SUDBURY – La discrimination est bien présente à Sudbury. Selon une étude présentée aujourd’hui par le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO), une grande majorité des immigrants noirs francophones peuvent en témoigner.
« Quand j’ai vu ces chiffres, j’ai fait un bond », confie Inès Bouguerra, agente de coordination au RSIFNO pour la région Centre-Nord et chercheuse à l’Université Laurentienne.
Selon les résultats de l’étude qu’elle a menée, 80 % des immigrants noirs francophones perçoivent de la discrimination à différents degrés alors que 57 % révèlent en avoir subi directement.
L’étude faisant près de 100 pages a été menée en deux ans sur un échantillon de 173 immigrants francophones noirs issus de 17 pays incluant entre autres la Côte d’Ivoire (65), le Congo (31), Haïti (20).
Le secteur où ces discriminations se manifestent le plus demeure celui de l’emploi, alors même que la ville peine à recruter de la main-d’œuvre dans de nombreux domaines.
Plus des deux tiers des répondants (68 %) déclarent avoir perçu une forme de discrimination tandis que plus de la moitié (58 %) disent en avoir été impacté.
« J’ai senti beaucoup de racisme systémique au niveau de l’école surtout, mais aussi au niveau même de l’emploi à la sortie. Beaucoup, lorsqu’ils sortent, ils ne peuvent pas trouver de l’emploi, même au niveau de l’enseignement, c’est difficile », raconte un participant de l’étude.
Ségrégation en éducation
Tout de suite après, le domaine de l’éducation où la discrimination s’illustre le plus et c’est près de 46 % qui disent en avoir vécu et 37 % qui disent avoir perçu.
Ici encore, une étude qui se révèle éclairante dans un contexte où une grande partie des étudiants des institutions dépendent de la proportion importante issue de l’international, particulièrement l’Afrique et l’Asie.
La ségrégation s’est même invitée sur les bancs de l’école selon des témoignages anonymes des participants de l’étude : « Les Noirs s’asseyaient dans une partie, puis les blancs étaient dans une partie. C’était comme ça. Je suis désolée, mais c’est la réalité. On était tous séparés. Il y avait les Noirs et les Blancs. Il n’y avait même pas un prof qui disait quelque chose. »
Des groupes de discussions ont étés organisés afin de mélanger les participants issus de milieux différents. Crédit image : Inès Rebei.
La minorité excluant la minorité
L’étude démontre également que l’unilinguisme des immigrants francophones participent à créer une forme d’exclusion au sein de la communauté anglophone : « La non-maitrise de la langue anglaise s’avère la cause prééminente de ce faible sentiment d’inclusion, voire d’exclusion de la communauté anglophone. »
Les immigrants francophones rapportent également « être jugés et rejetés à cause de leur manière de prononcer l’anglais », selon les données révélées dans l’étude.
Selon un des participants de l’étude, le rejet se retrouve aussi du côté de la, elle-même minoritaire, communauté franco-ontarienne.
« Pourquoi on est venu ici? C’est parce qu’on a appris qu’il y a une communauté franco-ontarienne qui est minoritaire, qui a besoin de la force. Puis nous, on est francophones. On peut apporter notre force. Mais quand on arrive, cette communauté-là dit qu’il faut que tu aies certaines compétences avant qu’on t’accepte. »
Le forum communautaire a réuni plusieurs membres de la communauté franco-ontarienne tels que Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury ou encore Joanne Gervais, directrice de l’Association canadienne-française de l’Ontario du grand Sudbury. Crédit image : Inès Rebei.
Plusieurs recommandations émises
Dans le cadre de la Semaine nationale francophone de l’immigration (SNIF), un forum a eu lieu ce matin pour présenter les résultats de l’étude au Collège Boréal.
Plusieurs recommandations ont étés émises par les participants de l’assemblée. La sensibilisation en fait partie, l’information également, notamment au sujet des droits auxquels ces immigrants peuvent prétendre.
La rencontre entre les communautés, à travers des « événements inclusifs où on apporte les deux communautés à se parler continuellement, à s’échanger » a aussi été présentée comme une piste de solution.
L’éducation semble aussi être une autre voie soulignée par plusieurs participants : « Éduquer les enfants, d’accepter les gens comme ils sont avec leurs différences, même si, par exemple, on voit, on accepte presque tout sauf les noirs. »
Sudbury, ville désignée bilingue
La ville du Grand Sudbury avait été désignée comme communauté francophone accueillante (CFA) en 2019, c’est dans ce contexte qu’a été conçue cette première étude, unique en son genre, dans la ville du Nickel selon la chercheuse.
Selon Moïse Zahoui, coordonnateur des services en immigration au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury et responsable du programme CFA confie ne pas être surpris par les résultats de l’étude.
« On est tristes de se rendre compte que ce qu’on avait pensé est un fait, mais il n’y a pas d’effet de surprise, mais on veut s’en servir pour fournir des outils pour combattre la situation », explique-t-il.
Moïse Zahoui juge que les consultations devaient nécessairement inclure les recommandations des participants de l’étude. Crédit image : Inès Rebei.
Selon lui, il faut aller plus loin dans le suivi des nouveaux arrivants dont les services s’arrêtent après les cinq premières années d’installation comme le prouve l’étude avec la baisse significative du sentiment d’appartenance au delà de six années.
« L’état de santé des nouveaux arrivants est excellent mais plus le temps avance et plus il se dégrade surtout après dix années donc il y a un lien à faire ici », note-t-il comparant cette étude avec celle menée au centre de santé communautaire.
Le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario compte mener des études similaires dans les régions de Nipissing et d’Algoma dans le futur.
OTTAWA – Réseau Ontario a dévoilé ce mardi la programmation de la 42e édition de Contact ontarois. L’événement des arts et de la scène fera son grand retour en présentiel du 18 au 21 janvier prochain à Ottawa. Quarante-et-un artistes de tous horizons de la francophonie canadienne, dont 20 Franco-Ontariens, y présenteront des vitrines.
La thématique, L’art de créer des étincelles, fait suite aux dernières années qui se sont avérées éprouvantes, comme l’a souligné Marie Ève Chassé, directrice générale de Réseau Ontario, pour qui « la créativité sera plus vibrante que jamais ».
L’organisme a aussi évoqué le décès soudain de son ancien directeur général, Martin Arseneau, en août dernier. Le visuel de Contact ontarois, qui se veut en son honneur, préfigure une édition nostalgique, selon Mme Chassé.
La programmation est séparée en quatre volets.
La partie Vitrines grand public (18 au 20 janvier 2023) présentera le travail des musiciens franco-ontariens Céleste Lévis, De Flore, Ferline Regis, JOLY, Léona, Les Bilinguish Boys, Les Rats d’Swompe, Mclean, Mehdi Cayenne, Mitch Jean et Stéphanie Morin-Robert. Hors Ontario, notons Beauséjour, Émilie Landry, Daniel Goguen et Justin Guitard (Nouveau-Brunswick), Cayenne, Scott-Pien Picard et Kathia rock (Québec), Étienne Fletcher (Saskatchewan).
Diversité et surprises
Pour la programmation intégrale de théâtre et de danses, deux productions franco-ontariennes seront présentées (19-20 janvier). La compagnie CORPUS fera voir au public Interventions divines. La pièce de théâtre NOMBRE du Théâtre Catapulte s’ensuivra.
Pour le volet Vitrines jeunesse (18 et 19 janvier), l’École secondaire publique De La Salle abritera le travail des Franco-Ontariens LeFLOFRANCO, Vincent Bishop, Amandine et Rosalie, et du Théâtre Mauve Sapin, ainsi que les Québécois Buzz Cuivres, Fovelle, Frank Custeau, Marie-Ève Laure, Moka, GEMU, Le Gros Orteil et Zak – Dompteur de défis.
Les Présentations éclairs, qui accordent dix minutes à huit artistes pour présenter leurs créations, prendront place le 19 janvier prochain avec, côté ontarien, Jojo et Brio, Les sons de Silas, Moov’Dance Ottawa et Théâtre Caroussel. Le Théâtrophone, Marie-Line Pitre, Théatre L’Arrière Scène et Empire Pagaille représenteront le Québec.
D’autres surprises seront annoncées d’ici le début de Contact ontarois.
JOLY et Céleste Lévis, présents lors du dévoilement de la programmation. Crédit image : Catherine Archambault
« Il y a beaucoup de variété dans les styles. C’est l’fun de voir le rayonnement de ce qui se passe ici en Ontario », note l’auteure-compositrice-interprète Céleste Lévis, dont la vitrine se déroulera le 19 janvier. Cette dernière, ainsi que son partenaire de vie et de scène JOLY, affirment ne pas connaître certains des artistes ontariens de la programmation et être très enthousiastes de les découvrir.
« Avec ce qui s’est passé dans les dernières années, même si on était proches virtuellement, c’était difficile de rencontrer tout le monde. Habituellement, on aurait eu la chance de les voir [artistes ontariens] dans d’autres spectacles, festivals ou contextes », soulève JOLY, de son vrai nom Marc-Antoine Joly.
Un retour en force
L’aspect unificateur de Contact ontarois est célébré par le duo, qui affirme être très reconnaissant de faire partie de la programmation en présentiel, suite à deux années majoritairement passées en virtuel. « C’était des moments difficiles : on a dû se réinventer de plusieurs façons », souligne JOLY, qui présentera sa vitrine le 18 janvier.
Cette période qui a servi de temps pour écrire, expérimenter et réfléchir leur ont toutefois été bénéfique, affirment les deux artistes. « On a bien utilisé ce temps pour présenter quelque chose en force cette année », renchérit celui qui sortira à la fin février son album Deuil, dont le titre est révélé en exclusivité à ONFR+.
La vitrine de ce dernier sera présentée en trio. À la basse, Patrick Harrisson, et aux percussions, son frère, Simon Joly, viendront accompagner l’univers rock et folk de JOLY. « Ça va être le fun de montrer des chansons toutes neuves pour la vitrine juste avant la sortie de l’album », s’extasie-t-il.
Une vingtaine d’artistes franco-ontariens, dont Ferline Régis (au centre), présenteront une vitrine. Crédit image : Catherine Archambault
Céleste Lévis a de son côté « très hâte de présenter de nouvelles chansons en formule trio », tout droit venues de son dernier album Si tu veux tout savoir. « Je pense que ça me représente très bien avec le piano, la guitare et Marc-Antoine qui sera là sur scène avec moi aussi », affirme l’auteure-compositrice-interprète qui annoncera aussi sous peu une tournée de Noël.
La programmation détaillée est maintenant disponible par le biais de l’application Scènes francophones ainsi que sur le site web de Réseau Ontario.
TORONTO – La clause dérogatoire était la seule option possible pour régler le conflit des travailleurs de soutien en éducation, a dit Doug Ford une journée après que son gouvernement a fait marche arrière.
Qu’est-ce qui a fait pencher la balance au cours des derniers jours? Doug Ford évoque la colère de la population à propos de l’augmentation de 2,5 % de salaire qu’offrait son gouvernement pour ceux gagnant en deçà de 43 000 $ par année et de 1,5 % pour les autres.
« Le pouls de la population est — tout le monde dit la même chose — de ne pas se soucier de ceux faisant 100 000 $, mais de ceux des travailleurs à faibles revenus. J’écoute les gens et je ne suis pas gêné. Je l’ai prouvé au cours des quatre dernières années, s’il faut que je change d’avis, ainsi soit-il. Je veux juste une négociation et les enfants en classe. »
Hier, le gouvernement a annoncé qu’il retirerait sa loi spéciale si le syndicat revenait à la table. Une offre acceptée par les travailleurs de soutien signifiant le retour des élèves dans les écoles à la grandeur de la province aujourd’hui.
« Croyez-moi, je n’aime pas utiliser la section 33 (la disposition de dérogation), mais à la fin de la journée, c’était le seul outil qu’on avait », a justifié Doug Ford mardi en conférence de presse.
Mais ça ne tient pas la route selon le professeur de l’Université d’Ottawa Gilles Levasseur. Doug Ford a ouvert une possible boîte de Pandore avec un outil qui ne doit pas servir à ça, évoque-t-il.
Le professeur de l’Université d’Ottawa Gilles Levasseur. Gracieuseté.
« Le pouvoir dérogatoire, normalement, on l’utilise dans une situation extrême où il n’y a pas de recours et d’urgence », rappelle le spécialiste en droit constitutionnel.
« On ne peut pas l’utiliser pour essayer d’imposer un système fiscal ou financier parce qu’on n’a pas d’autres options avec les syndicats (…) Là, on l’évoque sans qu’il y ait une urgence et une nécessité en utilisant le concept que l’on veut que les élèves en restent en classe. »
Et maintenant?
Concernant l’utilisation de l’article 33, Doug Ford a souligné que le Québec l’avait utilisé plus d’une vingtaine de fois et « que c’est un outil qui existe ». Hier, suite aux critiques de Justin Trudeau, Doug Ford avait invité son homologue à « s’asseoir avec tous les premiers ministres et avoir une conversation à propos de la constitution ». Ottawa refuse le tout et avance depuis plusieurs mois attendre après une décision de la Loi 21 présentement à la Cour d’appel au Québec avant d’envoyer le dossier à la Cour suprême.
Justin Trudeau et Doug Ford lors d’une rencontre à Queen’s Park le 30 août. Gracieuseté : Adam Scotti/ Cabinet du Premier ministre
Mais la façon la plus simple et surtout plus rapide serait pour Ottawa de ne pas attendre les tribunaux québécois et de faire un renvoi à la Cour suprême. Comme le plus haut tribunal au pays possède la primauté du droit, il aurait le dernier mot dans ce dossier.
« On l’a fait dans le cadre de la loi sur l’égalité des sexes dans le mariage. Le gouvernement de Paul Martin avait fait un renvoi pour énoncé si le mariage du même sexe était constitutionnellement valide ou pas. La Cour suprême a dit oui et on a adopté la loi. La Cour suprême a énoncé les règles et elle pourrait faire la même chose sur la question du pouvoir dérogatoire », donne en exemple Gilles Levasseur, mais qui note qu’une telle approche ouvrirait un conflit avec le Québec.
Ce type de démarche permettra au plus haut tribunal du pays de se pencher sur les paramètres permettant de l’utiliser, comme dans un conflit de travail.
« En ce moment, il n’y a pas de paramètres. C’est ça qui a permis qu’on menace de l’utiliser. La Cour suprême ne dit pas dans quel contexte on peut l’utiliser ce pouvoir dérogatoire là. On pourrait l’utiliser contre les entreprises qui mettent trop de sel dans leur viande. Liberté de goût! », image le professeur.
Arrivé au Canada il y a à peine 15 mois, Windsor Bailly Hector est ce qu’on pourrait appeler un modèle d’intégration. Et pour cause, la voie, ou plutôt les voies que ce jeune Haïtien de 28 ans a choisies sont singulièrement efficaces. Il s’agit de l’art et du social. Portrait.
Windsor Bailly Hector est de cette trempe de personnes qui savent d’où ils viennent et surtout où ils vont.
Installé depuis le 17 août 2021 à Ottawa où il a rejoint sa conjointe déjà sur place, il a suivi un cursus universitaire en Études et recherches en sciences sociales à l’Université d’État d’Haïti. Parallèlement, il enseignait au lycée et était un acteur associatif engagé dans son pays natal.
C’est sur cette expérience dans le milieu social que le nouvel arrivant a capitalisé pour une intégration tout en douceur, mais rapide, dans une société à mille lieues de la sienne.
Windsor Bailly Hector a choisi l’art et le social pour principales portes d’entrée au Canada. Gracieuseté
« En arrivant ici, je me suis dit que cette société est très différente de la mienne. La première chose était donc pour moi de comprendre et connaître ses composantes dans le but de mieux m’intégrer, c’était mon objectif principal. C’est pour cela que j’ai choisi le secteur du social, c’est un très bon moyen pour comprendre une société. En plus, le social est un domaine que je connais pour y avoir travaillé chez moi », se rappelle-t-il.
Face à l’incertitude
Toutefois, si Windsor Bailly Hector semble avoir son futur tracé à l’encre transparente de l’esprit, le doute s’y est tout de même immiscé dès les premiers jours où il a foulé le sol canadien. Plus qu’un doute, ce fut une peur de l’inconnu qui s’était emparée de lui.
« Vivre dans un pays autre que le sien est un long processus et une grande préparation qui commence avant l’installation physique dans ce pays. C’est un processus d’acceptation de la situation durant lequel on se pose beaucoup de questions… Qu’est-ce que je vais devenir? Est-ce que je vais m’adapter à cette nouvelle vie loin des miens? C’est en quelque sorte un saut dans l’inconnu », confesse-t-il.
Néanmoins, le moins qu’on puisse écrire est que M. Bailly Hector a réussi son intégration dans cette nouvelle vie. C’est qu’il ne s’agit guère là d’un garçon qui supporte l’expectative les bras croisés. Et pour preuve, atterri en plein été à Ottawa, il ne pouvait patienter jusqu’à janvier pour intégrer le collège La Cité, et ce afin de suivre un diplôme en techniques de travail social.
« Pendant ces mois d’attente, j’ai consulté beaucoup de documents et de sites Internet relatifs aux services offerts en français en Ontario en général et à Ottawa en particulier. C’est comme cela que j’ai pu suivre en ligne plus d’une dizaine de formations certifiantes », assure-t-il.
Windsor Bailly Hector a copublié un recueil de poésie dont plusieurs exemplaires sont à la bibliothèque de la Maison de la francophonie. Gracieuseté
« C’est plus facile d’être artiste au Canada »
L’autre « arme » d’intégration massive que l’étudiant a déployée pour arriver à ses fins est l’art, ou plutôt les arts!
« Je fais de la peinture, de la poésie et du slam. Pour ces deux dernières disciplines artistiques, on peut dire que je me suis bien intégré. J’ai participé à la sixième édition du Festival de slam et de poésie en Acadie. J’ai aussi copublié un recueil de poésie dont plusieurs exemplaires sont aujourd’hui à la bibliothèque de la Maison de la francophonie », conte-t-il, la voix plus vibrante par une octave de fierté.
Il faut dire que l’artiste a trouvé le terrain fertile sur cette nouvelle terre : « L’un des problèmes par exemple qu’on retrouve à Haïti et pas ici au Canada, c’est la question de droit d’auteur et de la valorisation de l’artiste et son travail. Ici, on prend ces choses-là à cœur. La création artistique ici est une chose qu’on valorise. J’ai vu cela de mes propres yeux durant le Festival du slam et de la poésie. Donc oui! C’est plus facile d’être artiste au Canada que dans mon pays natal. »
Enfin, pour Windsor Bailly Hector, en slam ou en mots ordinaires : « Les gens vont vous dire que c’est difficile de s’intégrer. Oui! C’est difficile puisque c’est une nouvelle société qu’on adopte et où il faut qu’on s’adapte. Il faut rester en mouvement, à l’affût de l’information, parce que les structures sont là, il suffit de les trouver, c’est ce que j’ai fait et ça a marché. Et, si cela était à refaire, je le ferais mille et une fois. »
Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR+ vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.
OTTAWA – Le fédéral est prêt à accepter les demandes de hausse de transferts en santé émanant de provinces, a fait savoir le ministre de la Santé Jean-Yves Duclos, mais pas sans conditions. Le gouvernement ontarien estime qu’il a déjà fait des efforts conséquents.
« Le gouvernement canadien est prêt à augmenter les investissements dans les soins de santé à travers le Transfert canadien en matière de santé », a indiqué Jean-Yves Duclos dans une déclaration écrite.
« Nous le ferons si les provinces et les territoires sont prêts à s’engager à élargir de manière significative l’usage et le partage d’indicateurs de santé clé communs et à créer un système de données sur la santé de classe mondiale pour le Canada », a-t-il toutefois tempéré.
Cette nouvelle mesure permettra que « les Canadiens puissent accéder à leurs propres dossiers de santé et aider à améliorer la qualité et l’accès aux soins de santé », estime le ministre.
Doug Ford et François Legault sont depuis des mois, deux des premiers ministres les plus volubiles sur une hausse des transferts en santé à 35 %. Source : page Facebook de François Legault.
Le gouvernement Trudeau se dit aussi prêt à financer un second volet de financement qui priorisera « l’appui aux travailleurs de la santé, l’accès à des équipes de médecine familiale et l’accès à des soins de santé mentale », énumère M. Duclos.
Les provinces et territoires demandent à Ottawa depuis des mois de passer de 22 % à 35 % les transferts en santé, et ce sans aucune exigence. Les différents ministres de la Santé canadiens sont réunis à Vancouver cette semaine pour leur rencontre annuelle.
Appuyer « le travail que les provinces font déjà »
L’Ontario, qui estime faire déjà beaucoup, attend de voir comment ces transferts se concrétiseront dans le prochain budget fédéral.
« Les gouvernements provinciaux de touts bords politiques restent unis dans leur appel à un financement durable et prévisible qui appuie le travail que les provinces font déjà pour ajouter plus de travailleurs de la santé, construire plus d’hôpitaux et offrir de meilleurs soins de santé aux Canadiens », a indiqué le ministère de la Santé par la voie de sa porte-parole Hannah Jensen.
« Comme nous l’avons toujours dit, nous ne demandons pas au gouvernement fédéral de faire quoi que ce soit que nous ne sommes pas prêts à faire nous-mêmes », ajoute-t-elle. « Notre gouvernement fait des investissements historiques pour reconstruire notre système de soins de santé à la suite de la pandémie de COVID-19 et nous demandons au gouvernement fédéral de travailler avec nous afin que nous puissions nous assurer que tous les Canadiens continuent d’obtenir les soins de santé de qualité qu’ils méritent. »
WELLAND – Crise du logement, itinérance, développement économique, démographie francophone, maintien de l’hôpital… Le maire de Welland devra, au cours de son troisième mandat, relever de multiples défis.
La cité rose grandit à vue d’œil. Le nombre de résidents a augmenté de 5 % au cours des cinq dernières années. Frank Campion en est le témoin privilégié. Au micro d’ONFR+, le maire de Welland – en poste depuis 2014 – explique qu’il souhaite accompagner cette expansion mais pas n’importe comment.
« Vous savez, il n’y a pas d’enjeu unique à Welland, mais celui qui se dégage en ce moment c’est certainement celui du développement. C’est ce dont les résidents me parlent le plus », explique-t-il, alors qu’il cherche à attirer toujours plus d’investisseurs, d’entreprises et de travailleurs sur son territoire.
Selon l’édile, cela commence par construire plus de logements abordables pour encourager l’installation des gens dans la péninsule, mais il plaide pour une façon cohérente de s’y prendre : « On doit répondre aux besoins sans nuire à l’environnement, aux quartiers existants. Pour faire du logement abordable, on a besoin de penser différemment, construire de petites unités et orienter la densification dans les quartiers existants sans étendre les limites actuelles de la ville. »
Le centre-ville de Welland. Crédit image : Rudy Chabannes
La province reste toutefois le grand arbitre de la construction. « Ce que les gens ne comprennent pas, c’est qu’on n’a pas la capacité de dire non à une inspection sur la densité, la taille d’un bâtiment ou les normes de voisinage », dit-il.
Voudrait-il dès lors plus de pouvoir? « Donner plus de pouvoirs aux maires, je n’aime pas ça », lâche-t-il en référence aux prérogatives données par la gouvernement Ford aux élus des deux plus grandes villes ontariennes, Toronto et Ottawa.
« On peut vivre ici toute sa vie en français »
La spirale du développement qu’il souhaite intensifier n’est pas un long fleuve tranquille. Plus de résidents nécessite plus de logements, plus d’entreprises, et signifie plus de postes à pourvoir. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, M. Campion sait qu’il doit trouver des solutions. L’une d’entre elles est de s’appuyer sur le caractère francophone de sa ville.
« On essaye d’attirer plus d’entreprises pour générer des emplois bilingues notamment. Les travailleurs qui parlent français à Welland sont très demandés. C’est une stratégie que je vais poursuivre. »
M. Campion a remporté un troisième mandat lors des dernières élections municipales. Crédit image : Rudy Chabannes
Malgré la baisse de démographique de la langue française à travers le pays, il est convaincu que « la francophonie est toujours aussi forte dans notre municipalité car autour d’elle le reste de la communauté continue d’être intéressée par cette culture et cette langue et en fait la promotion ».
En 2016, Welland comptait 8,8 % de résidents ayant le français pour première langue parlée. Un chiffre qui est tombé à 6,9 % en 2021, selon les données du dernier recensement, soit 3810 francophones.
« On peut vivre ici toute sa vie en français, de l’enfance à la retraite » – Franck Campion
« La population francophone baisse moins parce qu’elle est moins nombreuse, que parce que le reste de la population augmente plus rapidement », relativise-t-il. « C’est à nous de faire connaître cette francophonie auprès des nouveaux arrivants notamment. »
Et de vanter des « atouts pour attirer les francophones qui viennent d’autres pays » : « On a des garderies, des écoles, le Collège Boréal, le centre de santé, le foyer de soins de longue durée Richelieu… On peut vivre ici toute sa vie en français, de l’enfance à la retraite. »
Le plus important d’après M. Campion est de « sans cesse se reposer la question : comment garder les gens ici. C’est un équilibre très important qui est en jeu : on donne une chance au développement de cette part de notre communauté et ces gens contribuent à notre culture, notre économie, nos succès ».
L’hôtel de ville et le Pont 13 sur le Canal Welland, emblème de la ville. Crédit image : Rudy Chabannes
Le maire se félicite de l’agrandissement en cours du foyer Richelieu et de la bonne santé économique des entreprises bilingues de la ville. Il dit rester sur ses gardes pour que le niveau de services à la population se maintienne, voire s’accroisse au fur et à mesure de la croissance de la ville, alors que l’avenir de l’hôpital est, entre autres, dans tous les esprits.
Frank Campion devra aussi « réenchanter » l’action politique pour susciter plus d’engagement de la population. Il a certes été confortablement réélu devant son challenger Jeff Walters, le 24 octobre dernier, mais trois électeurs sur quatre ne se sont pas déplacés aux urnes, faisant plonger le taux de participation de 34 % en 2018 à 25 % en 2022.
Le premier ministre ontarien et l’ancienne Solliciteure générale Sylvia Jones n’auront pas à témoigner à la Commission sur l’état d’urgence, a conclu un tribunal fédéral ce lundi.
Les avocats de la Commission Rouleau et de certains représentants de témoins, tels les résidents d’Ottawa, demandaient aux deux politiciens de Queen’s Park de venir témoigner. Le gouvernement contestait le tout invoquant le privilège parlementaire qui exempte un élu de témoigner pendant une session parlementaire. En réponse à ces refus, Paul Rouleau et les représentants de la Commission avaient alors sommé de comparaître Doug Ford et Sylvia Jones.
Doug Ford avait refusé de faire des entrevues avec les représentants de la Commission en plus de venir témoigner lors des audiences publiques. En conférence de presse, il avait affirmé que sa présence n’était pas pertinente, car des dirigeants de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) et deux hauts fonctionnaires du gouvernement provincial participeraient aux audiences.
Dans sa décision, la Cour fédérale juge pertinent que le premier ministre et l’actuelle ministre de la Santé viennent témoigner, mais que le privilège parlementaire donne une immunité.
« La Commission ne peut prendre aucune mesure pour forcer leur comparution et leur témoignage. Le privilège parlementaire protège l’Assemblée législative contre toute ingérence externe susceptible d’entraver l’exercice de son rôle constitutionnel. La décision de renoncer à l’application du privilège est exclusivement du ressort de l’Assemblée législative, qui est imputable au bout du compte à l’électorat, et non aux tribunaux », peut-on lire dans la décision d’une trentaine de pages du juge Simon Fothergill.
En conférence de presse le 11 février, Doug Ford déclarait l’état d’urgence en Ontario, en compagnie des ministres Sylvia Jones (Ex Solliciteure générale) et Caroline Mulroney (Transports). Capture d’écran ONFR+.
Les invitations pour les deux progressistes-conservateurs sont survenues durant l’été, mais ont été réitérées après quelques jours de témoignage. Des témoins, comme le maire d’Ottawa Jim Watson, ont avancé que l’Ontario avait refusé de fournir des ressources supplémentaires lors du Convoi. Dans un appel avec le directeur général de la Ville d’Ottawa Steve Kanellakos, Syliva Jones jugeant que c’était une question policière et que les « élus ne devraient pas s’en mêler ».
Justin Trudeau avait aussi critiqué son homologue ontarien affirmant qu’il se « cachait pour des raisons politiques » à quelques mois d’élections. Cette critique survenait alors que Mme Jones et Doug Ford avaient tous les deux refusé de participer à des réunions entre les trois paliers de gouvernement, car il s’agissait « d’une perte de temps », selon ce dernier.
TORONTO – Doug Ford a réaffirmé son désir de négocier avec les travailleurs de l’éducation, ce lundi en conférence de presse. Le gouvernement a annoncé retirer la Loi 28 dans sa totalité et sa très controversée clause dérogatoire, si le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) arrêtait sa grève. Le syndicat a indiqué, quelques heures après, la fin du mouvement et le retour aux négociations.
Ce lundi matin, le premier ministre de l’Ontario a déclaré son intention de retirer la clause dérogatoire, soit la section 33 de la Loi 28 récemment adoptée à l’Assemblée législative. Il a notamment admis que cette clause était controversée.
Peu de temps après cette conférence, le SCFP a demandé au gouvernement de rédiger cette promesse. En échange, le syndicat a accepté de mettre fin à la grève dès le lendemain. C’est à huis clos qu’il semblerait que Laura Walton et le syndicat aient eu gain de cause avec la certitude que le gouvernement allait non seulement abroger la clause dérogatoire, mais aussi retirer la Loi 28 dans son entièreté.
Durant son allocution, le premier ministre de l’Ontario s’est présenté comme le meilleur partenaire de l’éducation, déclarant que le gouvernement avait été très flexible.
« Le SCFP doit arrêter la grève, les élèves doivent retourner en classe et nous retirerons la clause dérogatoire », avait-il affirmé. « Les élèves ne doivent pas se retrouver au milieu de ce conflit » et « nous voulons nous rasseoir à la table. Alors, négocions un contrat honnête ».
Les travailleurs de l’éducation de retour au travail
Dès ce mardi, les 55 000 travailleurs de l’éducation sont appelés à retourner au travail. « Nous avons gagné, la loi est abrogée », a lancé Laura Walton, présidente du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario.
Le SCFP a annoncé en conférence de presse dès midi ce lundi que l’union mettrait fin aux grèves à partir du lendemain. Dans un « geste de bonne foi », a dit la présidente, après que le premier ministre a décidé d’abroger la clause dérogatoire plus tôt en matinée.
Le syndicat a précisé finalement que le gouvernement retirerait la Loi 28 dans son entièreté. La Loi 28 imposait un contrat de quatre ans aux travailleurs de l’éducation. Puisque les négociations reprennent, il est donc évident que cette Loi devienne obsolète.
« Nous avons retrouvé nos droits de négociation », a ensuite déclaré Laura Walton. Cependant, le SCFP se dit prêt à reprendre la grève si les négociations avec le gouvernement Ford sont à nouveau dévolues.
Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce a témoigné son enthousiasme sur Twitter, suivit par le premier ministre.
I’m glad CUPE has agreed to withdraw its strike action so kids can return to class. We’ll be back at the table to negotiate a fair deal — for students, parents, workers and taxpayers.
« Je suis heureux que le SCFP ait accepté de retirer sa grève pour que les enfants puissent retourner en classe. Nous serons de retour à la table pour négocier un accord équitable – pour les étudiants, les parents, les travailleurs et les contribuables. »
Doug Ford interpelle Justin Trudeau
Le premier ministre ontarien a réagi aux déclarations passées du premier ministre Justin Trudeau : « Cette clause est un outil constitutionnel pour un gouvernement provincial. C’est décevant de voir que le premier ministre est sélectif avec certaines provinces. S’il veut s’asseoir avec tous les premiers ministres et avoir une conversation à propos de la constitution, c’est une chose qu’il doit décider par lui-même. »
Justin Trudeau a refusé du revers de la main l’invitation de Doug Ford, car ça serait « une perte de temps et d’énergie de rouvrir des débats constitutionnels » et que les Canadiens sont préoccupés par le prix de l’épicerie, l’inflation et les emplois, a-t-il cité.
« Si les premiers ministres veulent éviter les perturbations comme celles qu’on a vues en Ontario dans les derniers jours, la réponse est simple, n’utilisez pas la clause dérogatoire de manière proactive », a répondu le premier ministre canadien.
Doug Ford retirera la clause dérogatoire de la Loi 28, si le SCFP arrête la grève. Capture d’écran
Réouverture d’écoles ce mardi
Du côté des conseils scolaires, un retour à la normale est prévu ce 8 novembre. Pour le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) la journée de lundi s’est déroulée en ligne.
Retournement de situation cependant pour le Conseil scolaire du district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) qui avait décidé de fermer ses écoles ce lundi 7 novembre, ainsi que ce mardi. Le conseil scolaire a très vite réagi en annonçant que ses écoles seront ouvertes comme à l’habitude, dès ce mardi.
Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et au Nord de l’Ontario, toutes les écoles du Conseil scolaire Grand Nord (CSPGNO), du Conseil scolaire catholique Franco Nord (CSCFN), du Conseil scolaire catholique des grandes rivières (CSCDGR) et du Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales (CSDCAB) sont restées ouvertes tout au long de cette grève.
Ce lundi après-midi, sur les médias sociaux, le Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario (CSC Nouvelon) avait annoncé : « Nous venons d’apprendre que les négociations entre le gouvernement et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) reprendront et que notre personnel du SCFP sera de retour à leur poste dès le mardi 8 novembre 2022. »
Depuis le 4 novembre, les écoles du Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario (CSPNE) étaient fermées.
Pour le Sud de l’Ontario, le Conseil scolaire catholique MonAvenir a déclaré que le personnel sera prêt à accueillir ses élèves en personne. Les écoles du Conseil scolaire Viamonde sont restées ouvertes.
Et enfin, les écoles du Conseil scolaire catholique Providence devraient suivre le mouvement.
Cet article a été mis à jour le lundi 7 novembre à 14h39.
Connue pour être chroniqueuse de l’émission quotidienne Entre nous sur TV Rogers Ottawa, elle endosse plusieurs rôles, allant de femme d’affaires à celle d’engagée active dans la communauté franco-ontarienne. Une ascension de carrière pour le moins rapide qui lui a valu d’être classée dans le top 100 de la Black Women to Watch in Canada, dix ans après son immigration au Canada à l’âge de 20 ans. Portrait de Grace Busanga.
La trentaine à peine grignotée et déjà un parcours riche! Oui, Grace K. Busanga est une femme pressée, dans le bon sens du terme.
Française d’origine congolaise, elle a immigré en 2012 à Ottawa avec ses parents et ses quatre frères et sœurs. Elle intègre directement le Collège la Cité (Cité collégiale à l’époque) pour suivre un cursus en administration des affaires marketing.
Premier diplôme canadien en poche, elle jette son dévolu sur l’école Telfer à l’Université d’Ottawa où elle décroche un baccalauréat en commerce, option marketing.
Cependant, plus que l’éducation, c’est bien durant ces années passées sur le banc de l’école que l’étudiante s’est frottée à la réalité de la communauté franco-ontarienne, sa communauté.
« C’est à la Cité collégiale que j’ai découvert l’aspect de cette dualité linguistique du Canada, parce que quand on est à l’étranger, on nous prône sur le papier un Canada bilingue. Mais on se rend vite compte que c’est loin d’être le cas lorsqu’on arrive ici », se souvient-elle.
Et d’ajouter : « C’est aussi pendant cette période que j’ai compris la réalité de la communauté franco-ontarienne et les difficultés qu’elle rencontre, comme ces étudiants francophones qui ne pouvaient pas à l’époque suivre des cours en français, certains étaient obligés de quitter Ottawa pour aller à Montréal ou tout simplement suivre des études en anglais. »
Mme Busanga a découvert la réalité franco-ontarienne dans les mouvements étudiants. Crédit image : NyCe Image Productions
Alors, c’est tout naturellement qu’elle rejoint les mouvements d’étudiants francophones, ce qui sonnait comme des prémices à son engagement dans cette communauté plus tard.
C’est vers des organismes franco-ontariens qu’elle se dirige après ses études, soit en tant que travailleuse ou bénévole, avant d’ouvrir, il y a cinq ans, sa propre entreprise spécialisée en consultation marketing, communication et stratégie digitale.
Si ce nouveau bébé a bien su grandir et étendre ses services jusqu’à la République démocratique du Congo, en passant par la France, c’est en partie grâce au réseau que l’entrepreneure a pu développer au sein des organismes franco-ontariens dans les conseils d’administration dans lesquels elle siégeait ou continue de siéger, tel que celui de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO).
Confrontée aux barrières de l’expérience canadienne et de la langue
Femme, Francophonie, Afrique. Ce sont les trois noms féminins qui éclairent encore le chemin de la chroniqueuse de l’émission quotidienne Entre nous, chez TV Rogers.
« Je ne siège pas dans différents conseils d’administration juste pour siéger, parce que je reçois pas mal de demandes dans ce sens. Je fais mon choix en fonction de ce que je prône et des causes qui m’animent et que j’ai envie de voir avancer à savoir, la femme la francophonie et l’Afrique », explique-t-elle.
Toutefois, le parcours de la jeune femme sur le sol canadien n’a pas été de tout répit, surtout à ses débuts. En effet, les problèmes qu’elle a rencontrés sont propres à tout immigrant fraîchement débarqué.
Grace Busanga siège dans plusieurs conseils d’administration pour apporter sa vison de la francophonie. Gracieuseté
« Il y a beaucoup de choses qu’on ne nous dit pas forcément lorsqu’on entame le processus d’immigration. Par exemple, on nous dit que, dès qu’on va arriver, on va pouvoir travailler dans notre champ de compétences. Or, sur place, ce n’est pas du tout le cas parce qu’on te demande une certaine expérience canadienne. Ce point est vraiment très difficile pour un immigré qui vient d’arriver », déplore-t-elle.
L’autre barrière dont il faut se défaire, selon la femme d’affaires, concerne la langue. « Il est très difficile pour un francophone qui ne parle pas l’anglais de réussir son installation en Ontario dans le sens où l’accès à certains services en français n’est pas évident. »
« Il faut vraiment les trouver pour pouvoir être servi en français », regrette-t-elle. « J’ai certaines connaissances qui ont préféré immigrer au Québec à cause de ce frein linguistique, surtout que le français est en déclin en Ontario selon les derniers chiffres du recensement. »
« Au début, les choses vont être très difficiles, et c’est à ce moment critique qu’il ne faut pas se décourager » – Grace Busanga
Du côté des solutions, pour réussir son immigration et bien s’intégrer dans la société d’accueil, Mme Busanga recommande aux nouveaux arrivants francophones dans la province de chercher activement l’information et la dénicher là où elle se trouve.
« Il faut faire de la recherche et ne pas hésiter à contacter les organismes franco-ontariens, parce que c’est comme cela qu’on va vite développer un réseau qui va nous amener quelque part, c’est très important », conseille-t-elle. Et de prévenir : « Au début, les choses vont être très difficiles, et c’est à ce moment critique qu’il ne faut pas se décourager et persévérer, parce qu’au final, on est venu ici pour un but bien précis. »
Chaque jour de la Semaine nationale de l’immigration francophone, ONFR+ vous fait découvrir un portrait d’immigrant francophone en Ontario, son parcours, ses défis, ses succès.
HEARST – Le nouveau président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), en poste depuis le début du mois de novembre, reprend la présidence tenue pendant huit ans par Carol Jolin. Négociateur hors pair, expert en gestion d’établissement et spécialiste de la santé, Fabien Hébert compte bien mettre à profit ses compétences.
« Quels sont les moments dont vous avez été le plus fier dans votre carrière largement dédiée à la santé?
J’ai eu quelques transitions de carrière dont je suis fier. J’ai commencé comme thérapeute respiratoire et en 1992, après avoir complété une formation en gestion. Je suis devenu directeur des ressources humaines de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst. Une transition de la santé à la gestion. En 1997, je suis devenu vice-président de l’hôpital, en plus de la gestion des ressources humaines. En juin 2004, je suis devenu président-directeur général de l’Hôpital Smooth Rock Falls.
Ça a été un gros changement. Mais avant ça, en mars 2004, je crois, nous avons fait l’achat d’un établissement de soins de longue durée à Hearst : le Foyer des pionniers. On avait amassé au-delà de cinq millions de dollars dans notre petite communauté pour avoir ce nouveau foyer et c’est pour moi une des plus belles réussites de ma carrière.
Comment êtes-vous parvenu à aboutir à la création des entités de planification des services de santé en français en Ontario?
C’est le résultat de plusieurs négociations et de discussions que nous avons eu avec le gouvernement et qui a créé ces entités de planification. C’est issu d’une stratégie fédérale avec la Société santé en français. Cela a commencé à peu près en même temps que la crise Montfort, à un moment où le fédéral mettait en place 17 réseaux de santé en français dans tout le Canada et hors Québec.
En Ontario, il y avait quatre réseaux qui devaient tisser des liens dans la communauté francophone pour être capable d’avoir accès à des services en français et comprendre les besoins. Lorsque le gouvernement a voulu modifier ce système de réseaux, donc de la planification – nous étions déjà sur le terrain –, alors nous avons voulu participer et y prendre part. C’était évident de postuler car nous connaissions les besoins de la communauté.
Le gouvernement a écouté nos propositions et maintenant nous avons le réseau de l’Est avec Jacinthe Desaulniers, le réseau du Nord avec Diane Quintas puis les entités (1, 2, 3, 4). En tout, nous avons six entités de planification en Ontario. J’en suis très fier.
Fabien Hébert et le docteur Robert Bell, sous-ministre de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario en 2014. Gracieuseté
Avec votre lentille santé, qu’allez-vous apporter à la communauté en tant que président de l’AFO?
Je vais apporter mon expérience de gestionnaire en santé, c’est certain. On voit le manque de main-d’œuvre partout, mais en santé, c’est un très gros enjeu. On peut être optimiste, mais ce ne sera pas ou peu de solutions à court terme.
Pour le moment, ce qui est envisagé ce sont des solutions à long terme. Si demain matin on décide d’accroître le nombre de places dans les institutions éducationnelles, il y a quand même un processus de formation de deux ou trois ans. Dépendamment de la catégorie en santé, on peut y passer beaucoup plus d’années. Admettons que nous avons 2000 infirmières graduées par an, on ne va pas passer à 20 000 infirmières tout d’un coup. Les institutions ne sont pas capables d’accommoder ce nombre.
On me disait que c’est la même chose en éducation. Même si on augmente les places de formation pour enseignants, ça va prendre quatre à cinq ans pour les avoirs dans nos classes ensuite.
Et quelles seraient selon vous les solutions à court terme?
Il va falloir travailler sur des façons alternatives. L’immigration est une des options. Dépendamment d’où se trouve la pénurie, est-ce qu’on est capable de fournir de la formation abrégée? En format école d’été peut-être?
C’est-à-dire que tu peux enseigner aux élèves et tu complètes ta formation en été, ainsi, tu peux mettre en place quelqu’un dès maintenant. Par contre, c’est plus difficile à faire avec des infirmières ou du personnel en santé, je pense.
Un autre champ de bataille pour vous, c’est la reconnaissance des acquis pour les personnes qui arrivent de l’étranger. Pourquoi cet enjeu?
La reconnaissance des acquis facilitera l’intégration des nouveaux arrivants. Avec ma perspective du système de santé, on va être capable de s’adresser et de discuter avec les preneurs de décision pour offrir des pistes de solutions. Il faudra faciliter l’intégration des nouveaux arrivants et pour le système de santé. C’est primordial. Alors oui, il y a une crise partout, mais présentement le manque d’infirmières ou de personnel de soutien, c’est quelque chose.
Il faut faire comprendre au gouvernement et aux immigrants que nous avons la capacité d’accueillir plus d’immigrants francophones en Ontario. Je ne crois pas que ce soit bien connu et bien affiché que l’immigration francophone en Ontario est tout à fait possible.
Fabien Hébert, lorsqu’il était président-directeur général de l’Hôpital Smooth Rock Falls, il a pris sa retraite en 2018. Gracieuseté
Les centres de décision sont Ottawa et Toronto. En étant du Nord quels sont les enjeux que vous allez rapporter au sein de l’AFO?
Premièrement, comprendre la réalité des distances géographiques. Par exemple, à Hearst, on est relativement choyé, car on vit bien en français. Au niveau de la santé, on a accès à un hôpital francophone. Lorsqu’on parle de soins spécialisés, l’accès à ces services en français est beaucoup plus restreint. On parle maintenant d’ajouter l’élément distance. Si tu es à Toronto, tu as sûrement de la misère à avoir un rendez-vous avec un spécialiste, mais cela n’inclut pas trois jours d’auto aller-retour. Cette situation n’est pas plaisante. Si tu as un cancer et que depuis Hearst tu dois te déplacer à Sudbury, c’est six heures à l’aller et six heures au retour.
On a beaucoup parlé cet été de la Loi 7 qui contraint les personnes bloquées dans des lits d’hôpitaux à être transférées dans des centres de soins de longue durée. Est-ce une préoccupation pour vous?
Ça me préoccupe énormément. Est-ce les preneurs de décisions comprennent le défi de la distance? Il faut savoir que par exemple, à l’Hôpital de Smooth Rock Falls, on avait des lits d’hôpitaux et des soins de longue durée, mais la réalité de la province, ce n’est pas ça. Quand on dit qu’une personne devra quitter son lit d’hôpital pour aller dans une autre institution, on peut s’attendre à s’éloigner de deux ou trois kilomètres, mais chez nous les distances sont énormes. C’est tout simplement vouer une personne à la solitude. Envoyer quelqu’un dans une autre communauté où il n’y a pas d’autobus, pas de Go Train, ça me préoccupe oui.
Il faut faire comprendre, aussi, l’impact des décisions à l’échelle de la province.
Allez reprendre des négociations du même calibre que votre prédécesseur Carol Jolin?
Oui, je vais continuer le travail de Carol. La représentation de l’AFO et le travail auprès des élus politique, c’est certain. Dans mon expérience de leadership, je suis aussi quelqu’un qui prône la collaboration, le travail d’équipe. Je vais apporter ça à mes discussions avec le gouvernement. On va s’asseoir ensemble parce que qu’on le veuille ou non, la revendication à ses limites. On réussit à avoir des résultats avec des discussions et des preuves à l’appui.
Fabien Hébert durant le 5 à 7 de Toronto, entouré par des députés de la province, dont Caroline Mulroney et du directeur de l’AFO, Peter Hominuk. Source : compte Twitter de Caroline Mulroney
La distance va-t-elle être un obstacle pour vos futures négociations?
Non, je ne vois pas la distance comme un obstacle. J’étais à Toronto pour le 5 à 7 Franco, ce mardi. Mais vous savez, c’est de la planification en fait. C’est tout ce que cela va me prendre : planifier à l’avance.
Puis la négociation, ça ne me fait pas peur. En fait, j’en suis habitué. Lorsque je siégeais sur l’équipe de négociation provinciale avec le SCFP (Syndicat canadien de la fonction publique), on a créé des stratégies au niveau des soins de santé. J’ai participé à la négociation pendant plus de dix ans.
Votre expertise de président du conseil d’administration de l’Université de Hearst, vous servira-t-elle dans le dossier de l’Université de Sudbury?
C’est possible, mais dans le conseil de gouvernance à Hearst, on gère l’aspect financier et légal comme dans un hôpital. Puis il me reste encore un an et demi à mon mandat. Je pense que je vais probablement être président l’an prochain, juste par la nature de la transformation qui se produit en ce moment.
Le dossier de l’Université de Sudbury est en bonne voie. Je crois que les discussions qui ont déjà eu lieu ont été bonnes. J’espère que le gouvernement va voir le bienfait d’une troisième université. Parce qu’il est question, ici aussi, d’un réseau de trois universités francophones, que son Hearst, Sudbury et l’Université de l’Ontario français à Toronto. Ça fait partie de ces discussions, alors on peut y croire. »
LES DATES-CLÉS DE FABIEN HÉBERT
1962 : Naissance à Hearst
1985 : Devient Thérapeute respiratoire à l’Hôpital Notre-Dame de Hearst
1997 : Nommé vice-président de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst
2004 : Devient président-directeur général de l’Hôpital de Smooth Rock Falls
2022 : Élu président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO)
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.
[CHRONIQUE]
OTTAWA – Jusqu’au 9 décembre prochain le Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) de l’Université d’Ottawa (qui s’appelait jusqu’à tout récemment le Centre de recherche de recherche en civilisation canadienne-française) tient une exposition temporaire intitulée SOSMontfort!
Ouverte gratuitement au grand public à l’aire d’exposition Françoise-et-Yvan-Lepage du Centre, elle revient sur les grands moments de la lutte légendaire franco-ontarienne pour sauver le seul hôpital universitaire de langue française en Ontario en présentant des notes manuscrites, diverses coupures de presse et d’artéfacts récemment acquis des archives de l’hôpital.
Si les frais saillants de la lutte équipe que livra la communauté franco-ontarienne avec à sa tête Gisèle Lalonde sont archiconnus, cette exposition permet de découvrir l’abondante documentation produite pour sauver d’une fermeture annoncée l’hôpital francophone (ouvert en 1953) de même que les retombées médiatiques de cette lutte historique qui était loin d’être gagnée d’avance. Un véritable combat de David contre Goliath qui s’est échelonné de 1997 à 2002.
On doit la recherche, la rédaction des textes et la conception de l’exposition au commissaire Ghislain Thibault, archiviste des systèmes au CRCCF.
Affiche du mouvement SOS Montfort. Crédit image : Diego Elizondo
Le mouvement SOS Montfort a rallié rapidement la communauté franco-ontarienne à sa cause et a eu des échos à travers le pays. Au terme de cinq années de rassemblements, de négociations, de lobbying et de batailles judiciaires, SOS Montfort obtiendra finalement gain de cause deux fois plutôt qu’une devant les tribunaux face au gouvernement de l’Ontario.
L’exposition propose de découvrir des photographies d’époque, des produits dérivés en appui à la cause de même qu’un surprenant hommage en 2008 d’élèves du Collège catholique Franco-Ouest à Gisèle Lalonde, figure de proue du mouvement.
Le vernissage a eu lieu la veille du colloque annuel du CRCCF ayant spécialement pour thème cette année « Le moment Montfort dans la francophonie canadienne, 25 ans plus tard ». Les actes de colloque paraîtront l’année prochaine, pour le 70e anniversaire de la fondation de l’hôpital.
Montfort et nous
Outre le flagrant sentiment d’injustice qui ébranla la communauté franco-ontarienne devant l’épée de Damoclès qui plainait au-dessus de l’un de ses précieux acquis, si SOS Montfort a trouvé un écho aussi populaire dans la communauté, cela peut en partie s’expliquer aussi par les liens identitaires profonds qui unissent l’hôpital et les Franco-Ontariens.
En effet, dans une entrevue accordée en 2016 à Denis Gratton du quotidien Le Droit, l’expert-conseil en patrimoine, auteur et chercheur Jean Yves Pelletier (qui a travaillé pendant trois dans les archives historiques de Montfort) expliquait que l’hôpital a toujours été un véritable lieu de socialisation de la communauté, bien plus qu’un simple bâtiment de brique et de mortier.
« J’ai très bien compris ce qu’on voulait dire quand on parlait de la famille Montfort. Entre 1950 et les années 1990, on comptait à peu près toujours le même nombre d’employés. Et ces gens restaient là pendant des décennies », évoquait M. Pelletier.
Et de poursuivre : « Il s’agissait souvent des gens de la même famille. Des oncles, des fils, des tantes, des neveux et le reste. Tout le monde se connaissait. Et les Sœurs [Filles de la Sagesse, fondatrices de l’hôpital] connaissaient les enfants d’Eastview (Vanier) puisqu’elles enseignaient dans les écoles de cette ville. Donc elles donnaient les emplois d’été à l’hôpital à certains de ces étudiants. Et certains d’entre eux sont restés à Montfort toute leur vie. Pour ces gens, Montfort était leur vie sociale. L’hôpital était toute leur vie. »
Affiches visibles dans l’exposition. Crédit image : Diego Elizondo
À titre d’exemple, l’épouse de l’architecte et cofondateur de l’hôpital (le Franco-Ontarien Jean-Serge Le Fort) fonda l’association des auxiliaires/bénévoles de l’hôpital (ancêtre de l’actuelle Fondation de l’hôpital). C’est d’ailleurs en misant sur l’importance sociologique de l’hôpital pour la minorité linguistique de langue officielle que le professeur Roger Bernard prépara son affidavit à la demande et à l’intention des juristes défendant Montfort devant les tribunaux, avec l’avocat Ronald Caza en tête.
Le sociologue Bernard a mis le meilleur du fruit de toutes ses années de recherches sur la communauté franco-ontarienne dans son affidavit présenté sous serment à la Cour de l’Ontario (Division générale), le 7 juillet 1998 : « Montfort est une institution qui incarne et évoque la présence française en Ontario. Montfort est un porte-étendard pour les Franco-Ontariens, un symbole de la force et de la vitalité franco-ontarienne », disait-il dans son témoignage.
« Le dynamisme et la force d’une communauté dépendent en grande partie de la vitalité de ses institutions, plus particulièrement de la complétude de son réseau qui doit, autant que possible, s’appliquer à tous les aspects de la vie de la communauté pour que les membres puissent entretenir des relations sociales qui favorisent le développement de leurs liens de solidarité et de leurs sentiments d’appartenance. »
L’affidavit original de Bernard est présenté dans le cadre de l’exposition du CRCCF.
Affidavit sous serment original en faveur de la sauvegarde de l’Hôpital Montfort du sociologue et professeur Roger Bernard déposé devant la Cour. Crédit image : Diego Elizondo
Montfort dans la mémoire
Une des très grandes forces des chefs de file de SOS Montfort était d’avoir compris dès le début le caractère historique de leur combat et de le rattacher rapidement dans la trame narrative de l’histoire franco-ontarienne. Gisèle Lalonde et Michel Gratton (son neveu et bras droit) avaient un sens aigu de l’histoire.
Pour s’assurer que la lutte qu’ils menaient puisse continuer d’inspirer, une série de commémorations sous différentes formes ont été faites depuis bientôt 25 ans. Alors même que le combat avait toujours cours, les premières commémorations de la lutte de SOS Montfort furent… patrimoniales!
En effet, par le truchement de la toponymie, le 20 mars 1998 la rue qui mène à l’Hôpital Montfort est rebaptisée « Avenue du 22 mars » pour marquer le premier anniversaire du Grand Ralliement du 22 mars 1997.
Quelques jours plus tard à peine, le 27 mars 1998, la Cité collégiale nomma sa cafétéria « Place du 22 mars ».
La rue qui mène à l’Hôpital Montfort rebaptisée « Avenue du 22 mars » pour marquer le premier anniversaire du Grand Ralliement du 22 mars 1997. Crédit image : Diego Elizondo
Le 12 novembre 2003, Michel Gratton lance son livre intitulé Montfort : la lutte d’un peuple. Publié aux éditions du CFORP (institution franco-ontarienne fondée par sa tante, Gisèle Lalonde), M. Gratton livre un pavé de 808 pages avec pour réel souci de laisser en détail un récit historique aussi précis que possible pour la postérité.
En mars 2004, la Médaille du 22 mars fut créée. Tirée à 22 exemplaires, elle est remise aux personnes ayant fait preuve de fierté, de persévérance et de ténacité, trois qualités essentielles à la réussite de l’Hôpital Montfort. Trois médailles du 22 mars furent remises à Gisèle Lalonde, Michelle de Courville Nicol et au sénateur Jean-Robert Gauthier (à titre posthume) en 2012. Mauril Bélanger la recevra en 2016 et la congrégation religieuse catholique des Filles de la Sagesse en 2017.
Le 31 mars 2007, plus d’une centaine d’employés, de médecins et de francophones se rassemblent pour célébrer le dixième anniversaire du grand ralliement à l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde. Le 9 juin 2009, une magnifique murale géante commémorant le mouvement SOS Montfort est dévoilée sur la promenade Vanier, près de l’avenue McArthur, à Ottawa.
Mettant en scène les principaux chefs de file de SOS Montfort (Gisèle Lalonde, Michel Gratton, Ronald Caza, Michelle de Courville Nicol et Gérald Savoie), cette murale de l’artiste Marie-Hélène Lajoie a malheureusement eu une vie trop courte lorsqu’elle fut retirée pour restauration en 2017 avant d’être mise au rancart définitivement en 2019.
Pour le quinzième anniversaire, en 2012, une soirée de reconnaissance est organisée au Centre des arts Shenkman à Orléans par la Fondation de l’hôpital. La même année, le maire d’Ottawa, Jim Watson, proclame le 22 mars, la Journée de la solidarité franco-ontarienne.
Enfin, le 22 mars 2017, l’Hôpital Montfort organisa une grande fête pour souligner les 20 ans du grand ralliement en présence de plusieurs artistes, sur le même lieu que celui du 22 mars 1997, au parc Lansdowne à Ottawa, où s’étaient réunies 10 000 personnes.
Quant à elle, l’exposition du CRCCF arrive à un moment où coïncide deux anniversaires en lien avec SOS Montfort. D’abord, avec le 25e anniversaire du Grand Ralliement historique.
Ensuite, avec le 20e anniversaire de la victoire totale de la cause Montfort devant les tribunaux. Elle est aussi présentée par une triste ironie du sort l’année du décès de Gisèle Lalonde, présidente du mouvement, sans qui la victoire n’aurait sans aucun doute pas été possible.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
Marcelle Lean est la directrice générale et artistique du festival international du film francophone Cinéafranco dont la 25e édition débute ce vendredi.
LE CONTEXTE
Une vingtaine de longs métrages et un programme de courts métrages sont à l’affiche jusqu’au 15 novembre. La femme est au cœur de la programmation cette année.
