Trois activités d’Halloween à faire en français à Ottawa

OTTAWA – Alors que les feuilles ont changé de couleurs, que les citrouilles sont bien en vue sur les étalages des marchands et que la température offre quelques frissons dans le dos, il est temps de se mettre nous aussi dans l’ambiance de l’Halloween. En famille, entre amis ou pour un rendez-vous amoureux, ONFR s’est intéressé à trois activités francophones ou bilingues de la capitale nationale.

En famille : L’Halloween dans la forêt

Le 27 octobre, le Muséoparc Vanier tiendra sa traditionnelle activité d’Halloween dans la forêt, en collaboration avec le Club optimiste Vanier. Une activité conviviale qui se fait rapidement et sans peur, parfaite pour les enfants.

« C’est vraiment notre activité intergénérationnelle à son meilleur, autant dans l’organisation que chez les participants », indique Annick Normand, gestionnaire des communications et du marketing, en entrevue avec ONFR.

Si beaucoup de jeunes familles participent évidemment à l’événement, on y voit aussi régulièrement des groupes d’adolescents qui viennent entre amis faire le parcours de six stations réparties dans la forêt du parc Richelieu.

Sur place, des bénévoles seniors, recrutés par le Club optimiste, et des bénévoles juniors, recrutés dans les écoles secondaires, animent les activités comme le lancer de l’anneau sur le chapeau de sorcière ou la fouille dans les entrailles du zombie… bonbons à la clé, évidemment.

« Dans le cadre qu’on a ici, dans la forêt du parc Richelieu, c’est quand même assez féérique », indique Annick Normand.  

L’Halloween dans la forêt, du Muséoparc Vanier, est un événement gratuit, sans inscription préalable. Photo : Gracieuseté du Muséoparc Vanier

Le parcours se termine autour d’un feu de camp devant la cabane à sucre du Muséoparc Vanier. L’an dernier, une bénévole a pris l’initiative d’emprunter des livres à la bibliothèque pour faire la lecture aux enfants. L’idée a ravi les organisateurs, qui s’associent cette année au programme Lire et faire lire. Madeleine Meilleur, la directrice générale du Muséoparc Vanier, est d’ailleurs la porte-parole ontarienne de ce programme qui invite des bénévoles de 50 ans et plus à faire la lecture aux enfants dans les écoles élémentaires.

Cette année, l’Halloween en forêt se déroulera de 11 h à 13 h, ou jusqu’à épuisement des stocks, le 27 octobre au Muséoparc Vanier. En cas de pluie, l’activité se déroulera à l’intérieur du Centre Richelieu.

Petit tuyau :

  • Déguisez-vous et arrivez tôt. L’activité est si populaire que les bonbons, prévus pour 250 enfants, ont souvent tous trouvé preneurs avant la fin annoncée de l’événement.

Entre amis : Les citrouilles illuminées

Aux parcs Wesley Clover, c’est Pumkins after dark qui s’est installé depuis le 10 octobre. Plus de 10 000 citrouilles (la plupart artificielles, mais certaines sont réelles) sculptées à la main jalonnent le trajet qui se parcourt à pied.

Francis Lalonde, le coordonnateur du parcours d’Ottawa, explique à ONFR que la compagnie albertaine « a toujours en tête de franciser ses spectacles le plus possible. C’est une des raisons pour lesquelles ils m’ont emmené à Ottawa ».

Lors de la soirée de préouverture, le 9 octobre, plusieurs des employés nous parlaient effectivement en français, parfois même d’emblée. Selon Francis Lalonde, les deux tiers des employés au niveau de l’organisation sont bilingues. Pour ceux sur place lors des soirées, il est plus difficile d’obtenir une estimation, puisqu’ils proviennent souvent d’agences de placement, dû à la nature temporaire de l’événement. « Mais c’est sûr et certain que ça fait partie de nos demandes. »

L’une des oeuvres du parcours Pumpkins After Dark 2024, à Ottawa. Photo : Rachel Crustin

Les structures présentées sont d’abord créées en atelier, avant d’être assemblées dans sept villes canadiennes et une ville des États-Unis. « Il y a vraiment une équipe créative qui va se pencher sur ce qu’ils ont envie de présenter (…) selon les sujets d’actualités ou les thématiques au goût du jour. »

Les structures peuvent donc se déplacer d’année en année, pour que les visiteurs de chaque ville aient accès à un parcours renouvelé. Cette année, le parcours d’Ottawa comprend entre autres les thèmes des contes et légendes, des vedettes du rock et des sagas Harry Potter et Star Wars, par exemple. « On a une représentation du Millennium Falcon qui fait 32 pieds de long. C’est vraiment très impressionnant. C’est une des plus grosses structures qu’on faites jusqu’à présent. »

Il y a aussi des artistes présents sur place pour sculpter des citrouilles en direct.

Quelques chiffres : Il faut environ 11 mois pour préparer le parcours et 10 jours pour l’assembler. Pumpkins After Dark emploie une vingtaine d’employés par soir.

Petits tuyaux :

  • C’est moins cher le jeudi.
  • Cette année, les camions de nourriture sont installés en début de parcours plutôt que dans une aire séparée, comme l’an dernier.
  • Une autre ville ontarienne, Milton, accueille également un parcours de Pumpkins After Dark.

En couple : visiter les fantômes d’Ottawa

Si la compagnie opère à l’année, particulièrement d’avril à novembre, il va sans dire qu’octobre est une période achalandée pour la Marche hantée d’Ottawa. Différentes visites guidées sont offertes pour découvrir les histoires de fantômes qui hantent, semble-t-il, les édifices historiques ou les rues, transformées avec le temps.

« Les gens se promènent sans savoir nécessairement ce qu’il y a sous leurs pieds, lance Gaïa Chernushenko, coordonnatrice de la Marche hantée. On va chercher des faits fascinants et des histoires un peu plus sombres pour montrer ce côté de nos villes aux gens. »

Les récits racontés sont basés sur des éléments historiques. « Ce n’est pas comme une maison hantée. On ne va pas essayer de vous donner les plus grands frissons. On essaie de vous raconter des choses auxquelles on croit, donc des histoires bien recherchées, historiques et intrigantes. »

Il arrive tout de même que des phénomènes inexpliqués se déroulent pendant les tours. Manifestations paranormales ou perceptions créées par l’ambiance de l’activité? À vous de décider.

ONFR a testé l’un des parcours de la marche hantée d’Ottawa. Photo : Jean-Philippe Bélanger

Des parcours réguliers sont offerts en français. « Surtout dans une ville bilingue comme Ottawa, on croit que c’est extrêmement important, indique Gaïa Chernushenko. Ça joue un rôle important dans l’identité de notre ville et l’accessibilité pour notre communauté. »

Elle ajoute que, comme l’activité invoque l’imaginaire des gens, l’expérience est d’autant plus riche lorsque l’on peut la vivre dans notre langue maternelle.

La Marche hantée est déconseillée aux jeunes enfants.

Petits tuyaux :

  • La compagnie est aussi présente à Kingston et Toronto, et des parcours en français y sont aussi disponibles, quoique moins réguliers. N’hésitez pas à demander.
  • Les parcours en français sont souvent moins achalandés.
  • La Marche hantée est déconseillée aux jeunes enfants.

Sonya Malaborza, habiter dans les livres

Traductrice, éditrice et autrice, Sonya Malaborza rencontre le succès chaque fois qu’elle touche au monde des livres. Son nouveau défi depuis l’été : le poste de codirectrice générale et directrice d’édition d’une maison d’édition cinquantenaire, Prise de parole (PDP). Est-ce qu’une francophone du Nouveau-Brunswick peut mener à bout de bras ce pilier franco-ontarien? Celle qui en était déjà l’éditrice pour l’Acadie compte bien prouver que oui.

« Vous êtes née au Nouveau-Brunswick, d’une mère gatinoise et d’un père italo-montréalais. Vous considérez-vous Acadienne?  

C’est compliqué. J’ai souvent des conversations à ce sujet. Je sens une appartenance avec l’Acadie, parce que c’est le lieu où j’ai grandi. Mon français est marqué par les pratiques langagières acadiennes. Je connais bien le territoire, les gens, les références historiques et culturelles. Mais reste que je n’ai pas un nom acadien. Tout le côté d’appartenance historique, construit par un lien avec la déportation, je ne l’ai pas. D’ailleurs, je creuse cette question dans mon livre, Prendre racine

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire sous forme de courts récits historiques, et de les livrer selon votre perspective?

Au départ, je ne savais pas que j’écrivais un livre. À l’automne 2020, on a décidé de publier un collectif pour réfléchir à la question de l’écoanxiété (En cas d’incendie, prière de ne pas sauver ce livre), dirigé par Catherine Voyer-Léger.

L’une des autrices tardait à livrer son texte. Chloé Leduc-Bélanger, ma collègue de l’époque, m’a lâché, un peu à la blague : ‘ton chum est botaniste, tu dois avoir des choses à dire sur la question.’ Ça a donné mon texte Celle qui reste.

Au Salon du livre de la Péninsule acadienne 2024, Sonya Malaborza discute avec l’autrice Emmanuelle Tremblay. Photo : Iskaji Studio

Je me suis rendu compte que ça faisait du bien d’écrire sur ces questions-là. Quelques textes se sont accumulés, et à un moment donné, je me suis rendu compte que j’avais un livre devant moi.

Il y a plein de gens qui ne me connaissent pas qui m’ont dit que non seulement ils l’ont lu, mais ils l’ont lu deux fois. Je suis à la fois touchée et étonnée.

Dans une chronique à ONFR, Monia Mazigh disait que votre livre part de soi pour parler des autres, et part du passé pour parler du présent. Est-ce que c’est un processus conscient?

J’avais envie de créer quelque chose d’ouvert, qui parle de moi, bien sûr, car c’est moi la voix, mais je voulais se faire promener les lecteurs, leur faire découvrir des espaces auxquels on ne s’attarde pas et des faits historiques oubliés.

Par exemple, les gens ne connaissent pas le comté de Kent, à part Bouctouche avec Le pays de la Sagouine. Aussi, on n’a pas appris à l’école qu’un cinquième des forêts du Nouveau-Brunswick a brûlé en 1825, en l’espace de 36 heures, lors des grands feux de la Miramichi.

Pourquoi est-il important de parler des femmes?

Parce que les femmes sont dans une marginalité historique. Anne, la femme qui a péri dans le feu avec ses enfants, dont on n’a même pas retenu le nom de famille pour sa plaque tombale, ça me semblait important. Qu’on soit à ce point oubliée que même notre lieu de repos n’est pas complètement identifié, ça me semble d’une grande tristesse. J’ai voulu un peu remédier à ça en lui donnant une place dans ce livre. Qu’on soit quelques-uns à se souvenir d’elle.

Sonya Malaborza au Congrès mondial acadien 2024, en Nouvelle-Écosse, où elle participait entre autres à des soirées littéraires. Photo : Rachel Crustin.

Prendre racine est en nomination pour le Prix littéraire Antonine-Maillet-Acadie vie…

J’ai écrit ce livre parce que j’avais besoin de réfléchir par l’écriture. Ce n’était jamais avec l’objectif de tomber dans les listes de prix. Mais de le voir à côté de l’excellent essai de Paul Bossé, Tous les tapis roulants mènent à Rome, et de Des fleurs comme moi de Xénia, qui est un des plus grands vendeurs chez PDP… j’étais comme : wow!

La remise des prix est le 2 novembre. Peu importe qui gagne, je vais être super contente.

Comment avez-vous trouvé le processus inversé, l’éditrice éditée?

Ce qui est encore plus déstabilisant, c’est la traductrice qui lâche sa position subalterne pour réfléchir à sa propre vérité. Le travail de Chloé et de Stéphane (Cormier, codirecteur de PDP) a été tout un bonheur.

J’aime beaucoup travailler en collectif et que c’est ce que j’aime en édition, cette possibilité de travailler ensemble pour voir différents éclairages d’un texte, pour voir où l’on peut l’emmener. C’était très enrichissant de vivre cette expérience comme autrice.

Sonya Malaborza à l’animation au festival Frye, à Moncton, en avril 2023. Photo : Annie France Noël

Souvent, des gens qui travaillent pour une maison d’édition vont publier leurs propres livres ailleurs. Pourquoi avoir choisi de le faire avec PDP?

J’ai hésité au début, car j’avais peur que les gens perçoivent que j’avais une position privilégiée. On a mis cartes sur table. J’aime tellement les gens avec qui je travaille, je leur fais tellement confiance, que je voulais que la maison de mon livre soit PDP. Mais j’aurais compris si on avait choisi de m’envoyer ailleurs.

Vous succédez à denise truax, qui est très respectée dans le milieu du livre franco-canadien. Comment voyez-vous ce rôle?

C’est un apprentissage au quotidien. Je suis vraiment bien entourée, denise est là. Je peux lui poser 50 000 questions si je le souhaite. C’est sûr que je me retiens un peu, elle a autre chose à faire et je dois trouver mon chemin. Mais c’est rassurant de la savoir là.

J’ai un appui solide avec Stéphane à la codirection générale. Et il y a Isabelle Kirouac Massicotte, qui est arrivée cette année et qui a une vaste quantité de compétences. Je me rappelle sans cesse que c’est un travail d’équipe, que je ne suis pas seule.

PDP est un pilier franco-ontarien, mais ses deux codirecteurs généraux sont maintenant à l’extérieur de Sudbury. Comment justifiez-vous cette situation?

Je suis très sensible à cette question. PDP, depuis ses débuts et encore maintenant, est très enracinée dans l’Ontario français et à Sudbury, et a un rôle culturel très important à jouer. On n’oublie pas ça. Les bureaux restent là, c’est notre port d’attache.

Stéphane est directeur de la commercialisation. Notre diffuseur, Dimedia, est à Montréal, comme beaucoup d’événements littéraires. Il y a quelque chose d’intéressant à avoir notre pôle commercial près du cœur de la littérature francophone au Canada.

Et PDP accueille des auteurs de l’Acadie depuis la fermeture des Éditions d’Acadie, en 2000. Si on dresse la liste de tous les gens sur la côte est qui publient chez PDP, depuis bien avant mon arrivée, on voit qu’il y a quelque chose d’intéressant à avoir une antenne en Acadie. C’est ce que j’étais au début.

Sonya Malaborza et Stéphane Cormier lors d’un événement pour le 50e anniversaire de Prise de parole. Photo : Bennett Malcolmson

Depuis une vingtaine d’années, PDP a une vocation de plus en plus pancanadienne. C’est toujours cette idée de vouloir construire des solidarités entre minorités franco-canadiennes. On continue d’appuyer cette mission dans notre travail, sans oublier qu’on veut donner une très grande part aux voix de l’Ontario.

Je suis constamment en consultation avec des partenaires en Ontario, pour m’assurer au maximum que rien ne nous échappe.

Il y a-t-il eu des réactions dubitatives à l’annonce de votre arrivée comme codirectrice générale?

Le contraire m’aurait inquiétée. Les voix dissidentes sont portées par un amour et un attachement pour PDP.

J’ai entendu, par exemple : ‘L’Ontario perd une autre maison d’édition’. J’ai énormément d’empathie pour ces réactions-là. Je sais qu’en Ontario, les institutions francophones ont été gagnées de forte guerre. Même après 50 ans de PDP, on est toujours dans cette fragilité.

Les gens ne me connaissent pas. Ils ne savent pas que j’ai quand même un parcours universitaire et littéraire qui est porté par un amour pour la littérature franco-ontarienne. Je ne m’attends pas à ce qu’ils prennent ça pour du cash. Je vais devoir faire mes preuves et c’est correct.

Vous avez quand même des liens avec l’Ontario…

J’ai fait une maîtrise au Collège Glendon, donc j’ai habité quelques années à Toronto. J’évoluais dans le milieu littéraire francophone. Mais je ne m’attends pas à ce que les gens sachent ça.

En 2020, vous avez reçu une nomination pour un prix littéraire du gouverneur général pour L’accoucheuse de Scots Bay, votre traduction de The Birth House d’Ami McKay. Comment avez-vous reçu cette nouvelle?

Avec étonnement. J’essaie d’être au service du texte, de faire de mon mieux pour bien rendre un roman. Je ne m’attendais pas à tomber sur le radar, sachant combien de livres en traduction sont publiés dans une année.

Sonya Malaborza devant Scots Bay : souvenir d’un pèlerinage en temps de pandémie sur les lieux mis en scène dans L’accoucheuse de Scots Bay. Photo : David Mazerolle

Vous avez aussi reçu une nomination pour un prix Éloize comme artiste en littérature. Quelle est l’importance de cette reconnaissance dans les provinces de l’Est?

Cette nomination était vraiment très importante pour moi, parce que c’était une preuve que j’avais réussi à convaincre un jury qu’une traduction pouvait être considérée comme une création littéraire. C’était la première fois qu’une traduction était en lice dans la catégorie Artiste de l’année en littérature.

Qu’est-ce que vous aimez de la traduction?

C’est une façon de lire un texte de très près, d’entrer en relation avec lui et de le partager avec un nouveau public. Quand un récit est bien mené, on crée des liens avec les personnages et les lieux.

Qu’est-ce que ça prend pour faire une bonne traduction?

Du temps. Et on ne l’a pas tout le temps. J’ai travaillé pendant trois ans au Bureau de la traduction du gouvernement fédéral. J’ai connu les délais serrés, l’empressement, l’urgence. C’est très difficile de bien traduire dans ces circonstances.

Je mène un mouvement de résistance vers une lenteur impossible, mais nécessaire, quand je traduis un roman. Mes collaborateurs n’aiment pas toujours ça, mais si je veux être capable de bien faire le travail de détails, j’ai besoin de temps pour réfléchir, de la même façon dont on a besoin de temps quand on écrit.

À courir constamment, on ne se permet pas l’essentiel travail de l’analyse. Il faut faire des liens, creuser… dans tous les domaines, à force de courir, on perd en qualité.

Sonya Malaborza a réalisé une résidence d’écriture au Parc national Fundy, au Nouveau-Brunswick, en 2021. Photo : Kayla Geitzler

Qui seraient les auteurs acadiens contemporains à découvrir?

Oh mon doux! C’est important de savoir que l’écosystème littéraire n’existe pas en vase clos. Il y a des auteurs que j’adore et qu’on a le privilège de publier chez PDP. Il y a aussi de belles voix qui rayonnent chez Perce-Neige, par exemple. Je pense à Luc-Antoine Chiasson, qui est un de mes poètes préférés.

J’adore aussi Daniel H. Dugas, qui lui est publié chez PDP. C’est quelqu’un qui fouille, qui s’intéresse beaucoup à son sujet et qui fait de la littérature comme personne d’autre. Une vraie littérature de geek. Son plus récent recueil, Formats, est sorti le 1er octobre.

Après avoir vécu dans de plus grandes villes, qu’est-ce qui vous a ramenée dans votre coin de pays?

Quand j’habitais à Moncton, mon conjoint travaillait comme botaniste de terrain et il partait du mois de mai à la fin octobre. À un moment donné, je lui ai dit : ‘On a fait des enfants à deux. J’ai besoin que tu sois plus près de la maison.’

Il s’est trouvé un poste à Parcs Canada, à 20 minutes d’ici. Il continue de travailler comme botaniste de terrain, mais il revient le soir pour aider avec le souper. Ça a été une drôle de coïncidence, car j’avais quitté mon chez-moi en pensant que je ne reviendrais jamais.

La vie de famille a débuté en 2007 pour Sonya Malaborza. La voici en 2011, alors qu’elle était enceinte de son fils. Photo : David Mazerolle

La vie a un drôle de sens de l’humour. Mes parents ne sont même plus à Rexton. J’ai perdu de vue le gens avec qui j’ai grandi. Je les retrouve, mais je n’arrive pas encore tout à fait à comprendre ma place.

Quelle est la suite pour vous?

Le 12 novembre, je publie Le projet Ariel, une traduction de Blaze Island de l’Ontarienne Catherine Bush. C’est tellement un beau livre! Ça se passe sur une île calquée sur l’île Fogo, au large de Terre-Neuve. C’est l’histoire d’un climatologue qui s’est exilé sur cette île avec sa fille après une tragédie personnelle. Il continue en secret de mener des expériences météorologiques et tente de contrôler le climat.

Comme ça se passe à Terre-Neuve, où il y a des francophones, j’ai voulu leur rendre hommage dans mes choix de traduction. J’ai été saisie par la proximité du français de Terre-Neuve avec celui du Sud-Est du Nouveau-Brunswick.

Maintenant, au quotidien, c’est sûr que je suis davantage dans l’accompagnement des auteurs. J’ai une charpente de texte. Ce sera encore une méditation sur le lien au territoire. Je ne sais pas quand ça va sortir. Je ne suis pas pressée. »


1978 : Naissance à Saint-John, au Nouveau-Brunswick.

2003 : Maîtrise ès arts en traduction à l’Université York, collègue Glendon, et première traduction pour la scène, au théâtre Tarragon.

2014 : parution d’une première traduction littéraire aux Éditions Perce-Neige (La femme du capitaine)

2020 : L’accoucheuse de Scots Bay est en lice aux prix du Gouverneur général

2023  : parution de Prendre racine, premier recueil à titre d’autrice

2024 : passage à la codirection générale et à la direction de l’édition chez Prise de parole

La Rencontre d’ONFR dresse le portrait de personnalités francophones de divers domaines, en Ontario et au Canada.

Français : l’époux de Mary Simon critique les médias et politiciens

OTTAWA – Le conjoint de la gouverneure générale Mary Simon s’est vidé le cœur contre la couverture médiatique au Québec qu’il qualifie de « série croissante de conneries » concernant l’aptitude de sa femme en français. Il critique aussi dans un long message les prises de position de politiciens et du commissaire aux langues officielles dans le dossier.

Whit Fraser, qui savait qu’il devrait « accepter de devoir parfois me mordre la langue » lorsque sa femme a été nommée en 2021, n’a toutefois pas eu le choix d’en faire « une exception », comme il l’indique dans une longue publication en anglais sur Facebook vendredi soir (11 octobre).

« Une série croissante de conneries (a growing raft of BS) provenant des médias québécois souligne les deux choses pour lesquelles je me battrai toujours : ma femme et le journalisme, qui m’a été si bénéfique, » écrit l’ancien journaliste de longue date, notamment à la CBC.

With Fraser s’est vidé le coeur dans une longue publication sur Facebook vendredi soir. Capture d’écran Facebook.

L’inaptitude de la gouverneure générale à parler dans la langue de Molière a refait surface dans les dernières semaines. Lors d’une visite de Mary Simon -qui était accompagnée de son mari – à un organisme communautaire à Lévis, le Journal de Québec a rapporté qu’elle ne parlait toujours pas français, trois ans après sa nomination.

Whit Fraser dénonce la couverture du quotidien québécois accusant l’auteur du texte d’avoir « apporté un couteau plutôt qu’un stylo à un événement où le journaliste du Journal ne servait que ses propres intérêts ».

« Malheureusement, le Journal de Québec a estimé que la communauté serait mieux servie en se jetant sur le fruit pourri le plus bas de la poubelle », écorche-t-il.

Raymond Théberge et les politiciens écorchés

Il jette aussi des pierres aux médias et stations de radios qui ont repris le sujet, eux qui auraient dû « remettre en question l’exactitude, le jugement ou le motif », mais qui ont préféré « s’entassés ». Il accuse aussi « une ribambelle de politiciens québécois peu sûrs d’eux ont suivi le mouvement – ​​y compris des ministres du Cabinet libéral fédéral » ainsi que le Bloc Québécois, « qui ne veut pas faire partie du Canada en premier lieu, d’avoir rugi », blâme-t-il.

Whit Fraser en rajoute contre le Journal de Québec qui a rapporté, via un sondage de la firme de sonde Léger, qu’environ 71 % des Québécois jugent « inacceptable » que la gouverneure générale ne sache parler français en 2024.

« Qui croit que ce journal fera un jour un sondage auprès des Canadiens autochtones et demandera : combien d’entre eux trouvent acceptable que depuis 157 ans et trente gouverneurs généraux précédents, pas un seul ne parle une langue autochtone? », se demande-t-il.

Il accuse aussi le commissaire aux langues officielles d’avoir effectué un « jugement précipité », lorsque Raymond Théberge a affirmé que toute personne représentant le Canada sur la scène nationale et internationale devrait pouvoir parler anglais et français.

Mary Simon est devenue la première autochtone à être nommée au poste de gouverneure générale en 2021, elle qui avait promis à l’annonce de sa nomination d’apprendre le français.

Cette dernière peut parler en anglais et en inuktitut, mais pas en français, elle qui a pris près de 180 heures de cours de français depuis sa nomination il y a trois ans selon Radio-Canada, ce que ne mentionne à aucune reprise With Fraser. Il partage toutefois que,« oui les anglophones ont eu des difficultés en français – et les francophones ont eu des difficultés en anglais – mais personne n’a perdu de vue le défi ».

Le premier ministre Justin Trudeau et la gouverneure générale du Canada Mary Simon.
Mary Simon en compagnie de Justin Trudeau lors de sa nomination en 2021. Crédit image : Sgt Johanie Maheu, Rideau Hall

L’époux de Mme Simon déplore « qu’on n’a demandé à personne s’il avait déjà essayé d’apprendre la langue autochtone de la gouverneure générale, l’inuktitut ». Il poursuit en rappelant que ses critiques n’ont jamais « reconnu le fait » que même si elle est née au Québec, Mary Simon n’a jamais eu la chance d’apprendre le français, car on ne l’enseignait pas à l’externat fédéral de Kuujjuaq où elle a grandi.

« Reconnaître ça est tout simplement trop hypocrite à supporter », accuse-t-il.

Whit Fraser dénonce que cette histoire ait mis en ombrage la visite de sa femme dans l’organisme d’aide alimentaire à Lévis au Québec, qu’il décrit comme « une heure et demie du meilleur de l’esprit humain ». Mary Simon avait dû annuler d’autres activités prévues à son horaire dans la capitale québécoise à la suite de la controverse.

Quand le poids des maux rime avec internationaux

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, c’est Rym Ben Berrah qui évoque des enjeux de société et d’éducation qui rejoignent le quotidien.

Tout va mal dans le monde en ce moment, n’est-ce pas? On s’en veut de ne pas être trop au courant, on s’en veut de pas trop souffrir comme d’autres qui ne l’ont pas facile, on s’en veut d’être privilégié, puis on s’en veut de s’en vouloir d’être privilégié, puisque chacun de nous vit quelque chose et que toute vie est légitime.

Mis à part le chaos international, la misère et les traumas intergénérationnels qui se dessinent et qui sont à venir, je pense à la violence qui sévit dans nos vies de Canadiennes et de Canadiens, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nous.

Je pense au corps repêché à l’île Saint-Quentin, celui de l’étudiante d’origine congolaise, Alexandra Martine Diengo Lumbayi, décédée à l’âge de 21 ans, paix à son âme. Sa disparation fait retentir un sujet qui me tient à cœur, et ce, depuis des années : l’immigration en général, les étudiants internationaux dans une branche particulière.

Il faut avoir du vécu, du cran et, excusez le terme, du culot afin de franchir plusieurs pays et de venir s’installer dans le froid canadien pour réussir des études. C’est l’eldorado du diplôme postsecondaire ou universitaire nord-américain : de Montréal à Toronto, à Ottawa, à Hearst, à Sudbury, à Kapuskasing et j’en passe.

De jeunes téméraires qui vivent comme première expérience, loin de leurs racines, de leur famille proche et de leurs parents, le fait de s’acclimater, de s’adapter et d’opérer dans un système éducatif canadien. Mon expérience personnelle couvre davantage un savoir francophone vis-à-vis de ces données, mais mettons-nous d’accord que le déracinement n’a pas de langue.

Malgré la promesse du « rêve canadien », le déracinement implique nécessairement une perte de repères plus ou moins importante selon les situations. Photo : Canva

J’ai toujours trouvé stupéfiant le fait de payer des sommes aussi exorbitantes pour des frais de scolarité qui n’offrent pas la totale aux gens qui viennent assurer leur avenir en sol canadien, que ce soit du côté de l’accueil, de l’intégration, de la paperasse, des démarches administratives post-diplôme, de l’évolution dans une société où l’on n’a pas racine, mais où l’on apprend à s’implanter, etc.

Je suis consciente qu’il y a divers efforts émis par plusieurs organismes, organisations et infrastructures afin d’améliorer l’expérience des étudiantes et étudiants internationaux, mais parlons de ce qui peut être amélioré.

Pensez-vous que les parents sont rassurés d’envoyer leur progéniture outre-mer avec toutes les économies familiales, afin de revenir avec un papier pour assurer l’avenir de la famille ou redorer le blason du niveau d’éducation du foyer? Pensez-vous qu’on outille ces personnes pour qu’elles sachent éplucher les circulaires ou comment se retrouver plutôt que d’errer béats, parfois hagards, entre les rayons, à chercher des boites de conserve ou de pâtes qu’ils n’ont jamais connues? Est-ce que vous savez la dureté morale de l’hiver et la dureté économique de se procurer tout le nécessaire afin d’avoir une vie étudiante assez passable?

Moi-même, j’ai été nouvelle immigrante un jour, et je me suis au fil des ans liée de connaissances et d’amitié avec plusieurs personnes de différents milieux. Parfois on en rit, d’à quel point c’est difficile. C’était, au départ, de comprendre par exemple comment télécharger les fichiers nécessaires pour l’école. C’est où, la Coopsco? À quel magasin aller pour acheter des médicaments? Pourquoi on peut se procurer une télé au Walmart à minuit, mais pas avoir accès à un médecin de famille? Pourquoi c’est aussi facile de se procurer une carte de crédit, et aussi compliqué de gérer ses finances et les taux d’intérêt? Mais attends, c’est où que j’achète de la sauce piquante (pas de la Red Hot) et du curcuma?

Une santé mentale à risque

Je pense aux modalités de vie du quotidien et l’idée de la nouvelle du corps inerte d’Alexandra qui a été retrouvé me heurte. À l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas si l’acte sera déclaré criminel ou pas, je ne sais pas si elle s’est jetée dans ce fleuve par elle-même ou si elle y a été poussée.

Je sais par contre qu’on peut faire plus au niveau de la santé mentale, pour encadrer les étudiantes et étudiants, les nouveaux arrivants ainsi que les humains, toutes catégories confondues. Avant-hier, à la pharmacie, j’ai entendu un jeune homme demander quel était l’équivalent canadien d’un doliprane. Il faudrait un dictionnaire des cultures pour les gens qui ont plus qu’un chez-soi.

Tu n’as pas besoin de venir d’ailleurs pour comprendre la délicatesse de la conformité et l’indélicatesse du manque de tolérance et de respect. Tu peux simplement passer d’une petite ville à une grande, de Casselman où tu connais toute ton école secondaire à l’Université d’Ottawa où tu te perds dans une marée humaine, pour comprendre que l’individualisme est un fléau de notre société.

Les températures commencent à baisser et les horreurs ne cessent de circuler autour de nous. Il est temps de se servir un gros bol chaud de compassion et d’être soudés. Il est temps d’aider par un mot, un partage, une pensée ou un dollar lorsqu’on le peut. Chacun de nous vit des batailles qu’on ne peut traduire en mots, et chaque vie vient avec son lot.

Tu n’as pas besoin de venir d’ailleurs pour comprendre la délicatesse de la conformité et l’indélicatesse du manque de tolérance et de respect.

Une pensée aux moins bien lotis, aux incompris, à ceux qui se rebellent ou abandonnent l’école, car le poids de l’incompréhension est trop haut, à ceux qui graduent, mais ont du mal à trouver du travail, car on exige « une expérience canadienne » dans le dossier. À ceux qui n’arrivent pas à dormir depuis des mois à cause des nouvelles qui les bombardent chaque nuit. À ceux dont la voix brise lorsque c’est le temps des célébrations, mais que la seule étincelle qu’ils ont, c’est leur coloc qui leur propose une partie de hockey. Une pensée positive à toute personne œuvrant dans le bien, dans l’intégration et dans le fait de briser l’isolement, de 7 à 77 ans. Le poids des maux est moins lourd lorsque porté par la mosaïque de toute une collectivité.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Devoirs et leçons en matière culturelle

La culture francophone est bien vivante partout en Ontario. La région de la capitale fédérale gagne la palme des choix d’activités cette semaine, mais ce qui ressort surtout, c’est la variété des disciplines. Théâtre, musique, improvisation, danse, cirque, sensibilisation ou un peu de tout ça, toutes ces activités se déroulent en français, en Ontario.

Faire son devoir culturel

Ce devrait être un devoir de citoyen de s’informer pour mieux connaître les communautés autochtones du pays, leur point de vue de l’Histoire et leurs réalités d’aujourd’hui. L’Alliance française d’Ottawa en offre une belle occasion en invitant l’organisme Wapikoni à donner un atelier dans ses locaux le jeudi 17 octobre. Une série de films sera présentée et servira entre autres à ouvrir la discussion. L’atelier sera mené par l’ambassadeur de Wapikoni, Xan Choquet, qui est Innu de la communauté de Mashteuiatsh, dans la région québécoise du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Wapikoni mobile donne des ateliers de sensibilisation aux réalités autochtones dans les écoles et les organismes communautaires. Photo : Gracieuseté de Wapikoni

Ottawa, le 17 octobre. Détails et inscription gratuite sur le site de l’Alliance française d’Ottawa.

Un musée circassien

La compagnie de la ville de Québec, Machine de cirque, sera de passage dans l’autre capitale nationale le mercredi 16 octobre. Le spectacle La galerie sera présenté au Centre des arts Shenkman, dans le cadre de la programmation du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). L’histoire transporte le spectateur dans un musée monochrome, qui sera complètement transformé par une troupe de sept acrobates et une musicienne.

« Se moquant allègrement des conventions, ces personnages, aussi loufoques que touchants, explorent avec avidité l’envers du décor », peut-on lire dans la description du spectacle. La galerie a d’ailleurs valu à Machine de cirque le Prix des passeurs culturels du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

Les personnages de La Galerie ajouteront des couleurs et des acrobaties à ce musée monochrome. Photo : Sandrine Calixte

Ottawa, le 16 octobre. Détails et billets sur le site du MIFO.

Lancement torontois pour Mia Kelly

L’autrice-compositrice-interprète Mia Kelly a lancé son deuxième album complet, To Be Clear, le 4 octobre dernier. Un évènement de lancement aura lieu dans la ville reine ce mercredi 16 octobre, à la salle The Rivoli, située sur la rue Queen ouest. L’artiste bilingue de Gatineau a glissé deux chansons en français sur son opus, Si j’étais franche et Rideau tombe.

« Les deux langues sont vraiment entremêlées dans ma vie, donc c’est seulement naturel d’écrire dans les deux langues », a-t-elle récemment témoigné au micro d’ONFR. Les thèmes de l’honnêteté et de la communication sont abordés dans l’album, de même que celui des relations toxiques. Un autre lancement aura lieu le 19 octobre à la Quatrième salle du CNA, à Ottawa, mais l’événement affiche complet.

Pochette de l’album To Be Clear de Mia Kelly. Gracieuseté de Six média marketing

Toronto, le 16 octobre. Détails et billets sur le site de Mia Kelly.

L’histoire du rock racontée à Hawkesbury

La troupe de théâtre communautaire Le cercle Gascon II présente la comédie musicale Rock! La directrice de la troupe et enseignante de musique, Louise Potvin-Laliberté, a d’abord écrit la pièce dans le but de raconter l’histoire du rock and roll à ses élèves. Sous la demande des membres du Cercle Gascon II de jouer une comédie musicale cette année, elle a ressorti cette production qui revisite les différents types de rock ainsi que les moments clés de l’histoire de ce style musical en 10 tableaux.

Ce sont 18 artistes amateurs qui vont se retrouver sur scène lors de sept représentations, entre le 12 et le 27 octobre. Deux soirées, celles du 12 et du 20, affichent déjà complet. Il s’agit de la 79e production de cette troupe fondée en 1982. Avis aux intéressés, les auditions pour la prochaine production se dérouleront en décembre.

La troupe du Cercle Gascon II pour la comédie musicale Rock! de Louise Potvin-Laliberté. Photo : Gracieuseté du Cercle Gascon II

Hawkesbury, du 12 au 27 octobre. Détails et billets sur le site du Cercle Gascon II.

Un spectacle pour enfants qui émeut les grands

La saison jeunesse du Théâtre français du Centre national des arts (CNA) débute cette fin de semaine avec Racines, un spectacle qui vise officiellement un public de deux à cinq ans. Mais il n’est pas rare que les parents en soient émus aux larmes, comme l’avait expliqué l’auteur Élie Marchand lors du dévoilement de la programmation du Théâtre français, en mai dernier. Présenté comme « une rêverie sensorielle et poétique », le spectacle imagine le monologue intérieur d’un bébé, qui apprend doucement qu’il est une personne à part entière, tiraillé entre ses besoins de fusion et de détachement.

Le public est invité à se présenter au CNA 45 minutes avant le spectacle. Des activités pour enfants seront organisées, en plus d’une rencontre avec l’artiste en résidence du Théâtre français, Marie-Ève Fontaine. Les familles et tous les autres visiteurs du CNA pourront aussi entrer gratuitement sous le chapiteau translucide de l’installation lumineuse Les eaux, installée dans le Salon du CNA. Dans le même esprit que Racines, les eaux aborde le thème de la naissance.

« On y entend des mots qui pétillent, la joie qui chatouille, et aussi la caressante voix d’un parent qui s’adresse à son enfant qui va naître, qui lui dit qu’il l’attend, qu’il l’aime déjà », peut-on lire dans la description de l’installation.

Racines, une expérience intriguante pour les enfants et émouvante pour les parents. Photo : V. Arbelet

Ottawa, les 12 et 13 octobre. Détails et billets sur le site du CNA. L’installation Les eaux est gratuite.

De l’impro en français au cœur du centre-ville

À Ottawa, les matchs de la ligue d’improvisation l’Acronyme se déroulent tous les deux vendredis, à l’Institut Canadien Français. La salle est située sur la rue Dalhousie, dans le marché By. La ligue compte certains des meilleurs improvisateurs de la région, dont certains font carrière dans les domaines de l’humour ou du théâtre. Le deuxième match de la saison aura lieu ce vendredi et opposera les équipes des verts (Fred Lalonde, Patricia Rioux, Émilie Camiré-Pecek, Zachaki Gosselin et Olivier Villeneuve) et des bleus (Patrick Guillotte, Geneviève Perrier-Proulx, Vincent Pomerleau, Jonathan Dion et Marie-Hélène Dubé).

Zachari Gosselin et Jonathan Dion étaient tous les deux du match spécial du MIFO le 24 septembre. Ils s’affronteront de nouveau au match de l’Acronyme vendredi soir. Photo : Rachel Crustin

Ottawa, le 11 octobre. Détails sur le site de l’Acronyme.

La Ville de Sudbury engagée pour lutter contre le sans-abrisme

SUDBURY – En collaboration avec ses partenaires sociaux, la Ville de Sudbury a effectué un dénombrement ponctuel des personnes en situation d’itinérance entre le mardi 8 et le mercredi 9 octobre. L’objectif de ce sondage, qui sera suivi d’un rapport, est d’aider la municipalité et ses partenaires à comprendre la situation d’itinérance et pouvoir ensuite mieux répondre à cette problématique.

Le dénombrement ponctuel des personnes en situation d’itinérance effectué à Sudbury entre dans un cadre plus large de la stratégie Vers un chez soi, mise en place et financée par le gouvernement fédéral. À travers cette stratégie, « les communautés sont tenues de participer à un dénombrement ponctuel coordonné des personnes en situation d’itinérance ».

Ce recensement ponctuel suit un double objectif, comme l’explique la Ville de Sudbury dans son communiqué de presse.

« Identifier le nombre de personnes dans une communauté qui sont en situation d’itinérance à un moment donné (s’ils sont effectués pendant plusieurs années de suite, les dénombrements ponctuels peuvent aider la communauté à suivre les progrès réalisés dans la réduction de l’itinérance).

Grâce à un sondage d’accompagnement, donner à la communauté des renseignements sur la composition démographique et les besoins en services de sa population sans abri (ces renseignements peuvent servir à cibler les ressources communautaires là où elles sont réellement requises). »

Après les sondages effectués sur 24 heures entre le 8 octobre (18 h) et le 9 octobre (18 h), l’heure est maintenant à l’analyse des données. Même si des chiffres non officiels ont été communiqués, il est impossible à l’heure actuelle de tirer des conclusions.

Les francophones pris en compte

Cindy Junkala, coordinatrice des refuges et du sans-abrisme à la Ville de Sudbury, a confirmé à ONFR que la langue était bien un élément pris en compte lors des sondages, sans toutefois pouvoir préciser, à l’heure actuelle, quelle proportion des sans-abri représentent les francophones.

« Nous n’avons pas les chiffres pour le moment, car nous sommes en train de travailler sur les données préliminaires. Un rapport sortira à la nouvelle année pour faire état de ce que les sondages ont indiqué. Il y aura plus d’informations disponibles à ce moment-là. Nous ne pouvons pas tirer de conclusion non plus actuellement. Les sondages sont sur papier et nécessiteront du temps pour être analysés par nos analystes de données. »

Malgré l’attente due au traitement des données, un chiffre non officiel de 500 personnes a été communiqué. Ce serait donc une hausse de 101 personnes par rapport au dénombrement ponctuel effectué en 2021, qui faisait état de 399 personnes en situation d’itinérance.

« Nous pensons que ces chiffres en hausse sont dus à l’augmentation du coût de la vie, le manque d’accès au logement abordable et au logement en général, explique Mme Junkala. Ce sont des facteurs qui contribuent définitivement à l’augmentation que l’on peut retrouver dans l’étude. »

La présence confirmée de francophones au sein de cette population en situation d’itinérance pose la question de l’accès aux services en français. Ce à quoi la coordinatrice répond de manière positive.

« Absolument. Au sein de mon équipe, dans notre service Client Navigators, nous avons du personnel qui parle français qui peut donner l’information aux personnes qui ont besoin de ces services. Nous travaillons aussi en étroite coopération avec le Centre de santé, notre partenaire communautaire qui offre des services en français. »

Les populations autochtones « surreprésentées »

Au-delà de la population francophone prise en compte, Cindy Junkala indique qu’une attention particulière est portée sur les populations autochtones.

« Nous savons que la proportion de populations autochtones parmi les personnes sans-abri dans la ville est assez élevée par rapport à la population générale. Les informations que nous obtiendront à travers ces sondages vont aider mettre en place plus de soutien pour ces personnes qui sont surreprésentées. »

La municipalité indiquée travailler main dans la main avec le N’Swakamok Native Friendship Centre.Le rapport complet est attendu pour le début de l’année 2025.

Les citations dans cet articles sont des traductions libres de l’anglais.

Garderies à 10 $ : toujours « des obstacles majeurs » pour les francophones

OTTAWA – Près de trois ans après l’annonce en grande pompe du programme des garderies à 10 $ par jour du gouvernement fédéral, des obstacles majeurs restent pour que les parents d’enfants francophones puissent en bénéficier, signalent un organisme national et le commissaire aux langues officielles.

Lors des ententes avec les provinces en 2021 concernant le programme national de garderies, Justin Trudeau avait assuré que des clauses linguistiques seraient en place pour les minorités francophones, mais les acteurs estiment que le résultat est différent sur le terrain.

Pour respecter le programme, les garderies du pays ont plafonné à 10 $ par jour le coût d’une place en garderie. En Ontario, cela est venu réduire de près de 50 % les tarifs de garde, mais le financement, versé par le fédéral et par la province, ne suit pas, si bien que plusieurs centres de petite enfance essuient des pertes.

« Je pense que le programme tel qu’il existe ne répond pas nécessairement à l’ensemble des besoins des francophones », affirme le commissaire Théberge.

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge enquêtera sur le plafonnement du nombre d’étudiants étrangers au pays. Archives ONFR

Dans un rapport publié mercredi, portant sur les minorités linguistiques du pays, le chien de garde du bilinguisme au niveau fédéral « observe que les sommes accordées aux fournisseurs de service ne prennent pas en compte le coût accru des salaires et des infrastructures, ce qui semble décourager la participation de certains grands pourvoyeurs de services dans ce secteur ».

En Ontario, par exemple, 21 des 25 garderies francophones qui font partie de l’Association francophone à l’éducation des services à l’enfance de l’Ontario (AFESEO) sont déficitaires, souligne Jean-Luc Racine, de la Commission nationale des parents francophones.

« Parce qu’on a 4 centres qui sont viables, on se fie sur ces 4 centres-là pour aider les autres qui ne sont pas viables. Et il n’y a pas un sou du gouvernement qui vient, ça vient à même les opérations », a-t-il témoigné en comité parlementaire, alors que les élus à Ottawa étudient la question du continuum en éducation en milieu minoritaire.

Le gouvernement fédéral a souvent affirmé par le passé que les accords mentionnent des places pour les francophones via des clauses linguistiques. Or, les mentions ne sont pas assez explicites, soutient Jean-Luc Racine.

« Le problème est que quand on veut voir comment s’appliquent ces clauses-là, on va dans les plans d’action des provinces et il y a zéro. Dans tous les plans d’action, je vous mets au défi, on les a étudiés. ll n’y a rien de spécifique pour les francophones en contexte minoritaire », a-t-il lancé aux élus.

Le programme des garderies à 10 $ « aide définitivement » les parents francophones, considère Jean-Luc Racine. « Mais il y a quand même des obstacles majeurs qui restent. L’accès est plutôt difficile », poursuit le directeur général de l’organisme des parents francophones du pays, qui souligne aussi que la situation diffère dans chaque province.

Il donne en exemple la Colombie-Britannique, qui exige que 70 % des places en garderies soient comblés pour pouvoir être éligible au programme des garderies à 10 $ par jour. Or, le contexte francophone en milieu minoritaire rend plus difficile l’atteinte d’un tel objectif en raison du fait que les centres de petite enfance sont souvent plus petits que chez les anglophones et que la pénurie de main-d’œuvre est plus accentuée, soutient-il.

Cela fait en sorte que 80 % des parents n’ont pas le choix de placer leurs enfants dans une garderie en anglais, témoigne la Commission nationale des parents francophones.

« J’ai beaucoup de témoignages, deux parents francophones et leur petite fille ou leur petit garçon leur parlent juste en anglais et ça ne prend pas de temps, deux ou trois ans à la petite enfance et c’est perdu », déplore Jean-Luc Racine.

Espoir pour les prochaines années

Une solution au problème est le projet de loi C-35, qui a obtenu la sanction royale au printemps dernier, qui est venu garantir un engagement financier à long terme du fédéral concernant les services de garde pour les minorités francophones.

« Avec C-35, on nous garantit du financement à long terme pour. Ça, c’est un plus. Là, il reste à concrétiser la Loi et faire en sorte que le financement va suivre en conséquence », espère le dirigeant de la Commission nationale des parents francophones.

Le commissaire aux langues officielles rappelle d’ailleurs à l’ordre le gouvernement fédéral en vue d’ententes avec les provinces qui devront être signées en 2026, dans le domaine de la petite enfance. Ottawa a l’obligation de consulter les communautés francophones dans le cadre de ses négociations.

« Il est primordial que les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) disposent des moyens de participer pleinement à la mise en œuvre de la vision du programme national de garderies », écrit-il dans son rapport.

Hockey : les enjeux de la saison des Maple Leafs et des Sénateurs

À l’occasion de la reprise de la Ligue nationale de hockey (LNH), ONFR vous propose un tour d’horizon des enjeux de la saison des équipes ontariennes, avec l’éclairage de l’expert franco-ontarien Jean-Philippe Forgues de la Brigade. À quoi s’attendre pour les Maple Leafs et les Sénateurs?

L’heure du retour sur la glace en saison régulière a sonné pour les Maple Leafs de Toronto, qui se déplacent chez leurs rivaux historiques, les Canadiens de Montréal, ce mercredi (19 h) au Centre Bell. Les Sénateurs d’Ottawa, de leur côté, ouvrent le bal jeudi à la maison, avec la réception des Panthers de la Floride (19 h). 

Toronto, objectif Coupe Stanley

Pour l’équipe de Toronto, qui a changé d’entraîneur en embauchant Craig Berube cet été, l’objectif d’aller chercher la Coupe Stanley reste le même depuis plusieurs saisons, malgré les déceptions en séries qui se multiplient année après année. 

Même si la franchise torontoise a fait un recrutement intéressant, selon Jean-Philippe Forgues, des doutes subsistent quant à la capacité de l’équipe de la ville reine à se montrer à la hauteur de ses ambitions. 

« Toronto reste une des puissances de la ligue, ils n’ont pas d’autre choix que de viser la Coupe Stanley, surtout qu’ils gardent un noyau d’équipe stable. L’année passée, ils ont essayé de recruter des joueurs robustes, mais est-ce que ça a vraiment changé quelque chose? 

Cette année, ils ont récupéré Chris Tanev. Lui pourrait faire une différence. Ils ont aussi changé d’entraîneur avec Craig Berube qui, lorsqu’il était joueur, était un robuste, un bagarreur. Va-t-il essayer d’apporter cette mentalité-là? Il y a toujours beaucoup de points d’interrogation. »

Le spécialiste du balado La Brigade pointe du doigt le manque de réussite de la franchise pour entourer les étoiles Auston Matthews, John Tavares et Mitch Marner avec les bons joueurs de complément, surtout au niveau défensif. 

« On a tellement fait des expériences à Toronto avec des joueurs d’expérience qui n’avaient pas nécessairement gagné de coupes, mais qui avaient un nom, un prestige dans la ligue. Tous ces joueurs sont restés un an, puis sont repartis. J’ai de la misère à croire qu’en ajoutant Chris Tanev, tous les problèmes soient réglés… »

Comme c’est devenu une triste habitude du côté de Toronto, il n’y a pas de Franco-Ontarien dans l’équipe cette saison. En revanche, on va parler un peu français avec le recrutement du défenseur natif de Laval, Simon Benoît. Reste à voir si ce dernier parviendra à trouver du temps de jeu en troisième ligne.

Ottawa sur la pente ascendante 

Du côté d’Ottawa, les Sénateurs sont encore loin de tourner leurs ambitions vers la Coupe Stanley. Mais après sept longues années sans séries, l’objectif d’y retourner est bien réel. L’équipe de la capitale fédérale a elle aussi changé d’entraîneur, après le passage en tant qu’intérimaire du Franco-Ontarien Jacques Martin sur la fin de la saison dernière. C’est désormais Travis Green qui sera aux commandes de l’équipe.

« Cette saison va être un vrai test pour Travis Green. Les Sénateurs ont choisi un entraîneur qui a de la poigne et qui va faire en sorte que les joueurs se regardent dans le miroir et aient des comptes à rendre. Il s’est lui-même qualifié comme quelqu’un de dur, mais juste. C’est la réputation qu’il a dans la ligue.

Après, ce n’est pas quelqu’un qui s’est beaucoup prouvé en tant qu’entraîneur chef. Il a été chez les Canucks et ça n’a pas donné grand-chose. Il était intérimaire chez les Devils du New Jersey la saison dernière, puis il a finalement choisi de rejoindre Ottawa. Ce n’était pas le choix numéro un, ni des partisans, ni des médias, ici à Ottawa. Lui aussi a des choses à prouver à ce niveau-là. » 

Pour tenter de retrouver les séries, les Sénateurs pourront compter sur la présence de la vedette franco-ontarienne de la LNH, Claude Giroux. L’ailier droit originaire de Hearst entre dans sa dernière année de contrat. L’évolution de la saison et les résultats de l’équipe pourraient jouer un grand rôle quant à son avenir au sein de la franchise. 

« Il ne le dira pas directement, mais après avoir signé pour trois ans, il s’attendait probablement à ce que l’équipe progresse plus. Au moins qu’elle soit en séries, imagine Jean-Philippe Forgues. Si cette année, il n’y a pas d’amélioration, il faudra se poser des questions au niveau du noyau. Giroux pourrait s’en aller ailleurs dans le but d’aller gagner une Coupe Stanley. » 

Cette saison s’annonce primordiale pour l’avenir de la franchise. Ce qui rend l’analyste franco-ontarien plus optimiste que les saisons précédentes, c’est l’arrivée d’un nouveau gardien de but en la personne de Linus Ullmark, « enfin un vrai numéro un ». Le Suédois devrait permettre à la défensive ottavienne de progresser, elle qui figurait parmi les trois plus mauvaises de la ligue la saison dernière. 

« Sur quasiment un quart des matchs de la saison dernière, les Sénateurs ont encaissé un but dans les deux premières minutes. Si Ullmark est capable de limiter ça, cela donne déjà un avantage sur ces matchs-là. Commencer un match en étant dès le début derrière d’un but, ça change toute ta stratégie, ton approche. Il faut tout de suite jouer un hockey de rattrapage. Si ton gardien te donne une chance dès le départ, tu as l’opportunité de jouer ton propre jeu.

Tout va dépendre du filet et de la défensive, qui n’a, malgré tout, pas beaucoup changé, Il va falloir que tout le monde adhère au plan de l’entraîneur pour que les Sénateurs aient les moyens de leurs ambitions. Les Sénateurs doivent être au moins dans la bataille pour les séries, et peut-être les faire. Après, tout peut arriver. » 

Pour fêter la reprise de la saison, la Brigade invite tous les partisans francophones des Sénateurs à se regrouper à la microbrasserie Le 5e Baron à Gatineau, le samedi 12 octobre, pour vivre ensemble avec toute l’équipe du balado le match face aux Canadiens de Montréal, à partir de 17 h (match à 19 h). 

Gouverneure générale : obliger le bilinguisme serait une bonne décision, selon le commissaire Théberge

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, considère que d’obliger le bilinguisme du poste de la gouverneure générale serait une bonne idée.

« Si c’était le cas, ça serait une très bonne décision, mais ça ne relève pas du commissaire à décider qui est bilingue ou pas bilingue », a-t-il affirmé en conférence de presse, mercredi.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Crédit image: Commissariat aux langues officielles du Canada
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Photo : Commissariat aux langues officielles du Canada

Raymond Théberge s’était fait demander par les journalistes s’il serait d’accord d’obliger la maîtrise du français et de l’anglais pour le poste de gouverneure générale via la Loi sur les compétences linguistiques. Celle-ci oblige plusieurs postes de hauts fonctionnaires, dont plusieurs commissaires fédéraux, dont celui de Raymond Théberge, à maîtriser les deux langues officielles.

« Tout poste de leader ou de haut dirigeant qui parle au nom du Canada au niveau national ou international devrait être en mesure de représenter le Canada dans les deux langues officielles. Si on doit l’enchâsser dans une législation, peut-être que c’est une solution », a-t-il ajouté quelques instants plus tard.

Quelques exemples de postes de hauts fonctionnaires obligatoirement bilingues actuellement :

  • Commissaire à l’information
  • Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique
  • Directeur parlementaire du budget
  • Vérificateur général du Canada
  • Directeur général des élections
  • Conseiller sénatorial en éthique

Mary Simon avait promis de suivre des cours de français au moment de sa nomination par Justin Trudeau, en 2021. Elle était devenue la première personne autochtone à occuper ce poste. Elle parle anglais et inuktitut.

L’incapacité de Mary Simon à parler en français, près de trois ans plus tard, a fait l’objet de reportages médiatiques lors d’une visite d’un organisme à la fin septembre, dans la ville de Québec. Cette dernière avait même dû annuler d’autres activités prévues à son horaire dans la capitale québécoise à la suite de la controverse.

Un projet de loi au Sénat

À l’heure actuelle, il existe un projet de loi au Sénat du sénateur Claude Carignan, le projet de loi S-220, déposé en novembre 2021. Il propose de modifier la Loi sur les compétences linguistiques pour y ajouter la fonction de gouverneure générale. Or, la pièce législative n’a pas bougé depuis près de deux ans, étant toujours à la seconde lecture dans la chambre haute.

« On doit trouver un certain consensus, un terrain pour le faire progresser, ce qui n’est pas le cas malheureusement dans ce projet de loi (…) Certains (sénateurs) ont malheureusement vu une attaque à la personne, qui est autochtone, qu’est la gouverneure générale, ce qui n’est pas le cas », affirme le sénateur conservateur en entrevue.

L’auteur du projet de loi considère que celui-ci est destiné à mourir au feuilleton, étant donné un manque d’appui des autres sénateurs et du gouvernement Trudeau.

« C’est complètement inacceptable (…) Son mandat est terminé et elle ne sera toujours pas bilingue », déplore Claude Carignan.

Le sénateur Claude Carignan. Photo : Gracieuseté du bureau du sénateur Claude Carignan.

Sa nomination par le premier ministre avait suscité un record de 1341 plaintes auprès du Commissariat aux langues officielles. Celles-ci avaient été jugées recevables, mais non fondées. Raymond Théberge avait expliqué dans son rapport d’enquête que, comme la décision finale revient au premier ministre et que ce dernier n’est pas considéré comme une institution fédérale, il ne relève pas de la Loi sur les langues officielles.

« Ça démontre jusqu’à quel point les Canadiens tiennent au principe du bilinguisme et que les dirigeants soient en mesure d’utiliser les deux langues officielles », juge Raymond Théberge.

À l’heure actuelle, un recours est présentement devant la Cour supérieure de justice du Québec, visant à annuler la nomination de Mary Simon. Le fait qu’elle ne puisse pas communiquer en français contreviendrait aux droits linguistiques prévus dans la Charte des droits et libertés, estiment les demandeurs.

À Ottawa, mardi, les élus conservateurs et bloquistes ont demandé à ce que soit évalué de fond en comble le processus ayant mené à la nomination de Mary Simon.

Correction : une précédente version du texte affirmait que les 1341 plaintes auprès du Commissariat aux langues officielles concernant Mary Simon avaient été jugées fondées, mais non recevables. C’est plutôt le contraire, elles étaient recevables, mais non fondées.

Une nouvelle étude sur la prestation des services de santé pour les jeunes et les aînés francophones à Ottawa

OTTAWA – Deux étudiantes de l’Université d’Ottawa mènent une recherche visant à mieux comprendre l’accès aux services de santé pour les jeunes et les aînés francophones de la capitale. L’objectif est d’enrichir les données existantes tout en proposant des solutions adaptées aux besoins des francophones.

Mariya Somyk et Shaza El Bagoury, toutes deux étudiantes en sciences de la santé, réalisent cette étude en collaboration avec la Dre Sarah Fraser. Leur recherche porte sur la prestation des soins de santé pour les jeunes adultes et les aînés francophones en situation minoritaire à Ottawa.

« Nous espérons trouver des solutions concrètes pour améliorer l’accès aux soins des aînés francophones. Quant aux jeunes, ils sont peu étudiés dans la littérature scientifique, car on suppose souvent qu’ils sont en bonne santé », explique Mariya Somyk.

Mme Somyk s’intéresse particulièrement à la barrière linguistique. « L’anglais étant la langue majoritaire au Canada, il arrive que les jeunes francophones doivent s’adapter en communiquant en anglais dans le système de santé, bien que le français soit l’une des langues officielles », précise-t-elle.

Concernant l’accès aux soins pour les jeunes francophones, elle note que, si la pandémie a mis en lumière les enjeux de santé mentale, de nombreux autres services leur restent difficilement accessibles. L’étude cible les jeunes de 18 à 30 ans, bien que la moyenne d’âge des participants soit actuellement d’environ 25 ans.

« Nous organisons des discussions en groupe, posant des questions ouvertes pour ne pas influencer les réponses », explique Mme Somyk. La première phase de l’étude consiste à recueillir les impressions des participants, en abordant des sujets comme l’impact d’avoir ou non un médecin de famille sur leur santé et leur perception de leur état de santé en lien avec leur âge.

Défis, stratégies et amélioration de l’accès aux services de santé chez les jeunes adultes

Avant chaque rencontre, les participants remplissent un questionnaire démographique pour établir des profils en fonction de critères comme la langue parlée, la présence d’un médecin de famille, la gestion de maladies chroniques, ou encore les stéréotypes auxquels ils sont confrontés dans le système de santé. Ces données permettront aux chercheures de tirer des conclusions plus précises à la fin de l’étude.

Mme Somyk souligne l’importance de connaître l’opinion des jeunes sur le système de santé et d’explorer leurs idées pour l’améliorer. Bien que les résultats soient encore confidentiels, elle est convaincue de la pertinence de l’étude.

Elle ajoute qu’elle cherche à proposer des solutions pratiques qui pourraient être appliquées dans un futur proche. « Les groupes de discussion ont déjà fourni des suggestions très intéressantes », ajoute-t-elle.

« Il y avait beaucoup d’émotion lors des échanges. Les participants étaient heureux qu’on leur pose des questions, car les jeunes sont rarement consultés sur ces sujets. Ils partageaient souvent des expériences personnelles auxquelles d’autres répondaient en disant avoir vécu des situations similaires », observe-t-elle.

Les difficultés soulevées semblent fréquentes et partagées. « Sans trop généraliser, il est probable que d’autres jeunes rencontrent les mêmes problèmes, et nous espérons le confirmer dans les prochaines étapes de notre étude », conclut Mariya Somyk.

Les deux étudiantes recherchent encore des volontaires pour leur étude. Sur la photo à gauche, Mariya Somyk et à droite, Shaza El Bagoury. Photo : Gracieuseté de Mariya Somyk

Des problèmes persistants pour les aînés francophones

Selon Shaza El Bagoury, qui se concentre sur le cas des aînés, un stéréotype persiste à leur égard.

« Les aînés sont souvent perçus comme des personnes vulnérables, et nous voulons aborder cette idée tout en évaluant l’impact combiné de la barrière linguistique et de l’âgisme », explique-t-elle.

« Ce n’est pas seulement une question d’âgisme ou de langue, mais de la combinaison des deux. Parfois, des problèmes de communication surviennent lorsque des aînés francophones ne reçoivent pas de services en français, mais en anglais. Cela peut mener à des diagnostics erronés et à des traitements inappropriés », ajoute-t-elle.

Mme El Bagoury partage le même objectif que sa collègue : proposer des solutions efficaces pour améliorer l’accès aux soins et la qualité des services de santé à Ottawa.

Bien que de nombreuses recherches aient déjà été réalisées sur ce sujet, elle souhaite apporter une nouvelle perspective. « À l’Université d’Ottawa, des chercheurs comme le Dr Sauvé-Schenk et le Dr Bouchard ont mené des études similaires, mais sans se concentrer autant sur l’aspect de l’âge », précise-t-elle.

Les deux étudiantes sont toujours à la recherche de volontaires pour participer à leur étude. Pour Mme El Bagoury, l’étude cible principalement les aînés de plus de 65 ans, mais des personnes un peu plus jeunes pourraient également correspondre aux profils recherchés.

Les résultats de cette étude seront publiés en mai prochain.

Français de Mary Simon : les oppositions veulent examiner le processus de sa nomination

OTTAWA – Face à son incapacité à s’exprimer en français, les conservateurs et bloquistes ont déposé une motion en comité parlementaire pour réviser le processus ayant mené à la nomination de la gouverneure générale, Mary Simon, en 2021. Leur tentative risque toutefois d’échouer face aux libéraux et néo-démocrates qui ont signalé leur désaccord.

Au Comité permanent des langues officielles, le Parti conservateur, appuyé par le Bloc Québécois, a déposé une motion demandant à ce que cinq séances de comité soient consacrées pour y comprendre les raisons qui ont amené Justin Trudeau à nommer Mary Simon comme gouverneure générale, malgré le fait qu’elle ne parle pas français. Cette dernière parle l’anglais et l’inuktitut, mais trois ans plus tard et malgré des cours de français, elle n’a pas fait de réels progrès dans l’apprentissage de la langue.

L’inaptitude de Mary Simon à converser en français lors d’une visite d’un organisme à la fin septembre, dans la ville de Québec, a fait l’objet de reportages dans les médias. Cette dernière avait même dû annuler d’autres activités prévues à son horaire dans la capitale québécoise à la suite de la controverse.

Le conservateur Joël Godin (à gauche) et le bloquiste Mario Beaulieu (à droite) en Comité permanent des langues officielles, en 2023. Photo : THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld

Les deux partis d’opposition réclament dans leur motion que Jean-Yves Duclos, le lieutenant du Québec pour les libéraux, son prédécesseur Pablo Rodriguez ainsi que le ministre des Affaires intergouvernementales Dominic Leblanc témoignent. L’auteur de la motion, le conservateur Joël Godin, demande aussi que le secrétaire de la gouverneure générale, Ken MacKillop, la greffière du Conseil privé Janice Charette et d’autres hauts fonctionnaires du Bureau du Conseil privé soient appelé au comité.

Mary Simon n’est pas mentionnée comme possible témoin, car elle « n’a pas à être visée par cette interrogation-là et cette bévue du gouvernement actuel », soutient le conservateur Joël Godin. Il estime qu’il faut plutôt se pencher sur le processus ayant mené à sa nomination. Le député du Bloc Mario Beaulieu voit dans cette nomination « une volonté de remettre en question le bilinguisme pour les instances fédérales au Canada ».

Libéraux et néo-démocrates opposés

« La gouverneure générale devrait être bilingue. J’ai cette opinion, j’ai toujours eu cette opinion et j’aurai toujours cette opinion », a lancé en réplique le député libéral acadien Darrell Samson.

Son collègue québécois Joël Lightbound a poursuivi. « Pour moi, il est impensable que la gouverneure générale, après trois ans, ne parle pas français. Je pense que c’était une nomination qui était certainement regrettable ».

Mais les libéraux et les néo-démocrates ont chacun avancé que le comité avait d’autres chats à fouetter que de se pencher sur le cas de Mary Simon, notamment une étude sur le continuum d’éducation dans la langue de la minorité.

« Pour moi, les milliers d’enfants qu’on perd année après année parce qu’ils n’ont pas accès à des services en français dans la petite enfance, c’est bien plus important que la langue de Mary Simon », juge Joël Lightbound.

Le néo-démocrate Alexandre Boulerice déplore que Mary Simon ne parle toujours pas français, mais estime qu’il y a des sujets plus prioritaires pour le comité. Photo : THE CANADIAN PRESS/Sean Kilpatrick

La gouverneure générale devrait parler anglais et français, a soutenu l’élu néo-démocrate Alexandre Boulerice, en estimant du même souffle que « prendre cinq séances pour parler d’une personne (…) c’est assez burlesque et moi je refuse de jouer dans cette comédie », ce à quoi les oppositions ont répliqué qu’il n’y avait pas de date limite mentionnée pour cette étude en comité.

« Ils sont d’accord avec ma motion, mais ils ne veulent pas y aller. Quelle incohérence », a lancé Joël Godin, tandis que Mario Beaulieu plaidait quelques instants plus tôt « que si on est contre, il faut donner suite ».

Le vote portant sur la motion doit avoir lieu jeudi. Le Bloc Québécois a aussi déposé une motion, mais demandant cette fois-ci le témoignage de Mary Simon au Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires. Le vote sur cette motion n’a pas encore eu lieu.

10 faits qui ont retenu l’attention au 19e Sommet de la Francophonie

PARIS – Au terme de deux jours de sommet, les pays et gouvernements membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se sont quittés dimanche sur des engagements communs très éparpillés, entre mobilité des jeunes, efforts numériques, développement économique et recherche de la paix dans les pays en conflit. Tout autour de ce grand rendez-vous, de nombreux évènements ont fleuri ici et là dans la capitale française durant une semaine.

La délégation ontarienne a sorti sa carte d’affaires

Présents au Village de la Francophonie ainsi qu’au salon de l’innovation FrancoTech, deux nouveautés qui seront pérennisées dans les prochains sommets, des leaders et entrepreneurs franco-ontariens ont fait découvrir leur province aux visiteurs ainsi qu’aux autres délégations francophones issues des cinq continents, en avançant des arguments principalement économiques. En substance : « Venez en Ontario pour entreprendre et accéder à des marchés grâce au bilinguisme. » FrancoTech a permis en outre de discuter avec des interlocuteurs du Cameroun, prochaine destination des Ontariens ce mois-ci, au Salon Afrique-Canada Immigration et Investissement.

Le pavillon de l’Ontario au Village de la Francophonie, au CentQuatre à Paris. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Aveu d’échec du multilatéralisme et désaccords

Un des moments clés s’est produit en amont du Sommet, à l’issue de l’inauguration du Village. La secrétaire générale Louise Mushikiwabo a fait le constat au micro d’ONFR que le multilatéralisme ne représentait plus la solution pour résoudre les conflits armés. Malgré une déclaration commune, plus tard, de solidarité appelant au cessez-le-feu et le parti pris du président français de stopper les livraisons d’armes à Israël, le premier ministre du Liban a regretté un manque de fermeté et de condamnation. De son côté, le président de la République démocratique du Congo (RDC) a précocement quitté le Sommet, pointant l’absence de mention du conflit dans l’est du pays dans le discours du président Macron.

Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Ce que contiennent les trois déclarations adoptées

Trois textes ont été adoptés. La Déclaration du Sommet encourage l’entrepreneuriat, l’innovation et l’autonomisation des femmes. Le deuxième texte, la Déclaration de solidarité avec le Liban, appelle à un cessez-le-feu immédiat au Pays du cèdre, une solution diplomatique et l’élection d’un président dans un pays qui en est dépourvu depuis deux ans. Enfin, la Résolution sur les crises dans l’espace francophone énumère une série d’appels à la pacification de plusieurs régions sous tension, telles que l’Arménie, le Burkina Faso, Chypre, le Gabon, la Guinée, la Moldavie, la RDC, Haïti ou encore l’Ukraine.

Les chefs d’État et de gouvernement au moment de la photo protocolaire. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Des enseignants seront formés au château de Villers-Cotterêts

Rénové puis reconverti en musée dédié à la langue française, théâtre du premier jour du sommet, le château de Villers-Cotterêts a fait sensation. Au moment de l’arrivée des premiers chefs d’État, ONFR a pu accéder en matinée à l’intérieur de ce joyau de la Renaissance. Nous avons accédé aux collections, à la chapelle, aux escaliers du roi et de la reine, ainsi qu’à la réplique de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, actant en 1539 le français comme la langue administrative de la France. À l’issue du Sommet, il a été décidé que ce château abriterait, dès 2025, un collège international destiné à former des enseignants de français.

Le chateau de Villers-Cotterêt abrite la Cité internationale de la langue française. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

La Nouvelle-Écosse acquiert le statut d’observateur

Au sortir de l’huis clos des membres permanents, nous apprenions samedi que les chefs d’État et de gouvernements avaient validé la candidature de la Nouvelle-Écosse. « On est une communauté vibrante et avoir notre place à la table de la francophonie internationale est très important », a réagi Colton LeBlanc, ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie, que nous avions rencontré l’été dernier au Conseil des ministres sur la francophonie canadienne. Historiquement le premier établissement français permanent en Amérique, sa province a acquis le statut de membre observateur en même temps que le Chili, l’Angola, la région allemande de la Sarre et la Polynésie française, faisant passer l’OIF de 88 à 93 membres.

Colton LeBlanc, ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie de la Nouvelle-Écosse, dans le Grand Palais, à Paris. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Le Cambodge, hôte du 20e Sommet

La candidature du Cambodge comme pays hôte de la 20e édition a été officialisée en fin de sommet. Ce sera la deuxième expérience asiatique après le Vietnam (1997). Le roi du Cambodge Norodom Sihamoni a déclaré vouloir « partager avec les autres mondes francophones les singularités de la francophonie en Asie-Pacifique ».

