pour donner la parole à l’immigration francophone et écouter des expériences authentiques des différentes communautés de la ville reine ».

Une fois l’achèvement des premiers balados, produits professionnellement grâce au financement participatif, l’organisme prévoit de faire des demandes de financements publics pour développer ces archives et les diffuser sur les différentes plateformes.

Quelle place pour la francophonie canadienne dans la révision du mandat de Radio-Canada?

Alors qu’Ottawa doit prochainement déposer un projet de loi visant à revoir le mandat de Radio-Canada, les organismes francophones estiment que le fédéral doit renforcer l’aspect francophone en milieu minoritaire au sein de la société d’État sous trois axes : son mandat, sa gouvernance et son financement.

Mardi, le gouvernement Trudeau a procédé à la nomination de Marie-Philippe Bouchard comme PDG du radiodiffuseur public, elle qui entrera en poste pour un mandat de cinq ans à partir de janvier 2025. Cette nomination est « la première étape dans tout le travail qu’on doit accomplir pour assurer la pérennité de CBC/Radio-Canada », a indiqué la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, hier lors de l’annonce.

« Je veux m’assurer que CBC Radio-Canada est bien positionnée pour affronter les prochaines décennies, dans un contexte où les médias ont beaucoup de difficultés à garder leurs revenus au niveau de la publicité, et dans un contexte où, plus que jamais, on a besoin d’avoir de l’information fiable au Canada », avait-elle détaillé comme démarche au printemps dernier.

Marie-Philippe Bouchard a été confirmée comme PDG de Radio-Canada/CBC. Photo : LinkedIn / Marie-Philippe Bouchard

Tout ce processus s’enclenche alors que le Parti conservateur et son chef Pierre Poilievre se sont engagés à couper le financement de la CBC, mais pas son penchant francophone à Radio-Canada. Sur ce sujet, l’actuelle PDG de Radio-Canada, Catherine Tait, affirmait que de couper dans le penchant anglophone sans affecter celui en français ne serait pas possible.

« C’est certain que ça nous inquiète, affirme Marie-Christine Morin de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) sur le mouvement de définancement. On va vouloir s’assurer (dans le nouveau mandat) que Radio-Canada soit forte et autonome en français et qu’on n’ébranle pas cette partie-là ».

Un rôle dans la préservation du français

Les organismes francophones hors Québec réclament notamment à ce que le nouveau mandat de Radio-Canada reflète la réalité du paysage linguistique de 2024.

« Le mandat revu doit bien positionner Radio-Canada comme l’antenne qui réunit la francophonie canadienne et permettre aux Québécois de mieux connaître nos communautés. Il y a encore du travail à faire de ce côté-là », pense la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy.

Les organismes représentant les francophones hors Québec affirment avoir rencontré la ministre St-Onge, ainsi que les fonctionnaires sur le dossier, pour faire part de leurs attentes.

« On veut s’assurer que Radio-Canada, dans son mandat, soit très claire au niveau de son rôle clé dans le développement et l’épanouissement des communautés linguistiques. C’est central à la pérennité de nos communautés et il va falloir que ça soit explicite. Quand ce n’est pas noir sur blanc, c’est parfois oublié », rappelle Marie-Christine Morin de la FCCF.

La version modernisée, en juin 2023, de la Loi sur les langues officielles, oblige la société d’État a en faire plus concernant la protection du français au pays, mais aussi de consulter davantage les communautés francophones en milieu minoritaire, évoque le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge.

« On doit s’assurer que dans le nouveau mandat, on respecte et tienne compte des besoins des communautés francophones en milieu minoritaire à l’échelle du pays et qu’elles soient en mesure de se voir et de s’entendre à la chaîne de Radio-Canada », mentionne-t-il.

La FCCF et la FCFA exigent aussi une plus grande présence de francophones hors Québec au sein de la haute gestion de Radio-Canada, notamment au conseil d’administration.

Pascale St-Onge
La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, est chargée de revoir le mandat de Radio-Canada. Crédit image : Stéphane Bédard

La présidente de la FCFA donne en exemple le spectacle du 15 août dans le cadre de la Fête de l’Acadie. Radio-Canada avait annoncé au départ qu’elle ne ferait pas de diffusion en direct en 2024, comparativement aux autres années. Le radiodiffuseur avait finalement reculé et avait diffusé le spectacle, qui se déroulait aussi en plein milieu du Congrès mondial acadien.

« C’est le genre des choses où l’on se demande qui prend des décisions. Quelqu’un de sensé qui s’y connaissait savait que ça lèverait un tollé », soutient Liane Roy.

Les organisations indiquent que toute sorte de rapprochement possible entre le côté anglophone et francophone se doit d’être surveillé de très près.

« Il ne faut pas des pupitres d’affectation bilingues, il faut garder ça séparé. Parce que ça, ce serait problématique », considère la présidente de la FCFA. 

Catherine Tait avait plutôt précisé qu’il s’agissait d’une « harmonisation » des ressources. Quant à elle, la ministre Pascale St-Onge avançait « que d’aucune façon, la programmation francophone, que ce soit au Québec ou à l’extérieur du Québec, ne sera affectée par une modernisation quelconque de CBC Radio-Canada ».

Menace de grève pour 452 professeurs de collèges francophones de l’Ontario

TORONTO – Les membres du personnel scolaire des 24 collèges publics de l’Ontario, dont le Collège Boréal et La Cité, ont voté à 79 % en faveur d’un mandat de grève. Le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO-OPSEU), qui les représente, espère négocier de meilleures conditions salariales, sans quoi, il déclencherait une action syndicale. Environ 452 professeurs des collèges francophones de l’Ontario pourraient se retrouver en grève.

« Une écrasante majorité des plus de 15 000 membres ont clairement fait savoir qu’ils n’accepteront pas un contrat saturé de concessions », avait déclaré dans un communiqué Michelle Arbour, présidente par intérim de l’équipe de négociation du personnel scolaire des collèges.

En fin de semaine dernière, 76,1 % des membres ont voté, dont 326 électeurs du corps professoral du Collège à La Cité et 126 du Collège Boréal, atteignant une majorité de 79 % autorisant une action de grève, si un accord n’est pas trouvé durant les négociations entre le syndicat et le Conseil des employeurs des collèges (CEC).

« Certains de nos membres font du travail au-delà de leurs contrats, et notre libellé sur la charge de travail est dépassé puisqu’il n’a pas changé depuis 40 ans », a soutenu Michelle Arbour. Selon celle-ci, l’employeur a déposé des propositions qui équivalent à des réductions salariales en temps réel, et qui s’opposent à la sécurité d’emploi.

« Parce qu’ils travaillent avec des contrats de courte durée, avec peu ou pas d’avantages sociaux ni de sécurité d’emploi, les trois quarts du personnel enseignant, des conseillères, des conseillers et des bibliothécaires des collèges de l’Ontario ont du mal à joindre les deux bouts. »

« Personne ne souhaite vivre et travailler dans de telles conditions. Non seulement la main-d’œuvre précaire n’équivaut pas à de meilleures conditions d’apprentissage, mais elle illustre surtout le fait que les collèges ont changé leurs priorités, c’est-à-dire qu’ils ont délaissé l’expérience étudiante pour faire la course au profit. »

Les deux premières rondes de négociation, qui ont eu lieu avec un médiateur nommé par le ministère des Collèges et Universités, n’avaient pas abouti à un accord mutuel pour une nouvelle convention collective.

Une porte-parole du syndicat nous indique que si l’équipe de négociation utilise le mandat de grève et déclenche une action syndicale, « ce qui peut se produire à tout moment », environ 452 professeurs des collèges francophones de l’Ontario seraient impliqués.

Une nouvelle rencontre est prévue le 28 octobre prochain, durant laquelle les négociations se poursuivront, à moins d’une impasse entre les deux parties.

Une 17e édition du Festival Objectif Cinéma aux parfums franco-ontariens

ORLÉANS – Organisé par le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), le Festival Objectif Cinéma Desjardins revient pour une 17e édition avec, parmi ses 15 films et documentaires à l’affiche, trois productions franco-ontariennes, plus un court métrage de la réalisatrice locale Nicole Blundell. 

L’événement se déroulera du 5 au 10 novembre dans un tout nouveau lieu, à l’auditorium Béatrice-Desloges, comme l’a confié à ONFR Anne Gutknecht, la directrice artistique du MIFO. 

« Sans être un cinéma, ça en a tout le luxe et l’équipement, explique-t-elle. C’est une école secondaire d’Orléans qui a la chance d’avoir un auditorium de 500 places, bien équipé. C’est sûr qu’on n’est pas dans un cinéma, pour la deuxième année de suite – la troisième en tout si l’on compte la période COVID – parce que le Ciné Starz a fermé ses portes il y a un an et demi, assez brusquement. »

Une édition plus sereine

L’édition précédente avait en effet été fortement remaniée à la dernière minute, en raison de la fermeture de l’établissement hôte de l’événement. Le choix de l’auditorium Béatrice-Desloges apporte un sentiment de stabilité et de sérénité retrouvées aux membres de l’organisation.

« C’est sûr que ce n’est jamais agréable de devoir changer de bord au dernier moment, avoue Anne Gutknecht. Cela montre bien la flexibilité qu’on a et démontre notre expertise de pouvoir se retourner rapidement. »

La directrice artistique se réjouit d’avoir accès à une salle de 500 places pour l’ouverture, le double de l’an dernier, alors que la première soirée s’était tenue au Centre des arts Shenkman, un partenaire important du MIFO.  