L’ENJEU
C’est un test grandeur nature pour les organisateurs qui tentent de faire revenir le public dans les salles obscures après plus de deux ans de pandémie.
« Quelle est la particularité de cette 25e édition?
Nous avons beaucoup misé sur le retour au cinéma, encouragés par Téléfilm Canada et les distributeurs. C’est risqué mais on va voir ce que cela va donner. Ça nous coûte les yeux de la tête. Je suis en train de puiser sur un fonds d’urgence et ça me fait très peur.
Pour quelle raison avoir gardé une formule hybride?
Parce que des spectateurs nous disent qu’ils ne sont pas prêts à retourner en salle. De nombreux films seront donc accessibles en ligne.
Le retour des projections en salle signifie-t-il aussi celui des réalisateurs qui viennent débattre avec le public?
On essaye! On aura quelques invités comme Geneviève Albert, Martin Villeneuve, Catherine Léger et tous les cinéastes des courts-métrages franco-canadiens, y compris le réalisateur Paul Davis du Yukon.
Pourquoi dans trois cinémas différents?
D’habitude, nous avons qu’un cinéma, mais cette année Hot Docs n’était pas en mesure de nous accueillir pour toute la programmation. Je suis donc allée vers Cineplex qui a abrité pendant des années notre volet jeunesse du festival et qui nous permet d’utiliser quelques plages horaires. Pour le reste, on est reparti au Royal, un cinéma qui a projeté beaucoup de nos films au cours des premières éditions de Cinéfranco.
Sélection de films à l’affiche. Montage ONFR+
Pourquoi mettre l’emphase sur le thème de la féminité?
C’est dans l’air du temps avec le mouvement Me too, la révolte des femmes en Iran et les droits de la femme. Il y a donc une grande place accordée aux films féminins, pas seulement aux réalisatrices mais aussi aux réalisateurs qui font écho aux enjeux féminins. Cela représente une dizaine de films, incluant l’affiche de clôture, Imelda, une œuvre fascinante, drôle et sage de Martin Villeneuve qui incarne sa grand-mère.
À quelles autres œuvres pensez-vous?
Je pense à Noémie dit Oui de Geneviève Albert qui parle d’une adolescente qui tombe dans la prostitution, film fait avec « élégance » par rapport a un sujet qui fait mal. Dans le même vecteur de pensée, Une femme du monde met la lumière sur une travailleuse du sexe, ou encore La vraie famille, un très joli film de Fabien Gorgeart sur l’adoption et la séparation d’une mère adoptive avec un petit garçon. On a essayé de trouver différentes facettes de traitement de la femme afin, au-delà de se lamenter, d’y réfléchir avec des pointes d’humour.
En dehors du thème féminin, quelles pépites cinématographiques sont incontournables cette année, à vos yeux?
Il y a dans Tropique de la violence une description sociale saisissante du racisme et de l’adaptation d’un jeune adopté par une docteure blanche rejetée dans les bas-fonds de la société, à sa mort, à Mayotte. Je pense aussi à Confessions de et avec Luc Picard sur le parcours de cet homme faible et écrasé par sa mère et comment il a passé sa vie à tuer des gens. Il y a en outre une œuvre que je trouve extraordinaire : Kompromat de Jérôme Salle avec Gilles Lelouche, qui raconte la lutte d’un directeur de l’Alliance française pour s’innocenter d’accusations de distribution de films pornographiques.
Dédiez-vous cette édition à Bernard Lecerf, décédé l’été dernier et bénévole de premier plan à Cinéfranco?
Absolument. La première page du livret de présentation du festival est en sa mémoire. J’ai aussi écrit un poème dans lequel je crie ma peine et le remercie pour tout ce qu’il a fait. C’était un grand spécialiste de la langue française et un administrateur attentif, autant dans l’actualisation du site web que dans la vente des billets. Il assurait la recherche des films, la programmation mais aussi le service à la clientèle. Sa grande contribution se retrouvait ces dernières années dans les dossiers pédagogiques et descriptifs très utiles aux enseignants. L’âme de Cinéfranco a été cruellement attristée par la perte de Bernard Lecerf. »
OTTAWA – La mise à jour économique du gouvernement Trudeau jeudi n’aura pas réservé de nouveaux programmes de dépenses significatifs dont auraient pu bénéficier les Canadiens pour combattre le coût de la vie. Elle comporte toutefois quelques mesures qui pourraient impacter votre portefeuille.
Les principales mesures annoncées par Ottawa ont été faites dans les dernières semaines avec 4,5 milliards de dollars pour doubler le crédit de la taxe sur les produits et services (TPS). Ces versements seront envoyés dès ce vendredi. Ottawa a aussi annoncé la mise sur pied d’une prestation financière pour des soins dentaires destinés aux jeunes de moins de 12 ans en plus de bonifier l’aide au logement pour les personnes à faible revenu de 500 $.
Près d’une semaine après que la Banque du Canada ait augmenté son taux directeur de 3,75 %, Ottawa admet que le pays pourrait entrer « dans une légère récession » au début de 2023, selon le document du mini-budget Freeland. Le taux de chômage pourrait alors atteindre 6,9 %, soit une augmentation de 1,7 % dans ce scénario jugé comme pessimiste. La ministre des Finances Chrystia Freeland a insisté sur la prudence et la responsabilité dans son discours marqué par la période inflationniste qui traverse le pays.
« C’est pourquoi nous pouvons tous croire avec confiance que nous allons passer à travers, tout comme nous sommes passés à travers tout ce qui s’est passé lors des deux dernières années et demie (…) Aucun pays au monde n’est mieux placé que le Canada pour surmonter le ralentissement mondial à venir », a-t-elle soutenu dans sa présentation du mini-budget.
Bonification pour les salariés à faible revenu
L’Allocation canadienne pour les travailleurs (ACT) sera bonifiée grâce à une d’enveloppe de 4 milliards de dollars échelonnée sur six ans, et ce dès juillet 2023. Ce sont près de trois millions de travailleurs à revenus modestes qui bénéficieront de cette prestation additionnelle. Une personne célibataire peut toucher un montant allant jusqu’à 714 $ de plus et une famille, autour de 1231 $. Le budget offre ainsi un exemple de scénario d’un travailleur touchant un salaire de 2500 $ par année. Ce dernier pourra désormais obtenir 600 $ de plus par année grâce à cette bonification.
De l’aide pour les étudiants
Il s’agit peut-être d’un des seuls nouveaux programmes touchant directement les Canadiens annoncés par le fédéral. Ottawa offre un coup de pouce aux étudiants et apprentis en éliminant de façon permanente les intérêts sur leurs prêts fédéraux pour un coût total de 2,7 milliards de dollars sur cinq ans et 556,3 millions par la suite. Une mesure similaire avait été prise lors de la pandémie par le fédéral, mais cette elle devait prendre fin en mars 2023. Ottawa estime que ça permettra à un emprunteur étudiant d’économiser en moyenne 410 $ par an.
Entreprises : vers une réduction des frais de carte de crédit
Ottawa avait annoncé, dans son budget de 2021, la tenue de consultations sur une réduction accrue des frais de transaction liés aux cartes de crédit. Jeudi, Ottawa a affirmé qu’il négocierait avec les entreprises pour réduire ces frais, mais n’a pas précisé combien une entreprise pourrait économiser.
« Si l’industrie ne parvient pas à une solution convenue au cours des prochains mois, le gouvernement présentera ces dispositions législatives dès que possible l’année prochaine et donnera suite à la réglementation des frais de transaction des cartes de paiement », peut-on lire dans le document financier.
C’est de 1,5 % à 4 % du montant total de chaque facture, incluant les taxes, que doivent payer les entreprises en frais de transactions, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).
Pour les premiers acheteurs
Lors du budget de 2022, Ottawa avait annoncé la création d’un compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP). Ce nouveau régime enregistré permettrait aux futurs acheteurs d’une première habitation d’épargner un montant entre 8000 et 40 000 $ de manière non imposable. Jeudi, Ottawa n’a pas bonifié ce crédit, mais a dévoilé qu’il déposera un projet de loi pour adopter cette mesure qu’il veut mettre en place dès 2023.
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Dette : la situation actuelle
En avril, la dette du fédéral était prévue à 52,8 milliards de dollars, mais aujourd’hui, elle fond à 36,4 milliards de dollars. Ottawa prévoit un retour à l’équilibre budgétaire en 2027-2028 avec un léger surplus de 4,5 milliards de dollars. Dans son scénario plus pessimiste, le ministère des Finances envisage que sa dette serait autour de 50 milliards de dollars. Le solde budgétaire du PIB se chiffre plutôt à -1,3 % cette année avant de descendre à 0,1 % en 2027-2028.
Rien pour la francophonie
Cette mise à jour économique ne comprend aucune nouvelle mesure ni investissement touchant la francophonie ou les langues officielles.
Il est plutôt attendu que le budget de l’automne 2023, qui concordera avec le Plan d’action sur les langues officielles, comporte des mesures dans ce sens.
Avec le débrayage ce vendredi des personnels de soutien affiliés au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), la plupart des écoles du système public en Ontario ont renoncé à ouvrir leurs classes, privées d’une partie de leur personnel de soutien. Le mouvement découle d’un échec des négociations pour le renouvellement de la convention collective d’une partie du personnel scolaire.
Si la grève n’implique pas les enseignants franco-ontariens, nombre d’écoles de langue française ont également décidé de fermer leurs portes ce vendredi, excepté au sein de quelques conseils scolaires tels que Viamonde, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) ou encore le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario (CSPNE).
Il faut dire que le mouvement est celui d’une partie des éducateurs, bibliothécaires, concierges et autres aides-enseignants, une profession peu valorisée au plan salarial. Ils ont décidé aujourd’hui d’exprimer leur colère devant l’Assemblée législative de l’Ontario ainsi que de nombreuses permanences de députés.
À Queen’s Park, où les premiers grévistes sont arrivés très tôt et où la foule grandit d’heure en heure, on retrouve Ouerdia Tehami, une éducatrice désemparée qui réclame plus de considération du gouvernement. « Avec 30 enfants dans une classe, il n’y a pas de sécurité, pas de personnel, pas d’aide pour ces enfants chaque fois qu’on la demande. Ils sont perdus dans l’école. Je ne peux pas me préparer convenablement. Je suis vraiment déçue de l’éducation ces dernières années. »
Ouerdia Tehami, Béatrice Kayeba et Lisa Perrotta manifestent devant Queen’s Park, à Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes
Béatrice Kabeya, une autre éducatrice venue protester, estime pour sa part que sa profession d’éducatrice est dévalorisée. « Nous sommes vues comme du petit peuple, mais nous sommes éduqués et nous avons des droits. Nous emmener à ce point, ce n’est pas juste. On nous condamne pour quatre ans. »
Mme Tehami et Mme Kabeya font partie des 55 000 agents que représente le SCFP. La veille, leur syndicat a vu sa contre-offre rejetée par le gouvernement et la médiation rompue sine die.
Dans le même temps, à Queen’s Park, le gouvernement a fait adopter en fin de journée le projet de loi 28 formalisant une loi spéciale qui passe outre le processus de négociation et impose aux travailleurs un nouveau contrat de travail de quatre ans.
L’Édifice de Queen’s Park protégé par des barrières et un cordon policier, face aux manifestants. Crédit image : Rudy Chabannes
Rarement utilisée dans l’histoire de la province et critiquée par Justin Trudeau, le premier ministre canadien, cette mesure législative rend la grève de ce vendredi illégale et coupe court à tout recours devant les tribunaux.
Ce qui n’a pas empêché un vaste mouvement de solidarité, au-delà du syndicat, à l’image de Lisa Perrotta, une enseignante retraitée. « Ces gens-là travaillent tellement fort pour un système qui ne peut pas fonctionner pas sans eux… c’est insensé qu’ils soient autant sous-payés. Je suis là pour leur donner mon appui et pour la démocratie. »
À Ottawa, les enseignants franco-ontariens solidaires
À Ottawa, les grévistes les plus téméraires se sont également déplacés très tôt en matinée, près du centre commercial Saint-Laurent. Dans le quartier de Cyrville, près de 200 personnes se sont réunies pour une marche en soutien aux travailleurs en éducation.
Des agents d’entretien, des techniciens, des informatiques, de nombreux assistants d’éducation, ainsi que des enseignants ont déambulé accompagnés des klaxons d’automobilistes et de pancartes sur lesquelles nous pouvions lire par exemple : « Je suis fier (e) secrétaire ».
De gauche à droite : Nathalie Drolet, Gabrielle Lemieux, Jocelyn Bédard, Nicole Racine. Crédit image : Lila Mouch
Parmi les premières personnes sur place, Nicole Racine, une parente d’élève, reconnaît l’importance des travailleurs en éducation. « Je suis parent et professeure à l’Université d’Ottawa et les membres de ce syndicat, c’est la sauce secrète au bon fonctionnement d’une école », affirme-t-elle.
Des membres de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO) sont venus apporter leurs soutiens. Une de ses représentantes, Gabrielle Lemieux, a déclaré au micro d’ONFR+ que « le droit des travailleurs est absolument essentiel. Une attaque contre le SCFP, c’est une attaque contre les enseignants francophones, anglophones et tous les autres ».
« Il faut protéger notre droit à la négociation, je trouve ça déplorable cette loi », a-t-elle ajouté.
Plusieurs membres de l’AEFO se sont déplacés pour soutenir les travailleurs de l’éducation. Crédit image : Lila Mouch
Dans le cortège, un technicien informatique, Jocelyn Bedard, a fait part de son mécontentement : « Je suis ici pour revendiquer mes droits. Ça fait dix ans que nos salaires sont gelés, le coût de la vie a augmenté et en plus on est passé à travers une grosse pandémie. »
Les manifestants entretiennent l’espoir ici que le gouvernement abroge cette loi. « La négociation n’est pas terminée », pouvons-nous lire sur certaines pancartes. Ou encore : « Je mérite un salaire décent. »
Nathalie Drolet, elle aussi membre de l’AEFO, se dit présente en soutien aux travailleurs. « Tous les syndicats de l’éducation sont en négociation avec le gouvernement en ce moment, alors ça nous inquiète cette interdiction de faire la grève, on se demande si c’est ce qui nous attend. »
À Sudbury, les députés aux côtés des grévistes
Dans le Nord, plusieurs centaines de manifestants étaient rassemblés dans le froid le long du boulevard Barrydowne, à Sudbury, dans un concert de klaxons.
Le député de Sudbury Jamie West était également présent, deux jours après avoir été exclu du caucus à Queen’s Park tout comme France Gélinas, députée de Nickel Belt.
« On est ici aujourd’hui c’est pour dire aux gens, vous avez le droit d’être ici, le droit de parler, vous avez des droits, utilisez-les et laissez pas un intimidateur comme M. Ford vous dire que vous devez vous taire, retournez chez vous puis continuer de travailler des 40 h à 17 $ de l’heure », lance l’élue néo-démocrate avec émotion.
À gauche, France Gélinas, députée de Nickel Belt, a fait la promesse d’arriver à obtenir gain de cause pour les travailleurs de la fonction publique lors de son discours. Crédit image : Inès Rebei
Conrad Roussel, préposé à l’entretien ménager, explique que beaucoup de ses collègues sont obligés d’avoir deux emplois pour survivre. Il ajoute que bien qu’on ait perdu deux ans avec la pandémie et que les enfants doivent aller à l’école, les protéger est ce qui importe le plus : « Ça va affecter tout le monde, vous voulez que vos enfants aillent dans une école où ils se sentent en sécurité, où c’est propre. »
Une autre manifestante, Stéphanie Lalonde-Robichaud, technicienne en éducation spécialisée, dit ne pas avoir peur des amendes, en raison de l’appui infaillible du syndicat. « On est dix ans en arrière de ce qu’on devrait avoir comme salaire alors que tout a augmenté », se désole de son côté Lise Orsini, présidente du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario pour le local 614.
Conrad Roussel, à gauche, préposé à l’entretien ménager souhaite rassurer sur le fait que les manifestants sont là dans le plus grand respect et la légalité. Crédit image : Inès Rebei
En venant manifester, les grévistes encourent une amende de 4 000 $. Leur syndicat? 500 000 $. Le ministre de l’Éducation a prévenu en conférence de presse hier que son gouvernement utiliserait « tous les moyens dont nous disposons pour mettre fin à la perturbation », martelant sa volonté de maintenir coûte que coûte les élèves en classe.
Joignant le geste à la parole, Stephen Lecce a saisi ce vendredi la Commission des relations de travail afin qu’elle confirme l’illégalité de la grève.
Article co-écrit par Lila Mouch, Inès Rebei et Rudy Chabannes
TORONTO – Le couperet est tombé sur le milieu de l’éducation ontarien hier en fin d’après-midi avec l’adoption du projet de loi qui fait appel à la clause dérogatoire visant à empêcher, ultimement, la grève des travailleurs de la fonction publique qui débute ce vendredi. Bien qu’il ne s’agisse pas de la première fois que le premier ministre ontarien y a recours, cette mesure unique au monde soulève des questions quant à la légitimité de son utilisation.
Pour la deuxième fois depuis sa première élection de 2018, le premier ministre Doug Ford invoque la disposition de dérogation de la Charte canadienne des droits et libertés prévue à l’article 33.
Il est le seul premier ministre ontarien à l’avoir utilisée, en plus d’avoir menacé d’y recourir une fois par le passé. En 2021, il avait notamment utilisé la disposition pour la première fois, afin de contrer la Loi sur la protection des élections.
Tandis qu’en 2018, Doug Ford avait brandi la menace de son utilisation afin de réduire la taille de conseil municipal de Toronto. Menace qu’il n’a pas mise en exécution après que la Cour d’appel et la Cour suprême avaient statué en sa faveur.
Ladite disposition ou clause dérogatoire, connue également sous le nom de clause nonobstant, permet à tout premier ministre provincial ou fédéral qui l’invoque de soustraire une loi à tout recours judiciaire fondé sur certains droits inclus dans la Charte, pendant cinq ans renouvelables.
Une utilisation ciblée
Si elle soulève aujourd’hui l’indignation, cette clause dérogatoire avait pourtant été conçue à l’origine comme un compromis entre le fédéral et les provinces lors du rapatriement de la Constitution en 1981 et l’entrée en vigueur une année plus tard de la Charte canadienne, explique le professeur titulaire et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques, François Larocque, de l’Université d’Ottawa.
« C’était pour rassurer les provinces que la législature, le Parlement, est souverain », explique le professeur de droit. Une manière de protéger toute loi, dans un cadre et une utilisation ciblée et précise, qui contrevient à la Charte d’une quelconque poursuite judiciaire.
Le point de litige demeure justement cette utilisation de la clause qui a été prévue pour des cas bien particuliers tels que les droits liés aux libertés fondamentales, religieuses et d’association (article 2), garantie juridique, comme l’autorisation de perquisitions (article 7 à 14), droit à l’égalité, soit la possibilité de faire passer des lois discriminatoires (article 15).
Le professeur de droit et avocat, François Larocque explique que la seule contestation à la clause reste celle des citoyens aux urnes. Archives ONFR+
De son côté, la directrice générale de l’Association canadienne des libertés civiles, Noa Mendelsohn Aviv, a déclaré dans un communiqué que la clause « n’a jamais été destinée à être utilisée dans les négociations contractuelles, ou comme un outil occasionnel pour perturber les droits humains fondamentaux protégés par notre Charte ».
Le danger, selon François Larocque, est le recours systématique à cette clause par le gouvernement ontarien : « Ce qui est douteux c’est le fait de suspendre si régulièrement les droits constitutionnels. Ça vient miner leur importance. »
Il ajoute qu’ironiquement le but des constitutions est justement de protéger des régimes tyranniques et populaires des droits qui le sont moins.
L’assurance de Doug Ford
Malgré la légalité du recours à cette disposition dérogatoire, celle-ci avait été permise uniquement avec l’idée que les législatures paieraient le prix fort après son utilisation. Un prix fort que ces parlements paieraient surtout aux urnes, avec une perte de la confiance des citoyens qui auront vu le gouvernement brimer leurs droits.
Selon le professeur et avocat Me Larocque, ces lourdes conséquences liées au recours à la clause étaient considérées comme suffisamment dissuasives pour les parlements. Or, ce n’est visiblement pas le cas du gouvernement ontarien.
« Ce qu’on voit c’est que Doug Ford est très confiant en sa popularité, et aussi en son programme, et il pense qu’il va se faire pardonner de brimer les travailleurs. C’est un calcul très périlleux », ajoute le professeur.
Celui-ci s’est possiblement inspiré de l’exemple du Québec, détenteur du record du recours à ce dispositif, où cette stratégie semble fonctionner pour le premier ministre réélu en octobre dernier.
François Legault a, en effet, eu recours à la clause à deux reprises depuis son élection de 2019, mais uniquement pour des raisons identitaires, avec la défense de la langue française (loi 96) et celle de la laïcité (loi 21).
Force est de constater que Doug Ford peut se rassurer davantage avec la faible participation citoyenne, comme lors du dernier scrutin provincial, en juin dernier, où seuls 43 % des électeurs se sont fait entendre.
Un dangereux précédent
Peut-on imaginer un avenir constitutionnel où l’on pourrait se défaire de cette clause? Pour le professeur Larocque, la réponse est un non catégorique.
Il faudrait pour cela un amendement constitutionnel qui soit voté à l’unanimité par l’ensemble des provinces et du fédéral, ce qui serait difficilement réalisable avec les divergences politiques à l’échelle du pays selon le professeur.
Celui-ci rappelle que cette disposition est une situation unique dans le monde : « C’est un cas unique parmi les démocraties du monde, il n’y a pas d’autres Chartes de droits et libertés qui ont une clause similaire. »
Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO, dit vouloir être solidaire avec le personnel affecté par la clause. Gracieuseté.
Du côté de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), on craint déjà pour l’avenir avec une utilisation systématique de cette mesure.
« Ce comportement du gouvernement quand il fait face à la possibilité d’une grève qui est tout à fait légale et qui est à l’intérieur des normes de la loi du processus de négociation pourrait malheureusement avoir des répercussions sur nous à un moment donné », estime la présidente Anne Vinet-Roy qui n’exclut pas d’explorer des suites pour soutenir le mouvement lors de la réunion du Conseil d’administration de l’AEFO qui aura lieu cette fin de semaine.
TORONTO – L’Assemblée législative de l’Ontario a adopté ce jeudi, par 74 voix contre 34, le projet de loi qui recourt à la clause dérogatoire pour imposer un contrat aux employés de soutien dans les écoles. Par extension, cette loi empêche les travailleurs de se mettre en grève. Malgré son illégalité adoptée par voie législative, la grève générale est maintenue par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) ce vendredi, impliquant 55 000 employés et des fermetures d’écoles.
« Si la grève a lieu vendredi, elle sera illégale », avait averti le ministre de l’Éducation Stephen Lecce, un peu plus tôt en journée, en conférence de presse. « Nous utiliserons tous les outils dont nous disposons pour mettre fin à la perturbation », avait-t-il ajouté.
Le ministre de l’Éducation a assuré que jusqu’à la dernière minute le gouvernement a été à la table des négociations, affirmant que, tout au long de ses pourparlers, le SCFP n’a pas voulu retirer sa menace de grève.
« Pour le bien-être des deux millions d’élèves en Ontario, la SCFP ne nous laisse pas le choix que d’adopter le projet de loi 28 », a-t-il justifié tout au long de cette journée cruciale, tandis que le SCFP avait fait une contre-offre au gouvernement, sans succès.
La grève de vendredi aura lieu
« Il y aura grève demain et aussi longtemps qu’il le faudra », a déclaré dans les murs de Queen’s Park Laura Walton, présidente du SCFP et du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO), réaffirmant aller de l’avant avec le mouvement.
Le CSCSO a également déclaré par communiqué de presse et suite à la fin des négociations : « Peu importe les efforts déployés par votre comité de négociation pour parvenir à une entente qui respecte les besoins des travailleurs, des élèves et des familles, le gouvernement conservateur de Ford n’a pas voulu faire les investissements nécessaires pour parvenir à cette entente. »
« Il est clair que ce gouvernement n’a jamais eu l’intention de négocier. Le temps et les efforts qu’il a consacrés au projet de loi 28, qui prive les travailleurs de l’éducation de leurs droits en vertu de la Charte, auraient dû être consacrés à un accord qui aurait respecté les travailleurs et aurait également garanti les services dont les élèves ont désespérément besoin. »
Une loi contre les grévistes
Selon cette loi spéciale, si les travailleurs de l’éducation que représentent le SCFP se mettent en grève, ils risquent une amende pouvant atteindre 4000 $ par personne (500 000 $ pour le syndicat), pour chaque jour de grève.
Laura Walton, dont l’organisation représente des conducteurs d’autobus, bibliothécaires, secrétaires, personnel d’entretien et autres surveillants, avait confirmé en début de semaine que les négociations avec le gouvernement Ford n’aboutissaient en rien. Le gouvernement quant à lui a rejeté la contre-offre présentée par le SCFP.
Le projet de loi 28 – pour garder les enfants en classe – dans sa première offre, limitait les augmentations annuelles à 2,5 % pour les employés de soutien gagnant moins de 43 000 $ et 1,5 % pour les autres. Le syndicat demandait à la base 11,7 % d’augmentation. On ne sait pas si le SCPF a réévalué à la baisse sa contre-offre par la suite.
Pour l’opposition, les employés des conseils scolaires représentés par le SCPF sont au bord de la pauvreté. John Fraser, chef intérim du Parti libéral de l’Ontario, accuse le gouvernement Ford de diminuer les droits des travailleurs et d’envoyer un message à tous les corps de métier : « On se moque de vous. »
Des sorties culturelles, du jazz, le festival Cinéfranco qui se lance… c’est parti pour un mois de novembre divertissant pour tous.
[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]
Films
Cinéfranco célèbre ses 25 ans
Le plus grand festival du cinéma francophone au Canada anglais franchit sa 25e édition sous la direction artistique de Marcelle Lean, à la tête du festival depuis 1997. Bien que ce jalon important soit franchi de manière douce-amère avec le décès récent de l’ancien directeur général, Bernard Lecerf, le festival continue de faire honneur à son nom en nous réservant encore une fois une programmation digne des cinéphiles.
Cette année, les meilleurs films du cinéma francophone canadien et international seront projetés sur grand écran. Il s’agit de 19 longs métrages et un programme de courts métrages au Cinéma Ted Rogers Hot Docs, au Royal et au Cineplex Scotiabank à Toronto. Cinéfranco vous réserve aussi neuf longs métrages et deux programmes de courts métrages issus du Québec et de l’international qui seront disponibles en ligne, partout au Canada.
Le film Irréductible. Gracieuseté Cinéfranco
Jusqu’au 20 novembre. Consultez le site de Cinéfranco pour la programmation complète.
Musique
Soirée jazz à Ottawa avec le trio Lorenzo Naccarato
Ambiant et envoûtant, le trio fondé en 2012 par le pianiste franco-italien Lorenzo Naccarato sera en concert ce jeudi à Ottawa comme destination dans le cadre de sa tournée dans le réseau des Alliances françaises du Canada. Inspiré par le style impressionniste des grands artistes tels que Claude Debussy et les répertoires modernes de Robert Glasper, l’énergie douce du trio pourrait bien conclure votre soirée en semaine.
Le trio Lorenzo Naccarato. Crédit image : Épiphanie Esteves
Spectacle Nova Rupta du trio Lorenzo Naccarato ce jeudi soir au club SAW à 19h30. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.
Théâtre
La pièce Intrusions à la Nouvelle Scène Gilles-Desjardins
Seule sur scène, une femme âgée raconte son histoire lorsqu’elle et son mari sont transférés vers un foyer pour les personnes âgées. Au fur et à mesure que son histoire se développe, il est clair qu’il s’agit d’une pièce soulignant les défis qu’endure cette démographie et la vulnérabilité dans laquelle elle se trouve aux moments les plus urgents. Traduit en français par Marie-Thé Morin, Intrusions a été écrit en 2009 dans sa version originale anglaise par Joan Macleod. La pièce a été finaliste du Prix du gouverneur général.
La pièce Intrusions. Crédit image : Marianne Duval.
Pièce Intrusions jusqu’au 5 novembre à la Nouvelle Scène Gilles-Desjardins. Achetez vos billets ici.
Arts
L’exposition Corps Céleste de Samuel Choisy
Samuel Choisy nous emporte à travers les vastes étendues de l’orbite à travers son exposition photographique Corps Céleste. L’artiste et photographe qui fait sa place dans le milieu artistique entre le Sud et le Nord de l’Ontario, pousse son médium à de nouvelles hauteurs avec des images dignes d’expériences hors corps.
Œuvre de l’exposition Corps Céleste. Gracieuseté de l’artiste
Exposition Corps Céleste de Samuel Choisy jusqu’au 22 novembre à la Galerie du Nouvel-Ontario. Entrée gratuite.
Communauté
La Nécropole de Toronto, un retour sur l’histoire des Noirs dans la Ville reine
Cette semaine, la Société d’histoire de Toronto vous réserve ce dimanche une visite guidée par Gilles Huot qui vous fera découvrir la Nécropole de Toronto, le cimetière laïque qui, depuis 1850, abrite les corps reposés de figures marquantes, dont certains des pionniers noirs du Canada tels que Anderson Ruffin Abbott, le premier médecin noir né au Canada, William Peyton Hubbard, le premier échevin noir de la ville de Toronto et bien plus.
La Nécropole de Toronto. Crédit image : Istvan Kadar Photography / Moment via Getty Images
Visite guidée le dimanche 6 novembre à 11h. Le point de rencontre sera à l’entrée de la Nécropole. Gratuit, mais le chapeau sera passé à la fin de la visite.
OTTAWA – Le désir des libéraux d’accélérer l’adoption de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, le projet de loi C-13, s’est buté au Bloc Québécois qui s’est livré à un cours d’histoire jeudi en comité.
Son représentant Mario Beaulieu a monopolisé le temps de parole de la réunion des Langues officielles. Que ce soit avec des références historiques à Lord Durham, la Société Saint-Jean-Baptiste, la Commission Laurendeau-Dunton des années 1960 ou encore le sous-financement des écoles francophones au 18e siècle lorsque le Québec était une colonie britannique.
Le député proposait des modifications à des amendements proposés par les conservateurs, qui eux-mêmes proposaient des changements à la motion libérale. La proposition de Mario Beaulieu a finalement été rejetée après près de 90 minutes de débat et de monologues du député.
Le Bloc dévoile son jeu avant même l'étude, le parti demande notamment à ce que tous les amendements du Québec soient traités en premier lors de l'étude article par article. Le gouvernement Legault propose autour de 16 amendements à C-13. #frcan
Mardi, le gouvernement libéral a déposé une motion visant à aller plus rapidement pour adopter C-13. Le gouvernement souhaite d’ici le 1er décembre au plus tard, procéder à l’étude article par article du projet de loi. La ministre Ginette Petitpas Taylor estime qu’on a fait le tour du jardin et « les intervenants nous disent que c’est le temps de passer à la prochaine étape ».
À plusieurs reprises, le président du Comité René Arsenault a tenté de faire appel au député de la Pointe-de-l’Île. « Je pense que vous avez fait le tour. Vous avez fait le tour de l’histoire. »
« Ça n’a pas d’allure. Les intervenants nous ont dit de passer à l’action. Peut-on passer au vote? » a fustigé le député libéral Marc Serré.
Le député de Nickel-Belt Marc Serré. Crédit image : Pascal Vachon
Les conservateurs accusent plutôt les libéraux d’avoir voulu imposer le bâillon sur le projet de loi, le gouvernement souhaitant obtenir sa sanction royale d’ici Noël.
« Qu’est-ce qui est pressant? A-t-on une élection qui s’en vient et qu’on ne saurait pas? Il n’y a rien qui presse pour arrêter ça au mois de décembre. On a perdu deux séances où on aurait pu avoir six-huit témoins », a dénoncé l’élu Jacques Gourde.
La seule néo-démocrate, la députée Niki Ashton, s’est dite « déçue de voir que le comité des langues officielles est bloqué aujourd’hui ».
« Les communautés francophones s’attendent à ce qu’on travaille pour freiner le déclin du français. Améliorons le projet de loi. Agissons maintenant », a-t-elle dénoncé.
Cette dernière veut ajouter quatre heures, soit deux séances additionnelles. Elle désire aussi repousser l’étude de chaque clause au 8 décembre au lieu du 1er. Elle appuie l’intention du gouvernement de faire adopter C-13 d’ici Noël.
Le gouvernement Legault inquiet
Les conservateurs avancent qu’il reste toujours une longue liste de témoins à inviter, eux qui proposent de repousser les dates proposées par les libéraux. Parmi cette liste, le nouveau ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne Jean-François Roberge qui aimerait avoir son mot à dire. L’entourage de ce dernier aurait communiqué mercredi avec le porte-parole aux Langues officielles chez les conservateurs Joël Godin. Québec s’inquiète concernant le sort de leurs quinzaines de demandes d’amendements avec la motion libérale.
François Legault en compagnie de son ministre des Relations canadiennes et de la francophonie canadienne. Photo tirée du compte Twitter de Jean-François Roberge
« À la lumière des informations qu’on a entre les communications du gouvernement du Québec ce matin et le bureau de M. Godin, je pense qu’on a intérêt à les inviter (encore). Ils ont des inquiétudes très importantes par rapport à la motion (libérale) actuelle », soutient le député conservateur Bernard Généreux rappelant l’arrivée d’un nouveau ministre.
Dans une lettre au comité du 13 octobre, le bureau de François Legault écrit que son gouvernement n’entend pas présenter de témoins « jusqu’à nouvel ordre ». Les députés doivent débattre à la prochaine séance prévue le 15 novembre, d’inviter Québec à venir témoigner ou déposer leurs revendications.
OTTAWA – Le désir du fédéral d’augmenter de manière massive l’immigration dans les prochaines années pourrait signifier le début de la fin pour le français au Canada sans un changement de cap majeur, préviennent des experts.
Mardi, le ministre de l’Immigration Sean Fraser a annoncé que le Canada comptait accueillir 465 000 nouveaux résidents en 2023, 4 850 000 en 2024 et 500 000 en 2025. Il s’agirait de près de 1,5 million de personnes en trois ans. Pour des experts en démographie et en immigration, les nouvelles cibles d’Ottawa comportent un risque majeur pour la survie du français hors Québec et dans la Belle Province sachant les déboires en immigration francophone.
Ottawa n’a jamais atteint sa cible de 4,4 % hors du Québec en 20 ans, selon une étude du Commissariat aux langues officielles. Le démographe Jean-Pierre Corbeil note « qu’il n’y a pas d’arrimage solide entre les orientations du fédéral en matière d’immigration et les volontés du gouvernement fédéral de protéger le français ».
« Il y a lieu d’être inquiet parce qu’on n’a pas eu de démonstration claire et évidente à moyen terme, que le français avec une telle croissance de l’immigration sera vraiment protégé au Canada », note le professeur de l’Université Laval en démolinguistique.
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Sean Fraser. Crédit : Compte Twitter Sean Fraser
La chercheuse Luisa Veronis rappelle que la seule fois en deux décennies où l’immigration francophone a eu un regain, c’est lors de la pandémie alors que les niveaux d’immigration en général avaient drastiquement chuté. « Les faits depuis 20 ans parlent », selon cette dernière.
« Donc le fait d’augmenter le nombre total risque de nuire à la francophonie, car il y a peu de chances qu’il y ait proportionnellement autant d’immigrants francophones », souligne celle qui est titulaire d’une Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa.
Selon le Recensement de 2021, 23 % de la population canadienne est immigrante et ce chiffre est appelé à augmenter selon Statistique Canada. On estime qu’en 2041, ça sera 34 % de la population canadienne qui sera issue de l’immigration. Les nouveaux arrivants hors Québec ne parlant aucune langue officielle sont plus nombreux que ceux qui parlent le français, selon le Recensement. La proportion d’immigrants de 2016 à 2021 hors du Québec et n’ayant que le français comme première langue officielle parlée était de 2,1 % et 89 % n’ayant que l’anglais.
« On ne va pas dans la bonne direction » – Jean-Pierre Corbeil
Tous ces chiffres combinés au fait que l’immigration constitue « le principal moteur de croissance de la population active et canadienne fait en sorte qu’on ne va pas dans la bonne direction », estime Jean-Pierre Corbeil.
« Les données du dernier recensement montrent que la capacité de parler le français de la part de la population hors Québec diminue. On sait aussi qu’il y a une croissance des nouveaux arrivants qui ne parlent que l’anglais (…). On est rendu à un point que si on ne travaille pas maintenant à des mesures concrètes pour infléchir le cours des choses, on va être en train de manquer le bateau. »
Ce dernier propose qu’un comité parlementaire soit créé pour que les élus se penchent sur une solution pour arrimer les besoins du Québec et du reste de la francophonie canadienne. La politique actuelle du gouvernement ou encore celle incluse dans le projet de loi C-13 ne changeront rien, croit-il.
Changement de cap
Les experts s’entendent pour dire qu’un changement de cap à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) est la seule issue possible, surtout avec les nombreuses frasques, notamment dans le dossier des étudiants africains francophones refusés. Un bon départ, serait de se débarrasser de la cible de 4,4 % qui n’est plus la bonne, suggère la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) qui demande une augmentation à 12 % dès 2024 et 20 % en 2036.
« L’enjeu n’est pas sur les 500 000 immigrants en 2026. L’enjeu porte sur ce que le gouvernement canadien va faire pour que les communautés francophones augmentent leur nombre et qu’on ait des cibles qu’on atteint », revendique son vice-président Yves-Gérard Méhou-Loko.
Le nombre en tant que tel n’est pas problématique, soutient aussi de son côté Jacob Legault-Leclair, doctorant en sociologie à l’Université de Waterloo et spécialisé en statistiques de l’immigration francophone canadienne.
« Mais si on compare à nos stratégies précédentes, on peut s’attendre à ce que ça soit trop (d’immigrants). Mais si on change nos stratégies, ça peut être adéquat. Donc, il faut s’adapter. On ne peut pas de façon magique s’attendre soudainement à ce que la francophonie prenne plus de place. »
Lors de sa sortie mardi, Sean Fraser a indiqué être conscient qu’une immigration massive sans une bonne proportion de francophones contribuerait au déclin du français. Il a réitéré comme solution le fait d’augmenter la sélection de candidats francophones via le système Entrée Express.
« Depuis maintenant cinq ans, ils disent qu’on va accorder plus de points, faire quelques twists et serrer la vis ici et là… et on n’a vu aucun changement », remet en contexte Luisa Veronis
La professeure Luisa Veronis. Gracieuseté
Le continent africain comme « sauveur »?
Pour nos trois experts interrogés, la meilleure solution passerait par une stratégie massive en Afrique.
« Il faudrait une stratégie panafricaine, souhaite Jacob-Legault-Leclair. Si j’étais Immigration Canada, je redoublais d’efforts, car démographiquement, c’est là que l’avenir de la francophonie se trouve », donnant en exemple les 40 millions de francophones seulement en République démocratique du Congo.
L’Organisation internationale de la Francophonie estime que neuf francophones sur dix sur la planète seront africains en 2050 et, pour M. Corbeil, le coup de barre nécessaire doit passer par là.
« Autour de 2050, on va se retrouver autour d’une situation pour un francophone en Europe, il y en aura six en Afrique. L’Afrique connaît une croissance sans précédent et il y a là un potentiel énorme pour assurer la pérennité du français au Canada. »
HAWKESBURY – Robert Lefebvre, élu maire d’Hawkesbury face à la sortante Paula Assaly aux dernières élections, a fixé son cap : l’emploi. Au micro d’ONFR+, il affirme son intention d’innover et d’ancrer la municipalité dans son temps. La meilleure façon pour lui sera de retenir la jeunesse.
« Nous devons rapatrier nos jeunes et pour faire ça, il nous faut de l’emploi », affirme-t-il. « On sait que les jeunes s’en vont étudier et restent dans les autres villes (…). Comme nous n’avons pas de collèges ici, pas d’emploi, il faut trouver un moyen de les rapatrier. »
« Le parc industriel, c’est sûrement l’option à retenir. Il faut faire quelque chose parce qu’on est complet à l’est de la ville. »
« On est une ville d’environ 10 000 résidents et c’est la seule municipalité urbaine dans un rayon de 30 kilomètres », ajoute le nouvel édile, témoin d’une certaine migration des deux bords de la rivière. Le Québec et l’Ontario se retrouvent à Hawkesbury.
« Je ne sais pas si c’est pour la qualité de nos services ou d’autres raisons, mais il est évident que notre atout est d’être proche de la Capitale nationale (Ottawa) et de l’autre côté d’une des plus grandes villes du Canada (Montréal). »
Besoin d’expansion et frontière avec Champlain en question
Le maire élu explique que l’est de la ville est restreint et qu’il n’y a plus de terrain pour accommoder des développements industriels. « Je pense qu’il faut être visionnaire », insiste-t-il.
« Les municipalités de Champlain et Hawkesbury ont besoin d’expansion », poursuit-il. « Nous devons régler ce dossier-là pour nos deux municipalités, nous avons des frontières terrestres entre nous, mais pas économiques. »
Pour atteindre ses objectifs, une bonne entente avec les conseillers municipaux et les fonctionnaires de la ville est vitale. « On a des conseillers municipaux qui ont été acclamés et quelques nouveaux : c’est un très beau mélange, une très belle équipe et une nouvelle génération d’employés qui sont très motivés. »
Robert Lefebvre est tourné vers l’avenir, il veut retenir et rapatrier la jeunesse à Hawkesbury. Gracieuseté
Il appuie la nécessité d’une bonne collaboration et considère qu’à la fin de la journée « nous sommes tous des résidents et nous avons à cœur le bien-être de la ville ».
M. Lefebvre se dit dans le même temps lucide et conscient des autres défis des municipalités de l’Est ontarien. « Nous avons des défis et c’est naturel. Il y a 444 municipalités en Ontario, nous devons tous nous améliorer. »
« Ma priorité, c’est de communiquer », lance l’ancien conseiller. « C’est la base de tous les avancements, de tous les dossiers », affirme-t-il, promettant transparence et information à ses administrés.
« On veut être capable de démontrer que nous réalisons des bonnes choses », dit celui qui s’imagine en chef d’orchestre. « On parle souvent du leadership d’une personne, mais souvent, c’est un concert de leadership (…). On est tous dans le même bateau. »
Paula Assaly arrive au terme d’un mandat houleux
Avec 2468 votes, M. Lefebvre a largement pris le dessus sur Paula Assaly qui n’a obtenu que 896 voix. Écorchée l’année dernière par la commissaire à l’intégrité suite à un rapport disant qu’elle avait « manqué à ses devoirs déontologiques » à diverses occasions et envers plusieurs personnes, cette dernière n’a pas réussi à décrocher de second mandat.
L’Hôtel de Ville de Hawkesbury. Source : Hôtel de ville d’Hawkesbury/ Facebook
Robert Lefebvre esquive le sujet : « J’ai évité de parler du passé durant ma campagne car je voulais des changements positifs. Ça ne sert à rien de revenir là-dessus, même s’il y a des choses à comprendre et à retenir. »
Table rase du passé, donc. Le nouvel élu veut aller de l’avant et baser ce nouveau mandat sur l’avenir. « Je me suis présenté en mettant en avant ma carrière, ma vie et ce que j’ai accompli dans mon passé. Je veux parler de ma vision. »
« Je suis impliqué dans ma ville, ma communauté et ma paroisse », lance celui qui demeure sur la même rue et dans la même maison depuis l’âge de huit ans.
Hawkesbury, communauté francophone accueillante
Hawkesbury est une ville à majorité francophone, selon le dernier recensement. 75 % de la population parle français (comme première langue officielle parlée).
Hawkesbury fait partie du programme du Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario (RSIFEO). C’est donc une communauté francophone accueillante (CFA) qui a pour « but d’appuyer le parcours d’intégration de l’immigrant francophone ».
« Nous sommes une municipalité bilingue, même si à majorité francophone et je peux vous dire que nous avons d’excellents services en français », conclut Robert Lefebvre.
OTTAWA – Justin Trudeau participera au Sommet de la Francophonie à Djerba en Tunisie du 19 au 20 novembre, a annoncé le bureau du premier ministre par voie de communiqué mercredi.
Il s’agira d’un troisième Sommet de la Francophonie pour le premier ministre canadien. Ce dernier soulignera « l’importance de protéger la démocratie et les droits de la personne, de défendre et de promouvoir la langue française et de continuer à resserrer nos liens avec nos partenaires de la Francophonie sur tous les continents », indique-t-on dans le communiqué.
La visite du premier ministre à Djerba sera le dernier arrêt d’un voyage d’une dizaine de jours en Asie à partir du 12 novembre où il ira notamment à Bali en Indonésie pour le sommet du G20.
« Lorsque le monde travaille ensemble pour relever des défis communs, la vie des gens s’en trouve meilleure. J’ai hâte de rencontrer les dirigeants mondiaux, notamment mes homologues de la région de l’Asie-Pacifique, afin de continuer à créer des emplois et à stimuler une croissance économique profitable pour tout le monde », a indiqué Justin Trudeau.
Le Canada est un pays fondateur et un membre actif de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Présence incertaine au départ
Cette nouvelle survient alors que La Presse rapportait que le Canada avait fait pression dans les derniers mois auprès des autres pays pour reporter l’événement. Toujours selon La Presse, le premier ministre canadien aurait pressé la France et son président Emmanuel Macron, principal bailleur de fonds, pour ce report. La dernière rencontre entre les deux hommes remonte à la fin juin en marge du sommet du G7.
La situation politique en Tunisie serait la raison, alors que le président Kaïs Saïed s’est octroyé de pleins pouvoirs possibles en juillet 2021, pouvoirs qu’il jugeait nécessaires en raison de la situation au pays. Le président tunisien a notamment suspendu le parlement pendant 30 jours en plus de s’auto-nommer chef du gouvernement en suspendant la constitution, invoquant une urgence nationale.
À moins d’un changement, il s’agira du premier sommet depuis 2018, alors qu’il a été reporté au cours des deux dernières années. En 2020 pour cause de pandémie et près d’un mois avant sa tenue en 2021 à Tunis pour cause de crise politique et économique majeure au pays.
En conférence de presse, il y a quelques semaines, Justin Trudeau affirmait qu’aucune décision n’avait été encore prise de ce côté et que « les conversations continuent sur l’enjeu ».
« Un des principes [fondamentaux] de la Francophonie, c’est l’arrimage des valeurs des pays francophones à travers le monde : des principes de démocratie, de règle de droit, de respect des droits humains, sont au cœur de la Francophonie, tout comme cette belle langue française que nous partageons », indiquait-il.
Le dernier Sommet avait eu lieu en Arménie en 2018.
De mémoire de maman, jamais une telle pénurie de médicaments pour enfants et nourrissons n’a touché la province! Même constat de l’autre côté du comptoir : de mémoire de pharmacien, jamais une demande aussi accrue pour de tels produits n’y a été observée. Une situation qui, en pleine saison grippale, a fini par désespérer les parents dont certains n’hésitent pas à traverser la frontière américaine pour se procurer cette denrée devenue aussi rare que salvatrice.
« Mon fils avait une grosse fièvre, on a dû aller le chercher à la crèche. Après avoir fait le tour de plusieurs pharmacies pour acheter du Tylenol ou simplement du sérum physiologique (des produits essentiels que nous pensions être à disposition de tous), à notre grande surprise, les rayons étaient vides. La seule solution à notre malheur était de faire appel à la générosité de nos voisins et lancer un appel aux âmes charitables sur des groupes Facebook. Là on en a presque plus et on commence déjà à stresser au cas où il retombe malade avec tous les virus qui courent en ce moment », raconte cette maman torontoise, Myriam Ouaiss.
« Nous avons été touchés par ce phénomène. Nous avons deux enfants de moins de six ans et avec la rentrée des classes et les conditions actuelles, ils ont tous deux été malades par intermittence pendant les deux derniers mois. C’en est au point où je ne peux pas passer devant une pharmacie sans vérifier s’ils ont des médicaments pour enfants disponibles, c’est si difficile à obtenir », raconte cet autre parent franco-ontarien, Jean-François Pagé.
Jean-François Pagé, parent franco-ontarien en proie à la pénurie de médicaments pour enfants. Gracieuseté
Et pour cause, de l’aveu même du gouvernement fédéral sous forme de communiqué datant du 26 octobre dernier : « Il y a actuellement une pénurie de produits pour nourrissons et pour enfants à base d’ibuprofène et d’acétaminophène dans l’ensemble du Canada. Il y a eu une hausse sans précédent de la demande pour ces produits et, même si l’offre a augmenté, nous nous attendons toujours à des pénuries. »
Cependant, si l’ampleur du phénomène est nationale, c’est bien dans les grandes agglomérations qu’il est le plus préjudiciable.
Les fabricants ne suivent pas
« On est dans cette situation de pénurie depuis un moment maintenant, et il faut vraiment qu’on commence à se rendre compte de son ampleur », avertit Alexandre Mihaila, pharmacien à Toronto, propriétaire de Mister Pharmacist.
Pour ce dernier, la faute incombe en partie aux fabricants dont le rythme de production ne suit pas cette demande sans pareil.
« On en est rendu là parce que, aussi, les compagnies pharmaceutiques auraient pu se rendre compte plus tôt de cette pénurie et redémarrer les machines plus rapidement pour en produire. Je pense que ce problème est inhérent à la stratégie productive de ces compagnies qui fabriquent à la demande pour diminuer les coûts. Ils ne veulent pas garder trop d’inventaires en main parce que cela bloque le cashflow. »
Un système immunitaire infantile moins efficace à cause de la COVID-19
L’autre raison que le pharmacien soulève concerne la pandémie et les mesures sanitaires qui en ont découlé, responsables, entre autres, d’une exposition moindre, synonyme d’une baisse d’efficacité relative au système immunitaire.
« Malgré le fait qu’on en parle moins, la COVID-19 n’a pas disparu, donc les gens ont acheté beaucoup de ces produits déjà cet été, sachant que pour la grippe accompagnée de fièvre et/ou de douleurs, on n’a pas beaucoup de produits à part l’ibuprofène et l’acétaminophène », rappelle-t-il.
Et d’ajouter : « C’est un peu tôt pour tirer de telles conclusions, mais il est tout à fait légitime de penser que les mesures sanitaires dues à la COVID-19 ont eu un effet négatif sur l’immunité des enfants. C’est tout à fait logique d’un point de vue scientifique parce qu’il faut quand même au système immunitaire qu’il soit exposé à l’ennemie pour apprendre à le connaître et s’en défendre plus tard. »
Alexandre Mihaila, pharmacien à Toronto, propriétaire de Mister Pharmacist. Gracieuseté
Face à cette situation désespérante, certains parents franchissent le pas pour jeter leur dévolu sur les médicaments pour adultes, mais avec un dosage que seul un pharmacien est apte à préconiser.
« C’est incroyable! Il y a des épiceries qui en ont et chargent plus, jusqu’à 20 dollars de plus », nous dit Josy Bongiovanni, maman résidante de Toronto, reçu d’une pharmacie à l’appui. « J’étais chanceuse, car mon fils a 9 ans, ce qui a permis au pharmacien de nous donner la dose d’un médicament pour adultes. »
Conséquences directes sur les services d’urgence
Pour les autres qui ont des enfants en bas âge ou qui ne peuvent aller se ravitailler à l’étranger comme cette maman de Niagara qui a traversé la frontière américaine pour se procurer des médicaments pour son enfant et qui a préféré garder l’anonymat, il ne demeure d’autres choix que de se rendre aux services d’urgence pour enfants, ce qui, inexorablement, a un effet de surcharge sur ces derniers.
« Après 24 heures, et ne trouvant aucun médicament dans les pharmacies, l’état de notre enfant s’est dégradé. On a alors pris la décision de partir aux urgences avec un petit de 18 mois dans les bras et qui a 40 degrés de fièvre », relate Mme Ouaiss.
Et de poursuivre : « Et là, c’est la douche froide! On nous annonce à la réception 13 heures d’attente parce que 60 parents comme nous étaient là dans l’espoir de voir un médecin pour leur enfant. Moi, venant d’un autre pays, je ne pensais pas vivre cela au Canada. Le pire c’est qu’en disant à la réceptionniste que mon fils avait 40 de fièvre, la réponse était qu’il n’était pas le seul et qu’il n’y a juste pas assez de médecins. C’est une honte! »
Myriam Ouaiss, maman franco-torontoise qui s’est retrouvée aux services d’urgence avec un enfant de 18 mois à cause de la pénurie de médicaments pour enfants. Gracieuseté
Selon le ministère de tutelle, cette pénurie n’est pas prête d’être endiguée dans l’immédiat, les négociations sont en cours avec différentes parties du secteur, fabricants compris.
En attendant, les parents n’ont qu’à tenir le mal qui touche leur chaire en patience. Quant aux solutions, M. Mihaila préconise le côté humain : « À ce stade, la solution est humaine. Je conseille aux parents qui ont un pharmacien de famille régulier de l’appeler et lui demander de leur laisser une boîte lorsqu’il recevra sa prochaine livraison. »
Toutefois, Santé Canada recommande de ne pas en acheter plus que ce qu’il en faut pour des raisons évidentes d’équité.
TORONTO – Hécatombe dans les rangs de l’opposition ce mercredi : une quinzaine de députés ont été raccompagnés vers la sortie, y compris leur chef intérimaire, Peter Tabuns, et le porte-parole aux affaires francophones, Guy Bourgouin, alors que les débats ont essentiellement tourné autour de la grève en éducation. Cela représente la moitié du caucus néo-démocrate.
Tandis que l’Ontario se rapproche d’une grève de travailleurs en éducation, sous la houlette du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), l’opposition est montée aux barricades ce mercredi pour exhorter le gouvernement à renoncer à une loi spéciale pour faire avorter le mouvement de contestation.
Le gouvernement Ford a déposé lundi dernier un projet de loi pour empêcher les travailleurs de soutien dans le milieu de l’éducation de faire la grève, une mesure rarement utilisée, et jugée « extrême » par le Nouveau Parti démocratique (NPD).
« Ce gouvernement est en train d’endommager notre système d’éducation et les enfants en payent le prix », a lancé en chambre Peter Tabuns, le chef intérimaire de l’opposition officielle, demandant au gouvernement d’abroger le projet de loi 124 et de se rasseoir à la table des négociations.
« Mais nous sommes à table des négociations », a rétorqué Doug Ford, inflexible. Le premier ministre a déclaré « faire (son) possible pour garder les élèves en classe », après avoir proposé « une entente juste, la meilleure au pays ». Et de réclamer le retrait du mandat de grève du SCFP.
Une contre-offre sur la table
Le syndicat, qui représente 55 000 agents d’entretien, bibliothécaires et éducateurs de la petite enfance, compte passer outre cette loi spéciale et projette toujours un débrayage ce vendredi, à moins que le gouvernement n’accepte sa contre-offre déposée mardi.
L’essentiel des questions a gravité autour du dossier de l’éducation et de la menace de grève imminente, créant des remous sur les bancs du NPD. M. Tabuns lui-même a été expulsé au motif de propos non constitutionnels, après avoir accusé Doug Ford de « mentir aux Ontariens ».
Son porte-parole aux affaires francophones, Guy Bourgouin, a écopé de la même sentence au même motif, lorsqu’il a abordé le dossier de la pénurie de main-d’œuvre.
De nombreux autres députés, à l’image de Marit Stiles (Davenport), Catherine Fife (Waterloo), Wayne Gates (Niagara Falls), Chris Glover (Spadina-Fort York), Jamie West (Sudbury) Terrence Kernaghan (London Centre-Nord), Jill Andrew (Toronto-St. Paul), Jeff Burch (Niagara Centre), Jennie Stevens (St. Catharines), Lisa Gretzky (Windsor Ouest) ou encore Jessica Bell (University-Rosedale) ont été sortis de la chambre législative par le président, dont les avertissements n’ont eu aucun effet.
Perturbations à prévoir dans les écoles vendredi
« On ne devrait pas se trouver ici. On préfère négocier, mais s’il y a grève, alors on va aller de l’avant avec notre mesure législative », a martelé en chambre le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce.
Les autres syndicats de travailleurs en éducation, incluant l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), demeurent pour le moment à la table des négociations. Les écoles francophones risquent toutefois d’être affectées.
Dans l’Est et à Ottawa, certains conseils scolaires prévoient de fermer leurs classes et de basculer en apprentissage à distance. Idem pour le Conseil scolaire MonAvenir, dans le Sud de la province.
Le Conseil scolaire Viamonde croit en revanche « avoir la capacité de garder ses écoles ouvertes pendant quelques jours », indique-t-il dans une lettre adressée aux parents d’élèves.
La majeure partie des conseils scolaires du Nord ontarien envisagent également de rester ouverts, sauf le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario (CSPNE) qui, en cas de grève fermera ses classes.
Trudeau doit agir, dit Singh
Pendant ce temps à Ottawa, Jagmeet Singh qualifie « d’attaque claire sur les droits des travailleurs » la décision du gouvernement Ford d’utiliser cette clause. Il demande à Justin Trudeau d’agir sur le champ dans ce dossier évoquant la possibilité de créer un nouveau projet de loi ou encore d’attendre le renvoi à la Cour suprême, comme a indiqué le ministre de la Justice David Lametti mardi.
« Ce qu’on veut voir est que le gouvernement prenne au sérieux cette question et s’engage à trouver des solutions. S’il est question d’un projet de loi pour protéger les travailleurs, on est prêt à appuyer. Si c’est une question d’un renvoi à la Cour suprême, on est prêt à appuyer une telle mesure », a soutenu le chef néo-démocrate.
Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh. Archives ONFR+
Comme il l’a soutenu mardi, Justin Trudeau a réitéré mercredi que son gouvernement regardait toutes les options possibles.
