Cinq idées de sorties culturelles pour profiter du long week-end

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Le long week-end du Jour de la famille en Ontario s’annonce dynamique et prometteur au niveau des événements et activités francophones. Que ce soit pour vous détendre, regarder un film ou bien danser jusqu’aux petites heures, les recommandations de cette semaine s’adressent à tous et à toutes.  

Concerts

Mélissa Ouimet au Winterama

La rockeuse franco-ontarienne Mélissa Ouimet sera sur scène dans le cadre du Winterama à Penetanguishene. Avec sa voix puissante, l’auteure-compositrice-interprète originaire de St-Albert ose à tout moment dire ce qu’elle a sur le cœur notamment à travers son plus récent EP Sans Tomber sortie en mai 2022.

Le spectacle, qui est en partie organisé par La Clé, offre également un déjeuner canadien-français au menu afin de profiter de l’esprit convivial qu’apporte ce spectacle.

Mélissa Ouimet. Gracieuseté de l’artiste

Mélissa Ouimet dans le cadre du Winterama à Penetanguishene le samedi 18 février de 11h30 à 15h. Achetez vos billets ici pour réserver votre place. 

Le trio electro Bon Entendeur débarque à Toronto

À l’occasion de sa tournée transatlantique, le collectif musical d’électro français débarque à Toronto pour jouer son répertoire rempli de mélodies à la touche funk et disco. N’ayant pas peur de combiner l’anglais et le français sur ses tracks, Bon Entendeur fusionne avec créativité plusieurs univers et styles musicaux.

Gracieuseté du groupe.

Bon Entendeur en concert à l’Axis Club le mardi 21 février à 19h. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Communauté

Le Festival Big Bang de retour au CNA

Le Festival Big Bang est de retour à Ottawa pour offrir une gamme d’activités musicales. Des concerts, ateliers sonores interactifs et activités musicales exceptionnels et hors du commun domineront les locaux du Centre national des Arts (CNA).

Gracieuseté du Centre national des arts.

Le Festival Big Bang le 18 et 19 février au Centre National des Arts. Consultez le site du CNA pour la programmation complète.

Danse

Spectacle de danse afro-antillais au Centre Pauline-Charron

Soyez témoin des couleurs et de la bonne énergie qui émanent des danses afro-antillaises. Grâce à Julianne Lavertu, danseuse professionnelle au Cultural Arts Studio et éducatrice artistique d’origine antillaise, les Antilles seront misent au premier plan dans ce prochain et dernier Rendez-vous artistique du Centre Pauline Charron, à Ottawa.

Crédit image : isitsharp via Getty Images.

Spectacle de danse afro-antillais avec Julianne Lavertu au Centre Pauline Charron le vendredi 17 février de 11h30 à 14h.

Films

Un éventail de films à visionner en famille

Une activité incontournable à faire en famille c’est de tout simplement regarder un film. À l’occasion du long week-end familial, Cinéfranco lance son volet Familles, une programmation cinématique d’œuvres dont tous les âges peuvent apprécier ensemble. De l’animation au drame en passant par la comédie, les familles peuvent faire leur choix parmi le meilleur du cinéma français.

Tori et Lokita. Gracieuseté de Cinéfranco.

Cinéfranco Familles 2023 du 17 au 20 février. Consultez le site de Cinéfranco pour la programmation complète.

Foire de l’emploi francophone du Grand Sudbury : un modèle pour le Nord?

SUDBURY – La foire de l’emploi francophone du Grand Sudbury est de retour pour une deuxième édition du 22 au 24 février prochain. Dans un contexte où le recul du français et la pénurie de main-d’œuvre continuent d’affecter tous les secteurs, cette initiative organisée dans le cadre du projet Communauté francophone accueillante de Sudbury (CFA Sudbury) se veut une piste de solution.

Après le succès de la première édition l’an passé, la foire revient cette année, mais toujours en mode virtuel. Un choix que Stéphanie Cotnoir, conseillère en employabilité et en entrepreneuriat pour la Société économique de l’Ontario, un des organisateurs, justifie en raison de la participation de candidats en dehors du Grand Sudbury.

« Puisque c’est pratiquement impossible de faire bouger des gens de Toronto, de Québec ou même du Manitoba et du Nouveau-Brunswick pour une foire d’une journée, on a maintenu une formule virtuelle », indique Mme Cotnoir.

Les résidents permanents et temporaires de la région ou d’ailleurs, qui ont un permis d’étude ou un permis de travail, ainsi que les étrangers qui possèdent une autorisation de travail, qui souhaitent immigrer au Canada et s’installer dans cette ville, font aussi partie du bassin de candidats.

« Nous savons que l’emploi est la clé de la réussite pour un nouvel arrivant. Des activités comme cette foire d’emploi aident à créer des ponts entre les employeurs de la communauté d’accueil et la main-d’œuvre que représentent les nouveaux arrivants. C’est une solution gagnant-gagnant », justifie Denis Constantineau, directeur du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury qui co-organise également l’événement aux côtés, entre autres, du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario.

« On veut qu’ils comprennent que l’Ontario c’est plus que Toronto ou Ottawa », ajoute de son côté Stéphanie Cotnoir.

Une formule unique

La formule pour les rencontres reprend celle de l’année précédente, soir des rencontres rapides- appelées speed dating – et des séances d’accueil-meet-and-greet.

Chaque employeur dispose d’une plage de 20 minutes pour se présenter avant de rencontrer les chercheurs d’emplois en rafale pendant 50 minutes.

Malgré le format virtuel, tout est pensé pour reproduire le contact humain propre à un environnement physique, selon la conseillère en emploi.

Stéphanie Cotnoir estime que de bien outiller les chercheurs d’emploi est la clé du succès de ce genre d’événement. Gracieuseté.

La foire de l’emploi francophone du Grand Sudbury est la seule destinée aux francophones dans tout le Nord de l’Ontario. Un modèle qui a séduit les employeurs dont les inscriptions sont déjà terminées depuis plus d’une semaine.

De 18 employeurs participants l’an passé, cette année, ce sont 25 employeurs qui ont choisi de participer.

« On a plus de place, c’est une excellente nouvelle, surtout niveau logistique », ajoute Mme Cotnoir. Celle-ci confie que l’organisation de l’événement a pris en compte les leçons tirées de la première édition et a augmenté le personnel travaillant autour de l’événement.

De vraies opportunités d’embauche

Les quelque 450 candidats inscrits présentement auront l’occasion de rencontrer des employeurs de choix parmi plusieurs des grands secteurs en demande de la ville du Nickel, comme la petite-enfance, la santé, l’éducation ou encore les mines.

Parmi les nouveaux participants : l’école publique Valley View du conseil scolaire Rainbow District School Board, située à Val Caron. Sa directrice, Brenda Carr, souhaite profiter de la visibilité de la foire pour promouvoir son programme d’immersion française.

Elle confie avoir des défis pour recruter du personnel francophone, et espérer trouver de bons candidats à la foire. « Puisque nous sommes un conseil qui est reconnu comme étant de langue anglaise, plusieurs nouveaux enseignants francophones ne sont pas au courant que nous offrons un programme riche de français en langue seconde », dit-elle.

Brenda Carr dit avoir hâte de participer à la foire et rencontrer des candidats de l’étranger. Gracieuseté.

Roselyne Kouakou fait partie, quant à elle, des heureux candidats qui ont sont sorti gagnants de l’expérience de la foire l’année dernière.

La jeune femme venue de la Côte d’Ivoire avec un statut de résidente permanente pour poursuivre des études en travail social à l’Université Laurentienne confie qu’elle avait entendu parler de la foire et souhait y participer « par curiosité ».

Celle qui occupe désormais le poste d’intervenante pour le Centre Victoria a appris, en participant à la foire, que l’organisme – pour lequel elle était alors déjà stagiaire – recrutait du personnel.

Roselyne Kouakou est passée d’un stage à temps partiel à un poste permanent à temps plein au Centre Victoria. Gracieuseté.

La mère de famille dit être heureuse dans son emploi, grâce auquel elle peut venir en aide aux femmes francophones de la ville, surtout lorsqu’il s’agit de femmes noires.

« Il y a beaucoup de femmes noires francophones qui viennent me voir au centre et qui apprécient vraiment de voir une femme noire leur parler à elles », se réjouit-elle.

Si les organisateurs n’ont pas de chiffres à communiquer concernant le taux d’embauche l’an passé, ceux-ci comptent mettre en place des outils pour mesurer la portée effective de l’événement suite à cette deuxième édition.

Langues officielles : possible dissidence au cabinet libéral sur C-13

OTTAWA – Le projet de Loi C-13 visant à réformer la Loi sur les langues officielles pourrait être dans l’eau chaude alors qu’un ministre du gouvernement Trudeau affirme ne pas savoir s’il voterait pour, allant ainsi à l’encontre de ses collègues. D’autres députés refusent de se prononcer alors que certains ont déjà signalé qu’ils voteraient pour.

Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones, qui représente la circonscription anglo-montréalaise de Ville-Marie-Le Sud-Ouest-Île-des-Sœurs, a laissé la porte ouverte quant à voter contre, car le projet de loi diffère de celui déposé en mars dernier.

« En minorité, on ne contrôle pas la donne nécessairement et il y a des amendements des conservateurs et du Bloc (Québécois), qui modifient complètement l’esprit de la Loi, c’est-à-dire de protéger l’anglais et le français, le cas échéant, dans sa sphère de compétence. C’est donc très important », a-t-il affirmé avant de faire son entrée à la réunion du caucus.

Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones ne ferme pas la porte quant à voter contre le projet de Loi C-13. Crédit image : Stéphane Bédard.

Le son de cloche est complètement différent auprès de la ministre des Langues officielles qui affirme que les changements proposés par l’opposition ne changeront pas son appui à C-13.

« C’est mon projet de loi, je l’appuie absolument… Ma priorité est de voir l’adoption du projet de loi C-13 », a lâché Ginette Petitpas Taylor, quelques instants après une annonce à l’Université d’Ottawa.

Idem pour sa collègue franco-ontarienne Mona Fortier. La présidente du Conseil du Trésor a dit qu’elle appuierait C-13 car « c’est un projet de loi qui est solide et qui est fort ».

Il faut rappeler que la règle du parti est que les ministres du gouvernement Trudeau votent tous de la même façon sur les motions et projets de loi en chambre, car ils représentent le gouvernement.

Et les députés eux?

Mardi, après le comité des langues officielles, le député Anthony Housefather a abondé dans le même sens que le ministre Miller en affirmant qu’il ne pourrait pas supporter C-13 « s’il contient certains amendements conservateurs et bloquistes ».

En ondes avec la station de radio montréalaise CJAD 800, la députée Emmanuella Lambropoulos ne votera pas pour C-13 « tel qu’il est en ce moment ». Le député de Notre-Dame-de-Grâce-Westmount, Québec Marc Garneau a refusé de dire s’il voterait pour ou contre devant les journalistes, mais s’est toujours opposé au projet de loi depuis son arrivée au comité des langues officielles.

La députée Patricia Lattanzio, qui représente une circonscription anglo-montréalaise (Saint-Léonard–Saint-Michel), a refusé de dire aux journalistes si elle voterait pour ou contre, disant « attendre de voir le produit final ». Son collègue Fayçal El-Khoury (Laval-Les Îles) a déclaré aux médias à sa sortie du caucus ne pas avoir pris de décision à savoir s’il voterait pour. Le député de Nickel Belt Marc Serré a répondu « oui » lorsqu’interrogé à savoir s’il voterait pour C-13 alors que son collègue acadien Darrell Samson a répondu « absolument » à la même question. Le représentant de Glengarry-Prescott-Russell Francis Drouin a aussi signalé qu’il voterait pour malgré les modifications apportées.

La semaine dernière, les députés du Québec ont tous mentionné qu’ils étaient « unis derrière l’adoption de C-13 ». Le Lieutenant du Québec Pablo Rodriguez a dit « espérer » ce matin que tous les députés votent en faveur.

Vote libre ou non?

Depuis leur arrivée en 2015, les députés ont l’option de voter comme ils le veulent sur des projets de loi et motions, exceptés des votes de confiance (comme un budget), des mesures émanant de la plateforme électorale libérale et des questions touchant la Charte des droits et libertés. Les libéraux ont été élus comme gouvernement minoritaire en 2021 en promettant dans leur plateforme de réformer la Loi sur les langues officielles.

Mais le whip du gouvernement, qui détermine comment le parti se positionne sur les votes et motions, Steven MacKinnon, a affirmé « qu’aucune décision n’a été prise » à savoir si le vote final sur C-13 en serait un libre pour les députés. Mais quelques instants plus tard, il a affirmé que les éléments se trouvant dans la plateforme électorale ne sont pas des votes libres. Il n’a toutefois pas précisé si C-13 modifié constituerait toujours un élément de la plateforme électorale libérale.

Le NPD va voter pour, le Bloc probablement aussi

Si le portrait est incertain chez les libéraux, il est pas mal plus clair au sein de l’opposition.
Lors d’une conférence de presse avant la période des questions mercredi, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh a indiqué que tous les députés de son parti allaient voter en faveur du projet de loi, peu importe, les amendements qui se retrouveront dans la Loi.

« Le déclin du français à travers le pays est un vrai problème et on doit avoir un projet de loi qui défend le français et à ce moment, c’est clair que les libéraux ont des problèmes dans leur propre parti », estime Jagmeet Singh.

Jagmeet Singh, chef du NPD
Le chef du NPD soutient que son parti va voter pour C-13. Crédit image : Stéphane Bédard.

Le chef du Bloc Québécois a laissé entendre que son parti pourrait appuyer C-13 si jamais l’amendement visant à forcer à ce que la Charte de la langue française s’applique aux entreprises privées de compétence fédérale est adopté.

« Ça deviendrait très tentant. Je ne vois pas comment on pourrait voter contre. C’est fondamental que la Charte de la langue française s’applique aux entreprises privées de compétence fédérale (…) Pour nous à ce moment-là, on aurait peut-être une loi que souhaitent les communautés francophones hors Québec »,a soutenu Yves-François Blanchet.

Il ne s’agirait que d’une formalité alors que les conservateurs, le Bloc Québécois et le NPD ont déjà dit qu’il voterait pour cet amendement, eux qui sont en majorité sur le Comité des langues officielles.

Cet article a été mis à jour pour le 15 février à 16h09.

L’Université d’Ottawa reçoit 35 millions de dollars pour ses programmes en français

OTTAWA – Le gouvernement fédéral et l’Ontario ont annoncé ce mercredi un financement conjoint de 35 millions de dollars pour cinq projets reliés à l’éducation en français à l’Université d’Ottawa.

L’institution bilingue recevra cet argent pour financer cinq projets spécifiques, notamment dans les sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) qui permettront la création de programmes.

Ce financement résulte en l’embauche graduelle de 20 professeures et professeurs francophones sur une période de deux ans afin d’améliorer l’accès aux laboratoires de recherche en français. Ces ajouts professoraux signifient que l’établissement sera désormais capable d’offrir des cours en français à l’ensemble de ses facultés. Les facultés des Sciences et de Génies étaient les deux seuls à ne pas être en mesure d’offrir aux étudiants francophones des cours en français tout au long de leurs parcours au baccalauréat.

Ces deux entités étaient exemptées de la Loi sur les services en français dont l’établissement s’était assujetti en 2016. Mais la situation va changer d’ici deux à trois ans, car les embauches permettront de combler une offre de 36 cours qui n’étaient pas offerts en français dans ces domaines, révèle le recteur Jacques Frémont.

« C’était un trou dans notre couverture et désormais, on va avoir les moyens de boucher les trous et d’avoir une offre intégrée en français dans tous les domaines », a-t-il soutenu.

Ce dernier soutient que la demande pour de nouveaux programmes est assez grandissante. Il prend l’exemple du nouveau programme en pharmacie en français qui sera en vigueur dès septembre prochain qui a reçu près de 500 demandes.

« L’expérience démontre que quand on lance un programme en français, ça vient en grand nombre », estime Jacques Frémont.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont. Archives ONFR+

Ottawa et l’Ontario financent aussi deux projets à la hauteur de 1,2 million de dollars qui permettront d’améliorer le recrutement et la formation d’enseignants francophones, qui est frappée par une grave pénurie en Ontario et au pays. Ce à quoi il faut ajouter une somme de 3,2 millions de dollars destinée à la création d’un carrefour d’excellence pour l’enseignement en français à l’Université d’Ottawa.

Finalement, deux autres millions de dollars seront alloués à l’établissement ottavien pour moderniser l’aménagement et l’équipement de quatre nouveaux espaces d’enseignement, en sciences de la santé comme un laboratoire de simulation pour les sciences infirmières.

C’est la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, et la présidente du Conseil du Trésor et députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, qui ont fait l’annonce, dont le gouvernement financera 20 des 35 millions de dollars de l’enveloppe totale. Le restant sera assuré par l’Ontario et la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop.

En août 2021, le fédéral avait annoncé une enveloppe de 121 millions de dollars destinée à aider les établissements postsecondaires en milieu minoritaire jusqu’en 2024. Alors que le gouvernement Trudeau étudie présentement la modernisation de la Loi sur les langues officielles, ce type d’annonce se veut un moyen de « favoriser l’égalité réelle entre le français et l’anglais dans la société canadienne », explique-t-on.

Cet article a été mis à jour le 15 février à 16h35.

LA CABINE : Laurence Lascary, productrice militante

Le parcours de Laurence Lascary ne la prédestinait pas au métier élitiste de productrice de cinéma en France. Pourtant en 2008, elle crée sa propre société de production De l’Autre Côté du Périph’, afin de porter à l’écran d’autres récits, ceux inspirants de personnes issues des minorités. Productrice militante, elle est également l’un des membres fondateurs du collectif 50/50 qui a décidé de changer l’industrie en faisant évoluer la parité et la diversité au sein du cinéma international.

Bilinguisme obligatoire pour des sous-ministres, mais pas pour Michael Rousseau

OTTAWA- Les partis d’opposition à Ottawa ont voté en faveur de forcer le bilinguisme de sous-ministres fédéraux, mais pas ceux des présidents de sociétés d’État et entreprises assejuties à la Loi sur les langues officielles comme Air Canada.

Au Comité des langues officielles mardi soir, la néo-démocrate Nikki Ashton et le bloquiste Mario Beaulieu ont octroyé la majorité nécessaire à une motion des conservateurs visant à nécessiter la connaissance des deux langues officielles pour les sous-ministres et sous-ministres délégués ou tout poste équivalent. Les cinq députés libéraux sur ce comité ont voté contre qu’une telle mesure soit incluse dans le projet de Loi C-13 de leur gouvernement visant à moderniser la Loi sur les langues officielles.

Ces positions sont choisies par le gouverneur en conseil, soit le cabinet (les ministres) du gouvernement. Si ces personnes ne sont pas bilingues, ils seront tenus de suivre une formation linguistique pour parler et comprendre clairement les deux langues officielles dès l’embauche. Les postes de sous-ministres adjoints, un rang en dessous des sous-ministres délégués, sont déjà obligatoirement bilingues, mais ils ne sont pas nommés par le gouvernement.

« On a constaté dans le passé qu’il y avait des problèmes dans le passé lors de promotions pour ceux qui pratiquaient une des deux langues officielles. Ça vient donner un outil supplémentaire pour que les employés puissent travailler dans la langue de leur choix », a commenté l’auteur de la motion, le conservateur Joël Godin.

Mais quelques instants plus tard, les conservateurs se sont ralliés aux libéraux en votant contre une motion du Bloc québécois qui état appuyé du NPD. Celle-ci visait à obliger à ce que les premiers dirigeants ou hauts administrateurs de sociétés d’État assujetties à la Loi sur les langues officielles aient « la capacité de parler et de comprendre clairement le français ». Il s’agissait ici d’un amendement du gouvernement du Québec mais aussi d’une demande du commissaire aux langues officielles Raymond Théberge.

Cela aurait notamment obligé des instances dans les domaines portuaires et aériens comme Air Canada ou encore le Canadien National (CN) à suivre cette directive, eux qui ont été impliqués dans de récentes controverses au sujet de l’unilinguisme de leurs dirigeants.

Michael Rousseau avait généré un record de plaintes au Commissariat aux langues officielles en affirmant n’avoir pas senti le besoin d’apprendre le français en vivant depuis 14 ans à Montréal. Le CN s’était quant à lui retrouvé sans dirigeants francophones sur son conseil d’administration, en plus d’avoir nommé une unilingue anglophone, Tracy Robinson, comme présidente quelques mois plus tôt.

Le CN s’était retrouvé sous les feux de la rampe au printemps dernier après que son conseil d’administration se soit retrouvé sans aucun francophone. Photo tirée du site Web du CN.

Nikki Ashton avait dit « appuyer à 100 % » une telle motion, qualifiant « de scandaleux, que les hauts dirigeants d’Air Canada et du CN ne parlent pas français ». Le porte-parole conservateur Joël Godin s’est opposé, car la motion « est trop générale… et qu’elle noie le poisson » alors que le député libéral Anthony Housefather à illustrer qu’il serait « absurde » de désormais exiger le bilinguisme de présidents de certaines petites entreprises familiales, considérées comme des sociétés de la Couronne.

Travailler en français dans la fonction publique

Le comité est aussi venu renforcer le droit des fonctionnaires à travailler en français dans les régions désignées bilingues au Canada, soit en Ontario, au Québec et partout au Nouveau-Brunswick. On indique notamment le droit aux employés à « être supervisé dans la langue de leur choix, peu importe l’identification linguistique de leur poste ». De plus, on exige qu’un superviseur ou gestionnaire soit apte à communiquer avec un employé dans la langue de choix de ce dernier.

Cette article adopté forcera dans ces régions, des superviseurs ou des gestionnaires à comprendre et parler le français et l’anglais, a expliqué un fonctionnaire du Conseil du Trésor lors de la séance du comité.

Les élus reprendront les débats autour du projet de Loi C-13 vendredi.

Correction : une précédente version du texte indiquait qu’Air Canada et le CN étaient des sociétés d’État (ou sociétés de la Couronne), ce qui est faux. Elles sont des entreprises privées assujetties à la Loi sur les langues officielles.

Les conservateurs d’accord avec l’utilisation de la clause dérogatoire de façon préventive

OTTAWA – L’utilisation de la clause dérogatoire par les provinces de manière préventive, comme l’avait fait Doug Ford à l’automne dernier dans un conflit syndical, est un outil qui « fait partie de la Constitution », mais qui « n’est pas un enjeu », selon le Parti conservateur. La formation politique fédérale se dit toutefois en faveur de son utilisation comme elle a été faite par le Québec et l’Ontario.

Hier, les troupes de Pierre Poilievre ont appuyé la motion du Bloc québécois qui affirmait « que la Chambre (des Communes) rappelle au gouvernement qu’il revient au Québec et aux provinces de décider seuls de l’utilisation de la disposition de dérogation ». Elle a toutefois été défaite alors que les libéraux et néo-démocrates ont voté contre.

Questionnés à ce sujet ce matin, les conservateurs ont pointé du doigt le « débat inutile » du Bloc québécois, qui avait utilisé cette motion dans le cadre d’une journée de l’opposition. Le lieutenant du Québec pour les conservateurs, Pierre Paul-Hus, a répondu favorablement lorsqu’on lui a demandé si son parti était en faveur de l’utiliser de façon préventive.

« Notre position est que la clause existe et qu’elle est dans la Constitution. Pour nous, il n’ y a pas d’enjeu », a-t-il brièvement expliqué.

L’effet Doug Ford

Le débat autour de la clause dérogatoire a véritablement jailli à l’automne dernier quand le gouvernement Ford a sorti cet outil pour mettre fin à une grève du personnel scolaire. Face à la colère des syndicats, de tous les horizons, l’Ontario avait finalement reculé en retirant son projet de loi spéciale qui forçait le retour au travail, en utilisant notamment la clause dérogatoire.

Premier ministre de l'Ontario, Doug Ford
Doug Ford, premier ministre de l’Ontario. Archives ONFR+

Dans les jours suivant ce geste de Doug Ford, Justin Trudeau était sorti de ses gonds contre le premier ministre ontarien. Il en avait profité pour écorcher Pierre Poilievre, arguant ne pas avoir entendu « un murmure du soi-disant combattant de la liberté maintenant qu’un gouvernement bloque préventivement les droits et libertés des Canadiens ».

« On a entendu le chef conservateur pendant des mois parler de libertés pour les Canadiens (…). Quand va-t-il condamner l’utilisation de la disposition de dérogation de manière préventive », lui avait-il demandé lors d’une période des questions en novembre dernier.

« Qu’elle soit en amont ou en aval, elle existe. Elle fait partie de la Constitution » – Pierre Paul-Hus

Plus récemment, Justin Trudeau avait affirmé en entrevue avec La Presse que son gouvernement irait voir la Cour suprême pour qu’elle se penche sur la légalité d’invoquer cette clause avant même qu’un débat juridique se fasse comme l’affirmait le ministre de la Justice David Lametti. Ce dernier soulignait que l’utiliser de façon préventive « réduisait le débat politique sur l’enjeu et coupait aussi le contrôle judiciaire ».

« Qu’elle soit en amont ou en aval, elle existe. Je veux dire qu’elle fait partie de la Constitution », a contrecarré M. Paul-Hus mardi matin.

Le gouvernement Trudeau compte intervenir dans le cadre d’une contestation de la Loi 21 au Québec, qui interdit notamment le port de signes religieux par des employés de l’État. Durant la course à la chefferie des conservateurs, Pierre Poilievre se disait contre la Loi 21, mais affirmait ne pas vouloir intervenir dans le cadre d’une contestation judiciaire. M. Paul-Huss a dit que les conservateurs n’allaient « pas nécessairement » appuyer un tel recours devant la plus haute Cour du pays.

Aux côtés de M. Paul-Hus, son collègue Jasraj Singh Hallan a simplement ajouté avoir toujours « parlé contre la Loi 21 dans les premiers mois après mon élection », lui qui est d’origine sikhe et porte le turban. Les deux politiciens ont quitté la pièce après quelques questions des journalistes, visiblement agacés que les questions ne portent pas sur le sujet principal de la conférence, le coût de la vie.

John Tory et la francophonie : immenses espoirs, maigre bilan

TORONTO – Au soir de sa première élection en 2014, John Tory inaugurait son discours de victoire en langue française, un geste inédit et hautement symbolique qui ouvrait le champ des possibles pour les Franco-Torontois. Plus de huit ans plus tard, à l’aube de son départ « forcé », le bilan est proche de zéro.

Que retiendra l’histoire de la politique francophone du maire sortant? Pas grand-chose, s’accordent à dire plusieurs observateurs franco-torontois qui ont suivi de près la politique de M. Tory.

« Cette communauté n’étant pas la plus importante, elle a été plus ou moins ignorée », estime le politologue à l’Université McMaster Peter Graefe à propos des 250 000 résidents francophones et francophiles. « Voir la ville comme un vivre-ensemble n’était pas la vision de M. Tory. Pour lui, Toronto était d’abord un business. Sans compter que d’autres communautés ont toujours eu plus de poids pour faire passer leurs intérêts devant. »

C’est notamment sous son règne que la Bibliothèque publique de Toronto a planifié en 2020 une suppression massive de livres en français. Des milliers de titres devaient ainsi être retirés des étagères torontoises, mais le geste a scandalisé les usagers et provoqué un tollé.

Il aura fallu un coup de fil au maire de la ministre des Langues officielles d’alors, Mélanie Joly, et de son homologue provinciale aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, pour que le réseau municipal de bibliothèques fasse machine arrière. Quelque 26 000 livres, soit près de 18 % de la collection de langue française, auraient pu disparaître en toute discrétion et sans concertation, si la communauté francophone ne s’était pas manifestée.

« M. Tory n’a pas mis les francophones complètement de côté comme l’avait fait son prédécesseur » (Rob Ford), rappelle Serge Paul, ancien président de l’ACFO Toronto, saluant sa présence constante lors des levers de drapeau franco-ontarien. Ceci dit, « le bilan est moyen ».

Cet épisode des livres a démontré que « comme tout anglophone, il n’agissait pas en amont mais en fonction de ce que la communauté disait. Il était dans la réaction », note M. Paul. Peut-on parler de décalage entre le discours et les gestes? « Oui, mais ce n’est pas propre à lui : la communauté anglophone en général agit de cette façon. »

C’est également sous l’administration Tory que la Ville s’est retirée, en 2018, de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), un abandon après 28 ans de collaboration et de partenariat dû à un manque de suivi. Là aussi, Toronto finira par reculer pour revenir dans le giron franco-ontarien, trois ans plus tard, en 2021, alors que le maire promettait un retour dès 2019.

Pas d’argent si ça ne rapporte pas

C’est toujours durant les années Tory que le sentier partagé de la rivière Humber, voie commerciale des premiers explorateurs français et haut lieu du patrimoine franco-ontarien et autochtone, s’est dégradé et que des panneaux d’interprétation vandalisés ont été retirés sans être restaurés. Ce sentier pédagogique aménagé en 2011 n’était clairement pas une priorité pour la Ville regrettait Lisette Mallet, ancienne présidente de la Société d’histoire de Toronto à propos de celui qu’elle qualifiait d’homme d’affaires avant d’être maire.

« Pour qu’un projet se concrétise à Toronto, il faut soit une rentabilité, soit un partenariat où tu apportes une large part de l’argent, pourvu que ça ne coûte rien à la Ville », soupirait-elle. Une constante qu’ont vite intégrée les différents porteurs de projet franco-torontois depuis l’arrivée au pouvoir de John Tory.

https://www.facebook.com/tfoONfr/videos/1293608000784848/?extid=NS-UNK-UNK-UNK-IOS_GK0T-GK1C&mibextid=2Rb1fB&ref=sharing

Il ne faut pas non plus oublier le changement en 2017 de la politique de communication multilingue qui a entrainé le recul du français dans les documents de la ville. Son conseil municipal a supprimé l’obligation du français dans les documents municipaux lorsqu’une autre langue que l’anglais était présente. Une décision difficile à avaler dans la première ville du pays, alors même que John Tory ne cessait de dire, dans ses discours, que le français est une langue fondatrice du Canada.

Le site internet de la ville et les services d’information au 311 sont accessibles dans respectivement 51 et 180 langues, dont le français, via un outil Google. La municipalité n’assume aucune responsabilité dans l’exactitude de cette traduction.

Trouver un toit à l’UOF et à la Maison de la francophonie : double échec du maire

Tout au long de son mandat, l’art de l’ancien maire aura été d’appuyer publiquement des projets tout en évitant de débourser le moindre argent public ou apporter la moindre logistique. On peut penser à l’Université de l’Ontario français qui n’a pas bénéficié d’un emplacement trouvé par la Ville alors même que M. Tory s’était engagé à tout faire pour y arriver. Deux des trois paliers de gouvernement (provincial et fédéral) avaient trouvé un terrain d’entente à hauteur de 126 millions sur huit ans pour financer ce projet phare ayant élu domicile près du lac Ontario.

Plusieurs acteurs se sont aussi interrogés sur son manque d’implication dans le dossier de la Maison de la francophonie de Toronto qui, malgré l’appui public du premier magistrat de la ville à moult reprises, a dû se débrouiller toute seule pour se trouver une adresse. Toujours en suspend, le projet compte sur l’aide financière du fédéral et de la province, mais pas de la Ville, excepté sous forme hypothétique d’exemption de taxe.

« Je ne suis pas sûr qu’un autre maire sera capable de faire mieux que John Tory » – Serge Paul

« Il serait possible de contribuer à une maison francophone grâce à une contribution immobilière », déclarait-il à ONFR+ en 2015, évoquant l’ancien hôtel de ville. Une impasse là encore. Mais le porteur du projet Kip Daechsel ne lui jette pas la pierre : « La Ville n’a pas les poches profondes (financièrement) pour ces choses-là », comprend-il, appréciant le soutien public et l’intérêt que John Tory a toujours démontré dans ce dossier.

Même si tout ne dépend pas du maire en matière de politique municipale, sa gestion des affaires de la cité s’est reflétée jusque dans les résultats du comité aux affaires francophones. Certes, il a appuyé sa création, mais peu de résultats tangibles sont sortis de cet espace de discussion dont la fréquence des réunions et le caractère consultatif ont empêché toute avancée.

« C’est le seul outil qu’on nous a donné. C’est comme ça que la ville entend la voix des habitants. Je ne suis pas sûr qu’un autre maire sera capable de faire mieux que John Tory », croit M. Paul, pointant un « problème de système ».

Transferts en santé : les provinces disent oui à l’offre d’Ottawa

Les provinces vont accepter l’offre d’Ottawa d’augmenter les transferts en santé sur dix ans, a annoncé le Conseil de la fédération via sa présidente Heather Stefanson.

Ottawa avait annoncé la semaine dernière une offre de 196,1 milliards de dollars sur dix ans, dont près de 46,2 milliards en nouveau financement. De ce lot, l’Ontario touchera 18 milliards de dollars en nouvel argent sur dix ans sur un total de 77 milliards.

En entrevue avec CBC mardi, Heather Stefanson a annoncé que les provinces diraient oui à l’offre présentée par Justin Trudeau, soulignant que c’était un « pas dans la bonne direction ».

« Mais cela ne représente pas un financement à long terme dont on a besoin pour réparer notre système de santé au pays », a-t-elle contrepesé en entrevue avec l’émission Power & Politics. C’est beaucoup moins que ce que les provinces avaient demandé. Elles espéraient obtenir près de 28 milliards de dollars par année, au lieu des 4,6 milliards proposés par Ottawa.

Les premiers ministres des provinces et territoires ont tenu une rencontre de travail ce lundi après-midi. Après celle-ci, le bureau de Doug Ford a indiqué via communiqué « avoir formulé des recommandations précises (…) afin de garantir que l’accord est durable et apporte une certitude à toutes les provinces et à tous les territoires, y compris l’Ontario ».

« Ces recommandations en matière de durabilité et de certitude seraient fondées sur des données basées sur le rendement et protégeraient toujours les renseignements personnels sur la santé », a écrit le bureau du premier ministre.

Doug Ford et la ministre de la Santé Sylvia Jones avaient tenu une rencontre à Toronto jeudi dernier avec les ministres fédéraux Jean-Yves Duclos (Santé) et Dominic LeBlanc (Affaires intergouvernementales).

Les prémices d’un corridor canadien de la francophonie économique

TORONTO – Avec la création de l’Alliance de la francophonie économique canadienne (AFEC), les acteurs du monde des affaires de l’Ontario, de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick et du Québec ont l’intention d’accroître l’influence de la langue française dans les échanges économiques entre provinces comme à l’international.

Formalisé en marge du 18e Sommet de la francophonie et officialisé il y a quelques jours, ce nouveau réseau compte peser de tout son poids pour défendre les intérêts des entrepreneurs francophones et grossir leur chiffre d’affaires.

Plusieurs idées sont sur la table à dessin : resserrer les liens entre les chambres de commerce et les associations de gens d’affaires, animer une communauté de gens d’affaires francophones et francophiles à l’échelle canadienne ou encore impulser des projets de collaboration.

« L’avantage de se mettre ainsi en réseau, c’est d’abord de formaliser notre collaboration, créer une dynamique, échanger de bonnes pratiques et, éventuellement, de mettre sur pied des délégations de gens d’affaires qui participent à des missions commerciales », entrevoit Dominic Mailloux, président de la Fédération des gens d’affaires de l’Ontario (FGA), une des quatre organisations fondatrices de l’AFEC.

Dominic Mailloux, président de la FGA. Crédit image : Rudy Chabannes

La moitié des entreprises détenues par des francophones hors Québec sont implantées en Ontario dont le dixième du PIB est produit par des travailleurs bilingues. Si le Québec reste son plus important partenaire commercial interprovincial (33 % du total des exportations interprovinciales ontariennes), la francophonie pourrait ouvrir de nouvelles opportunités dans les autres provinces.

Aux côtés de la FGA, le Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA), le Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB) et la Fédération des chambres de commerces du Québec (FCCQ) complètent ainsi une alliance qui pourrait s’enrichir, à terme, de nouveaux membres issus des autres provinces, notamment la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et la Colombie-Britannique.

Créer « une famille, un réseau, une confiance »

« Peu de gens savent que 2,7 millions de francophones évoluent et vivent très bien en milieu minoritaire au Canada. Le français comme langue d’affaires est sous-utilisé et, avec ce corridor des affaires, on veut mettre en avant cet atout », insiste Guillaume Bédard, président du CDÉA.

« On peut faire du commerce avec qui veut en anglais à travers le monde », convient cet entrepreneur de longue date partie du Québec pour tenter sa chance en Alberta, « mais quand on le fait dans la langue première de notre interlocuteur et la nôtre, alors on ouvre le cœur et on développe une relation de partenariat à bien plus long terme qu’une simple transaction. Ça crée une famille, un réseau, une confiance ».

Guillaume Bédard, président du CDÉA. Source : page Facebook CDÉA

Derrière ce rapprochement, les membres ne cachent pas leur volonté de faire entendre leur voix pour défendre les intérêts des employeurs francophones confrontés à de multiples défis que ce soit l’apport en main-d’œuvre bilingue, le développement des échanges interprovinciaux ou l’ouverture de nouveaux marchés à l’international.

« Un tiers de notre population au Nouveau-Brunswick est francophone, tandis que la proportion d’immigrants francophones est inférieure à 20 % », contextualise Gaétan Thomas, PDG du CÉNB. « Si on continue dans cette direction, d’ici 20-30 ans, ça risque de créer des déséquilibres. On pourrait donc avoir des positions communes sur ce genre de politiques. »

Une synergie pour développer de nouveaux marchés

Cet ancien patron de l’opérateur public provincial Énergie Nouveau-Brunswick croit fermement au potentiel international de la francophonie économique canadienne. « En joignant nos expertises dans la traduction, le service à la clientèle, l’ingénierie ou encore le tourisme, on peut positionner le français comme une langue incontournable pour faire des affaires à l’étranger », escompte-t-il.

« On serait capable d’exporter vers l’Europe et l’Afrique. Le Nouveau-Brunswick est très bien situé avec deux ports de haute mer », fait-il remarquer. « Ici, on est en train de développer des centrales de petits réacteurs modulaires qui pourraient être exportés en Europe ou Afrique. L’Alberta, l’Ontario et le Québec ont eux aussi des expertises complémentaires qu’on peut mettre en synergie pour développer de nouveaux marchés. »

Gaetan Thomas, PDG du CÉNB. Source : AFEC

La participation de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et son réseau de 123 chambres de commerce pourrait aussi favoriser un environnement d’affaires innovant et concurrentiel croient l’ensemble des partenaires cofondateurs de l’AFEC.

M. Bédard résume cette alliance comme à la fois « une porte d’entrée pour les nouveaux gens d’affaires francophones qui veulent s’implanter » dans les provinces parties prenantes et comme « un tremplin pour affirmer davantage la force économique de la francophonie canadienne ».

Un voyage littéraire avec Didier Leclair

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

TORONTO – L’écrivain franco-canadien Didier Leclair, maintes fois récompensé – le prix Trillium dès son premier roman Toronto, je t’aime en 2000, lauréat du prix Christine Dumitriu Van Saanen pour Pour l’amour de Dimitri en 2016, ou encore finaliste du Toronto Book Award pour Ce pays qui est le mien en 2019 – est un citoyen du monde. Né à Montréal, il a grandi dans différents coins d’Afrique, avant de revenir à 18 ans découvrir le pays dans lequel il est né. Celui qui a choisi de taper ses premiers romans à la machine à écrire nous partage avec candeur son voyage littéraire, et, dans le contexte du Mois de l’histoire des Noirs, sa vision du dénominateur commun de ce qu’est l’identité noire.

« Quelles raisons vous ont poussé à écrire? Était-ce une vocation? 

C’est une vocation dans le sens que j’aime les mots depuis toujours. Ma famille entière était littéraire. La bibliothèque de mon père, docteur en médecine, était en fait plus remplie d’œuvres littéraires et d’essais politiques que de livres de sciences. Ma mère et mes deux sœurs étaient très orientées vers les arts également. J’ai commencé par la poésie vers l’âge de 12 ans et j’ai eu la chance que mes parents me laissent faire sans rien dire, car ils savaient qu’à un âge très tendre, on est un peu gêné d’écrire. Il était clair que j’allais me diriger vers les livres et l’écriture.

Quelles autres professions avez-vous exercées en dehors de votre carrière d’écrivain?

J’ai notamment été journaliste pour la radio et la télévision, j’ai aussi travaillé comme correcteur d’épreuves et je travaille maintenant à plein temps pour le groupe YMCA, qui propose des services sociaux et linguistiques pour les nouveaux arrivants du Canada. Je guide les immigrants qui veulent apprendre le français en évaluant leur niveau linguistique et en leur proposant les programmes d’apprentissage adaptés. Vous seriez surprise de savoir que beaucoup de gens venant de pays très lointains un peu inattendus, comme l’Ukraine, la République tchèque et autres, parlent un peu de français ou souhaitent l’apprendre comme un atout au Canada.

Pourriez-vous me parler de votre premier livre Toronto, je t’aime? Peut-on y voir une ode à la ville dans laquelle vous vivez aujourd’hui?

C’est plus une ode aux Torontois. Toronto n’est pas selon moi la plus belle ville du Canada, mais ce sont les Torontois qui sont les plus intéressants. Ce qui m’a frappé ici c’est la capacité à accepter l’autre, le multiculturalisme, cette capacité de rencontrer chaque nationalité. Il y a ce contact permanent. Personne ne s’inquiète de votre accent et on se sent comme un poisson dans l’eau. Et c’est pour ça que j’ai voulu rendre hommage à cette ville qui est un échantillon du monde. On a de tout à Toronto et c’est ce que je trouve magnifique. On se sent plus proche de gens venus d’ailleurs.

Le premier roman de Didier Leclair, Toronto, je t’aime, lui a valu le prix Trillium. Montage ONFR+

Vous êtes né à Montréal. Y avez-vous grandi?

Mon histoire insolite est que je suis né à Montréal, mais que je n’y ai pas vécu ni grandi. Je suis né ici un peu par accident et après ça mes parents, mes sœurs et moi sommes rentrés en Afrique. Dans son travail pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mon père était en contact avec le corps diplomatique canadien. Un jour, le consul l’a par hasard informé que j’étais Canadien de facto, chose que mes parents ne savaient pas.

Mon père était envoyé dans différents pays francophones d’Afrique pour aider à éradiquer des maladies. Nous voyagions avec lui et nous allions dans des écoles françaises. C’est comme ça que j’ai grandi dans différents pays d’Afrique tels que le Togo, le Bénin, le Gabon, etc. J’étais Canadien, mais je n’avais qu’une idée vague de ce qu’était le Canada. C’est pour ça que j’ai décidé de revenir ici, à 18 ans, découvrir ce pays dans lequel je suis né. Et enfin, plus tard, d’y rester. Dans Toronto, je t’aime, on retrouve ce regard neuf de découverte de la ville.

De quel pays d’Afrique vous sentez-vous le plus proche?

On est resté plus longtemps au Gabon en Afrique centrale, mais en réalité j’ai plus un attachement envers l’Afrique en général plutôt qu’un pays particulier. J’ai l’impression d’avoir une identité multiple. Tous les pays où j’ai vécu m’ont donné une idée beaucoup plus large de ce que c’est d’être africain. On remarque rapidement les points communs plutôt que les différences. En revanche, quand je rencontre des Africains, je sais toujours instantanément d’où ils sont, ce qui surprend toujours!

Lequel de vos livres vous caractérise le plus?

On évolue en permanence à différentes étapes de notre vie, mais celui qui me ressemble le plus maintenant est l’avant-dernier : Le bonheur est un parfum sans nom. Dans ce livre, je parle d’une de mes passions, le jazz. Je dirais que c’est le livre qui cerne le plus l’état d’esprit dans lequel je suis.

Pourquoi avoir choisi de taper à la machine à écrire?

Lorsque j’ai commencé à écrire mon premier roman, on était à peine en 1998 et j’étais alors étudiant. Je n’avais pas les moyens de m’acheter un ordinateur à l’époque. C’est comme ça que l’idée de la machine à écrire m’est venue et après ça j’ai continué purement par passion. Je suis tombé amoureux du bruit de la machine, le contact direct avec le papier, le fait qu’il faille ajouter le liquide correcteur. Tous ces éléments m’ont fait tenir trois livres avant de passer à l’ordinateur.

M. Leclair est l’auteur d’une dizaine d’œuvres. Gracieuseté

Quel est votre prochain projet d’écriture?

Avec moi, il y a des livres publiés et des livres pas encore publiés, car j’écris beaucoup. Il y a un notamment un livre sur le Rwanda et le génocide des Tutsis avec lequel j’ai réussi à me rapprocher encore plus de ce pays par le biais de cette histoire. C’était extraordinaire de retrouver les mots de la langue de mes parents, le kinyarwanda. C’était comme retrouver mon enfance et ce que j’ai pu vivre de très intime avec des parents rwandais. J’ai aussi écrit un livre d’espionnage qui se passe durant la Seconde Guerre mondiale. Il m’a beaucoup plu. J’y ai fait un très beau voyage dans le temps et ce sera peut-être le prochain à sortir, avant celui sur le Rwanda.

Dans un contexte linguistique minoritaire, en tant que francophone, est-ce que vous voyez ça comme un défi?

Vivre en français à Toronto et en Ontario requiert une volonté. Ce n’est pas naturel, sinon on s’anglicise facilement. Oui, c’est un grand défi de tous les jours. Mes enfants sont allés à l’école française et je leur ai parlé français. Il faut y croire et il faut le vouloir. En tant que Canadien d’expression française de l’Ontario, je crois qu’on n’a pas le choix, on doit insister et continuer à parler français, à garder nos écoles. C’est un atout.

Pensez-vous que le fait d’être Noir à Toronto au Canada soit source d’obstacles?

Oui, je dirais que c’est le cas. On a tendance à rencontrer plus de difficultés à accéder à certains services ou à certains emplois, par exemple. Nous avons affaire à un racisme systémique qui existe encore et qui requiert de la patience et de l’éducation. L’histoire y contribue avec l’esclavage passé, même au Canada, dans cinq ou six provinces. Dans l’histoire moderne du Canada, il y a aussi le fait que l’on ait énormément dénigré les Noirs canadiens dans les années 50 et 60. Les diplômés ne pouvaient pas trouver un emploi dans leur domaine au Nouveau-Brunswick ou en Nouvelle-Écosse, alors ils étaient serveurs dans les trains pour la plupart.

Contrairement aux États-Unis, ces lois discriminatoires n’étaient pas écrites officiellement au Canada, c’est la particularité. Même au cinéma, vous ne pouviez pas vous asseoir n’importe où. Le plus difficile est d’accepter qu’il y ait des préjugés forts. Quand on accepte ce fait, on peut commencer à comprendre et à améliorer les choses. Mais il y a quand même du progrès et des choses positives. De hauts cadres, des éditeurs, des artistes reconnus, des personnalités politiques font partie de la communauté noire.

Pour Didier Leclair, le Mois de l’histoire des Noirs a le mérite de susciter le débat, l’ouverture aux autres. Crédit image : Sandra Padovani

Que pensez-vous du Mois de l’histoire des noirs?

Je crois qu’il est positif de mettre en lumière la communauté noire pendant un mois particulier. On ne peut jamais satisfaire tout le monde, mais c’est un premier bon pas qui permet au moins d’amorcer la discussion. Au moins, on a quelque chose sur lequel on peut s’appuyer pour ouvrir le débat, mettre en avant des personnalités noires, des artistes. Les jeunes ont besoin de s’identifier à des modèles. Je ne pense pas qu’il faille rejeter cette idée, mais je ne pense pas qu’il faille s’arrêter en si bon chemin non plus.

Qu’est-ce qui qualifie l’identité noire selon vous?

Ce qui caractérise l’identité noire, c’est une culture et un état d’esprit, c’est être proche des intuitions intellectuelles et des sensations. Tout à l’heure on évoquait le jazz, invention 100 % noire au départ. On y retrouve cette capacité d’improvisation, de création sans forcément avoir un esprit rationnel normé. C’est un dénominateur commun, aussi bien dans les Antilles, en Afrique, au Brésil ou ailleurs. On se reconnait grâce à ça parce qu’on a cette intelligence intuitive, cette spontanéité.

Est-ce que vous auriez un conseil à donner aux personnes pour qui l’identification ou l’appropriation de leur identité noire est plus difficile?

Il faut lire, s’intéresser aux arts et à la culture noire. Certains jeunes sont peut-être un peu perdus et cherchent leur chemin. Se rapprocher de tous ces éléments de la culture noire, à travers la musique, la danse, les philosophes, la littérature, peut les réconcilier avec les défis auxquels ils peuvent être confrontés. Se rapprocher de ce qui est culturel, cela permet de se rapprocher de ses origines. Comprendre d’où on vient pour savoir où on va. »


LES DATES-CLÉS DE DIDIER LECLAIR 

1967 : Naissance à Montréal (par un médecin amérindien prédisant qu’il serait très grand)

2000 : Prix Trillium pour son premier roman Toronto, je t’aime aux éditions du Vermillon

2000 : Sortie d’un article du Globe and Mail en anglais sur Toronto, je t’aime, un moment charnière pour Didier Leclair

2004 : Publication de son deuxième roman Ce pays qui est le mien, finaliste du Prix du Gouverneur général

2005-2006 : Nouvelle période d’écriture en tant que jeune papa de deux enfants en bas âge

2022-2023 : Écriture d’un de ses romans encore non publiés sur le Rwanda, qui le rapproche du pays de ses parents

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le bâtard dévoué

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

C’est par hasard, en flânant dans les allées de ma bibliothèque locale que j’ai découvert Le Dévoué, un roman écrit par l’auteur américain d’origine vietnamienne, Viet Thanh Nguyen, et traduit en français en 2021. Dire que le « hasard fait bien les choses » ou « qu’il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » serait bien insuffisant.

Il y a longtemps que je n’ai pas lu un livre qui m’a autant bouleversée et fait réfléchir comme celui dont je m’apprête à faire à la fois un compte-rendu et une critique sommaire. Même si le personnage principal surnommé le Bâtard fou, par lui-même et ses camarades – et dont le vrai prénom reste rarement mentionné dans le texte – est un espion, je pense que ce livre n’est pas du tout un roman d’espionnage.

C’est plutôt un livre sur les révolutions, sur la colonisation et sur les rapports de force entre les colonisateurs et les colonisés et entre ces derniers et les autres colonisés provenant d’autres pays. Des thèmes aussi profonds que compliqués que le communisme, le capitalisme, l’esclavage, le racisme, la violence, sont discutés, abordés, éparpillés, ou tout juste mentionnés au passage.

Et pourtant, le livre reste assez léger pour nous plonger dans le Paris des années 1980 clairsemé de chansons de Johnny Halliday en nous invitant dans des soirées bien arrosées et bien « high » dans des salons d’intellectuels français socialistes de l’époque.

Je n’ai pas lu le premier livre phare de M. Nguyen, Le sympathisant, relatant les aventures de ce même agent double, le Bâtard fou, fils « illégitime » d’un prêtre catholique et d’une domestique vietnamienne (je me demande à quel point ceci ne serait pas une métaphore de toute l’aventure coloniale de la France en Indochine où le prêtre ne serait autre que le colon français et la pauvre domestique le Vietnam), mais cette première partie de l’histoire que j’ai sautée ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture du Dévoué, considéré comme la suite du premier livre.

Dealer dans le Paris des contrastes sociaux

Ce même agent double débarque à Paris avec cette volonté incessante de remettre en question certaines de ses anciennes actions, rejeter sa vie d’espion et gagner sa vie « autrement ». Mais « autrement » prend rapidement la forme d’un petit « dealer » de hashish, appellation d’origine arabe faut-il le rappeler, ou cannabis, comme on le nomme aujourd’hui, qui revend sa marchandise aux amis socialistes de sa tante, une éditrice établie en France.

C’est ainsi que graduellement le Bâtard fou, fait la connaissance de certains milieux parisiens mais aussi des milieux un peu moins reluisants comme celui de de la pègre vietnamienne, arabe et maghrébine, en l’occurrence algérienne.

Encore une fois ce n’est pas un hasard que l’auteur ait choisi ce milieu d’immigrés mais surtout ces anciens colonisés qui pendant une époque ont tous subi les affres de la « mission civilisatrice » dont s’est investie la France pour envahir leurs pays respectifs mais se sont retrouvés, une fois les guerres d’indépendance terminées, sur le sol de la ville des lumières.

M. Nguyen ne se gêne pas à citer des auteurs comme Frantz Fanon, Aimée Césaire et même Jean-Paul Sartre sur les lèvres de son personnage emblématique le Bâtard Fou. « Les damnés de la terre » ne sont-ils pas supposés tous s’unir contre les méchants colons et s’entraider pour les expulser de leurs terres? Pourquoi n’est-il pas aussi simple de s’unir et de ne pas s’entretuer entre colonisés? Ou alors pourquoi mettre dehors le colon pour le remplacer par un système aussi terrible et corrompu que le capitalisme ou un nationalisme abrutissant?

Des questions complexes qui interpellent

Des questions philosophiques et même existentielles émergent comme : « La violence est-elle vraiment la seule arme que possèdent les plus faibles? », « Y-a-t-il des « bons » communistes » qui au fond ne voulaient que le bien-être des aux autres? » Est-ce que la France a mieux réussi avec ses anciens colonisés et son modèle de la République pour tous? Ou plutôt est-ce le rêve américain qui l’emporterait avec un empire qui vend à la fois sa culture et son modèle au reste du monde tout en clamant haut et fort distribuer une liberté que certains qualifieraient d’illusoire?

Plein d’autres questions jalonnent ce livre dans lequel je soupçonne l’auteur de mimer la voix de son personnage et de lancer ces interrogations personnelles à ses lecteurs. Maintes fois je me suis sentie interpelée par ces questions fort pertinentes mais si complexes que leur trouver une réponse universelle relève de l’impossible.

En tant que personne issue de la colonisation, sans l’avoir vécue, serais-je une meilleure citoyenne sans la présence de la culture française dans ma vie, en adoptant un mode de vie à l’américaine, où tout déprendrait de mon initiative personnelle et de mon propre « mérite »?

« Chercher la pureté de nos expériences serait une chose bien futile »

Mais alors où serait la place de la philosophie, de la littérature, des chansons même? Ne sommes-nous tous pas aussi affectées par ces éléments? Certes, je suis un produit de cette éducation française classique basée sur la lecture, la synthèse et la critique et j’en suis fière.

Mais c’est aussi mon passage dans un milieu « américain » qui m’a ouvert des portes indépendamment de mes origines culturelles mais plutôt basé sur mes connaissances et mon cheminement personnel. Enfin de compte, suis-je reconnaissante à ces deux puissances salvatrices? Ou alors ai-je le droit de les rejeter et de me coconner dans une identité unique.

Toutefois chercher la pureté de nos expériences serait une chose bien futile. Je ne suis plus une Tunisienne depuis belle lurette et probablement jamais ne pourrais devenir une Canadienne aux yeux de certains. Et donc, comme le personnage de M. Nguyen, je me suis bien accommodée depuis des années de cette position de « Bâtarde » dont il brosse si bien le portrait à la fois avec sympathie, sarcasme et fine connaissance.

Avec l’agent double qui lutte à la fois pour et contre le communisme, et ces discussions interminables entre le « Moi » et le « Moi-même », il n’y a que le Bâtard fou qui peut chausser ces identités multiples et contradictoires, peut-être même meurtrières comme les a nommées un certain Amin Maalouf, et les assumer d’une manière magnifique et parfois tragique.

Le Dévoué est un livre qui m’a vraiment séduite. Un livre avec beaucoup de questions et très peu
de réponses.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le maire de Toronto John Tory démissionne

TORONTO – Le maire John Tory a annoncé sa démission tard vendredi soir, de manière inattendue, après avoir admis une relation avec une ancienne employée de son bureau.

Aux alentours de 19 h, le maire de la métropole a précipité une conférence de presse à 20 h 30 à l’hôtel de ville de Toronto dans laquelle il a annoncé la nouvelle. Quelques heures plus tôt, le Toronto Star révélait que l’ancien leader du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario avait eu une relation extraconjugale avec une employée, âgée de 31 ans, au cours de la pandémie.

Le maire a confirmé l’histoire du Star lors de cette conférence de presse, prononçant une brève allocution de près de trois minutes sans prendre de questions des journalistes.

Cette relation a pris fin de manière consensuelle et cette employée – durant la relation – a quitté son poste pour aller travailler ailleurs, a expliqué le désormais ex-maire Tory.

« Je reconnais que permettre à cette relation de se développer était une grave erreur de jugement de ma part. C’est arrivé à un moment où ma femme depuis plus de quarante années, Barbara, et moi traversions de longues périodes d’isolement alors que j’exerçais mes responsabilités pendant la pandémie », a-t-il raconté, quelques secondes avant de dire qu’il quittait son poste, « afin de pouvoir réfléchir à mes erreurs et rebâtir la confiance de ma famille ».

Une relation « pas à la hauteur de mes standards »

Il s’est excusé auprès des habitants de Toronto et de « tous ceux qui ont été blessés par mes actions, y compris mon personnel, mes collègues du conseil municipal et la fonction publique ». Il a admis que cette relation « n’était pas à la hauteur de mes standards » et que « je me tiens devant vous en tant que maire et père de famille ».

« Surtout, je m’excuse auprès de ma femme Barbara et de ma famille que j’ai laissés tomber plus que n’importe qui d’autre », a-t-il soutenu, avant d’espérer que « la vie privée de tous ceux qui sont touchés par mes actions soit respectée ».

L’homme de 68 ans affirme avoir avisé le commissaire à l’intégrité de la Ville de cette relation avec une subordonnée.

« Je veux remercier les gens de Toronto qui ont cru en moi. Même si je les ai abandonnés, ainsi que ma famille dans ce cas, j’ai néanmoins été profondément honoré de servir les habitants de cette merveilleuse ville », a-t-il conclu.

Intérim de Jennifer McKelvie en attendant de nouvelles élections

C’est la conseillère de Scarborough-Rouge Park et mairesse adjointe Jennifer McKelvie qui assumera l’intérim. Il s’agit de l’ancienne coprésidente du comité consultatif des affaires francophones de la Ville.

Selon les règlements électoraux, une élection devra être déclenchée pour élire un nouveau maire. Élu pour la première fois en 2014, M. Tory avait été réélu pour un troisième mandat lors des élections municipales d’octobre dernier. Ce dernier a assuré qu’il travaillera avec Mme McKelvie et la haute administration de la municipalité pour « assurer une transition en bon ordre ».

La mairie de Toronto avait fait les manchettes avant l’arrivée de M. Tory en 2014 à cause des frasques de Rob Ford, frère de l’actuel ministre de l’Ontario, Doug Ford. Plusieurs révélations avaient marqué la fin d’un tumultueux mandat : consommation d’alcool au bureau et en voiture, vidéo de lui en train de fumer du crack ou en état d’ivresse avancé entre autres.

John Tory avait alors battu Doug Ford lors des élections suivantes en 2014, promettant de remettre de l’ordre à l’hôtel de ville.

Redécoupage électoral fédéral : le Nord en voie de perdre une circonscription

Le redécoupage de la carte électorale fait de nouveau jaser dans le Nord alors que la Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales de l’Ontario en dévoile aujourd’hui la proposition finale. Même si dans ce scénario la composition des circonscriptions a quant à elle évolué au bénéfice des francophones, le Nord pourrait quand même perdre une circonscription au profit du Sud.

« Pour tenir compte des observations du public et des questions abordées précédemment, la Commission a reconfiguré de façon considérable la partie nord », peut-on lire dans le rapport final de la Commission.

La Commission reconnaît aussi s’être appuyée sur les données du Recensement de 2021, révélé deux jours seulement avant que la Commission ait lancé sa proposition initiale de délimitation des circonscriptions.

Les variables sur lesquelles celle-ci dit s’être reposée sont d’une part, la première langue officielle parlée et, d’autre part, la demande potentielle de communications et services fédéraux dans la langue officielle minoritaire.

Deux circonscriptions avec une importante population francophone

Parmi les plus gros changements notables pour les Franco-Ontariens, le remaniement possible de la circonscription Manitoulin-Nickel Belt qui compte désormais 31 % de francophones.

« Les limites proposées entre Nickel Belt et Nipissing auraient divisé des communautés francophones situées dans Nipissing Ouest, Markstay-Warren, St.-Charles, Rivière des Français et Sudbury », pouvait-on lire dans le rapport.

Le regroupement des collectivités francophones avait été demandé par les députés comme Marc Serré, député de Nickel Belt, et Carol Hugues, députée d’Algoma—Manitoulin—Kapuskasing, qui craignaient, avec la proposition initiale, que les communautés francophones soient divisées.

Carol Hugues craint de voir le programme Canada emploi été pour le Nord perdre plus d’un million de $ à cause de la perte d’une circonscription. Crédit image : Inès Rebei

La plus grande circonscription francophone serait celle de Kapuskasing-Timmins-Mushkegowuk qui compterait alors 35 % de francophones.

La circonscription de Sudbury, à laquelle le seul changement est l’ajout de la commune de Skead, compterait 17 % de francophones tandis que celle de Nipissing-Timiskaming en abriterait 14 %.

Impossible de garder les dix circonscriptions

Révélant que le plan initial était de supprimer non pas une, mais deux circonscriptions, la Commission estime qu’il était impossible de conserver dix sièges au niveau fédéral, même en ayant envisagé la soustraction d’un siège ailleurs dans la province.

Selon elle, « cette approche est contraire à l’objectif premier, soit d’assurer la répartition égale de la population parmi les circonscriptions, tout en veillant à la représentation effective ».

Faisant référence aux demandes de certaines municipalités de statuer un nombre minimum de circonscriptions ainsi que l’affirmation de la Commission en 2011-2012 selon laquelle il était nécessaire que le Nord puisse avoir dix circonscriptions, celle-ci dit que « le contexte de 2022 ne correspond pas exactement à celui de 2012 ».