Les spectateurs vont découvrir un nouveau lieu cette année après avoir été obligé de jongler avec plusieurs places lors de la 16e édition. Photo : gracieuseté du MIFO

Les changements de lieu l’année dernière avaient mené à une collaboration avec la Maison de la francophonie d’Ottawa, un partenariat qui n’a pas été renouvelé pour cette édition mais qui n’a pas été abandonné non plus.

« Il n’y en aura pas cette année pour des raisons logistiques, mais il y en a déjà de prévues dans le futur. Ce ne sera peut-être pas dans le cadre du cinéma, mais pour un spectacle, une activité. Nous aimons travailler ensemble. J’ai de bons contacts avec Marcel Morin, le directeur de la Maison de la francophonie. On aime ça avoir des projets qu’on appelle pan-ottavien car nous sommes à l’est et à l’ouest de la ville. » 

Un rôle majeur dans la communauté orléanaise

Ancré dans la communauté d’Orléans depuis 17 ans, le Festival Objectif Cinéma, ainsi que la programmation en cours d’année du Programme objectif cinéma, joue un rôle important pour apporter le cinéma francophone directement en Ontario, où il est très peu présent. 

Le but « est de donner l’opportunité à la communauté d’Orléans et de l’Est d’avoir cet accès (au cinéma en français) », explique Anne Gutknecht, qui précise que le festival jouit de la présence de plusieurs partenaires supplémentaires.

« C’est sûr que les gens peuvent aller du côté de Gatineau, mais il y a une fierté différente de pouvoir l’avoir sur place. » 

Geneviève Schmidt dans Nos belles-soeurs. Le film réalisé par René Richard Cyr sera présenté en ouverture du Festival Objectif cinéma. Photo : Gracieuseté du MIFO

Québec Cinéma est un partenaire majeur, en plus de Desjardins, qui appose son nom sur le festival. 

« Québec Cinéma est notre partenaire de l’ensemble des films québécois présentés au festival. Dans le cadre des tournées Québec cinéma, ils nous permettent d’avoir accès à des films, parfois en avant première, mais aussi à des invités dans l’industrie. » 

Radio-Canada s’est ajouté aux partenaires cette année en apportant un cadeau de Noël avant l’heure avec Le Cyclone de Noël  proposé en avant avant-première. 

« L’avant-première québécoise se fait le 8 novembre mais nous, à Gatineau et Orléans, le faisons le 6 novembre avec l’équipe du film qui sera présente », précise Anne Gutknecht. 

De gauche à droite : Antoine Frenette, responsable de la tournée Québec Cinéma, Sabah Boumane, directrice du développement de marché chez Desjardins, Karine Simard coordinatrice de la tournée Québec Cinéma, Anne Gutknecht directrice artistique du MIFO et Samantha Lafleur vice-présidente du MIFO.. Photo : gracieuseté du MIFO

L’un des autres rôles du festival avancé par la directrice artistique est de pouvoir donner accès aux coulisses des films. 

« Ce n’est pas quelque chose auquel on a accès facilement. Avec les spectacles, les artistes sont là et peuvent avoir un peu plus de facilités à échanger sur leur processus de création, alors que pour les films, en dehors du festival, on n’a pas accès à ce genre d’information qui est super intéressante. C’est vraiment de la médiation culturelle à l’état pur. Après, on a quand même beaucoup de cinéphiles qui viennent aux projections mensuelles, mais qui aiment avoir l’effervescence d’avoir un quinzaine de projections condensées sur une semaine. Il y a une sorte de marathon à vivre pour les cinéphiles qui est vraiment cool. »

Fierté franco-ontarienne

L’une des grandes fierté de l’organisation cette année est de proposer des films franco-ontariens. 

« On va en avoir trois. Il y en a qui sont des coproductions entre le Québec et l’Ontario. Johanne, tout simplement va être présenté par TFO et la réalisatrice torontoise, Nadine Valcin. Pascal Justin Boyer va venir présenter Le dernier Canadien français et jaser avec le public. C’est un documentaire qui est sorti il y a quelques mois déjà, mais on donne la chance aux gens de le découvrir sur grand écran. Après, il y a Rêver en néon de la réalisatrice Marie-Claire Marcotte, elle aussi basée en Ontario. »

Maélya Boyd dans le film Rêver en néon de Marie-Claire Marcotte, qui a été tourné dans la région du Grand Sudbury. Photo : Gracieuseté MIFO

La totalité de la programmation et l’accès à l’achat des billets sont disponibles sur le site Internet de l’événement.  Cinq court-métrages seront présentés en amont de cinq films. Parmi eux, Géométrika de Nicole Blundell (avant Le dernier Canadien français) occupe une place particulière. 

« Nicole Blundell est réalisatrice, mais aussi professeure de cinéma à l’école secondaire publique De la Salle, explique Anne Gutknecht. Sa fabrication à elle, c’est vraiment du fait-maison. On est super heureux à chaque fois de laisser une place particulière aux créateurs d’ici. »

Marie-Philippe Bouchard devient la première francophone PDG de Radio-Canada/CBC

OTTAWA – Le fédéral a confirmé mardi matin la nomination de Marie-Philippe Bouchard à titre de présidente-directrice générale de Radio-Canada/CBC. Il s’agit de la première fois qu’une francophone occupe ces doubles fonctions.

La nomination, qui avait fuité dans divers médias dans les dernières semaines, a été confirmée par la ministre du Patrimoine canadien Pascale St-Onge mardi.

« C’est quelqu’un qui a consacré sa vie au service public dans les médias (…) Elle est très en mesure de comprendre la réalité du diffuseur public aujourd’hui et ses défis. Cette nomination-là représente une première étape dans tout le travail qu’on doit accomplir pour assurer la pérennité de Radio-Canada/CBC », a commenté la politicienne libérale mardi matin.

Mme Bouchard est la présidente-directrice générale de TV5 Québec Canada depuis février 2016. Depuis septembre 2019, elle occupe aussi les fonctions de présidente-directrice générale de TV5 Numérique, c’est-à-dire le partenaire de la chaîne internationale francophone TV5MONDE. Avant de se joindre à TV5 Québec Canada, elle a occupé divers postes à la haute direction de Radio-Canada/CBC, notamment aux services juridiques, en planification stratégique et affaires réglementaires, aux nouvelles, aux services numériques et en musique. 

Marie-Philippe Bouchard a été confirmée comme PDG de Radio-Canada/CBC. Photo : LinkedIn/Marie-Philippe Bouchard

« Forte de mon expérience au service du public, tant à TV5/Unis TV qu’à Radio-Canada/CBC, j’ai hâte de relever ce défi et de travailler avec tous les Canadiens et Canadiennes, y compris l’équipe de Radio-Canada/CBC, les créateurs et créatrices de contenu canadien et d’autres partenaires, pour tracer la voie à suivre », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.

Marie Philipe-Bouchard entrera en poste à partir du mois de janvier, et ce pour une durée de 5 ans.

« Notre radiodiffuseur public national resserre les liens qui nous unissent et nous aide à mieux nous comprendre, malgré l’importante distance qui nous sépare. Radio-Canada/CBC est la référence pour découvrir et partager des récits incarnant les cultures francophones, anglophones et autochtones des gens d’ici, via une gamme de plateformes novatrices », ajoute la nouvelle PDG.

Catherine Tait sur la défensive

Sa nomination survient au lendemain du passage de l’actuelle présidente de Radio-Canada, Catherine Tait, devant un comité parlementaire à Ottawa, où elle a encore dû défendre la question des primes, notamment celle associée à son poste. Cette dernière est payée annuellement entre 468 900 $ et 551 600 $ pour l’année financière en cours. Sa rémunération comprend également une prime de rendement pouvant monter à 28 %.

Catherine Tait a refusé de s’engager à renoncer à toute indemnité de départ ou prime au rendement alors que le diffuseur public a connu des difficultés financières dans les derniers mois.

« Je considère que c’est personnel et je crois que je suis protégée par la Loi sur la protection des renseignements personnels à cet effet », a-t-elle répondu au député conservateur, Damien C. Kurek, qui lui demandait de renoncer à ce bonus.

Ce n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait sous le feu des attaques en comité parlementaire, elle qui a dû défendre à nouveau hier des primes de 18 millions accordées aux cadres de la société d’État. Des bonis de performance déterminés en fonction d’objectifs limpides qui doivent être atteints ou dépassés, a soutenu Mme Tait.

« Je crois que les Canadiens s’attendent à ce que la société respecte ses engagements envers ses employés non syndiqués, tout comme envers ses employés syndiqués », a-t-elle fait valoir.

Nouveau-Brunswick : Victoire des libéraux, réjouissance pour les Acadiens

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) se réjouit du retour des libéraux au pouvoir avec leur cheffe Susan Holt, qui a remporté hier les élections provinciales. Les libéraux ont rasé l’ensemble des circonscriptions francophones, se dirigeant à Fredericton avec une large majorité.

Le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a remporté 31 sièges, six au-delà des 25 nécessaires pour une majorité. Les progressistes-conservateurs, avec 16 sièges, et le Parti vert, avec deux sièges, ferment les dernières marches du podium.

L’ensemble des régions acadiennes sur la côte est, comme Shédiac et Bouctouche, sont entre les mains des libéraux. Idem dans le nord de la province, dans des villes comme Caraquet, Bathurst et Restigouche, où les libéraux ont remporté l’ensemble des comtés francophones, et ce avec une forte majorité. L’ensemble des circonscriptions avec une majorité de francophones ont voté pour le parti de Susan Holt, donnant ainsi 17 sièges aux libéraux.

