Basket-ball : le bilan de la saison des francophones chez les Raptors 

TORONTO – La saison des Raptors de Toronto s’est terminée le 12 avril avec une défaite lors des barrages d’accession aux séries éliminatoires face à Chicago. Près de trois semaines plus tard, avec du recul, l’heure est venue de revenir sur la saison des trois francophones de la seule franchise canadienne de la NBA.

Avec un bilan de 41 victoires et 41 défaites, une neuvième place et une chance ratée d’accéder aux séries par les barrages, la saison des Raptors de Toronto a été décevante et frustrante. De grands mouvements sont à prévoir cet été dans le sillage du changement d’entraîneur déjà acté, avec le licenciement de Nick Nurse le 21 avril dernier. 

En attendant d’en savoir plus sur l’avenir de l’équipe, revenons sur la saison d’un point de vue plus individuel, à travers les trois joueurs francophones de l’effectif. Si le bilan collectif demeure mitigé, en revanche, Pascal Siakam, Chris Boucher et le jeune Christian Koloko ont plutôt réalisé de bonnes choses.

Pascal Siakam : 29 ans, ailier/intérieur

La détermination et la meilleure saison individuelle de Siakam en carrière n’auront pas suffi à faire décoller les Raptors cette saison. Crédit image : Chris Young

Statistiques cette saison (moyenne par match) : 24.2 points, 7,8 rebonds, 5,8 passes, 71 matchs disputés.

Les attentes avant la saison : Au sortir d’une saison précédente qui l’avait vu terminer dans la troisième meilleur cinq de la NBA (All NBA third team), le Camerounais avait annoncé la couleur dès la conférence de presse marquant le début de la saison. Il avait placé la barre très haute en déclarant son objectif de faire partie des cinq meilleurs joueurs de la ligue. Au-delà de la faisabilité ou non de cette déclaration, elle marquait surtout une volonté de continuer à progresser pour un joueur qui n’a cessé de le faire depuis son arrivée dans la ligue en 2016. Faisant partie des joueurs les plus anciens de l’effectif, on attendait également de Siakam qu’il s’impose comme un leader du vestiaire aux côtés de Fred VanVleet, une chose qu’il semblait également prendre à cœur. 

Sa saison : Bien qu’il n’ait pas rempli son objectif de top 5, Siakam a tout de même répondu aux attentes d’un point de vue statistique. Avec le plus gros temps de jeu de toute la ligue pour la deuxième année consécutive, il a réalisé sa meilleure saison aux points et aux passes décisives. 

En revanche, si en attaque il a été le joueur le plus constant de l’équipe, il a été plus irrégulier défensivement à l’image de ses coéquipiers. Le manque d’effort de ce côté du terrain a été souligné à plusieurs reprises pendant la saison et n’a jamais été réellement corrigé. 

Siakam n’est pas plus à blâmer que les autres, mais en tant que leader, on peut lui imputer cette incapacité à mobiliser le groupe de manière régulière. Sa saison demeure très satisfaisante, il est en course pour obtenir de nouveau une place dans le troisième équipe d’étoiles de la ligue. 

Son avenir : Il reste une année de contrat à Siakam et les négociations pour sa prolongation pourraient débuter cet été. Malgré cela, après cette saison décevante, la franchise canadienne dirigée par le duo Masai Ujiri-Bobby Webster pourrait prendre une autre direction. Le possible choix de reconstruire l’équipe autour du jeune prodige Scottie Barnes pourrait pousser Siakam vers la sortie. Les deux joueurs ont montré qu’ils étaient capables d’évoluer ensemble. Mais avec l’acquisition de Jakob Poeltl à la date limite des transactions, le trio Barnes-Siakam-Poeltl, composé de trois joueurs peu adroits à 3-points dans le cinq de départ, semble peu coller à la NBA moderne, qui exige du tir de loin. Une facette du jeu qui a d’ailleurs fait grand défaut à Toronto cette année…

Chris Boucher : 30 ans, ailier/intérieur

Chris Boucher doit encore améliorer son adresse à 3-points pour élargir son rôle en sortie de banc. Crédit image : Chris Young

Statistiques cette saison (moyenne par match) : 9.4 points, 5,5 rebonds, 0,8 contre, 76 matchs disputés 

Les attentes avant la saison : L’exercice 2021-22 de Chris Boucher a été celui de la maturité. Le Montréalais s’est installé durablement dans l’équipe en sortie de banc en définissant parfaitement son rôle. Avec une prise de conscience que ce n’était pas en voulant marquer le plus de points possible qu’il était le plus utile à son équipe, Boucher s’est concentré sur les « petites choses » qui peuvent faire basculer un match. De l’énergie en sortie de banc, de la bagarre au rebond offensif, une impressionnante activité dans la couverture des tirs à 3-points et la protection du cercle en second rideau, le Montréalais a trouvé son rôle en NBA. Il y ajoute parfois une réussite dans le tir à 3-points qui demeure fluctuante d’un match à l’autre. Les attentes pour cette nouvelle saison n’étaient ni plus ni moins que de poursuivre sur cette lancée. 

Sa saison : Chris Boucher a fait ce qu’on attendait de lui en étant le joueur le plus régulier d’un banc des Raps qui ne l’aura pas été. Si on peut toujours critiquer sa sélection de tirs qui peut par moment faire grincer des dents, ou des placements et choix défensifs parfois discutables, son apport a toujours été précieux. Il a même fait le spectacle par sa capacité à contrer les tirs à 3-points et ses dunks spectaculaires en contre-attaque. 

Son avenir : Avec encore une année supplémentaire de contrat et un rôle désormais bien établi dans la ligue, le Canadien devrait faire au moins sa dernière saison avec les Raptors. Il n’a cessé de rappeler tout au long de l’année que Toronto était l’endroit où il voulait être et où il se sentait le mieux. S’il n’est pas à l’abri de se retrouver dans un échange cet été – comme tous les joueurs de l’effectif en dehors de Barnes –  il semble tout de même très probable de le retrouver sous les couleurs torontoises la saison prochaine. 

Christian Koloko : 22 ans, pivot

Christian Koloko a fait forte impression dès ses premiers échanges avec les médias en début de saison par sa maturité. Capture écran entrevue de début de saison. Archives ONFR+

Statistiques cette saison (moyenne par match) : 3,1 points, 2,9 rebonds et 1 contre, 59 matchs joués. 

Les attentes : repêché par les Raptors en 33e position l’été dernier, Christian Koloko ne faisait pas face à d’énormes attentes. On lui promettait une saison de développement avec les 905, le club-école de G League des Raptors et on ne s’attendait à le voir que très peu en NBA. 

Sa saison : Le jeune Camerounais a dépassé toutes les attentes. Lancé dans le grand bain dès le début de la saison par Nick Nurse, il a même été dans le 5 de départ à 19 reprises. S’il a dû s’adapter au rythme et à la physicalité de la NBA, il s’est tout de suite distingué par ses qualités en protection de cercle, un élément qui faisait défaut aux Raptors. Même s’il a dû apprendre à éviter de commettre des fautes trop rapidement pour rester sur le terrain, ses premiers pas étaient très prometteurs avec une bonne mobilité pour sa taille en défense et une capacité à être une menace aérienne sur passes lobées. Il a ensuite connu un passage en G League qui lui a permis d’engranger du temps de jeu et de montrer des progrès à son retour en NBA, dans un rôle de doublure de Jakob Poeltl, fraîchement arrivé en février. 

Son avenir : Christian Koloko demeure un projet sur le long terme pour les Raptors. Avec Poeltl qui devrait s’installer durablement en tant que titulaire au centre, le jeune pivot aura le temps de se développer en tant que remplaçant sur le poste. L’Autrichien qui a un profil similaire peut faire figure de mentor. Tout ce que l’on peut espérer c’est que Koloko, à terme, devienne un Poeltl avec un tir à 3-points. Il a démontré un potentiel à exploiter à ce niveau-là, qui pourrait lui permettre de s’installer durablement en NBA s’il parvient à la développer. 

Tribunaux : « Il n’y a pas de retour en arrière », dit l’avocate des Premières Nations

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI

Kate Kempton, avocate de la firme d’avocats Woodward & Co. Lawyers LL, défend depuis plus de 23 ans des dossiers impliquant des Premières Nations, qui sont sa spécialité.

LE CONTEXTE

Quelques jours après l’annonce d’un recours historique en justice contre l’Ontario et le Canada par dix Premières Nations issues du Traité 9, pour cause de prise de décisions concernant leurs ressources et leurs terres sans consultation de ces derniers, Kate Kempton nous explique en détails les tenants et aboutissants du dossier dont elle est en charge.

L’ENJEU

La mise en place d’un nouveau régime de co-juridiction égalitaire pour des prises de décisions communes entre les gouvernements ontarien et canadien et les Premières Nations.

« Combien de Premières Nations sont-elles pour l’heure impliquées dans l’affaire?

Il y a en a dix pour le moment. 40 Premières Nations sont visées par le Traité 9 qui couvre une vaste zone. Toutes ne sont pas directement touchées par le Cercle de feu et les projets d’exploitation minière et d’infrastructures, mais elles sont indirectement touchées, en particulier si le pire scénario de destruction des tourbières, les terres humides indispensables à l’écosystème, devait se produire.

Est-ce l’annonce de l’expansion minière qui les a poussées à en recourir à la justice?

C’est le facteur principal, mais les anciens et les chefs disent depuis la signature du Traité 9 que sa bonne interprétation est la co-juridiction et le partage des décisions. La pression exercée principalement par le gouvernement de l’Ontario de prendre une décision unilatérale qui pourrait détruire une grande partie du Nord est une menace trop grande pour que nous attendions plus longtemps.

Vous disiez qu’il s’agit d’un cas historique. Est-ce la première fois que des Premières Nations se dressent contre un gouvernement à cette échelle?

C’est la première fois qu’une affaire attaque directement le pouvoir décisionnel unilatéral de la Couronne au Canada comme n’étant pas le seul ultime et légitime à pouvoir prendre des décisions. Et c’est ce que nous attaquons directement dans ce cas en disant « non vous ne l’êtes pas, vous devez prendre une décision égale avec les Premières Nations qui sont sur ce territoire ». Il s’agit donc d’un cas unique en son genre, mais ce n’est pas le premier cas relatif au respect des droits autochtones.

N’y a-t-il pas deux aspects à la base de l’affaire : l’absence de consultations, mais aussi le fait que les générations précédentes aient signé un traité sans le faire en connaissance de cause?

C’est vraiment interconnecté. Ce que nous disons, c’est qu’il n’y a jamais eu d’entente sur la cession des droits ou de l’autorité par les Premières Nations. Même si nous ne plaidons pas cela comme une fraude, c’en est une de la Couronne qui a rédigé un traité à l’avance. Oralement, on leur a garanti des droits continus et une co-juridiction égalitaire. Le commissionnaire du traité savait pourtant qu’on ne leur avait pas expliqué les détails, notamment la partie de cession de leurs droits. Les Premières Nations ont supposé que ce qu’elles avaient signé était ce qu’elles avaient convenu verbalement et ce n’était pas le cas.

Qu’attendez-vous de la part des gouvernements? S’agit-il de la réécriture d’un nouveau traité?

Nous demandons à la Couronne de déclarer que le Traité est ce qui a été oralement dit, la co-compétence, le partage des terres et des ressources sans avoir besoin de réécrire quoi que ce soit. Si le tribunal est d’accord avec nous, c’est la loi. Cela nécessiterait que les gouvernements de l’Ontario et du Canada et les Premières Nations du Traité 9 négocient un régime de co-juridiction formalisé égalitaire répondant aux questions suivantes : quel type de décision doit avoir un double consentement, comment est-il obtenu, que se passe-t-il quand on ne parvient pas à un accord, quelle est l’instance indépendante des différends, etc.

Espérez-vous ne pas devoir aller devant les tribunaux?

Personne ne peut prédire l’avenir, mais il n’y a pas de retour en arrière. Nous avons lancé la poursuite. Cela veut dire que si les gouvernements n’acceptent pas de négocier un régime de co-juridiction maintenant, ils retardent l’inévitable. Nous présenterons alors des motions d’injonction, il y aura des protestations et peut-être des blocages sur le territoire. Cela deviendrait une situation de conflit majeur.

Il faut généralement au moins dix ans pour que les affaires importantes aboutissent à un procès. En nous forçant à aller jusqu’au bout, ce sera difficile pour tout le monde. J’espère qu’ils entendront raison. Même si on perd devant un tribunal canadien, sachant que les preuves sont entièrement de notre côté, il y a les tribunaux internationaux. Mais je sais que les gouvernements de la Couronne ne peuvent en aucun cas présumer que le statu quo du pouvoir décisionnel unilatéral sera la voie de l’avenir.

Demandez-vous une compensation financière?

Ce n’est pas l’objectif principal, mais oui en effet, car il y a eu 120 ans de fraude. Nous voulons que le tribunal ordonne que cela ne puisse plus se produire à l’avenir certes, mais le siècle passé a fait des dégâts irréparables. Les Premières Nations ont été plongées dans un désespoir extrême et dans la pauvreté. Nous en avons estimé les dommages : 95 milliards de dollars pour toutes les Premières Nations du Traité 9 combinées. »

Protection du français : l’insécurité linguistique plus dangereuse que le « franglais »

OTTAWA – Dans l’imaginaire collectif, la langue française glisse sur une longue pente qui la mènera éventuellement à sa perte. Mais visons-nous la bonne cible lorsque nous pointons le langage parlé des jeunes, les anglicismes ou le franglais? Rien n’est moins sûr lorsque nous regardons la situation d’un point de vue sociolinguistique.

Partout au pays, le déclin du français est vu comme un constat indiscutable. Récemment encore, de nouvelles données de Statistique Canada montraient une certaine diminution du nombre de locuteurs unilingues francophones et du pourcentage de population bilingue en Ontario. En 2022, un sondage Ipsos commandé par Radio-Canada révélait que plus de 60 % de la population franco-ontarienne estimait que le français était en déclin.

Mais lorsqu’on parle de « déclin », on omet souvent de définir le terme. Parle-t-on du nombre de locuteurs, du poids démographique, de la qualité de la langue parlée ou écrite ou de l’accès aux services en français? Tous ces aspects méritent une analyse qui va au-delà de l’impression ou de la lecture de données démographiques.

ONFR+ s’est entretenu avec la professeure éminente et directrice du laboratoire de sociolinguistique de l’Université d’Ottawa, Shana Poplack, et la coordonnatrice de la recherche du labo, Nathalie Dion. Leur travail consiste à remettre la langue dans son contexte social.

Shana Poplack et Nathalie Dion ont publié plusieurs recherches en lien avec la langue française parlée en milieu minoritaire. Gracieuseté

Selon elles, c’est un mythe de croire qu’il existe un « bon » français. Nathalie Dion précise : « On a étudié 164 grammaires publiées de 1530 à nos jours. Et on se rend compte que les grammairiens ne sont pas d’accord les uns avec les autres. Que ce qui est « correct » ou pas n’est vraiment pas clair. »

Le français vernaculaire, c’est-à-dire celui qui est parlé dans la communauté, possède ses propres règles, souvent non écrites et plus stables que celles du français prescriptif. Il s’agit d’une autre variété de la langue, qui s’apprend par mimétisme. C’est pourquoi un enfant qui entre à l’école est déjà capable de construire des phrases à l’oral.

Anglicismes et alternances de codes

Selon les sociolinguistes, un autre mythe est de croire que les anglicismes ont la capacité de détruire la langue réceptrice. S’ils accrochent l’oreille, ils représentent pourtant moins de 1 % des mots utilisés par les francophones, selon leurs travaux. « On peut vous assurer que non seulement ces mots-là sont très peu fréquents quand on les compare avec les mots qui ne sont pas empruntés à l’anglais, mais en plus, les mots d’origine anglaise sont très vite convertis à la structure de la langue française. »

Par exemple, lorsqu’on utilise un anglicisme pour un verbe, ce dernier sera conjugué en français. Les chercheuses ont comparé l’utilisation d’anglicismes dans différentes communautés bilingues, par exemple avec les dyades tamoul-anglais ou espagnol-anglais, et y ont observé la même convention.

ONFR+ a également questionné trois jeunes impliqués auprès de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). La vice-présidente du conseil exécutif, Haïfa Zemni, commente le français parlé de sa génération : « On utilise certains mots anglais lorsqu’on parle, mais ce n’est pas parce que la qualité de notre langue est moins bonne. […] Je crois que c’est plus commun maintenant parce que l’anglais prend plus de place dans notre vie. Mais ça a toujours existé. »

Il faut faire la distinction entre les anglicismes et l’alternance de codes, une façon de parler très courante dans les communautés bilingues, mais aussi très détestée par ses détracteurs. Il s’agit du fait d’alterner entre les deux langues lors d’une même conversation, voire d’une même phrase.

Or, l’ajout de séquences en anglais ne signifie pas que les interlocuteurs perdent leur français, bien au contraire. Shana Poplack explique : « Ça requiert une habileté bilingue énorme pour penser tout le temps à la syntaxe des deux langues simultanément et trouver la place où c’est OK d’insérer une petite séquence en anglais, sans enfreindre les règles grammaticales ni d’une langue ni de l’autre. »

« L’alternance est une stratégie qui est unique aux bilingues. Et c’est une chose qui existe partout dans le monde. Elle n’est aucunement limitée au Canada ni au contact français-anglais. C’est une stratégie supplémentaire dont les bilingues disposent pour être plus expressifs. » – Shana Poplack

L’amalgame entre l’alternance de codes et l’utilisation d’anglicismes est souvent associé aux jeunes et appelé le franglais au sein de la population. Le président de la FESFO, Jean-Philippe Bisson, tient à faire la distinction entre les deux façons de parler : « Si on me dit que la qualité du français est en déclin et qu’on me parle de franglais… le franglais, ce n’est pas le français. »

Le vrai danger et les pistes de solutions

Il est vrai que les francophones en milieu minoritaire sont ceux qui ont le plus tendance à utiliser le franglais. Par contre, la plus grande menace n’est pas la façon de parler des jeunes, mais l’abandon de la langue, lorsqu’on arrête de choisir le français comme langue de communication.

En exigeant des jeunes un français académique, on encourage l’insécurité linguistique. Selon l’École de la fonction publique du Canada, elle « se manifeste par un sentiment de malaise, d’anxiété ou de peur et peut limiter, voire bloquer, l’utilisation d’une langue ».

Jean-Philippe Bisson constate ce phénomène : « Il y a des gens qui manquent de sécurité linguistique, donc ils parlent un peu plus anglais, ce qui fait en sorte que, probablement, la qualité de leur français est en baisse parce qu’ils ne le pratiquent pas. »

Le président et les vice-présidentes du conseil exécutif de la FESFO. De gauche à droite : Haïfa Zemni, Jean-Philippe Bisson et Addison Bond. Crédit image : FESFO

Shana Poplack souligne que les interventions des écoles et des parents partent d’une bonne intention : « On veut tout faire pour appuyer l’utilisation du français. Mais ce n’est pas la bonne façon. Comme ça, on arrive à faire croire que si on parle naturellement comme notre groupe de pairs, on fait quelque chose de mal. Alors, si c’est mal, pourquoi parler français? »

L’autre vice-présidente du conseil exécutif de la FESFO, Addison Bond, nomme spontanément la même piste de solution que les sociolinguistes : il faut multiplier les occasions de parler français dans un contexte décontracté. Haïfa Zemni appuie : « Beaucoup de jeunes parlent français juste à l’école. Il faut juste s’assurer qu’il y ait des choses à l’extérieur de l’école qui sont faites en français et que ces choses-là soient attrayantes. »  La Franco-Ontarienne demande aussi à ce que « tout le monde accepte les accents de tout le monde. »

« Je pensais que c’était un problème qui relevait de mon contexte minoritaire. Que nous, dans notre région, on parlait d’une certaine façon à cause de l’influence de l’anglais, et que c’était mal. » – Nathalie Dion

À leur publication, les travaux de Shana Poplack et Nathalie Dion ont soulevé la controverse parmi les Canadiens, particulièrement chez les francophones. Celle qui a grandi dans le Nord de l’Ontario souligne qu’il est difficile de se défaire d’une idée qui nous a été répétée depuis notre enfance.

Pour elle, analyser des conversations de différentes époques a eu l’effet d’une révélation. « C’est le français dont j’ai hérité. Ce n’est pas par faute, ni par accident, ni par assimilation […] et ça ne devrait pas être perçu comme quelque chose de négatif parce que ça ne correspond pas à ce que les grammairiens prescrivent. »

La vraie bataille se jouerait donc sur le terrain de l’accès aux services en français et l’ajout, en général, de lieux où l’on permet à tous de s’exprimer sans peur d’être jugé. Selon Shana Poplack, les craintes que la génération future nivelle par le bas sont infondées. « Si c’était vrai, il y a déjà des siècles que la langue aurait été détruite. Néanmoins, ce n’est pas arrivé, et ça n’arrivera jamais seulement par le biais des innovations linguistiques des jeunes. »

Habitants du Nord : une nouvelle docu-série avec Nadia Campbell et Vincent Poirier

OTTAWA – Les Franco-Ontariens Nadia Campbell et Vincent Poirier guident le public le long de l’autoroute Dempster, au Yukon, dans leur nouvelle télésérie documentaire. Habitants du Nord débute ce lundi sur Unis TV et sera diffusée tous les lundis à 20 h. Flanqués des créateurs de contenu voyage Alex Normand et Marie-Josée Lalande (Alex & MJ On The Go), les deux amis de longue date parcourent le vaste territoire s’étalant de Dawson à Tuktoyaktuk. ONFR+ les a rencontrés lors de la soirée de lancement.

C’est devant une salle presque comble qu’ont été diffusés les deux premiers épisodes d’Habitants du Nord, mardi dernier, au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Dans la salle où leur amitié a pris forme il y a des années, Nadia Campbell et Vincent Poirier étaient de vraies vedettes, ayant du mal à circuler sans se faire interpeler par tout un chacun.

Le public conquis d’avance a été généreux en rire et en exclamations durant la projection. Une réaction qui fait chaud au cœur, selon Nadia Campbell : « On vit ça essentiellement seuls quand on est devant une caméra, il n’y a pas de public. Alors de partager finalement avec des gens, voir les réactions, les rires, les pleurs… ça rend ça vrai et ça nous rend fiers. Ce n’est pas tout le monde qui peut y aller, qui a le temps de le faire comme on l’a fait. Donc, permettre au monde de vivre ce voyage-là à travers nos yeux, c’est un privilège. »

La caméra comme cinquième voyageuse

Vincent Poirier, qui revêt pour la première fois le chapeau de réalisateur, voulait donner aux gens cette impression de faire partie du voyage. « Je voulais donner le sentiment que la caméra le vit avec nous », comme une voyageuse supplémentaire, ce qui explique qu’elle est souvent positionnée derrière les animateurs. La narration, discrète, ajoute des compléments d’information, mais la majeure partie de l’animation n’est pas scriptée. On assiste plutôt aux discussions naturelles entre les deux amis.

Nadia Campbell et Vincent Poirier étaient heureux de partager les deux premiers épisodes avec le public lors d’une soirée organisée par Unis TV au MIFO. Crédit image : Rachel Crustin

Le pari est réussi. Dans la salle, les gens sont émus avec Nadia en entendant le récit de Jackie Olson, d’origine Tr’ondëk hwëch’in, qui rend hommage à ses grands-parents. On ressent aussi un dégoût indéniable en voyant les deux animateurs avaler leur Sour Toe Cocktail, expérience emblématique de Dawson City, où l’on ajoute un orteil humain déshydraté dans le verre des visiteurs.

Vincent Poirier avait déjà relevé le défi pour Improtéine (le groupe d’improvisation dont font partie les deux animateurs) il y a plusieurs années, mais c’était une première pour Nadia Campbell. « C’est ratatiné, c’est dégueulasse. On a beaucoup eu la discussion : est-ce que c’est un vrai orteil ou pas? On pense que oui », dit-elle en soulignant qu’un ongle est bien visible sur ledit orteil.

Les voyageurs qui osent l’expérience du Sour Toe Cocktail repartent avec un certificat de réussite. Crédit image : Unis TV

Le plus impressionnant

Outre l’amitié sincère entre les animateurs, ce qui fait la force de la série, ce sont les images époustouflantes captées par Alex Normand et Marie-Josée Lalande. Les deux vidéastes parcourent la planète depuis sept ans et cumulent plus de 71 000 abonnés sur les différentes plateformes numériques, où ils documentent leurs péripéties. Alex & MJ – On The GO étaient certainement les bonnes personnes pour rendre justice aux paysages du Yukon.

Ces derniers sont déjà magnifiques dans les deux premiers épisodes, mais les deux membres d’Improtéine nous assurent que ce n’est que le début. « Quand on commence la route, c’est autre chose. Des genres de montagnes qu’on n’avait jamais vus », raconte Vincent Poirier. Nadia Campbell précise que certaines montagnes n’ont pas été affectées par l’ère glaciaire, comme celles qu’on voit habituellement au Canada. Leurs sommets sont donc en forme de pics bien définis.

La rencontre marquante avec des membres de la nation Hän sera diffusée lors du cinquième épisode d’Habitants du Nord. Crédit image : Unis TV

L’autre élément qui a particulièrement impressionné les animateurs, ce sont les gens qu’ils ont rencontrés, dont plusieurs membres des communautés autochtones qui s’évertuent à se réapproprier leurs cultures ancestrales. Dans le cinquième épisode, ils vont à la rencontre d’une femme qui est la seule personne à enseigner la langue hän.

« Elle est responsable de la passation de la langue. J’en parle et j’ai des frissons. C’est énorme! Tout repose sur ses épaules », souligne Vinent Poirier. Son acolyte compare la situation à celle des francophones : « Nous, on est Franco-Ontariens. On milite pour notre culture, pour notre langue, mais on est une gang de Franco-Ontariens à le faire. Elle, elle porte ça seule. C’est vraiment impressionnant. »

Une collaboration franco-canadienne

Nadia Campbell, Vincent Poirier, Alex Normand et Marie-Josée Lalande sont de fiers Franco-Ontariens. L’équipe de production, menée par Micheline Arbez, est franco-manitobaine. C’est cette dernière qui a recruté le duo d’animation en constatant leur chimie contagieuse et leur goût de l’aventure.

Deux scénaristes acadiennes, Anika Lirette et Sarah Brideau, font aussi partie du projet qui se déroule sur le territoire du Yukon. La production a déniché plusieurs intervenants francophones ou francophiles le long du parcours.

Après la diffusion des deux premiers épisodes, le public du MIFO a pu poser ses questions à la productrice Micheline Arbez, aux vidéastes Marie-Josée Lalande et Alex Normand, et aux animateurs Nadia Campbell et Vincent Poirier. Crédit image : Rachel Crustin

Habitants du Nord compte 13 épisodes qui seront diffusés chaque lundi à 20 h sur les ondes d’Unis TV dès le 1er mai. Ils seront également disponibles en rattrapage sur le web.

Des chauffeurs de camion dangereux sur les routes de l’Ontario

TORONTO – C’est l’avis de l’association Truckers for Safer Highways, un groupement de conducteurs de poids lourds chevronnés qui militent pour plus de sécurité sur les autoroutes de l’Ontario, qui voient de plus en plus de collisions dues à des erreurs de conduite chez les transporteurs. En cause, des formations expédiées et non homologuées, un manque de contrôle des forces de l’ordre et des entreprises de transport aux habitudes frauduleuses qui mettent leurs employés et les usagers de la route à risque. Plusieurs députés de l’Ontario se sont ralliés à leur cause et appellent le gouvernement à prendre des mesures.

« Tous les jours, on ferme nos autoroutes pour des collisions et quelqu’un perd la vie au moins une fois par semaine », déclare Lise Vaugeois, députée néo-démocrate de Thunder Bay-Supérieur-Nord. « Des agents de la Police provinciale de l’Ontario (OPP) m’ont écrit au sujet de ces décès et m’ont demandé comment nous pouvons empêcher les conducteurs inexpérimentés de conduire dans notre province. »

Dans une récente conférence de presse à Queen’s Park, la députée évoquait le sinistre bilan d’un week-end « typique » pour le Nord de l’Ontario : une collision majeure entre deux camions, faisant un mort et un blessé grave, une sortie de route d’un poids lourd détruisant deux maisons, un autre camion à une intersection atterrissant dans le jardin d’une maison à Thunder Bay, ainsi qu’un conducteur de déneigeuse perdant la vie à cause d’une collision avec un transporteur.

Travis McDougall, le co-fondateur de Truckers for Safer Highways, qui était à ses côtés à l’Assemblée législative de l’Ontario, représentait l’association créée à l’instigation de deux conducteurs de camion expérimentés, Jeffrey Orr et lui-même, née du constat de l’aggravation des collisions dues à des erreurs de conduite. Ses membres comprennent des transporteurs, un examinateur de tests de conduite et un communicant dans l’industrie du transport.

De gauche à droite, Travis McDougall, co-fondateur de Truckers for Safer Highways et les députés Lise Vaugeois (Thunder Bay-Supérieur-Nord) et John Vanthof (Timiskaming-Cochrane) à Queen’s Park lors de la conférence de presse. Gracieuseté

Xavier St-Gelais, un chauffeur franco-ontarien, s’est joint à Truckers for Safer Highways, dont il partage les valeurs. Celui-ci préfère désormais assurer des trajets Canada-États-Unis : « Les routes y sont plus sûres et il y a beaucoup plus de contrôles des camions. Le réseau routier est beaucoup mieux planifié. » Il explique que les camionneurs franco-ontariens partagent leurs inquiétudes sur le groupe Facebook au nom évocateur « La route 11/17 tue ».

Avec une longueur de 1964 km, la route 17 est la plus longue route provinciale de l’Ontario allant de Arnprior jusqu’à la frontière du Manitoba. La route 11 est quant à elle la seconde plus longue, 1780 km reliant Barrie à Rainy River, en passant par Orillia, North Bay, Kapuskasing Thunder Bay et Fort Frances.

Le député de Mushkegowuk-Baie James Guy Bourgouin avait tenté plus tôt dans l’hiver de faire adopter les routes 11 et 17 en classement prioritaire et s’était insurgé du refus du gouvernement : « Qu’avez-vous à dire aux gens de la route 11 et 17 qui ne cessent de vivre des accidents et des fermetures de la route? »

Le chauffeur franco-ontarien Xavier St-Gelais, membre de l’association Truckers for Safer Highways, qui assure désormais des liaisons Canada-États-Unis. Gracieuseté

Des postes d’inspection vacants

Selon un communiqué de presse de 2022 de l’OPP, les chiffres semblent en effet indiquer « une augmentation de 40 % des accidents impliquant des camions de transport par rapport à la même période l’an dernier ».

Le dernier rapport annuel du ministère des Transports enregistrait une hausse du pourcentage de collisions mortelles impliquant des poids lourds dont la cause est la mauvaise conduite du conducteur du camion, entre 2015 et 2019.

« Nous avons besoin des forces de l’ordre. Je peux conduire de Barrie jusqu’à Winnipeg aller et retour sans voir un seul poste d’inspection ouvert en Ontario » – Travis McDougall

La proposition d’amélioration de la sécurité des transporteurs de Truckers for Safer Highways, soumise à Queen’s Park, décrit que le « nombre d’agents de contrôle des véhicules commerciaux a considérablement diminué de 38 % en Ontario depuis 2012 », tandis que le nombre de camions sur les routes n’a cessé d’augmenter chaque année.

Le ministère des Transports s’est voulu rassurant sur les réseaux sociaux, la ministre Caroline Mulroney posant ici avec des agents de transports procédant à des contrôles routiers. Une publication qui a déchainé la colère de certains internautes répondant par des photos de collisions impliquant des poids lourds.

« En tant que transporteurs, c’est vraiment préoccupant que nous soyons capables de savoir à quelle fréquence les stations d’inspection sont ouvertes. Pour de nombreux chauffeurs, il est courant de prévoir de les éviter et il est facile de le faire dans tout le pays », témoigne Travis McDougall,

Et de renchérir : « Nous avons besoin des forces de l’ordre. Je peux conduire de Barrie jusqu’à Winnipeg aller et retour sans voir un seul poste d’inspection ouvert en Ontario. Personne n’aime recevoir de contraventions, mais, en tant que chauffeurs responsables, nous voulons ces mauvais numéros hors de nos routes. »

Des curriculums non homologués et non audités

Le vérificateur général de l’Ontario en 2019 a analysé que « les conducteurs qui ont passé leur test avec des transporteurs avaient un taux de réussite de 95 % contre seulement 69 % dans les centres de test de conduite ».

« Nous avons constaté que 25 % des 106 transporteurs qui testent leurs propres chauffeurs dans le cadre du programme se classent parmi les pires transporteurs en termes de performances en cas de collision. »

M. McDougall dit que la société de transports pour laquelle il travaille embauche de nouveaux détenteurs de permis qui devraient pouvoir répondre à des questions de base sur la manipulation de l’engin et en sont incapables.

« Il y a un grand manque de formation en Ontario » – Xavier St-Gelais

Selon lui, de nombreuses écoles non auditées apprennent à réussir uniquement l’examen en donnant les codes nécessaires pour répondre aux questions par cœur sans savoir ce que ça veut dire : « J’ai vu des curriculums qui disent quelle formulation précise utiliser si interrogé sur tel point. Certains de ces nouveaux chauffeurs ne savent même pas qu’il leur manque des connaissances. »

« Le ministère des Collèges et Universités est supposé surveiller et réglementer les écoles qui ne sont pas autorisées à enseigner. Il en existe beaucoup et très peu de contrôleurs qui peuvent physiquement s’y rendre pour les inspecter », ajoute-t-il.  

Selon l’association, les pressions mises sur les examinateurs et sur les écoles pour former rapidement des chauffeurs nécessitent davantage de soutien et de moyens déployés pour les tests de conduite en Ontario.

Travis McDougall et le logo de l’association Truckers for Safer Highways-Des camionneurs pour des autoroutes plus sûres. Gracieuseté

« Il y a un grand manque de formation en Ontario. J’ai plusieurs amis aux États-Unis qui ont reçu un excellent système de formation : six semaines à l’école et un stage long avec une entreprise de transport. Dans mon cas, juste une formation et après ça, lâché dans la nature », déclare Xavier St-Gelais, qui déplore le manque de pratique.

Il explique également que la majorité des chauffeurs viennent du Sud de l’Ontario et qu’ils ne sont pas préparés aux conditions difficiles des routes du nord, d’où la nécessité d’avoir une formation complète de qualité.

Les comportements frauduleux de certains transporteurs

Chaque transporteur a une Immatriculation d’utilisateur de véhicule utilitaire (IUVU), Commercial vehicle operator’s registration (CVOR) en anglais, un système qui suit sa cote de sécurité.

« Lorsqu’un conducteur comme moi reçoit une contravention, les points vont aussi au transporteur, qui peuvent être regardés par le ministère des Transports, les compagnies d’assurance et même les clients », raconte le co-fondateur de Truckers for Safer Highways.

« Ils ouvrent une entreprise sous un autre nom avec les mêmes camions. Ces entreprises contournent un système qui leur permet de le faire » – Travis McDougall

« Mais quand certains transporteurs obtiennent une trop mauvaise note, ils ferment l’entreprise et le lendemain, ils en ouvrent une autre sous un autre nom avec les mêmes camions, sauf qu’ils ont à nouveau une note de sécurité neutre. Ces entreprises contournent un système qui leur permet de le faire. »

À titre de comparaison, M. McDougall raconte que le Manitoba a annoncé que ses organismes d’application de la Loi sur les véhicules commerciaux s’en prendront aux transporteurs ayant recours à ces pratiques et mettront en place des moyens efficaces pour que le système les en empêche.

Travis McDougall, co-fondateur de l’association Truckers for Safer Highways-Des camionneurs pour des autoroutes plus sûres, et Marc Leva, un des membres, tous deux chauffeurs expérimentés. Gracieuseté

C’est un changement systémique que l’association réclame : une meilleure formation des conducteurs commerciaux, la dotation en personnel des postes d’inspection sept jours sur sept, afin que les règles de sécurité puissent être appliquées, et la formation des policiers à la lecture des journaux de bord électroniques afin que les conducteurs ne conduisent pas au-delà du nombre d’heures autorisé.

« Nous espérons que notre message sera entendu, la sécurité sur les routes de l’Ontario en dépend. Nous écrivons régulièrement au ministère des Transports et sommes en lien avec les députés qui soutiennent notre cause », conclut Travis McDougall.

Dans un échange de courriels, le ministère des Transports nous a pourtant assuré que seules les personnes qualifiées conduisent des véhicules commerciaux et que celles qui ne respectent pas la loi s’exposent à des sanctions sévères.

« Notre gouvernement prend très au sérieux la sécurité et la formation des camionneurs, avait répondu en chambre Caroline Mulroney à la députée néo-démocrate Lise Vaugeois. « L’Ontario possède le système de licences commerciales le plus robuste au Canada », affirmait-elle. « Mais cela ne veut pas dire que c’est suffisant. »

Cet article modifié le lundi 1er mai 2023 à 14h20.

Hommage rendu au Franco-Ontarien Jean Malavoy

VANIER – La brutale disparition de M. Malavoy, à l’âge de 71 ans, avait surpris la communauté en octobre 2020. À l’heure actuelle, le rapport devant élucider les circonstances de son décès se fait toujours attendre. À Ottawa, ce dimanche, la famille Malavoy lui a rendu hommage, en invitant tous ceux qui l’ont connu ou côtoyé.

Plus d’une centaine de personnes se sont réunies au Centre Richelieu de Vanier, qui partage son adresse avec le Muséoparc, dont M. Malavoy fut le directeur général avant son décès.

Choyés, c’est ainsi que les proches de Jean Malavoy se sentent aujourd’hui, après avoir pansé la douleur de cette perte. Choyés de l’avoir connu, admiratifs des projets et des combats qu’il a entrepris pour la francophonie ontarienne.

Plusieurs témoignages ont rythmé la cérémonie, tenue par son ami d’enfance, le journaliste Michel Picard, qui ne tarit pas d’éloges à son égard.

Des discours émouvants de vérités  

« Il incarnait pour moi un magnifique mélange de joie, de vivre, de gentillesse, de générosité, d’intelligence et d’empathie », avait dit la fille du défunt, Anouk Malavoy.

Le portrait que dressent les amis et la famille montre à quel point M. Malavoy était un des plus grands défenseurs de la cause franco-ontarienne. Quand on écoute les souvenirs de famille et ceux des amis, on ne peut être que frappé par la bienveillance qu’il inspirait.

Plusieurs panneaux photos étaient exposés dans la salle. Crédit image : Lila Mouch

« Je veux juste vous dire que Jean vous aimait », avait dit la jeune sœur de Jean Malavoy.

Tout au long de sa vie, il a fait preuve d’un investissement sans pareil auprès de la communauté. Mais c’est aussi auprès des gens qu’il s’est impliqué. Aujourd’hui, ses proches reconnaissent l’impact qu’il a eu sur la communauté franco-ontarienne.

Ces deux petites filles ont d’ailleurs voulu célébrer leur grand-père, à travers deux témoignages très touchants. « Il était extraordinaire, il pensait toujours aux autres avant de penser à lui. Quand il venait nous rendre visite, je me sentais tellement chanceuse de l’avoir dans ma vie », a raconté une de ses petites filles.

Reconnaissance de la communauté francophone

Durant sa longue carrière, M. Malavoy a rencontré beaucoup de monde sur son chemin. La preuve en est, plusieurs des organismes avec lesquels il a travaillé se sont déplacés pour souligner le rôle de ce pilier de la francophonie dans leurs institutions.

Robert Paquette, artiste franco-ontarien, connaissait bien Jean Malavoy. Il lui a rendu hommage en chanson. Crédit image : Lila Mouch

La Fondation Trillium de l’Ontario, la Nouvelle Scène d’Ottawa, l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français et bien d’autres personnalités des arts, comme Robert Paquette, ont partagé leurs souvenirs.  

Colette St-Denis, auteure et amie de Jean Malavoy, a pris la parole pour expliquer à quel point son ami avait été un excellent écrivain et poète. À travers l’écriture, Jean Malavoy démontrait son amour de la langue française, a-t-elle dit.

Dans son émouvante allocution, elle récitait : « À travers le hublot de ton bureau céleste, on voit ton sourire. On te remercie de continuer à nous envoyer des rayons de soleil et de tendresse, de nous écrire en virtuel. Nous sommes certains que ta 1000ᵉ lettre nous dira encore « je t’aime » et nous t’aimons aussi. Nous savons bien que les gens qui nous ont quittés restent vivants, aussi longtemps qu’on les garde dans notre cœur. »

Jean Malavoy était réputé bon poète. Crédit image : Lila Mouch

Enfin, la grande sœur de M. Malavoy, Marie Malavoy, ancienne ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport au Québec, a voulu rappeler « à quel point il aimait les Franco-Ontariens, à quel point pour lui, c’était important de préserver la langue française dans ce coin de pays où il est plus difficile de la faire vivre, de la chanter, de la mettre en poésie et de la parler ».

Chacun des témoignages a reflété la personnalité de M. Malavoy et tout le monde s’est accordé à dire que « Jean était une personne foncièrement humaine », comme l’a expliqué Aurélie Marié en entrevue avec ONFR+.

 « Il m’a appris à ne pas passer à côté de ma vie », s’est souvenue son ancienne collègue et amie du Muséoparc de Vanier. « Toute expérience bonne ou mauvaise devenait une aventure avec Jean. »

Phil Rivière, youtubeur militant et pourfendeur de l’insécurité linguistique

[LA RENCONTRE D’ONFR]

ORLÉANS – Phil Rivière est le youtubeur derrière la chaîne AppelezMoiPhil. Depuis plusieurs années, il propose du contenu varié sur les francophonies canadiennes. Fier Franco-Ontarien, il lutte à sa façon pour promouvoir l’Ontario français. Un de ses objectifs : prouver à Denise Bombardier que les francophones hors Québec n’ont pas disparu. Membre du collectif Le Réveil, il est le récipiendaire du Prix Huguette-Parent, décerné par le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) en février dernier.

« En 2011, à l’âge de 10 ans, vous avez créé votre chaîne YouTube AppelezMoiPhil, dans laquelle vous parlez des luttes franco-ontariennes et de la francophonie canadienne. Comment est venue l’idée de supporter la cause franco-ontarienne à un si jeune âge?

Même si je suis né au Québec, j’ai grandi ici, en Ontario. Je ne suis pas quelqu’un d’investi dans la culture québécoise et ça s’explique parce que, ce qui m’entourait pendant mon adolescence, c’est l’Ontario. C’est vraiment ma maison, là où j’ai créé ma culture d’aujourd’hui. C’est là où je me suis fait le plus d’amis aussi. Je me suis construit ici, en tant que jeune francophone.

Phil Rivière est le récipiendaire du Prix Huguette Parent du RPFO. Gracieuseté

Alors, quand j’ai eu 10 ans, effectivement, nous avons quitté le Québec pour Kingston en Ontario. Mon père est militaire, plusieurs membres de ma famille ont été dans l’armée. Je ne savais pas ce qui se passait. J’avais peur de perdre mes amis. Puis là, c’était comme un gros choc linguistique, avec le fait que tout le monde autour de moi parle en anglais. Quand l’école a commencé en septembre, on m’a envoyé dans une école francophone et en fait, je ne m’étais jamais senti aussi inclus. Avant ça, je me suis toujours senti exclu. Je pense que c’est ça qui a initié mon intérêt.

L’accueil que j’ai eu, représente tellement l’essence de la communauté franco ontarienne. Dès mon enfance, j’ai compris les combats autour de moi et je m’y suis intéressé. Je m’identifie comme Franco-Ontarien. Prendre part à lutte me paraissait déjà évident.

La plateforme YouTube AppellezMoiPhil a-t-elle toujours eu cette vocation?

Au départ, ce n’était pas vraiment sérieux. Je faisais du gaming, des animations, des vidéos un peu bêtes, mais, à un moment donné, j’ai eu envie de faire des vidéos sur des enjeux qui me tenaient plus à cœur. J’ai commencé avec « Quelles différences entre la France et le Canada? », « C’est comment être francophone dans une province anglophone? ». En 2021, j’ai publié une vidéo sur les francophones hors Québec et ça a complétement explosé : 84 000 vues!

Aujourd’hui, en quoi est-ce crucial pour vous de faire la promotion de la culture franco-ontarienne, dans vos contenus et dans la manière dont vous le faites?

C’est très important pour moi parce que ça me choque encore. Je vis à Orléans, là où les anglophones ont essayé d’enlever l’accent (Rires). Il y a deux jours, je suis allé dans une clinique à Orléans, et ils n’ont même pas été capables de me servir en français. C’est une insulte pour moi. Ce sont de petites affaires de la vie de tous les jours qui me poussent à me battre. Ce n’est pas facile d’être francophone en Ontario. En parler sur ma chaîne, c’est aussi une façon de briser le plafond de verre.

Phil Rivière a commencé à faire des vidéos sur YouTube à l’âge de 10 ans. Gracieuseté

Si je veux parler de la francophonie en contexte minoritaire, c’est parce que je suis poussé par les injustices du système et par un gouvernement qui vient nous couper des services en utilisant l’excuse du manque de fonds. Ce n’est d’ailleurs pas une bonne excuse selon moi.

Quelle vision ont les anglophones des francophones, selon vous?

Je crois que certains anglophones pensent que parler français, c’est une joke. Je pense qu’ils ne sont absolument pas éduqués au fait français. Je ne veux pas généraliser, mais de mon expérience, les jeunes anglophones qui sont plus ouverts aux causes sociales, vont quand même dire : « Speak English, it’s more simple », comme si ma partie francophone n’était pas nécessaire, parce que je vis dans une province anglophone.

Quelle est la personnalité franco-ontarienne qui vous inspire le plus?  

Vous allez me voir venir, mais c’est Gisèle Lalonde. Premièrement, parce que je suis fier d’avoir étudié à l’École secondaire Gisèle Lalonde. Plusieurs fois, je l’ai vue. Elle est venue à l’école nous parler de sa vie. J’ai entendu son nom tellement de fois. J’ai découvert à quel point c’était une femme forte, et comment notre génération a besoin de gens comme elle. J’espère que personne ne va l’oublier parce que c’est une femme dont l’impact est intemporel. Je crois vraiment qu’on en parlera encore dans 30 ou 40 ans. Tant que l’Hôpital Montfort sera debout, on parlera de Gisèle Lalonde.

Donner sa langue au chat est une docusérie réalisée par le créateur de contenus. Crédit image : Stéphane Bédard

Elle représente tout ce qu’il y a de plus franco-ontarien : l’esprit, la résilience, le fait de ne jamais abandonner. Il y a eu les luttes avec les sœurs Desloges, le Règlement dix-sept, mais pour notre génération, Gisèle Lalonde, c’est elle qui a pavé le chemin.

Dans votre nouveau docu-série Donner sa langue au chat, vous demandez à vos invités : « Est-ce que la francophonie hors Québec est viable? ». Que diriez-vous justement?

C’est sûr que si vous regardez mes vidéos et ma série, vous allez voir qu’il y a une grande vitalité. Mais, je vais vous dire que, si vous me connaissez, vous savez que j’ai un immense espoir pour cette francophonie. J’essaie de rendre la francophonie un peu plus fun pour les jeunes, pour tout le monde, de partout dans le monde. J’essaie de faire en sorte qu’à l’avenir, elle soit viable. Avec mes vidéos, je veux que les jeunes osent parler français.

Les jeunes sont sur Youtube, TikTok, Instagram… En créant du contenu en français là-dessus, mon but est de donner une viabilité à cette langue.  

D’ailleurs, en parlant de cette docu-série, y a-t-il réellement tant de choses à dire sur la francophonie canadienne?

La francophonie canadienne, hors Québec, c’est tellement gros comme sujet. Et puis, il y a tellement d’enjeux différents qu’on pourrait faire des centaines de documentaires. On a choisi de parler de quatre enjeux principaux. Le premier chapitre, ce sont nos combats à travers les années. Dans le deuxième épisode, on parle des relations entre les francophones hors Québec et les autres groupes linguistiques au Canada, anglophones et Québécois. Nous, les Franco-Ontariens, on n’est pas mal pris dans un sandwich entre deux peuples ou deux voisins, entre les anglophones qui n’ont pas trop de sympathie pour nous et les Québécois qui ne nous soutiennent pas.

Phil Rivière et William Burton, le fondateur du Réveil. Gracieuseté

Le troisième chapitre est extrêmement important, puisqu’on parle d’insécurité linguistique et d’assimilation. Je pense que c’est le plus gros enjeu auquel on fait face en tant que francophones, surtout les jeunes qui ont tellement peur de parler français. Le dernier chapitre est tourné vers l’avenir, la francophonie de demain.

Vous parlez d’insécurité linguistique… Est-ce que vous-même avez ressenti cette insécurité dans votre parcours?

J’écris beaucoup de mes pensées là-dessus. L’insécurité linguistique, je l’ai souvent vécue, surtout en étant un jeune. Mon français a beaucoup changé depuis que j’ai quitté le Québec. J’ai grandi dans un français plutôt québécois, mais en déménageant ici, mon français a évolué pour devenir plus ontarien. Quand je retournais au Québec voir ma famille, les gens me disaient : « C’est bizarre cet accent. Tu viens d’où? », ou bien des commentaires désobligeants et ça me rendait inconfortable. Quand je retournais au Québec, je ne me sentais vraiment pas à l’aise de parler ma langue.

Comment réagissiez-vous alors?

Ça fait vraiment mal au cœur, parce que c’est ma langue maternelle. J’osais penser que les gens seraient inclusifs, mais apparemment, ce n’est pas le cas dans la société d’aujourd’hui. Ça m’a vraiment beaucoup fait de mal. Je pense que c’est une expérience que beaucoup de gens ont vécue. Ça m’a mené malheureusement dans un trou noir d’assimilation. Je suis passé pas loin de perdre ma langue. Honnêtement, entre 2017 et 2019, je suis arrivé à un point où mon insécurité m’a vraiment détruit. En participant aux Jeux franco-ontariens de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) en 2019, j’ai repris confiance.

En 2019, aux Jeux franco-ontariens, Phil Rivière a retrouvé confiance dans l’usage de son français. Gracieuseté

On a perdu du monde : beaucoup de personnes ne parlent plus français. Les statistiques le montrent, c’est grave. À la place de perdre des francophones, je veux en créer. Je veux créer un climat de sécurité, pas d’insécurité, mais de sécurité linguistique.

Les boogeyman de l’Ontario français aujourd’hui, ce sont l’insécurité linguistique et l’assimilation, les deux ensembles.

Vous êtes assez transparent à propos de vous et de votre trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Est-ce important de discuter de ce trouble ou même de santé mentale avec votre auditoire?

La santé mentale, c’est quelque chose qui affecte beaucoup ma vie. J’ai traversé quelques difficultés. Dépression, anxiété. Ça n’a pas été facile. Je pense que le fait d’être gay, ça n’a pas été facile. Ce n’est pas un secret, mais en septembre 2018, j’ai fait une tentative de suicide. Là encore, ça m’a bouleversé quand Louis-Philippe Dion de TFO, avec qui j’ai eu travaillé, s’est enlevé la vie.

Après avoir survécu à cette tentative, je veux juste que les gens y pensent à deux fois avant.

C’est sûr qu’à terme, je voudrais raconter mon parcours. C’est quand même un message important à passer. Ma mission, au-delà de la francophonie, c’est juste de déstigmatiser des sujets qui font peur aux gens, comme l’homosexualité. Je veux tellement changer ça, peu importe de quelle manière. Je voudrais aussi normaliser le fait d’être neurodivergent. J’ai encore beaucoup de choses à faire. Ce n’est pas fini. Je pense qu’en ayant ma plateforme, j’ai le pouvoir de faire ça. Un jour, je pense que je vais être à l’aise, que je vais être capable de parler de santé mentale.

Il y a des belles choses qui s’en viennent sur ma chaîne et à l’extérieur. »


LES DATES-CLÉS DE PHIL RIVIÈRE

2001 : Naissance à Val-Bélair, au Québec

2011 : Arrive en Ontario et crée sa chaîne YouTube

2021 : Rejoint Le Réveil comme employé et créateur de contenu

2021 : Début du docu-série Donner sa langue au chat

2023 : Finaliste de la catégorie Jeune Leader des Prix Bernard Grandmaître de l’ACFO

2023 : Lauréat du Prix Huguette-Parent du RPFO

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Mégane et Mathis : ces calories qui nous hantent

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

La première fois que j’ai entendu parler de boulimie c’était en 1990. J’étais en deuxième année d’école de commerce et une amie d’enfance m’a parlé de sa cousine, un peu plus jeune que moi, qui fréquentait la même école de commerce que la mienne. « Elle mange beaucoup. Elle s’empiffre de pizzas, de pâtes, de tartes à la crème, puis s’en va dans les toilettes, rentre deux doigts dans sa bouche et vomit le tout. »

Incrédule, j’écoutais mon amie décrire le calvaire de sa cousine. Je pensais qu’elle exagérait un peu. J’étais dans l’ignorance totale. Personne ne m’avait parlé de troubles du comportement alimentaire. Je m’arrêtais aux précipices des apparences : la cousine de mon amie avait tout ce dont les jeunes filles de l’époque rêvaient : l’argent, la beauté et l’intelligence.

Je ne comprenais pas pourquoi elle souffrait. En lisant Mégane et Mathis de Hélène Koscielniak, un roman pour jeunes adultes, publié l’année dernière aux Éditons David, j’ai été happée par l’histoire de Mégane qui souffre à la fois d’anorexie et de boulimie, le même syndrome dont souffrait la cousine de mon amie.

Trente années plus tard, certaines jeunes filles continuent à détester l’image qui se reflète dans le miroir mais aujourd’hui avec la présence d’application comme Snapchat, Instagram et TikTok, leur calvaire est pire.

Auparavant, c’était les magazines de mode, le cinéma et la télé… Aujourd’hui, ce sont des milliers d’images à portée de main, à chaque seconde, à longueur de journée, diffusées sur les réseaux sociaux et dévorées par ces jeunes filles qui, en les consommant, deviennent plus anxieuses. Jusqu’à sombrer dans la maladie.

Mme Koscielniak parle d’un sujet complexe. Elle le décortique graduellement d’une manière presque naturelle. Une pelure à la fois. La culture d’intimidation dans les écoles où Mégane est appelée « Megramme Kilogramme », une moquerie qui fait allusion à sa nature potelée.

Climat familial, culte de la minceur, honte et solitude

Le climat toxique à la maison avec des parents stressés qui se disputent à n’en plus finir et le sentiment de culpabilité souvent transporté par leurs adolescents comme un fardeau insupportable. Le culte de la minceur, surtout chez les jeunes filles qui voient dans des mannequins squelettiques des modèles à suivre. Mais il y a aussi la solitude qui rôde tout autour.

A qui parler de ses problèmes? La honte de se sentir stupide. La peur de se faire rabrouer. La crainte de ne pas être aimée. Adolescents, nous y sommes tous passés. Malheureusement, il n’est pas toujours
évident de s’en sortir et surtout de s’en sortir sainement.

L’autrice n’a pas honte de parler de tout cela et plus dans un style fluide et spontané. Cette histoire pour les jeunes adultes est aussi pertinente pour les adultes, les parents à qui ces jeunes cherchent à ressembler en tombant dans le perfectionnisme, ou à faire plaisir en risquant de se perdre dans l’échec.

« Des sujets lourds et tristes pour lesquels Hélène Koscielniak trouve les mots et les phrases simples »

Des sujets lourds et tristes mais pour lesquels Hélène Koscielniak trouve les mots et les phrases simples pour les exprimer et surtout nous faire comprendre, sans vraiment tomber dans la morale, lorsque nous faisons fausse route et qu’il y a toujours l’espoir de reconnaitre nos erreurs et surtout nos faiblesses.

Mme Koscielniak n’invente pas une histoire. Elle ne fait que parler de plusieurs histoires dont nous en avions eu vent en famille ou entre amis ou alors des histoires rapportées dans les médias. Une étude publiée en 2022 par des chercheurs américains de l’Université du Vermont a démontré que sur TikTok, en l’occurrence, de très nombreuses vidéos incitent les utilisateurs à perdre du poids pour être en meilleure santé.

Ceux qui sont visés par ces vidéos sont particulièrement les jeunes filles, comme Mégane, le personnage principal de l’ouvrage qui n’arrête pas de consulter son téléphone et les images qui y défilent et se comparer à ces images fabriquées et photoshopées trop loin de la réalité et pourtant auxquels elle insiste tellement à s’y identifier et croire.

Une autre étude italienne effectuée pendant la pandémie a aussi conclu qu’il y avait une forte corrélation entre la mauvaise estime de soi vécue par les jeunes filles, la consommation du contenu sur TikTok sur les questions alimentaires, de nutrition, de diète et les troubles du comportement alimentaire vécus par ses jeunes filles.

Dans la peau de la malade

Le livre de Mme Koscielniak n’est pas le premier livre qui aborde un tel sujet. Plusieurs autres livres ont touché aux troubles du comportement alimentaire d’un point de vue littéraire. Des regards intimistes et douloureux. C’est le cas de Déterrer les os de Fanie Demeule, autrice québécoise, ou de Fée d’Eisha Marjara, cinéaste et autrice canadienne.

Dans ces deux livres, comme lectrices, nous rentrons dans la peau de la malade, souvent une jeune femme, ravagée par l’anorexie. Les mots sont toujours ces ponts à la fois impossibles et périlleux qui relient la réalité à la fiction et qui nous transportent délicatement ou brusquement pour mieux s’accepter ou s’évader.

Même si le livre d’Hélène Koscielniak se termine sur une note d’espoir, il reste toujours un côté noir à
ces troubles du comportement alimentaire : le suicide. L’autrice le mentionne subtilement sans pour autant l’affronter en pleine face. Le suicide, chez les jeunes, demeure encore un sujet qui nous rend inconfortable et nous laisse sans mots.

« J’ai eu mal au cœur parce que je n’ai jamais compris à quel point cette jeune fille souffrait »

L’année dernière, lors d’une visite dans mon pays natal, j’ai su par hasard que la cousine de mon amie s’est tragiquement suicidée en se jetant dans une rame de métro en France, quelques années après la fin de ses études universitaires. J’ai eu mal au cœur parce que je n’ai jamais compris à quel point cette jeune fille souffrait. Sa beauté et son intelligence n’étaient pas appréciées à leur juste valeur.

Ses problèmes de santé mentale restaient enfouis sous des couches étouffantes de pressions sociales et de tabous dont nous n’étions pas prêts à nous séparer. Seules les apparences trompeuses nous suffisaient. Des décennies plus tard, les choses commencent à bouger mais encore à pas de tortue. Le livre de Mme Koscielniak est franc et honnête. Les tabous sont justement brisés. Une lecture recommandée pour les jeunes et leurs parents.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Soirée Saphir : Madeleine Meilleur, personnalité de l’année

OTTAWA – La soirée Saphir de la Fondation franco-ontarienne (FFO), le gala qui récompense des femmes d’exception dans la province, a eu lieu ce vendredi au Centre des conventions Infinity d’Ottawa. Et c’est une femme de la capitale qui ressort grande gagnante de la soirée. La directrice générale du Muséoparc Vanier, Madeleine Meilleur, a reçu le prix de personnalité de l’année.

Dès les premières minutes, la députée d’Ottawa-Vanier et présidente du Conseil du trésor, Mona Fortier, a livré un discours dans lequel elle a salué Madeleine Meilleur et l’a remerciée pour le chemin qu’elle a ouvert pour les femmes en politique. Le ton était donné.

Lorsqu’elle est montée sur scène en fin de soirée, la lauréate a aussi tenu à saluer celles qui l’ont inspirée : « Lorsque j’étais petite fille, il n’y avait pas beaucoup de modèles comme femmes en politique. Alors mes modèles ont été ma mère et ma grand-mère. Elles n’ont jamais fait de la politique active, mais elles ont fait de la politique à leur façon. »

Madeleine Meilleur et le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, à l’inauguration de la nouvelle cabane à sucre Vanier. Crédit image : Rachel Crustin

Celle qui compte de nombreuses réalisations importantes pour les francophones en un quart de siècle de carrière politique est aujourd’hui une leader communautaire reconnue. Maintenant directrice générale du Muséoparc Vanier, elle a été au premier plan de la reconstruction de la seule cabane à sucre active en milieu urbain au pays. L’inauguration a eu lieu le 28 mars dernier.

Le nouveau directeur général de la FFO, Marc Lavigne, en poste depuis un an, a agi comme maître de cérémonie. Avant la remise de la demi-douzaine de prix, le public a pu assister à une conférence de Nathalie Plamondon-Thomas sous le thème « Dévoiler son étoile intérieure ».

Cette fondatrice de l’Académie par la pensée est autrice de plusieurs livres sur le succès et le bien-être. Elle donne des outils pour changer notre discours intérieur et acquérir une meilleure confiance en soi.

La soirée Saphir de la Fondation franco-ontarienne avait lieu au centre de conventions Infinity d’Ottawa. Crédit image : Rachel Crustin

C’est après le repas quatre services que la FFO a commencé à dévoiler le nom des gagnantes. La conseillère scolaire du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), Monique Briand, fut la première à monter sur scène pour la catégorie engagement communautaire.

Portant plusieurs chapeaux au CECCE depuis 22 ans, elle se démarque pour son implication auprès des jeunes en difficulté et dans l’élaboration de programmes tels que Focus et La pyramide d’intervention. Monique Briand est aussi reconnue comme une militante francophone qui travaille au maintien des services en français dans la communauté.

Dans la catégorie jeunesse, c’est Geneviève Thomas qui a remporté le Saphir. L’ancienne élève de l’École secondaire catholique régionale de Hawkesbury et ancienne conseillère de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) a contribué au développement de Motivation Elle Fille, une nouvelle initiative pour les filles de 13 à 17 ans. Elle est aussi récipiendaire de la médaille de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario pour plus de 600 heures de bénévolat.

Amanda Simard est la récipiendaire du Saphir dans la catégorie professionnelle. Crédit image : Jean-Jacques Ngandu

Même si elle a perdu son siège à l’Assemblée législative de l’Ontario en juin dernier, la FFO a reconnu l’ancienne députée Amanda Simard dans la catégorie professionnelle. Celle qui est devenue une figure de proue de la résistance francophone lors de la crise de 2018 siège maintenant sur le conseil d’administration du CAP, un centre d’appui et de prévention en santé mentale pour les jeunes et leurs proches.

En remerciement et au micro d’ONFR+ à la fin de la soirée, Amanda Simard est revenue sur ses cinq dernières années mouvementées : « Que ce soit la crise linguistique, la pandémie, de se faire traiter de « petite fille » par un ancien Premier ministre du Canada… ce n’est vraiment pas facile. Il y a tellement de fois où je voulais juste jeter l’éponge parce que j’en avais assez. Mais à chaque fois, je pensais aux femmes qui voudraient s’impliquer en politique. Quel message cela enverrait de partir? Il faut qu’on prenne notre place. »

Du côté des entrepreneurs, la soirée Saphir a salué la consultante en développement organisationnel et de leadership, Judith Charest. La présidente du conseil d’administration de CHOQ-FM à Toronto a entre autres participé à l’élaboration de plusieurs projets pédagogiques pour les francophones en milieu minoritaire dans les 15 dernières années. Judith Charest était absente pour la remise de prix.