Le rapport le justifie par l’écart entre une croissance modérée de la population pour le Nord, 2,8 % contrairement au reste de la province qui en moyenne a augmenté de 11,4 %.

La carte électorale a bien évolué depuis la proposition initiale d’août dernier. Capture d’écran.

Dans tous les cas, selon la Commission, la création d’une circonscription supplémentaire reviendrait au Parlement.

Des députés découragés

« Je suis découragé », lance Marc Serré en entrevue avec ONFR+, député de Nickel Belt en réaction à cette version définitive de la carte électorale. Celui-ci explique que même s’il y aura une contestation des députés auprès du comité de la procédure et des affaires de la Chambre, la perte du siège semble définitive.

« Je ne vois pas un mécanisme où on peut récupérer un siège sans qu’on enlève un siège dans le Sud », ajoute-t-il.

Le député de Nickel-Belt Marc Serré. Crédit image: Pascal Vachon
Le député Marc Serré aura trois heures de voyage en plus avec la nouvelle délimitation de la carte électorale. Archives ONFR+

De son côté, la députée Carol Hughes, dont la circonscription d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing a disparu de la carte électorale, explique que les députés du Nord, peu importe leur allégeance, sont unis pour « étudier les options possibles ».

« Si on continue comme ça on, c’est certain qu’on va encore perdre des députés dans le Nord à l’avenir si on ne change pas la manière dont on fait les choses », explique-t-elle.

Charlie Angus, député de Timmins-Baie-James, a lâché un gazouillis dans lequel il exprime son mécontentement. « La Commission a ignoré les appels des groupes d’affaires, des collectivités et des Premières Nations du Nord de l’Ontario. »

Les députés ont jusqu’au mois de mai pour émettre des objections au sujet de cette proposition finale. Ces arguments seront ensuite évalués par la Commission jusqu’en juin avec une décision finale en septembre prochain.

Trois députés pour le Grand Nord

La proposition de garder une gigantesque circonscription dans le Grand Nord a, quant à elle, été écartée suite à de nombreuses objections émises quant au fait, notamment de réunir Kenora et Thunder Bay dans la même circonscription.

Ayant considéré la longueur des déplacements du député et les difficultés de regroupements établis par le conseil tribal, la Commission a décidé de diviser la grande circonscription proposée en trois, Thunder Bay-Rainy river, Thunder Bay-Supérieur-Nord et Kenora-Kiiwetinoong.

Pour ces trois circonscriptions, la Commission exprime avoir dérogé au principe du quotient comme établi dans la Loi sur la révision des limites des circonscriptions électorales.

En bref, il s’agit de la correspondance, dans la mesure du possible, entre le chiffre de la population de chacune des circonscriptions et le quotient électoral de cette province.

L’éparpillement de la population, les défis liés aux transports justifient notamment des circonstances caractérisées comme « extraordinaires » pour ces trois circonscriptions, ce qui n’est que le cas de celle de Kenora dans le découpage actuel des circonscriptions.

Le Centre de Loisirs culturels de Kapuskasing en 5 dates-clés

KAPUSKASING – Le Centre régional de Loisirs culturels souligne ses 50 ans d’existence, des activités auront lieu tout au long de l’année pour célébrer l’édifice qui dessert fièrement la communauté francophone de la région. L’occasion de revisiter cinq dates clés de son histoire, de sa création à aujourd’hui.

1973 – Les débuts du Centre

C’est en 1969 que le Centre régional de Loisirs culturels est fondé, le bâtiment était à l’origine une école secondaire francophone privée, l’Académie Youville. C’est ensuite que le Club Richelieu en a obtenu la propriété avant de céder l’édifice à un groupe d’artistes en 1971. Le Centre devient alors un organisme officiel en 1973. Ce furent donc des artistes en résidence qui géraient le Centre au départ. Parmi ceux-ci, Mariette Guillotte, qui a siégé plus de 40 ans au conseil d’administration, à qui l’on attribue un grand crédit pour la fondation du Centre.

L’Académie d’Youville était une école secondaire privée pour les francophones alors très majoritaires à Kapuskasing. Gracieuseté

1980 – L’heure des grands chantiers

C’est l’année où le Centre obtient son 2e étage, au cours de travaux majeurs de rénovation de la bâtisse. Les artistes en ont profité pour transformer une des salles de l’édifice en une salle de spectacles. Cette année a aussi été marquée par l’embauche d’une équipe administrative, une première, qui permet aux artistes de se consacrer à l’aspect culturel du Centre. Mariette Dallaire a été la directrice du Centre de 1984 à 2018, celle-ci a réussi l’exploit de faire sortir le Centre d’une crise financière presque insurmontable- une dette record de près de 400 000 $- qui aurait pu mener à sa fermeture.

Avant/après des travaux de rénovation du Centre en 1980. Gracieuseté.

2000 – La 1ère Saint-Jean-Baptiste

Une fois la situation financière stabilisée grâce aux efforts soutenus de Mme Dallaire et d’autres projets d’expansion terminés, le Centre souhaitait gagner en notoriété et être reconnu sur le plan culturel francophone. C’est de cette volonté qu’est né ce qui est actuellement considéré comme étant le plus grand festival de la Saint-Jean de l’Ontario. Un comité bénévole a été mis en place pour concevoir ce qui sera la première Saint-Jean de Kapuskasing en 2000. Les groupes de musique québécois Noir silence et la Bottine souriante étaient les têtes d’affiche de cette première édition de la Saint-Jean qui rassemble en moyenne près de 1200 spectateurs.

Marie Mai, Garou, Roch Voisine, la Compagnie Créole et ici Marc Dupré…La St-Jean de Kapuskasing a reçu de grands noms de la scène musicale, qui ont tous souligné l’ambiance particulièrement chaleureuse du Centre. Gracieuseté.

2005 – De nouvelles activités

Cette année marque les premières de plusieurs programmes et projets phares du Centre tels que la célébration de la journée de la femme ou encore la mise sur pied de L’escale, un programme de gardiennage pour enfants. C’est aussi cette même année qu’aura lieu la première foire de Noël, une activité très populaire et toujours très appréciée de la région. Une programmation culturelle ainsi bonifiée qui répond à la demande de la communauté francophone de la région.

Le Festiglace a eu lieu en mode hybride lors de la deuxième édition en 2022. Gracieuseté.

2023 – Une programmation complète

Aujourd’hui, le Centre compte deux nouveaux festivals réguliers à savoir, le Festiglace et le Festibière. Le premier a lieu en hiver au courant du mois de mars depuis 2021 et offre spectacles musicaux et activités de plein air. Cette année marquera la toute première édition 100 % en présentiel. Quant au second, celui-ci a débuté en septembre et est le lieu de rendez-vous des amateurs de bières et autres produits locaux qui peuvent également profiter d’autres activités sociales lors de l’événement. Les célébrations du 50e auront lieu jusqu’à la prochaine année avec, notamment, la sortie d’un livre en janvier 2024 ou encore une grande soirée spéciale du Nouvel An pour clôturer les festivités.

L’humoriste québécois Mario Jean a amusé la salle lors du gala qui a marqué le début des célébrations du 50e en janvier dernier. Gracieuseté.

Avec des informations de Dénik Dorval, directeur général du Centre.

L’art s’invite en Ontario français

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Une gamme d’activités et de nouveautés pour tous les goûts se présente cette semaine en Ontario français. De la danse au théâtre en passant par l’histoire de l’art, une grande partie de la programmation comprend des artistes qui revisitent les enjeux du passé à partir de l’art du présent.  

Danse

Cabaret noir de Mélanie Demers : une ode à la pluralité de l’identité noire

La chorégraphe et réalisatrice montréalaise Mélanie Demers présente à Toronto une pièce de danse immersive intitulée Cabaret noir. Mme Demers célèbre la pluralité de l’identité noire tout en gardant un œil critique sur les stéréotypes et les préjugés qui continuent d’entacher l’image des communautés noires.

Cette pluralité est surtout reflétée dans son scénario d’où la réalisatrice intègre du texte en français, créole, anglais avec un peu d’espagnol en ravivant les paroles des plus grandes figures noires qui ont marqué l’histoire.

Gracieuseté du Canadian Stage.

Cabaret Noir au Théâtre Berkeley du 9 au 11 février. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Musique

Spectacle du groupe Roadhouse à North Bay

Dans le cadre du 60e Carnaval d’hiver organisé par les Compagnons des Francs Loisirs, une programmation pour tous les goûts vous attend dans le Nord de l’Ontario. Le groupe rock Franco-ontarien Roadhouse fera fureur sur scène avec des reprises des plus grands succès du rock’n’roll. La programmation du Carnaval d’hiver compte aussi des contes pour enfants, une dégustation de crêpes et bien plus.

Gracieuseté du groupe Roadhouse.

Le spectacle Vive la canadienne avec Roadhouse le vendredi 10 février à 19h au Elk’s lodge. Achetez vos billets ici pour réserver vos places. Consultez le site des Compagnons des Francs Loisirs pour la programmation complète du Carnaval d’hiver.

Soleil des loups, le nouvel extrait du duo Beau Nectar

Le duo franco-canadien Beau Nectar, nouvellement signé chez Indica Records, lance son premier extrait Soleil des loups de l’album Two Lips qui paraîtra en mai 2023. Les univers de la Franco-Ontarienne Marie-Clo et ceux de la Fransaskoise éemi s’unissent dans ce projet musical pour créer une œuvre riche en sons d’électro-pop alternatif et en harmonies vocales envoûtantes.

Gracieuseté de Beau Nectar.

Le nouvel extrait Soleil des loups disponible dès le 9 février sur toutes les plateformes.

Théâtre

La pièce Mononk Jules de Jocelyn Sioui à la Place des Arts

La pièce Mononk Jules réalisée par le dramaturge Jocelyn Sioui est un théâtre documentaire qui ravive l’histoire oubliée de son grand-oncle Jules Sioui, un Huron-Wendat militant qui durant les années 1940 a lutté contre la circonscription des Autochtones et pour la libération de son peuple.

Crédit image : Marie-Julie Garneau.

La pièce Mononk Jules le 10 et 11 février à la Place des Arts. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Arts

L’héritage artistique du Groupe des Sept

Le célèbre Groupe des Sept a 103 ans et à l’occasion de son anniversaire, l’Alliance française de Toronto en partenariat avec la Société d’histoire de Toronto organise une conférence pour revenir sur la genèse du groupe. Formé en 1920, le Groupe des Sept, des peintres paysagistes, a changé le paysage de l’art contemporain à Toronto et dans tout le Canada, dès les locaux du Studio Building sur la rue Severn.

Image; WikiCommons.

Conférence le Groupe des Sept a 103 ans le mercredi 15 février à 19h à l’Alliance française de Toronto. Réservez votre place ici. Accès gratuit.

Dianne Saxe aux commandes du Comité des affaires francophones de Toronto 

TORONTO – Le conseil municipal a approuvé hier la reconduction du Comité consultatif des affaires francophones de Toronto pour un mandat de quatre ans que Dianne Saxe, la conseillère municipale bilingue d’Université-Rosedale, présidera. Cette avocate et politicienne de conviction connue pour ses engagements forts envers l’environnement, le climat ou encore la mobilité, pourra peut-être apporter un nouveau souffle à un comité auparavant critiqué pour son immobilisme.

Conseillère municipale de Toronto (Université-Rosedale) depuis les élections municipales de 2022, Dianne Saxe est une avocate et docteure de renom spécialisée en droit de l’environnement et en énergie, détentrice de nombreuses accréditations et récompenses. Elle est membre du Climate Caucus, caucus canadien sur le climat. Dernière commissaire à l’environnement de l’Ontario de 2015 à 2019, elle a également été cheffe adjointe du Parti vert de l’Ontario (GPO) de 2020 à 2022.

Environnementaliste dans l’âme, elle est une fervente défenseuse du transport actif, se déplaçant à vélo et en transports en commun à Toronto. Ses chevaux de bataille sont le logement, le climat, et les solutions de transport en commun, mobilité et développement durable.

Apprendre à parler français était pour elle un choix depuis l’université, motivé par la double identité linguistique du pays et la nécessité des services en français en Ontario.

« Lorsque j’étais commissaire à l’environnement, je devais présenter les rapports dans les deux langues et parce que c’était plus difficile, j’ai mis plus d’effort dans la langue française. Pendant dix ans, j’ai aussi parlé à mes enfants en français pour que ça m’oblige à pratiquer et pour qu’ils puissent le comprendre », explique la successeure de Jennifer McKelvie au poste de coprésidente du comité, en entrevue avec ONFR+, intégralement en français.

Comité des affaires francophones 2.0

Ce comité consultatif, qui a pour mission de servir d’intermédiaire entre la communauté francophone de Toronto, les élus et l’administration municipale, avait notamment permis, lors de son précédent mandat, le retour de la Ville de Toronto dans l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), et avait fortement critiqué le retrait de milliers de livres en français des bibliothèques de la ville, finalement renversé.

« Le maire demeure un fervent partisan de la langue française à Toronto » – Taylor Deasley du bureau du maire John Tory

Avant la décision finale votée hier par le conseil municipal, le maire de Toronto John Tory avait appuyé le renouvellement du comité consultatif des affaires francophones de Toronto ainsi que la nomination de la conseillère Dianne Saxe à titre de présidente. « Le maire Tory demeure un fervent partisan de la langue française à Toronto », rappelle Taylor Deasley du bureau du maire.

Nommé pour un mandat de quatre ans, de 2022 à 2026, le nouveau comité sera également composé de huit autres membres, quatre représentants d’organismes francophones et quatre personnes qui ont fait preuve de leadership dans les secteurs de la culture, des affaires, du développement communautaire francophone de Toronto ou d’autres secteurs liés au mandat du comité consultatif. Lors de sa première réunion, le Comité consultatif élira un membre du public comme vice-président.

La place du français à Toronto versus Ontario

Plusieurs dossiers pourraient revenir sur la table des futures réunions comme les communications de la Ville en français. Mme Saxe « ne pense pas que nous y verrons des communications ordinaires en français comme à Ottawa », expliquant que la Ville de Toronto, très cosmopolite, à la configuration linguistique particulière, comprend près de 140 langues différentes de minorités.

« La communauté francophone n’est pas la plus importante à Toronto, les langues les plus parlées après l’anglais étant le cantonais, le mandarin, le pendjabi ou encore l’italien. De nombreux nouveaux arrivants tels que les réfugiés ont plus de barrières linguistiques que nous devons prendre en compte alors que la majorité de la communauté francophone de Toronto peut également comprendre l’anglais. »

« Le français est une langue fondatrice du Canada qui mérite le respect » – Dianne Saxe

Mme Saxe rappelle toutefois qu’à l’échelle de l’Ontario, la francophonie est majeure, au vu de l’importance historique et nationale du français au Canada : « Il s’agit du seul groupe linguistique qui a le privilège d’un comité dédié au niveau du conseil, démontrant l’importance de répondre aux problématiques de la communauté francophone et de s’assurer qu’on sert ses besoins. »

« Le français est une langue fondatrice du Canada qui mérite le respect », ajoute-t-elle.

La fréquence des rencontres du comité, qui n’est tenu qu’à deux réunions par année à la demande du président ou du vice-président, a été vivement critiquée par le passé. Dianne Saxe dit envisager plus de réunions. « Si un sujet pressant vient à se présenter et réclame plus d’attention et de temps, on fera alors le nécessaire », conclut-elle.

Les Noirs font toujours face à des inégalités dans l’accès aux soins de santé mentale

OTTAWA – Les problèmes de santé mentale ne sont plus un secret, surtout depuis la pandémie. Confrontés à eux-mêmes, isolés ou parfois pas assez, les Canadiens ont fait exploser les listes d’attente chez les psychologues. Pourtant, il y a bien une communauté pour qui parler de santé mentale, ce n’est pas évident.

« Parfois la détresse dépasse le seuil du « ça va aller ». Il n’y a pas un modèle unique pour lire la souffrance ou définir la guérison. On a besoin d’approches différentes », clame Yann Vivette Tsobgni, clinicienne en santé mentale et chercheure affiliée à l’Université Laurentienne.

Par le passé, les communautés noires et caribéennes ont été désavantagées et cela se reflète encore aujourd’hui à cause des traumatismes liés à l’esclavagisme, l’oppression, le colonialisme, le racisme et la ségrégation, pointent les spécialistes.

Leur santé mentale est souvent façonnée par des microagressions et une panoplie d’inégalités. Le stress de ces expériences peut avoir un impact sur le bien-être psychologique.

Selon un rapport de 2021 de la Commission de la santé mentale Canada (CSMC), les personnes noires se trouvent face à d’innombrables obstacles en matière d’accès aux soins.

D’abord, la commission affirme que le chômage serait plus élevé et les salaires inférieurs chez les personnes noires. Se pose alors la question des moyens financiers pour consulter. Pour ces populations, le délai d’attente pour avoir accès à des soins de santé mentale, avant la pandémie, était deux fois plus long que des personnes blanches, affirme là encore ce rapport.

D’après Santé publique Ottawa, plusieurs facteurs multiniveaux exposent ces communautés à des risques en termes de santé mentale tels que l’instabilité financière, l’absence d’avancement professionnel, les préjugés, la brutalité policière, la toxicomanie ou encore le « mode de survie constant ».

En plus de ses recherches, Yann Vivette Tsobgni est la fondatrice et dirigeante de l’Institut Résiliences, pour promotion de la santé mentale et de l’éducation pour les communautés Noires. Source : Facebook

Parmi les nombreuses raisons qu’avancent les organismes, Mme Tsobgni suggère aussi que l’immigration pourrait être un facteur de risque pour la santé mentale, notamment le choc culturel. « Au Canada, cela peut se traduire par des difficultés d’adaptation au climat, à la culture, aux codes qui régissent les relations interpersonnelles, mais aussi la question de la langue. »

Le tabou : le poison du discours

« On parle de santé mentale des Noirs, car c’est un sujet encore tabou », estime Yann Vivette Tsobgni, qui milite depuis 18 ans pour appuyer les communautés noires africaines en santé mentale.

« La santé mentale des Noirs ne signifie pas qu’elle est différente des autres, mais que les facteurs de vulnérabilité, les besoins et les approches d’intervention sont spécifiques, notamment les définitions et les croyances. »

À la question « pourquoi aujourd’hui, au Canada, on parle de santé mentale des Noirs? », la chercheure répond que « c’est parce qu’il y a des facteurs de risque tels que la discrimination, les difficultés d’accès au logement, l’emploi, le racisme… ».

Pour elle, toutes ces vulnérabilités gagneraient à être comprises par les professionnels de la santé puisque « la manière dont la santé mentale est définie varie selon les individus et en fonction des sociétés et des cultures ».

Il est parfois important pour une personne noire d’avoir accès à des professionnels auxquels elle peut s’identifier qui lui ressemblent, qui partagent ou comprennent les besoins, les traumatismes et les expériences vécues.

Pourtant, trouver un professionnel en santé mentale pour Noirs au Canada pourrait s’avérer difficile. Le manque de représentation et l’insuffisance de professionnels ayant les compétences culturelles, soit « des professionnels qui comprennent la dynamique et la complexité des communautés noires », font qu’il est difficile pour certaines personnes de demander de l’aide, explique Mme Tsobgni.

Fabiola Philippe est décédée happée par des véhicules sur l’autoroute 417, il y a cinq ans. Aujourd’hui, sa famille aide les personnes de la communauté noire au travers de la Fondation Fabiola. Gracieuseté

« Il faut comprendre que certaines populations noires fonctionnent énormément avec des rites, des traditions, des croyances culturelles et religieuses… et donc, la conception académique de ce qu’est la santé mentale ne les rejoint pas. »

Le tabou est un des obstacles à la prise en charge, puisque « certaines familles ne veulent pas parler de ça », indique la chercheure, « une personne Noire qui parle de santé mentale pourrait se faire dire qu’elle se serait occidentalisée, que la dépression ou le suicide, ce n’est pas pour les Noirs ».

En somme, les tabous empêchent de s’exprimer.

La communauté noire moins disposée à demander de l’aide

Lydia Philippe et sa tante Marie Philippe-Remy ont fondé la Fondation Fabiola pour la sensibilisation et le soutien en toxicomanie et santé mentale (FAHMAS) en 2018, après le décès de Fabiola Philippe à l’âge de 34 ans, lorsque sa fille Lydia Philippe allait sur ses 16 ans.

« J’ai réalisé que ma mère avait des problèmes : elle était parfois hyper présente, parfois pas du tout. C’était peut-être aussi les conséquences de sa dépression post-partum, elle m’a d’ailleurs eu à l’âge de 17 ans », raconte Lydia Philippe.

Pour la jeune femme, on parle si peu de santé mentale dans les communautés noires que les personnes en état de mal-être ne savent pas par où commencer. Elle considère aussi qu’il y a beaucoup de préjugés. « On pouvait penser que c’était son entourage ou l’influence autour d’elle, mais en réalité c’était des problèmes de santé mentale. C’est seulement suite à son décès tragique qu’on a compris l’ampleur du problème. »

Lydia Philippe et Marie Philippe-Rémy lors d’un gala organisé à la Fondation Fabiola. Gracieuseté

« Ce n’était pas facile pour elle », pense la jeune fille, « dans la communauté haïtienne, ce n’est pas tout à fait accepté ce type de discours, généralement, on se tourne vers la religion ».

« On ne savait pas gérer, on n’avait pas les outils en santé mentale, on ne savait pas comment aller chercher des ressources dans la communauté », se rappelle la Franco-Ontarienne.

Fabiola est le triste exemple des besoins que les communautés noires et caribéennes ont en termes de santé mentale. Les obstacles et la difficulté d’accès aux soins font que les personnes n’iront pas chercher de l’aide et encore moins si les professionnels de santé ne comprennent pas les dynamiques culturelles.

L’image que la société véhicule des personnes noires ne permet pas non plus aux adultes noirs d’aller chercher de l’aide. Pour Mme Philippe, « on a cette image de la femme noire forte qui ne montre pas ses émotions, qui doit prendre en charge sa famille et travailler. Cette image d’une communauté noire et résiliente ».

Le mal-être n’est pas seulement un problème de blanc. Pour combattre les tabous, les préjugés et offrir plus de soutien à la communauté, la jeune Franco-Ontarienne, pense que cela doit passer par l’éducation et une forme d’éducation : la sensibilisation.

La chicane interne autour des langues officielles est terminée, soutiennent les libéraux

OTTAWA – Le message du député franco-ontarien Francis Drouin a été entendu. Les députés du Québec se sont dit tous unis mercredi matin derrière le projet de Loi C-13, qui vise à moderniser la Loi sur les langues officielles.

Dans les dernières semaines, des députés anglophones du Québec, sur l’île de Montréal, ont vivement critiqué publiquement le projet de loi de leur gouvernement. Des députés ont tenté en comité de retirer des portions présentes dans le projet de loi de leur gouvernement comme toute mention de la Charte de la langue française, soit la Loi 96.

Mercredi matin, les députés du caucus du Québec se sont réunis, a annoncé le lieutenant du Québec Pablo Rodriguez. « On est sortis unis et on s’en va tous dans la même direction. On s’entend sur la voie à suivre et c’est celle de l’adoption de C-13 », a-t-il signalé.

Le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez et lieutenant du Québec .La Presse canadienne/Patrick Doyle

Les députés ont reconnu « l’importance de C-13 malgré toutes ses imperfections », a poursuivi M. Rodriguez. Il a précisé ne pas vouloir commenter les propos que ses collègues anglophones ont émis dans les derniers jours.

« Ce qui est important ici est de démontrer notre maturité, notre capacité de parler et, ce matin, chacun a pu s’exprimer plus d’une fois. On a eu un dialogue très ouvert. En bout de ligne, c’est un projet de loi qui vient renforcer le fait français… C’est un bon projet de loi. »

Journée mouvementée mardi

Des députés de circonscriptions anglophones, comme Marc Garneau et Patricia Lattanzio, ont répété aux journalistes mercredi matin les propos de M. Rodriguez sur le « caucus uni » avant de faire leur entrée en réunion du caucus libéral.

Hier, le député de Glengarry-Prescott-Russell est sorti publiquement pour critiquer les propos de ses collègues du « Montreal Island » qu’il considère comme « un show de boucane honteux ».

« C’est assez le niaisage… Moi aussi j’ai une communauté francophone à représenter et c’est la communauté francophone de l’Ontario », avait fulminé Francis Drouin en entrevue avec ONFR+.

Ce matin, il a qualifié de normaux les différends entre certains députés et lui, « comme dans une famille ».

« Moi, je ne m’entends pas toujours avec ma femme et c’est normal mais, grosso modo, on est d’accord que les députés qui représentent leur communauté ont le droit de présenter leurs amendements. Ça a été fait vendredi, mais il n’y avait pas de partenaires de danse pour eux. Maintenant, il faut aller de l’avant avec C-13 », souhaite-t-il, ajoutant lui aussi que le caucus était unifié derrière le projet de loi.

Justin Trudeau a refusé de pointer du doigt les propos de ses députés anglophones de Montréal. Il a souligné que les députés étaient « ancrés dans des principes de défense de liberté, défense de droits linguistiques », défendant ainsi leur droit à « représenter leurs communautés ».

« On a mis de l’avant une proposition avec C-13 qui protège les minorités linguistiques à travers le pays, avec une emphase particulièrement sur la protection du français, et on sait que c’est le bon équilibre. On va continuer à avancer avec ce projet », a dit le premier ministre.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a de son côté affirmé être « très confiante que le caucus a comme objectif de voir le passage du projet de loi » et espère que les choses évolueront désormais en comité.

Transferts en santé : l’Ontario pourrait accepter l’offre d’Ottawa

TORONTO – Si les négociations des transferts en santé sont toujours en cours entre le gouvernement fédéral et les premiers ministres des provinces et territoires canadiens, Sylvia Jones, la ministre de la Santé a laissé entendre ce matin que la province pourrait accepter l’offre d’Ottawa. Une rencontre est prévue demain entre Doug Ford, elle, son homologue fédéral Jean-Yves Duclos et son collègue à lui aux Affaires intergouvernementales Dominic Leblanc.

Dans son offre à la province, Ottawa entend envoyer un nouveau financement de 18 milliards de dollars sur 10 ans. Au total, l’Ontario pourrait recevoir 77 milliards de dollars de la part du gouvernement fédéral sur 10 ans.

Dans une annonce de ce matin sur le plan de santé général de l’Ontario, la ministre de la Santé Sylvia Jones a laissé échapper ses vues sur la proposition de financement du gouvernement Trudeau.

« Sans aucun doute, nous accepterons tout nouvel investissement dans le domaine de la santé. »

Ce après quoi, elle a rapidement modéré ses propos en faisant part de ses préoccupations quant aux limitations possibles.

« Je suis satisfaite de voir que le gouvernement fédéral s’assoit à la table pour négocier, mais nous essayons de construire un système de santé pour la prochaine décennie et cela pourrait rendre difficile la planification sur le long terme. »

Jean-Yves Duclos a réagi en disant que ce « n’est pas étonnant » de voir l’Ontario enclin à accepter l’offre.

« On travaille ensemble, les ministres de la Santé, depuis plus qu’un an. On a eu près d’une quinzaine de rencontres, donc le travail de fond, il est déjà prêt », a dit celui qui sera accompagné de son collègue dans sa rencontre à Toronto avec M. Ford et Mme Jones.

Hier, les premiers ministres avaient pourtant qualifié l’offre d’Ottawa de « décevante », eux qui demandaient une augmentation de 28 milliards par année, bien loin des 46,2 milliards offerts par Ottawa hier. Questionné à savoir s’il allait accepter l’offre, le premier ministre Doug Ford n’est pas allé aussi loin que sa ministre de la Santé.

« Nous allons nous asseoir aujourd’hui, en discuter et l’examiner avec tous les premiers ministres », indiquant lui aussi avoir quelques soucis avec la durabilité de l’entente.

Poilievre maintiendrait les ententes

À Ottawa, le chef conservateur Pierre Poilievre a affirmé qu’il garderait les ententes avec les provinces et territoires sur les transferts en santé si jamais il prenait le pouvoir. Il a accusé Justin Trudeau de pénaliser les soins de santé, car il a gaspillé près de « 500 milliards en déficit inflationniste ».

« Si j’étais premier ministre ces huit dernières années, je n’aurais pas gaspillé autant d’argent. Il aurait été possible d’avoir davantage d’argent », ajoutant qu’il ne ferait jamais des promesses « qu’il ne pourrait pas livrer ».

Les propos de l’aspirant premier ministre n’ont pas plu à celui qui occupe actuellement la fonction. Justin Trudeau s’en est pris à son adversaire soutenant qu’il « n’offre que l’austérité et les coupures ».

« C’est pas ça qui va aider les familles qui en ont besoin », a soutenu le premier ministre avant la période des questions aux Communes. »

Cour suprême : les conservateurs en faveur de l’exigence d’un banc bilingue

OTTAWA – Les élus conservateurs ne se sont pas opposés à un article du projet de Loi C-13 exigeant une Cour suprême du Canada bilingue. Cela représente un léger changement sous le chef Pierre Poilievre par rapport au règne de ses prédécesseurs Stephen Harper et Erin O’Toole.

Au Comité des langues officielles mardi, l’article en question exigeant le bilinguisme des juges n’a pas été débattu, car aucun amendement en ce sens n’a été déposé par aucun parti, ce qui indique qu’il sera dans la refonte de la Loi sur les langues officielles, si une fois adoptée.

Dans sa modernisation de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement Trudeau n’oblige pas noir sur blanc le bilinguisme des neuf juges, mais indique qu’il ne sera pas possible pour un juge unilingue anglophone d’entendre une cause en français. La Cour devrait alors siéger à un nombre impair réduit pour les causes dont le ou les juges unilingues ne maîtrisent pas l’une des deux langues officielles. Ce type de pratique à trois, cinq ou sept juges rendrait alors la vie très compliquée pour un futur juge unilingue à la Cour suprême, selon des juristes interrogés par ONFR+.

Écrire noir sur blanc que la maîtrise des deux langues officielles est obligatoire pour chacun des neuf juges pourrait entraîner un conflit constitutionnel, mais l’actuelle mesure rend la nomination d’un juge unilingue quasi impossible, estimait notamment le professeur de droit de l’Université d’Ottawa Benoît Pelletier. L’actuelle mesure dans le projet de loi rendrait alors la nomination d’un juge unilingue quasi impossible, affirmaient des juristes.

Changement sous Pierre Poilievre?

Sous Stephen Harper entre 2006 et 2015, les conservateurs avaient nommé deux juges unilingues (Michael Moldaver et Marshall Rothstein), mais six bilingues ce qui avait souvent soulevé les contestations.

Le gouvernement Trudeau s’est engagé depuis son arrivée au pouvoir à ne nommer que des juges capables d’entendre des causes dans les deux langues officielles au banc de la plus haute cour du pays, dont Michelle O’Bonsawin plus récemment. Les libéraux ont souvent critiqué la position des conservateurs sur ce dossier.

Justin Trudeau avait notamment attaqué la position de l’ancien chef conservateur Erin O’Toole qui n’était pas en faveur d’un bilinguisme obligatoire. En 2019, Andrew Scheer s’était dit en faveur de la connaissance des deux langues officielles pour les neuf juges de la Cour suprême. En 2017, toutefois, le Parti conservateur, excepté pour neuf députés, avait voté contre (en compagnie d’une majorité de députés libéraux) un projet de loi néo-démocrate qui obligeait le bilinguisme des neuf plus hauts juristes du pays.

En entrevue, le député conservateur Joël Godin souligne que ce n’est pas le bilinguisme qui importe, mais bien l’accès à « un service à la justice en français », rejoignant ainsi la position des libéraux dans C-13.

« S’il y a 10 % des tribunaux qui sont traités en français, il devrait y avoir au minimum 10 % de juges francophones. Le bilinguisme n’est pas nécessaire à la Cour suprême si tous les gens ont accès à la justice en anglais ou en français. S’il y a sept juges francophones à la Cour suprême, à ce moment-là, ils travailleront les sept sur les causes francophones », a affirmé le porte-parole en Langues officielles de la troupe de Pierre Poilievre.

Pierre Poilievre ne s’était jamais prononcé publiquement depuis son entrée comme chef conservateur en septembre dernier à savoir s’il était en faveur d’un bilinguisme obligatoire à la Cour suprême.

Transferts en santé : un écart de près de 88 $ milliards dans l’offre d’Ottawa à l’Ontario

OTTAWA – Le gouvernement fédéral propose d’augmenter sa part de transferts en santé aux provinces et territoires de 5 %, pour un total de 196,1 milliards de dollars étalé sur dix ans. L’offre d’Ottawa pourrait rapporter près de 20 milliards en nouveau financement au gouvernement ontarien sur 10 ans.

Le nouveau financement d’Ottawa est divisé en quatre parties : la hausse des transferts en santé, un accord distinct par province, un montant pour hausser le salaire des travailleurs de la santé et finalement, un autre accord distinct réservé pour des soins de santé comme la santé mentale et les soins à domicile.

L’augmentation annuelle de 5 % sur 10 ans constitue une augmentation de 17,1 milliards de dollars pour les provinces, dont 6,8 milliards pour l’Ontario. La seule condition à cette augmentation de 5 % est que les gouvernements provinciaux et territoriaux participent à un programme de partage sur le recueillement de renseignements sur la santé.

À long terme, le fédéral prévoit envoyer 25 milliards de dollars sur 10 ans aux provinces et territoires. Ce montant dépendra de la poursuite des investissements dans les soins de santé et serait accordé en vertu d’un accord différent avec chaque province et territoire. L’Ontario toucherait alors 8,4 milliards de dollars.

À court terme, Ottawa offre 2 milliards de dollars immédiatement aux provinces pour réduire le temps d’attente pour les opérations par exemple, ce qui représente 776 millions pour l’Ontario. Ottawa offrira aussi 7,8 milliards pour des soins comme ceux à domicile et dans les centres de soins de longue durée. Cela porte à 46,2 milliards sur dix ans le nouveau financement apporté sur la table par le gouvernement Trudeau mardi, dont 18 milliards qui pourraient être versés à l’Ontario.

Au total, l’Ontario pourrait recevoir 77 milliards de dollars de la part du gouvernement fédéral sur 10 ans.

« C’est un point de départ (… )Je vois le verre à moitié plein. On va avoir beaucoup de questions en lien avec cette offre », a réagi le premier ministre Doug Ford en conférence de presse.

La présidente du Conseil de la fédération, Heather Stefanson, a qualifié de « décevante » l’offre d’Ottawa mais, les premiers ministres se réjouissent qu’elle ne comporte pas de conditions.

La rencontre des premiers ministres mardi à Ottawa. Crédit image : Stéphane Bédard

Les premiers ministres provinciaux demandaient à ce que la part d’Ottawa passe de 22 % à 35 % soit un total de 28 milliards de dollars par année, mais Ottawa offrira 46,2 milliards sur 10 ans, soit 234 milliards de différence.

Si Ottawa avait acquiescé à la demande des provinces, la plus grosse province canadienne aurait reçu autour de 106 milliards de dollars, soit près de 38 % de la somme totale, ce qui représente le poids de l’Ontario. En nouveau financement, l’Ontario recevra plutôt 18 milliards de dollars sur 10 ans, ce qui constitue un écart de 88 milliards de dollars avec l’offre présentée aujourd’hui par le gouvernement Trudeau.

Questionné à multiples reprises si l’offre en était une finale, Justin Trudeau a esquivé, mais a laissé entendre qu’il y a de la marge de manoeuvre dans les accords bilatéraux, sans toutefois préciser si c’était au niveau financier.

« Nous savons que ce que les premiers ministres avaient réellement besoin, était de l’assurance sur un plus long horizon et de savoir que pour les 10 prochaines années, le gouvernement fédéral allait être là comme partenaire dans les choses qui sont vraiment importantes pour les Canadiens », a soutenu Justin Trudeau, martelant le 198 milliards mis de l’avant par son gouvernement sur 10 ans. « Il s’agit d’un investissement massif dans les soins de santé. »

Le 25 milliards de dollars sur 10 ans est dans une entente ne fait pas partie des transferts en santé, mais bien d’un autre accord, qui sera signé distinctement avec chaque province. Ce financement conditionnel doit être rempli dans quatre priorités communes établies par Ottawa, les services de santé familiale, les travailleurs de la santé et les arriérés, la santé mentale et la toxicomanie et un système de santé modernisé, indique le communiqué du gouvernement.

Cet article a été mis à jour à 19h48.

Une précédente version du texte indiquait que l’écart entre la demande de l’Ontario et celle d’Ottawa était de 91 milliards de dollars. Il s’agit plutôt de 88 $ milliards.

Langues officielles : « Ça suffit le niaisage », fulmine Drouin contre ses collègues anglo-québécois 

OTTAWA – Le député franco-ontarien Francis Drouin en a assez du « niaisage et du show de boucane » de certains de ses collègues anglophones, qui critiquent ouvertement la Loi 96 au Québec via la modernisation de la Loi sur les langues officielles à Ottawa.

« Le show de boucane mené par certains de mes collègues est honteux. Le Montréal island n’a pas le monopole sur la politique linguistique du Canada. La désinformation n’a pas sa place dans ce débat », a-t-il écrit mardi matin sur Twitter. 

https://twitter.com/Francis_Drouin/status/1622928902246072325?s=20

Le député de Glengarry-Prescott-Russell réagissait à des propos erronés de la députée Emmanuella Lambropoulos qui critiquait la Loi 96.

Elle affirmait que la grande mère de sa coiffeuse n’avait pas pu obtenir un service en anglais lors d’une visite chez son docteur en raison de la Loi 96. Ce dernier parlait en anglais auparavant, mais ce n’est plus le cas depuis l’adoption de la loi québécoise, car ce docteur craint « de faire l’objet d’une plainte si elle parle une langue autre que le français à son lieu de travail », relatait Mme Lambropoulos. C’est pourtant faux car la Loi 96 ne s’applique pas au système de santé. 

« C’est assez le niaisage… Je ne tolérerai pas ce genre de comportement de la part de mes collègues alors que c’est basé sur de la désinformation », a renchéri Francis Drouin en entrevue avec ONFR+.

Le député soutient que ses collègues ont fait leur point mais que la majorité au comité ne les a pas appuyés en référence à un amendement adopté, qui inclut la Charte de la langue française dans le projet de Loi C-13. Il s’agit d’un amendement que les députés anglophones souhaitaient exclure. 

« L’amendement n’est pas passé, on ne peut plus reculer. Moi aussi j’ai une communauté francophone à représenter et c’est la communauté francophone de l’Ontario… Le premier ministre a donné l’opportunité à ces députés-là de faire la représentativité de leur communauté. Le vote n’est pas passé malheureusement pour eux, alors là maintenant, il faut aller de l’avant », demande le membre du Comité des langues officielles.

Une minorité de députés

Le député de Glengarry-Prescott-Russell soutient que certains de ses collègues anglophones ne reflètent qu’une minorité au sein des députés libéraux. Depuis plusieurs semaines, certains élus libéraux critiquent ouvertement la mouture de la ministre Ginette Petitpas Taylor.

« La majorité du caucus est d’accord sauf quelques personnes mais c’est normal dans une famille », affirme-t-il.

Il remet par ailleurs en doute certains des propos de ses collègues de communautés anglophones. Marc Garneau avait qualifié en décembre dernier loi québécoise de « discriminatoire envers la minorité anglophone ». Le député de Mont-Royal Anthony Housefather avançait n’avoir « jamais vu autant de désespoir, de mécontentement et de craintes ».

« Le projet de loi 96 amène les Québécois anglophones à se demander qui les défend », avait-il dit en comité parlementaire.

« Ce n’est pas le gouvernement fédéral qui va régler la Loi 96. À ma connaissance, quand la Loi 96 est passée, la communauté anglophone n’a pas subi de conséquences majeures. Il faut être réaliste, ce n’est pas la Loi 96 ou la Loi 101 et C-13 qui vont venir sauver tous les meubles des communautés en situation minoritaire », a martelé Francis Drouin en entrevue pour ONFR+.

Mais le projet de Loi C-13 doit avancer car il s’agit d’un « outil d’essentiel », contrebalance-t-il. Il reste cinq séances pour voter près d’une centaine d’amendements, dont certains qui proviennent des communautés francophones, du commissaire aux langues officielles ou du gouvernement du Québec.

« Je vis dans une communauté ou moi même j’ai même pas accès à une garderie en français, c’est pas normal et C-13 vient renforcer ça », souligne le représentant libéral dans l’Est ontarien.

Réaction de Justin Trudeau

Questionné au sujet des propos de son député, Justin Trudeau a répondu que la priorité est de protéger le français au Québec et à travers le pays, ajoutant appuyer la mouture de la ministre Ginette Petitpas Taylor.

« On est en train d’avancer avec le projet de Loi C-13 qui non seulement, va protéger les communautés linguistiques minoritaires à travers le pays et renforcer le français au Québec », a dit le premier ministre avant de faire son entrée à la réunion du cabinet.

Pour le lieutenant du Québec Pablo Rodriguez, c’est « normal » que ce débat « soulève des passions de part et d’autre ».

« Ultimement, c’est un projet de loi du gouvernement qui vient protéger et renforcer le français au Québec et à l’extérieur du Québec et moi je m’attends à ce qu’on en discute et qu’on en débatte, fine, mais qu’en fin de compte, il est temps qu’on aille de l’avant. »

Le Whip du caucus Steven MacKinnon n’a pas souhaité critiquer la position de ses collègues anglophones ou s’avancer sur si le caucus était divisé sur la question, mais il réitère son appui au projet de loi.

« Je ne caractérise pas les débats qui peuvent avoir lieu sur une loi aussi fondamentale que celle-là, mais on a pris un engagement et on entend le respecter. »

Loi sur les langues officielles : Petitpas Taylor riposte à ses collègues anglo-québécois

OTTAWA — La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor se dit très à l’aise avec sa réforme de la Loi sur les langues officielles, qui est l’objet de critiques au sein du caucus libéral, notamment des députés anglo-québécois. Elle rappelle que ce n’est pas l’anglais qui est menacé au pays, mais bien le français.

« Comme ministre des Langues officielles, je suis très confortable avec mon projet de loi », a lancé Ginette Petitpas Taylor lundi soir après son passage au comité sénatorial des Langues officielles.

Elle rappelle que son projet de loi vise à freiner le déclin du français au pays, comme révélé par les récentes données du Recensement de 2021 alors que l’anglais progresse.

« Le français est la langue menacée, pas l’anglais, soyons clair (…) Moi je vais de l’avant pour faire ma juste part pour m’assurer qu’on va tout faire pour protéger et promouvoir le français et faire avancer le projet de loi C-13. »

Questionnée à savoir si elle avait l’appui de Justin Trudeau pour son projet, elle a répondu « absolument ». Elle a répété, au cours de cette mêlée de presse, vouloir laisser aller le cours des travaux parlementaires au comité.

Dissidence au sein du caucus

Depuis plusieurs semaines, des députés anglophones du Québec critiquent C-13, notamment pour l’inclusion de la Loi 96 dans le projet de loi. Ces élus tentent depuis le début décembre de retirer les mentions incluses dans la mouture présentée en mars dernier. Plus récemment, c’est la députée Emmanuella Lambropoulos qui a effectué des propos erronés au sujet de la Loi 96.

Cette dernière — la même qui avait remis en question le déclin du français au Québec — affirmait que la grand-mère d’une de ses commettantes s’était vue refuser un service à la clinique de son médecin. Ce dernier parlait en anglais auparavant, mais ce n’est plus le cas depuis l’adoption de la loi québécoise, car ce docteur craint « de faire l’objet d’une plainte si elle parle une langue autre que le français à son lieu de travail », relatait Mme Lambropoulos.

« Les membres de notre caucus sont autonomes, a commenté la ministre acadienne sur les récentes sorties de ses collègues. On ne dit pas à nos députés quoi dire et quoi ne pas dire. Ils doivent quand même partager leur point de vue. »

À la période des questions lundi, le député du Bloc Québécois Mario Beaulieu avait qualifié les propos de la députée Lambropoulos « d’histoires de peur » et de « totalement ridicule ».

« La ministre va-t-elle ordonner à ses collègues d’arrêter la désinformation quand ils débattent de son projet de loi? », l’avait interrogé l’élu bloquiste.

La ministre Petitpas Taylor n’a pas mordu en ne répliquant pas directement à la question.

Vendredi, le député de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount Marc Garneau avait critiqué que les conservateurs et néo-démocrates rejoignent le Bloc Québécois en adoptant un amendement reconnaissant que la Charte de la langue française « vise à protéger, renforcer et promouvoir cette langue ».

Ensuite, le député acadien Darrell Samson avait été le seul libéral à rejoindre les trois partis de l’opposition pour adopter un amendement visant à faire du Conseil du Trésor l’agence chargée d’appliquer la Loi sur les langues officielles. Quelques instants auparavant, le député libéral Anthony Housefather avait fait bande à part en étant le seul à s’abstenir sur un amendement — voté unanimement —, qui affirmait que la minorité anglophone du Québec et les minorités francophones des autres provinces ont des besoins différents.

Transferts en santé : Ford et les premiers ministres à Ottawa pour rencontrer Trudeau

OTTAWA – Doug Ford et les premiers ministres des provinces et territoires sont arrivés ce lundi à Ottawa en vue de leur rencontre avec Justin Trudeau et le fédéral mardi. Une session de quelques heures est prévue entre le premier ministre canadien et ses homologues provinciaux.

Doug Ford, contrairement à certains de ses collègues, ne s’est pas adressée aux médias avant de faire son arrivée dans la capitale fédérale. Le premier ministre ontarien est arrivé en milieu de journée, mais il a rencontré le maire d’Ottawa Mark Sutcliffe. Doug Ford avait ouvert la porte aux conditions d’Ottawa – le partage de données sur le système de santé – il y a quelques semaines.

Les premiers ministres ont tous affirmé ne pas savoir ce qu’allait comporter l’offre d’Ottawa.

« On va voir le montant. On a demandé sans condition, mais on va savoir ça demain… Je vais attendre à demain avant de vous dire si je suis pessimiste ou optimiste », a lancé François Legault à son arrivée à Ottawa.

Ottawa assure qu’il sortira le chéquier.

Divers médias ont rapporté que les provinces auraient sur la table une augmentation des transferts de santé d’une durée de 10 ans. Une entente générale serait signée par tous les provinces et territoires et Ottawa paraphera ensuite des accords individuels avec les provinces, en fonction des besoins spécifiques de chacun, rapporte le Globe & Mail. Des accords ne seront pas signés cette semaine, mais mettent plutôt la table pour une signature dans les prochaines semaines, ont prévenu Ottawa et les provinces.

Justin Trudeau avait parlé dans les dernières semaines de demain, comme « une rencontre de travail où nous allons présenter notre vision, pour comment on peut avancer ensemble ».

« Nous allons être là avec plus d’argent », a évoqué le premier ministre, lundi, avant la période des questions.

« Je pense aussi que c’est important de parler de données et de résultats, mais évidemment ça va être fait de façon flexible en respectant les champs de compétence des provinces », a-t-il poursuivi. « On va parler de comment on peut aider évidemment pour le long terme comme on a toujours dit, mais on espère avec de l’aide que les Canadiens vont sentir dans le court terme aussi parce qu’il y a énormément de gens qui veulent des meilleurs services de soins de santé. »

Alors que les temps se font durs et que plusieurs, dont le chef conservateur Pierre Poilievre, appellent Ottawa à être prudent avec ses finances, M. Trudeau maintient ne pas vouloir agir de façon « irresponsable ».

« Mais nous allons être là pour les priorités des Canadiens, dont le système de santé, dont la préparation de l’économie de l’avenir qui fonctionne pour tout le monde », contrebalance-t-il.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh appelle de son côté Ottawa à ne pas augmenter les transferts en santé aux provinces, comme l’Ontario, si l’argent est destiné aux privées. L’Ontario a récemment annoncé que certaines chirurgies comme aux hanches seraient assurées par le privé.

« Ça ne règle pas nos problèmes dans le système de santé. Le problème dans le système de santé est le manque de travailleurs. Justin Trudeau a un choix, est-ce qu’il va investir plus dans notre système de santé publique et régler la crise ou il va laisser les provinces investir dans le système à but lucratif et empirer les choses? »

Marit Stiles : « Les Ontariens comptent sur nous »

TORONTO – La nouvelle cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario, Marit Stiles, s’est entretenue en toute transparence avec ONFR+ sur ses priorités et ses objectifs, à la veille d’une rentrée parlementaire qui s’annonce prolifique pour son parti. Au menu, des sujets controversés en Ontario : la protection de la Ceinture de verdure, la pénurie de l’emploi, la crise du système de santé ou encore les travailleurs en éducation. Le style Marit Stiles, c’est un peu « une main de fer dans un gant de velours », une détermination et une fermeté implacables mais un côté humain, qui se veut au plus proche des Ontariens.

« Quelle est votre priorité immédiate?

Pour l’heure, le plus important est la transition. Nous voulons me présenter aux Ontariens, qui ne me connaissent pas encore, rencontrer le plus de personnes possible. Je veux m’établir comme un leader qui peut diriger cette province, quelqu’un qui peut tenir tête à M. Ford, c’est certain. Mais aussi, comme quelqu’un qui trouve les solutions que recherchent les Ontariens.

L’environnement est un de vos thèmes forts. Sur quelles mesures concrètes envisagez-vous de vous battre?

Le gouvernement actuel recule massivement en ce qui concerne la protection de l’environnement. Un problème qui préoccupe bon nombre d’Ontariens, partout dans la province, est la préservation de la Ceinture de verdure.

Trois raisons à cela : la première est qu’il s’agit de terres sensibles écologiquement et importantes, mais ce sont aussi des terres qui ont été protégées afin que nous puissions atténuer l’impact du changement climatique. Enfin, il s’agit d’une grande partie de nos terres agricoles, absolument essentielles pour cultiver notre propre nourriture de proximité.

L’annulation par le gouvernement d’un grand nombre de contrats d’énergie renouvelable est un grand pas en arrière. Je veux amener le gouvernement à revenir sur certaines de ses décisions. Lors de la dernière élection, nous avons présenté le nouveau pacte démocratique vert qui propose des mesures importantes, mais également des opportunités. Nous devons cesser de voir le changement climatique comme limitant, mais plutôt comme l’occasion de bâtir et de créer de nouveaux emplois pour les Ontariens.

Quel serait votre plan d’action pour l’emploi, si vous étiez au pouvoir?

C’est une question très importante parce que tant de crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui concernent en fait les ressources humaines, que ce soit dans le secteur de la santé – attendre de 8 à 12 heures dans une salle d’urgence n’est pas normal – ou dans l’éducation – plus de 40 enfants dans une classe, ce n’est pas normal non plus – ou dans de nombreux autres secteurs.

« Si nous ne commençons pas à payer et à traiter les gens correctement, nous n’allons pas attirer vers les emplois qui souffrent de pénurie » – Marit Stiles

Il y a un lien de causalité direct avec les prises de décision du gouvernement. Le projet de loi 124 (gel des salaires dans le secteur public), a eu un effet dévastateur à un moment où les gens sortaient déjà de la pandémie, se sentant davantage pressurisés.  

Si nous ne commençons pas à payer et à traiter les gens correctement, nous n’allons pas attirer vers les emplois qui souffrent de pénurie. Nous devrons également encourager une main-d’œuvre à venir avec les compétences pour des métiers à pourvoir en Ontario. Il nous faut un plan en ce sens, à commencer par arrêter de nous battre pour garder le salaire des infirmières bas.

Quelle est votre vision de l’état actuel du système de santé?

Notre système de santé fait face à une crise. Ces étapes initiales du gouvernement vers le secteur privé (opérations de cataracte, hanches, genoux, etc.) semblent anodines mais l’impact sur notre système sera grand. Cela seul poussera plus de travailleurs en santé hors des hôpitaux vers le secteur privé où les conditions de travail sont plus favorables. Cela signifie que les personnes qui se retrouvent avec des conditions graves dans nos hôpitaux ne recevront pas le traitement dont elles ont besoin.

Un responsable d’établissement de santé publique me disait qu’ils sont tous très inquiets à ce sujet parce qu’ils savent que ces cliniques privées essaieront de débaucher, d’attirer leur personnel, alors qu’ils ont déjà du mal à recruter. Ces mêmes travailleurs dont le gouvernement essaye de garder le salaire au minimum.

Les solutions se trouvent dans l’investissement dans le secteur public : concentrer l’argent dans les soins directs aux patients, entreprendre et innover, aborder la crise des soins de santé dans nos hôpitaux et y améliorer la rémunération et les conditions de travail. Nous n’allons pas attirer de travailleurs d’autres pays ou d’autres provinces du Canada à moins que nous ne réglions ces points chez nous d’abord. Ce que j’attends avec impatience, c’est aller sur le terrain et écouter des travailleurs de première ligne qui ne sont pas entendus.

Quelle est votre approche en matière d’éducation, et concernant les revendications des travailleurs en éducation?

J’ai été porte-parole en matière d’éducation pendant quatre ans pour le parti et conseillère scolaire. C’est donc une question qui me passionne et un autre domaine dans lequel je pense que les gouvernements n’ont vraiment pas investi correctement. Alors que nous nous dirigeons vers une autre ronde de négociation, le gouvernement commence à faire des menaces. Il ne s’assied pas pour négocier, il veut prendre un raccourci et imposer une solution. Cela nous a conduits à des fermetures et à des perturbations pour nos enfants.

Que ferais-je différemment? Simplement, je négocierais. Nous devons écouter et franchir les étapes pour arriver à une solution. De plus en plus, les conseils scolaires éprouvent de la difficulté à trouver du personnel. Nous savions depuis longtemps qu’il y avait une crise de l’éducation francophone dans cette province, mais maintenant nous voyons cette crise à tous les niveaux des emplois dans le secteur de l’éducation. Nous devons mettre de vraies ressources dans les écoles et régler certains des problèmes d’équité en matière d’éducation en soutenant les élèves qui ont des besoins spéciaux.

Marit Stiles, le jour de son élection officielle en tant que cheffe du NPD de l’Ontario. Source : Twitter NPD Ontario

Comment voyez-vous l’avenir du bilinguisme en Ontario et comment comptez-vous protéger la francophonie?

Il s’agit d’une population croissante dans notre province. Je suis très consciente de cela et nous avons des membres du caucus qui sont franco-ontariens, francophones, très conscients de la nécessité de protéger des droits linguistiques, le soutien dans les services en français dans notre province. Le gouvernement a fait de graves faux pas et j’ai entendu ces quatre dernières années une peur constante au sein de la communauté.

« Nous avons une grande responsabilité, celle de protéger les droits linguistiques des minorités » – Marit Stiles

En tant que province, en tant que gouvernement, nous avons une grande responsabilité, celle de protéger les droits linguistiques des minorités. Cela signifie comprendre qu’en investissant davantage nous devons franchir cette étape supplémentaire.

Il s’agit d’une communauté en croissance qui offre de nombreuses possibilités d’attirer plus de personnes dans notre province. Je suis vraiment contente que notre caucus ait des leaders francophones forts parce qu’ils nous rappellent chaque jour le besoin unique et important de cette communauté.

Réformer le système électoral est-il toujours une priorité?

Absolument! La démocratie et les réformes sont en tête de liste de mes priorités et l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de me présenter en tant que cheffe de l’opposition officielle NPD, c’est parce que j’étais très inquiète par le faible taux de participation aux dernières élections, des chiffres historiquement bas.

Si les gens ne votent pas, c’est qu’ils ne pensent pas que leur vote compte, parce que le gouvernement leur dit que ce qui se passe est normal et que nous ne pouvons pas faire mieux. La réforme électorale est donc un élément important pour s’assurer que les voix et les valeurs réelles des gens se reflètent dans les résultats des élections.

Qu’est-ce qui vous différenciera d’Andrea Horwath? Quelle est votre propre signature?

J’espère apporter une nouvelle énergie et de l’enthousiasme pour ce rôle. J’espère que je pourrai me connecter à de nouveaux groupes de personnes et les amener à rejoindre notre mouvement. Nous avons un gros travail devant nous sur les trois ans et demi à venir mais nous sommes sans aucun doute le parti le mieux placé pour former un gouvernement, battre Doug Ford et en faire plus pour les gens de cette province. Les Ontariens comptent sur nous.

Chaque jour, des gens me surprennent quand je marche dans la rue en me demandant de ne pas changer. J’ai l’impression que les gens comptent sur moi et sur notre équipe. Comme je n’ai pas toutes les réponses, et je n’ai pas peur de le dire : je veux entendre ce que les Ontariens ont à dire. Je veux m’assurer qu’on ne s’oppose pas toujours mais qu’on propose aussi de nouvelles solutions.

J’ai la conviction que nous pouvons former un gouvernement en trois ans et demi et donc l’idée que nous pourrions réellement faire certaines de ces choses auxquelles nous pensons depuis tant d’années est assez excitante. »

Dominique Nackers, l’amour de la ferme… et du français

[LA RENCONTRE D’ONFR]

EARLTON – Belgique, Québec, Ontario… Dominique Nackers aura connu plusieurs francophonies. De l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) à l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) locale en passant par la politique municipale, ce fermier retraité est connu de la communauté de Témiskaming pour ses multiples implications et son franc-parler.

« Vous avez grandi en Belgique, pays à structure fédérale comme le Canada. Quels parallèles peut-on établir?

On peut faire pas mal de comparaisons. Ce dont je me souviens et qui m’a beaucoup marqué c’est qu’avant les Wallons étaient la partie dominante et que les Flamands étaient les ouvriers manuels. Les Wallons avaient plus le pied dans la culture, surtout avec les écoles religieuses, puis ça a changé. Maintenant, ce sont les Flamands qui ont la puissance commerciale et sont même plus fiers de leur culture, la mettent plus en avant. Les Wallons, eux, ont perdu de leur poids politique, entre guillemets.

Ce rapport de force se rapproche-t-il, selon vous, toutes proportions gardées, de celui des francophones de l’Ontario face à la majorité anglophone?

Oui effectivement. Beaucoup de Franco-Ontariens dans le Nord sont dans le secteur de la foresterie, des mines et des ressources naturelles, comme les Flamands l’étaient dans le charbonnage, les scieries… puis ça a changé. Ici, il faut défendre notre culture francophone et les Wallons aussi doivent défendre leur culture alors qu’avant ils étaient plus influents, notamment grâce à l’église justement. Et en Belgique le poids de la religion a beaucoup diminué, comme au Canada, on le sait.

Votre famille a déménagé au Canada quand vous étiez encore très jeune. Pourquoi une telle décision?

C’était pour acheter une ferme laitière. Mes parents avaient choisi Earlton, car c’était à 90 % francophone quand on est arrivé. Les terrains étaient aussi vraiment placés de manière avantageuse. Ce qui est drôle, c’est que ce n’était pas ce que l’ambassade du Canada en Belgique nous avait conseillé.

Vu que mon père était technicien en électrothermie, il voulait qu’on aille dans le Sud de l’Ontario qui était en grande demande de personnel expérimenté là-dedans. Mais on est venu pour une ferme! Il y avait aussi l’exposition universelle de 1967 qui avait lieu à Montréal et, à l’époque, ils avaient fait beaucoup de promotion pour le Canada à l’international. Mes parents pensaient à l’Australie, mais avec la publicité pour l’exposition et le fait qu’il y ait plus de fermes laitières au Canada, ils ont changé d’avis.

Vous avez été étudiant au Québec. Que retenez-vous de votre séjour dans la Belle province?

J’étais au Collège d’enseignement général et professionnel (CÉGEP) à Rouyn-Noranda parce qu’en agriculture ce n’était pas possible d’étudier en français au postsecondaire et pour rentrer à l’université au Québec, il faut passer par le cégep. C’est vraiment là que je me suis imprégné de la culture québécoise. Le CÉGEP, c’est là qu’on sort du nid familial et c’était mon cas. J’ai mûri aussi… Je vivais seul et c’est là que j’ai rencontré mon épouse. Elle est partie ensuite étudier à Québec, à l’Université Laval et j’ai fini par la rejoindre pour y étudier en agroéconomie.

Qu’est-ce qui, selon vous, différencie la francophonie du Québec de celle de l’Ontario?

En Ontario, il fallait faire valoir sa francophonie alors qu’au Québec, les gens tenaient ça pour acquis, surtout à Québec. En Ontario, ça a toujours été de tenter de gruger petit à petit des concessions de la province. Quand j’étais à Québec, les gens étaient toujours étonnés quand je leur disais que j’étais un Franco-Ontarien. C’est une ville moins cosmopolite que Montréal en plus, surtout à cette époque-là. À Rouyn-Noranda, c’était moins surprenant, si je puis dire, parce que c’est très proche de la frontière avec l’Ontario. En plus, j’avais un accent qui n’était pas tant franco-ontarien, mais plutôt belge, donc je passais plus pour un Européen.

Belge d’origine, Dominique Nackers a immigré au Québec puis en Ontario. Gracieuseté

Pourquoi avoir fait le choix de quitter de Québec pour l’Ontario?

La vie à la ferme, c’était vraiment ce que je voulais. Je n’ai pas continué en maîtrise par exemple parce que la pratique me manquait et mon chez-moi me manquait. Je voulais continuer à œuvrer pour la ferme laitière, appliquer ce que j’ai appris dans la ferme familiale.

Vous avez travaillé longuement dans le milieu agricole. Quelle évolution a connu le secteur d’après vous?

La première chose, c’est que ça s’est de plus en plus industrialisé, et d’ailleurs c’est une des raisons pour laquelle on a décidé de ne pas continuer. On n’avait pas de relève. Il fallait investir des millions. On a arrêté il y a 15-16 ans et, à ce moment-là, on parlait très peu de fermes biologiques. S’il y avait eu un marché et une mise en marché, ça aurait pu continuer avec un petit quota de lait comme il y en a maintenant avec les producteurs de lait biologique.