« Le premier ministre (Blaine Higgs) a dit qu’il n’avait pas besoin du vote francophone. Je crois qu’il a réalisé qu’il a fait erreur, ce (hier) soir », lance la présidente de la SANB en entrevue, Nicole Arseneau-Sluyter qui soutient que « les électeurs ont parlé ».

De plus, en classant les comtés par le pourcentage de résidents francophones, il faut attendre à la 24e circonscription pour trouver un vainqueur du Parti progressiste-conservateur. Les 22 premières circonscriptions sont allées aux libéraux tandis que Tantramar, au 23e rang, a élu une représentante du Parti vert.

« Je pense qu’ils (les francophones) ont voté (massivement) pour les libéraux, car ils voulaient un changement de gouvernement, pense le politologue Mario Lévesque. Cette sorte de conservatisme avec M. Higgs, ce n’est pas le parti conservateur qui les rejoint. »

Avec cette victoire, les libéraux retournent au pouvoir pour la première fois depuis 2018. Susan Holt devient ainsi la première femme élue comme première ministre dans l’histoire du Nouveau-Brunswick. 

« Les Néo-Brunswickois veulent un changement. Ils veulent quelque chose de différent et c’est à nous de livrer une nouvelle politique », a-t-elle lancé dans son discours de victoire à Fredericton, saluant « la plus belle province du Canada et la seule bilingue ».

Blaine Higgs aura failli à son objectif de retourner pour un troisième mandat, lui qui avait été élu en 2018 et en 2020. Il a aussi perdu son siège dans Quispamsis hier. Même s’il ne s’est pas engagé formellement à quitter son poste, le leader progressiste-conservateur a affirmé qu’il aurait des discussions dans les prochains jours à ce sujet.

« Ce n’était pas la soirée que l’on voulait, mais les gens du Nouveau-Brunswick ont parlé (…) Susan, vous avez mérité la confiance des gens et je vous souhaite un bon succès », a affirmé le premier ministre sortant dans son discours de défaite, entièrement en anglais.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick Blaine Higgs.
Blaine Higgs tentait de se faire réélire comme premier ministre pour une troisième reprise. Crédit image : Stéphane Bédard

Pour Mario Levesque, les électeurs ont envoyé comme message qu’ils voulaient un gouvernement « plus balancé sur leurs priorités », comme le logement abordable, la crise des soins de santé et le coût de la vie. Tous des enjeux dont « on n’entendait pas les progressistes-conservateurs parler », souligne le professeur de l’Université Mount Allison.

« D’habitude, on dit que le monde ne vote pas pour un gouvernement, ils se débarrassent d’un gouvernement. Moi, je dirais que le message de M. Higgs n’a pas résonné avec le monde », observe le politologue.

Qui est Susan Holt?

Née à Fredericton, elle est une ancienne cheffe d’entreprise et fonctionnaire, comme présidente du Conseil d’entreprises du Nouveau-Brunswick et conseillère de l’ancien premier ministre Brian Gallant. Susan Holt a fait ses études à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, et a été élue en 2022 comme cheffe des libéraux. Elle n’est pas francophone à la base, mais a appris le français à l’immersion complète en français dès son plus jeune âge, affirmait-elle en entrevue à l’Acadie Nouvelle. 

La présidente de la SANB affirme l’avoir rencontrée à plusieurs reprises et croit qu’elle sera une bonne personne avec qui transiger concernant les enjeux francophones touchant la province. L’organisme porte-parole des Acadiens demande notamment la création d’un secrétariat entièrement consacré aux langues officielles ainsi que d’un ministère de l’Éducation dédié au système scolaire francophone.

« Je pense qu’il va y avoir une belle relation de travail avec le gouvernement Holt et la SANB. On est positif. Il y a beaucoup plus de représentants acadiens et francophones qui ont été élus ce soir. Au dernier gouvernement, on en avait juste un », affirme Nicole Arseneau-Sluyter.

Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.
Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.

Lors de la campagne électorale, Susan Holt a fortement parlé des enjeux d’accès au système de santé et de logement abordable, promettant notamment d’imposer un plafonnement provincial sur les loyers de 3 %.

« Le monde veut de l’espoir un peu et ils ont vu ça avec le Parti libéral hier soir, souligne Mario Levesque. Mme Holt a continué sur son agenda, elle voulait parler du système de santé, du logement abordable et elle a continué sur son message. Ça a résonné avec le monde », analyse le professeur en sciences politiques de l’Université Mount Allison.

Sur la scène provinciale, les libéraux ont récolté près de 48 % des voix contre 35 % pour les progressistes-conservateurs, alors que le taux de participation a atteint 66 %, selon les derniers chiffres d’Élections Nouveau-Brunswick.

Quelles solutions pour revitaliser le centre-ville de Sudbury?

Commerces fermés, terrasses vides et une population de sans-abris bien visible… Les impacts de la crise des opioïdes et de la pandémie se font encore sentir au centre-ville de Sudbury.

Malgré les défis, plusieurs personnes, dont des entrepreneurs et des artistes, croient au potentiel de ce quartier et mènent la charge dans sa revitalisation. Nous sommes allés à leur rencontre.

Le plus grand terrain d’essais arctiques de l’Ontario ferme ses portes sans préavis à Kapuskasing

KAPUSKASING – L’un des plus importants constructeurs automobiles, General Motors (GM), a soudainement fermé son Centre d’essais de Kapuskasing vendredi soir. La compagnie opérait depuis 50 ans dans la région. Près d’une trentaine d’employés se retrouvent sans emploi, et la plupart n’auraient pas reçu de préavis.

C’est la fin pour le plus grand terrain d’essais arctiques à grande échelle en Ontario, où était testée la résistance aux conditions météorologiques extrêmes de chaque véhicule GM en Amérique du Nord depuis 1972.

C’est un des employés qui l’a fait savoir dans une publication sur les réseaux sociaux, devenue virale cette fin de semaine. Dans son message, celui qui est à l’emploi dans l’usine depuis 42 années indique que la plupart des employés n’ont pas été notifiés. C’est le cas de Lisa Smith, pilote d’essai dans le site depuis le mois de décembre.

« Je suis vraiment sous le choc depuis que j’ai appris la nouvelle sur Facebook », confie-t-elle à ONFR en ajoutant qu’elle n’a pas voulu le croire étant donné qu’elle n’a toujours pas reçu la moindre communication de l’entreprise.

Pourtant, un mois plus tôt, la compagnie cherchait à embaucher un opérateur, selon Mme Smith.

« J’ai travaillé une seule saison donc, malheureusement, je ne pense même pas avoir de dédommagement, et mon droit au chômage se terminait aujourd’hui. Je ne sais pas comment je vais faire pour survivre. »

Flou autour du motif de fermeture

La raison derrière cette fermeture reste encore floue, même si une lettre envoyée par le responsable des opérations à un employé et obtenue par ONFR stipule que « cette décision s’inscrit dans le cadre d’une initiative stratégique plus vaste et aura des répercussions sur l’ensemble du personnel de cet emplacement. Tous les biens et actifs seront finalement cédés. »

« GM travaillera avec nos partenaires d’UNIFOR dans les prochains jours pour déterminer les détails d’une trousse de fermeture pour tout le personnel touché par la fermeture de cette installation. »

En outre, des négociations devaient être entamées aujourd’hui pour réévaluer les contrats des employés selon une employée qui a souhaité garder l’anonymat.

Le député provincial de Mushkegowuk-Baie James, Guy Bourgouin, dit que son bureau a reçu de nombreux appels d’employés perturbés par cette nouvelle.

« Je l’ai appris comme tout le monde, le cheveu sur la soupe, on était pas au courant qu’il y avait des problèmes à cette usine-là », déclare-t-il.

Le néodémocrate ajoute qu’il compte contacter un à un les employés et le président du syndicat pour recueillir leur témoignage : « C’est inacceptable, il y a des recours, les employés ont le droit à une explication »

ONFR a tenté de joindre l’employeur et n’a pas encore obtenu de réponse au moment de publier ces lignes.

Poilievre pourrait s’attaquer aux droits constitutionnels des francophones, suggère Boissonnault

OTTAWA – Le chef conservateur Pierre Poilievre pourrait utiliser la clause dérogatoire pour briser les droits constitutionnels des minorités francophones au pays, a insinué le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, dans un discours aux allures préélectorales.

Devant une centaine de membres de la francophonie ontarienne, le ministre des Langues officielles a prononcé une allocution où il a mis en garde les délégués franco-ontariens contre « les risques » d’un gouvernement Poilievre concernant le fait français au Canada.

« Vous savez ce qui me garde éveillé le soir, ce n’est pas seulement la francophonie… C’est la Charte des droits et libertés de Pierre Poilievre », a lancé le ministre franco-albertain jeudi soir au congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), où étaient présents certains de ses collègues libéraux.

Son discours d’une dizaine de minutes, apolitique jusque-là et qui vantait les mérites de la francophonie ontarienne et canadienne, s’est vite transformé en tirade contre la formation conservatrice et son chef.

Selon le politicien libéral, Pierre Poilievre « sort la Charte, la met sur le mur, sort un gros feutre et il met de gros X sur la Charte des droits et libertés », a-t-il lancé.

« Est-ce que ce sont vos droits, Marie-France (Lalonde)? Est-ce que ce sont vos droits, Madeleine (Meilleure)? a-t-il adressé aux deux politiciennes franco-ontariennes. Est-ce que ce sont vos droits ou mes droits comme personne LGBTQ+? », a-t-il ajouté.