Zakary-Georges Gagné est la première personne non-binaire à recevoir un prix Saphir depuis l’existence du gala. Crédit image : Jean-Jacques Ngandu

Un prix coup de cœur a finalement été accordé à Zakary-Georges Gagné. Militante sur tous les fronts, elle est devenue présidente du conseil d’administration de FrancoQueer en septembre dernier. Elle travaille principalement pour le bien-être des personnes issues des communautés LGBTQ+ en milieu francophone minoritaire. Zakary-Georges Gagné est aussi coordonnatrice de l’engagement francophone du réseau Enchanté, le plus grand du genre au Canada.

Il s’agit de la première personne issue de la diversité de genre à remporter un prix dans l’histoire de la soirée Saphir. Zakary-Georges Gagné a souligné ce fait ainsi que l’accueil inattendu que lui a réservé la communauté francophone à son arrivée à Kingston. « Lorsque j’ai déménagé en Ontario, je voulais vivre en anglais. Et la communauté francophone m’a attrapée rapidement. […] En tant que personne trans et en tant que personne autochtone, vivre en français est un choix. Surtout quand ton identité dépasse les limites de la langue. »

Le discours du coup de cœur de la soirée a soulevé de nombreux hochements de tête et un tonnerre d’applaudissements.

Depuis 2015, la Soirée Saphir récompense des femmes s’étant démarquées dans différents milieux francophones en Ontario. Il s’agit également d’une activité de financement majeure pour la FFO, organisme philanthropique encourageant les initiatives de soutien à la francophonie de la province.

Le français au Nouveau-Brunswick, ça se passe comment?

Homards, phares et marées… ONFR+ était de passage au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue au pays, et force est de constater que la culture acadienne y est un gage de fierté. Mais vivre en français au Nouveau-Brunswick, est-ce vraiment toujours rose? Nous avons demandé à des citoyens de la province quels sont les enjeux francophones qui leur tiennent vraiment à cœur, et quelle importance le bilinguisme officiel revêt-il à leurs yeux?

La Laurentienne annonce un excédent budgétaire de plus de 8 millions de dollars

SUDBURY – Le Conseil des gouverneurs de la Laurentienne vient d’approuver à l’unanimité le budget de l’exercice 2023-2024 lors de son assemblée. L’établissement annonce également avoir retrouvé sa santé financière avec un excédent prévu de 8,2 millions de dollars.

La nouvelle a été présentée via un communiqué de presse vendredi matin et est considérée par l’établissement comme une « étape importante dans le renouvellement de l’Université alors que nous planifions un avenir financier durable pour l’Université Laurentienne », selon Jeff Bangs, président du Conseil des gouverneurs de l’Université Laurentienne.

Le budget approuvé devrait permettre un excédent prévu de 8,2 millions de dollars, selon les estimations de l’Université, et des revenus totaux s’élevant à un peu plus de 196 millions, pour des dépenses de 179 millions. Les coûts de transformation se chiffrent quant à eux à 7,2 millions, selon les informations du communiqué.

M. Bangs ajoute que ce budget donnera la priorité à des investissements clés en lien avec l’expérience étudiante.

Une page tournée?

Parmi celles-ci, sept ont été déterminées telles que le renouvellement du corps professoral dans les domaines de force et de besoins du marché et le maintien de l’agrément des programmes.

« Nous nous réjouissons à la perspective de renouveler le corps professoral et le personnel afin d’améliorer l’expérience étudiante et de promouvoir l’excellence universitaire », a lancé, à ce sujet, la rectrice et vice-chancelière par intérim de l’Université Laurentienne, Sheila Embleton.

Le président du Syndicat des employés de l’Université Laurentienne (SEUL), Tom Fenske, déclare que ce budget permet d’envoyer un message de force aux étudiants actuels et futurs de l’établissement.

« Cela aide également nos employés à tourner la page et à s’éloigner des moments difficiles que nous avons connus au cours des deux dernières années », a-t-il indiqué.

Pas d’effort pour les professeurs licenciés

Bien qu’il se félicite des perspectives de garantie financière du budget, Fabrice Colin, président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), déplore l’absence de concessions envers le corps professoral.

« Le Conseil des gouverneurs doit faire davantage pour améliorer la vie des membres du corps professoral qui ont été injustement désignés comme boucs émissaires de la mauvaise et imprudente gestion de l’université », juge-t-il en évoquant le rapport de la vérificatrice générale lequel avait déterminé que ce sont plutôt les salaires des ex-dirigeants qui étaient en cause dans la crise de 2021.

Toujours selon le professeur, le budget n’est pas adapté à la réalité des départs supplémentaires de 22 professeurs qui ont quitté leur poste ou pris leur retraite à la suite de la vague de licenciement d’avril 2021.

Il regrette de ne pas voir l’accent mis sur la priorité de rappel des professeurs licenciés dont une grande partie étaient francophones : « Nous avons besoin d’un plan qui mette l’accent sur le rappel de nos collègues injustement licenciés. »

Fabrice Colin trouve que les 34,5 postes de professeurs supplémentaires annoncés dans le budget ne sont pas suffisants . Archives ONFR+

Et l’embauche de professeurs francophones?

Deux jours plus tôt, la Laurentienne recevait un financement de plus de 5 000 000 $ du le ministère des Collèges et Universités de l’Ontario et du gouvernement du Canada.

Ces fonds serviront à maintenir et de développer des programmes universitaires à l’intention des étudiants pour qui le français est la langue seconde et à créer un laboratoire de langues et un atelier de conversation qui appuient l’apprentissage d’une langue seconde.

Interrogée à savoir si cette enveloppe prévoit la réembauche de professeurs francophones licenciés la Laurentienne répond : « On prépare le terrain pour cette possibilité, mais ce n’est qu’une petite partie de l’utilisation de ces fonds. »

Le 23 janvier dernier, l’établissement avait annoncé l’embauche de dix professeurs mais seuls deux d’entre eux sont destinés à enseigner dans des programmes en français soit les sciences infirmières ainsi que le droit et la justice. Une décision critiquée par d’ex-professeurs licenciés.

Des salaires injustement coupés

« On a soutenu et accepté que des salaires plus importants soient accordés à la rectrice intérimaire et à la vice-rectrice alors on aurait aimé qu’on nous renvoie l’ascenseur », a-t-il renchéri.

Un exemple de concession aurait pu être, selon lui, la fin des cinq jours de congé en 2024 sans solde imposés au professeurs depuis l’année 2021.

Ceux-ci sont aussi assujettis à une réduction immédiate de 5 % de leur salaire depuis 2021, suivie d’un gel des salaires l’année suivante.

Un processus de planification budgétaire avait commencé en novembre 2022 après la sortie de l’établissement du processus de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Celui-ci comprenait diverses réunions de planification avec les gestionnaires de budgets et les partenaires des associations du personnel, apprend-on dans le communiqué de la Laurentienne.

Article mis à jour à 15 h.

Un libraire toujours recherché pour la Place des Arts de Sudbury

SUDBURY – Un an après l’inauguration de la Place des Arts, l’ouverture de la boutique-librairie se fait encore attendre. La faute à des problèmes de recrutement du personnel.

La pénurie de main-d’œuvre qui sévit partout dans la province et particulièrement dans le Nord n’épargne pas la Place des Arts.

« La pierre angulaire, c’est vraiment l’embauche », lance Jean-Gilles Pelletier, directeur général de la Place des Arts. Il affirme que la personne recherchée doit avoir une formation en gestion, en plus du travail de libraire.

Stéphane Cormier, codirecteur général et directeur de la commercialisation de la maison d’édition Prise de Parole, considère que l’impact de la pandémie se fait encore bien sentir sur les embauches partout au pays. Il explique qu’ils cherchent à recruter partout, même au Québec et à l’international.

Le métier de libraire est un métier spécialisé avec un certain temps de formation, raison pour laquelle les critères de recrutement ont d’ailleurs été revus par les organismes de la Place des Arts, dit-il.

Jean-Gilles Pelletier, directeur général de la Place des Arts. Archives ONFR+

Ceux-ci sont donc prêts à apporter une formation personnalisée autour du secteur de la librairie à un candidat intéressé par l’emploi détenant une expérience solide en gestion.

« Ce n’est pas une proposition facile, mais on sait qu’il y a un véritable intérêt de la clientèle », déclare de son côté, Jean-Gilles Pelletier, en assurant que le salaire proposé est raisonnablement compétitif.

M. Pelletier avait pourtant bon espoir lorsqu’il y a peu de temps encore, une personne avait reçu une offre d’emploi définitive avant de finalement se désister, au dernier moment.

La librairie, un milieu en difficulté

« Ça prend des librairies pour former des libraires et comme il y en a très peu, on n’a pas réussi à trouver quelqu’un dans la province », juge-t-il en précisant que peu de librairies ont ouvert au cours des dernières années en Ontario.

La librairie du Grand Ciel bleu avait fermé en 2011 après trois ans d’existence tandis que la librairie du Centre avait, quant à elle, mis la clé sous la porte en 2016, laissant la ville du nickel sans librairie francophone à ce jour.

Problèmes financiers liés à un loyer trop onéreux et ventes insuffisantes avaient eu raison de ces librairies, qui se faisaient par ailleurs concurrence pendant quelques années.

Omer Cantin, propriétaire de la librairie Le Nord. Archives ONFR+

Du côté de Hearst, la rumeur de la fermeture de la librairie Le Nord, seule librairie de langue française du Nord à ce jour, avait suscité une vague d’inquiétude en fin d’année 2021, mais son propriétaire, l’irréductible Omer Cantin, a tenu bon.

« Tout va bien, je m’amuse encore à tenir les livres entre les mains pour mes clients », lance-t-il en entrevue avec ONFR+. Celui-ci doit néanmoins faire face aux conséquences de l’annonce, en février dernier, de la fin temporaire du Salon de livre de Hearst après plusieurs années difficiles liées à la pandémie.

« Les gens sont fatigués d’avoir mis tous les efforts dans des salons passés, il y a très peu de relève », se désole-t-il en rappelant que c’est de ce salon que naissaient des vocations chez les jeunes de la région.

Le facteur Place des Arts

À Sudbury, pour M. Cormier, le scénario de la fermeture ne risque pas de se répéter dans le cas de la librairie-boutique de la Place des Arts.

Il évoque sa situation géographique idéale au centre-ville ainsi que son emplacement stratégique à la Place des Arts qu’il juge être de grands atouts pour la viabilité financière de la librairie.

Un libraire pourrait être trouvée au courant de l’été. Crédit image : Inès Rebei

« Le succès de la Place des Arts est lié à sa programmation et la librairie aussi », explique celui qui est aussi un ancien libraire.

Il estime que les déplacements du public venant assister aux spectacles, la tenue d’événements comme le Salon du livre permettra de générer des revenus intéressants pour la librairie-boutique.

Au-delà des livres qui constitueront près des deux tiers de la librairie-boutique, celle-ci offrirait également d’autres articles tels des œuvres d’art, de la papeterie à caractère francophone et des jeux. Du matériel éducatif sera également proposé aux organismes scolaires de la région.

L’ouverture est espérée pour le début de l’année scolaire, aux alentours du mois de septembre, moyennant un recrutement et le remplissage de la librairie-boutique au courant de l’été.

Il ne manque qu’à remplir les étalages de la librairie-boutique. Crédit image : Inès Rebei

La Loi sur la radiodiffusion adoptée au bonheur du milieu culturel francophone

OTTAWA – Le projet de loi C-11 a été adopté ce jeudi soir ayant obtenu la sanction royale. Les sénateurs ont approuvé la mouture visant à moderniser la Loi sur la radiodiffusion.

C-11 a pour but d’obliger le financement et la promotion du contenu canadien par les plateformes comme Netflix, Spotify et YouTube. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) aura de nouveaux pouvoirs d’exécution en vertu de la loi, et l’obligation de consulter les communautés linguistiques minoritaires avant de prendre des décisions qui pourraient avoir un impact sur leurs activités.

Les différentes associations représentant les professionnels de l’industrie culturelle franco-ontarienne accueillent la Loi de façon majoritairement positive. La plupart de leurs demandes ont été entendues, dont le fait que les communautés de langues officielles en situation minoritaire (CLOSM) soient explicitement nommées. ONFR+ a questionné plusieurs intervenants. 

« Lorsqu’on est absent d’une loi, on peut être facilement oublié. Donc c’était un des premiers objectifs, de faire en sorte qu’on était reflétés dans ce projet de loi, et que la réalité particulière de la production francophone soit aussi mentionnée », explique la directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie-Christine Morin.

Alors que certains créateurs de contenu se sont publiquement opposés à C-11, le youtubeur franco-ontarien Phil Rivière se sent un peu entre l’arbre et l’écorce. 

« J’ai des émotions mixtes là-dessus. Je vois qu’il y a beaucoup de points positifs, surtout pour les francophones en situation minoritaire comme nous. Mais il y a aussi d’autres points dont je ne suis pas certain à 100 %. »

Le créateur de contenu Phil Rivière sur le tournage de son documentaire Donner sa langue au chat, chapitre II : Nos rivalités. Gracieuseté

La levée de boucliers a particulièrement été vive au Canada anglais. Phil Rivière remarque que ses pairs francophones semblent en général moins au fait du projet de loi, dont le texte est assez vague. Les principales craintes des créateurs de contenu, alimentées par les messages que les grandes plateformes envoient à leurs utilisateurs, sont de perdre leur tribune ou de voir leur liberté d’expression censurée.

Selon le responsable des relations publiques à la Guilde canadienne des réalisateurs (GCR), Samuel Bischoff, il n’y a pas de quoi s’en faire. « Ça n’a rien à voir avec de la censure parce que le CRTC en tant que régulateur des médias au Canada n’a rien à voir avec de la censure […] Dans le projet de loi, il n’y a rien fondamentalement pour prendre le contrôle des algorithmes. Mais c’est de s’assurer d’une certaine visibilité. »

La principale critique de l’industrie culturelle est que C-11 prévoit des standards différents pour les entreprises canadiennes et étrangères au niveau de l’embauche de ressources créatives canadiennes.

Dans tous les cas, les intervenants rencontrés par ONFR+ s’accordent à dire que le vrai test sera la façon dont la loi sera appliquée par le CRTC, qui gagne beaucoup de pouvoir avec l’adoption de C-11. 

Un long parcours

Il s’agit de la fin d’un long parcours pour la refonte de la Loi sur la diffusion, jamais modernisée depuis 1991. Une première mouture avait été déposée en 2020 avant qu’elle ne meure au feuilleton avec le déclenchement des élections fédérales en 2021. Le gouvernement avait ramené le projet de loi en novembre 2021, mais en le modifiant, en incluant notamment le devoir de consultation des francophones en milieu minoritaire.

S’est ensuite suivie une partie de ping-pong entre la Chambre des communes et le Sénat alors que la haute chambre avait renvoyé le projet en ajoutant des modifications et des amendements.

Le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez et lieutenant du Québec .La Presse canadienne/Patrick Doyle

Certains amendements des sénateurs, qui se voulaient en réponse à une inquiétude de créateurs de contenu que des utilisateurs des plateformes soient limités dans ce qu’il aurait été possible de partager, ont été refusés.

Mardi, le ministre du Patrimoine canadien Pablo Rodriguez se disait « exicté » en vue de l’adoption de C-11, lui qui poussait pour la sanction royale soulignant que le milieu culturel « en avait besoin ».

« C’est le projet de loi qui a passé le plus de temps au Sénat dans l’histoire du Canada. Il a été étudié amplement en Chambre et au Sénat. »

Contrairement au NPD et au Bloc québécois, les conservateurs s’opposaient à ce projet de loi, craignant que le but de prioriser le contenu canadien ait un effet négatif pour sa visibilité. Pour son chef Pierre Poilievre, C-11 vient « censurer Internet » et un gouvernement conservateur annulerait le projet de loi.

Avec les informations de Pascal Vachon.

Théâtre, musique et cultures multiples en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, la musique et le théâtre se mêlent de différentes façons. Des jeunes de Cornwall ont monté une comédie musicale, d’encore plus jeunes de Sudbury pourront assister à un spectacle pensé pour eux, et les nostalgiques de Brel le verront revivre sous leurs yeux à Toronto. On célèbre aussi les francophonies de la région de Peel et la culture de l’Inde dans la capitale du Canada. Sans oublier de vivre une activité à la fois artistique et spirituelle à Orléans.

Musique

Jacques Brel réincarné

Ce samedi, dans le cadre des Journées belges à Toronto, le Royal Conservatory accueille Brel! Le spectacle au Koerner Hall. Le Belge Olivier Laurent incarne l’icône de son pays avec une précision déroutante. Il fait résonner les textes de ses plus belles chansons : La valse à mille temps, Ces gens-là, Les Vieux, Les Bigotes, et même Voir un ami pleurer, que le véritable Jacques Brel n’a jamais pu présenter sur scène. Le spectacle a fait ses preuves à travers le monde et obtient des critiques dithyrambiques.

Dans Brel! Le spectacle, Olivier Laurent incarne à merveille l’icône belge, Jacques Brel. Crédit image : Caroline Vandercruyssen

Samedi 29 avril au Koerner Hall. Billets sur le site du Royal Conservatory.

Communauté

Arts, musique et artisanat au même endroit

Ce samedi encore, le Cercle de l’amitié organise le Festival des arts et cultures francophones de Peel, afin de célébrer la richesse culturelle diversifiée de la région. Plusieurs activités se dérouleront à l’Agora de Notre Place de 13 h à 20 h. Il y aura des expositions et ventes d’artisanats et d’arts visuels, avec des peintres comme Micheline Montgomery ou Diane Montreuil, et des performances musicales avec Mimi O’Bonsawin, Moonfruits et Abel Maxwell. Ce dernier assurera aussi l’animation de la journée. Cet événement est organisé dans le cadre des festivités du cinquantième anniversaire du Cercle de l’amitié de la région de Peel.

Abel Maxwell lors du lancement de son album 5 roses, en février dernier. Gracieuseté.

Samedi 29 avril à l’Agora de Notre Place à Mississauga. Événement familial et gratuit. Détails sur le site du Cercle de l’amitié.

Traditionnelles ou contemporaines, les danses indiennes à l’honneur

Le seul festival bilingue à célébrer la culture de l’Inde au Canada aura lieu du 29 avril au 6 mai à Ottawa. Le ArohaFest Nritya Mahotsav (festival de danse, en hindi) se concentre sur différents types de danses indiennes, sur les arts visuels et sur la gastronomie.

Plusieurs activités gratuites auront lieu dans les espaces publics du Centre national des arts et quelques activités payantes se dérouleront au Centre des arts Shenkman, à Orléans. Le spectacle de danse du 6 mai réunira les artistes Anjali Patil, Sonia St-Michel et Aishwarya Vijaykumar ainsi que leurs protégées. Avec le ArohaFest, Aroha Fine Arts souligne à la fois la Journée internationale de la danse, le 29 avril, et le début du Mois du patrimoine asiatique, en mai.

Le ArohaFest Nritya Mahotsav célèbre différentes formes de danse indiennes, comme les styles Bollywood, Bhangra, Benjali, Kathak, Bharatnatyam et Odissi. Crédit image : David Lopez Subdiaz

Du 29 avril au 6 mai au Centre national des Arts et au Centre des arts Shenkman. Détails sur le site du ArohaFest.

Arts visuels

Hommage artistique à ceux qui nous manquent

Une nouvelle artiste expose ses œuvres à la galerie d’art Eugène-Racette du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Anne Isabelle Leonard explore une technique particulière pour Portraits en moments passés. Les yeux fermés, elle laisse le dessin la guider en se remémorant des êtres chers, comme si les traits de fusain recréaient une conversation avec une personne décédée. Le dessin inexact qui en résulte « exprime l’effacement et la reconstruction de ce qu’il reste de ces souvenirs, tout en permettant un moment de deuil. »

Le vernissage de l’exposition aura lieu mercredi. La veille, l’artiste donnera un atelier où les gens du public sont invités à se prêter à l’exercice, ce qui risque de donner lieu à des moments de conversation, d’émotions et de vulnérabilité libératrice. C’est d’ailleurs de cette façon que le tout a commencé, en projet artistique communautaire qui se déploie maintenant sur les murs du MIFO.

L’une des oeuvres de l’exposition Portraits en moments passés. Mamie, fusain sur papier, Anne Isabelle Leonard.

Atelier le 2 mai, quelques places toujours disponibles. Vernissage le 3 mai. Exposition du 3 au 28 mai. Détails sur le site du MIFO.

Théâtre

Une forêt sensorielle pour nos tout-petits

G’zaagiin maleńki : je te promets une forêt est un spectacle sans paroles s’adressant à un très jeune public d’enfants de 18 mois à six ans, mais aussi à leurs parents. Pendant 30 courtes minutes, les spectateurs sont invités à plonger dans leur imaginaire, accompagnés du violoncelle, du tambour, des gestes et des voix qui recréent l’ambiance magique de la forêt dans la salle.

G’zaagiin maleńki est née de la rencontre de la violoncelliste abitibienne Marie-Hélène Massy Emond, de l’artiste multidisciplinaire anishinaabeg Emily Marie Séguin et de la metteure en scène polonaise Milena Buziak. Créé aux abords de la rivière des Outaouais, le spectacle se déplace à Sudbury sous l’invitation du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO). En avant-midi, les familles sont invitées à se présenter plus tôt pour assister à un atelier donné par Connor Lafortune. Ce dernier initiera les tout-petits aux cultures autochtones et leur donnera des clés pour mieux comprendre la pièce. L’atelier est gratuit, mais demande une inscription préalable.

Marie-Hélène Massy Emond et Emily Marie Séguin dans G’zaagiin maleńki : je te promets une forêt. Crédit image : Jonathan Lorange

Samedi 29 avril à 10h30 (atelier dès 9 h 15) et 14h30 au Studio Desjardins de la Place des Arts du Grand Sudbury. Détails sur le site du TNO.

Terreur et chansons

L’Association des communautés francophones de l’Ontario de Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO SDG) et l’École secondaire catholique La Citadelle préparent depuis longtemps ce projet qui sera présenté mercredi au théâtre Aultsville de Cornwall. Les jeunes et les enseignants se sont approprié la pièce franco-ontarienne Terreur dans l’église. Avec la bénédiction de l’auteur Marc Scott, ils ont retravaillé le texte et, surtout, ajouté des chansons pour en faire une comédie musicale. Certaines pièces sont des airs connus, mais il y a aussi des compositions originales de Nicolas Doyon, musicien bien connu de la région et enseignant à La Citadelle.

Terreur dans l’église nous transporte auprès du curé Paradis, qui n’attend que la fin de sa journée pour regarder le match Canadiens-Sénateurs. Malheureusement pour lui, les fidèles de la paroisse semblent tous en état de crise. Entre une adolescente enceinte, un vieil alcoolique, une bourgeoise hautaine et d’autres personnages extravagants, l’homme de foi réussira-t-il à honorer son autre religion, le hockey?

Nicolas Doyon et des jeunes de l’École secondaire catholique La Citadelle en répétitions pour Terreur dans l’église. Gracieuseté ACFO SDG

Le 3 mai au théâtre Aultsville de Cornwall. Billets via la plateforme Eventbrite.  

Ottawa demande plus de fonds à la province pour lutter contre l’itinérance

OTTAWA – La Ville d’Ottawa prétend recevoir un pourcentage inapproprié des fonds alloués au Programme de prévention de l’itinérance (PPI). Selon le dernier budget de l’Ontario, Ottawa devrait obtenir un financement supplémentaire de 845 100 $, soit 0,4 % de l’allocation provinciale afin de répondre aux problèmes de logement et de soutien pour les sans-abri. En comparaison, Toronto attend une enveloppe de 48 millions de dollars supplémentaires pour les mêmes besoins. Le maire Sutcliffe appelle le gouvernement Ford à revoir ses calculs.

« Je vous écris pour demander une aide supplémentaire afin d’assurer que la Ville d’Ottawa reçoive sa part équitable des investissements critiques que votre gouvernement réalise pour répondre aux problèmes d’accessibilité et de disponibilité du logement ainsi que pour fournir des soutiens urgents aux personnes sans-abri. »

Voilà ce que demande le maire d’Ottawa à la province : une part équitable des fonds versés au titre du PPI.

Le budget de l’Ontario de 2023 a alloué des fonds supplémentaires de 202 millions de dollars par an pour les programmes de logement avec soutien et de prévention de l’itinérance dans l’ensemble de la province. Comme de nombreuses grandes villes au pays, Ottawa souffre d’un besoin inégalé en termes de logement. C’est pourquoi, dans la lettre envoyée au premier ministre de la province, au ministre du Logement et à celui des Finances, M. Sutcliffe s’insurge face à cette différence de traitement.

Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe a envoyé une lettre à la province de l’Ontario, afin que le gouvernement augmente l’enveloppe financière pour lutter contre l’itinérance. Archives ONFR+

« Sur la base de l’allocation de Toronto, la part d’Ottawa devrait être d’au moins 16 à 18 millions de dollars » – Marc Sutcliffe

C’est presque 60 fois plus d’argent alloué à la Ville de Toronto, alors que la population de la Ville reine est seulement trois fois plus importante que celle d’Ottawa. « Sur la base de l’allocation de Toronto, la part d’Ottawa devrait être d’au moins 16 à 18 millions de dollars », a établi le maire de la Capitale dans sa missive.

L’un des effets de cette crise du logement, c’est qu’il est plus difficile aujourd’hui d’aider les gens à sortir de la rue.

En réponse à ONFR +, le ministère des Affaires municipales et du Logement a expliqué que « comme cela a été expliqué au maire Sutcliffe et aux responsables de la Ville d’Ottawa à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, le financement du PPI est basé sur une formule mise à jour qui s’applique à tous les gestionnaires de services municipaux de la province ».

« Le modèle précédent n’était pas transparent et ne reflétait pas de manière précise les mesures des besoins locaux », spécifie le bureau du ministre Steve Clark. « Sous l’ancien modèle, certaines municipalités, comme Ottawa, recevaient un financement disproportionné par rapport à d’autres municipalités ayant des besoins déterminés plus importants. »

Clara Freire
Clara Freire, directrice générale des services sociaux et communautaires d’Ottawa, Clara Freire. Capture d’écran/ ONFR+

Durant le conseil municipal, ce mercredi, la directrice générale des services sociaux et communautaires d’Ottawa, Clara Freire, a déclaré que « des clarifications ont été demandées, notamment sur la manière dont cette révision a été prise. La Ville recherche un investissement proportionné de la part de la province, ce qui correspondrait à une allocation d’au moins 18 à 20 millions de dollars pour couvrir les coûts opérationnels nécessaires pour maintenir les services existants, ce qui serait, selon nous, le même niveau de considération accordé à la Ville de Toronto ».

Le maire, les conseillers et des députés à l’unisson

« Ce manque de fonds nous forcera à annuler 54 unités de logement avec soutien qui étaient censées devenir opérationnelles au cours des 18 prochains mois », affirme le maire dans sa lettre.

« En fin de compte, cela compromettra considérablement notre capacité à atteindre les objectifs du plan décennal sur le logement et l’itinérance d’Ottawa. »

Au micro d’ONFR+, le député provincial d’Ottawa-Centre Joel Harden s’est dit choqué de voir de telles disparités.

« Franchement, à Ottawa, il y a des milliers de personnes qui vivent dehors. Nous avons besoin de beaucoup plus de fonds et de capacité. On doit agir », a-t-il imploré.

Joel Harden, député néo-démocrate d’Ottawa-Centre. Il urge les gouvernements d’intervenir sur le dossier de l’itinérance à Ottawa. Crédit image : Rudy Chabannes

Durant le conseil municipal, plusieurs conseillers et conseillères, tels que Stéphanie Plante, Ariel Troster, Laura Dudas, Sean Devine ou encore le conseiller Jeff Leiper, ont pris la parole pour interpeller le gouvernement Ford, indiquant entre autres que le ministre Clark devait fournir la formule mathématique employée pour déterminer ces pourcentages.

Le maire d’Ottawa a qualifié cette nouvelle de « dévastatrice » dans sa correspondance avec la province.

« Je fais appel à votre sens de l’équité et à votre préoccupation pour les personnes les plus vulnérables de notre ville en vous demandant de revoir l’allocation à Ottawa dans le cadre du PPI. Fournissez-nous un financement qui, sur une base per capita, est similaire à ce que reçoivent Toronto et les autres municipalités, plutôt que ce montant considérablement plus faible qu’auparavant. »

Une crise de l’itinérance qui ne fait qu’augmenter

D’après Mme Freire, « pour la première fois, les refuges locaux d’Ottawa fonctionnent à capacité maximale, soit à 366 % de leur capacité, ce qui a nécessité l’utilisation d’hôtels, de motels et autres résidences ».

En effet, selon le député Harden, la Ville d’Ottawa aurait déjà fait de nombreux changements, en exploitant des arénas et centres communautaires afin de loger les sans-abri. « Nous essayons de créer de l’espace, mais pour ça, il nous faut des fonds de la province et du gouvernement fédéral. »

Les conseillers municipaux Jeff Leiper (à gauche) et Ariel Troster (à droite). Crédit image : Ville d’Ottawa


« Nous ne devrions même pas avoir à faire le choix entre fournir un service récréatif pour les enfants ou un logement pour les sans-abri », ajoute la conseillère du quartier Somerset en centre-ville d’Ottawa, Ariel Troster. « Je dis simplement à mes collègues autour de la table que si la province ne vient pas à la table avec l’argent que nous demandons, nous allons avoir une conversation sérieuse sur le budget 2024. »

« Nous ne pouvons pas permettre à l’itinérance de continuer, ni moralement ni économiquement. »

« Et si les calculs ne sont pas justes, alors le ministre doit revoir cette décision » – Jeff Leiper

C’est aussi ce dont a témoigné le conseiller Jeff Leiper du quartier Kitchissippi. « C’est une situation effrayante. Cela laisse à Ottawa, un réel risque d’augmentation du nombre de campements, du nombre de personnes vivant dans des conditions extrêmement vulnérables. »

Selon lui, « il incombe au ministre Clark de nous montrer les calculs. Nous devons voir les calculs. Et si les calculs ne sont pas justes, s’ils ne sont pas équitables, alors le ministre doit revoir cette décision et s’assurer qu’il apporte le financement dont nous avons besoin à Ottawa ».

Un nouveau plan sera présenté au Comité des services communautaires le 23 mai et au Conseil municipal le 24 mai prochain. « Notre espoir d’ici-là est de voir une réévaluation du montant de cette allocation », a annoncé la directrice générale des services sociaux et communautaires de la ville.

Langues officielles : un Plan d’action qui « relance » la francophonie canadienne

OTTAWA – Le nouveau Plan d’action pour les langues officielles du gouvernement fédéral combiné à la modernisation de la Loi sur les langues officielles donnera un élan pour freiner le déclin du français, estiment les intervenants francophones du pays.

Annoncé mercredi matin, le Plan d’action est le plus gros investissement dans l’histoire des langues officielles avec 4,1 milliards de dollars sur cinq ans, dont 1,4 milliard en nouvel argent.

« On accueille avec joie la majoration du financement. Je crois que ça représente le sérieux auquel le gouvernement accorde aux langues officielles et aux communautés francophones en milieu minoritaire », réagit en entrevue le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Fabien Hébert.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) se réjouit de voir que le Plan d’action met l’accent à plusieurs reprises sur le rétablissement du poids des francophones dans le pays. « L’immigration francophone est le grand gagnant », estime sa présidente Liane Roy.

Il est d’ailleurs le pilier principal de cette feuille de route avec un investissement de 137 millions de dollars.

« On a été écouté, on a été entendu et on s’aperçoit que beaucoup des initiatives ont été là en pensant au poids démographique. En pensant à la vitalité et l’épanouissement des communautés ainsi qu’à l’importance de la langue française. Ça nous réjouit », affirme Mme Roy.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Les données du Recensement de 2021 ont démontré l’importance d’investir et de faire des efforts pour rétablir le poids démographique des francophones, soutient-elle. La FCFA estimait que ce plan se devait d’être un de relance à la lumière des chiffres.

« La relance (de la francophonie) est amorcée. En gros, à cause des fonds et de l’importance accordée à l’immigration francophone », dit-elle.

La FCFA veut que le gouvernement fédéral augmente sa cible en immigration francophone à 12 % en 2024 jusqu’à 20 % en 2036 dans le but de rétablir et accroître le poids des francophones au pays. L’organisme estime qu’il restera toutefois attentif dans les prochaines semaines, car « on ne sait pas encore quel genre de programmes vont servir » avec ces enveloppes budgétaires réservées à l’immigration francophone.

Présent à l’annonce de mercredi, le commissaire aux langues officielles a déploré que le Plan d’action ne comporte pas la création d’un programme spécifique pour l’immigration francophone.

« C’est bon d’avoir du nouvel argent. Par contre, on doit élaborer le plus rapidement possible une politique d’immigration francophone (…). Reste à voir si avec ces ressources et avec C-13, on va élaborer et créer des programmes », commente Raymond Théberge.

Déception pour le postsecondaire

Ottawa avait promis en campagne électorale de doubler et rendre permanente son enveloppe destinée aux établissements postsecondaires, mais ça ne se retrouve pas dans l’annonce. C’est plutôt 128 millions de dollars sur quatre ans dès 2024 qui seront envoyés aux provinces pour être redirigés vers les établissements postsecondaires francophones. La ministre Petitpas Taylor a évité la question alors qu’elle s’est fait demander pourquoi cette promesse électorale n’était pas dans le Plan d’action.

« Les attentes du secteur étaient que la promesse de 2021 se concrétiserait dans le Plan d’action », a regretté l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, qui représente une dizaine d’établissements, dans un communiqué.

L’AFO s’est dit « déçue » qu’il n’y ait pas de financement permanent pour les établissements du postsecondaire ou pour l’Université de Sudbury. Son président Fabien Hébert garde toutefois espoir que le fédéral remplisse sa promesse dans les prochaines années. Il rappelle qu’un tel argent promis permettra de « développer des stratégies » pour le postsecondaire qui viendrait répondre aux besoins de main-d’œuvre en santé et en éducation.

L’Université de Sudbury attend toujours un financement gouvernemental pour ouvrir son établissement. Crédit image : Dominique Demers

« En ce moment, dans la communauté franco-ontarienne, on souffre d’un manque de travailleurs d’un peu partout », rappelle-t-il.

L’adoption du projet de Loi C-13, qui pourrait survenir d’ici la fin de la session parlementaire en juin, pourrait changer le portrait pour ce Plan d’action. Il est précisé que des mesures du projet de loi C-13 prévoient « un engagement supplémentaire des intervenants en milieu minoritaire », ce qui pourrait signifier davantage d’argents par la suite.

« Lorsqu’il y aura la sanction royale de C-13, il y aura beaucoup de suivis à faire parce qu’on a compris qu’il y aurait des modifications et des bonifications après coup », réagit le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Alexandre Cédric Doucet, ajoutant que les demandes de la SANB « ont été en grande partie entendues ».

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Crédit image : Commissariat aux langues officielles du Canada

Raymond Théberge souligne aussi que « pour la première fois, il semble y avoir un alignement » entre le Plan d’action et C-13. Ce dernier est d’avis que les travaux en comité parlementaire ont grandement amélioré la première version de la refonte de la Loi sur les langues officielles de mars 2022.

« Les outils de conformité donnés aux commissaires sont beaucoup mieux, mais aussi, la partie VII de la Loi est grandement améliorée. Le langage de la partie VII va exiger et obliger les institutions fédérales à prendre des mesures positives pour le développement des communautés en situation minoritaire. »

Des centaines de millions dollars pour l’anglais : Ottawa se défend

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau défend sa décision d’envoyer des centaines de millions de dollars aux anglophones du Québec dans son Plan d’action pour les langues officielles.

Le Plan d’action annoncé mercredi matin est une feuille de route guidant le gouvernement sur cinq ans dans sa stratégie en Langues officielles. Le Plan de 2023 à 2028 injecte près de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans. Les anglophones du Québec ont historiquement toujours reçu autour de 20 % des différents Plans d’action, ont expliqué des fonctionnaires de Patrimoine Canada lors d’un breffage technique alors que les francophones reçoivent le reste.

De ce 4,1 milliards de dollars, 1,3 milliard concerne du nouveau financement. La communauté anglophone du Québec recevra 137,5 millions de dollars supplémentaires, mais pourrait aussi toucher plus, car certaines nouvelles sommes annoncées ce mercredi peuvent être attribuées aux deux groupes linguistiques, ont expliqué les représentants de Patrimoine Canada.

La ministre Ginette Petitpas Taylor se défend d’envoyer un double message en prévoyant des millions de dollars pour les anglophones du Québec, alors qu’elle affirme que le français est la seule langue menacée au pays. Pour elle, le Plan d’action est là pour « appuyer » les minorités linguistiques, ce qui « inclut les anglophones du Québec ». Mais elle admet ne pas « ne pas avoir fait les mathématiques » pour déterminer quelle proportion reviendrait à quel groupe linguistique.

« On voulait tout simplement s’assurer qu’on allait adresser les priorités des communautés », a soutenu la députée acadienne énumérant les besoins en immigration francophone, l’aide aux organismes, la petite enfance et le postsecondaire.

La ministre avance avoir entendu les inquiétudes de la communauté anglophone lors de consultations au Québec au cours de l’été 2022. Ces appréhensions concernent l’apprentissage de l’anglais dans les écoles, les services d’aide à l’emploi dans leur langue et la vitalité du milieu anglophone au Québec.

Dans le projet de Loi C-13, qui vise à moderniser la Loi sur les langues officielles, le gouvernement s’engage à protéger et à promouvoir le français et en faire plus pour celui-ci « en raison de l’usage prédominant de l’anglais ».

« Il y a un grand questionnement par rapport à ce que le gouvernement fédéral alloue 20 % aux Anglo-Québécois. La langue anglaise n’est nullement menacé au Québec et au Canada par rapport au français », a réagi le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) Alexandre Cédric Doucet.

Une position « contradictoire »

Le Bloc québécois critique les montants accordés aux anglophones, estimant qu’ils devraient tous aller aux communautés francophones.

« Je ne pense pas qu’il y ait quelque somme qui soit nécessaire pour protéger les anglophones au Québec. Le fédéral ne devrait avoir aucune intervention sur le régime linguistique applicable au Québec, car c’est le français qui est un enjeu au Québec et non l’anglais », a dit le chef du Bloc Yves-François Blanchet.

« Les francophones sont ceux qui ont le plus besoin de protections » – Joël Godin

Le député conservateur Joël Godin trouve que la position du gouvernement est « contradictoire ».

« Sur quoi se sont-ils basés (avec ce 20 %) pour déterminer quels étaient les besoins de la communauté anglophone? Il est clair que les francophones sont ceux qui ont le plus besoin de protections », reproche le porte-parole en Langues officielles pour l’opposition officielle.

À Québec, le ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne Jean François-Roberge a salué les mesures pour les francophones hors Québec, rapporte La Presse. Il affirme ne pas avoir trouvé de caractère asymétrique reprochant au fédéral qu’il n’ait aucune mesure pour protéger le français dans la Belle Province.

« Donc je m’attendrais à retrouver dans le plan des mesures qui viennent protéger et promouvoir le français même s’il est majoritaire », a rapporté le quotidien La Presse.

Des Premières Nations poursuivent en justice le provincial et le fédéral

TORONTO – On entendait ce matin le bruit des tambours résonner à l’Assemblée législative de l’Ontario des membres des Premières Nations du nord, introduisant la conférence de presse pour annoncer un recours historique en justice contre l’Ontario et le Canada. En cause, la violation alléguée du Traité 9 et la prise de décisions unilatérale en ce qui concerne l’exploitation des ressources et l’utilisation des terres sans la consultation des Premières Nations.

Des chefs et membres de 11 Premières Nations du Nord de l’Ontario (Apitipi Anicinapek Wahgoshig, Constance Lake, Kitchenuhmaykoosib Inninuwug, Eabametoong, Neskantaga, Aroland, Attawapiskat, Kashechewan, Fort Albany, Mississaugas of the Credit et Nishnawbe Aski) étaient rassemblés pour la conférence de presse, en présence de députés néo-démocrates et de la firme d’avocats Woodward & Co. Lawyers LL représentant le dossier.

Selon celle-ci, le Traité 9 implique une co-juridiction, pour laquelle les gouvernements ontarien et canadien et les communautés autochtones doivent donner un consentement mutuel à l’utilisation des ressources et des terres, comprenant l’exploitation minière, la foresterie, la vente de terres, l’hydroélectricité et d’autres développements qui ne peuvent avoir lieu sans ce double consentement. L’affaire judiciaire vise à mettre fin au « contrôle unilatéral de la prise de décision par la Couronne ».

Le Traité 9 appelé « le Traité de la baie James » a été signé en juillet 1905, entre le gouvernement du Canada, au nom du roi Édouard VII, et plusieurs Premières Nations du Nord de l’Ontario pour le partage des terres et des ressources. Le traité couvre la majeure partie de l’Ontario à partir de Timmins nord et comprend la zone du Cercle de feu.

« Nous souhaitons que la Couronne travaille avec nous main dans la main. Nous devons être consultés et pris en compte » – Chef Solomon Atlookan, Première Nation Eabametoong

L’exploitation minière à grande échelle, annoncée récemment par le gouvernement de l’Ontario, n’a jamais fait l’objet de consultations, ni d’un accord mutuel avec les Premières Nations soumises au Traité 9.

« Cette risposte est une première historique qui vise à remettre les Premières Nations sur un pied d’égalité avec la Couronne en termes de contrôle de la prise de décisions », explique Kate Kempton, l’avocate principale de l’affaire.

« Une co-juridiction égalitaire, c’est ce qu’ils réclament et ce que le traité disait depuis le début ». « J’appelle les citoyens à se rapprocher de leurs députés fédéraux et provinciaux pour nous soutenir et éviter de devoir aller jusqu’en justice », conclut-elle.

Un appel à l’égalité des prises de décisions

Divers chefs se sont exprimés durant la conférence de presse. « Nos communautés ne sont pas contre le développement industriel mais nous voulons avoir notre mot à dire et être capables de travailler ensemble. Nous n’avons jamais renoncé à nos droits souverains sur nos propres terres », s’est notamment exprimée la cheffe Sylvia Koostachin Metatawabin de Attawapiskat.

« Le traité n’a jamais été fait correctement de façon à ce que nos ancêtres comprennent complètement de quoi il s’agissait. Il était simplement destiné à voler les ressources. Aujourd’hui est le début d’une nouvelle ère », a déclaré le chef Solomon Atlookan de la Première Nation Eabametoong. « Nous souhaitons que la Couronne travaille avec nous main dans la main. Nous devons être consultés et pris en compte. C’est nous qui formulons une demande raisonnable », a-t-il ajouté.

Plus tard en chambre ce matin, le député néo-démocrate du Nord Guy Bourgouin, demande si le gouvernement va consentir à accorder l’égalité des opportunités aux Premières Nations. Greg Rickford, le ministre du Développement du Nord et des Affaires autochtones de répondre : « Nous allons continuer à nous concentrer sur le développement économique. »

« Dans ce cas, les Premières Nations poursuivront en justice ce gouvernement », a répliqué le député de Mushkegowuk-Baie James. Certains chefs des Premières Nations sont alors intervenus en chambre, avant d’être escortés à l’extérieur, réitérant le même message : « Doug Ford, les bulldozers ne viendront pas sur nos terres sans notre accord. »

Financement des garderies : les francophones auront une modeste mention

OTTAWA – Libéraux et néo-démocrates se sont opposés à prendre en compte les minorités linguistiques dans le financement des garderies à long terme, dans les principaux cadres du projet de loi C-35. Toutefois, les formations politiques ont tous accepté d’ajouter une mention des minorités francophones dans la mouture.

C-35 vient compléter les accords conclus en 2021 et 2022 avec les provinces et territoires pour la mise en place de garderies à 10 $ par jour. Ces accords prennent fin en 2025-2026 et Ottawa veut s’assurer de sa pérennisation après leur aboutissement avec C-35, en garantissant un financement à long terme pour les services de garde dans le cadre des ententes avec les provinces. Le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées a commencé mardi soir l’étude du projet de loi par article.

Tout d’abord, le député conservateur Joël Godin voulait y ajouter, dans les principes du projet de loi C-35, la mention de « communautés de langue officielle en situation minoritaire » expliquant vouloir refléter les deux langues officielles « dans l’ensemble des lois et des programmes ». Cette mention aurait aussi permis d’assurer un financement pour les francophones dans le cadre de ses accords avec les provinces. Les cinq députés libéraux sur le comité et la néo-démocrate Leah Gazan s’y sont toutefois opposés, défaisant le Bloc québécois et les conservateurs.

Un second amendement qui dictait que les investissements fédéraux concernant les services de garde devraient être faits en prenant en compte les besoins des minorités linguistiques a toutefois été adopté à l’unanimité par les partis. Il s’agit d’un gain de ce côté, car la mouture de départ ne faisait à aucune reprise, une référence aux francophones et aux minorités linguistiques en milieu minoritaire.

C-35, si adopté, engagera les futurs gouvernements à garantir un financement à long terme pour les services de garde dans le cadre des ententes avec les provinces. Source : Canva

La Commission nationale des parents francophones (CNPF) souhaitait aussi une clause linguistique qui aurait engagé financièrement le fédéral envers les minorités linguistiques, mais aucun parti n’a soumis un amendement en ce sens.

Le fait que le tout ait été défait dans le préambule de la Loi diminue son pouvoir, avance Jean-Luc Racine de la CNPF, mais le simple fait qu’il y a une mention est notable, ajoute-t-il.

« Ce n’est pas pleinement ce que l’on voulait, mais je pense qu’on a une victoire, car il y a eu un amendement favorable pour nous (… ). On espère que le projet de Loi sur les langues officielles (C-13) va venir renforcer ce qui a dans ce projet de loi (C-35). En combinant les deux lois, ça va permettre de faire une différence », estime le directeur général de l’organisme francophone.

La mouture de la ministre de la Famille Karina Gould devrait poursuivre son parcours jusqu’au Sénat d’ici la fin de la session parlementaire en juin, en raison de l’appui des néo-démocrates au projet de loi.

Langues officielles : Ottawa injecte des milliards pour les minorités francophones

OTTAWA – Justin Trudeau a annoncé mercredi matin à La Cité un investissement de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans pour les Langues officielles, dont 1,3 milliard de dollars de nouveau financement.

Cette annonce est liée à la sortie du Plan d’action sur les langues officielles, une sorte de feuille de route guidant le gouvernement sur cinq ans concernant sa stratégie en langues officielles. Ce montant est très légèrement supérieur au 3,8 milliards de dollars annoncés lors du budget du mois dernier. Il s’agit du plus gros investissement monétaire pour un Plan d’action depuis le premier mis en place en 2003.

« Contrairement aux politiciens conservateurs, notre gouvernement libéral va toujours être là pour défendre les langues officielles », a critiqué Justin Trudeau, qui n’a toutefois pas pris de questions lors de l’annonce.

Ce dernier faisait allusion aux coupes en 2018 de Doug Ford envers les francophones et les récents événements au Nouveau-Brunswick avec Blaine Higgs pour l’immersion en français.

L’annonce de ce plan survient alors que reprennent aujourd’hui les débats sur le projet de loi C-13 à la Chambre des Communes. Les quelque 4 milliards de dollars seront répartis dans quatre principaux secteurs : l’immigration francophone, l’aide aux organismes, l’accès à la justice en français et la petite enfance.

Le gros lot à l’immersion en français

Il existe aussi dans ce Plan d’action, une enveloppe destinée aux provinces pour l’éducation en français en milieu minoritaire, du primaire jusqu’au postsecondaire.

La plus grosse partie de cet argent sera réservée aux écoles d’immersion à travers le pays comme lors du dernier Plan d’action, soit près de 242 millions de dollars. Les écoles francophones toucheront de leur côté une enveloppe de 128 millions de dollars. Il existe aussi 66 millions de dollars pour financer des stratégies visant à recruter des enseignants francophones. Ottawa a toujours pour objectif d’atteindre un taux de bilinguisme chez les anglophones hors du Québec de 9 % en 2036 alors qu’il est autour de 6 %.

Postsecondaire : une promesse pas respectée

Le fédéral envoie aux provinces jusqu’à 128 millions de dollars sur 4 ans à partir de 2024-2025 pour les établissements d’enseignement postsecondaire dans la langue de la minorité. Cela s’ajoute au 121 millions de dollars sur trois ans, annoncés dans la foulée des déboires financiers à La Laurentienne en 2021.

Ce n’est toutefois pas à la hauteur de la promesse de Justin Trudeau en campagne électorale. Les libéraux avaient toutefois promis lors de la campagne électorale de mettre une enveloppe permanente en place de 80 millions de dollars par année dans la foulée des déboires financiers à La Laurentienne lors d’une annonce à l’Université de Sudbury.

Un corridor pour le recrutement d’enseignants

Pour réduire la pénurie d’enseignants francophones, Ottawa accorde 16,3 millions de dollars sur 5 ans pour accroître le nombre et la rétention d’enseignants francophones, de niveau primaire et secondaire, recrutés à l’étranger afin qu’ils immigrent et s’établissent dans une communauté francophone en situation minoritaire.

De l’argent, mais pas de nouvelles mesures pour l’immigration

Pour sa politique en immigration francophone, Ottawa injecte 137 millions de dollars. De hauts fonctionnaires d’Immigration Canada ont affirmé qu’il s’agirait d’une sorte d’intensification des mesures actuellement en place pour l’immigration francophone, mais pas de nouvelles mesures et programmes dans cette nouvelle stratégie.

Le fédéral a atteint à une seule reprise, en 2022, sa cible en immigration francophone de 4,4 %, qui reçoit ce financement. La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et le Commissariat aux langues officielles demandent au fédéral de mettre en place un programme spécifique à l’immigration francophone hors Québec.

240 millions pour les organismes

Ottawa consacre 239,5 millions de dollars pour le financement de base des organismes, dont une bonification de 62,5 millions de dollars ou un maximum de 25 %. Il y a quelques mois, la FCFA demandait pourtant, pour ses membres, un 300 millions de dollars supplémentaires. Le Plan d’action consacre aussi un 47 millions de dollars pour augmenter le nombre d’ infrastructures éducatives et les espaces communautaires des organismes.

Des consultations partout au pays

Cette feuille de route a été constituée à la suite de consultations pancanadiennes de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor auprès des intervenants francophones du pays. La FCFA considère ce Plan d’action comme une « relance » pour les francophones en milieu minoritaire à la lumière des récents chiffres du Recensement de 2021, montrant une forte baisse du français et du poids des francophones au pays.

En 2018, le gouvernement Trudeau avait bonifié l’enveloppe de près de 500 millions de dollars pour un total de 2,8 milliards de dollars.

La France veut « faciliter la mobilité étudiante » vers et depuis l’Ontario

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Auparavant physicienne, professeure d’université et présidente d’une université parisienne, Sylvie Retailleau est la ministre française de l’Enseignement supérieur et de la Recherche depuis un an.

LE CONTEXTE :

Pour la première fois depuis son entrée en poste, Mme Retailleau s’est déplacée au Canada pour rencontrer plusieurs acteurs de l’enseignement et de la recherche. Plusieurs partenariats avec des universités ont été signés et de nombreuses pistes de recherches, sur la santé, les énergies, le climat et le bilinguisme, ont été discutées.

L’ENJEU :

Durant la visite de la ministre, a eu lieu le tout premier Comité mixte Canada-France en science et technologie (CMCF). Objectif : renforcer la coopération entre les deux pays dans le domaine stratégique des sciences quantiques et de l’intelligence artificielle.

« En tant que ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en France, quelle importance revêt cette tournée en Ontario?

C’est vraiment une destination, un pays pour l’enseignement supérieur et la recherche. Depuis mon arrivée au gouvernement, c’était une priorité. C’est quelque chose d’important par rapport aux collaborations futures et existantes et pour mieux comprendre comment nous avons des priorités communes et des objectifs communs entre les universités, la recherche, l’enseignement et l’innovation.

Vous avez signé plusieurs accords et ententes avec la province de l’Ontario et des universités. En quoi consistent-ils?

Nous avons signé cinq accords à Ottawa et un à l’Université de Toronto avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), à ce jour. Ce sont des accords sur des thématiques communes et prioritaires que sont la quantique, l’intelligence artificielle, l’énergie, mais aussi sur la diplomatie scientifique. C’est essentiel pour avoir une vision globale et renforcer des collaborations dans le champ scientifique.

Là encore, nous avons signé des accords de collaboration entre les universités, en particulier Udice en France, regroupant dix grandes universités françaises de recherche et U15 (un groupe de 15 universités de recherche au Canada). On a pris en compte, évidemment, la vision étudiante, la mobilité étudiante et les accords pédagogiques, mais aussi la dynamique du double diplôme. On veut faciliter ces accords pour les étudiants et pour la recherche.

La ministre française Mme Retailleau était en tournée au Canada du 20 au 25 avril. Crédit image : Ambassade de France à Ottawa

En quoi l’Ontario est-il un partenaire de choix pour la France dans la recherche en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) et en innovation?

C’est clairement un partenaire de choix. C’est aussi pour ça qu’on tenait aussi à venir en Ontario. Les universités sont reconnues mondialement avec une dynamique sur l’entrepreneuriat et le lien entreprise-université. On sort d’une visite où on nous a expliqué que finalement, mesurer l’impact, c’est mesurer l’impact à travers les emplois créés. Et je pense que c’est une dynamique que nous avons entre la France et l’Ontario. En tout cas, on veut vraiment représenter cette dynamique commune.

Dans vos efforts pour la promotion de la recherche et des STIM, quelle est votre approche concernant l’accès dans ce domaine aux femmes?

Évidemment, ça me parle. Je suis physicienne de la science quantique. En France, on promeut l’attractivité de ces sciences et technologies pour tous les étudiants, mais en particulier pour les femmes.

Il y a beaucoup de livres qui racontent ces biais technologiques liés au fait que ce sont les hommes qui sont dans les métiers des sciences technologiques, de l’ingénierie et de l’informatique. Je pense qu’on a vraiment un challenge, un enjeu à relever pour attirer les femmes dans les STIM. Avec le Canada, on s’en inspire, c’est quelque chose effectivement qui peut nous aider.

À l’Université d’Ottawa, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a fait la promotion du bilinguisme dans les sciences. Crédit image : Ambassade de France à Ottawa

Comment rendre ça attractif, compréhensible et y donner du sens? Je pense que c’est très important la façon de les présenter et finalement, d’ouvrir la science et la technologie vers les différents enjeux, que ce soit le climat, que ce soit la santé ou tous les métiers sociaux. On peut développer des collaborations très fortes avec une vision commune là-dessus.

Durant cette visite, vous avez mis l’emphase sur le besoin de partage de connaissances et de savoirs, notamment dans le domaine de la santé. En quoi ce domaine nécessite-t-il de tels partenariats entre nos deux pays?

C’est devenu une thématique prioritaire, de même que la façon d’appréhender la santé de façon planétaire. Nous appelons ça la santé globale ou One Health, et d’ailleurs l’approche canadienne est une santé « planétaire ». On voit ce périmètre et cette vision qui sont un peu différents des nôtres, et c’est là où on se rend compte de tout ce qu’on peut s’apporter l’un et l’autre.

Nous avons des programmes sur lesquels on aimerait embarquer plus d’institutions au Canada. Nous travaillons sur l’alimentation, la sécurité de l’alimentation, avec le volet agriculture, mais aussi la virologie, l’immunologie. Des domaines de la santé globale sur lesquels on va travailler ensemble et définir nos priorités. Le One Health sera probablement l’une des futures priorités.

Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, M. Champagne et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche en France, Mme Retailleau. Crédit image : Ambassade de France à Ottawa

Puis pour la première fois, nous avons organisé un comité mixte sur la recherche et l’innovation avec des thématiques comme le quantique et l’intelligence artificielle. Nous avons identifié des thèmes d’intérêt dont le changement climatique, les pôles, l’océan, tout ce qui est maritime. Évidemment, avec le Canada, c’est un sujet qui va de soi. Puis, il y a toutes les thématiques sur les énergies, qu’elles soient énergies nucléaires ou bien énergies renouvelables.

Comment le rayonnement de la France et plus particulièrement l’enseignement supérieur et la recherche peut-il bénéficier aux communautés francophones et bilingues en Ontario?

Cette visite va amener des collaborations. Nous avons parlé de bilinguisme en effet. C’est un sujet qui revient quand on parle des publications scientifiques et de la science en français. Nous en avons discuté avec le ministre Champagne, puis au niveau provincial avec la ministre Dunlop. C’était très important pour moi aussi d’avoir ces rencontres par rapport aux universités et à l’enseignement. Ce qui nous amène à la mobilité de nos étudiants. C’est un sujet qui a été au cœur de nos discussions et sur le terrain avec les universités. Comment favoriser, faciliter la mobilité des étudiants dans les deux sens?

Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités de l’Ontario, et la ministre Retailleau. Source : Twitter Jill Dunlop

Je pense qu’en augmentant ces mobilités, en facilitant les coopérations à tous les niveaux et en ayant un focus particulier sur le bilinguisme, ça va permettre de porter cette francophonie aussi. À travers la science et l’enseignement, on touchera aux défis du futur. C’est pourquoi il faut jouer un rôle dans le bilinguisme. C’est une des priorités de notre président de la République, et je crois que mon voyage au Canada et en particulier en Ontario se place sous ce contexte-là. »

L’AFO recommande plusieurs avancées dans les soins de santé en français

TORONTO – Dans deux lettres adressées lundi au ministère de la Santé et à Santé Ontario, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) relance plusieurs propositions « novatrices et concrètes » s’appuyant sur le cadre législatif existant pour améliorer l’accès aux soins de santé en français.

L’AFO demande notamment au ministère de s’assurer que l’identification de fournisseurs de services s’accompagne d’une réelle responsabilité à offrir ces services et chemine, en bout de ligne, à la désignation sous la Loi sur les services en français (LSF).

Or, dans plusieurs régions, des organismes de santé ne sont pas désignés comme offrant de tels services.

L’organisation représentant les intérêts des Franco-Ontariens presse d’un même souffle le gouvernement à identifier les Équipes Santé desservant les régions désignées, avant une désignation à terme. Une désignation qu’elle aimerait aussi voir s’appliquer aux unités de santé publique desservant les populations de ces régions.

Fabien Hébert, président de l’AFO, espère que le budget mentionnera l’Université de Sudbury. Archives ONFR+

L’AFO souligne par ailleurs le flou qui entoure toujours les entités de planification de services de santé en français dans le nouveau système de santé lancé en 2019. Elle recommande sur cette question un alignement des régions des entités avec celles de Santé Ontario, une bonification de leurs budgets et qu’on leur confie le mandat de mettre en place d’une stratégie pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre.

Les deux rapports mettent en exergue la nécessité de collecter les données linguistiques de manière à mieux orienter les besoins changeants et à jumeler efficacement les patients aux médecins de famille parlant français.

Un responsable des services en français au sein de Santé Ontario

Afin de mettre en œuvre ces propositions, aucun besoin de changer des règlements ni de voter de nouveaux textes. La Loi de 2019 sur les soins interconnectés, la stratégie ontarienne sur les services en français, mais aussi la Loi sur les services en français et sa dernière mouture incluant l’Offre active offrent le cadre légal nécessaire.

« C’est une question d’équité, d’efficacité et d’efficience du système et de qualité de service » – Fabien Hébert

« Le gouvernement détient de bons leviers pour mettre de l’avant les recommandations que nous leur partageons », estime donc le président de l’AFO, Fabien Hébert. « La santé en français, c’est une question d’équité, d’efficacité et d’efficience du système et de qualité de service. »

Dans une seconde lettre adressée à Santé Ontario, son organisme recommande d’élaborer des cibles claires en matière de désignation sous la LSF. Santé Ontario devrait  identifier les fournisseurs et les tenir imputables.

L’AFO suggère à l’agence provinciale d’obliger les fournisseurs de services à collecter les données linguistiques afin d’améliorer la planification et la coordination des soins, mais aussi à se doter d’un poste de responsable des services en français se rapportant directement à la direction générale.

La désignation, « un outil important pour la communauté » dit Mulroney

Questionnée ce mardi à Queen’s Park par la députée progressiste-conservatrice Goldie Ghamari sur la simplification du processus de désignation des organismes sous la LSF, la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney a mis en avant les dernières avancées en la matière.

« Nous avons modernisé le processus de désignation et nous ajouterons des fonctionnalités à la plateforme en ligne cette année, notamment en intégrant l’évaluation triennale des organismes. C’est un outil important pour la communauté », a indiqué en chambre Mme Mulroney.

Le gouvernement n’a pas encore actualisé la liste des organismes désignés sur laquelle s’appuie la Loi.

« Nous sommes convaincus que ces éléments (contenus dans les rapports) sont essentiels pour améliorer l’accès aux soins de santé en français pour les francophones de l’Ontario », insiste M. Hébert. « Nous croyons que la réalisation de ces recommandations pourra te permettre d’accéder plus facilement à des services de santé et de soins de longue durée en français. »

Roxanne Lormand, directrice générale de l’UCFO : « Nous devons viser les jeunes »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Roxanne Lormand est la nouvelle directrice générale de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO). Originaire de Chute-à-Blondeau, la Franco-Ontarienne est une mordue d’agriculture. Diplômée en environnement, elle possède de nombreuses connaissances dans le secteur agricole et horticole en Ontario. De novembre 2018 à février 2022, elle était la rédactrice en chef du journal Agricom.

LE CONTEXTE :

En septembre 2022, l’ancien directeur général de l’UCFO avait quitté le navire. Depuis, l’organisme œuvrait sans personne à sa tête. En février dernier, Renée-Claude Gouet en entrevue avec ONFR+ disait réfléchir à une nouvelle stratégie pour l’organisme.

L’ENJEU :

La nouvelle directrice générale représente un leadership féminin en agriculture que beaucoup apprécient. Ce vent de nouveauté n’empêche pas que les problèmes de mains-d’œuvre, le manque de relève, les changements climatiques ou encore l’inflation, restent des combats à gagner pour le monde agricole.  

« Quelle est votre vision pour les années à venir au sein de l’UCFO?

Dans le monde agricole, aujourd’hui et depuis la pandémie, c’est sûr qu’on vise plusieurs objectifs. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai voulu m’engager. D’abord, il nous faut encadrer la relève existante, puis on veut vraiment défendre les intérêts de nos producteurs et agriculteurs partout dans la province. Bien sûr, il ne faut pas oublier nos jeunes qui arrivent dans le milieu. Donc, je pense qu’à long, moyen et court terme, nous devons viser les jeunes.

On est vraiment un organisme de promotion à l’ensemble de l’Ontario. On représente les intérêts de tous les agriculteurs et agricultrices franco-ontariens, que ce soit le Sud, le Centre, l’Est et le Nord. On a un siège social basé dans l’Est de l’Ontario, mais on a toujours voulu représenter l’ensemble de la province. On participe à des activités un peu partout. Avec la pandémie des dernières années, ça a été un peu plus difficile, mais notre dernier Prix Pierre-Bercier, par exemple, a été attribué à un couple d’agriculteurs de Kapuskasing.

Avec le virtuel – c’est une de mes visions –, je voudrais connecter encore plus les gens. On sait que dans le milieu rural, ce n’est pas toujours facile. C’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur en tant que nouvelle directrice générale.