Vous avez été membre puis président de l’UCFO pendant une année. Avez-vous aimé votre mandat?

Oui, j’ai vraiment beaucoup aimé parce que, juste au niveau de l’identité, de notre francophonie, dans les régions comme Plantagenet ou Casselman, la culture franco-ontarienne est très forte, ce qui fait que ça m’a permis d’établir des contacts. J’ai rencontré beaucoup de personnes. Ça a été fameux pour moi et beaucoup de cultivateurs aussi.

Êtes-vous toujours impliqué ou avez un lien avec l’organisme après votre présidence?

Tant que j’étais sur la ferme, oui, d’ailleurs on a même créé un groupement de gestion agricole. En ayant un certain nombre d’agriculteurs dans le groupe, on a pu engager une agronome qui venait du Québec. Après, les cours se sont donnés en Ontario, en français. À l’époque, on n’avait pas beaucoup d’aide au niveau de la gestion. Tout le monde avait son comptable pour ses impôts, mais c’est tout. Il y avait une grosse coupure au niveau des agronomes, donc le regroupement a beaucoup aidé. Surtout au niveau du financement de plus grosses fermes agricoles, en ayant une tenue de livres, comme pour aller chercher des prêts ou des investissements. C’était une grosse affaire.

Vous avez eu un passage en politique municipale aussi. Étiez-vous intéressé par la politique?

Municipale surtout. Il manquait un conseiller, puis beaucoup de personnes sont venues me voir en me disant qu’ils me verraient bien là, car j’étais très impliqué dans plusieurs choses. Donc je suis entré assez facilement. Puis, à ce moment-là, tout se faisait en français sauf les minutes qui étaient aussi rédigées en anglais pour la province. Je suis parti après deux mandats parce que tout a changé : les réunions se faisaient en anglais, il y avait deux conseillers anglophones et la greffière aussi même si elle disait qu’elle parlait français. Ça m’a découragé. J’étais blessé, car même les anglophones étaient capables de parler en français, même si ce n’était pas très facile, mais personne n’a voulu faire plus d’efforts pour continuer en français.

La situation s’est-elle améliorée depuis?

Non, c’est devenu pire!

Lorsque vous siégiez au conseil d’administration de l’ACFO-Témiskaming, au début des années 2000, cela n’a-t-il pas fait partie des revendications justement?

Il faut savoir que l’ACFO s’est toujours tenue loin des questions politiques, que ce soit au niveau municipal ou autre. On était plus centré sur un objectif, une activité. On a fait des articles en français pour le bulletin municipal, mais on a de la chance aujourd’hui la municipalité a des employés francophones et un maire très francophone, mais de l’ancienne culture qu’il ne faut pas frustrer les anglophones. Contrairement à moi qui suis un rebelle et dois tempérer mes ardeurs.

Ça vient vraiment vous chercher?

Oui, beaucoup. Surtout que je vois qu’on perd du terrain…

Vous êtes devenu président de l’ACFO l’an dernier et avez assisté à son 50e anniversaire en octobre dernier. Que retenir de cette cérémonie?

Le gala a été vraiment bien parce que le monde a bien participé. On l’a appelé le gala de la francophonie parce qu’on ne voulait pas juste que ce soit le 50e de l’ACFO. On voyait que les gens voulaient sortir de cette pandémie. On avait un animateur qui mettait de la musique juste en français et, malgré ça, les gens sont quand même allés danser. Ça a été un vrai succès.

L’ACFO-Témiskaming a eu de gros problèmes de recrutement par le passé. La situation s’est-elle améliorée?

C’était surtout des problèmes liés à la pandémie, puis à la comptabilité mal faite. L’autre chose qui a été difficile à vivre, c’est le poste de directeur général qui était vacant durant quelques mois. Le comité d’administration a pris ça à bout de bras. En fin de compte, c’est maintenant Kalyn Banks qui est notre directrice depuis une dizaine de jours. À seulement 18 ans, cette anglophone vient de finir son secondaire et attend de retourner aux études. Vu qu’elle connaissait notre travail, elle a décidé de prendre le poste. Ce qui fait qu’on a un conseil d’administration qui a plus de 50 ans et une directrice générale qui a 18 ans. C’est le meilleur des deux mondes : la sagesse des années et l’énergie de la jeunesse!

Quels sont les projets à venir à l’ACFO-Témiskaming?

Faire des activités qui rassemblent, servir de lien avec organismes francophones et se faire connaître auprès des organismes anglophones, créer le plus possible de lien avec la communauté et aider à l’accueil des nouveaux arrivants. C’est vraiment important et les intégrer aussi. »


LES DATES-CLÉS DE DOMINIQUE NACKERS

1954 : Naissance à Namur (Belgique)

1968 : Déménagement à Earlton (Ontario)

1987 : Devient président de l’UCFO pour la région de Témiskaming

2012 : Accède au poste de conseiller municipal pour le canton d’Armstrong

2022 : Devient président de l’ACFO-Témiskaming

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Marit Stiles prend officiellement la tête de l’opposition

TORONTO – La députée torontoise Marit Stiles a officiellement été élue nouvelle cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario, ce samedi au Palais des congrès du Toronto métropolitain, lors du rassemblement de célébration du parti.

La nouvelle cheffe du NPD prend ses fonctions à l’issue du vote de confirmation qui ne laissait planer aucun doute, puisqu’elle était seule candidate en lice pour succéder à Andrea Horwath. De fait, Mme Stiles devient l’opposante officielle au gouvernement progressiste-conservateur du premier ministre Doug Ford, au pouvoir depuis 2018.

L’élue néodémocrate aura trois ans pour établir son leadership avant la prochaine élection provinciale. Elle pourrait alors devenir la deuxième femme premier ministre de l’Ontario, après Kathleen Wynne (Libéral), la prédécesseure de Doug Ford, qui avait gouverné la province de 2013 à 2018.

Née à Saint-Jean de Terre-Neuve, en Terre-Neuve-et-Labrador, où elle a également grandi, elle fait des études d’art à Ottawa avant de commencer sa carrière en politique auprès du député provincial Gilles Bisson. L’éducation devient l’une de ses spécialités en tant qu’administratrice du Conseil scolaire anglophone du district de Toronto de 2014 à 2018. Marit Stiles a été, entre autres, présidente du NPD fédéral de 2016 à 2018, avant d’être élue députée de Davenport, une circonscription du nord-ouest de Toronto, en 2018.

« J’ai appris le français quand j’étais petite fille dans le cadre de l’immersion française », a-t-elle confié à ONFR+, « mais je suis née en Terre-Neuve, ce qui était plus difficile car il y a peu de francophones. À l’heure actuelle, je pratique toutes les semaines avec un tuteur ».

Et d’ajouter : « Je pense que c’est très important de parler dans notre langue officielle française. »

Des réactions multiples suivent cette annonce

« Chaleureuses félicitations à Marit Stiles! » a réagi sa prédécesseure et actuelle mairesse d’Hamilton Andrea Horwath. « Je lui souhaite, ainsi qu’au NPD, tout le meilleur pour ce nouveau chapitre. »

« L’Ontario est un endroit incroyable avec un potentiel illimité. J’ai hâte de travailler avec vous et toute l’équipe de l’Ontario alors que nous construisons notre avenir », a lancé le premier ministre Doug Ford.

Le chef du Parti vert Mike Schreiner a également adressé ses félicitations à la nouvelle cheffe néo-démocrate, se disant impatient de travailler avec elle « au-delà des lignes de parti pour lutter pour un meilleur Ontario. »

« J’ai hâte de continuer à travailler avec vous et tous les partis de l’opposition alors que nous nous battons pour sauver la Ceinture de verdure populaire et notre système de santé financé par l’État », a pour sa part indiqué John Fraser, chef intérimaire du Parti libéral ontarien.

« Moé j’viens du Nord s’tie », la vie et les temps d’André Paiement

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

[CHRONIQUE]

Décédé il y a 45 ans, André Paiement, un géant de l’Ontario français né à Sturgeon Falls, est le père du Théâtre du Nouvel Ontario (TNO) à Sudbury et parmi les plus grands dramaturges franco-ontariens. Ce musicien et chanteur de CANO était porteur de rêves. De courage, de poésie, de beat et de revendication. Un « révolutionnaire serein » qui allait « écrire son théâtre, pas celui des autres ».

André Paiement, le père du TNO et rock star de la musique franco-ontarienne, allait laisser ses traces sur l’Ontario français, faisant de notre coin de pays reculé une aurore boréale dans le firmament.

Après un spectacle fulgurant au Grand Théâtre de Sudbury, M. Paiement s’éteint le 23 janvier 1978. Il n’avait pas encore vingt-huit ans. 45 ans plus tard, rappelons le génie, l’esprit et la générosité de ce jeune Franco-Ontarien.

Alors qu’il est étudiant en traduction à l’Université Laurentienne, ce natif de Sturgeon Falls concentre ses forces dans un groupe d’étudiants revendicateur. Dans le manifeste « Molière go home », il joint sa voix à cette jeunesse effrontée qui réclame un cours en littérature canadienne et qui rêve de jouer des textes à leur image et au timbre de leur accent. C’est l’émergence du Grand Cano – et ce n’était que ses premiers balbutiements.

Une première incroyable sur les planches

En 1970, André Paiement monte sur les planches avec La Troupe universitaire à la Laurentienne pour présenter Moé j’viens du Nord s’tie, le récit d’un jeune à la croisée des chemins d’un destin sudburois et qui voit en l’université un endroit « où, selon lui, on secoue toute servitude. »

Après les deux représentations à Sudbury, la Troupe universitaire allait crier son message aux quatre vents du Nouvel-Ontario. Comme l’explique Gaston Tremblay, qui accompagne M. Paiement dans l’expérience Moé j’viens du Nord s’tie, « c’est comme si on avait établi les extrémités de notre territoire. Pour les Franco-Ontariens, le Nouvel-Ontario c’était Sudbury, Hearst, ensuite North Bay. Et c’est juste plus tard qu’on a commencé à tenir compte d’Ottawa et de Toronto. »

André Paiement, père du Théâtre du Nouvel Ontario. Gracieuseté TNO

Après cette première sortie incroyable, Il rédige Et le septième jour…, À mes fils bien-aimés, La vie et les temps de Médéric Boileau et Lavalléville, s’inscrivant dans l’explosion artistique au Canada français et devenant le contemporain de Michel Tremblay, auteur des Belles-Sœurs, et d’Antonine Maillet, auteure des monologues de La Sagouine  

« Avant Paiement, on montait des pièces d’ailleurs, comme Zone de Marcel Dubé », expliquait le dramaturge franco-sudburois Robert Marinier à L’Express. « Avec Moé j’viens du Nord s’tie, il a parlé de nos affaires – l’histoire se passe à Sudbury – il a posé un geste politique. Paiement a montré qu’on pouvait créer notre propre dramaturgie. »

Dimanche après-midi

Si André Paiement est le père du Théâtre du Nouvel-Ontario, il est également figure de proue du groupe CANO musique, un groupe formé par la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario (CANO). À une époque où Harmonium et Beau Dommage enflamment les palmarès de musique franco, CANO arrive sur la scène dans une explosion de roc et de slague.

Avec des albums tels Tous dans l’même bateau, Eclipse, et Rendezvous, le groupe rejoint quelque chose d’intangible chez ses spectateurs avec des tounes comme En plein hiver, Mon Pays et Au nord de notre vie. Invités à performer à l’incontournable émission Les Beaux Dimanches de Radio-Canada, ils seraient courtisés, choyés, adorés par leurs publics francophones et francophiles.

En 2021, son incomparable Dimanche après-midi est intronisé au Panthéon des auteurs-compositeurs avec Baie Sainte Marie, écrite par l’artiste Marcel Aymar et membre de CANO, toutes deux tirées de l’album Tous dans l’même bateau.

« C’était cette prise d’identité », racontera Marcel Aymar à Radio-Canada en 2021. « Autant ça se passait au Québec, ça se passait aussi pour les francos dans le reste du Canada. Nous étions un peu dans la même mouvance ».

« Cette chanson-là me tient à cœur… tellement, mais tellement », poursuivait Aymar. « Je suis complètement convaincu qu’André (Paiement) serait tellement content de savoir que Dimanche après-midi va être intronisée, c’est certain ».

M. Paiement aurait écrit Dimanche après-midi alors qu’il travaillait à l’église de son village natal de Sturgeon Falls :

C’est dimanche après-midi
Et tout s’arrête dans mon village
Si tu étais ici
Je ferais cesser l’orage

« Le « tu », c’est pour sa blonde, je pense que c’était écrit pour son premier amour », rapporte son frère Paul Paiement. Selon lui, plus d’une à Sturgeon Falls réclamerait être celle à qui André Paiement avait voué la chanson (ainsi que la chanson En plein hiver) : « Si vous saviez combien de femmes! »

Une étoile filante

Jeune de ses presque 28 ans, M. Paiement a été pour l’Ontario français une des plus magnifiques étoiles filantes, faisant l’amour et la guerre face aux forces de l’histoire qui tenaient à garder le Franco-Ontarien à sa place.

Et s’il était toujours de ce monde, ce grand prodige et précurseur aurait continué à nous dire, à nous raconter, à faire des Nouvel-Ontariens une communauté fière, féroce et franco.

À dire, « moé j’viens du Nord s’tie ».

La Fromagerie St-Albert, un exemple de résilience dix ans après l’incendie

ST-ALBERT – Le 3 février 2013, les flammes ravageaient un fleuron de l’identité franco-ontarienne. Une tragédie. Dix ans plus tard, jour pour jour, un constat l’emporte : la fromagerie St-Albert a vécu un mal nécessaire. Tel un phénix qui renaît de ses cendres, la coopérative demeure aujourd’hui l’une des plus anciennes encore debout dans tout le pays.

Il y a dix ans, l’emblématique fromagerie de l’Est ontarien partait en cendres. Une tragédie et même un deuil pour l’ancien président de la coopérative, Réjean Ouimet. « Ce n’était vraiment pas facile », se rappelle-t-il. Lors de ce triste événement, sur les ondes de TFO, il clamait déjà que cette fromagerie était une affaire de famille.

Aujourd’hui, il se souvient y avoir travaillé pendant 27 ans. « Mon père et mon grand-père y ont travaillé. Mon arrière-grand-père a même fait partie des gens qui ont lancé la fromagerie en 1894. »

Un dimanche matin de février  

En 2013, la fromagerie effectuait ses opérations depuis un bâtiment « passé date », explique Diego Elizondo, expert en patrimoine. Bien que les causes de l’incendie demeurent nébuleuses, « s’il y a une leçon à retenir, c’est l’importance du legs et du patrimoine franco-ontarien », pense-t-il.

« Ce qui m’a choqué dans cet incendie, c’est la disparition des archives », explique M. Elizondo. « Une des grandes leçons que le patrimoine peut en tirer c’est que les documents précieux doivent être sécurisés », suggère-t-il.

Le 3 février 2013, l’incendie a ravagé la fromagerie. Crédit image : Fromagerie St-Albert

L’incendie de cette perle du patrimoine avait soulevé à l’époque une grande émotion au sein de la communauté francophone de l’Ontario. En même temps que les murs, c’était un héritage franco-ontarien immatériel qui s’effondrait.

Réjean Ouimet se remémore de ce jour comme si c’était hier : « Il faisait -20 degrés, et c’est Éric Lafontaine qui me remplaçait. J’étais sur le point de prendre ma retraite. Éric m’a appelé ce matin-là et je sentais dans sa voix qu’il était nerveux. Il m’a dit que le feu avait pris dans le grenier et j’ai compris que nous allions tout perdre ».

« Vous savez, c’est dur d’expliquer l’émotion, c’était dur de voir les employés pleurer. » Aujourd’hui, « on regarde ça, avec beaucoup d’émotion, mais au final, c’était un mal pour un bien », admet l’ancien directeur de la fromagerie.

Un fleuron franco-ontarien

Fondée en 1894, la coopérative célébrera l’an prochain ses 130 ans et elle est l’une des plus vieilles encore en activité au Canada. « Une coopérative qui date du 19e siècle, il n’y en a pas beaucoup en Ontario français », affirme d’ailleurs M. Elizondo.

Pour ce spécialiste du patrimoine, la fromagerie constitue en quelque sorte un bijou franco-ontarien. « C’est un fleuron et c’est évidemment l’une des industries qui emploient le plus de personnes dans la région. »

La fromagerie St-Albert aujourd’hui. Crédit image : Fromagerie St-Albert

La fromagerie St-Albert tient debout depuis presque 130 ans et comme le dit son directeur général, Éric Lafontaine : « On s’est toujours appelés les Gaulois comme dans Astérix et Obélix parce que toutes les fromageries ont disparu, on est les seuls qui restent. »

Ce monument de la francophonie représente bien plus qu’une simple fromagerie, ce qui explique que dix ans après cet incendie, la fromagerie St-Albert est toujours un emblème dans l’Est ontarien.

« C’est sûr que la fromagerie est un monument franco-ontarien. On défend les francophones et nos membres fondateurs étaient des Franco-Ontariens. Puis, cela va rester franco-ontarien », promet M. Lafontaine.

Éric Lafontaine est le directeur général de la coopérative laitière. Crédit image: Fromagerie St-Albert
Éric Lafontaine est le directeur général de la coopérative laitière. Crédit image : Fromagerie St-Albert

Aujourd’hui, l’exploitation est aussi un restaurant, une boutique, un espace à visiter et bien plus. « Ce qui m’a marqué aussi, c’est qu’il y a des panneaux sur l’histoire de l’éducation franco-ontarienne », constate Diego Elizondo, « On ne s’imagine pas trouver ce genre d’exposition dans une fromagerie ».

« On voit bien le lien fort qu’il y a avec la communauté », renchérit-il.

En effet, l’enracinement de la coopérative auprès de la population explique ce succès. D’ailleurs, preuve de sa prospérité, la fromagerie St-Albert est à l’origine du festival de la Curd. Cette composante culturelle a participé au rayonnement de la coopérative et des valeurs franco-ontariennes depuis presque 30 ans. « Ce festival existe depuis 1994, c’est le legs du 100e », rappelle M. Elizondo.

Une entreprise tournée vers l’avenir

En fin de compte, cet incendie, dix ans auparavant, aura offert une opportunité à cette entreprise. « On a eu l’opportunité de s’agrandir », rappelle Éric Lafontaine, directeur général de la coopérative laitière. « En plus de l’argent des assurances, nous avons investi des millions de dollars pour nous ouvrir et permettre une croissance à long terme. »

Réjean Ouimet et le drapeau franco-ontarien abîmé, mais sorti des flammes après l’incendie de 2013. Archives ONFR+

La fromagerie est tournée vers l’avenir avec à son bord environ 170 employés. « La pérennité à long terme, c’est grâce à nos équipes et à l’équipement que l’on a », déclare son directeur. « Aujourd’hui, dix ans après, on comprend que c’est cette décision (reconstruire) qui nous a permis d’avoir une telle croissance. »

Réjean Ouimet devait prendre sa retraite le 1er janvier 2013. « Quand il est venu sur les lieux, le jour de l’incendie, Réjean m’a dit : « Je ne peux pas rester à la retraite, tu me reprends, je t’aide à reconstruire ». »

« Le 31 décembre 2022, Réjean a pris sa retraite à 75 ans. » La fromagerie St-Albert c’est la résilience, mais c’est aussi la persévérance.

Un changement « historique » pour les droits des francophones

OTTAWA – Les droits des francophones et des minorités linguistiques viennent d’être renforcés aujourd’hui, estiment des acteurs du milieu francophone après un vote des parlementaires concernant le projet de Loi C-13 en comité mercredi. C’est toutefois les tensions et divergences entre les députés libéraux qui ont retenu l’attention vendredi matin.

À l’exception des libéraux, les députés ont voté pour que le Conseil du Trésor soit le ministère fédéral chargé de mettre en application la Loi sur les langues officielles (LLO).

Dans la mouture présentée en mars, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor établissait des responsabilités partagées entre divers ministères tels que Patrimoine Canada, qui était auparavant chargé d’appliquer la Loi, mais qui aura désormais un rôle secondaire.

Le député libéral Darrell Samson a été le seul de sa formation politique à voter en compagnie des partis de l’opposition pour appuyer cette mesure. Cet amendement était demandé par les organismes fédéraux, qui déploraient que, depuis son entrée en vigueur il y a un demi-siècle, le partage des responsabilités affaiblissait le respect de la Loi par les organismes fédéraux.

Le commissaire aux langues officielles en avait fait un de ses chevaux de bataille dans ses propositions à la refonte de la LLO. Une autorité centrale pour « résoudre les nombreux enjeux de gouvernance » touchant les institutions fédérales était nécessaire, écrivait-il. Dans ses rapports annuels et ceux de ses prédécesseurs, Raymond Théberge notait souvent une sorte de laisser-aller des institutions fédérales à l’égard du respect des deux langues officielles.

« Il faut qu’on fasse un changement fondamental de ce qu’on a fait dans les 50 dernières années (…). Il nous faut un pilote dans l’avion, un capitaine dans le bateau », a imagé de son côté le député conservateur Bernard Généreux lors des débats.

L’opposition estime que les directives du Conseil du Trésor seraient plus entendues par les autres ministères que si Patrimoine Canada était en charge. « Ça permettra de rejaillir sur l’ensemble des ministères », a souligné M. Généreux.

Sur les banquettes libérales, le député Samson évoque qu’en tant qu’ancien surintendant des écoles du Conseil scolaire acadien provincial et acteur de la communauté acadienne, il a rencontré des « difficultés bien énumérées et évidentes » du manque de mordant de l’application de la LLO.

« Ça ajoute des dents à une loi qui a déjà du mordant. Selon moi, j’améliore le projet de loi, j’ajoute de plus belles dents », a-t-il affirmé après le vote avec un sourire en coin.

Un vote historique

Cette nouvelle modification adoptée pourrait changer la donne selon un expert juridique. « C’est un vote historique », a réagi l’avocat en droits linguistiques Mark Power.

« Ça va très très très mal en langues officielles et la modification donnera un nouveau souffle », poursuit-il. « On a des droits comme francophones partout au Canada depuis des décennies et on les ignore (…). Le changement d’aujourd’hui augmente les chances de façon majeure que nos droits soient respectés sans qu’on ait à en faire la demande. »

L'avocat chez Juristes Power Law, Mark Power.
L’avocat chez Juristes Power Law, Mark Power. Gracieuseté

Depuis plusieurs années, les cas de manquements aux droits linguistiques des francophones se multiplient. On peut penser aux problématiques liées aux services en français dans le domaine du transport ou encore les manquements linguistiques dans la fonction publique. Ces problématiques risquent encore de survenir et le français nécessitera encore plus de protection, prévient toutefois M. Power.

« Mais est-ce qu’il y aura beaucoup moins de problèmes si on traite les langues officielles de façon vraiment importante en mandatant une agence centrale? 100 % », contrebalance-t-il.

C’était l’une des demandes de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

« Plus que jamais, on a besoin d’une Loi sur les langues officielles forte, moderne et respectée. Chaque réunion du comité permanent des langues officielles nous rapproche de cet objectif et nous encourageons tous les partis à continuer le travail pour qu’on y parvienne rapidement. L’avenir du français au pays en dépend », a déclaré la présidente de la FCFA, Liane Roy.

Tensions et divergences au sein des libéraux

Comme depuis le début de l’étude, article par article, la présence de la Charte de la langue française et l’impact de Loi 96 sur les anglophones du Québec ont occupé une bonne partie des débats.

En majorité dans le Comité, les députés de l’opposition ont notamment réussi à voter en faveur d’un amendement de Québec, qui mentionne la Charte de la langue française, ce que ne voulaient pas les députés anglophones. Une tentative distincte du député Anthony Housefather de retirer une référence à la Charte de la langue française a été rejetée.

On a notamment pu voir à l’extérieur de la salle, sous les yeux des journalistes présents dans la salle, une discussion houleuse entre ce dernier et le directeur des affaires parlementaires de la ministre des Langues officielles Matthew Pollesel. Le bureau de la ministre Petitpas Taylor n’a pas souhaité commenter. À un certain moment, Darrell Samson était le seul député francophone hors Québec présent au comité en mesure de voter, jusqu’à ce qu’en plein milieu de séances les députés franco-ontariens Marc Serré et Arielle Kayabaga arrivent à la rescousse pour participer à des votes.

Le comité était encore une fois représenté par un grand nombre de députés de circonscriptions anglophones du Québec, alors que cette fois-ci Emmanuella Lambropoulos et Fayçal El-Khoury, membres inhabituels du comité, ont fait acte de présence pour partager les doléances de leurs collègues sur la présence de la Charte de la langue française dans C-13.

« Ça fait trois comités où on a constamment entendu les libéraux sur la façon dont ils veulent changer leur propre projet de loi », a affirmé la députée néo-démocrate Niki Ashton en anglais, visiblement agacée. « Quelle est la vision du Parti libéral pour vraiment défendre, protéger et soutenir le français, pas juste au Québec, mais au Canada », a-t-elle interrogé.

« Il semble y avoir une stratégie de filibuster (obstruction) pour éviter les débats afin qu’on arrive à la proposition sur l’application de la Loi 101 aux entreprises fédérales », avait réagi quelques instants plus tôt le député du Bloc québécois Mario Beaulieu.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois à 15h42.

North Bay au rythme du 60e Carnaval des Compagnons des francs loisirs

NORTH BAY – De retour pour une édition 100 % en présentiel, le Carnaval des Compagnons des francs loisirs fête cette année son 60e anniversaire. Du 4 au 11 février, plusieurs activités hivernales seront proposées notamment aux nouveaux arrivants, pour souligner les racines du populaire événement de la région.

« Je suis très très excitée! C’est le premier carnaval que j’organise en personne. C’est tellement une bonne énergie en ce moment », lance avec enthousiasme l’agente de programmation du festival, Anne Brûlé. 

Avec des éditions en mode virtuel et hybride ces dernières années, la pandémie aura mis un coup à l’organisme : « Ça a été quelque chose de survivre à ça, on a fait 60 carnavals sans manquer une année », évoque-t-elle.

Il s’agit du premier événement dédié aux francophones depuis l’incorporation de la ville de North Bay en 1891. Gracieuseté.

Et pour souligner ce 60e, les sculptures sont à l’honneur, en bois ou en glace il y en aura pour tous les goûts.

« Cette année est celle où il y a le plus d’artistes visuels qui participent à notre exposition d’art », confie Mme Brûlé qui ajoute que des activités extérieures auront lieu cette année à East Ferris et Nipissing Ouest en plus de North Bay.

La cerise sur le sundae? Le spectacle de clôture de l’artiste musicien aux multiples récompenses Shawn Sasnyuk, le 11 février au centre Capitole, pour lequel il sera accompagné de pas moins de 20 artistes et musiciens.

À travers un spectacle rétrospectif sur la carrière du producteur originaire de North Bay, Shawn Sasnyuk emmènera le public à la rencontre des musiciens et chanteurs qui ont marqué sa carrière tels que William Deslauriers, Sylvie Paquette ou encore Edouard Landry.

L’artiste Shawn Sasnyuk a accompagné de grands chanteurs comme le Québécois Rock Voisine en tournée. Gracieuseté

Souper spaghetti, patin en famille, matinée en cheval, déjeuner aux crêpes, jeux de cartes, contes pour enfants, spectacles… Il y en aura pour tous les goûts.

La diversité au rendez-vous

Si la région de North Bay ne possède plus d’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) depuis la fermeture de l’ACFO de Nipissing-Ouest en 2006, les quelque 7000 francophones de la région peuvent compter sur les Compagnons comme point de ralliement.

Les nouveaux arrivants auront, par ailleurs, une activité dédiée avec la soirée curling, qui se veut être une initiation à un sport local en bonne compagnie.

Le Centre multiculturel de North Bay aura une station à l’ouverture et la clôture du festival et s’est aussi associé avec le festival afin d’offrir la journée à Sunnydale, pour l’activité de balade à cheval.

La balade à cheval est une activité particulièrement appréciée du festival. Gracieuseté

Le jour de clôture, un souper haïtien sera offert dans le cadre de la journée polaire afin de permettre aux curieux de goûter à des mets traditionnels des caraïbes.

« C’est l’occasion pour les nouveaux arrivants de se connecter avec la communauté puis de créer des liens ensemble », explique Mme Brûlé.

La diversité est, elle aussi, un élément important du festival selon Anne Brûlé qui dit que cette année un nombre considérable d’artistes en sont issus, tout comme les nouveaux employés de l’organisme.

« On a une belle équipe qui nous permet d’avoir un bel élan, d’ouvrir les perspectives et de regarder vers l’avenir », précise l’agente de programmation.

Anne Brûlé, aussi entrepreneure, dit être impliquée dans les Compagnons depuis l’âge de 1 an et son entrée dans la garderie de l’organisme. Gracieuseté

Le petit frère de Bonhomme de Québec 

Créé en 1964, le festival est né de l’initiative de trois professeurs francophones voulant mettre en œuvre des activités pour les francophones de la région. Ils voulaient créer un point de rassemblement pour les francophones qui se faisaient jusque-là plutôt discrets.

L’idée était de faire un tournoi de hockey, avec le financement de la patinoire St-Vincent-de-Paul et d’autres petites activités collatérales.

« Je nous réserve une petite surprise à l’ouverture du Carnaval » – Anne Brûlé, agente de programmation

Et c’est après avoir assisté au premier festival de Québec en 1953 que ce groupe décide de ramener le concept à North Bay. Le groupe a donc créé un costume et mis en scène l’arrivée du Bonhomme de Québec à North Bay par train à vapeur, sous les yeux émerveillés de jeunes écoliers francophones.

Le Bonhomme est toujours incarné par une personne clé de la communauté francophone de la région dont l’identité est révélée en grande pompe en fin de festival, ici l’ex-enseignante Anita Corriveau entourée d’anciens Bonhommes en 2018. Gracieuseté

Celui-ci est ensuite devenu le Bonhomme de North Bay, comme s’en amuse Anne Brûlé : « C’est un peu la blague en interne que le Bonhomme de North Bay est le petit frère de Bonhomme de Québec : ils ont neuf ans de différence. »

Si les liens avec le festival du Carnaval de Québec, qui a lieu à la même période, étaient flous par le passé, Anne Brûlé confie que cette année a été l’occasion de les renouer. « Je nous réserve une petite surprise à l’ouverture du Carnaval », glisse-t-elle avec un rire.

Langues officielles : Justin Trudeau a « choisi le camp » des anglophones

OTTAWA – Alors que les anglophones du Québec se sentent comme jamais abandonnés et méprisés par le gouvernement fédéral, le premier ministre Justin Trudeau a décidé de choisir son camp, selon une politologue.

Ottawa est en train de moderniser la Loi sur les langues officielles, dont l’impact sur la survie du français s’étalera sur plusieurs décennies. Depuis quelques mois, le projet de loi C-13 se retrouve devant le Comité des langues officielles. Freiner le déclin du français au Canada passe notamment par cette Loi, indiquait la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor et Justin Trudeau en août, après la publication des données sur le déclin du français au pays.

« Le gouvernement fédéral prend ses responsabilités pour s’assurer qu’on adresse cette situation », disait la ministre.

Mais, depuis le début de l’étude du projet de loi, ce sont principalement les inquiétudes liées au projet de loi sur la communauté anglophone du Québec, qui reviennent en comité. Plusieurs députés anglophones sont sortis contre le projet de loi, ce qui était prévisible note la politologue Geneviève Tellier, mais « l’inaction » de Justin Trudeau est une surprise, selon elle.

« Il semble avoir flanché et choisi son camp. Il semble y avoir deux lignes de conduite. On se demande où est le leadership de Justin Trudeau dans ce dossier. Il y a deux véhicules qui vont dans deux directions différentes », observe la professeure de l’Université d’Ottawa.

D’un côté, il y a les députés francophones hors du Québec qui ont tenté à maintes reprises de faire adopter au plus vite le texte à la demande des organismes francophones. D’un autre côté, les députés anglophones du Québec qui tentent de retirer des portions du projet de loi.

« Je m’attendais à des tensions entre les partis, mais c’est plutôt au sein du Parti libéral qu’il y a des tensions qui se manifestent », analyse Mme Tellier.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté.
Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté.

Questionnée sur l’unité du caucus derrière sa mouture, la ministre a indiqué « travailler d’arrache-pied pour s’assurer que le projet de loi C-13 passe dans les plus brefs délais ».

Le fruit de la discorde est l’inclusion de la Charte de la langue française (Loi 96) au sein de la Loi sur les langues officielles, sachant que la mouture du gouvernement Legault a été utilisée avec la clause dérogatoire. Les libéraux ont remporté la première manche en début de semaine. Deux demandes de Québec, notamment celle d’inscrire la Charte de la langue française dans le préambule, n’ont pas été adoptés.

Ottawa « méprise » les Anglo-Québécois

Les propos des libéraux contrastent avec ceux des derniers mois, rappelle la professeure de l’Université d’Ottawa. Justin Trudeau affirmait, dans la foulée des chiffres sur le déclin du français, qu’il fallait en faire plus pour protéger le français au Québec et à l’extérieur. Mais les dernières semaines semblent démontrer le contraire, affirme-t-elle.

« Je pense qu’il fait le calcul qu’il est mieux de se mettre à dos le poids des francophones que les circonscriptions anglophones au Québec. »

Et pour cette raison, avec la mouture déposée, les anglophones du Québec ne cachent pas qu’ils se sentent laissés pour compte par Ottawa. Historiquement, c’est le contraire qui s’est toujours produit.

Le Quebec Community Groups Network (QCGN) signale que, compte tenu du projet de loi 96 du Québec, la Loi sur les langues officielles est vue comme une bouée de sauvetage, mais que C-13 fait en sorte que celle-ci « s’effiloche ».

« On a toujours pu compter sur le fédéral », ne cache pas Sylvia Martin Laforge, la directrice générale du QCGN, qui représente un peu plus d’un million d’Anglo-Québécois.

Et de poursuivre : « La communauté anglophone n’a pas vu dans ses mémoires récentes un tel mépris soit du fédéral, soit de la communauté majoritaire au Québec et de la communauté minoritaire du reste du Canada. Ils ne semblent pas comprendre la situation des Québécois anglophones », se désole Mme Laforge.

En plus de l’inclusion de la Loi 96, le QCGN craint la fin de l’approche du bilinguisme au Canada soit « l’abandon d’un demi-siècle de politique en matière de langues officielles », une mouture ne faisant que la promotion du français et la crainte que l’approche fédérale crée un régime linguistique particulier pour le Québec. Le passage de C-13 sous sa forme actuelle serait « comme planter un dernier clou dans le cercueil », soutient Mme Laforge.

« Je ne veux pas être trop dramatique, mais je crois que nous sommes rendus à ce point. »

Attirer les travailleurs en santé en Ontario : entre espoir et scepticisme

De récentes mesures annoncées traduisent la volonté du gouvernement d’accroitre une main-d’œuvre médicale dont l’Ontario a besoin. Certains changements inédits incluront des transferts facilités inter-provinces et territoires canadiens pour les infirmières, médecins et paramédicaux non-inscrits en Ontario, et un nouveau programme permettant la gratuité des frais de scolarité aux étudiants de certaines de ces filières. Mais dans un contexte de pénurie du personnel médical francophone, entre espoir et scepticisme, la communauté franco-ontarienne s’interroge sur l’application de ces décisions quant à résoudre une répartition inégale linguistique des soins en Ontario.

Les changements du programme « De plein droit », si adoptés, permettront aux travailleurs en santé, déjà inscrits ou titulaires d’un permis, d’exercer immédiatement en Ontario sans devoir attendre leur inscription officielle auprès des ordres de réglementation des professionnels de la santé de l’Ontario. « Une première pour le Canada », soulignait dans un précédent communiqué le premier ministre de l’Ontario Doug Ford. Cette reconnaissance des titres de compétences doit faciliter les transferts des travailleurs en santé.

« Cela signifie que les infirmières, médecins et autres professionnels de la santé réglementés francophones du Québec, de la Colombie-Britannique ou de toute autre juridiction canadienne ne seraient pas confrontés à des délais bureaucratiques inutiles lorsqu’ils choisiraient de pratiquer en Ontario », assure la députée Natalia Kusendova, adjointe parlementaire du ministère des Affaires francophones.

Natalia Kusendova, adjointe parlementaire du ministère des Affaires francophones. Source : Assemblée législative de l’Ontario

Interrogé sur la place des francophones dans ce programme d’extension de la main-d’œuvre médicale, le ministère de la Santé précise que « les francophones tout comme les anglophones sont les bienvenus pour travailler en Ontario, dans la langue de leur choix ».

« Cette initiative est directement liée à notre stratégie de main-d’œuvre visant à accroître l’offre de travailleurs francophones et bilingues dans des secteurs clés comme les soins de santé », ajoute Mme Kusendova, infirmière de profession.

Infirmière et francophone : la double peine?

La députée néo-démocrate de Nickel Belt et porte-parole en matière de santé, France Gélinas, exprime son scepticisme : « Il n’y a pas de volet francophone. On ne s’attend donc pas à ce que ça ait un impact, si ce n’est à Ottawa. Les infirmières francophones faisant des heures anormales, ça ne va pas les attirer. Les francophones ont tout à perdre en venant. »

« Le gouvernement envoie un message à l’opposé qui ne reflète pas cette réalité » – France Gélinas

La solution selon elle, c’est un programme à part entière pour le personnel médical francophone : « Le projet de loi 124 (qui plafonne les salaires du secteur) est un manque de respect envers les infirmières francophones et le gouvernement doit faire un effort pour restaurer la confiance entamée depuis et nous mettre à l’avant-plan. Il est évident qu’il est plus difficile d’attirer la francophonie dans une situation minoritaire, mais c’est faisable. Cela requiert une intention et des efforts ciblés envers la francophonie. »

« La francophonie est vibrante en Ontario. Mon comté compte 40 % de francophones. Le gouvernement envoie un message à l’opposé qui ne reflète pas cette réalité », conclut-elle.

France Gélinas, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé. Archives ONFR+

Suzanne Lemieux, doyenne à l’École des sciences de la santé au Collège Boréal, évoque l’iniquité quant aux populations francophones. « À Toronto, il y a 63 055 francophones (10,1 % de tous les francophones de l’Ontario). Un rapport publié par le Réseau local d’intégration des services de santé (2016) indique que seulement 2,6 %, soit 244 des infirmières et infirmiers de l’Ontario offrent des services bilingues. »

« C’est insuffisant pour répondre aux besoins des francophones de la région de Toronto. Un certain nombre d’établissements de soins de santé de Toronto et des environs sont désignés en vertu de la Loi sur les services en français. Ils sont tenus de fournir des services de santé en français. »

Les étudiants en santé invités à « apprendre et rester » en Ontario

Le programme « Apprendre et rester » sera lancé au printemps 2023 et garantira des frais de scolarité et manuels gratuits pour les étudiants en soins infirmiers, paramédicaux et en technologie de laboratoire médical qui s’engagent dans un stage de travail dans des zones mal desservies, éloignées ou rurales du nord, de l’Est, et le Sud de l’Ontario.

« Les Ontariens francophones peuvent accéder à des programmes de français dans quatre établissements répartis dans deux régions : le Collège Boréal, l’Université Laurentienne, La Cité et l’Université d’Ottawa », indique le ministère des Collèges et Universités.

Estelle Éthier, doyenne en enseignement des sciences de la santé à La Cité se réjouit de cette « opportunité en or pour les étudiants. Ce financement permettra au Collège de former une relève francophone compétente plus importante en santé, laquelle pourra ainsi mieux répondre aux besoins de la communauté locale. »

Suzanne Lemieux, doyenne à l’École des sciences de la santé au Collège Boréal. Source : Collège Boréal

Suzanne Lemieux envisage quant à elle une augmentation des inscriptions dans les programmes de Soins infirmiers auxiliaires et de Soins paramédicaux des six campus du Collège Boréal (Hearst, Kapuskasing, Nippissing, Windsor, Sudbury et Timmins).

« Davantage d’efforts seront nécessaires pour pallier la pénurie du secteur à moyen et à long terme » – Suzanne Lemieux

« Les deux secteurs soins infirmiers auxiliaires et soins paramédicaux constituent la majorité du personnel de santé de première ligne. Étant donné la grande pénurie dans ces deux domaines, qui a même entraîné la fermeture des salles d’urgence, ce programme apportera certainement des solutions à court terme en fournissant un appui important aux communautés dans une optique d’équité et de réduction des barrières quant à l’accès aux soins dans une langue minoritaire. »

« Nonobstant les efforts considérables du gouvernement avec cette initiative, davantage d’efforts seront nécessaires pour pallier la pénurie du secteur à moyen et à long terme », conclut en demi-teinte Mme Lemieux.

Du Nord au Sud, l’Ontario français laisse ses traces artistiques

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

De North Bay à Toronto en passant par St. Catharines et Barrie, l’agenda culturel de cette semaine nous confirme encore une fois que la richesse des arts et de la culture de la francophonie ontarienne est omniprésente et éclectique. Voici nos recommandations de cette semaine.

Arts

Une vitrine sur la culture malienne : l’exposition Spirit of Mali

C’est grâce à la Solidarité des femmes et familles interconnectées francophones du Niagara (SOFIFRAN) qu’une exposition artistique sur la culture malienne est désormais accessible au grand public les deux prochaines semaines en ce mois de février. Il s’agit de Spirit of Mali, une exposition présentée en français et en anglais par l’artiste multidisciplinaire Stève Viès dans laquelle il inclut de grands artisans maliens tels que Boubacar Doumbia, Mamoudo Nango, Tiorri Diarra ou encore Abou Konan.

Aussi riche et diverse que sa culture, l’exposition met à la une les différents styles d’œuvres texturées au cœur de la culture malienne telle que les sculptures, le bogolan (tissus d’argile) et les marionnettes.

Gracieuseté FirstOntario Performing Arts Centre

L’exposition Spirit of Mali de Stève Viès jusqu’au 10 février au FirstOntario Performing Arts Centre. Consultez le site du PAC pour la programmation complète.

Théâtre

La pièce Flush fait ses débuts sur scène au Théâtre français de Toronto

L’artiste multidisciplinaire franco-torontoise Marie-Claire Marcotte nous apporte une aventure hivernale aux fins fonds des prairies saskatchewanaises. Le texte tourne autour d’une jeune Corinne perdue en plein hiver dans les prairies. Se trouvant enfin devant un petit bloc d’appartements, elle cogne à la porte dans le but de louer une chambre pour elle et son poisson rouge. Au moment de son installation, des péripéties totalement délirantes viennent déclencher une histoire pleine de rebondissements.

Crédit image : Mathieu Tallardas.

Flush se poursuit jusqu’au dimanche 5 février au Théâtre français de Toronto. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Concerts

YAO souligne le Mois de l’histoire des Noirs

Le poète, rappeur, slameur franco-ontarien YAO livrera une performance pour souligner les débuts du Mois de l’histoire des Noirs à Barrie. À la fois charmeur et envoutant grâce à la force de sa plume et de sa voix douce mais grave, il nous rappelle l’influence qu’a laissé les grands du rap français.

YAO. Gracieuseté de l’artiste

YAO sur scène le vendredi 3 février à 20h au Lion’s Gate Banquet Centre. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

La chanson folklorique des Gens du Nord

Voilà l’occasion de savourer un souper spaghetti tout en écoutant les chansons folkloriques des Gens du Nord, cette fin de semaine. Possédant un vaste répertoire accumulé au cours des 20 dernières années, attendez-vous à danser, taper du pied, chanter et vous laisser porter par les sons joviaux de ce groupe originaire de Nipissing.

Crédit image : Éric Boutillier.

Les Gens du Nord en spectacle à North Bay le dimanche 5 février à 19h à l’école secondaire catholique Algonquin. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Films

Une deuxième chance pour visionner Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu

Si vous avez raté votre chance d’assister à l’avant-première du 27 janvier à Toronto dont les billets se sont vite envolés, une deuxième occasion se présente pour les cinéphiles et grands amateurs de ce célèbre duo gaulois grâce à So French Entertainment, l’organisation derrière sa distribution canadienne.

Crédit image : Trésor Films

Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu le dimanche 5 février au cinéma The Royal. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

En attendant sa nouvelle direction, l’UCFO se recentre sur ses priorités

OTTAWA – En septembre 2022, l’ancien directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), Danik Lafond, avait annoncé son départ. Depuis, l’UCFO n’a pas cherché de remplaçant. En ligne de mire : de nouvelles ambitions, une plus grande présence à l’échelle de la province, une emphase sur la relève et le leadership féminin. L’UCFO se modernise en attendant la prochaine gouvernance.

« On veut partir du bon pied avec notre nouvelle direction. Nous avons donc jugé qu’il était important de prendre notre temps avant d’aller de l’avant », explique Renée-Claude Goulet, secrétaire et trésorière du conseil administratif. Les derniers mois ont permis aux membres de se réorganiser et de revoir le poste de directeur général.

La direction gérait plusieurs dossiers, dont le journal Agricom et les relations avec la FERCA (Ferme d’éducation et de recherche du campus d’Alfred), entre autres. Avec la pandémie, « il y a eu beaucoup de changements », reconnaît Mme Goulet.

« Par la suite, nous avons perdu la rédactrice en chef du journal Agricom, qui gérait le tout », reprend-elle. « Il nous fallait faire une restructuration et une grande réflexion afin d’organiser le travail d’une façon soutenable. »

Les priorités pour 2023

D’ici quelques semaines, l’organisation qui représente les intérêts du secteur agricole franco-ontarien lancera sa campagne de recherche pour un nouveau directeur général. Si depuis septembre l’UCFO n’avait toujours pas de direction, la réponse est simple : « Nous réfléchissions à notre stratégie », justifie Renée-Claude Gouet en entrevue avec ONFR+.

« Nos objectifs n’ont pas vraiment changé, mais il y aura des ajustements pour atteindre ses objectifs. » D’abord, « nous avons mis l’accent sur la stabilisation et la gouvernance de l’organisme », relate l’administratrice. « Nous voudrions moderniser certains aspects », explique-t-elle, « avec la longévité de l’organisme en tête ».

Renée-Claude Goulet est secrétaire-trésorière du conseil administratif de l’Union des cultivateurs franco-ontariens. Crédit image : Ingénium

Certains éléments ne seront pas remis au goût du jour, mais seulement pour une durée temporaire.

« Nous avons tout de même une bourse d’éducation de 3 000 $ qui appuiera la relève. Par contre, nous avons pris du recul concernant notre bourse de démarrage d’entreprise, mais dès que nous aurons plus de ressources humaines, nous y reviendrons. »

Le journal Agricom se voit lui aussi modernisé et restructuré. « Il sera plus indépendant au niveau de son fonctionnement et puis nous avons déjà fait une refonte du média, totalement numérique. »

« On travaille à embaucher des ressources humaines, dont une ou un nouveau rédacteur en chef pour relancer la version papier plus tard, qui sera un peu différente et plus moderne », assure-t-elle.

Dans ce nouvel élan, il est toujours question pour l’UCFO de poursuivre les efforts de l’ancien directeur général, tels que la relève. « C’est un aspect super important et une des solutions que nous identifions est la littératie alimentaire. L’UCFO veut entreprendre des projets dans les écoles par exemple, pour offrir des appuis à la relève. »

L’UCFO veut mettre l’emphase sur le leadership féminin et la place des femmes en agriculture. Source : Canva

« Nous voudrions aussi explorer les besoins en santé mentale et le leadership des femmes en agriculture. On sait qu’être agricultrice vient avec des défis particuliers », ajoute-t-elle.

« Cette année, nous avons aussi décidé qu’il n’y aura pas de remise du Prix d’excellence en agriculture Pierre-Bercier. Avec notre restructuration et sans directeur général, il a fallu faire un choix », d’autant que « c’est de plus en plus difficile de trouver des candidats à reconnaître » dans l’Est uniquement.

L’UCFO doit s’étendre au-delà de l’Est

En prenant un virage numérique, la trésorière pense qu’il sera plus simple de contribuer à un de leur gros dossier : être présent dans toutes les régions de l’Ontario.

« C’est un des gros aspects à moderniser », dit-elle, « l’UCFO est très centrée sur l’Est ontarien : on est moins connu dans le Nord par exemple, alors le virtuel nous ouvre des opportunités pour rejoindre les Franco-Ontariens partout dans la province ».

En effet, d’après Mme Goulet, l’UCFO a quelques difficultés à trouver des administrateurs dans d’autres régions. « C’est sûrement parce qu’avant, on se rencontrait en personne », pense-t-elle. « Ce sont des pistes que M. Lafond avait déjà commencées. »

L’UCFO doit pourvoir à un poste de directeur général et deux postes d’administrateurs/administratrices. Le journal Agricom s’apprête à publier un poste de rédacteur ou rédactrice en chef. Source : Canva

Renée-Claude Goulet révèle à ce titre que l’UCFO cherchera prochainement à pourvoir deux postes d’administrateurs, espérant que la représentation puisse se faire dans d’autres régions en Ontario.

De son côté, Agricom recherche aussi son prochain rédacteur ou rédactrice en chef. Une annonce doit être publiée dans les prochains mois. En mars 2023, l’AGA de l’UCFO aura lieu de façon hybride : « Notre but, c’est d’embaucher un directeur général avant l’AGA, même si nous sommes conscients des difficultés du marché ».

Ottawa a-t-il discrètement retiré des droits aux minorités francophones?

OTTAWA – Quelques mois avant les élections d’automne 2021, le gouvernement fédéral a, dans le plus grand silence, modifié une politique affectant les francophones en milieu minoritaire, notamment à propos des conseils scolaires du pays.

C’est une politique du Conseil du Trésor entrée officiellement en vigueur en mai 2021 concernant l’aliénation des biens immobiliers fédéraux. Il s’agit ici de la vente de terrains et de bâtiments appartenant aux gouvernements fédéraux. Ottawa possède des terrains et bâtiments et la politique guide le gouvernement dans la vente de ceux-ci. Par exemple, ils doivent être vendus en premier lieu à des sociétés d’État ou encore aux Premières Nations.

L’ancienne politique du Conseil du Trésor stipulait qu’en vendant des biens immobiliers excédentaires, le fédéral devait « tenir compte des intérêts des collectivités, incluant les communautés en situation de langue officielle minoritaire ».

Dans sa nouvelle politique, le gouvernement n’a qu’à « avisé » les minorités francophones de l’intention de disposer des biens immobiliers.

La politique n’avait pourtant pas un objectif de réduction des pouvoirs. Les modifications apportées ont renforcé les conditions et exigences lorsque cela implique les communautés autochtones. Parmi les ajouts, on note « le respect des traités et autres ententes entre l’État et les peuples autochtones », la possibilité de posséder et de cogérer des biens immobiliers et aussi une obligation légale de consulter les groupes autochtones.

Une régression pour les francophones?

Le Conseil du Trésor se défend assurant que son règlement va plus loin que le précédent et qu’il oblige un ministère « à entreprendre une communication directe avec les communautés de langue officielle en situation minoritaire avant la disposition de biens ».

Des conseils scolaires francophones craignent que le Conseil du Trésor se déresponsabilise en agissant de la sorte. Est-ce que les francophones ont perdu des droits ou des privilèges? La directive laisse place à trop d’interprétation, estiment deux experts juridiques.

« La nuance est très grise entre les deux. Si on avise et que les communautés apportent des arguments, le gouvernement doit en prendre, compte. C’est flou, mais j’aurais peut-être même tendance à dire qu’aviser va donner plus de pouvoirs aux communautés », affirme l’avocat spécialiste des questions linguistiques, Michel Doucet.

L’avocat acadien Michel Doucet. Archives ONFR+

Le professeur en droit de l’Université de Moncton Érik Labelle Eastaugh abonde dans le même sens, mais indique que le fait d’enlever la prise en considération des communautés francophones représente une « lacune », selon lui. Il existe une trop grande place à l’interprétation, ajoute-t-il, lui aussi.

« Le fait qu’il faut donner un préavis, ça, c’est positif, mais en revanche, ça pourrait avoir pour effet de porter les fonctionnaires qui appliquent cette politique-là à croire que tout ce qu’ils ont à faire est de donner un préavis et que ça finit là. Qu’ils n’ont aucune obligation ensuite d’être ouvert à tenir compte des intérêts des communautés francophones lorsqu’ils vont prendre leur décision », relève-t-il.

Une Loi qui ne garantit rien

Les propriétés fédérales sont souvent moins coûteuses qu’au privé et elles sont attrayantes pour les conseils scolaires de langue française, souvent moins riches que leurs confrères anglophones en raison d’effectifs plus réduits, souligne Isabelle Girard. Cette dernière est la directrice de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario qui souligne que le fédéral prive les écoles d’un « outil additionnel » pour assurer l’éducation en français hors Québec.

« En milieu rural, on n’a pas d’écoles où on voudrait en avoir et dans les grands centres on a des écoles qui débordent… Quand on construit une école, on arrive très rapidement à un taux d’occupation de près de 100 %. Si nos écoles sont pleines, en tant que parent, je vais peut-être choisir d’aller dans une école anglophone où le taux d’occupation est moins élevé », donne-t-elle en exemple.

La vente de terrains fédéraux pourrait aider à désengorger certaines écoles pleines selon les conseils scolaires. Crédit image : Rudy Chabannes

Les conseils scolaires demandent au gouvernement d’obliger dans C-13 le devoir de consulter les communautés francophones avant avant de vendre un bien immobilier, ce qui n’est pas le cas actuellement.

« En ce moment, c’est juste une directive. Si c’est inséré dans la Loi, on ne sera plus dépendant d’éléments extérieurs comme des fonctionnaires qui ne seraient pas au courant des règles », énonce Isabelle Girard.

Pour les deux experts juridiques, une des solutions est de renforcer la partie VII de la Loi sur les langues officielles qui définit les obligations et le rôle des institutions fédérales pour favoriser le développement et l’épanouissement des minorités linguistiques.

« Si la Loi est claire, elle a préséance sur n’importe quelle politique ou règlement. À ce moment-là, les institutions auront le message clair du législateur de ce qu’ils doivent faire pour s’assurer de tenir compte des besoins particuliers des communautés », explique Michel Doucet.

Le gouvernement affirme son contraire

Pourtant, dans son dernier Plan d’action – un document qui guide les pratiques du gouvernement en matière de Langues durant cinq ans –, Ottawa mentionnait comme « prioritaires que les besoins des communautés de langue officielle en situation minoritaire soient pris en considération dans l’utilisation des terrains fédéraux ».

La députée fédérale d’Ottawa-Vanier et présidente du Conseil du trésor Mona Fortier. Archives ONFR+

En décembre, la présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, en comité parlementaire indiquait que le changement effectué dans la nouvelle politique devait être revu et examiné, mais refusait de dire s’il serait changé.

« Les communautés de langue officielle en situation minoritaire ont été consultées. J’ai tout de même demandé au ministère d’examiner à nouveau ce changement, qui a été apporté dans la foulée », affirmait-elle.

Un carrefour de l’immigration unique en son genre dans l’Est ontarien

CORNWALL – L’Association des communautés francophones de l’Ontario Sturmont-Dundas-Glengarry (ACFO-SDG) a créé, l’année dernière, son propre Carrefour de l’immigration crossroad (CIC). Complètement indépendante du ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), cette plateforme a aidé, depuis sa création, près de 2700 nouveaux arrivants à s’installer dans la région.

Le Carrefour immigration crossdroad (CIC) est une approche communautaire et « holistique qui a fait ses preuves en un temps record », relate Sonia Behilil, directrice des opérations de l’ACFO-SDG. « Développé par une agence communautaire, le CIC est la seule solution proposée clés en main au gouvernement. »

L’Est ontarien semble donc être le nouvel eldorado canadien, lui, qui est déjà investi par tous ceux dont la pandémie a fait se déplacer ou fuir la Capitale. L’épicentre : Cornwall devenu un pôle d’attraction à mi-chemin entre Ottawa et Montréal.

Face à cet engouement, mais aussi face à la réalité des flux migratoires, l’ACFO-SDG a collaboré avec environ 80 partenaires et acteurs locaux « pour assurer la continuité des services et le bien-être des bénéficiaires », qu’ils soient nouveaux arrivants, réfugiés ou demandeurs d’asile.

ACFO : Sonia Behilil est directrice des opération.
Sonia A. Behilil, directrice des opérations à l’ACFO SDG. Gracieuseté

En 2017, l’organisme s’impliquait déjà dans l’accueil des nouveaux arrivants, explique Mme Behilil. Elle se souvient qu’à ce moment-là, il y avait une nécessité d’avoir plus de bénévoles pour accompagner ceux qui venaient s’installer.

« Nous voulions les suivre dans leurs démarches, chez le médecin et les aider dans leurs besoins liés à leur installation. » 

Un modèle clés en main

« L’ACFO a toujours eu un rôle rassembleur », indique Mme Behilil. « Nous avions identifié très vite la nécessité de développer des partenariats en lien avec des besoins et des situations observées dans la communauté. »

En 2022, le Programme d’aide à la réinstallation des réfugiés (PAR) du Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC) est né. Dans la région et autour de Cornwall plusieurs organismes voulaient aider. Dans la même veine, l’ACFO-SDG a créé une friperie pour distribuer des vêtements.

« La communauté s’est mobilisée pour des dons. Une école francophone à besoins spéciaux nous a prêté main-forte, même des écoles anglophones ont participé », se réjouit Mme Behilil.

« Comme nous avions déjà des partenaires et disons une ébauche de notre carrefour, nous avions pensé à un mécanisme clés en main. »

À ce moment-là, avec l’arrivée du programme des réfugiés, « une centaine de personnes arrivaient régulièrement, parfois dans les 24 heures », raconte la directrice des opérations.

ACFO : Céline Baillargeon-Tardif, directrice générale de l'ACFO SDG à Cornwall.
Céline Baillargeon-Tardif, directrice générale de l’ACFO SDG à Cornwall. Gracieuseté

La création d’une plateforme structurée était donc nécessaire. Céline Baillargeon-Tardif, directrice générale de l’ACFO-SDG et Sonia Behilil ont alors créé un répertoire de services dans la région.

À la fois, représentatifs des besoins et accessibles pour tous, aujourd’hui leurs partenaires sont près de 80. Avec cette énergie, l’ACFO-SDG a créé le projet de friperie, des magasins de seconde main, des centres communautaires, des cours de langues, des conférences sur la protection à l’enfance et d’autres activités avec de nombreux partenariats.

« Ce carrefour s’adresse non seulement aux nouveaux arrivants, mais aussi à tous ceux vulnérabilisés par des flux », déclare Mme Behilil.  

Le processus d'installation de l'ACFO et du centre de transition Devcore
Dès leur arrivée dans la région, les nouveaux arrivants passent par le centre de transition, ils seront accompagnés jusqu’au bout du processus. Source : CIC

Un carrefour d’immigration unique

En juin 2022, l’entreprise immobilière gatinoise Devcore recevait dans ses hôtels de la région – appelés centre de transition – de nombreux demandeurs d’asile. Devcore et l’ACFO sont ensuite devenus partenaires afin d’offrir le CIC.

Le CIC et Devcore prennent en charge les nouveaux arrivants dès leur arrivée sur le territoire canadien, jusqu’à l’obtention d’un appartement, d’un travail, d’un compte en banque, etc. En somme, la plateforme CIC et le centre de transition Devcore forment la boucle du processus d’inclusion.

D’après la directrice des opérations, « plusieurs personnes qui représentaient le centre de transition Devcore, et à un certain niveau le gouvernement, ont reconnu qu’il s’agissait d’un « modèle unique au Canada ».

« Ce programme gagnerait à être développé à travers le pays », assure-t-elle.

Guide du CIC de l'ACFO
Le CIC est une plateforme structurée permettant une inclusion réussie. Source : CIC
L'ACFO et Devcore sont partenaires.
Le centre de transition Devcore est un des partenaires de l’ACFO. Source : CIC

Une innovation digitale et sociale

« Le Carrefour d’immigration de l’ACFO SDG veille à la création de ressources pérennes et durables pour le développement de notre communauté. »

Depuis janvier 2022, l’ACFO a aidé 2700 familles et individus. En si peu de temps, le CIC promet d’être un outil pertinent et qui pourrait tout aussi bien élargir ses horizons et de ce fait s’étendre au-delà du communautaire.

« L’opportunité pour l’ACFO SDG, c’est de montrer qu’une agence communautaire francophone a le potentiel et le pouvoir de jouer un rôle essentiel dans la communauté », indique Sonia A. Behilil.  

Ce Carrefour d’immigration est un projet franco-ontarien qui appuie le savoir-faire et la compréhension d’enjeux propre aux mouvements migratoires. « L’ACFO défend les intérêts des francophones », précise Mme Behilil, « mais promouvoir la francophonie, c’est aussi créer des initiatives, des innovations, du changement et rendre fière notre communauté francophone ».

« C’est l’opportunité de faire des choses et de contribuer avec fierté », précise-t-elle.

Le Mois de l’histoire des Noirs souligné en Ontario francophone

Février marque le Mois de l’histoire des Noirs. Que ce soit pour s’informer ou discuter de l’importance des communautés noires au Canada, pour participer à un atelier ou assister à un spectacle, voici quelques suggestions d’activités se déroulant tout au long du mois en Ontario français.

Une œuvre francophone sur la lanterne Kipnes

Il suffira de passer au centre-ville d’Ottawa pour admirer le travail de l’artiste établi à Wakefield, Jimmy Baptiste. Le Centre national des Arts (CNA) lui a commandé une œuvre expressément pour sa lanterne Kipnes – tour de verre qui diffuse des images d’artistes et de productions de premier plan du Canada – à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs. Intitulée Onah, l’œuvre s’inscrit dans le courant afrofuturiste.