« C’est un immense honneur », s’est réjoui pour sa part le vice-premier ministre cambodgien Sok Chenda Sophea. Membre de l’OIF depuis 1991, ce royaume compte 3 % de francophones. Aux 19e et 20e siècles, il faisait partie de l’Indochine et le français y était une langue d’enseignement jusqu’au milieu des années 1970. Aujourd’hui, c’est essentiellement une langue d’élite parlée dans la capitale Phnom Penh.

Le vice-premier ministre cambodgien Sok Chenda Sophea aux côtés de la secrétaire générale Louise Mushikiwabo. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Trois nouveautés pour la jeunesse

Placé sous le thème Créer, innover et entreprendre en français, le Sommet de la Francophonie a débouché sur trois mesures touchant à la mobilité et l’emploi des jeunes. Tout d’abord, la création du programme international Mobilité Employabilité francophone, qui doit permettre aux jeunes de voyager plus facilement à travers le réseau des 1100 universités et centres de recherche de l’Agence universitaire de la francophonie, situés dans 120 pays. Ensuite, la facilitation de l’octroi de visas pour les titulaires d’un diplôme français de niveau M2 (l’équivalent d’une maîtrise universitaire). Et enfin, la création du programme Volontaires Unis pour la Francophonie, pour participer à des missions internationales de plusieurs mois.

Le président français Emmanuel Macron (ici à FrancoTech jeudi dernier) a salué la facilitation de l’octroi de visas pour les titulaires de maitrise. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

L’appel de Villers-Cotterêts face aux enjeux du numérique

En matière de numérique, les chefs d’État ont lancé un appel aux grandes plateformes numériques (Meta, TikTok, X) à s’engager sur une plus grande transparence et proximité pour les francophones, une plus grande responsabilité dans la modération des contenus, des espaces informationnels mieux protégés et une plus grande diversité culturelle et linguistique. Le Sommet de la Francophonie a par ailleurs accouché d’un Centre de référence pour l’intelligence artificielle (IA) et la francophonie. Nommé LANG :IA, il doit favoriser la disponibilité des contenus en français et alimenter de contenus des modèles de langage géant dont se nourrit l’IA.

La Cour des offices du château de Villers-Cotterêts. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Les Canadiens tissés serrés à l’ambassade du Canada

Dès l’avant-veille du Sommet, les délégations néo-brunswickoise et ontarienne ont été reçues à l’ambassade du Canada à Paris. Un moment de fraternité et de solidarité autour de l’ambassadeur Stéphane Dion, de la ministre des Affaires francophones de l’Ontario Caroline Mulroney et du sous-ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick, Ryan Donaghy. Étaient aussi présents des membres d’autres délégations comme celle de la Louisiane. L’adhésion (encore non acquise à ce moment-là) de la Nouvelle-Écosse était sur toutes les lèvres.

À droite, Richard Kempler, directeur général de la FGA, le sous-ministre Donaghy, la ministre Mulroney et l’ambassadeur du Canada à Paris, Stéphane Dion. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Une riche programmation culturelle

La Cap-Verdienne Ronisia, la Béninoise Angélique Kidjo, le Belge Pierre de Maere… De nombreux artistes se sont succédé en divers lieux de la capitale, particulièrement à la Gaité lyrique. Le théâtre parisien du troisième arrondissement n’a cependant jamais vraiment fait salle comble, en dépit de la riche programmation. Des artistes franco-ontariens se sont aussi illustrés dans d’autres lieux du Festival de la Francophonie, à l’image des Rats d’Swompe et du Torontois Abel Maxwell au Village de la Francophonie. C’est ici aussi que le conteur Eudes Laroche-Francoeur a plongé le public dans son univers imaginaire, au milieu d’un agenda au rythme effréné de projections, d’ateliers et de performances liées à la langue française.

Ronisia, chanteuse afropop cap-verdienne qui monte en puissance en France. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Ottawa à la recherche du prochain commissaire aux langues officielles

OTTAWA – Le gouvernement fédéral a lancé le processus pour trouver un successeur au commissaire aux langues officielles Raymond Théberge, qui quittera prochainement le poste qu’il occupe depuis sept ans.

Les mandats des commissaires aux langues officielles sont d’une durée officielle de sept ans et celui de Raymond Théberge expirera en janvier 2025. Ce dernier a été nommé par le premier ministre Justin Trudeau en décembre 2017.

L’affichage pour le poste est ouvert depuis le 1er août et l’évaluation des candidatures est débutée depuis le 12 septembre, indique le Bureau du Conseil privé, qui ne précise toutefois pas quand le processus prendra fin. La Loi sur les compétences linguistiques exige que la personne nommée soit bilingue au moment de sa nomination.

« Les détails relatifs au processus de sélection pour les postes nommés par le gouverneur en conseil sont confidentiels, tant que le processus est en cours », soutient Daniel Savoie, porte-parole au Bureau du Conseil privé, dans une déclaration écrite.

Dans le cadre du processus de sélection, un comité du Bureau du Conseil privé devra recommander un candidat à Justin Trudeau, explique le site Internet sur les nominations par le gouverneur en conseil. Le candidat choisi sera alors soumis au cabinet (le gouverneur en conseil), qui peut décider d’approuver ou de rejeter le candidat recommandé. Ensuite, le choix du premier ministre devra être approuvé par un comité parlementaire, ainsi que par le Sénat et la Chambre des communes.

« Les informations relatives à la conclusion du processus de nomination seront communiquées une fois que le processus sera terminé et que le commissaire aura été nommé », précise le Bureau du Conseil privé.

Un commissaire anglophone, selon la tradition

Selon la tradition d’alternance entre anglophones et francophones, la prochaine personne qui sera nommée devrait être un anglophone. Le prédécesseur de Raymond Théberge, entre 2006 et 2016, Graham Fraser, est un anglophone alors que la Franco-ontarienne Dyane Adam a occupé le poste de 1999 à 2006. Ghislaine Saikaley avait occupé la fonction entre 2016 et 2018, mais à titre de commissaire par intérim. 

L’ancien commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser. Archives ONFR

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), estime qu’avec la Loi sur les langues officielles qui a été modernisée il y a un peu plus d’un an, il faudrait que la personne embauchée puisse être en mesure de faire bouger les choses à Ottawa.

« On aimerait quelqu’un qui changera une fois pour toutes la culture des langues officielles au gouvernement (…) On a besoin d’un commissaire qui prend tous les moyens possibles pour mettre en œuvre tous les nouveaux leviers qu’on vient d’avoir avec la Loi », affirme Liane Roy, présidente de la FCFA.

Raymond Théberge, un franco-manitobain de naissance, était le recteur de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick. avant sa nomination.

L’organisme porte-parole des anglophones au Québec, le Quebec Community Groups Network, avance que ses attentes sont que Justin Trudeau nommera un anglophone du Québec à cette fonction.

« C’est important pour la communauté anglophone au Québec (…) C’est une question de tradition, ça a (toujours) été et on aimerait garder la tradition », tranche sa directrice générale Sylvia Martin-Laforge

« On aimerait une personne qui a une ouverture et une compréhension des langues officielles au Canada, autant des minorités francophones à l’extérieur du Québec et aussi de la minorité d’expression anglaise au Québec » , ajoute-t-elle.

Liane Roy affirme que la FCFA n’a aucun problème avec un commissaire d’origine anglophone, saluant le travail « d’excellents » anciens commissaires comme Keith Spicer, par exemple.

Un scandale la dernière fois

En 2017, le processus de nomination avait fait scandale après que les libéraux aient originalement nommé Madeleine Meilleure comme commissaire. Cette dernière, qui a été députée et ministre (notamment aux Affaires francophones) libérale sur la scène provinciale en Ontario, avait finalement retiré sa candidature après avoir été nommée par Justin Trudeau.

Les oppositions et certains organismes francophones, à l’époque, avaient dénoncé une nomination et un processus partisan, notamment après qu’il ait été révélé qu’elle avait rencontré des hauts placés du bureau de Justin Trudeau, comme sa cheffe de cabinet Katie Telford, avant d’obtenir le rôle de commissaire.

Un bail de 95 ans, des arbres abattus : la Place Ontario va accueillir un mégaspa très controversé

TORONTO – Les critiques environnementales et financières du mégaspa et du parc aquatique de Therme Canada ont été une nouvelle fois mises en lumière cette semaine par l’abattage massif de près de 865 arbres sur l’île Ouest de la Place Ontario. Les experts parlent d’un non-sens environnemental et d’une fantaisie que les contribuables ne pourront même pas se permettre.

Après avoir longtemps gardé confidentiel le contrat qui lie Therme Canada et la province, le gouvernement Ford a révélé, le 3 octobre, les détails du bail. Ce contrat, d’une durée de 95 ans, prendra effet en 2025.

Pour Ken Greenberg, designer urbain et membre du conseil consultatif d’Ontario Place for All, c’est une absurdité. « Un bail d’un siècle avec un estimé de revenus ridicules pour la durée totale de ce bail est encore plus stupide », affirme-t-il en entrevue avec ONFR.

Au cœur de la controverse, plusieurs éléments sont à prendre en compte, explique la Dre Helen Stopps, experte en urbanisme et développement à l’Université métropolitaine de Toronto.

Pour la professeure, non seulement la construction du mégaspa est un non-sens environnemental, mais ce qui est en jeu, c’est aussi « le bien-être humain dans l’environnement bâti, comme les microclimats urbains. Un autre problème est la privatisation et le manque de transparence du gouvernement », souligne-t-elle au micro d’ONFR.

La docteur Helen Stopps est professeur adjointe au département des Sciences de l’Architecture à l’Université métropolitaine de Toronto. Photo : Université métropolitaine de Toronto

Concernant les questions environnementales et suite à l’abattage de centaines d’arbres dans la soirée du 3 octobre, Mme Stopps martèle : « Les vastes étendues de terres jouent un rôle écologique très particulier dans les centres urbains. Elles offrent des habitats pour des espèces qui ne sont pas favorisées là où les arbres sont disséminés à travers la ville. De grands espaces verts connectés sont incroyablement bénéfiques. »

D’après la professeure, la Place Ontario abritait plus de 170 espèces d’oiseaux, des renards, ou encore des castors. « Du côté de l’urbanisme, les espaces verts améliorent la qualité de l’air, réduisent l’effet d’îlot de chaleur urbaine et aident à gérer les eaux pluviales. »

Une extravagance qui n’est pas la priorité de tous

Le projet de réaménagement de la Place Ontario, avec la construction d’un mégaspa dirigé par Therme Canada et de son stationnement de 2500 places, impliquerait une importante contribution financière de la part du gouvernement de l’Ontario, alors que les bénéfices reviendront principalement à des intérêts privés. Sur le réseau social Reddit, un groupe de citoyens déplore l’absence de consultations publiques adéquates, mais reproche aussi au gouvernement le coût exorbitant de ce projet.

Un des commentaires du groupe Reddit Ontario Place spa redevelopment will cost taxpayers millions. Photo : Capture d’écran et traduction libre.

Pour la professeure Helen Stopps, « les contribuables financent quelque chose dont ils ne tirent aucun bénéfice. Ils subventionnent des intérêts privés, ce qui enrichit encore plus ces derniers. C’est une autre raison pour laquelle les gens sont très mécontents : le manque flagrant de transparence avec ce contrat ».

Le gouvernement a indiqué que Therme Canada investira environ 200 millions de dollars dans les infrastructures hors spa, tandis que la construction de l’installation elle-même est censée coûter environ 500 millions de dollars.

D’un autre côté, le gouvernement affirme investir 25 millions de dollars pour préparer le site et espère recevoir un revenu de 2 millions de dollars par an de la part de Therme Canada. Il faudra donc attendre 15 ans, soit un sixième de la durée totale du bail, avant que les revenus générés par Therme ne constituent un réel surplus pour les finances publiques.

« Ils imaginent 6 millions de visiteurs par an, mais à titre de comparaison, la statue de la Liberté à New York n’atteint même pas ce nombre de visiteurs, et c’est à peine cela pour la tour Eiffel. C’est fantasmagorique », avance Ken Greenberg.

Ken Greenberg est un designer urbain, ancien directeur du design urbain et de l’architecture pour la Ville de Toronto. Il fait partie du conseil consultatif d’un groupe ayant porté plainte contre le gouvernement suite à l’absence d’évaluation environnementale de la Place Ontario. Photo : Gracieuseté de Ken Greenberg

D’après l’urbaniste, ce projet est une fantaisie. « Après avoir coupé tous ces arbres, ils disent qu’ils vont en replanter sur la toiture de cette énorme bâtisse, sur une surface de 16 acres. Mais on doit remplacer les toits tous les 20 ans, il n’y aura donc jamais plus d’arbres d’une cinquantaine d’années », déplore-t-il.

« De plus, nous n’avons plus le moyen de savoir l’impact réel sur l’environnement, puisque les terres gouvernementales sont maintenant exemptées d’analyse environnementale. »

À ce sujet, la docteure Stopps indique que la question des évaluations environnementales est très intéressante. Selon elle, le gouvernement Ford s’est exempté lui-même de ces évaluations, spécifiquement pour ce projet.

« Cela dit, il y a eu des évaluations initiales du site, notamment sur les espèces présentes et l’importance culturelle du lieu. Nous savons donc certaines choses. Il y aura certainement des risques d’impacts environnementaux. »

Malgré les pertes, il reste un espoir de voir le projet échouer

« Il reste des problèmes qui nous laissent croire que ça va être difficile pour eux », raconte Ken Greenberg. « Le terrain sur lequel le gouvernement souhaite construire le stationnement étagé de plus de 2500 places est municipal. Même s’ils peuvent l’exproprier, ce sera une bataille politique. »

« Plus personnellement, j’espère encore que la compagnie Therme va quitter le champ. C’est tellement peu populaire et il y a tellement de résistance. »

Toujours d’après l’urbaniste, nous perdons deux éléments essentiels. « D’une part, la création d’un architecte majeur, Eberhard Zeidler, qui était l’un des meilleurs de son époque, et le travail d’un paysagiste de renom, Michael Hough. D’autre part, la destruction du Centre des sciences, qui laissera place à une version très réduite et peu fonctionnelle sur le même site, ainsi qu’une vaste expansion de Live Nation juste à côté. En ce qui concerne le spa, imaginez un édifice de la taille d’un stade. Si l’on considère la taille de ce projet en trois dimensions, cela montre à quel point le spa est colossal. C’est inimaginable. »

Aucune date d’ouverture n’a pour le moment été avancée, mais Therme Canada assure que la construction commencerait dès que le site serait prêt.

Le français en Nouvelle-Écosse : des formes traditionnelles, mais une langue bien vivante

BAIE SAINTE-MARIE – C’est une grosse année pour les francophones de la Nouvelle-Écosse. La province vient d’accéder au statut de membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Plus tôt cette année, les régions de Clare et d’Argyle accueillaient le Congrès mondial acadien (CMA), célébrant par le fait même son tout premier Mois du patrimoine acadien .  C’est au CMA qu’ONFR a rencontré le sociolinguiste Philip Comeau. Lui-même originaire de la région, il présentait ses travaux de recherche dans une causerie intitulée : L’évolution du Français acadien de Clare : Nouveaux résultats.

Il explique entre autres que quand on parle du français acadien, on englobe tous les dialectes, mais on oublie parfois qu’il y en a plusieurs, au moins autant que le nombre de communautés. « Il y a des musiciens d’ici qui se font dire qu’ils parlent en chiac mais nous, ce n’est pas un terme qu’on utilise, ici. Nous, c’est l’acadjonne, qui est la façon locale de prononcer le mot acadien. »

L’auteur-compositeur-interprète Jacques Alphonse Doucet (Jacobus) s’était d’ailleurs confié sur le sujet lors d’une Rencontre d’ONFR, l’an dernier. « Toute ma carrière, les médias ont rapporté que je chantais en chiac. Je n’ai jamais parlé chiac, expliquait-il. C’est la seule chose pour laquelle je dois me battre, mais je le fais avec plaisir parce que c’est important. »

« Je n’ai jamais parlé chiac. Ce n’est pas mon accent ni mon dialecte. C’est GABIO, l’autre gars de Radio Radio, mais pas moi. » (Jacobus) Sur la photo : Radio Radio en spectacle au Congrès mondial acadien : le néo-écossais Jacobus à gauche et le néo-brunswickois GABIO à droite. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Les études qui portent spécifiquement sur le français de cette région sont rares. La plus récente à avoir été complétée date des années 1980. En 2016, Philip Comeau a entamé une nouvelle étude, s’attardant particulièrement au français des Acadiens de Clare dans la vingtaine et la trentaine. Même si la retranscription n’est toujours pas complétée, le sociolinguiste peut déjà discuter de ses conclusions, parfois étonnantes.

« La conscience que le parler d’ici était différent a joué dans mon intérêt de vouloir étudier le français d’ici. »
— Philip Comeau

Même l’acadjonne de la région de Clare et celui de sa voisine Argyle diffèrent l’un de l’autre, plaide Philip Comeau. « Même à l’intérieur de Clare, du monde de différents villages vont point sonner tout à fait la même affaire », explique-t-il dans cette variante du français dans laquelle il a lui-même grandi.

Le sociolinguiste Philip Comeau étudie le français acadien depuis plus de quinze ans. Il est également professeur à l’Université du Québec à Montréal. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Impossible donc de dire combien de dialectes existent en Acadie ou dans le monde. « Pour un linguiste, tout le monde parle un dialecte. Le président de la France parle un dialecte (comme) le pêcheur sur le quai parle un dialecte. Mais il y a des dialectes qui sont plus valorisés que d’autres, qui deviendront le modèle, le standard de la langue. »

Le « bon vieux temps », vraiment?

Ce qui distingue les dialectes du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, c’est qu’ils ont conservé certaines formes traditionnelles disparues des autres communautés francophones, sans que l’on sache exactement pourquoi.

On entend souvent dire que les locaux parlent un vieux français, mais ce n’est pas tout à fait juste, nuance Philip Comeau. Dans sa conférence, il explique qu’une langue parlée est nécessairement une langue vivante, et qu’une langue vivante est une langue qui change. Il serait peu probable que l’acadjonne soit la seule langue vivante et immuable.

« Il y a beaucoup de traces du français du 17e siècle. C’est point rien que les formes, nous nous en servons des mêmes façons qu’ils s’en servions en France dans le 17e siècle. Mais la langue est point figée. »

Forme traditionnelle Exemple
Palatisation des consonnes : La langue frappe le palais. Entre autres, le son K devient TCH.« Le quai » sera prononcé « le tché ».
Ouisme : le son O devient OU.« Le homard » sera prononcé « le houmard ».
L’utilisation du mot « point » au lieu du « ne… pas » dans les phrases négatives.« Ils sont point pareils. » (Ils ne sont pas pareils.)
L’utilisation de vocabulaire maritime.Des hardes (des vêtements), amarrer (attacher), haler (tirer), etc.
Le pronom « je » à la première personne du pluriel, ou la troisième personne du pluriel accordée en « ons ».« J’avions eu de la neige. »
« Ils les tirons. »
L’utilisation de temps de verbes comme l’imparfait du subjonctif ou le passé simple, avec variantes.« Ils la vurent. »
Quelques exemples des formes traditionnelles conservées dans le français de la Nouvelle-Écosse. Elles peuvent se manifester au niveau de la prononciation, du vocabulaire ou de la construction de phrase.

Son étude entamée en 2016 vient d’ailleurs appuyer une conclusion particulièrement étonnante qui avait déjà été relevée dans les années 1980. Les jeunes Acadiens de la Baie Sainte-Marie utilisent certaines formes traditionnelles dans une proportion croissante, allant jusqu’à 95 % en 2016 pour l’accord de la première personne du pluriel en « je… ons ».

Aujourd’hui, l’utilisation du mot « point » au lieu du « ne pas » dans les phrases négatives a complètement disparu du Nouveau-Brunswick. Elle était pourtant présente à 79 % chez les jeunes de la Baie-Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) dans les années 1980, et à 90 % en 2016.

Le musicien P’tit Belliveau, 28 ans, est originaire de la région de Clare et connaît un succès retentissant en faisant résonner son dialecte sans compromis . Photo : Rachel Crustin / ONFR

Présente à la conférence, Nathalie O’Neil, 16 ans, ne voit pas pourquoi elle abandonnerait ces formes traditionnelles. Questionnée par ONFR, la jeune femme originaire de Station-de-Saulnierville, un village de la Baie Sainte-Marie, explique ne pas avoir besoin de changer sa façon de parler lorsqu’elle discute avec des amis, parce qu’ils se comprennent tous.

Elle croit que les générations précédentes ont peut-être davantage le réflexe de changer leur niveau de langage pour se faire comprendre des autres francophones, ce qu’elle fait aussi lorsque le contexte s’y prête.

« Il y a beaucoup de monde qui le comprend point, so des fois c’est une bonne affaire à pouvoir changer une miette. »
— Nathalie O’Neil

Philip Comeau a été le premier surpris de constater ce retour des jeunes vers les formes traditionnelles lorsqu’ils se parlent entre eux. Il explique que dans l’imaginaire collectif, on pense souvent que les grands-parents s’expriment dans un acadjonne plus authentique, que c’était « mieux avant ».

« On aurait peut-être cru que le français (des jeunes) de Clare allait plus sonner comme le français de Moncton, ou comme le français du Québec, ou comme d’autres dialectes. Mais c’est point du tout le cas. Le français de Clare, il est différent et il reste différent », martèle Philip Comeau.

Cette utilisation des formes traditionnelles fait-elle partie d’un mouvement de réappropriation culturelle, un peu comme on peut l’observer chez les communautés autochtones? L’étude de Philip Comeau ne peut pas répondre à cette question, même s’il trouve l’hypothèse plausible.

Toutes générations confondues, les Néo-Écossais ne se sont pas gênés pour afficher leur fierté culturelle et linguistique durant le Congrès mondial acadien. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le fait que la Nouvelle-Écosse n’ait pas de frontière commune avec le Québec est une autre idée des sociolinguistes pour expliquer pourquoi cette région a évolué différemment des autres.

 « Des fois, c’est pour des raisons sociales de fierté, de revitalisation de la langue, puis des fois, ça l’est point, avance Philip Comeau. Ça se peut que le français de Clare a seulement été isolé plus que d’autres dialectes » et qu’il a « suivi un chemin différent ».

Évidemment, la langue et la culture sont très liées, surtout dans les communautés minoritaires. « Mais je sais point si c’est en raison de ça que le monde s’en sert plus », rappelle prudemment le sociolinguiste.

De vives discussions

Dans le Centre de curling de Clare, aménagé en salle de conférence, la présentation de Philip Comeau a suscité de la curiosité, des hochements de tête et des discussions animées.

La conteuse Anne Godin a raconté une expérience particulièrement marquante, celle d’aller conter en France et de voir les réactions des spectateurs, qui variaient de région en région.

Au micro d’ONFR, elle précise : « Je conte en français, mais mes personnages parlent acadien. En Normandie, ils n’ont pas compris (les personnages), il a fallu que j’explique. Tandis que quand j’ai été conter dans la région du Poitou-Charentes, je n’ai pas eu besoin d’expliquer. Ils ont vraiment tout compris. Je suis tombée de ma chaise. »

Anne Godin fait un lien direct avec l’histoire, affirmant que les ancêtres des Acadiens étaient plutôt originaires du Poitou, alors que les Québécois descendraient des Normands. Au Québec, elle doit également expliquer les dialogues de ses personnages.

Lorsqu’elle donne des spectacles de contes dans la région de Poitou-Charentes, en France, les spectateurs disent à Anne Godin que ses personnages parlent comme leurs grands-parents. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Aussi présent dans la salle, le directeur de l’Association des Acadiens-Métis Souriquois (AAMS), Gaétan Dugas, arguait pour sa part que les origines des Acadiens sont beaucoup plus diversifiées, incluant des ancêtres de l’Irlande, de la Normandie, de l’Espagne et du Portugal, mais surtout des ancêtres issues des communautés autochtones. Sans l’arrivée de Filles du Roy comme au Québec, les colons majoritairement hommes ont épousé des femmes autochtones.

« Il faut avoir du respect pour ce monde-là qui nous a accueillis, exprime-t-il. Nos ancêtres ont été séparés des Européens, donc leurs plus proches voisins étaient les communautés autochtones. On peut s’imaginer toute l’influence que ça pu avoir. »

Gaétan Dugas déplore que les études sociolinguistiques ne se penchent pas sur cette question. « Ça prend des spécialistes pour étudier ça et (…) non pas se limiter seulement au vieux français. »

La conférence de Philip Comeau a suscité de vives discussions au Congrès mondial acadien. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Il accole également des raisons historiques à son argumentaire et raconte que les Français de Nouvelle-France (le Québec d’aujourd’hui) ont défriché le territoire en montant dans les terres alors que ceux de l’Acadie se sont tournés vers la mer.

« Ça prenait des outils, un nom pour les outils, un langage pour se parler entre eux pour entretenir les digues et faire le travail dans les champs (…) C’est en partie du vieux français. Mais c’est aussi une langue développée par les acadiens eux-mêmes. »

Enfin, lors de la période de questions, une autre spectatrice a affirmé qu’elle aimerait voir des études qui considèrent l’apport de l’immigration dans l’évolution du français acadien. Quelques dizaines de personnes sont restée au-delà du temps alloué à la causerie afin de continuer la réflexion collective sur les enjeux soulevés.

« On peut vivre et travailler en français en Ontario », a plaidé la ministre Mulroney à Paris

PARIS – Devant les chefs d’État et de gouvernement au 19e Sommet de la Francophonie, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a défendu la place du français et la pole position économique de l’Ontario au Canada.

Vous avez pris la parole lors de la Conférence ministérielle de la Francophonie. Quel message avez-vous fait passer?

J’y ai fait la promotion de l’Ontario français comme juridiction francophone importante en Amérique du Nord. La majorité des gens ici, quand ils pensent à la francophonie au Canada, pensent au Québec. Alors, j’ai mis en avant le fait que nous avons 700 000 Franco-Ontariens et 1,5 million de personnes qui peuvent parler en français. Nous sommes le moteur économique du Canada. Les gens peuvent venir, travailler et vivre en français en Ontario. Je crois que le message a été très bien reçu.

Quelle différence notable avez-vous perçue entre votre premier sommet à Djerba et celui de Paris?

À Djerba, j’ai eu la chance de conclure la première entente internationale de l’Ontario avec la région francophone de la Belgique, la Wallonie-Bruxelles. Aujourd’hui, j’ai rencontré sa nouvelle ministre-présidente (Elisabeth Degryse) pour évoquer les détails de cette entente et développer de nouvelles pistes de collaboration. On est aussi ravi d’avoir la Nouvelle-Écosse comme nouveau membre de l’OIF. Je viens juste de parler au ministre LeBlanc. Nous allons développer une piste d’entente entre l’Ontario et sa province.

Comment s’articule la voix diplomatique entre le Canada et les autres délégations canadiennes (Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick) dans ce type de sommet? Quand Justin Trudeau donne la position du Canada, cela signifie-t-il que l’Ontario est toujours sur la même ligne?

L’Ontario est ici pour faire la promotion de la francophonie, tisser des liens avec les autres pays et organisations. On a beaucoup de chance de faire cela. Le Canada est ici aussi pour faire de la diplomatie. C’est très intéressant d’être à la table pour voir ce que présente le Canada. Mais l’Ontario se concentre vraiment sur comment créer des opportunités pour les francophones de la province.

À ce propos, comment avez-vous perçu cette francophonie des affaires dans les événements autour du Sommet : au Village de la francophonie et au salon FrancoTech?

À Djerba, nous n’avions pas de pavillon. Cette année, on a un grand pavillon qui a connu beaucoup de succès, en partie grâce à une application qui a attiré beaucoup de gens les sensibilisant à l’Ontario, et qui est issue d’une collaboration du ministère du Développement économique et d’autres ministères pour créer ce logiciel. À la Station F où se tenait le salon Francotech, le pavillon a également attiré beaucoup de gens intéressés à faire des affaires avec l’Ontario français. Ils ont développé beaucoup de relations d’affaires.

À l’issue de ce sommet, envisagez-vous d’autres ententes de coopération comme celle de la Wallonie-Bruxelles?

En plus de Wallonie, je me suis entretenue avec les représentants de la Louisiane, du Maroc, de la Slovaquie et d’autres régions (…) J’espère que ces conversations vont mener à d’autres collaborations avec l’Ontario.

La Nouvelle-Écosse entre dans le cercle de la francophonie internationale

PARIS – La Nouvelle-Écosse a été élue ce samedi membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie, a appris ONFR sur place au Sommet de la Francophonie. La province maritime rejoint ainsi les 88 pays, régions et gouvernements membres de l’organisation.

« On est très content de devenir membre observateur de l’OIF », a réagi au micro d’ONFR sur place à Paris, Colton LeBlanc, ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie.

« Ce sont plus de 400 ans d’histoire francophone depuis l’arrivée du premier établissement français sur nos côtes. On est une communauté vibrante et avoir notre place à la table de la francophonie internationale est très important. »

Déposée en mars dernier, sa candidature avait passé un premier barrage de sélection, le Comité sur les demandes d’adhésion ayant émis un avis favorable lors du Conseil permanent de la Francophonie. Ce samedi, ce sont les chefs d’États et de gouvernements qui ont délibéré à huis clos pour finalement se prononcer en faveur du nouveau statut.

La Nouvelle-Écosse, qui compte près de 35 000 Acadiens et francophones, devient donc le cinquième membre canadien après le Canada, le Québec, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario. Les trois premiers sont membres permanents, tandis que l’Ontario est observateur.

Le ministre LeBlanc a d’ailleurs salué la solidarité du Canada et des provinces voisines déjà membres. « Leur appui a certainement mené au succès aujourd’hui », s’est-il réjoui, bénéficiant en outre de l’élan du Congrès mondial acadien qui s’est déroulé l’été dernier.

Les autres membres retenus à titre de membres observateurs sont le Chili, l’Angola, la Polynésie et la région allemande de la Sarre, ce qui porte à 93 le nombre de pays appartenant à l’OIF, tandis que Ghana et Chypre passent de membres associés à permanents.

Selon le recensement le plus récent de Statistique Canada (2021), 3 % des Néo-Écossais parlent le français à la maison, 3,3 % l’utilisent régulièrement au travail et 8,8 % des immigrants sont capables de soutenir une conversation en français.

Au cours des 30 dernières années, la proportion de la population pouvant soutenir une conversation en français a augmenté de 8,8 % en 1991 à 10,4 % en 2021, une tendance principalement attribuable à l’augmentation du bilinguisme chez les personnes ayant l’anglais comme première langue apprise dans l’enfance.

La province a récemment actualisé sa Loi sur les services en français, 20 ans après son adoption en 2004, notamment en faisant du ministre responsable des Affaires acadiennes et de la Francophonie le garant exclusif de son respect et de son application, en plus de la reconnaissance d’un comité consultatif.

Quant à savoir quelle place compte occuper la province dans la francophonie internationale, M. LeBlanc indique que, « fidèle à la devise acadienne, L’union fait la force, on travaillera de façon collaborative avec les autres juridictions internationales et on s’assurera de la protection et de la promotion de la langue française ».

Et de citer un possible rapprochement avec l’Ontario : « On a discuté de cela aujourd’hui avec la ministre ontarienne et les discussions vont se poursuivre ».

Couper les ponts avec le pont Alexandra?

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

La Commission de la capitale nationale (CCN) a dévoilé cette semaine ses trois nouveaux plans conceptuels pour le pont Alexandra, qui relie Ottawa à Gatineau, près de la colline du Parlement.

Le gouvernement fédéral de Justin Trudeau a fait son choix de mettre une croix sur ce pont historique, patrimonial et emblématique de la capitale fédérale en le remplaçant par un nouveau d’ici 2032. Au grand dam des défenseurs du patrimoine des deux côtés de la rivière des Outaouais.

Une prouesse d’ingénierie canadienne directement liée à l’histoire ferroviaire du Canada

Celui qu’on appelle aussi le pont Interprovincial ou encore pont Royal Alexandra a été construit en 1898-1900 par la compagnie Dominion Bridge de Lachute, au Québec, pour relier Ottawa, en Ontario, à Hull, au Québec.

Le gouvernement fédéral contribuera financièrement à la construction du pont avec 112 500 $ en subventions. L’Ontario accordera 50 000 $ tandis que la Ville d’Ottawa contribuera le plus avec 150 000 $… à condition qu’au moins une voie soit réservée à la circulation routière (alors balbutiante) sur le pont (ce qui fut accordé).

Prouesse architecturale, c’était la première fois qu’une entreprise canadienne relevait ce défi d’ingénierie d’une telle ampleur. Le pont Alexandra est au moment de sa construction le plus long pont en porte-à-faux au Canada et la plus grande structure d’acier construite en Amérique du Nord. Sa travée principale mesurait 170 mètres, était la plus longue au pays à l’époque et l’une des plus longues au monde.

Sa conception novatrice présente une fabrication entièrement en acier et un tablier central en treillis.

Encore plus important, le pont Alexandra fut le premier conçu de cette ampleur par une équipe formée exclusivement d’ingénieurs et des concepteurs canadiens.

Il sera aussi le premier pont de style cantilever en acier de la région et précurseur de deux autres illustres ponts de ce style construits quelques années plus tard, soit le pont de Québec (1919) et le pont Jacques-Cartier (1930), à Montréal.

Au début du XXe siècle, un autre pont existait déjà pour relier l’Ontario et le Québec dans la région de la capitale nationale, soit la traverse des Chaudières. Si le projet du pont Interprovincial/Alexandra voit le jour, c’est en raison de l’expansion du réseau de chemin de fer, en pleine ascension au Canada.

Le Pont Interprovincial (ou Pont Alexandra) pendant sa construction, 1901. Crédit photo : Bibliothèque et Archives du Canada/Topley/PA-013 866

L’objectif premier avec ce nouveau tronçon était de construire un pont ferroviaire afin de relier les voies ferrées du côté d’Ottawa et du côté de l’Outaouais québécois (autant les villes riveraines comme Hull que pour desservir l’arrière-pays comme la Haute-Gatineau et le Pontiac).

Le pont est ouvert à la circulation des trains, tramways électriques, chevaux, chariots et piétons en février 1901 et inauguré le mois suivant en grande pompe.

Les tramways y circuleront jusqu’en 1946 tandis que le dernier train l’emprunte en 1966, marquant la fin d’une ère. La même année, la Commission de la capitale nationale se porte acquéreur du pont auprès de la compagnie ferroviaire Canadien Pacifique.

Les rails seront définitivement retirés du pont en 1970 et le pont est alors reconverti comme axe de la circulation automobile entre les deux rives, bien qu’il demeure (et de loin) le pont le plus emprunté pour la mobilité active (marche, vélo) des six ponts reliant Ottawa à Gatineau.

Quelques personnalités l’ont déjà emprunté telles que la Reine Elizabeth II ou le Pape Jean-Paul II. Justin Trudeau et l’ancien président mexicain Enrique Peña Nieto y ont déjà fait du jogging ensemble.

Encore plus symbolique, le lendemain de la fête du Canada en 2017, la première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne, le premier ministre du Québec Philippe Couillard, le maire d’Ottawa Jim Watson et le maire de Gatineau Maxime Pedneault-Jobin avaient pique-niqué tous ensemble sur le pont Alexandra pour souligner le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Le journal Le Droit écrivait alors : « en plein centre du pont Alexandra, les deux premiers ministres provinciaux se sont rencontrés et se sont embrassés, en signe d’une réconciliation qui perdure entre les deux peuples, malgré des épisodes plus tumultueux de l’histoire canadienne ».

La première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne, le premier ministre du Québec Philippe Couillard, le maire d’Ottawa Jim Watson et le maire de Gatineau Maxime Pedneault-Jobin avaient pique-niqué tous ensemble le 2 juillet 2017 sur le pont Alexandra pour souligner le 150e anniversaire de la confédération canadienne. Crédit photo : Le Droit.

Valeur patrimoniale du pont Alexandra

En 1995, la Société canadienne de génie civil a désigné le pont Alexandra comme lieu historique national de génie civil en raison de sa conception innovante de pont cantilever à treillis d’acier.

En l’an 2000, le pont Alexandra devient officiellement un élément clé du parcours d’honneur du boulevard de la Confédération qui encercle des deux côtés de la rivière les environs de la cité parlementaire du Canada.

En 2010, à la suite d’une évaluation de la valeur patrimoniale, le pont est classé comme un bien d’ingénierie d’importance historique nationale.

La Ville d’Ottawa l’a également inscrite à son registre du patrimoine en 2017 en raison de ses attributs patrimoniaux et de son intérêt historique.

Le pont a aussi une cote patrimoniale de niveau II (importance historique nationale). Cependant, le pont n’est pas désigné comme lieu historique national dans l’Annuaire des désignations patrimoniales fédérales et n’est donc pas assujetti à des mesures obligatoires de protection et de conservation.

Malgré l’opposition, le fédéral déterminé à démolir le pont

C’est en 2019 lors du dépôt du quatrième budget fédéral par le ministre fédéral des Finances de l’époque, Bill Morneau, que l’intention du gouvernement fédéral de remplacer le pont Alexandra est révélée. Le gouvernement fédéral, à la suite d’une recommandation de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), demande que le pont soit remplacé d’ici 10 ans. Une option moins coûteuse pour ce pont en fin de vie utile que de le restaurer, selon lui.

Propriété du gouvernement du Canada, le pont Alexandra est entretenu par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC). Dans le cadre de son processus de remplacement, SPAC fait équipe avec la CCN.

Le pont Alexandra, à l’été 2007. Crédit photo : Commission de la capitale nationale (CCN).

En 2021, une coalition interprovinciale composée de défenseurs des secteurs du patrimoine, des transports et de l’environnement a été créée pour protéger l’avenir du pont Alexandra. Parmi les organismes, on comptait dès le début la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO) qui déclara être : « heureuse d’appuyer cette cause et d’ajouter sa voix à celles d’autres organismes qui ont à cœur l’environnement, l’histoire et le patrimoine de notre région. » La même année, le pont est ajouté à la liste des lieux patrimoniaux menacés de la Fiducie nationale du Canada.

En date d’aujourd’hui, on compte 33 organismes qui se sont joints à la coalition.

Au-delà de la perte patrimoniale que représenterait la démolition du pont Alexandra, la coalition reproche également au gouvernement fédéral son manque de transparence dans le dossier. De fait, les consultations publiques de cette semaine sont les premières occasions depuis 2019 où la population est invitée à se prononcer. Cela dit, son opinion est sollicitée pour qu’elle exprime ses préférences dans les choix des trois concepts de remplacement du pont déjà préchoisis par le gouvernement fédéral. Restaurer le patrimoine n’est pas une des trois options proposées par le gouvernement.

De l’eau va continuer à couler sous les ponts d’ici à ce qu’un nouveau y soit construit au-dessus de la rivière des Outaouais entre Ottawa et Gatineau puisque les travaux de remplacement du pont Alexandra devraient débuter en 2028 pour se terminer en 2032, estime le gouvernement fédéral. Mais pour la sauvegarde du patrimoine est-il déjà trop tard?

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

To Be Clear : Mia Kelly offre un parfait album d’automne

OTTAWA – Sorti ce vendredi 4 octobre, le nouvel opus de Mia Kelly confirme la place de cette jeune autrice-compositrice-interprète dans le paysage folk canadien. Avec sa voix enveloppante, l’artiste offre un parfait album d’automne en 10 titres. Les huit chansons en anglais et deux chansons en français rappellent sa famille exogame, mais racontent surtout ses expériences et celles dont elle a été témoin. ONFR s’est entretenu avec Mia Kelly au sujet de To Be Clear.

« Je me sens ultraprête, et en même temps vraiment nerveuse, fébrile. J’ai hâte de voir la réception du public, » s’exclame Mia Kelly au bout du fil.

L’honnêteté et la communication sont des thèmes récurrents des histoires racontées sur To Be Clear. Ces valeurs sont « parfois très difficiles, mais vraiment importantes » à honorer.

Le titre de l’album est d’ailleurs tiré de la chanson Meaning Well : « Mama said, to be clear is to be kind. » (Maman m’a dit : être clair, c’est être gentil.)

Dans le même ordre d’idée, le titre Si j’étais franche raconte un amour d’été, où la jeune femme a eu du mal à être directe. « La chanson dévoile un peu mon message, que je n’ai pas exactement transmis de façon honnête », explique-t-elle.

Les paroles de Si j’étais franche pourraient facilement être accolées à la génération de vingtenaires dont fait partie Mia Kelly. La principale intéressée acquiesce avec nuances. « Je m’identifie à une difficulté à se dédier à quelque chose (…) même si je pense que ce n’était juste pas la bonne situation pour moi. C’est important de quitter. »

Vidéoclip officiel de la chanson Si j’étais franche.

On pourrait qualifier Meaning well et Si j’étais franche de chansons-sœurs. C’est la même chose pour Lone Dog et Rideau tombe, deux extraits dévoilés en même temps il y a quelques semaines.

« Les deux touchent au même sujet. J’ai été témoin d’une situation d’abus qui s’est déroulée très près de ma vie personnelle. Ça m’a vraiment affectée », explique Mia Kelly. Si Lone Dog évoque un personnage fictif, la chanson francophone est plus directe. Elle retourne la situation du point de vue de l’abuseur et de sa victime.

« J’ai essayé de traiter le sujet d’une façon très délicate, car c’est un sujet très lourd et délicat à la fois. J’ai écrit la chanson et j’ai demandé la permission de la survivante pour la partager. »

Deux langues, deux univers qui s’entremêlent

Née d’un père québécois francophone et d’une mère ontarienne anglophone, l’artiste évolue depuis toujours dans cet environnement exogame très présent chez les familles de la région d’Ottawa-Gatineau.

« Les deux langues sont vraiment entremêlées dans ma vie, donc c’est seulement naturel d’écrire dans les deux langues », même si l’expérience et la poésie sont bien différentes. Ce qui détermine la langue choisie pour une chanson est circonstanciel. « J’écris dans la langue dans laquelle s’est déroulée la situation de laquelle je parle. »

Par exemple, une histoire vécue avec son père francophone lui inspirerait naturellement une chanson en français, puisque c’est la langue qui représente cette relation. Ce système de tri inconscient est présent depuis l’enfance. Sa sœur et elle parlaient en français lorsqu’elles parlaient de l’école, mais en anglais lorsqu’elles parlaient de leurs grands-parents maternels, par exemple.

Pochette de l’album To Be Clear de Mia Kelly. Gracieuseté de Six média marketing

Sur la pente ascendante

À 21 ans, Mia Kelly vit de sa musique à temps plein. Sa carrière est en pleine ascension, mais elle est top occupée à surfer sur la vague pour prendre le temps de le réaliser.

« Dans les dernières années, ça a été quand même graduel comme progression. Mais je sens que ces temps-ci, c’est vraiment plus occupé. J’ai un automne rempli à craquer. J’ai un peu dit oui à tout, cette année. Ça fait longtemps que je plonge la tête première dans ce domaine, mais là, on dirait qu’il y a plus de retombées qui me reviennent. »

La jeune femme a d’ailleurs reçu les prix de Young Performer of the Year et Emerging Artist of the Year aux Canadian Folk Music Awards 2024. Des prix qu’elle n’a pas pu accepter en personne, car elle était en vitrine à la Tallinn Music Week, en Estonie. « Je l’ai appris en ligne en écoutant la diffusion en direct. Il était environ 3 h du matin en Estonie. J’étais avec ma gérante, on a vécu un beau moment ensemble, on était super fières. C’est vraiment un honneur d’être reconnue dans ma communauté. »

À 21 ans, Mia Kelly est déjà bien reconnue dans l’industrie de la musique canadienne. Photo : Randy Kelly

En plus d’assurer les premières parties d’autres artistes, dont l’auteur-compositeur-interprète Bobby Bazini, Mia Kelly se prépare à jouer son deuxième album en tournée. Ses spectacles à venir se dérouleront majoritairement en solo. Elle compte présenter To Be Clear dans son entièreté, en plus de chansons de ses projets précédents et même certaines plus récentes, qui n’ont jamais été enregistrées et se retrouveront peut-être sur un troisième opus.

Deux événements de lancement auront lieu prochainement en Ontario : au Rivoli de Toronto le 16 octobre, et à la Quatrième salle du Centre national des arts d’Ottawa le 19 octobre. Tous les billets ont déjà trouvé preneurs dans la capitale, mais Mia Kelly sera de retour en février 2025.

Le projet de loi sur l’épidémie de violence entre partenaires intimes toujours au même point

TORONTO – Six mois après que le gouvernement Ford ait appuyé le projet de loi 173, visant à déclarer la violence entre partenaires intimes (VPI) une épidémie, des associations, défenseurs des droits et députés attendent toujours que le gouvernement agisse. Le projet de loi a été renvoyé au Comité permanent de la justice après la deuxième lecture, le 10 avril 2024.

À Queen’s Park, la députée du Nouveau Parti démocratique Kristyn Wong-Tam a rencontré plusieurs experts, chercheurs et militants au sein de ce comité, afin d’établir un plan d’action susceptible d’accélérer la prise de décision du gouvernement.

« Le projet de loi 173 aurait pu être adopté dès avril dernier par le gouvernement provincial »
— Kristyn Wong-Tam

« Le projet de loi 173 aurait pu être adopté dès avril dernier par le gouvernement provincial, affirme-t-elle. Au lieu de cela, ils l’ont envoyé en comité pour être étudié, alors que cette question a déjà été largement examinée. Nous avons des rapports, des enquêtes de coroners, l’enquête du comté de Renfrew, le rapport sur les femmes autochtones disparues et assassinées, ainsi que le rapport de la Commission sur la tuerie de masse en Nouvelle-Écosse. Toutes ces informations sont disponibles. Il n’était pas nécessaire de réétudier la question. »

Cependant, l’objectif principal du comité demeure de déclarer une épidémie de violence conjugale. La députée, qui s’est engagée dans des mois de consultations, compte « en tirer le meilleur parti, mais demander aux experts ou aux survivantes de répéter leurs témoignages est une perte considérable de temps et d’argent, surtout que nous avons déjà des recommandations que Doug Ford n’a même pas encore mises en œuvre ».

Une nouvelle étude qui rappelle l’ampleur du travail à accomplir

À la suite de ses consultations, le Comité permanent de la justice a formulé des recommandations préliminaires pour que le gouvernement provincial mette en place davantage de programmes d’éducation et de prévention, notamment dans les écoles, à destination des jeunes et des jeunes adultes.

« Les premiers signes, comme la maltraitance animale, sont souvent liés à la violence entre partenaires intimes (VPI) et doivent être détectés grâce à une formation renforcée des premiers intervenants, vétérinaires et professionnels du droit », indique la députée néo-démocrate dans ses notes.

La députée NPD pour Toronto-Centre, Kristy Wong-Tam. Photo : La presse canadienne/Christopher Katsarov

Les experts ont également recommandé que les forces de l’ordre soient formées à reconnaître que le contrôle coercitif constitue une forme de violence, et que les victimes n’ont pas toujours des blessures visibles.

Il est également suggéré que la justice ontarienne améliore ses pratiques, en particulier en tenant compte des 1326 cas de VPI et de violence basée sur le genre (VBG) rejetés par les tribunaux de l’Ontario l’an dernier. Le comité recommande également des modifications du Code criminel pour offrir davantage d’options de justice réparatrice, ainsi qu’une approche intersectionnelle tenant compte du genre dans les budgets et les plans de logement, afin de mieux répondre aux enjeux de pauvreté et d’itinérance genrées.

« Le gouvernement se concentre sur des actions qui produisent des résultats concrets et tangibles »
— un porte-parole du ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux

De ce côté, le ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires a confirmé à ONFR attendre avec impatience l’examen du rapport du comité.

« En ce qui concerne la prévention de la violence contre les femmes et les enfants ainsi que l’aide aux survivantes, le gouvernement se concentre sur des actions qui produisent des résultats concrets et tangibles », a partagé le porte-parole du ministère par échange de courriels.

Affirmant également être impliqué dans le financement de plusieurs programmes et projets pour soutenir les services de lutte contre la violence fondée sur le genre, le ministère a déclaré : « Dans le cadre de la prochaine phase, le 16 août dernier, nous avons lancé un appel à propositions pour des programmes communautaires visant à prévenir et à traiter la violence fondée sur le genre. Le financement de cet appel à propositions est d’environ 100 millions de dollars sur trois ans, et les candidats retenus devraient être annoncés à la fin de l’automne. »

Des solutions immédiates à mettre en œuvre

Dans une entrevue accordée à ONFR, la députée Kristyn Wong-Tam souligne qu’après dix jours de consultations dans le cadre de la première phase de cette étude, un travail considérable reste à accomplir.

« Il est demandé au gouvernement de recueillir de meilleures données et d’investir dans un financement adéquat du système judiciaire. Certaines organisations appellent à davantage de campagnes d’éducation et de sensibilisation du public dès le plus jeune âge, car nous savons que la violence est évitable grâce à des indicateurs précoces », estime-t-elle.

Le commissaire à la protection de la vie privée de l’Ontario a publié de nouvelles lignes directrices à l’intention des professionnels de la violence conjugale. Cette initiative fait suite à l’enquête du coroner sur les décès de Carol Culleton, Anastasia Kuzyk et Nathalie Warmerdam en 2015 dans le comté de Renfrew, qui a conduit à 86 recommandations pour améliorer le traitement des cas de VPI. Photo : Canva

Les données sur la violence conjugale en Ontario sont préoccupantes : en 2022, plus de 38 000 incidents de violence conjugale ont été signalés à la police. Plus récemment, la police de Sudbury a rapporté à CBC qu’elle reçoit plus de 100 appels liés à la violence conjugale chaque semaine, tandis que la police d’Ottawa a confirmé qu’elle répond à plus de 500 appels de ce type chaque mois. Depuis janvier 2024, plus de 4300 appels ont été traités.

Un nouvel outil pour aider les intervenants

La commissaire à l’information et à la protection de la vie privée Patricia Kosseim et son bureau ont été chargés, dans l’une des 86 recommandations issues de l’enquête de Renfrew en 2022, de développer un outil en langage clair destiné aux professionnels œuvrant dans le domaine de la violence conjugale, afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées concernant la confidentialité et la sécurité publique. Cet outil, lancé en août 2024, vise à guider les intervenants dans des situations où le consentement des victimes n’est pas possible.

Selon Mme Kosseim, de nombreuses victimes ont été consultées lors de l’élaboration de ce document. Leurs témoignages ont permis d’incorporer des éléments liés à la méfiance envers le système ainsi qu’aux obstacles culturels et linguistiques.

Patricia Kosseim est commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario. Photo : CIPVP

Pour ce qui est du projet de loi 173, « le débat est très intéressant, pense-t-elle. D’une part, il traite la question de si oui ou non, nous devrions en Ontario déclarer la violence conjugale comme étant une épidémie. Mais, aussi important, c’est de savoir quoi faire par la suite, d’organiser les ressources et passer à l’action. »

D’après la commissaire, ce nouvel outil de langage simple est une première pierre à l’édifice.

Des organismes à bout de souffle

Les organismes de lutte contre la violence faite aux femmes réclament davantage de financement pour les refuges, le counseling et les programmes de prévention. À Toronto, Dada Gasirabo, directrice d’Oasis Centre des femmes, constate une augmentation des cas de violence conjugale depuis la pandémie.

« Non seulement la violence a augmenté, mais elle a aussi changé de forme, avec des manifestations que nous n’avions pas observées auparavant »
— Dada Gasirabo

En 2022, 184 femmes ont été tuées en Ontario et, plus récemment, 46 femmes ont été assassinées entre novembre 2023 et juillet 2024. « C’est une épidémie, et le gouvernement provincial banalise cette situation », déclare-t-elle.

Dada Gasirabo travaille dans le secteur de la violence faite aux femmes avec Oasis Centre des Femmes et Action Ontarienne Contre la Violence Faite aux Femmes (AOCvF). Elle est directrice générale du Centre Oasis à Toronto. Photo : Gracieuseté de Dada Gasirabo

Selon Dada Gasirabo, les ressources sont inégalement réparties. Par exemple, à Toronto, les femmes francophones n’ont accès qu’à deux ressources spécifiques pour elles.

« Cela nous dépasse, avoue-t-elle. Parfois, on se sent impuissants, incapables de trouver des places pour certaines femmes. C’est impensable de dire à une femme de retourner d’où elle vient. »

Enfin, pour la directrice, il est crucial de démontrer que la violence est véritablement endémique en mesurant son impact à travers les générations.

« Nous voyons des enfants qui ont été exposés à la violence ou en ont été victimes dans leur enfance. Dans 32 % des cas, ces enfants deviennent à leur tour des abuseurs, infligeant de la violence à leur propre famille ou partenaire. Cela illustre bien la transmission intergénérationnelle de la violence. »

À FrancoTech, quand le monde entier découvre que l’Ontario aussi parle français

PARIS – Immersion ce jeudi dans le salon de l’innovation FrancoTech où, à la veille du Sommet de la Francophonie, des entrepreneurs franco-ontariens créent la surprise et tentent de bâtir des relations d’affaires internationales.

Roumanie, Sénégal, Québec, Côte d’Ivoire… Pour atteindre la vitrine de l’Ontario au salon FrancoTech, il faut se frayer un chemin dans un dédale de kiosques nationaux et d’agences de développement économique où fourmillent un millier d’entrepreneurs et investisseurs francophones venus de plusieurs dizaines de pays.

Nous sommes au cœur de la Station F, un ancien dépôt ferroviaire reconverti depuis 2017 en un gigantesque campus d’entreprises en démarrage, à quelques pas de la Bibliothèque nationale de France. Pour cette toute première édition, les acteurs économiques de la province sont parvenus à s’immiscer dans la programmation pour faire connaître les avantages à commercer avec la province.

Tout autour du pavillon, visiteurs et exposants voisins découvrent pour la plupart pour la première fois la francophonie ontarienne et n’en reviennent pas. C’est pour certains une expérience aussi nouvelle qu’inattendue. « Je ne savais pas du tout qu’on parlait français en Ontario. Pour moi, la francophonie au Canada, c’était juste le Québec », lâche spontanément Xavier, un investisseur français. Et il n’est pas le seul à penser cela.

Karima Catherine-Goundiam (à droite), fondatrice de B2BeeMatch. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Il faut dire que l’Ontario n’a rejoint l’OIF que depuis 2018 et a attendu 2022 pour participer activement au Sommet de la Francophonie à titre de membre observateur, un titre qu’il souhaite pour l’heure conserver, malgré l’appel de la secrétaire générale à s’impliquer encore plus.

« On a encore le besoin de faire savoir aux gens à l’étranger qu’il y a des francophones au Canada à l’extérieur du Québec et, pour cette simple raison-là, notre présence est essentielle aujourd’hui », estime Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires de l’Ontario.

Autour de lui, des gens d’affaires aux parcours et aux horizons divers, à l’image de Karima Catherine-Goundiam, fondatrice de la plateforme de réseautage B2BeeMatch, qui défend le principal atout de l’Ontario : « On est bilingue. On est à la croisée des Amériques avec cette double culture d’une richesse incroyable. »

Catias Céméus, fondatrice de Kimdja. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Sa voisine Catia Céméus, fondatrice de la société d’événementiel Kimdja, acquiesce. Elle croit que cette identité a forgé « une belle communauté d’entrepreneurs francophones en Ontario qui permet de faire des connexions facilement dans l’écosystème entrepreneurial. »

Derrière elle, ses collègues de délégation accueillent à bras ouvert les visiteurs, avec à l’appui un nouveau site web déployé sur des tablettes tactiles : ontariopourvous.ca. Sa devise donne le ton : Découvrez le meilleur de l’Ontario. On y apprend les chiffres essentiels, des conseils d’installation ou tout simplement d’excursion et, surtout, comment faire des affaires en français dans la province Open for business.

« À chaque fois qu’on m’entend parler, on me demande si je viens de Montréal. Non, je viens de Toronto et les gens sont très surpris », relate Olivier Poitier, fondateur de GenTech101, une société de conseil en entreprise biomédicale. L’homme d’affaires profite de cette langue commune pour percer des marchés en Suisse, en France, en Afrique du Nord et subsaharienne.

Olivier Poitier, fondateur de GenTech101. Photo : ONFR/TFO/Rudy Chabannes

José Mafra, un autre entrepreneur, n’hésite pas à décrire FrancoTech comme « la Mecque de l’entrepreneuriat en français. Ensemble avec tous les organismes de l’Ontario, c’est excellent de tous avancer dans la même direction », dit-il au moment où la foule se densifie soudainement.

Après le premier ministre québécois François Legault une heure plus tôt, le président français Emmanuel Macron déambule à son tour dans le salon, suscitant curiosité et bousculade, et frôlant le kiosque ontarien.

Ce vendredi, Justin Trudeau, le premier ministre canadien, fera lui aussi un tour d’horizon du salon avant de partir pour Villers-Cotterêts, première étape du Sommet de la Francophonie. Francotech se poursuivra, pour sa part, pour une deuxième et dernière journée avant le clap de fin.

Hybridité des formes d’art

La musique joue un rôle essentiel dans cette semaine culturelle en Ontario. Par la musique, on accède à la danse, qui nous mène à son tour vers le théâtre, qui lui nous entraîne vers la littérature. Alors que les œuvres se découvrent sous différentes formes, voici quelques-unes des nombreuses activités à vivre en français à travers la province. 

Deux talents d’exception en tournée dans le Nord 

La chanteuse, comédienne et animatrice Mélissa Bédard est bien connue au Québec pour sa voix puissante, sa force de caractère et son authenticité attachante. Les diffuseurs franco-ontariens sont tombés sous son charme à Contact Ontarois, en janvier dernier. Un passage qui semble payer puisqu’une tournée de trois dates dans le Nord de l’Ontario se déploie de vendredi à dimanche.

Puisqu’une bonne nouvelle en attire une autre, Mélissa Bédard sera accompagnée au piano de Gregory Charles. L’artiste accompli a récemment annoncé une collaboration plus étroite avec celle à qui il a pu enseigner à l’émission Star Académie, en 2012. 

Les deux artistes à l’énergie débordante seront à la Place des arts de Hearst, au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing et à la Place des arts du Grand Sudbury, respectivement vendredi, samedi et dimanche.

Mélissa Bédard offre un spectacle à la fois drôle et touchant. Photo : Nathalie Godin

Nord de l’Ontario, du 4 au 6 octobre. Billets sur le site de Mélissa Bédard.

Des vitrines pour le folk de l’Ontario

L’artiste francophone et abénaquise Mimi O’Bonsawin sera à Mississaugua dans les prochains jours, alors qu’elle est nommée au Festival de musique folk de l’Ontario, dans la catégorie Performing Artist of the Year. Le gala aura lieu ce dimanche et sera précédé de la Folk Music Ontario Conference, où plusieurs artistes offriront des vitrines afin de se faire connaître du public et de l’industrie. Parmi les autres francophones en vitrine, notons les montréalais Adama Daou, Rebecca Jean et Dany Nicolas, ainsi que la néo-brunswickoise Émilie Landry. La formation originaire de Saint-Élie-de-Caxton Les tireux d’roches sera également présente, tout comme l’Okavango African Orchestra, dont certains membres sont francophones. 

Après un premier album complètement en français l’an dernier, Mimi O’Bonsawin débute ces jours-ci des cours d’abénaquis, dans le but d’un jour chanter dans la langue de sa communauté. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Mississauga, du 3 au 6 octobre. Détails sur le site de Folk Music Ontario.

La diversité des langues, avec Chloé Sainte-Marie

L’artiste québécoise, accompagnée des musiciens Catherine LeSaulnier et Yves Desrosiers, s’arrêtera au Centre national des arts (CNA) avec son spectacle Maudit silence. À travers la musique et les mots, Chloé Sainte-Marie raconte sa propre quête d’identité, ayant pris forme sur les routes de l’Amérique du Sud. 

Le projet a été élaboré en collaboration avec celle qui a remarqué Chloé Sainte-Marie il y a de nombreuses années, la poète innue Joséphine Bacon, et l’écrivain-géographe Jean Morisset.

Chloé Sainte-Marie explore la diversité des langues d’Amérique et la signification du silence dans Maudit silence. Photo : Camille Gladu-Drouin

Ottawa, le 4 octobre. Détails et billets sur le site du CNA.  

Danser entre grands ou en famille

La Torontoise Lua Shayenne sera de passage dans l’est d’Ottawa vendredi et samedi. La directrice de Lua Shayenne and Company, une compagnie de danse africaine contemporaine et traditionnelle, offrira un atelier de danses et rythmes traditionnels Mandé au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) le 4 octobre. L’activité, qui intègre aussi les percussions, le chant et les perspectives culturelles, sera suivi d’une dégustation de vins et fromages. 

Le lendemain, c’est toute la famille qui est conviée à 14 h pour une représentation du spectacle jeunesse de Lua Shayenne, Yassama et la calebasse aux cauris traite de persévérance et d’humilité dans ce conte écologique pour les 3 à 6 ans. 

Yassama et la calebasse au cauris roule sa bosse depuis quelques années en Ontario. Photo : gracieuseté du MIFO

Ottawa, les 4 et 5 octobre. Détails sur le site du MIFO.

On ne peut pas sortir Sudbury de la pièce, mais on peut sortir la pièce de Sudbury

Le texte de la pièce Nickel City Fifs, une épopée queer sudburoise sur fond de trous, de l’artiste Alex Tétreault,  sera maintenant accessible à tous, dans une version publiée chez Prise de parole. Le livre sera officiellement disponible le 8 octobre et un événement de lancement aura lieu le 9 à la librairie Panache, située dans la Place des arts du Grand Sudbury. 

Organisé par Prise de parole et le Théâtre du Nouvel-Ontario, l’événement sera animé par la drag queen Jenna Seppa. Son alter ego Michel Gervais est l’un des acteurs de la pièce originale. Et c’est au Zigs, lieu où la pièce se déroule et a été créée in situ, que la soirée se terminera. D’autres lieux accueilleront Nickel City Fifs à l’avenir, puisque la pièce partira en tournée en Ontario en mai et juin 2025.

Alex Tétreault pendant les présentations éclair de Contact ontarois 2024, où il a remporté deux prix pour Nickel City Fifs. Crédit image : Rachel Crustin.

Sudbury, le 9 octobre. Détails sur la page Facebook de l’événement.

Prendre un café avec des écrivains

Un nouveau café littéraire francophone fait son apparition à Toronto, une initiative de L’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), en collaboration avec le Conseil des auteures et auteurs francophones afro-canadiens.nes (CAFAC) et le Salon du livre de Toronto. Chaque deuxième samedi du mois, les amateurs de lecture auront rendez-vous au Centre d’innovation sociale de la rue Spadina pour entendre des lectures publiques et discuter avec des auteurs francophones. Le premier café littéraire aura lieu ce samedi en compagnie de Gabriel Osson, Soufianne Chakkouche, Sherman Sezibera et A.M. Matte. Il est également possible de suivre la rencontre en ligne.

De gauche à droite et de bas en haut : Gabriel Osson, qui anime ce nouveau café littéraire (gracieuseté), Soufianne Chakkouche (photo : Ben Addou Idrissi Youness), A. M. Matte (photo : Alexandre Matte) et Sherman Sezibera (gracieuseté). Montage ONFR

Toronto et sur la plateforme Zoom, le 5 octobre. Détails sur le site de l’AAOF.

Un nouveau maire pour la ville de Moonbeam

MOONBEAM – C’est ce jeudi soir que sera assermenté le nouveau maire de Moonbeam, Luc Léonard. Il succède à Éric Côté, qui avait mis fin prématurément à son mandat à la fin du mois d’août.

C’est un retour politique en force pour l’ex-conseiller Luc Léonard, qui avait été conseiller de la municipalité de 1100 habitants de 2014 à 2018.

L’ancien maire de la ville, Éric Côté, avait suscité la surprise en annonçant mettre fin à son mandat afin de pouvoir se consacrer à un nouveau projet professionnel, incompatible avec sa nouvelle fonction.

Le 18 septembre dernier, les conseillers municipaux ont voté pour désigner le nouveau maire parmi l’ex-mairesse de la ville, Nicole Fortier-Levesque, le candidat Claude Boivin et M. Léonard.

Arrivé à égalité avec M. Boivin, c’est finalement un tirage au sort qui a vu Luc Léonard remporter la course à la mairie.

« Les gens qui ont voté, ce sont des gens qui avaient été élus. Donc, c’est la voix des locaux qui s’est fait refléter. Moi, j’ai trouvé que c’était équitable », a-t-il déclaré à ONFR.

Il ajoute avoir décidé de se lancer de nouveau en politique après s’être présenté, sans succès, comme maire en 2018, car il se trouve aujourd’hui dans une meilleure situation personnelle qu’en 2022.

« La communauté à cœur  »

« Mes ancêtres viennent de Moonbeam, j’ai toujours vécu à Moonbeam et j’ai la communauté à cœur », confie le nouveau maire.

Le père de famille explique également que le fait d’avoir trois enfants aux besoins spéciaux l’a encouragé à vouloir un rôle décisionnel à la municipalité.

« Les gens souffrent dans la communauté et, souvent, ils se retrouvent seuls. Mais quand il y a quelqu’un qui peut les comprendre et les encourager, c’est bon. C’est ça qui me motive, d’aider les gens de la communauté en améliorant les services disponibles. »

Selon lui, des obstacles majeurs entravent les possibilités de croissance au sein de la municipalité : « C’est un village qui est trop petit pour être gros et trop gros pour être petit, donc on est tout le temps dans l’impasse au niveau de la construction, du développement. »

Il aimerait notamment aider l’épicerie Coop à grandir et faciliter les démarches pour les petits entrepreneurs locaux qui souhaiteraient se lancer dans des projets.

La ville de Moonbeam compte 70 % de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée. Crédit image : Inès Rebei/ONFR

Apprendre à être maire

Le nouveau maire, qui travaille parallèlement dans une compagnie fournissant de l’électricité, dit ne pas savoir combien d’heures il devra consacrer à son nouveau rôle.

« Tant que je n’aurai pas vu en arrière des portes, comment se porte la municipalité. Je ne connais pas la santé financière de la municipalité. Je vais pouvoir mieux adapter les heures consacrées. »

Le Franco-Ontarien souhaite également respecter l’importance de la grande communauté francophone de la ville, tout en étant ouvert à celle qui s’exprime en anglais. Il fait savoir que de nombreux arrivants unilingues anglophones sont arrivés dans la municipalité après la pandémie et y sont bien desservis.

« Je ne mets pas à part les anglophones des francophones, il faut juste s’adapter au changement », juge-t-il.

La construction de nouveaux logements et de logements abordables, notamment pour accueillir les nouveaux arrivants et maintenir l’ouverture de l’école de la municipalité, fait aussi partie des priorités du nouvel élu.

Il assumera le rôle de maire jusqu’aux prochaines élections en 2026.

Conflits dans les pays francophones : l’OIF impuissante?

PARIS – Bombardements israéliens au Liban, invasion russe en Ukraine, rébellion armée dans l’est de la République démocratique du Congo, annexion du Haut-Karabakh en Arménie, insurrection djihadiste au Sahel… Attentive au maintien de la paix, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) peine pourtant à peser dans la résolution des conflits qui frappent ses membres.

« Nous avons beaucoup de soutien, mais pas vraiment d’outils pour peser sur les forces en place », concède Louise Mushikiwabo, interrogée par ONFR à propos de la guerre au Liban, évoquant « un poids plus moral qu’autre chose ».

De passage au Village de la francophonie, à deux jours du Sommet de la Francophonie, la secrétaire générale de la Francophonie n’a pu que constater l’escalade d’un « conflit qui sort loin des frontières du Liban », ce « pays frère » qui abrite l’ambassade de l’OIF ainsi que 40 % de locuteurs de langue française.

À la suite des bombardements au Pays du Cèdre, la secrétaire générale de l’OIF a, il y a deux jours, par voie de communiqué « exprimé sa solidarité », comme elle l’avait fait un an et demi plus tôt pour l’Ukraine. Face à l’agression russe, elle se disait déjà début 2023 « extrêmement préoccupée par la persistance de l’agression », convaincue que le multilatéralisme restait un « outil incontournable de stabilité mondiale ».

La patronne de l’OIF avait utilisé la même sémantique (« gravement préoccupée ») un an plus tôt à l’égard des incursions du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, un groupe armé soutenu par le Rwanda.

Un manifestant tient un panneau indiquant « Arrêtez de tuer le peuple libanais » lors d’une manifestation pro-palestinienne et pro-libanaise alors que les frappes aériennes israéliennes s’intensifient dans le sud du Liban, le dimanche 29 septembre 2024, à Paris. Photo : AP/Christophe Éna)

Mais aujourd’hui, elle ne se fait plus d’illusion : « Les solutions à ces conflits ne viendront pas d’une organisation multilatérale. Ce qui manque à l’OIF, c’est aussi ce qui manque aux Nations unies. De grands pays sont impliqués (dans ces conflits) et sont à la poursuite de leurs propres intérêts. Ce sont là nos limites. »

Au Liban comme en Ukraine ou en RDC – trois membres de l’OIF : deux permanents et un observateur – qui continuent d’essuyer une violation de leur territoire, la voix de l’OIF ne semble ni attendue, ni entendue. Pour une raison simple : « Le multilatéralisme, ça ne fonctionne plus », estime le journaliste Jean-Benoît Nadeau.

« On n’est plus dans l’après-guerre de 1945. On est dans une ère de retour au bilatéralisme favorisé par les grandes puissances qui divisent pour mieux régner. L’OIF connait les mêmes difficultés que toutes les organisations internationales. »

Un rassemblement à Goma, en République démocratique du Congo, en mai dernier, pour pleurer les victimes de l’attaque du camp de Mugunga trois jours plus tôt. Photo : AP/Moïse Sawasawa

À cela s’ajoute, selon lui, le choix de la secrétaire générale. Pour une organisation qui se vante de favoriser la démocratie, on ne peut pas nier le déficit démocratique dans son pays » (le Rwanda) gouverné par « un des dictateurs les plus durs du moment ».

D’autres observateurs pointent d’ailleurs le manque de leadership de la secrétaire générale. « Les personnes comme M. Diouf (ancien président sénégalais à la tête de l’institution de 2003 à 2014) avaient plus d’ascendant », compare Christine St-Pierre, ancienne ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie.

« On dirait que ce leadership s’est dilué au fil des années. La prédécesseure de Mme Mushikiwabo, Mickaëlle Jean, n’a pas non plus réussi à s’imposer. L’OIF devrait être incarnée par un visage fort sur la scène mondiale, comme un ancien chef d’État », croit Mme St-Pierre.

Les « intrigues de couloir » au sein d’une institution qui a connu trois administrateurs en six ans ont en outre contribué à effriter la crédibilité de l’institution, ajoute l’ancienne ministre du gouvernement Couillard, citant l’interventionnisme de la France dans la nomination de l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, à un moment où la France voulait assainir ses relations avec ce pays des Grands Lacs, meurtri par le génocide.

Mme Mushikiwabo a pourtant mené plusieurs réformes, au cours des derniers mois, révisant les structures internes de l’OIF pour favoriser la transparence de l’organisation, simplifier la prise de décision et la coopération entre États et recentrant ses actions sur les dossiers les plus pertinents.

Il n’empêche, « il y a toutes sortes de questions sur la façon dont l’argent est géré et sur les priorités de l’OIF, insiste Mme St-Pierre. Mme Mushikiwabo doit s’imposer dans son deuxième mandat vis-à-vis de certains chefs de gouvernement. On n’a pas senti un appui très fort sur ce qui s’est passé en Arménie par exemple, et un silence sur l’Ukraine et le Liban », soupèse l’ancienne journaliste québécoise.