« C’est inacceptable qu’un gouvernement utilise la clause nonobstant de façon préventive, parce que ça empêche les cours de même pouvoir regarder si c’est constitutionnel ou non. Ça enlève les conséquences politiques de l’utilisation de la clause dérogatoire. On est en train de suspendre les droits fondamentaux des Canadiens sans avoir de conséquence et ça, ça me préoccupe. »
Une motion du député de Hamilton-Centre Matthew Green demandant un débat d’urgence à Ottawa sur la question a été refusée par le Président de la Chambre des communes.
Article écrit avec la collaboration de Pascal Vachon.
OTTAWA – Même si le fédéral n’a pas atteint une seule fois son objectif en immigration francophone hors du Québec en 20 ans, cette année sera différente, assure Justin Trudeau.
« On va d’ailleurs atteindre les cibles probablement pour la première fois d’immigration francophone hors Québec », a lancé le premier ministre canadien quelques minutes avant la réunion du caucus libéral.
Ces propos viennent après que le Canada ait sorti ces nouvelles cibles de niveau d’immigration au pays mardi. Le nombre de nouveaux arrivants prévu en 2023 est de 465 000, 4 850 000 en 2024 et 500 000 en 2025, pour près de 1,5 million en trois ans.
NOUVEAU : le Canada vient de publier ses nouveaux objectifs de seuil en immigration (résidents permanents) ➡️465 000 en 2023 ➡️485 000 en 2024 ➡️500 000 en 2025 Selon la cible de 4,4 % : ➡️20 460 francos hors Québec ➡️21 340 francos hors Québec ➡️22 000 francos hors Québec#frcan
Le premier ministre canadien était questionné à savoir si ces nombres n’étaient pas trop élevés pour contrer le déclin du français au pays, après les données du plus récent Recensement de 2021, notant un déclin accru du français en Ontario.
« On va continuer d’assurer la protection du français partout au Canada », a répondu M. Trudeau, ajoutant « vouloir continuer à travailler avec Québec pour s’assurer qu’il y ait de l’immigration francophone ».
Pas encore au niveau
Les plus récents chiffres indiquent que si la tendance de l’immigration francophone hors Québec est à la hausse, elle est encore loin du 4,4 % espérer par le fédéral. De janvier à août 2022, les immigrants francophones hors Québec représentaient 3,7 % du portrait à l’échelle du pays. En juillet et en août seulement, le Canada atteignait son objectif avec 4,8 %. Le ministre de l’Immigration Sean Fraser avait affirmé auparavant que le chiffre des trois premiers mois de l’année soit 2,56 % était le loup dans la bergerie pour les quatre trimestres 2022.
Sean Fraser avance qu’il est « essentiel de continuer à augmenter le nombre de nouveaux arrivants francophones ». De son côté, Ginette Petitpas Taylor assure que le Plan d’action sur les Langues officielles et son projet de Loi C-13 aideront à renverser la tendance.
« Nous avons été très clairs dans le projet de loi (C-13) et dans notre Plan d’Action, toute la question d’augmenter l’immigration francophone est très importante (…). Pour moi, c’est une priorité absolue », soutient la ministre des Langues officielles.
Ottawa travaille aussi sur une nouvelle stratégie en immigration francophone qui sera en vigueur dès que la refonte de la Loi sur les langues officielles obtient la sanction royale.
« Je pense que ça va complémenter le fait qu’on a besoin de plus d’immigrants et de nouveaux arrivants qui viennent au pays et on devrait mettre l’accent sur plus de francophones », estime la députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier.
La présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier. Crédit image : Stéphane Bédard
Le Canada possède une cible de 4,4 % de nouveaux arrivants francophones hors du Québec depuis 2003, mais ne l’a jamais atteint. Face à ces échecs répétitifs, plusieurs organismes de la francophonie canadienne, dont la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, demandent à ce que le fédéral rehausse son objectif à 12 % dès 2024 et 20 % en 2036.
OTTAWA – Les écoles de deux des conseils scolaires de la région d’Ottawa et de l’Est, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et le Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) prévoient rester ouvertes même si les travailleurs de soutien font la grève ce vendredi. Les écoles du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) prévoient être en classe de façon virtuelle, mais le CSDCEO évoque aussi une possibilité d’école en virtuel.
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a prévu de faire la grève dès le 4 novembre en raison de l’impasse des négociations collectives avec le gouvernement Ford, qui tente de faire adopter un projet de loi pour forcer le retour au travail. Le SCFP représente 55 000 employés administratifs en Ontario, tels que les bibliothécaires et secrétaires, ainsi que le personnel technique, de conciergerie et d’entretien des conseils scolaires.
Pour l’instant, le CEPEO est le seul conseil scolaire ayant choisi de fermer ses écoles ce vendredi.
Les conseils scolaires de l’Est se préparent à toute éventualité
Lundi, le CECCE affirmait que l’ensemble des écoles et des services de garde resteraient ouverts. Au micro d’ONFR+, le CECCE, a confirmé cette annonce.
Le SCFP y représente quelque 160 employés permanents et occasionnels, et les écoles resteront ouvertes.
Mercredi en fin d’après-midi, le CEPEO, a déclaré par communiqué aux familles que « si la manifestation politique a lieu (…), les élèves devront rester à la maison et auront accès à de l’enseignement asynchrone ».
Dans cette mise à jour, la directrice de l’éducation, Sylvie C.R. Tremblay, ajoute que « l’enseignement en mode virtuel sera mis en place le lundi 7 novembre » si la grève se poursuit.
« L’enseignement sera donc offert en virtuel, en temps réel, avec le/la titulaire de votre enfant. L’enseignant ou l’enseignante de votre enfant communiquera avec vous avant le début des classes afin de vous envoyer tous les détails de connexion. »
Les services de garde d’enfants du CEPEO et de ses partenaires seront fermés à compter du 4 novembre.
En date du 1er novembre, le CSDCEO affirme que le personnel au service de l’entretien, au secrétariat des écoles et du bureau central, les commis, les surveillants au palier secondaire et les techniciens en informatique seront affectés par cet appel à la grève.
Le conseil assure toutefois que les écoles demeureront ouvertes, mais que « des répercussions sur le bon fonctionnement de nos écoles seraient à prévoir.
« Il est donc probable, pour des raisons de santé publiques et sanitaires, que l’apprentissage se poursuive en virtuel », concède le CSDCEO dans une déclaration.
Grève pour une période indéterminée
Actuellement, le projet de loi 28, Loi visant à résoudre les conflits de travail concernant les employés des conseils scolaires représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique, est toujours débattu en chambre à Queen’s Park.
Le gouvernement s’est dit prêt à reprendre les négociations avec le SCFP mais ce dernier affirmait lundi toujours prévoir débrayer. Mardi soir, plusieurs membres du syndicat et leurs soutiens marchaient devant Queen’s Park pour témoigner leur intention de faire grève.
Manifestation devant l’Assemblée parlementaire à Toronto ce mardi soir. Capture d’écran
Cet article a été modifié le mercredi 2 novembre à 12h.
OTTAWA – Figure emblématique de l’Hôpital Montfort, le docteur Bernard Leduc s’en va. En 13 ans, comme président-directeur général, la liste de ses accomplissements est longue et pour prendre sa place, la firme Boyden mènera un recrutement national afin de trouver un digne remplaçant dès juin 2023.
Carl Nappert, président du conseil d’administration de l’hôpital, a déclaré via communiqué : « Nous le remercions pour sa vision remarquable, son innovation, sa compassion et son engagement à fournir des soins de haute qualité à nos patients et à notre communauté. Son enthousiasme et son leadership nous manqueront énormément. »
Bernard Leduc a intégré l’Hôpital Montfort en pleine crise, durant la cause SOS Montfort en 1999.
En 2010, il est devenu PDG et durant son mandat, le directeur a notamment ouvert le Carrefour Santé d’Orléans. Il a fait de Montfort un hôpital universitaire en 2013 ou encore, a participé à la création de l’Institut du Savoir Montfort, responsable de l’enseignement, la formation continue et de la recherche.
Aujourd’hui, l’Hôpital Montfort est classé parmi les 40 principaux hôpitaux de recherche au Canada. En 2019, l’hôpital était dans la liste des meilleurs (1000) hôpitaux au monde.
Bernard Leduc et la santé en français
Par communiqué, le conseil d’administration assure qu’il cherchera un remplaçant qui continuera « de répondre aux besoins croissants de la communauté en matière de soins de santé, tout en jouant un rôle d’institution phare de la francophonie ».
En rencontre avec ONFR+ en novembre 2021, le directeur se disait fier de Montfort : « (L’hôpital) collabore avec les autres entités francophones (…) pour enfin s’assurer que les changements, comme la modernisation de la loi ou encore des changements de réglementations, n’aient pas d’effets négatifs sur les services en français. »
Le docteur Bernard Leduc quittera officiellement son poste le 30 juin 2023.
OTTAWA – Les libéraux et les néo-démocrates s’allient pour tenter d’accélérer la modernisation de la Loi sur les langues officielles pour que le projet de loi soit adopté d’ici Noël en tentant d’imposer le bâillon, reproche l’opposition.
En Comité des langues officielles mardi matin, les libéraux ont déposé une motion pour renvoyer en troisième lecture le projet de loi C-13, le 1er décembre, aux Communes avant qu’il puisse aller au Sénat. Toutefois, la motion n’a pu être adoptée par faute de temps après que les conservateurs et le Bloc Québécois aient déposé des sous-amendements à la motion libérale.
La prochaine session du Comité, jeudi, pourrait donner lieu à un vote sur la motion et les modifications souhaitées par l’opposition s’il y a suffisamment de temps. Les travaux du Comité doivent ensuite reprendre le 14 novembre.
Les détails
Comme le Sénat procède présentement à une pré-étude sur C-13, le gouvernement estime qu’il aura suffisamment de temps d’obtenir une sanction royale sur la mouture libérale d’ici la fin de session du Sénat, prévue le 22 décembre. Par le passé, les libéraux avaient tenté d’accélérer l’adoption de C-13. Ils n’avaient toutefois pas l’appui de l’opposition pour avoir la majorité au sein de ce comité ce qui a changé mardi avec la néo-démocrate Niki Ashton. Cette dernière estime qu’il n’y a pas d’autres options possibles avec l’urgence de ce projet de loi et après que « les libéraux nous aient mis dans une position difficile ».
« On a reçu un message clair des intervenants et pour nous, c’est essentiel de livrer (le projet de loi) aux intervenants et aux communautés francophones (…). C’est le temps de faire bouger le projet de loi », affirme la députée manitobaine, qui refuse toutefois de dire si des concessions ont été faites par les libéraux pour obtenir son appui.
La députée Niki Ashton. Crédit image : Twitter
Dans cette motion, les partis de l’opposition et le gouvernement ont jusqu’au 17 novembre pour proposer leurs amendements. Par la suite, à partir du 22 novembre, sept heures sont prévues pour procéder article par article à l’étude des amendements. À la suite de cela, les débats sont terminés. Les deux partis de l’opposition exigent notamment des changements aux dates proposées par le gouvernement, souhaitant repousser certaines de celles-ci de sept à 10 jours.
Selon la motion libérale, le Comité doit aussi entendre d’ici le 17 novembre, les ministres Ginette Petitpas Taylor (Langues officielles), Sean Fraser (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada) et Mona Fortier (Conseil du Trésor ). Les conservateurs désirent aussi entendre le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez.
Ottawa veut aller de l’avant
La ministre Petitpas Taylor ne cache pas son exaspération face au développement de sa mouture de la Loi.
« On a entendu près de 50 témoins à ce jour. Les intervenants nous disent que c’est le temps de passer à la prochaine étape, ce n’est pas Ginette qui dit ça », soutient l’élue acadienne.
L’opposition officielle dénonce l’action du gouvernement Trudeau comme « un jeu politique dans un dossier primordial pour l’avenir du français au Canada ».
« On est en train de marquer l’histoire et on dit que si au bout de sept heures, on n’a pas fini, tout ce qui est dans le projet de loi est accepté et entériné et on n’en discute pas. Par exemple, un amendement que nous on va proposer va être corrigé par le NPD, par le Bloc et le Parti libéral et on a sept heures. Faites le calcul, c’est trois à quatre minutes par amendement », fustige le député conservateur Joël Godin.
Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Gracieuseté
La ministre assure que son gouvernement est dans le temps pour que C-13 obtienne la sanction royale, mais estime que des heures supplémentaires pourraient être ajoutées si nécessaire.
De son côté, le Bloc Québécois se dit inquiet que les amendements proposés par Québec à la Loi ne soient pas inclus si l’étude de chaque article est raccourcie.
« C’est une motion de bâillon déguisé qu’ils ont apporté », lance le député Mario Beaulieu.
« Ce qu’on ne veut pas, c’est de butcher et de museler le travail (…) Pour le Québec, c’est essentiel qu’on ait un changement. On ne peut pas continuer avec le gouvernement fédéral qui anglicise le Québec. Ça nuit au Québec et à l’ensemble des francophones au Canada. Ça prend vraiment un virage majeur pour les communautés francophones et acadiennes, pas justes des changements cosmétiques comme on voit », ajoute-t-il.
Le porte-parole aux langues officielles et en matière de francophonie pour le Bloc Québécois, Mario Beaulieu. Courtoisie
OTTAWA – Justin Trudeau dénonce l’utilisation de la clause dérogatoire par le gouvernement Ford qui utilisera cet outil pour faire adopter un projet de loi visant à forcer les travailleurs de soutien à ne pas faire la grève le 4 novembre.
« On ne devrait jamais utiliser la clause dérogatoire pour limiter les droits des travailleurs. Je comprends que des négociations, des conventions collectives, c’est pas toujours facile à négocier, mais ça prend un dialogue respectueux et engagé pour pouvoir passer à travers », a reproché le premier ministre canadien.
Hier, le ministre de l’Éducation Stephen Lecce a annoncé que l’Ontario utilisera la clause dérogatoire de façon préventive comme le Québec l’a fait pour la Loi 21. Dimanche, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a menacé le gouvernement Ford de faire la grève pour cinq jours à partir du 4 novembre alors que les deux partis négociaient depuis plusieurs mois leur entente collective.
« Nous avons fait une offre, mais le SCFP ne nous laisse pas le choix », avait défendu le ministre de l’Éducation hier en conférence de presse.
« Nous n’avons pas d’autres choix, sinon c’est presque 2 millions d’enfants qui n’auront pas école ce vendredi. Nous devons mettre ce contrat pour être certain que les enfants restent en classe », a ajouté M. Lecce.
Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. Source : Facebook Stephen Lecce
Cette clause dérogatoire protégera le gouvernement contre des contestations judiciaires pour les cinq prochaines années. Le procureur général et ministre de la Justice David Lametti a de son côté qualifié « d’extrêmement problématique » l’utilisation hâtive de celle-ci.
« Ça réduit le débat politique sur l’enjeu, et puis ça coupe aussi le contrôle judiciaire. Ce n’était pas conçu à l’époque pour être employé au début. C’est le dernier mot, pas le premier mot. Pourquoi c’est important? C’est parce que ça l’évacue le processus politique. Ça coupe le rôle clé. »
Une argumentation sur laquelle Justin Trudeau a renchéri se disant « préoccupé beaucoup » par son utilisation par plusieurs gouvernements provinciaux.
« Suspendre les droits fondamentaux des individus, ça devrait être utilisé seulement dans des circonstances exceptionnelles, et j’espère que les politiciens comprennent que ce n’est pas à être utilisé juste de façon légère. »
M. Trudeau laisse entendre que son gouvernement « est en train de regarder les différents outils » à sa disposition. Son ministre David Lametti dit que son gouvernement pourrait bouger dans le dossier ontarien, mais seulement lorsqu’une décision sur la Loi 21 au Québec sera rendue.
« Pour l’instant, on suit le processus au Québec. La Cour d’appel du Québec va écouter les arguments. On a déjà dit qu’on va attendre la décision de la Cour d’appel et puis on ira à la Cour suprême après (pour contester). »
Le SCFP et le gouvernement doivent en principe reprendre les négociations aujourd’hui en vue d’éviter une grève ce vendredi.
OTTAWA – L’Université d’Ottawa (U d’O) a adopté une nouvelle refonte de son Règlement sur le bilinguisme où il deviendra obligatoire pour les membres de la haute direction d’être bilingue dès l’embauche.
Quelques nouveautés se retrouvent dans le document approuvé par les différentes instances administratives de l’université, dont le Bureau des gouverneurs. Parmi celles-ci, l’obligation dès l’embauche de l’anglais et du français « actif », donc une connaissance active des deux langues.
Par le passé, des exceptions étaient accordées à des candidats unilingues à condition d’atteindre « dans un délai qui lui sera fixé, le niveau de bilinguisme requis ». La politique oblige désormais la connaissance des deux langues officielles pour les postes de recteur, de vice-recteur, de secrétaire général, de vice-recteur associé (et équivalent) et de doyen, sauf en cas de remplacement provisoire ou dans l’exercice d’une fonction par intérim. Pour les professeurs à temps complet, il n’y a pas de changement notable.
Cette nouvelle annonce est en réponse à un rapport effectué il y a plus d’un an sur la place du français à l’Université d’Ottawa révélant une hausse de la francophobie ainsi que de « l’hostilité et de la discrimination » envers les francophones. Le manque de cours offerts en français, l’impossibilité de remettre des travaux en français et l’embauche d’unilingues anglophones à des postes bilingues étaient aussi ressortis lors de consultations réalisés auprès de 400 membres de la communauté.
Verushka Lieutenant-Duval. Crédit image : Simon Séguin-Bertrand, Archives Le Droit
L’Ud’O a été au cœur de tourmentes médiatiques dans les dernières années avec notamment le sujet de la liberté académique et toute l’histoire autour de la chargée de cours Verushka Lieutenant-Duval, où bon nombre de professeurs disaient avoir été le sujet de propos francophobes. Il y a aussi eu les nombreuses frasques du professeur Amir Attaran qui avait notamment écrit sur Twitter que le Québec était comme un « Alabama du Nord » dirigé par des suprémacistes blancs.
« J’ai l’impression qu’on avait une maison où la cuisine avait vieilli et où les salles de bains avaient besoin de beaucoup d’amour et où certains endroits étaient laissés en négligence et nous avons fait une rénovation complète », a imagé le recteur Jacques Frémont en réunion du Bureau des gouverneurs lundi.
Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont. Archives ONFR+
Quelques modifications
Parmi les autres amendements, on note l’ajout du droit pour les employés d’utiliser l’anglais ou le français comme langue de travail et de supervision. C’est le bureau du Vice-Recteur International et Francophonie qui sera chargé de superviser l’application du nouveau Règlement sur le bilinguisme. Par le passé, c’était les vice-recteurs aux études et aux ressources et le Sénat, en partie, qui le faisaient.
L’Université exigera aussi que tout tiers ou personne externe qui offre des services à la population étudiante « possède la capacité de communiquer et de fournir des services dans les deux langues officielles à la communauté universitaire ».
Certaines modifications visent aussi l’administration centrale. Notamment, la prise de mesures positive pour favoriser une égalité réelle entre les deux langues officielles ainsi que « l’offre active des services dans les deux langues officielles plutôt que d’attendre que l’usager en fasse la demande ».
D’autres nouvelles mesures :
Reconnaître l’importance des savoirs scientifiques en français et dans les demandes de subventions internes
Prendre des mesures positives pour accroître la production et la diffusion des savoirs en français dans l’intérêt du bilinguisme.
De la résistance
Selon nos informations, il aura été plus difficile que prévu de faire adopter cette nouvelle politique. Il y aurait eu beaucoup de résistance au sein de certains membres de la communauté qui ne voulaient pas adhérer aux nouvelles mesures que désirait mettre en place le Vice-Recteur, International et Francophonie Sanni Yaya.
« Si en milieu universitaire, il n’y a pas de conversations vigoureuses, c’est que le milieu universitaire est mort alors je pense que c’est extrêmement valable les discussions qui ont eu lieu. Plusieurs sujets ont été l’objet de compromis, mais de compromis qui vont résolument de l’avant », avait affirmé la semaine dernière le recteur Frémont en entrevue.
Il s’agit de la seconde fois, depuis son instauration en 1974, que cette politique est modifiée. La dernière fois était en 2016 alors que l’institution avait désigné en vertu de la Loi sur les services en français, l’ensemble de ses facultés, excepté celles de science et de génie ainsi. Cette désignation affectait tous les services aux étudiants (alimentaires, bibliothèques) et les programmes de premier cycle, mais pas ceux de second et troisième cycle.
L’U d’O procède présentement à l’évaluation de certains de ses programmes désignés sous cette Loi pour savoir s’il était possible de faire un parcours entièrement en français. Des conclusions doivent être rendues publiques au début de 2023.
TORONTO – C’est ce lundi que le gouvernement Ford a déposé un projet de loi pour empêcher les travailleurs de soutien dans le milieu de l’éducation de faire la grève. Projet de loi ou non, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui représente le personnel d’entretien, les bibliothécaires et les éducateurs de la petite enfance, compte bien faire la grève dès le 4 novembre.
Pour Laura Walton, présidente du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO) et dans un acte de défi, « le SCFP et ses 55 000 membres se mettront en grève, quelle que soit la législation du gouvernement ». Selon le gouvernement, les grévistes pourraient recevoir une amende allant jusqu’à 4000 $ par jour et jusqu’à 500 000 $ par jour pour le syndicat.
Le gouvernement dit faire son possible pour garder les enfants en classe. Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce affirme avoir proposé une augmentation salariale de 10 % sur une période de quatre ans, une offre que le SCFP aurait refusée. Le ministère de l’Éducation propose une augmentation annuelle de 2,5 % pour les syndiqués qui gagnent moins de 43 000 $ par an et de 1,5 % pour les autres.
Laura Walton, habillée en Rosie la riveteuse, une icône symbolisant les femmes qui travaillent dans l’industrie. Dans le domaine de l’éducation, on compte 70 % de femmes. Capture d’écran
Le gouvernement de l’Ontario a aussi inclus dans le projet de loi une clause nonobstant pour imposer un contrat aux travailleuses et travailleurs de l’éducation. Cette clause dérogatoire protégera le gouvernement contre des contestations judiciaires.
Lecce veut que « les élèves restent en classe »
Pour Stephen Lecce, « les élèves sont enfin de retour en classe et ont commencé leur rattrapage, après deux années de perturbations causées par la pandémie ».
« Nous sommes déçus de voir que le SCFP refuse tout compromis concernant sa demande d’augmentation. Le SCFP a décidé de faire grève et de mettre son propre intérêt avant celui de près de deux millions d’élèves de l’Ontario qui méritent de rester en classe pour continuer leur apprentissage », a-t-il ajouté.
Le syndicat demande une augmentation annuelle de 11,7 % pour ses membres, dont le salaire moyen est actuellement inférieur à 40 000 dollars.
Cinq mois de négociations infructueuses
Les travailleurs de l’éducation tentent de négocier leur convention collective avec le gouvernement Ford depuis plusieurs mois, sans véritable succès, selon les organismes demandeurs, soit le CCSCSO et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).
Les 55 000 travailleurs de l’éducation sous l’égide du SCFP seraient payés en moyenne 40 000 $ par an.
Stephen Lecce demande que les travailleurs et travailleuses en éducation fassent preuve de bon sens. Il leur demande de ne pas faire grève ce 4 novembre et affirme que : « Si l’union continue avec la grève, alors, nous continuerons avec la législation. »
« On leur a donné une chance et ils ont préféré dire non. » Le ministre affirme n’avoir pas d’autres choix.
SAULT-SAINTE-MARIE – 32 ans après la déclaration d’unilinguisme de la ville, Sault-Ste-Marie aura un maire francophone à sa tête le 16 novembre prochain. Matthew Shoemaker souhaite être un défenseur pour la communauté francophone de la ville du Nord posant des gestes qu’il souhaite pérenniser même après la fin de son mandat.
Matthew Shoemaker a remporté l’élection de la troisième plus grande ville du Nord de la province avec 9 626 votes soit 4 200 de plus que son plus proche adversaire, Ozzie Grandinetti.
Une décision entérinée par le maire Joe Fratesi et ses conseillers qu’ils justifiaient, à l’époque, en raison de l’austérité budgétaire et s’appuyant sur une pétition signée par plus de 25 000 résidents de la ville qui comptait alors quelque 3 000 Franco-Ontariens.
Sault-Sainte-Marie compte près de 2000 habitants possédant le français comme première langue officielle parlée, soit près de 3 % de la population d’une ville qui ironiquement porte un nom français.
Un bouclier pour les francophones
« Durant la campagne j’ai utilisé mon français pour identifier à la communauté francophone que je suis leur allié », affirme en entrevue avec ONFR+ celui qui était conseiller du quartier 3 de la ville depuis 2014.
L’homme de 34 ans dit vouloir se connecter à la communauté franco-ontarienne. « Je veux leur assurer que je les écoute, je serai un combattant pour eux », ajoute-t-il devant l’éventualité d’une situation où les droits des francophones seraient en danger dans la ville de 73 000 résidents.
L’avocat de formation explique qu’il a reçu une grande vague de soutien suite à son élection, de la part de la communauté francophone et francophile de la ville.
Matthew Shoemaker indique avoir l’intention de participer au festival de la Saint-Jean-Baptiste à Sault-Sainte-Marie, une première fois historique pour un maire de la ville.
Des bases pour l’avenir
S’assurer qu’il y ait toujours une personne apte à communiquer dans les deux langues officielles fera partie des mesures concrètes qu’il souhaite mettre en place et conserver à la mairie.
« Je veux faire en sorte que même après mon départ, les gens puissent continuer à bénéficier des services de la municipalité dans leur langue maternelle. »
Il n’exclut pas non plus d’ouvrir la voie concernant les nouveaux arrivants francophones de la ville notamment par le biais du cadre du Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord lancé à la fin du mois d’août dernier par Ottawa dans certaines villes du Nord comme Sault-Ste-Marie.
« S’il y a la possibilité d’ajouter des qualifications, des préférences ou des points supplémentaires aux personnes qui parlent français, c’est sûr que je suis intéressé à le faire », confie-t-il comme une piste de solution à la pénurie de main-d’œuvre criante dans la région.
Le nombre de personnes identifiant le français comme première langue parlée est passé de 1995 à 1910 à Sault-Sainte-Marie entre 2016 à 2021. Crédit image : Inès Rebei
Réduire la crise des opiacés
Le père de famille cite la crise des opioïdes comme étant sa principale priorité avec notamment le projet d’ouvrir un centre de consommation supervisée.
« Si on peut avoir les ressources provinciales après que nous mettions l’argent en capital dans le projet, c’est vraiment à ça que je veux me consacrer dans les premiers mois de mon mandat », conclut-il.
Né de deux parents d’origine italienne, Matthew Shoemaker est trilingue et a fréquenté l’École élémentaire Notre-Dame-des-Écoles qui lui a permis de devenir francophone.
Matthew Shoemaker succède à Christian Provenzano, ayant choisi de ne pas se représenter après deux mandats à la tête de la ville. Tout comme son successeur, ce dernier avait lui-même accédé très jeune à la tête de la ville et est également avocat de formation.
À noter également, seuls 38 % des 57 659 votants éligibles se sont tournés vers les urnes lundi dernier, une diminution de près de 2 % comparativement aux dernières élections de 2018.
Personnalité forte de la francophonie ontarienne, Olga Lambert est décédée ce samedi matin. Engagée dans la communauté, Olga Lambert avait reçu la médaille du souverain pour les bénévoles des mains de la lieutenante-gouverneure Elizabeth Dowdeswell en décembre 2021.
Olga Lambert est décédée d’un cancer de l’estomac, elle se battait depuis de longues années contre la maladie.
Bénévole acharnée, elle se sentait faire partie de la communauté francophone. En entrevue avec ONFR+ en janvier 2022, elle disait que ses liens avec les Franco-Ontariens étaient très forts. D’origine togolaise et née en France, Olga Lambert faisait du bénévolat depuis plus de 25 ans dans de nombreux festivals et centres de soutien. En 2021, elle avait reçu la Médaille du souverain en récompense à ses années de bénévolat au sein de la communauté francophone de l’Ontario.
Olga Lambert.Capture d’écran/ Facebook Rose Kantiono
Elle a été conseillère pour le Conseil scolaire catholique MonAvenir. Mme Lambert était aussi très engagée auprès d’OASIS Centre des femmes, des Femmes canadiennes-françaises d’Oshawa et de la Maison d’hébergement pour femmes francophones.
Elle était aussi connue pour son implication au Conseil des organismes francophones de la région de Durham.
Avec une de ses proches amies, Georgette Amihere, Mme Lambert avait créé le pavillon africain au festival Carassauga qui représente une multitude de pays francophones.
Le bénévolat pour Mme Lambert se résumait simplement. « Aider les autres sans contrepartie, juste pour le bonheur de le faire tout en apprenant des choses sur notre propre héritage culturel », avait-elle dit lors de la réception de sa médaille par la lieutenante-gouverneure de l’Ontario.
Ceux qui ont croisé son chemin
« Rendez-lui un bel hommage », a lancé Fayza Abdellaoui. « Ceux qui l’ont croisé en auront besoin et ceux qui ne la connaissaient pas doivent pouvoir le faire. »
« Elle a touché et inspiré plusieurs générations de femmes. Elle était extraordinaire et a tant donné d’elle-même malgré sa santé. L’annonce de son décès nous plonge dans une grande tristesse et beaucoup de réflexions. »
Olga Lambert. Capture d’écran/ Facebook Aristote Kavungu
Sur les réseaux sociaux, les hommages ne cessent d’affluer depuis l’annonce de son départ. La communauté francophone témoigne son affection.
Cathy Lacasse-Yergeau, qui siégeait sur le conseil d’administration de l’Association des femmes canadiennes-françaises de la région de Durham, a témoigné au micro d’ONFR+ : « J’ai été marquée par sa générosité et son dévouement pour la cause des francophones et des femmes. (…) Elle était toujours là pour aider peu importe le besoin. (…) Elle s’assurait que les jeunes filles en besoin avaient une robe de bal pour leur graduation. »
Ethel Côté, présidente fondatrice de mécènESS, a aussi publié un message émouvant sur ses réseaux sociaux : « (…) Tu étais l’amour incarné, sans jugement et avec tant d’ouverture. Du fond du cœur merci pour tout! (…) Chère Olga, petite sœur, je t’aime. Mes condoléances à la famille immédiate, à la grande famille de POM et à la francophonie d’ici et d’ailleurs. »
HEARST – Président du conseil d’administration de l’Université de Hearst, Fabien Hébert, devient le nouveau président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui l’a élu lors de la 17e Assemblée générale annuelle ce samedi 29 octobre.
C’est au terme de l’assemblée générale annuelle que le nom du nouveau président a été dévoilé. Fabien Hébert était en compétition avec Nicole Fortier Levesque pour être à la tête de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens.
« Je tiens à vous remercier pour la confiance accordée », a exprimé le nouveau président qui succède à Carol Jolin. « Le travail ne se fait pas seul et c’est ensemble que nous avancerons les dossiers. »
« Je veux aller plus loin avec vous », reprend M. Hébert. « Je veux que mes enfants et mes petits enfants vivent en français en Ontario. »
À la suite de cette nomination, Nicole Fortier Levesque a avoué, au micro d’ONFR+, être extrêmement déçue. « Je pensais avoir les qualités nécessaires pour être présidente de l’AFO. Je suis représentante du groupe femme (sur le conseil d’administration de l’AFO) donc je connais tous les dossiers, c’est décevant. »
Mme Fortier Levesque nous informe qu’elle prendra du recul, elle qui a aussi perdu sa réélection comme mairesse de Moonbeam, « j’ai besoin de réfléchir et peut-être qu’il est temps de prendre ma retraite ».
« Je suis en réflexion », reprend-elle, « je suis sûre que je verrai d’autres projets arriver et je tiens à souligner l’énorme travail de M. Jolin et de l’équipe de l’AFO. Pour le moment, je me concentre sur mon terme dans le groupe des femmes. »
Nicole Fortier-Levesque occupe depuis 2018 la présidence de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Gracieuseté
La priorité du président sera la santé
Lors des derniers sondages de l’AFO, la grande priorité des francophones était la santé. À ce titre M. Hébert dans sa candidature, affirme pouvoir mettre à profit son expérience dans le secteur pour faire avancer le dossier.
Quelques heures après sa nomination, Fabien Hébert a expliqué à ONFR+ : « Je travaille à l’avancement de la santé en français depuis un certain moment maintenant. M’engager avec l’AFO, c’est continuer d’avancer malgré les défis de la santé en français. »
M. Hébert a été président-directeur-général de l’Hôpital de Smooth Rock Falls et président du Réseau du mieux-être francophone du nord de l’Ontario, parmi bien d’autres présidences et dans bien des domaines liés à la santé.
Durant l’AGA de l’AFO ce samedi matin, les membres actifs ont proposé que l’AFO accorde les ressources nécessaires afin d’intervenir proactivement en amont des décisions politiques en ce qui concerne le domaine de la santé.
Une présidence à l’image du Nord
Les rencontres annuelles de l’AFO ont fait émerger de nombreux sujets qui inspireront le nouveau président dans son mandat. La 17e Assemblée générale annuelle de l’AFO qui s’est déroulé en virtuel, a également apporté les premières pierres à l’édifice de cette nouvelle année pour l’AFO et son nouveau président.
« L’Université de Sudbury, c’est dans les priorités de l’AFO, on va aller de l’avant et continuer le travail entamé par Carol Jolin », promet le nouveau président.
M. Hébert explique aussi qu’il voudra appuyer la diversité, l’inclusion et la reconnaissance des nouveaux arrivants dans son prochain mandat.
« Je vais apporter une perspective différente. On ne voit pas la francophonie ontarienne de la même manière dans le Nord de l’Ontario. On est loin des centres de pouvoirs et des centres décisionnels. On vit une réalité différente. »
M. Hébert veut apporter de la diversité dans les prises de décisions. Il se dit choyé de vivre à Hearst, là où il vit en français. « Ce n’est pourtant pas la réalité de nombreux endroits en Ontario. Il y a espoir, je veux montrer que c’est possible de vivre en français en Ontario. »
OTTAWA – Arash Mohtashami-Maali a 17 ans lorsqu’il commence à apprendre le français, en France, tout juste après s’être enfui de la guerre en Iran. L’Étranger de Camus fut son premier contact à la littérature francophone, l’apprenant par cœur comme seule façon de réussir un cours. L’actuel directeur général du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) ne pouvait pas prédire que son arrivée en Ontario quelques années plus tard, en 1997, marquerait le début d’une longue carrière dans la culture franco-ontarienne et pancanadienne.
« Diplômé d’un baccalauréat (français) en mathématiques et en sciences physiques à Paris, vous avez entamé des études de médecine à Poitiers que vous avez abandonné pour suivre des études en lettres françaises à Toronto. Qu’est-ce qui a entamé ce changement radical dans votre parcours?
J’ai jamais eu peur de changer. Il y a des gens qui restent dans un choix et qui avancent dans ce choix-là. Moi, j’aime prendre des risques. C’est comme en retournant en Ontario, au MIFO : je tente de reprendre contact dans la communauté après un parcours avec différents niveaux d’expertise en lien avec le gouvernement.
Dans ma tête, j’allais faire des études en médecine, puis en troisième année. Je me suis rendu compte que ma réalité d’immigrant faisait qu’il ne pouvait pas y avoir de continuité. Soit je reprenais toutes mes études au Canada, soit je continuais en France et ça n’allait rien donner parce que je n’avais pas le droit de travailler là.
J’ai continué quelques années puis, quand j’ai perdu toute ma motivation, je suis venu ici. Ça m’a donné la possibilité de me concentrer sur la littérature que j’aimais beaucoup et que j’aime toujours. C’est ma grande passion.
Quel a été votre rapport personnel à la littérature à travers le temps?
Ça a commencé tout jeune. Ma mère et mon oncle sont des écrivains connus en Iran. Dès notre jeunesse, ma mère nous disait de lire des livres, certains de poésie, qui n’étaient pas toujours faits pour les enfants! Je me souviens qu’il y en avait qui me traumatisaient. Mais les enfants vieillissent vite en Iran.
Cette poésie-là m’a accompagné tout au long de ma vie, en Iran, en France, ici. Ça a été mon refuge. Dès que j’ai appris à écrire, j’écrivais des histoires.
Il y a maintenant quelques mois que vous occupez un poste de directeur général au MIFO, qui se voue notamment à l’offre de programmes et de services en français. À quoi ressemble une journée dans ce poste?
En ce moment, j’apprends énormément. J’écoute beaucoup les gens puis je pose des questions. C’est toujours de cette façon que j’ai appris mes différents métiers. Les gens qui y travaillaient avant mon arrivée sont très généreux, ils prennent beaucoup de temps pour m’expliquer ce qu’ils font. Le MIFO est grand! Des services aux jeunes enfants jusqu’aux services pour les aînés, on fait de la diffusion artistique, des activités de loisirs… La garderie, par exemple, c’est tout un métier en soi, une industrie de services que je ne connaissais pas mais on a des équipes incroyables qui sont spécialisées.
Que comptez-vous apporter au MIFO? Avez-vous des projets concrets en perspective?
J’espère (Rires)! Une des valeurs que j’ai toujours développée puis qui est importante pour moi, c’est que ce n’est pas qu’une personne qui porte un organisme, c’est l’ensemble de leadership que l’organisme développe qui est important. Partout où je travaille, j’essaye d’apporter cette vision-là. Comment va-t-on prendre les expertises de tous les employés et les mettre dans une vision commune? Je ne sais pas quelle est ma vision pour le MIFO et je préfère ne pas l’avoir. Je pense que les gens qui arrivent avec une vision pour un organisme devraient d’abord en avoir une compréhension profonde.
Pour l’instant, je pense qu’on se concentre beaucoup sur le renouvellement puis aussi l’adaptation avec la nouvelle situation au MIFO qui est la transition après la COVID-19. On est en train de se remettre sur les pattes.
Vous avez par le passé été directeur pour les Éditions L’Interligne. Que retenez-vous de cette expérience?
C’était une expérience passionnante pour moi. J’ai beaucoup aimé ça. Le directeur qui était là avant moi avait lancé toute une programmation de publications littéraires, mais il fallait faire le développement sur le marché franco-ontarien et québécois. Ce que j’ai adoré, c’était la revue ontarienne Liaison. J’avais développé toute une vision avec le comité de rédaction, en consultant l’ensemble de la communauté artistique à travers le Canada. Tout d’un coup, la revue a changé d’approche et j’ai beaucoup aimé ça.
Ça m’a mis en contact avec l’ensemble de la communauté artistique de Canada francophone. Ça a été la grande passion de ma vie!
Qu’avez-vous pensé de l’arrêt de production de la revue Liaison et comment percevez-vous le statut de la couverture culturelle francophone hors Québec depuis?
Quand je travaillais au Conseil des arts, je me suis rendu compte, par un programme qui soutenait les revues canadiennes anglophones et francophones, que c’est un secteur qui est en difficulté. C’est très dépendant de la publicité. Dans l’environnement actuel, ce ne sont plus les journaux qui assurent la publicité, ça se passe beaucoup en ligne et sur les médias sociaux.
Presque toutes les revues à travers le monde ont de la difficulté. J’ai rencontré d’autres subventionnaires dans le secteur du livre et de la littérature en général à travers le monde puisque j’allais une fois par année à La Foire du livre de Francfort. Cela m’a fait comprendre qu’il s’agissait d’une réalité globale. La couverture se passe beaucoup par l’entremise de l’autopromotion, donc les médias sociaux et par l’entremise de la promotion de joueurs importants. Les influenceurs, comme on appelle ça!
Il y en a au Canada français mais pas tant que ça parce que pour devenir un influenceur, on a besoin d’un public derrière nous. Ce public est plus difficile à trouver en français, comme je l’ai vu avec Liaison. Aller chercher les gens et les individus était très difficile parce que la population est éparpillée et beaucoup de l’information reçue hors Québec est en anglais.
Arash Mohtashami-Maali. Source : MIFO
Avez-vous été affecté par la mort de l’autrice Marguerite Andersen? Quelle relation entreteniez-vous avec elle?
Marguerite était une mentore pour moi. Elle m’a beaucoup soutenu quand j’étais à Toronto. Elle était à l’époque la présidente de la Société des écrivains de Toronto et moi j’étais un écrivain en herbe à la fin de la vingtaine. Nous avons vraiment connecté ensemble dès notre première rencontre. On se rencontrait une fois par mois, elle, moi et Paul Savoie. On échangeait nos manuscrits, on lisait nos textes, on se critiquait. De fil en aiguille, on s’est mis à gérer la revue Virage.
Quand j’étais à L’Interligne, j’ai publié son manuscrit Le figuier sur le toit, qui parle de son enfance. J’en avais beaucoup parlé avec elle avant même qu’elle ne l’écrive parce qu’on parlait beaucoup de nos enfances ensemble. Elle avait vécu la Deuxième Guerre mondiale très jeune et moi j’avais connu la guerre en Iran, donc on parlait souvent de nos expériences.
Quel moment vous a le plus marqué avec elle?
Après avoir publié le livre, elle a gagné le Prix Trillium. C’était la première fois! Six mois plus tard, j’ai quitté L’Interligne pour aller au Conseil des arts.
On est restés très proches jusqu’à ce que j’entre au Conseil. Ça a été très difficile pour moi parce que l’ensemble de la communauté que je connaissais et les relations d’amitié que j’avais développées étaient des gens qui faisaient des demandes de subvention chez nous. Il y avait un conflit d’intérêt, donc j’ai dû couper des ponts avec beaucoup de gens de la communauté artistique.
Votre parcours démontre votre compréhension des réalités culturelles des communautés francophones à travers le Canada. Si vous aviez à porter un regard critique sur celles-ci, quel serait-il?
Un regard critique? Ce serait très difficile de critiquer des gens que j’adore et qui travaillent super dur. Je l’ai constaté tout au long de ma carrière.
Ce que je critique c’est toute la machine gouvernementale qui est autour d’eux et qui ne comprend souvent pas leur réalité, leurs besoins réels et particuliers, surtout dans les communautés francophones minoritaires. Elle ne comprend pas non plus comment il est difficile de s’adapter pour ces communautés-là! Trouver un public, ne pas le perdre, maintenir la main-d’œuvre…
Oui, il y a eu beaucoup d’évolution dans la communauté franco-ontarienne, que je connais très bien, ainsi que dans d’autres communautés hors du Québec. On est passé de période de revendication au départ dans les années 70, avec les personnes fondatrices comme André Paiement, qui sont allées chercher beaucoup nos communautés.
Je me souviens qu’il y a 15-10 ans, on s’inquiétait de qui allait être la relève et comment elle allait être. Aujourd’hui je le constate plus que jamais. Nos communautés ont une résilience incroyable. Une volonté de continuer. On trouve des jeunes qui reprennent des flammes et qui continuent dans des conditions qui ne sont pas faciles. Il y a quand même cette résilience, cette force, cette volonté de dire : « Moi, je veux continuer à être francophone et avoir des activités en français. »
Avez-vous porté un intérêt aux élections municipales et aux propositions des candidats en ce qui concerne l’offre culturelle et artistique?
C’est toujours un moment clé parce que le municipal a un rapport direct avec le MIFO. On a nos activités de service offertes aux communautés d’Orléans et les alentours et c’est beaucoup en complément avec ce qui est offert par la ville. Donc le service de garderie, de loisir, pour les personnes âgées…
On ne travaille pas pour la municipalité : on est apolitique. En même temps, on a regardé ça de très près et avec beaucoup d’inquiétude. C’est important pour nous d’avoir des politiciens qui sont sensibles à la réalité francophone et aux besoins de services en français. »
LES DATES-CLÉS D’ARASH MOHTASHAMI-MAALI
1997 : Publication de son premier livre, La tour du silence
2001 : finaliste pour le prix Trillium
2003 : Nommé directeur général de la Maison d’édition L’Interligne
2015 : Prend la direction du programme Rayonner au Canada, du Conseil des arts du Canada
2022 : Devient directeur général du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO)
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
OTTAWA – Avez-vous déjà entendu parler du Salon du livre afro-canadien? Un événement culturel qui se tient à Ottawa depuis cinq ans et qui s’intéresse à la littérature africaine écrite par des auteurs canadiens. Cette année, le salon a ouvert ses portes ce jeudi et dure jusqu’à dimanche à la Cité collégiale.
C’est la quatrième fois que je participe à ce salon qui malgré deux années consécutives de COVID-19 a su résister en tenant des séances virtuelles ou hybrides comme ce fut le cas l’année dernière et continuer à attirer à la fois auteur.es et les lecteurs.
Je pense que notre communauté franco-ontarienne a besoin de ce genre d’événement malgré les difficultés et les défis qui se posent. Un tel salon donne tout d’abord de la visibilité à certains auteurs qui, autrement, n’auraient pas cette occasion pour parler de leurs œuvres et, en plus, ce genre de salon permet la discussion approfondie de thèmes qui ne sont que rarement abordés dans les autres salons, appelons-les, les plus conventionnels.
Cette année, Djaïli Amadou Amel sera l’invitée d’honneur internationale de ce salon. Camerounaise d’origine, Djaïli Amadou Amel écrit en français dont son plus récent livre publié en France, Les impatientes (originellement publié sous le titre Munyal les larmes de la patience) et qui a obtenu le prix Goncourt des lycéens ainsi que le prix Goncourt de L’Orient. Des reconnaissances prestigieuses pour une autrice qui écrit sur des sujets tabous comme la polygamie ou le mariage par rapt, qui n’est autre qu’un viol accepté par la société et toléré par la loi.
Personnellement je n’ai jamais entendu parler de Djaïli Amadou Amal qu’à travers la programmation du Salon du livre afro-canadien et je suis très reconnaissante au Salon de m’avoir fait découvrir une autrice africaine francophone d’autant plus d’origine musulmane et qui écrit sur des sujets qui m’intéressent et m’inspirent. Car comment écrire sur soi et sur les siens sans les détester même quand leurs actions sont méchantes et répréhensibles? Comment critiquer et dénoncer sans juger ni haïr?
Ce sont des défis intellectuels et artistiques auxquels en tant qu’artiste et intellectuelle nous faisons face presque quotidiennement.
Table ronde sur la littérature maghrébine
Dans ce même salon, j’aurai l’honneur et le privilège de faire partie d’une table ronde animée par l’autrice Marie-Denise Doyon que j’ai eu le plaisir de rencontrer au Salon de Sudbury et qui m’a dédicacé un de ses beaux livres pour enfants, Le pélican de Tétouan. Ce panel portera sur la littérature maghrébine, une littérature dont nous entendons parler très peu au Canada malgré la présence d’une forte communauté maghrébine, déjà estimée (en 2016) aux alentours de 200 000 personnes au Québec et à Montréal en particulier.
Cette communauté immigrante et francophone est généralement dans les nouvelles pour les mauvaises raisons comme le ras-le-bol de certains de voir de nouvelles traditions « envahir » leurs rues ou l’insécurité identitaire sur laquelle vont surfer certains politiciens dans ces temps de clivage et de polarisation où les immigrants vont représenter l’Autre dont il faut se méfier.
Et pourtant, on n’essaie pas de connaitre cet Autre, à travers ses chansons, sa langue et ses histoires. Et c’est justement en touchant à cet aspect que le panel en question essaiera de se pencher sur la littérature maghrébine au Canada. Je serai en compagnie de Soufiane Chakkouche, Amar Ait-Ameur et Louanes Hassani, respectivement du Maroc et de l’Algérie.
J’ai rencontré le premier de ces trois auteurs au Salon du livre de Toronto alors que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer personnellement les deux autres même si je connais Louenes Hassani par ses écrits. Tunisie, Algérie et Maroc, trois pays du Maghreb, qui se rencontrent en dehors d’un match de soccer pour discuter des mots, de littérature et surtout des histoires que ces auteurs respectifs ont choisi de raconter dans leurs livres.
Maintes fois, certains de mes lecteurs ou amis me demandent pourquoi continuer à écrire sur la Tunisie alors que je l’ai quittée il y a presque une trentaine d’années? Une question à la fois difficile et déroutante. Comment oublier son enfance? Comment décimer de sa mémoire les rues et les maisons qui nous ont vu grandir? Comment ne pas étaler nos racines qui sont toujours à la recherche d’eau et de minéraux pour survivre?
Certes, j’ai quitté physiquement mon pays natal, mais il vit en moi à chaque fois que je parle l’arabe ma langue maternelle et à chaque fois que j’écris en français une langue que j’ai apprise à la maternelle et à laquelle je donne un parfum propre en la maniant à ma façon.
Le désir de revisiter son pays natal à travers l’écriture
En lisant le livre de Soufiane Chakkouche, Zahra, sur le thème lourd des « bonnes à tout faire » ou travailleuses domestiques au Maroc, et celui de Louanes Hassani, Fou D’Ahlem, sur l’amour au temps de la pandémie et du Hirak (un mouvement populaire qui s’est opposé au gouvernement en place pendant des mois), j’ai senti la même insistance à vouloir revisiter ce pays natal qui nous fait à la fois tellement de mal mais aussi du bien. Malheureusement je n’ai pas encore eu l’occasion de lire aucun des écrits de Amar Ait Ameur dont son plus récent, L’âme à l’étroit.
Cette position, à bien des égards, inconfortable entre deux continents, entre deux mondes parfois aux antipodes, entre deux cultures, entre deux langues, n’est que le symptôme d’une maladie dont souffre toute personne qui nait avec le cœur d’un écrivain et les yeux d’un artiste. Trouver la perle dans un océan de déchets. Trouver les mots pour parler de sujets qui nous enragent au point d’en parler avec passion.
Faut-il rappeler que l’animatrice de notre panel, Marie-Denise Doyon d’origine haïtienne et qui a longuement vécu au Maroc pour en parler son dialecte, sera de la partie dans cette quête de nos identités. Je nous vois déjà le « club des cinq » parti à la recherche de ces histoires communes dont nous sentons le besoin de sortir du bout de nos doigts pour aller se blottir dans le cœur de lecteurs.
Voici une façon originale et efficace pour connaitre l’Autre. Quoi de plus humble que de parler de soi, une autre façon de se dénuder à la place publique devant le regard perçant des lecteurs. Une autre belle façon du Salon du livre Afro-Canadien pour nous aider dans notre quête de rapprochement et de connaissance.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
OTTAWA – Peter Sloly, l’ex-chef de la Police d’Ottawa, a été averti le 13 janvier, soit près de deux semaines avant leur arrivée, qu’un Convoi de la liberté viendrait dans la capitale fédérale, mais ne croyait pas que ça durerait longtemps. C’est ce qu’il a affirmé vendredi lors de son premier jour de témoignage à la Commission sur l’état d’urgence qui doit se poursuivre toute la journée et lundi prochain.
Il dit avoir reçu le 13 janvier via courriel un rapport d’intelligence du Projet Hendon, une unité conjointe du Service de Police d’Ottawa (SPO) et la Police provinciale de l’Ontario (PPO).
Il dit avoir transféré ce courriel à ses chefs adjoints, Steve Bell et Patricia Ferguson. Cette dernière a affirmé lors de son témoignage à la Commission le 20 octobre qu’elle avait seulement eu connaissance de ce rapport le 27 janvier, soit deux jours avant le début de la première fin de semaine des manifestations.
Steve Bell était notamment chargé de faire l’évaluation des risques basés sur les rapports qu’ils recevaient dans le cadre du Projet Hendon. L’ex-chef de police a avancé qu’il ne lisait pas toujours les rapports au complet et qu’il se fiait à Steve Bell et son équipe pour évaluer les multiples rapports de la PPO du 20, 22, 26, et 28 janvier qu’a reçu son service de police.
Les témoignages des dernières semaines ont prouvé que plusieurs agences de sécurité et organisations avaient averti la municipalité et la SPO que les manifestants prévoyaient de rester plusieurs semaines. Peter Sloly s’attendait à un court séjour.
« Les rapports et breffages indiquaient un événement d’une fin de semaine. Certains arriveraient le jeudi (27 janvier) ou le vendredi. Certaines personnes auraient campé dans des tentes des jours après, des semaines ou des mois, mais rien d’anormal, en comparaison avec d’autres manifestations », soutient-il, qualifiant au passage la première fin de semaine de « rapide et dangereuse ».
Peter Sloly lors d’une conférence de presse en février dernier. Capture d’écran ONFR+
Les premières heures de témoignage de l’ancien dirigeant policier se sont déroulées sous l’interrogatoire d’un avocat de la Commission Rouleau. Les deux dernières semaines d’audience ont peint Peter Sloly comme un chef, lors de la crise, qui essayait de tout contrôler au sein de ses rangs.
Un commandant de la SPO, Robert Bernier, qui était chargé de la planification opérationnelle stratégique de l’événement, a témoigné mercredi qu’il était « frustré par la direction du chef Sloly, qu’il considérait comme une ingérence inappropriée dans son rôle de commandant de l’événement ».
Peter Sloly a rendu sa démission le 15 février, un jour après que le gouvernement Trudeau a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence.
Le fédéral absent
Ce dernier a d’ailleurs pointé du doigt le Service de renseignement canadien qu’il a qualifié d’absent avant la crise. Il avance que la majorité des informations qu’il recevait provenait soit de ses propres rangs policiers ou principalement de la PPO.
« À ce jour, je me demande pourquoi je ne recevais aucun rapport de renseignement du fédéral », a-t-il critiqué.
« C’était une issue nationale, un événement national, qui a commencé en Colombie-Britannique rejoint par l’Atlantique et qui a été jusqu’au point le plus au Sud (du pays) à Windsor. Mais la grande majorité des rapports d’intelligences venait de la Police provinciale de l’Ontario », a-t-il ajouté.
Archives ONFR+
« On aurait pu faire mieux »
L’ancien membre de la police torontoise n’a pas hésité à dire que la Police d’Ottawa « aurait pu mieux faire certaines choses ». La Commission a montré des extraits de messages qu’a reçus M. Sloly de la part de résidents inquiets que « des manifestants d’extrême droite » viennent dans la capitale fédérale. Il dit avoir senti un « désespoir » chez les habitants de la ville qu’il a rencontrés durant les événements.
« C’était raisonnable pour les gens de se sentir vraiment lésés (par le Service de police), car il n’y avait pas de vraies solutions ou une date fixée pour une vraie solution. »
Il a toutefois pris la défense de ses anciens policiers qui selon lui, ont été dépeints de façon malhonnête et « mal compris », notamment par les médias traditionnels, a-t-il évoqué.
« Personne ne comprenait le travail des hommes et femmes du SPO. Ça n’a jamais été mis au clair et c’est très malheureux (…) C’était trop pour eux, mais ils ont fait de leur mieux et je les en remercie », a-t-il lâché au bord des larmes.
Pour lui, la désinformation qui circulait autour de la situation a été dommageable.
« Lorsqu’un service de police perd la confiance du public, c’est un énorme risque. »
À la Commission hier, des textos entre la Commissaire de la GRC Brenda Lucki et de la PPO, Thomas Carrique a révélé que le fédéral est « en voie de perdre confiance » ou a « déjà perdu confiance » dans le SPO. Justin Trudeau, dans un appel avec le maire d’Ottawa Jim Watson, avait exprimé des doutes sur le leadership au sein du haut commandement de la SPO.
LA NATION – Francis Brière a été élu nouveau maire ce 24 octobre. Il sera le prochain intendant de la municipalité qui a vu naître l’humoriste Katherine Levac. Lui, qui durant sa campagne électorale a tablé son programme sur la croissance économique et la transparence, aura d’autres défis à relever : une grande superficie et deux mondes socioprofessionnels à satisfaire.
Si le nouveau maire élu doit faire face à des défis de croissance, dans son prochain mandat, l’ancien conseiller municipal devra aussi jouer la carte de l’équilibre dans une municipalité particulièrement variée.
« On a deux types de population à La Nation. Dans l’Ouest de la municipalité, ce sont des gens qui travaillent à Ottawa. Les jeunes familles veulent se déplacer facilement pour aller à la ville. »
D’après M. Brière, les personnes qui s’installent dans sa municipalité veulent les avantages de la grande ville. « C’est quelque chose de difficile à envisager avec l’inflation, c’est pour ça que je crois qu’il est temps d’investir dans une croissance économique et résidentielle. »
Selon le maire élu, l’Ouest est peuplé de fonctionnaires du gouvernement et de cadres. Une catégorie socioprofessionnelle plus aisée que l’autre partie de La Nation : l’Est.
« À l’Est on s’enfonce dans la campagne et c’est là que nous avons une population plus âgée. Nous avons aussi des agriculteurs, des entreprises locales et des industries. »
Pour le prochain maire qui sera assermenté le 21 novembre, une population aussi diverse est une spécificité à prendre en compte. « Il faut être conscient des nombreux enjeux différents. Il peut y avoir pas mal d’attentes variées entre une population relativement jeune – qui cherche à avoir les mêmes avantages que la grande ville – et d’autre part, une population vieillissante, qui vit des défis ruraux. »
Croissance commerciale et résidentielle
« Ma priorité, c’est de mettre en place des outils nous permettant plus de terrains commerciaux et résidentiels », affirme M. Brière. « On veut encourager des commerces à s’établir chez nous. »
Le maire élu croit que l’expansion sera un moyen d’alléger les coûts liés à l’inflation. Selon lui, le parc Innovation à Limoges qui accueillera 14 commerces d’ici à 2024 est une démarche positive.
La municipalité de La Nation accueille un nouveau maire : Francis Brière. Archives ONFR+
« On a vu un peu de monde venir chez nous », se rassure le nouvel édile. Pourtant, la densité de la population reste encore faible à La Nation. L’Est se développe plus doucement et d’ailleurs certaines municipalités non pas encore d’épiceries.
