TORONTO – Cette Franco-Ontarienne, leader communautaire, est devenue secrétaire générale de la Commission canadienne de l’UNESCO en 2021. Le 1er mai 2023, Roda Muse remplacera Marie-Lison Fougère au poste de sous-ministre au ministère des Affaires francophones de l’Ontario (MAFO).
« J’ai été impressionnée par tous les gros chantiers qui sont en cours en ce moment au MAFO », a-t-elle confié au micro d’ONFR+. « La modernisation de la Loi sur les services en français, la mise en place de stratégies très importantes, toutes ces choses que Marie-Lison Fougère avait entamées, je vais les poursuivre. »
Mme Muse commencera son nouveau poste le 1er mai pour un mandat de trois ans, tandis que Mme Fougère prend sa retraite. « Au fur et à mesure, il y aura de nouveaux projets, mais pour l’instant le virage entamé par ma prédécesseure est important », dit-elle, ne cachant pas son enthousiasme.
Fonctionnaire non partisan le plus haut placé dans l’organigramme, un sous-ministre dirige la fonction publique d’un ministère. Ce conseiller de confiance et d’expertise auprès du ministre relève du secrétaire du Conseil des ministres, chef de la fonction publique de l’Ontario.
Représenter l’Ontario français
Outre le fait de piloter l’administration du ministère, le travail de Roda Muse pourrait bien être d’incarner l’Ontario à l’étranger, comme l’a fait Marie-Lison Fougère, comme sherpa de l’Ontario.
« C’est d’ailleurs mon expertise, la représentation internationale », explique Mme Muse. « C’est important d’être à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et c’est important d’y être représenté. »
Une mission qui lui tiendra à cœur, elle, qui représente la persévérance et la diversité en Ontario français. « Notre francophonie, notre Ontario, c’est l’intersectionnalité. La communauté a tellement été d’un bon soutien, comme l’a été ma famille, mes enfants et mon mari. »
« Dans la réussite, on n’est jamais seul », reprend-elle.
En 2021, à quelques jours d’entrée en fonction à la CCUNESCO, Roda Muse avait déclaré à ONFR+ que « la communauté a toutes les cartes en main pour ouvrir ses portes et continuer à maintenir ses institutions et, par ricochet, la vie en français ».
Une continuité de carrière
Originaire de Djibouti, un pays principalement francophone et arabophone, Roda Muse s’est montrée très impliquée auprès des institutions francophones depuis le début de sa carrière au Canada.
Elle a notamment était conseillère scolaire, vice-présidente du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO) et a siégé sur plusieurs conseils d’administration (Hôpital Montfort, La Cité, Centre Jules-Léger).
« J’ai commencé ma carrière dans la fonction publique et dans les langues officielles pour appuyer les communautés francophones en Ontario. Vouloir ce poste aujourd’hui, c’est une continuité », dit-elle au lendemain de sa nomination.
Roda Muse est entrée en poste à la Commission canadienne pour l’UNESCO le 17 mai 2021. Archives ONFR+
En 2021, Roda Muse est devenue secrétaire générale de la Commission canadienne pour l’UNESCO. En seulement deux ans, celle qui deviendra la plus haute fonctionnaire du ministère des Affaires francophones de l’Ontario se réjouit du travail accompli.
« Quand je suis arrivée à la Commission, j’ai hérité d’une équipe extraordinaire et d’un mentor tel que Simon Brault », se souvient-elle.
« On a préparé des stratégies, notamment le plan sur la Décennie internationale des langues autochtones. On a mis en place de nombreux projets structurants et à ce titre, on conseille l’UNESCO. »
« Ces dernières années, nous avons réalisé plusieurs projets au niveau de l’éducation, des sciences et de la recherche ou encore à la COP 15, je pourrais en parler toute la journée. »
Comme sous-ministre aux Affaires francophones de l’Ontario, Roda Muse promet de toujours faire valoir sa communauté, un parcours qui lui permettra de « rendre la pareille ».
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.
SUDBURY – On était 1973 – époque du « Frog Power » au Pays du Gros Cinq Cenne. Ici, à Sudbury se dessinaient les reliefs du Nouvel-Ontario, une géographie imaginée, cette « terre de pierre, de forêts et de froid ». Un bout de pays reculé où la jeunesse franco-ontarienne réclamait sa voix. Libre. Et forte.
« On est tanné d’être sous la domination de la majorité », se souvient le journaliste et rédacteur d’opinions Réjean Grenier. « On veut un autre type de bilinguisme. Un bilinguisme où nous sommes égaux ».
En 1973, les étudiants à l’échelle planétaire montent aux barricades, les poings levés, afin de manifester contre l’injustice où qu’elle soit – y compris à l’Université Laurentienne, au cœur du Nouvel-Ontario.
En riposte à la marginalisation du fait français à l’université, des jeunes idéalistes – y compris le jeune Réjean Grenier, leader étudiant francophone, organisent le Congrès Franco-Parole qui, entre autres, propose de remettre le pouvoir décisionnel sur l’éducation universitaire en français aux Franco-Ontariens.
« Il va y avoir beaucoup de « parlotte » et de bonnes idées », aurait dit Fernand Dorais, le charismatique jésuite, professeur et co-organisateur, « mais je ne vois pas de fun ».
Autant fallait-il revendiquer, fallait-il aussi rêver. Il fallait des retrouvailles, un « feu de camp », un party. Il fallait une nuit dans la swompe.
Une Nuit iconique
Avec Gaston Tremblay, jeune écrivain et rédacteur de l’illustre manifeste Molière Go Home, M. Grenier allait concevoir et organiser Une Nuit sur l’étang (qui deviendrait bientôt La Nuit sur l’étang), naissant sous les étoiles du 17 mars 1973 à l’Auditorium Fraser de l’Université Laurentienne.
Et si « c’était douteux comme qualité », comme se le rappelait l’artiste éminent Robert Paquette, avec comme toile de fond le décor recyclé de l’emblématique pièce de théâtre Moé j’viens du Nord s’tie, « un tulle à demi transparent sur lequel flânaient des lueurs de rouge et de bleu », écrivait Tremblay, le rideau allait néanmoins se lever sur une Nuit iconique.
Une affiche de La Nuit sur l’étang, année indéterminée.
« Un roulement de timbales déchire le silence », écrivait l’étudiante de maîtrise Marie-Hélène Pichette en 2000 de cette première Nuit en 1973. « Le battement s’intensifie; le signal est donné. Les participants, jusqu’alors assis dans la salle, se lèvent et montent sur les planches. Au nom de tous les artistes du Nouvel-Ontario, ils s’emparent de leur scène : une Nuit sur l’étang est née ».
Il y aurait de la musique. De la chanson. De la poésie. Du théâtre. Et même du macramé. Un jeune CANO à la veille d’être superstars de la musique canadienne. André Paiement, une étoile filante qui ferait de notre lointain pays d’hiver une aurore boréale dans le firmament, allait chanter cette nuit-là. Tout comme sa sœur, Rachel Paiement, qui monterait sur les planches pour la toute première fois, sa voix évoquant une tempête de neige qui balaye le pin au cœur d’une nuit d’hiver. Marcel Aymar était là aussi, ses douces intonations acadiennes s’écrasant comme un océan sur la jeune foule. Et d’innombrables autres qui laisseraient leur trace sur le Nouvel-Ontario.
« La fête nous enfanta »
Fêtées jusqu’aux petites heures du matin à Sudbury, les subséquentes éditions de La Nuit deviendraient rite de passage pour des générations de la jeunesse nouvel-ontarienne. On émergeait aux lendemains ivres et imbus de party, plein de fête et de fight, prêts à bâtir le Nouvel-Ontario, à faire briller notre lumière sur le monde, « étourdis par la musique, la poésie, le vibe et la fraternité des francos rassemblés en grandes retrouvailles, émerveillés par le lever du soleil sur cette terre de roche, à l’aube d’un jour nouveau ».
« La fête nous enfanta », écrivait autrefois Dorais. « Le spectacle de nous voir et dire nous ressource, reconnaissance d’une fraternité blessée ».
Cette « folie collective d’un peuple en party », comme le disait l’artiste André Paiement, La Nuit nous a permis de se reconnaître et se dire par la poésie, le théâtre, la musique, la fête. Cette « veillée d’hiver chaude comme une nuit d’été » comme le chante Marcel Aymar, nous tirait de notre tanière de glace et d’invisibilité, nous offrant comme résistance une expression de joie collective.
Jeune de ses 50 ans, La Nuit reste cette fête où, pour emprunter au poète Robert Dickson, « nous têtus, souterrains et solidaires, lâchons nos cris rauques et rocheux, aux quatre vents de l’avenir possible ».
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
OTTAWA – Flèche aux Maple Leafs, anecdote sur le français, coopération entre les deux pays et liens économiques avec le Canada, Joe Biden a abordé divers sujets dans un discours d’une quarantaine minutes au Parlement, ce vendredi.
« Les Américains et les Canadiens sont deux personnes, deux pays, à mon avis, partageant un même cœur. C’est un lien personnel. Il n’y a pas deux nations sur terre qui soient liées par des liens aussi étroits, amitié, famille, commerce et culture », a livré Joe Biden dans une Chambre des communes pleine à craquer pour l’occasion.
Ses propos en Chambre ont tourné autour des points communs unissant les deux pays soulignant que les États-Unis « n’auront jamais d’aussi bons alliés ».
« Aujourd’hui, nos destins sont liés et indissociables, non pas à cause du caractère inévitable de la géographie, mais parce que c’est un choix que nous avons fait et refait. Les États-Unis choisissent de lier leur avenir au Canada, car nous savons que nous ne trouverons pas de meilleur partenaire, et je le dis du fond du cœur; plus d’allié fiable, et plus d’ami stable, et aujourd’hui je vous dis, ainsi qu’à tout le peuple canadien, que vous pourrez toujours compter sur les États-Unis d’Amérique. Je le garantis », a-t-il dit générant une pluie d’applaudissements.
Joe Biden s’est même permis une pointe envers les Maple Leafs de Toronto en souligant les liens commerciaux entre les deux alliés d’Amérique du Nord.
« J’aime vos équipes (de hockey), sauf les Leafs. Je vais vous dire pourquoi. Ils ont battu les Flyers en janvier. »
Le président américain a débuté son discours au Parlement avec un « Bonjour Canada » avant d’enchaîner sur son aptitude dans la langue de Molière.
« J’ai appris quatre ans de français à l’école. La première fois que j’ai essayé de faire un discours en français, on a ri de moi. C’est le mieux que j’ai pu faire », a-t-il raconté.
Présence des deux Michael
Il y avait aussi des invités spéciaux pour le passage du politicien démocrate comme l’ancien premier ministre Jean Chrétien, l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean ou encore Michael Spavor et Michael Kovrig, les deux Canadiens capturés en 2018 par le régime chinois, en réponse à l’arrestation de Meng Wanzhou, une haute dirigeante de Huawei.
« Que Dieu vous bénisse tous les deux », a salué le président américain en regardant dans leur direction, eux qui étaient assis dans la galerie de la Chambre des communes.
Ce dernier a salué l’appui apporté par le Canada à l’Ukraine et en Haïti, tout en mentionnant l’unité des deux pays à travers la sécurité nationale via le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Il a aussi parlé de la production de minéraux critiques entre les deux nations, comme pour la production de véhicules électriques.
Le président américain est arrivé au Parlement un peu avant midi. Accueilli par Justin Trudeau, il a serré la main des chefs de parti de l’opposition avant de signer le livre d’or de la Chambre des communes réservé aux invités d’honneur.
Par la suite, il a eu une rencontre formelle dans le bureau de Justin Trudeau. « C’est un honneur d’être ici », a affirmé Joe Biden aux côtés du premier ministre canadien, soulignant que ça faisait « trop longtemps » qu’il n’était pas venu au Canada.
MM. Trudeau et Biden ont aussi rencontré, avant le discours, divers officiels américains et canadiens comme les ministres Mélanie Joly (Affaires étrangères) et la vice-première ministre Chrystia Freeland. Joe Biden doit également se rendre à un souper d’État entre les deux pays ce soir au Musée de l’aviation du Canada. Tout juste avant, une conférence de presse conjointe avec Justin Trudeau est à l’horaire.
Le président américain est arrivé jeudi où il a eu une rencontre informelle avec la gouverneure générale Mary Simon avant de se rendre à Rideau Cottage, la résidence officielle de Justin Trudeau pour un souper avec sa femme Jill Biden et celle du premier ministre Sophie Grégoire-Trudeau. Il est venu en 2016, lui qui était à l’époque le vice-président de Barack Obama.
Joe Biden est le premier président à fouler le sol canadien depuis Donald Trump au G7 à Charlevoix en 2018 et le premier à Ottawa depuis Barack Obama qui était venu en et 2009 puis en 2016. Joe Biden est le huitième président américain à s’adresser à la Chambre.
Haïti et chemin Roxham
Ottawa et Washington se sont entendus pour renégocier l’Entente sur les tiers pays sûrs, ce qui résulte en la fermeture du chemin Roxham. L’accord actuel permettait aux immigrants de présenter une demande d’asile s’ils entraient par un point d’entrée non officiel comme Roxham, mais ça ne sera plus permis avec le nouvel accord. L’Entente sur les tiers pays sûrs sera désormais étendue à toute la frontière canadienne.
Seuls les postes frontaliers officiels seront acceptés comme point d’entrée. En retour, le Canada s’engage à créer un programme permettant d’accueillir 15 000 immigrants provenant de l’hémisphère ouest qui passerait aux États-Unis par la frontière mexicaine. Ce nouvel accord entre en vigueur dès le 25 mars. Joe Biden a d’ailleurs salué l’engagement du Canada à accueillir ces 15 000 immigrants dans son discours.
Pour régler la crise actuelle qui frappe Haïti, Justin Trudeau propose d’ajouter une aide humanitaire de 100 millions de dollars pour la mise en place d’un plan d’urgence pour accélérer la formation des policiers haïtiens. Haïti est frappé par une crise politique, économique et au niveau de la sécurité.
Le président américain a aussi annoncé qu’un astronaute canadien rejoindrait trois autres américains au sein d’Artemis. Ce sera la première mission en équipage sur la Lune depuis l’ère Apollo et fera du Canada le deuxième pays à envoyer un astronaute autour de la Lune.
TORONTO – Rendu public hier en fin de journée, l’exercice financier 2023 de l’Ontario, qui fait la part belle à la construction d’infrastructures ainsi qu’à l’industrie minière et automobile, sur lequel le gouvernement semble miser pour la croissance économique dans la province, suscite des réactions mitigées dans la communauté francophone.
Le ministère des Affaires francophones, qui s’allège du million de dollars des aides financières ponctuelles de la COVID-19, gagne toutefois 700 000 dollars additionnels de son budget de base, ce dont se félicite Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) : « Il y a quand même une majoration du budget des affaires francophones qui est la bienvenue. »
Et de souligner cependant l’aspect évasif et le manque de détails concrets de l’enveloppe francophone : « C’est un budget statu quo pour la communauté franco-ontarienne, un peu sans éclat. » Un suivi qui sera nécessaire : « On ne sait pas vraiment où ces 700 000 vont se retrouver, mais ce sont des questions qu’on va aller poser. »
Fabien Hébert, président de l’AFO. Archives ONFR+
Dans un communiqué, la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) note ce supplément tout en soulignant la quasi-absence de mention francophone dans le reste du budget 2023 et en appelle « le gouvernement de l’Ontario à renforcer son appui à la francophonie économique, qui représente un levier de croissance significatif pour l’ensemble de l’économie de la province ».
À la question d’ONFR+ sur le détail de cette enveloppe, un porte-parole du gouvernement au Bureau budgétaire précise que 900 000 $ supplémentaires sur trois ans soutiendront l’entrepreneuriat francophone. Ce budget soutiendra également « la modernisation de la Loi sur les services en français en désignant davantage de points de service et en offrant l’offre active en transférant la responsabilité de trouver des services de l’utilisateur aux fournisseurs ».
« En 2023-2024, le gouvernement poursuivra la planification et la construction du projet du Centre de santé communautaire de Timmins pour créer un nouveau CSC francophone à Timmins », termine le porte-parole.
Et l’Université de Sudbury dans tout ça?
Concernant l’absence de fonds dédiés à l’Université de Sudbury, son recteur Serge Miville assure ne pas en être découragé : « Oui, c’est décevant, non ce n’est pas ça qui décide de notre sort », déclare-t-il après avoir rappelé avoir « livré tout ce que le gouvernement a demandé ».
Le dernier feu vert pour l’établissement est toujours attendu du côté du ministère des Collèges et Universités qui penche depuis septembre sur une recommandation de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire de l’Ontario (CÉQÉP).
« Nous autres, on est comme un avion sur le tarmac, on est prêt à décoller. On attend juste le go de la tour de contrôle », conclut M. Miville.
Un avis que partage Fabien Hébert, pour qui absence de mention, ne signifie pas absence de fonds : « On aurait aimé la mention claire du financement de l’Université de Sudbury dans la majoration budgétaire. Mais on demeure confiant que le projet va de l’avant. On présume que l’annonce s’en vient. »
Le point de vue économique
Dans ce budget, qui prévoit un retour à l’équilibre financier dès 2024-2025, Julien Gérémie, le directeur général du Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO) note le développement de filières de véhicule électrique et les améliorations intéressantes en transports en commun.
« Selon les chiffres bruts, une croissance importante devrait avoir lieu au niveau des investissements en transports publics. Beaucoup de routes se construisent, ce qui pourrait être nuancé, là où le transport collectif comme le rail serait parfois plus adapté. »
Au niveau de l’emploi, le CCO se réjouit des moyens supplémentaires pour le Fonds de développement de compétences et de l’investissement dans le Programme ontarien des candidats à l’immigration, pour l’Ontario qui souhaite une immigration en phase avec la réalité du marché du travail.
« Le fait que la question de l’immigration soit associée à la dimension économique est positif, car c’est un enjeu de main-d’œuvre », commente M. Gérémie.
Julien Geremie, directeur général du CCO (à droite). Archives ONFR+
« Le Fonds ontarien d’infrastructure communautaire verra également son montant doubler, ce qui permettra de financer de nombreuses initiatives communautaires pour les organismes », déclare-t-il, déplorant toutefois l’absence de mention des entreprises durables.
La Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) salue quant à elle « des investissements significatifs annoncés afin de maintenir les efforts de relance économique dans la province » dont le nouveau crédit d’impôt pour l’investissement dans le secteur manufacturier, l’allégement fiscal supplémentaire pour les petites entreprises de 265 millions de dollars et l’octroi de 3 milliards de dollars annuellement sous forme de soutien aux petites entreprises avec un taux de l’impôt sur le revenu des sociétés préférentiel de 3,2 %.
Le porte-parole du gouvernement au Bureau budgétaire précise que le budget comprend « le programme de Subventions à la communauté francophone pour renforcer la capacité des entreprises et organismes francophones à soutenir la communauté ».
Santé, éducation, logement : les maillons faibles ?
Florence Ngenzebuhoro, directrice du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), qui note de bonnes nouvelles dans les investissements en santé et santé mentale, notamment une augmentation de 4 % dans le secteur hospitalier et 425 millions de dollars sur trois ans pour soutenir les services de santé mentale et de lutte contre les dépendances, apporte plusieurs bémols.
« Il reste à voir la portion qui revient aux francophones qui semblent encore une fois laissés pour compte. Nous allons devoir nous enquérir auprès des différents départements départementaux pour comprendre notre part dans ce budget », dit-elle.
« Par exemple, nous n’avons pas un seul carrefour jeunesse francophone dans toute la région du centre sud-ouest de l’Ontario. Le CFGT en réclame un depuis plusieurs années et nous espérons l’obtenir avec ces nouvelles annonces. »
Florence Ngenzebuhoro, directrice du Centre francophone du Grand Toronto. Gracieuseté CFGT
« On voit qu’il y a des augmentations dans d’autres ministères, comme en santé, bien qu’il n’y ait pas de mention francophone. L’AFO va faire des demandes pour s’assurer que la communauté francophone reçoive sa juste part », certifie également Fabien Hébert.
Côté éducation, le CCO note une baisse du budget de l’éducation à partir du prochain exercice financier, les chiffres bruts venant nuancer le discours affiché d’investir dans la formation et les compétences. Julien Gérémie précise que « le budget brut de l’éducation primaire et secondaire est contradictoire avec le discours et l’emphase sur la formation. »
Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), considère que « le gouvernement met en péril la réussite des élèves avec un financement inadéquat en éducation qui continue d’avoir des répercussions dévastatrices sur notre système d’éducation ».
« Aucun investissement significatif en éducation et encore moins pour le système d’éducation de langue française. Les élèves, le personnel et les communautés scolaires entières, incluant les employeurs et les parents ressentent plus que jamais ce sous-financement. Les intervenants qui travaillent directement auprès des élèves, n’ont pas été écoutés, ni consultés », déclare-t-elle.
Un autre point noir de ce budget et qui en est un peu absent, selon Julien Gérémie, est le logement : « Le logement est un problème sur lequel il faudra revenir en cours d’année, car c’est un des grands enjeux en Ontario », conclut celui-ci.
« On parle de la construction de 80 000 logements cette année, ce n’est pas assez. Et rien sur la façon dont l’Ontario va soutenir les municipalités en vue de pourvoir au logement abordable », ajoute également Florence Ngenzebuhoro.
NORTH BAY – Avec une carrière de près de 30 ans dans la musique, Dayv Poulin est bien connu de la communauté franco-ontarienne, mais ces dernières semaines le chanteur a gagné une certaine notoriété en dehors de la province. En tête des classements pendant plusieurs semaines, son dernier single Simple de même connaît un succès retentissant auprès des radios communautaires et commercialesdans tout le pays.
Vingt. C’est le nombre de semaines que la chanson du musicien Dayv Poulin est restée en ondes à la radio depuis sa sortie en novembre dernier.
« Ça a définitivement dépassé toutes mes attentes », lance le chanteur originaire de la communauté d’Azilda à Sudbury, présentement installé à North Bay.
Huitième chanson la plus jouée au Canada français dans la catégorie pop rock, 20e chanson francophone la plus jouée de tout le Canada français tous styles confondus, quatre semaines en tête du classement de l’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC) qui regroupe 28 stations.
« Les chances que je rencontre un tel succès sont assez minimes », explique le musicien de 43 ans qui n’est pas représenté par une maison de disque et dit avoir une petite équipe derrière lui.
Celui-ci ajoute qu’il est difficile pour des Franco-Ontariens, à plus forte raison des artistes indépendants comme lui, de percer dans des marchés comme celui du Québec où la compétition entre francophones est plus importante.
« C’est excitant, surtout pour un artiste ontarien, d’embarquer sur de grosses stations comme ça. Ça change vraiment tout », raconte celui qui est aussi membre du trio musical des Bilinguish Boys dont font partie Steph Paquette et Édouard Landry.
L’engouement pour le titre est encore loin d’être tombé : « C’est rare qu’une chanson ait une vie si longue et, maintenant encore, je reçois plein de messages de gens qui la découvrent pour la première fois qu’ils entendent. C’est assez surprenant. »
Une chanson pour la radio
Le succès derrière la chanson pop-folk pourrait se trouver dans ses paroles et son rythme enjoué, une direction assumée par le chanteur qui l’a co-écrite avec Normand Renaud.
Il confie avoir voulu écrire une chanson au thème joyeux dans un contexte marqué par la morosité post-pandémique, l’inflation et une époque marquée par la montée de troubles de santé mentale.
« Il y a du sourire, du soleil, et ça résonne bien auprès des gens qui le reçoivent bien », exprime-t-il au sujet de la chanson dont les paroles évoquent la simplicité de l’amour et de la vie.
Celui qui est aussi animateur de la station de radio communautaire du Nord, Le Loup, déclare avoir puisé son inspiration dans le répertoire musical radiophonique afin d’écrire une chanson pouvant séduire le médium.
Un refrain facile à retenir, une durée plus courte, un message positif : voici la recette du succès.
C’est la première chanson de l’artiste qui connaît un tel appui à la radio en 30 ans de carrière : « Il y a peut-être aussi une certaine maturité qui vient avec l’âge », pense-t-il.
Le fait que celle-ci se soit si bien exportée hors de la province est une fierté pour le musicien qui considère que l’universalité du message derrière la chanson est ce qui lui a permis de voyager autant.
Edmonton, Halifax, Yellowknife, Nouveau-Brunswick, Québec…Dayv Poulin, aussi connu sous le nom d’artiste Le Paysagiste, dit recevoir des messages de personnes de partout dans le pays qui lui disent avoir écouté et aimé sa chanson.
Une nouvelle direction?
Y aura-t-il une suite à Simple de même? C’est ce que laisse savoir le Franco-Ontarien qui planche sur les paroles d’une chanson qu’il enregistrera en studio dès la semaine prochaine avec la même équipe, lâche-t-il avec un sourire.
« Je peux vous dire que c’est une chanson positive, qui s’appellera La vie est bonne », précise-t-il en ajoutant que le succès de la chanson va influencer le contenu de son futur album qui est toujours en développement.
Dayv Poulin reconnaît être surpris de voir la chanson être numéro un dans des stations de radio style country. Crédit image : Richard Fortin
Il dit être reconnaissant de ce que cette chanson a pu lui apporter en termes de visibilité, mais que cela apporte aussi « un défi pour les prochaines ».
Et pour la prochaine prestation en direct de la chanson, les intéressés pourront notamment voir Dayv Poulin sur la Grande Scène Air Canada où il accompagnera le chanteur Gregory Charles devant la foule du Festival franco-ontarien en juin prochain.
Une opportunité de premier choix pour laquelle il crédite également le succès de sa chanson dont il s’agira de la première livraison en direct depuis son ascension dans les palmarès radiophoniques.
Simple de même fera partie de son quatrième opus dont le nom reste encore inconnu, mais qui sera publié, pour la première fois, sous son vrai nom, à l’automne prochain.
Le français parlé à Paris et au Québec fait fréquemment l’objet de comparaisons, parfois pour s’en moquer. Mais quelles sont les distinctions frappantes entre les deux accents? La plus grande différence est, étonnamment, dans la prononciation des voyelles. La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, nous explique.
« On démystifie le français » est une série d’ONFR+ qui célèbre la langue française, sous toutes ses formes et ses accents, en explorant la science derrière les syllabes et les sons.
QUEEN’S PARK – Le budget qui vient d’être déposé par le gouvernement a pour mot d’ordre la construction et l’expansion économique. Le gouvernement, qui prévoit un retour à l’équilibre en 2024, dit miser sur une approche qui favorise la croissance et investit dans l’infrastructure, l’industrie minière et automobile, les transports et la formation à grande échelle, notamment pour les métiers spécialisés pour répondre à la pénurie de l’emploi.
Les investissements globaux du budget 2023-2024 pour les infrastructures culminent à 20,6 milliards de dollars, et à 184,4 milliards de dollars sur dix ans. « C’est l’un des plans d’immobilisations les plus ambitieux de l’histoire de l’Ontario », précise le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy.
Cela comprend 27,9 milliards de dollars dédiés au transport avec la construction de routes, notamment une nouvelle autoroute qui traversera les régions de Halton, Peel et York, celui du contournement de Bradfort, une nouvelle route à quatre voies reliant l’autoroute 400.
L’emphase est également mise sur les transports en commun dans le Grand Toronto avec une mobilisation de 70,5 milliards de dollars pour étendre le réseau ferroviaire Go Transit et la construction de la ligne Ontario, le prolongement de la ligne de métro vers Scarborough, vers le nord de la ligne Yonge et vers l’ouest de la ligne Eglinton Crosstown.
Plus de 48 milliards de dollars seront mobilisés sur ces dix prochaines années dans 50 grands projets hospitaliers, ajoutant 3000 lits, tandis que 15 milliards serviront à la construction et modernisation des écoles et créeront 86 000 places en garderie d’ici décembre 2026.
Côté industrie : cercle de feu et secteur automobile
Côté industrie, le gouvernement engagera 1 milliard de dollars pour soutenir les infrastructures stratégiques en soutien au Cercle de feu où se trouve l’un des gisements minéraux clés.
La stratégie relative aux minéraux critiques de l’Ontario vise à assurer une meilleure chaine d’approvisionnement entre les industries, les ressources et travailleurs du Nord et la fabrication du Sud, notamment pour la production des VE et des batteries. Un investissement de 6 millions de dollars sur deux ans pour le Programme ontarien d’aide aux petites sociétés d’exploration minière permettra la croissance du secteur.
Le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy. Source : Assemblée législative de l’Ontario
La province prévoit d’attirer 16 milliards de dollars d’investissements dans le secteur automobile et des batteries pour véhicules électriques.
Un nouveau crédit d’impôt sur le revenu des sociétés remboursable de 10 % sur les investissements dans les immeubles, la machinerie et le matériel permettra de favoriser l’investissement dans la fabrication en Ontario.
Pour améliorer la compétitivité, les employeurs ontariens bénéficieront d’un allègement fiscal, grâce à un soutien de 8 milliards de dollars du gouvernement, dont 3,6 iront aux petites entreprises qui feront l’économie de 265 millions de dollars entre 2023 et 2026.
Formation à grande échelle, emploi et immigration économique
L’une des stratégies centrales du gouvernement vers la croissance économique consiste à maximiser la formation au sein de la province. 224 millions de dollars vont être investis pour 2023-2024 dans un nouveau volet immobilisations du Fonds pour le développement des compétences et agrandir les centres de formation.
Le gouvernement va ainsi doper le Programme ontarien à l’immigration en y ajoutant 25 millions de dollars supplémentaires sur trois ans pour attirer les professionnels des métiers spécialisés en Ontario. Un programme de formation relais en Ontario pour les immigrants formés à l’étranger leur permettra d’avoir accès à un emploi équivalent, grâce à un investissement de 3 millions supplémentaires.
La formation dans la santé pourra commencer dès le secondaire grâce à des crédits spécialisés avec un investissement de 3,3 millions de dollars au cours des trois prochaines années. 33 millions de dollars seront également débloqués sur trois ans pour former davantage de médecins dans la province.
Principales mesures dans la santé – À partir de l’automne 2023, les pharmaciens seront autorisés à prescrire des médicaments en vente libre pour un certain nombre d’affections courantes – 22 millions de dollars seront dédiés à augmenter les effectifs dans la santé pour embaucher 200 précepteurs dans les hôpitaux assurant la formation des nouvelles infirmières – 15 millions de dollars permettront de maintenir en poste 100 infirmières en milieu et fin de carrière, tandis que 4,3 millions aideront au moins 50 médecins étrangers à obtenir leur permis d’exercer en Ontario – 425 millions de dollars seront investis sur trois ans pour soutenir les services de santé mentale et lutter contre les dépendances – 569 millions de dollars en 2023-2024 permettront d’étendre les services à domicile, dont 300 millions pour couvrir la hausse des tarifs contractuels et stabiliser la main-d’œuvre du secteur du soin
Rares mentions de la francophonie
En dépit des attentes, la francophonie est le parent pauvre de ce budget. Le financement de l’Université de Sudbury n’y est pas inclus comme le souhaitaient ardemment les leaders de la communauté. Un temps envisagée, la coupe du Conseil des arts de l’Ontario ne s’est finalement pas concrétisée. Du côté scolaire, il faut noter une référence à trois écoles de langues française à Ottawa, Kingston et Iroquois Falls. Du côté de la santé, aucune ligne budgétaire sur les entités de planification de services de santé en français dont les ententes arrivent à terme en 2024.
Le ministère des Affaires francophones voit son budget amputé d’un million de dollars, des aides COVID-19 non renouvelées, tandis que son financement de base augmente de 700 000 $ pour des charges totales estimées à 7,7 millions de dollars, soit une baisse de 300 000 par rapport au budget précédent.
Le ministère des Finances précise que 900 000 $ supplémentaires soutiendront sur trois ans l’entrepreneuriat francophone, l’innovation et augmentera l’empreinte économique franco-ontarienne. Le Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), est maintenu.
« Le choix du profit », déplore l’opposition
« Il n’y a rien dans ce budget pour aider les gens qui sont en train de lutter au jour le jour avec l’inflation, le logement abordable et les soins de santé », a déploré la cheffe de l’opposition officielle Marit Stiles, qualifiant l’exercice financier de « faillite de leadership ».
« Les familles en proie à l’autisme sont abandonnées », a-t-elle illustré. « Doug Ford aurait pu réglementer les loyers, agir pour la santé et les emplois. Au contraire, il a fait le choix du profit, et non des personnes, et a raté une opportunité de faire de l’Ontario une province plus solidaire et plus prospère. »
Le gouvernement prend-il des risques en investissant massivement dans les grands projets de construction dans une période économique incertaine? « Avec les infrastructures, on doit avoir une vue à long terme », a plaidé en conférence de presse le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy.
L’argentier du gouvernement estime dans le même temps avoir suffisamment provisionné de fonds pour faire face à des dépenses comme celles des salaires des fonctionnaires, toujours en négociation, ou d’un ralentissement économique. Après une hausse de 3,7 % en 2022, le PIB réel de l’Ontario devrait chuter à 0,2 % cette année.
Article écrit avec la collaboration de Rudy Chabannes.
C’est la semaine des grands rendez-vous. On souligne un anniversaire important pour un festival culte du Nord de l’Ontario. On poursuit les célébrations des Rendez-vous de la francophonie. On met en lumière le travail des cinéastes de la diversité. Et on écrit l’histoire des femmes, de la féministe avant son temps jusqu’aux artistes d’aujourd’hui.
Musique
Une Nuit, un panel et deux soirées à Sudbury
En 1973, l’événement Une nuit sur l’étang était organisé pour susciter un sentiment d’appartenance chez les Franco-Ontariens. Un demi-siècle plus tard, le festival de concerts La nuit sur l’étang célèbre sa longévité avec les artistes d’aujourd’hui et de nombreux talents qu’il a contribué à faire connaître. C’est sous le thème « De nos racines collectives aux quatre vents de l’avenir possible » que se dérouleront les différentes activités, dont deux soirées de concerts, vendredi et samedi.
Parmi les artistes présents : Jean-Marc Dalpé (qui sera l’invité de la Rencontre ONFR+ de ce samedi), Robert Marinier, Deux Saisons, Cormoran, Michel Payment, Marcel Aymar, Breen Leboeuf, Stef Paquette, Dayv Poulin, Mags Gibson, Kaiday, Chloé LaDuchesse, Maegan Bigras et Mehdi Cayenne.
ONFR+ profite du cinquantième anniversaire de La Nuit sur l’étang pour discuter de l’état des arts à Sudbury dans une activité au Collège Boréal ce samedi à 16 h. La journaliste culturelle Rachel Crustin animera la discussion avec les panélistes Robert Paquette, Philippe Mathieu, France Huot, Hélène Dallaire et Réjean Grenier. Le panel sera précédé de la projection du documentaire Les Draveurs, incubateur théâtral d’artistes francophones de la réalisatrice Joanne Belluco et suivi d’une activité de réseautage.
ONFR+ organise une projection documentaire et une discussion autour des arts à Sudbury. Crédit image : TFO
Le Mois de la francophonie se poursuit et différents artistes francophones célèbrent à l’échelle de la province. Ce vendredi, le Festival de la Curd présente une soirée country au Centre communautaire de St-Albert. La Franco-Ontarienne Gabrielle Goulet assure la première partie de la Montréalaise Brittany Kennell, qu’on a pu voir à l’émission The Voice aux États-Unis. Rappelons que le festival de la Curd se décline en plusieurs petits événements plutôt qu’en un grand rassemblement cette année, entre autres en raison de travaux à la fromagerie St-Albert.
Également vendredi, la formation LGS sera de passage à Sarnia pour la première fois en plus de 10 ans. Le spectacle aura lieu à l’auditorium de l’école secondaire Great Lakes à 19 h 30. Pendant ce temps, l’Acadien Simon Daniel et le Québécois Jérémie Essiambre, alias La Faune, seront de passage à la Quatrième salle du Centre national des arts (CNA) à Ottawa.
Le 28 mars, la légendaire Compagnie créole sera en vedette à l’événement Francophonie en fête dans le cadre de la Semaine de la francophonie de Toronto. L’événement aura lieu à l’Auditorium Toronto Ouest de l’école secondaire catholique Saint-Frère-André. Le lendemain, c’est le DJ français Wax Tailor qui fera vibrer la Ville Reine au Lee’s Palace.
Et à Chapleau, le quatuor à cordes Esca installera une ambiance grandiose à l’église Sacré-Cœur le 29 mars. Les quatre musiciennes présenteront leur spectacle Fragments.
De nombreux spectacles francophones auront lieu cette semaine en Ontario. De haut en bas : le Quatuor Esca, LGS et la Compagnie Créole. Crédits image : Emmanuel Crombez / Gracieuseté Michel Bénac / Jean-Charles Labarre
Danielle Carrière-Paris, autrice de la biographie de la sculptrice Rose-Aimé Bélanger, sera à la librairie Au coin du livre d’Ottawa ce samedi à 13 h. Dans Rose-Aimé Bélanger, à l’ombre des chuchoteuses, on découvre l’histoire fascinante de cette Franco-Ontarienne qui s’est entièrement dévouée à élever sa famille nombreuse avant de pouvoir enfin se consacrer à son art. Sa carrière tardive en fut non moins fulgurante. Ses œuvres sont connues partout dans le monde et la sculpture Les chuchoteuses est la plus photographiée de Montréal.
Même si elle s’est conformée à son époque en donnant naissance à neuf enfants et en supportant son mari aux 1001 projets, Rose-Aimé Bélanger était en avance sur son temps pour bien des choses. Elle s’organisait des séjours sans enfants, elle engageait et encourageait les femmes dans les entreprises familiales et a même montré la porte au curé de la paroisse, qui venait lui ordonner de faire un autre enfant.
Rose-Aimé Bélanger, qui habite maintenant à Rockland, aura 100 ans le 4 juillet prochain.
Rose-Aimé Bélanger, à l’ombre des chuchoteuses raconte le destin exceptionnel de la sculptrice franco-ontarienne, en plus d’être témoin de toute une époque où on bâtissait l’Ontario français. Crédit image : Rachel Crustin
Rencontre avec l’autrice Danielle Carrière-Paris. 25 mars à la librairie Au coin du livre. Entrée gratuite.
Début d’un grand projet épistolaire de femmes à femmes
Le centre d’arts médiatiques francophone de Toronto, le Labo, lance un « projet épistolaire, féministe et engagé » entre quatre artistes principales et toutes les femmes qui visiteront ses locaux dans la prochaine année. L’artiste de performance Julie Lassonde, la réalisatrice Sophie Dumesny, l’artiste multidisciplinaire Éveline Boudreau et l’autrice et artiste pluridisciplinaire Noémie Roy seront le point de départ du projet.
Les quatre Torontoises se questionneront dans leurs lettres sur les rapports de domination, le féminisme ou les théories du genre, pour ne nommer que ces thèmes. Le titre du projet est Six degrés, en référence à la théorie voulant que chaque personne se trouve à maximum six degrés de séparation d’une autre. Pendant un an, chaque visiteuse du Labo sera invitée à répondre à une lettre et à en envoyer une à la prochaine visiteuse inconnue. Le résultat de cet immense cadavre exquis sera dévoilé en mars 2024.
Les quatre artistes torontoises dont les lettres serviront de point de départ au projet Six degrés. De gauche à droite et du haut vers le bas : Julie Lassonde, Sophie Dumesny, Noémie Roy et Éveline Boudreau. Source : Le Labo
De mars 2023 à mars 2024. Détails sur le site du Labo.
Cinéma
Les cinéastes noirs à l’honneur dans la capitale
Le festival du Film Black d’Ottawa en est à sa troisième édition, mais c’est la première fois qu’on tient une programmation en personne, en plus des activités en ligne. Créé par la Québécoise d’origine haïtienne Fabienne Colas, l’événement laisse une grande place au français. Mon père le diable, le suspense français d’Ellie Foumbi, sera présenté comme film de clôture le 26 mars en version originale avec sous-titres anglais. Le même jour, le festival organise un panel de discussion 100 % en français sous le thème « <Les artistes noirs francophones en mouvement à Ottawa ». L’animatrice Sarah Onyango recevra la documentariste Ama Ouattara, et l’artiste multidisciplinaire Aurélie Kadjo. L’événement sera diffusé en direct sur Facebook.
Le festival est organisé par la fondation Fabienne Colas, qui chapeaute 12 festivals à travers le pays, dont les festivals du film Black de Montréal, Toronto, Halifax, Calgary et Vancouver.
Dans Mon père le diable, une ancienne enfant soldat est confrontée à son passé lorsque le père Patrick devient bénévole à la maison de retraite où elle travaille. La vengeance en vaut-elle la peine? Gracieuseté Festival du film Black d’Ottawa
Du 24 au 26 mars, à Bibliothèque et Archives Canada, à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins et en ligne. Détails sur le site du Festival du Film Black d’Ottawa.
OTTAWA – Pour la première fois depuis 2016 avec Barack Obama, un président américain foulera le sol de la capitale fédérale alors que Joe Biden atterrira, jeudi soir, à Ottawa. Voici en quoi consiste l’horaire du locataire de la Maison-Blanche pour les prochaines 36 heures dans la région.
À son arrivée jeudi soir, il sera accueilli, notamment, par la gouverneure générale Mary Simon, la vice-première ministre Chrystia Freeland et la députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier. Le président américain, qui sera accompagné de sa femme Jill Biden au cours de ce voyage, ira par la suite à la rencontre de son homologue canadien en fin de soirée.
Vendredi, la journée de Joe Biden commencera au Parlement avec une délégation d’accueil incluant notamment le président de la chambre, le franco-ontarien Anthony Rota et les chefs de l’opposition. Joe Biden et le chef conservateur Pierre Poilievre auront d’ailleurs quelques minutes ensemble en tête-à-tête, a précisé la Maison-Blanche dans un breffage technique hier. Joe Biden doit ensuite tenir une rencontre avec le premier ministre Trudeau et des ministres du gouvernement.
Le président doit ensuite faire un discours devant la Chambre des communes qui sera suivi d’une conférence de presse conjointe avec Justin Trudeau. Finalement, en soirée, Joe Biden sera l’invité de Justin Trudeau à un souper au Musée de l’aviation où seront présents des dignitaires et membres des deux gouvernements ainsi que des gens du milieu des affaires.
Haute sécurité et fermetures de rues
La visite se prépare sous le signe d’une haute sécurité dans la ville. Plusieurs rues adjacentes au Parlement seront d’ailleurs fermées dès aujourd’hui et celles donnant accès à la Colline seront fermées aux piétons pour un bref moment, soit lorsque le président américain se déplacera au Parlement vendredi.
La Gendarmerie royale du Canada (GRC), la police d’Ottawa, la police de Gatineau et aussi de Toronto seront parmi les corps policiers déployés au cours des prochains jours. Le Service canadien du renseignement de sécurité ainsi que les Forces armées canadiennes seront aussi de la partie.
« Échauffement policier » en vue de la visite de Joe Biden à Ottawa jeudi et vendredi. pic.twitter.com/2gDLMrqTSO
La section canadienne du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord ou plus communément appelé NORAD sera aussi appelée à la protection aérienne lors de la présence de M. Biden à Ottawa.
« Les résidents de la région de la capitale nationale pourraient voir ou entendre des chasseurs CF-18 Hornet et des hélicoptères CH-146 Griffon du NORAD au-dessus de la région dès le mercredi 22 mars et tout au cours de la visite », a indiqué la Défense nationale par voie de communiqué.
Roxham, Haïti et plus au menu
Parmi les sujets qui devraient être au menu lors des rencontres entre M. Biden et Justin Trudeau : le chemin Roxham et la question de la migration irrégulière, la crise en Haïti, la guerre en Ukraine et aussi les enjeux de la défense et de la sécurité nationale.
Joe Biden et Justin Trudeau au Sommet du G7 en Allemagne en juin dernier. Crédit image : Adam Scotti (Cabinet du premier ministre).
Au sujet du chemin Roxham, Justin Trudeau a entrouvert une porte avec la venue de l’ancien bras droit de Barack Obama.
« On va peut-être avoir quelque chose », a lâché Justin Trudeau mercredi devant les journalistes.
Hier, le premier ministre Doug Ford a demandé au fédéral d’accorder sur le champ des permis de travail aux demandeurs d’asile en plus de critiquer la décision du fédéral d’envoyer ces migrants dans seulement quelques villes de la province.
« Je ne contrôle pas les dossiers fédéraux, mais pourquoi ne pas étaler plutôt que de tout concentrer à Niagara Falls », a préconisé le politicien conservateur.
Thomas Burelli est professeur en droit de l’environnement à la Faculté de Droit de l’Université d’Ottawa. Son expertise prend en compte le droit de l’environnement et le droit international de l’environnement. Il s’intéresse aux questions de justice environnementale et au droit des peuples autochtones.
LE CONTEXTE :
Le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 20 mars, est, pour beaucoup, « un guide de survie » face aux changements climatiques. Depuis 1988, le GIEC fournit des évaluations et des constatations sur l’état des changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions et propose des stratégies. Tous les sept ans, il formule un rapport qui deviendra la marche à suivre pour les prochaines années à venir.
L’ENJEU :
En 2018, le GIEC martelait la nécessité de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C. Cinq ans plus tard, le comportement de l’homme et l’industrialisation ont permis une élévation de la température de 1,1 °C par rapport à la période préindustrielle. Aujourd’hui, on observe plus souvent et plus intensément des phénomènes météorologiques rares et extrêmes qui affecteront près de 3,6 milliards de personnes, la moitié de la population mondiale.
« En Amérique Nord et surtout en Ontario, sommes-nous de grands pollueurs?
L’Union européenne et l’Amérique du Nord sont ceux qui ont le plus contribué à la crise climatique. La Chine aussi, mais par habitant le Canada et les États-Unis sont les pires. Des collègues – au nom d’un groupe de jeunes activistes – saisissent justement l’Ontario devant les tribunaux, pour l’insuffisance des prises de décision en matière de lutte contre le changement climatique.
L’argument de l’Ontario est que, par rapport aux autres, il émet moins. Il y a toujours ce débat de « nous, on pollue moins que le voisin ». Sauf qu’il y a tout de même des émissions historiques et c’est plus facile pour nous de réduire notre empreinte que de demander à quelqu’un du Bangladesh par exemple qui vit dans la pauvreté.
Dans le rapport du GIEC, on peut lire qu’une des grandes solutions serait de réduire les gaz à effet de serre. Comment pourrions-nous contribuer en Ontario?
L’Ontario pourrait être beaucoup plus ambitieux par rapport à la transition énergétique. Cette province a même intérêt à le faire et le plus tôt possible. Plus on attendra et plus ce sera compliqué. Quand cette transition aura lieu, il va y avoir des tensions énormes pour l’accès aux ressources. D’ailleurs, un récent conférencier expliquait que dans les prochaines décennies, il va falloir extraire plus que ce que nous avons extrait depuis le début de l’humanité.
Pour lutter contre les changements climatiques, il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Source : Canva
Mais cette transition va être nécessaire pour la province et, comme le rapport du GIEC le souligne, il y a des tendances très intéressantes. De 2010 à 2019, il y a eu des diminutions du coût de l’énergie solaire (85 %), de l’énergie éolienne (55 %) et des batteries lithium-ion (85 %). Maintenant, ce serait intéressant pour l’Ontario d’investir là-dedans, pour être les premiers.
La province devrait aussi soutenir les plus grands pollueurs dans leur transition écologique. Le gouvernement a quand même fait une bêtise en sortant du marché du carbone qui fonctionnait bien.
Le rapport de synthèse parle de pertes irréversibles dans le monde entier. Au Canada, à quoi pourrions-nous, nous attendre?
Il va y avoir un impact sur les forêts, les espèces, de fortes chaleurs, de fortes périodes de froid. Ce n’est vraiment pas un bon signe pour l’agriculture au Canada. Plus de feu de forêt et perte de la biodiversité aussi. Avec la fonte des glaces, des territoires vont disparaître, mais c’est aussi le risque de voir plus de maladies, des nouveaux parasites et des virus enfermés sous la glace.
L’autre chose, avec les changements climatiques, c’est qu’il y a des endroits où ça va aller mieux. Dans le sud de l’Ontario, ils sont contents : il va faire plus chaud, donc pour le domaine viticole, ce sera mieux. Des événements extrêmes et inconnus vont apparaître. Nous allons voir de plus en plus d’anomalies et c’est surtout très dur à prédire.
Le rapport du GIEC est quand même plein d’espoir. Pour les experts, rester en dessous de la barre du 1,5 °C est réalisable, pourtant la tendance est à l’inverse. Qu’en pensez-vous?
On sait qu’on va le dépasser, c’est inévitable. Le rapport est écrit d’une telle manière que si on fait tout bien, on peut rester en dessous du 1,5 °C. Mais on sait que ça n’arrivera pas. Dans le rapport, ils disent que si les États continuent de se comporter ainsi, on n’y arrivera pas. Il y a un problème d’engagement et de mise en œuvre de ces engagements.
D’après le rapport du GIEC, si les pays ne prennent pas des décisions maintenant, de plus en plus de phénomènes vont se produire. Source : Canva
Regardons chez nous, les projets pétroliers, notamment avec le projet Bay du Nord, c’est catastrophique. Au début, ils parlaient de 300 millions de barils. Aujourd’hui c’est 1 milliard. Jusqu’en 2053, on va sortir des barils de ce truc-là.
Vous allez voir, on va dépasser le 1,5°C et bientôt le discours va changer et ce sera : « Comment revenons-nous à 1,5 °C? »
3,6 milliards de personnes vont souffrir des changements climatiques selon le rapport qui indique que les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables seront les plus durement touchées. Qu’est-ce que cela signifie?
Les personnes les plus riches polluent beaucoup plus que les personnes pauvres. Le sud des États-Unis est inquiétant. D’ailleurs, pour le Canada, c’est un risque de voir des gros mouvements d’immigrations de masse.
Puis, ce sont les réalités pour les peuples autochtones. La fonte des glaces va affecter les moyens de subsistance, les déplacements. Dès qu’on touche à la biodiversité et qu’on touche aux moyens de subsistance, on affecte les communautés. Les facteurs de vulnérabilité décuplent l’impact sur les communautés qui n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Ça va être dramatique. Il n’y a pas beaucoup de raisons d’être super optimiste.
Pour le Canada, le risque de fonte des glaces est une sérieuse inquiétude. Source : Canva
Le rapport dit clairement pour la première fois que l’activité humaine a causé le changement climatique. Il n’y a plus de débat.
La mortalité liée aux inondations, aux fortes chaleurs et autres aspects de l’environnement se serait multipliée par quinze entre 2010 et 2020. Cela pourrait-il empirer?
Ajouter à cela les facteurs de vulnérabilité et de pauvreté, ça va être difficile. Au Canada, on est encore protégé par les voies d’accès, mais on va devoir jouer un rôle important, parce qu’il y aura une migration de masse. Il y a des zones sur la planète qui vont devenir inhabitables. Il va faire tellement chaud que ce sera invivable. Le corps humain ne pourra pas le supporter. Il y aura des 100 % d’humidité et des températures extrêmes. Les gens vont mourir.
Si on continue comme ça, en 2050, on se dirige vers un réchauffement de 3,2 °C à 4 °C, sans compter des effets d’emballement. C’est dramatique, mais c’est la réalité. »
Une des grandes particularités de l’arabe est la complexité de son système consonantique, qui inclut des sons et des mouvements impliquant le pharynx qu’on ne retrouve tout simplement pas en français. Comment cela influence-t-il la façon dont un Libanais parle le français? La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, nous explique!
TORONTO – Le premier ministre ontarien a exigé en conférence de presse que le gouvernement fédéral octroie, sur le champ, des permis de travail aux demandeurs d’asile transférés en Ontario depuis le chemin Roxham.
« Ce qu’on veut que le gouvernement fasse, c’est donner un permis de travail à ces gens immédiatement », a lancé Doug Ford en conférence de presse, ce mercredi.
Le premier ministre a aussi taclé le regroupement des demandeurs d’asile dans seulement trois villes de la province – Niagara Falls, Cornwall et Windsor –, conduisant à des tensions et la colère de certains maires, à l’image de Jim Diodati, préoccupé par la réquisition de chambres d’hôtel à l’approche de la saison touristique.
« Je ne contrôle pas les dossiers fédéraux, mais pourquoi ne pas étaler plutôt que de tout concentrer à Niagara Falls ? » a-t-il questionné, ajoutant comprendre la frustration du maire.
Et d’ajouter : « J’ai le cœur brisé pour ces personnes qui viennent ici pour une autre vie, qui fuient la tyrannie avec leurs enfants. Ce n’est pas de leur faute. On les aidera comme on pourra en leur donnant un emploi bien payé. »
« Les gens devraient passer par la frontière correctement et ne pas venir en catimini par le Québec, mais ils sont ici. On va s’occuper d’eux », a-t-il indiqué. « Mais nous avons ces personnes ici. Nous allons nous occuper d’elles, créer des emplois et c’est la raison pour laquelle il faut que l’on bâtisse des logements. D’autant qu’on reçoit 450 000 immigrants par an ».
Présent lors de cette conférence de presse, le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy n’a pas précisé si une telle aide serait inscrite dans le budget qu’il s’apprête à dévoiler demain.
Depuis plusieurs semaines, le dossier du chemin Roxham s’est transposé en Ontario alors que les demandeurs d’asile de ce passage irrégulier au Québec sont transportés à Ottawa, Cornwall, Niagara Falls et Windsor. Selon les plus récents chiffres d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) 5557 migrants ont été envoyés vers ces quatre villes.
3 000 demandeurs d’asile occupent des chambres d’hôtel à Niagara Falls, dont environ 160 francophones. 720 autres sont hébergés dans trois hôtels de Windsor. Depuis l’été 2022, ce sont 1400 demandeurs d’asile du chemin Roxham qui ont été envoyés à Cornwall où les associations franco-ontariennes coordonnent l’accueil.
Le gouvernement fédéral affirme de son côté chercher d’autres villes d’accueil et mener des consultations en ce sens. Une annonce bien accueillie par les acteurs en immigration qui n’a pour l’heure pas porté ses fruits.
Ouverture avec la visite de Biden?
La visite de Joe Biden pourrait donner lieu à une annonce concernant le dossier du chemin Roxham, a laissé entendre Justin Trudeau à moins d’une journée de l’arrivée du président américain à Ottawa. Questionné avant de faire son entrée à la réunion du caucus libéral, M. Trudeau a entrouvert une porte avec la visite de son homologue.
« Ça fait plusieurs mois qu’on travaille fort avec les Américains pour rétablir la situation au chemin Roxham et regarder l’Entente sur les tiers pays sûrs. On va continuer notre travail et on va peut-être avoir quelque chose, » a lâché le premier ministre.
Joe Biden et Justin Trudeau lors du Sommet des leaders nord-américains. Crédit image : Adam Scotti (Cabinet du premier ministre).
Le ministre de l’Immigration Sean Fraser s’est rendu à Washington au début du mois pour rencontrer son homologue américain, mais n’a jamais voulu préciser si les Américains étaient ouverts à renégocier l’Entente sur les tiers pays sûrs.
Cet accord permet aux migrants de présenter une demande d’asile s’ils évitent un point d’entrée officiel. Dans une entrevue avec la Presse canadienne, Kirsten Hillman, l’ambassadrice canadienne aux États-Unis a affirmé que l’administration Biden « n’écarte pas d’emblée l’idée de renégocier ce traité ». Sean Fraser a insisté sur le fait que la question nécessiterait encore plus de discussions après la visite de M. Biden.
« Je m’attends à ce qu’il y ait beaucoup d’attention sur toutes les questions liées à la relation canado-américaine, mais je me concentre actuellement sur la résolution d’un défi à long terme », a-t-il soutenu.
Le chef conservateur Pierre Poilievre demande à Justin Trudeau de fermer le chemin Roxham durant la visite du président des États-Unis pour « empêcher que les gens traversent illégalement la frontière ».
« Justin Trudeau a la capacité de fermer le chemin Roxham, il devrait le faire. Lui-même qui indique que c’est la responsabilité de Joe Biden de protéger nos frontières. Moi je crois que c’est au premier ministre du Canada de protéger la frontière des Canadiens », déclare-t-il.
À la veille du budget, la question brûle les lèvres : le gouvernement ira-t-il de l’avant avec l’Université de Sudbury? Le dossier est de plus en plus pesant depuis les consultations du Comité permanent des finances et des affaires économiques, et alors que l’Université Laurentienne, renflouée, s’est lancée de son côté dans plusieurs investissements, y compris dans son offre francophone, relançant la question du rapatriement des programmes à l’Université de Sudbury.
Autonomie, laïcité, unilinguisme francophone… L’Université de Sudbury (U de S) a franchi des étapes capitales au cours des deux dernières années en vue d’atteindre son objectif : devenir un établissement public de langue française. Il n’en manque qu’une : l’accréditation du ministère des Collèges et Universités.
Si le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, lui faisait une place dans le budget, ce jeudi, cela ferait sauter le dernier verrou en vue de la réouverture de l’établissement dans sa nouvelle forme. Un projet largement soutenu par la communauté et les étudiants francophones du Moyen-Nord pour qui les options sont réduites à l’heure actuelle.
L’Université n’offre en effet plus de programmes depuis deux ans, tandis que La Laurentienne, après des coupes drastiques en 2021, ne propose plus que 25 programmes en français dans l’éducation, la santé, les arts, la gestion et les sciences.
Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances, déposera le budget de l’Ontario ce jeudi. Crédit image : Rudy Chabannes
Interrogé ce mardi, au sortir de la réunion du caucus francophone progressiste-conservateur, Peter Bethlenfalvy a préféré renvoyer la balle dans le camp de la ministre des Collèges et Universités : « C’est une question pour Jill Dunlop! »
Cette dernière aurait scruté ces dernières semaines « avec attention » le plan d’affaires détaillé remis par l’Université de Sudbury, affirme son bureau. Quelle que soit la décision prise, elle mettra « la priorité sur la prestation d’une éducation postsecondaire de haute qualité pour les communautés nordiques et francophones », assure sa porte-parole, Liz Tuomi.
Une recommandation toujours gardée confidentielle
Sur son bureau depuis septembre dernier, une recommandation de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire de l’Ontario (CÉQÉP) fera pencher la balance du bon ou du mauvais côté. Ou peut-être entre les deux. Un scénario pourrait être effectivement que l’U de S obtienne son financement mais pas le rapatriement des programmes en français, du moins à court terme. Une période de transition pourrait voir le jour en collaboration avec les autres universités.
L’Université de Sudbury fonctionne actuellement grâce à des fonds fédéraux. Crédit image : Rudy Chabannes
Devant le Comité permanent des finances et des affaires économiques en janvier dernier, son recteur Serge Miville jugeait « primordial » de faire une place à l’Université dans le prochain budget provincial en tant qu’établissement public de langue française.
Devant ce même comité, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) recommandait que la province recoure au Fonds complémentaire en éducation postsecondaire de Patrimoine canadien et accorde un financement de base à l’U de S.
Fortes attentes à la veille des arbitrages du gouvernement Ford
Une ligne dans le budget est-elle à portée de main dans ce contexte? « C’est notre grand vœu », garde espoir Fabien Hébert. « Toutes les exigences ont été remplies par l’Université de Sudbury, que ce soit au niveau du dépôt du plan d’affaires ou des critères de qualité. »
Le président de l’AFO craint que l’institution n’aille au-devant de graves défis financiers si le budget ignore le dossier. « Le gouvernement a définitivement un pouvoir d’action. Il a renfloué ses coffres, alors c’est peut-être le moment de jouer des coudes. »
Fabien Hébert, président de l’AFO, espère que le budget mentionnera l’Université de Sudbury. Crédit image : Rudy Chabannes
Le gouvernement fédéral a injecté 1,9 million de dollars en mai dernier pour transformer l’institution bilingue en une université « par et pour » la communauté francophone du Nord de l’Ontario. Mais l’Ontario n’a pas encore bougé ses pions.
« Il faut de l’argent, sinon ça ne va pas prendre beaucoup de temps pour monter aux barricades » – France Gélinas, députée
« Il faut qu’il y ait quelque chose dans le budget », urge la députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas. « Ce n’est pas raisonnable de penser qu’ils puissent continuer de payer un directeur, l’électricité, le chauffage. On va finir par perdre un projet qui nous définit comme Franco-Ontariens. « Il faut de l’argent pour l’Université de Sudbury, sinon ça ne va pas prendre beaucoup de temps pour monter aux barricades. »
Réjean Grenier, militant engagé de la communauté de Sudbury, estime lui aussi qu’il est essentiel que le gouvernement prévoie une part du budget à l’Université afin « de ne pas être pris de cours quand une décision sera prise ». Dans le cas contraire, « ce serait un faux pas » et « un très mauvais signe », juge-t-il.
Probablement pas de cohorte avant 2025
Jean-Charles Cachon, un des professeurs ayant perdu son poste lors des coupes de 2021 à l’Université Laurentienne, considère que le financement devrait refléter la réalité économique des francophones dans la région.
« Dans la mesure où la valeur du produit intérieur brut est entre 11 et 12 milliards, dont les francophones représentent 3 milliards, Il devrait y avoir une portion de la contribution provinciale comme fédérale qui corresponde au moins à la présence francophone dans la région », plaide-t-il.
Selon lui, « ni le palier fédéral ni le palier provincial ne répondent aux besoins de la communauté francophone sur le secteur postsecondaire et en particulier au niveau universitaire », ce qui se manifeste dans l’exode forcé des jeunes vers d’autres régions.
Si ce financement se concrétise dans ce budget, ce ne sera toutefois pas une fin en soi. Il restera à l’U de S à élaborer ses programmes, transformer sa gouvernance et employer du personnel, un travail qui devrait s’étaler sur environ deux années.
OTTAWA – Dans son premier album complet, Joly explore le thème du deuil dans une ambiance presque cinématographique. Deuil. Un seul mot, écrit au singulier dans le titre, mais qui porte des significations plurielles, fruit d’une exploration entamée en 2018. ONFR+ s’est entretenu avec l’artiste originaire de Hawkesbury au sujet de cet album-concept sorti le 17 mars.
Joly, c’est le nom solo de Marc-Antoine Joly, artiste aux nombreux projets et collaborations. Avec Deuil, il peut enfin présenter sa propre carte de visite et démontrer l’étendue de son talent musical et créatif.
Pour bien apprécier ce nouvel opus, il faut l’écouter dans son ensemble. L’album est composé de 14 titres, soit sept chansons et sept interludes qui servent de fil conducteur. Joly voulait explorer les étapes du deuil « de façon cohérente, mais non linéaire. Avoir un bon fil conducteur, musicalement. L’histoire, elle, se bouge un peu. Les gens vont pouvoir faire leurs propres liens. »
Joly lors d’une performance à Contact Ontarois en janvier 2023. Crédit image : Stéphane Bédard
Les pièces instrumentales font à la fois respirer et avancer cette histoire, guidant l’auditeur vers un état d’esprit lui permettant de mieux apprécier la prochaine pièce. « J’espère que les gens vont entendre les textures, mais aussi les salles. Parfois, tu l’entends qu’on est dans une grande salle. D’autres fois, dans une petite pièce en bois. Je joue avec l’espace-temps à travers les sonorités. »
D’ailleurs, la chanson Lourd, sortie comme premier extrait en janvier 2022, semble prendre une nouvelle dimension, lorsque précédée de la pièce instrumentale Ligne de vie, particulièrement chargée. « C’était vraiment mon but d’avoir une introspection plus cinématographique, si on veut. Pour être capable d’aller chercher ces images-là chez l’auditeur et de dire : on est complètement dans un autre environnement », souligne celui qui rêve de signer la trame sonore d’un film.