Évidemment, j’ai intérêt à faire propulser l’organisme, comme développer des partenariats ou relancer des actions qui ont déjà été entreprises dans le passé.

Quelle place la femme devrait-elle occuper dans l’agriculture?

Quand j’ai eu la position de directrice générale, j’ai été doublement fière parce que j’avais à la fois le chapeau de directrice, mais aussi d’une femme dans le monde agricole. J’ai beaucoup de respect pour toutes les agricultrices. Il y en a toujours eu, il y en aura toujours. Donc, le leadership féminin, c’est quelque chose qui est très important pour l’UCFO.

Roxanne Lormand veut attirer les jeunes en agriculture. Gracieuseté

De mon côté, je pense qu’il faut mettre en valeur les femmes qui sont dans le monde agricole et agroalimentaire. Il y en a de plus en plus, c’est merveilleux. Nous devons être là pour les accompagner. Autant qu’on accompagne nos agriculteurs, on va accompagner nos agricultrices. On veut bien les outiller aussi. C’est une double fierté d’être ici aujourd’hui.

À travers ce nouveau défi professionnel, démontrez-vous, en quelque sorte, qu’il y a un avenir pour la jeunesse dans le monde agricole?  

À l’aube de mes 30 ans, je veux vraiment cheminer dans cette carrière. C’était le bon moment, la belle option pour moi. Je peux relier mes deux amours : la francophonie et l’agriculture. Ça rejoint mes valeurs. C’est pour ça que je suis vraiment fière d’être rendue ici aujourd’hui. C’est un bel avenir et je sais qu’il y a de l’avenir. J’entrevois personnellement plusieurs années avec l’UCFO.

Cela fera-t-il partie de votre stratégie que d’inciter les jeunes à prendre part à l’agriculture?

On va aller rechercher des jeunes pour le monde agricole. La relève, c’est justement un des enjeux. Le manque de main-d’œuvre – on ne s’en cachera pas – touche également le secteur de l’agriculture, puis il y a aussi la retraite. Il y aura de nombreux producteurs qui vont partir à la retraite dans les prochaines années. C’est très important de miser sur la relève. Pour ce faire, nous allons accompagner et aider nos jeunes.

Du haut de ses 30 ans, la nouvelle directrice générale représente la jeune et le leadership féminin dont l’UCFO aura besoin. Gracieuseté

Face aux multiples enjeux du monde agricole, comment allez-vous prioriser vos tâches?

Les cultures changent, les conditions météo changent. Que ça soit la sécheresse, les inondations, on en a vu de toutes les couleurs ces dernières années. Les producteurs doivent s’adapter de différentes façons. Il y a la modernisation de l’équipement qui arrive et les façons de faire qui évoluent. Ajouter à cela l’inflation, les coûts de la vie qui augmentent. On surveille tout cela, bien évidemment.

Dans cet univers, il n’y a pas deux journées pareilles. C’est pour ça que ça prend des gens passionnés pour faire ce métier. Des gens qui ont le désir de se lever chaque matin pour aller voir leur culture, leurs plantes, leurs animaux… »

Plus de 50 candidatures au comité des affaires francophones de Toronto

TORONTO – La période de candidature au Comité consultatif des affaires francophones de la Ville est désormais fermée. La Ville ne retiendra, d’ici juin prochain, que huit membres parmi plus d’une cinquantaine de postulants.

Les dossiers reçus vont maintenant être examinés par la division Développement économique et culture de la Ville qui présélectionnera et auditionnera les profils les plus significatifs début mai. Un rapport contenant les candidats recommandés sera ensuite transmis au Comité des nominations civiques du conseil municipal pour examen. La décision finale devrait donc intervenir en juin.

Huit membres – quatre issus d’organismes et quatre autres issus du public -, dont un coprésident, siégeront alors au côté de la conseillère municipale Dianne Saxe, également coprésidente. La nouvelle équipe ainsi constituée aura pour mandat d’émettre des recommandations auprès du conseil afin d’améliorer le sort de la communauté et susciter son engagement.

La Ville renouvelle de multiples comités de ce genre pour prendre le pouls des communautés, mais leur dimension facultative et la faible fréquence de leurs réunions les rend d’ordinaire peu opérants.

Le comité des affaires francophones lui-même n’a pas convaincu jusqu’à présent. Le conseil municipal ne débat d’ailleurs généralement pas d’enjeux francophones, considérant que le français n’est pas une langue parlée dans une forte proportion, comparé aux autres langues comme le chinois, l’espagnol ou l’italien.

Emploi, logement, arts et communication en français

Pourtant, plusieurs candidats entendent changer la donne. C’est le cas de Zahra Diallo. La présidente de l’ACFO-Toronto se présente avec la ferme intention de peser sur le cours des décisions municipales.

« Siéger au comité nous permettrait d’avoir les oreilles de la Ville sur les enjeux importants pour les francophones et d’influencer les projets sur lesquels elle travaille », dit-elle, estimant que l’emphase devrait être mise sur l’accès en français au logement, à l’emploi et sur les communications de la ville dans les deux langues officielles.

Autre candidate, Stéphanie Chouinard espère, si elle est retenue, mieux faire connaître les activités de ce comité peu connu des Franco-Torontois. « Il faut s’assurer que les gens soient au courant du fait qu’ils ont une voix dans l’administration municipale et que leurs représentants l’utilisent à bon escient en allant chercher les différents points de vue pour les amener à la table. »

Manuel Verreydt, Amikley Fontaine et Stéphanie Chouinard ont présenté leur candidature au comité des affaires francophones de Toronto. Montage ONFR+

Pour sa part, Amikley Fontaine se porte candidat afin de se battre pour la diversité. « Il faut des programmes qui favorisent l’inclusion et l’intégration économique des Franco-Torontois », milite-t-il.

Il plaide aussi pour que la ville ait 15 % d’employés francophones pour favoriser l’accès réel aux services en français et que des documents comme le budget municipal soient présentés dans les deux langues officielles. « Un programme d’appui à francophonie torontoise pourrait aussi beaucoup aider », imagine-t-il.

« On a besoin d’un espace culturel de taille moyenne dédié aux arts de la scène » – Manuel Verreydt

Manuel Verreydt, quant à lui, se donne pour objectif de sensibiliser la Ville à la sauvegarde des lieux d’expression artistique.

Celui qui est directeur de la communication et du marketing au Théâtre français de Toronto qualifie son combat d’existentiel, tant les petites salles de théâtres ont disparu les unes après les autres au profit de grandes structures culturelles.

« La francophonie ne serait pas quoi faire de telles salles qui coûtent des millions. Par contre, on a besoin d’un espace culturel de taille moyenne dédié aux arts de la scène. On devient de plus en plus un théâtre nomade, dépendant de  grandes structures, et ça c’est un vrai problème pour attirer et fidéliser notre public. »

Changer un « protocole paralysant »

Mais comment une instance consultative se réunissant trois fois par an pourrait-elle pousser la Ville à adopter ses recommandations? « Il faut améliorer le système », convient Mme Diallo. « On pourrait aborder la fréquence des réunions dès qu’on sera élu et qu’on siégera. »

Face à la relative atonie des comités précédents, la politologue au Collège royal militaire, Stéphanie Chouinard, aimerait changer la dynamique : « La communauté doit être entendue et portée dans le reste de l’administration  municipale. C’est à ce que ce comité doit servir et ce n’est pas l’impression que j’ai en ce moment. »

« Je ne vois pas vraiment ce que l’on peut faire en trois réunions par an, mais mieux vaut être assis à la table qu’en dehors », garde espoir M. Verreydt, ajoutant que la cohésion des membres sera un atout important pour faire passer le message.

Zahra Diallo, présidente de l’ACFO Toronto, se présente également. Crédit image : Rudy Chabannes

Ceci dit, tout n’a pas été noir dans le précédent comité, contextualise Lise Béland, vice-présidente au Collège Boréal et membre sortante du comité. Cette instance a été « très utile », selon elle.

« On a abordé plein de dossiers brûlants pour les francophones. On a été capable de parler de nos défis, de soulever le problème des bibliothèques, du transport, du logement, de parler au responsable du secrétariat pour obtenir des sondages pertinents comme savoir où habitent nos gens. »

« On avait un maire francophile jusqu’ici mais ce n’est pas du tout dit que ce sera le cas après » – Stéphanie Chouinard

Marcelle Lean, membre sortante et directrice de Cinéfranco, fait une lecture plus nuancée. « On a appris beaucoup de choses sur le fonctionnement de la ville mais on a été un peu coincé par un protocole paralysant ». Sans compter « le malaise de la pandémie ».

Elle croit que si les membres n’étaient pas des leaders d’organisme, peut-être auraient-ils une vision plus terre-à-terre de la vie quotidienne et des services municipaux et seraient-ils « plus vocaux » sur des revendications concrètes, tandis que nous « on planait sur de grands thèmes ». « Il faut changer cette approche protocolaire », tranche-t-elle.

À l’aube du changement de maire, ce nouveau comité aura un impératif de résultats, prévient Mme Chouinard. « On avait un maire francophile jusqu’ici mais ce n’est pas du tout dit que ce sera le cas après l’élection de son successeur. »

Si la date de la première réunion n’est pas encore fixée, elle a de fortes chances d’intervenir à la rentrée prochaine.

L’avortement au Nouveau-Brunswick : le canari dans la mine canadienne

ONFR+ s’est rendu au Nouveau-Brunswick où l’accès à l’avortement fait l’objet d’un débat constant depuis plus d’une décennie, à contre-courant des autres provinces canadiennes. Quelles raisons expliquent cette exception canadienne?

Lorsqu’on sillonne les routes de la province, on dénote ce qui constitue les racines économiques de la province, ses industries primaires de ressources naturelles : forestières, halieutiques et bien entendu gazières, avec la raffinerie Irving oil, la plus grande au Canada et omniprésente dans plusieurs secteurs.

On est loin des Ottawa et Toronto et des grands centres ponctués d’entreprises multinationales, ce qui fait pour certains le charme de cette province bilingue et acadienne, où près de 30 % de francophones y vivent. Le côté rural et traditionnel ne rejaillit pas seulement dans son économie, mais aussi dans son tissu social, d’où le lien avec l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick.

« On a une population qui est probablement plus conservatrice, pas nécessairement politiquement conservatrice, mais au niveau des valeurs », avance Claire Johnson.

La professeure à l’Université de Moncton spécialisée en gestion des services de la santé s’est penchée sur l’accessibilité à l’avortement dans la province, la seule à ne pas les permettre à l’extérieur des hôpitaux.

Cet accès est ainsi limité à trois endroits : deux hôpitaux à Moncton et un à Bathurst dans le nord-est. Le gouvernement refuse de couvrir les avortements pratiqués dans la seule clinique provinciale, via l’assurance-maladie, même si un tel remboursement est requis en vertu de la Loi canadienne sur la santé.

Depuis plusieurs années, Ottawa retire de l’argent envoyé au Nouveau-Brunswick pour les transferts en santé, car la province contreviendrait à cette loi en rendant difficile l’accès à l’avortement, selon le fédéral. L’Association canadienne des libertés civiles poursuit d’ailleurs le gouvernement en justice sur cette question.

Un mouvement pro-vie « assez puissant »

Mais comment expliquer que toutes ces caractéristiques distinguent le Nouveau-Brunswick de certains de ses voisins comme la Nouvelle-Écosse ou encore le Québec?

Il faut d’abord y voir un lien direct avec le tissu social, une base religieuse encore très présente, une population vieillissante, des valeurs plus traditionnelles et familiales, énumère Mme Johnson. Cet attachement se fait sentir aussi au niveau politique avec un mouvement pro-vie « assez puissant » auprès des élus de la province, ce qui rend le changement difficile.

« Au niveau politique, il n’y a pas eu le même détachement entre la religion et la politique qu’on voit ailleurs (…). J’ai fait des entrevues avec des politiciens et eux ils vont dire que la présence religieuse est palpable à l’Assemblée législative », rapporte la professeure.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick Blaine Higgs. Source: Twitter
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick Blaine Higgs se dit ouvertement pro-vie. Crédit image : Stéphane Bédard

Les choses semblaient toutefois aller dans la bonne direction au milieu des années 2010.

En 2014, le précédent premier ministre et chef libéral Brian Gallant, fait de l’accès à l’avortement un sujet central de sa campagne électorale. Arrivée au pouvoir, les libéraux retirent une partie d’un règlement qui nécessitait la signature de deux médecins pour avoir accès à un avortement par voie d’opération en plus de permettre aux médecins de famille, qui le souhaitent, de pratiquer des avortements. Elle est aussi la première province au pays en 2017, à avoir rendu un accès universel gratuit à la pilule abortive.

Mais en 2018, les libéraux sont défaits par les progressistes-conservateurs et leur chef Blaine Higgs, ouvertement pro-vie mais qui a toujours maintenu que sa position n’influencerait pas la façon dont le gouvernement gère cet enjeu.

« Certains à l’intérieur du parti disent que Brian Gallant a perdu l’élection à cause de ça », glisse Claire Johnson.

Le dernier des mohicans : la Clinique 554

Il existe bien un cas à part ou bien un acte de résistance au sein de la province : la Clinique 554 à Fredericton, seul établissement dans la province offrant des services d’avortement privés. Mieux connue sous le nom de Clinique Morgentaler qui avait fermé en 2014, elle a été rouverte en 2015, par le Dr Adrian Edgar, puis a été renommée Clinique 554. Il a dû la vendre par manque de fonds, l’établissement roulant sur des donations depuis son ouverture et, car « on n’a jamais fait un seul sou de profit avec la clinique », précise-t-il.

Le docteur loue désormais une petite salle dans le bâtiment pour y pratiquer environ une fois par semaine. Les femmes qui y viennent doivent payer près de 800 $ pour un avortement. Ce dernier a pratiqué par le passé en Ontario et en Colombie-Britannique, un monde complètement différent.

« Le gouvernement fait tout pour que l’accès soit le moins sécuritaire possible » – Dr Adrian Edgar

« Je suis venu au Nouveau-Brunswick en sachant que ce serait comme ça », affirme le Dr Edgar. « Le pire est que notre gouvernement a ciblé les femmes qui veulent un avortement de façon sécuritaire. Il fait tout pour que l’accès soit le moins sécuritaire possible », déplore-t-il.

Le gouvernement considère l’offre suffisante avec les trois hôpitaux publics et l’accès à la pilule mifépristone, mais c’est faux, dénonce le médecin. La solution pourrait être simple, d’après lui : permettre aux cliniques d’avortement de recevoir des fonds gouvernementaux pour effectuer des opérations.

« C’est frustrant, parce qu’on voit ces gens qui viennent. Je leur tiens la main, essuie leurs larmes, écoute leur histoire. C’est très dur quand tu dois t’asseoir à côté de quelqu’un qui souffre. Tu sais et tu sens que c’est injuste, car il n’y a aucune raison pour que cette personne souffre. »

Crédit image : Pascal Vachon

Sa collègue, Allison Webster, une conseillère à la Clinique 554, décroche notamment le téléphone pour parler aux femmes, parfois pendant des heures. Ce sont des centaines d’appels chaque année. Qui est au bout du fil? « Des gens assez tristes, stressés », répond-t-elle. Ce sont souvent des femmes qui ne savent pas trop quoi faire.

« Ce n’est pas rare que je sois au téléphone plus d’une heure avec des patientes pour expliquer toutes les options », énonce Mme Webster, qui dit recevoir de trois à cinq appels chaque semaine.

Au Canada, on estime que près d’une femme sur trois aura recours à un service d’avortement au cours de sa vie. Pourtant, au Nouveau-Brunswick, le sujet reste tabou et le gouvernement ne fait rien pour améliorer la situation, ce qui paraît dans la transmission des informations au public, avancent les intervenants que nous avons rencontrés.

Allison Webster se souvient qu’il y a seulement quatre à cinq ans les opératrices sur la ligne de santé provinciale, le 811, référeraient les demandes d’avortement à des organismes reliés au mouvement pro-vie.

Il n’est pas rare non plus que des femmes se tournent vers la Clinique 554, car elles n’ont jamais reçu de retour un des trois hôpitaux publics concernant un accès à un service d’avortement après avoir laissé un message. D’autres fois, c’est parce que le temps d’attente peut aller jusqu’à deux mois, expose Mme Webster.

Moncton est l’une des deux villes au Nouveau-Brunswick à offrir des services publics d’avortement chirurgicaux. Archives ONFR+

La religion « propriétaire » de certains hôpitaux

À une dizaine de pas de la clinique, le bureau de l’organisme pro-vie New Brunswick Right To Life s’est installé à cet endroit deux ans après l’arrivée de la Clinique 554. Par le passé, l’établissement a été la cible de personnes associées à ce mouvement qui venait manifester à proximité, abordant et harcelant les femmes souhaitant se faire avorter.

Le centre offre notamment des « options services pour les grossesses », mais refuse de dire exactement quels services sont offerts car « ce n’est pas quelque chose dont on parle vraiment publiquement », nous explique sa directrice générale, Heather Hughes. Elle ajoute que les femmes qui viennent peuvent parler avec une infirmière pour notamment montrer d’autres voies possibles que l’avortement.

Le mouvement antiavortement est de plus en plus discret, mais a encore beaucoup d’influence, note Claire Johnson. Il est notamment présent à même le système de santé en vertu d’une entente entre le ministère et un organisme religieux. Des hôpitaux de la province sont de la propriété d’une organisation appelée Santé catholique internationale.

« Ils ont publié un guide éthique qui dit spécifiquement qu’ils sont antiavortement et que n’importe quelle organisation liée à eux doit l’être aussi », expose Claire Johnson.

La professeure de l’Université Moncton ajoute que la saga Roe VS Wade aux États-Unis à l’été 2022 à donner un second souffle au mouvement pro-vie dans la province.

« Un produit révolutionnaire »

Le fait que la pilule abortive soit gratuite et universelle est un fait qui n’est pas assez connu, clame Martha Paynter, porte-parole d’un réseau de soins d’avortement, lancé par des professionnels du Nouveau-Brunswick. Cette dernière ne cache pas qu’il y a des défis dans l’accès aux soins à travers la province et qu’il est important d’avoir le choix entre un accès chirurgical ou par médicament. Elle estime toutefois que l’accès à la pilule abortive est un « game changer », mais qui gagne à être connue.

« C’est un produit révolutionnaire et on ne parle pas assez de ça », pense-t-elle, stipulant que les données parlent d’elles-mêmes.

Elle prend l’exemple de la France, qui a implanté la pilule abortive, communément appelée l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par médicament depuis 1990. L’utilisation par médicament, en établissement et hors d’établissement n’a cessé d’augmenter chaque année alors que celle par intervention chirurgicale ne cesse de descendre depuis 2010, selon les données françaises.

Martha Paynter est une porte-parole de l’organisme Mon Choix NB. Crédit image : Pascal Vachon

Au Nouveau-Brunswick, on est passé de 736 demandes de l’avortement médicamenteux en 2019-2020 à 828 en 2021-2022, selon les plus récentes données de la province. Selon Mme Paynter, il faudrait augmenter la publicité autour de l’accès notamment en mettant des panneaux d’affichage géants ou encore en créant une ligne médicale téléphonique dédiée aux services médicaux d’avortements comme en Nouvelle-Écosse.

« Le public ne sait pas comment contacter les professionnels. Toutes les infirmières et médecins de famille peuvent prescrire aujourd’hui la pilule mais l’information est une partie importante de l’accès », dit celle qui est aussi professeure à l’Université du Nouveau-Brunswick.

Les choses pourraient-elles changer?

« Le tabou est encore important et ça l’empêche la bonne circulation de l’information aux bons endroits », renchérit Julie Gilet du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, dont l’organisme travaille avec des femmes francophones et acadiennes en quête de soins, comme l’avortement.

L’une des solutions serait d’augmenter les points d’accès, notamment dans le sud comme à Fredericton ou à Saint-John, suggère-t-elle. Il n’est pas rare que des clientes dans le Nord-Ouest ou au sud de la province se rendent au Québec.

L’interruption de grossesse par médicaments est disponible jusqu’à neuf semaines, mais ce n’est pas tout le monde qui peut le faire, avance le Dr Edgar. Il cite l’exemple de femmes vulnérables comme des mères monoparentales, des femmes immigrantes ou encore qui ne peuvent pas prendre congé.

« Et si vous n’habitez pas près de Moncton? Le gouvernement dit que vous pouvez prendre un médicament et que nous le paierons ou que vous pouvez subir une intervention, mais que vous allez payer. Ainsi, chaque personne est privée de son propre choix réel. »

« Je pense que c’est une chose barbare. Personne ne devrait être obligé de se faire avorter seule à la maison sur sa cuvette de toilette dans la douleur » – Adrian Edgar

Peut-on penser que la situation changera dans les prochaines années dans la province? « Les chances sont faibles », analyse Claire Johnson.

« Les gens au Nouveau-Brunswick sont tannés d’entendre parler de ça. Pour vous c’est nouveau, mais pour les gens ici, ça fait longtemps qu’on parle de la Clinique 554, ça fait longtemps qu’on parle de l’accès inéquitable, mais il n’y a rien qui bouge gouvernement après gouvernement. »

La professeure de l’Université Moncton Claire Johnson. Crédit image : Pascal Vachon

Quand on parle à Adrian Edgar, le professionnel de la santé, on sent que le poids de ce combat de tous les jours pèse sur les épaules.

« Ça vient peser lourd quand on atteint un point où même les gens du mouvement pro-avortement ont accepté le récit du gouvernement selon lequel la pilule suffit et que tout le monde peut l’obtenir. Nous devrions avoir une réflexion critique sur les soins que nous pouvons fournir à nos patients et ça ne correspond pas à un modèle unique où la pilule est l’avenir des soins d’avortement. »

Et de conclure : « Ça fait peur. C’est effrayant de travailler dans un endroit où les gens continuent à accepter ça aujourd’hui », soupire le docteur Edgar.

« La méthode Barbara » : une révolution de l’éducation

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – La principale du Lycée français de Toronto (LFT) Barbara Martin est une véritable magicienne de l’éducation. Plus jeune principale d’un collège de France à l’âge de 29 ans, elle est ensuite devenue cheffe des collèges de France, avant d’immigrer au Canada. Dans son premier roman La méthode Barbara, publié en 2022, elle raconte son expérience dans l’un des lycées les plus difficiles de la banlieue parisienne au milieu des tumultes d’une réforme, des protestations des gilets jaunes et d’une pandémie. Sa méthode d’éducation, fondée sur le respect et l’humanité, regagne la confiance de la jeunesse.

« Qu’est-ce qui vous a amenée à travailler dans l’éducation?

Rien ne m’y prédestinait. Mes deux parents venant d’un environnement social très pauvre, ma mère étant fille d’immigrés polonais, mon père ayant été abandonné par sa famille, ils n’avaient aucun code sur l’éducation et avaient même vécu une certaine forme de violence institutionnelle discriminatoire, n’appartenant pas à l’élite.

Un jour, une ministre avait déclaré que « l’école est en priorité pour ceux qui n’ont qu’elle pour pouvoir s’en sortir », ce qui m’avait énormément marquée. Je me suis forgée à l’école. C’est là que j’ai tout appris de cet environnement. Enfant unique, j’étais très sociable et ma mère m’a inscrite au théâtre ce qui m’a donné encore plus d’aptitudes sociales.

Quelle filière aviez-vous initialement choisie?

J’étais une élève très moyenne mais après un baccalauréat scientifique, je me lance dans les études de biologie et de géologie de façon un peu intuitive et je deviens une bonne étudiante. Quand on étudie une matière qu’on adore, ça devient facile. C’est ce que je dis souvent à mes étudiants. Au moment de la maitrise (Master), les professeurs nous incitent à passer le concours de professeur pour ajouter une corde à notre arc.

Je le réussis haut la main, à ma grande surprise. Je deviens ainsi prof un peu malgré moi mais ça deviendra un révélation. J’ai décidé de rendre à l’école ce qu’elle m’a donné, elle qui avait été au centre de ma vie avec le sentiment que je n’avais qu’elle et dont j’ai tant appris sur l’humain.

À 29 ans vous êtes devenue la plus jeune proviseure de collège en France. Comment cette opportunité s’est-elle présentée?

J’étais dans ce collège dans lequel j’adorais enseigner les sciences de la vie et de la Terre, en particulier aux élèves en difficulté. Nous faisions tellement de projets pour les élèves qu’un collègue m’a proposé de passer le concours de personnel de direction pour qu’on puisse en organiser à plus grande échelle.

Énorme concours de circonstances : le critère d’âge est retiré cette même année (chose que je ne savais pas). C’est seulement grâce à ça que j’ai pu le passer. Sinon, j’aurais été trop jeune. Je le décroche notamment grâce à l’oral car je pense que le jury a été convaincu par mon optimisme intarissable et par mon engagement pour changer les choses dans l’éducation.

Vous avez aussi travaillé pour le ministère de l’Éducation nationale?

Après ces quatre années, en 2017, le ministre de l’Éducation nationale s’est intéressé à mon approche et m’a demandé de travailler au ministère en tant que cheffe des collèges de France pour plancher sur les politiques éducatives.

Après un an, le terrain me manquait. Je suis alors devenue proviseure du Lycée Joliot-Curie, un lycée assez difficile dans la banlieue parisienne mais justement un endroit où on peut se sentir utile et qui compte 1700 élèves. C’est là que les enfants d’un milieu plus populaire ont besoin de l’école pour s’en sortir.

Votre livre relate tout particulièrement cette expérience. Comment l’idée d’écrire vous est-elle venue?

Je ne cherche jamais à être dans la lumière. On a donc dû venir à moi pour ça! J’ai eu l’occasion de rencontrer Sophie de Closets, la présidente de la maison d’Éditions Fayard. Elle a été bluffée par mon histoire et mes expériences si positives dans ce lycée difficile Joliot-Curie, vécues en même temps que les tourmentes de l’actualité avec la violence des gilets jaunes, la COVID et la réforme du baccalauréat. Elle m’a demandé de raconter mon histoire en travaillant avec un journaliste qui a fait un merveilleux travail de compilation et de rédaction.

Barbara Martin avec Victor Wembanyama, un ancien élève du Lycée Joliot-Curie, joueur de basket français pressenti pour rejoindre la NBA, du haut de ses 2,21 mètres. Gracieuseté

En quoi consiste la méthode Barbara, du nom de votre livre?

Mon prénom dans le titre permet de montrer que, derrière cette approche, c’est la personne qui travaille avec son cœur et ses trippes. J’ai eu des échos absolument merveilleux de gens qui n’assumaient pas leur sensibilité dans notre société et qui maintenant osent agir avec le cœur. Pourquoi ne parlerions-nous pas humainement aux enfants comme on le ferait avec ses propres enfants? Je n’ai jamais été malmenée par les lycéens qu’on m’avait dit être violents et insolents.

On m’avait pourtant prédit qu’étant une femme jeune, je n’y arriverais pas. Loin de me décourager, j’ai appliqué la même méthode qu’avec mes enfants : une pédagogie positive, mais une pédagogie exigeante en leur témoignant du respect.

Pourriez-vous nous donner l’exemple d’un élève qui vous a particulièrement marquée?

J’ai l’expérience d’un élève qui était impulsif et qui revenait d’un conseil de discipline. La raison pour laquelle la confiance s’est établie, c’est parce qu’il savait que je le respectais et que je voulais qu’il réussisse, sans stratagème. Les discussions étaient d’humain à humain.

On doit prouver aux enfants qu’ils peuvent avoir confiance en nous. En termes de pédagogie, j’ai beaucoup de choses à dire mais c’est le côté relationnel qu’on doit bâtir en premier. Tout commence par l’école en rétablissant l’empathie, la confiance : laisser les émotions et la sensibilité être au premier plan.

C’est un travail du collectif. Armée de mon sourire, j’ai essayé d’irradier ce message dans ce lycée. Se sourire c’est la plus belle façon de connecter les uns avec les autres, c’est aussi ça ma méthode Barbara.

Où puisez-vous une telle force?

Il y a une forme de résilience. Même dans les moments difficiles, je puise dans ma joie intérieure, comme un carburant. Quand c’est dur, je le communique aussi et je donne l’exemple aux enfants et à mes équipes de faire de même. Le fait d’avoir cinq enfants me donne également cette force. J’ai trois enfants biologiques et mon compagnon a lui-même deux enfants. Par ailleurs, si une chose me parait juste, même non conventionnelle, je vais le faire en faisant fi des préjugés et des barrières.

Un jour, j’ai accueilli un jeune de 18 ans du lycée qui avait été mis à la rue de chez lui en décembre, avec aucune autre alternative. Il était hors de question de le laisser livré à lui-même. Il est donc resté un mois dans mon foyer avec ma famille. Ça m’a fait ressentir beaucoup de gratitude. Je le raconte dans le livre. Beaucoup de gens n’auraient pas osé le faire et c’est dommage. Ce sentiment de justice est ma boussole.

Barbara Martin
Barbara Martin à la remise de l’ordre national du Mérite, entourée de son personnel administratif. À sa gauche : Aurélie De Turckheim, directrice admissions et communication, Anastasiya Sirykova, responsable des admissions. À sa droite : Françoise Bougaeff, proviseure adjointe et Sophie Aman, assistante de direction. Gracieuseté

Vous avez reçu l’ordre national du Mérite français. Comment est-ce arrivé et qu’est-ce que ça vous a inspiré?

La petite fille polonaise en moi a été beaucoup touchée et j’ai trouvé que c’était un beau symbole de réussite pour ma famille. J’ai reçu cette belle distinction l’année dernière au Consulat général de France à Toronto, une volonté du ministère de l’Éducation nationale. C’est une très belle reconnaissance.

Vous avez pris la tête du Lycée français de Toronto en 2022 en pleine transition post-COVID-19. Qu’avez-vous entrepris à votre arrivée?

Ça a été un vrai moment de transition. L’année précédente, les élèves avaient manqué 26 semaines de classe en présentiel sur 36, ce qui a affecté tout le monde. J’ai donc joué le côté humain en premier lieu pour rétablir les liens et prendre soin de la santé mentale du personnel et des enfants.

En parallèle, il me fallait adresser la crise financière que traversait l’établissement, ce qui impliquait faire des coupes budgétaires car le bateau était en train de couler. Transparence, anticipation et accompagnement des personnes qui ont dû partir ont été essentiels. Cela a été un moment difficile mais ça a entériné une belle confiance.

Y-a-t-il des projets de rénovation prochainement dans le lycée?

Nous avons décidé de refaire entièrement la cour d’école, qui n’était que béton, pour en faire un espace de rassemblement pour prendre soin du corps, du cœur et de l’esprit. C’est devenu un projet collaboratif auquel tout le monde a participé pendant un an, même les parents, avec une levée de fonds. Nous allons y planter des arbres. Il y aura un terrain de soccer et même une salle de théâtre et une salle de classes extérieures.

Les travaux auront lieu en juillet et août pour une inauguration le 8 septembre 2023 à la prochaine rentrée scolaire. Cet investissement collectif a provoqué une vraie joie. Nous avons également le projet de changer toutes les fenêtres. Sur le long terme, nous souhaitons nous délocaliser pour doubler la capacité d’accueil, environ 800 à 900 élèves.

Quelle est la particularité du Lycée français de Toronto?

La Toronto French School (TFS) et le LFT ont ce point commun d’être des écoles accréditées par le ministère de l’Éducation nationale. La particularité du Lycée français de Toronto est que nous sommes les seuls à faire passer le baccalauréat français. Notre curriculum est donc français, notre socle est très solide.

J’essaye de croiser l’inclusion, la diversité, les compétences psycho-sociales et la créativité des écoles francophones, qui sont très fortes dans ces domaines, avec notre qualité d’enseignement pour prendre le meilleur des deux mondes.

Autre point qui nous identifie : nos enfants sont parfaitement bilingues. En termes d’effectifs, on a 60 % de Canadiens, 30 % de Français et 10 % d’autres nationalités. Les anglophones vont vraiment maitriser le français et les francophones vont vraiment maitriser l’anglais. On est l’école qui répond au bilinguisme, voire le plurilinguisme du fait de l’immersion culturelle totale.

L’enjeu du plurilinguisme est l’enjeu de l’ouverture d’esprit qui fait cesser toute forme de discrimination. Derrière ces questions de langue, il y a un enjeu de fraternité à apprendre aux enfants. »

Le LFT est la seule école française de Toronto homologuée par le Ministère français de l’Éducation nationale de la maternelle à la Terminale. Son credo est Where France meets Canada. Crédit image : Sandra Padovani et Gracieuseté

LES DATES-CLÉS DE BARBARA MARTIN

1978 : Naissance en France

2001 : Devient professeure, année qui marque la fin de sa vie d’étudiante.

2013 : Nommée cheffe d’établissement d’un collège à 29 ans.

2018 : Devient proviseure d’un lycée polyvalent de 1700 élèves et étudiants dans la banlieue parisienne.

2021 : Nommée proviseure du Lycée français de Toronto et vient s’installer avec ma famille au Canada.

2022 : Publie La méthode Barbara et reçoit l’ordre national du Mérite français

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

L’édifice de l’Assemblée législative de l’Ontario a 130 ans 

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

TORONTO – L’édifice de l’Assemblée législative de l’Ontario a 130 ans cette année. Construit après six ans de travaux, de 1886 à 1892, il ouvre officiellement ses portes le 4 avril 1893. Il est l’endroit où siègent les députés provinciaux, dans la capitale de l’Ontario.

Au moment de l’entrée en vigueur de la Confédération canadienne le 1er juillet 1867, l’Assemblée législative de l’Ontario siège dans un édifice au coin des rues Front et Simcoe, à Toronto. Cet édifice, érigé de 1829 à 1832, fut le troisième de style parlementaire à être construit sur le territoire du Haut-Canada (actuel Ontario). Il a servi jusqu’en 1841, puis de 1849 à 1859 au moment où la capitale de la Province du Canada-Uni alterne entre Toronto, Kingston, Montréal et Québec. 

L’édifice reprend du service en 1867, sa chambre haute en moins, puisqu’elle fut abolie l’année précédente. Siège du gouvernement et du pouvoir législatif jusqu’en 1892, l’édifice est ensuite abandonné, tombe en ruines, cible des vandales, avant d’être démoli entre 1900 et 1903. Son terrain est aujourd’hui occupé par la place Simcoe et les bureaux de CBC/Radio-Canada. 

Un choix controversé pour l’architecte du second édifice

Le parc Queen’s Park, situé à Toronto, fut l’un des premiers urbains publics dans l’Empire britannique. Orné de vastes jardins, il fut inauguré en grande pompe en 1860 par le prince Édouard, Prince de Galles (ultérieurement le roi Édouard VII) en l’honneur de sa mère, la reine Victoria. Aménagé sur des terrains appartenant à l’Université of Toronto, il est en vertu d’une entente conclue avec la Ville de Toronto loué par l’Université pour un montant symbolique de 1 $ pour une durée de… 999 ans! 

Le 26 avril 1880, le gouvernement annonce un concours international invitant les architectes à proposer des idées de plans et devis pour la construction d’un nouvel édifice plus grand et majestueux de l’Assemblée législative à Queen’s Park. 

L’architecte américain Richard A. White (1848-1911) de Buffalo est nommé par le jury du concours international d’architecture pour la conception de ce bâtiment. Il s’était fait remarquer pour sa conception de l’édifice du journal The Toronto Mail la même année du lancement du concours. 

Après avoir sélectionné les trois meilleures propositions, le jury finit par décider que ces propositions ne répondent pas aux exigences en matière de chauffage, d’éclairage et de ventilation. 

Le dessin d’un plan architectural de la façade (côté sud) et le chantier de construction, entre 1886 et 1892. Crédit image : Assemblée législative de l’Ontario

Le gouvernement propose un nouveau concours, auquel participent les deux meilleurs candidats du premier. On leur demande de réviser leurs plans originaux afin de déterminer un gagnant et la tâche revient à l’architecte Richard Waite (juge lors du premier concours) d’examiner les résultats. 

Il rejette les deux propositions, en lançant en guise de boutade qu’il pouvait faire mieux avec une main liée derrière le dos! 

N’ayant pas obtenu de proposition satisfaisante, le gouvernement de l’Ontario invite donc Waite à soumettre la sienne, qui est rapidement acceptée.  La construction commence au début de l’année 1886 non sans soulever des soupçons de favoritisme ainsi que l’ire d’associations d’architectes. 

Quoi qu’il en soit, l’ensemble est inauguré le 4 avril 1893 par le premier ministre de l’Ontario, Sir Oliver Mowat et devient rapidement un des symboles les plus reconnaissables du gouvernement provincial. 

Le complexe parlementaire occupe environ 1,6 hectare (4 acres) et compte quelque 200 pièces. Au moment de son ouverture, il est le dernier bâtiment législatif à être achevé des quatre provinces d’origines du Canada (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick et Québec). 

Le premier franco-ontarien à siéger dans cet édifice fut Alexandre Robillard, député libéral de Russell de 1886 à 1898. La première franco-ontarienne : la députée d’Ottawa-Vanier Claudette Boyer en… 1999! 

Un joyau architectural 

L’édifice est de style roman richardsonien. Il comporte aussi des éléments typiques de l’architecture du nord de l’Italie, comme les arches arrondies, les tours en dôme et les gravures finement détaillées. Les murs extérieurs sont faits de grès rose vieux de plus de 438 millions d’années, extrait d’une mine dans la région de Credit Valley, près d’Orangeville. Pour cette raison, l’édifice est parfois surnommé le « Palais rose » bien que le nom « Queen’s Park » se soit imposé dans le langage courant. 

Le toit est recouvert d’ardoise en provenance du Vermont, et les dômes sont recouverts de 42 tonnes métriques de cuivre. Les entrées couvertes des ailes est et ouest de l’édifice législatif sont des portes cochères, conçues à l’époque pour accueillir les calèches. 

Une délégation franco-ontarienne invitée par Paul D’Aoust (président de l’ACFO régionale de Toronto à l’époque) manifeste le jour du rapatriement de la Constitution canadienne le 17 mai 1982 à Toronto, devant l’Assemblée législative de l’Ontario. Crédit image : Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Les Éditions L’Interligne (C86), cote : Ph167-1274. Auteur : Paul De Broeck.

À l’intérieur de l’édifice se trouvent des colonnes et des gravures de fonte, des parquets en chêne, ainsi que des murs intérieurs et des lambris d’appui comptant plus de 10 millions de briques. De magnifiques sculptures en bois d’acajou et en bois de platane garnissent la Chambre législative. Les plafonds en vitrail des ailes est et ouest ont été conçus par la compagnie McCausland de Toronto. 

Au moment où sa construction s’achève, en octobre 1892, l’électricité est ajoutée.

Deux ailes sont annexées à une vaste unité centrale où se trouve la Chambre législative. Située originalement dans l’aile ouest de l’édifice législatif, la bibliothèque a été détruite pendant un incendie dévastateur en 1909. Elle est reconstruite dans la nouvelle aile nord, qui fut complétée en 1912.

L’aile ouest fut reconstruite selon son allure extérieure d’origine mais l’intérieur changea pour un style architectural édouardien, couvert de marbre italien, selon les plans de l’architecte torontois Edward James Lennox. (1854-1933). 

Malgré toute sa richesse architecturale, historique et symbolique et aussi surprenant que cela puisse paraître, l’édifice de l’Assemblée législative de l’Ontario n’est pas désigné en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. 

Un lieu de manifestations franco-ontariennes 

Abritant le pouvoir politique législatif et exécutif de la province, Queen’s Park a été le lieu de manifestations de la communauté franco-ontarienne pour le respect de ses droits, particulièrement depuis les années 1970. 

Le 11 octobre 1979, lors de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire, un groupe de 16 élèves de l’École secondaire de la Huronie, dite l’École de la résistance, à Penetanguishene manifestent silencieusement dans les tribunes du public de la Chambre. Après avoir pris place dans les tribunes, au signal donné, ils se lèvent simultanément, enlèvent leurs manteaux et se tournent pour révéler des t-shirts au dos desquels, lettre par lettre, s’épelle P-E-N-E-T-A-N-G deux fois.

Les manifestants sont placés en face des députés de l’Opposition pendant que ceux du gouvernement progressiste-conservateur au pouvoir refuseront de se tourner pour les reconnaître. Le groupe se fait expulser, mais leur coup d’éclat provoque une vaste couverture médiatique alors que la crise scolaire de Penetanguishene bat son plein. 

Les élèves de l’École secondaire de la Huronie (dite École de la résistance) font un coup d’éclat en pleine crise scolaire majeure le 11 octobre 1979 à l’Assemblée législative de l’Ontario où ils manifestent silencieusement dans les tribunes du public, avant de se faire expulser. Ils posent ici devant les caméras à l’extérieur, devant l’Assemblée législative. Gracieuseté

Le 17 mai 1982, journée du rapatriement de la Constitution canadienne, à l’invitation de l’ACFO Toronto, des Franco-Ontariens manifestent devant l’Assemblée législative de l’Ontario leur profonde déception de voir le texte constitutionnel canadien entrer en vigueur sans aucune garantie spécifique pour leurs droits. 

Le 25 mai 1992, la  Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et Direction-Jeunesse organisent une manifestation devant l’Assemblée afin de réclamer la création d’un réseau de collègues de langue française. 

Des Franco-Ontariens de partout, mais surtout des étudiants, convergent à Queen’s Park le 18 février 2016 alors que le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), la FESFO et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), organisent une Journée d’action provinciale pour une université franco-ontarienne devant l’édifice de l’Assemblée législative ontarienne. 

Des symboles franco-ontariens en permanence depuis peu 

Grâce à une motion du premier ministre de l’Ontario de l’époque John P. Robarts, les députés ont le choix de s’exprimer en anglais ou en français à l’Assemblée législative depuis 1967. Le français est devenu une langue officielle de la législature provinciale en 1970. Lorsque les travaux parlementaires commencent à être télédiffusés en 1986, la traduction simultanée est offerte, à la demande de l’ACFO (provinciale). 

Pour marquer le 100e anniversaire de la fondation de Rockland, l’édifice a accueilli une exposition temporaire sur les trésors patrimoniaux de l’église et du presbytère-château de la paroisse Très-Sainte-Trinité de Rockland en 2008-2009. 

L’AFO organise un lever du drapeau franco-ontarien devant l’édifice annuellement le 25 septembre (ou autour de cette date) en présence de dignitaires politiques et de membres de la communauté. De 2007 à 2020, la FESFO y a organisé un Parlement jeunesse francophone, réunissant des élèves du secondaire de partout en province.

Exposition temporaire du patrimoine religieux franco-ontarien de Rockland à l’Assemblée législative de l’Ontario, en 2008-2009. À gauche : Jean-Marc Lalonde (député provincial de Glengarry-Prescott-Russell de 1995 à 2011), et à droite : Louis Aubry, responsable de la désignation patrimoniale de l’église Très-Sainte-Trinité et de son presbytère-château. Crédit image : Réseau du patrimoine franco-ontarien.

Le 22 février 2016, c’est dans l’Assemblée législative que la première ministre Kathleen Wynne présente solennellement des excuses officielles aux Franco-Ontariens pour l’adoption du Règlement 17, en 1912. 

Néanmoins, jusqu’à tout récemment, rien ne rappelait en permanence les Franco-Ontariens à l’Assemblée législative de l’Ontario… bien que le premier ministre au pouvoir lors de la promulgation du Règlement 17 a une statue à son effigie depuis longtemps sur les lieux. 

En 2018, un monument dédié aux Franco-Ontariens est venu pallier ce manque de reconnaissance. Situé sur l’esplanade sud-ouest de Queen’s Park le monument, d’une facture à l’esthétique contemporaine, est formé de bancs de béton blanc gris et de colonnes en acier inoxydable symbolisant une forêt. Il porte le nom de « Notre Place » en honneur de la chanson composée en 1989 par Paul Demers et François Dubé, reconnu comme hymne officiel des Franco-Ontariens par le gouvernement de l’Ontario depuis 2017. 

La drapeau franco-ontarien en chambre législative. Archives ONFR+

En 2021, le drapeau franco-ontarien (créé à Sudbury en 1975 par Gaétan Gervais et Michel Dupuis) a été hissé en permanence aux côtés des drapeaux du Canada, de l’Ontario et de l’Assemblée législative dans l’enceinte du parlement provincial et sur des mâts situés sur la façade extérieure sud au moment où il devenait aussi un symbole officiel de la province. 

Aujourd’hui jugé dangereux et gravement déficient, le bâtiment doit faire l’objet, au cours des prochaines années, d’un vaste chantier de démantèlement et de rénovation qui nécessitera le déplacement temporaire de la législature, un projet d’envergure estimé à plus d’un milliard de dollars.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Les municipalités de l’Est ontarien et Ottawa se préparent aux inondations

OTTAWA – Selon les prévisions météorologiques de Conservation de la Nation Sud, la crue maximale due à la fonte des neiges sera atteinte ce week-end. Toutefois, dans de nombreuses municipalités de l’Est ontarien, l’alerte ne sera pas levée, car des précipitations sont prévues tout au long de la semaine prochaine. Bien que ces inondations ne devraient pas être aussi importantes que celles de 2017 et 2019, les préparatifs sont en cours pour éviter des dommages potentiels, mais les moyens de se protéger restent limités. 

À Ottawa, selon les dernières informations, le niveau d’eau de la rivière des Outaouais devrait rester inférieur au niveau d’inondation. Toutefois, la Ville d’Ottawa a décidé de renforcer son niveau d’intervention « aussi longtemps que nécessaire », a-t-il été annoncé dans un communiqué de presse.

Pour les quartiers présentant un haut risque d’inondation, les services des incendies d’Ottawa ont commencé à effectuer des visites de porte-à-porte dans certaines maisons de Cumberland, ByWard et Fitzroy Harbour. 

Des stations pour récupérer du sable ont été mises à disposition, notamment pour les résidents vulnérables et dans les zones qui dans le passé étaient les plus exposées aux inondations.

C’est aussi le cas dans le Canton d’Alfred et Plantagenet où plusieurs sacs de sable sont fournis aux résidents. Sur les sept villages du canton, trois longent la rivière des Outaouais : Wendover, une partie de Treadwell et Lefaivre. 

« Wendover et Treadwell ne sont pas à risque d’inondation », selon le directeur général, Michel Potvin. « Mais à Lefaivre, une dizaine de propriétés ont été identifiées comme à risque compte tenu des précédentes inondations de 2017 et 2019. Les propriétaires ont tous été avisés. »

Les municipalités s’arrangent comme elles peuvent

« On fait du monitoring sur une base quotidienne avec des patrouilles », raconte le directeur général d’Alfred et Plantagenet, « que ce soit notre chef pompier, notre officier à la réglementation ou les travaux publics ».

« On a espoir qu’il n’y aura pas de véritable inondation », a-t-il exprimé. 

« C’est tout ce qu’on peut faire pour une municipalité de notre grosseur  » – Michel Potvin, directeur général du Canton d’Alfred et Plantagenet. 

Pour ces villes et villages, il est impossible de prédire ce qui va se passer. Pour M. Potvin, « Il est évident qu’on est plus aux aguets depuis les inondations de 2017 et 2019. Avec les changements climatiques, on ne peut plus rien prévoir ».

« On peut juste se préparer un peu plus adéquatement avec des plans d’urgence, puis aviser nos citoyens et transmettre l’information le plus rapidement possible une fois qu’elle est validée. » 

« C’est tout ce qu’on peut faire pour une municipalité de notre grosseur », admet-il au micro d’ONFR+. 

À Clarence-Rockland, la ville a mis à disposition des résidents, des conteneurs avec des poches de sable et des pelles ainsi que des instructions pour monter un solide mur de sable.

Pour le maire, la situation ce vendredi reste stable, mais « l’eau monte dans différentes parties de la ville ». 

La maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth et le service des pompiers face à la rivière. Source : Facebook/ Cité de Clarence-Rockland

À Hawkesbury, Robert Lefebvre, maire de la municipalité, se dit chanceux. Il ne devrait pas y avoir d’inondation. « Ce qu’on peut faire, c’est aider les autres municipalités », déclare-t-il. 

En effet, le maire de la ville la plus à l’est de la province, a proposé de fournir en main-d’œuvre et en ressources les municipalités inondées. Il mettra à leur service des camions, pompes, grues et autres équipements au besoin. 

« On voudrait être un peu plus proactif pour être en mesure d’aider. Nous avons mobilisé nos départements et demandé à la police provinciale de l’Ontario (PPO), qui fait partie de notre comité d’urgence, d’être attentif », a expliqué le maire d’Hawkesbury à ONFR+.

Des résidents habitués, mais impuissants

« On sait que chaque année, à cette période, il y a des risques d’inondation dans notre région », ajoute le directeur général d’Alfred et Plantagenet. « Quand on est allé voir les résidents, ils nous ont dit qu’au final ils étaient habitués, puisqu’ils restent à côté de la rivière. C’est vrai. »

À Clarence-Rockland, le maire de la Ville, Mario Zanth, indique que « des chalets sur le bord de l’eau sont déjà inondés et l’eau commence à frapper un peu plus sur le bord de quelques maisons ».

Pour autant, la montée se fait tranquillement, constate l’élu. « La Conservation de la Nation Sud avait dit que l’eau était censée monter d’un mètre, pour l’instant elle est montée de deux pieds. »

« Par contre, il y a cinq jours de pluie la semaine prochaine, alors ça ne va pas aider la situation. »

« C’est malheureux à dire, mais on devient habitué » – Mario Zanth, maire de Clarence Rockland. 

M. Zanth affirme qu’il est d’ailleurs impossible de prévoir la situation. « On ne sait pas combien de neige et de glace va fondre en plus de la pluie. »

Le maire explique que l’eau de la rivière vient d’un grand bassin au Nord du Québec. « C’est un bassin énorme, à peu près de la grosseur de l’État du Maine. Il y a une centaine de lacs là-dedans et tout ça va fondre. »

Du sable à disposition des résidents à Alfred et Plantagenet. Source : Facebook : Canton d’Alfred et Plantagenet

Pour M. Potvin, il faut continuer d’être attentif, puisque même dans le nord de l’Ontario, les lacs ne sont pas dégelés. « On sait que ça va créer une deuxième crue éventuellement », pense-t-il. 

Catégorisée comme inondation de dix ans, cette classification signifie qu’il y a une probabilité de 1 sur 10 qu’une inondation de cette ampleur se produise chaque année dans cette zone.

Cependant, avec la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes dans la région, cela ne garantit pas qu’une inondation se produira exactement tous les dix ans.

« On s’engage à ce que tous les résidents aient accès à ce dont ils ont besoin », explique Mario Zanth. « La municipalité communique avec les personnes affectées et les gens savent quoi faire. C’est malheureux à dire, mais on devient habitués. »

TOQAQ MECIMI PUWIHT – Une pièce jeunesse bilingue en français et wolastoqey

SUDBURY – Après un passage à Toronto en mars, la pièce franco-wolastoqey TOQAQ MECIMI PUWIHT / Delphine rêve toujours sera présentée à la Place des arts du Grand Sudbury ce samedi 22 avril. Ce spectacle jeunesse raconte l’histoire d’une jeune autochtone qui tente de retrouver le tambour de son muhsums (grand-père) que son père a égaré. Elle est alors transportée dans le monde des esprits de la forêt et rencontrera des personnages colorés qui la guideront dans sa quête.

L’auteur Dave Jenniss apprend sa langue traditionnelle et l’intègre à ses pièces pour la faire résonner dans les oreilles d’un public plus large, souvent allochtone.

En entrevue avec ONFR+, il explique que la démarche s’inscrit dans son parcours identitaire personnel, mais aussi dans un mouvement plus large : « C’est se réapproprier notre identité et nos langues qui ont trop longtemps été perdues ou en dormance. La langue wolastoqey a toujours existé, c’est juste qu’il y avait très peu de locuteurs. Il y a comme eu un réveil, un déclic, et les gens ont commencé à se dire : il faut préserver cette langue-là. »

TOQAQ MECIMI PUWIHT est bilingue. Dave Jenniss souligne que les enfants et leurs parents comprennent très bien l’histoire sans avoir à traduire les passages en wolastoqey.

L’auteur Dave Jenniss se sert du théâtre pour se réapproprier la culture et la langue wolastoqey. Crédit image : Maxime Côté

L’instinct : un point commun important

Dave Jenniss aime écrire des pièces jeunesse. Il est fasciné par la psychologie de l’enfant, sa naïveté, son authenticité et son habileté à vivre le moment présent. Devant un public composé d’enfants, on obtient une réaction immédiate et instinctive. De plus, l’écriture qui peut sembler naïve cache un niveau de complexité.

« Quand on écrit pour l’enfant, on n’écrit pas juste pour lui, mais aussi pour ses parents, ses accompagnateurs, ses professeurs, ses grands-parents. Il y a toujours un double discours dans le texte. On accroche l’enfant mais, par la bande, on parle aussi au parent. C’est une nourriture vraiment intéressante pour l’auteur. »

Ce côté instinctif, on le retrouve aussi chez les animaux, qui inspirent beaucoup l’écriture de l’auteur. Il recherche même ce trait de caractère chez les acteurs. « Dans mon écriture, j’essaie de créer des personnages qui sont proches de l’animal. Mais je dis toujours que ce n’est pas un animal qu’on retrouve sur scène. J’aime que ce soit des humains, mais qui ont une mentalité, une spiritualité et une âme d’animal. Qu’ils essaient de se nourrir de ça pour construire leur personnage. Je trouve que ça amène une force de plus. »

Geneviève D’Ortun utilise son saxophone pour incarner l’esprit du maléfique Kiwahq. Crédit image : Marianne Duval

La musique est également un élément essentiel de TOQAQ MECIMI PUWIHT. L’esprit animal se retrouve parmi les musiciennes sur scène, avec la saxophoniste Geneviève D’Ortun qui incarne le Kiwahq, la créature antagonique de la pièce.

Un enjeu familier

Le thème de la transmission de la langue et de la culture est au cœur de TOQAQ MECIMI PUWIHT. On peut dresser un parallèle avec la francophonie canadienne en milieu minoritaire. Dave Jenniss a sillonné le pays en tant qu’acteur. Il a aussi vécu huit ans à Gatineau et a conservé ses liens avec les compagnies de théâtre d’Ottawa. Il souligne s’être toujours senti accueilli dans les communautés franco-canadiennes. « J’ai toujours trouvé qu’il y avait une similitude avec ce que vivaient les communautés autochtones d’ici. Toujours en train de devoir prendre place, de démontrer que c’est important d’être mis en avant par sa langue et sa culture, qui sont différentes des autres. De toujours prouver qu’on est plus forts. »

Lexique tiré du livret d’accompagnement de TOQAQ MECIMI PUWIHT. Source : théâtre de la Vieille 17

Un imprévu de taille

Le rôle de Delphine était initialement tenu par la comédienne atikamekw Jemmy Echaquan Dubé. Cette dernière a quitté la distribution pour participer à la troisième saison de l’émission Big Brother Célébrités, sur les ondes de Noovo.

Son départ a été difficile pour l’équipe. « Ça a créé une petite panique. Mais on a réussi à trouver Marie-Pier (Chamberland), qui est fabuleuse dans le rôle (…) C’est une Wendat. Toute la question de se réapproprier la langue fait aussi partie de son processus, donc ça allait bien avec le spectacle. »

Le départ de Jemmy soulève une question importante dans la représentativité des communautés autochtones. Alors que le monde de la télévision tente d’être plus inclusif, le domaine du théâtre en subit les contrecoups.

Dave Jenniss explique : « La relève est minime. On n’a pas beaucoup d’acteurs et actrices autochtones francophones. Donc, quand on en perd une, on n’a pas 50 choix pour se revirer de bord. »

La comédienne Jemmy Echaquan Dubé était la tête d’affiche de TOQAQ MECIMI PUWIHT avant de quitter pour la téléréalité Big Brother Célébrités. Crédit image : Marianne Duval

TOQAQ MECIMI PUWIHT / Delphine rêve toujours est une collaboration du Théâtre de la Vieille 17 et de Ondinnok, dont Dave Jennis est le directeur artistique. Ondinnok est finaliste au concours ESTime de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal dans la catégorie arts, culture et loisirs.

Selon l’auteur, cette reconnaissance est un signe d’ouverture : « Il y a un éveil à l’art autochtone. Cette curiosité amène les gens à s’intéresser à ce qu’on fait. On a beaucoup plus d’opportunités de jouer sur des scènes institutionnelles. »

Une cinquantaine de représentations de TOQAQ MECIMI PUWIHT ont eu lieu cette année. La pièce, qui s’adresse aux enfants de 5 à 9 ans et à leur famille, sera ce samedi de la programmation du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) à Sudbury.

Le spectacle sera suivi d’un atelier familial sur les légendes autochtones. L’équipe prévoit un arrêt à Kingston en décembre, puis repartira en tournée à l’automne 2024.

L’institut des politiques du Nord fête ses dix ans

THUNDER BAY – Ce jeudi marque le 10e anniversaire de l’Institut des politiques du Nord (IPN). Un gala se tiendra en soirée à Thunder Bay pour célébrer cette étape historique. L’Institut bilingue a fortement contribué à des programmes phares pour le Nord, notamment en immigration.

Fondé à la fin de 2012 et commençant ses activités en 2013 avec seulement trois employés, ce groupe de réflexion indépendant local a maintenant trois bureaux permanents à Kirkland Lake, Sudbury et Thunder Bay.

L’organisme avait été créé par un petit groupe d’économistes pour pallier le manque d’information sur le Nord qui « agit de manière complètement différente du reste de la province, c’est une région souvent ignorée comparée au Sud », juge Martin Lefebvre, chercheur à l’Institut.

Pour ce faire, le fonctionnement de l’Institut a toujours dépendu de la collecte de données et autres études de terrain.

« L’IPN a changé la façon dont les politiques publiques sont discutées dans le Nord de l’Ontario », selon Florence MacLean, actuelle présidente du conseil d’administration de l’IPN et membre du conseil d’administration fondateur en 2013.

Son objectif, le même depuis sa création, est d’« améliorer la capacité du Nord à prendre la tête des politiques socio-économiques qui ont un impact sur nos communautés, notre province, notre pays et notre monde ».

Des bons coups

« De loin, notre impact le plus important a été de rendre disponibles des informations plus nombreuses et de meilleures qualités dans le nord de l’Ontario », lance Charles Cirtwill, président et chef de la direction.

Un premier gala pour souligner le 10e a eu lieu à North Bay en automne dernier. Gracieuseté

L’introduction et l’expansion récente du projet pilote d’immigration dans les régions rurales et du Nord, l’élargissement des choix de programmes postsecondaires à Timmins, le pilotage du modèle routier 2 plus 1, l’expansion du service de bus de Toronto à Winnipeg et la réintroduction de la chasse à l’ours au printemps… Autant de dossiers importants que l’Institut affirme avoir faire permis de naître.

Thomas Mercier, coordonnateur du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, considère l’IPN comme un partenaire clef : « Au fil des dernières années, cet institut s’est positionné comme un acteur incontournable dans le développement économique. »

Les chiffres de l’Institut de cette dernière décennie, c’est quelque 200 rapports de recherche, 150 présentations dans tous les coins du nord de l’Ontario (et au-delà), 78 étudiants stagiaires d’été et des emplois post-diplôme pour 30 autres jeunes.

Le défi du Nord

Il reste encore de nombreux enjeux relatifs à la collecte des données dans le Nord, surtout du fait de la faible densité de la population du nord de l’Ontario.

S’il salue l’initiative de Statistique Canada de libération de l’information en 2016, Martin Lefebvre juge que la politique restrictive de divulgation de l’organisme fédéral pose des obstacles à la suppression des données dans le Nord.

« Pour des raisons de protection de la vie privée, de nombreux ensembles de données recueillis auprès de Statistique Canada cacheront des données s’ils estiment que leur divulgation pourrait servir à dépersonnaliser une personne en particulier », explique-t-il.

Martin Lefebvre dit que l’Institut mise sur la rétention de ses employés. Gracieuseté

En exemple, il cite le cas du recensement de 2021 qui, pour la première fois, fait état du nombre de personnes transgenres, mais seulement dans les deux plus grandes villes du Nord, à savoir le Grand Sudbury et Thunder Bay. Ces villes sont les seules du Nord à avoir plus de 100 000 habitants.

Regarder vers l’avenir

Avec un troisième bureau ouvert à Kirkland Lake en 2022, l’organisme bilingue dit vouloir étendre son mandat. L’Institut investit de plus en plus dans la recherche sur les francophones du Nord.

M. Lefebvre abonde dans ce sens : « On veut bâtir un pont pour le talent dans le Nord », dit-il en ajoutant que le recrutement et la rétention sont axés sur des jeunes du Nord.

150 participants sont attendus pour le gala qui se tiendra à l’hôtel Delta de Thunder Bay dont le député fédéral de Kenora Eric Melillo, lequel a travaillé à l’Institut par le passé.

Créations pour toutes les générations

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, toutes les générations sont invitées à pratiquer ou consommer la culture en français en Ontario. Au théâtre, on s’adresse aux jeunes et on les implique dans la création. En musique, on mélange savamment les styles. Et on fait la fête entre adultes, au profit de la génération qui nous suit.

Théâtre

Retrouver Djennie Laguerre

Djennie Laguerre a créé Manman la mer à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNSGD) à Ottawa, en février 2020. S’en est suivie une longue pause forcée, dont on peut découvrir les répercussions dans le documentaire d’ONFR+, Stuck.

Depuis, la pièce a pu être jouée dans plusieurs villes canadiennes et même en Côte d’Ivoire. On y raconte l’histoire de Marjolaine, qui a réprimé son don de clairvoyance toute sa vie. Un voyage dans son Haïti d’origine et la rencontre de sa mystérieuse grand-mère viendra bouleverser ses convictions. Comme sa protagoniste, la pièce est de retour à son lieu d’origine, de jeudi à samedi.

La représentation de vendredi soir sera surtitrée en anglais et suivie d’une discussion avec les artistes. La représentation de samedi après-midi sera suivie de l’activité Bon ti manjé, bon ti blag! Avec Ferline Régis, LeFLOFRANCO, Djennie Laguerre et des bouchées du bistro Kantin.

La pièce Manman la mer de Djennie Laguerre célèbre la spiritualité et la féminité haïtiennes. Crédit image : Sybille Berger

Du 20 au 22 avril à la Nouvelle Scène Gilles Desjardins, à Ottawa. Pour un public de 14 ans et plus. Détails et billets sur le site de LNSGD.

Les mots comme des balles rebondissantes

Le Centre national des arts (CNA) accueille Les mots secrets samedi et dimanche. Le metteur en scène ottavien, André Perrier, est habitué à travailler avec la poésie. Il a choisi d’attaquer le texte de Louise Dupras de façon très ludique, en explorant les mots avec des élèves lors d’ateliers dans les écoles.

Les familles sont d’ailleurs conviées 45 minutes avant la représentation pour une activité stimulant l’imagination des petits et des grands. Après avoir inventé de nouveaux mots, le public pourra découvrir ceux qui seront portés par les deux interprètes et le musicien / magicien sur scène. Une expérience poétique et athlétique dans laquelle on joue avec les mots comme autant de balles rebondissantes.

La poésie et l’énergie sont à l’honneur dans le spectacle jeunesse Les mots secrets. Crédit image : Marie-Andrée Lemyre

22 et 23 avril au Studio Azrieli du CNA, à Ottawa. Pour un public de 7 ans et plus. Billets sur le site du CNA.