« Lorsqu’ils m’ont proposé de faire ce projet-là, je voulais créer une œuvre qui aurait un visuel grandiose, et qui allait apporter un certain sens de fierté à la communauté noire et brune de la région et d’un peu partout. Je voulais que le personnage prenne une place prédominante et soit représenté d’une façon très puissante visuellement », affirme Jimmy Baptiste en entrevue avec ONFR+.

Outre l’afrofuturisme, Jimmy Baptiste nomme l’afropunk, le manga animé et le graffiti parmi ses sources d’inspiration. Son oeuvre Onah sera présentée sur la lanterne Kipnes du CNA durant tout le mois de février. Gracieuseté Centre national des Arts

Le CNA accueillera plusieurs autres événements au cours du mois. Entre autres, les musiciens Carine au Micro et Waahli se produiront à la Quatrième salle. Les familles pourront assister aux spectacles d’Angelique Francis ou de l’ensemble Masabo. Le théâtre français du CNA présentera Cabaret Noir, un « happening et plaidoyer » imaginé par la chorégraphe Mélanie Demers.

Les six artistes en performance lors de Cabaret Noir. Ils portent un casque de moto et des gants jaunes.
Mélanie Demers et les artistes de Cabaret Noir. Crédit image : Kevin Calixte

On présente l’événement comme un pont qui mène à l’autre, un pont « qui danse, qui chante et qui fait de la lumière. » Cabaret Noir multiplie les références culturelles, de Dany Laferrière à Othello, en passant par Nina Simone et même Lance et compte. Les six artistes livreront des textes en français, anglais, créole et espagnol.

Discussions importantes

Le 4 février, le campus torontois du Collège Boréal sera l’hôte du tout premier forum provincial sur le racisme systémique dans le système scolaire. L’événement organisé par Point ancrage jeunesse s’adresse particulièrement aux élèves du secondaire et à leurs parents.

Plusieurs jeunes bénévoles ont participé à l’élaboration de l’activité qui proposera des témoignages, des panels de discussion, des occasions de réseautage et des outils pédagogiques. Les participants doivent réserver leurs places, mais l’événement est gratuit et sera retransmis en direct sur la page Facebook de Point ancrage jeunesse.

Crédits image : Point ancrage jeunesse, Rachel Bolduc-Crustin et Centre francophone du Grand Toronto

Le 18 février, l’auteur Gaston Mabaya convie le public à une conférence autour de son essai Gorée, ouvre-moi tes portes. L’ouvrage traitant directement du Mois de l’histoire des Noirs est paru en 2020. M. Mabaya y explique avoir toujours été réticent à participer aux activités thématiques de février, jusqu’à l’appel d’un certain Gabriel Osson, en 2019.

L’activité sous le thème du devoir de mémoire est organisée par l’Association culturelle canado-congolaise de London, en partenariat avec l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF). Elle aura lieu le 18 février à 14h à la bibliothèque publique de London, secteur est.

Également le 18 février, les athlètes Bruny Surin et Kristel Ngarlem prendront la parole au Mississauga Convention Centre sous le thème Reconnaissance, équité et développement. La soirée est organisée par le Centre francophone du Grand Toronto, également à l’origine d’un souper-spectacle à saveurs africaines et antillaises qui se déroulera le 6 février. Cette autre activité gratuite au Daniels Spectrum de Toronto, aura pour thème Sur les traces de nos héros.

Des ateliers pour une participation active

Le Centre canadien pour l’unité de la famille (CCUF) organise aussi plusieurs activités gratuites pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs. Des ateliers de danse et percussions ont lieu tous les vendredis au centre communautaire River Grove de Mississauga. Le 11 février, au Centre de loisirs senior de Milton, les participants à un atelier de peinture interculturelle créeront une murale collective, symbole « inclusif et positif ». C’est aussi à cet endroit qu’aura lieu le 18 février le Gala Rythmes et Cultures. Le CCUF offrira également une soirée de contes et chants africains en version virtuelle, le 26 février.

Du côté d’Ottawa, le Centre Pauline-Charron sera l’hôte d’un atelier de danse afro-antillaise donné par Julianne Lavertu du Cultural Arts Studio. D’origine dominicaine et haïtienne, Julianne Lavertu profite de ses ateliers pour parler d’Histoire et de culture.

Pour tous les goûts

Le 4 février, les amateurs de musique pourront découvrir Naxx Bitota au centre Spadina de Toronto. L’autrice-compositrice-interprète puise dans des influences multiples : Musique classique, folk, afropop, gospel et plusieurs rythmes traditionnels congolais. Naxx Bitota exploite des thèmes comme l’individualisme, l’intrépidité et la confiance en soi. La soirée est organisée par l’Alliance française de Toronto, en partenariat avec la Batuki Music Society et le Bureau du Québec.

Naxx Bitota présentera un concert au Théâtre Spadina le 4 février. Gracieuseté

L’organisme Solidarité des femmes francophones immigrantes du Niagara (Sofifran) organise quelques activités sous le chapeau Festiv’ébène, dont une soirée spectacle à l’école secondaire catholique Saint-Jean-de-Bréboeuf à Welland, le 25 février. On y entendra des rythmes de Cuba (Okan), d’Haïti (Woodney Pierre) et de la République démocratique du Congo (Sage Matuzolele), avec l’animatrice Justine Djoléi Gogoua et l’animateur de foule Hervé Mility.

Également le 25 février, les Sudburois pourront assister à un défilé de mode et une soirée dansante au Sudbury Steelworkers Hall. Ce cabaret africain est organisé par l’organisme Contact interculturel francophone de Sudbury et mettra en vedette l’artiste Amadou Kiénou.

Pour sa part, le Musée des Beaux-arts du Canada accueillera le 10 février la deuxième édition annuelle de la soirée d’excellence de la communauté queer, trans et noire. La soirée gratuite et bilingue est présentée par Fierté dans la Capitale, dans le cadre du Bal de neige. On y retrouvera BLK PRL à l’animation, entourée de plusieurs artistes, dont la drag queen francophone Kiara.

Cette liste d’activités est bien sûr non exhaustive. De nombreux événements auront lieu dans la province pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs, mais la contribution de la population noire à la culture ontarienne est présente toute l’année. Pour des suggestions culturelles hebdomadaires en Ontario français, lisez le Fil culturel de l’Ontario français qui paraît chaque jeudi dans notre section culture.

Planification stratégique à la Laurentienne : l’AFO demande « la plus grande transparence »

HEARST – L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) souhaite avoir une rencontre avec les dirigeants de l’Université Laurentienne, et réclame de la transparence dans le processus de planification stratégique que produira l’institution dans la prochaine année. Cette démarche intervient deux ans après, jour pour jour, que l’Université Laurentienne ait demandé à se placer à l’abri de ses créanciers.

C’est dans un communiqué paru ce mercredi que le président de l’AFO, Fabien Hébert, a fait connaître cette requête auprès de l’établissement.

« À ce moment névralgique de notre histoire, il est primordial que l’ensemble de la francophonie ait la chance d’y être entendue », a-t-il déclaré.

Deux semaines plus tôt, l’établissement avait publié un appel d’offres pour embaucher une firme en vue de la planification stratégique à laquelle se prépare l’institution et qui est notamment saluée par l’AFO.

Accompagnant le communiqué, une lettre adressée au président du Conseil des gouverneurs, Jeff Bangs, précise qu’il souhaite que l’ensemble de la communauté francophone puisse s’exprimer.

Le nouveau président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a été nommé samedi 29 octobre durant l’AGA de L’AFO. Gracieuseté

Et de continuer : « Au nom de la communauté franco-ontarienne, je demande que le processus vous conduisant à concevoir votre plan stratégique soit transparent et ouvert à tous. »

Pour l’Université de Sudbury

Le nouveau président de l’AFO questionne également l’avenir de la programmation de l’Université Laurentienne et son mandat, après la suppression d’une grande partie des programmes francophones lors des coupures du printemps 2021.

« Qu’adviendra-t-il du restant de votre programmation de langue française et, plus fondamentalement, de votre mandat bilingue et triculturel? » interroge-t-il.

Il déclare avoir fait une demande officielle pour rencontrer M. Bangs, ainsi que la nouvelle rectrice et vice-chancelière par intérim, Sheila Embleton, dont il félicite par ailleurs la récente nomination.

M. Hébert juge que l’Université Laurentienne doit faciliter le transfert de la programmation vers l’Université de Sudbury.

L’Université de Sudbury pourrait bien connaître l’issue de son sort cette année. Crédit image : Dominique Demers

« La nouvelle planification stratégique de la Laurentian doit inclure une période de transition afin que l’Université de Sudbury devienne à terme la seule université offrant une programmation de langue française dans le Moyen-Nord », conclut-il.

Immigration francophone : les partis fédéraux sortent le bâton

OTTAWA – C’était la carotte ou le bâton et les partis fédéraux ont opté pour la méthode dure dans le dossier de l’immigration francophone. Pas question de passer 20 autres années d’échecs consécutifs en immigration francophone hors Québec, ont déclaré à l’unisson les quatre principaux partis fédéraux. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) sera obligé à l’avenir d’atteindre sa cible en immigration francophone.

En 2003, Ottawa s’était donné une cible hors du Québec de 4,4 %, mais cette dernière n’a jamais été atteinte depuis, sauf de justesse l’an dernier. Ces échecs consécutifs ont contribué au déclin du français hors du Québec, selon une étude. En Comité des langues officielles mardi soir, les partis ont voté tous en faveur d’amendements qui ne permettront plus à IRCC de s’extirper de son objectif à l’avenir.

Les députés se retrouvent présentement à étudier, article par article, le projet de Loi C-13 qui vise à moderniser la Loi sur les langues officielles (LLO). Dans la mouture déposée en mars dernier, Ottawa se dotait d’une politique en immigration francophone avec des cibles et indicateurs, mais ne forçait en aucun moyen IRCC à une obligation de résultats.

Le tout a changé mardi soir alors que tous les partis ont appuyé et voté pour l’amendement suivant :

Qu’il reconnaît l’importance de remédier au déclin du poids démographique des minorités francophones, notamment en assurant le rétablissement et l’accroissement de celui-ci.

Qu’il reconnaît l’importance de l’immigration francophone pour favoriser l’épanouissement des minorités francophones, notamment en assurant le rétablissement et l’accroissement de leur poids démographique.

Un fonctionnaire d’IRCC avait soulevé des craintes d’un tel changement, mais cela n’a pas empêché le Parti libéral, les conservateurs, le NPD et le Bloc Québécois de faire fi de celles-ci en votant tous en faveur quelques instants plus tard.

« En utilisant le mot « assurer », on légifère une obligation de résultat dans un domaine de compétence partagée où les provinces et territoires ont aussi une contribution marquée à apporter (… ). Il y aurait un risque, vu que le gouvernement fédéral ne contrôle pas tous les paramètres », avait prévenu Alain Desruisseaux, directeur général des politiques en immigration francophone et langues officielles à IRCC.

Immigration Canada Fédéral cible Fraser francophonie
Sean Fraser, le ministre de l’Immigration devra désormais composer avec une nouvelle réalité dans sa politique en immigration francophone. Crédit image : Le Droit, Patrick Woodbury.

Le fait d’inclure le mot « assurer » comme le craint le ministère, forcera un changement de mentalité au sein de celui-ci, estime l’avocat en droits linguistiques Mark Power. « Ça va exiger une obligation de résultat. Ça va exiger plus que des efforts, ça va exiger des résultats concrets. C’est tout un changement », affirme-t-il.

Comme le comité en est à ses premiers amendements, il est difficile de déterminer quelles seront les obligations précisées mais, en cas d’échec des cibles, IRCC pourrait se risquer des poursuites judiciaires sous peine de ne pas respecter la LLO. À moins qu’un déraillement majeur ne survienne à la Loi d’ici là, cet amendement sera dans la version modifiée.

Une demande de longue date

Il s’agissait d’une demande unanime des organismes francophones, comme la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Les organisations francophones ainsi que le Commissariat aux langues officielles dénoncent depuis plusieurs années le laisser-aller du gouvernement et d’IRCC dans le dossier.

« On est très heureux. Le changement de langage va donner le message à l’ensemble du ministère que ça prend une politique en immigration francophone beaucoup plus forte », a réagi la présidente de la FCFA Liane Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Gracieuseté

« Il faut mettre fin à la situation qu’on a vécue jusqu’à maintenant où on accueille très peu d’immigrants francophones. C’est historique », clame de son côté la députée néo-démocrate Niki Ahston, à l’origine de l’amendement exigeant des obligations à IRCC.

Le gouvernement a récemment annoncé avoir atteint sa cible de 4,4 % en immigration francophone en 2022. Cela constitue un bon premier pas, mais un coup de barre était toujours nécessaire, ont soutenu les libéraux.

« Ils (IRCC) ont eu le message en 2022 et déjà des démarches ont été prises. Maintenant, il faut en faire plus : le comité a été clair et unanime », affirme Marc Serré, le secrétaire parlementaire de la ministre des Langues officielles.

L’étude du projet de loi doit reprendre ce vendredi.

Les Franco-Torontois inquiets face à la vague de crimes dans les transports en commun

TORONTO – La vague de violence et d’attaques criminelles contre les usagers et le personnel du réseau de transports en commun CTT (Commission de transport de Toronto) fait couler beaucoup d’encre. Si l’opinion est divisée quant aux mesures à adopter, le sentiment d’insécurité, lui, semble faire l’unanimité au sein de la communauté francophone de Toronto. Des parents ont fait part de leurs inquiétudes à ONFR+.

Pas plus tard que ce mardi, d’une altercation impliquant une arme blanche à la station Union résultait l’arrestation de trois personnes. La semaine dernière, une femme d’une vingtaine d’années se faisait poignarder au visage et à la tête dans le tramway de la ligne Spadina et un adolescent de 16 ans se faisait poignarder dans l’autobus. Les derniers d’une longue série. 

L’annonce conjointe de la Ville et de la police de Toronto, du déploiement quotidien de 80 policiers dans les transports en commun, a suscité de nombreuses réactions sur la façon de répondre aux causes multifactorielles de ce phénomène. 

Mesures immédiates : collaboration entre la CCT, la Ville et la police de Toronto 

Le 26 janvier dernier, dans une annonce conjointe avec la CTT et la police de Toronto, le maire John Tory, a annoncé le déploiement immédiat de 80 policiers chaque jour sur le réseau de transport en commun CTT, en réponse à la vague de violence qui sévit. 

Le chef de la police Myron Demkiw s’est également exprimé sur cette décision : « Notre présence dans les transports, le métro, les tramways, les bus de la ville, aide les opérateurs et usagers à se sentir plus en sécurité et plus à l’aise. Ils me l’ont eux-mêmes dit. » 

Lors d’une entrevue avec ONFR+, le porte-parole de la CTT, Stuart Green, a précisé que la priorité derrière ces mesures était de rétablir la sécurité. Il a ajouté que des mesures additionnelles comme le recrutement de 50 agents spéciaux de sécurité seraient aussi mises en place cette année. 

Une équipe de sécurité communautaire constituée de 20 personnes sera déployée pour faire de la sensibilisation auprès des sans-abri et répondre à leurs besoins immédiats. Les superviseurs en chef CTT recevront une « formation à la désescalade » pour soutenir le personnel des stations CTT. Les nouvelles mesures impliquent également une présence accentuée du personnel sur le réseau et l’ajout de caméras de surveillance dans les stations de métro et dans les véhicules.

Intervention de la police à la station College, le jeudi 26 janvier 2023. Crédit image : Sandra Padovani

Durant cette même annonce conjointe avec la ville et la police, le PDG de la CTT Rick Leary a déclaré que « nous ne connaissons pas les causes derrière cette violence mais elles sont complexes ». 

« Il est important de rappeler que des millions de personnes se déplacent en toute sécurité chaque jour sans incident, mais que même un seul cas par jour n’est pas acceptable », a également souligné M. Green. Il a toutefois rappelé que la CTT ne pouvait pas répondre à elle seule à ce problème plus global avec, entre autres, les problématiques de santé mentale et d’usage et d’addiction aux substances.

Des parents franco-torontois témoignent

Manon Moreau, étudiante infirmière et maman d’une enfant de 3 ans, ne se sent plus en sécurité dans les transports en commun, particulièrement en tant que femme : « C’est la raison pour laquelle j’ai acheté une voiture. Comme ça au moins ma fille et moi ne sommes pas confrontées à des personnes instables et dangereuses dans le métro. »

« Je prenais pourtant les transports en commun tous les jours avant. Mais l’élément déclencheur a été cette femme brûlée vive dans l’autobus en juin dernier. Je me suis dit que c’était terminé », ajoute celle qui habitait à Londres avant de venir à Toronto, il y a six ans. « Les transports en commun y étaient très sécuritaires là-bas comme ici. Mais depuis la pandémie, tout a changé à Toronto. »

Manon Moreau, étudiante infirmière torontoise évite les transports à cause de la montée de l’insécurité. Gracieuseté

L’étudiante infirmière pointe du doigt les conséquences de la consommation de méthadone. « J’ai travaillé tout l’été en hôpital et cette réalité était saillante. C’est le travail de la province de prendre en charge ce problème sous-estimé. Les agressions se font principalement par des personnes ayant une santé mentale instable. Les effets secondaires de cet opioïde très fort sur des personnes un peu fragiles sont catastrophiques, comme le développement de troubles schizophréniques. Un des soucis du Canada est de prescrire trop d’opioïdes et c’est le constat de nombreuses infirmières. » 

« Les personnes souffrant de problèmes mentaux ont été laissées de côté » – Alexandra Bernard, résidente torontoise

Alexandra Bernard, professeure et maman elle-aussi, déplore quant à elle ces situations de violence devenues « banales » qui ne font pas la une des médias mais qui participent bien à ce sentiment d’insécurité. « Nous vivons en plein centre et dès qu’on sort il y a en permanence quelqu’un qui hurle dans la rue. L’autre jour, en sortant du métro, j’ai vu une femme sur le sol, un élastique à la jambe, qui se faisait une injection de drogue dure. » 

« Ma fille de 15 ans a eu de nombreux problèmes », renchérit-elle. « L’an dernier dans le tramway en rentrant de l’école, un homme lui a craché dessus car il n’aimait pas les femmes. Hier soir un homme dans la rue lui a dit « Cours ou je te tue » à 16h. Elle est rentrée à la maison en courant. Nous sommes très inquiets. On ne sait jamais ce qui peut se passer dans les transports », raconte-t-elle. 

« Les personnes souffrant de problèmes mentaux ont été laissées de côté », déplore-t-elle. « Ça fait un an et demi que la situation s’est aggravée de façon notoire. La présence des policiers va rassurer les usagers mais il faut aider ces personnes en détresse. » 

Un autre parent franco-ontarien témoigne également sur la question de la prise en charge : « Je pense qu’il faudrait plus de ressources en santé mentale et certaines personnes devraient être institutionnalisées, pour bénéficier de vrais soins, alors qu’en ce moment on les laisse ressortir faute de moyens. »

L’escalator du blâme, du municipal au fédéral

Interrogé sur les raisons qui le poussent à investir dans la présence policière plutôt que dans les services sociaux d’urgence, le maire John Tory répond que la Ville a investi un très gros montant pour le Toronto Community Crisis Service. « Il ne s’agissait pas de choisir soit l’un soit l’autre, nous investissons des deux côtés », précise-t-il. 

« La ville de Toronto a augmenté le budget 2023 du Toronto Community Crisis Service de 6,067 millions de dollars par rapport à 2022, soit 17,050 millions de dollars et a augmenté le budget de 2023 pour le Shelter Support and Housing Administration Funding de 79 millions dollars, soit 707 millions de dollars. »

John Tory a renvoyé la balle en déclarant que « recevoir un soutien financier supplémentaire à d’autres niveaux gouvernementaux serait utile pour investir sur d’autres volets sociaux et sur la santé mentale ». 

« Le maire a proposé une solution pansement : il nous faut embaucher des policiers à temps plein dédiés » – Doug Ford

Le premier ministre ontarien Doug Ford a réagi dès le lendemain de l’annonce des mesures prises par la Ville, qu’il estime insuffisantes : « Nous devons continuer à embaucher plus de policiers. J’ai comparé et par rapport à 2012, nous avons actuellement 500 policiers de moins. Depuis 2018 nous avons octroyé à la Ville de Toronto plus de 250 millions de dollars pour les services de police et 27 millions de dollars  ne serait-ce que l’année dernière. Cette année, nous allons ajouter 42 millions de dollars au budget de la police. »

« Le maire a proposé une solution pansement : il nous faut embaucher des policiers à temps plein dédiés », a déclaré Doug Ford vendredi dernier.

Le premier ministre a ensuite lui-même renvoyé la balle au fédéral en blâmant le système judiciaire actuel, qui serait la partie immergée de l’iceberg : « Nous ne pouvons pas avoir des policiers qui arrêtent un jour des criminels pour qu’ils soient libérés dès le lendemain. C’est un appel au gouvernement fédéral, un appel au système judiciaire qui relâche ces personnes dans la nature. » 

Un appel à la réforme du système judiciaire en lien direct avec la lettre commune de janvier 2023 du premier ministre de l’Ontario et de ses homologues des provinces et territoires demandant à Justin Trudeau de réviser les droits des accusés en liberté sous caution : « Le système judiciaire doit empêcher de sortir toute personne qui présente une menace pour la sécurité publique. »

Budget provincial : le recteur de l’Université de Sudbury demande des fonds

SUDBURY – Le recteur de l’Université de Sudbury a émis deux recommandations lundi après-midi devant le Comité permanent des finances et des affaires économiques lors des consultations prébudgétaires de l’Ontario. Serge Miville a, notamment, demandé aux députés présents d’intégrer l’établissement dans le prochain budget de la province.

« Il est primordial de prévoir dans le budget l’intégration de l’Université de Sudbury comme institution publique de langue française avec sa juste part de financement », a-t-il lancé comme première recommandation au début de son allocution de sept minutes, livrée entièrement en français.

Relance de l’économie de la région et revitalisation du milieu de l’enseignement postsecondaire en langue française du Moyen-Nord faisaient aussi partie de son plaidoyer en faveur d’un appui à l’établissement.

Dans le cadre de sa deuxième recommandation, celui qui est aussi vice-chancelier de l’Université de Sudbury a demandé à la province de « prévoir la contrepartie pour débloquer les millions de dollars en argent fédéral pour le développement de la programmation de langue française ici dans le Nord et ailleurs », des fonds provenant du programme des langues officielles en enseignement d’Ottawa.

Parmi les douzaines d’élus présents dans la salle, la députée néodémocrate de Nickel Belt, France Gélinas a questionné le recteur au sujet du montant que l’établissement aimerait recevoir de la province.

La députée France Gélinas de Nickel Belt a interrogé le recteur durant la période de questions. Capture d’écran internet.

« De très petits montants », a répondu M. Miville, faisant référence à l’entente conjointe de financement entre Ottawa et les provinces, dont le fédéral paie 75 % de la facture.

« Un an après avoir perdu accès à tout son financement public pour son enseignement, l’Université de Sudbury n’a aucune dette », lâchera-t-il avec passion avant de répéter cette phrase en anglais.

Au plus près du rêve

« Après un siècle, il est enfin temps de réaliser ce rêve », dira également le recteur, évoquant les 110 ans de son institution cette année.

Celui-ci en a profité pour faire un rappel historique dans lequel il a évoqué, entre autres, « la dissolution unilatérale de la fédération » dont faisait partie l’Université de Sudbury par l’Université Laurentienne en 2021 lors de la crise qui a secoué l’établissement et la région.

« Nous sommes choyés de l’appui massif de la communauté francophone, des autres communautés du Nord et d’ailleurs en Ontario pour ce projet de société structurant », a-t-il également déclaré.

Une autre question de la députée France Gélinas concernait justement la confiance que le recteur a envers la réponse de la communauté, ce à quoi celui-ci lui a répondu avoir sondé des élèves du secondaire de la région afin d’arrimer la demande sur l’offre de l’établissement.

Le recteur Serge Miville juge que l’appui à l’Université de Sudbury permettra la rétention des jeunes dans le Nord. Capture d’écran internet.

Le recteur a, par ailleurs, évoqué que l’établissement accueillait près de 1700 élèves dans sept programmes avec 34 options de diplômes avant la dissolution de la fédération.

L’Université a déposé en automne dernier une demande d’accréditation auprès de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP) qui l’a approuvée et a envoyé une recommandation, présentement à l’étude, à la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop.

Après s’être déplacé lundi à Sudbury pour des consultations publiques en prévision du budget de mars prochain pour l’année 2023-2024, le Comité permanent des finances de la province se dirigera jeudi à Timmins.

Des artistes remettent en question la place de l’intelligence artificielle dans l’art visuel 

D’après Investissement Ontario, la province serait « un véritable carrefour de l’intelligence artificielle (IA), non seulement au Canada, mais à l’échelle mondiale ». Si la réputation de l’IA prend de l’expansion avec les années, elle soulève aussi nombre de questions, notamment dans le monde artistique en Ontario français où on n’y échappe pas. Déshumanisation de l’art, dévalorisation du savoir-faire manuel, incertitudes sur les droits d’auteur ONFR+ fait le point.

« L’IA réfère à plusieurs disciplines scientifiques en informatique, en mathématique, avec des techniques qui ont des objectifs différents. Ça peut être le langage, tout ce qui est visuel, etc. », explique Céline Casters-Renard, professeure à l’Université d’Ottawa spécialisée dans l’IA et la réglementation des nouvelles technologies.

En d’autres termes, il s’agit d’un algorithme qui, dans une utilisation artistique, conçoit une œuvre finie à partir de composantes dénichées sur le web. On la retrouve par exemple dans de nombreuses applications mobiles grand public telles que Wonder, PicsArt, Fotor, StarryAI, Lensa… des générateurs d’art capables de créer, en quelques clics, une œuvre à partir d’images répertoriées et modifiées au gré de mots, filtres et styles.

Des applications permettent de créer une œuvre en quelques clics à partir d’œuvres existantes. Ici, nous avons testé le générateur d’art Wonder.

L’IA : avec ou contre les artistes?

« Là où il commence à y avoir certains défis, c’est que l’IA est capable de créer des œuvres et avoir une certaine originalité, bien que ces outils se fondent sur des données déjà existantes », croit l’experte.

C’est cet emprunt de données qui pose problème, d’après l’illustratrice et designer graphique franco-ontarienne Josée Lavoie. « C’est sûr qu’il y a toujours beaucoup de choses qui mettent en danger le monde du graphisme et de l’art », fait-elle remarquer, en donnant pour autre exemple le logiciel Fiverr, « mais c’est surtout pour l’illustration que c’est dangereux ».

Cette dernière souligne son malaise tout particulier pour le vol de droits potentiels auxquels les artistes sont confrontés, suite à la publication de leur œuvre en ligne. 

Carys J. Craig,  avocate et professeure de droit en propriété intellectuelle à l’Université York. Crédit image : Joncarlo Lista

En réalité, « il n’y a pas grand-chose qui puisse être fait », selon la Dre Carys J. Craig, avocate et professeure de droit en propriété intellectuelle à l’Université York. D’après cette dernière, il est très difficile de savoir comment les éléments des œuvres sont utilisés ainsi qu’où ils sont dirigés.

« Si le visuel des artistes a été trouvé, ils vont généralement être aspirés dans un ensemble de données à partir duquel une IA peut former une image », dit-elle. « Un artiste ne peut donc jamais savoir si son travail est inclus ou quel travail est inclus et, honnêtement, ces ensembles de données sont généralement composés de milliers, de dizaines de milliers, de centaines de milliers, voire de millions d’ordinateurs personnels. » 

Mme Castets-Renard concède de son côté : « Je ne sais pas s‘il faut s’inquiéter, mais les frontières ou les concepts du droit d’auteur sont challengées. »

L’inquiétude d’Héritier Bilaka, un artiste visuel d’Ottawa, réside dans l’utilisation même de l’IA. D’après celui qui peint des portraits depuis 14 ans, « s’il suffit juste de tapoter sur un clavier et puis dire qu’on a créé quelque chose, je ne sais pas si la prochaine génération aura encore le sens de l’effort lié au savoir-faire manuel, le contact physique avec l’œuvre ».

Héritier Bilaka, artiste visuel d’Ottawa. Gracieuseté

L’artiste originaire du Congo affirme avoir une conception différente de ce que « devrait » être l’art. « Pour moi, l’art ce n’est pas quelque chose qui peut être seulement visuel ou technique. C’est surtout lié à l’âme et à la spiritualité, puisqu’il porte une énergie vivante », continue-t-il.

Pourtant, « ça fait longtemps qu’en droit d’auteur, on admet que l’auteur (artiste) n’est pas forcément celui qui fait matériellement », rectifie Mme Casters-Renard. Dans le cas de création d’œuvres par l’IA, l’humain reste toujours le concepteur orchestrant un résultat fini, explique-t-elle. Voilà pourquoi certains conçoivent l’IA comme un outil, rendant son rôle légitime dans plus d’un domaine artistique.

C’est aussi l’avis de l’artiste digitale Karen Vanderborght qui expérimente avec des logiciels de créativité IA comme Midjourney, Dall-E et Dream Studio, tous gagnant en popularité. Cette dernière perçoit l’aspect spontané et rationnel de l’IA comme un phénomène avec lequel il est artistiquement enrichissant de collaborer.

Karen Vanderborght, artiste digitale.

« J’aime justement comment l’IA me donne des propositions bizarres. Moi, ça ne m’intéresse pas de la concevoir comme un processus d’efficacité, je vois plutôt ça comme un jeu artistique », affiche celle qui s’intéresse à plus d’une nouvelle technologie, comme aussi la Réalité augmentée et la Réalité virtuelle. 

Cette dernière croit qu’« on aura toujours un marché où les gens veulent une peinture faite à la main par un être humain ».

Céline Castest-Renard partage la même opinion : « J’aurais tendance à penser que, pour l’instant, il n’y a pas de remplacement pur et simple de l’humain mais certainement une modification des tâches. »

Une limite à la créativité de l’IA

S’il est statistiquement difficile de prouver que le surcroît de l’IA est nuisible aux artistes, il est indéniable qu’elle ne pourra jamais complètement remplacer ces derniers, d’après Mme Casters-Renard. La raison fait l’unanimité chez tous les intervenants : elle ne peut pas incarner l’authenticité d’une démarche humaine.

La professeure donne pour exemple une entreprise qui souhaiterait collaborer avec un artiste versus un logiciel d’IA : « Si tout le monde a le même design graphique parce que les outils reprennent l’air du temps, tout ce qui est mainstream, les entreprises vont peut-être ne pas être contentes du résultat. Cela ne leur permet pas de se différencier ni de se démarquer des autres. »

Et d’affirmer que les glissements de marché sont fréquents, mais ne sont pas toujours contre-constructifs pour les humains : « Ça ne peut que nous pousser un peu plus dans nos spécificités, nos compétences et notre expertise », concède-t-elle, en faisant référence à son expérience personnelle d’enseignante. 

Article écrit avec la collaboration d’Abigail Alves Murta

Cet article a été mis à jour le vendredi 3 février 2023 à 20h.

« L’héritage » en francophonie de Justin Trudeau en jeu dans les prochains mois

OTTAWA – C’est jour de rentrée parlementaire à Ottawa et celle-ci devrait constituer la fondation des prochains mois qui risquent d’être fort occupés avec un projet de loi et diverses stratégies en langues officielles pouvant influencer l’avenir du français au Canada pour plusieurs décennies. Ce test pour les libéraux jettera les bases de ce qui constituera peut-être l’héritage de Justin Trudeau pour les francophones, selon des politologues.

Il y a d’abord la Loi sur les langues officielles, demandée depuis plusieurs années par les communautés et organismes francophones. L’actuel projet de loi C-13 reprend le chemin de l’étude, article par article, cette semaine et pourrait se conclure dès la mi-mars.

Cette loi, qui n’a pas été changée depuis 1985, pourrait bien guider les 50 prochaines années pour la francophonie. À plus court terme, aussi en mars, il y a la sortie du Plan d’action sur les langues officielles, qui guide les politiques du gouvernement pendant cinq ans en termes de francophonie. Le tout coïncide avec le dépôt du budget de la ministre des Finances Chrystia Freeland, possiblement vers la fin mars. 

Les actions posées prochainement sont une question de survie des francophones, avertit Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). « Si on manque nos cibles, c’est le déclin de la francophonie qui nous attend. Nos communautés auront de plus en plus de la difficulté à fonctionner en français et offrir des services. »

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Gracieuseté

Pour la politologue Linda Cardinal, la portée des gestes posés dans les prochains mois aura un impact intemporel pour le premier ministre. « On sait que les libéraux sont dans leur troisième mandat et, on n’en sait pas trop, peut-être pour un quatrième. Donc pour M. Trudeau, c’est un héritage qu’il pourrait léguer dans le cadre de ses différents mandats », analyse la spécialiste de la francophonie canadienne.

Le gouvernement a actuellement les mains sur le volant pour au minimum réduire le déclin du français au Canada, observe Rémi Léger, professeur en sciences politiques à l’Université Simon Fraser. « C’est l’occasion parfaite avec la Loi et le Plan d’action pour les libéraux de mettre leur vision de l’avant », affirme-t-il, estimant qu’ils devront toutefois changer le cap de leurs actions du passé.

« À mon sens, les libéraux avancent en tâtonnant. Ils avancent d’un pas, c’est bien reçu. Ils continuent donc deux pas. Ensuite, ils prennent un pas et ensuite ils reculent de deux… Ce qu’on sait des libéraux depuis qu’ils sont au pouvoir, c’est qu’ils n’ont pas une vision claire pour la francophonie canadienne », dit-il précisant qu’il s’agit d’une stratégie à double tranchant.

Une loi qui traîne

Promise depuis 2018, la nouvelle Loi sur les langues officielles fait du surplace depuis plusieurs mois. Les libéraux avaient promis de la déposer dans les 100 premiers jours et de l’adopter en 2022, mais elle se retrouve aujourd’hui avec un échéancier amenant en mars et c’est un des dossiers qui pressent sur les banquettes libérales.

Tout juste avant les fêtes, plusieurs députés anglo-québécois sont sortis contre C-13. Ils exigeaient que des mentions à la Loi 96, la Charte de la langue française au Québec, soient retirées du projet de loi, alors que les partis de l’opposition estiment que cette charte devrait s’appliquer aux entreprises privées de charte fédérale au Québec. D’un autre côté, les députés libéraux francophones du comité poussent depuis plusieurs mois pour accélérer son adoption.

« Il y a des différences qui sont irréconciliables », tranche le politologue Rémi Léger. « Il y a des choix politiques qui vont devoir être faits. Soit que l’on continue de reconnaître l’égalité des deux langues ou qu’on reconnaît la fragilité du français et qu’on s’engage à en faire plus. Pour l’instant, ça semble être d’appuyer le français mais évidemment, il y a des députés qui aimeraient que le premier ministre fasse le choix inverse. C’est un choix politique qui incombe à Justin Trudeau et son équipe. »

Le gouvernement Legault et le ministre de la francophonie canadienne Jean-François Roberge pourraient s’immiscer dans le débat autour de la Loi sur les langues officielles à Ottawa. Source : compte Twitter de Jean-François Roberge

Selon nos informations, une des possibilités sur la table serait que le gouvernement Legault appuie publiquement le projet de loi C-13, si jamais le dossier venait à traîner. En retour, Ottawa adopterait dans sa loi certaines des demandes de Québec – formulées en juin dernier – comme l’application de la Charte de la langue française.

« Le plus beau des cadeaux qui pourrait se produire pour la francophonie canadienne, c’est si le gouvernement du Québec appuyait la Loi sur les langues officielles », estime Mme Cardinal.

Immigration francophone

Le dossier de l’immigration francophone devrait être également une partie phare du prochain Plan d’action. Les démographes et la FCFA estiment que le Canada devra tripler son nombre d’immigrants francophones hors Québec l’an prochain avant d’aller à 20 % de tous les immigrants canadiens chaque année en 2036. Sinon, le déclin du français pourrait bien se poursuivre pour le Canada. Le ministre Sean Fraser juge qu’il s’agit d’une question de cohésion sociale.

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser. Crédit image:
Sean Fraser, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. Crédit image : Le Droit, Patrick Woodbury

« Dans cinq ans, après le prochain Plan d’action, ça va aller vite. Si le déclin n’est pas stoppé, ça va aller vite qu’on va voir le déclin du français dévastateur partout dans nos communautés », signale de son côté Liane Roy.

Cette dernière demande à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) de rapidement mettre en place une stratégie en immigration francophone et d’augmenter sa promotion dans les pays francophones du monde comme en Afrique.

Vague de réactions dans la francophonie canadienne suite au décès de Viola Léger

Des réactions des quatre coins de la francophonie canadienne ont afflué à la mémoire de l’interprète de la Sagouine et icône acadienne Viola Léger, décédée samedi à Dieppe à l’âge de 92 ans.

La comédienne a incarné pendant plus de 50 ans et à plus de 2000 reprises le visage de la Sagouine, personnage de la pièce éponyme écrite par la romancière et dramaturge Antonine Maillet.

« Elle a toujours été l’une de mes grandes amies et certainement la plus grande comédienne que l’Acadie n’ait jamais connue », a réagi cette dernière dans un communiqué de presse du Pays de la Sagouine.

En entrevue avec Radio-Canada, elle a dit retenir de Viola Léger « une fidélité dans l’amitié ».

« Une candeur même dans l’amitié et une persistance. On a continuellement été amies malgré qu’on a vécu des séparations et qu’on n’a pas vécu dans les mêmes villes », a-t-elle affirmé au radiodiffuseur canadien.

La romancière et dramaturge acadienne Antonine Maillet. Archives TFO

Sénatrice de 2001 à 2005 à Ottawa, Viola Léger a aussi créé sa propre compagnie de théâtre et fondation. Le réalisateur acadien de la version télévisée de La Sagouine, Phil Comeau, a salué « le voyage d’une grande amie ».

« Viola, tu es un trésor national. Viola, je t’aime », a-t-il écrit dans une publication Facebook.

Depuis 1993, elle a joué tous les étés aux Pays de la Sagouine, lieu touristique de Bouctouche au Nouveau-Brunswick où est situé le village de pêcheurs de La Sagouine.

La création de ce personnage est arrivée par accident alors qu’avant le lancement du livre La Sagouine Antonine Maillet lui propose d’interpréter quelques extraits, ce qui mènera plus tard à la création d’une pièce de théâtre.

« C’est ainsi qu’est né un personnage légendaire, une humble femme de ménage acadienne qui raconte avec intelligence, humour et dignité une vie de pauvreté, tout en révélant les injustices qui l’entourent », décrit Le Pays de la Sagouine sur son site internet.

Le Centre national des Arts a réagi via ses réseaux sociaux, indiquant être « de tout cœur avec la communauté acadienne et la grande famille du théâtre », ajoutant que ses drapeaux seraient mis en berne en l’honneur de Mme Léger.

Au cours de sa carrière, la comédienne a collecté de nombreux honneurs, dont les titres de chevalier de l’Ordre de la Pléiade en 1978, officier de l’Ordre du Canada en 1989 et membre de l’Ordre des francophones d’Amérique en 1998.

« Jamais l’Acadie n’aura eu une aussi fidèle ambassadrice que Mme Léger pour qui le personnage de La Sagouine fut non seulement le rôle d’une carrière et d’une vie, mais représenta aussi un symbole de grande fierté et de ténacité pour tous les Acadiens et Acadiennes », a réagi la ministre des Langues officielles fédérales et acadienne Ginette Petitpas Taylor.

Le sénateur acadien René Cormier a rendu hommage à celle qui « nous offre un legs inestimable constitué de son talent, de sa voix, de son amour du théâtre, de la langue française et du peuple acadien ».

« Elle demeurera une de nos plus grandes ambassadrices culturelles », a-t-il écrit sur Twitter.

La Société Nationale de l’Acadie a salué « une icône de notre peuple et sa fière porte-parole ».

« Viola Léger incarnait, à elle seule, le parcours de l’Acadie moderne », a déclaré son président Martin Théberge.

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, a indiqué que « la communauté franco-ontarienne est de tout cœur avec la communauté acadienne pour regretter le départ d’une grande Canadienne ».

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a offert « ses condoléances à la grande famille acadienne et franco-canadienne » ajoutant que son personnage de la Sagouine « est entré dans la légende ».

« Une grande voix de l’Acadie et de la francophonie canadienne vient de s’éteindre, mais son écho continuera très longtemps de se faire entendre », a déclaré la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy.

L’École secondaire catholique Garneau ou l’émergence d’un patrimoine moderne franco-ontarien

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Cette chronique paraît au moment où débute le second semestre des écoles secondaires de la province. Rien de nouveau à l’École secondaire catholique Garneau d’Orléans, dans l’Est d’Ottawa, car l’école qui fête cette année son 50e anniversaire de fondation fonctionne selon un calendrier semestriel depuis son ouverture, en 1972. C’était l’une des nombreuses nouveautés scolaires de l’école de l’époque, qui s’incarnait tant dans la pédagogie que dans une architecture originale, éclatée et innovatrice.

Alors que ma chronique précédente portait sur le 100e anniversaire de l’église catholique de Saint-Joseph d’Orléans, symbole historique de la localité, cette chronique peut être perçue comme une suite officieuse. De Saint-Joseph à Garneau, deux institutions franco-ontariennes d’Orléans franchissent le cap d’anniversaires importants et consolident leurs places dans le patrimoine franco-ontarien.

Suite à l’adoption des lois provinciales 140 et 141 en 1968, les Franco-Ontariens ont obtenu leurs écoles secondaires publiques de langue française. Dans l’Est d’Ottawa, le comité consultatif de langue française du Carleton Board of Education – composé notamment des militants franco-ontariens Vincent Barsona et de Rolande (Soucie) Faucher – réussit à convaincre sans heurts, en 1970, le conseil scolaire de construire sa première école secondaire francophone à Orléans.

Elle portera le nom de Garneau, choisi en l’honneur selon toute vraisemblance de François-Xavier Garneau (1809-1866), premier historien national du Canada français. Ce nom rappelle aussi et surtout l’École primaire Garneau (1888-1969) de la Côte-de-Sable d’Ottawa.

C’est la firme d’architecte Schoeler, Heaton, Harvor, Menendez d’Ottawa qui dessine les plans de l’établissement de style expressionniste, s’inspirant de l’extérieur de Glen Ogilvie Public School d’Alex Heaton à Blackburn Hamlet (1968). Le cofondateur de la firme, Paul Schoeler, est un architecte né à Toronto en 1923 de parents français, qui fera carrière à Ottawa.

En ligne avec la mode psychédélique de l’époque

Les écoles secondaires Garneau et Charlebois contribueront pour beaucoup dans la consolidation de la réputation de cette firme reconnue pour ses bâtiments au style expressionniste et progressiste. Fait tout à fait nouveau (mais qui peut nous paraître comme allant de soi aujourd’hui), les architectes sondent le pouls des élèves pour connaître leurs souhaits quant à la configuration de l’école.

Ils veulent entre autres se départir du modèle dominant des écoles aux longs corridors impersonnels et oppressants, aux plafonds bas, comme l’architecture fonctionnaliste scolaire de l’époque en produisait en masse. Les architectes conçoivent alors, au centre de l’école, une grande rue intérieure (un « mail »), haute de deux étages qui traverse tout le bâtiment. Cette véritable colonne vertébrale de l’édifice sert de lieu d’échange, de rencontre et de convergence. Les casiers, jugés encombrants, bien qu’utiles, sont relégués au sous-sol pour dégager l’espace.

Les couleurs de l’école sont éclatées et multicolores en vogue avec la mode psychédélique de l’époque : murs bleus et tapis mauves. C’était du jamais vu pour une école et cela tranchait nettement avec le style austère des écoles de style fonctionnalistes construites jusqu’alors et dont les dimensions et formes du bâtiment n’avaient que pour souci l’efficacité.

L’intérieur de l’École secondaire Garneau dans les années 1970. Crédit image : Schoeler & Heaton Architects

À l’extérieur, l’École secondaire Garneau est formée de murs de béton, recouverts d’aluminium peint, en forme de trapèze qui descendent en pente du toit jusqu’au sol. Ses fenêtres sont de type meurtrière.

Les architectes ont incorporé l’aluminium dans la construction pour souligner la francophonie. Ces derniers avaient justifié leur choix en raison du fait que le Québec est l’un des plus grands producteurs d’aluminium au monde.

Rappelons que la construction de l’École secondaire Garneau survient avant l’apparition du symbole par excellence de la communauté, le drapeau franco-ontarien, hissé pour la première fois trois ans plus tard à Sudbury.

L’École secondaire Charlebois dans la même veine architecturale

Bâtie par le prolifique promoteur Daoust Construction au coût d’environ 3,5 millions de dollars, l’école mixte de type semestrielle, qui a pour devise « Apprendre pour devenir » ouvre ses portes en septembre 1972 avec 684 élèves (surnommés « Gaulois ») de la 9e à la 11e année et compte 40 enseignants.

Construite simultanément avec l’École secondaire Garneau, mais dans le quartier Alta Vista d’Ottawa, l’École secondaire Charlebois (une autre école secondaire publique de langue française et pionnière de cette époque) est l’œuvre des mêmes architectes.

Le bâtiment scolaire a les mêmes attributs que Garneau, avec son fameux mail distinctif, ses casiers au sous-sol et son caféterium (salle polyvalente qui sert à la fois de cafétéria et d’auditorium). L’École secondaire Charlebois va faire forte impression tant chez le grand public que chez les spécialistes en architecture et se méritera une prestigieuse médaille Massey en architecture.

 L’École secondaire Charleboiset son fameux mail intérieur, en 1975. Gracieuseté.

Comme si, après des années de luttes et d’attente pour obtenir leurs écoles secondaires financées par les deniers publics de l’Ontario, les Franco-Ontariens rêvaient en trois dimensions en se faisaient construire des édifices grandioses.

Dans la région d’Ottawa, à partir du moment que l’Ontario permet le financement d’écoles secondaires publiques de langue française, ce sont trois écoles secondaires qui seront construites entre 1971 et 1972, dont Garneau et Charlebois. Les autres avaient étaient converties de bâtiments déjà existants. Bien plus qu’un établissement d’enseignement, « cette maison s’ouvre à la collectivité » comme l’indique la plaque d’inauguration de l’école, Garneau devient rapidement un important pilier de la francophonie d’Orléans.

Le MIFO est fondé 21 février 1979 à Garneau, suite à un projet d’élèves d’un cours d’économie de la 13e année. Le Théâtre du Village naîtra aussi à Garneau. En outre, l’ouverture du Centre culturel du MIFO (1985) à ses côtés et sur la même rue que l’École intermédiaire Léo-D.-Côté (1969-2003) créé un « espace francophone » qui accueille les premiers Jeux franco-ontariens de la FESFO en 1994.

L’École secondaire Garneau, un patrimoine moderne

Conçue en pleine effervescence architecturale au Canada et symbole franco-ontarien d’une époque où la communauté franchit un pas de plus pour l’égalité scolaire, l’École secondaire Garneau n’est pas un bunker et ne l’a jamais été, contrairement aux nombreuses légendes urbaines et mauvaises langues.

Les architectes s’inspirent plutôt de l’architecture d’une pyramide de l’Amérique aztèque de l’époque précolombienne.

Maintenant qu’elle a officiellement franchi le cap d’un demi-siècle d’existence, cette école peut, à l’instar d’autres bâtiments d’importance du début des années 1970, être considérée comme du patrimoine moderne. En général, le consensus dans le milieu veut que des bâtiments peuvent être considérés patrimoniaux deux générations après leur apparition, soit 40 ans.

Malheureusement, le patrimoine moderne (celui construit après la Seconde Guerre mondiale et particulièrement dans les années 1960 et 1970) a mauvaise presse, souvent incompris, méprisé ou ignoré.

L’Ontario français doit pourtant en tirer une grande fierté, tant ces bâtiments témoignent d’une époque d’avancée, de changements profonds et de nouveauté. L’architecture n’aura jamais été aussi débridée et expérimentale, catalysée au Canada par les retombées durables et profondes d’Expo 1967.

En effet, le patrimoine ne saurait se résumer à des églises du 19e siècle et à des maisons bourgeoises. D’autant plus que l’école, ancienne comme moderne, tient un rôle primordial dans l’existence de la communauté franco-ontarienne.

Reconnaissant son importance, la ville d’Ottawa a ajouté entre 2016 et 2019 l’École secondaire catholique Garneau à son registre du patrimoine, tout comme l’ancienne École secondaire Charlebois. L’article 27 (1.2) de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario permet aux municipalités d’inscrire, dans le Registre du patrimoine municipal, les propriétés non désignées ayant valeur ou caractère de patrimoine culturel. Cette inscription permet de protéger provisoirement dans les cas où leur propriétaire demanderait un permis de démolir.

Si le propriétaire souhaite démolir un édifice ou un ouvrage sur une propriété inscrite dans le Registre, la loi l’oblige à déposer un préavis de 60 jours pour faire connaître son intention de démolir. Une étude est faite et une décision est prise entre accorder le permis de démolition ou désigner officiellement le bâtiment en vertu de la Loi sur le patrimoine.

Une première reconnaissance pour cette école d’environ 1000 élèves qui compte de nombreux illustres Franco-Ontariens parmi ses quelque 9000 élèves diplômés, laquelle est devenue catholique en 1989 et comprend le niveau intermédiaire depuis 2003.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le rire, malgré tout, avec Evelyne Roy-Molgat

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

L’ORIGNAL – Evelyne Roy-Molgat a seulement 14 ans lorsqu’elle annonce à ses parents qu’elle deviendra humoriste, après avoir présenté son premier sketch dans le cadre du Concours LOL. La native de L’Original fera le bond à Montréal en 2019, un peu avant la pandémie, qui la forcera à développer sa carrière sur Tik Tok. À 21 ans, elle gagne sa vie avec l’humour. Fierté franco-ontarienne, place des femmes en humour, imprévus sur scène et santé mentale, l’animatrice de l’open mic du Bordel Comédie Club à Montréal s’ouvre sans filtre, mais toujours aussi souriante, sur son étonnant parcours en humour.

« Vous êtes originaire de L’Orignal en Ontario. S’il y avait un seul mot pour décrire cet endroit, queendurl serait-il?

Trèsbeaupetitvillagemaisilyarienquisepasse.

Comment décririez-vous votre humour?

J’aime ça taquiner! J’adore parler au public, faire du crowd work. C’est là que je peux sortir mon sens de la répartie puis improviser. Le monde me dit des choses puis je rebondis là-dessus. Sinon, dans mes stand-up écrits, je parle beaucoup de moi et d’où je viens. C’est vraiment une fierté pour moi d’être Franco-Ontarienne. C’est pour ça que je parle beaucoup de l’Ontario et le fait d’avoir grandi dans une ferme. Je trouve que mon humour est très familial, rassembleur. Le but est que le monde soit heureux. 

Vous parlez beaucoup du fait que vous êtes franco-ontarienne dans vos sketchs d’humour. Qu’est-ce qui vous motive à mettre autant de l’avant cette partie de votre identité?

Être Franco-Ontarienne est ma plus grande fierté! Je trouve ça tellement badass! Je me sens comme obligé de le dire. Il faut que ça sorte, il faut que je le dise. Je suis juste trop fière. En étant à Montréal, je réalise qu’il y a tellement de gens qui ne savent même pas qu’on existe ou qui assument tout de suite que je parle anglais si je viens de l’Ontario. C’est ma façon d’un peu éduquer le monde. 

L’autre raison, c’est que ça m’aide à me faire comprendre. Ça m’est arrivé pendant des shows de ne pas dire que je suis Franco-Ontarienne et d’entendre du monde chuchoter puis rire parce qu’ils ne comprennent pas toutes mes expressions.

Est-ce qu’il y a des moments où vous avez « taquiné » un membre du public et que vous avez regretté de le faire?

J’ai un numéro où je parle du fait que je ne crois pas au mariage. Ça m’est arrivé qu’une madame en avant de la foule me montre ses mains. Confusion. Je lui ai demandé : « Qu’est-ce qu’il y a? ». Elle me dit : « Je n’ai pas de bagues. C’est parce que je suis veuve! ». Je ne savais pas quoi faire, je ne comprenais pas pourquoi elle me parlait de son mari mort avec autant d’entrain.

Pour Évelyne Roy-Molgat, tout a commencé avec le Concours LOL. Crédit image : Emilie Lapointe 

Comment avez-vous développé votre carrière en humour?

J’ai commencé avec le Concours Lol puis j’ai switché sur des shows hors-concours vers 16 ans. J’allais jouer dans des bars, même si je n’avais pas l’âge. J’étais courageuse! J’écrivais à des producteurs de soirées et à des bars : « J’aimerais ça venir jouer. Je sais que je n’ai pas l’âge mais je vous promets que je ne vais pas consommer d’alcool! Je vais juste faire des blagues puis après ça je vais partir ». Je n’avais même pas mon permis de conduire : je partais de L’Orignal avec mon père vers Ottawa pour faire mes shows illégaux.

Je me suis déjà fait kick out d’un bar parce que j’ai commencé mon show en disant; « J’ai 16 ans, je ne suis pas supposée d’être ici ». J’ai fini mon numéro, puis le gérant est venu me voir pour me dire : « Tu sors d’ici, je ne veux plus jamais te voir. »

En quoi la scène humoristique se distingue-t-elle en Ontario et au Québec, d’après vous?

J’adore faire des shows en Ontario, c’est la meilleure chose! J’ai réalisé qu’ici je n’ai pas besoin de réfléchir en présentant mes sketchs, car les gens vont comprendre mes références. Je peux faire des jokes sur Brian St-Pierre puis sur Improtéine! C’est aussi plus facile pour faire du crowd work, quand je dis que je suis Franco-Ontarienne. Le monde capote puis applaudit!

Au Québec, quand je dis je suis Franco-Ontarienne, les gens vont parfois me huer. C’est triste à dire, mais en région ça arrive souvent. Par contre, c’est sûr qu’à Montréal, la différence, c’est que tu peux plus souvent jouer et c’est compétitif. Il y a beaucoup d’humoristes, il faut que tu sois bon!

Vous voyez-vous comme un modèle pour les jeunes franco-ontariens qui souhaitent devenir humoristes?

Je ne sais pas encore! Peut-être dans une couple d’années. Pour l’instant,  il y a une petite fille qui avait aussi fait le Concours LOL et qui m’écrivait souvent. Elle me posait des questions puis on s’est rencontré une couple de fois. Je trouvais ça cute parce qu’elle voulait faire exactement comme moi : être une humoriste qui vient de l’Ontario. Il y a quelques modèles, mais je trouve qu’il y en a beaucoup moins de filles. En grandissant, moi, je n’en connaissais pas beaucoup. C’est une autre des raisons pour lesquelles je fais de l’humour : je veux être un modèle pour ces jeunes filles-là.

Evelyne Roy-Molgat sur la scène du spectacle Étoile montante. Crédit image : Ariane Famelart

Remarquez-vous une évolution quant à la présence des femmes en humour?

Ça s’améliore mais il y a encore beaucoup de travail à faire! Maintenant, on sait que c’est un problème. Dans la plupart des shows auxquels je participe, je suis souvent la seule fille. Par contre, je trouve que la discussion est plus ouverte. Je me sens vraiment comme si j’étais dans une des rares générations où nous sommes plusieurs filles en humour. C’est powerfull!

Dans quel endroit avez-vous préféré faire de l’humour en Ontario?

Il y en a trop! Dernièrement, j’ai fait un show à Sudbury, à la nouvelle Place des Arts. C’était incroyable! Ç’a toujours été important pour moi de faire de l’humour en Ontario et ça m’a confirmé pourquoi. Les gens étaient contents d’assister à ça dans leur région. Pas beaucoup d’humoristes se rendent jusqu’à Sudbury! C’est sûr et certain que, le jour où j’aurai ma propre tournée, j’irai partout en Ontario et dans le Canada francophone. Ces gens-là ont besoin de rire aussi! 

Admirez-vous un ou une humoriste franco-ontarien(ne) en particulier?

J’adore Jonathan Dion. C’est un de mes bons amis. Il m’impressionne parce que lui est resté en Ontario! Parfois, je me sens un peu mal parce que je suis partie, même si j’essaye de revenir le plus souvent possible. Lui, son but c’est de développer l’humour ici. Il fait tellement de projets dans l’Est et dans les écoles, c’est un artiste à découvrir! 

Evelyne Roy-Molgat : « C’est grâce à mon cerveau anxieux que je suis une humoriste. » Crédit image : Yass 

Vous parlez beaucoup du fait que vous êtes anxieuse dans vos sketchs. Comment gérez-vous cette anxiété dans votre quotidien et votre travail?

Avant, je ne savais pas que j’étais anxieuse. Par contre, tout était toujours plus compliqué pour moi que pour les autres. J’ai commencé à voir une psychologue et je me suis rendu compte que c’était évident que je faisais de l’anxiété. J’en parle beaucoup sur scène et sur Tik Tok parce que j’ai compris que beaucoup de gens sont touchés par ça. 

Je me dis : mieux vaut en parler puis en rire! Souvent, je me fais rire. Quand je fais une crise de panique, je trouve ça drôle en tabarouette le lendemain parce que je me dis : « Voyons donc! J’overreact. J’overthink! ».

C’est sûr que l’humour c’est un peu comme de l’essence sur l’anxiété parce que c’est stressant comme métier. Tu te compares et tu te deviens vulnérable sur scène. Par contre, en même temps, ça m’aide. Je fais de l’humour parce que c’est ce que mon cerveau a besoin de faire. J’ai besoin de ce rush d’adrénaline-là, de ce stress-là, parce que je suis faite pour ça. C’est grâce à mon cerveau anxieux que je suis une humoriste. Le fait d’overthink m’aide à trouver des idées!

Qu’est-ce que les gens ne savent pas sur vous et qui pourrait les surprendre?

Je suis vraiment introvertie. J’ai l’air de la personne énervée qui veut se socialiser puis aller dans des partys, mais pas du tout! J’aime tellement mieux rester chez moi, lire un livre puis boire du thé. Ma batterie sociale est petite. J’ai souvent besoin d’être seule, faire du yoga. Je suis comme une vieille madame! Ça surprend les gens parfois.

De quel exploit en humour êtes-vous particulièrement fière?

L’année passée, j’ai participé au ZooFest, un gros festival d’humour à Montréal. Je ne pensais pas pouvoir faire ce festival aussitôt dans ma vie. J’en suis vraiment fière! J’ai été invité pour la série Les étoiles montantes. C’est après que je me suis dit que toutes les épreuves, tous les shows dans les parcs, la pandémie, tout, ça m’a servi parce que là, je me sentais prête pour une expérience comme celle-là. »


LES DATES-CLÉS D’EVELYNE ROY-MOLGAT

2001 : Naissance à Hawkesbury

2015 : Première expérience d’humour au Concours Lol et début de carrière

2019 : Déménagement à Montréal et participation à l’émission Le Jury avec TFO

2020 : Participation à l’émission Flippons sur TFO

2022 : Participation au Festival d’humour émergent d’Abitibi, au Zoofest à Montréal et à La Veillée des éveillés à la Place des arts de Sudbury.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Cinq idées d’activités hivernales dans le Nord

SUDBURY – Tempête, verglas, grêle… Nul doute, l’hiver est bien là et les activités hivernales aussi! Voici quelques idées d’expériences à essayer dans le Nord de l’Ontario.

Visiter les ours polaires à Cochrane

Si vous rêvez de croiser le regard d’un ours polaire, alors le Cochrane Polar Bear Habitat, situé à Cochrane, est la bonne destination. Il s’agit de la seule installation au monde dédiée uniquement aux soins des ours polaires.

Elle abrite actuellement trois ours, Ganuk, Henry et Inukshuk, qui y sont traités avec le plus grand soin. Avec près de dix hectares d’environnement naturel vierge, le site propose plusieurs activités tous les jours cet hiver.

Vous pourrez visiter les installations, voir entre autres où les ours dorment et comment ils sont nourris. Il est aussi possible d’assister à une séance de formation comportementale et de soins apportés par l’équipe du centre.

Une autre visite guidée comprend un accès à la passerelle privée grâce à laquelle vous aurez une vue d’oiseau des ours et de l’enceinte arctique. Le site englobe un musée de la motoneige et un village patrimonial.

Contrairement à ce que l’on peut penser, les ours polaires sont considérés comme des mammifères marins. Source : Cochrane Polar bear habitat

Faire du vélo sur glace à Kenora

Fraîchement débarquée à Kenora, dans le Nord-Ouest de l’Ontario, Victoria Moss vient de lancer, Mosswood Adventures and Rentals, une compagnie de location de vélo sur glace.

Une activité originale et qui connaît beaucoup de succès dans la province voisine du Manitoba dont la jeune femme francophile est originaire.

Vous pourrez pédaler seul ou en tandem sur le lac des Bois, et siroter un bon café chaud et déguster un hot dog ou de bonnes pâtisseries maison auprès du café mobile Hard Water également situé sur le lac.

Victoria Moss, au centre, lors de l’inauguration de sa compagnie de location de vélo le 14 janvier dernier à Kenora. Gracieuseté

Détente au spa nordique de Timmins

S’il y a bien une chose que l’hiver réveille en nous, c’est le besoin de se relaxer au chaud et quoi de mieux que de le faire dans un cadre qui inspire la Scandinavie?

Direction le Cedar Meadows Resort and spa, pour profiter sans limites de temps de leurs installations uniques dans le Nord de l’Ontario.

Entourés par une nature environnante typique du Nord, vous aurez le choix entre bains nordiques, intérieurs et extérieurs, bain, hydrofusion, sauna sec et infrarouge…

Il est aussi possible de profiter d’enveloppements corporels au chocolat, bleuet, gommages au sucre, massage, manucure/pédicure et autres soins du visage.

Le complexe hôtelier accueillant le spa occupe un terrain de près de 71 hectares surplombant la rivière Mattagami. Le site héberge cerfs, orignaux, wapitis et bisons qu’il est possible d’observer de très près à bord d’un tracteur.