« Il (Pierre Poilievre) a déjà dit qu’il va utiliser la clause nonobstant pour changer les lois qu’on favorise ici au pays, est-ce que ce sont les droits des autochtones? Est-ce que ce sont les droits des francophones? Les élections sont des choix », a-t-il envoyé comme message.

Le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image : Stéphane Bédard

L’article 33 de la Charte, la clause dérogatoire, permet aux gouvernements d’exempter leurs lois de certains articles de la Charte. Or, il serait impossible pour tout gouvernement, fédéral ou provincial, d’utiliser la clause nonobstant pour les articles 16 à 23 de la Charte, car celle-ci ne s’applique pas à ces articles, qui traitent de droits linguistiques.

Les conservateurs accusent le ministre albertain de faire de « la petite politique » et de détourner l’attention de « ses problèmes éthiques ».

« Les langues officielles ne devraient pas être mêlées à ça, car elles sont au cœur de notre identité canadienne », indique le porte-parole conservateur en matière de Langues officielles, Joël Godin.

« Les conservateurs du Canada sont clairs : nous allons agir concrètement pour freiner le déclin du français au Canada. Un futur gouvernement conservateur fera les investissements nécessaires pour soutenir la vitalité des communautés francophones du Canada. Chaque dollar sera orienté vers des actions concrètes, et non pour gonfler la bureaucratie à Ottawa », ajoute l’élu de l’opposition officielle.

Élections à l’horizon

Le ministre Boissonnault était attendu de pied ferme par les organismes francophones de la province, qui clament être sous-financés par le fédéral. Ottawa a promis, dans le cadre de son Plan d’action pour les langues officielles, une bonification de 12,5 % de leur financement et le ministre a assuré que « les deuxièmes (rondes de) chèques arrivent ».

Alors que des rumeurs d’élections planent au-dessus du Parlement depuis la fin de l’entente entre le NPD et les libéraux en septembre, Randy Boissonnault n’est pas passé par quatre chemins. Il a envoyé son message aux membres des organismes franco-ontariens qu’« en 2025, on va avoir un choix », attaquant du même coup le financement envoyé aux minorités francophones du pays sous Stephen Harper dans le passé.

« Oublions le plan d’action 2029 et 2033. Pensez à un futur avec un ministre des langues officielles comme Joël Godin ou d’autres qui n’ont jamais fait leur part pour défendre la francophonie canadienne », critique-t-il.

« Moi, Marie-France (Lalonde), Mona (Fortier) et d’autres, on va continuer à défendre le fait français ici en Ontario, en Alberta, en Saskatchewan, au Nord, à Terre-Neuve-et-Labrador et à travers le Canada », insiste-t-il.

Attaquant la marque conservatrice, il a fait un parallèle avec le gouvernement de Doug Ford en Ontario, soutenant le peu d’aide qu’offrent les progressistes-conservateurs provinciaux aux francophones de l’Ontario.

« Je dois transiger avec Mme (Caroline) Mulroney souvent. C’est toute une gang qui va essayer de chercher vos votes et en livraison, c’est comme un paquet d’Amazon avec rien dedans », a-t-il imagé.

Citoyen du monde

Chaque samedi, ONFR propose une chronique franco-ontarienne. Cette semaine, l’auteur torontois Soufiane Chakkouche narre ses défis d’immigration canadienne, un récit à suivre en plusieurs parties.

À vrai écrire, je ne vous ai pas tout dit, ou plutôt je vous ai menti à moitié. Je m’en repens donc à moitié, après tout, dans un demi-mensonge n’y a-t-il pas une demi-vérité? Voici donc la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

Dans les faits, lorsque la décision de quitter ma terre ocre et les miens fut prise, il n’était nullement question de s’installer à Toronto, aussi reine soit cette ville, et encore moins en Ontario. Initialement, j’avais jeté mon dévolu sur Montréal afin de demeurer aux côtés de Molière.

L’autre détail de taille qui avait conforté ce choix était d’ordre politique, moi l’apolitique par naissance et par éducation! Sauf que là, exception n’est pas raison, c’était mon futur et celui de ma petite famille que je jouais, il fallait donc s’y intéresser un petit chwiya (un petit peu) tout de même!

Or, dès que j’eus lu que la province de l’Ontario était dirigée par un gouvernement conservateur, aussi progressiste soit-il, je sus que je n’allais pas m’y éterniser car, dans ma boîte crânienne, celles et ceux qui conservent ou tiennent à conserver n’avancent pas ou peu, et, par définition, ils sont réticents à la nouveauté, à l’étranger. Bien entendu, cela n’engage que ma petite personne, comme cela sera inexorablement rappelé à la fin de cette chronique. Et puis, s’il faut peut-être me lire, il ne faut pas m’écouter, parce que j’ai rarement toute ma tête. Mais revenons à nos moutons migrateurs.

Pourquoi alors avoir postulé pour l’Ontario? Pourquoi ne pas avoir choisi le Québec dès le départ?

Procédure d’immigration trois fois plus rapide

La réponse est triviale, j’ai opté pour la province de Doug Ford en premier lieu parce que la procédure d’immigration y était plus rapide, un an en moyenne contre trois pour celle de François Legault. Il faut dire que j’avais le feu aux talons, mais ça, c’est une autre histoire, longue comme une année scolaire!

Réactif comme jamais, j’avais réussi à boucler ma candidature en huit mois, carte de résident permanent à l’appui. La suite, vous la connaissez : phobie aérienne, choc linguistique et atterrissage.

Au diable donc les bancs de l’école en bois sous mes tempes grisonnantes. Désormais, l’urgence résidait dans le fait de trouver un logement temporaire, et pour cela, rien de mieux qu’une sous-location.

Quelques clics plus tard au pays où la commande passe à la vitesse d’un courant électrique, et me voilà locataire provisoire d’un « spacieux » (tout est relatif) appartement dans une tour à Wellesley. Deux chambres avec balcon et une chaise à bascule qui, quatre ans plus tard, représenterait le personnage principal d’un cinquième roman, mais ça, c’est une autre histoire, longue de 240 pages!

Deux chambres donc pour un loyer mensuel équivalent à un an de salaire minimum dans mon pays natal! Il n’y avait pas photo, il fallait quitter au plus vite Toronto, d’autant plus que j’avais ouï dire que l’immobilier à Montréal coûtait trois fois moins cher.

Indocile destinée

Toutefois, le mektoub (le destin) avait rédigé d’autres lignes pour moi, pour nous. Alors que le mois de location touchait à sa fin et que je m’apprêtais à rendre les clefs en ce mois de juillet où la vie culturelle occupait la ville de toutes ses notes, la main invisible de la Providence fit voler mes plans en éclats.

À proprement écrit, ce n’était nullement de main dont il s’agissait, mais de langue, ou plutôt des langues. En effet, en me rendant au rendez-vous avec ma propriétaire éphémère pour lui annoncer notre départ, je tendis l’oreille dans la rame de métro comme l’eût fait un écrivain voleur de bouts de vies. Et là, brusquement, ce fut clair comme l’eau de roche coulant dans mon esprit : c’est ici, et nulle part ailleurs que ma vie allait suivre son cours.

Et pour cause, un flot invisible fit trembler mes membranes tympaniques de toutes parts. Six langues différentes étaient parlées dans un espace de 25m² au plus disant, tout le symbole de la richesse de cette ville était là devant mes yeux et mes oreilles.

Pour la première fois de ma vie, je ne me sentais ni Maghrébin, ni Africain, ni arabophone ou francophone. Je me sentais citoyen du monde, un titre qui, si tout le monde le portait, ferait en sorte que les guerres n’auraient plus lieu d’exister sur cette belle Terre nourricière, à moins que cela ne soit contre des extraterrestres malintentionnés!

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

L’AFO célèbre l’engagement des jeunes lors de son gala annuel

OTTAWA – Le Congrès annuel de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui se déroule jusqu’au 19 octobre à Ottawa, met en lumière la vitalité franco-ontarienne. La relève, la jeunesse et son leadership ont été des thèmes récurrents de l’événement. Bien que la région de la capitale nationale et de l’Est ontarien soient reconnues pour leur population francophone, ce sont près de 320 participants venus de toute la province qui se sont réunis pour assister à des conférences et ateliers variés. Deux annonces majeures ont marqué l’évènement, clôturé par une remise de prix de reconnaissance.

Le gala, point culminant de l’événement, a rendu hommage à six figures engagées dans la défense du français en Ontario, dont plusieurs jeunes, à travers les prix Coup de cœur et Jeunesse. Ces distinctions montrent que l’engagement pour la francophonie peut débuter à tout âge. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné, tout juste avant le gala, Yves-Gérard Mehou Loko, secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO, mentionnant l’importance de la jeunesse dans ce combat commun qu’est la préservation du français.

« Peut-être devrions-nous laisser plus de place à la jeunesse dans la gouvernance », a-t-il aussi suggéré.

