La culture franco-ontarienne en 2022 : entre une ouverture attendue et le décès d’une géante littéraire

2022 aura été la bonne pour la Place des Arts du Grand Sudbury qui aura finalement vu le jour après tant d’années de va-et-vient pour les francophones du Nord de l’Ontario. L’année 2022 aura toutefois vu une géante de la culture nous quitter en Marguerite Andersen, la doyenne de la littérature franco-ontarienne pendant plusieurs décennies. ONFR+ vous dresse le constat de l’année 2022 dans le monde culturel de l’Ontario français en cinq faits : une date, un chiffre, une personnalité, un lieu et une citation.

Une date : 1er octobre

Il s’agit de la date du décès de Marguerite Andersen, l’auteure féministe et figure de proue pour l’Ontario français. Celle qui s’est éteinte à l’âge de 97 ans a derrière elle une carrière prolifique d’écrivaine ainsi que d’enseignante à l’international.

Ses oeuvres De Mémoire de femme (1982), Parallèles (2004), Doucement le bonheur (2006), Le figuier sur le toit (2008), La Mauvaise mère (2013) puis La soupe (2015) lui ont notamment fait remporté une série de prix prestigieux et ainsi conforté son statut de « doyenne des lettres franco-ontariennes » ainsi que de « précurseure de l’autofiction », pour reprendre les mots des éditions Prise de Parole.

Mme Andersen est devenue Membre de l’Ordre du Canada en 2016 en plus d’avoir été directrice du Département d’études de lettres françaises de l’Université de Guelph. C’est sans oublier sa contribution à la Chaire d’Études sur les femmes à l’Université Mount Saint Vincent.

L'écrivaine Marguerite Andersen. Crédit image: TFO
L’écrivaine Marguerite Andersen. Crédit image : TFO

Un chiffre : 45 000

C’est le nombre de billets vendus au Festival du film de Windsor (WIFF), qui s’est déroulé sur 11 jours et qui a projeté 331 films au total. Un record sous la direction générale du franco-ontarien Vincent Georgie, suite à deux ans de perturbations pandémique

Vincent Georgie, homme d’affaires à la tête de l’organisation depuis 2013, œuvre à faire rayonner chaque année ce lieu de rassemblement bilingue des adeptes du cinéma du sud de l’Ontario.

Vincent Georgie, directeur général et programmeur en chef du Festival international du film de Windsor (WIFF). Crédit image: WIFF
Vincent Georgie, directeur général et programmeur en chef du Festival international du film de Windsor (WIFF). Crédit image : WIFF

Celui qui travaille parallèlement comme professeur à l’Université de Windsor, a aussi donné des formations à la Fédération de la Jeunesse franco-ontarienne (FESFO), où ce dernier a lui-même développé ses habiletés de leaders, comme il avait mentionné en entrevue avec le TFO. Son dévouement pour le festival offre une visibilité sans pareil pour le cinéma francophone à l’international.

Une personnalité : Mani Soleymanlou

Celui qui succède à Brigitte Haentjens à la direction artistique du Théâtre français du Centre National des Arts à Ottawa a commencé sa saison en force en foulant les scènes des théâtres à travers les différentes communautés francophones d’est en ouest du Canada avec son spectacle Un. Deux. Trois.

Sa pièce, profondément d’actualité, enchaîne trois de ses spectacles emblématiques et questionne l’identité francophone avec un grand I, soit celle qui passe par la langue, le ou les pays d’origine, le genre, la culture, la génération et plus encore. Son vécu personnel s’entrechoque et se confronte à celui de 36 autres interprètes venus de communautés francophones des quatre coins du pays, ce qui instaure une série de débats qui poussent les réflexions sur plusieurs discussions d’actualités.

À noter la présence dans cette distribution d’artistes franco-ontariens de la scène : France Huot, Jean-Marc Dalpé, Danielle Lesault-Farmer, Chloé Thériault, Dillon Orr, Lionel Lehoulier, Ziad Ek, Moriana Kachmarsky, qui ont œuvré à ce qui semble être une étape d’un processus de réconciliation intergénérationnel.

Mani Soleymanlou et ses 36 interprètes viennent de conclure leur tournée pancanadienne avec cette œuvre phare de ce siècle.

2022
Le directeur artistique du théâtre français du CNA, Mani Soleymanlou. Crédit image : CNA

Un lieu : la Place des Arts du Grand Sudbury

La Place des Arts du Grand Sudbury a longtemps fait partie des rêves de plus d’un Franco-Ontarien. Ce centre culturel francophone aujourd’hui emblématique est le résultat du travail acharné sur 14 ans de la part du Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS), réunissant le Salon du livre de Sudbury, le Centre franco-ontarien de folklore, les Éditions Prise de parole, l’événement La Nuit sur l’étang, le Théâtre du Nouvel-Ontario, la Galerie du Nouvel-Ontario et le Carrefour francophone.

Situé au centre-ville de Sudbury, ce dernier a pour mission de centraliser, de rendre accessible et de favoriser le rayonnement de la culture francophone dans la ville. Son ouverture a été décalée à de nombreuses reprises depuis 2010, et c’est en 2022 qu’il a enfin ouvert ses portes.

Cet automne, la Place des Arts a déjà accueilli festivals, concerts, conférences, spectacles et expositions dans sa salle de spectacle de 299 places, sa galerie d’art contemporain, sa boutique, son centre artistique de la petite enfance ainsi que dans son bistro. Le Nord pourra bientôt entre autres assister à l’emblématique festival la Nuit sur l’étang, la pièce de théâtre documentaire à succès Mononk Jules et le spectacle Juste pour rire.

2022
Photo prise lors de la soirée d’ouverture de la Place des Arts en avril dernier. Archives ONFR+

Une citation

« Je me souviens qu’il y a 15-10 ans, on s’inquiétait de qui allait être la relève et comment elle allait être. Aujourd’hui je le constate plus que jamais, nos communautés ont une résilience incroyable, une volonté de continuer. On trouve des jeunes qui reprennent des flammes et qui continuent dans des conditions qui ne sont pas faciles. »

Ce sont les propos de l’actuel directeur général du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) Arash Mohtashami-Maali en entrevue avec ONFR+. Après deux ans de pandémie, mais aussi après une certaine période de transition marquée par les années très revendicatrices des années 1970, notamment avec l’émergence de groupes et acteurs culturels comme CANO.

Celui qui est passé par la Maison d’édition L’Interligne ou encore le Conseil des arts du Canada y voit toujours un avenir vivant pour le monde culturel franco-ontarien.

2022
Arash Mohtashami-Maali. Crédit image : Gilbert Gosselin

Un bilan francophone 2022 contrasté entre un déclin et des acquis solides

Des figures francophones fortes qui s’imposent, des élections qui rebattent les cartes linguistiques ou encore un recensement pour les francophones à la baisse. Si on peut parler d’un recul de la francophonie, c’est sans compter sur une résilience et une combativité renforcées. L’essentiel de 2022 avec une personnalité, une date, un chiffre, un lieu et une citation.

Une personnalité : Michelle O’Bonsawin

Le parcours de Michelle O’Bonsawin marque une vraie représentation de la francophonie au sommet. Siégeant auparavant à la Cour supérieure de justice de l’Ontario depuis 2017, la Franco-Ontarienne, originaire de la communauté abénakise d’Odanak, devient en 2022 la première juge autochtone à accéder à la plus haute magistrature canadienne.

Lors de son assermentation officielle, le 28 novembre dernier, Michelle O’Bonsawin a été saluée en sa qualité de femme, de francophone et d’autochtone. Ses expériences et son point de vue uniques ont été reconnus comme atouts participant à l’amélioration de la justice canadienne.

Outre les critères d’aptitudes et d’expériences personnelles, d’intégrité et d’engagement requis pour les nominations, le gouvernement met un point d’honneur à nommer des juges complètement bilingues de façon à ce que la Cour suprême instruise des appels en français et en anglais, interagisse avec les avocats plaidant dans la langue officielle de leur choix et utilisant des documents écrits dans l’une des deux langues également.

Michelle O’Bonsawin, nommée juge à la Cour suprême. Archives ONFR+

Une citation : « Monfort fermé, jamais. »

La disparition de Gisèle Lalonde le 27 juillet 2022 a ébranlé tout l’Ontario francophone. Elle s’est éteinte à l’âge de 89 ans à l’Hôpital Montfort d’Ottawa.

La capitale, dont les drapeaux de l’hôtel de ville restent en berne, est en deuil. Montfort, un dernier lieu de vie symbolique pour cette militante dans l’âme connue pour le combat S.O.S Monfort qu’elle mène en 1997, alors âgée de 63 ans, pour la survie du seul hôpital francophone de l’Ontario. « Montfort fermé, jamais », une citation qui aura marqué l’ère de résistance de cette géante de la francophonie ontarienne.

Après l’annonce de la fermeture par le gouvernement provincial, 10 000 Franco-Ontariens la suivent dans les rues protestant leur opposition, avant d’obtenir gain de cause cinq ans plus tard. Avant d’être décorée des plus hautes distinctions – chevalier de l’Ordre de la Pléiade de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française, membre de l’Ordre des francophones d’Amérique et dame chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, chevalier de la Légion d’honneur, membre de l’Ordre du Canada, membre de l’Ordre de l’Ontario -, elle est également la première mairesse de Vanier, fondatrice et présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Reconnue pour son implication dans les domaines de l’éducation, elle dédie sa vie à la défense, à la protection et la reconnaissance des droits des francophones d’Ontario et du Canada dont elle restera à jamais dans les mémoires.

La militante franco-ontarienne Gisèle Lalonde. Crédit image : Stéphane Bédard

Une date : 24 octobre

Le 24 octobre 2022, jour des élections municipales, voit émerger de nouveaux maires franco-ontariens avec un élan majeur dans le Nord de l’Ontario. Michelle Boileau, conseillère municipale, est élue première mairesse franco-ontarienne à Timmins tandis que Paul Lefebvre devient maire de Sudbury et le premier Franco-Ontarien à la tête de la plus grande ville du Nord, dont 22,5 % de la population a pour langue officielle le français. Matthew Shoemaker, parlant couramment le français, s’impose quant à lui à Sault-Sainte-Marie. Un pied de nez à la déclaration de ville unilingue anglophone de 1990.

Si la nouvelle mairesse de Nipissing Ouest Kathleen Thorne-Rochon s’exprime bien en français, elle est également entourée de huit conseillers municipaux dont six élus francophones. L’ancien président de l’AFMO, Roger Sigouin, est réélu à Hearst pour son 6e mandat. À Moonbeam, l’ancien conseiller municipal Éric Côté l’emporte.

Alors que le Sud-Ouest ontarien demeure majoritairement anglophone, dans l’Est ontarien, malgré une démission de la mairesse francophone de Cornwall, Bernadette Clement, nommée au Sénat en juin 2021, le bastion francophone reste présent. Yves Laviolette s’impose à Alfred-Plantagenet où le français a pignon sur rue. La francophone Geneviève Lajoie est élue première mairesse à Casselman.

Le français reste toutefois une de ses priorités, bien qu’elle ne parle pas couramment, avec un pourcentage de 75 % d’habitants francophones. Robert Lefebvre prend la tête de la mairie de Hawkesbury tandis que Francis Brière est élu à La Nation. Le nouveau maire d’Ottawa Mark Sutcliffe, qui est bilingue, promet de maximiser le bilinguisme et l’usage du français dans la capitale.

Le nouveau maire d’Ottawa Mark Sutcliffe. Crédit image : Stéphane Bédard

Un chiffre : 3,4 %

Les données du Recensement de 2021, partagées en août par Statistique Canada, indiquent que le poids des francophones est à la baisse en Ontario, le nombre de personnes ayant le français pour première langue officielle unique parlée passant de 3,8 % en 2016 à 3,4 % en 2021. Le nombre absolu est aussi le plus bas depuis 1996, passant à 484 425 Ontariens utilisant le français comme première langue officielle contre 504 130 en 2016.

À noter cependant que le nombre d’Ontariens bilingues est en hausse passant de 92 940 à 98 270 en 2021. Les prévisions du ministère des Affaires francophones, qui rappelle que l’Ontario représente la plus grande communauté francophone du Canada en dehors du Québec, sont quant à elles optimistes avec une croissance envisagée de 5,9 % d’ici à 2028, en grande partie due à l’immigration.

À l’échelle du pays, hors Québec, le nombre d’habitants dont le français est la première langue officielle parlée a diminué en nombre absolu et en pourcentage, de même que le nombre d’habitants pour qui le français est la seule langue maternelle. En revanche, les personnes ayant appris le français dans l’enfance en même temps qu’une autre langue sont en augmentation : 1,1 million de personnes ont pour langue maternelle le français en combinaison avec une autre langue, soit 36 000 de plus par rapport à 2016.

Le formulaire du recensement 2021.
Formulaire de recensement 2021. Crédit image : ONFR+

Un lieu : La Place des Arts de Sudbury

Il aura fallu 14 ans pour que La Place des Arts, premier centre artistique et culturel du Nord de l’Ontario, voie enfin le jour. Résultat d’un travail acharné de sept organismes culturels francophones de Sudbury réunis sous l’égide du Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS). Un grand pas pour la francophonie du Nord mais aussi pour la culture, figurant parmi les meilleures salles de spectacles de l’Ontario.

C’est en plein cœur du centre-ville de Sudbury le 29 avril dernier que l’ouverture et l’inauguration officielles ont eu lieu en grande pompe avec la présence de divers élus et représentants de la francophonie ontarienne.

L’édifice comprend notamment une salle de spectacle, qui pourra être louée par des artistes francophones et anglophones, une galerie d’art contemporain, un centre artistique de la petite enfance et un bistrot. Le projet, chiffré à 30 millions de dollars, est un accomplissement architectural en soi d’une superficie de 40 000 pieds carrés sur 4 étages. Le pilier du bâtiment est composé de 15 000 photos empilées, concept de l’artiste visuelle Lise Beaudry.

Mille et un détails à l’intérieur et à l’extérieur de cette structure moderne rappellent son héritage culturel franco-ontarien, notamment le revêtement extérieur en acier Corten, un matériau symbolique qui, selon l’architecte Louis Bélanger, s’apparente aux minerais typiques du Nord ontarien.

La Place des Arts à Sudbury
La Place des Arts à Sudbury. Crédit image : ONFR+

Nos dix articles les plus lus en 2022

ONFR+ a produit près de 800 articles au cours de la dernière année. De Windsor à Timmins en passant par Toronto, Ottawa et Sudbury et même au Nouveau-Brunswick, nos reporters ont couvert l’actualité franco-ontarienne et déniché des histoires qui font la différence. Notre équipe des réseaux sociaux a retenu, pour vous, le top 10 des articles les plus lus en 2022 : la fin des mesures sanitaires ou encore leur implantation, le dossier de l’immigration francophone et le Convoi de la liberté ont été vos sujets d’actualité de prédilection au cours de l’année.

1. Fin de la vaccination obligatoire pour les voyageurs et fonctionnaires fédéraux

En juin, après le grondement de la population, le fédéral met fin à l’obligation vaccinale pour les voyageurs et fonctionnaires fédéraux. Le gouvernement lâchait ainsi du lest aussi pour les non-vaccinés, leur permettant de voyager en train ou en avion à travers le pays.

Ces mesures qui étaient en place depuis octobre 2021 faisaient des mécontents dans l’industrie touristique. Les fonctionnaires fédéraux non vaccinés qui représentaient moins de 2 % de la fonction publique, à la suite de la révocation du passeport vaccinal, sont réintégrés.

2. Une rectrice par intérim « francophone », mais ne parlant pas en français à La Laurentienne

En juillet 2022, le recteur de l’Université Laurentienne Robert Haché annonce son départ qui survient officiellement à la fin octobre. Au début du mois de décembre, l’établissement de Sudbury annonce la venue de deux nouvelles dirigeantes par intérim, Sheila Embleton, rectrice et Brenda Brouwer, vice-rectrice aux études.

« =Notre nouvelle rectrice est francophone, mais les entretiens d’aujourd’hui se feront cependant en anglais, car elle a hâte de devenir plus à l’aise pour donner des entrevues en français à l’avenir… L’entretien avec elle devrait être livré en anglais », indique, sans aucune ironie, un courriel de l’établissement annonçant la venue de Mme Embleton.

3. Flambée de COVID-19 en Ontario : fermeture des écoles et des restaurants

Alors que les mesures de la COVID-19 semblent bien lointaines aujourd’hui, il y a près d’un an, le gouvernement Ford fermait les salles de classes, concerts, cinémas ainsi que les restaurants et les gymnases en plus de réduire la capacité de commerces. Les rassemblements intérieurs sont aussi restreints à cinq personnes et 10 à l’extérieur alors que la province avoisine entre 13 000 et 18 000 cas par jour et 1200 hospitalisations.

L’Ontario et le Canada sont d’ailleurs en pleine vague du variant Omicron qui se propage rapidement.

« La chance n’est pas de notre côté », justifiait à ce moment Doug Ford.

4. Voici comment Ottawa compte augmenter l’immigration francophone au Canada

Le fédéral rend public à la fin septembre son plan pour augmenter l’immigration francophone. Le ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) Sean Fraser compte sur l’assouplissement du programme d’Entrée express, une révision des différentes voies d’accès de l’immigration francophone et une implication plus accentuée des municipalités.

Ce plan sorti avant que le Canada augmente ses objectifs d’immigrants par année et son objectif de nouveaux arrivants francophones fonde beaucoup d’espoir sur baisser les critères dans le programme d’Entrée express pour des métiers en grande demande au pays comme dans le domaine de la santé et de l’éducation.

« Cette mesure contribuerait à remédier aux pénuries de main-d’œuvre, à promouvoir la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire hors Québec », peut-on lire dans le rapport.

5. Immigration Canada jugerait « illégitime » d’étudier en français hors Québec

Lors d’un témoignage en comité parlementaire en février, l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) dit avoir recueilli des témoignages de la part de ses établissements que des étudiants internationaux auraient vu leur permis d’étude au Canada être refusé, car Immigration Canada jugeait illégitime d’étudier en français hors du Québec.

Le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration entendait l’ACUFC en lien avec le dossier des étudiants africains, dont jusqu’à 90 % des demandes de permis d’études étaient refusées.

« Ce n’est pas juste au Québec. Ça fait une quinzaine d’années que nos établissements membres observent des taux de refus importants pour des permis d’études à des candidatures africaines », affirmait Martin Normand, le directeur de l’ACUFC.

IRCC avait réfuté les propos de l’ACUFC affirmant que ce « n’était pas une raison pour refuser une demande de permis d’études ».

6. Chefferie conservatrice : « La victoire de Pierre Poilievre ne fait pas grand doute »

On est alors le 9 septembre, à quelques jours près de la soirée de l’élection d’un chef conservateur. Avec six candidats en lice au départ, deux se détachent du groupe, l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest et le politicien fransaskois Pierre Poilievre. Même si Jean Charest semble être un redoutable candidat, la popularité de Pierre Poilievre ne fait aucun doute et les experts le voient déjà comme le futur chef du Parti conservateur du Canada. Une victoire éclatante est même prévue pour le député de Carleton.

« Il semble avoir une équipe très efficace, ce qui lui permet de balayer l’ensemble du territoire », affirme alors le politologue Frédéric Boily.

Pierre Poilievre sera finalement élu chef avec plus du deux tiers des voix.

7. Manifestations à Ottawa : « Nous ne serons pas intimidés », dit Trudeau

Nous sommes alors à ce moment-là, le mardi 31 janvier, après la première fin de semaine de manifestations du Convoi de la liberté.

Le Convoi qui est arrivé le jeudi 27 janvier aux abords du Parlement compte alors près de 8000 manifestants selon la Police d’Ottawa. L’attitude de certains des manifestants anti-mesures sanitaires, qui en ont long à dire contre celles du gouvernement Trudeau, choque des Canadiens. On note notamment la présence d’un drapeau nazi, des méfaits commis sur la statue de Terry Fox ainsi qu’au Monument commémoratif de guerre du Canada. Il y a aussi l’organisme qui vient en aide aux personnes en situation d’itinérance Shepherds of Good Hope, qui affirme que des manifestants ont volé de la nourriture destinée à des sans-abris.

Doug Ford dénonce ces attitudes se disant « troublé », alors que Justin Trudeau affirme que le gouvernement ne sera pas « intimidé » face aux manifestants.

8. 70 % des étudiants internationaux refusés dans les universités franco-ontariennes

Le dossier des étudiants d’Afrique refusés massivement se retrouve à nouveau dans notre palmarès au 8e rang. Cette fois-ci, c’est le passage de l’Université de l’Ontario français et de Hearst, qui révèle avoir des taux de refus similaires à ceux au Québec, soit autour de 70 % alors même que les établissements francophones du pays se disent en crise.

Parmi les raisons invoquées par IRCC, le fait qu’on craigne que l’étudiant reste au Canada au lieu de retourner dans son pays après ses études et le manque de capacité financière des étudiants.

9. L’étonnante francophonie en Ukraine

La guerre en Ukraine frappe le monde entier alors que la Russie invade illégalement son voisin le 24 février. Le 20 mars, Journée internationale de la francophonie, on met l’emphase sur l’étonnante francophonie en Ukraine, où le français est la troisième langue étrangère la plus parlée. Si vous ne le saviez pas, les origines françaises remontent à près de 900 ans, au 11e siècle. L’Ukraine est aussi membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis 2006 comme État observateur.

10. 20 000 francophones en attente d’une réponse d’Immigration Canada

L’immigration francophone est de retour pour clôturer le palmarès. En avril, ONFR+ révèle que près de 20 000 francophones attendent après une réponse d’IRCC concernant leur dossier de résidence permanente, dont 12 000 en Ontario seulement. Dans cet article, un résident du Niger explique que cela fait trois ans qu’il attend après une réponse d’IRCC et que cela entraîne des coûts supplémentaires, mais aussi du stress pour sa famille de six.

Qu’est-ce qu’un francophone?

Qui inclure dans la définition d’un francophone au Canada? Dans le recensement de 2016, Statistique Canada a inclus les personnes bilingues dans son dénombrement des francophones, en coupant la poire en deux : la moitié des personnes s’étant déclarées bilingues ont donc été ajoutées au total des francophones. Mais dans le recensement de 2021, cette méthodologie a été rejetée. Nous avons demandé à trois Franco-Ontariennes mariées à des anglophones quelle définition correspond le mieux à ce qu’est un francophone, selon elles.

Cinq albums d’artistes franco-ontariens à écouter pendant le temps des fêtes

La force des mots de YAO, l’écoféminisme de Marie-Clo, l’esprit des fêtes avec Céleste Lévis et Damien Robitaille… Voici cinq albums à dévorer en cette fin d’année.

Noël tout autour (2020)

Céleste Lévis

La chanteuse originaire de Timmins Céleste Lévis affectionne particulièrement les chansons de Noël. Son album Noël tout autour (2020) est un classique. L’univers bilingue et nostalgique singularise cet album qui composé de huit chansons originales et de deux reprises. La voix angélique de Céleste Lévis, dans sa reprise de Minuit Chrétien, donne des frissons dans l’échine. Les adeptes peuvent aussi écouter sa plus récente chanson du temps des fêtes, Noël Reviendra (2022).

Kintsugi (2022)

YAO

Le temps des fêtes représente pour certains une période de guérison. Si l’année 2022 n’en a pas été une de facile, le slameur YAO saura vous amener avec lui dans la résilience avec son plus récent album Kintsugi. Le titre, emprunté à l’art japonais de la reconstruction de céramique brisée, nous fait voyager dans les différents pôles de la santé mentale du chanteur. À travers Dans tes yeux, en collaboration avec le groupe Geneviève et Alain, les mots puissants s’imbriquent parfaitement à l’univers introspectif du chanteur. Effondrement et reconstruction de soi se font sentir dans les trames qui incitent autant à pleurer qu’à faire danser. 

Elixir (2022)

Les Rats D’Swompe 

Celles et ceux qui aiment faire la fête dans une ambiance traditionnellement canadienne française ne seront pas déçus par le plus récent album Elixir du groupe franco-ontarien Les Rats D’Swompe. L’album trad-rock est composé de 15 pièces originales ainsi que de reprises. Le rapport au présent et aux ancêtres est l’ingrédient clé de l’élixir pour le cœur qu’ont concoctés Yan Leduc, Martin Rocheleau, Patrick Pharand, Brandon Girouard et Simon Joly.

Two Lips, Pt.1 (2022)

Marie-Clo & éemi

Ceux et celles qui, au contraire, ne célèbrent pas au rigodon et au « petit papa Noël » seront comblés avec le premier micro album de Marie-Clo et éémi, Two Lips Pt.1 (2022). La rivalité du duo lors de la téléréalité BRBR, a donné naissance à une amitié et collaboration hors pair. Les sons éclatés évoquent avec originalité l’expression d’un soi authentique et le deuil amoureux, particulièrement palpable dans On fera la fête et Coeur qui Caille. L’univers désincarné tout en étant profondément harmonique de l’album enchante.

Bientôt ce sera Noël (2019)

Damien Robitaille

Celui qui a remporté un Félix au Gala l’ADISQ dans la catégorie « artiste de l’année ayant le plus rayonné sur le web » a le « mot de passe » pour célébrer le temps des fêtes avec son album Bientôt ce sera Noël. Légèreté est au rendez-vous pour chacune des dix trames fidèles au style typiquement rétro-kitch du compositeur franco-ontarien.

Réduction de 50 % des tarifs de garde en Ontario dès janvier

TORONTO – Très attendu par les parents de l’Ontario, le prix de la garderie va encore baisser de 25 % en 2023. Le total de la réduction par rapport à 2020 est de 50 % des frais. Avec ce programme pancanadien, le gouvernement de l’Ontario estime que les économies pour un enfant se situent entre 6000 $ et 10 000 $ en moyenne.

C’est confirmé et le plan suit son cours, l’objectif étant d’offrir les services de garde à 10 $ par jour d’ici mars 2026.

La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, la ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Karina Gould et le ministre de l’Éducation de l’Ontario Stephen Lecce en ont fait l’annonce à Toronto lundi.

Chrystia Freeland se ravit de cette réduction, notamment en période d’inflation ajoutant qu’il « s’agit aussi d’une avancée pour les femmes en Ontario ».

 « Près de 82 %. C’est le nombre de femmes sur le marché du travail grâce à des programmes d’apprentissage et de garde. Notre programme fonctionne et stimule la croissance et l’économie », s’est-elle réjouie. 

Service de garderie en Ontario
En conférence de presse ce lundi matin, Chrystia Freeland a annoncé la suite du plan pour réduire le prix des garderies en Ontario. Capture d’écran/ ONFR+

Plus de places seront nécessaires

D’après le gouvernement, à ce jour, 92 % des fournisseurs de services de garde d’enfants de l’Ontario se sont inscrits. Il y aura donc une grande participation à ce programme, mais peut-être pas assez de place.

« C’est significatif pour les familles qui ont des enfants de moins de six ans », a exprimé le ministre Lecce, qui a annoncé à son tour 53 000 nouvelles places en services de garde d’enfants agréés d’ici décembre 2026.

Parmi ces nouveaux services de gardes et qui feront partie du système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, l’Ontario affirme qu’une partie de ces centres seront à but lucratif et les autres à but non lucratif.

Cette distinction « est une priorité absolue que le gouvernement de l’Ontario est soucieux de respecter afin d’offrir aux familles du choix et de la souplesse », pouvons-nous lire dans le communiqué de presse à cet effet.

garderie : réduction de 50%
Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce a annoncé la création de nouvelles places de services de garde en Ontario. Capture d’écran/ ONFR+

La province indique également vouloir plus de garderies dans des collectivités et pour des populations qui en ont le plus besoin. Même si cela manque de clarté, le gouvernement assure vouloir investir pour les enfants ayant des besoins particuliers, les communautés autochtones et les communautés francophones.

C’est en mars 2022 que l’Ontario avait conclu cet accord avec le gouvernement fédéral. Une enveloppe de 13,2 milliards de dollars sur six ans afin de réduire le prix des services de garde d’enfants en Ontario, de poursuivre ce plan efficacement et de créer de nouvelles places.

Cinq livres à lire pendant le temps des fêtes

Voici cinq livres, tous sortis en 2022 et édités par des maisons d’édition franco-ontariennes, à lire durant ces vacances de fin d’année, à l’abri du froid.

Le maître de Conche

Françoise Enguehard

Éditions Prise de parole

Celle qui a une longue carrière d’écrivaine et de journaliste à Saint-Jean de Terre-Neuve vient tout juste de sortir Le maître de Conche, aux éditions Prise de parole, après Les litanies de l’Île-aux-Chiens (1999) et L’archipel du docteur Thomas (2009).

Elle trouve son inspiration dans l’histoire de ses racines françaises, acadiennes et irlandaises, qui nous amène cette fois-ci dans l’après-guerre napoléonienne, en 1816.

« Les Français s’empressent de retourner pêcher la morue à Terre-Neuve. La même année, l’Urdu quitte le port de Bordeaux avec à son bord un équipage de hors-la-loi. C’est ainsi que débute la grande entreprise James Dower, un colonel anglais déterminé à fonder un nouvel éden dans une région isolée sur la côte de Terre-Neuve. Au rythme des saisons et des allées et venues des pêcheurs, l’établissement de Conche prospérera sous la gouverne libérale de son maître, et ce, malgré la rudesse du climat, la Navy qui rôde, et les divisions qui persistent entre les catholiques et les protestants. »

Frontières libres

Marie-Thé Morin

Éditions Prise de parole

Autrice prolifique aux multiples chapeaux d’autrice dramatique, actrice, de romancière, scénariste, traductrice, et conteuse, Marie-Thé Morin signe une œuvre saisissante aux éditions Prise de parole, après Gustave et Errances. Frontières libres est une pièce de théâtre mettant en scène 18 inconnus voyageant en train entre Ottawa, Kingston, Toronto et Hearst.

« Ils partagent un même objectif : faire un voyage sans histoire, dans une relative tranquillité.Soudain, en pleine nuit, le train déraille et tous sont projetés les uns contre les autres […] Et voilà que le trajet interrompu leur ouvre de nouvelles voies. »

Tout ce que je demande

Eva Crocker

Éditions L’Interligne

« Stacey, une aspirante actrice, est réveillée par la visite de policiers. Ceux-ci fouillent son logement et saisissent son ordinateur et son portable, sous prétexte qu’ils sont à la recherche de « matériel informatique illégal ». Stacey devra élucider cette affaire et recouvrer la liberté et l’intimité qui lui ont été dérobées. Un roman vulnérable, audacieux, imprévisible. »

Le décor est planté par Eva Crocker, autrice canadienne de Terre-Neuve, dans une œuvre traduite de l’anglais par le Franco-Ottavien Laurent Aussant.

Récipiendaire de l’Emerging Writer Award 2017, prix Alistair MacLeod 2018 et finaliste au prix Dayne Ogilvie 2017 pour les écrivains émergents LGBTQ+, Mme Crocker a également été nominée aux ReLit Award 2018 avec All I Ask. Le livre met de l’avant Stacey, une aspirante actrice, est réveillée par la visite de policiers qui fouillent son logement et saisissent son ordinateur et son portable, sous prétexte qu’ils sont à la recherche de « matériel informatique illégal ». Laurent Assaut a assuré la traduction du livre, maintenant disponible en français chez l’Interligne.

Souviens-toi des femmes de Turtle Island

Karine Boucquillon

Terre d’Accueil

« Dans une magnifique mise en abyme, Karine Boucquillon nous donne à voir le projet de vie d’une femme autochtone, qui décide d’aller sur les traces de l’histoire de sa communauté, incomprise et malmenée et articuler ainsi le rêve de son père… et le sien par la même occasion », synthétise sa maison d’édition, Terre d’accueil.

L’autrice est d’abord une capitaine de bateau. Souviens-toi des femmes de Turtle Island est son premier livre, qui situe Jikonsaseh Dahwah, écrivaine d’origine iroquoise qui, à la suite de la publication de son livre consacré au rôle primordial qu’ont joué les femmes de Turtle Island tombe sous le charme de Pierre Dumont, journaliste et chroniqueur culturel somme toute assez ordinaire, mais en qui une profonde métamorphose intérieure se produit à l’occasion d’un voyage en Chine.

Grand fauve dehors

Michel Ouellette

Éditions Prise de parole

Chef de file de la dramaturgie en Ontario français, Michel Ouellette est l’auteur d’une quarantaine de pièces, de quelques romans, de recueils de poésie et contes pour enfants. Dans ce dernier livre, il met de l’avant un narrateur, qui reçoit et transcrit la confession d’un sujet anonyme dévoilant peu à peu un versant profondément trouble de son être. Des femmes sont portées disparues. Un enquêteur de police à la retraite rôde dans les parages, avide d’indices. 

À lire à l’abri du froid, bien au chaud chez soi.

Cinq faits sur la francophonie en Argentine

Des millions de francophones à travers le monde hier se sont probablement rangés derrière la France dans la finale de la Coupe du monde, mais une centaine de milliers de francophones en Argentine ont eu le dernier mot au bout du compte avec la victoire en tirs aux buts des Argentins. ONFR+ vous présente cinq faits sur la francophonie chez la terre d’accueil de Lionel Messi.

Ils sont près de 150 000

Ils sont près de 1,4 million de locuteurs du français en Amérique du Sud et près de 10 %, soit autour de 150 000 sont dénombrés en Argentine. Le français n’est pas considéré comme une langue officielle et il est loin derrière l’anglais, mais le français est la deuxième langue étrangère la plus enseignée dans ce pays d’Amérique latine. L’espagnol, ou encore appelé le castellano (ou castillan), est la langue officielle alors que plus de 94 % de la population l’utilise.

L’Argentine est l’un des 88 états et gouvernements membres de l’OIF. Source : OIF

Membre de l’OIF

En 2016, l’Argentine a rejoint l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à titre de membre observateur lors du Sommet de la francophonie au Madagascar. Il était le second pays du continent après l’Uruguay à s’y joindre. Une invitation de la République Démocratique du Congo (RDC) et une visite de l’ancien président de France François Hollande au pays en 2016 ont penché dans la balance pour son adhésion.

Un passé historique

Le 18e siècle marque l’arrivée de la francophonie chez les vainqueurs de la Coupe du monde. Entre 1850 et 1950, un nombre considérable de francophones ont immigré en Argentine, soit près de 260 000, soit le plus haut parmi les autres pays du continent, le Brésil, le Chili, l’Uruguay, etc. Le français est considéré au même niveau que l’anglais dans les écoles, universités et collèges du pays, mais le tout s’estompe autour des années 1950, en raison de l’ascendance des États-Unis.

Au début des années 1990, l’Argentine réforme son système d’éducation pour allouer l’anglais seulement comme l’enseignement d’une langue étrangère, ce qui nuit considérablement à la langue de Molière.

Un regain au 21e siècle

Au début du 21e siècle, le pays connaît une grave crise économique ce qui entraîne par la suite une ouverture vers l’international ce qui profite au français. En 2006, offrir des cours dans une langue étrangère est devenu obligatoire au niveau de l’enseignement supérieur. Même si cela a majoritairement avantagé l’anglais, le français en a profité pour connaître un regain.

Le nombre d’apprenants de français dans le système national d’éducation est passé de 80 000 en 2008 à 120 000 en 2012, selon des données du Centre de la francophonie des Amériques. On considère qu’il était 157 000 apprenants en 2020. En 2006, 17 % de la population du pays ont déclaré une descendance française lors d’un recensement.

Et le Canada?

ll existe des liens entre le Canada et l’Argentine, notamment au niveau des universités francophones du pays qui offre, dans certains des cas, des échanges d’une centaine d’étudiants avec des universités argentines comme l’Université de Buenos Aires qui compte près de 300 000 étudiants.

Le Canada entretient des liens commerciaux avec le pays depuis près de 80 ans. L’unifolié a exporté, en 2021, près de 355,6 millions de dollars et l’Argentine se classe au 52e rang des plus grands pays exportateurs du Canada. Les relations économiques s’entretiennent notamment au niveau des matières premières comme les minerais, mais aussi l’or que le Canada importe en grand nombre vers la quatrième puissance économique du continent dû à une présence importante dans le secteur minier argentin.

Il faut aussi souligner qu’il existe de nombreuses relations entre les peuples autochtones de l’Argentine et ceux du Canada.

Coupe du monde de soccer : la défaite de la France vue de l’Ontario

SUDBURY – Peu après un mois du début des festivités, c’est aujourd’hui que s’est terminée la Coupe du monde de soccer qui a vu l’Argentine gagner sa 3e étoile. Partout en province, les partisans ont un goût amer devant la défaite de l’équipe de France dans ce match qui aura maintenu le monde en haleine jusqu’à la dernière seconde.

Les espoirs étaient permis pour les partisans français jusqu’à la toute fin de ce match qui s’est soldé par une séance de tirs au but à couper le souffle.

Fatoumata Conde, expatriée française habitant à Sudbury, est venue assister au match au bar Shoeless Joe’s avec une douzaine d’autres personnes.

Celle-ci ne cache pas sa déception, mais considère que les Bleus n’ont pas démérité : « Je suis trop dégoutée vraiment, on s’est bien battus, ils nous ont fait rêver jusqu’au dernier moment, mais l’Argentine a bien joué son jeu. On en ressort la tête haute! »

Fatoumata Conde a eu les yeux rivés sur l’écran tout au long du match. Crédit image : Inès Rebei.

De leur côté, d’autres francophones présents d’origine burundaise ont choisi d’encourager l’équipe albiceleste surtout en raison de la présence de la vedette argentine Lionel Messi dans la sélection. 

Ce dernier avait annoncé qu’il s’agissait de sa dernière chance d’emporter la coupe puisqu’il sera certainement à la retraite lors de la prochaine édition de la Coupe du monde de soccer.

Ces partisans francophones d’origine burundaise ont cru à la victoire des Argentins tout au long du match. Crédit image : Inès Rebei.

« On n’a pas du tout été au niveau d’une finale de Coupe du monde pendant 75 minutes, mais on a eu le mérite de revenir, par deux fois, donc c’est d’autant plus rageant de louper la victoire de si peu. On aurait pu perdre largement, mais ils n’ont rien lâché. Merci aux Bleus pour ces émotions! » confie Maxime Augé, un jeune français d’Ottawa qui a visionné le match chez des amis faute d’avoir pu prendre place dans les bars bondés de la capitale nationale. 

Delphine Lambert, française d’Ottawa se console : « Incroyable match donc incroyables émotions et à la fin c’est toujours l’esprit sportif le grand vainqueur! »

Du côté de Toronto, même son de cloche pour un partisan franco-canadien qui a apprécié ce match et la prestation des joueurs français, mais qui reconnaît que la défaite est d’autant plus difficile à accepter que celle-ci a eu lieu au cours d’une séance de tirs au but. 

Les partisans de la France réunis à la brasserie à Stackt Market de Toronto ont eu le droit à tout un ascenseur émotionel lors de ce match de finale. Crédit image : Abigail Alves Murta.

« C’est, de ma mémoire, la finale la plus palpitante de tous les temps, c’était difficile de ne pas frôler l’infarctus par moments », explique-t-il par rapport à la remontée impressionnante des coqs qui ont notamment égalisé peu avant la fin des prolongations de la deuxième période.

La Coupe du monde 2026 à Toronto

Les Bleus ont tenté l’impossible exploit de remporter un titre mondial pour la deuxième fois d’affilée, à l’instar du Brésil qui l’avait réussi au tournant des années 60.

La prochaine Coupe du monde aura lieu entre les États-Unis, le Canada et, pour la première fois de l’histoire, au Mexique en 2026.

Ce seront Toronto et Vancouver qui feront notamment office de villes hôtes pour cette édition.

Pour la première fois de l’histoire, ce seront 48 équipes qui se retrouveront en phase finale de la Coupe du monde, après une décision de la FIFA, promue par Gianni Infantino et adoptée le 10 janvier 2017, d’élargir le tournoi de 32 à 48 participants. 

Ivanie Blondin, d’or et de feu sur la glace

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

CALGARY – La patineuse franco-ontarienne et championne olympique en titre de poursuite par équipes, Ivanie Blondin, a débuté la saison sur les chapeaux de roue en ramenant trois médailles d’or dès les premières manches de Coupe du monde, en Norvège puis en Alberta, où elle vit depuis 12 ans. Elle confie à ONFR les émotions intenses qu’elle a vécues en 2022 et son désir de record mondial.

« Avec trois médailles d’or en un mois (en départ groupé et poursuite par équipe), pouviez-vous rêver meilleur départ dans la Coupe du monde?

Non, en effet. La compétition est déjà intense. Ça s’est bien déroulé à Stavanger (Norvège), que ce soit pour le départ groupé, la poursuite, le 1500 et le 3000 mètres. Je suis vraiment contente du début de la saison. C’est une belle surprise d’avoir eu la première médaille d’or à la première Coupe du monde à la poursuite, et de continuer ainsi à Calgary (Alberta).

Depuis les Jeux olympiques, avez-vous eu le temps de souffler?

Pas vraiment mais j’aime ça. J’ai quand même eu un mois et demi de repos, avant de reprendre le vélo et recommencer à m’entrainer, début mai dernier.

Vous suivez actuellement l’entrainement de l’équipe masculine. Quel avantage cela vous procure-t-il?

Grâce à ça, j’ai acquis plus de vitesse cette année que les années précédentes. Ça me donne plus de vitesse dans les courses personnelles et la poursuite.

L’or olympique et l’or mondial ont-ils une saveur différente?

C’est quand même différent. Quand on décroche une médaille aux championnats du monde, on en veut une en coupe du monde, puis une aux Jeux olympiques. La seule chose qui manque maintenant, pour l’équipe de poursuite, c’est le record du monde. On veut l’atteindre.

Ivanie Blondin, Isabelle Weidemann et Valérie Maltais, trio olympique en or qui a récidivé en Coupe du monde.

Ce record mondial par équipe est-il à portée de main?

Ça dépend de beaucoup de choses : la pression de l’air, les conditions de la glace, etc. On est excitée de tenter le coup.

Vous dites « on » en référence à vos coéquipières en poursuite : Valérie Maltais (Montréal) et Isabelle Weidemann (Calgary). N’est-ce pas compliqué d’acquérir des automatismes quand 4000 kilomètres vous séparent?

On a passé quatre ans ensemble dans le but de remporter l’or olympique. On a réussi mais, après ça, on avait besoin d’un break mental et ça a été bénéfique pour l’équipe car on est toujours contente de patiner à nouveau ensemble dans les grands rendez-vous et ça fonctionne très bien.

À près de 60 km/h sur la piste, comment fait-on une différence stratégique, dans la tête et les jambes, pour compenser le retard sur les concurrents?

On se concentre sur nous-mêmes. On essaye de garder la cadence stable dans les premiers tours. On connaît nos qualités et on voit que les autres équipes ont un profil de course qui est d’aller vite au début, tandis que nous c’est l’inverse : on garde ça sur la fin.

Votre discipline de prédilection est le départ groupé, pourquoi?

Avec mon background en courte piste depuis 2010 et ma vitesse qui s’affute, le départ groupé représente un bon challenge, un milieu avec lequel je suis confortable. J’aime ça, pousser.

Ivanie Blondin a étudié à l’École secondaire catholique Garneau, à Orléans. Crédit image : Dave Holland/Canadian Sport Institute Calgary

Pour gagner une épreuve, vous devez parfois faire l’impasse sur une autre. Est-ce des choix difficiles à opérer?

Oui mais ça fait partie du jeu. Cette année, j’ai fait toutes les courses sauf le 500 mètres en Coupe du monde. C’est un horaire très chargé. C’est épuisant mais j’ai bien performé dans les distances où je sais que je peux faire un podium. Rendu aux Mondiaux, Il faudra tout de même couper dans les courses où les chances sont plus faibles car certaines se trouvent dans la même journée.

Vous vivez et vous entraînez à Calgary, en Alberta, loin d’Ottawa et de votre famille. Comment vivez-vous cette distance?

Plutôt bien. C’est le fun de retourner de temps en temps à Ottawa, en général deux fois par an, mais Calgary est vraiment mon milieu depuis 2010 avec mon mari, les montagnes, notre gros chien, les infrastructures comme l’anneau olympique et le centre d’entraînement.

Si on vous dit : École secondaire catholique Garneau, à Orléans, qu’est-ce que cela évoque pour vous?

C’est mon école! Ce sont vraiment de belles années que j’ai passées là-bas. Ils m’ont beaucoup aidée et donné la chance de faire mes études à distance les deux dernières années, en 11e et 12e année quand j’ai dû déménager à Montréal à 16 ans pour évoluer avec l’équipe nationale de courte piste.

Comment percevez-vous le fait d’être un modèle pour les jeunes franco-ontariens?

J’espère qu’ils voient mon parcours comme un exemple à suivre. À chaque fois que je descends à Ottawa, j’essaye de me connecter avec Jason Dupuis (surintendant de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est et ancien directeur de l’École Garneau). Que ce soit dans le sport ou dans leurs études, je pousse les jeunes à se dépasser comme moi. Ça n’a pas toujours été facile.

Ivanie Blondin dans les coulisses du départ groupé, lors des championnats canadiens de patinage de vitesse sur longue piste, à Calgary en 2021. Crédit image : Dave Holland/Patinage de vitesse Canada

Que leur dites-vous quand vous les croisez dans les couloirs de l’école?

Poursuis tes rêves! C’est vraiment ça que j’ai fait. J’avais toujours en tête que j’irais aux Jeux olympiques et que je ferais un podium. Ça a été un accomplissement qui peut leur donner des idées. Pour ça, il faut travailler très fort.

À quel âge avez-vous chaussé vos premiers patins à glace? Et quand le déclic pour la vitesse s’est-il produit?

J’ai commencé à patiner à l’âge de 2 ans sur la patinoire que mon père installait l’hiver derrière chez nous, proche de la résidence Saint-Louis (établissement de soins de longue durée à Orléans). J’ai pris en suite des cours de patinage artistique mais je n’étais pas très gracieuse. Alors je suis passée à la vitesse à 6 ans. J’ai performé très jeune et me suis qualifiée pour mes premiers mondiaux junior à 14 ans, puis dans les coupes du monde senior l’année suivante.

Vos parents, Lise et Robert, ont-ils contribué à tous ces succès?

Je leur dois beaucoup, oui. Ils ne m’ont jamais poussée. C’est plutôt moi qui avait tendance à souvent trop pousser. Ils ont passé des heures et des heures à m’amener à toutes les compétitions à travers le Canada. C’est à cause de cela que j’ai connu un tel succès dans ma carrière.

À quoi ressemble une journée dans la vie d’Ivanie Blondin?

Une journée très chargée! Je m’entraîne le matin sur la glace à l’aréna. Je retourne à la maison pour manger puis je prends une marche de 45 minutes avec mon chien. Je retourne à l’entrainement l’après-midi et je reviens pour le souper. Je termine à nouveau pas 45 minutes de marche de chien, Netflix et dodo (rires).

La départ groupé est la discipline de prédilection d’Ivanie Blondin (ici en tête de peloton) à Thialf en 2021. Crédit image : Rafal Oleksiewicz/Patinage de vitesse Canada

Vous avez connu des moments difficiles, comme en 2018, après les Jeux olympiques de PyeongChang. Comment avez-vous remonter la pente? En avez-vous fait une force?

C’était difficile. Je m’étais retrouvée en dépression. Ce qui m’a sorti de ça, ce sont mes animaux : mon perroquet, mes chiens. Avoir deux chiens n’était pas assez, alors j’ai aménagé un refuge pour animaux blessés chez moi. J’avais fait des études en techniques vétérinaires. Les animaux constituent une grosse partie de ma vie. J’en ai accueillis de plus en plus, ce qui m’a aidée mentalement à sortir de la dépression et à retrouver la motivation.

Y a-t-il des coups bas entre adversaires ?

Pas vraiment, c’est très spécial. Ça dépend qui. Par exemple, Irene Schouten (une des meilleures patineuses néerlandaises) et moi, en dehors de la glace, on est amies. Mais sur la glace, je dirais que les griffes sortent un petit peu! (rires)

Avez-vous souvent l’occasion de parler français lors des compétitions internationales?

En patinage de vitesse longue piste, on utilise pas beaucoup notre français. On ne se rend jamais en France par exemple. Et à Calgary non plus, on ne parle pas beaucoup. J’ai perdu un peu mon accent franco-ontarien au fil des années. Les opportunités se présentent plutôt quand on discute avec nos amis athlètes québécois comme Valérie Grenier (ski) ou Eliot Grondin (snowboard).

Participer à des quatrièmes Jeux olympiques (Milan, 2026), est-ce réalisable? En rêvez-vous dans un coin de votre tête?

C’est sûr que ce serait le fun, mais j’ai déjà 32 ans. J’ai décidé de prendre les choses année par année. On va voir. J’ai fait beaucoup de vélo cette année, y compris les championnats canadiens sur route lors desquels j’ai finie neuvième. Ça a été une grosse surprise pour moi. Je vais faire encore plus de vélo, avec l’idée en tête de peut-être faire les Jeux d’été (Paris, 2024).

La poursuite par équipe réclame préparation, réglages, concentration et synchronisation. Crédit image : Dave Holland/Patinage de vitesse Canada

C’est la voie suivie par un autre patineur franco-ottavien, Vincent de Haitre, capable d’enchaîner des Olympiades d’été et d’hiver. Comment expliquer une telle polyvalence à ce si haut niveau?

Pour le passage de vitesse, on s’entraine tellement sur le vélo qu’on fait travailler les mêmes muscles. Avec tous les camps d’entrainement avant les coupes de monde, on devient très compétitif dans ce sport également. Passage de vitesse et vélo se complétement très bien.

Quel est votre objectif à court terme?

Remporter le titre mondial au départ groupé et le titre mondial en équipe de poursuite. Personnellement, en ce moment, j’ai vraiment les yeux rivés sur le 1500 mètres. Avec ma vitesse, j’espère accéder au podium.

Suivez-vous les autres sports? Comment qualifieriez-vous le parcours de l’équipe canadienne à la Coupe du monde de soccer au Qatar?

Oui, j’aime suivre les autres équipes, surtout depuis que je vais aux Jeux olympiques avec l’équipe nationale. On se fait des amis dans des tas d’autres sports. Je trouve que les Canadiens ont bien performé au Mondial, avec un but pour la première fois de notre histoire. »


LES DATES-CLÉS D’IVANIE BLONDIN

1990 : Naissance à Ottawa

2014 : Remporte sa première Coupe du monde en départ groupé et participe à ses premiers JO

2016 : Premier titre de championne du monde de distances individuelles de l’ISU

2019 : Décroche cinq médailles d’or d’affilée dans cinq épreuves différentes, un exploit inédit

2022 : championne olympique en poursuite par équipe aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

L’église Saint-Joseph d’Orléans a 100 ans

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Reconnaissable à des kilomètres à la ronde avec son haut clocher et sa flèche argentés, l’église Saint-Joseph d’Orléans, l’un des édifices les plus imposants et anciens du secteur a franchi le cap des 100 ans cette année. À ses côtés, le presbytère de 1891 et la statue de Saint-Joseph avec l’Enfant-Jésus de 1902 forment avec le cimetière ouvert en 1893 un lieu fort du patrimoine et de l’histoire de ce secteur urbanisé francophone à l’Est d’Ottawa, autrefois agricole.

L’église Saint-Joseph d’Orléans centenaire : deuxième église de la paroisse

L’église Saint-Joseph d’Orléans, située dans le secteur franco-ontarien de l’Est d’Ottawa, a officiellement franchi son premier siècle d’existence en octobre dernier. En effet, de nombreux dignitaires, surtout religieux, et des paroissiens avaient assisté le 1er octobre 1922 à la bénédiction solennelle de ce nouveau temple catholique de la paroisse fondée en 1860 à une époque où Orléans était un village agricole francophone de 282 familles.

Sous la direction du prêtre de la paroisse de l’époque, Monseigneur Hilaire Chartrand, les travaux avanceront rondement pour se conclure deux ans après leurs débuts, en 1920. La construction d’un nouveau lieu de culte était devenue nécessaire en raison de l’étroitesse et de problèmes structurels de la première église de la paroisse construits de 1871 à 1885, selon le style d’architecture québécois.

Pour ce second temple, plus imposant que le premier, mais construit sur le même site que le précédent, suite à sa démolition, c’est le style d’architecture néo-gothique qui est choisi. Les fenêtres en ogive, les rosaces de même que le plafond en arc brisé et ses distinctifs et rarissimes créneaux et merlons qui lui donne un air moyenâgeux sont d’autant d’éléments qui font de Saint-Joseph d’Orléans, un excellent exemple d’église de style néo-gothique en Ontario français, bien que tardif. En effet, déjà au début des années 1920, la mode était de construire des églises en briques en non en pierres comme ce fut le cas à Orléans.

Le clocher depuis le sol jusqu’à la flèche mesure 165 pieds. La longueur de l’église est de 180 pieds, sa largeur, 57. Les transepts mesurent 81 pieds et la voûte, 49. L’église renferme 200 bancs et peut contenir environ 1200 personnes.

Les pierres grises calcaires qui ont servi à la construction de l’église proviennent de la carrière Robillard. Aujourd’hui quelque peu oubliée, cette entreprise franco-ontarienne, remontant aux origines d’Ottawa du temps de la construction du Canal Rideau était un fleuron de l’entrepreneuriat en activité pendant plus d’un siècle et dont les pierres ont servi à la construction de nombreux bâtiments d’Ottawa tel que les terrasses Philomène.

Intérieur de l’église Saint-Joseph d’Orléans avant l’incendie de 1973. Crédit image : Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO).

Œuvre d’un architecte inconnu

Le nom de l’architecte de l’église Saint-Joseph d’Orléans demeure à ce jour un mystère. Certains attestent qu’il s’agit d’une œuvre du fameux Georges Bouillon, architecte-prêtre de l’archidiocèse d’Ottawa. Je crois qu’il s’agit malheureusement d’une légende urbaine qui s’est répandue.

En effet, le réputé historien de l’architecture Luc Noppen a compilé la liste des œuvres du chanoine Bouillon et l’église Saint-Joseph d’Orléans ne s’y trouve pas. De plus, au début des travaux en 1920, Bouillon était âgé de 79 ans. Il serait surprenant qu’il sorte de sa retraite pour dessiner les plans d’une église paroissiale et rurale.

J’ai donc deux autres hypothèses. En m’intéressant à la vie de Mgr Hilaire Chartrand qui était originaire du village de Chénéville dans l’Outaouais québécois, je fus renversé de comparer le clocher de l’église de son village natal avec celui d’Orléans. En effet, les deux clochers et leurs flèches sont pratiquement identiques.

Est-ce que Mgr Chartrand aurait demandé aux architectes Louis-Zéphirin Gauthier (1842-1922) et Joseph-Égilde-Césaire Daoust (1881-1946) de s’inspirer largement de leur église construite en 1915 à Chénéville pour en faire une copie dérivée à Orléans cinq ans plus tard? C’est possible. D’autant plus que les architectes Gauthier et Daoust étaient des architectes de bâtiments religieux réputés de Montréal et dont des travaux ont été réalisés en Ontario français.

Cependant, plutôt que de dissiper le mystère, un autre nom d’architecte s’ajoute : celui d’Eugène Larose. Son nom apparaît dans le livre du 150e anniversaire sur l’histoire de la paroisse, paru en 2010 où les auteurs écrivent qu’il a parenté avec Mgr Chartrand. De plus, le quotidien Le Droit ne nomme pas d’architecte officiellement dans son article paru après la bénédiction de l’église en octobre 1922, mais il mentionne qu’Eugène Larose « a beaucoup contribué aux travaux ».

Hormis cette potentielle œuvre à Orléans, cet architecte montréalais diplômé de l’École Polytechnique de Montréal n’a pas œuvré en Ontario français, selon mes recherches. Né en 1900, il aurait eu que 20 ans au début des travaux de construction de l’église d’Orléans.

Peinture de l’artiste-peintre Ben Babelowsky (1932-2019) d’Ottawa bien connu pour ses oeuvres mettant en valeur les lieux emblématiques du patrimoine régional. Cette peinture de 2001 se retrouve dans le grand foyer de l’hôtel de ville d’Ottawa. Crédit image : Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO).

Cent ans après, le mystère de la paternité de l’œuvre historique, qui trône depuis un siècle maintenant, plane toujours. Ce printemps, j’ai fouillé pendant des heures dans les archives de la paroisse pour y dénicher les plans architecturaux d’origine, en vain. La seule chose que j’y ai découverte en lien avec l’architecture de l’église fut dans le livre des comptes de la paroisse, écrite à la main par Mgr Chartrand. Le curé y avait inscrit que les plans et devis ont coûté 150 $… sans préciser à qui ils ont été versés.

Qui sait? Puisque l’église Saint-Joseph d’Orléans représente certaines caractéristiques communes avec l’église Saint-Félix-de-Valois de Chénéville, mais qu’elle a ses propres attributs uniques tels que ses créneaux et merlons, peut-être que l’église d’Orléans fut une œuvre réalisée à trois, voire quatre : Gauthier et Daoust reprenant les grandes lignes maîtresses de leur précédente église à Chénéville avec le jeune architecte Larose qui y met du sien. Le tout, sous l’impulsion de Mgr Chartrand qui préconisa un rappel architectural à l’église de son village natal et en offrant une première opportunité de projet architectural à un membre de sa famille.

Trésors intérieurs

L’église Saint-Joseph d’Orléans est tout aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur. En pénétrant en son sein, on est saisi par ses beaux vitraux. Ces derniers sont tous, à une exception près, l’œuvre de l’artiste hollandais Gerald Mesterom (1933-1912) qui les créa entre 1976 et 2012, jusqu’à son décès.

Le vitrail d’exception fut le seul rescapé des vitraux originaux de 1955 réalisés par un paroissien de l’église Napoléon Roy, disparus la foulée des changements introduits par le concile du Vatican II et des suites de l’incendie qui endommage fortement l’intérieur de l’église en 1973. Une faite d’un chêne provenant de la terre du villageois Joseph Drouin située tout près de l’église croix porte encore la marque calcinée du brasier.