Il s’agit du seul spa nordique du Nord de l’Ontario. Crédit image : Inès Rebei

Patiner sur le lac Ramsey à Sudbury

Impossible de passer par Sudbury en hiver sans faire du patin sur un des nombreux lacs gelés de la ville du Nickel. Le lieu préféré des Sudburois pour glisser est le fameux lac Ramsey, dont le sentier de patinage, gratuit, est ouvert depuis le 21 janvier dernier.

Attention de prévoir des patins bien aiguisés, car il n’est pas possible de les louer ou les aiguiser sur le site. Le sentier s’étend sur environ 1,5 kilomètre, de la promenade de Science Nord à la terrasse McNaughton.

Le sentier est ouvert du lundi au vendredi de 16h à 20h, les samedis de midi à 20h, les dimanches de midi à 18 h. Petit bonus pour le jour de la Saint-Valentin : les patineurs auront le droit gratuitement, à du chocolat chaud et à des s’mores, avec un feu de joie.

Des aires de repos particulièrement agréables ont été conçues par les étudiants d’architecture de l’Université Laurentienne. Une patrouille circule sur le sentier pour offrir de l’aide durant les heures d’ouverture.

La ville de Sudbury compte 330 lacs, plus qu’aucune autre municipalité au Canada. Source : Rainbow Routes Association

Faire de la motoneige à Smooth Rock Falls

Le plein air, c’est la spécialité du Nord, et ce ne sont pas les milliers de kilomètres de pistes qui vont le démentir. L’Ontario est d’ailleurs la capitale de motoneige du monde avec ses 30 000 kilomètres de sentiers balisés et entretenus.

L’Esprit du Nord, une entreprise touristique basée à Smooth Rock Falls, propose une expédition en motoneige jusqu’à la baie James.

Les participants traversent des rivières gelées et des canyons remplis de neige à bord de leur motoneige, retraçant les sentiers utilisés jadis pour la traite de la fourrure. La nuit, de petites cabines recluses servent d’abri.

La motoneige est l’activité phare du Nord de la province. Crédit image : Inès Rebei

Expositions, théâtre et films : les arts plein la vue

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

L’Ontario français en met plein la vue au niveau des arts visuels. Des courts-métrages, du théâtre et des expositions artistiques font l’essentiel de l’agenda de cette semaine. Comme d’habitude, il n’y a rien à rater!

Arts

La Nuit des idées 2023 en deux parties

Lancée en partenariat avec le Consulat général de France à Toronto et le réseau des Alliances françaises, la Nuit des idées est de retour sur le thème « Plus? » en célébration des arts et de la science. Cette occasion de partage des idées et du savoir entre les cultures du monde se déroulera en deux parties : la programmation du 31 janvier présente neuf courts-métrages par les animateurs de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (OCADU) et la programmation du 1er février aura lieu dans une salle de concert de la ville, El Mocambo, où plusieurs artistes de la communauté se réuniront pour échanger sur le thème de l’environnement et du réchauffement climatique.  

Gracieuseté du Consul général de France à Toronto.

La Nuit des idées le 31 janvier et le 1er février à Toronto. Consultez le site de l’Alliance française pour vous inscrire à la programmation.

L’expo Abberration // Apparition à la Galerie du Nouvel-Ontario

Nadine Arpin, Cesar Forero, Tejhler lb, Ray Fox, Alexander Rondeau et Marni Marriott, c’est le groupe d’artistes contemporains derrière l’exposition Aberration // Apparition. Le projet s’inspire du vécu queer, trans et bi-spirituel (2QT) au Nord de l’Ontario.

Gracieuseté de la Galerie du Nouvel-Ontario.

L’exposition Abberration  // Apparition à la Galerie du Nouvel-Ontario du 28 janvier jusqu’au 11 mars. Entrée gratuite.

L’exposition Mémoire au Festival DesignTO

Mémoire est un projet de collaboration entre les artistes Andreas Krätschmer, Tania Love et le poète franco-ontarien Paul Ruban qui se poursuit à Toronto. L’installation multidisciplinaire présentée dans le cadre du Festival DesignTO a été inspirée par un érable de Norvège malade qui a dû être abattu dans le jardin d’Andreas Krätschmer à Picton. À travers leurs disciplines artistiques respectives, les trois artistes explorent la vie de cet arbre en relation avec son habitat urbain.

Gracieuseté de DesignTO.

L’exposition Mémoire au Festival DesignTO jusqu’au 29 janvier à la galerie Abbozzo.

Théâtre

L’humour à la carte : la pièce Garçon! fait ses débuts

Inspirée par la websérie du même nom du dramaturge et scénariste Stéphane E. Roy, la pièce Garçon ! jette une lumière sur le comique de la restauration. L’humour et le drame se croisent lorsque trois serveurs d’un restaurant français sont témoins des petits secrets échangés entre leurs clients.

Gracieuseté du Théâtre du Nouvel-Ontario.

La pièce Garçon ! au Théâtre du Nouvel Ontario du 26 au 28 janvier. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Films

Le court-métrage Beurre de Pinottes au Milton Film Festival 

Dans le cadre du Milton Film Festival, un court-métrage francophone figure parmi la programmation de 2023. Réalisé par le réalisateur et scénariste québécois Maxime Divier, le court-métrage Beurre de Pinottes gravite autour de Dan, un jeune homme qui en a marre de sa vie et de ses malheurs, décide de mettre fin à ses jours en mangeant les arachides.

Gracieuseté du Milton Film Festival.

Beurre de Pinottes de Maxime Divier le 27 janvier à 19h30 au First Ontario Arts Centre Milton. Consultez le site du MFF pour acheter vos billets.

Dormir avec les loups à Timmins

TIMMINS – La relance touristique est bien entamée dans le Nord de l’Ontario, une aubaine pour les amateurs d’expérience insolite. Richard Lafleur, propriétaire du complexe hôtelier Cedar Meadows Resort and Spa, se lance dans un projet hôtelier qui permettra aux curieux de dormir avec des loups.

Il s’agira de la première expérience de ce type en Ontario, une fierté pour le propriétaire franco-ontarien de ce complexe hôtelier de près de 70 hectares.

L’objectif sera de convertir les cinq petits chalets existants dans le parc, en remplaçant le mur des chambres à coucher par du verre donnant vu sur les loups, lesquels dormiront à la belle étoile dans un enclos de quatre hectares.

« Ça fait dix ans que je pense à ça, mais le bon temps n’est jamais venu, donc on est vraiment contents de pouvoir le faire maintenant », se félicite-t-il.

Un projet facilité par un financement de 300 000 $ du gouvernement ontarien par l’entremise de la Société de gestion du Fonds du patrimoine du nord de l’Ontario (SGFPNO) le 12 janvier dernier.

Cinq chalets sont en cours d'aménagement au Cedar Meadows Resort and Spa. Gracieuseté.
Les chalets devraient être prêts d’ici cet été. Gracieuseté.

Richard Lafleur dit s’être inspiré du modèle du parc Oméga situé à Montebello au Québec, proposant une expérience similaire, tout en s’en éloignant. « Je ne voulais pas copier. Eux, c’est le salon qui fait face aux loups. Moi, j’ai préféré faire une vitre dans la chambre pour donner la sensation de dormir dehors avec les loups », ajoute-t-il.

Ces « vitres spéciales » seront chauffées afin de permettre l’exploitation des chambres en hiver, en évitant la condensation. Et pour rendre une meilleure visibilité, des lumières additionnelles seront également disposées afin de permettre aux visiteurs d’observer les loups durant la nuit, sans nuire à ces derniers.

Des loups « sociables »

M. Lafleur n’a pas encore acquis lesdits loups qui se trouvent actuellement dans un élevage où ceux-ci sont utilisés pour des publicités et autres outils promotionnels.

« Ce sont des loups apprivoisés, mais ils sont toujours sauvages. Ils sont quand même sociables », souligne l’entrepreneur qui ajoute que l’enclos dans lequel ceux-ci se trouvent comprend un boisé.

Richard Lafleur précise, par ailleurs, qu’il ne s’agira pas d’une grande meute, mais « de cinq 5 à huit loups qui auront un espace plus vaste que ce qu’ils ont actuellement ».

Richard Lafleur, propriétaire du Cedar Meadows Resort and Spa, et sa compagne. Gracieuseté.

Et d’ironiser : « D’habitude, ce sont les gens qui se promènent pour voir les loups, comme dans les zoos par exemple, mais là ce sont eux qui seront observés en quelque sorte. »

Le site comprend déjà d’autres animaux tels que l’orignal, le bison, le wapiti et le daim qu’il est possible d’approcher quotidiennement à bord d’une balade en chariot tiré par un tracteur.

L’amour du Nord

M. Lafleur est déjà un pionnier, son complexe hôtelier comprenant également le seul spa nordique du Nord de l’Ontario.

Selon lui, il faut continuer à offrir des expériences innovantes après la pandémie qui est « derrière nous ».

Le père de famille souhaite ainsi inciter des touristes venant de très loin pour découvrir la beauté du Nord. « Il y a tellement à faire et à voir ici! Il suffit juste de venir », dit-il.

Si l’enclos est presque terminé et la conversion des chalets entamée, les premiers visiteurs devraient profiter de l’expérience à partir de cet été.

Transferts en santé : une rencontre entre Trudeau et les premiers ministres le 7 février

Les premiers ministres des provinces et territoires sont invités à une rencontre le 7 février prochain à Ottawa pour discuter des transferts en santé, a annoncé Justin Trudeau ce mercredi. S’il ne s’agit pas d’une rencontre pour signer une entente, elle pavera la voie pour conclure des accords « dans les semaines qui viennent », soutient le premier ministre.

Alors que le système de santé craque de partout, les premiers ministres demandent cette rencontre depuis des mois pour discuter de transferts en santé. Ces derniers mettaient de la pression pour avoir un tel rendez-vous dans ces dates-là depuis quelques jours déjà. Ils espèrent que le palier fédéral augmente sa part financière de 22 % à 35 %. Justin Trudeau a toutefois refusé de s’avancer sur un montant ou s’il accepterait une augmentation jusqu’à 35 %.

« On sait qu’on a un montant approprié à proposer aux provinces. On est sûr qu’on va avoir des discussions là-dessus. Pour nous, la grande préoccupation n’a jamais été juste le montant d’argent », a soutenu le chef libéral lors d’une conférence de presse à Hamilton dans le cadre de la retraite de son cabinet.

Doug Ford a confirmé sa présence à Ottawa dans deux semaines, quelques minutes après l’annonce de son homologue fédéral.

« Nous avons beaucoup de choses à discuter, notamment celle de s’assurer que le gouvernement fédéral finance correctement les soins de santé sur lesquels les gens comptent. Quand Équipe Canada travaille ensemble, il n’y a rien que nous ne puissions pas faire », a écrit le premier ministre ontarien sur Twitter.

Il a indiqué que par le passé, des investissements destinés aux soins de santé n’ont pas « toujours été traduits dans de meilleurs résultats » et c’est de ça que les Canadiens se « préoccupent ».

« On met l’emphase sur les résultats et c’est ce que les provinces elles-mêmes veulent », ajoute-t-il, énumérant le manque d’accès à des médecins et infirmières et les longs temps d’attente comme des problématiques à régler.

Les accords entre provinces pourraient comporter des éléments similaires, mais certains pourraient aussi avoir des particularités distinctes en fonction des provinces, soutient le premier ministre.

Archives ONFR+

Pas pour signer, tempère Justin Trudeau

Le gouvernement fédéral demande à ce que les provinces et territoires acceptent de partager leurs données sur le système de santé pour permettre aux citoyens de comparer les services entre les différentes juridictions. Doug Ford s’était dit en faveur il y a quelques semaines lors d’une conférence disant qu’une telle condition « est donc le moindre de nos problèmes ». Justin Trudeau calme toutefois le jeu. Le dossier des transferts en santé ne sera pas réglé le 7 février.

« Ce n’est pas pour signer, c’est une rencontre de travail où nous allons présenter notre vision pour comment on peut avancer ensemble. Le travail a été fait en amont avec assez de premiers ministres que je sais que oui, on est aligné dans la bonne direction et on devrait pouvoir conclure dans les semaines qui viennent des bons accords. »

Plusieurs premiers ministres souhaitent qu’une entente soit signée avant le dépôt du budget fédéral qui survient normalement vers la fin du mois de mars à Ottawa.

La banque alimentaire de la Basse-Ville déborde… et la misère aussi

OTTAWA – La maison communautaire de la Basse-Ville ne peut plus remplir son mandat. L’insécurité alimentaire de ce quartier au cœur du district Rideau-Vanier a explosé ces dernières années. Aujourd’hui, le nombre de familles qui dépend de la banque alimentaire est tel que la maison communautaire du plus vieux quartier d’Ottawa n’a plus le choix : il faut s’agrandir, au risque de ne plus pouvoir répondre aux besoins.

« Nous sommes arrivés à un point de rupture. Tout simplement, les choses ne sont pas soutenables », pouvons-nous lire dans une communication du directeur général du centre de ressources communautaire de la Basse-Ville, Matthew Beutel.

La maison communautaire faisant partie du centre des ressources est censée être un lieu de rassemblement, « un espace où l’on peut offrir des programmes et des activités régulières et ponctuelles, de l’aide aux devoirs, des ateliers, un lieu pour les résidents qui veulent organiser des activités », énumère le directeur en entrevue avec ONFR+.

Aujourd’hui, 95 % de l’activité de cette maison est dédiée à la banque alimentaire. « Toutes nos ressources humaines et notre espace sont alloués à cette activité », renchérit-il.

« Historiquement, nous avions une petite banque alimentaire mais, au fil des années, la demande est devenue tellement forte que cela a pris le dessus sur les autres activités. »

« Il y a urgence dans l’urgence »

« Il y a urgence dans l’urgence », alerte Matthew Beutel. « C’est problématique, surtout que maintenant, nous ne sommes plus capables de répondre aux besoins des résidents. »

L’insécurité alimentaire des familles de la Basse-Ville s’est aggravée depuis les cinq dernières années.

En 2017, la maison communautaire recevait déjà 8 800 visites, mais en 2022, ce sont près de 16 000 personnes qui ont eu besoin de ses services.

M. Beutel s’inquiète de devoir restreindre et limiter encore plus les dons, faute de place pour l’entreposage des denrées.

Matthew Beutel est le directeur du Centre de ressources communautaires de la Basse-Ville à Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Arrivés de Tunisie il y a quelques mois, Seifallah Naouar et sa compagne n’y arrivent plus. À 36 et 33 ans, le couple doit avoir recours à la banque alimentaire de la Basse-Ville. « On a commencé par chercher un logement et c’était très difficile. On s’est très vite retrouvé en grande détresse. »

« Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si difficile », confie-t-il au micro d’ONFR+. Venu au Canada pour vivre une belle expérience et après tous les efforts mis en place, ce résident permanent qui a « tout abandonné en Tunisie » est vraisemblablement à bout de souffle.

C’est la première fois que M. Naouar requiert l’aide d’une banque alimentaire. « Mon pire cauchemar, c’est de perdre notre logement ». Alors pas le choix, il faut payer un loyer, mais aussi se nourrir. Les joies des premiers mois ont laissé place à l’insécurité, la peur et à la tristesse.

L’histoire de Seifallah Naouar c’est une réalité pour des centaines d’habitués de la banque alimentaire. Matthew Beutel explique qu’il n’y a pas de profil type : la misère frappe à toutes les portes. « Nous avons des familles de huit personnes et parfois plus, des mères monoparentales, des couples, des gens âgés ou seuls. »

« Je ne suis pas à l’aise, je me sens étouffé, je me sens triste », témoigne M. Naouar. « Normalement, je suis celui qui subvient au besoin de ma famille, je paie le loyer et la nourriture, et maintenant, c’est à ma femme de faire ça, seule. C’est un changement radical dans ma vie, je ne me sens vraiment pas bien. »

Après trois ans d’études et 12 années d’expérience comme kinésithérapeute, son diplôme n’est pas reconnu. Il doit reprendre deux ans d’études pour espérer une équivalence.  

Grâce aux dons de la banque alimentaire, M. Naouar et sa femme peuvent manger pour quatre à cinq jours. « Ils font de leur mieux, mais c’est vrai que les portions ont diminué. J’apprécie vraiment ce qu’ils font pour nous et je suis très reconnaissant. »

Une capacité qui n’est plus adaptée

« On ne fermera jamais notre banque alimentaire, mais notre capacité de réponse au besoin réel pourrait diminuer si la demande continue d’augmenter. Rien ne nous laisse croire que cela va s’améliorer », raconte le directeur du centre.

Matthew Beutel explique qu’il n’aura pas le choix de limiter la fréquence des dons et de réduire la quantité des denrées distribuées s’il veut continuer d’aider le plus de gens.

L’équipe de la maison communautaire de la Basse-ville et les bénévoles se réunissent tous les lundis pour décharger la livraison de nourriture. Crédit image : Lila Mouch

Le problème est visible : il n’y a pas de place pour stocker les livraisons. Lorsque le camion débarque, ce sont tous les bénévoles et employés de la maison communautaire qui s’activent. Une chaîne humaine se forme, il faut être efficace pour décharger les 1300 kilos de nourriture livrés à ce jour.

Il faut ranger les couches pour bébés qui prennent de la place. En fait, tout prend de la place. Mais il faut contrôler aussi, notamment que les produits qui arrivent ne soient pas périmés. Puis, la manutention ne s’arrête pas, il faut descendre un escalier étroit pour stocker toujours plus de nourriture sur d’interminables étagères.

Il n’y a pas assez de place pour plus de personnels ni de soutiens. S’ajoutent à cela des difficultés pour accueillir les résidents. « On est tellement tassé que la confidentialité est affectée », ajoute M. Beutel.

Même la zone de réception des denrées alimentaires reste peu pratique pour le déchargement. Crédit image : Lila Mouch

Coordonnatrice de la maison communautaire, Mélissa Thibault-Cañas organise comme elle peut l’entreposage, la distribution, la prise de rendez-vous avec les habitants du quartier. Pour elle, « cet espace n’est pas fait pour ça. C’est une maison duplex convertie en banque alimentaire ».

Elle se demande même si le sol va tenir suffisamment longtemps. « La seule vraie option, c’est d’avoir un nouvel espace qui nous permettrait de répondre à la demande, mais aussi de travailler sur l’insécurité alimentaire avec nos habitants et de leur offrir tout le soutien d’une maison communautaire », dit-elle.

Avoir un plus grand espace, « c’est une question d’équité et de justice », insiste M. Beutel.

Plusieurs projets scolaires francophones verront le jour en 2023

Après une année 2022 de disette en termes d’ouverture de nouvelles écoles franco-ontariennes, quatre établissements vont sortir de terre cette année, ainsi que plusieurs structures modernisées, dont un projet de dôme sportif. Tour d’horizon des chantiers en cours.

Un bouleversement à Thunder Bay

Dans le Nord, l’école élémentaire publique Thunder Bay doit ouvrir dès septembre prochain. Capable d’accueillir jusqu`à 257 élèves de la maternelle à la 8e année, ce sera la première école francophone laïque à s’implanter dans la ville bordant le lac Supérieur.

La présidente du Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario (CSPGNO), Anne-Marie Gélineault, décrit cette nouvelle école comme « un rêve longtemps attendu ». Le conseil, qui a bénéficié d’un financement provincial d’1,1 million de dollars, a déjà nommé en décembre dernier la directrice de l’établissement situé dans une école anglophone vieille de 70 ans – et rénovée – de l’avenue Victoria Ouest.

Une école laïque francophone à Thunder Bay pour la première fois. Source CSPGNO

« Installations modernes » à Arnprior

C’est à la même période qu’ouvrira l’école élémentaire catholique d’Arnprior, à 65 kilomètres à l’Ouest d’Ottawa en bordure de la rivière des Outaouais. L’établissement géré par le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) pourra accueillir 248 élèves, et comprendra une garderie de 49 places, sur la promenade Baskin Ouest.

« Nous espérons que cette nouvelle école puisse accueillir ses premiers élèves à compter d’août 2023 », vise le directeur de l’éducation, Marc Bertrand, « ravi de voir enfin ce projet prendre forme » et doté d’« installations modernes ». Le gouvernement a injecté 1 million de dollars dans ce projet à 14 millions de dollars.

L’école élémentaire catholique d’Arnprior pourra accueillir 248 élèves. Source : CECCE

Greenwood ou la fin d’un chantier à remous

Du côté de Toronto, les yeux se tournent vers l’école Greenwood, dans l’Est de la ville. Le bâtiment racheté au Toronto District School Board par le conseil scolaire Viamonde fait toujours l’objet d’une vaste rénovation. La future école intermédiaire et secondaire pourra accueillir 500 élèves et les admissions se feront progressivement : les élèves de la 7e à la 9e année feront leur entrée dès 2023, le reste des élèves de 10e à la 12e année en 2026.  

23,6 millions de dollars ont été nécessaires à la transformation de l’édifice datant des années 1970. Si le sol pollué a été assaini, l’utilisation du parc voisin à fins d’activités physiques demeure une question en suspens. Et de nombreux parents s’en inquiètent.

Les travaux se poursuivent dans l’est de Toronto, dans l’ancienne école Greenwood. Crédit image : ONFR+

Deux écoles sous un même toit à Kingston

Attendu depuis plusieurs années, un autre projet se concrétisera à la prochaine rentrée scolaire : le carrefour scolaire de Kingston devrait être achevé d’ici juin. L’édifice conjointement géré par le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), abritera les actuelles l’écoles secondaires Marie-Rivier et Mille-Îles.

Les élèves auront ainsi accès à une bibliothèque, un gymnase et un réfectoire en commun, mais aussi un théâtre qu’utilisera en outre le Centre culturel Frontenac dont l’emménagement devrait intervenir ultérieurement.

Le centre scolaire de Kingston. Source : CECCE

Un dôme pour l’École secondaire catholique Garneau

Autre infrastructure scolaire attendue dès cette année : le dôme de l’École secondaire catholique Garneau du CECCE, à Orléans. Cet espace devrait donner aux élèves un nouvel élan leur pratique et leur perfectionnement sportif tout au long de l’année, d’autant qu’il coïncidera avec le lancement d’un volet des sports haute performance, du programme sports-études de l’école.

Le Dôme pourra être divisé en sections permettant ainsi la pratique de différents sports simultanément. Soccer, volleyball, baseball, tennis, course à pied… Chacun pourra faire une activité physique à l’abri des intempéries, élèves ou non puisque toute la communauté d’Orléans y aura accès, en fonction d’horaires aménagés.

La première rentrée de la future école secondaire catholique de Vaughan est espérée en 2024. Source : Conseil scolaire MonAvenir

Patience jusqu’en 2024

Restons dans l’Est pour signaler que trois nouvelles écoles élémentaires devraient sortir de terre du côté du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) en 2024 : à Barrhaven-Manotick, Kanata-Stittsville et Orléans Sud.

2024 est aussi l’échéance visée pour l’école secondaire catholique de Vaughan, un projet sous la houlette du Conseil scolaire MonAvenir. Elle pourra accueillir plus de 400 élèves de la 7e à la 12e année. Une garderie de langue française sera également construite sur le site afin d’offrir un service de garde à 49 enfants, soit 10 poupons, 15 bambins et 24 préscolaires.

La course au carrefour francophone de Toronto compte un joueur de plus

TORONTOUn lieu de référence qui rassemble la francophonie à Toronto, c’est le désir que nourrit la communauté depuis une quarantaine d’années maintenant avec des projets sur la table émanent de plusieurs organismes francophones. Le 10 janvier dernier, un autre s’y est ajouté, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) qui a décroché une première subvention dans ce sens, et ce afin de mener une étude de faisabilité concernant les prémices d’un carrefour francophone à Toronto. Deviendra-t-il concurrent des autres, au risque de desservir la cause francophone? Réactions.  

Maison de la francophonie, centre de rassemblement, campus, carrefour francophone… Si les qualificatifs diffèrent, l’utilité demeure quasi identique.

En effet, si chaque organisme y va de sa désignation pour définir le projet référence de la francophonie dans Toronto, à l’image de Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Calgary et à plus grande mesure Ottawa, tous les projets proposés et nécessitant des subventions gouvernementales ont les mêmes objectifs, à savoir être un pôle attractif pour la communauté et concentrer en un seul endroit plusieurs organismes et services pour les francophones de la province en général et de la Ville reine en particulier.  

« On a tendance à utiliser le terme carrefour de différentes façons. Comme le Collège Boréal est à Toronto depuis 2002, nous nous voyons déjà comme un carrefour au sens large du terme et avons accueilli différents partenaires au fil des ans », pense Marc Despatie, directeur des communications du Collège Boréal, lequel s’apprête à ouvrir son carrefour francophone sous forme de campus en septembre prochain, au quartier de la Distillerie.

Marc Despatie, directeur des communications du Collège Boréal. Gracieuseté

Le gouvernement rassure

Toutefois, si les projets se multiplient dans ce sens, ce n’est pas le cas de l’enveloppe gouvernementale globale consacrée à la francophonie ontarienne qui, elle, stagne.

Le constat est d’autant plus d’actualité que le 10 janvier dernier, le CFGT a annoncé l’obtention de 100 000 dollars de la part de Patrimoine canadien, et ce pour effectuer une étude préliminaire de faisabilité concernant un carrefour francophone à Toronto, un projet que le CFGT compte bien mener de bout en bout.   

Dès lors, la crainte d’un acteur en plus qui risque d’éparpiller davantage les énergies et les sous se fait sentir, ce qui a poussé le ministère de tutelle à rassurer.  

« Nous avons eu confirmation du niveau de la fonction publique et du bureau de la ministre Petitpas Taylor que l’octroi de ce budget au CFGT n’a rien à voir avec notre projet », assure Kip Daechsel, avocat à Toronto et porte-étendard de la Maison de la francophonie depuis 15 ans.

Lors d’une conférence organisée le 19 janvier, l’avocat a déclaré avoir « l’impression que le CFGT est au tout début d’un processus qui a pris une bonne quinzaine d’années à la Maison de la francophonie ».

Maison de la francophonie Kip Daechsel, président
Kip Daechsel, président du comité fondateur du projet. Archives ONFR+

Aussi, M. Daechsel a tenu à rappeler à ONFR+ qu’il s’était impliqué dans le projet de la Maison quand il siégeait au CA du CFT (ancien nom du CFGT) et qu’« après l’annonce du déménagement du CFT, sa nouvelle direction générale s’est désistée du projet. Du coup, le projet actuel demeure toujours, en quelque sorte, l’enfant du CFGT. Aussi, en dépit des efforts de ramener le CFT au projet, il n’y avait pas d’intérêt de leur côté. »

Quant à l’Université de l’Ontario français (UOF) qui, elle aussi, se targue d’être déjà munie d’une telle infrastructure, elle voit plutôt d’un bon œil le nouveau projet du CFGT, à en croire sa vice-rectrice aux partenariats, collectivités et relations internationales, Edith Dumont. 

« Il y a plusieurs initiatives qui peuvent coexister à Toronto parce que, tout simplement, on est de plus en plus nombreux. À l’UOF, nous avons déjà un Carrefour francophone du savoir et de l’innovation, ce qui veut dire qu’on n’est pas concurrent avec le projet du CFGT, car le nôtre a plus une vocation scientifique et universitaire. Peut-être que l’étude du CFGT va démontrer qu’il serait plus optimal d’avoir plusieurs points de chute plutôt qu’un seul. »

Edith Dumont, vice-rectrice aux partenariats, collectivités et relations internationales à l’UOF. Gracieuseté

Mme Dumont préconise néanmoins qu’il faut « apprendre à mieux communiquer nos missions qui sont distinctes selon les organismes et en même temps complémentaires ».

La Maison de la francophonie toujours dans l’impasse

Réponse au nouveau venu ou hasard du calendrier, neuf jours après l’annonce de l’entrée en lice du CFGT dans cette course au carrefour, la Société d’histoire de Toronto a organisé une conférence virtuelle ouverte au public sous le thème de « La Maison de la francophonie à Toronto : où en sommes-nous? ».

Toutefois, aucune nouveauté majeure n’en est sortie, si ce n’est que le projet est toujours dans l’expectative, car les fonds demandés au Patrimoine canadien tardent toujours à être débloqués, plus que cela, on ne sait pas s’ils vont l’être à jour.

« Il est inconcevable pour nous que le gouvernement laisse mourir un tel projet et tous les efforts qui ont été fournis depuis 40 ans pour ce faire. Pour nous, ça va être une réalisation historique ou un échec historique », a lancé Kip Daechsel à la vingtaine de participants à cette conférence. 

Dans les coulisses de Contact ontarois : le défi des artistes de percer dans la musique

OTTAWA Contact ontarois (CO) représente un tremplin pour les artistes des arts de la scène franco-ontarienne et de la francophonie canadienne. Pour sa 42e édition, qui se déroulait du 18 au 21 janvier, plus d’un nouveau visage est venu surprendre producteurs et diffuseurs. ONFR+ lève le rideau sur l’expérience de l’industrie musicale.

La formule de CO se résume à des vitrines présentées par des créateurs devant des producteurs et diffuseurs, dans l’espoir potentiel de décrocher des contrats. La programmation diversifiée de cette année a principalement mis de l’avant le travail d’artistes de la scène musicale. Résultat d’un taux beaucoup plus élevé de demandes chez ces derniers, explique Anne Gutknecht, présidente du CA et directrice artistique du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

Elle se dit « agréablement surprise par rapport au niveau des artistes de cette année », en plus de remarquer « un gros avancement au niveau des Vitrines Grand public », un des volets de la programmation, qui avait lieu au Centre Shenkman.

Plus d’un nouveau visage figurait parmi la liste exhaustive d’artistes, même si ces derniers n’étaient pas majoritaires. « On est un petit milieu quand même, donc il y a parfois une impression de retrouver les mêmes visages », concède Mme Gutknecht. Parmi eux : Ferline Regis, Léona, Cayenne et Daniel Goghen.

Une première pour plusieurs artistes de scène

Ferline Regis a fait entendre sa voix puissante pour la première fois à CO. Celle qui vit à Ottawa depuis une vingtaine d’années affirme avoir trouvé l’expérience « formidable ». 

Cela fait plusieurs années qu’elle rêvait de présenter une vitrine : « Je me rappelle qu’en 2008 j’étais ici en tant que bénévole. Il y avait alors l’artiste haïtien Mikaben, décédé sur scène l’année dernière. Quand je l’ai vu présenter ici, je me suis dit que s’il y a une place pour lui, il y a une place pour moi », se remémore celle qui chante en français et en créole du jazz tout comme du kompa haïtien.

Ferline Regis sur la scène de Contact ontarois. Crédit image : Stéphane Bédard

« Mon spectacle parle de diversité, de persévérance et présente aussi des chansons qui ont des thèmes qui encouragent les jeunes à ne pas abandonner et à travailler en communauté. »

Celle qui a reçu une ovation en 2019 à La Voix l’affirme sur scène puis en entrevue : l’industrie musicale n’est pas un milieu facile. « Les portes ne s’ouvrent pas facilement. Il faut être patient, persévérer, ne pas laisser tomber. Quand les portes ne s’ouvrent pas, il faut soi-même se former et ouvrir ses propres portes ».

Léona : « On crée parce qu’on a besoin de le faire »

La chanteuse Léona, de son vrai nom Marie-Claire Cronier, a transporté le public dans un tout autre registre, le soir du 19 janvier. Sous des sons amalgamant yé-yé, garage et psychédélisme, la native de Sudbury, maquillée à la Jane Birkin, était accompagnée d’un full band. 

Certains la connaissent peut-être sous son premier nom d’artiste, Marie-Claire et les Hula-Hoops, dont la réception avait été particulièrement bonne tant du côté anglophone que francophone. L’Ontario l’entendait pour la première fois à Ontario Pop, en 2012.

Léona. Crédit image : Stéphane Bédard

Léona se dit fière de sa première expérience à CO, tout en ayant trouvé le format précipité déstabilisant. « C’est la première fois que je faisais une vitrine. Je fais un spectacle qui s’écoute bien debout. Avec des gens assis, j’ai moins l’habitude. »

Son impression de l’industrie musicale? « Faire de la musique peut être très émotif, et l’industrie, c’est le contraire. C’est une question d’argent. Nous, les artistes, on ne pense pas nécessairement à ça. On crée parce qu’on a besoin de le faire », croit-elle.

Cette dernière souligne l’importance de faire de la musique pour le plaisir. « Même si c’est une question de vitrine, je ne veux pas me mettre trop de pression. Il n’y a jamais rien de perdu, même si je n’ai pas de spectacle », conclut-elle.

Cayenne ou l’art de convaincre les diffuseurs

Cayenne a fait son entrée dans le monde musical en 2019, à la suite de sa sortie de L’École nationale de la chanson. Celle qui est originaire de Baie-Comeau a sorti son premier album en 2022, amalgamant rock, poésie et féminisme sans compromis.

Sur scène, tout comme en entrevue, elle salue son collaborateur Guillaume Ruel grâce à qui son entrée dans l’industrie musicale se déroule au-dessus de ses attentes : « Je me compte tellement chanceuse parce que je sais que les bookers et les tourneurs, c’est une denrée extrêmement rare. Ça m’a vraiment facilité la tâche. »

Cayenne. Crédit image : Stéphane Bédard

Lorsqu’elle fait des vitrines, cette dernière tente d’« arriver rodée comme si c’était un show ». « Je me dis que les diffuseurs sont des spectateurs. Si je me mets à dire qu’il faut que je les convainque d’acheter mon spectacle, ça va me stresser puis ça risque de dénaturer le produit », souligne-t-elle. 

Somme toute, elle considère avoir apprécié son expérience à CO. « Tout le monde était blood ».  Elle enchaîne : « Ce n’est pas dans toutes les vitrines qu’on a la chance de jouer dans de belles grandes salles. »

« Je vais envoyer ma candidature à nouveau et revenir jouer pour vous autres, ça va me faire plaisir! », lance celle qui a réussi à décrocher un contrat futur.

Daniel Goghen a suivi les conseils de Martin Arseneau

L’artiste de country-western originaire de Cocagne Daniel Goghen s’est de son côté tout de suite senti chez lui. « Je vois beaucoup de similarités entre l’Ontario français et le Nouveau-Brunswick. Ce sont des gens sympathiques et accueillants. Je me sens bien parmi vous autres! »

« Moi, mon style c’est du vrai country-western. Je suis conscient que c’est un style de musique qu’il y a du monde qui aime ça, d’autre monde aime moins ça. Pour ceux qui aiment le country, c’est le meilleur show pour eux », concède-t-il.

Daniel Goghen. Crédit image : Stéphane Bédard

Sa présence à CO est le résultat d’un prix remporté en 2021 aux Francos-Fêtes d’Acadie. « C’est Martin Arseneau qui me l’avait remis [le prix], il m’a dit : « Je veux que tu fasses la même chose à CO avec full band » ».

Anne Gutknecht met en exergue d’ailleurs le travail acharné de l’équipe organisationnelle de CO. Elle glisse avec émotion que Martin Arsenault, ancien directeur général dont le décès récent a ébranlé la scène culturelle franco-ontarienne, « aurait été vraiment fier » de cette édition.

Immigration francophone hors Québec : Ottawa atteint sa cible pour la première fois

STURGEON FALLS – Après 20 ans d’attente, Ottawa a finalement atteint sa cible d’immigrants francophones hors Québec, fixée à 4,4 %. Avec 4,44 % de nouveaux arrivants francophones en 2022, il s’agit de la plus haute proportion depuis 2003, mais aussi du plus grand nombre depuis 2006 a annoncé le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) Sean Fraser.

C’est à l’École secondaire catholique Franco-Cité de Sturgeon Falls, dans le Nord de l’Ontario, que le ministre en a fait l’annonce lundi matin. Fixée en 2003, cette cible n’avait encore jamais été atteinte. En 2021, le Canada n’avait même pas atteint une proportion de 2 % d’immigrants francophones.

« Depuis 2015, l’immigration francophone a connu une croissance de près de 450 %, c’est incroyable. Il n’y a pas une autre politique avec une croissance aussi fulgurante, » s’est félicité le ministre Fraser en conférence de presse.

Le ministre a indiqué que l’ajout de plus de points pour les candidats francophones dans le système d’Entrée Express est l’un des facteurs contribuant à l’augmentation de l’immigration francophone au pays.

Dans le projet de loi du gouvernement visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, le fédéral s’engage à adopter une nouvelle politique en immigration.

« L’annonce d’aujourd’hui est un pas dans la bonne direction et nous donnera l’élan nécessaire pour adopter une nouvelle politique en immigration francophone robuste, présentée dans le projet de loi C-13, avec des objectifs, des cibles et des indicateurs précis qui permettront d’assurer la pérennité de la langue française » a laissé savoir Ginette Petitpas Taylor, la ministre des Langues officielles dans un communiqué.

Toutefois, le projet de loi ne mettrait pas en place une stratégie contraignante, signifiant que ne pas atteindre les cibles n’aurait aucune conséquence comme c’est le cas depuis 2003.

Le ministre Sean Fraser en compagnie de sa secrétaire parlementaire Marie-France Lalonde et du député Marc Serré. Crédi image : Inès Rebei

Une cible insuffisante ?

Des organismes avaient pourtant fait part de leur envie de voir Ottawa revoir à la hausse ces cibles. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada avait de son côté demandé à ce que le fédéral rehausse son objectif à 12 % dès 2024 et 20 % en 2036.

« Nous devons viser encore plus haut. Il en va de notre survie », soutient le vice-président de la FCFA Yves-Gérard Méhou-Loko. « On a atteint le camp de base, et maintenant nous sommes prêts à viser le sommet, en se donnant une nouvelle cible plus élevée qui permettra de rétablir le poids démographique des communautés francophones et acadiennes. »

Pour le moment, l’inventaire d’IRCC ne comporte pas assez de francophones pour que le pays puisse accueillir autour de 12 % de nouveaux arrivants francophones l’an prochain, concède le ministre Fraser. Il prône une plus grande promotion du Canada dans les pays francophones du monde, comme en Afrique par exemple via la nouvelle stratégie en immigration francophone.

« On va continuer de travailler avec les parties prenantes pour développer une nouvelle cible plus ambitieuse et réaliste », a affirmé Sean Fraser.

Une étude réalisée par le Commissariat aux langues officielles concluait que ces échecs consécutifs au cours des années constituaient un manque de près de 120 000 immigrants francophones.

« Il est maintenant temps de viser une cible plus ambitieuse afin de maintenir le poids démographique de la population d’expression française à l’extérieur du Québec et de combler le manque à gagner qui s’est accumulé depuis près de deux décennies », a réagi lundi le commissaire Raymond Théberge

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge demande au gouvernement Trudeau de hausser sa cible en immigration francophone. Source : Twitter Justin Trudeau

Un bond du nombre des nouveaux arrivants

Il y a eu un bond significatif du nombre d’admissions de résidents d’expression française à l’extérieur du Québec avec 16 300 au cours de la dernière année. Ces nouveaux immigrants étaient un peu plus de 2 800 en 2006, première année de recensement de données, soit une augmentation de 3,02 % (1,38 % à 4,4 % entre ces deux années).

Il s’agit du plus grand nombre d’immigrants francophones hors Québec accueillis au pays depuis le début de l’histoire du Recensement.

Justin Trudeau avait prédit que le Canada atteindrait cette cible début novembre, quelques jours après le dévoilement des nouvelles cibles en immigration. Le nombre de nouveaux arrivants bondira à 465 000 pour 2023, 4 850 000 en 2024 et 500 000 en 2025, soit près de 1,5 million en trois ans, une hausse massive par rapport aux dernières années pandémiques.

Les données du dernier recensement de 2021 paru en août dernier révélaient un déclin du français parlé à l’échelle du pays. On y apprenait que bien que le français soit la première langue officielle parlée d’un nombre croissant de Canadiens, la proportion que les Canadiens francophones représentent a diminué de 2016 (22,2 %) à 2021 (21,4 %).

Article écrit en collaboration avec Pascal Vachon.

Élections scolaires francophones : un tel incident « ne doit pas se reproduire »

TORONTO – Plus de six mois après les élections ontariennes, une partie des électeurs franco-torontois sont rappelés aux urnes ce lundi afin de voter pour leur conseiller scolaire dans les écoles laïques du quartier 3-Centre et les écoles catholiques du quartier 4-Est. Le greffier de la Ville avait annulé ces deux scrutins en juin dernier alors que plusieurs candidats retenus ne parlaient pas français.

C’est donc jour de vote à Toronto pour une partie des électeurs de la Ville reine, tandis que les premiers votants ont pu s’exprimer par anticipation tout au long du week-end.

Sept candidats se présentent dans le quartier 3-Centre du Conseil scolaire Viamonde : Mary Wood, Adrian Mansard, Anna-Karyna Ruszkowski, Serge Paul, Alexandre Nanoff, Richard Kempler et Pierre Lermusieaux. Trois autres sont en lice dans le quartier 4-Est du Conseil scolaire MonAvenir : Rhea Dechaine, Régis Joseph et Valérie Rousseau.

À l’issue de ces partielles, qui auront coûté 125 000 $ aux contribuables, deux conseillers supplémentaires seront élus, cette fois maitrisant le français, mettant un terme au couac qui avait poussé le greffier à invalider ces scrutins en juin dernier.

Les candidats Anna-Karyna Ruszkowski, Alexandre Nanoff, Adrian Mansard, Mary Wood, Pierre Lermusieaux, Richard Kempler, Serge Paul (Viamonde), Valérie Rousseau,Régis Joseph et Rhea Dechaine (MonAvenir). Montage ONFR+

La polémique avait éclaté alors que des parents d’élèves s’étaient rendu compte, en tentant de joindre des candidats à l’élection de Viamonde, qu’ils étaient anglophones unilingues. Quelques jours après, c’était au tour de MonAvenir d’être sur le radar du greffier pour les mêmes raisons.

Les candidats inéligibles avaient été radiés et les deux élections annulées, synonymes de retour aux urnes à la faveur d’une élection partielle. Après ce fiasco électoral, la plupart des nouveaux candidats, cette fois bien plus nombreux à se présenter, veulent que la leçon soit retenue dans le futur.

Plus de garde-fous et de communication

« Ce serait bien de revoir les procédures, mettre de meilleurs contrôles en place pour éviter que ces choses se reproduisent à l’avenir », estime Regis Joseph, candidat dans le quartier 4-Est.

« La Ville devrait se doter d’un personnel capable d’avoir une conversation en français avec les candidats pour vérifier s’ils maitrisent la langue, propose Rhea Dechaine », en lice dans le même quartier, « car pour être ayant droit, il suffit d’être parent d’un enfant scolaire dans une école francophone. Ce n’est pas suffisant ».

« Les conseils scolaires ont aussi un rôle à communiquer beaucoup plus en amont », signale Richard Kempler. Ce candidat du quartier 3-Centre prône une meilleure coordination entre la ville, les conseils scolaires et les conseillers sur le terrain pour impliquer les ayants droit.

Adrian Mansard le rejoint. Il pense que les conseils scolaires ont une grande part de responsabilité, y compris dans la faible participation des électeurs. « Les impôts des francophones soutiennent par défaut le Toronto District School Board, et le conseil Viamonde ne fait aucun effort pour leur faciliter la tâche afin de faire en sorte qu’ils s’inscrivent sur la liste francophone », dit-il.

« Quel que soit le résultat qui sortira des urnes lundi soir, il y aurait de la valeur à continuer à mettre de la pression pour que les règles des prochaines élections soient mises en évidence plus concrètement », affirme Alexandre Nanoff.

Elections Toronto fait avec les critères d’éligibilité existants

Jointe par ONFR+, la Ville de Toronto n’a pas été explicite sur de possibles mesures ou ajustements éventuels pour empêcher que ce type de situation ne se reproduise à l’avenir.

Le service des relations média a toutefois certifié que « l’acte de candidature que tous les candidats devaient déposer (pour ces élections partielles) contenait une section de reconnaissance des qualifications qui comprenait une reconnaissance explicite des droits linguistiques en français et du soutien scolaire en vertu de la Loi sur l’éducation ».

Le personnel d’Élections à Toronto a également vérifié tous les candidats par rapport aux rôles d’évaluation de la Société d’évaluation foncière des municipalités (MPAC), ce que plusieurs ont confirmé.

Le septième bureau de vote se situe au Centre communautaire de Regent Park. Crédit image : Rudy Chabannes

Dans les jours qui ont suivi l’annonce du nouveau scrutin, sous la pression de quelques candidats, Élections Toronto a en outre ajouté un septième bureau de vote, à Regent Park, afin de desservir géographiquement plus d’électeurs. Mais là aussi, plusieurs candidats regrettent le peu de lieux mis à disposition, certains plaidant pour en mettre dans les écoles, aux Centres d’accueil Héritage ou encore dans le secteur des Beaches.

Une modernisation de la Loi comme ultime solution

La plupart d’entre eux s’accordent à dire que l’échec du premier scrutin aura au moins eu le mérite de mobiliser la communauté, inciter des prétendants à se porter candidats et des parents à s’inscrire sur les listes électorales et voter.

« Ça a fait brusquement comprendre aux gens l’importance de faire plus attention, d’aller voter ou de se présenter », convient la candidate Mary Wood qui a appris auprès de la ville que de nouveaux électeurs s’étaient inscrits en nombre avant les partielles.

« Après ce qui est arrivé, les gens ont été choqués et je pense que plus de personnes vont voter » est persuadée Anna-Karyna Ruszkowski. À l’avenir, « les conseils d’école devraient même gérer l’administration des bureaux de vote », dit-elle, regrettant de ne pas avoir eu plus d’explications d’Élection Toronto sur les dispositions qui seront prises dans le futur.

Les quartiers 3-Centre du Conseil scolaire Viamonde et 4-Est du Conseil scolaire MonAvenir. Source : Élections Toronto

Pierre Lermusieaux se satisfait également de « voir la communauté galvanisée ». « Les gens se sont réveillés de leur torpeur. Ça a été un mal pour un bien. »

Il croit qu’il faut aller bien au-delà qu’un simple ajustement des règles existantes. Ce candidat prône un rapatriement du processus électoral au sein des conseils scolaires afin qu’ils puissent gérer leurs propres élections et mettre en œuvre un mécanisme de vérification d’éligibilité plus robuste, par et pour la communauté.

« Évidemment, les conseils francophones doivent rester neutres vis-à-vis des candidats, convient-il, « mais ça fait partie du pouvoir de gestion et de contrôle que leur confère l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés ».

Pour se réaliser, un tel projet devrait alors passer par la case Queen’s Park et par une réforme de la Loi sur les élections municipales.

Arwinder Kaur : Pendjabie, Sikhe, francophone, militante… « tout ça à la fois »

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

HAMILTON – Présidente de l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO) Régionale Hamilton depuis novembre dernier, Arwinder Kaur s’est lancé comme défi de représenter les francophones d’un vaste territoire, qui va bien au-delà des frontières de la ville de l’acier. Rien que dans la région d’Hamilton, 45 000 personnes déclarent être bilingues et 13 000 sont de langue maternelle française. Défis, identité et parcours au micro d’ONFR+.

« Tout d’abord, comment se porte la communauté francophone à l’ouest de Toronto?

J’habite à Brampton dans la région de Peel et je travaille dans quatre régions depuis maintenant presque huit ans. Je peux vous dire que la communauté se porte bien, même s’il y a encore beaucoup de travail et de revendications à faire, surtout au niveau des services en français. Cela dit, il y a eu du chemin qui a été parcouru et beaucoup de choses y ont été accomplies comme la signalisation en français qu’on voit plus souvent maintenant.

Quel chemin avez-vous emprunté avant d’arriver dans la région de Peel?

Je suis née en 1988 en Inde, au Pendjab. Je suis donc Pendjabie par ma culture et Sikhe par ma religion. À l’âge de 5 ans, je suis arrivée en Belgique avec ma famille en tant que réfugiée parce que, dans années les 80 et 90, le climat était très incertain dans le nord de l’Inde, et c’est dans la région de Liège que j’ai fait toute ma scolarité en français, y compris mes études supérieures.

Ensuite, en 2012, j’ai déménagé à Brampton en Ontario, une province anglophone. C’est vraiment là, en attendant mon permis de travail, que j’ai réalisé que le français me manquait parce que je n’avais que l’anglais et le pendjabi autour de moi, alors qu’avant d’arriver au Canada, on m’avait vendu ce pays comme étant bilingue, ce qui est loin d’être le cas.

Arwinder Kaur participant en 2018 aux manifestations contre les coupures de Doug Ford visant les Franco-Ontariens. Gracieuseté

Forte de ce constat, comment avez-vous rebondi?

Pendant cette période, j’ai fait beaucoup de bénévolat en français, notamment au sein de l’Entité 3. Suite à quoi, j’ai trouvé mon premier vrai poste comme agent de liaison communautaire pour Oasis Centre des femmes parce que la cause féministe me tient beaucoup à cœur. À partir de là, j’ai pas mal réseauté, ce qui m’a amenée, en 2014, à devenir agent de liaison communautaire au Conseil scolaire Viamonde, un emploi que j’exerce toujours aujourd’hui. La suite, vous la connaissez.

Ce parcours atypique d’immigrante a-t-il influencé votre engagement envers la question de l’immigration?

Oui, on peut le dire dans la mesure où la question de l’immigration et ses défis m’a toujours beaucoup intéressée, que ce soit en Belgique ou ici, en Ontario. Je suis aussi quelqu’un qui adore la philosophie, la sociologie, l’anthropologie ainsi que les changements dans les sociétés sur le plan culturel et humain, on peut dire même que cela me fascine. L’immigration englobe toutes ces questions.

Arwinder Kaur participant en 2022 à la scène torontoise Franc’Open Mic. Gracieuseté

Quels sont les chantiers prioritaires sur votre agenda de l’ACFO Régionale Hamilton?

Les trois priorités sont d’abord le rapprochement stratégique et non symbolique avec la nouvelle mairesse d’Hamilton, Andrea Horwath parce que, durant sa compagne électorale, elle a promis qu’elle allait se pencher sur les enjeux francophones dans la ville. Ce ne sont pas que des paroles parce qu’elle nous a transmis cela par écrit. D’ailleurs, pendant les élections, elle a été l’une des seules candidates qui a daigné répondre au questionnaire envoyé à tous les candidats par notre organisme.

La deuxième priorité concerne les deux fameuses écoles secondaires francophones qui n’ont toujours pas vu le jour, c’est un dossier qui traîne sur la table depuis des années et le souhait de la communauté ici est de le voir se concrétiser. Enfin, nous visons à continuer à chapeauter la table de concertation francophone d’Hamilton (qui fédère les organisations locales de langue française).  

Quelles sont vos attentes envers la nouvelle mairesse par rapport au développement de la francophonie?

Ce que j’attends, ce sont les actes et non que des mots ou des paroles en l’air. Par exemple, quand elle dit qu’elle va se pencher sur le dossier et qu’il va y avoir une étroite collaboration, je m’attends à ce qu’il y ait vraiment une collaboration active. 

Vous avez parlé, à juste titre, de ces deux fameuses écoles dont l’inauguration a été annoncée pour 2018. Pourquoi un tel retard? Peut-on espérer un déblocage prochainement?

Là-dessus, je suis incapable de vous donner une réponse parce qu’il y a énormément de couches et d’acteurs impliqués dans ce dossier. Mais, je pense qu’on aura une réponse plus concrète dans les mois à venir au vu, justement, de ce rapprochement avec la nouvelle mairesse. 

Arwinder Kaur participant en 2019 à une réunion de la Table francophone de Peel-Dufferin-Halton. Gracieuseté

Avec le changement de maire, le drapeau franco-ontarien flotte désormais de façon permanente devant l’hôtel de ville d’Hamilton. Ce combat porté par l’ACFO Régionale Hamilton n’a pas été un fleuve tranquille…

Il est vrai qu’avec l’ancien maire, il y a eu des soucis avec le permis qui a été octroyé quelques mois à l’avance puis retiré par la Ville. Il y a eu aussi des dossiers perdus et des personnes qui blâment d’autres pour cela… Bref, on va dire qu’il y a eu beaucoup de petites histoires autour de ce dossier. Est-ce qu’on nous a donné une réponse par rapport à tout cela? La réponse est non! Mais l’histoire est réglée maintenant.

Le président sortant de l’ACFO Hamilton, Jérôme Pommier a fait un bon suivi dans ce dossier et ils ont fini par remettre le drapeau et présenter des excuses. Ceci dit, cela relève de l’ordre du symbolisme et l’ACFO veut plus que du symbolisme, sans minimiser le fait que c’est une grande étape d’accomplie parce que, finalement, il n’y a pas tant de villes que cela dans le Sud-Ouest où le drapeau franco-ontarien flotte à plein temps!

Arwinder Kaur (au centre) lors de la semaine de l’immigration francophone en 2022. Gracieuseté

Outre le français, vous parlez couramment quatre autres langues : l’anglais, le pendjabi, le hindi, l’espagnol, en plus du néerlandais que vous comprenez. D’où est-ce que vous tenez ce polyglottisme?

Cela a commencé en Inde, parce que, vu le nombre de langues qui y sont parlées et les grandes dimensions du territoire indien, on est obligé de parler entre nous en anglais, alors qu’à la maison c’est le pendjabi. Donc, on grandit là-bas, de facto, dans un milieu polyglotte. Quant au français, et à moindre mesure le néerlandais, c’est en Belgique que j’ai appris ces langues. De même que l’espagnol que j’ai étudié à l’université là-bas. Mais de manière générale, j’ai un penchant pour les langues.   

Sur votre profil Tweeter on peut lire : mère, épouse, Sikhe, Pendjabie, Belge, francophone, Canadienne, féministe, activiste, humaniste, linguiste, sociologue, tricoteuse, peintre, optimiste et pessimiste. Vous êtes qui et/ou quoi, au juste?

Tout ça à la fois, parce que l’identité n’est pas figée. »


LES DATES-CLÉS D’ARWINDER KAUR 

1988 : Naissance au Pendjab en Inde.

1993 : Immigration en Belgique.

2012 : Déménagement à Brampton en Ontario.

2018 : Participation aux manifestations francophones suite aux coupes de Doug Ford

2019 : Élue co-présidente de la table de francophone Peel-Dufferin-Halton.

2022 : Élue présidente de l’ACFO Régionale Hamilton.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

La Nuit sur l’Étang aux quatre vents de l’avenir possible

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

[CHRONIQUE]

SUDBURY – La relève franco-ontarienne se dit à la veille du 50e de La Nuit sur l’étang. C’était, clamait l’artiste André Paiement, « la folie collective d’un peuple en party. »

Fêtée jusqu’aux petites heures du matin à Sudbury, on ressortait de La Nuit sur l’étang « sentant le party » comme le disait la grande dame de théâtre Hélène Gravel, étourdis par la musique, la poésie, le vibe et la fraternité des francos rassemblés en grandes retrouvailles, émerveillés par le lever du soleil sur cette terre de roche, à l’aube d’un jour nouveau. 

« Il y a eu tellement de moments dans La Nuit », explique Daniel Bédard, directeur artistique du festival et récipiendaire de l’Ordre de la Pléiade. « Ma première Nuit, j’étais en 12e année à Mac-Jack, puis on avait nos petits wine skins… Quand tu es jeune à La Nuit, tu réalises qu’il y a toute une culture d’art franco-ontarienne. »

« J’étais dans l’auditoire quand Robert Paquette a chanté avec son premier trio. Je me souviens d’un moment où Robert Dickson et Patrice Desbiens faisaient une Cuisine de la poésie… » 

Le « big deal » de la 50e édition

La 50e Nuit taillera une place pour les superstars et les doyens de l’Ontario français (Marcel Aymar! Robert Paquette! Serge Monette!), mais le public sentira les vents de l’avenir de la relève franco-ontarienne qui montera sur les planches les 24 et 25 mars 2023 (Mags Gibson! Martine Fortin! Marielle Malleau!) avec le devoir sacré de donner une voix aux Nuits de générations de jeunes franco-ontariens. 

C’est « un big deal » convient la Franco-Sudburoise Meagan Bigras.

« C’est un gros honneur d’être ici pour La Nuit sur l’étang, dans ma ville natale. Puis d’être capable de représenter les Franco-Ontariens du nord de l’Ontario. Puis de chanter en français! J’ai cette fierté francophone en étant chanteuse. »

Meagan Bigras. Gracieuseté La Nuit sur l’étang

Lauréate de La Brunante, un concert qui nourrit et favorise le développement de jeunes artistes franco-ontariens, en 2018 avec le groupe Fjord, Mme Bigras garde un souvenir particulièrement doux et doré de la 49e Nuit sur l’étang en 2022, la première après deux ans de confinement. À elle était revenu l’honneur de cette tradition de chanter Viens nous voir, chaque note de sa voix un séisme qui chavire et bouleverse.

« J’avais des frissons », raconte la jeune chanteuse. « Avec deux ans de pause, sans musique, à ne pas être autour des gens, il y avait du monde qui pleurait – c’était un moment où on se ressentait tous en famille. »

Cette fierté de figurer parmi la gamme d’artistes invités à la 50e Nuit, l’artiste Kaiday la partage. La jeune ottavienne a participé à La Brunante en 2022, marquant son public de la mélodie de sa voix, chaque note enveloppée de velours.

Kaiday. Gracieuseté Kaiday

« J’ai hâte de me lancer dans cette aventure », explique-t-elle. « Je suis très excitée et reconnaissante d’avoir été choisie pour cette opportunité. Je suis très contente de pouvoir travailler encore une fois avec Daniel Bédard, qui était mon mentor pour La Brunante l’année passée, et avec de nouveaux musiciens. » 

Faire rayonner la voix de la collectivité

Pour l’artiste franco-sudburoise Cécilia Rodriguez-Beaudoin, alias aurel, La Nuit c’est une occasion rêvée de faire rayonner la voix de la collectivité : « Cette année, je serai sur la scène, et ce sera un honneur de célébrer cette 50e édition avec une si belle brochette d’artistes! »

Parmi ses Nuits les plus mémorables, Mme Rodriguez-Beaudoin cite l’année ou Radio-Canada était sur les lieux pour faire rayonner ses artistes : « Tout le monde s’est levé et on a dansé…. Il y a même des spectateurs (dont ma soeur et moi) qui sont allés danser sur la scène! »

« Pour moi, Nuit sur l’étang c’est le party collectif », conclut-elle. « C’est un peu cliché, je sais, mais il y a quelque chose de spécial de faire des sons de ouaouarons avec 300 personnes, en même temps! » 

Cécilia Rodriguez-Beaudoin. Crédit image : Anny Zuñiga

Évoquant ces Nuits d’autrefois, tout en nous permettant de rêver à ces Nuits, Meagan Bigras, Kaiday et Cécilia Rodriguez-Beaudoin nous permettent de rêver à cette 50e Nuit qui attend la Franco-Ontarie.

Entre les mains de cette génération d’artistes, La Nuit sur l’étang restera fidèle à elle-même, une fête où – pour emprunter au poète Robert Dickson – « nous, têtus et solidaires, lâchons nos cris rauques et rocheux aux quatre vents de l’avenir possible ». 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Enjeux et forces pour 2023 en Ontario : « Les problèmes du monde sont les problèmes du Canada », dit Bob Rae

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI

Bob Rae, ancien premier ministre de l’Ontario, est l’ambassadeur et le représentant permanent du Canada auprès de l’Organisation des Nations unies.

LE CONTEXTE

En marge de la conférence du Club canadien de Toronto ce jeudi, sur le thème « Élaborer des politiques en période de crise », M. Rae a accordé un entretien privilégié à ONFR+ pour partager sans détours ses vues sur quelques-uns des enjeux en Ontario pour 2023, notamment la question du bilinguisme, du leadership politique ou encore des enjeux environnementaux.

L’ENJEU

Dans un contexte économique, climatique et diplomatique mondial turbulent, le Canada et l’Ontario font également face à une « cascade de défis » en 2023.

« Vous parlez français parfaitement. Selon vous, quelle place le bilinguisme occupe-t-il en Ontario?

Quand je suis entré dans la politique il y a plus de 40 ans – je ne compte plus les années-, c’était en 1978 lors du grand débat constitutionnel au niveau fédéral. J’étais à la fois député fédéral et provincial. On a signé un accord avec le gouvernement provincial du moment en 1985 et c’est là qu’on a créé la Loi sur les langues officielles (LRC) qui donne des droits à la francophonie mais surtout des devoirs spécifiques au gouvernement. En a découlé la création de nombreuses institutions.

J’étais alors responsable de la création des trois collèges, avant même que l’Université de l’Ontario français ne voie le jour un peu plus tard. Ce que j’essaye de décrire est le progrès du point de vue historique, qui continue à aller dans la bonne direction, en particulier dans le nord de la province et du côté d’Ottawa et des villes majeures.

Comment voyez-vous l’avenir de la francophonie en Ontario?

Ce progrès se poursuit aujourd’hui. Mais ce qui est selon moi impératif dans le domaine du bilinguisme, c’est de faire en sorte que les francophones se sentent chez eux dans la province. On peut citer l’éducation naturellement mais aussi le domaine de la santé avec des services de santé qui reflètent la réalité bilingue du Canada et la nature bilingue de l’Ontario. J’ai personnellement assisté à des changements importants durant ma carrière et je suis convaincu que cela va se poursuivre, mais, avec un effort conscient de la part des politiques.

C’est donc au gouvernement qu’incombent les efforts d’encourager le bilinguisme?

Il est très important que le gouvernement soit intentionnel dans sa volonté d’investir, de mettre en place des efforts importants, notamment envers le service public qui a un rôle à jouer. On voit malheureusement toujours un manque de services et de ressources nécessaires en français, par exemple dans le domaine de la santé et dans l’éducation. C’est un défi toujours d’actualité.

Mais c’est une bataille de longue date dans la province et dans l’histoire du Canada. N’oublions pas que par le passé le français n’était même pas accepté comme une langue officielle. Heureusement, ça a changé. Il faut également noter que la communauté francophone évolue avec l’immigration et le développement des communautés venant d’Afrique et d’Europe. La communauté est en train de changer et de s’étendre.