Yves-Gérard Mehou Loko a mis l’emphase sur la place des jeunes en Ontario français et le besoin de les impliquer dans tous les paliers de gouvernance. Photo : Lila Mouch

Un tout nouveau prix Coup de cœur pour une figure marquante du mouvement La Résistance

Pour la première fois, le prix Coup de cœur a été décerné à Marie-Pierre Héroux, reconnue pour son discours marquant de décembre 2018 à Sudbury, où elle a dénoncé les coupes du gouvernement Ford touchant la francophonie, dans le cadre du mouvement La Résistance. Depuis, elle a occupé des rôles de leadership, notamment à la présidence du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), et a joué un rôle clé dans la création de l’Université de l’Ontario français. Elle a également siégé au Conseil des gouverneurs de l’Université libre du Nouvel-Ontario (un collectif d’intellectuels, de professeurs, d’artistes, d’étudiants et de militants) et est intervenue dans la crise de l’Université Laurentienne.

Au moment de recevoir son prix, la jeune femme a déclaré : « Merci à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) de m’avoir outillée, dès mon secondaire, à ne pas avoir peur de prendre ma place en tant que jeune et à développer mon leadership. »

Marie-Pierre Héroux et Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de francophonie de l’Ontario. Photo : Lila Mouch

Sophie Filion, lauréate du prix Jeunesse, a été honorée pour son parcours d’implication communautaire exemplaire. Présidente du conseil étudiant de son école en 2024 et 2025, elle a également reçu le prix Kristen French en 10ᵉ année, une reconnaissance de son humilité, de son engagement et de son excellence académique, étant par ailleurs la plus haute distinction décernée à un élève au cours de sa scolarité.

Dans les discours, de nombreuses personnalités ont mis l’emphase sur cette jeunesse, rappelant qu’elle est « le cœur de la communauté », comme l’a lancé Yves-Gérard Mehou Loko. Cette édition du Congrès de l’AFO témoigne d’une francophonie ontarienne en pleine vitalité, portée par une nouvelle génération prête à en prendre les rênes. C’est aussi ce que l’ex-politicienne, Madeleine Meilleur, n’a cessé de dire durant ses interventions.

Sophie Filion est une jeune leader francophone. Durant son passage au congrès de l’AFO, la jeune femme à fait l’apologie de l’implication communautaire et du bénévolat. Photo : Rachel Crustin

Parmi les autres prix décernés, Luc Bussières a reçu le prix Paulette Gagnon. Avec plus de 30 ans de carrière à l’Université de Hearst, il a occupé les postes de professeur (depuis 1990), de vice-recteur (2001-2005) et de recteur (2017-2024).

Raymond Jacques a reçu le prix Florent Lalonde en reconnaissance de son travail d’administrateur à la Maison Fraternité, puis au Centre d’appui et de prévention (CAP). De plus, ce prix lui a été offert pour souligner son engagement dans le développement et le maintien des services en santé mentale et en dépendances, au sein de la communauté francophone.

Sur scène, M. Jacques a livré un discours émouvant sur fond de vérité, rappelant entre autres : « On ne peut pas mesurer la réussite au nombre de lits occupés, mais au nombre de personnes qui s’en sortent. »

Raymond Jacques s’est installé à Ottawa en 1984 pour mettre sur pied des services destinés aux élèves atteints de surdité au sein du conseil scolaire francophone de l’époque. Photo : Rachel Crustin

Enfin, Betty Gormley, qui dirige Canadian Parents for French Ontario (CPF ON) a été récompensé avec le prix Francophile. La directrice est une fervente avocate pour le bilinguisme et les services en français en Ontario.

Le Consortium Centre Jules Léger, ayant évolué d’une administration ministérielle à une gouvernance entièrement francophone, témoigne d’une reconnaissance remarquable de son influence transformative sur l’éducation spécialisée en Ontario français. Ce Centre, dédié à répondre aux besoins spécifiques des enfants, a reçu le prix de l’Horizon franco-ontarien.

« C’est un beau cadeau pour fêter nos cinq ans », a fait remarquer Samia Ouled Ali, présidente de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), faisant référence au changement de gouvernance.

Des annonces qui ne sont pas passées inaperçues

Il y a encore des manques pour permettre à l’immersion en français de se développer en Ontario, a admis la direction de Canadian Parents for French lors de la signature d’une entente entre l’organisme et l’AFO.

L’AFO et Canadian Parents for French ont signé cette entente ce vendredi, visant à renforcer le soutien aux communautés francophones en situation minoritaire en Ontario, en soulignant l’importance de l’apprentissage du français langue seconde.

Les deux organisations reconnaissent que la dualité linguistique est essentielle à la cohésion sociale canadienne et s’engagent à promouvoir le respect de la langue française.

Canadian Parents for French et l’AFO ont fait la promesse de collaborer ensemble pour développer une politique linguistique en Ontario en matière d’immersion en français. Photo : Rachel Crustin

L’AFO, qui représente la voix politique de la francophonie ontarienne, et CPF, une organisation de bénévoles valorisant le français, conviennent de fournir mutuellement des informations promotionnelles et d’évaluer des contributions pour des espaces publicitaires sur leurs sites web.

Ensemble, elles exploreront des initiatives conjointes pour accroître l’inscription des jeunes dans les établissements francophones, collaboreront sur des campagnes de sensibilisation, et organiseront des réunions trimestrielles pour améliorer leur partenariat.

Cet accord de cinq ans, qui débute à la signature, vise à soutenir l’accès à des écoles de qualité en français et en français langue seconde, ainsi qu’à promouvoir le bilinguisme au sein de la province.

Enfin, plus tôt durant le Congrès annuel, un nouveau logo d’identification pour les fournisseurs de services en français en Ontario a été présenté par Stéphane Sarrazin, député et adjoint parlementaire à la ministre des Affaires francophones. Ce logo, qui sera disponible pour les fournisseurs dès cet hiver, aura pour but de faciliter l’identification des organismes désignés selon la Loi sur les services en français (LSF).

Quatre activités, deux provinces, trois continents

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, on passe de l’Afrique à l’Europe, avec un détour au Québec, tout en restant en Ontario. On saute aussi entre les disciplines pour un tour culturel à la fois rapide et diversifié.

Un lieu à soi

La galerie d’art Thompson Landry, qui opère dans deux édifices du quartier de la distillerie, se spécialise dans les expositions d’artistes québécois. Cette fois, c’est la peintre montréalaise Carol Bernier qui est à l’honneur dans les locaux de l’édifice de la distillerie Stone. Ses œuvres abstraites sont réalisées d’instinct, sans plan préalable. « L’exposition Un lieu à soi est une réflexion sur le pouvoir de l’art pour créer des ‘espaces’ plus larges », peut-on lire dans la description de l’événement sur le site de la galerie (en anglais).

L’exposition est en cours jusqu’au 3 novembre. Carol Bernier sera présente pour rencontrer le public à la galerie d’art ce samedi de midi à 16 h.

L’oeuvre Ce ne sont pas des nuages, de Carol Bernier. Huile sur toile. Photo : gracieuseté de la galerie Thompson Landry

Toronto, jusqu’au 3 novembre. Rencontrez l’artiste le 19 octobre. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Nouvelle chanson pour Céleste Lévis

L’autrice-compositrice-interprète lance le premier extrait de son prochain album avec Contrecoeur, disponible sur les plateformes d’écoute depuis le 18 octobre. La chanson au rythme pop, très radiophonique, évoque plusieurs choses, dont les ennuis de santé avec lesquels la chanteuse doit composer depuis son adolescence. Plus largement, la chanson traite des détours de la vie, des buts qu’on n’atteint pas toujours aussi rapidement qu’on le souhaiterait.

« Il faut toujours se faire confiance et accepter que nous puissions faire des erreurs. Que les choix que nous allons faire ne vont pas toujours amener ce que l’on désire », explique Céleste Lévis à ONFR.

« Je croyais devoir tout voir à l’envers, je croyais définir tous mes repères. Mais je ne m’en veux pas d’avoir perdu un peu de temps. »
— Parole de Contrecoeur, de Célete Lévis

Sur ses réseaux sociaux, Céleste Lévis a évoqué l’image d’une page qui se tourne sur son album précédent pour ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière. Si tu veux tout savoir est sorti en 2021.

Pochette de la chanson Contrecoeur de Céleste Lévis. Crédit : Phil Larivière

Sur toutes les plateformes d’écoute. Détails sur la page Facebook de Céleste Lévis.

Célébrer les auteurs francophones afrodescendants

Le Salon du livre afrocanadien (SLAC) de Mosaïque Interculturelle aura lieu à Ottawa du 24 au 27 octobre. Le thème de cette septième édition est Voyage en francophonie. La présidence d’honneur est assurée par l’auteur Edem Awumey. Né au Togo et ayant vécu en France avant de s’établir dans la région d’Ottawa-Gatineau, il a été nommé et lauréat de plusieurs prix au cours de sa carrière. Au travers des tables rondes, entrevues et lectures publiques, les visiteurs pourront rencontrer plus de 75 auteurs. Les habitués du SLAC retrouveront leur événement à un nouvel endroit cette année, au 435, rue Donald.

Edem Awumey est le président d’honneur du Salon du livre afro-canadien 2024. Photo : Gracieuseté du SLAC

Ottawa, du 24 au 27 octobre. Détails sur le site du SLAC.

Lancement et anniversaire

Une soirée spéciale célébrera les 20 ans du Festival du film de l’Union européenne, le 24 octobre, au Musée Bata de la chaussure, à Toronto. En plus de l’accès aux expositions du musée, l’événement inclura des dégustations de spécialités européennes et servira de lancement à la programmation du festival, qui aura lieu du 14 au 18 novembre. À ce moment, des films primés des quatre coins de l’Union européenne seront présentés gratuitement au Théâtre Spadina. Ils seront ensuite disponibles en ligne en décembre. Le Festival du film de l’Union européenne se présente comme « l’unique collaboration culturelle de tous les consuls et institutions culturelles européennes de Toronto. »

Le Festival du film de l’Union européenne aura lieu du 14 au 18 novembre, mais la programmation sera dévoilée le 24 octobre. Montage ONFR

Toronto, le 24 octobre. Détails sur le site du Musée Bata de la chaussure.