Buscadero, ce nouveau groupe country franco-canadien

OTTAWA – Le 16 mai dernier, quatre musiciens de la région d’Ottawa-Gatineau ont publié le même message sur leurs réseaux sociaux, annonçant la venue de Buscadero au Festival Western de St-Tite. Il s’agissait des premières mentions publiques de ce nouveau groupe country franco-canadien. Une saison plus tard, on en connaît un peu plus sur le projet qui unit Brandon Girouard, Martin Rocheleau, Noah Rivard et Maxime Renaud. Ce dernier s’est entretenu avec ONFR pour expliquer la genèse et les ambitions de la formation naissante.

« On est comme une grosse famille qui fait de la musique ensemble », résume le guitariste originaire de Sainte-Cécile-de-Masham, dans l’Outaouais québécois. C’est que si Buscadero est une nouvelle entité officielle, ses quatre membres se connaissent depuis longtemps.

Il y a Martin Rocheleau et Brandon Girouard, deux membres en règle des Rats d’Swompe. Il y a Noah Rivard, qui remplace régulièrement le batteur Simon Joly au sein de cette formation bien connue des Franco-Ontariens. Et il y a Maxime Renaud, qui évolue dans le milieu du country québécois depuis 2012 et qui a connu Martin et Noah alors qu’ils étaient tous musiciens pour l’auteur-compositeur-interprète Martin Duford.

Brandon Girouard et Martin Rocheleau font tous les deux partie des groupes Les Rats d’Swompe et Buscadero. Photo : Gracieuseté de Buscadero

Tout est dans tout, comme on dit, puisque Martin Duford a également beaucoup côtoyé les Rats d’Swompe, notamment en jouant en première partie de leurs spectacles. Maxime Renaud connaissait donc bien tous ses futurs coéquipiers lorsqu’un « concours de circonstances » l’a amené à accompagner, avec eux, l’autrice-compositrice-interprète Kimberley Gabie dans le pavillon canadien du parc thématique Epcot, au Walt Disney World Resort, à l’été 2023.

En Floride, « on joue beaucoup de musique, mais il y a aussi beaucoup de temps morts. On est en cohabitation. Ça faisait trois ou quatre jours qu’on était ensemble et on s’est dit : on ne peut pas juste abandonner ça, il faut faire quelque chose. La chimie s’est installée, autant hors de la scène que musicalement », raconte Maxime Renaud.

Des débuts à St-Tite

Les quatre amis avaient un nom, un logo, des photos et un projet en gestation depuis plusieurs mois lorsqu’ils ont posé leur candidature pour jouer au paradis québécois des amateurs de country, le Festival Western de St-Tite. Maxime Renaud y avait déjà participé cinq fois par le passé avec son groupe Xception et en parlait avec enthousiasme.

La réponse positive du festival a précipité le projet Buscadero, car il fallait maintenant produire un spectacle de trois heures. Sans musique originale à déposer sur les plateformes d’écoute, il s’agissait d’une occasion de lancer le groupe dans l’univers d’une autre façon.

« On voulait créer le petit boom qu’on a en ce moment. »
— Maxime Renaud

Buscadero s’est quand même offert un spectacle de rodage avant de partir. Les quelques dizaines de personnes présentes au Cabaret M de Cantley (Québec) le 6 septembre 2024 pourront donc affirmer avoir vu le tout premier concert du groupe francophone.

Buscadero avait invité Kimberley Gabie, témoin de la genèse du groupe, à performer avec eux au Festival western de St-Tite. Photo : gracieuseté de Buscadero

« C’était vraiment intime, mais ça a permis d’arriver (à St-Tite) confiants et prêts à livrer le spectacle. » Leur amie Kimberley Gabie s’est jointe à eux sur la scène du festival western. On risque d’ailleurs de voir différents musiciens visiter le groupe au fil des performances, même si le noyau restera composé des quatre garçons.

« Ce qui est le fun avec Buscadero, c’est qu’on n’a pas vraiment de deadline. On n’a pas de contraintes. (…) On est créatifs. On passe beaucoup de temps à réfléchir sur toutes sortes de concepts », explique Maxime Renaud.

Du country franco-canadien

Pour l’instant, Buscadero ne joue que des reprises sur scène, mais des chansons originales seront lancées éventuellement. « On en a déjà d’écrites. On travaille sur un EP, tranquillement », annonce le guitariste.

Le style musical est à la mode, le country n’est plus un plaisir coupable. Buscadero donnera dans le country assumé, mais pas dans le western, ni dans le new country. Leur musique se retrouvera quelque part entre ces deux pôles, influencée surtout par des guitaristes de différentes époques comme Chris Stapleton, Vince Gill, Alan Jackson et John Mayer. Bien sûr, la musique québécoise et franco-canadienne trouve aussi son écho dans le projet.

« On est tous en Outaouais. On est moitié-moitié, deux Québécois et deux Ontariens. Alors, on aime dire que le groupe vient de l’Outaouais, qu’on est Franco-Canadiens. On laisse ça comme ça. C’est sûr qu’on veut explorer les deux marchés. »

Buscadero. De gauche à droite : Martin Rocheleau, Brandon Girouard, Noah Rivard et Maxime Renaud. Photo : Mylène Desbiens Harrison

Alors que Martin Rocheleau et Brandon Girouard connaissent l’Ontario comme le fond de leur poche, Maxime Renaud commence à peine son exploration de ce qui se passe de ce côté de la Rivière des Outaouais. Il s’est rendu à Kapuskasing l’an dernier pour accompagner les Franco-Ontariennes Gabrielle Goulet et Rox Anne. « C’est un milieu qui me fascine. J’ai grandi avec l’Ontario anglophone. Ma tante demeure à Orléans, alors j’ai compris qu’il y avait beaucoup de francophones dans l’Est. Mais (de jouer dans la province) me fait découvrir un autre milieu complètement. »

Cette exploration se fera à un rythme encore non déterminé, au milieu d’un horaire déjà chargé, entre autres, par les tournées des Rats d’Swompe.

« La question va se poser. On va voir comment ça va. Mais ça revient à ce que je disais : on n’a pas de contraintes, on est plus go with the flow. Si le téléphone sonne, on gèrera le problème en temps et lieu. Mais c’est sûr que les rats, ça reste les rats. Mais si les gars peuvent remplir les trous (dans leur horaire) avec Buscadero, qu’on est libres et qu’on s’amuse, c’est parfait. »

Pour leur part, Maxime Renaud et Noah Rivard accompagnent également un autre musicien de l’Outaouais, Ghys Mongeon.

Avec Kimberley Gabie lors du tout premier spectacle de Buscadero, en septembre 2023 à Cantley, en Outaouais. Photo : gracieuseté de Buscadero

Le nom buscadero vient du mot espagnol pour désigner un étui de fusil en cuir. Les quatre musiciens aimaient la référence à la culture western et la consonance du mot, qui se prononce aussi bien en français qu’en anglais.

Ces enseignantes qui partent au bout du monde pour transmettre la langue française

Dans de nombreux pays, l’éducation est le poste avancé du développement de la langue française. En marge du Sommet de la francophonie et de la Journée mondiale des enseignants, ONFR vous fait découvrir des professionnelles de l’éducation parties au bout du monde, de l’Amérique du Nord à l’Asie du Sud-Est, en passant par l’Afrique, pour transmettre cette langue en milieu linguistique minoritaire.

Natalie Bédard a posé ses valises dans la chaleur tropicale de Kigali, la capitale du Rwanda, il y a quelques jours. Pour cette Nord-Ontarienne de Thunder Bay, le changement de décor est radical, le défi professionnel, exaltant.

« Je trouvais que j’avais pris ma retraite trop vite », glisse la conseillère pédagogique, qui cumule trois décennies d’expérience et a trouvé dans le programme canadien de francisation CLÉ une façon de relancer son intérêt pour l’éducation coopérative. « J’ai toujours eu envie de voyager et, un jour, la vie vous rattrape. »

Dans son école, le choc est tout aussi frappant. Chaises en bois, tableaux noirs, internet capricieux, eau non potable. Cet environnement rudimentaire lui impose une approche pragmatique, aux antipodes du confort des technologies, mais pas nécessairement au détriment de l’apprentissage.

« On est habitués à toujours plus au Canada, à parler d’ergonomie, de technologies… C’est triste de voir que tout le monde ailleurs n’a pas le même accès, les mêmes chances. En même temps, cette simplicité nous fait réfléchir à l’utilité réelle de mettre les technologies partout et nous fait revenir à la base de la pédagogie. Bref, c’est une autre réalité dans laquelle il faut mettre nos idées préconçues de côté. »

Nathalie Bédard a quitté Thunder Bay, dans le Nord de l’Ontario, pour Kigali, au Rwanda, où elle monte des projets pédagogiques pour les enseignants dans une école du quartier Kicukiro. Photo : gracieuseté de Nathalie Bédard
« C’est une autre réalité dans laquelle il faut mettre nos idées préconçues de côté »
— Natalie Bédard

Car c’est là son moteur : transmettre la langue française dans un milieu minoritaire. Langue officielle depuis 2003, l’anglais a en effet a pris le dessus sur le français depuis que le président Kagamé l’a déclassée comme langue d’enseignement en 2008.

« La barrière de langue est importante avec les élèves qui, à la différence de la génération de leurs parents et des enseignants, ne comprennent que le kinyarwanda et l’anglais », a très vite réalisé Mme Bédard, qui décrit fatalement le français comme « une langue qui va se perdre » au Rwanda, un pays qui entretient avec la France des relations tendues depuis le génocide de 1994.

De Kigali à Ville Platte : une francophonie, deux héritages

Quittons la tiédeur des Grands Lacs pour la moiteur des terres cajuns. Nous sommes en Louisiane, à Ville Platte, une contrée de 10 000 âmes au nord de Lafayette. Jessica Marie-Capseta y a entrainé sa famille en 2020, délaissant la France durant la pandémie pour s’installer dans ce coin tout juste ravagé par l’ouragan Laura, emportant avec lui l’école où elle devait enseigner.

Ce climat extrême ne l’a pas effrayée, pas plus que de passer d’une école rurale du Sud-Ouest français à une communauté scolaire de 400 élèves de l’autre côté de l’Atlantique.

Elle constate « beaucoup de différences entre les deux systèmes. Il y a de bons et de mauvais côtés. J’aime la manière américaine dont on célèbre les élèves dès qu’ils font le moindre progrès pour bâtir une confiance en eux, ce qu’on ne voit pas en France. En revanche, le rythme scolaire est bien plus dense et exigeant ici », relate-t-elle, laissant échapper l’accent solaire de son Sud-Ouest hexagonale natal.

Entourée d’une génération d’élèves qui reprend à son compte un patrimoine linguistique ayant la plupart du temps sauté une ou deux générations, l’enseignante dépeint un héritage linguistique fragile. « La Louisiane porte un passé lourd. Combien de fois des anciens m’ont dit que quand on parlait français, à une époque pas si lointaine, on se faisait réprimander à l’école », rapporte-telle.

Jessica Marie-Capseta enseigne en Louisiane, loin de son Sud-Ouest français natal. Photo : gracieuseté Jessica Marie-Capseta
« Tout en enseignant la langue de communication, on les sensibilise à leur propre patrimoine »
— Jessica Marie-Capsetta

Mais aujourd’hui, le français resurgit à la fois comme une langue identitaire, évoquant le passé familial, et comme une langue d’avenir professionnel.

« Avec un diplôme d’études en langue française, tu acquiers de bonnes capacités en français oral et écrit. En plus d’avoir une seconde langue dans la poche, nos jeunes développent, au niveau cognitif, une certaine facilité à s’adapter au monde qui les entoure. »

Au-delà du français académique, Mme Marie-Capseta prend soin de composer avec le français cadien, veillant à transmettre la culture qui lui est associé. « Ça implique de jongler avec deux cultures. Tout en enseignant la langue de communication, on les sensibilise à leur propre patrimoine, en ouvrant nos portes à la communauté locale et en saisissant les occasions de dialogue. »

Dans cet esprit, ses élèves participent à Tasse de Café, une émission en français cajun, qui crépite sur les ondes radio locales et font naitre des échanges intergénérationnels.

À Kuala Lumpur, l’exotisme français dans un océan polyglotte

A 16 000 kilomètres de là, dans la bruyante jungle urbaine de Kuala Lumpur, Marie-Josée Talbot s’est parfaitement acclimatée aux us et coutumes de la Malaisie. La Québécoise y enseigne depuis 13 ans, avec son mari.

Dans cette capitale insulaire peuplée de 8 millions d’habitants, au milieu du malais, de l’anglais, du mandarin ou encore du tamoul, le français ultra minoritaire est perçu comme une langue exotique et suscite la curiosité.

« Les jeunes parlent plusieurs langues depuis leur plus jeune âge. Alors, en apprendre une de plus ne leur semble pas insurmontable, relate Mme Talbot. Ils apprennent rapidement, car ils sont emballés par ce langage et tout ce qu’il véhicule comme culture. »

L’enseignante Marie-Josée Talbot vit en Malaisie, à Kuala Lumpur. Photo : gracieuseté de Marie-Josée Talbot
« Pour eux, la francophonie, c’est aux confins de la Terre »
— Marie-Josée Talbot

Elle apprécie l’art de transmettre cette langue de communication tout autant que les valeurs et cultures qu’elle porte en elle, une autre facette qui fascine ses élèves. « On évoque la France, l’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Nord, le bonhomme Carnaval, la neige… Pour eux, la francophonie, c’est aux confins de la Terre », compare celle qui a été conquise par l’Asie à l’issue d’un premier voyage en Indonésie et en Chine.

Elle pensait vivre ici, entre mer de Chine et équateur, deux ans , tout au plus. Mais 13 ans plus tard, elle envisage difficilement un retour au Québec. « Au Canada, les élèves ne veulent pas vraiment apprendre la deuxième langue du pays. Ils se sentent obligés. Ici, au contraire, c’est presque un jeu auquel on se laisse prendre, jusqu’à la maison dans les discussions entre frères et sœurs pour que les parents ne comprennent pas. »

De la Martinique majoritaire à l’Ontario minoritaire, un fossé linguistique

Ce tour du monde de la francophonie enseignée se termine justement au Canada. Chantal Perrin a immigré depuis sa Martinique natale à Ottawa, en Ontario. Après quelques années à travailler dans la fonction publique, elle a bifurqué vers l’éducation dans une école anglophone d’immersion française.

« L’immersion connait un gros succès à Ottawa, dit-elle. Les parents poussent leurs enfants à apprendre le français », car ils ont fait l’expérience des opportunités professionnelles avantageuses qu’offre la maitrise des deux langues officielles.

Le français n’est toutefois pas plus à l’abri en Ontario qu’ailleurs à travers le monde. Il demeure la langue de la minorité et Mme Perrin ne le sait que trop bien. Engagée dans l’association Parents partenaires en éducation, elle se décrit comme une « défenseuse de l’apprentissage de la langue française », consciente de l’enjeu que représente sa vitalité dans un contexte de pénurie de travailleurs francophones et de lutte pour les droits.

La Martiniquaise Chantal Perrin enseigne en Ontario anglophone dans une école d’immersion. Photo : gracieuseté de Chantal Perrin
« Faire comprendre aux élèves que faire des efforts peut influencer leur avenir est mon plus gros défi. »
— Chantal Perrin

« Les enseignants en Ontario jouent un rôle essentiel, mais ce n’est pas évident en immersion de former des jeunes bilingues dans un environnement anglophone, car les occasions de socialiser sont peu nombreuses. »

D’un autre côté, elle les arme et leur fait comprendre l’importance de cette langue. « Quand on remporte ce combat, leur vision change, ils entrevoient des possibilités avec la proximité du Québec, par exemple, et réalisent très tôt qu’en faisant des efforts, ils influencent leur avenir. C’est mon plus gros défi. »

Une langue d’enseignement sur le fil du rasoir

De Kuala Lumpur à Ville Plattte et d’Ottawa à Kigali, partout resurgit cette sensation de lutte dans la fragilité.

« Est-ce mon rôle de sauver la langue au Rwanda? Je ne suis pas certaine, croit Nathalie Bédard. Cette langue me parait en voie de disparition dans un pays qui a souffert de la colonisation et du génocide. L’histoire du français ici est complexe, son futur est incertain. »

« Le français ne sera jamais une langue prédominante en Malaisie, concède Mme Talbot, mais voir mes élèves rejoindre des universités bilingues comme à Ottawa et en revenir avec une belle maitrise de la langue, ça donne beaucoup de joie. Les écoles sont en expansion ici. Le programme canadien est populaire et les écoles privées grossissent. »

En Louisiane, Jessica ressent le poids de l’histoire dans ce qui s’apparente à une mission de sauvetage linguistique. « Il faut se mettre à la place de ces enfants à qui l’on demande de maitriser une langue non maternelle. Ce n’est pas évident. Mais en même temps, ils ont une telle envie d’apprendre, que ce soit pour reconnecter avec leurs racines ou pour travailler à l’international, que ça laisse entrevoir un avenir prometteur. »

« Si on est capable d’expliquer aux jeunes que la francophonie est partout dans le monde, dans les Caraïbes, en Afrique, au Moyen-Orient… on leur ouvre une fenêtre d’avantages à la parler, la comprendre, la répandre, est convaincue Mme Perrin. Si on pérennise cette vision, les enfants vont s’approprier cette langue et la diffuser. »

L’ACFO-Toronto rend hommage à Fatima Zadra

TORONTO – Fatima Zadra, ancienne présidente de l’Association des Communautés Francophones de l’Ontario de Toronto (ACFO-Toronto) et communicante du ministère des Affaires francophones et de la Société économique de l’Ontario (SÉO), est décédée en août dernier. Connue pour son implication dans la francophonie torontoise et la promotion des droits linguistiques francophones, elle avait rejoint la Société de développement économique de la Colombie-Britannique en 2022.

Dans un communiqué publié aujourd’hui, l’ACFO-Toronto a adressé ses regrets de perdre « une membre éminente de notre communauté et une défenseure passionnée des droits des francophones. Fatima nous a quittés prématurément, laissant un vide immense dans nos cœurs et dans notre milieu ».

« Son engagement inébranlable pour la promotion de la culture francophone, son dévouement envers la jeunesse et sa capacité à rassembler les gens resteront gravés dans nos mémoires. »

Directrice du développement stratégique des affaires et des services aux entreprises pour la Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDÉCB) depuis 2022, elle avait également présidé l’ACFO Toronto de 2013 à 2017. Très impliquée dans la francophonie torontoise, elle dénonçait en 2017, au micro d’ONFR, le manque de volonté politique de la Ville pour accroitre la place du français.

Après quoi elle avait notamment rejoint le service communication du ministère des Affaires francophones puis de la SÉO, en tant que directrice de la communication.

« Fatima était une lumière pour tous ceux qui la connaissaient. Son énergie, sa passion et son humanité ont laissé une empreinte indélébile sur notre communauté. En ces moments difficiles, nos pensées vont à sa famille, à ses amis et à tous ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin », a réagi via communiqué Thierno Soumaré, le président par intérim et porte-parole de l’ACFO-Toronto.

Justin Serresse : « Entraîner aux Raptors, une ambition de carrière »

[ENTREVUE EXPRESS] 

QUI 

Justin Serresse est un entraîneur de basketball franco-ontarien. Entraîneur en chef dans le basket universitaire à Wilfrid Laurier depuis 2016, il a vu sa carrière prendre un tournant majeur cet été. 

LE CONTEXTE 

Il a en effet été recruté par les Raptors 905, le club école des Raptors de Toronto. Il sera l’assistant de Drew Jones, le nouvel entraîneur en chef de l’équipe qui a bouleversé son personnel technique cet été. L’équipe, qui évolue à Mississauga, a complètement fait peau neuve après une saison décevante sous la houlette d’Eric Khoury. 

L’ENJEU 

Le nouvel assistant francophone des 905 explique comment s’est passé son recrutement, quel rôle on lui a proposé, notamment auprès de la nouvelle recrue camerounaise des Raptors Ulrich Chomche, et se confie sur ses ambitions de percer au plus haut niveau. 

 « Comment s’est fait votre recrutement par les Raptors 905 et comment a été prise la décision de quitter votre poste à l’Université Laurier?

Ils m’ont contacté pour venir faire des entretiens pendant l’été. Ils venaient de changer d’entraîneur en chef et ils voulaient changer le staff. Avec le fait qu’ils ont récupéré Ulrich Chomche et d’autres jeunes joueurs, j’imagine que mon profil francophone, africain et dans le développement les a intéressés. Je pense qu’ils avaient envie de voir ce que ça allait donner.

Après, mes entretiens se sont bien passés, j’ai eu une bonne connexion avec Drew (Jones). C’est une super belle personne et on s’entend déjà bien. Et avec le reste du staff, il y a pas mal de familiarités également. 

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette opportunité d’entraîner en G League?

Le rôle qu’on m’a proposé est intéressant. J’ai des responsabilités, sans en avoir trop pour quelqu’un qui débute à ce niveau. J’ai aussi un profil intéressant par rapport à ce tout nouveau staff qu’on a, c’est que je suis le seul à avoir été entraîneur en chef parmi les entraîneurs, même si ce n’était pas en G League. J’ai quand même cette expérience et je sais que Drew parle pas mal avec moi par rapport à ça. Avec toute mon humilité, j’essaie de lui apporter ce que je sais, ce que je ressens par rapport à mon expérience, même si je ne l’ai pas eue dans le monde professionnel. 

Je pense que c’était le bon moment. Ils m’ont contacté et ont montré un réel intérêt et, de mon côté, je cherchais à aller chez les pros. Ça s’est vraiment fait naturellement. 

Comment vous ont-ils décrit votre rôle? 

Bon, déjà c’est de la G League, donc on est tous là pour faire du développement. Après, on m’a donné un rôle un peu plus spécifique sur la défense et le développement d’Ulrich et de certains joueurs. Ensuite, comme je l’ai dit, c’est d’apporter mon expérience tout en apprenant la G League de mon côté. 

Parlons de votre rôle spécifique auprès d’Ulrich Chomche. Le connaissiez-vous avant son arrivée aux Raptors? 

Je l’avais déjà rencontré très brièvement lors d’un voyage au Sénégal avec Ian Mahinmi (ancien joueur de NBA français proche de Justin Serresse). Il m’avait emmené voir l’académie et on avait rencontré les jeunes. Il était là. Ensuite, je l’avais vu jouer pas mal de fois, j’avais suivi son parcours. Je l’avais croisé rapidement mais, en fait, je connais surtout pas mal de gens qui, eux, le connaissent très bien, comme Ian Mahinmi ou Joe Touomou son entraîneur, qui était allé le chercher au Cameroun. 

J’avais entendu beaucoup de bonnes choses par rapport à lui. Là, j’apprends à la connaître. C’est un jeune garçon, il a 18 ans. Cela va être un effort collectif pour travailler avec lui. Ce ne sera pas que moi, ce ne sera pas que les entraîneurs des Raptors, ce sera un effort de toute l’organisation pour aider un jeune qui n’a pas fait l’université aux États-Unis à passer ce gros cap que représente le fait de devenir pro directement. Il y a une transition qui va devoir se faire, qui viendra avec la maturité. 

Justin Serresse va en quelque sorte prendre le relais de Joe Touomou auprès de la jeune recrue des Raptors Ulriche Chomche. Photo : gracieuseté de Joe Touomou

Comment voyez-vous sa première saison, lui avez-vous fixé des objectifs particuliers? 

Il ne faut pas avoir trop d’attentes et mettre trop de pression dès le début. Il est jeune, c’est sa première année en Amérique du Nord. Il va falloir qu’il s’acclimate à pas mal de choses. Ce qu’on va attendre, c’est qu’il ramène de l’énergie, de la combativité. On doit lui donner un cadre assez simple, mais efficace, pour se baser sur des fondations qui soient déjà ses forces. Cela lui permettra de gagner de la confiance. C’est toujours mieux de commencer comme ça. Par exemple, une performance à 10 rebonds peut lui faire prendre conscience qu’il est capable de prendre beaucoup de rebonds. 

Pour l’instant, on ne sait pas s’il va jouer en NBA ou pas. Il a un contrat à deux volets, donc il va jouer avec nous d’une manière ou d’une autre. On garde les attentes basses, mais on sait qu’il peut nous étonner. Pour l’instant, il est très bosseur et il a beaucoup de choses à apprendre.

Vous restez rattaché à l’Université Laurier, qui a annoncé que vous partiez pour un an, pourquoi ce choix? 

C’est quelque chose qui se fait ici. Cela fait partie de nos contrats. En plus, l’opportunité est arrivée un peu tard et comme le contrat que l’on m’a offert n’est pas forcément à long terme dès le début, je ne pouvais pas juste partir comme ça. Cela faisait sept ans que j’étais en poste, je voulais assurer une bonne transition. Le plus important était d’assurer une continuité dans le staff et dans les recrues. J’ai fait en sorte que tout le monde soit rassuré, que tout soit en place et que la vision et les valeurs que j’avais pour mon équipe restent les mêmes. 

L’objectif demeure de vous imposer au niveau professionnel?

Oui, je pense que ça va bien se passer. J’apporte une expertise, de la valeur ajoutée et j’espère qu’ils me feront confiance à long terme. Déjà, rejoindre les Raptors, d’une manière ou d’une autre (ici à travers les 905) était une ambition de carrière. Je ne m’en suis jamais caché. J’ai toujours dit que, si un jour j’avais l’opportunité d’intégrer un staff NBA, je le ferais. Tout comme un joueur aimerait aller jouer en NBA. Je ne le criais pas sur tous les toits, mais tous mes proches savaient que j’avais cette ambition. Là j’y suis arrivé, mais ce n’est pas une fin en soi. Pour moi, ce n’est qu’un début. Je vais tout faire pour faire mes preuves en toute humilité, mais avec envie. »

Amanda et Olayou, des soeurs « inuit, franco et fières »

EMBRUN – Amanda et Olayou, deux sœurs franco-ontariennes et inuites, nous racontent leur histoire. Bercées par la culture franco-ontarienne de leur père, à laquelle elles sont très attachées, elles se mettent en quête de leurs racines inuites, héritées d’une maman partie trop tôt. Pour partager et faire vivre la culture inuite ancestrale, elles ont créé un Cercle de l’amitié autochtone, des échanges autour de la langue, l’inuktitut, des ateliers d’artisanat ou encore des chants de gorge… Cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est pour elles l’occasion de sensibiliser à un passé tragique, mais également de se tourner vers l’avenir.

« Vous avez grandi à Embrun, en Ontario, où vous résidez toujours. Dans quelles traditions et cultures avez-vous été immergées durant votre enfance?

Olayou Carrière : N’ayant pas grandi avec notre mère, nous nous sommes beaucoup moins imprégnées de la culture inuite. Mais en grandissant, notre papa nous a toujours encouragées à rester proches de nos racines. Il avait même gardé des objets du temps où il avait travaillé à Iqaluit, au Nunavut.

Ce sont mes deux identités et c’est dans notre sang. De notre côté, nous avons pris des cours de langue, pris part aux activités des organismes autochtones à Ottawa et nous avons noué des liens avec des étudiantes inuites du collège Nunavut Sivuniksavut qui ont grandi dans la culture, ce qui nous a aidées à nous l’approprier davantage.

Amanda Morris  : Nous avons grandi bercées dans la culture franco-ontarienne, aux sons de Mon beau drapeau. Je suis fière d’être Franco-Ontarienne. Notre père nous chantait la chanson Frère Jacques en Inuktitut, la langue du Nunavut. Ce sont deux belles cultures que nous sommes chanceuses de pouvoir vivre et transmettre à nos enfants.

Amanda, à gauche, Olayou, à droite, et leurs enfants. Photo : Gracieuseté

Les deux enfants d’Olayou arborant les couleurs franco-ontariennes. Photo : Gracieuseté

Le fils d’Amanda arborant un chandail à message « Restez calme, je suis Franco-Ontarien ». Photo : Gracieuseté

Quelle influence ces langues issues de votre double héritage franco-inuit ont-elles pour vous et comment résonnent-elles dans votre quotidien?

Amanda  : Nous sommes bilingues, français et anglais, et nous avons des bases d’inuktitut. Dans le cadre de nos fonctions, travaillant toutes deux pour Statistiques Canada – pour ma part sur l’enquête des incapacités au pays – être bilingue est très important.

Du fait de notre apparence physique, certaines personnes peuvent penser que seule notre culture inuite nous définit. Mais ma culture franco-ontarienne est très importante pour moi. Je veille aussi à ce que mon jeune fils ne s’anglicise pas au détriment du français.

Olayou : De mon côté, je travaille au Centre des statistiques et partenariats autochtones. Le français est bien sûr fondamental à nos tâches et c’est aussi une fierté pour nous. Les chiffres nous ont appris qu’il y a plus de 70 langues autochtones au pays, mais que beaucoup sont en voie de disparition. La revitalisation de ces langues est une nécessité. Pour le français en tant que minorité, c’est la même chose. Il faut veiller à conserver cette langue à tout prix.

On entend parfois les droits linguistiques des francophones et des autochtones être opposés les uns aux autres, en tant que minorités linguistiques. Quelle est votre vue sur la question?

Olayou : Certains anglophones peuvent être frustrés car, en tant qu’unilingues, ils peuvent ne pas se rendre compte que, bien que minoritaire en nombre au Canada, le français est aussi important et fait partie intégrante de son histoire. Quant aux langues autochtones, elles devraient être valorisées à un niveau systémique.

Amanda : Cela n’a pas de sens d’opposer le français et les langues autochtones, soit l’un soit l’autre, et d’une façon générale de les dévaluer et de les catégoriser comme des langues secondaires par rapport à l’anglais. Elles sont tout aussi importantes et n’ont pas à être comparées.

Dans une série vidéo en deux volets de mars 2023, Inuit, Francos et fières, Olayou et Amanda évoquent leur parcours et leur rapprochement avec leurs racines. Depuis qu’elles sont mamans, elles racontent ressentir un besoin de partager et d’inspirer autour de leur double-culture. Photo : Gracieuseté

Comment vous est venue l’idée de créer des Cercles de l’amitié autochtone?

Olayou : Nous aimons apprendre et partager. Au travail, nous avons un cercle consultatif autochtone, ouvert aux Premières Nations, aux Métis, aux Inuits et aussi aux alliés. Ces échanges nous ont donné l’envie de créer un environnement de soutien similaire dans notre communauté d’Embrun. La vision derrière le projet est de proposer de découvrir des activités traditionnelles avec la communauté. À terme, on aimerait trouver un local permanent. Pour l’heure, nous allons nous réunir dans un espace de yoga d’une des membres.

Quelles sont les activités autour desquelles vous souhaitez réunir la communauté? Est-ce ouvert à tous?

Olayou : Nous n’avons eu que deux rencontres à date, donc c’est encore nouveau. Outre les échanges, il y a un aspect artistique, artisanal et linguistique, avec l’apprentissage d’éléments langagiers de l’inuktitut. J’aimerais d’ailleurs que l’on fasse pareil avec le michif, une des langues des métis. On a aussi, par exemple, organisé un atelier de fabrication de tambours avec des peaux de chevreuil, encadré par une personne issue des Premières Nations.

Amanda : Chacun est le bienvenu pour en apprendre plus et pour que nous puissions garder un ancrage dans notre culture. L’avantage de ce cercle est aussi de pouvoir bénéficier d’un partage des personnes-ressources et d’organismes qui existent. Une personne experte en généalogie est venue nous faire profiter de ses connaissances. Les intervenants et les expériences varieront. Nous n’avons pas encore établi notre prochaine rencontre, mais nous communiquerons via notre groupe Facebook. Au fur et à mesure que l’on apprend à se connaitre en tant que groupe, les thèmes abordés et les ateliers se définissent davantage.

Atelier de fabrication de tambours traditionnels au cours d’une des premières rencontres du Cercle de l’amitié autochtone. Photo : Page Facebook Cercle d’amitié d’Embrun Friendship Circle

La population inuite grandit en Ontario. Parlez-nous de cette communauté…

Olayou : Ottawa et Montréal sont les deux villes qui ont la plus forte concentration de population inuite en dehors de l’Inuit Nunangat (la patrie des Inuits au Canada), formé de quatre régions, l’Inuvialuits (Nord des Territoires du Nord-Ouest), le Nunavut, le Nunavik (Nord du Québec) et le Nunatsiavut (Nord du Labrador). La population inuite vivant à l’extérieur de l’Inuit Nunangat a connu une croissance plus rapide que celle de la population résidant sur la terre natale des Inuits (+23,6 % par rapport à +2,9 %). En 2021, 15,3 % des Inuits vivaient dans un centre urbain, en hausse comparativement à 13 % en 2016.

Beaucoup sont descendus au sud pour avoir accès à des soins de santé. De nombreuses organisations inuites se sont formées dans ces deux centres urbains, ce qui leur permet d’avoir des rassemblements et une vie communautaire vibrante.

Le 30 septembre 2021 a marqué la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, qui coïncide avec la Journée du chandail orange. Amanda et Olayou (de gauche à droite) créent des bijoux et épinglettes de couleur orange pour l’occasion, dont une partie des profits sont reversés à l’association Orange shirt society. Photo : Page Facebook officielle Soul Sisters’ Creations

Photo : Gracieuseté

Photo : Gracieuseté

Que représente pour vous le 30 septembre, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation?

Amanda : Je suis une personne qui aime regarder le côté positif des choses. Les pensionnats ont été une page très sombre de l’histoire de beaucoup d’Autochtones. J’aime le fait que beaucoup d’entre eux se réunissent pour pouvoir faire une différence, réclamer leur culture et essayer de la revitaliser. Le 30 septembre pour moi, c’est se souvenir de ce qui s’est passé, c’est honorer cette souffrance, mais aussi se tourner vers le futur et voir plus loin pour la communauté, pour réclamer notre culture.

Olayou : C’est aussi sensibiliser les gens aux trois peuples autochtones du Canada, se souvenir de l’histoire des pensionnats, et aussi venir en aide aux peuples autochtones aujourd’hui. C’est également l’opportunité de rouvrir les voies de communication.

Durant cette journée, on aime faire du perlage, notamment des chandails orange en perles, des bijoux et épinglettes. Une partie des profits que nous faisons sont d’ailleurs reversés à la société Orange shirt society, qui a débuté la Journée du chandail orange. »

Article réalisé avec l’aide à la recherche de Abigail Alves Murta.

Les ambitions de l’Ontario au Sommet de la Francophonie

PARIS – Membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Ontario retrouve le chemin du Sommet de la Francophonie les 4 et 5 octobre avec un triple objectif : culturel, diplomatique et économique. Le gouvernement et une délégation franco-ontarienne composée d’entrepreneurs et de leaders communautaires sont attendus en France dans les prochaines heures.

Sur place, la ministre des Affaires francophones sera à l’affût de « collaborations potentielles » et de « liens plus serrés » avec les autres États francophones. « C’est très important pour nous de découvrir les spécificités culturelles, économiques et sociales qui font la force de chaque État et gouvernement membre de l’OIF, ce qui favorise des opportunités d’apprentissage, de collaboration et de partenariats », estime Caroline Mulroney, dont le grand oral aura lieu la veille du sommet, le 3 octobre, lors de la 45e session de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF).

Cette instance a pour mission de veiller à l’exécution des décisions arrêtées lors du Sommet précédent, de préparer le suivant et de se positionner sur des actions multilatérales. « J’y soulignerai le potentiel de la francophonie ontarienne en tant qu’atout au sein de la francophonie mondiale, auprès des 88 États et gouvernements membres de l’OIF. »

Le CMF fera ensuite place au Sommet, dont la première journée se déroulera au château de Villers-Cotterêts, à une heure de route de la capitale. C’est ici qu’en 1539 le roi François 1er a signé l’ordonnance faisant du français la langue administrative de la France en lieu et place du latin. Depuis un an, l’édifice restauré abrite la Cité internationale de langue française. La deuxième journée se déroulera au Grand Palais.

Bien que dépourvu du droit de vote de par son statut d’observateur, l’Ontario peut participer à certaines discussions et y jouer un rôle consultatif. C’est ce qu’entend faire la ministre Mulroney, pour qui « le potentiel au sein de la Francophonie est immense et il existe une volonté réciproque de collaborer pour le maximiser. »

Depuis sa participation au Sommet de Djerba en 2022, l’Ontario a signé sa première entente internationale avec un membre de l’OIF, la Wallonie-Bruxelles, concluant par la suite une déclaration de coopération avec la France et une entente avec l’une de ses régions, Auvergne-Rhône-Alpes.

FrancoTech, le salon de l’innovation francophone

Autour du Sommet graviteront plusieurs événements à travers la capitale. L’Ontario sera notamment présent parmi une trentaine d’autres pays et régions du monde au Village de la Francophonie, du 2 au 6 octobre, avec son propre pavillon de découvertes ainsi que des performances artistiques (contes franco-ontariens) et une conférence.

Durant toute cette période aura le lieu le festival de la francophonie. Intitulé Refaire le monde, il proposera des expositions, des concerts, des ateliers et des projections de films, au cœur de Paris.

L’autre rendez-vous sera le salon de l’innovation FrancoTech où 1500 professionnels, chefs d’états et de délégations et entrepreneurs de près de 100 pays se réuniront pour stimuler les échanges économiques et l’innovation technologique.

Intelligence artificielle, transition énergétique et talents francophones seront au cœur des préoccupations, indique Richard Kempler, directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), à la tête d’une délégation franco-ontarienne sur place.

Estelle Duchon, directrice générale par intérim du Centre francophone du Grand Toronto, fait partie de la délégation qui se rend en France. Photo : Rudy Chabannes

Objectif : « Tisser des liens avec les pays francophones, dit-il. D’ailleurs, dans la délégation, deux représentants du ministère du Travail seront là pour inciter les professionnels à s’installer en Ontario. On cherche très nettement à attirer les investisseurs et professionnels qualifiés. »

« Pour nous, c’est une occasion de faire connaitre qui on est, mais aussi apprendre des défis des autres francophonies et en tirer des leçons et de bonnes pratiques », complète Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui sera du voyage.

Alors que la province connait une pénurie de main-d’œuvre francophone, il espère que FrancoTech « ravivera le feu sur des initiatives avec le gouvernement de réduire les barrières » à la mobilité des talents.

« Ce sera une façon de continuer à se positionner dans le dossier de l’immigration », ajoute Estelle Duchon, directrice générale par intérim du Centre francophone du Grand Toronto. Au-delà de l’accueil et de l’intégration des nouveaux arrivants, son organisation a récemment élargi ses services au prédépart. « On aura à cœur de faire connaitre nos actions et bâtir des partenariats avec différents acteurs », dit celle qui participera à une table ronde sur cette thématique.

La Nouvelle-Écosse aux portes de l’OIF

Au cours de ce 19e Sommet de la francophonie, qui a pour thème « Créer, innover et entreprendre en français », les chefs d’État et de gouvernement débattront de sujets linguistiques, économiques, numériques et diplomatiques. Ils décideront également, en huis clos, de l’élargissement de l’organisation à de nouveaux membres.

Cinq candidats sont en bonne position, dont la Nouvelle-Écosse (et ses quelque 35 000 Acadiens et francophones) qui, si elle entre dans le cercle des 88 membres, deviendrait le cinquième membre canadien après le Canada, le Québec, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario.

Halifax, capitale de la Nouvelle-Écosse. La province est candidate pour devenir membre observateur de l’OIF. Photo : Canva

Les autres candidats sont la Polynésie française, la région allemande de la Sarre, le Chili et l’Angola, qualifiée de plus francophone des pays lusophones de par sa frontière commune avec la République démocratique du Congo.

Selon les informations d’ONFR, les candidatures de la Serbie et du Kosovo seront vraisemblablement écartées, leur dossier ayant été jugé insuffisant par le Conseil permament de la Francophonie. Déjà membres associés, le Ghana et Chypre ont quant à eux fait acte de candidature pour gagner leurs galons de membres permanents.

Une soixantaine de chefs d’États et de gouvernements sont attendus à Paris, 33 ans après le dernier sommet en France. Suspendus par l’organisation, la Guinée, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ne prendront pas part à l’événement.

Brandie Wilkerson, la construction d’une championne

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Brandie Wilkerson raconte comment son parcours de vie, sa famille, son muticulturalisme et sa rencontre avec Melissa Humaña-Paredes ont fait d’elle la championne de volleyball de plage qu’elle est devenue aujourd’hui.

Que représente la Suisse, votre pays de naissance pour vous, et avez-vous des souvenirs marquants de votre enfance en Europe? 

Mon principal souvenir c’est toute la nourriture, le chocolat, les choses comme ça. Le pain! Cela me manque beaucoup. Toute ma famille est encore là-bas, donc c’est un endroit spécial pour moi, car c’est là où aujourd’hui je passe le temps avec ma famille et où je peux pratiquer mon français. Que ce soit à Toronto ou à Los Angeles, je ne parle jamais français.

Les souvenirs que j’ai de la Suisse, c’est aussi mon père qui jouait au basket. Je me rappelle que j’allais voir tous ses matchs. Ceux de mon frère également, par la suite. J’ai l’opportunité d’y aller au moins une fois par an car nous avons un tournoi à Gstaad. C’est génial car ma famille peut venir me voir jouer. 

Oh! Il y aussi les montagnes qui sont très très belles! 

Comment avez-vous vécu par la suite votre arrivée au Canada? 

Quand nous sommes arrivés au Canada, j’avais seulement six ou sept ans et je ne parlais pas anglais. Quand j’ai commencé l’école, je me souviens que je regardais les affiches sur les murs et il y avait des dessins, des mots et je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me suis demandé ‘Est-ce que je suis censée savoir ça?’ (rires). Bien sûr, depuis, ça a beaucoup changé, je parle le plus souvent en anglais.

On est arrivé à Rexdale, c’est un endroit à Toronto où il n’y avait pas grand chose à faire. C’était dur pour ma famille. Nous n’avions pas grand chose, pas beaucoup d’argent, pas d’ami. C’était difficile de commencer une autre vie dans cette situation.

Mais, au fil du temps, nous nous sommes fait plein d’amis de différentes cultures. J’ai beaucoup appris. Une chose comme le sport m’a beaucoup aidée.

Brandie Wilkerson et son père lors d’un match de basketball. Photo : gracieuseté de Brandie Wilkerson

Vous avez débuté le volleyball à 17 ans. Quelles étaient vos aspirations avant de vous lancer dans ce sport? 

J’aime beaucoup l’art, le dessin. Je pensais que j’allais faire quelque chose dans la mode ou dans la peinture. Après, j’ai toujours pratiquer beaucoup de sport. C’est quelque chose qui vient de ma famille. J’ai tout fait, du basket, du rugby – que j’adore – de l’athlétisme, du football. Tout ce que mes amis faisaient, j’allais le faire avec elles. J’ai un peu tout essayé, mais je ne pensais pas à devenir sportive professionnelle. Pas du tout.

C’était toujours l’art qui était dans ma tête. J’ai même des amis aujourd’hui qui me connaissent depuis longtemps qui sont toujours surpris que je joue au volley (rires). C’est une surprise, mais je suis très contente d’avoir réussi dans le volley. Je pense retourner à l’art quand j’aurai fini ma carrière sportive. 

Comment vous est venue la passion pour le volley de plage? Avez-vous dû faire un choix à un moment entre le volley en salle et de plage? 

J’ai commencé avec le volley en salle vers 17-18 ans, lorsque j’étais à l’Université de York. J’ai intégré l’équipe universitaire sans être recrutée et j’ai connu une très bonne première année. Je me suis dit que je pouvais vraiment jouer au volley. Quelques années plus tard, j’ai eu un petit ami qui jouait au volley de plage pour l’équipe du Canada. C’est lui qui m’a dit d’essayer. Il m’a aidée à obtenir un essai avec l’équipe nationale, qui est très proche de l’Université de York. À 21 ans, j’ai commencé avec l’équipe nationale. Ça a été plus simple de me faire une place car, à cette époque, il n’y avait pas vraiment de contreuse. Ils recherchaient ce profil et j’ai trouvé ça très intéressant. Cet aspect du jeu m’a vite intéressée. 

Vous rappelez-vous de vos débuts?

Oui, mon premier tournoi avec la sélection nationale, c’était à Sainte-Lucie. Là-bas c’était trop beau! Nous avons joué contre le Mexique et j’ai affronté la fille la plus grande que je n’avais jamais vue. On a gagné et c’est là que je me suis dit que j’avais une chance dans ce sport. Au départ, j’ai participé à de petits tournois, puis ça a grandi jusqu’à être suppléante aux Jeux olympiques de Rio. J’ai pu voir ce dont j’avais besoin pour devenir une vraie olympienne. 

Brandie Wilkerson a terminé cinquième avec sa coéquipière Heather Bansley aux Jeux olympiques de Tokyo. Les deux partenaires ont évolué ensemble pendant 5 ans. Photo : Petros Giannakouris/AP Photo

Aujourd’hui, vous êtes considérée comme la meilleure contreuse au monde. Est-ce un talent inné dû à vos qualités athlétiques et votre sens du timing ou est-ce que beaucoup de travail a été nécessaire pour atteindre ce niveau?

Je pense que ce sont les deux. Il y a des choses qui viennent naturellement chez moi comme l’agressivité, l’intuition et le timing. Cela est dû à mes qualités athlétiques, mais aussi les choses que j’ai apprises dans les autres sports. D’un autre côté, il y a beaucoup de choses que tu dois faire et travailler d’un point de vue technique et stratégique. Pour cela, j’ai beaucoup appris de différents entraîneurs.

Je regarde aussi beaucoup comment jouent les hommes, parce que je veux changer la façon dont les femmes jouent sur cette position. Habituellement, ce n’est pas une force qu’on prête aux femmes, mais je pense que nous avons plein d’opportunités pour être créatives, agressives et grandes au filet. J’ai aussi la chance d’avoir des entraîneurs qui croient beaucoup en moi par rapport à cela. 

Vos deux parents sont des sportifs de haut niveau. Comment vous ont-ils influencée dans votre carrière? 

Je crois qu’ils ne m’ont pas influencée de manière typique, car ils m’ont vraiment laissé faire ce que je voulais. Ils ne m’ont jamais dit que je devais faire du sport. Avec cette liberté, j’ai pu choisir la façon dont je voulais jouer. Ils m’ont toujours encouragée à me concentrer sur ma vie en dehors du sport. Je pense qu’il y a un lien entre les deux, une connexion, qui m’a permis d’être une bonne personne et une bonne coéquipière, d’affronter les difficultés avec de la joie. C’est comme ça qu’on m’a appris à faire de grandes choses et à être une leader par l’exemple. Ce sont leurs conseils de vie en générale qui m’aident beaucoup dans le sport. 

Est-ce qu’ils vous ont guidé en termes d’éthique de travail?

Oui, mais je pense que j’ai beaucoup appris en arrivant au Canada. Commencer une nouvelle vie en tant qu’immigrante, c’est dur. Il y a des choses auxquelles tu n’as pas accès, et d’autres que tu dois faire qui sont difficiles. Tu ne dois pas avoir peur d’apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture. C’est ma vie qui a fait que j’ai dû être quelqu’un qui doit savoir s’adapter. J’ai une grande famille, nous sommes quatre enfants, j’ai deux frères et une sœur que je garde proche de moi dans ma vie. En étant la grande sœur, j’ai dû apprendre à être une leader. Ce sont vraiment les choses de notre vie, de notre culture, la famille, des décisions à prendre chaque jour, tout ça m’a façonnée et je l’utilise dans le sport. 

Quelles forces tirez-vous de votre triple culture suisse, américaine et canadienne?

Je tire des forces des trois. Le Canada m’a apporté la gentillesse, l’intelligence, la modestie. Il y a un mot que j’ai appris ici et qui est très canadien c’est la ténacité (grit en anglais). Ça c’est très canadien pour moi. Ensuite, le côté américain c’est l’agressivité, la confiance, mon père est comme ça, il a un gros caractère, une forte personnalité. En étant métisse, j’ai hérité de cette culture noire, nous sommes très cools et capables de faire plein de choses, même en n’ayant pas beaucoup. Enfin, le côté suisse c’est une certaine classe, de la finesse, une belle culture européenne que j’adore. Par exemple, on mange avec certaines manières comme ça (rires). J’adore les trois cultures et j’ai besoin des trois. 

Avant les Jeux olympiques en 2024, Brandie Wilkerson et Melissa Humaña-Paredes avaient remporté la médaille d’argent aux Jeux panaméricains en 2023, où elles avaient eu l’honneur d’être porte-drapeau. Photo : Frank Gunn/ La Presse Canadienne

Avez-vous eu à un moment des appels du pied des États-Unis ou de la Suisse pour les représenter? 

Oui, les deux m’ont appelée pour que je joue pour eux, mais j’ai choisi le Canada car j’ai vu une belle opportunité pour faire grandir le sport ici et démontrer qu’on n’est pas seulement un pays de sports d’hiver. On peut être les meilleurs du monde au volley de plage. Il y a plein d’autres histoires, d’autres personnes, de gens qui veulent essayer autre chose, nous n’avons pas tous grandi avec le hockey et tout ça. Il y a tellement d’histoires au Canada, c’est pour cela que j’adore ce pays. C’est aussi pour ça que je veux aider, pour inspirer les jeunes à essayer quelque chose d’autre. 

Comment s’est formé le duo avec Melissa Humaña-Paredes en 2022?

Ça a été une décision difficile de changer de partenaire, parce qu’avec ma coéquipière précédente Sophie (Bukovec), on venait juste de gagner une médaille d’argent aux Championnats du monde. On formait une équipe forte, mais je crois qu’il y avait toujours la possibilité et l’envie de jouer avec Melissa. On se connaissait depuis longtemps. Il n’y avait pas eu de moment parfait pour se retrouver et se mettre en équipe jusque-là.

Lorsqu’elle a quitté sa partenaire, il y eu cette opportunité et c’était deux ans avant les JO, nous avons pensé que c’était suffisamment de temps pour se préparer à gagner les Jeux. Je savais que je pouvais me qualifier avec mon ancienne partenaire, mais l’objectif était de les remporter. J’avais besoin de quelqu’un qui avait l’expérience, qui était déjà allée aux JO, qui jouait depuis longtemps. Melissa est en plus parmi les meilleures défenseure du monde, donc je voulais voir ce qu’on pouvait faire ensemble. On avait toutes les deux fini cinquièmes aux Jeux précédents et je crois que toutes les deux, on voulait plus! 

Avez-vous senti dès le départ une bonne alchimie entre vous? 

Oui, un petit peu. C’était facile dans les premiers tournois parce qu’on était excitées, c’était comme une phase de lune de miel. Et on se connaissait depuis dix ans. Mais, après un certain temps, nous avons dû essayer de trouver notre style de jeu, nos propres tactiques. Nous avions aussi commencé avec un nouvel entraîneur. Nous devions tous les trois découvrir les personnalités de chacun, comment chacun jouait. Melissa jouait un style de jeu totalement différent avec sa partenaire précédente et moi aussi. On s’est mise ensemble pour créer quelque chose de nouveau et différent. Ça a pris du temps. J’ai aussi appris des nouvelles compétences que je n’utilisais pas avant. Au début, il y a des choses qui ne marchaient pas, c’était de l’apprentissage et ça a pris du temps. 

Brandie Wilkerson et Melissa Humaña-Paredes avec la médaille d’argent au cou à Paris. Photo : Leah Hennel/COC

Malgré tout, après seulement deux ans ensemble, vous avez réussi à aller jusqu’en finale des Jeux olympiques...

Oui c’est une grande fierté d’avoir fait ça en deux ans. Maintenant, je veux voir ce qu’on va être capable de faire en quatre ans pour les Jeux de Los Angeles. 

Pour finir, quels sont les meilleurs souvenirs de votre carrière en dehors de cette médaille olympique à Paris

Bien sûr, il y a la médaille d’or que nous avons gagnée avec Melissa à Montréal, l’année passée. C’était notre première médaille d’or à l’Élite 16. Le fait de gagner au Canada avec nos familles présentes et de fêter la victoire avec tous les Canadiens, c’était vraiment spécial. C’était un beau tournoi. Un autre souvenir que j’ai, c’est la première fois que j’ai reçu le titre de meilleure contreuse du monde, c’était comme la validation d’un des buts que j’avais fixés pour moi, mais aussi une validation par mes pairs qui ont montré qu’ils croyaient en moi. C’était important pour moi de gagner le respect et la reconnaissance des autres joueurs, parce que, moi, je les respecte beaucoup et j’ai beaucoup appris des autres. 


1992 : Naissance à Lausanne (Suisse), d’un père basketteur et d’une mère coureuse de fond

1999 : Arrivée au Canada, du côté de Toronto.

2009 : Premiers pas dans le volley en salle avec l’Université de York

2013 : Débuts dans le volley de plage avec sa première coèquipière Claudia Séguin

2016-2021 : En duo avec Heather Bansley avec qui elle terminera cinquième aux Jeux olympiques de Tokyo.

2022 : Formation du duo avec Melissa Humaña-Paredes son ancienne coéquipière à l’Université de York

2024 : Médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Paris

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.

L’atterrissage

Chaque samedi, ONFR propose une chronique franco-ontarienne. Cette semaine, l’auteur torontois Soufiane Chakkouche narre ses défis d’immigration canadienne, un récit à suivre en plusieurs parties.

La gomme des roues XXL crissa, effaçant un passé compliqué et annonçant un futur simple, du moins dans mon esprit! Le monstre d’acier qui nous arrachait moi et les miens aux nôtres venait de se poser tout en lourdeur sur le tarmac de l’aéroport international Pearson de Toronto, un soulagement pour l’aviophobe tapi en moi.

Soulagement sur soulagement, j’étais loin d’être le seul, certains passagers se déchargeant de leur angoisse via des battements de paumes.

Une fois que la pression toucha terre, je me tournai vers ma moitié, et, pour la première fois de notre décennie de vie commune, je n’arrivais pas à cerner son beau rictus! Était-ce du réconfort ou du regret, celui d’avoir abandonné toute une vie à l’autre bout de l’océan? On n’en a jamais parlé.

Tout à coup, la panique me prit à la gorge! Qu’est-ce que je fous là avec un maigre barda et un manuscrit pour bagages? Avais-je pris la bonne décision en impliquant ce que j’ai de plus cher en ce bas monde? Les questions s’entrechoquaient entre les parois de ma boîte crânienne, faisant perler une larme salée jusqu’au bout de mon menton pour s’y accrocher en se balançant comme un funambule s’accroche à sa ligne de vie.

Le doigt de ma conjointe parcourut le lit de rivière creusé par la goutte du doute et l’élimina avant de prendre ma main et la poser sur ma troisième moitié. À juger par les coups de pied que cette dernière donnait dans le ventre de sa mère, il était certain qu’il y avait au moins une personne à bord de ce vol qui n’avait aucune incertitude quant au bienfondé de notre présence ici.

En file indienne vers notre destinée

Le monstre recracha ce qu’il avait dégluti plusieurs heures auparavant. On avança en file indienne vers notre destinée et, à ma grande surprise, peu de panneaux et de palais étaient bilingues à l’aéroport! Le doute, encore ce satané doute.

Toutefois, je fus fixé lorsque j’apostrophai en français un employé du terminal pour m’enquérir du chemin menant au bureau de l’immigration. Il me l’indiqua avec la langue des signes parce qu’il ne parlait qu’anglais! Contrairement à la croyance populaire du Royaume du soleil couchant d’où je viens, tous les Canadiens ne parlent pas français, loin de là!

Nous fûmes accueillis à bras ouverts par l’ambiance quelque peu tendue qui régnait au bureau de l’immigration. Nous prîmes place entre un beau jeune homme aux traits maghrébins et une famille subsaharienne dont le père n’avait de cesse de vérifier la pile de documents qu’il tenait nerveusement à la main. L’attente étant pesante pour tout le monde, je me tournai vers l’éphèbe et lui demandai en arabe depuis combien de temps il attendait son tour.

Là encore, les apparences étaient trompeuses, le jeune homme était Afghan et parlait pachto avec des bribes d’anglais, contrairement à votre serviteur.

« C’était là l’avenir de toute une famille qui se jouait en quelques minutes »

Grâce au futur confortablement installé dans le ventre d’Ibtissam, on nous invita à passer en priorité devant l’officier d’immigration, un type tout en muscle au regard dur qui contrastait puissamment avec la douceur de son visage. Il prit connaissance de nos documents puis entreprit de nous poser une série de questions en anglais. Face aux quatre yeux grands ouverts et muets qui le regardaient, il finit par faire appel à un traducteur. Ouf, j’allais enfin avoir droit à un interlocuteur qui maitrisait le français.

Durant le moment d’attente, ce fut le tour de la famille subsaharienne de se présenter au guichet voisin. La nervosité du père monta d’un cran. Il reclassa pour la mille et unième fois son dossier et le présenta à l’officier d’une main tremblante, je compris que c’était là l’avenir de toute une famille qui se jouait en quelques minutes.

Cependant, rebelles comme des cheveux, les feuilles du pauvre homme se retrouvèrent à terre et s’éparpillèrent. Je m’accroupis pour l’aider à les ramasser lorsqu’une jeune voix de femme avec un accent appuyé m’interpella. « Bonjour, je suis la traducteur ». Cinq mots qui suffirent pour qu’une image farfelue me traversât l’esprit : Molière se retournait dans sa tombe sous l’œil ricanant de Shakespeare.

Le doute n’était plus permis, à 40 piges, je devais revenir sur les bancs de l’école. J’atterrissais.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

Ontario terre de mots : nouvelle plateforme pour la littérature d’ici

OTTAWA – L’Association des auteurs et auteures de l’Ontario français (AAOF) vient de lancer une nouvelle plateforme pour faire découvrir ses membres, mais aussi des lieux inspirants à travers la province. Le site web Ontario terre de mots a officiellement été lancé ce vendredi à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins d’Ottawa, et est maintenant en ligne. 

ONFR s’est entretenu avec le directeur général de l’AAOF, Yves Turbide. Il explique que l’idée est venue d’une volonté de l’organisme d’améliorer sa maturité numérique et d’offrir un nouvel outil pour faire découvrir les auteurs franco-ontariens au-delà des frontières de la province. 

Dans les grands médias, notamment au Québec, « on trouvait qu’il n’y avait pas assez de recension sur les auteurs. Ce n’est pas de la mauvaise foi, c’est juste de la méconnaissance », exprime-t-il. 

L’AAOF a donc cherché une façon originale de mettre en valeur ses membres. L’idée d’associer la littérature au tourisme est arrivée rapidement. L’organisme a d’abord considéré l’option de relier des livres existants à des lieux et à des thématiques, entre autres en scannant des bouts de texte, mais l’opération s’est avérée plus complexe que nécessaire. Il aurait entre autres été difficile d’inclure certains livres, comme les albums jeunesse, par exemple.

L’AAOF avait présenté une première version de son idée lors du Salon du livre de l’Outaouais, en 2023. De gauche à droite : Hanneke Ronken, YvesTurbide et Shiraz Gaieb. Photo : Rachel Crustin

L’association a finalement lancé un appel à ses membres pour créer de courts textes inédits, inspirés du territoire naturel et bâti de l’Ontario. « Comme ça, tous les auteurs de l’association, peu importe ce qu’ils écrivent, peu importe où ils demeurent, peu importe où ils publient, peuvent être inclus dans le projet. » 

Le résultat oscille entre la carte d’affaires et la carte postale virtuelle. Chaque texte est accompagné d’une version audio, lue par Yves Turbide ou par l’autrice Mireille Messier.

Dans une seconde phase du projet, qui devrait avoir lieu cet automne, il sera possible de scanner des codes QR directement dans les lieux visés afin d’obtenir des informations, d’accéder aux textes et même de ramasser des points qui permettront d’obtenir des récompenses. « En même temps, ça va nous permettre de récolter de l’information » sur l’efficacité du projet. 

Quatre façons de découvrir 

Le site web est divisé en quatre sections. On peut ainsi accéder à la liste des auteurs impliqués et, pour chacun, consulter une fiche avec le ou les textes écrits pour le projet, une courte biographie et des liens pour se procurer leurs différents ouvrages. 

On y trouve environ 75 auteurs et autrices, des biens connus comme Jean Marc Dalpé, Chloé LaDuchesse, Michèle Vinet, Mireille Messier, Guy Bélizaire, Gabriel Osson ou Pierre-Luc Bélanger, ainsi que de nombreux noms à découvrir ou redécouvrir. 

Les différents lieux bénéficient également d’une fiche contenant des informations pertinentes, comme des cartes pour s’y rendre, des photos et des liens vers leur site officiel s’il y a lieu et, bien sûr, le ou les textes inédits invitant le lecteur à s’y rendre. 

La plateforme Ontario terre de mots permet de découvrir des auteurs et des lieux selon nos envies. Photo : capture d’écran ontarioterredemots.ca

La section Parcours permet de prévoir une balade à Ottawa, Toronto ou Sudbury afin de découvrir plusieurs lieux en une même journée. L’AAOF souhaite éventuellement inclure d’autres villes dans cette section, au fur et à mesure que des textes seront ajoutés pour des lieux à proximité les uns des autres. 

Les cartes thématiques permettent de visiter virtuellement l’Ontario selon des thèmes préétablis, comme le bord de l’eau, par exemple. 

La dernière section propose de générer soi-même sa carte thématique selon différents critères : l’accessibilité, la catégorie, la région ou le type de lieu.  Il est ainsi facile de retrouver des endroits près de chez nous et de monter notre propre expédition. 

Après le lancement à Ottawa, la plateforme sera présentée la semaine prochaine à Paris, dans le cadre du Sommet de l’Organisation internationale de la francophonie, par la délégation de l’Alliance culturelle de l’Ontario.

Inauguration de L’Armise de Timmins : « On espère offrir des brunchs Chaumière »

Lynne Guertin est assistante à la préparation des évènements et des installations et l’ex-directrice par intérim du Centre culturel La Ronde.

Près de 9 ans après l’incendie qui avait forcé sa démolition, le Centre culturel La Ronde a procédé à son ouverture officielle mercredi, à l’occasion du Jour des Franco-Ontariens.

Aujourd’hui, c’est au tour du bar l’Armise, ce lieu incontournable de rencontre de la communauté francophone de Timmins, d’avoir le droit à son inauguration officielle après une réouverture en juin dernier.

« Pour ceux qui ne sauraient pas, qu’est-ce que L’Armise?

C’est un salon-bar. Le service, tous les menus, les téléviseurs, la musique, tout est en français, mais on accueille tout le monde, peu importe la langue. On est ouvert les jeudi, vendredi à partir de 15h et le samedi à partir de midi et jusqu’à 2h du matin ou que le dernier client quitte. On a embauché cinq personnes pour accueillir les membres.

Lynne Guertin attend de pied ferme la cérémonie d’ouverture officielle de L’Armise. Crédit photo : Inès Rebei/ONFR

Comment allez-vous célébrer l’ouverture?

On a la coupe du ruban devant l’entrée principale, sur la terrasse de l’Armise à 18h30. Ensuite, on aura une petite surprise pour nos invités qui seront sur place. On a mis une ancienne table et des chaises de l’Armise d’avant, alors les gens vont pouvoir s’amuser et nous raconter leurs beaux souvenirs de l’Armise. Ils vont se rendre à la grande salle pour le spectacle des Bilinguish Boys et, pour terminer la soirée, on reviendra à l’Armise.

Une table et deux chaises de l’ancienne Armise sont disposées dans un coin, pour les nostalgiques. Crédit photo : Inès Rebei/ONFR

Pourquoi ce bar et sa réouverture sont-ils si attendus de la communauté?

L’Armise est un salon-bar qui a toujours été unique pour la communauté francophone. D’ailleurs, même nos amis anglophones viennent fêter ici parce qu’ils trouvent que nous, les Français, on sait s’amuser et on aime rire. C’est intime et tout le monde se connait, on est chez nous, c’est comme si on était dans notre salon tous ensemble.

Qu’est-ce qui distingue la nouvelle Armise de l’ancienne formule?

L’ancienne Armise était dans un sous-sol sombre. Ici, c’est beaucoup plus ouvert et éclairé. Certes, c’est moins grand que l’ancienne Armise, mais c’est plus intime et confortable.

La nouvelle Armise a une capacité de près de 70 personnes et 120 avec la terrasse, en été. Crédit photo : Inès Rebei/ONFR

À quoi ressemble la programmation communautaire?

On va faire des brunchs de type Chaumière, comme un clin d’œil à l’ancien restaurant incontournable de des francophones de Timmins depuis 30 ans, qui avait fermé après l’incendie.  La Chaumière était connue par tout le monde, chaque fois que quelqu’un passait à Timmins, on lui demandait « as-tu été manger à la Chaumière ? ». Donc là, on espère offrir des « brunchs Chaumière » une fois par mois et les gens pourront manger dans l’Armise ou dans la grande salle. »

Normand Riopel au Congrès de l’AFMO : « Il faut avoir la couenne dure pour être en politique »

Normand Riopel est le président des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) dans l’Est ontarien. Il est aussi le maire de la municipalité de Champlain. Les CUPR participent à l’organisation du Congrès annuel de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), qui se déroule cette année à Clarence-Rockland, l’une des huit municipalités des CUPR.

L’événement se tient dans l’Est ontarien jusqu’à samedi. Les élus de diverses municipalités y sont attendus pour échanger, partager leurs expériences et renforcer les liens entre les collectivités francophones de l’Ontario.

D’importants enjeux seront soulevés durant ces trois jours en matière d’équité, de diversité et d’inclusion, de sécurité du logement, de santé, de relations avec les médias, d’agroalimentaire, d’efficacité énergétique ou encore de sécurité municipale.

« Pourquoi est-il toujours aussi essentiel aujourd’hui pour les municipalités francophones de se réunir à l’AFMO?

L’important, c’est de maintenir l’offre aux élus, c’est-à-dire le cadre qu’offre l’AFMO. Ce qui compte, c’est de servir nos municipalités et notre région en français. À cet égard, l’AFMO fait un excellent travail en promouvant les municipalités et en s’assurant qu’elles sont entre de bonnes mains.

Plus il y a de personnes, plus il y a de force et de visibilité. C’est donc essentiel, chaque année. Je l’ai constaté ce matin au tournoi de golf du maire de Clarence-Rockland : il y avait du monde, pas seulement des élus. Il y avait des gens qui soutiennent la francophonie ontarienne, comme nous l’avons vu hier lors de la Journée des Franco-Ontariens, et nous continuons aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces rencontres au Congrès de l’AFMO cette année?

Personnellement, c’est le secteur agricole qui m’anime, donc les conférences sur l’agroalimentaire et l’agriculture vont forcément m’intéresser.

Êtes-vous intéressé par les conférences sur la santé mentale dans un contexte municipal?

Absolument! Depuis la pandémie, on dirait que les gens ont été beaucoup plus affectés. Tout est devenu tellement dispendieux que les habitants souffrent.

La santé mentale est un enjeu majeur et l’on constate que beaucoup de gens sont frustrés par le système. Ce n’est pas facile de comprendre le système politique, ni le milieu municipal. Mon rôle est de leur fournir l’information nécessaire pour les aider.

Avec les conférences de l’AFMO, je vais apprendre des choses et peut-être comment mieux communiquer sur certaines affaires, par exemple. Il faut avoir la couenne dure pour être en politique!

Je dirais aussi qu’il ne faut pas oublier l’importance de l’immigration francophone en Ontario. Les Québécois travaillent fort pour préserver le français, mais en Ontario, nous faisons tout autant d’efforts.

Dans les Comtés unis de Prescott et Russell, vous partagez beaucoup de points communs, mais qu’est-ce qui vous unit avec les autres municipalités francophones du reste de la province?

Nous faisons face à trois grands défis. D’abord, il y a le manque de main-d’œuvre, un obstacle majeur, ainsi que la question du logement. Mais il y a aussi les infrastructures! C’est un problème commun à tous. Les municipalités doivent renouveler leurs systèmes d’eau, rénover les aqueducs, les égouts, et bien plus encore. C’est là où se situe l’urgence. Il est donc essentiel de collaborer avec les municipalités, et le soutien de l’AFMO sera très important à l’avenir.

Que diriez-vous aux jeunes pour les encourager à se lancer en politique municipale?

Il faut avoir la couenne dure, une bonne écoute et être bien entouré! »

Histoire et culture, du passé au futur

Alors que nous venons à peine de souligner le Jour des Franco-Ontariens, il est temps de conserver la fierté en visitant un nouveau lieu de diffusion francophone, ou en s’informant sur notre passé avec la visite d’un lieu patrimonial. Puis, cette semaine, c’est plutôt la couleur orange qu’il faut porter, pour souligner la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre. Profitons de ce moment pour s’informer et prendre conscience de l’histoire subie par les peuples autochtones du Canada. Aller voir des artistes autochtones en spectacle est une façon de tisser des liens à échelle humaine. Cette semaine culturelle est aussi l’occasion d’encourager la relève théâtrale et de ressortir notre nostalgie musicale.

En français, anglais et atikamekw, s.v.p!

Ces trois langues résonneront à la Quatrième salle du Centre national des arts (CNA) ce samedi, avec la venue d’Yvan Boivin-Flamand. Le guitariste et auteur-compositeur vient tout juste de lancer son EP Set Me Free, le 20 septembre dernier. Dans la dernière année, il a pu côtoyer plusieurs autres artistes autochtones comme Pako et le groupe Maten, qu’il a accompagnés sur scène lors de Contact ontarois, en janvier 2024. Alors qu’il n’était pas la tête d’affiche en vitrine, son énergie débordante ne pouvait que séduire le public, qui lui a offert une ovation debout après un solo de guitare particulièrement senti. Nul doute que cet artiste accompli saura habiter la scène pour faire vibrer son projet solo. Si Set Me Free est un opus en anglais, l’artiste originaire de Manawan, dans la région québécoise de Lanaudière, compose et écrit également en français et dans sa langue maternelle, l’atikamekw. Il est également possible de regarder son lancement d’album, enregistré le 24 septembre à Québec, sur sa chaîne YouTube.

La pochette du EP Set Me Free d’Yvan Boivin-Flamand. Gracieuseté de Six media marketing

Ottawa, le 28 septembre. Détails sur le site du CNA.

La Ronde et L’Armise enfin de retour

À Timmins, on fête en grand l’ouverture officielle du Centre culturel La Ronde avec plusieurs activités prévues jusqu’à samedi. Un souper d’amitié du bel âge aura lieu jeudi. Vendredi, c’est l’inauguration du bar L’Armise, avec un spectacle des Bilinguish Boys à 20 h. Et samedi, une journée familiale animera le centre, avec entre autres un spectacle de Fredo le magicien.

Les Bilinguish Boys. De gauche à droite : Edouard Landry, Stef Paquette et Dayv Poulin. Photo : Gracieuseté du Centre culturel La Ronde

Timmins, jusqu’au 28 septembre. Détails sur le site du Centre culturel La Ronde.

Emmenez-moi à Toronto

Le chanteur Ghassan Yammine réveillera la nostalgie au Armenian Youth Centre de Toronto le 2 octobre. Accompagné du pianiste Guillaume Vincent et du flûtiste Kevork Keshishian, il reprend les grandes chansons de Charles Aznavour avec un timbre de voix très semblable à celui de son idole, qui aurait eu 100 ans cette année. Sur les réseaux sociaux, les vidéos de Ghassan Yammine où il chante des extraits de La Bohème ou de Comme ils disent cumulent des dizaines de milliers de vues sur YouTube et jusqu’à 3.9 millions sur TikTok.