Dans une brochure publiée dans les années 1990, la coordonnatrice du Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien (actuel RPFO) Sylvie Jean écrivait que « ces verrières traduisent les récits bibliques, tout en éclairant l’église. Le soleil contribue à la beauté du lieu en projetant des reflets multicolores et des jeux de lumière sur les murs, les arches et les nombreuses colonnes d’un des plus vieux bâtiments d’Orléans. »

On trouve aux côtés des vitraux, sur le long des deux murs latéraux intérieurs de l’église, le Chemin de la Croix en 14 stations datant de 1954, œuvre de l’artiste italo-montréalais Joseph Guardo (1901-1978).

Les murs de pierre de l’intérieur de l’église proviennent d’une carrière du pionnier d’Orléans Pierre Rocque et furent recyclés de la première église, construite entre 1871 et 1885, démolie en 1920.

L’église Saint-Joseph d’Orléans illuminée de soir Crédit photo : Diego Elizondo.

Enfin, différents objets sacrés religieux patrimoniaux sont exposés de façon permanente, de même que les vestiges d’un orgue Casavant dans les deux transepts.

Une église qui mérite une désignation patrimoniale

L’église Saint-Joseph d’Orléans est un point marquant dans le paysage historique, architectural et patrimonial d’Orléans.

Symbole de la localité, une peinture la représentant se trouve même à l’hôtel de ville d’Ottawa.
Elle est l’épicentre de la communauté et renvoie directement aux origines du secteur fondé au XIXe siècle quelques années avant la Confédération canadienne.

En 1997, le curé de la paroisse, le Franco-Ontarien Jean-Pierre Pichette fit circuler au sein des paroissiens de l’église Saint-Joseph d’Orléans après les messes dominicales la pétition en faveur de la sauvegarde l’hôpital Montfort, dont c’est le 25e anniversaire cette année. Plus de 3000 signatures ont été amassées à St-Joseph d’Orléans.

Photo de l’intérieur de l’église, telle qu’elle apparaît aujourd’hui avec l’importe campagne de rénovation de 2015-2020. Crédit photo : Diego Elizondo. 

L’Ordre des architectes de l’Ontario a sélectionné l’église Saint-Joseph d’Orléans en 2018 parmi son palmarès annuel de « Queen’s Park Picks » qui souligne la richesse architecturale en province. Une première pour un bâtiment franco-ontarien.

Une importante campagne de financement s’échelonnant de 2015 à 2020 a permis d’amasser 5 millions de dollars afin de réparer la structure de l’église et d’embellir son intérieur.

La prochaine étape logique est que ce bâtiment d’importance pour la francophonie ontarienne et orléanaise est d’obtenir enfin une désignation patrimoniale en guise de reconnaissance officielle et pour la protéger pour les générations futures.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Immersion en français au Nouveau-Brunswick : une réforme « radicale »

La décision du Nouveau-Brunswick de graduellement supprimer son programme d’immersion ne passe pas auprès d’un organisme de parents et du fédéral qui qualifie la réforme de « radicale » d’un programme « qui n’a pas fait ses preuves ».

Hier, le ministre de l’Éducation Bill Hogan a annoncé que le programme serait moins immersif, mais serait ouvert à un plus grand nombre d’élèves anglophones dès 2023-3024.

Le gouvernement estime qu’il n’y a pas suffisamment d’enfants anglophones qui deviennent bilingues dans la province. Pour ce faire, il modifie son programme pour obliger tous les anglophones, dès la maternelle, à apprendre 50 % du temps en français et l’autre en anglais. Ainsi, le gouvernement de Blaine Higgs veut que les anglophones terminent leurs études avec un niveau minimal de français à l’oral.

Pour l’organisme Canadian Parents for French, le nouveau programme est une « régression qui abaisse la barre et les normes pour les anglophones qui apprennent le français ».

« C’est embarrassant… Ils n’auront même pas besoin de savoir lire et écrire en français. Ça veut dire que les anglophones ne deviendront pas bilingues. Le bilinguisme exige plus que du français conversationnel », déplore Chris Collins, le directeur général de l’organisme au Nouveau-Brunswick.

« La réforme radicale annoncée par le gouvernement Higgs propose un nouveau système qui n’a pas fait ses preuves » Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles au fédéral

À l’heure actuelle, la plupart des enfants en immersion sont exposés près de 90 % du temps à une matière dans la langue de Molière. Chris Collins estime que le système d’immersion en français à l’heure actuelle fonctionne, mais il n’est pas assez offert aux jeunes de la province.

« Il faut offrir l’immersion dans les régions rurales du Nouveau-Brunswick en utilisant tous les nouveaux enseignants que le ministre a promis dans les prochaines années. »

BIll Hogan a annoncé que le nouveau programme nécessitera la venue de près de 60 nouveaux professeurs, mais Canadians Parents for French estime que ce nombre est plutôt de 200 à 300. L’organisme dénonce que le dossier a été décidé politiquement à l’avance avant que les experts soient consultés. Une absence de processus qui aura des répercussions importantes, selon Chris Collins.

« Les anglophones ne pourront plus être considérés pour des emplois bilingues dans le futur. Il y a un coût culturel, il faut unir les deux cultures dans la province et il n’y a pas mieux que de converser dans la même langue. Finalement le coût économique, d’avoir une province soi-disant bilingue, mais de ne pas pouvoir trouver des gens pour faire le travail dans les deux langues officielles. »

Ottawa dénonce un changement « radical »

Le dossier rebondit aussi à des centaines de kilomètres, au gouvernement fédéral, qui envoie chaque année des millions de dollars aux différents gouvernements provinciaux pour assurer les coûts de l’apprentissage de la langue seconde.

Il y a quelques semaines, Blaine Higgs avait indiqué son souhait de supprimer l’actuel programme. À la suite, Ottawa avait clairement indiqué que la fin du programme signifiait la fin de l’enveloppe monétaire. Dans une déclaration écrite, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor dénonce le geste posé par Fredericton, mais refuse de dire si les vives financières seront coupées.

« La réforme radicale annoncée par le gouvernement Higgs propose un nouveau système qui n’a pas fait ses preuves et qui aura des répercussions sans équivoque sur le bilinguisme de nos jeunes et leurs opportunités d’apprentissage. »

Dans son Plan d’action sur les langues officielles en 2018, un document qui guide les actions du gouvernement en francophonie, Ottawa avait fait de l’apprentissage du français hors du Québec une priorité avec comme objectif d’accroître le taux de bilinguisme hors Québec de 6,8 % à 9 % d’ici 2036. Le fédéral a augmenté ses investissements en éducation, notamment dans la construction d’espaces éducatifs.

La ministre Ginette Petitpas Taylor en compagnie du premier ministre Justin Trudeau. Gracieuseté

Dans sa déclaration, la ministre indique être en train d’évaluer la réforme du Nouveau-Brunswick alors que les deux paliers de gouvernement négocient pour 2023 leur entente sur les transferts en éducation. Cette dernière ajoute que l’actuel programme avait fait ses preuves en reflétant « son statut de seule province bilingue au Canada ».

« Le Nouveau-Brunswick doit continuer de montrer l’exemple en matière de bilinguisme et d’immersion », pousse la députée de Moncton-Riverview-Dieppe.

En entrevue avec ONFR+ en début de semaine, elle contredisait la récente position du gouvernement Higgs en soulignant le besoin d’augmenter l’accès à l’immersion

« Les données du recensement ont montré que ce n’est pas tout le monde qui a accès à des services (…) Je l’entends au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, il y a des parents qui se lèvent à 2h du matin pour avoir accès à des services d’immersion pour leurs enfants », affirmait-elle.

Une année difficile pour le système de santé en Ontario

La pandémie de COVID-19 a éreinté le système de santé en Ontario et le bilan de la province est loin d’être réjouissant. La santé, ce bien si précieux et pourtant si difficile à maintenir, fait désormais face à une multitude de problèmes. Pénurie, rétention, plafonnement des salaires, centres de soins longue durée, urgences fermées, arriérés chirurgicaux… une liste non exhaustive qui fait froid dans le dos.  

Cela fait plus de deux ans que le système de santé dans la province peine à se relever des conséquences de la pandémie. Le gouvernement Ford a mis en place plusieurs mesures avec son « plan pour rester ouvert », mais l’ampleur du phénomène, bien que mondial, fait craindre le pire.

D’abord, la pénurie des professionnels de santé tels que les infirmières et infirmiers atteint un point de non-retour, selon de nombreux experts. Les heures supplémentaires et la charge de travail, déjà élevées avant la pandémie, révèlent le besoin urgent d’embauches dans le secteur.

« Cette situation s’est vraiment détériorée et on observe des augmentations drastiques des heures supplémentaires et des charges de travail », indique un récent rapport de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario qui représente 68 000 membres de la profession.

En novembre 2022, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) annonçait que l’Ontario devrait embaucher plus de 24 000 infirmières immédiatement pour atteindre la moyenne nationale. Sans compter l’exode des soignants et le nombre grandissant de départs à la retraite des médecins de famille.

Fermeture d’urgences

Une dizaine de services d’urgences ont été contraints de fermer en 2022. Parfois, pour une nuit, un week-end, mais aussi plus longtemps. La raison : une grave pression liée au manque de soignants.

À Ottawa, à Alexandria, près de Toronto, dans le Sud-Ouest, à Perth et partout en Ontario, les ambulanciers ont été redirigés vers des hôpitaux communautaires qui subissaient eux aussi la congestion.

Les urgences ont enregistré des taux d’occupation de plus de 200 %. À cela s’ajoutent des délais d’attente de plus en plus longs, pouvant aller jusqu’à 20 heures selon les hôpitaux et les départements.

Les urgences de l’hôpital Notre-Dame-de-Hearst a failli fermer ses portes six fois durant l’année. Archives ONFR+

Le décrié projet de loi 124

Entrée en vigueur en 2019, la Loi visant à mettre en œuvre des mesures de modération concernant la rémunération dans le secteur public de l’Ontario plafonne les hausses salariales dans le secteur public.

Très controversée, cette Loi touche près d’un million de personnes en Ontario. Fonctionnaires provinciaux, employés de l’éducation, des hôpitaux et des centres de soins de longue durée peuvent seulement percevoir une augmentation de salaire annuelle de 1 % ce qui est largement inférieur au taux d’inflation.

En 2022, après l’épuisement du personnel, plusieurs organismes ont sonné l’alarme. Ce projet de loi serait « cruel » considérant l’investissement des soignants durant la pandémie et il serait pointé du doigt comme étant une des raisons de la pénurie de personnel. Au début du mois de décembre, les tribunaux ont jugé la loi inconstitutionnelle. Le gouvernement a tout de même fait part de son intention de contester cette décision en appel.

Premier ministre de l'Ontario, Doug Ford
Doug Ford fera appel pour contester la décision du juge ontarien. Archives ONFR+

Plusieurs opérations au point mort

Le nombre d’arriérés chirurgicaux serait critique, selon l’organisme Qualité des services de santé Ontario, responsable provincial de la qualité des soins : « L’attente s’explique par le fait que le nombre de personnes qui ont besoin du traitement est supérieur au nombre de rendez-vous, de médecins ou de dispositifs disponibles pour ce traitement dans leur région. »

Une personne dont la vie en danger sera traitée avant celles qui ont une maladie moins grave. En Ontario, la liste ne semble pas réduire pour les opérations chirurgicales cardiaques, les arthroplasties de la hanche ou du genou, les chirurgies de la cataracte ou encore les examens spécialisés comme les IRM. 

À ce jour, on dénombre plus d’un million de procédures en attente.

Désengorger l’hôpital à tout prix

En septembre, le gouvernement Ford a adopté le projet de loi 7 dans une certaine hâte.

Cette nouvelle Loi oblige les patients des hôpitaux en Ontario, qui occupe un lit, mais non plus besoin de soins aigus, d’être déplacés dans un centre de soins de longue durée.

La controverse est multiple. En effet, les patients pourraient être envoyés dans un foyer à plusieurs kilomètres de leurs familles. Autre inquiétude : le cas des francophones qui pourraient être transférés là où les services en français seraient inexistants. Le tout sans le consentement des patients et, s’ils refusent, des frais quotidiens de 400 dollars prescrits.

Le ministre Calandra gère notamment le dossier des foyers de longue durée. Archives ONFR+

La crise en santé affecte durement les enfants

Depuis le début de l’été, les étagères de médicaments en pharmacie ont perdu de leur superbe. L’Advil et le Thylenol se font rares, une pénurie de produits pour nourrissons et pour enfants à base d’ibuprofène et d’acétaminophène qui touche l’ensemble du Canada.

À l’heure actuelle, plus de 50 % des enfants inscrits sur les listes d’attente pour une chirurgie en Ontario patientent plus longtemps que ce qui est considéré comme cliniquement sûr par les experts médicaux.

C’est sans compter, le temps d’attente pour allouer des tests d’imagerie médicale. Pour voir un pédiatre, le temps d’attente est estimé à près de 12 mois dans certaines régions de l’Ontario.

Avec les virus respiratoires tels que la grippe, en hausse en cette fin d’année, les urgences pédiatriques sont déjà à bout de souffle. D’ailleurs, au milieu du mois du novembre, un enfant est décédé de la grippe dans une clinique de Brockville au nord de Kingston.

Selon nos confrères de CTV News, le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) aurait dans les deux premières semaines de novembre réanimé 44 enfants. Selon un récent communiqué de l’hôpital, cette saison de grippe atteindrait « un record historique ».

Pour 2023, reste à voir comment la ministre de la Santé Sylvia Jones mettra en place ses projets de loi censés embaucher plus de personnels, reconnaître les diplômes étrangers, créer plus de lits et pallier toutes sortes de pénuries.

Toronto vu par Raoul Olou

Originaire du Bénin et du Sénégal, Raoul Olou est un artiste visuel basé à Toronto. Il a vécu à Paris et Montréal avant de s’installer à Toronto, il y a 6 ans. Il travaillait auparavant dans l’industrie du film d’animation, qu’il a mis de côté au profit de la peinture. Il s’intéresse aux notions de maison, d’appartenance et souhaite à travers son travail archiver le banal.

Le Nouveau-Brunswick changera drastiquement son programme d’immersion en français

FREDERICTON – Plus d’élèves exposés au français, mais une exposition beaucoup moins immersive, voilà ce que propose le gouvernement de Blaine Higgs pour modifier son système scolaire de langue seconde en français.

L’immersion en français a fait beaucoup parler ces dernières semaines après que le premier ministre Blaine Higgs ait laissé entendre qu’il voulait supprimer le programme. Ce jeudi, le ministre de l’Éducation Bill Hogan a annoncé que, dès 2023-2024, le Programme d’immersion novateur du Nouveau-Brunswick sera mis en place et sera partagé entre les deux langues officielles remplaçant l’immersion en français.

À noter que ces changements pour l’automne n’affectent pas les élèves présentement inscrits au programme en anglais ou en immersion en français.

Mis à part quelques exceptions, tous les jeunes anglophones en maternelle et en première année devront suivre 50 % du temps des cours en français et l’autre en anglais. La moitié sera pour des activités d’apprentissage exploratoire en français et l’autre moitié à apprendre en anglais des matières comme les mathématiques, la lecture et l’écriture.

À l’élémentaire, ce sera identique tandis qu’entre la 6e et la 8e année, ce sera départagé entre 60 % en anglais et 40 % en français. Le ministère indique que ce programme a pour but de faire graduer les élèves anglophones avec un niveau minimal de français parlé.

« On sait que plusieurs quittent le système, car ils trouvent difficile d’apprendre des matières comme les mathématiques en français ce qui ne leur offre pas les crédits nécessaires pour leurs études postsecondaires », a souligné le ministre en conférence de presse.

Un rapport sur l’apprentissage des deux langues notait d’excellents résultats pour le programme d’immersion en français. Le manque d’accès était un problème avec 60 % des élèves dans le système anglophone n’étant pas inscrit dans un programme d’immersion en français ce qui dénotait de faibles compétences linguistiques en français.

Le ministre Bill Hogan indique que le manque de professeurs est toutefois un problème avec 60 enseignants manquants. Le ministère indique que le programme pourrait être implanté seulement en 2024 dans certaines classes dues à un manque de personnel.

En janvier, des consultations en ligne et dans diverses villes de la province auront lieu auprès de la population.

Bill Hogan a aussi dit qu’il ne savait pas si Ottawa serait toujours enclin à envoyer son financement destiné à l’apprentissage de la langue seconde.

En entrevue avec ONFR+, la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, avait menacé de couper le financement si le programme était supprimé. Le ministre Hogan dit qu’il doit parler avec la députée fédérale aujourd’hui sur le sujet. Il souligne que le fédéral n’a pas de critère chiffré pour considérer combien d’enseignement en français minimal est requis. Il indique que Statistique Canada mesure les programmes en français comme ceux qui enseignent un minimum de 25 % dans la langue de Molière.

Un dernier éclat d’art et de culture en 2022

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Le monde culturel prend un peu de recul à l’approche de la période des fêtes. Néanmoins, l’Ontario français vous réserve une dernière bouffée d’arts et de culture à savourer avant d’aller se reposer.

Films

Des films francophones à découvrir en ligne

L’Institut français vous propose plusieurs courts et longs métrages à découvrir dans le confort de votre domicile. Le tout se fait sans inscription et mieux encore, c’est gratuit. Accessibles partout dans le monde, le film Good Luck Algeria de Farid Bentoumi, Une intime conviction d’Antoine Raimbault ainsi qu’une série de six courts métrages de la série En sortant de l’école de Claude Roy figurent parmi ce programme cinématographique.

Crédit image : Klaus Vedfelt via Getty Images

IFcinéma à la carte jusqu’au 31 décembre. Accès gratuit.

Arts

Bazz’ART : le Labo lance une exposition artistique

Le Labo à Toronto organise une exposition d’art pour ses membres cette année. Les arts visuels sous toutes leurs formes sont à la une lors de cette exposition.

Ces œuvres d’art appartiennent aux neuf artistes faisant partie du programme, des noms familiers et d’autres plus émergents de la scène artistique franco-ontarienne : Jackie RancourtCarolina ReisMartine CôtéPascaline Le Bras, Juliette Capdevielle et Fanny Lelorrain de Scandaleuse PhotographySamuel ChoisyAntoine Quiet, Joseph Muscat et Jacques Descoteaux.

Gracieuseté du Labo.

L’exposition Bazz’ART jusqu’à 20h le jeudi 15 décembre au Labo. Entrée gratuite.

Communauté

Soirée jeux de société à l’Alliance française d’Ottawa

Les locaux de l’Alliance française d’Ottawa se transforment en espace de jeu de société pour le plaisir de tous les âges. Que vous soyez à fond de Code Names, Dixit ou Jungle Speed, une sélection éclectique de jeux vous attendent.

Crédit image : Halfpoint images via Getty Images

Soirée jeux : Édition de fin d’année le vendredi 16 décembre à 18h. Inscrivez-vous ici pour réserver votre place.

Humour

Fabien Cloutier en spectacle à la Place des Arts

Le comédien et dramaturge québécois débarque au Nord de l’Ontario prêt à vous faire rire et réfléchir à l’occasion de son one-man-show intitulé Délicat. Connu notamment pour sa série télé Léo, Fabien Cloutier se régale à faire le malin et dire les choses telles qu’elles sont.

Le comédien Fabien Cloutier. Crédit image : Kelly Jacob

Fabien Cloutier sur scène à La Place des Arts le lundi 19 décembre à 19h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Concerts

Ça Swing : Le groupe LGS sur scène à Ottawa

LGS fait la fête dans le cadre de son spectacle de Noël. Revisitant les anciens succès qui ont fait de ce groupe néo-trad franco-ontarien, ils interpréteront également de plus récentes chansons tirées de leurs derniers EP et albums.

Le groupe LGS. Gracieuseté

Concert LGS au théâtre Les Lye Studio à Ottawa le vendredi 16 décembre. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Des libéraux critiquent ouvertement leur propre projet de loi sur les langues officielles

OTTAWA – Des députés anglophones du Québec en ont contre le projet de Loi C-13 de leur collègue Ginette Petitpas Taylor visant à réformer la Loi sur les langues officielles assurant qu’il va trop loin.

Le problème est la référence à la Loi 96 au Québec, la Charte de la langue française dans C-13. En entrevue avec CTV News, le député de Mount-Royal Anthony Housefather a critiqué toute mention à la Charte de la langue française dans la mouture du gouvernement libéral.

« ll ne devrait y avoir aucune mention de la Loi 96 dans la Loi sur les langues officielles et je vais faire de mon mieux pour les sortir », affirme ce dernier dans une entrevue diffusée mercredi.

La loi adoptée par le gouvernement Legault en mai 2022 est mentionnée à deux reprises dans la mouture d’Ottawa. Tout d’abord, il reconnaît divers régimes linguistiques des provinces. Par exemple, il reconnaît au Nouveau-Brunswick que les francophones et anglophones ont « un statut et des droits et privilèges égaux. » Au Québec, il reconnaît la Charte de la langue française et « dispose que le français est la langue officielle du Québec ».

La seconde mention est celle qui offre aux entreprises à charte fédérale le choix entre l’utilisation du régime linguistique québécois ou celui du fédéral.

« Avec l’appui d’un certain nombre de nos collègues, nous avons proposé des amendements qui supprimeraient ces deux références au projet de loi pour qu’il ne soit plus dans la Loi sur les langues officielles », avance le député, qui souligne que déposer C-13 était pour offrir une option « beaucoup plus flexible » que la Loi 96.

En entrevue avec ONFR+, le député Housefahter précise qu’il ne souhaite pas supprimer la mention de la Charte de la langue française à la partie de la Loi concernant l’usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale. Il s’agirait seulement des deux mentions à la Loi sur les langues officielles.

Le député de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin ne veut pas que le projet de loi ralentisse en comité au détriment des communautés francophones Archives ONFR+

Outre sa collègue Patricia Lattanzio qui est au Comité des langues officielles, il ne mentionne pas l’identité des autres députés qui l’appuient dans sa démarche. Il ajoute s’inquiéter que toute future contestation judiciaire pour donner plus de pouvoirs au gouvernement du Québec pourrait s’inspirer de la Loi C-13.

Justin Trudeau a toutefois contredit cette position en soulignant l’importance de l’imposition d’une telle mesure aux entreprises fédérales pour qu’elles « respectent le principe du français d’abord au Québec ainsi que dans les communautés du pays où on parle français ».

« C’est une façon de protéger le français d’un bout à l’autre du pays, et on en est fier », a affirmé le premier ministre à la période des questions mercredi.

Avancer à pas de tortues

Mardi avait lieu la première réunion consacrée à l’étude de chaque amendement du projet de loi au Comité des langues officielles qui a finalement été consacré, en bonne partie, aux discours de députés en défense des anglophones du Québec.

Pour le moment, seul un amendement, qui a été rejeté, a été officiellement débattu. Il en reste près de 200 à débattre avec près de 14 heures de séances restantes, s’il n’y a pas d’ajout. La prochaine séance est prévue à la fin janvier après que la Chambre des communes a ajourné ses activités hier.

Mardi, le député libéral de Westmount Marc Garneau, qui n’est pas membre du Comité, avançait qu’il s’agirait « d’une grande erreur… de laisser le champ libre au Québec pour faire tout ce qu’il pourrait vouloir faire en matière de langue au Québec ».

Sa collègue Patricia Lattanzio allait dans le même sens pointant vers l’utilisation de la clause dérogatoire dans la Loi 96.

« La Loi 96 est à l’abri de toute contestation de la minorité anglophone, ce qui pose un grave problème et une référence à celle-ci dans une loi fédérale est une inquiétude considérable pour cette communauté. »

Au début novembre, les libéraux avaient tenté d’accélérer l’adoption de C-13, car il y avait urgence d’agir pour freiner le déclin du français au pays, selon la ministre des Langues officielles. Les communautés francophones du pays, dont la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) presse depuis des mois le gouvernement d’agir au plus vite dans ce dossier. Approchée par ONFR+ à la sortie du caucus libéral mercredi, la ministre Petitpas Taylor a refusé de répondre à nos questions.

De son côté, le député de l’Est ontarien Francis Drouin évite de critiquer ses collègues anglophones du Québec affirmant être en mauvaise situation « en tant que Franco-ontarien, de commenter les affaires du Québec ».

« C’est certain qu’il y a des inquiétudes au niveau de la communauté anglophone, mais il ne faut pas que ça vienne aux dépens des communautés francophones hors Québec (…) Il faut que ça l’avance », presse le membre du comité et représentant libéral de Glengarry–Prescott–Russell.

Cet article a été mis à jour le 15 décembre à 17h13.

Les ex-dirigeants de la Laurentienne pourraient être poursuivis

SUDBURY – Quelques semaines après avoir été réclamée par les professeurs et employés de l’Université Laurentienne, le Sénat a choisi d’appuyer la demande d’une enquête publique sur le contexte entourant la crise financière ayant secoué l’établissement. Celle-ci pourrait également engendrer des poursuites criminelles contre ses anciens dirigeants.

C’est lors d’une séance qui s’est tenue mardi après-midi qu’a été adoptée à la majorité une proposition visant à demander l’enquête publique à la suite du plaidoyer enflammé du professeur David Leeson.

Le Sénat a également évoqué la possibilité d’« une enquête criminelle sur la mauvaise gestion ruineuse de l’Université Laurentienne par la haute administration de 2010 à 2021 ».

Celle-ci pourrait engendrer la condamnation d’anciens recteurs comme l’actuel dirigeant de l’hôpital Horizon Santé-Nord, Dominic Giroux, ou encore l’ex-recteur Robert Haché et l’ex-vice-rectrice aux études Marie-Josée Berger, à l’égard desquels le Sénat avait adopté une motion de défiance en septembre dernier.

D’autres noms comme celui de l’ex-recteur Pierre Zundel, les ex-vice-rectrices à l’administration Carol McAulay et Lorella Hayes ou encore, Claude Lacroix, ex-président du Conseil des gouverneurs de l’Université Laurentienne ont étés évoqués.

Cette décision intervient peu après la fin de la restructuration de l’établissement et près de deux semaines après le dévoilement du rapport d’enquête final de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk.

Ce dernier a révélé une décision injustifiée du recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) par les dirigeants de l’établissement.

Le français mieux respecté à Air Canada qu’au gouvernement fédéral

OTTAWA – La haute fonction publique et divers ministères du gouvernement fédéral obtiennent une pire note de passage pour le respect des droits des langues officielles que le transporteur Air Canada.

C’est ce que révèlent des données du Commissariat aux langues officielles (CLO) pour l’année 2021-2022. Près de la moitié, soit 43 %, des recommandations effectuées par le CLO faites en réponse aux lacunes cernées par le biais des rapports de vérification et d’enquête ont été ignorées par les institutions fédérales. Reconnue pour transgresser de manière répétitive la Loi sur les langues officielles, la compagnie Air Canada est dépassée par six agences fédérales au haut de l’échelle des mauvais élèves qui ne respectent pas les recommandations du CLO.

Parmi celles-ci, on peut notamment retrouver au premier rang, le Bureau du Conseil privé, chargé de conseiller le premier ministre, le cabinet du gouvernement en plus de coordonner le travail des ministères et agences du gouvernement fédéral. Agriculture et Agroalimentaire Canada ainsi que Transports Canada sont les deux autres agences, avec le Bureau du Conseil privé, qui n’ont mis aucune recommandation du CLO en application.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), l’Agence des services frontaliers du Canada et Service correctionnel du Canada sont les trois autres instances pires qu’Air Canada, proportionnellement, en matière de respect des recommandations des langues officielles. À eux seuls, ces six agences comptabilisent 40 recommandations ignorées contre 10 appliquées, un taux de conversion de 25 %.

Six agences fédérales dépassent Air Canada sur la proportion de recommandations du CLO mises en oeuvre. Source : Commissariat aux langues officielles.

Air Canada pointe au septième rang de ce classement avec 18 recommandations du CLO partiellement (15) ou entièrement (3) mises en œuvre contre 17 non appliquées, pour une proportion de 51 %.

« Manque de leadership du gouvernement »

Air Canada se retrouve depuis plusieurs années sous les feux des critiques des différents commissaires aux langues officielles pour ces nombreux manquements aux droits linguistiques des voyageurs. Un des prédécesseurs de Raymond Théberge, Graham Fraser, avait même consacré un rapport spécial au transporteur aérien. C’est aussi sans compter la saga autour de l’unilinguisme et le discours seulement en anglais de son président Michael Rousseau qui avait généré 2680 plaintes.

Le président d'Air Canada Michael Rousseau lors de sa comparution devant les parlementaires à Ottawa
Le président d’Air Canada Michael Rousseau lors de sa comparution devant les parlementaires à Ottawa en mars dernier. Capture d’écran ParlVu.

À la suite de cet événement, le gouvernement Trudeau était monté au créneau pour dénoncer le discours de Michael Rousseau. La vice-première ministre Chrystia Freeland avait remis en question « la qualité de la gouvernance exercée par le conseil d’administration d’Air Canada ». Pour le NPD, ça démontre « qu’en réalité, le gouvernement fédéral est encore pire pour respecter les droits des francophones » que le transporteur aérien.

« Ça reflète le manque de leadership du gouvernement. Ils (les libéraux) aiment partager de belles paroles, qu’ils sont préoccupés par le recul du français, mais ils ne font pas grand-chose en même temps », dénonce la députée néo-démocrate Niki Ashton.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor avance que les chiffres dénotent une tendance « inquiétante ». En entrevue, elle convient que ça démontre une problématique au niveau de la culture du respect du français dans certaines instances fédérales.

« Le gouvernement fédéral doit faire preuve de leadership et on doit montrer l’exemple », répète-t-elle.

Le projet de loi C-13 viendrait toutefois changer en partie la situation, avance-t-elle. Dans cette mouture, Raymond Théberge aurait désormais le pouvoir de conclure des accords de conformité avec les institutions fédérales en plus d’imposer des amendes monétaires, à la hauteur de 25 000 dollars, aux entreprises fautives.

« Si on veut s’assurer que la Loi sur les langues officielles est respectée, on doit s’assurer que le chien de garde ait les outils nécessaires pour faire son travail. »

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté.
Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté.

Mais pour l’opposition officielle, C-13 dans sa forme actuelle n’est pas suffisant. Les chiffres démontrent plutôt l’importance d’avoir une réelle agence centrale chargée de mettre en œuvre la Loi sur les langues officielles dans C-13, soutient l’élu conservateur Joël Godin.

« L’intention n’est pas là dans ce gouvernement actuel et c’est pour ça qu’il faut renforcer C-13 pour permettre au Conseil du Trésor d’être l’agence centrale chargée de redescendre dans la machine et imposer des résultats aux autres ministères. »

Malgré des demandes d’entrevues, la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier n’était pas disponible pour répondre à nos questions.

Pour le Bloc Québécois, le gouvernement Trudeau doit envoyer « un signal à ses ministères, de respecter la Loi sur les langues officielles et les recommandations du commissaire aux langues officielles ».

« C’est un autre exemple du manque de volonté du gouvernement libéral. Le gouvernement a le pouvoir d’agir et de démontrer qu’il n’a pas juste de bonnes intentions », avance le député Mario Beaulieu.

Higgs : les francophones doivent se contenter de n’avoir rien perdu

FREDERICTON – Les francophones doivent reconnaître qu’ils n’ont rien perdu, a affirmé Blaine Higgs après que son gouvernement n’ait retenu aucune recommandation pour la révision de la Loi sur les langues officielles (LLO) au Nouveau-Brunswick. La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) se dit estomaquée devant le peu d’actions du premier ministre et ses propos.

Dans un rapport de décembre 2021, les commissaires Yvette Finn et John McLaughlin – chargés de réviser la Loi sur les langues officielles – ont recommandé une trentaine de mesures au gouvernement.

Blaine Higgs a annoncé ce lundi qu’il acquiesçait pour le moment à une, mais pas de façon directe, soit à la création d’un secrétariat aux langues officielles, qui sera en place dès 2023. La recommandation des commissaires Finn et McLaughlin était plutôt la création d’un ministère des Langues officielles. Ce secrétariat aura principalement un rôle de promotion du bilinguisme, explique M. Higgs, mais ce dernier soutient que le Commissariat aux langues officielles, aussi chargé de la promotion, ne sera pas effacé comme il l’avait laissé entendre par le passé.

« L’idée du secrétariat est de trouver des solutions et d’innover. Ce n’est pas pour être une organisation axée sur les plaintes », a expliqué le chef progressiste-conservateur en référence au rôle du commissariat.

En conférence de presse, Blaine Higgs explique qu’il espère que ce nouveau secrétariat pourra signifier qu’il n’y aura pas plus de tensions entre les deux communautés linguistiques.

« J’espère que nous avons trouvé un équilibre ici. Un équilibre pour que les francophones reconnaissent qu’on (le gouvernement) ne leur a rien enlevé et que nous avons ici un groupe dédié aux vrais problèmes et les anglophones peuvent dire que quelqu’un va les écouter eux aussi », a affirmé le premier ministre en conférence de presse.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.
Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

La SANB n’en revient pas des commentaires du premier ministre. « C’est très condescendant de sa part. Je suis pas mal certain que Maurice Duplessis n’aurait pas été aussi paternaliste que ça dans ses commentaires », caractérise son président Alexandre Cédric Doucet.

Des recommandations ignorées

Le rapport exigeait notamment une clarification au sujet des exigences linguistiques des employés de la fonction publique, mais la réponse de la province indique que le gouvernement pourra « administrer et mettre à jour, au besoin » la politique et les lignes directrices.

Les commissaires Finn et McLaughlin conseillaient aussi de faire réexaminer le poste de commissaire aux langues officielles, mais Blaine Higgs affirme que si une révision avait lieu, elle prendrait place via un autre processus législatif. Parmi les autres recommandations ignorées : créer un ministère des Langues officielles, implanter la LLO dans les foyers de soins de longue durée, créer un comité des langues officielles etc.

« La majorité de ces recommandations sont déjà en train de se dérouler au sein du gouvernement sur une routine quotidienne », s’est défendu Blaine Higgs lorsque questionné sur cet enjeu.

Rien dans l’annonce d’aujourd’hui ne va faire en sorte que l’assimilation des francophones va s’arrêter au Nouveau-Brunswick, mais c’est peut-être ça que souhaite M. Higgs, suppose le président de la SANB.

« C’est très clair que le premier ministre aime plus plaire à l’aile droite et extrémiste de ses amis de l’Anglophone Rights Association of New Brunswick que de remplir son rôle à titre de premier ministre de la seule province officiellement bilingue », déplore Alexandre Cédric Doucet.

Rapport de la commissaire

Ce lundi était aussi la journée de sortie du rapport de la commissaire aux langues officielles de la province, Shirley MacLean. Cette dernière y critique la lenteur de la réponse du gouvernement Higgs. Parmi ses quatre recommandations, elle demande que le « premier ministre doive réagir formellement aux recommandations de la révision dans les 60 jours suivant la conclusion du processus de révision ».

Shirley MacLean
Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles de la province. Gracieuseté

Elle demande aussi une hausse de son budget sans contraintes administratives notamment pour mousser la promotion du bilinguisme dans la province. Blaine Higgs avait critiqué son bureau affirmant qu’il était souvent très négatif. En réponse à la révision de la Loi sur les langues officielles du gouvernement, Mme MacLean dénonce une « réponse vague » du gouvernement.

« Je dois admettre être restée sur ma faim quant aux autres intentions du gouvernement vis-à-vis les langues officielles au Nouveau-Brunswick », indique-t-elle dans un communiqué.

Les facettes cachées de Carol Jolin

Plusieurs connaissent Carol Jolin pour son mandat à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), mais que sait-on vraiment de lui? Vous avez de la chance : on l’a invité à Tac au Talk pour qu’il nous dévoile ses secrets, notamment ce qui le garde occupé depuis sa retraite de l’AFO.

Kelly Burke commissaire du changement positif

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Kelly Burke, commissaire aux services en français et avocate chevronnée, possède une connaissance approfondie des droits, obligations et responsabilités concernant la Loi sur les services en français. Au début du mois de décembre, dans son rapport annuel, elle a appelé la province à renforcer son « engagement ferme » envers ces services. Kelly Burke surveillera au doigt et à l’œil les plans du gouvernement.

« Vous avez commencé comme enseignante. Comment passe-t-on de l’enseignement au Bureau de l’ombudsman?

En fait, j’ai poursuivi des études pour devenir enseignante. J’ai donc pratiqué dans les écoles d’immersion en français. D’abord à Cornwall puis à Sarnia.

D’ailleurs, Sarnia c’est la 27e région désignée sous les services en français et j’ai participé au récent lever du drapeau. Pour moi, c’est important parce qu’il y a 30 ans, c’est là-bas que j’ai commencé ma carrière. On n’était que quelques enseignants avec très peu de matériel pour livrer nos cours. Je m’en souviens très bien. Cela a été un bon moment de faire un retour là-bas, après 30 ans.

Qu’est-ce qui a motivé les évolutions de carrière que vous avez réalisées?

J’ai été élevée dans la francophonie et j’ai vu chez moi un amour pour notre culture et notre langue. Je viens d’une grande famille francophone de l’Est ontarien. Je suis passée par l’école élémentaire et secondaire à Cornwall et j’ai fait des études en langue française à Kingston, puis j’ai enseigné avec l’espoir de partager mes connaissances et le patrimoine culturel francophone.

Après des études en droit, j’ai œuvé comme avocate dans le droit du travail. On m’avait approchée pour me dire que je serais une bonne candidate au sein des Affaires francophones et dans la protection des droits linguistiques. C’était aussi un intérêt que j’avais manifesté. C’est finalement ça qui m’a menée aux Affaires francophones de la province.

Kelly Burke
Kelly Burke était enseignante à Sarnia. C’est dans l’enseignement que sa carrière a démarré. Gracieuseté

Comment résumeriez-vous votre expérience au sein du ministère des Affaires francophones de l’Ontario?

Ça a été une bonne expérience, notamment en appuyant plusieurs ministres qui occupaient le portefeuille de la francophonie. Sous deux gouvernements différents, libéral et conservateur, j’ai influencé la direction des droits linguistiques à l’époque.

Avez-vous plaidé dans des affaires de droits linguistiques lorsque vous étiez avocate?

En tant que juriste et membre de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO), oui, dans le secteur juridique. En tant que membre du conseil administratif, mais aussi comme représentante j’ai influencé la direction du barreau de l’Ontario quant à ses services en français. Dans ce sens, j’ai poussé l’ordre des avocats vers le besoin d’œuvrer dans les deux langues officielles du pays.

Le simple fait d’être capable de travailler comme juriste en français et de plaider en français devant la Cour en fait partie. J’ai été appelée à prendre des dossiers en main et à comparaître devant la province du fait de mes compétences linguistiques. On revient de loin.

Kelly Burke
Kelly Burke est diplômée du programme de common law en français à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

Quand vous étiez sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones (MAFO), quel a été votre rôle dans la création du monument de la francophonie à Queen’s Park?

J’ai eu un rôle de soutien au gouvernement, surtout sur l’emplacement. On se demandait où nous allions placer ce monument sur les terrains de Queen’s Park et comment il serait entretenu, un rôle plutôt logistique. Le monument est le lègue de la commémoration des 400 ans de la présence francophone dans la province et de tout ce qu’on a accompli.

Avant de construire de ce monument, nous avions monté un comité d’expert de l’histoire franco-ontarienne, au sein duquel l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a d’ailleurs joué un rôle. Le comité avait été mis en place pour acheminer ce résultat.

En tant que sous-ministre adjointe au MAFO puis des Collèges et Universités, vos défis étaient-ils différents?

La charge de travail est grande dans les postes de sous-ministre adjointe et dans les deux rôles que j’ai eus, aux Collèges et Universités et aux Affaires francophones. L’expérience pendant mon séjour aux deux ministères était énorme et valorisante.

Différents défis, mais dans les deux cas, mon travail était d’améliorer le côté éducation et post-secondaire dans un ministère et dans l’autre un remaniement du ministère des Affaires francophones.

Aux Collèges et Universités, je devais aussi m’assurer que le ministère ait des services en français, équivalent à ce qu’il offrait en anglais. 

Kelly Burke
25 septembre 2022 : la commissaire Burke lors de la cérémonie de lever du drapeau franco-ontarien au Centre communautaire francophone de Sarnia. Crédit image : ombudsman de l’Ontario

Comment avez-vous vécu votre arrivée au Bureau de l’Ombudsman dans le contexte controversé de 2018-2019? 

J’ai reconnu un grand défi devant moi. J’ai vu aussi une opportunité de ramener les pendules à l’heure vis-à-vis de la sauvegarde du patrimoine culturel. Il y avait du travail avec ce changement de culture. Maintenant, la commissaire fait partie d’une équipe qui rapporte à l’Ombudsman et bien sûr cela se distingue de l’ancien rôle autonome, mais j’ai vu des possibilités. Je suis restée optimiste. L’objectif est le même : rendre meilleur les services en français dans la province.

Et ça ne vous a pas fait peur après tout?

Je connais très bien les droits linguistiques et j’œuvre dans ce domaine depuis très longtemps. Je connais les rouages du gouvernement. J’ai même œuvré au sein de l’appareil gouvernemental. Mes compétences jumelées ont développé la meilleure façon d’obtenir les résultats à mon objectif.

Succéder à François Boileau, après ce remaniement… Que retenez-vous?

Évidemment, il a fait du bon travail et je me suis inspirée de son expérience. Malgré les changements, je devais poursuivre son travail. Je devais montrer que j’étais aussi dédiée que lui à l’objectif de la Loi. Je suis tout aussi motivée aujourd’hui que je l’étais il y a trois ans. Nous avons pédalé pour en arriver là, mais aujourd’hui, je peux attester de nos succès. J’ai confiance qu’on fait des gains.

La résilience, c’est la formule à retenir. Au début, j’ai reconnu que la tâche ne pourrait être accomplie pleinement, mais on ne lâche pas. Je m’inspire aussi de l’expérience des personnes qui sont passées avant moi dans la province et à l’échelle du pays dont M. Boileau, Mme d’Entremont au Nouveau-Brunswick, Mme MacLean, commissaire aux Langues officielles au Nouveau-Brunswick, M. Théberge ou encore Mme Adam au fédéral.

Et dans ce rôle de commissaire, quelle est l’exigence au quotidien?

Il faut maintenir un momentum vers des réalisations qui envoie un message au gouvernement et rappeler qu’il y a des droits linguistiques à respecter. La Loi nous appuie et a pour objectif de sauvegarder le patrimoine culturel pour les générations à venir.

Kelly Burke
Kelly Burke a déposé son rapport annuel, qui contient deux nouvelles recommandations ce 7 décembre. Crédit image : ombudsman de l’Ontario

Passer de fonctionnaire de l’ombre à commissaire dans la lumière… comment aborde-t-on ce changement?

Je décris cette situation comme un positionnement privilégié. Ce n’est pas le cheminement que j’avais prévu il y a 30 ans, mais ça a toujours été un intérêt. Influencer les jeunes quand j’étais enseignante et guider un peu la façon de penser avec des lentilles bilingues et francophones. L’influence que j’exerce et avec les recommandations que l’on met de l’avant va continuer à influencer positivement, je l’espère.

Justement, on parle de vous comme d’une agente de changement positif, qu’en dites-vous?

Une agente de changement positif (Rires). Je crois que c’est une personne qui demeure optimiste pour l’avenir. Alors, j’ai confiance dans les générations, celle avant nous, mais aussi celle dans laquelle je me trouve et celle après nous. Je pense à la relève francophone : elle est diverse, elle m’excite.

Notre francophonie est en évolution, alors quand on parle d’agent de changement, il faut être capable d’évoluer et je crois que c’est le rôle que je suis appelée à jouer. Réunir cette francophonie en évolution, elle est vibrante, elle est allumée. J’embrasse cette francophonie que je tiens à cœur et ça me rend heureuse de contribuer à son évolution.

Pourriez-vous nous dire quelque chose sur vous que la communauté franco-ontarienne ne sait pas?

Bon, tout le monde sait que je suis active. Je suis une personne qui aime les défis, malgré des circonstances parfois difficiles. Je pense que mon trait de caractère insoupçonné, c’est que je suis persévérante, tout en reconnaissant qu’il faut parfois reculer de quelques pas pour avancer encore plus loin. Ou alors, c’est que je suis patiente (Rires).

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui veulent s’investir dans la francophonie?

Je le dis souvent à mon équipe : en francophonie rien ne se fait seul. Il faut collaborer et intégrer plusieurs perspectives qui mènent vers un accomplissement qu’ensuite nous pouvons tous partager. Il faut de la transparence et de l’ouverture. C’est la formule gagnante.

Kelly Burke
Kelly Burke, commissaire aux services en français et Paul Dubé, ombudsman de l’Ontario en conférence de presse pour la nomination de la commissaire. Crédit image : ombudsman de l’Ontario

Trouvez-vous que vos recommandations sont suffisamment suivies par le gouvernement?

Ce qu’il y a d’intéressant vis-à-vis des recommandations en attente, c’est qu’elles découlent en grande partie d’une des premières recommandations. Aujourd’hui résolue, c’était de produire un rapport annuel sous le ministère des Affaires francophones. Avec cette demande mise en place à présent et avec l’intégration de la boussole linguistique, on a espoir de voir les autres appliquées.

Un fait pertinent, ce 6 décembre, la ministre Mulroney a déposé un nouveau règlement qui encadre la notion d’offre active. C’est une réponse à la grande majorité de mes recommandations. Nous suivons les avancées, je le fais régulièrement auprès du gouvernement et on vérifie la mise en œuvre des plans.

Le règlement sur l’offre active est supposé être mis en vigueur le 1er avril 2023. Votre recommandation pour le règlement 398/93 (qui dresse la liste des organismes désignés sous la Loi sur les services en français) doit être modernisée avant septembre 2023. Faisons-nous face à une nécessité urgente de moderniser le règlement 398/93, sinon comment faire pour appliquer le règlement sur l’offre active à une liste désuète?

Il y a quand même dans la liste des organismes qui existent, et ces gens-là pourront de suite appliquer le nouveau règlement sur l’offre active et prévoir leurs services. Mais en effet, lorsque la liste sera mise à jour, les organismes, agences et tierces parties qui n’y figurent pas pourront développer un plan.

Je m’attends à ce que le ministère rafraîchisse le règlement 398/93 dans un temps assez rapproché. Les deux activités en parallèle n’affecteront pas les objectifs.

Quelle est la formule pour être sûre que les ministères appliquent vos recommandations?

Les ministres doivent rendre compte de la qualité des services en plus de l’obligation d’offrir activement le service. Maintenant, je demande à ces ministères de me préparer des plans pour être en mesure d’offrir le service. J’offre la boussole qui permet de se mesurer et sur une base annuelle. La ministre des Affaires francophones dépose un rapport avec un compte rendu de la santé linguistique dans chacun des ministères. »


LES DATES-CLÉS DE KELLY BURKE 

Naissance à Cornwall, Ontario

1996 : Devient membre du barreau

2014 : Obtient le prix Excelsior qui récompense son rôle au sein ministère du Procureur général

2015 : Participe aux commémorations des 400 ans de l’influence francophone en Ontario

2020 : Devient commissaire aux services en français

2022 : Hisse le drapeau franco-ontarien à Sarnia le 25 septembre

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Quand on aura tout dit

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

L’autre jour, je parlais à mon fils. On discutait de progrès humain. Lui, le jeune scientifique, et moi, la littéraire sur le tard. J’insistais sur le fait que tous les livres ont été écrits et que l’humanité avançait à pas de tortue. « Mais que veux-tu dire par là? Qu’on ne peut plus écrire de livres? » m’avait-il lancé avec une pointe d’inquiétude.

J’avais envie de lui répondre par l’affirmative. Mais la mère-éducatrice en moi et l’écrivaine optimiste a lancé un « enfin, presque plus ». Oui, c’est ce « presque » qui est sorti de moi ou a glissé furtivement de ma bouche, dans un ultime effort de restaurer ma foi dans l’humanité et dans le progrès perpétuel. Encore et encore.

Quelle fut ma surprise ou ma déception, je ne saurais dire, quand quelques jours après notre brève discussion, je suis tombée par hasard sur l’un des derniers romans écrit par Simone de Beauvoir. La femme rompue. Publié en 1967, ce recueil de trois nouvelles n’a pas été très bien accueilli par la critique, disons-le majoritairement masculine, mais surtout il est venu après ses deux célèbres romans, dont Les mandarins, et donc difficile à surpasser.

Cependant, les thèmes que de Beauvoir explore dans ses nouvelles ne sont pas du tout démodés ni délavés par le passage des années. Tout à fait le contraire, je les ai trouvés pertinents, percutants et d’actualité. « Pourquoi alors écrire, quand tout a été déjà écrit », je me suis soudainement entendu dire et redire.

Dans la première nouvelle, L’âge de discrétion, Mme de Beauvoir me surprend en écrivant sur la vieillesse au féminin avec beaucoup de clarté et surtout de percussion. Une femme dans la soixantaine, en crise existentielle qui se déchaine contre son fils pour cause de « trahison ».

Plongeon fascinant dans les profondeurs du monde féminin

Cette mère qui a tout donné – amour maternel, nourriture, affection et éducation – se retrouve trahie par ce fils qui « ose » faire ses propres choix dans la vie. Confrontée à certaines critiques, l’écrivaine qualifiera ces femmes, dont elle peint si bien le portrait, d’opprimées ou prisonnières de leur propre tourmente : l’oppression de la maternité, l’attachement excessif de la femme à son partenaire dans le couple et son effacement.

Certains ont soupçonné Mme de Beauvoir d’une escapade autobiographique. Peu importe, j’ai trouvé ce plongeon dans les profondeurs du monde féminin d’une classe bourgeoise française d’une autre époque, fascinant.

Pourquoi lire ou écrire un livre d’aujourd’hui sur ces mêmes thèmes alors qu’elle l’a déjà fait avec beaucoup de force et de délicatesse. Suis-je une femme opprimée en choisissant la maternité? Suis-je une femme opprimée en choisissant de vivre en couple et de voir son partenaire sombrer dans la vieillesse, un miroir de notre propre vieillesse?

Et les enfants qui, au-delà des quelques joies et bonheurs qu’ils nous procurent, ne sont-ils pas des individus à part entière qui ne nous appartiennent guère et dont les choix et les décisions ne font que nous opprimer et pourquoi pas même nous trahir comme le décrit si bien Mme de Beauvoir dans cette nouvelle.

Dans La femme rompue, cette dernière s’attaque d’une manière plus courageuse au thème des femmes trompées par leur maris et qui graduellement sombrent dans le déni. Certains diraient que cela n’est plus le cas. Rappelons-nous Hillary Clinton, l’épouse de l’ancien président américain Bill Clinton, qui s’est tenue à côté de « son homme » au moment où il a reconnu l’avoir trompée dans le scandale de Monica Lewinsky.

Une femme aussi féministe et aussi batailleuse que Hillary Clinton qui a failli devenir présidente des États-Unis en 2016 avant de s’incliner devant Donald Trump, qui pardonne ou trouve des alibis à ce mari dont elle n’arrive pas à se séparer. Peut-on dire d’elle « une femme rompue »? N’est-ce pas une autre manière d’être dans le déni ou en n’ayant pas d’autre choix que de rester dans cette relation oppressante.

D’innombrables histoires de femmes arrachées

Mme de Beauvoir a aussi vécu dans une relation « ouverte » avec son compagnon de longue date, Jean-Paul Sartre tout en sachant qu’il accumulait les amantes. Une entente certes mais qui ne rendait pas de Beauvoir moins jalouse et manipulatrice. Était-elle alors une femme rompue sans le savoir? Le comble de l’ironie. Mais là je m’éloigne de mon sujet principal.

Pourquoi continuer à écrire quand tout a été déjà dit et si bien dit, bien avant nous? J’aurais bien voulu dire qu’on doit cesser de le faire et se consacrer peut-être juste à la lecture ou à la réflexion. Mais ce « presque », qui s’est dérobé de moi, vient me contredire.

Quelque chose en moi continue à croire qu’après La femme rompue il y a eu tellement d’autres histoires de femmes arrachées, brisées, rapaillées et même celles qui se sont mises debout pour tituber et reprendre à marcher.

« Il restera nos livres et nous écrits qui parleront à d’autres personnes et à d’autres époques »

Arrivée à un certain âge, faut-il se taire ou continuer à parler, au risque de dire des bêtises et confondre les lecteurs au lieu de les éclairer. Gaston Bachelard, n’avait-il pas dit :« Les grands savants sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la seconde », nous rappelle Simone de Beauvoir par le biais de son personnage principal féminin dans L’âge de la discrétion. Avait-il raison? Quand est-ce que doit- on se taire et laisser la parole aux autres?

Marguerite Andersen, auteure franco-ontarienne dont j’ai écrit dans cette même rubrique, pour lui rendre hommage après qu’elle nous ait quittés, n’a pas cessé de publier jusqu’à un âge avancé. Son récit autobiographique La mauvaise mère est la preuve littéraire que nous ne devons pas nous taire.

Seule la mort nous enferme dans le silence et encore. Il restera nos livres et nous écrits qui parleront à d’autres personnes et à d’autres époques. Comme l’a si bien fait avec moi La femme rompue. Comme le feront d’autres livres de notre époque d’aujourd’hui pour les générations à venir.

Quant à mon fils, enivré par la fougue de la jeunesse et le pouvoir de la science, il rêve toujours de nouvelles découvertes. Et tant mieux pour lui.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le bac en éducation devient réalité à l’Université de l’Ontario français

TORONTO – L’Université de l’Ontario français (UOF) a obtenu le précieux agrément de l’Ordre des enseignants de l’Ontario pour offrir un bac en éducation. La première cohorte à temps plein ouvrira en septembre prochain. Les inscriptions à temps partiel sont possibles dès cet hiver.

L’institution franco-torontoise ajoute ainsi un cinquième parcours à ses programmes de formation initiaux que sont Études des cultures numériques, Études de la pluralité humaine, Études de l’économie et de l’innovation sociale et études des environnements urbains.

Une quarantaine d’étudiants pourront s’inscrire à temps plein, en septembre 2023, à ce nouveau bac pour lequel l’UOF a obtenu une autorisation ministérielle d’une durée de sept ans. Et dès janvier prochain, il sera possible de s’inscrire à temps partiel. Près d’une vingtaine d’étudiants auraient manifesté cette intention, tandis que d’autres suivent déjà des cours en éducation par le biais de micro-certificats.

« Les étudiants à temps plein suivront des cours en continu jusqu’à dix sessions consécutives et, 16 mois plus tard, ils seront certifiés, tandis qu’à temps partiel, ils suivront des cours du soir, les fins de semaine, quand ils sont libres », précise Luc Blanchette, directeur des services académiques.

Paulin Mulatris, vice-recteur aux études et à la recherche de l’Université de l’Ontario français. Source : UOF

Alors que la province fait face à une importante pénurie de personnel scolaire, cette formation doit permettre aux étudiants de développer les connaissances et compétences requises à une carrière d’enseignant en contexte minoritaire francophone.

« Ça va non seulement élargir la gamme de nos programmes mais aussi et surtout répondre à un besoin de la communauté dans un secteur en forte demande », estime Paulin Mulatris, vice-recteur aux études et à la recherche à l’UOF, à issue d’un an et demi de démarche auprès du ministère des Collèges et Universités, de l’ordre des enseignants et de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire.

Bien mais pas assez dit l’AEFO, sur fond de pénurie de personnel

Si l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) réagit favorablement à l’ajout de ce programme, elle estime que la province est loin du compte si elle veut endiguer la pénurie de personnel. « Les 40 places qui seront ajoutées avec ce programme sont certes une bonne chose, mais elles sont nettement insuffisantes pour répondre aux besoins de personnel qualifié dans nos écoles de langue française », nuance sa présidente Anne Vinet-Roy.

« L’AEFO s’attend à plus d’actions concrètes et immédiates du gouvernement provincial pour contrer la pénurie chronique du personnel enseignant qui menace le continuum d’éducation de langue française de la petite enfance aux études postsecondaires », poursuit-elle incitant le gouvernement à faire des investissements significatifs dans les programmes de formation, dans l’insertion professionnelle et dans la rétention du personnel enseignant.

Dans un rapport publié en 2021 et faisant état d’un manque de plus de 500 professionnels par an en Ontario, le Groupe de travail sur la pénurie de personnel enseignant dans le système d’éducation en langue française urgeait et les fournisseurs de programme à soumettre des formations à l’enseignement, et au ministère à les financer.

« Si aucune action n’est prise, la situation s’aggravera pour atteindre un nombre exorbitant d’environ 3000 en 2025-2026 », avaient alors prévenu les rapporteurs.

« C’est une décision politique du gouvernement d’investir plus dans la formation d’enseignants pour assurer la pérennité de l’éducation en français » – Yves Lévesque

« Quarante, c’est mieux que zéro », tempère Yves Lévesque, directeur général de l’’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). « C’est un début vers les 500 dont on a besoin, surtout dans la région de Toronto. Ça signifie des enseignants qui ont des chances de rester travailler dans cette région. Ce sont des conditions intéressantes à leur embauche. »

Et d’évoquer les minces progrès réalisés depuis la publication du rapport sur la pénurie d’enseignants : « Ce sont des projets pilotes, des essais, des pistes potentiellement intéressantes mais qui n’apportent pas la masse dont on a besoin. Ça doit passer par une capacité accrue dans les autres universités qui proposent déjà ce programme. On doit aussi régler le problème de l’Université Laurentienne. Ou ils recommencent à offrir des bacs complets ou ils sortent de là, car, au cours des dernières années, on a découragé des gens à enseigner. »

L’UOF est la quatrième université à offrir un tel programme en français, après l’Université d’Ottawa, La Laurentienne – affectée par des coupes en 2021 – et l’Université York via son campus bilingue de Glendon.