Vous n’êtes pas seuls : une comédie romantique fantastique à la sauce québécoise

Avec « Vous n’êtes pas seuls », le duo créatif québécois Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien signe leur premier long-métrage et livre une comédie romantique qui tient du poétique et du fantastique. Cette œuvre audacieuse explore la solitude et l’isolement dans notre société, tout en s’inscrivant dans un renouveau du cinéma de genre au Québec. L’œuvre mêle audace narrative et esthétique visuelle. Un film qui ne manquera pas de toucher le cœur et d’inspirer la réflexion.

En salle dès le 18 octobre.

Élections : un possible retour de Blaine Higgs inquiète les Acadiens

FREDERICTON – Alors que les Néo-Brunswickois sont attendus aux urnes lundi prochain, un possible retour de Blaine Higgs au pouvoir inquiète les Acadiens qui espèrent « n’importe quel parti, mais pas le bleu ». Le scrutin s’annonce toutefois très serré.

Blaine Higgs, le premier ministre depuis 2018, n’a pas une cote de popularité très élevée auprès des francophones après plusieurs controverses au cours des dernières années, mais le chef progressiste-conservateur pourrait toutefois retourner au pouvoir.

Le Parti libéral a comme leader Susan Holt, une ancienne fonctionnaire et cheffe d’entreprise. Cette dernière mène dans les intentions de vote, mais est devancée par son adversaire conservateur au niveau du nombre de sièges, selon le site de projection 338 Canada. Les derniers sondages donnent les deux partis au coude à coude avec chacun entre 23 et 25 sièges, la majorité étant de 25 députés.

Susan Holt. Susan Holt est la cheffe des libéraux depuis 2022. Image tiré du site internet du Parti libéral du Nouveau-Brunswick.
Susan Holt est la cheffe des libéraux depuis 2022. Image tiré du site internet du Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

« Je pense que ça va dépendre des trois grosses villes : Moncton, Fredericton et Saint-Jean. Le parti qui va gagner le plus de sièges dans ces trois villes-là, va avoir un siège d’avantage », analyse le professeur de l’Université Mount Allison, Mario Levesque.

Un premier ministre impopulaire en campagne discrète

Dans un sondage du 19 septembre dernier, la maison de sondage Angus Reid donnait Blaine Higgs avec un taux d’approbation de 30 %, un chiffre qui se maintient depuis plus d’un an. Il s’agit de la plus basse cote de popularité au pays parmi ses homologues premiers ministres.

Selon le politologue Mario Levesque, le premier ministre sortant « roule les dés » avec une campagne discrète et une petite plateforme électorale qui peut se résumer simplement en deux éléments : la continuité d’un gouvernement fiscalement responsable et une promesse de baisse de la taxe de vente harmonisée de 15 % à 13 %.

« Ça pourrait marcher aussi, mais c’est un gros risque », observe-t-il.

« Son parti est inquiétant car il ne se prononce sur rien (dans la plateforme électorale) pour les francophones », en fait comme lecture la présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Nicole Arseneau-Sluyter.

Elle ne cache pas que le retour de Blaine Higgs inquiète les francophones dans la seule province bilingue du pays.

« Il est difficile de travailler avec le premier ministre. Les résultats sont là : il a perdu je ne sais pas combien de députés et candidats qui ne sont plus capables de travailler avec lui », lance-t-elle.

« Il a quand même de très bons candidats francophones qui se présentent (pour lui)… Ces gens-là, s’ils rentrent, vont-ils être capables de contrôler leur premier ministre? C’est à suivre. Les six dernières années, ils n’ont pas fait grand-chose, mais il faut dire que les libéraux n’ont rien fait non plus », concède-t-elle.

Une des grosses demandes des Acadiens serait d’avoir un ministre et un ministère de l’Éducation entièrement dédié au système scolaire francophone et non séparé avec les anglophones. La SANB espère aussi obtenir plus d’autonomie et de gouvernance pour les francophones dans les domaines de la santé, de la petite enfance et de l’immigration.

Il ne fait pas de doute que les libéraux et leur cheffe Susan Holt seraient plus enclins à répondre à ces demandes, juge la présidente de la SANB.

« Selon notre liste (de demandes), c’est sûr que oui. C’est ps mal facile de discuter avec elle car elle est moins bornée et plus ouverte. Elle donne cette impression-là. » 

Nicole Arseneau-Sluyter est la présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB.
Nicole Arseneau-Sluyter, présidente de la SANB. Photo : Gracieuseté SANB

Au cours des années, Blaine Higgs s’est fait accuser de concentrer les dépenses gouvernementales dans le sud – là où se retrouvent les anglophones – au détriment du nord – où se trouvent les francophones – sans compter que le sud compte plus d’électeurs progressistes-conservateurs. 

De plus, ses prises de position concernant la Loi sur les langues officielles et le fait qu’il ne parle pas toujours français malgré les promesses nuisent à son image, évalue Mario Levesque.

« Pour les francophones, c’est n’importe quel parti, mais pas le bleu. Je pense qu’ils sont tannés des attaques sur leurs droits », estime-t-il.

Et de poursuivre : « La question pour moi est : y a-t-il assez d’anglophones qui sont enragés contre M. Higgs pour faire changer les choses? », se questionne-t-il.

Une des cartes cachées pour le politologue représente les 100 000 nouvelles personnes qui ont immigré au Nouveau-Brunswick, principalement de l’intérieur du Canada, depuis la dernière élection en 2020.

« La plupart d’eux autres sont dans les trois grosses villes, Moncton, Fredericton et Saint-Jean. Et eux, ils ne sont pas attachés dans les batailles entre anglophones et francophones. Alors comment est-ce qu’ils vont voter? S’il y en a 200 à 300 qui votent plus pour un parti dans une circonscription, ça peut vraiment changer les choses », considère Mario Levesque.

Décès de Maurice Henrie : un pionnier de la littérature franco-ontarienne s’est éteint

ORLÉANS – L’ancien fonctionnaire fédéral canadien, professeur universitaire et écrivain franco-ontarien Maurice Henrie est décédé le 1er octobre. Il était âgé de 87 ans. Il laisse derrière lui un grand héritage avec à son actif 23 ouvrages et des accomplissements importants dans les domaines de la littérature, de l’éducation et de la politique. 

« Maurice Henrie était avant tout un des fondateurs de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français. Il faisait partie des 50 signataires qui ont fait la demande au gouvernement canadien pour créer l’association, rappelle Yves Turbide l’actuel directeur général de l’association. 

Il a été une figure de proue dans la littérature franco-ontarienne tant dans la création de l’Association des auteurs à laquelle il croyait ardemment que par l’exemple qu’il était pour les autres auteurs et autrices. Il a toujours fait partie des auteurs qui se sont démarqués en Ontario français. »

Un auteur qui s’est démarqué par son désir de transmission à la jeunesse. Au début de sa carrière, au sortir de ses études qui l’ont vu fréquenter les universités à Ottawa, Paris puis Toronto, il a enseigné les langues et le théâtre dans des écoles secondaires de l’Ontario, puis dans les Universités d’Ottawa et Carleton. 

C’est donc sans surprise que ses ouvrages, pour certains traduits dans plusieurs langues, ont eu un impact dans le domaine de l’éducation comme l’explique M. Turbide. 

« Il a écrit un grand nombre de textes dans différents genres littéraires : romans, nouvelles, essais. Ses textes ont été utilisés dans les différents ministères notamment en éducation pour différentes applications dans les programmes pédagogiques. Plusieurs de ses recueils ont été utilisés dans le secondaire et à l’université à Montréal, à Ottawa mais aussi en Italie, en Allemagne. »

Malgré un succès considérable avec de nombreuses récompenses comme le Prix du livre d’Ottawa qu’il a remporté à six reprises ou encore le Prix Trillium décerné au roman ​​Le Balcon dans le ciel en 1996, Maurice Henrie était selon Yves Turbide « une personne qui montrait une certaine humilité tout en ayant une grande assurance dans ses propos. Il avait un désir féroce d’écrire et de commenter, de débattre dans les milieux littéraires en Ontario ».

Cet envie de débattre et de défendre la langue française en Ontario l’a mené en politique. Travaillant au sein de pas moins de dix ministères et organismes, il s’est surtout distingué dans le domaine des langues officielles. Il a en effet participé à la rédaction de la première Loi sur les langues officielles aux côtés du premier commissaire aux langues officielles Keith Spicer en 1969. 

C’est majoritairement la deuxième partie de sa vie qu’il a consacrée à l’écriture et ceux jusqu’en 2022, où il a publié ce qui sera son dernier ouvrage intitulé La tête haute, récompensé par un ultime Prix du livre d’Ottawa en 2023. 

Pour lui rendre un dernier hommage, une célébration de sa vie aura lieu le samedi 19 octobre 2024 à 10h00 à la chapelle de la Maison funéraire Racine, Robert & Gauthier. La famille recevra les condoléances à partir de 9h30.