Du théâtre pour et par les jeunes

Des jeunes de différentes écoles secondaires de la province convergent vers la capitale fédérale de jeudi à samedi, dans le cadre du Festival Théâtre Action en milieu scolaire (FTAMS). Cette initiative de Théâtre Action, du département de théâtre de l’Université d’Ottawa et du Centre d’excellence artistique de l’Ontario se déploie cette année sous le thème du carnaval.

Les quelque 350 participants suivront des ateliers de formation sur des thèmes variés avec des professionnels, en plus de présenter leurs pièces devant leurs pairs et le grand public. Ce retour en présentiel correspond aussi à la 25e édition du FTAMS.

Le Festival Théâtre Action en milieu scolaire s’est ouvert jeudi midi à l’École secondaire publique De La Salle. Gracieuseté Théâtre Action

Du 20 au 22 avril à l’Université d’Ottawa et à l’École secondaire publique De La Salle. Programmation complète sur le site de Théâtre Action.

Musique

Célébrer toutes les identités

Il est toujours temps de s’inscrire pour Bloom, le bal de la fierté qui aura lieu le 29 avril à la Galerie d’art d’Ottawa. Cette célébration de l’amour et des identités LGBTQ+ s’adresse aux 19 ans et plus, mais sert d’activité de financement pour le bal de la fierté des jeunes qui aura lieu ultérieurement. L’artiste queer OK Naledi et sa musique au style afro-house assureront l’ambiance, avec le DJ Martin Leguerrier.

Fierté dans la Capitale et Refuge Arc-en-ciel de la Capitale organisent également une soirée de printemps au Royal Oak d’Ottawa ce jeudi. Les membres de la communauté sont invités à réseauter et à apprendre comment aider les réfugiés LGBTQ+, en plus d’assister à des performances d’art de la drag de Kashmir Doll et D Lo Vtton.  

OK Naledi sera l’artiste principal.e de Bloom, le bal de la fierté des adultes. Crédit image : OK Naledi

Billets pour Bloom, le bal de la fierté pour adultes du 29 avril, sur le site de Fierté dans la Capitale. Entrée libre pour la soirée de printemps du 20 avril au Royal Oak.

Folk, rock et chant chorale

L’omniprésent Stef Paquette réinvente la formule de son spectacle en s’entourant de chorales scolaires ou communautaires locales lors de ses spectacles à travers la province. Il s’arrêtera au Pavillon Bonnie Glen à Alexandria ce samedi et interprétera ses chansons avec la chorale Chantons tout simplement. L’artiste originaire de Sudbury promet d’injecter une bonne dose d’humour à la soirée organisée par le Centre culturel Les trois p’tits points.

La chorale Chantons tout simplement accompagnera Stef Paquette lors de son spectacle à Alexandria. Gracieuseté Centre culturel Les trois p’tits points

22 avril au Pavillon Bonnie Glen, Alexandria. Billets sur la plateforme Le point de vente.

Arts visuels

Les couleurs printanières de Danielle Lanteigne

La galerie Thompson Landry de Toronto est la seule galerie d’art ontarienne à se spécialiser dans la présentation d’artistes visuels québécois. Dès le 20 avril, on y présente une exposition d’œuvres récentes de Danielle Lanteigne. Les œuvres florales et natures mortes orneront les murs de la galerie jusqu’au 10 mai. La peintre originaire de Saint-Jérôme, au Québec, se spécialise dans la représentation presque vivante d’objets inanimés. Son style un peu croquis explore les textures, les formes, les couleurs et la division de l’espace.

L’exposition Danielle à son meilleur prend place à la Galerie d’art Thompson Landry. Image : Explosion florale, Danielle Lanteigne

Du 20 avril au 10 mai. Détails sur le site de la galerie d’art Thompson Landry.

Les fonctionnaires fédéraux veulent doubler la prime au bilinguisme

OTTAWA – Faire passer de 800 $ à 1500 $ la prime au bilinguisme et élargir les formations linguistiques font partie des quelque 200 pages et plus des demandes des 155 000 fonctionnaires fédéraux en grève depuis mercredi. ONFR+ passe en revue les demandes linguistiques des fonctionnaires.

Ces fonctionnaires sont principalement des travailleurs de l’Agence du Revenu, du Conseil du Trésor, mais aussi de divers ministères comme Service Canada ou encore à l’immigration. Parmi leurs principales demandes, on note une augmentation de salaire de 4,5 % par année sur trois ans ainsi qu’un droit au télétravail. Mais l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) possède 215 pages de demandes. En voici quelques extraits.

Presque doubler la prime au bilinguisme

La prime au bilinguisme est remise aux employés qui occupent un poste désigné bilingue et qui ont passé les tests nécessaires pour prouver qu’il maîtrisait une langue seconde. Actuellement, peu importe leur statut, ceux qui y sont éligibles perçoivent 800 $ annuellement en fonction de leur ministère, société d’État ou organisme fédéral.

L’AFPC veut que cette prime augmente à 1500 $. On évalue qu’autour de 30 % à 35 % de l’ensemble de l’effectif de la fonction publique touchent ce bonus financier.

Quelques exceptions n’ont toutefois pas le droit à cette prime et l’AFPC veut que ça change. Par exemple, les gestionnaires, employés de la haute direction, les personnes nommées par les ministres du gouvernement (ou nomination par gouverneur en conseil) et les traducteurs ne devraient pas être exemptés, exige l’AFPC. Les employés qui ne satisfont plus aux exigences linguistiques du poste peuvent perdre cette prime et le syndicat estime que l’employé devrait « redevenir admissible s’il en fait la demande ».

L’AFPC souhaite aussi que le bonus annuel soit inclus dans la convention collective.

Une prime pour les langues autochtones

L’AFPC souhaite que la prime au bilinguisme, actuellement réservée aux deux langues officielles, soit élargie pour y ajouter un bonus pour ceux qui s’expriment dans une langue autochtone. Comme pour la prime au bilinguisme, l’AFPC demande qu’elle soit de 1500 $ par année, mais aussi qu’elle soit « majorée de l’augmentation économique générale applicable à chaque année de la convention collective ».

Augmenter et élargir la formation linguistique

En ce moment, il faut répondre à certains critères d’éligibilité pour obtenir des cours linguistiques payés et offerts par le gouvernement. Par exemple, les cadres, les postes de direction et les employés unilingues nommés à des postes bilingues devant suivre une formation linguistique pour satisfaire aux compétences requises peuvent suivre ces cours. Les juges de la cour fédérale et des employés de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sont aussi admissibles.

L’AFPC souhaite élargir ces définitions pour y ajouter tous les employés qui souhaitent suivre un cours de langue seconde. Un gestionnaire ne pourrait refuser une telle demande sans « un motif valable », exige le syndicat, mais l’employé devra démontrer qu’il peut atteindre le niveau de compétence requis, précise-t-on.

En plus d’élargir le bassin d’emploi éligible, le syndicat souhaite aussi ne pas imposer une limite de temps fixe qu’impose le gouvernement, à certains employés, pour atteindre les exigences linguistiques. La politique actuelle exige entre 1000 à 2000 heures près sur le temps de travail en fonction du niveau de compétence linguistique à atteindre.

Où en est la situation?

En grève depuis mercredi minuit, la situation n’a que très peu changé au jour 2 du débrayage des fonctionnaires. Les deux groupes sont à la table des négociations, maintenait hier la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier en conférence de presse en compagnie de divers ministres dont le département est impacté par la grève.

L’un des services affectés sera la délivrance de passeports pour le public. Seules les situations d’urgence ou d’ordre humanitaire seront traitées avec un effectif réduit de 60 %, prévenait hier la ministre responsable de Service Canada, Karina Gould. Si la grève dure une semaine, il pourrait y avoir un arriéré de près de 85 000 passeports, a-t-elle expliqué.

Alors que bat la saison des impôts, la ministre du Revenu national Diane Lebouthillier invitait les gens à produire leurs déclarations fiscales de façon électronique, car les perturbations toucheront celles en papier. À l’immigration, les demandeurs « doivent s’attendre à subir d’importants retards dans le traitement des demandes dans tous nos volets d’immigration », avertissait le ministre Sean Fraser.

Ottawa sortira son Plan d’action pour les langues officielles le 26 avril

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau annoncera la semaine prochaine sa feuille de route en langues officielles pour la demi-décennie à venir.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor présentera, le 26 avril, le Plan d’action sur les langues officielles, une sorte de cadre qui dirige le fédéral durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés linguistiques en milieu minoritaire.

Il est considéré comme un élément clé pour la francophonie canadienne. C’est notamment dans ce cadre qu’Ottawa envoie des centaines de millions de dollars pour l’éducation en français aux écoles francophones et d’immersion en français, via les provinces.

Le premier ministre Justin Trudeau lors de la présentation du Plan d’action pour les langues officielles en 2018. Crédit image : Stéphane Bédard

Cette feuille de route est aussi essentielle pour les organismes francophones qui attendent après cet argent pour leur financement de base. Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), le Plan de 2023-2028 est en « particulier très important » à la lumière des récents chiffres du Recensement de 2021 sur le déclin du français au pays.

« On veut que ce soit une véritable relance de la francophonie canadienne. On veut que ça soit un Plan qui va produire des changements en profondeur et durables, des changements systémiques », souhaite sa présidente Liane Roy.

Les grandes lignes du document ont été annoncées lors du budget fédéral il y a quelques semaines, avec un nouvel investissement d’un milliard de dollars sur cinq ans pour un total de 3,8 milliards de dollars. Le Plan de 2023-2028 se concentrera sur quatre piliers : l’immigration francophone, le financement des organismes, l’accès à la justice et la petite enfance. Les détails précis des investissements seront justement dévoilés la semaine prochaine.

« On veut s’assurer que les intervenants d’un bout à l’autre du pays vont savoir exactement c’est quoi les investissements, et de là, eux aussi pourront continuer à faire leur travail », affirme la ministre Petitpas Taylor en entrevue.

« Les gens vont se voir dans le Plan d’action »

Cette dernière a sillonné le pays d’est en ouest au cours de l’été 2022 lors de consultations publiques regroupant des intervenants de la francophonie canadienne pour préparer ce pilier des langues officielles.

« Les gens vont se voir dans le Plan d’action avec les consultations qui ont été faites. Je suis vraiment contente de partager ce qui a été dit et les piliers de ce qu’on a entendu avec les Canadiens et Canadiennes », affirme la députée acadienne.

Chez les conservateurs, le député Joël Godin avance ne pas avoir d’attentes précises, mais souhaite que le Plan d’action réponde aux besoins des organismes de la francophonie canadienne.

« On espère aussi que le Plan soit cohérent avec le projet de Loi C-13 pour qu’il vienne freiner le déclin du français au Canada », note le porte-parole de l’opposition officielle.

La FCFA espère aussi que le gouvernement annoncera des mesures clés pour augmenter l’immigration francophone ainsi qu’un financement durable et permanent pour la soixantaine d’organismes francophones affiliés à son organisation.

« Ce sont nos organismes qui offrent des services en français dans les petites communautés. C’est tout un cercle vicieux alors c’est là que c’est important d’avoir un financement de base des organismes », rappelle Liane Roy.

Le sirop d’érable est-il en danger en Ontario?

Le réchauffement climatique a indéniablement un impact sur l’agriculture, mais qu’en est-il de l’acériculture, la culture des érables? Dans l’Est, là se trouve une grande partie de la production ontarienne, les inquiétudes montent chez les producteurs et plusieurs des récents phénomènes météorologiques laissent craindre le pire quant à la pérennité du métier. 

Avec le réchauffement climatique, les érables subissent des stress hydriques, des maladies, la propagation d’insectes, des incendies de forêt et d’autres problèmes environnementaux qui peuvent affecter leur santé et leur croissance.

Pour autant, dans certaines régions, le réchauffement climatique peut avoir un impact positif sur la croissance des érables, car il peut prolonger la saison de croissance et augmenter la disponibilité de l’eau. C’est pourquoi on parle d’une niche climatique qui se déplacerait vers le nord du pays. 

Laurent Souligny, acériculteur à St-Isidore, ne voit pas encore de graves effets indésirables sur son érablière. « Gérer une érablière, c’est quelque chose d’imprévisible. On sait que c’est lié au climat, c’est sûr, mais pour l’instant, c’est gérable. »

« Après, les unités de chaleurs augmentent, même si je ne vois pas de danger sur mon érablière, j’ai quand même vu des invasions d’insectes et de chenilles qui n’étaient pas là avant. »

Quelques arbres perdent les écorces. Cela inquiète le producteur de sirop d’érable. Crédit image : Lila Mouch

Dans d’autres régions, le réchauffement climatique peut avoir un impact négatif en raison de la diminution des précipitations et de l’augmentation des températures extrêmes. En Ontario, c’est cet aspect qui inquiète quelques acériculteurs, tels que Claude Castonguay, propriétaire de la sucrerie Frank Sugar Shack à Moose Creek, lui aussi dans l’Est. 

Le producteur de sirop d’érable explique à ce titre que, sur ses terres, certains érables sont en bonne santé, mais d’autres meurent. « Je me demande pourquoi. on fait pourtant attention quand on les entaille », s’inquiète M. Castonguay.

En 2015, quand M. Castonguay est devenu propriétaire de son érablière, il a fait en sorte de ne pas trop ouvrir le bois. « C’est important de faire attention, et cela, pour plusieurs raisons », explique-t-il. « Il ne faut pas que les érables attrapent un coup de soleil et il faut éviter les couloirs venteux. »

Insectes ravageurs : une réalité des changements climatiques

Bien que cela ne paraisse pas évident, la multiplication des insectes en milieu boisé est favorisée par les changements climatiques. Les érables dans l’Est ontarien sont par exemple indirectement affectés par l’agrile du frêne. 

Sur les parcelles de M. Castonguay au milieu de ses érables vivent plusieurs sortent d’arbres, dont des frênes, arbres de grande taille qui fournissent de l’ombre. Lorsqu’ils sont tués par l’agrile, cela peut avoir un impact sur les écosystèmes locaux. Dans les forêts, l’agrile du frêne a causé la mort de millions d’arbres, ce qui a eu des impacts écologiques importants à l’échelle du Canada.

Quelques arbres se sont brisés. Les raisons sont parfois inconnues pour l’acériculteur. Crédit image : Lila Mouch

Pour le producteur, perdre un érable serait tragique. Il compare cette perte au chagrin que lui procurerait la perte d’un animal. Pour anticiper ce risque, il plante entre 100 et 150 nouveaux érables chaque année. « J’espère que les nouveaux arbres vont s’adapter au climat et qu’il y aura moins de lumière dans le bois. »

« Je constate aussi que certains de mes arbres perdent leur écorce et ce n’est pas normal. S’ils perdent leur écorce, ils ne pourront pas se protéger eux-mêmes. »

En effet, en plus de l’apparition d’insectes ravageurs, M. Castonguay observe des différences, saison après saison. En huit ans, il voit déjà les saisons s’écourter. « Il faut que la température descende à moins de cinq degrés la nuit et les érables produiront si dans la journée la température grimpe autour de six ou sept degrés. »

Le réchauffement planétaire déjà néfaste pour les érablières

Pour produire du sirop, il faut des hivers froids et des printemps doux avec des journées chaudes et des nuits froides. Pourtant, la tendance observée indique des hivers plus doux, ce qui favorise une croissance précoce des bourgeons et peut réduire la quantité et la qualité de la sève produite. Les printemps plus chauds accélèrent le début de la saison de production, mais la raccourcissent aussi.

Avec ces conditions, l’acériculteur a commencé la saison au début du mois de février, légèrement plus tôt que l’an passé. D’ailleurs, elle se termine aussi plus tôt. « Nous sommes le 11 avril, et aujourd’hui, on prélève les derniers litres », relève M. Castonguay. « Je crois que j’ai une semaine d’avance sur l’an passé. »

Et de renchérir : « C’est partout pareil en Ontario et au Québec. Certains n’arrivent même pas à produire plus d’une livre par an. »

Claude Castonguay est le propriétaire de la sucrerie Frank Sugar Shack à Moose Creek dans l’Est ontarien. Crédit image : Lila Mouch

Il y a quatre ans, il produisait 600 gallons de sirop d’érable. Aujourd’hui, il dit maintenir la production autour de 500 gallons. « Je prends ce que mère nature nous donne, mais tous ces changements vont être néfastes pour mon érablière. » 

« Peut-être que dans dix ans, on ne pourra plus produire. C’est très délicat. C’est le temps pour le gouvernement de s’y attaquer », songe-t-il. « Ce n’est pas juste vous et moi qui sommes là pour payer la note. Des industries en Ontario qui sont de très grands pollueurs et vont faire beaucoup plus de dommages. »

Si le producteur est inquiet, c’est aussi parce qu’il prépare son érablière pour la prochaine génération. « Je ne l’emporterais pas avec moi », dit-il. « La ferme va rester ici, alors je veux m’assurer que la prochaine génération va avoir des arbres en bonne santé. C’est aussi pour ça que j’en replante chaque année. »

Des événements météorologiques rares, mais plus graves

Au début du mois d’avril, une importante tempête de verglas s’est abattue sur l’Est de l’Ontario et le Québec. M. Castonguay a compare cette tempête à celle de 1998, mais se réjouit qu’elle n’ait pas été encore plus dommageable. Il se souvient des autres événements, tels que le derecho en 2022 ou même les épisodes de sécheresse de l’an passé qui ont affaibli les érablières de la région, selon lui.

Ces événements, voués à se reproduire, inquiètent tout autant le président de l’Association des acériculteurs de l’Est de l’Ontario, Jules Rochon.

Ce producteur à la retraite a plus vingt ans d’expérience en acériculture. À Clarence-Rockland, au début du mois d’avril, la tempête de verglas a endommagé de nombreux arbres. « Les acériculteurs de la région sont encore en train de nettoyer leurs terrains », affirme-t-il, s’attendant à d’autres catastrophes.

« Ce n’est pas nouveau. Ces perturbations vont se reproduire. On a eu de bonnes années, mais aussi des années vraiment bizarres. Je me souviens en 2012, la saison avait duré neuf jours, c’était la pire année. »

Jules Rochon, président de l’Association des acériculteurs de l’Est de l’Ontario. Gracieuseté

Cette année-là, la sève coulait la nuit mais pas le jour parce qu’il faisait trop chaud, se rappelle-t-il. « Il faisait plus de 30 degrés, je ramassais la neige d’un banc de neige que j’avais repoussé à l’hiver et je la mettais autour de mes stations de pompage. Les changements climatiques sont réels et ils sont là pour rester. »

Laurent Souligny, bien qu’il se pense à l’abri des changements climatiques, admet qu’il y aura certainement d’autres intempéries. « Il faudra apprendre à les contrôler », croit-il. « Il faudra être avant-gardiste. »

« Il va falloir que le gouvernement fasse quelque chose » – Jules Rochaon

Aujourd’hui à la retraite, Jules Rochon est très impliqué auprès des acériculteurs de l’Est ontarien. Après la tempête de verglas, certains des membres de l’association ont vu des arbres tomber sur les lignes de pompages. D’autres qui exercent dans des cabanes à sucre modernes ont dû arrêter la production puisqu’ils n’avaient plus d’électricité pendant plusieurs jours.

« Il va falloir que le gouvernement fasse quelque chose. Pour le moment, il n’y a rien, alors que c’est la première récolte de l’année. »

Toutes ces inquiétudes se trouvent soutenues par d’autres problèmes de fond. En entrevue avec ONFR+, l’ancien conseiller municipal d’Alfred et Plantagenet, René Beaulne, s’inquiète tout particulièrement du déboisement. « C’est que les arbres retiennent l’humidité. Avec la coupe des arbres, il y a de l’évaporation », explique-t-il. « En gardant l’eau dans la terre, il y aura moins de sècheresse. »

La forêt de M. Castonguay à Moose Creek près de Casselman dans l’Est ontarien. Crédit image : Lila Mouch

Pour M. Rochon, « à un certain moment, ça serait le fun si on avait un gros dôme par-dessus notre érablière pour éviter ça ».

Les défis sont variés et les solutions difficiles d’accès. Pour contrebalancer les effets du réchauffement climatique, l’ancien acériculteur suggère de protéger plus de boisés. D’autant plus que, « l’autre compétiteur, c’est l’immobilier. On ne vend plus à l’agriculture. Ces gens-là veulent développer ça en maison ».

« Sans oublier, qu’avec le déboisement, nos beaux écureuils et pics-bois ont moins d’arbres et vont grignoter nos lignes. »

Les acériculteurs auront besoin d’aide, selon lui. Les coupes de la province dans le tourisme dans Prescott-Russell, il y a quelques années, ont laissé un goût amer à celui qui rêve d’ouvrir un festival franco-ontarien du sirop d’érable.

Nouvelle programmation complète et variée pour le MIFO

OTTAWA – Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) a renoué avec son habituelle soirée de lancement de programmation mercredi soir. Le public était convié au Centre des arts Shenkman pour avoir un avant-goût de la prochaine saison artistique, en présence de certaines de ses têtes d’affiche.

Après quelques années à devoir renoncer au grand rassemblement d’avril, le plus grand centre culturel franco-ontarien a pu remplir près de 75 % des sièges de la salle Harold-Shenkman.

La directrice artistique du MIFO, Anne Gutknecht, s’en réjouit : « On est extrêmement heureux de pouvoir lancer notre saison artistique comme dans le bon vieux temps. On retrouve la grande fête habituelle avec mocktails et prestations. Cette saison est remplie de petits bonheurs! »

Céleste Lévis et Marc-Antoine Joly sur scène.
Céleste Lévis et Joly feront partie du Kaléidoscope musical pour la Journée des Franco-Ontariens. Crédit image : Stéphane Bédard

Parmi ces artistes en prestation, on retrouvait deux chouchous du MIFO. Céleste Lévis et Marc-Antoine Joly ont donné un avant-goût du cinquième Kaléidoscope musical, un spectacle concept qui se tient toujours autour de la Journée des Franco-Ontariens. Des artistes aux styles variés forment, le temps d’une soirée, un seul groupe qui interprétera les chansons de chacun. Le Kaléidoscope musical 2023 aura lieu le 22 septembre et inclura aussi Beau Nectar, LeFLOFRANCO et Martin Gagnon.

Un autre spectacle concept à voir cette année sera Le soleil d’Haïti à Orléans, le 3 février 2024. LeFLOFRANCO en sera aussi la tête d’affiche, cette fois aux côtés de KingH509 et Woodney Pierre. Cette dernière, qui a offert une prestation au lancement de mercredi, assurera également la première partie du spectacle de Yao le 25 janvier.

Deux humoristes montréalais ont fait la route vers Orléans pour le lancement de programmation. Richardson Zéphir, improvisateur de renom et coup de cœur du public lors de la première saison de Big Brother Célébrités, a offert un extrait de son premier spectacle solo, qu’il viendra défendre le 10 mai.

Pour sa part, Jérémie Larouche transportera son théâtre de marionnettes fait maison le 7 mars, pour présenter Harry Paper et la parodie en carton.

Originaire de Saint-Bernardin, à moins d’une heure de route d’Orléans, l’humoriste Katherine Levac n’aura aucun mal à remplir la salle Harold-Shenkman. Source : MIFO

Parmi les autres spectacles annoncés pour la saison 2023-2024, notons le retour de l’enfant prodige de St-Bernardin, Katherine Levac, qui pourra ressortir son accent franco-ontarien les 23 et 24 février. On entend déjà les billets s’envoler. Le volet humour de la programmation comprend aussi Boucar Diouf, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, Mathieu Pepper et Philippe Laprise et Jean-Thomas Jobin.

En variété, un spectacle à découvrir assurément est celui de Stéphanie Morin-Robert, le 12 octobre. Cette dernière a fait sensation sur la scène de la salle Harold-Shenkman en janvier dernier, lors des vitrines grand public de Contact ontarois. C’est d’ailleurs lors de cette performance qu’elle s’est taillé une place dans la programmation du MIFO.

L’artiste, qui a perdu un œil dans l’enfance à cause d’un cancer de la rétine, provoque des réactions instinctives qui oscillent entre les éclats de rire et les malaises. Angle mort fait définitivement œuvre utile lorsque l’artiste force le public à la regarder dans LES yeux.

Le spectacle Angle mort de Stéphanie Morin-Robert fait hurler de rire sur le coup, et réfléchir par la suite. Crédit image : Tristan Brand

La comédienne Guylaine Tremblay viendra présenter son hommage à Yvon Deschamps, intitulé J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi, le 17 décembre. La compagnie Machine de Cirque et Bboyizm compléteront le volet variété de la programmation. Le théâtre communautaire sera représenté par le Théâtre du village et la pièce Quelque part… un lac, du 16 au 19 novembre.

En chanson, le vétéran franco-manitobain Daniel Lavoie soulignera les 40 ans de son album Tension Attention au Centre des arts Shenkman le 14 septembre, tandis que l’étoile montante fransaskoise Étienne Fletcher se présentera sur la scène du MIFO le 18 avril.

La Franco-Ontarienne Mélissa Ouimet présentera un spectacle de Noël le 7 décembre. La Malienne Djely Tapa célébrera la femme et l’africanité le 30 novembre. En plus du spectacle de Bleu Jeans Bleu, qui avait déjà été annoncé pour le 5 octobre, le MIFO accueillera le quatuor a cappella Qw4rtz, Ludovick Bourgeois, Marie-Denise Pelletier, Ariko et Noé Lira.

Les enfants pourront rencontrer Barbe d’or, le pirate au coeur tendre, le 14 mars. Crédit image : Louis Longpré

Finalement, deux spectacles s’adresseront aux enfants de 6 ans et plus. Il s’agit de À deux roues la vie de Dynamo Théâtre et de La légende de Barbe d’or des Fabulateurs.

Les spectacles du MIFO sont présentés, la plupart du temps, au Centre des arts Shenkman d’Orléans. Certains se tiennent également directement à la bâtisse du MIFO sur la rue Carrière. C’est également à cet endroit que se trouve la galerie d’art, qui exposera les œuvres d’une dizaine d’artistes au cours de la saison.  

L’exposition Vent dans les voiles de Madeleine Rousseau, ornera les murs du MIFO du 7 mars au 1er avril 2024. Gracieuseté

Les billets sont en vente dès ce soir pour les abonnés privilège, et le seront à compter de samedi pour le grand public.

Financement des garderies : les francophones ignorés par Ottawa

OTTAWA – Un projet de loi visant à assurer à long terme les services de garde des jeunes enfants inquiète les francophones hors Québec alors que les minorités linguistiques sont complètement absentes du libellé.

Le projet de loi C-35 vient compléter en quelque sorte les ententes conclues en 2021 et 2022 avec les provinces et territoires pour la mise en place de garderies à 10 $ par jour. Ces accords prennent fin en 2025-2026 et Ottawa veut s’assurer de sa pérennisation après leur aboutissement avec C-35.

En Ontario, l’entente conclue en mars dernier a permis de réduire les frais de 50 % en décembre 2022. Les deux paliers de gouvernement prévoient atteindre 10 $ par jour en moyenne d’ici septembre 2025.

C-35, si adopté, engagera les futurs gouvernements à garantir un financement à long terme pour les services de garde dans le cadre des ententes avec les provinces. Le projet de loi crée aussi un Conseil consultatif national qui conseillera « le gouvernement fédéral sur les enjeux et les défis auxquels fait face le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants ».

Source : Pixabay

L’actuelle mouture ne fait toutefois, à aucune reprise, la mention des francophones ni des minorités linguistiques en milieu minoritaire et c’est un problème selon la Commission nationale des parents francophones (CNPF)

« C’est vital. Si on n’est pas dans le projet de loi, on ne sera pas considéré. Ça, je peux vous le dire », soutient son directeur général Jean-Luc Racine devant les députés des formations politiques à Ottawa.

Ce dernier comparaissait en comité parlementaire mardi soir au sujet du projet de loi en compagnie de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). De nombreuses études au cours des années ont prouvé qu’avoir accès à ses services de garde en français avait un impact direct sur le développement des enfants, notamment au niveau linguistique.

« Ça serait catastrophique, ça serait l’assimilation »

Les prochaines ententes pourraient être renégociées dans le futur par différents gouvernements avec pour référence ce projet de loi, « donc il faut qu’il contienne des obligations envers les francophones, c’est essentiel », plaide M. Racine.

« Sinon, pour les francophones, ça serait catastrophique, ça serait l’assimilation. Ça veut dire qu’ils vont se tourner vers les services de garde anglophones. L’expérience démontre que, dans la grande majorité des cas, quand ils vont vers le service anglophone, ils se retrouvent dans les écoles anglophones. »

Le projet de loi C-35 de la ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social Karina Gould déplaît aux francophones. Source; photo tirée de Twitter.

La principale demande des organismes francophones dans ce libellé de la ministre Karina Gould est d’assurer un financement pour les minorités francophones, dans chaque province et territoire.

Ce ne sont pas tous les accords actuels avec les différents gouvernements qui garantissent des places pour les francophones. Dans son accord avec le fédéral, l’Ontario s’engage à « maintenir ou augmenter le nombre actuel de places dans les garderies agréées », qui était de près de 20 000 pour les francophones et 5600 pour celles bilingues en mars 2022. La province s’engage à un tel objectif d’ici 2025-2026, mais rien n’est garanti par la suite.

La FCFA s’explique d’ailleurs très mal comment le gouvernement tente de faire adopter le projet de loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, alors que, de l’autre côté, « on voit un projet de loi qui crée un des plus grands programmes sociaux des dernières décennies et qui n’a aucune mention des langues officielles », déplore son directeur général Alain Dupuis

« On voit encore à quel point, malgré C-13, les autres projets de loi déposés par les gouvernements doivent avoir ce reflet-là. Si on parle d’égalité réelle, ça veut dire d’en faire plus pour qu’on atteigne l’égalité et qu’on garantisse des ressources et des places. Sans ça, ce ne sera qu’un vœu pieux. »

La FCFA et la Commission nationale des parents francophones veulent aussi que le Conseil consultatif national garantisse la place d’un représentant des minorités francophones.

Le projet de loi est actuellement en étude au Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées.

Début de grève générale dans la fonction publique fédérale

Près de 155 000 fonctionnaires de la fonction publique sont officiellement en grève alors que le gouvernement et ce syndicat n’ont pas réussi à s’entendre.

L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) avait décrété que mardi soir 21h était la date limite pour que les deux parties puissent parvenir à une entente, sans quoi elle déclencherait une grève générale. L’AFPC et quelque 120 000 de ses membres sont donc désormais en mode débrayage, accompagnés de 35 000 membres du Syndicat des employés de l’impôt, soit les travailleurs de l’Agence du revenu du Canada.

Le syndicat en a fait l’annonce mardi soir vers 21h15 lors d’une courte disponibilité médiatique.

« On va rester à la table des négociations et on va continuer à essayer de négocier une entente qui tient compte du coût de la vie. Jusqu’à ce qu’on reçoit une entente raisonnable qui reflète nos priorités, 155 000 fonctionnaires de la fonction publique fédérale resteront en grève », a affirmé Alex Silas de l’AFPC.

Certains fonctionnaires, considérés comme essentiels, resteront en place. Il s’agit par exemple de ceux chargés de la prestation de l’assurance-emploi, ceux assignés aux services frontaliers et responsables de certains programmes comme des prestations de la sécurité, de la vieillesse et du supplément de revenu garanti. Les citoyens doivent toutefois s’attendre à des retards au niveau de l’assurance-emploi, à l’immigration, pour les déclarations de revenus ainsi qu’au service à la clientèle, comme au téléphone.

Les grévistes proviennent en majorité du Conseil du Trésor et de l’Agence du revenu, mais aussi de divers ministères.

Lundi, le Conseil du Trésor affirmait avoir bonifié son augmentation salariale de 9 % sur trois ans alors que l’AFPC demandait une augmentation de 4,5 % annuellement.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a statué que son parti n’appuierait pas un projet de loi forçant le retour au travail, si jamais le gouvernement en présentait un. Même en cas d’un vote de confiance sur un tel projet de loi, la formation néo-démocrate ne l’appuierait pas, malgré l’alliance conclue entre le Parti libéral et le NPD.

« Je l’ai dit au début des négociations (avec le gouvernement), vous ne pouvez jamais compter sur nous pour une loi sur le retour au travail. Ce n’est pas acceptable pour nous », a affirmé M. Singh en conférence de presse ce mardi matin.

La députée fédérale d’Ottawa-Vanier et présidente du Conseil du trésor Mona Fortier.. Archives ONFR+

Avant la période des questions mardi aux Communes, Justin Trudeau a assuré que « les deux parties à la table de négociations continuent leur travail avec beaucoup d’intensité pour pouvoir résoudre cette question-là ».

La présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, a de son côté affirmé détenir « une offre compétitive qui est juste pour les fonctionnaires, qui aussi est raisonnable pour les contribuables ».

Voici où sont les prévus les débrayages

L’AFPC a notamment prévu des endroits où tenir des piquets de grève comme le bureau du premier ministre, la Colline parlementaire et quelques autres édifices au centre-ville d’Ottawa. Les bureaux de la présidente du Conseil du Trésor et de sa collègue députée franco-ontarienne Marie-France Lalonde, respectivement dans Ottawa-Vanier et dans Orléans sont aussi deux endroits désignés.

Des piquets de grève sont aussi prévus à Sudbury et à Timmins ainsi que dans plusieurs édifices fédéraux dans la région du Grand Toronto.

Des professionnels de la santé lancent un vote citoyen contre la privatisation en santé

TORONTO – Dans une conférence de presse organisée aujourd’hui dans 17 villes ontariennes, la Coalition ontarienne de la santé, Ontario Health Coalition (OHC), annonce le lancement d’une campagne de résistance contre la privatisation en santé en réponse au projet de loi 60 du gouvernement avec, à l’issue de ce mois de mobilisation, un vote citoyen référendum organisé les 26 et 27 mai prochains.

La Coalition ontarienne de la santé représente plus de 500 organisations membres et un réseau de coalitions locales de la santé, dont des organisations de patients, d’infirmières et de professionnels de la santé et de médecins qui appuient le système de santé publique.

Le Projet de loi 60 réformant la santé, actuellement en troisième lecture, présentait en mars dernier la délocalisation vers les établissements privés de certaines prestations médicales de routine afin de diminuer le temps d’attente.

Une volonté réitérée ce matin en chambre à Queen’s Park par la ministre de la Santé Sylvia Jones : « L’arriéré chirurgical dû à la pandémie nous pousse à étendre les capacités en offrant des chirurgies de routine plus rapidement. »

« Pratiquement tous les hôpitaux publics de l’Ontario ont des salles d’opération qui ferment à 16 heures et le week-end, ou sont fermées de façon temporaire ou permanente, en raison du manque de financement et de personnel. Nous n’avons pas besoin de nouvelles salles d’opération – seulement maintenant elles appartiendraient à des sociétés à but lucratif », a déclaré aujourd’hui l’OHC dans un communiqué de presse.

L’organisation a tenu aujourd’hui une conférence de presse dans 17 villes de la province telles que Toronto, Hamilton, Cornwall, North Bay, London, Windsor, Sarnia, etc., pour annoncer une campagne de recrutement de bénévoles en vue d’organiser un référendum communautaire à l’échelle de la province pour mettre fin à la privatisation au détriment des hôpitaux publics.

« Le gouvernement Ford n’a pas parlé de la privatisation de l’assurance santé dans sa plateforme électorale le printemps dernier. Les Ontariens méritent de voter pour ou contre la privatisation que le gouvernement Ford propose » – France Gélinas

La porte-parole de l’OHC, Carolyn Egan, décrit le mouvement comme ayant été « fomenté par les inquiétudes grandissantes dans les hôpitaux des petites villes de l’Ontario », ajoutant qu’« il a déjà trouvé un large écho dans plusieurs communautés ».

Les coalitions de la santé aménageront des bureaux de vote à l’extérieur des boutiques locales, des centres communautaires et des quartiers achalandés des communautés pour répondre oui ou non à la question ainsi formulée : « Voulez-vous que nos services hospitaliers publics soient privatisés au profit d’hôpitaux et de cliniques à but lucratif? »

Ces journées de référendum auront lieu les vendredi 26 et samedi 27 mai. Plus d’un millier de bureaux de vote seront ouverts avec la possibilité de voter via PublicHospitalVote.ca.

« L’assurance santé est un programme qui nous définit en tant que Canadiens. Nous recevons nos soins basés sur nos besoins et non pas sur notre habileté à payer. Je suis optimiste que le résultat du vote sera fortement en faveur de la protection de notre système de santé public », s’est exprimée la porte-parole en santé du Nouveau Parti démocratique, France Gélinas.

« Le gouvernement Ford n’a pas parlé de la privatisation de l’assurance santé dans sa plateforme électorale le printemps dernier. Les Ontariens méritent de voter pour ou contre la privatisation que le gouvernement Ford propose », conclut-elle.

Le Festival de la Curd à la croisée des chemins

LA NATION – Depuis près de 30 ans, le Festival de la Curd fait la fierté des gens de St-Albert, dans l’Est ontarien. Dans les derniers mois pourtant, l’organisation a privilégié des événements sporadiques au centre communautaire plutôt qu’un grand rendez-vous estival. Les principales raisons évoquées sont la pénurie de main-d’œuvre et les travaux sur le site de la fromagerie St-Albert, lieu habituel des festivités. Mais l’avenir du Festival de la Curd reste incertain.

Selon les responsables de la fromagerie St-Albert et de Groupe Simoncic, qui organise le Festival de la Curd depuis plusieurs années, l’événement était en parfaite santé avant l’arrivée de la pandémie. En entrevue avec ONFR+, le directeur général de la fromagerie, Éric Lafontaine, explique que le public, par solidarité, était particulièrement au rendez-vous dans les années qui ont suivi l’incendie de 2013. La venue du groupe québécois les Cowboys fringants en 2019 avait aussi attiré une grande foule, et l’achalandage avait été bonifié pour toute la fin de semaine.

Pas de longue agonie, donc. Reste qu’il n’y aura pas de Festival de la Curd dans sa formule habituelle en 2023. Devant les difficultés logistiques, Groupe Simoncic a décidé d’organiser des spectacles de façon sporadique, au Centre communautaire St-Albert.

Après ces quatre événements à thématiques variées, nous avons contacté le directeur général de Simoncic, Pierre Fortier, pour avoir une idée du bilan dressé par son organisation : « Est-ce que ça a répondu vraiment comme on voulait? Non. Est-ce qu’on s’attendait à des foules de 4000 personnes? Non plus. Mais je pense que c’était important de garder quelque chose pour la communauté. »

L’affiche d’une des quatre soirées qui se sont déroulées au Centre communautaire St-Albert. Gracieuseté Groupe Simoncic

Sans dévoiler grand-chose, Pierre Fortier se montre plus optimiste que lors d’un entretien précédent. Il affirme maintenant que son équipe tente d’organiser un réel rassemblement à l’été 2023.

« Il y a plus qu’un projet sur la table en ce moment. C’est une question d’évaluer ce qu’on est capable de faire de ces projets. »

Deux enjeux majeurs bloquent la formule habituelle

Groupe Simoncic organise aussi d’autres événements, dont le Festival franco-ontarien, qui a récemment annoncé un retour à sa case habituelle de juin, après trois éditions décalées en septembre.

Questionné à savoir si leurs autres événements connaissent les mêmes difficultés, Pierre Fortier insiste sur la conjoncture entre la pénurie de main-d’œuvre et les travaux à la fromagerie. Le terrain, dans son état actuel, présenterait des enjeux de sécurité s’il devait accueillir une foule.

L’hypnotiseur Messmer a fait partie de cette programmation étalée 2022-2023, mais il était aussi une tête d’affiche du dernier Festival de la Curd dans sa version traditionnelle, en 2019. Gracieuseté Groupe Simoncic

De plus, la curd n’est pas qu’un titre, mais un élément important du festival. On distribuait du fromage en grains dans la foule et les spectateurs étaient nombreux à visiter les installations et à se procurer des sacs. Comme la fromagerie doit fournir ses produits frais du jour à ses différents points de vente, elle ne pourrait pas répondre à cette hausse fulgurante de la demande durant la fin de semaine.

« Ça a un impact sur notre magasin et notre restaurant. Quand on fait le festival, ils sont envahis, si on peut dire ça comme ça. Avec la pénurie de main-d’œuvre qu’on vit présentement, on ne peut même pas ouvrir notre restaurant 7 jours sur 7 », abonde Éric Lafontaine.

Les produits de la fromagerie St-Albert sont distribués dans plus de 2000 points de vente à travers le Québec et l’Ontario. Crédit image : Rachel Crustin

Le domaine de la restauration étant particulièrement touché par cette pénurie, il faudrait donc offrir un salaire compétitif aux employés des kiosques alimentaires. On peut faire le même constat avec tous les métiers techniques rattachés à l’organisation d’un spectacle, sans parler des difficultés à recruter des bénévoles dans un monde où même les salariés se font rares, explique-t-il.

Les organisateurs se retrouveraient devant un dilemme cornélien : vendre les billets beaucoup plus chers, ou accumuler un déficit qui pourrait compromettre la tenue de l’événement pour les années à venir. Pierre Fortier prévient : « On n’est pas rendus à un moment 100 % critique, mais il faut vraiment faire attention. »

Réactions dans la communauté

Nous avons parlé à quelques citoyens qui ont assisté à des spectacles de cette saison 2022-2023 afin de savoir ce qu’ils pensaient de cette nouvelle formule. Une citoyenne d’Alfred, Joanne Rochon, participait pour la première fois à une activité du Festival de la Curd lorsqu’elle s’est rendue au spectacle de Nicola Ciccone et Céleste Lévis. Elle nous indique avoir apprécié le côté intime de la salle. « J’ai aussi apprécié le cadeau à l’entrée, un bon sac de curd fraiche! »

Nicole Beauchesne, citoyenne engagée de St-Isidore, croit que c’est important d’avoir une offre de spectacles dans la région. « J’ai beaucoup aimé, c’était bien organisé. J’aimerais qu’ils continuent cette version même si j’aime aussi la version traditionnelle du Festival de la Curd. »

Le conseiller municipal de St-Albert, Danik Forgues, comprend que le Festival de la Curd doit se réinventer, mais ne croit pas que la formule 2022-2023 soit intéressante pour le long terme. Lorsque les activités sont concentrées en quelques jours, il est plus facile d’attirer des visiteurs de l’extérieur de la ville, qu’il s’agisse de touristes ou d’anciens citoyens qui se font une tradition de revenir dans leur patelin pour cet événement emblématique.

Le conseiller municipal de St-Albert, Danik Forgues, se concentre plus sur les festivités du 150e que sur le retour du Festival de la Curd. Crédit image : April Faucher

La Ville (la municipalité de La Nation) offre peu d’aide financière au Festival de la Curd, puisqu’il est géré par une entreprise privée. Il faudrait donc que Groupe Simoncic prouve son implication communautaire pour espérer une aide supplémentaire de la municipalité. Néanmoins, le conseiller souhaiterait collaborer avec les organisateurs dans le cadre des activités du 150e anniversaire du village de St-Albert, l’an prochain qui coïnciderait aussi avec le 30e anniversaire du festival.

Les festivités pourront ramener ce sentiment d’appartenance communautaire habituellement défendu par le rassemblement estival. Danik Forgues souligne que l’organisation du 150e mobilise de nouveau les bénévoles et espère que ces gens pourront rester impliqués dans leur communauté et éventuellement rejoindre les rangs du Festival de la Curd par la suite.

« J’espère vraiment que ce sera un beau tremplin. Le Festival de la Curd est arrivé au 100e de la fromagerie. Par la suite, il a évolué, s’est transformé. »

Un avenir incertain

Le directeur général de Groupe Simoncic admet qu’une série de spectacles étalés dans le temps ne correspond pas à la définition d’un festival. Il n’y a pas d’esprit de communauté qui se crée comme lorsque l’on organise différentes activités connexes autour des performances scéniques. Si les programmes de subvention changent et qu’il faut être créatifs pour prouver remplir les attentes, Pierre Fortier estime que son organisation a toujours été transparente et que les commanditaires ont compris les enjeux et maintenu leur implication.

Selon lui, le fait que l’événement était très bien établi a été un atout majeur. « On regarde le monde événementiel en ce moment, ça tombe parfois comme des mouches. Mais nous, on est en encore là. »

Le directeur général de Groupe Simoncic, Pierre Fortier, sous-entend qu’une autre version du Festival de la Curd pourrait avoir lieu dès cette année. Gracieuseté Groupe Simoncic

Il souligne que des membres de la communauté siègent sur le conseil d’administration et que leur voix est importante. Il espère que les citoyens de La Nation ont compris la démarche et indique avoir reçu des questions, mais pas de plaintes. Malgré un achalandage un peu décevant, « on a eu des bons commentaires des gens qui venaient. Donc, on voit qu’il y a une possibilité pour nous, c’est une avenue, peut-être, pour venir complémenter un festival de la Curd pendant l’année ».

Si l’option d’un festival à proprement parler semblait totalement écartée pour 2023, Pierre Fortier a entrouvert la porte lors de notre plus récente discussion. Chose certaine, cela ne se passerait pas sur le terrain de la fromagerie St-Albert.

« Quand tu refais la cuisine chez vous, ce n’est peut-être pas le temps d’inviter toute la famille à souper. Mais il y a des endroits, comme le centre communautaire, qu’on a appris à connaitre et qui peuvent être propices pour quelque chose » – Pierre Fortier, directeur général de Groupe Simoncic

Les réponses aux questions sur l’avenir du festival restent incomplètes. Il n’y a pas de dates officielles ni même de formule concrète prêtes à être annoncées. Le représentant de Simoncic souhaite garder l’idée d’un festival culturel qui rejoindrait les différentes générations et représenterait la communauté francophone de l’Est ontarien. Par contre, il n’est pas question de retourner dans le passé. On ne verra pas, par exemple, de rassemblement de moulins à battre antiques dans le but de battre un record Guinness, comme cela a été fait en 2015. Les organisateurs profiteraient de ce moment de flottement pour brasser les cartes.

Le directeur général de la Fromagerie St-Albert, Éric Lafontaine. Crédit image : Fromagerie St-Albert

Éric Lafontaine souligne quelques avantages de la formule étalée dans le temps, comme le fait d’être moins dépendant de la météo et une planification plus facile puisqu’il est difficile de dire quand se termineront les travaux à la fromagerie. Une nouvelle étape de construction extérieure doit débuter en mai. Il rappelle qu’un festival se prépare des mois à l’avance et demande des efforts considérables qui ne sont pas visibles pour les festivaliers.

« Il y avait, avant la pandémie, quelque chose de très fort. Et c’est là qu’on veut revenir. Personne ne veut faire un festival médiocre » – Pierre Fortier

Notons que, pendant la pandémie, l’équipe du Festival de la Curd a mis en place le circuit Oh la vache! Différents artistes de l’Est ontarien, d’Ottawa et de l’Outaouais ont peint des vaches grandeur nature. Ces bovins en fibre de verre sont exposés le long d’un parcours touristique de 30 km.

La vache Courage devant la Fromagerie St-Albert. Gracieuseté Groupe Simoncic

Le Festival de la Curd, tel qu’on le connait, sera-t-il de retour dans les prochaines années? L’événement semblait en bonne santé, mais la pandémie, les travaux, la pénurie de main-d’œuvre et même le désir de se réinventer pourraient avoir raison de ce classique franco-ontarien. L’avenir nous dira si l’événement retrouvera son cachet particulier et si la population aura toujours envie de converger vers St-Albert tous les étés.

Ramadan : incursion dans le quotidien des musulmans de Sudbury

SUDBURY – Sensation de faim et de soif, nuits écourtées, difficultés à se concentrer, loin de sa famille… Les défis sont nombreux pour les musulmans qui observent le jeûne du ramadan. À quelques jours de la fin de ce mois sacré, ONFR+ vous invite à vous plonger en images dans le quotidien de la communauté musulmane grandissante du Grand Sudbury.

Une longue attente

Crédit image : Inès Rebei

Après trois ans de pandémie, c’est enfin l’heure pour tous de se retrouver lors d’une rupture du jeûne collective organisée en ce 1er avril par la Sudbury Muslim Society. Forte des vagues d’immigration de ces dernières années, la communauté musulmane forme aujourd’hui 10 % de la population du Grand Sudbury.

Un festival culinaire

Crédit image : Inès Rebei

Mets d’Iran, du Pakistan, du Liban, du Nigéria… On assiste à un festival de couleurs au Centre communautaire de Garson avec des spécialités culinaires des pays les plus représentés de la communauté musulmane de la ville. Une vingtaine de repas ont été amenés par les familles, et les restants remis à des personnes travaillant dans le bâtiment comme le veut l’esprit du mois sacré.

Recentrage spirituel

Crédit image : Inès Rebei

Au-delà du fait de ne pas manger ni boire du lever au coucher du soleil, le ramadan est un mois durant lequel les croyants sont deux fois plus appelés à faire le bien autour d’eux et à se rassembler. Des prières supplémentaires à celles du jour ont lieu durant la nuit, en particulier lors des dix derniers jours.

Redonner aux autres

Crédit image : Inès Rebei

Incontournable arrêt culinaire de Sudbury, le restaurant Damas est tenu par une famille de réfugiés Syriens arrivés en 2016. Bien connue pour sa générosité, la famille Qarqouz offre régulièrement des repas aux plus vulnérables, et ne fait pas exception durant le mois du ramadan.

L’art de la résilience

Crédit image : Inès Rebei

L’exposition toute la journée aux fortes odeurs de nourriture et à la chaleur des flammes des machines à kebab est une épreuve pour les restaurateurs qui observent le jeûne. Mohamed, fils du propriétaire, déclare devoir attendre que le pic des clients se termine avant de pouvoir rompre le jeûne, souvent des heures plus tard.

Un choix limité

Crédit image : Inès Rebei

À Sudbury, comme dans le Nord, les rayons halal des épiceries sont souvent vides. Les familles s’organisent pour faire le trajet vers Toronto, ville la plus proche ayant une multitude de boucheries halal, pour faire le plein de viande et de produits orientaux.

L’esprit d’entraide

Crédit image : Inès Rebei

À La Laurentienne, des repas sont servis tous les soirs gratuitement à des étudiants par l’association des étudiants musulmans de l’établissement. En plus des dons des mosquées, les étudiants s’organisent entre eux pour acheter ou préparer de la nourriture. « On est vraiment solidaires entre nous », lance Shakirah, étudiante et bénévole de l’association.

Un horaire chargé

Crédit image : Inès Rebei

Rumana, originaire du Bangladesh, occupe deux emplois tout en étudiant en 2e cycle à La Laurentienne. Avec un mari resté au pays et le Ramadan coïncidant cette année avec la période des examens, celle-ci cumule les défis : « Je ne dors pas beaucoup, le ramadan est éprouvant pour moi cette année. »

Le mal du pays

Crédit image : Inès Rebei

Mouna, étudiante en biologie à l’Université Laurentienne, célèbre son premier ramadan hors de son Sénégal natal. « C’est particulièrement difficile d’être seule et de ne pas pouvoir pratiquer les rites de mon pays, surtout que l’heure de la rupture du jeûne est deux heures plus tard ici », confie-t-elle. Pour autant, celle-ci se dit chanceuse d’avoir des colocataires qui s’intéressent à sa culture.

L’ombre de la discrimination

Crédit image : Inès Rebei

Arrivée il y a six ans, la famille Kablan fait partie de la communauté grandissante d’Ivoiriens de la ville. Comme tous les soirs depuis le début du ramadan, la famille de huit membres reçoit des amis autour d’un copieux repas. Certains d’entre eux racontent avoir vécu de la discrimination à Sudbury, à la fois en raison de leur couleur de peau et de leur appartenance religieuse.

Le rêve d’innover à Sudbury

Crédit image : Inès Rebei

Passionnée de cuisine, Bintou Kablan prépare des spécialités ouest-africaines sur commande depuis deux ans. Elle prend actuellement des cours d’entreprenariat en ligne avec le rêve d’ouvrir prochainement le premier restaurant 100 % africain de Sudbury.

CBC/Radio-Canada suspend ses activités sur Twitter

OTTAWA – Le radiodiffuseur CBC/Radio-Canada a annoncé ce lundi qu’il suspendait ses activités sur la plateforme Twitter, au lendemain de son étiquetage comme « média financé par le gouvernement ».

« Notre journalisme est impartial et indépendant. Prétendre le contraire est faux. C’est pourquoi nous suspendons nos activités sur Twitter », a déclaré sur Twitter CBC/Radio-Canada.

Ce n’est pas ce compte qui a été étiqueté, mais celui de CBC, après une demande du chef conservateur Pierre Poilievre. Ce dernier avait demandé, dans une lettre adressée au patron de Twitter, Elon Musk, quelques jours avant le geste du réseau social, d’étiqueter CBC, mais n’avait pas formulé la même demande pour Radio-Canada. Dimanche, le compte anglophone du radiodiffuseur canadien comportait la mention « média financé par le gouvernement ».

« Maintenant, les gens savent que c’est de la propagande Trudeau, pas des nouvelles », avait commenté Pierre Poilievre sur Twitter dimanche soir, après la nouvelle.

Appelé à commenter ces propos, Justin Trudeau a affirmé ce lundi que c’était « désolant de voir un parti politique s’attaquer aux médias indépendants » et que les attaques « en disent long » sur le Parti conservateur. Le premier ministre déplore aussi le fait de « demander à des milliardaires américains de venir nous aider à attaquer nos institutions », en référence à la demande du chef conservateur au président de Twitter.

« Pour moi, ça souligne un désalignement de valeur et un manque de compréhension à quel point les Canadiens sont fiers de nos institutions », a-t-il dénoncé en conférence de presse.

Le chef conservateur a affirmé dans les derniers mois qu’il couperait le financement à CBC s’il accédait au pouvoir, mais pas à Radio-Canada.

« Le marché ne fournit pas toutes les nouvelles, toutes les informations et toute cette culture en français parce que nous vivons dans un océan de l’anglais en Amérique du Nord (…) Je comprends qu’il y a un besoin dans la langue française qui n’existe pas dans la langue anglaise en termes de médias », affirmait-il en entrevue avec Radio-Canada en mars dernier, lors de la course à la chefferie conservatrice.

Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image: Stéphane Bédard
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre. Crédit image : Stéphane Bédard

Pour ce faire, il devrait toutefois modifier la Loi sur la radiodiffusion du pays en créant notamment deux entités distinctes, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a qualifié de « dangereux » le comportement de M. Poilievre de vouloir cesser le financement du diffuseur public, ajoutant qu’il s’agissait d’une « attaque envers la culture québécoise et francophone ».

« Un impact sur un réseau comme ça, ça va impacter et ça va frapper la communauté francophone à travers le pays qui dépend de Radio-Canada. Il ne peut pas avoir une attaque contre une seule partie de quelque chose qui est complètement lié », a dénoncé Jagmeet Singh.

Tous les députés conservateurs, incluant les francophones qui se dirigeaient à la période des questions lundi après-midi, ont refusé de s’arrêter pour répondre aux questions des journalistes sur la CBC.

Possible grève pour 155 000 fonctionnaires dès mercredi

OTTAWA – L’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) et les travailleurs de l’Agence du revenu du Canada (ARC) partout au Canada pourraient tomber en grève dès mercredi.

Le Conseil du Trésor et l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) ainsi que 35 000 travailleurs de l’Agence du revenu du Canada, sont présentement en négociation concernant leur convention collective arrivée à échéance depuis 2021.

La semaine dernière, l’AFPC a annoncé que ses membres lui avaient donné un mandat de grève passé avec majorité, lors d’un vote entre le 22 février et le 11 avril. Si aucune entente ne survient, les 155 000 fonctionnaires débrayeront dès le 19 avril à minuit, a menacé la partie syndicale représentant des travailleurs de l’administration centrale.

L’AFPC demande notamment une hausse salariale à hauteur de 4,5 % pour 2021, 2022 et 2023, dénonçant le fait de ne pas avoir eu de hausses des salaires depuis juin 2020.

« Nos équipes de négociations sont fatiguées. On a l’impression que le Conseil du Trésor ne nous témoigne que peu de respect. On a eu beaucoup d’échanges et peu de réponses », a affirmé en conférence de presse Yvon Barrière, vice-président exécutif régional pour le Québec de l’AFPC.

Le syndicat des employés de l’ARC demande de son côté un ajustement salarial initial de 9 %. Il demande ensuite une hausse salariale de 4,5 % la première année et de 8 % pour les deux années suivantes. Les deux parties sont revenues à la table des négociations depuis début avril.

« Reste que quand même, on a eu certains progrès sur l’état de la négociation depuis deux semaines. On a négocié plus depuis deux semaines que sur les deux dernières années (…) Je demeure optimiste, mais quand même très prudent », a commenté M. Barrière lorsque questionné sur la possibilité d’éviter un débrayage national ce mercredi.

Dans un communiqué lundi, le Conseil du trésor réaffirme avoir offert une hausse de 9 % sur trois ans.

« Nous avons une bonne offre sur la table, et il y a suffisamment de points communs pour parvenir à un consensus sur une convention collective renouvelée pour nos fonctionnaires. Les Canadiennes et les Canadiens s’attendent à ce que les deux parties négocient de bonne foi et fassent des compromis pour éviter de perturber les services sur lesquels ils dépendent », a déclaré le Conseil du Trésor.

Appelé à commenter, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu’il « espère trouver une solution qui va fonctionner pour la fonction publique et pour les contribuables ».

« On va continuer, comme on l’a fait depuis bien des semaines, à travailler de bonne foi à la table des négociations », a-t-il répondu en conférence de presse à Ottawa, ajoutant « ne pas vouloir négocier sur la place publique ».

Ce dernier n’a pas répondu alors qu’il était questionné pour savoir si son gouvernement pourrait plancher sur un retour forcé au travail de ces employés de la fonction publique via un projet de loi, sans non plus démentir.

Les services affectés

S’il y a grève, le syndicat prévoit des risques de retard au niveau des passeports, des services à l’emploi, une interruption des rapports d’impôts, de plus longues attentes pour le service à la clientèle.

Cela pourrait aussi affecter la prestation de programmes comme Agriculture Canada et devrait créer plus de retard chez Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

« Est-ce qu’on veut la grève? Non, mais ce qu’on veut c’est que le Conseil du Trésor vienne négocier avec nous », déclare Yvon Barrière.

Les maires des plus grandes ville du Nord lancent un appel aux gouvernements

SAULT STE. MARIE – Immigration, recrutement de médecins, aménagement du centre-ville, dépendances, itinérance… Les maires des cinq plus grandes municipalités du Nord de l’Ontario se sont se sont entendus sur plusieurs enjeux communs et réclament maintenant l’aide de la province et du fédéral.

Ce front uni s’est dessiné au cours d’une réunion de maires des grandes municipalités urbaines du Nord, vendredi dernier, la première du genre pour les nouveaux maires élus en octobre dernier.

Matthew Shoemaker, le maire de Sault Ste. Marie, a reçu ses homologues, Paul Lefebvre, de Sudbury, Michelle Boileau de Timmins, Peter Chirico de North Bay, et via zoom, le maire de Thunder Bay, Ken Boshcoff.

Parmi leur liste de priorités, que le Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord devient un programme permanent. Le gouvernement fédéral a lancé ce programme pilote en novembre 2019, pour une période de cinq ans, suite à des pressions politiques exercées par les cinq maires d’alors.

Son but : accélérer le processus d’obtention de la résidence permanente pour les nouveaux arrivants qui trouvent un emploi dans l’une des 11 villes canadiennes participantes.

« Le Nord de l’Ontario n’attire qu’une faible proportion des migrants internationaux et doit affronter des défis démographiques liés à la structure par âge et aux taux de naissance », a indiqué Peter Chirico, maire de North Bay, concernant le programme qui arrive à échéance en août 2024.

Selon Thomas Mercier, coordinateur du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, le programme a fait ses preuves, surtout depuis la fin des restrictions de voyages liées à la COVID-19, mais mériterait d’être adapté au contexte francophone en cas de reconduction.

« C’est important qu’une ligne directrice soit ajoutée pour forcer le fédéral à prendre en considération le poids démographique des francophones dans leur communauté », a-t-il déclaré en saluant au passage l’atteinte historique de la cible d’immigration francophone hors Québec en janvier dernier.

Le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, a récemment sous-entendu la possibilité d’étendre le programme. Crédit image : Inès Rebei

En toile de fond, la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans la région et contre laquelle le programme s’est prouvé être une potentielle solution selon les maires présents.

Selon Paul Lefebvre, ce programme pourrait contribuer non seulement à combler les milliers d’emplois vacants de la ville de Sudbury, mais aussi d’atteindre le seuil des 200 000 habitants qu’il avait fixé comme promesse durant sa campagne électorale.

Besoin criant de personnel de la santé

Un autre défi majeur auquel sont confrontées les municipalités du Nord concerne le manque de personnel dans le domaine de la santé qui risque de s’accentuer à mesure que la population vieillit.

« Simplement dit, nous avons besoin de plus de médecins et l’École de médecine du Nord de l’Ontario représente la meilleure option pour y arriver », a souligné Paul Lefebvre, maire du Grand Sudbury, avant d’ajouter que l’établissement a enregistré l’un des meilleurs taux de recrutement et de rétention de toutes les écoles de médecine au Canada.

Le gouvernement provincial a récemment annoncé une augmentation du nombre de places pour les étudiants en médecine en Ontario. Toujours selon M. Lefebvre, l’accroissement du nombre de places disponibles à l’Université aurait un énorme impact sur tout le Nord.

Le maire Shoemaker considère cette première rencontre comme fructueuse Source : compte Twitter de Matthew Shoemaker

La question de la crise de santé mentale a aussi occupé une place importante dans la liste des besoins du Nord qui présente un taux de mortalité liée aux opioïdes de trois à quatre fois plus élevé que le reste de l’Ontario.

L’ensemble des maires appellent à une intervention financière des gouvernements provincial et fédéral, notamment afin de « permettre à toutes nos communautés d’obtenir les mêmes services de consommation et de traitement qui sont disponibles et financés ailleurs en Ontario », a déclaré M. Shoemaker.

« Les municipalités ne devraient pas avoir à procurer des fonds pour résoudre un problème de soins de santé, surtout pas des fonds opérationnels », conclut-il.

Crise de logements

Du financement supplémentaire de la part des deux paliers gouvernementaux a également été réclamé à l’appui des logements de transition et des services de soutien connexes dans le Nord où la crise du logement est particulièrement marquée.

« D’autres mesures sont requises dès maintenant pour composer avec la crise du logement et de l’itinérance que vivent nos communautés », a lancé Michelle Boileau, mairesse de Timmins.

Celle-ci en a voulu pour exemple que la province puisse modifier la Loi sur la protection et la promotion de la santé « de sorte à définir un carrefour de services et à procurer des ressources additionnelles ».

Les maires des cinq municipalités disent vouloir parler d’une même voix pour le Nord. Source : Page Facebook de Michelle Boileau

Elle en veut pour preuve les augmentations annoncées récemment au Programme de prévention de l’itinérance de l’Ontario, dont le financement est passé à 5,1 millions après une annonce du ministre Ross Romano, à Sault Ste. Marie, le 11 avril dernier.

Les services sociaux de Cochrane et le conseil de Timmins ont adopté en mars dernier des résolutions demandant à la province d’en faire plus pour résoudre le problème des sans-abris.