Le pianiste et compositeur libanais Ghassan Yammine a eu le privilège de connaître personnellement Charles Aznavour. Photo : Gracieuseté de Stratèges experts

Toronto, le 2 octobre. Détails et billets sur la plateforme Eventbrite.

Faire le bien

La pièce Faire le bien du Collectif 2024 s’arrête au Théâtre français du CNA jusqu’à samedi. Le directeur artistique Mani Soleymanlou avait envie d’offrir à des finissants des écoles de théâtre une vraie première expérience professionnelle. Avec Claude Poissant à la mise en scène, François Archambault et Gabrielle Chapdelaine à l’écriture et Ève Landry comme comédienne d’expérience pour accompagner la relève sur scène, l’environnement est propice à la création d’une grande œuvre. Faire le bien est une suite de saynètes qui abordent des sujets comme la bienveillance, le consentement, l’environnement ou les ressources humaines, en mettant dans la bouche de vingtenaires des discours qu’on pourrait attribuer à une génération plus âgée. Et si, en voulant faire le bien, on faisait le contraire? La pièce a aussi été présentée au Théâtre du Rideau vert et le texte a été publié aux éditions Leméac.

Accompagnés sur scène par Ève Landry, les huit autres comédiens de Faire le bien ont été dénichés parmi les finissants de différentes écoles de théâtre. Photo : David Ospina

Ottawa, du 26 au 28 septembre. Détails et billets sur le site du CNA.

Véronique Sylvain en terrain miné

La Franco-Ontarienne Véronique Sylvain lance son deuxième recueil de poésie, intitulé En terrain miné. Un événement de lancement aura lieu ce samedi à 13 h 30, au café Anina d’Ottawa. L’ouvrage, écrit à la troisième personne du féminin, est présenté comme un « témoignage poétique » qui « revient sur la jeunesse d’une personne qui compose avec un trouble neurologique ».

Originaire du Nord de l’Ontario et maintenant établie dans la région de la capitale, Veronique Sylvain a récemment été nommée poète francophone officielle d’Ottawa. Son premier recueil, paru en 2019, lui avait des prix Trillium, Champlain et littéraire émergence AAOF (Association des auteurs et des auteures de l’Ontario français), en plus du Prix du livre d’Ottawa.

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Ottawa, le 28 septembre. Détails sur la page Facebook de l’événement.

Visite d’un joyau

À Fournier, dans l’Est ontarien, se trouve « un joyau du patrimoine religieux franco-ontarien… un des plus beaux exemples d’églises rurales de l’Ontario français », comme le décrit l’historien Michel Prévost. L’amicale de l’église Saint-Bernard invite les citoyens pour une dernière visite guidée de la saison, ce dimanche à 13 h. La description de l’événement promet que « la visite guidée ne se limite pas à une description sèche des principaux attraits (boiseries, fresques et verrières); elle met en lumière le travail d’une savante intégration de ces œuvres par les artistes sur une période de trente années (1890 à 1920) ».

L’église Saint-Bernard de Fournier a plus de 135 ans. Photo : Claude Grant

Fournier, le 29 septembre. Détails sur le site de la Municipalité de la Nation.

La professeure Isabelle Carignan remporte le Prix de la francophonie de l’ACFO du Grand Sudbury

SUDBURY – Isabelle Carignan est la nouvelle récipiendaire du Prix de la francophonie de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du Grand Sudbury cette année, succédant ainsi à Germaine Paquette. Le Prix a été remis dans le cadre du traditionnel banquet de la francophonie organisé dans le cadre du Jour des Franco-Ontariens.

La présence d’Isabelle Carignan a été remarquée à ce Banquet auquel elle s’est rendue mercredi soir pour la première fois depuis son arrivée à Sudbury en 2011, quelques heures après avoir également assisté au lever de drapeau à l’Université de Sudbury.

Originaire de Princeville au Québec, Mme Carignan se dit honorée d’avoir été nominée et de recevoir ce prestigieux prix reconnaissant l’engagement et les contributions d’une personne francophone de la région depuis 1983.

« Je suis Québécoise à l’origine et le fait de recevoir un Prix comme ça ici en Ontario, c’est encore plus touchant », confie-t-elle en entrevue avec ONFR.

Joyce Choquet, administratrice au conseil d’administration de l’ACFO du Grand Sudbury, à gauche, a remis le Prix de la francophonie à Isabelle Carignan mercredi soir. Crédit photo : Léo Duquette

« Lorsque je suis arrivée à Sudbury, j’étais loin de mes racines et de mes références culturelles et la communauté francophone m’a permis de me sentir un peu plus chez moi  », continue-t-elle en citant spécifiquement l’appui de mentors comme les professeurs de l’Université Laurentienne Michèle Minor-Corriveau, Louise Bourgeois ou encore le défunt Ali Reguigui.

Depuis janvier 2016, elle fait partie de l’équipe en enseignement en milieu scolaire du département Éducation de l’Université TÉLUQ et est également professeure associée à l’Université Laurentienne depuis 2012.

Passionnée de recherche

Pour Isabelle Carignan, la recherche est une seconde nature. Celle qui est aussi administratrice à l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) écrit des chroniques dans la revue professionnelle québécoise Vivre le primaire laquelle est destinée aux enseignants et futurs enseignants.

C’est après avoir contacté Geneviève Carpentier, rédactrice en chef de la revue, que le projet a pu voir le jour : « Je lui ai dit que ce serait bien qu’on ait une chronique qui parle des minorités francophones à travers le Canada et elle a dit oui à cette idée-là ».

« Le fait qu’on ait trois pages dans cette revue québécoise qui fait de la place pour le milieu minoritaire, pour moi c’est une belle victoire »
— Isabelle Carignan

Cette chronique intitulée Les minorités francophones en action paraît quatre fois par an depuis trois ans.

Depuis ce sont des personnes de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, de l’Alberta ou encore du Manitoba qui sont publiées : « Le fait qu’on ait trois pages dans cette revue québécoise qui fait de la place pour le milieu minoritaire, c’est une belle victoire. »

La professeure est aussi chercheuse associée du Groupe de recherche en littératie médiatique multimodale (LMM), du Collectif de recherche sur la continuité des apprentissages en lecture et en écriture (CLÉ) et du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE).

Des vidéos éducatives

Parmi ses multiples accomplissements, Isabelle Carignan compte aussi la création de capsules vidéos expliquant la chirurgie cardiaque.

Pourquoi la chirurgie cardiaque? « C’est parce que et je suis didacticienne du français et je m’intéresse beaucoup à la compréhension et, pour moi, les patients sont comme des élèves qui sont en apprentissage », affirme-t-elle.

Avec son époux, le Dr Rony Atoui, le seul chirurgien cardiaque francophone d’Horizon Santé‑Nord (HSN), elle se lance dans un projet qui la rendra fière.

« À un moment donné, on a commencé à discuter et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de choses à faire dans ce domaine-là donc on s’est alliés pour créer des vidéos expliquant la chirurgie cardiaque non seulement aux patients qui vont subir une opération, mais aussi pour leur famille. »

Isabelle Carignan passe beaucoup d’heures au quotidien à faire du bénévolat auprès de plusieurs organismes. Crédit photo : Université TÉLUQ

Ces capsules ont par la suite été intégrées dans des cours de l’École de médecine du nord de l’Ontario (EMNO) dans le cadre d’un module sur la santé cardiovasculaire.

Au final, selon Mme Carignan, « le but, c’est vraiment de faire la différence, c’est de faire en sorte que tout ce qui est en lien avec la francophonie en milieu francophone puisse être valorisé ».

Université de Sudbury, Place des Arts, Voyageur

En outre, quand elle n’enseigne pas, celle-ci consacre bénévolement son temps depuis deux ans au Sénat de l’Université de Sudbury, lequel étudie et approuve la programmation de l’établissement qui accueillera ses premiers étudiants en 2025.

« Ça me permet de participer à la création de l’université unilingue francophone par pour et avec les francophones dans le Nord », précise la Franco-Ontarienne d’adoption qui est également professeure associée à l’établissement depuis 2021.

Celle qui est mère de deux jeunes enfants dit également avoir été sollicitée pour développer des opportunités pour le Théâtre du Nouvel Ontario (TNO) et la Librairie Panache de la Place des Arts : « On aimerait travailler sur la médiation culturelle et développer davantage l’aspect de la culture avec les écoles. »

À ses peu nombreuses heures perdues, celle-ci écrit également des chroniques dans le Journal Le Voyageur ou encore s’implique en tant que chargée des relations publiques au conseil des parents d’élèves de l’école de ses enfants.

Jour des Franco-Ontariens : entre célébration et protestation

De Windsor à Timmins, en passant par Hamilton, Sudbury, Toronto et Ottawa, de nombreuses communautés ont célébré le Jour des Franco-Ontariens ce mercredi à travers la province. Cette journée de commémoration a été marquée par le boycott de la cérémonie de Greenstone, dans le Nord, en signe de protestation contre la décision municipale de ne plus lever le drapeau de façon permanente.

Dans l’Est, l’Université d’Ottawa a profité de ce 25 septembre pour inaugurer officiellement les murales de l’artiste Mique Michelle, peintes sur les murs de la bibliothèque Morisset pour représenter l’histoire franco-ontarienne. Un lever de drapeau et un dîner ont ensuite rassemblé les élèves et les membres du personnel francophones à la Place de l’Université. 

Le recteur Jacques Frémont en a profité pour rappeler que plus de 15 000 étudiants de l’institution sont francophones, ce qui représente un tiers de la population étudiante. « Nous avons des devoirs envers cette communauté franco-ontarienne et nous n’avons pas l’intention de nous dérober », a-t-il déclaré. 

L’historien et professeur Michel Bock, originaire de Sudbury et ancien étudiant de l’un des créateurs du drapeau, Gaétan Gervais, a raconté que « la création du drapeau ne symbolisait pas la naissance de l’Ontario français, ni même tout à fait sa renaissance, mais sa volonté de se prendre en main dans un contexte socio-politique reconfiguré par les grandes mutations idéologiques et institutionnelles des années 1960 et 1970 ». 

DJ Unpier et JACOBUS en concert à Cornwall ce mercredi matin. Photo : Gracieuseté G. Dignard-J. Chénier

Un match d’improvisation a réuni des joueurs étoiles de la région. Photo : ONFR/Rachel Crustin

Le recteur Jacques Frémont a rappelé que plus de 15 000 étudiants de l’U d’O sont francophones. Photo : ONFR/Rachel Crustin

Photo : ONFR/Rachel Crustin

Photo : ONFR/Rachel Crustin

Des célébrations avaient commencé dès la veille au soir à Orléans, dans l’est de la ville, un Apéro franco précédant le lever du drapeau au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), centre culturel au rôle majeur dans la vitalité de la francophonie de la capitale.

« Nous sommes à un moment clé de notre histoire », jugeait Trèva Cousineau, la présidente du conseil d’administration, en référence au futur édifice dont la construction débutera dans les prochains mois. 

Mark Sutcliffe, le maire d’Ottawa, y a déclaré que le drapeau franco-ontarien était un « symbole de force et de résilience de la communauté franco-ontarienne et témoigne de (son) histoire riche et (de ses) valeurs profondes ». L’activité s’est terminée par un match d’improvisation réunissant des joueurs étoiles de la région.

À Vanier, les festivités se sont tenues au Carré de la francophonie dans une chaleureuse ambiance, alors que le concert prévu au marché Saint-Charles a malheureusement dû être annulé, en raison des conditions météorologiques.

Tandis qu’à Cornwall, DJ Unpier et JACOBUS ont enflammé la scène devant un millier de participants issus des écoles secondaires La Citadelle et L’Héritage, ainsi que des écoles élémentaires St-Lucie, Notre Dame, Marie-Tanguay et Rose Des vents. 

De Queen’s Park à l’hôtel de ville, les Franco-Torontois en foule

Toronto s’est revêtu de vert et de blanc, à la fois du côté de l’Assemblée législative de l’Ontario et de l’hôtel de ville. Comme l’a illustré la lieutenante-gouverneure Edith Dumont, plus tôt dans la matinée, « un drapeau qui fait émerger en nous un sentiment d’appartenance à une communauté qui s’épanouit visiblement d’une génération à une autre. Les deux emblèmes qu’il porte, la fleur de lys, emblème de la francophonie, et le trille, symbole de l’Ontario, témoignent de notre contribution à l’histoire de l’Ontario ».

« Ce moment de fierté et de célébration nous rassemble. En célébrant cette journée, nous prenons un instant pour nous rappeler pourquoi nous choisissons de parler et de vivre en français », a-t-elle conclu.

Le mot d’introduction de Peter Hominuk, le directeur général de l’AFO, entre les différents discours. Photo : ONFR/Sandra Padovani

Les jeunes franco-ontariens à l’hôtel de ville de Toronto. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

Il s’agissait de la première cérémonie de lever du drapeau franco-ontarien pour Edith Dumont en tant que lieutenante-gouverneure de l’Ontario. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

Lever du drapeau franco-ontarien à Queen’s Park. Photo : ONFR/Sandra Padovani

Quelques élus municipaux de Toronto et le consul général de France, Bertrand Pous, à l’hôtel de ville. Photo : ONFR/Sandra Padovani

Les discours se sont enchainés devant Queen’s Park, avec notamment Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, et les cheffes des partis d’opposition, la néodémocrate Marit Stiles et la libérale Bonnie Crombie, ou encore le président de la chambre Ted Arnott, chacun y allant de son mot en français.

Les chants mélodieux du « Ô Canada » de la chorale francophone ont résonné au pied de l’édifice provincial, avant le tant attendu lever de drapeau.

Un peu plus tard, en fin de matinée, surplombant la place Nathan-Phillips, sur le toit de la mairie, une foule de francophones, dont plusieurs centaines d’élèves, était réunie, à l’instigation de l’ACFO Toronto.

Les conseillères municipales francophones Jennifer McKelvie et Alejandra Bravo ont reconnu l’importance de l’histoire francophone de la Ville Reine et les contributions de la communauté. La tour CN en prendra d’ailleurs les couleurs dès la tombée du jour.

Retrouvailles à Hamilton et dans le Sud-Ouest

À Hamilton, la cérémonie qui s’est tenue sur le parvis de l’hôtel de ville a regroupé les élèves des différentes écoles francophones des environs dépendant des conseils scolaires MonAvenir et Viamonde. Les discours se sont succédés sur la scène en présence des représentants du Centre francophone Hamilton, de la municipalité, de membres de l’Assemblée législative de l’Ontario et de l’organisateur de l’événement, l’ACFO régionale Hamilton.

Les élèves sur le parvis de l’hôtel de ville de Hamilton. Photo : ONFR/Mickaël Laviolle

La communauté de Welland réunie autour du maire Franck Campion. Photo : Gracieuseté

Les écoles de la région de Sarnia ont répondu à l’appel du 25 septembre. Photo : Gracieuseté Centre communautaire Francophone de Sarnia-Lambton

Gros rassemblement à Windsor à l’imitative de l’ACFO WECK avant le lever du drapeau franco-ontarien. la fète se concluera vendredi avec le French Part’Eh. Photo : Gracieuseté ACFO WECK

La mairie a annoncé pour l’occasion une augmentation des services dédiés aux francophones. Le drapeau franco-ontarien flottant déjà sur la façade de l’hôtel de ville d’Hamilton, il n’y a pas eu de hissage du drapeau en bonne et due forme mais une reprise en chœur de l’hymne franco-ontarien.

L’ACFO régionale Hamilton a procédé ensuite à sa traditionnelle remise des prix Engagement Franco, avant de laisser place à un spectacle du « mathémagicien » franco-ontarien Mikael Taieb, qui a proposé son spectacle de magie accompagné de la logique mathématique des rubik’s cubes et d’art. 

Au-delà de la ville de l’acier, on comptait des célébrations à Welland, Sarnia et Windsor entre autres.

Dans le Nord : Timmins festif, Greenstone revendicatif

La météo capricieuse n’a pas non plus empêché la tenue des nombreux événements partout dans le Nord, bien que certains événements extérieurs aient été déplacés.

À Timmins, en ce 25, plusieurs jours d’activités célébrant l’ouverture officielle du Centre culturel La Ronde, neuf ans après l’incendie qui a ravagé l’ancien centre. 

Après un lever de drapeau en présence des écoliers francophones de la région et des représentations des artistes Jojo et Brian St-Pierre dans quatre écoles de Timmins, suivront la cérémonie de coupure du ruban sur le site du Centre en soirée, tandis que vendredi marquera l’ouverture très attendue du bar l’Armise.

Dans le Nord-Ouest, les francophones boudent la cérémonie de lever de drapeau organisée par la ville de Greenstone en guise de protestation contre la décision du conseil municipal de ne plus faire flotter le drapeau franco-ontarien de manière permanente à l’hôtel de ville.

Des levers de drapeaux ont néanmoins eu lieu ailleurs dans des écoles de la région. Les habitants affichent plus d’une centaine de drapeaux partout dans la municipalité en réponse à une autre initiative de l’Association des francophones du Nord-Ouest (AFNOO).

Lever de drapeau à Hearst. Photo : Gracieuseté Andrée Beaulieu

Les Rats d’swompe à North Bay. Photo : Gracieuseté  J.Ducharme

Dayv Poulin sur les planches à Moonbeam. Photo : Gracieuseté Rémidumais Média

Chuck Labelle sur scène à Moonbeam. Photo : Gracieuseté Rémidumais Média

À Sturgeon Falls avec Les Rats d’swompe. Photo : Gracieuseté  J.Ducharme

Cérémonie du drapeau à North Bay. Photo : Gracieuseté J.Ducharme

À Sudbury, on célèbre comme chaque année avec le lever de drapeau franco-ontarien à l’endroit qui l’a vu naître, l’Université de Sudbury. L’établissement en a profité pour lancer la période d’inscription pour l’année universitaire 2025-2026, pour annoncer trois nouvelles bourses d’étude, et pour dévoiler sa nouvelle image de marque et son slogan : « Ici, on réussit ».

Ce fut aussi le lancement de la construction d’une nouvelle école catholique de langue française à Val Thérèse, tandis qu’à l’Université de Hearst, le commissaire aux services en français Carl Bouchard a pris part à la cérémonie du lever de drapeau. Il s’est ensuite rendu à Moonbeam pour prononcer un discours, à Kapuskasing et terminera la soirée à Timmins pour l’inauguration du centre culturel La Ronde.

Les Franco-Ontariens boycottent le lever de drapeau à l’hôtel de ville de Greenstone

GREENSTONE – La municipalité de Greenstone dans le Nord-ouest ontarien a été prise de court ce mercredi matin, à l’occasion de la Journée des Franco-Ontariens. Les francophones de la région ont décidé de ne pas se présenter pour la cérémonie de lever de drapeau organisé par la Ville.

Les francophones de la région sont volontairement absents de la cérémonie de lever de drapeau organisée devant l’hôtel de ville de Geraldton.

Une action coup de poing organisée par l’Association des francophones du Nord-Ouest (AFNOO) qui intervient sept mois après la décision du conseil municipal de ne plus faire flotter le drapeau franco-ontarien de façon permanente à l’hôtel de ville.

« C’est gros pour nous autres de dire qu’on n’y est pas, parce qu’on n’a pas l’habitude de se chicaner avec les municipalités, mais on n’a pas le choix », confie Claudette Gleeson, présidente de l’AFNOO.

La municipalité de Greenstone n’a pas été mise au courant en avance afin de créer un plus grand effet de surprise, mais une porte-parole et membre du conseil d’administration de l’AFNOO, Suzanne Levesque,  s’est tout de même déplacée pour signifier que la communauté serait absente en guise de protestation avant de quitter immédiatement.

La cérémonie de l’année passée avait réuni près de 80 personnes selon l’AFNOO. Gracieuseté de l’AFNOO

Le drapeau a tout de même été baissé puis levé à 10h – il est levé depuis lundi et jusqu’à vendredi comme le veut la nouvelle politique de la Ville – et un discours a été prononcé, en anglais, par le conseiller municipal et maire suppléant Matthew Donovan mais aucun francophone n’était présent.

D’autres actions plus musclées étaient sur la table, mais ont été abandonnées afin de ne pas nuire à la communauté, selon Mme Gleeson.

Le 12 août dernier, la Ville avait tenté de faire un geste envers la communauté francophone en proclamant le 25 septembre comme Jour des Franco-Ontariens.

« Ils essaient de réparer la relation mais il n’y a rien qui va réparer le bris sans que nous recevions la chance d’avoir notre drapeau qui flotte de nouveau pour en permanence », juge Claudette Gleeson.

Levers de drapeau dans les écoles

Des levers de drapeau symboliques ont néanmoins eu lieu en présence des francophones dans les écoles de la région : à Longlac devant l’École Notre-Dame-de-Fatima, à Geraldton à l’École St-Joseph et à Nakina sur les terrains de Notre-Dame-des-Écoles.

Le Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales (CSDCAB) n’a pas hésité à se joindre l’appel de l’AFNOO.

« D’habitude, on a un lever de drapeau dans nos écoles et après on se rend à l’hôtel de ville, mais cette année on ne se rendra pas à l’hôtel de ville pour se rallier à la décision de la communauté », confirme Audrey Debruyne, responsable des communications du conseil francophone.

Elle ajoute que le Conseil a aussi déployé, de manière exceptionnelle, un dispositif pour offrir des concerts en fait dans chacune des communautés desservies « afin d’aller au-delà des activités de célébrations des écoles ».

La Lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Edith Dumont était également au Centre francophone de Thunder Bay la semaine passée. Gracieuseté de l’AFNOO

Un retour en arrière encore possible?

À l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), on salue aussi l’initiative de l’AFNOO qui a aussi demandé aux habitants de parer la ville de vert et blanc pour l’occasion.

Plus de 112 drapeaux, 66 pancartes et 60 plaques d’immatriculation ont d’ailleurs été récoltés lors de la campagne provinciale avec l’ACFO du grand Sudbury grâce à des dons et distribués la semaine dernière aux résidents francophones.

« Ce qu’on a demandé aux gens ce n’est pas juste de les faire flotter demain mais de les garder toute l’année chez eux, donc au lieu d’en avoir un à l’hôtel de ville, on va en avoir partout dans la municipalité », rappelle Fabien Hébert, président de l’AFO.

Et d’ajouter : « La municipalité, clairement, ne veut pas que les Franco-Ontariens affichent leur fierté de l’être, donc pourquoi est ce qu’ils devraient se déplacer? »

M. Hébert compte discuter dans les prochains jours avec le maire James McPherson de la promesse de la Ville d’élaborer un comité visant à explorer les manières de mettre en valeur la communauté francophone. Selon lui, l’action d’aujourd’hui pourrait inciter la municipalité à revoir sa position concernant la politique de drapeaux.

Besoin de plus de conseillers francophones

L’initiative visant à ne pas se rendre à la cérémonie de la Ville a été décidée lors d’une rencontre la semaine précédente à Greenstone qui avait réuni l’Association des Francophones des municipalités de l’Ontario (AFMO), des membres de l’AFNOO, des conseils scolaires et du public.

« La salle était pleine à craquer » au centre culturel francophone de Geraldton, le 16 septembre dernier selon celle qui est aussi présidente du CSDCAB.

Beaucoup de francophones avaient manifesté leur colère envers la Ville lors de la réunion organisée en amont de la Journée des Franco-Ontariens à Greenstone la semaine passée. Capture d’écran/AFO

Nicole Fortier-Lévesque, ex-mairesse de Moonbeam et ex-présidente de l’AFMO, y a souligné l’importance pour les francophones de s’engager en politique municipale afin d’éviter qu’une situation comme celle de Greenstone ne se reproduise.

« On essaie de trouver des francophones qui veulent se présenter aux prochaines élections comme conseillers municipaux, mais le seul défi avec ça, c’est de trouver des francophones qui se sentent confortables en anglais parce que les négociations et tout le reste se passent en anglais », note-t-elle.

Les deux conseillers francophones de Greenstone ne sont pas venus à la rencontre et n’ont donc pas été avisés de l’action, fait savoir Mme Gleeson. ONFR a tenté de rejoindre la Ville de Greenstone pour une réaction mais n’a pas reçu de réponse en fin de journée ce mercredi.

ONFR, une décennie d’information en milieu minoritaire

La franchise d’information de TFO, le diffuseur public francophone de l’Ontario, a dix ans. Un clignement de paupière dans l’histoire de l’industrie médiatique, tout autant qu’un miracle dans un secteur en crise. Pourtant, en l’espace de dix ans, ONFR a trouvé son public, faisant figure d’exception au Canada. L’Ontario est en effet la seule province canadienne en milieu minoritaire à bénéficier d’un média public francophone provincial couvrant l’actualité quotidienne et les enjeux de société en français.

Lorsqu’un certain 25 septembre 2014, Jour des Franco-Ontariens, ce qu’on appelle alors #ONfr est créé, c’est une émission de huit minutes, un test lancé presque au hasard sans garantie aucune de pérennité, en plein tumulte postélectoral et budgétaire.

Sous l’impulsion de François Pierre Dufault, tout à la fois producteur, animateur et rédacteur, le bulletin hebdomadaire prend forme dans un micro studio au décor rétro inspiré de la série House of Cards, en complément d’un blog où fleurissent les premiers articles d’actualité.

« C’était le chaos, raconte-t-il. On nous a annoncé la fin de 360 (unique émission télévisée d’affaires publiques en français en Ontario) peu de temps après les élections, sans véritablement de plan de remplacement. On s’est tourné vers moi pour envisager la suite en partant d’une page blanche. »

La franchise se nommera #ONfr (pour ONtario FRançais) en référence au hashtag du moment sur le réseau social X. Quoi de mieux pour l’identifier et cerner instantanément son ADN?

Le journaliste et animateur François Pierre Dufault, pionnier de la franchise ONFR sur le premier plateau en 2014. Photo : archives ONFR/TFO

Concentré sur la politique provinciale dans sa première année d’existence, le média naissant diversifie ses contenus sur la francophonie en milieu minoritaire à partir de 2015 avec l’apport de trois journalistes : Sébastien Pierroz – qui deviendra rédacteur en chef –, Benjamin Vachet (Ottawa) et Étienne Fortin-Gauthier (Toronto).

 « On naviguait un peu à vue, en tentant de cerner ce qui fonctionnait et ce qui fonctionnait moins. On a construit la fusée en vol. Notre moteur, c’était la passion commune qu’on avait pour la communauté franco-ontarienne », relate Benjamin Vachet qui se spécialisera dans la politique fédérale et la francophonie canadienne. « On se disait qu’on était là pour une saison sans savoir si cela n’allait pas s’arrêter de façon soudaine. »

La politique comme point de départ, la francophonie pour horizon

 « Nos audiences nous confortaient dans l’idée d’élargir les sujets au-delà de la lorgnette politique », se remémore par ailleurs Sébastien Pierroz qui introduit avec ses collègues, des nouvelles francophones hors parlement dans les domaines de l’éducation, de la santé et des droits linguistiques.

En même temps que s’affirme une expertise politique provinciale et fédérale, des sujets ayant trait aux minorités de langues officielles dans l’ensemble du Canada trouvent écho par-delà les frontières au Nouveau-Brunswick, en Alberta ou encore en Colombie britannique.

« ONFR a joué un rôle d’avant-plan dans son suivi de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, illustre à ce propos le sénateur acadien René Cormier qui fut président du comité sénatorial des langues officielles. Ce média a sensibilisé et instruit les communautés francophones à travers le pays sur les débats, étape par étape, à un moment charnière du texte. »

Le journaliste parlementaire Jean-François Morissette (au centre) questionne la ministre des Affaires francophones du gouvernement Wynne en mêlée de presse à Queen’s Park. Photo : archives ONFR/TFO

À la barre d’une mission sur la francophonie, Étienne Fortin-Gauthier reçoit entre autres la militante Gisèle Lalonde. Photo : archives ONFR/TFO

Le journaliste Benjamin Vachet interviewe la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney lors d’un direct Facebook. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

La journaliste Rozenn Nicolle à l’antenne depuis un des quartiers généraux au moment des élections provinciales de 2018. Photo : archives ONFR/TFO

Les équipes techniques autour des journalistes Étienne Fortin-Gauthier, François Pierre Dufaut et du réalisateur Michel Plaxton (au premier plan), sur le deuxième plateau d’#ONFR. Photo : archives ONFR/TFO

L’arrivée de la productrice Linda Godin, en 2016, coïncide avec une phase d’expansion. L’apport de Jean-François Morissette, Rozenn Nicole et Didier Pilon double la taille de la rédaction et, pour la première fois, la franchise s’implante dans le Nord avec un poste permanent de journaliste à Sudbury en tandem avec un réalisateur, en même temps qu’elle accroit sa présence au siège torontois. C’est à cette période que son identité numérique s’affirme, le blog se changeant en site web d’information et l’émission télévisuelle étant abandonnée.

Mais deux ans plus tard, ces efforts sont anéantis. TFO sabre dans son budget. Six employés (sur dix) dont la productrice et trois journalistes perdent leur emploi. La nouvelle suscite le tollé en Ontario français. Dans une lettre ouverte, chercheurs et leaders francophones demandent des comptes au diffuseur public.

2018-2019 : le choc, le sursaut et la métamorphose

« Ça a été un choc car on perdait entre autres la présence à Queen’s Park d’un média qui gardait un œil sur les décisions gouvernementales et qui rejoignait toute la francophonie », se souvient Carol Jolin, ancien président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, mandaté par la communauté pour exhorter la direction à faire machine arrière.

Par un habile tour de passe-passe, la chaine fusionne finalement deux de ses franchises en 2019 : #ONfr et la production magazine 24.7. L’actualité rejoint le documentaire pour donner naissance à quelque chose de « plus » : ONFR+ traitera désormais de tous les aspects francophones, de la nouvelle écrite au reportage vidéo.

Sous la houlette de la nouvelle productrice, Gisèle Quenneville, animatrice à succès des émissions Panorama, RelieF et Carte de visite, une équipe d’une dizaine de membres met en scène l’information : journalistes, réalisateurs et réalisateurs-associés repensent l’information en ligne, appuyés par une assistante à la réalisation, une gestionnaire de communauté et une coordonnatrice de soutien à la production.

L’équipe d’ONFR+ aux côtés de la productrice Gisèle Quenneville (en bas à droite) en 2019 au siège torontois de TFO. Photo : ONFR/Jackson Ho
« On s’est dit qu’on aurait sûrement une plus grande force de frappe si on unissait nos forces » 
— Gisèle Quenneville, productrice d’ONFR de 2019 à 2021

« On s’est dit qu’on aurait sûrement une plus grande force de frappe si on unissait nos forces, se souvient Gisèle Quenneville. Au-delà de simplement fusionner ces deux franchises, l’idée était de délimiter, préciser la ligne éditoriale de tout le contenu d’actualité de TFO. On n’avait pas les moyens d’être un média généraliste, alors on s’est concentré sur la francophonie ontarienne en jumelant des journalistes à des réalisateurs capables de travailler ensemble sur des sujets qui informent, démystifient, divertissent. »

La même année, j’intègre cette équipe comme reporter et rejoins trois « historiques » : les journalistes Sébastien Pierroz, Benjamin Vachet et Étienne Fortin-Gauthier. « Ce qui a fait la force d’ONFR durant toutes ces années, observe ce dernier, c’est cette capacité à se réinventer constamment. Téléjournal de huit minutes, émissions spéciales, directs à la télé puis sur Facebook, séries, podcast… On a changé en continu, mais dans un monde des médias aussi changeant que le nôtre, c’est un beau modèle. On n’a pas réduit la francophonie à la sphère communautaire, on l’a au contraire fait éclater à tous les niveaux, en traitant des sans-abri, de l’immigration, de la crise du logement, etc. »

L’oeil critique et créatif des réalisateurs

Parallèlement au travail des reporters, on assiste à une montée en puissance des productions. À la réalisation, Andréanne Baribeau, Joanne Belluco (Toronto), Jean-Philippe Bélanger (Ottawa) et Éric Bachand (Sudbury) produisent des sujets allant au-delà de la manchette, donnant du relief aux aspérités de la francophonie minoritaire. Le public plébiscite, la profession salue, comme en attestent plusieurs prix en journalisme.

Un Jasmin pour la série Nomade en 2020, sera suivi d’une mention honorable au prestigieux prix Hillman pour la série Les accents, ainsi qu’une médaille d’or la même année et une autre d’argent aux Prix d’excellence en publication numérique pour Croquis littéraire : Moi Sam, Elle Janis (2022) et Au pied du mur, dossier consacré à la crise du logement (2023). Quant à la série Stuck., elle se distinguera dans plusieurs festivals canadiens et étrangers.

Coulisse de tournage avec Andréanne Baribeau et Étienne Fortin-Gauthier. Photo : ONFR/Jackson Ho

De la série Stuck. de Joanne Belluco, naîtra un film projeté ici lors du festival Cinéfranco. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

La réalisatrice Andréanne Baribeau en tandem avec le caméraman Jackson Ho sur un lieu de tournage. Photo : ONFR/Jackson Ho

La plateau d’Au pied du mur, l’émission télévisée concluant la série éponyme. Photo : TFO

Sébastien Pierroz, producteur, s’adressant au public en préambule du débat. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

Le caméraman Dominique Demers et le réalisateur Jean-Philippe Bélanger (au centre) tournent en Saskatchewan.

La réalisatrice Joanne Belluco dans le décor de La Cabine, saison 3, qui met en lumière le ciném en français. Photo : TFO

Rudy Chabannes, rédacteur en chef d’ONFR/TFO. Photo : TFO

« ONFR a apporté un vent de fraicheur, de qualité à travers ses documentaires et reportages non didactiques, au dynamisme et réalisme très réfléchis et en même temps ancré dans les vraies personnes », juge Marcelle Lean, directrice générale et artistique de Cinéfranco, le festival international du film francophone de Toronto.

À partir de 2021, tandis que Sébastien Pierroz prend les rênes de la production, l’équipe rédactionnelle, miroir de la profession, se féminise. Inès Rebei (Sudbury), Rachel Crustin (Culture), Lila Mouch (Ottawa), ainsi que les correspondants parlementaires Sandra Padovani (Queen’s Park) et Pascal Vachon (Colline du Parlement) dénichent de nouvelles histoires, animent conférences et festivals, partent en reportage aux quatre coins de l’Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Saskatchewan, en Nouvelle-Écosse, en renfort d’un pigiste sportif et d’un contingent de chroniqueurs.

Les journalistes Lila Mouch, Inès Rebei, Rachel Crustin et Sandra Padovani. Photo : ONFR/Rudy Chabannes

Le contexte est stimulant pour le rédacteur en chef que je deviens alors. Pour la première fois, la franchise se dote d’un poste permanent spécialisé dans la culture et d’un autre dédié à l’Est ontarien, en même que s’intensifient les contenus dans une autre région-bastion de la francophonie : le Nord.

Alors que partout au pays, face à l’érosion ou la stagnation des revenus et des audiences, les grands diffuseurs, publics comme privés, coupent dans leur personnel depuis deux ans (TVA, Quebecor, Radio-Canada, TFO sans toucher cette fois au personnel journaliste), ONFR parvient à manœuvrer en eaux troubles en misant sur les réseaux sociaux avec des contenus dédiés.

À la conquête des réseaux sociaux malgré le caillou Meta

Réalisateurs et journalistes convergent sur des projets communs, les premiers collant de plus en plus à l’actualité, les seconds apparaissant face caméra. Le résultat : une information dynamique, incarnée, pensée d’abord pour les réseaux sociaux avec, pour tête de proue, Instagram. Capsules, reels, explainers, vox pop et carrousels y fleurissent, avec l’appui de gestionnaires de communauté à l’affût des audiences et des tendances. Présent sur X, YouTube (depuis 2014), Facebook (2016) et Instagram (2018), ONFR totalise près de 53 000 followers sur ses quatre plateformes.

« Quand tu fais de la vidéo, tu n’as pas d’autre choix que de t’adapter continuellement aux différentes plateformes, décrypte la réalisatrice-coordonnatrice Andréanne Baribeau. On a délaissé les topos longs pour aller sur des contenus majoritairement verticaux, plus courts, sans rogner ni sur l’information ni sur l’esthétique. Il faut se démarquer dans un univers où les gens scrollent sans s’attarder. Il faut trouver des approches innovantes de réalisation et de graphisme pour les agripper, les embarquer dans notre histoire. »

Inès Rebei en duplex lors des élections provinciales de 2022. Archives ONFR

Jean-Philippe Bélanger, Victoire Giraudet, Inès Rebei, Rudy Chabannes, Rachel Crustin, Lila Mouch, Sandra Padovani, Abigael Alves-Murta et Floriane Di Salvo. Photo : archives TFO

La journaliste culturelle Rachel Crustin lors du Festival franco-ontarien à Ottawa. Photo : archives ONFR/TFO

Sandra Padovani interviewe l’astraunaute Jeremy Hansen. Photo : archives ONFR/TFO

Inées Rebei voguant sur le lac Supérieur dans Micro et boussole, une série de reportages au coeur de la francophonie du Nord. Photo : archives ONFR/TFO

La journaliste culturelle Rachel Crustin, ici à l’animation.

La journaliste Sandra Padovani anime un panel au Club canadien de Toronto. Photo : archives ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Au-delà des conférences de rédaction quotidiennes, l’équipe réunit chaque année en présesentiel ses membres répartis dans trois villes : Sudbury, Ottawa et Toronto. Photo : archives ONFR/TFO/Rudy Chabannes

Le journaliste parlementaire Pascal Vachon. Photo : archives ONFR/TFO

En 2023, à la faveur d’une refonte des marques de TFO, ONFR+ devient ONFR/TFO avec pour objectif un rapprochement mutuel de la chaine éducative et de sa franchise d’information. Dans la foulée, son site internet se modernise, multipliant les actualités courtes en même temps qu’il lance un long format : Grand Angle, une rubrique ambitieuse dédiée aux récits et magazines numériques.

Mais face au blocage des médias par le géant du web Meta sur ses plateformes Facebook et Instagram, le site (et ses 24 000 visiteurs uniques) redevient le navire amiral de la franchise, tandis que s’affine la stratégie YouTube et que chemine l’idée d’un balado qui devrait voir le jour en 2025.

Quatrième pouvoir et vigie des langues officielles

De la crise de l’Hydro en 2014 au scandale de la ceinture de verdure en 2023 en passant par le fracas des coupes du Jeudi noir de l’Ontario français, ONFR a joué son rôle de quatrième pouvoir en couvrant les principales controverses politiques sous deux gouvernements. Témoin et décrypteur de grands acquis franco-ontariens comme la création de l’UOF ou le renforcement de la Loi sur les services en français, et souvent qualifiée de chien de garde des francophones, la franchise ne s’est jamais imaginée en courroie de transmission des leaders institutionnels, mais a au contraire tracé le sillon d’une information indépendante, vérifiée et équilibrée, mettant en lumière des enjeux ignorés des médias de masse ontariens.

Elle a également assis son expertise sur les langues officielles et les enjeux fédéraux, tout en se saisissant des thèmes de la culture, de l’immigration ou encore de l’éducation, vecteurs identitaire d’une communauté diversifiée en perpétuelle mutation.

Avant tout numérique aujourd’hui, elle est capable de se mobiliser à chaque élection en organisant des débats sur le terrain et en couvrant en direct les soirées électorales en ondes, autant qu’elle sait faire montre de créativité sur les médias sociaux.

La débat en français des porte-parole des chefs, aux élections provinciales de 2022 organisé par TFO et Radio-Canada, sur le plateau de TVO.

« Avec la culture, le sport, la vidéo, Instagram… ONFR a considérablement élargi ses horizons dans les dernières années au bénéfice de sa réputation et de l’accès à l’information des francophones en situation minoritaire », observe Linda Godin.

« J’aurais aimé faire dès le départ ce qu’ONFR est devenu : un média 100 % numérique, salue François Pierre Dufault, pionnier de la franchise. Ce que vous faites avec si peu est incroyable. »

« Voir que dix ans plus tard, avec encore d’excellents contenus, et continue d’être pertinent, c’est la plus belle réussite », croit Benjamin Vachet.

« ONFR s’est progressivement mué en miroir et carrefour d’une communauté éparpillée dans la province. Elle nous unit, résume Gisèle Quenneville. C’est un incontournable pour s’informer en Ontario français et ça doit le rester. »

« Ce ne sont pas les grands médias, surtout les médias anglophones, qui vont en parler »
— Stéphanie Chouinard, politologue

« On a besoin d’être branché partout et tout le temps, on a besoin que les nouvelles circulent dans toute la communauté et ONFR est un maillon essentiel de ce réseau-là », abonde Carol Jolin.

« ONFR est un ajout formidable à l’offre médiatique, en particulier en ce qui a trait aux enjeux franco-ontariens. Ce ne sont pas les grands médias, surtout les médias anglophones, qui vont en parler. Avoir des journalistes dans nos communautés est l’assurance de se voir refléter dans les médias qu’ils consomment », témoigne la politologue Stéphanie Chouinard, régulièrement sollicitée pour son expertise.

« Il y a une telle diversité de points de vue et de réalités dans la francophonie canadienne qu’il est absolument essentiel qu’elle se reflète dans les médias, soutient le sénateur René Cormier. ONFR contribue à cela. Dans un contexte de forte polarisation, il est important d’avoir des médias de proximité capables de couvrir et analyser l’actualité politique pour éclairer les citoyens. »

Le premier programme d’études en français pour les tôliers en Ontario

OTTAWA – Un financement de plus de 4 millions de dollars permettra l’agrandissement d’un centre de formation de métallurgie et la création du premier programme d’études en tôlerie en français en Ontario. Cette initiative permettra de former plus de 500 travailleurs supplémentaires au cours des cinq prochaines années, pour un des métiers spécialisés en forte demande.

Un investissement de 4 millions de dollars, via le Fonds de développement des compétences, permettra d’agrandir et de moderniser le centre de formation Smart 47 à Ottawa. La somme supplémentaire de 54 000 dollars sera dédiée à la mise en œuvre des programmes d’apprentissage en français pour les francophones.

Stuart Simpson, directeur de la formation de SMART 47, a salué cette mise en place du « premier programme de formation en français pour les couvreurs et les tôliers en Ontario, afin d’attirer davantage d’hommes et de femmes francophones dans les métiers spécialisés ». 

C’est également dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre que s’inscrit cette initiative, 500 000 travailleurs supplémentaires étant nécessaires pour les besoins de la province au cours des dix prochaines années.  

« Avec un travailleur sur trois proche de la retraite, il est crucial de transmettre les compétences et le savoir-faire des experts des métiers spécialisés à la prochaine génération, a déclaré David Piccini, ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences. (…) Cela inclut le tout premier programme de formation en français pour les travailleurs en tôlerie, permettant ainsi à davantage de francophones de recevoir une formation dans leur langue maternelle. »

Au centre de formation Smart 47 d’Ottawa, ce vendredi 20 septembre, lors de l’annonce de l’octroi du financement pour l’agrandissement des locaux et des programmes. Photo : Compte Facebook officiel de SMART Local 47 Training Centre

Le maire d’Ottawa Mark Sutcliffe a quant à lui souligné l’importance d’appuyer une industrie qui a connu une forte augmentation des départs à la retraite, et d’offrir des formations en français pour « que nos résidents francophones acquièrent les compétences nécessaires pour réussir dans des domaines à forte demande ». 

Depuis son lancement en 2021, le volet Formation du FDC de l’Ontario a soutenu des projets de formation pour 600 000 travailleurs, notamment dans le secteur de la construction, manufacturier, les services de soutien à la personne, la santé, l’extraction minière, l’exploitation des carrières, du pétrole et du gaz.

Les candidatures sont désormais ouvertes pour le cinquième cycle du Fonds, avec 260 millions de dollars disponibles. Un total de 1,4 milliard de dollars a été investi en total par le gouvernement depuis 2021 pour accroitre la main-d’œuvre dans les secteurs en demande.

Soccer : un nouveau défi pour Cloé Lacasse, de retour en Amérique du Nord

SALT LAKE CITY – De retour en Amérique du Nord en Ligue de soccer professionnelle féminine américaine (NWLS) après dix années passées en Europe, l’attaquante sudburoise Cloé Lacasse a rejoint le projet de la jeune franchise de Salt Lake City, les Royals de l’Utah.

L’objectif pour l’internationale canadienne de 31 ans était de se rapprocher de sa famille et de retrouver du temps de jeu dans ce qu’elle considère comme l’une des meilleures ligues au monde, après une dernière saison en Angleterre à Arsenal, où elle a moins joué, et un été cauchemardesque avec le Canada aux Jeux olympiques. 

« À Arsenal, la situation était particulière parce que toutes les joueuses de l’effectif étaient exceptionnelles, confie Cloé Lacasse. J’avais surtout besoin d’un nouveau challenge après dix ans passés en Europe. Je voulais aussi être plus proche de la maison pour que mes parents et mes meilleurs amis soient capables de venir à mes matchs. C’était une des principales motivations honnêtement. »

Les Royals de l’Utah ne connaissent pas une saison victorieuse pour leur deuxième année de retour dans la ligue avec un bilan de quatre victoires, trois nuls et 14 défaites, soit un total de 15 points qui classe l’équipe à la dernière place de la NWLS, le championnat américain de soccer féminin. Pourtant, la Sudburoise a été séduite par le discours de l’entraîneur belge Jimmy Coenraets qui l’a convaincue de rejoindre le projet et d’en faire partie sur le long terme puisqu’elle a signé un contrat jusqu’en 2027.

« J’ai vraiment aimé ce qu’il m’a dit. Il m’a expliqué qu’aujourd’hui les Royals d’Utah sont des ‘participantes’ et que je dois contribuer à faire changer l’état d’esprit pour qu’on deviennent des ‘compétitrices’. Cela m’a rappelé le projet de Benfica, un projet très jeune, c’était la deuxième saison de l’équipe féminine. Utah savait que j’avais déjà été dans une situation similaire et que je serais capable d’aider leur programme.

Pour moi, ça a été direct un défi accepté. Je vais aider les Royals d’Utah parce qu’ils ont des installations parmi les meilleures au monde, avec de jeunes joueuses qui ont beaucoup de talent. Elles ont besoin de coéquipières avec de l’expérience pour les aider à grandir. C’est ce qui a fait que pendant la fenêtre de transfert, ils ont apporté ces joueuses avec l’expérience et le talent nécessaires pour être capable de passer au niveau supérieur. »

L’attaquante franco-ontarienne a été recrutée pour apporter son talent, son expérience et sa mentalité de gagnante à sa nouvelle équipe. Photo : Utah Royals

Cloé Lacasse a disputé son premier match avec l’équipe le 23 août avec une entrée en jeu face à Bay FC et une victoire 2-1. La Franco-Ontarienne a ensuite disputé 61 minutes dans une deuxième victoire consécutive sur le score de 3-1 face au Dash de Houston, pour sa première titularisation. 

Après seulement deux rencontres au sein de l’équipe, le bilan de victoire sur la saison a été doublé, preuve de l’impact positif sur le groupe de l’arrivée de l’attaquante canadienne. 

Malheureusement, la série de victoires ne s’est pas poursuivie. Les Royals restent sur trois défaites consécutives. Dans le revers 2-1 contre la Wave de San Diego, Lacasse a tout de même inscrit son premier but. 

« Je sens qu’on est une équipe qui est en train de grandir. Avant de venir ici, je ne pense pas qu’elles avaient gagné plus de deux matchs. On en a déjà gagné deux sur les matchs auxquels j’ai participé. Je pense qu’on va dans la bonne direction. On doit encore beaucoup grandir, mais je ne suis pas venue en NWSL juste pour participer, je suis venue pour gagner des trophées.

Je n’aurais pas rejoint les Royals si je n’avais pas l’intime conviction que ce club peut le faire. Je pense que l’année prochaine sera complètement différente de cette saison. L’objectif de cette fin de saison, même s’il ne reste plus beaucoup de matchs (4), est de mettre cette équipe dans la bonne direction. »

Des incertitudes autour de la sélection nationale

La sélection nationale canadienne est une autre équipe qui a besoin de retrouver la bonne direction, du moins au niveau de son encadrement, après le scandale de l’espionnage qui a fait couler beaucoup d’encre lors des Jeux olympiques.

L’attaquante a accepté de revenir sur cette épreuve difficile et a réitéré les déclarations faites lors de la compétition, les joueuses n’étaient pas au courant de ce qui se passait en coulisse au niveau du personnel d’entraîneurs.

« Ça a été dit plusieurs fois, les joueuses n’étaient pas au courant de la situation. Nous étions là pour jouer au soccer. Quand t’es dans une position hiérarchique, c’est difficile de questionner les personnes qui sont en position d’autorité. C’était vraiment une situation malheureuse. »

Cloé Lacasse fait partie des joueuses majeures au sein de l’attaque de la sélection canadienne. Photo : Canada Soccer

Malgré le contexte difficile, d’un point de vue sportif, les joueuses ont relevé le défi de devoir gagner tous les matchs de groupe, après avoir écopé d’une sanction de six points de pénalité, avant de tomber aux tirs au but en quart de finale contre l’Allemagne. 

« Je suis très fière de notre groupe, des 22 joueuses qui ont été aux Olympiques parce que, honnêtement, il fallait qu’on gravisse une montagne. Mentalement, on a réussi à atteindre un niveau supérieur. Je ne pense pas que nous étions conscientes qu’on pouvait atteindre ce niveau, car c’est une situation qu’on n’aurait jamais imaginée. C’était vraiment difficile : il y a des joueuses qui ne dormaient pas, qui ne mangeaient pas… On a vraiment dû garder notre groupe très proche. Nous avons dû adopter cette mentalité de ‘nous contre le monde’. »

L’avenir autour de la sélection, qui doit jouer un match amical le 25 octobre contre l’Espagne, demeure flou. Soccer Canada n’a pas encore communiqué sur l’avenir du personnel d’entraîneurs actuel. Les dernières informations indiquaient que l’enquête sur la sélectionneuse Bev Priestman était toujours en cours. Du côté des joueuses, selon Cloé Lacasse, il n’y a pas plus de clarté. 

« En ce moment, ce que nous avons, c’est que nous allons jouer l’Espagne. Nous avons la même information que le public… »

Les citoyens d’Iroquois Falls divisés sur le sort de la statue du bûcheron géant

IROQUOIS FALLS – Une attraction iconique située sur la route 11 pourrait disparaître prochainement si des réparations onéreuses ne sont pas effectuées. Le sort de la statue du bûcheron d’Iroquois Falls est entre les mains du public qui est invité à se prononcer lors d’un sondage en ligne.

Bien qu’elle ait fait l’objet de petites réparations au cours des dernières années, la statue a besoin de 26 442 dollars pour une rénovation majeure. « Il faut du plâtre, de la peinture et boucher des trous dans le système causés par la pluie et les tempêtes au fil des ans », a fait savoir Tory Delaurier, maire de la municipalité de 4400 habitants.

« C’est une grosse somme pour notre petite municipalité, mais les gens apprécient la statue et s’arrêtent prendre des photos », ajoute-t-il.

Érigée en 2010, la statue représentant le personnage Guy-Paul Treefall était située, à l’origine, près d’un centre d’information touristique qui a depuis disparu.

La statue, aussi surnommée le Raconteur, avait coûté près de 100 000 dollars lors de sa construction et est faite en mousse et fibre de verre.

Un débat avait eu lieu lors du conseil municipal du 9 septembre dernier, mais le conseil a fini par conclure qu’il faudrait l’avis du public avant de se prononcer définitivement sur le sort du bûcheron géant.

Un sondage est disponible en ligne depuis mardi dernier avec trois options de vote : réparer la statue et la laisser à son emplacement actuel, la réparer et la relocaliser ou la détruire.

Les citoyens divisés

Sur la toile, les réactions sont nombreuses avec des avis partagés et des débats passionnés. Dan Paul, résident de la collectivité, est d’avis que la petite municipalité devrait décider de ne pas aller de l’avant avec ces réparations.

Il juge que l’emplacement de la statue n’est pas idéal : « Elle n’est pas dans la ville, mais sur la route, je suis pas mal certain que ça n’apporte rien pour notre tourisme, donc on devrait juste s’en débarrasser. »

De son côté, une autre résidente, Monique Meunier, penche en faveur de la réparer. « Les gens sont toujours trop vite à détruire notre l’histoire. Ce n’est pas seulement une statue, elle représente ceux qui ont formé nos communautés », pense la Franco-Ontarienne en référence à l’usine de pâte à papier qui a fermé ses portes en 2014 après 100 ans d’activité.

Plusieurs internautes estiment qu’il faudrait se concentrer sur d’autres réparations comme la route ou d’autres projets.

« Qu’est-il arrivé au magnifique parc aquatique qui a été promis à nos enfants depuis des années et a été absolument ignoré sans explication, et maintenant vous voulez dépenser bêtement sur la statue de l’autoroute ? », écrit Judy Lafrance.

Une décision finale pourrait être prise lors du conseil municipal du 7 octobre prochain.

Le Grand Nord décroche son premier établissement postsecondaire francophone

YELLOWKNIFE – Le Collège Nordique, aux Territoires du Nord-Ouest (TNO), devient officiellement le premier établissement postsecondaire francophone dans le Grand Nord. L’obtention de son accréditation lui permet désormais de dispenser ses cours en français et en inuktitut en plus d’octroyer ses propres diplômes.

Cette accréditation officielle en tant qu’établissement postsecondaire, reconnu par le gouvernement territorial, permet au Collège Nordique de devenir un acteur à part entière et de dispenser une expérience étudiante nordique aux étudiants francophones et francophiles du Grand Nord.

Auparavant dépendant des partenariats avec d’autres établissements postsecondaires, l’établissement peut désormais octroyer des diplômes, en plus d’offrir ses propres cours et programmes.

Fondée en 2011 pour contribuer à la vitalité de la communauté francophone du Nord et représenter la « nordicité » et les réalités uniques du Nord canadien, la faculté propose des programmes postsecondaires en français, et l’enseignement du français, de l’anglais, de tłı̨chǫ, de l’inuktitut et de l’espagnol. Elle accueille entre 400 et 600 élèves par année.

En 2022, le gouvernement fédéral avait annoncé une aide financière à l’établissement franco-ténois, soit 4,2 millions de dollars sur trois ans, en plus des 680 000 $ de financement offert par le territoire, sur trois ans également.

Le Collège Nordique salue une « étape transformatrice pour notre communauté étudiante et la vision définie par nos fondateurs il y a plus de dix ans », par la voix d’Angélique Ruzindana Umunyana, présidente du conseil d’administration (…) Avec cette reconnaissance du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, notre collège se positionne désormais parmi la famille des établissements de langue minoritaire officielle au Canada. »

Caitlin Cleveland, la ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Emploi, se dit quant à elle « très heureuse de participer à cette célébration du collège et de la communauté francophone du territoire pour avoir fourni un modèle d’apprentissage complet et structuré avec des services spécialisés adaptés aux besoins des apprenants du Nord ».

Le directeur général du collège, Patrick Arsenault, indique que les collaborations avec d’autres établissements postsecondaires francophones resteraient prépondérantes à l’avenir. Le Collège Nordique comptabilise une dizaine de partenariats à travers le pays, incluant des établissements postsecondaires franco-ontariens, le Collège La Cité, l’Université de Hearst et l’Université de l’Ontario français (UOF).

Au centre à droite, le directeur général du collège, Patrick Arsenault, avec une partie du personnel enseignant du Collège Nordique. Photo : gracieuseté du Collège Nordique

Voici où souligner le Jour des Franco-Ontariens 2024

Chaque année, le 25 septembre est l’occasion de se vêtir de vert et de blanc et de lever les drapeaux pour souligner le Jour des Franco-Ontariens. Même la tour du CN, à Toronto, arborera les couleurs de la francophonie ontarienne pour l’occasion. De la Ville Reine à celle du nickel, en passant par plusieurs communautés hors des grands centres et par la capitale, où, hasard du calendrier, le président français Emmanuel Macron effectuera une visite, voici quelques endroits où souligner la présence francophone dans la province. Une liste longue, mais non exhaustive.

Ottawa et l’Est

La fête débutera la veille dans l’est de la ville, alors que le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) tiendra un apéro franco et un match d’improvisation thématique mardi soir.

L’événement est présenté par les deux conseils scolaires francophones du coin, soit le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO).

Ce sera l’occasion d’échanger entre Franco-Ontariens et, bien sûr, d’assister à une cérémonie de lever et d’hymne au drapeau. L’artiste-peintre Caroline Galand sera également sur place pour réaliser une œuvre en direct.

Par la suite, un match d’improvisation présaison réunira certains des joueurs marquants de la ligue d’Orléans, avec Josée Bazinet, Cynthia Bergevin, Jérôme Carrière, Sébastien Cyr, Zackari Gosselin, Patrik Guillotte, Fred Lalonde, Miguel Martin, Manon Piché et Renée O’Neill. Le tout sera arbitré par Martin Laporte et animé par Hugues Beaudoin Dumouchel.

Un match précédent de la ligue d’improvisation du MIFO. Photo : gracieuseté MIFO

Le lendemain, l’Université d’Ottawa et son vice-recteur associé, francophonie, Yves Y. Pelletier, convient les Franco-Ontariens à un lever de drapeau dès 11 h. L’événement se déroulera à la Place de l’Université et est gratuit, mais il faut s’y inscrire sur le site web de l’université.

À 16 h, ce sera au tour du quartier francophone de Vanier de lever le drapeau vert et blanc. L’événement BBQ est organisé par le Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier et aura lieu au Carré de la francophonie en présence du ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault.

Dès 18 h, un spectacle francophone de la série Akoustik à Saint-Charles mettra en vedette les frères Simon et Marc-Antoine Joly avec Patrick Harrison et le duo De Flore, au marché Saint-Charles, toujours dans le secteur Vanier.

À Hawkesbury, dès 10 h, on en profitera pour célébrer le 10e anniversaire du Monument de la francophonie. Les organisateurs attendent des centaines de personnes à l’Île du Chenail, dont 600 élèves provenant des quatre écoles francophones de la ville, qui porteront le drapeau « en tintamarre ». Animation, musique, témoignages et récits jalonneront la journée coordonnée par l’animateur culturel Félix St-Denis.

À 11 h 30, la population est invitée à prendre un café et à souligner l’implication de trois « fervents bâtisseurs » du Monument de la francophonie de Hawkesbury, Odette Charbonneau, François Bazinet et Yves Saint-Denis.

Entre les capitales fédérale et provinciale, l’ACFO de la région des Mille îles (ACFOMI) invite la population au Parc de la Confédération de Kingston de 10 h à 13 h.

Le Grand Toronto et le Sud-Ouest

À Queen’s Park, un lever du drapeau franco-ontarien aura lieu dès 9 h 30, devant l’entrée principale, à l’initiative de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

De son côté, la mairesse Torontoise Olivia Chow sera présente au lever du drapeau sur la place Nathan Phillips, à l’hôtel de ville de Toronto ce mercredi à 11 h, avec l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Toronto (ACFO-Toronto).

Partout en Ontario, on inclut les jeunes des différents conseils scolaires francophones dans les célébrations du Jour des Franco-Ontariens. L’an dernier, plus de 500 jeunes ont changé Notre Place à l’hôtel de ville de Toronto. Photo : Rudy Chabannes / ONFR

À Hamilton, l’ACFO régionale Hamilton et le Centre francophone Hamilton organisent les activités du Jour des Franco-Ontariens sur le parvis de la mairie dès 10 h. En plus du lever de drapeau, l’activité inclut des prestations d’artistes en herbe provenant des écoles locales et un spectacle du mathémagicien Mikael Taieb. La bibliothèque publique d’Hamilton mettra les livres franco-ontariens à l’honneur toute la journée.

À Sarnia, les célébrations se dérouleront en deux temps. La cérémonie du lever du drapeau aura lieu à 10 h 30 au Seaway Parkette. En soirée, l’enseigne de la mairie s’illuminera en vert et en blanc et les Franco-Ontariens sont invités à fêter au Bad Dog, au centre-ville, une invitation du Centre communautaire francophone Sarnia-Lambton.

De son côté, le Carrefour communautaire francophone de London reçoit DJ SMPTY au 100, Kellog Ln, après le lever du drapeau qui aura lieu dès 10 h 30.

SMPTY s’est fait connaître l’an dernier en marge du Jour des Franco-Ontariens en lançant une version remixée de l’hymne Mon beau drapeau. Sur la photo : SMPTY (à gauche) avec le compositeur de la chanson, Brian St-Pierre. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Dans le Niagara, l’artiste de cirque Joey Albert (Joey le Cascadeur) donnera des spectacles à 10 h 30, 12 h 30 et 19 h 00 à la maison d’art The Bank de Welland. Le lever du drapeau aura lieu à 9 h 30 au Welland Civic Square et en soirée, le pont 13 s’illuminera de vert et de blanc.

À Windsor, le jeune DJ Tunasi, nouveau protégé de LGS, offrira une performance au carré Charles Clark, après le lever du drapeau prévu à 10 h 30. Deux jours plus tard, le French Part’Eh, gala des Franco-Ontariens de Windsor, viendra étirer le plaisir.

Des levers de drapeau auront en outre lieu dans toutes les municipalités de la région de Windsor-Essex-Chatham-Kent.

Sudbury et le Nord

Dans la ville du nickel, qui a hissé le drapeau vert et blanc en premier, il y a 49 ans, un lever du drapeau aura lieu devant l’Université de Sudbury à 10 h 30. En soirée, le prix de la francophonie 2024 de l’ACFO-Sudbury sera remis lors du Banquet des Franco-Ontariens au restaurant Au pied du rocher, au Collège Boréal.

Célébration du Jour des Franco-Ontariens devant l’Université de Sudbury, en 2023. Photo : Inès Rebei / ONFR

La trame sonore du 25 septembre à l’hôtel de ville de Barrie sera assurée par le duo Sugar Crush, tout juste après le lever de drapeau. L’événement gratuit et ouvert à tous débutera vers 10 h.

La Meute culturelle de Lafontaine organise une fête 16 h à 19 h au Pavillon Robert Robitaille. Activités familiales, musique et repas sont prévus pour cet événement gratuit.

Le Rayon franco de Cochrane invite les citoyens à un mini-pèlerinage pour hisser le drapeau à la nouvelle bibliothèque municipale à 11 h, puis au site franco à quelques pas de là, à 11 h 30. Le musicien Angelo Paquette s’occupera de la trame sonore.

Les Compagnons des francs loisirs organisent quatre levers de drapeau, dont deux incluant une prestation des Rats d’Swompe : à North Bay (spectacle à 9 h 30 au Capitol Centre et lever du drapeau à 10 h 45 à la Place Léger), Nipissing Ouest (spectacle à 13 h au Centre Marcel-Noël et lever du drapeau à 14 h 45 au parc Goulard), East Ferris (13 h au Centre communautaire) et Mattawa (14 h 15 à la Pointe de l’explorateur)

Que serait un 25 septembre sans les Rats d’Swompe? De gauche à droite : Brandon Girouard, Patrick Pharand, Simon Joly, Yan Leduc et Martin Rocheleau. Photo : Rachel Crustin / ONFR

À Moonbeam, un lever du drapeau se fera le mardi 24 septembre devant le kiosque touristique, et un autre aura lieu le mercredi 25 septembre à 11 h 30, devant le bureau municipal. Il sera suivi d’un spectacle de Chuck Labelle au Centre communautaire Raymond-Bouchard. Ce sera également l’occasion d’inaugurer la nouvelle patinoire municipale.

À Val-Thérèse, le Jour des Franco-Ontariens sera l’occasion de lancer la construction d’une nouvelle école du Conseil scolaire catholique Nouvelon à l’angle de la route municipale 80 et de l’avenue Shirley.

À Chapleau, on s’ouvre à la francophonie canadienne alors que la Fransaskoise Alexis Normand sera en spectacle au Centre culturel Louis-Hémon. Le lever du drapeau aura lieu à 14 h au pavillon de la promenade de la rivière Kebsquasheshing.

Des levers de drapeaux auront également lieu à Hearst, Rivière des Français, Dryden, Ignace, Red Lake, Thunder Bay, Schreiber, Terrace Bay, Marathon, Manitouwadge, Fort Frances, Atikokan, Kenora, Nipigon, Geraldton, Greenstone et Sioux Lookout.

Partout

Pour ceux qui souhaitent lancer un clin d’œil au Jour des Franco-Ontariens, loin des foules, il est possible de le faire avec de la musique ou des livres.

L’institut des langues officielles et du bilinguisme de l’Université d’Ottawa a créé une liste de lecture intitulée Le lys et le trille en vrille sur son compte Spotify. On y trouve une centaine d’artistes de toutes les époques et de tous les styles, allant de CANO à DJ UNPIER, en passant par Akoufèn, Mimi O’Bonsawin, Ferline Régis et Jessy Lindsay.

Les quatre premiers livres de la collection Pigeon Voyageur des éditions David, publiés plus tôt cette année. Photo : Rachel Crustin / ONFR

L’initiative Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien est aussi de retour. Un « calendrier de l’avant » propose une suggestion par jour depuis le début du mois, sur le site jelisfo.ca. On peut entre autres y trouver des livres de Pigeon voyageur, la seule série jeunesse francophone pour les 9-12 ans à être éditée en Ontario, lancée il y a quelques mois par les Éditions David.

On trouve également des textes de théâtre, comme celle du Sudburois Antoine Côté Legault intitulée Ode ou la vie après avoir regardé le soleil dans les yeux, qui a tourné sur les planches ontariennes dans la dernière année.

Les éloquentes réflexions d’Yvon Malette avec Marcher vers le matin et le premier roman de Claude Guilmain, Welsford, font également partie des suggestions.

Soccer : Tyr Walker et Matteo de Brienne racontent leurs parcours franco-ontariens

[ENTREVUE EXPRESS CROISÉE]

QUI 

Tyr Walker et Matteo de Brienne sont deux joueurs de soccer franco-ontariens évoluant à l’Atlético Ottawa dans la Première Ligue canadienne.
Walker est un jeune défenseur central âgé de 20 ans. Il est né à Russell en Ontario d’une mère brésilienne et d’un père jamaïcain. Franco-Ontarien d’adoption, il a appris le français qu’il maîtrise parfaitement aujourd’hui à l’école élémentaire catholique Saint-Joseph à Russell puis à l’école secondaire catholique Embrun dans la ville du même nom située au sud-est d’Ottawa.
De Brienne est un défenseur latéral gauche âgé de 22 ans, né à Ottawa de parents québécois. Le français a toujours été la langue principale dans sa famille. Il a étudié à l’école élémentaire catholique Jean-Robert-Gauthier et à l’école secondaire catholique Pierre-Savard à Barrhaven au sud-ouest d’Ottawa.

LE CONTEXTE 

A l’occasion de la rencontre face à Pacific FC ce dimanche (14 h), l’Atlético Ottawa célèbre la culture franco-ontarienne en amont du Jour des Franco-Ontariens qui sera fêté dans toute la province, comme chaque année, le 25 septembre. Le club ottavien annonce une ambiance festive et un stade de la Place TD de Landsdowne paré de vert et blanc. Le club ajoute qu’il promet un match qui sera « une fusion mémorable de sport et de patrimoine culturel, soulignant les liens profonds entre l’équipe et la communauté franco-ontarienne ». 

L’ENJEU

Les deux joueurs de l’Atlético Ottawa partagent leur parcours en tant que Franco-Ontariens dans le soccer canadien et dans leur vie de tous les jours, puis se projettent sur l’événement de ce dimanche, très attendu dans la communauté. 

« Qu’est ce que cela représente pour vous d’être Franco-Ontariens?  

Tyr Walker : Pour moi, c’est quelque chose d’important car mes parents sont immigrants. Ma mère vient du Brésil, elle parle portugais et mon père est jamaïcain, il parle l’anglais patois. Il n’y avait pas le français dans ma famille en grandissant, c’était juste à l’école. Ça a été un moyen pour moi de créer un lien avec la communauté au Canada. C’est aussi important au sein de notre équipe où plus de la moitié de notre effectif parle français. 

Matteo de Brienne : Pour moi, ça représente quelque chose de spécial car, en grandissant, j’ai fait toute ma scolarité dans les écoles catholiques en français. Ma famille vient des régions de Montréal et de Gatineau, donc tout était en français pour moi. Ça prend une grande place dans mon coeur.

Pour sa deuxième saison chez les pros, Tyr Walker s’impose petit à petit comme un membre important de la défense centrale ottavienne avec 10 titularisations sur 12 matchs disputés. Photo : Matt Zambonin/Freestyle Photography

Comment a évolué votre pratique du français au cours de votre vie? 

TW : Au début de ma scolarité, je suis allé à la maternelle et tout était en français. Ensuite, entre mes 6 ans et mes 9 ans, nous sommes partis en Belgique pour le travail de ma mère. J’y ai passé trois ans, et là-bas aussi, c’était une école belge totalement en français. A mon retour en Onatrio, j’ai continué en français. Au final, j’ai fait toute ma scolarité dans cette langue de la maternelle au secondaire.
Ça a été tout de même dur pour moi de maintenir mon français, car j’avais des amis avec qui je parlais majoritairement en anglais et d’autres, avec qui on parlait les deux langues, mais on avait tendance à aller plus vers l’anglais. C’est assez dur de maintenir mon vocabulaire à cause de l’omniprésence de l’anglais, donc parfois, je me force à communiquer en français. 

MdB : En grandissant à Ottawa, tout était en français pour moi avec ma famille, mes cousines, mes grands-parents. A l’école aussi, on ne parlait pas d’anglais du tout. Le moment où tout a changé c’est quand je suis parti à Vancouver pour jouer avec les Whitecaps. Là-bas, pendant trois ans, j’ai eu quelques amis qui parlaient en français, mais ce n’était vraiment pas tout le monde. J’avais quelques opportunités de parler avec ma famille, mais je dois dire que j’ai pas mal perdu mon français. Après, en devant professionnel et en jouant à Winnipeg, j’ai eu la chance d’avoir des coéquipiers qui venaient d’un peu partout dans le monde et j’avais plusieurs d’entre-eux avec qui je pouvais jaser en français. Il y a aussi une communauté francophone à Winnipeg qui m’a permis de trouver des gens avec qui parler. 

Ottavien de naissance, Matteo de Brienne a fait le choix de rejoindre l’Atlético cette saison pour pouvoir jouer devant ses proches. Photo : Matt Zambonin/Freestyle Photography

Les joueurs franco-ontariens ont-ils des caractères spécifiques ou des avantages sur les autres joueurs? 

TW : Pour moi, nous avons un avantage dans la communication en français et en anglais. Certains joueurs pensent d’abord en français, en premier. C’est donc plus simple pour moi de leur communiquer des informations en français. Quand je leur parle en français, ils réagissent plus vite. Ce sont des petits détails comme ça qui font que nous avons un avantage. 

MDB : Je trouve que chaque joueur à son caractère et ses caractéristiques, mais, c’est vrai, comme l’a dit Tyr, qu’on remarque que les joueurs qui parlent en français vont réagir plus vite dans leur langue de prédilection. Je peux prendre l’exemple de ma relation avec Ballou Tabla sur mon côté, ça nous aide beaucoup de parler en français sur le terrain. 

Pour finir, qu’est-ce que ce match dédié aux franco-ontariens représente pour vous? 