Avec Deuil, Joly fait le pari qu’il existe encore de vrais mélomanes, comme lui, qui aiment écouter un album dans son ensemble. Crédit image : Mylène Desbiens
En écoutant Deuil, on imagine aisément Joly réaliser ce rêve cinématographique. On sent le temps qui a été mis dans la production pour créer des ambiances sonores. En ce sens, malgré un processus parfois ardu pour en arriver au résultat final, l’artiste s’est amusé.
Les interludes lui ont permis d’explorer hors des sentiers battus et des codes de la musique pop. « Je me suis laissé aller complètement musicalement. La musique, c’est l’affaire la plus importante pour moi. Les textes aussi, mais la musique c’est en premier, c’est certain. »
Faire le deuil
Pour Joly, le deuil est une des expériences humaines les plus complexes, car elle se vit en plusieurs étapes. Explorer ce thème lui demandait donc une démarche artistique profonde. Il fallait, entre autres, déterminer quel était son propre rapport avec le deuil. Le projet ne parle pas spécifiquement de la mort d’un être cher, mais plutôt de l’expression « faire le deuil de » qui peut s’appliquer à une panoplie de situations.
L’album Deuil représente cinq ans de travail pour Marc-Antoine Joly. Crédit image : Mylène Desbiens
Il nomme entre autres le deuil d’un animal de compagnie, les deuils d’amitiés, ou tous ces petits deuils associés au passage de la vingtaine à la trentaine où l’on devient « un vrai adulte ».
Les priorités sont redéfinies, les objectifs de vie aussi. Il parle de son rêve de carrière musicale et de ce qu’il est devenu. « Ce sont deux choses complètement différentes maintenant. Et j’ai dû faire le deuil de certaines de ces choses-là parce que, dans ma tête, à 30 ans, j’étais pour être à telle place, en train de faire telle chose, et ce n’est pas arrivé. C’était une remise en question : qu’est-ce que le succès pour moi? Il fallait faire le deuil de ce rêve-là, qui est juste changé et non mort. »
Regarder vers l’avenir
Joly ne s’en cache pas, le processus pour créer l’album a été ardu. En cinq ans, le projet a parfois été écarté pour laisser place à d’autres, ou pour un projet de vie important. La naissance de son fils, en août dernier, a forcé une pause qui lui fut finalement bénéfique. « Il m’a donné un petit break sur l’album Deuil, qui était nécessaire pour moi. J’étais vraiment pogné là-dedans, et j’étais rendu à un point où je n’étais pas nécessairement bien. […] Samuel m’a vraiment donné une perspective et remis en contexte. Comme : Eille c’est de la musique, amuse-toi! »
Le bébé a déjà une certaine expérience de tournée, lui qui se trouve souvent en coulisses avec ses grands-parents lorsque son père est sur scène avec sa mère, la chanteuse Céleste Lévis. On retrouvera d’ailleurs la voix de cette dernière sur une nouvelle version de l’extrait Tu t’en fous, sur l’album Deuil. « On la faisait souvent en spectacle et je trouvais que ça allait tellement bien. C’est une belle chanson de duo, qui montre un peu les deux côtés de l’histoire. »
Complices sur scène comme dans la vie, les artistes franco-ontariens Céleste Lévis et Joly ont accueilli leur premier enfant en 2022. Crédit image : Stéphane Bédard
Curieusement, la pièce-titre et dernière de l’album, l’interlude Deuil, semble la plus joyeuse. Comme si on arrivait à la fin de cette étape de vie pour en entamer une nouvelle. Au final, Joly a réussi son pari. Celui d’offrir au public un album complet de qualité, qui pourra aussi lui servir de carte de visite aux yeux de l’industrie musicale.
TORONTO – Depuis les fuites de la possible amputation de 10 millions de dollars du financement du Conseil des arts de l’Ontario et la mobilisation générale des organismes culturels ontariens, le gouvernement serait revenu en arrière : le ministère des Finances a déclaré que le budget du Conseil des arts de l’Ontario (CAO) resterait le même, soit 60 millions de dollars annuels.
« À l’exception d’une subvention unique (de 5 millions de dollars) due à la COVID-19, sur laquelle nous ne pouvons pas nous prononcer et qui est indépendante du budget annuel, le Conseil des arts de l’Ontario restera le même et recevra 60 millions pour l’année à venir », a confirmé à ONFR+ un porte-parole du ministère des Finances.
Faisant suite aux informations d’une source institutionnelle, révélant que le gouvernement aurait l’intention de réduire le budget du CAO de 10 millions de dollars, les craintes étaient montées au sein des organismes culturels francophones et anglophones qui s’étaient mobilisés. De nombreux appels à l’action avaient été lancés, notamment de la part d’élus.
Ce changement de cap est intervenu dans la foulée d’un article d‘ONFR+, puis d’une requête du Globe and Mail auprès du ministère.
Un soulagement en demi-teinte
Le Théâtre français de Toronto (TfT), qui s’est dit soulagé que le ministère fasse marche arrière et maintienne les fonds du CAO, déplore néanmoins l’insuffisance et la stagnation du budget de la culture.
« On ne peut que constater que le CAO demeure sous-financé, en particulier en prenant compte de l’inflation. Le budget du Conseil n’a en effet pas bougé depuis trois ans et demeure quasi anémique », explique Ghislain Caron, Directeur administratif et codirecteur général du TfT.
« Le sous-financement devient particulièrement flagrant quand on le compare à d’autres provinces. Le Conseil des arts et des lettres du Québec a vu son financement augmenter de plus de 60 % ces trois dernières années, pour atteindre près de 200 millions. Plus de trois fois le budget annuel du CAO! », ajoute-t-il.
À l’occasion des célébrations de la Journée internationale de la Francophonie ce 20 mars à Queen’s Park, M. Caron et Karine Ricard, directrice artistique du TfT, se sont entretenus avec Peter Bethlenfalvy, le ministre des Finances pour lui rappeler de vive voix l’importance du Conseil des arts de l’Ontario dans le secteur culturel.
Le budget provincial sera déposé ce jeudi à Queen’s Park. Le ministre Bethlenfalvy a affirmé ce mardi que son plan « soutiendra les travailleurs en favorisant l’emploi ».
TORONTO – Sudbury, Thunder Bay et Brantford demeurent sous le niveau d’emploi prépandémique de 2019, selon un rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF) publié ce mardi matin. Le reste de l’Ontario connaît, lui, une croissance au niveau de l’emploi, un taux de chômage en baisse et un taux d’emploi sans précédent chez les femmes.
C’est dans le Nord de l’Ontario que l’emploi est resté inférieur aux niveaux prépandémiques. Le rapport du Bureau de la responsabilité financière (BRF) déclare un taux inférieur à 2,2 % (le taux en 2019) pour le Grand Sudbury. De même pour Thunder Bay sous le niveau de 2019 avec un taux d’emploi de 2,1 %. Brantford reste sous la barre des 1,3 %, là aussi, sous le niveau prépandémie.
Peter Weltman, directeur de la responsabilité financière, a expliqué en conférence de presse, suite au dépôt de son rapport, que Sudbury et ces autres villes « ont toujours eu une croissance plus faible ».
« D’abord, les emplois prédominants dans ces régions n’arrivent pas à recruter, comme la santé. Peut-être parce que c’est difficile d’y aller, mais on constate aussi la perte d’intérêt pour les métiers de la foresterie, qui se trouvent en grande partie dans cette région », a-t-il précisé.
Paul Lewis, économiste en chef au sein du BRF, explique aussi que « certaines villes sont touchées par des développements lents dans l’industrie ».
« L’agriculture et les entreprises ont également perdu des employés », a-t-il ajouté.
Paul Lewis, économiste en chef et Peter Peter Weltman, directeur de la responsabilité financière au BRF de l’Ontario. Capture d’écran
Les régions du Nord ont toujours des difficultés d’embauches par rapport aux centres de pouvoirs, mais ces grandes villes remontent doucement la pente, puisqu’elles enregistrent tout de même une baisse du chômage.
Par exemple, dans le Grand Sudbury, le taux de chômage en 2021 était de 7,5 %, alors qu’en 2022, il est tombé à 4,3 %. Thunder Bay est passé de 7,3 % à 4,9 % et Brantford de 7,1 % à 5,1 %.
Une année vigoureuse pour l’Ontario
C’est la bonne et la mauvaise nouvelle à la fois. Bien qu’en 2021, l’Ontario observait déjà une hausse au niveau de l’emploi, selon le BRF, l’Ontario aurait eu la plus forte augmentation sur deux ans jamais enregistrée.
La création d’emplois s’est d’ailleurs poursuivie avec 338 300 nouveaux emplois, soit une augmentation de 4,6 % par rapport à l’an passé.
À Vaughan ce matin, le premier ministre Ford et le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, Monte McNaughton, ont été questionnés sur la pénurie de main-d’œuvre et sur ces nouveaux emplois à remplir.
« Le fédéral va faire venir du monde et 60 % des immigrants vont atterrir dans le GTA, à Kitchener et partout en Ontario. Nous devons être prêts, nous avons les emplois, maintenant, nous avons besoin des logements », a déclaré le premier ministre.
Le ministre de l’Immigration et le premier ministre provincial en conférence de presse à Vaughan, ce mardi matin. Capture d’écran
« Grâce au gouvernement fédéral, nous avons un nouveau contrat d’immigration, ce sont 18 500 immigrants qualifiés qui vont venir pallier notre pénurie », s’est ravi le ministre de l’Immigration.
L’enquête classe trois grands groupes démographiques. Les jeunes de 15 à 24 ans, le groupe principal de 25 à 54 ans et le groupe âgé de 55 ans et plus. Cette création d’emplois a été surtout bénéfique chez les plus jeunes (15 à 24 ans), même si toutes les grandes catégories démographiques connaissent le plein emploi.
D’après le rapport, le taux d’emploi du groupe principal – soit la proportion de personnes qui disposent d’un emploi – a atteint le niveau record de 83,9 %. Les 25 ans 54 ans travaillent donc presque tous dans la province. Le taux de femme à l’emploi aurait quant à lui « grimpé à un sommet jamais atteint auparavant ».
Pour les plus de 55 ans, la croissance aura été plus lente avec seulement 2,2 % de travailleurs et de travailleuses en plus sur le marché. Une grande partie de cette population est aussi partie à la retraite (41,8 % en 2022). Ce niveau reste similaire à celui de 2019, indique le rapport.
« Mais il faut surveiller cette tendance puisqu’on entre dans une phase, où les baby-boomers, vont prendre leur retraite et ça a déjà commencé », a alerté le directeur du Bureau.
Ajoutons à cela que le chômage aurait baissé dans tous ses groupes démographiques.
Même si la pénurie de main-d’œuvre est toujours bien installée, le taux de chômage est au plus bas dans la province (5,6 %). Ce chiffre, qui indique la santé du marché de l’emploi, est identique à celui d’avant la pandémie.
Pour les jeunes, le chômage est passé de 22,1 % en 2020 à 11,5 % en 2022 (15,5 % en 2021).
Les grands secteurs industriels ont connu des gains d’emploi
Parmi les 16 principaux secteurs industriels de l’Ontario, il y en a 15 qui ont connu une croissance de l’emploi en 2022. Par exemple, le secteur de la construction qui a enregistré une croissance de l’emploi avec 49 300 nouveaux postes et occupations, soit une hausse de 9,2 %.
Plusieurs facteurs expliqueraient cette hausse du nombre d’employés salariés dans le domaine. La multiplication des contrats de constructions pour pallier la crise du logement, mais aussi le plan pour bâtir l’Ontario du gouvernement Ford, pourrait avoir généré cette augmentation.
Le secteur privé, les emplois permanents et à temps pleins sont au beau fixe.
Le salaire inférieur au taux de l’inflation
Pour la deuxième année consécutive, le taux de croissance du salaire horaire moyen est inférieur au taux d’inflation (6,8 % au moment de la rédaction du rapport).
Pourtant, les salaires ont augmenté en 2022 (4,2 %). Le rapport du BRF démontre que seulement deux secteurs parmi les 16 principaux groupes industriels ont vu leur salaire horaire moyen croître plus rapidement que l’inflation.
Le secteur scientifique et technique a enregistré la plus forte hausse de salaire sur un an, soit 9 %, suivie de très près par les services de l’hôtellerie et de la restauration avec une augmentation de salaire de près de 8,9 %.
Le secteur de la santé a également vu une augmentation de salaire de 4,3 %.
Par contre, la foresterie, les mines et le domaine de l’extraction du gaz et du pétrole ont enregistré une perte de salaire.
À noter que les augmentations de salaire pourraient déplaire à la Banque du Canada. L’inflation ne pourra retourner à la cible de 2 % en 2024 si la croissance des salaires persiste entre 4 % à 5 %. La Banque du Canada pourrait vouloir augmenter à nouveau son taux directeur, ce qui augmentera encore les taux d’intérêt.
Toujours trop d’emplois disponibles
D’après le rapport : « Les problèmes de recrutement se sont poursuivis en 2022. »
L’analyse montre que parmi la totalité des emplois offerts en Ontario, 36,3 % des postes vacants n’ont pas trouvé preneur après plus de 90 jours sur le marché. Ce serait « un record ».
Enfin, l’année 2022 aurait atteint un autre record : 5,2 %.
Ce serait le nombre d’employés qui se serait absenté pour des raisons de maladie ou d’invalidité pendant une semaine ou un peu moins.
MONCTON – En avril 2021, c’est le choc à Sudbury alors que l’Université Laurentienne coupe 72 programmes, dont 29 en français, et congédie près de 200 personnes, dont une centaine de professeurs. À 1664 kilomètres de là, la nouvelle surprend et pose une question persistante encore aujourd’hui : « Et si ça nous arrivait aussi? »
Cet endroit, c’est l’Université de Moncton, qui avec ces trois campus universitaires, dont un à Edmundston et à Shippagan, dessert la communauté francophone du Nouveau-Brunswick. C’est le plus grand établissement francophone hors du Québec avec près de 5000 étudiants. Si la question revient à l’époque dans ce bastion universitaire acadien, ce n’est pas pour rien.
« À ce moment-là, on prévoyait un déficit de 10 millions de dollars chez nous en raison de la pandémie et des déficits accumulés », relate le recteur de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme.
Il est le recteur de la seule institution universitaire francophone dans la province et de la plus grosse en Atlantique, qui inclut aussi l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, laquelle compte près de cinq fois moins d’étudiants. L’Université de Moncton est considérée comme une ressource critique pour la main-d’œuvre francophone dans la seule province bilingue du pays.
Au niveau du corps professoral, Hélène Albert, la présidente de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’université de Moncton (ABPPUM), explique que La Laurentienne a été un mal pour un bien en amenant l’administration et les professeurs à faire preuve d’une plus grande transparence entre eux sur la situation financière de l’établissement.
« Ce qui s’est passé à La Laurentienne est devenu présent dans nos préoccupations communes dans une intention de vouloir éviter qu’une pareille chose nous arrive », explique-t-elle.
Au cours des dernières années, la situation financière n’a pas été toute rose sein de l’institution. Elle a dû faire des compressions de 30 millions de dollars au cours de la dernière décennie en plus d’augmenter les frais de scolarité au cours des deux dernières années.
Tout ça, dans le but d’éponger des infrastructures qui deviennent de plus en plus déficientes. Majoritairement construits dans les années 1960-1970, ces édifices croulent sous la pression des années et l’Université n’a d’autres choix que de faire le strict minimum.
« On va au plus urgent », explique M. Prud’homme.
Le recteur de l’Université de Moncton Denis Prud’homme. Crédit image : Pascal Vachon
C’est là qu’un parallèle peut se créer avec l’Université Laurentienne alors qu’au début des années 2010, elle décide de massivement investir dans la construction d’édifices dans le but d’attirer une plus grande population étudiante, mais celle-ci ne suit pas.
Dans son rapport, la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, écrit que « la cause principale de son déclin financier de 2010 à 2020 était l’expansion et la modernisation mal planifiées et coûteuses de ses immobilisations ». Toujours selon cette dernière, c’est près de 168 millions de dollars qui ont été consacrés aux infrastructures par l’établissement sudburois en allant creuser davantage dans sa dette.
« Contrairement à La Laurentienne, on n’a pas construit de nouvelles bâtisses ou fait de rénovations majeures », avertit Denis Prud’homme en entrevue avec ONFR+ à son bureau à Moncton. « On évite la crise financière en se privant d’investissements stratégiques. Il y a des risques à ça, mais on ne peut pas faire mieux. »
Il estime que son université aurait besoin de 110 millions au cours de la prochaine décennie pour renouveler ses infrastructures, soit l’équivalent d’un budget sur une année. Même si c’est un montant qui est « appelé à augmenter chaque année », pas question pour le moment d’imiter l’établissement ontarien en empruntant sur la dette.
« On ne répétera pas les mêmes erreurs » tranche-t-il, ajoutant que la haute administration à Moncton n’aurait jamais laissé une telle chose passer au cours des années.
Certains édifices de l’Université de Moncton, construits dans les années 1960, commencent à se faire vieux. Crédit image : Pascal Vachon.
C’est là que le recteur estime que le gouvernement fédéral a son rôle à jouer, notamment en maintenant sa promesse électorale de 2021 de rendre permanente son enveloppe budgétaire destinée aux universités et de la doubler à 80 millions de dollars par année. Il pointe aussi vers la refonte de la Loi sur les langues officielles, qui pourrait renforcer, si adoptée, la section concernant les mesures positives que doit prendre le fédéral envers les communautés linguistiques en milieu minoritaire.
« Il faut que le fédéral fasse comprendre aux institutions ce qu’est la prise de mesures positives. »
Au niveau provincial, il dit apercevoir de plus en plus d’ouvertures, mais rappelle que le financement accordé aux universités n’est pas indexé à l’inflation et que le financement de base n’a jamais augmenté de plus d’un point de pourcentage depuis 20 ans.
Vers un plafond
Ce manque d’infrastructures ou de renouvellement de celles-ci amène l’établissement près de son effectif maximal, note le recteur.
L’arrivée de près de 600 étudiants internationaux depuis le début de la pandémie, un effectif non prévu au départ, a permis de redresser la barre pour l’établissement qui a su réduire son déficit aujourd’hui à hauteur de 700 000 $. Mais Denis Prud’homme admet ne pas être dupe, la situation pouvant vite changer dans quelques années.
« S’il y avait une crise ou quoi que ce soit dans les prochains mois, nous n’aurions pas de marge de manœuvre. »
« Les difficultés financières de l’établissement ne sont pas une préoccupation de tous les jours, mais restent une arrière-pensée », nous indiquait un professeur rencontré sur le campus. Hélène Albert abonde dans le même sens, affirmant que les événements dans l’institution ontarienne ont généré des questionnements à l’époque, mais que le climat actuel permet d’avoir l’heure juste avec l’administration.
« Ce qui s’est passé à La Laurentienne, c’est une série de mauvaises décisions et un clair manque de transparence. Je pense qu’on n’en est pas là et j’ai confiance que si la situation financière se détériorait au point que ça devienne inquiétant, on ne l’apprendrait pas la veille », considère-t-elle.
L’institution estime qu’elle pourrait accueillir encore 500 à 600 étudiants supplémentaires, mais pas plus. Le manque de logements, la hausse des salaires et la pénurie de main-d’œuvre qui frappent le pays actuellement signifient que le développement de l’Université est en quelque sorte plafonné. Le mur s’en vient-il?
« C’est difficile à dire, mais il est sûrement à long terme (…). C’est comme un char, nos experts nous disent qu’il faut faire ça et ci, mais tu as le choix de ne pas le faire comme une auto, mais un jour, le muffler tombe, etc. C’est ça qui est le risque présentement », conclut Hélène Albert.
TORONTO – Projections, conférences, spectacles… La Semaine de la francophonie de Toronto (SFT) s’annonce dense cette année avec des rendez-vous à savourer en présentiel qui s’étalent au-delà du dimanche suivant. Voici les temps forts à ne pas manquer.
Au programme de la semaine notamment, des films en français comme La brigade de Louis-Julien Petit. Mettant en vedette Audrey Lamy et François Cluzet, il sera présenté mardi au cinéma Le Royal.
Quatre autres longs-métrages seront diffusés sur les écrans de l’Alliance française de Toronto ce samedi lors d’un marathon de films québécois et français : la comédie Au revoir le bonheur de Ken Scott, le thriller Au Nord d’Albany de Marianne Farley, ainsi que J’ai aimé vivre là de Régis Sauder et Eugénie Grandet de Marc Dugain.
À voir également : les documentaires La famille de la forêt de Laura Rietveld et Prière pour une mitaine perdue de Jean-François Lesage.
Des conférences et un forum
La Semaine de la francophonie, c’est aussi des conférences. La première abordera ce mardi, les perspectives des membres de communautés autochtones et métisses sur le le bilinguisme au Canada. Une initiative en ligne avec Zakary-Georges Gagné, présidente de FrancoQueer, francophone non-binaire, trans-féminine et Crie et Chloé Rodrigues, étudiante au collège Universitaire Glendon, Franco-Ontarienne et Métisse.
Le même jour, en présentiel cette fois, un forum sur la littératie et la citoyenneté numériques chez les jeunes d’expression française en milieu minoritaire aura lieu à l’université de l’Ontario français sur le thème Comment lutter contre la désinformation et la propagande en ligne?
Le lendemain, un déjeuner-conférence du Club canadien explorera l’importance de la liberté universitaire pour la communauté d’affaires, à midi au Tiff Bell Box.
Puis la Société d’histoire de Toronto prendra le relai en soirée, à 19h au Théâtre de l’Alliance française. Au cœur de la conférence : les différentes facettes de la musique, sous le thème Muse, musique, amusement, ou comment entendre, écouter, décoder et reconnaître des signatures musicales et divers effets.
Récits d’immigration et de fierté
Ce jeudi, René Saint André, haut responsable de la sécurité au collège universitaire Glendon originaire de Pondichéry, racontera son histoire et sa fierté franco-ontarienne avec des origines sud-indiennes, de 10h à 11h30, au Pavillon York du campus Glendon.
Ce sera en ce même lieu que trois membres de la communauté francophone 2SLGBTQIA+ de Toronto raconteront leur parcours d’immigration, en après-midi de 13h30 à 15h : Klausky Mathurin, un étudiant originaire d’Haïti, Ursule Oulai assistante de projets originaire de Côte d’Ivoire et Khaled Djelmani, originaire d’Algérie.
Toujours jeudi, un ultime récit d’immigration sera présenté par Raed Hammoud, journaliste et réalisateur de la série Immigrants de souche, au Massey College de 16h à 18h.
Une conférence de la société d’histoire de Toronto sur l’art copte est par ailleurs prévue samedi, à 14h, à l’Église copte Orthodox St.Moses & St.Katharine.
Plusieurs événements festifs
Du côté artistique, on aura droit à un spectacle de danse et musique de la Dre Merlin Charles, professeure de français, sur le créole et la culture créole de l’île antillaise de la Dominik, mercredi à midi au campus Glendon.
Notons, jeudi de 15h à 16h, un Drag Show de la Drag Queen franco-ontarienne Jenna Seppa, ainsi que le spectacle de danse Èbe qui s’articule autour d’un chœur de cinq accordéons-robots et d’une chorégraphie ancrée dans le flamenco pour explorer la dimension communicationnelle du souffle, ce dimanche à 17h au Théâtre Isabel Bader.
Le même jour, à 20h, Franc’Open Mic nous propose de se téléporter au Théâtre Wychwood pour une représentation atypique sous la direction artistique de Marc Lemyre.
Une journée familiale de type cabane à sucre aura lieu le samedi dans la courette de l’Université de l’Ontario français. Puis, la semaine se clôturera… la semaine suivante, avec la Compagnie créole, groupe de variété des Antilles et de Guyane connu pour ses succès comme Le bal masqué, C’est bon pour le moral ou encore Ça fait rire les oiseaux.
D’autres initiatives sont sur l’agenda, telles que la torontoise du concours Ma Thèse en 180 secondes, ce mardi au Collège Massey ou encore un atelier de création de balado au Labo, le centre d’arts médiatiques francophones de Toronto, samedi.
Il existe près de 127 langues créoles dans le monde. Des langues aux bases linguistiques très différentes, comme l’anglais, le tamoul, le portugais ou encore le néerlandais. Le créole français, lui, compterait une quinzaine de déclinaisons. Aux Antilles ou dans le Pacifique, c’est la langue maternelle de près de 12 millions de locuteurs. Le français et le créole sont souvent opposés. Pourtant, le déclin du français se veut aussi dans les anciennes colonies, là où l’« ennemi » commun n’est autre que l’anglais.
Née en Martinique, Alix Augustine-Wright est docteur en santé publique et épidémiologiste à Ottawa. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, le créole et le français ont toujours fait partie de son quotidien.
« J’ai grandi entourée du créole, dans ma famille et mon environnement. On ne se rend pas compte qu’on parle deux langues jusqu’au moment où on est confronté à l’extérieur. »
Cette réalité d’un bilinguisme natif semble prendre de plus en plus de place dans les départements et territoires d’outre-mer français. On trouve des créoles à base française dans les départements de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion et en Haïti.
Il y a aussi le tayo, créole à base française, parlé dans les environs de Nouméa en Nouvelle-Calédonie par environ 2 000 locuteurs, selon un recensement du ministère français de la Culture. D’ailleurs, en Nouvelle-Calédonie, on compte 28 langues kanak (non-créoles). Un des artistes émergents du pays, sous le nom de Simane, a expliqué à ONFR+ que le français est la langue qui permet à tout le monde de communiquer ensemble. Il y aurait donc une véritable scène pour l’usage du français.
Alix Augustine-Wright est née en Martinique, depuis toujours, elle parle créole et français. Crédit image : Micky Media Productions
Les langues créoles furent souvent opposées au français par un rapport de domination, le français s’imposant comme la langue administrative.
Les langues créoles, vieilles de seulement trois siècles, sont en perpétuelle évolution.
Christian Girault, directeur émérite au Centre national de recherche scientifique (CNRS) à Paris, atteste que « le créole n’ayant que trois siècles doit évoluer pour exister. Quelquefois limitée et dominée, cette langue a toujours eu à s’affirmer, même si le français reste une langue dominante dans sa capacité administrative ».
« Le créole est la langue familière, intime et proche, mais dans les affaires, le politique et la justice, on utilisera le français. »
En Martinique par exemple, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) révèle que 71 % des Martiniquais parlent créole dans leur vie quotidienne, que ce soit chez eux, au travail ou entre amis.
De plus, 90 % de la population déclare maîtriser le créole martiniquais, c’est-à-dire être capable de s’exprimer.
Le créole garde-fou de la langue française
Alors que le français perd de sa superbe à l’échelle mondiale, le créole, qui souvent était relayé au second plan, tend à s’affirmer dans les arts, la musique et la sphère publique. « Les artistes émergents s’amusent plus avec le créole, mais on l’entend aussi plus souvent chez les politiciens, notamment chez les indépendantistes », relate Alix Augustine-Wright.
« Les jeunes aussi vont plus sortir un français bien manucuré. Au contraire, ils sont fiers d’utiliser le créole. Je crois qu’il y a une transformation et une montée de conscience. »
Une enquête de l’INSEE en 2019, rapporte que « 81 % des Réunionnais de 15 ans ou plus déclarent maîtriser la langue créole et, lorsqu’ils écoutent de la musique, 82 % écoutent notamment des musiques de La Réunion ».
Ralph Ludwig est le premier docteur honoris causa de l’Université des Antilles. Crédit image : Gallimard
Ralph Ludwig, professeur à l’Université de Halle-Wittenberg, en Allemagne, linguiste et expert en langues créoles, voit « un processus double » dans ces langues.
D’abord, quand il a commencé à travailler en Guadeloupe, il se rappelle « qu’il y avait encore des personnes monolingues créoles ». Aujourd’hui, en Martinique et en Guadeloupe, plus ou moins tout le monde est bilingue », constate-t-il.
Ensuite, « il y a un renouveau des compteurs créoles. Il y a un effort et une envie de ce maintien. D’ailleurs, en Guadeloupe, on exige des connaissances créoles dans certains domaines comme dans les banques ».
Cette démocratisation du créole est notable également dans le Pacifique et dans l’Océan Indien, à La Réunion.
Francky Lauret, poète et tout premier agrégé de créole en France, raconte au micro d’ONFR+ que sur les 24 communes de la Réunion, déjà 12 communes affichent une politique bilingue dans l’affichage municipal. « C’est en train de prendre de la place, au début, il y en avait trois et plus de communes devraient suivre le pas. »
Pour cet expert, nous avons longtemps opposé nos deux langues, mais on remarque aujourd’hui, qu’un véritable « marcher ensemble », s’opère. « Il ne s’agit pas d’abandonner une langue, ou d’en mettre une en avant. »
« Jusqu’a peu, il y avait un déséquilibre », admet-il, « mais notre intérêt est d’avoir un bilinguisme harmonieux ».
Francky Lauret est le premier linguiste agrégé de langue créole. Crédit image : Emmanuelle Grondin
M. Lauret explique qu’à la Réunion et très probablement du côté des Antilles, « il y a un rapport avec le créole qui est de l’ordre du marronnage ». « Il existe une volonté de faire naître une politique linguistique qui prend en compte les deux langues. »
Bien qu’on observe un déclin du français, y compris dans les Antilles et le Pacifique, la protection du créole, c’est aussi la protection du bilinguisme et par extension du français.
Le cas d’Haïti et ses dix millions de créolophones
D’après Ralph Ludwig, « au moins 80 % des Haïtiens sont unilingues créoles ». « L’intercompréhension entre le français et un véritable créolophone unilingue est nulle », explique-t-il.
« Les Haïtiens n’ont d’ailleurs pas uniquement le français devant les yeux, mais l’espagnol et l’anglais américain, des langues très présentes en Haïti. »
Dans un rapport du ministère français de la Culture, un des auteurs explique qu’« Haïti a hérité d’une situation sociolinguistique bien particulière, voire paradoxale : il est le seul État francophone et le plus vaste espace créolophone d’une région principalement anglophone et hispanophone ».
C’est en 1918 que l’officialisation juridique du français en Haïti est actée. Pourtant, les bilingues franco-créolophones représentent seulement 5 % à 10 % de la population, l’autre majorité sont des unilingues créolophones.
Christian Girault directeur de recherche au CNRS à Paris. Crédit image : KTO média/ Capture d’écran
Le chercheur au CNRS, M. Girault en déduit donc qu’« À Haïti, le créole n’est pas du tout en déclin, c’est même plutôt le français ».
« L’école y est défectueuse », indique-t-il. « Il y a peu d’écoles et un taux d’analphabétisme très élevé. Les jeunes apprennent très mal le français et le français y est très abîmé. »
« Pourtant », reprend-il, « les intellectuels et auteurs sont remarquables. Ils parlent un français extraordinaire. De la même façon que dans la capitale, Port-au-Prince, on y parle français ».
Le créole n’est absolument pas en danger en Haïti. Frenand Léger, professeur à l’Université de Carleton, travaille sur les questions de langue, d’identité et d’oralité créole dans les récits de fiction dans l’aire de la Caraïbe francophone. Très actif dans le domaine de la recherche linguistique sur le créole d’Haïti, il explique que c’est le français qui se perd.
Frenand Léger est professeur de langue, de didactique et de littérature françaises à l’Université Carleton à Ottawa. Gracieuseté
Selon lui, pour que ce déclin cesse et pour que le français soit réellement utile, « il faudra bientôt que la francophonie, l’Organisation internationale de la Francophonie et peut-être même la France, s’intéressent à ce déclin et investissent en Haïti ».
« Pour l’expert, les Haïtiens sont de fiers francophones, mais il est vrai que le créole haïtien prend plus de place dans la sphère formelle. »
D’après les recherches de M. Léger sur le statut d’Haïti dans la francophonie, plusieurs linguistes étrangers, dont d’Ans, Valdman, Prudent et Lucrèce, considèrent qu’il y aurait 10 % de francophones en Haïti. Ce chiffre ne fait pas l’unanimité. « Certains linguistes réputés proposent des estimations plus basses. Pradel Pompilus estime entre 3 et 7 % la proportion d’Haïtiens capables de communiquer en français. »
M. Girault, du CNRS souligne également l’intérêt grandissant de la population pour l’anglais. « Les gens sont attirés par l’anglais et donc le français est concurrencé dans la Caraïbe. »
« Deux pays utilisaient le créole français : La Dominique et Sainte-Lucie. Aujourd’hui, les gens y parlent anglais. »
Laurent Richard, chercheur à l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF).
LE CONTEXTE :
L’ODSEF a dévoilé le 15 mars les résultats des estimations du nombre de francophones dans le monde en 2023 en s’appuyant sur le tout dernier exercice d’estimations et de projections des populations des Nations unies.L’observatoire utilise la définition de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) selon laquelle les francophones regroupent les personnes qui sont en mesure de suffisamment maitriser la langue française pour être à même de communiquer (parler et/ou comprendre. Celle-ci distingue une francophonie « du quotidien » de celle qui s’exprime dans un environnement où le français est exclusivement une langue étrangère.
L’ENJEU :
Alors que le français est en recul de manière générale au Canada, cette mise à jour annuelle des données de l’ODSEF pour l’année 2023 apporte un éclairage plus global sur la tendance mondiale qui, elle, est à l’augmentation du nombre de francophones.
« À l’échelle globale, constatez-vous une progression ou un recul du français?
On constate une progression du nombre de locuteurs du français. En 2022, on comptait 321 millions de francophones dans le monde, alors qu’en 2023 ce chiffre passe à 327 millions. La raison est reliée à des questions démographiques mesurées il y a quatre ans par l’Organisation des Nations unies. Dans le cas de l’Afrique, en 2022, il n’y a pas eu la baisse de natalité escomptée en 2019. Le nombre de francophones est donc passé à 167 millions, soit 7,4 millions de plus qu’en 2022.
Alors évidemment, tout ça produit une cascade dans nos estimations du nombre de francophones. Cette importante augmentation vient, par ailleurs, compenser les baisses du nombre de francophones ailleurs sur la planète, notamment en Europe où le nombre de locuteurs du français se réduirait de 830 000 individus en 2023 pour se situer à 135 millions de francophones.
L’ODSEF estime que près de 90 % de la jeunesse francophone sera africaine à l’horizon 2050. Quel impact cela aura-t-il au niveau mondial?
Au fond, tout cela est lié à des projections démographiques et celles-ci sont parfois fluctuantes. Un autre facteur à rappeler est que cela risque de se produire principalement si on continue à investir dans l’éducation, en Afrique principalement. S’il y a un ralentissement, tout cela pourrait changer la donne.
À partir des données dont on disposait au moment où on a proposé ce 90 %-là, le mouvement était bien enclenché et, la démographie étant ce qu’elle est actuellement, il est fort probable que cette projection soit plausible. À l’échelle mondiale, ça pourrait changer le portrait des dernières décennies où, en règle générale, on retrouvait une population francophone davantage en Europe. On assiste à un déplacement du pôle francophone principal de l’Europe vers l’Afrique.
Une autre donnée saillante que vous avez tirée de vos recherches cette année?
Dans la perspective des pays compris dans ce qu’on appelle la « planète de francophone » ou encore « naître et/ou vivre en français », la croissance du français dans deux zones géographiques est intéressante. En Afrique subsaharienne, celle-ci est de 49 millions de francophones. En Afrique du Nord, on parle de 7 millions, et 2 millions à la fois pour l’Europe et pour l’Amérique.
Au final l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, pour le sous-ensemble de pays étudié, pourraient représenter 93 % de l’ensemble de la croissance que l’on pourrait observer entre 2010 et 2023. Donc sur une plus longue période, il est parfois plus intéressant de traiter des évolutions plutôt que sur un an, par exemple.
Le français, cinquième langue la plus parlée, peut-il grimper plus haut?
C’est difficile à dire. Pour répondre à cette question, il faudrait mettre en relation la position du français face à d’autres langues dans le monde et il peut survenir toutes sortes de mouvement vers une langue ou une autre selon certaines tendances. L’anglais rejoint énormément de nouvelles populations, tout comme le mandarin… Ce n’est pas évident à prévoir. Mais cela fait plusieurs années que le français est au cinquième rang et cette position ne risque pas de beaucoup évoluer dans un futur proche. Un changement de classement ne pourrait s’observer que sur du long terme.
Qu’avez-vous constaté au niveau de la francophonie ontarienne?
C’est assez stable. Le nombre estimé de francophones en Ontario en 2022 était de 1,5 million (11,4 % de la population de l’Ontario). Pour cette estimation 2022, nous utilisions les résultats du recensement de 2016, comme la connaissance du français et la capacité à soutenir une conversation, et aussi les projections démographiques de Statistique Canada.
Pour l’année 2023, nous utilisons à nouveau les projections démographiques de Statistique Canada et nous bénéficions des résultats du recensement de 2021, toujours au niveau de la connaissance du français, ce qui nous permet d’estimer le nombre de francophones en Ontario à 1,6 million (10,5 % de la population ontarienne).
L’Ontario arrive donc en deuxième position en termes de nombre de francophones, derrière le Québec avec ses 8 millions de locuteurs soit 92 % de la population totale, mais en termes de pourcentage c’est le Nouveau-Brunswick qui occupe le deuxième rang avec 40,6 % de la population du pays pour 326 000 francophones.
Parmi les 88 États et gouvernements membres et observateurs à l’OIF, l’Argentine et la Corée du Sud sont les seuls pays pour lesquels l’observatoire ODSEF ne dispose pas encore d’estimation du nombre de francophones. Comment l’expliquer?
Pour l’ensemble des pays pour lesquels nous avons des données, ça prend plusieurs sources pour y arriver, comme des recensements, ou des enquêtes. Dans le cas de ces pays-là, on n’a pas encore d’information de ce type. Par contre, on a établi des contacts avec ces pays et on tente de trouver une solution au problème. Dans le cas de l’Argentine, on sait qu’il n’y a pas de question spécifique dans le recensement qui nous permettrait de connaître le nombre de francophones. Il nous faudrait donc trouver une autre forme de mesure pour l’estimer. »
OTTAWA – Pour sa 48e édition, le Festival franco-ontarien (FFO) renoue avec le parc Major’s Hill. Trois jours de spectacles, concerts et animations attendent le public du 16 au 18 juin prochain. La billetterie ouvre ce samedi.
Ce sera le pianiste, chanteur et chef de chœur québécois Gregory Charles qui ouvrira le bal le vendredi 16 juin. Il ne sera pas tout seul sur scène puisqu’il sera accompagné de l’artiste franco-ontarien aux deux albums Dayv Poulin, ex-membre des groupes Les Chaizes Muzikales, Toe Jam Tequilla, Konflit Dramatik et cAbiners.
À leurs côtés, le public retrouvera un autre Franco-Ontarien en la personne de Michel Lalonde, cofondateur du groupe de folk progressif Garolou.
La deuxième journée, samedi, fera place à la chanteuse acadienne Lisa LeBlanc. L’autrice-compositrice-interprète de Moncton qui a franchi en mai dernier le million de streams sur la plateforme Spotify, était de passage cette semaine à Toronto, en concert à la Horseshoe Tavern.
Salué par la critique, son quatrième album, Chiac Disco, lui a valu deux Félix au gala 2022 de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), avant qu’elle n’entame une tournée canadienne.
Troisième tête d’affiche et non des moindres, le poète et musicien cajun Zachary Richard agitera les foules le même jour. Dans ses bagages, 50 ans de carrière et des titres à succès plein la housse à guitare tels que Au Bord du Lac Bijou, Pagayez, Cap Enragé et bien d’autres.
La troisième journée, dimanche, entièrement gratuite, sera dédiée aux familles en matinée avec possibilité de pique-nique sur place, puis la clôture qui interviendra en après-midi.
« Nous sommes très fiers de pouvoir continuer à soutenir les artistes francophones de chez nous et d’ailleurs et de leur donner une vitrine aussi prestigieuse. La programmation exceptionnelle du FFO 2023 promet de faire bouger les milliers de festivaliers », a garanti Kim Watson, la présidente du Conseil d’administration du festival.
En juin, puis en septembre, puis en juin…
Contraints de renoncer à lancer le festival en juin 2020 à cause des mesures sanitaires liées à la COVID-19, les organisateurs du FFO avaient pu le décaler de quelques mois en septembre, puis avaient conservé ce créneau les deux années suivantes, à une date proche de la Journée des Franco-Ontariens.
Ils sont finalement revenus sur leurs plans. « On trouve finalement que juin est une bien meilleure période », décrypte Daniel Simoncic, producteur délégué. « Ça correspond au début de l’été, tandis que septembre correspond au retour en classe pour les enfants. Les familles ont des dépenses plus importantes à ce moment-là. On aime aussi l’idée d’avoir le festival proche de la Saint-Jean-Baptiste. »
Et de souligner la diversité de la programmation : « On fait un clin d’œil à l’Acadie avec Zachary Richard et Lisa LeBlanc. Et le spectacle de Gregory Charles, entouré d’artistes, va être formidable, parce qu’il a cette incroyable capacité à chanter avec tout monde. Quand on invite Gregory Charles, c’est toujours un spectacle plein de surprises. »
M. Simoncic est persuadé que cet aperçu de l’affiche, encore incomplète, « va ouvrir l’appétit des gens pour la suite de la programmation ».
Il faudra en effet encore un peu de patience pour connaître le reste des artistes invités. Les premières parties notamment devraient être dévoilées une quarantaine de jours avant le début du festival.
RED LAKE – Infatigable militante du Nord-Ouest, Agathe Breton-Plouffe contribue à la francophonie minoritaire de Red Lake où elle est installée depuis 13 ans. Celle qui est aux commandes de l’Association francophone de Red Lake a permis au carnaval d’hiver de la ville de renaître de ses cendres et compte instaurer d’autres initiatives pour mieux intégrer les 4,4 % de francophones de la ville.
« Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance à Mattice?
À Mattice, c’était très français. Il y avait quelques familles qui parlaient anglais et je me rappelle que je ne parlais pas anglais. Quand j’étais en 2e ou 3e année, il y avait une fille qui voulait jouer à la cachette avec moi, mais je ne comprenais pas le terme en anglais donc on ne se comprenait pas. C’était une réalité très différente de Red Lake. Après ça, notre famille a déménagé à Kapuskasing, puis Timmins où j’ai fréquenté l’École secondaire Thériault. Ça a été une belle expérience, mais je trouvais ça étonnant que sur 1500 élèves seuls 50 parlent le français.
Quel a été votre premier contact avec le milieu communautaire?
C’est quand j’ai commencé à travailler pour la station de radio de Hearst CINNFM comme assistante. On était chargés de faire des prélèvements de fonds, car c’était ce qui était essentiel pour sa survie. C’était vraiment intéressant de voir les idées créatives et rassembleuses, qui faisaient se rejoindre différents organismes ensemble. Ce n’était jamais pareil et on faisait plein de nouvelles connexions. L’union fait la force comme on dit.
Agathe Breton-Plouffe toujours prête à mettre la main à la pâte, ici préparant de la tire sur la neige à l’école des Étoiles-du-nord le 9 mars dernier. Gracieuseté
Vous êtes aussi une entrepreneure. Comment vous est venu ce projet?
Quand j’ai eu mes enfants, il y avait une pénurie de garderies. J’ai alors décidé de ne pas retourner au travail. Comme j’avais de l’expérience en comptabilité après mon baccalauréat en administration des affaires à l’Université de Hearst, j’ai décidé d’ouvrir une entreprise de tenue de livre – ABP Tenue de livres – et de travailler à la maison. Plein d’entreprises en avaient besoin.
Depuis, je suis obligée de refuser de nouveaux clients chaque mois. C’est vraiment difficile. J’ai embauché deux étudiants pour m’aider. On a une pénurie de main-d’œuvre assez énorme ici dans le Nord-Ouest. Je fais ça depuis 2017. Alors quand le poste d’agente de liaison communautaire à Red Lake a ouvert, je me suis dit que ça allait bien avec mon travail à la maison.
À ce propos, pourquoi avez-vous déménagé à Red Lake?
Mon mari avait perdu son emploi à Hearst et l’économie n’était pas bonne en ce temps-là. On a donc vendu notre maison et tenté l’expérience à Red Lake où mon mari avait une offre d’emploi intéressante dans son domaine.
L’association a reçu le prix Billochet du jongleur de 2022 pour ses efforts dans la conservation et le partage de l’histoire et le patrimoine francophone de la région, notamment avec des vidéos de conte sur Youtube. Gracieuseté
Comment avez-vous vécu ce gros changement?
C’était très difficile. J’avais un bon emploi à Hearst. Je pensais rester là pour toujours, puis j’ai dû partir et on arrive dans un endroit très anglophone. Je me souviens que lorsque je marchais vers l’épicerie, dès que j’entendais des gens parler en français, j’essayais de suivre les conversations. Mais les gens retournaient toujours à l’anglais. Et chaque fois que je demandais : ‘’Où sont les francophones?’’, personne ne savait.
D’où le besoin de créer un organisme formel pour les francophones…
C’est parti d’une anecdote comme ça. J’ai rencontré celle qui est devenue mon amie, par hasard, pendant une compétition de curling. Quand elle m’a demandé mon prénom en anglais et qu’elle a entendu mon accent, elle a compris que j’étais francophone et on s’est dit qu’on doit trouver un moyen de rassembler les francophones et intégrer les nouveaux arrivants qui parlent en français.
Yvonne Samson ( gauche), Agathe Breton-Plouffe, Kate Polle, Michele Alderton, Sophie Castonguay, Cynthia Chamberlin, Marielle Pellerin (droite), les fondatrices de l’Association francophone de Red Lake. Gracieuseté
Fait intéressant, l’association a été créée uniquement par des femmes…
Oui, on était une dizaine de femmes de tous horizons : des jeunes et des moins jeunes. Ce qu’on voulait c’était de se réunir et pouvoir parler en français. Il fallait vraiment lancer ça en grande pompe pour nous faire connaître. On a donc décidé de tenter de refaire un carnaval d’hiver, parce que ça faisait presque 11 ans qu’il n’y en avait plus eu, par manque de bénévoles et baisse d’intérêt. Je me souviens de celui d’Hearst qui était tellement important, tellement rassembleur. Je voulais vraiment que les gens ici aient ça.
C’est donc à vous que l’on doit le retour du carnaval d’hiver qui est maintenant régulier?
Oui, disons que j’ai des idées folles et des amies pour me suivre! Mais c’est vrai que le premier a été un grand succès. D’ailleurs, la ville a décidé de reprendre l’événement chaque année. Financièrement ça a été un véritable défi car on avait 0 dollar. On a dû chercher des commandites et demandé de l’aide à d’autres organismes. La municipalité nous a alloué un local, tandis que des organismes vendaient des sucreries pour faire leur propre prélèvement de fonds. Il y avait des musiciens qui assuraient l’ambiance. À l’extérieur, on avait une patinoire, des tic-tac-toes sur la glace, un feu de camp avec des saucisses, du ski… C’était vraiment bien et rendu possible grâce au travail commun des organismes communautaires.
Il n’y a pas de directeur général dans votre association. Est-ce vous qui assurez ce rôle?
C’est sûr qu’on a un conseil d’administration avec une présidence, mais c’est vrai que c’est moi qui suis la plus visible, disons. C’est parce que j’ai un horaire plutôt flexible. On a aussi plein de bénévoles à tous les niveaux. En réalité, mon titre devrait probablement être directrice générale, mais ça a toujours été agente de liaison communautaire, car je fais aussi de la liaison communautaire. Mon poste m’occupe 15 heures par semaine… Une directrice générale, il faudrait l’embaucher à temps plein.
On vous voit aussi beaucoup œuvrer dans les écoles. Est-ce important pour votre organisme?
C’est sûr. On a une experte en petite enfance, et ça, c’est vraiment un pan de notre association qui est très apprécié ici. Plusieurs familles anglophones ont décidé d’envoyer leurs enfants à l’école francophone, donc nous sommes la solution en dehors des heures d’école pour continuer à vivre en français pour ces enfants-là. On fait aussi des journées pédagogiques durant lesquelles les parents nous apportent leurs enfants et on les garde toute la journée. Ils bénéficient d’une gardienne gratuite et les enfants peuvent jouer et pratiquer en français.
L’association francophone de Red Lake a organisé un événement le 1er décembre 2018 en réaction aux compressions dans les services en français annoncés par le gouvernement Ford. Gracieuseté
Vous allez bientôt fêter les dix ans de l’association. Quels sont vos plans pour son avenir?
C’est vrai que ça approche. Le temps passe tellement vite! On voudrait avoir un local permanent. Ça fait deux ans qu’on cherche un lieu qui pourrait devenir la place pour les francophones et nous permettre de ranger tout notre matériel. Là, on a deux affiches sur l’autoroute, mais on n’a pas de lieu physique donc c’est difficile de nous visualiser pour les nouveaux arrivants. L’autre problème, c’est qu’on change de lieu pour nos rencontres. C’est compliqué pour les gens de devoir vérifier à chaque fois où on se trouve. On n’a pas les fonds pour ça pour le moment donc ce n’est pas possible actuellement.
La place du français a-t-elle évolué positivement à Red Lake?
Oui, c’est beaucoup mieux, car maintenant les gens savent qu’on existe et connaissent mieux les services offerts aux francophones, grâce aussi au travail de notre association. Le problème quand on est une ville minière comme la nôtre c’est qu’il y a beaucoup de va-et-vient des familles. On a eu deux premières familles d’Algérie récemment, des Français aussi. Ca m’impressionne beaucoup parce que je suis habituée à des Franco-Manitobains, et un peu d’Acadiens. Une autre chose, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de fierté d’être francophone chez les gens du coin. Soit ils ont perdu leur français, soit ils ont beaucoup d’insécurité linguistique. Évidemment, ici aussi, on constate une baisse de la population francophone.
Et quand vous n’êtes pas au bureau ou sur le terrain, vous avez une guitare entre les mains…
Oui, j’aime beaucoup la musique. J’ai même fait partie d’un trio acoustique de 2007 à 2010. On s’appelait les MAM’zelles. On a fait des concerts à Hearst, des rallyes, le Radiothon aussi pour recueillir des dons pour la communauté. On a même ouvert pour Patrick Normand. C’était vraiment un grand moment surtout que j’ai appris à jouer de la guitare avec ses chansons quand j’avais 13 ans. On fait beaucoup d’événements en lien avec la chanson. C’est quelque chose qui continue de me passionner et me permet aussi d’exprimer ma fierté francophone. »
Les MAMz’ellesen compagnie de Patrick Normand et Irène Veilleuxlors d’un concert à Hearst en avril 2009. Gracieuseté
LES DATES-CLÉS D’AGATHE BRETON-PLOUFFE
1981 : Naissance à Hearst.
2007 : Ouvre la première partie du spectacle de Patrick Normand avec son groupe Les Mamz’elles.
2010 :Déménage à Red Lake.
2014 :Participe au premier rassemblement francophone de Red Lakeet organise le retour du carnaval d’hiverde la ville.
2019 : Devient agente de liaison communautaire pour l’association francophone de Red Lake.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
TORONTO – La province et le gouvernement fédéral ont signé un accord qui permettra à l’Ontario de sélectionner 18 000 immigrants économiques via le Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI). Cette entente pourrait profiter aux immigrants francophones via le volet Travailleurs qualifiés francophones du Programme ontarien Entrée express.
Les ministres fédéral et provincial de l’Immigration ont annoncé, ce samedi à Toronto, que l’Ontario ouvrirait ses portes à 18 000 immigrants économiques à partir de 2025, au lieu de 9000 à l’heure actuelle.
Plus précisément, cet accord fera passer le nombre d’immigrants de 9750 en 2022 à 16 500 en 2023, 17 000 en 2024, puis 18 361 en 2025.
Le gouvernement Ford et le gouvernement Trudeau menaient des négociations depuis l’été 2022 en vue de renouveler un accord arrivé à échéance l’automne dernier. Au micro d’ONFR+, M. McNaughton martelait sa volonté d’accroitre la capacité du POCI, insuffisante et inéquitable comparé au Québec notamment, appelant à « une nouvelle donne en immigration » pour faire face au redémarrage de l’économie et atténuer la pénurie de main-d’œuvre.
Alors que 300 000 emplois en Ontario ne trouvent pas preneur, l’Ontario tente d’attirer des travailleurs qualifiés notamment dans les secteurs en tension comme la santé, l’ingénierie et l’enseignement. Le POCI désigne des candidats à la résidence permanente qui ont les compétences et l’expérience dont l’économie ontarienne a besoin.
6,6 % des immigrants qualifiés étaient francophones en 2022
Ce programme comporte aussi un volet qui donne aux travailleurs qualifiés francophones ayant de fortes compétences en anglais la possibilité de présenter une demande pour vivre et travailler en permanence en Ontario.
Le ministre croit que le POCI, conjugué au développement de la formation, notamment dans la santé et l’enseignement, permettront de juguler en partie les besoins en main-d’œuvre bilingue de la province qui, pour la première fois, a atteint sa cible en immigration francophone en 2022.
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert, a salué cette annonce : « C’est une excellente nouvelle », selon lui. « Nous avons besoin de nouveaux francophones en Ontario. Nous savons que la francophonie est en déclin partout au Canada. L’augmentation du nombre d’immigrants francophones dans la province va permettre une stabilisation », espère-t-il, exhortant la province à continuer d’atteindre ses cibles.
Les ministres de l’Immigration ontarien et canadien Monte McNaughton et Sean Fraser. Source : Linkedin Ministère de Travail de l’Ontario
En 2022, le POCI a dépassé son objectif de 5 % pour l’immigration francophone en délivrant 6,6 % des places à des personnes ayant une maîtrise élevée de la langue française, soit 652 admissions, dont 583 faites dans le cadre du volet Travailleurs qualifiés francophones d’Entrée express de l’Ontario.
La plupart des candidats francophones ont reçu des nominations dans le cadre du volet des travailleurs qualifiés d’expression française, affirme le bureau du ministre ontarien de l’Immigration.
« Nous avions toujours déploré le faible nombre de candidats que la province pouvait sélectionner. Alors le fait que ce nombre soit quasiment doublé est une excellente chose », a réagi Alain Dobi, directeur du Réseau en Immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.
« Avec cette avancée, nous espérons vivement que le nombre de candidats sélectionnés par la province sous le volet francophone sera également bonifié et avons hâte de voir les répercussions sur les admissions francophones! »
Une « augmentation historique du nombre d’immigrants » – Monte McNaughton
« L’annonce d’aujourd’hui est une victoire importante pour la population de l’Ontario et nous aidera à maîtriser notre destin économique en sélectionnant davantage d’immigrants qualifiés qui ont ce qu’il faut pour réussir et construire des communautés plus fortes pour nous tous », a lancé Monte McNaughton.
Le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences qualifie cette avancée d’« augmentation historique du nombre d’immigrants ».
Son homologue fédéral, Sean Fraser, ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a abondé en ce sens, parlant de l’« acquis incontestable » que représente l’immigration dans la résorption de la pénurie de travailleurs.
« Le Programme ontarien des candidats à l’immigration, par son expansion rapide, viendra assurer le bien-être à long terme des localités de l’Ontario », a-t-il estimé.
Cet article a été mis à jour le samedi 18 mars à 18 heures.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
Une cérémonie de mariage qui dure des années? N’avez-vous jamais entendu une telle extravagance ou aberration? Oh que oui! Certainement, si vous lisez le récent roman autobiographique d’Alain Farah, auteur québécois de Mille secrets mille dangers. Un roman pour lequel il a obtenu le Prix de la gouverneure générale du Canada.
Mais la cérémonie de mariage avec laquelle s’ouvre ce roman de presque 500 pages n’est qu’une excuse pour nous faire promener dans les dédales du temps et dans les rues et ruelles de Montréal. Un retour en arrière dans les années qui ont marqué l’enfance d’Alain Farah pour passer par son adolescence et se terminer en apothéose dans cette cérémonie de mariage interminable ponctuée par ces retours, arrêts et demi-tours.
Cet écrivain est drôle, anxieux et franc. Il nous parle du mariage raté de ses parents, de leurs querelles et déchirures interminables, de ses amis à l’école et de sa famille proche surtout de son cousin, ami, souffre-douleur et complice et qui sera son garçon d’honneur.
Parler de l’intime est la chose la plus difficile à entreprendre. Car il ne s’agit pas de se raconter comme on l’écrirait dans son journal intime mais plutôt de se rendre vulnérable sans toutefois se dénuder complètement de différentes couches que sont les parents, la famille et les amis.
« Les mille secrets » à avouer dans un roman de ce genre ne seraient en fait que « des mille dangers » pour nos relations familiales intimes et privées. Et pourtant, Alain Farah le fait avec brio. Surtout quand il évoque sa maladie chronique, un héritage malencontreux de son père, mais aussi des visites répétées aux médecins et des listes de médicaments qui s’allongent avec l’âge, de la mort des êtres chers et de ses bêtises stupides et enfantines.
Des familles qui ont immigré de leurs terres ancestrales
Les parents d’Alain Farah sont ce qu’on appelle communément des « chwam », des Levantins, des Égyptiens originaires du Levant : la Syrie, le Liban et la Palestine. Des familles qui ont immigré de leurs terres ancestrales à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle pour s’établir en Égypte, pays qui deviendra leur pays d’adoption mais qui les trahira sous les années du panarabisme Nassérite des années 60 et 70. Ce qui les incitera à s’établir dans des pays plus ouverts comme fut le Canada pour ses parents.
Une histoire riche et complexe dont l’auteur ne parle que pour évoquer son rapport à la langue de ses parents, à la religion chrétienne et à ses différentes dénominations qui se haïssent mais cohabitent tant bien que mal.
Bref, il ne rentre jamais dans ces détails mais on les sent présents et subtils à chaque bout de phrases. Les « ya ebni », ou des « ya Baba », que se lancent respectivement et affectueusement père et fils dans leur dialogue et le naturel débordant qui en ressort.
M. Farah, tout en décrivant son mariage dans ses minutieux détails, nous emmène dans le Montréal multiculturel des années 90. L’école secondaire, l’amitié, la musique, les bandes de jeunes, les jeux vidéo… tout y passe, agrémenté par les tensions, les erreurs de jeunesse et encore la famille qui fourre son nez dans tout et qui dans sa tentative de protéger, pourrit l’atmosphère.
Une réflexion pertinente sur des enjeux d’aujourd’hui
Mais dans son livre, l’écrivain ne fait pas que retourner en arrière sur des histoires du passé. Au contraire, il y a toujours une réflexion pertinente sur des enjeux d’aujourd’hui, un état des lieux sur l’amitié, sur l’amour, sur les relations parentales et filiales, et sur les croyances.
Il y a même un clin d’œil à la superstition qui de loin parait superficielle et hilarante mais qui examinée de proche est tendre et révélatrice de nos faiblesses, de nos côtés irrationnels et surtout de notre insécurité dans un monde de « mille dangers ».
J’ai connu Alain Farah alors que nous étions tous les deux chroniqueurs pour l’émission littéraire Plus on est de fou, plus on lit sur les ondes de Radio-Canada. Je le trouvais à la fois sympathique et rigoureux dans ses critiques des livres ou opinions littéraires. Jamais avant de lire son roman, je ne l’ai connu sous ce jour de fils, de l’amoureux, du cousin taquin, de l’adolescent qui veut pousser les limites mais aussi de l’arabe qui grandit dans le Montréal multiculturel qui s’y perd par moment et qui ne s’aime pas trop.
Son roman, malgré une certaine lenteur qui nous agrippe par moment et ce mariage qui dure une éternité, est un miroir qui brille sur nos faces que nous essayons de cacher de nous-mêmes et dont la lumière aveuglante nous éclabousse en plein visage quand on se met à l’écriture. Ah, ce pouvoir que l’écriture tient sur nous!
« Gentiment, sournoisement et doucement, on déballe tout. On se regarde dans le miroir en face et on raconte »
Je le décrirai comme ce pouvoir qu’ont les coiffeuses de ce monde sur nous dès qu’on monte sur leur chaise et qu’elles commencent à nous coiffer. Gentiment, sournoisement et doucement, on déballe tout. On se regarde dans le miroir en face et on raconte.
La coiffeuse continue à poser ses questions innocentes, et nos tripes qui bougent et qui ramènent tout à la surface. Une histoire après l’autre. L’amour manqué, les départs douloureux, les ruptures difficiles et les plaies qui ne guérissent jamais.
C’est un peu ça l’écriture. Une visite chez la coiffeuse, un regard dans le miroir et le tour est joué : les secrets sont déballés et le livre est écrit. Quand je me suis lancée en écriture, j’ai commencé par un récit autobiographique : Les larmes emprisonnées. Un périple à la fois délicat et douloureux. Depuis, j’ai trouvé dans les romans un refuge idéal pour mes histoires.
L’autobiographie n’est jamais trop loin mais je la laisse quand – même confinée dans son coin. Ses forces sont tentaculaires. Elles nous chatouillent, au point de nous affaiblir et nous mettre à nu.
Alain Farah a fait un peu le chemin inverse. Après des romans et des essais, il s’est lancé dans le labyrinthe de ses mémoires. Une réussite incontestable.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
Le 17 mars 2020, l’Ontario emboitait le pas au gouvernement fédéral et déclenchait à son tour l’état d’urgence et son train de mesures visant à contrecarrer la propagation de la COVID-19. Trois ans plus tard, jour pour jour, que faut-il retenir de ce cataclysme sanitaire?
Plus de 16 000 décès
La COVID-19 a fait 16 217 morts en Ontario depuis le début de la pandémie. Seul le Québec surpasse ce chiffre avec plus de 18 000 décès. 51 600 personnes ont succombé au virus à l’échelle du pays, quand on compte près de sept millions de décès à travers le monde. Les États-Unis à eux seuls déplorent plus d’un million de morts.
Depuis le début de la pandémie, ce sont près d’1,6 million de cas qui ont été déclarés positifs en Ontario, 4,6 millions au Canada. Au cours des dernières semaines, l’Ontario est toutefois la province qui engrange le plus grand nombre de cas et de décès.
20 fois plus de morts sans mesures sanitaires
Sans les mesures de santé publique telles que les fermetures, les restrictions de voyage, le traçage de contacts ou encore le port du masque, les experts estiment que le nombre de décès au pays aurait pu être 20 fois supérieur. Leurs projections les plus sombres indiquent 800 000 morts.
Les hospitalisations, quant à elles, auraient été multipliées par 12, atteignant 2 millions (au lieu de 150 600 dans la réalité). Les cas auraient atteint jusqu’à 34 millions, soit dix fois que ce que la province a connu.
81 % de vaccinés
Quatre Ontariens sur cinq ont reçu leurs deux doses de vaccin, la moitié de la population a opté pour une troisième dose. À l’Échelle du pays, c’est 82 % de vaccinés avec deux doses, ce qui expliquerait en partie une mortalité relativement faible, comparée à d’autres pays. Cela représente plusieurs millions de doses.
Les autorités de santé ontariennes continuent de recommander à la population âgée de moins de 65 ans de recevoir une dose de rappel six mois après la dernière dose reçue ou après une infection à la COVID-19. Un intervalle réduit à trois mois chez les personnes à risque de présenter une forme grave, afin de fournir une protection optimale pendant la saison des maladies respiratoires.
Moins de 40 000 tests par semaine
Le nombre de tests ne cesse de diminuer en Ontario depuis un an. En février, il avoisinait les 40 000 par semaine, une barre qu’il n’atteint plus en mars. Environ 11 % s’avèrent positifs. On est loin des pics à 100 000 tests PCR par jour qu’assurait le réseau provincial de dépistage.
Plus de 170 centres d ’évaluation, plus de 200 pharmacies et des installations mobiles ont tenu cette cadence au plus fort de la pandémie et envoyé des échantillons aux laboratoires capables de fournier des résultats en 48 heures à 75 % des patients.
Des trousses de dépistage antigénique rapide sont toujours accessibles gratuitement aux Ontariens. Ce sont des tests faciles à utiliser qui détectent certaines protéines du virus pour confirmer sa présence, avec des résultats en 15 minutes à peine.