Francis Brière veut aussi améliorer les méthodes de communication avec les habitants. « Nous allons devoir réévaluer nos méthodes traditionnelles, ce qui fonctionne ou pas pour notre population plus âgée. »
« Cela fait huit ans que je travaille comme conseillers et les employés municipaux sont des experts », affirme-t-il. « On travaillera avec la gang, je suis un joueur d’équipe. »
La communication avec les résidents occupe son esprit : « Je veux mettre l’accent dessus. Les gens ont besoin d’informations, de savoir dans quel projet nous dépensons et que ce soit rationnel pour eux. »
M. Brière veut développer une philosophie et une stratégie de communication. « Une bonne communication, une bonne transparence », s’exclame-t-il. « Ça donne l’opportunité aux gens de La Nation de donner du feed-back. »
Coopération et collaboration
« J’ai hâte de rencontrer les membres des Comtés unis de Prescott et Russell. »
Francis Brière dit vouloir se familiariser avec eux. Durant les trois prochaines semaines, il veut prendre du temps sur ce sujet. « Ma philosophie, c’est de faire des décisions en équipe », explique-t-il.
« Il y a des éléments dans toutes les municipalités avoisinantes que j’observe et qui pourraient être inspirantes. Nous avons tous des défis différents. »
II apprécie même la « philosophie » de M. Leroux à Russell. « Il est transparent et communique bien avec la population », confie le prochain maire de 46 ans qui pense qu’il ne s’ennuiera pas car « la municipalité est immense, il y a beaucoup à faire ».
En effet, La Nation, c’est en fait trois cantons : Caledonia, Cambridge et Plantagenet Sud. Avec sa superficie de 658 km², soit deux fois la taille de Malte, La Nation comprend vingt-six villages et le village fantôme de Lemieux.
C’est la plus grande municipalité dans Prescott et Russell. Elle s’étend d’est en ouest, là où commence Limoges et se termine à plus d’une heure de route de la Capitale.
À mi-chemin des rencontres annuelles virtuelles (RAV) de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui ont commencé mardi, le gala a récompensé, ce jeudi, l’engagement de quatre acteurs de la francophonie ontarienne, dont le directeur général du Réveil, William Burton, lauréat du nouveau prix Jeunesse.
« C’est un immense plaisir pour nous et je dis nous, car je veux inclure toute l’équipe du Réveil », a réagi William Burton qui était en compétition avec Angelica Kalubiaka et Frédérique Desjardins.
« On veut divertir la jeunesse et développer notre identité et ça fait dix ans qu’on se cherche. Alors merci d’avoir reconnu que notre vision n’est pas juste un petit projet », a-t-il ajouté en recevant ce prix qui souligne les efforts et l’implication d’une jeune personne dans la communauté franco-ontarienne.
Tous les récipiendaires ont une chose en commun : ils sont francophones en Ontario. Mais ce n’est pas tout, pour recevoir ces prix, les finalistes devaient remplir certains critères, dont « avoir contribué de manière significative à la communauté franco-ontarienne ».
William Burton est le récipiendaire du prix jeunesse de l’AFO. Archives ONFR+
Le prix Paulette-Gagnon pour Marie-Claude Doucet
C’est le cas de Marie-Claude Doucet qui a remporté le prix Paulette-Gagnon qui reconnaît « les efforts et le cheminement professionnel exemplaire d’une personne ».
Elle a été choisie pour avoir contribué au développement communautaire franco-ontarien, par sa vision, ses actions et son engagement. Elle a contribué à l’avancement des priorités de développement de la communauté francophone de l’Ontario.
Marie-Claude Doucet, ancienne directrice générale du MIFO, gagne le prix Paulette-Gagnon lors du gala 2022 de l’AFO. Source : MIFO
Lors du gala, Mme Doucet a félicité les autres finalistes, Johanne Lacombe et Michelle Dubois, avant de prononcer ce proverbe : « Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin. Je veux partager ça avec le MIFO (Mouvement d’implication francophone d’Orléans) qui m’a offert un océan de possibilités. »
Le prix Florent-Lalonde pour Amikley Fontaine
Amikley Fontaine s’est adjugé pour sa part le prix Florent-Lalonde qui reconnaît les efforts et l’engagement d’un bénévole au sein de la communauté.
Reconnu pour ses initiatives menées à travers la fondation Sylvenie-Lindor, un organisme à but non lucratif dédié aux jeunes francophones noirs, il a fait la différence sur Hortense Mvuemba et Nafée Faïgou également en lice pour ce prix.
Amikley Fontaine, président et fondateur de la Fondation Sylvénie-Lindor. Archives ONFR+
« C’est avec beaucoup de joie et de reconnaissance que je reçois ce prix », a-t-il témoigné. « Je le partage avec vous et avec tous les bénévoles. »
« Je voudrais saisir l’occasion pour remercier Carol Jolin. Merci pour les nouveautés apportées à notre francophonie et merci à l’infatigable Peter Hominuk qui travaille pour le rayonnement de la communauté. »
Le prix Horizon franco-ontarien pour le Groupe Média TFO
Enfin, le prix Horizon franco-ontarien est revenu au Groupe Média TFO. Ce prix met en valeur un organisme ou un projet qui démontre de « l’originalité et une vision qui répond à un besoin réel de la communauté, de la région ou d’un domaine d’intervention ». Il récompense aussi un projet, une pratique ou une initiative communautaire, entrepris par un groupe et contribuant à la vitalité de la collectivité.
C’est pourquoi, le projet gagnant est « Théâtre en Balado », une série d’actes théâtraux en écoute.
Michelle Séguin, présidente-directrice générale du diffuseur public, s’est dite « fière de recevoir ce prix au nom de l’équipe de TFO ». « Il y a deux personnes dans le milieu francophone du théâtre qui sont venues nous voir avec ce projet et je voudrais remercier tous les contributeurs, les autrices et auteurs qui ont participé. »
Michelle Séguin est la présidente et directrice générale du Groupe Média TFO. Crédit image : Rudy Chabannes
Pour cette reconnaissance, la Fondation des écoles catholiques du Centre-Est et la Société économique de l’Ontario étaient aussi pressenties.
La ministre des Langues Officielles Ginette Petitpas Taylor a souligné dans un clip vidéo la « contribution importante et nécessaire » de l’AFO à travers ce gala de reconnaissance qui existe depuis dix ans.
« Je tiens à remercier Carol Jolin et j’ai hâte de collaborer avec la prochaine présidence », a-t-elle ajouté alors que le prochain leader de l’organisation porte-parole des Franco-Ontariens sera connu cette fin de semaine, au cours d’une assemblée générale annuelle.
« Le cœur de la francophonie se construit grâce à l’inventivité des organismes que vous représentez », a déclaré Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones. « Votre engagement est la somme des efforts collectifs qui permettent à l’Ontario français de prendre toute sa place. »
Dans son allocution, la ministre a également salué le « sens de la collectivité de l’AFO, partenaire de premier plan, sur le plan social, culturel et économique ».
La vulnérabilité est au cœur de la démarche des artistes qui sont à la une cette semaine. Certains d’entre eux seront sur scène à revisiter leurs anciens répertoires, d’autres offriront de nouveaux opus et nouvelles histoires dont nous pourrons nous inspirer.
Musique
Vincent Vallières partage la scène avec Dayv Poulin
Figure marquante de la musique folk québécoise, le chanteur Vincent Vallières fait un petit tour dans le Nord de l’Ontario cette semaine. Avec la Place des Arts de Sudbury et Hearst comme arrêts, il fera revivre son répertoire conçu au cours de ses vingt années de carrière. Sans oublier la touche franco-ontarienne de la soirée : la scène sera partagée avec l’auteur-compositeur-interprète sudburois Dayv Poulin qui emmènera le public à travers ses trois albums précédents. Un avant-goût de son prochain album sera aussi prévu.
Dayv Poulin. Crédit image : Richard Fortin. Vincent Vallières. Gracieuseté de l’artiste
Concert de Vincent Vallières le vendredi 28 octobre à la Place des Arts du Grand Sudbury. Billets ici.
Jessy Lindsay lance son nouvel EP J’explose
L’auteure-compositrice-interprète Indie-pop ottavienne lance son tout premier EP, J’explose. À travers quatre chansons, Jessy Lindsay nous invite à réfléchir l’état de la jeune femme dans le monde d’aujourd’hui. Dans cet opus, l’artiste cherche à donner la parole aux femmes.
Lancement du premier EP de Jessy Lindsay le samedi 29 octobre au club SAW à Ottawa. Portes ouvertes à 19h. Billets ici.
Koerner Hall accueille le pianiste français Lucas Debargue
Le pianiste Lucas Debargue, dont la performance révolutionnaire au Concours international Tchaïkovski en 2015 a lancé sa carrière, sera de retour sur scène en récital solo à Koerner Hall au Conservatoire royal de musique. Ce français de 29 ans, qui jouait autrefois de la basse dans un groupe de rock, a préparé une programmation d’œuvres guidée par les trois maîtres du pianoforte : Mozart, Chopin et Alkan.
Le pianiste Lucas Debargue. Crédit image : AFP / Xiomara Bender
Récital de Lucas Debargue le samedi 29 octobre au Conservatoire royal de musique. Billets ici.
Théâtre
Aalaapi, du théâtre radiophonique
« Faire silence pour entendre quelque chose de beau », c’est ce que signifie le mot Aalaapi, ᐋᓛᐱ en inuktitut. Il s’agit d’un documentaire radiophonique et spectacle théâtral guidé par les témoignages intimes de cinq jeunes femmes inuites qui nous révèlent leur quotidien du nord au sud du Québec.
La pièce Aalaapi. Crédit image : Anne-Marie Baribeau.
Pièce Aalapi jusqu’au 29 octobre au Centre national des arts. Achetez vos billets ici.
Films
Bientôt le 15e Festival Objectif Cinéma Desjardins
Le Festival Objectif Cinéma célèbre son 15e anniversaire avec une programmation riche qui vous sera au rendez-vous. Que vous soyez plutôt comédie ou drame, le festival prévoit plaire à tous. Plusieurs films mettront à la une la cinématographie, les paysages ou les acteurs de l’Ontario français comme Niagara (dans la ville ontarienne du même nom, avec Katherine Levac et Véronic Dicaire), La Switch, (tourné à North Bay), STUCK. (documentaire sur huit artistes franco-canadiens), ainsi que des courts-métrages.
Gracieuseté de la MIFO.
Festival Objectif Cinéma Desjardins, du 2 au 6 novembre. L’ensemble de la programmation ici.
OTTAWA – Les principaux ministres chargés de mettre en application la future réforme de la Loi sur les langues officielles fuient certaines de leurs responsabilités, estime l’opposition à Ottawa.
Le projet de loi C-13, présentement en étude au Comité des langues officielles, doit entendre les quatre ministres des ministères mentionnés dans la mouture libérale : Sean Fraser (Immigration), Ginette Petitpas Taylor (Langues officielles), Mona Fortier (Conseil du Trésor) et Pablo Rodriguez (Patrimoine canadien).
« Je me demande pourquoi les libéraux ne veuillent pas entendre des ministres aussitôt que possible », a accusé en comité la députée néo-démocrate Niki Ashton.
La députée du NPD Niki Ashton. Crédit image : Twitter.
Cette accusation part du fait que les trois partis de l’opposition estiment que les ministres devraient comparaître au plus vite et non à la toute fin, soit avant que le projet de loi soit évalué amendement par amendement par la dizaine de parlementaires.
« Ces ministres veulent venir à la fin, car ils veulent faire de la politique. C’est de la mauvaise volonté et c’est eux qui ont de la résistance. Ils n’ont pas la bonne intention de vouloir faire améliorer C-13. », soutient le député conservateur Joël Godin, porte-parole en Langues officielles qui dit que les libéraux refusent d’augmenter les nombres de séances pour entendre le plus de témoins possible
« On a eu l’information que certains ministres ne veulent pas témoigner ou seulement le faire à la fin. Ils ne participent pas de façon ouverte et ne collaborent pas avec nous », affirme de son côté le député du Bloc Québécois, Mario Beaulieu.
Assez bon pour être adopté, dit Bastarache
Dans les dernières semaines, des organismes de la francophonie canadienne, comme la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), ont demandé l’adoption de la réforme de la Loi sur les langues officielles (LLO).
Un vouloir aussi partagé par l’ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache jugeant que le projet de loi améliore « de façon remarquable, la situation des langues officielles au Canada ». Il estime que des modifications de la Loi peuvent se faire par règlement si nécessaire.
« Je suis convaincu que cette approche est la bonne, car j’ai constaté depuis longtemps que c’est surtout en raison des problèmes de mise en œuvre de la Loi et non de son contenu qu’on a réclamé sa modernisation », a-t-il témoigné jeudi en Comité.
L’ancien juge à la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache. Archives ONFR+
Les libéraux assurent que les quatre ministres responsables témoigneront « dans la prochaine semaine ou deux » à condition que le projet de loi passe le plus rapidement possible à l’étude de chaque règlement.
« Avec la liste de témoins actuels, on va jusqu’au mois de février », déplore le député Marc Serré, qui juge que les intervenants ont été suffisamment entendus sur la réforme de la LLO.
« On a entendu clairement, des témoins, que c’est le temps de raccourcir l’étude et de passer à l’étude clause par clause du projet de loi », soutient le secrétaire parlementaire de la ministre Petitpas Taylor.
Cette dernière n’a jamais caché qu’elle aimerait avoir la sanction royale sur son projet de loi d’ici Noël. Les libéraux ont justement tenté de déposer un amendement pour que le projet de loi soit retourné en troisième lecture à la Chambre des communes avant Noël, avant de le retirer.
OTTAWA – Le fédéral doit tenir sa promesse de doubler et rendre permanent le financement pour les établissements postsecondaires de la francophonie canadienne, demande des institutions postsecondaires et organismes francophones dans un rapport rendu public ce jeudi.
Ce rapport, qui contient 32 recommandations, fait suite à des États généraux qu’ont tenus au cours de la dernière année des établissements et organismes de la francophonie canadienne impliquant 1400 participants. Il fait suite aux nombreux événements ayant touché les institutions postsecondaires, comme la restructuration de l’Université Laurentienne à Sudbury, les déboires du Campus Saint-Jean avec le gouvernement albertain et les difficultés financières de l’Université Moncton.
Ces événements avaient poussé Ottawa, lors du budget de 2021, à créer une enveloppe de 40 millions de dollars par année sur trois ans destinée aux établissements francophones. Ce montant a par la suite été doublé et rendu permanent lors de la campagne électorale l’an dernier, mais le Parti libéral n’a toujours pas respecté sa promesse de le faire passer à 80 millions de dollars ni de le continuer. De plus, les premiers dollars qui devaient tomber dans les poches des établissements dès 2021-2022 sont arrivés un an plus tard et Ottawa n’a pas fourni d’explication, ni précisé si le montant était annulé ou simplement repoussé pour une année.
La ministre des Langues officielles affirme que « bonifier cette enveloppe-là est important ». Elle refuse toutefois de dire quand cette promesse libérale sera exécutée, notamment lors de la prochaine mise à jour économique de Chrystia Freeland qui risque d’être déposé, comme à son habitude, durant le mois de novembre.
« Nous avons été clairs dans notre plateforme électorale que la bonification de cette enveloppe-là était importante », répète Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor Crédit image : Dominique Demers
Elle dit avoir entendu au cours de ses consultations durant l’été pour le prochain Plan d’action sur les langues officielles l’importance du postsecondaire.
« On veut s’assurer que nos jeunes vont avoir accès à des institutions postsecondaires dans la langue minoritaire en français, donc on veut s’assurer que les investissements soient faits », souligne-t-elle.
Un nouveau mécanisme et du financement bonifié
Effectué conjointement par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, le rapport demande aussi au fédéral un financement pour la création d’un nouveau mécanisme. Ce mécanisme aurait pour but « d’augmenter la capacité de collaboration entre les établissements et documenter les enjeux qui s’y rapportent », peut-on lire.
Ce nouvel outil, qui serait géré par l’ACUFC permettrait par exemple d’augmenter la collaboration entre universités ou collèges pour la création de projets comme des programmes et baccalauréats conjoints.
La présidente de l’ACUFC Lynne Brouillette note qu’augmenter les partenariats est une des façons de régler la crise dans le milieu universitaire et collégial.
« Par exemple, il y a différents projets comme les programmes de 2+2, soit deux années universitaires et deux années collégiales pour un programme entre les établissements. C’est ce genre de modèles qu’on veut amener à la table. Notre travail consisterait à les appuyer et organiser toute la logistique autour du travail de partenariat. »
Le Campus Saint-Jean est l’un des établissements ayant connu des difficultés financières au cours des dernières années. Source : ACUFC
Ce plus grand dialogue voulu entre les établissements et les communautés francophones augmentera le nombre d’étudiants francophones hors Québec dans les établissements et réduira le déclin démographique des francophones, estime le rapport. Selon le document, seulement 2 % de la population étudiante effectuait des études en français à l’extérieur du Québec, ce qui serait notamment dû aux manques de programmes et d’opportunités d’étudier en français dans les institutions hors Québec.
« La gamme restreinte et les enjeux d’accès à des programmes de formation offerts en français ont une incidence sur la pénurie de personnel qui travaille en français… Plus largement, appuyer la communauté francophone bénéficie aux entreprises et aux industries de la région, qu’elles soient francophones ou non », est-il écrit.
Il existerait trop de barrières linguistiques pour les étudiants notamment l’obligation de suivre certains cours en anglais et le manque de cours offerts en français dans certains programmes.
« Ces exigences en anglais peuvent parfois être justifiées, mais, dans certaines circonstances, sont déraisonnables. »
Le recteur de l’Université d’Ottawa Jacques Frémont y voit d’un bon oeil ce nouveau rapport.
« Nous adhérons intégralement au principe de la collaboration interinstitutionnelle … et travaillerons avec toutes les parties prenantes pour veiller à la mise en place des changements systémiques requis afin de permettre aux établissements d’enseignement postsecondaires francophones partout au pays de s’épanouir de façon viable, au service de leurs communautés », a-t-il indiqué.
Quelques-unes des 32 recommandations
Augmenter la taille des populations étudiantes en faisant mieux connaître les avantages d’étudier en français
Innover et augmenter les collaborations avec le milieu professionnel pour l’excellence des programmes de formation
Faire de la recherche en français dans un environnement axé sur l’anglais
Que le gouvernement du Canada finance la création du Service d’aide à la recherche en français au Canada (SARF)
Créer une collaboration entre Immigration Canada et les établissements pour élaborer une stratégie de recrutement, d’accueil et de rétention de la population étudiante internationale
Que le fédéral reconnaît et appuie la recherche effectuée en français et celle faite dans l’intérêt des communautés francophones dans le prochain Plan d’action sur les langues officielles.
TORONTO – Si la réélection du maire John Tory, lundi dernier, n’avait rien de surprenant au vu des sondages préélectoraux, les responsables des organismes francophones opérant dans la Ville reine en semblent satisfaits. Toutefois, ils aimeraient bien voir le maire en place depuis 2014 faire plus pour leur communauté durant ce troisième mandat consécutif.
Renouveler le comité des affaires francophones, trouver une solution concernant les communications de la Ville en langue française, faire en sorte à ce que le scandale des livres en français dans les réseaux de la bibliothèque publique de la ville ne se répète plus, être favorable à la création de la Maison de la francophonie à Toronto… les promesses du maire réélu de Toronto, John Tory, au profit de la communauté francophone de sa ville sont aussi nombreux qu’importants.
Ce sont ces prises de position publiques de la part du maire élu pour la troisième fois qui ont suscité ce sentiment de satisfaction que l’on retrouve chez les responsables des organismes francophones de Toronto quant à sa réélection.
« Je suis très contente qu’il soit réélu même si ce n’était pas vraiment une surprise pour nous », se réjouit Florence Ngenzebuhoro, directrice générale du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT).
« Je le félicite d’ailleurs parce qu’il a fait beaucoup pour cette ville dans des domaines clés qui nous intéressent comme celui du logement, la mise en place du comité des services en français, la stratégie durant la pandémie qui a été beaucoup critiquée, mais qui a tout de même inclus les francophones d’une certaine manière. En somme, il y a eu des choses qui ont été accomplies, mais on n’en veut plus. »
Des actes concrets réclamés
Nombre de francophones reprochent cependant à John Tory que la majorité de ses promesses faites à leur communauté ne soient que très rarement suivies d’actions concrètes, alors que plusieurs affaires francophones relèvent des compétences du conseil municipal de la Ville.
« Si j’avais à lui parler, je l’encouragerais à consulter plus le comité sur les affaires francophones et que le comité consulte à son tour les francophones pour que l’on puisse leur parler de nos enjeux et de nos besoins, notamment en matière de logement abordable parce que je pense que c’est le point le plus épineux pour les francophones. »
Florence Ngenzebuhoro, directrice générale du Centre francophone du grand Toronto. Archives ONFR+
« Comme nous le savons, traditionnellement, ce sont les grandes corporations anglophones qui font du développement de logements à Toronto, et ces grandes corporations n’incluent pas nécessairement une vision pour les francophones », relativise la patronne du CFGT.
Et de poursuivre : « J’aimerais également que le Bureau de lutte contre le racisme de Toronto puisse inclure une stratégie dédiée aux francophones, car comme chacun le sait, il y a beaucoup de francophones à Toronto qui sont de race noire. Même chose pour le Bureau de santé publique qui relève de la Ville, on souhaiterait voir le maire ou son bureau développer une stratégie pour les francophones, parce qu’on l’a bien vu pendant la pandémie, il y a eu beaucoup d’iniquité vis-à-vis de la communauté en matière de soins. »
La faute aux francophones
Du côté de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto), sa vice-présidente, Zahra Diallo, impute davantage la responsabilité aux francophones eux-mêmes à propos de ce fossé qui existe entre les paroles du maire et ses actions.
Zahra Diallo, vice-présidente de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto. Grasieuseté
« Bien sûr qu’on ne peut que croire et espérer voir des projets comme ceux de la communication de la Ville en langue française ou celui de la Maison de la francophonie se réaliser. C’est vrai que M. Tory fait des promesses aux francophones sans les concrétiser, pas à 100 % en tout cas, mais il y a une chose qui est plus importante à mes yeux, c’est le fait que les francophones ne se mobilisent pas assez pour réclamer et obtenir ces services-là », désapprouve-t-elle. « C’est plutôt sur ce point qu’il faut travailler. »
Manque de représentation au sein de conseil municipal
Par ailleurs, l’une des critiques également faites à John Tory par les Franco-Torontois concerne le peu de conseillers francophones au sein de son équipe municipale, des conseillers qui peuvent faire office de pont de liaison entre la Ville et la communauté.
Dans les faits, une seule conseillère municipale est francophone : Jennifer McKelvie qui a aussi été réélue sans peine pour un deuxième mandat dans le quartier 25 à Scarborough-Rouge Park.
« Les francophones devraient être plus représentés au conseil municipal de la Ville, mais, encore une fois, je pense vraiment que c’est à nous de nous mobiliser pour ça. S’ils ne voient pas que la voix francophone est forte, qu’elle est présente et qu’elle réclame des services, ils ne vont jamais rien faire, et je ne parle pas que de John Tory, c’est valable pour tous les politiciens », réaffirme Mme Diallo.
Néanmoins, il ne reste que quatre années supplémentaires au mieux-disant afin de remédier à cela, car de l’aveu même du maire, ce sera là son dernier mandat à la tête des affaires de la cité.
OTTAWA – Le nouveau maire élu de la capitale assure qu’il ne coupera pas dans le financement accordé au Festival franco-ontarien. Mark Sutcliffe, qui entrera en poste dès le 15 novembre, se donne comme priorité d’établir des bonnes relations avec le nouveau conseil et mettre l’emphase sur les dossiers prioritaires.
En rencontre avec ONFR+ au lendemain de son élection, le maire élu l’a affirmé fermement : « Non, je ne couperai pas dans le budget du Festival franco-ontarien » comme le laissait supposer un ancien article qui a refait surface durant la campagne électorale. « Ce que j’ai écrit en 2006 lorsque j’étais journaliste pour l’Ottawa Citizen concernait le système de financement des festivals en place, il y a de ça 16 ans. »
« À cette époque-là, je n’étais pas d’accord avec le système », reprend-il. « La logique de financement n’était pas cohérente. On accordait 25 000 $ à un festival et beaucoup moins à un autre (…). Ce n’est plus le cas aujourd’hui. »
M. Sutcliffe serait en accord avec la façon dont le système fonctionne désormais. « Je veux conserver le système actuel et je n’ai pas l’intention de couper dans les budgets. Je veux même allouer 2 millions de dollars aux arts et à la culture. »
Il veut qu’Ottawa soit une ville de musique, et certifie vouloir investir dans les festivals, y compris le Festival franco-ontarien. « Je suis aussi conscient que ce sont des investissements touristiques non négligeables. »
Sur les accusations ayant fait surface durant la campagne électorale, le maire élu se défend : « Non, je ne pense pas que les francophones se plaignent pour rien. J’ai souvent parlé de mon histoire personnelle, de ma famille bilingue et de ma mère francophone. C’est important pour moi. »
Les 100 premiers jours de mandat « déterminants »
« Il y a l’opportunité d’un nouveau commencement à l’hôtel de ville », croit-il. « Je veux rencontrer les anciens comme les nouveaux conseillers municipaux, car c’est très important que nous trouvions des enjeux communs. »
Le nouveau patron de la capitale n’est pas inquiet face au peu de conseillers francophones et francophiles qui vont siéger à la mairie. Matthew Luloff, Catherine Kitts, Steve Desroches et Stéphanie Plante sont les conseillers qui parlent français.
Cette faible représentation alerte pourtant sur un recul francophone au sein même de l’échiquier politique et local, mais M. Sutcliffe assure que ce n’est pas une question de nombre. Il suffit de comprendre les enjeux et de partager la même vision.
« Nous allons travailler ensemble sur les enjeux francophones et je vais consulter nos conseillers et conseillères pour établir des plans. » Il compte « engager du personnel et, naturellement, il y aura des francophones ».
Mark Sutcliffe a gagné la course électorale pour le poste de maire ce lundi 24 octobre à Ottawa. Crédit image : Stéphane Bédard
Le nouvel édile explique que les trois prochaines semaines vont lui permettre de se préparer. Il veut dès le début de son mandat comprendre où se situent les besoins prioritaires. « Il y a beaucoup de travail, mais j’ai confiance et je pense qu’avec les 24 conseillers, anciens comme nouveaux, nous allons travailler en étroite collaboration. »
Pour M. Sutcliffe, il sera question de travailler avec les établissements d’enseignement bilingues et francophones et qu’ils puissent se faire entendre à l’hôtel de ville, mais aussi d’appuyer la construction de logement.
« Ma priorité, c’est aussi l’itinérance et les transports en commun », conclut-il. « En fait, les 60 à 90 premiers jours seront déterminants. »
OTTAWA – Les plus récentes données du Recensement révèlent que 2,1 % des immigrants hors Québec ont le français comme première langue officielle parlée, une légère chute par rapport à 2016. La population immigrante établie au Canada avec 1,3 million entre 2016 et 2021 est un record.
Statistique Canada a sorti la sixième phase de son Recensement de 2021 mercredi portant cette fois-ci sur l’Immigration, lieu de naissance et citoyenneté, Diversité ethnoculturelle et religieuse, Mobilité et migration.
Les nouveaux arrivants représentent 23 %, soit près du quart de la population canadienne, la proportion la plus haute de l’histoire du pays. Cela fait du Canada la population comportant la plus grande proportion de nouveaux arrivants du G7. Ce nombre continuera d’augmenter alors que l’organisme national prévoit que de 29,1 % à 34 % de la population du Canada d’ici 2041 seront des immigrants.
Le nombre d’immigrants en Ontario a connu un bond de 5 % par rapport à 2016. Gracieuseté Statistique Canada
Langue
Parmi les nouveaux arrivants canadiens entre 2016 et 2021, c’est 6,5 % qui ont déclaré avoir le français comme langue maternelle, seule ou avec une autre langue. À la maison, 3,3 % ont déclaré ne parler que le français et une langue non officielle et 1,2 % ont déclaré ne parler que le français chez eux, ce qui n’a pas changé par rapport à 2016. C’est près de 55 % de la population immigrante qui dit soit parler l’anglais à la maison avec une autre langue non officielle ou encore seulement la langue de Shakespeare.
Hors Québec, les nouveaux arrivants ne parlant pas l’anglais et le français comme première langue ont toutefois diminué passant de 11,2 % à 7,5 % en 2021. Le hic, la connaissance des deux langues officielles a seulement augmenté au niveau de l’anglais. En 2016, 86,2 % disaient avoir l’anglais comme première langue officielle parlée alors que c’est 89,1 % aujourd’hui. En 2016, 2,6 % avaient coché le français, en légère chute comparativement à 2021 avec 2,1 %, tandis que 1,3 % se disait bilingue.
Cette chute pourrait être due aux échecs répétitifs du Canada à atteindre sa cible de 4,4 % en immigration francophone hors Québec. Les données du Recensement en août avaient révélé une chute du français partout au pays, notamment en Ontario, le plus grand de l’histoire depuis le début du Recensement.
L’arabe (10,3 %), le tagalog (8,4 %), le mandarin (7,9 %) et le pendjabi (6,5 %) étaient les langues non officielles les plus fréquemment déclarées par les immigrants récents comme langue maternelle, seule ou avec une autre langue. Ce sont, 69,4 % des immigrants entre 2016 et 2021 qui ont déclaré ne pas avoir le français ou l’anglais comme langue maternelle, c’est-à-dire la première langue qu’ils ont apprise dans l’enfance et qu’ils comprennent encore.
Nationalité
Les cinq pays les plus populaires pour les immigrants francophones sont la France (30,3 %), le Cameroun (11,5 %), la Côte d’Ivoire (8,4 %), l’Algérie (5,8 %) et la République démocratique du Congo (5,7 %).
Au niveau global, le Nigéria a fait un énorme bond au niveau des pays de provenance de la population immigrante. En 2016, le pays africain était le 13e le plus populaire comme lieu de naissance des immigrants canadiens alors qu’il est au 4e rang aujourd’hui doublant de 1,4 % à 3 %. Près de 2 % des nouveaux arrivants sont d’origine de France, soit le 8e rang tandis que l’Inde (18,6 %) et les Philippines (11,4 %) sont les deux premiers pays.
OTTAWA – Le fédéral suit de près au Nouveau-Brunswick la gestion du dossier de l’immersion française que le premier ministre Blaine Higgs souhaiterait supprimer, selon un ancien député de son parti. Ottawa envoie plusieurs millions au gouvernement provincial chaque année pour assurer le programme d’enseignement du français dans le système anglophone et coupera les fonds si des changements majeurs surviennent.
Dominic Cardy qui était ministre de l’Éducation, jusqu’à il y a une dizaine de jours dans la province, a claqué la porte du cabinet Higgs en accusant ce dernier de vouloir mettre fin au programme d’immersion francophone en septembre 2023.
Le nouveau ministre de l’Éducation Bill Hogan a affirmé à divers médias de la province que des changements surviendront l’année prochaine et que différents programmes sont encore à l’étude, assurant toutefois que les élèves actuels pourraient terminer leur parcours scolaire.
Or, ces modifications inquiètent le milieu de l’éducation. « Les conséquences de cette décision ne peuvent que niveler vers le bas le bilinguisme dans la province », soutient l’Association canadienne des professionnels de l’immersion.
« Les résultats de cette année démontrent une autre année de succès, malgré les impacts de la COVID-19 dans les écoles », affirme Canadian Parents for French. L’organisme souligne que 93,2 % des 1391 élèves inscrits en immersion ont atteint un niveau intermédiaire ou supérieur sur leur niveau de français en 2021-2022.
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick Blaine Higgs. Source : Twitter
Dans son discours du Trône, ce mardi, Fredericton avance « qu’il mettra tout en œuvre pour implanter des changements à l’échelle du système » et « où la dichotomie est éliminée et où les parents ont une idée claire des programmes qui existent ».
« Notre gouvernement tient à garantir l’existence d’un programme qui permettra à tous nos élèves d’apprendre le français pour qu’ils aient le niveau suffisant pour soutenir une conversation à la fin de leurs études », peut-on lire.
Dans un rapport, les commissaires Yvette Finn et John McLaughlin recommandent d’éliminer l’immersion française dans sa forme actuelle au Nouveau-Brunswick en créant un nouveau programme tout en demandant d’éviter de le faire de façon brusque.
Pas d’immersion, pas de fonds, dit Ottawa
Ces modifications génèrent des craintes au sein du gouvernement Trudeau. En entrevue avec ONFR+, la ministre des Langues officielles et députée dans la province, Ginette Petitpas Taylor, se dit « énormément inquiète » de la gestion du dossier par le gouvernement progressiste-conservateur.
« On est la seule province bilingue. On devrait montrer l’exemple et c’est tout le contraire qui se passe (…) On doit surveiller attentivement, car j’ai peur de voir ce qui pourrait arriver », croit la représentante de Moncton-Riverview-Dieppe.
Ottawa envoie chaque année 5 millions de dollars au gouvernement Higgs dans le cadre de son entente dans l’enseignement de langue seconde signé en 2019 et qui prend fin en 2023. Il envoie aussi près de 17 millions dans le cadre de l’enseignement du français pour un total de 21,7 millions.
Des discussions ont présentement lieu avec les provinces et territoires pour négocier la prochaine entente (2024 à 2028) et la ministre assure que le maintien du programme est une condition sine qua non à l’envoi de fonds fédéraux.
« Lors de négociations, si on met de l’argent sur la table, c’est pour être certain qu’il va y avoir des programmes d’immersion au Nouveau-Brunswick (…). Il n’y a eu aucun changement à ce jour, mais ça va être à déterminer ce qu’ils vont faire, mais nous sommes en train de les surveiller de près pour voir exactement ce qui va se passer », affirme-t-elle.
Cet investissement sortait du Plan d’action sur les langues officielles de 2018, dont le contenu était fortement centré autour de l’augmentation du taux de bilinguisme au pays, via les programmes d’enseignement en français et en immersion. Ottawa souhaite atteindre un taux de bilinguisme hors Québec pour les anglophones de 9 % en 2036 alors qu’il est autour de 6 % selon les données de 2016.
« Je suis inquiet de la façon dont se déroule la discussion concernant le programme d’immersion française offert aux élèves anglophones du Nouveau-Brunswick », a réagi de son côté le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge dans une déclaration.
« On sait que l’accès à des programmes performants d’enseignement de la langue seconde, notamment l’immersion, est l’un des facteurs fondamentaux qui permettent de vivre le bilinguisme au quotidien. »
Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge s’inquiète lui aussi de l’avenir du programme de l’immersion français dans la province. Capture d’écran ONFR+
Loi sur les langues officielles et Kris Austin
La non-réponse du gouvernement Higgs depuis près d’un an dans le dossier de la révision de la Loi sur les langues officielles et la nomination de Kris Austin comme ministre, opposant au bilinguisme officiel lorsqu’il était chef de la People’s Alliance of New Brunswick fait aussi tourner les têtes.
« M. Higgs revient au naturel. Chassez le naturel, il revient au galop », image le député libéral de Madawaska-Restigouche depuis 2015 René Arseneault, qui dénonces que les « vieilles batailles du vieux temps refont surface ».
« Nommer un ministre qui s’est battu toute sa carrière politique contre le bilinguisme et le fait français dans la seule province bilingue du Canada m’inquiète beaucoup », ajoute l’élu acadien.
Dans son discours du Trône, le gouvernement a affirmé ce mardi qu’il « offrira une réponse durant la session » à la révision de la Loi sur les langues officielles. Le dossier traîne depuis le dépôt du rapport révisant la Loi par les commissaires Yvette Finn et John McLaughlin en décembre 2021. Le premier ministre Higgs, chargé du dossier des langues officielles, avait promis d’y répondre en juin 2022 avant de repousser le tout à l’automne.
TORONTO – Le refus du premier ministre, Doug Ford, et de la vice-première ministre, Sylvia Jones, à se présenter devant la commission Rouleau a attisé l’ire de l’opposition en cette première journée de session parlementaire après une trêve automnale qui a duré six semaines. Les deux principaux intéressés étaient absents.
De retour à Queen’s Park au lendemain des élections municipales en Ontario, les sujets de débats ne manquaient pas. Santé, éducation, économie, finances, affaires autochtones, inflation… les députés de l’opposition – affaiblie à l’issue des dernières élections provinciales – ont chargé en un front commun.
« La commission a convoqué officiellement le premier ministre et la vice-première ministre à s’expliquer. Pourquoi refusent-ils de répondre à cette convocation? Ma question est simple : qu’avez-vous à cacher? », avait lancé Joel Harden, le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) d’Ottawa-Centre, à l’attention de Doug Ford.
Joel Harden, député d’Ottawa-centre et porte parole de l’opposition. Capture d’écran Assemblée législative
« Une affaire de police et non de politique »
Doug Ford étant absent, c’est au leader parlementaire du gouvernement, Paul Calandra, que revenait le droit de réponse au nom du premier ministre.
« C’est une affaire de police et non de politique », s’est-il contenté de répondre à tout député qui évoquait ce sujet.
Pour rappel, il s’agit de la Commission qui enquête sur le recours inédit à la Loi sur les mesures d’urgence qui a accompagné, l’hiver dernier, l’occupation du centre-ville d’Ottawa. M. Ford et Mme Jones, qui occupait la fonction de Solliciteure générale au moment des faits, ont été assignés à comparaître par le juge Rouleau.
Paul Calandra, leader parlementaire du gouvernement. Capture d’écran Assemblée législative
Or, la requête est restée lettre morte de la part des deux concernés, lesquels ont demandé à ce que le tribunal annule tout bonnement la décision de la Commission.
L’inflation s’invite aux débats
L’autre dossier qui a suscité de vives joutes verbales concerne l’inflation, son impact sur le porte-monnaie des Ontariens et surtout la manne financière que cela présente pour certains grands groupes opérant dans le secteur de l’alimentation.
« Les prix ne cessent de gonfler et la situation va continuer à se dégrader avec l’arrivée des fêtes de fin d’année parce que les grandes entreprises ont déjà déclaré que les prix vont encore augmenter à l’approche des fêtes. Qu’est-ce que le gouvernement va faire contre ces entreprises puissantes? », a interrogé le député libéral d’Orléans, Stephen Blais.
Stephen Blais, député libéral d’Orléans. Capture d’écran Assemblée législative
Des propos auxquels le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, a fait face en rappelant à son interlocuteur les différentes mesures prises à cet égard.
Du reste, aucun dossier francophone n’a été évoqué ni aucun mot en français n’a été prononcé durant ces débats qui se poursuivront jusqu’au 8 décembre d’après le calendrier parlementaire.
Pour la troisième année consécutive, les rencontres annuelles de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se déroulent virtuellement. Jusqu’au 29 octobre auront lieu des conférences, des projections, des causeries, du réseautage et un gala, le tout à distance. Ces rencontres 2.0 se termineront avec l’élection du nouveau président de l’AFO ce samedi.
Depuis la pandémie, le mode virtuel est privilégié par l’AFO même le spectacle de musique qui clôturera ces rencontres se verra sur un petit écran.
Peter Hominuk, directeur général de l’AFO explique au micro d’ONFR+ que cette année encore les rencontres étaient en virtuelles pour des raisons d’incertitude. « Nous avions pris la décision en novembre dernier, il y a une question de gestion de risque. On a essayé de prévoir l’avenir et il y avait un coût important. L’an prochain, on retournera en personne et certainement en hybride. »
Peter Hominuk est le directeur général de l’AFO. Archives ONFR+
Les rencontres annuelles de l’AFO sont un excellent moyen de réseautage pour la communauté francophone. C’est aussi et souvent le lieu de conversations pouvant faire émerger de nouvelles idées, de nouveaux projets et des réflexions collectives. Cette année, le thème est « pluralité », ce qui représente la richesse et la diversité de la communauté franco-ontarienne.
Durant la cérémonie d’ouverture, le président Carol Jolin a déclaré : « C’est important que notre communauté ne soit pas qu’un seul visage. Elle est plurielle et c’est ce que nous voulons célébrer cette semaine. »
La liste des invités et des sujets est à la fois diverse et variée, tout au long de cette semaine.
Une communauté plurielle, diverse et inclusive
Pour démarrer ces rencontres, l’AFO a fait appel à la sénatrice Bernadette Clement. C’est au thème de l’attraction et de l’accueil des immigrants comme moyen de faire rayonner la communauté franco-ontarienne que la conférence d’ouverture a fait écho dans nos salons.
La sénatrice et ancienne mairesse de Cornwall a parlé de sa pluralité et d’immigration. « Je suis Franco-Ontarienne par choix et par rapport à l’accueil que j’ai eu à Cornwall. »
« En arrivant à Cornwall », reprend-elle, « c’est la communauté francophone qui m’a accueillie. On avait besoin de moi et de mes compétences et puis les organismes voulaient que je m’engage dans la communauté et donc le sentiment d’appartenance est apparu ».
« Je suis fière de parler de pluralité et d’être membre du comité des Langues Officielles, d’autant que l’un de nos projets de loi se focalise sur l’immigration francophone. »
La sénatrice Bernadette Clement. Gracieuseté
Ce qu’il ne faut pas manquer
Les rencontres annuelles de l’AFO offrent, pendant cinq jours, plusieurs conférences dont les sujets abordés seront : le contexte politique post-électoral, la rétention et la transmission, ou comment mettre les compétences des bénévoles au profit de son organisme.
Des émissions sur la diversité de genre, sexuelle et culturelle et des causeries au sujet des peuples et communautés autochtones. Il y aura des discussions autour de l’égalité de la femme.
Lors de la cérémonie d’ouverture, plus de 100 personnes se sont connectées au rendez-vous. Un grand nombre d’organismes franco-ontariens et leurs représentants tels que la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Groupe média TFO, l’Association des Francophones du Nord‑Ouest de l’Ontario (AFNOO), PPE, le Centre francophone Hamilton, ou encore l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) Sudbury.
Franconnexion sera le lieu de réseautage, tandis que le gala du 27 octobre récompensera des personnes pour leur dévouement communautaire via le prix Paulette-Gagnon, le prix Florent-Lalonde, le prix Horizon franco-ontarien et, pour la première fois, le prix Jeunesse.
LeFLOFRANCO alias Jeff Homère, rappeur franco-ontarien derrière le nouvel album Trajectoire divine, se dévoile sans filtre et sans retenue. Tac au talk, une série ONFR+ qui vous fait découvrir vos personnalités francophones sous un autre jour, en deux minutes max!
SUDBURY – Au lendemain de la soirée électorale municipale, les résultats officiels permettent de voir qu’il y a une véritable percée des maires francophones dans le Nord de la province. Trois des cinq grandes villes du Nord ont choisi d’élire des Franco-Ontariens à Timmins, le Grand Sudbury et à Sault Ste-Marie.
Une première franco-ontarienne à Timmins
C’est peut-être le fait le plus notable de la soirée de lundi, du côté de Timmins : une mairesse franco-ontarienne a été élue pour la première fois de l’histoire de la ville de près de 41 000 habitants et dont 32,3 % de la population a le français comme première langue officielle.
Michelle Boileau était conseillère du quartier 5 depuis 2018, et fut la première à se porter candidate à la succession de George Pirie devenu député lors des élections provinciales de juin dernier, remplacé en août par Kristin Murray.
Gestionnaire des services d’emploi et d’établissement du Collège Boréal pour le campus de Timmins, Michelle Boileau a remporté 61,47 % des voix (7403 votes) soit près de deux fois plus que son plus proche adversaire Joe Campbell avec 32,07 % des votes (3836 votes) selon les résultats non officiels.
Michelle Boileau est conseillère municipale du quartier 5 de Timmins depuis 2018. Gracieuseté
De son côté, Sylvin Lacroix, le directeur général de l’Alliance de la francophonie de Timmins échoue dans sa dans sa tentative de se faire élire conseiller municipal du quartier 3.
Selon les autres résultats non officiels, loin derrière se trouvaient deux autres francophones : l’ex-conseillère municipale Evelyn Dutrisac avec 15,65 % et l’entrepreneuse Miranda Rocca-Circelli avec 13,74 % des voix.
Paul Lefebvre est le nouveau maire de la ville du Grand Sudbury. Crédit image : Inès Rebei.
Le Franco-Ontarien était député libéral fédéral pour la circonscription de Sudbury de 2015 à 2021 avant de choisir de se tourner vers la course municipale de la ville du Nickel, pour se rapprocher de sa famille.
Un francophone élu à Sault-Ste-Marie
La ville de 73 000 habitants et dont moins de 3 % ont le français comme première langue officielle a choisi d’élire Matthew Shoemaker pour succéder à Christian Provenzano.
Cet avocat de formation était conseiller du quartier 3 depuis 2014, et parle couramment le français ainsi que l’italien et l’anglais. Il a vaincu son principal adversaire Ozzie Grandinetti par 9626 votes contre 5417.
Il s’agit du premier maire francophone depuis la déclaration d’unilinguisme de la ville il y a 32 ans.
Table rase à Nipissing Ouest
Du côté de Nipissing Ouest, la page se tourne définitivement avec un renouvellement complet du conseil municipal. La ville de 15 000 habitants a choisi Kathleen Thorne Rochon comme prochaine mairesse pour succéder à Joanne Savage qui ne se représentait pas.
Mme Thorne Rochon a recueilli près de 41 % des voix selon les résultats non officiels.
Contre toute attente, le conseiller Dan Roveda n’a obtenu que 29 % des voix, et finit donc dernier de la course à trois après un autre nouveau venu en politique, Dave Lewington qui a eu 30, 04 % des votes en sa faveur.
Par ailleurs, aucun des trois conseillers sortants n’a été réélu, mettant fin à une saga de discorde ayant lourdement nui à la ville ces deux dernières années.
La ville compte 56,8 % de personnes ayant le français comme première langue officielle en 2021.
Roger Sigouin réélu à Hearst
Roger Sigouin redevient maire pour un 6e mandat dans la ville du Grand Nord. Il siège au conseil municipal de la ville depuis 31 ans.
Le maire de Hearst, Roger Sigouin. Archives ONFR+
Les résultats non officiels indiquent qu’il l’emporte avec 964 votes contre 189 votes pour son seul adversaire Edward Williamson.
Défaite de la mairesse à Moonbeam
À Moonbeam, la mairesse sortante Nicole Fortier Lévesque est défaite de peu par son adversaire, le conseiller municipal Éric Coté qui l’emporte avec 319 des votes contre 289 selon les résultats non officiels.
Celui-ci s’était présenté comme candidat pour les progressistes-conservateurs dans la circonscription de Mushkegowuk-Baie-James lors des élections provinciales de juin dernier, sans succès.
Nicole Fortier Levesque, mairesse sortante de Moonbeam. Archives ONFR+
Le canton de Moonbeam compte près de 1200 habitants et 70 % de sa population a pour première langue officielle la langue de Molière.
Retour d’un ancien maire à Cochrane
Peter Politis effectue un retour en force à la tête de Cochrane et ses 5300 habitants. Celui-ci avait perdu face à Denis Clément par seulement cinq voix en 2018 après avoir siégé comme maire depuis 2010.
Il obtient une belle revanche face au maire sortant avec 758 votes supplémentaires que son adversaire. La ville compte près de 33 % de personnes dont le français est la première langue officielle parlée.
Peter Chirico nouveau maire élu de North Bay
Peter Chirico sort vainqueur d’une course serrée à North Bay qui compte 52 000 d’habitants. Il l’emporte avec 49 % des voix face à la Franco-Ontarienne et ex-conseillère municipale depuis 2018, Johanne Brousseau, qui a recueilli 44 % des votes.
11 % de la population de la ville du Nord possède le français comme première langue officielle.
Hormis Casselman, Cornwall, La Nation et Hawkesbury, l’échiquier politique municipal est demeuré inchangé dans l’Est : les principaux représentants municipaux de la région sont de retour. Voici les résultats de Clarence-Rockland jusqu’à Hawkesbury.
Clarence-Rockland
Mario Zanth a été reconduit dans Clarence-Rockland avec 55 % des voix sur le conseiller Don Bouchard dans cette course à deux. M. Zanth avait succédé à Guy Desjardins, maire de 2014 jusqu’à son décès en juillet 2021.
« C’était une bonne course qui était longue. On a vraiment fait de notre mieux pour amener une plateforme progressiste, mais aussi réalisable », a réagi M. Zanth en entrevue.
Et de citer les activités et infrastructures sportives, des lieux de rassemblements pour les aînés et les limites de vitesse comme quelques-unes de ses priorités pour son prochain mandat de quatre ans.
La Nation
Francis Brière, conseiller de 2014 à 2022, l’a remporté face à Marie-Noëlle Lanthier. Il s’agit d’un changement alors que le maire sortant François St-Amour ne se présentait pas pour la première fois depuis 2010. Ce dernier a tenté de se faire élire dans Fournier, mais a été battu par Tim Stewart.
Cornwall
Dans la ville frontalière des États-Unis, c’est Justin Towndale qui l’a emporté avec près de 51 % des voix. Il a devancé Glen Grant, avec près de 41 % des voix, qui avait succédé à Bernadette Clement après son départ au Sénat en juin 2021.
Russell
Le portrait était déjà joué d’avance dans Russell puisque Pierre Leroux avait été élu maire par acclamation en septembre. Il a été élu à la tête de la ville en 2014, lui qui entame un troisième mandat.
Pierre Leroux a été élu par acclamation dans la municipalité de Russell. Gracieuseté
Alfred et Plantagenet
Yves Laviolette sera de retour après avoir succédé à Stéphane Sarrazin en juin dernier, ce dernier ayant fait le saut au niveau provincial sous la bannière progressiste-conservatrice. Élu avec 43 % des suffrages, M. Laviolette était le maire suppléant durant le règne de M. Sarrazin, après avoir été élu comme conseiller en 2018.
Il s’agit d’un retour aux sources pour celui qui occupait le même poste entre 1986 et 1992 dans le Comté d’Alfred. Ses adversaires René Beaulne, Chantal Galipeau et Marc Pudhomme ont respectivement rassemblé 32 %, 21 % et 4 % des votes.
Stormont Nord
Deux Franco-Ontariens s’affrontaient dans cette course entre Roxane Villeneuve et François Landry et ce dernier l’a emporté avec près de 60 % des voix. Il s’agit d’un nouveau maire pour la circonscription voisine de Casselman.
Casselman
C’est une travailleuse sociale, Geneviève Lajoie, qui l’a emporté sur le maire sortant Daniel Lafleur, qui avait fait son entrée à ce poste en 2018. Elle a reçu un peu plus de 1000 votes pour près de 59 % des voix. Daniel Lafleur avait dû se retirer de son poste en novembre 2021 avant de le réintégrer quelques semaines plus tard, impliqué dans une controverse. Il a cumulé pendant deux mois son poste d’élu avec celui de directeur général, en violation de la Loi sur les municipalités.
Daniel Lafleur, ex-maire de Casselman. Archives ONFR+
Hawkesbury
La mairesse sortante Paula Assaly n’aura pas un second mandat alors qu’elle a été défaite par Robert Lefebvre dans la municipalité frontalière du Québec. Robert Lefebvre, élu au conseil il y a quatre ans, a reçu 2468 contre 896 pour Mme Assaly.
Hawkesbury Est
Robert Kirby est de retour pour une vingtième année à la tête de la municipalité de Hawkesbury Est. Ce dernier a été élu par acclamation en août dernier dans la municipalité de 3500 habitants.
Champlain
Normand Riopel est de retour, lui qui a été élu par acclamation en août dernier. Il avait été élu à ce poste en 2018.
Glengarry Nord
Jamie MacDonald a lui aussi été élu par acclamation dans Glengarry Nord, de même que son adjointe Carma Williams. Les électeurs se rendaient aux urnes, lundi, uniquement pour choisir les conseillers des quartiers Lochiel, Kenyon et Maxville.
SUDBURY – Sans grande surprise, c’est Paul Lefebvre qui succède à Brian Biggercomme maire de la ville du Nickel. L’ex-député fédéral de Sudbury est le premier maire franco-ontarien de la ville depuis 1982.
Il aura fallu attendre longtemps avant d’avoir le résultat du scrutin dans le Grand Sudbury arrivé tard en soirée lundi.
Largement favori de la course, c’est le candidat et ancien député fédéral libéral de la circonscription de Sudbury Paul Lefebvre qui a été annoncé grand vainqueur de la course municipale de la plus grande ville du Nord.
Les résultats non-officiels indiquent qu’il remporte le scrutin avec 20 354 voix soit 55,23 % des votes, ce qui représente 73 % du dépouillement de ce lundi.
« Quelle belle soirée! On est très choyés, vraiment humble devant cet appui de la part des Sudburois » s’est-il confié en entrevue.
Loin derrière se trouvaient deux autres francophones l’ex-conseillère municipale Evelyn Dutrisac avec 15,65 % et l’entrepreneuse Miranda Rocca-Circelli avec 13,74 %.
L’environnement, le logement et le budget de la ville font partie des priorités du nouveau maire élu. Crédit photo : Inès Rebei.
Près d’une soixantaine de personnes étaient présentes au restaurant The Daventry pour démontrer leur support au nouveau maire élu, qui est arrivé avec son épouse et ses trois enfants.
Une nouvelle ère
Paul Lefebvre en a profité pour faire un discours de remerciement dans lequel il a pu insister sur le fait qu’il souhaite incarner le changement positif qu’il juge être nécessaire pour la ville de 166 000 habitants.
Prononcé dans les deux langues officielles, son discours étaient aussi l’occasion de féliciter l’engagement de ses nombreux bénévoles et la campagne de ses adversaires.
« C’est la première fois dans l’histoire du Grand Sudbury vous offrira du service et communiquera avec vous dans les deux langues officielles » a-t-il déclaré en fin de discours sous les applaudissements de l’audience.
Malgré un certain recul, la ville du Grand Sudbury compte 22,5 % de citoyens dont le français constitute la première langue officielle parlée selon le dernier recensement de Statistiques Canada dévoilé en septembre dernier.
Le franco-ontarien avait décidé de quitter la scène fédérale après deux mandats pour la scène municipale afin de se rapprocher de sa famille restée à Sudbury.
« Je suis très heureux de pouvoir rester à Sudbury » confie-t-il en entrevue avant d’ajouter qu’il voulait être au plus près de ses enfants durant leur adolescence.
Paul Lefebvre a été député fédéral de Sudbury de 2015 à 2021. Crédit photo : Inès Rebei.
Le nouveau maire dit que sa priorité sera d’abord d’aller à la rencontre des nouveaux conseillers élu dès demain, car selon lui la cohésion est la clé du succès du fonctionnement de la ville.
Il souhaite également augmenter la population de la ville à 200 000 habitants et proposer des logements abordables afin de réduire la crise que connaît actuellement la ville.
OTTAWA – Mark Sutcliffe est le nouveau maire élu de la Capitale nationale. Il s’impose avec 51 % des suffrages, devant Catherine McKenney (38 %) et Bob Chiarelli, largement distancé (5 %). L’ère Watson prend officiellement fin, après 12 ans de règne.
« C’est une belle soirée à Ottawa. Je ressens beaucoup d’humilité, de joie et de soulagement », a déclaré M. Sutcliffe qui a remercié le travail acharné des bénévoles. « Je suis très reconnaissant. Reconnaissant pour ceux qui nous soutiennent et qui soutiennent notre vision. »
La course qui opposait Catherine McKenney et Mark Sutcliffe était tout particulièrement serrée durant cette campagne. Les derniers sondages Mainstreet Research ce vendredi 21 octobre, plaçaient McKenney en tête avec une très légère avance de 3 %.
Mark Sutcliffe face à la presse après sa victoire. Crédit image : Stéphane Bédard
Ce matin, M. Sutcliffe est allé voter dans le quartier du Parc Champlain à Ottawa. Il a ensuite fait un dernier porte-à-porte avant de « prendre ça relax » comme l’a expliqué son équipe de campagne.
Les prochaines quatre années seront un test pour l’ancien journaliste qui entame une carrière politique pour la première fois.
Attendu sur plusieurs dossiers
Le nouveau maire a promis d’agir sur de nombreux sujets dans sa plateforme de campagne. Maintenant que l’ancien journaliste est le maire d’Ottawa, il sera attendu sur des dossiers vraisemblablement importants.
Il est question de sécurité. Mark Sutcliffe promet que dans les 30 jours suivant son entrée en fonction, il instaurera un groupe de travail chargé de produire un plan pour régler le problème des personnes prises aux troubles avec l’usage de substances. Dans son plan, le nouveau maire veut moderniser les services d’urgences et investir dans les services sociaux. Il mettra en place un investissement de 5 millions de dollars pour plus d’ambulances et de paramédicaux.
Le nouveau maire modernisera les circuits et les horaires du service d’autobus d’OC Transpo et veut également permettre à la Ville de Gatineau de faire circuler ses autobus électriques à Ottawa.
Mark Sutcliffe et sa famille. Crédit image : Lila Mouch
Mark Sutcliffe voudra faciliter la mise en œuvre de plans et de consultations dans l’élaboration de tous types de logements et simplifier le processus d’approbation pour les petits projets. En plus, le maire annulera les frais de demande de planification pour les projets comportant 40 % de logements abordables.
Rappelons que le maire d’Ottawa possède désormais un droit de veto en matière de construction de logements. C’est le fameux pouvoir que Doug Ford a offert aux maires des deux plus grandes villes ontariennes, Toronto et Ottawa.
M. Sutcliffe s’engage à limiter l’augmentation de l’impôt foncier – entre 2 % et 2,5 % – dès 2023 et 2024. Le nouveau maire s’engage aussi à ne pas adopter de nouvelles formes de taxes au cours des quatre prochaines années.
Ottawa, ville bilingue
Pour la communauté francophone, les promesses en matière de bilinguisme seront observées à la loupe.