Succès des ambassadeurs du centre-ville

Aussi présents lors de la rencontre, le personnel municipal et les Services sociaux de Sault Ste. Marie ont livré aux maires une présentation sur le Programme des ambassadeurs du centre-ville.

Lancé en juin 2022, celui-ci a des répercussions à l’échelle locale se sont avérées très positives selon la ville. « Ce programme a procuré une sensibilisation et du soutien par les pairs. Voilà un concept que nous explorerons certainement », a fait savoir Ken Boshcoff, maire de Thunder Bay.

Ce programme est le résultat d’un partenariat entre l’Association canadienne pour la santé mentale, l’Association du centre-ville et la Ville de Sault Ste. Marie.

Il se veut un pont entre les commerces de la ville et les membres désignés de la ville qui peuvent intervenir dans le cas, par exemple, d’une seringue abandonnée dans la rue. Le programme a également fait ses preuves à Montréal, Moncton ou encore Chicago.

La prochaine rencontre des cinq maires devrait avoir lieu en automne prochain.

La province lève le voile sur son plan en mathématiques et lecture

TORONTO – Avec cette nouvelle feuille de route dotée de 180 millions de dollars et applicable dès la rentrée prochaine, le gouvernement veut redresser le niveau des élèves en mathématiques, écriture et lecture. Face à la promesse d’un millier d’embauches, les enseignants demeurent sceptiques.

Les intentions du ministre de l’Éducation sont claires : « revenir aux fondamentaux ». Stephen Lecce veut combler les lacunes des élèves enregistrées ces dernières années en concentrant les efforts sur les matières de base que sont les mathématiques, l’écriture et la lecture.

L’enveloppe de 180 millions, annoncée ce dimanche en conférence de presse à Toronto, portera sur l’année 2023-2024.

Près de 71 millions iront dans le soutien en mathématiques et 109 millions en littératie. Un millier d’enseignants supplémentaires aideront les élèves à développer leurs compétences dans ces deux domaines.

Cette annonce s’inscrit dans la droite ligne de la modernisation de deux importants programmes-cadres : mathématiques et langage.

Stephen Lecce, ministre de l’Éducation, a fait cette annonce depuis une succursale de la Bibliothèque publique de Toronto. Source : YouTube Gouvernement de l’Ontario

« Ce plan nous permettra de faire des avancées concrètes et signalera à toute la province que nous ferons encore mieux pour améliorer les compétences qui comptent réellement pour la réussite des enfants, depuis la salle de classe jusqu’au marché du travail », a notamment déclaré le ministre.

« Ce financement est une étape positive et nécessaire qui aidera les conseils scolaires de l’Ontario à changer leur approche de la littératie des jeunes enfants pour l’aligner sur les pratiques fondées sur des preuves », a assuré Alicia Smith, la directrice générale de Dyslexie Canada, présente lors de l’annonce.

Un millier d’enseignants en renfort

« En aidant nos enfants à acquérir des compétences solides et durables dans des domaines importants comme la lecture, l’écriture et les mathématiques, nous les préparons à réussir à long terme », a ajouté Patrice Barnes, son adjointe parlementaire.

Outre l’embauche d’enseignants additionnels (300 en mathématiques, 700 en littéracie), ce plan comprend, pour le volet mathématiques, le doublement du nombre d’accompagnateurs en salle de classe et la désignation d’un « leader en mathématiques » dans chaque conseil scolaire pour mettre en œuvre le programme-cadre.

Il prévoit aussi un accès élargi aux outils numériques et le maintien des services de tutorat virtuels dirigés par des enseignants en direct et axés sur les mathématiques. Les nouveaux enseignants devraient aussi recevoir une formation spécifique et être exonérés du coût des cours de qualification additionnelle.

Dans son volet littéracie, le financement servira entre autres à financer les postes d’enseignants spécialisés, à mettre en œuvre le programme-cadre et à évaluer le niveau de lecture des élèves du jardin d’enfants à la 2e année. Le ministre a évoqué l’instauration d’un « outil d’évaluation normalisé ».

Scepticisme syndical sur fond de pénurie de main-d’œuvre

 « Si le gouvernement est sérieux avec ce nouveau plan pour appuyer les élèves, il doit, une fois pour toutes, prendre le temps d’écouter les enseignants, car ce sont eux les mieux placés pour aider les élèves en salle de classe », a réagi Anne Vinet-Roy.

La présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) ne comprend pas comment le gouvernement compte recruter autant de professionnels de l’éducation.

Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO (au centre). Crédit image : Rudy Chabannes

« C’est bien beau d’embaucher mais, pour y arriver, le gouvernement doit s’attaquer aux vrais enjeux de la pénurie qui menace notre système » – Anne Vinet-Roy

« C’est bien beau d’embaucher mais, pour y arriver, le gouvernement doit s’attaquer aux vrais enjeux de la pénurie qui menace notre système d’éducation. Et, par-dessus tout, pour évaluer les élèves en littératie, il faut aussi des outils adaptés pour les francophones et il faut leur assurer l’accès à des ressources et des services équitables de haute qualité en français, et ce, partout en Ontario. »

La représentante des enseignants francophones de la province estime que l’annonce d’aujourd’hui amène plus de questions que de réponses, « mais une chose est certaine : M. Lecce, n’oubliez pas que l’éducation, ça passe par une vraie collaboration avec les enseignants ».

Trois Franco-Ontariennes reconnues pour leur leadership

OTTAWA – Les Ottaviennes Lydia Philippe, Hortense Mvuemba et Sabine Daniel ont été distinguées pour leur impact positif sur la communauté, au 15e Gala d’excellence du Regroupement Affaires Femmes (RAF), ce samedi au Centre national des arts.

La première est repartie avec le prix Jeune Leader. Ancienne présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Lydia Philippe est aussi la cofondatrice de Fabiola’s Addiction and Mental Health Awareness Support Foundation (FAMHAS) qui offre par et pour la communauté noire une gamme de services visant à réduire la stigmatisation associée à la santé mentale.

« On n’est pas la jeunesse de demain, mais la jeunesse d’aujourd’hui. Il faut s’impliquer aujourd’hui pour construire demain », a-t-elle réagi en recevant sa récompense.

La deuxième, Hortense Mvuemba, a décroché le prix Engagement communautaire, se disant « très contente de découvrir que la relève est assurée ». Conseillère en engagement communautaire au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), elle est en charge de l’intégration et de l’accompagnement des familles nouvellement arrivées au Canada et des relations avec les partenaires communautaires.

La troisième, Sabine Daniel, s’est vu remettre le prix d’icône de l’année. Animatrice et productrice télé, elle s’est imposée comme une voix bilingue incontournable du paysage médiatique canadien et a lancé sa carrière en communication et en télévision à Ottawa.

« Je suis honorée de recevoir un prix de ma communauté en sachant qu’on va de l’avant, ce qui me rassure et me poussera à continuer », a confié la lauréate.

Les lauréates. Crédit image : Yvision fondé par Yves Daniel Tchokonte Yuimo

Parmi les autres lauréates de ce gala, devenu pancanadien à partir de 2020, figurent la sénatrice québécoise Marie-Françoise Mégie (prix Femme d’or), l’avocate montréalaise Anne Edma Louis (prix Entrepreneuriat), la fondatrice de la plateforme Freudlyne Art Culture Société, Carmelle Freudlyne Amoussou (prix Arts, médias et culture), ainsi que deux organismes.

Le Réseau des femmes congolaises, une association ottavienne qui sensibilise aux divers problèmes de santé physique, mentale et sociale qui peuvent affecter le bien-être des femmes, s’est adjugé le prix du jury, tandis qu’Audace au féminin, une structure montréalaise, a reçu le prix Organisme de l’année, une nouvelle catégorie créée cette année.

« Faire émerger des femmes dont beaucoup travaillent dans l’ombre »

Les lauréates ont reçu leur prix sous l’œil de Gwen Madiba, ancienne lauréate du RAF et défenseure primée des droits de l’homme et de l’égalité des genres, conférencière et designer.

« Derrière ce gala, l’idée est de faire émerger des femmes dont beaucoup travaillent dans l’ombre. Cette remise de prix initie d’autres reconnaissances dans leurs domaines d’activité », a déclaré Catia Céméus, présidente du RAF.

Son organisation a pour mission d’accompagner et de promouvoir l’excellence des femmes noires francophones afin qu’elles atteignent leur plein potentiel. Depuis 2006, le RAF a ainsi récompensé plus d’une centaine de femmes.

« On est fier de célébrer ces femmes-là », ajoute-t-elle. « C’est très important pour nous de reconnaître la contribution des femmes noires francophones car ceci permet de rendre accessible des modèles inspirants à des jeunes filles issues des communautés afro-descendantes. »

Les lauréates 2023
– Lydia Philippe : jeune leader
– Sabine Daniel : icône de l’année
– Hortense Mvuemba : engagement communautaire
– Anne Edma Louis : entrepreneuriat
– Carmelle Freudlyne Amoussou : arts, médias et culture
– Marie-Françoise Mégie : femme d’or
– Audace au féminin : organisme de l’année
– Réseau des femmes congolaises : prix du jury

Karen Vanderborght : la réalité virtuelle au service de l’artiste

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Karen Vanderborght, de son pseudonyme Image Fatale, est une artiste numérique qui utilise les différentes formes de réalité virtuelle (RV) au profit de sa créativité. Son jeu de marche Nuville, qui transforme Toronto en ville futuriste, est présenté jusqu’au 29 avril dans le cadre du Festival Myseum : Intersections. ONFR+ a rencontré cette Belge d’origine pour parler de son parcours et des avantages et inconvénients de l’intelligence artificielle (IA).

« Qu’est-ce qui vous a amenée au Canada?

Je voulais du changement. Je trouvais qu’il y avait plus d’opportunités ici pour tout ce qui a à faire avec l’interactivité. J’ai donc quitté Bruxelles il y a 17 ans.

Pourquoi ce nom d’artiste, Image Fatale?

J’ai inventé ce nom quand j’étais à l’école d’art, à Bruxelles. Mon idée était que les images et l’imagination peuvent être fatales, dans le bon et le mauvais sens, puisqu’elles peuvent avoir beaucoup d’influence.

Vous faites partie d’un certain courant de dadaïsme numérique. Qu’est-ce que les artistes comme vous vont chercher dans les principes du dadaïsme?

Je prends tout sous un angle un peu absurde et jouissif, mais toujours avec sérieux aussi. Je crois que c’est plus facile d’avaler un message un peu plus sérieux d’une manière poétique et humoristique.

Les dadaïstes exploraient les nouvelles technologies. Ils aimaient faire des expériences et ne rien tenir pour acquis. Il y a un dadaïste qui a fait une des premières œuvres interactives. C’était basé sur le téléphone, quelque chose de très nouveau à l’époque. Ils essayaient de casser les pensées traditionnelles autour de l’art. Ils étaient aussi dans une réaction contre une société d’après-guerre en désarrois. Leur approche était de célébrer l’absurde de la condition humaine.

Image fatale est une artiste belge établie à Toronto. Elle se spécialise dans les arts numérique et la réalité virtuelle. Gracieuseté

Comment expliqueriez-vous votre travail à un néophyte?

Je suis pigiste pour des compagnies et je développe des projets immersifs, de réalité virtuelle ou augmentée, des projets interactifs, des musées numériques, des installations, etc.

Je suis aussi enseignante et je fais du mentorat pour des groupes qui ont moins accès à la technologie.

Et je suis artiste, rôle dans lequel je suis libre d’explorer les sujets et technologies qui m’attirent. J’ai choisi l’interactif parce que j’aime jouer avec les gens. J’aime les laisser avoir un pouvoir de décision, une liberté d’explorer les histoires.

Vous avez aussi pratiqué d’autres formes d’art. Par exemple, vous étiez DJ à Bruxelles. Pratiquez-vous encore d’autres disciplines?

Pour l’instant, je me concentre vraiment sur le numérique. La musique électronique va toujours être un grand amour. Je collabore souvent avec des artistes locaux. Par exemple, Medhi Cayenne a fait la musique pour mon projet Ne grandis pas. À travers des mini-jeux, on parle de comment le stress et les traumas de l’enfance ont des conséquences dans notre vie adulte. Mais tout est très subtil.

Image tirée de Ne grandis pas. Ce projet d’Image Fatale aborde un thème difficile de façon très colorée. Gracieuseté

Ce projet a été monté au Labo, un centre d’arts médiatiques à Toronto, en 2021. Pourriez-vous l’exporter ailleurs?

C’est devenu un jeu que je vais lancer sur des plateformes bien connues des gens qui ont des casques de RV, comme le Oculus app lab ou SideQuest. Ce pourrait être accessible d’ici deux mois. Mais là, je me concentre sur mon projet Nuville.

C’est une balade augmentée qu’on joue sur son téléphone portable. On se promène dans Toronto en écoutant un podcast qui nous donne des instructions. Ça parle d’une ville dans le futur, qui est complètement construite par de l’IA. Dans le jeu, on fait partie d’un groupe de résistance qui veut rendre la ville de nouveau plus humaine. Mais l’IA crée des glitchs et on marche dans le Toronto d’aujourd’hui. C’est le moment de faire notre intervention pour reprogrammer l’algorithme.

Donc, ça nous fait visiter Toronto différemment?

Ça nous éloigne de notre vie torontoise agitée et souvent centrée sur la productivité. On tombe dans un état de flâneur. Juste marcher dans la ville sans but, mais en regardant tout ce qui se passe autour de nous.

Dans Nuville, une ville du futur est superposée à l’actuelle ville de Toronto, où les gens se promènent en écoutant un podcast qui leur donnera des directives en lien avec le jeu. Gracieuseté

Vous avez collaboré avec le Toronto Council Fire, un centre culturel autochtone. En quoi était-ce important pour vous?

Pour qu’on puisse regarder la ville un peu plus à travers une perspective autochtone. Ce sont les premiers habitants de ce territoire. Je pense que c’est la première perspective qu’on a besoin de découvrir.

Le podcast est aussi coécrit par l’IA. De quelle façon?

J’ai utilisé Chat GPT pour me donner des idées. Après, j’ai utilisé Laika AI, qui est un autre outil en développement où l’on peut mieux entraîner notre propre modèle de langage. J’ai entraîné l’IA avec des livres libres de droits : de science-fiction, d’architecture, de Raimbault, etc. Et là, j’ai commencé à coécrire. J’écrivais un paragraphe et je laissais l’IA réagir.

Pour Image Fatale (à gauche), l’intelligence artificielle peut être un bon outil si on l’utilise de la bonne façon. Gracieuseté

Que pensez-vous de la montée de ces IA?

Avec chaque technologie, il y a toujours un bon et un mauvais usage. Il faut savoir comment ça fonctionne pour mieux reconnaître ce qui est généré par l’IA. Il faut éduquer les gens et commencer dans les écoles. Et les gouvernements devraient se demander jusqu’où on veut aller. L’IA devrait servir l’humanité. Nous ne devrions pas être au service de l’IA et des compagnies qui la développent.

À un moment, les erreurs de l’IA vont être moins frappantes. Donc il faut avoir une source quelque part qui est gérée par des humains, même si nous aussi on fait plein d’erreurs. On a des biais cognitifs en tant qu’humains, et il y a en a aussi dans les algorithmes. Alors, il faut avoir les deux sources.

Il faut aussi faire attention aux gens qui se sentent oppressés ou oubliés pour les amener dans cette évolution. Il y a des communautés qui ont des difficultés d’accès aux ordinateurs et à Internet. Donc, on est loin de l’IA pour tous. C’est un grand défi de société. J’aime les nouvelles technologies, mais je les regarde toujours avec un angle critique.

Dans vos projets, qu’est-ce qui vient en premier : la technologie ou l’idée créative?

Il n’y a pas d’ordre spécifique. Parfois, l’exploration technologique est complètement à côté. Et à un moment donné, j’ai un déclic et je me dis que ce serait intéressant de parler de tel ou tel sujet à travers cette technologie.

Je compte sur l’ennui pour faire ces liens. Comme artiste, on a toujours besoin d’un moment où on n’est pas en train de travailler 50 heures par semaine. J’ai besoin d’avoir des moments creux pour laisser flotter les idées.

Pour l’exposition Grey Matter, Image Fatale avait capturé des témoignages de personnes aînées pour les rendre accessibles de façon ludiques à la jeune génération. Le projet est toujours disponible sur son compte Snapchat.

Quels projets avez-vous particulièrement aimé faire?

Pour l’instant, je m’amuse avec Nuville, car je me suis vraiment laissé aller dans la science-fiction et le cyberpunk, un genre que j’aime beaucoup. Ne grandis pas me tient aussi à cœur puisque c’est un vécu personnel qui a mené ce projet.

Au niveau corporatif, j’ai participé à une exposition en réalité augmentée (RA) dans le Vieux-Port de Montréal, pour donner aux croisiéristes un aperçu de ce que la ville a à leur offrir.

Et pour nommer un projet plus vieux, je dirais The Big Picture, une vidéo 360 que j’ai faite pour l’Organisation des Nations unies (ONU) en 2018. Ça parle de la crise humanitaire dans le nord du Nigéria. La RV stimule l’empathie. Quand les gens regardaient la vidéo dans un casque RV, ils étaient beaucoup plus touchés. Et l’ONU a amassé des millions de dollars de plus dans sa campagne de sensibilisation.

Ça montre qu’on peut obtenir des effets concrets lorsqu’on utilise la RV à notre avantage...

Oui. Parfois, c’est difficile à calculer. Mais la RV est souvent utilisée. Pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, il y a IKEA Place qui vous permet de visualiser les meubles dans votre espace intérieur. Et bon, ça s’utilise dans la guerre aussi. Les militaires utilisent l’IA depuis une éternité.

Alors oui, il y a des cas qui sont déjà vraiment utilisés, d’autre qui restent encore futuristes pour beaucoup de gens.

Il y a les lunettes Apple qui vont peut-être arriver. Je crois que pour que ça fonctionne, elles doivent être légères et simples comme nos lunettes de vue. Il faudra qu’on puisse choisir entre plusieurs modèles et que ça nous donne vraiment un avantage. Par exemple, Google Maps pourrait être directement dans nos lunettes.

Vous dites que vous êtes souvent découragée par la façon dont la RV est présentée. Pourquoi?

C’est souvent mal présenté. On met un casque quelque part et personne n’est là pour aider les gens à comprendre comment il fonctionne. Il faut créer un bon contexte pour que les gens puissent comprendre l’intérêt.

Le projet Grey Matter d’Image Fatale utilise la technologie Snapchat pour bâtir des ponts entre les générations. Gracieuseté

Comment vivez-vous votre identité francophone dans une ville comme Toronto et un domaine qui se passe plutôt en anglais?

Vive les communautés en ligne! J’essaie de renouer avec la Belgique. Par exemple, j’ai organisé des ateliers sur l’intelligence artificielle pour des artistes, en pleine pandémie. Je suis aussi membre de groupes de technologues francophones.

C’est sûr qu’à Toronto, mes projets sont souvent en anglais. Si j’ai plus de budget, j’essaie d’intégrer un côté français, mais on n’a pas toujours le temps et les ressources. J’essaie quand même de travailler avec des francophones. Par exemple, quand j’ai recruté Medhi Cayenne pour la musique de Ne grandis pas.

Dans votre parcours artistique, qu’est-ce qui vous a amenée vers les arts numériques?

Quand j’étais à Bruxelles, j’ai étudié à ce qui s’appelle aujourd’hui la LUCA School of arts, dans une sorte de département audiovisuel multimédia. J’étais dans un atelier où on nous encourageait à tout casser et reconstruire. On fabriquait des choses, on prenait de vieilles machines, on les combinait à d’autres, etc. C’était l’époque où les ordinateurs portables commençaient à être assez puissants pour faire des effets en temps réel. Il n’y avait pas tout plein de logiciels comme aujourd’hui, on programmait nous-mêmes nos outils. J’ai appris des langages informatiques pour programmer ma propre boîte à effets, faire un site web, etc.

Image tirée du jeu Ne grandis pas d’Image Fatale, pour lequel Medhi Cayenne a signé la trame sonore originale. Gracieuseté

Si on vous enlevait les contraintes logistiques, quel serait votre projet de rêve?

La prochaine chose à laquelle je voudrais m’attaquer, ce serait un projet de réalité mixte, où on peut superposer un monde par-dessus le monde réel. J’aimerais faire quelque chose qu’on pourrait contrôler avec nos mains.

J’aimerais voyager à travers le monde et rencontrer d’autres femmes qui travaillent dans l’art numérique et informatique. J’aimerais aussi développer un jeu plus complexe, mais je ne sais pas sur quel sujet. Comme je disais tout à l’heure, j’ai besoin d’un creux. Mais il arrive en mai.

Aimeriez-vous refaire un projet comme Nuville mais ailleurs?

Je le conçois comme quelque chose qu’on pourrait activer dans n’importe quelle ville. Il faudrait l’adapter, car on utilise des données ouvertes de la ville. J’aimerais que ça devienne un outil pour consulter les citoyens sur les projets de développement, d’une façon ludique. On pourrait par exemple prendre le modèle 3D d’un projet et le planter à l’endroit où il serait bâti. On pourrait mettre tous les projets en développement dans notre carte et les gens pourraient visiter la ville selon les plans des 50 prochaines années.

Bande-annonce de Nuville (en anglais). Nuville est un jeu de marche en réalité augmentée. Il se décline en trois parcours dans le cadre du festival Myseum : Intersections, les 15, 22 et 29 avril 2023.

Qu’avez-vous pensé de l’énorme engouement qu’a provoqué la sortie du jeu Pokemon Go en 2016?

C’était très drôle à voir. Pour l’instant, c’est le plus grand succès en RA. Plein de gens y jouent encore, même si on en entend moins parler. Ce qui était chouette, c’est que les gens sortaient. D’ailleurs, les algorithmes se sont beaucoup améliorés depuis et ça devient de plus en plus réaliste.

En même temps, ça montre le mélange bizarre entre le commerce et le jeu. C’est dangereux pour le jeu compulsif. Et on voyait des partenariats commerciaux, comme Starbucks qui payait pour qu’il y ait des éléments du jeu dans leurs magasins, ce qui leur attirait plus de clientèle.

C’est encore un exemple de comment la technologie peut être jouissive, mais en même temps pernicieuse. Le placement de produits rend la chose moins authentique. Moi, je ne fais pas beaucoup d’argent avec mes projets. Je ne suis pas une bonne femme d’affaires! Mais aussi, je ne crois pas que tout doit nous forcer à acheter. Nuville va contre ça. »


LES DATES-CLÉS DE KAREN VANDERBORGHT

1973 : Naissance à Bruxelles (Belgique)

1995 : Termine ses études à la LUCA School of Arts

2000 : Première de Les Sœurs Lumière au Kunstenfestivaldesarts. Un conte réaliste magique sur une amitié qui veut transcender la mort.

2006 : Immigre au Canada

2019 : Première de Grey Matter au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal

2023 : Lancement de deux jeux d’art, Ne grandis pas et Nuville.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

La Souterraine, récit féministe d’une murale sudburoise

[CHRONIQUE]

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

SUDBURY – Dans l’étrange et curieuse ville de Sudbury, l’artiste Jarus peignait autrefois une murale d’une femme dans la pénombre de l’Underground, une mineure couronnée d’un casque jaune, une tresse blonde dégringolant de son épaule, le regard voilé par la noirceur qui l’entoure. Elle est anonyme – une allégorie de ces pionnières qui ont osé faire carrière dans les mines de Sudbury. Des femmes comme Lilian Amelia Bellmore. 

« Ma nana, universellement adorée, est décédée. Je veux que vous la connaissiez », écrivait récemment la Franco-Ontarienne Julie S. Lalonde de sa grand-mère, Lilian Amelia Bellmore. 

« Elle faisait partie de la première douzaine de femmes embauchées comme ouvrières dans les mines d’Inco à Sudbury », raconte sa petite-fille dans un second texte. « Elle ne mesurait que cinq pieds, mais son souvenir est très présent et est désormais commémoré avec les autres femmes sur une murale géante à Sudbury. »

En conversation avec ONFR+, cette jeune éducatrice et activiste de renom qui lutte pour l’élimination des violences genrées, parle de sa grand-mère, une femme qui a laissé ses traces sur le récit minier de Sudbury ainsi que l’impact sur son propre cheminement féministe. 

Les souterraines

À la radio, on parlait d’elles. De Lilian Amelia Bellmore. De ses contemporaines, ces autres souterraines venues travailler de leurs bras dans les profondeurs des mines de la Nickel City. Un milieu dur, une terre de roches, une terre d’hommes.

C’était les hommes, oui, explique Mme Lalonde, mais les femmes aussi qui dénonçaient la présence de femmes underground : « Tu es en train d’enlever de la bouffe de ma table. Tu enlèves de l’argent de mes enfants. Tu voles les jobs aux hommes qui fait que nous autres, on va vivre en pauvreté. »

Mais sa grand-mère avait cinq enfants. Et un conjoint abusif – envers elle, et ses enfants. Elle habitait dans la pauvreté, privée par son époux des moyens pour nourrir ses enfants et faire vivre sa famille. 

Fille d’un syndicaliste qui défendait les intérêts des mineurs à Inco, Mme Bellmore connaissait bien les mines et, sans comprendre que son geste serait profondément historique, ayant des répercussions pour elle et pour les générations à venir, elle allait travailler à la mine. 

Lilian Amelia Bellmore avec ces collègues à Inco. Crédit image : Julie S. Lalonde

« Pour elle, c’était juste une bonne job avec un syndicat comme ça. Vraiment juste ça », explique Julie S. Lalonde. « Elle ne s’est jamais dit « je fais quelque chose d’historique » ou « je suis en train de creuser une piste pour d’autres femmes ». »

Sur Instagram, Mme Lalonde parle du harcèlement sexuel et des abus qu’avait subis sa grand-mère à INCO. Mais lors de notre échange, ce que Mme Lalonde semblait surtout déplorer, ce sont les moyens par lesquels la communauté de l’époque avait (et continue) de fermer les yeux sur la violence à laquelle avait fait face sa grand-mère et toutes autres femmes violentées par leurs partenaires intimes. Hier, aujourd’hui, demain. 

« Les gens l’ont acceptée. Ses collègues ont réalisé qu’elle n’était pas là pour prendre la job des hommes. Mais ça dit beaucoup, je pense, du sexisme au Canada que son expérience était très semblable à mes expériences de harcèlement dans le lieu de travail et aussi les menaces qu’elle a reçues hors du milieu de travail. »

Telle grand-mère, telle petite-fille

Nommée lauréate jeunesse du Prix du gouverneur général en commémoration de l’affaire « personne » en 2013, Mme Lalonde se livrait au micro de CBC à Ottawa, accompagnée de sa grand-mère depuis les studios à Sudbury, quand cette dernière allait rompre son silence pour parler de la violence conjugale à laquelle elle avait fait face au cours de sa vie.

Dans une vidéo réalisée pour commémorer son Prix du gouverneur général, la Sudburoise relatait : « À 74 ans, dénoncer son agresseur en disant « Je ne veux plus être invisible. Nous comptons. Nous faisons partie de cette communauté et nous devons cesser d’agir comme si les victimes et les survivants de violences sexuelles étaient des parias qui ne font pas partie de notre communauté », c’est quelque chose de très fort. »

Julie S. Lalonde devant la murale Underground, une allégorie de ces pionnières qui ont osé faire carrière dans les mines de Sudbury. Gracieuseté

Lilian Amelia Bellmore avait trouvé en sa petite-fille une source de force. Julie S. Lalonde, qui avait elle-même rompu le secret de la violence qu’elle avait subie aux mains d’un partenaire intime, allait tracer son récit dans Resilience Is Futile : The Life and Death and Life of Julie S. Lalonde, une œuvre qui marque le contraste entre sa carrière publique de courageuse championne des femmes et sa vie privée marquée par la violence. 

« On s’est donné le courage de parler honnêtement de notre vie », considère cette dernière. « Ma grand-mère me disait toujours que je vivais la vie qu’elle voulait avoir (…). Le fait que j’ai écrit mon histoire, que j’ai parlé à haute voix d’avoir subi la violence conjugale, le stalking, plein de choses – elle en était fière. Ma grand-mère était là la journée où mon livre à été lancé – elle est la personne qui a dansé le plus fort à ma fête, tellement elle était contente pour moi. »

Une longue lignée de femmes rebelles

« Je viens d’une longue lignée de femmes rebelles et j’en suis éternellement reconnaissante », écrirait Julie S. Lalonde de sa grand-mère. 

Elle allait hériter du casque protecteur de sa grand-mère. À l’arrière du casque, une étiquette « 1-year accident free – 1975 » et en avant, « Lilian », dans un « flourish of femme ». Une armure pour une guerrière. Un bouclier d’Amazone. Un legs symbolique à sa descendance.

 Le casque de Lilian Amelia Bellmore, dont Julie S. Lalonde a hérité. Crédit image : Julie S. Lalonde

Si la jeune femme ressemble à l’image de la mineure peinte par Jarus lors du Festival Up Here en 2017, c’est tout à fait un hasard, même si elle est bel et bien l’héritière de Lilian Amelia Bellmore. Elle voit en l’hommage de la murale Underground, peinte dans le cadre du Festival Up Here en 2017, une métaphore puissante des vies des premières femmes mineures à Sudbury. 

« Les gens vont savoir l’histoire de ce que ma grand-mère a subi – et ce que les autres femmes (représentées par la murale) ont subi aussi. Elle n’a presque pas survécu à son expérience – et maintenant existe une grosse, super jolie murale pour que les gens se rappellent d’elle. »

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et de TFO.

McLean, Étienne Fletcher, Joly : au programme de la 9e Nuit émergente de Sudbury

SUDBURY – Trois semaines après la 50e Nuit sur l’Étang, c’est déjà l’heure de se préparer à un autre festival musical important de la ville du Nickel. La Nuit émergente revient cette année à la Place des Arts avec de grands noms de la relève tels que McLean, Étienne Fletcher, Joly ou encore Kimya.

Ce seront, cette année, deux soirs de musique émergente qui attendent le public de Sudbury, sous le thème « Fais à ta tête, c’t’à toi les oreilles! ».

Le nom des premiers artistes ont étés révélés ce vendredi et force est de constater qu’il va y en avoir pour tous les goûts pour cette dixième année du festival dont la 8e édition avait été annulée en raison de la pandémie.

Sur l’affiche du festival, un monstre qui s’est échappé de la Slag-Lab « sera incapable de résister aux vibrations qui proviennent des artistes d’un festival, au loin », à l’image du public de Sudbury qui n’aura de choix que de se rendre à la Place des Arts pour assouvir sa soif musicale.

McLean et Étienne Fletcher ouvrent le bal

Le premier soir, le vendredi 19 mai, la face A réunira les deux artistes McLean et Étienne Fletcher. Le Sudburois offrira une prestation en toute intimité, accompagné de sa guitare classique et d’une choriste et le second, Fransaskois, s’entourera de trois musiciens.

McLean, alias Simon Jutras, avait remporté le Trille Or en 2019 pour son album Une dernière fois. Celui-ci a sorti, il y a tout juste deux semaines, un double clip vidéo ambitieux prolongeant largement l’immersion sonore et visuelle de son titre Picaroon. Ce sera sa deuxième participation au festival de Sudbury.

Le répertoire du chanteur McLean évolue habilement entre le folk et l’indie rock francophone. Crédit image : Jean-François LeBlanc

De son côté, Étienne Fletcher avait remporté pour la première fois en 2019 le prix de l’Artiste francophone de l’année aux Western Canadian Music Awards.

« On a mis la rencontre entre ces deux artistes le vendredi soir car on voulait vraiment les mettre en avant », confie la Slague dans une communication.

« Une aventure dont tu es le héros »

Le deuxième soir pour la Face B, l’événement invite le public à faire « des choix parmi une dizaine de concerts et trace ta voie parmi les plateaux divers ».

Marc Antoine Joly, nom de scène « Joly », fera partie des têtes d’affiche du samedi 20 mai. Originaire de Hawkesbury, le jeune artiste a sorti son premier album-concept, intitulé Deuil le 17 mars dernier.

Marc-Antoine Joly en performance sur scène. Il chante et joue de la guitare.
Joly a fait une prestation musicale remarquée lors de la 42e édition de Contact Ontarois en janvier 2023. Archives ONFR+

Lauréat de l’édition 2016 de Rond Point, demi-finaliste du Festival international de la chanson de Granby, gagnant du « prix découverte » du Gala Trille Or en 2019, le rappeur Kimya promet d’ambiancer la Place des Arts avec des sonorités africaines rappelant son Congo natal.

Évoluant à Ottawa, l’univers de Kimya mélange rap, slam et hip-hop. Archives ONFR+

Chanteuse épicée originaire de la Côte-Nord, Cayenne occupera également une scène musicale, de même que d’autres artistes comme le chanteur originaire de l’Outaouais ontarien Marc-André Labelle, la Sudburoise Martine Fortin et la chanteuse pop Rosie Valland de Montérégie.

Marc-André Labelle a déjà joué à la Nuit émergente lorsqu’il était le guitariste du groupe Pandaléon. Crédit image : LMD SOLUTIONS.

Attirer les jeunes avec « Radio-Chaud »

C’est la reprise de la signature de la Nuit émergente « qui marie l’ambiance relaxante d’un festival d’été avec l’ambiance excitante d’une foire professionnelle », peut-on lire dans le communiqué paru vendredi.

Si dans les années précédentes, des artistes établis comme Yann Perreau, Alex Nevsky, Violett Pi, Radio Radio, et Valence ont charmé le public au Collège Boréal, les organisateurs disent aujourd’hui vouloir donner la chance aux artistes émergents.

En amont du festival aura lieu la finale de « Radio-Chaud », concours musical avec de jeunes musiciens en herbe propulsé par le Conseil scolaire du Grand Nord, le jeudi 18 mai au Collège Boréal. Les jeunes auront la chance de rencontrer Étienne Fletcher qui donnera des ateliers pendant la semaine de « Radio-Chaud ».

« On espère vraiment voir une grande participation des jeunes du secondaire », explique la Slague qui ajoute que le monstre de l’affiche a été conçu par un comité de jeune avec l’aide de la troupe « un, deux, trois ».

Le reste de la programmation sera annoncée prochainement, mais l’événement promet déjà une petite surprise au Bistro à partir de 17 h pour les premiers arrivés le soir du 19 mai.

Le passe Toutte su’l’ piton donne accès à toutes les performances, mais il est possible de se procurer des billets individuels pour chacun des soirs dès maintenant sur le site web de la Slague.

Le français, un atout majeur pour les deux meilleures équipes de PLC

La Première Ligue canadienne de soccer fait son retour pour une cinquième saison à partir de ce week-end. Une bonne occasion pour ONFR+ de vous présenter les deux meilleures équipes de ce championnat qui sont à la fois ontariennes et très francophones.

Forge FC contre l’Atletico Ottawa, c’était l’affiche de la dernière finale de la Première Ligue canadienne qui a vu l’équipe d’Hamilton remporter son troisième titre en quatre ans. En face, Ottawa, champion de la saison régulière, a participé à la finale pour la première fois de son histoire. 

Si sur le papier, tout oppose la ville d’acier et la capitale fédérale, d’un point de vue footballistique beaucoup d’aspects les rapprochent. Candidats au titre, l’Ontario et plus étonnamment la langue française représentent des caractéristiques communes aux deux clubs. 

Deux villes, deux expériences du français

Pour Ottawa, ville bilingue par excellence, ce n’est pas une surprise de retrouver une équipe locale accordant énormément d’importance au français, avec un effectif qui compte huit joueurs franco. 

« C’est une ville qui est bilingue, du même coup on est un club qui est bilingue. On est le seul club qui l’est, même la ligue techniquement ne l’est pas », explique Maxime Tissot. « Ça nous rend très fiers d’avoir le français au club. Ayant grandi à Gatineau, c’est super bien de voir ça. »

Arrivé la saison dernière, il a fait partie des recrues qui ont donné un nouveau souffle à l’équipe, dernière du championnat en 2021. Cette culture de la gagne, il l’a ramenée de son ancien club… Forge FC.

« C’est bien différent là-bas. On dit souvent qu’ils ont appris le français à l’école mais qu’ils l’ont oublié à partir de la neuvième année où on ne l’étudie plus. »

Pourtant le club d’Hamilton a pris un nouveau virage, avec désormais cinq joueurs et deux membres du staff qui parlent couramment français. 

« Ça fait déjà quatre ans que je suis ici », confie David Choinière. « Si je compare à la première année, il y a beaucoup plus de francophones maintenant qu’avant. Aujourd’hui, c’est assez facile, on se parle toujours en français. »

L’attaquant explique que c’est plus compliqué en revanche au sein de la ville d’Hamilton de trouver des endroits exclusivement francophones, même s’il lui arrive tout de même assez fréquemment de croiser des partisans qui échangent avec lui en français. 

Un avantage sur le terrain

Deux expériences du français différentes au sein des deux villes, mais une utilité similaire sur le terrain. En parlant une langue qui n’est pas comprise par un grand nombre de leurs adversaires, les francophones des deux équipes s’en servent comme un avantage. 

« Entre francophones, on aime ça, parler en français, surtout sur le terrain, parce que les joueurs qui ne le sont pas ne comprennent pas ce qu’on se dit », confie Woobens Pacius l’attaquant d’origine haïtienne d’Hamilton.

Maxime Tissot et Aboubakary Sacko. Crédit image : Andre Ringuette/Freestyle Photography/CPL

Même discours du côté de Maxime Tissot : « Absolument, c’est un avantage. Si je regarde l’année dernière, j’avais souvent Zacharia Bahous qui jouait devant moi, Abdou Sissoko aussi à côté, c’est certain qu’on peut avoir cet avantage-là de pouvoir se donner des directives en français que les joueurs adverses ne peuvent pas comprendre. » 

L’Atletico en étant affilié au club espagnol de Madrid se donne même une troisième corde à son arc, avec de nombreux joueurs hispanophones et la possibilité offerte gratuitement aux joueurs d’apprendre cette troisième langue officielle de l’équipe. 

Le français vecteur d’intégration 

Aboubakary Sacko, 20 ans en provenance du Havre (France), vient tout juste d’intégrer cet environnement trilingue de l’Atletico. En découvrant une nouvelle ville, un nouveau club et un nouveau championnat, il était très content de pouvoir échanger dans sa langue natale dès son arrivée avec l’équipe lors du stage de préparation en Espagne. 

Hamilton et Ottawa se sont affrontées en finale l’an dernier. Crédit image : Chant Photo

« Ça m’a énormément aidé. Je suis arrivé et je ne connaissais personne. Dès que j’ai appris qu’il y avait quelques francophones, directement on a créé des liens. Ils m’ont vraiment aidé à me mettre plus à l’aise, même quelques anciens comme Max (Tissot). C’est mon concurrent, mais il m’aide vraiment dans les consignes, dans le jeu. »

« Et après, avec les jeunes qui parlent français comme Bahous, Roy, Assi, Antinoro, ils m’ont vraiment aidé en dehors du terrain, pour faire les courses etc… En plus, ils sont jeunes comme moi, donc cela signifie qu’on est dans les mêmes délires : on connaît les mêmes choses, on écoute les mêmes choses, c’est beaucoup plus facile pour moi. »

Pourquoi suivre la Première Ligue canadienne? 

Les principaux intéressés expliquent pourquoi vous devez suivre la PLC cette saison. 

Aboubakary Sacko : « Je n’y ai pas encore participé mais j’ai envie d’encourager les lecteurs d’ONFR+ à suivre la PLC car c’est un championnat très novateur avec beaucoup de jeunes talents. Donc, si vous voulez voir les pépites de demain, n’hésitez pas à regarder la PLC! »

Maxime Tissot : « C’est une ligue très intéressante avec un bon mélange de jeunes joueurs et de joueurs d’expérience qui sont canadiens et qui sont passés soit pas la MLS soit par l’Europe. C’est important d’encourager son club canadien. On voit des joueurs canadiens qui commencent à avoir du succès en Europe et en MLS, on a du très beau talent et un beau produit à vendre à travers la ligue. » 

Woobens Pacius : « C’est une ligue sous-estimée avec beaucoup de talent. Parfois on entend « la PLC, le niveau n’est pas élevé blablabla… » mais on l’a prouvé avec Forge en Ligue des Champions et contre certaines équipes de MLS en Championnat canadien. On a fait de très bons scores contre elles et on aurait même dû gagner. Ce n’est pas une ligue en dessous des autres, c’est juste que c’est le début. »

Woobens Pacius et David Choinière. Crédit image : Canadian Premier League

David Choinière : « C’est une ligue très très rapide. Beaucoup de jeunes joueurs veulent prouver leur valeur afin de faire le saut dans de plus grosses ligues. Ils veulent montrer qu’ils ont le niveau pour la MLS ou pour l’Europe. Cela fait en sorte que les matchs sont très divertissants. »

La saison débute ce samedi 15 avril avec Ottawa face à Halifax (13h) suivi de Forge contre Cavalry l’équipe de Calgary (16h). Si vous préférez la mentalité outsider le troisième club de l’Ontario, York FC fait ses débuts dimanche 16 avril avec la réception de Valour l’équipe de Winnipeg (14h). 

A noter, l’intégralité des rencontres est diffusée sur la chaîne One Soccer, avec un bonus pour Ottawa, seule équipe dont les rencontres sont disponibles avec des commentaires en français. Le bilinguisme jusqu’au bout!

On démystifie le français… d’une Franco-Ontarienne

Le français parlé en Ontario semble être différent de celui du Québec, mais est-ce vraiment le cas? On remarquera que l’influence de l’anglais y est palpable et que certaines sonorités ne sont pas les mêmes si on vit dans l’Est ou le Sud-Ouest de la province. La phonologue Marie-Hélène Côté, professeure à l’Université de Lausanne, nous explique.

On démystifie le français est une série d’ONFR+ qui célèbre la langue française, sous toutes ses formes et ses accents, en explorant la science derrière les syllabes et les sons.

Un conseil scolaire francophone poursuit le ministère de l’Éducation en justice

TORONTO – Après avoir essuyé un sixième refus pour le financement d’un terrain pour la construction d’une école élémentaire francophone à Toronto, le Conseil scolaire Viamonde a décidé de déposer une instance à la Cour supérieure de l’Ontario contre le gouvernement ontarien au motif du non-respect de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit aux francophones le droit à l’éducation dans leur langue, si la demande le justifie.

C’est depuis 2010 que le Conseil scolaire Viamonde, le réseau d’écoles laïques de langue française, demande au ministère de l’Éducation d’accorder le financement pour l’acquisition d’un terrain dans le secteur Birchcliffe-Cliffside, dans l’est de Toronto, dans le but d’y construire une nouvelle école élémentaire.

Le terrain, situé à proximité de Victoria Park à Scarborough, permettrait d’y accueillir 400 élèves. La zone s’avèrerait sous-dotée en écoles francophones et serait la seule option pour réduire la pression des écoles avoisinantes.

« Nous n’avons plus d’autres choix, il nous faut une école élémentaire. On se doit de maintenir l’expérience étudiante francophone », déclare Benoit Fortin, vice-président du Conseil scolaire Viamonde, qui estime à 380 le nombre d’élèves en attente. « Les enfants sont donc pour le moment placés dans d’autres écoles ou en sont même réduits à se diriger vers d’autres systèmes », ajoute-t-il.

Benoît Fortin, vice-président du Conseil scolaire Viamonde. Source : CS Viamonde

Le communiqué de presse, publié ce mercredi par le Conseil scolaire, indique que le projet est identifié sur la liste des projets prioritaires en immobilisations du Conseil comme aidant à mieux desservir les ayant droits de l’est de Toronto.

« Il faut savoir que généralement les conseils scolaires publics francophones sont ceux qui ont la plus forte croissance en Ontario », répondant à une demande grandissante, explique M. Fortin.

Un terrain estimé à 20 millions de dollars

Un rejet du projet à six reprises qui, selon le vice-président du Conseil, s’attache au coût du terrain, qui s’élèverait à 20 millions de dollars. « Les terrains sont chers, mais on ne peut plus avoir des écoles au rabais dans la Région du grand Toronto. Nous avons essayé d’être créatifs en trouvant un lieu qui réponde à tous les besoins et se situe au bon endroit », ajoute Benoît Fortin, craignant de perdre l’opportunité au profit d’un autre acheteur.

Une perte « qui causerait un tort irréparable à la communauté franco-ontarienne », selon le communiqué de Viamonde. Selon le Conseil et certains parents d’élèves impliqués, le gouvernement ontarien ne respecterait pas la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit aux francophones le droit à l’éducation dans leur langue, lorsque ça s’avère nécessaire.

Les données démographiques confirmant la nécessité d’une école laïque de langue française dans le quartier Birchcliffe-Cliffside de Toronto, le Conseil estime que le refus essuyé « est une violation de ses obligations constitutionnelles en vertu de l’article 23 de la Charte ».

À cet effet, une instance a récemment été introduite en Cour supérieure de justice de l’Ontario contre le gouvernement de l’Ontario, initiée par Viamonde et plusieurs parents, avec la firme d’avocats Emond-Harnden représentant le dossier dans le but de « donner effet au droit constitutionnel de la minorité francophone du quartier à une éducation de qualité réellement équivalente à celle de la majorité ».

Benoît Fortin précise toutefois que le conseil scolaire est prêt à « s’asseoir à la table avec le gouvernement afin de régler ça directement ou alors, l’instance en justice suivra son cours ».

Ni date ni négociation ne sont pour l’heure fixées. Le ministère de l’Éducation ne souhaite plus s’exprimer dans les médias depuis que l’affaire est portée en justice.

Le Conseil scolaire Viamonde compte 14 écoles élémentaires et secondaires à Toronto. La 15e doit ouvrir ses portes à la rentrée 2023, dans l’est de la ville, d’abord à des élèves de la 7e à la 9e année, puis en 2026 de la 10e à la 12e année.

Balade printanière en Ontario francophone

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Après quelques soubresauts météorologiques, entre autres dans la région de la capitale fédérale, le beau temps semble enfin s’installer en Ontario. Les fourmis dans les jambes, on se rend au théâtre ou au concert à pied, si possible, et on en profite pour faire jouer une nouvelle pièce estivale (et franco-ontarienne) dans nos écouteurs. Et si certaines journées sont grises, on peut toujours flâner à la galerie d’art ou s’installer devant l’un des nombreux films en français à visionner cette semaine.

Théâtre

Propriétaire à Toronto : mieux vaut en rire que d’en pleurer

Quiconque a acheté (ou tenté d’acheter) une propriété dans la ville reine dans les dernières années pourra rire jaune devant Crawlspace : une vraie de vraie histoire vécue d’horreur immobilière. La création du Théâtre français de Toronto (TfT) est écrite par Karen Hines, traduite par Mishka Lavigne, mise en scène par Miriam Cusson et interprétée par Karine Ricard et Gloria Mampuya.

L’histoire vécue par l’autrice aborde les enjeux auxquels font face les futurs et nouveaux propriétaires de maison dans un marché impitoyable. Car une fois la transaction complétée, les problèmes continuent de s’accumuler. Plus largement, cette comédie kafkaïenne remet en question les normes de la société qui nous font voir l’accès à la propriété comme un signe de réussite.

Directrice artistique et codirectrice générale du TfT, Karine Ricard tient aussi la vedette dans la création torontoise Crawlspace. Crédit image : Mathieu Taillardas

Du 19 au 23 avril au Studio du TfT. Détails et billets sur le site du Théâtre français de Toronto.

Multidisciplinaire

Programmation dévoilée à Orléans

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) met la table pour sa saison artistique 2023-2024 dans un lancement au Centre des arts Shenkman, le 19 avril. Plusieurs artistes monteront sur scène pour l’occasion, dont les musiciens franco-ontariens Woodney Pierre, Céleste Lévis et Marc-Antoine Joly, et les humoristes québécois Richardson Zéphir et Jérémie Larouche. On sait déjà que la programmation comprendra les spectacles de Bleu Jeans Bleu, de Yao et un spectacle intitulé Le soleil d’Haïti à Orléans.

Le MIFO présente aussi, à son centre culturel, la nouvelle exposition de l’artiste paysagiste Marie Léger. Pour Fruit défendu, elle utilise la technique du monotype encaustique, une forme d’impression de peinture à base de cire sur une plaque d’aluminium. L’exposition, dont les formes et couleurs rappellent le printemps, est présentée jusqu’au 30 avril.

Rhytmic Flowers est l’une des oeuvres de l’exposition Fruit défendu. Crédit image : Marie Léger

Lancement de la programmation artistique du MIFO le 19 avril. Réseautage dès 17 h, lancement dès 19 h. Détails et billets sur le site du MIFO. / Exposition Fruit défendu de Marie Léger, au MIFO jusqu’au 30 avril. Entrée libre.

Cabaret improvisé

Les joueurs de la ligue d’improvisation francophone (LIF) de Toronto tiennent leur prochaine soirée cabaret le 19 avril. Il s’agit d’un spectacle 100 % improvisé, mais sans les règles propres aux matchs réguliers. À chaque cabaret, l’une des trois équipes de la LIF a carte blanche pour mener la soirée, tout en s’inspirant de thèmes lancés par le public. Ce mercredi, les Coyotes d’East York seront les maîtres du jeu. Le cabaret a lieu au SoCap Comedy Theater.

Le Cabaret de la LIF laisse toute la place à l’improvisation, sans les contraintes d’un match régulier. Source : Ligue d’improvisation francophone

Cabaret de la LIF, 19 avril à 19 h 30. Prévente à 7,50 $ sur la plateforme Eventbrite  

Cinéma

Dix ans pour la journée du cinéma canadien

C’est sous le thème Films à volonté qu’aura lieu la dixième Journée du cinéma canadien (JourCinéCan) le 19 avril. L’initiative veut promouvoir la culture canadienne dans sa diversité et dans ce qui la rend unique, avec une population répartie sur un immense territoire et en tant que pays voisin d’un géant de la culture populaire.

Ce mercredi, des projections de films canadiens sont organisées partout au pays, qu’il s’agisse de productions récentes ou classiques. Il est aussi possible de visionner bon nombre de ces films à la maison en utilisant différentes plateformes populaires. 191 films en français, de toutes les époques, sont présentés d’une façon ou d’une autre. Par exemple, il sera possible de voir Starbuck de Ken Scott à Sault-Sainte-Marie ou C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée à Southampton. L’événement de Reel Canada aura lieu sous la présidence d’honneur de la gouverneure générale, Mary Simon.

191 films en français, sortis entre 1919 et 2022, font partie de la sélection de la Journée du cinéma canadien.

Vaste sélection de films présentés partout au pays le 19 avril. Il est possible de rechercher un film par langue sur le site de la Journée du cinéma canadien.

Musique

Deux soirs en Ontario pour Luce Dufault

L’une des plus grandes voix franco-ontariennes est de retour dans sa province natale cette semaine. Luce Dufault donnera un spectacle au Conseil des arts de Hearst vendredi et à la Place des arts du Grand Sudbury samedi. L’interprète de Soirs de scotch et Des milliards de choses oscillera entre classiques et chansons plus récentes. Son album Dire combien je t’aime, sorti le 6 mars 2020, peut enfin se découvrir en concert. L’opus parle d’amour d’une façon mature et profonde et montre bien que l’artiste est toujours aussi pertinente dans le paysage culturel.

Native d’Orléans, Luce Dufault est considérée par plusieurs comme l’une des plus belles voix francophones au pays. Crédit image : Productions Martin Leclerc

14 avril au Conseil des arts de Hearst et le 15 avril à la Place des arts du Grand Sudbury. Toutes les dates de tournées et liens pour les billets sur le site de Luce Dufault

Un ruisseau entre l’Ontario et la Gaspésie

Un groupe d’artistes rassemblés dans un chalet sur le bord d’un ruisseau à Percé, dans la nature gaspésienne, en août 2022. Facile d’imaginer l’instant propice à la création de la nouvelle pièce de DJ Unpier, avec Chloé Doyon et Char (Charlotte Vaidye-Bourgault). Ruisseau capture l’esprit de ce moment réunissant aussi Kenan Belzner et LeFLOFRANCO, à l’invitation du collectif local Electree Soundsystem. « Je me rappelle encore de cette matinée comme si c’était hier, un rêve paisible, on avait tout pour nous », affirme DJ Unpier. Il en résulte une pièce à la fois apaisante et dansante, parfaite pour l’arrivée du beau temps.

À gauche, la pochette de Ruisseau. À droite : DJ Unpier. Crédit image : Gracieuseté / Quest

Ruisseau de DJ Unpier avec Chloé Doyon et Char, disponible partout dès le 14 avril

Une cabane à sucre pas comme les autres dans l’Est ontarien

MOOSE CREEK – C’est la fin de la saison des sucres en Ontario. Les acériculteurs tirent leurs derniers galons d’eau d’érable et attendront patiemment l’année prochaine, le gel et le dégel. Quel métier, tout de même, acériculteur! Un travail de l’ombre qui consiste à approvisionner le pays de ce liquide léché et épais, souvent appelé l’or canadien. En canne ou en bouteille, derrière ce délice, existent de véritables passionnés, à l’image de Claude Castonguay.

Propriétaire de la sucrerie Frank Sugar Shack à Moose Creek dans l’Est ontarien, M. Castonguay a construit en 2015 une cabane digne de ce nom. C’est avec humilité et bienveillance que cet ancien agriculteur nous accueille dans sa cabane à sucre, au dernier jour de production au Frank Sugar Shack. Le clap de fin!

Ce Franco-Ontarien à la retraite considère l’acériculture comme une passion et un passe-temps. Mais le Frank Sugar Shack est avant tout un hommage. C’est son fils, Francis, qui nourrissait le rêve d’avoir sa propre cabane dans les bois.

Malheureusement, le jeune homme, que tout le monde appelait Frank, est décédé à l’âge de 25 ans, en 2008, d’un accident de moto. « Il n’avait jamais eu d’accident de moto, jusqu’au jour où il est allé s’acheter la sienne. Il n’est jamais revenu. » 

L’acériculteur possède près de 1800 érables. Crédit image : Lila Mouch

« C’est lui qui rêvait d’avoir une cabane à sucre », reprend le producteur. 

En 2008, avant le décès de leur fils, la famille Castonguay s’était trouvé une parcelle de terre sur la route McNeil à Moose Creek. Quand nous, nous y rendons, il est facile de comprendre pourquoi la famille a été charmée par ce grand terrain à quelques minutes de Casselman. 

La sucrerie, c’est d’abord un lieu de partage 

En 2015, la sucrerie Frank Sugar Shack sort de terre, une belle grande maison que nous voyons là. « C’est un lieu de rassemblement, on se retrouve avec la famille et les amis », confie M. Castonguay. 

Ouverte au public durant la saison des sucres, cette maisonnette demeure un lieu de partage le reste de l’année. Les gens y viennent acheter du sirop ou les autres produits dérivés du producteur. 

« Produire du sirop d’érable, c’est une culture », assure l’acériculteur. « Et la cabane à sucre constitue un véritable lieu de rassemblement avec la famille et les amis, chaque année. C’est ça que j’aime. C’est ce que j’essaie de faire. »

Claude Castonguay fabrique seul son sirop d’érable. Crédit image : Lila Mouch

Ni une ni deux, vient le temps de découvrir ce que veut dire « partage » pour M. Castonguay. 

« C’est merveilleux », dit-il, en nous faisant découvrir son sirop. « Mais tout l’ouvrage qu’il y a derrière, tout ça, c’est encore plus merveilleux. »

« Il ne faut pas oublier que c’est un héritage des autochtones », souligne-t-il, « que nos grands-pères, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents ont développé ».

Alors que M. Castonguay enfourne son bois, laissant tomber quelques braises flambantes à ses pieds, il lance : « Il faut que ça boue! Voyez, entre 219 degrés et 220 degrés, vous allez voir le sirop couler. » 

En attendant que la température grimpe, un ami passe par là, glisse un « bonjour », puis repart. Plus tard, en fin de journée, Robert, un autre ami et complice de chasse, viendra ouvrir une bière.

Nous parlons de l’Ontario français et des terres agricoles de la région tout en observant notre hôte s’occuper de son sirop.

1800 arbres plus tard

Claude Castonguay fait partie de ces gens qui ont beaucoup de belles histoires à raconter, mais ce qui est frappant chez ce sexagénaire, c’est la sagesse avec laquelle il les raconte. Bien sûr, dans chacune de ses histoires, le sirop d’érable n’est jamais loin. 

Dans sa cabane à sucre, M. Castonguay fabrique du sirop d’érable, du caramel à l’érable, de la sauce barbecue à l’érable est d’autres produits variés. Crédit image : Lila Mouch

Pendant, qu’il nous raconte comment son évaporateur de sève d’érable fonctionne, on ne peut être que frappé par le dur labeur qu’incombe l’acériculture. Des heures debout à contrôler la température, tantôt scientifique, tantôt à jeter du bois dans le four.

Claude Castonguay est seul à s’occuper de la production. Durant notre rencontre, il va extraire plusieurs gallons, mais nous rassure, quand il est temps d’entailler les érables, un ami vient l’aider. 

« C’est important que cet héritage reste dans la famille » – Claude Castonguay

« J’ai environ 1800 arbres, des érables collectés dans les années 1970 qui aujourd’hui mesurent entre huit, dix et 12 pouces de diamètre. Mon érablière est donc très jeune. Un érable mature peut faire jusqu’à 24 ou 30 pouces. »

À 68 ans, le producteur prépare le futur de son exploitation « pour la prochaine génération ». Il espère que son petit-fils prendra la relève. « C’est important que cet héritage reste dans la famille. »

« En 2015, quand j’ai décidé de me lancer en acériculture, j’ai appris sur le tas, comme on dit en bon canadien français. J’ai posé des questions et écouter les autres. Je suis venu au bout de mon affaire. »

Entre 219 degrés et 220 degrés, le sirop d’érable sort de l’évaporateur. Crédit image : Lila Mouch

M. Castonguay parle de persévérance. Aujourd’hui, sa retraite lui va comme un gant. Pour lui, c’est simple, « il faut serrer la ceinture entre 20 ans et 40 ans, puis à 40 ans, on relâche d’un espace. À 50 ans un autre, puis à 60 ans… Et regardez aujourd’hui, tout va bien ». 

L’intelligence artificielle va-t-elle redéfinir l’apprentissage?

Face à la montée des inquiétudes liées à l’usage de l’intelligence artificielle (IA), quels sont véritablement les risques et faut-il voir d’un mauvais œil la multiplication d’outils intégrant l’intelligence artificielle? Dans un contexte scolaire, des experts réitèrent l’importance de développer l’esprit critique chez les apprenants. 

« Plusieurs choses peuvent être problématiques en éducation, par exemple la triche. C’est un exemple important. Mais il y a aussi le risque d’utiliser trop tôt l’intelligence artificielle », pense Nicolas Papernot, professeur de sécurité informatique à l’Université de Toronto et chercheur en apprentissage automatique. 

Pour le professeur, utiliser l’intelligence artificielle « pour faire certaines choses avant même que l’on ait soi-même compris comment » est un risque à prendre à compte.

Pour comprendre, l’expert explique « qu’avant d’utiliser une calculatrice, il faut savoir compter ». 

« Il y a un aspect qui peut nuire à la pédagogie, s’il y a trop de facilité à utiliser ces outils. On peut perdre en valeur pédagogique, là où on n’apprend pas à raisonner soi-même. »

« On perd ce qui fait la force de l’humain, c’est-à-dire, avoir un esprit critique », reprend-il.

Ce ne sont que des outils 

Pascal Poupart, professeur à l’Université de Waterloo, spécialiste en intelligence artificielle et en algorithme d’apprentissage pour les chatbots (programmes informatiques qui simulent et traitent une conversation humaine), admet qu’il existe des risques de triche chez les étudiants via l’usage d’outils tels que Chat GPT (Chat Generative Pre-trained Transformer). Il nuance, tout de même, en rappelant que, « même si le risque est présent, cela existait avant cet outil. Il a été simplement amplifié. Avant, on pouvait quand même demander à Google ou à Bing des réponses et copier cela. »

 « Ce n’est pas nouveau », reprend-il, « ça a toujours été un problème ».

Nicolas Papernot, professeur à l’Université de Toronto, membre de l’Institut Vector et chair de recherche à l’Institut canadien de recherches avancées. Gracieuseté

Bien que ce problème trouvera écho dans des contextes universitaires, voire secondaires, l’usage de l’intelligence artificielle pourrait, en fait, être positif dans les classes, selon M. Papernot. 

« Il y a des façons positives d’utiliser l’intelligence artificielle. Par exemple, on peut imaginer qu’on pourra avoir accès à plus de ressources pédagogiques qui sont écrites, en anglais ou dans d’autres langues. » 

C’est aussi une façon de rendre du contenu plus accessible pour l’enseignant, les élèves en difficulté ou ayant un handicap, qui pourraient bénéficier de l’intelligence artificielle. « On pourrait lire le texte pour l’élève. Cela pourrait donner des applications positives. »

En effet, c’est ce que soutient son homologue, M. Poupart : « Ces applications peuvent servir d’assistant. Souvent, les étudiants vont avoir une certaine hésitation à consulter quelqu’un par peur d’avoir l’air bêtes. Alors que quand on demande à un ordinateur, on n’a pas de souci, à savoir ce que l’ordinateur va penser de nous. Cet aspect-là devient très attrayant. » 

« Sans oublier que c’est disponible en tout temps », ajoute-t-il.

Pascal Poupart observe justement comment ses étudiants utilisent Chat GPT. Ils lui racontent d’ailleurs que depuis que cette technologie existe, ils consultent la plateforme pour améliorer leurs textes, mais aussi démarrer une recherche là où Google ou Bing n’arrivent pas à donner des pages intéressantes. « Chat GPT va leur donner l’information supplémentaire, complémentaire, avec même une explication qui n’est pas disponible avec les autres engins de recherche. Selon moi, c’est un nouvel outil qui va avoir beaucoup de positif. »

Changer l’apprentissage 

Le rôle de l’enseignant pourrait changer quelque peu. Notamment dans la manière de donner ses leçons. « Comment apprendre aux élèves, aux étudiants cet esprit critique? », se demande M. Papernot. 

« C’est quelque chose qu’on peut faire en changeant un petit peu les modalités d’évaluation. J’y ai réfléchi dans mes cours et je crois qu’on ne peut plus vraiment donner beaucoup de valeur aux devoirs à la maison, en tant qu’évaluation par exemple. »

Il faudra peut-être penser à de nouvelles façons de faire classe à l’avenir, pensent les experts. Crédit image : Krongkaew via Getty Images

Le chercheur pense aussi qu’il est temps de se poser les questions : « À quoi sert l’éducation? Quelles sont les compétences dont les élèves vont avoir besoin une fois qu’ils auront quitté l’école? » 

« Il est important de se poser la question de l’impact sur les différents métiers aujourd’hui. Et ça va certainement créer de nouveaux métiers. Ça va aussi en faire disparaître ou les rendre plus efficaces. »

« C’est ça qu’il faut se poser comme question pour ensuite comprendre ce que les élèves devraient apprendre à l’école pour être productifs dans une société qui va changer. »

Pour M. Poupart, « à long terme, on va devoir raisonner en temps réel pour prendre des décisions. C’est vraiment plus cet aspect-là qui devient important. En tant qu’éducateur, quand je construis un examen, je m’assure toujours qu’il y a des questions qui ne sont pas dans le matériel du cours en tant que tel, mais qui vont simplement demander un raisonnement. Ils ne pourront pas simplement répéter ou ne pourront pas simplement faire une recherche. Et dans ce temps-là, c’est là qu’on peut vraiment voir l’apprentissage. » 

Ralentir le développement de l’IA

« Des chercheurs demandaient qu’on ralentisse, dans une période de six mois, l’évolution de nouveaux systèmes », explique M. Poupart. 