M. Lévesque attend des investissements substantiels de la part du ministère des Collèges et Universités dans le prochain budget provincial pour ouvrir plus de postes et trouver des solutions. « C’est une décision politique du gouvernement d’investir plus dans la formation d’enseignants pour assurer la pérennité de l’éducation en français. »

Le parcours du Maroc en Coupe du monde fait rêver la diaspora en Ontario

À la veille d’un quart de finale historique face au Portugal, la ferveur marocaine est à son comble. En Ontario, les partisans vivent le Mondial de soccer avec intense émotion. ONFR+ a rencontré ces fans marocains qui vibrent pour le ballon rond, de Timmins à Toronto, en passant par Ottawa.

Dans cette réunion de famille où sept pays habitués des phases éliminatoires se retrouvent en quarts de finale, le Maroc fait figure d’outsider. Qualifiés pour la première fois de leur histoire, à ce stade de la compétition, les Lions de l’Atlas veulent rééditer un exploit ce samedi. Après l’Espagne, place au Portugal! Pour nombre de partisans en Ontario, l’entraîneur Walid Regragui – arrivé en août dernier au sein de l’équipe – est en partie le champion de cette prouesse.

Étudiant en administration des affaires à l’Université de Hearst et fraîchement arrivé à Timmins, Yassine Lahhab n’est pas surpris de la performance du Maroc. Ce natif de Casablanca rappelle que le soccer fait partie de la culture africaine : « C’est le sport le plus populaire au Maroc », affirme-t-il.

Driss Khattab, résident d’Ottawa, lui aussi originaire de Casablanca, soutient par ailleurs que l’entraîneur a été très efficace dans le parcours de son équipe fétiche. D’après lui, Walid Regragui n’a pas peur et a insufflé aux joueurs le goût de la victoire. « On a toujours eu cette barrière de la petite équipe. »

Pour ce mordu de soccer, l’entraineur Regragui a travaillé sur la confiance des joueurs : « C’est niya », soit l’intention, dit-il. « Le coach leur a donné de l’amour, c’est un porte de bonheur. »

Maroc à Timmins
Yassine Lahhab suivra son équipe favorite avec des Marocains de Timmins, à sa droite, Yassine Hammioui. Gracieuseté

Au classement de la FIFA, le Maroc est 22e et c’est la septième Coupe du monde à laquelle ils participent.

« J’ai remarqué que l’équipe était devenue très bonne », constate Yassine Lahhad. « C‘est une équipe jeune et dynamique, avec un coach qui est le tout premier entraîneur africain à atteindre les quarts de finale de la Coupe du Monde. »

Soutenir son pays depuis le Canada

Pour Driss Khattab, « c’est inédit, on ne s’y attendait pas ». La dernière fois que ce Marocain dit avoir vécu quelque chose de similaire, il avait 10 ans. Le Maroc était alors en huitième de finale de la Coupe du monde en 1986 et avait remporté la Coupe d’Afrique des nations en 1976.

En étant au Canada, Yassine Lahhab, jeune étudiant de 18 ans, confie suivre tous les matchs de son équipe favorite « avec acharnement », dit-il. « C’est le rêve de tout un peuple, c’est un exploit extraordinaire. Ça représente non seulement une fierté pour l’Afrique, mais aussi pour le monde arabe. »

« Je ne sais pas comment exprimer ma joie », reprend le partisan. « C’est mon pays et c’est l’une des compétitions les plus prestigieuses du monde. Cela me rend ému et ça me donne envie d’être dans mon pays et de célébrer ces moments de victoire avec ma famille et mes amis. »

Driss Khattab vit cette ferveur avec un peu de nostalgie du fait de la distance. Toutefois, avec ses amis marocains, ils se rejoignent dans le quartier du marché By à Ottawa pour faire la fête. « Les réseaux sociaux me permettent de suivre ça et cela me fait chaud au cœur. »

Le Maroc a brillé au Qatar et brillera encore

Le Franco-Ottavien a de l’espoir : « On commence à y croire et on se dit pourquoi pas ». S’il doit y avoir une finale pour le Maroc, M. Khattab aimerait voir son équipe favorite jouer contre le Brésil. Le partisan verrait très bien le Maroc arriver en demi-finale.

Même optimisme du côté de Timmis avec Yassine Lahhab et à Toronto pour Faouzi Metouilli. Les Lions d’Atlas devraient affronter Lionel Messi avec l’Argentine. « Une histoire de revanche par rapport à 2018 », pour le Timminsois.

Faouzi Metouilli, quant à lui, s’est déplacé au Qatar pour suivre son équipe nationale. Une expérience dont il se souviendra longtemps.

« C’était extraordinaire, un véritable climat de joie », s’émerveille le partisan. « Tout est impressionnant et, ce n’est pas une blague, les stades sont climatisés. »

« Pour tout le reste, l’organisation était incroyable. Les Qataris ont été très accueillants et chaleureux. Ça devrait être ça le sport. »

Ses pronostics pour le prochain match face au Portugal : deux à un, en faveur du Maroc.

L'équipe du Maroc participe à la Coupe du monde au Qatar.
Faouzi Metouilli est allé au Qatar pour voir les Lions d’Atlas, il a assisté aux matchs de la Belgique et du Canada. Gracieuseté

Tout comme ses compatriotes, le Torontois se dit extrêmement fier de son équipe : « Le foot c’est identitaire et maintenant tout le monde arabe est derrière le Maroc. »

Chaque étape de cette compétition a été spéciale. Il raconte d’ailleurs que la rencontre entre le Canada et le Maroc a été très particulière pour lui. « N’oublions pas qu’il y a un joueur canadien marocain qui joue avec le Maroc : Yassine Bounou, le gardien de but. »

Parce que les matchs se déroulaient au Qatar, Faouzi Metouilli explique que cela a rendu l’expérience très spéciale, là aussi. L’équipe du Maroc brillait sur le terrain.

« Il y a quatre ans, je n’aurais pas dit ça, mais cette fois-ci, avec leur formation majoritairement en Europe et avec un entraîneur tel que M. Regragui, on peut aller très loin. »

Le Maroc et le Portugal s’affronteront ce samedi à 10h (heure de l’Est) et la France et l’Angleterre à 14h. Une victoire de la France et du Maroc donnerait lieu à une demi-finale 100 % francophone.

Loi sur les langues officielles : Ottawa désormais ouvert à des amendements

OTTAWA – Pour la première fois depuis le dépôt de son projet de Loi C-13, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor se dit ouverte à y apporter des changements.

Déposé en mai dernier, le projet de Loi C-13 vise à moderniser la Loi sur les langues officielles. Par le passé, la ministre acadienne avait refusé à de nombreuses reprises de se prononcer sur la possibilité de modifier sa mouture de loi affirmant vouloir laisser le comité faire son travail.

La ministre, en compagnie de celui du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez, comparaissait ce jeudi en comité où elle a maintenu sa position de plusieurs mois durant près de deux heures, mais c’est par la suite, en mêlée de presse qu’elle a ouvert la porte. Le commissaire aux langues officielles, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et le gouvernement du Québec sont parmi les principales organisations qui demandent des changements à la Loi.

« On est ouvert à des amendements », a finalement lâché la ministre après avoir été pressée sur le sujet par les journalistes.

Lors de sa comparution, elle a esquivé les nombreuses tentatives du député bloquiste Mario Beaulieu qui lui demandait de lui nommer « un seul amendement du gouvernement Legault qui serait accepté dans C-13 ».

Elle s’est aussi fait pousser par l’opposition concernant le refus du gouvernement d’adhérer à la demande de la FCFA, de faire du Conseil du Trésor, l’unique agence responsable de la mise en œuvre de la loi. Actuellement, la mise en application est partagée avec Patrimoine Canada.

« Le Conseil du Trésor est à Ottawa. Patrimoine Canada a des bureaux d’un bout à l’autre du pays. Quand on parle de travailler avec les intervenants et de savoir ce qui se passe sur le terrain, le bureau de Patrimoine canadien est très bien placé », a-t-elle justifié, mentionnant l’opinion de certains experts sur la question.

Un comité cacophonique

Les couteaux volaient bas durant ce comité entre le ministre Rodriguez et les députés de l’opposition. Le ministre qui comparaissait dès la première heure a eu plusieurs échanges acrimonieux, notamment avec le député conservateur Joël Godin et le bloquiste Mario Beaulieu.

L’opposition conservatrice a notamment relancé M. Rodriguez sur le fait que le titre de ministre des Langues officielles n’est pas mentionné une seule fois dans le projet de loi contrairement à celui du ministre de Patrimoine canadien, qui l’est une vingtaine de fois.

Le conservateur Joël Godin a même avancé que la ministre Petitpas Taylor était « votre représentante », ce qui a soulevé l’ire de M. Rodriguez assurant qu’elle est « ministre en titre ».

« Ce que j’entends, c’est que ce n’est pas vous qui avez le contrôle et ce n’est pas la ministre des Langues officielles, alors pourquoi ne pas accepter d’envoyer tous les pouvoirs au Conseil du Trésor », a toutefois répété en levant la voix le député conservateur Joël Godin.

« Vous pouvez poser la même question trois fois. Je vous l’ai déjà dit, M. Godin, la responsabilité incombe à la ministre des Langues officielles. Ça fait longtemps que vous n’avez pas été au pouvoir parce que vous ne comprenez pas comment ça fonctionne », a lâché Pablo Rodriguez, accusant son interlocuteur de poser des questions « pas pertinentes ».

Ce dernier a toutefois convenu à sa sortie du comité que l’absence de mention de la ministre des langues officielles n’était pas normale.

Le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez s’est fait pousser par l’opposition concernant C-13 .La Presse canadienne/Patrick Doyle

Ce type d’échange s’est déroulé pendant une bonne partie du passage de M. Rodriguez. Ce dernier traitant l’attitude de Mario Beaulieu de « baveuse » ou le député indépendantiste accusant son collègue québécois de véhiculer de la fausse information. Ce dernier en a rajouté après coup devant les journalistes, soutenant qu’être baveux était plutôt « la marque de commerce » du ministre du Patrimoine canadien.

« C’est la première fois en sept ans que je suis assis ici et que je vois que ça se déroule comme ça autour de la table », a déploré le président du comité René Arsenault en milieu de séance, quelques instants après que les conservateurs et libéraux se soient envoyé des flèches au sujet du bilinguisme des juges à la Cour suprême.

Dès mardi, le comité sera rendu à la phase d’évaluer article par article, le projet de loi et donc d’accepter ou rejeter, à la suite d’un vote, les amendements proposés par les parlementaires.

Folk, histoire et films : les incontournables de la semaine

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Il y a une énergie dans la saison des fêtes qui donne envie de sortir et de socialiser avec nos plus proches. Cette semaine, vous avez de nombreuses activités qui répondent à tous les goûts. De la musique folk à l’histoire, voici les incontournables des prochains jours à venir.

Films

Discussion ciné : Les 12 travaux d’Imelda de Martin Villeneuve

Pour ceux et celles qui aiment faire partie du Club ciné organisé par le Centre francophone de Hamilton, vous aurez une occasion spéciale de vous rassembler en personne au Théâtre Westdale de Hamilton. Le film québécois de Martin Villeneuve Les 12 travaux d’Imelda – notamment à l’affiche au Festival international du film de Toronto en septembre – raconte l’histoire à la fois comique et touchante d’une femme âgée déterminée à régler ses comptes avant son centième anniversaire.

Gracieuseté du Centre francophone de Hamilton.

Les 12 travaux d’Imelda au Théâtre Westdale le 11 décembre à 13h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Théâtre

Vaches, the musical sur scène à la Place des Arts

Casselman fait appel aux Ontariens du Nord. Le « broadway franco-ontarien » qui a reçu le Prix coup de foudre à Contact ontarois en 2020 est de retour sur scène pour vous offrir deux représentations à l’occasion de la saison hivernale. Comique et touchant, VACHES, the musical raconte l’histoire de Jean, un agriculteur de Casselman qui, face à de nombreux obstacles, tentera de sauver une centaine de vaches en pleine crise du verglas.  

Crédit image : Marianne Duval.

Vaches, the musical à la Place des Arts de Sudbury le 10 décembre à 14h30 et 19h30. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Histoire

Un retour sur la Révolution haïtienne

Suite au décès de Napoléon Bonaparte en 1802, la vie de Suzanne Simon-Baptiste Louverture et de sa famille est bouleversée à jamais. Déportée en France de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), sa nouvelle vie à Bayonne est marquée par la torture et la souffrance aux mains des Français.

Grâce à la Société d’histoire de Toronto, une occasion se présente pour que vous puissiez creuser davantage l’histoire d’une famille importante au sein de la Révolution haïtienne aux côtés de l’écrivain canado-haïtien, Gabriel Osson qui animera la conférence.

Crédit image : (C) RMN – Jean-Gilles Berizzi

Conférence Suzanne Simon-Baptiste Louverture, sa déportation et sa vie en France au théâtre de l’Alliance française de Toronto le 14 décembre à 19h. Inscrivez-vous ici pour assister à la conférence. Entrée gratuite.

Concerts

Stef Paquette fait son apparition au concert annuel du Chœur de La Clé

Le chanteur-auteur-interprète franco-ontarien tant aimé prête son talent à l’occasion du spectacle de Noël de la Chœur de la Clé. Des chansons de Noël traditionnelles et plus récentes rempliront la nuit de joie à l’approche des fêtes.

Crédit image : Groupe JKB.

Stef Paquette en concert avec le Chœur de la Clé le 11 décembre à 14h à l’Église Sainte-Croix de Tiny, ON. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

La Bottine Souriante célèbre Noël à Koerner Hall

Le groupe folk québécois connu pour son sens de convivialité et de son esprit ludique, débarque à Toronto pour vous réserver un concert mémorable. Avec 13 albums à leur actif et une douzaine de prix nationaux et internationaux, voici l’occasion de revivre une fois de plus l’héritage de ce groupe franco-canadien.

Gracieuseté de La Bottine Souriante.

La Bottine Souriante à Koerner Hall le 10 décembre à 20h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.  

Des enquêtes au Commissariat aux langues officielles inutiles

OTTAWA – Des enquêtes du Commissariat aux langues officielles (CLO) dans la dernière année n’ont rien donné, car des institutions fédérales n’ont pas jugé bon d’effectuer des changements. En 2021-2022, c’est près de la moitié des recommandations effectuées par le Commissariat faites en réponse aux lacunes cernées par le biais des rapports de vérification et d’enquête qui ont été ignorées.

Le plan ministériel du CLO indique que 43 % des recommandations effectuées n’ont pas été mises en œuvre par les ministères et organismes fédéraux. On peut y lire dans ce plan organisationnel, que « le Commissariat aux langues officielles a noté une baisse significative, chez certaines institutions récalcitrantes, de la prise de mesures donnant suite aux recommandations du commissaire aux langues officielles ».

Le CLO établit un objectif de 60 %, un nombre qu’il avait facilement dépassé de 2018 à 2021. Il s’agit de la première fois en sept ans que la proportion est aussi basse et que la cible n’est pas atteinte. À noter que parmi les 57 % de recommandations appliquées, celles qui sont faites partiellement sont aussi comptabilisées.

« J’aurais espéré voir un taux plus élevé que celui qu’on voit présentement », admet le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge en entrevue.

Ce dernier n’arrive pas à trouver une raison particulière de cette baisse, mais note que le haut volume de plaintes pourrait être en cause. L’an dernier a constitué un record pour l’agent parlementaire avec 4070 plaintes dues au discours et l’unilinguisme de Michael Rousseau ainsi qu’à la nomination de Mary Simon, gouverneure générale unilingue anglophone.

« Il y a un contexte historique. Cette année est peut-être une anomalie. Je préférerais voir une tendance sur cinq ou six ans avant de parler d’une année en particulier », tempère Raymond Théberge.

Ce dernier se veut rassurant. La dernière année ne signifie pas que certaines enquêtes sont inutiles, car elles n’aboutissent pas à des changements concrets.

« C’est extrêmement important que les gens déposent des plaintes car, pour nous, ce sont des données nécessaires pour démontrer qu’il y a des lacunes dans le système. Dans le passé, il y a eu de grands changements qui ont été rapportés après des plaintes », soutient-il.

Plus de pouvoirs

Le projet de Loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles et qui est actuellement devant un comité, pourrait changer la donne. Actuellement, le CLO peut émettre des recommandations après une enquête s’il juge qu’une plainte est fondée, mais il ne peut pas forcer des changements.

Dans la mouture de C-13, le chien de garde des langues officielles pourrait conclure des accords de conformité avec des organismes fautifs pour exiger des changements.

« Une entente de conformité, ce n’est pas une recommandation. C’est un document légal, c’est beaucoup plus contraignant et ça va assurer une plus grande conformité des institutions fédérales (…). Ça va augmenter le taux de recommandations avec les pouvoirs et mécanismes dans C-13 », croit le commissaire Théberge qui presse d’ailleurs les parlementaires d’agir vite dans ce dossier.

Si ce n’est pas respecté, le CLO peut demander à ce que la Cour fédérale émette une ordonnance à l’institution fédérale fautive lui demandant de corriger la situation. La dernière étape est celle de l’imposition d’une amende financière ( seulement aux entreprises fédérales dans le domaine du transport) à la hauteur de 25 000 $.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Maison de la francophonie Toronto
Le projet de Loi C-13 de la ministre Ginette Petitpas Taylor pourrait être adopté seulement à partir de mars 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

La ministre des langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, a toujours maintenu que les accords de conformité et le pouvoir d’ordonnance étaient les meilleurs outils pour le CLO.

« Je pense que les gens voient souvent les sanctions pécuniaires comme tangibles, car ils peuvent les comprendre. Or le pouvoir d’ordonnance aura vraiment plus de mordant pour des compagnies comme Air Canada », témoignait-elle quelques semaines en comité parlementaire après le dépôt de C-13.

Pour l’opposition officielle, l’adoption rapide de C-13 ne viendrait pas nécessairement régler le problème, car les chiffres des dernières années étaient autour de 80 %. Le député conservateur Joël Godin estime plutôt que ça démontre « encore une fois que le gouvernement en place n’est pas sensible aux deux langues officielles et à la langue française ».

« Quand une instance impartiale comme le commissaire fait des recommandations et qu’on ne les applique pas, on a un problème. Ça donne quoi alors d’avoir un commissaire aux langues officielles? Je préfère un commissaire qui applique ses recommandations le plus possible. »

Correction : Une précédente version du texte indiquait que les accords de conformités ne s’appliquaient qu’aux entreprises fédérales du domaine du transport. En réalité, il s’agit des amendes pécuniaires qui s’appliquent seulement aux entreprises fédérales du domaine du transport.

Une rectrice par intérim « francophone » mais ne parlant pas en français à la Laurentienne

SUDBURY – L’Université Laurentienne a fait l’annonce de deux nouvelles dirigeantes par intérim, Sheila Embleton, rectrice, et Brenda Brouwer, vice-rectrice aux études. Dans un courriel de l’établissement, la rectrice est présentée comme francophone, mais incapable de répondre aux questions des médias en français.

« Notre nouvelle rectrice est francophone, mais les entretiens d’aujourd’hui se feront cependant en anglais, car elle a hâte de devenir plus à l’aise pour donner des entrevues en français à l’avenir… L’entretien avec elle devrait être livré en anglais »… Voici ce qu’on pouvait lire dans ledit courriel de l’établissement désigné en vertu la Loi sur les services en français depuis 2014.

Ayant grandi dans un environnement anglophone, celle-ci explique en anglais lors d’une entrevue avec ONFR+ avoir été bilingue avant de déménager pour la Ville reine où elle vit depuis plus de 40 ans.

Sheila Embleton est native d’Ottawa et a déménagé à Toronto où elle est professeure et chercheuse en linguistique à l’Université York.

« À Toronto, il y a très peu d’opportunités de parler en français dans la vie de tous les jours, donc je l’ai perdu », confie-t-elle avant d’ajouter qu’elle a appris d’autres langues entre temps, comme l’allemand.

« Je suis bilingue, mais dans la mauvaise langue », lâche-t-elle avec un rire.

Celle-ci dit cependant comprendre le français, mais simplement ne pas être capable de répondre dans la langue de Molière.

Questionnée sur ses intentions d’apprendre à parler en français, Mme Embleton répond qu’elle compte prendre le temps d’étudier toutes les options disponibles.

« Je pense que trouver du temps pour suivre des cours va être un défi, donc je crois que sera plus un apprentissage quotidien au sein de l’environnement », juge-t-elle en précisant qu’apprendre le français sera une priorité.

Une mise à jour nécessaire

Habitant toujours Toronto, Sheila Embleton a l’intention de venir habiter à Sudbury prochainement tout en conservant sa maison de Toronto.

Elle confie également devoir se mettre à jour concernant la situation du postsecondaire dans le Nord et le dossier entourant la Laurentienne, mais considère que sa neutralité est un atout pour mener les opérations de l’établissement.

Sheila Embleton possède une expérience en tant que doyenne de la Faculté des arts et vice-rectrice aux études à Toronto, ce qui l’aidera grandement dans son travail selon elle.

« Je ne le savais pas, mais je ne connais pas encore assez pour commenter à ce stade-ci, mais mon attention c’est de me tourner complètement vers l’avenir », répond-elle à la question de son soutien éventuel envers le syndicat de L’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) qui a demandé une enquête publique sur la crise traversée par l’établissement.

Sur le rétablissement de programmes francophones largement touchés lors des coupes d’avril 2021, celle-ci répond qu’il faudra surtout évaluer ce dont la communauté a besoin, mais qu’elle souhaite œuvrer à améliorer la situation au-delà même de la Laurentienne.

Une nomination validée par l’APPUL

L’APPUL a fait savoir dans un communiqué que le syndicat salue la nomination de ces deux dirigeantes qui sont « très respectées dans le milieu universitaire ».

Celui-ci a tout de même invité les deux nouvelles dirigeantes à collaborer afin de « réformer les structures de gouvernance de la Laurentienne afin de les rendre plus transparentes, plus responsables et plus démocratiques. »

« L’Université de Sudbury a hâte d’engager le dialogue avec vous pour sécuriser un avenir viable pour le secteur universitaire dans le Nord » indique de son côté, Serge Miville, dans un gazouillis.

Sheila Embleton remplacera Tammy Eger, rectrice par intérim et Brenda Brouwer, l’ancienne vice-rectrice intérimaire, Céline Larivière dès le 1er janvier prochain.

En rappel, 72 programmes avaient été supprimés en avril 2021, dont 29 en français et 124 professeurs avaient étés licenciés.

« Du progrès » selon la commissaire

C’est aussi aujourd’hui que la commissaire aux services en français de l’Ontario Kelly Burke a publié son troisième rapport annuel.  

Celle-ci en a profité pour faire savoir que son bureau a reçu les premières mises à jour concernant les applications de ses 19 recommandations à l’Université Laurentienne, au ministère des Collèges et Universités ainsi qu’au ministère des Affaires francophones de l’Ontario, à la suite de son rapport-choc de mars dernier.

Rapport Burke Ombudsman services en français
La commissaire aux services en français, Kelly Burke. Archives ONFR+

Six mois après avoir tranché que l’établissement avait enfreint la Loi sur les services en français dans son processus de restructuration, Kelly Burke a fait savoir mercredi matin qu’elle a constaté des améliorations au sein de l’Université Laurentienne.

Le rapport de progrès touche, selon Kelly Burke, trois thèmes inclus dans son rapport, soit la communication entre les trois entités, une consultation vis-à-vis des obligations qui découlent de la désignation de l’établissement, ainsi que la responsabilisation et la rigueur autour de cette dernière.

« Dans les trois cas, j’estime qu’il y a du progrès qui s’est fait », conclut-elle.

.

L’AFMO n’est plus présidée par un maire

OTTAWA – L’ex-mairesse de Moonbeam, Nicole Fortier Levesque, pourra terminer son mandat de présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) qui prendra fin en 2023. Une résolution visant à lui permettre de continuer de siéger à la présidence a été adoptée à l’unanimité lors de l’assemblée générale annuelle, mardi soir.

D’exclue du conseil d’administration de l’AFMO, Nicole Fortier Levesque en redevient la présidente jusqu’à la fin de son mandat se terminant en novembre prochain ou lors de la prochaine assemblée générale annuelle.

« Je vais tout faire pour bien vous représenter et faire en sorte que l’AFMO aille encore mieux dans l’année à venir », lance-t-elle suite à sa reconduction.

C’est la première fois que le fauteuil de président est occupé par quelqu’un qui n’est pas maire.

Une proposition d’ajout aux règlements administratifs a été recommandée par le conseil d’administration lors de cette 33e assemblée qui s’est tenue en ligne et a réuni une quinzaine de personnes.

La résolution fut présentée ainsi : « Si une présidence cesse d’être éligible, la personne en poste est autorisée à terminer son mandat. »

« Elle le mérite, Nicole est une personne très impliquée dans la communauté », confie Mélanie Breton, conseillère de la Ville de Kapuskasing, qui s’est également vu élire comme membre du conseil d’administration de l’AFMO mardi soir.

Elle remplace donc le maire de Hearst, Roger Sigouin, qui a assuré l’intérim depuis le 15 novembre, après la défaite de la mairesse de Moonbeam aux dernières élections municipales.

Diminution du nombre de membres

Soulevé lors de la lecture des états financiers, le nombre de membres à l’AFMO a chuté ce qui se répercute sur les cotisations annuelles, passant de 63 130 à 46 706 $.

Après avoir souffert d’un déficit de 78 000 $ en 2020, l’AFMO se redresse depuis affichant un surplus de près de 42 000 $.

« Nous avons moins de membres que par le passé et on doit corriger ça », explique Jean Cloutier, vice-président de l’AFMO et ex-conseiller de la Ville d’Ottawa.

« Grâce au travail de Nicole, on a gagné quatre ou cinq municipalités membres, donc on est pas très loin des chiffres de 2020-2021 » ajoute, de son côté, Marc Gagnon, trésorier de l’AFMO, qui reste optimiste quant aux gains potentiels pour l’année fiscale en cours se terminant en mars 2022.

« On a plus aucun employé depuis 2020 », explique quant à elle, Mme Fortier Levesque, pour justifier la situation de l’organisme tout en précisant que la pandémie a eu un impact négatif sur le recrutement de membres.

Une nouvelle ère?

« L’AFMO est encore vivante et elle va l’être de plus en plus dans les prochaines années », annonce Mme Fortier Levesque qui évoque un plan d’action stratégique sur plusieurs années pour redynamiser l’organisme.

Celle qui parle d’une relance complète pour l’AFMO se dit également enthousiaste à l’idée de recruter davantage de membres comme Sault-Sainte-Marie, qui a élu un maire francophone pour la première fois depuis la déclaration d’unilinguisme de la ville en 1990.

« Je m’engage à aller chercher la Ville de Toronto », promet Nicole Fortier Levesque concernant le poste vacant de la Ville reine à pourvoir au conseil d’administration. La Ville reine avait rejoint à nouveau l’AFMO en 2021 après l’avoir quitté en 2018 en raison de la réduction de la taille du conseil municipal imposée par le gouvernement provincial.

Michelle Boileau, mairesse de Timmins mais absente de la séance, Trevor Stewart, conseiller de Clarence-Rockland ainsi que Marc Gagnon ont tous été élus en tant que membres du nouveau conseil d’administration.

Par ailleurs, un mot a été présenté en début de séance pour rendre hommage à Gisèle Lalonde, disparue en juillet et dont la contribution à l’AFMO fut considérable au moment de la création de l’organisme.

Nicole Fortier Levesque s’était inclinée contre son adversaire, l’ex-candidat conservateur Éric Côté lors des élections municipales le 24 octobre dernier.

Elle n’avait pas réussi non plus à se faire élire, seulement quelques jours plus tard, à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) face à son unique adversaire, Fabien Hébert.

Rapport Burke : seulement deux recommandations appliquées par l’Ontario

TORONTO – Depuis 2019, trois rapports annuels faisant état des services en français dans la province ont vu le jour. Le troisième, dévoilé ce mercredi par la commissaire aux services en français, Kelly Burke, propose deux nouvelles recommandations qui s’ajoutent à la liste des demandes non résolues. À ce jour, sur 11 recommandations émises, seulement deux ont été traités.

Le rapport de la commissaire aux services en français recense moins de plaintes que l’an passé. Entre le 1er octobre 2021 et 30 septembre 2022, c’est un total de 277 cas (plaintes et demandes de renseignements), reçus par l’Unité des services en français.

Pour rappel entre 2020 et 2021, le chiffre record de 351 plaintes avait été enregistré. Pour la commissaire Burke, ce rapport 2022 témoigne « d’avancements importants au niveau des services en français en Ontario dans la dernière année ». À ce titre, le rapport souligne l’apparition des accents sur les cartes de Santé annoncée en août dernier.

Parmi les huit recommandations du rapport datant de 2019-2020, deux d’entre elles semblent effectives. D’abord, l’émission d’alertes d’urgence, soit les alertes Amber sont maintenant bilingues.

L’autre consistait à ce que la ministre des Affaires francophones rende compte chaque année d’un rapport annuel sur les activités de son ministère.

Le Bureau de l’Ombudsman constate un ralentissement dans les plaintes reçues par la Commissaire aux services en français. Capture d’écran

De plus, la commissaire rappelle que les 19 recommandations présentées dans le cadre des coupes effectuées par l’Université Laurentienne, lors de sa restructuration financière, ont toutes été acceptées et des améliorations seraient en cours.

Au micro d’ONFR+, Mme Burke a expliqué que les deux recommandations déjà en place, étaient un bon signe. « Avec ce que j’ai vu hier, soit le nouveau règlement sur l’offre active de la ministre des Affaires francophones, j’ai espoir que les autres recommandations arrivent. »

« Mais il faut donner le temps au gouvernement », suggère-t-elle.

« Je signale régulièrement aux ministres que j’attends des plans. Les ministres doivent me rendre des comptes et deux ans, c’est suffisant », reconnaît la commissaire.

Deux nouvelles recommandations dans le rapport 2022

Comme première recommandation, il est question de moderniser le Règlement 398/93. La commissaire a indiqué que « ce règlement qui liste les organismes désignés pour fournir des services en français n’était pas à jour ».

Après avoir reçu plusieurs plaintes, son bureau affirme que les informations dans ce règlement seraient souvent erronées. Ce qui explique que les citoyens francophones auraient de la difficulté à savoir si telle ou tel organisme est désigné sous les services en français.

Le rapport atteste qu’il est très compliqué d’évaluer les obligations de services en français d’organismes désignés, « voire impossibles dans certains cas ».

« Nous avons traité de nombreux cas où le Règlement 398/93 aurait dû nous guider, mais où il a plutôt soulevé de nombreuses questions souvent restées sans réponse », est-il inscrit dans le document.

L’exemple repris par la commissaire indique que selon le Règlement 398/93, « l’Hôpital général d’Ottawa (Ottawa General Hospital) est entièrement désigné et le Ottawa Civic Hospital Corporation posséderait une désignation partielle ».

En fait, ces deux appellations, à proprement dit, n’existent plus. Les deux établissements sont regroupés depuis 1998 sous L’Hôpital d’Ottawa.

La conclusion qui est faite détermine un manque de rigueur et un obstacle à l’accès aux services en français dans plusieurs domaines. Pour la commissaire Burke, ce sont directement ces domaines qui sont affectés : la santé, la petite enfance, l’éducation, les services sociaux et communautaires et les soins de longue durée.

Recommandation 1 : « Que d’ici le 30 septembre 2023, le ministère des Affaires francophones développe un plan, adressé à la Commissaire, pour mettre à jour le Règlement 398/93. »

Pour deuxième recommandation, le Bureau de l’Ombudsman demande au Secrétariat du Conseil du Trésor de revoir l’affichage en français des offres d’emploi.

« En ne communiquant en français que les postes désignés bilingues, le gouvernement ne communique pas aux francophones l’ensemble de ses opportunités d’emploi », affirme la commissaire dans son rapport.

Recommandation 2 : « Que le Secrétariat du Conseil du Trésor revoie la politique d’emploi de la fonction publique de l’Ontario pour que l’affichage en français ne se limite pas seulement aux postes désignés bilingues. »

Les enjeux en santé sont toujours présents

Une chose n’est pas coutume, pour Mme Burke, il est important de reconnaître que la « qualité des soins prodigués aux francophones de l’Ontario doit inclure la capacité d’offrir des soins en français ».

Elle rappelle, ainsi, qu’il est également primordial de fournir une planification des soins de santé en français et de « l’importance de l’évaluation proactive du respect de la part des organismes gouvernementaux de leurs obligations en vertu de la Loi sur les services en français ».

Environ 20 % des plaintes reçues au sujet d’organisations, et concernant la Loi sur les services en français, étaient liés au ministère de la Santé ou à des hôpitaux désignés.

Durant son point de presse, la commissaire a appuyé que cette année, les priorités devront s’attarder sur la planification : « La province doit compter sur la mise en place de plans. »

« Et d’ailleurs, dans les 277 nouveaux cas, plusieurs découlent d’un manque de planification. »

« Dans le secteur de la santé, nous avons beaucoup de plaintes », admet Mme Burke à ONFR+, « c’est souvent un manque de capacité à fournir les services ».

L’offre active du gouvernement va se pencher sur ces questions, selon la commissaire. « La santé est un domaine essentiel, je m’attends à ce que le service soit à la hauteur. »

Les autres principales sources de plaintes ont été le ministère des Services au public et aux entreprises (qui inclut Service Ontario), représentant 21,4 % des cas reçus. Quant à lui, le ministère du Procureur général dont la Commission de la location immobilière révèle 14,4 % des plaintes reçues par le Bureau de la commissaire aux services en français.

Cet article a été modifié le 7 décembre à 10h40.

Le français en chute libre dans la fonction publique fédérale

OTTAWA – L’utilisation du français au travail est en baisse au sein de la fonction publique fédérale alors que l’anglais progresse, selon des données de Statistique Canada. La présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier se félicite de son côté que le bilinguisme au sein de l’appareil fédéral s’améliore.

En 2021, à travers le pays, c’est 13 %, soit 63 365 sur un total de 489 055 fonctionnaires, qui disent utiliser le français principalement au travail. En 2016, c’était 14,9 %, soit 62 900.

Alors que le français baisse, l’anglais fait du chemin. En 2021, 81,9 % des travailleurs fédéraux disaient utiliser l’anglais comme langue principale de travail alors qu’en 2016, c’était plus bas, soit 80,1 %. La proportion d’employés fédéraux disant utiliser le français et l’anglais égalitairement n’a pas bougé, restant à 4,9 %.

Il faut aussi souligner que la sortie de ces chiffres survient alors qu’Ottawa a massivement augmenté son effectif de 12 % depuis 2020.

À noter que ces données sur la langue de travail incluent certaines catégories exclues de l’effectif officiel du gouvernement fédéral de 335 957 fonctionnaires (2022). À titre d’exemple, du personnel des cabinets de ministre, des employés engagés sur place à l’étranger, des membres réguliers de la GRC, des employés du Service canadien du renseignement de sécurité ou encore des membres des Forces canadiennes, etc. Ces employés ne sont pas comptabilisés pour diverses raisons.

Portrait guère plus rose à Ottawa et hors Québec

Ces données sont tirées du Recensement de 2021 sur la langue de travail révélé mercredi dernier. ONFR+ a demandé à Statistique Canada des chiffres supplémentaires sur la langue de travail au sein de la fonction publique.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, où la plus grande proportion de l’effectif fédéral se trouve, c’est 82,5 % de la fonction publique qui dit utiliser principalement l’anglais. Quelque 13 715 employés fédéraux sur près de 152 000 travailleurs disent utiliser la langue de Molière pour une proportion de 9 %. C’est 8,5 % qui disent de leur côté utiliser égalitairement les deux langues officielles. La fonction publique dans Ottawa-Gatineau est plus anglophone que le reste du marché du travail de la région, démontre les données. 17,3 % des gens disent utiliser le français comme principale langue de travail dans la région de la capitale nationale contre 77,8 % pour l’anglais.

Hors Québec (mais en incluant la partie québécoise d’Ottawa-Gatineau), l’utilisation du français au travail, de 2016 à 2021, a chuté de 4,9 % à 4,2 % alors que l’anglais est passé de 90,9 % à 91,6 %. L’utilisation des deux langues officielles est demeurée inchangée à 4,1 %.

Il faut aussi ajouter à cela que selon des données de Radio-Canada, près de 19 % des sous-ministres ou des sous-ministres déléguées parlent français alors que les francophones représentent 31 % de la fonction publique.

Le bilinguisme s’améliore, dit Fortier

Mardi en comité parlementaire, la ministre du Conseil du Trésor Mona Fortier s’est pourtant félicitée que le bilinguisme dans la fonction publique s’améliorait, car « les nombres et les postes bilingues n’ont cessé de s’accroître année après année », ajoutant que 44 % des employés étaient bilingues.

« Le bilinguisme peut s’améliorer, mais est-ce que le fait de parler français dans la fonction publique fédérale s’améliore? La réponse n’est pas plus claire, définitivement pas. La première langue de la fonction publique c’est l’anglais, la deuxième, c’est le bilinguisme et la troisième le français », a réagi Yvon Barrière, vice-président exécutif régional de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pour le Québec.

Mona Fortier, la présidente du Conseil du Trésor. Archives ONFR+

Sur l’utilisation du français au travail, la présidente du Conseil du Trésor avance qu’il revient « à chaque fonctionnaire de prendre ses responsabilités ». Elle se prend elle-même en exemple, affirmant qu’elle fait la majorité du temps ses briefings en français.

« Il (le fonctionnaire) peut dire qu’il va travailler seulement en anglais, mais il peut se lever le matin et dire qu’il va travailler en français aussi. »

Elle cite un sondage réalisé en 2020 qui affirmait que neuf fonctionnaires sur dix se sentaient à l’aise de parler dans la langue de leur choix avec leur superviseur. Pourtant, en janvier 2021, le commissaire aux langues officielles avait sorti un sondage révélant que 44 % des fonctionnaires francophones se disaient mal à l’aise d’utiliser le français au travail. De ce lot, 74 % citaient comme principale raison, pour ne pas être supervisés en français, le fait que leur superviseur n’était pas assez à l’aise dans la langue.

Le fédéral va augmenter sa cible en immigration francophone en 2024

OTTAWA – Même s’il n’a jamais atteint celle actuellement en place, le fédéral s’engage à adopter une nouvelle cible en immigration francophone hors Québec dès 2024, a affirmé ce mardi le ministre Sean Fraser.

En 2003, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a établi une cible de 4,4 % pour l’arrivée de résidents permanents d’expression française hors du Québec. Mais cette cible n’a jamais été atteinte une seule fois en 20 ans et une étude du Commissariat aux langues officielles indique que ça représente un manque de 119 656 francophones au pays.

Le ministre de l’Immigration n’a pas dit quel serait ce nouveau chiffre estimant qu’il doit atteindre l’actuelle cible avant d’en donner un précis.

« Un but sans un plan pour obtenir le but, ce n’est pas une bonne chose. C’est essentiel pour développer une nouvelle cible et une nouvelle stratégie en même temps avec la participation de la communauté francophone », a-t-il dit au cours d’un témoignage quasiment exclusivement en français.

« Ce n’est pas possible d’accueillir un plus grand nombre en général sans de nouveaux arrivants francophones » – Sean Fraser, ministre de l’Immigration

Les organismes de la francophonie canadienne demandent au fédéral d’adopter une cible de 12 % en 2024 pour ensuite augmenter à 20 % en 2036.

« Si je procède sur chaque application dans l’inventaire d’IRCC actuellement, ça ne serait pas possible cette année d’atteindre 20 %. C’est essentiel d’améliorer la qualité de promotion et de recrutement pour démontrer aux candidats francophones qu’il y a une option pour venir au Canada et rester ici. »

Les organisations francophones souhaitent qu’Ottawa adopte ces cibles pour rattraper les 20 dernières années en plus d’inclure une obligation dans le projet de loi C-13 pour recouvrir ce retard. À l’heure actuelle, le projet de loi oblige à se doter d’une politique, d’une cible et d’une stratégie en immigration francophone, mais aucune obligation et contrainte ne vient avec cela. L’actuel gouvernement et les futurs n’auraient alors aucune conséquence à manquer une fois de plus les objectifs établis.

« Avec le projet de loi, ce n’est pas juste une option, c’est essentiel pour augmenter et améliorer le nombre de nouveaux arrivants francophones », défend le ministre Fraser.

Un département pour l’immigration francophone

Les organismes demandent aussi un changement de cap à IRCC pour créer un département dédié uniquement à l’immigration francophone.

Sean Fraser ne ferme pas la porte à une telle mesure, mais veut se donner du temps pour évaluer les outils qu’il a actuellement sous la main. Il cite comme mesure le fait que son département ait augmenté au printemps les points pour les candidats francophones dans le système d’Entrée Express.

« Si je détermine qu’Entrée Express, avec la nouvelle flexibilité, a l’habileté d’accélérer l’arrivée d’un plus grand nombre de francophones, je vais utiliser cet outil. Mais, maintenant, je n’ai pas un portrait complet avec cette voie. S’il y a une autre voie qui me donne à moi et au ministère une plus grande opportunité pour accueillir un plus grand nombre, je vais choisir cet outil », tranche-t-il.

Pour ce dernier, le maintien du poids démographique des francophones hors du Québec est une question de cohésion sociale.

« Si nous voulons protéger la culture française et l’identité francophone, il faut développer une stratégie d’immigration pour les petites et les plus grandes communautés francophones. Ce n’est pas possible d’accueillir un plus grand nombre en général sans de nouveaux arrivants francophones », avance celui qui a annoncé une augmentation des cibles d’immigration générale au pays le mois dernier.

Joël Godin, critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur. Gracieuseté

Pour l’opposition officielle, les propos de M. Fraser sont « plein de belles volontés », mais ce n’est pas sécurisant pour assurer un avenir aux francophones du pays.

« L’immigration est un outil économique, mais aussi un levier pour rétablir le poids démographique et il n’y a pas d’outils et d’impact dans cette loi-là (pour l’immigration francophone). La ministre Petitpas Taylor se plaît à dire que c’est un projet de loi qui a du mordant, mais ce sont des dents de lait », image le député conservateur Joël Godin.

Marit Stiles deviendra la cheffe du NPD de l’Ontario

TORONTO – Sans concurrence, la députée néo-démocrate de Davenport Marit Stiles deviendra la prochaine cheffe de l’opposition officielle à Queen’s Park, à l’issue d’un vote de confirmation qui doit intervenir en mars.

Dans la liste des candidats, Mme Stiles est restée l’unique nom inscrit, jusqu’à minuit ce 5 décembre. L’élue torontoise était aussi la seule à satisfaire les exigences pour diriger le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPD).

Parmi ces critères, il fallait recevoir 100 signatures provenant de quatre des six régions géographiques de la province. Selon le communiqué du Parti, ces signatures reflètent l’équité et la parité de la formation politique.

Mme Stiles entamera sa nouvelle position de cheffe en mars selon les dires de l’opposition. Le NPD se réserve toutefois d’avancer le vote de confirmation. « Il est possible que le conseil provincial décide d’avancer la date », avance la communication du Parti au micro d’ONFR+. « Il s’agira d’un vote en ligne et par correspondance. »

Pour le député franco-ontarien Guy Bourgouin, « cela demande beaucoup de devenir chef aujourd’hui. Nous sommes nombreux à réaliser que Marit est la bonne personne pour diriger notre parti. Face à la crise en éducation et la crise en santé, Mme Stiles a la passion, la détermination et la motivation ».

Qui est Marit Stiles?

Dans une note aux médias, la présidente du NPD, Janelle Brady déclare que « Marit peut donner de l’espoir aux gens et unir la province pour vaincre Doug Ford ». La députée de Davenport pourra, selon elle, « rendre la vie abordable, reconstruire et améliorer les soins de santé et l’éducation ».

Originaire de Terre-Neuve-et-Labrador, Mme Stiles a été élue pour la première fois députée provinciale en 2018 et a été, depuis, porte-parole en matière d’éducation. Avant de siéger à Queen’s Park, elle a été présidente du NPD au fédéral de 2016 à 2018.

Pour M. Bourgouin, député NPD pour Mushkegowuk-Baie James, Marit Stiles est la bonne candidate.

« Je suis heureux qu’elle soit notre prochaine cheffe. J’ai toujours dit que je supporterais seulement un candidat qui maîtrise le français et c’est le cas de Marit », affirme-t-il. « Elle se débrouille très bien en français et s’exprime dans les deux langues. D’ailleurs, elle est capable de répondre aux médias en français. »

Guy Bourgouin pense notamment que « la communauté franco-ontarienne va apprécier Marit Stiles ».

Même son de cloche pour France Gélinas qui assure que Mme Stiles, malgré une attitude timide, lorsqu’elle parle en français, « comprend et parle bien notre langue ».

La députée néo-démocrate de Nickel Belt admet que Marit Stiles est probablement « la personne la mieux placée pour le job ».

« Elle a gagné l’appui de beaucoup de nos membres et de nombreux députés. C’est une femme très forte avec une réelle intelligence sociale », rajoute-t-elle.

Pour le moment, Peter Tabuns reste le chef par intérim et la députée torontoise demeure porte-parole en Éducation. Cependant, c’est une certitude, Marit Stiles remplacera Andrea Horwath, qui avait démissionné le 2 juin dernier, après sa défaite aux élections provinciales.

De leur côté, les libéraux, qui détiennent seulement huit sièges, n’ont pas encore déterminé quand ils choisiront leur prochain chef.

Cet article a été mis à jour le 6 décembre à 18h50.

Le canton d’Alfred et Plantagenet fête ses 25 ans

ALFRED ET PLANTAGENET – En 1997, le Canton de Plantagenet Nord, la Ville de Plantagenet, le Canton d’Alfred et le village d’Alfred ont fusionné pour ne faire qu’un. Entre Ottawa et Montréal, ce canton francophone jusqu’au bout des doigts conserve une histoire unique qui réunit sous le même étendard les huit villages que constitue ce lieu de verdure.

Il y a 25 ans, sous l’ère austère du gouvernement Harris et la « Révolution du bon sens », l’Ontario vivait une vague de grandes fusions municipales.

C’est dans ce contexte de récession que le canton d’Alfred et ses municipalités (Alfred station, Blue Corners, Centrefield, Coin Gratton), le canton de Plantagnet et ses municipalités (Plantagenet station, Rockdale, Senecal, The Rollway), ainsi que les villages de Curran et ses lieux dits de Glenburn et Jessups Falls, le village de Lefaivre, de Pendleton, Treadwell, Wendover et de Westminster sont devenus une seule et unique municipalité.

La volonté du gouvernement progressiste-conservateur de l’époque de réduire la taille et les coûts des administrations aura une forte résonance négative. Le gouvernement Harris est aujourd’hui considéré comme l’un des plus controversés de l’histoire de la province « pour avoir imposé agressivement son conservatisme fiscal », indique l’Encyclopédie canadienne.

En 2015, l’Institut Fraser, dans un rapport, déterminera que les fusions municipales n’ont apporté aucun bénéfice financier. Finalement, on reprochera à ce système d’avoir été inadapté aux besoins des citoyens et d’avoir créé des structures trop grosses et trop lourdes.

Vue aérienne de la rivière Nation à Jessup’s Falls. Crédit image : Corporation du canton d’Alfred et Plantagnet

25 ans après, le canton d’Alfred et Plantagenet se porte bien et connaît même une belle croissance résidentielle. Le village d’Alfred est toujours considéré comme la capitale de la patate frite au Canada et l’ancien maire Stéphane Sarrazin est aujourd’hui député à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Une démographie en plein essor

Yann Leduc du groupe de musique franco-ontarien Les Rats d’Swompe est originaire la ville de Plantagenet et a vécu à Alfred.

« C’est une région où la famille et les amis sont des valeurs importantes », explique-t-il. « C’est quelque chose que je garde avec moi et qui me vient de là où j’ai grandi. »

Le canton d’Alfred et Plantagenet semble être un havre de paix à entendre ce que dit le musicien. « La tranquillité de ce coin me plaît énormément et mes amis des Rats d’Swompe ne sont pas très loin. »

Il dira d’ailleurs que les localités du canton sont toutes aussi accueillantes.

Jean Poirier, habitant d’Alfred, ancien député et ancien vice-président de l’Assemblée législative de l’Ontario, se dit dévoué à son petit coin de paradis.

Il se rappelle qu’« autrefois il y avait dix-huit municipalités dans Prescott-Russell. À l’époque, j’aurais préféré une seule municipalité régionale de Prescott-Russell, ce qui aurait pu enterrer les conflits inter-municipalités. »

Jean Poirier en compagnie de son épouse. Gracieuseté

« J’avais même proposé que la municipalité s’appelle Larose, en hommage à Ferdinand Larose, un agronome qui est à l’origine de la création de la forêt Larose. »

« Le canton est la prochaine banlieue d’Ottawa », anticipe le résident d’Alfred, témoin d’une « explosion de lotissements ici » au cours des dernières années.

Selon M. Poirier, il y a encore des défis comme la question de la culture, du développement économique ou de l’environnement, qui sont des dossiers peu affirmés. « Dans les derniers 25 ans, nous avons été témoins du déclin du couvert forestier et des terres agricoles dans le canton. »

Après 45 années dans le village d’Alfred, M. Poirier affirme que son attachement à la région est sans égal : « Partout où je vais, je me sens chez moi, je connais tout le monde. »

Une majorité de francophones qui perdure

D’après Yan Leduc, « la jeunesse du canton est très francophone et très ouverte d’esprit ».

« Pour le moment, je n’ai pas peur de perdre le français. D’ailleurs cette peur ne nous habite pas vraiment ici », pense-t-il. « Je vois le canton parler français encore longtemps. »

Une affirmation qui rappelle que le français dans le canton n’est pas chose nouvelle. De nombreuses familles canadiennes-françaises s’installèrent dans la région, a priori à la recherche de terres pour l’agriculture dans le début des années 1800. En 1871, la paroisse Saint-Victor est construite dans le canton d’Alfred. En 2021, toujours debout, elle a fêté ses 150 ans.

Yan Leduc à Caraquet, en 2019. Source : page Facebook Les Rats d’Swompe

Dès les premières années de la colonisation. En 1871, plus de la moitié de la population d’Alfred et Plantagenet était francophone. Aujourd’hui, cela n’a pas changé.

Dans les Comtés unis de Prescott et Russell, le canton d’Alfred et Plantagenet est d’ailleurs un des endroits les plus francophones de la région. D’après le dernier recensement de Statistique Canada, 73 % des habitants ont pour langue maternelle le français.

Bien avant la fusion des municipalités

C’est autour de 1800 que le village d’Alfred est sorti de terre, mais ce n’est qu’en 1942, que le village fut nommé Alfred, en hommage au neuvième fils du roi d’Angleterre, George III. Pour Plantagenet, la référence est ici très évidente. C’est en effet le nom donné à la dynastie des Plantagenêt des royaumes de France et du Royaume-Uni.

Paroisse St-Luc à Curran. Crédit image : Corporation du canton d’Alfred et Plantagenet

Le canton d’Alfred et Plantagenet connaît une certaine réputation grâce à l’homme politique Alfred Évanturel, qui demeure, à ce jour, le seul francophone à avoir occupé la fonction de président de l’Assemblée législative de l’Ontario, à Queen’s Park (1897-1902). Il a été également député provincial libéral de l’Ontario de 1886 à 1905.

La fin du 19e siècle était vraisemblablement une période d’essor pour l’identité francophone de l’Est ontarien.

Valérie Bourque, nouvelle directrice générale de l’ACFO Ottawa

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Valérie Bourque a succédé il y a quelques semaines à Louis-Alexandre Pen à la direction de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO). La Franco-Ontarienne vient de célébrer ses quatre ans au sein de l’organisme qu’elle a intégré durant la crise de 2018.

« Quel a été le cheminement de votre carrière avant d’être directrice générale de l’ACFO?

J’ai fait pas mal de choses dans ma vie. J’ai eu des emplois en service à la clientèle et c’est, je crois, ce qui m’aide beaucoup aujourd’hui. C’est toujours bon et tout le monde devrait avoir une expérience en service à la clientèle un jour dans sa vie. Comprendre ce que c’est de travailler avec les gens a, pour ma part, été enrichissant.

En 2017, j’ai aussi décidé de reprendre des études en planification d’événements et j’ai aussi un background de production audiovisuelle.

En septembre 2018, j’ai ensuite commencé à l’ACFO comme coordonnatrice d’événement. J’ai quand même pu faire toutes sortes de choses, parce que quand tu es dans le communautaire, tu touches à tout. Dans le temps, c’était Ajà Besler la directrice générale et elle travaillait vraiment fort. En tout cas, j’ai pu rencontrer du monde et je n’ai pas seulement participé à la création d’événements, mais je me suis investie dans certains projets.

Comment s’est passée votre nomination au poste de directrice générale?

Cela a été très rapide. J’ai été assez surprise. Depuis septembre 2022, j’étais directrice adjointe de l’ACFO mais, à ce moment-là, on ne savait pas encore que Louis-Alexandre Pen allait partir et laisser le poste de directeur général ouvert. Ce poste était disponible pour tous et j’ai simplement décidé de postuler.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à postuler?

C’est quand même une grosse affaire (Rires). En fait, je voulais d’abord avoir le poste de directrice adjointe. J’avais demandé à ce qu’on travaille sur cette idée de poste et je voulais apprendre plus de choses.

Par exemple, le financier et la gestion de budget ou même faire la paye, aussi banale que ça puisse paraître. En soi, voir comment la machine fonctionne parce que ça faisait quand même longtemps que j’étais là.

C’est évident que je me suis déjà dit que si jamais la direction générale se libérait, j’allais peut-être postuler, mais je ne pensais pas que ça arriverait si vite.

C’était aussi un méga défi, mais je me suis sentie capable de le relever. Pourquoi? Eh bien, pour rester, pour m’impliquer d’une autre façon.

Que représente ce nouveau poste pour vous?

Je vois ça comme une étape importante dans ma carrière. Je ne mentirais pas quand je dis que je suis un peu nerveuse. C’est tout nouveau pour moi, mais que ce soit au sein de l’ACFO ou à l’extérieur, j’ai beaucoup de soutien et je suis très bien entourée. Je vais relever le défi (Rires).

Est-ce que devenir directrice générale d’un organisme franco-ontarien comme l’ACFO a toujours était un rôle qui vous attirait?

Non, ce n’était pas dans mes plans, mais c’est comme ça dans la vie : on se fait souvent des plans et ce n’est pas comme ça que cela se passe.

Je n’avais pas non plus pensé à retourner à l’école à 25 ans. Mes rêves dans la vie, c’était d’organiser de grands événements sportifs. Je rêvais même de travailler pour les Jeux olympiques.

Je n’aurais jamais cru intégrer l’ACFO et c’est tant mieux maintenant. C’est fou comme en peu de temps tout peut changer.

Être au cœur de la francophonie n’était-il pas dans les plans non plus?

En toute honnêteté, avant de travailler à l’ACFO, j’ai toujours été fière francophone. Mon papa est acadien, ma mère est franco-ontarienne et je suis née à Toronto. C’est toujours le français à la maison et je crois qu’il y a toujours eu cette fierté.

Je n’ai jamais été plus activiste que ça, mais dans mon quotidien, j’ai constamment demandé mes services en français. Quand j’arrive sur une machine, je choisis à chaque fois le français. J’ai toujours fait ces petites choses-là et, quand j’ai intégré l’ACFO ça m’a rendue encore plus fière francophone. On est constamment en train de se battre, je l’ai constaté.

Quand je vivais au Nouveau-Brunswick, c’était constant, parce qu’au final, j’ai toujours été une minorité, là-bas, mais aussi, en Ontario.

Toute mon enfance, c’était la télévision en français, la musique en français, les livres en français…

De gauche à droite : Ajà Besler, Valérie Bourque, Marie Renée Faye, Dènik Dorval et Li-Thian Ishimwe. Source : Facebook

Après réflexion, les choix que vous faites au quotidien, c’est du militantisme sans le savoir, non?

Peut-être bien, oui (Rires). Ne pas céder à l’anglais et toujours demander mes services en français, m’indigner quand il le faut et me battre pour mes droits, c’est le quotidien des francophones.

Avez-vous des attentes particulières auprès du maire de la Ville, Marc Sutcliffe?

J’attends son appui, parce qu’avec l’ancien maire, on avait l’impression qu’il n’était pas trop sûr et qu’il était hésitant. Avec Mark Sutcliffe, j’ai l’impression qu’il y a moins d’hésitations. Il y a un mouvement politique derrière, c’est certain, mais j’ai eu l’impression qu’il a accepté de répondre à notre appel très rapidement. Le français est tout de même sa langue maternelle.

Après, nous allons aussi rencontrer des conseillers et on va leur expliquer ce qu’est vraiment notre programme. C’est toujours très important quand on arrive au renouvellement d’Ottawa bilingue, d’avoir des gens avec nous et d’avoir l’appui de la Ville.

Puis, ça concerne aussi le Festival franco-ontarien : il faudra s’assurer qu’il n’a pas l’intention de couper les fonds. Ce serait horrible qu’il disparaisse. On veut son appui, mais aussi son point de vue. Cela pourrait être intéressant.

Comment voyez-vous la prochaine année avec l’ACFO?

En ce moment, je me concentre sur la façon de ramener l’ACFO à la période prépandémie. C’était une belle grande équipe avec de nombreuses idées et plusieurs grands projets. On avait une ligue de sport qui marchait très bien et je pense qu’on va vouloir y retravailler et rajouter de nouveaux sports.

Pour le moment, je veux apprendre sur mon nouveau poste et je sais que j’ai beaucoup à apprendre.

Je veux ramener un certain dynamisme, notamment avec nos stagiaires que nous avions durant l’été. C’était tellement le fun. C’était que quelques mois, mais ils nous ramenaient plein de nouvelles d’idées et ils venaient changer les choses. Par exemple, le drapeau franco-fierté était l’idée d’une de nos stagiaires. Ils laissent une trace et je voudrais vraiment ramener ça. J’aime beaucoup ce programme.