En effet, Mark Sutcliffe a fait de nombreuses promesses dans sa plateforme « Hello-Bonjour ». En entrevue avec ONFR+, avant son élection, il affirmait être « ouvert aux idées pour influencer l’usage du français. Tout ce qu’on peut faire pour démontrer qu’Ottawa est bilingue, il faut le faire ».
Parmi les promesses, on retrouve notamment le désir d’augmenter le nombre de programmes récréatifs en français. Ou encore, assurer l’accès en français aux services de première ligne de la ville d’Ottawa.
Le nouveau maire de la capitale nationale travaillera de concert avec des conseillers municipaux à majorité anglophones.
Déception dans le camp de Catherine McKenney
Au terme de 45 jours de campagne, Catherine McKenney, qui utilise le pronom « iel », s’est finalement incliné dans la course à la mairie d’Ottawa. Jouissant pourtant d’une avance constante dans les sondages, iel avait vu Mark Sutcliffe rattraper son retard au cours des jours précédant le scrutin. En effet, ce dernier était revenu à trois points de pourcentage en date du 22 octobre dernier. C’est finalement le candidat bilingue qui prendra la succession de Jim Watson.
McKenney avait choisi d’établir son quartier général au Allsaints event space sur l’avenue Laurier pour cette soirée électorale. Environ 400 personnes s’étaient jointes à l’événement selon son staff, dont certaines francophones. Parmi elles figurait Simone Thibault, ancienne directrice générale des organismes communautaires francophones et bilingues à Ottawa. Celle-ci confiait avant la tombée des résultats que « la plateforme [de McKenney] avait collé à [s]es valeurs », en soulignant qu’iel s’était toujours battu pour les services en français.
Catherine McKenney a échoué dans sa tentative de devenir maire d’Ottawa. Crédit image : Johan Savoy
Dans son discours de défaite, McKenney a félicité le nouveau maire élu. Le candidat défait a souligné le fait que Sutcliffe « croit en cette ville et en son potentiel », une chose qu’iel respecte profondément. Rappelant que les électeurs avaient eu le choix entre « deux visions claires et différentes pour la ville », McKenney a concédé que son projet n’avait pas obtenu la majorité des votes. Cela ne l’a pas empêché, toutefois, de souhaiter le meilleur au nouveau maire d’Ottawa.
Sur le plan personnel, McKenney est revenu sur les deux mandats qu’iel a remplis à Sommerset Ward et Downtown Ward en tant que conseiller. Une expérience qui fut, selon iel, un honneur. Avouant finalement ne pas réellement savoir de quoi sera fait son avenir, McKenney a assuré qu’iel continuerait de se battre pour les causes qui lui tiennent à cœur, notamment l’itinérance, le climat et le transport.
Article écrit avec la collaboration de Johan Savoy.
Cet article a été mis à jour le mardi 25 octobre à 10h30.
TORONTO – À l’issue des élections municipales organisées ce lundi 24 octobre en Ontario, le maire sortant de Toronto, John Tory, a été reconduit aux affaires de la Ville reine pour un troisième mandat consécutif, et ce avec une confortable avance sur son principal rival, Gil Penalosa.
« Je suis reconnaissant de la confiance que vous m’avez accordée pour continuer à diriger notre ville au cours des quatre prochaines années », a déclaré M. Tory lors d’un discours aux supporters dans une chambre de l’hôtel Fairmont Royal York du centre-ville.
Il a recueilli près de 60 % des votes, ce qui n’est pas là une surprise dans la mesure où tous les sondages antérieurs au vote le donnaient vainqueur, et ce depuis le début de la campagne électorale.
Ils étaient en tout 31 candidats en lice, avec néanmoins un seul qui aurait pu inquiéter le maire sortant. Il s’agissait de Gil Penalosa qui est parvenu au fil de la campagne à s’afficher comme le principal adversaire de M. Tory. Cependant, mais ce dernier n’a finalement obtenu que 18 % des voix.
John Tory prend la parole après les résultats. Crédit image : Soufiane Chakkouche
Du côté du symbole, si l’homme de 68 ans menait à terme ce troisième mandat, il deviendrait le premier maire de l’histoire de Toronto à passer 12 ans à sa tête. Cependant, cela s’arrêterait là, puisque M. Tory a déjà fait savoir qu’il s’agissait de la dernière fois qu’il se présentait aux élections.
Quant à la seule conseillère municipale francophone de Toronto, à l’instar du maire, Jennifer McKelvie a aussi été réélue haut la main pour un deuxième mandat dans le quartier 25 à Scarborough-Rouge Park, le plus à l’est de la Ville reine.
Elle a récolté presque 72,3 % des voix, soit loin devant sa principale adversaire, Jacinta Kanakaratnam et ses 17,6 % des voix.
Andrea Horwath et Steven Del Duca élus à Hamilton et Vaughan
Ailleurs dans la grande région de Toronto, notons la victoire d’Andrea Horwath qui a réussi son pari de conquérir la mairie de Hamilton. Après plusieurs revers successifs à devenir première ministre de l’Ontario, l’ex-cheffe du Nouveau Parti démocratique ontarien et de l’opposition officielle à Queen’s Park rebondit donc politiquement en succédant à Fred Eisenberger qui totalisait trois mandats depuis 2006.
Cette course dans le ville de l’acier s’est jouée dans un mouchoir de poche avec Keanin Loomis, un adversaire qui s’est révélé coriace tout au long de la campagne. En récoltant près de 43 %, Mme Horwath, qui affrontait en outre l’ancien maire Bob Bratina, devient ainsi la première mairesse de Hamilton.
Andrea Horwath devient la première mairesse de l’histoire de Hamilton. Source : Twitter Andrea Horwath
Même issue positive pour Steven Del Duca à Vaughan, autre ancien chef de parti provincial. L’ex-chef de file des libéraux a été élu maire du justesse. Sa cuisante défaite aux dernières élections provinciales avait précipité son départ de la tête du Parti libéral.
L’ancien ministre des Transports de Kathleen Wynne s’était alors lancé dans la courses aux municipales en s’inscrivant dans la continuité de l’ancien maire de Vaughan, le très respecté Mauricio Bevilacqua. « Je travaillerai tous les jours pour lutter contre les embouteillages, maintenir les impôts fonciers bas et assurer la sécurité de nos communautés », a-t-il promis à ses futurs administrés.
Bonnie Crombie et Patrick Brown se maintiennent à Mississauga et Brampton
Bonnie Crombie entamera un troisième mandat à la tête de la Ville de Mississauga. « Je suis honorée que les résidents de Mississauga m’aient choisi pour représenter la troisième grande ville de l’Ontario », a réagi la mairesse sortante.
Élue pour la première fois en 2014, Mme Crombie milite notamment pour que Mississauga se sépare de la région de Peel pour devenir autonome.
Bonnie Crombie savoure son troisième succès électorale à Mississauga. Source : Twitter Bonnie Crombie
Dans la ville voisine, Brampton, Patrick Brown l’a largement emporté avec 60 % des votes, face à ses poursuivants Nikki Kaur (26 %) et Bob Singh (8 %), conservant son fauteuil de maire. Plusieurs affaires avaient pourtant secoué sa campagne, ce qui ne l’a pas empêché de rafler une très large victoire.
Article écrit avec la collaboration de Rudy Chabannes.
Cet article a été mis à jour le mardi 25 octobre à 10h30.
OTTAWA – Le premier ministre ontarien Doug Ford et la vice-première ministre Sylvia Jones — Solliciteure générale au moment des faits — refusent de témoigner à la Commission Rouleau après avoir été sommés par celle-ci de se présenter aux audiences publiques.
Les deux ont refusé d’être interviewés par les avocats de la Commission et de témoigner lors des audiences publiques, indique une lettre des avocats de la Commission.
« Nous espérons que le premier ministre Ford et le ministre Jones accepteraient de comparaître devant la Commission volontairement. Toutefois, étant donné que les invitations répétées ont toutes été déclinées, la Commission a délivré aujourd’hui des sommations au premier ministre Ford et à la ministre Jones en vertu de l’article 4 de l’enquête de la Loi sur les mesures d’urgence », est-il écrit.
Le gouvernement Ford n’a pas tardé à réagir indiquant qu’il irait devant les tribunaux pour contester l’obligation de témoigner arguant que « l’assignation est incompatible avec le privilège parlementaire des députés », a déclaré le porte-parole du Procureur général de l’Ontario, Andrew Kennedy.
Outre des membres de la Police provinciale de l’Ontario, le sous-ministre adjoint du ministère des Transports Ian Freeman et le sous-ministre du ministère du Solliciteur général sont les seuls témoins de la fonction publique ontarienne.
« Nous croyons que les questions sur la réponse institutionnelle de l’Ontario seront suffisamment abordées par le témoignage des deux hauts fonctionnaires déjà sélectionnés par la Commission (…) Dans l’ensemble, nous avons toujours été d’avis qu’il s’agissait d’une affaire policière et que les témoins de la police qui témoignent sont les mieux placés pour fournir à la Commission les éléments de preuve dont elle a besoin », ajoute Andrew Kennedy
Une première demande en septembre
Doug Ford disait pourtant la semaine dernière qu’on ne lui avait pas demandé de témoigner, ce qui se révèle être faux aujourd’hui. Ce dernier avait alors justifié son absence par le fait que des gens plus compétents que lui, soit des agents de la police provinciale étaient sur la liste des témoins.
Dans cette lettre, les avocats de la Commission disent avoir demandé une première fois le 19 septembre un entretien, ce qui a été refusé. La demande aurait été répétée à plusieurs autres reprises avec la même réponse. Les avocats auraient alors demandé à ce qu’ils viennent comparaître de façon volontaire comme les autres 65 témoins.
La Commission estime que Doug Ford et l’actuelle ministre de la Santé ont eu « un rôle central dans les événements de janvier et février 2022 et, en conséquence, convient qu’ils possèdent des informations pertinentes pour le mandat d’enquête de la Commission ».
« Depuis la semaine dernière, l’invitation à témoigner devant la Commission a été déclinée « pour le moment » », peut-on lire dans cette lettre adressée en réponse à une demande de trois organisations.
L’Association canadienne des libertés civiles (ACLC), la Canadian Constitution Foundation et la Coalition d’Ottawa avaient chacun demandé le témoignage de Doug Ford et Mme Jones dans une missive aux représentants de la Commission.
Des représentants de la Ville d’Ottawa, dont le maire Jim Watson, ont affirmé lors des audiences publiques que l’Ontario avait refusé d’allouer des ressources policières supplémentaires. Dans un appel avec M. Watson, Sylvia Jones avait dit qu’elle laissait la situation entre les mains de la police, car « les élus ne devraient pas s’en mêler ».
Justin Trudeau avait même accusé Doug Ford de se cacher lors de la crise des camionneurs pour des raisons politiques.
TORONTO – Les résultats des tests provinciaux 2021-2022 des élèves de 3e, 6e et 9e année en Ontario révèlent une diminution importante du taux de réussite en mathématiques, et ce, pour l’ensemble de ces classes. Plusieurs raisons pourraient expliquer ce recul des acquis.
Les élèves de 3e année ont vu leurs résultats diminuer dans les trois catégories du test, que sont la lecture, l’écriture et les mathématiques. De même, pour les élèves de 6e et de 9e année qui se retrouvent en dessous de la norme provinciale en mathématiques.
Pour comparer ces connaissances, l’étude de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) compare les taux de réussite de l’année scolaire 2018-2019 à ceux qui viennent d’être dévoilés vendredi dernier pour l’année 2021-2022. Au milieu, il y a eu la pandémie.
Paul Baril, président de Parents partenaires en éducation. Gracieuseté
Pour les élèves de 3e année, tous conseils confondus, anglophones et francophones, les trois domaines sont à la baisse. Les niveaux restent assez élevés tout de même en lecture avec 87 % des élèves en réussite pour 2018-2019 et un taux de 81 % en 2021-2022.
Résultat des élèves de 3e année, toutes écoles confondues. Source : OQRE
Pour les élèves de 3e année en école francophone, les données sont à la baisse, mais sont légères en mathématiques. 68 % des élèves étaient au-dessus de la norme provinciale en 2018-2019. Ils sont 60 % à avoir réussi en 2021-2022.
Conséquence de la pandémie
Paul Baril, président de l’association Parents partenaires en éducation (PPE), pense que « ce n’est pas si catastrophique et que ça aurait pu être pire. C’est la pandémie qui est à blâmer et le recul est planétaire ». Il admet que la pandémie est la cause majeure de ce recul des acquis en mathématiques. D’ailleurs, selon lui, ce n’est pas une surprise et les parents s’en doutaient.
« Il faut aussi garder en tête que le retard académique ne peut pas être réglé en un an ou deux ans », stipule le président.
Pour M. Baril, il faut rattraper cet écart de façon graduelle. Il ajoute aussi : « Il n’y a pas que l’académique dans la vie, il y a tout le côté social qui a été négligé. »
Résultat des élèves de 3e année dans les écoles francophones. Source : OQRE
Durant la pandémie, « faire l’école aux élèves de 1re année et de 2e année pour les parents, ça n’a pas dû être simple. Le niveau d’attention à cet âge-là est difficile ».
Ces deux années sont celles où l’enfant apprend à lire et à compter, ce sont les bases de l’apprentissage qui se déroulent durant la 1re et la 2e année.
« Ce qu’on observe, c’est que les élèves ayant passé cet examen en 3e ont vécu leurs deux premières années d’apprentissage à la maison, en pandémie. »
Baisse significative en mathématiques
Les élèves francophones de 6e année n’ont pas atteint la norme provinciale en mathématiques. Les résultats sont à hauteur de 42 % en 2021-2022, or, ils étaient 76 % en 2018-2019.
Pour Brigitte Caveen, enseignante de mathématique à Sudbury, la diminution observée chez les 6e et 9e montrerait aussi que le test n’est plus vraiment adapté à la réalité post-pandémie.
Résultat du test de mathématique pour les élèves de 6e année des écoles francophones. Crédit image : Impression écran/ OQRE
« Nous savions que les résultats aller être ainsi et, effectivement, avec les défis de la pandémie et l’école en ligne, le niveau a changé, même dans notre façon d’enseigner. »
« Il faut qu’on rattrape nos élèves et on fera les tests après », suggère-t-elle.
L’enseignante explique qu’outre la pandémie, pour la 9ᵉ année, il y aurait plusieurs raisons qui expliquent que les élèves francophones soient passés de 73 % à 53 % en 2021-2022.
Brigitte Caveen, enseignante de mathématiques à Sudbury. Gracieuseté
D’abord, en 2021, le gouvernement a enlevé les niveaux dans les cours de mathématiques de 9e année, c’est-à-dire que tous les niveaux se sont retrouvés dans la même classe.
De plus, le curriculum de mathématiques a changé cette même année. « Ce curriculum, nous n’avions pas pu l’explorer avant l’année scolaire et nous n’avions pas de manuel pour ce cours-là. »
Pour Mme Caveen, il faut ajouter l’impact des congés liés à la COVID-19 et donc le nombre de suppléants qui ont déferlé dans les classes. « Je pense que cela a ajouté du stress aux élèves. »
Résultat du test de mathématiques des élèves de 9e année pour les écoles francophones. Crédit image : Impression écran / OQRE
Ce qui sera très intéressant, c’est de voir le rendement par conseil scolaire. « On verra si le rural – qui n’a pas un internet fiable – sera en décalage avec le monde urbain. »
D’après Paul Baril, plus de 40 % des écoles en Ontario, hors région urbaine, avaient une connexion internet limitée.
« La santé mentale des enfants reste plus importante que des données mathématiques » – Paul Baril
« Finalement, les élèves ont peut-être fait plus de lecture et d’écriture durant la pandémie », se questionne l’enseignante. « Tant mieux, parce que les niveaux sont très bons. Et puis pour les mathématiques, tant que ce n’est pas zéro, c’est qu’il y a eu un apprentissage ».
« Les parents ont possiblement fait de bons choix pour leurs enfants, comme la santé mentale », conclut-elle. « Maintenant, on va s’occuper de rehausser le niveau de nos beaux élèves ontariens. »
Enfin, pour Paul Baril, « la santé mentale des enfants reste plus importante que des données mathématiques ».
Les électeurs sont appelés aux urnes ce lundi pour élire leur maire, leur conseiller municipal et leur conseiller scolaire. Voici dix chiffres pour tout saisir l’importance de ce scrutin local qui a lieu tous les quatre ans.
6306
Quelque 6306 candidats se présentent cette année. Pour élire votre maire et votre conseiller municipal, vous devez être citoyen résidant en Ontario, âgé d’au moins 18 ans et sans antécédents criminels. Les bureaux de vote sont ouverts de 10h à 20h. Sur place, vous aurez besoin de présenter une pièce d’identité qui comprend votre nom et votre adresse. Votre employeur est dans l’obligation de vous accorder une pause de trois heures pour aller voter.
417
Un total de 417 élections sont organisées à travers la province afin de pourvoir un total de 2860 sièges dans les conseils municipaux conseil. Pourtant, il y a 444 municipalités. Comment est-ce possible? Eh bien certains élus siègent à la fois au conseil local et de palier inférieur (comté, district, région), ce qui porte le nombre total de sièges à 3266 dans 444 municipalités.
60 %
60 % des sièges du conseil sont considérés comme généraux, ce qui signifie qu’ils sont élus par les résidents de toute la municipalité, comparé à 32 % des conseils où les membres sont élus par quartier (par exemple, Toronto et Ottawa) et 9 % qui incluent une combinaison. Trois gouvernements municipaux régionaux ont une élection directe du président régional au palier inférieur : Durham, Halton et Waterloo.
31 %
31 % des candidats sont des femmes en 2022, un chiffre en hausse comparé à 2018. On compte 1 931 candidates contre 1 808 aux dernières élections. Dans le même temps, le nombre total de candidats (hommes et femmes confondus) a quant à lui baissé de 5 %, soit environ 350 personnes de moins en 2022 par rapport à 2018.
217
On compte 217 municipalités qui utilisent le vote en ligne ou par téléphone, soit une hausse de 24 %, par rapport à 2018 où in en comptait 175. De grandes villes comme Toronto et Windsor n’offrent toujours pas cette solution aux électeurs.
32
Trente-deux villes n’organisent pas de scrutin, tous leurs conseils ayant été élus par acclamation. Ce sont toutes des villes de moins de 10 000 résidents comme Armstrong et Chapleau, par exemple. C’est 3 % de plus qu’en 2018, où 26 conseils avaient été acclamés.
38,3 %
38,3 % des Ontariens ont pris part au vote au dernier scrutin. Historiquement, les élections municipales enregistrent le taux de participation le plus bas par rapport aux élections provinciales (43,5 % en 2022) et fédérales (62 % en 2021).
5
Cinq conseillers composent la plupart des conseils municipaux de l’Ontario mais cela peut varier suivant la taille de la municipalité. Toronto en compte 25 et Ottawa 23. Plusieurs changements de taille interviennent cette année : le canton d’Alfred et Plantagenet réduira sa taille de sept à cinq membres, la Ville de Penetanguishene de neuf à sept membres. Inversement, la Ville d’Ottawa passera de 24 à 25 élus et la municipalité de la Nation de cinq à sept élus.
31
Trente-et-un candidats se présentent au poste de maire de Toronto, dont le sortant et favori John Tory, en course pour un troisième mandat, tandis que 164 candidats se disputent un des postes de conseiller municipal. À Ottawa, 14 candidats sont en lice pour succéder au sortant Jim Watson, dont Catherine McKenney, Mark Sutcliffe et Bob Chiarelli. 106 tentent de remporter un des 24 sièges de conseillers.
106
C’est le record mondial de candidatures à des élections détenu par Jean Turmel, un Franco-Ontarien qui cette année tente sa chance à Brantford, près de Hamilton. En effet, qu’elles soient fédérales, provinciales ou municipales, ce natif de Rouyn-Noranda compte depuis 1979, année de sa première candidature, 106 participations.
TORONTO – S’il est réélu, John Tory s’engage à renouveler le comité consultatif des affaires francophones, à s’assurer que les bibliothèques ne se débarrasseront plus des livres de langue française et à chercher une solution à l’absence de communications en français de la Ville. Les autres candidats tentent de jouer une carte différente pour séduire les électeurs franco-torontois, lors des élections municipales qui ont lieu ce lundi.
« Le maire est un fervent partisan de la communauté francophone de Toronto », assure sa porte-parole de campagne, Jenessa Crognali. « Il a appuyé la création du Comité consultatif des affaires francophones et s’engage à le maintenir. Il a appuyé l’ouverture de l’Université de l’Ontario français et la réintégration de Toronto dans l’Association française des municipalités de l’Ontario. »
En juillet dernier, le maire sortant qui brigue un troisième mandat a aussi appuyé une recommandation demandant au Bureau des nouveaux arrivants de Toronto de s’assurer que la population francophone de Toronto joue un rôle actif dans la mise en œuvre de la stratégie torontoise des nouveaux arrivants 2022-26.
Après la controverse des livres supprimés des bibliothèques, la Ville semble avoir retenu la leçon mais la communauté reste sur le qui-vive, de même que pour la communication de la ville, critiquée pour ne pas inclure le français.
« Le maire s’engage à faire en sorte que la collection de la Bibliothèque publique de Toronto continue de contenir des centaines de livres en français », certifie Mme Crognali. Elle promet également que le maire cherchera à offrir « plus de communications et de services en français pour mieux servir notre population francophone ».
Et de prendre en exemple le 311 qui propose des informations dans plus de 180 langues, dont le français, et le site Internet de la Ville qui peut être traduit dans 51 langues différentes, y compris en français.
John Tory, maire de Toronto. Archives ONFR+
Gil Penalosa : « Soutenir davantage les services en français »
« Nous pourrions en faire davantage pour soutenir les programmes et les services en français », estime pourtant Gil Penalosa, un des principaux adversaires de John Tory dans la course aux municipales.
Il s’inquiète notamment des dernières données du recensement canadien de l’année dernière montrant un déclin de la langue française. « Le français occupe la 18e place à Toronto avec un peu plus de 27 000 locuteurs mais c’est une de nos langues officielles et nous devons le protéger, le conserver. »
M. Penalosa affirme que la Ville devrait faire plus d’efforts, à commencer par « offrir toutes les communications aux citoyens dans le plus de langues possibles afin qu’ils puissent accéder aux programmes, aux services et participer pleinement à la démocratie ».
Gil Penalossa. Source : site web de campagne
Sarah Climenhaga : « Des communications en ligne en français »
Sarah Climenhaga hoche de la tête. « Je crois que la technologie de traduction est suffisamment sophistiquée », dit-elle, « pour qu’il soit désormais possible d’avoir toutes les communications en ligne disponibles en français ».
Afin de favoriser la participation du public, elle croit aussi que des réunions et des assemblées publiques d’intérêt particulier pour la francophonie devraient dérouler entièrement ou partiellement en français. « Toronto est un endroit incroyablement diversifié sur le plan linguistique, et la langue française doit y occuper une place importante et unique dans notre ville. »
Si elle concède néanmoins ne pas connaître les attentes des Franco-Torontois, elle promet de les écouter si elle est élue maire. « J’aimerais entendre ses membres sur la façon dont ils croient que le maire devrait améliorer le français dans notre ville. »
La candidate Sarah Climenhaga. Source : Facebook
Chloe Brown : « Travailler ensemble à augmenter le nombre de francophones »
« Peu de choses ont été faites pour rendre le français accessible aux anglophones, que ce soit par le biais de programmes d’immersion, d’événements culturels ou de programmes d’échange qui aideraient à combler les clivages régionaux et locaux », remarque Chloé Brown, une autre candidate.
Comparant Toronto à une plaque tournante pour les francophones d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe, Chloe Brown compte sur l’inclusion d’un plus grand nombre de groupes parlant le français pour créer les conditions d’un dialogue plus constructif. « Nous travaillerons ensemble augmenter le nombre de francophones et de francophiles », promet-elle si elle est élue.
« Les francophones pourront concevoir et accroître l’accès au bilinguisme en collaborant avec les secteurs francophones des affaires, de la culture et du développement communautaire qui contribueront à la création de programmes de développement du leadership », envisage celle qui veut « améliorer le statut des langues officielles à Toronto en élargissant notre palette de bilinguisme grâce à des événements comme Francophonie en Fête ».
La candidate Chloe Brown. Source : site web de campagne
Jack Yan : « Organiser un événement où vous mangerez un croissant ne changera rien »
Jack Yan, lui, ne veut pas promettre ce qu’il ne pourrait pas tenir. « Toronto peut promouvoir davantage d’événements culturels francophones, mais en fin de compte, l’adoption du français à Toronto est vraiment une question démographique. Organiser un événement culturel symbolique où vous mangerez un croissant ne changera rien. Ce sont les francophones qui doivent travailler ensemble et encourager les entreprises et les individus à apprendre le français. »
« Les communications de la Ville devraient être en anglais et en français pour refléter l’héritage bilingue du Canada », juge-t-il. « À part ça, je ne crois pas que la ville ait beaucoup de pouvoir pour améliorer la position du français. Je ne crois pas que l’obligation d’afficher des panneaux sur les propriétés non gouvernementales soit raisonnable ni propice à encourager l’adoption du français à Toronto. »
Et quand on lui demande ce qu’il pense du bilan de John Tory, il répond simplement : « Je ne crois pas qu’il ait fait quoi que ce soit. »
Le candidat Jack Yan. Source : site web de campagne
TORONTO – Nouvelle annulation d’élection scolaire dans la Ville reine. C’est cette fois-ci dans le quartier 4-Toronto Est – qui recouvre les écoles catholiques de langue française de Scarborough et de la vallée de la Don – que deux candidats ont été déclarés inéligibles en moins de 24 heures. Le couperet du greffier est tombé ce samedi.
« L’élection du conseiller scolaire catholique de langue française, Conseil scolaire catholique MonAvenir, est annulée après avoir déterminé qu’un candidat supplémentaire n’est pas éligible pour occuper un poste », a fait savoir le bureau du greffier John D. Elvidge.
Il faudra donc en passer par une élection partielle puisqu’un seul candidat restait en course et qu’on ne peut être élu par acclamation dans ce cas de figure, au regard de la Loi sur les élections municipales.
Trois candidats étaient en lice pour le poste à l’origine mais, déjà vendredi soir, la Ville en avait écarté un premier. L’inégibilité du second a donc conduit à l’annulation du scrutin.
Le greffier a rappelé qu’au regard de la Loi tout candidat devait avoir soit le français comme première langue apprise et comprise, soit avoir fréquenté une école de langue française au Canada, soit avoir un enfant qui a fréquenté ou fréquente une école de langue française au Canada.
« Les bulletins de vote pour le jour du scrutin ont déjà été imprimés et ne peuvent pas être modifiés à temps pour les élections de lundi », précise le communiqué. « Le jour de l’élection, les électeurs seront avisés de ne pas marquer leur bulletin de vote pour le poste de conseiller scolaire du Conseil scolaire catholique MonAvenir. »
L’élection à ce poste sera annulée sur les bulletins de vote déposés le jour de l’élection, ainsi que sur ceux déjà déposés lors du vote par anticipation et par le vote par correspondance. Les électeurs concernés pourront toujours voter pour le maire et le conseiller municipal le jour de l’élection, ce lundi.
Il s’agit de la deuxième annulation d’une élection de conseiller scolaire de langue française après celle du quartier 3-Centre pour les écoles du Conseil scolaire Viamonde. Là aussi pour le même motif autour de la notion d’ayant droit.
BURLINGTON – Vous ne le connaissez peut-être pas, mais la maison historique du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) située au 20 Lower Spadina porte désormais son nom. Durant toute sa carrière entièrement dédiée à la francophonie ontarienne, l’homme s’est toujours montré très discret, préférant l’action à la parole, le travail aux projecteurs. Il est de ceux qu’on n’hésite pas à sortir de la retraite pour mettre sur pied des projets aussi colossaux que celui de l’UOF.
« Depuis septembre dernier, la maison historique du CFGT a été rebaptisée Centre Jean-Luc Bernard. Qu’est-ce que cela vous fait quand vous passez devant cette plaque?
Ce sont toujours des émotions assez fortes parce que je me dis que c’est une des premières maisons de rassemblement pour la francophonie ontarienne. C’est intéressant de voir un édifice comme ça qui porte mon nom en hommage à ma participation et ma collaboration au niveau communautaire pendant toutes ces années. C’est un lieu historique que, je l’espère, continuera à promouvoir la francophonie.
À l’image de votre réponse précédente, vous êtes avare en mots et vous avez toujours su rester très discret dans votre engagement au sein de la communauté. Est-ce là une stratégie de communication voulue?
C’est voulu parce que je préfère être discret et avoir des actions concrètes au lieu d’être mis en avant dans les médias. Ma préférence c’est faire le travail, accomplir et collaborer avec les différents organismes. La présence médiatique, ce n’est pas une chose que je recherche.
Jean-Luc Bernard a été honoré plusieurs fois pour son travail au sein de la communauté franco-ontarienne. Gracieuseté
Vous êtes au CFGT en tant que bénévole et membre du conseil d’administration depuis près de 20 ans, ce qui veut dire que vous êtes passé par différentes époques et épreuves. Quelle est la meilleure époque pour vous?
Je dirais lorsqu’on a eu la fusion du Centre francophone avec le Centre de santé. J’ajouterais que la dernière époque qui est la meilleure aussi, c’est celle qui a commencé depuis les trois dernières années avec tout ce qu’on y a accompli en matière de développement de programmes et de services, au même titre que l’ouverture de différents nouveaux satellites du Centre francophone durant cette période.
Pourquoi n’avez-vous jamais brigué le poste de PDG au sein du CFGT?
Quand je me suis impliqué dans le Centre francophone au début, j’étais directeur de l’éducation au Conseil scolaire Viamonde. Après, lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai préféré travailler dans l’ombre, en arrière pour faire avancer les dossiers et laisser, par la même occasion, la chance à quelqu’un d’autre de donner une vision différente au Centre. Il ne faut pas oublier que je viens du monde de l’éducation, alors que là il s’agit d’un monde communautaire, social et de santé, ce qui nécessite des expertises spéciales.
Quel est le plus beau souvenir que vous gardez de votre parcours au sein de la francophonie ontarienne?
Je répondrais que c’est la rencontre des différentes personnes qui m’ont guidé dans mon cheminement et avec lesquelles j’ai travaillé sur beaucoup d’affaires. Si on a connu quelques succès dans certains dossiers, c’est grâce aux personnes avec qui j’ai travaillé. Cette collaboration représente pour moi le meilleur souvenir de ma carrière.
Jean-Luc Bernard aux côtés de Caroline Mulroney, ministre des Transports et ministre des Affaires francophones de l’Ontario et de Dyane Adam, ancienne commissaire aux langues officielles. Gracieuseté
Qu’en est-il du plus mauvais?
C’est peut-être la période de flottement et d’inconnu qui a accompagné la transition lorsque nous avons obtenu la gestion des conseils de langue française. Il y a eu énormément de travail qui a été fait en peu de temps avec peu de paramètres qui nous permettaient de développer la gouvernance.
On a également fait appel à vous, alors que vous étiez à la retraite afin de gérer l’Université de l’Ontario français pendant les deux années qui précédaient son ouverture officielle. Quels en étaient les principaux défis?
Les principaux défis étaient de rencontrer des échéanciers, de même que le budget lui-même. On avait une fenêtre spécifique pour mettre sur pied l’université avec un financement qu’il ne fallait pas dépasser, et cela en veillant à respecter la date d’ouverture qui était septembre de l’année dernière.
Vous avez occupé plusieurs fois le poste de directeur de l’éducation. Vous étiez aussi membre du conseil d’administration de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario pendant sept ans. Au vu de votre longue expérience dans le domaine, qu’est-ce que vous préconisez pour atténuer la pénurie actuelle d’enseignants?
Il faut commencer déjà par redorer la profession, parce que pendant plusieurs années, on n’a pas cessé d’attaquer la profession d’enseignant. Selon moi, il faut donner un statut spécial à cette profession parce que c’est elle qui façonne les générations futures. Concernant la pénurie des enseignants, il faut redéfinir ce que sont les obligations de l’enseignant. Est-ce qu’il doit s’occuper du volet santé et santé mentale, comme du volet social? À mon avis, non. L’enseignant est responsable de l’apprentissage seulement, comme c’était le cas avant. Je pense que si on revient à cette orientation, cela aura forcément des effets positifs sur l’embauche, mais aussi sur la rétention des enseignants.
Jean-Luc Bernard lors de l’inauguration officielle de l’école Odysée à Guelph en 2000. Gracieuseté
Quel avenir prédisez-vous à la francophonie ontarienne?
Que de bonnes choses, parce que d’après moi, les francophones sont davantage au courant de leurs droits et leurs besoins. Je crois qu’ils sont prêts à travailler ensemble pour faire avancer la francophonie. Ce qui me fait dire que ce n’est que du bonheur qui attend la francophonie ontarienne.
Quand allez-vous prendre votre vraie retraite?
Je ne sais pas comment répondre à cette question parce que je suis une personne qui aime apprendre constamment et qui se motive par des projets. Lorsqu’on m’en propose un et que je me dis « hum! ça, c’est intéressant », j’accepte sans hésitation. Pour moi, la retraire ce n’est pas de porter des pantoufles et ne rien faire. Contribuer à la société et à différents projets, c’est ce que j’aime faire et je pense que je continuerai à le faire. »
LES DATES-CLÉS DE JEAN-LUC BERNARD
1957 : Naissance à Ville-Marie au Québec
1972 : Déménagement à Burlington en Ontario
2012 : Récipiendaire du Prix Edgar-Gallant du Regroupement national des directions générales de l’éducation
2013 : Élevé au grade de chevalier de l’Ordre de la Pléiade par l’Assemblée parlementaire de la francophonie de l’Ontario
2021 : Ouverture de l’Université de l’Ontario français dont il était directeur exécutif pendant deux ans avant cette inauguration officielle.
2022 : la maison historique du CFGT est rebaptisée Centre Jean-Luc Bernard
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.
Revendiquer le français en Ontario est un geste politique. Le français est le cri de cœur d’un peuple de gueule, épris par la magnifique poésie de cette langue qui dit notre fougue, notre liberté et notre espoir dans un bout du pays où le parler exige la lutte au quotidien. Mais si revendiquer le français en Ontario est un geste politique, raconter l’Ontario français en anglais l’est aussi.
Pratique commune chez les Franco-Sudburois, le Frenchsplaining est l’art de raconter la francophonie à un public anglophone, et ce, souvent en bilinguish, une langue ponctuée par le français et l’anglais.
Mais ce n’est pas une stratégie qui fait l’unanimité.
Raillées par les puristes francos, ceux qui souhaiteraient parler « la langue de Molière », cette langue immuable, les manifestations du Frenchsplaining sont rarement tolérées – ou bien on dénonce, ou encore, on « anglosplique », c’est-à-dire qu’on devient apologiste du fait anglais. Mais, comme le souligne l’artiste franco-sudburois Alex Tétreault, « les puristes de la langue passent à côté de beaucoup de belles choses en dénonçant l’utilisation de l’anglais ».
Un impératif politique, le Frenchsplaining, c’est de la survivance – après tout, les Franco-Ontariens sont ceux dont « English Canada forgot. » « Un peuple vivant oublié – ignoré. » Des « invisibles » qui habitent l’ombre de la conscience anglophone de cette vaste province. Des communautés faciles à rayer d’un budget, d’un coup de plume, quand les temps sont durs.
« Nous vivons en communauté avec la société majoritaire et avons des liens auprès d’eux au quotidien », souligne Serge Miville, recteur et vice-chancelier à l’Université de Sudbury. Chercheur en histoire franco-ontarienne, M. Miville donne corps aux ambitions d’une université franco-ontarienne dans le Nord par le biais de textes universels, cherchant à tisser des liens avec la majorité anglophone.
« Le militantisme et la diplomatie sont deux côtés d’une même médaille, et c’est ainsi, par exemple, qu’on a réussi à renverser le Règlement 17 », poursuit-il. « Partager notre culture, nos aspirations et notre vision du monde permet non seulement de sensibiliser (la majorité) sur nos réalités et nos objectifs, mais nous permet de contribuer à la réalisation de nos projets de société. »
Selon Kyla Heyming, septième poète officielle du Grand Sudbury, qui pratique son art dans les deux langues, rejoindre un public anglophone nous permet également des horizons plus vastes.
« J’ai commencé à écrire en bilingue pour certains de mes poèmes. Ce sont devenus mes poèmes préférés – les francophones adorent qu’ils puissent suivre l’entièreté du poème, et les anglophones apprécient de découvrir davantage une nouvelle culture. »
Une stratégie qui rappelle à l’Ontario français ces « francos perdus »
Ce serait pourtant une erreur de croire que le Frenchsplaining est uniquement centré sur la séduction de l’anglophonie ontarienne et canadienne. C’est aussi une stratégie qui rappelle à l’Ontario français ces francophones qui, pour plusieurs raisons, ne parlent plus le français ou souffrent d’une insécurité linguistique accaparante. Des « francos perdus » qui, malgré qu’ils soient porteurs des blessures linguistiques de leurs parents et grands-parents, revendiquent toujours fièrement leurs racines : « I’m not French – but my grandmother was. »
Pour ce faire, il faut parler leur langue – soit l’anglais, soit le bilinguish (communément appelé le franglais ou le frenglish), un mécanisme clé du Frenchsplaining. Alliénés par leur insécurité linguistique et la prétendue imperfection de leur langue, ces Franco-Ontariens sont parfois même la cible du mépris latéral de la part de ceux qui exigent une maîtrise du français souvent inatteignable.
C’est une réalité à laquelle la poète Kyla Heyming a dû faire face.
« J’ai travaillé fort pour devenir fière de MON français, développer une sécurité linguistique pour mon accent et mes expressions au lieu d’une insécurité par rapport au « bon » français », explique-t-elle. « C’est l’une des raisons pour laquelle je n’écrivais pas souvent en français dans mes débuts comme poète. J’écrivais comme je parlais, en insérant des mots anglais ici et là lorsque mon cerveau n’était pas aussi rapide que ma bouche, en utilisant des expressions connues et créées dans ma famille, en écrivant dans mon accent. »
Pour l’artiste Mimi O’Bonsawin, le frenglish est source d’authenticité, une articulation de son unique culture à la fois franco-ontarienne et abénaquise, comme en témoigne son album Elle danse, ainsi que son album Willow, qui doit sortir en 2023.
« Pour moi la francophonie est un peu différente. J’ai toujours parlé le frenglish chez nous. On mélange des mots… on dit des mots anglais avec un accent français. C’est vraiment ma culture et ma famille », dit-elle. « Quand ça vient à ma musique, j’ai trouvé que c’était plus facile pour moi de m’exprimer en anglais… jusqu’à maintenant. Je vis maintenant dans les deux mondes et je compose des chansons frenglish – une réflexion authentique de ma culture et ma communauté. »
Une langue imaginaire, brute et fine, parlée en prise de parole
Homme de théâtre, Alex Tétreault comprend bien cette langue apostrophée – et souhaiterait qu’on la défende.
« Si j’écris parfois en anglais ou en franglais c’est parce que c’est comme ça que les gens autour de moi parlent, que je parle », explique l’auteur de la récente épopée Nickel City Fifs, une lettre d’amour écrite en franco-sudburois, aux communautés queer et francophone du nord.
« Le français normatif ne reflète pas ma réalité donc je n’ai pas envie de me limiter à son usage dans ma pratique. Pourquoi donc diluer ma langue, mon accent et ma culture pour rentrer dans un cadre de « bon français », un français prescriptif et rigide qui ne me ressemble pas? Les deux langues peuvent cohabiter paisiblement dans ma bouche, l’une n’enlevant rien à l’autre, mais plutôt créant quelque chose de nouveau. »
Cette création du nouveau, c’est une langue imaginaire, brute et fine, parlée en prise de parole par des raconteurs qui cherchent à mettre en lumière leurs collectivités. Le Frenchsplaining et le bilinguish, c’est de donner à l’Ontario français un outillage qui nous permet une influence sur notre destinée, de rappeler à nous ceux qui ont perdu la langue, ou bien ceux qui l’ont dans leurs poches, question de se dire et se revendiquer, de se tailler une place d’envergure dans la mosaïque ontarienne.
Pour assurer l’immortalité du français en Ontario, il faut Frenchsplainer. Il faut partager nos récits, nos réalités, nos luttes, nos rêves.
Dans notre langue – et celle de la majorité.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
WINDSOR – Des adversaires politiques du maire sortant de Windsor pensent que le français devrait prendre plus de place dans le développement économique et culturel de la ville. Drew Dilkens, qui brigue un troisième mandat, ne mentionne aucun projet sur sa plateforme pour les langues officielles et les services en français.
« Je serai meilleur que Drew Dilkens », assure sans trop d’hésitation Matthew Giancola, un des six candidats en course pour le fauteuil de maire. Sur le plan culturel, il nourrit le projet de mettre sur pied un festival de carnaval d’hiver francophone avec de la musique, de la nourriture et des sculptures de glace, et entrevoit la langue française comme un atout culturel et économique.
Il croit aussi que la mairie pourrait faire des efforts de communication dans les deux langues officielles, alors que ses réunions du conseil municipal ne sont accessibles qu’en anglais. « Une traduction française devrait être disponible pour toutes les communications de la mairie et de la ville », estime-t-il.
Un point de vue que rejoint Louis Vaupotic, engagé lui aussi dans la course électorale. « En cas de demande, on devrait envisager la possibilité d’un traducteur », dit-il. « Il y a plus de possibilités de s’adapter aux communications standard de la ville, en appuyant simplement sur une touche ou en imprimant éventuellement un formulaire en français pour qu’un demandeur le remplisse. »
Favorables à plus de communication en français
Un troisième candidat au poste de maire, Aaron Day, se dit d’emblée favorable à ce qu’on mette au moins des « sous-titres en français pour accommoder nos participants de langue française et au moins reconnaître cette langue », mais explique qu’avant toute action, il faut sonder la communauté.
« Mon plan pour améliorer les services en français serait d’aborder les problèmes vécus dans la communauté francophone concernant les services, les mêmes que ceux de la communauté anglaise, et de leur offrir des chances égales de services », ajoute M. Day.
Les trois candidats reconnaissent l’importance du français, son histoire qui se confond avec celle de la ville, son statut de langue officielle et le potentiel qu’elle pourrait représenter pour le développement du tissu socio-économique.
« Il n’y a que deux langues officielles au Canada » – Louis Vaupotic
« L’exposition à une éducation bilingue est extrêmement importante pour augmenter le développement intellectuel des élèves », illustre M. Vaupotic. « Les programmes d’échange d’étudiant doivent être encouragés car, sans immersion, il est difficile de maîtriser et de réaliser la vraie valeur de la langue. Il devrait y avoir une poussée pour les compétences de communication interlinguistique spécifiques à l’emploi postsecondaire, pour permettre aux gens d’être suffisamment à l’aise pour fonctionner dans l’autre langue dans leur emploi. »
Et de déplorer la vision multiculturelle restrictive de Drew Dilkens : « Il apprécie la langue française parce qu’il a envoyé ses enfants dans une école française. Cependant, il répond aux besoins de la population locale en voulant que toutes les langues soient représentées de manière égale, mais il n’y a que deux langues officielles au Canada. »
Le développement économique, enjeu majeur
Au cours de la campagne, la place du français n’a fait l’objet d’aucun échange entre les candidats au moment de débattre. Le thème de l’économie est resté central.
M. Giancola imagine une ville « plus autosuffisante mettant davantage l’accent sur le tourisme et le succès des petites entreprises ». Cela doit passer par « une augmentation des services sociaux pour les personnes aux prises avec la toxicomanie, la pauvreté, le handicap et l’itinérance afin de créer une ville accueillante et sûre », soutient-il.
« Cela implique également la suppression de la verrière prévue de 32 millions de dollars du Festival Plaza et du projet de tramway Legacy Beacon de 8 millions de dollars, qui sont non seulement un gaspillage, mais qui seront aussi des échecs touristiques. »
Il faut d’abord « résoudre les anciens défis : chômage, itinérance, santé mentale… » – Aaron Day
Aaron Day estime pour sa part qu’on ne pourra pas développer l’économie « sans résoudre les anciens défis : chômage, itinérance, santé mentale, établissements de soins de longue durée, toxicomanie, système de santé surchargé et infrastructure vieillissante. Ce ne sont certainement pas de nouveaux problèmes, mais ils se sont aggravés avec le temps. »
Selon M. Vaupotic, la prospérité de Windsor a toujours été le résultat de la proximité des trois grands constructeurs automobiles de Detroit, de l’autre côté de la frontière. « Plus Windsor pourra aider les trois grands à s’adapter à l’avenir, meilleur sera Windsor. C’est un endroit idéal pour mettre en valeur l’innovation et le talent canadiens afin d’aider à garder les trois grands constructeurs à la pointe de la technologie.
« L’épine dorsale de cette intégration pourrait être une plaque tournante internationale du transport multimodal 24 heures sur 24 », imagine ce candidat.
Le maire sortant et candidat à sa propre succession, Drew Dilkens, a décliné nos sollicitations médiatiques. Les candidats Chris Holt, Benjamin Danyluk et Ernie Lamont n’ont pas retourné nos demandes d’entrevue.
À quelques jours des élections municipales de l’Ontario, les noms du tiers des maires en lice sont déjà connus, et ce sans passer par la case urne. Toutefois, ce n’est pas là une surprise, car d’élection en élection, le nombre de maires élus par acclamation ne cesse d’augmenter par défaut de candidats, surtout dans les petites municipalités. Les salaires bas proposés pour cette fonction constitueraient l’une des plus importantes raisons de ce désintérêt croissant. Éclairage.
« Ça serait bien d’avoir un barème qui fixe à l’échelle provinciale les taux des salaires au lieu que cela soit décidé indépendamment par chacune des municipalités », juge Geneviève Tellier, professeure titulaire École d’études politiques à l’Université d’Ottawa.
En effet, il n’existe aucune échelle salariale à l’échelle provinciale qui détermine la rémunération des maires, puisqu’il revient aux conseils de chaque municipalité d’apprécier les salaires ou les honoraires de leurs maires.
Geneviève Tellier, professeure titulaire École d’études politiques à l’Université d’Ottawa.Gracieuseté
Le grand écart
Ce système de rémunération en vigueur dans la province a pour conséquence des écarts énormes entre les 444 municipalités que compte la province avec un facteur multiplicateur qui peut aller jusqu’à 30.
« Le niveau de rémunération des maires, comme celui des conseillers municipaux est laissé à chaque conseil municipal », fait remarquer Stéphane Émard-Chabot, avocat à la Fédération des municipalités de l’Ontario et professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa.
« Cela varie de 0 à des centaines de milliers de dollars selon la ville. On discute souvent de la création d’une commission indépendante qui aurait le mandat de fixer les salaires des élus municipaux. Cela va permettre, également, d’éviter les conflits d’intérêts. »
Stéphane Émard-Chabot, avocat à la Fédération des municipalités de l’Ontario et professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté
Et d’ajouter : « Malheureusement, on ne fait que discuter et je pense qu’il est grand temps de passer à l’action. »
Dans les faits, la fonction de maire en Ontario est rémunérée soit en salaire de base annuel fixe, soit en honoraires travaillés, auxquels s’ajoutent des allocations ou des sommes compensatoires. Toutefois, selon l’Association des directeurs, greffiers et trésoriers municipaux de l’Ontario (AMCTO), aucune municipalité n’a de maire qui travaille en total bénévolat.
Seuls 14 % des maires de l’Ontario travaillent à temps plein
À en croire les résultats d’une étude réalisée par la même association en 2018, seulement 14 % des maires ontariens travaillent à temps plein.
14 % des maires en Ontario travaillent à plein temps contre 6 % pour les conseillers municipaux. source : AMCTO
Plus que cela, le fait qu’un maire travaille à temps partiel ou pas est étroitement corrélé au nombre d’âmes qu’abrite sa municipalité. D’après les données récoltées par l’AMCTO, tous les maires des municipalités de plus de 250 000 habitants travaillent à temps plein, contre 91 % pour les villes de plus de 100 000 habitants et 50 % pour celle de plus de 50 000 habitants.
À l’inverse, ce taux n’est que de 2 % dans les cantons qui enregistrent entre 5 000 et 25 000 citoyens. Quant aux communes qui comptent moins de 5000 habitants, elles paient toutes leurs élus par réunion. En somme, plus la population d’une région est importante et plus son maire est susceptible de travailler à temps plein et l’inverse est tout aussi vrai.
La plupart des maires gagnent moins de 40 000 $ par an
Si seulement 14 % des maires ontariens travaillent à temps plein, ils sont en revanche 44 % à être payés en salaire, et ceux qui le sont touchent pour la plupart une somme annuelle inférieure à 40 000 $. Cela écrit, partout dans la province, les maires sont systématiquement mieux payés que les autres membres du conseil.
Variations des salaires et des honoraires des maires ontariens par tranches de population. Source : AMCTO
« Dans plusieurs villes, le poste de maire n’est pas un emploi à temps plein et parfois il est très peu rémunéré. Cela veut dire que les personnes qui deviennent maires de ces villes sont déjà à l’aise financièrement, et les gens qui ont les moyens de faire cela n’ont pas nécessairement le même profil que les électeurs », explique Luc Turgeon, professeur agrégé d’études politiques à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa.
« Si on veut avoir des élus de qualité, il faut créer un système qui les attire » – Luc Turgeon
M. Émard-Chabot va plus loin : « Même dans les grandes villes, le salaire du maire, pour quelqu’un qui a une carrière qui doit abandonner pour occuper cette fonction, bien souvent cela représente pour lui une baisse de salaire souvent conséquente et cela décourage des candidats. Donc si on veut avoir des élus de qualité, il faut créer un système qui les attire et cela passe par le salaire », recommande-t-il.
Quant à la question qui brûle beaucoup de lèvres, à savoir combien touche le maire de la plus grande ville de la province, le conseil de la ville déclare un salaire annuel au centime près de 202 948,20 $ pour John Tory, soit presque autant que le premier ministre de la province.
TIMMINS – Après le départ du maire George Pirie, devenu député provincial, les paris sont ouverts concernant celui ou celle qui lui succédera. Michelle Boileau, Joe Campbell et Richard Lafleur sont tous trois dans la course dont l’issue, bien qu’imprévisible, marquera une nouvelle ère dans la ville du Grand Nord.
C’est jusqu’à présent, Kristin Murray qui occupe le siège de mairesse après un vote unanime du conseil municipal. Première personne noire et autochtone à occuper ce poste, celle-ci était auparavant conseillère du quartier 5 depuis 2018.
Ayant annoncé ne pas vouloir présenter de candidature à la mairie, trois candidatures ont étés retenues pour la ville comptant près de 41 000 âmes, dont 32 % de francophones.
La première candidature annoncée fut celle de Michelle Boileau, Franco-Ontarienne et conseillère du quartier 5 en juillet dernier. Gestionnaire des services d’emploi et d’établissement du Collège Boréal pour le campus de Timmins, celle-ci est également la seule femme en lice.
Celle qui préside actuellement le conseil d’administration des services sociaux du district de Cochrane, ainsi que l’Association des fournisseurs de services du Nord de l’Ontario, fait de la lutte contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée sa priorité absolue.
Selon la mère de famille, il est essentiel d’attirer du personnel avant tout francophone : « J’ai toujours cru qu’on peut attirer des immigrants de locution francophone de partout dans le monde, parce qu’on peut bien vivre en français à Timmins. »
Affirmant avoir reçu beaucoup d’appui de la part d’hommes, particulièrement des aînés, Michelle Boileau indique vouloir travailler sur le comité de liaison francophone créé lors du dernier mandat.
Michelle Boileau est conseillère municipale du quartier 5 de Timmins depuis 2018. Gracieuseté
Face à elle, un autre Franco-Ontarien : Richard Lafleur. Ce nouveau venu sur la scène municipale s’est lancé dans la course en août dernier. Homme d’affaires, celui-ci est à la tête de la seule compagnie de taxi de la ville, Vet’s Taxi, depuis 2015.
Richard Lafleur est aussi le propriétaire de l’entreprise Dr Wrench Automotive à Schumacher, un atelier de réparation automobile.
Ce candidat est notamment connu pour avoir reçu en 2018 une récompense félicitant l’effort de son entreprise de taxi via le programme « Personne n’est laissé pour compte » dont l’objectif était de permettre le déplacement de personnes dans le besoin vers des ressources essentielles.
Parmi les enjeux qu’il souhaite mettre en avant figurent la lutte contre l’inflation, la taxation des entreprises et œuvrer à rendre le centre-ville dynamique et sécuritaire.
Après des semaines de spéculations, un troisième candidat s’est lancé à son tour dans la bataille électorale pour le fauteuil de maire. Joe Campbell est l’actuel conseiller du quartier 3, position qu’il occupe depuis 2014, et le seul anglophone de la course.
Sa priorité sera de « gérer la ville comme une entreprise », geler les augmentations de taxe et tous les frais notamment ceux reliés à l’eau.
Ce candidat avait notamment défrayé la chronique en raison de ses attaques répétées à l’encontre du conseil municipal auquel il reproche le manque de transparence en lien avec le processus budgétaire de la ville.
À noter, le directeur général de l’Alliance de la francophonie de Timmins, Sylvin Lacroix, figure parmi les candidats au poste de conseiller du quartier 3.
Whissel Rock est, quant à lui, déjà déclaré élu sans opposition comme conseiller du quartier 1.
Joe Campbell et Richard Lafleur n’ontpas donné suite à nos demandes d’entrevues.
SUDBURY – Des rires aux larmes, ce fut tout un cocktail d’émotions ce jeudi soir à la Place des Arts de Sudbury. La communauté culturelle francophone et francophile s’est réunie afin de rendre un hommage vibrant à Sylvie Lessard, pionnière du milieu de la ville du Nickel.
Alors qu’une centaine de personnes avaient confirmé leur présence, ce sont près de 150 amis, membres de la famille et de la communauté qui se sont déplacés au Studio Desjardins afin de rendre un dernier hommage se voulant une célébration de la vie de celle qui fut un véritable pilier du milieu de la culture sudburois.
L’événement aura attiré tant de monde que certains ont dû rester debout, d’autres assis à même le sol tandis qu’un certain nombre a dû se diriger vers la salle de la Galerie du Nouvel Ontario et regarder la cérémonie sur un écran géant.
Les boites de mouchoirs disposées sur les tables se sont rendues très utiles au courant de cette soirée très forte en émotions. Crédit image : Inès Rebei.
Et la soirée fut conçue à l’image de Sylvie Lessard, amoureuse des arts et passionnée de cuisine avec un copieux buffet, de nombreuses capsules vidéo et autres prestations musicales entremêlées de danses du public.
« J’ai grandi en voyant ma mère travailler dans tous les organismes communautaires de Sudbury », lance son fils aîné, Joël Dempsey-Bienvenue dans un long discours d’ouverture qui donnera le ton de la soirée marquée par beaucoup de larmes mais aussi des moments d’humour.
Celui-ci a lu un extrait du livre du Petit Prince de l’auteur Antoine de Saint-Exupéry puis continué en lisant un passage particulièrement chargé d’émotions tiré du journal intime de Sylvie Lessard.
Joël Dempsey-Bienvenue, fils aîné de Sylvie Lessard, a reconnu avec humour que sa mère avait plus d’amis de son âge que lui. Crédit image : Inès Rebei.
Il s’agit de sa dernière entrée dans laquelle elle décrit une belle analogie entre sa tumeur et la rose de l’ouvrage de Saint-Exupéry, imaginant avec elle un dialogue.
Elle y raconte ses 15 années en présence de la maladie, pour laquelle elle n’a jamais voulu recourir à la chirurgie, qu’elle a appris à apprivoiser jusqu’à en arriver à la paix intérieure.
« Merci, chère tumeur, je te chérirai toujours pour tout ce que tu m’as apporté, pour l’évolution spirituelle, énergique, mentale, émotive que tu m’as fait vivre. Je t’aimerai toujours », a-t-il terminé envahi par les larmes.
Un buffet a été servi en début de soirée dans la Galerie du Nouvel-Ontario devant des images de Sylvie Lessard. Crédit image : Inès Rebei.
Pilier du monde communautaire
De la Galerie du Nouvel-Ontario, au Théâtre du Nouvel-Ontario à la maison d’édition Prise de Parole et en finissant par la Place des Arts, Sylvie Lessard a laissé sa marque sur le milieu et dans le cœur des nombreuses personnes qu’elle a côtoyées avant de succomber à un cancer du sein en août dernier.
Parmi les personnes qui ont tenu à faire le déplacement, plusieurs membres de sa famille, dont ses deux fils, sa sœur aînée, ses neveux et nièces, son frère et ses cousines venus d’aussi loin que Sault-Sainte-Marie, Ottawa, Rockland ou encore Petrolia.
L’artiste et éducatrice Sudburoise Pandora Topp a animé la soirée. Crédit image : Inès Rebei.
Des discours prononcés majoritairement en français ont également jalonné la soirée qui aura duré près de quatre heures.
« Maintenant si vous m’excusez, je crois que ma mère me regarderait très mal si elle savait que je parlerais aussi longtemps en anglais donc je vais retourner au français avant qu’il soit trop tard », a lâché le fils aîné de Sylvie Lessard sous les rires de l’assistance.
Un hommage fort de la communauté
Stéphane Gauthier, directeur du Carrefour francophone de Sudbury, Geneviève Leblanc du Salon du livre de Sudbury, Julie Boissonneault, rédactrice en chef de la Revue du Nouvel-Ontario, Denise Truax, directrice générale aux Éditions Prises de parole, Danielle Tremblay de la Galerie du Nouvel-Ontario ou encore Monique Beaudoin du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury font partie de la longue liste d’amis qui se sont ensuite exprimés sur scène.