Quels sont les grands enjeux politiques de 2023?

Le monde en général fait actuellement face à une cascade de problématiques et de défis. C’est un des thèmes de la conférence d’aujourd’hui : la question du changement climatique devient un problème plus sévère chaque année. On le voit même localement. Je dis toujours que les problèmes du monde, sont les problèmes du Canada. On l’a bien vu par exemple avec la pandémie et ses répercussions à tous les niveaux. Les questions du conflit international actuel ne sont jamais loin des réalités canadiennes non plus. L’inflation est une conséquence directe de l’invasion russe en Ukraine qui voit poindre une possible récession. Les conflits mondiaux nous touchent par ricochet. J’espère que cette année sera l’année de la paix.

En quoi ces défis devraient-ils faire écho à la politique en Ontario pour 2023?

La politique ontarienne a besoin des bons leaders, qui peuvent faire la différence. Ça implique un sens du leadership fort et aussi de bonne foi, de transparence. Je pense sincèrement que dans la vie politique comme dans la vie en général, on pourrait bénéficier d’un peu plus de bienveillance et d’altruisme. Il nous faut reconnaitre une chose : on est très chanceux en Ontario. On a des ressources naturelles, de grandes industries, des institutions et un pôle d’éducation forts. On est multiculturel, multilingue, multiracial. C’est une force.

Nous sommes un microcosme du monde dans une province. C’est pour ça que, quel que soit le bord politique, il faut prendre en compte toutes ces réalités dans la mise en place de nos politiques. Concernant l’environnement, le débat du changement climatique ne peut pas être évité au Canada. Il faut essayer de pousser vers des mesures qui misent sur la durabilité dans tout ce que nous faisons, essayer de trouver des solutions pratiques, pas uniquement idéalistes, inspirer le changement par des objectifs concrets et faisables, au niveau fédéral, provincial et local. »

Crise dans le système de santé : Ottawa près d’une entente avec les provinces

OTTAWA – Le fédéral et les provinces sont près d’une entente sur les transferts en santé dans le but de s’attaquer à la crise dans les hôpitaux du pays, affirme Ottawa.

Le Toronto Star et le Globe and Mail rapportaient ce matin, selon des sources à l’interne, que des ententes avec chaque province avançaient à grands pas et que certains principes de base avaient déjà été acceptés. Divers médias ont rapporté que les premiers ministres pourraient tous se réunir à Ottawa autour du 10 février et qu’un accord pourrait alors survenir.

« Les discussions progressent bien », a affirmé le ministre de la Santé Jean-Yves Duclos ce vendredi en conférence de presse à Ottawa, ajoutant être « très optimiste ».

Plus tôt cette semaine, Justin Trudeau a affirmé qu’il y avait « du momentum très positif » concernant les discussions en cours. Il avait toutefois ajouté qu’à court terme, les provinces avaient les outils monétaires nécessaires pour améliorer la situation dans les hôpitaux.

« Ce que je constate, c’est que de plus en plus on parle de ce que l’on voudrait faire en matière de résultat additionnel avec les montants additionnels que le premier ministre a signalé qui allait venir au cours des prochaines années, parce que ce ne sont pas des investissements de courts termes, mais de longs termes », a soutenu le ministre Duclos.

Le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos. Archives ONFR+
Le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos. Archives ONFR+

Les provinces demandent à ce que la part d’investissement d’Ottawa passe de 22 % à 35 % sans condition. Ottawa a toutefois demandé à ce que les provinces et territoires partagent des données sur le système de santé. Le fédéral veut ainsi regrouper ces chiffres pour pouvoir faire des comparatifs entre les provinces, expliquait Justin Trudeau. Doug Ford et divers premiers ministres se sont dit en faveur d’une telle condition dans les dernières semaines.

Le ministre Duclos n’a toutefois pas spécifié de montant ou si la part d’Ottawa monterait à 35 %.

Contrairement à Singh, Ottawa ne critique pas Ford

Ottawa ne voit d’ailleurs pas de problème avec l’annonce d’ouvrir la porte plus grande aux cliniques privées dans le système de santé publique en Ontario tant que c’est fait dans le respect de la Loi canadienne sur la santé. Doug Ford avait annoncé lundi que la province financerait des cliniques privées pour effectuer des chirurgies pour des remplacements de genoux par exemple ou de la cataracte dans le système public.

En entrevue avec le Star, Justin Trudeau a affirmé qu’« une certaine quantité d’innovation devrait être bonne tant qu’ils respectent la Loi canadienne sur la santé ». Jean-Yves Duclos a souligné qu’il fallait reconnaître les différents rôles à jouer pour chaque province, mais aussi la responsabilité commune de respecter cette Loi.

« Il faut s’assurer que les changements des provinces et territoires sont aussi cohérents avec le principe d’accessibilité équitable. Mais on entend qu’il y a des préoccupations légitimes et naturelles autour de la fourniture plus importante de soins de santé qui pourraient être faites par le secteur privé… On va continuer à suivre ça de tout près. »

Le chef du NPD a vivement critiqué l’annonce de Doug Ford sur la place du privé en santé. Archives ONFR+

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh était sorti de ses gonds plus tôt cette semaine arguant qu’Ottawa ne devrait pas augmenter ses transferts en santé si les provinces suivaient une méthode similaire à Doug Ford.

« Je crois qu’une de ces conditions devrait être, clairement, aucune privatisation », a-t-il réclamé à Justin Trudeau.

Une belle course à travers Paris à l’arrière du taxi de Dany Boon

Dany Boon donne de nouveau la réplique à l’iconique chanteuse, meneuse de revue et actrice française Line Renaud; un premier grand rôle pour elle au cinéma à 95 ans, sous la direction de Christian Carion. Un film tendre et drôle sur les ainés et l’émancipation des femmes des diktats masculins. Un road movie intimiste et nostalgique entre le Paris des années 50 et celui d’aujourd’hui.

Une belle course : sortie en salle le 20 janvier 2023.

L’occasion de revisiter le meilleur des arts et de la culture francophone

Cette semaine, l’Ontario français vous réserve l’occasion de replonger dans le monde de célèbres artistes francophones. Du cinéma au théâtre, cette programmation est un petit rappel que chaque artiste laisse son empreinte à sa manière.

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Films

Saint Omer d’Alice Diop au TIFF Bell Lightbox

La documentariste Alice Diop est en route vers les Oscars avec Saint Omer, son tout premier long-métrage de fiction. Doublement primé à la Mostra de Venise, Saint Omer a été sélectionné pour représenter la France aux Oscars 2023. Profondément émouvant, le film suit l’histoire d’une jeune écrivaine obligée d’affronter ses traumatismes alors qu’elle assiste au procès d’une femme sénégalaise accusée d’infanticide.

Crédit image : Les films du losange.

Saint Omer au TIFF Bell Lightbox du 20 au 24 janvier. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Le festival MyFrenchFilm depuis le confort de chez soi

Le festival MyFrenchFilm est de retour avec sa 13e édition, proposant les meilleurs films du cinéma francophone. La programmation de cette année comprend 29 films (longs et courts-métrages) qui touchent sur plusieurs genres. Du drame à la comédie, en passant par l’action et l’animation, il y a quelque chose pour tout le monde dans ce programme soigneusement sélectionné.

Crédit image : Miodrag Ignjatovic via Getty Images

Le festival MyFrenchFilm se poursuit en ligne jusqu’au 14 février. Location d’un long-métrage à 2,88 $. Pack festival : 11,55 $ pour un accès à tous les films disponibles.

Musique

Maurice Ravel interprété par l’ensemble classique Cordâme

Cet ensemble montréalais dirigé par le compositeur et contrebassiste Jean Félix Mailloux vous fera découvrir leur répertoire influencé par la musique impressionniste du célèbre Maurice Ravel. En vous transportant dans un autre monde, vous vous rendrez vite compte que ce groupe a un don d’honorer les meilleurs compositeurs d’une grande beauté.

L’ensemble Cordâme. Crédit image : André Chevrier.

Cordâme en spectacle à l’Alliance française de Toronto le samedi 21 janvier à 20h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Fana Soro, maître du balafon apporte les rythmes de l’Afrique de l’Ouest

Dans le cadre des Rendez-vous artistiques 2023 du Centre Pauline-Charron, l’organisme ottavien vous réserve trois spectacles à saveur multiculturelle. Le tout premier rendez-vous artistique mettra au soleil les couleurs de la musique de l’Afrique de l’Ouest grâce à l’artiste Fana Soro, maître du balafon qui a parcouru l’Europe et l’Afrique en tournée comme vocation de faire connaître le meilleur de la culture ouest-africaine.

Crédit image : Marianne Duval.

Fana Soro en spectacle au Centre Pauline-Charron le mercredi 25 janvier de 11h30 à 14h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Théâtre

Parler théâtre : le TfT lance un nouveau club de lecture « théâtre »

En collaboration avec la Bibliothèque de référence à Toronto, le Théâtre français de Toronto lance le club de lecture « théâtre », une occasion pour tout néophyte et amateur de théâtre de causer au sujet de leurs pièces préférées. Animée par le médiateur culturel Georges Som, cette première session abordera la pièce Cher Tchekhov du dramaturge québécois Michel Tremblay. Dans Cher Tchekhov, Michel Tremblay (ré)examine un vieux scénario inachevé au cours d’un dîner de famille en compagnie d’un critique, d’un groupe d’actrices et de leur frère auteur.

Crédit image : Leméac Éditeur.

La première session se déroule le mercredi 25 janvier de 18h30 à 19h15 à la Bibliothèque de référence à Toronto. Inscription gratuite. Écrire à gsom@theatrefrancais.com pour réserver votre place.

Une Académie des arts culinaires à l’École secondaire catholique de l’Innovation

OTTAWA – En partenariat avec le restaurant de prestige, le 1 Elgin du Centre national des Arts à Ottawa (CNA), le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) a annoncé, ce 18 janvier, l’ouverture de son nouveau programme : l’Académie des Arts culinaires à l’École secondaire catholique de l’innovation. Un cursus destiné aux élèves de la 9e à la 12e année.  

L’Éole secondaire catholique de l’innovation comme son nom l’indique, innove encore. Après la création de l’Académie Esports en 2020, c’est autour de l’Académie des arts culinaires de voir le jour. Le nouveau programme ouvrira ses portes à la rentrée prochaine, en août.

Il s’agit du seul programme avancé en cuisine au niveau secondaire dans la région d’Ottawa. « Nous avions un focus culinaire puis les élèves nous ont fait part à de nombreuses reprises qu’ils souhaitaient que ça dure plus longtemps », explique Mathieu Gagné, directeur de l’école.

« Ils ont peut-être semé la graine », reprend-il.

Un programme complet et équilibré

Bien que l’apprentissage de la cuisine fasse partie du programme, l’étendue du cursus est, lui, plus large. Il est question des arts culinaires, et donc d’apprendre le service en restauration jusqu’à la présentation des plats dans la restauration de luxe. Les élèves seront amenés à découvrir les cuisines du monde et autochtones, mais aussi la gastronomie. Dans ces cours, il sera question d’entrepreneuriat et de gestion, sans oublier les rudiments du métier, la collaboration avec l’agriculture locale et l’environnement.

« On ratisse large », concède le directeur d’école, « on parle de nutrition, d’entrepreneuriat et d’un point de vue francophone, c’est rafraîchissant. On veut des chefs francophones, mais aussi des entrepreneurs francophones ».

L’Académie des arts culinaires ouvrira ses portes en août prochain. Crédit image : Lila Mouch

Marc Bertrand, le directeur de l’éducation du CECCE, se ravit qu’un tel programme voir le jour. « On va travailler la pâtisserie, le chocolat, mais aussi la gastronomie, la cuisson sous vide, végétarienne et végétalienne », énumère-t-il. « Les élèves pourront vraiment profiter d’une expertise, dans un espace contextualisé », ajoute M. Bertrand.

Nya Njeuga, surintendant de l’éducation du CECCE, considère que ce programme professionnalisant pourra servir les élèves dans leur façon d’appréhender la cuisine à travers des thématiques telles que la diversité et l’inclusion, à la découverte d’autres cultures.  

De plus, « même s’ils ne poursuivent pas dans cette carrière, ils apprendront les bases d’une alimentation saine ».

Durant le lancement du programme, la députée libérale Lucille Collard a salué cette initiative en faisant la promotion d’une bonne alimentation : « On pourrait mettre fin au Kraft Diner », a-t-elle évoqué sur le ton de la blague, mais sous couvert de vérités.

En effet, pour Mathieu Gagné, c’est aussi important d’avoir des « francophones qui s’alimentent bien ».

Lucille Collard, députée d’Ottawa-Vanier, a participé au lancement du nouveau programme avancé de cuisine. Crédit image : Lila Mouch

Un cursus cohérent avec le marché du travail

Nya Njeuga admet que le problème de main-d’œuvre est de notoriété publique. D’ailleurs, « le précédent programme, Focus sur les arts culinaires, était très populaire, donc avec ce programme approfondi. C’est inévitable, les élèves vont construire une sérieuse expérience ».

En effet, ce cursus permettra aux élèves d’obtenir un diplôme à la fin de leurs études. Ils pourront faire des stages, poursuivre dans des études postsecondaires ou intégrer directement le milieu du travail.

« Les élèves qui passeront dans ce programme auront de l’avance pour intégrer des écoles de renoms », estime M. Bertrand. « Il y aura des collaborations avec plusieurs chefs à travers le Canada ou encore l’école Le Cordon bleu à Ottawa. »

L’Académie des arts culinaires est le seul programme avancé de cuisine offert au niveau secondaire dans la région d’Ottawa, a déclaré Nya Njeuga, surintendant de l’éducation du CECCE. Crédit image : Lila Mouch

Les solutions passent souvent par l’éducation, pense M. Gagné, estimant qu’avec le reste des cours obligatoires, les élèves de son école seront adaptés au marché du travail. 

Enfin, Nya Njeuga pense aussi que ces nouvelles notions offriront des opportunités pour bien comprendre les enjeux locaux, climatiques et du monde agricole dans notre région. Un programme scolaire dans l’air du temps.

Contact ontarois se souvient de Martin Arseneau

OTTAWA – La 42e édition de Contact Ontarois, le marché du spectacle francophone, a officiellement pris son envol ce mercredi. Les participants se sont réunis à Ottawa pour une ouverture à saveur d’hommage au regretté directeur de Réseau Ontario, Martin Arseneau.

Le départ de ce pilier de la francophonie canadienne, décédé en août dernier, a créé une véritable onde de choc dans la communauté culturelle. Sa présence se faisait toutefois bien sentir mercredi soir, dans cette salle de l’hôtel Marriott Ottawa.

La foule était composée non seulement de membres de l’industrie culturelle, mais également de plusieurs proches de M. Arseneau. « Ses deux familles » comme l’a souligné l’artiste franco-ontarien Stef Paquette.

À l’instar de plusieurs intervenants, ce dernier n’a pu retenir ses larmes lorsqu’il est monté sur scène. L’un des moments marquants de l’événement fut l’interprétation de sa chanson Tout c’que j’veux en version trio avec Geneviève RB et Alain Barbeau.

Alain Barbeau, Stef Paquette et Geneviève RB. Les hommes tiennent une guitare.
De gauche à droite : Alain Barbeau, Stef Paquette et Geneviève RB, qui faisaient partie des artistes préférés de Martin Arseneau. Crédit image : Rachel Bolduc-Crustin

Difficile également de rester froid devant le discours du filleul de Martin Arseneau, Jean-Sébastien Arseneau. « Il est peut-être parti physiquement, mais sa sagesse, son amour, ses conseils et l’héritage qu’il nous a laissés, c’est permanent. »

Héritage culturel

Acadien de naissance, Martin Arseneau a occupé divers postes stratégiques au sein de l’industrie culturelle franco-canadienne, particulièrement en Ontario, sa province d’adoption. Il fut le directeur général de Réseau Ontario jusqu’à son décès, le 27 août 2022.

Selon les témoignages entendus lors de cette activité-hommage, autant sur scène que dans la salle, Martin Arseneau a contribué à l’essor de nouveaux talents par ses conseils et sa présence bienveillante. L’animatrice de la soirée, Joanie Charron, a raconté comment elle l’avait recruté pour des chroniques à la radio et comment il lui avait rendu la pareille ensuite.

Joanie Charron devant un lutrin
L’animatrice Joanie Charron a bien connu Martin Arseneau, collaborant entre autres à la radio et à Contact ontarois. Crédit image : Rachel Bolduc-Crustin

« Ça a été une des premières personnes qui a cru en moi non seulement comme animatrice, mais aussi pour ma carrière musicale » – Joanie Charron

Un prix Martin Arseneau

Afin de souligner l’apport exceptionnel de son directeur général, Réseau Ontario a remis pour la première fois le prix Martin Arseneau. Cette récompense, accompagnée d’une bourse de 500 $, souligne l’implication extraordinaire d’une personne au sein d’un diffuseur membre de Réseau Ontario, qu’elle soit employée ou bénévole. Le tout premier récipiendaire est le directeur artistique du Centre culturel Frontenac de Kingston, Normand Dupont.

Normand Dupont pose avec la plaque de reconnaissance du prix Martin Arseneau
Normand Dupont est le premier à remporter le prix Martin Arseneau. Crédit image : Rachel Bolduc-Crustin

« Ça me touche énormément. Je suis vraiment abasourdi. Je ne m’attendais pas à ça », a-t-il déclaré en entrevue avec ONFR+ quelques minutes après avoir reçu son prix.

Impliqué au Centre culturel Frontenac depuis sa retraite, l’ancien enseignant s’est toujours fait un point d’honneur de transmettre l’amour de la culture francophone à ses élèves. « Ça me nourrit. J’espère que ça nourrit les autres et que ça les enrichit. » Le jury a indiqué l’avoir choisi « pour ses qualités de bâtisseur, sa contribution au développement de l’auditoire de la pratique théâtrale dans sa communauté, son implication et son engagement sans faille à la fois dans le milieu scolaire, communautaire et culturel franco-ontarien ».

Retour en présentiel

L’absence de M. Arseneau se fait d’autant plus ressentir que l’édition 2023 marque le retour de Contact ontarois en présentiel. L’événement s’était tenu virtuellement en 2021, puis l’édition 2022 avait été annulée moins de deux semaines avant de prendre son envol.

Conséquence de ces années de pandémie, Contact ontarois n’a jamais pu célébrer son 40e anniversaire avec des événements spéciaux et un gros gâteau, comme l’aurait voulu Martin Arseneau. Le gâteau a été servi mercredi soir, mais c’est une édition plus régulière de Contact ontarois qui nous est offerte pour 2023.

Sous le thème « ’Art de créer des étincelles… », 41 artistes et groupes se produiront d’ici samedi lors des présentations éclair, des intégrales et des vitrines grand public, jeunesse élémentaire et jeunesse secondaire. En présentant de courts extraits de spectacles, les artistes doivent convaincre les diffuseurs ontariens, canadiens et internationaux de les intégrer à leur prochaine programmation.

Plusieurs activités de formation et de réseautage se tiendront également. Le rassemblement culminera avec son gala de clôture samedi soir. Contact ontarois existe depuis 1981 et est organisé par Réseau Ontario depuis 2001.

Entre origine et avenir : la programmation de la 50e Nuit sur l’étang

SUDBURY – La Nuit sur l’Étang fêtera ses 50 ans en mars prochain. Sa programmation dévoilée ce mercredi promet de réunir en grand nombre les amateurs d’art de la région avec, notamment, le retour de grands noms du festival.

C’est au Collège Boréal de Sudbury, devant curieux, artistes, commanditaires et autres personnalités publiques, que les organisateurs du populaire festival ont annoncé la programmation de cette 50e édition.

Le thème cette année est « De nos racines collectives…’’ ‘’aux quatre vents de l’avenir possible » tel que tiré du texte Au nord de notre vie de Robert Dickson.

« Deux soirs mais une Nuit », c’est ainsi qu’a été conçu, comme auparavant, l’événement qui se déroulera le vendredi 24 mars à la Place des Arts du Grand Sudbury à 19h et le samedi 25 mars, 2023 à la même heure à la salle Trisac du Collège Boréal.

Pour le directeur musical et artistique du samedi soir, Daniel Bédard, le mélange des arts marquera un retour en grande pompe. « Les premières nuits n’étaient pas seulement axées sur la musique, mais avaient aussi une composante importante de théâtre, de poésie, et d’arts visuels nord ontariens » dit-il, avant d’ajouter : « Pour la 50e, on ramène un peu de ces éléments là, mais avec un regard sur le présent et le futur. »

Marcel Vaillancourt, un des responsables du festival, dit que le festival se veut une célébration des cinquante dernières années tout en étant résolument tourné vers l’avenir. Crédit image : Inès Rebei.

Gino St. Jean, organisateur de la première soirée à la Place des Arts du Grand Sudbury, explique que plusieurs noms importants de la scène du festival seront également de retour : « Robert Paquette, Chuck Labelle, et Breen Leboeuf seront appuyés par un orchestre maison. On verra le retour de plusieurs autres artistes très appréciés du public de la Nuit. »

Art et reconnaissance

Dévoilée également ce jour, l’affiche du festival, traditionnellement considérée comme une œuvre d’art en soi, a fait réagir l’audience.

Conçue par Léo Duquette, celle-ci est « digne d’une des meilleures affiches de l’histoire de la Nuit », juge Marcel Vaillancourt, un des responsables du festival.

Marcel Vaillancourt, à gauche, et Pierre Paul Mongeon, directeur exécutif du festival ont présenté l’affiche de cette édition sous les applaudissements. Crédit image : Inès Rebei.

Comme chaque année, le Prix du Nouvel Ontario, créé en 1983, sera également remis le vendredi soir afin de souligner la contribution d’une personne ayant largement contribué à l’essor de l’Art en Ontario français.

Le Prix fut décerné à la dernière Nuit à Guy et Pierrette Madore à titre posthume pour la seconde. Le couple fut honoré en tant que mécènes des arts en Ontario français depuis plus de 30 ans.

Célébrer la communauté

Pierre Paul Mongeon, expliquait : « Dans la préparation de ce 50e anniversaire de la première Nuit sur l’étang, notre première préoccupation était de célébrer non seulement l’anniversaire de notre organisme, mais aussi de célébrer du même souffle la communauté francophone puisque les deux sont inséparables. Si La Nuit fête ses 50 ans, c’est que la francophonie d’ici a bien voulu que La Nuit existe pendant 50 ans. »

Les députés néodémocrates de l’Ontario de Nickel Belt France Gélinas et Jamie West de Sudbury ont fait le déplacement pour l’occasion.

« Je peux vous dire comment faire que je suis que c’est dans ma communauté qu’on a le spectacle La Nuit sur l’étang qui fête son 50e anniversaire », a déclaré avec émotion Mme Gélinas.

La députée France Gélinas a livré un vibrant plaidoyer en faveur du festival qu’elle dit fréquenter depuis de nombreuses années. Crédit image : Inès Rebei.

Et d’ajouter : « À l’extérieur du Québec, on est les seuls, on peut être fiers de tous les efforts, l’énergie, le temps que la communauté franco-ontarienne a mis pendant ces cinquante dernières années. »

Absents mais ayant tenu à laisser un message furent les députés libéraux du gouvernement fédéral Marc Serré de Nickel Belt, Viviane Lapointe de Sudbury et le maire de la ville du Grand Sudbury, Paul Lefebvre.

Les billets sont disponibles à l’achat avec la possibilité de choisir un ou deux soirs ou un forfait combinant les retrouvailles sous la formule ‘’vin et formage’’ prévues le vendredi 24 mars à 16h30 à la Place des Arts.

Accès à la justice en français : le gouvernement devant la Cour supérieure

TORONTO – La Cour supérieure de l’Ontario entend ce mercredi la cause d’un Franco-Ontarien dans un conflit qui l’oppose au gouvernement Ford. Responsable de la nomination des juges, le procureur général et le cabinet du premier ministre auraient ignoré les clauses linguistiques essentielles au fonctionnement des tribunaux ontariens dans les deux langues officielles. Le plaignant réclame l’instauration d’un quorum de juges bilingues. Le gouvernement tente d’obtenir une motion en radiation ou en rejet.

Si aucun verdict n’est attendu aujourd’hui – la décision de la Cour sera certainement prise en délibéré –, cette audience met en lumière l’immense défi que représente pour les Franco-Ontariens l’accès à la justice en français dans les différents tribunaux de la province, en particulier au sein du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario (TDPO).

Les règles de procédure civile de cette instance permettent de participer à une audience en français et de déposer des documents en français, un droit en vigueur depuis 2021. Mais, dans les faits, le manque de décideurs capables d’entendre une cause et de considérer des éléments de preuve entièrement en français et sans l’aide d’un interprète, ne garantit pas que le règlement soit respecté.

Abdelmajid Rahmouni, enseignant de mathématiques et physique à Barrie, en a fait l’amère expérience. En attente d’une audience en français depuis plus deux ans et demi dans un litige qui l’oppose à l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO) – et dans lequel toutes les parties sont donc francophones –, ce justiciable a décidé de poursuivre le procureur général et le lieutenant-gouverneur de l’Ontario devant la Cour supérieure.

Abdelmajid Rahmouni, enseignant francophone, attend une audience en français depuis plus de deux ans et demi. Gracieuseté

Il réclame la nomination et le maintien d’un quorum minimum de membres au sein du TDPO, capables d’entendre une cause, communiquer avec les parties et leurs avocats, considérer les éléments de preuve, et rédiger des motifs en français, sans l’aide d’un interprète.

« S’il n’y a personne pour comprendre le justiciable en français, sa participation en français est un droit qui ne veut plus rien dire », estime son avocat Me Pierre Lermusieaux.

« Le problème », dit-il, « c’est que le tribunal ne contrôle pas les nominations. Ce pouvoir repose le lieutenant-gouverneur de l’Ontario, s’appuyant sur les recommandations du procureur général. S’ils ne nomment pas des juges qualifiés et bilingues, le tribunal se retrouve défaillant en termes de ressources et de capacité institutionnelle à offrir le service en français qui est dû ».

Ce manquement mine non seulement l’accès en français à la justice mais aussi l’indépendance institutionnelle du tribunal vis-à-vis du gouvernement, ajoute-t-il.

Le gouvernement tente de faire annuler la cause

De son côté le gouvernement demande à la Cour une motion en radiation, arguant que cette action est une requête qui devrait être traitée par la Cour divisionnaire car elle s’attaque à une nomination en particulier. Joint par ONFR+, le bureau du procureur général n’a pas donné suite à nos sollicitations médiatiques, jugeant inapproprié tout commentaire sur une affaire en cours.

« Le but n’est pas de s’attaquer pas à tel ou tel décideur qui ne serait pas qualifié », réagit Me Lermusieaux, évoquant « des motifs douteux » dans l’espoir d’évacuer le débat sous-jacent sur l’effet juridique du paragraphe 16(3) de la Charte canadienne des droits et libertés.

Me Pierre Lermusieaux, avocat défendant l’enseignant franco-ontarien Abdelmajid Rahmouni. Crédit image : Rudy Chabannes

« On ne s’attaque à personne en particulier mais au système en entier, au processus » – Me Pierre Lermusieaux, avocat

Selon l’avocat, l’alinéa 16(3) de la Charte fait de la nomination des juges un engagement solennel, constitutionnel, issu d’un contrat. Cet engagement contractuel entre le procureur général et le TDPO ne peut être abrogé et constitue un droit acquis à une audience entièrement en français devant tous les tribunaux de TDO.

« Ces clauses-là ne sont pas respectées. On ne s’attaque à personne en particulier mais au système en entier, au processus », rétorque-t-il. « Quand il soumet une liste au lieutenant-gouverneur de l’Ontario, le procureur général devrait avoir l’obligation de proposer un quorum de candidats dotés d’aptitudes linguistiques nécessaires. Si on ne fait rien, les dossiers en français seront en suspens. »

Une jurisprudence en matière d’indépendance des tribunaux

Ce n’est pas la première fois que des recours sont intentés en matière d’indépendance institutionnelle des tribunaux administratifs. En 2003, une affaire concernant le Tribunal canadien des droits de la personne est allée jusqu’en Cour suprême, cette dernière confirmant l’indépendance et concluant que certaines garanties devaient être maintenues comme un quorum minimum de décideurs dotés de capacités linguistiques nécessaires pour entendre une cause en français.

Au Nouveau-Brunswick, la Cour du banc de la reine a déterminé que la cour pouvait contrôler le pouvoir de nomination de la lieutenante gouverneur unilingue anglophone, une décision qui a de grandes chances d’être portée en appel.

La défense de M. Rahmouni s’appuie par ailleurs sur plusieurs textes législatifs, dont la Loi sur les services en français, le Code des droits de la personne dont une disposition confrère le pouvoir de nomination au gouvernement, ainsi que la Loi de 2009 sur la responsabilisation et la gouvernance des tribunaux décisionnels et les nominations à ces tribunaux, qui énonce certaines procédures pour la nomination de décideurs au sein de divers tribunaux administratifs, incluant celui des droits de la personne).

Le droit aux services en français devant les tribunaux en Ontario est quant à lui défini dans plusieurs lois incluant la Loi sur les services en français, la Loi sur les tribunaux judiciaires, le Code criminel ou encore la Charte canadienne des droits et libertés.

La Cour supérieure de justice examine ce mercredi une motion en radiation déposée par le gouvernement. Archives ONFR+

Mais la loi ne liste pas de façon exhaustive les critères qui devraient être considérés pour alimenter la décision du gouvernement lors des nominations. Le législateur aurait le pouvoir de modifier cet aspect.

L’alinéa 16(3) de la charte confère une valeur institutionnel aux engagement des règles de procédures en vigueur des tribunaux.

Dans un précédent, l’Hôpital Montfort avait perdu sa cause devant la Cour supérieure qui avait donné raison au gouvernement : il peut abroger unilatéralement une politique, sauf que la différence ici est qu’il s’agit d’un contrat avec une institution indépendante du gouvernement.

Sept arbitres bilingues capables d’offrir des services en français au TDPO

Selon les statistiques de Tribunaux décisionnels Ontario, 30 arbitres bilingues officient dans ses différentes instances, dont sept ont la capacité d’offrir des services en français au Tribunal des droits de la personne de l’Ontario (TDPO). TDO n’a pas été en mesure de préciser les délais actuels d’attente, il assure « s’efforcer de fixer la première date d’audience dans les 180 jours qui suivent la date où la requête est prête à faire l’objet d’une audience ».

Il faut toutefois nuancer ce chiffre puisque certains arbitres sont conjointement nommés à d’autres tribunaux pour répondre aux normes en matière de services en français, ce qui complexifie le temps réel passé dans chaque tribunal pour chacun d’eux.

Les requêtes en français représentent un peu plus de 1 % du total des requêtes déposées au cours des deux dernières années, selon les données obtenues auprès de TDO.

« On a le droit d’être jugé et entendu de façon équitable » – Abdelmajid Rahmouni

« Je ne le fais pas seulement pour moi », confie M. Rahmouni, « mais pour tous les francophones de l’Ontario qui pourraient se retrouver dans cette situation. La différence de traitement et de temps d’attente entre les affaires anglophones et francophones n’est pas normal. On a le droit d’être jugé et entendu de façon équitable. J’ai confiance en cette cause juste et on a toutes les chances d’aller en profondeur ».

Un nouveau gîte touristique ouvrira près de Hearst

HEARST – L’entrepreneure Mylène Coulombe-Gratton se lance dans un nouveau projet avec l’ouverture d’Inn the North, un établissement de chambres d’hôtes proposant aussi un petit-déjeuner à saveur locale. À l’heure où d’autres se relèvent difficilement de la pandémie et de l’inflation, l’esprit entrepreneurial est encore bien vivant du côté de Hearst.

« Ça a toujours été un projet que mes parents m’ont encouragée à faire, c’est une manière d’accueillir les gens, de tisser des liens avec eux », confie la jeune femme de 19 ans originaire de Hearst.

Celle-ci n’en est pas à son premier ouvrage. Deux ans plus tôt, la jeune femme avait déjà monté Follow Her North, son entreprise d’excursions en nature, à seulement 18 ans.

Une manière pour elle de relier ses deux entreprises : « C’est de là qu’on va partir pour faire nos aventures », explique-t-elle.

Avec quatre chambres allant d’une occupation double à quadruple et décorées avec un cachet différent, l’expérience que Mylène Coulombe-Gratton souhaite offrir se veut avant tout chaleureuse et personnalisée.

Elle ajoute vouloir optimiser le contact avec le client de l’accueil à la chambre en passant par le petit-déjeuner. Un petit-déjeuner en formule continentale, mais qui sera servi avec des couleurs locales.

« On va avoir des produits frais, variés, on va acheter de la viande directement auprès des fermes locales », précise Mylène Coulombe-Gratton.

Une affaire de famille

Située à dix minutes au nord de Hearst, dans le village du Lac-Sainte-Thérèse, l’auberge est en réalité l’ancien magasin général du village, lequel appartenait à son arrière-arrière-grand-père.

« Je voulais que les gens puissent revenir dans la bâtisse parce qu’elle est vraiment belle et qu’il y en a beaucoup qui se souviennent y avoir acheté des bonbons et autres. Mais il fallait que ce soit rentable. Donc en faire une auberge, c’est une double solution », affirme-t-elle en précisant que l’actuel propriétaire étant âgé, il ne pouvait entreprendre lui-même des rénovations.

Mylène Coulombe-Gratton organise des excursions en canot et en kayak, de chasse et des randonnées en motoneige entre autres. Gracieuseté.

Avec un papa guide et un arbre généalogique constitué d’entrepreneurs des deux côtés de la famille, la jeune femme dit avoir été encouragée par sa maman à transformer elle-même le magasin en gîte touristique.

Si celle-ci peut aussi compter sur son partenaire d’affaires, Mylène Coulombe-Gratton ajoute que sa famille sera également impliquée dans le fonctionnement de l’établissement notamment pour la préparation du petit-déjeuner.

L’amour du Nord

Rester dans le Nord, c’était le rêve de la jeune femme de 19 ans. Un rêve qu’elle a pu réaliser en montant sa propre entreprise.

« Je voulais rester absolument dans ma région, à Hearst. Mais il n’y avait pas vraiment de job. J’ai donc créé ma propre job », se réjouit-elle.

Pour elle, être entrepreneur est une vraie fierté : « Tu te réveilles chaque jour, tu fais ce que tu aimes, c’est ton bébé, il n’y a rien que j’aime plus au monde que ça ».

L’établissement devrait ouvrir aux alentours de la mi-février.

Tourisme en Ontario : un chemin fastidieux pour combien de temps encore?

L’industrie du tourisme aura été l’un des secteurs les plus durement touchés durant la pandémie. En 2023, les espérances sont aux plus hauts, même si le rattrapage s’annonce toujours aussi difficile. Les gouvernements sont appelés à agir alors qu’un récent rapport de la chambre du commerce de l’Ontario et de l’Association de l’industrie du tourisme de l’Ontario (TIAO) envisage une reprise d’ici à 2025.

D’ici à 2025… c’est sans compter l’inflation, la récession, la crise climatique et l’impasse face la pénurie de main-d’œuvre. Les dettes accumulées par l’industrie, la formation dans le secteur, les bas salaires dans la restauration, les problèmes liés aux transports en commun, au logement et aux taxes… autant de problèmes ne datent pas d’aujourd’hui.

« On est toujours en période de récupération », affirme Frédéric Dimanche, directeur de l’école Ted Rogers en gestion de l’hôtellerie et du tourisme à l’Université métropolitaine de Toronto. Selon lui, la crise de la main-d’œuvre existe depuis bien longtemps dans ce secteur et il affecte le domaine du tourisme, de l’hôtellerie et bien évidemment de la restauration.

Ces défis pourraient affaiblir cet univers pour encore plusieurs années et peut-être même après 2025.

Des problèmes inhérents au secteur du tourisme

La crise climatique est un aspect non négligeable dans le tourisme, comme le souligne le rapport du TIAO et de la chambre du commerce. Prenons l’exemple des stations de ski, qui pour certaines n’arrivent pas à ouvrir ou le font en retard.

Courtney Pope explique au micro d’ONFR+ que la station Brimacombe à Orono, près d’Oshawa a ouvert ses portes le 21 décembre cette saison.

« En tant qu’attraction hivernale, principalement en extérieur, la météo joue un rôle énorme dans nos opérations commerciales. Nous ne voyons plus les longues périodes constantes que nous avions l’habitude de voir », atteste-t-elle.

« On investit dans la technologie d’enneigement artificiel. » Un comble pour une région où la neige ne devrait pas manquer. « Les variations de température continuent de poser des défis alors que nous essayons de prolonger notre saison aussi longtemps que possible. »

Si la température le veut, la station Brimacombe devrait rester ouverte jusqu’en mars, mais pour Mme Pope, rien n’est sûr.

Frédéric Dimanche est le directeur de l’école Ted Rogers en gestion de l’hôtellerie et du tourisme à l’Université métropolitaine de Toronto. Gracieuseté

Selon M. Dimanche, il faut clairement prendre en considération la crise climatique dans les prochaines années, mais aussi l’état des transports, un autre aspect souligné dans ce rapport. « Il vient d’y avoir la réouverture d’une ligne de train reliant Toronto au Nord de l’Ontario, et ça, c’est inestimable pour le tourisme dans le Nord », croit-il.

Malgré que l’Ontario ait des difficultés géographiques, « le transport est essentiel au tourisme et c’est un défi sur lequel il faut travailler », estime l’expert.

Même constat dans la région d’Ottawa. Catherine Callary, vice-présidente du développement de la destination pour Tourisme Ottawa, admet que « l’on peut améliorer l’expérience pour les visiteurs, mais aussi pour les résidents ».

« Pour les visiteurs d’affaires et des congrès qui veulent visiter d’autres zones, d’autres quartiers, un transport fluide permettrait une meilleure expérience », affirme-t-elle.

Des métiers qui ne font plus rêver

Beaucoup de gens ont quitté le secteur et les raisons seraient multiples. D’abord, c’est la réputation des métiers qui est mise en cause. Le rapport de la chambre du commerce et du TIAO, suggère qu’il faille re-conceptualiser certains d’entre eux et changer la réputation de l’industrie.

« Dans les écoles, nous l’avons remarqué, le nombre d’étudiants qui s’inscrivent chez nous a diminué », explique le professeur pour qui « cette diminution est liée à ce problème de réputation ».

« Si les jeunes veulent travailler dans le tourisme, on leur dit de regarder ce qui s’est passé pendant la pandémie et que ce n’est peut-être pas un secteur dans lequel se lancer maintenant ou faire carrière. »

Frédéric Dimanche pense que le secteur va continuer à souffrir de cette image : « Ça ne peut qu’affecter la qualité des services que nous offrons aux touristes. »

Pour l’expert, les syndicats doivent admettre que c’est aussi leur faute. « Il faut valoriser les métiers, avec un meilleur salaire, mais aussi avec une meilleure organisation du temps de travail. »

Catherine Callary est vice-présidente du développement de la destination pour Tourisme Ottawa. Crédit image : Tourisme Ottawa

Courtney Pope, qui travaille depuis sept ans à la station Brimacombe, pense que la pandémie a épuisé le personnel, ce qui joue un rôle sur la perception des métiers. « Les deux dernières années ont été difficiles à traverser, avec beaucoup d’émotions à gérer et de réactions liées à l’incertitude, beaucoup de travail et des niveaux de stress plus élevés. »

Un optimisme mesuré

Pour Courtney Pope, le complexe de loisirs d’hiver est sur la voie d’un retour à l’époque pré-pandémique, mais elle nuance toutefois : « L’industrie du tourisme sera à nouveau touchée par les effets de l’inflation et d’une récession qui pourraient freiner les dépenses des gens. »

« Ça va peut-être rallonger le chemin vers la récupération, puisque les activités parascolaires et les voyages sont généralement les premières choses à être supprimés du budget familial. »

Responsable du développement touristique de la capitale, Mme Callary admet que le niveau de visites et les revenus financiers du secteur ne sont pas encore équivalents à ceux observés en 2019. D’ailleurs, comme le rapport le suggère, « cela va prendre encore quelques années », admet-elle.

« Le rapport l’explique très bien, nous allons recevoir plus de visiteurs, mais ça ne voudra pas dire que les dépenses seront au niveau d’avant la pandémie, puisque nous entrons dans une récession. »

« Le tourisme va prendre des années pour se redresser et ça, c’est vrai », déclare-t-elle. « Avant la pandémie, Ottawa recevait 11 millions de visiteurs par an. L’industrie a perdu 25 % de sa main-d’œuvre et un manque à gagner de plus de trois milliards de dollars. »

Le canal rideau est un lieu très touristique en hiver dans la Capitale. Source : Canva

M. Dimanche consent qu’une potentielle reprise en 2025 sera liée au consommateur, mais que ce dernier « serre la ceinture » avec l’inflation. « Même si c’est plus cher, les gens voyageront en adaptant leur budget, mais ils n’iront peut-être pas si loin et peut-être pas aussi longtemps. »

Le rapport recommande plusieurs améliorations essentielles à la pérennité du tourisme :

  • Améliorer l’accès à l’internet
  • Favoriser le tourisme autochtone et francophone
  • Accélérer l’émergence du tourisme agricole
  • Promouvoir le tourisme sportif et cinématographique
  • Offrir des possibilités au tourisme culinaire, viticole et du cannabis
  • Le blocage de la taxe fédérale sur le vin, la bière et les spiritueux
  • L’élimination ou le retrait temporaire de la taxe provinciale sur la bière
  • Faire du crédit d’impôt pour les vacances dans la province une offre annuelle

La Cour suprême pourrait ordonner un nouveau procès à un francophone coupable d’agression sexuelle

OTTAWA —La Cour suprême du Canada (CSC) a accepté d’entendre la cause d’un francophone reconnu coupable d’agression sexuelle après qu’il n’ait pas été informé de son droit d’avoir un procès en français. La plus haute cour au pays pourrait même aller jusqu’à ordonner la tenue d’un nouveau procès en raison de la violation de ses droits linguistiques, rappelant l’arrêt Beaulac en 1999.

Franck Yvan Tayo Tompouba, un homme de la Colombie-Britannique a été reconnu coupable en septembre 2019 d’un chef d’agression sexuelle, qui a eu lieu en 2017, après un procès entièrement en anglais. M. Tayo Tompouba a eu une relation sexuelle non consentante avec une femme dans la vingtaine alors qu’il croyait qu’elle dormait et qu’il n’avait aucune raison de croire qu’il avait son consentement continu. C’est ce qu’écrit le juge Marchand de la Cour suprême de la Colombie-Britannique dans son jugement de 2019 qui l’a condamné à 90 jours de prison.

Lors de sa première comparution, l’homme d’origine camerounaise n’a pas été avisé de son droit d’avoir un procès en français. Franck Yvan Tayo Tompouba a par la suite entrepris des démarches devant la Cour d’appel de la Colombie-Britannique. Cette dernière avait toutefois statué en faveur de la Couronne avançant qu’une « nouvelle audience préliminaire et un nouveau procès ne constituaient pas une réparation proportionnée à cette violation ». M. Tayo Tompouba avait alors contesté ce jugement devant la CSC qui a accepté jeudi d’entendre sa cause.

Si jamais elle penche en faveur du plaignant, la plus haute cour du pays devrait notamment déterminer le type de réparation à rendre vu cette violation, comme la tenue d’un nouveau procès par exemple. L’avocat de Franck Yvan Tayo Tompouba, Jonathan Laxer, explique ne pas pouvoir commenter pour le moment le type de réparation qu’aimerait obtenir son client si jamais la décision est favorable.

Une portée nationale

À la suite notamment de l’arrêt Beaulac, le ministre de la Justice, Rob Nicholson, avait amendé en 2008 l’article 530 (3) du Code criminel précisant le droit de l’accusé d’être avisé d’avoir un procès dans la langue officielle de son choix. Toutefois, la Cour suprême ne s’est pas prononcée sur ce cas depuis cette modification législative il y a 15 ans, indique Me Laxer, avocat chez Juristes Power.

« La raison que c’est si important d’avoir une réparation dans ce dossier est qu’il n’existe plus jamais (dans le futur) de cas à travers le Canada d’un accusé qui n’est pas mis au courant de ses droits. »

La Cour suprême pourrait aussi statuer à savoir si d’anciennes causes pourraient être rouvertes si une telle violation a lieu.

Le présent dossier présente une jurisprudence et des parallèles avec l’arrêt Beaulac, considéré comme une avancée majeure dans l’accès à la justice en français au pays. En 1999, Jean Victor Beaulac avait obtenu un nouveau procès, en Colombie-Britannique, après avoir été déclaré coupable de meurtre au premier degré lors de procédures en anglais. Le tort causé à l’accusé avait été considéré comme un important et non une irrégularité de procédure, écrivait l’ancien juge de la CSC, Michel Bastarache, dans la décision.

L’ancien juge à la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache. Archives ONFR+

« C’est un dossier (celui de Tayo Tompouba) qui touche vraiment sur l’importance d’assurer que les tribunaux saisis d’affaires criminelles soient institutionnellement bilingues et assurer l’emploi égal des deux langues officielles », compare l’avocat.

Les audiences auront lieu vers la fin de 2023 et une décision pourrait être rendue en 2024.

Décès de l’historienne franco-torontoise Lisette Mallet

TORONTO – Lisette Mallet, est décédée vendredi, apprend-on sur le site web la Société d’histoire de Toronto (SHT) dont elle était bénévole depuis plus de 30 ans et présidente depuis sept ans, réélue en 2021. Elle avait 63 ans.

« Pendant des décennies, son entrain et son humour ont fait rayonner notre existence. Active dans la SHT depuis ses débuts, Lisette a créé des liens avec plusieurs autres organismes », ont déclaré les responsables de la SHT sur le site web de l’organisation torontoise, soulignant ses multiples casquettes de « guide, animatrice, présidente, membre du comité d’administration, écrivaine, agente de liaison et l’on en passe ».

Acadienne d’origine, cette métisse native de Shippagan avait adopté l’Ontario – où elle était venue faire ses études – et avait embrassé l’histoire de la Ville reine pour la transmettre aux autres. Diplômée de l’Université OCAD (École d’art et de design de l’Ontario) et attachée aux questions environnementales, elle a consacré une grande part de sa carrière à l’illustration scientifique, auprès du ministère des Ressources naturelles.

Plus de trente ans de bénévolat

Bénévole dans l’âme, elle avait rejoint le Cercle canadien, puis, en 1988, la Société d’histoire de Toronto au sein de laquelle elle partageait ses connaissances avec le public sur les innombrables anecdotes liées au fait français en Ontario, une histoire longtemps ignorée par les historiens anglophones torontois et peu traitée dans les livres d’histoire.

Elle a contribué en 1999 à la désignation comme patrimoine historique naturel de la rivière Humber, lieu emblématique du passage de celui qu’on considère comme le premier Franco-Ontarien, l’aventurier Étienne Brûlé.

Elle s’est fortement impliquée dans la création d’un sentier partagé sur ce site, devenant en 2008 la coordonnatrice à sa sensibilisation.

La dégradation ces dernières années des panneaux de ce sentier pédagogique la préoccupait fortement. Dans une entrevue accordée à ONFR+ en juillet 2021, elle confiait espérer un sursaut de la ville pour le restaurer et rêvait qu’on reproduise un des trois forts français (Rouillé, Douville, Portneuf) pour afficher une présence française à Toronto.

Mme Mallet envisageait toutefois la richesse historique du fait français au-delà des bâtiments disparus, plaçant le patrimoine naturel, éducatif, culturel au cœur de l’héritage franco-ontarien. Elle disait souvent qu’elle apprenait tout le temps de nouvelles découvertes sur l’histoire de la ville et de la province. « On ne peut pas tout savoir », clamait-elle humblement. « On n’est pas des encyclopédies ambulantes. Alors, on s’entoure de gens passionnés. »

Tristesse et hommage dans la communauté

Les amateurs et férus d’histoire ont pu la croiser ou l’entendre au cours de visites guidées, de conférences ou encore de pique-niques au bord de la rivière Humber. De nombreux acteurs associatifs franco-torontois ont également eu l’occasion de collaborer avec Mme Mallet ou de la rencontrer au cours d’événements rassembleurs au sein de la communauté.

C’est le cas de Joël Beddows. Le metteur en scène et ancien directeur du Théâtre français de Toronto rend hommage à « une des gardiennes de la mémoire historique et collective francophone à Toronto », saluant « sa gentillesse et son engagement contagieux ».

Son énergie calme et accueillante m’a toujours fait sentir bien quand j’étais près d’elle, a réagi Serge Paul, président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO) Toronto, qui a assisté à plusieurs conférences de la SHT.

« En sa présence, tout devenait possible, même les projets les plus invraisemblables » – Valéry Vlad

« Quelle perte! » regrette Valéry Vlad. Le président du Salon du livre de Toronto garde en mémoire « sa bonne humeur, sa passion contagieuse pour l’histoire et la francophonie ontariennes, son sourire permanent et son accueil qui étaient une vraie source d’inspiration. En sa présence, tout devenait possible, même les projets les plus invraisemblables ».

« Lisette Mallet était une passionnée de la francophonie et de l’histoire, tout particulièrement de l’histoire francophone de Toronto », retient pour sa part Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

« Elle a mis en œuvre des projets visant à mieux faire connaître l’importance et la contribution francophone à la création et au développement de la capitale ontarienne », ajoute-t-il à propos d’une personne « toujours positive et très accessible à tous ».

La joueuse de soccer Vanessa Gilles toujours d’attaque

[LA RENCONTRE D’ONFR]

LYON (France) – Nouvelle recrue de l’Olympique lyonnais, la défenseuse franco-ontarienne Vanessa Gilles évoque son rêve de jouer en Ligue des champions, ses ambitions en vue de la Coupe du monde 2023 de soccer féminin et ses années ottaviennes au centre de formation Louis-Riel.

« Votre arrivée à l’Olympique lyonnais, un club 15 fois champion de France, vous ouvre la porte de la Ligue des champions. Pensiez-vous un jour goûter à cette prestigieuse compétition?

C’est une énorme fierté. Je ne pensais pas revenir en France après avoir fait mes valises et quitté le club de Bordeaux. Quand Lyon t’appelle, tu ne dis absolument pas non! C’est une opportunité en or d’être entourée d’un staff et de joueuses qui ont tout gagné au niveau et apportent leur expérience. Apprendre des trucs sur et en dehors du terrain est une opportunité que peu de joueuses ont et je ne vais pas la gâcher.

Dans une des meilleures équipes au monde, entourée de stars, sera-t-il plus compliqué d’avoir du temps de jeu?

Quand tu arrives dans une équipe, rien n’est certain et ça fait partie de la beauté du sport. C’est à toi de prouver ta valeur et de gagner ta place. Ce n’est pas négatif. Évoluer avec des joueuses de haut calibre te pousse à donner le meilleur de toi. Chaque jour est une opportunité que tu dois saisir. Cet environnement ne peut que me faire progresser.

Pour quelle raison ne pensiez-vous pas revenir en France après trois saisons chez les Girondins de Bordeaux?

J’étais partie car je pensais avoir tout vécu en France. Je voulais voir autre chose, expérimenter d’autres ligues à l’étranger. Ça m’a permis de constater que le foot s’est développé, particulièrement dans la dernière année. Or, le développement ces quatre dernières années était faible dans la ligue en France, comme l’ont souligné plusieurs joueuses de l’équipe dont Wendie (Renard), Amandine (Henry) ou Ada (Hegerberg). On est de plus en plus nombreuses à le dire : il y a encore des stades inacceptables à ce niveau dans le championnat de France. Ça fait quatre ans qu’on le dit et quatre ans que ça ne bouge pas.

Vanessa Gilles occupe le poste de défenseuse. Crédit image : Hector Vivas/Getty Images

Le soccer féminin est-il mieux traité et plus populaire ailleurs dans le monde?

Oui. À Los Angeles, par exemple, tous nos matches à domicile accueillaient un minimum de 18 000 spectateurs. Quand tu te balades en ville, tu te sens valorisée. Tout le monde est à fond derrière le foot féminin, non par charité mais par passion pour une équipe. Ça attire des investisseurs qui croient au potentiel du foot féminin, que ce soit Natalie Portman, Alexis Ohanian, Serena Williams… Même en Angleterre et en Allemagne, les stades se remplissent. Pour avoir de telles affluences, il faut investir! En France, de façon générale, ce n’est pas encore le cas, même si Lyon et le PSG (Paris Saint-Germain, club de Paris) font des efforts considérables depuis des années.

Une blessure musculaire vous a tenue éloignée des terrains plusieurs mois après votre départ du FC Angel City (Los Angeles) l’année dernière. Est-ce de l’histoire ancienne ou vous hante-t-elle encore?

C’est quelque chose à gérer mais pour l’instant tout se passe bien. Je suis de retour sur le terrain, donc je n’ai pas à me plaindre. C’est une blessure chronique over used due au fait que j’ai un peu trop joué sans prendre de repos.

Que vous inspire la création à l’horizon 2025 d’une ligue professionnelle féminine canadienne?

C’est incroyablement excitant! C’est un projet bien bâti par d’anciennes joueuses, avec une bonne formation et de bonnes infrastructures. Quand l’annonce a été faite, j’ai reçu une cinquantaine de messages d’anciennes coéquipières qui voulaient se remettre au foot. Ça va être une opportunité en or pour celles qui n’ont pas eu la chance que j’ai eue, avec un passeport français, d’aller jouer à l’étranger jouer professionnellement. Et plus de joueuses canadiennes auront la chance de continuer leur carrière après l’université. Beaucoup de familles veulent aussi voir du foot féminin toutes les semaines. À Ottawa, on avait les Ottawa Fury (club professionnel évoluant en ligue nord-américaine jusqu’en 2019) mais depuis plus rien. J’allais aux matches, en rêvant de devenir comme ces joueuses.

Que représente votre titre de championne olympique décroché à Tokyo en 2021?

C’est une fierté. Je n’y pense pas tous les jours sur mon canapé mais quand je rentre à la maison et que j’entends parler des gens qui ne sont pas des passionnés de foot se souviennent que le Canada a remporté l’or, c’est gratifiant. Je croise des gens qui me disent : Je vous ai vue à la télé et j’ai hâte de vous revoir jouer. Je suis fière que ce titre de championne olympique inspire les Canadiens et leur donne envie de suivre le foot.

Vanessa Gilles brandit sa médaille d’or à Yokohama, au Japon, lors de la cérémonie protocolaire. Crédit image : Naomi Baker/Getty Images

Après votre triomphe olympique, afin de saluer votre exploit, le maire d’Ottawa vous a offert les clés de la ville. Avez-vous gardé des attaches avec la capitale canadienne?

Oui, c’est là où j’ai grandi. J’y retourne chaque Noël car c’est là que mes parents vivent. Je n’aime pas trop l’hiver (rires) mais c’est ma ville, là où j’ai commencé le foot et où sont tous mes proches amis.

Quelles sont vos chances de gagner la Coupe du monde féminine l’été prochain, en Australie?

Quand on aborde un combat, ce n’est pas juste pour participer, mais pour gagner. On a largement les outils à notre disposition pour le faire. C’est à nous de bien se préparer et de récupérer les joueuses qui ont été blessées cette année. Ces joueuses sont indispensables pour le Canada et j’espère qu’elles vont pouvoir revenir vers nous.

Votre double nationalité aurait pu vous conduire à jouer sous les couleurs de la France, le pays d’origine de votre père. Pourquoi avoir choisi le Canada?

C’est un choix. J’ai joué en équipe de France des moins de 23 ans en 2018. L’année d’après, le Canada m’a contactée. La fierté a toujours été de jouer pour le Canada, le pays où j’ai grandi. Un des premiers matches que j’ai regardés quand j’ai commencé le foot était Canada-Brésil au terrain synthétique. C’est à ce moment-là que je me suis dit : « Je veux jouer comme elles et avec elles, sur ce stade. D’ailleurs quand on est revenu des Jeux olympiques, on a joué dans ce même stade et on a gagné contre la Nouvelle-Zélande. Ça bouclait la boucle, devant des petites filles qui me regardaient, alors que moi j’étais dans leur siège il y cinq-six ans en arrière.

Avez-vous vibré devant votre écran en regardant l’équipe masculine de soccer cet hiver en Coupe du monde de soccer, au Qatar?

Le simple fait que ce soit leur première coupe du monde en 40 ans et qu’ils aient rivalisé avec les plus grandes équipes comme la Belgique et la Croatie, c’est incroyable. C’est énormément de fierté. Ils sont rentrés dans le tournoi comme s’ils n’avaient rien à perdre et ça s’est vu. Ils avaient faim de vouloir gagner et j’ai adoré les regarder.

Qu’avez-vous pensé de la prestation de l’international franco-ontarien Jonathan David?

J’aurais aimé évidemment qu’il puisse marquer le premier but. Finalement, c’est Alphonso (Davies) qui l’a fait, mais j’aurai été encore plus ravie que ce soit David qui est d’Ottawa comme moi. Il l’aurait mérité après tout son travail pour le Canada. Le fait qu’il n’ait pas beaucoup joué est un choix qui appartient au coach. Jonathan est encore très jeune et il a le temps de se développer. Il joue dans une des meilleures ligues au monde (Ligue 1 en France) et son futur est brillant.

Explosion de joie après la victoire en finale olympique contre la Suède : Vanessa Gilles à gauche. Crédit image : Francois Nel/Getty Images

Vous partagez plusieurs points communs avec lui : vous jouez tous deux en ligue professionnelle française et êtes issus du même centre de formation : l’École secondaire Louis-Riel. En quoi cette école, à Orléans, a-t-elle été déterminante pour vous?

J’ai commencé le foot grâce à Louis-Riel. Au début, j’étais dans la filière tennis mais ça n’a pas marché. Quand j’ai arrêté au bout d’un an, Joé (le directeur du programme de soccer de l’école) m’a donné ma place en tant que gardienne, puis ailière centrale. Sans Louis-Riel, je ne sais pas si j’aurai commencé le foot. C’est un centre de formation incroyable! C’est si rare d’avoir une infrastructure comme ça avec un dôme dans un lycée à Ottawa. S’entrainer trois fois par jour dans ces conditions, c’est exceptionnel.

Votre entraîneur, Joé Fournier, dit de vous que vous n’aimiez pas perdre vos duels et que vous vous releviez jusqu’à ce que vous dominiez votre adversaire… Votre tempérament actuel sur le terrain vient-il de là?

Je crois que toute compétitrice déteste perdre des duels. C’est un tempérament que je garde et qui m’a amenée où je suis maintenant. Quand j’ai commencé, j’étais vraiment nulle : je perdais tous les ballons, tous les duels et je ratais toutes les passes car je n’avais pas de coordination. Je venais d’un sport où on jouait avec les mains dans une discipline où il fallait être habile avec les pieds.

Tous ces jeunes athlètes en devenir qui évoluent au centre Louis-Riel vous regardent avec attention. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Je suis fière d’inspirer la prochaine génération canadienne. Ça montre aussi qu’en dépit de ce que disent les gens, le Canada est un pays de foot. Quand le monde regarde le Canada, il ne voit que le hockey sur glace, le ski, etc. Mais les équipes nationales, que soit chez les femmes ou chez les hommes, ont démontré que le foot n’est pas une blague. On montre avec nos performances et nos résultats qu’on est pas un pays à prendre à la légère. De plus en plus de Canadiens sont derrière nous et prennent du plaisir à nous regarder, et c’est une motivation pour nous. »


LES DATES-CLÉS DE VANESSA GILLES :

1996 : Naissance à Chateauguay (Québec)

2014 : Diplômée du centre de formation Louis-Riel, à Ottawa

2018 : Recrutée par le club français du FC Girondins de Bordeaux

2021 : Remporte la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Tokyo

2022 : Recrutée par l’Olympique lyonnais, octuple champion d’Europe

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Récit d’hier, questions d’aujourd’hui

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Il y a quelques mois, après avoir lu ma chronique sur l’écrivain Tahar Ben Jelloun, un ami m’a vivement recommandé de lire Driss Chraïbi, un autre auteur marocain de langue française. J’en avais entendu parler mais je ne l’ai jamais lu et c’est à la fois pleine de curiosité et d’appréhension que je me suis mise à la lecture de ses mémoires Vu, lu, entendu.

Curiosité parce que ces auteurs issus de la même génération que celle de mon père m’ont toujours paru un peu « hybride ». À cheval entre deux mondes : d’un côté le monde arabo-islamique traditionnel rempli d’histoires de goule, de superstition, et de l’autre, l’emprise du pouvoir patriarcal et du colonisateur français.

Appréhension parce que je me sens toujours mal à l’aise en lisant des récits de colère ou des réflexions sur une époque que je n’ai pas connue mais dont j’ai hérité les traumas qui ont traversé les générations sous forme de questionnement sur mon appartenance et sur ma langue. Une certaine méfiance de soi qui peut finir pour certains par une malheureuse haine de soi.

Mais les mémoires de Driss Chraïbi Vu, lu, entendu m’ont transportée loin de cette dichotomie simpliste et réductionniste qui caractérise la littérature maghrébine de langue française et qui oppose le « eux » au « nous » ou les « colonisés » ou « colonisateur ».

Peut-être que le fait qu’avec les années et la sagesse accumulée, ses mémoires étant écrits en 1998, à l’âge de 72 ans, l’auteur a chamboulé mes préjugés sur les écrivains de cette génération. Je ne saurais le dire. Mais les mémoires de M. Chraïbi m’ont fait découvrir un auteur audacieux dont l’humour reste une arme de choix.