TW : Pour ce match, je pense qu’on va avoir une grosse foule. Comme la francophonie est une minorité, c’est vraiment bien de la part du club de créer cet événement pour la mettre en avant. 

MDB : Pour moi, ce serait quelque chose de spécial si les écoles catholiques venaient au match. Les jeunes pourraient voir qu’il y a des joueurs franco-ontariens dans les équipes et cela leur montrererait qu’ils peuvent devenir professionnels. C’est une belle occasion de continuer à montrer la bonne route aux jeunes. »

Les journées pour fêter la culture et l’Ontario francophone

À l’approche du Jour des Franco-Ontariens, ce n’est pas le choix qui manque au niveau des activités culturelles. En plus du French Fest de Sudbury, de Feuilles vives à Kingston et des événements directement reliés au 25 septembre, qui feront l’objet d’un autre article, il est possible cette semaine de voir le compositeur de l’hymne au drapeau franco-ontarien sur scène, de renouer avec une tradition dans l’Est, de rencontrer des auteurs d’ici et de carrément fêter la culture sous toutes ses formes… et peut-être se découvrir une nouvelle passion!

Brian St-Pierre à London

L’auteur-compositeur-interprète Brian St-Pierre, qui vient tout juste de lancer son quatrième album solo, s’arrêtera au Carrefour communautaire francophone de London (CCFL) ce samedi. Ce sera l’occasion de découvrir les chansons qui jalonnent Malgré tout, un opus plus personnel que ce à quoi il nous a habitués dans ses nombreuses collaborations au fil des ans. À quelques jours du Jour des Franco-Ontariens, les gens de London risquent aussi d’entendre l’hymne Mon beau drapeau, composé par Brian St-Pierre. C’est également la fin de semaine portes ouvertes de London, donc de nombreuses activités de la ville sont gratuites samedi et dimanche.

Brian St-Pierre lors du lancement de l’album Malgré tout, à Rockland, le 11 septembre 2024. Photo : Rachel Crustin / ONFR

London, le 21 septembre. Détails sur le site du CCFL.

Le retour du Festival de la curd

C’est enfin cette fin de semaine que les gens de l’Est ontarien renouent avec le Festival de la curd de St-Albert. Cette programmation automnale qui mêle les artistes franco-ontariens aux vétérans des festivals, est la plus complète depuis 2019, avec trois jours de spectacles et des activités familiales au Centre communautaire de St-Albert. Après une soirée d’humour mettant en vedette Guillaume Pineault et Évelyne Roy-Molgat, ce sont les groupes Les Rats d’Swompe et Lendemain de veille qui seront sur place samedi soir. Le « brunch pop-rock » du dimanche propose un plateau double entre Reney Ray et Martin Deschamps, suivi d’une performance de France d’Amour. 

Les complices Martin Deschamps et Reney Ray préparent un plateau double pour le Festival de la curd. Photo : Gracieuseté du Festival de la curd

St-Albert, jusqu’au 22 septembre. Détails sur le site du Festival de la curd.

Un troisième petit salon

La Maison de la francophonie d’Ottawa tient la quatrième édition de son Petit salon du livre francophone, La parole aux livres. Plusieurs kiosques et une douzaine d’auteurs seront sur place, dont Serge Cham et Catherine D. Nkongo. Certaines lectures et tables rondes sont aussi au programme, en plus d’activités pour les enfants. Le Petit salon du livre francophone a lieu sporadiquement et le but est d’apporter l’idée d’un salon du livre dans un lieu plus communautaire. Il s’agit d’une collaboration entre la Maison de la francophonie d’Ottawa, les éditions Arcadin et Àgogo livres. Cette édition se déroule sous le thème du Jour des Franco-Ontariens.

Le petit salon du livre francophone La parole au livre a lieu pour une quatrième fois à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Photo : gracieuseté de la Maison de la francophonie d’Ottawa

Ottawa, le 21 septembre jusqu’à 16 h. Détails sur le site de La parole aux livres.

Le comédien en vous

La troupe de théâtre de l’Amalgame des arts, organisme communautaire de Cornwall, recrute pour sa prochaine production. Les auditions auront lieu le mardi 24 septembre au Centre Charles-Émile-Claude (CCÉC). Il s’agit d’une collaboration entre le CCÉC et l’ACFO-SDG, qui cherchent « au moins huit acteurs, hommes et femmes » pour un projet intitulé Mémoire en scène. La pièce choisie sera dévoilée lors de l’audition. Les candidats doivent être disponibles en mars 2025 pour les représentations.

En juin dernier, la troupe de théâtre communautaire de l’Amalgame a présenté la pièce Dépêche-toi Bibiche, on va rater l’avion. Photo : Tommy St-Arnaud

Cornwall, le 24 septembre. Détails sur la page Facebook de l’Amalgame des arts.

La culture accessible

Inspirées par les Journées de la culture, bien établies au Québec, l’Ontario et les provinces de l’Ouest canadien tiennent leur propre Fête de la culture. Il sera donc possible, du 20 septembre au 13 octobre, de participer à des dizaines d’activités culturelles et communautaires gratuites à travers l’Ontario, selon les organismes locaux qui ont inscrit des événements au calendrier. Le but est de démocratiser la culture et de la rendre accessible à tous les portefeuilles. C’est l’occasion d’essayer quelque chose de nouveau, pour soi ou pour la famille, et peut-être de se découvrir une passion! Le site officiel relate 1800 activités, dont 88 s’affichent comme accessibles en français. Il est possible de les trouver grâce à un outil de recherche qui permet de spécifier la langue, le thème et les demandes d’accessibilité.

La Fête de la culture de l’Ontario en 2023, à Vaughan. Photo : Mirna Chacin

Partout en Ontario, du 20 septembre au 13 octobre. Détails sur le site de la Fête de la culture de l’Ontario.

Normand Labrie, l’enseignement sans frontières

TORONTO – Allemagne, Belgique, France, Italie ou encore Inde… Ce polyglotte passionné a repoussé les barrières des langues dans son enseignement et dans sa recherche. Ces nombreux travaux et publications, en sociolinguistique, bilinguisme et plurilinguisme, ont façonné sa vision d’ouverture sur le monde, son leitmotiv aujourd’hui. Portrait de celui qui a participé au comité de création de l’Université de l’Ontario français (UOF) en 2016, avant d’en prendre la tête en 2024.

« Quelles sont les langues que vous parlez couramment et dans quel contexte les avez-vous apprises ?

Mon intérêt pour les langues vient de ma curiosité à comprendre les autres cultures, d’autres peuples et façons de penser et de communiquer. J’ai basé mon apprentissage sur l’immersion. Je me suis d’abord intéressé à l’allemand – que j’ai d’ailleurs enseigné en Allemagne – à l’espagnol, que j’ai un peu perdu par la suite.

Mon doctorat portait sur le trilinguisme italien, français, anglais à Montréal, j’ai donc eu besoin d’apprendre l’Italien. J’ai beaucoup voyagé en Italie pour le pratiquer. J’ai étudié le flamand quand j’étais en Belgique également.

L’anglais a toujours été ma langue seconde et je l’ai approfondi par la pratique en Ontario. En définitive aujourd’hui, je suis à l’aise dans quatre langues : français, anglais, allemand, italien.

Normand Labrie chez lui avec son chat Molly. Photo : Gracieuseté

Est-ce que ce plurilinguisme empirique a influencé votre vision du bilinguisme au Canada?

Lorsque je suis arrivé à Berlin comme étudiant, c’était le début de l’immigration des travailleurs migrants notamment turcs. L’Université avait développé des cours pour comprendre ces interactions linguistiques.

Comme j’étais Canadien et qu’il y avait eu la loi sur les langues officielles et la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme dans les années 60, j’étais vu comme le « spécialiste du bilinguisme ».

Une des premières observations que j’ai faites est que le système allemand faisait de ces enfants kurdes et turcs le problème alors que le système qui devait changer et s’adapter. Une trentaine d’années après, d’enseignement, d’études et de recherches, il est certain que ma perspective sur le bilinguisme canadien a évolué. C’est une richesse plutôt qu’un problème. C’est ma vision de l’UOF depuis le début : des cours en français, mais dans le contexte du pluralisme de la société.

Normand Labrie dans son rôle d’enseignant-bénévole de Géographie (8e année) et Histoire de l’Inde (9e année) à des étudiants sous-privilégiés pour la Fondation Akanksha à Mumbai en 2009-2010. Photo : Gracieuseté

De vos années de recherches, souhaitiez-vous enseigner ?

Maitriser les langues et les cultures était d’abord ma priorité, sans avoir de plan de route précis et établi en tête. Mes études m’ont naturellement amené vers la recherche et on m’a par la suite proposé un poste dans l’enseignement.

Je me souviens encore d’un conseil d’une de mes professeurs en Allemagne qui disait « Suivez votre passion et les choses se règleront d’elles-mêmes », c’est un conseil qui m’est resté pour toujours et que j’applique encore aujourd’hui.

J’ai toujours enseigné de façon critique en faisant intervenir mes recherches. J’ai eu la chance d’avoir des étudiants intéressés. L’enseignement, je ne l’ai jamais conçu comme la transmission du maitre à ses élèves, mais comme un apprentissage et une collaboration mutuelle. Les étudiants posent des questions, nous mettent devant des réalités nouvelles qui enrichissent la recherche, qui elle enrichit l’enseignement aussi.

Une expérience d’enseignement qui vous a particulièrement marqué ?

Une de mes expériences d’enseignement mémorables a été l’Inde en 2009 durant un congé sabbatique. J’ai enseigné la géographie et l’histoire de façon bénévole à une douzaine de jeunes de 8e et 9e années des bidonvilles de Mumbai. Une fondation finançait à certains élèves des cours avec la promesse de les préparer pour un niveau universitaire. J’ai testé différentes méthodes d’enseignement et de développement de connaissances, collaboratives, magistrales, interactives, etc. C’était fascinant et j’ai appris autant qu’eux. Je les ai suivis par la suite et ils sont tous entrés à l’université. Petite anecdote, certains d’entre eux ont choisi le français comme cours optionnel (peut-être les ai-je influencés!).

En compagnie du Secrétaire général de la Francophonie, Boutros Boutros Ghali, en visite à l’Agence universitaire de la Francophonie alors que M. Labrie occupe le rôle de président de l’Observatoire international de la langue française. Photo : Gracieuseté

Lors d’une soirée consacrée à la recherche scientifique à Rideau Hall sur invitation de la Gouverneure Générale, Julie Payette. Photo : Gracieuseté

Normand Labrie en tant que maître de cérémonie avec Anoush Terjanian, lors de la remise des Prix Impact du Conseil de recherche en sciences sociales et humaines du Canada. Photo : Gracieuseté

Enseignement, recherche et politique également avec le ministère des Affaires francophones… Quelles sont les grandes lignes de votre carrière ?

Après mon retour de Belgique, j’ai été professeur adjoint en sociolinguistique au Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (CREFO-OISE). J’ai publié beaucoup de mes travaux de recherches, formé des étudiants en doctorat, puis j’ai pris la direction du centre pendant 10 ans avant de devenir vice-doyen à la recherche de l’institut durant neuf ans.

De là, j’ai endossé le rôle de directeur scientifique du fonds de recherches en société, culture au Québec, pendant trois ans. Un travail sectoriel sur de grands enjeux de société, sciences sociales et humaines. J’avais commencé mes recherches sur l’accès des francophones aux études postsecondaires avant d’aller au Québec donc, une fois revenu en Ontario, j’ai repris mon intérêt sur la question.

Vous avez fait partie du conseil de planification pour l’Université de l’Ontario français et avez ainsi contribué à sa création. Comment s’est passé le processus ?

Le panel pour la création de l’UOF a été mis sur pied et j’y ai pris part en 2016. C’était un projet politique, une trentaine d’années de revendication pour une université en français.

J’ai cherché à déplacer le discours sur le fond et pas juste le contenant : que voulait-on que cette université soit, comment la distinguer des autres, etc. Des états généraux ont parcouru la province pour faire des consultations sur le postsecondaire. Il y a eu un comité technique de mise en œuvre dont j’ai fait partie avant de servir de recteur par intérim pour la première année.

Je suis ensuite retourné au CREFO-OISE et suis devenu vice-doyen aux programmes académiques de cette faculté de l’Université de Toronto, puis doyen par intérim pendant un an et demi, avant de devenir recteur de l’UOF en 2024.

Quelles sont vos aspirations et quelles sont les directions que vous aimeriez donner à l’UOF ?

Pour les quelques prochaines années, je veux m’assurer de la croissance de l’université en ces trois dimensions que sont la formation, la recherche et le service à la collectivité francophone. Notre objectif à terme est de développer des programmes, avoir un nombre d’étudiants suffisants pour que, quand les subventions de démarrage seront terminées dans trois ans, par les cibles fixées, on puisse fonctionner comme toute université autonome, à travers la croissance. Cette université appartient aux communautés francophones et nous avons un devoir envers elles. »

Normand Labrie, accompagné par sa mère de 96 ans, lors de la remise d’un doctorat honorifis causa (honorifique) par l’Université du Québec à Rimouski (campus de Lévis). Photo : Gracieuseté

1956 : Naissance à Saint-Charles-de-Bellechasse, près de Québec.

1979 : Part étudier la sociolinguistique à Berlin à l’âge de 23 ans, maitrise et doctorat sur les questions politiques de bilinguisme, multilinguisme et minorités linguistiques.

1989-1991 : Postdoctorat à Bruxelles sur le multilinguisme, l’impact de l’intégration européenne sur les dynamiques linguistiques, politiques de langue nationales, régionales et l’enseignement des langues.

1991 : Devient professeur de sociolinguistique au Centre de recherches en éducation franco-ontarienne (CREFO-OISE).

2016 : Participe au conseil de planification qui a conçu l’Université de l’Ontario français – certaines de ses recherches portant sur l’accès des francophones aux études postsecondaires.

2024 : Devient recteur de l’Université de l’Ontario français (après avoir été recteur intérimaire en 2018-2019).

La facture financière d’être une femme

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, c’est Rym Ben Berrah qui évoque des enjeux de société et d’éducation qui rejoignent le quotidien.

Je parle au nom de moi et de ce que je connais, de ce que mes réseaux sociaux voient et de ce que mon entourage me rapporte. Je suis tout à fait consciente que j’ai des privilèges dont je ne mesure même pas l’étendue et dans lesquels je baigne constamment, qui me procurent du positif dans ma vie. Ceci étant dit, je parle de moi en tant que femme, mais j’allie à mon identité féminine toute personne se reconnaissant dans ces critères, que ce soit par la naissance, par le choix ou tout simplement par l’envie.

Lorsque j’avais envie de plaire et de me sentir bien afin de convoiter mon mari, je voulais le convaincre qu’il ne pourrait pas vivre un mois de plus sans voir tous les matins le battement de mes cils courbés, en se réveillant avec un « Bonjour, chéri ».

Toujours ancrée dans ma réalité d’immigrante franco-ontarienne, naviguant entre le traditionalisme de ma culture et certains référents culturels que j’adore, et auxquels j’adhère, et le bain militantiste progressiste dans lequel j’avançais, mon souci financier était de repayer mes frais de scolarité pour le baccalauréat, de financer ma maîtrise et de me suffire dans mes goûts de « luxe » afin de m’entretenir à faire mes ongles, mes cheveux, à tonifier mon corps au gym et à faire de la mode un moyen d’expression et non pas seulement un moyen de se couvrir pour sortir de chez soi.

Notre chroniqueuse Rym Ben Berrah témoigne de la pression financière exercée sur les femmes. Photo : Canva

C’est aujourd’hui que je me rends compte du poids de l’insouciance, du célibat et à quel point nous ne sommes jamais prêtes à découvrir la stupeur des prochains chapitres. Ça coûte cher d’être une femme, non? Ça coûte cher de se sentir bien. Déjà, même pour bien manger, de nos jours, ça coûte cher. Comment je peux me satisfaire d’une salade et d’un smoothie qui coûtent une à deux heures de salaire (et me laissent néanmoins sur une petite faim, on ne va pas se mentir, entre nous) tandis qu’un trio hamburger bien gras à moins de 10 $ me cale pour l’après-midi.

Deux poids, deux mesures

Égalité des chances, vous dites? Je ne crois pas. Lorsque cela prend à ces messieurs 15 minutes pour se préparer tandis que nous, nous devons prévoir des stratagèmes même plusieurs jours à l’avance afin de caler notre lavage de cheveux avec notre journée la plus « importante » (celle où l’on va le plus nous voir, vous connaissez), prévoir notre cycle menstruel et notre épilation, selon notre tenue et la ribambelle de détails dont il faut s’assurer afin de se sentir au meilleur de nous-mêmes lors d’une réunion, d’une négociation, d’une entrevue ou d’un rencard amoureux.

Loin de moi l’idée de minimiser les efforts d’autres personnes ou de ces messieurs à s’apprêter, encore une fois, je ne parle que des multivers dans lesquels j’évolue.

Aujourd’hui maman de deux enfants, je suis confrontée à des dilemmes économiques quotidiens. « Est-ce que je m’achète ma crème pour le corps préférée qui coûte un bras ou est-ce que je fais un stock de couches? » Dorénavant, tout dans ma tête est calculé en couches, en lingettes et en lait en poudre.

Quand il faut choisir entre adhérer aux standards de beauté et simplement se procurer des essentiels pour bébé. Photo : Canva

Savez-vous le prix d’une canne de lait en poudre? Savez-vous combien il en faut par semaine pour un nouveau-né? Parfum? Lait en poudre. Vacances? Lait en poudre. Nouvelle petite tenue mignonne pour mon prochain meeting professionnel de maman qui veut retourner sur le marché de l’emploi car elle ne veut pas servir qu’à procréer des mini-humains? Lait en poudre.

Il fallait me voir lors de mes premiers entretiens d’embauche, après deux grossesses de suite, à essayer de m’affirmer à moi-même que je suis encore la même femme, avec les mêmes diplômes et la même tête, juste plusieurs heures de manque de sommeil accumulées. Après m’être convaincue moi-même, il fallait les convaincre eux.

« Oui mais Rym, ne pensez-vous pas que la charge d’avoir deux jeunes enfants pourrait avoir un impact sur votre rendement quotidien? »

« Excusez-moi, c’est une question d’entrevue ou…? »

Un dilemme constant

Nous voici quelques mois plus tard, toujours à la quête de l’équation idéale, essayant de justifier le fait de briser mon cœur de maman à laisser mes jeunes enfants, lorsque leurs petits yeux se plissent, leurs petites lèvres se retroussent et leurs petites mains se lèvent pour m’appeler, pour me toucher, tandis que je suis sur le pas de la porte (ne pas oublier toute la routine physique mentionnée plus haut pour me sentir femme et capable).

Mais je dois aussi sortir conquérir le monde, amasser de l’argent pour subvenir à leurs caprices et besoins, continuer à lutter pour que nos enfants grandissent dans une société équitable et qui fait un minimum de sens.

Je dois me battre pour les droits des minorités car, de plus, mes enfants sont des minorités visibles (je fais une parenthèse journalistique semi-professionnelle pour vous partager combien de fois on m’arrête dans des centres d’achat pour me demander si je suis leur nourrice ou si leur papa est noir), oublier les horreurs qui se passent dans le monde, tout ça pour essayer d’arriver au travail à l’heure, justifier mon latte au lait d’avoine trop cher payé qui me sert de support émotionnel, et quand même être moins payée que mon homologue masculin, tout en récoltant des remarques sur mes cernes apparentes. Plus le budget d’investir dans un anticerne Dior, sorry Cheryl!

« L’émancipation des femmes et la déstigmatisation des dogmes qui entourent les jeunes mamans, c’est pour quand? »

Bien sûr, je fais dans la caricature et je ne mentionne pas de lieux de travail actuels dans lesquels j’évolue. Bien sûr, je suis triste de devoir donner mon salaire à des gens pour garder mes enfants afin que je puisse travailler car il faut faire un choix : rester à la maison, garder ton argent et faire des lasagnes fraîches tous les soirs ou conquérir le monde et servir à autre chose que l’instinct maternel, tout en payant une fortune car tu as choisi d’avoir des enfants en Ontario francophone. S’il vous plaît, toutes les garderies à bas prix c’est pour quand?

L’émancipation des femmes et la déstigmatisation des dogmes qui entourent les jeunes
mamans, c’est pour quand? De vrais programmes incitatifs qui aident les parents à performer
au travail, c’est quand?

Je suis immigrante, je n’ai pas le luxe d’avoir de la famille proche pour m’aider à atténuer la charge ni d’avoir des privilèges sociaux ou économiques. Tout ce que nous avons, mon mari et moi, nous l’obtenons à la sueur de notre front.

Bon, j’ai trop overshare, que ça aide au moins à rejoindre quelques cœurs d’élus, de dirigeants et les vôtres, chères mamans, et que ça m’aide à me convaincre que je le mérite, mon petit mascara Dior, car ces cernes sont le constat de mon combat.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.

La biennale Feuilles vives inaugure le Théâtre Sésame

KINGSTON – La septième édition de la biennale de théâtre Feuilles vives se déroule jusqu’à dimanche au Centre culturel Frontenac (CCF) de Kingston. L’événement de Théâtre action présente une dizaine d’œuvres franco-ontariennes en chantier, une expérience enrichissante tant pour le public que pour les artistes. Cette septième édition est aussi l’occasion d’inaugurer officiellement le Théâtre Sésame du CCF.

Entre les laboratoires et les mises en lecture, en passant par quelques ateliers scolaires, Feuilles vives est une occasion unique de découvrir avant tout le monde ce qui se trame dans le milieu du théâtre franco-ontarien.

Le directeur artistique de Feuilles vives, Antoine Côté Legault, explique le concept en entrevue avec ONFR. « Il y a quelque chose d’exclusif, c’est-à-dire que, pour la plupart des œuvres, c’est la première fois qu’elles vont rencontrer un public. Il y a un niveau d’excitation et de fébrilité qui est vraiment riche. »

Antoine Côté Legault est un artiste franco-ontarien basé à Sudbury. Photo : Chloé Laduchesse

Le dramaturge sudburois explique que le fait de voir une mise en lecture, avec une mise en scène minimaliste, laisse une grande place à l’imagination du spectateur : « Ça permet d’entendre le texte tel qu’il est. »

Et pour les artistes, les avantages sont grands. Premièrement, Théâtre action offre de l’accompagnement artistique aux créateurs sélectionnés pour Feuilles vives. Ensuite, « le théâtre est un art vivant. Donc, le présenter devant un public aide à mieux comprendre ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins, ce que les gens comprennent ou ce qu’ils retirent du projet », estime Antoine Côté Legault.

La communauté théâtrale, comme le reste de l’Ontario français, est dispersée à travers la province. Feuilles vives est donc l’une des rares occasions de se rassembler au même endroit, ce qui peut donner lieu à des échanges artistiques prometteurs.

Inauguration à Kingston

Initialement une initiative ottavienne, Feuilles vives est maintenant un événement ambulant. Après un arrêt à Sudbury, c’est au tour de Kingston d’accueillir la biennale.

« L’idée est de représenter où le théâtre se crée et se joue, partout en Ontario. Et ça concordait avec l’inauguration officielle du Théâtre Sésame », explique Antoine Côté Legault. Il ajoute que le Centre culturel Frontenac « a toujours été un champion au niveau de la diffusion du théâtre. »

Cet engouement pour le théâtre, Kingston le doit en partie au directeur artistique du CCF, Normand Dupont. En entrevue avec ONFR, il raconte que le CCF est installé depuis un an dans son nouvel édifice, qui héberge aussi l’École secondaire publique Mille-Îles et l’École secondaire catholique Sainte-Marie-Rivier. La construction d’un nouveau théâtre professionnel, pour remplacer le Théâtre Octave de l’ancien édifice, s’est achevée cet été.

Le Théâtre Sésame est plus moderne et peut s’adapter aux besoins des différentes productions. Ses 248 places sont rétractables, ce qui permet de l’utiliser en mode salle de spectacle, boîte noire ou cabaret.

« C’est un format de théâtre qui est très en demande à Kingston, parce qu’il y en a de très grands ou des plus petits, mais il n’y en avait pas tellement de ce format-là », évoque Normand Dupont.

Normand Dupont pose avec la plaque de reconnaissance du prix Martin Arseneau
Normand Dupont est entre autres enseignant à la retraite, membre du conseil d’administration de Théâtre action et directeur artistique de la troupe de théâtre communautaire francophone les Tréteaux de Kingston. Il a gagné plusieurs prix pour son implication dans la culture franco-ontarienne. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Accueillir Feuilles vives comme premier événement d’envergure est un honneur pour celui qui a participé à presque toutes les éditions précédentes en tant que spectateur. « C’est vraiment une façon grandiose de lancer le Théâtre Sésame. »

Il est enthousiaste à l’idée de présenter ce nouveau lieu culturel aux artistes et de leur offrir, entre autres, des loges plus grandes et l’accès à une petite cuisine.

Le foyer du Théâtre Sésame permet aussi de créer des ambiances pour compléter l’expérience des spectateurs. Par exemple, de la bannique sera offerte juste avant la présentation de TOQAQ MECIMI PUWIHT / Delphine rêve toujours dans les prochains jours.

« C’est un endroit vital pour la communauté francophone de Kingston. Ça nous permet de développer et de vivre notre culture », explique M. Dupont, qui ajoute que la location de l’espace à divers organismes locaux, même anglophones, permet une source de revenus à réinvestir dans la communauté francophone.

« C’est un endroit vital pour la communauté francophone de Kingston. »
— Normand Dupont

Lui-même enseignant à la retraite de l’école Sainte-Marie-Rivier, il peut témoigner des avantages d’avoir accès à un théâtre professionnel pour les jeunes, qui pourront s’initier à différents métiers des arts de la scène.

Et la communauté gagne aussi à impliquer ses jeunes puisqu’à Kingston, « les deux tiers de la communauté sont reliés soit au monde militaire ou universitaire. Souvent, ils sont ici pour quelques années (seulement). C’est toujours un peu à rebâtir, ce noyau de la communauté, mais ça reste très actif. »

Une programmation frémissante

C’est sous la thématique Frémissements souterrains que se regroupent cette année les dix propositions de Feuilles vives.

C’est Lumière, de Sarah Migneron avec le Théâtre Rouge écarlate, qui a ouvert le bal vendredi après-midi, suivi du 5 à 7 d’ouverture et de l’œuvre Marée haute de la dramaturge et réalisatrice Marie-Claire Marcotte.

Le Cabaret premiers échos suivra vendredi soir. Cette production de Créations In Vivo offre des extraits d’environ 25 minutes de trois œuvres en début de chantier. Ces projets de Chloé Thériault, Jeff Soucy et Paul Ruban ont fait partie de la résidence d’écriture de Feuilles vives, qui a eu lieu en mai.

La dramaturge et réalisatrice Marie-Claire Marcotte a récemment vu son film Rêver en néons être présenté au Cinéfest de Sudbury. Photo : Mathieu Taillardas

Samedi, les spectateurs pourront découvrir Os, la prochaine œuvre de Vincent Leblanc-Beaudoin, qui s’est fait remarquer dans la dernière année avec la pièce in situ Le concierge. Cette fois, « c’est le squelette humain qui agit comme leitmotiv », comme on peut le lire dans la description de cette production du Théâtre la Tangeante.

Le trio de David Bélizaire, Sylvain Sabatié et Miracson Saint-Val proposera pour sa part Souviens-toi de la révolution, une production du Théâtre de la Vieille 17. Les créateurs « examinent la question coloniale et les travers de l’histoire d’Haïti afin de mieux comprendre la situation actuelle de la première république noire née d’une révolte d’esclaves ».

David Bélizaire dans Souviens-toi de la révolution. Photo : Marianne Duval

Des spectateurs sudburois ont déjà pu assister à une version plus précoce de Téton Tardif. La pièce de Caroline Raynaud fait partie de la cellule d’écriture du Théâtre du Nouvel-Ontario. C’est au tour des spectateurs de Kingston de dire ce qu’ils en pensent.

Le spectacle de clôture de la deuxième journée est Cage à requins de Catherine Levasseur-Terrien, une production du Théâtre Catapulte qui traite d’hospitalisation psychiatrique.

Dimanche, les membres de Théâtre action se réuniront pour leur Assemblée générale annuelle avant d’assister à la pièce Le volcan de Marie-Thé Morin, une production de Vox théâtre.

Une radio franco-ontarienne veut acheter des stations anglophones menacées de fermeture

CASSELMAN – La station communautaire francophone, GO FM, présentera sous peu une demande au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour se porter acquéreur des stations anglophones commerciales locales, CHRC-FM 92.5 à Clarence-Rockland et CKHK-FM à Hawkesbury. Le propriétaire des deux stations Hot Country, Evanov Communications, en avait annoncé la fermeture imminente.

« On est un organisme à but non lucratif (OBNL) qui fera l’acquisition de deux stations commerciales », confirme Mathieu Manning, le directeur général de GO FM, en entrevue avec ONFR.

Si le CRTC approuve la transaction, les deux stations vendues resteront anglophones, mais elles pourront attirer de nouveaux revenus pour l’OBNL en plus d’une économie sur les dépenses, puisque certains coûts pourront être partagés entre les deux entités.

« Les profits qui seront générés par ces stations de radios commerciales seront versés sous forme de dividendes à l’OBNL, qui va utiliser ces dividendes pour poursuivre sa mission francophone, » explique Mathieu Manning.

Pour la communauté

Si le plan exact quant au format musical et à la programmation des deux stations reste à élaborer, Mathieu Manning affirme que la communauté anglophone sera également gagnante. Le but est « de mettre la communauté de l’avant, de ramener des gens qui animent localement, de ramener les nouvelles locales, toutes des choses qui avaient été perdues au travers des années. »

Une carte de l’Est ontarien dans les bureaux de GO FM. Photo : Gracieuseté de GO FM

Evanov Communications a annoncé la fermeture des stations il y a moins de deux semaines. Le directeur général de GO FM y a vu une opportunité d’investir dans l’avenir de sa communauté.

« Dans un contexte où l’on sait qu’il y a un effritement du poids démographique des francophones… en ce moment, ça va très bien, la radio. Mais je vois 10, 15, 20 ans plus loin et l’opportunité qu’il y avait sur la table n’est pas une mauvaise affaire. »

Un modèle inhabituel

« Je ne pense pas que ma demande est très complexe et ce n’est pas une énorme transaction pour le CRTC, » avance Mathieu Manning, sans dévoiler le montant prévu, qui sera rendu public au moment du dépôt de la demande.

Néanmoins, ce type de transaction, où un organisme communautaire se porte acquéreur d’une entreprise à but lucratif, est inhabituelle. Celui qui anime également l’émission du matin à GO FM cite l’exemple du journal franco-manitobain La Liberté. Sa société éditrice, Presse-Ouest Ltée, est devenue en 2021 une organisation journalistique enregistrée, « une désignation qui lui permet de remettre des reçus pour fin d’impôts à des donateurs », explique-t-on sur son site web.

L’organisme a ensuite lancé des entreprises de communication bilingue et de production de contenu publicitaire, explique Mathieu Manning.

Le directeur général de GO FM affirme que la transaction sera bonne pour toutes les parties impliquées. Photo : Gracieuseté de GO FM

Le directeur général affirme avoir reçu de nombreux messages positifs, autant de la communauté que des partenaires de GO FM, depuis l’annonce de la transaction, le 18 septembre.

C’est ce vendredi 20 septembre que Evanov communications prévoyait débrancher les deux stations, ainsi que la station Lite 98.5 à Ottawa. Le but de l’entreprise est de se concentrer sur des marchés plus lucratifs pour elle, comme Toronto et Winnipeg.

Une demande officielle sera bientôt présentée au CRTC. Mathieu Manning espère voir sa demande approuvée en 2025.

Accueil des nouveaux arrivants, bistro réinventé, disco silencieux : ces nouveautés du French Fest

SUDBURY – Ce vendredi marque le coup d’envoi du French Fest à Sudbury, dont la programmation est plus étendue que jamais pour souligner le 60e anniversaire de la Slague. Cette édition propose plusieurs nouveautés, y compris une journée d’accueil des nouveaux arrivants.

Colorée. C’est ainsi que les organisateurs décrivent la programmation du French Fest cette année.

« C’est une saison de retour, ça trois ans qu’on est à la place des arts, alors on est encore en train d’apprivoiser les lieux, et dans le cadre de la 60e de la Slague on voulait vraiment relancer une pleine programmation familiale », lance Joëlle Villeneuve, gestionnaire de la Slague.

Pour cette édition, la Slague a choisi de s’allier avec le Réseau du Nord et la Communauté francophone accueillante de Sudbury (CFA) afin d’offrir une journée dédiée aux nouveaux arrivants, le samedi 21 septembre.

Il y aura un marché de kiosques pour découvrir les services communautaires offerts en français, présentés par des organismes postsecondaires comme l’Association des étudiants francophones de l’Université laurentienne (AEF), des services municipaux, certains employeurs de la ville ou encore des médias francophones locaux.

Joëlle Villeneuve, gestionnaire à La Slague, espère que la programmation très fournie de cette année saura séduire plus d’adeptes cette année. Gracieuseté de La Slague

« On s’est dit qu’il n’y a pas juste les Franco-Ontariens de souche qui sont francophones à Sudbury, mais il y a toute une communauté de nouveaux arrivants francophones aussi », confie celle qui est responsable de la programmation depuis juillet dernier, en rappelant que l’objectif du French Fest est aussi d’inviter les anglophones francophiles.

La journée se terminera dans la Grande Salle pour la cérémonie d’accueil menée par l’actrice et compositrice-interprète Patricia Cano au cours de laquelle des représentants municipaux prendront la parole pour accueillir et remercier des membres fraichement arrivés à Sudbury.

Des chanteurs qui testent leur musique

Chansons en chantier est une autre des nouveautés proposées cette année et ouvre la programmation ce vendredi soir. Présentée comme une nouvelle série que la Slague souhaite tester, celle-ci est inspirée par une initiative du Théâtre du nouvel Ontario (TNO).

« Il y a des artistes de notre communauté qui n’ont pas les outils pour faire un spectacle de 45 minutes, mais qui ont peut-être deux ou trois chansons qu’ils aimeraient vraiment tester devant un public. Alors Chanson en chantier, c’est cette idée-là », continue la franco-sudburoise qui rappelle également que cette formule avait été employée lors de la dernière édition de la Nuit émergente, en mai dernier.

Les artistes qui se produiront sur scène sont Olivier Palkovits, Chanelle Albert, Philippe Mathieu et Sarah Craig. Ils seront également à l’honneur de la deuxième édition de la résidence artistique de la Slague.

Pour souligner le 60e, ce ne seront donc pas deux chanteurs, mais bien quatre qui travailleront toute la saison sous la direction artistique et musicale de Daniel Bédard.

Philippe Mathieu, un des chanteurs de la résidence artistique pour la saison 2024-2025. Gracieuseté de La Slague

Disco silencieux et Bistro réimaginé

La Slague a aussi choisi, cette année, d’introduire un disco silencieux le samedi. « Le concept, c’est que tout le monde porte un casque et écoute la même trame. C’est comme si tu dansais dans un gros disco, mais sans avoir le boom super lourd d’une discothèque. Ce qui est drôle, c’est que c’est complètement silencieux », explique Mme Villeneuve.

La Slague veut aussi présenter, cette année, une nouvelle version du Bistro des découvertes. Cette série, où un artiste établi présente un artiste émergent coup de coeur au public, se déroulera dans le Studio Desjardins au lieu du Bistro.

Les premiers invités seront des artistes locaux, Melissa Schaak, qui présentera son frère Andrew, le mardi 24 septembre.

« C’est le premier dans notre série de sept. On va dresser le studio, puis les gens vont se faire servir à leur table, ce qui est vraiment un concept cool, une ambiance plus cocktail pour cette série qui est encore cette année menée par le directeur artistique Daniel Bédard », indique la Franco-Ontarienne.

Parmi les autres activités du samedi dédiées à la famille, on compte notamment un spectacle de chansons avec André et François Lefèbvre, une tournée historique de Sudbury avec Marc Despatie, un parcours littéraire de Sudbury avec Stéphane Gauthier, et l’heure du conte animée par Rachel Desaulniers et Alexandre Matte.

Des ateliers d’éveils artistiques pour enfants se tiendront la journée du samedi. Gracieuseté de La Slague

Bien qu’il soit difficile d’estimer le nombre de participants, étant donné que les activités du samedi sont totalement gratuites, les organisateurs espèrent que la grande vente de garage du centre-ville de Sudbury et le festival des récoltes du marché des fermiers, qui se tiennent la même journée, amèneront plus de curieux cette année.

Une grosse surprise pour le 60e

« On a un spectacle qui s’en vient en début décembre et qu’on va annoncer dans les deux prochaines semaines. Ça va être un grand spectacle qu’on est vraiment fier de présenter », se réjouit celle qui est de retour à Sudbury après plusieurs années passées à Montréal et Toronto.

Plus tard, la Slague prévoit annoncer « une Nuit émergente super éclatée » qui se tiendra en mai 2025.

« Pour le 60e, on est vraiment en train d’essayer de célébrer la manière dont la Slague existe à travers nos collaborations et à travers notre communauté. Alors, c’est vraiment une programmation qui non seulement honore nos collaborateurs habituels, mais honore aussi la communauté », précise-t-elle.

La Franco-Ontarienne à succès Katherine Levac sera à Sudbury le 21 juin 2025. Gracieuseté de La Slague

Elle cite en exemple de grands noms de la scène francophone tels que Mélissa Bédard, Katherine Levac et Fred Pellerin, qui se produiront à Sudbury pour répondre à de multiples demandes de la communauté.

Le French Fest a commencé en 2015, avec une interruption durant la pandémie, et se déroulera jusqu’au mardi 24 septembre.

Les détails de la programmation sont disponibles sur le site internet du Carrefour francophone.

La Baie de Quinte reste aux mains des progressistes-conservateurs

BELLEVILLE – Si la circonscription de l’ancien député Todd Smith reste aux mains du Parti progressiste-conservateur (PC), que les résultats non officiels donnent gagnant, seuls 5 % des voix ont départagé son candidat Tyler Allsopp et le candidat libéral Sean Kelly.

Les spéculations concernant une élection provinciale anticipée en 2025 allant bon train, chaque élection partielle est scrutée à la loupe. En mai dernier, le PC conservait les circonscriptions de Milton et de Kent-Lambton-Middlesex.

Depuis 2018, la Baie de Quinte était représentée par Todd Smith, également ministre de l’Énergie pendant 6 ans, nommé ministre de l’Éducation en juin, soit un peu plus de deux mois avant sa démission pour un poste dans le secteur privé, en tant que vice-président du marketing et du développement des affaires de Candu Energy.

Son siège conserve les couleurs du parti avec Tyler Allsopp, en tête de cette élection partielle avec 38,69 % des voix, talonné de près par Sean Kelly, candidat du Parti libéral, avec 33,32 %, suivi par Amanda Robertson, la candidate du NPD, avec 23,08 %, puis Lori Borthwick, du Parti vert, avec 3,18 % des voix.

Les résultats chiffrés non officiels des quatre candidats en tête. Sur les sept candidats au total qui se sont présentés pour le siège, on comptait également Margaret Schuler du Nouveau Parti bleu (0,99 %), l’indépendant John Turmel (0,40 %) et Mark Snow du Parti libertarien (0,35 %). Photo : Capture d’Élections Ontario

Élections Ontario présente un taux de participation de 38,45 %, soit 97 016 électeurs.

Habitant de Belleville, Tyler Allsopp siège depuis 2021 au conseil municipal et est président de la Commission des services policiers de la Ville. La construction de plus de logements et la réduction des coûts pour les familles ont été ses arguments de campagne principaux, en plus de soutenir certains projets du gouvernement comme l’agrandissement de l’autoroute 401.

Le candidat libéral Sean Kelly est également conseiller municipal et habitant de longue date de la ville de Belleville. Ses principaux axes de campagne s’attachaient à la restauration du système de santé – mettant en avant le fait que l’Hôpital général de Belleville affiche le deuxième temps d’attente aux urgences le plus long de l’Ontario – à l’éducation et à l’accès à la propriété.

La néo-démocrate Amanda Robertson, vice-présidente du conseil scolaire du district de Hastings et Prince Edward, trésorière de la Société John Howard de Belleville, défendait quant à elle une approche communautaire centrée sur les écoles locales, les soins de santé de proximité et le logement.

La candidate du Parti vert Lori Borthwick, travailleuse de première ligne de la santé de longue date dans la région, militait pour rétablir un système public de santé plus juste, en plus de s’impliquer dans des initiatives environnementales.

Le clivage libéral/progressiste-conservateur

« Félicitations à Tyler Allsopp, à sa famille et à son incroyable équipe d’avoir remporté l’élection partielle de la Baie de Quinte. Je sais que Tyler sera un député dévoué qui continuera à faire avancer les choses avec le gouvernement Ford à Queen’s Park. Le travail acharné paie! », a publié Todd Smith sur son compte X officiel.

Le premier ministre ontarien Doug Ford a lui aussi félicité le nouveau député, ne manquant pas de faire rimer « augmentation des taxes » avec le nom de la cheffe du Parti libéral, Bonnie Crombie : « Les habitants de la baie de Quinte ont envoyé un message clair ce soir en élisant un champion local fort qui combattra la taxe libérale sur le carbone et le projet de Bonnie Crombie d’augmenter les taxes. »

Le Parti libéral de l’Ontario a commenté les résultats de l’élection, « preuve que Bonnie Crombie et les libéraux de l’Ontario sont la seule alternative à Doug Ford lors des prochaines élections ».

« Avec une solide deuxième place dans une circonscription traditionnellement conservatrice (…) les libéraux de l’Ontario continueront de tenir les conservateurs de Ford pour responsables d’avoir choisi de récompenser leurs riches amis initiés au lieu de se battre pour les vrais Ontariens et les questions qui leur tiennent à cœur comme les soins de santé, le logement et l’éducation », peut-on lire dans le communiqué.

Le député de l’Est ontarien Francis Drouin quitte le Comité des langues officielles

OTTAWA – Le député libéral franco-ontarien a officiellement quitté ses fonctions de membre du Comité permanent des langues officielles ce mercredi 18 septembre. 

Francis Drouin avait été au centre d’une polémique au printemps dernier après avoir qualifié de « plein de marde » et d’« extrémistes » deux chercheurs québécois qui exposaient des données de Statistique Canada portant sur le lien entre faire des études postsecondaires en anglais au Québec et l’anglicisation. 

Toujours au centre de l’attention à la reprise du Comité en septembre, M. Drouin a pris la décision de partir, comme il l’a confié à ONFR.

« J’avais informé mon whip en juin que si j’étais encore le sujet du jour au Comité des langues officielles en septembre, je quitterais le comité. Parfois en politique, il faut être l’adulte dans la salle. Les enjeux qui touchent les langues officielles sont trop importants pour moi. Je tiens à remercier mes collègues au comité et je vais continuer à défendre les langues officielles en ma capacité de député de Glengarry-Prescott-Russell comme je l’ai fait bien avant que je devienne membre. »

Francis Drouin avait, par ailleurs, déjà annoncé à la fin juillet qu’il ne comptait pas se représenter en tant que député pour les prochaines élections, en octobre 2025. En entrevue avec ONFR, l’élu de Glengarry-Prescott-Russell avait affirmé : « En ce moment, je n’ai plus d’énergie et les gens de chez nous méritent quelqu’un qui va être là à 100 % et je ne serais pas la bonne personne ».

Le représentant franco-ontarien spécifiait alors que sa réflexion était déjà bien entamée avant les événements survenus au Comité des langues officielles, moment où il avait cédé à un « manque de patience », selon ses dires.

Francis Drouin lors de la séance plénière de l’APF à Montréal, le 8 juillet 2024. Montréal, Photo : Bernard Thibodeau, services de photos de la Chambre des communes

Du côté de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF), le mandat de Francis Drouin à la présidence est venu à échéance cet été. Le 9 juillet dernier, lors de la séance plénière tenue à Montréal, c’est le Camerounais Hilarion Etong qui a été élu pour lui succéder. Francis Drouin est maintenant vice-président de la section canadienne de l’APF.

Eric Escaravage : « le football australien, un sport en pleine croissance au Canada »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI  

Eric Escaravage est un joueur de football australien franco-ontarien. Il joue dans la ligue de la Colombie-Britannique avec les Eagles de Burnaby et représente le Canada au niveau international depuis 2023. 

LE CONTEXTE 

Après une carrière de neuf ans dans un sport qu’il qualifie de « reconversion », cet ancien gardien de but de soccer a connu le plus grand moment de sa vie de sportif en représentant le Canada l’été dernier, lors de la Coupe transatlantique, qui s’est déroulée à Toronto.

L’ENJEU 

À travers cet échange, Eric Escaravage fait découvrir son sport, son parcours et l’intérêt grandissant que le football australien connaît au Canada, notamment en Ontario où aura lieu, ce samedi 21 septembre, la grande finale entre les Swans d’Ottawa et les Wildcats d’Hamilton, au College Humber à Etobicoke (14 h 30).

« Comment présenteriez-vous le football australien au grand public?

C’est un mélange de soccer, de rugby et de football américain. L’objectif est de marquer des buts entre les deux grands poteaux. C’est très dynamique. La balle bouge très vite, mais on y ajoute un élément physique comme au rugby ou au football américain. On peut distribuer la balle de deux manières, par un coup de poing ou de pied.  Le tout se joue sur un terrain de cricket, avec 18 joueurs dans chaque équipe. C’est très populaire en Australie, qui a la seule ligue professionnelle au monde. Ici, au Canada, ça reste amateur. 

Comment le sport est organisé au Canada? 

On a plusieurs ligues à travers le pays. Dans mon cas, je joue en AFL de Colombie-Britannique. Il y a cinq équipes dans notre ligue. Je joue pour les Eagles de Burnaby. On a une équipe qui vient des États-Unis aussi, les Grizzlies de Seattle. 

En Ontario, ils ont neuf équipes. C’est à vérifier, mais il me semble qu’ils ont la plus grande ligue de football australien en dehors de l’Australie. Il y a également une équipe nationale, dont je fait partie, avec des joueurs qui viennent de partout au pays. C’est un sport en croissance au Canada, surtout du côté féminin. L’équipe nationale féminine est très forte. 

Comment les athlètes découvrent-ils ce sport? 

En général, c’est un sport de reconversion. Les joueurs de hockey, de rugby ou de soccer trouvent ce sport un peu plus tard dans leur vie. C’est ça qui est intéressant en comparaison à ces autres sports qu’on débute très jeune. Ça vient de la curiosité d’apprendre un nouveau sport, une nouvelle mécanique. Une fois qu’on est dedans, c’est vraiment extraordinaire.

Ancien gardien de but au soccer, le Franco-Ontarien a dû apprendre de nouvelles technique comme le plaquage pour se familiariser avec son nouveau sport. Photo : Mitchell Mcdonald-Roberts / AFL Canada

De votre côté, comment vous est venue cette passion?

J’ai travaillé pour la Coupe du monde féminine à Ottawa en 2015. Après ce contrat, je me suis retrouvé sans emploi et j’avais beaucoup de temps libre. J’avais besoin de faire quelque chose de différent. C’est finalement le meilleur ami de ma sœur qui m’a invité à un match des Swans d’Ottawa, qui est devenue ma première équipe. 

À cette époque, on jouait au milieu de la piste de l’hippodrome Rideau-Carleton. C’était assez drôle. Pour rejoindre le terrain, on devait faire attention à bien surveiller la piste, car il y avait des pratiques de courses de chevaux. 

En voyant le match, je me suis dit : ‘c’est génial, on peut frapper les gens’, je n’avais jamais vraiment fait de sport de contact. Je me suis dit que, comme j’étais gardien au soccer, c’était un peu la même technique pour botter dans le ballon. Cela s’est avéré être très différent. C’est comme ça que j’ai été intéressé et que j’ai été mis en contact avec le capitaine de l’équipe. J’ai débuté mon premier entraînement le jeudi et j’ai joué directement le samedi.

Comment avez-vous atterri dans la ligue en Colombie-Britannique? 

J’ai déménagé ici pour un emploi, et tout naturellement je voulais continuer à jouer. Au-delà du sport en lui-même, j’avais beaucoup aimé le côté relationnel à Ottawa. On m’a mis en contact avec les Eagles de Burnaby et une semaine après mon déménagement, je faisais déjà partie de l’équipe. Ceci m’a permis d’avoir rapidement des amis, qui m’ont aidé à m’établir à Vancouver.

Comment est arrivée votre ambition de jouer avec l’équipe nationale? 

En 2017, un ami a été nommé à l’équipe nationale. Quand on est jeune, on a toujours ce rêve, peu importe le sport, d’avoir cette chance un jour de représenter son pays. Quand on devient adulte, on lâche un petit peu le rêve.

Mais mon ami m’a identifié comme étant un joueur qui pouvait faire partie de l’équipe de développement de la sélection nationale. Cela faisait quelques années que j’avais commencé. J’ai eu la chance de partir avec l’équipe dans un tournoi international à Londres, et je me suis rendu compte que, si je m’entraînais plus, j’aurais des opportunités.

À ce moment-là, j’avais vraiment pour objectif d’entrer dans l’équipe A, car il y avait un grand tournoi en Australie, qui se produit tous les trois ans, qui allait se dérouler. Je me suis fixé 2020 pour y être, mais je n’ai été sélectionné, de nouveau, que comme joueur de réserve. Il y a ensuite eu la COVID et ils ont annulé le tournoi. 

Le football canadien a permis à Eric Scaravage de réaliser le rêve que tout jeune athlète se fixe : représenter le Canada sur la scène internationale. Photo : Mitchell Mcdonald-Roberts / AFL Canada

Quand est arrivée la consécration de jouer pour l’équipe A du Canada? 

J’ai finalement joué mon premier match en 2023, contre les États-Unis. Dernièrement, nous avons fait un nouveau tournoi à Toronto qui s’appelle la Coupe transatlantique. Nous avons regroupé l’Irlande, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Canada et la Colombie. C’était probablement la meilleure expérience de ma vie. 

Peut-on imaginer voir le football australien aux Jeux olympiques de Brisbane en Australie? 

Ce serait un rêve. Je ne sais pas si c’est quelque chose de possible, car l’Australie est le seul pays professionnel. Il y a un tel décalage de niveau qu’ils ne participent pas aux compétitions internationales. Je sais qu’en 1956, pour les Jeux olympiques à Melbourne, le football australien était un sport de démonstration. Mais aujourd’hui, je serai très surpris qu’il y soit. Après, peut-être du côté féminin où l’écart de niveau est un peu moins important. » 

Guillaume Côté passe au maquillage

Guillaume Côté, danseur étoile du Ballet national du Canada, s’apprête à entamer un nouveau chapitre de sa vie lorsqu’il quittera la compagnie en 2025. Sur la chaise de maquillage de Julie Champagne, le Torontois d’adoption, maintenant âgé de 43 ans, avoue être excité à l’idée de se concentrer sur sa propre compagnie, Côté Danse, avec laquelle il espère s’éloigner du moule classique et faire vivre la danse autrement, en misant notamment sur la diversité corporelle. Guillaume Côté aborde aussi les défis qu’il a dû surmonter lorsqu’il a quitté, à 11 ans, son petit village de Lac-à-la-Croix, dans la région du Lac Saint-Jean, pour se joindre à l’École nationale de ballet du Canada à Toronto.

« Le ballet, c’est entraîner ton corps à faire des choses qui sont quand même assez magnifiques et magiques, et ce n’est jamais dit à nulle part que ça demande un certain physique. »
— Guillaume Côté

Un nouveau service de garde francophone à Markstay-Warren

MARKSTAY-WARREN – Un nouveau service de garde francophone verra le jour à Warren, dans le district de Sudbury-Est, à partir du 1er octobre 2024.

C’est ce que vient d’annoncer le Carrefour francophone de Sudbury, en partenariat avec le Conseil scolaire catholique Nouvelon et la municipalité de Markstay-Warren.

Ce centre, installé dans l’école St-Thomas, fournira des services de garde d’enfants avant et après les heures de classe, dans le cadre du programme Tremplin, avec un maximum de 15 places.

« Une grosse partie du défi de répondre à la demande de services en français pour la petite enfance, c’est la pénurie d’éducatrices et d’éducateurs qualifiés », explique Stéphane Gauthier, directeur général du Carrefour francophone.

« Mais nos efforts de ce point de vue ont du succès. Nous pouvons offrir de meilleures conditions de travail et mieux valoriser la profession, donc nous pouvons augmenter notre équipe et étendre notre réseau. »

Le Carrefour francophone a bon espoir que l’ouverture de ce centre Tremplin représente un premier pas vers une future augmentation des services à l’enfance dans le secteur de Markstay-Warren. Photo : Gracieuseté du Carrefour francophone.

« L’ajout de ce service de garde répond à la demande des parents de la collectivité de Warren de pouvoir bénéficier d’un service nécessaire et optimal avant et après les heures de classe en français pour leurs enfants », déclare de son côté M. Paul Henry, directeur de l’éducation et secrétaire-trésorier du CSC Nouvelon.

Il ajoute : « Ce service est d’une grande importance puisqu’il facilitera la transition entre le foyer et le milieu scolaire, tout en contribuant à l’épanouissement des enfants. »

Un pas de plus envers la francophonie

La Municipalité de Markstay-Warren applaudit aussi l’arrivée de ces nouveaux services aux parents de Sudbury-Est.

« Cette installation offrira un environnement sûr et accueillant où les enfants pourront grandir et s’épanouir, et elle représente un investissement vital pour l’avenir de notre communauté », partage le Maire, Steven Olsen.

« En offrant des services de garde et d’éducation de haute qualité, nous appuyons non seulement les parents qui travaillent, mais également la réussite de nos enfants. »

La Municipalité compte 30 % de personnes dont le français est la première langue officielle parlée et est devenue une collectivité officiellement bilingue en 2023.

En juillet dernier, celle-ci avait reçu 49 950 $ de la province pour financer la traduction de son site web, le développement de panneaux bilingues dans des espaces publics et la production d’un bulletin d’information en format papier et numérique dans les deux langues officielles.

La Ville de Markstay-Warren a fêté son premier Jour des Franco-Ontariens le 25 septembre 2023. Photo : Gracieuseté de Marc Lavigne.

12 services dans la région

Originaire de Warren, Taylor Landry, éducatrice inscrite à l’Ordre des éducatrices et éducateurs de la petite enfance (EPEI), a été recrutée récemment pour travailler au centre Tremplin.

Supervisée par Samantha-Joe Laforest, celle-ci fournira aux enfants de quatre à 12 ans les activités d’apprentissage axées sur le jeu et les activités en plein air, comme le veut la programmation pédagogique du Carrefour francophone.

Ce service s’ajoute aux 11 centres de la petite enfance et quatre programmes parascolaires (Tremplins) du Carrefour francophone, avec des emplacements à St-Charles et à Noëlville dans la région de Sudbury-Est.

Début de la construction du « plus gros projet de l’histoire de Russell »

RUSSELL – La municipalité de Russell a procédé mardi matin au début officiel de la construction de son nouveau Complexe récréatif, qui devrait ouvrir en 2026. Avec un contrat de construction de 86 millions de dollars, le total des frais associés au projet s’élève à plus de 104 millions de dollars.

La première pelletée de terre officielle a eu lieu entre Embrun et Russell, sur le terrain adjacent au dôme sportif où sera bâti le centre.

« C’est le plus gros projet de l’histoire de Russell et ce projet rapportera beaucoup à l’économie de notre ville », a déclaré le maire de Russell, Mike Tarnowski, dans son discours bilingue d’introduction. Il a souligné le combat mené avec son épouse afin d’obtenir une piscine intérieure, depuis leur arrivée dans le canton en 1997.

Le maire de Russell Mike Tarnowski s’est montré très enthousiaste devant le potentiel de ce projet pour la municipalité. Gracieuseté de la Municipalité de Russell

« C’est quelque chose que les résidents demandaient depuis déjà longtemps, mais on n’avait pas la population pour justifier le coût. Mais là, on grossit à vue d’œil dans la communauté depuis quelques années et on arrive vraiment au nombre magique qui fait qu’on peut se permettre un centre comme ça », a ajouté le maire Tarnowski.

Le député provincial de Glengarry-Prescott-Russell, Stéphane Sarrazin, était présent. Son homologue fédéral, Francis Drouin, n’a pas pu faire le déplacement, mais a tenu à laisser un mot d’encouragement. Une poignée de résidents ont aussi assisté à la cérémonie, tout comme d’ex-cadres de la municipalité, en plus de la présence remarquée de l’ancien maire, Pierre Leroux.

« C’est la réalité du fait de gouverner. Parfois, on travaille sur de grands projets qui ne voient le jour que des années après, alors je tiens à remercier tous ceux qui y ont contribué dans le passé », a lancé l’élu provincial francophone.

La foule présente lors de la cérémonie mardi matin à Russell. Gracieuseté de la Municipalité de Russell

Un projet d’envergure

Les conversations autour de la création de ce nouveau centre ont commencé en 2015, sous l’impulsion du maire Pierre Leroux, qui a démissionné de son rôle le 19 avril dernier.

Ce complexe sportif comprendra trois patinoires avec une capacité totale de 752 places, une salle communautaire de 10 000 pieds carrés, une piscine de 25 mètres sur six couloirs et des vestiaires inclusifs. En périphérie du complexe se trouvera un dôme sportif dans lequel se trouveront une salle de gym, une piste de course, un terrain de tennis et un terrain de soccer intérieur.

« Le fait de tout avoir au même endroit va nous faire économiser de l’argent et nous permettre de tenir plusieurs événements au même endroit, avec la salle communautaire qui peut être divisée en trois, par exemple », confie le maire nommé à la tête de la municipalité le 30 avril dernier.

La Municipalité espère que le complexe amènera des amateurs de sports des villes environnantes. Gracieuseté de la Municipalité de Russell

La municipalité dit avoir eu comme projet, dans les premiers plans, de bâtir un second étage à partir duquel il aurait été possible de visionner les matchs de hockey. De nombreuses idées du public concernant d’autres types d’infrastructures sportives ont été envisagées.

« Il y avait beaucoup de demandes, mais il fallait quand même se limiter à ce qu’on pouvait se permettre avec le nombre de résidents. On a essayé de balancer toutes les demandes avec d’autres choses qu’on a qu’on a déjà. »

Celui qui avait commencé un mandat de conseiller en 2018 a confié à ONFR que des discussions sont encore en cours concernant l’avenir des deux vétustes arénas et de la salle communautaire existant déjà dans la ville, avec une décision qui devrait arriver au courant de l’automne.

« On a beaucoup de demandes pour du logement abordable et pour avoir un terrain de pickleball, alors ce sont des possibilités qui seront étudiées par le conseil municipal », lâche l’élu francophone.

Un plan d’une des salles de hockey sur glace. Gracieuseté de la Municipalité de Russell

Combat pour le financement

Un processus d’appel d’offres pour les frais de construction avait été remporté par la compagnie ottavienne McDonald Brothers Construction fin juin, pour un contrat de plus de 86 millions de dollars.

Le coût total du futur complexe est estimé à 104,3 millions par l’administration municipale et un fonds de prévoyance de 5 % sera aussi mis en place pour éponger des dépenses imprévues. 79 millions de dollars seront prêtés par Infrastructure Ontario à la Municipalité, qui complètera la mise de fonds.

Le maire souhaite rassurer les citoyens en avançant que la Ville a déjà une bonne somme d’argent comme appoint : « On a déjà commencé ce projet en 2018, en mettant de l’argent de côté tout de suite pour s’assurer qu’il n’y aura pas un choc pour les résidents en 2026, quand les portes vont ouvrir. »

La municipalité a publié une vidéo présentant le futur centre. Source : Youtube de la Municipalité de Russell

Mike Tarnowski ajoute : « Il ne va pas avoir une grosse différence au niveau des taxes avec ce nouveau complexe de 100 millions de dollars. » La Ville compte également sur le nouveau Fonds de 200 millions de dollars sur trois ans pour l’infrastructure communautaire des sports et des loisirs, annoncé dans le cadre du budget de 2024.

« On a fait la demande et on travaille très fort pour avoir accès justement à ces fonds. Je pense que le maximum qu’on peut avoir c’est 10 millions, mais on va essayer de toucher autant qu’on peut. »

Ce à quoi le député provincial Stéphane Sarrazin a aussi fait écho dans son allocution : « Nous espérons obtenir des fonds via ce projet, je vais travailler avec le canton pour chercher du financement pour ce projet. »

Lutte : Linda Morais revient sur l’expérience unique des Jeux olympiques

Avec du recul mais aussi des émotions toujours intactes, Linda Morais revient sur son expérience olympique. Malgré un résultat décevant avec une élimination dès son premier combat face à la Nigériane Blessing Oborududu, la lutteuse franco-ontarienne nous replonge dans ce qu’elle considère comme étant le meilleur moment de sa carrière. 

A 31 ans, Linda Morais a atteint l’objectif de sa carrière en disputant ses premiers Jeux olympiques à Paris, dans l’épreuve de lutte en catégorie 68 kg. Discipline cruelle, la lutte fait partie de ces sports où l’élimination peut surgir dès le premier match, la première course, le premier combat. C’est ce qui s’est passé pour la Franco-Ontarienne, qui n’a pas été gâtée par le tirage au sort en affrontant d’entrée de jeu la très expérimentée Blessing Oborududu, médaillée d’argent à Tokyo en 2021.

« Ce n’était pas la première fois que je l’affrontais, on avait combattu en 2022 aux Jeux du Commonwealth, confie Linda Morais. Je savais que c’était une athlète très agressive. Avec mon entraîneur, on a essayé de se préparer pour son style de lutte mais, malheureusement, c’est une fille contre qui j’ai de la difficulté. J’ai tout de même été contente d’avoir pu marquer des points. Ça n’avait pas été le cas la première fois contre elle. J’aurais aimé réussir à être plus défensive, elle a réussi à me plaquer à plusieurs reprises. »

Après avoir pourtant mené 2-0, la Canadienne a subi les foudres de son adversaire, qui a inscrit huit points de suite, ne lui laissant aucune chance de revenir dans le combat.

Linda Morais n’a pas réussi à contrer l’agressivité et les attaques de Blessing Oborududu. Photo : Eugene Hoshiko / AP

Dans un entretien accordé à ONFR en amont des Jeux, Linda Morais avait indiqué que la gestion du stress aurait un grand rôle à jouer dans sa réussite à Paris. Lors de sa dernière chance de qualification olympique, elle avait réussi à se mettre dans un état d’esprit détaché. C’est ce qu’elle a tenté de faire lors de son entrée en lice dans les Jeux. 

« J’ai pu l’effacer un petit peu (le stress). Il me semble que la première ronde du combat s’est bien passée. J’étais vraiment concentré sur la défense et sur le fait de prendre du plaisir. Mais dans la deuxième ronde, je ne sais pas exactement quoi, mais quelque chose s’est passé et je n’étais pas autant dans cet esprit-là. À partir du moment où elle a marqué un point, j’ai peut-être laissé la panique survenir, mais j’ai quand-même pris du plaisir et de la gratitude, c’est pour cela que j’ai tant aimé les Jeux. »

Un soutien incommensurable

La beauté du sport se trouve là. Malgré ce résultat décevant, la lutteuse franco-ontarienne a vécu une expérience unique. Même si elle a dû vivre une autre période de fort stress en suivant les résultats de son adversaire, dans l’espoir d’obtenir une qualification pour les repêchages qui n’est pas arrivée, la suite n’a été que du bonheur partagé avec les membres de sa famille et ses amis venus spécialement à Paris pour la soutenir. 

« J’aurais aimé mieux performer et faire un meilleur résultat, mais ça a quand même été une expérience super fun. C’était la meilleure expérience de ma carrière, confie-t-elle. Du moment où je me suis qualifiée jusqu’au moment où je suis rentrée des Jeux, j’ai eu tellement d’encouragements de ma famille et de mes amis, c’est quelque chose de spécial que je n’avais jamais eu pour les Championnats du monde auparavant. C’était impressionnant de voir aussi le soutien de tout le Canada, les gens aiment vraiment les Jeux olympiques. Ce support était incroyable. » 

Linda Morais raconte avec beaucoup d’émotion la soirée qui a suivi son élimination. Il était alors 23 heures à Paris, Blessing Oborududu venait de perdre en demi-finale et les espoirs de pouvoir passer aux repêchages s’étaient envolés. 

« Ce qui était vraiment spécial et que je n’avais jamais vécu auparavant, c’est le fait que, cette fois, je n’ai pas été triste ou embarrassée comme ça a pu être le cas par le passé. J’avais 25 de mes amis et membres de ma famille pour me soutenir. Après ma défaite, j’ai reçu un message de mon frère qui m’a dit : ‘peu importe ta performance, viens avec nous, on veut te célébrer’. 

Quand j’ai reçu ce texto, je me suis dit : ‘oui pourquoi pas’, alors que par le passé j’aurais peut-être refusé, parce que j’étais trop triste. Je les ai rejoints dans le sous-sol d’un pub, ils étaient 23 des 25 présents et on a fêté toute la soirée. C’était vraiment cool

Après ça, pour le reste des Jeux, j’en ai passé une grande partie à visiter les sites avec ma famille et mes amis. Je n’ai pas eu le temps de me mettre dans un état d’esprit négatif, grâce à tout ce soutien que j’ai reçu immédiatement sur place. »

Linda Morais ne peut pas se projeter dans quatre ans pour les prochains Jeux olympiques, mais elle n’a pas fini de représenter le Canada sur la scène internationale. Photo : WCL

Retour à la compétition

À son retour de Paris, la native de Windsor a pris un temps de repos bien mérité et a retrouvé le chemin de son travail. 

« C’était nécessaire et ça m’apporte de l’équilibre dans ma vie. »

À 31 ans, il est difficile, voire impossible, pour la lutteuse franco-ontarienne de se projeter dans quatre ans et d’ambitionner les Jeux olympiques de Los Angeles. Cela dépendra de l’évolution de ses performances et de sa condition physique. 

« Pour l’instant, je vais prendre année par année, on verra…. J’aimerais déjà faire une autre compétition, juste pour montrer ce que j’avais préparé pour Paris. » 

Cette  prochaine compétition pour laquelle elle est déjà en préparation aura lieu en novembre prochain à New York. 

Vers de « nouveaux horizons » à la Société historique du Nouvel-Ontario : « On est prêts à accepter tous les preneurs »

Marc Despatie est le président du conseil d’administration de la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO).

Après des années de plus faible activité marquées par la pandémie, l’heure est au renouvellement pour la SHNO.

L’organisme fondé en 1942 par des Jésuites de Sudbury et du Nord ontarien souhaite faire évoluer son image afin d’attirer des personnes de tous horizons et faire évoluer sa mission.

« D’où vient ce besoin pour la SHNO de se renouveler?

Je pense que c’est d’abord le fait que plusieurs de nos membres des conseils d’administration sont partis et que les historiens aussi, du fait qu’il n’y a plus de département d’histoire avec la crise à la Laurentienne.

On s’est dit que nous, on est des civils qui sont intéressés par l’histoire, mais que ce serait un bon moment de repenser la Société historique du Nouvel-Ontario et de lui redonner vie. Et c’est là qu’on a eu l’idée d’aller chercher Lynne Dupuis comme consultante, de préparer une soirée où l’on inviterait la population de la région à venir nous donner leur opinion sur notre organisme et de voir s’il y avait un intérêt à continuer les travaux et, si oui, de quelle manière.

Avez-vous rencontré le succès escompté?

Oui, les gens ont répondu à l’appel. On était près de 75 personnes au Collège Boréal pour cette soirée. Des gens qu’on n’avait pas vus depuis longtemps ont fait le déplacement, comme Dominique Chivot, qui avait déjà fait partie de la société et qui était professeur d’histoire au Collège Notre-Dame, mais aussi d’autres enseignants, des jeunes enseignants, des familles. Des personnalités comme Patrick Breton du Centre franco-ontarien de folklore ou encore Stéphane Gauthier du Carrefour francophone ont aussi montré de l’intérêt.

Plusieurs jeunes sont venus participer à la soirée. On a eu 15 personnes qui ont demandé à rejoindre notre groupe de travail. En ce moment, on a deux groupes de travail, celui sur les choses officielles et un autre qui travaille plutôt sur la mise en marché, le marketing, avec l’idée de reprendre le contrôle de notre site internet, entre autres.

La SHNO était présente lors du salon du livre du Grand Sudbury à la Place des Arts, en mai dernier. Source : Pierre Riopel/Facebook

Quels ont été les retours du public, justement?

Les gens nous ont dit que c’est bien de publier des documents historiques, mais que ça n’avait pas nécessairement besoin de n’être que des travaux érudits.

On pourrait aussi songer à publier des travaux d’histoire orale ou ce qu’on appelle, dans le domaine, de la petite histoire, comme des gens qui se rencontrent ou des faits inédits. Ça nous a permis de voir qu’il faudrait peut-être qu’on pense un peu à la mission et à la vision de la Société historique, parce que nous, on est prêts à accepter tous les preneurs.

Si les gens sont intéressés et qu’ils veulent contribuer, pourquoi est-ce qu’il faut qu’on se limite à un genre d’histoire? Donc, à la suite de cette soirée-là, nous avons préparé un petit plan de travail.

Souhaitez-vous aussi rejoindre les nouveaux arrivants désireux de connaître l’histoire de la région?

C’est sûr que nous, on veut populariser un peu cette histoire. On veut que les gens en apprennent plus longuement sur qui l’on est, d’où l’on vient. Il ne faut pas se leurrer, au début, c’étaient des jésuites qui ont fondé la Société et, quand on lit les documents plus anciens, il faut faire la part des choses. Il y a beaucoup de références à des modèles ou des concepts de la société canadienne-française de l’époque, qui était catholique. Mais ça peut être utile aussi pour les nouveaux arrivants.

Notre société s’est beaucoup laïcisée, mais c’est important de comprendre que les institutions de base à Sudbury ont été créées par beaucoup de jésuites et ça leur donne une facture particulière. Cela signifie qu’il faut éventuellement songer, quand on reconstitue notre société, à laisser tomber certaines choses, à ouvrir nos horizons. Ce sera intéressant, éventuellement, que les nouveaux arrivants nous parlent de leurs histoires dans la région.

La SHNO a été créée au Collège du Sacré-Cœur, qui est devenu l’Université de Sudbury. Source : Site de l’Amérique française

Financièrement, comment se porte la SHNO?

On fonctionne présentement avec une équipe de bénévoles. On n’est pas en situation critique en termes de finances, mais on n’a certainement pas les moyens d’embaucher quelqu’un. C’est un autre aspect du travail qu’on veut faire, soit de déterminer si on aurait besoin d’un employé permanent ou d’un employé temporaire, mais aussi de savoir si on pourrait demander des subventions, par exemple.

Pour ce faire, il faut d’abord mettre nos affaires en ordre, comme d’avoir un conseil d’administration dûment élu et de savoir si l’on est, en fait, une société constituée, une société officielle à but non lucratif. Mais aussi, il faudra être certain de faire une mise à jour de nos règlements afin de refléter les besoins et orientations actuelles de la société, car on se rend compte que nos statuts et règlements sont vieux de 20-25 ans.

Quelles sont les prochaines étapes?

On travaille tout l’été sur la question des règlements. À l’automne, on convoquerait encore une fois la communauté afin de proposer une nouvelle vision, un nouveau mandat et un nouveau règlement.