Est-ce qu’il y a un ou des projets qui manquent cruellement à l’ACFO?

On doit trouver plus de projets, surtout pour les aînés. J’aimerais bien qu’on implique plus les personnes âgées dans ce qu’on fait.

On s’intéresse vraiment à rejoindre les adolescents aussi. C’était déjà dans les plans mais, avec la pandémie, ce n’était plus possible. Donc maintenant, on aimerait plus de projets pour eux.

Récemment, on avait l’Académie du drag, et donc dans l’idée d’un projet similaire, on aimerait se rapprocher des communautés et ainsi travailler sur l’inclusion. On n’est pas parfait, mais on essaie et on veut juste ramener des projets rassembleurs, inclusifs pour toutes les communautés.

Selon vous, quel est l’état du bilinguisme à Ottawa?

Je pense qu’il y a encore à faire. Il va toujours y avoir des gens qui ne croient pas au bilinguisme, mais Ottawa bilingue fonctionne quand même, je pense. De plus en plus d’anglophones se rendent compte qu’il y a des possibilités pour eux. Ce qu’on leur propose, c’est que leurs événements soient entièrement en français ou alors qu’ils soient bilingues. Oui, il y a des lacunes, c’est vrai et c’est quand même toujours insultant quand on appelle quelque part et qu’il faille prendre un rendez-vous pour avoir un interlocuteur en français.

Quand je suis revenue m’installer à Ottawa après mon temps au Nouveau-Brunswick, je suis allée à Service Ontario pour changer mes plaques. D’abord, je ne me suis pas fait servir en français. Ensuite, la dame qui s’est occupée de moi m’a dit que ça allait sûrement coûter plus cher pour avoir des plaques en français. Or ce n’est pas le cas, mais cette personne pensait que c’était un service supplémentaire. 

Quels sont les projets en cours et/ou que l’on peut espérer voir en 2023?

On a eu beaucoup de changements la dernière année, de nombreux départs et de nombreuses arrivées. Maintenant, ça s’est calmé, on reprend notre souffle.

Pour le moment, nous avons un projet de mode qui s’appelle Franco-Chic, nous avons terminé nos ateliers en ligne et la deuxième partie sera d’offrir un cours pour débutant en personne. Ce serait un cours de création et on aimerait ensuite que les personnes montent un défilé de mode.

On continue les podcasts intergénérationnels qui réunissent toujours un ado et un aîné autour d’une table pour parler de différents sujets. C’est très très intéressant, ce sont de bonnes discussions et on aimerait sortir 12 épisodes d’ici au 31 mars. On cherche encore des aînés.

Nous avons notre gala qui s’en vient le 21 février 2023, où il y aura le prix Bernard-Grandmaître qui récompensera neuf lauréats. »


LES DATES-CLÉS DE VALÉRIE BOURQUE

1993 : Naissance à Toronto

2017 : Reprise des études en planification d’événements

2018 : Commence une carrière à l’ACFO

2018 : Participe à l’organisation de la manifestation contre les coupures du gouvernement Ford

2022 : Devient directrice générale de l’ACFO

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le 6 décembre 1989, un mémoire féministe franco-ontarien

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

[CHRONIQUE]

On était le 6 décembre 1989. Il y a à peine quelques heures, Marc Lépine était entré à l’École Polytechnique à Montréal. Il avait séparé les femmes et les hommes. « J’haïs les féministes! » avait-il crié. Et il avait ouvert le feu.

Quatorze femmes allaient perdre la vie : Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault, Annie Turcotte et Barbara Klucznik-Widajewicz.

Je me rappelle les larmes de ma mère. Une féministe. Ses sanglots dans la pénombre d’un hiver sudburois. Chuchotant sa colère à voix basse alors qu’elle racontait les propos de ce collègue qui lui avait dit en ricanant : « C’est ce qui arrive aux femmes qui ne connaissent pas leur place. »

Et papa, avec qui j’allais écouter les nouvelles ce soir-là. Lui, et moi, figés par le récit de Pierre Leclair, ce policier qui allait apprendre que sa fille, Maryse, était parmi celles qui venaient de perdre la vie.

J’avais dix ans. Et j’apprenais qu’être une femme pouvait te faire tuer.

« C’était l’horreur », se souvient Gaëtane Pharand, directrice générale du Centre Victoria pour femmes de Sudbury, une engagée qui opère dans les tranchées de la violence faite aux femmes dans le nord de l’Ontario. 

« Mais je ne me rappelle pas ce jour-là. Il y a un instinct en moi qui fait que je dois me protéger. Puis, sans savoir en 1989 que j’allais travailler dans le domaine et vraiment que cet événement-là allait jouer un rôle très important dans mon travail, jamais je n’aurais pensé. »

Gaëtane Pharand, directrice générale du Centre Victoria. Gracieuseté

C’est à l’ombre des silos du Moulin à fleur que je rencontre Mme Pharand, l’enfant prodigue de cet historique quartier francophone de Sudbury. Avec verve et fierté, elle me raconte que le Centre Victoria choisissait autrefois de s’installer dans le Moulin à fleur afin de se rapprocher du cœur franco-ontarien de Sudbury.

« Il y a 30 ans en Ontario, avant même les événements de Polytechnique, il n’y avait aucun service pour soutenir les femmes, point. Il y avait quand même plusieurs femmes qui étaient impliquées dans la communauté, qui défendaient, qui revendiquaient. Mais, point à la ligne, en termes d’institution propre à nous comme Franco-Ontariennes. Les femmes n’avaient rien. »

« Quand il y a eu un peu une volonté gouvernementale d’augmenter les services en français, alors que la Loi sur les services en français se développait pendant les années 1980, on a pu à ce moment-là revendiquer du financement, pour créer un service pour les femmes victimes de violence », ajoute-t-elle.

Cette année, le Centre Victoria a aidé environ 200 femmes ayant des vécus de violence sexiste, dont certaines étaient des situations dangereuses. Et ce, dans une province qui a recensé 52 féminicides et 52 semaines, selon l’Ontario Association of Interval and Transition Houses (OAITH), réseau d’hébergement pour les survivantes de violence.

À la veille de la retraite, Mme Pharand songe également à la relève et à celles et ceux qui feront avancer la cause pour les prochaines décennies – comme la militante Julie S. Lalonde.

Parmi les éducatrices les plus notables à l’échelle nationale, cette « fille du nord » pure et dure, née à Sudbury et élevée à Sturgeon Falls, est l’auteure primée du texte autobiographique Resilience Is Futile : The Life and Death and Life of Julie S. Lalonde.

« En 1989, je commençais la maternelle – j’avais super hâte parce que j’étais très jalouse de mon frère, plus âgé que moi, qui allait déjà à l’école », souligne Mme Lalonde. « En même temps, ces femmes allaient être tuées parce qu’elles cherchaient une éducation. Je pense souvent à ça – et au fait que l’année après le massacre, il y avait encore plus de femmes qui s’étaient enregistrées pour être ingénieures. »

En conversation via Zoom depuis Ottawa, Mme Lalonde rappelle que la tuerie de l’École Polytechnique – enfin reconnue il y a trois ans comme un attentat anti-féministe – n’est pas que de l’histoire. Elle évoque le spectre de l’attaque du camion-bélier par l’incel Alek Minassian à Toronto en 2018 qui a fait dix morts et 15 blessés.

« Minassian nous disait : « Je suis motivé parce que je hais les femmes. » Mais tout le monde, même des féministes comme Kathleen Wynne, refusait d’admettre que l’attaque était anti-féministe. »

« Le 6 décembre 2018, j’étais en morceaux parce que j’étais vraiment comme : plus ça change… » explique Mme Lalonde. « Je me suis mise dans les pieds des féministes de 1989, qui nous disaient : « il l’a écrit dans une lettre qu’il haïssait les féministes. » Tout comme Minassian, qui nous l’a dit en pleine face! »

Et pourtant, en dépit des revers du mouvement féministe, Mme Lalonde fait preuve d’espoir : « Pour moi, être féministe, c’est croire que le monde peut changer. »

Julie S. Lalonde, militante féministe. Gracieuseté

C’est un sentiment que partage Gaëtane Pharand : « Le grand portrait nous permet de voir que les femmes peuvent améliorer leur vie, faire des connexions, développer un réseau social, et confirmer qu’elles ne sont pas seules. »

Pour Mmes Pharand et Lalonde, qui poursuivent l’œuvre des féministes de 1989, le 6 décembre – désormais Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes – est une journée pour nos larmes.

Trente-trois ans après la tuerie à l’École Polytechnique, elles portent toujours les 14 femmes assassinées en 1989 dans leurs cœurs. Mais, ajoutent-elles, le 6 décembre est aussi l’occasion de vouer nos pensées à toutes ces autres femmes qui ne sont plus parmi nous.

Comme Savanna Pikuyak. Anastasia Kuzyk, Nathalie Warmerdam et Carol Culleton. Et Zahra Abdille, parmi tant d’autres.

Éteintes.

Parce qu’elles étaient des femmes.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le franco-ontarien Pierre Simpson à l’affiche de la série Le village de Three Pines

L’acteur franco-ontarien Pierre Simpson ne s’attendait aucunement à décrocher un rôle qui le ferait jouer aux côtés d’Alfred Molina. Celui qui interprète Gabri dans la nouvelle série mystérieuse Le village de Three Pines, disponible sur Prime à partir du 2 décembre, s’ouvre sur son expérience.

C’est grâce à son agence que l’acteur originaire de Welland a entendu parler des auditions pour Le village de Three Pines. « Le fait que l’émission était bilingue et qu’ils cherchaient des francophones entre autres pour le rôle de Gabri, dans une série qui est anglophone, m’a encouragé à auditionner », explique celui qui foule depuis plusieurs années les planches et les écrans en Ontario français.

Suite à son audition, puis un rappel, l’acteur bilingue se trouvait un mois plus tard dans le petit village québécois de St-Armand pour tourner la première saison de la série aux côtés d’Alfred Molina, alias Armand Gamache.

« Je capotais », révèle-t-il. Celui qui affectionne les émissions de jeunesse canadienne, affirme avoir été surpris du processus pour recevoir le rôle du chef cuisinier Gabri Dubeau, qui dans la série vient brouiller les cartes quant à un meurtre.

« C’est quand même les producteurs de Crown, donc ce sont des négociations élaborées, des contrats sur trois ans », remarque celui dont l’expérience s’est surtout faite en Ontario et au Québec.

« Dans ma tête, même au rappel, je me suis dit : « Avec le budget, la production, la renommée de la série, c’est clair qu’ils vont aller chercher des vedettes du Québec pour jouer ces rôles-là! » », croyait l’acteur franco-ontarien.

M. Simpson souligne aussi l’écart entre ses attributs physiques et celui de la description de son personnage, directement tiré des romans policiers de Louise Penny dont la série est inspirée. 

« Ça n’avait pas de sens parce que dans les romans, Gabri est plus rond, l’air bon vivant […] », remarque-t-il. 

Max Leferriere (Mike Blake), Julian Bailey (Peter Morrow), Anna Tierney (Clara Morrow) et Pierre Simpson. Crédit image : Céleste Dubé

En réalité, la série s’en inspire de façon générale « mais prend aussi des libertés », continue-t-il en donnant comme autre exemple la trame autochtone qui suit les épisodes et qui est absente dans les écrits de l’auteure torontoise.

L’acteur affirme s’être senti suivi par le syndrome de l’imposteur tout au long du tournage : « Je me disais : « Ils se sont trompés. Je ne sais pas ce que je fais. Ça marchera pas. Les books clubs à travers le Canada et le monde vont se dire que ce n’est pas comme ça que le personnage est écrit! » », continue-t-il.

Pierre Simpson a utilisé sa nervosité pour l’appliquer en method acting, lors de sa première scène du tournage. Rien de moins qu’un interrogatoire entre lui et l’acteur britannique Alfred Molina, connu pour ses rôles dans Spider Man (2004-2021), Indiana Jones (1981) et Frida (2002). 

« Il utilisait plein de petites techniques pour me mettre mal à l’aise. À un moment, le réalisateur a chuchoté quelque chose à l’oreille d’Alfred. On a repris la scène d’interrogatoire puis, tout à coup, « WHAM! » sur la table, puis il se lève, alors que ce n’était pas dans la mise en place initiale! », raconte M. Simpson.

La nature intimidante du personnage d’Armand Ganache ne s’applique pas chez l’acteur, d’après lui. « Albert est super accueillant. Un rôle principal peut facilement établir ou ruiner l’ambiance de plateau, puis lui est resté détendu, accueillant, super fin! », confirme-t-il.

Place au français

S’il y a bien un aspect qui a rendu M. Simpson en confiance, c’était le contexte langagier entourant Le village de Three Pines. La série anglophone, qui s’ancre dans un petit village typiquement francophone, n’a pas omis de rester relativement fidèle à cette réalité.

Ce dernier se réjouit à l’idée d’avoir interprété quelques-unes de ses scènes en français. « Celles entre Olivier (Frédéric-Antoine Guimond) et moi le sont. C’est logique, vu qu’on est un couple. Quand on est dans un plus grand groupe avec tout le monde, on transitionne vers l’anglais », donne-t-il pour exemple.

« Les séries sont de plus en plus authentiques au niveau du casting et c’est pourquoi je pense qu’ils ont laissé des scènes en français », croit-il.

Pierre Simpson est originaire de Welland. Crédit image : Pierre Gautreau 

C’est d’ailleurs dans la langue de Molière que l’acteur se sent le plus à l’aise de jouer, malgré l’insécurité linguistique qu’il confirme comme l’ayant longtemps suivie, notamment depuis son arrivée à l’Université d’Ottawa en 1998.

« Je me ramasse avec un accent français en anglais et vice-versa. Je me suis déjà fait refuser des rôles en raison de ces accents-là. Je dois toujours me rebaigner dans la langue. »

C’est malgré tout en français que l’acteur, qui alterne entre le théâtre et la télé/cinéma, préfère jouer. « Comme j’ai d’abord commencé par faire du théâtre en français, c’est sûr que je suis plus à l’aise là-dedans », remarque-t-il

Un code vestimentaire inclusif et non genré pour les écoles du CECCE

OTTAWA – En mai dernier, les élèves de l’école secondaire Béatrice-Desloges à Orléans, une des 59 écoles du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), s’étaient retrouvés au cœur d’une polémique vestimentaire. Six mois après le « blitz », un nouveau code vestimentaire voit le jour basé sur les recommandations des élèves et d’autres parties prenantes.

Le directeur du conseil scolaire, Marc Bertrand l’a annoncé en grande pompe il y a quelques jours dans une vidéo promotionnelle comme étant « un code non genré, harmonisé et faisant place à l’expression de soi ».

Toutes les écoles du CECCE devront adopter ce règlement à partir du 9 janvier prochain.

Le CECCE explique, dans une note envoyée aux familles et à la direction des écoles, que cette version inclusive du code vestimentaire prend en compte ce que les élèves veulent, mais aussi les dispositions du Code des droits de la personne et de la Charte canadienne des droits et libertés.

« Le code vestimentaire a des limites tout en misant sur l’inclusion », avait annoncé le directeur, « son but est de permettre de s’exprimer tout en portant une tenue qui convient au milieu scolaire ».

Un code vestimentaire avant-gardiste

Ce nouveau règlement est en fait le fruit d’une consultation ayant débuté à l’automne 2021.

« Un code unisexe et pour tout le monde » approuvé par les apprenants, consultés durant le Sommet des élèves, mais aussi au travers d’un réseau d’élèves et des groupes d’adolescents de plusieurs écoles.

Pour fixer la limite, le conseil scolaire a fait appel à des travailleurs sociaux, la direction des écoles, des conseillers scolaires, les syndicats, les parents d’élèves, le personnel scolaire ainsi que le Centre canadien de la diversité des genres et de la sexualité.

« Les élèves sont invités à s’exprimer à travers leur tenue vestimentaire, afin que tous soient confortables de se rendre à l’école », peut-on entendre dans une vidéo explicative du conseil.

Nouveau code vestimentaire pour le CECCE
Marc Bertrand, le directeur du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, à Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Diane Pacom, sociologue et professeure émérite de l’Université d’Ottawa, n’est point étonnée. « Je trouve que nous sommes rendues là depuis bien longtemps : le vêtement n’est plus le reflet de l’autorité suprême comme avant. »

Pour l’experte, il fut un temps où nous parlions d’uniformisation, d’ailleurs « une majorité des écoles avaient un uniforme ». Aujourd’hui, « les jeunes veulent du conformisme », ajoute-t-elle. « Nous sommes dans une société individualiste, les gens ne veulent pas être tous pareils, mais l’effet mode annule cela. Si on regarde les jeunes, ils sont à peu près tous habillés pareils. »

Ce code vestimentaire « harmonisé » n’est donc pas une grande nouvelle, puisque, assez logiquement, il interdit « une tenue vestimentaire qui fait la promotion et symbolise la drogue, l’alcool, une activité illégale, la haine, le racisme, la discrimination, le blasphème, la pornographie, qui incite à la violence ou le harcèlement et qui menace la santé et la sécurité ».

Il exige là encore « une tenue vestimentaire opaque, qui doit couvrir les sous-vêtements et les parties privées ».

L’aspect progressiste de ce nouveau règlement réside certainement dans la mention unisexe du code vestimentaire, qui laisse le champ aux interprétations de genre.

L’expression de soi dans le milieu scolaire

Est-ce que le vêtement est un critère de l’expression de soi? Pour Diane Pacom, « oui et non, mais dans un certain sens, ça n’a pas de rapport ».

D’après la sociologue, « les jeunes ont une mentalité tribale. Il y a des cliques qui se forment en fonction du look, le jeune à tout intérêt de se conformer ».

Donc, l’expression de soi n’est en fait que l’expression du groupe et de la mode. Pour Mme Pacom, il y a une recherche d’individualité de la part des jeunes et dans ce sens ce nouveau code vestimentaire plus inclusif et non genré permettrait cela.

Code vestimentaire : la sociologie du corps
Diane Pacom est sociologue et professeure émérite de l’Université d’Ottawa. Archive ONFR+

D’un autre côté, « c’est une réalité de conformisme : les adolescentes sont les cibles préférées de la mode ».

Diane Pacom, suggère à ce titre qu’il serait intéressant de voir si les jeunes vont instaurer leur propre limite, « ce qui pourrait tout à fait être une stratégie du conseil scolaire ».

Il y a cependant un risque. « Le vêtement a toujours été un outil d’autorité, comme la tenue du policier. On est en train de déconstruire ses choses pourtant coulées dans le ciment. On voit donc du personnel scolaire habillé à l’identique d’un élève. »

Enfin, la sociologue explique que le corps a toujours été codé, « ce sont des codes pour dire : voici ma tribu ».

Le 21 mai dernier, la direction de l’École secondaire catholique Béatrice-Desloges avait lancé un contrôle du code vestimentaire auprès de nombreuses adolescentes. Suite à cela, les élèves avaient avoué les circonstances humiliantes d’un tel exercice. À ce moment-là, une élève avait expliqué à ONFR+, que « les filles avaient dû se pencher et toucher leurs orteils afin de voir si les shorts et jupes étaient trop courts et de constater si leurs sous-vêtements étaient visibles. Ils avaient même pris des règles pour mesurer ».

La refonte de la Loi sur les langues officielles encore repoussée

OTTAWA – Après près de 14 heures et sept séances à tourner en rond, les parlementaires chargés d’étudier la modernisation de la Loi sur les langues officielles se sont entendus entre eux. Toutefois, cette entente fait en sorte qu’ il n’y aura pas d’adoption de C-13 avant Noël comme le souhaitait le gouvernement repoussant encore son échéancier.

Le projet de loi C-13 se trouve présentement devant le Comité des langues officielles, mais depuis le 1er novembre, il faisait du surplace. Les libéraux et néo-démocrates ont voulu imposer le bâillon, selon l’opposition conservatrice et bloquiste en déposant une motion à cette séance pour accélérer les travaux.

Mais les séances suivantes n’ont rien apporté de nouveau alors que l’opposition, notamment le Bloc, a fait ralentir le processus, ont accusé les libéraux et les néo-démocrates.

À la dernière séance mardi, les élus avaient tenté de s’entendre en retraitant en huis clos, mais sans succès. Le tout a changé aujourd’hui lors de la première heure de ce comité alors que les députés sont aussi retraités en huis clos, mais cette fois-ci en s’entendant sur un texte de motion.

Celle-ci indique notamment que les ministres et officiels des ministères suivants comparaîtront la semaine prochaine : Pablo Rodriguez (Patrimoine canadien), Sean Fraser (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada), Ginette Petitpas Taylor (Langues officielles) et Mona Fortier (Conseil du trésor). Par la suite, les différents partis pourront déposer leurs amendements au projet de loi.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d'une annonce à l'Université Saint-Paul.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Gracieuseté.

Après la parution des ministres, huit séances sont prévues, avec possibilité d’en ajouter, pour étudier le projet de loi article par article. Si aucune séance n’est ajoutée, les amendements restants sont réputés proposer et le président du comité mettra fin au débat. Le projet de loi sera alors envoyé en troisième lecture à la chambre, qui sera ensuite envoyée au Sénat.

En se fiant à cette échéance, la Loi pourrait alors être adoptée seulement à partir du mois de mars. Ottawa souhaitait adopter son projet de loi avant Noël. Le gouvernement Trudeau a promis cette loi depuis 2018.

Ginette Petitpas Taylor a salué le travail du comité « après des semaines d’obstruction » soulignant que la protection du français au pays « ne peut plus attendre ».

« J’espère que 2023 sera l’année où l’on se dotera d’une nouvelle loi modernisée et renforcée. Une loi qui fera une réelle différence dans la vie des Canadiens », a-t-elle soutenu dans une déclaration écrite.

Idem pour divers organismes de la francophonie canadienne comme la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). La FCFA espère voir les parlementaires respecter l’échéance qui a été adoptée en comité ce matin .

« Et s’il y a une possibilité que ça l’aille plus rapidement, eh bien, que ça l’aille plus rapidement », presse la présidente de la FCFA Lianne Roy.

Lors des comparutions au début de l’automne, les organismes avaient pressé Ottawa d’accélérer la cadence pour pouvoir entrer en 2023 avec une loi modernisée.

Cet article à été mis à jour à 15h54.

Histoires racontées sous plusieurs formes : arts, musique et balados

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Le temps des fêtes se poursuit et comme d’habitude, l’Ontario français vous garantit une semaine bien remplie d’arts et cultures. À vous de choisir.

Balado

« L’incroyable histoire des Afro-Canadiens », le balado bilingue de Sabine Daniel

L’animatrice et productrice franco-canadienne qui nous offre des entrevues éclairées depuis plusieurs années avec des figures brillantes de la scène francophone pour ses séries ADN Ottawa et Suivez-moi, lance sont tout premier balado intitulé L’incroyable histoire des Afro-Canadiens.

Productrice et narratrice du balado, Sabine Daniel raconte les parcours remarquables d’Afro-Canadiens qui ont marqué l’histoire du pays. Plutôt un outil pédagogique correspondant au curriculum ontarien, il sera disponible en janvier dans les écoles élémentaires du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, en français et en anglais.

Gracieuseté de Sabine Daniel

Les bandes d’annonces des épisodes à venir sont disponibles dès maintenant sur Spotify, Amazon Music et Apple Podcasts.

Concert

Geneviève & Alain en mode Noël pour le banquet des fêtes du MIFO

Aussi harmonieux en couple qu’en duo musical, Geneviève & Alain se prépare à vous emporter dans leur univers folk à l’occasion du temps des Fêtes au MIFO. Les deux auteurs-compositeurs-interprètes, qui ont brillé dans la catégorie Groupe de l’année au Gala Trille d’Or 2021, assureront encore une fois la scène en compagnie de la guitare d’Alain et du piano de Geneviève.

Geneviève & Alain. Crédit image : Gaelle Leroyer

Geneviève & Alain en concert le 1er décembre à 17h30 au MIFO. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Théâtre – jeunesse

Spectacle de marionnettes : le TfT présente Perruches

Quand le petit Noah se rend compte que sa perruche du nom de cœur-coquin a disparu, sa chambre se transforme en jungle et une aventure se déclenche pour le jeune garçon déterminé de retrouver son plus cher ami.  

Gracieuseté du Théâtre français de Toronto

Perruches du 7 au 10 décembre au Théâtre français de Toronto. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Communauté

Souper de Noël au Club culturel de Thunder Bay

Nourriture, musique et danse, c’est ce que nous réserve le Club culturel de Thunder Bay à l’occasion du temps des fêtes. Les participants seront aussi invités à apporter des denrées non périssables pour la collecte des paniers de Noel de l’Accueil Francophone de Thunder Bay.

Crédit image : Getty/fstop123.

Souper de Noël le 3 décembre à 18h à l’hôtel Valhalla. Les prix de billets seront à 45 $ jusqu’au 2 décembre. 50 $ à la porte. Billets en vente à l’ESC de la Vérandrye, au Centre francophone ou par etransfer au ccf.thunderbay@gmail.com

Arts

Les femmes au cœur des mouvements artistiques du 20e siècle

Grâce à une collaboration entre l’Alliance française de Toronto et La Bibliothèque publique de Toronto, vous pouvez découvrir les femmes artistes du 20e siècle qui ont fait part de plusieurs mouvements artistiques révolutionnaires tels que le fauvisme et le cubisme. L’atelier virtuel animé par Gilles Genty, historien d’art, ne manquera pas de nous révéler en détail ces femmes souvent négligées du monde de l’art.

Gracieuseté de l’Alliance française de Toronto.

L’atelier « Perspective sur les artistes femmes du 20e siècle » le 3 décembre à 14h. Inscrivez-vous ici pour réserver votre place.

La Ville d’Ottawa incapable de piloter d’importants projets selon l’enquête sur le train léger

OTTAWA – Il y a de nombreuses raisons qui expliquent l’échec du gigantesque projet d’infrastructure qu’est le train léger d’Ottawa. William Hourigan, juge en charge de l’enquête publique qui a entendu près de 90 témoins, pointe un manque de transparence du Groupe de transport Rideau (GRT) à l’égard de la ville, un manque de collaboration et un empressement de la Ville à mettre sur pied un train peu fiable.

« Les gens d’Ottawa méritent mieux », a lancé le commissaire de l’enquête, William Hourigan dès l’ouverture de la conférence de presse à Ottawa, ce mercredi 30 novembre. « Que s’est-il passé et pourquoi », a-t-il interrogé avant d’annoncer qu’au total 103 recommandations ont été publiées dans le rapport d’enquête.

Pour le juge Hourrigan, l’intérêt des Ottaviens ne semble pas avoir été une priorité pour les parties prenantes. À ce titre, il a déclaré que la Ville d’Ottawa, le consortium privé, le Groupe de transport Rideau (GTR) « ont perdu de vue l’intérêt public au cours du projet ».

Dans un  second temps, le rapport accuse le manque de transparence du GRT. « Il était inadmissible que le GTR et son principal sous-traitant aient sciemment donné à la ville des renseignements inexacts sur le moment où ils termineraient la construction du TLR. »

« La transparence doit être le mot clé », a martelé le juge.

Ligne 1 du train léger d’Ottawa. Archives ONFR+

Ensuite, le rapport souligne l’absence de collaboration et de coopération entre les parties, résultant de graves conséquences sur le déroulement du projet. Le commissaire a rapporté que l’atmosphère de méfiance et de mécontentement de la part des Ottaviens est le fruit de ces désaccords.

De plus, il a été constaté que le conseil municipal n’a jamais été informé des changements concernant la mise à l’essai du train. Une affaire sérieuse qui accable le GRT et le directeur municipal de l’époque.  

En effet, les critères de qualité avaient été revus à la baisse pour permettre au TLR de passer sa phase finale de mise à l’essai.

« Cela soulève de sérieuses inquiétudes quant à la capacité de la Ville d’Ottawa de mener à bien d’importants projets d’infrastructure. »

La relation entre le GRT et la Ville s’est aggravée

Après un retard de 16 mois, les trains ont déraillé à deux reprises, sur la ligne principale. Depuis le début, les trains présentent des problèmes qualifiés de nuisibles à la fiabilité du réseau.

Le GRT n’a pas livré le réseau initialement prévu en mai 2018. Les causes établies dans le rapport indiquent que la Ville avait opté pour des véhicules très techniques et peu répandus, rendant difficile l’exécution du projet.

Là encore, le manque d’expérience est décrié : « La Ville n’avait aucune expérience concernant un projet de cette complexité. Infrastructure Ontario n’avait jamais entrepris un réseau de train léger. Alstom n’avait jamais eu à respecter une obligation en matière de contenu canadien et OC Transpo n’avait jamais exploité auparavant un réseau complexe. »

Enfin ce qui est dévoilé dans ce document est que la Ville d’Ottawa « a précipité la mise en service du réseau de train léger sur rail avant qu’il ne soit prêt ».

Steve Kanellakos y est pour quelque chose. Le directeur municipal, qui a démissionné deux jours avant la sortie de ce rapport, est accusé d’avoir délibérément induit en erreur le conseil municipal de la Ville d’Ottawa sur la décision de revoir à la baisse les critères d’essai.

Le commissaire de l’enquête publique, William Hourigan. Capture d’écran

Selon le juge Hourigan, cela montre clairement que les parties n’ont pas fait passer les intérêts de la population d’Ottawa en premier. Au lieu de prolonger le délai pour les tests, les groupes impliqués ont préféré « réduire le temps prévu pour ces activités critiques parce que cela servait leurs intérêts ».

Le rapport de 740 pages fait état des graves erreurs commises et des conséquences dommageables pour la Ville d’Ottawa et ses habitants, dont des risques géotechniques comme l’affaissement de la rue Rideau ayant survenu durant les travaux, mais aussi les déraillements en 2021 et bien d’autres problématiques.

Le projet de train léger sur rail d’Ottawa a été le projet d’infrastructure le plus important et le plus coûteux de l’histoire de la Ville d’Ottawa.

Pour une des avocates francophones de la Commission, Christine Mainville : « Il n’y a pas une seule réponse au problème. Le rapport identifie qu’il reste des mesures à mettre en place. »

Des mesures répondant au nombre de 103 recommandations, dont la nomination d’un expert indépendant.

Le maire renforce la surveillance et promet la transparence

« Je comprends la frustration et la déception des résidents d’Ottawa que j’ai rencontré et entendu au cours des derniers mois et, franchement, je partage cette déception », a réagi mercredi Mark Sutcliffe en conférence de presse, après la publication du rapport du commissaire.

Le maire a aussitôt ordonné un plan d’action pour mettre en œuvre les recommandations clés, et annoncé que le niveau de suivi et de surveillance des entités impliquées serait renforcé afin de garantir la fiabilité et la sécurité du système.

Il s’est aussi engagé à plus de transparence et des rapports réguliers sur la construction et la maintenance auprès du comité municipal des finances et du développement économique de la ville et du conseil municipal.

De son côté, la ministre des Transports Caroline Mulroney, commanditaire du rapport, s’est félicitée d’avoir répondu par le biais de ce rapport à trois préoccupations fondamentales : la sécurité, la responsabilité et l’optimisation de l’argent des contribuables.

« À l’avenir, nous continuerons de veiller à ce que les contribuables ontariens et
les usagers du transport en commun obtiennent la meilleure valeur possible pour leur argent », a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

3,4 millions de doses gaspillées en Ontario : le rapport accablant de la vérificatrice générale

TORONTO – L’audit financier de la vérificatrice générale de l’Ontario a été rendu public ce mercredi à Queen’s Park. On y apprend notamment que la province n’a pas été bien organisée concernant la vaccination, résultant dans des pertes considérables de doses, ou encore que la province a décidé de prioriser des projets d’autoroute contre l’avis d’experts du ministère des Transports.

« L’approche du ministère de la Santé pour la réservation de rendez-vous de vaccination était mal coordonnée », voici ce qu’on pouvait lire dans le rapport de Bonnie Lysyk qui fait près de 1090 pages.

Le système de réservation avait favorisé les personnes mieux équipées en technologie qui ont pu faire de multiples réservations, avec en conséquence de nombreux rendez-vous non honorés.

Ce système, qui a mis trois mois à être développé, a généré 227 000 non-présentations à des rendez-vous « qui auraient pu être utiles à des personnes dans le besoin » en 2021 et, ainsi, une perte considérable de temps explique la vérificatrice.

Le fait qu’il n’y ait pas eu un système centralisé, mais bien de multiples systèmes de prise de rendez-vous tels que ceux des hôpitaux et pharmacies ou encore le portail provincial a nui à la distribution des doses note-t-on dans le rapport.

Quant aux doses gaspillées, elles atteignent la somme mirobolante de 3,4 millions de doses reçues par le gouvernement fédéral, soit 9 % des vaccins reçus jusqu’en juin 2022.

Un gaspillage qui s’explique par le fait que la demande pour les doses de rappel était moins importante qu’estimée, notamment la période entre février et juin 2022 durant laquelle les pertes s’élevaient à 38 %.

Le rapport fait aussi état d’un écart important dans la rémunération des professionnels de la santé administrant les doses dans le secteur public.

En exemple, il cite celle des médecins, de 170 $ à 220 $ de l’heure, contre celle des infirmières, de 32 $ à 49 $ de l’heure et des pharmaciens, 30 $ à 57 $ de l’heure.

Les assurances privées trop élevées

Parmi les 15 audits effectués dans le cadre de ce rapport financier des dépenses et politiques de l’Ontario, deux concernent plus spécifiquement le secteur des transports.

Une information que la vérificatrice a relevée concerne l’augmentation injustifiée des frais liés à l’assurance automobile, soit 14 % de plus entre 2017 et 2021.

La province où l’assurance privée est la plus élevée a, selon Bonnie Lysyk, sciemment ignoré les recommandations du dernier rapport de réduire les coûts tels que de demander une accréditation pour les entreprises de réparation par exemple.

La vérificatrice a souligné que selon le lieu ou l’on vit, ces coûts peuvent être très différents et que l’Autorité ontarienne de réglementation des services financiers travaille sur des outils qui n’ont pas étés actualisés depuis 2005 pour déterminer ces coûts.

Des autoroutes délaissées pour d’autres

Un autre fait accablant de ce rapport concerne, cette fois-ci, la décision, en 2019, du gouvernement de différer les travaux prévus sur des autoroutes contre l’avis de spécialistes travaillant au ministère des Transports de la province.

« Nous avons constaté que le gouvernement avait apporté un certain nombre de changements aux priorités routières, sans examiner tous les faits pertinents de ses experts », explique-t-elle.

Six autoroutes, dont deux situés dans le Nord, ont étés délaissés pour quatre désignés comme prioritaires par l’Ontario et se trouvant au Sud, notamment la 413 au nord de Toronto.

La vérificatrice en profite pour émettre des doutes quant aux décisions d’expansion et à la gestion financière de ces projets d’autoroutes : « les indicateurs de performance ne sont pas suffisants pour surveiller l’efficacité de la préparation et de la gestion des autoroutes du ministère. »

Des décisions électoralistes?

Et d’ajouter que le manque de directives éclairées a mené à des « pratiques de tarification inconsistantes » dans la planification des projets d’autoroute.

En exemple, elle cite le fait que le gouvernement de Doug Ford a annoncé peu avant les élections retirer les frais de péage sur les autoroutes 412 et 418 alors que celui-ci avait initialement prévu d’attendre l’équilibre budgétaire.

Un tiers des enfants francophones ne vont pas à l’école en français en Ontario

OTTAWA – Ce sont près de 33 % des enfants ontariens éligibles à aller dans une école francophone qui ne font pas une éducation en français dans la province, selon des données du Recensement de 2021. À l’échelle nationale, un Canadien sur 10 de moins de 18 ans est éligible à de l’éducation en français hors du Québec.

Si l’Ontario compte le plus grand nombre admissible au pays avec 350 000, elle arrive au troisième rang des provinces comportant la plus grande proportion d’élèves éligibles à aller dans une école francophone avec 12,6 %.

En Ontario, il y a 180 000 enfants qui ont fréquenté dans le passé ou qui fréquentent (en date de 2021) une école francophone, soit près de 67 %. De ce chiffre, il faut noter que 12,8 % ont plutôt suivi un programme d’immersion en français dans une école de langue anglaise. À l’instar de l’Ontario, c’est près du tiers (35,3 %) des enfants francophones admissibles hors Québec âgé de 5 à 17 ans n’avait jamais suivi de programme en immersion française ou eu une éducation en français. De tous les enfants canadiens de 5 à 17 ans hors du Québec, 10,5 % étaient éligibles à recevoir une éducation en français.

Pour qu’un enfant soit éligible au Canada, il doit être considéré comme un ayant droit.

Pour cela il faut que le parent soit :

  • résident de l’Ontario,
  • citoyen canadien
  • avoir le français le français comme langue maternelle ou
  • avoir (ou être en train de faire) une éducation élémentaire dans un établissement d’enseignement de langue française au Canada.
  • Avoir un parent, tutrice ou tuteur d’un enfant qui a reçu ou reçoit son éducation élémentaire ou secondaire dans un établissement d’enseignement de langue française au Canada

Il existe toutefois des exceptions pour ceux qui ne sont pas des ayants droit ou qui sont de nouveaux arrivants. Chaque conseil scolaire détermine alors s’ils acceptent ou non un non-ayant droit.

Il s’agit de la première fois de l’histoire du recensement que des données sont disponibles concernant l’instruction dans la langue minoritaire.

C’est principalement à Toronto (104 000), Sudbury (15 000), Ottawa (101 000) et Windsor (14 000) que l’on compte le plus grand nombre d’élèves éligibles à une éducation en français.

Certaines villes de l’Ontario se retrouvent dans les plus grandes proportions d’enfants admissibles à l’instruction en français en 2021 au Canada. Il s’agit d’Hawkesbury (83,4 %), Timmins (59,1 %), le Grand Sudbury (46,0 %), à Cornwall (40,5 %) et dans le grand centre urbain d’Ottawa (35,7 %).

Langue de travail

Le recensement a aussi révélé une baisse du français au travail au pays dans certaines régions clés, mais pas au niveau national. Statistique Canada émet toutefois un avertissement.

Les comparaisons des données sur la langue de travail en 2021 par rapport aux autres recensements sont à prendre avec prudence, indique l’organisme fédéral, car les questions posées diffèrent dans les deux recensements.

Les gens qui ont eu tendance par le passé à répondre utiliser le français et l’anglais égalitairement comme langue de travail ont désormais pu désigner plus facilement une seule langue principale de travail, affirme Éric Caron-Malenfant, directeur adjoint du Centre de démographie à Statistique Canada.

Malgré tout, l’utilisation du français dans un milieu de travail au Canada augmente légèrement comparativement à 2016 (de 19,4 à 19,9 %). Mais la baisse est notamment marquée dans la région d’Ottawa-Gatineau ou le français est passé de 18,1 % à 17,3 % alors que l’anglais a progressé de 75,9 % il y a cinq ans à 77,8 % en 2021.

« C’est préoccupant », dit Trudeau

« C’est préoccupant donc on va continuer avec notre projet de loi C-13 qui amène des protections pour ceux qui veulent travailler en français à travers le pays, pas seulement au Québec », a commenté Justin Trudeau sur la baisse de la langue de travail avant de faire son entrée à la période des questions mercredi.

« Il faut renforcir avec d’autres mesures positives », tranche de son côté la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier à la lumière des chiffres dans la région d’Ottawa. Cette dernière et sa collègue aux Langues officielles Ginette Petitpas Taylor soulignent l’importance du projet de Loi C-13 concernant la langue de travail.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

C-13, qui est présentement à l’étude en comité parlementaire, permettra notamment aux employés d’entreprises à charte fédérale au Québec et dans certaines régions du pays d’utiliser le français au travail ou encore l’anglais. Elle a toutefois été critiquée au Québec, car elle permettrait l’utilisation de l’anglais pour ces employés concernés.

Pour le collègue de la ministre, le député René Arsenault, les données démontrent l’urgence d’agir des mesures clés dans la fonction publique.

« Pour les postes de position et les postes de direction importants, je pense que dorénavant, il faudrait montrer l’exemple et avoir des directions qui soient bilingues. En tout cas, particulièrement au Nouveau-Brunswick », fait valoir le représentant acadien.

On peut aussi observer une baisse dans la seule province bilingue du Canada entre 2016 (20,9 %) et 2021 (20,1 %). Ce nombre était à 22,2 % en 2001.

Hors du Québec et du Nouveau-Brunswick, 3,0 % des travailleurs utilisaient le français régulièrement au travail, ce qui représentait près de 400 000 travailleurs. De ce nombre, 18,7 % étaient de la fonction publique fédérale, dont la majorité dans la région d’Ottawa et 8,1 % était issue du milieu de l’éducation.

Ambassadeur chinois : le recteur de l’Université d’Ottawa s’excuse

OTTAWA – L’Université d’Ottawa, via son recteur Jacques Frémont, a présenté ses excuses concernant la décision de bannir les caméras lors d’un discours de l’ambassadeur chinois dans ses locaux.

« Au sujet du caméraman qui n’a pas pu faire son travail lors de la conférence de l’ambassadeur chinois, nous avons pris la mauvaise décision au dernier moment », a écrit mercredi matin dans un message sur Twitter son recteur Jacques Frémont.

Lundi, Cong Peiwu a prononcé un discours à l’Université d’Ottawa dans le cadre d’une série de conférences. À la demande de l’ambassadeur chinois, l’université a interdit la présence de caméras et de photographes qui avaient pourtant été admis au préalable. Hier, l’université a indiqué que « le refus d’un conférencier de permettre les caméras met en péril l’événement sans préavis ».

« Nous nous excusons auprès des médias concernés. Nous aurions dû faire mieux pour protéger la liberté de la presse », a ajouté M. Frémont.

La classe politique à Ottawa avait dénoncé mardi la décision de l’établissement bilingue.

« Ils ont fait une erreur de bannir les caméras au Canada. On ouvre surtout à des gens qui ont un profil public. Les médias doivent avoir accès à ça », avait lâché Justin Trudeau mardi.

Les rideaux de la salle ont aussi été baissés pour éviter que l’on puisse voir l’ambassadeur alors que se déroulait une manifestation dénonçant le traitement du peuple ouïghour en Chine à l’extérieur de l’édifice.

Discours de l’ambassadeur chinois : l’U d’O a « fait une erreur », reproche Trudeau

OTTAWA – La décision de l’Université d’Ottawa (U d’O) de ne pas allouer la prise d’images lors d’une allocution de l’ambassadeur chinois au Canada dans ses locaux lundi est une erreur, a critiqué Justin Trudeau. De son côté, l’Université d’Ottawa qualifie l’incident de regrettable, mais répond qu’elle tâchera « d’être plus claire », à l’avenir avec ses conférenciers.

« Ils ont fait une erreur de bannir les caméras au Canada », a lâché Justin Trudeau quelques minutes avant de faire son entrée à la période des questions.

Lundi, l’ambassadeur de Chine au Canada, Cong Peiwu, a prononcé un discours à l’Université d’Ottawa où il critiquait notamment la nouvelle stratégie indopacifique du Canada qui a été annoncée dimanche par le gouvernement Trudeau. À la demande de M. Peiwu, un responsable de l’établissement a interdit aux caméramans et photographes de divers médias de prendre des images, pourtant acceptées au préalable.

« On ouvre surtout à des gens qui ont un profil public. Les médias doivent avoir accès à ça », a ajouté le premier ministre.

Les rideaux de la salle ont aussi été baissés pour éviter que l’on puisse voir l’ambassadeur alors que se déroulait une manifestation dénonçant le traitement du peuple ouïghour en Chine à l’extérieur de l’édifice.

« C’est quelque chose qui soulève des inquiétudes pour moi (…). Dans une démocratie comme la nôtre, la transparence est quelque chose d’important », s’est exprimé de son côté le chef néo-démocrate Jagmeet Singh.

Le Parti conservateur qualifie la décision de l’université de malheureuse, mais refuse de pointer du doigt l’U d’O. L’opposition officielle demande à Ottawa de convoquer Cong Peiwu.

« Il faudrait l’interpeller et lui dire ‘’écouter, on ne peut pas faire ça chez nous ici, on est au Canada’’(…) On ne peut pas accepter ça. Lorsque le gouvernement dit dans sa plateforme indopacifique qu’il faut avoir un langage plus fort, je m’attends à ce qu’il y ait une réaction forte auprès du gouvernement chinois et de l’ambassadeur », soutient son député et lieutenant québécois Pierre Paul-Hus.

Aucun préavis donné

Cela relance le débat de l’influence de la Chine auprès des institutions canadiennes, notamment au niveau postsecondaire.

« Ça démontre clairement, c’est quoi une forme d’ingérence dans nos institutions », évoque Pierre Paul-Hus.

« On le sait déjà qu’il y a des opérations qui se font auprès des jeunes dans les campus universitaires et là à une conférence publique, on demande à l’université de fermer la porte aux journalistes. C’est une preuve flagrante du problème qu’on a », renchérit-il.

Jacques Frémont, recteur de l'Université d'Ottawa.
Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont était l’un des hôtes de la conférence avec l’ambassadeur chinois Cong Peiwu. Archives ONFR+

C’est à l’invitation de l’institution bilingue que Cong Peiwu s’est présenté à cette conférence en anglais intitulée La Chine et le monde : développement, commerce et gouvernance au XXIe siècle. Les invités étaient aussi invités à un cocktail de réseautage après l’événement. Dans une déclaration écrite, l’U d’O a refusé d’indiquer si elle avait commis un faux pas, mais avance que « le refus d’un conférencier de permettre les caméras met en péril l’événement sans préavis ».

« L’Université s’est cependant assurée dans les circonstances que les journalistes aient autrement accès à l’événement. Afin d’assurer que cette situation regrettable ne se reproduise plus, l’Université tâchera à l’avenir d’être plus claire avec ses conférenciers avant la tenue des événements sur la présence possible des médias électroniques », indique un porte-parole de l’établissement ottavien.

Cet événement survient après que le réseau Global News ait révélé dans les dernières semaines des ingérences chinoises au sein du système électoral canadien alors que 11 élus provinciaux et fédéraux auraient reçu de l’argent de la part de Pékin.

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet n’a pas mâché ses mots concernant l’établissement universitaire qu’il a souvent critiqué par le passé, notamment dans le dossier de la liberté d’expression.

« Si vous cherchez un endroit où aller défier la liberté d’expression, la liberté d’enseignement ou la liberté de la presse, allez à l’Université d’Ottawa… Ça me semble indigne d’une institution censée jouer un rôle fort au sein d’une jeunesse. Si un de mes enfants disait ‘’Ça me tente d’aller à l’Université d’Ottawa’’, je lui dirais : ‘’As-tu un Plan B s’il te plait’’. »

Fin de la LACC : des poursuites envisagées par les professeurs de la Laurentienne

SUDBURY – Deux jours avant la date prévue, c’est finalement lundi dernier que la Laurentienne a annoncé se libérer de la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). La fin de la supervision judiciaire qui signifie également que les poursuites contre l’université ou les membres de son conseil d’administration sont désormais permises, ce que dit envisager l’Association des professeures et des professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) dans un communiqué paru lundi soir.

Des correspondances entre l’ex-recteur, Robert Haché, et l’ancien ministre des Collèges et Universités, Ross Romano, qui avaient été jusqu’à présent sous scellé ont aussi été rendues publiques lundi.

Ces lettres étaient jusqu’à présent protégées par la procédure judiciaire débutée en janvier 2021, et révèlent plusieurs éléments qui étaient évoqués dans le rapport final de la vérificatrice générale de l’Ontario, paru il y a deux semaines.

Rédigées à la fin janvier 2021, ces correspondances ont donc étés rédigées tout juste avant le recours à la LACC et l’ex-recteur y explique les raisons pour lesquelles celui-ci serait vital pour la survie de l’université.

Selon l’APPUL, « ces documents sont choquants par les détails qu’ils fournissent sur les plans secrets de longue date de la Laurentienne visant à vider l’université de sa substance ».

La LACC pour contrer les professeurs

Une autre information que l’on peut en tirer est que l’Université avait déjà annoncé bien avant le mois d’avril au gouvernement son intention de devoir licencier quelque 124 professeurs pour aider la situation financière de l’université, mais ne pas pouvoir le faire sans l’aval du syndicat d’où le recours à la LACC.

On apprend également que ce recours est envisagé afin d’éviter à la Laurentienne une grève des professeurs avec lesquels l’université devait négocier une nouvelle convention collective : « La Laurentienne n’a simplement pas la capacité de subir une grève, et cela créerait le plus terrible des résultats sur nos étudiants », pouvait-on lire dans l’une des correspondances (traduction libre).

Ils seront finalement 195 employés à perdre leur emploi en avril 2021 et plus de 50 programmes à être coupés.

Fabrice Colin, président de l’APPUL. Archives ONFR+

« Maintenant que l’APPUL n’est plus contrainte par les limites imposées par LACC, nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour demander des comptes à la nouvelle administration de l’université », a déclaré lundi soir Fabrice Colin, président de l’APPUL dans un communiqué avant d’ajouter « veiller à ce qu’elle mette en œuvre les améliorations à la gouvernance que l’association des professeurs et professeures réclame depuis longtemps et que la vérificatrice générale a recommandées dans son rapport ».

Celui-ci indique également vouloir plaider en faveur d’une augmentation de l’effectif des professeurs et du rétablissement de « certains programmes importants qui ont étés coupés. »

Le gouvernement Ford interpelé

L’APPUL en profite également pour dénoncer l’inaction du gouvernement Ford lors des événements, à la lumière des détails inclus dans ses correspondances.

« Cette correspondance révèle que le gouvernement Ford savait que l’université avait des difficultés financières et prévoyait des coupures au moins six mois avant le déclenchement de la LACC. Cela soulève de sérieuses inquiétudes quant aux raisons pour lesquelles ce gouvernement n’a pas fait plus », juge M. Colin.

En rappel, comme le soulignait également la vérificatrice dans son rapport, le gouvernement Ford avait proposé une aide financière de 12 millions de dollars à l’université à condition que celle-ci n’invoque pas la LACC qui l’avait refusée, mais selon le président de l’APPUL « ce n’était clairement pas suffisant ».

« Il est alarmant de constater que, lorsque l’offre initiale du gouvernement a été rejetée, le gouvernement Ford s’est retiré et a assisté au démantèlement systématique de l’université », ajoute-t-il.

L’APPUL exprime dans son communiqué vouloir demander au gouvernement provincial que les employés et membres du corps professoral licenciés reçoivent la totalité des indemnités de départ auxquels ceux-ci peuvent prétendre afin d’« atténuer une partie des dommages causés par son inaction irresponsable ».

Construction de logements : une loi aux graves conséquences prévient le maire d’Ottawa

OTTAWA – Le projet de loi 23, qui vise à construire 1,5 million de logements à travers la province au cours des dix prochaines années, entraînerait – selon une analyse de la Ville d’Ottawa – des conséquences financières dramatiques. Adoptée à Queen’s Park ce lundi, la Loi de 2022 visant à soutenir la croissance et la construction ne fait pas l’unanimité au conseil municipal.

Dans une lettre envoyée vendredi dernier à Steve Clark, ministre des Affaires municipales et du Logement, le maire Mark Sutcliffe a déclaré que le projet de loi 23 pourrait créer un manque à gagner de dizaines de millions de dollars au cours de la prochaine décennie.

L’un des aspects les plus controversés du projet de loi est que la province propose d’annuler, de geler ou de réduire les diverses charges et frais associés à la construction de maisons. Tout cela dans le but d’inciter les gens à construire.

« Si nous voulons vraiment construire des logements abordables dans cette province et si tous les maires et conseillers qui ont déclaré vouloir inciter le plus possible la construction de logements, eh bien, voilà la solution », a déclaré le ministre Clark lundi à l’Assemblée.

Steve Clark, ministre des Affaires municipales et du Logement. Crédit image : Jackson Ho

Le maire d’Ottawa inquiet

Dans la lettre envoyée par le maire au ministre lui-même, M. Sutcliffe croit que « le projet de loi peut être amélioré, concernant la protection de l’environnement, sur l’offre de logements abordables, la protection des bâtiments historiques et aussi la perte de redevances pour les municipalités qui sont nécessaires à la construction de ces infrastructures ».

Le 25 novembre, dans une note de service envoyé par la direction générale de la planification, de l’immobilier et du développement économique de la ville d’Ottawa, le directeur des finances a fait part de ses inquiétudes à la municipalité en indiquant que « les changements proposés auront de profonds retentissements sur les finances municipales, de même que sur les processus et les questions opérationnelles dans différents secteurs d’activité de la Ville. »

D’abord le projet de loi 23 va impacter les redevances d’aménagement. Ce sont les frais ponctuels perçus auprès des promoteurs dans l’immobilier résidentiel et non résidentiel.

Le projet de loi 23 prévoit qu’il faudra augmenter les taux de perception des redevances d’aménagement.

On estime à 26 millions de dollars par an ou à 130 millions sur cinq ans, la perte, « créant un déficit de financement des infrastructures ». D’après la note interne de l’hôtel de Ville, cela représente « 10,19 % des redevances perçues, comme impact financier et manque à gagner pour la Ville ».

Des coupes à prévoir dans certains services

Stéphanie Plante, conseillère municipale pour le quartier Rideau-Vanier à Ottawa, explique au micro d’ONFR+ que « dans une situation d’inflation et compte tenu de la diversité des quartiers, sachant aussi que les déneigeuses doivent rouler, la collecte des poubelles aussi et bien d’autres, je ne veux pas voir des projets menacés parce que nous n’avons pas assez d’argent pour les subventionner ».

« Je me soucis énormément pour l’environnement avec ce projet de loi », renchérit-elle, considérant que « ce projet de loi ne permet pas de trouver des solutions adaptées aux besoins de nos résidents, qu’ils soient aînés ou étudiants ».

« Ottawa n’est pas Toronto », lance la conseillère. « Notre réalité n’est pas celle de Doug Ford ou de Steve Clark ».

Stéphanie Plante, conseillère du quartier Rideau-Vanier à Ottawa. Gracieuseté

Dans la lettre du 25 novembre envoyée au maire et au conseil municipal, la cheffe des finances et le directeur général alertent que « le projet de loi 23 aura des répercussions démesurées sur l’augmentation des recettes à produire ».

Ainsi, le service de planification explique que « les options (que la mairie va avoir) consisteraient à temporiser, à réduire les services ou à rechercher d’autres sources de financement ».

« La seule source facilement identifiable pour compenser cet important déficit de financement est constituée des fonds des contribuables existants, qui seraient obligés de financer les études et les investissements à consacrer aux services, aux commodités et aux infrastructures nécessaires pour assurer la croissance. »

Visiblement, le ministre Clark n’a pas prêté attention aux inquiétudes de M. Sutcliffe, qui pourtant lui disait dans sa lettre : « Compte tenu de ces nouvelles informations, je tiens à vous encourager à nouveau, comme je l’ai fait mardi, à prolonger la période de consultation avant l’adoption de la législation et d’examiner les conséquences financières dramatiques sur la Ville d’Ottawa avant de continuer avec le projet de loi. »

Stéphanie Plante regrette le manque de consultation : « Je n’ai pas de levier là-dessus pour les gens de mon quartier. »

Et de s’inquiéter du même souffle du manque d’intérêt pour « les tours inhabitées ». « Nous avons beaucoup de bâtiment vide à Ottawa, du fédéral, et on n’encourage pas les promoteurs à convertir ces bâtiments. »

Que retenir des audiences publiques de la Commission Rouleau?

OTTAWA – Le 25 novembre sonnait la fin des audiences publiques de la Commission d’enquête sur l’état d’urgence, avant une phase politique qui s’enclenche ce lundi et jusqu’au 2 décembre. Après 31 jours de consultations, de nombreuses informations inconnues du grand public ont été dévoilées au travers de plusieurs témoignages clés.

Rappelons que si cette Commission existe, c’est bien pour répondre à la question suivante : pourquoi le gouvernement du Canada a-t-il eu recours à la Loi sur les mesures d’urgence?

Cette Loi, datant de 1988 prévoit qu’une enquête publique détermine les circonstances ayant mené les autorités à prendre une telle décision.

Le gouvernement fédéral a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence le 14 février 2022. Le blocage de la Capitale s’est étendu du 29 janvier au 20 février.

Dans cette Commission d’enquête, plusieurs témoignages ont été entendus et le portrait qui se dessine est encore plus complexe qu’il n’y paraît. Des révélations ont mis la lumière sur le déroulement précis des événements.

On voit là un enchevêtrement de mauvaises décisions et une mauvaise communication entre les diverses entités.

Le SCRS a recommandé la Loi sur les mesures d’urgence

Le 21 novembre, David Vigneault, le directeur du Service des renseignements canadiens (SCRS), a confessé avoir recommandé au premier ministre l’usage de la Loi exceptionnelle, et cela, même s’il pensait que cette menace (le convoi de la liberté) ne consistait pas en un risque pour la sécurité nationale.

Si M. Vigneault ne considérait pas les manifestations comme un risque, c’est parce qu’une « menace de la sécurité » doit correspondre à la définition de l’article 2 de la Loi sur le SCRS :

C’est au sens de cette définition que le SCRS mesurait le risque perçu, différemment, du gouvernement et des habitants du centre-ville d’Ottawa.

Mais pour le premier ministre, la situation de l’hiver dernier répondait à « l’usage de la violence grave ou de menaces de violence contre des personnes ou des biens dans le but d’atteindre un objectif politique, religieux ou idéologique ».

Toutefois, pour le directeur du service d’espionnage, « les outils réguliers n’étaient pas suffisants face à la situation ».

Recourir à la Loi sur les mesures d’urgence requiert certains critères :
-Un caractère urgent.
-Des menaces envers la sécurité du Canada.
-Une situation qui met gravement en danger la santé et la sécurité des Canadiens ou l’incapacité de garantir la souveraineté du Canada.
-Une situation qui ne peut être remédié par les provinces ou territoires.
-Et qui ne peut être remédié avec l’utilisation d’une autre loi canadienne.