« Bien sûr, il y a des risques puisque Chat GPT apprend à partir de textes qui sont sur le web, donc il demeure quand même un risque où le chatbot pourrait répondre à des questions de manière complètement inappropriée », admet le chercheur. 

Pascal poupart est professeur à la David R. Cheriton School of Computer Science de l’Université de Waterloo, il est aussi chercheur à l’institut Vector à Toronto. Gracieuseté

Pascal Poupart constate que, souvent, ce contenu peut être réutilisé dans des mauvaises circonstances et donner lieu à des problèmes. De plus, Chat GPT ne révèle pas nécessairement d’où proviennent les données. Il y a donc des risques de propager plus de fausses informations.

« Le plus important, c’est de se souvenir que ça reste des outils », pense M. Papernot. « L’intelligence artificielle ne va pas remplacer les humains. C’est vraiment quelque chose qui peut nous aider à être plus productifs, plus créatifs. »

Bien sûr, les outils qui intègrent l’IA peuvent « automatiser certaines tâches qui ne demandent pas forcément beaucoup de logique ou qui demandent de digérer une grande quantité d’informations ». 

Pour l’expert, bien qu’il faille porter une attention particulière aux usages, l’intelligence artificielle aura probablement un dénouement positif dans les cercles culturels. « C’est intéressant de réfléchir aux artistes et comment ils vont pouvoir utiliser des outils comme ça. Ça peut aussi permettre aux artistes de faire des choses qui n’étaient pas possibles avant. »

Plutôt que d’arrêter l’évolution de l’intelligence artificielle, M. Parpernot juge qu’il faut mieux comprendre les limites et les types d’applications valides pour cette technologie. « Au lieu de laisser tout un chacun découvrir ce que le modèle peut faire, avoir des guides en place pour expliquer ce modèle. Ne pas demander des conseils médicaux par exemple. »

« Encore une fois, on en revient à avoir un esprit critique. Il ne faut pas croire tout ce qui est dit par l’outil. » 

Bond important des admissions dans les universités franco-ontariennes

SUDBURY – Les nouvelles données du Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC) sont encourageantes. Publiées aujourd’hui, celles-ci révèlent une augmentation considérable des admissions à Hearst, Toronto et Sudbury.

Deux fois plus d’élèves ontariens ont choisi de se rendre sur les bancs de l’Université de Hearst. L’établissement du Grand Nord a enregistré est en voix de doubler ses admissions des élèves du secondaire, passant de 15 élèves à 30.

Concernant les élèves de l’extérieur, cette augmentation se chiffre à 15,6 %, avec un nombre total des admissions de 119 à ce jour pour l’année 2023.

Une hausse qui peut être expliquée en partie par une hausse des taux d’acceptation des étudiants africains par l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC). Des refus massifs de ces étudiants révélés en 2021, suite à une faille du système d’immigration vivement dénoncée en 2021.

« Nous estimons qu’il se situe entre 35 et 40 % alors qu’il se situait plutôt autour de 20 à 25 % auparavant », rapporte le service de communication de l’établissement. L’Université a accueilli une cohorte de près de 40 étudiants, majoritairement à Kapuskasing, soit 15 à 20 étudiants de plus qu’anticipé, nous indique-t-on.

Presque trois fois plus d’élèves de l’extérieur à l’UOF

Autre constat non négligeable, les élèves de l’extérieur ayant fait une demande à l’Université de l’Ontario français (UOF) sont passés de 398 à 1153 à en un an, soit une augmentation de 189,7 %.

Ces données font passer le nombre des admissions, toutes catégories confondues, de 417 à 1191 élèves d’avril 2022 à avril 2023.

Avec 88 % de taux de refus encore en novembre 2022, l’UOF avait été la plus touchée des universités franco-ontariennes. Questionnée par ONFR+ au sujet de la proportion d’étudiants africains dans les dernières admissions, l’institution torontoise a déclaré « ne pas faire de distinction quant à l’origine des demandes ».

D’autre part, les élèves du secondaire sont deux fois plus nombreux à avoir choisi de poursuivre leurs études à l’UOF passant de 19 à 38.

L’UOF a ouvert ses portes aux étudiants pour la première fois le 7 septembre 2021, à l’occasion de la rentrée scolaire. Archives ONFR+

Les données concernant les admissions pour le nouveau programme de baccalauréat en éducation, qui sera offert pour la première fois en septembre prochain, seront disponibles le 15 avril sur le site de l’OUAC.

« Pour l’instant, ces données ne sont pas compilées par la OUAC et doivent être ajoutées aux demandes  reçues par l’UOF dans ses quatre autres programmes », selon l’UOF.

Hausse des admissions à la Laurentienne

Deux années jour pour jour après la coupe de 70 programmes, dont 29 en français, on apprend aujourd’hui que l’Université Laurentienne a reçu 3171 demandes d’inscription de la part d’élèves du secondaire en date du 5 avril. Une hausse de 10,8 % comparativement aux données d’avril 2022.

Néanmoins, cela demeure inférieur aux données d’avant la crise ayant secoué l’établissement en début 2021, où 4942 avaient choisi de suivre leurs études à l’établissement de Sudbury.

En ce qui a trait aux élèves en provenance de l’extérieur de la province/pays, étudiants en transfert et adultes, l’augmentation est de 10 étudiants seulement.

En entrevue avec ONFR+, Roch Gallien se disait très surpris, mais heureux de voir la proportion d’étudiants dans les programmes francophones augmenter malgré les retombées de la LACC survenue en février 2021.

Légère baisse à Ottawa

Du côté d’Ottawa, on remarque une légère baisse des admissions d’élèves ontariens qui se chiffre à 5,4 % passant de 35 220 en avril 2022 à 33 329 en avril 2023.

À noter, tout de même, une hausse de 8,2 % des élèves de l’extérieur de l’Ontario pour une augmentation globale du nombre des admissions. Celui-ci s’élève à 63 042 admissions en avril 2023, alors qu’il était à 62 687 l’an passé à cette même période, pour une sensible augmentation de 0,6 %.

Deux ans après les coupes, toujours aucune indemnisation pour les professeurs de la Laurentienne

SUDBURY – Deux ans après le « lundi noir » de la Laurentienne, la mémoire des coupes de plus de 70 programmes, dont 29 en français, est toujours vive dans le Nord. Et si les esprits sont plus apaisés, le climat demeure lourd au sein de la communauté francophone du Grand Sudbury.

« Il n’y a pas d’excuse, il n’y a pas d’action qui puisse être capable de changer la situation actuelle. » L’émotion est encore bien présente dans la voix de David Leadbeater, un des 109 professeurs licenciés lors de la crise qui a secoué l’établissement du Nord.

Celui-ci a co-signé une lettre du Comité des professeurs licenciés dont il est le représentant et qui est publiée ce mercredi. Dans celle-ci, on apprend que les membres du corps professoral licenciés « n’ont toujours pas vu un centime de leur indemnité de départ – pas même les 14 à 24 cents par dollar » promis par l’Université et qui devraient être perçus d’ici les trois prochaines années.

Au-delà de l’aspect financier, la lettre mentionne aussi la fin du rêve académique de nombreux de ces professeurs : « Près de deux ans plus tard, la majorité des anciens professeurs de la Laurentienne n’ont pas été en mesure de reconstruire leur carrière. »

Des actions concrètes réclamées

Une compensation financière complète pour les étudiants dont les programmes ont été interrompus, et la réembauche ou le versement d’une indemnité de licenciement et de départ figurent parmi les demandes du comité.

Autre action symbolique réclamée : une demande d’excuses publiques de la part de la Laurentienne aux peuples autochtones du nord de l’Ontario et aux francophones pour la fermeture du programme d’Études autochtones et « la destruction de nombreux programmes de langue française essentiels au développement social, culturel et économique de la communauté franco-ontarienne dans le Nord de l’Ontario », peut-on lire.

Le professeur David Leadbeater enseignait l’économie. Gracieuseté

L’Association des professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) avait demandé une enquête publique sur les circonstances ayant entouré la crise en décembre dernier, tandis que d’anciens professeurs de l’Université Laurentienne demandaient, en mars de cette année, au procureur général de l’Ontario d’ouvrir une enquête sur les administrateurs et gouverneurs qui ont dirigé l’établissement entre 2010 et 2020.

Appuyée par le syndicat des professeurs, celle-ci, toujours sans réponse du gouvernement, pourrait aboutir à des accusations criminelles contre les ex-dirigeants.

De timides améliorations

Du côté des étudiants encore inscrits à la Laurentienne, ceux-ci notent des améliorations de la part des nouveaux dirigeants, même si le chemin à parcourir reste encore long.

Olivier Bonin-Ducharme fait partie de ceux qui ont dû revoir leurs plans après la crise, lorsqu’il s’est rabattu sur son troisième choix de programme après la suppression du sien.

« Le climat a changé, le monde a l’air plus actif », déclare-t-il au sujet de l’ambiance générale au sein de la communauté étudiante francophone du campus.

Il salue le travail des nouvelles dirigeantes Sheila Embleton, rectrice et vice-chancelière intérimaire unilingue de l’Université et Brenda Brawer, vice-rectrice aux études par intérim qui, selon lui, « font des merveilles comparées aux anciens recteurs ».

L’étudiant reste prudent, reconnaissant que les coupes sont encore bien présentes deux ans plus tard, « même si l’atmosphère est vers le positif, la situation ne l’est pas vraiment ».

Olivier Bonin-Ducharme souhaite voir renaître les programmes supprimés en 2021. Crédit image : Inès Rebei

La Laurentienne se défend

Le 21 mars dernier, la Laurentienne a fait savoir qu’elle a renouvelé l’agrément pour une période de sept ans auprès de l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario de ses trois programmes en éducation, dont deux avec de nouvelles modalités. Une nouvelle dont se félicite Roch Gallien, conseiller spécial aux affaires francophones de l’Université.

« Ceci devrait non seulement combler la pénurie et inciter les personnes qui ont un baccalauréat à venir compléter leur formation », assure-t-il en évoquant le manque criant d’enseignants qualifiés dans la région depuis une dizaine d’années.

La Laurentienne a maintenu une proportion de 21 % de la population étudiante dans un programme de langue française, malgré les impacts de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). À l’automne 2022, le nombre total d’étudiants a légèrement augmenté et cette proportion est passée à 23 %.

Roch Gallien se dit très surpris, mais néanmoins heureux d’avoir constaté une augmentation de 2 % du nombre d’étudiants francophones : « On a eu une légère augmentation des francophones, mais ça va dans le bon sens. »

Roch Gallien estime que l’Université aura besoin de beaucoup de temps pour se remettre de la crise. Gracieuseté

Le nombre de sections de cours offerts en français et est même retourné aux proportions d’avant la mise en place du processus de la LACC, selon la Laurentienne.

On parle de 518 sections de cours représentant 28 % de l’offre globale de sections de cours de la Laurentienne, alors qu’en 2019-20 et 2020-21 ce chiffre s’élevait à 27 %.

Besoin de plus de personnel francophone

Concernant les dix postes de professeurs annoncés en janvier dernier, dont seuls deux sont francophones, M. Gallien assure que le processus avance dans la bonne direction.

« Il y a eu un premier jet d’embauche, mais avec l’annonce du budget qui s’en vient il devrait y avoir des annonces intéressantes », confie-t-il en précisant que le parachèvement du processus budgétaire 2023-2024 et l’approbation du budget par le Conseil des gouverneurs devraient se faire d’ici la fin d’avril.

« On a beaucoup de travail à faire, on ne s’en cache pas, mais on avance », dit-il en rappelant que l’Université est en mode embauche. Les postes concernent des emplois permanents aux ressources humaines, rectorat, administration entre autres.

Il ajoute qu’il est conscient que les avancées se font de manière plus lente que désiré, mais qu’il est prioritaire pour l’Université de rejoindre les exigences issues du rapport de la Commissaire aux services en français Kelly Burke, depuis remplacée par Carl Bouchard.

« L’Université veut à tout prix rencontrer ses recommandations là, mais on n’est pas tous seuls », dit-il en parlant du travail étroit de l’établissement avec le ministère des Collèges et des Universités.

L’embauche des dix professeurs devrait se faire d’ici le mois de juillet prochain. Crédit image : Inès Rebei

« C’est ridicule, on n’a pas de faculté d’art, pas d’étude de langue française » – David Leadbeater

David Leadbeater dénonce, quant à lui, le fait que les arts et la culture ne fassent pas partie des priorités de la Laurentienne, surtout dans ces embauches.

« C’est comme un polytechnique ou collège, ce n’est pas une université », s’exclame-t-il.

« La situation pour Sudbury et pour le Nord est épouvantable », clame-t-il encore. Le professeur, qui continue à faire de la recherche pour ses anciens travaux à l’établissement, dit pouvoir considérer de retourner enseigner à la Laurentienne si toutefois son programme était restauré.

« C’est ridicule, on n’a pas de faculté d’art, pas d’étude de langue française », dénonce-t-il avec vigueur. Il regrette également l’inaction de l’Université pour restaurer des programmes en études autochtones.

M. Gallien souhaite voir la porte ouverte à plus de programmes, mais insiste sur le fait que les critères d’évaluation de ceux-ci sont soumis à de très stricts protocoles et une certaine chaîne de commandement administrative qui ralentissent le processus.

L’implication de la communauté pour l’Université de Sudbury (U de S) est, pour sa part, toujours très active, avec notamment la publication dans Le Voyageur le 21 mars dernier, d’un manifeste de la jeunesse en faveur d’un financement de l’établissement.

La Coalition nord-ontarienne pour une université francophone continue, de son côté, à réclamer le transfert complet de la programmation francophone vers l’Université de Sudbury.

Toujours entre les mains de la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop, le dossier de l’Université de Sudbury pourrait débloquer prochainement si l’établissement obtient l’accréditation du ministère des Collèges et Universités.

La Voix : entrevue croisée avec Sophie Grenier et Mario Pelchat

OTTAWA – L’artiste d’Orléans Sophie Grenier et son coach Mario Pelchat reviennent sur leur victoire à l’émission La Voix. La Franco-Ontarienne a triomphé à la neuvième saison, ce qui lui garantit un contrat de disque avec Musicor et une bourse de 50 000 $. ONFR+ s’est entretenu avec l’artiste d’Orléans et celui qui compte bien l’accompagner dans les prochaines étapes.

« Comment vous sentez-vous, deux jours après votre victoire?

Sophie Grenier : Je me sens encore fébrile. Je suis vraiment touchée et reconnaissante du public qui a voté pour moi.

Vous avez réaffirmé votre identité franco-ontarienne lors de la finale et misé sur la dualité linguistique. Pourquoi avez-vous envie de mettre ces aspects à l’avant-plan?

S.G. : Étant Franco-Ontarienne, avec l’accent qui sonne plus anglophone, il y a des gens qui pensent que je suis anglophone. Je voulais vraiment montrer que je suis francophone. Et qu’il y a plein d’autres gens qui habitent en Ontario qui, eux aussi, parlent en français à la maison et partout. Il y a plein d’autres communautés francophones au Canada. Je voulais vraiment mettre l’emphase sur la protection de la langue française et la reconnaissance de ces communautés dont on n’entend pas souvent parler.

Est-ce quelque chose que vous voulez mettre de l’avant dans votre carrière ou était-ce juste une stratégie pour La Voix?

S.G. : Mon intention n’était pas d’avoir ça comme stratégie pour La Voix. Ça s’est révélé être une bonne stratégie, mais je voulais vraiment aller là pour promouvoir le français. Je veux le faire pour ma carrière aussi. L’album, je veux le faire complètement en français. C’est sûr qu’à un certain point, j’aimerais être internationale si ma carrière me mène à ça. Mais pour l’instant, je me concentre vraiment sur la musique en français.

À 17 ans, Sophie Grenier est la plus jeune à avoir remporté La Voix, mais il est commun que le concours couronne de très jeunes candidats. Crédit image : Bertrand Exertier

Quels seraient vos autres souhaits pour votre album?

S.G. : J’aimerais qu’on puisse me découvrir davantage comme artiste. J’aimerais faire plusieurs styles et que le public découvre des facettes différentes de moi. C’est sûr que, pour l’album, j’aimerais aussi faire L’Oiseau, que j’ai interprétée en audition à l’aveugle.

Mario Pelchat, de quelle façon allez-vous accompagner Sophie Grenier dans la production de cet album?

Mario Pelchat : Je suis directeur de MP3 disques, que j’ai fondé il y a un peu plus de 20 ans et qui est maintenant la propriété de Québecor. Sophie a gagné un contrat de disque avec Musicor, donc c’est la même famille. J’ai demandé à m’impliquer dans le processus de création. Je veux lui prêter main forte.

Je veux aussi mettre à l’avant le fait qu’elle écrit. Elle a du talent comme autrice-compositrice alors c’est important que ce soit mis de l’avant. Je veux vraiment que son ADN ressorte, et non pas imposer un choix de chansons. J’ai toujours travaillé comme ça avec les artistes, en respectant leur identité.

Les finalistes et les coachs ont interprété À toi de Joe Dassin en ouverture de la finale. Crédit image : Bertrand Exertier

Parlez-nous de la rencontre artistique avec Sophie, depuis les auditions à l’aveugle, mais aussi celle qui s’est déroulée sans les caméras.

M. P. : J’ai trouvé ça facile parce qu’elle proposait des idées. À un moment donné, ça a étonné le directeur musical, Antoine Gratton. Il trouvait ça pertinent et tellement bon. Elle n’avait pas peur de donner son point de vue. C’était un travail d’équipe.

Je me suis reconnu dans sa sensibilité, dans sa façon d’interpréter. C’est un peu ma marque de commerce, j’ai fait beaucoup plus de ballades que de chansons rythmiques, moi aussi.

Et puis, L’Oiseau, c’est ma génération. J’étais gamin quand René Simard est arrivé avec cette chanson. Ça a démarré la carrière de René, et là ça démarre celle de Sophie, 50 ans plus tard.

Avez-vous été surpris de voir une jeune femme de 17 ans choisir cette chanson?

M. P. : Ça m’a étonné complètement. Je trouvais ça d’une beauté incomparable.

Mario Pelchat était ému aux larmes après l’audition à l’aveugle de Sophie Grenier. Crédit image : Bertrand Exertier

Vous vous êtes retourné extrêmement rapidement lors de cette audition à l’aveugle. Aviez-vous déjà une image en tête, et est-ce que ce que vous avez vu collait à cette image?

M. P. : Complètement. Cette voix douce, presque angélique, cadrait absolument avec la belle fille qu’elle est. Ça ne nous a pas étonnés. On était, tous les quatre, éblouis par ce qu’on voyait. Mais on l’était déjà par ce qu’on entendait.

J’espérais qu’elle me choisisse. J’étais certain qu’elle allait choisir Marc, car la jeune génération connait beaucoup plus Marc Dupré que moi. J’ai été étonné que plusieurs jeunes me choisissent.

Justement, Sophie, pourquoi Mario?

S.G. : On fait pas mal le même style alors je savais que j’allais apprendre avec lui. Mais c’est sûr qu’il y a aussi le côté stratégie… car je sais que tous les jeunes vont aller vers Marc. Donc, une façon de me démarquer était d’aller dans une équipe où il y aurait moins de jeunes. J’ai quand même pensé un peu stratégiquement! Et là, je suis ici.

M. P. : C’est bon, ça! Peut-être aussi que, si elle avait été dans une autre équipe, ç’aurait été différent. Les artistes plus rythmés auraient été susceptibles de faire en sorte que Sophie soit éliminée. Alors que tous les artistes de mon équipe étaient des artistes à voix avec des chansons touchantes ou des chansons à texte.

Le 9 avril, les quatre finalistes ont chanté avec différents invités de marque, dont Ginette Reno. De gauche à droite : Sophie Grenier (équipe Mario Pelchat), Jay (équipe Corneille), Adam El Mouna (équipe Marc Dupré), Ginette Reno et Christopher Therrien (équipe Marjo). Crédit image : Bertrand Exertier

Certains téléspectateurs ont critiqué votre stratégie des duels, de mettre celles qui étaient vues comme vos deux plus fortes candidates l’une contre l’autre dès le début. Était-ce une stratégie élaborée à l’avance?

M. P. : Oui. Quand j’ai découvert Et bam de Mentissa, je savais que je n’allais pas être le seul à tomber sur cette chanson. J’entendais Sophie ou Steffy la chanter. Effectivement, un autre coach a entendu cette chanson-là et voulait la faire en duel. Mais j’avais déjà levé le drapeau. Quand j’ai appris ça, on ne m’a pas dit qui c’était, mais j’ai dit : non, il n’en est pas question! Je veux que cette chanson soit chantée par Sophie ou Steffy. Alors, je l’ai fait chanter par les deux candidates. Je me suis dit que j’allais en choisir une et sauver l’autre. C’était décidé d’avance.

Avez-vous eu peur quand Marc Dupré a essayé de la voler?

Oh oui, je n’avais pas anticipé ça. Mais j’ai été rapide à appuyer sur mon bouton, pour la rassurer et montrer mon désir de la garder. Cependant, je n’avais pas anticipé qu’elles auraient à nouveau à se retrouver ensemble, en demi-finale. C’était déchirant.

Sophie, votre coach a évoqué votre côté « élève modèle ». Tous les gens avec qui vous avez collaboré vous décrivent aussi comme une force tranquille, réservée en apparence, mais qui sait où elle s’en va et est qui est toujours solide sur scène. Est-ce que c’est aussi comme ça que vous vous voyez?

S.G. : C’est sûr que je suis vraiment une personne réservée mais que, quand j’embarque sur une scène et que je chante, tout de suite, ça part. Je suis quand même stressée dans ces moments-là, mais je suis contente que les gens ne le voient pas. J’ai toujours trouvé ma place sur une scène.

C’est avec une version bilingue de Puisque tu pars / Let’s Talk About Love de Jean-Jacques Goldman et Céline Dion que Sophie Grenier a remporté la finale de La Voix. Crédit image : Bertrand Exertier.

Que considérez-vous avoir appris pendant la saison?

S.G. : J’ai eu la chance de découvrir plein d’artistes différents, comme Erza Muqoli ou Mentissa, dont j’adore l’album. J’ai aussi appris à avoir davantage confiance en mon talent et à avoir plus d’assurance sur une scène.

Comment anticipez-vous votre retour à l’école demain?

S.G. : Je pense que la première journée va être difficile. J’ai tellement d’école à rattraper! Mais je pense que ça va bien aller.

Sophie Grenier étudie en douzième année à l’École secondaire catholique Garneau, à Orléans. Crédit image : Bertrand Exertier

En musique, avec quels artistes aimeriez-vous collaborer?

S.G. : Depuis La Voix 2020, je suis fan de Josiane Comeau, la gagnante de la saison huit. C’est sûr que j’aime aussi Billie Eilish… elle, c’est peut-être trop haut pour moi…

M. P. : Il n’y a jamais rien de trop haut! Il n’y a rien qui me fait peur, tu vas voir! »

Sports collectifs : les événements à suivre qui comptent des joueurs francophones

Voici un tour des événements sportifs à ne pas rater d’avril à octobre. Des compétitions locales, nord-américaines et internationales avec toutes comme point commun l’Ontario et/ou des athlètes francophones.

Pour tous les amateurs de sport, le mois d’avril est une période charnière où l’actualité devient bouillonnante. Entre les championnats hivernaux qui touchent à leur fin avec des phases finales à venir et les compétitions estivales qui reprennent, le programme est chargé. 

Pour les compétitions de sports collectifs, le moins que l’on puisse dire c’est que les partisans de sports sont gâtés dans la province. Toronto est la seule ville au Canada qui possède une équipe dans l’ensemble des ligues majeures américaines – en dehors de la NFL où il faut se rendre à Buffalo. Nous passerons sur les Maple Leafs en LNH, qui ne comptent malheureusement pas de francophone au sein de leur organisation. 

Toronto épicentre sportif 

En revanche, en NBA, les Raptors de Pascal Siakam, Chris Boucher et Christian Koloko viennent de terminer leur saison régulière. Ils disputeront un barrage d’accession aux séries éliminatoires le 12 avril pour tenter de prolonger leur saison d’un match supplémentaire (le 14 avril). En cas de succès, ils pourraient affronter les Bucks de Milwaukee au premier tour des séries (début le 16 avril). 

Si le championnat de basket touche à sa fin, le soccer est en revanche de retour avec deux compétitions à suivre. D’abord la MLS et le Toronto FC qui a lancé sa saison le 25 février. Avec notamment dans ses rangs, Lukas McNaughton et Hugo Mbongue, le TFC va tenter de retrouver les séries après une saison 2022 décevante. 

Plus locale, la Première Ligue Canadienne reprend ses droits le 15 avril. Deux équipes nous intéressent dans le sud de l’Ontario : York FC et Forge (Hamilton) qui comptent en leurs seins de nombreux joueurs francophones. 

Autre championnat très populaire, le football canadien (LFC) fait son retour le 8 juin. Les Argonauts de Toronto du spécialiste des longues remises Maxime Latour remettent leur titre en jeu. Parmi leurs concurrents, les Tiger Cats d’Hamilton de Felix Garand-Gauthier tenteront d’aller chercher la coupe Grey.

Pour finir ce tour d’horizon des sports collectifs à Toronto et ses alentours, les amateurs de baseball sont aussi servis. Les Blue Jays retrouvent leur Centre Rogers rénové le 11 avril prochain après avoir débuté leur saison sur la route. S’il n’y a actuellement pas de franco dans l’effectif, nous suivrons de près les performances d’Otto Lopez dans la ligue mineure. Après avoir passé l’été avec les oiseaux bleus, il pourrait réintégrer l’effectif en cours de saison selon ses performances du côté de Buffalo. Si les Jays y parviennent – et c’est un objectif avoué – les séries mondiales sont programmées pour le 4 novembre. 

Ottawa et ses trois équipes fanions 

Ottawa n’est pas non plus en reste au niveau des sports co. En LNH, les Sénateurs s’approchent doucement d’une fin de saison décevante. Mais contrairement à Toronto, l’équipe comporte en son sein de nombreux francophones comme Thomas Chabot, Claude Giroux ou Derick Brassard. Il reste encore deux matchs à jouer à l’équipe de la capitale fédérale pour profiter de ces représentants francophones sur les patinoires de la grande ligue de hockey nord-américaine. 

L’avantage pour les Ottaviens, c’est qu’aussitôt la saison de hockey sur glace terminée, ils pourront se tourner vers leurs équipes fétiches de PLC et de LFC. Dans la ligue de soccer canadienne, une belle saison s’annonce pour l’Atletico Ottawa de Tissot, Bahous, Sacko et co. De même pour les Rouge et Noirs en football canadien, une des équipes les plus populaires de la ville avec de nombreux joueurs francophones à suivre. 

Des compétitions internationales relevées

Si malheureusement, le sport féminin demeure très peu représenté sur la scène locale professionnelle, c’est vers les compétitions internationales qu’il faut se tourner. En ce moment ont lieu les championnats du monde de hockey féminin du côté de Brampton. Marie-Philip Poulin la capitaine, Ann-Renée Desbiens, la gardienne et leurs coéquipières ont actuellement une fiche de 4-0 après avoir battu les États-Unis ce lundi 10 avril. Il y a de fortes chances de retrouver les Canadiennes en finale de la compétition! 

On reste chez les filles, mais on change de sport avec une très grosse échéance cet été pour les joueuses de soccer. En effet, les championnes olympiques vont tenter de poursuivre sur leur lancée et de décrocher le titre mondial du 20 juillet au 20 août en Australie et Nouvelle-Zélande. Les hommes de leur côté auront un double objectif : remporter la Ligue des Nations CONCACAF puis la Gold Cup. Deux compétitions qui se suivent puisque la finale de la première aura lieu le 15 juin, tandis que la seconde se déroulera dans la foulée du 16 juin au 18 juillet.

Enfin, si vous êtes en manque de basket-ball en attendant la reprise de la NBA, la sélection canadienne emmenée par RJ Barrett sera au Japon et aux Philippines pour disputer le Championnat du monde de basket entre le 25 août et le 10 septembre. Une belle répétition en vue des Jeux olympiques pour cette équipe qui possède un potentiel de médaille en 2024 à Paris. Mais ceci est une autre histoire qui sera développée ultérieurement…

Élections Ontario : bannir les sondages, une solution contre l’abstention?

TORONTO – Élections Ontario a publié son rapport d’évaluation revenant sur l’élection provinciale de 2022. Avec un taux de participation de 44 %, le plus bas de l’histoire de la province, le directeur général des élections appelle le gouvernement à des modifications législatives, dont l’interdiction des sondages, deux semaines avant une élection, qui impacteraient négativement la participation et l’orientation. Une direction qui pourrait poser problème à un certain type d’électeurs selon le politologue Peter Graefe qui décrypte quelques mesures proposées.

En tant qu’organe apolitique indépendant, Élections Ontario publie des recommandations chaque année. Ce rapport, qui revient également sur les quatre années précédant l’élection provinciale du 2 juin 2022, a été déposé en chambre le 30 mars, pour lecture à Queen’s Park en vue d’un potentiel projet de loi.

Greg Essensa, le directeur général des élections, y qualifie d’« épidémie qui afflige les démocraties du monde entier », « le déclin de la mobilisation et de la participation des électeurs ».

« L’Ontario n’a pas été épargné par cette tendance, 44 % des Ontariens ayant exprimé leur suffrage lors de la dernière élection, soit le taux de participation le plus faible de l’histoire de la province. »

Le rapport soutient, comme mesure phare, l’interdiction de la publication de sondages politiques indiquant la cote de popularité des partis, deux semaines avant le jour du scrutin.

Parmi les arguments principaux avancés par M. Essensa pour soutenir cette recommandation, il y a d’abord la démotivation des électeurs que les sondages peuvent engendrer, soit affecter leur participation et augmenter les taux d’abstention, et également l’influence sur l’orientation politique en modifiant leur choix initial.

D’après les sondages d’opinion menés pour Élections Ontario, « les électeurs qui se sont abstenus ont invoqué cinq raisons, dont trois constituent des « motifs politiques », décrit le rapport, sur la dernière élection provinciale, pour laquelle en moyenne de 2,5 sondages par jour étaient publiés sur les quinze jours précédents le vote.

« Outre le contexte, ce qui a éclairé ces recommandations sont les données compilées via nos sondages, les commentaires du public, les observations des directeurs du scrutin, des consultations internes et externes qui ont été faites par Élections Ontario, avec des partis politiques, des candidats de divers groupes communautaires », explique une porte-parole francophone d’Élections Ontario.

Le sondage : une visée stratégique?

« Si considéré, le projet de loi peut également être modifié ou peut ne concerner qu’une partie de nos recommandations. La composante politique peut entrer en jeu, c’est-à-dire, à quel point ce serait favorable pour le gouvernement actuel », commente la porte-parole d’Élections Ontario.

« Il y a eu une tentative semblable au niveau fédéral il y a une vingtaine d’années, avec interdiction de sondage 72 heures avant le scrutin, mais qui s’est confrontée à beaucoup d’écueils », raconte le politologue Peter Graefe.

Selon lui, une partie de l’électorat y voit une source d’information, surtout du fait du système électoral à un tour, qui pousse parfois les électeurs à devoir se positionner en fonction des tendances : « Cela reste une source d’information importante sur le positionnement des partis pour la façon dont certains décident d’utiliser leur vote en vue de faire des choix stratégiques. »

Seuls 44 % des Ontariens ont exprimé leur suffrage lors de la dernière élection provinciale. Source : Canva

« Dans l’idéal, on pourrait préférer que les gens choisissent le parti le plus proche de leur idéologie, mais dans les faits, certains électeurs font un choix pour empêcher l’élection d’un certain parti », explique-t-il.

Il analyse cependant différents profils de votants, un certain nombre d’électeurs pouvant décider de ne pas voter par découragement face aux résultats, pensant que leur voix n’aura pas d’effet, ou bien, dans un cas inverse, motiver une certaine compétitivité pour appuyer un autre parti que celui en tête des sondages.

Ce n’est selon lui ni une bonne ni une mauvaise solution, mais requiert une analyse et une compréhension approfondies pour identifier les comportements et réactions des votants face aux sondages.

Améliorer la sensibilisation civique et l’accès à l’information

Selon un sondage d’opinion, les cartes d’information de l’électeur sont le quatrième outil d’information le plus utilisé et constituent donc une source précieuse de renseignements.

Élections Ontario suggère d’ailleurs dans son rapport de créer un système d’adresse unique normalisé entre les 444 municipalités ontariennes, utilisant des systèmes et conventions différents, pour que les électeurs reçoivent plus facilement la documentation, évitant le grand nombre d’adresses difficiles à localiser.

Peter Graefe note que la baisse de la participation électorale se manifeste aussi dans les élections fédérales canadiennes. Une baisse observable dans les pays ayant une longue expérience de démocratie depuis 40 à 50 ans.

« Cela pourrait être une explication générationnelle, les nouvelles générations n’ayant pas connu la guerre par exemple », observe-t-il. « Leur expérience des élections les laissant à penser qu’élire un parti ou un autre ne changera pas grand-chose au niveau politique et économique. »

De ce constat, le professeur agrégé au département de sciences politiques de l’Université McMaster souligne alors la recommandation du rapport d’Élections Ontario d’améliorer l’éducation civique dans les écoles secondaires pour solidifier ce sentiment de citoyenneté et de devoir civique.

D’ajouter toutefois que ce sont les partis politiques qui amènent les gens à voter en les contactant, en les mobilisant et que la faiblesse d’un parti peut alors en ressortir.

Selon le directeur des élections, accroître la mobilisation des électeurs est une responsabilité collective qui incombe « à l’ensemble des acteurs de l’écosystème démocratique, à savoir les partis politiques, leurs chefs et leurs candidats, ainsi que les médias, les groupes de sensibilisation et les électeurs eux-mêmes ».

Article mis à jour le 11 avril à 13h02.

La Franco-Ontarienne Sophie Grenier remporte la saison 9 de La Voix

Dans les premières saisons, TVA se vantait de couronner « la voix du Québec ». Ce dimanche, c’est plutôt la voix de l’Ontario qui a été entendue. À 17 ans seulement, la Franco-Ontarienne Sophie Grenier est devenue la neuvième gagnante du concours télévisé populaire. L’artiste d’Orléans a récolté 42 % des votes du public.

C’est une finale diversifiée qui attendait les téléspectateurs de TVA. La soirée a débuté avec l’Acadien Christopher Therrien (Équipe Marjo), et I Don’t Wanna Miss a Thing, chanson d’Aerosmith pour le film Armageddon. Le candidat de Marc Dupré, Adam El Mouna, a mis ses talents de comédien à l’avant dans une version très intense et théâtrale de Ne me quitte pas, de Jacques Brel. Ont suivi Sophie Grenier (équipe Mario Pelchat) et Jay (équipe Corneille), qui semblaient être les deux favoris des internautes à l’issue des quatre performances.

Sophie Grenier a joué sur la dualité linguistique en interprétant une version bilingue de Puisque tu pars / Let’s Talk About Love de Jean-Jacques Goldman et Céline Dion. Crédit image : Bertrand Exertier. Source : Twitter La Voix TVA

Malgré des numéros très différents, tous les deux ont joué la carte de l’identité. Jay a parlé de la façon dont Haïti et le Québec le définissent, avant de surprendre le public avec une chanson des vétérans du rap, la formation montréalohaïtienne Muzion.

Sophie Grenier a parlé de la dualité linguistique dans laquelle bien des Franco-Canadiens se reconnaissent.

« Je voulais montrer que je suis francophone, que je chante en français. Puis, c’est sûr que je suis bilingue aussi. C’est là qu’on a trouvé un compromis de le faire dans les deux langues » – Sophie Grenier

La chanteuse de 17 ans a donc entamé une version bilingue de Puisque tu pars / Let’s Talk About Love de Jean-Jacques Goldman et Céline Dion. L’animateur Charles Lafortune a mentionné que la version francophone est méconnue, ce qui est certainement le cas au Québec, mais qui a probablement fait friser les oreilles de la diaspora française à l’écoute.

Sur les réseaux sociaux, certains critiquaient Sophie Grenier comme étant trop parfaite, trop dans le moule des gagnants habituels de ce genre de concours télévisé. Mais la plupart des commentaires soulignaient que, si l’on se fiait au nom de l’émission, il était logique de donner la victoire à la chanteuse de 17 ans, la plus grande voix parmi les candidats. L’animateur et imprésario Josélito Michaud, qui connaît bien Céline Dion, a été parmi ceux qui encensaient la Franco-Ontarienne.

C’est finalement Sophie Grenier qui a remporté les honneurs. Avec 42 % des votes du public, elle devançait grandement son plus proche rival, Jay. Ce dernier a récolté 26 % des voix, contre 23 % pour Christopher et 9 % pour Adam. Heureuse et émue, l’élève de 12e année à l’École secondaire catholique Garneau a de nouveau fait résonner son message : « Ça veut dire tellement de pouvoir partager le français ici. Nous, on se bat quand même pour notre langue. En Ontario, et aussi au Québec. »

Un parcours exceptionnel

Lors de son audition à l’aveugle, en février dernier, Sophie Grenier a fait tourner les chaises de Mario Pelchat, Marjo et Corneille après quelques notes seulement. Marc Dupré a rapidement rejoint ses collègues. L’adolescente avait choisi une chanson popularisée par un jeune René Simard en 1971. Sa version de L’oiseau était particulièrement réussie et, comme mentionné par l’animateur Charles Lafortune dimanche soir, avait « brisé Internet ». Sophie Grenier avait alors eu l’embarras du choix et décidé de rejoindre les rangs de l’équipe de Mario Pelchat.

À l’étape des duels, l’interprète de Pleurs dans la pluie a usé d’une stratégie risquée en opposant ses deux meilleures candidates, Sophie Grenier et Steffy Beyong. Leur interprétation de Et bam de Mentissa a été un autre moment fort de la saison. C’est Steffy qui a gagné le duel, mais le coach a utilisé son option « sauver » pour garder ses deux candidates. Sophie Grenier aurait alors pu choisir de changer d’équipe, puisque Marc Dupré avait aussi tenté de la voler. Elle a décidé de poursuivre le parcours avec Mario.

Sophie Grenier avait fait tourner les quatre chaises lors de son audition à l’aveugle. Crédit image : Bertrand Exertier

En quarts de finale, Sophie Grenier a interprété une chanson proposée par son coach, Tant qu’on est là, de Ezra Muqoli. Avec 100 points, une addition des points donnés par le coach et des votes du public, elle a facilement remporté cette étape.

En demi-finale, elle a offert une inhabituelle version ballade de Laissez-moi danser de Dalida. Cette fois, le public était le seul juge, et c’est à 71 % des votes qu’il a choisi d’envoyer la Franco-Ontarienne en finale.

La suite

Comme gagnante de La Voix, Sophie Grenier remporte un contrat avec Musicor, une bourse de 50 000 $ et l’opportunité de chanter au gala Célébration 2024 de Loto-Québec. De plus, son coach Mario Pelchat a annoncé qu’il inviterait ses candidats à participer, en alternance, à ses 45 spectacles à venir cet été au Domaine Pelchat Lemaître-Auger, dont il est propriétaire.

En entrevue avec ONFR+ en début de semaine, Sophie Grenier s’était prononcée sur la façon dont elle comptait profiter du tremplin de La Voix : « Je pense que ma stratégie, c’est juste de sortir le plus de musique que je peux, surtout en français. »

Chose certaine, l’artiste est déjà grandement appréciée en Ontario et au Québec. Elle a profité de son passage dans une compétition majoritairement québécoise pour mettre en lumière la francophonie canadienne. Gageons que la communauté franco-ontarienne restera derrière elle pour les prochaines étapes.

Mathieu Fleury : futur maire d’Ottawa un jour?

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

OTTAWA – Après douze ans en politique municipale, Mathieu Fleury s’est retiré en 2022. Fier Franco-Ontarien, il a souvent été considéré comme un allié de la communauté francophone à Ottawa. Il continue de soutenir plusieurs combats, comme ceux des résidents du quartier Rideau-Vanier, dans l’ombre, en attendant un potentiel retour à la politique. Pourquoi ne pas devenir le maire de la capitale fédérale un jour?

« Vous avez gagné le Prix Bernard Grandmaître en février dernier, c’est un prix de prestige, comment avez-vous reçu la nouvelle?

Je ne suis pas quelqu’un qui a reçu beaucoup de prix alors le Prix Bernard Grandmaître, c’est immense. Par mon jeune âge – et c’est correct parce que j’ai beaucoup de choses à accomplir encore, mais par instinct-, les gens ne pensent pas à Mathieu Fleury. Je n’ai pas une carrière d’accomplissements, même si je peux en compter quelques-uns.

Vous avez quand même été le plus jeune conseiller élu en 2010, quel souvenir en gardez-vous?  

Oui, à l’époque de la campagne électorale, j’avais 24 ans. La journée de l’élection, j’avais 25 ans. Le fait que je gagne cette campagne, la première fois, c’était surprenant parce que l’élu de l’époque était quand même soutenu par la machine libérale. Mes opposants avaient fait des dizaines de campagnes dans la circonscription, autant au fédéral qu’au provincial. Puis là, moi, j’y arrivais, puis c’était pas mal une surprise au final.

Mathieu Fleury avait 24 ans lorsqu’il s’est présenté pour être conseiller de son quartier. Gracieuseté

J’avais cogné à 22 000 portes avec dix amis. C’est du temps, c’est beaucoup de rencontres et de cafés. C’est beaucoup d’écoute aussi et beaucoup d’apprentissages. Puis quand on y est, ce n’est pas quelque chose où on se lève le matin et on se dit « on est un conseiller, tout va bien aller ». 

Quels étaient les défis que vous pouviez avoir comme conseiller du quartier Rideau-Vanier?

Un des gros enjeux de mon quartier, c’était et c’est toujours le logement abordable. Il faut aussi identifier nos priorités. Il y a beaucoup de choses qu’on ne planifie pas. Il y a plusieurs vulnérabilités. Mon quartier, c’était la communauté avec le plus faible taux de revenus, où il y a la zone historique du Marché By, où il y a la quatrième plus grande université au pays avec l’Université d’Ottawa, et à ça s’ajoute le reste. Une zone où il y a de gros événements, la Saint-Patrick, la fête du Canada, etc.

Certains quartiers à Ottawa sont plutôt dormants, donc les élus ont beaucoup plus de chances d’identifier leurs priorités, puis de se dédier corps et âme à faire avancer des projets. Tandis que moi, je faisais avancer mes priorités au même moment que plusieurs incidents : fusillades, feux, etc. On est moins dans la planification et plus dans l’exécution.

Il a souvent été mention de vous comme l’allié des francophones à la Ville. Étiez-vous seul dans votre combat pour la francophonie au conseil municipal?

C’est toute une question. On n’est pas seul comme élu parce qu’on a toutes les organisations francophones qui sont vivantes. Ce que les médias francophones font, l’Université d’Ottawa, La Cité, les conseils scolaires… mais à la table politique, il y a des jeux qui se sont joués. Le maire qui crée un caucus francophone… Ça a été une perte de temps pour moi. Il y avait des élus francophones et je ne leur enlève rien. Mais dans notre génération, on est prêt au changement, on est prêt à bouleverser un petit peu le modèle. Donc, c’est sûr que je me sentais seul dans cette ambition. Je ne me sentais pas seul comme francophone. Mais pour certains élus, c’était suffisant, c’était acceptable.

La Ville d’Ottawa, au niveau de sa politique des services en français, c’est la même politique qui était en place en 2001. Mais en 2001, on était une société différente, on était une communauté différente.

Comment vous êtes-vous senti à la Commission Rouleau, quand il y a eu cet incident sur l’usage du français?  

Comme francophone, mais parfaitement bilingue, je répondais aux questions dans la langue qu’elles m’étaient posées. Mais l’avocat du Convoi a commencé à jouer sur mes mots, sur la définition d’un des mots que j’ai utilisé en anglais, le mot : microaggression, qui, pour nous francophones, a une signification différente. Lui a joué sur ça. Puis, je me suis senti un petit peu attaqué dans mes efforts pour lui répondre et je suis donc allé à ma langue maternelle pour m’expliquer. Ça a fait un tollé, parce qu’il pensait peut-être que je jouais à un jeu. Mais je n’ai pas essayé d’esquiver.

Puis ça a soulevé une belle question : « Est-ce qu’en tant que francophone, on était capable d’aller à la Commission Rouleau et communiquer en français? » 

Mathieu Fleury et Catherine McKenney durant l’audience publique de la Commission rouleau/ Capture d’écran

Selon vous, est-ce que le bilinguisme à Ottawa, c’est juste un rêve où nous avons raison d’y croire? 

Je vais commencer avec le point positif. En 2017, les gens qui habitaient à Ottawa, qui avait moins de 50 ans, étaient extrêmement favorables au bilinguisme. Ils envoyaient leurs jeunes en immersion ou eux-mêmes étaient bilingues. Six ans plus tard, on a une immigration francophone encore plus accrue. Donc la capacité ou la volonté de devenir bilingue, puis de vivre dans cette belle diversité là, moi, je la vis. 

J’y crois dans ce bilinguisme-là. Mais les élus sont extrêmement conservateurs. Il y a plusieurs choses qu’on pourrait faire, dont une révision de la politique des services en français avec un engagement citoyen. Je pense vraiment qu’il y a une opportunité maintenant. Donc, le résident de la France, de la Belgique, de l’Afrique francophone, même du Québec qui vient dans la capitale, qui rentre dans un restaurant, il devrait avoir un service en français.

Madeleine Meilleur est une mentore pour l’ancien conseiller. Gracieuseté

Je vais être plus critique en terminant. Le gouvernement fédéral donne de l’argent pour qu’Ottawa devienne plus bilingue. Je ne crois pas que donner plus d’argent à la francophonie va permettre aux anglophones de devenir plus francophones. Il faut financer le bilinguisme auprès des anglophones et permettre aux francophones de s’épanouir. 

Durant votre carrière de conseiller, quels dossiers vous ont le plus intéressés? 

Il y a beaucoup de dossiers pour lesquels j’ai développé une affinité, pour lesquels ce n’était pas intuitif. J’ai développé un intérêt, puis une connaissance approfondie au niveau des enjeux de logement. J’ai siégé au conseil d’administration de Logement communautaire d’Ottawa pendant huit ans. Le logement public, ça a une réputation d’être du logement insalubre, dangereux des fois, puis nous, on a complètement transformé ça. En bâtissant à neuf, en augmentant la densité, en appuyant les locataires aussi. Ça, c’est quelque chose dont je suis le plus fier.

M. Fleury, d’autres conseillers, la gouverneure générale Mary Simon et d’autres personnes durant l’inauguration du parc Annie Pootoogook. Gracieuseté

Puis, il y a le loisir aussi. J’ai développé avec la communauté trois parcs importants. Et enfin, je dirais le transport, le quotidien des gens dans la communauté.

Avant ce moment décisif de votre carrière, quelles étaient vos ambitions?

Quand je suis devenu conseiller, je terminais l’université, mais avant ça, je pensais toujours aller travailler dans le sport à l’international.

D’ailleurs, ma maîtrise était sur l’impact économique des Jeux olympiques sur les villes. J’ai essayé de comprendre, par les investissements d’un gros événement sportif, comment on peut transformer les villes. Ce lien-là à un lien très direct avec mes intentions en politique municipale, je dirais. Avant ça, j’avais l’intention de devenir médecin.

Pouvez-vous nous dire une chose qu’on ne sait pas de vous?

Je suis probablement mon plus gros critique. C’est une de mes forces, mais c’est une de mes faiblesses aussi. Je suis pas mal accessible. Je suis plutôt honnête sur les difficultés qu’on a eues. Sinon, je ne suis pas du tout un bon cuisinier (rires). J’aime la bonne bouffe, mais je n’ai pas d’intérêt dans la cuisine. Par contre, je n’ai pas peur de faire le nettoyage.

Quel est l’homme ou la femme politique qui vous a le plus inspiré?

Je dirais Jim Watson et Madeleine Meilleur.

Jim Watson m’a appris la politique. Pour des raisons connues, en 2017, on est vraiment partis dans différents chemins. Au niveau de la machine politique, ça, je l’ai appris avec Madeleine Meilleur. Quand je dois prendre de grosses décisions, comme quitter la politique, c’est quelqu’un que je vais consulter régulièrement.

L’ancien maire Jim Watson a été un bon mentor politique pour Mathieu Fleury. Gracieuseté

Quel est votre plus gros échec?

Mon plus gros échec, je crois que c’est l’enjeu de l’Armée du Salut. Est-ce qu’il y a trop de concentration de refuges dans le Marché By? Oui, je suis d’accord avec ça. Est-ce que le modèle pour résoudre ça, c’est de bâtir des refuges ailleurs? Non. Je trouve que personnellement, j’ai failli parce qu’on n’a pas été capable de bloquer le projet sur le Chemin de Montréal. Mais à travers toutes les discussions, les consultations publiques organisées, la mobilisation citoyenne, l’Armée du Salut va peut-être un jour voir vie sur le Chemin de Montréal. Pourtant, moi, j’en ai des cheveux blancs, tellement je me suis battu contre le dossier. 

Et votre plus grand succès?

Mon grand succès, je dirais que c’était de refaire les parcs, refaire le Chemin de Montréal, la rue Rideau. C’est un legs pour moi d’avoir eu l’occasion de la refaire. L’aménagement urbain du Marché By, la Nouvelle Scène, la Galerie d’art d’Ottawa, la rénovation de la Cour des arts. 

Peut-être en fait que c’est la transformation du logement communautaire. En fait, je ne sais pas. 

Finalement, est-ce que la vie politique, c’est terminé pour Mathieu Fleury?

Non, non, non. C’est une pause. Je voulais me séparer des enjeux que je connaissais trop bien, je dirais. Puis, j’ai reconnu les limites d’un élu conseiller municipal. J’avais des ambitions lors de la dernière élection, je pensais me présenter à la mairie. Pour des raisons personnelles, j’ai pris un recul.

C’est une opportunité pour moi de rester impliqué comme citoyen, d’aider différemment la communauté. Si mon cheminement de carrière fait que je reviens en politique, j’aimerais être maire un jour de notre belle capitale. Il n’y a pas de maire jeune, il n’y a pas de maire francophone. » 


LES DATES-CLÉS DE MARTHIEU FLEURY :

1985 : Naissance à Ottawa

2010 : Devient le plus jeune conseiller municipal élu

2018 : Réélu pour un troisième mandat de suite dans Rideau-Vanier

2022 : Prend une pause dans la politique municipale en se représentant pas

2023 : Récipiendaire du Prix Bernard Grandmaître

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Le bourreau et la victime

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Les arts, le théâtre et la littérature, en particulier, ont toujours eu ce penchant éducatif, à la fois prétentieux, mais aussi terre à terre. Parler aux simples gens, leur enseigner les bonnes manières sans trop leur faire de moral, ni remplacer le dogme religieux dont plusieurs se méfient, à juste raison. Tel est le but de plusieurs auteurs, surtout de la renaissance, mais aussi contemporains.

Rappelons-nous nos classiques : Molière et son bourgeois gentilhomme, la Comtesse de Ségur et ses petites filles modèles Voltaire et son Candide, ou plus récemment les années d’Annie Ernaux, la mauvaise mère de Marguerite Anderson et la liste est longue. Mais dans cette littérature immense et diversifiée, il y a aussi des romans où la dénonciation de la bêtise, la méchanceté et l’ignominie humaine ne se fait pas directement ou selon la morale, mais à travers des chemins tordus et surtout intelligents. Et c’est là où réside toute la beauté des idées et des mots.

Parler du mal, lui creuser des sillons pour qu’il coule librement et disparaisse. Éclairer ce côté noir qui existe dans chacun de nous, le réveiller même, lui chatouiller les petits orteils pour le pousser à esquiver des petits pas et marcher dans nos âmes. Jouer avec le diable sans jamais l’épouser. Tel est le défi que certains auteur.es se sont engagés à entreprendre.

En lisant, L’aurore martyrise l’enfant, publié chez L’Interligne, de David Ménard, on comprend dès le départ qu’on est en train de lire une histoire triste. Une histoire macabre de meurtre, de souffrance et de cruauté. Une histoire inspirée de faits réels historiques.

Aurore, une fillette torturée par les sévices de sa belle-mère, Marie Anne Houde avec la complicité du père, Télesphore Gagnon. Une histoire qui s’est passée dans les années 1920 dans un Québec encore engourdi par la religion et enveloppée par les bras de l’Église catholique. Une histoire qui a choqué les consciences et l’imaginaire populaire. Une histoire qui fait peur aux enfants, souvent les victimes, mais aussi les adultes, souvent les bourreaux.

Mais David Ménard ne raconte pas l’histoire d’Aurore, l’enfant. À la place, il choisit de nous enfoncer graduellement dans la peau de la méchante belle-mère, celle qui fut autrefois une fillette. Une fillette qui aurait pu être cette « Aurore ». Devenir la victime. Le bourreau qui devient victime.

À travers des mots et des chapitres saisissants, David Ménard nous transporte dans la noirceur d’un Québec où la religion n’est jamais trop loin. Dans les mots, dans les gestes, dans l’épiation, dans la pauvreté et dans la misère. Les familles nombreuses. Les mères débordées, les pères alcooliques et les enfants livrés à eux-mêmes. Les enfants qui sont martyrs un jour et bourreau le lendemain.

Mais ce que j’ai bien aimé dans le livre de David Ménard, c’est le jeu avec les mots. La religion symbole de pureté et de bonté qui devient étouffante à chaque pas, à chaque regard, à chaque acte. Tout est enfer et tout est châtiment. L’emprise est totale.

Toute aussi suffocante sera l’emprise de l’imaginaire populaire : incriminer la marâtre, trouver le méchant dans « les autres », surtout quand c’est une femme d’une certaine classe sociale, mettre le couperet sur la tête du vilain quand toute la société grouille d’eux. Laver ses péchés dans ceux des plus vulnérables et s’en sortir flamboyant neuf comme si rien n’était.

Ici, il est intéressant de faire un petit clin d’œil aux faits réels. En 1921, une pièce de théâtre a été créée sous le titre de Aurore l’enfant martyre, qui sera jouée plus de 6000 fois au cours des trente années suivantes. Des générations d’enfants québécois, surtout quand ils n’obéissaient pas leurs parents, ont grandi avec le spectre de se faire traiter d’ « Aurore » et de leur sinistrement rappeler le sort morbide de cette fillette.

David Ménard aime bien jouer l’avocat du diable. Ce n’est plus Aurore la martyre, mais plutôt Aurore, ou alors faut-il dire « horreur », qui martyrise l’enfant. Encore un jeu de mots. Encore une finesse que seule la littérature peut capter.

« S’imaginer la version de la méchante »

Je me souviens des années auparavant après avoir lu Les Frères Karamazov, dernier roman d’un de mes écrivains favoris, Fiodor Dostoïevski, prise d’un certain malaise. L’histoire que raconte Dostoïevski n’est pas anodine. Celle d’un père impudique et vulgaire et de ses trois fils et l’histoire du parricide commis par l’un d’eux. Que de plus aberrant et ignoble qu’un parricide. Les Grecs ont en parlé dans leur tragédie et mythe. Shakespeare y revient dans ses pièces. L’enfant qui tue le père. Le serf qui tue son maitre. L’homme qui se retourne contre son progéniteur, sa source même de vie.

Et pourtant, en lisant l’histoire telle qu’écrite par Dostoïevski, je me suis sentie toute proche du criminel plutôt que de la victime. Je voulais coûte que coûte que le crime soit parfait et que jamais que le fils ne soit découvert dans son acte affreux si répréhensible, devenu dans mes yeux de lectrice presque légitime. Le génie littéraire de Dostoïevski m’a ensorcelé.

Le temps d’une lecture, les dogmes si bien parfaitement alignés dans nos têtes se sont affaissés. Le mal devient le bien et le mal devient le bien. Le monde s’arrête.

Ce n’est pas pour rien que les frères Karamazov est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre mondiaux de la littérature. Rendre le bourreau, victime ou aller au-delà de nos croyances et des normes établies par nos sociétés et poser les questions qui dérangent : qui est vraiment le bourreau et qui sont les victimes?

Des questions philosophiques, complexes et profondes auxquelles David Ménard essaie d’y répondre en choisissant de nous livrer l’histoire de la belle-mère au lieu d’Aurore, l’enfant martyre. Faire le chemin inverse. Remonter péniblement la pente au lieu de la dévaliser les escaliers en toute vitesse. S’imaginer la version de la méchante, devenir sa confidente, devenir celle qui la poursuit aux confins de son esprit et dans les moindres recoins de son souffle.

Une écriture simple et sophistiquée que j’ai beaucoup appréciée et qui m’ont fait connaitre l’un des crimes et le procès les plus sombres du Québec.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

La Franco-Ontarienne Sophie Grenier en finale de La Voix : « J’ai vraiment hâte à dimanche. »

OTTAWA – Dès les premières secondes de son audition à l’aveugle, la Franco-Ontarienne Sophie Grenier était perçue comme l’une des favorites de cette neuvième saison de La Voix. Sa touchante version de L’oiseau, chanson popularisée plus de 30 ans avant sa naissance, a fait pivoter tous les sièges de coachs à une vitesse fulgurante. C’est dans l’équipe de Mario Pelchat que la jeune femme de 17 ans a suivi le chemin vers la grande finale. ONFR+ s’est entretenu avec Sophie Grenier, à quelques jours de cette étape ultime.

« Je me sens encore fébrile, encore super excitée. Et c’est sûr que je suis aussi vraiment reconnaissante et touchée que le public ait voté pour moi. » Sophie Grenier au lendemain de la demi-finale

Encore sur un nuage après sa victoire en demi-finale, où elle a récolté 71 % des votes, elle commence à mesurer l’ampleur du phénomène qui l’entoure. « C’est assez fou de savoir que le public m’aime à cette hauteur-là. Je capote, en ce moment! »

Ce dernier affrontement pour décider qui représenterait l’équipe de Mario Pelchat en finale était encore plus significatif, puisque la Franco-Ontarienne affrontait une adversaire de taille. Steffy Beyong, qui était aussi pressentie pour la victoire, avait gagné son duel contre Sophie en début de saison. Mario Pelchat avait alors décidé de sauver sa protégée et Marc Dupré avait tenté de la voler, deux processus que les coachs ne peuvent utiliser qu’une fois.

La candidate a alors choisi de rester dans son équipe initiale. « Je n’avais pas encore fini de travailler avec lui. Il fallait que je retourne dans son équipe. » Sophie Grenier souligne avoir fait le bon choix, puisqu’elle se prépare aujourd’hui pour la grande finale.

« J’ai vraiment appris à croire en moi-même. »

Une vieille âme musicale

France D’Amour, qui occupait le fauteuil de Marjo pour cause de COVID-19, a souligné le talent de Sophie de reprendre une vieille chanson et d’en faire une version actuelle. C’est exactement ce que la candidate affirme aimer faire. L’oiseau de René Simard lui rappelle les absences de ses parents militaires et l’anticipation de leur retour. Pour ce qui est de Laissez-moi danser, chanson de Dalida qu’elle a choisie pour la demi-finale, c’est simplement qu’elle se rappelle l’avoir beaucoup entendu dans son enfance.

Le coach Mario Pelchat était ému aux larmes après l’audition à l’aveugle de Sophie Grenier. Crédit image : Bertrand Exertier

La candidate de 17 ans était enthousiaste à l’idée d’être coachée par Mario Pelchat, et elle trépigne d’impatience à celle de chanter avec l’une des artistes invitées de la finale, Ginette Reno. « De pouvoir la rencontrer et chanter avec elle, ça va être un moment inoubliable pour moi. »

Même si elle a sorti un extended play (EP) en anglais en janvier dernier, collaboration avec une autrice anglophone, Sophie Grenier adore réaliser des chansons en français.

« C’est ma langue maternelle. C’est la langue de l’amour. Je trouve que les textes de chansons en français, c’est vraiment de la poésie. Je voulais vraiment montrer que je suis francophone, que j’adore la langue française et que je veux la faire survivre. »

La communauté derrière elle

On l’a entendu le mentionner lors de l’émission du 26 mars, Sophie Grenier est fière de représenter la francophonie de l’Ontario. Au micro d’ONFR+, elle précise : « C’est sûr qu’au Québec, ils se battent aussi pour la langue française. En même temps, ils oublient qu’en Ontario, ce n’est pas juste de l’anglais. Que dans les autres parties du Canada, il n’y a pas juste des anglophones qui ont appris le français. Il y a des francophones. » 

Son nom est sur toutes les lèvres dans les corridors de l’école secondaire catholique Garneau d’Orléans, où elle termine actuellement sa 12e année. Selon son ancien enseignant et mentor, Pierre Labelle, l’engouement se ressent beaucoup plus depuis le début des émissions en direct. Il se souvient de la jeune fille qui avait aussi chanté du René Simard dans un spectacle scolaire, en 7e année. Déjà, elle envoûtait les spectateurs.

« Elle démontre une certaine discrétion. Mais elle a une belle fierté, elle se présente bien. Elle n’essaie pas de voler le show, elle fait ressortir sa voix. C’est presque une métaphore de l’émission », résume Pierre Labelle.

Une impression confirmée par la demi-finaliste franco-ontarienne de La Voix en 2015, Céleste Lévis. « J’ai eu la chance de rencontrer Sophie au Festival franco-ontarien l’an dernier. Elle était tranquille toute la journée, mais lorsqu’elle a embarqué sur la scène, sa voix nous a tous marqués. »

« Je vois la communauté franco-ontarienne qui l’encourage et je me croise les doigts qu’elle sera présente même après l’émission. Elle a définitivement une belle carrière devant elle. C’est certain que je serai là pour l’encourager. » Céleste Lévis à propos de Sophie Grenier

Ex-candidate de la saison 7, Mélissa Ouimet affirme aussi : « Je suis super fière de voir une jeune franco de chez nous rayonner à l’émission. »

L’autrice-compositrice-interprète de North Bay, Emma Rose Smith, a créé des liens d’amitié avec Sophie Grenier lorsque les deux ont participé à l’initiative Jamais trop tôt du Festival international de la chanson de Granby. Elle se souvient d’un moment où une responsable du festival est sortie d’une pièce en larmes. Emma et ses camarades ont pensé que quelque chose de grave était arrivé, avant de comprendre qu’elle avait simplement entendu Sophie chanter.

« Elle fait vivre des émotions comme personne d’autre. Quand tu l’entends chanter, ça te rejoint droit au cœur. Emma Rose Smith croit fermement aux chances de son amie de remporter la finale, tout en soulignant qu’elle est déjà gagnante.

La relève musicale franco-ontarienne est assurée avec des artistes comme Sophie Grenier, Emma Rose Smith et Kaiday. Crédit image : Emma Rose Smith

La vague d’amour pour Sophie Grenier se fait également sentir sur les réseaux sociaux. Elle fait partie des sujets populaires dans des groupes destinés aux Franco-Ontariens. Les commentaires positifs affluent : « Quelle fierté pour nous, bravo! », « Quel beau talent et quelle belle représentation pour notre communauté! », peut-on lire.