Une deuxième phase du plan de travail serait d’organiser des conférences, potentiellement une publication et d’avoir une assemblée générale officielle au cours de laquelle on pourrait demander à un chercheur de venir nous parler de son travail, comme dans l’ancienne tradition, avec un petit bonbon historique. »

Francophonie en Fête : une 19e édition ancrée dans le multiculturalisme torontois 

TORONTO – Placée sous le signe de la célébration de la diversité francophone torontoise, la 19e édition du festival Francophonie en Fête a rempli cette mission cette fin de semaine. Une programmation éclectique, tant par les styles musicaux que par les origines des artistes. Si l’audience n’était pas à hauteur des attentes pour cette édition, l’organisateur compte miser sur une promotion à plus grande échelle pour l’année prochaine.

«  Vous savez, Toronto est la ville qui est peut-être la plus multiculturelle au monde, même plus que New York. Dans cette immigration, il y a beaucoup de pays où l’on parle le français. C’est surtout cela qu’on va chercher, cette diversité immigrante qui fait partie de l’identité de la francophonie mondiale. Pour nous, le festival doit refléter ces communautés, qui sont de plus en plus importantes et participatives. Elles se reconnaissent dans ce festival. »

Dans un entretien accordé à ONFR quelques jours avant le lancement de cette 19e édition de la Francophonie en Fête, Jacques Charette, le directeur général du festival, avait planté le décor de cette édition « quatre fois plus grosse » que les précédentes.

Pour sa 19e édition, Francophonie en Fête a occupé un espace quatre à cinq fois plus grand que les éditions précédentes. Photo : ONFR/Mickael Laviolle

Le ton a été donné dès vendredi soir avec Tali de York, une poète et autrice-compositrice-interprète ontarienne, qui a emmené les spectateurs dans leurs souvenirs lointains et même au-delà, à travers des chansons de l’époque de ses parents et ses grand-parents. C’est ensuite Anne Sophie Roy, une pianiste originaire du Québec qui a partagé son répertoire, suivie de Rouslan Trio, un jeune groupe canadien composé d’anciens élèves et lauréats des conservatoires de musique de Minsk et d’Odessa. Le groupe a présenté son répertoire diversifié, allant du Jazz à la musique expérimentale, en passant par des partitions modernes. 

Dans la foulée, c’est Folklassico qui a pris le micro. Cet artiste d’origine camerounaise résidant à Toronto a rendu le spectacle interactif en impliquant le public à travers des exercices vocaux en prémisse d’une participation à une chanson montée à plusieurs voix. 

La fin de la soirée de vendredi a pris un tournant plus dansant avec DJ Clembox, représentant fièrement ses deux pays d’origine, le Cameroun et le Congo, ainsi qu’avec le Québécois LeMIND et l’Ottavien SMPTY, qui se sont succédés aux platines. La première soirée s’est conclue sur de la musique électronique Afro House Congolaise avec Kizaba, le maître en la matière au Canada. 

KIzaba en conclusion de la soirée du vendredi. Photo : ONFR/Mickael Laviolle

Le lendemain, les spectacles ont repris sous le signe des sonorités orientales avec les prestations de Maryem Tollar, une Canadienne d’origine égyptienne, interprétant de la musique arabe classique, en ouverture de la journée, puis de Kazdoura en milieu de programmation, qui ont réinventé les classiques de manière plus moderne. En fin de journée, c’est un groupe de Jazz arabe, Moneka, qui a offert un mélange de sonorités originaires de l’Irak, pays d’origine du fondateur du groupe, avec des rythmes africains hérités de la famille Moneka. 

Les musiques afro-caribéennes ont également trouvé leur place dans cette deuxième journée de programmation avec les performances du chanteur haïtien Dieufaite Charles et de la dominicaine Ana Lía. Ces deux prestations avaient succédé à des spectacles de musique africaine, Alpha Rythm roots et ses percussions, ainsi que Njacko Backo, le maître du Kalinga, un style musical originaire du Cameroun. 

Enfin, le chanteur de R’n’B originaire de France Dee Joyce et le DJ montréalais Dual-IT ont apporté une touche urbaine à la programmation du samedi soir, tandis que le groupe Cactus Rock était présent pour ravir les fans de rock’n roll. 

Dee Joyce en piano-voix avec son guitariste. Photo : ONFR/Mickael Laviolle

Le point noir : une audience réduite

En plus des concerts, l’organisation a vu grand avec une zone famille où étaient proposés des spectacles et des jeux pour les enfants, avec notamment la présence de Mamie Gâteau de TFO. Une autre portion du festival était dédiée à l’échange culturel avec la présence de nombreux organismes communautaires et des kiosques de nourritures variés.

L’événement s’est poursuivi dimanche sous l’autoroute Gardiner à la scène Bentway (250 boulevard Fort York) avec une programmation toujours aussi variée qui aurait dû attirer toutes les communautés de la francophonie torontoise. 

Philippe Flahaut a ouvert le bal ce dimanche pour la dernière journée. Photo : ONFR/Mickael Laviolle

Malheureusement, le gros point noir de l’événement demeure l’affluence qui n’a pas été au niveau des attentes. Les milliers de spectateurs attendus n’ont pas été au rendez-vous. Insuffisant pour décourager l’organisationn qui a préféré voir le côté positif, cette plus grande édition faisant guise de test en amont de la vingtième édition en 2025. 

« On se rend compte que ce n’est pas facile de rejoindre la communauté francophone à Toronto, a confié Jacques Charette. J’ai l’impression qu’il faut faire énormément de promotion, pas seulement dans les médias francophones, mais aussi anglophones. Malheureusement, c’est beaucoup plus cher. »

« Cette année, on apprend beaucoup en vue de la vingtième et on sait qu’on devra beaucoup plus miser sur la promotion l’année prochaine. On va aussi essayer de collaborer plus avec les écoles pour mettre au courant les familles et faire venir ce public. C’est certainement à ce niveau-là qu’il faudra faire des améliorations. »

M. Charette peut compter sur des membres de l’organisation qui le soutiennent dans son projet, à l’image de Thierno Soumaré, animateur de l’événement sur la scène principale lors des trois jours et l’homme derrière l’idée des kiosques multiculturels. Pour lui, hors de question de baisser les bras dans l’adversité, ce festival est une nécessité pour la communauté francophone torontoise. Plein d’optimisme, il le voit continuer à grandir et à s’imposer comme un événement incontournable dans les années à venir.

« Notre idée est de créer un festival qui est comme un village francophone, explique-t-il. Ce festival, depuis 19 ans, essaie de réunir toute la francophonie. On dit toujours qu’il n’y a pas de quartier francophone à Toronto. Nous voulons, une fois dans l’année, que ce festival représente ce quartier francophone. Cela va prendre du temps, mais une fois que la communauté comprendra qu’on peut être ensemble autour de quelque chose, d’ici quelques années, vous verrez, toute la communauté francophone va se regrouper autour de cet événement, qui sera le porte-drapeau de cette francophonie. Il faut continuer à le supporter à tous les niveaux. »

Cohabitation avec la Franco-Fête

Pour l’instant, malgré le déficit budgétaire évoqué par le directeur général dans l’entretien accordé à ONFR, la reconduction du festival pour 2025 n’est pas en danger. Une question se pose, en revanche, quant à la cohabitation avec la Franco-Fête, l’autre festival de musique francophone torontois qui a eu lieu cette année à la fin du mois d’août.

Si la fusion des deux pourrait apparaître comme une solution évidente, elle n’est pas envisagée par les organisateurs de part et d’autre. On considère que les deux festivals peuvent cohabiter, mais une problématique demeure, celle de la trop grande proximité temporelle entre les deux événements, qui ont, en plus, un nom très proche.

« Parfois, les gens confondent les deux et nous disent qu’ils ont participé à Francophonie en Fête », confie M. Charette.

Selon nos informations, il se pourrait que ce problème soit résolu dès 2025. En effet, la Franco-Fête songerait à déplacer l’événement en juin, comme c’était le cas initialement. Cette initiative permettrait aux deux festivals de se démarquer, l’un au début de l’été et l’autre à la rentrée.

Francophonie en Fête n’est pas terminé. Le festival propose deux concerts en salle avec LGS pour fêter le jour des Franco-Ontariens le 26 septembre, puis l’artiste franco-italien Nicolas Ciccone qui se produira le 28 septembre. Les deux événements se dérouleront au Paradise Theatre à Toronto. Les billets sont disponibles sur le site internet de Francophonie en Fête.


By Jove! Le célèbre portrait de Winston Churchill volé à Ottawa retrouvé en Italie

Chaque samedi, ONFR propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

Dans la dernière décennie, le controversé projet d’agrandissement du Château Laurier était le dossier du patrimoine qui avait surtout retenu l’attention. C’était sans savoir qu’un vol audacieux, digne d’un scénario de film, allait se produire il y a deux ans et demi dans le plus prestigieux et historique hôtel de la capitale du Canada.

Rappels des faits

Entre le 25 décembre 2021 et le 6 janvier 2022, le célèbre portrait de l’ancien premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965) exposé de façon permanente dans la salle de lecture de l’hôtel Château Laurier à Ottawa a été dérobé, sans que personne ne s’en aperçoive. Ce n’est que le huit mois plus tard, le 22 août 2022, que des employés s’en sont rendus compte lors d’un entretien ménager de routine.

Ce portrait est une œuvre réalisée par le tout aussi célèbre photographe Yousuf Karsh (1908-2002), un réfugié arménien qui établit son studio au Château Laurier, à Ottawa. C’est aussi dans cet hôtel, ouvert en 1912, qu’il habitera pendant de nombreuses années.

Soulignions que la première épouse de Karsh, Solange Gauthier (1902-1961) était Franco-Ontarienne (originaire de France) et que Karsh lui-même pouvait parler très bien français.

Quant au portrait de Churchill, il a été réalisé lors d’une visite le 30 décembre 1941 du premier ministre britannique. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, Churchill se rend à Ottawa pour prendre la parole au parlement du Canada afin de motiver l’effort de guerre canadien et l’appui du Dominion à la résistance des Îles britanniques aux blitz aériens allemands. Tribun hors pair, fin connaisseur de l’histoire et doté d’un sens de la répartie légendaire, il prendra même soin de prononcer quelques phrases en français, soucieux de ne pas oublier les députés canadiens-français.

Valeur patrimoniale

Après s’être adressé aux parlementaires canadiens, Churchill se rend dans le bureau privé du président de la Chambre, où Karsh lui demande de laisser de côté son cigare, ce que ce dernier refuse. Dans un geste aussi téméraire qu’inconscient, le photographe le lui retire furtivement.

Le premier ministre britannique, mécontent, fusille du regard Karsh, qui en profite pour le photographier aussitôt. Le résultat final est exquis : le regard et la pose de Churchill personnifient l’essence même du personnage et le caractère déterminé et résolu de celui qui soutiendra le moral des Britanniques pendant toute la Seconde Guerre mondiale.

Sir Winston Churchill s’adresse aux parlementaires à la Chambre des communes du Canada le 30 décembre 1941, le même jour où sera fait le célèbre portrait de Karsh. Source : Bibliothèque et Archives Canada

Le contexte du portrait de Winston Churchill par Yousuf Karsh, est tout aussi important pour ses qualités photographiques évidentes que pour sa valeur historique et patrimoniale.  

Reproduit à des fins de propagande pendant la guerre, puis sur des timbres et le 5 livre sterling britannique, ce portrait propulsera la carrière de Karsh à l’échelle internationale. C’est d’ailleurs, selon le magazine The Economist, le portrait qui a été le plus reproduit de toute l’histoire de la photographie.

Un vol audacieux

C’est pendant un énième confinement lors de la pandémie COVID-19 entre la fin de l’année 2021 et le début de l’année 2022 que les enquêteurs ont pu déterminer que le portrait a été dérobé du Château Laurier. Le vol n’est pas immédiatement signalé car l’original a été remplacé par une copie.

La ou les personne(s) coupable(s) du vol ont minutieusement prémédité leur geste et connaissai(en)t la valeur patrimoniale et monétaire (autour de 50 000 $) du portrait. Les événements rappellent d’ailleurs l’intrigue de l’album L’Affaire du collier (1963) de la série de bandes dessinées des aventures de Blake et Mortimer du bédéiste franco-belge Edgar P. Jacobs.

 Le Château Laurier, à Ottawa. Photo : iStock.com/Pgiam 

Une fois le vol signalé à la police en août 2022, la nouvelle a fait le tour de la planète. Un des intervenants qui commentera le plus souvent le cambriolage dans les médias sera le Franco-Ontarien Michel Prévost, ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa et lauréat en 2018 du Prix Bernard-Grandmaître.

On se demandait si le portrait allait être retrouvé un jour. C’était dans l’ordre du possible : la célèbre Joconde, dérobée du musée du Louvre en 1922 avait rapidement été retrouvée. Autre exemple : en 2011, probablement rongé par la culpabilité, quelqu’un avait remis anonymement à l’hôtel Lord Elgin à Ottawa une lettre d’excuse accompagnée d’une statuette de bronze du général britannique James Wolfe, volée 50 ans plus tôt des archives nationales du Canada. À cette époque, Michel Prévost avait même déclaré à Radio-Canada qu’« en 30 ans de carrière comme archiviste, je n’ai jamais entendu une histoire aussi fascinante. »

Tout est bien qui finit bien

Quant au portrait de Churchill, c’est grâce au travail des enquêteurs que le vol vient d’être résolu. Une collaboration entre le Service de la police d’Ottawa (SPO) et la police de la métropole de Londres a permis de retracer des indices permettant de déterminer qu’un acheteur de Gênes, en Italie, s’était procuré le célèbre portrait à la maison de vente aux enchères Sotheby’s à Londres. Ni l’acheteur, ni Sotheby’s n’étaient au courant que le portrait en leur possession était une œuvre volée, car la transaction s’est concrétisée avant le signalement du vol à la police.

Un homme de 43 ans de Powassan, en Ontario, a été arrêté le 25 avril, selon CBC News. Le suspect a comparu devant le tribunal à Ottawa le lendemain pour plusieurs infractions, dont le vol, la contrefaçon et le trafic de biens volés. Le nom du suspect n’a pas été dévoilé par les autorités, puisque son identité fait l’objet d’une ordonnance de non-publication.

Yousuf Karsh en 1958. Source : Wikipédia

Le célèbre portrait sera remis en main propre à la SPO le 19 septembre lors d’une cérémonie à Rome. Il sera ensuite rapatrié au Canada et réintégré sur les murs du Château Laurier, où se trouve aussi d’ailleurs portraits de Karsh. On imagine bien que l’hôtel aura renforcé d’ici là son dispositif de sécurité.

Ces derniers développements arrivent au moment où l’expert-conseil en patrimoine franco-ontarien Jean Yves Pelletier s’apprête à animer ce dimanche une visite guidée du cimetière Notre-Dame d’Ottawa. L’un des premiers arrêts de sa visite guidée se trouve toujours à être la tombe de Yousuf Karsh. Ce dimanche, cet arrêt revêtira un caractère spécial compte tenu du dénouement heureux du vol du célèbre portrait.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et du Groupe Média TFO.

Une vingtaine de films en français au Cinéfest de Sudbury

SUDBURY – Le 36e Cinéfest de Sudbury se déroule du 14 au 22 septembre au cinéma SilverCity. Sur près de 80 films présentés, près d’une vingtaine se déroulent en français, en tout ou en partie. Pour les organisateurs, il est important de garder une sélection intéressante pour les nombreux cinéphiles francophones de la ville.

« C’est super important. Les films francophones sont essentiels pour notre festival et la communauté francophone de Sudbury est vraiment impliquée et passionnée chaque année », lance Dominique Franks, gestionnaire des événements et des partenariats du Cinéfest, en entrevue avec ONFR.

Elle indique que la sélection est pensée « pour se connecter avec un public qui comprend et apprécie sa langue et sa culture. C’est important pour nous de leur montrer les meilleurs films francophones, locaux et internationaux. »

Les incontournables en français

Chaque soir du Cinéfest met un avant un film incontournable, selon les organisateurs. Parmi ces longs-métrages mis à l’avant, on retrouve l’un des grands succès de l’année au Québec. 1995 de Ricardo Trogi, sera présenté lors du gala du 16 septembre, suivi d’une réception d’après gala au restaurant Lot 88.

Ricardo Trogi est bien connu entre autres pour cette suite de films autobiographiques qui comprend également 1981, 1987 et 1991. Son plus récent, 1995, est son septième film à atteindre le million de dollars au box-office québécois, un record pour un réalisateur canadien.

Le film Drive Back Home de Michael Clowater a été tourné à North Bay. Photo : Gracieuseté du Cinéfest

Le 19 septembre, c’est au tour du film bilingue Drive Back Home, réalisé par Michael Clowater, d’être à l’honneur lors d’un gala du Cinéfest. Tourné à North Bay, il raconte l’histoire d’un « plombier grincheux et vieux jeu » qui doit faire la route entre le Nouveau-Brunswick et Toronto « pour y retrouver son frère gai et le faire sortir de prison après que celui-ci ait été arrêté pour avoir eu des rapports sexuels dans un lieu public. »

Les deux frères, très différents, devront faire la route de retour ensemble. Drive Back Home est inspiré d’une histoire vécue.

Le 21 septembre, c’est cette fois un film français, Le comte de Monte-Cristo, qui replongera les cinéphiles dans le Marseille de 1815. Inspiré du roman classique d’Alexandre Dumas, le film est réalisé par Alexandre de La Patellière & Matthieu Delaporte. Outre le français, on peut aussi y entendre des dialogues en italien et en roumain.

Pour des discussions sur place

Un autre film à surveiller est Rêver en néon. Sa réalisatrice, Marie-Claire Marcotte, est une Fransaskoise maintenant établie en Ontario. Elle sera présente au Cinéfest, tout comme le producteur Corey Loranger et l’actrice Mélanie Leclerc.

Les décors risquent de sonner les cloches aux cinéphiles du Grand Sudbury, puisque Rêver en néon a été tourné dans le secteur Chelmsford. On y suit la quête de Billie, huit ans, qui veut percer le mystère de la véritable identité de sa mère.

Rêver en néon est inspiré par la pièce de théâtre Flush, également de Marie-Claire Marcotte.

La réalisatrice de Rêver en néon, Marie-Claire Marcotte, est une Fransaskoise d’origine, maintenant étable à Toronto. Photo : Gracieuseté du Cinéfest

L’autre projection où les cinéphiles pourront rencontrer des créateurs francophones est celle d’Ababouiné, le 17 septembre à 13h00. Le réalisateur André Forcier et le scénariste François Pinet-Forcier seront de la partie.

Ababouiné raconte l’histoire de Michel, 12 ans, qui souffre de poliomyélite, et de son vieil ami, Archange, atteint de la maladie de Parkinson. À l’époque de la grande noirceur, le premier manque la messe du dimanche pour lire de la poésie et aidera le second à typographier le pamphlet anticlérical Vive le Québec laïque.

Quelques films francophones se retrouvent aussi dans les séances de courts-métrages du Cinéfest.

Les détails qui font la différence

Lors des projections de films francophones, l’équipe du Cinéfest s’assure que l’expérience en français soit possible également pour les activités qui entourent la projection, comme le mot d’introduction ou les séances de questions et réponses, par exemple.

Une autre particularité du Cinéfest est le fait de ne pas craindre de manquer sa chance si l’on veut voir un film très populaire. Le cinéma SilverCity, qui fait partie de la chaine Cineplex, ouvrira une nouvelle salle pour le même film si la première se remplit.

La petite et le vieux met en vedette Juliette Bharucha et Gildor Roy. Photo : Gracieuseté du Cinéfest

« On se nomme The People’s Festival, le festival du public, rappelle Dominique Franks. On a un public très loyal et passionné. »

Le thème de cette année est Visez l’inconnu. La gestionnaire souhaite voir au Cinéfest « des gens passionnés qui viennent au cinéma avec les yeux grands ouverts. »

Revenir en salle

Pour le Cinéfest comme pour les autres événements du genre, le plus gros enjeu est le retour du public en salle. Les gens ne sont pas aussi nombreux qu’avant la pandémie, mais « on observe une augmentation stable d’une année à l’autre », selon Dominique Franks.

Parmi les autres longs-métrages présentés cette année, on retrouve le candidat canadien dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger, Une langue universelle, de Matthew Rankin.

Il y aura également l’autre grand succès québécois, Nos belles-sœurs, alors que le réalisateur René Richard Cyr nous entraîne dans l’univers de Michel Tremblay.

Après des premières mondiales au Festival international du film de Toronto, ce sera au tour des Sudburois de visionner Bergers de Sophie Desraspe et Vous n’êtes pas seul de Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien.

Entre la comédie sentimentale et la science-fiction, Vous n’êtes pas seul met en vedette Pierre-Luc Funk et Marianne Fortier. Photo : Gracieuseté du Cinéfest

Tout juste sorti en salle, le film Tous Toqué! (Manon Briand) raconte l’histoire d’une douanière intransigeante qui doit solliciter les services d’un chef cuisinier afin d’aider sa fille.

Bilingue, le documentaire Never Look Away fera découvrir la carrière d’une camérawoman de combat pour CNN, Margaret Moth.

La petite et le vieux de Patrice Sauvé, Miséricorde d’Alain Guiraudie, Bonjour Tristesse de Durga Chew-Bose, les renards polaires Kina et Yuk de Guillaume Maidatchevsky, Le Deuxième acte de Quentin Dupieux, Comme le feu de Philippe Lesage, Jour de chasse d’Annick Blanc et Hôtel Silence de Léa Pool viennent compléter la riche cohorte de films francophones dont une partie des dialogues sont en français.

« On a des comédies, de la romance, de la science-fiction… On a quelque chose pour tout le monde. C’est important que les gens viennent au cinéma et visionnent les films en personne, ensemble », conclut Dominique Franks.

Lancement de saison pour les quatre compagnies de La Nouvelle Scène

OTTAWA – La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD) a tenu son événement de lancement jeudi soir. Le Théâtre de la Vieille 17, le Théâtre Catapulte, le Théâtre du Trillium et Vox théâtre ont présenté leur programmation 2024-2025 respective, toutes regroupées sous le thème Fragments d’être. Treize spectacles sont prévus pour la saison.

C’est dans une formule simple que se sont présentés les dirigeants des quatre compagnies qui se partagent le bâtiment et certains artisans des pièces à venir. L’animatrice Mathilde Hountchégnon les a accueillis sur scène pour qu’ils présentent chaque proposition en une minute top chrono… ou presque.

L’étoile du match va à Danielle Le Saux-Farmer et Ziad Ek, qui ont su trouver une façon originale de présenter la pièce Oh! Canada – chapitre 1 : l’Est du pays. Ce projet de théâtre documentaire traite du fait français dans les Maritimes, au Québec et en Ontario. Faisant mine de chercher ses mots, Danielle Le Saux-Farmer a finalement présenté le projet en anglais, malgré la tentative d’intervention de son collègue et sous les rires et les huées d’une foule qui n’a pas mis longtemps à voir clair dans son jeu.

L’étonnement, l’indignation et l’hilarité sont passés sur les visages pendant la présentation de Danielle Le Saux-Farmer, qui a fait mine de perdre son français au moment de présenter la pièce documentaire Oh! Canada. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le reste de la soirée était consacré au réseautage, alors que plusieurs membres de l’industrie du théâtre franco-ontarien et de l’Outaouais étaient présents.

La Catapulte

La saison de LNSGD s’ouvrira du 23 au 26 octobre avec Iphigénie à Point-aux, une pièce 16 ans et plus coproduite par le Théâtre Catapulte et les Stations sordides. L’une des interprètes, Virginie Charland, a expliqué à ONFR que la pièce a été écrite aux États-Unis puis adaptée à Montréal. « C’est très situé, mais je trouve que le texte fait un bel écho à ce qui se passe à Ottawa. »

Le texte parle entre autres d’itinérance, de coupes budgétaires et d’appauvrissement de la classe moyenne. Si Iphigénie est un personnage de la mythologie grecque, la référence n’est que très lointaine, comme l’explique Virginie Charland. « C’est le sacrifice de soi pour le bien d’autrui. »

Dans la programmation du Théâtre Catapulte, outre Iphigénie à Point-aux et Oh! Canada, on retrouve aussi Le Taureau, qui nous amène dans un bureau de psychologue où un homme qui aurait posé des gestes violents suit une thérapie. Il s’agit d’un des deux textes de Marc-André Charrette, auteur en résidence de la Catapulte pour la saison 2023-2024, à être présentés dans la saison 2024-2025 de LNSGD.

Isabelle Bartkowiak a officiellement pris le rôle de directrice artistique et co-directrice générale du Théâtre Catapulte en décembre 2023, après une période de transition. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Il s’agit de la première saison programmée officiellement par Isabelle Bartkowiak, nommée au poste de directrice artistique et co-directrice générale l’an dernier. « Je trouve ça beau de se donner le temps de faire une transition entre les visions artistiques », explique Isabelle Bartkowiak à ONFR, en parlant de sa prédécesseure, Danielle Le Saux-Farmer, qui travaille sur Oh! Canada depuis plusieurs années.

Le Trillium

Le directeur artistique du Théâtre du Trillium, Pierre Antoine Lafon Simard, s’est réjoui d’annoncer le retour de la biennale Actoral, dont il n’a pas révélé les détails, mais qui regroupe le théâtre, la danse et la performance. Il a mentionné que des artistes auront le mandat de créer des œuvres uniques dans les galeries du centre d’artistes AXENÉO7, situé à Gatineau. Marguerite Friend, Émilie Camiré-Pecek et Zachary Gosselin feront partie du lot, tout comme les duos formés de Lisa L’Heureux avec Pierre-Luc Clément et d’Anne-Marie Ouellet avec Thomas Sinou, de la compagnie L’Eau du bain. Deux spectacles différents auront lieu chaque soir pendant Actoral.

Le Trillium propose des expériences théâtrales originales. Pour Jeff Koons, un texte de l’Allemand Rainald Goetz qui questionne le rôle de l’art dans la société, LNSGD sera transformée en discothèque. « C’est un spectacle unique. On fait la fête. C’est un peu immersif, un peu capoté », a décrit Pierre Antoine Lafon Simard.

Le dramaturge Jean Marc Dalpé (à gauche) et le directeur artistique du Théâtre du Trillium, Pierre Antoine Lafon Simard

La salle se transformera à nouveau pour Onde, un spectacle déambulatoire et sonore italo-canadien autour de l’amitié. « Ce qu’on propose, c’est vraiment une expérience pour le spectateur », a expliqué Milena Buziak, qui fait partie de l’équipe de création. « Il n’y a pas nécessairement d’histoire à raconter. On offre un espace où le spectateur peut tisser ses propres liens entre son vécu et la proposition artistique. »

Onde (vague, en italien) s’inspire du roman Les vagues de Virginia Woolf. Le spectacle sera présenté en février.

La dernière production du Théâtre du Trillium est Le vide, de Marc-André Charrette, présentée en mars. « Ça suit le parcours d’un homme qui tente de se terrer chez lui pour trouver une routine rassurante et créer un peu de prévisibilité dans sa vie. Lors de l’arrivée d’une mouche, tous ses repères sont bousculés », a expliqué l’auteur lors du lancement.


La Vieille 17

À l’intérieur du thème Fragments d’être, la directrice artistique du Théâtre de la Vieille 17, Geneviève Pineault, indique avoir voulu explorer le sous-thème de la résilience.

Dès le 13 novembre, le public pourra découvrir Amphibien. « Ce n’est ni un spectacle pour adultes ni un spectacle pour enfants. Et en même temps, c’est à la fois un spectacle pour adultes et un spectacle pour enfants. En fait, c’est un spectacle pour adultes, auquel les enfants sont conviés », a tenté de résumer le concepteur sonore Martin Dawagne, qui indique donc s’être inspiré de deux univers pour créer l’ambiance.

Crawlspace : une vraie de vraie histoire d’horreur immobilière, qu’on a vue l’an dernier au Théâtre français de Toronto, puis aux Zones théâtrales, sera accueilli par la Vieille 17 en avril. Le texte est de Karen Hines et la traduction, de Mishka Lavigne. Cette dernière a expliqué au public avoir été touchée par « l’idée du chez-soi, l’endroit où l’on est bien, où l’on devrait être en sécurité et où, parfois, on ne l’est pas. »

De gauche à droite : Mishka Lavigne pour la traduction de Crawlspace, Marie-Ève Fontaine pour Cet été qui chantait et Martin Dawagne pour la conception sonore d’Amphibien. Photo : Rachel Crustin / ONFR

La pièce Cet été qui chantait ajoute LNSGD à sa tournée ontarienne. La pièce de Marie-Ève Fontaine avait au départ été pensée pour un public double de jeunes et de leurs grands-parents, mais le rodage a démontré qu’elle s’adressait à un public beaucoup plus large. Il s’agit d’une ode à la lenteur, à la nature et au livre du même titre, signé Gabrielle Roy.

En plus de la saison à LNSGD, Geneviève Pineault s’est réjouie de mentionner que la pièce TOQAQ MECIMI PUWIHT / Delphine rêve toujours, une collaboration entre la Vieille 17 et la compagnie autochtone Ondinnok, entame sa quatrième année de tournée. La pièce jeunesse se déroule en français et en wolastoqey.

Vox

Les jeunes spectateurs de la capitale nationale trouveront leur compte dans la programmation de Vox théâtre, dès le 23 novembre. La pièce Coucou s’adresse aux deux ans et plus au moyen des arts de la marionnette et se questionne sur notre rapport au temps. Qu’arrive-t-il lorsque l’horloge ne fonctionne plus, c’est-à-dire qu’on enlève l’impératif du temps?

Les enfants plus vieux auront leur tour en avril, avec Tricyckle, une pièce pour les 12 ans et plus. « Une poésie visuelle » selon le directeur artistique et général, Pier Rodier.

Le directeur artistique et général de Vox théâtre, Pier Rodier, et la directrice artistique du Théâtre de la Vieille 17, Geneviève Pineault, parlent de la nouvelle saison de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Co-produite par Vox Théâtre et le Théâtre du Nouvel-Ontario de Sudbury, Jaune comme joie s’arrêtera à Ottawa en mai, juste avant de se déplacer dans la ville du nickel.

L’autrice Sarah Migneron était sur place au lancement de LNSGD. « Les textes, à la base, sont des poèmes, a-t-elle expliqué sur scène. Ils jouent avec les émotions, les couleurs et les associations entre les deux. »

« Jaune comme joie, c’est un happening… pour les deux à cinq ans seulement » a imagé Pier Rodier.

La culture dans les parcs, dans les salles de cinéma et même sous l’autoroute

Même si le temps plus frais des derniers jours rappelle que l’automne s’amène bientôt en Ontario, la saison des festivals n’est pas tout à fait terminée. Alors que le Festival international du film de Toronto se poursuit, c’est au tour de Sudbury de se mettre au diapason des cinéphiles. La diversité de la francophonie de la province est célébrée de Cornwall jusqu’à la ville reine, et un nouveau groupe franco-canadien fait vibrer la scène à Alexandria. De leur côté, les artistes visuels de la région de la capitale aiguisent leurs pinceaux pour la prochaine bataille.

Un tournoi d’arts visuels

C’est le début de la saison d’Art Battle (bataille d’art) ce vendredi, au Théâtre Barney-Danson du Musée canadien de la guerre, à Ottawa. Huit artistes de la région de la capitale nationale vont devoir créer devant public lors de trois rondes artistiques de vingt minutes. Les thèmes et contraintes s’inspireront de l’exposition spéciale en cours au musée, Sorties des rangs – les femmes artistes et la guerre.

Le gagnant régional de la saison dernier, Michel-Antoine Renaud, sera également sur place pour une démonstration de peinture en direct.

La finale canadienne d’Art Battle s’est déroulée à Ottawa en juillet. Le francophone Michel-Antoine Renaud est arrivé deuxième. Photo : Gracieuseté de Michel-Antoine Renaud

Ottawa, le 13 septembre. Détails et billets sur le site du Musée canadien de la guerre.

Célébrer les cultures de la région de Cornwall

Le Festival culturel de Cornwall aura lieu ce samedi. De 10 h à 18 h, la population est invitée dans le parc Lamoureux afin de célébrer la diversité culturelle des comtés de Stormont, Dundas, Glengarry, Cornwall et Akwesasne. Artisanat, musique, danse et gastronomie seront à l’honneur, en plus des structures gonflables et autres activités familiales. Une soixantaine d’exposants seront sur place. Parmi la panoplie de performances musicales, on pourra entendre Nicolas Doyon et ses compagnons en début de soirée. L’organisme L’amalgame présentera l’activité 20 ans de passion et de création franco-ontarienne. L’édition 2023 de cet événement bilingue avait attiré plus de 3000 personnes.

Nicolas Doyon, qu’on connaît entre autres pour la formation Deux saisons, sera du Festival culturel de Cornwall le 14 septembre. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Cornwall, le 14 septembre. Détails sur la page Facebook Cornwall Culture Fest.

La francophonie de la ville reine

La portion gratuite du 19e festival Francophonie en fête se tiendra de vendredi à dimanche sur la scène Bentway, sous l’autoroute Gardiner de Toronto. Une trentaine de spectacles seront présentés sur deux scènes, la scène principale et la scène jeunesse. On pourra y voir entre autres Talie de York, Dieufaite Charles, Alpha Rythm Roots, Anne-Sophie Roy, le DJ SMPTY et le groupe rock français La Jarry.Une portion payante du festival aura lieu les 26 et 28 septembre, alors que Francophonie en fête présentera les concerts de LGS et Nicola Ciccone.

En 2023, le volet gratuit de Francophonie en fête s’était tenu dans la mezzanine Timber, là où se trouvera la scène jeunesse cette année. Photo : Rudy Chabannes / TFO

Toronto, du 13 au 28 septembre. Détails sur le site de Francophonie en fête.

Du country de swompe

Si un nouveau groupe vient de faire son apparition sur la scène musicale franco-canadienne, les quatre musiciens qui le composent ont l’habitude de jouer ensemble. Buscadero est une formation country née de l’amitié entre Martin Rocheleau, Brandon Girouard, Noah Rivard et Maxime Renaud.

Les deux premiers sont membres en règle des Rats d’Swompe et le troisième les accompagne souvent sur scène. Issu du monde du country, leur ami Maxime Renaud s’est retrouvé avec eux dans la formation qui accompagnait l’an dernier la chanteuse Kimberly Gaby à Epcot, parc thématique du Walt Disney World Resort.

Leur projet Buscadero s’arrêtera à la Wood Brothers Brewing Company de Glen Robertson, près d’Alexandria, ce vendredi. Il s’agit du tout premier spectacle en Ontario de la formation, installée cette semaine au Festival western de St-Tite.

Buscadero se présente comme un groupe de la région d’Ottawa-Gatineau. Ses membres sont franco-ontariens et québécois. Photo : page Facebook Buscadero

Glen Robertson, le 13 septembre. Détails sur le site du Centre culturel les Trois p’tits points.

Le choix des films en français à Sudbury

Le Cinéfest de Sudbury se déroule du 14 au 22 septembre au cinéma Cineplex SilverCity. Près d’une vingtaine de films en français (en tout ou en partie) seront projetés, dont certains sont particulièrement en vogue. Le film qui représente le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger, Une langue universelle de Matthew Rankin, sera présenté le 22 septembre. Après leur première mondiale au TIFF, les longs-métrages Bergers (Sophie Desraspes) et Vous n’êtes pas seuls (Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien) seront aussi de la partie. Et les grands succès du box-office québécois, 1995 (Ricardo Trogi) et Nos belles-sœurs (René Richar Cyr) font aussi partie de la programmation. Deux films tournés dans le Nord de l’Ontario sont également en vedette. Il s’agit de Rêver en néon (Marie-Claire Marcotte) et Drive Back Home (Michael Clowater)

La réalisatrice de Rêver en néon, Marie-Claire Marcotte, est une Fransaskoise d’origine, maintenant étable à Toronto. Photo : Gracieuseté du Cinéfest

Sudbury, du 14 au 22 septembre. Détails et billets sur le site du Cinéfest.

Les vaches de St-Albert mises aux enchères

LA NATION – C’est la fin pour le parcours OH la vache! à St-Albert. Les 26 vaches et deux veaux en fibre de verre seront mis aux enchères lors du Festival de la curd, qui se déroulera du 20 au 22 septembre.

Les profits serviront à la construction d’une nouvelle structure de jeux pour les enfants dans le parc Jean-Maurice Lavergne, au Centre communautaire St-Albert.

Ces vaches grandeur nature avaient été peintes par des artistes de l’Est ontarien, d’Ottawa et de l’Outaouais en 2020 et 2021. Les premières étaient apparues en réponse à l’annulation du Festival de la curd, en raison de la pandémie. Les citoyens étaient donc invités à explorer la région, d’Embrun à Casselman, et à découvrir ces œuvres d’art originales le long de leur parcours.

L’année suivante, quelques modèles avaient été ajoutés pour bonifier l’expérience.

Une vache peinte par Christine Lenoir-Godin. Photo : Gracieuseté du Festival de la curd.

L’équipe de Groupe Simoncic travaille actuellement à réunir les vaches au même endroit en vue de la vente aux enchères. Elles ne se trouvent donc déjà plus à leur emplacement des quatre dernières années. Certains artistes en profiteront pour rafraîchir leurs œuvres, selon Geneviève Harvey, la conseillère principale de l’agence Rugicomm, qui s’occupe des communications de Groupe Simoncic.

La vente aux enchères se déroulera le 21 septembre à 14 h 30, au Centre communautaire St-Albert. L’édition automne 2024 est la version post-pandémique qui se rapproche le plus du Festival de la curd auquel les gens de l’Est ontarien étaient habitués jusqu’en 2019. On y verra Guillaume Pineault, Évelyne Roy-Molgat, Les Rats d’Swompe, Lendemain de veille, Martin Deschamps, Reney Ray et France d’Amour.

Brian St-Pierre lance Malgré tout à Rockland

CLARENCE-ROCKLAND – Brian St-Pierre a lancé son quatrième album solo mercredi soir, à la brasserie Brauwerk Hoffman de Rockland. On peut déjà trouver Malgré tout sur Bandcamp, et il sera déposé sur les autres plateformes d’écoute vendredi.

Amis, collaborateurs, anciens élèves ou tout simplement admirateurs de Brian St-Pierre s’étaient réunis dans une ambiance conviviale pour entendre quelques extraits, échanger avec l’artiste et se procurer leur copie (numérique) avant tout le monde. Malgré tout est le projet le plus personnel de l’enseignant à la retraite, qui a souvent donné dans la construction identitaire.

Cette fois, l’artiste est Libre, peut-être encore plus qu’à son premier album, qui portait ce titre, en 2003. « Il n’y a pas de but pédagogique. C’est vraiment Brian St-Pierre avec des choses personnelles, et des histoires de gens qu’il a rencontrés », raconte le principal intéressé en entrevue avec ONFR.

Brian St-Pierre a offert quelques chansons de l’album Malgré tout en performance lors du lancement. Photo : Rachel Crustin / ONFR

L’auteur-compositeur-interprète accorde toutefois une grande importance à l’opinion de son entourage. Il a fait appel à des comités d’écoute pour faire évoluer son projet, et ses proches font partie intégrante de sa création.

Son fils Jérémie a monté les vidéoclips des chansons Fou de toi et Beaucoup d’amour. Les images accompagnant ce dernier extrait, tournées à la boutique Cédé Troqué de Gatineau, ont d’ailleurs été dévoilées lors du lancement.  

Le vidéoclip de la chanson Beaucoup d’amour de Brian St-Pierre.

Beaucoup d’amour est actuellement numéro 1 au classement du Loup FM, radio du Nord de l’Ontario qui fait beaucoup de place aux artistes franco-ontariens.

Beaucoup d’amour

Beaucoup d’amour aurait aussi pu être le titre de l’album. C’est d’ailleurs ce que Brian St-Pierre a lancé spontanément à ONFR lorsque nous lui avons demandé ce qu’il ressentait durant son lancement. « J’ai beaucoup d’amour devant moi, avec tous les gens qui sont ici ce soir. (…) Je suis tellement fier, tellement heureux! »

Il y a l’amour pour sa femme Lucie, toujours à ses côtés et muse de la chanson Fou de toi.

Il y a celui pour son ami décédé après avoir vécu avec la maladie d’Alzheimer. Dans Où es-tu?, « je parle d’être présent pour cette personne qui ne te reconnaît plus, mais c’est l’amour qui va survivre ».

Il y a cette anecdote avec son frère qui lui a inspiré Les yeux pleins d’eau. « On l’a aidé à se lever pour danser un slow avec son épouse, car ils fêtaient leur anniversaire de mariage. Quel moment de beauté, où l’amour était plus fort que son AVC. »

Et il y a aussi la chanson DDD Danse, qui exprime « juste l’idée d’avoir du plaisir, de sortir de ses problèmes et de laisser son fou aller. »

Les gens faisaient la file pour se procurer l’album Malgré tout et espérer gagner un spectacle de Brian St-Pierre à la maison, finalement remporté par Nicole Rainville. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le prochain extrait radio sera Te souviens-tu de moi? « C’est une chanson d’automne. Ça parle d’un couple qui est dans la routine. C’est facile de s’oublier. C’est important de mettre du piquant. »

L’émotion s’est fait ressentir au moment de remercier Lucie Roy-St-Pierre pour toutes ces années passées à ses côtés, et pour l’avoir convaincu d’intégrer la chanson Malgré tout à l’album. L’extrait traitant de santé mentale a été écrit il y a 20 ans et l’artiste ne comptait pas la ressortir puisqu’il « ne vit plus ça. »

Mais Lucie a insisté et c’est finalement la chanson-titre, celle aussi qui se distingue par la présence du piano, alors que les autres mettent plutôt la guitare de l’avant.

Le chanteur souhaite maintenant décrocher quelques contrats de spectacle afin, entre autres, de recruter ses enfants comme musiciens.

De gauche à droite : Céleste Lévis, Brian St-Pierre et Marc-Antoine Joly. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Le compositeur de Mon beau drapeau a fait confiance à Marc-Antoine Joly pour le mixage de ce nouveau projet, pour « rajeunir son son », comme il l’a mentionné lors de son lancement.

« C’était simplement de peaufiner le son, explique Marc-Antoine Joly à ONFR. (Brian) est quelqu’un d’intense, ce que j’apprécie. Comme il savait exactement ce qu’il voulait, on a été capables de se rendre. »

Le lauréat de l’album de l’année aux Prix de la musique de la capitale  souligne la gratitude dont fait preuve Brian St-Pier. « Il te dit à quel point il est content, à quel point ça veut dire beaucoup pour lui. C’était vraiment bien de travailler avec lui. »

Brian St-Pierre affirme que cet album indique la direction musicale qu’il veut prendre pour l’avenir.

Marquer les générations

Brian St-Pier marque les esprits, que ce soit par sa carrière d’enseignant, ses tournées dans les écoles ou ses projets collaboratifs. ONFR a demandé aux gens sur place ce qu’il représente pour eux.

Animateur culturel dans la vie et animateur de la soirée mercredi, Félix Saint-Denis se rappelle des débuts de leur complicité, à l’époque de L’Écho d’un peuple. « Le prix Trille or Événement musical de l’année, c’était grâce au génie musical de Brian St-Pierre. Au fil des ans, il est devenu un grand collaborateur, un de mes meilleurs amis. »

Brian St-Pierre signe une pochette d’album, pendant que Lucie Roy-St-Pierre s’occupe de la vente. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Nicolas Doyon mène aussi une carrière de musicien et d’enseignant. « Brian St-Pierre, c’est un des plus grands artistes franco-ontariens que j’ai eu la chance de côtoyer, témoigne-t-il. Je suis privilégié de dire que c’est également un de mes amis. »

L’auteur-compositeur-interprète Vincent Bishop fait partie de la génération marquée par les tournées scolaires de Brian St-Pierre. « Il est passé à mon école quand j’avais 11 ans et ça a été un coup de foudre. J’ai aimé toute sa musique depuis. »

« C’est quelqu’un qui inspire beaucoup la relève musicale. Pour moi, il a été une inspiration pour continuer à chanter en français », confirme l’autrice-compositrice-interprète Céleste Lévis.

Le DJ SMPTY a même fait son entrée sur la scène musicale en remixant le classique Mon beau drapeau, composé par Brian St-Pierre et écrit par Jean-Pierre Perreault. « Il représente un peu ma jeunesse, car on jouait beaucoup Mon beau drapeau à l’école élémentaire. C’était vraiment LA chanson pour tout ce qui était en lien avec la francophonie. (…) Je suis très fier d’avoir eu son sceau d’approbation. »

Bian St-Pierre avec SMPTY, qui a repris la chanson Mon beau drapeau l’an dernier. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Pour Marc-Antoine Joly, l’album Malgré tout est une occasion de mieux connaître l’artiste. « Brian St-Pier, pour plusieurs personnes, c’est Mon beau drapeau. Mais c’est beaucoup plus que ça. Son nouvel album va démontrer à quel point c’est un artiste accompli. »

« On est chanceux, en Ontario français, d’avoir un Brian St-Pier, conclut Félix Saint-Denis. C’est un homme d’action, un créateur rapide, un gars à l’écoute et sensible, avec un talent extraordinaire et une grande générosité. »

Un festival Francophonie en Fête « quatre fois plus gros » pour sa 19e édition

Jacques Charette est le directeur général du festival Francophonie en fête. Il occupe un rôle important dans l’organisation du festival en étant notamment le responsable de la programmation.

La 19e édition du festival torontois propose une série de 30 concerts gratuits du 13 au 15 septembre sur la scène Bentway à Toronto (250, boulevard Fort York), puis deux concerts en salle avec LGS et Nicola Ciccone les 26 et 28 septembre au Paradise Theatre.

Le directeur général fait une présentation de cette 19e édition : ses nouveautés, les enjeux de la programmation, les attentes en termes d’affluence et bien plus…

« À quoi s’attendre pour cette année? 

Il y a beaucoup de nouveautés. Comme c’est la 19e édition, et en prévision de la 20e, nous avons décidé de changer le concept. On s’agrandit pour devenir quatre fois plus gros. Avant au Bentway, nous occupions seulement l’espace de la mezzanine. Maintenant, on va non seulement occuper ce lieu pour notre espace jeunesse, mais aussi l’espace plus bas pour le festival principal. Il y aura une grosse scène avec beaucoup de technique et une vingtaine d’exposants communautaires, alimentaires et artisanaux. Il y en aura pour tout le monde : les familles, les jeunes, les ados, les personnes matures, les francophones de tous horizons. 

Vous avez mis l’accent sur la diversité culturelle dans la programmation et les différents kiosques. À quel point est-ce important pour vous? 

Vous savez, Toronto est la ville qui est peut-être la plus multiculturelle au monde, même plus que New York. Dans cette immigration, il y a beaucoup de pays où l’on parle le français. C’est surtout cela qu’on va chercher, cette diversité immigrante qui fait partie de l’identité de la francophonie mondiale. Pour nous, le festival doit reflèter ces communautés qui sont de plus en plus importantes et participatives. Ils se reconnaissent dans ce festival. 

La programmation des trois jours du festival gratuit. Photo : gracieuseté de Francophonie en Fête

Comment se fait la sélection des artistes pour un tel événement? 

Notre partenaire Batuki Music Society, spécialisé dans les groupes africains, nous fait des recommandations. Je suis aussi en relation avec Contact ontarois, Réseau Ontario, le Gala Trille Or pour savoir quelles sont les tendances, les nouveautés, ce qui bouge. Et naturellement, il y a l’influence du Québec, comme avec la participation de Kizaba, la révélation Radio-Canada 2024. Pour nous, c’était magique de pouvoir l’obtenir, parce qu’il est en demande partout.

Le travail, en résumé, c’est de se tenir au courant de ce qui se fait de mieux en Ontario, au Canada et aussi dans le monde francophone en général. Par exemple, nous aurons un groupe venu de France, La Jarry, qui est en tournée au Québec. On commence à être connu, donc ils nous ont contactés en disant qu’ils étaient au Québec et qu’ils aimeraient venir. Nous avons aussi des groupes très locaux, de Toronto, comme Kazdoura. 

Y a-t-il eu des artistes que vous auriez voulu avoir cette année mais que vous n’avez pas pu obtenir? 

Oh oui! Mais on remet ça l’année prochaine. J’avais en tête des groupes pour les concerts en salle qui auront lieu les 26 et 28 septembre. Je les garde en hold pour l’année prochaine. 

Avez-vous un objectif en termes d’affluence sur les trois jours de spectacle? 

C’est très difficile de faire des projections cette année, parce que c’est totalement différent. C’est beaucoup plus gros. Ça implique beaucoup plus de composantes. Avec les exposants, ça amène une dimension supplémentaire. Ce sera festif pour aller chercher le plus grand nombre possible. On attend des milliers de personnes surtout que c’est de 11 heures à 22 heures les deux premiers jours et tous les spectacles sont gratuits, avec 30 spectacles et plus de 100 artistes. Au niveau de la restauration, on a fait en sorte que tout soit abordable, dans le contexte inflationniste dans lequel on est. 

Avec un espace quatre fois plus grand, les exposants seront encore plus nombreux et diversifiés cette année. Photo : gracieuseté Francophonie en fête

Pour terminer sur une note économique justement, êtes-vous optimiste sur la pérennité de l’événement dans un contexte difficile du point de vue des financements en Ontario?

Tous les festivals au Canada ont des problèmes financiers. Les subventions diminuent de plus en plus et les coûts ne font qu’augmenter. C’est fou comme la location du lieu, de la scène, de tout l’équipement technique très professionnel, les techniciens, tout est rendu extrêmement cher. Les subventions ne suivent pas. On s’aligne sur un déficit mais qu’est-ce que vous voulez y faire? On est là pour grandir, pour emmener la francophonie ailleurs.

On espère simplement que le public francophone va répondre présent. C’est l’avantage de faire un festival à la rentrée : tout le monde est revenu de vacances et, en plus, il va faire très beau en cette fin de semaine. Le fait d’être sous l’autoroute Gardiner, c’est un vrai avantage. On est protégé si le soleil plombe trop. C’est un endroit très différent, très convivial, parce que, même sous l’autoroute, on n’entend pas la circulation. C’est un lieu un peu magique, à l’extérieur mais à l’abri des intempéries. »

Départ anticipé pour le recteur de l’Université d’Ottawa

OTTAWA – Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, quittera son poste un an plus tôt que prévu selon une note envoyée à la communauté universitaire.

Nommé recteur en juillet 2016 et reconduit en 2020 pour cinq autres années, le Franco-Ontarien terminera finalement son deuxième mandat en juin 2025.

Dans une note envoyée aux membres de la communauté universitaire et dont ONFR a obtenu copie, l’Université parle de « raisons personnelles » derrière cette décision.

Jennifer Adams, présidente du Bureau des gouverneurs, a fait savoir qu’un processus de sélection serait mené dans les prochaines semaines afin de trouver la personne qui prendra les rênes de l’établissement.

Celle-ci en a profité pour remercier le recteur et son rôle dans la « croissance et l’intensification de la recherche, de même que l’internationalisation de notre institution », soulignant également son « travail pour l’avancement du mandat francophone. »

Remous autour de la francophonie

Le recteur Frémont mentionnait en janvier dernier dans une missive envoyée à la communauté, « un sous-financement chronique de 50 millions de dollars » pour le volet francophone.

Cependant, lors d’une interview accordée à ONFR, à la fin du mois d’avril, le recteur a révélé que les chiffres recalculés à l’interne indiquent en réalité un sous-financement plus important, autour de 80 millions de dollars.

Néanmoins, celui-ci avait assuré que les programmes en français à l’Université étaient pérennes et qu’il n’était pas question de les supprimer.

Dans un mémoire destiné à un groupe d’experts du postsecondaire provincial, l’établissement demandait à l’Ontario de revoir sa subvention à la hausse avec « une formule de financement qui reflète le coût réel des formations en français ».

L’Université d’Ottawa est la plus grande université bilingue français-anglais au monde. Elle compte 45 000 étudiants, dont 15 000 sont francophones. Archives ONFR

Plus tôt en 2021, un rapport produit par une firme externe à la suite de consultations avec la communauté de l’U d’O avait révélé un certain climat propice à la francophobie au sein de l’établissement.

Parmi les constats, le fait que de moins en moins de personnel bilingue était recruté, la présence de discrimination envers les francophones, un manque d’accès à des cours en français et une hausse de la francophobie.

Le « mot en N »

Une autre controverse, qui avait largement fait les manchettes, est la suspension en 2020 par l’Université d’Ottawa de la professeure Verushka Lieutenant-Duval après que celle-ci ait utilisé le « mot en n » dans un contexte académique.

Une vague de cyberharcèlement en ligne s’était abattue sur des professeurs francophones après qu’ils aient signé une lettre ouverte en soutien à leur collègue. Ceux-ci avaient alors qualifié le climat entourant l’affaire comme étant « malsain » et « pourri ».

Plusieurs professeurs, incluant Marc-François Bernier et Charles Le Blanc, jugeaient avoir été abandonnés par le recteur après que celui-ci ait défendu ce qu’il estimait être un événement offensant pour la minorité.

Trois ans après sa suspension temporaire, les deux parties se sont entendues de manière confidentielle mais la professeure n’enseigne plus à l’Université d’Ottawa.

1M $ d’économie à Glendon : « le français pas impacté » affirme son principal

TORONTO – Dans un contexte de restructuration, le Collège Glendon a réduit ses 14 départements à quatre. En cette rentrée universitaire, ONFR s’est entretenu avec le principal Marco Fiola qui prévoit 1 million de dollars d’économie annuelle, mais assure que les programmes et la place du français ne sont pas impactés. Réduction de la charge administrative, harmonisation et modernisation des disciplines… Les explications du campus bilingue de l’Université de York.

Le secteur du postsecondaire souffre en Ontario avec des effectifs généralisés en chute et des pressions financières accrues.

Confronté à un déficit de plus de 40 millions de dollars, le Collège Glendon a dû faire des économies, le principal Marco Fiola ne s’en cache pas. Une nouvelle estimation indique que la restructuration devrait permettre à l’Université York, dont il dépend, une économie de 1 million de dollars par an.

« Mais l’aspect budgétaire n’est pas l’unique élément déclencheur, soutient-il. Bien qu’il y ait un impact positif sur les finances de la faculté, ce n’est pas non plus énorme. »

Selon lui, ces changements « tombent sous le sens » et ont fait l’objet de deux ans de travail et de planification. Comment et avec quels impacts? Ce sont les questions abordées durant un entretien avec ONFR sur le campus.

Évolution du nombre d’étudiants inscrits de 2013 à 2023 et évolution du déficit budgétaire cumulé depuis 2021-2022. Montage ONFR

« La restructuration des départements n’a pas d’impact sur les programmes en soi », commence celui-ci. On avait 14 départements, avec, au sein desquels une série de programmes dont certains pluridisciplinaires associés à un ou plusieurs départements. Un fonctionnement assez ancien, qui était plus adapté à l’époque où le campus comptait plus de 100 professeurs. »

« On a maintenant entre 80 et 85 professeurs, beaucoup trop peu pour autant de départements et la charge administrative liée à la gestion de ceux-ci. Ils passaient beaucoup plus de temps à gérer l’enveloppe qu’à enseigner les contenus disciplinaires », explique le principal de Glendon.

Selon lui, cela affectait particulièrement le programme de recherches des professeurs en début de carrière et posait une question d’équité, « un des premiers motifs qui m’ont encouragé à changer la structure facultaire ».

Des disciplines modernisées ?

Il existe donc désormais quatre départements (Cultures et communications mondiales, Sciences, Économie des affaires et des mathématiques, Études sociales et mondiales) qui sont tous pluridisciplinaires.

« Au lieu d’avoir 14 directeurs de départements, on en aura quatre, au lieu d’avoir 35 postes de leadership académique, on en aura huit, libérant les enseignants et facilitant aussi la coopération et l’harmonisation entre les programmes », ajoute M. Fiola.

« On est parti d’une structure commune avec des objectifs généraux pour chacun des cours et des programmes pour essayer de créer une harmonisation et une cohésion, permettant même à terme d’envisager des passerelles. »

Marco Fiola, directeur du Collège et Campus Glendon de l’Université de York. Photo : Gracieuseté du Collège Glendon

Moderniser et concrétiser les dénominations des programmes, plus précises et développées, a fait partie intégrante de la refonte. Conserver le nom exact d’une discipline unique dans un département éponyme n’est plus ce dont il est question pour Marco Fiola.

« Les étudiants viennent de moins en moins étudier une matière ou juste chercher un diplôme, mais cherchent plutôt un pont vers une carrière. Ils me demandent vers quoi peuvent déboucher Études internationales ou Sciences politiques par exemple. »

Une approche plus pragmatique qui consiste à « vendre une carrière » plus qu’un diplôme.

Bilinguisme préservé et ajout d’une langue autochtone

De nouveau, il assure qu’au niveau de la programmation, ça n’a pas changé, avec des cours en anglais, des cours en français et des cours bilingues.

« Le fonctionnement de la faculté, les services administratifs, les services aux étudiants, la signalisation… Glendon est un campus bilingue, avant même d’avoir eu la désignation de la province. En interne, dans le bureau du principal, nous n’opérons qu’en français par exemple. Tout se fait en anglais et en français sur le campus », défend ce traducteur de formation.

Il cite quelques points clés de la nouvelle proposition de valeurs : « Glendon, c’est étudier dans un milieu immersif double, les anglophones immergés dans le français et les francophones dans l’anglais. Les étudiants ont tous la possibilité de faire des échanges à l’international et en milieu de travail. Les valeurs sont axées sur la justice sociale, la décolonisation, l’équité et la diversité ».

« On ne peut pas faire abstraction des langues officielles, c’est ce qui est au cœur de tout ce qu’on fait »
— Marco Fiola, principal du Collège Glendon

Nouveauté dès cette rentrée, il explique que le seul changement linguistique est l’ajout du choix d’une langue autochtone pour les étudiants. Ceux-ci peuvent toujours répondre aux critères du bilinguisme, en choisissant une des langues officielles canadiennes et l’anishinaabemowin (ojibwée) de la famille des langues algonquiennes centrales.

« Il s’agit de la seule exception aux langues officielles. Le bilinguisme fait partie de l’ADN de Glendon depuis sa création. On ne peut pas faire abstraction des langues officielles, c’est ce qui est au cœur de tout ce qu’on fait », conclut-il.

Uaque ouvre le festival Sphère et la saison du CNA

OTTAWA – Le Centre national des arts (CNA) a officiellement débuté sa saison 2024-2025 mardi, avec la deuxième édition de son festival Sphère. Le premier spectacle, Uaque, est également présenté ce mercredi. Il incarne l’âme du festival, en exploitant le rapport entre la nature et l’humain, tout en croisant les disciplines artistiques.

Sur une musique jouée en direct par l’Ochestre du CNA et le musicien Eƨƨe Ran, des danseurs en costume minimaliste se meuvent sur scène, dans une chorégraphie plutôt lente, qui évoque une symbiose presque méditative. Derrière eux, deux grands écrans projettent des images prises à travers les années par le photographe canadien Edward Burtynsky. Ces dernières évoquent l’impact de l’industrialisation et de l’activité humaine sur la Terre et l’environnement.

Uaque marie les disciplines de la danse, de la musique et de la photographie. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Lorsqu’elle s’est plongée dans l’œuvre d’Edward Burtynsky, Andrea Peña a rapidement eu une vision de ce qu’elle voulait créer sur scène. Entre autres, elle avait déjà dans l’idée de représenter des corps presque nus.

Pour la chorégraphe canado-colombienne, il s’agisssait d’une opportunité unique de lier ses deux disciplines, elle qui est également designer industrielle. « Les images d’Edward Burtynsky parlent de l’anthropocène, de l’impact de l’être humain sur la Terre, au sens large, explique-t-elle à ONFR. Je trouvais que c’était une belle opportunité de parler de notre relation avec la Terre, de nos relations avec les systèmes, en tant qu’êtres humains. Ce sont des concepts vraiment difficiles à aborder avec la danse. C’est très abstrait. Donc, de pouvoir travailler avec ces images, c’était un cadeau. »

Le spectacle Uaque met en vedette une dizaine de danseurs anonymisés pour former un groupe humain en relation avec la nature. Photo : Rachel Crustin / ONFR

« Si on entrait dans des costumes, on situerait l’être humain dans une société, une classe sociale, une époque. Et je voulais aller chercher un type d’humanité qui allait plus dans quelque chose que la mode ne peut pas nous communiquer. »

Elle explique aussi que les images présentent la Terre nue et crue, et qu’elle voulait y ajouter des représentations humaines dans ce même état de vulnérabilité.

Un premier spectacle pour Caroline Ohrt

Uaque est une collaboration entre les volets Orchestre et Danse du CNA, en plus du photographe Edward Burtynsky et du musicien électronique Eƨƨe Ran. Il s’agit non seulement du premier spectacle de Sphère et du premier de la saison, mais aussi du premier spectacle programmé par Caroline Ohrt, nommée au poste de productrice générale de Danse CNA en 2023.

« Je suis extrêmement fière de travailler au CNA, raconte-t-elle en entrevue avec ONFR. Je n’aurais pas pu demander mieux pour ouvrir ma première saison. »

Après plus d’un an à y travailler, la première programmation de Caroline Ohrt à la barre de Danse CNA est fin prête à se déployer. Photo : Rémi Thériault

Dès son entrée en poste, le directeur musical de l’Orchestre du CNA, Alexander Shelley, l’a approchée pour collaborer autour de l’œuvre d’Edward Burtynsky. C’est elle qui a eu l’idée de recruter Andrea Peña. « Elle a une vision 360. Elle est capable de regarder un projet avec plusieurs éléments et de faire en sorte que la force de chacun ressorte. »

L’idée de créer un spectacle multidisciplinaire l’enchantait particulièrement. « Pour moi, la rencontre des disciplines est quelque chose qui est extrêmement riche. On peut en sortir des messages très puissants. »

La première partie du spectacle pose la question des connexions des humains entre eux et avec la Terre dans leur état le plus simple, alors que la seconde se demande comment accéder à la complexité. Uaque signifie « proche, voisin, ami » en muisca, une langue autochtone colombienne. Une autre représentation aura lieu ce soir.

La suite du festival

Le ton est donné pour cette deuxième édition de Sphère, un condensé d’œuvres explorant les liens entre l’art et la nature. L’événement orchestré par Alexander Shelley réunit les six volets du CNA (Orchestre, Danse, Théâtre français, Théâtre anglais, Théâtre autochtone, Musique populaire et variétés) et se déploie jusqu’au 20 septembre.

Le restaurant 1 Elgin et la lanterne Kipness ajouteront aussi leur grain de sel, respectivement avec un repas spécial, inspiré de la gastronomie autochtone, et l’affichage d’œuvres de l’artiste et microbiologiste Chloé Savard. Cette dernière, connue sur les réseaux sociaux sous le nom de Tardibabe, offrira également une présentation gratuite en français le 15 septembre.

Après avoir créé le spectacle aux Jardins de Métis, à Montjoli, au Québec, Christine Beaulieu a présenté Les sauments de la Mitis dans différents endroits, en plus d’en sortir l’adaptation littéraire. Photo : Marie-Andrée Lemire

D’autres artistes à voir pendant Sphère sont le ténor wolastoqiyik Jeremy Dutcher et la soprano Renée Flemming. Le volet francophone est représenté par Les saumons de la Mitis, une fable écologique de Christine Beaulieu. Cette dernière avait connu un franc succès avec la pièce documentaire J’aime Hydro, dans laquelle elle tentait de comprendre le fonctionnement de la société d’État québécoise. Si elle donne encore dans le théâtre documentaire avec Les saumons de la Mitis, c’est cette fois du point de vue du poisson que l’histoire est racontée.

Le festival Sphère comprend également certaines activités gratuites, dont des activités familiales et une exposition dans le foyer du CNA intitulée En profondeur : réflexions sur le chagrin et la crise climatique.

Nord ontarien et grogne populaire dans la mire de Pierre Poilievre

Alors que la Chambre des communes s’apprête à reprendre ses travaux la semaine prochaine à Ottawa, le Parti conservateur du Canada et son chef Pierre Poilievre continuent de mener dans les sondages, notamment dans le Nord ontarien. Dans cette région, les questions entourant la chasse, la taxe carbone et le coût de la vie soulèvent les passions, et le chef conservateur l’a bien compris. Ces enjeux se retrouvent d’ailleurs au cœur de ses discours et de ceux de ses candidats dans le Nord. Nous sommes allés sur le terrain pour prendre le pouls des citoyens.

La modeste place du français au TIFF

TORONTO – Le Festival international du film de Toronto (TIFF) se déroule jusqu’au 15 septembre. Même si ce festival canadien est résolument anglophone dans son organisation, le français s’y taille une petite place dont les membres de l’industrie semblent satisfaits.

2024 marque le retour des grandes vedettes dans la Ville Reine, après la grève des scénaristes et des acteurs américains de l’an dernier. Parmi elles, on retrouve Angelina Jolie, qui a présenté la première mondiale de son film Without Blood en plus de recevoir dimanche un prix pour son travail humanitaire.

Les États-Unis sont le pays le plus représenté du Festival, mais la France se taille aussi une belle place, avec une cinquantaine de productions et de coproductions sur les quelque 200 longs-métrages projetés.

Des films franco-canadiens se retrouvent dans la programmation du TIFF, dont une quinzaine produits, coproduits ou réalisés par des Québécois. Le candidat du Canada dans la course à l’Oscar du Meilleur film international, Une langue universelle, connaîtra mardi sa première nord-américaine. L’histoire se déroule entre Téhéran et Winnipeg et est réalisée par le Québéco-Manitobain Matthew Rankin.

Une langue universelle s’inspire du cinéma iranien et se déroule en farsi et en français. Photo : Gracieuseté du TIFF

Le TIFF 2024 a aussi accueilli la première mondiale de Vous n’êtes pas seuls, de Marie-Hélène Viens et Philippe Lupien. Quelque part entre la romance et la science-fiction, le film met en vedette Pierre-Luc Funk et Marianne Fortier, ainsi que François Papineau, Micheline Lanctôt, Sandrine Bisson et Blaise Tardif. Il est présenté dans la section Discovery, qui pointe des réalisateurs à surveiller.

C’est également une première mondiale pour Bergers, de Sophie Desraspe. Son sixième long-métrage est présenté dans la section des présentations spéciales, qui met en lumière des films attendus de réalisateurs reconnus. En 2019, Sophie Desraspe avait remporté le prix du meilleur film canadien au TIFF avec Antigone.

Bergers, de Sophie Desraspe, a connu sa première mondiale le 7 septembre au TIFF. Photo : Gracieuseté du TIFF

La réalisatrice montréalaise Halima Elkhatabi voit deux de ses films présentés au TIFF cette année : le court-métrage de fiction Fantas et son premier long-métrage documentaire, Cohabiter, sur le processus de recherche de colocataires à Montréal. Ce dernier est produit par l’Office national du film (ONF).

Quelques propositions francophones sont d’ailleurs parsemées dans les différentes séances de projections de courts-métrages.

Le TIFF en fait-il assez?

Si le cinéma francophone a connu des années plus fastes à Toronto, les membres de l’industrie ne semblent pas s’en plaindre. 

Nathalie Cloutier, productrice exécutive de l’unité documentaire francophone de l’ONF, croit que la langue influence nécessairement le rendu d’un film, parce qu’il y a un aspect culturel imbriqué, particulièrement dans le cas des documentaires. Elle croit toutefois que l’organisation du TIFF prête attention à la qualité finale et non à la langue.

« Je pense que c’est beaucoup plus d’être sensible à une vision d’auteur, une réalité. Pour Halima (…), visiblement ils suivent son travail, ils sont intéressés », explique-t-elle en entrevue avec ONFR.

« Évidemment, ils ont leurs prérogatives dans leur manière de faire leur programmation, mais ce que j’ai vu à travers les années, c’est qu’il y a un intérêt pour la production francophone. »

Le documentaire Cohabiter d’Halima Elkhatabi laisse la place à des jeunes montréalais en recherche de colocataires. Photo : Gracieuseté du TIFF

Le français n’est donc pas relégué dans son coin, mais n’a pas non plus de statut particulier du fait d’être une langue officielle du pays.

Pour ce qui est des communications du festival, elle ne voit pas de problème à ce que tout se passe en anglais. « Même des festivals français vont communiquer en anglais, car ils veulent être international. Alors, je ne lancerais pas trop la pierre au TIFF. »

De son côté, Frédéric Chambon, attaché culturel et audiovisuel à l’Ambassade de France au Canada, croit que la force du TIFF est de mélanger les genres. En entrevue avec ONFR, il explique que le public torontois est composé de « gens qui aiment le cinéma, que ce soit le dernier blockbuster américain avec des grandes vedettes ou le petit film français d’auteur, qui trouve aussi son public. C’est pour ça que le TIFF, depuis des années, prend toujours une cinquantaine de films (français), sans qu’on ait à forcer la main. »

Les activités bilingues peu nombreuses, mais pas inexistantes

Dimanche, le TIFF était l’hôte d’une discussion entre deux réalisatrices francophones, la Française Julie Delpy et la Québécoise Louise Archambault. L’activité se voulait bilingue, pour tenir compte du contexte anglophone du TIFF.

Le Consulat général de France à Toronto a également accueilli Dream Machine, un événement qui présentait des films immersifs grâce à des casques de réalité virtuelle. Le Festival de Cannes a d’ailleurs organisé pour la première fois cette année une compétition de films en réalité virtuelle. Les films présentés au TIFF sont issus de la section hors compétition du Festival de Cannes. Le studio français Atlas V s’est associé à divers studios internationaux afin d’offrir une version en français et une version en anglais de chaque film.

La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) a également tenu son événement Le Québec au TIFF dimanche.

Les Barbares, de Julie Delpy, est présenté dans la section Gala du TIFF. Photo : Julien Panie

Également dans le cadre du TIFF, le Club canadien de Toronto organise ce mardi une conférence en français qui porte le titre de Hollywood du Nord, la production cinématographique au Canada. L’un des sujets de discussion sera l’impact sur la production locale, particulièrement francophone, au fait que le Canada devienne une destination de choix pour des tournages hollywoodiens.

Les panélistes sont toutes des femmes francophones, soit Jasmyrh Lemoine (directrice des opérations et des relations d’affaires, SODEC), Magali Simard (directrice aux relations industrielles, Cinespace Studios Toronto), Chanelle Routhier (commissaire, Film et télévision, province de Québec, Bureau du Cinéma et de la Télévision du Québec) et Julie Blondin (directrice des relations d’affaires nationales et des coproductions). La discussion sera animée par Josette D. Normandeau, présidente d’IDEACOM International.

Au moment d’écrire ces lignes, le TIFF n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Emplois, recyclage, prix… La fermeture de magasins de bière fait mal dans le Nord

Trois magasins de la franchise privée Beer Store ferment leurs portes dans le Nord ontarien dès aujourd’hui. Perte d’emplois, obligation de parcourir de longues distances pour s’approvisionner et consigner, hausse des prix de l’alcool… Les conséquences de cette décision se font sentir dans cette région.

Après la Régie des alcools (LCBO) et sa grève, c’est au tour de l’enseigne Beer Store de réagir après la décision du premier ministre Doug Ford d’autoriser la vente de bière, de vin, de cidre et de cocktails prêts à boire dans les dépanneurs et toutes les épiceries dont une partie a commencé la vente depuis jeudi dernier.