27 semaines de fermeture d’écoles
Entre mars 2020 et janvier 2022, les écoles de l’Ontario ont été fermées pendant 27 semaines, davantage que dans toute autre juridiction canadienne et dans la plupart des pays européens. Ces fermetures ont eu des impacts considérables sur la santé mentale des élèves mais ont aussi mis en tension le personnel éducatif face au défi de l’enseignement à distance. Ces fermetures auraient permis dans le même temps de limiter les éclosions et la transmission du virus dans des périodes de vague épidémique.
Tout au long de la crise sanitaire, les syndicats d’enseignants et associations de parents d’élèves n’ont cessé d’alerter le gouvernement pour garantir la sécurité en milieu scolaire mais aussi améliorer l’enseignement à la maison qui a requis de la part des personnels scolaires une forte adaptation et de la créativité dans la livraison des cours.
47 décrets et des milliards d’investissement
Le gouvernement ontarien aura émis 47 décrets liés à des restrictions de rassemblement, à la santé, la sécurité au travail et dans les écoles. Dans la première année de pandémie, la province a injecté 7 milliards de dollars en ressources pour le système de santé et en soutien direct pour la population et les emplois.
Cet investissement a été porté à 16,3 milliards de dollars en 2021, particulièrement pour soutenir les efforts de vaccination et améliorer les conditions de vie des foyers de soins de longue durée. Un effort qui a autant consisté à accroître le nombre de places qu’à tenter d’attirer plus de personnel de soin, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
Cela s’est poursuivi en 2022-2023 avec 3,3 milliards de dollars supplémentaires pour les hôpitaux, que ce soit en termes de construction ou modernisation d’infrastructures, avec à la clé un objectif de création de plus de 3 500 lits d’hôpital.
Plus de 70 % des ressources de santé publique réaffectées
Tant en 2020 qu’en 2021, 74 à 78 % des ressources des agences locales de santé publique ont été réaffectées à la lutte contre la COVID-19. Presque tous les autres services de santé publique ont dû être arrêtés ou reportés. Les hôpitaux eux aussi ont dû massivement se focaliser sur le traitement des cas de COVID-19, provoquant des retards dans les chirurgies non urgentes.
Cette charge soudaine a amené à se poser la question du maintien à domicile et à investir dans ce que l’on appelle les soins à domicile et en milieu communautaire dans le but de réduire le fardeau des hôpitaux et des services de soins de santé de couloir. Il reste encore un long chemin à faire dans ce domaine conviennent les experts.
Sources : Santé publique Ontario et Santé publique Canada
STURGEON FALLS – Un stand de patates frites bien connu de Sturgeon Falls célèbre ses 50 ans d’existence. Son propriétaire, Bruno Lepage, nous explique les recettes de son succès, dans la ville du Nord connue pour être la capitale des patates frites.
Difficile de passer par Sturgeon Falls sans se laisser tenter par un de ses attraits les plus populaires, le stand RIV Chip. Idéalement situé à l’entrée de la ville, le commerce a pignon sur rue depuis 1973, respectant une longue tradition familiale qui continue de faire son succès.
À l’origine, Julien et Carmen Ferlatte, avaient fondé le restaurant Riviera mais celui-ci a brûlé en 1973. Ils ont donc ouvert le Little Riv, nommé en l’honneur de leur premier emplacement. Le nom est ensuite devenu RIV Chip Stand et plusieurs propriétaires se sont succédé.
Le propriétaire actuel nous confie, avant la course à l’ouverture du matin, que bien qu’il ne soit aux commandes du restaurant que depuis 2017, celui-ci tient à perpétuer la recette de ses prédécesseurs.
« J’ai grandi à Sturgeon Falls, j’ai toujours été un client du stand donc c’est important de continuer la tradition », lance-t-il en reconnaissant le travail effectué par les anciens propriétaires.
Le Franco-Ontarien est même revenu spécialement de Montréal, où il travaillait, pour reprendre les rênes du restaurant avec son épouse après le départ à la retraite de son ancienne propriétaire.
Quatre familles se sont succédé à la tête du stand depuis son ouverture en 1973. Gracieuseté
Le local au cœur du succès
La pomme de terre, ingrédient clé, est épluchée à la main tous les jours pour donner au client « un goût 100 % frais ». Et de la pomme de terre, le propriétaire en manipule beaucoup : on parle d’environ 72 500 kilos de pommes de terre qui sont utilisées pour la saison.
« Nos patates viennent d’Azilda, de la ferme Poulain, le fromage de St-Albert, et la viande d’élevage d’ici. »
C’est selon lui ce qui le distingue de ses concurrents de la restauration rapide qui se sont implantés en grand nombre dans la région ces dernières années. « Si tu viens ici aujourd’hui et que tu reviens la semaine prochaine, ce sera toujours le même goût, la même consistance », assure-t-il.
Les employés, eux aussi, sont choyés selon le propriétaire, qui les considère comme des membres à part entière de l’entreprise familiale.
Bruno et Kate Lepage accompagnés d’un de leur fournisseur Daniel Poulin, de la ferme Don Poulin Potatoes à Azilda, au centre. Gracieuseté
« On voit nos employés comme une grande famille, donc on prend soin de prendre soin de famille interne et ça leur permet de donner un service exceptionnel à nos clients clés aussi », ajoute le père de famille qui se réjouit d’avoir une base solide de clients fidèles.
« La capitale des patates frites »
« Sturgeon Falls est la capitale des patates frites », affirme l’ex-mairesse de la ville Joanne Savage.
« C’est une tradition unique, ça fait partie de notre identité locale », juge Bruno Lepage. Le propriétaire avance que Sudbury et North Bay constituent un grand marché pour le restaurant. « Beaucoup de gens de Sudbury utilisent le stand comme prétexte pour venir faire une randonnée à Sturgeon. »
Avec quatre stands de patates frites pour une population de près de 7000 habitants, force est de constater que la ville est une destination de choix pour les amoureux de frites.
Bruno Lepage s’estime chanceux que son commerce n’a pas été tant affecté par la pandémie à l’instar de nombreux commerces ont dû mettre la clé sous la porte. Gracieuseté
« C’est réellement une situation unique de voir tous y réussir avec succès, chacun d’entre eux ont leur clientèle et attirent beaucoup de touristes dans la région », croit Mme Savage.
Bien que les stands utilisent un semblable savoir-faire, chacun a sa propre touche, explique le propriétaire qui explique que la différence se situe notamment au niveau du type de sauce utilisée.
Une saine concurrence
Malgré le fait que le RIV Chip Stand soit situé juste en face d’un autre stand très populaire, Larry’s Chips, la concurrence entre les deux établissements est loin d’être déloyale.
« On se connaît tous, des fois on s’entraide quand quelqu’un a besoin de quelque chose », lance-t-il avant d’ajouter avec humour : « On se regarde tous les jours, il vaut mieux travailler en accord. »
Larry’s Chips, ouvert depuis 1964, est, pour sa part, temporairement fermé suite à un incendie survenu le 14 mai dernier qui avait agité la communauté.
Patates frites, pogo, poutine, burger…Tous ont fait la renommée du stand. Gracieuseté
Quant au défi pour l’avenir? Maintenir la tradition du chip stand tout en restant au goût du jour.
Bruno Lepage ajoute qu’il souhaite également travailler sur la vente de ses pogos dans les commerces de la ville mais aussi à Sudbury où ceux-ci sont disponibles depuis mai de l’an passé au Valley Market de Hanmer, entre autres.
Le 50e anniversaire sera souligné avec plusieurs événements spéciaux au courant de l’année, comme des prélèvements de fonds effectués sur les ventes.
Bruno Lepage évoque la possibilité d’une activité de bienfaisance pour la banque alimentaire locale, Epilepsy North Bay ou le refuge local pour femmes, quelques-unes des causes que le couple soutient déjà via son commerce.
HAMILTON – Selon les résultats non officiels, c’est la candidate néo-démocrate Sarah Jama qui devient députée provinciale de Hamilton-Centre. Elle l’emporte largement sur ses neuf adversaires politiques, succédant dans cette circonscription à Andrea Horwath, l’ex-cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD).
Les résultats sont tombés après la fermeture des bureaux de vote ce jeudi soir, clôturant la course au siège d’Hamilton-Centre. Les suffrages publiés par Élections Ontario indiquent que la cofondatrice de Disability Justice Network of Ontario a considérablement devancé ses plus proches concurrents avec 54,28 % des votes, soit 9560 bulletins à son actif.
Elle devient donc la 31e députée du caucus néo-démocrate dirigé par Marit Stiles.
Suivent la candidate libérale Deirdre Pike (20,07 %), le progressiste-conservateur Pete Wiesner (15,52 %) et la représentante du Parti vert Lucia Iannantuono (6,93 %). Les six autres candidats ne sont pas parvenus à dépasser 1 % de vote. Les bulletins des 53 bureaux de vote ont été dépouillés et comptabilisés.
Au quartier général de la soirée postélectorale du NPD, au Sanford Hall de Hamilton, l’ambiance est à l’euphorie après cette victoire.
Sarah Jama, nouvelle députée provinciale NPD de Hamilton Centre. Crédit image : Sandra Padovani
Les réactions à chaud du NPD
Marit Stiles, cheffe du parti, qui était aux côtés de la nouvelle députée, a déclaré à ONFR+ sur place : « Hamilton-Centre a toujours été traditionnellement un bastion du NPD, mais nous ne prenons rien pour acquis. Les résultats de ce soir sont décisifs pour Hamilton-Centre qui a vraiment soutenu Sarah parce qu’elle est une vraie battante pour la communauté. »
Sarah Jama s’est quant à elle dite « enthousiaste et prête à me mettre au travail. Nous sommes restés sans représentation depuis quelques mois maintenant. Ce fut une victoire décisive. »
« Elle brise toutes sortes de barrières : elle va être la seule femme noire musulmane et à mobilité réduite » – Chris Glover, député
D’autres députés NPD étaient présents pour montrer leur soutien : « C’est vraiment formidable d’avoir une jeune personne élue, la première de mémoire d’homme à utiliser un fauteuil roulant à l’Assemblée législative. Elle brise toutes sortes de barrières : elle va être la seule femme noire musulmane et à mobilité réduite. C’est une pionnière », a réagi Chris Glover, député de Spadina-Fort York.
Tom Rakocevic, député de Humber River-Black Creek, a quant à lui déclaré : « Nous avons élu une dirigeante locale incroyable, elle apportera des changements à travers l’Ontario. Je me réjouis de l’accueillir à Queen’s Park. »
Un taux de participation très bas
Le taux de participation est cependant extrêmement bas : 21,97 % des électeurs se sont déplacés aux urnes pour cette élection partielle où 80 172 votants étaient inscrits. C’est presque deux fois moins qu’en 2022 au dernier scrutin (37,94 %). Le vote par anticipation affichait lui une tendance identique : 5,2 % (deux fois moins qu’en 2022 : 11 %)
D’ici quelques jours, le directeur du scrutin procèdera au comptage détaillé des bulletins de vote, incluant entre autres les votes blancs. Tous les résultats sont officieux tant que les résultats définitifs n’ont pas été publiés.
La circonscription est un château fort néo-démocrate depuis 1967. Le NPD y a toujours eu un siège, hormis à deux périodes, dans les années 1980, les libéraux y ayant raflé la mise avec les députés Davison et Munro.
L’ex-cheffe néo-démocrate Andrea Horwath avait quitté son siège qu’elle occupait depuis 2007, à la suite de la déconvenue de son parti aux dernières élections générales. Elle entamait son cinquième mandat avant de jeter l’éponge, comme cheffe, puis comme députée. Elle a ensuite remporté la mairie d’Hamilton à la faveur des élections municipales en octobre dernier, succédant à Fred Eisenberger.
Article écrit en collaboration avec Rudy Chabannes.
On termine la semaine de relâche et on commence celle de la francophonie. On continue d’offrir de belles activités à nos jeunes et on célèbre notre langue. Cette semaine, plusieurs événements mêlent les disciplines pour nous offrir une programmation culturelle variée. En plus de la Journée internationale de la Francophonie, le 20 mars souligne un deuxième thème… Découvrez-le en lisant nos suggestions d’activités.
Théâtre et contes
Immersion théâtrale dans un métier tenu pour acquis
Le Théâtre français de Toronto (TfT) se déplace dans les couloirs l’École secondaire catholique Saint-Frère-André pour la pièce In Situ intitulée Le concierge. Vincent Leblanc-Beaudoin se glisse dans la peau de ce travailleur essentiel auquel on accorde rarement notre attention. Une quinzaine de spectateurs à la fois suivront le personnage dans sa tournée de l’école, dans une ambiance à la fois intime et intrigante. Sans paroles, la pièce exploite ce lieu et le silence qui y règne une fois les élèves rentrés à la maison. Le public pourra donc interpréter à sa guise l’histoire de ce concierge particulier.
Dans Le concierge, une quinzaine de spectateurs suit le comédien Vincent Leblanc-Beaudoin à travers les couloirs d’une réelle école secondaire. Crédit image : Mathieu Taillardas
Jusqu’au 26 mars à l’école secondaire catholique Saint-Frère-André de Toronto. Places limitées. Billets disponibles sur lesite du TfT.
Intrusion dans l’univers de Marie-Thé Morin
De vendredi à dimanche, en plus de présenter la pièce Intrusions de Marie-Thé Morin, le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) stimulera les discussions autour du même thème. Intrusions est une traduction de Another Home Invasion de Joan MacLeod, finaliste aux Prix du Gouverneur général en 2009. Elle raconte l’histoire d’une dame en attente de transfert vers une résidence de personnes âgées, alors que la santé de son mari se détériore. Marie-Thé Morin est seule sur scène, incarnant cette octogénaire esseulée. L’histoire, réaliste et trop courante, touchera le spectateur droit au cœur.
La représentation de vendredi sera suivie d’une discussion avec Marie-Thé Morin et Geneviève Pilon, ex-directrice artistique du TNO et metteuse en scène d’Intrusions. Samedi, il y aura une heure du conte et des bricolages pour amuser les jeunes pendant que leurs parents assistent à la pièce. La Place des Arts du Grand Sudbury accueillera en même temps un diorama inspiré d’Intrusions, signé Gabriel Tsampalieros.
Des 5 à 7 sont aussi prévus avec l’équipe du TNO durant la fin de semaine. Finalement, le public est invité dimanche à « L’heure du thé avec Marie-Thé, » un atelier gratuit où l’autrice prolifique discutera de ses techniques d’écriture.
La pièce Intrusions aborde les thèmes de la solitude et du traitement de la société envers les personnes âgées, sans être dénuée d’humour. Crédit image : Marianne Duval, théâtre de la Vieille 17
De vendredi à dimanche à la Place des arts du Grand Sudbury. Billets pour les différentes activités sur le site web du TNO.
Journée de la francophonie… et du conte
En plus d’être la Journée internationale de la Francophonie, le 20 mars est aussi la Journée mondiale du Conte. Le Centre franco-ontarien de Folklore (CFOF) s’amuse de cette coïncidence dans une soirée virtuelle de contes, en marge des Rendez-vous de la francophonie. Les conteurs Amadou Ba, Joël Lauzon et Basile Dorion livreront des contes métis, canadiens-français et africains.
Les conteurs Joël Lauzon, Amadou Ba et Basile Dorion. Source : Centre franco-ontarien de folklore
20 mars à 19 h sur la plateforme Zoom. Gratuit, mais il faut s’inscrire pour recevoir le lien de la rencontre. Détails sur la page Facebook du CFOF.
Histoire
Danser l’Histoire des peuples déportés
Vendredi et samedi, le studio Azrieli du Centre national des arts (CNA) accueillera le spectacle BOW’T TRAIL Rétrospek de la chorégraphe-documentaliste Rhodnie Désir. Il s’agit de l’aboutissement d’une décennie de démarche artistique profonde. L’artiste raconte l’Histoire des peuples africains déportés dans différentes régions du monde.
En plus du Canada, ses recherches l’ont menée en Martinique, au Brésil, en Haïti, au Mexique et aux États-Unis. Entourée de deux maestros musiciens, Rhodnie Désir danse les rythmes et cultures dans un spectacle percutant qui lui a valu deux récompenses aux Prix de la danse de Montréal. Le jury avait souligné : « Son engagement est tel qu’il n’existe aucune séparation entre l’artistique et le politique. Elle incarne le corps politique. Elle est d’une intégrité sans compromis. »
BOW’T TRAIL est le titre d’un parcours artistique ayant donné lieu à plusieurs oeuvres et outils documentaires à travers les 10 dernières années. BOW’T TRAIL Rétrospek est la seule oeuvre actuellement en circulation. Crédit image : Kevin Calixte
BOW’T TRAIL Rétrospek, les 17 et 18 mars au studio Azrieli. Détails et billets sur le site web du CNA.
Raconter l’Est ontarien
L’historien Serge Dupuis lance « La francophonie de l’Est ontarien : une brève histoire » dans une activité organisée au Centre culturel le Chenail. Cet ouvrage promet de vulgariser l’Histoire afin qu’elle soit accessible au plus grand nombre de lecteurs. En plus de recevoir une copie du livre, les participants pourront alimenter leur réflexion lors d’une table ronde animée par le Franco-Ontarien Ghyslain Hotte.
En plus de l’auteur, divers intervenants discuteront en représentant les alliés de la francophonie, l’immigration et la jeunesse. Ce nouvel essai de Serge Dupuis est lancé dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de l’ACFO Pressott et Russell.
L’historien Serge Dupuis trace le portrait de 400 ans d’histoire francophone dans l’Est de l’Ontario dans un nouvel essai qui sera lancé le 23 mars, en partenariat avec l’ACFO Prescott et Russell. Gracieuseté.
23 mars à 17 h au Centre culturel le Chenail. Activités gratuites, mais il est encouragé de s’inscrire à l’avance.
Communauté
Des ateliers pour tous les goûts
À Alexandria, jusqu’à la fin du mois, le centre culturel Les Trois petits points propose une série d’ateliers artistiques variés pour les jeunes et moins jeunes. Cette semaine, les participants pourront se familiariser gratuitement avec les techniques de base de la sculpture en argile, du crochet ou du feutrage à l’aiguille. Ils apprendront les rudiments de l’écriture, d’abord réfléchie lors d’un atelier poétique, puis spontanée lors d’une initiation à l’improvisation théâtrale.
Le centre, récemment déménagé, inaugurera officiellement ses nouveaux locaux dans un 5 à 7 portes ouvertes le 20 mars. Ce sera l’occasion de célébrer la Journée internationale de la Francophonie et de remercier les bénévoles ainsi que la Fondation Trilium de l’Ontario pour leur collaboration.
Des participants à un atelier précédent au Centre communautaire Les Trois petits points. Crédit image : Shanna Steals.
Le Centre francophone Hamilton organise une soirée communautaire pour souligner le Mois de la Francophonie. L’activité se déroulera le 23 mars à la salle communautaire de la paroisse Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Au menu : buffet de lasagnes servies par un traiteur local et concert de la formation Damoizeaux. Le groupe de musiciens québécois s’est d’abord lancé dans le jazz manouche, mais mélange aujourd’hui différents styles dans une musique toujours vintage et colorée.
Les membres de Damoizeaux. De gauche à droite : Véronique Boucher (batterie), Mathieau Beaudet (guitare), Katerine Desrochers (voix), Vincent Quirion (basse) et Jean-Michel Bérubé (guitare). Source : Martin Flamand, Centre francophone Hamilton.
HAMILTON – C’est ce jeudi que les Hamiltoniens se rendent aux urnes pour élire le député provincial d’Hamilton-Centre qui succédera à l’ancienne leader du Nouveau Parti démocratique (NPD) Andrea Horwath, élue pour cinq mandats, avant de devenir mairesse de la ville en octobre dernier. Portrait des principaux candidats à la course.
Élections Ontario accueille aujourd’hui les électeurs admissibles n’ayant pas voté à l’avance dans l’un des 47 bureaux de vote réquisitionnés de 9h à 21h. Pour l’élection générale de 2022, 29 438 électeurs avaient voté dans cette circonscription.
Dix candidats se présentent à cette élection partielle. Parmi eux, la candidate du NPD Sarah Jama, qui pourrait s’imposer du fait d’un électorat majoritairement néo-démocrate depuis 1967. Il s’agit du premier scrutin provincial depuis la nomination de Marit Stiles à la tête du parti.
Sarah Jama dirige le Disability Justice Network of Ontario, qu’elle a co-fondé, œuvrant pour plus d’accessibilité en Ontario pour les personnes en situation de handicap. Une cause qui lui tient à cœur, elle qui pourrait devenir la première députée provinciale d’Hamilton Centre à mobilité réduite.
Elle souhaite avoir un impact au sein de la communauté par le biais de programmes de soutien, notamment pour les minorités, les BIPOC (les Noirs, les Autochtones et les personnes de couleur) et les personnes handicapées. Elle a fondé le Hamilton Encampment Support Network (HESN), un réseau de soutien à la communauté sans abri de Hamilton, ainsi que le Hamilton Transit Rider’s Union, qui vise à améliorer le réseau de transports en commun.
Le candidat de Parti progressiste-conservateur, Pete Wiesner, qui a derrière lui presque 30 ans de carrière dans les forces de l’ordre à Hamilton, supervise entre autres une unité policière d’intervention de crise qui vient en aide aux personnes confrontées à des problèmes de santé mentale et d’addiction aux substances.
La circonscription englobe le centre-ville et une portion de l’est de la ville. Source : Élections Ontario
L’un des chevaux de bataille de ce père de famille est la création d’opportunités d’emploi pour les jeunes à Hamilton. Il avait déclaré au Hamilton Spectator qu’il était temps de donner à Hamilton Centre « une voix au sein du gouvernement pour faire avancer les choses ».
Sa candidature est également soutenue par l’ancien maire libéral de Hamilton, et ancien député fédéral d’Hamilton-Est-Stoney Creek, Bob Bratina qui a déclaré qu’il était le plus à même de répondre aux besoins pressants de la ville : la sécurité des quartiers, la justice sociale, une économie dynamique pour les jeunes et le logement.
Deirdre Pike, la candidate du Parti libéral, pendant plus de 20 ans planificatrice sociale principale au Conseil de recherche et de planification sociale de Hamilton, a une longue expérience en travail communautaire et justice sociale à son actif.
Les causes qui l’animent sont les réponses à la pauvreté, à la sécurité alimentaire et à l’itinérance. Via sa société de conseil, elle dispense des formations sur l’inclusion et l’équité dans divers secteurs. Deirdre Pike est aussi consultante en justice et sensibilisation pour le diocèse anglican de Niagara.
Du côté du Parti vert, l’écologiste hamiltonienne Lucia Lannantuono, spécialisée en ingénierie électrique dans la fabrication et les énergies renouvelables, a rejoint les verts en 2022. Si elle était élue, elle représenterait un second siège pour le parti aux côtés de Mike Schreiner. Son programme met en avant la crise du logement, l’étalement urbain, la perte des terres agricoles et la pollution de l’air et de l’eau. Selon elle, le développement durable peut être un vecteur de l’économie, au service de la communauté.
THUNDER BAY – Le gouvernement de l’Ontario vient d’annoncer un investissement de 29 millions de dollars sur quatre ans envers la protection du caribou boréal. Ce montant servira notamment à financer la protection de l’habitat de cette espèce figurant parmi celles dont la survie est menacée.
« Le caribou boréal est un maillon essentiel des écosystèmes forestiers de tout le Canada et ici au Nord de l’Ontario », a laissé savoir Graydon Smith, ministre des Richesses naturelles et des Forêts.
La population boréale de caribou est estimée à environ 5000 individus en Ontario, une espèce qui est par ailleurs sur la liste des espèces menacées en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition.
S’agissant du plus grand investissement de la province envers la protection de l’espèce, celui-ci « appuiera des activités sur le terrain visant à restaurer, à protéger et à conserver l’habitat, notamment par le biais de la surveillance, des sciences et de la recherche », peut-on lire dans un communiqué.
Cette mesure s’ajoute à la mise en œuvre de l’entente de conservation du caribou boréal en Ontario, conclue entre le Canada et l’Ontario en 2022. Ce sont plus de 10 millions de dollars qui ont été investis dans cet Accord entre 2022 et 2023, dans le but de surveiller la population actuelle de l’espèce et anticiper de futures tendances à l’échelle des aires de répartition de l’animal dans la province.
D’autres initiatives provinciales telles que le Programme d’écologie des mammifères du Nord et le Programme d’intendance des espèces en péril ont vu le jour en 2018. Avec 3 millions de dollars injectés, le premier vise à déplacer les caribous d’un lieu à l’autre et le second à protéger et rétablir le caribou.
En Ontario ce sont quelque 140 parcs et réserves de conservation qui hébergent l’animal sur une surface de 11, 2 millions d’acres d’habitat.
Manque d’efficacité selon le ministre Guilbeault
Mais selon La Presse canadienne, le ministre fédéral de l’Environnement Steven Guilbeault aurait, dans une lettre adresséele 6 mars dernier au gouvernement ontarien, sermonné le manque d’efficacité de la province dans la protection du cervidé, une situation à laquelle pourrait remédier une ordonnance de protection en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
Steven Guilbeault, ministre fédéral de l’Environnement, considère que la province devrait faire plus afin de protéger l’habitat du caribou boréal. Archives ONFR+
Une telle ordonnance aurait des conséquences néfastes sur le milieu industriel du Nord, notamment pour le secteur forestier.
Parmi les plus inquiétées figurent les membres des Premières Nations, lesquelles ont fait part de leur appui envers l’investissement de l’Ontario mais aussi leur méfiance à l’encontre d’une ingérence du fédéral qui pourrait nuire à leur communauté.
Dans un communiqué de l’Association des municipalités du Nord Ouest (AMNO) paru ce mercredi, des chefs ont tenu à faire savoir qu’ils souhaitaient être inclus dans les négociations avec Ottawa.
« Nous applaudissons l’annonce d’aujourd’hui et attendons d’être consultés concernant la conservation du caribou. Nous informons le gouvernement fédéral que nous n’accepterons pas d’ingérence ou d’intervention », a lancé le Chef Paul Gladu, de la Nation Anishinaabek Neyaashi Bingwi.
De son côté, le maire Wendy Landry de Shuniah et président de l’AMNO indique qu’il suit de près la situation au Québec où c’est la conservation du caribou forestier qui est en jeu.
Alors que le médecin-hygiéniste en chef de la province a rendu public son rapport 2022 portant sur le plan préparatoire au vu des pandémies futures, un autre rapport sorti tout droit des tiroirs de Santé publique Ontario vient rappeler qu’on n’est toujours pas sorti de celle de la COVID-19. Pire que cela, la situation est plus funeste en 2022 qu’en 2021. Décryptage.
Trois ans tout juste après que l’Ontario ait déclaré l’état d’urgence sanitaire dans la province, le sujet ne fait plus la Une des journaux. Et pourtant, la COVID- 19 tue encore, et elle tue plus que jamais.
En effet, selon un rapport publié le 6 mars dernier par Santé publique Ontario et intitulé Comparaison des hospitalisations et des décès liés à la COVID-19 en 2022 et 2021, la province a enregistré 7 625 décès liés à la COVID-19, contre seulement 5 485 en 2021, soit une augmentation de 39 %.
Même constat concernant le taux d’hospitalisation qui, lui, a bondi de 31 % entre 2021 qui a enregistré 22 559 hospitalisations et 2022 qui en a connu 29 524.
« C’est vrai qu’on peut trouver cela contre-intuitif, parce qu’on a plutôt l’impression que ça va beaucoup mieux aujourd’hui, que l’on a récupéré notre vie normale d’avant la pandémie, et voilà qu’on a ce rapport qui nous dit que la situation est pire », confirme le Dr Santiago Perez Patrigeon, spécialiste des maladies infectieusesau Centre des sciences de la santé de Kingston.
Le docteur Santiago Perez Patrigeon est spécialiste des maladies infectieuses au Centre des sciences de la santé de Kingston. Archives ONFR+
Omicron, principal responsable, mais pas que…
Toutefois, d’après cet expert, il faut regarder ces données de plus près avant d’en tirer de quelconques hâtives conclusions.
« Si on regarde le graphique relatif aux taux d’hospitalisation et de décès, on s’aperçoit que la période qui tire à la hausse ces taux se situe essentiellement entre décembre 2021 et janvier 2022, ce qui correspond à l’énorme vague d’Omicron qui a fait exploser les hospitalisations et, par conséquent, les décès. C’est Omicron qui a changé la donne, c’était comme un retour en arrière à l’époque », explique-t-il.
En outre et au-delà du variant Omicron, l’autre facteur sous-jacent avancé par le Dr Patrigeon et qui participe à cette hausse significative des taux d’hospitalisation et de mortalité est imputable aux effets indirects et pervers des restrictions inhérentes à la COVID-19.
Source : Santé publique Ontario
« On a beaucoup de personnes avec des maladies chroniques qui ont attendu longtemps pendant la pandémie avant de recevoir des soins, soit parce qu’ils n’en avaient pas l’accès, soit parce qu’ils ne voulaient pas aller à l’hôpital parce qu’ils avaient peur. Ce qui fait qu’on se retrouve aujourd’hui avec des maladies chroniques qui ont empiré, puisque ces personnes s’étaient beaucoup fragilisées pendant la pandémie. Si on corrèle ce constat avec le fait que, pendant 2022, il y a eu beaucoup de cas de contamination dans les hôpitaux, ça peut expliquer, en partie, les données dans ce rapport », déchiffre le spécialiste.
Quatre fois plus de décès chez les jeunes
Une autre donnée qui suscite l’intérêt dans ce rapport réside dans le fait qu’il y a eu quatre fois plus de décès en 2022 chez les jeunes de moins de 20 ans qu’en 2021. En effet, ils étaient sept en 2021 à y avoir laissé la vie, contre 28 en 2022.
Le phénomène se reflète également dans les hospitalisations concernant cette tranche d’âge. En 2022, ils étaient 1 727 jeunes Ontariens de moins de 20 ans à avoir été admis à l’hôpital pour cause de COVID-19, alors qu’ils n’étaient que 556 en 2021, soit une hausse de 211 %.
Source : Santé publique Ontario
« Il n’y a plus de restriction de santé publique en 2022. Pratiquement plus personne ne porte de masque aujourd’hui, par exemple. La vaccination a également décéléré. Après la levée des restrictions, il y a eu une espèce de retour à la vie normale de façon un peu exagérée, les gens avaient envie de voyager, de se rencontrer, et cela concerne beaucoup les jeunes. D’ailleurs, la pandémie de la variole simienne qu’on a eue résultait directement de cette volonté absolue de revenir à la normale », élucide le spécialiste des maladies infectieuses.
Un futur meilleur
Quant à savoir si cette tendance va se poursuivre pour 2023, le Dr Patrigeon est plutôt confiant. Et pour cause, la vague Omicron est aujourd’hui derrière nous et, à y regarder de plus près, les courbes de la mortalité et d’hospitalisation se stabilisent à un niveau « acceptable », et cela sans aucune restriction, ce qui est plutôt bon signe pour les jours à venir.
« De plus, on le voit bien sur le graphique. En décembre 2022 et janvier 2023, on n’a pas eu cette poussée énorme survenue à la même période en 2021, ce qui est très rassurant. Le taux de positivité continue aussi de baisser d’après les données recueillies à partir des eaux usées », ajoute le docteur.
Pour rappel, selon Santé publique Ontario, les dernières données pour la semaine allant du 26 février au 4 mars 2023 indiquent 3 914 cas de contaminations, avec 255 hospitalisations et 34 décès, soit environ cinq morts par jour. Des chiffres « sous-évalués pour ce qui est de l’activité de la COVID-19 dans la province », comme on peut le lire sur le site de l’organisme, puisque « le dépistage ainsi que la gestion des cas, des contacts et des éclosions en Ontario ont été limités aux populations et milieux à risque élevé en janvier 2022 ».
À l’heure de la mise sous presse, le ministère de la Santé de l’Ontario n’avait pas donné suite à nos sollicitations.
TORONTO – Àl’aube du dépôt du budget de l’Ontario, le 23 mars prochain à Queen’s Park, les craintes montent au sein des organismes culturels francophones et anglophones suite à la révélation d’une possible coupe de 10 millions de dollars du financement du Conseil des arts de l’Ontario par le gouvernement. L’information de source institutionnelle interne s’est propagée et a eu l’effet d’une bombe dans le milieu artistique. Les organismes lancent des appels à l’action et certains députés se mobilisent.
Le Conseil des arts de l’Ontario (CAO), qui relève du ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport, fonctionne de manière indépendante et joue un rôle de premier plan en subventionnant la communauté artistique à but non lucratif, les individus, les organismes et les programmes artistiques.
Pour 2021-2022, son budget de subventions s’élevait à 56,4 millions de dollars investis dans 237 collectivités de la province par le biais de 2665 subventions à des artistes et de 1050 subventions à des organismes.
La semaine dernière, une source anonyme du milieu institutionnel aurait révélé que le gouvernement pourrait réduire le budget du CAO de 10 millions de dollars, et ce, à la firme de consultance connue dans le milieu des arts, PAA Conseils. Celle-ci a alors tiré la sonnette d’alarme auprès du Toronto Alliance for the Performing Arts (TAPA), communiquant à leur tour cette information dans le milieu culturel.
Les associations francophones réagissent
Ces rumeurs entendues par plusieurs organismes francophones soulèvent de nombreuses craintes, notamment que les arts francophones en soient directement affectés.
« De telles coupures auraient clairement un impact sur la capacité du Conseil des arts de l’Ontario à financer des artistes, des organismes, comme le TfT », explique Ghislain Caron, directeur administratif et codirecteur général du Théâtre français de Toronto (Tft).
« Actuellement, la section francophone du CAO est représentée par deux employées francophones. Notre crainte est aussi que ce service soit décapité et qu’un poste soit perdu, ne laissant plus qu’une seule agente en charge des dossiers francophones », poursuit-il.
« On parle de préserver des emplois, mais on attaque les budgets qui assurent la pérennité des acteurs culturels » – Lisa Breton
Yves Turbide, directeur général de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), redoute que leur budget ne soit coupé et descende en dessous de ce que l’association recevait en 2009-2010, soit il y a plus de dix ans.
L’Alliance culturelle de l’Ontario (ACO) se dit perplexe face à cette possible décision du gouvernement. Lisa Breton, coordonnatrice générale à l’ACO, rappelle que le secteur a déjà été très touché par la pandémie : « Les heures de travail ont été diminuées de 15 % par rapport à l’avant-pandémie. Pourquoi cette coupure? Cela touche les budgets opérationnels. On parle de préserver des emplois, mais on attaque les budgets qui assurent la pérennité des acteurs culturels. »
« La culture est un bon investissement pour l’économie. On demande à nos membres et aux organismes culturels de communiquer avec leurs députés régionaux », conclut-elle.
Un appel à l’action des organismes : des députés se mobilisent
Différents organismes ont lancé des appels à l’action, dont le TAPA ou encore Théâtre Action, demandant à ses membres d’entreprendre un travail de lobbying auprès de leurs députés pour évoquer l’intention du gouvernement de réduire le financement du Conseil des arts de l’Ontario dans le prochain budget qui sera déposé à l’Assemblée législative le 23 mars.
Suite à ces efforts, notamment à ceux du Théâtre français de Toronto, la députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jill Andrew (Toronto-St. Paul’s) a déjà évoqué ces coupures « possibles » à Queen’s Park et une autre députée néo-démocrate, Kristyn Wong-Tam (Toronto-Centre), y a prévu de lire la lettre de requête du TfT avant que le budget ne soit adopté, dans le but de faire pression et d’annuler les coupures du CAO.
C’est dans la même optique qu’a été lancée une pétition par Jill Andrew, rassemblant plus de 2000 signatures. Celle-ci demande à l’Assemblée législative de l’Ontario le maintien du budget du Conseil des arts de l’Ontario de 65 millions de dollars dans le budget provincial de 2023 et d’investir adéquatement dans le secteur des arts et de la culture.
« Le budget du CAO n’a pas suivi le taux d’inflation d’où une précarité des revenus des artistes » – Jill Andrew
Parmi les arguments avancés : « Le secteur des arts et de la culture contribue au produit intérieur brut de l’Ontario de 28,7 milliards de dollars et crée plus de 300 000 emplois. »
« L’impact des arts et de la culture est interministériel et touche l’éducation, la santé mentale et publique, les infrastructures, le tourisme et la création d’emploi. »
« Le budget du CAO n’a pas suivi le taux d’inflation d’où une précarité des revenus des artistes et des travailleurs culturels, dont certains gagnent moins de 25 000 $ par an », ajoute l’élue du NPD dans la pétition.
« La pandémie a affecté de façon disproportionnée le secteur des arts et de la scène et les groupes prioritaires définis par le CAO tels que les BIPOC (les Noirs, les Autochtones et personnes de couleur), les femmes, les personnes handicapées et les artistes LGBTQIA2S+. »
Au moment d’écrire ces lignes, ni le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport, ni le ministère des Finances n’ont donné suite à nos sollicitations médiatiques.
OTTAWA – Les employés fédéraux unilingues font face à de nombreux obstacles quant à leur apprentissage du français. Documentations désuètes, professeurs sans formation, objectifs d’apprentissages incertains. Manque de sérieux ou absence de contrôle… Faut-il reformer le mode d’apprentissage? En entrevue avec ONFR+, des enseignants francophones s’inquiètent du niveau de français des employés de la fonction publique.
Lorsque les employés du fédéral doivent respecter des exigences de bilinguisme, plusieurs cas de figure sont possibles. D’abord, si une personne veut intégrer la fonction publique, à un poste de cadre par exemple, le niveau de français est requis. Les offres d’emplois du gouvernement affichent donc des postes bilingues.
Ensuite, au sein même de la fonction publique, plusieurs raisons poussent les employés à suivre des cours de français. Pour évoluer dans leur carrière ou parce qu’un poste est réévalué, le français devient un prérequis.
Un fonctionnaire se verra ainsi offrir des cours de français payés par son employeur, sous le budget de son département, après la décision de son gestionnaire.
Lucian Harrington, un employé de la fonction publique, a commencé des leçons en 2018 à raison de trois heures de cours par semaine. Apprendre le français a été motivé par l’envie d’évoluer dans sa carrière, partage-t-il. « Pour l’instant, je suis dans un poste essentiellement anglophone. »
Pour le fonctionnaire fédéral, les cours de français offerts par le gouvernement ne permettent pas d’être bilingue. Archives ONFR+
Cet employé, qui utilise un nom d’emprunt et ne partagera pas son département au sein du gouvernement, explique qu’il y a « plus de postes bilingues disponibles que de postes uniquement anglophones ».
Plusieurs employés ou enseignants ont préféré ne pas être mentionnés dans cet article par peur de perdre leurs emplois ou contrats.
Les écoles de la liste « d’offre à commande »
Alexia Cucarella, formatrice sur le réseau pancanadien des Alliances françaises et qui forme les responsables pédagogiques pour la fonction publique, a constaté plusieurs problèmes au sein de l’apprentissage offert.
« Le premier, c’est que le gouvernement a délocalisé l’intégralité des cours dans des écoles et celles-ci n’appliquent pas de contrôle. Avant, c’était l’école de la fonction publique », rappelle-t-elle. « Ils donnaient les cours et faisaient appel à des écoles quand ils en avaient besoin. »
Aujourd’hui, ces écoles font partie d’une « liste d’offres à commande ». Mme Cucarella relève une forte concurrence dans ces écoles qui appliquent « des prix cassés, en payant très mal leurs professeurs, licenciés au moindre reproche ».
« On peut perdre nos élèves et contrats très facilement » – un enseignant
Sous couvert d’anonymat, un enseignant d’une de ces écoles confirme que la situation des professeurs dans ces écoles est très précaire. « On peut perdre nos élèves très facilement. S’ils ne sont pas satisfaits ou pour la moindre chose, ils vont se plaindre sans passer par nous, mais directement par leur gestionnaire. La résultante, c’est que nous perdons des contrats rémunérés. »
« Les enseignants sont dans une situation très inconfortable et ça affecte le progrès », ajoute le professeur. « Si je pouvais laisser ce domaine demain, je le ferais. »
Alexia Cucarella raconte justement que ces écoles contribuent à la précarité de l’immigration francophone. « Ce sont des professeurs payés au contrat, sans vacances payées ni assurance maladie. »
D’ailleurs, pour Mona Rochon, linguiste et professeure de français langue étrangère (FLE) à l’Alliance française d’Ottawa, « ces profs n’ont pas non plus de formation et on ne les outille pas ».
À l’Alliance française, une charte exige que tous les professeurs soient réellement enseignants. « Ils doivent avoir au moins un master en éducation ou des diplômes en rapport avec l’éducation », précise-t-elle.
Le manque d’assiduité et de sérieux des élèves est pointé du doigt. Mais aussi celui des écoles qui ne semblent pas contrôler l’apprentissage. Source : Canva
D’après Lucian Harrington, qui suit des cours dans l’un de ces établissements, « on n’apprend pas le français, on apprend à réussir le test. Et en même temps, la plupart des anglophones qui suivent une formation en français le font pour obtenir un avancement professionnel plutôt que d’aspirer à être bilingues. La formation en français offerte aux employés fédéraux varie considérablement et la qualité de l’enseignement est parfois discutable ».
Pour le fonctionnaire, les cours de français lui ont permis de conserver ses acquis. Par contre, « on ne sort pas de ces cours bilingues », assure-t-il.
« Je ne crois pas que mon français ait évolué. Apprendre le français est perçu comme un outil supplémentaire, mais si je pouvais parler français avec mes collègues francophones, je le ferais. »
Avant d’être à l’Alliance française, Alexia Cucarella travaillait dans l’une des écoles de « l’offre à commande ». Pour la formatrice, 95 % des écoles à Ottawa ont, dans leurs rangs, des professeurs sans formation.
« Ils suivent des documents que la fonction publique a créés en 2010 et qui ne sont plus à jour du tout. Ils suivent bêtement un programme. Il n’y a pas réellement d’apprentissage. En plus de ça, ce sont des millions de dollars qui partent dans ces écoles. »
Lucian Harrington soutient cette version, expliquant que ces écoles « t’apprennent le français pour recevoir le financement. Le gouvernement nous offre la possibilité d’apprendre, mais on ne sait pas à quoi cela va ressembler à la fin de la journée ».
Manque de sérieux et d’investissement
Si les écoles « de l’offre à commande » font partie du problème, le manque de sérieux de la part des élèves est aussi à pointer du doigt.
« De nombreux fonctionnaires sont obligés de venir en cours et ils viennent à reculons », constate Mme Cucarella.
À distinguer, cependant, des élèves voulant accéder à un poste de cadre. Pour Mme Rochon, qui les côtoie, « ceux qui doivent parler français deux fois par an au travail, c’est certain qu’ils ne sont pas motivés. Mais je ne pourrais pas dire que c’est la majorité dans mes classes. »
Mona Rochon, linguiste et ancienne de FLE à l’Alliance française d’Ottawa. Gracieuseté
« Est-ce que quelques étudiants ne prennent pas ça au sérieux? Oui », admet-elle, « Il y en a qui ne se présentent pas de façon systématique. On leur demande s’ils ont fait leur devoir et c’est tout juste s’ils disent que leur chien a mangé le devoir. »
Mme Cucarella pense que certains employés du gouvernement ne comprennent pas le niveau d’investissement qu’il faut pour apprendre une nouvelle langue.
« De nombreux allophones prennent seulement 20 heures de cours en pensant qu’après ils vont être bilingues et débarquent parfois un mois avant l’examen. »
L’enseignant anonyme, qui a commencé à donner des cours en 2017, pense que « pour la fonction publique, il s’agit d’une simple formalité. Du moment qu’on s’assure qu’un bon pourcentage de fonctionnaires réussissent l’examen, même s’ils ne font pas d’effort dans les couloirs du gouvernement pour utiliser leur français. »
« C’est simple, l’étudiant veut passer son examen pour avoir sa promotion ou garder son emploi », croit le professeur.
La dimension du Français général est très importante
« La dimension du français général est très importante. On ne peut pas apprendre à passer un examen à quelqu’un, s’il n’est pas capable de répondre à une question », affirme Mme Cucarella.
Pourtant, les enseignants à l’Alliance française n’ont pas le choix, ce sont des cours sur mesure qu’ils doivent offrir aux élèves. Les fonctionnaires apprennent un français dit français sur objectif. Cet apprentissage est basé sur le champ lexical du département dans lequel l’employé évolue.
L’Alliance française à Ottawa offre des cours de français aux employés de la fonction publique. Source : Facebook/ Alliance française
Un fonctionnaire au département des Finances n’aura pas le même langage à utiliser dans son travail que celui du département de la Défense.
Là encore, pour certaines divisions, les cours sont fabriqués au détail près. « On ne peut pas poser de question aux employés de la Défense puisque leur travail est confidentiel », explique Mme Cucarella.
Selon l’enseignant anonyme, « tout ça, ce n’est que la pointe de l’iceberg ».
Les six prochains chevaliers et chevalières de l’Ordre de la Pléiade ont été annoncés hier soir par la section ontarienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). Ce sont Denis Chartrand, Lauraine Côté, Claire Forcier, Ursule Rondot-Lebœuf, Donald Lemaire et Mark Power qui se méritent les honneurs de cette haute distinction.
Sélectionnés par un comité multipartite de parlementaires, ces six lauréats se sont différenciés par leurs contributions exceptionnelles envers la francophonie ontarienne.
La cérémonie d’investiture aura lieu le mardi 21 mars, au cours de laquelle la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Elizabeth Dowdeswell, ainsi que la députée et présidente déléguée de la Section de l’Ontario de l’APF Natalia Kusendova-Bashta remettront les médailles de l’Ordre de la Pléiade, Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures.
Hearst bien représentée
Pour le Nord, ce sont deux personnalités qui ont été choisies, Donald Lemaire et Claire Forcier.
M. Lemaire est bien connu de la commune de 5000 habitants, puisqu’on lui doit en partie la création de la Fondation de l’Université de Hearst dont il a été élu président par le conseil d’administration depuis 2004. Il a également été impliqué au Rotary Club de Hearst pendant une vingtaine d’années et fut conseiller scolaire de 1976 à 1985, entres autres.
Donald Lemaire. Crédit image : Caroline Leclerc
De son côté, Claire Forcier siège au comité des parents et grands-parents de l’École Passeport Jeunesse du Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario. Elle est aussi membre du conseil d’administration de l’Intégration communautaire et du comité d’accessibilité de la Hearst, mais également correctrice bénévole pour le journal communautaire Le Nord.
Claire Forcier. Source : Journal Le Nord
Des Ottaviens issus de l’éducation et de la justice
Membre du conseil d’administration de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) depuis 2011 et en assurant la présidence depuis octobre 2021, Denis M. Chartrand est l’une des deux personnes récompensées du côté de la capitale fédérale. Il est également le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario, et membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des conseils et commissions scolaires.
Denis Chartrand. Archives ONFR+
Mark Power est un avocat franco-ontarien installé à Ottawa et qui a à cœur la défense des francophonies minoritaires. En 2002, il devient auxiliaire juridique du juge Michel Bastarache à la Cour suprême du Canada et fonde, en 2014, son propre cabinet Juristes Power.
En 2018, il est nommé parmi les 10 personnalités les plus influentes de la francophonie canadienne pour la deuxième année consécutive et reçoit le Prix Bastarache-Charron, décerné chaque année pour souligner le travail d’un membre de la communauté juridique francophone par l’Université d’Ottawa.
Mark Power. Archives ONFR+
Les dames du Sud
Pour le Sud, ce sont Lauraine Côté de Mississauga et la défunte Ursule Rondot-Lebœuf de Pointe-aux-Roches qui se voient remettre l’Ordre.
Lauraine Côté est la directrice générale du Centre communautaire et culturel Le Cercle de l’Amitié qui vient de fêter ses 50 ans d’existence.
Lauraine Côté. Crédit image : Rudy Chabannes
Quant à Ursule Rondot- Lebœuf, c’est à titre posthume qu’elle reçoit cette reconnaissance, suite à son décès en septembre dernier.
Celle qu’on appelait « tante Ursule » a été la fondatrice du Club de l’âge d’or et du Centre culturel communautaire Saint-Cyr dont elle a été la présidente de 1973 à 2016. Enseignante de profession, elle a aussi fondé, en 1968, la section de l’Annonciation de la Fédération des femmes canadiennes-françaises, et a participé à la lutte pour l’obtention de la première école secondaire francophone dans la région de Windsor.
Elle a en outre joué un rôle prépondérant dans la création du Festival de la moisson francophone et de la Chorale du tricentenaire du Sud-Ouest.
Ursule Lebœuf. Archives ONFR+
La Pléiade, Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures, est une initiative de l’APF qui a vu le jour en 1976. Elle est destinée à reconnaître les mérites des personnalités qui ont contribué à l’épanouissement de la langue française en Ontario.
L’exploration de nouvelles villes canadiennes lancée par le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, pour accueillir plus de demandeurs d’asile en provenance du chemin Roxham, au Québec, trouve un écho favorable parmi les acteurs de l’immigration francophone en Ontario qui ne veulent plus connaître le chaos de Niagara Falls, Cornwall ou Windsor. Mais il faudra mieux inclure les communautés, convaincre les élus locaux et surtout trouver des solutions créatives de logement.
« Avoir des villes additionnelles va nous aider », estime d’emblée France Vaillancourt. La directrice du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara, un organisme en première ligne dans cette crise. 3 000 demandeurs d’asile occupent des chambres d’hôtel à Niagara Falls, dont environ 160 francophones.
« Si on veut que cela réussisse avec d’autres villes, il faut en revanche que la communauté se rallie pour répondre à cette urgence humanitaire et qu’il y est un véritable plan d’action, car c’est ce qui nous a manqué au Niagara », nuance-t-elle. « On a été surpris au départ pour s’organiser, et on ne s’attendait pas à ce que ça dure aussi longtemps. »
Alors que le sentiment anti-Roxham s’amplifie au Québec – des partis politiques réclamant la fermeture du passage controversé –, en Ontario au contraire, la perspective de faire venir de futurs travailleurs est perçue comme une aubaine, en pleine pénurie de main-d’œuvre, particulièrement francophone.
France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton/Niagara. Crédit image : Rudy Chabannes
Depuis le début des transferts organisés en autobus par le ministère fédéral Immigration, Réfugiés et Citoyenneté CanadaI (IRCC), ce sont d’ailleurs les organisations francophones qui se montrent les plus agiles dans la prise en charge des nouveaux arrivants.
« Nos petites organisations ont les moyens de bouger plus rapidement que nos partenaires anglophones. Ce n’est pas une surprise qu’on soit à la hauteur », justifie Daniel Giroux, président du Collège Boréal, un des principaux acteurs de l’intégration socio-économique des immigrants dans la province, via ses formations et centres d’emploi.
Logements insuffisants, services sociaux débordés
Dès lors, chacun espère que ces nouveaux arrivants de langue française, une fois régularisés, resteront à terme en Ontario. Mais tout n’est pas si simple.
D’abord parce que des maires se montrent réticents à l’idée d’en accueillir après les expériences vécues à Niagara Falls et Cornwall. Certains n’hésitent plus à émettre publiquement des réserves à l’approche de la saison touristique et des besoins en chambres d’hôtel qu’elle implique.
Ensuite, parce que se pose le problème du manque de logement abordable et de ressources pour les structures d’aide. « Ce qu’on vit depuis de début de l’année démontre qu’il y a une capacité très limitée pour absorber tous ces gens », observe Didier Marotte.
Didier Marotte, directeur général du Centre communautaire francophone de Windsor-Essex-Kent. Crédit image : Rudy Chabannes
Celui qui est directeur général du Carrefour communautaire francophone de Windsor et du Centre communautaire francophone de Windsor-Essex-Kent décrit « des familles placées dans des chambres 24 heures sur 24, sept jours sur sept, avec les enfants qui courent dans les couloirs. Ce n’est pas une solution ».
Sur les 720 personnes transférées dans trois hôtels de Windsor, une quarantaine serait francophone. « Nous n’avons tout simplement pas de logement à des prix raisonnables pour eux et les services sociaux comme Ontario Works sont débordés, faute de ressources humaines suffisantes. Quand on résout un problème, on en crée bien souvent un autre. »
Aucun recensement linguistique en amont
D’autres critiquent la lourdeur du processus administratif d’immigration qui n’est pas propice à un traitement assez rapide pour endiguer un mouvement migratoire aussi soudain. « Les démarches vont à leur rythme, c’est-à-dire pas suffisamment vite, et les familles sont coincées avec leurs enfants dans des hôtels archi pleins. C’est vraiment très pénible », dépeint Fété Kimpiobi pour qui désengorger Niagara Falls devient pressant.
La directrice générale de SOFIFRAN, un organisme à but non lucratif qui offre des services sociaux, économiques et culturels aux femmes et familles immigrantes francophones du Niagara, explique qu’elle reçoit régulièrement de nouveaux arrivants à son bureau et que la première chose qu’elle leur apprend, face à la lenteur du processus d’immigration, est la patience.
« On les aide à trouver un appartement, une école pour leurs enfants, en attendant leur papier brun puis leur permis de travail, mais ils affrontent tellement de difficultés en même temps. Sans compter que leur pécule ne leur permet pas de se loger, se nourrir, s’habiller, vu les prix », rapporte-t-elle.
Des leaders de terrain aimeraient que, pour faciliter les choses, IRCC identifie avant leur transfert la langue des demandeurs d’asile afin de l’aiguiller plus directement vers les services en français ceux qui en ont besoin. « C’est un problème de longue date et il y a encore beaucoup de chemin à faire là-dessus », rappelle M. Marotte.
Au-delà du gouvernement fédéral, l’ajout de villes d’accueil doit susciter aussi une plus forte implication des autres paliers de gouvernement, croient plusieurs intervenants. « Ça doit venir de partout », clame M. Giroux, en prévision d’une nouvelle vague de demandeurs d’asile.
Un apport francophone qui serait bénéfique à l’économie locale
« On aimerait beaucoup les garder, d’autant qu’il y aura des emplois en masse pour eux, une fois qu’ils auront reçu un permis de travail, mais le problème est le logement abordable. J’espère que les autres villes vont y penser », ajoute M. Marotte. Il n’est pas le seul à estimer que les prochaines destinations retenues par IRCC devront faire preuve de créativité et de solidarité pour trouver un toit.
« Plus les communautés sont petites en Ontario et plus il y a ce désir d’accueillir des francophones pour contrecarrer le déclin démographique, mais moins il y a d’hôtels et d’infrastructure pour y répondre », résume une bénévole du Sud-Ouest ontarien.
Alain Dobi, directeur du RIFCSO. Crédit image : Rudy Chabannes
« Ce qu’on apprécie c’est qu’IRCC a reconnu que c’était chaotique, notamment à Niagara Falls, et que maintenant le ministère va solliciter, consulter les communautés pour savoir lesquelles sont prêtes à recevoir des demandeurs d’asile », recontextualise Alain Dobi, directeur du Réseau de soutien Immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.
« On espère que des communautés vont se porter volontaires et obtenir l’accompagnement nécessaire d’IRCC pour bien desservir ces personnes. »
« Si le gouvernement fédéral signe des ententes avec les autres villes, on peut s’attendre à une approche plus stratégique et concertée », abonde Mme Vaillancourt.
« On va avoir des mois devant nous encore très problématiques et je ne vois pas de solution à court terme », campe M. Marotte. « On va tout faire pour les aider, leur trouver un toit, des vêtements et intégrer les enfants dans nos écoles le plus rapidement possible. C’est un commencement de stabilité et de réhabilitation dans la société. »
Depuis 1994, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) organise les Jeux franco-ontariens. C’est le point de rencontre de centaines de jeunes élèves des écoles secondaires francophones en Ontario. Bien plus qu’un simple rassemblement, c’est la croisée des francophonies, diverses et plurielles. En 2023, la FESFO a pris la décision de mettre en pause le retour des Jeux franco-ontariens pour la quatrième année consécutive. À la place a lieu une tournée provinciale dans les écoles durant l’hiver et au printemps.
Les Jeux franco-ontariens sont la promesse de retrouvailles, surtout après trois années de pandémie. C’est aussi la rencontre de cette francophonie ontarienne qui se parle et se comprend. Mais en 2023, ils n’auront, une fois de plus, pas lieu. La FESFO en a fait part dans sa programmation 2022-2023, expliquant que « suite au processus de consultation, les membres ont le souhait que la FESFO soit plus présente au niveau local ».
Les tournées prévues dans les écoles permettraient à la FESFO « d’animer directement dans les écoles et, surtout, d’offrir une animation par et pour les jeunes ».
Mélina Leroux, directrice générale de la FESFO, rappelle que l’absence des Jeux n’est que temporaire. « Pour notre première année de retour en présentiel, faire des jeux, ça n’avait pas beaucoup de sens. On a préféré miser sur une tournée provinciale. »
Mélina Leroux, directrice générale de la FESFO. Gracieuseté
« On a réalisé qu’il fallait qu’on reconnecte avec les jeunes, puisque la pandémie nous a éloignés. C’est ce que la tournée devrait nous apporter dans les écoles », pense la directrice.
Christine Dallaire, chercheure en développement communautaire et identitaire à travers le sport et les jeux à l’Université d’Ottawa, soutient l’organisme jeunesse. « Il vaut mieux que la FESFO révise ce rassemblement et qu’il revienne avec un succès retentissant », croit-elle.
« Les Jeux sont une super belle formule, le sport reste une activité populaire. Il faut appuyer les talents en les valorisant : ça, c’est original. »
Les derniers Jeux franco-ontariens avaient eu lieu en 2019. Comme le palier secondaire va de la 9e à la 12e année, la dernière vague de participants est entrée à l’université en 2023, il n’y a donc aucun élève au sein des écoles secondaires qui a une expérience dans ces jeux.
Un grand rassemblement de la jeunesse
« C’était quelque chose d’unique », se rappelle Lydia Philippe, ancienne élève du Collège catholique Mer bleue à Orléans et présidente de la FESFO en 2018.
« La première fois où j’ai participé aux Jeux, j’étais éblouie par le nombre d’accents que nous pouvions avoir en tant que Franco-Ontariens. »
Lydia Philippe était présidente de la FESFO en 2018. Gracieuseté
La jeune adulte se remémore l’impact de cet événement sur elle. Elle explique notamment qu’avant de participer aux Jeux, elle n’avait pas pleinement conscience de la diversité de la francophonie en Ontario. « J’ai formé des amitiés avec des personnes hors de mon école et j’ai appris de leurs réalités. »
« Je comprends et je respecte que la FESFO ne relance pas les Jeux cette année. C’était un gros événement. J’espère que l’année prochaine, ils pourront aller chercher plus de gens. Ce qui faisait aussi la beauté de ces jeux, c’était qu’il y avait beaucoup de partage de savoirs et d’expériences. »
« Nous ne sommes pas juste francophones parce que nous sommes dans des écoles francophones » – Fiona Labonté
Karelle Sikapi, présidente de la FESFO en 2019 et ancienne de l’École secondaire Ronald-Marion, à Pickering, a participé aux derniers Jeux franco-ontariens.
D’après la jeune fille, pour certains, c’était la seule opportunité de parler français hors de l’école. « C’est un événement majeur et si on demande aux élèves, ils diront que c’était l’événement de l’année. »
Fiona Labonté, ancienne élève de l’École secondaire publique L’Héritage à Cornwall et présidente de la FESFO en 2020, se rappelle que c’est durant sa première participation aux Jeux en 2019, que l’envie de s’impliquer à la FESFO est apparue.
« Je pense que les Jeux sont importants pour les jeunes qui veulent s’engager dans la francophonie. Ils ne sont pas poussés à le faire. »
Fiona Labonté était présidente de la FESFO en 2020. Gracieuseté
« C’est aussi important, parce que c’est là qu’on se rend compte que le français n’est pas juste une langue d’instruction. Nous ne sommes pas juste francophones parce que nous sommes dans des écoles francophones. »
Pour l’ancienne présidente qui a pris son poste en plein cœur de la pandémie, les Jeux franco-ontariens étaient une opportunité de pratiquer la langue dans un milieu extrascolaire. « C’est encourageant quand on comprend que c’est une langue qui nous appartient. »
Une occasion de revoir le format
« C’est clair que ce week-end est un moment d’émotion important et qui a une portée à long terme pour les jeunes », admet la professeure Christine Dallaire, « mais au bout du compte, il y a très peu de gens qui y participent. Ça ne va pas chercher la proportion de jeunes que les Jeux de l’Acadie vont chercher ».
« Quand on pense au renforcement de l’identité franco-ontarienne, ce n’est pas seulement un week-end qui fait la différence », ajoute-t-elle.
Et de nuancer tout de même, que « les Jeux franco-ontariens ont un impact chez les jeunes qui n’ont pas d’occasion de parler en français au quotidien. »
« On fait du développement sportif, mais surtout du développement personnel » – Christine Dallaire
Pour l’experte, cette pause prolongée serait une opportunité pour la FESFO de revoir la formule des Jeux. Celle qui a assisté en février aux Jeux d’hiver de l’Arctique en Alberta explique que les jeunes ont démontré un vif intérêt au fait de se rassembler.
« Les Jeux franco-ontariens, les Jeux de l’Acadie, les Jeux de l’Arctique sont avant tout des rassemblements. Le sport dans ces activités-là, c’est aussi une excuse. On fait du développement sportif, mais surtout du développement personnel. »
Karelle Sikapi était présidente de la FESFO en 2019. Gracieuseté
Karelle Sikapi pense que les Jeux franco-ontariens doivent être cohérents avec l’époque. « C’est sûr que les jeunes sont différents depuis la pandémie. L’ambiance, l’atmosphère a changé au secondaire. Il y a un avant et un après pandémie, c’est pourquoi c’est toujours important de se rassembler. »
Ce que soutient Fiona Labonté : « Avec la pandémie, l’expérience secondaire est totalement changée. La FESFO va devoir peut-être changer le déroulement des Jeux. Les jeunes ne sont plus les mêmes, ils ont vécu quelque chose de traumatisant. »
Enfin, la directrice générale de la FESFO, Mélina Leroux, admet que l’organisme se replace « tranquillement pas vite » dans la sphère publique, depuis la fin de la pandémie.
« Cela nous a permis de faire une planification stratégique et de constater qu’avec l’augmentation des frais, une réflexion supplémentaire s’impose, notamment avec ce qui doit être virtuel ou en présentiel. »
Christine Dallaire est chercheure à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté
Entre 500 et 700 élèves participaient chaque année à cet événement.
Pour Mme Dallaire, « les organismes qui travaillent avec les jeunes ont de la difficulté après la pandémie. On n’a pas de jeunes qui connaissent nos activités et on n’a pas la relève non plus. »
KAPUSKASING – Autrice incontournable du Nord, Hélène Koscielniak accumule les prix et reconnaissances pour sa prolifique œuvre littéraire débutée après une carrière de 36 ans en éducation. Son septième roman, Mégane et Mathis, a reçu le Prix Alain-Thomas au 30e Salon du livre de Toronto, la semaine passée.
« Vous avez livré votre premier roman jeunesse avec Mégane et Mathis.Pourquoi ce changement de genre?
Il y a plusieurs choses. D’abord, je voulais un nouveau défi parce que ça faisait quand même sept romans pour adultes que j’écrivais. Et je voulais avoir quelque chose de différent dans le sens que, au niveau des dialogues, je devais choisir un vocabulaire propre aux adolescents. Chaque chapitre devait aussi être plus court, le déroulement de l’histoire plus rapide. L’autre chose, c’est que je choisis toujours un thème dont on parle beaucoup dans les nouvelles parce que je suis une mordue de ça.
L’anorexie en l’occurrence. Est-ce un sujet qui vous touche?