« Sylvie irradiait de fierté et d’optimisme pour la Place des Arts », soutient Stéphane Gauthier avant d’ajouter que Sylvie Lessard a joué le rôle de conciliatrice entre les sept organismes fondateurs lors de certaines mésententes.
Stéphane Gauthier a tenu à remercier Sylvie Lessard pour « ses espoirs fous pour la Place des Arts » lors de son discours. Crédit image : Inès Rebei.
Julien Cayouette, rédacteur en chef du journal communautaire Le Voyageur, a lui aussi tenu à lui lancer un dernier remerciement, notamment pour une donation qu’elle a faite avant de décéder à l’organisme de bienfaisance Sudbury Toastmasters Club dont il fut le président sortant.
« Dès qu’elle rentrait dans la salle, on sentait que l’atmosphère était plus légère », lance-t-il.
« Elle a travaillé au Salon du livre jusqu’au dernier moment. C’était une femme avec une grande éthique de travail », lâche avec émotion Geneviève Leblanc qui confie que Sylvie Lessard était son mentor.
« Tout en toi est encore vivant. Si je me tiens plus droite aujourd’hui c’est grâce à toi », déclare de son côté l’écrivaine franco-ontarienne Sonia-Sophie Courdeau.
« Ma mère était un ange parmi les humains. Elle nous a quittés beaucoup trop tôt », conclut Joël Dempsey-Bienvenue en toute fin de soirée après avoir chanté une berceuse que sa mère lui contait lorsqu’il était enfant.
QUÉBEC – La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney et le gouvernement Trudeau ont un nouveau partenaire à Québec. Jean-François Roberge a été nommé jeudi ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne du gouvernement Legault, succédant à Sonia Lebel.
Le député de Chambly devient aussi le ministre responsable de la Langue française. Il s’agit d’un changement alors qu’il succède à Mme Lebel qui voit ses tâches être allégées alors qu’elle conserve le Conseil du Trésor. Dans les derniers mois et lors de la campagne électorale, François Legault a scandé qu’Ottawa doit concéder davantage de pouvoirs à son gouvernement en matière d’immigration. Ce dossier devrait revenir sur la table de M. Roberge dans ses discussions avec le gouvernement fédéral.
La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney a un nouvel interlocuteur avec Québec en Jean-François Roberge. Crédit image : Rudy Chabannes
Il s’agit aussi d’un nouvel interlocuteur pour les organismes de la francophonie canadienne et la ministre des Langues officielles à Ottawa, Ginette Petitpas Taylor.
Félicitations @JFRobergeQC pour vos nouvelles fonctions. J’ai bien hâte de collaborer avec vous pour faire avancer nos priorités communes, incluant la protection et la promotion du français au Québec et à travers le pays.
Cette nomination survient alors que le fédéral tente de faire adopter son projet de Loi sur les langues officielles, C-13, qui vient contrecarrer la Charte de la langue française, la loi 96, adoptée en mai dernier. Par le passé, Sonia Lebel avait montré les griffes face à Ottawa et son projet de loi le qualifiant de « recul » en entrevue avec ONFR+.
« Il y a aussi des aspects (dans C-13) qui interviennent dans nos compétences. On avait salué le projet de loi qui reconnaissait cette asymétrie-là et avait maintenant disparu. Alors il y a une déception », affirmait-elle il y a quelques mois.
Pour ce qui est de la Francophonie canadienne, Jean-François Roberge sera notamment chargé de la mise en application de la Politique en matière de francophonie canadienne du gouvernement du Québec. Annoncée en mars, elle comporte près de 80 mesures concrètes autour de cinq grandes orientations.
« La FCFA se réjouit de cette nomination et a hâte de travailler avec le ministre Roberge pour continuer à bâtir des solidarités francophones entre le Québec et nos collectivités », a réagi la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), saluant le travail de Mme Lebel au passage.
Toutes nos félicitations à Jean-François Roberge pour sa nomination! Hâte de poursuivre le travail pour le rapprochement du Québec et de nos communautés! #frcan#quebechttps://t.co/7DMlI8LS89
L’ancienne journaliste de Radio-Canada Martine Biron remplace Nadine Girault aux Relations internationales et de la Francophonie. Mme Biron sera notamment chargée de représenter Québec au Sommet de la francophonie qui doit avoir lieu en Tunisie les 19 et 20 novembre. De son côté, Éric Girard hérite d’un nouveau rôle comme ministre responsable des relations avec les Québécois d’expression anglaise.
Réglez votre alarme : les élections municipales en Ontario ont lieu dans quelques jours, soit le lundi 24 octobre. Vous l’avez peut-être remarqué, mais de nombreuses pancartes aux couleurs des partis et des candidats ont été plantées aux quatre coins de la province. Peut-être savez-vous déjà pour qui vous voterez, peut-être y réfléchissez-vous encore, peut-être ne saviez-vous même pas que les élections municipales approchaient… Nous avons demandé à des citoyens ce qu’ils connaissent réellement de la politique municipale et quelles sont leurs priorités cette année.
TORONTO – Le plan de rattrapage du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, s’attaque aux lacunes en lecture, écriture et mathématiques révélées par l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) ce jeudi. Un plan qui met l’emphase sur l’apprentissage digital et virtuel, l’aide au tutorat ou encore, une aide financière pour les parents.
La première étape démarre ce 20 octobre avec l’ouverture du Paiement de soutien pour le rattrapage. C’est le fameux « directement dans la poche des parents » que le premier ministre Ford n’a eu cesse de marteler durant sa campagne.
Ce paiement de 200 $ en moyenne par enfant est une aide financière allouée aux parents pour « du tutorat ». À nuancer tout de même, puisqu’en moyen, une heure de tutorat avec un professeur particulier coûte entre 60 $ et 80 $.
En fait, selon le ministre de l’Éducation, cette aide, directement aux parents, est un soutien financier « qui soulagera les familles », puisque ce paiement devra être utilisé pour le rattrapage et servira à payer des fournitures ou de l’équipement par exemple.
Pour Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), « c’est un peu incohérent, mais surtout le gouvernement achète les parents avec ça. On n’est pas contre d’offrir un appui aux parents, mais cette manœuvre détache l’élève de la salle de classe ».
Pour la présidente, il est difficile d’assurer le lien et la cohérence de l’apprentissage de l’élève. « Il faut investir dans le système scolaire et dans du personnel qualifié. »
Le ministre de l’Éducation Stephen Lecce a lancé son plan pour le rattrapage scolaire. Capture d’écran
Il est question de nouvelles ressources digitales et numériques dont une offre accrue pour les mathématiques à l’élémentaire. Ce projet impliquera TVO mais aussi TFO avec son programme Les Missions d’Élo sur la plateforme Idello.
Stephen Lecce déclare aussi que « nous sommes chanceux de pouvoir aider les familles et les conseils scolaires en même temps ». Le ministre sous-entend ici que le gouvernement débloquera « 15 millions de dollars supplémentaires aux conseils scolaires » pour qu’ils puissent s’offrir des outils numériques – en phase avec les curriculums – et pour soutenir les élèves, les parents et les éducateurs.
« Il faut plus de ressources, il faut investir de façon réfléchie et avec des gens sur le terrain », clame la présidente de l’AEFO, « il faut investir dans la salle de classe ».
42 % des élèves francophones atteignent la norme provinciale en mathématiques
Le plan de rattrapage indique un futur déploiement d’équipes d’action pour les mathématiques.
En effet, les résultats sont en baisse par rapport à 2018. Par exemple, sur 8020 élèves de 6e année, seulement 50 % ont atteint la norme provinciale en mathématique. En 2018, ils étaient 83 %.
La tendance est de même pour les élèves francophones. En 2021, ils sont 42 % à atteindre la norme provinciale contre 76 % en 2018.
Pour Anne Vinet-Roy, « la pandémie est fautive, mais ça fait un bon nombre d’années que les ressources s’effritent dans le monde scolaire ».
« Au final, les parents, comme les enseignants, ont fait comme ils pouvaient », affirme-t-elle. « C’est frustrant pour les travailleurs en éducation. On dirait que ce que le gouvernement dit, c’est qu’on ne peut rattraper nos élèves et qu’il faut le faire ailleurs. »
Pour la présidente, le personnel enseignant et les travailleurs en éducation ont l’habitude de ce genre d’écarts. En somme, il ne faut pas s’alarmer et faire confiance à l’éducation. « La pandémie a accentué ces retards, mais les ressources humaines, les consultations et l’investissement dans la salle de classe pourront renverser la courbe. »
Les résultats de l’OQRE comprennent les données des tests administrés aux élèves des écoles anglophones et francophones de l’Ontario. Ces tests évaluent la lecture, l’écriture et les mathématiques, pour le cycle primaire (1re à la 3e) et le cycle moyen (de la 4e à la 6e année).
En plus, un test de mathématiques évalue les compétences des 9e années. Et enfin, un test provincial de compétences linguistiques qui évalue si les élèves ont atteint la norme minimale en littératie (lecture et compréhension).
Garder les élèves en classe
Le premier ministre veut garder les élèves en classe et « voir 100 % des élèves réussir », a-t-il dit en point de presse à Toronto ce 20 octobre.
Dans son plan, le gouvernement appuiera l’apprentissage de la lecture. « À compter de l’année scolaire 2023-2024, les élèves du jardin d’enfants à la 2e année bénéficieront d’un dépistage des difficultés de lecture. »
Il sera aussi question de prolonger le programme de soutien au tutorat avec un investissement de 175 millions de dollars, de poursuivre la modernisation du curriculum. L’emphase sera mise sur les mathématiques, les sciences, les études informatiques, les affaires comme le commerce, et la technologie.
Enfin, le gouvernement indique vouloir travailler avec les conseils scolaires afin d’accompagner les élèves ayant des difficultés dans ce qui est à trait à l’assiduité en classe.
De grands auteurs, artistes et poètes brilleront sur nos scènes ontariennes dans les jours à venir. Faites votre choix : ils vous attendent tous.
Littérature
Entretien avec l’écrivaine Fatima Daas
L’autrice française d’origine algérienne débarque à Toronto en entretien pour parler de son roman La petite dernière, gagnant du Prix Les Inrockuptibles 2020 dans la catégorie Prix du premier roman. Il s’agit du récit autofictif de Fatima Daas, banlieusarde parisienne en quête de concilier sa foi musulmane et son homosexualité. Cette histoire profondément féministe qui touche à des sujets brûlants a marqué cette écrivaine comme l’une des voix les plus captivantes en littérature francophone.
Rencontre avec l’écrivaine Fatima Daas, le mercredi 26 octobre à l’Alliance française de Toronto. Entrée gratuite. Réservation sur le site de l’Alliance française de Toronto.
Théâtre
Julie et l’Univers de Laurence Lemieux
La Compagnie de la Citadelle présente la première mondiale du spectacle de danse, Julie et l’Univers. Ayant à peine clôturé leur chapitre d’adolescence, ensemble, trois jeunes femmes se débattent dans les joies et difficultés de la transition à l’âge adulte. Il s’agit d’une histoire inspirée de l’œuvre Julie et l’Univers du peintre québécois Jean-Paul Lemieux.
Juliet et l’Univers. Gracieuseté de La Compagnie et Citadelle.
Spectacle Julie et l’Univers du 20 au 22 octobre au Fleck Dance Theatre. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.
Podcast
Le podcast intergénérationnel P’tites Causeries
L’ACFO Ottawa lance son nouveau podcast P’tites Causeries. Que ce soit sur les thèmes de l’amour, de la technologie ou de la religion, chaque épisode vous propose une discussion entre un aîné et un adolescent qui sont prêts à échanger amicalement sur plusieurs sujets intemporels dont on peut s’y reconnaitre.
Le podcast P’tites Causeries. Gracieuseté de l’ACFO Ottawa.
Vous pouvez écouter le 1er épisode du podcast P’tites Causeries dès maintenant sur Spotify.
Concerts
Soul et americana : Dominique Fils-Aimé et Allison Russell sur scène
Elles ont les poches qui débordent de prix Juno et prix Polaris et ensemble, ces deux grandes autrices-compositrices-interprètes originaires de Montréal se rencontrent sur scène pour fusionner leurs genres musicaux respectifs, pour la première fois à Toronto.
Concert Quiet please, there’s a lady on stage, le vendredi 28 octobre à 20h au Conservatoire royal de musique. Achetez vos billets ici.
Kimya à la une au Centre national des arts
Ces dernières années ont fait de ce rappeur et slameur une véritable étoile montante de la scène franco-ontarienne. Oiginaire de Kinshasa, en République démocratique du Congo, Kimya a gagné de l’élan notamment en 2015 lorsqu’il a participé au Festival Franco-Ontarien en tant que lauréat de la troisième édition du Rond Point, projet de résidence artistique mise en place par l’Association des Professionnels de la Chanson et de la Musique. Ayant vécu à Vancouver, Ottawa et au Congo, lieux qui ont façonné et poussé l’artiste vers l’exploration de créativité, Kimya a depuis fait preuve d’une originalité dans laquelle sa plume est source de force.
Kimya. Crédit image : Jamie Kronick.
Spectacle de Kimya le vendredi, 21 octobre à 20h30 au Centre national des arts. Achetez vos billets ici.
ALFRED ET PLANTAGENET – L’élection oppose quatre candidats à la succession du désormais député provincial Stéphane Sarrazin. Pour le poste de maire, ce sont Yves Laviolette, René Beaulne, Chantal Galipeau et Marc Prud’homme qui s’affrontent sur le ring électoral. Deux des candidats tirent leur épingle du jeu.
Le dernier recensement de Statistique Canada indique que le canton est habité par plus de 9800 personnes dont près de 75 % parlent français (en tant que première langue officielle parlée). Dans cette région à mi-chemin entre Montréal et Ottawa, les enjeux francophones, ça n’existe pas trop. D’ailleurs, tous les candidats s’entendent plus ou moins sur cette idée.
René Beaulne qui se présente pour la première fois au poste de maire, explique que « quelques anglophones se sont installés depuis la pandémie et que tout se passe bien. Ils savent qu’ici, c’est très francophone et savent qu’ils seront servis en français ».
Selon le maire actuel, M. Laviolette, il y aurait trois pôles d’attraction ici : la rivière des Outaouais, l’autoroute 17 et Wendover qui a accueilli au moins 200 nouvelles maisons. « Les gens viennent pour le fait francophone, et donc, il faut recréer de la richesse. Les gens vivent ici et travaillent à Ottawa dépensent à Ottawa. Il faut donc réorienter la richesse dans le Canton. »
Entre expérience et vigueur
René Beaulne est conseiller municipal depuis 29 ans. « C’est dix élections consécutives », dit-il fièrement. Pour lui, c’est le bon moment de se présenter. « Je veux m’impliquer plus maintenant que je suis semi-retraité et je crois qu’au moins 200 personnes m’ont demandé de me présenter. » Cette course le rapproche inexorablement d’un de ses opposants déjà en place : Yves Laviolette.
« Je sais que la course est serrée avec M. Laviolette », admet M. Beaulne.
René Beaulne est conseiller du quartier 1 depuis 29 ans. Il va tenter de se faire élire maire du canton pour la première fois. Gracieuseté
M. Laviolette est maire par intérim depuis que Stéphane Sarrazin a été élu député en juin dernier. Le candidat mise sur l’expérience. Déjà maire en 1991, il est revenu comme conseiller à la dernière élection.
« Je suis confiant, j’ai tapé aux portes de 3500 maisons », déclare-t-il. « J’ai déjà fait deux termes en tant que maire, j’ai de l’expérience et j’ai le soutien des trois derniers maires. »
Au départ de Stéphane Sarrazin, René Beaulne et Yves Laviolette étaient à égalité des votes pour reprendre le flambeau. Les deux politiciens semblent au coude à coude dans cette élection. « C’est un tir au chapeau qui a décidé qui des deux allers être le maire », avoue Chantal Galipeau, elle aussi candidate à l’élection.
Conseillère depuis huit ans, Chantal Galipeau se dit proche des habitants : « Je suis dans le canton depuis 1990 et j’ai toujours voulu aider ma municipalité. Il est temps pour moi d’en faire plus et de moderniser la ville, d’apporter du renouveau. »
La popularité, un atout électoral
Mme Galipeau considère que M. Beaulne et elle ont fait beaucoup de porte-à-porte, à l’inverse de M. Laviolette, qui aurait fait campagne en « achetant des fleurs à tous les soupers pour toutes les madames (…). Ce sont les vieilles coutumes ».
Après huit ans comme conseillère, Chantal Galipeau, brigue la mairie. Gracieuseté
Pour Yves Laviolette, cette élection pourrait tout à fait lui être favorable. Il affirme être proche des différents niveaux de gouvernance : « Je connais bien nos deux députés, au provincial (Stéphane Sarrazin) et au fédéral (Francis Drouin). Je suis arrivé comme un couteau chaud dans le beurre au niveau des Comtés unis et j’ai été accepté immédiatement lorsque j’ai remplacé M. Sarrazin. »
Quant à René Beaulne, à la question « Quel serait votre avantage dans cette course? », l’aspirant mise sur sa connaissance quasi chirurgicale des habitants et de leurs besoins. « Je fais beaucoup de bénévolat et je suis quelqu’un qui s’implique localement. Je réponds très vite aux appels et aux courriels et je fais mon 100 % pour les gens. »
Pourtant, M. Laviolette, qui dit se déplacer très souvent aux « soupers », constate que son opposant ne serait pas sur tous les fronts. « À part à Curran, je ne l’ai jamais vu à Wendover ou Treadwell, il semble ne pas vouloir se présenter là-bas. »
Au coude à coude sur un programme
Si la course peut être serrée entre deux candidats compte tenu de leur popularité, les trois prétendants ci-dessus appuient un programme plutôt similaire.
« L’état des routes est un enjeu pour les habitants », révèle M. Beaulne, « cela fait partie des remarques qui m’ont été dites durant mes porte-à-porte, mais aussi la sécurité et la vitesse sur nos routes ».
Le candidat assure que près de 30 % des personnes qu’il a rencontrées durant sa campagne de prospection lui ont parlé de sécurité. « Il n’y a pas assez de présence policière pour contrôler la vitesse. Ils n’ont pas le temps de faire de la patrouille chez nous. »
Chantal Galipeau soutient à son tour ce qu’affirme M. Beaulne, « la sécurité et la vitesse, c’est ce dont les gens se plaignent le plus ».
Yves Laviolette est maire par intérim depuis l’élection du député M. Sarrazin. Déjà maire en 1991, il n’en est pas à son premier rodéo, Gracieuseté
Sur ce sujet, M. Laviolette entend régler le problème. « Je siège au comité de la police provinciale de l’Ontario à Hawkesbury, la sécurité, c’est important pour moi. Vendredi et dimanche soir prochains, ils seront au bout de la 17, je les ai envoyés là-bas. Quand on m’appelle, j’agis! »
Mais ce n’est pas tout, nous dit la conseillère Galipeau, « il y a un problème d’eau, il faut entièrement revoir le tuyau qui puise l’eau de la rivière, il est peut-être inadapté considérant que nous avons plus d’habitants ».
Le maire sortant est d’accord : « C’est sûr qu’éventuellement, il faudra changer ce tuyau, mais c’est le seul champ de bataille de ma concurrente », admet-il. « Il faudra que tout le monde contribue. »
L’hôtel de ville du canton est situé à Plantagenet sur l’ancienne autoroute 17. Crédit image : Lila Mouch
Ces trois candidats affirment aussi que les habitants du canton ont témoigné leur inquiétude fasse à la montée des prix. Limiter la hausse des taxes est un sujet de grande préoccupation pour la population.
Marc Prud’homme n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevues d’ONFR+.
TORONTO – Le directeur général du Centre communautaire francophone Windsor-Essex-Kent (CCFWEK) et fondateur du Carrefour francophone de Windsor, Didier Marotte, s’est vu remettre cette semaine, à Toronto, le Prix de l’excellence collective Desjardins, une distinction qui récompense chaque année l’engagement des coopératives et des entreprises sociales.
« Heureux et reconnaissant » de recevoir ce prix à l’initiative du Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO), M. Marotte a tenu à « remercier les partenaires associatifs du Carrefour, soit à titre de colocataire soit à titre de partenaire collaborateur au développement communautaire de nos régions ».
Car c’est l’une des avancées les plus significatives qui se soit produite ces dernières années à Windsor : la création en décembre 2020 du Carrefour francophone de Windsor a changé la façon de voir la francophonie dans le Sud-Ouest.
« La synergie a complètement changé à Windsor car tous les locataires ont un intérêt pécuniaire au projet », a réagi M. Marotte au micro d’ONFR+ après avoir reçu son prix, lundi. Les ressources économiques partagées et la cohabitation de huit organismes sous un même toit facilitent les collaborations, selon lui.
Les trois lauréats des prix d’excellence collective du CCO. Crédit image Rudy Chabannes
« Cette proximité des partenaires est propice à la création de comités dans lesquels on veut créer telle ou telle activité en commun. On contribue tous, à travers notre loyer, à un budget et, en cela, on devient une force économique pour faire naître des projets », confie le lauréat qui dit s’être inspiré de la Clé d’la Baie, à Penetanguishene. « Cette organisation a joué sa survie à travers un exercice de réflexion pour en sortir avec quelque chose de différent, beaucoup collectif et adapté aux défis aujourd’hui. »
Le tout premier projet d’envergure qui pourrait émerger du carrefour serait la mise sur pied d’un forum communautaire régional, dès l’année prochaine, visant à rapprocher les francophones établis de longue date et les nouveaux arrivants qui représentent l’avenir de la communauté.
« Avec la pandémie, on a perdu le pouls de la communauté et les liens se sont distendus avec les immigrants », relate M. Marotte. « Ce forum, encore au stade de planification, permettrait d’en apprendre plus sur les besoins de ces communautés. Il faut qu’on fasse cet exercice de consultation pour adapter, voire reformuler nos services. »
La Boîte à soleil et Nicole Guertin aussi reconnues
Deux autres prix étaient en outre remis par le CCO et la Caisse Desjardins. Le réseau de garderies du Niagara La Boîte à soleil a reçu le Prix d’excellence collective « institutionnel », qui souligne la contribution au rayonnement de l’économie sociale et solidaire en Ontario.
Décrivant deux dernières années difficiles, sa directrice générale, Christina Clark, a salué le rôle de la prédécesseure Véronique Emery ainsi que des éducatrices à la petite enfance « qui ont rendu possibles la réussite et le développement de la garderie ».
Nicole Guertin, quant à elle, a reçu le prix d’excellence collective Alphonse-Desjardins à titre posthume. Ce prix rend hommage à une œuvre continue et majeure et reconnaît des vies entières dévouées au monde coopératif.
Jocelyn (au centre), conjoint de Nicole Guertin, lauréate du Prix d’excellence collective Alphonse Desjardins à titre posthume. Crédit image : Rudy Chabannes
Cette entrepreneure du Nord, instigatrice de multiples projets porteurs pour faire avancer les services en français, est décédée il y a un an. C’est son conjoint Jocelyn qui, avec beaucoup d’émotions, a reçu la récompense, sous des applaudissements nourris envers une vie entière dévouée au monde coopératif.
« Peu de gens sont au courant de ce qu’elle a fait : fondation de la première association des infirmières francophones à Toronto, puis du Centre communautaire de santé de Kapuskasing, puis du premier festival multiculturel de Whistler… Nicole avait 10-15 ans d’avance sur son temps », a-t-il confié. « Elle n’a pas eu la reconnaissance sur le moment, car elle semait des graines et les projets naissaient plusieurs années après. Sa force était de connecter les gens entre eux pour faire naître des projets. »
TORONTO – Les électeurs du quartier 3-Centre ne choisiront pas leur conseiller scolaire lundi prochain. Il faudra en passer par une élection partielle ultérieure. Cette décision du greffier de la Ville fait suite à deux candidatures anglophones qui ont provoqué la colère de parents d’élèves cette semaine.
Le greffier John D. Elvidge a tranché ce mercredi soir : l’élection du conseiller scolaire public de langue française du Conseil scolaire Viamonde est déclarée « nulle après avoir déterminé que l’un des deux candidats n’est pas éligible à occuper un poste ».
C’est l’épilogue d’une controverse débutée sur les réseaux sociaux après que des parents d’élèves aient tenté de joindre les deux candidats, Joseph Frasca et Amina Bibi Bhaiyat, et se soient rendu compte qu’ils ne parlaient pas français et que leur statut d’ayant droit soit pour le moins litigieux.
Or, la Loi sur l’éducation de l’Ontario stipule que tout candidat doit avoir soit le français comme première langue apprise et comprise, soit avoir fréquenté une école de langue française au Canada, soit avoir un enfant qui a fréquenté ou fréquente une école de langue française au Canada, justifie le greffier par voie de communiqué.
Plus précisément, la Loi édicte, entre autres critères, l’obligation de résider sur le territoire, pouvoir voter à l’élection scolaire, contribuer au conseil via ses impôts fonciers et être citoyen canadien âgé d’au moins 18 ans.
Par ailleurs, l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés définit comme ayant droit une personne dont la langue maternelle et comprise est le français, ou qui a reçu son éducation élémentaire en français au Canada, ou encore dont l’enfant a reçu ou reçoit son éducation élémentaire ou secondaire en français au Canada.
Selon le greffier, c’est une des candidatures qui a provoqué l’annulation du scrutin scolaire. « Si un candidat devient inéligible pour occuper ce poste et qu’un autre candidat était élu par acclamation en conséquence, alors l’élection est nulle et une élection partielle est tenue pour combler le poste », précise-t-il.
Une pétition signée par des parents de Toronto Centre avait été envoyée à la Ville plus tôt ce mercredi, réclamant une vérification immédiate de la légitimité des candidatures.
Soulagement du côté des parents mobilisés
Une des instigatrices de la pétition et membre d’un groupe de parents de Toronto Centre, Gisèle Rousseau, réagit positivement à cette annonce du greffier et croit que l’élection partielle fera émerger de nouvelles candidatures plus crédibles.
« Comme parents, nous étions vivement inquiets face à cette situation intenable », confie-t-elle. « On est ravi, soulagé et fier des efforts et de la mobilisation de notre communauté de parents! C’était la seule issue possible. »
Et d’alerter : « Ce n’est peut-être pas le seul cas. J’ai l’impression que les vérifications ne se font pas. Ces personnes n’étaient peut-être pas malintentionnées mais n’ont pas rempli les critères nécessaires d’ayant droit. »
À l’heure actuelle, lorsqu’un candidat se présente, il lui suffit de signer une reconnaissance de qualités attestant qu’il est qualifié pour être élu et occuper le poste.
« Ce qui est surprenant et qui doit changer, c’est qu’il devrait y avoir, au-delà du critère d’ayant droit, un critère d’expression et de compréhension du français. Dans nos conseils scolaires, où tout se fait en français, on ne peut pas avoir un représentant qui ne peut pas nous défendre. »
Mme Rousseau milite aussi pour que tout candidat publie au moins une bibliographie et une adresse courriel à laquelle ils soient joignables. « C’est un parent et une conseillère qui ont dû aller en personne à l’hôtel de ville chercher ces renseignements-là. Ça ne devrait pas être aussi compliqué. »
OTTAWA – L’autrice ottavienne a reçu les honneurs, ce mercredi au Théâtre Meridian, dans la catégorie Œuvres de fiction en français, pour son roman Le malaimant, paru aux Éditions l’interligne.
Le malaimant raconte la relation naissante entre Aurel, un homme vivant dans les bois, et une femme blessée, dont il tombe amoureux après des années de solitude.
« En ouvrant son cahier blanc tout neuf, le jeune homme se trouve paralysé par les souvenirs et l’angoisse », résume sa maison d’édition. « Viennent à son secours des personnages fabuleux, avec leurs potions et leurs talismans. Un périlleux voyage s’amorce au cœur du désarroi d’un homme, qui mènera à des sentiers accidentés. »
Mme Vinet a publié cinq livres, dont un roman et un récit primés (prix Trillium, Émile-Ollivier et Le Droit), ainsi que plusieurs nouvelles.
Michèle Vinet et son roman. Montage ONFR+
L’autrice diplômée de l’Université d’Ottawa était en concurrence avec trois autres finalistes : Véronique‑Marie Kaye pour Marjorie à Montréal (Prise de parole), Éric Mathieu pour Dans la solitude du Terminal 3 (La mèche) et Blaise Ndala pour Dans le ventre du Congo (Mémoire d’encrier).
Depuis 1985, les Prix du livre d’Ottawa reconnaissent les meilleurs œuvres en français et en anglais au cours de l’année précédente. Chacune des langues comprend des catégories distinctes pour la fiction et la non-fiction. Les finalistes sélectionnés reçoivent 1000 $ et le lauréat remporte un prix de 7500 $.
Micheline Marchand, Prix AAOF de littérature jeunesse 2022
L’autrice de Lafontaine Micheline Marchand a, de son côté, remporté le Prix AAOF de littérature jeunesse 2022 pour son œuvre Perdue au bord de la baie d’Hudson.
Cette distinction est remise tous les deux ans par l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), en alternance avec le Prix littéraire émergence, cette distinction
« C’est un grand plaisir et un honneur de recevoir ce prix qui braque les projecteurs sur la littérature jeunesse d’ici. En valorisant l’écriture pour les jeunes, il encourage notre lectorat émergent à découvrir le monde livresque », a réagi la lauréate qui signe son premier livre aux Éditions David.
Micheline Marchand et son roman. Montage ONFR+
« Son livre, Perdue au bord de la baie d’Hudson, est un bel exemple de la vitalité et de la pertinence de la littérature d’ici », a déclaré Marie-Josée Martin, présidente de l’AAOF.
Composé des écrivains Éric Mathieu, Elena Martinez et jeunesse, Mireille Messier, le jury s’est dit « conquis par la justesse et la finesse avec lesquelles l’autrice traite du sujet délicat de l’automutilation chez les jeunes et du pouvoir régénérateur de l’amitié ».
« À travers la quête identitaire d’une adolescente, Micheline Marchand nous fait également découvrir le Nord canadien et un pan important de l’histoire autochtone », ont-ils ajouté.
Mélina Leroux est directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). La native de Rockland est à la tête de l’organisme qui regroupe plus de 25 000 jeunes franco-ontariens.
LE CONTEXTE :
Après deux ans de pandémie, la FESFO organise à partir de ce mercredi un congrès provincial réunissant une centaine d’élèves qui vont y développer des compétences dans le but d’accroître leur leadership.
L‘ENJEU :
Le congrès et son AGA vont faire émerger les demandes qui feront l’objet d’un plan d’action auprès du conseil de représentation.
« Le Congrès de la FESFO se déroule sur cinq jours, une première fois en présentiel depuis 2019. Comment cela va se dérouler?
Bien, je l’espère! Nous attendons 97 ou 98 jeunes qui représentent 50 écoles des six régions de la FESFO : Nord, Centre, Ottawa, Est, Sud et Grand Toronto. Certaines écoles n’ont pas envoyé de délégués, et d’autres, une à trois personnes par école.
Nous serons dans un camp nature à Torrance près de la région de Barrie. C’est un congrès pas comme les autres. Ça va être un espace où les jeunes vont créer et travailler ensemble. Le but, c’est qu’ils soient des agents de changements dès leur retour à l’école.
Ce qui va se passer aussi, c’est notre assemblée générale annuelle qui se déroule habituellement durant les Jeux franco-ontariens. Nos jeunes nous ont dit que ça ne fonctionnait pas et donc ça tombe bien de la faire dans ce contexte de congrès.
On va leur poser la question : « Qu’est-ce que la FESFO peut faire pour la jeunesse franco-ontarienne? » Ça peut nous apporter de tout et de rien, mais il y a toujours quelque chose qui en ressort. Nous avons parlé dans le passé des institutions postsecondaires, des enjeux de justice sociale…
Ça leur permet de nous dire ce qu’ils veulent et nous de les aider à prévoir la suite. Cette AGA sera la plus importante en nombre depuis les dix dernières années.
Et quel est l’objectif de ce congrès?
Nous avons déterminé quatre parcours pour ce congrès : le sondage, le panel, les groupes de discussion et les campagnes de sensibilisations. Les élèves choisissent un parcours et durant cette fin de semaine, ils vont le mettre en pratique. Par exemple, le groupe qui a choisi le panel devra tenir un panel, la gang de sondage devra créer un sondage, etcetera.
Pour nous, c’est l’occasion de faire de l’empowerment jeunesse et de développer des softskills et hardskills à travers ces parcours. Comme ça, quand ils retournent dans leurs écoles, ils peuvent mettre ça en pratique eux mêmes. Nos jeunes sont des agents de changement.
Par exemple, si c’est la Journée de la femme, eh bien les jeunes peuvent monter un panel avec des femmes leadership de leur communauté. Ou encore, s’ils veulent créer leur carnaval d’hiver, ils peuvent créer un sondage pour savoir quelles activités leurs pairs voudraient avoir. Ils pourront transmettre ça dans leur école et leur communauté.
Quels outils et compétences allez-vous offrir à la jeunesse?
On est beaucoup dans le développement de compétences et le savoir-être. À l’école, ils ont un apprentissage très théorique. On complète l’école en les aidant à développer la pensée critique, la sécurité linguistique et faire des rencontres. On leur offre l’espace pour avoir des conversations, travailler ensemble. Il y a une tendance où le personnel scolaire ne laisse pas tant de place aux jeunes, donc on veut leur donner les outils pour qu’ils puissent s’exprimer, comme dire : « Monsieur, Madame, je pense avoir une bonne idée, voilà comment je développerais ça ». On essaie de leur donner les compétences d’un chargé de projet, de leadership et aussi de relations humaines.
Il y a de la pression sur les élèves, faire les devoirs jusqu’à deux heures du matin, s’attendre à ce qu’il fasse du bénévolat, qu’ils soient bons, voire très bons à l’école, mais aussi qu’ils travaillent. Il ne faut pas oublier que pendant la pandémie, c’étaient nos travailleurs essentiels, dans les épiceries, les restaurants, les fast-foods.
Avec le Congrès de la FESFO, on veut réfléchir au bien-être de nos jeunes leaders. Nos jeunes font des burn-out à 15 ou 16 ans, c’est sûr qu’ils ne voudront pas contribuer à la communauté qui les a brûlés. On veut qu’ils sachent que c’est ok de dormir à 22h, c’est ok de sortir de sa zone.
Après deux ans de pandémie, est-ce que la jeunesse est présente et se mobilise?
Nous sommes un peu mitigés sur cette question. On est toujours dans cette pandémie quelque part, avec le spectre de la prochaine vague. Mais, les jeunes sont relativement présents. Puis c’est un test et clairement pour un événement d’automne, on est autour des mêmes chiffres prépandémie. C’est assez encourageant, même si c’est la toute première fois qu’on offre le congrès dans ce format-là. Ça a peut-être motivé les jeunes, mais le présentiel semble avoir aidé, en tout cas, ils répondent à l’appel.
Quels seraient les enjeux majeurs de la FESFO pour 2023?
On veut revoir notre programmation, il nous faudra des conversations stratégiques. Notre plan pour 2023, c’est de faire une tournée dans les écoles, où on va aller à la rencontre de nos membres. Je ne peux pas en dire plus, il faut garder des surprises. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on va pouvoir rejoindre plus de gens. C’est notre gros projet et par la suite tout va dépendre de ce que l’AGA va dévoiler. »
Si Tecumseh a déjà réélu son maire par acclamation, dans d’autres municipalités où vivent de nombreux francophones, ce seront les urnes qui départageront les candidats, à l’image de Windsor où Drew Dilkens, en course pour un troisième mandat, doit se défaire six adversaires politiques.
À Windsor, Drew Dilkens vise un troisième mandat
Le maire sortant fait face à Benjamin Danyluk, Aaron Day, Matthew Giancola, Ernie Lamont et Louis Vaupotic. Mais son rival le plus sérieux est certainement Chris Holt, un conseiller municipal qui s’est opposé à M. Dilkens sur plusieurs dossiers lors du récent débat électoral et qui mise sur le développement communautaire et les transports.
Il défend la création d’un quartier culturel et historique noir le long de la rue McDougall et à proximité de l’aréna de Windsor qu’il veut rénover. Il est aussi partisan du nouvel hôpital mais regrette que le choix de son emplacement prenne une tournure politique.
Élu pour la première fois en 2014, M. Dilkens défend son bilan et plusieurs projets, dont la revitalisation du centre-ville, un meilleur accès à l’autoroute 401 et l’implantation d’une usine de batteries de véhicules électriques qui doit générer près de 3 000 emplois.
Comme dans l’ensemble des débats ayant opposé des candidats dans le Sud-Ouest, le rayonnement de la francophonie est totalement absent des enjeux. Windsor, où 3,6 % des résidents sont francophones, n’a pas échappé à la règle.
Face au maire sortant Drew Dilkens, l’un de ses conseillers municipaux, Chris Holt. Source : Site web des candidats
À Chatham-Kent et Lakeshore, le vote francophone compte
La critique la plus communément entendue à Chatham-Kent est que les investissements bénéficient plus à Chatham qu’au reste du territoire de la municipalité. Le sortant Darrin Canniff a-t-il entendu le message de ses concitoyens?
Dans cette municipalité qui compte 7 % de résidents bilingues et des localités fortement francophones comme Pain Court, deux rivaux politiques essayent de détrôner M. Canniff : Andy Fisher, un camionneur qui veut lutter contre le déclin économique et le sans-abrisme, ainsi que William Pickard, un septuagénaire de Thamesville très critique sur la transparence des conseils municipaux qui se sont succédé ces dernières années.
À Lakeshore, où 16 % des administrés parlent les deux langues officielles, la maire aux commandes depuis 16 ans, Tom Bain, tente de se maintenir face à sa propre adjointe et PDG du Centre de soutien communautaire du comté d’Essex, Tracey Bailey. Les deux candidats, qui ont affiché leurs divisions lors d’un récent débat, semblent inconciliables sur la question des infrastructures et du logement abordable, dans une municipalité où le vote francophone est non négligeable.
Darrin Canniff est candidat à sa succession à Chatham-Kent. Source : compte Twitter Darrin Canniff
London : une course à dix, sans le maire sortant
Pas moins de dix candidats se disputent le fauteuil de maire. En renonçant à se représenter pour un second mandat, Ed Holder a ouvert la voie à une féroce guerre de succession dans laquelle deux candidats semblent se distinguer.
Le maire adjoint Josh Morgan, qui se présente après deux mandats au sein du conseil municipal, et Khalil Ramal, un ancien député libéral d’origine libanaise élu sous le gouvernement McGuinty, s’affrontent sur plusieurs dossiers, notamment celui des transports qui exaspèrent une partie de la population.
M. Ramal, pour sa part, promet de mettre en place un réseau de bus rapide et d’instaurer la gratuité pour les résidents de plus de 65 ans. Il s’engage aussi à faire du logement abordable et de l’environnement ses priorités.
M. Morgan a reçu le soutien du maire Holder et s’inscrit dans la continuité de son mentor. Il était un temps pressenti pour devenir député fédéral, mais c’est finalement la conseillère francophone Arielle Kayabaga qui s’était lancée dans la course et siège aujourd’hui à Ottawa.
Le maire de London Ed Holder ne se représente pas. Source : Facebook Ed Holder
À Sarnia, Mike Bradley indéboulonnable depuis 34 ans
À Sarnia, le chemin de la réélection semble tout tracé pour le sortant, Mike Bradley, un des maires les plus anciens de l’Ontario. L’élu aux dix mandats ininterrompus depuis 1988, est aussi président du conseil d’administration du parc de recherche de l’Université Western Ontario et de la Commission des services policiers de Sarnia.
Dans ce onzième combat électoral, ce vétéran de la politique municipale devra cette fois faire la différence sur Nathan Colquhoun, son seul rival. Conseiller municipal depuis les dernières élections de 2018, M. Colquhoun se place en défenseur des services publics et de la qualité de vie des résidents.
Pour espérer convaincre les électeurs de voter pour lui, ce gestionnaire d’entreprise met en avant les projets concrétisés par le conseil municipal ces quatre dernières années en matière de logement abordable, de loisirs et de transport. Il se positionne comme le candidat du changement et promet de faire prospérer les petites entreprises en éliminant la bureaucratie.
La ville s’est distinguée en décembre dernier en devenant la 27e région désignée en vertu de la Loi sur les services en français.
Les électeurs doivent départager Mike Bradley, maire aux dix mandats, et Nathan Colquhoun, à Sarnia. Source : Facebook des candidats
Tecumseh et LaSalle dans la continuité
Il faudra aussi garder un œil sur deux autres municipalités où la francophonie est implantée de longue date : Amherstburg et Kingsville où les maires sortants ne se représentent pas.
À Tecumseh, en revanche, pas de suspense dans ces élections. Le directeur du comté Gary McNamara a été réélu maire par acclamation dans ce coin de l’Ontario qui abrite 12,5 % de résidents bilingues. La course reste en revanche ouverte pour quatre sièges de conseillers.
Les jeux sont faits aussi à LaSalle où Crystal Meloche, adjointe au maire sortant, n’a rencontré aucun obstacle pour prendre le flambeau de Marc Bondy. Michael Akpata a été élu adjoint au maire par acclamation.
NIPISSING OUEST – À cinq jours du résultat des élections, les esprits semblent apaisés du côté de Nipissing Ouest dont le conseil municipal a souvent fait les manchettes en raison de conflits interpersonnels qui ont paralysé les activités municipales ces deux dernières années. Avec le retrait de la majorité des anciens conseillers, la page pourrait définitivement se tourner dans cette ville du Nord.
Sur les neuf membres issus de l’actuel conseil municipal, seuls quatre ont choisi de se représenter aux élections municipales dans la ville de 14 000 habitants.
Il s’agit des candidats Normand Roberge, quartier 7, Roland Larabie, quartier 6, Christopher Fisher, quartier 5 et Dan Roveda, quartier 4, qui, pour sa part, a choisi de se présenter cette fois pour le poste de maire.
Ces derniers votaient majoritairement en opposition au « clan » de la mairesse, dont aucun membre n’a choisi de se représenter.
La mairesse sortante Joanne Savage a décidé de ne pas se représenter, laissant la voie libre à deux autres candidatures : celles de Kathleen Thorne Rochon et Dave Lewington.
Alors que le mystère demeure encore quant à l’issue du scrutin, un conseiller a quant à lui déjà été acclamé. Jérôme Courchesne est l’heureux élu au poste de conseiller du quartier 8, à seulement 29 ans.
« J’espère amener un certain renouveau et une vision jeune dans tout ce portrait- là », déclare celui qui occupe un emploi au sein d’une coopérative financière.
Le nouveau conseiller du quartier 8, Jérôme Courchesne, a été greffier pour la municipalité de St-Charles. Gracieuseté.
« Ça va paraître redondant, mais quand on fait les manchettes provinciales et puis nationales pas pour les bonnes raisons ça fait résonner quelques cordes de chez nous. Le défi va être de travailler ensemble et faire avancer les choses », dit-il afin de justifier ses priorités pour son mandat des quatre prochaines années.
De son côté, Roland Larabie explique que, selon lui, l’avenir devrait être plus doux dans le Nipissing.
« Si le conseil veut travailler ensemble, c’est sûr que ça va bien aller », lance-t-il avant d’ajouter qu’il espère que certains dossiers qu’ils défendaient pour son quartier pourront avancer avec le prochain conseil s’il venait à être réélu.
Le conseiller Roland Larabie, du quartier 6 se représente face à la candidate Anne Tessier. Gracieuseté.
Pour sa part, le candidat Dan Roveda dit promettre de ne jamais voter lors des résolutions s’il était élu maire, sauf en cas d’égalité.
Après avoir été longtemps le porte-voix de l’opposition à la mairesse Savage, ce dernier admet ne pas avoir voulu faire de campagne négative ni parler du passé qu’il souhaite définitivement oublier.
Il dit également s’engager à avoir des heures de bureau afin d’être disponible en tout temps pour les citoyens. « Je suis très confiant avec les gens qui se présentent, il y a du sang nouveau, la dynamique va changer », se rassure-t-il.
Étant le seul candidat francophone à la mairie de Nipissing Ouest, celui-ci indique que la francophonie sera au cœur de ses préoccupations en cas d’élection.
Le conseiller Dan Roveda du quartier 4, estime être le candidat le plus expérimenté pour la mairie. Gracieuseté.
« Je suis fier d’être francophone et j’ai l’intention de pousser fort parce qu’on a vraiment besoin de défendre nos droits », dit-il avant d’ajouter : « Un anglophone ne revendiquera pas les intérêts des francophones parce que ça ne sera pas sa priorité. »
La ville de Nipissing Ouest compte 56,8 % de résidents de langue française selon les dernières données du recensement de 2021 dévoilées par Statistique Canada en août dernier.
Celui qui siège au sein du conseil d’administration des services sociaux du district de Nipissing affirme également vouloir remettre Nipissing Ouest sur la carte, et siéger sur des comités provinciaux afin de permettre de redorer l’image de la ville qui a souffert des conflits de ces dernières années.
OTTAWA – Ce 24 octobre, les Ottaviens et Ottaviennes devront élire un nouveau maire ou une nouvelle mairesse parmi les 14 candidats. À quelques jours du vote, trois candidats semblent sortir du lot : Catherine McKenney, Mark Sutcliffe et Bob Chiarelli. Chacun de ses candidats offre différents points de vue en ce qui est du grand dessein pour la capitale et des promesses pouvant attirer les votes des francophones.
Bien qu’il soit question d’un programme et d’engagements envers la communauté, ceux qui briguent la mairie d’Ottawa mettent en avant des atouts qui pourraient les rendre plus crédibles sur la question parfois épineuse du bilinguisme à Ottawa. Au début du mois d’octobre, Bob Chiarrelli, l’ancien maire d’Ottawa (2000-2006), sur sa plateforme, déclarait : « Il est temps que le nouveau conseil municipal demande aux gouvernements provincial et fédéral de déclarer enfin la capitale du Canada officiellement bilingue ».
Il existe cependant la Loi de 2017 modifiant la Loi sur la ville d’Ottawa. Cette Loi provinciale prévoit que l’administration de la ville doit être faite tant en anglais qu’en français et que les services municipaux doivent être disponibles au public dans les deux langues officielles. En outre, elle oblige la ville à adopter un règlement municipal instaurant le bilinguisme dans son administration et dans les services qu’elle fournit.
Pour le conseiller, Mathieu Fleury, la ville est déjà – au niveau du provincial – officiellement bilingue, par sa politique des services en français. « Bien sûr, elle peut toujours être modifiée et bonifiée pour s’adapter. »
« M. Charielli s’était opposé en 2000 au statut de bilinguisme quand c’était le moment de le faire », rappelle Luc Turgeon, professeur agrégé à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. « Là tout d’un coup, il se fait le grand défenseur du bilinguisme. »
« On doit comprendre où se trouve l’écart et le corriger » – Catherine McKenney
Les autres candidats se positionnent aussi en « champions du bilinguisme ». Pour M. Sutcliffe, l’avantage est de taille : il est le seul à parler français. « C’est une histoire personnelle, le bilinguisme. Ma mère est francophone et mon père a compris très tôt que cette ville était bilingue et a appris le français. »
« Je me souviens du jour où il a reçu son certificat de bilinguisme et c’était un moment de grande fierté », se rappelle l’aspirant et ancien journaliste. « C’était important pour lui de pouvoir parler dans la langue de choix de ses interlocuteurs ».
Ottawa officiellement bilingue
Sur sa plateforme francophone, Mark Sutcliffe propose douze points pour soutenir les services en français, s’il est élu maire d’Ottawa.
Parmi eux, le candidat veut renforcer la politique de bilinguisme de la ville qui indique que « la ville d’Ottawa reconnaît les deux langues officielles comme ayant les mêmes droits, statuts et privilèges ».
Au micro d’ONFR+, M. Sutcliffe a déclaré vouloir « faire mieux dans les services de l’hôtel de ville. C’est important le bilinguisme, de nombreux leaders francophones m’ont dit que la politique existante n’était pas assez forte. »
J’apprécie que les candidats reconnaissent l’importance de la communauté francophone comme une richesse de notre Capitale. Cette plateforme est la plus complète que j’aie vu jusqu’à présent et démontre une compréhension des enjeux francophones. https://t.co/4XdsfKjowb
« Il y a des cas où les résidents ont témoigné d’un manque de services en français », dénonce-t-il. « Les programmes récréatifs pour les francophones sont pleins rapidement ou alors, il y a une grande liste d’attente. C’est la responsabilité de la mairie de montrer le leadership. »
« Je suis ouvert aux idées pour influencer l’usage du français. Tout ce qu’on peut faire pour démontrer qu’Ottawa est bilingue, il faut le faire. »
L’aspirant ajoute également que le bilinguisme est une opportunité économique pour Ottawa. « Ça l’est aussi pour le tourisme et les conférences. »
« Il faut faire mieux dans les services de l’hôtel de ville » – Mark Sutcliffe
La question des services récréatifs est également soulevée par son opposant Catherine McKenney. « Nous avons cette politique des services en français qui est supposément équitable. Pourtant, j’ai déjà entendu de la part de beaucoup de francophones que les services récréatifs en français sont souvent loin de leur domicile, alors, ils optent pour l’anglais. »
Pour McKenney, qui utilise le pronom « iel », il y a un problème d’équité dans les services offerts en français. « Vous appelez pour un service et vous allez attendre pour l’avoir en français, alors, vous choisissez le premier répondant qui sera en anglais. »
Iel considère qu’il sera nécessaire de faire un audit, une consultation pour évaluer les besoins dans tous les services municipaux. « On doit comprendre où se trouve l’écart et le corriger. »
Mathieu Fleury est conseiller pour le quartier Rideau-Vanier. Crédit image : Stéphane Bédard
Soutenir les francophones
M. Sutcliffe entend que les francophones se sont battus pour protéger leurs droits, « c’est toujours une bataille et cela démontre que nous devons protéger ces droits et anticiper les menaces ».
Catherine McKenney rappelle avoir toujours été au côté des Franco-Ontariens. « J’étais présente en 2018 après les coupes du gouvernement provincial, je soutiendrais les services en français ici. »
Pour iel, « si on coupe dans des services, cela va affecter du monde, mais les services en français seront les plus durement touchés ».
« Nous devons continuer à protéger ces services sinon nous risquons de perdre notre communauté francophone et nous n’aurons pas de francophones qui vont venir s’installer ici. Ottawa bilingue, c’est attrayant pour le tourisme et l’économie », déclare McKenney, « il faut assurer tout cela ».
« C’est la responsabilité de la mairie de montrer le leadership » – Mark Sutcliffe
Pour le conseiller de Rideau-Vanier, M. Fleury : « On a des lacunes dans les services de gardes d’enfants, dans les services sociaux (…), il y a des services qui ne sont pas des services linguistiques, mais des services donnés aux citoyens. »
« Présentement, tous les services offerts par une agence ne sont pas assujettis à notre politique des services en français. Par exemple, on a des services sociaux comme les refuges qui dans ce contexte n’ont pas les mêmes obligations de la ville ».
Ce que semble soutenir Catherine McKenney : « Ce sont de réelles inquiétudes pour les familles francophones. Ce qui est important aussi, c’est de faire un état des lieux des services au niveau des ambulanciers paramédicaux. »
Quand j’étais prez de l’ACFO Ottawa en 2016 et on militait pour le bilinguism officiel, @cmckenney était parmi une minorité de conseillers qui nous appuyait ( @jLeiper aussi). C’est pq je suis confiante qu’iel va défendre le bilinguisme après l’élection.https://t.co/gODDWs3qtN
Il semble que le seul candidat qui maîtrise le français soit Mark Sutcliffe. Catherine McKenney dit l’apprendre et d’ailleurs son adolescente le parlerait déjà très bien. Puis pour ce qui est de Bob Chiarelli, aux dernières nouvelles, l’apprentissage suit son cours.
Mathieu Fleury, au regard de ces trois candidats, n’a pas peur pour la communauté francophone, « mais le seul candidat qui parle français, c’est M. Sutcliffe et c’est important d’avoir un maire qui puisse communiquer avec la communauté ».
Catherine McKenney, ne maîtrise donc pas encore le français, pourtant lorsqu’iel était conseiller, iel s’est allié aux causes des francophones. « McKenney attire les jeunes francophones et les militants pour la justice sociale. En fait, les plus jeunes sont attirés par ses idées, ils n’ont pas pour seul intérêt le français », déduit M. Turgeon.
« Il y a un problème d’équité dans les services offerts en français » – Catherine McKenney.
« Il y a peut-être une question générationnelle. M. Sutcliffe, parle français donc il s’attend probablement à plus de soutiens de la part de la communauté malgré ses déclarations passées. Il se veut le grand défenseur de la francophonie et il est même soutenu par de nombreuses personnalités francophones. »
En effet, sur sa plateforme, M. Sutcliffe annonce le soutien de personnes influentes telles que Marie-France Lalonde, Stephen Blais, Madeleine Meilleur, Jean Cloutier et Ronald Caza…
Luc Turgeon est professeur agrégé à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté
Après les promesses
D’après l’expert en politique municipale, M. Turgeon, « il ne faut pas le cacher, mais il y a un pourcentage important des citoyens qui rejettent le bilinguisme, de ce fait, les politiciens n’imposent pas trop ceci ou cela ».
Certains postes ne sont pas affichés en français : « Ça demeure controversé », renchérit le politologue.
M. Sutcliffe réagit dans cette même veine concernant les emplois offerts à Hydro-Ottawa. « Je pense qu’il faut communiquer en français et en anglais dans tous les services d’Ottawa », affirme-t-il. « J’ai déjà vu des annonces d’emplois chez Hydro-Ottawa, uniquement en anglais. Nous devrions faire mieux et peut-être utiliser la technologie. »
Pour M. Fleury, certaines promesses sont électoralistes. Ce qu’il faut, c’est « engager du personnel bilingue dans les services de première ligne ».
Dans ce contexte, ce qui semble important, c’est d’investir dans l’éducation en français et créer de la relève. « Ce qui est pertinent à Ottawa, c’est que 70 % des moins de 50 ans en 2017 étaient francophiles et bilingues. »
L’équipe de campagne de M. Chiarelli n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.
OTTAWA – Doug Ford fuyait ses responsabilités et se « cachait pour des raisons politiques » durant l’occupation du centre-ville d’Ottawa selon le premier ministre canadien, révèle un appel entre ce dernier et le maire Jim Watson.
Dans cette discussion, Justin Trudeau jugeait que le fédéral avait de la difficulté à savoir comment agir « avant d’avoir une meilleure idée de ce que fait la province ».
« Doug Ford se cache face à ses responsabilités (durant le Convoi) pour des raisons politiques comme vous l’avez souligné, et il est important que nous ne les laissions pas s’en tirer, et nous avons l’intention de vous soutenir à cet égard », a-t-il dit dans un appel du 9 février, soit près de trois semaines après l’arrivée des camionneurs dans la Capitale nationale.
Le maire d’Ottawa a répliqué que « ce serait bien si nous avions quelque chose de ferme avec le gouvernement fédéral pour leur faire honte (la province) », critiquant l’absence de l’Ontario a des rencontres entre les autorités policières, le fédéral et la Ville d’Ottawa.
Jim Watson : « la Soliciteur générale (Sylvia Jones) était sous l’impression que 1500 agents de la PPO étaient à Ottawa, ce qui était n’était pas le cas. » Le maire disait espérer que les agents de la PPO à Windsor seraient ensuite envoyés à Ottawa. #polcan
La province avait refusé de participer à des réunions entre ces différents paliers, « une perte de temps » jugeait Doug Ford, selon une discussion entre les deux politiciens se souvient Jim Watson.
« Je n’étais pas d’accord, j’ai dit que nous avions besoin de l’aide des trois paliers de gouvernement », a indiqué ce dernier lors de son témoignage mardi devant la Commission sur l’état d’urgence.
Ce type de pensée du premier ministre Trudeau n’était pas unique au sein de son cabinet. Le ministre de la Protection civile Bill Blair estimait que « l’Ontario s’inquiétait d’être visible et ensuite d’être interrogé sur ce que faisait la province », peut-on lire dans un transcript entre le maire Watson et divers intervenants fédéraux.
Hier, Doug Ford a avancé s’être tenu « coude à coude » avec Justin Trudeau approuvant aussi la décision du fédéral d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence.
Remise en question de la Police d’Ottawa
Dans le même appel avec le maire, Justin Trudeau soutient avoir des « préoccupations sur la façon dont les choses ont été gérées depuis le début » par la Police d’Ottawa et son ancien chef Peter Sloly.
« Il y a des moments où vous dites une chose et il en dit une autre. C’est là où nous pouvons aider autour de cela? », demande Justin Trudeau au maire en référence aux propos de Peter Sloly.
Le maire d’Ottawa, Jim Watson. Archives ONFR+
Ce dernier affirmait à ce moment-là que mettre fin aux démonstrations ne passait peut-être pas par une solution policière, ce avec quoi Jim Watson n’était pas d’accord soutenant qu’il s’agissait « d’un enjeu policier ».
« Je n’étais pas d’accord, j’ai dit que nous avions besoin de l’aide des trois paliers de gouvernement (…) Les trois paliers du gouvernement et la police n’ont pas réagi assez rapidement », tranche-t-il.
Doug Ford et la Soliciteure générale Sylvia Jones avaient fait part au maire d’Ottawa de leurs préoccupations par rapport « au plan ou l’absence de plan » de la part de Peter Sloly pour résoudre le problème (l’occupation du centre-ville), se rappelle Jim Watson.
« Je pense que ça n’allait pas plus loin que la ministre Jones entendait de son côté que les choses n’avançaient pas aussi bien que prévu au niveau des opérations. »
Ce dernier estime que l’absence de la province à la table des discussions entre les différents paliers de gouvernement a ralenti l’issue du conflit.