Différence culturelle et sémantique entre le français et l’arabe

Traitant d’un sujet aussi délicat que profond que la langue et la différence culturelle et sémantique entre le français et l’arabe, langue maternelle de Driss Chraïbi, ce dernier décrit ses premières années d’apprentissage du français après son passage à l’école coranique où il apprit l’arabe. « Habitué à écrire de droite à gauche, j’écrivis de droite à gauche, en toute logique. Quelque chose comme : ssirD tse mon noM.

Le professeur se montra habile devant ce cas de figure. Il se saisit d’un miroir et rétablit la phrase dans le bon sens : Mon nom est Driss. C’était simple. Le monde des Européens, à commencer par leur langue, était l’inverse du nôtre (…) C’était insensé, mais c’était ainsi. Je devins gaucher du jour au lendemain. Et je crois bien que c’est à cette époque que ma tête a commencé à tourner ».

En quelques mots et quelques phrases succinctes, Driss Chraïbi a résumé le dilemme, le déchirement et le trauma dont j’ai évoqué brièvement l’existence au début de mon texte avec un humour et une candeur, bien évidemment enfantine, mais admirablement efficace pour passer un message politiquement chargé et tout simplement difficile à comprendre pour les autres, ceux qui n’ont pas vécu la même expérience.

Dans ses mémoires, Driss Chraïbi évoque délicatement et en filigrane son enfance au sein d’une famille bourgeoise originaire de Fès et qui s’est établie à El-Jadida, une ville sur la route de Casablanca. Avec un père marchand qui introduit « la modernité » avec soit un poste de radio ou plus tard un téléphone dans la maison et une mère qui veille sur le bien-être de sa famille, la lectrice comprend que Driss Chraïbi a eu une enfance plutôt privilégiée, surtout que son père, ayant une éducation modeste, a très tôt compris que son fils était doué et que son avenir tenait aux études. Et c’est vers ce même colonisateur que ce fils sera envoyé pour devenir « quelqu’un ».

« Le récit de Driss Chraïbi m’a ramenée à mes propres souvenirs »

L’auteur parle de son éducation coranique traditionnelle mais aussi de ses années à l’école Guessous à Rabat et plus tard au lycée Lyautey, où il fit connaissance de noms qui deviendront à l’aube de l’indépendance du Maroc des icônes incontournables comme Allal el-Fassi et d’autres personnalités politiques.

Le récit de Driss Chraïbi m’a ramenée à mes propres souvenirs. Mon père ayant vécu en Tunisie sous le protectorat français m’a maintes fois parlé de son enfance. De son lycée Sadiki, un symbole de mixité entre le moderne et le traditionnel, entre l’arabe et le français. Il m’a aussi parlé de ses professeurs arabes et français et même de certains élèves qui sont devenus plus tard ministres dans la république naissante après l’indépendance.

Des parcours qui se ressemblent, des familles qui ont vu leur fortune et intérêts diminuer et surtout leur maison, symbole de leur prestige social, décrépir avec les années et l’apparition de nouvelles classes sociales et de nouveau centres de pouvoir.

Les mémoires de M. Chraïbi m’ont laissée sur ma faim ne sachant pas ce qu’est advenu de l’enfant qui devint bachelier et partit en France pour poursuivre des études supérieures et vivre les tentations et la liberté d’une « Europe » ravagée par la guerre mondiale qui se remet à peine de ses blessures morales et physiques.

Le génie et la vision de ceux qui réfléchissent

Son écriture est captivante sans être ennuyeuse ni pédante. Un style rempli d’humour et sentant la joie et pourtant vue d’aujourd’hui les circonstances de l’époque sont assez sombres pour ne pas dire tragiques. Quand est-ce que la colonisation était joyeuse ou source de bonheur?

Le père de M. Chraïbi a poussé son fils vers des études scientifiques, considérées à l’époque et même jusqu’à nos jours la grande porte d’entrée pour sortir de la misère et du sous-développement. Même en obtenant un diplôme d’ingénieur, M. Chraïbi dévie du chemin paternel et choisit de devenir journaliste et écrivain. Une délivrance de l’emprise paternelle ou je dirais même un divorce et une indépendance retrouvée d’une colonisation internalisée qui veut que seules les sciences exactes ou les mathématiques sont le salut des nations alors qu’on oublie que les civilisations ont toujours commencé par la parole, les mots et les idées.

Dans l’un des chapitres, Driss Chraïbi pose la question suivante : « Et peut-on quitter son pays, un jour, au nom d’une autre civilisation et au nom de la littérature – et puis… et puis y revenir plus tard comme si rien ne s’y est passé en ton absence, comme s’il n’avait pas eu besoin de toi? »

Une question qui vient me saisir par les entrailles. Une question qui me hante depuis des années. Malgré les époques et les générations qui nous séparent, cet auteur m’a compris. J’y vois le génie et la vision de ceux qui réfléchissent.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Valérie Grenier aux portes des Championnats du monde de ski alpin

SANKT ANTON (Autriche) – Il ne reste que quelques courses avant la fin de la Coupe du monde qui devrait se terminer au mois de mars. Valérie Grenier vient récemment de rafler la médaille d’or en Slovénie en slalom géant et c’est avec la même assiduité qu’elle terminera cette Coupe du monde et abordera entre temps les Championnats du monde en février en France. Cerise sur le gâteau : la Coupe du monde féminine de ski alpin en décembre 2023 se déroulera à Tremblant, la montagne qui a vu grandir l’athlète franco-ontarienne originaire de St-Isidore.

Bien qu’elle excelle en slalom géant, la skieuse franco-ontarienne participe aussi aux épreuves de super-G, dont la prochaine course aura lieu ce dimanche, en Autriche à St-Anton. Elle réitérera cette épreuve en Italie les 20 et 22 janvier avant de reprendre le slalom géant en République tchèque le 28 janvier.

Un rythme intense, qui se poursuivra après les championnats du monde à Courchevel, en France, dès le 6 février.

Valérie Grenier fait partie des meilleures skieuses au monde, elle est 7e au classement général en slalom géant. Christophe Pallot/Agence Zoom via Getty Images Europe

« Le circuit de Coupe du monde dure toute la saison, et comme je fais du slalom géant et du super-G, chaque fin de semaine, j’ai des courses », explique l’athlète à ONFR+ depuis l’Autriche où elle prépare sa prochaine descente de piste.

Continuer sur cette belle lancée

« Je me prépare pour les championnats en février, c’est certain. Mais en même temps j’ai le reste de la saison à terminer et dans ma tête c’est tout aussi important », estime l’athlète.

Étape par étape, tout en gardant ses objectifs : c’est à ce point que Valérie Grenier est concentrée. Depuis sa victoire, elle se dit plus de confiance pour la suite, un boost d’énergie pour les courses à venir, malgré un niveau de pression supplémentaire.

Valérie Grenier est une skieuse alpine originaire de St-Isidore dans l’Est ontarien. Crédit image : Gary Yee

En effet, avec cette médaille d’or, Valérie Grenier rentre au classement des meilleures skieuses au monde au côté de l’Américaine Mikaela Shiffrin qui détient quelques records historiques. « Gérer la pression semble être une de mes forces », admet l’athlète franco-ontarienne. « J’ai confiance pour les prochaines courses, puis c’est encourageant et surtout j’ai hâte. »

« Honnêtement, je suis fière du travail que nous avons accompli et c’est un bon sentiment d’avoir une place dans l’histoire. Notre travail a porté ses fruits », dit-elle humblement.

« Évidemment maintenant j’ai un peu plus la pression, parce que je voudrais avoir un autre podium », avoue-t-elle. « J’essaie de pas trop penser à ça, on est sur une bonne lancée et ça  me prépare bien pour les championnats du monde. »

Cap sur les Championnats et la Coupe du monde 2023

En plein milieu de la Coupe du monde actuelle, en février prochain, les championnats du monde auront lieu en France à Courchevel. Là-bas, Valérie Grenier tentera de rafler le slalom géant et de super-G.

« Gagner une médaille aux Championnats du monde, c’est sûr que c’est un de mes buts, mais c’est aussi important pour moi la Coupe du monde. »

En effet, en décembre cette année, rebelote, deux courses de la Coupe du monde 2023-2024 se dérouleront à Tremblant (Québec). Un cadeau pour la skieuse locale puisque c’est là-bas qu’elle a foulé ses premières neiges.

Les pistes du Mont-Tremblant qui accueilleront la Coupe du monde de ski alpin les 2 et 3 décembre 2023. Source : Canva

« J’ai des frissons quand je pense qu’on va avoir deux Coupes du monde au Mont-Tremblant. C’est un rêve qui se réalise. À chaque fois, que je regarde des Européens qui ont leurs courses à la maison, ça à l’air tellement incroyable. »

Jouer à la maison pour Valérie Grenier, c’est aussi pouvoir partager cet évènement avec sa famille et ses amis. « Ça va être fou de vivre ça, cette fois-ci ce sera à ma montagne. Je la connais bien et ça pourrait être un avantage. »

Septième au classement mondial en slalom géant, la skieuse de 26 ans se spécialise dans cette discipline. Elle sera attendue également en super-G, une épreuve qui exige plus de vitesse et dépasse souvent les 100km/h. Plus confiante et déterminée depuis son dernier succès, la Franco-Ontarienne est la première Canadienne à remporter un slalom géant en Coupe du monde depuis près de 50 ans.

2023 démarre sous le signe de l’art et de la culture

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Films et concerts sont au cœur du programme culturel de cette semaine. Une avant-première pour Toronto, le Contact ontarois de retour avec une 42e édition et un concert de l’un des plus grands pianistes du Canada. En bref, 2023 commence du bon pied.

Concerts

Le pianiste Jean-Michel Blais en spectacle au Koerner Hall

Dans le cadre de la 10e édition du festival 21C qui rassemble de grands artistes canadiens tels que Kronos Quartet et la chanteuse Tanya Tagaq, c’est au tour du pianiste québécois Jean-Michel Blais de prendre sa place sur scène torontoise.

Le pianiste post-classique montréalais Jean-Michel Blais, dont les compositions lui ont valu deux nominations au Prix de musique Polaris et un album de l’année dans le top 10 du magazine Time, sera accompagné d’un orchestre complet vendredi prochain. Inspiré par Maurice Ravel jusqu’au style plus contemporain du compositeur Chilly Gonzales, Jean-Michel présentera la musique de son nouvel album Aubades, son plus récent opus qui marque sa transition de pianiste à compositeur.

Le pianiste Jean-Michel Blais. Crédit image : Will Arcand.

Jean-Michel Blais sur scène le vendredi 20 janvier à 20h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Films

Un aperçu intime du féminisme des années 70

Quoi de mieux que de regarder un film pour ensuite en apprendre davantage auprès de celle derrière l’œuvre. C’est ce que vous réserve l’Alliance française de Toronto avec le documentaire Delphine et Carole, insoumuses. Il s’agit de l’histoire de deux femmes, l’actrice Delphine Seyrig et l’artiste Carole Roussopoulos, se trouvant en plein cœur du mouvement féministe des années 70. Callisto Mcnulty y sera en compagnie du programmateur et critique Bruno Boez après la projection pour animer un débat en rapport avec les thèmes abordés dans le film.

© Les Films de la Butte

Visionnage du documentaire Delphine et Carole, insoumuses le lundi 16 janvier à 19h30 à l’Alliance française de Toronto. Entrée gratuite.

Astérix et Obélix : L’empire du milieu en avant-première

Les quêtes épiques du célèbre duo gaulois se poursuivent sur le grand écran dans cette nouvelle adaptation réalisée par Guillaume Canet. Bourré d’action et composé d’un casting prometteur, ne manquez pas ce tout premier aperçu d’une des plus grandes franchises de bande-dessinées.

Crédit image : Trésors Films

Astérix et Obélix : L’empire du milieu le vendredi 27 janvier à 19h au cinéma Royal. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Communauté

42e édition du Contact ontarois de retour en personne

Organisé depuis 2001 par Réseau Ontario, Contact ontarois est sans nul doute l’un des plus importants événements pour les arts de la francophonie ontarienne. Fidèle à son mandat 100 % franco-ontarien, cette 42e édition vient célébrer authentiquement la beauté des arts de la province. Cette année, une belle brochette d’artistes et bien plus vous attend impatiemment.

Crédit image : Réseau Ontario

Contact ontarois du 18 au 21 janvier à Ottawa. Consultez le site de Réseau Ontario pour la programmation complète.

Le Club CréActivité de retour au Muséoparc Vanier

Une nouvelle année signifie que certains programmes communautaires sont de retour à leur calendrier habituel. Dans ce cas-ci, Le Club CréActivité est de retour un samedi par mois de 10h à 11h pour encourager la créativité et l’imagination des tout-petits.

 Ariel Skelley via Getty Images

Le Club CréActivité au Musée du Muséoparc Vanier de retour un samedi par mois de 10 à 11h. Accès gratuit. Consultez le site du Muséoparc pour la programmation complète.

Empiétement de la Ceinture de verdure : vers un désastre environnemental?

TORONTO – Dans une lettre cosignée par les partis de l’opposition, Marit Stiles, Mike Schreiner et John Fraser urgent la vérificatrice générale de l’Ontario Bonnie Lysyk, de réaliser une évaluation des impacts financiers et environnementaux qu’implique la décision du gouvernement Ford d’empiéter sur la Ceinture de verdure.

Dans cette lettre, les trois chefs (par intérim pour M. Fraser et en devenir pour Mme Stiles) contestent la décision du gouvernement d’abroger la Loi sur la Réserve agricole de Duffins-Rouge.

En 2018, lors de sa campagne électorale, Doug Ford avait promis de ne jamais toucher à la Ceinture de verdure. Malgré une forte opposition, le gouvernement a promulgué fin novembre son projet de loi 23, suivi d’un règlement officialisant les changements apportés à la Ceinture de verdure. Ce sont 15 parcelles de terrain, totalisant 7400 acres et comprenant une partie de la réserve agricole de Duffins-Rouge, qui seront retirées de la Ceinture de verdure pour y permettre plus de logements.

C’en est trop pour l’opposition

« Retirer la protection de la réserve agricole de Duffins-Rouge a potentiellement un impact sur l’environnement. Ces terres sont adjacentes au parc urbain national de la Rouge qui est une aire protégée fédérale » et qui protège le lac Ontario, entre autres.

Le projet de loi 23 pour plus de logements en Ontario autorisera la construction de logements sur 7400 acres, initialement appartenant à la Ceinture de verdure. Source : Canva

Dans cette lettre, les trois députés affirment que Canada Parc a soulevé plusieurs inquiétudes, dont l’effet néfaste sur les parcs et l’écosystème local : « Il y a risque probable de dommages irréversibles à la faune, aux écosystèmes naturels et aux paysages agricoles du parc urbain national de la Rouge, réduisant ainsi la viabilité et la fonctionnalité des écosystèmes et des terres agricoles du parc. »

L’alliance des chefs alerte aussi sur le bien-être de la province pouvant être affecté au regard de la Charte des droits environnementaux.

En 1993, le gouvernement de l’Ontario a été légalement mandaté par la Charte des droits environnementaux de consulter le public avant de modifier la politique environnementale ou énergétique de la province. La vérificatrice générale devant ainsi agir comme chien de garde.

Des inquiétudes partagées par plusieurs organismes

Il n’y a pas que les néo-démocrates, les verts et les libéraux qui tentent d’agir dans ce dossier. Depuis le mois de novembre 2022, la Police provinciale de l’Ontario (PPO) aurait reçu de nombreuses plaintes de la part d’individus et d’organismes, selon le journal Le Droit.

D’abord, ce qui préoccupe les protecteurs de la Ceinture de verdure, c’est que le plan du gouvernement Ford rendrait plus difficile la protection des terres humides en Ontario. C’est important parce qu’il reste très peu de milieux humides en Ontario et parce que les tourbières et les marécages aident à séquestrer le carbone et à atténuer les inondations. Sans cette barrière, nous pourrions observer une dégradation de la qualité de l’eau et le déclin d’espèces menacées.

« La Ceinture de verdure protège les terres agricoles, les collectivités, les forêts, les terres humides et les bassins versants. Elle préserve également le patrimoine culturel et soutient le tourisme et les loisirs dans région élargie du Golden Horseshoe », indique sur son site le ministère des Affaires municipales et du Logement.

Plusieurs institutions et défenseurs de l’environnement ont porté des plaintes auprès de la Police provinciale de l’Ontario, afin de sauver la Ceinture de verdure. Source : Canva

Ensuite, deux semaines après que le gouvernement a annoncé son empiétement, une enquête menée par The Narwhal et le Toronto Star a révélé que neuf promoteurs qui bénéficieraient de ce projet avaient fait don de sommes importantes aux progressistes-conservateurs de Ford. À ce titre, Démocratie en surveillance met en cause un abus de confiance.

Depuis sa réélection en juin 2022, le gouvernement Ford s’est montré à contre-courant en matière de politique énergétique. Si Doug Ford dit croire au changement climatique, ses projets d’infrastructures pourraient inspirer l’inverse, selon plusieurs observateurs.

Le contournement de Bradford pourrait contaminer les eaux souterraines et le bassin du lac Simcoe à cause du sel sur les routes, estiment des défenseurs de l’environnement. Certaines nouvelles routes vont rediriger la circulation et avec elle la pollution de l’air. Enfin, c’est sans compter la disparition ou l’endommagement de sites archéologiques autochtones le long de ces routes.

On démystifie le français… d’un Chinois

On parle tous le français différemment, et c’est tant mieux comme ça! Notre origine, notre parcours et notre langue maternelle influencent notre prononciation. Pour un Chinois, les voyelles nasales du français posent un défi particulier, alors que certaines consonnes n’existent tout simplement pas en mandarin. La phonologue Marie-Hélène Côté nous explique ce qui se passe dans la bouche d’un Chinois quand il parle français.

L’auteur franco-ontarien Body Ngoy fait face à une grave accusation criminelle

COMTÉ DE BARROW (États-Unis) – En novembre dernier, le bédéiste franco-ontarien Body Ngoy a été arrêté aux États-Unis dans l’État de Géorgie. Accusé d’avoir touché un enfant de façon inapproprié lors d’un mariage au Chateau Elan à Braselton, il risque la prison s’il est reconnu coupable.

Le 11 novembre 2022, Body Ngoy et sa compagne assistaient au mariage de Florence Bandu, une journaliste et auteure congolaise. Un événement qui aurait dû se dérouler sans encombre.

Pourtant, le Franco-Ontarien d’Ottawa, âgé de 52 ans, a été interpellé dans la soirée vers 22h30 dans la petite ville de Braselton à quelques kilomètres au nord d’Atlanta. Selon le rapport de la police de Braselton, Body Ngoy est accusé de « cruauté au second degré envers un enfant ».

Dans l’État de la Géorgie, cette accusation indique que si une personne, par négligence criminelle, cause à un enfant de moins de 18 ans une douleur cruelle, mentale ou physique, cela est considéré comme une infraction au second degré de cruauté envers un enfant.

Ce soir-là, au Château Elan, le bédéiste aurait embrassé une mineure. ONFR+ s’est procuré le rapport de la police de Braselton qui affirme que M. Ngoy aurait volontairement embrassé une jeune fille de 16 ans.

Un accident selon son avocat

Selon son avocat, il s’agit d’un terrible malentendu. Me Jackie Patterson a déclaré au tribunal, peu de temps après l’arrestation de son client, que ceci n’était qu’une erreur. Il a expliqué notamment que M. Ngoy avait vu un homme qui semblait évanoui sur un banc et s’est simplement approché de lui pour voir s’il allait bien.

Selon l’avocat, lorsque la personne s’est abruptement relevée, leurs lèvres se seraient accidentellement touchées. « Ce n’était pas intentionnel », a répété Me Patterson à la mi-novembre durant l’audition de l’auteur ottavien.

S’exprimant brièvement au micro d’ONFR+, M. Ngoy s’est dit extrêmement choqué : « Ça me dépasse, c’est de la sorcellerie ce qui m’arrive. »

Body Ngoy et son avocat Jackie Patterson durant son audience lundi 14 novembre dans le comté de Barrow. Capture d’écran/Crédit image : WSB-TV Channel 2 – Atlanta

Son avocat a décliné notre entrevue, l’affaire étant en cours. Body Ngoy a expliqué ne pas vouloir entrer dans les détails, mais a confirmé qu’il était avec sa femme et qu’à ce moment précis de la soirée il se dirigeait vers les toilettes.

Dans le rapport de police, l’adolescente explique qu’elle était allongée sur un canapé près de la salle de bain de l’hôtel quand soudainement un homme se serait penché vers elle à la façon Spiderman et lui aurait demandé s’il pouvait l’embrasser. Elle aurait dit non, mais l’homme l’aurait tout de même fait.

L’agent de police envoyé sur les lieux explique qu’une vidéo de l’hôtel montrerait Body Ngoy comme étant celui décrit par la jeune fille.

Selon l’article 5 du code de la Georgie, un tel acte (s’il s’avérait confirmé), constitue un crime. M. Ngoy risque au minimum un an de prison et jusqu’à une peine maximal de dix ans.

« Cependant, je fais confiance à la justice américaine pour prouver mon innocence », clame-t-il.

Respecté dans sa communauté  

Body Ngoy est arrivé au Canada en 1992, originaire de Kinshasa en République démocratique du Congo, il a très rapidement intégré la communauté franco-ontarienne. Il est considéré comme un écrivain engagé dans la lutte contre le racisme.

Le bédéiste franco-ontarien Body Ngoy. Archives ONFR+

Il a publié pas moins de sept BD qui retracent souvent le parcours de l’immigration. Une de ses œuvres : Le rêve canadien, fait la promotion de l’intégration des nouveaux arrivants francophones au sein de la communauté franco-ontarienne. Son dernier livre Kassav connaît un récent succès.

Body Ngoy est l’un des membres fondateurs de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario, il fut vice-président du Regroupement ethnoculturel des parents francophones de l’Ontario (REPFO).

À ce jour, aucune information supplémentaire concernant cette affaire n’a ressurgi. Body Ngoy aurait payé une caution de 5000 $. En attendant la suite de l’enquête, il est rentré chez lui, à Ottawa.

Le fédéral octroie 2,7 millions de dollars supplémentaires au Foyer Richelieu Welland

WELLAND – Après avoir annoncé hier une enveloppe de 100 000 $ pour le compte du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), la ministre des Langues officielles et ministre responsable de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, Ginette Petitpas Taylor, octroie cette fois 2,7 millions de dollars pour la construction d’un nouveau centre communautaire et culturel au Foyer Richelieu de Welland. Les détails.

Décidément, pour les francophones de la région, la tournée actuelle de Ginette Petitpas Taylor dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario est fructueuse. En effet, après le CFGT lundi, c’est au tour du Foyer Richelieu de Welland de bénéficier d’un financement de la ministre, ce mardi : plus de 2,7 millions de dollars pour la construction et l’aménagement de son nouveau centre communautaire et culturel d’une capacité d’accueil quotidienne d’au moins 500 personnes.

Ce foyer de soins de longue durée situé dans le Niagara est « un point d’ancrage pour la communauté francophone. L’investissement d’aujourd’hui permettra au centre de bonifier son offre de services aux aînés francophones ainsi qu’aux personnes qui les soutiennent. Ces nouveaux services contribueront à prévenir l’isolement en leur donnant l’occasion de se réunir et d’échanger dans leur langue tout en assurant un milieu de vie sain et agréable où il fait bon y vivre », a déclaré Mme Petitpas Taylor.

La ministre des Langues officielles et ministre responsable de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, Ginette Petitpas Taylor lors de sa visite au Foyer Richelieu Welland. Gracieuseté

4,7 millions au lieu de 2

Toutefois, l’enveloppe initiale prévue pour ce projet était de seulement deux millions de dollars débloqués par Ottawa en 2021 au profit du Foyer Richelieu Welland pour ce même projet. Ainsi, cet appui financier de 2,7 millions de dollars vient s’y ajouter pour porter le budget total à 4,7 millions de dollars, et ce par l’entremise du Fonds pour les espaces communautaires.   

« Pour clarifier ce point, les coûts des construction ont beaucoup augmenté depuis la pandémie. Patrimoine canadien a reconnu cela et a revu son financement à la hausse. Partant de ce constat, nous avons aussi eu besoin de maximiser le projet, c’est ce qui explique qu’on a aujourd’hui plus que le double du montant de départ », avance Sean Keays, directeur général du Foyer Richelieu Welland.

Deux fois plus de lits

Conséquence heureuse de ce projet, la capacité du foyer de soins de longue durée en matière de nombre de lits se verrait multiplier par deux comme le confirme le directeur du Foyer.

Sean Keays, directeur général du Foyer Richelieu Welland. Crédit image : Rudy Chabannes

« Il s’agit d’une nouvelle bâtisse d’un peu moins de 10 000 pieds carrés connectée à l’actuelle par un pont au rez-de-chaussée. On peut y trouver une salle de fêtes, une salle de conférences, des bureaux, un jardin de sérénité incroyable, un salon de coiffure, de la physiothérapie et j’en passe. Au deuxième et troisième étage, on aura quatre pavillons de soins de longue durée. Ce qui fera passer notre capacité de 62 à 128 lits », soit une augmentation de plus de 100 %.

Ouverture repoussée

Quant à savoir quand tout cela sortira de terre, il faut attendre le printemps 2025, au lieu de 2024 comme annoncé lors du premier financement fédéral deux ans auparavant.

Et pour cause, la pandémie est passée par là. « Depuis la pandémie, de façon générale, la durée des projets de constructions s’est allongée de 25 à 33 % en moyenne, c’est-à-dire un projet qui devrait prendre 20 à 22 mois prend maintenant 30 à 32 mois. On a pris cela en compte, d’autant plus qu’on gère l’un des secteurs les plus frappés par la pandémie », explique M Keays.  

En outre, cela tomberait à point nommé, puisque les licences des foyers de soins de longue durée obtenues avant 1997/1998 expireront à la fin 2025 et doivent être renouvelées avant cette échéance, ce qui inclurait forcément, et de justesse, ce nouveau projet.

 

Le consul général de France à Toronto sous le coup d’allégations de harcèlement

TORONTO – La cellule d’écoute « tolérance zéro » du ministère français des Affaires étrangères a reçu six signalements pour harcèlement moral au cours des deux dernières années par des employés à l’encontre du consul général de France à Toronto, Tudor Alexis.

Les plaignants, dont certains ont depuis quitté le consulat, dénoncent des faits de harcèlement moral et de comportements sexistes qui auraient débuté en janvier 2020, soit quelques mois après l’entrée en fonction du consul à Toronto.

Dans plusieurs dépositions – dont ONFR+ a obtenu copie -, ces agents décrivent les « explosions de colère », les « regards condescendants », les « agissements rabaissants » d’un supérieur hiérarchique intimidateur aux propos « culpabilisateurs », détaillant plusieurs altercations avec précision.

« Il est pathologiquement très toxique, narcissique et dangereux » – Une des plaignantes

« Il est pathologiquement très toxique, narcissique et dangereux », confie sous couvert d’anonymat une des plaignantes au micro d’ONFR+. « Tudor Alexis a laissé des traces de souffrance derrière lui. Des harceleurs comme lui, il y en a plein mais le problème c’est l’institution qui les maintient, les fait grossir et ignore les victimes. »

Cinq signalements dans les oubliettes du Quai d’Orsay?

Elle témoigne de son désarroi face à la diplomatie française qui n’a toujours pas rendu ses conclusions depuis son signalement. Le Quai d’Orsay, qui a mené une enquête administrative de janvier à avril 2020, s’est en effet concentré uniquement sur un des signalements, celui du consul adjoint Yves Chauchat, concluant à des torts partagés, selon les informations du quotidien d’enquête français La Lettre A.

Résultat : le numéro 2 du consulat général doit être prochainement muté « dans l’intérêt des services », tandis que le consul n’a écopé d’aucune sanction, promu début janvier 2022 au rang de conseiller des affaires étrangères hors classe.

Pour le reste, « il n’y a eu aucun suivi », affirment plusieurs autres victimes présumées, toutes des femmes. Elles se sont donc tournées vers les gouvernements ontarien et canadien puisque leurs contrats locaux stipulent qu’elles sont protégées par la Loi ontarienne, tout litige relevant de la Cour de l’Ontario.

Contrats de droit canadien… remis en cause par le Canada

Mais contre toute attente, elles se sont heurtées à une fin de non-recevoir. Dans une lettre du 13 juillet 2022, le ministère fédéral Emploi et Développement social Canada argue que le consulat de France est considéré comme un État étranger et qu’il ne relève, à ce titre, ni de la juridiction fédérale ni de la juridiction provinciale.

« Cette activité n’est pas couverte par l’article 2 du Code canadien du travail », peut-on lire dans sa réponse, du fait qu’elle implique une relation officielle entre la France et le Canada.

Ces fonctionnaires françaises qui se sentent abandonnées par la province et le Canada, ne se font guère plus d’illusion quant à la France.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, dont le ministère est chargé d’instruire les plaintes, était elle-même visée par des signalements dénonçant des comportements « destructeurs » lorsqu’elle était ambassadrice de France en Italie et au Royaume-Uni, a révélé en juin dernier le site d’information français Mediapart. Mais l’inspection qui devait en découler avait été stoppée au moment de sa nomination à la tête de la diplomatie française en mai 2022.

La ministre des Affaires étrangères a été elle-même visée par des signalements avant son entrée en poste, selon le site d’information Médiapart.

« Comment peut-on prendre au sérieux des signalements pour harcèlement si la personne chargée de les superviser est elle-même accusée de cela? », se préoccupe une autre plaignante, elle aussi souhaitant rester anonyme.

La diplomate à la tête de l’Inspection générale des Affaires étrangères n’est autre que Kareen Rispal, l’ancienne ambassadrice de la France au Canada. « Elle n’a pas su faire le ménage devant sa porte quand elle était au Canada », déplore cette même victime présumée, évoquant un climat d’impunité flagrante. « Ils appartiennent à un cercle fermé et se protègent les uns les autres, sachant que si quelqu’un parle sa carrière va en pâtir. »

« Comment se fait-il que nos témoignages n’aient pas été pris en considération par la diplomatie française? », interroge une ex-agente qui affirme avoir été victime elle aussi de harcèlement au travail et de violences sexistes, de la part d’un homme « intouchable, protégé par son statut, son pouvoir, ce qu’il représente ». Elle critique vertement la cellule « tolérance zéro » qui n’a pas été, selon elle, à la hauteur. « Je n’ai pas été informée de mes droits, des ressources disponibles et du processus : ils ont failli à toutes leurs obligations. »

« Je vais devoir affronter la tempête », dit le consul général

Ni le consul général de France à Toronto, ni l’inspectrice générale des Affaires étrangères, ni son ministère n’ont donné suite à nos sollicitations médiatiques à l’heure où nous écrivons ces lignes.

M. Alexis s’est toutefois adressé par courriel à un cercle de connaissances non destiné à la presse, en date du 6 janvier dernier. « L’enquête mentionnée (celle liée au litige entre le consul et le consul adjoint, NDLR) a prouvé mon innocence. Cela fait 13 mois que je fais face, en silence, à des tentatives de calomnies tout en défendant mon équipe et en poursuivant sans relâche ma mission : être au service de notre communauté et faire connaître la France et l’Europe », écrit-il.

« Si je peux vous demander une seule chose, ça serait de garder intacte l’amitié que vous avez pour moi en attendant que la vérité soit établie y compris par voie judiciaire (…) La diffamation est une incitation à la haine qui ne dit pas son nom. »

Dans un courriel non destiné à la presse, Tudor Alexis clame son innocence. Archives ONFR+

Dans un nouveau message publié ce mardi, il déclare être « sûr que la vérité éclatera un jour mais je vais devoir affronter la tempête. Je ne souhaite pas remettre en question l’authenticité des gens qui pensent que je les ai volontairement blessés, mais je suis assez attaché aux valeurs dans lesquelles j’ai été élevé et à la sincérité de mes actions. »

« On veut nous décrire comme travaillant sous les ordres d’un tyran, mais ce n’est pas notre réalité » – Un employé anonyme

Trois employés en poste depuis plusieurs mois ont apporté un tout autre son de cloche. Ils affirment n’avoir été témoins d’aucune scène de sexisme ni de rabaissement.

« À aucun moment je n’ai observé une quelconque attitude dégradante, déplacée ou méprisante vis-à-vis de collègues de sexe féminin ou masculin », assure un premier agent actuellement en poste et voulant « rétablir une certaine vérité ». « On veut nous décrire comme travaillant sous les ordres d’un tyran, mais ce n’est pas notre réalité. »

« On travaille en open space et avons des discussions ouvertes avec le consul général dont la porte est toujours ouverte. Il prend le temps de nous parler sur n’importe quel sujet, sans faire de différence entre les collègues », abonde une de ses collègues.

Ils confient toutefois avoir vécu une situation difficile au moment du conflit entre le consul général et son adjoint. « Ce problème relationnel a été la situation la plus difficile à vivre pour les agents car il n’y avait plus de collaboration entre le numéro 1 et le numéro 2 du consulat. Le reste de la chaîne hiérarchique en a pâti », convient une troisième employée.

De leur côté, les plaignantes, qui n’ont pour l’heure donné aucune suite judiciaire à leur démarche, craignent que d’autres agents ne s’ajoutent à la liste des victimes présumées si le consul général demeure en poste.

ONFR+ a protégé l’identité de l’ensemble des agents et ex-agents qui ont accepté de témoigner à son micro afin de les préserver de tout préjudice professionnel.

Les prémices d’un « carrefour » pour le Centre francophone du Grand Toronto?

TORONTO – Le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) vient de décrocher un financement de près de 100 000 $ suite à la tournée de la ministre Ginette Petitpas Taylor dans Sud-Ouest de l’Ontario. Si la somme semble quelque peu dérisoire, son dessein l’est beaucoup moins, puisqu’à terme, c’est de la création d’un « carrefour » francophone à Toronto dont il semble être question, un de plus.

Un peu moins de 100 000 $, c’est la somme que va octroyer le gouvernement fédéral au CFGT, et ce afin de réaliser une étude de faisabilité concernant la genèse de ce qui pourrait aboutir à un carrefour francophone regroupant plusieurs services.  

L’annonce a été faite ce lundi par Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles et ministre responsable de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, durant sa visite dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario.  

« J’ai eu la chance de visiter le Centre francophone du Grand Toronto et d’être témoin du travail remarquable qu’il accomplit. J’ai fait la rencontre de personnes passionnées ayant à cœur d’offrir une gamme de services sociaux et de santé communautaire qui améliorent le bien-être de l’ensemble des francophones du Grand Toronto. Le financement d’aujourd’hui permettra au Centre de bien évaluer les besoins grandissants des francophones et de continuer à bien y répondre », a-t-elle déclaré.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Maison de la francophonie Toronto
Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Archives ONFR+

Un carrefour ou un centre de rassemblement?

Toutefois, si la ministre n’évoque pas un carrefour francophone, le communiqué émanant de son cabinet à l’occasion est on ne peut plus explicite.  

« Cette étude, financée par l’entremise du Fonds pour les espaces communautaires du gouvernement du Canada, est l’une des premières étapes vers la mise sur pied d’un nouveau carrefour francophone dans le Grand Toronto. Ce projet permettra de favoriser les échanges, les rassemblements et l’octroi de services en français, ce qui contribuera à assurer la vitalité de la communauté franco-ontarienne pour les décennies à venir », peut-on y lire.

Contactée à ce sujet, Florence Ngenzebuhoro, directrice générale du CFGT ne veut « pas utiliser le mot carrefour, mais un lieu de rassemblement pour les francophones du Grand Toronto, parce qu’en ce moment il n’y a aucun organisme, nous compris, qui a ce genre de lieu de rassemblement de la communauté dans toute sa diversité ».

Et d’ajouter : « Ce qu’on a en ce moment ce sont plusieurs organismes et plusieurs places, le CFGT par exemple à sept points de services, mais il ne peut pas prétendre être un lieu de rassemblement parce que ce sont des points de services directs. L’idée et le rêve c’est l’établissement d’un tel lieu. »

Florence Ngenzebuhoro, directrice générale du CFGT. Gracieuseté

Un de plus

Toutefois, Mme Ngenzebuhoro rappelle qu’il ne s’agit, à ce stade, que d’un « projet de recherche pour consulter les partenaires clés, identifier les besoins sur le terrain et dégager une option ou une solution pour l’établissement d’un tel espace. Et, en sa qualité de leader du projet, le rôle du CFGT est de fédérer tous les acteurs et les partenaires autour de celui-ci. »

Pour rappel, des organisations francophones telles que l’UOF, le Collège Boréal ou encore la Maison de la francophonie (ce dernier étant au stade de projet seulement) nourrissent déjà des ambitions envers un tel projet et les fonds gouvernementaux qui vont avec. Ne serait-ce donc pas là un concurrent de plus qui pourrait nuire quelque peu à la vision d’une francophonie visible et unie? 

À cela, la présidente du Centre assure que « le CFGT est conscient que cela fait au moins 40 ans que les francophones du Grand Toronto essaient de se doter d’un espace comme celui-là. Mais attention, cela ne veut pas dire que les projets en cours ne vont pas aboutir. Le but c’est de voir comment travailler avec ces projets en cours pour concrétiser ce rêve ».

Politique ontarienne : les dossiers importants à surveiller en 2023 

TORONTO – L’économie va être un dossier majeur. En cette période d’incertitude économique, de nombreux experts s’attendent à ce que l’Ontario entre en récession au début de l’année 2023. Outre la finance, le gouvernement de la province est attendu sur un bon nombre de projets tels que les négociations salariales avec la fonction publique, les plans de rattrapages scolaires, les universités, la santé et l’immigration. Il y a du pain sur la planche et des tâches fastidieuses.

L’inflation, installée confortablement depuis plusieurs mois en Ontario et le manque de produits, vont causer un ralentissement économique et des pénuries très ciblées.

Pour Geneviève Tellier, politologue, « l’aspect financier devra être à surveiller de près ».

« Il semble qu’on se dirige vers une récession tout en étant en plein emploi, c’est presque du jamais vu. »

En gros, l’activité économique de la province va subir une baisse. Pour faire simple : c’est une diminution d’activité de la production et de la consommation qui touchera les ménages et les entreprises. La pandémie et l’instabilité géopolitique perturbent les chaînes d’approvisionnement. Tendance amnésique ou non, la pandémie est toujours là.  

Les négociations pour les employés du secteur public devront être scrutées à la loupe. Crédit image : Hôpital Sunnybrook

D’un autre côté et dans ce portrait instable, les négociations de salaires de la fonction publique risquent d’être houleuses. Les employés voudront plus d’argent quand le gouvernement voudra lui sauver ce qui lui reste. Autrement dit, les coûts sont appelés à augmenter sans gains de productivité en échange. Voilà la récession vers laquelle la province arrive doucement, mais sûrement.

Les négociations salariales avec le secteur public

Ce sont plusieurs syndicats qui vont entamer leurs négociations en 2023. Les 780 000 employés du secteur public ont eu la confirmation, au début du mois de décembre, que le projet de loi 124, qui plafonne à 1 % les salaires des employés depuis 2019, était inconstitutionnel au regard de la Loi. Il sera donc intéressant de suivre l’avancée de ce dossier et des négociations en cours.

En septembre dernier et en rencontre avec ONFR+, l’avocat en droits constitutionnels et appels, Nicolas Rouleau, avait indiqué que même si le tribunal tranchait sur l’aspect inconstitutionnel de ce projet de loi, « le gouvernement pourrait plaider que cette infraction est justifiée à travers l’article 1 de la Charte sur la liberté d’association qui prévoit qu’on peut faire des écarts raisonnables ».

D’ailleurs, Doug Ford à très rapidement fait savoir, son intention d’aller en appel pour contester cette décision.

« Quelles seront les augmentations de salaire dans le secteur public? », se demande Mme Tellier. « Ce sera un problème pour le gouvernement, les syndicats vont demander plus d’un pour cent. »

Finance : surveiller le budget 2023

Le budget 2023, qui devrait être proposé en avril prochain, pourrait inclure de nouvelles choses, notamment la réduction des taxes de l’essence, mise en place en juillet 2022, puis prolongée jusqu’en décembre 2023. Pour le prochain exercice financier, le gouvernement propose une consultation à l’échelle de la province.

Peter Bethlenfalvy, ministre des Finances, aura la charge de produire le prochain budget provincial. Crédit image : Jackson Ho

Un dossier à ne pas oublier : les lettres de mandat

Pour la politologue et professeure de l’Université d’Ottawa, nous devrions avoir des nouvelles en 2023 des lettres de mandats.  « Cela va pouvoir donner un peu plus d’idées sur les intentions de Ford à ce moment-là. »

Transparence et intégrité face aux contribuables ontariens : voilà ce qui sera attendu dans ce dossier. Le gouvernement Ford se bat depuis 2018 pour garder ses lettres de mandat secrètes. L’impression donnée est qu’il y a quelque chose à cacher dans ses lignes directrices données à ses ministres. En plus des lettres de 2018, s’ajoutent celles de la 43e législature. La Cour suprême, courant 2022, a accepté d’entendre la demande d’appel du gouvernement Ford. La plus haute cour du pays pourrait rendre son verdict en 2023.

Éducation : plusieurs dossiers à suivre

D’abord, le plan de rattrapage du ministre de l’Éducation, dont les premiers effets du tutorat devraient montrer des résultats l’an prochain. Il sera possible après les tests de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE), de quantifier l’amélioration des notes scolaires, notamment en mathématique. L’offre de 250 $ dans la poche des parents pour du tutorat est quant à elle toujours accessible, jusqu’à la fin mars.

Bonnie Lysyk est la vérificatrice générale de l’Ontario. Archives ONFR+

Au début du mois de décembre, la vérificatrice générale de l’Ontario a déposé un rapport dans lequel, elle argue que le ministère des Collèges et Universités est confronté à « un défi en évolution ». La différence entre les collèges et les universités devient floue.

« Certains collèges offrent des programmes menant à l’obtention d’un grade et certaines universités offrent des programmes menant à l’obtention d’un certificat », indique-t-elle.

Pour la vérificatrice générale, « cette situation a créé de la confusion dans la différenciation entre ces deux types d’établissements et pourrait avoir une incidence sur leur capacité de subvenir à leurs besoins à long terme ».

En ce qui concerne le Nord de l’Ontario, 2023 pourrait être enfin l’heureux dénouement du dossier de l’Université de Sudbury.

Enfin, il sera intéressant de surveiller le nombre d’inscriptions à l’Université de l’Ontario français à Toronto, notamment avec le nouveau bac en éducation. Dès janvier 2023, il sera possible, pour 40 étudiants, de s’inscrire à temps partiel, puis à temps plein en septembre.

Le Transfert canadien en matière de santé, en bonne voie

« Le gouvernement canadien est prêt à augmenter les investissements dans les soins de santé à travers le Transfert canadien en matière de santé ». Actuellement, le gouvernement fédéral participe à hauteur de 22 %, tandis que les provinces et territoires prennent part à 78 % des dépenses. Lors d’une réunion entre ministres à Victoria en juillet 2022, les 13 politiciens se sont entendus sur la nécessité future d’un partage égal.

Pour l’instant, les premiers ministres ont demandé à Ottawa de participer à hauteur de 35 %.

Les premiers ministres des provinces et territoires du Canada lors de leur rencontre à Victoria en juillet 2022. Crédit image : Gouvernement de la Colombie-Britannique

Immigration made in Ontario

2023, laissera entrevoir un nouvel accord sur l’immigration entre la province de l’Ontario et le gouvernement fédéral. La province veut plus de pouvoirs dans son immigration en doublant à 18 000 le nombre d’immigrants économiques.

En entrevue avec ONFR+, Monte McNaughton, le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, a affirmé le désir du gouvernement de sélectionner plus d’immigrants, selon les besoins économiques. Le ministre est aussi en étroite négociation avec Sean Fraser, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté au fédéral. Le but de ces pourparlers entre les deux politiciens pourrait mener à un nouvel accord Ontario-Canada. Qui plus est, le fédéral compte augmenter sa cible en immigration d’ici à 2024.

L’Ontario espère plus de pouvoir sur son immigration. Archives ONFR+

« Ford s’est entiché des nouvelles cibles du fédéral », assure Geneviève Tellier.

Les nouveaux chefs de l’opposition à surveiller

Marit Stiles sera la nouvelle cheffe du Nouveau parti démocratique, dès sa confirmation en mars 2023. Francophile timide, selon la députée France Gélinas, Marit Stiles s’est déjà exprimé en septembre dernier, indiquant : « L’objectif, c’est la défaite de Doug Ford. » Voilà qui donne le ton des futures élections provinciales.

La dynamique à Queen’s Park a donc prévu de changer. Au niveau des libéraux, l’attente se fait sentir, « personne ne se bouscule », et ce n’est pas étonnant pour Geneviève Tellier.

« Le Parti libéral ne va pas bien, on ne voit personne de pressenti comme candidat. Même l’ancien ministre des Finances, Charles Sousa se présente au fédéral, plutôt qu’au provincial. »

À croire que même la pénurie de main-d’œuvre frappe le monde politique.

Les événements et projets clés à surveiller en Ontario en 2023

2023 sera occupée au niveau culturel en Ontario avec un nouveau centre francophone attendu depuis quelques années à Timmins et la culmination de 50 années d’existence pour la Nuit sur l’étang en mars. Il y a aussi bon nombre de sujets politiques à retenir, notamment le dossier de l’Université de Sudbury. Voici huit projets, dates et événements à surveiller du coin de l’œil cette année en Ontario français.

Février : le rapport de la Commission Rouleau

Le juge franco-ontarien Paul Rouleau, qui a présidé les audiences de la Commission sur l’état d’urgence, doit déposer son rapport final à la Chambre des communes et au Sénat, ce qui veut dire qu’il sera déposé entre le 30 janvier et le 20 février, la date limite. Ce document comportera les conclusions du commissaire Rouleau, notamment à savoir si l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence était justifiée. Il y aura aussi des recommandations, notamment sur de possibles modifications nécessaires à l’actuelle Loi.

Mars : les 50 ans de la Nuit sur l’étang

Véritable icône culturelle du Nord de l’Ontario, mais aussi de la francophonie ontarienne, le festival la Nuit sur l’étang célèbrera son 50e anniversaire cette année. Les concerts, qui souligneront le demi-siècle d’existence du festival, se dérouleront les 24 et 25 mars prochains à la Place des arts et au Collège Boréal à Sudbury. Le 24 mars sera pour souligner les 25 premières années du festival de 1973 à 1998 et le lendemain, pour de 1999 à 2023. La programmation sera dévoilée le 18 janvier 2023.

L’artiste Patricia Cano, lors de la session 2022 des concerts de La Nuit sur l’étang. Crédit image : Leo Duquette

Mars : Plan d’action sur les langues officielles

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor va mettre la table pour un hiver et un printemps fort occupé en francophonie qui sera culminé par la sortie du Plan d’action sur les langues officielles de 2023 à 2028. Ce plan est le document qui guide le gouvernement fédéral durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés de langues officielles en milieu minoritaire. Le plan devrait sortir en mars, ce qui pourrait aussi coïncider avec l’adoption du projet de Loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, si l’échéancier parlementaire est respecté.

Printemps : l’ouverture du Centre La Ronde à Timmins

Timmins pourrait bien retrouver son centre culturel pour francophones pour la première fois depuis qu’un incendie a ravagé l’ancien domicile en 2015. Le Centre La Ronde, l’organisme culturel des francophones de la ville du Nord de l’Ontario, a obtenu des millions de dollars, en dons et en aides gouvernementales au cours des années pour en arriver là. Le nouvel édifice, dont la construction a débuté en juillet 2022, va avoir une ouverture officielle d’ici à l’été.

Juillet : Jeux de la francophonie 2023

Les Jeux de la francophonie sont prévus du 28 juillet au 6 août à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), une première édition depuis 2017 et après que Moncton a retiré sa candidature pour les Jeux de 2021. Les Jeux de la Francophonie, qui ont lieu à chaque quatre ans, sont des compétitions sportives et culturelles qui réunissent près de 3500 jeunes entre 18 et 35 ans.

Radio-Canada révélait que les jeux pourraient être sérieusement compromis en raison de retards importants. Toutefois, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo a assuré au radiodiffuseur que la compétition, réunissant des centaines de jeunes Canadiens francophones, aurait bel et bien lieu.

La secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo. Crédit image : OIF

L’Université de Sudbury

2022 aurait bien pu être l’année pour l’Université de Sudbury, mais même si ce n’est pas le cas, la situation est à surveiller en 2023. Elle tente d’obtenir son statut d’établissement officiel de la part du gouvernement ontarien depuis bientôt deux ans. Le dossier est entre les mains de la ministre des Collèges et Universités Jill Dunlop qui a récemment fait une visite à l’établissement entièrement francophone.

Elle a présentement entre les mains un rapport effectué sur l’institution par la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP), qui évalue la capacité des universités à offrir des programmes avant de faire des recommandations au ministère. À la demande de Queen’s Park, Ottawa avait investi deux millions de dollars sur trois ans dans le projet en avril dernier.

La Maison de la francophonie à Toronto

Ce projet a pour but de réunir la grande majorité des organismes francophones de Toronto sous un même toit. Le bâtiment est prêt, le promoteur immobilier aussi, mais seul le financement d’Ottawa est en attente. Près de 17 millions de dollars de Patrimoine canadien sont requis, dont 13 millions pour l’achat de l’édifice et les droits de mutation. La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor avait laissé entendre qu’une réponse d’ici la fin de 2022 pourrait survenir pour le projet.

Maison de la francophonie Toronto
Le bâtiment qui pourrait accueillir la maison de la Francophonie à Toronto est un édifice historique du centre-ville. Archives ONFR+

Septembre : redécoupage électoral fédéral

À chaque dix ans, Élections Canada procède à un remaniement de la carte électorale au niveau fédéral. En 2022, les propositions retenues par la Commission pour l’Ontario ont fait des mécontents, notamment dans le Nord, qui doit, selon la proposition actuelle, perdre un comté. En février 2023, un rapport final sera soumis, qui sera ensuite révisé par les députés d’Ottawa. La commission pourrait encore modifier le tout avec les propositions des élus. C’est donc septembre 2023 qu’on saura officiellement le nouveau portrait électoral en Ontario.

« Une minimaison moins chère » : la solution est-elle franco-ontarienne?

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

D’abord antiquaires, Audrey Simard et Sylvain St-Maurice ont décidé il y a quatre ans de créer leur entreprise Structure Héritage et de construire autrement, après avoir été entrepreneurs généraux.

LE CONTEXTE :

Récemment installé à Hawkesbury, le couple travaillait déjà depuis dix ans sur ce projet de minimaisons. De plus en plus populaire, la minimaison souvent appelée sous son terme anglophone tiny house pourrait bien être une des solutions à la crise du logement qui sévit en Ontario.

L‘ENJEU :

L’Ontario traverse une crise du logement sans précédent. C’est pourquoi le gouvernement de la province a décidé en 2022 d’accélérer la construction de logements avec plusieurs programmes dont le projet de loi 23. La province vise la construction de 1,5 million de logements abordables d’ici 10 ans. La solution à la crise du logement est-elle franco-ontarienne?

« Qu’est-ce qu’une minimaison?

On appelle une minimaison ou une petite maison, celle qui ne dépasse pas les 700 pieds carrés. La moyenne – et pour bien y vivre – c’est 400 pieds carrés. Le cadre du bâtiment stipule qu’une minimaison, c’est 700 pieds carrés et moins.

Par rapport à une maison classique et que l’on retrouve sur le marché, quelle est la différence d’un point de vue financier?

La différence varie selon le prix d’un logement, mais en ce moment les maisons classiques font le triple de ce que peut coûter une petite maison.

Une minimaison moins chère qui arrive complète avec la ventilation, l’électricité, la plomberie, et cetera.

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Une minimaison de l’entreprise franco-ontarienne basée à Hawkesbury. Crédit image : Catalogue Structure Héritage

Aujourd’hui, si on vous commande une minimaison, comment allons-nous la recevoir?

Il y a trois façons de faire. La plus facile, pour une personne qui n’est pas nécessairement manuelle, c’est de se faire livrer entièrement la maison qui est terminée à 95 %. On pose la maison sur les fondations et il reste les raccords à faire. En deux ou trois jours après avoir reçu la maison, elle est habitable.

L’autre manière, c’est d’acheter la maison, mais pas 100 % terminée. Pour ceux qui veulent un peu faire du marteau, qui aiment faire du revêtement et qui veulent aller chercher un gain de coût, c’est l’option.

Puis enfin, pour les bricoleurs avertis, c’est la maison en kit. C’est la même chose qu’IKEA, on monte la maison de A à Z. Ça demande une certaine dextérité, mais ça se monte à la façon IKEA avec un manuel à suivre. C’est le projet DIY (Do it yourself).

D’où vous est venue l’idée de construire des minimaisons?

Ma conjointe et moi avons de l’expérience dans la construction, mais pour nous, il ne s’agit plus de construire la plus grosse maison, mais un « chez-soi » abordable. On pensait aussi que : ce n’est pas parce que c’est abordable que cela doit être laid. Alors, il y a quatre ans, on s’est lancé.

Avec Audrey, on regardait ces grandes maisons que l’on construisait, puis on s’est vite dit que ce n’était pas ça la vraie vie. La vraie vie ce sont ceux qui ont de la misère, ceux de la classe moyenne aussi et c’est comme ça qu’on a travaillé le concept. Puis la crise du logement s’est installée et ça a eu encore plus de sens. 

Minimaison construite dans la région par l’entreprise franco-ontarienne. Gracieuseté

En quoi la minimaison est-elle une solution à la crise du logement?

Par son côté abordable dans un premier temps, puisque les prix ne sont pas ceux que l’on retrouve sur le marché en ce moment.

Ensuite, il y a le projet de loi 23, pour plus de logements en Ontario, qui permet d’avoir une petite maison sur un terrain déjà existant. Une parcelle avec déjà une maison, un raccord à l’eau et à l’électricité. C’est facile, si l’on a un grand jardin, d’ajouter une minimaison et donc un nouveau logement qui augmentera la valeur sur le marché de la maison initiale.

Puis ça crée un phénomène de communauté, souvent intergénérationnel. Dépendamment de la grandeur du terrain, il est permis de construire jusqu’à trois minimaisons.

Intérieur d’une maison en kit offert par Structure Héritage. Gracieuseté

Prenons, par exemple, un étudiant de Toronto qui termine ses études. Une minimaison pour 250 000 $, ce sera bien plus abordable. Et, en plus, on peut profiter de la vie et voyager à côté (rires). Chez Structure Héritage, nos maisons coûtent entre 150 000 $, 200 000 $ et 250 000 $.

Quels sont les avantages pour les municipalités de se doter de ce type de logement?

En ayant des petites maisons sur des parcelles habitées, là encore, on évite de construire des nouvelles rues. On pose les tiny houses là où il y a déjà des canalisations et on se raccorde à la maison existante. Pour une municipalité, c’est bien parce qu’on n’est pas obligé d’ouvrir un nouveau quartier et d’avoir un étalement urbain. Sinon, il est simplement possible d’avoir sa petite maison sur un terrain neutre, bien sûr.

Actuellement, les villes sont très positives par rapport à ce modèle de maisons. Certaines personnes ont des a priori par rapport à l’aspect visuel, mais on travaille avec des architectes pour que ce soit beau, justement.

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Une minimaison peut mesurer jusqu’à 700 pieds carrés. Crédit image : Catalogue Structure Héritage

Les minimaisons sont connues pour être un modèle écologique, est-ce que c’est le cas avec votre projet?

Tout à fait, c’est un modèle qui réduit énormément l’empreinte au sol. Si on compare l’empreinte d’une maison qui se situe autour de 1200 pieds carrés, on va être à trois fois moins d’empreintes écologiques avec une petite maison. Quand on a une minimaison, c’est plus facile à chauffer et donc on produit moins de gaz à effet de serre. Ce type de logement s’associe aussi très bien avec la mise en place de panneaux solaires. Il y a définitivement beaucoup d’avantages écologiques et économiques dans ce nouveau mode d’habitat. »

Fédéral : une première moitié de 2023 qui sera occupée pour la francophonie

OTTAWA – L’enjeu des langues officielles risque d’être à l’avant-plan en 2023 alors qu’on pourrait parler d’une grosse première moitié d’année avec le nouveau Plan d’action sur les langues officielles qui pourrait tomber au même moment que la nouvelle Loi sur les langues officielles. Il ne faut toutefois pas oublier deux autres gros dossiers, les négociations au niveau des transferts en santé et une possibilité de récession en 2023. Voici certains enjeux auxquels il faut s’attendre à voir sur la Colline parlementaire dans les 12 prochains mois.

Les transferts en santé

Il s’agira du dossier de l’heure de Queen’s Park à Ottawa. Les urgences de l’Ontario et du pays sont frappées de plein fouet par divers virus affectant notamment les enfants ainsi que par un manque de personnel.

Ottawa est catégorique dans sa volonté d’obtenir des conditions, notamment celle d’un partage de données entre provinces et territoires. En entrevue avec Radio-Canada avant les fêtes, le premier ministre a affirmé que d’envoyer plus d’argent aux provinces ne garantirait pas une amélioration au système de santé.

« L’argent, à long terme, oui, ça nous intéresse de le donner. Mais il faut que [les provinces] démontrent leur sérieux d’améliorer et de transformer le système », avait dit Justin Trudeau.

Les provinces, ont réitéré récemment, que le fédéral augmente sa part annuelle de 28 millions de dollars, soit de 22 % à 35 % en plus de demander une rencontre de Justin Trudeau avec l’ensemble de ses homologues proviniciaux dès janvier.

Une récession en vue?

Si les économistes ont mentionné depuis quelques mois les risques d’une légère à une grosse récession en 2023, un signal est aussi venu d’Ottawa en avril lors de la récente mise à jour économique automnale de Chrystia Freeland. Le mini-budget admettait que le pays pourrait entrer « dans une légère récession » au début de 2023 selon un scénario pessimiste.

Il faudra aussi voir si davantage de mesures seront mises en place pour toucher les ménages affectés par la hausse du coût de la vie. Le fédéral avait précédemment annoncé des mesures comme l’implantation d’un système d’assurance dentaire pour les enfants. Un nouveau programme ayant déjà reçu près de 100 000 demandes en date de décembre.

De son côté, la Banque du Canada et son directeur général Tiff Macklem n’ont pas caché que l’institution pourrait continuer à hausser ses taux d’intérêt indiquant que la phase de resserrement arrivait « bientôt, mais pas tout de suite ».

Plan d’action sur les langues officielles

Ottawa doit sortir vers la fin mars son Plan d’action sur les langues officielles. Ce plan guide le fédéral dans sa façon de gérer les enjeux reliés aux francophones hors Québec durant cinq ans. L’actuel plan qui portait beaucoup sur l’enjeu de l’accès à l’éducation en français vient à échéance. Le prochain plan pourrait porter sur le dossier de l’immigration francophone avec un grand « I » alors que l’enjeu du déclin des communautés francophones hors Québec continue de croître recensement après recensement. Des organismes demandent aussi à Ottawa de rehausser son financement annuel leur étant destiné.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors du lancement des consultations sur le Plan d'action sur les langues officielles.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors du lancement des consultations sur le Plan d’action sur les langues officielles. Gracieuseté

La modernisation de la Loi sur les langues officielles

Dans le monde idéal du gouvernement Trudeau, le mois de mars apporterait aussi le passage de la refonte de la Loi sur les langues officielles, le projet de Loi C-13. Ce dossier revient chaque année depuis 2018, mais le moment pourrait être le bon cette année alors que les parlementaires doivent dès le début du mois de février, s’attaquer à l’étude du projet de loi clause par clause, le plus loin qu’une telle mouture s’était rendu en cinq ans.

« Je suis sûre qu’on va voir le passage du projet de loi. J’ai dit Noël (par le passé) donc je ne vais pas dire une nouvelle date de nouveau, mais j’espère que l’année 2023 va être l’année des langues officielles avec notre Plan d’action », affirmait la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor en entrevue de fin de session.

L’immigration francophone

Le dossier est relié directement au projet de Loi C-13 et au Plan d’action sur les langues officielles. L’aspect distinct est que le ministre de l’Immigration Sean Fraser a promis d’annoncer une nouvelle cible, plus haute que l’actuel 4,4 %, pour la venue de nouveaux arrivants francophones en 2023. Elle prendra effet l’année suivante. De nombreux organismes, dont la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), demandent une cible de 12 % l’an prochain avant de monter à 20 % en 2036.

Sean Fraser souhaite atteindre le 4,4 % en 2022 avant d’annoncer un objectif plus haut, mais misait sur de nouveaux investissements au niveau de la promotion pour attirer davantage de candidats « au sein de l’inventaire » du système. Selon les données publiques de janvier à octobre 2022, 4,1 % de l’immigration étaient des nouveaux arrivants francophones installés hors du Québec.

Cinq Franco-Ontariens dans le palmarès Francopresse 2022

Francopresse a révélé le palmarès des dix personnalités influentes de la francophonie canadienne 2022, dont cinq Franco-Ontariens. Qu’est-ce que Gisèle Lalonde, Michele O’Bonsawin, Martin Normand, Michel Picard et Jonathan David ont en commun? Ils sont Franco-Ontariens. Oui, mais pas seulement. De leurs domaines respectifs bien distincts – politique, justice, sport, média ou encore recherche -, ils ont apporté leur pierre à l’édifice.

Chef de file de la résistance

Gisèle Lalonde, c’est un peu la liberté guidant le peuple (franco-ontarien). Si 2022 lui rend hommage, année charnière marquée par sa disparition, ce sont plusieurs décennies que cette grande dame a consacrées à la cause francophone. Ancienne mairesse de Vanier et fondatrice de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), elle s’est battue pour une reconnaissance de la francophonie en Ontario.

« On est en crise tout le temps quand on est minoritaire (…). On doit être prêt à se battre tout le temps » confiait-elle à ONFR+ en 2019. Son accomplissement majeur : sauver le seul hôpital francophone de l’Ontario, l’Hôpital Montfort à Ottawa, de la fermeture. Sa détermination avait rassemblé 10 000 Franco-Ontariens en 1997 protestant leur opposition à la fermeture jusqu’à une victoire finale.