Manque de transparence du gouvernement fédéral

En faveur de l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence, le ministre de la Justice et procureur général, David Lametti a – à de nombreuses reprises – fait part de son impossibilité de dévoiler des informations sous le principe du secret professionnel. Durant son témoignage le 23 novembre, il a tout de même fait comprendre que le gouvernement n’avait pas à se limiter à la définition du SCRS, puisqu’au final, la décision revenait au Cabinet.

Le juge Rouleau a tout de même fait part de sa frustration, déclarant : « Comment évaluer s’il était raisonnable pour le Cabinet d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence si on ne sait pas sur quoi il se basait pour le faire? »

Le premier ministre Justin Trudeau a témoigné devant le juge Rouleau ce 25 novembre. Capture d’écran

Jeudi 24 novembre, la ministre de l’Économie et vice-ministre du Canada, Chrystia Freeland, a expliqué que la situation économique du pays avait été mise en péril. Notamment avec les blocages aux frontières. Elle a indiqué qu’il y avait un risque pour la sécurité économique du pays.

« Notre sécurité en tant que pays est bâtie sur notre sécurité économique et, si notre sécurité économique est menacée, c’est toute notre sécurité qui est menacée », a-t-elle insinué durant son témoignage.

Le 25 novembre, Justin Trudeau était le dernier témoin à passer devant la Commission d’enquête. Il a déclaré que ce qui constituait une menace à la sécurité relevait de plusieurs éléments : « Le fait que des enfants aient été utilisés comme bouclier, qu’il y ait eu des saisies d’armes et il y avait plusieurs niveaux de dangers perçus par le SCRS. Il y avait une violence motivée par une idéologie. »

« Toutes ces choses indiquaient qu’il y avait une menace grave et on nous expliquait que cela allait être de pire en pire, on ne sentait pas que les choses aller se calmer. »

La police d’Ottawa et le cas de Peter Sloly

L’ancien chef du Service de police d’Ottawa (SPO), Peter Sloly, avait démissionné le lendemain de l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence, le 15 février.

Durant la Commission, il a été questionné sur le manque de préparation de la police avant que le convoi n’arrive au centre-ville. M. Sloly très ému durant son interrogatoire, avait avoué ne pas avoir lu tous les rapports, et cela, alors que la police provinciale de l’Ontario (PPO), annonçait les risques d’occupation de la Capitale. Pour l’ancien chef, le corps de police manquait de moyens.

Michel Juneau-Katsuya, ancien du SCRS, a indiqué au micro d’ONFR+ que « Sloly a dévié de ses responsabilités, surtout quand on sait que de nombreux établissements d’hôtelleries ont informé la police que les occupants tentaient de réserver des chambres pour plusieurs mois, jusqu’à 90 jours. Ils étaient là pour rester ».

Le témoignage de l’ancien chef a montré l’extrême confusion qui régnait au sein de la police municipale, un souvenir que de nombreux policiers ont partagé durant les divers témoignages. La cheffe adjointe par intérim du SPO, Patricia Ferguson, a admis que la police pensait que les camionneurs partiraient au bout de quelques jours. « Nous avions, de toute évidence, erré dans l’analyse de cette situation. »

Au sein de la PPO, le discours était quelque peu accusateur. Il a été fait état de relations difficiles avec la police d’Ottawa, qualifiée de dysfonctionnelle par Craig Abrams, surintendant de la PPO.

« Le convoi aurait été démantelé de toute façon », avait certifié à la Commission (un des 71 témoins) l’inspecteur du SPO, Robert Bernier.

Commission : Le service de police d'Ottawa était dépassé.
L’ancien chef du service de police d’Ottawa avait démissionné le 15 février 2022, au lendemain de l’invocation de Loi sur les mesures d’urgence. Crédit image : Commission de l’enquête sur l’état d’urgence

C’est aussi ce qu’a pensé la directrice de la GRC, Brenda Lucki, ayant indiqué que d’autres outils étaient disponibles et estimant que le recours à Loi exceptionnelle était inutile, puisqu’elle avait un plan.

« Dire avoir eu un plan, alors qu’elle participait à la réunion du 13 février avec le premier ministre sans jamais en parler est ahurissant », réagit l’expert en sécurité nationale.

Selon M. Juneau-Katsuya, c’était « l’effet domino », l’un après l’autre les corps de police ont échoué.

Le témoignage du maire Watson

L’ancien maire d’Ottawa avait fait part de sa grande frustration lors de son passage devant le juge Rouleau en octobre dernier.

Dans un entretien téléphonique, ayant été déposé comme preuve devant la Commission, l’ancien maire et le premier ministre Trudeau qualifiaient l’indifférence de Doug Ford, d’être une « raison politique ». M. Watson a également accusé de « malhonnête », l’ancienne solliciteure générale, en raison du nombre de policiers envoyés à Ottawa.

M. Trudeau, lui, a accusé M. Ford de fuir ses responsabilités.

L’ancien maire avait alors indiqué que les 1800 policiers demandés par Peter Sloly, n’auraient pas été de refus. Pour lui, la Loi sur les mesures d’urgence était une bonne chose, « sinon le blocage aurait pu s’étirer plus longtemps ».

La mémoire sélective de Tamara Linch

Treize personnes considérées comme les organisateurs du convoi ont été invitées à témoigner durant les dernières semaines de la Commission Rouleau. Parmi eux, Jeremy Mackenzie – aujourd’hui détenu en prison -, Pat King, Chris Barber ou encore Tamara Linch pour ne citer que les plus connus.

Tamara Linch, auditionnée au début du mois de novembre, a déclaré « ne jamais avoir été informée par les autorités que le rassemblement était devenu illégal ».

Commission : Témoignage de Tamara Linch
Tamara Linch durant son témoignage à la Commission Rouleau le 17 novembre dernier. Capture d’écran

Durant la Commission, Paul Champ, l’avocat qui représente les résidents et les entreprises d’Ottawa, avait interpellé l’accusée en disant que c’était étrange de ne pas comprendre le caractère illégal du mouvement. En effet, si l’on prenait en compte la couverture médiatique, l’état d’urgence déposé par la province où le simple fait que les policiers demandaient d’évacuer les lieux, pour l’avocat ce n’était pas difficile de comprendre l’illégalité du rassemblement.

Mme Linch a rétorqué en disant : « Ce que je comprenais à ce moment-là, c’était que nous pouvions rester tant que nous étions pacifiques et que nous respections l’ordre. »

Dans cette affaire, plusieurs témoignages du SCRS et du Centre intégré d’évaluation du terrorisme (CIET) se sont déroulés à huis clos.

Le fin mot de l’histoire sera très certainement dévoilé en février prochain, lorsque le commissaire Rouleau produira son rapport.

Pour l’heure, de récentes allégations faites par Keith Wilson, l’avocat principal des organisateurs, font cas de plusieurs fuites d’informations provenant de tous les corps de police et agences de sécurité, ayant alimenté le convoi en février dernier. Une enquête a été ouverte à ce sujet, mais selon Michel Juneau-Katsuya, « l’avocat n’a apporté aucune preuve, aucun nom, aucune vidéo et aucun enregistrement ».

Décès de la chercheuse et politologue Caroline Andrew

OTTAWA – La politologue et ex-professeure franco-ontarienne Caroline Andrew est décédée du côté d’Hamilton. Celle-ci a largement œuvré au sein de la communauté francophone de la capitale nationale, ses travaux de recherches axés sur l’urbanisme et le féminisme ayant obtenu une reconnaissance à l’échelle nationale.

Son décès constaté mercredi a été annoncé ce samedi sur les réseaux sociaux par l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, pour laquelle la professeure a travaillé pendant plus de 30 ans.

« Nous regrettons sa disparition et nous présentons nos condoléances à sa famille amis collègues », a déclaré l’Association canadienne de science politique dont Caroline Andrew a été la deuxième femme présidente en 1983.

« Nous saluons la défenderesse empathique des droits des femmes, la francophile respectueuse, la grande Ottavienne savante, pleine de sagesse qu’était Caroline Andrew », a exprimé de son côté le Centre de ressources communautaires de la Basse Ville dont celle-ci a été membre du conseil d’administration.

Originaire de Colombie-Britannique et ayant grandi dans un environnement anglophone, Caroline Andrew est arrivée en 1971 à l’Université d’Ottawa en tant que chercheuse et professeure, puis est devenue présidente du Groupe de travail sur le respect et l’égalité.

Celle-ci a notamment été la doyenne de la Faculté des sciences sociales de 1997 à 2005. Plus tard, Mme Andrew a été la directrice du Centre d’études en gouvernance de l’Université d’Ottawa entre 2008 à 2018.

Ayant été membre du conseil d’administration du Centre catholique pour les immigrants, ses implications pour la communauté immigrante de la ville ont été nombreuses.

Ses efforts ont notamment permis la réalisation de projets de partenariat avec la Ville d’Ottawa dans le but d’améliorer les efforts municipalité-communauté pour réussir l’intégration des immigrants, comme le Partenariat local d’immigration d’Ottawa (PLIO).

Caroline Andrew avait aussi été panéliste pour le sommet des États généraux de la francophonie en 2012 à Ottawa et a reçu, un an plus tard, l’Ordre d’Ottawa puis la consécration nationale en 2015 avec l’Ordre du Canada.

Le riche patrimoine du parc Richelieu à Vanier

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

VANIER – Véritable joyau, le parc Richelieu est un ilot de nature, de tranquillité et de patrimoine qui se situe en plein milieu urbain dans l’ancien territoire de la Cité de Vanier. Si un fait divers de vandalisme sur l’un de ses biens patrimoniaux a malheureusement récemment défrayé les manchettes, l’histoire de ce parc au site enchanteur est unique pour la francophonie ontarienne.

Situé au 300 avenue des Pères-Blancs à Ottawa, le parc Richelieu est un vaste site, d’une superficie 17,5 acres qui comprend une forêt d’érables de quatre acres, une bibliothèque municipale, un centre communautaire, un musée communautaire et municipal, une cabane à sucre, un sentier extérieur rendant hommage aux auteurs de l’Ontario français, des terrains sportifs, une imposante murale et des vestiges du patrimoine religieux franco-ontarien.

Le nom Richelieu rend hommage aux clubs Richelieu, fondés en 1944 à Eastview (Vanier, depuis 1969).

Domaine des Pères Blancs

La conception du parc remonte à 1937 lorsque la congrégation religieuse de la Société des Missionnaires d’Afrique (mieux connu sous le nom de « Pères Blancs ») se porte acquéreur d’un terrain en friche rocheux et marécageux de 56 acres appartenant à l’entrepreneur Donat Grandmaître (qui fut maire d’Eastview de 1933 à 1936 et de 1937 à 1948).

À l’invitation de l’archevêque catholique d’Ottawa de l’époque, Monseigneur Guillaume Forbes (dont le frère John fut le premier canadien à devenir Père Blanc) les Pères Blancs font construire un immense scolasticat de cinq étages au style architectural Dom Bellot, d’une centaine de chambres, pouvant accommoder quelques 80 personnes.

Seul établissement du genre au Canada, le scolasticat des Pères Blancs à Eastview a la caractéristique d’enseigner en français en Ontario. En 1947, il devient un lieu de formation international alors qu’on vient de partout sur la planète pour y étudier.

En 1951-1952, un couvent de deux étages au style architectural identique qu’au scolasticat de 1938, mais en format réduit est construit du côté nord pour y héberger les Sœurs Antoniennes de Marie. Enfin, en 1960, une aile de style architectural moderne au sud du scolasticat est également construite.

Le scolasticat des Pères Blancs à Vanier en voie de démolition, en septembre 1977. Crédit image : Muséoparc Vanier.
Le scolasticat des Pères Blancs à Vanier en voie de démolition, en septembre 1977. Crédit image : Muséoparc Vanier.

Les Pères Blancs mettent en vente leur vaste domaine en 1974. Des négociations difficiles ont lieu entre la Cité de Vanier (alors que Bernard Grandmaître est maire) et la congrégation religieuse. La municipalité d’un mille carré (la plus dense en Ontario) souhaite s’en porter acquéreur afin de se conformer à la législation provinciale en matière d’espaces verts. Le point en litige est la somme de la vente du terrain de 25,5 acres. Ne parvenant pas à s’entendre, Vanier exproprie les Pères Blancs. Les derniers quitteront en 1976, mais contesteront devant les tribunaux le montant qui leur a été versé et cette saga ne prendra fin qu’en 1982 lorsque la Cour donnera raison à Vanier.

Le scolasticat, où 700 scolastiques y ont étudié en près de 40 ans, a été démoli en 1977.

Une bibliothèque patrimoniale

L’ancien couvent construit en 1951-52 est reconverti en bibliothèque publique municipale dès 1976. Si l’intérieur a été réaménagé, son apparence extérieure n’a pas changé d’un iota. Il s’agit d’une excellente réutilisation d’un ancien édifice religieux et qui respecte le patrimoine. L’une des premières du genre en Ontario français, à l’époque.

La collection de la bibliothèque de Vanier se distingue par son nombre volumineux d’items en français (plus de 60 %), soit davantage que n’importe quelle autre succursale dans la ville d’Ottawa. Malgré cela, une menace de fermeture a plané sur la bibliothèque en 2004. Un comité citoyen, S.O.S. bibliothèque (clin d’œil à S.O.S. Montfort) s’est formé pour sauver cette institution culturelle franco-ontarienne et a réussi à repousser la menace.

Fait peu connu, l’édifice de la bibliothèque porte le nom de Gisèle Lalonde, mairesse de Vanier (1985-1991), présidente de S.O.S. Montfort (1997-2002) et pilier de la francophonie ontarienne, décédée cette année.

Une statue patrimoniale

La statue de Notre-Dame d’Afrique qui se trouve sur le rond-point au bout de l’avenue des Pères-Blancs est un vestige historique de la présence des pères missionnaires.

Cette statue en plâtre a été reçue à Eastview/Vanier par les Pères Blancs le 29 avril 1955. Elle a été fabriquée à Montréal par la maison T. Carli et Petrucci (1867-1965). Des œuvres de cet atelier statuaire se trouvent partout dans plusieurs églises catholiques en Ontario français, au Québec, au Canada de même qu’aux États-Unis. De par sa longévité, son expertise italienne et de ses commandes réalisées sur mesure pour ses clients, l’atelier montréalais a été un acteur important de l’âge d’or de l’art religieux catholique au Canada français.

La statue de Notre-Dame d'Afrique en avant-plan, de même qu'à l'arrière-plan la succursale Vanier de la bibliothèque publique d'Ottawa (édifice Gisèle-Lalonde) et des érables, autour. Autant d'éléments, tous protégés depuis 1997 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l'Ontario. Gracieuseté.
La statue de Notre-Dame d’Afrique en avant-plan, de même qu’à l’arrière-plan la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa (édifice Gisèle-Lalonde) et des érables, autour. Autant d’éléments, tous protégés depuis 1997 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Gracieuseté.

En septembre 1956, la statue Notre-Dame d’Afrique fut placée en face de l’imposant scolasticat sur un socle permanent, fabriqué par les scolastiques à Eastview/Vanier. Ces derniers l’entouraient parfois le soir, pour chanter un cantique à la Vierge qui présidait à leur formation missionnaire.

Il y a un parallèle évident entre la statue Notre-Dame d’Afrique qui se trouve à Vanier et l’originale qui est située à la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, en Algérie. On y reconnaît de part et d’autre les mêmes attributs : une couronne imposante, la tête penchée sur le côté droit, le regard qui fixe le sol, une robe de couleur bleue, blanche et or, les bras tendus en signe d’accueil, la peau noire et un collier Sacré-Cœur.

Notre-Dame d’Afrique est la patronne des Pères Blancs et des Sœurs Blanches d’Afrique. Ces deux congrégations ont été présentes à Ottawa.

Cible de vandalisme et bien que la Cité de Vanier l’eût déjà réparée en 1989, quatre femmes qui complétaient un stage en 1994 à la Maison Fraternité (dont Diane Germain, Lucie Lamarche et Christine King) ont pris l’initiative d’amasser des fonds pour la restaurer à nouveau. Elles ont été appuyées par l’artiste local Tony Dufour qui a accepté de consacrer gratuitement le temps nécessaire pour effectuer les réparations. Entre 4000 $ à 45 000 $ des 6000 $ amassés avaient été réservés pour l’installation de lumières dans l’espoir d’épargner la statue de potentiels futurs actes de vandalisme.

Le Centre Richelieu-Vanier

L’aile moderne de 1960 du scolasticat des Pères Blancs servi aux organismes communautaires de Vanier à partir de 1978 jusqu’à ce que la Cité municipale y emménage son hôtel de ville en 1985. Il y restera jusqu’à la fusion municipale de 2001 et pris l’actuel nom de Richelieu-Vanier en 2003.

Le pavillon de l’hôtel de ville de Vanier, construit en 1988, du temps de la mairie de Gisèle Lalonde. C’est à cet endroit qu’en décembre 1988 a eu lieu la réunion inaugurale du premier conseil scolaire de langue française en Ontario. Gracieuseté

En 1988, alors que Gisèle Lalonde est à la mairie, un pavillon au style architectural néocolonial espagnol des architectes Murray & Murray est construit à l’arrière du bâtiment. La même année, c’est à cet endroit qu’a eu lieu l’assermentation des conseillers scolaires et la réunion inaugurale du premier conseil scolaire de langue française en Ontario.

Le deuxième étage du bâtiment héberge le Muséoparc Vanier, ouvert depuis 2006. Il est l’un des rares musées francophones hors Québec au Canada et qui soit consacré à la francophonie.

Les biens patrimoniaux dans le parc

Le 17 février 1997, le conseil municipal de la Cité de Vanier a adopté le règlement 3604 conférant une désignation patrimoniale en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario à la statue de Notre-Dame d’Afrique, à son socle et au cercle sur lequel elle se trouve ainsi qu’aux autres vestiges qui subsistent de la présence des Pères Blancs tels que le bâtiment de la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa (y compris sa distinctive croix métallique qui la coiffe), les érables de la forêt Richelieu ainsi que les deux colonnes en pierre, les plaques qui s’y trouvent et la clôture en fer noir à l’entrée du parc.

La succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa. L’ancien couvent est désigné patrimonial depuis 1997 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Gracieuseté

L’ouverture d’une nouvelle cabane à sucre (une quatrième depuis 1939) est prévue pour février prochain, à l’occasion du Festival des sucres qui y a lieu depuis 1987. La précédente cabane à sucre (qui avait été ouverte en 1999 sur le site même de la première sucrerie des Pères Blancs) a été criminellement incendiée en 2020. En attendant, une imposante murale de l’artiste-peintre John Ellenberger datant de 2005 dépeignant le temps des sucres des années 1940 à l’époque des Pères Blancs peut être admirée sur un mur extérieur du Centre Richelieu-Vanier.

L’avenue des Pères-Blancs qui mène à ce haut lieu du patrimoine et de l’histoire de la francophonie ontarienne a été francisée du nom « White Fathers » en 1987. La mairesse de Vanier de l’époque, Gisèle Lalonde, déclara : « c’est un hommage à notre patrimoine ».

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Rassembler la francophonie des Amériques, le leitmotiv de Sylvain Lavoie

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

TORONTO – De passage dans la Ville reine ce mois-ci, le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques, une organisation soutenue par le gouvernement du Québec, s’est évertué à faire connaître des aspects insoupçonnés de la langue française sur le continent et à prôner le partage des expertises pour la développer. Qui est Sylvain Lavoie, cet Acadien avocat du dialogue entre les cultures?

« Quel rôle jouez-vous au sein du Centre de la francophonie des Amériques?

Mon rôle est de rassembler les communautés, renforcer leurs liens et leur donner des outils pour faire en sorte qu’elles se développent à leur plein potentiel. On amène des gens de différents horizons dans un colloque, un congrès, un concours, ou encore plusieurs programmes phares : que ce soit le forum des jeunes ambassadeurs, l’université d’été ou le parlement jeunesse. Ça fait partie de notre ADN de tisser des liens entre les communautés.

Que représente pour vous le fait d’être Acadien à la tête d’une telle organisation?

C’est certainement un vote de confiance du conseil des ministres du Québec qui démontre son intérêt marqué pour ce qui se passe à l’extérieur du Québec. C’est tout à son honneur car ça met en perspective la diversité. Peu importe où on se trouve dans les Amériques, on a tous en commun cette fierté d’appartenir à la grande famille de la francophonie. Je suis fier d’y contribuer.

Combien de francophones et francophiles vivent sur le continent?

On est 33 millions! C’est le fruit d’une présence francophone qui dure depuis plus de 400 ans. Cela comprend 14 millions de locuteurs de français en Amérique du Nord si on englobe le Canada, les États-Unis, Saint-Pierre-et-Miquelon et le Mexique. En Amérique centrale, on recense 420 000 apprenants. Au Costa Rica par exemple, l’enseignement du français est obligatoire depuis plus d’un siècle.

La langue française est aussi vivante dans les Antilles – depuis les origines de la colonisation – et en Amérique du Sud, où elle est prisée des élites espagnoles et portugaises. Toutes ces communautés partagent une réalité historique et géographique, dont on retrouve des témoignages dans le nom donné à des localités et des rivières. Cela recouvre des situations très diverses.

Sylvain Lavoie défend le développement de la formation, de la recherche et des occasions de réseautage pour favoriser le rapprochement des communautés partout sur le continent. Gracieuseté

En quoi la diversité culturelle constitue-t-elle le socle de cette francophonie?

Il y a actuellement un changement net de qui sont les francophones qui composent nos communautés. Tout l’enjeu est de comprendre ce changement-là pour favoriser la cohésion sociale et répondre à leurs besoins pour faire rayonner cet espace de 33 millions de francophones.

La langue française est le plus beau véhicule qui témoigne d’une vision du monde d’inclusion, de diversité et de solidarité. Elle exprime qui nous sommes. La francophonie n’est pas un tout unique : elle est diverse, changeante et se nourrit des différences et des accents des autres. C’est le sens qu’on a voulu donner à notre initiative Amérique autochtone qui invite au respect et à la rencontre de l’autre.

La jeunesse est à l’avant-garde de ce changement. Comment la mobilisez-vous?

Les jeunes font preuve d’un engouement extraordinaire. On l’a vu lors de notre dernier Forum des jeunes ambassadeurs car on a reçu 500 inscriptions et dû en retenir que 150. Voir cette jeunesse allumée, engagée venir échanger sur les vécus de chacun créer des réseaux qui vont nécessairement aboutir à des projets autour d’une vision commune. Et les premiers jeunes ambassadeurs qui sont maintenant dans des organisations publiques en situation d’influence ont toujours en tête cette vision. On les mobilise à travers d’autres programmes comme le Parlement francophone des jeunes des Amériques, dans laquelle ils délibèrent dans l’enceinte d’un parlement régional.

Le recul du poids démographique des francophones au Canada vous inquiète-t-il?

Je réponds par une question : comment nous tous, collectivement, on peut faire en sorte que la présence francophone augmente.

Et vous avez certainement une réponse…

Il faut travailler ensemble pour que la langue française soit plus qu’une simple matière qu’on apprend à l’école mais fasse partie de l’identité des gens. La prochaine étape est de mettre ensemble nos expériences et nos expertises pour faire fructifier des pratiques gagnantes qui vont attirer des francophones, mieux intégrer les immigrants et susciter de l’intérêt pour la langue française. Je suis conscient des chiffres mais la question que je me pose est : qu’est-ce que, moi à mon niveau, je peux faire pour me retrousser les manches et aller à la rencontre des gens?

Sylvain Lavoie s’inspire des pratiques gagnantes et innovantes pour rassembler les communautés. Gracieuseté

Quels enseignements tirez-vous de votre passage au ministère de l’Éducation, au début de votre carrière?

J’ai toujours aimé la politique. Après avoir fini des études en sciences politiques à l’Université de Moncton, je suis arrivé à Fredericton tout jeune stagiaire au ministère. Les premiers dossiers que j’ai eu entre les mains portaient sur la valorisation de la langue française comme la Semaine provinciale de la fierté française qui promeut la langue dans les écoles. Ça a été mon premier point de départ professionnel, non seulement avec l’engagement linguistique au niveau du gouvernement, mais aussi avec la société civile qui appuie ces initiatives.

Pourquoi avoir sauté le pas dans la société civile en rejoignant par la suite l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEEFNB)?

Afin de lutter, à mon niveau, pour les droits des francophones dans une période de discussion avec le gouvernement sur l’enveloppe égalitaire et négocier un financement équitable pour l’enseignement du français dans les écoles du Nouveau-Brunswick. Ça m’a apporté à la fois cette sensibilité à la promotion et à la lutte, quand il le faut, pour les droits des francophones en contexte minoritaire. J’ai collaboré entre autres avec Me Ronald Caza et Me Gabriel Poliquin – que vous connaissez bien Ontario – sur une réalité qui n’est pas si loin de celle de nos cousins franco-ontariens.

Quel parallèle peut-on établir entre Acadiens et Franco-Ontariens en la matière?

Ce sont des réalités différentes mais complémentaires. Et je me rends compte à quel point, maintenant que je suis au Centre de la francophonie des Amériques, il est important de créer des ponts entre ces complémentarités pour en faire un tout et avancer ensemble, avec le mandat qui est le nôtre.

Sylvain Lavoie était l’invité du Club canadien de Toronto en novembre. Gracieuseté

L’école est souvent le point de départ de la francophonie mais c’est une institution fragile en milieu minoritaire qui évolue ou régresse au gré des gouvernements...

Je ne veux pas faire de politique mais cela illustre l’importance et l’urgence de se rapprocher, de se comprendre et d’apprendre pour rayonner ensemble. La francophonie est forte quand elle est unie.

Quand une crise touche justement une communauté francophone dans une province, y a-t-il assez de compréhension et de solidarité de la part des autres francophones au pays et sur le continent?

Ce dont je suis sûr c’est qu’il faut entamer l’ouverture vers l’autre, travailler davantage à mieux se connaître, miser sur ce qui nous unit plutôt que ce qui nous sépare. Et le centre à ce rôle d’appui à jouer.

Faut-il bannir l’expression « hors Québec » quand on désigne les francophones qui vivent à l’extérieur de la Belle Province?

Quand je suis à Québec, on ne dit pas de moi que je suis un francophone hors Québec, mais un Acadien. Je suis qui je suis : un fier Acadien comme il existe de fiers Franco-Ontariens et des francophones de tous horizons qui ont ensemble la volonté de bâtir et grandir ensemble. Ceci dit, soyons inclusifs ! On veut faire rapprochement avec les gens, donc il ne faut pas non plus s’arrêter à la virgule ou au mot.

En quoi la recherche en français et sur la francophonie est-elle vitale pour mieux saisir la complexité de cette langue dans les Amériques?

Il faut favoriser la diffusion de la recherche en français et sur la francophonie des Amériques car, pour la développer, il faut la cerner, la quantifier, la comprendre. Quand on a lancé un appel à contribution pour un numéro spécial de la revue Francophonies d’Amérique, afin de mieux percevoir les contrastes et similitudes qui caractérisent les différentes manifestations de l’expression en français dans le continent américain, on a reçu une cinquantaine de copies!

Ça témoigne d’un fort intérêt à étudier la présence francophone à travers tout le continent. Faire de la recherche en français, c’est un geste politique : c’est croire au multilinguisme car c’est bon pour le monde d’avoir de multiples pensées.

Avant d’être PDG du Centre de la francophonie des Amérique, M. Lavoie a participé à la lutte des enseignants au Nouveau-Brunswick pour une meilleure éducation en milieu minoritaire. Crédit image : Rudy Chabannes

Comment expliquer la surprenante présence du français en Amérique latine?

C’est le fruit d’une longue histoire culturelle et diplomatique. C’est aussi une langue de prestige. Au Costa Rica, l’enseignement du français est obligatoire. Au Brésil, c’est une langue très utilisée dans le domaine professionnel. Apprendre le français dans ces pays traduit un désir d’atteindre un idéal du monde qui n’est pas enfermé dans la pensée unique. Il y a cette volonté de s’accrocher au monde de façon différente dans un esprit de contre-culture.

Au-delà du prestige et de la culture qu’elle porte en elle, cette langue n’offre-t-elle pas un potentiel économique sous-estimé?

Si, mais qui va oser explorer cette occasion et peut-être gagner le gros lot? De plus en plus de gens d’affaires voient la valeur ajoutée du multilinguisme pour leurs enfants, pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Quand on sait qu’aux États-Unis, le quart des entreprises ne maximisent pas leur revenu car elles ne sont pas en mesure d’offrir des services multilingues sur leur marché intérieur, il y a des occasions à saisir. On essaye de favoriser le réseautage entre acteurs économiques.

Sur quels projets planchez-vous actuellement ?

On travaille sur les préparatifs du 22 mars qui est la nouvelle journée québécoise de la francophonie canadienne, ainsi que l’Université d’été sur la francophonie des Amériques dont la 6e édition se déroulera l’été prochain à Lafayette en collaboration avec l’Université de Louisiane. »


LES DATES-CLÉS DE SYLVAIN LAVOIE

1979 : Naissance à Edmundston, AU Nouveau-Brunswick

2001 : Entre au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick

2003 : Devient président du conseil d’administration de Radio Fredericton 

2015 : Devient directeur des communications stratégiques et des affaires publiques à l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick

2020 : Est nommé PDG du Centre de la francophonie des Amériques

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Trudeau était « très très confortable » à invoquer la Loi sur les mesures d’urgence

OTTAWA – La décision d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence était celle à prendre, car c’était la « bonne chose à faire à ce moment-là », a témoigné Justin Trudeau à la Commission Rouleau vendredi.

« Je suis absolument certain et confiant d’avoir fait le bon choix en acceptant de l’invoquer. J’étais très très confortable », a soutenu Justin Trudeau, qui est le dernier d’une soixantaine de témoins à la Commission.

Lors d’une réunion du Groupe d’intervention en cas d’incident le 13 février (le gouvernement à invoquer la Loi le 14 février), la décision faisait consensus autour de la table, a ajouté le premier ministre. Ce groupe incluait notamment plusieurs ministres du cabinet ainsi que le chef du Service canadien du renseignement de sécurité David Vigneault et la commissaire de la GRC Brenda Lucki.

« Ça commençait à être pas mal clair que la situation était si urgente et une préoccupation que ça pourrait empirer et dégringoler ailleurs. Il y avait une urgence d’agir. L’outil pour amener ces outils spécifiques, c’était la Loi sur les mesures d’urgence », a ajouté M. Trudeau.

Selon Justin Trudeau, la menace que portait le Convoi de la liberté correspondait à la Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité. Il pointe notamment vers la Loi où il est écrit que « les activités qui touchent le Canada ou s’y déroulent et visent à favoriser l’usage de la violence grave ou de menaces de violence contre des personnes ou des biens dans le but d’atteindre un objectif politique, religieux ou idéologique au Canada ou dans un État étranger ».

L’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence était donc raisonnable, car elle satisfaisait les critères de la définition de la Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité. Il cite en exemple les armes retrouvées à proximité de la frontière à Coutts en Alberta et l’utilisation d’enfants comme « boucliers humains ».

« C’étaient de vraies menaces de violence. Nous ne pouvions pas dire qu’ils n’auraient pas potentiels pour d’autres menaces de violences. Nous voyions les choses s’aggraver, pas être sous contrôle. »

Justin Trudeau lors de son témoignage à la Commission Rouleau. Capture d’écran de la Commission sur l’état d’urgence.

Les avis des différentes agences fédérales impliquées, dont le ministère de la Justice, ont fait pencher la balance au bout de la ligne, soutient le politicien canadien.

« Ça serait possible que sans la note du secteur public on ne soit pas ici aujourd’hui… Si j’avais été convaincu qu’un autre gouvernement provincial ou une autre loi au Canada aurait pu (faire changer la situation), on n’aurait alors pas atteint le seuil pour invoquer la Loi. »

Il a aussi critiqué le plan de différents corps de polices présenté au cabinet le 13 février, dont celui de la Police d’Ottawa. Ce plan de 73 pages a été présenté vendredi aux témoignages, mais il était caviardé. Le premier ministre qui a eu accès à des passages du plan a toutefois tempéré en affirmant que si les gens avaient pu voir ce document, il aurait vu « qu’il n’y avait pas de plan pour mettre fin à l’occupation ».

C’est seulement au matin du 14 février, soit quand la greffière du Conseil privé lui a présenté le décret à signer que la décision est devenue réelle à ses yeux, a soufflé le premier ministre.

Du jamais vu

Dès les premiers jours du Convoi de la liberté, il y avait un sens que c’était un autre niveau de type de manifestation comme Ottawa et le pays n’avait jamais vu auparavant, a souligné le chef libéral.

« Il y a une différence entre une occupation, dire qu’on ne va pas partir tant qu’il n’y aura pas de changement, et aller protester. »

Pour le premier ministre, l’arrivée des camionneurs à Ottawa lui rappelait ce qu’il avait vécu durant la campagne électorale d’automne 2021 où il avait été poursuivi par des manifestants anti-mesures sanitaires lors de ses événements à travers le pays.

« Il y avait un niveau de mépris envers les autres que nous avions constaté pendant la campagne électorale », donnant en exemple le fait que des manifestants auraient volé de la nourriture de l’organisme pour sans-abris Shepherds of Good Hope.

En anglais comme à l’image de la Commission

La première partie de l’interrogatoire de Justin Trudeau s’est déroulé principalement en anglais avec quelques passages de français. Son contre-interrogatoire avec les différents partis présents à la Commission s’est déroulé entièrement en anglais.

Jeudi, le premier ministre a convenu que le français n’avait pas suffisamment de place à la Commission.

« Je trouve que c’est dommage », avait-t-il lancé avant de faire son entrée à la période des questions.

Seul un témoin a comparu entièrement en français, Steeve Charland, le leader du groupe les Farfadaas, qui s’étaient déplacés à Ottawa pour manifester leurs oppositions aux mesures sanitaires. Des francophones et des ministres du gouvernement Trudeau ont témoigné quasiment exclusivement en anglais. La veille, il avait justifié qu’il n’y avait « pas eu beaucoup de questions en français » et que c’était « difficile de répondre en français ».

Le premier ministre était le dernier d’une liste d’une soixantaine de témoins ayant réuni notamment la vice-première ministre Chrystia Freeland, l’ex-chef de Police d’Ottawa Peter Sloly ou encore l’ancien maire d’Ottawa Jim Watson. La Commission avait sommé Doug Ford de venir, mais le premier ministre ontarien avait remporté sa bataille devant les tribunaux, lui qui refusait de témoigner.

Les audiences ont révélé beaucoup de frustration du fédéral envers notamment la Police d’Ottawa et aussi le gouvernement ontarien. On a notamment pu voir des textos révélés mercredi lors du passage du ministre de la Justice David Lametti traitant Peter Sloly « d’incompétent ».

Le juge Paul Rouleau préside les audiences de ce qu’on appelle de plus en plus la Commission Rouleau. Crédit image : Gracieuseté de la Commission sur l’état d’urgence

Amorcée le 13 octobre, la Commission doit remettre un rapport avec des recommandations d’ici le 6 février 2023.

Ce texte sera mis à jour au cours du témoignage de Justin Trudeau. Cet article a été mis à jour pour la dernière fois à 15h39.

L’Ontario français démarre les célébrations festives

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Marchés, concerts et festivals de Noël sont au programme de cette semaine! Au cours des prochaines semaines, nous vous proposerons des activités culturelles et artistiques qui vous permettront de profiter pleinement de la période des Fêtes.

Concerts

Concert de Noël avec Céleste Lévis

La Franco-Ontarienne de Timmins qui nous a captivé sur l’émission La Voix en demi-finale en 2015 a su depuis faire sa marque sur la scène musicale canadienne. Et maintenant, sous le signe du temps des Fêtes, elle débarque à Barrie pour nous faire découvrir son nouveau répertoire de chansons de Noël. Fidèle à l’esprit de Noël, elle chantera également des reprises de nos chansons traditionnelles préférées.  

Céleste Lévis. Crédit image : Marc-Antoine Joly.

Concert de Noël avec Céleste Lévis le mercredi 30 novembre au Centre des arts Maclaren à 22h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Le Duo Perse-Inca en concert à Toronto

Les musiques anciennes du charango et du kamancheh se rapprochent dans ce duo improbable de Montréal. Porteurs de riches traditions des systèmes musicaux de l’Iran et du Pérou, les musiciens Showan Tavakol et Federico Tarazona nous emportent en style contemporain vers la musique des plus anciens peuples des Andes et du Moyen-Orient dans leur spectacle intitulé Échos des montagnes.

Le Duo Perse-Inca. Crédit image : Michael Slobodian.

Concert Duo Perse-Inca le samedi 26 novembre au Théâtre Spadina de l’Alliance française de Toronto. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Théâtre

L’Écho de l’écume sur scène à La Place des Arts

Danse, poèmes et chants marins lors d’un voyage en mer ! C’est ce qu’apportent deux femmes océanes dans cette pièce multidisciplinaire dédiée au sentiment le plus recherché dans la vie : la joie.

L’Écho de l’écume. Crédit image : Isaac Gayosso Chavez.

L’Écho de l’écume le samedi 26 novembre à 10h30 à La Place des Arts. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Communauté

Marché artisanal du temps des Fêtes au Centre national des arts

Si vous cherchez à soutenir les artisans et les magasins locaux de la région d’Ottawa, alors que vous commencez votre quête d’achats de cadeaux pour vos proches, le Centre national des Arts ouvrira ses portes au public pour son marché artisanal du temps des Fêtes. Artisaneries, confiseries et bien plus seront au bout de vos doigts.  

Crédits image :  Daniel Candal / Moment via Getty Images.

Marché artisanal du Temps des fêtes au Centre national des arts le lundi 28 novembre à 11h. Entrée gratuite.

Le Festival de la Curd en deux parties

En collaboration avec la COOP laitière St-Albert, le Festival de la Curd se lance en deux parties avec une programmation 100 % canadienne. Messmer, l’hypnotiseur québécois sera sur scène le 27 novembre et le chanteur Nicola Ciccone sera en compagnie de Céleste Lévis pour un spectacle festif à l’occasion du temps des Fêtes.

Messmer l’hypnotiseur. Gracieuseté.

Le Festival de la Curd le 27 novembre et le 16 décembre au Centre communautaire de St-Albert. Consultez le site du festival pour la programmation complète.

Scandales, exploits et francophonie : la Coupe du monde de soccer en dix chiffres

DOHA – Des investissements qataris qui donnent le vertige, des droits fondamentaux bafoués, des records sportifs, des faits inattendus dès les premiers jours de la compétition… Dans ce Mondial de tous les contrastes, qui choque autant qu’il passionne, voici dix statistiques venues du désert.

200 milliards

Le Qatar, émirat hôte de la Coupe du monde, a construit des infrastructures titanesques pour un montant total de 200 milliards de dollars. C’est la Coupe du monde la plus chère de l’histoire, dix fois plus que l’édition précédente en Russie. Les retombées économiques directes attendues par le comité d’organisation qatari sont de l’ordre de 17 milliards de dollars. La Fédération internationale de football (FIFA) devrait, elle, empocher la bagatelle de 7,5 milliards de dollars.

3 millions

Près de trois millions de tickets ont été vendus. Tout au long de la compétition et jusqu’à la finale qui aura lieu le 18 décembre prochain, plus de 2 millions de visiteurs sont attendus dans les tribunes. Pourtant, des images des premiers matches ont montré des rangées vides, alors que la FIFA annonçait des stades pleins, voire au-dessus de leur capacité. Beaucoup suivent également la compétition depuis le Canada.

6500

C’est le nombre d’ouvriers qui seraient décédés sur les chantiers de construction qataris, d’après une enquête du journal britannique The Guardian, s’appuyant sur les registres de décès issus des ambassades et services gouvernementaux de cinq pays ayant des ressortissants particulièrement nombreux au Qatar (Inde, Bangladesh, Pakistan, Népal et Sri Lanka). Un chiffre que conteste le pays hôte, évoquant 37 morts. Près d’un million de travailleurs étrangers ont participé aux différents chantiers depuis 2010.

36

Le Canada attend depuis 36 ans de participer à un Mondial! Sa première et dernière remontre à 1986. L’unifolié avait alors était éliminé au premier tour après trois défaites sans inscrire le moindre but et en encaissant cinq buts, dans le groupe de la France, de l’URSS et de la Hongrie. Pour atteindre les huitièmes de finale, l’équipe doit s’emparer d’une des deux premières places du groupe F. Quel que soit son parcours, on la retrouvera automatiquement en 2026 puisque le Canada sera pays hôte avec les États-Unis.

35

Avec 35 trophées remportés en club, l’attaquant argentin Lionel Messi est le joueur le plus titré présent au Mondial. Septuple ballon d’or, la star du Paris Saint-Germain dispute à 35 ans sa cinquième Coupe du monde. C’est peut-être sa dernière chance de décrocher le titre suprême après une finale perdue en 2014 contre l’Allemagne. Pour cela, il faudra aux Argentins éviter à tout prix un nouveau revers après le faux pas contre l’Arabie saoudite qui a mis un terme à une série de 36 marches sans défaite des Bleu et Blanc.

21

C’est la température moyenne de sept des huit stades qataris à ciel ouvert durant la compétition, dans un pays où le thermomètre frôle, à cette période de l’année, les 40 degrés. Un miracle en plein désert rendu possible par la climatisation, faisant bondir de leur chaise les experts et autres associations de défense de l’environnement présidant un bilan carbone catastrophique. « C’est une aberration écologique, avec tous ces stades climatisés… quelle folie, quelle stupidité », a réagi l’ancien international Éric Cantona.

20

Le numéro 20 portera-t-il chance au Canada? C’est le maillot de l’attaquant franco-ontarien Jonathan David. Né à Brooklyn, aux États-Unis, en 2000, ce prodige du ballon rond a suivi le programme sport-études de l’École secondaire Louis-Riel à Ottawa, avant de grimper jusqu’au sommet de la Ligue 1, sacré champion de France en 2021 avec le club de Lille. S’il a fait une entrée discrète contre la Belgique, Jonathan David est attendu par les partisans canadiens dans les prochains matches contre la Croatie et la Tunisie.

16

Plus de la moitié des pays participants sont sous le giron de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Outre la France, championne du monde en titre, le Canada, la Suisse, la Belgique, le Cameroun et le Sénégal ont en commun le français comme langue officielle. En Europe, la Pologne, la Serbie, la Croatie et l’Irlande font aussi partie de l’OIF. En Afrique, on compte la Tunisie, le Maroc et le Ghana. En Amérique latine : le Mexique, l’Uruguay et l’Argentine. Sans compter la Corée du Sud et même le Qatar, membre associé depuis 2012.

11

En refusant d’entonner l’hymne national avant son premier match du tournoi, lundi face à l’Angleterre, le 11 iranien a marqué les esprits et envoyé un message politique à Téhéran. Les joueurs ont ainsi fait manifester leur hostilité à l’égard de la répression qui sévit en Iran depuis trois mois, à la suite de la mort de Mahsa Amini, jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour avoir enfreint le code vestimentaire imposé par le régime.

7

En signe de lutte contre les discriminations de genre au Qatar, sept sélections nationales avaient planifié que leur capitaine respectif porte un brassard inclusif « One Love », avant d’en être dissuadées par la FIFA les menaçant de sanctions sportives. Si le Danemark, l’Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et le Pays de Galles ont renoncé, l’Allemagne est parvenue a manifesté son désaccord lors de la photo d’équipe avant son premier match : les joueurs se sont couverts à bouche, mimant leur censure dans cette affaire.

Belgique-Canada : l’unifolié s’est bien défendu réagissent les partisans

OTTAWA – Le match qui opposait la Belgique au Canada, ce mercredi, s’est soldé par la victoire des Diables rouges, 1-0. Les partisans avaient envahi les bars d’Ottawa pour voir leurs joueurs vedettes, Jonathan David et Alphonso Davies, fouler le terrain qatari, lors de leur premier match de Coupe du monde de soccer.

« Je m’attendais à ce que la Belgique gagne plus facilement et avec un plus gros score. Les Canadiens ne se sont pas si mal défendus », réagit Coline Janssens, une citoyenne belge venue assister au match au Senate Tavern à Ottawa.

Tout comme elle, de nombreux partisans des deux équipes francophones ont investi le bar du centre-ville. Plusieurs personnes se sont même vu refuser l’entrée, et pour cause, l’endroit grouillait de chandails rouges.

L’équipe du Canada a réalisé une première mi-temps très agressive, faisant bondir les partisans de leur chaise à chaque tir cadré. Un tir au but raté dès les premières minutes de jeu n’a pas entamé leur espoir de victoire face à la deuxième meilleure nation au classement de la FIFA et demi-finaliste de la compétition en 2018.

Des partisans canadiens ont suivi le match, la pression au ventre. Crédit image : Lila Mouch

Il faut dire que cela faisait 36 ans que le Canada n’avait pas participé à un match de Coupe du monde de soccer.

Sur le terrain, les deux équipes ont longtemps essayé d’ouvrir la marque, en vain, au grand dam des spectateurs de la taverne. Le vent a finalement tourné à l’avantage des Belges juste avant la mi-temps, lorsque Michy Batshuayi a inscrit l’unique but de la rencontre.

Les Canadiens ont mis la pression

Même si en début de match le joueur belge Thibaut Courtois a arrêté un tir au but d’Alphonso Davies, l’équipe canadienne n’a pas cessé de tenter d’égaliser. Le nom de l’attaquant franco-ontarien Jonathan David a notamment été scandé par les partisans.

Durant le match, les paris allaient bon train à une table de passionnés du ballon rond : « David va mettre deux buts, on va gagner parce qu’on est la meilleure équipe. »

Mais le miracle ne s’est pas produit pour les Canadiens, même si Cyle Larin a été tout proche d’égaliser à dix minutes de la fin du match, sur une tête captée par le gardien belge.

« Je pense que nous avons bien joué », estime toutefois David Elliott. « J’ai hâte de voir le Canada une deuxième fois et peut-être aller jusqu’en finale. »

À gauche, David Eliott, partisan canadien, à droite Coline Janssens, partisane belge. Crédit image : Lila Mouch

« C’était une bonne performance dont je n’étais pas certain, c’était évident qu’on n’allait pas gagner face à la Belgique », affirme-t-il honnêtement. « Ça nous donne beaucoup d’espoir et si on joue comme ça, on pourrait gagner un match durant cette compétition. »

« Avec ce match, nous avons notre place dans ce type de compétition : les jeux d’Alphonso Davies et Jonathan David étaient vraiment bons. »

Les deux partisans vont désormais scruter avec attention les prochains matchs du groupe F, dans lequel leurs équipes respectives croiseront le fer avec le Maroc et la Croatie – qui se sont séparées sur un match nul plus tôt dans la journée -, pour tenter de décrocher une des deux premières places qualificatives pour les huitièmes de finale.

La Commission Rouleau : là où le français relève de l’utopie

OTTAWA – « Jurez-vous que le témoignage que vous allez rendre devant la Commission sera la vérité, toute la vérité et rien que la vérité? » « Oui », répond le ministre acadien Dominic Leblanc.

Ce moment s’est produit mardi soir lors de la Commission sur l’état d’urgence lors du témoignage du ministre des Affaires intergouvernementales, de l’Infrastructure et des Collectivités. Si le moment est anodin, il s’agit quasiment, de la seule partie de français entendue durant le témoignage de trois heures du ministre.

C’était notamment le cas aussi lundi lorsque trois francophones du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ont témoigné ensemble. Le grand patron du SCRS David Vigneault et deux autres hauts fonctionnaires du SCRS Marie-Hélène Chayer et Michelle Tessier ont témoigné pendant plusieurs heures dans leur seconde langue.

Mais ils ne sont pas les seuls. Au total, jusqu’à présent, sur près de 60 témoins, un seul s’est exprimé en français pour tout son témoignage. Steeve Charland, le leader d’un groupe québécois, les Farfadaas, qui s’était déplacé à Ottawa pour manifester leurs oppositions aux mesures sanitaires. Plusieurs autres francophones qui ont témoigné depuis le début des audiences l’ont fait uniquement dans la langue de Shakespeare.

La Commission fédérale est bilingue tout comme les documents produits par la Commission et le juge franco-ontarien Paul Rouleau s’adresse aussi parfois aux témoins en français, notamment à la fin pour les remercier de leur présence. La traduction simultanée est offerte. Toutefois, certains des avocats des différents partis ne peuvent s’exprimer dans la langue de Molière, ce qui force l’utilisation de l’anglais.

Anne Lévesque, avocate et spécialiste des cas de discrimination. Gracieuseté

Les événements de la Commission sont l’exemple parfait d’anglonormativité, un concept sur lequel l’avocate Anne Lévesque, spécialiste des cas de discrimination, a écrit plusieurs articles. L’anglonormativité est le fait de présumer que l’anglais est la langue dominante et qu’elle doit être parlée et comprise par tous.

« Ce sont des structures de pouvoirs où l’anglais règne. Tout ce qui n’est pas anglais est marginalisé, dont le français. On le voit à la Commission : il y a des structures de pouvoirs qui font en sorte que les gens sont mal à l’aise (de s’exprimer en français). »

Controverse linguistique

Il y a aussi l’épisode marquant du passage du conseiller Mathieu Fleury au début des audiences. L’ancien élu ottavien avait répondu en français à une question en anglais de l’avocat des camionneurs Brendan Miller. Ce dernier esquissant un sourire en allant ramasser un casque d’écoute pour la traduction, a répondu au micro en français : « Je m’appelle Brendan », déclenchant des rires dans la salle.

« Vous pensez que c’est drôle, mais ce n’est pas drôle », avait répondu le Franco-Ontarien en anglais, ajoutant faire de son mieux pour que ses propos reflètent son témoignage. Ce dernier se disait mal à l’aise à s’exprimer en anglais sur un terme précis en français, comme le mot micro-agression.

L’avocat avait alors demandé à ce que l’on offre un casque d’écoute à M. Fleury pour qu’il comprenne les questions, et ce après qu’il ait répondu durant près de cinq heures à des questions en anglais.

Le lendemain des événements, le juge Rouleau avait rappelé le droit des témoins de s’adresser dans la langue de leur choix.

Un problème de culture?

Questionnée à savoir si ça représentait la culture au sein de la fonction publique fédérale, la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier a esquivé la question répondant que ça serait bon que les gens s’expriment dans la langue de leur choix.

« Je pense que ça serait vraiment le fun d’en entendre plus (de français), alors on va continuer à suggérer d’utiliser les deux langues officielles partout. Puis, je pense qu’à la Commission Rouleau, en plus, on a un juge francophone. On peut discuter avec lui dans les deux langues officielles. J’encourage le monde », a-t-elle lancé avant de faire son entrée au caucus libéral mercredi matin.

La députée fédérale d’Ottawa-Vanier et présidente du Conseil du trésor Mona Fortier. Archives ONFR+

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor estime de son côté que ça « démontre qu’on a encore beaucoup de travail à faire pour toute la question de promouvoir le français dans la fonction publique ». Son collègue Pablo Rodriguez, lieutenant du Québec chez les libéraux, « pense qu’il pourrait y avoir plus de français ».

Le commissaire aux langues officielles a souligné à maintes reprises dans les dernières années son inquiétude sur la présence du français au sein de la fonction publique fédérale. En 2021, Raymond Théberge avait sorti une étude faisant état d’insécurité linguistique avec 44 % (47 % à Ottawa) des francophones ayant participé disant se sentir mal à l’aise d’utiliser le français au travail. La principale raison, à hauteur de 89 %, de celles données par les francophones, est que leurs collègues anglophones ne sont pas à l’aise en français.

Ce n’est pas surprenant que des francophones de la haute fonction publique témoignent en anglais, car l’environnement de travail et la documentation disponible le sont seulement dans cette langue, note Mme Lévesque.

« Ce qu’on voit, c’est la pointe de l’iceberg de plein d’environnements anglodominants qui se manifestent en anglais. Si dans ton milieu de travail, tu travailles en anglais et tu es appelé à témoigner au sujet de ton travail, tu es plus apte à en référer en anglais », dit-elle.

Pour le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh, la commission reflète le « manque d’outils et de ressources nécessaires » relatif au français dans la fonction publique ». Pour le Bloc Québécois, la commission démontre que la fonction publique a « un bilinguisme de façade ».

« C’est clair qu’il y a une culture au sein de la fonction publique qui propose que la langue de travail soit l’anglais », a dénoncé le député Alain Therrien.

Inondé de plaintes dans la dernière année, le commissaire avait demandé à Ottawa d’obliger le bilinguisme des hauts fonctionnaires de la fonction publique. Une mesure accueillie tièdement par le gouvernement Trudeau.

La Commission Rouleau a pour but d’examiner et d’évaluer le fondement de la décision du gouvernement de déclarer la Loi sur les mesures d’urgence. Amorcée le 13 octobre, elle doit prendre fin ce vendredi et le juge Rouleau doit remettre un rapport avec des recommandations d’ici le 6 février 2023.

Cet article a été mis à jour le 23 novembre à 15h34.

La Coupe du monde 2022 au Qatar : « La somme des aberrations »

 [ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Christian Bergeron est professeur de sociologie à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Spécialiste des questions d’inclusion, d’équité et de discrimination, cet amateur de soccer a écrit « Le boycott de la Coupe du monde aura ses limites, mais le Qatar ne s’en sortira pas indemne ».

LE CONTEXTE :

Attribution douteuse, stades climatisés, droits des personnes LGBTQ+ bafoués, morts de milliers de migrants dans la construction des stades, discrimination envers les femmes et faux partisans… la Coupe du monde de soccer au Qatar représente la somme des aberrations dans lesquelles la FIFA (Fédération internationale de football association) semble jouer un rôle prédominant.

L’ENJEU : 

Vus de l’occident, les partisans sont intéressés par la compétition, mais ils restent perplexes en raison d’une forte dissonance cognitive. Le match d’ouverture de ce dimanche 20 novembre aurait pourtant attiré deux fois plus de téléspectateurs. La FIFA, qui est l’instance qui gère le soccer dans le monde, est une fois de plus montrée du doigt avec cette Coupe du monde au Qatar.

« En quoi cette Coupe du monde est particulièrement controversée?

En 2021, Amnesty International a dévoilé un rapport qui comptabilisait plus 6500 morts durant la construction des stades, en raison des extrêmes niveaux de chaleurs et des conditions de travail. C’est sans compter les salaires très bas, ceux non rémunérés et les passeports confisqués. 

Les autorités qatariennes répriment les libertés, les femmes sont toujours victimes de discriminations et c’est illégal d’être homosexuel. La Loi interdit les personnes LGBTQ+.

Les stades climatisés, c’est une aberration écologique, sans parler des 150 vols journaliers pour transporter les partisans.

Ce n’est pas un pays de foot, ils ont payé des partisans pour être là, pour créer de l’ambiance.

Christian Bergeron est professeur de sociologique à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

Qui est à blâmer selon vous?

Pour attribuer la Coupe du monde aux pays qui le souhaitaient, il y avait certaines conditions et le Qatar était le pire des dossiers. Dès le départ, on savait que le Qatar faisait partie des dix pires pays au monde en matière de droits humains. On parle d’esclavage moderne et, pourtant, c’est contre les valeurs supposées de la FIFA qui se dit inclusive, équitable et ouverte pour tous.

Cette attribution est entachée par de nombreuses allégations de corruption. La Suisse, les États-Unis et la France ont mené plusieurs enquêtes, notamment la France, en démontrant que sous l’ancien président Nicolas Sarkozy, le pays aurait favorisé le Qatar, au moment où il a acheté le Paris Saint-Germain, l’équipe locale de Paris. La FIFA est coupable, mais c’est difficile de le prouver tant elle est opaque. Ce n’est pas la première fois qu’elle est accusée de corruption.

Peut-on espérer voir la FIFA agir pour défendre les droits humains et améliorer le processus de sélection dans l’avenir?

Avec cette Coupe du monde, on parle davantage de la FIFA et les projecteurs sont sur le Qatar aussi. D’ailleurs, de nombreux commentateurs affirment que c’est une organisation dinosaure et opaque. Le système d’attribution est encore un peu dissimulé et il ne faut pas omettre qu’elle brasse des milliards de dollars.

Le Qatar contre-attaque en rappelant que les pays occidentaux ont aussi exploité des travailleurs. Est-ce que ça va mettre la pression sur la FIFA et faire changer les choses? Je ne sais pas. Si le système en place reste le même, je ne suis pas sûr que ça change. Il faudrait se poser les bonnes questions maintenant pour agir sur les prochaines attributions, avoir un regard plus critique.

En 2010, la FIFA connaissait la position du Qatar par rapport aux communautés LGBTQ+ et à l’alcool, mais on ne savait pas qu’il y aurait des morts. Avec les stades climatisés extérieurs, les 150 vols d’avions par jour et le gaz à effet de serre très élevé, l’enjeu environnemental est une sérieuse affaire. Le Qatar émet le plus de CO2 par habitant au monde.

Durant la construction de stades dans le désert du Qatar, plus de 6500 travailleurs étrangers seraient morts. Source : Canva

Cette Coupe du monde enchaîne les aberrations. L’appel au boycott d’une partie des populations occidentales va-t-il faire changer les choses?

Les motivations pour le boycott sont très variées. Une personne ou un commanditaire qui décide de boycotter, ça n’a pas le même impact. Les effets du boycott vont probablement être limités. Pour qu’il y ait un effet sur l’organisation de l’événement, il aurait fallu que plusieurs nations décident de ne pas participer. Un boycott doit être collectif pour avoir un impact et ne doit pas seulement être occidental.

La FIFA se justifie d’aller dans un endroit comme le Qatar pour y enseigner les valeurs occidentales et travailler sur l’avancement des droits humains, des femmes et des travailleurs, pour amener du dialogue.