Alors que les résultats des récentes élections provinciales au Québec ont fait couler beaucoup d’encre et que de plus en plus de citoyens donnent de la voix pour l’adoption du vote préférentiel en lieu et place du système électoral actuel basé sur un principe uninominal majoritaire à un tour, les experts semblent divisés sur son utilité quant aux élections municipales.
Pour ce qui est du vote préférentiel comme système de substitution à celui uninominal à un tour qui fait force de loi au pays, le débat ne date pas d’hier. En effet, quel que soit le palier, à chaque élection des voix citoyennes s’élèvent pour le revendiquer comme nouveau mode de scrutin, plus équitable selon ces dernières.
Pour rappel, le vote préférentiel est un mode de scrutin électoral qui offre la possibilité aux électeurs de classer les concurrents par ordre de préférence sur leur bulletin de vote. Suite à quoi, les candidats d’une même liste sont classés en fonction du score total obtenu. Ainsi, les candidats enregistrant le meilleur score dans chaque liste sont déclarés vainqueurs.
Le principal avantage de ce système réside dans le fait qu’il permet d’éviter que les futurs élus le soient à moins de 50 % des voix. D’ailleurs, la plupart des partis politiques au Canada, y compris celui du premier ministre ontarien, Doug Ford, élisent leur chef en ayant recours au vote préférentiel.
Les élections municipales ontariennes qui auront lieu ce lundi 24 octobre ne font pas exception. Plusieurs potentiels électeurs réclament, via les réseaux sociaux, d’y appliquer le vote préférentiel, à l’instar de cet architecte en technologie de l’information résidant à Milton, Christian Audet.
Christian Audet, résident de Milton. Gracieuseté
« Je suis en faveur du vote préférentiel parce qu’il assure une meilleure sélection dans chaque district électoral. De plus, il motive les électeurs des « petits » candidats à aller voter. Avec le mode de scrutin actuel, beaucoup de ces personnes ne votent pas parce qu’ils savent que leur candidat n’a aucune chance de l’emporter », explique celui-ci.
L’avocat à la Fédération des municipalités de l’Ontario et professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, Stéphane Émard-Chabot, fait le même constat : « Je suis convaincu que si on demande à la population si elle préfère un système électoral différent qui représente plus la volonté démocratique, la réponse sera oui. »
Il en va de « la santé de notre démocratie »
Il faut dire qu’une première expérience, inédite au pays, pour appliquer le vote préférentiel a déjà été effectuée en 2018 lors des élections municipales de la ville de London. Un essai beaucoup critiqué à cause, entre autres, des longs délais de la livraison des résultats, un retard dû aux exigences comptables de ce nouveau mode. À l’époque, il avait fallu 18 heures pour que les premiers élus soient connus.
Plus que cela, le 7 juin 2016, le gouvernement de la province de l’époque avait adopté un projet de loi ayant pour objectif de modifier la Loi de 1996 sur les élections municipales afin d’accorder aux municipalités la possibilité d’utiliser le scrutin préférentiel. Ce projet avait fait suite aux consultations menées par l’Ontario auprès du public, lequel avait clairement exprimé son penchant pour un scrutin préférentiel.
Toutefois, l’arrivée de Doug Ford au pouvoir quelques jours après l’adoption de cette loi a changé la donne. Dès 2020, le premier ministre avait coupé court à cette décision pour revenir au système de vote obligatoire uninominal qui fait foi depuis 1867, arguant qu’il fallait « se concentrer sur la pandémie ».
Stéphane Émard-Chabot, avocat à la Fédération des municipalités de l’Ontario et professeur à la Faculté de Droit de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté
« Le vote préférentiel est une bonne chose pour les élections à tous les niveaux. On vient de voir les élections provinciales et les débats que les résultats ont suscités au sujet du système uninominal à un tour où une personne peut être élue parfois avec seulement 30 ou 35 % des voix. Effectuer cet ajustement est impératif pour la santé de notre démocratie. Mais la réalité est que ceux qui sont au pouvoir et qui bénéficient du système actuel leur permettant d’être élus facilement et rapidement n’ont pas intérêt à le changer », déplore Stéphane Émard-Chabot.
Et d’ajouter : « D’autant plus que c’est beaucoup plus facile à mettre en place au niveau local parce qu’on n’a pas la dynamique des partis politiques et donc les partis pris sont moins forts. Aussi, la nature directe de la démocratie au niveau local fait qu’il est généralement plus facile de vendre cette idée-là à l’électorat. »
Luc Turgeon, professeur agrégé d’Études politiques à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa. Archives ONFR+
Pas si efficace que cela pour les municipales
De son côté, Luc Turgeon, professeur agrégé d’études politiques à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa n’est pas de cet avis.
« Je n’ai rien contre le vote préférentiel, mais au niveau municipal je suis moins convaincu de son utilité parce que dans les faits, bien souvent les conseillers municipaux et les maires l’emportent par plus de 50 %. Donc à ce niveau-là, il n’aurait rien changé. Il est peut-être utile lorsqu’il y a des courses serrées entre les candidats », argue-t-il.
Même son de cloche pour Geneviève Tellier, professeure titulaire École d’études politiques à l’Université d’Ottawa : « Je ne suis pas certaine que le vote préférentiel ait fait ses preuves. Peut-être qu’il est plus approprié dans les villes où il n’y a pas de partis politiques, mais je ne suis pas certaine que cela soit la meilleure méthode parce qu’il existe, aussi, un élément stratégique dans l’ordre des choix qui peut s’avérer fatigant pour l’électeur. »
TORONTO – Validé une première fois par un évaluateur indépendant, le prix d’achat du bâtiment – une maison historique du centre-ville d’environ 13,6 millions de dollars – fait l’objet d’une étude par le ministère du Patrimoine canadien. Si l’estimation coïncide, ce serait un des derniers verrous qui sauterait en vue de la concrétisation de la Maison de la francophonie. Aucune entente n’est encore signée avec le gouvernement fédéral. La province, quant à elle, se tient à distance pour le moment.
Un promoteur patient, des fondateurs tenaces et des bailleurs plus ou moins au rendez-vous… La situation n’est pas propice à un déblocage de financement dans l’immédiat avec Patrimoine canadien qui financerait la majeure partie de l’enveloppe, mais plusieurs signaux ces dernières semaines donnent de l’espoir, depuis la reprise des pourparlers avec les fonctionnaires fédéraux.
Ces discussions, qui ont repris depuis les dernières élections fédérales, se déroulent dans un esprit « beaucoup plus constructif » affirme Kip Daechsel, président du comité fondateur du projet.
« Les gestionnaires du programme nous ont demandé d’actualiser notre demande de financement, tenant compte, entre autres, des facteurs qui auraient pu changer durant la période de COVID-19, et de fournir des plans et devis pour les rénovations prévues pour le site de même qu’une estimation détaillée et chiffrée du budget de construction pour ces rénovations », relate l’avocat franco-torontois.
Les derniers fonds propres investis dans la mise sur pied d’une équipe de construction
Pour répondre aux exigences des fonctionnaires, le comité a mis ses dernières économies dans la constitution d’une équipe de construction composée d’un architecte général, d’un architecte spécialisé en planification de garderie, d’un ingénieur civil, d’un ingénieur en mécanique des sols, d’un ingénieur en systèmes mécaniques et électriques, d’un consultant en économie d’énergie, d’un consultant en code de construction et d’un entrepreneur général.
« Ce sont tous des professionnels chevronnés dans leur domaine respectif. Dans le cas de l’entrepreneur général, il venait même de compléter un projet très similaire à seulement quelques coins de rue de notre site », précise le président.
Dans le même temps, à la demande du ministère, un évaluateur a étudié le bien-fondé du prix d’achat, une évaluation qui doit maintenant être complétée par une étude menée par un fonctionnaire de travaux publics. Elle pourrait donner lieu à une seconde évaluation pour confirmer la valeur du bâtiment.
Kip Daechsel, président du comité fondateur de la Maison de la francophonie à Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes
« Si en bout de piste on nous refuse le projet, le projet sera mort » – Kip Daechsel
Les pilotes du projet affirment jouer leurs dernières cartes : « Il n’y aura pas de plan B, si l’entente de financement échoue », indique M. Daechsel. « On y a mis tout ce qui restait de nos ressources financières et on a demandé au promoteur d’attendre encore jusqu’à la fin de l’année et de nous réserver le bâtiment jusque-là. Si en bout de piste on nous refuse le projet, le projet sera mort. »
Un premier signal d’alarme avait été lancé à l’automne dernier, alors que la patience des promoteurs était mise à rude épreuve, mais les élections fédérales avaient balayé les espoirs de sortie de crise. Les discussions d’ici cet hiver pourraient donc s’avérer cruciales.
Le budget grimpe à 21,5 millions et pas d’engagement du gouvernement ontarien
Les besoins en financement fédéral ont été revus à la hausse depuis un an puisqu’ils se monteraient à 17,2 millions de dollars demandés à Patrimoine canadien (dont 13,6 millions pour acheter l’édifice et les droits de mutation et 3,6 millions pour la rénovation et l’ameublement), auxquels s’ajouterait 1,2 million escompté d’Infrastructure Canada.
Le tout serait complété par 1 million offert par le vendeur, 10 000 dollars de dons communautaires, 1,5 million d’emprunt à court terme et 325 000 dollars d’hypothèque, tandis qu’une demande de subvention de 150 000 dollars a été déposée auprès de la Fondation Trillium. Cela représente une enveloppe globale de près de 21,5 millions de dollars.
Il faut dire que l’édifice situé au centre-ville revêt un caractère historique remarquable puisqu’il a été désigné d’importance patrimoniale en raison de son architecture française « Second Empire ». Il fait partie d’un ensemble immobilier plus vaste et a auparavant abrité les bureaux de l’Alliance française de Toronto.
« Malgré maintes discussions, le gouvernement de l’Ontario ne participe pas au financement de la Maison », regrette, à ce stade, Kip Daechsel, espérant que « la province identifiera un moyen de soutenir le projet de la Maison ».
Des organismes supplémentaires fermement intéressés
En plus d’une garderie francophone, du Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones (MOFIF) et de l’association FrancoQueer, la Maison de la francophonie, si elle se réalise, abritera plusieurs acteurs de la francophonie, dont les bureaux torontois de l’Assemblée de la francophonie et de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) qui conserveront leur siège à Ottawa.
L’Entité 3, l’agence de planification des services de santé en français de Toronto, a également manifesté son intérêt, tandis que la venue de la Société économique de l’Ontario, un temps évoquée, n’est plus d’actualité, étant donné qu’elle a trouvé de nouveaux locaux entretemps.
Inspirée par des installations similaires ailleurs au pays (Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Calgary et Ottawa), la Maison a pour objectif de desservir et d’appuyer des organismes communautaires de la francophonie torontoise et ontarienne, ainsi que de fournir un lieu de rencontre pour des francophones et francophiles de toute la province.
CORNWALL – Depuis le départ de l’ancienne mairesse Bernadette Clement en 2021, c’est le maire actuel Glen Grant qui occupe le siège et qui tente de briguer un nouveau mandat. Face à lui, le conseiller Justin Towndale, le Franco-Ontarien James Leroux et Jordan Poapst, une personnalité atypique.Dans cette course quelque peu inhabituelle, les plans pour la francophonie demeurent très silencieux.
James Leroux est le seul candidat ayant accepté notre demande d’entrevue. Né à Cornwall, l’aspirant aurait grandi en français. Il déclare même être le seul à parler la langue de molière. « Je suis Franco-Ontarien, mon père aussi. »
Cornwall compte environ 20 % de francophones. Avec ces six écoles de langue française et ses nombreuses institutions où le français est roi, la ville de l’Est se place en cinquième position des municipalités francophones en Ontario, après Ottawa, Toronto, le Grand Sudbury, et Timmins. D’ailleurs, en 2019, la ville souhaitait être considérée pour accueillir l’Université de l’Ontario français (UOF).
Actuellement, au sein du conseil municipal, une bonne partie des conseillers parlent français et sur la liste de 27 candidats, plus de 10 personnes sont francophones.
Pourtant, il est difficile de savoir ce que les prétendants offriront à la communauté.
Pour James Leroux, il y a toujours des choses à améliorer pour promouvoir l’usage du français. Travailler avec les écoles francophones en est une, et continuer à communiquer dans les deux langues aussi. « Pouvoir parler avec la communauté francophone à Cornwall est un atout et le maire actuel, M. Grant, n’a pas d’intérêt pour les francophones. »
Il est vrai que depuis Bernadette Clement, c’est un maire unilingue en position. « Il y a un monument de la francophonie à Cornwall et depuis trois ans, aucun nom n’a été ajouté », critique M. Leroux.
La municipalité de Cornwall avec son Waterfront Trail. Gracieuseté municipalité de Cornwall
Ce monument est dédié à tous les Canadiens français qui ont contribué à la transformation culturelle, économique et sociale de Cornwall et de l’Ontario français. Le dernier nom apposé au monument est celui de Georgette Sauvé en 2019.
« Les francophones veulent les mêmes accès aux services de la ville, comme tout le monde. C’est dommage, mais notre force policière, par exemple, n’est pas obligée de parler français. » S’il est élu, James Leroux s’engage à écouter toutes les recommandations de la communauté.
Des plans un peu faibles pour la communauté francophone de Cornwall. Justin Poapst ne parle pas des francophones dans ses vidéos promotionnelles et le conseiller Justin Towndale ne propose aucun onglet francophonie sur sa plateforme non plus.
Une ville en chantier
Dans cette course à la mairie, de nombreux enjeux sont communs aux candidats. Bien évidemment, la crise du logement est un grand classique de nos municipalités. Mais la situation des personnes itinérantes, notamment près du Waterfront Trail, est considérée comme une crise majeure et sans précédent au sein de la ville. C’est une inquiétude qu’ont partagé tous les candidats au cours du débat des maires du 5 octobre dernier.
Pour James Leroux, « les gens à Cornwall ont besoin de maison, c’est urgent. Depuis huit ans, j’offre 40 chambres réparties dans des quadruplex à travers Cornwall, ces logements sont destinés aux personnes qui n’ont pas les moyens de s’offrir un appartement ».
Pour lui, la direction de la Ville n’est pas disposée à délivrer des permis de construire et c’est une des raisons qui le pousse à être candidat. « Nous avons des emplois de libres et pour les combler il nous faut des gens, mais nous ne pouvons accueillir personne, puisqu’il n’y a pas de logement. »
Des candidats atypiques
Candidat à sa succession, le maire sortant Glen Grant fait l’objet d’une investigation pour violation du code de la municipalité et pour mauvaise conduite suite à l’envoi d’un courriel concernant sa candidature. L’enquête pour violation de la Loi sur les élections municipales n’a toutefois pas affecté sa candidature. La Ville de Cornwall a mis en place des directives pour les candidats et le maire aurait fait mauvais usage de ses ressources, comme l’explique le quotidien Cornwall Standard-Freeholder.
Le conseiller Justin Towndale aurait également violé le code de conduite de la municipalité en attaquant, sur les médias sociaux, l’ancien chef des pompiers, Pierre Voisine, suite à son départ de Cornwall pour Clarence-Rockland. À ce jour, il a seulement été réprimandé par le commissaire à l’intégration.
Justin Tonwdale est le seul des candidats à avoir élaboré une plateforme dans les deux langues officielles.
Quant à Jordan Poapst, c’est sous le pseudonyme de Mc Frosty que ce dernier fait campagne depuis sa chaîne YouTube. Cet habitant de Cornwall se présente très différemment des candidats classiques à une élection.
« J’espère avoir ma chance et je connais les habitants, j’ai mon entreprise depuis 25 ans », indique James Leroux. « Quand je vois qui j’ai en face, je me dis que tout est possible, non? »
Les 40 000 habitants de Cornwall éliront leur prochain maire le 24 octobre.
OTTAWA – Le gouvernement Ford n’a pas voulu accorder des ressources supplémentaires aux autorités policières locales durant le blocus de la ville d’Ottawa, a révélé la Commission sur l’état d’urgence chargée d’évaluer l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence par le fédéral.
Doug Ford a pourtant réitéré, lundi matin, son appui à la décision du gouvernement fédéral d’invoquer cette Loi jamais utilisée par le passé, disant s’être tenu « coude à coude » avec le premier ministre canadien Justin Trudeau.
« J’ai une tolérance zéro pour vous si vous perturbez la vie des habitants d’Ottawa tous les jours et perturbez le flux économique à travers notre frontière », a-t-il affirmé en référence au blocage ayant eu lieu l’hiver dernier au pont Ambassador de Windsor.
Commission d'état urgence : Doug Ford dit qu'il est d'accord avec avec la décision du fédéral d'invoquer la Loi sur les mesures d'urgences. « Ils détenaient chaque jour un milliard de dollars de commerce à la frontière. C'est inacceptable…j'ai une tolérance zéro pour ça. » #polcanpic.twitter.com/drZZSyPDGr
Le 9 février dernier, en plein milieu de l’occupation du centre-ville par camionneurs, la Solliciteure générale Sylvia Jones a fait savoir dans un appel au maire d’Ottawa Jim Watson qu’elle ne voulait pas intervenir, selon le directeur général de la Ville d’Ottawa Steve Kanellakos.
« Je me souviens que la ministre a dit que c’était quelque chose dont elle devrait discuter avec le commissaire de la Police provinciale de l’Ontario et que les élus ne devraient pas s’en mêler », a-t-il relaté lors de son témoignage lundi matin.
Des membres du gouvernement Ford avaient aussi refusé de participer à certains appels entre le 8 et le 10 février entre le gouvernement fédéral et des autorités policières provinciales et nationales, a rappelé Steve Kanellakos.
Le 11 février, le gouvernement Ford déclarait l’état d’urgence dans la foulée des événements à Windsor et Ottawa, soit près d’une vingtaine de jours après leur début dans la capitale nationale. Le Toronto Star rapportait en août que la province avait offert de rencontrer les manifestants qui occupaient le pont Ambassador. Une offre qui avait été refusée.
Le premier ministre de l’Ontario dit que les gens responsables de la Commission ne lui ont pas demandé de venir témoigner. Ce dernier assure que les témoins qui seront appelés sont mieux placés que lui. Des sous-ministres du gouvernement ontarien et des hauts membres de la Police provinciale de l’Ontario doivent parler cette semaine et dans les jours subséquents.
« Nous avions de hauts fonctionnaires du PPO qui dirigeaient les opérations en collaboration avec les services de police municipaux et la GRC », s’est tenu de répondre Doug Ford, qui était de passage à Kanata pour annoncer la venue d’un nouveau projet d’innovation numérique de Nokia.
Ottawa savait que 10 000 personnes venaient
La Ville d’Ottawa, le maire Jim Watson et le service de police étaient au courant que les camionneurs du Convoi de la liberté prévoyaient rester pendant plus de 30 jours à Ottawa.
Le maire d’Ottawa Jim Watson,. Archives ONFR+
Steve Ball de l’association des hôteliers d’Ottawa avait prévenu les autorités le 25 janvier que 10 000 à 15 000 personnes tentaient d’obtenir des chambres pour une période d’un à trois mois. Dans son témoignage, Steve Kanellakos disait avoir confiance que les manifestants partent après cinq jours, soit après une fin de semaine de manifestation. Les autorités policières et municipales étaient aussi au courant que les camionneurs prévoyaient bloquer les voies d’accès au centre-ville et attacher les camions les uns aux autres.
« Nous nous sommes appuyés sur la police pour recueillir les informations, les rassembler avec toutes les informations dont elle disposait et faire une évaluation des risques à fournir à la ville en termes de stratégie qu’elle allait adopter pour atténuer ce risque », s’est défendu Steve Kanellakos.
SUDBURY – Près d’une semaine après l’annonce-choc du retrait du maire Brian Bigger de la course municipale après deux mandats à la tête de la ville, l’interrogation demeure quant à l’identité du ou de la prochain(e) maire(sse). La probabilité d’avoir un ou une francophone élu le 24 octobre prochain à la tête de la plus grande ville du Nord est quant à elle de plus en plus élevée.
Le sujet de la francophonie a été relativement absent lors de la campagne municipale de Sudbury jusqu’à présent. Selon les données disponibles dans le dernier recensement de 2021, 22,5 % de la population ont le français comme première langue dans cette ville de 165 000 habitants.
Pourtant parmi les sept candidats en lice, trois sont aisément francophones : Paul Lefebvre, Evelyn Dutrisac et Miranda Rocca-Circelli, auxquels s’ajoutent Don Gravelle et Devin Labranche qui parlent un français fonctionnel.
S’il n’y a pas spécifiquement de mesures dédiées dans leur plateforme envers la communauté francophone, tous les candidats s’accordent à dire que les coupes survenues à la Laurentienne en avril 2021 ne doivent plus se reproduire et que la place du français, en recul à Sudbury comme ailleurs dans le Nord, doit être défendue.
« Ce qui s’est passé à la Laurentienne nous a fait reculer énormément. Il faut qu’on regarde à rebâtir les programmes francophones, car c’est un besoin essentiel », considère Paul Lefebvre.
Paul Lefebvre a fondé et été le président du Festival de Jazz de Sudbury. Crédit image : Inès Rebei
L’ex-député de fédéral de Sudbury de 2015 à 2021 et avocat fiscaliste ajoute que le fait que la ville soit bilingue est un avantage pour lequel il faut continuer de se battre en prenant soin d’embaucher davantage de personnel bilingue.
L’immigration francophone et le recrutement pour le postsecondaire fait aussi partie des pistes de solution qu’il invoque pour contribuer à l’essor de la communauté.
Evelyn Dutrisac, 74 ans, possède une expérience de 33 ans comme enseignante au secondaire en langue française à Sudbury. La doyenne des candidats et ancienne conseillère du secteur Donavan-Azilda considère également que le français doit être protégé dans la ville du nickel.
« C’est important d’encourager nos francophones à parler leur langue, exiger des manières de conserver la culture francophone aussi », confie Mme Dutrisac qui fait partie de nombreux comités francophones de la ville tels que le Club Richelieu ou le Club d’âge d’or d’Azilda.
La candidate Evelyn Dutrisac est la fille d’une mère anglophone et un père francophone. Crédit image : Inès Rebei
Celle qui est également vice-présidente de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO) pour le Moyen-Nord estime qu’une grande partie de la solution est que les francophones exigent et s’expriment d’abord en premier en français lors de l’accès à un service de la ville.
La candidate Miranda Rocca-Circelli, 41 ans, est entrepreneure et fille d’immigrés italiens. Elle a fréquenté une école francophone et a travaillé auprès du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury pendant 7 ans.
Selon elle, l’accès aux services en français est plus qu’essentiel, il est vital. « Il faut désigner des personnes disponibles pour parler en français parce que si tu peux pas communiquer dans ta langue quand tu as un problème ou tu es en danger c’est vraiment difficile », lance-t-elle en référence aux services d’urgence comme la police ou les pompiers de la ville.
Miranda Rocca-Circelli a fondé et dirige un organisme à but non lucratif destiné à aider les jeunes en difficulté de Sudbury. Crédit image : Inès Rebei
Du haut de ses 29 ans, Devin Labranche est le cadet de la course. Ce grand voyageur et agent immobilier annonce, dans sa plateforme électorale, vouloir travailler avec les conseils scolaires, la communauté francophone et d’autres leaders pour « mettre en valeur la culture française, créer des événements et veiller à ce que cette culture avec laquelle la communauté a grandi ait une place forte dans l’avenir de Sudbury ».
Selon M. Labranche, il faut rendre le centre-ville plus attrayant pour la communauté immigrante afin de les rediriger vers Sudbury plutôt que d’autres grandes villes de l’Ontario.
Devin Labranche a voyagé dans 41 pays et visité des centaines de villes. Crédit image : Inès Rebei
« Avec un conseil municipal qui est favorable à la population francophone, on pourra faire beaucoup plus de choses pour retenir les francophones », déclare-t-il en entrevue.
Don Gravelle, 46 ans, a fait l’immersion francophone à l’école et travaille dans l’industrie de l’assurance.
« Je vais écouter et comprendre, je suis prêt à travailler avec n’importe qui pour aider », affirme-t-il en ajoutant que le bilinguisme est essentiel à Sudbury.
Don Gravelle a fait du bénévolat auprès des jeunes et dans son centre communautaire local. Crédit image : Inès Rebei
La réalisatrice québécoise Charlotte Le Bon et sa comédienne Sara Montpetit se livrent sur Falcon Lake, premier long-métrage, récit initiatique et fantastique. Sortie en salle au Canada le 14 octobre.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.
[CHRONIQUE]
C’est dans une ambiance de fête qu’une bonne demi-centaine de personnes se sont rassemblées à la basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa jeudi dernier pour le dévoilement et l’installation d’une nouvelle plaque provinciale de la Fiducie du patrimoine de l’Ontario (un organisme du gouvernement de l’Ontario) commémorant un épisode de l’histoire franco-ontarienne.
La plaque provinciale, imposante et typiquement de couleur bleue et or, commémore Mère Marie Thomas d’Aquin (1877-1963). Le texte de la plaque est écrit dans les deux langues officielles du Canada.
Une cheffe de file avant-gardiste
Mère Marie Thomas d’Aquin (Jeanne Lydia Branda de son nom de naissance) voit le jour le 13 août 1877 à Saint-Romain-la-Virvée, près de Bordeaux, en France. Dès son jeune âge, elle s’est sentie appelée à devenir religieuse et enseignante. Elle entre chez les Sœurs de Saint-Dominique de Nancy en 1899.
Elle quitte l’Hexagone pour se rendre à Lewiston (dans l’État du Maine, aux États-Unis) en 1904. Elle prononce ses vœux religieux en 1906 et prend le nom de sœur Marie-Thomas d’Aquin.
Elle arrive en Ontario français en 1914 en s’installant à Ottawa. À ce moment-là, elle accepte de diriger l’Institut Jeanne d’Arc, une maison de famille pour jeunes femmes à la recherche d’un emploi, au travail ou aux études. L’Institut Jeanne d’Arc avait été fondé en novembre 1910 par Albina Aubry et Laura Chartrand, sous forme de succursale du Foyer Notre-Dame (ouvert à Montréal en 1903), mais en sera détaché le 1er mars 1913. C’est à ce moment où il prend le nom d’Institut Jeanne d’Arc.
Sous la gouverne de Marie Thomas d’Aquin, l’Institut connaît une période de croissance rapide et déménage dans un plus grand complexe, sur la promenade Sussex dans le Marché By à Ottawa, non loin de la colline parlementaire. Elle réussit également à transformer l’Institut en une véritable congrégation religieuse, érigée canoniquement comme tel le 7 octobre 1919 par Monseigneur Charles H. Gauthier, archevêque d’Ottawa. À son apogée, l’Institut compta cinq maisons à Ottawa, autant dans l’Outaouais québécois, desservant 500 pensionnaires et 1000 élèves.
L’Institut Jeanne d’Arc, situé au 489, promande Sussex, jusqu’en 1989. L’immeuble est aujourd’hui une propriété de la Commission de la capitale nationale (CCN). Gracieuseté.
Les Sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc sont d’ailleurs la seule congrégation religieuse féminine catholique francophone fondée en Ontario. La fondatrice Mère Marie Thomas d’Aquin en sera la supérieure jusqu’en 1942. Elle décède à Ottawa le 17 mars 1963 et est inhumée au cimetière Notre-Dame d’Ottawa.
L’Institut offrait des cours, de la camaraderie et surtout un sentiment de communauté. L’ordre religieux sous l’impulsion de sa fondatrice offrait sa mission et ses services de charité à toutes les communautés sans distinction de race, de langue, de nationalité, de statut social ou de religion. Une initiative « progressiste combinant le religieux et le laïc qui a contribué à l’évolution de la condition féminine », peut-on lire sur la plaque dévoilée devant un parterre d’invités et de dignitaires le 13 octobre dernier.
Pour les Franco-Ontariennes, l’Institut leur rappelle surtout la maison de famille (ou « de pension ») pour jeunes femmes, le cours commercial dispensé de 1920 à 1957 ou encore la garderie. Mais l’œuvre de l’Institut rejoignait également des alliés de la francophonie qui désiraient apprendre ou perfectionner leur connaissance de la langue française. Ainsi, les cours de français dispensés par Mère Marie Thomas d’Aquin furent suivis par des personnalités telles qu’Adrienne Clarkson et John Turner, respectivement vingt-sixième gouverneure générale du Canada (1999-2005) et dix-septième premier ministre du Canada. De nombreux diplomates, militaires, hauts fonctionnaires et sous-ministres ont fait de même.
Bien connue dans la haute société politique canadienne d’Ottawa, elle sera amie avec le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King, la princesse Alice, le gouverneur général Vincent Massey ou encore Francis Lacoste, l’ambassadeur de France au Canada (1955-1962).
Une artiste insoupçonnée
Mère Marie Thomas d’Aquin était aussi une artiste dans l’âme. Sous le pseudonyme de Marie Sylvia et de Jeanne-Louise Branda, elle publie quatre recueils de poésie, dont Vers le bien (1916), Vers le beau (1924), Vers le vrai (1928) et Reflets d’opales (1945). Elle sera membre de la Société des auteurs canadiens et de la Société des poètes canadiens-français et recevra même un prix et une médaille de l’Académie Française comme couronnement de son œuvre littéraire, en 1932 ainsi que l’Ordre de la Légion d’honneur en 1956.
Fait tout aussi remarquable, Mère Marie Thomas d’Aquin fut aussi dessinatrice en architecture! En effet, elle dresse les plans architecturaux d’une des maisons de sa congrégation, qui sera construite de 1933 à 1934 dans le secteur Westboro de la ville d’Ottawa. S’inspirant de l’architecture de sa Bretagne natale, le bâtiment qu’elle dessine est caractérisé par ses ouvertures voûtées arrondies ou carrées, des lucarnes ainsi que la brique et la pierre décoratives. Au fil des ans, la maison située au 360, avenue Kenwood a servi à la fois de foyer, d’école de secrétariat et d’école de français. Il est estimé que ce bâtiment fut probablement l’un des premiers à être construit selon les plans dessinés par une femme francophone en Ontario!
Mère Marie-Thomas d’Aquin (1877-1963) Crédit : George Nakash, collection Senateur Raymond Setlakwe, Bibliothèque et Archives du Canada, Numéro de Référence R12 521-3, PA-215 107.
La congrégation s’est départie de la maison en 2006, mais fort heureusement, une mobilisation citoyenne empêcha sa démolition. Depuis 2008, la maison dessinée par Mère Marie Thomas d’Aquin jouit d’une protection en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.
Un centenaire célébré en grand
Le centième anniversaire de la congrégation religieuse des Sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc est célébré en grand depuis 2019.
Une plaque privée rédigée par l’expert-conseil en patrimoine et auteur franco-ontarien Jean Yves Pelletier a été installée devant l’entrée principale du bâtiment phare de la communauté religieuse de leurs débuts jusqu’en 1989, située au 489, promenade Sussex à Ottawa. Une messe spéciale a été célébrée en honneur de la congrégation à la basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa la même année et une aire d’exposition permanente dédiée aux Sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc a été inaugurée au Muséoparc Vanier.
Le musée de l’Est d’Ottawa s’est vu confier la mission de conserver et mettre en valeur le patrimoine religieux de cette unique communauté religieuse franco-ontarienne. Cet important legs permettra aussi au musée de présenter dès l’an prochain une exposition temporaire spéciale sur les Sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc.
Le jour du dévoilement de la plaque provinciale, le ministre des Affaires civiques et du Multiculturalisme de l’Ontario, Michael Ford a déclaré par voie de communiqué que « l’Ontario possède une longue histoire de personnes exemplaires. Nous sommes honorés de voir l’histoire de Mère Marie Thomas d’Aquin commémorée par cette plaque provinciale. Grâce à sa vision avant-gardiste, à sa passion et à son engagement pour servir la communauté, notre province est un meilleur endroit. »
Les quatre dernières membres de la congrégation religieuse catholique des Sœurs de l’Institut Jeanne d’Arc posent devant la nouvellement plaque installée en honneur de leur fondatrice, le 13 octobre 2022. Derrières elle, le bâtiment en pierre calcaire a servi de maison-mère à leur congrégation de leurs débuts jusqu’en 1989. Gracieuseté
La plaque provinciale est bien installée depuis jeudi en permanence dans la cour Jeanne d’Arc au 18, rue Clarence, à Ottawa. Un bel ajout même si Mère Marie Thomas d’Aquin demeure curieusement absente de la toponymie scolaire franco-ontarienne.
Néanmoins, depuis quelques années, la Fiducie du patrimoine ontarien multiplie le dévoilement de plaques commémorant l’histoire franco-ontarienne. En voici quelques exemples : Almanda Walker-Marchand et la Fédération des femmes canadiennes-françaises (à Ottawa en 2018), le journal Le Droit (également à Ottawa en 2018), le drapeau franco-ontarien (à Sudbury en 2017) et les Flying Frenchman (trois plaques, à Cornwall, Belleville et Renfrew en 2016 et 2017).
Depuis 1956, ce sont 1286 plaques provinciales emblématiques de la Fiducie qui ont été dévoilées partout en province, commémorant des personnes, des lieux et des événements importants de l’histoire de l’Ontario.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
VANIER – Andrée-Anne Martel a été la directrice générale de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) pendant dix ans. Cette Franco-Ontarienne admise au Barreau de l’Ontario en 2012 a développé de nombreux outils destinés à la communauté francophone et aux professionnels du monde juridique. Elle a contribué notamment à fournir des ressources en matière de justice et a travaillé avec le gouvernement provincial et fédéral pour obtenir ces ressources. C’est comme directrice générale du Centre des services communautaires de Vanier que Maître Martel œuvre toujours pour plus de progrès et d’équité.
« Comment êtes-vous tombée dans le monde judiciaire?
J’ai toujours eu une personnalité forte et du caractère. J’ai toujours aimé donner mon opinion, trouver la source du pourquoi, démontrer et j’adore parler (rire). Je pense que c’était peut-être évident, comme j’aime être devant les foules et être entouré de personnes. J’ai une tante avocate qui avait un centre juridique à Cornwall aussi donc j’ai eu la chance de travailler pour elle pendant mes études, j’ai fait des études de Common law en français à l’Université d’Ottawa. Tout ça a confirmé que c’était ce que je voulais faire, je savais que je voulais être avocate. Depuis que je suis jeune en fait, je pense avoir appris très tôt ce que je voulais faire. Je suis très chanceuse d’avoir pu choisir ce parcours et d’avoir eu le soutien de ma famille.
Comment a démarré votre carrière dans le droit et dans le domaine juridique en français?
J’ai d’abord travaillé pour l’association de la Police provinciale de l’Ontario, c’était sur les allégations d’agressions de l’Église catholique. J’ai fait de la recherche juridique pour eux et assisté aux audiences de l’enquête, ça m’a ouverte aux différents types de droits et comment il se pratique. C’était en 2008 dans le cadre de l’enquête publique sur Cornwall, c’était un véritable privilège.
Ça a duré deux ou trois ans, c’était juste avant que j’entre en Droit. Puis, j’ai travaillé avec des avocats chevronnés avec qui je collabore maintenant. C’est vraiment un petit monde, le monde juridique francophone et je me sens hyper chanceuse d’en faire partie. Puis, il y a eu beaucoup de gens inspirants dans le droit linguistique, ça a été super enrichissant. Avant le Barreau, j’ai fait un stage à la Cour fédérale comme auxiliaire juridique auprès du juge Michel Beaudry, c’était quelque chose ça aussi.
Comment êtes-vous devenue directrice générale de l’AJEFO?
J’ai fait le Barreau et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie d’avocate et là je suis tombée sur un poste de chargé de projet à l’AJEFO. J’avais déjà fait des stages là-bas et je connaissais bien la directrice, donc je me suis dit que c’était parfait pour moi. J’ai travaillé sur des idées super intéressantes, comme de la formation ou des projets pour les aînés. J’ai touché à plein de différents projets, ce qui a été très formateur.
Membre du Barreau de l’Ontario depuis 2012, Andrée-Anne Martel deviendra la directrice générale de l’AJEFO deux ans plus tard. Gracieuseté
À quoi ressemble vos huit années comme directrice générale de l’AJEFO?
C’est avec les gens qu’on avance et c’est en collaboration que les projets avancent. Sans les partenaires et mon équipe de l’AJEFO, je ne serais pas où je suis maintenant.
Quand j’ai commencé, nous étions seulement cinq. Plus tard, on a débloqué un financement pluriannuel du gouvernement fédéral donc du ministère de la Justice qui nous a permis d’accroître l’équipe. Quand j’ai quitté l’AJEFO, nous étions une équipe de 22 à 25 employés. J’ai eu la chance de structurer cet organisme qui reflète professionnalisme et crédibilité. Cette institution est là pour rester, elle est importante et aujourd’hui, elle a de l’influence non seulement en Ontario, mais partout au Canada. J’ai travaillé avec des gens inspirants avec un véritable esprit d’équipe. Je ne peux pas expliquer à quel point je suis reconnaissante.
Vous dîtes que vous ne seriez pas là où vous êtes aujourd’hui sans l’AJEFO. Pourquoi cela?
J’ai commencé à bâtir mon réseau grâce à l’AJEFO et beaucoup de gens m’ont aidé. J’ai été très bien encadrée. Aujourd’hui, mes connaissances et ma capacité de gestion, tout cela s’est construit grâce à ces rencontres et ces mentors. J’ai acquis tant de compétences et j’ai adoré les partenaires.
Quels sont les projets auxquels vous avez participé qui vous ont marqué à l’AJEFO?
Il y a eu plusieurs travaux, mais disons que trois gros projets auxquels j’ai participé sont très significatifs.
D’abord, il y a le centre d’information juridique de l’AJEFO, qui offre de l’information en français.Le 15 janvier 2015, je me souviendrais toujours de cette date. On venait de déménager nos bureaux plus proche du palais de justice et nous avions eu un lancement exceptionnel. Il ne faut pas oublier aussi que c’est le premier centre d’information à l’extérieur du Québec. C’est un centre pour les gens qui arrivent et ne savent pas où aller, car ils ont besoin d’un conseil juridique. Le centre est l’avant dernier arrêt pour les personnes qui ont un problème.
Ensuite, il y a eu la plateforme Jurisource.ca. Cela a débuté avant moi et quand je suis arrivée, j’étais une des premières chargées de projet là-dessus. Cette plateforme est devenue pancanadienne, alors qu’avant elle touchait seulement l’Ontario. En gros, c’est une bibliothèque virtuelle pour les avocats, juges, professeurs de droit et étudiants, 100 % en français. C’est une ressource que les avocats peuvent utiliser en français, mais ça aide aussi les professionnels à travailler dans la langue et c’est gratuit. On parle souvent du manque de ressources en français et avec ça, j’ai le sentiment qu’on aide dans ce sens.
Le troisième projet a commencé en 2012, moi je suis arrivée en 2014. J’ai poursuivi ce projet qui est : cliquezjustice.ca. C’est un site d’information juridique en français pour monsieur et madame tout le monde. Ça a commencé en Ontario et maintenant là aussi c’est pancanadien. Ce site simplifie bien le jargon, il se veut clair pour que tout le monde comprenne ses droits.
En quoi l’accès à la justice en français est-il important, selon vous?
Ça me tient à cœur, que tu sois anglophone ou francophone tu devrais avoir accès à la justice en même temps et pour le même prix. La justice c’est comprendre tes droits dans la langue de ton choix, de façon claire pour être capable de faire des choix et des décisions éclairés. Tu devrais pouvoir gérer ta situation en français, comprendre et régler quoi que ce soit en français.
On le répète assez souvent, mais quand tu vas chez le médecin, tu dois avoir droit à des services en français, quand tu signes ton contrat de travail, tu as le droit de l’avoir en français . Cela devrait être pareil si tu as un problème juridique. Si je dois témoigner, je veux pouvoir le faire en français. En linguistique, une nuance peut différer entre l’anglais et le français, alors c’est extrêmement important, surtout quand il s’agit d’être jugé coupable ou innocent. Ça me tient vraiment à cœur en tant que Franco-Ontarienne, mais aussi comme avocate. Le droit à la justice en français, ça m’a aussi poussé à être, aujourd’hui, directrice du Centre des services communautaires de Vanier.
Andrée-Anne Martel est directrice générale du Centre des services communautaires Vanier depuis 2022. Gracieuseté
Où en est l’état de la justice en français aujourd’hui?
Il y a eu beaucoup de progrès en dix ans, beaucoup de conscientisation de la part des organismes et de nombreux rapports ont été publiés. J’ai témoigné devant l’Assemblée législative de l’Ontario à ce sujet. Il faut conscientiser le gouvernement de l’importance des services en français et d’avoir les bonnes personnes et les bonnes structures en place. Il faut assurer les droits linguistiques.
Nous devons relater l’information suivante : Vous avez le droit à des services en français dans les domaines fédéraux, en droit criminel, en divorce… on peut divorcer en français n’importe où au Canada. Il reste encore beaucoup de chemin à faire. Il faut plus de juges bilingues, c’est important parce que si nous n’en avons pas assez, cela va créer du retard dans le traitement des dossiers. Dans tous les rapports, on pourra constater qu’il y a un manque terrible de personnels administratifs bilingues.
Quel serait le meilleur moyen de pallier ce manque?
Il y a plusieurs idées dans les rapports, mais l’enseignement en français est pas mal le bon moyen pour anticiper la relève. Il faut former des policiers, agents libéraux, agents de probations, des parajuristes et sténographes en français.
Quelles sont les compétences du Centre des services communautaires Vanier, dont vous êtes la directrice générale?
Au centre, nous avons, par exemple, la clinique juridique francophone d’Ottawa, qui est d’ailleurs la seule clinique juridique purement francophone de la région. Ici, nous ne servons que les francophones qui sont vulnérables. Il y a quatre secteurs, le secteur emploi, la clinique juridique, le secteur famille et le secteur développement communautaire et counselling.
Et comment ça se passe?
Je découvre le travail communautaire et j’adore. Pour l’emploi, on matche les gens, on aide les nouveaux arrivants. De voir ça sur le terrain, je trouve ça incroyable. Il y a une réelle vulnérabilité et cette communauté est tellement belle et diversifiée. Nous avons aussi un carrefour de pédiatrie sociale, le premier centre à l’extérieur du Québec. C’est exceptionnel comme projet. Notre philosophie, c’est l’enfant d’abord.
C’est une place où les enfants qui viennent sont vulnérables. Ils viennent avec leur famille ou avec la personne responsable. L’idée, c’est une approche holistique. L’enfant est au centre de l’intervention, il rencontre un travail de la santé, tel qu’une infirmière, un travailleur social, un avocat – sans s’identifier comme tel – et ensemble, ils vont travailler pour régler les problèmes de l’enfant. Ça peut être un problème de santé mentale, un problème lié à la salubrité du logement, des problèmes avec un cas de divorce par exemple. On travaille autour de l’enfant et avec lui.
Vous avez déjà une carrière remplie et encore du temps devant vous. Avez-vous des envies futures?
J’aime m’impliquer, apprendre et évoluer. J’ai siégé dans différents conseils d’administration, comme celui de l’Hôpital Monfort, pendant 6 ans. Ça m’a permis d’être exposé au domaine de la santé. Aujourd’hui, ça m’aide beaucoup dans mon travail. Je sais que j’ai commencé très jeune, Mona Fortier était une de mes mentors et m’a recommandé au conseil d’administration. Pour le futur, j’aime voir l’impact de mon travail alors, on verra. Directement ou indirectement, je travaillerais toujours pour la francophonie. »
LES DATE-CLÉS D’ANDRÉE-ANNE MARTEL
1987 : Née à Cornwall (Ontario)
2012 : Appel au Barreau de l’Ontario
2014 : Devient directrice générale de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO)
2015 : Déménage les locaux de l’AJEFO et ouvre le premier Centre d’information juridique en Ontario
2018 : Nommée finaliste pour le Prix Bernard Grandmaître
2022 : Devient directrice générale du Centre des services communautaires Vanier
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
La mairesse de Moonbeam, Nicole Fortier Lévesque et un ancien membre de la haute direction dans le domaine de la santé Fabien Hébert sont les deux candidats à la présidence de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).
Le président actuel Carol Jolin ne peut pas se représenter lui qui après six ans à la barre de l’organisme, a effectué le nombre de mandats maximaux, soit trois.
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin quittera son poste à la fin octobre. Archives ONFR+
Fabien Hébert qui est originaire de Hearst a été le directeur de l’Hôpital de Smooth Rock Falls entre 2004 et 2018 en plus d’être, dans les années précédentes, membre de la haute direction à Hôpital Notre-Dame de Hearst. Il a aussi été président du Réseau francophone de santé du nord de l’Ontario de 2003 à 2012 alors qu’il sera intégré au Réseau du mieux-être francophone du nord de l’Ontario où il aura été aussi le président.
Se disant à la retraite, M. Hébert occupe actuellement la présidence du conseil de l’administration de l’Université de Hearst .
Dans un message sur YouTube, il fait de la santé, la pénurie de main-d’œuvre francophone et de l’immigration ses trois priorités.
Il s’agit de deux candidatures en provenance du Nord ontarien et depuis sa création en 2006 née de la fusion de deux organismes, l’AFO n’a eu qu’une présidente du Nord en la personne de Mariette Carrier-Fraser. La présidence de l’AFO est décidée suite à un vote des membres qui aura lieu du 21 au 29 octobre, date à laquelle le gagnant sera connu. Les candidats avaient jusqu’à aujourd’hui pour soumettre leur candidature.
Conseil d’administration
Tous ces candidats du conseil d’administration de l’organisation porte-parole des Franco-ontariens ont été élus sans opposition :
Région Nord-Est : Marc Lavigne, mandat de deux ans
Région Nord-Ouest, Claudette Gleeson, mandat de deux ans
Région Centre, Mélinda Chartrand, mandat de deux ans
Région Est, Marie-Claude Dicaire, mandat de deux ans
Aucun candidat n’a pu être trouvé dans la catégorie jeunesse. La réunion annuelle de l’AFO se tient du 25 au 29 octobre prochain en virtuel.
SUDBURY – Le gouvernement du Canada et celui de l’Ontario ont fait l’annonce d’un financement de près de huit millions de dollars pour le Collège Boréal.
Le projet est financé dans le cadre de l’Entente Canada–Ontario sur l’enseignement dans la langue de la minorité et l’enseignement de la seconde langue officielle de 2020-2021 à 2022-2023.
Le gouvernement du Canada accorde 5,1 millions de dollars sur 3 ans pour la bonification des programmes du Collège Boréal, et le gouvernement de l’Ontario un peu plus de 2,9 millions de dollars sur la même période. Ces fonds serviront à élaborer de nouveaux baccalauréats pour la formation et le besoin de main-d’œuvre dans le Nord de l’Ontario.
« En plus de représenter ses champs d’intérêt, l’offre en programmes comblera davantage les besoins de la population étudiante francophone et il la préparera pour son entrée sur le marché du travail », a fait savoir dans un communiqué Ginette Petitpas Taylor, la ministre des Langues officielles.
Ce financement du fédéral provient en partie d’une enveloppe de 121 millions de dollars qu’Ottawa avait créer et promis d’envoyer aux établissements postsecondaires du pays lors du budget de 2021.
« Grâce à ce généreux investissement de la part des instances fédérales et provinciales, nos équipes compétentes sont prêtes à mettre sur pied des programmes de baccalauréat qui sauront préparer la relève francophone et bilingue de demain », confie de son côté Daniel Giroux, le président de l’institution collégiale sudburoise.
La députée de Sudbury Viviane Lapointe en compagnie de son collègue de Nickel Belt Marc Serré (au centre) accompagné du président du Collège Boréal Daniel Giroux. Gracieuseté.
Aider le postsecondaire francophone dans le Nord.
L’établissement, qui a fêté ses 25 ans en septembre dernier, offre présentement 25 programmes uniques en Ontario et plus de 1,2 million de dollars en bourses d’études et d’urgence.
« Notre gouvernement reconnaît l’importance d’offrir aux apprenants et apprenantes des options d’éducation en français de grande qualité, surtout dans le Nord de l’Ontario », a indiqué de son côté la ministre des Collèges et des Universités Jill Dunlop.
En rappel, le Collège Boréal fut le premier établissement postsecondaire en Ontario à obtenir une désignation sous la Loi sur les services en français en 2008.
En mars dernier, l’Université de Hearst avait obtenu un don de 5,7 millions de dollars de la province et du gouvernement fédéral, visant notamment moderniser son campus principal à Hearst.
Plus tard en avril, Ottawa avait annoncé octroyer un financement de 1,9 million de dollars à l’Université de Sudbury lors des deux prochaines années pour aider l’institution à devenir une université entièrement autonome.
SUDBURY – La communauté francophone du Grand Sudbury s’est donné rendez-vous jeudi soir pour le grand retour du Mérite Horace-Viau après deux ans d’interruption liée à la pandémie. Joanne Gervais, directrice-générale de l’ACFO (l’Association canadienne-française de l’Ontario) de Sudbury, s’est vue remettre le prestigieux prix au cours d’une cérémonie remplie d’émotions.
Ils étaient nombreux à s’être donné rendez-vous hier en soirée au centre Edgar Leclair d’Azilda pour le 21e gala organisé par la fondation Richelieu International.
Une soirée riche en émotion pour la communauté, et surtout pour la récipiendaire du prix qui a livré un discours faisant état de son sentiment d’appartenance à la francophonie et de son intérêt envers la défense du français en milieu communautaire.
Elle parle notamment de gestes symboliques comme de répondre par bonjour à un ‘hello’, ou encore de vivre sa francophonie à l’intérieur de soi et non à l’extérieur.
Jj’ai le cœur qui déborde de bonheur et de reconnaissance, je n’ai juste plus les mots pour l’exprimer adéquatement. C’est une soirée que je n’oublierai jamais », lance-t-elle sous les applaudissements de la salle.
La remise du prix fut notamment précédée par une séance de « bien cuit » moquant gentiment celle-ci, animée par Lyse Lamothe, présidente de l’ACFO du Grand Sudbury et Danielle Barbeau-Rodrigue, vice-présidente au conseil d’administration de l’ACFO de Sudbury, qui n’a pas manqué d’amuser la salle.
Salle comble pour le Gala du Richelieu International à Azilda. Crédit image : Inès Rebei.
La communauté émue
« Joanne, tu es plus que méritante de recevoir cette distinction ce soir, les membres de ta famille qui ne sont plus avec nous sont très fiers de toi et tu apportes beaucoup de fierté au nom Gervais », lâche Lyse Lamothe en retenant ses larmes.
« On lui doit les relations fructueuses avec la ville de Sudbury qui auront permis, entre autres, que, depuis 2006 de voir le drapeau franco-ontarien flotter devant l’hôtel de ville, quelle force! » sonne de son côté Danielle Barbeau-Rodrigue.
La nouvelle membre du Cercle Horace-Viau en a profité pour saluer son frère Gaëtan Gervais, récipiendaire du Mérite Horace-Viau de 2005, qui a co-fondé le drapeau franco-ontarien quelques décennies plus tôt.
Lyse Lamothe a elle aussi été récompensée par le Mérite Horace-Viau en 2013. Crédit image : Inès Rebei.
Native de Sudbury, Joanne Gervais dirige d’une main de fer l’ACFO du Grand Sudbury depuis 10 ans et est impliquée dans le développement de la francophonie locale et provinciale depuis près de 30 ans. Elle a également siégé au comité administratif du Centre franco-ontarien du folklore.
La députée France Gélinas a fait une apparition en début de soirée, et plusieurs autres membres notables de la communauté ont fait le déplacement incluant de précédents récipiendaires du prix tels que Denis Constantineau (2016) directeur général du Centre de Santé communautaire de Sudbury, ou encore Léo Therrien (2011) qui a animé la soirée.
La jeunesse récompensée
À l’occasion d’autres prix de reconnaissance ont également été remis incluant des Prix Jeunesse Richelieu. Il s’agit de trois diplômés du Conseil scolaire catholique Nouvelon qui reçoivent chacun une bourse de 250 $.
Simon Giroux, fils de l’ancien recteur de la Laurentienne et actuel président-directeur général d’Horizon Santé-Nord (HSN) Dominic Giroux, Lauren Coffin, rédactrice du Voyageur et Darquise Frappier en sont les heureux récipiendaires.
Seule Darquise Frappier, 18 ans, a pu être présente pour se voir remettre son prix. La jeune femme possède plusieurs expériences notables de bénévolat, et a déjà été récompensée par la médaille du souverain en 2018 pour son implication au sein du Centre de santé communautaire de Sudbury.
Darquise Frappier a été bénévole au sein du Comité Terry Fox, la nation métisse de l’Ontario et le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury. Crédit image : Inès Rebei.
« Je suis très contente, c’est vraiment un bel honneur qu’ils donnent une opportunité comme ça à des jeunes, surtout des francophones », confie la jeune Sudburoise qui a fait du bénévolat dans un orphelinat en Jamaïque.
La Fondation Richelieu-International est un organisme de bienfaisance qui a la mission d’appuyer des actions environnementales qui privilégient la jeunesse en francophonie, dans un cadre humanitaire, culturel ou social.
Cette semaine, le plus grand festival de film autochtones du monde se lance à Toronto, Marc-André Hamelin, nominé aux Grammy Awards, vous fait redécouvrir son répertoire classique et bien d’autres belles choses encore vous attendent.
Films
Trois projets francophones à surveiller au festival imagineNATIVE Film + Media Arts
Le 23e festival annuel imagineNATIVE Film + Media Arts est de retour avec une programmation riche, en présentiel et virtuelle. Le plus grand festival au monde de contenu cinématographique autochtone compte présenter plus de 147 œuvres de 16 pays dans plus de 55 langues autochtones cette année. Parmi les œuvres, il y aura trois projets francophones de prévus au cours du festival :
De haut en bas : Rosie de Gail Maurice. Ceci n’est pas une cérémonie de Colin Van Loon. Our way de Laura Fontaine et Yasmine Fontaine.Crédit image : imagineNATIVE et l’Office national du film du Canada.
Assistez au festival imagineNATIVE Film + Media Arts du 18 au 30 octobre. Pour la programmation complète, consultez le site de imagineNATIVE.
Arts
L’exposition Rhythms and Correspondence de Jean-Daniel Rohrer
Basé à Montréal depuis 1989, l’artiste Jean-Daniel Rohrer nous transporte dans le passé à travers son exposition Rhythms and Correspondence. S’inspirant de la Renaissance, Jean-Daniel Rohrer parvient à concilier la modernité de sa spécialisation arts graphiques avec la tradition.
L’œuvre Donnerstag de Jean-Daniel Rohrer. Gracieuseté
Vous pouvez assister à l’expositionRhythms and Correspondence jusqu’à dimanche, le 16 octobre à la Galerie Thompson Landry. Entrée gratuite.
Festivals
La culture indienne et le Diwali au cœur de ArohaFest
ArohaFest – Célébration Diwali est le seul et unique festival bilingue qui souligne les arts et la culture de l’Inde au Canada. Il s’agit d’une co-présentation entre Aroha Fine Arts et le Centre national des Arts.
Dans le cadre des activités gratuites, le festival accueillera de nombreux artistes pour un atelier de yoga, une exposition d’arts visuels, un concert de musique offert par Hardeep Buckshi, ainsi que des ateliers de danse (Bollywood, Bhangra, et Lavani).
Le festival se conclura avec un grand spectacle qui mettra sur la scène canadienne les danses traditionnelles de l’Inde : Kathak, Odissi et Bharatanatyam, chacune chorégraphiées et présentées par les danseuses locales de renom, Anjali Patil, Sonia St-Michel, Aishwarya Vijaykumar, Stuti Mukherjee, et l’artiste invitée, Julie Beaulieu.
Aishwarya Vijaykumar et Stuti Mukherjee. Crédit image : Arohafest.
Assistez au Arohafest le samedi, 15 octobre de 13h à 20h30 dans les espaces publics du Centre national des arts. Pour le grand spectacle de danse, achetez vos billets ici pour réserver vos places.
Concert
Le pianiste Marc-André Hamelin à Toronto
Marc-André Hamelin est largement connu pour son originalité et sa prouesse technique de ses interprétations du répertoire classique. Les amateurs de musique classique de Toronto auront la chance de redécouvrir les talents de ce virtuose québécois décoré de sept Junos en plus d’avoir reçu 11 nominations aux Grammy Awards. Lors de ce concert, il interprétera la première mondiale d’une nouvelle composition de John Oswald ainsi que des œuvres de Fauré, Dukas en terminant avec sa propre composition originale.
Le pianiste Marc-André Hamelin. Crédit image : Sim Canetty-Clarke.
Assistez au concert de Marc-André Hamelin le dimanche, 16 octobre à 15h au Conservatoire royal de musique. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.
Théâtre
Improtéine sur scène à la Place des arts du Grand Sudbury
Alors que l’humour franco-ontarien prend de l’élan, La Slague organise une soirée intitulée La veillée des éveillées pour célébrer les acteurs et actrices derrière la scène franco-ontarienne. De nombreux humoristes y participeront, dont Jonathan Dion, Evelyne Roy-Molgat et Improtéine.
Le groupe d’improvisation Improtéine. Crédit image : James Meagher.
Assistez à La veillée des éveillées le mercredi, 19 octobre de 19h à 21h à La Place des Arts du Grand Sudbury. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.
FREDERICTON – Le ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick Dominic Cardy a quitté son poste critiquant son patron Blaine Higgs de fragmenter la communauté francophone et anglophone dans la province. Quelques heures après cette sortie, Blaine Higgs a profité d’un remaniement ministériel pour procéder à la nomination d’un ministre ouvertement anti-bilinguisme.
L’Acadien Dominic Cardy qui était aussi responsable du Développement de la petite enfance et vice-président du Conseil du Trésor attaque Blaine Higgs dans une lettre ouverte. Le premier ministre anglophone a souvent été accusé par le passé de ne pas être sensible aux enjeux linguistiques dans la province, ce que lui reproche également le député de Fredericton Ouest-Hanwell.