Reste à savoir si cet engouement se traduira en assez de votes pour que Sophie Grenier devienne la première franco-ontarienne à remporter le concours. Pour l’instant, la jeune femme profite du moment .

« Je suis juste vraiment reconnaissante de toute la vague d’amour que je reçois en ce moment et j’ai vraiment hâte à dimanche. »

L’Ontario français et son processus créatif

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

S’il y a un lien à faire entre les suggestions de cette semaine, ce serait peut-être celui du processus. Une nouvelle exposition exploite ce principe de croissance lente de la nature. Des artistes établis donnent leurs conseils à des jeunes et sèment peut-être les premières graines des carrières artistiques qui germeront dans les prochaines années. Des gens se rencontrent pour discuter de cinéma ou de littérature et de traduction. Et une distribution 100 % queer nous fera réfléchir sur les impératifs de notre société.

Arts visuels

L’exposition immersive « Sème la peau » de Laura St. Pierre

Laura St. Pierre est une artiste visuelle fransaskoise qui se consacre à la photographie, aux installations immersives et à la vidéo dans le but de mettre en lumière les thèmes de l’écologie et de l’impact humain sur l’environnement.

Cette prochaine exposition à Sudbury donnera au public un aperçu de la manière dont Laura St. Pierre intègre la durabilité dans son processus artistique.

Crédit image : Laura St. Pierre

L’exposition Sème la peau du 6 avril jusqu’au 20 mai à la Galerie du Nouvel Ontario. Admission gratuite.

Films

Causeries et film : Viking de Stéphane Lafleur

Comme toujours, le Centre francophone de Hamilton offre à sa communauté l’occasion de se rencontrer autour de films francophones. Dans le cadre de ce prochain Ciné-discussion, les membres auront l’occasion d’échanger leurs réflexions sur le film Viking du réalisateur québécois Stéphane Lafleur. Le film est centré sur un groupe de cinq personnes qui ont été sélectionnées pour faire part d’une simulation des événements de la première mission sur Mars, dans l’espoir de mieux comprendre les problèmes interpersonnels qu’on eut les astronautes de la vraie mission.

Viking de Stéphane Lafleur. Crédit image : Micro_scope

Ciné-discussion du film Viking au Centre francophone de Hamilton le mercredi 12 avril.

Théâtre

La pièce Laitue matinal.e de Lionel Lehouillier 

L’artiste et auteur transmasculin Lionel Lehouilier s’interroge sur les structures sociales et la binarité de la langue française de façon candide dans cette nouvelle œuvre qui apparaîtra sur scène au Théâtre Catapulte.

Crédit image : Catherine Archambault

Laitue matinal.e au Théâtre Catapulte du 12 au 15 avril. Achetez vos billets ici pour réserver vos places.

Musique

Des ateliers musicaux grâce à iStudio

iStudio présente un projet de composition musicale pour les élèves de la 7e à la 12e année qui sont inscrits dans une école de langue française en Ontario. Il s’agit d’une panoplie d’ateliers de perfectionnement menés par Mimi O’Bonsawin, Flo Franco, le duo Simon Joly et Martin Rocheleau et Céleste Lévis tous des musiciens franco-ontariens qui ont chacun apporté une contribution immense à la musique francophone au Canada. Certains de ces ateliers seront offerts en présentiel à Ottawa et d’autres en virtuel via Zoom.

Gracieuseté de iStudio.

Ateliers de composition et création iStudio à Ottawa et en virtuel. Inscrivez-vous ici pour réserver vos places. Consultez le site iStudio pour la programmation complète.

Littérature

Croisée des mots avec Rebecca Salazar et Madeleine Stratford

L’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) et le Salon du livre du Grand Sudbury présentent leur toute dernière Croisée des mots virtuelle de la saison 2022-2023. Ce prochain atelier rassemble l’auteure Rebecca Salazar et la traductrice Madeleine Stratford, qui ont collaboré ensemble à l’écriture de Sulphurtonguedevenu en français, Soufrelangue. Les participants pourront profiter de cette occasion intime de découvrir le processus de traduction du livre paru en langue originale anglaise chez McClelland & Stewart en 2021.

Madeleine Stratford. Crédit image : Marie-Andrée Blais. Rebecca Salazar. Crédit image : Same Evans.

Croisée des mots avec Rebecca Salazar et Madeleine Stratford le mercredi 12 avril à 19h. Inscrivez-vous ici pour assister à la rencontre littéraire. Accès gratuit.

Près de 150 000 clients privés d’électricité dans l’Est ontarien et Ottawa

OTTAWA – Au lendemain de la tempête ayant généré de forts vents et une pluie verglaçante, de nombreux clients de la région de la capitale fédérale restent encore sans électricité. Dans l’Est ontarien, près de 90 000 clients étaient privés de courant alors qu’à Ottawa, on travaillait à rétablir le réseau chez près de 65 000 clients jeudi en avant-midi.

Alors que ce nombre s’élevait à près de 300 000 hier, il reste ce matin environ 121 000 usagers touchés par une panne d’électricité en Ontario, selon la dernière mise à jour d’Hydro One.

La région la plus touchée est dans l’Est ontarien alors que 88 989 clients sont sans courant sur un total de 211 361 clients. Les pannes affectaient notamment les villes de de Clarence Creek, Hawkesbury, Alfred et Plantagenet ainsi qu’Embrun. Certains de ces secteurs retrouveront l’électricité vers 16h ce jeudi, selon Hydro One.

Les dégâts sont encore nombreux au lendemain de la tempête du côté d’Ottawa. Capture Hydro Ottawa.

Suivie ensuite de celle d’Ottawa où ce sont presque 65 000 qui sont encore privées d’électricité et 665 000 du côté de Cornwall selon les dernières données de Cornwall Electric. Hydro Ottawa a fait savoir que les 20 premières pannes, représentant près de 40 000 personnes privées de service, devraient être rétablies dans les prochaines heures. Pour le reste, la Ville a indiqué que les opérations pour retirer débris et autres arbres et branches tombées pourraient prendre jusqu’à quelques semaines.

Le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) indique que les transports scolaires sont annulés dans toutes les régions à l’exception de Trenton, Kingston et Pembroke en raison des mauvaises conditions routières. Plusieurs écoles du conseil sont aussi fermées actuellement par manque de courant, idem pour certaines du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et du Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO).

Bris de service

Au niveau des transports, les services du train léger d’Ottawa, qui avaient été interrompus mercredi matin, ont repris ce matin entre Tunney’s Pasture et la station Rideau.

Plusieurs trains du corridor Toronto-Ottawa-Montréal sont annulés et des retards significatifs sont à prévoir d’après le transporteur VIA RAIL.

Du côté de la santé publique d’Ottawa, la clinique de vaccination JH Putman est fermée, les rendez-vous reportés.

Un lendemain de veille difficile pour les arbres d’Ottawa. Gracieuseté

Il est possible de vous réchauffer et de recharger vos appareils électroniques dans certains centres d’urgence. À Clarence-Rockland à l’Aréna Clarence Creek, au Centre Sandfield à Alexandria.

Plus à l’Est, au Québec, la situation est plus sombre avec un million de foyers toujours privés de courant et un décès lié à une chute d’arbre. Montréal est la zone la plus touchée avec 483 474 clients sans d’électricité selon Hydro-Québec. Des hôpitaux, des CHSLD, des stations de pompage et des écoles sont encore dans le noir et devraient être rebranchés vendredi soir selon le premier ministre du Québec, François Legault.

Les immigrants francophones ne se bousculent pas aux portes du Canada

OTTAWA – Même si le fédéral acceptait toutes ses demandes de résidence permanente de francophones dans son système, il serait incapable d’atteindre son objectif en immigration francophone dû à un manque d’intérêt. La faible présence d’Ottawa dans les pays francophones du monde est notamment à pointer du doigt, selon une experte.

Les immigrants francophones qui souhaitent obtenir leur résidence permanente représentent 3,6 % des demandes actuellement dans le système, selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

En date de mars 2023, ce sont 18 358 francophones qui étaient en attente dans le système d’IRCC pour une demande de résidence permanente alors que 510 000 non-francophones sont dans le même sort. Ce nombre a quelque peu fondu près d’un an plus tard, étant 19 996 francophones en avril 2022. Le nombre de nouveaux arrivants en attente de leur demande de résidence permanente, toutes langues confondues, a bondi de 430 000 à 510 000.

De ces 18 358 nouveaux arrivants francophones en attente en date de mars 2023, plus de la moitié, soit 10 142 sont pour l’Ontario ensuite suivi du Nouveau-Brunswick avec 2959 et l’Alberta avec 1974.

Ce 3,6 % est un peu moins que l’objectif de 4,4 % de nouveaux arrivants francophones hors Québec du gouvernement fédéral. À rappeler que cette cible est considérée comme désuète par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et une étude du Commissariat aux langues officielles (CLO) considère qu’une plus haute est inévitablement nécessaire.

Ces données semblent confirmer des propos du ministre Sean Fraser qui répète depuis plusieurs mois que le défi principal pour l’immigration francophone est « d’augmenter le nombre de personnes dans l’inventaire d’IRCC ».

« Même si je traitais toutes les demandes de l’arriéré d’IRCC, ce ne serait pas possible d’obtenir 20 % (de nouveaux arrivants francophones hors Québec) cette année », avançait le ministre Fraser en décembre 2022, alors que le Canada était en voie d’atteindre pour la première fois sa cible en immigration francophone.

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser. Crédit image:
Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser. Crédit image : Le Droit, Patrick Woodbury

Ce dernier indiquait la semaine dernière que l’atteinte de la cible l’an dernier a été rendue possible grâce à une certaine sélection manuelle de francophones dans « l’inventaire » d’IRCC de la part de son ministère et non nécessairement en raison du grand nombre qui était dans le système.

« Il faudrait toutefois que beaucoup plus de jeunes soient sensibilisés (…) Vous en avez peut-être rencontré un grand nombre, mais ce ne sont pas tous les résidents des pays francophones qui songent à émigrer, et il y en a encore moins qui pensent à venir au Canada », affirmait le ministre en décembre dernier, au Comité des langues officielles en réponse une députée à propos du nombre de candidats francophones.

Il réitère aussi depuis quelque temps que son ministère travaille sur la nouvelle politique en immigration francophone, inclus dans le projet de Loi C-13, qui viserait à augmenter la promotion du Canada dans des pays francophones, comme en Afrique par exemple.

« Une excuse pour se déresponsabiliser »

Les chiffres fournis à ONFR+ par le ministère fédéral comptent par exemple les travailleurs de la catégorie économique ou encore de la réunification familiale. Ces deux catégories ont constitué plus de 95 % des résidents permanents admis au Canada en 2022.

À préciser que ces données sur les demandes de résidents permanents excluent des catégories comme les travailleurs temporaires et les étudiants internationaux acceptés sur le territoire canadien, ce qui pourrait constituer une base importante de francophones qui ne sont pas comptabilisés, rappelle la chercheuse Luisa Veronis. Elle estime que les étudiants internationaux et les travailleurs temporaires qui attendent d’accéder à la voie de la résidence permanente sont nombreux pour les francophones, spécialement chez les étudiants.

« Cette proportion de 3,6 % est peut-être la portion qui est officielle. C’est clairement une raison paresseuse de justifier pourquoi l’on ne rejoint pas plus d’immigrants francophones. (…) C’est trouver une excuse pour se déresponsabiliser », affirme la professeure à l’Université d’Ottawa et titulaire d’une Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes.

Cette dernière rappelle qu’Ottawa n’a qu’à se blâmer dans ce dossier soulignant qu’IRCC avait jusqu’à tout récemment, un seul bureau en Afrique de l’Ouest, à Dakar au Sénégal, où vit la majorité de la population francophone du continent et un fort nombre à l’échelle mondiale.

« On peut augmenter les chiffres, le bassin est là. Les candidats potentiels sont là. En théorie, on a la capacité, on a les moyens et l’expérience. Là où je n’ai pas confiance, c’est si ça va vraiment arriver. Est-ce qu’ils vont mettre de la volonté? On a vu de 2003 à 2022, pendant 20 ans, on a à peine frôlé le 1 % ou le 2 % », ressasse Mme Veronis.

L’amour du Nord de Serge Miville

On a pensé qu’il était grand temps d’apprendre à mieux connaître Serge Miville, le recteur à l’avant-plan du combat pour l’autonomie de l’Université de Sudbury. Deux ans après les coupes dans les programmes en français de l’Université Laurentienne, où il détenait la Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, Serge Miville revient sur cette période sombre, mais nous dévoile aussi ce qui le fait rêver dans le Nord ontarien et ce qui le passionne dans ses nouvelles fonctions.

Pas facile pour les nouveaux arrivants de naviguer en Ontario français

OTTAWA – La réflexion existe depuis un certain moment, et a priori, rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, il existe des pistes de solutions qui permettraient aux organismes francophones d’être visible, de se faire connaître. Les nouveaux arrivants, les francophones fraîchement immigrés, s’ils le demandent, trouveront une aide pour le logement, pour trouver un emploi, pour choisir la bonne école et même pour apprendre l’anglais, encore faut-il savoir que ça existe.

Connexions francophones est un service de pré-départ financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui offre des sessions d’informations, une foire à l’emploi, etc. Mais qui en a entendu parler?

Pour Luisa Veronis, géographe et titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa, le service pré-départ « est une super idée, mais bon, souvent, c’est à la fin d’une lettre et on en parle plus ».

Dans ses recherches, Mme Veronis avait questionné plusieurs travailleurs qualifiés francophones. « Je leur demandais s’ils avaient contacté des services pré-départ et eux même n’en avaient pas entendu parler. Il y a un problème de communication. »

L’experte pense tout de même que le discours d’IRCC a changé, mais n’empêche que l’image qui domine reste celle du Québec comme espace pour les francophones. « C’est super, IRCC le dit, en Ontario, on parle français, mais ne précise pas que c’est en contexte minoritaire. »

« Il faut expliquer que c’est minoritaire », précise-t-elle, « c’est minoritaire, donc il y a moins de travail et moins de services ».

C’est pourquoi la chercheure est d’avis que pour améliorer la visibilité des organismes d’aides à l’installation et à l’intégration des communautés francophones, ces derniers doivent prendre racine bien avant le départ des futurs nouveaux arrivants.

Des pistes intéressantes pour les organismes francophones

Luisa Veronis estime qu’en plus des organismes, qu’on ne voit pas nécessairement, il y a aussi la question des symboles.

« Par exemple, le drapeau franco-ontarien, pour nous, il est reconnaissable. Mais quand tu viens d’arriver, le drapeau, tu le vois, mais tu ne sais pas ce que c’est. On te dit que tu peux parler français partout, mais tu ne sais pas que c’est une situation minoritaire. »

Luisa Veronis est titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa. Archives ONFR+

« En fait, l’immigrant doit découvrir les symboles, la francophonie n’est pas stable dans l’espace. Ici, à Ottawa, c’est un bilinguisme asymétrique. »

Mme Veronis suggère que les organismes pourraient se trouver une place auprès des aéroports, pour accueillir les nouveaux arrivants francophones. En effet, la chercheuse se souvient que le Centre francophone du Grand Toronto avait mis en place un kiosque à l’aéroport Pearson.

« Aussi, et c’est très intéressant, au Nouveau-Brunswick, une université fait son recrutement à l’international. Ils vont chercher l’intérêt des gens sur place, comme au Burkina Faso. »

Pour Janaína Nazzari Gomes, chercheure postdoctorale en immigration francophone de l’Université d’Ottawa : « Les intituler, ça ne parle pas forcément. »

En effet, comment deviner que le Centre communautaire Vanier offre tous les services pour nouveaux arrivants?

Là encore, l’étudiante rappelle qu’il est impossible pour un immigrant tout juste arrivé de faire une recherche efficace, s’il ne sait pas quoi chercher.Bien évidemment, pour que les organismes travaillent leur visibilité, il leur faudra des fonds supplémentaires et éventuellement des contrats de service avec IRCC. Cependant, Mme Nazarri Gomes est un peu plus hésitante.

« Cet organisme, IRCC, est très quantitatif et moins sur le qualitatif. Il ne peut pas nécessairement investir dans des associations ou des organismes communautaires sans savoir ce qui se passe. Donc les organismes d’aides sont souvent voués à eux-mêmes. »

Prévenir au lieu de guérir

« Des gens ont pu se sentir dupés », explique Mme Veronis. « On leur a dit qu’on pouvait vivre en français sans leur dire qu’il fallait avoir quand même l’anglais. »

Janaína Nazzari Gomes est chercheure postdoctorale à l’Université d’Ottawa. Crédit image : Université d’Ottawa

Pour Janaína Nazzari Gomes : « En plus de dire qu’il y a des francophones en situation minoritaire en Ontario, il faut aussi dire ce que cela entraîne au quotidien. »

Elle qui travaille sur le paysage linguistique pense que cet élément n’est pas simplement une information vide de sens. Elle explique que cette donnée, si elle est manquante, peut avoir plus d’impact qu’il n’y paraît.

« Quand un nouvel arrivant s’est fait dire qu’en Ontario, on parle français, qu’on peut vivre en français et travailler en français, sans préciser les défis qui vont avec, on se retrouve avec des personnes qui doivent repenser leur processus migratoire. »

« Ça va plus loin que ça », pense-t-elle.

Elle explique que le moment de réalisation est un choc pour le nouvel arrivant. Par exemple, quand un immigrant comprend que ce n’est pas si facile de trouver du travail en français en Ontario, il refait tout son plan d’immigration, raconte-t-elle.

« Je ne vais plus aller chercher un emploi, mais faire des cours de langue en anglais. Il va falloir chercher un appartement moins cher parce que je ne pourrais pas travailler comme je le pensais. »

« Donc ce n’est pas une simple information », conclut-elle, « c’est peut-être la première information à donner à nos futurs immigrants ».

« Un hiver exceptionnel » pour les saisonniers du Nord

SUDBURY – Température positive, pluie, dernières tempêtes de neige… La saison hivernale touche à sa fin en Ontario et l’heure est au bilan dans les villes du Nord. L’industrie touristique a tiré son épingle du jeu selon plusieurs membres d’établissements de plein air, même si la neige est arrivée plus tard cette année.

« On a eu un gros hiver cette année », se réjouit Isabelle Nesseth qui s’est occupée de la cuisine du Club des As de Moonbeam. Avec une capacité de 100 personnes dans la salle à manger, et des journées avec jusqu’à 167 convives, le restaurant a été très actif cet hiver.

Après deux ans de fermeture en lien avec les restrictions liées à la pandémie de COVID-19, la réouverture du restaurant a apporté un grand soulagement dans la communauté.

« On a eu beaucoup de touristes, ils étaient vraiment enchantés qu’on soit ouvert », explique-t-elle en ajoutant que le Club est le seul établissement ouvert sur les sentiers de motoneige.

Parmi eux des touristes venus principalement du sud de la province, mais aussi de plus loin comme New York et même l’Australie.

« On a un livre d’invités et on voyait des signatures de partout dans le monde, c’est vraiment le fun », termine-t-elle.

Le restaurant du Club des As de Moonbeam sert de halte pour les amateurs de sports d’hiver. Gracieuseté

Même enthousiasme du côté de Dubreuilville où le Relais Magpie a enregistré une affluence importante cet hiver.

Le propriétaire, Pat Dubreuil, note que l’abandon par le gouvernement canadien des règlements à la frontière, notamment en ce qui a trait à l’obligation vaccinale, a eu des conséquences positives pour les saisonniers cet hiver.

« Ça a été un gros changement cette année, les Américains sont de retour, ils dépensent des sous, ça fait du bien », lâche-t-il.

 « On a eu un hiver exceptionnel, il a fait doux, les sentiers sont de très bonne qualité », affirme quant à elle Lysanne Boisvert, gestionnaire du Companion à Hearst.

Le garage à motoneiges du Companion a affiché complet toute la saison à Hearst. Gracieuseté

Des sentiers ouverts plus tard

Les changements climatiques auront eu raison de l’ouverture plus tardive des sentiers de motoneige. Généralement, ils sont prêts la deuxième semaine de janvier, mais ceux-ci ont ouvert en février cette année. Un retard de trois semaines qui a eu un impact sur le travail des saisonniers.

« C’est beaucoup, c’est important », dit M. Dubreuil avant de poursuivre, « tu perds trois semaines de revenu donc ça fait mal au portefeuille ».

Moins de neige, des cours d’eau non gelés, températures plus douces : le défi a été de taille cet hiver.

« Ça pose des problèmes dans les sections de marécageuses, car le sol est trop chaud, et quand on arrive avec l’équipement avec les surfaceuses c’est mou et elles peuvent rester prises », raconte Patrice Dubreuil. Des conditions qui peuvent affecter durablement le développement des sentiers en début de saison.

Une saison plus courte

Et avec l’arrivée du printemps dans le Sud, il est difficile de s’imaginer que l’hiver est encore bien présent dans le Nord.

« Les gens du sud de l’Ontario voient le gazon chez eux, alors ils ont du mal à s’imaginer que nous dans le Nord on a encore cinq pieds de neige et ils pensent que la saison est terminée. »

« On espère que la saison va s’étirer pour qu’on puisse chercher des revenus additionnels », conclut-il.

Patrice Dubreuil espère avoir une saison estivale aussi réussie que celle de cet hiver. Gracieuseté.

De son côté, Isabelle Nesseth juge que si elle n’avait pas à partir en voyage, le restaurant qui a fermé ses portes le 26 mars aurait pu continuer à accueillir de la clientèle.

« On ferme toujours en fin mars, on ne pensait pas qu’on aurait autant de neige sinon on aurait pu rester ouverts encore deux semaines », déclare-t-elle.

La fin prévue pour les derniers sentiers ouverts devrait se situer aux alentours du 15 avril dans le Grand Nord.

Le choix du Nord

Nancy Savoie était propriétaire d’un gite à New Liskaerd qu’elle avait dû fermer en raison de la pandémie et a emménagé depuis à Earlton.

Passionnée de motoneige depuis cinq ans, elle a choisi de se rendre dans le nord de l’Ontario pour ses virées cet hiver, bien qu’elle soit plus proche du Québec.

« On est accueillis les bras ouverts, on nous fait toujours nous sentir comme chez nous », raconte Mme Savoie. Elle dit y retourner aussi en raison de la qualité de l’entretien des sentiers, de l’organisation optimale des établissements et des installations complètes qui s’y trouvent.

Nancy Savoie se réjouit de partager les pistes avec plus d’amateurs de motoneige : « Cette année c’est définitivement la première année où on a beaucoup plus de monde sur les sentiers. »

Kapuskasing, Hearst, Timmins, Cochrane : elle a parcouru 3500 kilomètres sur les sentiers du Nord cet hiver en l’espace de quatre voyages.

Nancy Savoie considère que chaque sentier est différent et qu’il y en a assez pour tous les passionnés de motoneige. Crédit image : Nancy Savoie

Importance du tourisme local

La reprise du tourisme est bien amorcée dans le Nord, selon David MacLachlan, directeur exécutif à Destination Nord Ontario.

« On s’en est bien tirés pendant la pandémie grâce au tourisme national et on comprend que l’intérêt pour le marché local est en hausse de 10 % par rapport à l’année passée. »

Celui-ci explique, en outre, que malgré le fait que le nombre de locaux à bord de vols internationaux vers le Sud a augmenté suite à la fin des restrictions de voyage, le tourisme n’en a pas été impacté dans le Nord.

Les villes de Kenora, Sudbury, North Bay, Sault Ste-Marie ou encore Thunder Bay ont été celles qui ont le moins souffert durant la pandémie et ont également tiré leur épingle du jeu ces derniers mois.

« Ces villes ont terminé l’année 2022 avec un taux d’occupation supérieur à ceux d’avant la pandémie et des tarifs de chambres qui étaient considérablement plus élevés qu’avant la pandémie », constate M. MacLachlan.

Bien que les chiffres concernant cet hiver ne soient pas encore disponibles, ce dernier estime qu’il est fort probable que la tendance constatée pour l’année passée se soit poursuivie pour la saison hivernale.

Le français et le taux de bilinguisme au plus bas en 40 ans en Ontario

OTTAWA – D’autres chiffres de Statistique Canada sortis récemment montrent un autre portrait sombre pour la vitalité du français en Ontario et au Canada. En Ontario, le taux de bilinguisme n’a jamais été aussi bas qu’en 40 ans. Idem pour le nombre de personnes disant connaître seulement le français comme langue.

La semaine dernière, Statistique Canada a publié des chiffres issus de la connaissance des deux langues officielles qui permettent de comparer ces données avec tous les recensements effectués depuis 1951. On qualifie la connaissance comme la « capacité d’une personne de soutenir une conversation en français seulement, en anglais seulement, dans les deux langues, ou dans ni l’une ni l’autre ».

Dans la province, 10,8 % des Ontariens disent parler le français et l’anglais, ce qui est similaire à la proportion enregistrée en 1981. Les Ontariens disant ne connaître que l’anglais comme langue officielle sont au plus haut depuis 40 ans. Le nombre de Franco-Ontariens disant ne connaître que le français continue sa chute en descendant pour la première fois en deçà de 40 000, pour une proportion de 0,3 %.

« Ma crainte principale est qu’on voit qu’y a de moins en moins une masse critique de francophones unilingues en Ontario, ce qui permettrait la transmission et la pérennisation du fait français en Ontario », affirme le doctorant en sociologie à l’Université de Waterloo, Jacob-Legault-Leclair, qui étudie la question statistique de l’immigration francophone.

Le portrait en Ontario selon la connaissance des langues officielles. Capture d’écran de Statistique Canada

L’indicateur de la connaissance d’une langue, comme c’est le cas dans ces chiffres de Statistiques Canada, est trompeur, prévient le sociologue. En réalité, ça pourrait être pire, car « cet indicateur-là surestime parfois les compétences en français », ajoute-t-il.

« Est-ce que maintenir une conversation en français, c’est se commander un cheeseburger au McDonald’s ou c’est avoir une conservation comme on a en ce moment? C’est pour ça que j’ai une crainte qu’on considère francophone tous les individus qui disent avoir une connaissance du français. »

Guère mieux au pays et hors Québec

Au Canada, le nombre brut de personnes disant connaître le français est à son plus bas depuis 2001. Aujourd’hui, 4 087 890 Canadiens disent connaître le français alors que c’était légèrement en bas de quatre millions en 2001. La proportion de 11,2 % francophones disant pouvoir parler seulement en français, est la plus petite proportion depuis 1951, le dernier recensement où ces données sont publiques.

Le portrait au pays selon la connaissance des langues officielles. Capture d’écran de Statistique Canada

À aucun moment, le français n’a connu un regain, au niveau proportionnel, démontrent les chiffres de Statistique Canada. Au niveau de la masse critique, on voit un nombre d’anglophones en hausse, mais le contraire pour les francophones.

« Les deux groupes linguistiques (anglophones et francophones) ont des trajectoires opposées. Si les objectifs de Justin Trudeau en matière d’immigration francophone ne sont pas maintenus, ça risque de s’accentuer », note le sociologue Jacob-Legault-Leclair.

Le fédéral veut augmenter massivement l’immigration, soit jusqu’à 500 000 personnes en 2025. La cible de 4,4 % de nouveaux arrivants francophones hors Québec a été atteinte pour la première fois l’an dernier, mais celle-ci est désuète selon les organismes francophones qui estiment que 12 % de l’immigration régulière devrait être des francophones hors du Québec dès 2024.

Dans les données qui comparent les différents recensements, on peut remarquer que le portrait au Canada est très similaire à celui hors Québec. La connaissance de l’anglais est à son plus fort depuis 1981 tandis que le taux de bilinguisme est à son plus faible depuis cette même année.

« Les francophones hors Québec sont généralement bilingues, mais le nombre absolu des francophones diminue énormément. Si on a moins de francophones, on va avoir moins de personnes bilingues français-anglais. C’est un peu caché par les données sur les langues officielles, mais c’est un fait marquant, mais on a beaucoup plus de bilingues anglais et autres. Par exemple, anglais, punjabi ou anglais mandarin », observe Jacob-Legault-Leclair.

Portrait du chemin Roxham : « Nous n’aurions jamais laissé notre pays »

CORNWALL – Quelques jours avant la fermeture du chemin Roxham, ONFR+ est allé à la rencontre d’une mère de famille francophone installée à Cornwall, en Ontario. Il y a quelques mois, Esperantine Desardouin, son mari Philippe et leurs deux enfants ont traversé le chemin Roxham. Après avoir fui Haïti, leur quête pour une vie meilleure pourrait s’achever ici, à Cornwall, là où la famille Desardouin trouve tous les jours un peu plus de confort.

Pourtant, rien n’est certain puisqu’une aucune décision de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) n’a encore été donné.

« Ce n’est pas facile. Non, ce n’est pas simple de prendre la décision de traverser une frontière illégalement. »

Au milieu du mois de mars, alors que le dossier du chemin Roxham atteint son paroxysme, l’Association des communautés francophones de l’Ontario Sturmont – Dundas et Glengarry (ACFO SDG), très impliquée auprès des demandeurs d’asile, nous avaient présenté Mme Desardouin.

À sa rencontre, nous ne savons pas à quelle histoire nous attendre. La plupart sont des mères, des pères et des enfants qui risquent leurs vies pour s’installer au Canada. Une terre d’accueil pour eux. La réputation du pays représente dans l’esprit collectif un paradis de l’immigration.

Dans les yeux d’Esperantine Desardouin, la paix était inévitablement au bout du chemin. Le chemin… c’est Roxham.

« Je n’avais jamais rien fait d’illégal dans ma vie » – Esperantine Desardouin

Mme Desardouin et sa famille avaient déjà entendu parler du passage entre les États-Unis et le Canada.

« Nous avons entendu parler du chemin Roxham à la télévision. En fait, c’est très connu, les gens en parlent sur les réseaux sociaux aussi. »

Traverser la frontière malgré les risques

L’histoire d’Esperantine Desardouin est semblable à celle de nombreux demandeurs d’asile.

« Si notre vie n’était pas en danger, nous n’aurions jamais laissé notre pays. Si notre vie n’était pas en danger, à aucun moment, nous n’aurions pas laissé nos amis, nos parents, nos emplois. »

En Haïti, Mme Desardouin travaillait pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Pendant 11 ans, elle occupait un poste de responsable.

« J’ai travaillé dans le secteur de l’immigration, je connais les lois. Pourtant, j’ai fait ce que, normalement, on dit de ne pas faire. Je suis passée à côté du message que je veux faire circuler. »

La mère de famille l’admet : « Quand on est de l’autre côté de la barrière, là, on comprend que ce n’est pas si facile. Je comprends maintenant. »

Les larmes aux yeux et la culpabilité grandissante, Mme Desardouin explique : « Je me sentais très mal, je me suis trouvée dans une situation contraire à mes valeurs. »

Esperantine Desardouin et son mari, Philippe Desardouin travaillent à Cornwall pour l’ACFO SDG. Crédit image : Lila Mouch

« Je n’avais jamais rien fait d’illégal dans ma vie », a-t-elle précisé.

Au fil de la conversation, Esperantine Desardouin partage avec nous les détails de sa fuite. Il parait inconcevable aujourd’hui qu’Haïti perde de sa superbe. Pourtant, le récit de Mme Desardouin fait froid dans le dos.

Haïti en proie aux gangs

En juin 2022, la famille Desardouin décide de prendre un peu de répit avant la rentrée scolaire des enfants. Un long voyage aux États-Unis les attend.

Alors qu’ils sont à Boston, la famille apprend que leur quartier est maintenant contrôlé par des gangs. Haïti est en proie à une violence inouïe. Depuis plusieurs années maintenant, les gangs tuent, violent et pillent de nombreux quartiers. Avec le meurtre du président Jovenel Moïse en juillet 2021, un climat de terreur permanent s’est installé.

« Je ne pensais pas un jour devoir chercher une terre d’accueil » – Esperantine Desardouin

Pour Esperantine et Philippe Desardouin, il n’est pas question de risquer la vie des enfants et de la grand-mère qui les accompagne.

« Nous avons laissé nos enfants et leur grand-mère à Boston et nous avons essayé de rentrer chez nous. En fait, l’insécurité avait totalement gagné notre quartier et notre maison. C’est devenu une zone de non-droit, interdite, occupée par les gangs. »

« C’était fini, on avait tout perdu », a-t-elle dit, très émue.

Dans une longue respiration, elle reprend : « Des gens sont brûlés vifs dans la rue et il y a eu des cas de kidnapping. »

Soudainement démuni, c’est à Pétion-ville chez des membres de leur famille que les Desardouin s’étaient retranchée. Pour la mère de famille, il fallait retrouver les enfants et une solution rapidement.

« Voir qu’on ne peut même pas rentrer chez soi, c’est vraiment terrible. Je n’avais jamais imaginé qu’un jour, je ne puisse pas rentrer dans mon pays. Je ne pensais pas un jour devoir chercher une terre d’accueil, jamais, je n’y avais pensé. »

« Ce qui se passe dans mon quartier, c’est la même chose à l’échelle du pays. Je suis en contact avec certains membres de ma famille et à présent de nombreuses zones sont dévastées, la majorité des gens ont quitté les lieux, beaucoup se sont déplacés. »

Le Canada, une terre d’accueil

Pour la famille, il n’a pas été possible de rester aux États-Unis. « On s’est demandé où aller. Puis la question de la langue s’est posée. Nous sommes francophones. Ensuite, l’éducation de mes enfants m’importe beaucoup donc nous avons décidé de traverser Roxham et d’aller au Canada. »

« Notre choix était de rester au Québec justement pour le français », ajoute-t-elle. « En fait, je ne savais pas qu’il y avait d’autres villes au Canada où on parlait français. »

À la friperie de l’ACFO, Esperantine et de nombreux bénévoles sont issus de l’immigration récente à Cornwall. Crédit image : Lila Mouch

Lorsque Mme Desardouin et sa famille ont emprunté le chemin Roxham, ils ne savaient pas que le périple était encore loin d’être terminé. Arrêté à la frontière, personne ne savait ce qui allait se passer. « On ne savait pas si on allait nous renvoyer aux États-Unis ou même en Haïti. »

« Je dois rendre, partager, redonner ce que le Canada m’a donné »  Esperantine Desardouin

« Nous avons passé 26 heures debout sans dormir, à attendre et à se demander ce qui allait bien nous arriver. Finalement, nous avons eu une chambre dans un hôtel au Québec et le lendemain matin, on était dans un bus pour Cornwall, vers le centre Devcore. »

La mère de famille se souvient avec détail chaque heure de ce voyage. Elle explique, aussi, avoir été perdue. « On ne sait pas combien de temps, on allait être là et si ça allait être transitoire. »

Aujourd’hui, cela fait sept mois que la famille est installée. Les enfants sont scolarisés à l’École secondaire L’Héritage, une école francophone de Cornwall. Esperantine et Philippe Desardouin travaillent avec l’ACFO SDG, comme bénévole au sein du projet de friperie et comme employés par l’organisme. « Je dois rendre, partager, redonner ce que le Canada m’a donné », estime-t-elle.

La famille attend toujours une protection. Leur audience avec le CISR (Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada) n’a pas encore été fixée.

« Nous sommes chanceux, nous sommes reconnaissants, mais il est vrai que la peur existe toujours, je n’ai pas eu encore mon rendez-vous pour l’audience. »

La peur de partir, la peur de devoir arracher cette nouvelle stabilité à ses enfants. Elle le dit : « Ils sont épanouis, je le vois dans leurs yeux. »

Pour l’instant, la mère de famille ne voit pas d’avenir ailleurs et tant que la sécurité ne sera pas garantie dans son pays, elle espère ne pas rebrousser chemin.

« Retourner pour aller où? », se demande-t-elle. « J’espère un jour y retourner, mais pas maintenant. »

« Puis, qu’est-ce qui arrivera à mes enfants? », s’inquiète-t-elle. « Leur faire vivre un autre déplacement, plier bagage? Non, je ne veux pas. »

L’Ontarien Jeremy Hansen choisi pour la mission lunaire Artemis II

L’astronaute originaire de London Jeremy Hansen sera le représentant canadien pour la mission Artemis II qui va faire le tour de la Lune en 2024.

La National Aeronautics and Space Administration, plus connue sous son acronyme NASA, a annoncé son équipage de quatre astronautes lundi, trois américains et un canadien. Jeremy Hansen, qui était pressenti comme l’un des favoris, a été annoncé comme le représentant canadien.

La mission doit amener l’équipage d’astronautes américains et canadiens jusqu’à l’orbite lunaire avant de revenir sur Terre à bord du vaisseau spatial Orion. Artemis II est la deuxième mission du programme Artemis de l’agence spatiale américaine, la NASA, dont l’objectif final est de ramener l’Homme sur la surface de la Lune d’ici 2025. Ce sera la première mission lunaire habitée depuis la fin du programme Apollo il y a 50 ans.

L’astronaute canadien sera le spécialiste de mission au sein de l’équipage, un poste qui désigne entre autres le responsable du fonctionnement des systèmes de la navette.

« Les États-Unis auraient pu décider de retourner à la lune tout seuls, mais ils ont fait un choix délibéré de former une équipe internationale. Ça démontre un vrai leadership », a-t-il commenté quelques instants après l’annonce en direct de Houston où la NASA procédait à ce dévoilement.

Jeremy Hansen
Crédit image : Archives TFO

Jeremy Hansen a d’ailleurs salué le leadership de milliers et de milliers de Canadiens, de l’Agence spatiale canadienne, de scientifiques, d’ingénieurs « qui ont relevé ce défi pour apporter une valeur réelle au partenariat international en matière d’exploration ».

Qui est Jeremy Hansen?

Jeremy Hansen est né à London, mais a grandi à Ingersoll. Il a étudié au Collège militaire royal du Canada à Kingston où il a obtenu un baccalauréat en sciences spatiales. Il a aussi obtenu sa licence de pilote de ligne à l’âge de 17 ans, lui qui a conduit les avions de chasse CF-18 dans sa carrière. Il est membre des Forces armées canadiennes depuis 1994 et il s’est joint au programme des cadets de l’air à l’âge de 12 ans. 

En 2009, il est l’une des deux recrues sélectionnées par l’Agence spatiale canadienne (ASC), lors d’un recrutement d’astronautes de l’unifolié. En 2017, il est devenu le premier Canadien à se voir confier une classe d’astronautes à la NASA, c’est-à-dire la responsabilité de former les candidats astronautes des États-Unis et du Canada.

« Quand j’étais jeune, j’ai vu une photo des humains dans l’espace et ça a changé les choses pour moi », disait-il en entrevue avec TFO, lui qui parle français, en 2016.

Cette mission, fera du Canada, le second pays à envoyer un astronaute autour de la Lune. Artemis II est la première mission lunaire habitée depuis 1972.

La Franco-Ontarienne Sophie Grenier accède à la finale de La Voix

OTTAWA – À 17 ans seulement, la chanteuse d’Ottawa Sophie Grenier s’est facilement taillé une place à la grande finale du concours télévisé La Voix. Le public, qui était le seul juge de cette demi-finale, a envoyé l’adolescente à l’ultime étape avec 71 % des votes.

Dalida contre Dalida, la version feutrée et orchestrale de Laissez-moi danser, interprétée par Sophie Grenier, a eu raison de la performance dansante de Mourir sur scène de Steffy Beyond. Le coach des deux candidates, Mario Pelchat, a souligné le ton limpide et cristallin de l’adolescente ontarienne.

La Franco-Ontarienne Sophie Grenier, 17 ans, a remporté sa demi-finale de La Voix grâce à la chanson Laissez-moi danser de Dalida. Crédit image : Bertrand Exertier.

Assise pour une deuxième semaine dans le fauteuil de Marjo, toujours positive à la COVID-19, c’est France d’Amour qui a résumé l’effet Sophie Grenier. « Tu as le talent de faire ressortir le meilleur d’une chanson d’une autre époque et de nous le faire ressentir aujourd’hui, en 2023. Tu ne suis aucun courant, tu crées ton propre courant. »

Avec 71 % des votes du public, le conte de fées se poursuit pour Sophie Grenier, tel que souligné par l’animateur Charles Lafortune.

Déjà remarquée dans la communauté franco-ontarienne

Sophie Grenier est en 12e année à l’École secondaire catholique Garneau d’Orléans. Avant de participer à La Voix, elle avait fait partie de Quand ça nous chante, un festival organisé par l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM) dans les écoles secondaires francophones de l’Ontario. C’est là qu’elle s’est faite remarquer de certains artistes plus établis comme DJ Unpier, qui l’a invitée à participer à son EP Dans la danse 1.5 l’an dernier. Joint au téléphone, ce dernier se rappelle l’esprit d’initiative de Sophie Grenier.

« Ça a été vraiment mon coup de cœur. Je lui avais envoyé mes beats. Elle en a choisi un, puis elle a écrit et m’a renvoyé la chanson enregistrée. Elle avait tout fait elle-même. C’était très impressionnant. »

Sophie Grenier apparaît sur le projet Dans la danse de DJ Unpier, sous le nom d’artiste Sophee.

DJ Unpier souhaite retravailler avec Sophie Grenier dans le futur. Cette dernière a dû décliner l’invitation d’apparaître sur son prochain album dû à sa participation au concours de Quebecor. L’artiste franco-ontarien souligne que, peu importe l’issue de la finale de dimanche, c’est ce que la jeune femme fera avec ce tremplin qui déterminera la suite des choses. Il nomme en exemple Céleste Lévis et Mélissa Ouimet, deux Franco-Ontariennes qui ont su profiter de la vague de La Voix par le passé.

La finale du concours aura lieu en direct sur les ondes de TVA dimanche prochain. Sophie Grenier représentera l’équipe de Mario Pelchat et affrontera Adam El Mouna (équipe Marc Dupré), Jay (équipe Corneille) et Christopher Therrien (équipe Marjo).

Immigration francophone, chemin Roxham : le ministre Monte McNaughton fait le point

Dans le contexte de l’accord signé avec Ottawa, doublant la capacité d’immigration économique de l’Ontario, de la fermeture du chemin Roxham après l’entente avec Washington, avec des délais de traitement des demandes dImmigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) plus longs, l’immigration est au cœur des enjeux. En entrevue avec ONFR+, Monte McNaughton, le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences de l’Ontario, fait le point sur ces questions.

« Le Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI) a dépassé son objectif de 5 % pour l’immigration francophone avec 6,6 % en 2022. Avec la capacité d’immigration en Ontario qui double, souhaitez-vous aller au-delà de ce ratio pour les francophones?

Absolument, c’est une priorité pour moi de recruter des francophones en Ontario. Le ministre Sean Fraser et moi avons travaillé ensemble pendant 18 mois pour finaliser ce nouveau contrat pour l’Ontario. Il y a 10 ans, le POCI ne comptait qu’un millier d’immigrants, c’est donc vraiment historique que le gouvernement fédéral donne à l’Ontario autant son mot à dire en matière d’immigration. En plus de pouvoir accueillir un plus grand nombre de personnes, cela va nous permettre une plus grande flexibilité et sélection. C’est définitivement l’un de mes engagements que d’attirer autant de francophones que possible.

Quel genre d’actions souhaitez-vous entreprendre dans ce sens?

Je veux mettre en place un volet dédié aux francophones pour les recruter. Cela sera déployé dans les semaines à venir, car nous priorisons actuellement les travailleurs qualifiés, les travailleurs de la santé, les francophones, les camionneurs, les travailleurs des filières technologiques, donc encore une fois, ce nombre plus élevé nous donnera plus de flexibilité pour recruter.

Les délais d’attente d’IRCC peuvent être très longs. Selon IRCC, il y a actuellement 10 000 francophones en attente de leur résidence permanente pour l’Ontario. Quels sont l’impact et l’implication pour l’Ontario?

Cela a des répercussions sur l’Ontario c’est certain. Au cours des derniers mois, il y avait 2,5 millions de personnes dans les files d’attente fédérales attendant une approbation pour entrer, elles sont donc vraiment congestionnées. Avec le POCI, nous approuvons en moyenne les demandes de résidence permanente dans les 90 jours.

L’investissement de 25 millions que l’Ontario a annoncé le 28 mars dernier va servir à l’expansion de notre informatique, de nos logiciels ainsi qu’au recrutement de plus de personnel pour nous assurer que nous respectons le délai de traitement de 90 jours.

Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral qui fera une annonce dans quelques semaines sur l’amélioration du système pour l’accélération des demandes. Nous pensons que nous pouvons vraiment intervenir et les aider lorsqu’il s’agit d’approuver les demandes. Nous leur avons offert notre soutien.

Le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences Monte McNaughton à Queen’s Park. Crédit image : Sandra Padovani

L’Ontario ressent-il la nécessité d’intervenir parce que le gouvernement fédéral n’est pas assez proactif?

Le volet le plus lent du gouvernement fédéral est celui des travailleurs qualifiés. Il fallait en moyenne environ quatre ans pour approuver un travailleur qualifié pour venir en Ontario ou au Canada et il est clair que nous n’allons pas combler la pénurie de main-d’œuvre si cela prend quatre ans. Mais c’est vraiment autour de cet arriéré que nous sommes intervenus. Nous embauchons également plus de personnes dans notre ministère pour approuver plus de demandes.

C’est donc sous l’impulsion de l’Ontario que les choses vont dans la bonne direction?

La pandémie a eu un impact sur le gouvernement fédéral en ce qui concerne l’approbation des demandes. L’Ontario fait face à une pénurie générationnelle tellement énorme, avec 380 000 postes vacants, que nous sommes désespérés de faire venir des travailleurs qualifiés. Notre communauté en a cruellement besoin. C’est aussi par nécessité que nous intervenons auprès du gouvernement fédéral pour offrir un soutien total. Il s’agissait d’identifier un problème et de le résoudre et l’immigration est l’un des outils dont nous disposons pour combler les pénuries de main-d’œuvre.

Pensez-vous que la fermeture du Chemin Roxham soit précipitée?

Je pense que c’était en préparation depuis un moment. J’ai eu plusieurs discussions avec M. Fraser à ce sujet. Plusieurs maires demandaient au gouvernement fédéral d’agir, notamment à Niagara Falls, Cornwall et Windsor. Les ressources se faisaient très rares. Nous avons donc continué à défendre les intérêts de ces municipalités locales. Le gouvernement fédéral a quant à lui conclu une entente avec les États-Unis pour laquelle il aura fallu beaucoup de négociations.

Les ministres de l’Immigration ontarien et canadien Monte McNaughton et Sean Fraser. Source : Linkedin Ministère de Travail de l’Ontario

Ne craignez-vous pas que cela engendre la création d’autres passages illégaux au Canada et aux États-Unis?

Je suppose que c’est toujours une possibilité. Le gouvernement fédéral a le devoir de protéger nos frontières, mais ma position est la suivante : si les gens ont les compétences et qu’ils veulent venir ici, ils doivent candidater par les voies normales et nous devons les faire entrer dès que possible.

Que va-t-il arriver aux réfugiés qui sont déjà ici? Vont-ils avoir un permis de travail et être relocalisés ailleurs en Ontario?

Je sais que l’une des choses sur lesquelles le gouvernement fédéral travaille, et que j’appuie, est le fait de déterminer les compétences de chaque travailleur afin que nous puissions les intégrer au marché du travail le plus rapidement possible. Je ferai tout ce qu’il faut pour travailler avec Ottawa dans ce sens. Nos programmes de formation leur seront ouverts.

Je sais que le gouvernement fédéral espère les déplacer de Niagara Falls, Windsor et Cornwall vers d’autres communautés, ils y travaillent. L’une des choses que je veux faire est d’amener les immigrants à s’installer à l’extérieur de la Région du grand Toronto (RGT) vers les régions rurales du Nord de l’Ontario, où le coût de la vie est moins élevé pour les nouveaux arrivants. Nous avons beaucoup de pénuries dans ces petites villes, c’est donc une façon d’utiliser l’immigration de manière stratégique.

Le premier ministre Doug Ford a déclaré que les immigrants faisaient partie de la solution à la pénurie de main-d’œuvre. Est-ce toujours la position actuelle?

Absolument et c’est une chose pour laquelle le gouvernement fédéral nous a accordé beaucoup de crédit et je pense que cela a été pris en compte dans la décision de nous donner plus de poids. Nous sommes la première province au Canada à éliminer l’exigence d’expérience canadienne.

Il y a deux ans, nous avons également ouvert tous nos programmes de formation aux nouveaux arrivants pour la première fois. S’ils ont besoin de formation linguistique, nous consacrons des millions de dollars pour les y aider. Et s’ils n’ont pas de certification spécifique de leur propre pays, ils peuvent entrer dans un programme de formation et obtiennent jusqu’à 20 000 $ pour une formation d’un an.

L’une des plus grandes injustices est que seulement un immigrant sur quatre travaille dans le domaine qu’il a étudié. Cela signifie que 75 % d’entre eux qui sont déjà ici ne travaillent pas dans leur champ professionnel. Donc, ouvrir des programmes de formation est important pour leur apporter un meilleur niveau de vie. »

Dominic Cardy, de ministre à orphelin politique

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

FREDERICTON – En octobre 2022, Dominic Cardy secoue la scène politique au Nouveau-Brunswick. Il quitte son poste de ministre de l’Éducation en écorchant le premier ministre Blaine Higgs dans une lettre publique critiquant son intention de changer le programme d’immersion française et l’accusant de détériorer la relation avec les Acadiens. Celui qui se définit aujourd’hui comme un orphelin politique ne regrette rien et espère le départ de Blaine Higgs. ONFR+ l’a rencontré dans son comté à Fredericton au Nouveau-Brunswick.

« Vous avez été mis à la porte de votre caucus il y a maintenant près de six mois, après avoir publiquement critiqué votre chef. Regrettez-vous votre geste aujourd’hui?

Pas du tout. La journée suivante, ma conjointe m’a dit que j’avais l’air dix ans plus jeune! C’était difficile d’être autour de la table du cabinet avec les décisions qui ont été prises entre mars et septembre de l’année passée. Je n’ai aucun regret.

Convenez-vous qu’il n’y a pas beaucoup de politiciens, au sein des trois paliers, qui s’insurgent contre leur propre gouvernement ni qui démissionnent ainsi d’un poste de ministre?

Et c’est un problème! Pas parce que c’est quelque chose de spécial ou de positif avec moi. Mais on a besoin de gens qui pensent que l’opposition est plus importante que leur propre futur et leurs propres intérêts et placent celui de la province et du pays devant. C’est vraiment difficile quand on crée un système qui est censé gérer notre province et notre pays, mais qui n’est pas prêt à prendre des décisions basées sur ses intérêts. La politique devrait être un service.

Vous souhaitez le départ de Blaine Higgs. Êtes-vous confiant que cela se réalise?

C’est difficile avec lui, car il n’est pas un politicien traditionnel. Il n’est pas vraiment intéressé par la question démocratique. Il voit les partis politiques comme des obstacles à la gestion efficace des services publics et ça, c’est un problème. S’il voit qu’il va perdre l’élection, pour lui, il peut juste démissionner quelques semaines avant les élections. Il n’est pas tellement intéressé par ce qui se passera après son départ.

Blaine Higgs en compagnie de Dominic Cardy alors qu’il était ministre de l’Éducation. Source : page Facebook de Dominic Cardy

Seriez-vous intéressé à la course à la chefferie des progressistes-conservateurs si M. Higgs partait?

J’ai de bonnes relations avec tous les membres du parti sauf peut-être deux trois personnes dont le premier ministre. J’ai reçu le soutien de plusieurs de mes collègues dans le parti. Beaucoup d’entre eux me demandaient de me présenter pour la chefferie. Je savais qu’en quittant ainsi avec une lettre, je perdrais beaucoup de crédit politique, alors ça serait en particulier difficile de me présenter pour la chefferie… Mais on ne dit jamais « jamais ».

Comptez-vous rester actif au niveau provincial ou pourriez-vous lancer sur la scène fédérale?

Je vais attendre de voir la position du premier ministre envers son futur. S’il reste, c’est clair qu’il ne va pas signer les papiers de nomination. Ça serait mon point final en politique provinciale. J’adhère aux valeurs du Parti progressiste-conservateur, un parti qui appuie le bilinguisme, le multiculturalisme… des choses qui ne sont pas nécessairement bien reflétées dans l’attitude du premier ministre actuel… Au niveau fédéral, aucun parti n’est proche de mes valeurs.

Mais s’il ne part pas, vous dites ne pas voir de possibilité au niveau fédéral. Êtes-vous en quelque sorte un orphelin politique aujourd’hui?

Oui. Je suis dans la même position qu’un énorme pourcentage de Canadiens qui voient cette tendance des deux partis fédéraux qui sont en train d’aller vers les extrêmes.

Dominic Cardy s’implique ces jours-ci auprès de l’organisme Centre Ice Canadians, une organisation qui se veut en quelque sorte une voix pour les Canadiens positionnés au centre qui ne se retrouve plus chez un parti fédéral, explique-t-il. Crédit image : Pascal Vachon

Le dossier de l’immersion a énormément fait jaser jusqu’à ce que le gouvernement recule sur son abolition. Comment avez-vous vécu cette situation en tant qu’ancien ministre de l’Éducation?

Le système actuel n’est pas juste. On a 40 % des écoles anglophones qui n’ont pas accès au système d’immersion, alors il fallait traiter le problème. Mais le premier ministre, son but était d’abolir le système cette année. Je suis un finissant du programme d’immersion et, dans mon temps, on parlait en français toute la journée. Mais, aujourd’hui, les jeunes parlent en anglais dans les couloirs et dans les salles de classe. Mais le programme de Blaine Higgs, qui a forcé le passage avec le ministre Hogan, arrivé après moi, était de dire qu’on allait avoir 50 % en anglais et 50 % en français. C’était fou! Je savais dès la journée de l’annonce que ça n’arriverait pas.

Vous dites vous-même qu’il faut modifier ce système d’immersion. Est-ce réalisable dans un horizon de cinq à dix ans qu’un changement survienne afin d’avoir plus de Néo-Brunswickois bilingues?

Ça va être presque impossible d’avoir une autre réforme pour un bout de temps. Alors j’imagine qu’on va avoir une période de stagnation avec les libéraux qui ont déjà dit qu’ils ne changeront rien du tout. C’est triste, mais c’est mieux de rester dans la même position que le système qu’aurait mis en place le premier ministre. Ça aurait détruit le système d’éducation. Peut-être qu’on va revoir une réforme dans quelques années, je l’espère, mais c’est difficile à dire.

Le recrutement de deux députés du People Party Alliance et la nomination de Kris Austin ont créé des remous au sein de la population, y compris les francophones. Quelle influence ont eu ces arrivées sur votre départ comme ministre?

C’était un assez grand impact. Les alliancistes sont arrivés sans aucune consultation du parti ni du caucus. C’était une décision unilatérale. Les partis ont besoin de prendre des gens qui se sont convertis. Moi-même, j’étais un ancien chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), mais il y a une manière de démontrer cette transition et ça doit être une décision démocratique de la population et non une décision autocratique du premier ministre. Après leur arrivée, on a vu Blaine Higgs renier à ses racines en reparlant des questions linguistiques et de suppression du programme d’immersion française. Après quelques mois, c’était devenu insoutenable pour moi.

Que pensez-vous de l’attitude et des propos de Blaine Higgs dans le dossier des droits linguistiques?

Ce sont des niaiseries (les commentaires de Blaine Higgs). On a ces discussions autour de la formation dans la seconde langue alors que dans les autres pays, c’est habituel d’avoir des jeunes formés dans deux, trois ou quatre langues. C’est normal, mais ici on est tellement obsédé par la question linguistique et le français que ça nous empêche d’offrir une formation de haute qualité en français pour les anglophones et pour les autres langues, notamment autochtones.

En Ontario, on a beaucoup entendu parler de la colère des Acadiens envers le gouvernement Higgs. En tant qu’ancien membre du parti, comment avez-vous perçu ce qui s’est passé entre les francophones et le gouvernement dans les derniers mois?

Je suis pleinement en accord avec eux. Ils avaient une bonne raison d’être fâchés. Quand le premier ministre dit qu’il est là pour protéger les unilingues anglophones, c’est insensé. Il doit être là pour la province en grand, incluant les nouveaux arrivants, les autochtones, les francophones et les anglophones. Pour les francophones, le niveau de colère était pleinement raisonnable. »


LES DATES-CLÉS DE DOMINIC CARD :

1970 : Naissance à Oxford au Royaume-Uni

2011 : Devient le chef du NPD du Nouveau-Brunswick

2017 : Quitte son poste de chef du NPD

2018 : Élu député au sein du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick

2022 : Démissionne de son poste de ministre de l’Éducation

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Services en français : le règlement sur l’offre active entre en vigueur aujourd’hui

TORONTO – Le règlement de l’offre active sur les services en français en Ontario entre en vigueur ce samedi. Désormais, tout organisme ou institution désignés en vertu de la Loi sur les services en français (LSF) doit accueillir les usagers dans leur langue sans qu’ils aient besoin de le demander. Mais l’application effective de ce mécanisme pourrait prendre encore plusieurs années, le temps de former un personnel suffisant.

Il s’agit d’un pan important de la loi de la modernisation des services en français adoptée en 2021. Le fardeau de trouver ces services passe dorénavant des utilisateurs aux fournisseurs de services. Ce règlement s’applique à toute agence ministérielle ayant des obligations sous la loi des services en français, ce qui inclut des services dans divers domaines comme l’éducation, la santé et autres guichets gouvernementaux.

Sont ainsi enclenchées neuf nouvelles mesures qui « amélioreront l’accès aux services en français en Ontario », se félicite la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Une personne cherchant à obtenir des services d’un organisme ou d’une institution, en personne, par téléphone ou virtuellement, peut choisir d’être servie en anglais ou en français.

Concernant les systèmes téléphoniques automatisés, ils se doivent de donner l’option en début d’appel de recevoir des services en français et en anglais. De même, les messages vocaux téléphoniques enregistrés à l’intention du public doivent désormais être dans les deux langues.

Les organismes et institutions doivent aussi se doter d’un panneau en français à l’entrée de leurs bureaux pour permettre d’aviser le public que des services français sont disponibles. Si ces organismes utilisent en effet une signalétique écrite, le panneau doit soit comprendre le texte en anglais et en français, soit comprendre deux panneaux distincts mais juxtaposés avec une importance équivalente dans les deux cas de figure.

Si l’organisme ou institution fournit un document de renseignements au public en anglais, de type brochure, dépliant, avis ou communication par courriel, une version française contenant les mêmes renseignements doit également être fournie en même temps et par le même biais. La version anglaise doit faire mention de l’existence de son équivalent en français.

Tout site et toute page web, tout média social et autre contenu géré par un organisme ou une institution, contenant des informations au sujet de ses services, doivent être consultables dans les deux langues.

Pour des services fournis en plusieurs étapes, les organismes et institutions doivent mettre en place un processus de suivi qui permette à une personne souhaitant recevoir des services en français d’être servie dans sa langue de choix à chaque étape sans avoir à en faire à nouveau la demande.

« Un grand pas », mais une zone de flou sur la liste des organismes assujettis

« C’est le début d’une nouvelle réalité pour les francophones. C’est sans nul doute une journée importante pour la francophonie ontarienne », a déclaré Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui estime toutefois qu’il faudra du temps pour que la loi soit pleinement appliquée.

« Il est certain que, pour la prochaine année, l’enjeu sera la mise en œuvre et la formation pour le personnel des organismes qui y sont assujettis », dit-il, assurant vouloir faire un suivi soutenu avec le gouvernement sur les avancées du dossier.

« Nous avons des rencontres régulières avec la ministre afin justement de poser ces questions et faire des suivis. De plus, la mise à jour de la liste des organismes désignés (en vertu de la LSF) doit se faire le plus rapidement possible. »

« C’est un problème sur lequel le ministère travaille car il y a eu de nombreux changements au sein des organismes depuis », avait confié en février dernier à ONFR+ l’adjointe parlementaire de la ministre Mulroney, Natalia Kusendova.

« La mise à jour requerra temps et patience », selon la députée progressiste-conservatrice de Mississauga-Centre. « Mais nous voulons aussi aller au-delà en essayant de voir où l’on peut renforcer l’offre bilingue. Si on remarque des lacunes des services en français dans certaines régions, on veut mettre des stratégies en avant. »

Outre l’offre active, rappelons que la LSF prévoit la possibilité de désigner un plus grand nombre de points de services dans toute la province, ainsi qu’une révision du texte une fois tous les dix ans. Par ailleurs, la ministre a un rôle de promotion des services en français et le Conseil du Trésor peut émettre des directives aux organismes gouvernementaux et préciser leurs obligations.

Article écrit en collaboration avec Rudy Chabannes.

Raconter l’histoire franco-ontarienne de Prescott-Russell

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Le 23 mars dernier, l’Association canadienne-française de Prescott et Russell (ACFO PR) lançait une plaquette sur l’histoire franco-ontarienne des Comtés unis de Prescott-Russell intitulé La francophonie de l’Est ontarien : une brève histoire. L’ouvrage, signé par l’historien franco-sudburois Serge Dupuis, a été bien accueilli par la trentaine de personnes qui se sont déplacées au Centre culturel Le Chenail à Hawkesbury.

Dans l’assistance, on remarquait plusieurs visages connus tels que les anciens députés provinciaux Jean Poirier (député de 1984-1995) et Jean-Marc Lalonde (1995-2011) mais le premier public visé par cet ouvrage de synthèse historique sont les nouveaux arrivants qui choisissent de s’établir dans la région, surtout depuis que la ville a été choisie en 2019 en tant que communauté francophone accueillante dans le cadre du Plan d’action pour les langues officielles du gouvernement du Canada.

« Afin d’accueillir les nouveaux arrivants, ça prend des outils d’intégration. Cette plaquette répond à ce besoin », a expliqué l’auteur et instigateur du projet, Serge Dupuis, dont l’ouvrage a été tiré à 1500 exemplaires en français et 500 en anglais. Un livre dans la même lignée mais sur l’histoire des francophones de Sudbury avait été rédigé par le même auteur et publié par l’ACFO du Grand Sudbury en 2021.

Divisé en cinq périodes pour décrire l’évolution de l’Est ontarien francophone (les contacts franco-autochtones, la colonisation britanno-américaine, la colonisation canadienne-française, l’appropriation franco-ontarienne du territoire et la banlieusardisation, la patrimonialisation et l’immigration francophones) ce livre explique l’enracinement des francophones, d’hier à aujourd’hui, dans l’extrémité Est de l’Ontario.

Première synthèse sur l’histoire de la région en près de 60 ans

Il s’agit de la première synthèse historique des Comtés unis de Prescott-Russell depuis… 1965! En effet, il semble que personne ne se soit essayé dans la rédaction d’un ouvrage qui propose de raconter l’histoire générale de ces comtés qui demeurent à ce jour à majorité francophone, malgré la diminution de décennie en décennie que confirment les données d’un recensement à l’autre de Statistique Canada.

Le dernier historien avant Serge Dupuis à avoir publié une histoire de Prescott-Russell fut l’historien honoraire de la ville d’Ottawa et de Hull, le Franco-Ontarien Lucien Brault (1904-1987). Épuisé depuis longtemps, l’ouvrage de Brault demeurait néanmoins la référence à la fois en raison de la somme du volume de ses recherches que contient son livre et de son sujet niché, rarement étudié, l’histoire régionale étant peu populaire comme sujet d’étude.