Et Amnesty Internationale dit justement qu’il ne faut pas boycotter la Coupe du monde : au contraire, il faut être là et documenter. Il faut faire pression sur le pays, pendant que les projecteurs sont dirigés sur eux.  

Les équipes européennes ont renoncé à porter le brassard arc-en-ciel en soutien à la communauté LGBTQ+, et cela, à cause des sanctions sportives dont ils étaient menacés, mais aussi sous prétexte qu’ils respectaient la culture du Qatar. Qu’est-ce que cela insinue d’après vous?

Déjà, c’est la preuve que le projet d’inclusion de la FIFA ne se réalise pas. Des gens se sont vu interdire de match pour avoir porté des chandails avec le drapeau de l’arc-en-ciel dessus. Le Qatar ne respecte pas l’entente avec la FIFA, s’il y en a une. Il y avait la vente d’alcool dans un premier temps autorisée, puis maintenant non. Cela montre qu’il n’y a pas d’accommodements responsables et ils ne vont pas changer la loi.

L’ambition du Qatar d’organiser le Mondial neutre en carbone est-elle complètement utopique?

Avec ses stades climatisés tout juste sortis de terre et ses 150 trajets quotidiens en avion, cette aberration écologique est décriée par les défenseurs de l’environnement. Le Qatar a acheté du crédit carbone pour compenser – en finançant des projets en énergies renouvelables – ils ont acheté la pollution qu’ils ont produite en fait, mais la compensation est loin d’être suffisante.

Le Qatar autorise 150 vols quotidiens pour transporter les partisans. Source : Canva

Pourquoi la planète entière a-t-elle autant réagi cette année et pas durant les précédentes Coupes du monde ou les Jeux olympiques passés?

C’est vrai que depuis quelques années avec la Chine et les Jeux de Pékin, puis la Russie à Sotchi, on avait notre lot de problématiques. Je crois qu’avec le Qatar, on atteint la somme des aberrations humaines, sociales et environnementales.

Depuis la pandémie, tous les enjeux de discrimination, avec le Black Lives Matter, l’environnement et depuis le mouvement #metoo, on est dans une grande période de réinterrogation. L’Occident est en plein dedans et on voit le Qatar arriver à l’opposé, à des années-lumière de vers où, nous, on veut aller. »

Le journal étudiant franco-ontarien « le plus censuré du Canada » célèbre ses 90 ans 

OTTAWA – La Rotonde est le plus ancien journal étudiant francophone hors Québec, voire l’un des plus anciens du Canada. Contre vents et marées, l’organisation, pilier pour la francophonie de l’Université d’Ottawa et de la province de l’Ontario, célèbre ses 90 ans. 

« Quand on voit comment fonctionne un journal étudiant, c’est vraiment exceptionnel que La Rotonde soit à dix ans de ses 100 ans », souligne Michel Prévost, ancien archiviste en chef de l’Université d’Ottawa. 

Son contexte en francophonie minoritaire ainsi que la nature changeante caractérisant les journaux étudiants de façon générale font partie des raisons qui ont rendu sa survie surprenante, remarque-t-il. 

Depuis sa fondation en 1932 par la Société des débats français de l’Université d’Ottawa, La Rotonde a notamment joué le rôle de porte-parole du fait français. « Son rôle demeure et est sans doute plus important qu’en 1932 », estime M. Prévost, en référence à la présence décroissante de francophones à même le campus.

Journal le plus censuré du Canada 

En 1956, La Rotonde sera proclamé comme étant le journal le plus censuré du Canada, lors des assises de la Presse universitaire canadienne. C’est à partir de ce moment que les étudiants réclameront plus d’autonomie vis-à-vis du contenu publié, alors fortement supervisé par l’administration oblate de l’Université, continue M. Prévost.

« Les tensions atteignent leur paroxysme en octobre 1958, lorsque les trois membres de la direction de La Rotonde sont démis de leurs fonctions pour avoir publié un rapport qui mécontente fortement l’administration », explique-t-il dans l’un de ses rapports en tant qu’archiviste.

« En 1964, La Rotonde avait préparé un numéro spécial pour la rentrée. Les étudiants avaient écrit quatre pages qui dénonçaient la visite de la reine Elizabeth II au Québec. Les Pères Oblats avaient refusé que ces pages-là soient publiées parce que c’était un affront à la reine. Ça ne respectait pas la monarchie », relate M. Prévost.

Une coupure de La Rotonde. Crédit image : Emmanuelle Gingras

Le contenu du journal va considérablement évoluer après 1965. Se concentrant moins sur le corps administratif et professoral de l’Université, la rédaction se penchera désormais surtout sur le nationalisme québécois, la condition féminine, l’homosexualité, l’environnement, les frais universitaires, le sida, les événements culturels du campus et de la région de la capitale puis des exploits sportifs des équipes universitaires.

C’est à cette même période qu’on remarque une hausse d’articles et éditoriaux contestataires vis-à-vis du bilinguisme et les droits franco-ontariens, coïncidant avec un renversement vers le statut minoritaire des francophones de l’Université. 

« L’entrée dans le 21e siècle liera quant à elle le destin de La Rotonde à celui de la Fédération étudiante (FÉUO), aujourd’hui défunte », tel qu’il est écrit dans son dernier éditorial. En 2018, le journal dévoile les allégations de fraude et l’enquête sur l’environnement toxique de la FÉUO. Cela entamera sa dissolution et fera place au nouveau Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO). 

Toutes ces années de couverture à La Rotonde, frôlant parfois l’atteinte à l’intégrité, comme le soulève M. Prévost, ont plus d’une fois entamé des changements concrets à même l’administration universitaire. Toutes ces « plumes rebelles » qui ont côtoyé le journal étudiant lui accolent encore aujourd’hui une réputation revendicatrice.

Et aujourd’hui?

Dans un éditorial marquant les 90 ans du journal, la rédaction a publié un éditorial dans lequel elle écorche les « abus » et le « mutisme » de l’Université d’Ottawa, endossant son rôle dénonciateur, tout autant que de vecteur d’enrichissement et d’échanges entre étudiants pour comprendre leur milieu.

Dans sa vision du journal aujourd’hui, le co-rédacteur en chef Johan Savoy explique l’intérêt objectif du journal : « L’Université ne fait pas non plus que de mauvaises choses, il faut le reconnaître », concède-t-il.

M. Savoy confirme toutefois qu’il conçoit toujours La Rotonde comme étant « un porte-parole » de la francophonie. « Les institutions francophones sur le campus sont en voie de disparition », ce que le journal suit attentivement, explique-t-il. 

À la lumière des dernières annonces de fermeture potentielle du journal étudiant montréalais Le Délit de l’Université McGill, peut-on craindre un même sort pour La Rotonde? « Tout dépend du financement du Syndicat. Pour l’instant, on n’est pas menacé. On a vu que ça a été chaud à McGill, mais nous, on n’est pas dans cette configuration : notre institution ne dépend pas d’un vote tous les cinq ans », nuance-t-il.

Marie-Ève Duguay et Johan Savoy, co-rédacteurs en chef. Crédit image : Emmanuelle Gingras. Montage ONFR+

Le co-rédacteur en chef craint malgré tout que « ce sera de moins en moins facile », surtout depuis la transition vers une formule exclusivement virtuelle en 2019. « On a déjà moins de lecteurs que quand on était en papier. Les gens ne savent pas toujours qu’on existe sur le campus.  On a moins de visibilité », juge-t il. 

C’est de tout cœur que MM. Prévost et Savoy souhaitent que La Rotonde atteigne le cap du centenaire. « C’est un atout pour l’Université d’Ottawa et c’est sûrement un de ses éléments les plus visibles », conclut l’ancien archiviste en chef.

Maison de la francophonie : « Des nouvelles d’ici la fin de l’année », glisse la ministre

TORONTO – La Maison de la francophonie deviendra-t-elle réalité en 2022? De passage dans la ville reine, la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, a estimé que la réponse pourrait tomber « d’ici la fin de l’année ».

« Je reconnais que c’est un projet très important pour la communauté francophone, ici à Toronto », a réagi au micro d’ONFR+ la ministre Petitpas Taylor, en marge du colloque 2022 du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne qui s’est déroulé à l’Université de l’Ontario français.

« La demande de fonds est sous évaluation par Patrimoine canadien », a-t-elle rappelé avant de préciser : « On attend les résultats de cette évaluation. D’ici la fin de l’année, on devrait avoir des nouvelles. »

2022 pourrait donc être synonyme de bout du tunnel pour le comité fondateur de la Maison de la Francophonie de Toronto. Concrètement, le ministère pourrait dans quelques jours soit donner une réponse positive, soit une réponse négative, soit redemander une série de documents pour étayer le dossier.

« Une priorité pour la communauté », reconnaît Ginette Petitpas Taylor

« Le travail est fait par Patrimoine canadien », a explicité Mme Petitpas Taylor, n’écartant pas une nouvelle ronde de questions émanant du ministère. « S’ils ont besoin d’autres informations, c’est sûr qu’ils en feront la demande. Je ne sais pas vraiment si la demande est complète », a-t-elle ajouté, qualifiant le dossier de « priorité pour la communauté » et affirmant suivre le « processus de près ».

Les bénévoles impliqués dans le projet craignent que de nouvelles tergiversations ne dissuadent le promoteur de leur réserver plus longtemps l’édifice qui fait partie d’un parc immobilier plus vaste, très convoité au cœur de la ville.

Après avoir repris les discussions avec Patrimoine canadien dans un « climat constructif » à la suite des élections fédérales de 2021, ils avaient dû transmettre des documents additionnels au ministère au cours des derniers mois, et s’entourer d’une équipe de construction composée d’architectes et d’ingénieurs pour répondre avec précisions aux attentes des bailleurs de fonds.

Dans le même temps, le promoteur avec qui ils ont une entente depuis décembre 2019 leur avait accordé un délai supplémentaire, afin de compléter leur dossier de financement auprès du gouvernement et de sceller l’achat du bâtiment historique situé sur la rue Charles.

Autour de 17,2 millions de dollars de financement provenant de Patrimoine canadien seraient nécessaires pour réaliser le projet, dont 13,6 millions seraient consacrés à l’achat de l’édifice et aux droits de mutation.

« La patience de notre vendeur n’est pas sans limites »

« La patience de notre vendeur, qui a déjà attendu plus de deux ans et demi, n’est pas sans limites, une réalité sur laquelle nous avons attiré l’attention de nos bailleurs de fonds », avait alors alerté Kip Daechsel, président du comité fondateur de la Maison de la francophonie, dans une lettre adressée à ses partenaires communautaires, le mois dernier.

« Si nous ne saisissons pas cette occasion unique, il n’en y aura plus d’autres, car le projet de la Maison serait rendu au bout du rouleau. Il est primordial que toutes les parties prenantes de la Maison, surtout nos bailleurs de fonds, soient conscientes des enjeux qui pèsent sur le projet. »

Depuis plusieurs années, la communauté franco-torontoise cherche à se doter d’une installation semblable à celles de Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Calgary ou plus récemment Ottawa, capable de fournir un lieu de rencontre et des bureaux permanents ou ponctuels à loyer modéré aux organismes qui en éprouvent le besoin.

« Après des années de travail acharné de la part de la communauté, l’avenir du projet ne sera assuré qu’au moment où la Maison pourra confirmer le financement auprès de son vendeur », rappelle M. Daechsel.

Établissements francophones : encore des refus massifs d’étudiants africains

Les demandes de permis d’études de la clientèle africaine continuent d’être massivement refusées par le fédéral dans les établissements postsecondaires de l’Ontario et de la francophonie canadienne. ONFR+ a contacté près d’une dizaine d’établissements de l’Ontario et du pays qui ont établi des taux oscillant entre 60 à 90 % pour la présente session universitaire.

La situation a donc bien peu changé depuis l’an dernier où des établissements disaient avoir des chiffres similaires. Pourtant, en février dernier, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) Sean Fraser soutenait avoir « pris des mesures pour résoudre ce problème » de taux de refus.

Ces hauts taux de refus sont marquants à l’Université de l’Ontario français (UOF) où seules 45 admissions à l’internationale ont été acceptées par le fédéral, sur un total de 365 demandes. Cela signifie que 88 % des offres n’ont pas été acceptées, mais l’UOF indique que certaines pourront être redirigées à la session d’hiver de 2023. Les 320 demandes d’admission non acceptées représentent plus à elles seules que l’effectif total de 284 étudiants de l’UOF.

À La Cité, on doit composer avec un taux de refus de 70 %, indique Pascale Montminy, la directrice des communications du plus grand collège francophone de la province. Cela nécessite pour le collège de faire de « 15 à 20 offres aux candidats pour que dix étudiants acceptent notre offre et que trois d’entre eux obtiennent un permis d’études ».

Le campus principal du collège La Cité, à Ottawa. Archives ONFR+

Dans le Nord de l’Ontario, le Collège Boréal affirme ne pas avoir de taux de refus « car les étudiants peuvent ne pas s’inscrire chez nous pour plusieurs raisons, et ils ne les partagent pas toujours avec nous ». Mais plus de 400 demandes offertes n’ont pas reçu de réponses en provenance des pays francophones d’Afrique alors que l’établissement compte 400 étudiants internationaux, soit 26 % de sa clientèle.

À Hearst, où près de 100 % de la population étudiante internationale provient d’Afrique, on précise avoir une cohorte de 83 étudiants internationaux sur un total de 207 demandes de permis d’études confirmés, ce qui correspondrait à un taux d’acceptation de 40 %. L’université dit toutefois avoir présenté des offres d’admission à 429 personnes au total. Son recteur, Luc Bussières, affirme toutefois qu’il est impossible de savoir si ces 429 personnes ont présenté une demande de permis d’étude de leur côté, ce qui abaisserait alors le taux d’acceptation à 20 %.

L’Université de Hearst. Archives ONFR+

L’Université d’Ottawa et La Laurentienne ont indiqué à ONFR+ qu’elles attendaient de leur côté qu’IRCC leur fournisse des données concernant leurs propres taux de refus. L’an dernier, La Laurentienne disait avoir vu 85 % des demandes être refusées au cours des deux dernières années.

Pas juste en Ontario

Le problème n’est pas particulier à l’Ontario. Au Québec, plusieurs universités et collèges ont fait état de taux de refus élevés dans les derniers mois. C’est aussi le cas au Nouveau-Brunswick à l’Université de Moncton. La plus grande université francophone hors Québec au pays avance avoir eu, selon ses plus récentes données de 2021, un taux d’acceptation de 25 %. Sur les 1600 offres d’admission présentées par l’établissement, 1200 ont été refusées ou n’ont pas obtenu de réponse.

Au Manitoba, à l’Université Saint-Boniface, un peu plus de 60 inscriptions proviennent de l’internationale sur un total de 315 demandes présentées, soit un taux de conversion de plus ou moins 20 %. Ce sont près de 250 étudiants internationaux qui n’ont soit pas reçu de réponse de la part d’IRCC, soit été refusés, soit que l’étudiant n’a pas entrepris les démarches pour obtenir un permis d’étude.

L’Université de Saint-Boniface. Gracieuseté

Ça va changer, dit Trudeau

Le sujet est revenu au Sommet de la Francophonie à Djerba avec les nations africaines qui ont appelé le Canada à s’ouvrir davantage aux étudiants africains, rapportait Radio-Canada dimanche. Appelé à réagir, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé que son gouvernement allait corriger la situation qu’il qualifie de désolante.

« J’ai demandé directement au ministre Fraser, de l’Immigration, de se pencher sur cet enjeu-là. On a besoin de plus d’étudiants francophones. On a besoin de plus d’immigrants francophones au Canada et on va faire tout ce qu’on peut pour régler ces défis et accélérer et améliorer les processus pour recevoir des étudiants de l’Afrique francophone. »

IRCC, via le ministre Sean Fraser, avait reconnu la présence de racisme au sein de son organisation dans un message discrètement publié en septembre en réponse à un rapport d’un comité parlementaire.

« On souhaite que ce système-là soit revu (…) parce que les demandes de l’Afrique ont beaucoup moins de chances d’être accordées que les demandes en provenance d’ailleurs », espère le recteur de l’UOF Pierre Ouellette.

À Ottawa, les yeux des partisans rivés sur la Coupe du monde de soccer

OTTAWA – Que ce soit ici ou ailleurs, le soccer garde son pouvoir rassembleur et ravive un sentiment patriotique. Malgré les appels au boycott de cette Coupe du monde aux multiples controverses, qui a débuté ce dimanche au Qatar, certains partisans suivront avec assiduité les matchs de leur équipe nationale.

Younes Dafrallah, qui habite à Ottawa, suivra avec attention l’équipe du Maroc. « J’ai grandi au Maroc dans une ville qui respire le foot et j’ai toujours soutenu mon équipe locale et automatiquement l’équipe nationale. »

Tout comme Younes Dafrallah, le foot a fait partie de la vie d’Innocent Ngenzi, et ce dès son enfance. Le Canadien se dit fier que son pays fasse partie de la compétition. « Ça fait 36 ans que le Canada n’a pas joué durant la Coupe du monde », rappelle-t-il avec un soupir de soulagement non dissimulé.

Jean-Daniel Giraud, lui, apportera quant à lui son soutien à l’équipe de France. Comme tout adulateur qui se respecte, M. Giraud jouait aussi au soccer dans sa région parisienne, avant qu’il n’immigre au Canada. Il se rappelle que le soccer était le créateur de lien social dans son quartier. « On vivait dans un quartier difficile, alors le foot a joué un rôle très important. Pour certains, ça nous a permis de sortir du quartier. »

Foot : a France est sélectionnée pour la Coupe du minde
Jean-Daniel Giraud soutiendra la France durant la compétition et aussi le Canada. Gracieuseté

Une fierté de représenter son pays

« Ce n’est pas facile d’être fier français, c’est parfois vu comme du nationalisme en France, alors c’est plus facile à Ottawa, d’autant plus avec la Coupe du monde », pense Jean-Daniel Giraud.

Younes Dafrallah est fier d’être marocain et de soutenir son équipe. « Je joue au foot, mon enfant aussi. Je consomme le foot matin, midi et soir », clame-t-il avec joie. Même en étant en Ontario, cela ne l’empêchera pas de soutenir son pays natal.

Younes Darfallah est originaire du Maroc et soutiendra son équipe durant les matchs de la Coupe du Monde. Gracieuseté

« C’est quelque chose de spécial de voir jouer le Canada et simplement de voir le drapeau dans la liste des pays », se ravit pour sa part Innocent Ngenzi. « Beaucoup de gens pensent qu’il n’y a pas d’histoire du football dans notre pays. Alors, oui, l’Europe et l’Amérique du Sud ont une grande histoire du foot, mais notre histoire à nous est dynamique et jeune à l’image de notre équipe. »

« Notre équipe de foot représente vraiment la diversité du Canada et représente son histoire. »

Aujourd’hui, M. Ngenzi qui répond au nom de scène Don Hatali, écrit et chante sur le thème du football. Il s’inspire du foot dans sa musique et a déjà réalisé trois tubes, dont Play for Canada pour cette Coupe du monde avec le rappeur Raleal, de son vrai nom Matthew Carter.

Tout le monde a une chance

L’équipe du Maroc aurait toutes ses chances pour Younes Dafrallah. « Je considère qu’on a toujours eu une bonne équipe, nous avons un nouvel entraîneur et les gens sont assez optimistes avec lui. »

Pour l’admirateur, les tirages au sort n’ont pas été cléments puisque le Maroc a été sélectionné face à la Belgique et la Croatie qui ont été respectivement demi-finaliste et finaliste en 2018.

Après 36 ans d'attente,  le Canada jouera durant la Coupe du monde 2022.
Innocent Ngenzi est un rappeur qui combine sa passion pour la musique et le foot. Crédit image : Catharine Ring

Innocent Ngenzi pense à son tour que l’équipe nationale du Canada pourrait bien étonner les amateurs de ballon rond.

D’ailleurs, la présence du Canada ravit les supporters de la France et du Maroc. Jean-Daniel Giraud admet aussi que sa deuxième équipe de cœur est le Canada. Quant à Younes Dafrallah, il accordera une attention particulière quand le Maroc et le Canada s’affronteront. Ils entretiennent tous, le rêve secret de voir leur équipe affronter une légende du foot, l’Argentine et leur ballon d’or : Lionel Messi.

C’est assez tôt en journée que les partisans de soccer en Ontario vont pouvoir visionner les matchs de la Coupe du monde, décalage horaire avec le Qatar oblige. Pour son premier match, le Canada affrontera la Belgique dès mercredi 23 novembre.

Dix ans après les États généraux de la francophonie à Ottawa, qu’en reste-t-il?

OTTAWA – Voilà dix ans déjà que se sont déroulés les États généraux de la francophonie à Ottawa (EGFO). Un événement qui somme toute a posé les jalons d’une francophonie plus inclusive et d’une ville plus connectée à son environnement bilingue. Des lacunes? Oui, mais du chemin accompli aussi.

« Dix ans c’est un bon moment pour réfléchir vers où on va », lance Linda Cardinal au micro d’ONFR+.

La professeure et vice-rectrice adjointe à la recherche de l’Université de l’Ontario français faisait partie du comité d’organisation des États généraux en novembre 2012. Selon elle, le projet n’est pas mort. « L’ACFO a fait son suivi et à même canalisé cette initiative au sein du mouvement Ottawa bilingue », affirme-t-elle.

Il y a dix ans, les cinq priorités des EGFO étaient le bilinguisme, le développement et la vitalité, la représentation, l’inclusion et le rapprochement. Ce grand exercice de réflexion avait été lancé au moment de la prise de fonctions du maire Watson.

L’ancien coordonnateur des États généraux, Luc Léger, rappelle que sur ses cinq thèmes établis en 2012, le bilinguisme d’Ottawa était sans doute la grande priorité. Le volet sur l’inclusion s’est bien amélioré, d’après lui. « À l’époque des EGFO, on pensait inclusion comme le rapprochement avec les nouveaux arrivants exclusivement. »

Aujourd’hui, l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa) semble avoir réalisé beaucoup plus, explique-t-il.

D’après M. Léger, l’ACFO a apporté l’idée de l’inclusion à un autre niveau en créant des activités pour sensibiliser les gens à la diversité sexuelle. « Il était important d’inclure ces gens aussi, comme on le fait pour les immigrants, surtout que la langue française est genrée et qu’elle peut avoir tendance à les exclure. »

États généraux de la francophonie à Ottawa
Éric Barrette, président de l’ACFO Ottawa. Source : site web ACFO Ottawa

Pour Luc Léger, les initiatives de l’ACFO pour améliorer l’inclusion ont été très intéressantes dans les dernières années. « Je pense qu’il faut souligner que ce critère s’est nettement amélioré et c’est probablement une des conséquences des EGFO. »

Pour le reste, Mme Cardinal explique que le bilan, bien que mitigé, est aussi une réussite si l’on considère les avancées. Le financement fédéral pour améliorer le bilinguisme de la ville d’Ottawa existe et cela découle des impulsions de ce sommet. « S’il y a un succès dont il faut se souvenir, c’est certainement celui-là », estime-t-elle.

Le président de l’ACFO, Éric Barrette, est réaliste sur le bilan des dernières années : « Il va toujours y avoir des évolutions positives et des causes à faire avancer. »

« En même temps », reprend-il, « c’est idéaliste de penser que dans 25 ans, on va atteindre le summum, il y a des nouveaux défis et il reste des lacunes ».

La communauté francophone va continuer à être dynamisée est-il convaincu. Et de citer notamment la nouvelle Loi sur les langues officielles, gage de modernisation.

Ralentir le poids démographique

Pour le président de l’ACFO, l’héritage des États généraux de 2012 fait ressortir de nombreuses pistes, dont un rapport qui pourrait être toujours utile face aux défis actuels.

Le poids démographique des francophones diminue dans tout le pays et il est donc aussi question de ralentir ce déclin.

« Il y a une perte des acquis, mais il faut s’assurer que notre communauté actuelle est future, se sente liée et ait envie de s’investir », affirme le président de l’ACFO. « On ne veut pas perdre notre poids démographique et ça nous inquiète. »

Parmi les lignes directrices des États généraux, l’inclusion s’invite là aussi dans le discours de M. Barrette. C’est vraisemblablement au sein des services pour les nouveaux arrivants que l’emphase doit être mise, selon le président. « L’immigration francophone, tranquillement, se dirige à l’extérieur des centres-villes. Il faut donc offrir plus de services et c’est ça aussi dynamiser la communauté », déclare-t-il.

L’enjeu de l’immigration est plus important que jamais pour la vitalité de la communauté francophone. Il y a beaucoup à faire pour que l’intégration des nouveaux arrivants se fasse de manière plus proactive, martèle M. Barrette.

Dynamiser la communauté, c’est développer sa vitalité

« Si on regarde le développement de la vitalité de la communauté, on voit des lacunes », atteste le président de l’ACFO. « Que ce soit les camps d’été ou les loisirs à développer par la ville, on constate un déséquilibre. »

« On ne réalise pas que la francophonie est étalée dans toute la ville. On est dans une pente descendante par rapport aux services de loisirs. »

États généraux de la francophonie à Ottawa
Professeure et vice-rectrice adjointe à la recherche, Linda Cardinal. Crédit image : Patrick Imbeau

Cette initiative d’accroître les services de loisirs en français a d’ailleurs fait partie du programme électoral du maire Sutcliffe et son opposant Catherine McKenney.

Pour Linda Cardinal, le besoin de développement de la vitalité au sein de la communauté francophone est réel : « Il y a les gens de l’Est ontarien et du Québec qui jouent un rôle de vitalité de neuf à cinq dans la ville d’Ottawa. »

« La communauté francophone n’avait pas de revendications très exagérées à l’époque », relate la professeure.

Pourtant, selon elle, pour accroître le dynamisme et la vitalité des francophones, il faudrait aussi revoir le processus d’embauche. « La Ville s’est donné des exigences en matière d’embauche, mais elles ne les respectent pas. »

L’hôtel de ville et le bilinguisme

« Pour les citoyens francophones de la ville d’Ottawa, la relation est une relation de bon voisinage, mais sans plus », estime Linda Cardinal.

La professeure aujourd’hui basée à Toronto considère que le maire d’Ottawa, M. Sutcliffe représente pour l’heure un statu quo par rapport à son prédécesseur M. Watson.

« M. Sutcliffe doit prendre le pouls de la communauté francophone, parce que M. Watson nous a ignoré », affirme-t-elle.

Et de se questionner : « Quel rapport aura-t-il avec l’ACFO? La nouvelle conseillère francophone, Mme Plante (conseillère municipale de Rideau-Vanier) va-t-elle être la courroie de transmission entre la communauté et la ville? »

États généraux de la francophonie à Ottawa
Luc Léger était coordonnateur des États généraux en 2012. Gracieuseté

M. Léger est catégorique : « S’il n’y avait pas eu les EGFO, nous n’aurions pas eu ce mouvement pour le bilinguisme officiel à la ville d’Ottawa. Les États généraux ont propulsé des idées qui se sont concrétisées. »

Une demande similaire aujourd’hui

« Au début, le maire Watson avait reçu froidement notre projet », se souvient Linda Cardinal.

 « Si M. Sutcliffe veut faire une action charme auprès des francophones, il pourrait voir quel est le chemin entrepris depuis les dix dernières années et si les revendications sont toujours les mêmes », suggère-t-elle.

« On pourrait faire quelque chose de similaire » aujourd’hui, renchérit M. Léger. « Un sommet était beaucoup de travail, mais je pense qu’il y aurait un besoin. » Un état des lieux, un colloque, des journées de réflexion… « Ça pourrait être pertinent », ose l’enseignant de retour dans sa province natale, le Nouveau-Brunswick.

« On peut se satisfaire, mais il faut toujours rester vigilant », renchérit-il.

« Il y a un désir d’espace de dialogue communautaire avec la ville, celui même dans lequel se sont déroulés les États généraux », ajoute Linda Cardinal, qui se rappelle les différentes intentions derrière les États généraux. L’une d’entre elles était de vouloir une francophonie unie et un rapprochement avec les anglophones.

Les États généraux en 2012 étaient bel et bien une initiative de grande envergure. Plus de 200 participants lors du sommet et la preuve d’une francophonie déterminée. Dix ans après, le constat n’est pas flamboyant et les acteurs de ce mouvement essaient de rendre pérennes les idées qui avaient émergées.

Les écoles ouvertes lundi, pas de grève pour les travailleurs de l’éducation

Les écoles de la province seront ouvertes demain après qu’une menace de grève planait sur l’ensemble des classes de la province. Les négociations entre le gouvernement Ford et le syndicat représentant les 55 000 travailleurs ont donné lieu à une entente signifiant qu’il n’y aura pas déclenchement de grève dès lundi. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Éducation Stephen Lecce en conférence de presse dimanche soir.

« Le résultat le plus important que nous puissions obtenir aujourd’hui était une certaine stabilité pour les parents qui travaillent, les enfants et le personnel alors je suis très content que les deux partis se soient entendus pour garder les enfants en classe », a affirmé le ministre.

Le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Stephen Lecce. Source : Facebook Stephen Lecce

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) avait déposé mercredi son préavis de grève alors que les négociations échouaient au niveau des conditions de travail avec le gouvernement. Le SCFP avançait s’être entendu avec le gouvernement sur une augmentation salariale de 3,59 %, mais le syndicat disait toujours se battre pour un plus grand nombre d’effectifs. Dans un communiqué dimanche soir, le syndicat indique avoir conclu un accord de principe avec le gouvernement et qu’une offre sera présenté aux membres dans les prochains jours.

Les deux partis s’étaient entendus pour avoir un accord dimanche avant 17h sans quoi il y aurait eu fermeture de classes.

« Nous sommes heureux d’avoir trouvé un terrain d’entente avec le SCFP qui permettra à notre personnel de continuer à offrir le meilleur pour nos élèves, sans interruption. Qu’il s’agisse du personnel administratif, de conciergerie ou des para professionnels en salle de classe, chacune de ces personnes est importante à la réalisation de notre mission éducative », a déclaré par communiqué, Benoit Fortin, président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO).

Concernant les négociations avec les syndicats d’enseignants, dont la convention collective est échouée, Stephen Lecce soutient que son gouvernement continue d’avoir des « négociations de bonne foi (…) en continuant d’être à la table des négociations ».

Shirley MacLean, la commissaire prise entre l’arbre et l’écorce d’un tourbillon linguistique

[LA RENCONTRE D’ONFR]

FREDERICTON – Depuis près de deux semaines, le Nouveau-Brunswick et son premier ministre Blaine Higgs se trouvent pris dans une tourmente linguistique après la nomination de Kris Austin à un comité sur les langues officielles et sa volonté de changer le programme d’immersion française. Mais il y a aussi un nom qui se retrouve associé à cette crise : celui de la commissaire aux langues officielles de la province, Shirley MacLean, dont le bureau a été critiqué par M. Higgs, le qualifiant de « bureau très négatif ». Rencontre avec la première commissaire anglophone de la province, dont l’amour de ses parents pour les langues officielles l’aura amenée à Québec pour parfaire sa langue de Molière.

« On entend beaucoup parler du Nouveau-Brunswick dans les dernières semaines. Vous avez été vous-même impliquée indirectement. Nourrissez-vous des craintes pour l’avenir de votre poste?

J’entends les discours, mais moi j’ai un travail à faire selon la Loi sur les langues officielles. Mon mandat est clair. Je suis une agence indépendante de l’Assemblée législative. En tant que commissaire, je dois faire des recommandations, enquêter sur les plaintes que l’on reçoit et j’ai aussi un mandat promotionnel. On attend toujours la réponse du gouvernement suite à la révision de la Loi sur les langues officielles. Donc dans mon rôle, je pourrais réagir une fois qu’un projet de loi sera déposé.

En quoi cette révision de la Loi sur les langues officielles est-elle importante?

Il n’y a pas quelque chose qui nous touche plus que notre langue. La question de la langue nous touche tous les jours. C’est notre vitalité. C’est culturel. Selon moi, il n’y a pas plus important pour nos deux communautés linguistiques que l’importance de la langue et de la culture.

Mais pour un citoyen néo-brunswickois, quel impact la révision de cette Loi peut-elle avoir comme impact?

Sur la santé par exemple! Si on va à l’hôpital, on reçoit des services et on aimerait en avoir dans notre langue, mais ça n’arrive pas. Il faut avoir un recours. Où est-ce qu’on va pour trouver une solution si ça arrive? Selon la Loi sur les langues officielles, ça serait au Commissariat. Donc, pour les questions linguistiques, il faut toujours s’assurer qu’il y ait une progression vers la vitalité de nos deux communautés.

Comment jugez-vous l’importance de l’éducation en immersion française au Nouveau-Brunswick?

Apprendre en immersion représente une ouverture à une culture. J’ai moi-même fait l’immersion, pas dans une école d’immersion, mais c’est très important pour que les gens puissent atteindre un niveau de bilinguisme réel. J’ai souvent travaillé avec des gens qui ont commencé tardivement l’immersion, mais qui sont très compétents (en français). On a fait un sondage dans lequel les gens du Nouveau-Brunswick, anglophones et francophones, pensent que leurs enfants devraient avoir accès à une éducation dans leur seconde langue. Donc, c’est très important.

Shirley MacLean
La commissaire a essuyé les critiques du premier ministre Higgs qui considère son bureau comme « très négatif ». Gracieuseté

Le débat autour de l’immersion française dépasse les frontières du domaine éducatif. Est-ce que le fait que ce soit un dossier chaud au niveau politique vous inquiète?

Je suis du même avis qu’avec la révision de la Loi sur les langues officielles, mais il faut savoir ce que le gouvernement a l’intention de faire et on ne le sait pas encore. On sait qu’il y aura quelque chose en vigueur en septembre 2023. Mais il ne faut pas oublier ce qu’on a fait dans le passé. Je veux rentrer dans les questions politiques, mais il faut en être conscient. C’est extraordinaire ce que ça nous a donné comme province et si le gouvernement a l’intention de faire les changements et modifications qu’il semble vouloir faire, il ne faut pas oublier le bon travail et résultat obtenu jusqu’à présent.

Vous dites que votre poste vous impose d’être neutre, mais parvenez-vous à comprendre la colère de la population acadienne après la nomination de Kris Austin à un comité des langues officielles?

Je ne veux pas rentrer dans le discours politique, mais c’est sûr que j’entends les discours. D’un côté, c’est bien, car on parle de langues officielles, mais ça démontre l’importance de la langue et de la culture pour nous comme Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises (…) Je pense que les gens au Nouveau-Brunswick sont fiers d’être bilingues et je crois fermement qu’il y a une approbation pour le bilinguisme. Je pense que c’est très important de dire qu’il faut essayer de se comprendre (entre les deux communautés).

Vous dites avoir vous-mêmes appris le français de façon immersive en allant à l’Université Laval dans votre vingtaine? Qu’est-ce qui vous a poussé à apprendre le français de façon quand même tardive?

C’était une chose qui m’avait toujours intéressée, mais j’avais un baccalauréat en sciences politiques et on (dans la famille) écoutait toujours les nouvelles chez nous. On a vécu la période où ils ont eu les discussions constitutionnelles, lorsqu’ils ont fait son rapatriement et il était beaucoup question de bilinguisme avec la place du Québec au Canada. Alors je trouvais ça important, comme pays bilingue, d’accueillir l’autre communauté linguistique et je voulais apprendre la langue pour être une bonne citoyenne.

Shirley MacLean
Apprendre en immersion représente une ouverture à une culture, estime Shirley MacLean. Gracieuseté

Est-ce que cela a été difficile pour vous d’apprendre le français?

Oui, au début c’était presque impossible (Rires). J’ai eu un cours de français à l’école secondaire et des cours à l’université, mais c’était des cours de base. J’étais en situation minoritaire. Aujourd’hui, ça fait du bien, car je peux comprendre ce que c’est au juste d’être dans une telle situation. Mais j’ai aussi appris (à ce moment-là) que le monde était prêt à m’aider.

Vous avez était la première personne anglophone au poste de commissaire. Cela fait-il une différence selon vous?

Je ne connais pas la réponse, mais probablement pas. Je suis aussi avocate. Alors, pour moi, il y a un côté juridique et linguistique dans ce travail (… ). En tant qu’ anglophone, c’est sûr que tu veux penser que tu peux faire les ponts entre les deux communautés linguistiques, mais je ne sais pas si j’arrive à le faire. Ce n’est pas à moi de juger. »


LES DATES-CLÉS DE SHIRLEY MACLEAN

1963 : Naissance au Cape-Breton

1990 : Obtention de son diplôme en droit de l’Université du Nouveau-Brunswick

2003 : Devient directrice générale adjointe du Barreau et registraire des plaintes

2013 : Obtient la distinction de conseiller du Roi (de la reine à l’époque)

2019 : Nommée commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Ces villes qui nous habitent

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Il y a quelques années, je suis tombée par hasard sur l’un des livres du célèbre romancier turc Orhan Pamuk, lauréat du prix Nobel de littérature en 2006. Cette chose étrange en moi est un livre qui nous entraine dans la ville d’Istanbul depuis ses anciens quartiers bourgeois arméniens et grecs jusqu’aux premiers quartiers anarchiques ou gecekondu, maisons construites en une nuit sur des terrains de l’État, sur les collines avoisinantes qui s’étendent à perte de vue sur la rive asiatique du Bosphore.

La mégalopole est classée comme la ville au monde où les conducteurs passent le plus de temps à attendre dans leurs voitures. Mais ce qui m’a le plus captivée dans ce roman de Pamuk, ce sont les rues et les ruelles ainsi que la métamorphose du paysage urbain de toute la ville que l’on ressent à travers les déambulations noctambules d’un de ses résidents, rêveur éternel, Mevlut.

Ce personnage principal, venu du fin fond de l’Anatolie et vendeur de yaourt et de boza, une boisson ancienne turque faite à base de céréales fermentées et qui parcourt cette ville à pied, une barre de bois sur les épaules et à ses extrémités pendent deux sceaux remplis de yaourt et de boza et sa voix qui appelle les habitants, généralement les femmes, dans leurs appartements, pour vanter les mérites de ses produits et les vendre.

Le livre de Pamuk nous peint la ville avec beaucoup de détails et de style depuis 1969 jusqu’à 2012. Des vagues successives de migration et d’exil : ceux qui arrivent, attirés par les affaires et la prospérité et ceux qui partent, chassés par la politique ou les conflits.

Malgré sa naïveté et son peu d’éducation, Mevlut réussit à nous décrire avec beaucoup d’amour et de tendresse cette ville historique qui se réveille de sa torpeur en embrassant la modernité… « Déambuler la nuit dans les rues de la ville lui donnait l’impression de se promener dans sa propre tête. »

Quand la ville et le personnage ne font qu’un

Maintes fois dans le texte de Pamuk, nous avons l’impression que la ville, Istanbul, et le personnage, Melvut, ne font qu’un. C’est un peu ce que j’ai ressenti en terminant la lecture de Nouveaux contes sudburois, écrits par un collectif d’auteurs originaires ou résidents à Sudbury.

Dans la préface du recueil, Norman Renaud, animateur radio et auteur de la région, écrit : « À Sudbury, j’habite une enclave d’une demi-douzaine de rues dont les noms sont on ne peut plus canadiens-français. Brébeuf et d’Youville, Montcalm et Lévis ». Sans nécessairement déambuler dans les rues de cette ville du Nord de l’Ontario, on comprend inéluctablement son riche bagage historique mais surtout sa francophonie.

Que ce soit en compagnie de Miriam Cusson qui parle des membres de sa famille qui se sont installés dans ce Grand Nord, de cette terre défigurée par les météorites et les hommes ou encore plus par les camions à dix-huit roues qui transportent la roche et font trembler le sol sur leur passage ou avec Marie-Thé Morin, dont le personnage principal se promène dans les rues de Sudbury.

« Elle s’est plantée devant l’ancienne gare pis elle a pointé à ma droite. Pis là, j’ai vu des affaires anciennes qui existent pus, le vieil hôtel King Edward, des personnages qui sortaient de la vielle gare pis qui s’en allaient direct à l’hôtel ». On est entièrement habité par cette ville et par ces personnages parfois bizarres mais toujours attachants.

« Ce n’est qu’une capture des couleurs et des sons d’un langage familier et authentique »

Autre aspect que j’ai trouvé particulier et rafraichissant dans Nouveaux contes sudburois, c’est l’usage de mots ici et là en anglais. « Ça parait parce qu’à commence à shaker pis à twicher ». Pour les puristes de la langue française, ce ne sont bien sûr que des sacrilèges, un massacre de cette langue que nous aimons tant et défendons à tout prix. Mais pour les artistes qui vivent, respirent et rêvent avec cette langue, ce n’est qu’une capture des couleurs et des sons d’un langage familier et authentique.

Pourquoi parler une autre langue purifiée et aseptisée, même si théoriquement elle serait plus correcte. La même remarque pourrait s’appliquer à ces villes, objets de ces livres. Pourquoi se contenter de décrire les plus belles rues et s’arrêter devant celles dédaignées par la population. N’est-ce pas là un flagrant délit d’élitisme qui ne peut que nous, lecteurs, nous rebiffer ou induire en erreur? Oser rentrer dans la crasse, côtoyer la corruption et exposer le truandisme. En parler n’est pas synonyme d’acceptation ou d’acquiescement.

En parler c’est dresser un portrait le plus proche possible de la réalité. L’objectif ultime de tout écrivain. Que ce soit Pamuk, le stambouliote, ou Miriam Cusson, Marie-Thé Morin, Chloé Thériault et les autres auteurs sudburois, parler de sa ville natale ou des villes qu’on aime, en tant qu’écrivains n’est jamais une tâche facile.

L’art de trouver les mots justes

Non seulement il faut de la recherche solide et rigoureuse mais aussi il faut trouver les mots justes et surtout l’amour sans tomber dans le misérabilisme ou l’idéalisation exagérée de ce qu’on aime. Je me rappelle mes lectures de jeunesse et l’impact que des auteurs comme Honoré de Balzac ou Émile Zola ont eus sur moi. Me faire connaitre des villes et des endroits comme Paris ou la Provence, sans les avoirs visités pour autant.

Parler des mœurs mi-détestables, mi-fascinantes, de leurs habitants. Nous faire introduire dans leurs maisons et dans leurs usines et même dans leur quotidien le plus intime et partager leurs bonheurs et leurs tristesses. En bref, se sentir l’un des leurs. C’est certainement ce que j’ai senti en lisant la vie de Mevlut dans les rues d’Istanbul ou celle de la Joséphine qui court du coin de la rue Durham jusqu’à la Medina lane en s’arrêtant sur le bord du lac Ramsey.

Des images qui s’incrustent dans nos têtes même si nous n’avons jamais visité ces villes qui nous paraissent dans notre coin de lecture à la fois captivantes et lointaines.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Edouard Landry sort de sa forteresse avec un sixième album 

SUDBURY – L’auteur-compositeur-interprète Edouard Landry vient de sortir son sixième album Forteresse, dont le concert d’inauguration aura lieu ce vendredi à la Place des Arts. L’album aux styles musicaux variés, qui n’en sont pas moins complémentaires, arbore la construction personnelle par la déconstruction d’« épreuves de notre temps ».  Le musicien sudburois ouvre la herse sur le processus de son œuvre intime et conceptuelle.

Si presque tout de l’album rappelle l’expérience d’isolement de la pandémie, Edouard Landry confie l’avoir en fait écrit en 2018 puis enregistré en 2019. « Je ressentais pas mal de pression avec le succès de mes albums précédents. J’avais l’impression que je voulais juste aller me cacher quelque part », se confie-t-il. Forteresse a été l’un de ses lieux de refuge.

Ce n’est pas que le regard public vis-à-vis de son travail que le musicien souhaitait fuir. « J’avais une anxiété des médias sociaux. Comme artiste, on doit partager son travail. Tu ne peux pas seulement écrire une chanson puis aller te cacher. J’étais un peu écœuré », révèle-t-il. 

Cet appel à l’authenticité, dans un monde qui accorde de plus en plus d’importance au virtuel, s’entend entre autres dans sa chanson Rappel, dont il évoque la parole : « Je suis parce que je te suis », ou alors « J’ai besoin de te voir en personne ».

Différentes rencontres musicales

Les sentiments contradictoires d’exil personnel et de besoin de contact humain se ressentent par les différentes rencontres musicales qui jalonnent l’album. Dans cet « arc sonore » ouvertement inspiré du groupe musical Pink Floyd, « la diversité se rejoint dans l’unité », décrit l’artiste.

« Les premières [chansons] (Quarantaine, Rappel) jettent la base avec des rythmes rock entraînants émaillés de scintillantes phrases de guitare électrique et de frissonnantes répliques d’orgue électrique », continue le communiqué. « Un petit virage au country (Minuterie) agrémenté d’accordéon […] puis des fragments de violon (Forteresse) et de steel guitar (La fin des terres) font leur apparition dans des pièces aux rythmes un brin plus recherchés, sans pour autant donner l’impression d’arriver d’ailleurs. »

Pour accompagner l’univers musical, créé en compagnie du réalisateur Shawn Sasyniuk, Edouard Landry a rédigé des textes intimes transcrivant ses émotions par la métaphore d’une forteresse. Cette dernière évoque l’idée de « repousser le monde et peut-être avoir ça comme solution », explique-t-il. Ses différents éléments sont évoqués par les titres d’une majorité des chansons de l’album, dont Fossé, Oubliette, Télescope, Le pont… 

Edouard Landry investit la scène de la Place des Arts ce vendredi. Crédit image : Gerry Kingsley

En fait, le musicien fait voyager l’auditeur dans l’irrigation de sa forteresse, l’expérience d’y être puis, enfin, les étapes pour en sortir. 

« Je parle aussi de ma quarantaine (…). Mais je relis mes textes et je vois qu’on peut facilement faire des liens avec la pandémie. Elle a enlevé mon punch! », rit-il, en faisant notamment référence à Quarantaine, la première chanson de son opus. 

« Je trouve que je me connais plus personnellement et que j’ai maintenant plus de quiétude », affirme celui qui entre dans cette nouvelle étape de sa vie et, par extension, de sa musique.

Une œuvre en évolution constante

« Il y a un fil conducteur à travers mes albums », indique le musicien sudburois.

Son album Pomme Plastique III (2019) se conclut par les mots « Vivre dans le moment présent ». Deux ans plus tard, l’album Be Here Now (2021) est sorti. Même chose dans ce dernier, qui annonçait Forteresse (2022), et dont la création s’est d’ailleurs faite dans la même période.

Forteresse suit le cycle. L’album se conclut avec la chanson Vers la fin des terres, qui se veut un « résumé de l’album » et « un clin d’œil au prochain », affirme celui qui révèle aussi la sortie de son prochain album pour 2023.

Ce qui singularise ce dernier album est l’approche sur le plan du processus créatif, d’après M. Landry. « Son écriture s’est faite dans une période de temps assez courte », explique-t-il. En quatre jours, pour être plus précis. En réalité, le concept de l’album était déjà fixé pour Edouard Landry. « J’ai choisi les titres des chansons avant même de les écrire », confirme-t-il.

« Je voulais vraiment pousser l’album concept jumelé avec mes clips. Je me suis donné cet espace-là. », ajoute-t-il.

Ces clips seront d’ailleurs révélés en intégralité lors du concert de lancement, qui débutera à 20h ce vendredi à la Place des arts de Sudbury. Edouard Landry sera accompagné du band avec qui il a enregistré son album.

La magie de Noël déjà bien présente dans le Nord

SUDBURY – La première bordée de neige à peine tombée et la région commence déjà à ressembler au temps de Noël. Avec des parades organisées cette fin de semaine et un premier village de Noël à Hearst, voici un petit tour d’horizon des prochains événements célébrant la magie du temps des fêtes dans le Nord.

HEARST

Une nouveauté intéressante cette année du côté de Hearst qui accueille son tout premier village des fêtes dans le cadre des festivités du centenaire de la ville.

Des décorations orneront les boutiques du centre-ville dans l’esprit de Noël du 25 au 27 novembre prochain.

Une patinoire sera également disponible pour tous dans l’espace de stationnement de l’hôtel de ville le 25 novembre.

SUDBURY

Après un hiatus de trois ans lié à la pandémie, la parade du père Noël est de retour pour sa 62e édition sous le thème « Au tempo du père Noël ».

Ce samedi, ce seront près de 50 chars qui défileront dans les rues du centre-ville de Sudbury à 17h30. Un feu d’artifice lancera les festivités avant le départ du convoi à 17h15.

Des centaines de bénévoles seront sur places pour alimenter le défilé de cette année qui selon l’une des organisatrices, Laurie Prudhomme, « sera parmi les meilleurs qu’on ait jamais vus ».

Du chocolat chaud sera servi gratuitement ainsi qu’une friandise. Le traditionnel marché de Noël aura lieu quant à lieu samedi 26 novembre du côté du centre-ville, avec une part belle à l’artisanat local.

KAPUSKASING

La tradition du Festival des lumières revient cette année encore à Kapuskasing : chasse au trésor, promenades en wagon, feu de joie et musique de Noël seront au programme.

Le coup d’envoi de cette tradition vieille de plus de trente ans aura lieu le samedi 3 décembre à 18h30 au parc Riverside et le populaire festival hivernal se poursuivra jusqu’à la mi-janvier.

NORTH BAY

C’est dimanche que les jeunes et les moins jeunes pourront admirer un autre défilé du côté de North Bay. La parade défilera au centre-ville à midi avec pour thème « les personnages de Noël ».

Autre activité au programme qui revient cette année est « la Marche de Noël », au centre-ville de North Bay le 25 novembre de 18h à 21h.

TEMISKAMING SHORES

New Liskaerd aura aussi à un village Noël, mais à travers une visite guidée par des personnages de la Nouvelle-France.

Le festival a débuté en 2013 et connaît déjà un grand succès avec quelque 10 000 personnes attendues sur place pour la première fois depuis 2019.

Sciage du billot, feux d’artifice et jeux pour enfants seront, entre autres, au programme.

Le village sera disponible à la visite du 24 au 26 novembre sur le site de la Foire de New Liskaerd. Le défilé organisé par le Club des Lions aura quant à lui lieu le samedi 26 novembre à 17 h au centre-ville.

Organisé par le Centre culturel ARTEM, le village compte quelque 200 bénévoles. Source : site web Village Noël Témiskaming

MATTAWA

Le défilé annuel des pompiers revient à Mattawa le samedi 26 novembre à 18h avec un départ depuis l’ancienne maison de retraite de la 10e rue.

Les plus petits pourront rencontrer le père Noël qui sera en haut à l’aréna après le défilé jusqu’à 20h.

THUNDER BAY

L’événement populaire du défilé qui attire chaque année jusqu’à 20 000 personnes le long du parcours de l’avenue Memorial est de retour pour la première fois depuis 2019.

Organisé par le Club Rotary, celui-ci est prévu pour 10h le samedi 19 novembre, le public est par la suite invité à l’Auditorium pour d’autres activités festives en intérieur.

Du chocolat et boissons chaudes seront servies au public sur place.

Sommet de la Francophonie : quel rôle pour le Canada dans l’espace francophone?

C’est dès demain qu’aura lieu le Sommet de la Francophonie, pour une première fois en quatre ans, et Justin Trudeau sera présent. Le premier ministre se déplace à Djerba à un moment où des pays francophones de l’Afrique ont connu ces dernières années des coups d’État ou des reculs démocratiques. Quel rôle peut avoir le Canada et y a-t-il une opportunité pour l’unifolié sur le continent?

La présence canadienne était pourtant incertaine au départ. La Presse rapportait la réticence d’Ottawa à participer à ce Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en raison de la situation politique en Tunisie. Le président Kaïs Saïed s’est octroyé les pleins pouvoirs en juillet 2021, un geste qu’il jugeait nécessaire en raison de la situation au pays.

Ce qui pourrait bien avoir penché dans la balance, c’est la situation démocratique dans certains pays d’Afrique francophones, où l’influence d’États comme la Chine et la Russie est grandissante sur ce continent, note des experts. À titre d’exemple, en mars dernier, une vingtaine de pays d’Afrique, comme le Congo-Brazzaville, le Sénégal ou le Mali se sont abstenus lors d’un vote avec majorité écrasante à l’ONU demandant à la Russie de « cesser de recourir à la force contre l’Ukraine ».

Pour une experte de la question africaine, de plus en plus de pays francophones du continent tentent de sortir du dialogue traditionnel avec les pays occidentaux, la France et l’Europe.

« On voit fleurir des partenariats avec la Russie dans certains cas, la Turquie de plus en plus présente sur le continent, les Émirats du Golfe qui ont aussi une diplomatie très active ou Israël, sans oublier de citer la Chine et l’Inde », donne en exemple Niagalé Bagayoko, docteure en science politique de l’Institut d’Études Politiques de Paris et présidente du Réseau africain du secteur de la sécurité (ASSN).

Niagalé Bagayoko, spécialiste des politiques de sécurité internationales en Afrique subsaharienne, et Marie-Eve Desrosiers, titulaire de la Chaire de recherche en francophonie internationale sur les aspirations et mouvements politiques en Afrique francophone. Gracieuseté.

La professeure de l’Université d’Ottawa Marie-Eve Desrosiers note que c’est beaucoup du cas par cas, mais que la Chine a « une influence grandissante au niveau économique alors que la Russie est très présente au niveau de la sécurité sur le continent ».

La spécialiste de mouvements politiques en Afrique francophone note que plusieurs pays profitent du peu de conditions démocratiques imposées par des régimes totalitaires comme la Chine et la Russie contrairement aux pays occidentaux pour augmenter leurs partenariats.

Mais cela à un impact notamment en Guinée, au Mali et au Burkina Faso qui ont connu des coups d’État militaires depuis 2020. Niagalé Bagayoko constate « un recul des acquis démocratiques qu’on avait pu constater notamment en Afrique de l’Ouest » au cours des années 1990 et 2000.

Cela s’explique notamment par un « deux poids, deux mesures » dans l’application de certaines normes démocratiques dans des pays africains de la part de l’espace francophone, le monde occidental et la France, observe Mme Bagayoko.

« Aujourd’hui, c’est une force pour ces régimes autoritaires partenaires qui mettent l’accent sur le fait que la démocratie n’a été qu’un paravent brandi de manière hypocrite par les partenaires occidentaux traditionnels pour faire valoir leurs intérêts », analyse l’ancienne dirigeante d’un programme de maintien et consolidation de la paix à l’OIF.

Et le Canada dans tout ça?

En conférence de presse jeudi soir à Bangkok, Justin Trudeau a affirmé qu’il allait souligner à Djerba « ses préoccupations par rapport aux reculs démocratiques » dans le pays hôte, mais aussi « qu’on est en train de voir dans bien des parties du monde ». Il devrait y avoir des rencontres avec des dirigeants mondiaux, mais on ne sait pas encore lesquels. Le Canada, en comptant les membres comme le Québec et le Nouveau-Brunswick, est le deuxième plus gros bailleur de fonds de l’OIF, après la France, avec 30 millions de dollars chaque année.

Justin Trudeau lors d’une rencontre en mai dernier avec la secrétaire générale de l’OIF Louise Mushikiwabo. Crédit image : Adam Scotti (Cabinet du premier ministre).

S’il est l’un des acteurs clés au sein de cette organisation, c’est une autre histoire sur le continent africain qui compte plus d’une trentaine de gouvernements et d’États membres permanents ou observateurs à l’OIF.

« On n’est pas un très gros joueur et on n’a pas nécessairement les capacités pour le devenir », estime Marie-Eve Desrosiers.

« On n’a ni argent ni personnel sur place pour être parmi les plus gros joueurs (…). Je ne suis pas convaincue que les choses risquent beaucoup de changer à long terme », ajoute-t-elle.

Elle concède que le Canada « pourrait profiter plus » de sa francophonie avec les pays africains.

« Le Canada en a fait une position très claire qu’il était conscient que l’Afrique était le continent de l’avenir. C’est le continent qui vit une émergence fulgurante mais avec quelques signaux problématiques politiquement, car il y a un recul de la démocratie (…) Mais c’est sûr qu’il y a une opportunité pour le Canada de s’impliquer et de développer ses partenariats en Afrique. »

Selon les données de l’OIF de 2018, sur les 321 millions de locuteurs du français, 62 % proviennent d’Afrique. D’ici 2050, on projette que 9 francophones sur 10 au monde proviendront de ce continent et que le français pourrait être la langue la plus parlée du monde.

L’Ontario, membre observateur de l’OIF, sera d’ailleurs représenté cette fin de semaine par la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney. Elle rejoint la délégation canadienne qui comporte le Nouveau-Brunswick et le Québec, dont le premier ministre François Legault. Il s’agit du premier Sommet de la Francophonie depuis 2018 qui avait eu lieu en Arménie. Le sommet de 2020 avait été reporté en premier lieu pour cause de la pandémie et l’an dernier en raison de la situation instable politiquement en Tunisie.

Le temps des fêtes réuni en arts et en culture

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

À un peu plus d’un mois des vacances de Noël, il est temps de remplir vos agendas avec les activités qui ne manqueront pas de vous réunir avec vos proches. N’oubliez pas vos manteaux et vos foulards, la saison du temps des Fêtes se démarre sous le signe des arts et de la culture!

Films

Le Festival du film de l’Union européenne de retour en salle  

Après avoir présenté pendant deux ans les meilleures œuvres du cinéma de l’Union européenne en virtuel, le Festival du Film de l’Union européenne (FFU)E revient en salle à l’Alliance française de Toronto prêt à attirer les cinéphiles de près et partout au Canada. Cette année, le festival compte présenter 27 films provenant des 27 États membres de l’Union européenne et ajoutera le nouveau long métrage ukrainien, Klondike, geste cinématographique en solidarité avec le peuple ukrainien. Dans le cadre de sa programmation francophone, ce seront les films Illusions perdues (France) et Patrick (Belgique) qui représenteront fièrement au front de la langue française. 

Le film Illusions perdues. Gracieuseté du Festival du film de l’Union Européenne.

Le Festival du film de l’Union européenne du 17 novembre au 2 décembre et en ligne jusqu’au 10 décembre. Consultez la programmation complète ici.