« Vos efforts pour retarder ou saper le travail lié à la réconciliation entre nos communautés linguistiques et culturelles ont été une occasion manquée d’unir notre province, de célébrer une culture francophone forte et de mener des efforts pour construire une culture anglophone forte et inclusive », critique celui qui aura été dans le cabinet Higgs au cours des quatre dernières années.
Dominic Cardy. Capture d’écran Youtube
Ce dernier reproche la volonté de Blaine Higgs de supprimer le programme d’immersion langue française d’ici 2023 lui rappelant qu’il avait fait campagne en promettant de ne pas politiser le système éducatif.
« Une initiative qui n’est pas incluse dans notre plateforme ou dans le discours du Trône, et qui n’a pas été partagée ou approuvée par le Cabinet ou le caucus exercerait une pression énorme sur le système d’éducation et nuirait à l’éducation des élèves anglophones de notre province. »
Dans un rapport en février dernier, deux commissaires responsables de réviser le système d’éducation de langue seconde recommandent au gouvernement d’abolir le programme d’immersion en français arguant qu’il crée trop d’inégalités, car ce ne sont pas tous les élèves qui y sont inscrits. La juge Yvette Finn et John McLaughlin recommandent la création d’un nouveau programme d’immersion en français, mais précisent d’éviter des changements brusques au programme d’immersion.
« Le changement exige de la prudence, pas un boulet de démolition », prévient dans sa lettre Dominic Cardy.
« Vous ne pouvez pas modifier les échéances de grands systèmes en fonction de votre état émotionnel, sans nuire à la qualité du travail ou au moral de votre équipe. J’ai travaillé sans relâche pour préparer notre système aux changements. Beaucoup sont accomplis, mais certains seront bloqués à cause de votre microgestion. Le gouvernement n’est pas la même chose que la construction de pétroliers », critique-t-il évoquant la carrière de M. Higgs comme cadre chez Irving Oil.
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick Blaine Higgs. Source : Twitter
« Les excuses interminables pour ne pas répondre au rapport sur la Loi sur les langues officielles sont embarrassantes pour un gouvernement élu sur des promesses d’action et d’unité », dénonce celui qui assure qu’il siègera toujours comme député progressiste-conservateur.
L’ex-ministre évoque aussi dans sa missive, un épisode où Blaine Higgs aurait crié « data my ass » à un fonctionnaire « parce que vous n’aimiez pas ce que les données vous montraient ».
« C’était la fin de votre projet politique à mes yeux. Si vous rejetez les preuves parce qu’elles vous déplaisent, alors vous ne croyez pas aux preuves », écrit-il ajoutant que le point de non-retour avait été atteint.
Un député contre le bilinguisme au cabinet
Le départ de Dominic Cardy a nécessité un remaniement ministériel alors que Blaine Higgs a procédé à la nomination de Kris Austin comme ministre de la Sécurité publique.
Ce dernier est le dernier chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, un ancien parti ouvertement hostile au bilinguisme officiel car il s’agissait de « gaspillage de fonds publics ». Alors qu’il était chef, M. Austin prônait l’abolition du système de santé francophone, proposait de mettre la clé dans le Commissariat aux langues officielles en plus de remettre en question l’idée d’avoir des autobus séparés pour les élèves francophones.
M. Austin a rejoint le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick en mars en dissolvant sa propre formation politique. La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) a qualifié « d’insulte » la décision de Blaine Higgs.
« Sa nomination au sein du cabinet illustre à quel point ce gouvernement est complètement déconnecté des aspirations d’environ un tiers de sa population, soit de la communauté acadienne et francophone de la province », a réagi le président de l’organisme Alexandre Cédric Doucet.
Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB
Pour la SANB, Kris Austin n’aura aucune légitimité « tant et aussi longtemps qu’il n’affirme pas son appui inconditionnel pour le bilinguisme officiel et son désir de voir respecter l’État de droit en ce qui concerne les droits linguistiques ».
À partir du 17 octobre, les Ontariens âgés entre 12 ans et 17 ans deviendront la nouvelle catégorie d’âge éligible au vaccin bivalent de Pfizer. C’est ce qu’a annoncé le ministère de la Santé jeudi qui doit recevoir une livraison du gouvernement fédéral cette semaine, après que Santé Canada ait approuvé ce vaccin.
Le ministère de la Santé recommande d’attendre six mois depuis la dernière dose de rappel, peu importe le nombre de vaccins reçus auparavant. Le délai minimal à respecter est de 84 jours. En septembre, la province avait étendu l’éligibilité à ce vaccin aux personnes âgées de 18 ans et plus et les plus vulnérables comme certains immunosupprimés.
« Nous entrons dans la saison automnale pendant laquelle nous constatons habituellement une augmentation des cas de maladies respiratoires, dont la COVID-19. Les vaccins améliorent votre réponse immunitaire et réduisent le risque de maladie grave, d’hospitalisation et de symptômes après l’infection », a déclaré le médecin hygiéniste en chef de la province Kieran Moore dans un communiqué.
La prise de rendez-vous sera possible via le bureau de santé local, le portrait provincial ou encore auprès d’un pharmacien local. Il est aussi possible de prendre un prochain rendez-vous trois mois après votre dernière dose.
Le vaccin pour la grippe dès novembre
La province indique que les vaccins contre la grippe seront aussi offerts dès le 1er novembre dans les bureaux de santé publique, les pharmacies participantes ou chez un fournisseur de soins de santé.
« Nous recommandons aux Ontariens de rester à jour dans leur vaccination contre la COVID-19, en respectant l’intervalle approprié depuis leur dernière dose, et de se faire vacciner annuellement contre la grippe lorsque le vaccin est disponible », a indiqué le Dr Moore.
Le Dr. Kieran Moore, médecin hygiéniste en chef de l’Ontario. Crédit image : Rudy Chabannes
La vaccination contre la grippe est administrable en toute sécurité en même temps, ou à tout moment avant ou après le vaccin contre la COVID-19, indique le ministère de la Santé.
Dans la chose participative, c’est à chaque élection suffit sa peine! En effet, réputées d’êtres les moins attirantes pour les électeurs, surtout chez les plus jeunes d’entre eux, gages d’avenir, les élections municipales aux portes de la province ne semblent pas faire exception aux yeux des spécialistes. Un paradoxe politique aberrant au vu de l’importante de leurs enjeux qui affectent inexorablement le quotidien de tout citoyen. Analyse.
Il est vrai que le phénomène d’abstention touche tous les paliers décisionnels du pays s’agissant des élections, toutefois, il est significativement plus marqué lors des municipales.
À titre comparatif, le taux de participation moyen était d’à peine 38 % en 2018 (soit le plus bas depuis 1982), contre plus de 56 % pour les provinciales la même année et 67 % aux fédérales un an plus tard.
Taux de participation aux élections municipales de l’Ontario depuis 1982. Source : Association des municipalités de l’Ontario
« On remarque une tendance à la baisse en matière de participation politique au niveau municipal durant les dernières décennies. On peut donc s’attendre à voir cette diminution se poursuivre pour les élections qui s’en viennent », prédit Luc Turgeon, professeur agrégé d’études politiques à la faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa.
Même constat pour la professeure titulaire au sein de l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier qui déplore le fait que « les taux de participations sont souvent très faibles sur la scène municipale, ce qui est tout de même très étonnant parce que, s’il y a des décisions qui nous affectent au quotidien, c’est bien celles des villes comparées aux provinciales ou aux fédérales. Une grève par exemple des éboueurs est plus grave pour nous que celle des contrôleurs aériens ».
Un paradoxe aberrant
En effet, concrètement, il n’y a rien de plus direct pour le citoyen que les affaires municipales, et ce dans le sens où les décisions prises au niveau local impactent directement sa vie de tous les jours, telles que celles ayant trait à la planification urbaine ou à sa réglementation pour ne citer que celle-là.
« Au cours des dernières élections, qu’elles soient provinciales ou fédérales, on a beaucoup parlé de changements climatiques par exemple, alors que les villes représentent sans doute le niveau gouvernemental qui peut avoir le plus d’impact à ce sujet, entre autres par l’entremise des transports en commun. Malheureusement, la politique municipale n’a pas l’air, passez-moi le terme, très sexy, mais en réalité elle a une énorme influence sur nos vies », regrette M. Turgeon.
Luc Turgeon, professeur agrégé d’études politiques à la faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté
Selon ce dernier, l’une des explications à ce détachement politique qui va à l’encontre du bon sens réside dans le fait que les électeurs potentiels prennent pour choses acquises tous les services déjà existants proposés à l’échelle locale, ce qui aurait tendance à développer un sentiment d’indifférence envers les élections qui s’y affèrent.
Méconnaissance du public et déficit médiatique
L’autre raison évoquée par les experts pour expliquer ce désintérêt consiste en un manque d’informations, lequel est dû à une médiatisation faible lorsqu’il s’agit de campagnes électorales municipales.
« Ce qui explique également ce déclin c’est la couverture des médias qui peuvent mousser les enjeux locaux. Malheureusement, il y a une crise des médias locaux, non seulement en Ontario, mais aussi au Canada. La politique municipale n’est pas très médiatisée d’une façon générale. Beaucoup de Canadiens savent plus sur la politique américaine que sur celle de leur ville », fait remarquer Luc Turgeon.
Et d’ajouter : « L’absence des partis politiques municipaux qui peuvent parfois aider les électeurs à se faire une idée sur les candidats et les enjeux de ces élections est un autre facteur. D’ailleurs, c’est ce qui explique en général le fait que beaucoup de conseillers municipaux sont réélus. Les gens qui connaissent déjà un nom sont tentés de revoter pour cette personne-là. »
Les chiffres abondent dans le sens de l’analyste. En effet, à en croire l’Association des municipalités de l’Ontario, lors des dernières élections municipales ontariennes, les municipalités ont enregistré un taux de roulement assez bas, les nouveaux candidats n’ayant remporté que 41,3 % des sièges disponibles.
La jeunesse ne se sent pas concernée
Par ailleurs, la tranche de la population qui brille le plus par son abstention se trouve chez les jeunes. Bien que les études dans ce domaine fassent défaut en Ontario, les politologues sont unanimes, les jeunes votent beaucoup moins aux municipales parce qu’ils ne se sentent pas concernés.
Dans les faits, les observateurs constatent une singularité systématique propre aux élections municipales. Ce sont ceux qui paient des impôts locaux qui votent le plus. Et pour cause, les enjeux touchent à leur porte-monnaie.
Les propriétaires de biens immobiliers et fonciers illustrent très bien ce constat comme l’explique M. Turgeon : « L’un des sujets qui mobilise les gens à aller voter aux municipales c’est la taxation foncière et son niveau qui sont au cœur des débats politiques dans plusieurs municipalités. »
Or, il se trouve, pour des raisons évidentes, que les propriétaires sont rarement des personnes jeunes.
Geneviève Tellier, professeure titulaire au sein de l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que, selon la professeure Tellier, « il n’y a pas beaucoup d’études sur le vote des jeunes en général et encore moins en contexte municipal. Mais quelques données suggèrent que si on vote une première fois, on risque de le faire pour le restant de notre vie ».
Autrement dit, les jeunes qui ne votent pas maintenant ont de fortes chances de ne pas le faire à l’avenir, ce qui ne ferait qu’empirer le phénomène dans une sorte de cercle vicieux.
Quant à savoir si, durant la campagne en cours, on va remédier un tant soit peu à ce problème, la politologue se montre pour le moins sceptique : « Je ne suis pas convaincue que les élections actuelles mobilisent les jeunes parce qu’on n’utilise pas nécessairement les façons nouvelles pour aller les chercher. On dirait que ce sont-là les vieilles bonnes techniques qu’on applique dans une bonne vieille campagne municipale. »
OTTAWA – À la tête de la Commission sur l’état d’urgence qui démarre son enquête ce jeudi, Paul Rouleau doit décortiquer les raisons qui ont mené le gouvernement fédéral à déclencher les mesures d’urgence face au blocus du « Convoi de la liberté ». Le rapport et les recommandations finals sont attendus d’ici le 6 février 2023. Le compte à rebours est lancé.
« Conscient des délais serrés qu’impose la Loi sur les mesures d’urgenceen ce qui a trait à la production de rapports, je suis déterminé à faire en sorte que le processus soit aussi ouvert et transparent que possible », avait donné le ton Paul Rouleau, avant l’été.
La Commission devra examiner et évaluer le fondement de la décision du gouvernement de déclarer l’état d’urgence, les circonstances qui ont donné lieu à cette déclaration, ainsi que la pertinence et l’efficacité des mesures choisies par le gouvernement pour répondre à la situation. À cette fin, le gouvernement est tenu par la loi, de donner accès à la Commission, tout document confidentiel.
Le premier ministre Justin Trudeau lors de sa conférence de presse annonçant invoquer la Loi sur les mesures d’urgence. Capture d’écran ONFR+
Cette première journée débutera avec une déclaration du juge Rouleau suivie de présentations et des rapports sommaires offerts par les avocats de la Commission. Une série de tables rondes avec des experts de divers domaines liés au mandat de la Commission auront lieu dès le 28 novembre. Les audiences débuteront à 9h30 chaque jour et seront disponibles en ligne.
« Je suis convaincu qu’avec la collaboration de toutes les parties, les audiences fourniront un processus juste et rigoureux pour la présentation de la preuve nécessaire pour que la Commission puisse donner au public les réponses auxquelles il a droit », a indiqué le juge Rouleau dans une déclaration.
Nommé juge à la Cour supérieure de l’Ontario en 2002, puis à la Cour d’appel de l’Ontario en 2005, M. Rouleau est un juge expérimenté. Juge adjoint à la Cour suprême du Yukon à partir de 2014 puis à la Cour de justice du Nunavut et à la Cour suprême des Territoires du Nord-Ouest en 2017, il est aujourd’hui président du Comité consultatif du procureur général de l’Ontario sur l’accès à la justice en français et membre du Conseil des gouverneurs de la Commission du droit de l’Ontario.
La Commission a en outre pour mission de réaliser un examen de politique générale du cadre législatif et réglementaire, afin de déterminer s’il y a lieu de modifier la Loi sur les mesures d’urgence.
Le premier ministre Justin Trudeau avait invoqué cette loi le 14 février dernier dans le but de déloger les manifestants qui occupaient le centre-ville d’Ottawa. Le premier ministre avait défendu le recours à cette loi, affirmant qu’ils étaient nécessaires d’offrir « plus d’outils pour rétablir l’ordre » aux autorités après près de trois semaines d’occupations et « d’activités dangereuses et illégales ».
Atteinte aux libertés individuelles?
Dès janvier dernier, des centaines de camionneurs s’étaient organisés en « convoi de la liberté » dans plusieurs provinces, avec pour objectif de rallier Ottawa et de grandes villes canadiennes.
Ce vaste mouvement opposé aux mesures sanitaires imposées aux routiers transfrontaliers s’était répandu à travers le pays, conduisant au blocus de la Capitale nationale, à des perturbations sur Pont Ambassador entre Windsor et Détroit, et à des manifestations dans plusieurs villes comme Toronto, Vancouver Winnipeg et Québec.
Utilisé pour la première depuis sa création en 1988, ce texte a conféré au gouvernement des pouvoirs extraordinaires aux policiers pour déloger des manifestants ainsi qu’aux banques pour geler les comptes d’individus sous contrôle judiciaire.
Si elle a plus ou moins contribué à la fin du siège de la capitale, après 24 jours de blocage, cette mesure a soulevé l’indignation d’une partie de l’opposition à l’époque, le Parti conservateur et le Bloc québécois la considérant comme une atteinte aux libertés individuelles et un abus de pouvoir. Dix jours plus tard, la Loi était révoquée.
OTTAWA —Justin Trudeau, la vice-première ministre Chrystia Freeland, six autres ministres du gouvernement ainsi que le maire Jim Watson font partie de la liste des 65 témoins qui seront appelés à témoigner dans le cadre de la Commission sur l’état d’urgence.
Cette commission qui débute jeudi et présidée par le juge Paul Rouleau doit évaluer les raisons qui ont poussé le gouvernement fédéral à invoquer la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux occupations d’Ottawa, Windsor et d’autres postes frontaliers du pays.
NOUVEAU : voici les 65 témoins qui seront appelés lors de la Commission sur l’état d’urgence qui débute ce jeudi et présidée par le juge Paul Rouleau. Quelques noms : Justin Trudeau, Chrystia Freeland, Jim Watson, Tamara Linch, Chris Barber et Pat King. #polcanpic.twitter.com/hqVcveKAX2
En plus du premier ministre Justin Trudeau et de la vice-première ministre Chrystia Freeland, plusieurs ministres du gouvernement seront appelés à témoigner comme la ministre de la Défense nationale Anita Anand, le procureur général David Lametti et le ministre de la Sécurité publique Marco Mendicino. Le ministre acadien, Dominic LeBlanc des Affaires intergouvernementales et Bill Blair, le Président du Conseil privé du Roi pour le Canada et ministre de la Protection civile sont aussi convoqués.
Le maire d’Ottawa, Jim Watson. Gracieuseté.
Le maire d’Ottawa Jim Watson et un des candidats à sa succession à la mairie Catherine McKenney témoigneront aussi.
Diane Deans qui était la conseillère à la tête de la Commission des services policiers avant d’être évincée est aussi invitée tout comme son collègue dans Rideau-Vanier Mathieu Fleury et le directeur général de la municipalité Steve Kanellakos. Le maire de Windsor Drew Dilkens est aussi convoqué. À noter qu’aucun membre du gouvernement Ford n’est pour le moment invité devant le juge Paul Rouleau.
Des hauts fonctionnaires
De nombreux hauts placés dans la fonction publique, notamment des corps policiers et de la GRC font partie de la liste de 65 noms. On peut y retrouver la commissaire de la GRC Brenda Lucki, qui sera accompagnée de ses deux sous-commissaires et le grand patron du Service canadien du renseignement de sécurité David Vigneault.
De nombreux sous-ministres de divers ministères comme Finances ou Affaires mondiales passeront aussi devant le juge Paul Rouleau ainsi que la grande patronne de la fonction publique Janice Charette, la greffière du Bureau du Conseil privé.
À Ottawa et en Ontario
L’ex-chef de la Police d’Ottawa Peter Sloly et l’actuel chef Steve Bell sont de la liste tout comme quatre autres hauts responsables du corps policier. Le commissaire de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) Thomas Carrique ainsi que deux hauts fonctionnaires du gouvernement, les sous-ministres Mario Di Tommaso (Solliciteur général) et Ian Freeman (Transports) y sont aussi.
Peter Sloly accompagné de Steve Bell (à droite) lors d’un point de presse durant l’occupation du centre-ville d’Ottawa. Capture d’écran ONFR+
Des résidents et organisateurs
Les principaux organisateurs soit Tamara Linch, Chris Barber, Pat King, qui ont tous fait face à des accusations pour leur rôle joué dans les événements sont des 65 témoins appelés. Ils seront notamment accompagnés par quelques résidents du centre-ville d’Ottawa comme Zexi Li, elle qui avait intenté une poursuite judiciaire de 306 millions de dollars contre les organisateurs du Convoi de la liberté.
Pierre Leroux est maire de Russell, un mandat qu’il occupe pour une troisième fois. Il a été élu par acclamation. Natif de Vanier, Pierre Leroux habite Russell depuis 2001. Son attachement à sa communauté est forte et il regorge d’idées pour la garder vivante et en bonne santé.
LE CONTEXTE :
Russell est située à la frontière sud-est de la Ville d’Ottawa, la municipalité se trouve dans les Comtés unis de Prescott et Russell. Avec près de 20 000 habitants, la ville a connu un essor de population ces quatre dernières années, plus 18,6 % selon le dernier recensement de Statistique Canada. Principalement bilingue, la ville reste majoritairement anglophone. Le maire, lui, est Franco-Ontarien.
L‘ENJEU :
Son leitmotiv : la communication. Pierre Leroux est proche des citoyens et se veut à l’écoute des gens, des nouvelles idées. Ce qui l’importe, c’est le sens de la communauté et le travail d’équipe. Élu par acclamation, il n’en demeure que pour lui, ce n’est pas le jeu de la démocratie. Il veut sensibiliser les habitants à la politique et aux enjeux municipaux.
« Comment vous est venue l’envie d’être le maire de Russell?
Je n’ai jamais eu d’intérêt dans la vie politique durant ma jeunesse, mais il doit y avoir 15 ans de cela, j’ai rencontré le maire de Russell et je me souviens qu’il m’avait fait un commentaire que je n’avais pas aimé. Je l’ai partagé avec mes amis un soir, puis ils ont commencé à me dire que je n’avais qu’à devenir conseiller municipal. Sauf que je ne connaissais rien n’a la politique, vraiment rien. Ils me disaient : « regarde, tu tiens un dépanneur, tu connais tout le monde ». Alors, je suis devenu conseiller et je suis tombé en amour avec le poste. Quatre ans après, j’étais fier de mettre mon nom une deuxième fois comme conseiller, mais le maire est décédé subitement en pleine élection.
Je ne le savais pas, mais il paraît qu’il m’aurait voulu comme son remplaçant. De nombreuses personnes sont venues me solliciter. Je venais de commencer le collège, j’avais toujours voulu faire le collège, excepté que deux mois plus tard, j’ai été élu maire, alors j’ai laissé faire le collège. Depuis, j’ai quand même fait d’autres enseignements à distance et maintenant, j’ai quelques certificats de l’Université de Dalhousie en administration des gouvernements locaux.
J’ai donc fait un terme de conseiller et j’entame mon troisième mandat de maire
À quoi ressemble une journée dans les souliers du maire de Russell?
Je me lève à 3h30 et je m’en vais faire mon sport tous les matins. À 5h30, je suis sur mon iPad, je m’occupe de mes courriels, je rattrape ce que j’ai manqué. Les journées varient, je suis assez actif sur les médias sociaux, je parle beaucoup avec les citoyens en ligne, je dois être accessible. Je réponds aux questions, à toutes les discussions et aux appels avec parfois des délais, mais j’essaie de faire du mieux que je peux.
Je siège aussi à la Conservation de la Nation Sud et je suis sur le comité EORN (Eastern Ontario regional network), c’est le service des télécommunications. Mes journées peuvent vite être très remplies, surtout dans une municipalité en pleine croissance comme Russell.
La municipalité de Russell compte près de 20 000 habitants. Ces quatre dernières années, la population a augmenté de 18.6 %. Source : Facebook/Municipalité de Russell Township
Vous avez été élu par acclamation. Sans concurrence en face, que pensez-vous de cette situation?
C’est un couteau tranchant des deux bords. D’un côté personnel, je suis content de pouvoir jouer le rôle de maire, que j’adore. Je n’ai pas non plus la pression de l’élection, mais d’un autre côté ce n’est pas comme ça que la démocratie devrait fonctionner.
Tu veux avoir des différentes opinions au sein de la population, c’est normal et c’est même intéressant. Cela permet d’avoir des interactions et que la population ait la chance de questionner les opinions des candidats. Quand tu es choisi, tu sais que tu as le mandat de la population.
Beaucoup me disent d’être fier parce que ça veut dire que j’ai fait une bonne job si personne ne se présente en face, mais si c’est vraiment le cas, je ne le sais pas.
Ce nouveau mandat vous offre une chance de continuer votre travail, que voudriez-vous améliorer?
Il y a tout le temps de la place pour améliorer, j’aime entendre les nouvelles idées. J’aime entendre ce que le conseil pense de la direction à venir. Ce n’est pas parce que je suis acclamé qu’il faut ne rien faire, bien au contraire. Il faut que j’écoute les gens et qu’ils soient tous représentés. J’aime réellement travailler avec les conseillers et qu’on amène le bateau dans la même direction. Je prends ça très au sérieux. On est une équipe, il faut travailler ensemble et je veux être certain qu’à la table du conseil, on a du respect pour tout le monde.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, que le monde politique, notamment municipal, ait tant de difficulté à se démocratiser?
Le monde s’implique quand quelque chose les affecte directement. Le niveau de gouvernance municipal est celui qui affecte le plus les citoyens, mais le monde ignore cela. J’ai peur que l’intérêt chute surtout pour les conseillers scolaires. Nous allons combler nos postes, mais certaines municipalités manquent de candidatures.
J’essaie d’éduquer la population pour sensibiliser les gens. Je fais des entrevues avec les candidats et les candidates aux postes de conseillers. Ces entrevues sont d’ailleurs visibles en ligne en ce moment même. J’ai fait ça pour que les gens puissent assister en direct et puissent poser leurs questions. J’essaie de faire en sorte que les citoyens se sentent concernés.
Quelles sont les raisons, d’après vous, qui repoussent les gens à s’investir en politique?
Je pense qu’il y a deux facteurs. Déjà, je crois qu’il y a la pression des médias sociaux. Il faut être capable de se protéger des attaques. Je suis très impliqué sur les médias et depuis la COVID-19, je constate quand même que les politiciens se font vraiment attaquer sur les réseaux.
Puis, on est dans un secteur très rural, il n’y a pas une grande diversité donc les personnes qui deviennent conseillers sont souvent à la retraite. L’autre chose, c’est que les salaires de conseillers sont bas. Pour s’en sortir, il faut soit être à la retraite et cumuler avec une pension ou comme moi, avoir eu une entreprise et avoir pris des bonnes décisions financières dans sa vie. Encore là, le monde s’implique, mais de demander à quelqu’un de mettre sa carrière en pause, ça peut être très difficile.
Pierre Leroux démarre un troisième mandat, l’absence de concurrence l’inquiète sur l’état de la démocratie. Source : Facebook/Pierre Leroux
Ceux qui sont passionnés par la communauté, ils sont aussi présents bénévolement. La réalité d’un politicien, c’est que quoi que tu fasses, quelqu’un ne sera pas content avec ta décision.
Avec le projet de Ford pour Ottawa et Toronto, plus de pouvoirs pour les maires, il pourra apporter ça à d’autres municipalités. Cela va créer un autre niveau de responsabilité.
Quels sont les enjeux que l’on retrouve dans une municipalité comme Russell?
On est chanceux dans la municipalité de Russell, on met en place des projets depuis plusieurs années qui se passent très bien. Je n’ai pas l’impression qu’il y a de gros problèmes. On est la municipalité avec le taux de croissance le plus rapide de l’Est ontarien. Disons que les enjeux sont liés aux attentes des gens qui viennent de l’extérieur. Souvent, ils s’attendent aux mêmes avantages que ceux d’une grosse ville et évidemment, ce n’est pas toujours possible. Entre 2016 et 2021, on a augmenté de 18,6 % de population. Nous sommes environ 20 000 habitants, le salaire médian est assez bon, nous avons de nombreux employés du gouvernement et du corps de police. Russell, c’est aussi 82 % de terres agricoles, on est très familial avec neuf écoles et une population quasi bilingue.
Alors justement, quelle est la place du français à Russell?
Je dirais que le pourcentage purement francophone, c’est juste 4 % ou 5 % de la population. Les bilingues sont plus nombreux. On a constaté que beaucoup d’anglophones se sont installés ici pour que leurs enfants grandissent en français.
Moi, je suis franglais pas mal. J’ai été élevé un bord anglais, un bord français même si je viens de Vanier à la base. Je me suis installé à Russell en 2001, quand on a commencé à avoir des enfants et l’envie d’un terrain plus grand. Et surtout, vivre en français, ici, c’est possible. On a ouvert notre entreprise de dépanneurs, qu’on a gardé pendant 17 ans, et honnêtement Russell est une super place pour élever ses enfants.
Il semble que vous portez beaucoup d’intérêts aux médias sociaux et plus largement aux outils de communication. Pourquoi un tel engouement?
C’est quelque chose que j’ai fixé tôt dans ma carrière : la communication avec les gens. La communication avec les citoyens, c’est ça l’important. Les médias sociaux, c’est une porte d’entrée, mais on ne va pas résoudre les problèmes là-dessus. On redirige les gens vers les bons services. En étant présent sur les réseaux, on peut communiquer facilement. Je suis très présent sur Facebook puis ce sont surtout les gens de mon âge. Je suis sur Instagram, mais je ne suis pas encore sur TikTok.
Je suis très ouvert là-dessus parce que je place la communication comme priorité. On en discute avec les professeurs et les directeurs des écoles. Je m’en vais faire des présentations dans les écoles pour parler des enjeux municipaux. J’ai trois jeunes garçons et déjà là ce n’est pas facile de leur faire comprendre la politique donc c’est définitivement un enjeu.
Pour faire campagne, le maire de Russell a mis en place un système de donation peu ordinaire. Source : Facebook/Pierre Leroux
Quelle est votre priorité en tant que maire?
Je crois qu’il faut un juste milieu et que le monde travaille ensemble. C’est dans cette idée que j’avais commencé à faire campagne. Au lieu de faire des pancartes électorales, j’ai placé des silhouettes de moi dans quelques commerces, les gens devaient se prendre en selfie avec et les mettre sur ma page. Pour chaque photo, je donnais deux dollars pour un projet local. Je préfère investir dans ma communauté que de payer pour des pancartes. En comptant la participation des commerces en plus, je crois que l’on a amassé 75 000 $ pour des projets locaux.
Qu’est-ce qui vous tient à cœur?
D’abord, j’aime ma communauté et ma famille évidemment, mais je suis aussi un geek dans le cœur. J’aime les comics books et les films. C’est nouveau dans ma vie, mais ce qui me tient à cœur, c’est la santé mentale et la santé physique. Je veux m’améliorer continuellement.
J’adore le rôle de maire et si les gens sont prêts à me voir là un bout, je suis partant pour faire ça le restant de mes jours. Je suis devenu maire à 39 ans pour la première fois, aujourd’hui, j’ai 47 ans. Il faut juste avoir du fun parce que la vie est trop courte. »
Un maire qui se représente comme simple conseiller à La Nation, deux autres tout juste installés à Clarence-Rockland et Alfred-Plantagenet, une guerre de succession à 90 % anglophone à Cornwall, désirs de transparence à Casselman et Hawkesbury… À 15 jours du scrutin municipal, coup de projecteur sur six courses haletantes dans l’Est.
Avec la réélection par acclamation des maires sortants Pierre Leroux, Norman Riopel, Robert Kirby, Jamie MacDonald et Tony Fraser qui conservent leur fauteuil respectivement à Russel, Champlain, Hawkesbury-Est, North Glengarry et North Dundas, les yeux se tournent naturellement vers les autres courses, à commencer par Hawkesbury.
Duel francophone à Hawkesbury après un mandat mouvementé
Rien n’est joué d’avance pour la mairesse sortante Paula Assaly, dont le siège est aussi convoité par l’un de ses conseillers municipaux, Robert Lefebvre. Membre de la Commission des services policiers et du logement abordable, M. Lefebvre, qui est aussi administrateur d’Hydro Hawkesbury, capitalise sur une expérience municipale de plus de 50 ans.
Élue en 2018, Mme Assaly compte sur son bilan afin de rempiler pour un second mandat. Mais ces quatre dernières années n’ont pas été un long fleuve tranquille. Épinglée par deux fois dans un rapport du commissaire à l’intégrité de la ville, suite à des plaintes d’ex-employés congédiés, puis poursuivie au civil devant la Cour supérieure de l’Ontario par la directrice générale de la ville, la sortante n’est pas parvenue à créer un climat fédérateur.
Si elle était réélue, elle pourrait retrouver au sein de son conseil son ex-rivale et ancienne mairesse, Jeanne Charlebois, qui brigue un mandat de conseillère municipale.
Une première mairesse dans l’histoire de La Nation?
Ce sera également un duel du côté de La Nation, qui englobe les cantons de Caledonia, Cambridge et Plantagenet Sud, une partie de Limoges, Fournier mais aussi le village de St-Isidore. Deux conseillers municipaux tentent de conquérir de fauteuil, alors que le maire sortant François St-Amour ne brigue qu’un simple mandat de conseiller municipal.
D’un côté, Francis Brière qui termine son deuxième mandat de conseiller et concentre son message sur le développement économique et démographique de La Nation. De l’autre, Marie-Noëlle Lanthier, militante pour la parité des femmes en politique et soucieuse du réchauffement climatique. Au-delà de ses fonctions de présidente de Leadership féminin Prescott-Russell (LFPR), elle assume le rôle d’administratrice au sein de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO).
À Alfred-Plantagenet, Yves Laviolette veut confirmer
Alfred-Plantagenet est le théâtre d’une course à quatre. Le maire sortant, Yves Laviolette, qui avait pris la relève de Stéphane Sarrazin, élu député à Queen’s Park en juin dernier, fait face à deux conseillers municipaux sortants : René Beaulne qui a servi les administrés du quartier 1 durant près de 30 ans, et Chantal Galipeau représentant le quartier 2 depuis huit ans.
Le quatrième candidat, Marc Prudhomme, qui fait du gel des impôts son cheval de bataille, tente sa chance en se faisant le porte-voix des administrés qui s’estiment trop taxés dans cette municipalité du canton de Prescott et Russell.
Au-delà du maire, les quelque 10 000 résidents sont appelés à élire deux conseillers municipaux sur quatre, les deux autres ayant été élus par acclamation et le canton ayant voté l’an passé la réduction du conseil de sept à cinq élus élus.
Cornwall se cherche un héritier à la sénatrice Clément
À Cornwall, le maire sortant, Glen Grant, avait succédé à Bernadette Clément en juillet dernier, lorsque cette dernière avait été nommée sénatrice. Ce conseiller municipal aux 15 ans de service tentera donc de conserver son fauteuil fraichement conquis, et ce face à trois autres candidats, dont James Leroux, chef d’entreprise en gestion immobilière et unique prétendant francophone.
Les deux autres rivaux politiques sont Justin Towndale, un des conseillers municipaux sortants, et Jordan Poapst, propriétaire d’un label de divertissement. En outre, une dizaine de postes de conseillers sont à pourvoir dans cette municipalité où 22 % des résidents ont le français pour langue maternelle selon le dernier recensement.
Daniel Lafleur sollicite un second mandat à Casselman
Le maire de Casselman, Daniel Lafleur, espère lui aussi être reconduit dans ses fonctions. Son mandat qui s’achève a pour le moins été animé. Celui qui avait succédé à Conrad Lamadeleine en 2018 a notamment perdu son fauteuil durant trois jours en 2021 avant de le retrouver, à la suite d’un faux pas administratif. Il cumulait les postes de maire et de directeur général par intérim, ce qui est contraire à la Loi sur les municipalités, et avait entrainé sa démission.
Il a ensuite été épinglé, lui et un de ses conseillers, dans un rapport du commissaire à l’intégrité pour manquement éthique, échappant de justesse à une sanction salariale.
L’élu sortant, qui est également président des Comtés unis de Prescott et Russell, fait face à Geneviève Lajoie, une travailleuse sociale dans l’éducation à la petite enfance qui entend apporter plus de transparence au conseil.
Clarence-Rockland : après le vote du conseil, celui du peuple
Dans cette municipalité, il faudra surveiller si Mario Zanth a su gagner la confiance des administrés et les convaincre de son efficacité au cours de l’année écoulée. Successeur de Guy Desjardins mort en août 2021, ce conseiller municipal a depuis assuré la relève, élu par le conseil municipal. Cette fois, il se présente devant les électeurs.
Il promet entre autres de meilleures infrastructures, un meilleur accès au gaz naturel et à l’internet, sans faire exploser les taxes, un sujet sensible parmi les administrés tributaires de l’inflation. Mais, sur sa route, se dresse un autre candidat : Don Bouchard. L’actuel conseiller du quartier 4 espère faire la différence en se focalisant sur le développement des commerces et des lieux communautaires.
Les urnes rendront leur verdict le 24 octobre prochain.
TORONTO – Paul Rouleau est un défenseur des droits francophones depuis près de 50 ans. C’est comme avocat qu’il portera la cause de nombreux francophones et contribuera à la résolution de crises majeures. Son leitmotiv : l’éducation en français. Nommé juge à la Cour supérieure de l’Ontario en 2002 et siégeant depuis 2005 à la Cour d’appel de l’Ontario, celui qui est aussi chancelier de l’Université de l’Ontario français (UOF) se prépare à piloter la Commission sur l’état d’urgence qui ouvre son enquête dans quelques jours.
« Vous êtes originaire de Vanier, un des bastions de la francophonie. En quoi avoir grandi dans cette communauté a façonné vos convictions?
C’est quand les choses avancent qu’on remarque l’impact sur nous. Vanier, à l’époque Eastview, c’était une majorité de francophones. Je me rappelle que les policiers étaient francophones et les services de pompiers aussi. On pouvait vivre en français. Ce qui m’a marqué, c’est que les anglophones ne parlaient pas un mot de français.
Dans le temps, c’était beaucoup plus divisé entre anglophone et francophone. Il y avait des frictions réelles quand je sortais de Vanier. Cette réalité existe moins de nos jours. Quand je suis sorti de ma bulle, premièrement pour le secondaire, puis à l’Université d’Ottawa, j’ai fait mes études de common law en anglais et je nous qualifiais, nous, les Franco-Ontariens, comme le trait d’union du Canada. Nous faisions le lien entre les Québécois et les anglophones à l’Université d’Ottawa.
Grandir à Vanier, c’était être conscient du fait francophone.
La situation du français a bien évolué depuis les années 1970. Quels éléments vont ont-ils forcé à agir?
Ce qui m’a frappé, c’est que lorsqu’il a été temps d’aller au secondaire, mon grand frère, ma grande sœur et moi, on avait comme seul choix d’aller à l’école de quartier qui était une école en anglais, parce qu’il n’y avait pas d’école secondaire en français.
Heureusement, mes parents pouvaient se permettre de nous envoyer dans une école privée qui offrait de l’éducation en français. Cela a formé ma raison d’être, pour toute ma carrière et mon combat pour l’éducation en français en Ontario.
Quand je suis parti à Toronto pour faire un stage, à certaines de mes entrevues, on me demandait « Qu’est-ce que tu fais ici? » ou encore « T’es un francophone, pourquoi t’es pas au Québec? ». J’étais une anomalie à l’époque. Beaucoup de Franco-Ontariens n’avaient pas d’éducation universitaire, et pour cause, nous n’avions pas d’école secondaire en français. L’école s’arrêtait là ou alors les élèves allaient vers l’anglais. Mes frères, qui sont tous les deux médecins, sont partis à Montréal.
Pourquoi avez-vous décidé de rester dans la province et de persévérer en français?
Eh bien, c’est à Toronto que les grandes décisions se prennent. Il y avait eu du changement au fédéral, notamment avec les langues officielles, mais l’importance de l’éducation est fondamentale à mes yeux. C’est à Toronto que les choses importantes comme l’éducation et la santé prenaient place.
Quand je suis arrivé à Toronto, j’ai rencontré Omer Deslauriers, président du CAFO (Conseil consultatif des affaires francophones), qui conseillait le gouvernement pour la mise en place de services en français. Il m’avait dit : « T’es un avocat, pourquoi il n’y a pas d’organismes de juristes francophones », alors je lui ai dit « ok » et on a fondé l’AJEFO (Association des juristes d’expression française de l’Ontario).
Puis plus tard, il m’a demandé : « Dis donc, il y a le centre des pionniers ici, pourquoi tu ne viens pas aider ». Alors je lui ai dit « ok ». J’ai alors aidé à bâtir l’édifice des Centres D’Accueil Héritage (CAH). Après ça, il m’a dit, « Comme tu vis à Toronto, pourquoi tu ne deviens pas le président du Comité français de l’hôtel de ville? » Alors « ok! »
Tout ça m’a éduqué sur les besoins de la communauté. J’ai eu cette chance de rencontrer Omer et je suis devenu un participant de la communauté. Cette rencontre m’a catapulté dans un milieu.
Paul Rouleau siège aussi en tant que juge adjoint à la Cour suprême du Yukon, celle des Territoires du Nord-Ouest et à la Cour de justice du Nunavut. Gracieuseté
Quelle a été la première grande cause pour laquelle vous avez plaidé?
Lorsque je suis arrivé à Toronto, le cabinet qui m’a offert un stage s’appelait Cassels Brock. J’y ai rencontré le Franco-Ontarien Pierre Genest. Il a été contacté par des gens de Penetanguishene, qui avait un problème pour la création d’une école secondaire francophone. À ce moment-là, la Charte canadienne des droits et libertés (1982) n’existait pas encore, mais on pouvait ouvrir des écoles secondaires en français.
À Penetanguishene, le conseil scolaire anglophone ne voulait pas d’une école en français, donc s’est ouvert une école francophone hors-la-loi dans le vieux bureau de poste : l’école secondaire de la Huronie. La ville a essayé de fermer l’école, c’est là que nous sommes entrés en jeu. C’était ma première aventure en Cour pour la francophonie et nous avons gagné la cause, car c’était dans le vieux bureau de poste et ainsi la compétence était fédérale.
Comment avez-vous réussi à remporter votre combat sur le droit de gestion des écoles francophones?
Cette autre cause importante a eu lieu après la création de la Charte qui a donné des droits constitutionnels à la communauté. Nous avions été appelés avec M. Genest sur l’article 23 de la Charte afin d’ajuster la loi. La Cour d’appel n’était pas bilingue et donc il fallait plaider en anglais. C’est là que M. Genest et moi-même avions basé notre argument sur la version française de la Charte. Les deux versions de l’article 23 ne sont pas tout à fait pareilles.
C’est une nuance qui dit dans la version française que nous avons le droit d’instruire les enfants dans des établissements de la minorité. En anglais, elle laisse entendre que ce sont des établissements où la langue de la minorité est utilisée. La nuance ici, c’est que dans la version française il y a une notion d’appartenance. Quand on dit : « C’est la plume de ma tante », ça veut dire qu’elle appartient à ma tante. De fait, la Cour a adopté cet ajustement : c’est le droit de gestion de nos écoles.
Un des moments majeurs de votre carrière est la cause Marchand, qui concernait là aussi l’école de la Huronie. Pouvez-vous en dire plus?
Aujourd’hui c’est l’École secondaire Le Caron à Penetanguishene. Elle n’avait pas les mêmes éléments que les écoles anglophones. Pas les mêmes ateliers, gymnases… Elle ne pouvait donc pas faire de compétitions ni évoluer comme les autres. Les jeunes veulent les mêmes chances. M. Marchand est venu me voir pour cette cause. Je le représentais et nous sommes allés en Cour contre le conseil scolaire et la province qui refusaient de financer les améliorations. Les standards ne permettaient pas d’accroître l’école, car il n’y avait pas assez d’élèves et ce standard s’appliquait à tout le monde. Mais cela n’empêche que ça pénalisait les francophones.
Je me souviens d’un témoignage très puissant. Les élèves qui voulaient apprendre plus et qui avaient intégré l’école anglophone, avaient plus tard quitté le système scolaire. En fait, ce que cela disait, c’est que si tu allais faire ton secondaire en français, tu étais pénalisé ou alors, tu allais faire ton éducation en anglais et tu finissais par quitter l’école. Nous avons gagné notre cause qui a établi un principe important pour la francophonie canadienne.
Dyane Adam et le juge Paul Rouleau, lors d’une cérémonie à l’Université de l’Ontario français à Toronto. Crédit image : UOF
Vous avez été un membre fondateur des conseils scolaires en français en Ontario. Quelle a été votre implication de ce dossier?
Je ne crois pas que les gens sont au courant, mais c’est en 1968 que les écoles secondaires en français financées par la province ont été permises en Ontario. Les écoles secondaires en français existaient, mais elles étaient privées. Je suis aussi devenu un des premiers conseillers scolaires francophones de la région de Toronto autour des années 1987 et j’ai eu un rôle dans la structuration des conseils scolaires.
Quel dossier vous rend le plus fier?
Mon rôle dans la création des conseils scolaires est ce qui me rend le plus fier dans toute ma carrière. Je ne décidais pas, mais j’ai travaillé à structurer et façonner ça avec Peter Lauwers, aujourd’hui juge à la Cour d’appel.
Nous avons travaillé comme consultants auprès du gouvernement pour aviser comment réformer la loi sur l’éducation et le système de taxe. Cette réforme, dans laquelle j’ai été impliqué, a aidé à créer les conseils de langue française et le système de financement. J’ai négocié la quasi-totalité des premières ententes. Je suis certain que nous avons le meilleur système au Canada. Je suis devenu juge peu de temps après et je crois que c’était ma raison d’être comme avocat, de la Huronie à la création et la mise en place des conseils scolaires. C’est véritablement un grand moment de fierté.
Quelle était votre vision de la justice au moment où vous avez cofondé l’AJEFO?
Je pensais qu’on arriverait à tout faire en français et à vivre en français. Je pensais que tous les organismes seraient sensibilisés à la cause. J’avais préparé un rapport après quelques années en disant que l’AJEFO était voué à disparaître d’ici à cinq ou dix ans, car les droits seraient là et que la mise en œuvre serait complète.
Je pensais que les associations seraient toutes bilingues et reconnaîtraient l’importance des francophones. C’était une erreur de ma part. Il y a deux raisons à cela. D’abord, c’était plus compliqué que ce que je croyais de mettre en œuvre le droit d’accès à la justice en français.
L’autre raison, c’est d’avoir une bureaucratie et des institutions en français. L’AJEFO est une institution qui offre plein de services. L’importance des institutions, j’ai appris ça avec les conseils scolaires, comme pour l’UOF, par et pour les francophones. J’avais tort : l’AJEFO n’allait pas perdre sa raison d’être parce qu’on n’est pas encore rendu là.
Paul Rouleau est le chancelier de l’UOF depuis 2021. Crédit image : UOF
Dans quel contexte les francophones n’ont pas accès aux mêmes services, en ce qui a trait à la justice?
Ce n’est pas le cas dans toute la province, mais, par exemple, si tu dois comparaître devant un juge de paix, la quasi-certitude, c’est que tu vas comparaître devant un juge anglophone. Tu auras pris une journée de congé pour te présenter et le juge de paix va te dire : « Comme tu es francophone, tu as droit à un juge de paix francophone, mais reviens la semaine prochaine ». Sauf que tu es là, tu ne peux pas prendre une autre journée de congé, et comme tu es bilingue (comme la vaste majorité des Franco-Ontariens), tu vas rester et plaider en anglais. Ça, ce n’est pas accès à équivalence. Ce n’est pas un accès égal.
Qu’est-ce qui vous plaît dans votre position de chancelier à l’UOF?
En termes d’éducation, je trouve que c’est une belle fin de carrière pour moi. J’espère être un exemple. Je connais la communauté et je suis expert donc je peux apporter mes conseils. Je peux aviser le recteur et être utile. Sans être prétentieux, j’ai beaucoup d’expérience et je pense avoir un rôle à jouer.
Que représente votre nomination au poste de commissaire de la Commission sur l’état d’urgence qui débute ses travaux ce 13 octobre?
C’est quelque chose de très spécial et de très important pour moi. C’est certainement quelque chose de différent. J’ai toujours aimé les défis et je pense que c’est un beau défi. J’ai du chemin à faire, je suis engagé et je suis heureux d’avoir ces défis. J’espère encore que d’autres choses vont se présenter. Je suis chanceux que cette commission se soit présentée et m’ait été proposée. C’est arrivé de nulle part, comme pour l’UOF. Mais pour le moment, c’est un gros projet et il faudra d’abord que je le termine. »
LES DATES-CLÉS DE PAUL ROULEAU
1985 : Devient président de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario(AJEFO)
2002 : Nommé juge à la Cour supérieure de l’Ontario
2005 : Nommé juge à la Cour d’appel de l’Ontario
2018 : Devient président du Comité consultatifdu procureur général sur l’accès à la justice en français
2021 : Nommé chancelier de l’Université de l’Ontario français
2022 : Nommé commissaire de la Commission sur l’état d’urgence
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.
Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.
[CHRONIQUE]
La première fois où j’ai rencontré Marguerite Andersen, c’était au salon du livre de Toronto, peut-être en 2008 ou 2009, du temps où il se tenait à la Bibliothèque de référence de Toronto. Elle m’a paru frêle mais résistante et tenace. Et c’est toujours l’impression que j’ai gardée d’elle pendant toutes ces années, souvent quand on se croisait dans des différents salons du livre.
Même impression lorsque je l’ai vue pour la dernière fois au Salon du livre de Toronto dans les nouveaux édifices de l’université de l’Ontario français. Je suis arrivée un peu en retard et je l’ai vu de loin partir accompagnée de quelques amis, l’un d’eux lui tenant le bras. Même de loin, je pouvais deviner qu’elle s’était beaucoup affaiblie mais sa démarche restait pareille : résistante et tenace.
Lors de notre première rencontre, Marguerite, directe et franche, m’avait lancé un « D’où, venez-vous? » Une question simple et classique, parfois embêtante mais toujours le point de départ d’une conversation et parfois d’une amitié. Plus tard en découvrant l’autrice et ses origines, je me suis rendu compte que c’est exactement cette même question qui la rendait si mal à l’aise.
Dans son livre, Le figuier sur le toit, un récit autobiographique, on pose la même question à l’héroïne qui s’appelle Marguerite. Et Mme Andersen, l’autrice, écrit : « Elle ne réussit pas à dominer le vertige quand elle entend cette question (…) qui la plonge pour la énième fois dans le tumulte des années 1933 à 1945. »
Un bagage historique humain lourd
N’est-ce pas un peu ironique que lors de cette première rencontre, les rôles se soient inversés sans que je ne sache alors le passé de mon interlocutrice. « Je suis née en Tunisie », avais-je candidement répondu sans vraiment m’attendre à ce que Marguerite Anderson connaisse mon pays d’origine pour y avoir séjourné avant même que je ne sois née, avant même que mes parents ne fassent connaissance.
C’était une énigme pour moi. Pas pour longtemps, car bientôt j’allais découvrir ce personnage de Marguerite dans Le figuier sur le toit et comprendre le passé douloureux et le présent rempli de vieillesse et la mort qui guette.
À travers les années et ses ouvrages, j’ai fait la connaissance d’une grande autrice de la littérature franco-ontarienne mais aussi de celle qui porte un bagage historique humain lourd. Trop lourd. Son passé allemand, le souvenir amer de la guerre, ses souvenirs à la fois honteux mais aussi assez flous… Comment comprendre l’adolescente que nous étions un jour?
Andersen se revoit jeune. Portait-elle l’uniforme de la jeunesse hitlérienne? Et ces images dans sa tête de femmes détenues, de chiens et de soldats. Que faisait-elle? Que pensait-elle? Tout est embrouillé, un brouillard épais par les années et la profondeur du puit.
Marguerite Andersen. Crédit image TFO
J’aurais le même sentiment de confusion si aujourd’hui on me posait des questions sur ce que je faisais à l’école quand j’avais 15 ans. Une jeune rebelle? Une anticonformiste en jeans et espadrilles qui ne se retrouve pas dans une Tunisie qui se dit ouverte avec un président omniprésent sur les photos et les images et qui se proclame père de tous les Tunisiens.
Rien à comparer avec l’Allemagne nazie de Hitler où Andersen avait passé ses premières années ni l’holocauste qui s’en est suivi mais juste une façon pour tisser des parallèles, me mettre à sa place et penser à mes souvenirs parfois heureux et parfois tragiques.
Je me rappelle son livre En écho à Bleu sur blanc (2000) qui décrit avec amour et sensualité les moments lumineux de ses années tunisiennes (1946-1953). C’est dans ce pays où elle va vivre avec son amant français, dont elle était enceinte, et qui est devenu son premier mari. C’est dans la clinique Saint-Augustin, un des pères du catholicisme lui aussi né dans la région, que Marguerite Andersen donne naissance à son premier enfant.
Une clinique dont le nom est si familier à mes oreilles. Une clinique qui existe encore aujourd’hui à Tunis. Une ville, ma ville natale que Marguerite Andersen décrit avec finesse et justesse. « Dans un pays remarquable pour son architecture éclatante de blanc souligné par le bleu des portes cloutées et des moucharabiehs en fer forgé couleur du ciel ».
Une féministe qui s’assume
Marguerie Andersen parle sans détours de sa vie d’adulte, son émancipation, ses études et surtout de son rôle de mère. Je suis toujours frappée par son avant-gardisme. Son rapport à la maternité. Ses doutes mais surtout son honnêteté. Aujourd’hui, les femmes, malgré la chute de plusieurs tabous, craignent toujours de parler des défis d’être mère.
On se veut toujours une mère tigresse, ou une mère hélicoptère, ou une mère « superwoman ». Marguerite n’a pas eu honte de parler de la « mauvaise mère ». Ne le sommes-nous pas toutes, un peu, dans nos moments les plus sombres, quand on pense à nos années de célibataires insouciantes et surtout à notre liberté confisquée par ces petits tyrans qui ne sont autres que notre progéniture. C’est en ces mots qu’elle décrit ses rapports tortueux avec ses enfants « Juste négligés, brimés, voire ignorés parfois… »
Car Marguerite Andersen reste avant tout une femme libre, une féministe qui s’assume jusque dans les affres de la vieillesse, jusque dans les choix de ses mots : durs mais vrais. « Moi, je suis lâche. J’ai 20 ans et je veux vivre. Sans peur, sans honte, sans faim ou soif. Tourner le dos à la misère. Attendre. En attendant parler une autre langue rire me détacher. » La seconde guerre mondiale venait de se terminer et c’est dans cet état d’esprit qu’elle se retrouve et qui pourrait la contredire.
Aujourd’hui, tous les jeunes veulent traverser la mer méditerranéenne, au risque de laisser leur peau, pour aller en Europe. Ils ne veulent plus de la misère, de la guerre, de la faim et de la soif. Tout comme Marguerite Andersen, ils veulent parler une autre langue et rire.
Marguerite Andersen a si bien compris la vie et l’a partagé avec nous. Ses œuvres littéraires sont un trésor cher. Avec tout ce qu’il a de plus sombre et avec tout ce qu’il renferme de plus beau. Au revoir Marguerite.
Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.
MOONBEAM – C’est la première candidate à sortir du bois. La mairesse de Moonbeam, Nicole Fortier Levesque, se verrait bien succéder à Carol Jolin à la tête de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). L’organisation porte-parole des Franco-Ontariens élira son nouveau président à la fin du mois.
« Représenter les francophones en Ontario est pour moi extrêmement important », confie-t-elle en entrevue avec ONFR+. « Dans mon cheminement, je me sens prête à franchir cette étape, à relever le défi, car la francophonie est ce qu’il y a de plus précieux après ma famille. »
Membre du conseil d’administration de l’AFO depuis 2019, elle estime être au fait des rouages de l’organisme, des dossiers en cours et des combats à venir pour défendre les intérêts des communautés de langue française à travers la province.
« À l’heure où on est en train de mettre sur pied la Loi (modernisée) sur les services en français (LSF), on doit tout faire pour s’assurer qu’on puisse faire respecter ce que contient la Loi, que ce soit au niveau provincial ou du Canada », affirme l’enseignante de formation.
« Il faut faire valoir nos droits si on veut conserver notre culture et notre langue. Et pour ce faire, il va falloir que les gouvernements fassent plus d’efforts pour attirer plus d’immigrants francophones en Ontario et au Canada. »
« Être plus revendicatif »
En course pour un second mandat de mairesse à Moonbeam, fonction qu’elle occupe depuis 2018, et présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) depuis novembre dernier, Mme Fortier Levesque pense que son expérience de la gestion d’une ville et ses contacts noués auprès du gouvernement provincial seront autant d’atouts.
Selon elle, l’AFO doit continuer les efforts entrepris jusqu’ici mais avec plus de mordant : « Il faut être plus revendicatif si on veut que ça aille là où on veut », croit-elle. « On a déjà une bonne équipe mais il va falloir s’assurer, plus que jamais, que la LSF qui vient d’être revue soit respectée. »
Si elle est élue présidente de l’AFO et réélue maire de Moonbeam, Mme Fortier Levesque pense pouvoir cumuler ses fonctions. « Être maire de Moonbeam n’est pas un travail à temps plein. Ça ne m’empêcherait absolument pas d’être présidente de l’AFO. »
Quant à la présidence de l’AFMO, « on verra à ce moment-là mais je me suis engagée pour un an devant le conseil d’administration de l’AFMO et j’ai été transparente à l’époque en disant que je comptais me présenter à la présidence de l’AFO ».
Accusant un déficit de 78 000 $ en 2020, l’AFMO a traversé une grave crise budgétaire ces dernières années avant de sortir du rouge pour afficher un surplus de 40 000 $ et revoir sa structure pour garantir ses services aux membres. Le retour de Toronto dans son giron est aussi une bonne nouvelle pour l’association présidée par Mme Fortier Levesque.
L’AFO, le porte-voix des Franco-Ontariens
Au moins cinq candidats ont déposé leur candidature à la présidence de l’AFO. Leur identité n’est pas connue mais sera dévoilée la semaine prochaine, soit deux semaines avant la rencontre annuelle de l’organisme. Le président (ou la présidente) sera choisi le 29 octobre, lors de l’assemblée générale annuelle qui clôt cette rencontre de trois jours. Il succédera à Carol Jolin.
Depuis sa création en 2006 née de la fusion de deux organismes, l’AFO n’a jamais eu qu’une présidente du Nord, Mariette Carrier-Fraser.
À la barre de l’AFO durant trois mandats, depuis 2016, M. Jolin, lui aussi enseignant de formation, s’est notamment battu contre les compressions budgétaires de 2018, pour le financement de la Place des Arts de Sudbury, pour la sauvegarde des organismes communautaires éprouvés par la crise sanitaire et pour la modernisation de la Loi sur les services en français.
L’organisme a en revanche essuyé des critiques pour son manque de diversité. Il porte sa vigilance dans sept dossiers principaux : la santé, l’éducation, l’employabilité, les communications, l’immigration, les droits linguistiques et les arts et la culture. À ce titre, l’AFO édite régulièrement des mémoires et livres blancs qui ont plus ou moins d’influence sur les gouvernements.
Son dernier cheval de bataille, le projet d’une université par et pour les francophones dans le Moyen Nord, n’est pas achevé.
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