Le Festival Les vieux m’ont conté prend de l’ampleur

SUDBURY – C’est une huitième édition qui débute sous le signe de la croissance pour Les vieux m’ont conté, le festival du Centre franco-ontarien de folklore (CFOF). Cette année, ce festival de contes sortira de la ville du nickel pour se déployer dans différentes villes du Nord, avec une petite incursion dans l’Est ontarien. Du 17 au 27 octobre, place aux arts de la parole, aux traditions… et à quelques nouveautés.

Chaque année, un bout de phrase vient se coller au titre du festival afin d’en donner le thème.  Cette fois-ci, le mantra Les vieux m’ont conté… leurs défis guidera les 16 conteurs de la programmation.

« Il y a des défis simples, d’autres très complexes, d’autres très personnels (…) Ça va toujours toucher les gens », croit Patrick Breton, le directeur général du CFOF, qui s’est entretenu avec ONFR. Il rappelle que la majorité des contes traditionnels, de Ti-Jean à la Chasse-galerie, exploitent déjà les thèmes des défis et des épreuves.

Des partenariats pour un festival plus accessible

Mais nul besoin de faire un pacte avec le diable pour savoir raconter une histoire. Le festival compte plusieurs occasions de s’initier, entre autres avec la série Relevez le défi : racontez votre histoire. Ces ateliers animés par Sylvi Belleau et Marguerite Mbonimpa permettront aux gens de Sudbury, Sturgeon Falls et North Bay d’apprendre gratuitement les bases du récit de vie, grâce à un partenariat avec le Réseau du Nord.

Le maître-conteur belge Pascal Guéran donnera également un atelier pour les conteurs amateurs, à la Place des arts du Grand Sudbury (PDA), le 26 octobre, au coût de 20 dollars.

Le directeur général du CFOF, Patrick Breton, veut rendre le patrimoine oral accessible à tous les Franco-Ontariens. Photo : Rachel Crustin

Le CFOF appuie également le Cercle des conteurs de l’Est ontarien (CCEO), qui fête son 20e anniversaire le 20 octobre. Un spectacle aura lieu à Casselman à 14 h et sera retransmis en direct sur Youtube par l’organisme de télévision et production vidéo communautaire TVC22.

Pour le CFOF, soutenir ce regroupement de conteurs est en phase avec sa mission d’organisme provincial.

Un autre partenariat notable est celui avec l’Association franco-ontarienne des parents et amis d’enfants ayant une cécité (AFOPEC). L’an dernier, les deux organismes s’étaient mutuellement donné des ateliers, l’AFOPEC sensibilisant les conteurs à sa cause et le CFOF initiant les membres de l’AFOPEC à l’art du conte.

Il y a eu un concours du meilleur conteur et le gagnant, Alexandre Gaida, se retrouve dans la programmation du Festival Les vieux m’ont conté. « C’est un jeune qui a un défi de vision. On parle justement de raconter nos défis, rappelle Patrick Breton. Il participe au marathon de contes et se fait traiter comme tous les autres conteurs. »

Chaque année, la randonnée contée permet de découvrir différents univers de conteurs tout en explorant des coins de la ville de Sudbury. Photo : Léo Duquette

Pas d’excuses

Patrick Breton se donne aussi la mission de rendre les événements du CFOF accessibles aux personnes aînées, qui hésitent à se rendre à des spectacles en soirée, soit par considération financière ou parce qu’elles sont inconfortables à conduire à la noirceur.

Un projet pilote a donc été mis sur pied pour des événements ciblés pendant le festival, mais également pendant la programmation régulière du CFOF, jusqu’en mars 2025. Grâce à une subvention du ministère des Services aux personnes âgées, l’organisme fournira le transport, un léger repas et le billet de spectacle aux aînés qui en feront la demande, jusqu’à concurrence de 12 par soir.

« Je le surnomme mon projet Pas d’excuses, exprime Patrick Breton. On veut réellement que les personnes âgées viennent participer. »

Par où commencer?

Un autre élément majeur de la programmation est la mini-tournée de Stéphane Guertin, organisée en partenariat avec les Compagnons des Francs-Loisirs. L’improvisateur et conteur s’arrêtera de vendredi à dimanche, à Sudbury, Sturgeon Falls et Mattawa.

« C’est un gars qui est habitué de faire de la scène. Il y a aussi une partie théâtre, mais c’est vraiment une histoire contée », explique Patrick Breton, qui encourage les spectateurs qui n’ont jamais vu de soirée de conte à commencer avec Sortir la tempête du verre.

Le spectacle avait été présenté lors de la bulle d’art de la parole de Contact ontarois, en janvier 2024, ce qui avait valu à Stéphane Guertin le prix Distinction Réseau Ontario. Selon Patrick Breton, le fait d’avoir mis le conte à l’honneur de cette façon a été bénéfique pour toute la discipline.

En janvier 2024, Stéphane Guertin avait remporté le prix Distinction Réseau Ontario, qui récompense un artiste franco-ontarien pour « l’excellence et la qualité artistique de sa proposition lors de Contact ontarois. » Photo : Stéphane Bédard

D’autres activités originales permettent de se tremper un premier orteil dans cet univers. La randonnée contée, le marathon de contes, le concours de la plus grande menterie et les capsules web l’Ontario raconté sont autant de classiques de retour dans la programmation. L’activité Crêpes et contes étant ses horizons, ayant lieu à Sudbury le 20 octobre, mais aussi à North Bay, le 27 octobre.

En nouveauté, le festival offre aussi le Conte chez l’habitant, un spectacle intime dans une résidence privée, dont l’adresse ne sera dévoilée qu’à ceux qui achèteront leur billet.

Les Franco-Ontariens à l’honneur

Patrick Breton espère voir de plus en plus de conteurs franco-ontariens développer un répertoire. Cette année, le pari est plus que réussi.

« Une de mes fiertés, c’est que sur 16 conteurs, il y a 14 Franco-Ontariens. Alors, quand on dit qu’il n’y a pas de conteurs en Ontario, ce n’est pas vrai. »

Et ces conteurs proviennent de différents horizons. Entre autres, Marguertie Mbonimpa peut témoigner de l’élargissement de la diversité culturelle de Sudbury, elle qui raconte qu’elles n’étaient qu’une demi-douzaine de femmes noires francophones dans la communauté à son arrivée.

Félix Dubytz peut prouver le dynamisme de la relève, lui qui, à 15 ans, en est déjà à sa troisième participation au festival.

La petite-fille Mila Bercier et son grand-père Claude Garneau (le pére Garneau) peuvent témoigner de l’aspect intergénérationnel du conte.

« Ce que j’espère toujours, c’est que les salles se remplissent de plus en plus. (…) Il y a encore des gens qui ont une petite réticence, mais les gens qui viennent sont toujours enchantés », encourage le directeur général du CFOF.

Musées torontois bilingues : les premiers efforts visibles d’ici décembre

TORONTO – Les dix musées historiques de la Ville de Toronto mettront à disposition du public des brochures imprimées en français d’ici la fin de l’année, a-t-on appris lors de la réunion du Comité consultatif des affaires francophones.

Le département Toronto History Museums (THM), qui gère ces musées, va également dans les prochains jours lancer un sondage auprès de ses employés (environ une centaine à temps partiel) pour déterminer qui est capable d’offrir des services en français en personne.

« Ça va nous permettre d’établir une liste de personnel bilingue et de voir comment on peut offrir une meilleure expérience en français aux visiteurs », a expliqué Sonia Mrva, gestionnaire des musées municipaux, lors d’une présentation devant les membres du comité.

Son département aurait par ailleurs l’intention de recruter « activement » des interprètes de langue française, recevoir des invités aptes à s’exprimer en français et s’appuyer sur leurs réseaux pour accroitre le cercle des intervenants de langue française.

« On regarde aussi comment des partenariats avec les universités, incluant l’université de langue française, pourraient nous aider à identifier des étudiants francophones éligibles à des bourses fédérales pour soutenir nos activités », a assuré Mme Mrva.

L’idée derrière tout cela est d’arriver à une situation où « on aurait constamment une présence francophone dans l’équipe pour répondre aux besoins », anticipe Karen Carter, directrice du service des musées et du patrimoine, en écho à la stratégie de recrutement de la Ville pour 2025.

Mme Carter a aussi évoqué la présence d’une équipe des musées au moment de la Coupe du monde FIFA en 2026 qui soit en mesure de répondre aux demandes en divers langues, incluant le français. Tout en insistant sur ses ressources limitées : « On n’a pas de budget séparé pour créer des programmes francophones », a-t-elle averti, ce qu’a reconnu la présidente Alejandra Bravo qui a salué « une réponse qui va beaucoup plus loin » que la proposition communautaire intitiale.

Au sein du comité, la vice-présidente Christine Michaud a sensibilisé la Ville sur l’importance de promouvoir ces services, une fois en place, tandis qu’Hela Zahar a insisté sur un accès aux plus jeunes.

« Il est très important, pour préserver et péreniser la langue, de commencer au plus jeunes âge. Au-delà de la traduction, il faut penser à une forme de médiation c’est-à-dire une comprehension accessible aux écoles et aux élèves pour qu’ils s’approprient l’histoire de Toronto et de la francophonie, car ce sont eux qui vont porté la langue francaise. Il faut communiquer avec les écoles pour voir comment leur programme peut s’arrimer à cet accès à cette histoire. »

Cette démarche fait suite à la proposition soumise en février dernier par la Société d’histoire de Toronto (SHT) de favoriser l’accès des francophones aux musées de la ville, qui a débouché sur une motion adoptée en comité de confier au Comité du développement économique et culturel (ECDC), le mandat de chercher les possibilités de rendre accessibles les musées dans les deux langues officielles.