Chien blanc de Anaïs Barbeau-Lavalette au cinéma SilverCity Sudbury

Il s’agit là du dernier film présenté dans le cadre du programme Mécènes du tapis rouge de Cinéfest Sudbury en 2022. Coscénarisé par Valérie Beaugrand-Champagne, celle qui nous a apporté le célèbre film Incendies, Chien blanc est une adaptation du roman éponyme de l’écrivain français Romain Gary, un récit semi-autobiographique qui raconte son histoire et celle de sa femme Jean Seberg qui, au plus fort du mouvement américain pour les droits civiques, adoptent un berger allemand dressé pour poursuivre et attaquer les personnes noires. Alors que les nouveaux maîtres commencent à rééduquer leur chien, une histoire déchirante se révèle peu à peu.

Crédit image : Sphère Films.

Chien blanc au cinéma SilverCity Sudbury le 23 novembre à 19h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Musique

Edouard Landry dévoile son nouvel album

Le chanteur et musicien sudburois lance son sixième album Forteresse. Toujours fidèle à ses accents folk et pop rock, Edouard Landry vous donne l’occasion de vivre les nouvelles chansons en se démarquant sur la scène franco-ontarienne en spectacle à La Place des Arts.

Le chanteur et musicien, Edouard Landry. Crédit image : Gerry Kinglsey.

Dévoilement du nouvel album « Forteresse » à La Place des Arts le 18 novembre de 20h à 22h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Théâtre

La pièce Cher Tchekhov sur scène au Centre national des arts 

Le dramaturge québécois Michel Tremblay est aux commandes de cette nouvelle pièce. Dans Cher Tchekhov, Michel Tremblay (ré)examine un vieux scénario inachevé au cours d’un dîner de famille en compagnie d’un critique, d’un groupe d’actrices et de leur frère auteur.

Cher Tchekhov de Michel Tremblay. Crédit image : Yves Renaud.

Cher Tchekhov de Michel Tremblay du 17 au 19 novembre. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Communauté

Artisaneries et confiseries : le marché autochtone du Native Canadian Centre of Toronto se lance

Thé, aliments, arts, bijoux et vêtements confectionnés par les peuples autochtones seront au premier plan du marché annuel organisé par le Native Canadian Centre of Toronto. Des artisans autochtones de tout l’Ontario se rassembleront dans les locaux de l’organisation pour faire rayonner le meilleur de leurs cultures. Des artistes francophones comme Bella Lafontaine, dont l’héritage est Cri, du côté de sa mère, et Franco-canadienne, du côté de son père, vendra ses spécialités artisanales : mukluks, bijoux et capteurs de rêves.

Crédits image :  bebecom98 / iStock / Getty Images Plus via Getty Images.

Le marché autochtone du Native Canadian Centre of Toronto du 18 novembre au 5 décembre.

Les Nuits de Mashhad ou la révolte des femmes iraniennes

ONFR+ a rencontré la comédienne franco-iranienne Zar Amir Ebrahami, récipiendaire du prix d’interprétation féminine à Cannes pour le film Les Nuits de Mashhad (Holy Spider), thriller social et religieux qui nous plonge au cœur d’un sujet autant effroyable que d’actualité : celui de la violence envers les femmes iraniennes. Sortie en salle au Canada ce vendredi.

Salaire des hauts dirigeants, travaux coûteux, opacité : la vérificatrice générale accable La Laurentienne

SUDBURY – Sept mois après avoir dévoilé son rapport préliminaire, le bureau de la vérificatrice générale de l’Ontario a rendu publique tôt ce matin la version finale de son enquête sur la gestion de la crise qui a secoué l’Université Laurentienne en février 2021. Immobilisations trop coûteuses et mal planifiées, salaire des hauts dirigeants inapproprié, entrave à l’accès aux documents, surveillance mal orientée du Conseil des gouverneurs… le rapport confirme les failles au sein de l’établissement et son recours injustifié à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

La vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, a finalement publié aujourd’hui son rapport attendu initialement en juin dernier avant la dissolution de l’Assemblée législative en vue de l’élection générale du 2 juin.

Sur plus d’une centaine de pages, elle revient sur les conclusions établies lors du rapport préliminaire « en donnant un aperçu solide » de ces constatations à ce jour.

Outre le fait que l’Université Laurentienne n’avait pas à recourir à la LACC et a choisi de rejeter le soutien financier du ministère, on y apprend entre autres que bien que la pandémie n’ait pas aidé, « la cause principale de son déclin financier de 2010 à 2020 était l’expansion et la modernisation mal planifiées et coûteuses de ses immobilisations ».

Selon les informations figurant dans le rapport, l’établissement a investi près de 168 millions de dollars dans des projets d’expansions sans prévoir les conséquences financières pouvant en résulter.

« La Laurentienne a choisi de construire et d’agrandir ses installations alors qu’elle était en situation financière précaire », peut-on aussi lire dans le rapport.

De plus, la Laurentienne a modifié sa politique de dette interne pour lui permettre de contracter encore plus de dettes au titre des immobilisations, lesquelles s’élevaient déjà à près de 87 millions de dollars.

Rémunération injustifiée de la haute direction

Une autre faille dans le dossier demeure le salaire de la haute direction, mais aussi des conseillers spéciaux que le rapport considère « inappropriée et notablement croissante. »

Celui-ci a augmenté d’environ 75 % et comprenait également des avantages sociaux pour les cadres supérieurs.

Le bureau de la vérificatrice indique également que certains cadres supérieurs avaient accès à des allocations de dépenses discrétionnaires de 2,4 millions de dollars et ce « sans politique décrivant à quoi ces fonds pourraient être consacrés ».

Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l’Ontario. Archives ONFR+

Par ailleurs, le rapport détruit de nouveau l’argument de l’établissement selon lequel le salaire des professeurs aurait été à l’origine de troubles financiers.

Selon le rapport, les données semblent montrer que « les coûts globaux du corps professoral de l’Université Laurentienne ne dépassaient pas de façon significative ceux des universités comparables et que ses programmes universitaires généraux avaient contribué favorablement à l’Université ».

Il y est notamment expliqué que des fonds de prestations de retraite pour soins de santé des employés de la Laurentienne ont étés consacrés à des projets d’immobilisations.

Le manque de transparence encore dénoncé

Une des raisons évoquées pour expliquer le délai dans la divulgation dudit rapport dont les travaux ont commencé en avril 2021 a aussi été justifiée par un manque de coopération de la haute direction.

« Le recteur et le Conseil des gouverneurs (le Conseil) de la Laurentienne, guidés par un conseiller juridique externe, ont mis en place des restrictions sans précédent à notre accès à l’information. »

En rappel, la vérificatrice générale de l’Ontario affronte en ce moment l’Université Laurentienne en Cour d’appel en lien avec la contestation de la Loi sur le vérificateur général concernant l’accès à des informations internes.

Le rapport parle de « restrictions sans précédent » ayant limité notre accès direct et sans entrave aux renseignements et aux personnes. »

Une autre critique adressée à l’établissement concerne la surveillance exercée par le Conseil des gouverneurs de la Laurentienne qui, selon le rapport, « était faible et parfois mal orienté ».

Le rapport est aussi revenu sur le rôle du ministère des Collèges et Universités qui « n’est pas intervenu de façon proactive en temps opportun pour donner des conseils afin d’aider la Laurentienne à ralentir sa détérioration financière ou, en définitive, à réagir à celle-ci ».

Des recommandations bien accueillies

Plusieurs recommandations ont étés émises concernant l’administration de la Laurentienne, le Conseil de la Laurentienne, le ministère des Collèges et Universités et le Bureau du commissaire à l’intégrité de l’Ontario.

Une recommandation interpelle notamment l’implication de la province, laquelle est invitée à « envisager d’officialiser la prérogative du Ministère de nommer un superviseur pour aider une université lorsqu’il y a de sérieuses préoccupations en matière de viabilité ».

En outre, il y est indiqué que la province devrait suivre l’exemple des autres provinces en fixant des limites aux déficits, aux emprunts et aux dépenses en immobilisations importants.

De son côté, l’Université Laurentienne déclare être « d’accord avec les recommandations du rapport et a hâte de collaborer avec la vérificatrice générale et le gouvernement de l’Ontario (en particulier le ministère des Collèges et Universités), pour mettre en œuvre et opérationnaliser les recommandations ».

Celle-ci espère également, dans le rapport, que « les précieuses leçons tirées de l’examen de la vérificatrice générale profiteront à l’ensemble du secteur de l’enseignement supérieur et des autres établissements du secteur public. »

Même son de cloche des autres parties, même si le Bureau du commissaire à l’intégrité exprime vouloir prendre en considération les recommandations en délibération, mais « sous réserve des limites de la Loi de 1998 sur l’enregistrement des lobbyistes ».

La ministre Mulroney au Sommet de la Francophonie pour « créer des liens »

TORONTO – La ministre ontarienne des Affaires francophones va atterrir ce jeudi matin à Djerba, en Tunisie. Au 18e Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui s’ouvre cette fin de semaine, elle entend faire valoir les atouts de l’Ontario auprès de potentiels partenaires économiques et culturels, mais aussi apporter l’expertise de la province en matière d’intelligence artificielle.

Caroline Mulroney va notamment s’adresser aux membres de l’OIF lors de la 43e Conférence ministérielle, une des trois instances consacrées par la Charte de la Francophonie – avec le le Sommet et le Conseil permanent de la Francophonie – chargée de l’exécution des décisions arrêtées lors d’un Sommet et prépare le suivant.

Devant les chefs d’État et de gouvernement, la ministre compte « mettre en valeur la francophonie ontarienne, parler de notre riche histoire ainsi que de l’attractivité de la province pour les investissements majeurs dans des domaines de pointe ».

La représentante de l’Ontario envisage aussi de mettre en avant « les efforts déployés » par son gouvernement pour stimuler l’économie francophone ainsi que le système d’éducation, de la maternelle à l’université. 

« Nous voulons faire rayonner notre communauté francophone au-delà de nos frontières et communiquer tout cela par notre présence au Sommet », plaide-t-elle.

Apporter l’expertise de l’Ontario en intelligence artificielle

Mme Mulroney en profitera, de plus, pour « créer des liens avec les délégués », particulièrement en matière d’intelligence artificielle, puisque le thème cette année est le numérique comme vecteur de développement et la solidarité dans l’espace francophone.

« Je pense à la découverte du contenu francophone sur le web. C’est un sujet sur lequel on se penche. Et l’Ontario peut contribuer à la conversation avec toute l’expertise en intelligence artificielle que nous avons ici », illustre-t-elle, alors que le français est la quatrième langue la plus utilisée sur Internet dans le monde.

La ministre aborde ce Sommet avec la même logique de réseautage appliquée au Toronto Global Forum (TGF), en octobre dernier. « En dehors des sessions, nous avons la chance d’échanger avec les conférenciers », dit-elle.

« Tout comme la présence de l’Ontario français au TGF crée des connexions et élargi l’espace francophone en Ontario et au pays, notre présence à l’OIF assure que l’Ontario français est bien présent dans l’esprit de la francophonie internationale. »

La ministre entrevoit des opportunités de collaboration dans la recherche et le développement économique. Crédit image : Jackson Ho

« Nous avons d’excellentes institutions postsecondaires, ce qui ouvre la voie à des possibilités de collaboration dans la recherche » – Caroline Mulroney

La ministre affirme partager « une belle collaboration » avec ses homologues canadiens qui seront présents en Tunisie : le premier ministre Justin Trudeau, ainsi que des représentants du Nouveau-Brunswick et du Québec, tous membres permanents de l’OIF, à la différence de l’Ontario.

Changer de statut n’est pas à l’ordre du jour pour l’Ontario, mais être observateur offre une certaine visibilité assure la députée de York-Simcoe : « L’Ontario a beaucoup à offrir pour soutenir la francophonie. Aller au Sommet nous permet de faire connaître le savoir-faire franco-ontarien aux 88 États membres de l’OIF. »

« Côté éducation, nous avons d’excellentes institutions postsecondaires, ce qui ouvre la voie à des possibilités de collaboration dans la recherche. Nous pouvons aussi former des étudiants qui veulent venir étudier en Ontario. Au niveau élémentaire et secondaire, nous avons des ressources pédagogiques qui peuvent être partagées. »

Des opportunités d’échanges économiques

Évoquant des opportunités dans le développement économique et dans l’industrie touristique, la ministre est également accompagnée d’une délégation francophone à laquelle participe la Fédération des gens d’affaires, afin de « créer des liens » entre la communauté d’affaires de l’Ontario et celle de la Tunisie.

Membre depuis 2016, l’Ontario n’avait pas fait le déplacement en 2018 au sommet d’Erevan, invoquant des raisons financières.

Ce 18e Sommet intervient dans contexte de multiples tensions : le recul du français dans les instances internationales, la guerre en Ukraine, les droits de l’homme en Tunisie et le déclin de l’influence de l’organisation elle-même. Le dernier recensement canadien a aussi démontré un recul du poids démographique des francophones au pays, incluant l’Ontario.

Plusieurs spécialistes de la francophonie reprochent à l’institution dirigée par Louise Mushikiwabo son manque de visibilité, sa condamnation tardive de l’invasion russe en Europe de l’Est et le retrait de financements dans des domaines clés comme l’éducation.

Élue en 2018 et première femme africaine nommée à ce poste, la secrétaire générale remet son siège en jeu ce week-end. Elle est la seule candidate à sa succession.

Développement économique et immigration francophone régionale : les priorités d’Éric Côté

MOONBEAM – C’est mardi soir qu’a été assermenté le nouveau maire de la ville de Moonbeam, élu le 24 octobre dernier. Éric Côté veut se consacrer au développement économique de la municipalité et attirer de jeunes francophones des régions avoisinantes.

La ville de Moonbeam passe donc officiellement entre les mains d’Éric Côté, ex-conseiller de la municipalité de 1157 âmes.

Après avoir tenté sans succès de remporter la circonscription de Mushkegowuk Baie-James sous la bannière du Parti progressiste-conservateur aux élections provinciales en juin dernier, l’élu de 41 ans arbore avec confiance son mandat de maire de Moonbeam.

Espérant apporter un changement de culture, celui qui est également gérant de travaux publics de la ville de Kapuskasing dit vouloir continuer sur la ligne avant-gardiste qu’avait lancée le conseil municipal de la ville.

« Ma priorité comme maire va être de concrétiser tous les projets qu’on a commencés ou qui vont commencer dans les premières années du mandat », explique-t-il.

Pénurie de travailleurs, pandémie, autant d’obstacles auxquels était confronté le conseil et qui avaient empêché l’avancée d’importants projets.

Il espère aussi mettre en place de nouveaux projets axés sur le développement de la ville dont 71 % des résidents ont le français comme première langue parlée.

Lutter contre le recul du français

Le recul du français observé partout dans le Nord s’est fait particulièrement ressentir dans cette municipalité située près de Kapuskasing.

En 2016, ils étaient 80 % à avoir la langue de Molière comme première langue officielle, un recul de neuf points de pourcentage qui est inquiétant selon Éric Côté.

« Il faut vraiment travailler très fort pour conserver notre groupe de gens francophones », juge-t-il.

Selon le père de famille originaire de Fauquier, ceci s’explique en partie en raison de la pandémie avec le nombre de familles anglophones venues du sud pour s’installer dans la région.

« Ce qu’on doit faire c’est de bâtir sur notre héritage et notre culture », dit-il, ajoutant que le conseil municipal se déroule en français et qu’il compte le maintenir ainsi.

Éric Côté indique que des propriétés sont disponibles pour la construction à Moonbeam, mais que le conseil se penchera sur la question de la construction des appartements dont l’offre est, elle, plus réduite.

Immigration francophone régionale

L’immigration francophone est aussi une priorité évoquée par le nouveau maire qui souhaite que le recrutement se fasse en allant chercher des travailleurs francophones dans les communautés aux alentours.

« On a une belle culture et histoire francophone dans nos régions, et si on transmet ça de façon plus régionale, on sera plus capables d’attirer des gens », note-t-il.

« C’est notre chance d’aller attirer de jeunes personnes qui soient francophones » – Éric Côté

Selon lui, la ville qui a perdu 74 habitants depuis 2016 selon les données du recensement doit attirer des familles afin de remplir les bancs de l’école.

Citant les nombreux emplois vacants dans la région, il estime que cela passe par l’attraction de la jeunesse francophone dans les régions alentour.

« C’est notre chance d’aller attirer de jeunes personnes qui soient francophones, qui viennent s’installer chez nous et de continuer à développer cet héritage-là », explique le maire.

La ville de Moonbeam compte 1231 habitants. Crédit image : Inès Rebei

Le nouveau conseil s’est réuni ce mardi pour la première fois à l’hôtel de ville de Moonbeam après l’assermentation de l’ensemble de ses membres.

Éric Côté succède à Nicole Fortier Lévesque, actuelle présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Celle-ci n’a pas non plus réussi à se faire élire à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui est tombée entre les mains de Fabien Hébert, ancien membre de la haute direction dans le domaine de la santé.

Risque d’une grève générale lundi des travailleurs de l’éducation

TORONTO – Le syndicat qui représente 55 000 travailleuses et travailleurs de l’éducation en Ontario a déposé un préavis de cinq jours pour reprendre la grève dès le 21 novembre.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a refusé l’offre du gouvernement et menace d’une grève générale lundi prochain, si les négociations ne reprennent pas équitablement. Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce répond que le gouvernement a fait une offre généreuse de 335 millions de dollars sur quatre ans pour les travailleurs les moins rémunérés.

Laura Walton, présidente du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO), a expliqué que cette augmentation représentait un dollar de l’heure. Selon le syndicat, c’est une réelle avancée, mais ce n’est toujours pas assez.

Le SCFP a déclaré que malgré « de nombreuses tentatives pour parvenir à un règlement librement négocié », les pourparlers avec le gouvernement provincial ont de nouveau échoué.

Le gouvernement et le syndicat seraient toujours dans le processus de négociation, mais en proclamant cette menace de grève, Laura Walton compte très certainement accélérer les négociations.

En point de presse à Toronto mercredi matin, la présidente a déclaré : « Mes 55 000 collègues de travail sont les bases de ce système, sans eux les écoles ne fonctionneraient pas, sans eux, les élèves n’apprendraient pas. » 

Pas une question d’argent, mais de services

« Je veux expliquer ce que l’offre du gouvernement contenait et ce qu’elle ne contenait pas », a-t-elle expliqué. « Ils ont offert à mes collègues une augmentation d’un dollar de l’heure pour les quatre ans de notre convention collective. Cela représente 1 633 $ par an. C’est environ 3,59 %. »

Pour le syndicat, ce n’est pas suffisant et ça ne rattrape pas les ingérences de la dernière décennie, là où le gouvernement « avait constamment la main dans nos poches ».

Laura Walton est la présidente du CSCSO. Elle était en conférence de presse ce mercredi matin à Toronto. Capture d’écran

« Je vous ai dit qu’il ne s’agissait pas seulement de salaires. Nous voulions des éducateurs de la petite enfance dans chaque classe de maternelle. Nous voulions que les éducateurs spécialisés soutiennent non seulement les élèves ayant des besoins spéciaux, mais aient le temps nécessaire pour le faire. »

Le syndicat de la fonction publique considère donc – en bout de ligne – que « le gouvernement semble ne pas tout comprendre et (…) que l’échec des négociations démontre que le gouvernement ne reconnaît pas la valeur des membres du syndicat ».

Enfin Laura Walton a déclaré : « Nous ne sommes pas cupides. Un dollar est un pas dans la bonne direction après une décennie de salaires stagnants. Un dollar est un pas dans la bonne direction après avoir vu nos revenus réels en dollars chuter de plus de 11 %. C’est un pas dans la bonne direction alors que tant d’entre nous vivent dans la pauvreté, ont un deuxième emploi et dépendent de la banque alimentaire. »

Le gouvernement se dit déçu

Suite aux déclarations du SCFP, le ministre de l’Éducation a déclaré : « Nous sommes déçus que quelques jours seulement après la reprise des pourparlers, le SCFP ait déposé un avis pour fermer à nouveau les salles de classe. Depuis la reprise des négociations, nous avons proposé plusieurs offres améliorées qui auraient ajouté des centaines de millions de dollars dans tout le secteur et en particulier pour les travailleurs à faible revenu. »

« Le SCFP a rejeté toutes nos offres », affirme M. Lecce.

Le gouvernement indique tout de même être à la table des négociations et prêts à conclure un accord. Cette fois-ci, le ministre a déclaré vouloir « investir davantage dans les travailleurs à faible revenu » en plus de maintenir les enfants en classe.

Le ministre de l’Éducation a aussi dit que cette menace de grève était injuste pour les enfants et non nécessaire. « Nous sommes vraiment déçus, surtout sachant que nous avons proposé une meilleure offre, ce n’est pas honnête pour les enfants et l’économie. »

Le ministre dit avoir réagi de bonne foi, en retirant le projet de loi contenant la clause dérogatoire, ce 14 novembre. En rencontre avec les médias à Queen’s Park, Stephen Lecce s’est dit dans l’incompréhension.

« Pourquoi en sommes-nous arrivés là aujourd’hui ? Encore… franchement, c’est inacceptable. »

Saturation des services d’urgence pour enfants : comment en est-on arrivé là?

Les officiels ontariens se sont succédé ces derniers jours afin d’insister sur la forte recommandation de porter le masque dans les lieux publics. Et pour cause, une série de facteurs se croisant en même temps a fait flamber le nombre d’admissions dans les services d’urgence des hôpitaux, surtout ceux dédiés aux enfants qui affichent d’ores et déjà un taux d’occupation maximal. De plus, la situation n’ira pas en s’arrangeant durant les prochaines semaines selon le premier ministre, Doug Ford.

C’est reparti pour un autre tour! À huitième vague de COVID-19, huitièmes mesures ou plutôt recommandations.

En début de semaine, après une sortie médiatique de Doug Ford dans ce sens, c’était au tour du Dr Kieran Moore, médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario de recommander vivement le retour au port du masque dans les lieux publics.

Cette montée en puissance aux pupitres est due à un afflux massif de patients qui submergent les services d’urgence des hôpitaux pour enfants, dont ceux des grandes villes qui sont aujourd’hui à 100 % de taux de remplissage, à en croire le médecin-hygiéniste.

Situation critique

Pire, l’affluence dans certains établissements pédiatriques dépasse largement leur capacité maximale d’admission, à l’instar de l’hôpital SickKids de Toronto dont, d’après un récent communiqué de sa direction, l’unité de soins intensifs dépasse la capacité de 127 % depuis plusieurs jours déjà, ce qui a poussé ses responsables à annuler les opérations chirurgicales « non urgentes » depuis le 14 novembre dernier.  

Le docteur Santiago Perez Patrigeon est spécialiste des maladies infectieuses au Centre des sciences de la santé de Kingston. Gracieuseté

Même embouteillage constaté à l’hôpital général de Kingston où travaille le Dr Santiago Perez Patrigeon, spécialiste des maladies infectieuses. 

« Tout l’hôpital est plein, et pas seulement les services d’urgence. Cette situation est le résultat de plusieurs facteurs. Il y a non seulement celui de la COVID-19 dont les cas n’ont jamais vraiment baissé, mais aussi l’influenza et maintenant le virus respiratoire syncytial (VRS) qui touche beaucoup d’enfants. Ce sont trois virus qui coïncident en même temps », explique ce dernier.

Une épidémie de grippe plutôt que de COVID-19

L’Agence de la santé publique du Canada vient de déclarer que tout le pays est entré dans une « épidémie de grippe, les cas augmentant au-delà du seuil saisonnier ».

À l’échelle de la province, et selon les derniers chiffres disponibles de Santé publique Ontario, le taux de positivité des tests de grippe A effectués est passé de 1,1 % durant la semaine du 2 au 8 octobre, à 14,5 pendant celle du 30 octobre au 5 novembre 2022, alors que pour la même référence temporelle, le taux de positivité des tests de la COVID-19 n’a glissé que de 13,5 % à 14,2 %.  

« Certes, il y a un phénomène de saisonnalité, car on voit tous les ans des hospitalisations liées au VRS et à l’influenza qui tue beaucoup de personnes. Mais, cet automne en particulier, le phénomène est amplifié », constate le Dr Patrigeon.  

Source : Santé publique Ontario

Au-delà de ce triple facteur fait de la COVID-19, de la grippe et du VRS, ce professeur associé au département de médecine de l’Université Queens avance d’autres éléments d’explications peu ou pas évoqués par les autorités de tutelle.  

« Il y a aussi une composante qu’on oublie souvent de mentionner et qui réside dans le fait que le système de santé était déjà stressé avant cet automne », fait-il remarquer.

Les arriérés de la COVID-19

Par ailleurs, le professeur impute également cette situation aux retards de soins et d’opérations chirurgicales qui se sont accumulés à cause de la pandémie, les restrictions et le manque de personnel qui vont avec.

L’autre effet cumulatif invoqué par le scientifique concerne l’augmentation du plateau de la population d’individus qui peuvent être contaminés.  

« Il faut aussi prendre en considération le fait qu’on n’a pas vu de VRS et d’influenza pendant pratiquement les deux ans de la pandémie grâce aux mesures sanitaires, ce qui fait que la population susceptible d’être touchée par ces virus est élevée aujourd’hui. Ce à quoi on assiste aujourd’hui est la combinaison de tous ces éléments », explique-t-il.

Du reste, l’expert en maladies infectieuses estime que l’actuelle conjoncture sanitaire était prévisible : « Non seulement elle l’était, mais on a prévenu à maintes reprises qu’on se dirigeait vers ce cas de figure. »

Les Acadiens craignent le même sort que les Franco-Ontariens en 2018

La situation suite aux récentes décisions du gouvernement progressiste-conservateur au Nouveau-Brunswick est semblable à ce qui s’était passé en 2018 avec les coupures du gouvernement Ford dans la francophonie ontarienne, estime un organisme acadien. Vingt-et-un d’entre eux exigent du premier ministre Blaine Higgs qu’il retire Kris Austin de son comité ad hoc sur la révision de la Loi sur les langues officielles.

Il y a deux semaines, Blaine Higgs avait dit aux journalistes que Kris Austin était l’un des dix membres d’un comité d’élus du gouvernement progressiste-conservateur, dont deux francophones, chargé de réviser la Loi sur les langues officielles.

Kris Austin est l’ex-chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Lorsqu’il en était le dirigeant, son parti a adopté plusieurs positions hostiles au bilinguisme dans la seule province officiellement bilingue du pays. Par exemple : la fin de la séparation du réseau de santé anglophone et francophone, l’élimination du Commissariat aux langues officielles, et la réduction des exigences linguistiques dans la fonction publique, en plus de qualifier le bilinguisme officiel de « gaspillage de fonds publics ».

« Ces revendications n’ont aucune place au sein d’un comité ministériel à huis clos établi pour réviser la loi sur les langues officielles, et certainement pas dans la seule province bilingue du Canada », a indiqué dans un communiqué Yvon Godin, président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB).

« C’est certain que c’est malheureusement une situation semblable que nos frères et nos sœurs franco-ontariens ont connue dans le passé » – Alexandre Cédric Doucet

Parmi les 21 organismes de la coalition hostile à la nomination de M. Austin, on peut aussi compter sur l’Association des juristes d’expression française du Nouveau-Brunswick ou encore la Société de L’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).

« La plus grande chose que l’on peut reprocher à ce gouvernement-là, c’est le manque d’un discours public et d’actions concrètes pour assurer que ce gouvernement croit au bilinguisme officiel et ne veuillent pas enlever des droits à la communauté francophone et acadienne », dénonce en entrevue le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.
Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

Blaine Higgs avait défendu la présence de son ministre de la Sécurité publique arguant la nécessité d’avoir plusieurs points de vue au sein de ce comité.

« S’il veut que le plus de voix possible soient entendues, qu’il mette cette idée-là à l’Assemblée législative avec tous les partis politiques », soutient le président de l’organisme néo-brunswickois.

Pour le moment, la SANB et les 20 autres organismes francophones disent garder toutes les options sur la table pour d’éventuelles futures actions.

Comme en Ontario

En décembre 2021, les commissaires Yvette Finn et John McLaughlin ont déposé un rapport portant des recommandations sur la révision de la Loi sur les Langues officielles. Blaine Higgs, chargé du dossier des langues officielles dans la province, a promis une réponse d’ici l’automne avec des modifications législatives au printemps.

« On a peur que ce gouvernement s’attaque à nos droits en modifiant la Loi », tranche Alexandre Cédric Doucet.

Ce dernier note d’ailleurs que ce qui se passe actuellement dans la seule province bilingue du Canada ressemble au sort réservé aux Franco-Ontariens en 2018 sous Doug Ford.

« Il semble malheureusement y avoir un parallèle. Le premier ministre a laissé entrevoir la semaine dernière qu’il serait intéressé à abolir ou enlever des pouvoirs au Commissariat aux langues officielles. C’est certain que c’est malheureusement une situation semblable que nos frères et nos sœurs franco-ontariens ont connue dans le passé. »

L'Université de l'Ontario français, au 9 rue Lower Jarvis
L’Université de l’Ontario français, (UOF). Archives ONFR+

En 2018, le gouvernement Ford avait aboli le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF) en plus de supprimer le poste de commissaire aux services en français. Ces décisions avaient suscité de la grogne à travers le pays, notamment de Justin Trudeau, et avaient mené quelques mois plus tard à l’intervention du fédéral pour financer le projet de l’UOF. Comme de fait, la semaine dernière, le premier ministre canadien a vivement critiqué cette nomination de Kris Austin.

« Ça n’a aucun sens, de choisir quelqu’un sur une commission pour protéger les langues officielles et le français et qui a démontré tout au long de sa carrière qu’il n’est pas intéressé pantoute à protéger le français, les langues officielles et le bilinguisme au Nouveau-Brunswick », avait reproché M. Trudeau de passage à Oromocto.

La ferme avicole Laviolette remporte le prix du commerce Ontario-Québec

TROIS RIVIÈRES – La ferme franco-ontarienne basée à St-Isidore a gagné le prix du commerce Ontario-Québec au côté de l’entreprise québécoise Humance, ce mardi, à Trois-Rivières, au Québec. Le prix du commerce Ontario-Québec en francophonie est une initiative de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA). La ferme avicole Laviolette a reçu un chèque 10 000 $.

Avec ce prix, la ferme avicole Laviolette est reconnue comme une entreprise qui s’est démarquée en matière d’exportation vers le Québec, le tout en ayant la francophonie au cœur des échanges.

L’exploitation de l’Est ontarien a vu le jour en 1977 à St-Isidore dans la région de Prescott-Russell. Une véritable histoire de famille que Marcel Laviolette perpétue dans sa langue maternelle : le français.

Le prix du commerce Ontario-Québec reconnaît également la qualité des œufs mise sur le marché par la ferme familiale. L’entreprise qui se place dans le marché de la restauration, de la vente et de la distribution s’est imposée en Ontario et dans le Sud du Québec avec ses 47 000 poules pondeuses.

« Le français a toujours été la langue première à la ferme Laviolette. Tous leurs employés sont bilingues, autant dans la production, que du côté vente et distribution. Les vendeurs, livreurs et préposés au service à la clientèle peuvent servir les clients en français ou en anglais des deux côtés de la frontière, en Ontario et au Québec », soulignent par communiqué la FCCQ et la FGA.

La ferme avicole Laviolette à St-Isidore dans l’Est ontarien est une entreprise franco-ontarienne et familiale. Gracieuseté

Le français au cœur de la stratégie d’affaires

« La ferme Laviolette offre des services bilingues », s’est félicité Kevin Laviolette, fils de Marcel Laviolette, à Trois-Rivières, au moment de recevoir ce prix. « En tant que troisième génération, nous voulons nous démarquer et continuer notre croissance annuelle. Nous sommes privilégiés de travailler en français et de vendre nos produits dans notre langue maternelle. »

Vic Fedeli, ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l’Ontario, a félicité le lauréat pour son dévouement et son travail et s’est déclaré « fier d’appuyer les entreprises francophones comme la ferme avicole Laviolette ».

Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, a elle aussi félicité l’exploitation familiale : « Il s’agit d’une reconnaissance bien méritée pour cette entreprise franco-ontarienne qui, en plus de développer des produits de qualité, dessert une clientèle ontarienne et québécoise avec un personnel 100 % bilingue. Cela témoigne de la qualité de l’entrepreneuriat franco-ontarien et de son rôle de moteur de croissance pour la francophonie. »

Kévin Laviolette, producteur d’œufs pour la ferme avicole Laviolette à St-Isidore. Capture d’écran

C’est la deuxième fois que ce prix est remis et c’est aussi la deuxième fois qu’il récompense une entreprise de l’Est ontarien, après Kyan Cuisine d’Embrun en 2021.

Selon Jean-François Roberge, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne du Québec, « les francophones sont des créateurs de richesse collective. Leur contribution à la société et à l’économie est majeure, et constitue une véritable francophonie économique. »

Cet article a été modifié le 15 novembre à 15h33.

Une application pour réussir son immigration francophone en Ontario

MISSISSAUGA –  Disponible sur téléphone intelligent Android et iPhone, une nouvelle application mobile gratuite créée dans le Sud de l’Ontario vient désormais en aide aux immigrants francophones afin de franchir, pas à pas, les différentes étapes de l’intégration canadienne.

Présentée pour la première fois à Mississauga, en clôture de la Semaine nationale de l’immigration francophone, GuideMoi a été conçue pour les immigrants francophones de l’Ontario.

Après l’avoir téléchargée, il suffit au nouvel arrivant ou à une personne encore dans son pays d’origine de répondre à une série de sept questions qui vont permettre à cet outil de filtrer les besoins et cerner les démarches à réaliser, quelle que soit l’étape d’immigration de l’utilisateur.

Une liste de tâches à réaliser apparaît alors, à valider au fur et à mesure du cheminement de chacun, ainsi que des liens vers des ressources adaptées à chaque situation.

Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest. Crédit image : Rudy Chabannes

Financée par le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), GuideMoi a pour objectif de tisser les bons liens au bon moment et dans la durée entre l’immigrant francophone et les services qui ont été mis en place pour lui.

« Peu importe où tu te trouves dans tes démarches. L’application va te guider là où tu en es », explique Alain Dobi, directeur du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest (RIFSCO), à l’origine du projet. « C’est une première phase », prévient-il. « L’application va évoluer en fonction de la rétroaction qu’on aura des utilisateurs et de nos partenaires. »

Des ressources centralisées, fiables et personnalisées

« Le gros avantage de cette application accessible à tout le monde est de rassembler des ressources dans un même endroit », se réjouit Julie Jardel, directrice générale du Centre francophone Hamilton. « Jusqu’ici les gens ne savaient pas toujours à qui s’adresser et se heurtaient à des problèmes de référencement. Sur Google, on ne trouve pas toujours des informations fiables et le site du gouvernement peut sembler difficile à naviguer. »

Membre du comité consultatif qui supervise les projets locaux dans le cadre du programme Hamilton communauté accueillante, son organisme a participé aux consultations qui ont débouchées sur l’élaboration de GuideMoi.

Arwinder Kaur, présidente de l’ACFO Régionale Hamilton. Crédit image : Rudy Chabannes

« Pour les immigrants d’Europe, d’Afrique et de partout dans le monde, cet outil va conscientiser le fait qu’il y a une francophonie hors Québec », croit par ailleurs Arwinder Kaur, la nouvelle présidente de l’ACFO Régionale Hamilton, alors que la province a plus que jamais besoin d’immigrants pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre et contrer le recul de la langue française mis en lumière dans le dernier recensement.

Près de 200 utilisateurs, pour le moment, ont téléchargé cette application qui donne également accès à des articles liés à chaque étape de recherche qu’on peut mettre en favori.

Une carte interactive (uniquement disponible sur Google Play pour le moment) répertorie aussi tous les services en français dans le Centre-Sud-Ouest de la province, de Windsor au Grand Toronto, que ce soit en éducation, santé, droit ou encore vie quotidienne.

Didier Marotte, directeur général du Centre communautaire francophone de Windsor-Essex-Kent. Crédit image : Rudy Chabannes

L’un des principaux défis à présent va être de la faire connaître du grand public au Canada et ailleurs dans le monde, ce qui n’inquiète pas outre mesure Didier Marotte, directeur général du Centre communautaire francophone de Windsor-Essex-Kent et du Comité local en immigration francophone (CLIF) du Centre-Sud-Ouest.

« Il va falloir en faire la promotion, chose qui est très facile à l’échelle internationale avec la technologie », assure-t-il. « Nos meilleurs ambassadeurs pour ce genre d’action sont les nouveaux arrivants qui sont déjà établis ici et qui peuvent en parler autour d’eux via les réseaux sociaux. »

Comprendre d’abord les défis de l’éducation en contexte linguistique minoritaire

OTTAWA – Un colloque organisé sur le campus de l’Université d’Ottawa par l’Observatoire sur l’éducation en contexte linguistique minoritaire (OÉCLM) et réunissant une douzaine d’experts a mis en lumière, vendredi dernier, les défis de l’enseignement. Au programme : pénurie, immigration et rétention. Les besoins de demain ne sont pas tant à portée de main.

Durant le colloque mis sur pied par Nathalie Bélanger, directrice de l’OÉCLM, de nombreuses pistes de réflexion ont été soulevées par les acteurs de la francophonie ontarienne. Le caractère urgent de la pénurie d’enseignants a jailli des divers témoignages de panélistes et du public, composé d’enseignants, de chercheurs et d’institutions francophones.

Il a donc été question d’élaborer des pistes de réflexions et de solutions pouvant retenir les enseignants francophones dans les écoles en Ontario. Un enjeu majeur, a souligné une des panélistes, Claudine Laporte de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

Parmi les solutions, les panélistes s’accordent sur l’importance de valoriser et promouvoir la profession. « On (les enseignants) a tellement d’impact sur la société de demain, mais ce n’est pas cela qui est véhiculé », estime Mme Laporte.  

Sarinah Asselas,directrice générale adjointe de l’AFO et Claudine Laporte, cadre à l’AEFO. Crédit image : Lila Mouch

Pour retenir les enseignants, Mme Laporte suggère également de travailler sur l’accueil et le mentorat qui est donné aux nouveaux et nouvelles enseignantes qui seront issus de l’immigration.

Alice Fomen, fondatrice de l’Alliance pour une communauté éducative et inclusive (ACEI) considère, que « nous avons besoin de politiques d’accompagnements pour les enseignants issus de l’immigration récente et aussi pour les étudiants en enseignement. »

Beaucoup de ces étudiants sont également issus d’une minorité ethnique », reprend-elle. Ils représenteraient plus de 60 % des élèves en enseignement actuellement.

Pour Mme Fomen qui a aussi été enseignante pendant 10 ans, les réalités sont différentes en Ontario. « Il y a un besoin d’intégration sociale, donc d’un mentor et d’un cercle dans lequel les enseignants issus de l’immigration ne seraient pas jugés et où on ne mettra pas en doute leurs compétences. »

Valoriser la profession et la formation

« Certainement en raison de la pandémie, le taux d’échec et d’abandon des deux dernières a augmenté dans les cursus de formation en éducation. 10 % des élèves ont abandonné dans les trois premières semaines », indique Mirela Moldoveanu, chercheure à l’Université d’Ottawa.

Phyllis Dalley est professeure et chercheure à l’Université d’Ottawa, à sa droite Alice Fomen. Crédit image : Lila Mouch

« Plusieurs diplômés de l’éducation choisissent une autre voie à la fin de leurs études et cela est tout aussi inquiétant. »

La chercheure suggère qu’il faille plus de stages pour contrer cet effet négatif, mais qu’il manque cruellement de place. Ce qui se passe donc, c’est que les étudiants-enseignants « ont des retards dans les traitements des dossiers à l’Ordre des enseignants et des enseignantes de l’Ontario, mais aussi font face à un taux d’embauche réduit en suppléance.  

Pour pallier la pénurie d’enseignants, il y a donc le certificat temporaire qui a été implanté en 2021 et renouvelé en 2022 qui permet de faire des suppléances occasionnelles. « Mais bon, peu d’étudiants là aussi trouvent des contrats », poursuit Mme Moldoveanu.

« La stratégie marketing mise en place depuis plusieurs années est peut-être mal orientée, les représentations sociales de la profession sont-elles négative? », s’interroge la chercheure.

Les enseignants quittent l’éducation

Au sein des écoles, on entend dire qu’il faut plus de nombres, explique Phyllis Dalley professeure et chercheure sur le décrochage du personnel enseignant. « Il faut plus de nombres, mais le personnel enseignant se demande si cette recherche ne se fait pas à leurs dépens. »

« On accepte de plus en plus d’enfants endogames anglophones dans les écoles de langue française, mais on refuse de se le dire. »

La chercheure estime qu’« on refuse de se donner la formation nécessaire. Il y a finalement de nombreux enfants qui parlent anglais à la maison, mais dont les parents sont des ayants droit. »

« On est dans un processus de revitalisation de la langue », clame-t-elle. « Il faut donc former autrement le personnel. Il faut le dire dès la formation à l’enseignement. »

Autrement dit, l’apprentissage à des enfants francophones et l’apprentissage à des enfants anglophones ne sont pas les mêmes. Pour Phyllis Dalley, « il y a un problème de condition de travail », dans ce cas-ci.

De gauche à droite : Phyllis Dalley, Alice Fomen, Mirela Moldoveanu et Raphaël Gani. Crédit image : Lila Mouch

Une participante à la recherche de la professeure estime que les écoles de langue française sont des usines à fabriquer des francophones à partir d’anglophones. L’éducation en français en contexte minoritaire est donc en train de vivre une mutation.

Les visages familiers de la francophonie représentés par plusieurs organismes tels que le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes de l’Université d’Ottawa (CRCCF), l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), l’Assemblée de la francophonie ontarienne (AFO) ou encore des enseignants, des conseils scolaires, des chercheurs, ainsi que Commission canadienne pour l’UNESCO, ont identifié les défis de l’éducation mettant en lumière les nouvelles réalités du métier d’enseignant. 

Cet article a été modifié le 16 novembre à 11H29.

Un énoncé économique sur fond d’incertitude fiscale à venir

TORONTO – La mise ajour financière dévoilée ce lundi à Queen’s Park supportera l’économie, mais se terminera par un déficit certain, compte tenu de la perceptive économique difficile. Plusieurs dépenses viseront à contrer l’inflation, à développer la main-d’œuvre et les infrastructures, mais aussi à exploiter le potentiel industriel de la province. Pour ce qui est des francophones, le gain sera exclusivement du côté des infrastructures scolaires et de santé.

Dans ce mini budget Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario 2022, le gouvernement promet de faire progresser la construction des établissements de soins de longue durée.

Pour les francophones de l’Ontario, il y aurait 39 projets visant à augmenter le nombre de lits et à revitaliser certains centres. Il est aussi mentionné, dans ce rapport, la création de nouveaux centres de soins de longue durée.

De plus, un des grands projets du gouvernement Ford est de garder les élèves en classe et de créer plus de services de garde.

À ce titre, le gouvernement annonce la création d’une nouvelle école élémentaire catholique à Kemptville, une école élémentaire publique à Thunder Bay et une nouvelle école élémentaire catholique à Whitby qui offrira aussi des services de garde.

D’ailleurs, d’ici à 2026, le gouvernement compte accroître de 86 000 le nombre de places en service de garde.

Contrer l’inflation, une priorité

Dans les perceptives du budget 2022-2023, le gouvernement prévoit donc un déficit de 12,9 milliards de dollars.

En septembre dernier, le gouvernement avait annoncé un excédent de 2,1 milliards de dollars pour l’exercice financier de 2021-2022. Une première depuis 2008.

Ce déficit indique donc un bon nombre de dépenses. D’abord, une mesure du plan économique du ministre des Finances, dévoilée ce dimanche, consiste à prolonger d’un an la Loi visant à réduire le montant de la taxe sur l’essence et les carburants. Les familles économiseront environ 195 dollars entre le 1er juillet 2022 et le 31 décembre 2023.

L’autre nouvelle mesure de ce rapport est l’intention qu’a le gouvernement de doubler la prestation du Régime de revenu annuel garanti (RRAG) pour les aînés et pour une durée d’un an à compter de janvier 2023.

Cette mesure augmenterait le paiement maximum à 166 dollars par mois pour les aînés célibataires et à 332 dollars par mois pour les couples. Cette hausse pourrait atteindre 1000 dollars par personne en 2023.

Encourager l’emploi

Le gouvernement va également bonifier le Fonds pour le développement des compétences en injectant 40 millions de dollars supplémentaires en 2023. Cet investissement devrait favoriser les programmes d’aide à l’emploi. Cela appuiera notamment les personnes qui sortent du système de justice pénale, les jeunes en difficultés, mais aussi les personnes handicapées et les prestataires de l’aide sociale, tout comme les Autochtones et les nouveaux arrivants ukrainiens.

Ensuite, il sera question d’encourager les jeunes étudiants à envisager des métiers spéciaux. Pour ce faire, le gouvernement compte débloquer 4,8 millions de dollars sur deux ans, à partir de l’exercice 2023‐2024, afin d’élargir le Programme à double reconnaissance de crédit.

Toujours pour les étudiants : 42,5 millions de dollars – dès 2023‐2024 – iront soutenir la formation médicale de premier, deuxième et troisième cycle.

Le crédit d’impôt à l’investissement régional va être bonifié afin d’appuyer le développement régional et dans le but d’inciter les investissements partout où la croissance à l’emploi est lente.

L’Ontario rappelle également son intention de soutenir le maintien des opérations de la centrale nucléaire de Pickering et réitère la marche à suivre pour le déploiement de petits réacteurs modulaires (PRM). Un projet d’énergie qui devrait créer de l’emploi dans le domaine nucléaire et pourrait éliminer jusqu’à 2 mégatonnes de CO2.

Augmenter les dépenses en santé et en éducation
– Les charges de base du secteur de la santé vont s’accroître et passer de 75,2 milliards de dollars en 2022‐2023 à 78,3 milliards de dollars en 2024‐2025
– Dans le secteur de l’éducation, elles vont passer de 32,4 milliards de dollars en 2022‐2023 à 35,1 milliards de dollars en 2024‐2025
– Pour le postsecondaire, le montant de 10,8 milliards de dollars en 2022‐2023 augmentera à 11,4 milliards de dollars en 2024‐2025
– Et pour les services à l’enfance et les services sociaux, les dépenses de 18,5 milliards de dollars en 2022‐2023 sont déterminées à 19,4 milliards de dollars pour 2024‐2025.

Le gouvernement se dit prudent face à l’incertitude économique. Si le déficit va atteindre 12, milliards de dollars, le gouvernement tentera d’atteindre un déficit de 8,1 milliards de dollars en 2023‐2024 et de 0,7 milliard de dollars en 2024‐2025.

Les prédictions pour le futur de l’Ontario

Dans son document financier, le gouvernement démontre que l’emploi a augmenté de 4,4 % en 2022. Le taux de chômage, qui était de 8 % en 2021, attendra une moyenne de 5,7 % à la fin 2022.

Avec le ralentissement de la croissance économique, l’emploi va croître plus doucement. On constate aussi que l’inflation des prix sur la consommation (IPC) touche de plus en plus de biens et de services.

Dans ce sens, le gouvernement s’attend à davantage d’inflation dans le futur. L’IPC de l’Ontario aurait augmenté de 6,9 % en 2022. Pour les années à venir, l’Ontario prévoit que l’inflation de l’IPC sera de 3,4 % en 2023 et de 2,3 % en 2024.

Graphique provenant du document : Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario 2022. Capture d’écran

Le port du masque à nouveau vivement recommandé en Ontario

L’Ontario reviendra-t-il au port obligatoire du masque? C’est la question que se posent les Ontariens depuis quelques jours suite à la recrudescence des cas de COVID-19 et surtout à la montée en flèche de l’admission des enfants dans les hôpitaux, lesquels commencent déjà à montrer des signes de surcharge allant pour certains jusqu’à annuler les opérations chirurgicales non urgentes ou transférer les enfants dans des hôpitaux pour adultes.

« Aujourd’hui, nous demandons aux gens de mettre les masques dans les lieux publics, surtout lorsqu’ils sont à côté d’enfants ou de gens vulnérables. Ce que nous demandons aujourd’hui aux Ontariens, c’est de sauver des enfants en se masquant. »

Après le premier ministre, Doug Ford hier, c’est au tour du médecin-hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore, d’insister fortement sur le port du masque dans les lieux publics intérieurs, notamment dans les écoles et les garderies.

En effet, c’est ce lundi lors d’un point de presse relatif à la saison des virus respiratoires pédiatriques que le Dr Moore a exhorté les Ontariens à revenir aux masques.

Et pour cause, une vague de maladies respiratoires a fait en sorte que les admissions des enfants dans les hôpitaux ont fait un bond ces dernières semaines, et certains sont d’ores et déjà débordés.

La situation est telle que certains grands hôpitaux pour enfants de la province ont été contraints d’annuler des chirurgies non urgentes, et ce afin de rediriger leur personnel vers le service des urgences et celui des unités de soins intensifs.  

Certes, il ne s’agit là que d’une recommandation et non une obligation, mais le Dr Moore affirme que « s’il faut aller plus loin, le gouvernement n’hésitera pas à rendre le masque obligatoire », surtout que les semaines à venir sont synonymes de rassemblement à cause des fêtes de fin d’année.

Essence, médicaments, écoles, masque : ce qu’il faut retenir de l’annonce de Doug Ford

TORONTO – Le premier ministre a annoncé ce dimanche, en conférence de presse, le prolongement d’un an de la réduction de la taxe sur l’essence, critiqué l’étiquetage des médicaments dans les deux langues officielles et réitéré son intention de garder les classes ouvertes.

À la veille du dépôt en chambre de l’énoncé économique d’automne, Doug Ford a déclaré reconduire la réduction de la taxe sur le carburant durant une année supplémentaire, une mesure en place depuis le printemps dernier.

Fortement affectés par l’inflation au cours des derniers mois, les Ontariens continueront donc de bénéficier d’une baisse de la taxe sur l’essence de 5,7 cents le litre et sur la taxe sur le carburant de 5,3 cents le litre, et ce jusqu’au 31 décembre 2023.

La mesure doit passer par un projet de loi qui sera présenté ce lundi au moment du dépôt de l’énoncé économique. Son adoption – qui ne fait aucun doute – permettra aux ménages d’économiser 195 $, en moyenne, entre le 1er juillet 2022 et le 31 décembre 2023.

« La vie devient de plus en plus chère », a fait valoir Doug Ford. « De l’essence à l’épicerie, les prix ont augmenté et cela met une véritable pression sur le budget des ménages. Ce projet de loi offrira un répit aux Ontariens durant une année de plus. Chaque dollar compte. »

Cette va « aider les familles à garder plus d’argent dans leurs poches en cette période d’incertitude économique », a plaidé le ministre des Finances. Peter Bethlenfalvy a précisé qu’elle s’inscrivait dans un plan plus large de lutte contre l’inflation et pour l’abordabilité, citant la suppression des frais d’immatriculation, l’abolition de péages ou encore les crédits d’impôt accordés aux travailleurs à faible revenu et aux aînés pour la sécurité à domicile.

Pénurie de médicaments : la faute au français?

Alors que le Canada fait face à une pénurie sans précédent de médicaments, le premier ministre ontarien Doug Ford a laissé sous-entendre, par ailleurs, que l’étiquetage en français constituait une entrave superflue à l’approvisionnement.

« C’est un problème d’étiquetage en français et en anglais », a critiqué le premier ministre, répondant à la question d’un journaliste. « Ça n’a pas d’importance quelle est l’étiquette du moment qu’il s’agit d’un produit sûr. »

La province est à court de stock d’antidouleurs pour enfants de type Tylenol et Advil, une situation principalement due au manque d’anticipation des fabricants dont le rythme de production n’a pas suivi la demande, selon des experts du milieu pharmaceutique.

Pour accélérer la mise sur le marché, le gouvernement fédéral n’écarte pas la possibilité de suspendre les obligations linguistiques inhérentes à l’étiquetage dans les deux langues officielles.

Écoles : les élèves en classe

Le premier ministre est également revenu sur le retrait de la loi spéciale et le retour à la table des négociations avec le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) : « Dans les négociations, il faut savoir de mettre de l’eau dans son vin : c’est ce qu’on a fait », a-t-il justifié.

« Est-ce que je regrette d’avoir eu recours à la clause dérogatoire? Non, c’est dans la constitution. La seule chose qui me préoccupe, c’est que les élèves soient en classe, les protéger, soutenir les parents et les travailleurs », a-t-il ajouté ne souhaitant pas livrer plus de détails sur la teneur des négociations.

« Les médiateurs nous ont demandé de ne pas entrer dans les détails. Je respecte leur point de vue », s’est-il contenté de répondre, alors que le niveau de la hausse des salaires constitue une pierre d’achoppement entre gouvernement et syndicats.

Port du masque : une annonce demain

« Nos experts se penchent sur la question sans arrêt et j’ai parlé à tous les directeurs d’hôpitaux. Nous faisons tout ce que nous pouvons afin qu’ils puissent faire face à la saison grippale », a déclaré Doug Ford, incitant les Ontariens à se faire vacciner.

« Je suivrai les recommandations du Dr Moore. Les directeurs d’hôpitaux veulent le port du masque mais je n’ai pas entendu parler de port obligatoire », a-t-il précisé, alors que le médecin-hygiéniste en chef doit s’exprimer lundi matin. Plusieurs sources évoquent une recommandation de porter le masque, plutôt qu’une obligation.

« Il nous faut plus de médecins et d’infirmiers », a reconnu enfin Doug Ford. « Nous faisons les deux. On doit aussi garantir l’infrastructure. C’est ce qu’on fait aussi en investissant 40 milliards de dollars après des décennies de négligence », mais cela prendra plusieurs années pour rebâtir le système de santé, a-t-il prévenu.

Jean-Charles Cachon, architecte de l’éducation francophone

[LA RENCONTRE D’ONFR]

SUDBURY – On doit à Jean-Charles Cachon la création de nombreux programmes en éducation francophone, à l’Université de Hearst, au Collège Boréal et à l’Université Laurentienne. Doté d’un impressionnant CV de 23 pages, ce pilier de la francophonie du Nord cumule les implications bénévoles et les récompenses. Du conseil d’administration du Carrefour francophone, à son rôle de consul honoraire de France en passant par son titre de professeur émérite de la Laurentienne, Jean-Charles Cachon est la voix forte de l’éducation en français dans le Nord.

« Vous venez d’être nommé chevalier dans l’ordre des Palmes académiques par le gouvernement français. Que récompense cette distinction pour vous?

C’est une belle reconnaissance d’un travail accompli durant une carrière. Souvent, c’est du travail qui n’est pas nécessairement visible parce que ça se passe au contact des étudiants. C’est cette interaction qui fait le cœur du travail universitaire et de l’existence de l’université.

Comment avez-vous réagi à l’annonce de cette reconnaissance?

Je ne m’attendais pas à ce que cela vienne de la France, parce que c’est un travail qui a été accompli principalement au Canada. Je pense qu’ils ont voulu souligner le fait que j’ai contribué à la création de plusieurs programmes de langue française dans le domaine de la gestion, donc c’était une innovation là où je m’installais. J’ai eu l’occasion de le faire à Hearst et Sudbury, mais aussi pour des programmes de langue anglaise dans les institutions qui sont maintenant indépendantes à North Bay, Algoma et Sault-Sainte-Marie parce que les trois institutions faisaient partie de l’Université Laurentienne.

Et donc, comme j’avais mis sur pied le programme en français d’abord, j’ai pu les aider à mettre sur pied le programme en anglais. Mais je pense que ce qui importait pour le gouvernement c’était le travail accompli pour la francophonie, en Ontario.

Visite de la Mine Alamos Gold avec ses étudiantes à Dubreuilville en 2019. Gracieuseté.

Parmi vos nombreuses expériences académiques, quelle serait celle qui vous a le plus marqué?

Ça a été de travailler dans des pays où l’accès à l’éducation n’est pas le même que celui du Canada. J’ai eu notamment l’occasion de travailler à plusieurs reprises dans différentes universités au Mexique. Et j’ai eu une autre occasion en Indonésie, à Jakarta. À chaque fois, le contact quotidien a été une expérience formidable. J’avais souvent à donner un cours qui durait une ou plusieurs semaines à raison de plusieurs heures par jour, donc il y avait une certaine intensité. À chaque fois, tout le monde venait en classe.

Il n’y avait pas d’absent : les gens venaient en avance pour avoir le temps de parler, et ça, c’était vraiment extraordinaire. Ils avaient une soif de rencontrer des universitaires qui venaient d’autres pays et qui leur apportaient une certaine manière de travailler et ça m’a beaucoup touché de voir cet enthousiasme.

Vous avez étudié en gestion et marketing… Aviez-vous imaginé devenir enseignant?

C’est drôle, car je ne me voyais pas du tout faire ça. En fait, ma mère a enseigné au début de sa carrière et puis ensuite elle n’a pas pu continuer de le faire pour des raisons politiques en France. Elle avait une attitude envers l’enseignement qui était très positive.

Dans ma famille, il y avait beaucoup d’admiration pour le métier d’enseignant et je m’en suis rendu compte après. Je n’avais pas l’idée de le faire avant qu’on me le propose. J’ai accepté le poste à l’Université de Hearst, mais moi c’était plutôt le défi de créer des programmes qui m’intéressait. C’est lorsque j’ai rencontré des étudiants que je me suis rendu compte que c’est ce qui correspondait à mes études. En fait, j’étais vraiment terrifié avant la rentrée. J’avais peur de ne pas avoir ce qu’il faut au départ.

Jean-Charles Cachon accompagné d’étudiantes indonésiennes lors d’un séminaire de recherche à la Gunadarma University en 2017. Gracieuseté

Vous êtes d’abord arrivé à Sherbrooke, au Québec, pour vos études puis vous vous êtes dirigé vers l’Ontario et le Grand Nord, à Hearst. Pourquoi un tel bond?