Deux semaines plus tôt, l’enseigne privée annonçait la fermeture de trois de ses succursales dans le Nord de l’Ontario, à Cochrane, Nipigon et Geraldton. ONFR a tenté de savoir la raison derrière la fermeture de ces magasins et a reçu une réponse générique de l’enseigne Beer Store.

« Nous sommes heureux d’annoncer que presque tous les employés touchés se verront offrir un emploi dans d’autres magasins de bière dans la région. Nous sommes conscients que cette fermeture de succursale aura des répercussions sur certains clients », pouvait-on lire dans la note adressée par courriel.

« Ils pourraient aller travailler dans un autre Beer Store, mais dans le nord de l’Ontario, la prochaine succursale pourrait être à plusieurs heures de route »
— John Knock

L’employeur aurait justifié ces fermetures par « des problèmes majeurs de rénovation, des questions de santé et de sécurité ou des problèmes de volume », affirme le syndicat du secteur privé au Canada (TUAC) représentant les employés de l’enseigne.

Selon John Nock, président du local 12R24, ces fermetures sont directement liées à la politique menée par Doug Ford : « C’est malheureux, mais le gouvernement a fait son choix et l’employeur ne veut pas opérer s’il ne fait pas d’argent comme il en faisait auparavant. »

Les travailleurs impactés

En tout, ce sont dix magasins de la franchise qui ont fermé en Ontario depuis le début de l’année, dont trois, dans le Nord. Une quinzaine d’employés ont perdu leur emploi dans la région et seul un d’entre eux aurait choisi de déménager afin d’aller travailler dans une autre succursale.

« Ils pourraient aller travailler dans un autre Beer Store mais, dans le Nord de l’Ontario, la prochaine succursale pourrait être à plusieurs heures de route. La plupart d’entre eux préfèrent donc une indemnité de départ et espèrent trouver un autre emploi », confie M. Knock.

Les employés licenciés ont reçu des indemnités supplémentaires en raison du faible délai avec lequel ils ont été avisés. Source : Beer Store

« C’est terrible parce que certaines personnes y travaillent depuis des décennies et vous avez l’impression d’avoir un bon emploi stable dans un magasin qui existe depuis 97 ans. Beaucoup de personnes sont donc dévastées par la nouvelle. »

Sur les réseaux sociaux, la nouvelle de ces fermetures a créé une onde de choc avec plusieurs centaines de réactions sur Meta, notamment. Plusieurs ont blâmé, directement, le gouvernement conservateur de Doug Ford.

« Comme s’il n’y avait pas assez de clients entre Hearst et Thunder Bay pour garder ne serait-ce qu’un seul magasin ouvert entre les deux », s’indigne une internaute.

Un autre utilisateur travaillant dans une autre succursale du Nord s’est montré très inquiet devant la possible fermeture de son magasin.

Problème de recyclage

Avec la fermeture de ces magasins, viennent également des craintes concernant la possibilité de faire consigner les bouteilles d’alcool dans le Nord.

« Le plus proche pour retourner les bouteilles serait Thunder Bay, à environ 120 kilomètres d’ici »
— Suzanne Kukko, mairesse de Nipigon

« Du point de vue municipal, le plus grand problème est probablement que la bière et les bouteilles d’alcool vides qui sont consignées ne sont plus récupérées et vont donc aller à la décharge. Nous avons donc un minimum de décharges disponibles et cela va nous coûter du temps, car nos employés doivent maintenant ramasser les contenants vides », estime James McPherson, maire de Greenstone dont fait partie Geraldton.

Pour ceux qui souhaiteraient récupérer le retour de consigne, il faudra parcourir des centaines de kilomètres pour rejoindre le prochain magasin de Beer Store.

Même son de cloche du côté de Nipigon, dont la mairesse Suzanne Kukko se dit, elle aussi, inquiète des conséquences sur la petite localité de moins de 1500 habitants.

« Nous n’avons pas d’endroit dans la ville pour retourner les bouteilles et canettes, donc, le plus proche que vous pourriez faire serait Thunder Bay, qui est à environ 120 kilomètres d’ici », précise-t-elle.

« Nous aurons maintenant un autre bâtiment vide inutilisé dans notre centre-ville, ce qui est un assez gros problème pour beaucoup de petites villes du nord. »

Chaque année, près de 95 % de toutes les bouteilles de bière réutilisables vendues en Ontario sont retournées au Beer Store. Source : Beer Store

Risque de hausse des prix et de baisse de la variété

« Maintenant que le gouvernement a permis aux magasins de proximité de vendre de la bière, ils peuvent facturer ce qu’ils veulent », explique M. Nock qui précise que les prix des magasins du Beer Store étaient les mêmes, peu importe la localité.

Et de continuer : « S’il n’y a pas de magasin de bière dans le coin, je suis sûr qu’un magasin peut facturer 50 dollars de plus pour une caisse de bière à 20, 40, 50 $ et ils l’obtiendront probablement parce qu’il n’y a personne d’autre à qui les acheter. »

Le maire McPherson estime que la variété de bières ne sera plus au rendez-vous pour les habitants de Greenstone : « Le Beer Store était le seul endroit pour acheter de la bière au détail dans les six localités de la municipalité et le LCBO n’a qu’un espace limité donc il y aura certainement des offres réduites. »

« Si tu veux quelque chose que le LCBO n’a pas, tu devras aller soit à Hearst soit à Thunder Bay », se désole-t-il.

D’autres fermetures à venir

Un accord de mise en œuvre anticipé signé avec Beer Store prévoit que la province paiera à l’entreprise jusqu’à 225 millions de dollars pour soutenir la transition, notamment pour l’aider à maintenir les magasins ouverts et les travailleurs employés.

Selon les clauses de la nouvelle entente, le magasin de bière peut fermer jusqu’à 34 de ses succursales cette année, 86 l’an prochain et un nombre illimité en 2026.

« Ils me disent qu’il y a encore d’autres fermetures à venir, mais combien ça nous ne le savons pas encore. »

Lancements et activités pour prendre son temps

Alors que l’année scolaire est entamée, c’est au tour des activités culturelles de reprendre un peu partout en Ontario. Cette semaine, Toronto s’anime avec le lancement de la programmation de TFO et celui de son plus célèbre festival. Et pour ceux qui voudraient débuter l’année culturelle en douceur, il est possible de le faire avec un nouvel album dans les oreilles, un nouveau livre dans les mains, ou en visitant une exposition qui permet à la fois de contempler et de réfléchir.  

Une ellipse à Sudbury

La Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) débute sa saison culturelle avec Ellipse, une exposition de Dominic Lafontaine. L’artiste profite cette semaine d’une résidence exploratoire autour « de la richesse sémiotique du mot ‘ellipse’ », selon le communiqué annonçant l’événement. L’artiste franco-ontarien et anichinabé utilise à la fois les arts visuels, numériques et médiatiques pour créer une œuvre immersive dont le vernissage aura lieu le 12 septembre. Il sera possible de la visiter jusqu’au 25 octobre. Il est également possible d’aller faire un tour à la GNO avant le vernissage, afin d’échanger avec l’artiste et d’en découvrir plus sur sa démarche. Avec Ellipse, Dominic Lafontaine souhaite « redéfinir la substance et le vocabulaire esthétique de l’art anichinabé contemporain. »

Le mot ellipse deviendra une oeuvre d’art dans la vision de Dominique Lafontaine. Photo : Gracieuseté de la GNO

Sudbury, jusqu’au 25 octobre. Détails sur le site de la GNO.

La réconciliation par l’art et la jeunesse

Du côté d’Ottawa, l’Alliance française donne la parole à de jeunes artistes autochtones pour l’exposition Les jeunes en réconciliation : imaginez un Canada. Cette initiative de la Fondation Autochtone de l’Espoir prendra place du 10 septembre au 21 octobre. Elle met en vedette des œuvres des gagnants de la première édition du concours Imaginez le Canada, en 2016. Entre les œuvres d’art et les poèmes, les artistes réfléchissent sur l’avenir du pays et sur la signification de la réconciliation pour eux.

L’exposition Les jeunes en réconciliation : imaginez un Canada ouvrira ses portes le 10 septembre. Photo : Gracieuseté de l’Alliance française Ottawa

Ottawa, du 10 septembre au 21 octobre. Détails sur le site de l’Alliance française Ottawa.

Découvrir les artistes ottaviens

Des membres d’Arteast Ottawa ouvrent les portes de leurs studios samedi et dimanche. Il est donc possible de suivre un parcours pour visiter plusieurs artistes, dont Denise Lachance, Rachel Lapalme, Jeanne Vaillancourt, Danielle Beaulieu, Pierre Cloutier et Josée Bourassa. La majorité des studios se trouvent dans le quartier Orléans et de nombreux artistes francophones participent à l’initiative. C’est l’occasion d’aller leur parler, de découvrir leur démarche artistique et, qui sait, de mettre la main sur une œuvre d’art unique.

Une carte interactive a été mise en place afin de trouver les studios des artistes participants. Photo : capture d’écran Google Maps

Ottawa, les 7 et 8 septembre. Détails sur le site de Arteast Ottawa.

Le retour des vedettes au TIFF

Le Festival international du film de Toronto (TIFF) bat son plein jusqu’au 15 septembre. C’est l’année du retour des grandes vedettes américaines, mais il est possible de découvrir de nombreux films francophones, dont plusieurs en première mondiale ou nord-américaine. Une langue universelle de Matthew Rankin, candidat du Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger, et Bergers, de Sophie Desraspe, font partie des plus attendus.

Daniel Craig fait partie des célébrités attendues au TIFF cette année. Il était également de la partie en 2022. Photo : Spring Morris

Toronto, jusqu’au 15 septembre. Détails sur le site du TIFF.

D’autres endroits pour des films francophones

Pour ceux qui ne peuvent se rendre dans la ville reine ou qui ne supportent pas les foules, pourquoi ne pas profiter d’un film dans un cinéma ou une salle d’un organisme local? Le cinéma ByTowne d’Ottawa est généreux en films francophones ces temps-ci, avec Nos belles-sœurs, Dernière danse, L’étoile filante et, bientôt, 1995. Mardi, le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) présente Un p’tit truc en plus à l’auditorium de l’école secondaire catholique Béatrice-Desloges. À Sudbury, le cinéma Indie présente Bonnard, Pierre et Marthe ainsi que Les chambres rouges.

Le film 1995 de Ricardo Trogi a déjà atteint 2,5 millions de dollars au box-office. Il sera présenté au cinéma ByTowne dès le 20 septembre. Photo : Bertrand Calmeau / Immina Films

Lieux et dates variés. Détails sur les sites du cinéma ByTowne,  du MIFO et du Cinéma Indie de Sudbury.

Nouvel album pour Brian St-Pierre

Brian St-Pierre, connu entre autres pour la musique de Mon beau drapeau, de L’écho d’un peuple et de Vaches, The Musical, lance son quatrième album solo ce mercredi. L’événement aura lieu à la brasserie Brauwerk Hoffman de Rockland. Intitulé Malgré tout, ce nouvel opus comporte une dizaine de titres et flirte avec la pop, le folk, le rock et la ballade. Il sera disponible sur les plateformes numériques deux jours plus tard, soit le 13 septembre. On connaît déjà les extraits Fou de toi et Beaucoup d’amour. Ce dernier sera accompagné d’un nouveau vidéoclip, présenté en primeur au lancement de l’album.

Brian St-Pierre a reçu le prix Hommage pour récompenser l’ensemble de sa carrière au Gala Trille or, le 9 septembre 2023. Crédit image : Maxime Delaquis / ONFR

Rockland, le 11 septembre. Détails sur les réseaux sociaux de Brian St-Pierre.

Christelle Kongolo vient de dévoiler son deuxième recueil, Les roses ont des épines. Une version anglophone, Roses Have Thorns, est également disponible. Les poèmes et les citations renvoient à des histoires d’amour vécues, alors que l’artiste s’adresse à d’anciens amants et amis qui représentent des étapes de sa vie.

« Dans cette collection, les roses et les épines jouent des rôles différents. Les épines peuvent symboliser les barrières, les imperfections, les infidélités, les regrets et les défauts, tandis que les roses peuvent représenter l’amour, la joie, la beauté, la clarté et le bonheur. Le sens du titre devient plus clair en lisant chaque page », a raconté Christelle Kongolo à ONFR.

Les roses ont des épines est un recueil plus personnel que son prédécesseur, Les émotions entrecroisées. Photo : Gracieuseté de Christelle Kongolo

En autopublication. Détails sur les réseaux sociaux de Christelle Kongolo.

Nouveau carrefour culturel : pas de concurrence avec la Place des Arts selon Sudbury

SUDBURY – Le gouvernement fédéral investit 25 millions de dollars dans les travaux de construction d’un nouveau carrefour culturel sur les terrains de l’hôtel de ville et à quelques pas de la Place des Arts. Le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS) réfléchit à la possibilité d’y offrir des services en immigration francophone.

L’annonce a eu lieu mercredi après-midi à la Place Tom Davies, où sera installé le Carrefour culturel du même nom, en présence des députés Viviane Lapointe et Marc Serré et le maire du Grand Sudbury Paul Lefebvre.

« Ce financement de 25 millions de dollars est un investissement essentiel dans notre centre-ville, nos arts et notre culture. C’est aussi un investissement majeur dans notre économie future et dans la revitalisation de notre centre-ville », a fait savoir l’élue fédérale avant d’ajouter que la construction et rénovation de ce carrefour amènera la création d’emplois à court terme.

Un plan de la devanture de l’édifice de la Place Davies date d’une cinquantaine d’années. Source : Ville du Grand Sudbury

Ce carrefour abritera le bureau du Sudbury Multicultural-Folk Arts Association (SMFA), la galerie d’arts de Sudbury, la nouvelle bibliothèque bilingue centrale de la ville et se situera à quelques pas de la Place des Arts qui détient également une galerie d’art et dont la situation financière est précaire.

Deux mandats différents

Des discussions avaient eu lieu il y a quelques années afin de déterminer si la Galerie d’art de Sudbury devrait être logée à la Place des Arts, mais ont été rapidement abandonnées en raison du manque d’espace dans l’édifice ayant ouvert ses portes en 2022.

« Ça aurait porté possiblement atteinte au caractère de la Place des Arts. Oui c’est ouvert à tous, mais c’est avant un organisme francophone, alors que la Galerie d’arts de Sudbury n’est pas un organisme qui fonctionne essentiellement en français », pense Denis Constantineau, directeur général du centre de santé communautaire de Sudbury, présent au moment de l’annonce.

De gauche à droite, le maire de Sudbury Paul Lefebvre, le député fédéral de Nickel Belt Marc Serré et le directeur général du centre de santé communautaire de Sudbury, Denis Constantineau. Source : Marc Serré/Facebook

Néanmoins, selon la Ville, ce nouveau carrefour culturel ne fera pas d’ombre à la Place des Arts. « Notre objectif est de créer un écosystème artistique et culturel prospère et interconnecté où toutes les institutions se complètent sans causer de contraintes financières. Chaque projet a sa propre mission et, ensemble, ils feront du Grand Sudbury une ville encore plus dynamique et diversifiée », a déclaré le maire Paul Lefebvre dans un courriel adressé à ONFR.

À la Place des Arts, on salue le projet du carrefour culturel de la Place Davies. « Je n’ai rien à dire à propos de l’annonce qui touche la Place Davies, sauf bravo! Le projet répond à un besoin réel », a réagi Denis Bertrand, directeur général par intérim de la Place des Arts depuis près d’un mois.

Des services en immigration francophone à terme?

M. Constantineau dit être en train d’entamer des discussions avec le SMFA pour offrir des services en immigration pour les nouveaux arrivants francophones sur place.

« Le SMFA offre des services d’immigration en anglais, mais on voudrait qu’il y ait un pendant francophone pour que les nouveaux arrivants d’expression française aient accès à des services sur place », confie-t-il.

La localisation en centre-ville et le projet de construction d’un nouvel aréna communautaire pourraient être un atout selon M. Constantineau qui imagine que « ça va être un pôle d’attraction ».

« Il y a plusieurs projets au centre-ville, créer des endroits pour que les gens puissent consommer du matériel artistique, ça fait du bien au centre-ville », a-t-il terminé.

La galerie d’art de Sudbury occuperait les deux derniers étages du bâtiment de l’hôtel de ville, et la bibliothèque avec la SMFA se joindraient à une poignée de services municipaux au 200, rue Brady, qui est attenante au sud. YouTube/Ville du Grand Sudbury

La culture pour raviver le centre-ville

De son côté, le maire Paul Lefevre y voit aussi une opportunité : « Le projet de carrefour culturel de la Place Tom Davies représente une occasion de transformation pour notre collectivité. »

« L’installation sera un lieu communautaire unique et stimulant où l’on offrira aux résidents divers services culturels et éducatifs dans un lieu centralisé et pratique », pouvait-on lire dans le communiqué de l’annonce qui souligne également « l’engagement de la Ville en matière d’accessibilité, de durabilité environnementale, de multiculturalisme, d’autochtonité, d’inclusion sociale et de culture. »

24 908 530 $ proviennent du Programme pour les Bâtiments communautaires verts et inclusifs (BCVI), et 275 000 $ du Programme de développement du Nord de l’Ontario.

Le budget total du projet du carrefour culturel s’élève à 65 millions de dollars, incluant un financement municipal pouvant atteindre 37 millions de dollars fournis par la Ville du Grand Sudbury.

Le calendrier de construction approuvé par la municipalité en novembre dernier prévoit que les travaux devrait débuter en 2025 pour une ouverture prévue fin 2026.

TFO mise sur la représentativité dans sa nouvelle programmation

TORONTO – Le diffuseur public franco-ontarien, TFO, a officiellement lancé sa programmation 2024-2025 au Meridian Arts Centre de Toronto, jeudi soir. L’ambiance était au réseautage alors que des personnalités de l’industrie de la télévision étaient réunies pour présenter le fruit de leur travail ou découvrir celui de leurs compatriotes.  

L’événement a débuté par un rassemblement dans le hall du Meridian Arts Centre, alors que les convives étaient invités à découvrir les différentes branches de TFO. La présentation était ensuite animée par trois vedettes de la chaîne, Josée LeBlanc, Alice Tran et Maya Skabar.

« Dans un océan de contenus qui viennent d’ailleurs, il n’y aura jamais assez de contenus en français produits au Canada », a lancé sur scène la vice-présidente contenus et productions de TFO, Sonia Boisvert.

Avant la présentation, différents kiosques permettaient de découvrir les branches de TFO, dont Idéllo, Boukili et ONFR. Photo : Rachel Crustin

Cette année, huit nouvelles séries originales prendront l’antenne, tandis que quatre autres séries originales connaîtront une nouvelle saison. Le diffuseur souhaite offrir « une ode à la diversité, à la créativité et à l’inclusion ».

Ce choix se reflète entre autres avec Hôtel Beyrouth, une fiction dont la bande-annonce a créé l’engouement chez les gens dans la salle. Cette comédie dramatique raconte l’histoire d’une famille libanaise exilée à Ottawa pour fuir la guerre, dans les années 1980.  

La productrice de La quête de Lumie, Sabine Daniel, accompagnée de deux des enfants de la série, Mathyas et Daisy. Photo : Rachel Crustin / ONFR

La quête de Lumie, version francophone de Sunny’s Quest, incarne aussi cette idée d’être un chef de file en matière de représentativité. Cette série documentaire célèbre les différentes facettes de l’identité de jeunes franco-ontariens afrodescendants. La productrice Sabine Daniel a témoigné du fait qu’elle aurait eu besoin d’une telle émission dans son enfance, alors que le seul personnage noir qu’elle voyait à la télé était la marionnette Doualé, dans la première mouture de Passe-Partout.

Les enfants à l’honneur

Les enfants et leurs initiatives inspirantes sont au cœur de cette nouvelle programmation de TFO. Effet domino, qui vise les 9-12 ans, présentera des gestes écoresponsables posés par des jeunes, et proposera des pistes de solution accessibles aux familles.

La productrice Renée Paradis et la scénariste Chanda Legroulx Gibson sont venues parler d’une des productions maison de TFO, Effet domino. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Les Zultras tentera d’attirer le jeune public, qui consomme déjà des vidéos d’influenceurs sur les réseaux sociaux, avec un personnage de créatrice de contenu du nom de Z, campé par Éléonore Loiselle.

Également créatrice de contenus dans la vraie vie, Mimi Lacroix sera pour sa part à la barre de Sur les routes de la francophonie en Ontario, qui va à la rencontre de jeunes ayant choisi d’apprendre le français.

Les tout-petits habitués du minivers de TFO ne seront pas dépaysés avec la nouvelle production Aquazette, dans laquelle on retrouve Josée LeBlanc et Alice Tran. Ces dernières camperont Mamie Gâteau et Mémé Rouleaux, mais aussi les animaux marins qui les observent depuis leur bocal. Ces animaux aideront les humaines dans la gestion de leurs émotions.

Avec le dessin animé Mia & Codie, les tout-petits plongeront plutôt dans l’univers du codage et de la programmation.

Aussi pour le grand public

De son côté, la série Rebelle risque de plaire à toute la famille, alors qu’elle mettra en lumière des figures féminines qui ont marqué l’Histoire.

Finalement, le groupe d’improvisation franco-ontarien Improtéine, qui fête ses 20 ans, aura droit à son documentaire intitulé Improtéine, 20 ans et presque quasiment légendaire. Nadia Campbell, Vincent Poirier, Stéphane Guertin et Martin Laporte ont clôturé la présentation avec une performance d’improvisation inspirée de la programmation de TFO.

De gauche à droite : Stéphane Guertin, Martin Laporte, Vincent Poirier et Nadia Campbell, membres d’Improtéine. Olivier Nadon fait également partie du groupe. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Un autre documentaire, La faune connectée, est arrivé par la grande porte alors que deux saisons ont été déposées simultanément sur la plateforme tfo.org.

Les productions originales Gang de hockey, La Brigade et 180 reviennent toutes dans la grille horaire pour une nouvelle saison. Les Rendez-vous ciné TFO sont également de retour, avec différentes thématiques déployées au cours de l’année.

De la fierté

En entrevue avec ONFR après la présentation, la directrice des co-productions et acquisitions de TFO, Marianne Lambert, s’est dite très satisfaite du lancement et de la programmation en général.

« C’était très touchant. C’était agréable de voir tout ce qu’on fait avec peu. Nous sommes un petit diffuseur avec peu de financement, et on arrive à faire des miracles. »

Marianne Lambert (à droite) est interviewée sur scène par Maya Skabar et Josée LeBlanc. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Elle souligne le côté humain et chaleureux de l’événement. « On parle directement aux gens. Il y a une belle variété des accents, qui est un reflet de l’Ontario francophone. On sent la chaleur et la passion de TFO », indique-t-elle.

Parmi les plans d’avenir de TFO, on retrouve l’idée de rendre disponibles certains contenus sur plus de plateformes, notamment grâce à une collaboration avec les Tou.tv et Ohdio de Radio-Canada.

En test depuis plusieurs mois, l’application TFO a officiellement été dévoilée par les animatrices de la soirée. Très semblable au site web tfo.org, elle permet de visionner des contenus à la carte ou de suivre la diffusion en direct de la chaîne. Il est également possible d’accéder aux récents articles d’ONFR.

L’une des animatrices de la soirée, Alice Tran. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Maya Skabar et Alice Tran interviewent des membres de l’équipe d’Hôtel Beyrouth. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Le lancement de la programmation de TFO était aussi une occasion de réseautage pour les membres de l’industrie et le public. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Nadia Campbell et Stéphane Guertin d’Improtéine improvisent sur des thèmes et contraintes inspirées de la programmation de TFO. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Josée Leblanc et Maya Skabar sur scène lors du lancement de TFO. Derrière elle, le slogan Franco originale

Deux des animatrices de la soirée : Josée LeBlanc et Maya Skabar. Photo : Rachel Crustin / ONFR

Construit-on assez d’écoles en Ontario? Les chiffres disent que non

Alors que le nombre d’élèves en Ontario ne cesse de grandir depuis dix ans, la construction d’écoles ne suit pas le rythme, si bien que le nombre d’élèves qui arrivent augmente à un rythme plus élevé que les nouvelles écoles. Pour combler ce différentiel, les classes portatives se multiplient.

En se basant sur les données du gouvernement ontarien, ONFR a compilé le nombre d’élèves et d’écoles dans le système scolaire francophone au cours de la dernière décennie, année par année. S’il est difficile de quantifier le bon ratio du nombre d’élèves par école, les chiffres indiquent qu’il y a plus d’élèves dans chaque école francophone de la province aujourd’hui comparativement à il y a dix ans.

En 2014, il y avait 449 écoles francophones dans la province pour un total de 101 823 élèves, soit un ratio de 226 élèves par école. Selon les plus récentes données disponibles, soit de 2023, on compte 484 écoles francophones en Ontario pour un total de 112 032 élèves, soit un ratio de 231 élèves par école, soit une augmentation moyenne de cinq élèves par école en dix ans. 

Ce nombre pourrait toutefois être encore plus élevé si le nombre d’élèves en Ontario n’avait pas stagné dans les dernières années. Il faut aussi noter que cela ne prend pas en compte l’agrandissement d’écoles déjà existantes.

« Tu ouvres une nouvelle école et, deux ans après, elle est pleine et tu es obligé de mettre des portatives. Maintenant, quand ils réalisent la planification, les conseils scolaires sont habitués à prévoir des portatives dès l'ouverture », note Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholique.

Ce dernier estime que les projections du ministère de l’Éducation sont toujours « très conservatrices ». De plus, les conseils scolaires francophones se retrouvent en compétition avec les anglophones pour obtenir de nouvelles écoles, ce qui signifie que la force du nombre l’emporte la plupart du temps, explique-t-il.

« Ça nous place dans une situation telle qu'en 2018, on avait besoin (d’une école) de 500 élèves, mais eux ont calculé 350. Quand on arrive en 2023, tu ouvres ton école et elle est pleine. Chaque fois qu’on a construit une nouvelle école, on a eu ce problème-là », lâche M. Lévesque.

« L'École secondaire publique Pierre-de-Blois, qui est l'une sinon la plus récente qui a ouvert ses portes chez nous, est à pleine capacité, affirme la présidente du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario Samia Ouled Ali. Il y a 700 élèves alors que c’est un projet pour lequel ils nous ont donné l’approbation il y a quelques années pour 450 places. Au bout d’une année, on avait déjà dépassé le plafond », raconte-t-elle.

Tous les hauts dirigeants des conseils scolaires nous répondent par l’affirmative lorsqu’on leur demande s’il manque d’écoles dans leur conseil scolaire. Chaque conseil possède une liste avec des projets qualifiés de prioritaires soumis au gouvernement. Chaque année, près de 40 projets dans l’ensemble de la province pour les conseils anglophones et francophones sont acceptés par le ministère de l’Éducation.

Dans le Grand Toronto, notamment au centre-ville, le manque d’espace rajoute une couche de difficulté supplémentaire, note le Conseil scolaire Viamonde, qui est passée de 8983 élèves à 13 211 en 11 ans.

« Il y a le quartier Yonge–Eglinton à Toronto où il y a eu beaucoup de constructions. On sait que si on arrivait à ouvrir une école, elle serait remplie du jour au lendemain, mais il y a très peu de terrains. Même si on avait de l’argent, on ne pourrait rien acheter, car il n’y a rien à vendre », raconte sa présidente Geneviève Oger.

Des dizaines d’écoles avec des classes portatives

Pour combler ce manque, les classes portatives sont devenues monnaie courante dans les écoles de l’Ontario dans les dernières années, alors qu'elles existaient en beaucoup plus petit nombre dans le passé.

Selon Le Droit, on comptait 8771 classes portatives durant l’année scolaire 2022-2023. Photo : Patrick Woodbury/Le Droit

On peut notamment penser au CECCE qui comptait 20 000 étudiants il y a près de 15 ans alors qu’on estime qu’ils seront près de 28 000 à fouler les corridors de leurs 60 écoles en 2023-2024. Le surintendant de l’Éducation au CECCE, Jason Dupuis, rappelle que les conseils scolaires n’ont pas le loisir de refuser des élèves qui répondent aux critères.

Les conseils étaient-ils prêts à une hausse de 40 % d’élèves en 15 ans? « On suit le rythme dans le sens qu’on ajoute des classes mobiles », soutient Jason Dupuis.

Ce sont 135 classes portatives qui sont utilisées par les établissements du CECCE contre 101 au sein du second plus grand conseil de la province, le CÉPEO. À elles seules, les classes portatives de chacun des deux conseils pourraient contenir l’effectif de plusieurs écoles.

« Il faut démontrer au ministère qu’on a des besoins. Si elles (les écoles) ne sont pas pleines, le ministère ne va pas nous accorder des fonds, car il va nous dire ’vous avez de la place chez vous’ », présente le dirigeant du CECCE.

« Bien sûr qu’ils nous en manquent, ne cache pas Samia Ouled Ali au CÉPEO. Il y a des zones où l’on a besoin de beaucoup plus d’écoles. Par exemple, l’École secondaire Maurice-Lapointe (à Kanata) est victime de son succès. On a dépassé les 20 portatives ce qui est assez énorme », désigne la présidente du CÉPEO.

Une vue aérienne de salles de classe mobiles et de bâtiments scolaires modulaires à au Collège catholique Mer Bleue, à Ottawa. Photo : Patrick Woodbury/Archives Le Droit

Cette hausse d’élèves et l'engorgement des écoles, mais aussi des classes ne sont pas passés inaperçus auprès des professeurs.

« Je l’ai vu, quand je suis arrivée dans mon école, on était autour de 350 élèves et quand j’ai quitté, on était autour de 430 élèves. On approchait les 100 élèves de plus », avance un professeur du CECCE depuis le début des années 2010.

Une de ses collègues au CECCE, qui est là depuis 11 ans, répond oui lorsqu’on lui demande si elle a observé au cours de sa carrière une augmentation d’élèves.

« À un moment donné, on avait une quinzaine de classes portatives si ce n’est pas plus. À une rentrée, notre terrain était plein de classes portatives », témoigne cette professeure du CECCE au secondaire.

Carolle Rose, une professeure d’immersion en français à Rockland depuis le milieu des années 1990, affirme qu’au cours des années le nombre d’élèves s’est accumulé au sein de son école.

Trois toilettes pour 660 élèves et enseignants, la bibliothèque désormais sur la scène du gymnase, des locaux destinés aux professeurs et la salle de photocopie transformée en salle de classe pour accueillir le nombre grandissant d’élèves sont des exemples qu’elle énumère avoir observés au courant de ses années d’enseignement.

« On est déjà à quatre portatives. C’est bien, car ça donne un espace physique pour ajouter des classes, mais aussitôt qu’il s'en ajoute, ça l’enlève de l’espace pour les récréations dehors. Il y a le bon et le mauvais côté », affirme-t-elle.

Entente fédérale NPD-libéraux brisée : des élections imminentes?

OTTAWA – Dans une vidéo publiée ce mercredi, le chef fédéral du NPD Jagmeet Singh annonce la rupture de son entente avec le gouvernement libéral de Justin Trudeau signée depuis mars 2022. Selon une politologue, des élections fédérales pourraient être déclenchées à tout moment, dès cet automne, et affecter, par ricochet, celles de l’Ontario.

« L’entente est rompue. Les libéraux sont trop faibles, égoïstes et soumis aux intérêts des grandes entreprises pour affronter les conservateurs. Mais nous pouvons le faire. Les grandes entreprises et les PDG ont eu des gouvernements à leur service. Maintenant, c’est à votre tour », a publié aujourd’hui Jagmeet Singh sur son compte officiel X.

La coalition, datant du 22 mars 2022 entre le NPD du Canada et le gouvernement, visait à servir les intérêts mutuels des partis et assurait à Justin Trudeau d’aller au bout de son mandat, jusqu’en juin 2025.

Un changement de direction brutal mettant en difficulté le Parti libéral du Canada, minoritaire à la Chambre des Communes.

Singh semble ainsi se détacher de l’image d’un Trudeau au plus bas dans les sondages qui donnent les conservateurs gagnants. Leur leader, Pierre Poilievre, incitait d’ailleurs publiquement les néo-démocrates à s’émanciper.

Selon la politologue Geneviève Tellier, l’intention du NPD serait également de changer de stratégie, de « partir en campagne » et de « frapper un grand coup » pour gagner du terrain sur le Parti conservateur du Canada.

Celle-ci explique en effet le glissement général des milieux travailleurs vers les conservateurs, ce changement d’orientation néo-démocrate visant à renverser la tendance.

Élections fédérales et provinciales : le double effet

« Cette décision vient fortement augmenter la probabilité d’élections plus rapides, analyse la politologue. Cela peut arriver n’importe quand à partir du 16 septembre, dès que la chambre siègera. »

« Durant les journées d’opposition, un parti pourrait aussi déposer une motion de non-confiance (pour renverser le gouvernement) menant à un vote. Je ne pense pas que les néo-démocrates le feraient, mais ils pourraient très bien l’appuyer si elle venait des conservateurs. »

Une élection dès cet automne affecterait vraisemblablement, par ricochet, les prochaines élections ontariennes.

La veille, en conférence de presse, le premier ministre ontarien Doug Ford, qui laisse également planer le doute d’une élection anticipée, excluait la possibilité de retourner aux urnes dès 2024, laissant le champ libre aux spéculations pour 2025.

« Cependant, pour Doug Ford, la hantise d’avoir Pierre Poilievre comme premier ministre est bien réelle. Si on a des élections aussi tôt, l’Ontario inversera probablement sa stratégie initiale (qui était de devancer une élection potentielle des conservateurs) et attendra peut-être le plus longtemps possible, pour faire retomber un peu la poussière, soit jusqu’à l’échéance maximale de juin 2026 », conclut Mme Tellier.

Élèves francophones : le Nord en perte de vitesse, Ottawa et Toronto en expansion

Le nombre d’élèves dans les écoles francophones du Nord n’a cessé de chuter dans la dernière décennie en Ontario tandis que celui d’Ottawa et de Toronto connait une explosion, démontre les chiffres du ministère de l’Éducation.

À partir du catalogue des données ouvertes du gouvernement de l’Ontario et des chiffres fournis par les conseils scolaires, nous avons compilé le nombre d’élèves fréquentant les écoles francophones publiques chaque année depuis 2011.

Les chiffres des écoles privées ainsi que ceux des années scolaires 2023-2024 et 2024-2025 dans le système public n’étaient pas disponibles. 

Les données démontrent que les écoles du Sud de la province (de Windsor au Grand Toronto jusqu’à Peterborough) et celles d’Ottawa et de l’Est (de Hawkesbury à Ottawa jusqu’à Trenton) ont connu de fortes hausses dans la dernière décennie. Celles du Nord de la province (de Parry Sound jusqu’à Red Lake) ont connu une légère baisse, en contraste par rapport à leurs confrères du reste de la province.

À Ottawa, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et le Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CÉPEO) sont premiers et seconds en termes d’effectif, concentrant près de 40 % des étudiants francophones de l’Ontario.

Le CECCE a même entamé sa plus récente rentrée scolaire avec près de 28 000 élèves, sans compter les deux dernières années. Cette hausse de près de 4,5 % par rapport à 2023-2024 pourrait être un record en une année, souligne le surintendant de l'éducation Jason Dupuis.

« Il y a des années où nos prévisions ont été excellentes, mais cette année ça nous surprend, c’est certain que si on s’attendait à 1400 (élèves) de plus, on aurait prévu pour ça », a affirmé ce dernier en entrevue au premier jour de la rentrée la semaine dernière au Collège Franco-Ouest.

Comment expliquer une telle hausse dans les dernières années dans un conseil qui aurait accumulé près de 8000 élèves en 15 ans?

« Beaucoup d’immigration qui vient contribuer à l’effectif, lance le membre de la haute direction du CECCE. Aussi, on constate depuis quelques années qu’il y a davantage de familles allophones qui choisissent notre système alors qu’ils étaient historiquement plus dirigés vers les anglophones. »

La professeure de la faculté d’Éducation de l’Université d’Ottawa Nathalie Bélanger n’hésite pas à voir un lien entre la hausse de l’immigration dans la région d’Ottawa depuis une décennie et le catholicisme du conseil scolaire.

« Nous avions déjà remarqué un tel phénomène dans le Sud-Ouest ontarien, au Conseil scolaire catholique MonAvenir, il y a une vingtaine d’années. Des familles de confession musulmane optaient pour l’école catholique de langue française pour sa discipline jugée plus stricte et plus en phase avec leurs valeurs familiales. Ce phénomène apparaît-il maintenant dans l’Est ontarien? », se demande-t-elle.

Quelques kilomètres plus loin, c’était aussi la rentrée mardi dernier pour les élèves du CÉPEO, qui estime que 18 000 élèves seront dans ses 44 écoles, ce qui en fait le plus gros conseil public francophone en Ontario.

« Si on part des dix dernières années, c’est une grande et graduelle hausse de 40 % », note la présidente du CÉPEO, Samia Ouled Ali.

« Le fait qu’on a plus d’écoles nous a permis d’aller chercher des francophones qui n’ont pas été desservis dans le passé », souligne-t-elle.

Ces familles francophones se sont retrouvées avec des « incitatifs pour aller à l’école en français », partage la présidente, ce qui a contribué à l’ajout de près 5500 élèves en 15 ans au CÉPEO. Des secteurs de l’ouest d’Ottawa, comme à Nepean et Barrhaven, plus loin de traditionnels quartiers francophones comme Vanier, Orléans et Gloucester, comptent désormais plus d'établissements.

« Je peux témoigner de mon expérience de maman de deux enfants scolarisé en français et vivant dans l’ouest, ainsi que de plusieurs familles francophones qui ont lâché l’école francophone, que ce soit au secondaire ou au primaire, car c’était très loin. »

La présidente du CÉPEO, Samia Ouled Ali. Source : compte X du CÉPEO

Le Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien (CSDCEO) est le troisième conseil dans la région d’Ottawa. Il oscille chaque an depuis 15 ans avec un effectif de 10 000 à 11 000 élèves, ce qui en fait le 5e plus gros des 12 conseils scolaires francophones de l’Ontario. Le démographe Jacob Legault-Leclair se dit peu surpris de la popularité des écoles francophones depuis dix ans dans la région.

« C’est logique parce que l’immigration se concentre en ville, il y a une proximité plus grande avec le Québec et il y a un avantage à apprendre le français à Ottawa, avec le gouvernement fédéral, plutôt qu’ailleurs dans la province », commente-t-il.

Le Grand Toronto en plein essor

Même si la région d’Ottawa s’accapare une bonne partie des élèves francophones, la région du Grand Toronto et ses alentours comme Windsor et London ont connu une forte progression. La hausse en pourcentage des élèves francophones dans le sud de la province est quasiment égale à celle d’Ottawa (22,58 % contre 23,3 %).

Conseil scolaire Viamonde
Archives ONFR

C’est d'ailleurs de tels chiffres qui ont motivé à l’époque l’Université de l’Ontario français à choisir Toronto comme domicile, arguant que le nombre de francophones dépasserait Ottawa à long terme.

Le Conseil scolaire Viamonde (couvrant les régions de Toronto, London et Windsor), qui comptait un peu moins de 9000 étudiants au début des années 2010, se retrouve avec un peu plus de 13 000 élèves près de 15 ans plus tard. Avec une hausse de près de 47 %, c'est le conseil francophone qui a le plus progressé.

« C’était quand même une hausse graduelle. Ça s'est fait petit à petit, au fur et à mesure qu’on a pu ouvrir des écoles, de nouvelles familles sont venues », témoigne sa présidente Geneviève Oger.

Elle qualifie cette forte progression de multifactorielle. L’immigration francophone, la construction de nouvelles écoles, mais aussi de bons résultats scolaires engendrés par les élèves qui ont permis cette croissance. Viamonde a eu le meilleur taux de réussite (78,3 %) de tous les conseils scolaires de l’Ontario en 2022 aux tests de l'Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE).

« Quand les gens arrivent de l’étranger et qu’ils voient les résultats, ça les met en confiance », relève Mme Oger.

Nord de l’Ontario

La situation est tout autre dans le Nord où le nombre d’élèves n’a cessé de chuter au cours des années bien que ça soit inférieur à 2000 élèves. C’est pourtant dans le Nord que l’on retrouve le plus de conseils scolaires (6 sur12), ce qui s’explique par les distances dans cette région. Ce sont les écoles situées à Timmins, le long de la Route 11 et dans le Grand Sudbury qui ont vu une baisse en termes d’effectifs.

« La migration interne du Nord vers le Sud est forte, ce n’est pas un nouveau phénomène. J’ai l’impression qu’elle continue alors que les villes francophones du Nord de l’Ontario ont une population vieillissante et évidemment, plus ils sont vieillissants, moins ils font d’enfants alors ça se répercute à mon avis dans les inscriptions des conseils scolaires », observe Jacob Legault-Leclair.

« Il y a un noyau de francophones qui se maintient parce qu’il y a un réseau et des institutions en place, mais on voit qu’il y a possiblement davantage d’opportunités dans la grande région de la capitale nationale et aussi Toronto », ajoute-t-il.

Rentrée scolaire en français : soulagement dans la région de York

VAUGHAN – L’École secondaire catholique de l’Ascension du Conseil scolaire MonAvenir a ouvert ses portes pour la première fois ce matin et accueilli les premiers élèves francophones pour la rentrée scolaire 2024-2025. Très attendue par la communauté franco-ontarienne de York, elle vient soulager le besoin pressant de la région et lunique autre école secondaire de langue française, en sureffectif.

Après deux mois de pause estivale, ce mardi matin, les jeunes Franco-Ontariens ont repris le chemin de l’école. Du côté de Vaughan, au nord de Toronto, il s’agit également de la toute première rentrée de l’École secondaire catholique de l’Ascension du Conseil scolaire MonAvenir.

Dès 8h, les va-et-vient des autobus scolaires ont acheminé les premières cohortes de 7e, 8e et 9e années, soit une centaine d’élèves accueillis par la directrice de l’éducation, Nicole Mollot, la surintendante Marie-France Crête, la présidente de MonAvenir, Geneviève Grenier, et le directeur de l’établissement Marc Arseneau.

La nouvelle école secondaire pourra d’ici trois ans accueillir jusqu’à 400 élèves. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Marc Arseneau, le directeur d’établissement, s’est adressé aux élèves lors du discours de bienvenue. Photo : Sandra Padovani/ONFR

De gauche à droite : l’adjoint parlementaire aux Affaires francophones Stéphane Sarrazin, le député de Vaughan-Woodbridge et ministre associé délégué à la Santé mentale et à la Lutte contre les dépendances Michael Tibollo, la ministre des Soins de longue durée Natalia Kusendova-Bashta, le directeur de l’école secondaire Marc Arseneau, la directrice de l’éducation Nicole Mollot, la présidente de MonAvenir Geneviève Grenier, et la surintendante Marie-France Crête. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Ce dernier explique le soulagement que cette ouverture représente pour la région de York, que la communauté francophone attendait depuis plusieurs années.

« La demande était grande dans la région. Le projet avait été annoncé en 2019 et les parents ont été très présents et la communauté très impliquée. L’École secondaire catholique Renaissance à Aurora était à pleine capacité avec des effectifs grandissant chaque année. Un campus annexe avait même été ouvert en attendant. Les enfants de la région de Vaughan avaient de longs temps de trajets à faire. Cette école de proximité vient soulager la pression des effectifs.

L’édifice, dont les travaux ont été achevés en juin dernier, avait bénéficié d’un financement de 13,3 millions de dollars et de 22,6 millions pour le terrain. Douzième école secondaire du conseil scolaire MonAvenir, sa capacité d’accueil est de 400 élèves et comprend également un service de garde de 49 places.

Marc Arseneau s’est également réjoui de l’opportunité pour ces premiers élèves : « Ils sont très chanceux de bénéficier d’une école flambant neuve avec une plus petite communauté scolaire la première année. Ils pourront ainsi avoir accès à tous les clubs et activités qu’ils souhaitent et à un corps enseignant et éducatif très disponible. »

Chaque année, une nouvelle cohorte sera ajoutée, une de 10e année pour 2025-2026 puis de 11e et de 12e, pour que l’école soit au complet d’ici trois ans.

Combler les besoins en éducation des francophones

Des députés et ministres francophones étaient présents pour inaugurer cette ouverture de l’école dont la première pelletée de terre officielle date de 2022.

« Dans ma circonscription à Mississauga, nous avons des écoles de langue française catholiques et laïques, mais ici à Vaughan, il y avait un vrai manque d’école secondaire. C’est important pour les familles d’avoir le choix et d’assurer une continuité du primaire au secondaire », a déclaré au micro d’ONFR Natalia Kusendova-Bashta, ministre des Soins de longue durée.

Sur l’importance d’avoir des écoles francophones de proximité, le député de Glengarry-Prescott-Russell et adjoint parlementaire à la ministre des Affaires francophones a affirmé la priorité du gouvernement quant à l’attention portée à la densité géographique.

Les trois députés et ministres francophones posent ensemble après les discours de bienvenue. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Le député de Vaughan-Woodbridge et ministre associé délégué à la Santé mentale et à la Lutte contre les dépendances Michael Tibollo s’est exprimé, en français, sur l’importance de parler les deux langues officielles. Photo : Sandra Padovani/ONFR

« On sait que la région de Toronto compte plusieurs communautés francophones et on va continuer à travailler pour offrir l’éducation francophone à nos citoyens, absolument », a-t-il assuré.

« Avec la forte croissance de la région, nous sommes ravis d’accueillir la première cohorte d’élèves dans ce nouvel établissement, s’est également exprimée Geneviève Grenier, présidente du Conseil scolaire catholique MonAvenir. Nous nous engageons à continuer d’élargir ce réseau afin de mieux répondre aux besoins grandissants. »

La proportion d’élèves francophones en forte hausse depuis 25 ans en Ontario

Le nombre d’élèves qui fréquentent les écoles de langue française en Ontario est en constante hausse depuis le début des années 2000, révèle des données du ministère de l’Éducation de la province. Les anglophones, de leur côté, sont en baisse, en proportion comme en nombre.

En se basant sur le catalogue des données ouvertes du gouvernement de l’Ontario et les chiffres fournis par les conseils scolaires, nous avons compilé le nombre d’élèves fréquentant les conseils scolaires publics anglophones et francophones et ainsi calculé une proportion. Nous avons ainsi extrait des données allant de 1994 à 2023.

Les chiffres des écoles privées ainsi que ceux des années scolaires 2023-2024 et 2024-2025 dans le système public n’étaient pas disponibles. Dans le cadre de la rentrée scolaire, nous avons donc réalisé près d’une dizaine d’entrevues avec des acteurs du milieu scolaire franco-ontarien pour comprendre ce qui explique cette hausse depuis plus d’un quart de siècle.

Les chiffres démontrent que la proportion d’élèves dans les conseils scolaires francophones oscille autour de 5,5 % alors qu’il était autour de 4,25 % à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Le nombre d’élèves francophones était de son côté en deçà de la barre des 100 000 entre 1994 et 2012. Or au cours des dix dernières années, les conseils scolaires francophones ont connu une forte augmentation de leurs effectifs.

En 2013, on a franchi la barre des 100 000 avec un effectif total de 100 541, pour atteindre 112 032 en 2022-2023, soit une augmentation de 13,5 % en une décennie. À titre de comparatif, l’augmentation dans la décennie précédente (de 2003 à 2013) représentait seulement la moitié (7 %).

De leur côté, entre 2013 et 2023, les écoles anglophones n’ont connu une hausse que de 1,43 % de leur effectif étudiant. De 1994 à 2022, le nombre d’élèves dans les écoles francophones de l’Ontario a bondi de 14,44 % alors qu’e ça a’il a chuté de 1,51 % chez les anglophones.

« C’est surprenant qu’il y ait une augmentation chez les francophones et une légère diminution chez les anglophones sur 30 ans alors qu’il y a une croissance de la population totale de 47 % selon Statistique Canada. Ça nous dit que le vieillissement de la population est assez clair », analyse le doctorant en sociologie à l’Université de Waterloo Jacob Legault-Leclair, qui étudie la question de la francophonie en contexte canadien et québécois.

« Je ne pense pas que l’accroissement des élèves francophones en Ontario augmente à un rythme élevé, mais plutôt modeste, poursuit-il. Ça semble correspondre avec l’augmentation de l’immigration de personnes en Ontario qui peuvent s’exprimer en français », constate le démographe.

Selon le recensement de 2021, ce sont 1,51 million de personnes qui parlent français en Ontario alors qu’il y en avait 1,31 million, 20 ans auparavant.

En 1991, 89 % des francophones de l’Ontario étaient nés au Canada alors qu’ils sont aujourd’hui 78 %, souligne Jacob Legault-Leclair. Chez les moins de 19 ans, 91 % étaient des Canadiens contre 82 % en 2021.

« On voit que le bassin d’ascendance canadienne-française diminue de façon non négligeable alors qu’il y a une présence de plus en plus importante des premières générations d’immigrants », souligne-t-il à la lumière de ces chiffres.

« Selon d’autres données, les immigrants en général sont plus jeunes que les francophones. Les immigrants en moyenne ont plus d’enfants que les natifs, car ils sont plus jeunes et que lorsqu’on migre dans un pays, on a tendance à avoir plus d’enfants dans le pays comme s’il y avait un retardement de la naissance à l’immigration », analyse-t-il.

Des élèves franco-ontariens un 25 septembre lors de la journée des Franco-Ontariens. Archives ONFR
Des élèves franco-ontariens un 25 septembre à Toronto lors de la journée des Franco-Ontariens. Archives ONFR

L’ajout d’écoles dans des régions mal desservies auparavant n’est pas à négliger, nous ont indiqué des dirigeants de conseils scolaires, la proximité étant souvent citée comme la raison première du choix de l’école par les parents.

« On réussit à avoir des augmentations importantes quand on a potentiellement un nombre de nouvelles écoles. Tout d’un coup, si tu as quatre-cinq projets dans le pipeline qui aboutissent, tu vois une progression plus forte et si tu es plusieurs années à ouvrir peu d’écoles, la progression est bien moins forte », soutient Yves Lévesque, de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC).

« Dans les dix dernières années, on a ouvert une dizaine d’écoles et des familles sortent de la forêt, image Geneviève Oger du Conseil scolaire Viamonde, dont l’effectif a augmenté de 47 % en 11 ans. Lorsqu’il y a une école francophone plus proche, des familles qui envoient leurs enfants en immersion ou à l’école anglophone se mettent à regarder nos écoles. »

Et les enseignants dans tout ça?

Cette importante hausse d’élèves depuis dix ans, bien que graduelle, implique davantage de ressources telles que des enseignants.

Dans un rapport fourni au gouvernement, un groupe de travail évaluait que pendant que le nombre d’élèves francophones augmentait dans la province, le nombre de nouveaux enseignants francophones qui rentrait dans le système scolaire chutait.

En 2021, le Groupe de travail sur la pénurie de personnel enseignant dans le système d’éducation en langue française, composé de membres du milieu de l’éducation signalait qu’il fallait ajouter 500 professeurs de plus par année pour combler la pénurie.

Cela est notamment lié à une décision de 2015 du gouvernement ontarien de réduire de moitié le nombre de diplômés en enseignement en plus d’ajouter une année d’études au cursus. À l’époque, le système anglophone perdait des étudiants alors que trop de professeurs rentraient sur le marché du travail.

Seulement, au niveau francophone, cela a induit un effet pervers. Le manque de nouveaux diplômés (voir image plus bas) et la hausse d’élèves ont contribué à un déficit d’enseignants dans la province depuis près d’une décennie.

Crédit image: capture d'écran du Rapport sur la pénurie de personnel enseignant dans le système d’éducation en langue française
Le nombre de diplômés en enseignement n’a cessé de chuter entre 2015 et 2020 en Ontario français. Crédit image : capture d’écran du Rapport sur la pénurie de personnel enseignant dans le système d’éducation en langue française

Nathalie (nom fictif) est une enseignante qui a travaillé au sein de deux conseils scolaires de la région d’Ottawa dans sa carrière. Elle dit avoir remarqué au cours de ses premières années au secondaire des groupes qui pouvaient osciller entre 25 et 28 élèves alors qu’on se rapproche aujourd’hui des 30 à 35.

« Avoir un lien avec chaque élève, les appuyer un à un, fournir de la rétroaction… c’est ce qu’il y a de plus important. Or, très difficile de voir tous ses élèves avant une remise finale d’un travail, ça prendrait une semaine. Là, on a peut-être une minute avec chaque élève. Ce n’est pas facile de faire du « un à un » avec un groupe de 35 », affirme celle qui est enseignante depuis 11 ans.

« Réduire le nombre d’élèves serait numéro 1 sur ma wish list. C’est la solution la plus simple à faire, à mon avis, en plus de venir combler nos besoins en termes de ressources », avance la professeure.

Elle dépeint un rythme actuel soutenable. « J’ai beaucoup de collègues épuisés qui ont pris un congé maladie. On veut être là pour nos élèves, mais on est aussi humain avec notre vie personnelle et une famille. Quand la tâche continue à s’alourdir, ce n’est pas soutenable à long terme », juge-t-elle.

Jason (nom fictif), un enseignant du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) qui cumule dix ans d’expérience, a clairement remarqué la tendance à la hausse des effectifs en classe au cours des années.

L’ajout d’élèves a signifié inévitablement l’ajout de plus de tâches au cours des années pour lui et ses collègues : plus d’heures de correction, davantage de prises de notes, de plus longs bulletins et aussi davantage d’élèves avec des besoins spéciaux, donne ce dernier comme exemples.

Crédit image: capture d'écran du Rapport sur la pénurie de personnel enseignant dans le système d’éducation en langue française
Les données concernant le nombre de professeurs de langue française en Ontario ne sont pas disponibles publiquement, mais démontrent que le nombre a augmenté légèrement entre 2012 et 2019. Crédit image : capture d’écran du Rapport sur la pénurie de personnel enseignant dans le système d’éducation en langue française

« L’ajout de seulement un élève entraine de la correction additionnelle pour chaque matière, insiste-t-il. Même si on est plus efficace avec les années, le temps de travail augmente. »

« Il y a aussi des occasions manquées de faire du « un à un ». On se donne un objectif que chaque élève a le droit au même temps d’éducation que tous les élèves, mais plus que tu as d’élèves, moins ton temps peut varier équitablement surtout quand on a des élèves avec des besoins », a-t-il constaté au fil des années.

Des années creuses pour les conseils scolaires anglophones

Pendant que le nombre d’élèves était en augmentation dans les conseils scolaires francophones dans le dernier quart de siècle, les anglophones, même s’ils composent près de 95 % des élèves ontariens, ont connu une baisse en termes de nombre et de chiffres.

Au début des années 2000, on comptait plus de deux millions d’élèves dans les écoles anglophones. Près de 20 ans plus tard, bien la population ontarienne a cru de près de 3 à 4 millions de personnes, les élèves anglophones sont aujourd’hui sous la barre des deux millions.

À titre d’exemple, entre 2002 et 2012, le système anglophone a perdu près de 140 000 élèves, mais celui-ci a repris de la vitesse dans les dernières années, atteignant des chiffres de près de 1,94 million d’élèves, un plus haut depuis la fin des années 2000.

Vingt-cinq jours pour dévorer la littérature franco-ontarienne

Comme chaque année, la campagne « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien » incite les lecteurs à découvrir des auteurs locaux. Et ça commence dès ce début de mois avec un calendrier de « l’avant » mettant en lumière une œuvre par jour.

 « On dévoile une à une des suggestions de lecture pour inspirer les gens qui nous disent souvent qu’ils veulent participer mais ne savent pas quoi acheter quand vient le 25 septembre », raconte Martine Noël qui a fait une méticuleuse sélection avec ses complices bibliophiles Mireille Messier et Marie-Josée Martin.

Le trio s’inspire de l’opération « Le 12 août, j’achète un livre québécois » et le décline en Ontario afin de « poser un geste concret pour faire rayonner la culture et les talents de notre communauté ».

« Comme Franco-Ontariens, nous nous sentons toujours un peu éclipsés, alors que nous avons des auteurs qui méritent d’être découverts », estime Mme Noël.

Ainsi chaque jour jusqu’au 24 septembre, une nouvelle suggestion de lecture sera dévoilée sur le site web www.jelisfo.ca et les médias sociaux. Dévoilé dimanche, le premier ouvrage n’est autre que Elles de la Sudburoise Pier Courville, un recueil qui explore les microviolences faites aux femmes.

L’équipe en charge de la campagne promet tout au long du mois « des valeurs sûres, des coups de cœur qu’on a lus et aimés. Ce sont tous des auteurs et illustrateurs d’ici, des maisons d’édition d’ici et disponibles dans nos librairies d’ici. » On retrouve d’ailleurs des librairies et points de vente francophones à Ottawa, Sudbury, Toronto, Oakville et Thunder Bay.

Si le menu est gardé bien secret, on sait déjà qu’il reflètera la richesse et la diversité du paysage littéraire de l’Ontario français avec des œuvres pour tous les âges et de tous les genres : jeunesse, roman, science-fiction, poésie, illustration…

« On se rend compte que depuis la période de COVID-19 on a gardé plus de lecteurs, constate Martine Noël. Il y a un intérêt pour le livre plus grand qu’avant. On veut garder et nourrir ça auprès des plus jeunes pour leur donner l’envie de cultiver ce réflexe, mais aussi chez les adultes qui ne pensent pas forcément à des auteurs franco-ontariens. »  

Elle espère aussi susciter la curiosité au-delà de la province, à travers le Canada.

Créée par Mireille Messier, autrice torontoise de livres jeunesse, soutenue par le poète sudburois Michel Dallaire, la journée « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien » existe depuis 2015.

Édith Butler : pas seulement Paquetville, mais l’Acadie en entier

Edith Butler n’a plus besoin de présentation depuis longtemps. Présente dans le paysage musical acadien depuis plus de 60 ans, elle en est devenue l’un de ses symboles. À 82 ans, elle se tient toujours active, que ce soit sur scène ou sur sa terre de 125 acres dans les Cantons-de-l’Est québécois. Rencontre avec celle qui « parle un vieux français, mais c’est peut-être le vrai », comme dans sa chanson Asteur qu’on est là.

« À quel moment avez-vous réalisé que le français était important pour vous?

À cinq ans. J’avais un paquet de cousins et de cousines qui parlaient français, et Maman voulait que je continue à parler anglais. Je suis rentrée à la maison et je lui ai dit : ‘No more English!’ J’ai tapé mon pied par terre et ça a été terminé. Elle ne m’a plus jamais parlé anglais.

J’ai toujours continué à faire de la recherche en français : en généalogie, en histoire, etc. Je me suis intéressée à qui on était. Pourquoi on avait un nom anglais, Butler, en plein milieu d’un regroupement francophone acadien?

ONFR a rencontré Édith Butler à Yarmouth, Nouvelle-Écosse, entre deux répétitions pour le spectacle de la Fête nationale de l’Acadie. Photo : Rachel CrustinONFR

J’ai découvert que l’on était des Lebouthillier. C’est mon arrière-grand-père qui l’a changé, parce qu’il ne pouvait pas travailler. Si tu t’appelais LeBlanc, tu n’avais pas d’ouvrage. Si tu t’appelais White, tu pouvais avoir de l’ouvrage. Donc, les Godin sont devenus les Goodwin, les Aucoin sont devenus les Wedge.

Comment la musique est-elle arrivée dans votre vie?

Tout de suite, en partant. Quand je suis venue au monde, j’ai crié tellement fort que la sage-femme (qui s’appelait Edith d’ailleurs, je porte son nom) a dit à Maman : ‘Elle va faire une chanteuse, celle-là!’

À quel moment avez-vous pris conscience que vous pourriez en faire une carrière?

Je n’ai jamais pris conscience de ça. Même pas aujourd’hui. C’est venu graduellement, parce qu’on faisait de la musique dans la famille. Maman chantait et jouait du piano. Papa racontait des farces. Je pense que j’ai fait un mélange des deux.

Edith Butler avec l’humoriste Clémence Desrochers lors de la cérémonie de remise des Prix du gouverneur général pour les arts du spectacle, en 2009. Édith Butler avait remporté un prix de la réalisation artistique. Photo : La Presse canadienne/Fred Chartrand

Les francophones et surtout les Acadiens, c’est un peuple qui chante. Il y a de la musique dans toutes les familles. Donc, c’était quelque chose de normal, puis ça a grossi. Les gens se sont mis à me demander de chanter ici et là. Finalement, je me suis retrouvée partout à travers le monde.

Pourquoi c’est important de chanter votre coin de pays?

J’ai ça en moi. Je l’ai dit quand j’ai reçu le prix hommage aux Éloizes (le gala artistique en Acadie), ce n’est pas moi qui chante, ce sont mes parents, mes grands-parents. J’exprime le peuple acadien quand je chante. C’est tout un bagage culturel que je transporte.

Vous avez mentionné que vous avez voyagé partout dans le monde. Vous avez même représenté le Canada à l’exposition universelle de 1970, au Japon. Comment c’était?

J’ai connu le vieux Japon, avec les coutumes et les costumes de l’époque. Le Japon d’aujourd’hui est très moderne. Mais (en 1970), ça ne faisait pas longtemps que la guerre était passée par là, que les bombes avaient éclaté à Nagasaki et à Hiroshima.

Edith Butler représentait le Canada lors de l’Expo 70, à Osaka, au Japon. Photo : Gracieuseté de Lise Aubut

Les Japonais ne nous aimaient pas, parce qu’ils pensaient que nous étions des Américaines. Il fallait leur dire ‘Canada’, et là ils nous emmenaient au restaurant, nous faisaient manger et boire du saké.

Quels autres endroits vous ont marquée?

Plusieurs endroits en Europe. La France, la Suisse, la Belgique… les pays francophones. J’y suis allée régulièrement. Le Maroc aussi.

Et comment sont reçues les chansons de l’Acadie dans des pays très différents, comme le Maroc ou le Japon?

Parce que c’est une musique vraie, et que je suis vraie moi-même, ça atteint tout le monde. Au Maroc, beaucoup de gens parlaient arabe et j’avais une traductrice. Je ne sais pas si elle traduisait la vraie affaire, mais tout le monde riait beaucoup!

Ça rit beaucoup dans vos spectacles en français aussi…

Ah, oui oui! Je raconte des histoires. Mais je raconte toujours des histoires vraies. Le monde ne pense pas que c’est vrai, mais oui. Par exemple, mon père nous avait appris les fables de Lafontaine. Maître Corbeau, sur son arbre perché, tenait en son bec un…

Fromage!

Non! Un quart de lard. Mon père disait : ‘Tu diras à ton professeur que des fromages, on n’en a pas par icitte!’

C’était un farceur, un pince-sans-rire. On se faisait avoir presque tout le temps.

Édith Butler a été faite chevalière de l’Ordre national du Québec, sa province d’adoption, en 2023. Photo : La Presse canadienne/Karoline Boucher

Une autre personne importante de votre vie est Lise Aubut, votre gérante depuis plus de 50 ans. Comment cette alliance a-t-elle commencé?

J’allais à des spectacles et je voyais toujours cette jeune femme se promener sur scène, mettre les micros, ajuster les lumières, etc. Pendant plusieurs années, elle m’intriguait. Un jour, je suis allée voir mon amie Angèle Arsenault à Montréal. C’est Lise qui s’occupait de sa carrière alors je l’ai rencontrée officiellement et elle a commencé à s’occuper de moi.

Avant ça, elle a travaillé avec de grands artistes français comme Barbara, Serge Reggiani et Anne Sylvestre. Dans notre métier, elle était déjà connue comme un grand imprésario.

J’ai été vraiment chanceuse de la rencontrer. J’étais un peu picpic. Je me promenais partout à travers le monde avec ma guitare, mais je n’étais pas structurée.

Qu’est-ce qu’elle a représenté pour vous?

Elle m’a structurée. Avoir des affiches, des photos, téléphoner à des gens pour vendre le spectacle, organiser de belles tournées. Aussi me structurer dans le sens où elle me disait : ‘Après ton spectacle, parle au monde, puis va te coucher, parce qu’on a un autre spectacle demain.’ Elle m’a appris la discipline.

Édith Butler et Lise Aubut en 1986, lors de la tournée de l’album Un million de fois je t’aime. Photo : Gracieuseté de Lise Aubut

Ça a été extraordinaire pour nous deux. Aujourd’hui, dans une petite vieillesse, d’avoir chacune notre métier et de le vivre ensemble, ça nous garde en vie et en force. Elle continue d’écrire de la poésie et des paroles. C’est elle qui a écrit le texte de Paquetville et de la majorité de mes chansons. Moi, je fais les musiques.

De plus, je dessine les yeux de gens que je connais et que j’admire, pour illustrer chacun de ses poèmes. J’ai fait les yeux de Lisa Leblanc, de Robert Charlebois, de Gilles Vigneault, de Félix Leclerc. J’en ai fait une centaine jusqu’à maintenant.

Qui vous a le plus impressionnée parmi tous ces grands noms que vous avez rencontrés?

C’est Félix Leclerc qui a été le plus déterminant. Je commençais à peine à chanter. Il était venu à Shippagan et on m’avait invitée à la même émission de radio. On avait parlé, entre autres, d’un de mes amis qui s’était noyé, sur qui j’avais fait une chanson. Il m’a donné des conseils pour améliorer cette chanson-là. Et chaque fois que je l’ai rencontré par la suite, on parlait et il était vraiment impressionnant. Et il était beau!

De gauche à droite : Édith Butler, Zachary Richard, Diane Dufresne et Yvon Deschamps, en 1978. Photo : Gracieuseté de Lise Aubut

Une rencontre marquante, mais plus récente est celle avec Lisa Leblanc. Qu’est-ce qu’elle signifie pour vous?

Je l’ai rencontrée lorsqu’elle avait 17 ans. Déjà, elle jouait d’une façon extraordinaire. La façon dont elle chantait, les mots qu’elle disait, c’était à se jeter par terre. C’était nouveau, moderne. Et il y avait un timing extraordinaire quand elle a sorti ses premières chansons, il y avait une espèce de révolte chez les étudiants. Elle a embarqué dans le mouvement. C’est notre Janis Joplin… sans la drogue (rires).  

Qu’est-ce qu’elle a apporté à votre plus récent album, Le tour du grand bois, qu’elle a réalisé?

Elle m’a ramenée à mes racines, à mon village, à mon ancien parler. Surtout pour la chanson Dans l’bois, qu’on a faite sur le coin d’une table. Un soir, on était toutes les trois, Lisa, Lise et moi. Lisa m’a demandé ce que j’aimais dans le bois, où j’habite. J’ai commencé à dire ce que je trouvais extraordinaire.

Elle est tout le temps en train de bardasser sur son banjo, tu ne penses pas qu’elle est en train d’écrire quelque chose. Et là, elle a commencé à fredonner Dans l’bois… dans l’bois… Lise s’est aperçue qu’elle flashait sur quelque chose et a commencé à lancer elle aussi des phrases sur ce qu’elle aimait dans le bois. À la fin de la soirée, on avait bâti toute une chanson. Ça a été très rapide.

Lisa Leblanc et Edith Butler lors du spectacle de la Fête nationale de l’Acadie à Yarmouth, Nouvelle-Écosse, le 15 août 2024. Photo : Rachel Crustin/ONFR

La beauté de l’album, c’est que Lisa est vraie. Elle ne se prend pas la tête parce qu’elle est une vedette. Et Benoît (Morier), son conjoint, un Franco-Manitobain, est aussi un multi-instrumentiste extraordinaire.

Après qu’on ait choisi les chansons, ils sont partis chez eux et ont fait l’orchestration, les arrangements, ils ont chanté par-dessus mes voix… ça a été magique. C’est un album d’amitié et d’amour.

Ils ont même mis des choses qu’on avait enregistrées juste comme ça… Vishten Avina Vi, je ne savais pas que ce serait sur l’album. J’ai dit : ‘Tiens, je vais t’en chanter une avec de la musique à bouche.’ Benoit a enregistré ça. Ils ont mis des petits interludes comme ça sur l’album.

Vous êtes très active sur votre terre. Que faites-vous de vos journées?

Je fais tout ce qu’une femme fait dans une maison, et je fais tout ce qu’un homme fait dehors. J’ai un tracteur. Je charrie des roches, je fais des trous. Là, j’ai fait un trou énorme, car j’ai défait l’ancienne piscine, qui avait 50 ans. Elle était énorme et ça coûtait très cher de la faire défaire. J’ai une pépine, alors je l’ai défaite moi-même.

Edith Butler en 2021, année de sortie de l’album Le tour du grand bois. Photo : Laurence Labat

J’ai 125 acres de terre, alors il y a tout le temps quelque chose à faire. J’ai bâti une maison à Lise, une petite maison pour les musiciens… je n’arrête pas. J’ai fait un petit Benoit, un bonhomme à danser, pour Lisa.

Quelle est la complémentarité entre la musique et les travaux manuels?

Pour moi, c’est la même chose. Que je sois au piano, en train de construire ou de cuisiner, tout est de la création. C’est fluide.

Quelle est votre chanson préférée de votre propre répertoire?

Comme un béluga. C’est une chanson de peine d’amour. La personne dit qu’elle se sent comme un béluga. Ils sont des mammifères, comme nous. Ils vivent dans la pollution, ils attrapent des cancers, comme nous. Ils sont très proches de nous. J’aime le parallèle entre le béluga et la personne qui a une grosse peine.

C’est une chanson moins connue, car on me demande toujours de faire des choses plus rythmées, comme Paquetville.

Êtes-vous tannée de la chanter?

Non, parce que c’est mon village. Ce que je dis dedans est important. Je suis chanceuse d’avoir eu Lise pour écrire les paroles. La chanson a été écrite pour le centenaire de mon village. L’an dernier, c’était le 150e anniversaire de Paquetville, donc la chanson a eu 50 ans.

Édith Butler lors de l’événement Canada Loves New York, spectacle de solidarité organisé après les anttentas du 11 septembre 2001. Photo : CP PHOTO/Tom Hanson

Ils m’ont fait un hommage, ont nommé une petite salle à mon nom. Ils ont été vraiment gentils avec moi. Ils m’ont demandé de chanter… et j’ai eu un blanc de mémoire! Ils ne m’en ont pas voulu, ils m’ont aidée à la chanter.

On a parlé de votre chanson préférée. La mienne est aussi moins connue, Ne m’appelle plus l’Acadienne sans me dire que tu m’aimes. Qu’est-ce qu’elle évoque pour vous?

C’est tellement la vérité… Je suis tellement Acadienne. Alors, si tu me traites d’Acadienne, c’est parce que tu m’aimes. Je le prends comme un titre de princesse.

Je pense que tous les francophones du pays devraient penser comme ça. Les Franco-Ontariens devraient être fiers d’être Franco-Ontariens. Il faut porter la tête haute et avoir le courage de dire les choses, le courage de se battre. Vous autres, en Ontario, vous vous battez fort. Je vous suis. Il faut inculquer ça aux jeunes. Il faut être fiers d’être francophones. »


1942 : Naissance à Paquetville, au Nouveau-Brunswick.

1969 : Obtention de son diplôme de maîtrise en littérature et en ethnographie traditionnelle à l’Université Laval, à Québec

1970 : Représente le Canada à l’exposition universelle d’Osaka, au Japon.

1973 : Rencontre avec Lise Aubut, qui est toujours sa gérante et complice aujourd’hui.

2019 : Première artiste acadienne à être intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens pour l’ensemble de son œuvre.

2021 : Sortie de son plus récent album, Le tour du grand bois, réalisé par Lisa Leblanc

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario, au Canada et à l’étranger.