Ce n’est pas personnellement quelque chose que j’ai vécu, mais on en parlait beaucoup et c’était un sujet à exploiter pour les adolescents. Les garçons en souffrent aussi, mais dans les statistiques beaucoup de jeunes filles sont en prise avec cette terrible maladie. Je voulais vraiment en parler. Et j’avais rencontré une personne qui ne souffrait pas nécessairement d’une anorexie extrême, mais, quand même, qui avait connu de la vie avec ça et ça m’avait frappée. C’est là que j’ai commencé à faire des recherches pour mon livre Mégane et Mathis.
Hélène Koscielniak récompensée du Prix Alain-Thomas au 30e Salon du livre de Toronto le 2 mars. Gracieuseté
Que retenez-vous de votre longue carrière en éducation?
Dans mon temps, entre guillemets, on avait trois choix : être infirmière, secrétaire ou enseignante. C’est drôle à dire, mais j’ai choisi l’enseignement parce qu’il y avait moins d’années d’études et je suis tombée dans l’enseignement par mégarde ou par chance, devrais-je dire, parce que j’ai adoré enseigner. J’étais tellement heureuse dans ma profession. Si j’avais à recommencer, je ne choisirais pas autre chose que l’enseignement. J’aimais beaucoup les jeunes! J’ai toujours enseigné au niveau de septième et huitième année, donc tous les 13 et 14 ans. Honnêtement, parfois, je trouvais mes week-ends longs. Je sais qu’il y a des gens qui vont avoir de la misère à croire ça, mais c’est la vérité.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’écriture?
Alors ça vient de loin. Quand nous avons déménagé de Fauquier à Kapuskasing, j’avais huit ans et l’enseignante de quatrième année à ce moment-là nous avait dit : ‘’Cette année, les amis, vous allez être obligés de lire cinq gros livres’’. Sur le coup j’ai dit ‘’Mon Dieu, c’est un gros livre, je n’ai jamais vu ça’’. Et le premier que j’ai eu, j’ai tellement aimé l’écriture que depuis j’ai toujours un livre qui m’attend quelque part. Et ça m’a donné tellement de plaisir que je me suis dit qu’un jour, je vais écrire pour, moi aussi, donner ce plaisir à d’autres.
Les clivages générationnels semblent être un thème récurrent de votre œuvre comme dans votre roman Génération Sandwich. Y voyez-vous un enjeu central de notre époque?
Je crois qu’un écrivain, en tout cas ceux que je connais, pige, trouve ses idées et représente ses valeurs, ce qu’il a vécu comme personne. Rendue à mon âge, quand je décide d’exploiter un thème, c’est sûr que je le conçois à partir de mes yeux de personnage. Même si, dans mon cœur, je ne me trouve pas âgée, c’est quand même ce que je suis au niveau des émotions, des idées, des valeurs. Donc ça, ça transparaît dans mon écriture.
Hélène Koscielniak à l’Université Howard de Washington DC pour présenter son livre Marraine. Gracieuseté
Votre livre Marraine a connu un grand succès et obtenu plusieurs récompenses, comment l’avez-vous vécu sachant que c’était votre tout premier livre?
Marraine a été jusqu’à présent – peut-être ça va toujours rester – le livre qui m’a fait connaître comme auteur. Ça a représenté une expérience extraordinaire. Je ne connaissais absolument rien du processus de publication de roman : ça a été tout un apprentissage. J’ai commencé à l’écrire parce que, moi-même, j’avais parrainé un enfant, donc je pouvais au moins aller chercher dans mon expérience les faits réels de ce que ça peut être le parrainage d’antan. Et quand j’ai commencé à écrire mon livre, encore là, j’ai fait beaucoup de recherche. Ça, c’est sûr que, même si mes histoires sont fictives, je veux toujours que le fond de mon histoire soit basé sur des faits réels. Alors je suis tombée sur un site web basé à Montréal.
C’était un homme qui s’appelle Pérard Joseph, qui a publié de façon assez régulière un bulletin de nouvelles au sujet des braceros, ces Haïtiens qui travaillent en République dominicaine dans des champs de canne à sucre. Dans le temps, ils travaillaient vraiment comme des esclaves, même si je suis sûre que ça n’a pas changé. Et cet homme-là, je l’appelais de temps en temps pour lui poser des questions pour savoir si c’était vraiment comme ça et comment ça fonctionnait. Il m’a demandé un jour pourquoi je lui posais toutes ces questions. Alors je lui ai dit que j’étais en train d’écrire un livre à ce sujet-là et que je lui enverrais une copie si j’étais publiée.
Hélène Koscielniak devant une librairie haïtienne de Miami pour présenter son livre Marraine. Gracieuseté
Et c’est bel et bien arrivé. Qu’en a-t-il pensé?
Je ne m’attendais même pas d’être publiée! La maison d’édition L’Interligne a accepté de publier mon livre, et je lui ai effectivement envoyé une copie et, à partir de là, ça a été incroyable. Il m’a invitée pour présenter mon livre, à Miami, Boston, Washington, New York et plein d’autres villes américaines où il y a une forte population haïtienne. Il voyait mon livre comme un outil pour sensibiliser les gens à la situation. J’ai vendu tellement de livres qu’on a été obligés de faire une deuxième édition. Quand j’en parle là, je me dis que ça ne peut pas être arrivé, que j’ai dû rêver. Après ça, il s’est passé tellement de choses…Vraiment, l’écriture a complètement changé ma vie.
Vous êtes une des rares auteures francophones à être restée dans le Nord. En quoi cela influence-t-il votre littérature?
Quand j’ai commencé à écrire, je me suis fait la promesse que, par mes romans, je ferai connaître notre région. Donc souvent dans mes livres, je vais parler de la forêt boréale, de hockey, de neige… parce que j’ai toujours vécu dans le Nord. J’adore demeurer ici. J’aime la nature, les sports et je voulais nous faire connaître, montrer à ceux qui lisent mes livres que la vie ici est intéressante. C’est plaisant, paisible.
Hélène Koscielniak a été invitée à la Journée de la francophonie de Kapuskasing en 2018 pour parler de ses livres et encourager les jeunes à lire des livres en français. Gracieuseté
Qu’est-ce qui, selon vous, caractérise la vague actuelle des arts dans le Nord ontarien?
Il semble y avoir au Québec une grosse poussée pour valoriser le français, et nécessairement ça nous influence aussi. Puis je trouve qu’au Québec, la culture est pour eux tellement importante que ça commence à déteindre chez nous. À Sudbury, avec la nouvelle Place des Arts, avec des personnes comme Jean Marc Dalpé qui poussent la chose, avec le théâtre aussi, la culture de chez nous est bien vivante.
Quel est votre livre préféré parmi les vôtres?
Franchement, je les aime tous, mais pour des raisons différentes. C’est sûr que Marraine, mon premier, m’a lancée. Après, j’ai écrit la suite parce que les gens qui avaient lu Marraine me disaient chaque fois : ‘’Tu ne peux pas nous laisser comme ça, on veut avoir une suite’’. Alors là, j’ai écrit Filleul et, nécessairement, le filleul, je l’ai fait venir à Kapuskasing. À ce moment-là, on parlait beaucoup des autochtones. Puis lui avait dit qu’au Canada, la vie, c’était comme être au ciel. Tout était beau, tout était bien. Mais quand il devient ami avec un petit autochtone puis qu’il se rend dans une réserve, il trouve qu’on lui a peut-être menti. Le parallèle entre la vie des autochtones et celle des braceros en Haïti a beaucoup plu au public.
L’auteure était au Salon du livre de Montréal en 2012 pour présenter son livre Filleul. Gracieuseté
Quel est votre prochain projet littéraire?
J’ai décidé d’écrire, et commencé d’ailleurs, une collection de nouvelles, parce qu’il y a beaucoup de monde qui ont beaucoup aimé On n’sait jamais à quoi s’attendre. Parfois, les gens sont pressés, ils ont beaucoup de choses à faire et, au lieu de commencer un roman, avant de se coucher, ils préfèrent lire une nouvelle. Alors j’ai regardé autour de moi. J’ai essayé de voir les choses qui se passent dans la vie des gens.
Je peux déjà dire qu’une chose qui m’intéresse, c’est la question de la chirurgie bariatrique. Je connais beaucoup de gens qui sont passés à travers ça. La question de l’autisme aussi, on en parle beaucoup, surtout au niveau de l’aide financière du gouvernement. J’ai quand même rencontré beaucoup de mamans qui ont des petits enfants autistes, puis je voulais savoir ce qu’est la vie de tous les jours, ce qu’on vit avec un enfant autiste.
Un fait insolite sur Hélène Koscielniak?
Je suis mordue de propreté et je suis hyperactive! »
LES DATES-CLÉS DE HÉLÈNE KOSCIELNIAK
1949 : Naissance à Fauquier.
1968 : Devient enseignante à l’école Jacques-Cartier de Kapuskasing.
2009 : Prix de littérature éclairée du Nord pour son premier roman Marrainequi paraît la même année.
2018 : Prix littéraire des enseignants de français de l’Association québécoise des professeurs de français et Prix Littérature éclairée du Nord pour son roman On n’sait jamais à quoi s’attendre.
2023 : Remporte le Prix Alain-Thomas pour son roman Mégane et Mathis.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.
[CHRONIQUE]
Pendant que le débat fait rage en Acadie alors qu’une pétition de plus de 1000 noms, signée par des personnalités acadiennes, continue de circuler afin de faire changer le nom de l’Université de Moncton, le temps ne serait-il pas venu de s’interroger en Ontario français sur la place du nom de Hearst dans notre toponymie?
La toponymie est une discipline linguistique qui étudie les toponymes, c’est-à-dire les noms propres désignant un lieu. Elle se propose de rechercher leur ancienneté, leur signification, leur étymologie, leur évolution, leurs rapports avec la langue parlée courante ou avec des langues disparues.
Cet outil de commémoration patrimonial permet d’inscrire dans la durée et sur le territoire des noms de personnes d’importances ou des événements historiques. Les cas de figures les plus connus de toponymie publique sont les noms des localités, immeubles, rues et parcs qui nous entourent.
La toponymie de langue française en Ontario est quant à elle un exemple manifeste de l’enracinement profond de la communauté franco-ontarienne. Elle témoigne de notre présence historique sur le territoire et de notre existence.
S’intéressant à la toponymie francophone de sa province, le professeur fransaskois Carol Jean Léonard indique dans ses textes qu’en plus de répondre à une simple nécessité de localisation, la toponymie en situation linguistique minoritaire au Canada « revêt un attribut complémentaire : elle constitue un référentiel appropriable, une source d’identisation et d’identification ».
Hearst, la ville, est un bastion de la francophonie ontarienne. Une sorte de village gaulois. Ironiquement, la ville qui fut connue à ses origines sous le nom de Grant et qui a célébré son centième anniversaire de fondation l’an dernier commémore la mémoire d’un champion du Règlement 17, Sir William Hearst (1864-1941).
Un nom associé à la crise du Règlement 17
Peut-être moins connu que certaines autres figure de son époque pour les Franco-Ontariens, Sir William Hearst était tout de même membre du cabinet ontarien qui adopta le Règlement 17 en Ontario, le 25 juin 1912. Ce Règlement, faut-il le rappeler, limitait sérieusement l’enseignement en français dans les écoles de la province et à toute fin pratique avait pour but ultime d’enrayer la langue de Champlain dans la province la plus populeuse du Canada.
Les grandes lignes de ce mythe fondateur franco-ontarien sont plutôt bien connues : sous l’égide d’une élite laïque et religieuse, les Franco-Ontariens montèrent aux barricades (parfois munies des épingles à chapeaux de leurs mères) et défendirent, même par l’entremise de la désobéissance civile, le droit à leur éducation de langue française.
Sir William Hearst (1864-1941), vers 1930. Source : Archives publiques de l’Ontario
Dans l’adversité de cette lutte épique émergeront quelques-uns de premiers héros franco-ontariens depuis l’époque de la Nouvelle-France : Napoléon-Antoine Belcourt, Charles Charlebois, Samuel Genest, Jeanne Lajoie ou encore les sœurs Béatrice et Diane Desloges. Ils ont tous eu, à partir des années 1970, des écoles secondaires de langue française en Ontario nommées en leur honneur. Signe que leur dévouement envers la cause franco-ontarienne ne fut pas oublié.
Mais au début du siècle, le Règlement 17 instigué par le gouvernement en Ontario, a donné du fil à retorde pendant 15 ans à la communauté qui dû lutter pour sa survie. L’assimilation, le décrochage scolaire et les conflits linguistiques qu’il engendra auront eu à la longue des effets négatifs sur l’Ontario français. Parmi les plus ardents défenseurs du Règlement 17, Sir William Hearst figure au premier rang.
Une crise linguistique d’ampleur nationale
Sir William Hearst devient premier ministre de l’Ontario en succédant à Sir James Whitney, décédé en fonction, le 25 septembre 1914. Ce dernier l’avait nommé en 1911 ministre des Richesses naturelles. Les Franco-Ontariens, qui espéraient qu’un changement à la tête du gouvernement engendrerait une mise au rancard le Règlement 17, déchantèrent vite.
Loin d’abolir le Règlement 17, le politicien redoubla d’efforts, montant d’un cran l’intensité du conflit scolaire qui finit par dégénérer violemment. Sous son gouvernement, la crise du Règlement 17 prit les proportions d’une crise linguistique nationale qui attira les regards de partout au Canada.
Dès avril 1915, visiblement agacé par la résistance et la ténacité des Franco-Ontariens contre le Règlement 17, le nouveau premier ministre déclare ironiquement à l’Assemblée législative de l’Ontario que « si les Canadiens français avaient toujours agi avec le même esprit de modération que les membres de la Législative durant cette discussion, peut-être que les choses seraient beaucoup mieux ».
Coupure du 7 janvier 1916extraite du quotidien Le Droit, Source : Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française
La réplique ne se fera pas attendre et dans son éditorial du 6 avril 1915 le quotidien Le Droit (fondé deux ans plus tôt dans la foulée des efforts de résistance franco-ontarienne au Règlement 17) y va d’une réplique cinglante contre le premier ministre Hearst.
« Cette déclaration vaut de passer à l’histoire, elle montre le politicien retord rejetant sur ses victimes la cause des erreurs politiques qu’il commet, elle dévoile la campagne de mensonges, de calomnies et de lâchetés menée contre les écoles bilingues depuis cinq ou six ans […] Monsieur Hearst savait très bien qu’il faussait la vérité en prononçant ces paroles. »
Loin d’en rester là, c’est le gouvernement qui, la même année, destitua illégalement de leurs fonctions les conseillers scolaires démocratiquement élus de la Commission des écoles séparées d’Ottawa qui n’appliquait pas le Règlement 17 et les remplace unilatéralement par trois nouveaux commissaires scolaires chargés de l’enforcer.
Refusant de se plier au Règlement 17, la « Petite commission » nommée par Hearst congédiera (même si elles étaient dûment qualifiées) les sœurs Béatrice et Diane Desloges, institutrices à l’École Guigues, dans la basse-ville d’Ottawa.
Pendant tout l’automne, les sœurs Desloges continuèrent tant bien que mal à enseigner en français clandestinement dans des locaux de fortune dans la basse-ville d’Ottawa. Au début de l’année 1916, la communauté est exaspérée devant cette situation intenable. Le 4 janvier 1916, un groupe formé de 120 parents (70 mères et 50 pères) reprend d’assaut l’École Guigues afin de permettre aux sœurs Desloges de retourner y enseigner en français.
Une confrontation avec la police entrée dans la légende
Les parents montent la garde mais le 7 janvier 1916 sous l’ordre du gouvernement de Sir William Hearst, 30 policiers d’Ottawa escortent un représentant du gouvernement provincial à l’École Guigues pour tenter de fermer l’école et empêcher les sœurs Desloges d’y rester.
La confrontation qui s’ensuit entre les parents et la police rentrera dans la légende et sera connue sous le nom de la Bataille des épingles à chapeaux. Des mères francophones armées de divers articles ménagers comme des rouleaux à pâtisserie, des casseroles en fonte et de leurs fameuses épingles à chapeau bloquent la voie à la police et aux représentants du gouvernement. La bataille à l’École Guigues, soldée par le retrait du gouvernement, offrira une première et importante victoire morale et symbolique aux Franco-Ontariens.
Néanmoins, par la fin du mois de janvier, ils sont plus de 3000 élèves à manifester dans les rues d’Ottawa pour réclamer l’abolition du Règlement 17. Loin de se résorber sous le gouvernement de Sir William Hearst, la crise du Règlement 17 prendra une ampleur inégalée.
L’ancienne École Guigues, 2022. Crédit image : Diego Elizondo
En juin 1916, son ministre de l’Instruction publique déclarera que « le gouvernement ontarien est fermement décidé à maintenir le Règlement 17 et qu’il prendra les mesures nécessaires ». En 1917, une émeute éclate à Ford City, en banlieue de Windsor alors que des paroissiens de langue française tentent en vain de bloquer l’accès à leur église pour empêcher un nouveau clerc, considéré comme un partisan du Règlement 17, d’occuper ses fonctions. Le conflit entraîne neuf arrestations et fait dix blessés.
L’année suivante (un an avant de perdre le pouvoir aux élections provinciales) et malgré l’opposition constante, les recours judiciaires, la pression des élus fédéraux et du Québec, la bataille des épingles à chapeaux et les confrontations violentes entre les Franco-Ontariens et les autorités, Sir William Hearst réitère sa confiance dans le Règlement 17.
Par voie de communiqué, il déclare : « Tant que je serai premier ministre, la politique que le Règlement 17 a été adoptée pour être établi et mise en vigueur restera la politique du gouvernement d’Ontario. » Jusqu’à la fin, Sir William Hearst restera un farouche partisan du Règlement 17.
Rappelons que ce n’est qu’en 2016, le gouvernement de l’Ontario présentera des excuses officielles à la communauté franco-ontarienne pour les torts qui lui ont été causés par le Règlement 17, resté en vigueur jusqu’en 1927.
Hearst dans la toponymie franco-ontarienne
Outre la ville bien connue dans le Nord de l’Ontario, le nom de Hearst est également perpétué de nos jours par une université de langue française (la deuxième qui fut officiellement créée en Ontario) et une école secondaire également de langue française. Son nom s’est intégré avec le temps dans la toponymie franco-ontarienne et se fond, sans remise en question, dans le quotidien.
Dans la ville, une plaque bilingue de la Fiducie du patrimoine ontarien rend hommage à la présence française à Hearst : « Les Canadiens français commencèrent à s’établir à Hearst en 1912 durant la construction du Chemin de fer National transcontinental […] Au fil des ans, la communauté francophone de Hearst – jadis une minorité – finit par représenter 89 % de la population, les francophones assumant des rôles de chef de file dans les domaines culturel, économique et politique.
Des institutions comme l’Église catholique et l’Université de Hearst, fondée en 1953, jouèrent un rôle important dans l’éducation des Franco-Ontariens et au sein de la société franco-ontarienne. » Hearst : un nom ironique ou dépassé pour la toponymie franco-ontarienne d’aujourd’hui?
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
OTTAWA – Le gouvernement fédéral cherche à identifier d’autres communautés en Ontario qui seraient prêtes à accueillir des demandeurs d’asile qui passent par le chemin Roxham.
En date du 13 février, ce sont près de 5557 migrants irréguliers qui ont été envoyés vers l’Ontario, principalement à Cornwall et à Niagara Falls. La municipalité de Cornwall se dit délaissée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). La Nouvelle-Écosse a reçu 134 de ces demandeurs d’asile tandis que le Nouveau-Brunswick en a accueilli 57.
C’est depuis cet été que le gouvernement fédéral envoie ces migrants du chemin Roxham vers d’autres provinces, mais c’est seulement dans les dernières semaines que le tout s’est accéléré. Le gouvernement Legault a révélé que le fédéral avait pris la décision de soulager Québec en envoyant ces migrants dans d’autres provinces, mais l’Ontario est celle qui est la plus sollicitée. En plus de Cornwall et Niagara Falls, Ottawa a accueilli 702 demandeurs d’asile alors que ce nombre est de 618 pour Windsor.
En conférence de presse vendredi, le ministre de l’Immigration Sean Fraser a dit « chercher à identifier » d’autres villes d’accueil.
« Nous allons travailler avec les communautés pour identifier celles qui peuvent avoir une capacité d’accueil, celles qui ont des employeurs qui recherchent des travailleurs pour combler des emplois clés dans leur économie, celles qui ont une capacité dans le secteur du logement », a-t-il affirmé depuis Halifax, en compagnie de ses homologues provinciaux de l’Atlantique.
Pour le moment, le ministre Fraser n’a pas donné d’indication au sujet de ces villes ou communautés potentielles.
« Nous identifierons des communautés supplémentaires et je ne vous ai pas encore donné une liste exhaustive, mais je m’attends à ce que la liste des communautés qui accueillent des personnes s’allonge au-delà de celles qui ont déjà des demandeurs d’asile dans leur communauté aujourd’hui. »
Cette recherche de communautés sera aussi effectuée de manière à ce « qu’on ne fasse pas ressentir plus les impacts d’une communauté ou d’une autre ».
Des négociations avec les États-Unis
Le gouvernement Trudeau ne cache pas qu’il veut renégocier l’Entente sur les pays tiers sûrs. Celle-ci permet aux migrants de présenter une demande d’asile s’ils évitent un point d’entrée officiel, ce qui n’est pas le cas du chemin Roxham. Sean Fraser était de passage à Washington, plus tôt cette semaine, pour rencontrer son homologue américain, le secrétaire à la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas. Indiquant vouloir garder la nature de la conversation confidentielle, le ministre canadien n’a pas répondu à savoir si les Américains étaient prêts eux aussi à renégocier.
« C’était une discussion excellente et productive autour de l’Entente sur les pays tiers sûrs pour s’assurer que nous gérons la frontière de manière appropriée, mais aussi pour nous attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière », avait résumé M. Fraser mercredi devant les journalistes.
Le passage de Joe Biden au Canada pourrait donner lieu à de nouveaux développements dans le dossier du chemin Roxham. Crédit image : (c) Adam Schultz / Biden for President
Même si son gouvernement conclut une entente avec les Américains, le problème ne prendra pas fin, avertit le ministre.
SUDBURY – Le Sudburois Mathieu Cousineau a conçu un jeu de société au mécanisme pour le moins original. Ayant recueilli près de 22 000 dollars grâce à une campagne de sociofinancement, ce Franco-Ontarien espère commercialiser son jeu dès le mois d’août prochain.
Alors que certains ont choisi l’introspection ou la découverte de nouveaux passe-temps, Mathieu Cousineau, a pour sa part choisi de se lancer tête baissée dans la création d’un jeu de société.
Il raconte avoir toujours aimé les jeux de société, mais s’y être intéressé encore plus avec la pandémie durant laquelle il a commencé à amasser une belle collection.
Mais c’est lorsqu’un de ses amis lui a proposé de travailler sur son jeu qu’il a décidé que le jeune homme originaire de la communauté d’Azilda pourrait à son tour tenter l’aventure.
« Je réfléchissais tout le temps à comment je pouvais changer les règles et inventer des scénarios puis je suis rapidement devenu obsédé par ça », dit-il.
Avec l’aide de cet ami, il décide de commencer la conception de son jeu, Kuipernium, qui prendra quelque deux années de labeur. La partie la plus difficile a été celle consacrée au test du jeu, afin de vérifier que toutes les combinaisons fonctionnent.
Un scénario digne d’un film
Le soleil meurt. Pour sauver notre planète d’une proche apocalypse, deux équipes sont envoyées en mission spatiale au niveau de la Ceinture de Kuiper. Il s’agit de la zone, réelle, de notre système solaire s’étendant au-delà de l’orbite de Neptune.
Ils partent à la recherche du fictif Kuipernium, un matériau puissant qui pourrait s’avérer la solution pour sauver l’Humanité.
« Il n’y a aucun jeu où, lorsque tu joues, ça peut avantager ton adversaire » – Mathieu Cousineau
Le crochet du jeu qui se joue à deux, explique Mathieu Cousineau, est que chaque carte présente un avantage pour soi et son adversaire. Il faut donc faire preuve d’une certaine ruse pour déjouer l’autre joueur.
Questionné à savoir si le jeu pouvait être comparé à un autre existant, l’inventeur affirme que le mécanisme de celui-ci est véritablement unique : « Il n’y a aucun jeu où lorsque tu joues, ça peut avantager ton adversaire. C’est vraiment cette idée qui m’a inspirée à le créer. »
Les jeux de société ont connu un regain d’intérêt durant la pandémie. Gracieuseté
Présenté comme simple à comprendre, ce jeu est accessible à partir de l’âge de 10 ans et dure environ 40 minutes. Si le jeu ne pourra être bilingue, en raison de fonds limités, une traduction en français sera disponible sur internet assure le jeune père de famille.
Une bonne réponse du public
Financer la création d’un jeu de société n’est pas chose facile lorsque l’on débute et qu’on a un budget serré. Heureusement, la magie du net a opéré. C’est grâce à la plateforme de sociofinancement Kickstarter, très populaire pour les jeux de société, que Mathieu Cousineau a pu recueillir une bonne partie des fonds pour lancer son projet.
« On visait un minimum de 8 000 $, mais on a reçu 22 414 $ à date, c’est vraiment génial », confie-t-il. La plupart des dons viennent d’étrangers et curieux qui ont souhaité appuyer le projet : « Ça nous fait vraiment chaud au cœur que ces gens veuillent nous aider. »
Mathieu Cousineau a fait appel à une firme pour soigner le marketing et le design du jeu. Gracieuseté
Le rêve? Obtenir jusqu’à 40 000 $, un objectif qu’il veut atteindre d’ici le 22 mars prochain, date à laquelle prendra fin la campagne de sociofinancement.
Les personnes choisissant de faire un don d’au moins 65 $ pourront recevoir un exemplaire gratuit du jeu à leur domicile.
Des critiques positives du milieu du jeu
La réception des influenceurs est elle aussi très positive, plusieurs vidéos et sites internet montrent des avis indépendants sur le jeu qui sont tous très élogieux.
« On aurait pu les payer, mais je voulais vraiment des opinions objectives pour savoir réellement ce que les gens en pensent », assure-t-il.
Plusieurs magasins de la ville du nickel et du reste de l’Ontario se sont montrés très enthousiastes à l’idée de commander des copies du jeu selon M. Cousineau.
Mathieu Cousineau produire et rendre disponibles 1500 copies du jeu d’ici le mois d’août dans le scénario idéal, ou en octobre le cas échéant.
Celui qui gagne sa vie comme urgentiste n’exclut pas l’idée d’aller plus loin dans l’univers de la création. « Le but c’est de nous occuper et de s’amuser, puis de créer des choses pour que les autres puissent s’amuser aussi, mais si les choses vont vraiment bien, peut-être que ça deviendra plus que ça », finit-il
TORONTO – Journaliste de formation et de profession, Carl Bouchard est un ancien employé de Radio-Canada et TFO qui a fait le saut dans la fonction publique ministérielle en 2014, au sein du ministère des Affaires francophones (MAFO). Le départ inattendu de la commissaire Kelly Burke met dans la lumière ce fonctionnaire déjà rodé aux défis de la communauté.
Diplômé en journalisme de l’Université d’Ottawa, M. Bouchard a débuté sa carrière comme réalisateur associé dans la capitale, avant de mettre le cap sur Toronto, officiant d’abord à TFO de 2005 à 2006, au sein l’émission d’affaires publiques Panorama.
Ce natif d’Alma (dans la région québécoise de Saguenay-Lac-Saint-Jean) a poursuivi sa carrière à CBC-Radio-Canada, de 2006 à 2014, collaborant notamment à la matinale Y’a pas deux matins pareils, mais aussi à Au-delà de la 401, ou encore Les arts et les autres. Il a connu à cette époque la perte de l’antenne régionale de Windsor, réduisant l’information du Sud-Ouest à une portion congrue de 15 minutes dans le bulletin de Toronto.
« Ça a été un moment controversé », se remémore-t-il en entrevue avec ONFR+. « J’ai vécu beaucoup de changements dans ma vie. Mon mot d’ordre a toujours été d’être agile, flexible, de s’adapter aux situations et de continuer à progresser, surtout en milieu médiatique où l’instabilité est chose commune. Cela m’a bien préparé pour ce qui est maintenant devant moi. »
En 2014, l’homme de média se tourne vers la fonction publique provinciale, un virage à 180 degrés? « Non », conçoit-il. « J’ai eu envie de contribuer encore plus à façonner la francophonie de l’Ontario. Œuvrer dans les politiques publiques et les lois qui encadrent les droits linguistiques me semblait donc une avenue naturelle à suivre pour mettre en avant toute la richesse francophone de l’Ontario. J’ai adoré faire ça comme journaliste et continuer au ministère était le moyen de mettre les mains davantage dans la pâte. »
Dans les coulisses des 400 ans de l’Ontario français
Après un passage éclair comme chef de service au MAFO, il est nommé directeur en charge des politiques et services, au moment où le ministère vient de recevoir le mandat d’assurer les 400 ans de présence francophone en Ontario.
« J’ai contribué à la livraison de ce projet assez monumental qui a réuni l’ensemble des ministres canadiens responsables des affaires francophones », confie-t-il à propos d’un « moment très intéressant qui a permis d’avoir une visibilité nationale, une occasion de faire la promotion de l’histoire francophone de la province ».
Durant six ans, sa tâche est alors de développer des législations et des politiques « en travaillant à l’horizontal avec les autres ministères » afin d’améliorer les services en français en Ontario. M. Bouchard mène de concert les négociations de plusieurs ententes de financement et de collaboration fédérales, provinciales et territoriales.
« Il a joué un rôle clé dans l’élaboration de recommandations visant à améliorer l’offre de services en français » – Ombudsman de l’Ontario
« Ça consistait à faire des consultations, donner des directions, prodiguer les conseils, influencer les ministères pour s’assurer d’une mise en œuvre au bénéfice de la communauté, ce qui nécessitait de la curiosité, une capacité de comprendre les enjeux ainsi que des connaissances dans beaucoup de domaines, que ce soit la santé, les services sociaux et communautaires. »
Son arrivée au sein de l’unité des services en français remonte à février 2020. Il est alors nommé directeur des opérations, dans un contexte de bouleversement du Commissariat passé sous la coupe de l’ombudsman, une conséquence des coupes du Jeudi noir de l’Ontario français.
« Il a joué un rôle clé dans l’élaboration de recommandations visant à améliorer l’offre de services en français en Ontario, y compris dans les rapports annuels et dans notre enquête de 2022 sur les coupes à la programmation en français par l’Université Laurentienne », affirme le bureau de l’ombudsman.
Deux priorités : la planification gouvernementale et La Laurentienne
Le départ surprise de Kelly Burke le place maintenant en première ligne. « Bien qu’en poste de façon intérimaire, je m’assurerai de continuer à œuvrer avec intégrité, avec humilité et avec ouverture pour améliorer l’offre de services en français en Ontario, comme je l’ai fait depuis que je me suis joint au Bureau de l’Ombudsman de l’Ontario en février 2020 », indique-t-il.
Il devra assurer une certaine stabilité mais aussi la continuité de la protection des droits linguistiques. « Je sais qu’on devra continuer d’avoir des résultats concrets pour les francophones jusqu’à ce qu’une nouvelle personne arrive », est-il conscient.
« À plus long terme on y verra plus clair mais pour l’instant j’ai tous les outils qu’il faut pour assumer mon rôle », estime celui qui assurera la double tâche de commissaire intérimaire et de directeur.
« Beaucoup de progrès a été fait. Il ne faut pas imaginer que les choses se font comme ça » – Carl Bouchard
Il devra par exemple entre autres veiller de près à l’application des précédentes recommandations formulées par la commissaire Burke. Sur 11 recommandations, seules deux ont été mises en oeuvre pour le moment.
« Beaucoup de progrès a été fait. Il ne faut pas imaginer que les choses se font comme ça. Ça suggère des changements en profondeur », relativise-t-il en prenant l’exemple de la modernisation de la Loi sur les services en français qui rend les ministres imputables de l’application de la Loi, avec des exigences de planification et de performances.
Une autre priorité, plus immédiate, concerne l’Université Laurentienne : « À la fin du mois, on produira une mise à jour de notre rapport et sur la mise en œuvre des recommandations émises l’an dernier à la suite des coupes dans la programmation de langue française. Un an après, ce deuxième rapport donnera une idée des progrès réalisés par La Laurentienne. »
Pas de retard dans la livraison malgré ce brusque changement
M. Bouchard écarte l’idée d’un quelconque retard de suivi dans les dossiers. « L’unité des services en français, c’est une équipe avec des gens qui travaillent au quotidien, répondent aux appels et s’assurent de trouver des solutions. Nos enquêtes se poursuivent aussi pour comprendre les enjeux plus complexes. »
« Si éventuellement on doit en faire plus, on en fera plus », affirme-t-il, « mais on continue de rencontrer nos obligations. Je m’attends à ce que notre rapport sur La Laurentienne soit livré à la fin du mois et à ce que, d’ici la fin de l’année, on ait produit notre rapport annuel, comme la Loi exige qu’on le fasse ».
Son agenda est déjà garni : dans les prochaines semaines, il prévoit de rencontrer une trentaine d’organismes, ainsi que des francophones pour les inciter à partager leurs défis. « J’espère que les gens vont être confiants dans le travail que j’ai accompli jusqu’ici et que je vais continuer d’accomplir », glisse-t-il.
Conscient de la surprise et de l’incertitude qu’a suscité le départ de Mme Burke, il admet que « les périodes de transitions sont toujours des périodes où les gens se sentent vulnérables et veulent être rassurés. C’est la raison pour laquelle je vous parle aujourd’hui et que je vais m’assurer de répondre aux questions des gens. Que l’ensemble de la population se sente à l’aise de communiquer avec moi ».
OTTAWA – Le président américain Joe Biden sera de passage à Ottawa pour s’adresser au Parlement dans le cadre d’une visite au Canada les 23 et 24 mars prochains. Il s’agit de sa première visite officielle au Canada depuis son élection en 2021.
C’est ce qui a été annoncé jeudi après-midi par la Maison-Blanche et le bureau du premier ministre Justin Trudeau. Le président américain sera aussi accompagné de sa femme, Jill Biden.
Les enjeux de la défense et de la sécurité, de l’action climatique et de l’immigration ainsi que la guerre en Ukraine seront parmi les sujets que discuteront les deux chefs d’État. Par communiqué, Justin Trudeau s’est dit « impatient d’accueillir le président Biden au Canada ».
« Le Canada et les États-Unis sont des alliés, des voisins et, par-dessus tout, des amis. Face à l’incertitude mondiale, nous continuerons de travailler ensemble en vue de défendre notre continent et nos valeurs communes, de créer plus de possibilités pour les gens et les entreprises des deux côtés de la frontière, et de bâtir des économies solides en tant que fournisseurs fiables au moment où nous nous dirigeons vers un monde carboneutre », a-t-il déclaré.
Les deux dirigeants prévoient aussi de discuter de la défense continentale et de la crise actuelle à Haïti en plus de renforcer les liens entre les deux pays voisins, notamment dans le cadre de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique. Leur dernière rencontre remonte au début de l’année lors du Sommet des leaders nord-américains à Mexico.
Le dernier président à avoir effectué une visite officielle était Barack Obama en juin 2016. L’ancien président américain Donald Trump n’avait pas fait de visite officielle au Canada pendant son séjour à la Maison-Blanche, mais il était venu brièvement au sommet du G7 à Charlevoix, au Québec, en 2018.
Chemin Roxham
Dans son communiqué, la Maison-Blanche, via sa secrétaire de presse Karine Jean-Pierre, déclare que Joe Biden et son homologue « discuteront également d’une collaboration renforcée ainsi que de la migration irrégulière et des déplacements forcés dans toute la région ». Le dossier de l’immigration risque de revenir à l’avant-plan alors que le gouvernement Trudeau veut renégocier l’Entente des tiers pays sûrs, notamment en raison du chemin Roxham.
Ce passage irrégulier à la frontière canado-américaine au Québec a eu des retombées en Ontario dans les dernières semaines. Face au cri du cœur de Québec qui demandait aux autres provinces de prendre en charge ces demandeurs d’asile, le gouvernement fédéral a envoyé près de 5557 migrants en Ontario selon les chiffres les plus récents du gouvernement. Le chef de l’opposition Pierre Poilievre appelait notamment le premier ministre à fermer le passage irrégulier.
Plus tôt cette semaine, le ministre de l’Immigration Sean Fraser s’est rendu à Washington pour rencontrer son homologue américain, le secrétaire à la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas. Les deux politiciens ont eu « une discussion positive » sur l’enjeu de renégocier l’Entente des tiers pays sûrs, a indiqué Sean Fraser. Le ministre n’a pas voulu préciser non plus si les Américains étaient prêts à renégocier leur accord, ajoutant toutefois qu’il ne fallait pas s’attendre à un développement majeur prochainement.
« À court terme, notre objectif est de nous assurer que nous soutenons les personnes qui arrivent et que nous les traitons avec dignité et respect. Et à moyen terme, continuer à travailler avec les États-Unis pour renforcer l’accord sur les pays plus sûrs et relever les défis à long terme autour de la migration irrégulière en renforçant les capacités en Amérique du Sud et centrales », a-t-il affirmé mercredi aux journalistes avant la période des questions.
TIMMINS – Le Centre culturel La Ronde perd sa directrice générale, Lisa Bertrand, à quelques mois de la fin prévue des travaux de rénovation du nouveau bâtiment. Celle-ci en a fait l’annonce hier soir, justifiant vouloir passer plus de temps avec sa famille.
C’est lors d’un souper spectacle soulignant la journée des droits des femmes le 8 mars que celle qui dirige le Centre depuis cinq ans a fait l’annonce de son départ.
« C’est une décision que j’ai prise pour moi et ma famille », a-t-elle lancé avec émotion au courant d’un direct Facebook au courant de la soirée. « Je vais m’impliquer peut-être d’une différente façon », a-t-elle aussi précisé, ajoutant qu’elle fait toujours partie de la famille de La Ronde.
Elle a tenu à remercier la communauté francophone de Timmins tout en évoquant le projet de réouverture du nouveau site du Centre en construction depuis juillet passé : « On n’oublie pas qu’on va avoir un nouveau Centre et on a tellement hâte de faire rayonner la francophonie à Timmins une fois qu’on est réunis sous le même toit. »
Native de Timmins, Mme Bertrand a reçu le prix d’employée de l’année 2020 durant le gala de fermeture de Contact Ontarois. Cette ancienne animatrice culturelle à London a vécu 13 ans dans le sud de la province avant de revenir à Timmins et prendre la direction du centre culturel en 2018.
Elle quittera ses fonctions le 15 mars prochain, son remplacement n’étant pour le moment pas connu.
En rappel, le Centre avait dû être démoli en 2018 en raison d’un incendie criminel ayant eu lieu trois ans plus tôt. La date de sa réouverture reste un mystère. Initialement prévue pour ce printemps, celle-ci devrait plutôt avoir lieu au courant de l’été.
« Tu vas nous manquer énormément. Merci pour ton dévouement », pouvait-on lire dans un commentaire Facebook de Michelle Bélanger-Vien, trésorière du conseil d’administration du Centre.
De son côté, le directeur général de l’Alliance de la francophonie de Timmins, Sylvin Lacroix parle d’une « grande perte pour la francophonie de Timmins » et salue ses engagements envers le centre et ses lourds efforts pour sa programmation.
« Bon succès Lisa avec tes plans de l’avenir! Tu es une femme dévouée pour notre communauté! » commente Lise Groulx, habitante de Timmins.
TORONTO – La Coalition ontarienne de la santé (Ontario Health Coalition – OHC) a dévoilé aujourd’hui une analyse du projet de loi 60 de 2023 dénonçant l’existence de vices cachés avec l’extension du recours aux cliniques privées dans le système de santé, notamment une dérèglementation des professionnels de la santé, permettant l’embauche de personnel non qualifié.
Natalie Mehra, directrice exécutive de l’OHC, et France Gélinas, députée de Nickel Belt, porte-parole en santé du Nouveau Parti démocratique, ont tenu ce jeudi une conférence de presse à Queen’s Park sur le projet de loi 60 de 2023 : « Concernant votre santé ».
Parmi les principales ruptures mises en avant, par rapport à la précédente législation, une section permettrait au gouvernement de nommer comme directeur (ou directeurs) une personne (ou une société) qui n’est pas un employé du ministère de la Santé et ayant la main mise sur l’extension de la privatisation.
La députée France Gélinas en conférence de presse à Queen’s Park. Source : Assemblée législative de l’Ontario
Le rapport met également en avant la dérèglementation du personnel de soins de santé, dont les médecins et le personnel infirmier, dans les cliniques privées et dans le système de santé en général, permettant l’embauche de travailleurs moins ou pas qualifiés ainsi qu’une non transparence sur les informations des candidats des nouvelles cliniques privées.
« On a déjà vu un certain nombre d’erreurs médicales en Ontario, et c’est ce qui va arriver encore plus en allégeant la législation. Aucune des régulations de protection du service public ne s’appliquent aux cliniques privées », craint Mme Mehra.
Selon France Gélinas, la seule motivation du relâchement de la législation serait le profit, alors que le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario a estimé la pénurie à laquelle fait face l’Ontario à plus de 30 000 infirmières.
« Il y a beaucoup d’infirmières en Ontario. Nombre d’entre elles ont démissionné à cause de l’épuisement professionnel et de mauvaises conditions de travail. L’une des seules solutions et de les attirer à nouveau en améliorant ces conditions », a également ajouté la directrice exécutive de l’OHC.
La ministre de la Santé Sylvia Jones, lors d’une conférence de presse aujourd’hui à Hamilton. Source : CHCH
Questionnée à ce sujet durant une conférence de presse aujourd’hui, la ministre de la Santé Sylvia Jones contourne la question en faisant référence au programme De plein droit inclus dans le projet de loi, qui permet aux travailleurs de la santé déjà inscrits ou titulaires d’un permis d’exercer immédiatement en Ontario sans devoir attendre leur inscription officielle auprès des ordres de réglementation des professionnels de la santé de l’Ontario.
Cela clôt une nouvelle semaine sous tension à Queen’s Park sur la santé entre le Parti progressiste-conservateur et l’opposition officielle, véhémente à l’égard d’un désinvestissement du gouvernement en santé publique. Ont notamment à nouveau été mentionnés : les salles d’opération en hôpital fermées pour cause de manque de personnel et le projet de Loi 124 qui plafonne les salaires des travailleurs de la santé.
Le Mois de la Francophonie se poursuit avec plein d’activités culturelles dédiées aux artistes et personnages de la francophonie qui continuent de faire briller l’Ontario. Voici les cinq activités culturelles à suivre dans les prochaines semaines.
Musique
Festival Boréal, le rendez-vous des mélomanes
Le Festival Boréal lance Bloom 3, un festival de musique à lieux multiples qui célèbre la diversité culturelle et musicale de l’Ontario. Bloom 3 invite les mélomanes et les fêtards à se joindre à la Place des Arts et à la Taverne Townehouse de Sudbury pour profiter des artistes au cœur de sa programmation. Le groupe torontois Moskitto Bar et la chanteuse polyglotte du Nord de l’Ontario Patricia Cano sont parmi les artistes les plus attendus à l’occasion de cette prochaine édition.
Moskitto Bar. Crédit image : Zahra Saleki.
Le Festival Bloom 3 le samedi 11 mars à Sudbury. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.
Le Festival de la Curd dans un format atypique
Le Festival de la Curd réserve une programmation 100 % francophone à St-Albert, en ce Mois de la Francophonie. Jay Scott et les Bilinguish Boys seront les têtes d’affiche de l’ouverture de cette semaine. La programmation du festival compte deux parties dont la première est prévue pour le 10 mars et la deuxième, le 24 mars. La deuxième partie sera une soirée totalement country où les artistes féminines domineront la scène.
Gracieuseté du Festival de la Curd.
Première partie du Festival de la Curd le vendredi 10 mars à 19h30 au Centre communautaire de St-Albert. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.
Jeunesse
Dinosaures, humour et chants : Bill Bestiole en spectacle
Parents et enfants peuvent faire un voyage dans le passé pour redécouvrir les bêtes et les insectes qui parcouraient la terre il y a des millions d’années, à l’ère jurassique. Par le biais de chansons et d’interactions, Bill Bestiole fait de ce vendredi soir un moment attendu par les jeunes ontariens ainsi qu’un bon début à leur semaine de relâche.
Gracieuseté de Victor Vermette.
Bill Bestiole en spectacle le vendredi 10 mars au Centre Capitole de North Bay à 18h30. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.
Danse
Confession publique de Mélanie Demers
La réalisatrice et chorégraphe Mélanie Demers est devenue une force dans le monde contemporain de la danse et des arts de la scène. Dans cette nouvelle pièce, à Ottawa, sa collaboratrice Angélique Willkie devient sa muse et donne vie à un solo qui explore les paradoxes de l’être humain. Beauté, vulnérabilité et force se conjuguent dans cette prochaine pièce.
Mélanie Demers. Crédit image : Julie Artacho.
Confession publique à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins, à Ottawa, du 16 au 18 mars. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.
Films
Des films français et québécois à visionner
L’Alliance française de Toronto, en collaboration avec le Bureau du Québec et l’Institut français, présentera un marathon de films québécois et français à l’occasion du Mois de la Francophonie. Quatre films du Québec seront à l’affiche : les documentaires La famille de la forêt de Laura Rietveld et Prière pour une mitaineperdue de Jean-François Lesage, ainsi que la comédie Au revoir le bonheur de Ken Scott et le thriller Au Nord d’Albany de Marianne Farley.
Dans la catégorie des films français, Eugénie Grandet de Marc Dugain et le documentaire J’ai aimé vivre là de Régis Sander seront présentés au cours de la journée dans les locaux de l’Alliance française de Toronto.
Prière pour une mitaine perdue. Crédit image : Les Films de L’Autre. Eugénie Grandet. Crédit image : High Sea Production.
Marathon cinéma le samedi 25 mars de 10h à 22h à l’Alliance française de Toronto. Accès gratuit
Dènik Dorval est directeur général du Centre régional de loisirs culturels de Kapuskasing.
LE CONTEXTE :
Alors que l’on se rapproche doucement du printemps, le Festiglace, devenu Big Winter Festiglace, débarque en force ce vendredi pour célébrer l’hiver pour la première fois entièrement en présentiel à Kapuskasing.
L’ENJEU :
Alors qu’il était organisé par le seul Centre régional de loisirs culturels de Kapusking par le passé, ce sont près de 20 organismes qui se sont unis pour offrir deux fins de semaine de spectacles et une offre ambitieuse d’activités hivernales.
« Comment est venue l’idée de la création du Festiglace?
Ça vient du projet qu’on avait mis en place pour offrir de la musique en format virtuel malgré la pandémie pour la région de Kapuskasing, même si les gens étaient pris chez eux. Pour la deuxième édition l’année passée, encore une fois on était encore en mode COVID-19, mais c’était la première édition hybride où on a offert des activités extérieures pour la famille avec trois spectacles que les gens pouvaient suivre en ligne ou en personne. Cette année, la ville nous a approchés, car elle voulait remettre sur pied un carnaval d’hiver. On s’est dit qu’au lieu de se concurrencer, on devrait travailler ensemble.
Quelles leçons avez-vous tirées des éditions précédentes?
L’année dernière, on a eu des problèmes parce qu’il y avait plus de 450 personnes aux activités extérieures. On a réalisé que les gens ne voulaient pas juste de la musique, mais aussi de l’amusement hivernal. On avait trois soirs de spectacles l’an dernier, puis les gens trouvaient ça beaucoup. On a donc séparé l’événement en deux fins de semaine. Tous les organismes ont beaucoup travaillé. J’ai hâte d’avoir les résultats pour cette année.
Vous avez des prestations musicales significatives cette année : est-ce une évolution importante pour votre festival?
Oui, cette année on a même un peu changé de nom. C’est devenu le Big Winter Festiglace. On a plus de 20 organismes qui participent à l’organisation du festival et, nous, on est devenu le diffuseur musical. Mélissa Ouimet ouvrira le festival vendredi soir pour souligner la Journée internationale des droits des femmes, puis suivra spectacle dimanche de Johnson’s Creek. La deuxième fin de semaine, on aura deux spectacles avec le groupe Hommage aux Colocs et le groupe Ryan Langdon. Il y aura des artistes locaux aussi comme la jeune Whitney Otis qui va ouvrir le spectacle de Mélissa Ouimet par exemple.
Dènik Dorval, directeur général du Centre régional de loisirs culturels de Kapuskasing. Gracieuseté
Les activités sont-elles ouvertes à tous?
Tout à fait, cette année c’est vraiment la première fois qu’on a la version d’un vrai carnaval traditionnel. On a une belle programmation d’activités familiales comme le dimanche avec le Rotary Bay Dip. Ce sont des gens qui sautent dans la rivière pour amasser des fonds pour des organismes locaux. Alors oui, il y en a pour tous les âges, vraiment. Un rallye de motoneige, un brunch, des chasses au trésor, une session de ski de fond, des cours de cuisine pour enfants, des ateliers de survie en forêt… Ce qui nous fait plaisir dans tout ça, c’est que ça se transforme en quelque chose de plus gros, un vrai grand festival d’hiver pour Kapuskasing.
La plupart des carnavals d’hiver ont lieu en février, pourquoi avoir choisi le mois de mars?
Parce qu’il fait plus doux! On annonce super beau pour cette fin de semaine. On a réservé les artistes pour ces dates et les organismes se sont arrimés sur nous. Puis c’est la relâche, c’est idéal pour les familles avec enfants. Puis il faut dire qu’il n’y a aucun risque pour les activités sur la glace : ici dans le Grand Nord, il fait tellement froid que, même si le soleil brille, on a quand même nos lacs bien gelés. C’est vraiment un hiver normal pour nous.
Comment financez-vous ce festival?
Cette année, la Ville a beaucoup contribué à avoir du financement. L’année dernière, on avait eu une subvention du programme d’appui à la francophonie puis, cette année, ce sont plus des commanditaires locaux qui ont rendu l’événement possible. Plein d’organismes font aussi des prélèvements de fonds avec des activités. C’est vraiment du financement par et pour les gens de Kapuskasing.
Le festival est bilingue malgré le fait que la ville est majoritairement francophone. Est-ce important d’être inclusif?
De notre côté, ça a toujours été un objectif d’offrir un festival bilingue et rejoindre toute la communauté de Kapuskasing. On a plusieurs événements avec des spectacles 100 % francophones comme la Saint-Jean. Beaucoup de francophiles et d’anglophones participent à nos événements. On veut les représenter dans notre programmation, qui reste majoritairement francophone.
Le Festiglace est donc vraiment là pour rester?
Absolument! Même la Ville a fait construire un petit marché en bois pour avoir un marché extérieur dans lequel les gens vont pouvoir se promener dans le parc puis faire des achats. Il y avait une vraie demande ici à Kapuskasing. La Ville a l’intention de continuer puis nous on s’engage à rester le diffuseur musical. »
RABAT – Des parlementaires franco-ontariennes ont fait le déplacement à Rabat, à la chambre des représentants du parlement marocain,où ont eu lieu, il y a quelques jours, des réunions de la Commission des affaires parlementaires de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et du Réseau des femmes parlementaires sur des thèmes et enjeux tels que l’égalité des genres, le harcèlement, la discrimination, la place des femmes en politique. Elles ont soulevé des propositions de travaux pour l’Ontario, notamment sur la traite des personnes.
Il s’agissait de la 28e session de l’Assemblée régionale Afrique de l’APF, de l’assemblée générale de l’Association des secrétaires généraux des parlements francophones, ainsi que des réunions du Réseau des femmes parlementaires, réunissant des participants des quatre coins du monde : Afrique, Europe mais aussi Cambodge, ou encore Roumanie.
La vice-présidente de la chambre des représentants, Khadija Zoumi, a souligné le rôle de l’APF dans « la mutualisation des efforts de la communauté internationale pour parvenir à l’égalité femme-homme », conformément aux Objectifs de développement durable (ODD) de 2030 des Nations Unies, évoquant l’engagement pris par le Maroc en faveur de l’autonomisation des femmes et de la consolidation de l’égalité.
De gauche à droite : les députées Lucille Collard (Ottawa-Vanier) du Parti libéral, Natalia Kusendova (Mississauga-Centre) du Parti progressiste-conservateur, France Gélinas (Nickel Belt), porte-parole NPD en Santé. Crédit image : Protocole de l’Assemblée législative de l’Ontario
En ce Mois de la francophonie et en marge du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, des députées franco-ontariennes de trois partis politiques – le Parti progressiste-conservateur, le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral -, ont œuvré ensemble pour la section Ontario dans le cadre du Réseau des femmes parlementaires.
Un projet commun de lutte contre la traite des personnes
« Pour moi, cela combinait les deux : le Mois de la francophonie et la Journée internationale des droits des femmes », s’est réjouie à son retour en Ontario la députée libérale Lucille Collard (Ottawa-Vanier), ravie d’avoir « participé à un événement francophone et qui touche également les femmes ».
L’adjointe parlementaire de la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova, députée du Parti progressiste-conservateur et présidente de la section ontarienne de l’APF, évoque en entrevue avec ONFR+ les travaux envisagés par la section Ontario : « Nous avons proposé de rédiger un nouveau rapport pour le prochain sommet, une stratégie de lutte contre la traite des personnes. »
« Nous souhaitons sensibiliser les autres parlements francophones pour trouver des solutions à ce phénomène qui a empiré avec la pandémie », ajoute-t-elle.
Mme Kusendova précise que Lucille Collard soumettra le projet au président de l’Assemblée parlementaire ontarienne : « Ce projet de loi qui vise à aider les victimes de la traite des personnes est tout de même passé en deuxième lecture. C’est quelque chose que je voulais partager avec les autres parlementaires francophones et femmes aussi d’autres pays », explique elle-même la députée libérale.
Les députées provinciales Natalia Kusendova et Lucille Collard au côté de la députée fédérale et ex-ministre des Affaires francophones Marie-France Lalonde. Crédit image : Protocole de l’Assemblée législative de l’Ontario
Les deux tiers des cas signalés à la police canadienne sont en Ontario avec un âge moyen de recrutement pour exploitation sexuelle de 13 ans. Le gouvernement ontarien a annoncé une stratégie de lutte contre la traite des personnes avec un investissement de 307 millions de dollars sur cinq ans entre 2020 et 2025.
Une enveloppe justifiée par l’implication de nombreux ministères tels que le ministère de la Santé, du Solliciteur général, le ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires, explique Natalia Kusendova.
Elle évoque également les chiffres alarmants de féminicides, 45 000 pour les cas recensés en 2021, avec cinq femmes tuées par heure par un membre de leur famille à travers le monde. Une réalité dont l’Ontario n’est pas exempt avec sept personnes sur dix victimes de violence familiale qui sont des femmes ou des filles. Les femmes autochtones sont aussi trois fois plus susceptibles de subir des violences conjugales.
Un nouveau cercle de femmes parlementaires en Ontario?
Parmi les différents thèmes abordés, la place des femmes en politique. Pour Chantal Soucy, présidente du Réseau des femmes parlementaires et première vice-présidente de l’Assemblée nationale du Québec, cette opportunité permet aux différents États membres de soutenir les travaux du réseau en matière de renforcement de la participation et de la représentation politique des femmes, soulignant l’importance du partage d’expériences et de la mise en réseau des femmes parlementaires dans la région francophone.
La section Québec a présenté un rapport contre les violences faites aux femmes en milieu parlementaire, notamment le harcèlement et la discrimination. De cette initiative a émergé l’idée de créer un potentiel cercle de femmes parlementaires de l’Ontario non partisanes pour consolider le rôle et le pouvoir des femmes en milieu parlementaire.
« C’est un sujet qui nous met toutes d’accord », conclut Mme Kusendova. Dans une optique d’inclusion, ce cercle, s’il voyait le jour, serait ouvert aux francophones comme aux anglophones.
OTTAWA – Le député Marc Garneau et ancien ministre des Affaires étrangères et des Transports a annoncé sa démission. Ce dernier, qui avait été très vocal dans les dernières semaines contre le projet de loi C-13 de son gouvernement, en a fait l’annonce à ses collègues tôt mercredi matin.
La nouvelle qui avait fuité dans les médias mercredi matin a été confirmée par le principal intéressé avant de faire son entrée au caucus libéral.
« Par respect, je veux parler avec mon caucus d’abord, mais j’aurais des mots plus tard à dire dans la chambre cette après-midi », a-t-il rapidement déclaré, visiblement émotif.
Élu en 2008 dans la circonscription anglo-montréalaise de Notre-Dame-de-Grâce—Westmount, il a été ministre des Transports de 2015 à 2021. Il a aussi été responsable du ministère Affaires étrangères pendant quelques mois en 2021 avant d’être exclu du cabinet lors d’un remaniement ministériel. Dans des entrevues avec le Globe and Mail et La Presse, il a expliqué sa décision par le fait qu’il souhaitait passer plus de temps auprès de sa famille.
Certains retiendront plutôt sa carrière hors de la politique alors qu’il est devenu le premier astronaute canadien ayant notamment participé à des missions avec la NASA entre 1984 et 2000. Il a aussi été chancelier de l’Université Carleton de 2003 à 2008. Une école francophone en Ontario à Trenton, du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, porte son nom.
Controverse sur le français
Dans les dernières semaines, Marc Garneau en compagnie de quelques collègues s’est retrouvé au centre de l’actualité en raison de ses propos sur le français. Ce dernier s’opposait à certaines parties du projet de loi C-13 de son gouvernement visant à moderniser la Loi sur les langues officielles. Il en avait contre l’inclusion de la Charte de la langue française au sein du projet de loi effectué au dépôt du projet de loi de la ministre Ginette Petitpas Taylor.
« Ce n’est pas quelque chose que je fais à la légère, mais ici, l’inclusion dans C-13 de la Charte me préoccupe énormément parce qu’elle pourrait mener à des chicanes constitutionnelles sur l’interprétation de C-13 », avait-il écrit dans une lettre sur Facebook en réponse à certains reportages dans les médias québécois.
Il avait notamment dit lors du Comité des langues officielles qu’il s’agirait d’une erreur de laisser « le champ libre au Québec pour faire tout ce qu’il pourrait vouloir faire en matière de langue au Québec ».
La ministre Petitpas Taylor n’a pas souhaité dire si ces récentes positions sur C-13 auraient penché dans la balance.
« Je veux remercier M. Garneau pour son travail exceptionnel comme député », s’est-elle contenté de répondre.
Questionnée sur le même sujet, la ministre Mélanie Joly a légèrement rejeté cet argument en avançant « que la carrière de Marc Garneau est plus grande qu’un dossier ». « Marc a toujours été un homme très droit qui défendait ses propres convictions et il l’a toujours fait avec beaucoup de respect », a-t-elle ajouté.
Les collègues de ce dernier qui se sont arrêtés devant les journalistes avant le caucus du parti ont souhaité une bonne retraite au député québécois.
« C’est un homme qui a fait tellement pour notre gouvernement et je pense qu’il faut reconnaître tout le travail qu’il a fait », a affirmé la députée d’Ottawa-Vanier Mona Fortier.
« C’est un grand homme… Je veux le remercier pour son courage, sa détermination et aussi sa grande humilité. On a beaucoup à apprendre de lui », a exprimé le ministre Pablo Rodriguez, qui ne s’est pas avancé sur les controverses linguistiques des dernières semaines de son collègue.
OTTAWA – Scientifique, pompière, agricultrice… Trois Franco-Ontariennes qui évoluent dans des milieux à prédominance masculine confient leurs succès, leurs obstacles et leurs espoirs. Alors que les lignes de l’égalité des sexes bougent progressivement, coup de projecteur sur ces parcours en dépit des préjugés, en cette journée internationale dédiée aux droits des femmes.
En 2023, il reste encore une marge importante entre les hommes et les femmes dans de nombreux corps de métiers, y compris en sciences. Axiel Yaël Birenbaumest une personne non binaire, docteur et chercheur en physique des matériaux à Ottawa, et du sexisme iel en a vécu. Des situations glaçantes.
La docteur de 35 ans a vécu du harcèlement pendant ses études dont le souvenir est encore très vif dans sa mémoire. « Un professeur m’a embrassée dans le cou devant le chef de département qui n’a rien fait, parce que son excuse c’est qu’il était saoul », raconte-t-iel.
Iel raconte aussi qu’on l’a « ouvertement dissuadée plusieurs fois » de persévérer dans la recherche, au prétexte que ce serait « très difficile surtout si tu veux avoir une famille ». En outre, la nécessité de voyager très souvent pour des colloques et autres activités de recherche était un autre argument qu’on lui opposait.
Axiel Yaël Birenbaum regrette que les femmes doivent travailler deux fois plus que les hommes pour moins de reconnaissance. Gracieuseté
Et d’ajouter : « Les professeurs m’ont fait clairement savoir, à l’époque, qu’on ne fait pas ça aux hommes. »
Une réalité dont Véronique Dupont, entrepreneur dans le secteur laitier à St-Bernardin, un village de l’Est ontarien, peut aussi témoigner.
Des remarques comme « C’est trop forçant pour toi » ou « L’agriculture c’est sale » sont quelques-unes de celles qu’elle a pu entendre en se lançant dans l’entrepreneuriat fermier.
Des préjugés bien enracinés
Celle-ci a aussi constaté une différence de traitement entre elle et son partenaire en affaires et dans la vie.
Elle regrette que la perception de la femme en milieu fermier soit souvent stéréotypée, et reliée à ce qu’elle appelle « la femme de fermier ».
« Une femme mariée ça la pénalise, un homme marié ça le booste » – Axiel Yaël Birenbaum
En exemple, la jeune franco-ontarienne évoque ses rendez-vous avec le banquier au cours desquels celui-ci a tendance à se tourner davantage vers son partenaire masculin pour des réactions ou une décision.
« Ou quand je vais à un rendez-vous chez le vétérinaire, il m’est arrivé qu’il me regarde et il est soit comme « ok ton conjoint est où, il s’en vient? » » relate-t-elle.
La conciliation travail-enfant est aussi largement utilisée comme argument pour favoriser les hommes, selon Axiel Yaël Birenbaum. « Une femme mariée ça la pénalise, un homme marié ça le booste », dit-iel en citant des conclusions d’une étude du Centre de l’Association historique américaine.
Un accès plus limité aux ressources
Véronique Dupont constate que l’accès à des équipements ou des ressources est aussi plus compliqué lorsqu’on est une femme.
« Parfois, quand je parle à mon banquier ou à des assurances, il faut que je leur fasse croire que c’est mon conjoint qui m’a dit des choses pour que ça puisse mieux passer », confie-t-elle.
Audrey Anne Robinson, pompière franco-ontarienne dans la région d’Ottawa, dit que la tenue des pompiers telle qu’elle est actuellement est loin d’être adaptée à la morphologie des femmes et pose un risque pour le travail.
Audrey Anne Robinson considère qu’il est essentiel d’avoir des exigences physiques pour le recrutement de pompières. Source : Fire Service Women Ontario
« C’est certain que ça, ça nous empêche de fonctionner et d’avoir une mobilité qui est à 100 % comme celle d’un homme à qui ça va parfaitement. »
À cela s’ajoute une forme de discrimination basée sur la physiologie, lorsqu’à compétences égales, c’est un homme à la corpulence plus large qui est choisi au lieu d’une femme.
Selon Axiel Yaël Birenbaum, le fait d’être une personne queer et perçue comme femme, peut représenter un obstacle à la progression professionnelle.
Être sollicitée dans plusieurs comités de recherche ne lui permettait pas de publier suffisamment d’articles scientifiques, constituant donc une perte de revenu considérable.
Quand être une femme a des avantages
Pour autant, ces métiers où les hommes sont dominants peuvent bénéficier de la touche d’une femme.
Véronique Dupont considère que son travail à la ferme complète adéquatement celui de son partenaire.