Quand j’ai envoyé mon CV, dans mon esprit, Ontario signifiait dans la région de Toronto. Mais après, on m’a expliqué que je devrai me rendre à Kapuskasing en avion, car il n’y avait pas d’aéroport à Hearst, puis louer une voiture pour finir le trajet. À l’époque, c’était la fin de l’hiver.

Il n’y avait pas de feuilles aux arbres : c’était vraiment le genre de paysage qui correspondait à l’idée que je me faisais du Canada. J’avais refusé trois postes qu’on m’avait proposés en France dans de grandes entreprises, L’Oréal, Renault et une banque d’affaires, mais aussi un poste d’enseignement à Ottawa et un autre de consultant à Montréal. Je m’étais dit que j’aurais beaucoup plus de latitude et d’opportunités si je venais à Hearst, car il y avait tout à y bâtir.

Vous faites partie de la centaine de professeurs qui ont perdu leur poste lors de la crise de la Laurentienne de 2021. Comment avez-vous vécu ce moment difficile de votre carrière?

Eh bien, j’étais très en colère. On nous avait dit un dimanche soir du mois d’avril qu’on aurait une réunion le lendemain qui devrait durer une heure et demie. On a été contactés via une réunion sur Zoom où nous étions une quinzaine de personnes et il y a un visage qui est apparu à l’écran : celui d’une personne que je n’ai jamais vue qui a lu un texte d’une minute et demie. Immédiatement à la fin de sa lecture, il y a un de mes collègues qui l’a interpellée pour poser une question et elle a tout de suite fermé son écran sans répondre.

Puis il y a une personne des ressources humaines qui a aussi lu un texte d’une minute et ensuite le même collègue a voulu poser une question et là aussi la personne a refusé de répondre à sa question. C’est là que ce collègue a annoncé qu’il n’avait pas de temps à perdre et qu’il s’en allait. Une troisième personne est aussi arrivée et nous a dit qu’elle allait nous apprendre à rédiger notre CV. Je lui ai aussi dit que j’allais aussi partir, mais que j’avais une entrevue avec un journaliste et que j’aimerais qu’elle dise au recteur et au vice-recteur que je les attendrai avec le journaliste. Évidemment ils ne sont jamais venus donc j’étais encore plus en colère.

Jean-Charles Cachon en compagnie de France Gélinas, Guy Bourgouin, Andrea Horwath et Jamie West à l’Université Laurentienne en 2021. Gracieuseté

Et quelle a été votre réaction en apprenant la sortie prochaine de La Laurentienne de son insolvabilité et du processus de la Loi sur les arrangements avec les créanciers (LACC)?

Ce à quoi il faut penser aujourd’hui, c’est à la communauté francophone du Nord. Ce qui est grave aujourd’hui, c’est qu’il y a des gens qui se posent des questions sur la viabilité de la francophonie en Ontario. Il faut œuvrer le plus rapidement possible pour restaurer les programmes supprimés, car il y a une vraie pénurie avec la suppression de nombreux programmes dans lesquels il n’est plus possible de former de futurs enseignants.

Il devrait y avoir une base de programmes obligatoires que les institutions ne peuvent pas supprimer et il devrait y avoir une obligation pour le gouvernement de les financer sinon la francophonie au Canada n’a plus aucun sens.

Pensez-vous, alors, que le financement accordé récemment au Collège Boréal pourrait être nuisible aux universités de langue française de Sudbury comme s’en plaignent certains?

Absolument pas! Déjà on ne parle pas de même échelle de grandeur de financement : quelques millions pour le Collège Boréal, ce n’est rien à côté de ce que coûterait le développement d’une université de langue française comme l’Université de Sudbury. Il faut pleinement financer les collèges d’expression française car les deux vont de pair. Et il y a de la place pour le financement des deux en Ontario, qui est la province la plus importante. Elle génère à elle seule 40 % de l’économie du Canada et c’est la seule qui a une économie complète.

Jean-Charles Cachon a visité en 2004 l’usine Neutrinos de Sudbury en compagnie de Philippe Delacroix, consul général de France. Gracieuseté

Vous êtes donc en faveur d’un déblocage rapide pour l’autonomie de l’Université de Sudbury?

Oui, c’est essentiel. Le problème maintenant, c’est qu’on a créé un vide. Donc les jeunes qui veulent étudier, qui sont obligés de rester à Sudbury parce que leurs parents ne peuvent pas ou ne veulent pas qu’ils aillent étudier à l’extérieur de la ville, décident de changer d’orientation de programme d’étude.

Ou alors ils vont dans les collèges et, comme vous le savez aujourd’hui, les collèges sont en train de développer leur propre diplôme de baccalauréat. Dans un avenir relativement rapproché, les universités n’auront plus à offrir de diplômes de baccalauréat dans la plupart des études de gestion et devront se spécialiser dans des programmes de maîtrise et de doctorat.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir consul honoraire de France à Sudbury (depuis 2002)?

Je trouve ça vraiment intéressant même s’il y a certaines choses qui sont administratives et donc moins agréables. À l’époque, on cherchait une personne connue dans la communauté, et comme j’intervenais énormément dans les médias et que j’avais fait pas mal d’implication dans la communauté, mon nom était considéré comme le plus pertinent par le consul général. Il faut dire aussi que c’est un travail bénévole. Trouver quelqu’un est parfois compliqué et c’est le cas en ce moment. Je ne pourrai pas continuer après mes 75 ans qui arrivent prochainement. Alors on cherche un remplaçant. »


LES DATES-CLÉS DE JEAN-CHARLES CACHON :

1953 : Naissance à Ivry-sur-Seine (France)

1972 : Déménagement et études à Sherbrooke (Québec)

2002 : Devient Consul Honoraire de France pour Sudbury

2021 : Perd son poste de professeur titulaire lors de la crise de la Laurentienne, devient professeur émérite

2022 : Reçoit les insignes de chevalier dans l’ordre des Palmes académiques de la part du gouvernement français

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Identité volée : quand les Canadiens français revendiquent une identité autochtone

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

[CHRONIQUE]

Elle s’appelait Marie Bernard. Ma proverbiale nokomis. Une grand-mère, une aïeule, une ancestresse algonquine. 

« Marie Bernard venait probablement de la Rivière Rouge au Québec », explique Émilie Bourgeault-Tassé. « On la retrouve dans les recensements de 1871 et 1881 – mais, on note qu’au fil des années, elle allait être identifiée d’abord comme Autochtone, pour ensuite devenir Canadienne française. »

Émilie, c’est ma soeurette. Avec qui je partage un curieux dernier nom. Ainsi qu’un feu sacré pour la justice, la vérité et la réconciliation. Qui, comme moi, souhaite briser le patriarcat dans une quête vers un monde décolonial, juste et équitable. 

Et à qui, comme moi, on attribue parfois une identité métissée. 

Canadiennes françaises et Franco-Ontariennes, nous sommes – elle et moi – les héritières d’Eugène Bourgeault, le neveu d’arrière-grands-oncles qui, selon la légende familiale, se seraient battus pour Louis Riel et les Métis au Manitoba. 

De « ma tante » Philamène, une tante adoptive Algonquine et Canadienne française qui allait dorer la vie de mon grand-père – et celle de sa douce moitiée, notre grand-mère Isabelle Bourgeault, née Patry. 

Qui elle, était l’arrière-petite-fille de Marie Bernard. 

Isabelle et Émilie Bourgeault-Tassé. Gracieuseté

« À en croire le récit familial, Isabelle Bourgeault était fière de ses racines, même à une époque où on cachait nos ancêtres autochtones », explique Émilie, qui œuvre depuis plus de dix ans auprès des communautés des Premières Nations, Inuits et Métis rassemblées sur le territoire du Traité de Robinson Huron (1850) à N’Swakamok (Sudbury). 

« Marie Bernard a suscité pour moi, et pour toute la famille, une énorme curiosité – mais nous ne connaissons à peu près rien de sa vie. Nous savons qu’elle était catholique et qu’elle était mère de plusieurs enfants. Mais parlait-elle la langue algonquine? Participait-elle à des cérémonies? Quel était son attachement à sa culture? À la terre? On reste dans le mystère. »

Témoin de la montée du mouvement des « fauxtochtones »

Si Émilie a exploré notre généalogie algonquine, elle a aussi été confrontée à la montée du mouvement des « fauxtochtones », ceux qui revendiquent une identité culturelle autochtone, souvent fondée sur un lointain ancêtre autochtone, sinon sur les mythes et la tradition orale chez les Canadiens français. 

« Le mythe et les histoires de famille du Canada français, c’est que tout le monde était métissé », explique le chercheur Darryl Leroux. « Aujourd’hui, les gens se disent Autochtones par le biais de ces histoires-là. »

Canadien français et Franco-Ontarien, M. Leroux est originaire de Sudbury. Professeur à l’École d’études sociologiques et anthropologiques à l’Université d’Ottawa, il est auteur d’Ascendance détournée : quand les blancs revendiquent une identité autochtone, qui explore cette mythologie et l’auto-autochtonisation des Canadiens français qui brouillent les limites entre blanchité et autochtonité.

Cette « chimère du métissage » a de sérieuses retombées : du Nouveau Brunswick jusqu’en Ontario, environ 300 000 franco-descendants se définissent comme Autochtones – et ce, à notre propre péril dans une ère d’importantes conversations et dénonciations culturelles sur l’appropriation identitaire. 

« Treize femmes autochtones se seraient mariées avec des hommes français avant 1670 – mais elles ont environ 10 millions de descendants aujourd’hui au Canada, et 2 à 3 millions aux États-Unis, peut-être un peu plus. Ce sont des millions de personnes qui pourraient se dire Autochtones sur le fondement d’une seule ancêtre », explique M. Leroux.

Selon M. Leroux, la manifestation des faux autochtones s’inscrit dans un revers du mouvement envers la vérité et la réconciliation. Les torts financiers – allant de postes et places réservées aux bourses de recherches et d’études – sont considérables. Ibid les atteintes légales d’organismes qui revendiquent des droits issus de traités, parfois même à tort et à travers les véritables aspirations autochtones.

Un recul pour les aspirations envers la justice

L’usurpation des droits durement gagnés par les Premières Nations, les Inuits et les Métis au fil des années est un recul pour les aspirations envers la justice, la vérité et la réconciliation, estime M. Leroux.

« Il y a beaucoup d’institutions – telles les universités – qui répètent des beaux mots pour se donner un certain capital culturel, social, politique, pour se placer parmi ceux qui veulent lutter contre les inégalités », commence-t-il. « Et quand on leur dit, vous avez remplacé les vrais Autochtones par des blancs, ces institutions abdiquent leurs responsabilités, faisant en sorte que ce sont des non-Autochtones qui ont le contrôle sur la réconciliation sur les campus, dans les gouvernements, et cetera. »

« C’est comme si, soudainement, Doug Ford et toute sa gang se disaient Franco-Ontariens – et puis que c’est eux qui vont parler pour la communauté parce qu’ils ont appris notre histoire », poursuit-il. « Ça jette une lumière sur le symbolisme, le manque de matérialité, de volonté à vraiment faire quelque chose de significatif par rapport à la réconciliation. »

L’identité autochtone, dit-il, n’est pas simplement une question de sang ou d’ascendance, mais une question d’appartenance liée à des pratiques de parenté qui sont spécifiques à différentes nations et à différents territoires.

« J’honore ma nokomis par ma pratique de la vérité et de la réconciliation » – Émilie Bourgeault-Tassé

C’est une vision que partage ma sœur Émilie.

« Une ascendance autochtone ne nous confère ni les droits de chasse ou de récolte, ni des droits issus de traités, ni un droit de parole sur les aspirations et revendications des peuples autochtones », affirme-t-elle.

Néanmoins, croit Émilie, les Canadiens français doivent rendre hommage à leur ascendance autochtone en participant à l’essor culturel et linguistique des Premières Nations, les Inuits et les Métis et en s’alliant dans leur lutte et leur quête de justice.

 Extrait du recensement de 1871 qui identifie Marie Bernard comme « Indian ». Gracieuseté

« Marie Bernard m’est sacrée – ma fille est sa septième génération. Si elle m’ouvre sur un monde extraordinaire, elle appartient également à toute une constellation d’ancêtres que je me dois aussi de revendiquer », dit-elle. 

« J’honore ma nokomis par ma pratique de la vérité et de la réconciliation, dans l’espoir de devenir moi-même une aïeule qui sera la fierté des générations à venir. » 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Des vétérans franco-ontariens soulignent le jour du Souvenir

Honorer les vétérans pour leurs sacrifices : voilà ce que le 11 novembre représente. Pour les vétérans eux-mêmes, cette journée s’accompagne d’une reconnaissance de leur engagement, mais aussi de leur devoir. Le jour du Souvenir est aussi un moment de recueil et de sensibilisation.

Le Canada commémore cette journée à travers toutes les provinces. En Ontario, plusieurs vétérans franco-ontariens ne manqueront pas la tradition.

Célébrer la diversité

Daniel Roy est originaire de Welland. Pour ce Franco-Ontarien et Métis, qui a été réserviste pour les Forces armées canadiennes durant 15 ans, le 11 novembre est l’occasion de reconnaître l’enfer qu’ont vécu certains militaires. « Pour un vétéran, c’est aussi le moment de réfléchir à tout ça. On essaie de penser aux bons moments malgré tout. »

« D’ailleurs, dans la plupart des écoles, il y a un effort qui est fait durant plusieurs jours avant et après le 11 novembre », se ravit-il. « On raconte l’histoire des vétérans et notre jeunesse comprend bien. »

Le jour du Souvenir pour M. Roy, c’est aussi mettre de l’avant « la diversité de nos vétérans ».

Daniel Roy était dans les Forces armées canadiennes entre 1977 et 1992. Gracieuseté

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de femmes dans l’armée, il faut le reconnaître. Nos anciens combattants ne sont plus seulement des vieux hommes blancs : il y a des jeunes aujourd’hui. Nos vétérans, c’est un tapissage de toutes les couleurs. Nous devons souligner le volet autochtone, c’est très important. »

« L’armée, c’est un beau laboratoire et ce que l’on voit : c’est le réveil collectif du Canada », ajoute celui qui participe ce vendredi, au parc de la Confédération à Ottawa, aux célébrations de l’engagement des soldats autochtones, accompagné du lieutenant-général des Forces armées canadiennes, Jocelyn Paul, membre des Premières Nations.

Transmettre l’histoire

En 1960, Gilles Courtemanche a rejoint l’armée à l’âge de 16 ans comme technicien-signaleur. Basé à Kingston puis à Petawawa, il deviendra Casque bleu pour la Force de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Congo (durant la tentative d’indépendance de Katanga). Il terminera sa carrière à Carp dans la région d’Ottawa.

« J’ai vécu durant la Guerre froide. C’est quelque chose de sérieux qu’il faut expliquer, spécialement aujourd’hui avec la guerre en Ukraine. »

« Je me souviens de la crise des missiles de Cuba », reprend-il. « Je savais qu’à tout moment que je pouvais être appelé. »

Gilles Courtemanche à son retour du Congo en 1963. Il porte un béret bleu, un chapeau distinctif des soldats de l’ONU. Gracieuseté

Selon le vétéran, « la guerre, c’est triste, mais c’est réel et ce n’est pas drôle ». C’est pourquoi il considère que la transmission de l’histoire est une étape importante en ce jour de commémoration. Le jour du Souvenir est une date cruciale à ses yeux.

À 78 ans, il se sent toujours reconnu lors de cette journée si particulière. 

Celui qui vit près d’Anprior, est présent ce vendredi à Carp, à l’est d’Ottawa, dans ce qu’il appelle « le trou ». Le vétéran organise régulièrement des visites guidées du Diefenbunker, un abri antiatomique construit secrètement durant la Guerre froide, converti en musée.

Il fait découvrir cette bâtisse dans laquelle il a lui-même vécu à son retour du Congo. « Dans le temps, nous pouvions vivre dans le trou, il fait quatre étages et pouvait accueillir 600 personnes. »

Un jour de partage

Engagé en 1962, le Colonel Roméo Lalonde est resté dans l’armée plus de trente ans. Ce Franco-Ontarien et Métis de 82 ans se recueille en uniforme ce vendredi lors des cérémonies dans sa ville de Penetanguishene.

« J’ai été déployé en France, en Allemagne, mais aussi en Afrique, mais la guerre qui m’a le plus marqué était la guerre du Golfe. Lorsque j’étais commandant de près de 750 soldats, j’avais 26 avions, 29 pilotes et tous les mécaniciens et techniciens à ma charge. »

M. Lalonde a été chef d’état-major et commandant adjoint des Forces canadiennes au Moyen-Orient, puis commandant d’un groupe opérationnel pendant la guerre du Golfe dans l’aviation royale canadienne.

Pour ce haut gradé, le 11 novembre est un jour de commémoration qui se partage avec toute la famille, les enfants et les petits-enfants.

Le Colonel Roméo Lalonde est originaire de Penetanguishene en Ontario. Gracieuseté

Une reconnaissance de tous les jours

« En étant militaire, la journée du souvenir à un intérêt spécial à mes yeux. C’est évident pour tous les militaires », renchérit Stéphane Guy.

Entré dans les Forces armées canadiennes en 1978, M. Guy s’est arrêté en 2013 après 35 ans de services. Technicien aéronef puis mécanicien de bord, il a passé plus de 21 ans en vol. Déployé eu Kosovo, en Bosnie, en Afghanistan ou encore en Égypte et au Rwanda, il a fini sa carrière comme adjudant-chef de la formation à l’Académie canadienne de la Défense puis adjudant-chef au Grand Quartier général des Puissances alliées en Europe (SHAPE), une base de l’OTAN.

Pour le vétéran de 62 ans, « se souvenir des sacrifices et des militaires qui ont donné tout d’eux-mêmes, incluant mourir » est un impératif.

« Il faut absolument garder ce fait-là dans l’esprit de nos citoyens canadiens et commémorer que nos soldats ont soufferts. Une journée par an, c’est le minimum qu’on peut faire. »

Adjugant-chef à la fin de sa carrière, Stéphane Guy a aussi été mécanicien de bord, il cumule 21 années de vol. Gracieuseté

Stéphane Guy veut s’assurer que la jeunesse n’oublie pas l’histoire. « C’est bon pour eux de comprendre l’histoire, mais aussi de savoir comment ils peuvent servir leur pays. »

Le jour du Souvenir est un événement spécial pour le vétéran, mais il souligne que le respect envers les militaires canadiens se traduit aussi à d’autres moments. « Par exemple, au hockey, Les Sénateurs, dès qu’ils jouent à Ottawa, reconnaissent un militaire. Nous recevons aussi des rabais pour des achats ou la gratuité des frais de valises chez Air Canada et WestJet, juste parce qu’on est des militaires ou des vétérans. »

« Tout au long de l’année, il y a plusieurs marques de respect. On voit que les Canadiens reconnaissent notre implication. »

Le 11 novembre demeure toutefois très spécial à ses yeux : « Le geste est très important et nous fait songer au passé. »

M. Guy, est aujourd’hui commandant de la Zone G5 au niveau de la Légion royale canadienne (un organisme de soutien aux vétérans). Ce vendredi, à Ottawa, il accompagnera d’autres vétérans pour déposer une couronne de fleurs devant le Monument commémoratif de la guerre du Canada.

L’adjudant-chef Stéphane Guy, lors de la cérémonie du 11 novembre à Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Caroline Raynaud ou l’art de tout quitter pour vivre son rêve

Parfois il faut savoir partir pour se trouver. Caroline Raynaud en est l’exemple vivant. Cette Parisienne a choisi de tenter sa chance en traversant l’océan pour se retrouver à Sudbury afin de vivre de sa passion : la comédie.

Née à Orléans en France, cette jeune femme a suivi un parcours classique, celui que ses parents espéraient d’elle. Elle déménage dans la capitale française pour poursuivre des études en mathématiques, mais réalise très vite que ce n’est pas sa vocation.

Elle décide alors d’abandonner ses études afin d’entrer dans un conservatoire, contre l’avis de sa famille.

Après avoir tissé un réseau de contacts intéressants, elle jouera dans plusieurs films dont les noms nous sont tous familiers : le très oscarisé La Môme aux côtés de Marion Cotillard ou encore La Rafle mettant-en scène Jean Réno et Mélanie Laurent, pour ne citer qu’eux.

Caroline Raynaud joue dans plusieurs scène du film phénomène La Môme qui a révélé Marion Cotillard. Gracieuseté

Mais la monotonie de la vie parisienne et se réveiller chaque jour dans une chambre de bonne ne la satisfait plus. « J’en avais marre, j’étouffais, j’avais envie d’autre chose et besoin d’aventure », confie-t-elle.

C’est alors qu’on lui propose de lire un script de court-métrage dont le tournage a lieu au Canada, dans la ville du Grand Sudbury en 2017.

Le grand saut

« C’est la première fois que je voyageais. J’ai traversé l’atlantique pour la première fois », explique-t-elle le sourire dans la voix.

Un départ précipité en deux semaines qui a failli ne jamais se faire, faute d’un passeport tout juste périmé, mais qu’elle a réussi à renouveler in extremis après de très lourdes démarches.

Le tournage terminé, le retour a été plus compliqué qu’attendu : « Je suis revenue complètement bouleversée, des rêves plein la tête, parce que je me disais comment je vais pouvoir y retourner? »

Et le destin faisant si bien les choses, Caroline Raynaud a rencontré lors de ce voyage à Sudbury celui qui est aujourd’hui non seulement son mari, mais aussi le père de son enfant.

Caroline Raynaud dans le film français La Rafle aux côtés de l’actrice Mélanie Laurent. Gracieuseté

Après avoir tout tenté, elle obtient le premier rôle de sa vie dans une fiction de long-métrage qui sera tourné, là encore, dans la ville du Nickel.

Elle décidera en 2018 de faire le grand saut et de poser définitivement ses valises dans la plus grande ville du Nord.

La communauté, avant tout

Et le froid alors? « Je suis amoureuse de la neige, donc je suis bien ici », rit-elle. Mais ce qu’elle n’avait pas espéré c’est la chaleur humaine qu’elle trouverait sur place. « Ce que j’ai rencontré à Sudbury, que je n’avais pas à Paris, c’est une communauté francophone artistique très active, une famille qui m’a accueillie à bras ouverts. »

La jeune maman explique que le saut de Paris vers Sudbury a été facilité par ce sentiment d’appartenance à la communauté si singulier aux localités plus isolées.

« C’est l’avantage des petites communautés, on est pas nombreux donc on chérit chaque membre individuellement. »

Caroline Raynaud dans le film Projet Ithaca tourné à Sudbury en 2018. Gracieuseté

Et d’ajouter : « Depuis que je suis ici, j’ai réalisé que l’indifférence ou le fait de se sentir noyée dans une grande ville ça ne me convient plus. »

Et, rien d’étonnant ici, les nombreuses possibilités d’activités de plein air dans le Nord sont aussi une autre des raisons qui l’ont poussée à adopter définitivement la ville.

« J’ai découvert plus de connexion à la nature », ajoute-t-elle, en citant par exemple le programme d’éducation dans la forêt offerte par la garderie francophone où est inscrit son fils.

Après de premiers pas en anglais dans le cinéma, la jeune actrice explique également avoir été agréablement surprise de voir que la francophonie est aussi vibrante à Sudbury.

« Je suis venue au Canada avec une envie de m’intégrer et d’apprendre la culture anglophone donc ça a été un bonus que de découvrir que je pouvais m’exprimer dans les deux langues », dit-elle avant d’ajouter que son anglais s’est considérablement amélioré depuis son arrivée dans la ville du Nord.

Une terre d’opportunités

Et depuis son arrivée, il en neige des scripts et des projets. Celle qui est en ce moment même à Vancouver pour le projet théâtral Un. Deux. Trois. se réjouit de partir à la découverte du reste du Canada tout en jouant dans une pièce célébrant la francophonie.

Être tous les soirs sur les planches lui a permis de retomber en amour avec le milieu théâtral qu’elle avait laissé à la ville lumière. Celle-ci nous confie avoir pour projet d’écrire son propre spectacle, un one-woman show qu’elle écrit en ce moment même.

Et le rêve nord-américain est bien vivant selon Caroline Raynaud qui relève que les opportunités y sont plus grandes.

Caroline Raynaud en répétition pour le spectacle Un.Deux.Trois. à Vancouver. Crédit image : Jonathan Lorange

« J’ai l’impression qu’en Amérique du Nord on te laisse plus ta chance sans regarder d’où tu viens et ce que tu as fait avant », juge-t-elle, précisant que son accent de France lui a probablement permis de se distinguer pour accéder à certains rôles.

Jouer une toxicomane dans son premier long-métrage? Un exemple de rôle plus profond et à l’opposé de sa personnalité, que ceux auxquels elle avait pu avoir accès à Paris.

« Je suis très heureuse de tout ce que je vis ici, et j’ai bien hâte de retourner à Sudbury. Ça a pris du temps, mais Sudbury c’est chez moi », lâche finalement avec émotion Caroline Raynaud.

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR+ vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

L’art sous toutes ses formes : œuvres et musique à découvrir cette semaine

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, restez à l’affut de ces événements artistiques. Comme d’habitude, nos suggestions sont de toutes formes artistiques, prêtes à vous transporter vers des mondes uniques.

Arts

Parcours de chasse en réalité augmentée

Découvrez l’histoire des Tanukis et Yokais, esprits forestiers japonais, à travers l’installation expérientielle Uramado AR de l’artiste Julie Stephen Chheng. Présenté par l’Alliance française de Toronto, il s’agit d’un parcours de chasse au trésor en réalité augmentée dont les participants devront télécharger l’application gratuite Uramado AR pour y faire partie. Au fur et à mesure que les joueurs découvrent les autocollants un par un, les esprits s’animeront et un dialogue philosophique à la fois ludique se poursuivra avec le spectateur.

Gracieuseté de l’Alliance française de Toronto.

Du 11 jusqu’au 21 novembre à l’Alliance française de Toronto. Entrée gratuite.

L’exposition Resurgence à la galerie Thompson Landry

Profitez de cette fin de semaine pour assister à l’exposition Resurgence de la Galerie Thompson Landry. L’exposition se dédie aux nouvelles œuvres des artistes contemporains francophones : Sylvain Coulombe, Dominique Fortin, Jean-Pierre Lafrance, André Pitre et Marie-Josée Roy.

L’œuvre Écho rouge du peintre André Pitre. Gracieuseté de la Galerie Thompson Landry.

L’exposition Resurgence jusqu’au 13 novembre. Entrée gratuite.

Théâtre jeunesse

Héli, l’enfant cerf-volant à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins

Mélangeant conte, marionnettes et projection numérique, cette production des Fabulateurs vous réserve une histoire d’aventure et d’émerveillement d’Héli, l’enfant cerf-volant, enfant de famille de cirque qui part à la découverte de sa propre légende.

La pièce Héli, l’enfant cerf-volant. Crédit image : Francis William Rhéaume.

La pièce Héli, l’enfant cerf-volant sur scène le samedi 12 novembre à 11h. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Concert

Kizaba en spectacle à La Place des arts

Dans la cadre de la Semaine nationale de l’immigration francophone, Lionel Kizaba, l’auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste, qui chante en français, anglais, kikongo et lingala sera à la une à La Place des Arts.

Inspiré par les artistes urbains internationaux comme Daft Punk, David Guetta et Stromae, Kizaba a su imposer son propre style à saveur afrofuturiste. L’artiste originaire du Congo est basé à Montréal depuis quelques années, mais reste fidèle à ses racines africaines à travers sa musique. Un spectacle qui, sans aucun doute, fera vibrer les petits et grands.

L’auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste, Kizaba. Crédit image : Karine Larocque.

Spectacle Kizaba le 11 novembre à 20h à La Place des Arts. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Tetia Bayoro ou le bilinguisme comme source d’intégration

Pour cette immigrante d’origine ivoirienne, Tetia Bayoro, la vie est un long fleuve tranquille avec des vagues de rires aux éclats. En effet, la trentenaire affiche un rire sincère à toute épreuve malgré quelques difficultés rencontrées à l’aube de son installation au Canada, des difficultés qu’elle a choisi de surmonter par le biais du bilinguisme et de l’entrepreneuriat.

Née à Bouaké en Côte d’Ivoire il y a 36 ans de cela, Tetia Bayoro est aujourd’hui citoyenne canadienne binationale vivant à Ottawa. Toutefois, c’est bien au Québec qu’elle a d’abord élu domicile en 2007, à la quête du savoir.

« Après mon baccalauréat, celui du système français, j’ai intégré une université à Abidjan qui offre un programme canadien où j’ai décroché un bachelor en Administration des affaires. Après quoi, j’ai postulé pour suivre un MBA en Gestion internationale à l’Université de Laval au Québec, et j’étais prise », raconte-t-elle.

Tetia Bayoro a d’abord choisi le Québec pour point de chute. Gracieuseté

Et de poursuivre : « Mon but était de m’installer au Québec principalement à cause de la langue, mais je me suis retrouvée à faire un cursus en Gestion internationale et, qui dit internationale, dit la maîtrise d’au moins deux langues internationales. Alors, j’ai pris des cours d’anglais pour devenir bilingue. »

Le bilinguisme au service de l’intégration

Une fois le diplôme canadien et la langue de Shakespeare en poche, la jeune femme jette son dévolu en 2010 sur Vancouver par un mois de février sibérien. La mention du mois n’est pas anodine, car la ville connaissait une grande activité grâce aux Jeux olympiques d’hiver qu’elle accueillait.  

Sur place, la jeune étudiante fraîchement diplômée enchaîne les petits boulots afin de parfaire son anglais par le plus efficace des moyens : le terrain.

Résultat des courses, elle est embauchée par une grande banque pour un poste bilingue, une étape importante comme elle l’explique : « C’est là où tout a commencé pour moi en ce qui est de l’ouverture à l’internationale. Il faut dire que j’ai également été en Chine en 2008 dans un programme d’échange d’étudiants, et cette expérience m’était aussi très enrichissante. Dans ce sens, on peut dire le Canada m’a ouvert une porte sur le monde. »

Tetia Bayoro finit par déménager à Ottawa afin de retrouver les liens familiaux. Gracieuseté

Suite à ces nouvelles expériences, cette aînée d’une fratrie de quatre enfants décide de s’installer à Ottawa, afin de retrouver sa sœur, elle aussi venue à la capitale pour étudier à l’université éponyme. In situ, Telia Bayoro lance sa propre affaire, et ce parallèlement à son travail de gestionnaire pour une firme américaine, un travail qu’elle mène à distance aujourd’hui.

Le Canada, un terrain fertile pour l’entrepreneuriat

« J’ai toujours eu cette fibre entrepreneuriale, et cela depuis mon enfance, même si ce n’était pas encouragé de la part de ma famille qui préférait un travail plus stable et la sécurité de l’emploi qui va avec. Je me rappelle que, lorsque j’étais au lycée, je préparais des petits snacks et des gâteaux à la maison, puis je les vendais à mes camarades d’école. Je peux vous dire que j’avais une bonne petite clientèle », se souvient-elle, rire aux lèvres.

Au-delà de la volonté certaine dont Mme Bayoro fait preuve afin de transformer la pensée en action, le rêve en réalité, elle a trouvé sur la terre d’accueil un terreau fertile pour sa passion à l’égard de l’entrepreneuriat.  

« Il est beaucoup plus facile de faire de l’entrepreneuriat au Canada qu’en Côte d’Ivoire, notamment à cause de l’information disponible. Pour pouvoir monter une entreprise ici, il suffit d’investir du temps et dans la recherche de l’information, puisque tout est digitalisé, alors que, là-bas tout est compliqué avec des gens qui ont le monopole de l’information. Au Canada, je suis assise devant mon ordinateur et mon entreprise vit », apprécie-t-elle.

Tetia Bayoro a ouvert une entreprise de vente en ligne de collations africaines, un rêve d’enfant devenu réalité. Gracieuseté

« Alors, si j’ai un conseil à fournir aux nouveaux arrivants, c’est d’entrer en contact avec les gens qui sont arrivés ici avant eux pour être informés. Mais attention, il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce qu’on dit, il faut aller se renseigner par soi-même chez des sources officielles et fiables. Ici, il n’y a rien qui est caché, l’information est disponible partout », ajoute-t-elle.  

Du reste, avec la création à l’apogée de la pandémie de cette affaire de vente en ligne de collations d’inspiration ouest-africaine, Tetia Bayoro dit grandir en même temps que son entreprise. Ainsi, la boucle est bouclée, une boucle entamée à la cour de récréation il y a un quart de siècle de cela.

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR+ vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

Geneviève Lajoie compte améliorer la visibilité du français à Casselman

CASSELMAN – C’est la première fois qu’une femme devient mairesse dans la municipalité de Casselman. Geneviève Lajoie, qui succède à Daniel Lafleur, sera officiellement la nouvelle édile dans quelques semaines. Pour l’heure, il est question de fixer ses priorités et le français en fait partie.

Il y a plusieurs aspects que la mairesse élue voudrait voir émerger dans sa communauté. Les bonnes intentions sont nombreuses, mais dans son conseil municipal tout à fait paritaire – deux hommes, deux femmes -, Geneviève Lajoie sait qu’il faudra « travailler ensemble ».

Plusieurs priorités la préoccupent, dont le français, dit-elle. « J’ai constaté, un peu comme tout le monde, qu’il y a un déclin du Français. Casselman est une municipalité francophone et c’est très important qu’elle le reste. »

Geneviève Lajoie explique notamment que lorsqu’on arrive à Casselman, « il faut que cela se voie ».

« Je n’ai pas tous les détails et j’espère que le conseil voudra que l’on travaille là-dessus, mais je voudrais plus de festivals de musiques francophones, plus de visibilité pour la francophonie. »

Elle ne pense pas pour autant que le français soit mal représenté. D’ailleurs, elle affirme qu’une majorité des commerçants conversent en français. « Il y a tout de même 75 % des habitants qui parlent la langue. »

Entrée de Casselman. Crédit image : Benjamin Vachet

« J’espère aussi briser les barrières entre les anglophones et les francophones », souhaite-t-elle. « Faire qu’il n’y ait pas d’animosité. Ici, c’est la culture de Casselman, c’est notre communauté francophone. »

Geneviève Lajoie se considère francophone et anglophone, elle a aussi des ancêtres autochtones. Elle explique à ce titre que ses parents, son conjoint et ses enfants sont aussi francophones. « J’ai un très fort accent anglais et mon français n’est pas parfait, mais je suis francophone, comme je suis née et j’ai grandi en français. »

La participation citoyenne

Geneviève Lajoie veut répondre à la demande des habitants. Pour ce faire, elle considère presque qu’il faille effectuer du porte-à-porte chaque année.

« J’ai parlé avec beaucoup de personnes durant la campagne et le porte-à-porte et je tiens à dire qu’on devrait faire ça tous les ans. J’ai vraiment écouté les habitants et j’ai compris ce dont ils avaient besoin. »

« C’est tellement important », reprend-elle. « En plus, parmi les habitants, il y a des experts dans nos villes et ils ont des choses très pertinentes à dire ».

« En fait, j’aimerais encourager le monde à participer à nos comités. »

Des enjeux pour les habitants

Anciennement conseillère scolaire et éducatrice de la petite enfance, Mme Lajoie veut trouver des solutions aux enjeux locaux.

« Durant mon porte-à-porte, le sujet de la qualité de l’eau est revenu en majorité, donc c’est un enjeu sur lequel je vais m’appliquer. »

Comme la municipalité d’Alfred et Plantagenet, la sécurité routière semble aussi être un enjeu pour les habitants de Casselman. « Les gens roulent trop vite et il va falloir faire quelque chose. »  

Pour la mairesse élue, « c’est important que la municipalité soutienne ceux qui ont des difficultés. Ce n’était pas le cas et j’étais fâchée quand j’ai constaté que des gens allaient chercher de l’aide sans nécessairement un retour ».

« C’est notre travail », renchérit-elle.

Enfin, Mme Lajoie veut s’allier aux autres municipalités pour faire pression au gouvernement provincial. « On pourrait changer les choses, notamment pour le logement. »

« Une de mes priorités sera aussi de travailler avec les Comtés unis de Prescott et Russell. Je crois que la collaboration, c’est la clef. »

Les talents multiples de Joanie Charron

Joanie Charron est une fille pas mal occupée : membre du duo country Sugar Crush, animatrice, journaliste culturelle et présentatrice météo! Découvrez cette Franco-Ontarienne aux multiples talents et anecdotes croustillantes, dans ce nouvel épisode de Tac au Talk, une série ONFR+ qui vous fait découvrir vos personnalités franco-ontariennes sous un autre jour.

Doug Ford et la clause dérogatoire : une perte de confiance à l’horizon

TORONTO – Doug Ford a-t-il eu tort? Est-il allé trop loin? Alors que le gouvernement Ford a recouru à la clause dérogatoire dans son projet de loi 28, il s’apprête à la retirer lors de la prochaine législature. Son « seul outil » s’apparente soudainement à une manœuvre politique arrogante ou peut-être paresseuse, témoignent les experts. L’opinion publique, elle, ne le suit plus.

« Certaines personnes vont voir ici que Doug Ford n’a pas les reins solides », explique Peter Graefe, politologue de l’Université McMaster. « La semaine passée, cela lui a pris trois jours pour pousser cette Loi, comme si c’était urgent. Seulement, voilà, 72h plus tard, il décide de se retirer. »

« Est-ce qu’il considère que c’était une erreur? En tout cas, cela pourrait montrer dans ce cas-ci qu’il n’a pas le courage de ses convictions. »

« De l’autre côté, pour une partie de la population, cela va sans doute renforcer l’idée que Ford est quelqu’un qui n’a pas peur de faire des choses difficiles pour régler des crises – même si ce sont des crises dont il est coupable – il n’a pas peur d’admettre ses erreurs et de trouver un terrain d’entente. »

Doug Ford en perte de popularité

Pour David Coletto, le président-directeur général (PDG) de la firme de sondage Abacus Data, « beaucoup de gens dans la province trouvent que le gouvernement est allé trop loin ».

La firme a réalisé un sondage auprès de la population ontarienne entre le 4 novembre et le 5 novembre. Les réponses montrent que 50 % des sondés considéraient que l’usage de la clause dérogatoire était une mauvaise idée, contre 36 % qui estimaient que c’était une bonne idée.

Ford Clause dérogatoire
L’utilisation de la clause dérogatoire, 36 % des sondés pensent que c’était une bonne idée, 50 % une mauvaise. Source : Abacus Data

L’image de Doug Ford a tout de même chuté dans les sondages. La population a une impression plutôt négative du premier ministre. Depuis la fin des élections en juin dernier, sa popularité diminue.

Pour Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa, ce n’est pas étonnant, car « la façon dont il a géré tout ça, va à l’encontre de la tradition ontarienne. L’Ontario en 1982 – quand la constitution était négociée – s’opposait farouchement à cette clause dérogatoire ».

Ce que soutient Gilles LeVasseur, professeur à l’Université d’Ottawa et expert en droit constitutionnel. « La société ontarienne n’est pas habituée à voir ça. On a toujours essayé de trouver des accommodements dans la province. »

C’est pourquoi la population va être attentive au moindre mouvement du gouvernement, pense David Coletto. « Cette clause, c’est l’option nucléaire, donc je ne sais pas si le gouvernement va s’amuser à l’utiliser encore. »

« Une fois que tu brises la confiance des gens », reprend le PDG, « ils sont plus vigilants ».

Geneviève Tellier à gauche et Peter Graefe à droite. Archives ONFR+

Gilles LeVasseur signale, d’ailleurs, que le manque de confiance risque de s’élargir aux autres secteurs, là où le gouvernement provincial à une gestion.

« Si on utilise la clause dérogatoire dans le domaine de l’éducation, qui dit qu’ils ne vont pas l’utiliser dans le domaine de la santé, dans le domaine des fonctionnaires provinciaux, dans le régime de retraite, partout où la province gère des activités. »

« Il peut aller partout », souligne-t-il. « Ça s’arrête où? »

Arrogance ou paresse?

Pour Geneviève Tellier, on assiste à l’arrogance du pouvoir. En étant majoritaire à Queen’s Park, en ayant si peu d’opposition, « M. Ford n’est pas obligé d’être à l’écoute de la population ».

« Par contre, si M. Ford avait été moins certain, peut-être qu’il n’aurait pas pris cette décision-là », nuance-t-elle.

« Je pense que ce qui l’a fait reculer, c’est l’annonce de la manifestation monstre et multisectorielle du 14 novembre, qui aurait probablement perturbé l’économie », croit la politologue.

« Arrogance ou paresse, il n’a pas bien géré ce dossier », estime Peter Graefe.

« Pour M. Ford, c’était une manœuvre politique qu’il est prêt à utiliser et en plus, il l’a utilisé la dernière fois et le ciel n’est pas tombé. »

Selon le professeur de l’Université McMaster, on se pose des questions sur le degré de sérieux de la planification. « Il y a quelque chose d’un peu improvisé là-dedans. »

Le professeur de l’Université d’Ottawa Gilles LeVasseur. Gracieuseté.

Gilles LeVasseur estime que cette clause est un désastre politique : « Il est certain qu’on ne veut pas que l’image de marque du parti renvoie à un gouvernement qui prive les droits fondamentaux. Doug Ford ne veut pas être dans une situation où il n’est plus respecté par la population ontarienne ».

Pour l’instant, et d’après le sondage, Abacus Data, si une élection devait être tenue aujourd’hui, le Parti progressiste conservateur serait largement gagnant. « Sur le court terme, on ne dirait pas que ce qui s’est passé affecte la marque Ford ou le parti », estime David Coletto, « mais le fait qu’il se retire si tôt suggère qu’il y avait un risque politique sur le long terme ».

 « Les données démontrent que si le gouvernement avait continué d’agir dans ce sens, les conséquences politiques se seraient accentuées. »

Rachid Hachi ou l’exil du Commandant

Ancien officier des forces armées de Djibouti, dans la Corne de l’Afrique, Rachid Hachi n’a eu d’autre choix que de s’exiler loin de chez lui et des siens, et ce en empruntant le moins certain des chemins, celui de la clandestinité. La cause? Une histoire fictive! Portrait d’une destinée à la Yasmina Khadra*, le nom d’emprunt en moins.

« Ce n’est pas toujours la plume, mais souvent le fusil qui rédige la loi. » Si on devait résumer la vie antérieure de Rachid Hachi en une phrase, ce serait ce proverbe hongrois qui s’y appliquerait à merveille, à la différence près que ce Djiboutien possédait les deux!

Installé au Canada depuis 2018, puis à Ottawa depuis 2021, ce quarantenaire, ancien militaire est également un romancier, et plutôt bon romancier, puisqu’il a été nommé meilleur écrivain de Djibouti en 2016. 

« Je suis né en 1977 à Djibouti. J’ai fait l’école primaire, secondaire et le lycée là-bas, puis mes études universitaires en psychologie, en France. Après, j’ai embrassé un parcours atypique en m’engageant dans l’armée de mon pays. J’y est passé 15 ans durant lesquels j’ai gravi les échelons jusqu’au grade de commandant en charge du service des transmissions », se souvient-il.

Rachid Hachi est installé au Canada depuis 2018, en provenance de Djibouti Gracieuseté

Et d’ajouter : « Parallèlement, et contrairement à l’écrivain Yasmina Khadra*, j’ai publié des romans sous mon vrai nom. Le premier, L’enfant de Balbala, est paru en 2006 aux éditions l’Harmattan. D’autres romans, des policiers notamment, ont suivi. Mais, malheureusement, en 2018, tout s’est arrêté brusquement. »

Jeté en prison pour avoir écrit une fiction!

À vrai écrire, M. Hachi n’a pas immigré au Canada, il a fui Djibouti. Et pour cause, l’écrivain en treillis a été arrêté, démis de son grade et de ses fonctions au sein de l’armée pour être jeté en prison pendant une dizaine de jours.

Les charges retenues contre lui? Avoir écrit une histoire fictive. Or, si la trame du livre intitulé Les Al Capone du lait était imaginaire et en phase de finalisation, elle s’inspirait néanmoins de la réalité, et c’est bien là où le bât blessait, car le régime djiboutien a vu dans ce roman, non encore publié, un pamphlet politique et non une fiction. Il a fallu quelques extraits qui avaient fuité dans les réseaux sociaux pour que l’écrivain prolifique se retrouve dans la case prison.   

« Le gouvernement actuel, qui est une dictature, a instauré un embargo sur le lait parce que le fils du président avait construit une usine à lait que les citoyens ne voulaient pas acheter parce qu’il était de mauvaise qualité. Donc, pour contrer cela, le gouvernement n’a pas trouvé mieux que d’interdire l’importation de toute sorte de lait étranger afin d’obliger les gens à acheter le lait du fils du président. Je me suis inspiré de cela dans mon roman », raconte-t-il.   

Puis, les choses se sont accélérées. Un procès bancal à l’issue duquel il est remis en liberté sans jugement final faute d’éléments dans le dossier, car une fiction n’est pas condamnable aux yeux de toute loi œuvrant avec bon sens.

« La question que le juge m’a posée était pourquoi j’ai choisi de parler du lait précisément. Je lui ai répondu : qu’est-ce que cela aurait changé si j’avais parlé de tomates. C’était un procès qui s’apparentait à une farce. Ils m’avaient libéré provisoirement sans verdict, mais je savais qu’ils n’allaient pas me lâcher. J’ai décidé donc de m’exiler », se rappelle-t-il, l’émotion à peine perceptible dans le timbre de sa voix.

Le parcours du combattant

Alors, ce fut le début du parcours du combattant. L’ambassade canadienne étant inexistante à Djibouti, le futur réfugié a d’abord obtenu un visa américain sur place, avant de passer par les États-Unis pour, enfin, entrer clandestinement au Canada où il a obtenu le statut de réfugié.

Le parcours du combattant ne s’arrête pas là pour autant : « Ce qui est difficile, c’est l’intégration dans une nouvelle culture. Cela change tout. Par exemple, les diplômes en psychologie que j’ai obtenus en France ne sont pas valides ici. Il faut faire une évaluation comparative qui est, parfois, revue à la baisse. Sans oublier qu’il faut avoir une expérience canadienne approuvée », déplore-t-il.

L’écrivain prolifique, Rachid Hachi a écrit 11 livres depuis qu’il est au Canada. Gracieuseté

Et d’insister : « Cette situation laisse chez les nouveaux arrivants qui la vivent une impression d’être de la chair à canon, car, bien souvent, ils font des boulots qui ne correspondent pas à leurs qualifications, leur formation et/ou leur expérience professionnelle accumulées dans leur pays d’origine. Moi, par exemple, je ne vis ni de ma plume ni de ma formation académique aujourd’hui. »

L’autre obstacle qui se dresse devant ce travailleur chez Bell est son statut de réfugié, car, pandémie oblige, il attend toujours sa résidence permanente, alors que cela fait quatre ans qu’il est sur le territoire canadien, ce qui, inexorablement, ferme bien des portes au niveau de l’emploi pour ne citer que ce secteur.

La patience, mère de toutes les vertus

Cependant, M. Hachi en a bien vu d’autres et sait à ce titre que la patience est une alliée fiable.  

« Il faut s’armer de patience parce que le chemin est difficile. J’ai des amis qui n’ont pas eu de problèmes dans leur pays, mais qui veulent venir ici, parce qu’ils pensent que l’herbe y est plus verte. Je leur explique le parcours du combattant qui les attend, et, s’ils veulent quand même tenter l’aventure, je les préviens qu’il faut sacrifier au moins cinq ans de sa vie pour y parvenir. Donc patience, patience », conseille-t-il aux nouveaux arrivants.

Rachid Hachi lors d’une séance de dédicaces de ses romans. Gracieuseté

Du reste, le romancier continue d’écrire toutes les voix de son cœur depuis sa terre d’accueil. Et, comme un souffle d’indépendance et de liberté, il y a créé sa propre maison d’édition, les Éditions Khamsin, en référence à ce vent chaud venu du désert qui soufflait, jadis, sur sa terre natale.

*Pseudonyme utilisé par l’écrivain et ex-officier algérien Mohammed Moulessehoul pour des raisons de censure militaire.

Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR+ vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.

 

Trudeau dénonce la nomination d’un ministre anti-bilinguisme sur un comité de langues officielles

OROMOCTO – La nomination de Kris Austin sur un comité sur les langues officielles « n’a aucun sens », a dénoncé Justin Trudeau de passage au Nouveau-Brunswick. Il a décoché des flèches envers le gouvernement de Blaine Higgs pour sa récente gestion de dossiers attachés au français et aux langues officielles.

La semaine dernière, Blaine Higgs a dit aux médias locaux que Kris Austin, son ministre de la Sécurité publique, avait été nommé sur un comité de dix élus progressistes-conservateurs, dont deux francophones. Ce comité a pour mission de se pencher sur la révision de la Loi sur les langues officielles et Blaine Higgs estime que son ministre apporte une diversité de points de vue au sein du groupe.

Kris Austin. Gracieuseté Assemblée législative du Nouveau-Brunswick

Ce dernier est l’ancien chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Lorsqu’il était son dirigeant, son parti a adopté plusieurs positions hostiles au bilinguisme dans la seule province officiellement bilingue du pays. Par exemple : la fin de la séparation du réseau de santé anglophone et francophone, éliminer le Commissariat aux langues officielles, réduire les exigences linguistiques dans la fonction publique en plus de qualifier le bilinguisme officiel de « gaspillage de fonds publics ».

« Ça n’a aucun sens de choisir quelqu’un sur une commission pour protéger les langues officielles et le français et qui a démontré tout au long de sa carrière qu’il n’est pas intéressé pantoute à protéger le français, les langues officielles et le bilinguisme au Nouveau-Brunswick! » a vivement critiqué M. Trudeau.

Ce dernier a fait ses commentaires en conférence de presse ce mardi après-midi à quelques heures d’une rencontre avec Blaine Higgs. Dans un compte-rendu, le bureau de Justin Trudeau indique que les deux politiciens ont « discuté de l’importance de protéger les droits linguistiques et le bilinguisme officiel dans la province ». Quelques heures plus tôt, il a souligné que ça ne « fait aucun sens de choisir quelqu’un comme Kris Austin ».

« Oui, c’est important d’avoir différentes perspectives pour bien faire, mais il faut s’assurer que tout le monde sur ce comité veut vraiment protéger les langues officielles et le bilinguisme. »

Les six députés libéraux fédéraux du Nouveau-Brunswick ont de leur côté envoyé une lettre demandant à Blaine Higgs de retirer Kris Austin de ce comité.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.
Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

Cette nomination a comme résultat l’atteinte d’un point de non-retour dans la relation avec les francophones, avait réagi la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick vendredi dernier.

« En laissant le loup entrer dans la bergerie et en lui donnant sur un plateau d’argent tout le pouvoir de nuisance nécessaire, le Parti conservateur de Blaine Higgs brûle volontairement les ponts avec la communauté acadienne et avec son propre passé », avait dénoncé le président de l’organisme porte-parole des Acadiens néo-brunswickois, Alexandre Cédric Doucet.

À l’image de la SANB, la députée signataire de la lettre Jenica Atwin demande aussi au gouvernement progressiste-conservateur de procéder « le plus rapidement possible à une révision de la Loi sur les langues officielles ».

En décembre dernier, les commissaires Yvette Finn et John McLaughlin ont déposé un rapport portant des recommandations sur la révision de la Loi sur les Langues officielles.

Immersion française

Cette saga survient quelques semaines après que le ministre de l’Éducation se soit fait montrer la porte du parti progressiste-conservateur après une sortie publique contre son chef. Dominic Cardy avait accusé son ancien leader de diviser la communauté francophone et anglophone en plus de vouloir supprimer l’enseignement de l’immersion française dans le système scolaire provincial.

La fin de ce programme avait soulevé l’ire des acteurs du milieu de l’éducation francophone et anglophone ainsi que du gouvernement fédéral. En entrevue avec ONFR+, la ministre Ginette Petitpas Taylor avait signalé son intention de couper les fonds envoyés à la province pour l’immersion française si Fredericton procédait à une telle abolition. Appelé à réagir sur ce dossier, Justin Trudeau n’est pas rentré dans les détails.

« Le gouvernement fédéral défendra toujours les droits des communautés de langues minoritaires et défendra toujours le français. Nous serons toujours là pour protéger les droits individuels et la liberté des personnes. »

Cet article a été mis à jour le 8 novembre à 13h40

« Il y avait les Noirs et les Blancs » : la discrimination bien présente à Sudbury selon une étude

SUDBURY – La discrimination est bien présente à Sudbury. Selon une étude présentée aujourd’hui par le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO), une grande majorité des immigrants noirs francophones peuvent en témoigner.

« Quand j’ai vu ces chiffres, j’ai fait un bond », confie Inès Bouguerra, agente de coordination au RSIFNO pour la région Centre-Nord et chercheuse à l’Université Laurentienne.

Selon les résultats de l’étude qu’elle a menée, 80 % des immigrants noirs francophones perçoivent de la discrimination à différents degrés alors que 57 % révèlent en avoir subi directement.

L’étude faisant près de 100 pages a été menée en deux ans sur un échantillon de 173 immigrants francophones noirs issus de 17 pays incluant entre autres la Côte d’Ivoire (65), le Congo (31), Haïti (20).

Le secteur où ces discriminations se manifestent le plus demeure celui de l’emploi, alors même que la ville peine à recruter de la main-d’œuvre dans de nombreux domaines.

Plus des deux tiers des répondants (68 %) déclarent avoir perçu une forme de discrimination tandis que plus de la moitié (58 %) disent en avoir été impacté.

« J’ai senti beaucoup de racisme systémique au niveau de l’école surtout, mais aussi au niveau même de l’emploi à la sortie. Beaucoup, lorsqu’ils sortent, ils ne peuvent pas trouver de l’emploi, même au niveau de l’enseignement, c’est difficile », raconte un participant de l’étude.

Ségrégation en éducation

Tout de suite après, le domaine de l’éducation où la discrimination s’illustre le plus et c’est près de 46 % qui disent en avoir vécu et 37 % qui disent avoir perçu.

Ici encore, une étude qui se révèle éclairante dans un contexte où une grande partie des étudiants des institutions dépendent de la proportion importante issue de l’international, particulièrement l’Afrique et l’Asie.

La ségrégation s’est même invitée sur les bancs de l’école selon des témoignages anonymes des participants de l’étude : « Les Noirs s’asseyaient dans une partie, puis les blancs étaient dans une partie. C’était comme ça. Je suis désolée, mais c’est la réalité. On était tous séparés. Il y avait les Noirs et les Blancs. Il n’y avait même pas un prof qui disait quelque chose. »

Des groupes de discussions ont étés organisés afin de mélanger les participants issus de milieux différents. Crédit image : Inès Rebei.

La minorité excluant la minorité

L’étude démontre également que l’unilinguisme des immigrants francophones participent à créer une forme d’exclusion au sein de la communauté anglophone : « La non-maitrise de la langue anglaise s’avère la cause prééminente de ce faible sentiment d’inclusion, voire d’exclusion de la communauté anglophone. »

Les immigrants francophones rapportent également « être jugés et rejetés à cause de leur manière de prononcer l’anglais », selon les données révélées dans l’étude.

Selon un des participants de l’étude, le rejet se retrouve aussi du côté de la, elle-même minoritaire, communauté franco-ontarienne.

« Pourquoi on est venu ici? C’est parce qu’on a appris qu’il y a une communauté franco-ontarienne qui est minoritaire, qui a besoin de la force. Puis nous, on est francophones. On peut apporter notre force. Mais quand on arrive, cette communauté-là dit qu’il faut que tu aies certaines compétences avant qu’on t’accepte. »

Le forum communautaire a réuni plusieurs membres de la communauté franco-ontarienne tels que Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury ou encore Joanne Gervais, directrice de l’Association canadienne-française de l’Ontario du grand Sudbury. Crédit image : Inès Rebei.

Plusieurs recommandations émises

Dans le cadre de la Semaine nationale francophone de l’immigration (SNIF), un forum a eu lieu ce matin pour présenter les résultats de l’étude au Collège Boréal.

Plusieurs recommandations ont étés émises par les participants de l’assemblée. La sensibilisation en fait partie, l’information également, notamment au sujet des droits auxquels ces immigrants peuvent prétendre.

La rencontre entre les communautés, à travers des « événements inclusifs où on apporte les deux communautés à se parler continuellement, à s’échanger » a aussi été présentée comme une piste de solution.

L’éducation semble aussi être une autre voie soulignée par plusieurs participants : « Éduquer les enfants, d’accepter les gens comme ils sont avec leurs différences, même si, par exemple, on voit, on accepte presque tout sauf les noirs. »

Sudbury, ville désignée bilingue

La ville du Grand Sudbury avait été désignée comme communauté francophone accueillante (CFA) en 2019, c’est dans ce contexte qu’a été conçue cette première étude, unique en son genre, dans la ville du Nickel selon la chercheuse.

Selon Moïse Zahoui, coordonnateur des services en immigration au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury et responsable du programme CFA confie ne pas être surpris par les résultats de l’étude.

« On est tristes de se rendre compte que ce qu’on avait pensé est un fait, mais il n’y a pas d’effet de surprise, mais on veut s’en servir pour fournir des outils pour combattre la situation », explique-t-il.

Moïse Zahoui juge que les consultations devaient nécessairement inclure les recommandations des participants de l’étude. Crédit image : Inès Rebei.

Selon lui, il faut aller plus loin dans le suivi des nouveaux arrivants dont les services s’arrêtent après les cinq premières années d’installation comme le prouve l’étude avec la baisse significative du sentiment d’appartenance au delà de six années.

« L’état de santé des nouveaux arrivants est excellent mais plus le temps avance et plus il se dégrade surtout après dix années donc il y a un lien à faire ici », note-t-il comparant cette étude avec celle menée au centre de santé communautaire.

Le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario compte mener des études similaires dans les régions de Nipissing et d’Algoma dans le futur.