Toronto, « Hollywood North »

Qu’ont en commun The Handmaid’s Tale, la série The Boys et les films de Guillermo del Toro? Ils ont tous été filmés à Toronto! Depuis plus d’une quinzaine d’années, Magali Simard est la plus francophone des ambassadrices de l’industrie cinématographique de la Ville Reine. À la tête des prestigieux studios Cinespace, elle œuvre à valoriser les multiples attraits de Toronto et le savoir-faire de ses artisans, auprès des professionnels du cinéma international.

Moonfruits : la tournée lente, pour le meilleur et pour le pire

OTTAWA – Grâce à un projet pilote de l’organisme Ontario Presents, le duo ottavien Moonfruits a testé la tournée lente, ou slow touring. Minimiser son impact environnemental tout en maximisant le lien avec les communautés visitées, sans oublier de s’offrir de bonnes conditions de travail et sans négliger la famille… Utopie ou réelle possibilité? ONFR s’est entretenu avec Kaitlin Milroy et Alex Millaire sur les réussites et les embûches de l’initiative.

Le slow touring, qu’on pourrait traduire par tournée lente, s’inspire d’autres mouvements comme le slow food ou le slow tourism. L’idée globale est d’adopter un rythme de tournée profitable au bien-être de l’artiste, des communautés et de l’environnement. Ontario Presents chapeaute un large projet pilote qui comprend plusieurs étapes, dont une recherche complétée et l’appui à différents artistes, qui ont élaboré leur propre projet.

Moonfruits fait équipe avec un autre duo ontarien, Tragedy Ann. Ils ont entre autres passé une semaine complète à Uxbridge plus tôt cette année pour le festival Springtide, qui participe au projet pilote en tant que diffuseur. L’idée était de se rapprocher de la communauté et d’en profiter pour se produire dans d’autres lieux, comme une résidence pour personnes âgées et un marché public.

Moonfruits en concert au Uxbridge Seniors Centre. Photo : Justyne Edgell

Plus récemment, Kaitlin Milroy et Alex Millaire ont choisi de se rendre à vélo à l’un de leurs concerts, un rêve qu’ils caressaient depuis longtemps. Mais il fallait y penser à deux fois. Également couple dans la vie, ils sont parents d’un garçon de deux ans et demie. Ils ont donc choisi le Festival Blue Skies, qui se déroule à environ 115 km d’Ottawa. De cette façon, il était possible d’obtenir de l’aide de leur entourage en cas de nécessité.

Pas toujours facile

En vélo avec assistance électrique, un chariot derrière Kaitlin pour transporter l’enfant et une remorque derrière Alex pour les instruments, le départ était donné pour deux jours d’aventures dans la canicule.

La petite famille a apprécié le fait d’être plus près de la nature, de pouvoir observer les arbres, sentir les fleurs et croiser de petits animaux sauvages. Positive aussi, l’expérience d’arrêter dans des parcs pour se ravitailler et permettre au petit Benoît de se dégourdir.

Moonfruits, prêts pour le départ vers le festival Blue Skies. Photo : Gracieuseté de Moonfruits

Par contre, le poids de l’équipement usait la batterie rapidement, et l’itinéraire proposé dans Google Maps ne tenait pas compte de la qualité des routes.

« Ma bicyclette pesait entre 300 et 350 lbs, raconte Alex Millaire. J’ai dû la pousser manuellement entre 30 et 40 fois en haut des collines, dans des endroits de gravier où mes pieds dérapaient autant que la bicyclette. »

La recharge des batteries à l’énergie solaire, pendant le festival, n’a pas donné des résultats optimaux. De plus, la tempête s’est ajoutée aux éléments perturbateurs du voyage de retour. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, l’un des vélos a subi une crevaison.

« Majoritairement, c’était assez magique. Mais il y avait des parties qui étaient un peu infernales. »
— Alex Millaire

Les trois voyageurs avaient prévu dormir chez des amis à Almonte, à mi-chemin. Ces derniers sont venus les chercher alors qu’un responsable de l’entreprise où ils avaient loué les vélos se rendait sur place pour changer le pneu et rapporter les montures chez les amis en question. Car l’enjeu du temps s’imposait, d’autres spectacles devaient avoir lieu les jours suivants.

« C’est un mode de transport avec une grande vulnérabilité », résume Alex Millaire.

Leçons et inspirations

L’expérience globale s’est avérée positive. Et leur passage a fait parler. Les organisateurs du festival Blue Skies veulent maintenant offrir de meilleures infrastructures pour les gens qui voudraient pédaler jusqu’à la prochaine édition.

L’initiative pourrait avoir un bel impact, puisque la grande majorité des émissions de l’industrie provient du public et non de l’artiste.

En ce sens, l’idée de rester plus longtemps dans une même région et de donner plus de concerts dans des plus petites salles fait son chemin. Les spectateurs n’ont donc pas à se déplacer dans les grands centres, ce qui constitue un avantage à la fois environnemental et au niveau de la vitalité de la communauté, en plus de réduire les frais de tournée.

Les paroles des chansons de Moonfruits parlent également d’environnement et de responsabilité humaine. Photo : Curtis Perry

 « C’est important de pouvoir rêver et imaginer des choses qui sont peut-être des fois un peu farfelues pour plusieurs raisons, ou qui sont super normales, mais qui ne sont pas la norme dans l’industrie. Par exemple, avoir un soutien à la garde des enfants pour les artistes qui sont aussi parents », lance Kaitlin Milroy.

Les diffuseurs peuvent aussi faire leur part pour encourager les tournées lentes.  Lorsque Benoît avait huit mois, le Festival de la route 11, à l’île-du-Prince-Edward, avait dépêché une bénévole pour s’occuper de lui le jour où ses parents donnaient un concert. Kaitlin Milroy se rappelle : « C’est inestimable, le montant de stress que ça peut enlever sur les épaules des artistes, de savoir que ton diffuseur est un partenaire dans le succès du spectacle, au point où ils veulent vraiment savoir quels sont tes besoins à toi ».

D’autres initiatives

Une autre formation qui fait partie du projet pilote est celle d’Erin Ball et Maxime Beauregard, un duo de cirque qui mise sur l’inclusion et l’accessibilité. Les deux artistes queer, neurodivergents et handicapés passent l’été et l’automne à conduire entre l’Ontario et la Colombie-Britannique pour se produire à différents endroits le long de la route. Leur objectif est de « prioriser les connections, apprendre sur le territoire et ceux qui y habitent, miser sur la durabilité et l’intention derrière nos actions », comme on peut le lire sur leur compte Instagram.

L’an dernier, Erin Ball et Maxime Beauregard avaient déjà lancé un appel aux diffuseurs, leur demandant de collaborer entre eux afin de leur permettre de rester deux ou trois semaines à chaque endroit visité plutôt que de miser sur des tournées éreintantes.

« Ça nous encourage à mettre de côté les marqueurs de succès de l’industrie pour forger un sentier qui nous ressemble. »
— Kaitlin Milroy

Sans que ce soit toujours nommé ainsi, des principes pouvant s’inscrire dans le slow touring sont aussi au cœur des démarches d’autres artistes comme Beau Nectar, Mimi O’Bonsawin et Twin Flames.

Au Québec, les Cowboys fringants sont reconnus pour leurs actions environnementales concrètes. À l’international, Coldplay avait annoncé, en 2019, renoncer à la tournée le temps de trouver les façons de rendre les voyagements carboneutres.

Amis dans la vie, les couples de Moonfruits et Tragedy Ann ont l’habitude de s’entraider, entre autres au niveau administratif. Photo : Gracieuseté de Moonfruits

Pour ce qui est de Moonfruits, le duo se prépare pour une tournée européenne en septembre, en tandem avec Tragedy Ann. Alex Millaire a passé une année entière à comparer les options pour diminuer les émissions d’un tel voyage outre-mer. Entre autres, la route de la tournée a été conçue d’une façon linéaire. Les artistes comptent aussi cuisiner et manger des aliments locaux sur place.

Arts, films et musique à profiter avant la rentrée

La Fête du travail est un long week-end de repos ou de fête, selon ce que l’on souhaite. Heureusement, l’Ontario français propose comme d’habitude une variété d’événements culturels, de films et de nouveautés littéraires pour tous les goûts. 

Vernissage de l’artiste Soroz au MIFO 

Originaire de la Côte d’Ivoire et maintenant basé à Ottawa, l’artiste Soroz tiendra son exposition inaugurale dans les locaux du Mouvement d’implication francophone d’Orléans. Inspiré par ses parents qui pratiquaient l’art de la sculpture et de la forge, Soroz a poursuivi ces formes d’art à l’École Nationale des Beaux Arts d’Abidjan et à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle afin d’affiner ses techniques. Matériaux métalliques fusionnés dans ses peintures et sculptures sont au cœur de son travail tout en évoquant la richesse de son patrimoine africain. 

Photo : Gracieuseté de Soro Zana

Ottawa, le 3 septembre. Entrée gratuite. Détails et réservation sur le site du MIFO.

Visionnement gratuit de La Ch’tite famille de Dany Boon 

Chaque semaine, la Bibliothèque publique d’Ottawa propose une variété de films gratuits à regarder dans certains de ses emplacements. Ce samedi, la comédie hilarante du réalisateur français Dany Boon, La Ch’tite famille, sera à visionner dans les locaux de la bibliothèque de St-Laurent. L’histoire suit le couple d’architectes designers réputés Valentin et Constance qui préparent leur vernissage au palais de Tokyo. Valentin, aussi snob qu’il est célèbre, a en fait menti sur ses origines pour s’intégrer dans la haute société française. Né d’une famille ouvrière du Nord de la France, la soirée prend un détour au moment où sa famille arrive au vernissage.

Photo : AZ Films

Ottawa, le 31 août. Détails sur le site de la Bibliothèque publique d’Ottawa.

Mélissa Ouimet se rend à Gatineau pour le Festival de montgolfières

L’auteure-compositrice-interprète franco-ontarienne Mélissa Ouimet ne passe pas inaperçue au-delà des frontières de l’Ontario. Sa musique résonne à travers les scènes de la francophonie canadienne, surtout celles du Québec. Nominée 6 fois au Gala Trille Or, Mélissa Ouimet sera dans la Belle Province dans le cadre du Festival de montgolfières à Gatineau pour partager la scène aux côtés de grands noms franco-canadiens tels que Charlotte Cardin, Isabelle Boulay, Salebarbes et bien plus. Pour les fans d’Ottawa qui souhaitent faire un petit voyage de l’autre côté de la frontière, c’est l’occasion rêvée de voir Mélissa Ouimet et tant d’autres artistes qui font de la scène musicale franco-canadienne ce qu’elle est aujourd’hui. 

Photo : Gracieuseté de Mélissa Ouimet

Gatineau, le 4 septembre. Billets et programmation sur le site du Festival de montgolfières.

Littérature 


Céline au Congo de Aristote Kavungu disponible en librairie

Le roman Céline au Congo de l’auteur Aristote Kavungu est maintenant disponible en librairie. Cette œuvre éloquemment écrite, remet en question les propos haineux de l’écrivain et médecin français Louis-Ferdinand Céline, connu de façon infâme pour son antisémitisme et sa collaboration active avec l’occupant nazi. De 1937 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Louis-Ferdinand Céline avait publié des pamphlets virulents durant l’occupation. À travers Céline au Congo, Aristote Kavungu emploi le prisme de la négrophobie pour parler de l’antisémitisme de Louis-Ferdinand Céline. 

Photo : Éditions du Boréal

Disponible en librairie depuis le 27 août. Achat du livre sur le site des Éditions du Boréal

Un festival de la curd en septembre

LA NATION – Le Festival de la curd, dont l’avenir semblait chambranlant dans les dernières années, vient d’annoncer les détails de sa prochaine édition. Groupe Simoncic, qui organise l’événement, a réussi à remettre de la viande autour de l’os, même si l’on ne renoue pas avec l’entièreté de ce qui faisait la réputation du festival jusqu’en 2019.

Du 20 au 22 septembre, c’est une édition automnale qui attend les gens de l’Est ontarien au Centre communautaire de Saint-Albert. Comme par le passé, la programmation vise un large public et fait une belle place aux artistes franco-ontariens, en alternance avec des têtes d’affiche souvent québécoises.

 « On voulait revenir avec une programmation qui incluait de l’humour et de la musique, et qui rejoignait différents groupes d’âge, explique la directrice de la programmation, Sophie Bernier, en entrevue avec ONFR. Je pense que tout le monde va être capable de trouver au moins un spectacle qui va l’intéresser. »

Le vendredi soir mise sur l’humour, avec un spectacle de Guillaume Pineault, avec Évelyne Roy-Molgat en première partie.

Évelyne Roy-Molgat avait assuré l’animation de l’émission Lendemain de veille de TFO en 2023. Photo : Stéphane Bédard / ONFR

En entrevue avec ONFR, l’humoriste originaire de l’Orignal se rappelle la première fois qu’elle est montée sur la scène du Festival de la curd, grâce au Concours LOL, à l’âge de 16 ans. « C’est le premier vrai festival que j’ai fait. On nous transportait en voiturette de golf, je me sentais vraiment comme une vedette! »

L’humoriste ne manque pas une occasion de rappeler son identité franco-ontarienne, même sur les scènes montréalaises, où elle officie depuis quelques années. Elle se réjouit de donner un spectacle à Saint-Albert, où elle pourra miser sur des références franco-ontariennes plus nichées.

Celle qui excelle dans l’art d’interagir avec le public se fera sans doute un plaisir de taquiner les gens de son coin de pays. « Il faut que je dise à ma famille de ne pas s’asseoir en avant », rigole-t-elle.

Évelyne Roy-Molgat indique qu’une nouvelle vidéo sera publiée sur son compte Youtube mardi prochain, réunissant 50 minutes de crowd work, ces moments d’improvisation où elle taquine les gens du public. Un bon point de départ pour ceux qui ne seraient pas encore familiers avec son univers.

Les complices Martin Deschamps et Reney Ray préparent un plateau double pour le Festival de la curd. Photo : Gracieuseté du Festival de la curd

Le lendemain, les incontournables Rats d’Swompe monteront sur la scène du Centre communautaire Saint-Albert. Valeur sûre des festivals franco-ontariens, ils mettront la table pour Lendemain de veille, qui se targue d’être « le band le plus su’l party au Québec ».

Un brunch aura lieu au Centre communautaire le dimanche, suivi de spectacles en après-midi. L’artiste originaire de Kapuskasing, Reney Ray, se présentera avec son grand ami, le rocker Martin Deschamps. Ils présenteront un plateau-double élaboré spécialement pour le Festival de la curd.

C’est une autre habituée des festivals, France d’Amour, qui clôturera cette édition automnale.

Y aura-t-il du fromage au Festival de la curd?

Jusqu’en 2019, le Festival de la curd se déroulait sur le terrain de la fromagerie Saint-Albert. Les activités communautaires et le fromage en grains font partie de l’âme du festival, tel qu’on le connait depuis près de 30 ans.

Après des travaux d’agrandissement, la fromagerie ne peut plus accueillir une aussi grande foule sur son terrain. Elle reste tout de même une partenaire majeure de l’événement maintenant géré par Groupe Simoncic.

« Ils vont encore nous donner du fromage pour les gens. Ils ont une implication au niveau financier. Ils sont encore un grand partenaire de l’événement. Ils sont très présents et appuient énormément le festival, car c’est eux qui l’ont créé, affirme Sophie Bernier. Ça reste que c’est le Festival de la curd. On veut mettre ce produit-là de l’avant. On veut que les gens continuent d’associer le fromage au festival. »

La directrice de programmation explique que Groupe Simoncic est toujours à la recherche d’un endroit qui pourrait accueillir, éventuellement, un retour de l’événement en version extérieure, avec des spectacles sous le chapiteau.

France D’Amour clôturera l’édition automne 2024 du Festival de la curd. Photo : Gracieuseté du Festival de la curd

Pour l’instant, le Centre communautaire est la meilleure option, selon elle. « C’est central, tout le monde connait ça, c’est à cinq minutes de la fromagerie, c’est grand et il y a tout ce qu’il nous faut. »

Des activités gratuites seront ajoutées à la programmation dans les prochaines semaines. Sans entrer dans les détails, Sophie Bernier précise que son équipe est en train de finaliser le tout, et qu’il s’agira d’une journée d’activités familiales le samedi, dans le stationnement du centre communautaire.

Pour l’instant, aucune activité n’est spécialement prévue en lien avec la Journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, qui aura lieu quelques jours plus tard, le 25 septembre.

L’avenir reste à voir

En janvier dernier, Groupe Simoncic avait organisé une version hivernale du Festival de la curd, un format réduit qui proposait tout de même deux jours d’activités, pour tâter le terrain vers un retour d’un festival plus complet. Ce sont les bons commentaires du public ainsi que la volonté des organisateurs et des partenaires qui ont motivé les troupes à organiser ce qui sera donc la deuxième édition 2024 du Festival de la curd.

Le duo 2Frères avait fait salle comble en janvier, lors de l’édition hivernale du Festival de la curd. Photo : Gracieuseté Groupe Simoncic

Ce n’est pas la première fois que Groupe Simoncic expérimente la case horaire de septembre. Le Festival franco-ontarien, organisé par la même entreprise, a tenu ses éditions 2020, 2021 et 2022 en misant sur la Journée des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens. Or, les soirées fraiches du début d’automne ont rebuté certains festivaliers.

Cet enjeu n’est pas applicable au Festival de la curd, tant que les spectacles du soir se déroulent  dans une salle intérieure. L’idée de rester sur la même case horaire pour les années à venir n’est donc pas écartée même si, cette fois, le facteur de décision principal a été le temps nécessaire pour organiser un Festival de la curd digne de ce nom.

Accents : plainte d’une députée au commissaire aux services en français

TORONTO – La députée provinciale de Nickel Belt France Gélinas a adressé une plainte formelle au Bureau du commissaire aux services en français faisant suite à 17 ans de requête auprès de l’Ontario. En cause, la non utilisation des accents de la langue française sur des documents officiels délivrés par plusieurs ministères du gouvernement ontarien. Elle demande l’ouverture d’une enquête.

Dans une lettre ouverte adressée à l’Unité des services en français de l’Ombudsman, la députée francophone explique solliciter le gouvernement ontarien depuis 2007 concernant l’absence d’accents français dans ses documents officiels, soit 17 ans.

« Cela concerne tous les ministères qui délivrent des documents officiels, dont les papiers d’identification, explique-t-elle à ONFR. Outre la carte Santé et le permis de conduire, il existe beaucoup d’autres cartes d’identification qui sont reconnues et qu’on peut utiliser pour prendre l’avion ou voter. Or, aucune d’entre elles ne porte d’accent aigu, grave, de tiret, de ç ou de tréma. »

« Les gens n’en peuvent plus, témoigne-t-elle, et beaucoup de personnes dans ma circonscription ont eu des problèmes pour prouver leur identité à cause d’orthographes différentes. »

« Le ministère des Ressources naturelles délivre aussi par exemple des permis de chasse ou de pêche ; mais ça peut aussi concerner des papiers de propriété, permis d’immatriculation de véhicules, etc. »

Des requêtes récurrentes aux réponses décevantes selon celle-ci, le ministère des Transports indiquant notamment dans une lettre « que les systèmes informatiques actuels ne permettent pas l’impression des accents de la langue française sur des produits autres que les cartes de santé, les permis de conduire (ou carte-photo de l’Ontario) ».

Pour les Franco-Ontariens, cette omission persistante est symptomatique d’un manque de reconnaissance de notre identité linguistique.
— France Gélinas

« Bien que le ministère soit en train de mettre à jour ses systèmes pour inclure ces accents, la date à laquelle ce problème sera résolu n’a pas été communiquée », ajoute Mme Gélinas, déplorant que cette question soit encore en suspens et ne soit pas une priorité.

« Pour les Franco-Ontariens, cette omission persistante est symptomatique d’un manque de reconnaissance de notre identité linguistique. L’absence d’accents compromet la promesse d’une égalité de services pour tous ».

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Fabien Hébert, dit vouloir s’intéresser à cette plainte de plus près avec ses équipes : « Pour la communauté francophone de l’Ontario, respecter les accents est essentiel à la bonne compréhension et interprétation des documents officiels. »  

« Nous nous réjouissons bien sûr des accents ajoutés aux permis de conduire et aux cartes de santé, le fruit d’une décennie de réclamation, mais il faut aller plus loin pour rendre la prise de position du gouvernement plus sérieuse vis-à-vis du bilinguisme », note-t-il.

L’élue néo-démocrate demande au commissaire aux services en français d’ouvrir une enquête sur les causes du retard dans la mise à jour des systèmes gouvernementaux pour inclure les accents français, mais aussi la supervision de la mise en ouvre des modifications nécessaires, ainsi qu’un échéancier sur la résolution du problème.

Nous avons sollicité le ministère des Transports pour savoir si des démarches de rectification concrètes ont été entreprises et quand celles-ci seront mises en place, sans succès.

Ouverture de la troisième plus grande mine d’or du Canada à Greenstone

GREENSTONE – Quelques mois après la plus grande mine d’or à ciel ouvert du pays à Gogama, c’est au tour de Greenstone, dans le Nord-Ouest, d’inaugurer sa nouvelle mine. L’exploitation de la troisième plus grande mine d’or du Canada devrait rapporter des millions de dollars à la région.

Quinze ans après le début des discussions pour le projet, c’est aujourd’hui le jour J pour la très attendue mine de Greenstone. Il aura fallu près de 1,5 milliard de dollars et deux ans et demi pour construire Greenstone Gold Mines dont la première coulée d’or a eu lieu le 22 mai dernier.

Le premier ministre Doug Ford a visité la mine de Greenstone en juin dernier. Source : Doug Ford/Facebook

Le grand lancement a eu lieu à midi sur le site de Geraldton, une des localités de la ville de 4300 habitants, en présence du Ministre des mines, George Pirie, la Ministre des Services aux Autochtones du Canada, Patty Hadju et le Ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson.

« Il y a eu des jours où j’ai cru que ce ne serait pas possible, j’ai beaucoup pleuré croyez-moi », a lancé le directeur général de la mine Éric Lamontagne devant la foule. Il a fait référence, notamment à la poursuite difficile de négociations avec les membres des Premières Nations et Métis de la région dont les maisons de 65 familles ont dû être démolies pour agrandir l’empreinte de la mine.

La représentant de la Première Nation de Longlac, Judy Desmoulins a elle aussi laissé paraître son émotion, rappelant que les membres autochtones n’ont jamais été inclus dans les conversations avec l’ancienne mine située dans la région.

« Enfin, nous pouvons profiter des mines, il était temps que nous soyons considérés », a-t-elle déclaré avant de lancer un appel aux membres des gouvernements dans l’assemblée.

« On vous le demande, écoutez-nous, il est temps que nous fassions les choses ensemble dès le commencement », continue-t-elle en ajoutant que la coopération à l’œuvre pour cette mine devrait faire figure de modèle dans tous les projets.

Judy Desmoulins s’est dite émue de voir des jeunes filles autochtones danser devant la scène pendant la cérémonie d’ouverture. Equinox Gold/Capture Youtube

« Le meilleur du meilleur »

De son côté, le député provincial de Timmins a fait savoir, dans son discours, que cette mine est le plus grand projet minier dans lequel il a été impliqué.

Celui qui a accumulé près de 25 ans d’expérience dans les mines, avant d’entrer dans la vie politique comme maire de Timmins, a aussi qualifié la compagnie en charge de la mine de « meilleur du meilleur » et salué le respect du délai annoncé pour la construction de la mine.

« Ce n’est pas un accident que deux mines aient été ouvertes dans le nord de l’Ontario cet été parce que nous savons comment faire avec la pleine collaboration de toutes les parties, c’est comme ça qu’on réussit dans l’industrie minière. »

Le ruban a été coupé jeudi avec l’ensemble des acteurs du projet. Equinox Gold/Capture Youtube

« Cette ouverture est une excellente nouvelle pour la région. Ça signifie que nos jeunes ont maintenant la possibilité de rester et travailler ici, et d’obtenir une formation pour des emplois bien rémunérés chez eux », réagit le maire de la municipalité, James McPherson.

La société compte aujourd’hui 500 emplois directs sur le site, la création de 800 emplois locaux dérivés et l’emploi de 1300 personnes dans toute la région. Une centaine d’emplois sont encore à combler dans plusieurs secteurs.

« Nous espérons que les gens resteront pour de bon à Greenstone et feront savoir à d’autres qu’il s’agit d’un endroit où il fait bon vivre », ajoute M. McPherson.

Un don de 1,5 million de dollars pour l’hôpital local

La compagnie Equinox Gold, laquelle détient en grande partie la mine, en a profité pour mener une activité de bienfaisance pour célébrer l’ouverture de la mine, mardi.

Des membres de la compagnie ont fait un voyage en vélo de 3 634 kilomètres et 24 jours depuis Vancouver, en Colombie-Britannique, vers la mine du Nord-ouest ontarien pour remettre un chèque de plus de 1,3 million de dollars à l’hôpital du district de Geraldton.

L’équipe d’Equinox Gold a accompli un important périple pour souligner l’ouverture de la mine. Source : Equinox Gold

200 000 $ supplémentaires ont été recueillis par des médecins des autres sites miniers de la compagnie situés au Brésil, au Mexique et en Californie.

« Ce périple vers Greenstone symbolise notre engagement envers le travail d’équipe, la santé et le bien-être de la communauté », a déclaré par voie de communiqué, Ross Beaty, président d’Equinox Gold.

« On est vraiment reconnaissant, c’est une somme très importante pour notre hôpital qui sera bien investie », s’est réjoui de son côté le maire de Greenstone.

Cette mine devrait produire 400 000 onces d’or par an pour les cinq premières années et plus de cinq millions d’onces d’or au cours de sa durée de vie de 14 ans. En mai, juin et juillet, la mine a produit respectivement 2 625 onces, 13 625 onces et 19 750 onces d’or. Le budget de l’opération de la mine devrait se chiffrer à près de 270 millions de dollars annuellement.

Brandie Wilkerson a fait « quelque chose de très grand pour le Canada » aux Jeux olympiques

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI  

Brandie Wilkerson est une joueuse de volley de plage née à Lausanne d’une mère suissesse francophone et d’un père américain. Arrivée à Toronto à l’âge de 7 ans, c’est au Canada qu’elle a découvert le volley de plage et c’est l’Unifolié qu’elle représente sur la scène internationale avec sa coéquipière Melissa Humaña-Paredes. 

LE CONTEXTE 

La paire canadienne Wilkerson-Humaña-Paredes a réalisé un parcours hors du commun aux Jeux olympiques de Paris, ponctué d’une médaille d’argent après être passée par la phase de repêchage.

L’ENJEU 

La seule médaillée franco-ontarienne tous sports confondus des JO, revient pour ONFR sur son parcours, partageant ses émotions aux différentes étapes de la compétitions et les solutions qu’elles ont été en mesure de trouver avec sa partenaire pour jouer leur meilleur jeu au meilleur moment.

« Près de trois semaines après votre médaille d’argent, quel est votre sentiment à froid sur cette performance? 

Maintenant que le temps est passé, je suis de plus en plus heureuse. Lorsque nous étions aux Jeux, nous étions focalisées sur la compétition, on ne pensait qu’à nos performances. Et même la finale, nous l’avons perdue, ça a été difficile de finir le tournoi comme ça.

Dans les premiers jours après celle-ci, c’était dur de réaliser ce que nous avions fait. Mais maintenant, avec le temps, après avoir parlé avec ma famille, mes amis et être rentrée à la maison, je suis très contente, très fière et très heureuse de ce qu’on a accompli. On l’a fait pour nous, mais aussi pour le sport, pour le Canada. Il y a plein de personnes qui ont été inspirées par ce qu’on a fait, donc, aujourd’hui, je considère ça vraiment comme quelque chose de spécial. 

Brandie Wilkerson et Melissa Humaña-Paredes ont remporté la première médaille olympique de l’histoire du volley de plage féminin canadien. Photo : Leah Hennel/COC

Revenons sur la compétition. Tout n’a pas très bien commencé avec cette troisième place dans la phase de groupe, qui vous a obligées à passer par les repêchages. Quel était votre état d’esprit à ce moment-là? 

Ce n’était certainement pas le plan que nous avions prévu de passer par cette phase de lucky losers. On n’avait jamais joué ce match. On n’avait jamais commencé un tournoi comme ça…

Mais après, c’est comme ça. C’est les JO. Je crois que toutes les équipes ont connu des moments difficiles. Pour nous c’était au début, mais cela nous a permis d’avoir des discussions honnêtes et dures entre nous et avec notre équipe, pour déterminer ce qu’on devait faire pour accepter ce challenge, dont nous étions nous-mêmes à l’origine. Après ça, on était plus proche et on a joué plus en équipe.

Est-ce qu’une sorte de doute avait commencé à s’installer?

Il n’y a jamais eu entre Melissa et moi un sentiment qu’on ne pouvait pas trouver un moyen de gagner. C’est juste que ça n’a pas commencé comme on l’avait imaginé. Je crois, de toute manière, que les équipes qui gagnent aux JO sont celles qui sont capables d’utiliser leurs capacités d’ajustement, pour changer de perspective et être en mesure d’utiliser tout ce qui est fait à l’entraînement, au fil des années, dans ces moments. 

Vous avez clairement trouvé les bons ajustements, puisqu’ensuite jusqu’à la demi-finale, vous n’avez plus perdu un set…

On a trouvé notre jeu d’équipe dans ce match contre les Tchèques. En plus, ce qui est drôle, c’est qu’on l’a fait par nous-mêmes. Notre entraîneur nous a dit avant ce match ‘c’est à vous de jouer, vous savez comment jouer’. Il n’a presque rien dit de plus. Il n’a même pas mis en place de plan de jeu. Rien. Il nous a fait prendre conscience que nous devions juste aller sur le terrain et faire ce que nous savions faire. 

Vous avez ensuite éliminé les Américaines en huitième de finale et les Suisses en demi, deux équipes parmi les favorites. Qu’est ce qui a fait la différence? 

C’était deux équipes que nous pensions devoir affronter dans les matchs pour la médaille, mais c’est arrivé un peu plus tôt. Quand on a appris qu’on allait jouer les États-Unis, je me suis dit ‘j’ai de la peine pour elles’ car nous n’avions pas le choix. Nous devions gagner ce match, nous avions travaillé trop dur pour ce moment. Et encore une fois, c’était de notre faute si nous devions jouer une équipe aussi forte aussi tôt. 

Pour ce match, je crois que le fait que c’était nos deuxièmes JO, cela nous a beaucoup aidées dans les moments difficiles. J’ai pu voir chez nos adversaires, qui étaient plus jeunes, que dans certains moments, elles étaient très nerveuses. Il y a certains points cruciaux qu’il faut absolument gagner, et je crois que nous avons tiré profit de notre expérience pour cela. C’était la même chose avec les Suisses, on les a senties nerveuses, alors que nous, de notre côté, nous avions déjà connu des moments très difficiles. Donc, nous étions prêtes pour gagner. On voulait, en plus, faire quelque chose de très grand pour le Canada. Chaque point avait une grande importance pour nous. 

Brandie Wilkerson et sa coéquipière ont livré une finale mémorable, la première de l’histoire de la compétition féminine de volley de plage aux JO à finir en trois sets. Photo : Kevin Light/COC

Pour finir, vous perdez en finale contre les Brésiliennes après un premier set très serré, puis en dominant largement le deuxième, avant de céder dans le troisième. Est-ce que c’est ce premier set qui aurait pu tout changer? 

Ce premier set m’énerve encore un petit peu encore aujourd’hui. On a eu des opportunités pour le gagner. Ensuite, on a bien vu dans le deuxième set qu’on savait ce qu’il fallait faire pour gagner. On était toutes les deux fâchées de ce premier set perdu.

Après, c’est une finale, rien n’est facile. Le Brésil est très fort aussi. Personnellement, je pense qu’on a connu des hauts et des bas durant tout le tournoi. Dans ce match, sur les petits moments où, comme je l’ai dit avant, il faut prendre les points, les Brésiliennes en ont pris un petit peu plus. Ça ne se joue à rien, c’était serré. C’est même la première fois de l’histoire du tournoi olympique que la finale va en trois sets.

Ça s’est joué sur des petits détails. Avec Melissa, ça ne fait que 18 mois qu’on joue ensemble, donc le Brésil qui est ensemble depuis plus longtemps en a tiré profit. Mais je garantie que la prochaine fois, ça ne va pas se passer comme ça! 

En parlant de prochaine fois, quelle est la suite pour vous? Envisagez-vous de poursuivre l’aventure ensemble jusqu’à Los Angeles 2028? 

Oui. Melissa et moi venons juste de commencer ensemble. On veut voir ce qu’on peut faire avec plus de temps. On veut gagner la médaille d’or pour le Canada. Si on pouvait le faire à Los Angeles, là où on habite, ce serait spécial. »

Cochrane lancera la vente de terrains à 10 $ en novembre

COCHRANE – Le projet de mise en vente de lots résidentiels pour la modique somme de 10 $ a suscité un grand intérêt de la part d’acheteurs de l’extérieur de Cochrane. Le maire indique que la phase de développement est presque terminée et prévoit le lancement pour novembre prochain.

L’initiative avait été annoncée lors d’un conseil municipal en novembre dernier et en est aujourd’hui au stade final de développement. Selon le maire de la municipalité de 5000 habitants, Peter Politis, presque autant, ont démontré un intérêt envers le projet.

« Les consultants en planification nous ont assuré que les phases finales des consultations et le développement du plan d’amélioration communautaire, qui est à l’origine du projet, devraient être prêts en octobre et nous devrions lancer le tout en novembre », confie celui-ci en entrevue avec ONFR.

D’autres incitatifs menés par des employeurs de la région devraient arriver au même moment selon M. Politis qui explique que le projet aurait dû être lancé plus tôt, mais a accusé des retards en raison du nombre important de régulations municipales à respecter.

Le maire de Cochrane, Peter Politis, a été agréablement surpris par l’intérêt suscité par le projet. Archives ONFR/Inès Rebei

Des gens de partout intéressés

« Les particuliers peuvent choisir le terrain qu’ils veulent, puis nous leur fournirons le terrain pour 10 $ », a expliqué le maire Politis qui ajoute qu’il y aura des conditions concernant les attentes, délais de construction de la maison et moyens financiers pour construire la maison.

La Ville dispose d’une zone de règlement pouvant comprendre jusqu’à environ 1200 lots éligibles . Ces terrains, qui ont une valeur de 50 000 $, selon le maire, viendront aussi avec une réduction de taxes pour les cinq années qui suivront l’acquisition de la propriété.

« C’est juste incroyable, on a des gens de l’international, d’Angleterre, du sud de l’Ontario, des États-Unis, mais aussi beaucoup de développeurs intéressés à venir importer des projets ici. »
— Peter Politis

L’intérêt est tel que la ville de Cochrane en Alberta a déclaré, dans une note à ONFR, avoir reçu un nombre important d’appels de curieux souhaitant s’inscrire sur la liste d’acheteurs qui ont confondu les deux villes.

« C’est juste incroyable, on a des gens de l’international, d’Angleterre, du sud de l’Ontario, des États-Unis, mais aussi beaucoup de développeurs intéressés à venir importer des projets ici. »

La Ville espère attirer des familles dont la rétention sera plus facile à long terme. Source : Facebook/ville de Cochrane

Le maire estime aussi que l’annonce récente du district de Cochrane comme la nouvelle communauté francophone accueillante, pourra permettre d’attirer de nouveaux immigrants francophones dans la ville qui compte 33 % de personnes ayant le français comme première langue parlée.

Relancer la croissance de la ville

L’objectif derrière le projet reste de faire croître le potentiel économique de la ville tout en réduisant la pénurie de logements touchant la région.

« Nous voulons profiter du boom permis par le potentiel du marché des véhicules électriques et de l’industrie minière, mais nous avons besoin de plus de travailleurs pour ça », dit le maire.

Il rappelle que, selon des projections, le Nord de l’Ontario pourrait perdre près de 45 % de sa main-d’œuvre d’ici 2030.

Le maire souhaite retenir les jeunes de la localité avec le projet : « Nous avons aussi espoir d’attirer des jeunes qui avaient abandonné leur rêve de devenir propriétaires. »

Le retour du train Northlander prévu pour 2026 pourrait aussi contribuer à la croissance de la ville. Source : Wikipedia/SoftwareSimian

Et de regretter que les incitatifs financiers de la province soient surtout axés sur de grands centres urbains alors que 97 % des villes du nord de l’Ontario ont 3000 habitants ou moins et 92 % d’entre elles ont moins de 1000 habitants.

« Nous pensons que nous montrons un bon exemple aux autres villes du Nord, qu’il ne faut pas avoir peur et qu’il est essentiel d’assurer par nous-mêmes qu’il y a un inventaire de logements. »

Des inquiétudes

Si l’intérêt de personnes à l’extérieur de la ville ne s’est pas fait attendre, plusieurs citoyens de cette petite municipalité ont, néanmoins, fait part de leurs inquiétudes. Ceux-ci estiment que la priorité devrait aller à l’amélioration des infrastructures de la ville.

Ce à quoi le maire répond que la Ville s’attend à ce que les sociétés de développement intéressées par les lotissements investissent dans l’amélioration de la ville en général, et participent à rendre l’offre de logements plus abordables dans la ville.

Face aux craintes de voir des entreprises du sud de l’Ontario acheter des terrains et les laisser inutilisés, M. Politis a déclaré qu’il y aurait une procédure précise avec un engagement de construction.

L’objectif à long terme est de construire suffisamment de logements pour faire baisser les coûts et stimuler la concurrence. Source : Facebook/ville de Cochrane
« Nous ne cherchons pas à doubler ou tripler la taille de la municipalité. Ce ne sera pas un grand centre urbain, mais le but c’est la croissance. »
— Peter Politis

D’autre part, des inquiétudes demeurent concernant la capacité de la municipalité à desservir les nombreuses potentielles familles qui viendront s’y installer. Cochrane n’a, à ce jour, qu’un seul médecin et quelques enseignants pour les 5000 habitants de la ville.

« Nous avons plusieurs autres médecins intéressés à venir s’installer dans la ville grâce à nos incitatifs, nous sommes conscients qu’il faut un fort système de services sociaux pour retenir ces familles et nous travaillons fort en ce sens. »

Malgré tout, le maire de Cochrane insiste : « Nous ne cherchons pas à doubler ou tripler la taille de la municipalité. Ce ne sera pas un grand centre urbain, mais le but c’est la croissance. »

Rencontre productive pour Casselman et la ministre Kinga Surma

CASSELMAN – Durant les conférences de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO), le 20 août dernier, la mairesse de Casselman a rencontré la ministre de l’Infrastructure, Kinga Surma. Le but : demander du financement pour relier le système d’eau municipal de Casselman à la Cité de Clarence-Rockland, qui puise son eau dans la rivière des Outaouais et ainsi bénéficier d’une eau de qualité et d’un débit pouvant appuyer la croissance résidentielle du village.  

La ministre Surma a souligné lors de la conférence de l’AMO que les infrastructures en Ontario doivent être modernisées pour accompagner la croissance de la population et maintenir un niveau de vie adéquat, « ce qui nécessite une approche audacieuse. »

Suite à cette déclaration, une rencontre décisive a eu lieu entre la ministre de l’Infrastructure et la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie. Cette réunion, considérée comme cruciale par Mme Lajoie, a porté sur les efforts déployés pour obtenir le soutien du gouvernement pour un projet d’infrastructure hydraulique essentiel pour la municipalité de l’Est, soit la connexion d’un pipeline entre Casselman et Clarence-Rockland.

La mairesse s’est montrée optimiste, notant que la ministre de l’Infrastructure était « très réceptive aux préoccupations ». Mme Surma aurait aussi suggéré d’explorer des options de financement supplémentaires par l’entremise du ministère de la Santé, notamment en ce qui concerne l’état de l’eau dans le village.

Geneviève Lajoie, la mairesse de Casselman, a rencontré la ministre de l’Infrastructure de l’Ontario dans le cadre des conférences de l’AMO pour lui demander des fonds pour rénover et développer le système d’eau municipale du village. Photo : Archives ONFR/Stéphane Bédard

La municipalité de Casselman fait face depuis plusieurs années à des problèmes de qualité de l’eau, celle-ci étant puisée dans la rivière de La Nation Sud, particulièrement vulnérable aux variations climatiques. Par ailleurs, la croissance démographique du village entraîne un débit d’eau insuffisant pour répondre aux besoins de sa population.

« Nous allons nous rencontrer une deuxième fois pour faire un suivi », affirme Mme Lajoie, signalant un potentiel progrès dans les négociations avec la ministre.

La nouvelle conduite d’eau pour La Nation, une bonne nouvelle pour Casselman?

Ce même weekend, le gouvernement provincial a annoncé un financement de plus 18 millions de dollars dans le système d’aqueduc entre Clarence-Rockland et La Nation.

Pour la mairesse de Casselman, ce développement pourrait être une pièce maîtresse dans le développement de son projet. « Ce jumelage des conduites entre Clarence-Rockland et La Nation est crucial, car il devrait permettre d’économiser environ 15 millions de dollars », pense l’édile.

Le maire de Clarence-Rockland, le maire de La Nation et le député provincial Stéphane Sarrazin ont célébré cette annonce. Photo : municipalité de La Nation/ Facebook

« Même si pour Casselman, il faudra une conduite séparée pour garantir que si une municipalité rencontre des problèmes, l’autre ne soit pas affectée. »

Interrogé sur la probabilité d’obtenir le financement préalablement évalué (75 millions de dollars), Mme Lajoie est restée prudente. Bien que la réceptivité de la ministre soit un signe positif, Geneviève Lajoie n’était pas certaine de la manière dont cela se traduira ou s’il y aura un soutien financier réel.

« C’est la première fois que je fais ça, malgré la grande réceptivité de la ministre et l’assurance qu’elle prend au sérieux notre problème, nous allons devoir attendre pour en savoir plus », a-t-elle déclaré.

La mairesse espère toujours que les habitants du village plaident en faveur du projet de connexion en contactant leurs députés provinciaux, soulignant l’importance de l’implication communautaire pour s’assurer que leurs voix soient entendues dans les discussions en cours.

La ministre Kinga Surma devrait revoir Mme Lajoie pour discuter en profondeur des besoins de la municipalité. Photo : Archives ONFR

Du côté de La Nation, une validation du projet plutôt rapide

L’obtention d’un financement de 18,8 millions de dollars du gouvernement provincial pour améliorer le réseau d’approvisionnement en eau de La Nation répond ainsi aux besoins croissants de la région, en particulier du village de Limoges, a expliqué Francis Brière, le maire de La Nation, en entrevue avec ONFR.

« C’est une excellente nouvelle pour nous. Cela fait environ cinq ou six mois que nous travaillons sur ce projet avec notre député provincial, M. Sarrazin, et la ministre de l’Infrastructure », a-t-il déclaré.

La municipalité a déjà investi 11 millions de dollars dans une première phase du projet, reliant Clarence-Rockland à La Nation. Cette nouvelle phase permettra d’augmenter le volume d’eau disponible, une nécessité pour faire face à la croissance rapide de Limoges et des environs. « Avec l’augmentation prévue de l’usine de traitement à Rockland et la pose de nouvelles conduites, nous serons en mesure de répondre à la demande en eau pour les années à venir », a ajouté le maire.

Le maire de La Nation, Francis Brière. Photo : Stéphane Bédard

Questionné sur sa voisine Mme Lajoie, qui attend un soutien similaire de la province, l’édile s’est dit « prêts à être de bons voisins et à envisager des collaborations futures », rappelant que pour l’instant, « les fonds nécessaires pour connecter Casselman ne sont pas disponibles ».

Les travaux de construction entre Clarence-Rockland et La Nation devraient débuter à l’été prochain, et les premiers effets de ce projet devraient être visibles d’ici à deux ans. À terme, cette amélioration de l’infrastructure pourrait permettre la construction de 4500 à 5000 nouveaux logements dans la municipalité.

Francis Brière a conclu en soulignant l’importance de la croissance pour maintenir des coûts stables pour les résidents actuels. « Si nous n’avons pas de croissance, les coûts augmentent, et cela nous force à soit augmenter les taxes, soit réduire les services. Avec ce projet, nous pourrons continuer à croître tout en maintenant les coûts bas pour nos résidents. »

Cinq nouveautés à savoir sur la rentrée scolaire en Ontario

OTTAWA – Ce mardi est synonyme de rentrée pour des milliers d’élèves à Ottawa et dans l’Est ontarien tandis que le reste de la province emboitera le pas une semaine plus tard, le 3 septembre. Au-delà du récent changement de ministre de l’Éducation, voici cinq faits scolaires à savoir en 2024-2025.

Cellulaire et vapotage au placard

Le bannissement du cellulaire entre en vigueur dès cette rentrée. Avec cette mesure, le gouvernement entend remettre les élèves sur le chemin de la concentration. Ainsi, de la maternelle à la 6e année, il sera désormais obligatoire de mettre son cellulaire en mode silencieux et de le ranger pendant toute la journée d’école. De la 7e à la 12e année, les téléphones ne seront autorisés que si l’enseignant en donne la consigne.

L’accès aux médias sociaux via les réseaux et appareils des établissements sera en outre désactivé tout au long de l’année scolaire et les bulletins scolaires contiendront des commentaires sur le niveau de distraction des élèves.

Fini également les cigarettes électroniques. Les élèves qui en détiennent devront les remettre à un éducateur. Le gouvernement, qui a débloqué en enveloppe de 30 millions de dollars dans son dernier budget pour installer des détecteurs de fumée, évoque principalement des motifs de santé et de sécurité.

De nouvelles écoles francophones

Plusieurs établissements ouvrent leurs portes en cette rentrée, à commencer par une école catholique dans la région de Vaughan, au 200, avenue Aberdeen, à Woodbridge, un établissement secondaire dépendant du conseil scolaire MonAvanir comprenant 400 places de la 7e à la 12e année et de 49 places en garderie.

Dans la région d’Ottawa, notons l’ajout d’un pavillon secondaire au sein du Collège catholique Franco-Ouest, qui accueillera une cohorte d’élèves de 7e année pour commencer, puis à plus long terme des élèves jusqu’à la 12e année, sous le giron du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE).

Enfin, dans le Nord, l’école secondaire satellite virtuelle de La Vérendrye du Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales (CSDCAB) desservira les populations francophones du Nord-Ouest, en périphérie de Thunder Bay.

Des « facilitateurs » en mathématiques

Le « retour aux éléments fondamentaux » était un des chevaux de bataille de l’ancien ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, pour relancer le niveau des élèves, particulièrement en mathématiques et lecture. Repris par sa successeure Jill Dunlop, ce plan prévoit dès cette rentrée l’apport de 300 « facilitateurs » en mathématiques, en plus d’un leader dans cette discipline dans chaque conseil scolaire. La province, qui a déboursé plus de 35 millions de dollars pour financer leur embauche, attend un retour sur investissement avec une amélioration significative des compétences en mathématiques des élèves.

L’Ontario a dans le même temps injecté plus de 68 millions de dollars dans l’aide en lecture, incluant l’embauche de plus de 600 enseignants spécialisés à travers l’ensemble des conseils scolaires francophones et anglophones.

L’agriculture se cultive aussi en classe

Un programme de littératie alimentaire fait en outre son entrée sur les tablettes franco-ontariennes en science et technologie. Les élèves de la 1ʳᵉ à la 8ᵉ année seront sensibilisés à l’alimentation, l’agriculture et la nutrition. Ils exploreront les besoins fondamentaux des êtres vivants, l’impact du changement climatique sur l’agriculture ou encore les pratiques agricoles durables. Ils découvriront aussi des métiers liés à l’alimentation, tout en apprenant à valoriser les produits locaux et les traditions agricoles de l’Ontario français.

L’objectif de projet initié par Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et le gouvernement est de promouvoir une meilleure compréhension des enjeux alimentaires et nutritionnels chez les jeunes.

Coup de pouce à la santé mentale

Le gouvernement consacre plus de 117 millions de dollars à la santé mentale des élèves cette année, dont 14 millions en services de santé aux élèves pendant les mois d’été, y compris l’accès à des professionnels de la santé mentale à l’école, ainsi que des programmes et soutiens ciblés. Ce financement fait suite aux recommandations des familles et conseillers scolaires, précise le ministère de l’Éducation.

De nouveaux acquis pour les francophones en Nouvelle-Écosse

HALIFAX – Le tout premier Mois du Patrimoine acadien de l’histoire de la Nouvelle-Écosse touche à sa fin, l’un des plus récents acquis pour ses 12 régions acadiennes désignées. Malgré des défis liés à la baisse démographique, de nouvelles politiques et progrès – via l’immigration, les services en français et les infrastructures – sont en marche pour protéger et valoriser l’histoire, la culture et l’intégrité de la minorité francophone.

De 29 470 personnes, soit 3,2 % de la population en 2016, les Néo-Écossais de langue maternelle française sont passés à 27 340 en 2021, soit 2,9 % de la population.

Denise Comeau-Desautels, la présidente de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), « troisième femme à ce poste en 56 ans », avance le vieillissement de la population francophone comme cause première, mais nuance ces chiffres.

Source : recensement de 2021, Statistiques Canada

« Cela diminue dans les chiffres, mais quand on regarde nos communautés, comme à la Baie Sainte-Marie où je demeure, il y a beaucoup de projets qui ont été mis en place. Les enfants vont à l’école en français et on a beaucoup plus de services en français, grâce au gouvernement fédéral, mais aussi grâce au gouvernement provincial qui est vraiment un allié des Acadiens francophones de la Nouvelle-Écosse », rapporte-t-elle.

Fondé en mai 1996, à la suite de l’adoption de la Loi sur l’Éducation de la Nouvelle-Écosse, le 1er avril 1996, le Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) est le seul conseil scolaire francophone de la province et compte maintenant 23 écoles de langue française.

Celle-ci ajoute qu’avoir une université en français joue également un rôle fondamental. L’Université Sainte-Anne est la seule institution d’enseignement postsecondaire de langue française en Nouvelle-Écosse.

Ses cinq campus à Pointe-de-l’Eglise (sud-ouest), Halifax (centre), Tusket (sud-ouest), Petit-de-Grat et Saint-Joseph-du-Moine (nord-est) offrent des programmes d’études universitaires et collégiales ainsi que des programmes d’immersion et de formation sur mesure en français langue seconde.

« Nous avons plusieurs médias dans notre langue. Dans ma communauté toujours, je peux tout à fait aller au garage, chez le vétérinaire, chez le médecin en français. À Yarmouth et Digby par exemple, on se fait servir beaucoup plus en français qu’il y a même dix ans de cela ». 

« Une nouvelle région vient d’être désignée et reconnue douzième région acadienne, Torbé (Tor Bay en anglais) où 600 Acadiens résident. »

12 régions sont officiellement désignées communautés acadiennes et francophones. Elles se trouvent dans le sud et sud-ouest avec les régions d’Argyle, de Clare (Baie Sainte-Marie), de Rive-Sud, au centre sud avec les régions de Halifax et de Chezzetcooket, au centre nord avec la région de Vallée d’Annapolis et enfin, au nord-est de la province, avec les régions de Truro, Pomquet, Chéticamp, Sydney, Isle Madame et Torbé. Photo : Capture/Site officiel de la FANE

Une politique d’immigration francophone

Emmanuel Nahimana, directeur général adjoint, en charge de son projet d’immigration francophone, explique que les nouveaux venus inscrivent maintenant leurs enfants dans les écoles de langue française à Halifax, car l’offre est plus importante.

« Il y a quelques années, nous n’avions que quatre écoles dans la région de Halifax et en moins de dix ans nous en avons le double. »

Selon celui-ci, les services augmentent « car on a réalisé l’importance du français et l’importance de parler les deux langues officielles ».

« Le bilinguisme permet d’avoir du poids dans le marché du travail, commente-t-il également. Éducation, petite enfance, femmes, économie, presque tous les secteurs connaissent des progrès. Les organismes aussi connaissent un boom certain. »

La Nouvelle-Écosse est la première province à se doter d’un plan stratégique sur la population francophone.
— Emmanuel Nahimana

Côté immigration, le directeur général adjoint constate une évolution de la prise en charge d’immigrants francophones par la fédération, passés de 80 à 300 par année.

« La Nouvelle-Écosse est la première province à se doter d’un plan stratégique sur la population francophone. Nous travaillons ensemble pour améliorer et mettre en œuvre les actions du plan. Le comité se réunit mensuellement. Également, nous faisons la promotion à l’extérieur du Canada de la destination Acadie et du fait français. »

« Au niveau des programmes d’immigration, la province met l’emphase sur la lentille francophone. On voit beaucoup d’initiatives du ministère de l’Immigration et du ministère des Affaires acadiennes et de la Francophonie. »

Parmi les principaux pays de provenance, les pays du Maghreb, le Cameroun, le Congo, la France ou encore la Belgique.

Une reconnaissance culturelle nouvelle

« Les anglophones néo-écossais savent que les Acadiens sont là depuis 400 ans. Mais le fait que la province déclare et reconnaisse pour la première fois en 2024 le mois d’août Mois du Patrimoine acadien, pour découvrir l’Acadie vivante, va aider à faire connaitre les Acadiens davantage », assure Denise Comeau-Desautels.

« 40 panneaux acadiens ont été installés le long de nos routes et toute une promotion a été mise en place ».

Les régions acadiennes sont identifiables par le drapeau acadien flottant de part et d’autre, comme ici dans la région de Clare. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Drapeau acadien et panneau bilingue Stop/Arrêt. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Photo : Sandra Padovani/ONFR

Un mois d’hommage à la culture francophone de la province qui inclut le 15 août, la Fête nationale de l’Acadie, symbole fort créé en 1881, et célébré récemment durant le récent Congrès mondial acadien (10-18 août 2024) dans la région francophone de Clare.

« C’est un autre acquis historique, qui permet vraiment la promotion des Acadiens », commente Emmanuel Nahimana, ajoutant que, lorsqu’il y a des événements francophones, les anglophones y prennent part, de même que les médias anglophones qui en font la couverture.

« Nous ne baissons pas les bras, nous avons l’appui des deux gouvernements et nous travaillons fort pour nos communautés francophones », conclut la présidente de la FANE.

Revendications festives au défilé de Fierté dans la capitale

OTTAWA – Après trois semaines de controverse, le défilé de Fierté dans la capitale s’est finalement déroulé sans anicroches ce dimanche.

Le trajet a été écourté à quelques jours d’avis, suivant « une décision prise par le Service de police d’Ottawa limitant le personnel et les ressources dédiés à la sécurisation de la route du défilé », selon l’organisation de Fierté dans la capitale.

Si la foule semblait moins dense que l’an dernier à quelques minutes du départ, à l’angle des rues Elgin et Laurier, les observateurs étaient tout de même nombreux à s’être rassemblés sur les trottoirs le long du parcours.

La foule semblait moins dense que l’an dernier au départ du défilé. Photo : RachelCrustin/ONFR

Les trottoirs étaient pourtant bondés un peu plus loin, le long de la rue Elgin. Photo : Rachel Crustin/ONFR

La flamboyance habituelle du défilé était au rendez-vous encore une fois cette année. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Les participants se sont présentés en grand nombre au défilé de Fierté dans la capitale, malgré les controverses des des dernières semaines. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Les participants se sont présentés en grand nombre au défilé de Fierté dans la capitale, malgré les controverses des des dernières semaines. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Les participants se sont présentés en grand nombre au défilé de Fierté dans la capitale, malgré les controverses des des dernières semaines. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Les participants se sont présentés en grand nombre au défilé de Fierté dans la capitale, malgré les controverses des des dernières semaines. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Les participants se sont présentés en grand nombre au défilé de Fierté dans la capitale, malgré les controverses des des dernières semaines. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Certains en ont profité pour distribuer des drapeaux palestiniens, en réponse à la vague de désistement de différents organismes. Les symboles et messages de solidarité envers le peuple palestinien étaient omniprésents, autant dans les délégations officielles que chez les spectateurs.

Un marcheur solitaire a pour sa part arboré le drapeau israélien. Sur son chandail, on pouvait lire : « Dites non à l’antisémitisme, à l’exclusion, au mouvement BDS raciste. Honte à Fierté dans la capitale. » (traduction libre). Le mouvement BDS, pour boycott, divestment, sanctions, propose une liste de boycottage d’entreprises entretenant des liens avec Israël. Dans sa déclaration du 6 août, Fierté dans la capitale s’engageait à intégrer des outils de ce genre afin d’examiner leurs partenariats et ententes de commandites futures.

Les conditions humaines dans la bande de Gaza ont été vivement dénoncés par les participants du défilé. Photo : RachelCrustin/ONFR

Le regroupement « Queers for Palestine » a fait grand bruit lors du défilé. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Le slogan « No pride in genocide » a été adopté par ceux qui défendent la déclaration de Fierté dans la capitale. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Malgré le désistement de certains conseils scolaires, plusieurs enseignants ont participé au défilé à titre personnel. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Ce marcheur a plutôt choisi de rejoindre le défilé pour faire passer un autre message. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Parmi les participants officiels et dans la foule, certains en ont profité pour distri buer des drapeaux et symboles palestiniens. Photo : Rachel Crustin/ONFR

La santé sexuelle est un autre sujet important habituellement abordé pendant les célébrations de la fierté. Photo : Rachel Crustin/ONFR

D’autres enjeux ont été soulevés lors du défilé, comme l’accès à l’avortement. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Également aperçus au défilé, quelques membres de la Russian Canadian Democratic Alliance. Photo Rachel Crustin/ONFR

D’autres enjeux publics, comme l’accès à l’avortement, les soins de santé pour les personnes trans et l’éducation ont été soulevés par des participants.

L’ambiance est tout de même restée festive, que ce soit pendant le défilé, aux kiosques du festival de rue et devant les différentes scènes.

Un sujet qui divise

Parmi les organisations qui se sont retirées du défilé et des activités officielles de Fierté dans la capitale, on retrouve le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, suivi de l’administration de la Ville. Certains conseillers municipaux ont par contre participé aux activités de leur propre chef. Le Parti libéral du Canada, l’Université d’Ottawa, l’Hôpital d’Ottawa, l’Hôpital Montfort, le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO), le Conseil des écoles catholiques du centre-est (CECCE), le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) et le Réseau de la Fierté à la fonction publique font également partie des groupes qui se sont désistés.

Au défilé, on a pu toutefois voir des délégations de différents syndicats, de communautés religieuses, du Nouveau parti démocratique (NPD) de l’Ontario, du Parti vert du Canada et du Centre national des arts, entre autres.

Différents syndicats ont plutôt choisi d’appuyer l’organisation de Fierté dans la capitale. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Le drag king BJ Stroker est le gagnant du titre Monsieur Fierté dans la capitale 2024. Photo : Rachel Crustin/ONFR

La présidente d’honneur de l’an dernier, Fae Johnstone, a aussi participé au défilé cette année. Photo : Rachel Crustin/ONFR

L’organisme FrancoQueer a aussi participé au défilé de Fierté dans la capitale. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Près d’une centaine de personnes faisaient partie de la délégation du Centre national des arts, où certains événements de Fierté dans la capitale se sont déroulés pendant le festival. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Certains ont choisi de défiler tout de même avec leur chandail à l’effigie du Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton, qui s’était désisté du défilé. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Certains organismes et institutions qui s’étaient désistés du défilé ont tenu leurs propres événements de la fierté au courant de la fin de semaine. C’est le cas pour la Fédération juive d’Ottawa, qui affirme que plus de 250 personnes se sont présentées à son déjeuner de la fierté, dimanche. Plusieurs dignitaires étaient sur place, dont certains affiliés à d’autres associations s’étant dissociées de Fierté dans la capitale. L’ambassadeur d’Israël au Canada, Iddo Moed, a participé à l’événement.

Les traditions agricoles de l’Ontario français dans les écoles dès la rentrée

OTTAWA – Pour cette rentrée scolaire, le ministère de l’Éducation et l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) se sont associés pour offrir un nouveau programme dans le cadre du volet science et technologie pour les élèves de la 1ʳᵉ à la 8ᵉ année dans les écoles francophones de l’Ontario. Dès septembre, les enseignants auront accès à ces nouvelles ressources pédagogiques que l’on retrouve sur le site de l’UCFO également accessibles aux familles.

Intitulé La littératie alimentaire : Des champs à la table, ce projet éducatif offre une exploration des thématiques liées à l’alimentation, l’agriculture et la nutrition.

« Nous avons été approchés par le gouvernement, indique Roxanne Lormand, directrice générale de l’UCFO. Nous étions bien placés pour répondre à la demande, que ce soit au niveau agricole, agroalimentaire, et le tout en français. »

Elle, qui a étudié en environnement, affirme que le ministère semble vouloir mettre l’accent sur la nutrition et la provenance des aliments. « Il y a encore de nombreux jeunes en milieu urbain qui connaissent peu les plantes, les animaux ou encore l’effet du soleil. »

La directrice générale de l’Union des cultivateurs de l’Ontario, Roxanne Lormand, s’investit particulièrement dans les sujets liés à la relève agricole, la jeunesse et les femmes en agriculture. Photo : gracieuseté de l’UCFO

Un programme éducatif attendu depuis 2022

« Un projet de longue haleine », rappelle la directrice qui se souvient des heures passées à préparer ce projet validé en 2022, suite à la révision du programme-cadre de sciences et technologie de l’Ontario. Roxanne Lormand a intégré le projet dès son arrivée à la direction de l’UCFO, en avril 2023.

« Il y a eu un processus très rigoureux, et nous avons travaillé avec des experts qualifiés dans le domaine. C’était primordial pour créer quelque chose de valeur, qui soit utilisable par les enseignants », confie-t-elle.

Avec ce nouveau programme, les élèves seront guidés à travers diverses leçons, avec une série d’outils et de supports, commençant par l’exploration des besoins fondamentaux des êtres vivants et progressant vers des sujets complexes tels que l’impact du changement climatique sur l’agriculture et les pratiques agricoles durables. Ils auront également l’opportunité de découvrir des métiers liés à l’alimentation, comme celui de fromager ou fromagère, tout en apprenant à valoriser les produits locaux et les traditions agricoles de l’Ontario français.

L’objectif principal de ce programme est de promouvoir une meilleure compréhension des enjeux alimentaires, de l’agriculture durable et de la nutrition chez les jeunes élèves.

D’après Mme Lormand, cet apprentissage vise également à sensibiliser les élèves aux pratiques agricoles locales et à enrichir leur connaissance de la culture franco-ontarienne. L’UCFO espère non seulement éduquer les jeunes sur l’importance d’une alimentation saine et durable, mais aussi inspirer un respect pour les bonnes pratiques agricoles.

Les élèves apprendront l’importance d’un circuit alimentaire durable et les effets des produits ultratransformés. Photo : Canva

La directrice générale se réjouit des nombreux domaines qui seront explorés par les élèves, notamment « le cycle de la photosynthèse, la plante, à quel point elle pousse, ce qu’elle produit, ce qu’on peut manger de la plante, mais aussi la croissance des animaux et les machines ».

Dans ce vaste programme, l’UCFO a mis l’accent sur la diversité : celle des personnes, la variété des régions et la richesse des secteurs. Selon la directrice, cette pluralité est très importante. « Nous nous sommes déplacés un peu partout en Ontario pour démontrer que l’agriculture, ce n’est pas juste un champ ou une vache, c’est vraiment plus que ça », croit-elle.

Un moyen de construire la relève en Ontario

« Il y a tellement de carrières qui peuvent découler de ces apprentissages, puisque ça plante des graines dans la tête de nos enfants. Il y a des gens qui réussissent et qui sont fiers de travailler dans ces domaines. »

Dans ce projet éducatif, on trouve des fiches pédagogiques, des vidéos et aussi des suggestions d’activités.

Roxanne Lormand a également pris soin de consulter d’autres partenaires francophones dans l’élaboration de ce projet. Selon la directrice, « il existe également d’autres ressources de qualité en français ».

« C’est pourquoi nous avons cherché à rassembler autant de ressources francophones que possible en Ontario, en consultant d’autres sites web et en collaborant avec des personnes qui avaient déjà développé du contenu, que ce soit au niveau national ou provincial », affirme-t-elle.

En de souligner que ce programme vise non seulement à susciter l’intérêt des jeunes pour les métiers de l’agriculture, mais aussi à fournir un éventail élargi de ressources en français. Ces ressources, souvent difficiles à trouver pour les enseignants, permettront d’enrichir le contenu pédagogique et de le rendre plus attrayant et interactif pour capter l’attention des élèves.

Le journaliste franco-ontarien Marc Labelle est décédé

SAINT-LAMBERT (Québec) – Le journaliste et auteur franco-ontarien Marc Labelle est décédé le 19 août, à l’âge de 68 ans, des suites d’un cancer.

Sa conjointe, Liette Cloutier, en a fait l’annonce dans les derniers jours sur le réseau social X. « Il avait le bonheur facile, il aimait rire et il était un grand défenseur de la langue française. »

Œuvrant d’abord dans le domaine de la presse écrite, Marc Labelle a fait le saut à la radio, recruté par Marie Poulin, qui dirigeait l’ouverture d’une station régionale de Radio-Canada à Sudbury en 1978.

Il a lui-même recruté des talents locaux par la suite. L’ex-journaliste Marcel Vaillancourt s’est confié à ONFR sur la façon dont Marc Labelle l’a incité à travailler dans les médias francophones. « Il m’a demandé ce que je faisais chez les Anglais. Il a changé le cours de ma vie. Il m’a formé et fut un mentor et un ami. »

Plus tard, Marc Labelle a également travaillé pour le diffuseur public à Toronto et Montréal.

En 1991, il a signé La prison rose bonbon, sous le pseudonyme de Raymond Quatorze. Le roman est publié aux éditions Prise de parole.

L’homme originaire de la région de Verner, dans le Nord de l’Ontario, habitait au Québec depuis de nombreuses années. Il avait annoncé être atteint d’un cancer de stade quatre en mai dernier, dans une enfilade de publications dénonçant l’état du système de santé québécois, sur X.

Sur le même réseau social, il avait récemment remercié la maison de soins palliatifs Victor Gadbois de Saint-Mathieu-de-Beloeil.

Une cérémonie hommage aura lieu le 12 octobre au Country Club de Montréal, à Saint-Lambert.

La Franco-Fête n’a pas dit son dernier mot

TORONTO – Malgré les difficultés financières auxquelles elle a dû faire face, l’organisation de la Franco-Fête a été en mesure d’offrir une édition 2024 au public torontois et promet de tout mettre en œuvre pour revenir plus fort l’année prochaine. 

Cette année, c’est au Stackt Market de Toronto, au sein de l’établissement Blue Moon Brewery, que les artistes de la francophonie ontarienne et canadienne se sont retrouvés pour offrir deux jours de spectacles incarnant la diversité musicale francophone. 

Un spectacle éclectique 

Samedi soir, c’était ambiance afro-caribéenne avec la présence du collectif Moonshine et de ses deux têtes d’affiche, Paul Beaubrun et Pierre Kwenders. Le premier a fait vibrer le public à travers ses chansons dans un style qu’il décrit comme roots/blues, ancré dans ses origines haïtiennes. Le second a d’abord pris les platines accompagné de deux danseurs avant de prendre lui-même le micro pour mettre le feu à la Blue Moon Brewery. 

Paul Beaubrun a notamment offert sa reprise personnelle de No Woman No Cry de Bob Marley, version haïtienne. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le lendemain, dans un style différent mais avec autant d’émotions et d’énergie, ce sont le trio composé de Céleste Lévis, Véronique Bilodeau et Émilie Landry, puis les incontournables Rats d’Swompe qui ont captivé l’auditoire. 

Le soutien des artistes 

Conscients des difficultés financières que connaît le festival, avec une baisse de 73 % des appuis financiers depuis la période de la COVID 19, les artistes n’ont pas hésité à répondre présents pour soutenir cet événement qui fait partie des incontournables de la communauté francophone de Toronto.

« Pour nous, dans la francophonie, peu importe l’ampleur du festival, c’est important de le soutenir parce que cela permet à des groupes, à des artistes, comme nous par le passé, de jouer la musique, de partager nos chansons, a confié Martin Rocheleau, le bassiste des Rats D’Swompe. Nous avions déjà eu la chance de participer à la Franco-Fête en 2018,  en première partie des Colocs. C’est un festival que nous aimons beaucoup. Ce serait vraiment triste de perdre ce festival-là, déjà qu’on n’en a pas beaucoup. Il faut encore plus sortir et aller encourager cette équipe formidable qui est derrière ce festival. »

Pierre Kwenders a démontré toute sa polyvalence artistique aux platines, puis au micro, pour « enjailler » le public. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Même son de cloche la veille avec Pierre Kwenders, qui est heureux de soutenir le festival qui lui permet d’atteindre le public torontois et des environs. 

« C’était vraiment un honneur d’être ici avec Moonshine pour représenter la francophonie, Montréal et, pour ma part, le Congo et Kinshasa. Chaque fois que j’ai performé à Toronto, j’ai toujours pu voir qu’il y avait des francophones des environs qui répondaient présent. C’était définitivement important pour moi d’apporter mon soutien au festival. L’année 2024 n’a pas été facile pour tout le monde. En tant qu’artiste, c’est important de soutenir des plateformes comme celle-ci, qui nous permettent de faire vivre notre musique et de partager notre message avec le reste du monde. » 

Rester positifs pour l’avenir 

Nouveau président du conseil d’administration du festival depuis juin dernier, le chanteur vedette franco-ontarien Abel Maxwell a tiré un bilan positif de cette édition 2024, la voyant comme un tremplin pour que la Franco-Fête se relance dans les années à venir. 

« Le bilan à chaud est positif. Je suis quelqu’un qui a la foi, qui croit, qui est positif et optimiste. C’est comme ça que j’ai pu avoir des résultats jusqu’à présent. Je crois que la Franco-Fête est en train de renaître. On s’est battu de toutes nos forces pour que ce festival ait lieu au Stakt Market et les francophones ont répondu. Nous sommes très contents des gens qui sont venus et de l’enthousiasme qui était là. Je le dis encore, l’année prochaine, on le fera dehors juste en face pour attirer encore plus de monde et même des anglophones qui pourraient être curieux de découvrir la culture francophone. » 

De gauche à droite : Véronique Bilodeau, Céleste Lévis et Émilie Landry pendant Des lacs à l’océan, un spectacle célébrant la chanson francophone. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Si quelques dizaines de spectateurs à la fois s’attardaient devant la scène dimanche, le président estime qu’environ 300 personnes ont participé à un moment ou à un autre à la journée du samedi. « On vise toujours un chiffre plus gros. Il faut viser la lune pour au moins toucher les étoiles, exprime Abel Maxwell. Ce qu’on voulait, c’était de ne pas disparaître. »

L’objectif pour cette édition « de relance » était d’attirer 500 personnes par jour. Même si le nombre n’a pas été atteint, l’artiste torontois juge la participation satisfaisante. « Je pense que l’année prochaine, notre objectif avec le conseil sera de viser 1000 personnes. L’édition de cette année était comme un tremplin. Parfois, il vaut mieux reculer pour mieux sauter. »

Pour Abel Maxwell, maintenir la Franco-Fête est une priorité afin de continuer de faire vivre la culture francophone dans la ville reine. Le président rêve que l’événement gratuit devienne à l’avenir « le plus gros festival francophone à Toronto, en Ontario et, pourquoi pas, même au Canada ».