« Dans le domaine laitier, les vaches c’est toutes des femmes », plaisante-t-elle en ajoutant qu’elle a une approche différente de son mari en vêlant une vache par exemple.
« Mon mari tire le veau pour le faire sortir puis moi, en étant une femme, j’attends que la vache ait une contraction pour aller dans le même mouvement que le corps naturel. » Une vision différente qui va bénéficier à l’industrie sur le long terme selon elle.
Véronique Dupont souhaite que le public ait une meilleure connaissance du milieu de la ferme. Gracieuseté
Quant au milieu des pompiers, l’inclination de nombreuses femmes à l’empathie est un atout pour l’exercice quotidien du métier.
Une corpulence plus petite que les hommes permettant de se faufiler dans l’ouverture d’un grenier a fait toute la différence lors d’une intervention pour combattre le feu, nous cite-t-elle comme exemple.
« C’est arrivé plus d’une fois où j’ai dû intervenir auprès de femmes musulmanes et les toucher alors que les hommes ne pouvaient pas les traiter », conte Audrey Anne Robinson.
Des espoirs, malgré tout
Selon Axiel Yaël Birenbaum, la situation au Canada est à envier à d’autres pays même s’il faudrait, selon iel, continuer à parler du féminisme dans un contexte où la discrimination est de plus en plus cachée. Les trois intervenantes n’ont pas rapporté de discrimination salariale connue.
Véronique Dupont, aussi administratrice au sein de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), se dit très fière d’observer une parité homme-femme au niveau du conseil d’administration de l’organisme.
En sciences, les femmes compteraient pour près de 25 % des effectifs de l’Ontario selon Statistique Canada.
Seulement 7 % des pompiers de la Ville d’Ottawa sont des femmes avec moins de 4 % qui se rendent sur le terrain, selon les informations du Service des incendies de la capitale canadienne.
Malgré ces données, la pompière affirme qu’il y a de plus en plus de nouvelles recrues dans les rangs et que la sélection des candidats ne favorise pas les hommes, mais plutôt les « meilleurs candidats ».
31 % des fermes en Ontario sont opérées par des femmes selon des données de la Fédération ontarienne de l’agriculture, un nombre en croissance depuis les dernières années.
TORONTO – Afin de prévenir de nouvelles tragédies sanitaires, le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, Kieran Moore, prône la fin du yo-yo du financement en santé publique. Voici ce qu’il faut retenir de son rapport annuel publié ce mercredi.
« Si un autre agent pathogène infectieux émerge dans un avenir proche, l’Ontario sera-t-il prêt? » questionne le premier médecin de la province. Si l’Ontario veut répondre par l’affirmative, il devra d’abord commencer par ne plus serrer le robinet des financements au fil des années.
« L’histoire nous apprend qu’une fois qu’un événement comme le SRAS, la grippe H1N1 ou la COVID-19 est derrière nous, la complaisance s’installe souvent, les fonds sont réorientés et l’état de préparation diminue », regrette le Dr Moore qui martèle, au gré des 58 pages que contient le document, le caractère continu que doit revêtir l’effort de santé publique.
Face au risque croissant de pandémies dû à une connectivité humaine globale, « la préparation doit être « un processus continu, et non un état final », croit-il, appelant à « tirer des leçons de cette expérience » car « les coûts humains et économiques de l’impréparation sont trop élevés ».
Au cours des trois dernières années, plus de 55 000 Ontariens ont été hospitalisés, plus de 14 000 sont morts et des milliers ont souffert de la COVID longue ou de séquelles post-COVID-19, sans compter les dommages collatéraux liés à la santé mentale.
Muscler la capacité d’intervention
Pour être prêt, l’Ontario a besoin d’un secteur de la santé publique soutenu, adaptable et résilient, plaide le médecin-hygiéniste, qui émet plusieurs recommandations, notamment sur l’importance de professionnels de santé formés, alors que la province connaît une alarmante pénurie de main-d’œuvre.
« Si le secteur de la santé publique a été en mesure de lutter contre l’épidémie COVID-19, il est clair que, face à une pandémie, le personnel de santé publique ne dispose pas d’une capacité d’intervention adéquate », tance-t-il
Principales recommandations – Poursuivre le renforcement d’un personnel de santé compétent, adaptable et résilient, et l’investissement dans l’expertise scientifique.
– Veiller à ce que toutes les collectivités et milieux, en particulier ceux confrontés à des inégalités sanitaires et sociales, soient soutenus.
– Continuer à renforcer la confiance sociale, contrer la désinformation et aider les gens à comprendre comment/pourquoi les décisions sont prises.
– Assurer la collecte systématique de données sociodémographiques et les efforts communautaires pour réduire les inégalités en santé.
– Faire l’évaluation de façon continue de l’état de préparation de l’Ontario en cas de pandémie, dans de futurs rapports du médecin hygiéniste en chef.
Le rapport insiste en outre sur le renforcement de l’infrastructure provinciale de dépistage et de surveillance, mais aussi des laboratoires afin de pouvoir effectuer un grand nombre de tests à l’échelle de la province en cas de pandémie, tout en conservant la capacité d’effectuer des tests de routine.
Kieran Moore croit par ailleurs que la province doit aller plus en profondeur sur l’intégration des données utilisées par les hôpitaux, des bureaux de santé publique et les médecins. « Le manque d’intégration des systèmes d’information entraîne une duplication inutile de la collecte de données ainsi que des informations manquantes », a-t-il constaté.
En cas de nouvelle épidémie, la province devra aussi veiller à un accès équitable aux soins et aux vaccins. « Le plan devrait inclure des stratégies visant à assurer une prise de décision éthique sur la façon de prioriser les groupes à traiter, des conseils d’experts pour élaborer et mettre à jour les directives de traitement clinique, et des recherches sur l’impact des nouvelles thérapies », ajoute l’expert.
Relative satisfaction linguistique
Une communication claire et efficace sur les risques est un facteur déterminant dans la confiance et la préparation du public, mais le Dr Moore prévient qu’il faudra aussi, à l’avenir, lutter activement contre la désinformation » qui vient brouiller le message sanitaire.
Sur le plan linguistique, le document n’identifie en revanche pas d’amélioration particulière. « Des efforts particuliers ont été déployés pour atteindre des communautés culturellement et linguistiquement diverses », se satisfait-on.
Et de prendre pour exemple « les agences locales de santé publique situées dans les régions désignées en vertu de la Loi sur les services en français qui ont tiré parti des mécanismes et des relations existants pour faire participer les communautés francophones à la planification et à la prestation de services qui atteindraient et répondraient aux besoins des Ontariens francophones. »
Le médecin-hygiéniste qui avait affirmé à ONFR+ prendre très au sérieux l’information en français s’était alors contenté d’envoyer une lettre aux bureaux de santé publique locaux pour les inciter à faire mieux.
OTTAWA – Immigration Canada a « amplement » d’employés et de ressources pour résoudre des problèmes de retards de traitements des demandes dans son système d’immigration, conclut le directeur parlementaire du budget dans un rapport.
Yves Giroux, le directeur parlementaire du budget (DPB), estime que Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) possède 65 % (en 2022-2023) plus d’employés que le minimum requis pour atteindre son objectif de traitement de demandes avec Entrée Express.
Le système d’Entrée Express est l’un des programmes clés pour l’immigration francophone hors du Québec, mais aussi pour l’immigration économique. Ce système a pour objectif de traiter des demandes à l’intérieur de six mois dans 80 % des cas. Entrée Express est basé sur un système de pointage. Si vous êtes francophone ou bilingue et que vous possédez une expérience de travail qualifiée, plus votre pointage sera élevé.
Mais, actuellement, les délais dans Entrée Express varient entre de 12 à 30 mois, selon les données disponibles sur le site internet d’IRCC. Comment dès lors expliquer ces délais, bien loin des six mois envisagés?
« On ne peut pas dire que c’est le manque d’employés (…). Les employés, c’est souvent de la ressource critique pour traiter des demandes dans un programme aussi délicat et intensif en ressources humaines que les programmes d’immigration. S’il ne manque pas d’employés, je me demande bien de quoi il manque au juste », s’interroge M. Giroux en entrevue.
Malgré l’augmentation des seuils d’immigration à 500 000 en 2025, le nombre d’employés sera toujours au-dessus du minimum requis, évalue le DPB. Il estime aussi que, vu que les nouveaux arrivants sélectionnés par Entrée Express coûtent moins cher, car ils s’intègrent facilement au Canada, « on peut s’attendre à ce qu’ils utilisent moins intensément que d’autres immigrants les services avant l’arrivée et les services d’établissement ».
Les coûts de programmes d’avant et après l’arrivée au pays représentent moins de la moitié de ceux des traitements de demandes (241 millions de dollars contre 550 millions de 2022 à 2027), selon le DPB.
« C’est le traitement des demandes qui semble vraiment être la pierre d’achoppement. C’est ça qui est vraiment critique », illustre Yves Giroux.
De plus, le DPB estime les frais chargés aux demandeurs et résidents permanents dont la demande est acceptée, couvre les coûts des ressources alors qu’il en coûtera seulement entre 7 à 13 millions de dollars par année de 2022 à 2027.
Un programme de plus en plus utile pour les francophones
Le ministre Sean Fraser a, à de multiples reprises, affirmé dans le passé qu’il souhaitait augmenter la flexibilité d’Entrée Express pour sélectionner davantage d’immigrants francophones, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, où de graves pénuries frappent les communautés francophones en milieu minoritaire. Il pointait vers cet ajout de flexibilité pour atteindre et augmenter la cible en immigration francophone.
« Si je détermine qu’Entrée Express, avec la nouvelle flexibilité, a l’habileté d’accélérer l’arrivée d’un plus grand nombre de francophones, je vais utiliser cet outil », disait-il en décembre dernier en comité parlementaire.
Dans un rapport visant à expliquer sa stratégie d’immigration paru en septembre dernier, IRCC expliquait vouloir inviter plus de candidats et d’augmenter le nombre de catégories d’emplois éligibles à Entrée express.
« Cette mesure contribuerait à remédier aux pénuries de main-d’œuvre, à promouvoir la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire hors Québec », pouvait-on lire.
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser. Source : Compte Twitter Sean Fraser
En 2015, 1,2 % des immigrants francophones hors Québec passaient par Entrée Express. En 2022, ce nombre a bondi de 7,7 %, mais le directeur parlementaire affirme qu’IRCC n’a pas puisé dans son bassin d’Entrée Express de septembre 2021 à juillet 2022. À titre d’exemple, Entrée Express représentait 12,5 % de l’immigration francophone au quatrième trimestre de 2022, ce qui représente le plus haut taux jamais enregistré pour un trimestre.
CORNWALL – Depuis l’arrivée des premiers demandeurs d’asile en provenance du chemin Roxham en juillet 2022, les organismes francophones de Cornwall, les conseils scolaires, le Centre de santé communautaire francophone ainsi que la municipalité se sont mobilisés pour gérer la crise en devenir. Les organismes soulèvent à présent les mêmes préoccupations et veulent la même chose : garder le contrôle sur une coordination locale.
« Le fédéral oublie que les projets de société, ça se passe en communauté », dénonce la sénatrice indépendante Bernadette Clément en entrevue avec ONFR+.
Alors que le conseiller municipal Fred Ngoundjo a déposé une motion cette semaine pour que le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) rencontre la Ville, la communauté demande plus de transparence de la part des instances étatiques. Ce qu’ils veulent, c’est connaître les plans d’IRCC afin d’être proactifs sur ce dossier qui prend de l’ampleur.
« En attendant, à Cornwall, avec la communauté, les députés et avec tous les services impliqués, on se demande ce qui se passe », reprend la sénatrice.
Il y a un peu plus d’une semaine, le maire de Cornwall, Justin Towndale, plusieurs conseillers, le député provincial, le député fédéral, le Grand chef des Mohawks d’Akwesasne ainsi que l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Sturmont-Dundas-Glengarry (ACFO SDG) et tous les autres acteurs communautaires de la ville se sont retrouvés lors d’une réunion visant à transmettre des informations aux parties prenantes.
La sénatrice Bernadette Clément fut mairesse de Cornwall de 2018 à 2021. Archives ONFR+
« Les organismes veulent planifier les ressources humaines, le budget, etc. Ils ont donc besoin de connaître la durée des contrats de service, comme ceux avec les hôtels. Est-ce que le gouvernement a signé pour trois mois, six mois ou plus? », demande la politicienne.
Et d’ajouter : « Une de grandes préoccupations était de savoir ce qu’IRCC a tout bonnement prévu. À savoir s’il y aura d’autres personnes en chemin, mais aussi si IRCC a prévu d’envoyer quelqu’un pour aider à coordonner la réponse locale. »
Une trentaine de femmes enceintes parmi les personnes déplacées
Pour le conseiller municipal, Maurice Dupelle, une de ses préoccupations est le manque de ressources humaines. « Ce n’est pas tout, les services de santé sont étirés et parmi les demandeurs d’asile, il y aurait environ une trentaine de femmes enceintes », s’inquiète-t-il.
« Il n’y a aucun doute que la communauté est bien organisée pour prendre les devants, mais pour nous soutenir il faudra du financement. »
Juliette Labossière, directrice générale de Centraide SDG – un organisme expert dans la mobilisation de ressources pour contribuer au développement des communautés, basé à Cornwall –, pense que le vide d’information est une bombe à retardement.
« On manque notre chance de créer quelque chose de beau » – Juliette Labossière
« Notre communauté est spéciale, on a intérêt à faire que ces gens-là restent. Par contre, nous n’avons pas de coordination sur place. Il faut un budget pour permettre aux organismes d’avancer et de planifier cette coordination dont nous sommes très capables. »
Juliette Labossière est directrice générale de l’organisme Centraide à Cornwall. Gracieuseté
« On manque notre chance de créer quelque chose de beau. C’est quoi le plan? », se demande-t-elle. « On a besoin d’une planification.
C’est aussi ce que le Grand chef d’Akwesasne, Abram Benedict, demande. IRCC refuse de faire une planification à long terme, parce que les demandeurs d’asile sont imprévisibles ».
« Il y a de la frustration à voir des organismes qui ne sont même pas de la région venir pour gérer la crise. Laissons-nous prendre le contrôle pour passer à l’action. En gardant une coordination locale, on va continuer à prendre soin de notre communauté et de nos nouveaux arrivants. »
Cornwall n’en est pas à son premier rodéo
« Cornwall est une ville accueillante », lance Fred Ngoundjo, conseiller municipal.
Les organismes communautaires sont au front depuis le début, rappelle l’élu : « Les leaders politiques, associatifs et même religieux tentent de trouver des réponses à ce défi. En tant que communauté, nous essayons de résoudre cela avec un véritable sens de l’accueil. »
Différents acteurs tentent de s’impliquer auprès des demandeurs d’asile, puisque les besoins sont diversifiés. Au niveau de l’éducation, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) explique qu’« au niveau scolaire, nous leur offrons un appui soutenu, notamment avec des tuteurs en francisation et des moniteurs de langue. Nous appuyons également les familles en collaboration avec différents organismes communautaires de la région. Cet appui est varié : fournir des vêtements d’hiver, appui financier pour participer aux sorties éducatives, au programme de petits déjeuners, etc. »
Les conseillers municipaux Fred Ngoundjo et Maurice Dupelle. Crédit image : Ville de Cornwall
De plus, plusieurs organismes tels que l’ACFO SDG appuient l’immigration francophone dans la ville, au même titre que le Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC) qui appui l’établissement de ces personnes.
Pour le directeur général du CÉSOC, Désir Saint-Phard, « notre rôle, c’est d’aider les immigrants, majoritairement francophones, à s’intégrer dans l’Est de l’Ontario ». Son organisme est d’ailleurs responsable du Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario (RSIFEO).
1400 demandeurs d’asile depuis l’été dernier
Depuis l’été 2022, ce sont 1400 demandeurs d’asile du chemin Roxham qui ont été envoyés à Cornwall. « L’ACFO faisait une coordination et ça allait bien », explique la sénatrice Bernadette Clément, « j’étais surprise de savoir que ce contrat n’avait pas été renouvelé au centre de transition Devcore ».
« Lors de notre réunion, le monde soulignait le travail de l’ACFO et son rôle de leadership », ajoute-t-elle.
« Ça fait longtemps que l’ACFO appuie l’immigration francophone et lorsque les demandeurs d’asile sont arrivés, c’était naturel pour eux d’aider. »
Nolan Quinn est le député provincial pour Stormont—Dundas—South Glengarry. Source Facebook/Nolan Quinn
« L’ACFO a fait un travail impressionnant », a également déclaré le député provincial Nolan Quinn en rencontre avec ONFR+.
Il explique d’ailleurs que depuis que l’organisme n’est plus coordinateur, « nous avons reçu des dizaines de courriels indiquant qu’ils étaient très préoccupés par le niveau de service ».
« L’ACFO a fait un travail incroyable et en tant que communauté, nous faisons pression pour que l’ACFO soit de nouveau dans l’équation », a-t-il renchéri.
Plaidoyer pour une réponse communautaire
Les organismes et même la Ville de Cornwall reconnaissent qu’un financement du gouvernement et des ressources allouées seront nécessaires pour continuer l’aide sur place. Pour autant, « la réponse communautaire peut être envisagée puisqu’il faut avoir la compréhension des mécanismes communautaires, nécessaires pour permettre la pérennité et le développement des communautés », souligne Sonia Behilil, directrice des opérations de l’ACFO SDG.
« Je reste confiante qu’IRCC va nous consulter », ajoute-t-elle, « l’ACFO dans son rôle au sein de la communauté et dans ses efforts pour le développement durable reste un partenaire de choix pour le gouvernement ».
Le directeur général du CÉSOC, lui aussi, approuve. « Les gens ont besoin de comprendre que c’est à la communauté de trouver la meilleure façon de les intégrer, c’est la ville, la région, mais ce n’est pas le gouvernement qui va vous dire comment les intégrer. Il n’y a pas que les ministères d’immigration qui peuvent intervenir. »
Désir Saint-Phard, directeur général du Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton. Crédit image : CÉSOC
« La réponse doit être communautaire », affirme-t-il, « mais la communauté a besoin de ressources pour apporter une réponse appropriée ».
Au niveau de la municipalité, la demande est semblable. Pour M. Ngoundjo, ce sont les communautés et les municipalités qui installent les nouveaux arrivants, peu importe leur statut. « On leur trouve les ressources. »
« Il est primordial qu’autant le fédéral que le provincial comprennent qu’il est important de soutenir la Ville, tant financièrement que par des ressources humaines. »
De nouvelles villes d’accueil en Ontario bientôt révélées
Par échange de courriels avec ONFR+, Nancy Carron, porte-parole d’IRCC, assure que son ministère « travaille activement avec d’autres provinces et municipalités pour identifier de nouvelles destinations qui ont la capacité d’accueillir les demandeurs d’asile ».
Présent lors de la réunion organisée à Cornwall la semaine dernière, le palier fédéral promet de continuer un travail de collaboration avec la Ville de Cornwall et d’autres intervenants pour mettre en place les opérations hôtelières.
« Pour assurer la sécurité et l’intégration réussie des demandeurs d’asile (…), nous avons besoin de l’aide de partenaires communautaires », soutient Mme Carron. Toutes les deux semaines, IRCC promet de répondre aux préoccupations et de soutenir les opérations en conséquence.
Cependant, « le calendrier des transferts dépendra de la mise en place de contrats convenables, de la coordination des opérations ainsi que la capacité de traitement des demandes d’asile en cours ».
L’Ontario a atteint sa cible de 5 % en immigration francophone pour la première fois depuis sa mise en place en 2015. C’est ce qui ressort des derniers chiffres portant sur l’année 2022. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) estime de son côté que le gouvernement Ford devrait augmenter son objectif.
En 2022, ce sont 9760 nouveaux résidents permanents d’expression française que l’Ontario a accueillis sur un total de 16 370 à l’échelle du pays, selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Les 9760 francophones arrivés en 2022 en Ontario représentaient 5,3 % de l’immigration provinciale. De ces 9760 francophones, 76 %, soit 7480 étaient des immigrants économiques, selon IRCC.
L’Ontario dépasse ainsi la cible de nouveaux résidents francophones, implantée par le gouvernement de Kathleen Wynne il y a huit ans. À l’époque, l’objectif de 5 % correspondait au poids des Franco-Ontariens dans la province, qui a toutefois baissé assez fortement selon les dernières données du Recensement. En 2021, l’Ontario avait accueilli 3702 nouveaux arrivants francophones, pour une proportion de 4,1 %.
La concrétisation de cette cible n’est pas surprenante sachant que le Canada a aussi atteint la sienne de 4,4 % en 2022, pour la première fois depuis son implantation en 2003. Le fédéral doit annoncer cette année à combien il compte augmenter sa cible, alors que les organismes demandent à ce qu’elle soit fixée à 12 % dès 2024.
L’AFO veut une nouvelle cible
Si à l’AFO, on se dit « très heureux » de l’atteinte de la cible, on estime que la province devrait « emboîter le pas » du fédéral en « se dotant d’un mécanisme pour augmenter la cible », affirme son président Fabien Hébert.
« L’augmentation de la cible va se traduire directement dans un impact positif pour la communauté franco-ontarienne. L’immigration, c’est une des solutions aux problèmes de la pénurie de main-d’œuvre », avance-t-il, citant les besoins en personnel francophone qualifié dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Monte McNaughton, le ministre de l’Immigration veut que le fédéral lui accorde plus de pouvoirs pour la sélection d’immigrants. Archives ONFR+
Depuis plusieurs mois, le ministre de l’Immigration ontarien Monte McNaughton demande au fédéral d’octroyer plus de pouvoirs à la plus grande province canadienne pour la sélection d’immigrants. En ce moment, la province peut sélectionner 5 % des immigrants issus du bassin canadien alors que des provinces comme le Québec et la Nouvelle-Écosse peuvent sélectionner une beaucoup plus grande proportion.
Le président de l’AFO admet que l’idée est « intéressante », car elle pourrait permettre de développer un mécanisme pour favoriser l’immigration francophone.
OTTAWA – Le Syndicat des agents correctionnels du Canada allègue qu’Ottawa lui exigerait de payer les services de traduction afin de pouvoir négocier en français à la table des négociations, sans quoi il mettrait fin à celles-ci.
Selon le syndicat UCCO-SACC–CSN, le Conseil du Trésor aurait demandé aux négociateurs syndicaux de renoncer à la traduction simultanée ou a assumé 50 % des frais pour ce service, sous peine de refus de négocier.
Depuis janvier 2023, les deux parties ont tenu trois sessions de négociations où aucun service de traduction n’était disponible. Cela a donné lieu à des « séances laborieuses où tout le monde a travaillé en double », qualifie Frédérick Lebeau, le vice-président national d’UCCO-SACC-CSN qui est aussi à la table des négociations.
Les représentants de 7500 agents correctionnels dans 49 établissements situés, entre autres, en Ontario, au Québec et en Atlantique, dénoncent un changement par rapport aux quatre dernières négociations, depuis sa création il y a 20 ans. Un service de traduction, payé par le fédéral, était alors mis à la disposition des deux camps.
Selon M. Lebeau, le Conseil du Trésor aurait indiqué qu’il s’agit d’une question de diminution des coûts.
« On est capable de sacrifier l’esprit de la Loi sur les langues officielles pour une question de coût malheureusement », déplore-t-il.
Au bureau de la présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, on déclare que pour toutes négociations, « les deux parties partagent le coût des traductions à parts égales ».
« Pour les négociations avec le Syndicat des Agents Correctionnels du Canada, nous payons notre juste part », indique Monica Granados, l’attachée de presse de la ministre.
Cette dernière précise que les négociateurs du Conseil du Trésor sont bilingues. Le syndicat avance avoir des membres bilingues, autant francophones qu’anglophones. Le syndicat estime que les coûts ne devraient pas être une raison pour assurer des négociations dans les deux langues.
« Selon mon expérience personnelle, je pense que ça ne leur dérangerait pas de seulement négocier en anglais », considère Frédérick Lebeau.
Le syndicat des agents correctionnels n’est pas contre le fait de payer pour des services de traduction. « Il faut juste le savoir à l’avance. On ne peut pas arriver à l’aube d’une négociation et dire : ‘’Ah ah, surprise, vous allez payer la moitié ou la totalité des coûts de traduction’’. On n’a pas l’argent et ces budgets-là n’ont pas été adoptés », avance M. Lebeau.
Frédérick Lebeau le vice-président national d’UCCO-SACC-CSN. Gracieuseté.
Avoir un service de traduction ou une langue commune simplifie énormément les choses, explique le syndicaliste.
« On peut commencer le matin dans une langue ou une autre et là en fin de journée. Tu commences à chercher tes mots (…). Chaque mot peut avoir une influence sur un article de la convention collective donc il faut bien faire la traduction et avoir une corrélation entre le français et l’anglais est primordial. »
Réaction politique
Sur la colline parlementaire, le Nouveau Parti démocratique (NPD) demande au « Conseil du Trésor de corriger cette erreur flagrante et d’investir toutes les ressources nécessaires pour assurer l’interprétation simultanée ».
« Les travailleuses et travailleurs en train de négocier de bonne foi leurs conditions de travail avec le gouvernement fédéral doivent être en mesure de le faire dans la langue de leur choix, sans contrainte (…). Voici devant nous un autre exemple de mépris auprès des travailleuses et travailleurs francophones au sein de notre fonction publique, c’est intolérable », a dénoncé le député Alexandre Boulerice.
Au Bloc Québécois, ce « nouvel écueil ne fait que confirmer qu’à Ottawa, la seule réelle langue officielle, c’est l’anglais ».
« Parce qu’il veut négocier en français, le syndicat doit payer la note. Si le comité de négociations parlait entièrement anglais, il n’y aurait pas de traduction, donc pas de frais », déplore le député Mario Beaulieu.
HAMILTON – Le rassemblement annuel du Parti libéral de l’Ontario a eu lieu cette fin de semaine. Réunissant près de 1500 personnes, il s’agissait du plus important depuis 20 ans. Au programme : constitution du nouveau conseil exécutif et modernisation des modalités de vote direct pour l’élection du prochain leader du seul parti sans chef à Queen’s Park, depuis 2022.
Près de 1500 membres délégués se sont réunis cette fin de semaine à Hamilton pour l’assemblée annuelle du Parti libéral. Selon John Fraser, son chef intérimaire, il s’agissait d’« une opportunité de développement du parti pour être plus fort en amont des élections de 2026 ».
Parmi les temps forts, la création du nouveau conseil exécutif, la nomination de l’ex-ministre des Transports Kathryn McGarry comme présidente et le changement du système de vote pour les membres du parti qui donneront leur voix directement au candidat de leur choix pour l’élection du prochain leader, en utilisant un bulletin préférentiel.
« Tous les membres du Parti libéral de l’Ontario auront un rôle plus direct à jouer dans la sélection du prochain premier ministre de l’Ontario », a commenté M. Fraser.
Dans son discours de samedi, qui se voulait fédérateur, il a appuyé l’importance que revêt cette élection : « Je sais que tous les libéraux de l’Ontario sont ravis d’élire un nouveau chef, car, contrairement au NPD, le Parti libéral de l’Ontario aura une vraie course à la chefferie compétitive pour élire celui qui amènera des milliers de nouveaux membres et saura parler avec les Ontariens de ce qui compte pour eux. »
Les 1500 délégués libéraux ont adopté de nouvelles règles de vote pour élire leur prochain chef. Crédit image : Parti libéral de l’Ontario
Le député d’Ottawa-Sud nous avait confié la semaine dernière que trois candidats libéraux avaient déjà indiqué leur intention de se lancer dans la course – Yasir Naqvi, député fédéral Ottawa-Centre, Nathaniel Erskine-Smith, député fédéral Beaches-East York et Ted Hsu, député provincial Kingston et les Îles – ajoutant que cinq autres potentiels candidats y songeaient également, sans préciser de noms.
Dans leur quête d’un leader, les libéraux avaient précédemment essuyé quelques revers, tentant d’approcher Mike Schreiner, chef du Parti vert de l’Ontario, la députée Mitzie Hunter (Scarborough-Guildwood), ancienne candidate à la chefferie en 2019 en réflexion pour la course à la mairie de Toronto, ou encore Bonnie Crombie, mairesse de Mississauga. Tous avaient tour à tour décliné.
Charles Sousa, ancien ministre des Finances de l’Ontario, avait également refusé le leadership pour devenir député fédéral.
Trois élus convoitent pour l’heure la chefferie : les députés fédéraux Nathaniel Erskine-Smith et Yasir Naqvi, ainsi que le député provincial Ted Hsu. Source : Twitter
Selon la politologue Geneviève Tellier, le fait que « ça n’ait pas attiré les foules » est inquiétant pour un parti aussi important dans l’histoire de la province. « C’est souvent indicateur de la santé d’un parti », explique-t-elle.
Puis de rappeler « qu’il n’y avait pas foule non plus pour prendre la tête du parti néo-démocrate », y voyant un déclin de l’engouement pour la politique en général ainsi qu’un réalignement d’une gauche qui se cherche encore.
« Un nouveau chef est nécessaire rapidement pour donner une impulsion » – Geneviève Tellier
Au pouvoir pendant près de 15 ans, le Parti libéral a eu à sa tête des leaders durables : Dalton McGuinty de 2003 à 2012 et Kathleen Wynne, de 2013 à 2018, première femme premier ministre de l’Ontario. Mais la défaite des libéraux en 2018 en faveur du Parti progressiste-conservateur semble avoir inversé cette tendance depuis.
Après une première période d’intérim transitoire assurée par John Fraser, en juin 2022 Steven Del Duca avait démissionné après seulement deux ans à la tête du parti et sa défaite lors du dernier scrutin provincial.
Selon Mme Tellier, ne pas avoir de chef depuis si longtemps porte préjudice à l’image du parti, qui pourrait s’être fait oublier, d’autant qu’il ne jouit plus d’un statut de parti officiel à Queen’s Park : « Sans leadership public, le parti ne peut pas vraiment se positionner sur des orientations de fond. »
« Un nouveau chef est nécessaire rapidement pour donner une impulsion à ce parti-là, amorcer une réflexion sur les deux dernières défaites et une nouvelle stratégie pour la suite. »
TORONTO – Zahra Diallo a succédé à Serge Paul à la présidence de l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Toronto (ACFO-Toronto), organisme porte-parole des Franco-Torontois. Juriste de formation, cette agente d’entité de planification des services en français a grandi entre le Maroc et le Togo avant d’embarquer pour Montréal puis Toronto, une ville qu’elle adore et où elle veut développer la francophonie.
« Pourquoi avoir saisi l’opportunité de présider l’ACFO-Toronto?
J’étais déjà impliquée dans l’organisme depuis trois ans en tant que vice-présidente. Chaque événement ou sujet était l’objet de discussions passionnées avec Serge (Paul). On travaillait main dans la main sur les principaux dossiers. En m’élisant, les membres du conseil d’administration y ont vu une suite logique.
Quel sera votre principal cheval de bataille?
Ce sera d’encourager la demande active de services en français de la part de la communauté. Il n’y a pas beaucoup de services parce qu’en général les francophones ne les demandent pas. Et d’un autre côté, j’entends souvent les allophones questionner : « Pourquoi favoriser les francophones ». Beaucoup de gens n’ont pas encore compris la place du français au Canada et en Ontario.
Comment expliquez-vous que les francophones ne demandent pas assez à être servis en français?
Beaucoup de communautés culturelles ne se sentent pas incluses ni représentées dans notre francophonie. Il faut aller les chercher, trouver des façons de les rejoindre et les impliquer. On est en train de travailler à un plan pour cela. Ça pourrait passer par une rencontre avec ces communautés pour les sensibiliser aux services en français.
Mme Diallo lors d’une cérémonie de lever de drapeau franco-ontarien devant l’hôtel de ville. Gracieuseté
Développer ou maintenir des services en français ne passe-t-il pas également par convaincre des alliés anglophones?
On aimerait beaucoup travailler avec plus d’anglophones. Certains sont très ouverts, investissent du temps et de l’argent mais se rendent comptent que les services ne sont pas demandés. C’est à nous de démontrer le besoin est bien là. C’est un donnant-donnant.
Vous souhaitez améliorer la santé organisationnelle de l’ACFO-Toronto. Qu’entendez-vous par là?
L’idée est avant tout de se restructurer pour faire participer tout le monde et être plus efficace. On a demandé aux membres qui ne pouvaient pas s’impliquer cette année de se retirer, ce qui a libéré des postes. Deux nouveaux administrateurs se sont joints à l’équipe. Tous travaillent dans des domaines qui encouragent l’offre de services en français. Ceux qui sont là vont vraiment participer. Il nous reste un poste à combler.
En quoi consiste votre travail d’agente au sein de l’Entité 3?
On fait de la planification de services, c’est-à-dire que, lorsqu’un fournisseur de soins financé par le gouvernement (hôpital, clinique, etc.) nous demande comment mettre en place une politique de services en français, il fait appel à nous et on l’aide à remplir toutes les conditions d’identification puis de désignation (en vertu de la Loi sur les services en français). On l’accompagne de A à Z : affiches en français, recrutement bilingue… Un projet peut prendre plusieurs années. L’un des plus récents, une désignation au sein du Women’s College Hospital, a pris deux ans.
Mais vous avez avant tout une formation juridique…
J’ai étudié le droit à Montréal. J’ai un baccalauréat en droit civil. Au moment d’entrée à l’école du barreau, j’ai dû déménager à Toronto. En voulant me réinscrire en droit en Ontario, j’ai appris qu’il fallait refaire trois ou quatre ans d’études. Je me suis donc résolue à chercher du travail, d’abord au Centre francophone de Toronto, puis dans une entreprise privée, avant d’intégrer l’Entité 3, toujours en faisant profiter de mon expertise juridique.
Zahra Diallo a succédé à Serge Paul à la tête de l’ACFO Toronto. Gracieuseté
Vous êtes donc l’exemple vivant des problèmes d’équivalence de diplôme et de manque de passerelles professionnelles entre provinces. Cela a-t-il forgé votre conviction de lutter contre ce type d’obstacle que rencontrent les francophones?
On m’avait dit qu’il existait une entente entre l’Ontario et le Québec, qu’il suffisait juste de suivre deux ou trois courts pas communs aux deux provinces. Mais ce n’est pas une réalité. Il existe encore trop de barrières pour les francophones. On a la même chose dans le domaine de la santé pour les médecins par exemple. Je veux clairement faire bouger les lignes.
Comment imaginez-vous les services en français à Toronto dans cinq ans?
Quand j’irai à la réception par exemple d’un hôpital, la personne qui me recevra et ouvrira mon dossier sera francophone ou bilingue et comprendra ma situation. Le plus important pour moi en termes de services en français, c’est le domaine de la santé car c’est vital. On doit régler cela avant les autres enjeux comme les services bancaires ou autres. Je suis sensible à tout ce qui touche aux services en français. C’est une priorité de tous les jours dans mon travail. Je vois les obstacles auxquels les francophones se heurtent pour obtenir certains services. Ce qui m’anime, c’est de leur faciliter choses.
Mme Diallo entourée de l’équipe de l’Entité 3, basée dans les locaux du Collège Boréal à Toronto. Gracieuseté
Je suis née en Guinée et j’ai grandi entre le Maroc à Rabat, où j’ai passé la plus grande partie de ma vie, pour ensuite déménager au Canada, à Montréal. J’ai voyagé au Togo, au Nigéria, au Mali, en Belgique, en France. Ma mère vient du Niger, mon père de la Guinée. Alors oui, j’aime souvent dire que je suis internationale! J’ai toujours baigné dans ce mélange de culture. On surnommait mon collège « les Nations unies » tellement la diversité y était grande.
Qu’est-ce qui vous a le plus frappée en Amérique du Nord?
Ce qui m’a manqué en arrivant ici, c’est le tissu social qui existe en Afrique. Je ne l’ai pas retrouvé ici mais j’ai vite compris qu’il y a beaucoup de communautés recomposées ici et qu’il suffit juste de savoir se regrouper ensemble. J’avais le sens de la communauté en Afrique et je le reconstitue ici.
Comment avez-vous réagi à la démission du maire de Toronto, John Tory, un interlocuteur essentiel pour l’ACFO-Toronto? Cela signifie-t-il qu’il va falloir reconstruire une relation de confiance en partant de zéro?
On a déjà des contacts à l’intérieur de la mairie. On espère donc juste que la collaboration va continuer. Le départ de M. Tory ne devrait pas trop changer les choses. On connait très bien Jennifer McKelvie (mairesse adjointe qui gouverne par intérim). Elle a toujours été ouverte à nous appuyer, toujours présente dans les moments importants. On garde ce lien de confiance.
Allez-vous à nouveau démarcher les candidats et les sensibiliser à la réalité des Franco-Torontois, avant les prochaines élections prévues en juin?
Oui, c’est exactement ce qu’on va faire. C’est important pour les électeurs de comprendre le point de vue de chacun, et de sensibiliser les candidats à l’existence de la communauté. L’idée, c’est d’éclairer les gens dans leur choix, mais aussi de montrer au futur maire qu’on est là.
Pour Zahra Diallo, le maintien de services en français passe par une vigilance de tous les instants. Crédit image : Rudy Chabannes
Comment mieux faire connaître la francophonie de la Ville reine?
Il y a plusieurs moyens de le faire, comme par exemple par le biais de la table de concertation. On a récupéré la gestion de ce réseau auparavant chapeauté par le Centre francophone du Grand Toronto. On a essayé de réunir des organismes et de coordonner des événements en commun. Ça apporte plus de visibilité, notamment quand il s’agit de faire connaître une initiative au-delà des membres et des clients d’un seul organisme. Quand tout le monde se donne la main et promeut une activité, ça démultiplie l’audience.
Comment éviter un nouveau cafouillage de la Ville comme celui qu’on a connu avec la suppression (finalement abandonnée) de milliers de livres de langue française dans les bibliothèques publiques?
La décision de supprimer des livres a été renversée grâce à la communauté qui a montré qu’elle pouvait faire bouger les choses. C’est une expérience qui nous rappelle que la vigilance doit être de tous les instants. On n’a pas le choix : il faut sans cesse refaire le travail car ça peut basculer à tous moments.
Pour quelle raison mettez-vous aussi l’emphase sur la francophonie économique, en ce début de mandat?
On a travaillé avec l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) sur l’opération Bonjour Welcome en créant un répertoire qui recence tous les entrepreneurs francophones dans la zone. On veut poursuivre ce recensement. On travaille sur plan là-dessus. Si on ne fait pas connaître ces petites entreprises, on n’aura plus affaire qu’à des entreprises anglophones. Il faut conserver ce tissu économique et on serait aussi ravi de travailler sur un projet en ce sens avec nos partenaires communautaires. Mais on a besoin de financement pour ça. »
LES DATES-CLÉS DE ZAHRA DIALLO
1977 : Naissance à Conakry (Guinée)
2006 : Immigre au Canada, à Montréal
2014 : Déménage à Toronto
2019 : Intègre l’Entité 3 à titre d’agente de planification
2023 : Devient présidente de l’ACFO-Toronto
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.
[CHRONIQUE]
SUDBURY – Le vieil enregistrement de 1978 crépite et craque, mais la voix de Pierre Germain, poète et « papillon », perce le bourdonnement d’une foule assemblée en retrouvailles, émerveillée par la prise de parole qui se déferle sur eux. C’est La Cuisine de la poésie.
« Avant de commencer ça, faudrait qu’on s’introduisent…we have to introduce ourselves », dit M. Germain à la foule bilingue. « To my right is the fridge. And I am the stove…. So if you could translate… C’est la Cuisine de la poésie – Kitchen poetry? The kitchen of poetry? Poetry kitchen? »
Fondée par M. Germain et Robert Dickson, le poète au « sourire éternel », La Cuisine de la poésie allait contribuer à la « propulsion… d’une poésie qui vit sur la place publique, d’une poésie qui s’inspire des gens qui l’entourent et qui se raconte aux gens qui l’entourent ».
« La poésie a aussi longtemps fait partie de La Nuit », explique Daniel Bédard, directeur artistique du 50e anniversaire de La Nuit sur l’étang. Il rappelle les premiers balbutiements de La Nuit en 1973 où les poètes étaient sur scène, ainsi que le grand comeback de la poésie avec Jean-Marc Dalpé et Michel Vallières lors de l’iconique dixième anniversaire en 1983.
En 1976, La Cuisine de la poésie fait ses débuts à La Nuit sur l’étang. Mais, attention, La Cuisine existait bien depuis 1974, explique l’auteur Gaston Tremblay, cofondateur de La Nuit sur l’étang et ancien directeur artistique (1973, 1974, 1978 avec Michael Gallagher et en 1983 avec Marcel Vaillancourt).
« (La Cuisine de la poésie) trouve ses origines dans la cuisine de Robert et sort de ce milieu privé pendant l’été 1974 », se souvient M Tremblay. « Trois fois Pierre et Robert ont accueilli d’autres poètes dans leur rang pour faire de grandes cuisines. Une fois dans le sous-sol de l’École Nolin en été 1974, une fois à l’ouverture de la Slague en automne 1975 avec CANO et une autre fois une autre fois dans l’auditorium du pavillon Alphonse Raymond à l’Université Laurentienne à l’été 1975. »
Robert Dickson. Crédit : Cédéric Michaud
En 1978, l’artiste Daniel Bédard, aujourd’hui directeur artistique de La Nuit sur l’étang, invite Robert Dickson et Pierre Germain à monter sur les planches à l’auditorium du Collège Cambrian avec la poète Sharon P. Whidden (Sharon Bontinen) en première partie dans une Cuisine de la poésie, dont les échos capturés en enregistrement ouvrent cette chronique.
Quelques années plus tard, en 1985, M. Bédard embarque dans ce grand projet poétique que devenait alors La Cuisine de la poésie. Sous l’égide des Éditions Prise de parole, il participe dans la réalisation de « La Cuisine de la poésie présente : Robert Dickson », un enregistrement parmi plusieurs autres qui allait capturer la poésie de M Dickson, Pierre Germain, Patrice Desbiens, Michel Vallières et Jean-Marc Dalpé, ces « discours émotifs » qui parlent « de la difficulté et de la joie de vivre dans le Nouvel-Ontario ».
Mais, tout doucement au fil des décennies, le souvenir de La Cuisine de la poésie se dorait de nostalgie. La poésie qui nourrissait autrefois les âmes allait se faire attendre.
L’impératif de la renaissance
À la veille du 50e anniversaire de La Nuit sur l’étang, La Cuisine de la poésie renaîtra avec la poète Chloé Laduchesse et la musicienne Darlene Raven, étoiles montantes du Nouvel-Ontario. Party de cuisine, happening effervescent et mouvement poétique, La Cuisine de la poésie s’offre en promesse à la relève du Nouvel-Ontario.
« C’est là que les bons esprits se rencontrent », souligne Mme Raven, imbue de la tradition multilingue de La Cuisine de la poésie. « En tant qu’anglophone, je suis impressionnée par la façon dont la communauté francophone continue de nourrir un monde artistique florissant, progressiste et inclusif. Cela me donne un sentiment d’appartenance au-delà des barrières linguistiques. »
Mme Laduchesse, quant à elle, souhaiterait pouvoir lancer un souhait dans l’univers afin de créer plus d’espace pour la poésie – comme ceux qui, autrefois, mettaient pleins feux sur la création dans les party de cuisine.
Chloé Laduchesse. Archives ONFR+
« Les gens doivent eux aussi cuisiner de la poésie », souligne Mme Laduchesse. « Toute œuvre et surtout la littérature est conversation. La création doit s’inspirer d’un vivre-ensemble – La Nuit sur l’étang fait de la place pour ça. »
« Désormais, je me nourris à la cuisine de la poésie », proclamait autrefois Robert Dickson.
Tout comme à La Cuisine de la poésie des sages du Nouvel-Ontario, la relève fera mijoter ses mots, nous gavant de beat et de vers, nous enivrant de notre beau joual vert, nous nourrissant de leur poésie.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
TORONTO – La commissaire aux services en français, Kelly Burke, n’est plus à l’emploi apprend-on dans un communiqué du bureau de l’ombudsman diffusé ce vendredi, sans autre explication. La recherche de son successeur a déjà débuté et n’occasionnera pas d’interruption de service affirme-t-on.
En poste depuis janvier 2020 et autrice de trois rapports annuels pointant les lacunes du gouvernement, cette avocate en droit du travail et ex-enseignante n’avait pas fini son mandat. Elle avait succédé à François Boileau dans une période de trouble, alors que le commissariat indépendant avait été aboli après l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs.
« Elle ne fait plus partie du Bureau de l’Ombudsman », indique, laconique, son supérieur hiérarchique Paul Dubé, ombudsman de l’Ontario. « Je tiens à remercier Mme Burke de ses services et je lui souhaite de réussir dans ses futurs projets », a-t-il déclaré, lançant dans la foulée une nouvelle recherche pour trouver son successeur.
Paul Dubé avait défendu bec et ongles le recrutement de Mme Burke en 2020. Archives ONFR+
C’est l’actuel directeur des opérations de l’Unité des services en français au sein du Bureau de l’ombudsman, Carl Bouchard, qui est chargé d’assurer l’intérim dans l’intervalle, « sans interruption ».
« Notre Bureau reste fermement déterminé à veiller au respect et à l’application des droits des francophones en Ontario ainsi que des obligations du gouvernement et des organismes gouvernementaux conformément à la Loi sur les services en français », a tenu à rassurer M. Dubé, qualifiant les résultats de son propre bureau de « remarquables » dans ce domaine depuis qu’il en a pris le contrôle en mai 2019.
Un millier de plaintes sur les services en français ont été traitées depuis le changement d’administration. Cependant l’unité avait depuis 2019 perdu son indépendance et son caractère de premier recours. Le couperet tombé en 2018 avait soulevé une vague de contestation au sein de la communauté, sous l’appellation de Jeudi noir de l’Ontario français, incluant l’abandon du projet de l’Université de l’Ontario français – finalement relancé en 2020 à la faveur d’un accord fédéral-provincial.
Le retour d’un commissariat intégré à l’ombudsman avait mis un terme à son indépendance obtenue en 2014, sous la gouvernance de François Boileau, son prédécesseur.
Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Gracieuseté
« Je ne crois pas que ce départ retardera le dépôt du prochain rapport » – Fabien Hébert
Surpris par cette nouvelle, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, a bon espoir que les services ne souffriront pas de ce changement.
« Je ne crois pas que ce départ retardera le dépôt du prochain rapport », estime-t-il au micro d’ONFR+. « On a confiance en M. Dubé et en son bureau pour sélectionner quelqu’un qui aura toutes les compétences requises pour bien remplir les fonctions exigées à ce poste. »
Et d’ajouter : « On a aussi une très bonne relation de travail avec Carl Bouchard. Il sera en mesure de mener à bon port les dossiers laissés derrière Mme Burke jusqu’à l’arrivée du prochain titulaire. »
M. Hébert salue au passage le travail accompli par la commissaire sortante. « Je retiens qu’on a toujours eu avec elle des discussions très ouvertes », relève-t-il.
Du côté de l’opposition, même surprise. Le député néo-démocrate Guy Bourgouin, porte-parole de l’opposition officielle aux affaires francophones, souhaite que le futur commissaire soit recruté « le plus vite possible, car on a besoin que les plaintes qui lui sont adressées soient traitées au mieux ».
Et de pointer le besoin de stabilité à la tête du commissariat : « On a besoin de quelqu’un qui soit là pour longtemps afin de bien connaître les dossiers, les faire avancer et mettre la pression sur le gouvernement », dit-il, assurant qu’il va « garder un œil » sur le processus de recrutement.
L’ancienne sous-ministre adjointe aux Affaires francophones est notamment parvenue durant son mandat à obtenir de ce ministère qu’il produise un rapport annuel sur l’état et les progrès réalisés dans les services gouvernementaux en français.
Elle a aussi conclu l’année dernière à une faute de l’Université Laurentienne, coupable à ses yeux d’avoir enfreint la Loi sur les services en français en supprimant des programmes débouchant sur des diplômes désignés.
Cependant, seulement deux de ses 11 recommandations au total ont été traitées, faisait-elle remarquer en 2022, au moment de divulguer son dernier rapport annuel.
Article mis à jour le dimanche 5 mars à 19 heures.
Les cinéphiles francophones de l’Ontario auront de quoi se mettre sous la dent dans les prochaines semaines. Que ce soit dans le cadre du Mois de la Francophonie ou de festivals bilingues et même anglophones, plusieurs projections sont organisées dans différentes régions de la province. Voici quelques façons de consommer le septième art en français ces jours-ci.
Des films canadiens à Kingston
Le Kingston Canadian Film Festival se déroule jusqu’à dimanche. Il s’agit du plus gros festival dédié aux films canadiens. Plusieurs films en français seront présentés avec des sous-titres en anglais. Les représentations de Viking, de Stéphane Lafleur et de Rosie, le film trilingue (anglais, français et cri) de Gail Maurice affichent déjà complet.
Il est tout de même possible de se procurer des billets pour Au nord d’Albany de Marianne Farley, Norbourg de Maxime Giroux, The Family of the Forest de Laura Rietveld et Falcon Lake, le premier long-métrage de Charlotte LeBon. Le festival offre également une sélection de courts-métrages.
L’ONF aux Rendez-vous de la francophonie
L’Office national du film (ONF) renouvelle son partenariat avec les Rendez-vous de la francophonie (RVF) pour une 18e année. Six programmes clés en main ont été préparés pour que les salles et organismes puissent organiser des projections à travers le pays. Le thème de l’identité et des luttes francophones au Canada relie plusieurs des courts et longs-métrages sélectionnés.
Parmi eux, on retrouve L’Ordre secret de l’acadien Phil Comeau. Sur son lit de mort, le père du réalisateur lui a avoué avoir fait partie d’une société secrète franco-canadienne, qui tirait bien des ficelles en catimini afin d’imposer des francophones dans tous les pans de la société.
Dans L’Ordre secret, Phil Comeau rencontre d’anciens membres de l’Ordre de Jacques-Cartier, dont Guy Richard. Crédit image : ONF
C’est après cinq ans de travail acharné que Phil Comeau peut enfin lever le voile sur l’Ordre de Jacques-Cartier, que ses membres surnommaient la patente. Les langues furent difficiles à délier, mais le film a ravivé la fierté de ces bâtisseurs de l’ombre. Quelques anciens membres franco-ontariens de l’ordre de Jacques-Cartier étaient d’ailleurs présents lors d’une représentation à Orléans le 1er mars, dont la seule femme connue à avoir fait partie de la patente, Marthe Caron.
Le festival torontois, dont l’événement principal se déroule en novembre, offre d’autres volets à sa programmation au cours de l’année. La deuxième partie du volet famille se déroulera du 10 au 12 mars. Il est possible de louer des films francophones à écouter en famille dans le confort de notre foyer. C’est l’occasion de visionner Rosie, le film de Gail Maurice qui fait salle comble à Kingston.
Elsa Zylberstein campe le rôle de Simone Veil dans le film Simone, le voyage du siècle. Crédit image : Cinéfranco
Cinéfranco offre également des films en salle lors du mois de la francophonie. La journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, sera l’occasion de visionner Simone, le voyage du siècle. Le film d’Olivier Dahan raconte la vie de Simone Veil qui fut entre autres la première présidente du parlement européen.
Le volet jeunesse / écoles de Cinéfranco se déroule aussi jusqu’au 6 mars.
Le « Festival des festivals » dans la capitale
La troisième édition du Festival international du film d’Ottawa (IFFO) aura lieu du 8 au 19 mars. Il s’agit d’une initiative de l’Institut canadien du film, qui ne nous promet rien de moins que « le meilleur du circuit mondial de festivals du film ». On y présente des films qui ont remporté des prix à travers le monde. Par exemple, le film français Retour à Séoul s’est illustré dans pas moins de neuf festivals à travers l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Chaque séance est précédée d’un court-métrage canadien, dont plusieurs sont francophones. Tous les films sont présentés dans leur langue originale, avec des sous-titres anglais.
L’artiste visuelle Park Ji-min ne pensait jamais devenir actrice, jusqu’à ce qu’un ami commun lui présente le réalisateur Davy Chou. Son talent naturel est révélé dans Retour à Séoul
L’IFFO présentera aussi des longs-métrages restaurés, dont When the Night is Falling, un film de Patricia Rozema qui mettait en vedette la Québécoise Pascale Bussières en 1995.
Réfléchir aux droits de la personne à Toronto
Le Toronto Human Rights Watch Film Festival aura lieu en salle du 8 au 12 mars et en ligne du 13 au 19 mars. Le français résonnera aux côtés de l’anglais, mais aussi de l’igbo, du bambara et du pidgin dans le film nigérien No U-turn. De plus, les Franco-Ontariens Habibata Ouarme et Jim Donovan présenteront leur film Koromousso – Grande sœur, qui explore le dur sujet des mutilations génitales féminines.
Dans Koromousso, un groupe de Canadiennes d’origine africaine brisent les tabous avec « sincérité, humour et courage ». Crédit image : ONF
Un festival en recrutement à Hamilton
Le Centre francophone Hamilton (CFH) s’est associé au Hamilton Black Film Festival (HBFF), qui aura lieu du 26 au 30 mai. La directrice générale du CFH, Julie Jardel, nous a expliqué par courriel vouloir « promouvoir l’initiative auprès de la communauté francophone pour s’assurer que les participants au festival soient représentatifs de la diversité hamiltonienne, au niveau des origines ethnoculturelles et des langues parlées ».
Elle espère vivement que des réalisateurs et producteurs francophones soumettent des films au jury. Le but du HBFF est de « créer un espace de conversation sur la représentation des noir.e.s et personnes de couleur dans l’industrie cinématographique », selon le communiqué de lancement. La période d’inscription se déroule jusqu’au 25 mars.
Céline Baillargeon-Tardif est la directrice générale de l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Sturmont, Dundas, Glengarry (ACFO SDG).
LE CONTEXTE :
Plusieurs organismes communautaires francophones de Cornwall et tous les paliers du gouvernement se sont réunis dimanche dernier afin d’évaluer l’afflux important de demandeurs d’asile en provenance du chemin Roxham. Ce point de passage frontalier surchargé entre les États-Unis et le Québec a contraint le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) à transférer des immigrants en Ontario.
L’ENJEU :
Depuis plus de six mois, Cornwall accueille de nombreux demandeurs d’asile arrivés par voie terrestre depuis les États-Unis. L’ACFO SDG joue un rôle déterminant dans l’accompagnement et l’intégration de ces nouveaux arrivants en situation de vulnérabilité. Interlocuteur privilégié, l’organisme francophone est recommandé par ses pairs pour la bonne gestion de ce dossier.
« En tant qu’organisme communautaire francophone de la région de Cornwall, depuis quand l’ACFO SDG est-elle impliquée dans l’accueil et la prise en charge des immigrants, réfugiés et demandeurs d’asile?
Plusieurs années. Tout ce qu’on met en œuvre à l’ACFO est toujours en partenariat avec des organismes de la région, et dans un premier temps, c’est ce qui nous a permis de développer cette expertise. C’est déjà gagnant. Depuis la création du Réseau de soutien à l’immigration de l’Est de l’Ontario (RSIFEO), l’ACFO a toujours été un partenaire autour de la table. Jusqu’en 2017, nous participions plutôt au niveau de la collaboration et moins dans l’action concrète.
Depuis 2017, on a constaté l’arrivée de quelques immigrants francophones. À ce moment-là, à l’ACFO, on s’est dit qu’on avait un rôle actif à jouer dans l’accueil et dans le référencement de ses nouvelles familles qui venaient s’installer.
Quand est-ce que vous avez réalisé qu’il fallait créer une plateforme et un programme pour coordonner l’accueil des personnes arrivant à Cornwall, et ce, peu importe leur statut?
Quand le Programme de réinstallation des réfugiés (PAR), géré par le Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC), est arrivé en 2020. Ce programme nous l’a prouvé et on a démontré au réseau de soutien à l’immigration, au CÉSOC et certains ministères qu’il y avait de plus en plus de familles francophones qui s’installaient dans la région de SDG.
On a donc commencé la création d’un répertoire d’organismes francophones et d’entreprises qui desservaient la communauté francophone. En 2020, avec la mise en place de la friperie et la création du réseau de bénévoles, jusqu’au jumelage de familles qui pouvaient accueillir des immigrants, il y a eu un véritable impact social et inclusif. Il y avait aussi le jumelage professionnel, qui consistait à matcher des profils avec des entreprises.
Céline Baillargeon-Tardif, directrice générale de l’ACFO SDG à Cornwall. Gracieuseté
Comment se fait-il que l’ACFO SDG est perçu comme un interlocuteur privilégié dans la gestion des demandeurs d’asile provenant du chemin de Roxham?
On a une structure, notamment avec la plateforme carrefour d’immigration (CIC) que nous avions lancée en 2022. Cette structure et ses prémices existent depuis déjà un moment.
Puis encore une fois, c’est l’idée de travailler avec des partenaires. C’est ce qui fait le succès de notre mouvement et de notre approche. À notre dernière rencontre, dimanche dernier, réunissant plusieurs acteurs communautaires de Cornwall, nous avons eu une belle reconnaissance. Tout le monde avait au bout des lèvres nos réussites.
Depuis la fin de votre contrat de prestation avec le centre de transition Devcore, l’ACFO SDG n’est plus liée à aucun engagement. Allez-vous continuer la coordination de l’afflux de gens?
L’ACFO est toujours là, mais nous n’agissons plus au centre de transition. Au moment où IRCC a demandé à Devcore de recevoir les demandeurs d’asile, nous étions déjà dans un état d’urgence. Le premier fournisseur de services d’urgence était la Croix rouge.
La Croix rouge ne connaissait pas bien la région, donc l’ACFO, depuis le mois de juillet, demandait à Devcore une rencontre. En septembre, nous leur avons proposé notre programme, une solution clé en main. Devcore avait un contrat avec IRCC et nous un contrat avec Devcore. L’hôtel offrait l’hébergement et les repas. On rencontrait les immigrants tous les jours qui venaient pour récupérer du courrier, prendre un peu de lait, etcetera. On s’est servi de ça pour leur offrir un service d’accompagnement.
Le centre de conférence Devcore à Cornwall est maintenant un centre de transition pour les demandeurs d’asile. Crédit image : SkyF via Getty Images
Le 16 janvier 2023, IRCC ne nous a pas prolongés. Il n’y avait plus de réponse possible, car ils avaient un contrat avec un nouveau fournisseur (LSS) qui a remporté l’appel d’offres.
On a aidé dans l’urgence, mais je pense que personne ne s’attendait à ce que le programme d’une agence communautaire ait ces résultats. Personne ne s’attendait à cet impact positif sur la communauté. Notre départ a visiblement créé une confusion chez nos bénéficiaires.
Allez-vous continuer votre travail auprès de la communauté et aider les futurs demandeurs d’asile en chemin vers Cornwall?
C’est notre mission, on reste toujours actif. On a accueilli des francophones nouvellement arrivés. On a des familles qui ont bénéficié de l’Entrée Express, des réfugiés au sens de la Convention des Nations Unies et des demandeurs d’asile. Ceux du chemin de Roxham sont présents à Cornwall depuis cet été. Certaines de ses personnes nous ont partagé leur point d’entrée, mais nous n’émettons pas d’hypothèse. L’essentiel de notre activité, c’est de les accompagner jusqu’à ce qu’ils aient un travail, un statut, et on les accompagnera encore après. »
OTTAWA – L’opposition conservatrice et bloquiste veut ajouter du temps à l’étude du projet de Loi C-13 visant à moderniser la Loi sur les langues officielles.
Le projet de loi, qui a fait beaucoup de bruit dans les dernières semaines, arrive à la fin de l’étude clause par clause. Il reste une séance et demie de débats, soit « trois heures pour étudier et adopter les 51 articles restants » plaident le député du Bloc Mario Beaulieu et les conservateurs Joël Godin, Bernard Généreux et Marc Dalton dans une lettre adressée au président du comité, le libéral René Arsenault.
Les deux formations politiques demandent une réunion d’urgence pour ajouter du temps. Selon eux, le fait que cette Loi « n’a pas été révisée depuis son adoption il y a maintenant 50 ans » et que seulement 20 articles sur 71 ont été adoptés nécessite cet ajout.
« Il est primordial pour le Comité de remplir proprement son mandat d’étudier convenablement le projet de loi C-13 et que l’étude article par article soit réalisée avec tout le sérieux, toute l’attention et la réflexion auxquels sont en droit de s’attendre les citoyens au regard de l’avenir des deux langues officielles », peut-on lire dans la missive obtenue par ONFR+.
Le Bloc et le Parti conservateur souhaitent avoir suffisamment de temps pour pouvoir débattre et voter sur l’article 54, qui porte sur l’application de la Charte de la langue française aux entreprises privées de compétence fédérale au Québec. Le Nouveau Parti démocratique, par la voix de son chef Jagmeet Singh, maintient depuis plusieurs semaines qu’il votera en faveur de cet amendement alors que les libéraux y sont opposés.
La députée néo-démocrate Niki Ashton n’a pas signé cette lettre, mais elle appuie les revendications de ses collègues, mais impose sa limite de « une ou deux séances pour rattraper le temps perdu ».
« Mais nous demeurons déterminés à faire adopter le projet de loi rapidement. Les communautés ont attendu assez longtemps », tempère la porte-parole en Langues officielles du NPD, dans une déclaration écrite.
En entrevue, le conservateur Joël Godin dit ne pas vouloir mettre de chiffres sur le nombre de séances mais que de se rendre jusqu’au débat de l’article 54 « est le minimum ».
« Il faut prendre le temps de bien faire les choses et les libéraux tournent les coins ronds depuis le début », critique M. Godin.
Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Gracieuseté
Huit réunions
Le 1er décembre dernier, les députés avaient convenu dans une motion unanime de tenir huit séances pour étudier C-13, la huitième et dernière étant ce mardi.
« Si le Comité constate le besoin de prolonger la durée de l’étude article par article, il pourra décider de prolonger », indiquait toutefois cette motion.
Pour ce faire, les conservateurs et le Bloc devront aller chercher au moins un autre vote, probablement du NPD ou d’un député libéral, pour prolonger le temps. Les conservateurs voulaient 12 séances et les libéraux voulaient quatre séances à ce moment-là, alors le comité avait décidé de couper la poire en deux, rappelle le député Godin.
Au bureau de la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, « ça sera au comité de décider », précise-t-on, tout en pressant pour « adopter C-13 dans les plus brefs délais ».
« Les intervenants ainsi que la francophonie canadienne en entier attendent avec impatience son adoption », a déclaré Marianne Blondin, l’attachée de presse de la ministre.
OTTAWA – La Cour suprême a refusé d’entendre la cause de minorités francophones qui souhaitaient qu’elle se prononce sur le fait que le fédéral puisse se soustraire à ses obligations linguistiques lorsqu’il confie la mise en œuvre de programmes aux provinces. Cela met ainsi fin à une saga judiciaire ayant fait couler beaucoup d’encre et ayant notamment mené à l’engagement du gouvernement Trudeau sur la Loi sur les langues officielles.
La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) et le commissaire aux langues officielles, comme intervenant, demandaient à la Cour suprême de se pencher sur ce dossier qui dure depuis 2013, mais celle-ci a refusé jeudi. La plus haute cour au pays ne partage pas les motifs de sa décision lorsqu’elle rend un arbitrage dans des demandes d’autorisation.
Ce dossier concernait la partie IV de la Loi sur les langues officielles (LLO), la section qui assure la prestation de services de la part du fédéral. En 2008, le gouvernement avait signé une entente afin de transférer aux provinces la responsabilité d’offrir les services et programmes d’aide à l’emploi, ce que contestait la FFCB arguant que cela avait pour effet de réduire considérablement l’accès à des services à l’emploi en français. En 2018, le juge Gascon avait donné raison sur toute la ligne au fédéral, dans le cadre de l’appel portant sur les parties IV et VII de la LLO.