Nommée chevalier de l’Ordre de la Pléiade de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française, membre de l’Ordre des francophones d’Amérique et dame chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, chevalier de la Légion d’honneur, membre de l’Ordre du Canada et membre de l’Ordre de l’Ontario, plus qu’une inspiration pour les générations futures, elle est une figure historique.

La militante franco-ontarienne Gisèle Lalonde. Crédit image : Stéphane Bédard

Une première pour la Cour suprême

La Franco-Ontarienne Michelle O’Bonsawin est devenue la première juge autochtone à être nommée à la Cour suprême en 2022, accédant ainsi au sommet du pouvoir judiciaire canadien. Cette ancienne avocate était devenue la plus jeune juge à la Cour supérieure de justice de l’Ontario en 2017 et la première femme abénaquise à accéder à la magistrature au Canada.

Son double héritage culturel – abénaquise de la Première Nation d’Odanak et Franco-Ontarienne du Nord de l’Ontario (de Hanmer, un village à l’est de Sudbury), elle en est fière. Son bilinguisme, qui selon elle a pesé dans la balance pour son accession à la Cour suprême, lui est également cher. Membre de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, elle entend parler et vivre sa langue maternelle à la Cour suprême qui compte huit autres juges bilingues.

Le prodige d’Ottawa de retour de la Coupe du monde

D’Ottawa aux clubs européens, il n’y a qu’un pas ou qu’un but pour Jonathan David, ce Franco-Ontarien d’origine haïtienne passionné de soccer qui briguait l’Europe depuis ses débuts. Un pari réussi pour lui. À seulement 22 ans, il a accédé à la Coupe du monde en 2022 avec l’équipe du Canada qui ne s’était pas qualifiée depuis 1986. Il est un joueur star en France : en 2021, il a permis au LOSC (Lille), club du Nord de la France évoluant en Ligue 1, de décrocher le titre de champion de France, le quatrième titre national de son histoire.

Cette saison 2022, il se classe dans le top 5 des meilleurs tireurs de Ligue 1, seul Canadien à figurer dans ce classement mondial. Surnommé Iceman par ses entraîneurs pour sa concentration et son sang-froid implacables, il porte à l’admiration des jeunes ontariens de son ancien club d’Ottawa et insuffle l’espoir aux nouvelles générations de joueurs canadiens à qui il rend visite lorsqu’il est de passage au pays.

Jonathan David est une des personnalités du palmarès Francopresse 2022. Crédit image : Denis Doyle/Getty Images

50 ans? « Ça me parle! »

2022 a marqué le 50e anniversaire de carrière de Michel Picard. Décoré de l’Ordre de la francophonie, voix et visage familiers des auditeurs et téléspectateurs francophones, il a partagé l’information en français d’un bout à l’autre du Canada débutant sa carrière à Saskatoon, puis Vancouver avant d’animer le Midi trente à la radio et le Téléjournal Ottawa-Gatineau, donnant de 1997 à 2013 un vrai élan de popularité au téléjournal régional par son humanité, sa chaleur et son accessibilité.

Celui à qui on a confié la clé de la ville d’Ottawa prête désormais sa voix à l’émission quotidienne Le retour qu’il anime en après-midi sur 94,5 Unique FM, la radio francophone communautaire d’Ottawa – Ça me parle!. Un rendez-vous convivial dès 15h sur l’actualité et diverses chroniques qui lui permet aujourd’hui d’être au plus proche de ses auditeurs, un « retour » à son image.

La recherche au service de la francophonie

Martin Normand est directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’Association des collèges et universités de la francophonie (ACUFC). Ces dix dernières années, il a contribué à faire vivre la recherche sur la francophonie du point de vue linguistique et politique en tant que chercheur postdoctoral à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa.

Sous sa gouverne cette année, l’ACUFC a organisé des États généraux pour s’attaquer à la crise dans le secteur de l’éducation postsecondaire. Il y a notamment eu des consultations qui ont donné en fin de compte un rapport avec 32 recommandations pour les différents intervenants du secteur. Il est aussi l’un de ceux ayant mis de l’avant, les problèmes et le racisme reliés aux hauts taux de refus de permis d’étude des étudiants africains par Immigration Canada dans les établissements francophones.

Ailleurs au pays

En Acadie, figurent dans le Palmarès Francopresse l’auteure-compositrice-interprète Lisa Leblanc, qui a remporté le Prix Félix 2022 de l’Album pop de l’année pour Chiac Disco, ainsi que la réalisatrice Renée Blanchar. Cette dernière a reçu les honneurs en 2022 pour son documentaire Le silence et sa série Le monde de Gabrielle Roy, mais s’est aussi distinguée par son œuvre Lettre d’amour présentée aux Rendez-vous de la Fierté Acadie Love.

La présidente de l’AFFC, Lily Crist. Crédit image : AFFC

Lily Crist entre également dans ce top 10. Figure forte de la francophonie en Colombie-Britannique, la présidente de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) a remporté un grand combat contre le gouvernement fédéral, le rappelant à ses obligations en matière de langues officielles dans le dossier de la fermeture des centres de services d’aide à l’emploi francophones de la province.

Dans le Grand Nord, l’accomplissement artistique de la Yukonnaise Marie-Hélène Comeau pour son exposition 2022 en collaboration avec l’artiste torontois Jungle Ling a été aussi récompensé. Ses projets artistiques font partie de La Caravane des dix mots, un projet culturel international sur le partage de la langue française et de la francophonie.

Finalement, pour compléter le palmarès, Elisa Brosseau, présidente de l’Association bilingue des municipalités de l’Alberta. Élue mairesse de Bonnyville, elle sensibilise ses homologues d’autres municipalités à la réalité francophone albertaine et à promeut le bilinguisme comme avantage économique.

Les dix lauréats retenus par le jury représentant Francopresse, la Fédération de la jeunesse canadienne-française, l’Alliance des radios communautaires du Canada et ONFR+. Photomontage Francopresse

Ces Franco-Ontariens sur lesquels il faut garder un œil en 2023

Nulle intention de jouer aux apprentis devins, mais le contexte imposé par l’actualité durant l’année écoulée a fait émerger quelques figures franco-ontariennes auxquelles il faut prêter un œil attentif en 2023. Quelques-unes ne sont pas méconnues du grand public et d’autres le sont beaucoup moins.

Paul Rouleau, et son très attendu rapport final

Pour ce début d’année, c’est bien le juge Paul Rouleau qu’il faut guetter. Et pour cause, avec 17 ans d’expérience en tant que juge de la Cour d’appel, il a été nommé en avril 2022 à la tête de la Commission sur l’état d’urgence.

En tant que tel, ce Franco-Ontarien compte remettre son rapport final, avec ses conclusions et recommandations, à la Chambre des communes et au Sénat du Canada d’ici le 20 février 2023.

Paul Rouleau durant la commission d’enquête sur l’état d’urgence à Ottawa. Crédit image : Commission sur l’état d’urgence

Pour rappel, la Commission, dont les audiences ont eu lieu durant près de six semaines à l’automne, est une enquête publique indépendante. Elle a vu le jour suite à l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence, laquelle venait en réponse aux manifestations des camionneurs qui ont paralysé le centre-ville d’Ottawa durant trois semaines. Autant dire, des têtes risqueraient bientôt de tomber.  

Fabien Hébert, nouveau patron de l’AFO

« De nombreux défis sont à venir pour la communauté francophone. L’accès équitable aux services de santé en français a été retenu comme une priorité par les francophones de l’Ontario », ce sont les premiers mots de Fabien Hébert lorsqu’on lui a remis les rênes de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) en octobre dernier, succédant ainsi à Carol Jolin.

Fabien Hébert en compagnie de Caroline Mulroney, ministre des Transports et ministre des Affaires francophones de l’Ontario. Crédit : Soufiane Chakkouche

L’homme est à garder dans le viseur, car, de par son long parcours dans le secteur de la santé (il était, entre autres, président-directeur général de l’Hôpital de Smooth Rock Falls durant 14 ans) et dans celui de l’éducation (il est président du conseil d’administration de l’Université de Hearst), il compte bien apporter un nouveau souffle et de nouvelles méthodes pour faire face aux défis de la francophonie ontarienne.  

Stéphane Sarrazin ou la politique électrique!

Toujours dans la catégorie des poids lourds de la francophonie ontarienne, côté politique cette fois, c’est le nouveau député progressiste-conservateur de Glengarry-Prescott-Russell, Stéphane Sarrazin qu’il faut avoir à l’œil.

Et pour cause, cet ancien maire du canton d’Alfred et Plantagenet a créé la surprise dans cette circonscription en ravissant le siège à Amanda Simard lors des dernières élections provinciales.

Originaire du village d’Alfred dans les Comtés unis de Prescott et Russell, ce diplômé du Collège Algonquin d’Ottawa dans le domaine de l’électricité et de l’électronique a probablement l’intention de donner un coup de pied dans la fourmilière politique de Queen’s Park.

Député pour Glengarry-Prescott-Russell
Stéphane Sarrazin, député provincial pour la circonscription de Glengarry-Prescott-Russel. Archives ONFR+

En effet, selon ses propres propos « Certains politiciens évoquent la transparence, pour ma part, je pense qu’il faut aller encore plus loin. On doit encourager les contribuables à participer davantage aux prises de décisions. Après tout, c’est leur argent qui est en jeu… Personnellement, je crois que la politique doit évoluer au même rythme que la technologie. »

Serge Miville ou l’autonomie de l’université de Sudbury à bout de doigts

À 35 ans seulement, Serge Miville a été nommé, le 21 juin 2021, nouveau recteur de l’Université de Sudbury. Pour rappel, ce professeur d’histoire a été mis à pied par l’Université Laurentienne quelque temps auparavant.  

Rien de nouveau donc, sauf que l’homme s’est promis de contribuer grandement au rêve de l’autonomisation de l’université de Sudbury comme établissement de langue française, et, à en croire ces récentes sorties médiatiques, le rêve pourrait devenir réalité durant l’année 2023.

Le recteur de l’Université de Sudbury Serge Miville. Archives ONFR+

« On n’a jamais été aussi près d’obtenir l’université dont on rêve depuis un siècle… On sera la première institution à dire : nous cesserons d’être bilingues et nous deviendrons de langue française », déclarait-il Devoir en septembre dernier.

Étienne Gagnon-Delorme, un danseur cinq étoiles

Étienne Gagnon-Delorme, ce nom n’évoque peut-être pas grand-chose à grand monde, mais tout indique qu’il va falloir y habituer ses tympans dès maintenant.  

En effet, ce Franco-Ontarien de 25 ans fait partie des danseurs étoiles canadiens les plus prometteurs de leur génération. Son assiduité à l’entraînement et son incontestable talent lui ont valu d’intégrer, en juin 2019, la prestigieuse troupe des Grands ballets canadiens en tant que danseur du corps du ballet. Avant cela, il avait décroché le prix Agora de la danse en 2017.

Le danseur Étienne Gagnon-Delorme. Crédit : Sasha Onyshchenko

Plusieurs événements et représentations sont au programme durant l’année 2023 où le danseur est attendu pour confirmer tous ces espoirs nourris sur lui dans le milieu très concurrencé de la danse classique.

Héritier Bilaka ou l’avenir du nu

Autre artiste, autre forme d’art! Héritier Bilaka est un artiste visuel qu’il va falloir suivre de près également. Natif de la République Démocratique du Congo et basé à Ottawa, les peintures de ce Franco-Ontarien ne laissent personne indifférent, pour l’œil averti comme celui amateur.  

Toutefois, le peintre n’en est pas à ses premiers coups de pinceau, il a déjà participé à plusieurs expositions collectives qui l’ont mené de Toronto à New York et Londres, en passant par Montréal et Cannes en France. 

L’artiste visuel Héritier Bilaka. Crédit : Samijoe Kibambe

Sa fascination et son façonnement du nu laissent beaucoup de spécialistes susurrer dans les impénétrables coulisses des galeries d’art qu’il va falloir faire de la place à ce jeune artiste, tout en lui prédisant un avenir artistique radieux.

Ces lois qui vont changer le quotidien des Ontariens en 2023

TORONTO – Réduction des frais de garderies et d’essence, risque d’augmentation de l’impôt foncier, recrutement facilité de professionnels de santé, consultations dans les pharmacies, expansion des services en français… Plusieurs lois et règlements prenant effet dès maintenant ou dans le courant de l’année vont impacter les Ontariens.

Un des premiers changements concrets intervenant dès 2023 est une offre étendue des services en français dans la province. En effet, grâce à une modification de règlement, quatre nouveaux organismes sont désormais désignés sous la Loi sur les services en français : le Centre de santé communautaire de Timmins, l’Équipe de santé familiale académique Montfort, le Foyer St-Jacques et le Soutien à domicile Timiskaming.

Trois autres organismes déjà désignés doivent connaître une expansion de leurs services en français : le Service familial et counseling Ottawa, le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario et l’Hôpital Renfrew Victoria.

2023 sera aussi marquée par la mise en place de l’offre active issue d’un nouveau règlement et une mise à jour de la liste des établissements désignés sous les services en français.

Garderies moins chères et permis simplifiés

Sur le front des garderies, une réduction de 25 % sur le prix quotidien entre en application également dès 2023. Cette baisse prévue dans l’accord fédéral-provincial de 13,2 milliards de dollars s’ajoute à un premier rabais de 25 % intervenu en 2022, dans l’optique d’atteindre l’objectif ultime des 10 $ par jour d’ici à 2025.

Des modifications apportées à la Loi sur la garde d’enfants et la petite enfance permettront par ailleurs de simplifier et d’accélérer le processus d’octroi de permis aux garderies en exigeant qu’elles présentent les principales approbations municipales en même temps que leur dossier.

Une deuxième baisse des frais de garde en 2023 pour les parents ontariens. Source : Canva

Concernant les bénéficiaires du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH), à partir du 1er février prochain, toutes les personnes qui ont vu leur revenu augmenter (de 200 $ à 1 000 $ par mois) ne verront plus d’incidence sur le montant du soutien et des prestations liées au POSPH, élevant ainsi l’admissibilité au programme. De plus, il y aura des réajustements liés à l’inflation.

Électricité, essence, revenu garanti : des changements pour atténuer l’inflation

Le gouvernement prolonge jusqu’au 31 décembre prochain la réduction de la taxe à la pompe. Le taux de la taxe sur l’essence et le carburant (diesel) devrait rester à 9 cents le litre. En moyenne et depuis sa mise en place le 1er juillet 2022, l’économie serait de 195 $.

En matière d’électricité, un plan optionnel de tarif de nuit très bas pour les consommateurs de la Grille tarifaire réglementée (GTR) prévoit dorénavant que la Commission de l’énergie de l’Ontario (CEO) demande aux sociétés de distribution locales (SDL) de permettre aux consommateurs – y compris les résidences, petites entreprises et fermes – de passer au nouveau plan.

Les consommateurs vont pouvoir profiter du plan optionnel de tarif d’électricité de nuit. Archives ONFR+

De plus, le gouvernement de l’Ontario double la prestation du Régime de revenu annuel garanti (RRAG) pour tous les bénéficiaires pendant 12 mois. Cette mesure en vigueur dès janvier, augmentera le paiement maximum du RRAG à 166 $ par mois pour les personnes âgées célibataires et à 332 $ par mois pour les couples, soit une hausse maximale de presque 1000 $ par personne en 2023. Environ 200 000 personnes âgées à faible revenu bénéficieront de ce soutien supplémentaire.

Éducation : deux projets en voie d’être adoptés

Côté éducation, le programme à double reconnaissance de crédit sera élargi cette année afin d’attirer plus d’élèves dans les parcours en éducation de la petite enfance. Pour ce faire, l’élargissement du programme permettra d’accueillir, en 2023-2024 :

  • 400 élèves de plus dans des formations en apprentissage en salle de classe.
  • 400 élèves de plus dans des cours collégiaux d’éducation technologique.
  • 180 élèves de plus dans des cours collégiaux d’éducation de la petite enfance.
La semaine de quatre jours doit encore franchir plusieurs lectures à Queen’s Park. Source : Canva

Enfin, le projet de loi 55 est un projet pilote visant à tester la semaine de travail de quatre jours. Cette proposition, toujours en première lecture, sera conçue pour déterminer l’efficacité d’une semaine de travail de quatre jours en Ontario pour les employés des secteurs public et privé. Si adopté, ce projet pilote durera un an.

Santé : plus de main-d’œuvre et consultations en pharmacie

Dans le domaine de la santé, dès janvier, l’Ordre des infirmières et infirmiers et l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario doivent respecter des délais plus courts en matière d’inscription. Ainsi, les candidats pourront exercer leur profession plus facilement en Ontario.

Dès janvier toujours, il ne sera plus possible d’exiger une expérience professionnelle canadienne aux fins de l’inscription. Les tests linguistiques exigés sous la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (fédéral) doivent, là aussi, être acceptés sans équivoque « afin de réduire la duplication des tests de compétence linguistique pour les immigrants ».

D’après le gouvernement, ces mesures appuieront le recrutement des professionnels de santé, qu’ils soient formés en Ontario, dans d’autres provinces ou à l’étranger.

Les pharmaciens aptes à prescrire certains médicaments en Ontario. Source : Canva

Conséquence directe du nouveau règlement en vertu de la Loi de 1991 sur les pharmaciens, le personnel pharmacien ainsi que les stagiaires et élèves inscrits au programme de pharmacie peuvent à présent réaliser des consultations et prescrire des traitements pour 13 des affections mineures les plus courantes.

Concernant les soins de longue durée, la Loi pour plus de lits et de meilleurs soins indique qu’un clinicien pourrait envoyer « de force » un patient dans un foyer de longue durée. Pour les Ontariens dans cette situation, l’impact est multiple et varié. C’est notamment le cas pour les francophones du Nord de l’Ontario qui pourraient se voir placer à des kilomètres de leurs familles.

Logement : l’impôt foncier risque d’augmenter

Les contribuables devront certainement mettre la main à la poche. En effet, la Loi de 2022 pour des maires forts et pour la construction de logements laisse entendre que l’impôt foncier des particuliers augmentera.

Plusieurs maires ont tiré la sonnette d’alarme : si le gouvernement les force à amputer les redevances d’aménagement (soit le gel ou la réduction des frais payés par les promoteurs immobiliers), le tout, sans fournir une aide provinciale, ils pourraient devoir augmenter l’impôt foncier.

Toujours au chapitre du logement, 2023 voit l’entrée en vigueur d’un processus d’approbation de la planification simplifié destiné à aider les municipalités à accélérer la construction de nouvelles unités, en les obligeant les villes à rembourser les frais de demande de rezonage et de réglementation du plan d’implantation si elles ne prennent pas de décision dans les délais prévus par la loi.

Les villes seront forcées de rembourser les frais de demande de rezonage si elles tardent à se décider. Source : Canva

Pour réduire les délais d’approbation de projets de logement, des changements apportés à la Loi sur le patrimoine de l’Ontario vont en outre modifier dès cette année le processus régissant les biens patrimoniaux provinciaux. Il s’agit à fois d’améliorer les exigences relatives à l’inclusion des biens non désignés dans un registre municipal et d’adopter de nouveaux critères de classification pour les propriétés faisant l’objet d’une proposition de développement.

Autres nouveautés entrant en vigueur cette année

  • Les agents de l’autorité du ministère des Transports et les policiers pourront interdire à un conducteur qui a enfreint les règles sur les heures de service de conduire un véhicule commercial. 
  • Les propriétaires de maison ont accès à la Subvention canadienne pour des maisons plus vertes par l’intermédiaire du programme HER+.
  • Les offices de protection de la nature sont tenus de mener une consultation publique avant de se départir de certaines terres acquises précédemment grâce à une subvention provinciale.
  •  La période d’ouverture de la saison précoce pour la chasse à l’arc est raccourcie et l’alternance samedi-dimanche des saisons de chasse à l’arc et de chasse au fusil est supprimée.
  • Le directeur général des élections se voit confier le pouvoir de créer un registre des électeurs qui pourra être utilisé à la fois pour les élections provinciales et municipales.

Ces personnalités franco-ontariennes qui ont brillé à l’étranger en 2022

Des Franco-Ontariens de classe internationale, il y en a. Que ce soit dans le sport, dans la culture ou dans les médias, plusieurs francophones natifs de l’Ontario sont aujourd’hui connus pour leurs prouesses exceptionnelles. Qui a marqué l’année 2022? ONFR+ a sélectionné cinq personnalités qui ont brillé sur la scène mondiale : Ivanie Blondin, Jonathan David, Zacharie Robichon, Pierre Simpson et Luc Chénier.  

Ivanie Blondin, patineuse de vitesse

Née à Ottawa, Ivanie Blondin est l’une des patineuses de vitesse les plus rapides de la planète. Avec deux médailles olympiques remportées à Beijing en février, dont la médaille d’or en poursuite par équipes avec ses coéquipières, la championne a aussi atteint un record olympique aux côtés de Valérie Maltais et Isabelle Weidemann.

En décembre, durant les championnats du monde, elle s’illustre déjà avec plusieurs médailles au compteur. En tout et depuis le début de carrière, l’ancienne élève de l’École secondaire catholique Garneau, à Orléans, possède près de 60 médailles en Coupe du monde dans les épreuves du 1500 m, 3000 m, 5000 m, départ groupé et poursuite par équipes.

Ivanie Blondin participe actuellement à la Coupe du monde de patinage de vitesse à Calgary au Canada. Crédit image : Rafal Oleksiewicz, Patinage de vitesse Canada

Jonathan David, d’Ottawa au Qatar

Comme de nombreux athlètes franco-ontariens, Jonathan David est un produit de l’École secondaire Louis-Riel à Ottawa. Ce joueur de soccer a participé en novembre dernier à la deuxième Coupe du monde du Canada après 36 ans d’attente.

À 22 ans seulement, il est considéré comme l’un des meilleurs attaquants du monde. Surnommé Iceman « l’homme de glace » par l’entraîneur canadien, ce franc-tireur est respecté pour son sang-froid sur le terrain.

Jonathan David contrôle le ballon contre Adrian Mariappa de la Jamaïque lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde 2022 à Toronto, Ontario, Canada. Crédit image : Denis Doyle / Intermittent / Getty Images Sport via Getty Images

Même si beaucoup de rumeurs parlent d’un transfert du joueur dans l’un des clubs les plus prisés d’Europe, Manchester United, ce ne sera pas de suite que Jonathan David remplacera Ronaldo au poste d’attaquant. Pour le moment, le Franco-Ontarien évolue au sein de son équipe lilloise (LOSC) en France, avec qui il est lié jusqu’en 2025.

Zacharie Robichon, une première aux 24 Heures du Mans

Né à Ottawa, cet ancien de l’école Louis Riel s’est imposé dans l’univers de la course automobile d’endurance. Au début de l’année, le Franco-Ontarien avait déjà terminé premier aux 24 Heures de Daytona (GTD PRO), en Floride, une course américaine prestigieuse.

C’est avec son équipe Proton Competition et au volant d’une Porsche 911 que le champion a concrétisé un rêve en juin 2022 : Les 24h du Mans (GTE AM). Ce pilote de course d’endurance est déjà confirmé pour plusieurs compétitions en 2023.

Zacharie Robichon qui entre dans sa Porsche 911 au lancement de la mythique course d’endurance à Le Mans en France. Crédit image : Drew Gibson

Luc Chénier et la guerre en Ukraine

Originaire d’Alexandria dans l’Est ontarien, Luc Chénier est le directeur du Kyiv Post, un média d’information ukrainien et international. Il a fui l’Ukraine aux premières semaines de la guerre. Lui et sa famille ont traversé l’Europe pendant 17 jours avant de rejoindre le reste de sa famille à Hawkesbury.

Après 22 ans en Ukraine, le journaliste soutient toujours son pays d’adoption. Garder l’information vivante : voilà son crédo.

Luc Chénier
Luc Chénier est directeur du Kyiv Post en Ukraine. Source : Facebook

Depuis le Canada et récemment depuis la Croatie, le Franco-Ontarien continue de diffuser du contenu sur son média, qui, en temps de guerre, est plus pertinent que jamais. Son équipe travaille toujours depuis l’Ukraine dans des conditions parfois dangereuses et c’est avec religion que Luc Chénier dirige les opérations.

En 2022, le jury du prix Pulitzer a honoré les journalistes ukrainiens pour leurs « courage, endurance et engagement à une couverture véridique » de l’invasion de leur pays par la Russie.

Pierre Simpson : du théâtre au thriller

Originaire de Welland, l’acteur franco-ontarien qui a brillé au Théâtre français de Toronto, foule les marches de grandes productions cinématographies. Pierre Simpson, qui a déjà joué pour Darren Aronofsky, a signé dans une production originale d’Amazon Prime, déjà numéro un au Canada : le village de Three Pines. La série de huit épisodes est diffusée au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et dans bien d’autres pays.

Dans Three Pines, qui se déroule dans les Cantons de l’Est québécois, Pierre Simpson joue le rôle d’un chef cuisinier, Gabri Dubeau. Dans cette série coproduite par Left Bank Pictures (The Crown, Outlander, White Lines…), le Franco-Ontarien est accompagné de l’acteur mondialement connu : Alfred Molina.

Pierre Simpson est à l’affiche de la série Le village de Three Pines diffusée sur Amazon Prime. Crédit image : Céleste Dubé

Le bilan fédéral de 2022 marqué par les camionneurs et le Convoi de la liberté

OTTAWA – Probablement l’une des nouvelles les plus marquantes à l’international, l’occupation du centre-ville d’Ottawa par le Convoi de la liberté aura sans aucun doute marqué l’actualité fédérale et nationale au Canada en 2022. Pour les francophones, le dépôt d’une Loi sur les langues officielles durable est finalement survenu, mais son adoption se fait toujours attendre.

Un lieu : Ottawa

Comment ne pas retenir le passage du Convoi de la liberté dans la capitale fédérale qui aura paralysé le gouvernement fédéral pendant près d’un mois? Des manifestants, venant d’est en ouest du pays, pour gronder contre les mesures sanitaires du fédéral ou pour certains, faire tomber le gouvernement Trudeau.

Manifestation du Convoi de la Liberté en février dernier à Ottawa. Crédit image : Pascal Vachon

Les manifestations ont eu un tel impact qu’elles se sont propagées à Windsor dans le Sud de la province et au poste frontalier de Coutts en Alberta. Des convois ont même été reproduits en France et en Belgique.

Dès le départ, la Police d’Ottawa est incapable d’empêcher et de contrôler la masse de gens affluant au centre-ville. Quelques jours après l’arrivée des manifestants, le maire d’Ottawa Jim Watson déclare l’état d’urgence.

Quelques jours plus tard, alors que le pont Ambassador à Windsor est assiégé à son tour par des manifestants, Doug Ford sort avec la version ontarienne de l’état d’urgence. Le 14 février, Justin Trudeau sort la massue. Il invoque la Loi sur les mesures d’urgence, jamais invoquée depuis sa création en 1988. Quelques jours plus tard, avec l’aide de différents corps de polices canadiens, les manifestants et les camions sont chassés du centre-ville d’Ottawa ramenant de nouveau, un sens de normalité dans la capitale fédérale.

La crise aura coûté le poste du chef de la Police d’Ottawa Peter Sloly qui remettait sa démission le lendemain de l’annonce de Justin Trudeau. On oublie aussi que l’arrivée des manifestants aura été la goutte qui aura fait déborder le vase pour le Parti conservateur, qui chasse son chef Erin O’Toole alors que le caucus est divisé sur l’arrivée de ce Convoi.

Le Convoi de la liberté a élu domicile fixe à Ottawa pendant près de trois semaines. Crédit image : Spencer Platt / Staff / Getty Images News via Getty Images North America

Une personnalité : Paul Rouleau

Suite à l’invocation de la Loi, le gouvernement Trudeau doit obligatoirement tenir une enquête indépendante. Une commission est créée et la tâche de présider celle-ci revient au juge franco-ontarien Paul Rouleau.

Ce dernier a retenu l’attention lors des audiences de la Commission sur l’état d’urgence rebaptisée en son honneur, la Commission Rouleau. Pendant près de six semaines, la soixantaine de témoins ont révélé les revers du décor au sein des organisations policières et des divers paliers de gouvernements impliqués.

On a notamment appris le peu d’intérêt du gouvernement Ford de se mêler de la situation arguant que c’était dans la cour du fédéral jusqu’au moment du blocus à Windsor. Justin Trudeau avait même blâmé Doug Ford de se cacher pour des raisons politiques à quelques mois des élections ontariennes. Le premier ministre ontarien a d’ailleurs pris, avec succès, la voie des tribunaux pour refuser de témoigner.

Le juge Paul Rouleau lors des audiences de la Commission. Gracieuseté de la Commission sur l’état d’urgence

Le manque évident de collaboration entre les différents corps de police et l’admission du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) d’avoir recommandé l’invocation de la Loi ont notamment marqué les audiences. Le tout a culminé par le passage de Justin Trudeau au dernier jour de la Commission. Paul Rouleau doit remettre au gouvernement en février son rapport justifiant ou non l’invocation de la Loi par le gouvernement Trudeau.

Un chiffre : 68 %

C’est le pourcentage de membres du Parti conservateur du Canada ayant voté pour Pierre Poilievre comme nouveau chef, une victoire écrasante pour le politicien d’origine fransaskoise.

Il a ainsi devancé Jean Charest. L’ex-premier ministre du Québec a obtenu un maigre 15 % des voix contre le député de Carleton, dont le message économique, centré autour de l’inflation et du prix du coût de la vie, a séduit un grand nombre de conservateurs, mais aussi de nouveaux électeurs canadiens. Le camp Poilievre disait avoir attiré 300 000 nouveaux membres lors de la course à la chefferie.

Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image: Stéphane Bédard
Le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre lors de son discours de victoire. Crédit image : Stéphane Bédard

Certaines de ses positions ont toutefois jasé et pourraient le rattraper lors d’une éventuelle campagne électorale. Il avait notamment conseillé d’investir dans de la cryptomonnaie (Bitcoin) pour s’échapper de l’inflation. Il a aussi affirmé qu’il congédierait le directeur de la Banque du Canada ou encore promis d’interdire la présence de membres de son gouvernement au Forum économique mondial, souvent la cible de théoriciens du complot.

Arrivé en poste en septembre, juste à temps pour la rentrée parlementaire, le nouveau chef s’est fait discret dans les derniers mois, évitant les grands médias traditionnels. Il a surtout consacré son temps à voyager à travers le pays, notamment dans le Grand Toronto et à Vancouver auprès des minorités ethnoculturelles des deux métropoles.

Une date : 1er mars

C’est en direct de Grand-Pré, lieu symbolique de l’Acadie, mais aussi de la déportation des Acadiens il y a près de 300 ans, qu’a été annoncé le dépôt de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. La ministre Ginette Petitpas Taylor faisait ainsi suite au projet de Loi C-32, déposé par sa prédécesseure Mélanie Joly, mais dont la mouture était destinée à mourir au feuilleton en raison des élections en 2021.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor à Grand Pré lors du dépôt de la réforme sur les langues officielles. Crédit image : Gracieuseté

C-13 marque depuis quelques mois les actualités reliées aux langues officielles au Parlement, alors que le projet de loi se trouve actuellement devant le comité et pourrait être passablement modifié.

De nombreux organismes comme la Fédération des communautés francophones et acadiene du Canada et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demandent son adoption le plus tôt possible. Cela pourrait survenir en mars 2023, mais la ministre n’est pas encline à utiliser les pouvoirs du bâillon qui pourrait forcer la Chambre des communes à notamment limiter le temps consacré à l’étude du projet de loi article par article.

« Je ne veux même pas aller là », concédait-elle en entrevue avec ONFR+ à la mi-décembre.

Une citation : « Bien que cela ait été un choc de voir les chiffres, ça n’a pas été une surprise »

Ce sont ici les propos de Justin Trudeau quelques jours après la sortie des données sur le français révélé en août par Statistique Canada. On a notamment appris que le français connaissait un fort déclin au Canada, en Ontario et au Québec. Si cette baisse était prévisible, elle a été plus prononcée que prévu par les experts.

Elle n’est cependant pas marquée de réveil auprès des politiques du gouvernement Trudeau, qui jusqu’à présent, n’a pas changé de cap dans sa stratégie sur les langues officielles ou encore dans l’immigration francophone par rapport à ces nouvelles statistiques. Justin Trudeau s’était dit « préoccupé » par « un déclin significatif » du français accentuant l’argument de son gouvernement avec C-13 de protéger le français, pas juste au Québec, mais aussi à travers le Canada.

Les affronts aux francophones en 2022 : la palme à Blaine Higgs

Qui aurait pu croire que la saga Michael Rousseau et les compressions dans la francophonie ontarienne en 2018 par Doug Ford n’aurait été qu’un pâle épisode comparativement à 2022 avec Blaine Higgs. Il a repoussé le plafond de verre cette année en s’attirant les foudres des Acadiens, mais aussi d’une partie de la population anglophone dans la seule province bilingue du Canada. ONFR+ vous dresse cinq gaffes et affronts envers les francophones en 2022 à travers le pays.

La nomination de Kris Austin

Jamais un geste du gouvernement dans l’histoire récente n’aura autant uni la communauté acadienne contre le gouvernement.

La nomination de Kris Austin, non seulement au cabinet, mais sur un comité chargé de réviser la Loi sur les Langues officielles a été reçue comme une véritable claque au visage. Kris Austin, ancien chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, parti hostile au bilinguisme officiel, qualifiait celui-ci de « gaspillage de fonds publics » en plus de prôner la fin du réseau de santé francophone et anglophone.

Kris Austin. Gracieuseté Assemblée législative du Nouveau-Brunswick

Sa nomination dans le cabinet aura été perçue comme le début de la fin dans la relation entre Acadiens et le gouvernement Higgs. Mais le premier ministre a relevé la barre quelques jours plus tard en nommant M. Austin à ce comité, ajoutant ne pas voir comment cela pourrait créer des frictions avec la communauté francophone. Cette nomination a soulevé l’ire de la communauté acadienne.

Une vingtaine d’organisations sont sorties en bloc pour exiger la démission de M. Austin, dont la nomination avait été qualifiée d’insulte. Même Justin Trudeau s’était mêlé de la partie.

Blaine Higgs à la rescousse des unilingues anglophones

Cette même révision de Loi sur les langues officielles aura été ignorée pendant près d’un an par Blaine Higgs qui y a finalement répondu… en ne mettant pas en œuvre directement une seule de la trentaine de recommandations d’un rapport de deux commissaires. Mais c’est plutôt les commentaires de l’ancien dirigeant d’Irving Oil qui ont été vus comme un affront.

Tout d’abord, il a affirmé que les francophones devaient se réjouir « qu’on ne leur ait rien enlevé ».

Ensuite, le premier ministre s’est posé en victime en affirmant ne pas avoir eu un parcours facile au moment où il a accédé à ce poste, car il a été attaqué sur le fait d’être un unilingue anglophone. Selon lui, le bilinguisme est une source de division au sein de la société néo-brunswickoise. Il se donne comme mission que d’autres anglophones « n’aient pas l’impression d’avoir un problème parce qu’ils ne peuvent pas parler les deux langues ».

L’abolition de l’immersion française au Nouveau-Brunswick

Le tout a débuté avec la démission fracassante du ministre de l’Éducation Dominic Cardy qui a publiquement dénoncé son patron dans une lettre publique. Blaine Higgs, exprimant le souhait de supprimer ce programme d’enseignement en langue seconde, aurait ignoré les conseils des fonctionnaires en affirmant à l’un d’eux « data my ass ». L’ex-ministre dénonçait le désir du premier ministre de supprimer ce programme dès 2023, pointant du doigt qu’on ne peut pas « modifier les échéances de grands systèmes en fonction de votre état émotionnel ».

« Le changement exige de la prudence, pas un boulet de démolition », disait-il.

Dominic Cardy. Capture d’écran Youtube

Un appel finalement ignoré alors que le Nouveau-Brunswick est allé de l’avant avec une annonce il y a deux semaines en supprimant le programme. Il sera remplacé dès 2023-2024, par un qui réduira le temps d’immersion en français à 50 % du temps, mais exposera davantage d’élèves anglophones.

La Laurentienne

Si les événements sont survenus en 2021, c’est cette année que divers rapports et correspondances ont révélé que toute la débâcle à l’Université Laurentienne aurait pu être évitée. Dans un rapport spécialement consacré à l’établissement, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk a indiqué que l’utilisation de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) n’était pas nécessaire et avait été effectuée dans le but d’outrepasser les négociations avec les syndicats des enseignants.

L’Université Laurentienne. Crédit image : Dominique Demers.

Pour les francophones, la défenseuse aux droits linguistiques, Kelly Burke, a révélé que La Laurentienne avait manqué à ses obligations légales (en vertu de la Loi sur les services en français) en supprimant des programmes francophones. Au total, 72 programmes, dont 29 dans la langue de Molière, sont disparus.

La Laurentienne a bien fini l’année en écrivant sa propre définition du Larousse pour francophone, en annonçant avoir embauché une rectrice francophone… ne parlant pas français.

1666 jours d’inaction du gouvernement Trudeau en langues officielles

Les années se suivent et se ressemblent pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Une refonte de celle-ci est promise par Justin Trudeau depuis juin 2018 et cette année en aura été encore une sans sanction royale dans ce dossier. L’an dernier, le gouvernement avait promis un dépôt de la Loi dans les 100 premiers jours, une promesse non tenue après que le gouvernement ait invoqué des questions juridiques pour repousser cet échéancier.

Le projet de Loi C-13 a finalement été déposé en mars par la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor, qui avait bon espoir de l’adopter d’ici Noël, à ce moment-là.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles.
Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Crédit image : Tijana Martin ©La Presse canadienne

Une motion du gouvernement dans les dernières semaines de la session parlementaire pour réduire le temps de débat en comité n’aura pas suffi, alors que les partis de l’opposition, en particulier le Bloc Québécois, ont tout fait pour ralentir le processus. Au bout de la ligne, le constat reste le même, les organismes et communautés francophones attendent toujours cette Loi, promise depuis belle lurette.

Ces Franco-Ontariens qui nous ont quittés en 2022

L’année 2022 aura été particulièrement marquée par des décès de figures franco-ontariennes importantes avec Gisèle Lalonde en tête. Mariette Carrier-Fraser, Marguerite Andersen, Martin Arseneau, Denis Berthiaume, Sylvie Lessard, Bernard Lecerf, Ursule Leboeuf, Olga Lambert et Caroline Andrew sont aussi certaines de ces autres personnalités décédées. ONFR+ leur rend un dernier hommage.

Gisèle Lalonde, la résistance en personne

Si le combat de la francophonie ontarienne devait porter un seul nom, cela serait sans doute celui de Gisèle Lalonde.

Véritable figure de proue du mouvement SOS Montfort qui a défié le gouvernement Harris dans les années 90 avec pour point d’orgue une manifestation historique de quelque 10 000 Franco-Ontariens, ce qui a conduit à l’empêchement de la fermeture de l’hôpital francophone d’Ottawa, cette ancienne mairesse de Vanier et enseignante a inspiré plus d’un.

Cet esprit combatif n’a pas manqué de lui valoir moult distinctions dont celle de chevalier de l’Ordre de l’Ontario ou encore celle de l’Ordre du Canada qui est la plus haute distinction civile du pays, ni plus, ni moins. Gisèle Lalonde est décédée le 27 juillet à l’âge de 89 ans.

Gisèle Lalonde. Archives ONFR+

Sylvie Lessard, dans l’ombre de la culture

La communauté franco-ontarienne en général et celle du Grand Sudbury en particulier ont perdu, le 9 août dernier, une figure de premier plan dans la chose de la vie culturelle.

En effet, Sylvie Lessard a occupé plusieurs fonctions et a accompli des merveilles dans ce domaine, et ce dans les coulisses, sans flashs, ni fanfares. Elle a, entre autres, été l’une des instigatrices derrière la création de la nouvelle Place des Arts, au centre-ville de Sudbury.

Elle a également joué un rôle important dans le développement public du Théâtre du Nouvel-Ontario où elle a fini par occuper le poste de directrice des communications. Cette liste est bien entendu loin d’être exhaustive.

Martin Arseneau, un gestionnaire de talent

À peine quelques jours après la triste annonce de la mort de Sylvie Lessard, celle de Martin Arseneau a suivi le samedi 27 août, et ce à la fleur de l’âge, à 42 ans.

Acadien de naissance et Franco-Ontarien d’adoption, Martin Arseneau a occupé plusieurs tâches de premier plan, notamment dans le secteur de la gestion. Ainsi, il s’est hissé jusqu’au poste de directeur général de Réseau Ontario, fonction qu’il a occupée pleinement jusqu’à son décès.

Par ailleurs, le gestionnaire avait également mis ces connaissances au profit du Congrès mondial acadien dont il a été le directeur des communications en 2014.

Martin Arseneau. Archives Onfr+

Denis Berthiaume, entre courage et résignation

« Mon corps est en train de dire au revoir à la vie, car il n’a plus le choix. Il ne répond plus de la bonne façon. La monture arrive en bout de course et, malgré les nombreux moments de repos, elle ne récupère plus très bien ni très rapidement. J’avoue que cela me décourage, mais je n’ai d’autre possibilité que de l’accepter. » C’est avec ces mots emplis de courage et de résignation que Denis Berthiaume avait annoncé sur Facebook l’inévitable.

Cet ancien vice-recteur de l’Université de l’Ontario français, psychologue de formation et auteur de plusieurs ouvrages avait alors décidé de recourir à l’aide médicale à mourir. Son décès a été déclaré officiellement le 2 septembre.

Denis Berthiaume, ardent défenseur de l'Université de l'Ontario français et de la transdisciplinarité. Source: YouTube UOF
Denis Berthiaume. Archives ONFR+

Bernard Lecerf, le passionné

Musique classique, jazz, chansons francophones, cinéma, football, squash… Bernard Lecerf était ce qu’on appelle un véritable passionné touche-à-tout.

Arrivé de Rennes en France en 1967, il intègre illico le secteur de l’éducation en tant que professeur de français à St Catharines puis à Toronto où il a occupé le poste d’enseignant à Upper Canada College et ce pour une bonne quarantaine d’années. Ensuite, il a occupé des fonctions administratives jusqu’à sa retraite en 2014.

Toutefois, le mot inactivité ne faisait pas partie du dictionnaire de sa vie, car il a mis son temps, son expérience et son savoir-faire au service du Conseil d’administration de Cinéfranco dont il était le co-directeur. Bernard Lecerf est décédé le 7 septembre dernier.

Mariette Carrier-Fraser, une vie dédiée à l’éducation francophone

Quelques jours après les décès de Denis Berthiaume et de Bernard Lecerf, c’était au tour des proches de Mariette Carrier-Frasier d’annoncer la mort de cette dernière le 15 septembre, et ce à l’âge de 78 ans.

Pour les rares personnes qui ne la connaissent pas, Mariette Carrier-Frasier a occupé, entre autres, le poste de présidente de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario durant quatre années.

Plus que cela, et selon le témoignage de tous, c’est à elle que l’on doit le système actuel d’éducation en français en Ontario. Si preuve en faut, elle est derrière la création des 12 conseils scolaires de langue française en Ontario ainsi que du Collège Boréal ou encore du Collège des Grands Lacs.

Mariette Carrier-Fraser, ancienne présidente de l'AFO
Mariette Carrier-Fraser. Archives ONFR+.

Ursule Lebœuf ou tante Ursule

Comme si une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, deux jours après le décès de Mariette Carrier-Frasier, la communauté franco-ontarienne s’est réveillée le 17 septembre sur l’annonce de la mort d’Ursule Leboeuf à l’âge de 95 ans.

Cette figure de la francophonie du Sud-Ouest ontarien est la fondatrice du Centre culturel communautaire St-Cyr ainsi que du Club de l’âge d’or.

Native de Pointe-aux Roches, sur la rive du lac St. Clair et enseignante de profession, la défunte a consacré toute sa vie à la chose de la langue et de la culture francophone. Un engagement et une longévité qui lui ont valu le surnom de « Tante Ursule ».

Ursule Rondot-Lebœuf, figure bien connue de la francophonie du Sud-Ouest ontarien.
Ursule Lebœuf. Archives Onfr+

Marguerite Andersen, la plume pour arme

Sa maison d’édition, Prise de parole la surnomme « La doyenne des lettres franco-ontariennes » ou encore « La précurseure de l’autofiction ». Et pour cause, Marguerite Anderson était romancière, nouvelliste, poète et essayiste avec une vingtaine d’ouvrages à son actif dont plusieurs ont été primés, avant de s’éteindre le 5 octobre dernier à l’âge de 97 ans.

Originaire d’Allemagne, cette prolifique autrice franco-ontarienne a su puiser d’une bien belle manière dans son parcours d’immigrante atypique afin d’aborder avec une plume tantôt féministe, tantôt moderne et souvent les deux à la fois des sujets touchant de plein fouet la condition de la femme. L’un de ses romans qui ont connu un succès immédiat est intitulé De mémoire de femme.

Toutefois, c’est avec les romans Le figuier sur le toit et La mauvaise mère que l’écrivaine a décroché à deux reprises le prestigieux prix Trillium en 2009 et en 2014.

Marguerite Andersen
Marguerite Andersen. Archives ONFR+

Olga Lambert ou la résilience à toute épreuve

Nous lui consacrions en janvier 2022 notre rubrique hebdomadaire, la Rencontre d’ONFR+ alors qu’elle venait de se voir décerner la médaille du Souverain pour les bénévoles des mains de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Elizabeth Dowdeswell.

Olga Lambert a rendu l’âme le 29 octobre à l’âge de 62 ans. Toutefois, cette bénévole pugnace et de longue date, notamment auprès de la communauté franco-ontarienne, ne s’est pas rendue à la faucheuse sans se battre, loin de là.

En effet, cette immigrante d’origine togolaise et née en France a lutté durant 14 ans contre pas moins de 4 cancers avant de succomber finalement à celui de l’estomac.

Olga Lambert. Archives ONFR+.

Caroline Andrew, sciences et francophonie

Originaire de la Colombie-Britannique, Caroline Andrew s’est installée dans la capitale fédérale du Canada en 1971 pour travailler, durant 30 ans, en tant que chercheuse et professeure à l’Université d’Ottawa.

Le politologue en devient également la présidente du Groupe de travail sur le respect et l’égalité. De plus, Caroline Andrew a occupé le poste de doyenne de la Faculté des sciences sociales entre 1997 et 2005, puis directrice du Centre d’études en gouvernance de l’Université d’Ottawa de 2008 à 2018.

Caroline Andrew. Archives Onfr+

Pénaliste au sommet des États généraux de la francophonie en 2012, la défunte a été couronnée de la distinction de l’Ordre du Canada trois ans après. Son décès a été annoncé le 26 novembre dernier.

Une année politique provinciale éprouvée

2022 n’a pas été de tout repos. Le gouvernement a été critiqué pour la longévité des mesures contre la COVID-19 et l’absence du premier ministre durant le convoi des camionneurs à Ottawa n’a pas fait l’unanimité. Les Ontariens lui ont tout de même offert un second mandat, tandis que les députés de l’Assemblée législative et leurs chefs ont fait beaucoup parler d’eux. Voici quelques faits mémorables en une date, un chiffre, une personnalité, un lieu et une citation.

Une date : 3 juin

Lorsque les quatre grands partis politiques de la province se sont affrontés sur le ring électoral, le Parti progressiste-conservateur, silencieux et pragmatique, a tiré son épingle du jeu. La réélection de Doug Ford à la tête de l’Ontario n’était certes pas une surprise, mais la majorité écrasante obtenue par le parti (83 sièges), n’en a laissé que 30 aux néo-démocrates et huit seulement pour les libéraux. Mike Schreiner est resté, quant à lui, l’unique voix du Parti vert.

Doug Ford, le 3 juin 2022, après sa victoire. Crédit image : Joanne Belluco.

Un chiffre : 1,5 million

Mesure phare du gouvernement, en 2022, le premier ministre de l’Ontario a annoncé son intention de construire 1,5 million de logements d’ici à 2031. Un objectif parfois jugé irréalisable, mais le gouvernement entend bien réussir ce pari. À l’automne, la Loi de 2022 pour des maires forts et pour la construction de logements a été adoptée. De même que la Loi de 2022 visant à améliorer la gouvernance municipale afin que les maires de Toronto et d’Ottawa puissent collaborer dans la construction de ces logements.

Afin de permettre cette croissance, le gouvernement vise une réduction des coûts et des formalités administratives qui retardent la construction. Il est aussi prévu : la création de bâtiments à proximité des transports en commun, la réforme du zonage pour une « densification douce » et l’utilisation de « terres provinciales » pour plus de logements.

Des logements en cours de construction à Toronto.
Des logements en cours de construction à Toronto. Archives ONFR+

Une personnalité : Amanda Simard

L’ancienne députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell a perdu son siège en 2022 aux dépens de son adversaire progressiste-conservateur, Stéphane Sarrazin. Cette défaite a sonné le glas de quatre années mouvementées pour l’élue de l’Est ontarien.

Sous la bannière des progressistes-conservateurs, la députée élue en 2018 s’était opposée à son chef, Doug Ford, au moment des compressions sur les services en français. Son parti avait annulé le projet de l’Université de l’Ontario français et avait mis fin au poste de commissaire aux services en français. Mme Simard avait alors claqué la porte pour devenir indépendante, avant de rejoindre le camp libéral.

Amanda Simard a été députée provinciale pendant quatre ans. Crédit image : Yana Pigot

Un lieu : Ottawa

Lieu de convergence des camionneurs en début d’année, Ottawa s’est retrouvé au cœur d’un conflit prenant une ampleur nationale. Après plusieurs jours de blocage et le déclenchement de l’état d’urgence par la ville, la province et le gouvernement fédéral, les manifestants avaient fini par être éjectés du centre-ville.

Le manque de coopération de la province a été révélé dans des témoignages et un enregistrement divulgué au cours de l’enquête publique de la Commission d’enquête sur l’état d’urgence, à laquelle Doug Ford a refusé de participer. Dirigées par le juge franco-ontarien Paul Rouleau, les audiences publiques se sont tenues du 13 octobre au 2 décembre à Ottawa et devraient déboucher sur un rapport l’année prochaine.

Paul Rouleau durant la commission d’enquête sur l’état d’urgence à Ottawa. Crédit image : Commission sur l’état d’urgence

Une citation : « Ne soyez pas un tyran »

Scandé et brandi sur les pancartes des manifestants hostiles au passage en force du gouvernement, le slogan est clair : « Don’t be a bully, Ne soyez pas un tyran. »

Manifestant devant Queen’s Park et partout en Ontario, le personnel du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a exigé en novembre dernier de meilleures conditions de travail et un processus de négociations transparent, alors que les tractations en vue du renouvellement de leur convention collective tournaient court.

Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce et le premier ministre Doug Ford ont tenté de forcer ces agents de la fonction publique à retourner au travail en utilisant la clause dérogatoire, une disposition de dérogation de la Charte canadienne des droits et libertés souvent jugée « extrême ». Le gouvernement a finalement retiré la Loi 28 et sa controversée clause dérogatoire, mettant fin au mouvement, puis débouchant sur une entente de principe.

« Don’t be a bully, Ne soyez pas un tyran » est une citation qui a rythmé les manifestations durant la grève des travailleurs en éducation. Capture d’écran/ONFR+

Pannes de courant : des milliers de clients sans électricité dans l’Est et à Ottawa

5100 clients sont privés d’électricité dans l’Est ontarien vendredi après-midi alors que près de 9000 l’étaient aussi à Ottawa en raison de vents de 70 à 80 km/h ayant touché la région dans les dernières 24 heures. Dans le Nord, la situation est plus calme alors que dans le Sud-Ouest, la situation s’est empirée au cours des dernières heures avec près de 13 800 clients qui sont touchés par un manque d’électricité.

De Cumberland jusqu’à Hawkesbury, on comptait près de 105 pannes de courant, à 14h30, affectant les clients d’Hydro One dans l’Est ontarien, en avant-midi. L’électricité devrait être de retour en soirée dans l’Est ontarien. Hydro One s’attend à ce que des rafales violentes et dommageables se poursuivent tout au long de la journée, ce qui pourrait entraîner davantage de pannes.

À 14h selon Hydro Ottawa, c’était 8600 clients dans la capitale nationale qui étaient touchés par la trentaine de pannes de courant alors que c’était près de quatre fois plus en matinée.

Dans les prochains jours à Ottawa et dans l’Est ontarien, il est prévu de 5 à 15 cm de neige supplémentaires d’ici samedi matin. La chute de température vendredi devrait entraîner à un gel soudain en après-midi, prévient Environnement Canada.

À l’heure actuelle, Toronto n’a pas été grandement affecté, mais ce n’est pas le cas dans le Sud-Ouest où la situation s’empire. Ce matin, environ 4000 clients étaient touchés par des pannes de courant alors que ce nombre avait triplé aux alentours de 14h. Hydro One envisage, dans la région, la possibilité de lignes électriques frappées par des chutes de branches ou d’arbres plus tard dans la journée en raison des vents forts. Les équipes, prêtes à intervenir au plus vite, pourraient être retardées par les conditions routières dangereuses, comme le blizzard et le gel soudain, prévient-on.

Dans le Nord, les conditions météo n’ont pour le moment provoqué aucune panne notable, mais 20 à 40 cm de neige devrait s’accumuler d’ici samedi dans le Nord-Est.

Les rues de Toronto désertées aux alentours de 12h30. Crédit photo : Sandra Padovani

Des écoles fermées et le transport collectif affecté

Le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) et le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) avaient chacun annoncé jeudi la fermeture des salles de classes et garderies pour le 23 décembre. De son côté, OC Transpo avait prévu la fermeture de certains arrêts d’autobus. Certaines stations du Train léger étaient aussi hors service.

Les enfants ne se rendent pas à l’école aujourd’hui, la grande majorité des écoles étant fermées dans le Sud-Ouest de la province. La Commission de transport de Toronto a déjà fermé 41 arrêts de bus. La ville de Toronto recommande aux citoyens d’éviter de se déplacer aujourd’hui. Plus tôt cet après-midi sur l’autoroute 402, une collision à grande échelle a impliqué 50 véhicules sur Kerwood Road. La portion d’autoroute entre London et Sarnia est désormais fermée dû à l’incident et à la détérioration des conditions.

L’aéroport international Pearson affiche déjà 40 % d’annulation des vols à l’heure actuelle, un chiffre en constante augmentation alors que la tempête progresse.

Le transport scolaire était annulé dans plusieurs écoles du Nord-Est comme à Cochrane, Kapuskasing, Timmins et Hearst, dont les établissements n’ont pas encore fermé leurs portes pour le congé des fêtes. Au niveau des autoroutes, seule la 631 allant de White River à Palmquist est fermée. Des vols pourraient être perturbés dans les aéroports régionaux tandis que les autocars d’Ontario Northland devraient circuler sans difficulté.

Cet article sera mis à jour au courant de la journée. Il a été mis à jour pour la dernière fois à 12h59.

Article écrit en collaboration avec Inès Rebei et Sandra Padovani.

Gang de hockey : la nouvelle série franco-ontarienne pour ados

ORLÉANSCe 22 décembre, ATO Média et TFO présentaient la nouvelle série Gang de hockey qui raconte l’histoire de Nadie, une adolescente qui traverse une période difficile et intègre l’équipe de hockey de son école. Interprétée par l’actrice franco-ontarienne, Maya Skabar, le personnage de Nadie offre une réelle représentation des défis de la jeunesse. Gang de hockey souligne aussi le jeu féminin de ce sport trop souvent attribué aux hommes.

C’est l’histoire d’une jeune adolescente, Nadie, qui vient de perdre sa mère. Ses notes à l’école chutent au point de devoir intégrer l’équipe féminine de hockey de son école, si elle ne veut pas changer d’établissement. Seul problème : elle ne sait pas vraiment patiner et donc devient gardienne de but. Entièrement tournée dans la région d’Ottawa et avec une distribution presque 100 % franco-ontarienne, cette série veut promouvoir le sport féminin chez les jeunes adolescentes, mais surtout le développement de soi.

Maya Skabar, au micro d’ONFR+ révèle avoir toujours voulu incarner un personnage tel que Nadie : « Je sentais que c’était quasiment une partie de moi, nous avons une personnalité similaire, Nadie est aussi une « leader underdog« . »

Plus jeune, l’actrice explique n’avoir jamais vu ce genre de personnage à la télévision.

« Cela m’aurait aidé dans mon cheminement personnel, mais aussi d’être plus confortable avec mon accent. »

L’actrice franco-ontarienne Maya Skabar, lors du lancement de la série au Centre des Arts Shenkman à Orléans. Crédit image : Lila Mouch

Une série qui fait du bien 

C’est la jeunesse franco-ontarienne qui est représentée ici. En plus d’illustrer fidèlement le quotidien des adolescents, Gang de hockey, c’est le cocktail vibrant de l’identité franco-ontarienne, jeune, résiliente et persévérante.

Jocelyn Forgues, co-réalisateur de la série au côté d’Émilie Martel aime le fait d’avoir mis en lumière des équipes féminines dans le sport et en particulier dans le hockey. « J’aime beaucoup la fiction pour adolescents, eux qui sont souvent délaissés dans cette catégorie. »

La productrice Kristel Viduka et le co-réalisateur Jocelyn Forgues. Crédit image : Lila Mouch

Si cette série fait du bien, c’est parce que « les jeunes francophones vont se reconnaître », pense le réalisateur. Pour lui, la façon dont cette histoire est mise en scène est fidèle à la réalité, « ce n’est pas du Hollywood, ce n’est pas du Disney, c’est la vraie vie ».

Ce que corrobore Karina Potvin, entraîneuse de l’équipe de hockey féminine de l’école secondaire Louis Riel. Pour elle, une histoire comme Nadie, c’est réel. « C’est un exutoire, les gens que tu retrouves dans ton équipe, c’est comme une autre famille avec qui tu peux venir te défouler. »

Un casting très franco-ontarien

Seulement deux acteurs ne sont pas franco-ontariens dans Gang de hockey et pour le réalisateur : représenter la communauté, c’est important. En plus, « les jeunes franco-ontariens vont reconnaître leur accent. »

« C’est possible de faire de la télé en français chez nous », rajoute-t-il. Lui-même franco-ontarien, Jocelyn Forgues assure qu’il y a de l’avenir dans le cinéma francophone en Ontario.

L’enseignante de l’École Louis-Riel, Karina Potvin et son élève Tatiana, joueuse de hockey et actrice dans la série Gang de hockey. Crédit image : Lila Mouch

De même pour Kristel Viduka, la productrice de la série qui révèle avoir voulu être authentique dans ce projet. Il y avait une réelle volonté de montrer les défis des adolescents, a-t-elle indiqué.

Pour Brandon Tremblay, qui joue le rôle d’Antoine, le coup de cœur de Nadie dans la série, « on ne parle pas assez des adolescents franco-ontariens. Cette série va inspirer des jeunes qui vont se reconnaître dans le personnage de Nadie, c’est certain ».

Une vision du hockey féminin

« Ce qui m’a emballé aussi, c’est de voir de jeunes filles dans un univers qui est encore trop vu comme masculin », estime la productrice.

Tout comme Brandon Tremblay, qui affirme, qu’il faut plus de séries de ce genre. Le jeune acteur rappelle que les différences salariales aberrantes existent toujours entre les joueurs masculins et féminins.

Il y a donc encore des différences notables, même si pour Karina Potvin, les équipes féminines dans ce sport voient du progrès.

« Le calibre aujourd’hui est incroyable et je trouve plaisant que les filles puissent jouer à ce niveau-là », affirme celle qui fut première capitaine des GeeGees de l’Université d’Ottawa.

« Il y a aussi une évolution dans la représentation des jeunes filles dans le hockey, même s’il y a encore du travail à faire », renchérit-elle.

Gang de hockey
Les joueuses de hockey professionnel, Coralie Larose et Fannie Desforges. Crédit image : Lila Mouch

Coralie Larose, joueuse de hockey professionnelle et originaire d’Embrun, sait de quoi elle parle. Elle qui a été joueuse de hockey, ici au Canada, mais aussi aux États-Unis et récemment en Suisse, constate qu’il y a beaucoup de chemin à faire et notamment en Europe.

Pour la sportive, le hockey féminin aurait besoin d’un coup de pouce médiatique.

« J’ai eu la chance de jouer très jeune dans des équipes féminines, mais ce n’est pas le cas de toutes mes coéquipières qui commençaient souvent dans des équipes de garçons, parce que ce n’était pas une option pour elles », raconte Caroline Larose.

Le sport : un atout dans la vie de tous les jours

À la question, quel conseil donneriez-vous à une adolescente qui veut faire un nouveau sport sans aucune expérience? Maya Skabar répond : « Apprendre une nouvelle habilité, apprendre quelque chose de nouveau, c’est déjà bien. On est toujours en évolution alors, je dirai que déjà sortir de sa zone de confort, ce n’est pas si mal. »

Brandon Tremblay, Jocelyn Forgues et Maya Skabar. Crédit image : Lila Mouch

Fannie Desforges est, elle aussi, joueuse de hockey en équipe féminine, et ce, depuis près de 20 ans. « Le hockey m’a ouvert des portes dans ma carrière et je me suis beaucoup développée à travers ça. »

Pour la sportive de haut niveau, Gang de hockey est certes « une série dramatique pour adolescents, mais beaucoup de choses dans la série pourront aider les parents ».

« L’esprit sportif, la collaboration et la cohésion », ajoute-t-elle, « ce sont les valeurs du sport, mais dans le hockey, tu gagnes en plus 24 sœurs et des amies pour la vie ».

La série Gang de hockey sera diffusée dès le 8 janvier à 19h30 sur les ondes de TFO.