« Je crois que les délais fixés sont assez raisonnables, a réagi Rolande Smith, présidente de la SHT au micro d’ONFR, à l’issue de la réunion. Quant au recrutement, c’est un pas logique d’essayer de recruter bilingue à partir de maintenant et aussi de s’adresser à des programmes d’étudiants d’été au fédéral bien sensible au fait bilingue du Canada. »

Un logo identifiera les fournisseurs de services en français en Ontario

OTTAWA – Dévoilé ce jeudi lors du congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), ce logo sera à la disposition des fournisseurs à compter de cet hiver. Objectif : mieux repérer les organismes désignés en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).

D’ici la fin de l’année, les fournisseurs de services en Ontario pourront télécharger cette étiquette depuis la plateforme numérique gouvernementale de désignation. Ce signe distinctif doit rendre encore plus visibles les organisations désignées sous la LSF. Elles seront en mesure de l’afficher et de l’utiliser dans leurs communications pour mettre en relief les services qu’elles offrent en langue française.

« Avec ce logo, notre but est de bien identifier les services disponibles, valoriser le travail des organismes désignés, soutenir leurs efforts pour répondre aux exigences du règlement de l’offre active et leur offrir un avantage en termes de marketing », a déclaré Stéphane Sarrazin, député et adjoint parlementaire à la ministre des Affaires francophones, au moment de lever le voile sur le logo formé des lettres blanches sur fond noir Fr (pour français) entre guillemets jaunes.

Il s’agit d’une seconde étape après la simplification du processus de demande de désignation opérée en 2022. Les critères étaient alors passés de 35 à 20 et les démarches avait été rendues plus simples et plus rapides, avec à la clé un délai de traitement inférieur à 12 mois, via une plateforme en ligne.

Photo : ONFR/Pascal Vachon
« Ça va rendre l’accès aux services encore plus fluide »
— Fabien Hébert

L’idée est d’encourager tous les organismes à passer par cette plateforme gouvernementale pour faire leur demande de désignation et à adopter un signe distinctif comme symbole officiel de leur désignation et gage de la qualité de leurs services.

« Ça va rendre l’accès aux services encore plus fluide, croit Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Ce logo vient renforcer le processus de l’offre active et contribue à communiquer avec la communauté francophone. »

Adoptée en 1986 puis modernisée en 2021, la Loi sur les services en français sanctuarise le droit de recevoir de tels services de la part des organismes gouvernementaux. Les prestataires désignés ont le devoir de protéger et promouvoir des services en français. Le processus de désignation existe quant à lui depuis 1994 et aide le gouvernement à s’acquitter de son obligation. L’offre active, dont le règlement a été adopté en 2023, permet aux usagers d’obtenir des services en français sans les demander.

Santé mentale : « L’antiracisme n’est pas une finalité, mais un processus » exprime Jude Mary Cénat

Jude Mary Cénat est professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa, où il est directeur du laboratoire de recherche Vulnérabilité, Trauma, Résilience et Culture et du Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s. Il organise le deuxième colloque national sur la santé mentale des personnes noires.

Le colloque a débuté mercredi et se déroule jusqu’à vendredi, le 18 octobre, à l’Université d’Ottawa. Le thème est Santé mentale des communautés noires : reconquérir les sentiers de la joie. Au tout début de l’événement, des doctorats honorifiques ont été remis à trois sommités en la matière : David Williams, Yvette Bonny et Myrna Lashley.

Le système de santé canadien, d’autant plus dans le domaine de la santé mentale, ne prend généralement pas en compte les déterminants sociaux et les enjeux particuliers vécus par les personnes noires. Une approche où « on ne voit pas les couleurs » invisibilise des patients dont les conditions ne sont pas prises toujours au sérieux.

« Pourquoi faut-il un colloque national sur la santé mentale des personnes noires?

Parce qu’au Canada, la santé mentale des personnes noires est sous attaque de manière continuelle. Les personnes noires ont des conditions sociales et économiques moins favorables que la population générale, et donc une espérance de vie moindre. Il y a un ensemble de déterminants sociaux, en plus de la discrimination raciale.

Les soins que l’on fournit aux personnes noires ne sont pas culturellement adaptés. En tant que professionnels de la santé mentale, et je m’inclus là-dedans car j’ai aussi été formé dans ce système, nous ne savons pas comment aborder les enjeux raciaux dans nos soins, car nous n’avons pas été formés pour le faire.

Quelles ont été les avancées depuis le premier colloque en 2022, dans le cadre d’un projet de l’Agence de santé publique du Canada, qui a un fond spécial sur la santé mentale des communautés noires?

Il y a eu des pas en avant, mais aussi des reculs. Depuis cinq ans, la parole s’est libérée. Les gens ont commencé à parler de santé mentale dans les communautés noires elles-mêmes, grâce aux projets que l’on a menés. Il y a de nouvelles formations disponibles. Aussi, ce fonds était une avancée importante, mais il y a eu une grosse réduction du budget et ça ne répond pas du tout aux besoins.

Au Canada, on a une approche color blind, on est aveugle sur les enjeux raciaux. Des gens vont dire : moi, je ne vois pas la couleur de peau quand je prends quelqu’un en charge. Sauf que quand la couleur de peau de la personne fait partie du problème, ne pas la voir, c’est une attitude profondément raciste.

Le premier Colloque national sur la santé mentale des personnes noires a eu lieu en 2022. Photo : gracieuseté de Jude Mary Cénat

Les hôpitaux, services en santé mentale et conseils scolaires commencent à former leur personnel. Il y a des réticences, surtout dans les services de psychiatrie. C’est la toute puissance (des médecins) qui continue. Beaucoup de personnes noires vont subir des soins coercitifs. Un manque de confiance envers les services en santé mentale persiste aussi dans les communautés noires.

Quels sont les thèmes discutés cette semaine?

Le titre du colloque est Reconquérir les sentiers de la joie. On va parler des déterminants sociaux des communautés noires. Qu’est-ce qui les empêche d’être en bonne santé mentale?

Ensuite, on va évaluer les résultats obtenus dans les programmes de prévention, de sensibilisation et de mobilisation qui ont été mis en place pendant les deux à cinq dernières années. Comment a-t-on pu permettre aux communautés noires de mieux faire face aux dynamiques sociales et économiques? Comment ça a pu leur permettre de retrouver leur joie de vivre?

Parce que c’est ce qu’ils demandent, de pouvoir vivre dans la joie et dans la bonne santé mentale, et ainsi pouvoir mieux contribuer à la société canadienne.

Avez-vous des pistes de solution?

Depuis cinq ans, on a quand même développé un ensemble de choses, dont des formations qui sont aujourd’hui implantées dans plusieurs pays. Parmi celles-ci, il y a Fournir des soins en santé mentale antiracistes, une formation bilingue qui permet de former les psychologues, travailleurs sociaux, psychiatres, médecins de familles, infirmiers, psychothérapeutes, etc.

On accompagne aussi les hôpitaux, écoles et services de santé en assurant un suivi sur les changements mis en place.

Jude Mary Cénat est professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa et organisateur du Colloque national sur la santé mentale des personnes noires. Photo : gracieuseté de Jude Mary Cénat.

L’antiracisme n’est pas une finalité. C’est un processus. On doit toujours essayer de s’améliorer. Quand le système est antiraciste, c’est bon pour tout le monde.

Il y a aussi plusieurs cas où on n’a rien fait pour des enfants blancs qui auraient dû être retirés de leur milieu. En formation, je donne l’exemple de la fillette de Granby… le système n’aurait jamais laissé une enfant négligée comme ça dans une famille noire, on l’aurait placée. On ne croit pas en la capacité de changement des parents noirs, mais on croit facilement en celle des parents blancs.

On sait que l’humain est capable des pires choses comme des meilleures. Il faut voir les gens dans leur humanité et les juger avec objectivité.

Quelle est la part du français dans le colloque?

Trois conférenciers sur huit sont francophones. Certains vont intervenir totalement en français. Il y aura la traduction simultanée dans les deux langues officielles tout au long du colloque.

On doit reconnaître qu’il y a très peu de recherche en français, au Canada, sur la santé mentale des communautés noires. Il y a aussi moins de confiance. Les personnes noires anglophones sont mieux nanties, en quelque sorte. Il y a une double stigmatisation : ‘En plus d’être noir, il est francophone.’

Il y a des intersections entre être noir, femme, musulman, francophone, etc. Tous ces enjeux s’imbriquent. 

Qui sont ces trois sommités qui ont reçu un doctorat honorifique de l’Université d’Ottawa?

David Williams est la première personne au monde à avoir permis d’évaluer le racisme de manière quantitative.

Myrna Lashley a beaucoup travaillé sur les relations entre la police et les jeunes des communautés noires. Elle a permis de former des policiers sur la question du profilage racial.

Yvette Bonny est celle qui a fait la première greffe de moelle osseuse sur un enfant au Québec, en 1980. Elle a reçu des enfants de partout au pays et elle a fait plus de 200 greffes en 20 ans.

Quand elle était hématologue, elles n’étaient que trois femmes au Québec à avoir cette spécialité. Dr. Bonny était la seule femme noire, et la seule à pratiquer en pédiatrie. Il faut aussi reconnaître sa contribution dans la recherche sur l’anémie falciforme, qui fait maintenant partie du programme québécois de dépistage néonatal sanguin et urinaire.

Reconnaître ces personnes, c’est aussi reconnaître l’excellence et la contribution des communautés noires au sein de la société canadienne. »