En 2022, la Cour d’appel fédérale avait infirmé partiellement la décision en donnant raison à la FFCB soulignant que le fédéral avait omis de respecter ses obligations linguistiques et que cela avait eu un effet négatif sur la minorité francophone, contrairement à ce qu’exige la Loi. Le gouvernement avait un mois plus tard contesté le tout en Cour suprême, mais avait reculé devant le tollé provoqué par cette décision, notamment à l’intérieur du caucus libéral.
En perspective, l’avocat de la FFCB, Mark Power, qualifie le maintien de la décision comme du « jamais vu en termes de droits linguistiques fédéraux ».
« La Cour d’appel fédéral a ordonné la résiliation d’une entente provinciale fédérale au motif qu’on n’avait pas eu une clause linguistique suffisamment forte. C’est vraiment un gain majeur majeur », concède-t-il.
Modernisation de la Loi sur les langues officielles
C’est dans la foulée de ce jugement en 2018 que Justin Trudeau avait réagi en promettant une modernisation de la Loi sur les langues officielles. Cette décision du juge Gascon avait notamment donné lieu à un appel de Raymond Théberge, des organismes francophones et de sénateurs à moderniser urgemment la LLO.
Mark Power rappelle que cette décision du juge Gascon en 2018 a été une sorte de « réveil » pour les francophones et le gouvernement et que le tout paraît dans le projet de loi de la ministre Ginette Petitpas Taylor près de cinq ans plus tard.
Le dossier de la FFCB en est un ayant influencé le projet de Loi C-13 de la ministre Ginette Petitpas Taylor. Gracieuseté.
Les retombées du jugement sont incluses dans la modernisation de la LLO où l’on vient renforcer les droits des francophones au niveau de la prise de mesures positives, une section sur laquelle « le Canada français hors Québec mise beaucoup », plaide M. Power. Cela veut dire que les futures décisions du fédéral qui toucheront les minorités francophones devront obligatoirement contribuer à leur épanouissement et leur reconnaissance.
« On est un peu déçu de la décision de jeudi de la Cour suprême, mais quand on prend un pas de recul, c’est un dossier qui se solde très largement avec une victoire », affirme Mark Power.
Un mince espoir
Une porte de sortie restante pour assurer la prestation de services de la part de provinces (dans des champs de compétences partagés) qui auraient respecté la Loi sur les langues officielles a été défaite lors des débats autour de C-13. Une motion conservatrice qui aurait forcé la province à respecter la Loi a été amendée par le NPD et votée unanimement de façon beaucoup moins exigeante par les trois partis.
L’avocat chez Juristes Power Law, Mark Power. Gracieuseté
Mark Power souligne que le manque d’exigences claires pour la prestation de services pourra avoir un impact sur les services offerts en français aux immigrants, car il s’agit d’un champ de compétence partagé entre les deux paliers gouvernementaux.
« La décision d’hier – par rapport au statut du français hors Québec – introduit une certaine incertitude par rapport à la capacité du fédéralisme coopératif à bien nous desservir. »
Le dernier recours est politique, appelle l’avocat en direction des sénateurs qui pourraient le modifier lors de leur étude du projet de Loi C-13, une fois devant eux.
TORONTO – À l’heure des négociations des conventions collectives, les infirmières et infirmiers, le personnel médical et leurs sympathisants ont défilé ce jeudi sur la rue Queen pour tenter de se faire entendre par le gouvernement.
Des centaines de professionnels de la santé se sont rassemblés en face de la mairie de Toronto avant d’entamer une marche jusqu’à Queen’s Park dans l’espoir d’avoir gain de cause : de meilleurs contrats de travail pour les hôpitaux membres de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario (AIIO – Ontario Nurses’ Association, ONA).
Avec en toile de fond le projet de Loi 124, qui maintient un gel des salaires dans le secteur public, ces travailleurs en santé réclament de meilleurs salaires, de meilleurs soins pour les patients et plus de personnel.
Un soutien qui est le bienvenu pour l’équipe de médiation de l’AIIO qui entamait sa deuxième journée de négociation avec l’Association des hôpitaux de l’Ontario (OHA).
« Un meilleur contrat pour les infirmières est la meilleure chose que nous puissions faire pour résoudre les problèmes de dotation et améliorer les soins aux patients dans les hôpitaux publics », déclare Bernie Robinson, président provincial par intérim de l’AIIO.
Les travailleurs en santé s’emparent des rues de Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes
De meilleurs contrats de travail à la clé
Plus tôt aujourd’hui à Queen’s Park, Jill Andrews, députée Toronto-St. Paul’s du Nouveau Parti démocratique (NPD), avait déclaré à la ministre de la Santé Sylvia Jones : « On réparerait le système de santé par de meilleurs salaires pour les travailleurs », tandis que Joel Harden, député NPD d’Ottawa-Centre l’avait interrogée sur la privatisation : « Êtes-vous prête à investir dans nos salles d’urgence publiques ou à les vendre? ».
Sylvia Jones avait répliqué qu’il ne s’agit pas pour elle de choisir entre le secteur public ou privé, mais d’agrandir le système de santé et ses possibilités pour éliminer les listes d’attente.
Selon M. Robinson, le maintien de mauvaises conditions de travail creuserait davantage le pénurie de personnel, la crise du système de santé publique et les temps d’attente, ouvrant la porte à davantage de mesures de privatisation.
Marc-André Perron et Michelle Stevenson, deux infirmiers francophones, manifestent aujourd’hui à Toronto.Crédit image : Sandra Padovani
Parmi les manifestants, Marc-André Perron, infirmier francophone exerçant à Ottawa, a décrit une « situation inacceptable. C’est absolument nécessaire que les infirmiers et infirmières soient soutenus par le gouvernement pour nos conditions de travail, nos rémunérations pour que le public reçoive des soins de qualité ».
Michelle Stevenson, infirmière à Ottawa également, a quant à elle rappelé que sept patients à la fois par personne, c’est beaucoup trop. « Le gouvernement ne nous écoute pas. Il nous faut de meilleurs salaires et plus d’effectifs. On a eu 1 % d’augmentation sur une période de trois ans pendant la pandémie, ce n’est pas assez! »
« Notre prochain contrat de travail avec les hôpitaux aura un impact profond sur l’avenir de notre système de soins de santé », a insisté M. Robinson, qui demande à l’OHA et aux PDG des hôpitaux de se ranger du côté des infirmières pour donner la priorité au système de santé publique en négociant une entente qui réponde à ses priorités.
Si un accord n’est pas trouvé aujourd’hui, l’AIIO et l’OHA entreront en arbitrage les 2 et 3 mai.
Cinéma, littérature, et musique sont au cœur d’une semaine qui englobe non seulement le Mois de la Francophonie mais aussi la Journée internationale des femmes. Faisant d’une pierre deux coups, l’Ontario français prévoit une semaine riche et dynamique pour tous.
Littérature
La 30e édition du Salon du livre de Toronto
C’est le point de rassemblement d’une partie des auteurs du monde de la littérature franco-canadienne. Cette année, la foire torontoise fait briller encore une fois la plume francophone sur le campus de l’Université de l’Ontario français. La semaine se déroulera sous le thème Lettre à la Terre, un thème aux significations multiples qui vise à promouvoir la célébration de la planète, mais aussi à reconnaître les nombreux défis écologiques auxquels elle est confrontée.
Le Salon du livre de Toronto offrira une programmation dynamique au niveau d’activités culturelles : des ateliers de slam, de musique, de danse et des tables rondes seront organisés afin de promouvoir davantage des échanges autour de la littérature.
Crédit image : Luis Alvarez via Getty images
Le Salon du livre de Toronto du 2 au 5 mars à l’Université de l’Ontario français : programmation complète.
Films
L’Office national du film du Canada célèbre la Journée internationale des femmes
Le film Koromousso (grande sœur) des réalisateurs francos-ontariens Habibata Ouarme et Jim Donovan fera sa première mondiale au Human Rights Watch Film Festival à Toronto. Le film explore le sujet délicat d’un groupe de femmes canadiennes d’origines africaines en quête de guérison après avoir subi des mutilations génitales. Bien que ces pratiques traditionnelles soient interdites au Canada, ce film donne un aperçu des effets à long terme qu’apporte cette procédure.
Le film Koromousso. Gracieuseté de l’Office national du film du Canada.
Le film Koromousso (Grande sœur) au Human Rights Watch Film Festival à Toronto le 9 mars. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.
Rendez-vous cinéma francophone à l’Alliance française Ottawa
Encore une pluie de cadeaux cinématographiques de la part de l’Office national du film du Canada en célébration du Mois de la Francophonie. L’ONF diffusera quatre programmes courts gratuits au cours de la journée du 4 mars qui explorent les multiples facettes de la francophonie canadienne. Des courts et longs-métrages de réalisateurs canadiens seront à la une pour mettre en lumière les enjeux et histoires de la francophonie minoritaire.
Le film Assez French d’Alexis Normand. Gracieuseté de l’ONF.
Rendez-vous cinéma francophone à l’Alliance française Ottawa le samedi 4 mars de 13h à 18h. Voici la programmation complète.
Concerts
La chanteuse jazz-folk Alexis Normand sur scène à Corbeil
Déjeuner et spectacle, c’est ce que vous réservent les Compagnons des francs loisirs et le Club Action 50+ pour bien profiter de la présence d’Alexis Normand. La chanteuse jazz-folk francosaskoise qui a été couronnée artiste francophone de l’année par les Western Canadian Music Awards, débarque à Corbeil pour faire chavirer ses spectateurs avec sa voix douce et prenante au style de l’Américaine Norah Jones.
Gracieuseté de l’artiste.
Concert d’Alexis Normand le mardi 7 mars à 13h à la Salle municipale Corbeil à Corbeil, Ontario. Prix des billets : 8 $ à la porte pour les non-membres.
Mélissa Ouimet à Timmins rend hommage aux femmes francophones
Dans la cadre de la Journée internationale des femmes, la rockeuse franco-ontarienne Mélissa Ouimet fait escale à Timmins pour dédier son art à la cause féminine. Accompagné d’un souper, ce spectacle à l’énergie décontractée est un clin d’œil à son esprit franc et simple.
Gracieuseté de l’artiste.
Mélissa Ouimet sur scène, le mercredi 8 mars à 17h30 au Porcupine Dante Club à Timmins, Ontario. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.
Valery Vlad est le président du conseil d’administration du Salon du livre de Toronto depuis 17 ans. Il a notamment remporté le prix Jean-Baptiste Rousseau 2022, décerné par la Société d’Histoire de Toronto, pour son implication dans la promotion de la culture francophone.
LE CONTEXTE :
Le 30e Salon du livre de Toronto a lieu jusqu’à dimanche dans les locaux de l’Université de l’Ontario français (UOF). Le thème de cette année est Lettre à la Terre.
L’ENJEU :
Les organisateurs veulent rejoindre les familles francophones de Toronto et intéresser les jeunes à la lecture en français. Cet événement littéraire doit rester pertinent tout en faisant face à différents défis économiques et post-pandémiques.
« Quelle est l’importance du Salon du livre de Toronto dans la communauté francophone?
C’est très complexe. Selon moi, le plus important c’est l’attraction que le salon constitue pour les jeunes. On a de 4000 à 5000 jeunes chaque année (chiffres d’avant la pandémie). Si au moins une partie découvre la lecture en français, c’est gagné.
Cette année, on a une invitée de 14 ans, Sophia Leopold Muresan. Elle n’était même pas francophone il y a sept ans. On l’a accueillie au salon. Elle a découvert le français. Elle a continué ses études en français dans une école d’immersion. Et aujourd’hui, elle écrit en français. Et elle va lire un poème lors de l’activité Sur le chemin de la consécration, où l’on accueille des auteurs débutants. De plus, on l’invite samedi dans une activité familiale pour raconter aux enfants comment elle est arrivée à écrire en français avec des parents dont la langue maternelle n’est pas le français.
Comment soulignera-t-on le 30e anniversaire?
On va faire une soirée spéciale vendredi. Il y aura une partie littéraire, une partie musicale avec Patricia Cano et Robert Paquette, et une partie de souvenirs et d’anecdotes. Pour la partie littéraire, on a invité les lauréats de nos prix au fil des ans. Au début, c’était le prix du Salon du livre de Toronto. Après quelques années, c’est devenu le prix Christine Dumitriu Van Saanen, d’après le nom de la directrice de l’époque.
Et depuis trois ans, ça s’appelle le prix Alain-Thomas. Alain Thomas a été le président du comité du prix pendant des années. Il nous a malheureusement quittés il y a trois ans. Donc, dans ce volet littéraire de la soirée, les auteurs vont venir faire des lectures des œuvres qui ont gagné par le passé.
Quels sont les autres faits saillants de la programmation?
Citer quelques faits saillants serait faire injustice aux autres! Samedi, il y a la soirée Lettre à la Terre. C’est d’ailleurs le thème du Salon du livre. Dimanche, il y a l’activité autour de Guy Mignault, notre président d’honneur. On invite ses amis et il y aura des surprises pour lui. Il a été le directeur artistique du Théâtre français de Toronto pendant une vingtaine d’années, donc il a beaucoup d’amis ici.
Quelle est la signification du thème Lettre à la Terre?
On a imaginé tout ce qui peut polluer la Terre, pas seulement pour le côté environnemental. Par exemple, on a une table ronde : « Le racisme, d’un océan à l’autre », parce qu’on pense que le racisme pollue la Terre. On a aussi une table ronde sur la terre ancestrale. Parce qu’on vit sur une terre qui ne nous appartient pas.
Et puis, évidemment, cette guerre en Ukraine. Une des activités auxquelles je tiens beaucoup, c’est qu’on va lancer une lettre aux auteurs russes. Parce qu’on espère qu’ils vont sortir de leur mutisme assourdissant. Tous les participants du salon vont être invités à écrire. On va publier cette lettre collective dans les médias et on espère que quelques auteurs russes vont se réveiller.
Combien de gens visitent le Salon du livre par année?
Je ne sais pas ici, car c’est la deuxième année qu’on fait l’événement à l’UOF. L’an dernier, un mois avant, on ne savait pas si on pouvait le faire en présentiel. Donc, ça a été vite fait avec une dizaine d’exposants. Cette année, on a quelque 30 maisons d’édition, dix exposants communautaires… Donc, ça commence à avoir l’allure d’un salon du livre.
Quels sont les défis d’organiser un événement francophone à Toronto?
Ils sont nombreux. On ne peut pas se comparer avec d’autres salons. Ici, il y a un patchwork de francophones. Ce n’est pas cette fierté locale qu’on retrouve ailleurs en Ontario. Les activités qui sont proposées pour les francophones de Toronto sont très variées. Donc, il faut les attirer avec un événement de qualité et non pas avec des considérations idéologiques.
Un autre défi majeur, ce sont les coûts. Par exemple, nous payons la nuitée pour les auteurs. Pour une nuitée, il faut payer entre 400 $ et 550 $. Ça n’a pas de sens. Le problème c’est que, cette année, il y a aussi un congrès des compagnies minières ou quelque chose comme ça en même temps. Les prix ont explosé. C’est un défi économique énorme.
Qu’est-ce qui vous motive à vous impliquer comme président du conseil d’administration depuis 17 ans?
C’est la satisfaction suprême de voir des milliers d’enfants dévorer des livres. Quand on voit ça, on se dit que tout n’est pas perdu. Parce qu’ici, à Toronto, le français survit tant bien que mal. Les gens lisent de moins en moins, parlent anglais de plus en plus. Donc, si on ne fait rien, on va être complètement écrasé par ce rouleau compresseur qu’est la culture anglophone de masse. Ce serait dommage. »
Après une période de flou survenue entre l’annonce et la présentation, les Ontariens en général et les professionnels de la santé en particulier voient plus clair à présent dans le projet de loi visant à transférer certains services de santé au profit des établissements privés. Les Franco-Ontariens semblent méfiants, craignant pour la plupart un impact négatif sur les services en français.
C’est le sujet du moment : la santé. De fait, en levant le voile sur son projet de loi, le gouvernement a franchi une étape importante dans sa volonté de délocaliser vers les établissements privés certaines prestations médicales telles que les interventions chirurgicales relatives à la cataracte, aux genoux ou encore aux hanches, et ce afin de diminuer le temps d’attente et, par la même, les retards enregistrés par les blocs opératoires causés par la pandémie.
Toutefois, si les progressistes-conservateurs aux commandes promettent la garantie que cela n’entraînerait aucune conséquence sur le porte-monnaie des Ontariens, la Coalition ontarienne de la santé a d’ores et déjà rapporté une dizaine de cas de patients qui se sont vus charger des frais, comptant par milliers de dollars pour certains, par des établissements privés, et ce pour des services de coutume gratuits dans les hôpitaux publics.
Le premier ministre, Doug Ford, avait pourtant affirmé que « jamais les patients n’auront à sortir leur carte de crédit ».
L’autre épine que pose cette privatisation est celle de l’offre des services en français, des services à la base peu développés dans ce secteur.
Constance Pagé, résidente d’Ottawa. Gracieuseté
« Je ne pense pas que ce milieu est très ouvert et éduqué à la francophonie », croit Constance Pagé de la ville d’Ottawa.
Et de poursuivre : « On parle là de cliniques qui ne sont pas rattachées à nos protocoles des hôpitaux de la ville. Par conséquent, ils ne seront fort probablement pas au courant de toute notre démarche identitaire en tant que francophones. Je crains bien qu’il faille falloir choisir entre la langue ou le service. »
Même constat pour ce résident d’Orléans : « Le secteur de la santé public ontarien n’offre déjà que très peu de services en français. Un transfert vers le privé ne fera qu’aggraver l’impossibilité d’avoir accès à des services de santé en français », pense Yves-Gérard Méhou-Loko.
Pas d’obligation pour le privé d’offrir des services en français
L’opinion n’est guère plus optimiste dans la région de Toronto. Et pour cause, aucun établissement privé n’a l’obligation d’offrir des services en français, y compris dans les zones désignées en vertu de la Loi sur les services en français.
« Il n’y a pas vraiment de services francophones dans les hôpitaux en général, donc cela ne va pas changer grand-chose », tranche François Ouellette.
Et d’ajouter : « Depuis 2020, j’ai dû avoir recours assez souvent aux services de santé des hôpitaux St-Joseph, St-Michael et la clinique Riverdale où on peut avoir des services dans trois langues : l’anglais, le mandarin et le punjabi. À Toronto, il n’y a tout simplement pas de services de santé en français sauf chez quelques rares médecins omnipraticiens. »
Dyane Ménard de Moose Creek.Gracieuseté
Autre expérience, même témoignage : « Je vis dans l’Est de l’Ontario. Les cliniques et laboratoires privés que j’ai dû fréquenter depuis les trois dernières années n’offrent pas des services en français. Ils ont, à l’occasion un/une francophone, mais sans l’obligation d’offrir des services dans les deux langues officielles. Même dans un district désigné, ça se passe en anglais », observe Dyane Ménard de Moose Creek.
Le Nord, ce grand perdant
Toutefois, si les francophones de l’Est et du Centre de la province ont de bonnes raisons de s’inquiéter, il semblerait que c’est le Nord qui subirait le plus le retour de manivelle de cette redistribution des soins de santé.
La raison en est simple, les cliniques privées dans cette région ne s’y bousculent pas et ne vont pas s’y bousculer, comme l’explique le député néo-démocrate de Mushkegowuk-Baie James, Guy Bourgouin : « Les cliniques privées vont s’installer là où il y a de l’argent, c’est-à-dire là où il y a de la population. C’est pour ça qu’on ne s’attend pas à voir des cliniques privées dans ces régions. »
Interrogé à ce sujet, la députée de Mississauga-Centre et adjointe parlementaire de la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova relativise la situation.
« L’accès aux soins de santé dans le Nord est un problème pour lequel notre gouvernement veut également apporter des solutions. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a introduit le programme « Apprendre et rester » pour que les infirmières et infirmiers en fin d’études puissent rester dans le Nord, dans ces régions qui ne sont pas assez desservies. On a développé plusieurs stratégies dans ce sens, mais on sait que dans cette région, on a besoin de plus de support et de plus de main-d’œuvre bilingue », confie-t-elle.
Le député NPD de Mushkegowuk-Baie James, Guy Bourgouin. Archives ONFR+
Or, l’autre conséquence probable qui découle de cette réforme dans cette zone réside dans la pénurie des travailleurs qui risque de s’amplifier.
« Ce nouveau système ne va pas résoudre le problème de pénurie dans le Nord », prévient M. Bourgouin. « Au contraire, ça va nous nuire plus, parce qu’il faut s’attendre à un exode de personnel en santé vers le Sud, puisque beaucoup vont être séduits par les salaires qu’offre le secteur privé. Comme si cela ne suffisait pas que les autres provinces et les États-Unis viennent nous les voler, on a créé un siphon supplémentaire qui va venir puiser dans le système public. »
Pour rappel, le système de santé ontarien compte quelque 900 établissements de santé autonomes (ESA), communément appelés cliniques indépendantes et dont 98 % sont à but lucratif. Ces ESA opèrent actuellement 26 000 chirurgies et services de soins couverts par l’assurance maladie. Près de 14 000 chirurgies de la cataracte vont venir s’y ajouter, ce qui représente environ le quart de la liste d’attente aujourd’hui.
Quant aux hôpitaux privés, ils ne sont que quatre dans toute la province, alors qu’une ancienne loi en interdit formellement de nouvelles créations.
OTTAWA – Le mois de mars est celui de la francophonie et les festivités commencent ce soir, à Orléans. L’initiative des Rendez-vous de la francophonie (RVF) souligne ses 25 ans d’existence sous le simple thème « Célébrations ». Coup d’œil à la programmation qui s’échelonne sur tout le mois de mars.
Les Rendez-vous de la francophonie sont célébrés chaque année pour souligner la présence du français partout au Canada. L’initiative chapeaute des centaines d’activités diverses, qu’il s’agisse de manifestations artistiques, de rassemblements communautaires, de balados, de la section Mini rendez-vous et des ressources éducatives au rvf.ca, de concours ou de rencontres multiculturelles, par exemple. Le site web des RVF comporte une section calendrier dans laquelle on invite les gens à ajouter des événements ayant cours près de chez eux.
Les porte-paroles de cette 25e édition sont l’humoriste québécois Eddy King et l’autrice-compositrice-interprète et documentariste fransaskoise Alexis Normand.
Un lancement à Orléans
Le coup d’envoi des RVF aura lieu ce soir en direct du Centre des arts Shenkman d’Orléans. Alexis Normand agira comme maîtresse de cérémonie et offrira une courte performance, mais le clou de la soirée sera la tournée Juste pour rire, qui souligne pour sa part sa première décennie d’existence. L’événement sera retransmis en direct sur le site des RVF. Dans ce gala animé par Eddy King, on retrouvera les Québécois Mario Jean et Jessica Chartrand, le Néobrunswickois Luc Leblanc et l’Ontarienne francophile Rachelle Elie.
Les projections de l’ONF
Jusqu’au 31 mars, l’Office national du film (ONF) propose six programmes différents de projections dans plusieurs lieux à travers les provinces et territoires du Canada. Il est également possible de participer sur le web. On peut par exemple assister à L’Ordre secret, un documentaire de Phil Comeau qui lève le voile sur L’Ordre de Jacques-Cartier, une société secrète qui a grandement influencé le destin des francophones du pays.
Parmi les autres œuvres accessibles, notons la deuxième saison de La liste des choses qui existent, un programme de courts-métrages d’animation, de grandes chansons franco-canadiennes mises en image ou des films qui parlent d’identité comme Éloge du chiac de Marie Cadieux ou Le chemin rouge de Thérèse Ottawa, par exemple.
La vedette de ces projections est Assez French, le court-métrage documentaire d’Alexis Normand. La porte-parole des RVF a invité une équipe de tournage au chalet familial afin d’immortaliser de profondes discussions et réflexions autour de l’identité pour cette famille exogame qui se réapproprie la langue française.
« Il y a plusieurs familles qui vivent des versions de francophonie où, dans leur foyer, ils parlent en anglais. Ma mère est anglophone, mon père est francophone, mais assimilé. Moi, je suis la première génération qui a eu accès à une éducation en français », affirme Alexis Normand en entrevue avec ONFR+.
Dans le court-métrage Assez French, la famille Normand de Saskatoon discute d’identité, de famille exogame et de rapport à la langue française. Crédit image : Office national du film.
Alexis Normand souligne que la « langue du cœur, » celle que les membres de sa famille utilisent naturellement entre eux, est l’anglais. Pourtant, la situation tend à changer. « La langue du cœur que j’ai avec mes nièces, c’est le français. Et c’est weird de leur parler en anglais. »
La documentariste est surprise de voir que son film fait réagir au Québec, où il est en lice aux Rendez-vous Québec cinéma comme meilleur film franco-canadien, et en Louisiane, où il fait partie de la sélection du festival Cinema on the Bayou.
Celle qui se rappelle avoir participé aux RVF à Saskatoon lorsqu’elle était enfant parle également de son identité dans sa récente chanson, Le doigt dessus. Le texte parle du jour où elle a repris sa guitare avec, pour la première fois depuis des années, l’envie d’écrire des chansons en français. L’autrice-compositrice-interprète a alors ressenti une tension familière, qui lui venait de son rapport à la langue de Shakespeare.
« C’était comme éphémère en même temps, je ne pouvais même pas vraiment identifier quel était le point de tension, d’où venait le nœud. C’était rendu tellement normal. J’ai décidé d’écrire une toune par rapport à ce moment-là. Le moment où je réalise qu’il y a quelque chose qui est off, mais je ne sais pas c’est quoi encore. »
En film ou en chanson, la fransaskoise Alexis Normand parle d’identité en tant que francophone en milieu canadien minoritaire. Crédit image : page Facebook Alexis Normand
La chanson et le documentaire résonneront partout au pays pendant la tournée pancanadienne d’Alexis Normand au mois de mars. L’artiste propose un spectacle en trois temps, qui se termine par une discussion, toujours très enrichissante et émotive, avec le public.
« J’ai toujours vu mon rôle en tant qu’artiste comme étant quelque chose qui aide à faire vivre notre langue et notre culture, surtout en situation minoritaire. Dans un show par exemple, que les gens se rassemblent et qu’on ait la chance de rire ensemble ou de vivre des moments touchants ensemble, ça nous donne une expérience commune à partir de laquelle on peut bâtir des relations plus proches. »
L‘humoriste Eddy King et l’autrice-compositrice-interprète Alexis Normand sont les porte-parole des RVF sous le thème des Célébrations du 25e anniversaire. Crédit image : Page Facebook RVF
La première édition des RVF s’est déroulée en 1998, d’après une initiative de francophones d’influence comme l’ancien juge en chef du Canada, Antonio Lamer, l’autrice acadienne Antonine Maillet et le politicien québécois Paul Gérin-Lajoie. Les Rendez-vous de la francophonie sont chapeautés par la Fondation dialogue depuis 2004.
SUDBURY – Un entrepreneur franco-ontarien a lancé, trois années plus tôt, un salon de coiffure avec des services capillaires destinés aux personnes noires et afrodescendantes. Depuis, son salon est devenu très populaire auprès de la communauté noire, elle-même de plus en plus présente dans la région.
Arrivé il y a trois ans, Joël Bikalala est déjà bien intégré dans la communauté du Grand Sudbury. Dans le Nord de l’Ontario, et à Sudbury, le besoin de services pour les personnes noires est criant. C’est ce qui a incité le jeune entrepreneur à ouvrir son commerce.
« Il y avait des gens qui me disaient qu’ils roulaient jusqu’à Toronto, jusqu’à Ottawa pour se faire coiffer », soutient le jeune homme d’origine congolaise avant d’ajouter que le problème était que les salons existants n’avaient pas la meilleure expertise pour les cheveux de type afro.
Le salon de coiffure, Bk Salon, a ouvert ses portes peu après le début de la pandémie, et a connu, malgré les défis, une croissance exponentielle.
Selon Joël Bikalala, le bouche-à-oreille entre les membres de la communauté noire en est une grande raison.
Celui-ci raconte que des connaissances à lui ne se rendaient pas en salon avant l’ouverture du sien en invoquant le froid légendaire du Nord. « Ce qui est drôle c’est que ces mêmes personnes sont venues se faire coiffer chez moi, donc en fait ce n’était pas vraiment le froid qui posait problème », ironise-t-il.
Joël Bikalala a choisi Sudbury en raison des opportunités offertes par la relative faible concurrence qui y existe. Crédit image : Inès Rebei
Un salon pour tous
Aujourd’hui, le salon est fréquenté par toutes les communautés culturelles de la ville, une fierté pour le propriétaire qui poursuit en parallèle des études en administration des affaires au Collège Boréal.
L’attractivité de son commerce s’explique aussi par ses prix, concurrençant ceux pratiqués par la concurrence et même ceux dans le Sud de la province.
« La majorité des autres salons facturent leur coupe à 30 $, moi je la fais à 20 $ et en plus je te fais la barbe sans extra », observe Joël Bikalala.
Une formule qui séduit, notamment, la clientèle indienne, très présente à Sudbury et dont « les cheveux poussent très vite ».
La localisation du salon, en plein centre-ville, a aussi été pensée pour faciliter les déplacements de la clientèle, notamment les étudiants et les personnes plus vulnérables.
« Maintenant, j’ai même des gens qui viennent me voir de North Bay, Toronto, Ottawa pour se faire coiffer chez moi, car ils savent que je sais ce que je fais », raconte celui qui travaille seul mais compte embaucher des employés permanents au mois de juin.
Le salon offre des services pour femmes sur demande, en attendant d’avoir une employée dédiée lorsque le contexte le permettra. Crédit image : Inès Rebei
Plus qu’une coiffure
L’expérience va au-delà du service de coiffure, selon M. Bikalala, qui se réjouit de recevoir ses clients avec un accueil personnalisé.
« Je me sens vraiment comme chez moi ici », confie David Mpakasa, un étudiant d’origine congolaise, fidèle client du salon.
Le jeune homme explique aussi qu’il apprécie venir au salon pour faire des rencontres interculturelles : « En venant ici, je peux voir aussi d’autres cultures, des Ivoiriens, des Gabonais, on parle, on tisse des liens. »
Ce dernier avoue en profiter pour se confier auprès de son coiffeur, qui officie également en tant que pasteur centre évangélique Nouvelle Alliance partageant le même bâtiment.
Joël Bikalala, à gauche et David Mpakasa se connaissaient lorsqu’ils étaient au Congo. Crédit image : Inès Rebei
Une présence de plus en plus forte
La communauté noire est de plus en plus visible dans le Nord et à Sudbury, une donnée confirmée dans le dernier recensement dévoilé par Statistique Canada pour l’année 2021. De près de 1455 personnes en 2016, la population noire est passée à 4030 en 2021 dans la localité du Grand Sudbury, soit plus du double.
Une étude menée par le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO) en novembre dernier a démontré l’existence d’une grande discrimination à l’endroit des personnes noires francophones dans la ville du Nickel.
Le Programme d’appui aux entrepreneurs noirs du nord de l’Ontario (PAENNO) est une initiative de développement économique dans le Nord mise en place en juillet 2022. Le nombre d’entreprises montées par des personnes noires est, lui aussi, en constante augmentation, particulièrement depuis la pandémie.
Selon Charles Nana Yaw Kwarteng Bekai, coordonnateur des programmes et des événements pour l’organisme, la population de Sudbury accueille favorablement la création de ces entreprises appartenant à des personnes noires.
Charles Nana Yaw Kwarteng Bekai considère que la diversité de la population suburoise est positive pour les entrepreneurs noirs de la ville. Capture d’écran.
« Les gens sont prêts à partager leur expertise, leurs connaissances avec nous et avec nos clients, les gens se sont mis à disposition pour le faire », juge-t-il.
37 entreprises ont pu, jusqu’à présent, bénéficier de l’initiative dans la ville du Nickel.
TORONTO – Pour la première fois depuis 2015, les employés de TVO affiliés à la Guilde canadienne des médias (GCM) ont voté unanimement en faveur d’un mandat de grève. En cause, des augmentations salariales inférieures aux normes de l’industrie et à l’inflation au cours des dix dernières années et la menace d’un changement du mandat journalistique du groupe média qui met le feu aux poudres. Une information contestée par le ministère de l’Éducation et la direction du diffuseur public anglophone.
La convention collective, qui régit les relations du radiodiffuseur provincial et ses journalistes, producteurs et les travailleurs de l’éducation, a expiré en octobre dernier et n’a depuis pas été renouvelée. Le projet de Loi 124 dont dépendent les salaires, ayant été jugé inconstitutionnel en novembre dernier, fait maintenant l’objet d’un appel par la province.
TVO n’a reçu aucune augmentation inflationniste du financement de base du gouvernement provincial depuis plusieurs années y compris les trois années de gel complet des salaires, subissant en parallèle une diminution de 5 % de son financement de base en 2019.
Les représentants syndicaux dénoncent également la multiplication de contrats précaires, de licenciements, d’interruptions de contrat puis du maintien des travailleurs sous contrat permanents.
Le mandat journalistique menacé?
Outre les contestations salariales, c’est aussi la menace d’un changement du contenu fortement orienté vers l’éducation au détriment de l’actualité qui alerte la GCM : « Le changement dans la lettre d’instructions du ministre de l’Éducation à TVO ne contient plus aucune référence au journalisme. »
Une déclaration catégoriquement contestée par une source ministérielle : « Ce n’est pas vrai et nous ne comprenons pas pourquoi un tel changement est mentionné. Preuve en est, rien n’a changé par rapport à la lettre de 2016 sur laquelle il n’y avait pas non plus de mention du caractère journalistique que TVO développe de toute façon et nous les y encourageons ».
« Ce changement se reflète dans le plan d’affaires de TVO, qui ne fait pas non plus mention du journalisme et décrit les changements majeurs à venir dans son contenu d’actualité », affirme pourtant le communiqué de presse de la Guilde.
« Nous ne comptons pas réduire la partie journalisme. Nous appuyons TVO et son mandat. Nous développons aussi continuellement l’apprentissage en ligne pour soutenir les étudiants. C’est une mauvaise interprétation de la Guilde », ajoute la source ministérielle.
« En fait, cet engagement a considérablement augmenté au cours des dernières années – y compris de nouveaux podcasts, des séries vidéo, des événements en direct, The Thread avec Nam Kiwanuka, entre autres initiatives – et est clairement intégré à notre plan stratégique », conclut-elle.
Julia Vrabec, la vice-présidente People and Culture de TVO, confirme les propos du ministère dans une déclaration publiée aujourd’hui sur le site internet du groupe média : « TVO est présentement en négociation collective avec GCM (…) dans le but d’en arriver à une convention collective équitable. Il est très trompeur et tout simplement faux de suggérer que TVO a réduit (ou prévoit de réduire) son engagement envers le journalisme. »
OTTAWA – La rivière des Outaouais, plus précisément, sa portion ontarienne, a été désignée rivière du patrimoine canadien en 2017. Ce patrimoine naturel possède en lui les fondations de l’identité franco-ontarienne. D’importance culturelle, la rivière des Outaouais fait partie des récits clés de l’histoire francophone en Ontario.
La rivière qui s’étend sur 1 271 kilomètres est aussi la frontière naturelle entre l’Ontario et le Québec. C’est la séparation des « deux francophonies », explique Diego Elizondo, expert en patrimoine franco-ontarien.
D’Hawkesbury Est jusqu’à Haileybury en passant par Ottawa et Mattawa, s’immisçant au travers de centaines d’îles comme l’île Petrie, Lemieux ou Kettel, la rivière des Outaouais déborde sur le lac des Allumettes ou encore le lac Deschênes.
Kitchissipi, soit « la grande rivière » en algonquin, a contribué à l’essor des villages franco-ontariens.
« En Ontario, son lit s’étire sur 950 kilomètres entre l’embouchure de Temiskaming Shores, au début du Nord de l’Ontario, et Hawkesbury Est », explique M. Elizondo. Elle est le principal affluent du fleuve Saint-Laurent à Montréal où elle se jette.
Le pont des Chaudières, c’est ici que Jos Montferrand aurait affronté 150 Irlandais.Source : Capture d’écran/ Réseau des rivières du patrimoine canadien
La région de l’Outaouais s’est développée en grande partie grâce à son cours d’eau et ses forêts. La rivière fut vitale pour que les premiers foyers francophones s’y établissent de façon durable. « C’est le plan d’eau qui a contribué le plus à servir la communauté », affirme l’expert.
La porte d’entrée et de sortie en Ontario francophone
Dans les années 1610 et 1613, Étienne Brûlé et Samuel de Champlain sont les premiers Européens à emprunter la rivière.
Au milieu du 19e siècle, le cours d’eau est toujours utilisé par tous les explorateurs, cartographes, commerçants et missionnaires. Autrement dit : une autoroute à grand trafic.
« Vers la fin des années 1840 et surtout au début des années 1850, quand Orléans (à l’est d’Ottawa) fut fondé, les paroissiens voulaient avoir une église chez eux. À ce moment-là, il n’y avait pas de chemin terrestre et l’évêque d’Ottawa avait fait le voyage de Bytown à Orléans en empruntant la rivière, pour voir les forces en place », relate M. Elizondo.
La rivière est un important axe de transport. Source : Capture d’écran/ Réseau des rivières du patrimoine canadien
Bien évidemment, la rivière des Outaouais a toujours été au cœur du commerce. 7000 ans d’échanges commerciaux, la route du cuivre, des fourrures et du bois ont joué un rôle déterminant dans le développement de la région.
Voie économique tout autant que diplomatique, la rivière des Outaouais a joué un important rôle jusqu’à la fin des années 1980, perpétuant des traditions comme celle de la drave, le transport de troncs d’arbre par flottage. Parmi les ouvriers forestiers draveurs, on pouvait compter de nombreux Canadiens français, réputés pour être de fins connaisseurs de ce milieu naturel.
Une rivière propice
Au milieu du 19e siècle, commence aussi la fin du commerce de la fourrure, qui, à l’origine, vient de la venue des premiers Français. Selon certains historiens, les premiers foyers francophones en Ontario se sont ensuite tournés vers la coupe du bois. C’était le cas, dans l’Est ontarien, mais aussi dans les grandes régions forestières comme à Mattawa.
« Le bois de la région d’Ottawa était acheminé par la rivière des Outaouais, jusqu’à Québec », rapporte M. Elizondo. Par la suite, avec la construction de chemins de fer et des routes, l’utilisation de la rivière a diminué.
Si les Canadiens français se sont installés dans la région de l’Outaouais, c’est probablement le transport fluvial et le commerce qui a rendu pérenne leur implantation. La rivière est l’une des toutes premières routes transcanadiennes. Elle traverse plusieurs municipalités franco-ontariennes, elle est aussi le réservoir de plusieurs bassins qui se trouvent plus ancrés dans les terres.
La rivière des Outaouais traverse Hawkesbury Est, l’Orignal, Lefaivre, Ottawa et bien d’autres municipalités de l’Est ontarien. Source : Capture d’écran/ Réseau des rivières du patrimoine canadien
Dans Prescott-Russell, c’est « toute une panoplie » de villes et villages qui se trouvent, directement ou non, rattachés au cours d’eau, souligne Diego Elizondo. « Mais c’est aussi le cas à Mattawa, plus au nord. Ce village possède d’ailleurs une église qui trône près de la rivière, ainsi que trois croix qui la surplombent depuis le sommet d’une colline. »
Souvenirs et légendes franco-ontariennes autour de l’Outaouais
L’expert évoque aussi plusieurs anecdotes sur les îles qui jonchent le passage de la rivière. Comme à Orléans, l’île Petrie qui porte le nom d’Archibald Petrie, membre de l’Assemblée législative du Haut-Canada. « Ce qui est intéressant avec ce nom, c’est qu’Archibald Petrie (bien qu’il était Écossais) est la première personne à avoir amassé des fonds pour construire un tronçon routier entre Montréal et Ottawa », raconte-t-il.
« Si on suit ce chemin, « qui change de nom à plusieurs reprises », c’est en fait la route qui a remplacé la rivière des Outaouais. »
D’ailleurs, « l’île Petrie était une île privée appartenant à une famille franco-ontarienne de la région : la famille Grandmaître », explique l’historien.
Dans l’imaginaire franco-ontarien, il existe enfin une figure légendaire : Jos Montferrand. Reconnu pour ses exploits d’homme fort, ce draveur de l’Outaouais aurait accompli plusieurs exploits, dont il est difficile de déterminer s’ils sont fictifs ou non. « La légende dit que lors d’une bataille de rivalité entre les Irlandais et les Canadiens français, à lui seul, il aurait battu 150 Irlandais sur le pont Union (des Chaudières) entre Hull et Bytown ».
Diego Elizondo est expert en patrimoine. Archives ONFR+
En 1962, Hydro-Québec avait construit la centrale de Carillon, qui a fait augmenter de plusieurs niveaux la rivière. Plusieurs débordements auraient englouti « les vestiges du fort de Dollard, un épisode malheureux dans l’histoire des Franco-Ontariens ».
« Cette montée des eaux a eu un impact et ça a été une perte pour le patrimoine », affirme Diego Elizondo. En effet, en 1660, près d’Hawkesbury, vraisemblablement là où se situe le barrage de Carillon, « s’est déroulée la bataille du Long-Sault, au fort de Dollard, qui a opposé les Français aux Iroquois ». On l’appelle l’Exploit du Long-Sault. Aujourd’hui, il ne reste plus rien de ce vestige.
« La rivière est maintenant un lieu à la fois historique et récréatif très prisé des Franco-Ontariens », ajoute-t-il. « Le circuit touristique Champlain met en valeur les villages franco-ontariens qui se trouvent sur le passage et le cours d’eau rappelle l’héritage de Samuel de Champlain et les fondements d’une identité commune ».
« Les gens se sont naturellement imprégnés de la rivière, ils l’ont sublimé, c’est la colonne vertébrale de l’Est. »
Maya Skabar, qui joue le personnage central dans la nouvelle série franco-ontarienne Gang de hockey, nous partage ses secrets de plateau, ses aspirations et ses défis dans ce nouvel épisode de Tac au talk.
Alors que le Mois de l’histoire des Noirs tire à sa fin, ONFR+ s’est penché sur la scène culturelle actuelle et émergente en Ontario francophone. Peinture, sculpture, littérature, danse et musique, nous avons rencontré cinq artistes franco-ontariens noirs que vous ne connaissez peut-être pas encore… à suivre bien au-delà de février.
Fanny Constantino, l’afroféminisme sur la toile
Originaire du Sénégal, Fanny Constantino a choisi Ottawa pour ses études en communications et sciences politiques. C’est à travers son parcours universitaire qu’elle commence à explorer plus sérieusement sa passion pour les arts, qui l’anime depuis l’enfance. Pour elle, la peinture devient un langage : « Mes pensées les plus profondes sont sur mon tableau. C’est entre mon tableau et moi, en quelque sorte. Il n’y a que moi qui sais ce que j’ai vraiment voulu partager », souligne celle qui aime tout de même préciser sa perspective en accompagnant ses œuvres de textes poétiques.
Inspirée principalement par l’afroféminisme, sa culture et les gens qui l’entourent, Fanny Constantino laisse une grande place à la recherche dans son processus créatif. À partir d’une idée, elle explore le sujet à fond avant de se lancer dans une œuvre.
Dans le futur, celle qui est également membre du Conseil jeunesse de la Galerie d’art d’Ottawa souhaite simplement continuer d’explorer son art et, surtout, de le pratiquer avec le même amour du métier.
À gauche : Fanny Constantino. À droite : Renaissance est une oeuvre réalisée au moment où on commençait à lever les mesures sanitaires. Elle représente l’espoir, l’amour de soi et l’envie de créer quelque chose de nouveau. Gracieuseté
Soro Zana ou l’art du collage
Le sculpteur et peintre ivoirien Soroz, de son nom complet Soro Zana, s’est établi en Ontario « pour cette singularité au niveau linguistique, qui allie l’anglais et le français. C’était un bon endroit pour venir faire valoir ma francophonie et mon expression artistique. » Il devient moniteur de langue française à Sudbury, avant de faire des études en éducation et didactique des arts à Ottawa. Il enseigne aujourd’hui à l’École secondaire de La Salle, dans la capitale.
Il réalise des collages dans lesquels les drapeaux franco-ontariens côtoient les masques africains. Soroz puise dans le graphisme traditionnel sénoufo (peuple du nord de la Côte d’Ivoire), une culture riche qui comprend de grandes familles artistiques : des forgerons comme sa mère, des sculpteurs comme son père, mais aussi des peintres ou des tisserands, par exemple.
Il y colle des articles de journaux concernant la francophonie ontarienne. « C’est vraiment une identité que j’assume aussi bien verbalement que dans mes travaux. » On peut présentement admirer le travail de Soroz sur les murs de la maison de la francophonie d’Ottawa.
Soro Zana fait cohabiter ses identités franco-ontarienne et sénoufo dans ses œuvres. Gracieuseté
Christelle Kongolo, l’amour en poèmes
Christelle Kongolo a 13 ans lorsqu’elle quitte la République démocratique du Congo. L’adolescente traîne ses carnets d’écriture de Kinshasa à… Maniwaki, au Québec. Passer d’une capitale de 8 millions d’habitants (17 millions aujourd’hui) à une municipalité de 4000 âmes, c’est tout un changement : « Je ne m’attendais pas à ça du tout! (…). C’était choquant : j’étais la seule fille noire de mon école, » raconte celle qui s’est établie à Gatineau deux ans plus tard.
Son premier livre, Les émotions entrecroisées, contient des citations et des poèmes qui parlent d’amour, mais aussi de guerre, par exemple. « Je ne dirais pas que j’ai vécu la guerre personnellement. Mais il y a la guerre au Congo encore aujourd’hui. »
Son deuxième livre, à paraître en 2023, abordera plus directement ses propres histoires d’amour. Ce recueil sera bilingue, à l’image de sa région. « Je n’ai jamais cru que j’écrirais en anglais. Mes idées viennent en français. Mais avec le temps, il m’est arrivé d’avoir l’idée en anglais, » souligne celle qui publie régulièrement ses poèmes dans les deux langues sur les réseaux sociaux. « Je jongle avec les deux. C’est important pour moi de ne pas oublier le français. »
Christelle Kongolo a fait paraître Les émotions entrecroisées en autoédition en 2020. Gracieuseté
BBoy Effect et la rue pour piste de danse
Arnaldo Betancourt Silva a fondé Moov Ottawa Danse avec Alea de Castro, pour promouvoir la danse urbaine. Le nom est un clin d’œil à l’envie de faire bouger les choses à Ottawa, et ils le font notamment avec des ateliers destinés aux jeunes dans les écoles. « J’espère que j’ai pu en motiver quelques-uns à être eux-mêmes. » Pour celui qui a eu un parcours difficile, la danse a été une bouée de sauvetage qui a transformé son attitude envers la vie, en plus de le faire voyager à travers le monde.
Son nom d’artiste vient d’un coéquipier de la troupe Deadly Venoms, qui avait remarqué qu’Arnaldo avait un effet particulier sur les foules. La proposition lui semble prétentieuse mais, en danse urbaine, les surnoms sont le plus souvent attribués par les pairs. Arnaldo est donc devenu BBoy Effect.
Le danseur originaire de Cuba anime toujours les événements de Moov Ottawa dans les deux langues officielles, en plus d’intégrer l’espagnol. « Quand ils sont au micro, il y a des gens qui oublient qu’Ottawa est une ville bilingue. […] Je suis extrêmement content d’avoir appris le français. Ça m’a ouvert un paquet de portes […] Je suis très fier de dire que je suis franco-ontarien. »
Le surnom BBoy Effect lui a été donné en référence à l’effet qu’Arnaldo fait aux spectateurs. Gracieuseté
KingH509, le son venu d’Haïti
Liautaud H Philogène est un chanteur ottavien d’origine haïtienne. Après un EP à 80 % en créole, c’est en observant des artistes comme Yao ou LeFLOFRANCO qu’il décide de rejoindre l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM) et de chanter majoritairement en français. Avec le mentorat de l’APCM, il délaisse le rap pour une musique plus dansante, ce qui l’amène à jeter un album presque terminé. La nouvelle version sortira en 2021, juste avant la naissance de son fils. KingH509 fait alors une pause pour revenir au printemps dernier, plus déterminé que jamais.
Son nom est inspiré de ses frères, qui l’appelaient Prince lorsqu’ils étaient enfants. Devenu plus grand qu’eux, il s’est ajouté un grade. Le H, présent dans son vrai nom, est une référence au prénom de sa mère. 509 est l’indicatif régional d’Haïti, qu’il a ajouté pour éviter la confusion avec d’autres King H.
Le chanteur voit la francophonie comme une cause à défendre. « La francophonie est dans ma vie tous les jours (…) j’ai appris à écrire des textes en français avant même d’écrire en créole ou en anglais (…) D’ailleurs, sur la pochette de mon premier album, il y a le drapeau franco-ontarien. »
Le vidéoclip de sa chanson Millions, avec la chanteuse Gvmou, est sorti le 27 janvier.
KingH509 en performance pour l’émission Court-circuit de TV Rogers Ottawa, en partenariat avec l’APCM. Gracieuseté
OTTAWA – Le train léger a été l’élément déclencheur de la venue de Renée Amilcar à Ottawa. La directrice générale d’OC Transpo, l’organisme chargé des transports urbains de la capitale, est aussi candidate à la présidence de l’Union internationale des transports publics, et pourrait, si elle remporte les élections en mars prochain, devenir le nouveau visage du transport en commun mondial.
« Quel a été votre parcours professionnel?
J’ai commencé ma carrière dans l’aéronautique, puis j’ai fait un petit tour dans les télécommunications, chez Nortel Networks. Avant de devenir directrice générale à OC Transpo, j’ai exercé pendant 19 ans à la Société de transport de Montréal (STM). Là-bas, j’y ai trouvé mon but. J’ai occupé presque tous les niveaux.
J’ai commencé dans le département d’ingénierie et, au fil des années, puis je suis devenue chef de secteur de la planification, intendante de centre de transport, directrice adjointe et enfin directrice. En 2010, j’ai été la première femme directrice dans une société de transport. C’est malheureusement un travail que l’on attribue souvent aux hommes âgés ou près de la retraite.
Quels moments de votre carrière vous ont-ils particulièrement marquée?
Carl Desrosiers, qui était un directeur général extraordinaire et qui croyait beaucoup aux femmes, m’a nommée directrice exécutive avant son départ. J’avais alors 5300 employés, cinq directions et tout ce qui est autobus, parabus, chauffeurs, mécaniciens, ingénieurs et tous ceux qui participaient à la livraison du service.
Aussi, en 2017, lorsque la mairesse de Montréal Valérie Plante briguait son premier mandat, elle voulait atteindre un objectif : augmenter de 15 % le parc d’autobus de la Ville. C’était impossible pour le commun des mortels, je peux vous le dire. Finalement, mon équipe et moi avons réussi à le faire.
Puis, en avril 2018, j’ai reçu le Prix leadership de femme d’exception dans la catégorie grande entreprise par la Fédération des chambres du commerce du Québec. C’était une reconnaissance de l’ensemble de mon travail.
La même année, on m’a dépêchée sur la table des négociations de la STM pour le plus gros syndicat, celui des chauffeurs. Les négociations stagnaient et c’était vraiment un virage très difficile, avec les nouvelles lois qui encadraient le régime de retraite. Pendant trois mois, j’ai négocié et signé une entente collective record sur tous les points et pour sept ans.
Renée Amilcar est arrivée à la direction d’OC Transpo en 2021. Gracieuseté
Pourquoi briguer le poste de présidente de l’Union internationale des transports publics (UITP)?
Si ça se concrétise en mars, je serai la première femme, en 128 ans, à être le visage du transport en commun à travers le monde. Ce qui pourrait me rendre extrêmement fière. Personnellement, ce serait une des réalisations importantes de ma vie. L’UITP comprend les bus, les taxis, les métros, les trains, les trains légers, le vélo … tous les modes de transport dont la maison mère est à Bruxelles.
Comment est né un tel intérêt pour les transports en commun?
Je trouvais que le transport en commun avait une grande place dans mon quotidien. Je le prenais pour aller au secondaire et au CÉGEP (Collège d’enseignement général et professionnel, au Québec). C’est peut-être aussi quelque chose de plus tangible pour monsieur et madame tout le monde. Contrairement à l’aéronautique où ce sont plutôt les élites qui peuvent se payer des jets privés.
J’aime le transport public et suis tombée en amour pour le train léger à Ottawa. Avant, je n’avais pas eu l’occasion de toucher à un tel projet à Montréal.
Quelles études universitaires avez-vous suivies pour travailler dans ce secteur?
Je suis diplômée de l’École Polytechnique de Montréal en génie industriel, et j’ai aussi une maîtrise en administration des affaires. Depuis trois ans, j’ai un certificat avec de gouvernance au féminin, qui m’a donné plus d’outils pour gérer les conseils d’administration.
La directrice générale d’OC Transpo est très impliquée au sein de l’Union internationale du transport public. Crédit image : STM
Comment êtes-vous arrivée à la tête d’OC Transpo?
J’ai reçu un appel d’une chasseuse de têtes et il faut savoir que normalement je refuse toutes les offres mais, pour une raison qui m’échappe, cette fois-là, j’ai dit oui. J’ai embarqué dans le processus de recrutement, mais après trois mois, j’ai refusé l’offre. J’hésitais peut-être encore. Quelques jours seulement après, le train léger a déraillé et j’ai finalement rappelé pour accepter l’offre. J’ai senti que c’était un beau challenge, et maintenant ça fait 16 mois que je suis ici.
Comment gérez-vous la perte de confiance dans le transport en commun à Ottawa, suite notammentaux déraillements du train léger?
Je n’ai pas peur. Bien au contraire, ça m’attire. J’étais à un stade de ma vie où j’avais besoin d’un gros challenge et quand j’ai appris que le train avait déraillé, je me suis dit que c’était un problème technique. Avec mon approche d’ingénieure, mon expérience et mes contacts, je me suis dit « quel beau challenge de venir aider à fixer ça ». Je vous épargne les détails, mais j’ai fait mes devoirs.
Qu’est-ce qui vous plaît tant dans ce projet?
C’est définitivement le train qui m’a amené ici. Comme j’ai fait le tour des autobus, je voulais voir quelque chose de nouveau et mettre en application mon expérience dans un autre contexte. À la STM, j’ai commencé au département d’ingénierie et j’ai quand même fait tous les échelons, alors arriver à la tête d’OC Transpo, c’est sortir de ma zone de confort. Je ne connaissais pas les gens ni la ville, le contexte est anglophone. En plus, Ottawa, c’est très grand comparé à Montréal.
En 2018, Renée Amilcar a reçu le prix Leadership femme d’exception. Crédit image : Fédération de la Chambre du commerce du Québec
Avoir la main sur le transport en commun, c’est aussi avoir un impact sur le quotidien des utilisateurs. Il y a une véritable de notion de service, n’est-ce pas?
Je vous dirais que c’est ça qui me drive. Quand j’étais petite, je voulais être médecin. J’ai toujours voulu être au service des gens. Je pense qu’en étant ingénieure et travaillant dans le transport en commun, je suis au service des gens. Je mets tous mes atouts en application, dont la technique. Je suis chanceuse. J’étais bonne à l’école. Les mathématiques, la chimie, la physique et le reste, c’était pas mal mon truc (Rires).
Je crois qu’avant tout, je voulais sentir que je faisais quelque chose de concret. Tous les jours, quand je rentre chez moi, je me dis que je fais une différence. C’est mon gagne-pain, mais c’est ce qui me motive. Puis, c’est exactement pareil avec mes employés. J’aime travailler avec eux.
Par exemple, je suis allée avec la conseillère municipale Laura Dudas faire du porte-à-porte toute une après-midi pour expliquer ce qui s’en vient avec le mur qui est en train de s’ériger pour le train léger. Si je comprends un problème, je peux ensuite aider.
En termes de transports en commun, la capitale est-elle un terrain de jeu pour vous?
Absolument. J’adore même. Le fait est que je travaille avec l’international aussi, donc en discutant de nos défis, je sais qu’on va remonter la pente. La pandémie a affecté tout le monde et le transport en a eu pour son rhume. Quand on voit ce qui se passe dans cet univers, on se réinvente. Avec mes collègues à Ottawa, c’est ce qu’on fait. Comment faire mieux, à moindre coût? D’ailleurs, un des aspects vraiment fun du transport, c’est qu’on peut se réinventer tous les jours.
Comment vivez-vous le fait d’être la première femme noire directrice générale à OC Transpo?
Il y a une fierté, mais cette fierté se conjugue beaucoup avec une désolation. Quand on dit : « la première femme », en fait, les femmes existent depuis toujours. Je rêve d’un jour où on aura plus besoin de dire « c’est la première femme ».
Par contre, si c’est ce que ça prend pour briser le plafond de verre, si ça prend ça pour donner le coup de pouce aux jeunes filles, eh bien pourquoi pas! Après, je ne fais pas ces choses pour être la première, je le fais parce que je suis audacieuse. J’aime oser, je suis une battante, travailleuse et bonne vivante. En fin de compte, ça paie parce qu’il y a une reconnaissance, mais je ne le fais pas pour ça.
Renée Amilcar est passionnée par le transport public. À Ottawa, elle s’intéresse particulièrement au train léger. Crédit image : STM
Quel conseil donneriez-vous aux autres femmes?
Mais mon conseil, c’est qu’il faut oser, aimer les gens et aimer ce qu’on fait. Si c’est possible de montrer le chemin, je suis pour la parité et l’égalité des sexes. Je ne me lève pas le matin en me disant que j’ai une bataille à donner. Mais je suis une passionnée dans la vie, alors ce qui en découle tant mieux. Si ça peut aider, j’en suis bien contente.
Vous allez entamer un changement radical de la flotte d’autobus de la ville en autobus électriques. En quoi est-ce un projet fondamental pour Ottawa d’un point de vue environnemental?
Je pense sincèrement que l’on doit réduire notre empreinte. La terre se réchauffe, on l’a vu cet hiver. D’ailleurs, nous n’avons pas réellement eu d’hiver. Si on peut contribuer, ce n’est pas beaucoup demandé. C’est aussi un legs. On ne veut pas laisser à nos enfants une terre qui se brûle. Peu importe l’initiative, il faut aller de l’avant. En tant que société de transport, on réduit notre empreinte et en prenant le transport en commun et pas la voiture, les usagers contribuent à cela. »
LES DATES-CLÉS DE RENÉE AMILCAR
1968 : Naissance à Haïti
1996 : Diplômée en génie industriel de l’École Polytechnique de Montréal
2002 : Arrivée à la Société de transport de Montréal (STM)
2017 : Première femme élue présidente au sein du comité autobus de l’Union internationale des transports publics (UITP)
2018 : Prix Leadership femme d’exception de la Fédération des Chambres du commerce du Québec
2021 : Directrice générale d’OC Transpo
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
Tout le long de l’année dernière, j’ai eu le privilège de faire partie d’une belle initiative où l’art, la créativité et la littérature se sont réunis pour donner la parole à des jeunes talents et leur offrir la possibilité d’écrire un livre. C’est ainsi qu’est né Minuit moins une, un collectif de jeunes autrices et auteurs de l’Outaouais qui ont écrit sur le thème de l’environnement.
Ce projet de mentorat pour des jeunes étudiants qui aiment écrire a commencé avec un simple concours d’écriture où les jeunes candidats ont été appelés à soumettre un texte pour se métamorphoser graduellement en une aventure littéraire.
C’est le Salon du livre de l’Outaouais, qui se poursuit jusqu’à dimanche, qui a initialement lancé la balle et ce sont les Éditions David, une maison d’édition francophone à Ottawa, qui l’ont attrapé au vol pour que les textes écrits par ces jeunes soient publiés dans un livre « en papier et en encre ».
Je me rappelle encore notre première rencontre entre les organisateurs et mes collègues écrivains pour que chacun d’entre nous choisisse ses coups de cœur parmi les textes soumis. Blaise Ndala, Edem Awumey, Lisa L’Heureux et moi-même avons tous été charmés par les textes et selon nos préférences et penchants littéraires avons choisi les jeunes que nous allions encadrer.
Le mentorat d’écriture de jeunes en temps de pandémie autour du thème de l’environnement. Une mission presque impossible à tous les niveaux. Maintes fois avons-nous entendu ces phrases clichées comme « les jeunes ne lisent plus » et « les jeunes ne savent plus écrire… Ils ne font que regarder des vidéos ».
Alors comment faire pour les encourager à se mettre à cette besogne? Pire, comment convaincre ces jeunes dits fanatiques de l’écran et les amener à écrire sur le thème de « l’environnement »? Un thème aussi aride que vaste que l’Arctique dont la survie même est menacée par ces mêmes changements climatiques qui nous inquiètent et qui nous poussent à réfléchir pour leur trouver une solution.
Et que faire de la pandémie qui nous a confinés dans nos maisons, qui nous a empêchés de nous voir et nous rencontrer en personne. Comment inventer la littérature en temps de pandémie avec des jeunes pour sauver le monde?
Assiduité, intérêt et courage
Évidemment, nous avons été sauvés par les séances Zoom qui nous ont permis de nous rencontrer régulièrement. J’ai encadré quatre jeunes. Leur assiduité, leur intérêt et leur courage n’ont jamais cessé de me surprendre. Chacun avait une idée et chacun voulait écrire une histoire ou avait un poème en tête qui voulait s’échapper et se transformer en mots pour échouer sur une page de leur cahier ou de leur écran.
Ce projet m’a ramenée une trentaine d’années en arrière. Je devais avoir 18 ans et je ne me rappelle plus comment je suis tombée par hasard sur une annonce pour un concours d’écriture. Le seul problème était que je n’avais pas une machine à écrire. Je ne voulais rien dire à mes parents parce que j’étais supposée être la scientifique celle qui a choisi les mathématiques et les sciences. La littérature c’était pour les « nulles », on ne badine pas avec ça.
« Accompagner ces jeunes est aussi un voyage intime au fin fond de moi pour calmer mes anciens doutes »
Alors, j’ai trouvé un stratagème pour convaincre ma mère et demander à l’une des secrétaires qui travaillait avec elle de me taper mon texte. J’avais dit quelque chose comme « c’est pour l’école » et ma mère m’a cru et la gentille secrétaire l’a fait pour moi. J’ai envoyé mon texte au concours et jamais je n’ai entendu parler des résultats. Ni de mon texte ni du concours. Je garde encore le texte tapé à la machine chez moi.
Et donc c’est un peu avec l’esprit de revanche de la jeune écrivain que j’ai voulu être, que je me suis lancée dans cette aventure pour me venger des années perdues et des pressions sociétales et parentales. Accompagner ces jeunes est aussi un voyage intime au fin fond de moi pour calmer mes anciens doutes et me convaincre une fois pour toutes des bienfaits et de l’importance de la littérature dans nos vies.
Ces jeunes que j’ai eu le privilège d’accompagner dans leurs textes ont la chance de s’exprimer à leur façon. Que ce soit par des vers, par de la prose ou par des histoires fantastiques et même par le dessin, ce sont des jeunes talentueux et persévérants. Je me suis vue en eux.
Sauver la planète par les mots et la littérature
Mais il y a aussi toute la question du thème. Pourquoi l’environnement? Pourquoi ce préjugé comme quoi les jeunes s’intéressent plus que le reste de la population à l’environnement ou qu’implicitement ce sont les jeunes qui ont une plus grande responsabilité envers lui? N’est-ce pas une stéréotypisation injuste?
Pas tout à fait vrai. Et Greta Thunberg? La jeune militante suédoise devenue une icône de ce mouvement de jeunes pour l’environnement? N’avons-nous pas ici au Canada des jeunes qui ont intenté un procès contre leur propre gouvernement pour exiger que les politiciens prennent des décisions plus strictes?
Dire que c’est une stéréotypisation injuste ou exagérée serait inexact car les jeunes sont bel et bien à l’avant garde de ce mouvement et se sentent concernés par le sujet dans leur propre vie pour ne pas dire dans leur existence et survie. Et pourquoi pas sauver la planète par les mots et la littérature? Et quel mal y aurait-il si les jeunes le faisaient?
Ma contribution à ce projet innovateur et intelligent a été une occasion formidable pour faire la connaissance de jeunes ambitieux et engagés mais aussi une façon détournée pour faire un pied de nez à ceux qui ne m’avaient pas soutenu lors de ma jeunesse ou même à celle qui n’a pas cru en elle-même pour dire sans honte ni gêne que la littérature peut sauver le monde et, pourquoi pas, la planète.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
Gouled Hassan est le coordonnateur de projets du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS).
LE CONTEXTE :
Le CIFS est en charge du deuxième plus vieux cabaret africain de l’Ontario qui aura lieu samedi à Sudbury, comme à son habitude à guichet fermé. Il aura lieu pour la première fois à pleine capacitédepuis la pandémie et la désignation de Sudbury comme communauté francophone accueillante.
L’ENJEU :
À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, le 23eCabaret se veut un moyen de rassembler les communautés culturelles et offrir un voyage en Afrique le temps d’une nuit.
« Pour ceux qui ne le sauraient pas, qu’est-ce que le Cabaret?
La manière de mieux le présenter c’est vraiment de dire qu’on part pour une nuit en Afrique. On mange à l’africaine, on danse à l’africaine, on s’habille à l’africaine, on regarde un défilé de mode africain et l’ambiance est vraiment magique. C’est une façon pour la diversité de partager notre culture, notre héritage, notre patrimoine avec les gens qui n’ont peut-être pas eu la chance de visiter ou de vivre ces expériences interculturelles.
Quel est le thème pour cette 23e édition?
Le format est le même, mais cette fois-ci on a changé le thème du voyage, car chaque année on part découvrir différentes régions ou pays. L’an passé, l’emphase était placée sur la Côte d’Ivoire et, cette année, c’est le Burkina Faso.
On peut espérer une belle prestation musicale encore une fois?
Oui, on a Amadou Kienou, qui est un danseur et un musicien auteur-compositeur burkinabé très connu au Canada. Il a fait des tournées avec plusieurs grands artistes africains de renommée, Manu Di Bango, Angelique Kidjo du groupe Kassav, Youssou N’dour…Il est connu à l’international aussi et est réputé pour être un des seuls artistes à faire du griot au Canada.
Sentez-vous un engouement croissant pour le Cabaret depuis ses débuts?
Absolument, le Cabaret africain c’est un de ces événements auquel lorsqu’on y participe une fois, on veut y retourner à chaque fois. Mais à cause de l’espace que nous avons, c’est difficile parce que c’est à capacité limitée et, chaque année depuis la cinquième édition, c’est à guichet fermé.
Quelles sont vos attentes par rapport à cette année?
Qu’on puisse être capable de partager la culture africaine, de montrer que la communauté francophone maintenant est de plus en plus issue de la diversité. On est en train de créer des espaces et des ponts, des espaces d’échange et des ponts de communication entre les deux communautés pour qu’on puisse bâtir une francophonie qui est forte grâce à sa diversité.
Comme l’a montré le dernier recensement, la communauté africaine est de plus en plus présente à Sudbury, comment définir cette francophonie aujourd’hui?
Le visage de la francophonie est vraiment changeant, comme l’ont montré les statistiques, mais bien avant elles, on le voyait déjà sur le terrain. On l’a dit, la diversité se voit partout, alors il y a des atouts, mais aussi des défis qui viennent avec. Donc notre but et objectif, c’est comment on capitalise sur ces atouts puis on diminue les défis pour que tout le monde puisse se considérer partie prenante dans cette communauté. Quand quelqu’un s’installe ici, il doit être capable de contribuer au sein de la communauté et sentir qu’il y appartient.
Ces communautés s’intègrent-elles mieux dans le paysage sudburois?
À Sudbury et dans le Nord de l’Ontario, nous avons une communauté culturelle, que ce soit africaine ou autre, qui est très jeune. Ces jeunes sont formés dans nos universités, et ont vécu dans nos communautés et qui ont beaucoup à apporter que ce soit en terme économique, social ou culturel. Ça c’est quelque-chose qui change la donne et sur lequel on doit désormais compter.
Quels pays sont les plus présents aujourd’hui parmi la communauté africaine de Sudbury?
Le pays vraiment bien représenté aujourd’hui est la Côte d’Ivoire, mais il faut dire qu’il y a beaucoup d’autres communautés qui sont très importantes. La communauté congolaise, haïtienne, burundaise, rwandaise etc. Chacune grandit à sa façon et chacune grandit par vague, mais je peux dire que la vague récente c’est vraiment celle de la Côte d’Ivoire. »
TORONTO – Le plus récent album d’Abel Maxwell, intitulé 5 roses, a été lancé mercredi lors d’une soirée à l’Université de l’Ontario français (UOF). Un album à la fois simple et profond, où les influences multiples se rejoignent pour former un tout cohérent. ONFR+ s’est entretenu avec l’artiste au sujet de ce nouvel opus.
C’est un Abel Maxwell visiblement heureux qui répond au téléphone jeudi matin. La veille, son lancement d’album a fait salle comble, malgré la tempête de neige qui sévissait à l’extérieur. En plus des admirateurs, le public était composé de représentants de différentes associations francophones et de médias, torontois bien sûr, mais également venus du Nouveau-Brunswick et même de la Guinée.
« J’étais un peu tendu. J’ai toujours le trac avant une performance. Mais une fois que j’ai commencé, ce trac est parti, les gens ont chanté et dansé avec moi », explique l’artiste. Son nouvel album, 5 roses, propose en effet des pièces dansantes et accrocheuses. Notons particulièrement Parara Pampam, qu’on se surprend à fredonner avant même la fin de la première écoute. La mélodie est pure et simple, comme les aime Abel Maxwell.
L’analogie de la rose
À l’ère des simples lancés indépendamment les uns des autres, l’album 5 roses suit une courbe musicale et un concept qui se poursuivent d’une pièce à l’autre. 5 roses, parce que c’est le cinquième album. 5, écrit numériquement pour que le titre se lise aussi bien en français qu’en anglais. Là-dessus et tout au long de l’entrevue, Abel Maxwell tient à créditer son équipe. « J’ai une armée de professionnels qui réfléchit avec moi! »
La rose, c’est l’image de la fleur qui se sort de situations improbables, un clin d’œil aux obstacles auxquels les gens ont tous fait face dans les dernières années. « J’essaie de les encourager à être cette rose qui sort du béton », souligne Abel Maxwell. Dans Interlude, la cinquième pièce de l’album, la poétesse Samukele Ncube récite : « It is for the sake of the rose that we must water the thorn. » (C’est pour le bien de la rose que nous devons arroser les épines.) Les épines représentent les épreuves comme autant d’étapes qui nous font grandir. « Pour faire éclore la rose, il faut aussi ces ingrédients-là, » selon le chanteur.
5 roses est le cinquième album d’Abel Maxwell. Gracieuseté.
Si la rose représente l’espoir, elle peut aussi être tendre et mélancolique. Un sentiment exploité avec brio sur Ne me quitte pas, reprise du grand succès de Jacques Brel. « C’est une chanson qui me rappelle mon père. J’ai grandi en France. Je me rappelle qu’il mettait des cassettes dans la voiture quand on était jeune. C’est vraiment le souvenir d’antan que j’essaie de refaire à ma façon. » Les arrangements plus classiques lui rappellent quant à eux ses années de conservatoire.
Une tournée internationale
Lors d’une rencontre d’ONFR+ il y a deux ans, le musicien originaire du Sénégal exprimait le souhait de voir son public virtuel le suivre lors de la réouverture des salles. De nombreuses personnes avaient commencé à le suivre grâce à sa présence sur le web en temps de confinement. Abel Maxwell aura l’occasion de mesurer l’impact de ses efforts dans les prochains mois. Sa tournée le mènera de l’Ontario à l’Afrique de l’Ouest, en passant par les États-Unis, la Colombie, la France et le Maroc.
Sur le fait de chanter en français à l’international, l’auteur-compositeur-interprète mentionne la curiosité des gens et l’universalité de la musique. « La musique communique au-delà des langues. La musique parle toute seule. On apprécie la musique que les oiseaux font. On ne comprend pas ce qu’ils disent, mais c’est agréable. »
Le lancement de l’album 5 roses a eu lieu le 22 février à l’UOF. Gracieuseté
Les chansons en anglais servent souvent de porte d’entrée à son univers, par exemple aux États-Unis, mais les gens apprécient aussi ses titres en français. Et il ne se privera pas de les chanter partout sur le globe.
SUDBURY – Dominic Giroux sera le prochain président-directeur général (PDG) de l’Hôpital Montfort, le seul établissement universitaire francophone de l’Ontario. Il quittera ses fonctions à la direction d’Horizon Santé-Nord (HSN) et de l’Institut de recherches d’Horizon Santé-Nord (IRHSN) à Sudbury en juin, et commencera son mandat à Ottawa en juillet.
« Ce fut un honneur de servir la population du nord-est de l’Ontario au cours des cinq dernières années et demie à HSN et l’IRHSN », a déclaré M. Giroux qui dirigeait l’établissement depuis octobre 2017.
La nouvelle est tombée via communiqué, jeudi en début d’après-midi. On y apprend que M. Giroux a décidé d’accepter une offre d’embauche émise par le seul établissement francophone de la province.
« Cette opportunité de diriger Montfort était tout simplement quelque chose que je ne pouvais pas laisser passer », a ajouté Dominic Giroux.
Celui-ci précise également être né à Montfort et avoir siégé à son conseil d’administration à la fin des années 90.
« J’étais bénévole lors du rassemblement historique de 10 000 personnes au Centre municipal d’Ottawa en mars 1997 pour s’opposer à la fermeture prévue de Montfort qui a été annulée par la Cour d’appel de l’Ontario en 2001 », explique-t-il avant d’ajouter que celui-ci souhaite se rapprocher de ses parents vieillissants qui habitent dans la capitale nationale.
Avant HSN, Dominic Giroux était le recteur de l’Université Laurentienne à Sudbury de 2009 à 2017.
L’établissement universitaire a connu une crise financière majeure au printemps 2021 qui a mené à la coupe de 72 programmes dont 29 en français.
Le rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, paru en avril 2022, faisait état de projets majeurs d’expansion entrepris à la Laurentienne au début des années 2010 ainsi que des primes importantes à la haute direction qui ont contribué à l’endettement de l’établissement.
Dominic Giroux remplacera Bernard Leduc qui avait annoncé à l’automne dernier qu’il partait à la retraite.
De premières réactions
Du côté de Montfort, on se réjouit de l’annonce, dans un communiqué paru juste après celui de HSN.
« Nous sommes convaincus que nous avons choisi exactement le leader qu’il nous faut pour Montfort », lance le président du conseil d’administration, Carl Nappert.
On y apprend également que « le conseil d’administration de l’Hôpital Montfort a approuvé à l’unanimité la nomination de Dominic Giroux lors d’une réunion le 22 février, au terme d’un processus de recrutement exhaustif tenu à l’échelle du pays ».
Carl Nappert évoque un nouveau chapitre et un moment charnière pour l’établissement pour lequel M. Giroux serait tout désigné.
« Dominic laissera de gros souliers à remplir. Sous sa direction, notre situation financière s’est améliorée et nous avons eu une réponse efficace à la pandémie », a indiqué de son côté Daniel Giroux, actuel président du conseil d’administration d’HSN et de l’IRHSN.
Ce dernier ajoute que « le moment est opportun pour une transition au poste de PDG », car elle survient peu après la visite d’agrément d’HSN au début de juin et juste avant l’élaboration du prochain plan stratégique de l’établissement à partir de cet automne.
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est dite « heureuse » de la nomination de Dominic Giroux dans un gazouillis.
« Difficile de trouver une personne plus qualifiée », a posté, de son côté, l’ex-commissaire aux services en français François Boileau.
Dominic Giroux quittera officiellement ses fonctions à Sudbury le 15 juin pour débuter à Ottawa le 31 juillet 2023.
Quant à la prochaine nomination de direction d’Horizon Santé-Nord, celle-ci reviendra aux conseils d’administration de ses deux établissements lesquels seront en charge de former un comité de recherche de PDG.
Le cinéma et la musique occupent les derniers instants du mois de février, certains des événements soulignant la fin du Mois de l’histoire des Noirs. Quoi qu’il en soit, les suggestions de cette semaine prouvent encore une fois que la richesse de l’Ontario français est là pour longtemps.
Films
La Nuit des Rois de Philippe Lacôte
Le drame franco-ivoiro-canado-sénégalais coécrit et réalisé par Philippe Lacôte se présente dans les locaux de l’Alliance française de Toronto à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs. Le réalisateur franco-ivoirien livre une œuvre poignante qui capte la dynamique entre les prisonniers de la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), en Côte-d’Ivoire. Lorsqu’un jeune délinquant y arrive pour purger sa peine, il se retrouve confronté à un rituel qui risque de déstabiliser le caïd, le chef des prisonniers. Sans autre option que celle d’obéir, le jeune délinquant se retrouve dans une situation dans laquelle il doit choisir entre la vie et la mort.
Gracieuseté de Axia Films.
La Nuit des Rois à visionner le jeudi 23 février à 19h30 à l’Alliance française de Toronto. Entrée gratuite.
Concerts
Célébration du Mois de l’histoire des Noirs avec la chanteuse Célia Opéra
La chanteuse et thérapeute musicale franco-canadienne invite la Martinique, Paris et Toronto à prendre part à son spectacle virtuel en célébration du Mois de l’Histoire des Noirs. Possédant une voix puissante, cette chanteuse d’origine martiniquaise réserve une soirée de reprises de quelques chansons cultes du patrimoine afro-culturel, un tour du monde reggae à travers les chansons de son album Elixir et des chants plus dynamiques de son nouveau EP Rock Opéra.
Gracieuseté de l’artiste.
Concert virtuel de Célia Opéra le dimanche 26 février de 16h à 17h30 heure de l’est. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.
La 19e édition du festival Quand ça nous chante
Le festival Quand ça nous chante est de retour en milieu scolaire pour rassembler certains des meilleurs artistes de la scène musicale de l’Ontario français. De l’électro du DJ UNPIER aux chants doux et paisibles de Céleste Lévis, environ 350 jeunes francophones auront l’occasion de découvrir et vivre la richesse des sons de la francophonie ontarienne. Cette programmation qui s’étend au long de quatre jours compte non seulement des spectacles de plusieurs artistes, mais aussi des ateliers créatifs et une période de questions avec certains des artistes présents.
Gracieuseté de l’APCM.
Le festival Quand ça nous chante du 23 au 26 février à l’École Secondaire Catholique Thériault de Timmins. Consultez le site de l’Association des Professionnels de la Chanson et de la Musique pour la programmation complète.
Tous en chœur avec La Chorale AfriCana
Dans l’esprit de soutien communautaire et de rassemblement des talents locaux de Kapuskasing, La Chorale AfriCana présente un répertoire de Gospel africain en soutien des étudiants réfugiés de la région. Une soirée parfaite pour remonter le moral dans laquelle le soutien pour la prochaine génération canadienne est fortement valorisé.
Gracieuseté du Centre de loisirs de Kapuskasing.
La chorale AfriCana en spectale le samedi 25 février à la grande salle du Centre de Loisirs de Kapuskasing de 18h à 19h. Entrée gratuite.
Mimi O’Bonsawin et Ian Sherwood se partagent la scène
Live Wire Music Series et le Centre culturel Frontenac à Kingston vous présentent un spectacle bilingue dont l’artiste franco-ontarienne et autochtone Mimi O’Bonsawin débutera en première partie accompagné de son répertoire tiré de ses cinq derniers albums : Mimi, Fiddleheads & Ferns, Connected, Elle danse, Trillium. La deuxième partie s’enchainera avec l’auteur-compositeur-interprète folk et anglophone Ian Sherwood.
Crédit image : Ryan Shurman.
Mimi O’Bonsawin et Ian Sherwood en concert le 24 février au Théâtre l’Octave à Kingston de 19h à 21h. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.
Entrez dans l’univers du jeu vidéo compétitif avec l’expert en techno Carl-Edwin Michel. En plus d’avoir fondé Northern Arena – l’une des compagnies phares du paysage des eSports au pays – Carl-Edwin Michel est l’instigateur des Canadian Game Awards, qui se dérouleront à la fin avril. Cet entrepreneur franco-ontarien, passionné des nouvelles technologies, nous partage ses secrets et ses souhaits pour cette industrie en pleine expansion.
OTTAWA – Le gouvernement fédéral et l’Ontario ont conclu une entente concernant les transferts en santé, le gouvernement Ford devenant ainsi la première province à signer un tel accord.
En début de mois, Ottawa avait annoncé que sa part de transferts en santé augmenterait à 196 milliards de dollars, dont 46 milliards en nouveau financement. Ce matin, les deux paliers de gouvernement se sont entendus sur les sommes qui seront accordées à la plus grosse province canadienne pour son système de santé. L’Ontario touchera au total 74 milliards de dollars sur 10 ans.
De ce lot, 8,4 milliards de dollars proviennent d’une entente bilatérale, qui devront être investis dans des buts précis, comme la réduction du temps d’attente pour les chirurgies, l’augmentation des médecins de famille ou encore le partage de données avec Ottawa.
Ottawa enverra aussi une enveloppe de deux millions de dollars dans l’immédiat aux provinces et territoires et de ce lot. L’Ontario touchera 776 millions de dollars prochainement.
Une réforme de la santé en Ontario orientée vers le privé
La ministre de la Santé de l’Ontario Sylvia Jones a annoncé ce mardi le projet de loi de réforme de la santé en Ontario avec notamment le recours aux cliniques privées pour les interventions de routine de type cataracte, genoux ou hanches pour réduire les temps d’attente et l’arriéré chirurgical provoqué par la pandémie.
Malgré certaines garanties de la part du gouvernement telles que la couverture de ces interventions par la carte de Santé, cette annonce a provoqué des réactions violentes de la part de l’opposition qui craint des frais cachés et le creusement des inégalités en santé. La porte-parole en santé du Nouveau Parti démocratique (NPD) France Gélinas parle d’une étape qui va rompre avec l’identité canadienne en santé soit de « ne pas avoir besoin d’argent pour les soins dont on n’a besoin ».
Ottawa, dont les transferts en santé comportent des conditions, a évoqué dans un communiqué la volonté de contrôle de la gestion du système de santé provincial.
« Nous nous acquitterons de notre responsabilité commune de faire respecter la Loi canadienne sur la santé, qui protège l’accès de la population aux soins de santé en fonction de leur besoin et non de leur capacité de payer. »
Article écrit en collaboration avec Sandra Padovani.
GATINEAU – La 44e édition du Salon du livre de l’Outaouais (SLO) s’ouvre aujourd’hui au Palais des congrès de Gatineau. Plus d’une trentaine d’auteurs franco-ontariens y participeront, dont l’invité d’honneur David Ménard. Coup d’œil sur la présence franco-ontarienne à cet événement, de retour en chair et en livres après deux éditions virtuelles.
Chaque année, entre 20 et 30 % des visiteurs du SLO sont Franco-Ontariens. S’adresser à cette clientèle est une priorité pour la directrice de l’événement, Mélanie Rivet. En ce qui a trait « de faire une place privilégiée aux auteurs, aux autrices et aux maisons d’édition de l’Ontario et de la francophonie canadienne, je pense qu’on est un des salons qui est le plus axé là-dessus », affirme-t-elle en entrevue à ONFR+.
L’une des façons d’aller chercher la clientèle au sud de la rivière des Outaouais est de nommer un invité d’honneur spécialement pour représenter l’Ontario français. Ce rôle est assuré cette année par l’écrivain David Ménard, que nous avons rencontré. « Le salon du livre de l’Outaouais a toujours eu une dimension franco-ontarienne (…). Je suis très honoré d’avoir une place à leur table. Ce n’est pas quelque chose qu’on tient pour acquis », dit-il en évoquant les luttes des dernières années, comme le « jeudi noir » de 2018.
David Ménard est l’invité d’honneur du SLO pour l’Ontario français. Crédit image : AlZon photographe
La présence franco-ontarienne se manifestera également par un partenariat avec l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF,) qui présentera entre autres « Les routes du livre » le 26 février. Il s’agit d’une plateforme numérique qui allie littérature, tourisme, géolocalisation et intelligence artificielle.
Les éditions Prise de parole produisent le spectacle littéraire En cas d’incendie, prière de ne pas sauver ce livre qui mettra entre autres en vedette Mishka Lavigne et Le R Premier.
L’ouvrage collectif Minuit moins une, un partenariat entre le SLO et les Éditions David, sera lancé ce jeudi soir. Une dizaine de jeunes du secondaire et du collège d’enseignement général et professionnel (Cégep) ont été mentorés par des auteurs de la région (Edem Awumey, Lisa L’Heureux, Monia Mazigh et Blaise Ndala) afin de vivre une expérience de publication professionnelle.
Retour en personne
On n’a plus vu de salon du livre au Palais des Congrès de Gatineau depuis 2020, quelques semaines avant le tout premier confinement pandémique. Bien que des éditions virtuelles aient été organisées en 2021 et 2022, rien ne vaut les rencontres en personne entre les auteurs et les lecteurs. David Ménard souligne la dimension solitaire de l’acte d’écriture et l’importance de pouvoir échanger avec ceux qui ont tenu son livre entre leurs mains.
La directrice du Salon du livre de l’Outaouais, Mélanie Rivet. Crédit image : Salon du livre de l’Outaouais.
Mélanie Rivet confie que la fébrilité se fait aussi sentir pour les organisateurs : « C’est le même travail de programmer des auteurs et de mettre de l’avant la littérature et les livres, mais on n’avait pas le plaisir de la rencontre, des festivités, des rassemblements. Donc là, on sent qu’on va avoir tout ce plaisir qui va être associé à ce travail de découvertes et de mise en valeur des livres. »
D’autant plus que l’élaboration de la programmation s’est faite tranquillement, au début. Avec l’évolution incertaine de la pandémie, les auteurs et éditeurs attendaient avant de confirmer leur présence. Le tout a déboulé un peu avant les fêtes, après que certains autres salons du livre aient pu revenir avec succès. Aujourd’hui, les hôtels sont pleins et les participants, gonflés à bloc.
Photo d’une édition précédente du SLO. Crédit image : Studio Versa
Le public sera-t-il aussi enthousiaste? La donnée incertaine reste le nombre d’entrées à la porte de l’événement, mais l’engouement s’est fait sentir dès le lancement de la prévente. L’organisation recevait également de nombreuses questions de citoyens voulant connaître la programmation avant son dévoilement. Les sorties scolaires au SLO ont par ailleurs été rétablies, ce qui assure une base de près de 10 500 jeunes visiteurs. Lors d’une année régulière, le nombre d’entrées au SLO oscille entre 35 000 et 40 000.
Une programmation diversifiée
C’est le thème Terre des livres qui guidera le SLO jusqu’à dimanche. L’expression évoque l’abondance littéraire, comme un territoire imaginaire à défricher. C’est aussi un souhait de représenter toute la terre en proposant des profils d’auteurs variés. Mélanie Rivet explique : « On voulait mettre ça de l’avant de façon très active. Un peu comme une exposition universelle, mais 2023, très inclusive. Par et pour. »
Certains des invités d’honneur du SLO 2023. De gauche à droite : Tristan Péloquin, David Ménard, Vanessa Léger, Geneviève Guilbault, la présidente d’honneur Iris Boudreau et Jean Dumont. Crédit image : Salon du livre de l’Outaouais
Parmi les nouveautés, on retrouvera un espace théâtre et un espace balado. De plus, tout un pan de la programmation sera dédié aux auteurs autochtones, avec des contes autour du feu, des entretiens sur scène et des lectures publiques. Mélanie Rivet souligne que le fait de regrouper les auteurs autochtones au même endroit améliore leur découvrabilité en stimulant la curiosité des visiteurs.
L’Acadie sera aussi à l’honneur grâce à un partenariat avec le Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC). Chaque année en alternance, le SLO fait un clin d’œil à une région du Canada, que ce soit l’Ouest, l’Ontario ou l’Acadie.
Suggestions franco-ontariennes
Il sera possible de découvrir de nombreuses histoires franco-ontariennes, notamment lors des séances de dédicaces des différents auteurs. Plusieurs d’entre eux seront aux kiosques de l’AAOF et du REFC. Le producteur d’ONFR+, Sébastien Pierroz, présentera son roman Deux heures avant la fin de l’été, paru le 21 février. L’autrice ottavienne Danielle Carrière-Paris y sera pour la biographie de la sculptrice Rose-Aimée Bélanger, À l’ombre des chuchoteuses.
L’histoire inspirante de Rose-Aimée Bélanger, qui a commencé à sculpter tard dans sa vie, lorsque ses enfants ont quitté la maison. Gracieuseté
Quant à David Ménard, il viendra défendre son plus récent ouvrage, L’aurore martyrise l’enfant. Cette œuvre fictive s’inspire de la vie de Marie-Anne Houde, connue dans l’imaginaire collectif comme la marâtre de la jeune Aurore Gagnon. L’auteur explique avoir été traumatisé par le film de 1951, qu’il a vu durant son enfance. Il tente aujourd’hui d’apporter des nuances au personnage, sans excuser ses gestes. « On ne peut pas comprendre complètement la maltraitance infantile si on ne s’intéresse pas aussi aux abuseurs », estime-t-il.
Celui qui s’est aussi penché en poésie sur l’histoire de Marie-Josephte Corriveau (Poupée de rouille, 2018) fera partie d’une table ronde intitulée Villages et histoires tordues : comment traiter des sujets dérangeants en littérature. Cette activité, qui mettra aussi en valeur l’autrice J.D. Kurtness, aura lieu vendredi à 16h30.
Le SLO attire chaque année de 20 à 30 % de visiteurs franco-ontariens. Crédit image : Salon du livre de l’Outaouais
Lorsqu’on demande à David Ménard de nommer une œuvre coup de cœur, il pointe l’ouvrage collectif Poèmes de la résistance, paru chez Prise de parole en 2019. Une trentaine d’auteurs y figurent et l’invité d’honneur estime que c’est un excellent cadeau à offrir à quiconque voudrait mieux connaître les Franco-Ontariens.
« En Ontario français, on peut faire bien plus que de survivre en tant que francophones. C’est une province où il fait bon vivre, où on peut s’épanouir, où on peut laisser libre cours à notre inspiration. Parfois, l’image que certains ont des Franco-Ontariens est qu’on est toujours en train de se battre et qu’on est toujours en mode survie. Oui, c’est vrai, parfois. Mais ce n’est pas tout le temps ça. On est quand même bien. Il y a de belles choses qui se font ici et un bel esprit de communauté. Et ça, on le retrouve au Salon du livre. »
La 44e édition du Salon du livre de l’Outaouais se déroule au Palais des congrès de Gatineau du 23 au 26 février.
OTTAWA – Télésoins à domicile, téléconsultations, technologies portables, capteurs intelligents ou même dispositifs d’intelligence artificielle… les francophones en Ontario n’ont-ils plus le choix? Quels usages des technologies numériques de santé sont jugés acceptables? Voilà l’objet de la recherche qu’effectue Sylvie Grosjean, titulaire de la Chaire de recherche de la Francophonie internationale sur les technologies numériques de la santé, à l’Université d’Ottawa.
Lors d’une conférence organisée par le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), la chercheure Sylvie Grosjean a présenté les premiers résultats de sa recherche sur le futur des soins virtuels pour les francophones vivant en Ontario.
Cette professeure titulaire à l’Université d’Ottawa a adopté une perspective sociotechnique pour aborder la relation complexe entre le technologique et le social. Plusieurs éléments indiquent que les francophones sont ouverts à l’usage des outils technologiques dans les soins de santé… à certaines conditions.
Ici, il est question de l’utilité des télésoins, de la téléconsultation et des applications mobiles.
Pour soutenir l’offre de soins virtuels chez les francophones, plusieurs facteurs d’accessibilité et d’acceptabilité entrent en jeu, selon Mme Grosjean. Il semble que l’enquête menée par la chercheure met en lumière le côté plutôt complémentaire que substitutif des technologies de santé.
« La technologie n’est pas la solution aux problèmes de pénurie, sinon on va droit dans le mur », affirme-t-elle.
Pour les francophones, ces outils sont un moyen acceptable de recevoir des soins en français et auraient le potentiel d’améliorer l’accès à des services en français. De plus, ces technologies pourraient améliorer la qualité et la fréquence des communications avec les professionnels de santé.
Par contre, plusieurs conditions sont de mises. Il faut « offrir une technologie qui ‘’parle’’ français », soit l’interface utilisateur. Pour les sondés, cette concordance linguistique doit s’intégrer dans une offre de services existants en français.
Du 100 % franco sinon rien
Bien que la réception soit positive, certains participants ont ajouté qu’ils « ne voudraient pas que les télésoins compensent pour le manque de professionnels de santé qui parlent français. Le critère doit être la santé et non compenser les incapacités linguistiques. »
Un des grands enjeux soulevés par l’enquête est qu’il faille un accès à ces technologies, conçues, pensées et développées en français. C’est une approche qui tiendrait compte des conditions sous-jacentes à l’acceptabilité par les francophones.
Sylvie Grosjean est professeure titulaire à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche de la Francophonie internationale sur les technologies numériques de la santé. Source : CRRCF
En outre, il faut « inclure la communauté francophone dans le développement et l’utilisation de technologies numériques de santé pour soutenir l’accès à des soins virtuels en français », affirme Sylvie Grosjean dans sa présentation.
Dans ses enquêtes et ateliers, la chercheure a proposé plusieurs cas de figure possibles pour comprendre le niveau d’acceptabilité des francophones à l’usage de certains outils technologiques.
Pour ce qui est des télésoins, un des exemples met en évidence l’expérience de Maria, 55 ans, « qui fait de l’insuffisance cardiaque ».
Suivie à distance pendant six mois par son équipe soignante, Maria « a reçu une trousse de santé numérique ». Cet outil comprend, par exemple, un « bip » sur une tablette qui lui indique quand prendre son poids, utiliser un tensiomètre électronique pour prendre sa pression artérielle, vérifier l’oxygène dans son sang en utilisant l’oxymètre pulsatile et ensuite répondre à des questions sur sa santé. Toutes ces données seront ensuite envoyées à une infirmière qui va assurer un suivi à distance.
Cet exemple a révélé plusieurs réactions et une « trajectoire d’usage » chez les sondés. Les participants énoncent plusieurs conditions liées à l’apprentissage et à l’intégration de ces outils.
Mais parmi les recommandations, c’est surtout la nécessité d’un accès aux services en français, d’un suivi médical en français et d’une relation construite avec la technologie qui tranche.
Réduire les inégalités d’accès
L’usage des soins virtuels est passé de 10 % en 2019 à 60 % en 2020 au Canada. Les soins virtuels se sont généralisés depuis la pandémie.
« Pourtant, bien que les soins virtuels aient le potentiel d’accroître l’accès aux soins médicaux et de santé, ils peuvent également exacerber les inégalités d’accès aux soins », rapporte la chercheure.
Mme Grosjean mentionne plusieurs constats faits par le Réseau des services de santé en français de l’Est (RSSFE), indiquant aussi qu’« aucune cible ou exigence en matière de services de santé numériques en français pour la communauté francophone ne réside dans le plan de santé numérique pour l’Ontario ».
Les francophones sont ouverts à l’usage des outils numériques dans les soins de santé, mais estiment qu’ils ne doivent pas devenir un substitut. Crédit image : Artur Debat via Getty Images
En effet, en 2019, le gouvernement de la province avait publié ses priorités au numérique pour la santé appuyant que cette stratégie offrait plus d’options de soins virtuels et améliorait l’accès aux données pour les patients. Dans ce plan, les francophones ne sont pas représentés, alors qu’en 2018, le Commissariat aux services en français de l’Ontario recommandait « d’avoir une stratégie de développement de la santé numérique qui tient compte des différences culturelles et linguistiques des collectivités francophones ».
L’usage et la conception des technologies numériques en santé ont connu un essor depuis la pandémie. Là où ces avancées permettent un accès plus généralisé aux soins. Pourtant, les francophones n’y trouvent pas toujours leur compte en Ontario.
C’est pourquoi plusieurs interrogations persistent : les populations mal servies sont-elles équipées en technologies? Là encore, l’internet est-il suffisamment déployé dans les localités francophones?
Pour que les soins virtuels aux francophones soient, eux aussi, équitables, la réponse du RSSFE donnerait déjà une piste de réflexion : « Les besoins de la population francophone doivent être pris en considération dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes, des politiques et des procédures. De plus, les services reçus en français doivent être équivalents à ceux prodigués en anglais, être offerts simultanément, et être de même qualité. »
TORONTO – Depuis la création de la Direction de l’action contre le racisme en 2016, l’Ontario investit dans plusieurs programmes communautaires antiracisme qui peuvent parfois se confronter à des réalités de terrain. La porte-parole Antiracisme et Équité de l’opposition Laura Mae Lindo analyse ces problématiques et les solutions dans le domaine de l’éducation. En interne, elle évoque également le nouveau caucus noir du paysage politique ontarien, l’évolution vers la diversité et les challenges que cela implique.
Le bureau de la Direction générale de l’action contre le racisme (DGAR), avait été créé en 2016 pour diriger les différentes initiatives de lutte contre le racisme du gouvernement afin de prévenir et de remédier au racisme systémique dans les politiques, mesures législatives, et programmes du gouvernement. Drastiquement réduit en 2018 du fait de coupes budgétaires, ce bureau a des accomplissements notoires comprenant l’adoption de la Loi de 2017 contre le racisme, obligeant la création d’un rapport annuel de données.
Selon Laura Mae Lindo, députée de Kitchener-Centre et porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD), Antiracisme et Équité, la collecte de données est extrêmement importante. Elle déplore qu’il ait fallu plus de deux ans pour que le premier rapport ne voie le jour en 2020. Les données incluaient la collecte par les services de police des informations sur la race des personnes interpellées dans le but de surveiller le profilage racial.
Depuis le 1er janvier 2020, tous les rapports sur le recours à la force soumis au ministère du Solliciteur général par les forces de l’ordre comprennent des renseignements sur la race perçue des personnes sur lesquelles la force a été utilisée. Ce sont actuellement les seuls rapports que la police soit légalement tenue de fournir au ministère et qui sont soumis aux règlements de la Loi contre le racisme.
Des investissements de la part du gouvernement
Parmi les actions de la DGAR, le gouvernement de l’Ontario investit 3,2 millions de dollars sur trois ans via le Programme de subventions contre le racisme et la haine (PSRH) pour appuyer 58 initiatives communautaires qui améliorent l’éducation et sensibilisation du public aux répercussions du racisme.
Le programme de Subvention pour des collectivités sûres et dynamiques appuie quant à lui les initiatives communautaires de lutte contre le racisme et la haine avec un investissement de 1,6 million de dollars sur deux ans versés à des organismes communautaires. « Depuis la création de la subvention SVC en 2004, le ministère a alloué plus de 14 millions de dollars pour soutenir et mettre en œuvre plus de 400 projets de sécurité et de bien-être communautaires locaux », déclare Brent Ross, porte-parole du ministère du Solliciteur général de l’Ontario.
Ces organismes étant tenus de s’associer à leur service de police local, Laura Mae Lindo explique que la réalité du terrain peut parfois mettre à mal la théorie : « Cette exigence met en péril le travail dans certains domaines tels que la lutte contre la traite des personnes, car certains travailleurs ne se sentent pas à l’aise avec la police. Cela a été soulevé comme un obstacle pour certaines organisations qui ont établi la confiance avec les membres de la communauté noire et savent qu’un partenariat avec la police autour des crimes de haine peut troubler les relations qu’ils ont construites – surtout à un moment où nous nous battons contre le fichage », explique-t-elle.
La députée Laura Mae Lindo reconnue pour son travail contre le racisme dans l’éducation dans le cadre du concert Many Roads of Freedom célébrant le Mois de l’histoire des noirs. Gracieuseté
L’Éducation, fondement du changement
Selon Laura Mae Lindo, il y a un vrai désir de changement dans la lutte contre l’antiracisme noir. Elle note par exemple l’intervention du gouvernement début 2022 après l’incident dans une école de Kitchener ayant fait appel à des agents de police au sujet d’un élève noir de quatre ans.
« En aucun cas, la police ne devrait être appelée pour retirer un élève de quatre ans d’une école de cette province », avait déclaré Stephen Lecce, ministre de l’Éducation. « Les parents noirs et racialisés continuent de faire face à ces situations inacceptables qui ne font que démoraliser et nuire à leurs enfants et à leurs familles », avait-il dit, annonçant une enquête de la province.
Pour Julie Lutete, présidente de la Coalition des noirs francophones de l’Ontario « l’éducation est le moyen le plus efficace pour faire reculer les murs de l’ignorance ». Elle souligne « l’importance de développer davantage de programmes en éducation culturelle et patrimoniale de nos enfants dans les écoles ». Pour Laura Mae Lindo aussi, l’éducation est fondamentale. Son projet de loi 67 au sujet de l’équité raciale dans le système d’éducation sera proposé à nouveau sur les tablettes de Queen’s Park.
« L’idée est d’aborder le système d’éducation en définissant d’abord ce qu’est le racisme et de former les enseignants. Mon espoir est que cela commencera à changer le système. » Elle rappelle que La loi de 2021 sur le Mois de l’émancipation a été votée avec un consensus unanime pour non seulement célébrer, mais aussi reconnaitre la réalité d’où nous partons : « N’oublions pas que les écoles ségréguées n’ont été abolies que dans les années 60 au Canada. »
Julie Lutete, présidente de la Coalition des noirs francophones de l’Ontario. Gracieuseté
La diversité en interne
Concernant le paysage politique ontarien, la députée Kitchener-Centre reconnait que six élus noirs à Queen’s Park – trois dans l’opposition et trois au gouvernement – est une grande première : « Le premier caucus noir de l’opposition officielle du NPD, c’était en 2019 et c’était nouveau. » Au moment de son élection en 2018, elle rappelle qu’elle est devenue la première personne noire élue dans la région de Kitchener-Waterloo.
Une évolution positive mais qui comporte certains challenges : « Lorsqu’on est si peu nombreux, il est toujours risqué de parler et de se battre au nom de sa communauté ». « Être en infériorité numérique requiert toujours du courage », ajoute-t-elle.
Une partie du travail des députés consistant à représenter la province au sens large, Laura Mae Lindo explique que des enjeux plus spécifiques pour la communauté noire, comme le racisme dans les soins de santé s’avèrent moins représentés : « Plus le caucus est diversifié, plus il y a de place pour des cas précis comme celui-là. »
Elle ajoute également qu’en tant que nouveau parlementaire essayant de s’établir, certains membres noirs peuvent volontairement laisser ces sujets de côté : « Vous devez vous sentir suffisamment en sécurité pour parler de la communauté », conclut-elle.
SUDBURY- Le Centre franco-ontarien de folklore a officiellement soufflé sa 51e bougie le 14 février. Plusieurs activités ont été organisées dans la dernière année afin de souligner ce demi-siècle d’existence. Le souper du patrimoine, qui aura lieu ce vendredi, viendra clore les festivités. En ce Mois du patrimoine franco-ontarien, voici un tour d’horizon du passé, du présent et de l’avenir de cet organisme.
Le 14 février 1972, l’Institut de folklore, mené par le père Germain Lemieux, se détache de l’Université de Sudbury pour devenir un organisme indépendant : le Centre franco-ontarien de folklore (CFOF). Sa mission sera de « recueillir, de préserver et de mettre en valeur le patrimoine oral franco-ontarien », comme on peut toujours le lire sur son site web. Le moment est idéal : la vie culturelle bouillonne dans le Nord et la société est en plein changement.
C’est en constatant les nombreuses fermetures de camps de bûcherons, où il avait travaillé dans sa jeunesse, que le père Lemieux décide de partir sur la route. Il se met à enregistrer les « jongleurs du billochet », comme on appelait ceux qui divertissaient les bûcherons à la fin des journées de labeur.
Le père Germain Lemieux a sillonné les routes avec son matériel d’enregistrement pour immortaliser les contes et chansons du patrimoine franco-ontarien. Crédit image : CFOF
De fil en aiguille et de bouche à oreille, le fondateur du CFOF a réalisé plus de 5000 enregistrements, majoritairement dans la région du Grand Sudbury. Des années 70 à 90, il publiera une collection de 36 livres intitulée Les vieux m’ont conté.
Ces ouvrages sont une référence internationale dans le domaine de la conservation du patrimoine oral. Ils se distinguent entre autres par la façon qu’avait Germain Lemieux de refléter le langage parlé en écrivant les mots tels qu’ils avaient été prononcés par les conteurs. Il offrait ensuite une « traduction » en français un peu plus littéraire.
Le CFOF a eu pignon sur rue dans différents édifices de Sudbury à travers son histoire. Ici, la Maison d’Youville en 1998. Crédit image : CFOF
En entrevue avec ONFR+, le directeur général actuel du CFOF, Patrick Breton, explique l’importance du fondateur de l’organisme : « Le père Lemieux a gardé en mémoire des choses qu’on avait laissé tomber. On se disait que ce n’était pas important (…). Il a permis à beaucoup de gens de se rappeler d’où ils viennent. »
Un autre fait marquant de l’histoire du CFOF est l’inventaire du patrimoine franco-ontarien réalisé dans les années 90. « C’est un ouvrage qui a été une référence de base. Parce qu’on parlait souvent des Franco-Ontariens (… ), mais ils viennent d’où? Quand est-ce qu’ils se sont établis? Il n’y avait rien qui avait été fait de très structuré », souligne M. Breton.
Une mission actualisée
Si la collecte de données a été au cœur des premières années du CFOF, Patrick Breton se concentre maintenant surtout sur le volet « diffusion » de la mission. Le directeur général cumule les partenariats pour faire rayonner l’organisme.
Patrick Breton est le directeur général du CFOF. Crédit image : Léo Duquette
Par exemple, durant l’année du cinquantenaire, Sudbury a accueilli un colloque international sur les archives non universitaires en milieux francophones minoritaires. Le festival Les vieux m’ont conté, qui en sera à sa 7e édition en 2023, accueillera un échange avec un conteur de la Maison natale Louis-Fréchette de Lévis, au Québec.
À l’échelle locale, la collaboration avec d’autres organismes culturels a été grandement facilitée en avril dernier, avec le déménagement dans les locaux de la nouvelle Place des Arts du Grand Sudbury, où plusieurs organisations ont pignon sur rue. Le CFOF organise également de nombreuses visites dans les écoles.
La Place des arts du Grand Sudbury accueille le CFOF depuis avril 2022. Crédit image : Léo Duquette
Pour M. Breton, il est primordial d’encourager les citoyens, particulièrement les nouvelles générations, à découvrir le patrimoine oral franco-ontarien. « C’est lorsque les jeunes entendent des contes qu’ils vont se mettre à conter. »
Lorsqu’on lui demande comment se porte la culture francophone dans le Nord de l’Ontario aujourd’hui, il répond : « C’est encore là, c’est encore fort. C’est sûr qu’il y a un exode des jeunes vers le Sud (…). Ceux qui restent là sont quand même forts et fiers. »
Malgré les difficultés, dont l’omniprésence de l’anglais à la radio, à la télé ou sur le web, certains événements permettent de constater un engouement encore présent pour les activités folkloriques. L’un des moments forts du cinquantenaire fut la fête des Rois 2023, une soirée de chansons à répondre avec un « calleur » professionnel. Les organisateurs ont dû refuser des participants puisque la salle était complète.
Page couverture du livre Sur les épaules d’un géant. Crédit image : CFOF
Si le cinquantenaire a laissé de beaux souvenirs dans les esprits de ceux qui y ont participé, un élément matériel pourra en témoigner. Le livre Sur les épaules d’un géant, qui regroupe une cinquantaine de témoignages, est toujours en vente au CFOF.
Les prochains projets
Le souper du patrimoine, qui aura lieu ce vendredi, viendra officiellement clore l’année de festivités. Les quatre employés (deux réguliers et deux stagiaires) ne chômeront pas pour autant en 2023.
Le CFOF accueillera en effet le congrès annuel de l’organisme bilingue Storyteller Canada/Conteurs du Canada du 30 mai au 4 juin.
La prochaine édition du festival Les vieux m’ont conté se tiendra du 10 au 15 octobre. Les activités les plus populaires seront de retour : Le concours de la plus grande menterie, le marathon du conte, l’activité crêpes et contes et la randonnée contée, en version améliorée.
Patrick Breton en compagnie des conteurs de la randonnée contée du festival Les vieux m’ont conté 2022. De gauche à droite : Daniel Richer, Alexandre Matte, Patrick Breton, Aimé Avolonto, Marta Saënz de la Calzada, Joëlle Roy et Félix Dubytz.
Des contes issus de partout en province seront diffusés grâce aux enregistrements de conteurs locaux pour les capsules L’Ontario raconté. Des conteurs de Redlake, Thunder Bay, Sault Ste. Marie et North Bay sont déjà confirmés.
En attendant, il est possible de découvrir le Centre franco-ontarien de folklore à la Place des Arts du Grand Sudbury ou sur les réseaux sociaux. Le compte Youtube de l’organisme regorge de vidéos de contes, de témoignages de citoyens, d’activités virtuelles offertes pendant la pandémie et d’extraits de projets passés, comme le documentaire Mémoires de la route 11.
Patrick Breton compte utiliser tous les outils pour conserver le patrimoine oral franco-ontarien. Mais le moyen de diffusion le plus efficace, c’est encore le citoyen : « On veut que les gens continuent de se raconter des histoires. Qu’ils continuent de chanter des chansons traditionnelles. Même si on les adapte. Même si on en invente des nouvelles. Qu’on fasse des chansons à répondre dans nos partys de famille. Tu n’as pas besoin de guitare, tu n’as pas besoin de système de son. Fais juste te mettre à chanter, si tu veux. »
OTTAWA – Le 23e Gala des prix Bernard-Grandmaître se tenait au Centre des arts Shenkman ce mardi. Mathieu Fleury a remporté la prestigieuse distinction remise par l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO). L’heure a été également à la célébration pour les huit autres lauréats dont l’engagement au cœur de la francophonie ontarienne a été souligné.
Franco-Ontarien originaire d’Ottawa, Mathieu Fleury, à 37 ans, a été 12 ans conseiller municipal. C’est à l’âge de 25 ans, qu’il démarrait dans l’arène politique municipale, à l’époque le plus jeune conseiller élu. En octobre dernier, lors des élections municipales, ce dernier ne s’est pas représenté et a dès lors quitté la scène politique.
Dans sa carrière, il a été pleinement actif dans le dossier du bilinguisme de la Capitale. Il a été l’un des rares conseillers à appuyer la décision de désigner la ville d’Ottawa officiellement bilingue.
En 2018, l’ancien conseiller Fleury avait aussi fait partie du projet de revitalisation de Vanier et du chemin de Montréal, avec le Carré de la francophonie comme un lieu de rassemblement destiné aux francophones du quartier.
Devant la Commission d’enquête sur l’état d’urgence, Mathieu Fleury avait été confronté à un avocat unilingue anglophone, peu conciliant. Il avait clamé : « Je suis francophone. » À ce jour, l’ancien conseiller est l’exemple flagrant des inégalités entre les deux langues officielles.
Mathieu Fleury était absent lors de la remise de son prix. Crédit image : Stéphane Bédard
Animé par Mathilde Hountchégnon, productrice et animatrice TV, le Gala des prix Bernard-Grandmaître a réuni pas moins de 250 personnes au Centre des arts Shenkman. De nombreux leaders de la francophonie ottavienne et quelques personnalités politiques et artistiques ont fait le détour.
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, faisait d’ailleurs partie des invités et s’est exprimé durant la soirée, rappelant son héritage francophone. Il s’est aussi réjoui du bilinguisme de la Capitale, lui, qui pour la première fois participait au Gala des prix Bernard-Grandmaître. D’autres personnalités politiques telles que le conseiller municipal Matthew Luloff ou la députée fédérale pour Orléans, Marie-France Lalonde, ont partagé leurs vœux pour la francophonie.
Très peu de politique et quelques absents
Cette année, les discours étaient politiquement corrects et moins politiques qu’à l’habitude. À noter aussi que seulement quatre lauréats sur neuf étaient présents pour récupérer leur prix. C’est d’ailleurs l’actuelle conseillère municipale de Rideau-Vanier, Stéphanie Plante qui rendra à Mathieu Fleury son trophée.
La soirée était ensuite rythmée par les performances musicales de Van Hoan, un guitariste spécialiste du tapping et fingerstyle et de Geneviève et Alain, le duo phare originaire de Moonbeam.
Au total, pas moins de 25 leaders francophones et organismes étaient finalistes pour recevoir les nombreuses récompenses de l’ACFO.
Près de 250 personnes se sont déplacés pour assister au Gala de l’ACFO. Crédit image : Stéphane Bédard
C’est de façon très émue que Nathalie Carrier de la Zac Vanier s’est vu recevoir le premier prix de la soirée : celui de l’organisme de l’année, soulignant ainsi la création du HUB Vanier, un lieu de rassemblement communautaire qui propose une programmation diverse, inclusive et bilingue pour les résidents de Vanier.
« On ne s’attendait vraiment pas à ça », a-t-elle partagé au micro d’ONFR+, « Vanier, c’est souvent une communauté à qui on ne pense pas en premier. Avoir été reconnu, ça touche le cœur. »
« Il y a une place pour tout le monde dans la vie, que l’on soit itinérant, millionnaire, propriétaire ou locataire et que tu fasses partie de Vanier depuis des années ou 40 jours, on va s’assurer de garder une place pour vous. »
Les prix Bernard-Grandmaître rendent chaque année hommage aux personnes qui ont marqué la collectivité francophone de la région de la capitale par leur engagement et leur leadership dans la promotion et le développement de la communauté franco-ontarienne.
La maire Mark Sutcliffe a assisté au Gala de l’ACFO pour la première fois. Crédit image : Stéphane Bédard
Plus tard dans la soirée, Max Turmel a reçu le prix jeunesse de l’année. Iel est très impliqué dans les questions de justice sociale et sur la perspective étudiante de l’éducation en français en contexte minoritaire.
« Les temps changent, la voix des jeunes est de plus en plus portée et il y a de l’évolution », dit-iel agrippant son prix des mains, « si ce changement ne va assez vite, j’invite la jeunesse à aller de l’avant », conseille Max Turmel en entrevue avec ONFR+.
Les lauréats du 23e Gala des prix Bernard-Grandmaître
Organisme de l’année : ZAC Vanier Alliée de la francophonie de l’année : Alyssa Peyton Intervenante en santé de l’année : Christine Kouri Jeunesse de l’année : Max Turmel Jeune leader de l’année : Lexine Ménard Intervenante en éducation de l’année : Nima Ahmed Nouvel arrivant de l’année : El-Mahdi Aouaj Claudette Boyer – Citoyenne de l’année : Denise Lemire
Cet article a été mis à jour le mardi 21 février à 23h30.
TORONTO – « Le gouvernement a tourné le dos à la Ville d’Ottawa », a fustigé, au premier jour de rentrée parlementaire, Lucille Collard. La députée libérale d’Ottawa-Vanier a épinglé, ce mardi en chambre, la gestion controversée du gouvernement au moment du siège d’Ottawa par les camionneurs en février dernier.
« Le gouvernement a manqué à l’appel », a déclaré l’élue ottavienne, à la lueur des conclusions du rapport Rouleau. « Quand les personnes d’Ottawa avaient besoin d’aide, M. Ford a décidé de ne rien faire. »
C’est le leader parlementaire et ministre des Affaires législatives Paul Calandra qui a défendu la position du gouvernement, estimant que le gouvernement avait rempli son rôle en prenant les mesures nécessaires. La province avait notamment déclenché en février son propre état d’urgence et délogé les manifestants qui entravaient l’accès au pont Ambassador à Windsor, point de passage névralgique des marchandises entre le Canada et les États-Unis.
Lucille Collard, députée libérale d’Ottawa-Vanier. Crédit image : Jackson Ho
Le rapport rendu public la semaine dernière souligne que « de nombreux témoins avaient l’impression que la province tentait d’éviter la responsabilité de répondre à une crise à l’intérieur de ses frontières. Il est difficile d’évaluer ces plaintes, car l’Ontario n’a pas participé pleinement à l’enquête. »
Le commissaire Rouleau y jugeait « troublante la réticence de la province de l’Ontario à s’engager pleinement dans des efforts visant à résoudre la situation à Ottawa ».
Manque de leadership selon l’opposition
« Ce n’est pas du leadership. C’est de l’inaction molle et les Ontariens méritent tellement mieux », avait réagi le camp néo-démocrate dans la foulée du rapport. Sa cheffe Marit Stiles a enfoncé le clou ce mardi, mettant en exergue le manque de responsabilité et de transparence du gouvernement dans cette crise.
Le rapport Rouleau a mis en lumière « l’absence d’engagement provincial au niveau politique », prenant pour exemple la chaise vide du gouvernement à la table politique d’une série de réunions tripartites entre le 3 et le 10 février.
Paul Calandra, leader parlementaire et ministre des Affaires législatives. Crédit image : Rudy Chabannes
« Il s’agissait de tentatives de réunir des responsables des gouvernements fédéral, provincial et municipal afin de coordonner une réponse intégrée aux manifestations », synthétise le document. Mais « le premier ministre Ford a dit au maire Watson qu’il ne pensait pas que ces réunions seraient productives ».
Même logique du côté de la solliciteure générale Jones qui était d’avis que « la réponse aux manifestations était une question d’application de la loi qui devait être traitée par le chef Sloly du SPO et le commissaire de la PPO, Thomas Carrique, et non par des responsables politiques ».
Lacunes dans les réponses à la crise
Le rapport Rouleau a par ailleurs expliqué que le ministère ontarien avait l’obligation légale de surveiller le rendement des commissions et de s’assurer de la prestation de services policiers adéquats et efficaces dans la municipalité. « J’estime que, compte tenu de ce que le ministère savait à l’époque, il aurait été préférable qu’il agisse », a conclu le juge Paul Rouleau.
« La décision du ministère de ne pas fournir à la Commission des services policiers d’Ottawa la formation qu’elle avait demandée pendant les manifestations – lui demandant plutôt de faire parvenir par écrit au ministère les questions qu’elle avait sur son rôle – est révélatrice d’une autre lacune dans ses réponses. »
« Le gouvernement n'a pas agi, notre privilège ne doit pas être utilisé pour manquer de transparence. »
La députée d'Ottawa-Vanier fait référence à l'invocation du privilège parlementaire par M. Ford pour ne pas témoigner devant la commission en octobre/novembre dernier. #onpolipic.twitter.com/xoIzyUwlgy
Facteur aggravant que l’opposition n’a pas manqué de relever en cette rentrée parlementaire, le premier ministre avait également décliné la convocation du juge Rouleau à la tête de la commission chargée d’enquêter sur la légitimité du recours à la Loi sur les mesures d’urgence invoquée par Justin Trudeau. Doug Ford jugeait alors qu’il s’agissait d’une affaire policière plutôt que politique.
La province a certes produit un millier de documents, fourni le témoignage d’un sous-ministre et d’un sous-ministre adjoint, mais ni le premier ministre Doug Ford et ni la solliciteure générale (Sylvia Jones à ce moment-là) n’ont accepté de témoigner, invoquant le privilège parlementaire. Une fin de non-recevoir qui, selon la commission, a fait ombrage à « sa compréhension de la perspective de l’Ontario ».
« Le gouvernement n’a pas agi, notre privilège parlementaire ne doit pas être utilisé pour manquer de transparence », a répliqué en chambre la députée Collard.
TORONTO – La vice-première ministre et ministre de la Santé, Sylvia Jones, a présenté ce mardi le projet de loi visant à réduire les délais d’attente pour les interventions chirurgicales avec, entre autres, le recours aux cliniques privées. L’opposition officielle craint une gestion capitaliste d’entreprise dans les soins plus guidée par le profit que la santé.
Ce projet de loi concrétise l’annonce du gouvernement d’il y a quelques semaines concernant les mesures d’accroissement des capacités des cliniques privées pour les interventions de routine de type cataracte, genoux ou hanches aux plus longs délais d’attente et accessibles grâce à la carte de santé.
Mme Jones prévoit un certain nombre de garde-fous, notamment sur l’assurance de la qualité des soins contrôlée par plusieurs organismes experts chargés d’inspecter ces centres privés avec également la supervision de l’ombudsman des patients de l’Ontario pour le signalement des plaintes de patients.
Le projet inclut également le programme De plein droit permettant aux travailleurs en santé, déjà inscrits ou titulaires d’un permis, d’exercer immédiatement en Ontario sans devoir attendre leur inscription officielle auprès des ordres de réglementation des professionnels de la santé de l’Ontario.
Vers un creusement des inégalités en santé?
Les porte-paroles de l’opposition Guy Bourgouin, aux affaires Francophones et France Gélinas, à la santé, de même que l’Ordre des médecins craignent un exode massif du personnel médical déjà en pénurie vers les cliniques privées aux conditions salariales plus favorables.
Marit Stiles, cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) a déploré quant à elle le manque de respect envers les infirmières et le personnel médical, sommant le gouvernement de changer cette politique de coupe des salaires.
Le projet de loi aborde l’aspect de la régulation du personnel en santé des cliniques avec une mention sur l’exigence de présenter un modèle de dotation détaillé et de donner une description de la manière dont les partenaires de santé ont été consultés.
« Les travailleurs en santé devront aussi justifier leur déplacement en clinique selon la nécessité de leurs services », a expliqué la ministre Jones.
Sylvia Jones, ministre de la Santé de l’Ontario. Crédit image : Jackson Ho
Cette orientation vers le privé inquiète également en ce qui concerne l’impact sur les frais de santé malgré l’annonce de la prise en charge par la carte de Santé de ces interventions en cliniques privées, par le gouvernement de l’Ontario.
« Je crains que l’argent du contribuable ne parte dans les poches des corporations américaines avides de s’implanter en Ontario » – France Gélinas
« Je crains que l’argent du contribuable ne parte dans les poches des corporations américaines avides de s’implanter en Ontario qui n’auront aucune imputabilité, aucune exigence de transparence sur le fait qu’il n’y ait pas de barrières aux soins à condition que le contribuable ne prenne des services additionnels non couverts par l’assurance maladie », s’inquiète la députée de Nickel Belt, France Gélinas.
Malgré la précision du projet de loi sur le fait qu’aucun centre ne pourra refuser de servir une personne si elle ne choisit pas les options améliorées ni charger des frais additionnels pour prodiguer des services plus rapidement, Mme Gélinas dénonce des frais cachés supplémentaires déjà en vigueur et une politique du meilleur soin au plus offrant.
« Les cliniques ophtalmologiques par exemple demandent actuellement une seconde mesure de l’œil qui n’est pas médicalement nécessaire et qui n’est pas couverte si on veut le RDV dans les quatre à huit prochaines semaines », illustre l’élue néo-démocrate. « On doit alors s’acquitter d’une somme de 300 $ supplémentaires ou attendre plus de 18 mois. »
TIMMINS – Une ferme hydroponique verticale connaît un succès grandissant à Timmins, proposant des légumes verts frais produits à longueur d’année. Une initiative franco-ontarienne écodurable, mais aussi sociale, qui souhaite inclure la communauté et notamment les personnes vulnérables.
C’est en 2018 que la ferme Borealis Fresh Farms voit le jour, sous l’impulsion de son co-fondateur et actuel propriétaire Marc Rodrigue, originaire de Timmins. L’idée lui est venue alors qu’il recherchait une solution pour avoir des produits frais de bonne qualité, en tout temps.
« J’avais de la misère à trouver des nutriments à valeur très élevée, et ça me chicotait de devoir jeter des aliments qui périssaient assez vite », confie-t-il.
Il s’est alors penché sur la question de l’agriculture dans le Nord puis s’est lancé dans le projet de création d’une ferme hydroponique verticale.
Qu’est-ce que c’est? C’est tout simplement la culture consistant à faire pousser des plantes hors-sol et en intérieur en tout temps, grâce à des étalages à la verticale.
L’hydroponie utilise pour le même rendement à peu près 13 fois moins d’eau que l’agriculture reposant sur le sol. Gracieuseté
Parmi les aliments produits, on retrouve entre autres du basilic, du persil italien, de la bette à carde et du joi choi.
L’importance du local est ce qui continue de guider les pratiques de la ferme qui fournit essentiellement des épiceries et restaurants locaux tels que l’épicerie Pick of the Crop et le restaurant Toffenellos pour ne citer qu’eux.
La ferme étant encore relativement jeune et les profits pas toujours au rendez-vous, pour Marc Rodrigue, il s’agit surtout d’un projet de passion. « Même si on est un organisme à but lucratif, c’est vraiment l’aspect social qui continue à nous motiver », soutient Marc Rodrigue qui occupe un autre emploi en parallèle de la ferme.
Marc Rodrigue, à gauche, accompagné par son beau-père qui est bénévole à la ferme. Gracieuseté
Un projet social
Située sur une propriété du Conseil d’administration des services sociaux du district de Cochrane (CASSDC), à côté d’un immeuble pour personnes âgées, mais aussi d’une école et d’un logement social, la ferme se veut proche de la communauté.
« C’est une situation gagnant-gagnant » – Carole Duguay
Les produits invendus sont amenés gratuitement dans des frigidaires communautaires à des personnes du troisième âge, habitant dans des logements spécialisés, qui ont l’occasion de goûter à de nouvelles saveurs.
« C’est une situation gagnant-gagnant », pense Carole Duguay, coordonnatrice des services communautaires du CASSDC. « Ils étaient curieux au départ et ils me disaient : « Tu nous amènes du chou frisé, c’est quoi ça? » » ajoute-t-elle en précisant que des livres de recettes accompagnaient également les livraisons aux personnes âgées.
Marc Rodrigue se rend à pied vers le centre pour personnes âgées depuis sa ferme afin de leur remettre des produits verts. Gracieuseté
Celle-ci a aussi été séduite par les produits, et avoue avoir découvert le chou frisé grâce à son partenariat avec la ferme.
Le CASSDC a fait une demande de financement auprès du gouvernement provincial pour avoir un programme alimentaire de livraison de produits. Les fonds seront utilisés notamment pour la mise en place de cours de cuisine en ligne afin de promouvoir la cuisine santé.
Des bénévoles passionnés
La pandémie, l’inconsistance du marché, le coût des ressources et la difficulté de recrutement de personnel qualifié ont fait partie des défis qui ont pu secouer l’entreprise, mais l’appui de nombreux bénévoles a permis en partie de continuer les activités quotidiennes de la ferme.
Ces bénévoles, pour la plupart, sont des personnes âgées qui souhaitent rester actives et briser l’isolement.
« Ça nous tient occupés, on aime vraiment ça » – Lorraine Laforest
Lorraine Laforest, 73 ans, fait partie des fidèles bénévoles de la ferme, laquelle lui rappelle des souvenirs de la ferme de son enfance.
« Ça nous tient occupés, ça passe le temps, on aime vraiment ça », explique la Franco-Ontarienne qui se rend plusieurs fois par semaine à la ferme avec son mari électricien, dont l’expertise est aussi mise à profit lors de ses visites.
Lorraine Laforest, bénévole à la ferme depuis sa fondation. Gracieuseté
« Il n’y a rien de meilleur. C’est une grosse différence avec le chou frisé qui est cultivé dehor. Tu le vois tout de suite que c’est mieux », juge-t-elle.
Et l’amour de la ferme, ce couple l’a transmis à son fils, seul maître fermier, un employé régulier qualifié de la ferme.
Marc Rodrigue souhaite aller plus loin, en allant proposer des formations et des distributions des plantes à des personnes sans-abri dans un futur proche.
TORONTO – Ce mardi marque le coup d’envoi de la rentrée parlementaire à Queen’s Park après plus de trois mois d’absence de séances en chambre. L’occasion de remettre sur la table des enjeux francophones majeurs attendus au tournant par la communauté. Tour d’horizon de ces dossiers forts à surveiller de près dont la santé, sujet majeur du moment, l’éducation ou encore l’application de la Loi sur les services en français modernisée.
La santé sera au cœur des débats, avec notamment le projet de loi présenté ce mardi par la ministre de la Santé, Sylvia Jones, afin de réduire les temps d’attente pour les chirurgies.
Selon le politologue Peter Graefe, le recours aux cliniques privées pour certaines opérations de routine, prévu par le gouvernement, risque de soulever la question de la capacité à se faire soigner en français.
Natalia Kusendova, députée de Mississauga-Centre du Parti progressiste-conservateur, qui justifie cette mesure par l’arriéré chirurgical provoqué par la pandémie, explique que cela permettra un accès à des soins plus rapides dont bénéficieront aussi les francophones, notamment dans le Sud de l’Ontario. Pour les régions moins bien desservies comme le Nord de l’Ontario, elle évoque les programmes tels que « Apprendre et Rester » ou « De plein droit » pour augmenter la main-d’œuvre bilingue en santé en Ontario.
Guy Bourgouin, porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones, considère que cela ne changera pas la situation dans le Nord où les cliniques privées ne s’installeront pas, à l’affût de zones économiques plus attractives. Selon lui, les recommandations faites par les hôpitaux et les experts de la santé contre la pénurie des travailleurs de santé ont été ignorées par le gouvernement dans le but de pousser l’utilisation des cliniques privées.
Les politologues Geneviève Tellier (Université d’Ottawa) et Peter Graefe (Université McMaster). Montage ONFR+
Fabien Hébert, président de l’Assemblée francophone de l’Ontario (AFO), identifie lui aussi « le système de santé et les grands défis auxquels il fait face », comme l’une des priorités de la rentrée. Il évoque les attentes de l’AFO d’un changement allant dans le sens de la reconnaissance des droits linguistiques.
Au-delà du projet de loi pour lutter contre les fils d’attente en chirurgie, la question des transferts en santé d’Ottawa à l’Ontario pourrait aussi ressurgir au cours des prochains jours. Concernant une potentielle clause linguistique, M. Graefe envisage une possible emphase du personnel médical francophone : « Beaucoup de francophones aux diplômes internationaux ont du mal à les faire reconnaître et on pourrait assister à une libéralisation d’accès. »
Pour Guy Bourgouin, l’immigration économique francophone est une des grandes solutions. Le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) évoque l’exemple d’un médecin étranger à Hearst n’ayant pas pu étudier à cause de la législation ontarienne : « Le gouvernement doit répondre à cette crise de santé en adressant ces non-sens », commente-t-il.
Selon la politologue Geneviève Tellier, ces transferts en santé pourraient ouvrir le débat des soins de santé en français : « On s’attend à des conditions de résultats de la part d’Ottawa. À titre d’exemple, cela pourrait être l’exigence dans cinq ans, que tel pourcentage de la population ontarienne ait accès à un médecin de famille. Des résultats visant plus d’égalité dans les soins, ce qui pourrait aider les communautés francophones à légitimement soulever la question d’assurer une offre a minima dans leur langue. »
Mise en œuvre de la Loi sur les services en français modernisée
Les étapes à venir de la mise en œuvre de la Loi sur les services en français modernisée soulèvent également de nombreuses questions. L’un des enjeux étant la liste non actualisée des organisations désignées en vertu de la loi. Selon M. Graefe, « le gouvernement a fait certaines promesses en période électorale, mais dans les faits on ne le voit pas comme une priorité ».
« On a eu la chance d’avoir une modernisation de la loi, c’est une bonne chose, mais les francophones sont restés sur leur faim » – Guy Bourgouin
M. Bourgouin soutient que cette loi implique d’investir, ajoutant que le gouvernement semble amorcer des choses sans les concrétiser : « Un exemple probant : les nouvelles cliniques privées devraient être assujetties à la Loi sur les services en français et présentement elles ne le sont même pas. On a eu la chance d’avoir une modernisation de la Loi, c’est une bonne chose, mais les francophones sont restés sur leur faim. »
Guy Bourgouin, député NPD de Mushkegowuk-Baie James et porte-parole de l’opposition officielle aux affaires francophones. Crédit image : Jackson Ho
Mme Kusendova, également adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones, explique que « l’offre active est maintenant dans la Loi. Notre ministère vient de publier le règlement qui va s’appliquer à toute agence ministérielle ayant des obligations sous la loi des services en français. » Reconnaissant que le règlement n’est pas à jour, et ce, depuis des décennies, elle ajoute qu’il a fait l’objet de discussions récentes.
« C’est un problème sur lequel le ministère va commencer à travailler, car il y a eu de nombreux changements au sein des organismes depuis. La mise à jour requerra temps et patience. Mais nous voulons aussi aller au-delà en essayant de voir où l’on peut renforcer l’offre bilingue. Si on remarque des lacunes des services en français dans certaines régions, on veut mettre des stratégies en avant ». La mise en application de cette loi sera, selon la députée, le gros du travail à la rentrée. Reste à savoir si le règlement sera mis à jour en même temps que l’offre active.
L’éducation francophone postsecondaire
Parmi les thèmes récurrents, la question de l’Université de Sudbury qui attend un financement pour le rapatriement des programmes de la Laurentienne. « On l’a vu dans les consultations prébudgétaires, c’est un enjeu important », souligne le politologue Peter Graefe. Pour M. Hébert, l’Université de Sudbury a répondu aux exigences de qualité du ministère des Collèges et Universités : « Nous avons présenté le dossier, maintenant la balle est dans le camp du gouvernement », explique-t-il.
L’AFO garde un œil sur le développement d’un réseau francophone d’éducation postsecondaire qui appuiera la légitimité et le poids de l’éducation en français en Ontario.
Selon Guy Bourgouin aussi, « l’Université de Sudbury fait partie de ce réseau d’éducation que nous souhaitons bâtir ». Et d’ajouter : « Nous avons besoin de cette université pour garder nos jeunes dans le Nord ». Côté gouvernement, « rien de décidé encore », précise Mme Kusendova, les conclusions des consultations étant encore à l’étude.
Natalia Kusendova, députée de Mississauga-Centre du Parti progressiste-conservateur, adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney.Crédit image : Sandra Padovani
L’éducation, un des chevaux de bataille de l’opposition officielle, passera également, selon le député Bourgouin, par les problématiques du projet de loi 124 qu’il qualifie « d’anticonstitutionnel ». « Au lieu de mettre la pression sur les parents, les enfants et les éducateurs, un gouvernement consciencieux devrait négocier avec bonne foi pour finaliser les ententes vers des augmentations salariales décentes », déplore l’élu du Nord.
« La solution pourrait être une formation de rattrapage complémentaire pour gagner du temps et ne pas faire repartir cette main-d’œuvre internationale inutilement de zéro » – Fabien Hébert
Éducation et immigration, des thèmes voisins, M. Hébert évoquant également le problème de non-reconnaissance des acquis scolaires et compétences des travailleurs internationaux dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, « non seulement dans la santé, mais dans les corps de métier. On a par exemple un énorme besoin de mécaniciens monteurs ».
Puis d’ajouter : « La solution pourrait être une formation de rattrapage complémentaire pour gagner du temps et ne pas faire repartir cette main-d’œuvre internationale inutilement de zéro. »
Selon Natalia Kusendova, la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney souhaite valoriser la communauté francophone sur le volet économique comme un atout pour la province : « L’idée est de forger des liens avec ces pays pour amener des travailleurs francophones en Ontario, en introduisant par exemple un programme d’échange avec la France et les pays africains francophones pour une immigration ciblée répondant à notre pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue. »
Alors que la représentation des élèves francophones au sein du système scolaire ontarien s’est accentuée durant les dix dernières années, les écoles francophones ont plus que jamais du mal à recruter du personnel dans le sillage de la pénurie des enseignants que connaît la province. Ajoutez à cela les dégâts causés par la pandémie ainsi que les déconvenues financières durant la dernière année de l’un des principaux fournisseurs d’enseignants francophones, l’Université Laurentienne, et vous obtenez une situation pour le moins critique.
« Une intervention immédiate s’impose. Le gouvernement a en main des pistes d’actions concrètes depuis maintenant deux ans avec le rapport sur la pénurie, mais celles-ci sont mises de l’avant au compte-gouttes, malgré l’urgence de la situation », s’impatiente Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO).
Le ministère de l’Éducation affirme pourtant déjà agir pour tenter d’arrêter l’hémorragie. D’après sa porte-parole, Grace Lee, « l’Ontario a fait des progrès dans la mise en œuvre de projets de recrutement et de maintien en poste d’enseignants de langue française depuis le lancement de la stratégie quadriennale de la province en juin 2021 ».
Ainsi, le portail en ligne de recrutement géré par le Centre franco – et opérationnel depuis le 31 janvier dernier – a identifié près de 170 candidats potentiels à l’enseignement de langue française formés à l’étranger. En outre, plus de 40 enseignants formés à l’étranger ont été embauchés par les conseils scolaires de langue française à l’aide de ce portail, selon la porte-parole du ministère.
Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens. Archives ONFR+
D’autres initiatives devraient porter leurs fruits à moyen terme, à l’image du soutien du ministère à l’Université de l’Ontario français (UOF) dans son nouveau programme de formation initiale à l’enseignement, lancé début janvier 2023. Ce programme ne permet toutefois de créer que 40 places pour former de nouveaux éducateurs francophones.
Quant au projet-pilote mis en place avec la France à travers le consulat général à Toronto, « il n’a généré qu’une dizaine de nouveaux enseignants », selon Ginette Plourde, experte en éducation. « Il est donc important d’accélérer le processus d’accréditation des nouveaux arrivants. »
Pénurie de chiffres à jour
La majorité de ces initiatives ont été financées par l’enveloppe de 2,2 millions de dollars accordée en 2020 par Patrimoine canadien, le ministère de l’Éducation de l’Ontario et le ministère des Collèges et Universités de l’Ontario pour financer des projets s’étalant entre 2020 et 2023, et ce afin de pallier la pénurie du personnel enseignant francophone et favoriser leur rétention en milieu scolaire.
Cette somme demeure toute relative devant l’allocation du ministère de l’Éducation pour aider les conseils scolaires de langue anglaise à offrir des programmes de français. Celle-ci devrait s’élever à 294,2 millions de dollars pour l’année scolaire 2022-2023, selon Mme Lee.
À défaut de chiffres plus récents, preuve qu’un suivi quantitatif n’est pas effectué chaque année scolaire, le ministère de l’Éducation, ainsi que les acteurs francophones contactés pour les besoins de cet article, s’appuient tous sur le rapport 2021 du groupe de travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario.
Il en sort qu’il faut dénicher 520 enseignants francophones chaque année afin d’équilibrer l’offre et la demande en personnel enseignant certifié.
Néanmoins, il semblerait que l’AEFO a depuis revu cette estimation à la hausse. « Les besoins en main-d’œuvre des conseils scolaires de langue française sont d’environ 940 personnes par année alors qu’une moyenne de 450 nouvelles enseignantes et nouveaux enseignants est certifiée annuellement », rapporte sa présidente.
Le nombre d’enseignants non certifiés grimpe en flèche
Or, on n’a même pas encore comblé les 520 annoncés en 2021. « Nous n’avons pas atteint le chiffre de 520 nouveaux enseignants qualifiés annuellement. Le nombre croissant de lettres de permission temporaire le prouve », reconnaît Ginette Plourde, participante en tant que facilitatrice au groupe du travail sur la pénurie des enseignantes et enseignants dans le système d’éducation en langue française de l’Ontario.
En effet, à en croire Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), le nombre de lettres de permission intérimaire qui permettent à un enseignant non certifié d’exercer à augmenter de presque 400 % en six ans.
Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques. Gracieuseté
« Aujourd’hui, nous estimons qu’il y en a plus de 1100, alors qu’en 2016-2017, il n’y en avait qu’environ 230, ce chiffre tient compte des deux systèmes d’éducation de langue française en Ontario », apprécie-t-il.
Et de conclure : « Notre compréhension est que le nombre de nouveaux enseignants n’a pas augmenté au cours des deux dernières années. Cela n’aide en rien à combler les besoins additionnels identifiés dans le rapport. » Pour rappel, environ 70 % des élèves francophones sont dans des écoles catholiques de langues françaises en Ontario.
Plus un problème de surcharge de travail que de salaire
Les enseignants de l’Ontario ont gagné plus de 94 000 $ en moyenne en 2021-2022, selon le ministère de l’Éducation, ce qui représente l’une des moyennes salariales les plus élevées du secteur dans le pays.
D’après les dernières données de Statistique Canada, le salaire statutaire annuel des enseignants des établissements publics en Ontario est de 100 925 $ annuellement après dix ans d’expérience, soit le plus haut enregistré parmi toutes les provinces. À titre comparatif, ce chiffre baisse à 72 891 $ pour le Québec.
De plus, avec environ 54 000 $ de salaire annuel en début de carrière, de toutes les provinces, l’Ontario est celle qui présente la plus grande augmentation de salaire après dix ans de services avec plus de 84 % de hausse par rapport au salaire initial, contre 72 % à l’échelle nationale et 71 % chez la voisine québécoise.
Plus récent encore, d’après une mise à jour effectuée en novembre dernier par Guichet-Emplois, avec 47,74 $ de l’heure, l’Ontario a le salaire médian le plus élevé des provinces concernant les enseignants au niveau secondaire.
Ce sont probablement ces constats qui permettent à M. Lévesque de dire avec confiance que « le métier d’enseignant n’est pas sous rémunéré. C’est un métier stimulant, gratifiant qui offre la possibilité de former les citoyens et nos communautés de demain. Cependant, certaines mesures pourraient être mises en place pour favoriser l’établissement, l’encadrement et le développement des enseignants dans leurs premières années de travail ».
Ginette Plourde, Experte en éducation. Gracieuseté
Donc, a priori, ce n’est guère le salaire qui rend ce métier peu attractif, mais bel et bien la pénibilité de son exécution due, en partie, à la conjoncture post-pandémique.
« La charge de travail a augmenté et s’est complexifiée au cours des années. La lourdeur de la tâche d’enseignement en milieu minoritaire jumelée au manque d’appui du système envers les nouveaux enseignants poussent plusieurs personnes à quitter la profession », constate Mme Plourde.
De plus, « les besoins des élèves sont de plus en plus complexes et les ressources professionnelles en français telles que la psychologue, l’orthophoniste, l’ergothérapeute… sont trop souvent difficilement accessibles, laissant le personnel enseignant seul devant des élèves ayant plus que jamais besoin d’appui additionnel », comme l’explique la présidente de l’AEFO.
Deux fois plus d’enseignants qui quittent la profession chez les francophones
L’une des conséquences directes de cette surcharge de travail est l’abandon de la profession. En effet, à en croire l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario dans son rapport Transition à l’enseignement 2021, 30 % des personnes diplômées d’un programme de formation à l’enseignement en français n’avaient pas renouvelé leur permis d’enseigner après cinq ans. »
Stephen Lecce, ministre de l’Éducation. Archives ONFR+
Or, et c’est bien là où le bât blesse : cette proportion n’est que de 17 % du côté anglophone, autrement dit, les enseignants francophones sont environ, toute proportion gardée, deux fois plus susceptibles de quitter l’enseignement au début de leur carrière que leurs homologues anglophones. La question de rétention du nouveau personnel enseignant se pose donc d’elle-même.
« Le nombre d’enseignants qui quittent la profession au cours des cinq premières années d’emploi est de plus en plus important et contribue à accentuer la pénurie. Des actions à long terme et mesures concrètes doivent être rapidement mises en place pour renverser la tendance », prévient Mme Plourde.
TORONTO – Avec la soudaine démission de John Tory, effective depuis vendredi dernier, la mairesse adjointe francophone et francophile Jennifer McKelvie se retrouve propulsée aux manettes de la Ville reine. Son intérim devrait se prolonger jusqu’en juin, période à laquelle les électeurs seront vraisemblablement appelés à voter pour leur nouveau maire.
En renonçant à briguer le fauteuil de maire lors de la partielle à venir, la conseillère municipale de Scarborough-Rouge Park, première femme à ce poste depuis la fusion de 1998, s’enlève une épine du pied. Elle pourra se concentrer sur la continuité fonctionnelle de la ville qu’elle a promis de mener « en douceur », coupant court aux rumeurs d’instabilité évoquées dans la foulée de la démission surprise du maire.
Diplômée en sciences environnementales de l’Université de Toronto Scarborough, avec un doctorat en géologie en poche, cette géoscientifique de carrière a travaillé au sein de la Société de gestion des déchets nucléaires et été directrice principale à l’Institut canadien de recherches avancées, avant de se lancer en politique. Une suite naturelle, considère-t-elle, à son engagement communautaire local.
Après un premier revers électoral en 2014, elle décroche son premier succès dans les urnes en 2018 face au conseiller sortant de Scarborough-Rouge Park, Neethan Shan (40,2 % des voix). Elle a rempilera pour un deuxième mandat en 2022 sur un score-fleuve (72 %), avec en prime le titre de mairesse adjointe.
Racines québécoises et acadiennes
Sa maîtrise du français? Elle la doit à ses racines québécoises et acadiennes qui remontent au 17e siècle. Un précieux atout pour John Tory qui en a fait, en 2019, la successeure toute trouvée au conseiller Norm Kelly, à la tête du comité consultatif des affaires francophones.
Présente à chaque lever de drapeau franco-ontarien, elle est vite apparue comme une interlocutrice de choix pour les Franco-Torontois. « Je veux être une championne pour les francophones », affirmait-elle à ONFR+ à son arrivée à la tête du comité. « Ce n’est pas qu’une communauté, c’est aussi une langue officielle du Canada. On a le devoir de faire mieux. »
Les conseillères Jennifer McKelvie et Dianne Saxe (à gauhce), ancienne et nouvelle coprésidentes du comité consultatif aux affaires francophones de Toronto, au Gala francophone du Mois de l’histoire des Noirs, samedi dernier à Mississauga. Crédit image : Rudy Chabannes
Si les progrès sur les services en français n’ont pas vraiment débordé au cours des dernières années, elle aura au moins eu le mérite d’avoir appuyé le retour de Toronto au sein de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) et l’abandon du retrait des livres en français de la Bibliothèque municipale, deux épisodes peu reluisants pour la ville mais qui se sont finalement bien terminés pour la communauté.
Officiellement investie depuis vendredi, suite au départ effectif de M. Tory, l’élue de l’Est torontois va désormais consacrer sa tâche à assurer la continuité des affaires municipales jusqu’aux prochaines élections.
« Mon objectif principal est d’assurer une transition en douceur » – Jennifer McKelvie
« Ma priorité absolue est la poursuite des opérations du gouvernement local pour nos résidents (…). Mon objectif principal en ce moment est d’assurer une transition en douceur et une bonne gouvernance continue », a-t-elle déclaré jeudi dernier, ajoutant ne « pas chercher à (se) présenter à la mairie lors de la prochaine élection partielle ».
Géoscientifique de profession, Mme McKelvie a remporté son premier combat politique en 2018 en devenant conseillère municipale de Scarborough-Rouge Park. Crédit image : ONFR+
Au regard de la Loi sur les municipalités de l’Ontario, ce type de scrutin partiel doit se dérouler 45 jours après la période de mise en candidature d’une durée de 30 à 60 jours suivant la déclaration du poste de maire vacant et l’adoption par le conseil du règlement de l’élection partielle. Cette déclaration pourrait intervenir dès le 29 mars prochain, portant le scrutin au printemps, une période peu propice d’ordinaire à une forte participation.
Plusieurs candidats ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt, dont Gil Penalosa, arrivé second dans la dernière course au fauteuil de maire et critique sur le bilan francophone de l’administration Tory.
Gouverner avec près d’un milliard de dollars de déficit
Entretemps, Mme McKelvie hérite de toutes les prérogatives de maire, à l’exception des superpouvoirs récemment octroyés par la province, que se partagent le conseil municipal et la direction de la Ville.
Son rôle va essentiellement consister à veiller à la continuité des programmes et services existants. Elle doit aussi assurer le leadership du conseil municipal, représenter la Ville dans les cérémonies officielles et a la capacité de convoquer des réunions du conseil ou encore d’ajouter des affaires à l’ordre du jour.
La crise du logement persiste à Toronto, dans un contexte de forte hausse de la taxe foncière. Crédit image : Rudy Chabannes
Impliquée dans plusieurs postes de gouvernance, l’élue connait très bien les rouages de la municipalité. Présidente du comité de l’infrastructure et de l’environnement et vice-présidente du Comité exécutif, elle est aussi administratrice de la Toronto Transit Commission et de la Toronto Hydro Corporation,
Certes l’approbation d’un budget équilibré avant le départ de M. Tory constitue un obstacle en moins sur sa route, mais elle risque d’être très vite rattrapée, estiment les experts, par des enjeux brûlants tels que l’inflation, la crise du logement et l’insécurité dans les transports en commun, avec de faibles marges de manœuvre. La Ville accuse en effet un déficit de 933 millions de dollars et les impôts vont grimper.
Lors du dernier recensement, le petit village de Casselman, bastion de la francophonie dans l’Est ontarien, a vu sa proportion de francophones décliner. Le taux d’habitants ayant indiqué avoir le français comme première langue officielle parlée est passé de 80 % à 73 %. Y a-t-il matière à s’inquiéter? Avec une pandémie qui a incité beaucoup de gens à déménager en campagne, sans compter la construction du nouveau centre de distribution Ford, le village voit le profil de sa population changer. Mais pour certains, il s’agit d’une évolution qui pourrait bénéficier à la francophonie.
TORONTO – À 82 ans, l’ancien directeur du centre national des arts d’Ottawa (CNA) est décédé des suites d’un cancer, ce samedi. D’abord journaliste, Peter Herrndorf a aussi été président-directeur général de TVOntario dans les années 1990.
Au moment de son décès, M. Herrndorf était président du Festival Luminato à Toronto. Sa grande carrière lui fait honneur et son leadership reste incontesté. De 1992 à 1999, il était PDG de TVOntario. Après 19 ans au CNA d’Ottawa, Peter Herrndorf était considéré comme un modèle de gouvernance.
Pendant son travail au cœur du plus grand centre des arts de la scène au Canada, il a fait évoluer le théâtre français en recrutant « des leaders artistiques hors pair, dont Denis Marleau, Wajdi Mouawad et Brigitte Haentjens à la direction artistique du Théâtre français », rappelle le CNA suite à l’annonce de son départ.
Claudette Paquin, ancienne directrice générale de TFO, se souvient de lui comme de quelqu’un d’« extrêmement dynamique et perfectionniste qui n’acceptait pas les faux-fuyants, les excuses faciles. Il voulait des résultats rapidement et cela a amené une vigueur à une institution jusque-là pas mal plus bureaucratique ».
« Il a été à l’écoute de la communauté franco-ontarienne et à l’écoute des artisans de TFO. Il avait beaucoup de respect pour une minorité qui se bat pour s’épanouir, lui-même issu d’une telle communauté. Il est né en Hollande en 1940, d’une mère juive… Vous pouvez imaginer. »
Une myriade de succès
Peter Herrndorf était avant tout un journaliste, mais aussi quelqu’un qui avait une profonde connaissance des enjeux journalistiques.
Dans un communiqué, le CNA rappelle que « sous sa présidence, TVOntario a opéré un redressement spectaculaire de la programmation de ses deux chaînes, TVO et TFO, haussé leurs cotes d’écoute à des niveaux jamais vus, raflé un nombre sans précédent de prix sur la scène nationale et internationale (notamment un prix Emmy international spécial et pas moins de onze prix Gémeaux, un record, en septembre 1998), et étendu la diffusion de son réseau TFO au Nouveau-Brunswick et au Québec ».
Peter Hominuk, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), se rappelle « d’un bon monsieur qui a vu l’évolution de TFO en Chaine francophone ». M. Hominuk travaillait, lui-même, à TFO en ce temps-là.
« Un grand supporteur de la cause francophone », rajoute-t-il. « Lorsqu’il était PDG du CNA, il a bien appuyé et fait avancer les arts et la culture francophone au sein de cette institution. »
Peter Herrndorf était un véritable avocat des arts et du journalisme. Source : CNA/ Twitter
Peter Herrndorf a été couronné de plusieurs prix durant sa carrière. « La Fédération des enseignantes et enseignants de l’Ontario lui a décerné le statut de membre à vie pour marquer sa contribution à l’éducation dans la province. »
Il a aussi porté plusieurs casquettes, notamment de président du conseil d’administration du Musée canadien des civilisations à Gatineau.
Enfin, M. Herrndorf avait reçu l’Ordre de l’Ontario en 2008 pour avoir révolutionné la radiodiffusion, l’édition et les arts de la scène au Canada.
Cet article a été mis à jour le 19 février à 14h40.
TORONTO – Alice Fomen a fondé en 2017 l’Alliance pour une communauté éducative inclusive (ACEI), un organisme qui regroupe des enseignants issus de la minorité ethnoculturelle en Ontario. Aujourd’hui conceptrice pédagogique chez Seeva Éducation, elle mise tout sur l’éducation en français. Avocate de l’apprentissage et de la formation, elle fait partie des quelques conceptrices pédagogiques francophones en Ontario.
« Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience qu’il y avait un besoin en français dans la conception pédagogique?
En 2010, j’ai commencé dans un conseil scolaire de langue française de la région de Toronto. À cette époque, on allait chercher des ressources en France, en Belgique, en Suisse et dans d’autres pays francophones. Je me rappelle du site internet pepit.be. Je disais à mes élèves de se renseigner sur pepit.be, d’aller chercher des exercices éducatifs là-dessus alors que c’était une ressource belge. C’était il y a treize ans et on a bien évolué depuis. C’est dans ce contexte que j’ai imaginé des concepts et des ressources. Je trouvais l’accès aux ressources locales quelque peu difficile. Aujourd’hui et surtout avec la contrainte d’apprentissage en ligne depuis la pandémie, cet aspect s’est nettement amélioré.
Nous avons de plus en plus de ressources en français, mais dans le monde de la conception pédagogique en français, nous ne sommes pas très nombreux en Ontario. J’ai d’ailleurs enseigné dans un centre de formation francophone à Oshawa, pour les personnes qui veulent devenir coach ou consultant. Mon cours consistait à aider les consultants à vendre leur propre formation en ligne. Ils m’ont ensuite invitée à être marraine de la première promotion, ça a été une superbe expérience.
Quelles sont vos priorités dans l’élaboration de ses outils pédagogiques?
D’abord, je voulais créer des ressources pour les élèves. De fil en aiguille avec la pandémie, j’ai reçu des demandes pour les parents qui voulaient s’outiller. Mais en 2020, quand j’ai fondé mon entreprise Seeva Education, je voulais d’abord créer un maximum d’outils pour les élèves et surtout des ressources inclusives où ils se sentent représentés. Des ressources pour motiver l’apprentissage auprès de divers profils d’apprenant.
Alice Fomen a débuté en éducation en 2010 comme aide-enseignante à l’École élémentaire catholique Sacré-Coeur de Toronto. Gracieuseté
Votre travail consiste à redéfinir et à transformer l’apprentissage : dans quel contexte faisons-nous appel à vos services?
Je travaille avec des conseils scolaires francophones, mais aussi des organisations à but non lucratif (OBNL) qui se trouvent parfois même en dehors de l’Ontario, comme au Québec. Plusieurs organismes francophones désirent du matériel d’apprentissage, mais aussi des individus tels que les parents.
J’ai la charge d’élaborer des expériences d’apprentissage ou des formations par exemple, mais aussi des tâches d’évaluation, car les enseignants ont besoin de savoir si les élèves ont compris. L’idée, c’est d’avoir toutes les sortes de technologies et mécanismes pour apprendre et valider l’apprentissage.
Depuis votre entrée dans le système éducatif francophone en Ontario, qu’avez-vous constaté à propos des forces des écoles, de leurs outils?
Comme forces, je parlerais de l’accès à une éducation de qualité en français. Je pense que de nombreux services ont été développés pour que les élèves puissent bénéficier d’une diversité d’activités scolaires et parascolaires en français. Puis, je pense aux programmes d’accompagnement pour les enseignants francophones comme les stages de l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF). J’ai été stagiaire de l’ACELF en 2019 et je peux vous assurer que cette expérience transforme réellement la pratique des enseignants francophones. Les programmes permettent de préserver le français, de promouvoir les cultures francophones.
Et quelles seraient les faiblesses du système a contrario?
L’un des défis majeurs de l’éducation en français est la tendance des élèves à penser que « le français, c’est juste à l’école ». Dans les couloirs des écoles, dans les cours de récréation, on entend beaucoup l’anglais. C’est donc un défi de taille – et qui n’est pas près de changer, car nous évoluons dans un milieu linguistique minoritaire – pour les enseignants qui doivent faire preuve de beaucoup de créativité au quotidien pour proposer des activités engageantes à leurs élèves afin de les inciter à parler en français tant à l’école qu’e hors de l’école qu’en dehors.
C’est un travail de veille constante que vous effectuez. En quoi est-ce important de faire évoluer les outils pédagogiques en français selon vous?
On est dans une logique de préservation de la langue. Lorsque je veux concevoir des ressources pour guider les parents afin qu’ils comprennent le système scolaire de langue française, c’est qu’à la moindre incompréhension, ils vont chez les anglophones. Si nous n’offrons pas assez de ressources chez les francophones, ils vont chez les anglophones.
Là encore, les enfants évoluent à l’ère numérique. Il faut donc des outils hautement engageants et interactifs. Depuis 2016, mon défi, a été de créer des expériences d’apprentissage captivantes et de mieux comprendre l’intelligence artificielle ou la réalité augmentée par exemple. En somme, d’intégrer la technologie.
Qu’est-ce qui vous plaît dans la stratégie pédagogique?
Je suis quelqu’un qui s’ennuie très rapidement! J’aime les défis et chercher de nouvelles pistes pour engager les élèves.
Avec la pénurie d’enseignants francophones en Ontario, les outils numériques peuvent-ils devenir un substitut?
Les outils numériques ne peuvent pas être un substitut. Il faut s’appuyer sur les superpouvoirs des enseignants. Si un enseignant donne la technologie à l’élève et que celui-ci doit se débrouiller, on n’y arrivera pas. C’est en fonction de l’outil qu’on utilise et des objectifs d’apprentissages que les ressources numériques seront utiles.
La conceptrice pédagogique a fondé son entreprise Seeva Éducation en 2020. Gracieuseté
Les francophones sont-ils à la pointe dans ce type d’enseignement?
Oui, je le crois, même s’il y a plus de concepteurs anglophones. Il y a plusieurs organes rattachés au ministère de l’Éducation qui se chargent de créer ces outils, tels que (le diffuseur public francophone) TFO, le Centre francophone ou encore le Consortium d’apprentissage virtuel de langue française de l’Ontario (CALVFO).
En travaillant sur un projet avec TFO, j’ai constaté qu’il y avait un énorme potentiel et que le domaine de la formation attire de plus en plus de monde. Les coachs et les entrepreneurs ont du talent. Il y a énormément d’expertise. Les écoles francophones grandissent et s’implantent ici et là.
En quoi pouvons-nous appuyer l’inclusion et la diversité dans les classes? Par la technologie peut-être?
La technologie n’est pas la solution à l’inclusion, mais on peut s’appuyer dessus pour mieux inclure. Par exemple, les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage. On va utiliser des outils de transcriptions pour un élève qui n’est pas scripteur. Je pense par contre qu’il y a un gros enjeu dans la représentativité du personnel enseignant. La diversité dans les écoles ne doit pas seulement se voir chez les élèves, mais aussi se refléter dans la population enseignante.
Comment, d’après vous, le système éducatif doit intégrer la diversité des populations enseignantes?
La réalité, c’est que beaucoup d’enseignants francophones viennent de pays d’Afrique et cela va croître. Lorsqu’on parle d’avenir du français, on parle souvent de ces pays de l’Afrique francophone. Maintenant, je pense que les formations à l’enseignement et les facultés doivent accompagner les enseignants et les conseils scolaires en donnant des stratégies pour mieux inclure la diversité qu’ils voient chez eux.
En situation de pénurie, nous devons nous assurer que les enseignants soient bien formés et outillés pour aller dans les salles de classe. Les enseignants issus de l’immigration apportent une grande richesse en termes de culture et de philosophie éducative. Au Canada, on est dans une logique socioconstructiviste, mais les enseignants qui arrivent ont beaucoup à offrir.
En 2017, Alice Fomen lance l’ACEI, pour bâtir un système scolaire plus équitable et plus inclusif. Gracieuseté
Vous terminez actuellement un doctorat en technologie éducative. Quel est le sujet de vos recherches?
Je travaille sur une thèse depuis cinq ans et j’essaie de comprendre comment on accompagne un enseignant qui vient d’un environnement, d’un contexte où il y a une fracture numérique, comment on l’accompagne à mieux exploiter la technologie.
Pour mon cas, j’ai découvert l’ordinateur à l’université. J’ai dû apprendre parce que je sortais d’un contexte où je n’avais pas forcément accès en permanence à ces outils. Avec ma casquette communautaire et au sein de l’ACEI, j’ai essayé, auprès des enseignants, de démystifier la technologie.
Dans quels autres projets vous impliquez-vous?
Actuellement à l’ACEI, on réalise un projet de recherche qui vise à comprendre quels sont les défis des enseignants immigrants francophones qui exercent dans des écoles FLS (français langue seconde). Enseigner le français à des francophones, c’est différent de l’enseigner à des personnes qui ont le français comme seconde langue. On s’intéresse aux enseignants en école d’immersion et le but est de développer des outils pédagogiques pour ces enseignants spécifiquement.
Les enseignants en école d’immersion sont isolés même en termes d’accès aux ressources. »
LES DATES-CLÉS D’ALICE FOMEN
1985 : Naissance à Dschang au Cameroun
2010 : Début de carrière dans l’éducation à l’École élémentaire catholique Sacré-Coeur de Toronto
2017 : Lancement officiel de l’Alliance pour une communauté éducative inclusive (ACEI)
2020 : Obtention du statut de membre agréé de l’Association canadienne des concepteurs et des conceptrices pédagogiques
2021 : Nommée marraine de la première promotion des consultants du CFCI (Centre de formation et de coopération internationale, Oshawa)
2022 : Ouverture du premier bureau de Seeva Éducation à Mississauga
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.
[CHRONIQUE]
OTTAWA – À la suite de sa réunion du 14 février dernier, le Comité du patrimoine bâti de la Ville a adopté un avis d’intention pour désigner l’ancienne École St-Pierre d’Ottawa, située dans le quartier de la Côte-de-Sable, en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.
Le conseil municipal de la Ville doit entériner l’avis de son comité pour officialiser la désignation. Cette très bonne nouvelle pour la reconnaissance du patrimoine bâti franco-ontarien arrive à point donné, alors que février est le Mois du patrimoine en Ontario français. Ce gain patrimonial précède une période d’urgence qui commence pour les désignations patrimoniales en province.
L’École St-Pierre d’Ottawa a ouvert ses portes en 1906 pour accueillir les jeunes filles du palier élémentaire de langue française. Il s’agissait de la deuxième école du quartier de la Côte-de-Sable à desservir la communauté franco-ontarienne, après l’École Garneau, ouverte en 1888 (et fermée en 1969).
Son architecture s’inscrit parfaitement dans l’air du temps et son style rappelle deux autres bâtiments scolaires de la communauté construits à la même époque. L’École Brébeuf dans la basse-ville Est d’Ottawa et surtout la seconde École Guigues, dans la basse-ville Ouest. Toutes trois construites au début du 20e siècle, elles sont l’œuvre de l’architecte hullois Félix Maral Hamel.
Ce dernier est alors l’architecte le plus sollicité de la Commission des écoles séparées d’Ottawa pour dessiner les plans des nouvelles écoles. Malheureusement, il décédera peu de temps après l’ouverture de l’École St-Pierre, en 1907.
Haut lieu de la résistance au Règlement 17
Ses bâtiments scolaires ont acquis une certaine notoriété par la force des événements. C’est effectivement devant ses bâtiments qu’ont eu lieu de grandes manifestations et la bataille des épingles à chapeaux à Ottawa contre le Règlement 17, appliqué en Ontario entre 1912 et 1927 pour interdire le français comme langue d’enseignement.
Mythe fondateur de l’Ontario français s’il en est, les photographies des piquetages et débrayages devant les écoles dont les plans ont été dessinés l’architecte Hamel ont souvent été diffusées, notamment dans les livres d’histoire.
Si l’École Brébeuf n’a malheureusement pas survécu au pic des démolisseurs lors de la « révolution urbaine » qui a radicalement altéré le tissu urbain du quartier de la basse-ville Est d’Ottawa, l’École Guigues – dont on célébrait le 25e anniversaire de sa sauvegarde patrimoniale l’an dernier – a quant à elle connu un dénouement heureux, désignée en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario depuis 1980.
L’École Guigues a été la première école liée à l’histoire franco-ontarienne à être désignée dès 1980 (soit cinq ans seulement après l’adoption de la première Loi sur le patrimoine de l’Ontario). L’École St-Pierre pourrait bien devenir la plus récente. Toutes deux ont servi de lieu où les étudiants de l’École normale de l’Université d’Ottawa effectuaient leur stage pratique.
Une valeur architecturale reconnue
Selon l’avis d’intention du Comité du patrimoine bâti de la Ville d’Ottawa, l’ancienne École St-Pierre répond à six des neuf critères établis dans le Règlement de l’Ontario 09/06 pour la désignation en vertu de la Loi. L’architecture, les liens historiques, l’histoire de la communauté, la représentativité de l’ouvrage, le caractère communautaire et les liens avec les environs.
Le même avis d’intention indique que l’ancienne École St-Pierre a une valeur architecturale car elle constitue un bon exemple d’établissement scolaire construit pour cette vocation et un excellent exemple du classicisme édouardien. Ce style d’architecture, qui était populaire avec les édifices institutionnels au début du 20e siècle, a été florissant jusqu’à la Première Guerre mondiale.
L’ancienne école réunit les traits architecturaux caractéristiques de ce style, dont sa composition symétrique, son extérieur de brique sur un solide socle de pierre, ainsi que ses éléments décoratifs de pierre naturelle et de pierre artificielle. Même si elle a fermé ses portes en 1977, elle a remarquablement bien conservé son architecture extérieure d’origine.
Dans les années 1980, l’édifice a été converti pour aménager le Centre communautaire St-Pierre. L’ancienne école a changé de vocation en 1997 pour devenir une résidence pour personnes âgées et une imposante annexe a été construite à l’arrière de l’édifice. Enfin, en 2013, l’intérieur a été rénové de fond en comble pour convertir la résidence en immeuble d’appartements locatifs.
Presser les désignations d’ici la fin 2024
L’ancienne École St-Pierre est inscrite dans le Registre du patrimoine de la Ville d’Ottawa depuis 2015. Ce qui a en partie instigué que le projet avance maintenant, ce sont les changements en profondeur qu’on introduits le projet de loi 23 adopté en novembre dernier par le gouvernement de l’Ontario.
Les municipalités se trouvent dans l’urgence de désigner d’ici au 31 décembre 2024 un maximum de bâtiments qu’ils ont inscrits dans leurs registres patrimoniaux, faute de quoi ils seront automatiquement retirés du registre. De plus, un édifice ne peut plus retourner sur le registre avant un délai d’attente de cinq ans.
La tâche est donc titanesque pour les municipalités qui doivent prioriser les bâtiments qui se trouvent dans leurs registres et les faire désigner en vertu de la Loi.
À Ottawa seulement, on parle de 4600 bâtiments! Lesley Collins, la responsable du programme de planification du patrimoine de la Ville, a avoué candidement récemment dans une entrevue accordée à la CBC qu’en raison de limites financières et humaines, tout ne pourra pas être sauvé et que la façon dont la ville prioriserait les demandes de désignation reste à être déterminée.
« Cette désignation doit être le début d’une série et non une fin en soi »
Jusqu’en 2019, la Ville avait ajouté des milliers de bâtiments à son registre du patrimoine. Plusieurs édifices franco-ontariens s’y trouvent, dont les églises Saint-Hugues de Sarsfield (1895), Saint-Joseph d’Orléans (1922), Notre-Dame-de-Lourdes de Cyrville (1929), Nativité de Notre-Seigneur-Jésus-Christ (1960), Montfort (1965), Notre-Dame-de-Lourdes de Vanier (1975) de même que l’ancienne École secondaire Charlebois et l’École secondaire Garneau (1972) ou encore l’ancien bâtiment de la caisse populaire d’Orléans (1974).
La communauté franco-ontarienne et ses défenseurs du patrimoine sont donc appelés à encourager, appuyer et revendiquer qu’un maximum de bâtiments sur le registre municipal soient désignés. La très probable désignation de l’ancienne École St-Pierre doit être le début d’une série de désignation pour le patrimoine bâti franco-ontarien et non une fin en soi!
Après l’École Guigues (Ottawa, 1980), l’École Saint-Charles (Ottawa, 1996), l’École du Sacré-Cœur (Ottawa, 2006) et l’École Saint-Louis-de-Gonzague (Sudbury, 2020) et la probable future désignation de l’ancienne École St-Pierre, l’Ontario français ferait augmenter à cinq le nombre d’écoles de langue française datant de l’époque du Règlement 17 à être désignées en vertu de la Loi.
À Ottawa, la désignation de l’École St-Pierre serait le premier bâtiment en dix ans lié à l’histoire franco-ontarienne à être ainsi protégé, depuis l’ancienne église Saint-Charles, dans le quartier Vanier.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
OTTAWA – Le premier ministre Justin Trudeau assure que son gouvernement va voter en faveur de la refonte de la Loi sur les langues officielles et que celle-ci n’est pas en péril, même si l’opposition pense le contraire.
« Tous les ministres vont évidemment appuyer le projet de loi C-13 », a-t-il affirmé, vendredi après-midi en conférence de presse, questionné sur quel bord pencherait son gouvernement.
Le doute subsiste au sein des rangs libéraux, notamment depuis que le ministre Marc Miller a invoqué la possibilité de ne pas appuyer le projet de loi de sa collègue des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor. Il faut savoir que tous les ministres votent de la même façon au gouvernement par solidarité ministérielle et si l’un d’eux ne vote pas comme les autres, il peut perdre ses fonctions ministérielles.
Cette position de Marc Miller fait suite à près de deux semaines d’échanges d’opinions contraires entre députés sur la place publique. Des députés de circonscriptions anglophones du Québec, comme Anthony Housefather et Emmanuella Lambropoulos, ont déjà indiqué qu’ils voteraient contre C-13, si jamais la version actuelle était finale.
D’autres députés de l’île de Montréal n’ont pour leur part pas encore décidé alors que les députés francophones hors Québec chez les libéraux se disent en faveur du projet de loi. Le député franco-ontarien Francis Drouin avait qualifié certains propos de ses collègues de « show de boucane » et de « honteux ».
Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones ne ferme pas la porte quant à voter contre le projet de Loi C-13. Crédit image : Stéphane Bédard.
Justin Trudeau n’a pas voulu dire si le vote serait libre, sachant que les mesures contenues dans la plateforme électorale – comme c’est le cas avec la modernisation de la Loi sur les langues officielles – doivent suivre la ligne du parti.
« Je sais aussi qu’il y a des députés aussi – comme tout député – qui vont vouloir défendre et représenter les intérêts de leurs communautés. Ce sont des conversations que nous sommes en train d’avoir », a-t-il signalé.
Le secrétaire parlementaire de la ministre Petitpas Taylor, Marc Serré, estime de son côté qu’il ne sera « pas nécessaire » d’imposer une ligne de parti. Il pense que ce n’est pas « un ou deux députés du Parti conservateur qui votent contre ou deux députés du Parti libéral » qui vont faire balancer le vote.
« Regardez, ça va bien », a-t-il dit en référence aux délibérations en Comité des langues officielles, qui se sont tenues ce vendredi matin.
C-13 en péril selon l’opposition
Les partis de l’opposition croient que la dissension à l’interne chez les libéraux signifie que la refonte de la Loi est en danger.
« Oui », a répondu le porte-parole en Langues officielles chez les conservateurs Joël Godin, questionné sur un éventuel péril du projet de loi. « Ils ont perdu le contrôle », a-t-il ajouté soutenant que son parti, à l’heure actuelle, voterait en faveur de C-13.
Justin Trudeau a toutefois indiqué être derrière ses députés francophones et sa ministre Petitpas Taylor qui assure avoir la majorité nécessaire dans les rangs libéraux.
« Je peux vous assurer que C-13 va passer (…) C’est la solution qui va protéger les minorités linguistiques à travers le pays en reconnaissant qu’on a une responsabilité en plus de protéger le français incluant au Québec », a-t-il vanté.
Chez les néo-démocrates, les propos de Marc Miller viennent changer la donne.
« Je suis très troublé par les déclarations de Marc Miller. Je pense que c’est complètement inacceptable (…). On est en train de voir plein de libéraux qui sont contre, mais ça devient beaucoup plus sérieux une fois que c’est un ministre », estime la députée Niki Ashton.
Cette dernière possède la balance du pouvoir au sein de ce comité en départageant souvent les votes, alors que les libéraux votent à l’opposé du Bloc québécois et des conservateurs. Elle estime avoir beaucoup de discussions avec différents députés, mais n’est pas prête à qualifier cela de la pression de la part du gouvernement Trudeau pour qu’elle penche de leur côté.
« La pression qu’on voit émane des communautés (francophones) et on entend un message clair lors des dernières semaines. Le monde est très préoccupé que le projet de loi soit en péril. »
Le gouvernement Higgs n’ira pas de l’avant avec sa controversée réforme qui visait à abolir le programme d’immersion en français au Nouveau-Brunswick. Dans les derniers mois, le projet a été décrié par la communauté acadienne, mais aussi anglophone du Nouveau-Brunswick.
Le ministre de l’Éducation Bill Hogan avait proposé en décembre d’abolir le programme pour le remplacer par un système d’enseignement 50 % en français, 50 % en anglais. Certaines matières auraient été enseignées en français et d’autres en anglais. Ce changement aurait affecté tous les jeunes anglophones en maternelle et en première année dès l’automne et non ceux actuellement dans le système.
Des consultations tenues au cours des deux derniers mois ont fait grands échos dans la province. Lors de ces consultations tenues dans plusieurs villes, des centaines de personnes – des parents et des enseignants – ont défilé pour s’opposer au nouveau système proposé.
L’organisme Canadiens Parents For French avait critiqué l’abolition. Idem pour des associations de professeurs qui déploraient qu’un manque de personnel rende impossible ce nouveau modèle, en plus de vider les écoles francophones de ses enseignants au profit du système anglophone. Les consultations ont démontré que ce changement n’était pas à l’avantage des élèves, a-t-il plaidé.
« On a suivi la logique. On est arrivé au point que ça ne marchait pas pour tous nos élèves », a affirmé en conférence de presse le ministre Bill Hogan, ajoutant être « tellement content » de l’annonce qu’il fait.
Le système doit toujours être changé, prévient le ministre qui ajoute que le gouvernement profitera des prochains mois pour consulter ses partenaires. Des modifications pourront survenir à court, moyen et long terme, indique-t-il.
« On va continuer dès la semaine prochaine et on va continuer jusqu’au point où on est confiant qu’on peut livrer la meilleure éducation possible à tous nos élèves. »
Par le passé, le premier ministre Blaine Higgs avait affirmé que le programme d’immersion en français était un échec, mais Bill Hogan n’a cessé de marteler durant sa disponibilité média que les consultations ont fait réaliser au gouvernement que son nouveau modèle proposé était une erreur.
Canadians Parents For French a « salué un pas dans la bonne direction dans la seule province officiellement bilingue du Canada. »
« Nous félicitons les Néo-Brunswickois pour leur engagement à faire en sorte que les jeunes continuent d’avoir accès à l’immersion en français afin qu’ils puissent pleinement contribuer au bilinguisme dans la province », a déclaré Derrek Bentley le président de l’organisme national.
Le gouvernement fédéral avait aussi dénoncé l’action du gouvernement Higgs à l’époque, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor menaçait de couper le financement qu’envoyait Ottawa à la province pour l’immersion française.
« Je tiens à souligner la mobilisation record des Néo-Brunswickois lors des consultations ces dernières semaines et je salue la décision du gouvernement provincial suite à l’écoute de leurs revendications », a déclaré par écrit celle qui est aussi députée de Moncton-Riverview-Dieppe.
OTTAWA – Après 76 témoins à la barre, 300 heures d’audiences et 9000 documents à éplucher, le rapport Rouleau a été déposé ce vendredi devant la Commission sur l’état d’urgence. Très attendues, les recommandations et conclusions de ce rapport devaient répondre à la question : le gouvernement a-t-il eu raison d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence le 14 février 2022? La réponse : Oui… mais.
Durant les sept semaines d’audiences publiques, le juge franco-ontarien Paul Rouleau a eu la lourde tâche d’écouter le témoignage d’organisateurs du convoi, citoyens, commerçants et plusieurs ministres fédéraux dont le premier ministre Justin Trudeau. Durant ces audiences, les différents niveaux de gouvernance ont démontré des lacunes dans la gestion de cet événement qualifié d’exceptionnel. Au-delà des gouvernements, plusieurs individus sont accusés, mais les lois sont, elles aussi, mises en cause.
Invoquer la Loi sur les mesures d’urgence est « un exercice de jugement ». Voilà, une première réponse qu’apporte le juge Rouleau dans ce rapport. Il cite, d’ailleurs, Perrin Beatty, le ministre qui a présenté cette loi.
Le rapport admet que les événements de janvier et février 2022 étaient exceptionnels et sans précédent. « L’utilisation pour la première fois en 35 ans d’existence de la Loi sur les mesures d’urgence faisait partie de ces événements exceptionnels. »
La conclusion du juge est que « le seuil très élevé à respecter pour invoquer la Loi a été atteint ». Toutefois, Me Rouleau admet que l’État devrait gérer des situations de crise sans recourir à des pouvoirs d’urgence.
À cette affirmation, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré vendredi après-midi : « On n’aurait jamais dû en arriver là. Il y a des leçons à apprendre pour toutes les parties impliquées. »
Les rues bloquées par des camionneurs à Ottawa. Archives ONFR+
Sur les agissements du Cabinet, le juge affirme que, même si plusieurs mesures étaient pertinentes, d’autres n’étaient pas satisfaisantes. Il conclut que le Cabinet craignait raisonnablement que la situation dégénère, devienne dangereuse et ingérable. Pour le juge, c’était une croyance raisonnable.
Là encore, la notion d’urgence a été un facteur décisif, souligne le document. C’est ce qu’explique le juge Rouleau, qualifiant ce caractère de pertinent. « La Loi sur les mesures d’urgence est conçue pour permettre d’agir vite. »
« Le seuil à respecter a été atteint », a dit le premier ministre en conférence de presse. Il reprend les mots du juge Rouleau pour justifier l’usage de la Loi spéciale. Et reprend : « Dans l’année, nous répondrons aux recommandations du rapport. »
Il promet d’organiser un plan afin d’analyser les recommandations du juge, dans les six mois à venir.
Ensuite, l’effet dissuasif de l’invocation pourrait avoir incité les manifestants à rentrer chez eux. Quant au gel des avoirs, le rapport explique qu’aux termes de la Loi, l’utilisation de cryptomonnaies et l’argent accumulé par les participants ont compliqué les choses en leur permettant de rallonger leur séjour. C’était un « motif raisonnable », explique Me Rouleau, « afin de ne pas soutenir un financement à long terme ».
C’est à la Bibliothèque et Archives Canada que le juge Rouleau à fait une déclaration ce vendredi matin après le dépôt du rapport au Parlement. Concernant les organisateurs du convoi, il dit : « Je conclus qu’il ne s’agissait pas d’une organisation dotée d’un leadership clair, il s’agissait plutôt d’un mouvement formé de personnes partageant certaines doléances sociales, économiques et politiques, (…). »
Il affirme aussi que « ce qui a commencé par une manifestation de grande envergure a évolué en un événement sans précédent : une occupation du centre-ville de la Capitale nationale ».
Laxisme de la municipalité et absence de la province
Le rapport met en lumière plusieurs éléments sensibles tels que les préparatifs d’Ottawa face à l’arrivée du convoi. Il est expliqué que « pour se préparer aux manifestations du convoi, la Ville s’est appuyée principalement sur les renseignements fournis par les forces de l’ordre qui indiquaient que la manifestation aurait lieu une fin de semaine (…) et serait pacifique ».
Cependant, il reste difficile de savoir dans quelle mesure la Ville a contesté le plan opérationnel du Service de police d’Ottawa (SPO). En définitive, la Ville s’est rangée derrière la SPO et n’a donc pas utilisé le pouvoir que lui confèrent les règlements municipaux en fermant les rues du centre-ville.
Ce n’est que le 7 février que le conseil municipal d’Ottawa a tenu sa première réunion depuis le début des manifestations et c’est le 11 février que le directeur municipal Steve Kanellakos a déposé une demande d’injonction auprès de la Cour supérieure de justice de l’Ontario afin d’interdire les manifestants d’enfreindre les règlements de la Ville.
Dans le rapport, il est souligné la regrettable absence de l’Ontario tant auprès des manifestants durant le convoi que pendant l’enquête publique. Le juge Rouleau indique à ce titre « lorsque j’ai émis des assignations pour les (Doug Ford et Sylvia Jones) contraindre à témoigner, ils ont invoqué le privilège parlementaire et ont refusé de s’y conformer ».
« En conséquence, la Commission est malheureusement désavantagée dans sa compréhension de la perspective de l’Ontario. »
De plus, le juge estime troublante la réticence de la province de l’Ontario à participer pleinement aux efforts visant à dénouer la situation à Ottawa.
Enfin, le rapport révèle que les évènements qui ont mené à l’invocation de la Loi étaient un échec du fédéralisme.
« Après mûre réflexion, je suis arrivé à la conclusion que les critères très stricts à respecter pour pouvoir invoquer la Loi ont été remplis », a déclaré Me Rouleau, « j’ai conclu que lorsque la décision a été prise d’invoquer la Loi le 14 février 2022, le Cabinet avait des motifs raisonnables de croire qu’il existait une crise nationale en raison de menaces pour la sécurité du Canada et que cette crise exigeait de prendre temporairement des mesures spéciales ».
Les services de police critiqués
Les erreurs de leadership du chef Sloly sont en outre soulignées, cependant le juge explique que certaines des erreurs du chef de Police ont été « amplifiées » et que M. Sloly est apparu, à un certain point, comme « un bouc émissaire ».
« La SPO a également perdu en grande partie la capacité de faire respecter la loi », peut-on lire. « Ce manque d’intervention a contribué à un sentiment général d’anarchie. »
Peter Sloly. Capture d’écran : ONFR+
Le juge met en lumière « plusieurs lacunes dans la réaction de la police aux événements (…). Le Service de police d’Ottawa était aux prises avec de graves problèmes de dotation en personnel et la perte d’agents chevronnés ».
Enfin, des défaillances du renseignement sont clairement pointées. Le juge Rouleau parle d’une « faille fondamentale dans la manière dont les renseignements ont été recueillis à propos du Convoi ».
Une longue liste de recommandations
Ce ne sont pas moins de 56 recommandations que le rapport d’enquête propose. Il est suggéré notamment de définir ou renforcer les protocoles d’échange entre tous les gouvernements et les services de police, mais aussi de nommer un coordonnateur national pour des événements majeurs de ce type.
Il est demandé à la province de l’Ontario de créer des protocoles, un modèle de commandement ou même des critères qui obligeraient les polices municipales de répondre au commissaire de la police provinciale de l’Ontario (PPO) par exemple.
Enfin, plusieurs recommandations indiquent que la Loi sur les mesures d’urgence devrait être modifiée. Par exemple, la mention dans la Loi d’un renvoi à la définition de « menaces envers la sécurité du Canada » de la Loi sur le SCRS, devrait être retirée.
« Le commissaire a eu une réponse raisonnable dans son approche, nous allons avoir une réflexion pour modifier cette définition. Cela a mené à une confusion dans l’analyse de l’utilisation de la Loi, ce sera raisonnable de clarifier cette définition », a statué le premier ministre.
Le premier ministre s’est exprimé suite au dépôt du rapport Rouleau, ce vendredi 17 février. Capture d’écran : ONFR+
Finalement, de gros problèmes de communications sont évoqués, notamment avec le commandement des interventions, entre la police et le gouvernement, mais aussi avec le grand public, ce qui a mené à l’incertitude quant à l’existence d’un plan.
Lors de son allocution, ce vendredi, le juge Rouleau a terminé en disant : « Bien que je recommande diverses mesures de réforme pour que la Loi sur les mesures d’urgence corresponde à la réalité du 21e siècle, (…) je demeure d’avis que la Loi prévoit déjà de nombreuses mesures dignes de mention à ces égards. »
OTTAWA – En 2022, quatre autobus électriques ont été mis en service pour desservir les habitants d’Ottawa.Une flotte de 26 nouveaux véhicules devait entrer en fonction dès 2023, mais des retards financiers ramènent le projet à 2024.
Là aussi, la Ville prévoit, pour 2027, une flotte de 350 autobus verts au lieu de 446 comme annoncé en 2021. Un projet revu à la baisse et jugé plus réaliste.
Le coût total estimé par la mise à jour financière de l’Hôtel de Ville pour le programme d’autobus non polluants incluant les 350 véhicules était de 974 millions de dollars.
Mais la facture pourrait s’élever à deux milliards de dollars. « Sous réserve, puisque les négociations sont toujours en cours et nous n’avons pas attribué notre contrat pour le fournisseur », explique Renée Amilcar, directrice générale d’OC Transpo.
« L’appel d’offres est en cours et il est encore difficile de fixer un prix. Nous devons inclure les chargeurs, les transformateurs, etc., mais la première phase se conclura à un milliard. »
Infrastructure Canada a annoncé fin janvier une subvention de 350 millions de dollars en plus des 380 millions de dollars de prêt par la Banque d’Infrastructure Canada (BIC). Une offre indispensable à la mise en place de ce projet. Mais la directrice générale d’OC Transpo a indiqué au micro d’ONFR+ qu’ils attendaient le financement d’Infrastructure Canada depuis l’automne passé.
Renée Amilcar, directrice générale de la compagnie de Transport ottavienne : OC Transpo. Crédit image : Ville d’Ottawa
Pour ce qui est de la première phase d’autobus, initialement prévue en 2023, Renée Amilcar, à la tête de l’organisme de Transport depuis près de 16 mois, se veut transparente, il y aura du retard lié à l’attente de ce financement : « Ce sera plus raisonnable de parler de 2024 pour être honnête. »
Une flotte d’autobus entièrement électrique d’ici à 2036
Dans le cadre de son plan directeur sur les changements climatiques, Ottawa doit réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sous l’ancien maire Watson, le conseil municipal avait approuvé des cibles de réductions, portant à 2050 la transformation totale d’Ottawa en ville propre et écologique. Dans ce plan, la Ville prévoit également d’atteindre 100 % de neutralité d’ici à 2040 dans les activités municipales.
Se munir d’autobus électriques n’est pas dénué de sens puisque la répartition des émissions de gaz à effet de serre démontre que le transport (42 %) et les bâtiments (46 %) contribuent en grande partie à l’émission de gaz à effet de serre dans la capitale.
Remplacer les 800 autobus au diesel actuellement en service par des autobus électriques prendra certainement 15 ans, estime Raymond Leury, président du conseil des véhicules électriques d’Ottawa, une organisation à but non lucratif qui appuie la transition écologique de la ville.
La Ville d’Ottawa estime le remplacement total de la flotte d’autobus au diesel d’ici à 2036.
« Depuis plus d’un an, nos quatre autobus roulent et ont passé les tests haut la main, en termes de durée de batterie, de froid et les données techniques sont plus que positives », ajoute Mme Amilcar.
La répartition des émissions de gaz à effet de serre à Ottawa en 2020. Capture d’écran/ Ville d’Ottawa
Raymond Leury qualifie les autobus électriques de « technologie mature », comparant le climat ottavien à celui de Moscou, qui possède une flotte de 1000 autobus électriques. « Si ça fonctionne pour eux, ça fonctionnera pour nous. »
Une capitale 100 % verte
« Ottawa doit être pionnière dans sa réduction des gaz à effet de serre », estime Renée Amilcar. « Ce doit être une transformation. »
Moyra Lauzière, bénévole chez Écologie Ottawa, soutient la transition engagée par la Ville. « Il y aurait de nombreux avantages à ce qu’Ottawa devienne la capitale verte du Canada. »
Écologie Ottawa, la Coalition pour les transports sains d’Ottawa et le Conseil des véhicules électriques d’Ottawa réclamaient, depuis 2019, ce virage électrique pour OC Transpo.
Moyra Lauzière explique qu’il y a plusieurs avantages : réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi réaliser un gain financier pour la Ville. « Le coût de la maintenance d’un autobus électrique est bien moins élevé que celui d’un autobus au diesel », affirme-t-elle.
Moyra Lauzière, bénévole pour les communications d’Écologie Ottawa. Gracieuseté
Le président du conseil des véhicules d’Ottawa, M. Leury, escompte qu’OC Transpo économisera environ 20 000 $ par an et par autobus pour ce qui est de l’entretien et de la maintenance.
De plus, « avant la guerre en Ukraine, qui a fait exploser les prix du pétrole, nous évaluions que par autobus, OC Transpo économiserait 30 000 $ en diesel sur une année ».
Ces données suggèrent que l’électrification du réseau d’autobus, en plus d’être un atout environnemental, sera un avantage financier pour la société de Transport ottavienne.
Ce n’est pas tout. « Si le transport en commun est plus fiable, les gens auront moins tendance à utiliser leur voiture et nous aurions ainsi une raison d’éviter l’étalement urbain », renchérit Mme Lauzière. « Parce que s’étaler, c’est aussi amener des véhicules plus loin et polluer dans des endroits qui ne l’étaient pas auparavant. »
À quand les autobus scolaires électriques?
Des voix s’élèvent aussi pour que les autobus jaunes passent au vert. En 2017, le ministère des Transports de l’Ontario avait lancé un programme pilote d’autobus scolaires électriques, annulé en 2018 sous le gouvernement Ford.
D’après un rapport d’Écologie Ottawa, plus de 20 000 autobus scolaires circulent en Ontario, ce qui fait du parc d’autobus scolaires de la province le plus important au Canada. Pourtant, seuls 20 autobus scolaires dans la province sont actuellement électriques.
« Chaque jour, ces 20 000 autobus transportent plus de 833 000 enfants ontariens à l’école, parcourant au total 1,8 million de kilomètres (40 fois le tour du monde) par jour. »
Raymond Leury, président, Conseil des véhicules électriques d’Ottawa. Gracieuseté
Ce rapport fait valoir plusieurs avantages. Ces bénéfices se retrouvent notamment en santé. « Les émissions de diesel peuvent avoir des effets sur le développement et le système immunitaire qui sont nettement plus nocifs pour les enfants et les personnes vivant dans des zones à fort trafic. »
Pour l’organisme environnemental, « les enfants sont également plus exposés aux polluants atmosphériques parce qu’ils passent plus de temps à être actifs à l’extérieur et qu’ils sont plus près du sol, là où les émissions des véhicules sont concentrées ».
Les enfants seraient alors plus vulnérables lorsqu’ils voyagent et se déplacent dans des autobus scolaires diesel. Souvenir ancré dans les esprits, la fumée irritable du pot d’échappement d’un autobus ne se fera pas manquer.
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