 Des copies du livre en français lancé le 23 mars dernier au Centre culturel Le Chenail à Hawkesbury. Crédit image : Diego Elizondo

La publication de M. Dupuis ne cherche cependant pas à remplacer ou déconstruire ce qu’a déjà publié Brault mais plutôt à actualiser le contenu grâce aux progrès des recherches et de l’historiographie en plus de vulgariser pour le plus grand nombre de lecteurs plus de 400 ans d’histoire en moins de cent pages.

Depuis l’époque de Lucien Brault, le champ historiographique franco-ontarien s’est raffiné malgré tout. Serge Dupuis a cité le recours aux thèses de maîtrise en histoire de l’Université d’Ottawa de Lucie Lecompte (2002), Serge Miville (2012) et Danika Gourgon (2016) comme nouvelles sources.

Table ronde

Animée par l’historien franco-ontarien de formation et membre du conseil d’administration de l’ACFO PR Ghislain Hotte, une table ronde d’une heure a été organisée au lancement de la plaquette. Les panélistes étaient l’auteur et historien Serge Dupuis, l’étudiante à la maîtrise en histoire et ex-présidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) Marie-Pierre Héroux et Elise Edimo l’agente de liaison du projet pilote de Communauté francophone accueillante de l’Est de l’Ontario.

À la question d’une participante qu’est-ce qui caractérise la région de Prescott-Russell comme bastion de l’Ontario français, M. Dupuis a répondu que cela tenait à la force du nombre et à une force institutionnelle.

Le phénomène remonte selon lui dès l’arrivée massive des Canadiens français dans Prescott-Russell dans la deuxième moitié du XIXe siècle, point tournant au cours duquel les Comtés unis sont devenus majoritairement francophones.

Ces derniers « s’installaient dans la région sans vraiment avoir l’impression d’avoir quitté leur Québec natal, souvent provenant de régions limitrophes à la frontière provinciale. Ils ont reproduit les mêmes structures de socialisation, centré autour de l’Église catholique et de l’école. L’arrivée du Règlement 17 a été un choc et une prise de conscience de leur statut de minorité linguistique en province, même si régionalement, ils formaient la majorité ».

La table ronde comptait Elise Edimo l’agente de liaison du projet pilote de Communauté francophone accueillante, l’historien Serge Dupuis, l’étudiante Marie-Pierre Héroux et l’animateur Ghislain Hotte de l’ACFO Prescott et Russell. Crédit image : Diego Elizondo

Là-dessus, Serge Dupuis a repris une thèse bien établie dans l’historiographie franco-ontarienne, popularisée par des historiens franco-ontariens dès la fin des années 1970 comme Robert Choquette pour qui, les Franco-Ontariens sont « nés avec le Règlement 17 ».

C’est justement cette forte résistance au Règlement 17 qui a le plus surpris Marie-Pierre Héroux en lisant l’ouvrage de Dupuis. La crise à Green Valley, survenu dans la région est tout aussi épique mais peut-être moins connu que celle de l’École Guigues dans la basse-ville d’Ottawa ou du combat de Jeanne Lajoie à Pembroke, par exemple.

Reconnaissant que la survie de la langue française en Amérique du Nord est « un tenace combat perpétuel », la région de Prescott-Russell représente néanmoins pour l’historien « une rare force numérique et proportionnelle » pour l’Ontario français et qu’en bénéficie toute la communauté.

« La municipalité de Russell, qui comporte Embrun, a été la première à adopter un règlement sur l’affichage bilingue en 2008. D’autres municipalités de Prescott-Russell l’ont ensuite suivi. Pourquoi? Car les francophones étaient encore majoritaires », a-t-il évoqué.

« Voilà un exemple concret où détenir des leviers de pouvoir politique peut avoir une incidence bénéfique sur l’adoption de règlements, de lois ou de politiques publiques pour protéger et promouvoir le fait français en Ontario », a analysé M. Dupuis qui a fait un parallèle avec le début du XXe siècle.

« Il y a eu une résistance institutionnelle forte contre du Règlement 17 dans les commissions scolaires catholiques à Prescott-Russell et à Ottawa car bien que bilingues, ces commissions scolaires étaient à majorité francophone ». Néanmoins, l’équilibre linguistique reste toujours fragile.

Immigration, banlieusardisation et patrimonialisation

Le phénomène de banlieusardisation de Prescott-Russell tel que décrit par Dupuis dans son livre est ce qui a touché le plus Marie-Pierre Héroux : « Ayant grandi dans la région, à Embrun, j’ai vu ce phénomène pendant toute ma vie, mais je n’avais pas le mot pour le décrire. Serge réussit à identifier ce qui transforme en profondeur Prescott-Russell devant nos yeux. »

Bien que relativement nouveau mais résolument bien entamé dans les municipalités de Prescott-
Russell à proximité d’Ottawa, ce phénomène de changements urbains (qui s’accompagne souvent avec de l’immigration) qui vient altérer le caractère traditionnel rural n’est pas sans rappeler ce qui est survenu à Orléans dès les années 1970. L’histoire se répète.

Des clichés projetés au Centre culturel Le Chenail, à Hawkesbury. Crédit image : Diego Elizondo

Mais « Prescott-Russell est une région qui a une bonne conscience de son histoire », nuance l’auteur qui identifie dans son livre la patrimonialisation, tant culturelle que culinaire, comme un autre des trois phénomènes marquants des 30 dernières années, avec la banlieusardisation et l’immigration.

Dans presque chacune des huit municipalités des Comtés unis de Prescott-Russell on trouve des exemples qui témoignent de l’enracinement et la fierté des Franco-Ontariens pour leur histoire, leur patrimoine et leur identité.

Citons le Festival de la Curd de la Fromagerie St-Albert, le méga-spectacle estival L’Écho d’un peuple à la ferme Drouin de Casselman (2004-2008), la désignation en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario de l’église Très-Sainte-Trinité de Rockland et son presbytère-château en 2006, puis celle de l’ancienne prison et du Palais de justice de L’Orignal en 2007 ou encore la construction de Monuments de la francophonie.

L’annonce cette semaine de l’inauguration d’un septième Monument de la francophonie dans la région, à Alfred, pour la Journée des Franco-Ontariens le 25 septembre prochain l’atteste une fois de plus.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Le salaire minimum passe à 16,55 $ de l’heure en Ontario

TORONTO – Cette hausse de 6,8 % devrait profiter à près d’un million de travailleurs à travers la province, à partir du 1er octobre prochain, et place la province au second rang des provinces et territoires.

Concrètement, un travailleur touchant un salaire minimum général et travaillant 40 heures par semaine verra une augmentation de salaire annuelle de près de 2200 $. En 2022, 942 400 travailleurs gagnaient 16,55 $ l’heure ou moins, soit 40 % la majorité d’entre eux étant des femmes. Ce sont ces personnes que le gouvernement cible.

Le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, Monte McNaughton, qualifie cette augmentation de « démarche juste et équilibrée qui signifie plus d’argent dans la poche des travailleurs pour qu’ils puissent subvenir aux besoins de leurs familles et continuer à construire un Ontario plus fort pour nous tous ».

Le salaire minimum était passé à 15 $ en janvier 2022, puis à 15,50 $ en octobre de la même année. Mais son évolution est sujette à de fortes critiques depuis 2018. À son arrivée au pouvoir, Doug Ford avait en effet annulé la hausse prévue par le gouvernement libéral précédent, le maintenant à 14 $, le désindexant du taux d’inflation.

La salaire horaire minimum (en dollars) par provinces et territoires. Infographie ONFR+

Depuis l’inflation a fortement affecté le pouvoir d’achat des travailleurs du secteur privé, tout comme celui des fonctionnaires qui ont vu leur rémunération gelée dès 2019, via le projet de loi 124 la plafonnant à 1 % par an, pendant trois ans.

Un peu plus de 40 % des travailleurs qui touchent un salaire minimum général égal ou inférieur à 15,50 $ l’heure travaillent dans le commerce de détail et près de 25 % dans le secteur de l’hébergement et de la restauration. Le nouveau salaire minimum est le plus élevé de toutes les provinces du pays, après le Yukon qui caracole en tête à 16,77 $, tandis que le Québec affichera 15,25 $ de l’heure en mai prochain.

De leur côté, les étudiants de moins de 18 ans qui travaillent 28 heures par semaine ou moins pendant l’année scolaire, ou qui travaillent pendant les congés scolaires ou les vacances d’été, verront leur rémunération horaire passer de 14,60 $ à 15,60 $.

Les travailleurs à domicile de 17,05 $ à 18,20 $ et les guides de chasse, de pêche et d’aventure de 77,60 $ à 82,85 $ lorsqu’ils travaillent moins de cinq heures consécutives par jour, et de 155,25 $ à 165,75 $ lorsqu’ils travaillent cinq heures ou plus par jour.

Julien Geremie, directeur général du Conseil de la coopération de l’Ontario. Archives ONFR+

« Insuffisant pour vivre décemment dans certaines régions » – Julien Geremie

Pour de nombreux observateurs, un plancher à 16,55 $ ne compense pas le niveau d’inflation qu’ont subi les Ontariens au cours de la dernière année en raison du rebond de la demande, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et de prix excessifs des biens de première nécessité, exacerbés par la guerre en Ukraine, même si l’étau inflationniste s’est légèrement desserré ces dernières semaines.

« Dans certaines régions comme celle du Grand Toronto, le salaire minimum demeure insuffisant pour vivre décemment », nuance-t-il. « Dans d’autres régions, des entreprises pourraient être pénalisées par l’augmentation des coûts de main-d’œuvre (notamment les régions rurales). Le choix sera laissé aux entreprises de monter les prix ou de diminuer leurs marges. Dans un contexte d’inflation, nous ne pouvons qu’espérer que les entreprises feront des choix raisonnables. »

Pas assez pour « subvenir aux besoins de base »

« En tant qu’organisme dont un des mandats est d’aider les nouveaux arrivants à intégrer le marché de la main-d’œuvre en Ontario, nous ne pouvons que nous réjouir de cette annonce, particulièrement en cette période assez particulière qui a vu une augmentation exponentielle du coût de la vie », conçoit pour sa part Patrick Cloutier, directeur général de la Société économique de l’Ontario.

« Il n’empêche que, malgré cette augmentation, la personne qui gagne le salaire minimum et qui travaille une semaine régulière aura tout de même de la difficulté à subvenir à ses besoins de base et à ceux de sa famille », tempère-t-il.

Patrick Cloutier, directeur général de la SÉO. Gracieuseté

Dans le même temps, M. Cloutier ne cache pas sa préoccupation sur les répercussions de cette augmentation du salaire minimum sur les petites et moyennes entreprises que la SÉO appuie, notamment par le biais de son incubateur d’entreprises. « Les PME sont l’un des piliers essentiels de toute collectivité, y compris les collectivités de l’écosystème francophone et bilingue de l’Ontario. Nous espérons que des mesures d’appui seront offertes aux PME qui en ont besoin. »

Du côté de l’opposition officielle, « c’est un pas dans la bonne direction », estime enfin Bryce Mason, porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD). « Malheureusement, il y a encore des années de retard sur ce que nous aurions si Doug Ford n’avait pas gelé les salaires dès son entrée en fonction. Cependant, à une époque où le coût de la vie est de plus en plus inabordable, nous savons que chaque geste compte. »

Langues officielles : Québec et Ottawa se sont entendus sur C-13

OTTAWA – Le gouvernement fédéral et celui du Québec se seraient entendus entre eux concernant le projet de Loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles. Cette entente viendrait ainsi fortifier l’adoption de C-13, qui était incertaine depuis quelques semaines.

Selon nos informations, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor et son homologue à Québec auraient eu une sorte d’accord de principe dans les dernières semaines. Le gouvernement Trudeau aurait ainsi un appui public venant du gouvernement Legault pour son projet de loi, ce qui renforcerait l’adoption prochaine de la mouture du gouvernement Trudeau.

Le ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne Jean-François Roberge a salué le tout sur Twitter vendredi, tout juste après que le Comité des langues officielles ait adopté les demandes de Québec.

11 amendements négociés entre Québec et Ottawa ont été déposés vendredi après-midi en comité et ils ont été tous adoptés à l’unanimité après qu’ils aient été soumis jeudi soir aux partis de l’opposition. Sans inclure directement la Charte de la langue française, les modifications apportées importent des principes de la loi 96 dans la Loi sur les langues officielles.

Les deux gouvernements se parlaient depuis plusieurs mois concernant l’article 54 sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. Dans les dernières semaines, le CN et Air Canada ont décidé volontairement de s’assujettir à la Charte de la langue française.

Dans les dernières semaines, le projet de loi était sur la corde raide alors que plusieurs députés libéraux ont indiqué qu’ils pourraient voter contre C-13. Même le ministre Marc Miller avait laissé entendre qu’il pourrait briser la règle de la solidarité ministérielle en votant contre. Cet appui de Québec empêcherait notamment les oppositions conservatrices et bloquistes ou encore certains députés libéraux de voter contre le projet de loi, dans le but d’éviter un nouveau conflit avec Québec. 

Au Québec comme dans l’Est ontarien

Le secrétaire parlementaire de la ministre Marc Serré a indiqué que ce que son parti a proposé, par la voix des négociations entre Québec et Ottawa, « enlève de l’ambiguïté ». À noter que les amendements proposés par les libéraux à la Loi sur les langues officielles s’appliqueront aussi bien au Québec que dans les régions à forte présence francophone, comme dans l’Est ontarien, même si les identités de ces régions sont pour le moment inconnues. Cela veut donc dire qu’un employé assujetti à la Loi sur les langues officielles au Québec possède les mêmes droits qu’un employé à Hawkesbury dans l’Est ontarien par exemple.

« Les amendements [du Parti libéral] démontrent que le régime fédéral peut être équivalent à celui du Québec en ce qui a trait à la protection du français. Les deux régimes peuvent exister en collaboration », a affirmé Marc Serré.

Parmi les nouveautés apportées vendredi : les employeurs de charte fédérale devront notamment justifier de façon plus exigeante qu’auparavant la maîtrise d’une autre langue que le français. Ils devront aussi « généraliser » la présence du français dans l’entreprise ainsi que dans la haute gestion de celle-ci, empêcher la publication de postes seulement en anglais et aussi de « prévenir et faire cesser » tout traitement défavorable visant un employé qui voudrait travailler en français.

Direction le Sénat

L’étude du projet de loi au Comité des langues officielles a pris fin vendredi après près d’une dizaine de séances de débat. Le Comité s’est terminé vendredi sous une salve d’applaudissements des personnes dans la salle.

Le projet de loi sera désormais renvoyé à la Chambre des communes en troisième lecture où il devrait en principe être adopté avant d’être envoyé au Sénat. C’est au gouvernement de déterminer à quel moment il le redéposera à la Chambre. Si le gouvernement souhaite aller vite, le projet de loi pourrait être envoyé au Sénat vers la fin avril, début mai. Les sénateurs du Comité des langues officielles auront l’occasion d’étudier le projet de loi comme les parlementaires.

« Finalement », s’est exclamé la députée néo-démocrate Niki Ashton après coup soulignant l’accord entre Québec et Ottawa comme un point tournant.« C’est un message très fort. Ça montre une unité historique, ça montre qu’il faut avancer pour protéger le français et ça veut donc dire de faire adopter le projet de Loi C-13 le plus tôt possible », a-t-elle ajouté.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois à 17h32.

Trudeau critique la gestion des langues officielles par Blaine Higgs

De passage à Moncton, le premier ministre Justin Trudeau a critiqué la récente gestion du dossier de la Loi sur les langues officielles par son homologue du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs.

« Malheureusement, on voit trop souvent que ce sont les gouvernements conservateurs à travers le pays qui s’attaquent aux langues officielles en milieu minoritaire », a reproché le premier ministre canadien en conférence de presse ce vendredi matin.

Ce dernier a été questionné sur la plus récente mise à jour concernant la révision de la Loi sur les langues officielles (LLO). Le gouvernement Higgs a déposé un projet de loi visant à la réviser afin de créer un secrétariat aux langues officielles, mais qui sera un regroupement d’employés des différents ministères travaillant déjà sur le dossier des langues officielles. Le gouvernement provincial a toutefois retiré l’obligation de réviser la LLO tous les dix ans, ce qu’a récriminé Justin Trudeau.

« Les gens savent très bien que le Parti libéral, au niveau fédéral, va toujours être là pour protéger les langues officielles en situation minoritaire », a-t-il souligné. « Nous avons une équipe extrêmement forte pour veiller à la protection des minorités. »

Actuellement, le gouvernement en place doit déterminer la marche à suivre pour procéder à cette révision, que ce soit via un comité parlementaire ou encore un processus indépendant. Cette dernière option est ce que le gouvernement a effectué en 2021 en nommant deux commissaires, auteurs d’une trentaine de recommandations. Toutefois, les progressistes-conservateurs n’ont retenu aucune de ces recommandations en déposant leur plus récent projet de loi.

À noter que les troupes de Blaine Higgs sont majoritaires à l’Assemblée législative néo-brunswickoise, ce qui signifie qu’à moins d’un revirement ce projet de loi sera adopté. La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) a critiqué le projet de loi 37, déposé mardi, affirmant qu’il ne « répondait en rien aux demandes exprimées par la communauté acadienne et francophone ».

« Pour une minorité linguistique officielle, à chaque fois qu’on tombe dans une forme de statu quo et le projet de loi C-37 est clairement un statu quo », a dénoncé le président de la SANB Alexandre Cédric Doucet.

L’organisme demande au premier ministre Blaine Higgs de laisser son parti voter librement sur le projet de loi.

Pas la première fois

Ce n’est pas la première fois que le premier ministre et des membres de son gouvernement critiquent Blaine Higgs sur la question de la langue. Il y a quelques mois, Justin Trudeau avait critiqué la nomination de Kris Austin à un comité chargé de superviser la Loi sur les langues officielles. Ce dernier est notamment connu pour ses prises de position anti-bilinguisme.

Il proposait, alors qu’il était chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, la fin de la séparation du réseau de santé anglophone et francophone, d’éliminer le Commissariat aux langues officielles et de réduire les exigences linguistiques dans la fonction publique, en plus de qualifier le bilinguisme officiel de « gaspillage de fonds publics ».

« Ça n’a aucun sens de choisir quelqu’un dans une commission pour protéger les langues officielles et le français et qui a démontré, tout au long de sa carrière, qu’il n’est pas intéressé de tout à protéger le français, les langues officielles et le bilinguisme au Nouveau-Brunswick! », avait vivement critiqué à l’époque M. Trudeau.

Alors que le Nouveau-Brunswick avait proposé de supprimer le programme d’immersion française, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor avait dénoncé le geste, menaçant de couper les fonds fédéraux en éducation pour la province si elle posait un tel geste.

Ottawa a récemment annoncé un financement de 3,8 milliards de dollars pour le prochain Plan d’action sur les langues officielles, soit un financement ajouté d’un milliard de dollars par rapport au dernier plan.

« On voit une baisse de l’inflation voire même une déflation », analyse l’économiste Pedro Antunes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI

Pedro Antunes est l’économiste en chef du Conference Board of Canada, spécialiste des indicateurs économiques sur le Canada. Il est largement sollicité pour parler aux leaders de l’industrie et aux décideurs sur un large éventail de questions ayant une incidence sur les Canadiens.

LE CONTEXTE

Mise en perspective économique après la présentation du budget 2023 de l’Ontario, annonçant une chute de la croissance pour 2023, le PIB réel passant de 3,7 % en 2022 à 0,2 %, mais également une reprise économique sur la période 2024-2025 avec un retour à l’équilibre financier de la province.

L’ENJEU

Le climat inflationniste dans la province sur fond de période économique tumultueuse à l’échelle mondiale.

« Les prévisions du budget provincial 2023 annoncent une chute de la croissance en 2023-2024. Faut-il s’attendre à une période de récession?

On s’attend à un ralentissement de la croissance économique, et ce, pour plusieurs raisons. L’une des premières est qu’on cherche, dans notre politique monétaire, à ralentir l’économie pour laisser la production se rattraper face à la demande, plus importante.

L’économie, au fil de la dernière année, était en surchauffe, ce qui a créé l’inflation, en particulier avec un tôt de chômage extrêmement bas. Les employeurs ont fait face à des postes vacants. Tout ça a freiné l’économie provoquant une inflation qui gruge le pouvoir d’achat des consommateurs et une hausse très importante des taux d’intérêt.

Pour mettre un peu de perspective, ce n’est pas nécessairement une récession sévère comme on a vécu auparavant. C’est une récession qui freine l’économie avec peu d’impact sur les emplois et sur les ménages, qui s’en sortent relativement bien.

Il s’agit donc d’un ralentissement volontaire de l’économie?

Plutôt un ralentissement de la demande, si on écoute les banques centrales. En fait, l’impact qu’elles veulent avoir c’est réduire les dépenses et la consommation des ménages pour ralentir ces pressions inflationnistes.

Les nouvelles sont bonnes si on regarde les facteurs qui devraient avoir un impact sur la baisse de l’inflation. Du côté immobilier par exemple, on voit un ralentissement et les prix qui baissent, ce qui devrait aider à réduire la tension qu’on ressent au niveau des loyers, qui se rattrapent toujours actuellement à l’inflation très forte qu’on a vécue.

Les taux d’intérêt à la hausse ont quand même réussi à freiner la consommation des ménages, ce qu’on voit dans les chiffres avec les inventaires de produits très élevés. Non seulement on voit une baisse de l’inflation, mais aussi une déflation, une baisse des prix des biens durables.

D’autres facteurs en dehors de notre contrôle sont les prix des matières premières, du pétrole, etc. qui étaient très élevés à cause de la guerre en Ukraine. Or, les prix reviennent à des niveaux avant-guerre, ce qui est un aussi un peu déflationniste. On le voit avec le prix du carburant. Le problème c’est qu’on ne le voit pas encore au niveau de la nourriture, des denrées alimentaires. Ça va prendre plus de temps.

Le scénario d’une reprise de l’économie pour 2024-2025 est-il envisageable?

C’est tout à fait possible. Cette décroissance et croissance faible, ce sont des scénarios positifs dans le sens où ils reflètent un succès au niveau de la politique monétaire de baisse de l’inflation sur la période de la prévision. Et éventuellement, on pourrait se retrouver avec une baisse des intérêts et une reprise économique plus tard dans le scénario.

On continue à créer des emplois, le marché du travail est très bon. À noter toutefois que cela pourrait inquiéter les banques et certains prévisionnistes si la consommation venait à reprendre un peu fort à nouveau, pouvant générer un peu d’inflation.

En 2022, le Canada a reçu plus d’un million d’immigrants, non permanents et permanents, augmentant la croissance de la population en 2023.

Grâce à ces entrants qui comblent les emplois, on est en train d’augmenter la capacité productive de l’économie, ce qui aide à régler le problème de l’inflation du côté de l’offre plutôt que de restreindre la demande. Bien que cela aide les pressions inflationnistes liées au marché du travail, doubler la croissance démographique peut ajouter des pressions notamment au niveau immobilier.

Le gouvernement ontarien anticipe un retour à l’équilibre financier pour 2024-2025. À quoi est-ce dû?

On vient de constater que le budget fédéral aussi a une faiblesse au niveau de l’économie en 2023. L’Ontario et le Canada ont toujours des tendances assez similaires. L’inflation au niveau fédéral est plus faible parce que sont compris les profits des compagnies de ressources très importantes en Alberta, Saskatchewan, Terre-Neuve et dans d’autres provinces. En Ontario, l’inflation se trouve surtout au niveau de la consommation.

La croissance du PIB nominal, qui est très importante pour les revenus de l’Ontario, est plus forte qu’au niveau fédéral, surtout en 2023-2024. Cela augure donc positivement pour les revenus. Ça a été une surprise positive pour le gouvernement provincial, d’où les prévisions de baisse du déficit favorable et un retour à une situation fiscale positive. L’Ontario a restreint ses dépenses, ce qui correspond au mandat du gouvernement actuel qui tendait à retourner à un équilibre budgétaire. »

La citoyenneté canadienne n’a plus la cote

Les résultats du recensement 2021 n’en finissent pas d’apporter leur lot de nouveautés. La dernière en date concerne le pourcentage de résidents permanents qui deviennent citoyens canadiens, un pourcentage en chute libre depuis les 20 dernières années. Cette situation a poussé l’Institut pour la citoyenneté canadienne à tirer la sonnette d’alarme. Décryptage. 

Si le Canada a atteint sa cible en accueillant un nombre record de nouveaux arrivants en 2022 avec 431 645 nouveaux résidents permanents, il n’en est rien pour ce que l’on pourrait voir comme l’étape finale, à savoir la naturalisation.

En effet, Statistique Canada indique qu’en 2021, seulement 45,7 % des résidents permanents présents sur le sol canadien depuis moins de dix ans ont franchi le pas pour devenir Canadiens, ce qui représente une baisse de 60 % par rapport à 2016 et 75,1 % en comparaison à 2001.

Pas si alarmant selon le ministère de tutelle

Toutefois, si ces chiffres peuvent paraître alarmants à plus d’un titre, Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada (IRCC) n’est pas de cet avis.

« Ces chiffres concernent les immigrants adultes qui ont été admis il y a cinq à neuf ans, ce qui, d’après les données du recensement de 2021, donne un taux de citoyenneté de 45,7 %. Les taux de naturalisation globaux au Canada figurent parmi les plus élevés au monde. De plus, en 2022, le Canada a accueilli plus de 374 000 nouveaux citoyens, soit une augmentation de près de 50 % par rapport aux 251 000 accueillis en 2019, ce qui est un record », argue Nancy Caron, porte-parole et conseillère en relations médias au sein d’IRCC.

Chiffre contre chiffre, le ministère avance que 83 % du nombre total des résidents permanents admissibles obtiennent la citoyenneté canadienne.

« La citoyenneté canadienne est en train de devenir moins populaire, moins désirable » – Daniel Bernhard

À cela, Daniel Bernhard, chef de la direction de l’Institut pour la citoyenneté canadienne (ICC) répond : « C’est vrai que ces résultats ciblent une période de moins de dix ans et que plus on prend un intervalle chronologique important et plus ce chiffre augmente. »

« C’est vrai aussi », continue-t-il, « que, globalement, le Canada reste un pays accueillant, mais ce qu’il faut comprendre aujourd’hui c’est qu’il s’agit là d’un changement dans les données qui nous indiquent que la citoyenneté canadienne est en train de devenir moins populaire, moins désirable. Une réalité à laquelle il faut faire face pour la corriger et non se mettre sur la défensive ».

Et d’ajouter : « Quant au record évoqué, c’est normal, puisque pendant la pandémie il y a eu beaucoup de retard de traitement de dossiers de citoyenneté, et là ils sont entrain de liquider ces dossiers, ce qui explique probablement cette hausse en 2022. Comme nous, le ministère a accès à ces chiffres, mais je crois que la citoyenneté est devenue moins importante dans sa liste des priorités. En somme, leur priorité première est le nombre de personnes qui arrivent au Canada et non combien d’entre eux deviennent citoyens canadiens. »

Des facteurs qui ne dépendent pas du Canada

De son côté, la professeure Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa, invoque des causes externes qui ne dépendent pas de la volonté gouvernementale.  

« Au-delà du fait que, depuis le Recensement de 2016, la période de résidence exigée avant que les immigrants puissent demander la citoyenneté est passée de quatre à trois ans, l’une des variables majeures expliquant ce repli réside dans le fait que, depuis 2001, les deux nations les plus importantes en matière de provenance des immigrants au Canada sont la Chine et l’Inde. Or, il se trouve que ces deux pays ne reconnaissent pas la double citoyenneté, ce qui, probablement, pousse certains de leurs citoyens installés ici à ne pas demander la citoyenneté canadienne ou du moins à hésiter à le faire », explique-t-elle.

En effet, le même recensement 2021 rapporte que les plus grands groupes qui n’ont pas été naturalisés sont les Chinois et les Indiens.

L’autre facteur explicatif avancé par la spécialiste concerne le statut des personnes accueillies.

Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa. Archives ONFR+

« À partir de 2015, le Canada a accepté beaucoup de réfugiés, notamment syriens, qui ne parlent pas forcément les deux langues officielles du pays, alors qu’il y a une exigence linguistique pour pouvoir obtenir l’examen de citoyenneté. Ces personnes ont peut-être besoin de plus de temps pour être assez confiant de leurs compétences linguistiques et pouvoir passer cet examen », poursuit-elle.

À ces éléments de réponses, le patron de l’ICC ajoute un constat : « On est en train de mener une étude pour comprendre les raisons de ce recul et je peux vous dire d’ores et déjà que, par exemple, les frais d’application qui ont été augmentés à 300 % y sont pour quelque chose. Ceci dit, il y a actuellement plus de questions que de réponses, car personne n’a posé ces questions avant ce recensement. »

Les jeunes sont les moins intéressés par la citoyenneté

Par ailleurs, l’autre constat qui inquiète les responsables de l’ICC repose sur le fait que les jeunes constituent la plus grande part des personnes n’ayant pas la citoyenneté canadienne.

En effet, en 2021, une personne sur six ne possédant pas la citoyenneté canadienne était âgée entre 15 et 24 ans, alors que seulement une personne sur 10 vivant au Canada appartenait à cette tranche d’âge.

Cette différence est encore plus accentuée chez les personnes âgées entre 25 et 54 ans, soit le principal groupe en âge de travailler. En 2021, 60,7 % de la population n’ayant pas la citoyenneté canadienne appartenait à cette tranche, contre 37,6 % des citoyens canadiens.  

Daniel Bernhard, chef de la direction de l’Institut pour la citoyenneté canadienne. Gracieuseté

De plus, l’âge médian de la population canadienne ayant la citoyenneté était de 42,8 ans en 2021, alors que l’âge médian des personnes n’ayant pas la citoyenneté canadienne était de 33,6 ans. Autrement dit, la population non naturalisée vivant sur le sol canadien était d’environ une décennie plus jeune que celle des citoyens canadiens.

« Ce qui est inquiétant, c’est qu’on arrive à attirer ces jeunes, ces talents et cette force vive pour venir au Canada, mais qu’on les laisse après quitter le pays. Encore plus inquiétant, ces gens arrivent ici, mais ne veulent pas faire partie de notre équipe, car on n’a pas réussi à les convaincre d’adopter ou de s’impliquer dans notre culture et dans notre société. Être citoyen n’est pas seulement un statut légal, c’est aussi un sentiment d’appartenance », déplore M Bernhard.

Pour rappel, au Canada les immigrants représentent 36 % des médecins, 33 % des propriétaires d’entreprises avec personnel rémunéré et 41 % des ingénieurs.

Explorations multiples entre relève et monuments

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Si l’on devait donner un thème à cette semaine culturelle, ce serait l’exploration. Des jeunes et moins jeunes explorent l’art du théâtre et du cinéma, parrainés par des professionnels. Un duo d’artistes explore sa propre histoire en racontant peut-être la vôtre. Le public est invité à explorer les œuvres d’artistes de différentes disciplines. Et une danseuse établie explore sa propre identité dans un spectacle très personnel. C’est aussi la fin du Mois de la Francophonie, qui se conclura dans une discussion à laquelle tout le monde peut participer.

Arts de la scène

Les Stations de Louise Lecavalier

Jeudi et vendredi, le Théâtre Babs Asper du Centre national des Arts (CNA) accueille l’incontournable Louise Lecavalier. La danseuse présente une œuvre particulièrement personnelle. Stations exploite le principe des quatre coins, quatre points cardinaux qui représentent chacun un état : fluidité, contrôle, médiation et obsession. C’est la première création solo de la fondatrice de la compagnie Fou Glorieux. Créée en 2020, l’œuvre s’est déjà attiré de nombreux éloges. « Un amalgame impeccable de force et de vitesse, d’émotion et de passion », selon la productrice générale de Danse CNA, Cathy Levy.

Louise Lecavalier est une incontournable dans le domaine de la danse. Stations est sa première création solo et la plus personnelle de sa carrière. Crédit image : André Cornellier

Les 30 et 31 mars au Théâtre Babs Asper. Détails et billets sur le site du CNA.

Là où la poussière se dépose

Une autre œuvre personnelle présentée au CNA est Là où la poussière se dépose, une autofiction de Karina Pawlikowski et Julien Morissette. Les deux artistes explorent les thèmes de la maison, de la rupture, de la parentalité et de la réappropriation des espaces. Dans le balado Plus que du théâtre, que Julien Morissette anime pour le Théâtre français du CNA, Karina Pawlikowski explique qu’il est normal de ne pas tout saisir de ce spectacle plus près de la performance scénique que du théâtre.

On mise sur les impressions laissées au public plutôt que sur la trame narrative, avec un univers sonore et lumineux soigneusement placé. Ancien couple, toujours coparents et complices, les deux auteurs racontent leur propre histoire et celle de tout le monde à la fois.

Julien Morissette durant la création de Là où la poussière se dépose, projet qu’il mène avec sa complice Karina Pawlikowski. Crédit image : Quest

Du 30 mars au 1er avril au Studio Azrieli. Information et billets sur le site du CNA.

Dans les coulisses d’une création

Gabriel Tsampalieros pratique un métier méconnu : concepteur d’espaces pour les arts de la scène et le cinéma. Récemment, il a conceptualisé un diorama pour la pièce Intrusions de Marie-Thé Morin. L’artiste a construit une maquette de la maison de la protagoniste. Le public est invité à découvrir son processus de création et à en apprendre plus sur l’art de la miniature.

La pièce Intrusions aborde le traitement que la société réserve aux aînés. Marie-Thé Morin la présente en tournée pancanadienne depuis plusieurs mois. Elle sera au Centre des arts Shenkman d’Orléans le 27 avril, au Centre culturel Frontenac de Kingston le 28 avril et au Conseil des organismes francophones de la région de Durham à Oshawa le 29 avril.

La maquette de Gabriel Tsampalieros, en marge de la pièce Intrusions, représente la maison du personnage de Marie-Thé Morin. Source : MIFO

Rencontre avec le concepteur Gabriel Tsampalieros dans le foyer intérieur du Centre des arts Shenkman le 5 avril. Billets gratuits mais réservation requise sur le site du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

Arts visuels

Supernova à l’Alliance française de Toronto

Caroline Monnet est une artiste multidisciplinaire québécoise d’origine française et anichinabée. L’exposition Supernova est une suite de sérigraphies dont les formes « suggèrent la fragmentation du territoire au fil des générations ». L’artiste invite le visiteur à réfléchir à notre impact sur notre environnement. Chaque œuvre de la série est nommée selon une lettre de l’alphabet grec. Le vernissage de Supernova aura lieu ce vendredi à 18 h 30 à la galerie Pierre Léon. L’exposition sera ensuite présentée jusqu’au 29 avril.

Theta, l’une des oeuvres présentées dans le cadre de l’exposition Supernova. Crédit image : Caroline Monnet

Vernissage le 31 mars. Billets gratuits. Inscription sur le site de l’Alliance française Toronto.

Communauté

La relève du court-métrage

La sixième édition du concours Objectif cinéma se conclura ce soir au centre culturel du MIFO à Orléans. Il y aura une projection des courts-métrages finalistes avant l’annonce des gagnants. Le cinéaste Philippe Lupien, qui fait partie du jury 2023, viendra remettre les prix et présenter ses courts-métrages Bernard le grand, Amen et Nous sommes le freak show. Les finalistes du volet communautaire sont Marius Demers (Mon oncle Aldéric l’artiste) et Conrad Roy (Lumière). Les finalistes du volet étudiant sont Wanda Minni (Pas juste des cheveux), Bia Piza Maia dos Santos (Désorientation), Ariane Prud’homme (La fièvre des pousses-mines) et Maya Skabar (Je m’appelle Laurence).

Le cinéaste Philippe Lupien participera à la soirée Tapis rouge d’Objectif cinéma au MIFO. Crédit image : Max-Antoine Guérin

Tapis rouge d’Objectif Cinéma, le 30 mars au MIFO. Quelques billets gratuits encore disponibles sur le site du MIFO.

La relève du théâtre

La brigade, l’initiative du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) pour initier les jeunes au théâtre, présente le premier événement en personne de son histoire. Ce vendredi, ses membres invitent le public à la Place des arts du Grand Sudbury pour une soirée intitulée Variétay masquéz. Il y aura d’abord un 5 à 7 pour souligner la journée mondiale du théâtre, qui a eu lieu le 27 mars. Les jeunes présenteront ensuite leurs vitrines théâtrales, sous la coordination artistique de Maxime Cayouette. La brigade est composée de Camille Dillon, Alexis Flake, Rae Fraser, Joseph Roy, Claudie Tessier, Pierre Toupin et Danyka Vaillancourt.

Avec La Brigade, le TNO donne la chance à des jeunes de Sudbury de découvrir le théâtre. Crédit image : Julien Cayouette

31 mars. 5 à 7 ouvert à tous. Vitrines théâtrales du Studio Desjardins dès 19 h. Billets sous contribution volontaire disponibles sur le site Le point de vente.

Théâtre communautaire dans la capitale

À Ottawa, ce sont les participants du Happening théâtral communautaire de Théâtre Action et du Théâtre Tremplin qui présenteront le fruit de deux jours de formation sur le théâtre déambulatoire ce dimanche, à l’école secondaire publique De La Salle. Le théâtre Tremplin est une compagnie de théâtre communautaire qui met l’accent sur les œuvres franco-ontariennes. En septembre prochain, le public sera invité à découvrir le nouveau texte de Connor Nimkiins Lafortune, jeune auteur anishinaabemowin de la nation Dokis, près du lac Nipissing. La pièce s’intitule Maa ndayamin geyaaba – Nous sommes encore ici.

Les participants du Happening théâtral communautaire présenteront leurs acquis de la fin de semaine. Crédit image : Théâtre Tremplin

Prestation à l’issue du happening de théâtre communautaire le 2 avril à 15 h à l’école secondaire publique De La Salle. Gratuit et ouvert à tous. Il est possible de suivre les activités du Théâtre Tremplin sur son site web.

Mois de la Francophonie

Afin de clôturer les Rendez-vous de la francophonie (RVF) 2023, la réalisatrice culturelle d’ONFR+ Joanne Belluco animera L’envers du décor, discussion avec Alexis Normand. La porte-parole fransaskoise des RVF reviendra sur son expérience et sa tournée pancanadienne du dernier mois. Il y aura une diffusion d’une vidéo de l’ONF tournée lors de son spectacle. Son court-métrage documentaire, Assez French, sera également présenté.

La réalisatrice culturelle pour ONFR+, Joanne Belluco, animera la discussion avec Alexis Normand. Crédit image : Rendez-vous de la Francophonie

Webinaire avec Joanne Belluco et Alexis Normand le 31 mars à 13h. Inscriptions sur la plateforme Zoom.

L’annulation du programme de santé pour les personnes non assurées fait polémique

TORONTO – L’annulation du Programme des services médicaux et hospitaliers pour les personnes non assurées, sans carte de santé (PHSUP) dont le dernier jour a été fixé à demain par le ministère de la Santé, fait du remous. L’Ontario Medical Association (OMA), qui demande au gouvernement une extension du programme, les médecins ainsi que les néo-démocrates craignent des répercussions dévastatrices sur les personnes vulnérables et marginalisées, les nouveaux immigrants, les travailleurs temporaires ou encore les étudiants.

La décision d’annuler le Programme des services médicaux et hospitaliers pour les personnes non assurées (PHSUP) a récemment animé les débats en chambre à Queen’s Park.

Ce financement des services médicaux et hospitaliers, qui avait initialement été mis en place en mars 2020 en réponse à la pandémie, permettait à tous les résidents de l’Ontario n’ayant pas de carte de santé d’avoir accès à des soins médicaux relatifs ou non à la COVID-19.

« Avec des taux plus faibles de COVID-19 et la fin des restrictions de santé publique, la province met fin à ses mesures de réponse à la pandémie. Le financement du PHSUP prendra fin le 31 mars 2023. Ceux qui ne sont pas admissibles au Régime d’assurance-santé de l’Ontario (OHIP) sont encouragés à parler à l’hôpital ou au médecin traitant pour élaborer des plans de soins futurs », a déclaré le ministère de la Santé.

« Il s’agit d’un horrible affront aux valeurs inhérentes au système de santé universel du Canada » – Un médecin ontarien

Une annonce qui n’a pas tardé à faire réagir. « Les médecins de toute la province continuent d’exprimer de réelles inquiétudes face à cette annulation. L’un d’eux a déclaré qu’il s’agissait d’un horrible affront aux valeurs inhérentes au système de santé universel du Canada », s’est insurgée ce mardi à Queen’s Park Marit Stiles, leader du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Et de mettre également l’emphase sur les coûts bas de ce programme à 5 millions de dollars par an, et l’aide de plus de 400 000 personnes non assurées depuis sa mise en œuvre : « Soit seulement 37,50 dollars par personne et ça a pu sauver des vies. Ma question à la ministre est donc la suivante : va-t-elle revenir sur cette décision impitoyable et aider à sauver des vies? »

Ce à quoi la ministre de la Santé Sylvia Jones a réitéré le caractère éphémère de la mesure, invoquant la nécessité d’un retour à la situation pré pandémie et aux programmes existants pour les personnes non-détentrices d’une carte de santé pouvant « passer par l’un des 75 centres de soins de santé communautaires de l’Ontario ».

« Bien sûr, il n’y a pas une seule personne dans la province de l’Ontario qui serait un jour refusée à un service d’urgence dans nos hôpitaux », a également assuré la ministre.

Des programmes existants insuffisants?

La porte-parole le la ministre de la Santé Hannah Jensen, évoque en effet le recours à « des services de soins de santé publique en place pour ceux qui ne détiennent pas de carte santé de l’Ontario ».  

Ceux-ci comprennent les services de soins primaires, via l’un des 75 centres de santé communautaires, les soins de sage-femme et les soins d’urgence, la loi sur les hôpitaux publics obligeant à admettre des patients non assurés si la vie de ceux-ci est en danger.

Également inclus : les étudiants internationaux, le gouvernement canadien stipulant que tous les étudiants doivent avoir une assurance. Les étudiants des universités publiques de l’Ontario s’inscrivent au Régime d’assurance maladie universitaire (RAMU), similaire à l’Assurance-santé de l’Ontario, pour les services médicalement nécessaires du 1er septembre au 31 août.

Le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) s’adresse quant à lui aux réfugiés, tandis qu’un autre programme rend les Ukrainiens éligibles à la carte de santé.

La députée de Nickel Belt France Gélinas. Archives ONFR+

Des solutions insuffisantes qui comportent des failles, selon la députée néo-démocrate de Nickel Belt France Gélinas, porte-parole en Santé de l’opposition. Elle explique à titre d’exemple que le Centre de santé communautaire de Sudbury, dans lequel elle a travaillé, ne reçoit que 1000 dollars par an pour s’occuper de tous ceux qui ne sont pas assurés. « Une farce », selon elle.

Concernant les centres de sages femmes, elle en décompte uniquement 18 pour toute la province. « Du côté des urgences, il faut littéralement être à l’article de la mort pour y être admis, sinon il faut payer », explique-t-elle.

« Les étudiants sont assurés une partie de l’année, mais ce sont les gaps entre deux qui peuvent être critiques. On a toute sorte d’exemples de cas d’accidents qui se passent ou de grossesses dans ce cas de figure. Et si le gouvernement fédéral paye pour la couverture santé des réfugiés reçus au travers du programme de réfugiés, beaucoup n’arrivent pas en Ontario via celui-ci et n’ont aucune couverture. »

Le corps médical inquiet

En entrevue avec ONFR+, la présidente de l’OMA, docteur Rose Zacharias, explique qu’avec la discontinuité de ce programme, les personnes défavorisées seront vulnérables : « Ce programme capturait le coût des services des personnes non assurées. Il n’y aura pas la même disposition et cela mettra les gens en danger. »

« Prenons le cas d’une personne atteinte d’une maladie chronique comme l’hypertension artérielle ou le diabète. Si elle n’est pas en mesure d’obtenir des médicaments ou d’avoir un examen médical, cela peut se traduire en une hospitalisation plus tard entraînant une surcapacité et un surcoût rendant la tâche difficile pour le patient, le médecin et le système. »

Dre Rose Zacharias, présidente de l’OMA. Gracieuseté

Elle explique que l’Ontario Medical Association demande au gouvernement une extension du programme et se dit prête à en rencontrer les membres pour ouvrir la discussion : « Notre objectif est de bâtir un système de soins de santé par lequel il n’y a pas d’obstacles pour quiconque a besoin de soins. »

La députée France Gélinas évoque en entrevue des barrières à l’accès pour certains groupes : « Les personnes marginalisées comme les sans-abri sont des Ontariens et ont droit aux soins de santé, mais n’y ont pas accès parce qu’ils n’ont plus de carte, ce pour quoi il faut présenter un certificat de naissance ou passeport, mais aussi une adresse courante. »

« C’est un programme qui ne coûte pas cher. 5 millions de dollars sont dérisoires comparés au budget de 76 milliards de dollars du ministère de la Santé. Ça en vaut la peine » – France Gélinas

Elle évoque également le cas des travailleurs temporaires de la construction ou en agriculture qui sont en Ontario depuis des années, mais qui, entre deux contrats et statuts, se retrouvent sans accès aux soins.

Des centaines de manifestants ce jeudi devant Queen’s Park contre la fin du programme provincial. Crédit image : Sandra Padovani

À la question de rendre ce programme d’accès aux soins permanent, France Gélinas répond : « En tant que néodémocrates, on demande et on promet ce programme permanent depuis des années et des années. »

« C’est un programme qui ne coûte pas cher, autant appuyé par les médecins que par le personnel des hôpitaux et qui a fait ses preuves, montrant qu’on a sauvé des vies avec ce petit investissement : 400 000 personnes ont été aidées pour 37.5 dollars par visite. 5 millions de dollars sont dérisoires comparés au budget de 76 milliards de dollars du ministère de la Santé. Ça en vaut la peine », conclut la porte-parole en Santé du NPD, alors que des centaines de manifestants protestaient ce jeudi devant Queen’s Park, contre la fin du programme provincial.

Langues officielles : les francophones « ont été entendus », dit la ministre

OTTAWA – Le prochain Plan d’action sur les langues officielles se démarquera de ses prédécesseurs pour son « investissement historique dans le domaine des langues officielles », selon la ministre Ginette Petitpas Taylor.

Lors du budget fédéral mardi, Ottawa a annoncé des milliards de dollars pour son prochain Plan d’action, une feuille de route qui dirige le gouvernement fédéral durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés linguistiques en milieu minoritaire. Au total, c’est 3,8 milliards de dollars qui seront investis pour les communautés linguistiques minoritaires sur cinq ans, une augmentation d’un milliard de dollars par rapport au Plan d’action de 2018 à 2023.

« C’est un investissement historique. C’est le plus gros montant qu’on a jamais vu pour des investissements dans le domaine des langues officielles », affirme avec un grand sourire la responsable des Langues officielles au cabinet, au micro d’ONFR+.

Il manque toutefois un gros morceau dans l’équation des langues officielles, admet-elle : l’adoption du projet de Loi C-13, qui pourrait survenir, au plus tôt, d’ici la fin avril, mais qui doit se rendre au Sénat avant cette étape.

« Le Plan d’action et le projet de loi vont de pair. Il va y avoir des aspects de la Loi qu’on va voir dans le Plan d’action (…). On a bien hâte de voir le projet de loi sortir du comité pour se rendre au Sénat et qu’on puisse enfin voir son adoption », s’impatiente la ministre en entrevue à son bureau.

La dernière chance pour les élus du Comité des langues officielles de débattre du projet de loi sera ce vendredi avec une séance marathon d’un peu moins de cinq heures prévues à l’horaire. Par la suite, les députés ne pourront plus débattre et devront voter sur tous les amendements restants.

L’immigration francophone : la clé

Le Plan d’action sur les langues officielles doit sortir avec davantage de détails d’ici la fin avril, mais il sera centré sur quatre secteurs principaux : l’immigration francophone, le secteur économique francophone, l’accès à la justice en français et le respect de la Loi sur les langues officielles par les instances fédérales.

L’immigration francophone reste le pilier de ce Plan d’action, identifie Ginette Petitpas Taylor. Avec les récentes données du Recensement sur le déclin du français, l’emphase et les outils financiers doivent être mis sur la réparation du poids démographique des francophones, avance-t-elle. Le fait qu’il soit un élément essentiel dans ce Plan « reflète les commentaires des intervenants francophones ».

« Ils ont été entendus », indique-t-elle sur les organismes ayant présenté leurs demandes auprès de la ministre lors de consultations pancanadiennes au cours de la dernière année.

Le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), l’organisme porte-parole du secteur économique de la francophonie canadienne, a d’ailleurs salué que les mesures du Plan d’action ciblent « les problématiques rencontrées par les communautés de langues officielles en situation minoritaire » et qu’elles incluent une « une volonté réelle d’inclure la minorité francophone dans le nécessaire travail de relance économique dont le pays a besoin ».

L’autre gros morceau est la bonification de 679 millions de dollars qui sera envoyée aux provinces dans le cadre de l’éducation dans la langue de la minorité, du primaire au postsecondaire. L’un des éléments en attente dans ce dossier est la promesse des libéraux de rendre permanente une enveloppe financière destinée aux universités et collèges francophones du pays et de la faire passer de 40 à 80 millions de dollars.

Les universités franco-ontariennes, comme l’Université de Sudbury, l’Université de l’Ontario français (UOF) et l’Université de Hearst pressent le fédéral de réaliser sa promesse électorale de 2021, près de deux ans après la débâcle financière qu’a connue La Laurentienne.

« Je peux juste vous dire qu’avec le dépôt du Plan d’action, on aura d’autres nouvelles à vous annoncer », laisse entendre avec un sourire en coin.

Le monument de la francophonie à Alfred sera inauguré en septembre

ALFRED – Le 18e monument de la francophonie en Ontario verra le jour dans l’un des bastions francophones de l’Est ontarien. Retardé par la pandémie, ce projet a récolté la somme de 225 000 $, officialisant ainsi la première phase du projet. Son inauguration est fixée au 25 septembre 2023, Journée des Franco-Ontariens.

« On est dans notre échéance et dans notre budget. La construction pourra commencer en juin », confirme France Lamarche, présidente du comité du monument de la francophonie d’Alfred et sa région.

« On vise donc la Journée des Franco-Ontariens en septembre pour l’inauguration », a-t-elle ajouté. « On a fait un sous-comité pour l’inauguration, avec une levée du drapeau franco-ontarien, un volet scolaire, etcetera. Tout va bien aller. »

« Ce sera aussi le 8e monument dans la grande région de Sturmont-Dundas-Glengarry et Prescott-Russell. »

Ce projet était au cœur de nombreuses discussions depuis plusieurs années. En 2019, il germait déjà au sein de la communauté. Malgré la pandémie, le comité a repris en novembre 2021, déterminé à construire cet ouvrage.

France Lamarche, présidente du comité pour le monument de la francophonie d’Alfred et sa région. Gracieuseté

« Finalement, à six mois de septembre 2023, la collecte de fonds est au-delà de nos espérances. L’engouement est solide », se réjouit Mme Lamarche. « On réalise enfin qu’Alfred va avoir son monument, alors nous sommes très fiers. »

Le village d’Alfred, c’est le parfait endroit, pense la présidente puisqu’il a « toujours était reconnu pour être très francophone ».

« En plus, on se trouve à 20 minutes de Rockland, Hawkesbury et L’Orignal. Dans notre canton nous avons les villages de Curran, Wendover, Lefaivre, Plantagenet, Treadwell… C’est aussi pour eux. C’est aussi leur monument. »

« Son inauguration ce sera aussi le moment de reconnaître le travail de nos mères, de nos pères, de nos grands-parents qui ont contribué dans notre milieu. Les gens seront fiers de voir leurs noms inscrits sur ce monument. »

Un investissement communautaire à grande échelle

Pour Mme Lamarche, c’est une fierté de contribuer à la création d’un nouveau monument en Ontario. Une fierté grandement été partagée et soutenue par la communauté. En effet, plus de 250 partenaires ont fait don d’argent pour voir ce jour arriver.

Parmi les contributeurs : le canton d’Alfred-Plantagenet qui a participé à hauteur de 25 000 $, mais aussi la Caisse Desjardins, l’Hôpital général d’Hawkesbury, l’Hôpital Montfort, les conseils scolaires et les écoles de la région.

Le comité organisateur, en septembre 2022, sur le futur site du Monument au Parc Larocque. Gracieuseté

Dans la liste des partenaires, nous retrouvons en outre des organismes communautaires tels que l’ACFO Prescott-Russell, le Collège Boréal, le Collège La Cité, ainsi que de nombreuses entreprises franco-ontariennes et surtout des centaines de familles.

« On travaille en collaboration avec la municipalité et des entreprises locales », explique Mme Lamarche. « Parfois, il sera question de participation ici et là, mais la création du monument sera surtout collaborative. »

Un projet communautaire avec l’avis de la population

« Nous avons fait une consultation l’été dernier et pris en compte ce que les gens voulaient. »

Le monument représentera par exemple le partenaire principal (la municipalité), mais fera aussi un petit clin d’œil à l’international et à la localisation du village d’Alfred.

« On nous demande toujours où se trouve Alfred et on répond entre Ottawa et Montréal. Nous allons donc installer une girouette et des panneaux directionnels. »

« Suite à cette consultation, on nous avait suggéré des matériaux et de faire quelque chose d’intemporel. On a donc gardé le ciment et le granite comme éléments. Le style des bancs, c’est ce que les gens voulaient. On y ajoutera du granite vert, puisque les habitants souhaitaient qu’on représente la terre et l’environnement. Il fallait aussi représenter notre francophonie internationale avec la planète. Les mains, c’est pour l’unicité, puis sur la pièce principale du monument, on prévoit d’ajouter un filet d’eau, un côté peut être aussi récréatif. Enfin, on voulait que ce soit illuminé donc on y ajoutera des lumières. »

La présidente explique tout de même que plus la collecte de fonds va s’élever et plus ils pourront ajouter les autres éléments retenus pendant les consultations.

« Pour le moment, c’est ce que nous avons commandé et c’est ce que nous dévoilerons le 25 septembre 2023. »

Immigration francophone : Ottawa vise l’Afrique

OTTAWA – Aller en Afrique pour recruter de nouveaux arrivants sera un des éléments essentiels de la prochaine stratégie en immigration francophone d’Ottawa, avance le ministre de l’Immigration Sean Fraser. Pour ce faire, le Canada veut augmenter sa présence en Afrique, notamment dans l’Ouest du continent avec une plus grande promotion.

Les prochaines semaines et mois risquent d’être occupés pour l’immigration francophone avec le Plan d’action sur les langues officielles, qui fera de l’immigration francophone une partie centrale. Le Canada n’a atteint qu’une seule fois, en 2022, sa cible en immigration francophone hors du Québec de 4,4 %, dont les manquements ont contribué au déclin du français au Canada, selon une étude.

Il y a aussi le projet de Loi C-13, si adopté, obligera le fédéral à adopter une stratégie en immigration francophone pour assurer le rétablissement et l’accroissement du poids démographique des francophones hors Québec. Les fonctionnaires d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) travaillent présentement sur cette stratégie et l’élaboration d’une nouvelle cible qui doit entrer en vigueur en 2024.

Le ministre Sean Fraser répète depuis plusieurs mois qu’à court terme la stratégie de son ministère est d’aller puiser dans l’inventaire du système Entrée Express, qui donne plus de points aux francophones, pour attirer de nouveaux arrivants en capacité de parler français. Le hic, c’est que ce nombre est limité, soutient Sean Fraser.

« Le défi pour moi est d’augmenter le nombre de personnes dans l’inventaire d’IRCC, maintenant. On a traité beaucoup de cas (dans Entrée Express) pour atteindre la cible l’an dernier, mais c’est important de continuer à augmenter le nombre de personnes qui font une application avec plus de promotion. »

Pour ce faire, il est impératif que le Canada augmente sa présence en Afrique, estime Luisa Veronis, professeure à l’Université d’Ottawa et titulaire d’une Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes.

« L’Afrique est un bassin énorme en immigration. Le potentiel est là », soutient-elle, ajoutant que cela doit toutefois venir avec une volonté politique. « Si on peut attirer 450 000 anglophones, on peut facilement attirer autour de 20 000 francophones. »

Pas une assez grande présence

Pour la chercheuse, la plus grande barrière à ce manque de promotion est le manque de bureaux d’IRCC en Afrique subsaharienne. Avant l’ouverture récente d’un bureau à Yaoundé au Cameroun, le tout était concentré à Dakar au Sénégal, qui desservait à lui seul une quinzaine de pays francophones, tandis que celui de Rabat au Maroc couvre la région du Maghreb. Dakar est d’ailleurs le bureau hors du Canada qui reçoit le plus grand volume de demandes pour les nouveaux arrivants francophones.

« En Europe, il y a plein de bureaux : à Paris, à Berlin, en Grande-Bretagne, en Italie… Alors je ne sais pas comment il (IRCC) détermine ça », s’interroge la professeure de l’Université d’Ottawa.

Le continent africain représente 60 % de la francophonie mondiale et devrait encore augmenter pour atteindre 70 % en 2050.

« Augmenter la promotion (en Afrique) fera partie de la stratégie en immigration, mais il y aura des éléments spécifiques pour recruter des francophones de l’Afrique… Nous passerions à côté de talents extraordinaires si nous ignorions tout un continent. Nous aurons donc une présence qui continuera de croître en Afrique pour répondre à nos besoins en matière d’immigration francophone », assurait Sean Fraser au lendemain du budget où des fonds pour l’immigration francophone ont été annoncés.

Ottawa n’a toujours pas décidé à combien il allait augmenter sa nouvelle cible en immigration francophone. Archives ONFR+

Ce sont 123,2 millions de dollars qui seront allongés dans le Plan d’action sur les langues officielles pour notamment augmenter le soutien aux employeurs francophones en milieu minoritaire pour qu’il puisse aller recruter de possibles candidats.

« C’est vraiment une bonne chose pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont peut-être pas les moyens, le temps ou l’information nécessaire pour aller les chercher. Si ça marche, ça pourrait régler plusieurs problèmes comme la pénurie de main-d’œuvre et amener des travailleurs qualifiés qui auront de bons salaires », louange Mme Veronis.

Elle propose comme idée d’un bureau mobile francophone qui pourrait aller dans divers pays d’Afrique. Des données d’IRCC datant de 2021 indiquaient que la majorité des demandes de francophones étaient traitées dans des bureaux de demande d’admission à Ottawa, Mississauga, Sydney en Nouvelle-Écosse et finalement Dakar.

Un projet d’école à quatre jours suscite des questions chez les parents

ORLÉANS – Une séance d’information organisée par le Conseil scolaire des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) présentait lundi le nouveau projet pilote d’école à quatre jours auprès des parents de l’École élémentaire catholique l’Étoile-de-l’Est et de l’École élémentaire catholique Saint-Rémi, dans la région d’Ottawa. Cette réunion, bien qu’informative, a soulevé de nombreuses questions chez les familles présentes.

À l’École élémentaire catholique l’Étoile-de-l’Est à Orléans, une trentaine de parents se sont déplacés, ainsi qu’une centaine d’autres en ligne. Après une présentation étoffée par le personnel scolaire et la directrice de l’école, une période de questions invitant les parents à s’exprimer s’est déroulée jusque tard dans la soirée.

Plusieurs parents ont pris la parole pour souligner le caractère novateur d’un tel projet avant que, progressivement, l’échange ne laisse place à de nombreux doutes chez les familles.

Ce projet d’école à quatre jours sera offert aux enfants et familles qui le désirent à partir de la rentrée prochaine. La rentrée serait le 22 août au lieu du 29 août et l’année se terminera trois jours plus tard pour les élèves de l’école à quatre jours. La possibilité de continuer dans l’école de cinq jours sera quant à elle toujours possible.

La Loi sur l’Éducation requiert 935 heures de classe durant l’année. Cette formule se déroulera donc du lundi au jeudi. Ainsi, les enfants feront leur apprentissage avec 38 minutes de plus par jour et finiront leur journée à 15h53, au lieu de 15h15 pour ceux qui seront à l’école pendant cinq jours.

Les parents s’inquiètent d’une forme de favoritisme

« C’est très novateur. On était une petite école tranquille… Je vous souhaite bonne chance », a lancé une mère de famille, vers la fin de la séance.

Le projet de l’école à quatre jours dans les deux écoles présélectionnées est pourtant pensé pour répondre à un besoin et une tendance en hausse à l’internationale, selon le surintendant du CECCE, Nya Njeuga.

Les familles auraient par exemple exprimé au Conseil le besoin d’avoir plus de temps avec leurs enfants, partir en week-end plus tôt, pouvoir planifier des rendez-vous, des compétitions sportives ou encore une journée pour faire les devoirs.

C’est aussi une réponse face au défi lié au recrutement, « une occasion de se démarquer et d’attirer plus d’enseignants », insiste M. Njeuga.

Une trentaine de personnes se sont déplacées à Orléans pour assister à la session d’information du CECCE. Crédit image : Lila Mouch

Dans d’autres pays comme la France, l’école de quatre jours existe pour les écoles élémentaires depuis les années 1990. Ce pays possède un très bon niveau d’éducation selon plusieurs classements. Mais ce qui inquiète les parents, c’est finalement ce qui adviendra des élèves qui ne pourront pas participer à ce projet.

« Je suis contente de savoir que nous avons de la place dans notre école, qu’il y aura une direction pour l’école à quatre jours, mais comment aller vous assurer le bien-être de nos enfants, ceux qui vont rester cinq jours? », a demandé une mère de famille, visiblement peu convaincue.

« Le but n’est pas de pénaliser les élèves » – Mona Leblanc

« Je veux vous rassurer, le but n’est pas de pénaliser les élèves », a répondu la directrice de l’école, Mona Leblanc.

D’autres parents demandaient si l’école à quatre jours était appropriée aux plus petits, « ces derniers risquant d’être très fatigués ».

Au niveau des groupes d’âge, le personnel scolaire a expliqué, à ce titre, qu’en effet pour les plus jeunes, ce nouvel horaire pourrait être difficile. En revanche, les enseignants auront une stratégie d’enseignement.

Mais, là encore, plusieurs mères ont demandé : « Est-ce que vos enseignants seront formés pour enseigner différemment? »

De gauche à droite : Nya Njeuga, Mona Leblanc, Robert Rainboth ont présenté la séance d’information. Crédit image : Lila Mouch

« Définitivement », a affirmé le surintendant du CECCE : « Les enseignants auront un accompagnement pédagogique pour mieux engager les élèves. »

Mais beaucoup de parents ont posé des questions, auxquelles la directrice, Mme Leblanc, et le surintendant, M. Njeuga, n’ont su répondre.

« Nous, avec nos emplois, on ne pourra pas » – Une mère de famille

Progressivement, quelques familles ont exigé qu’une autre session d’information soit organisée. « Peut-être pouvez-vous mettre en place une autre rencontre afin que l’on partage notre intérêt ou non. On ne peut pas se décider avant le 10 avril, avec si peu de réponses », a alors lancé une mère, visiblement agacée.

« Nous, avec nos emplois, on ne pourra pas », a fulminé la dernière mère à prendre le micro. « Mon enfant va rester cinq jours à l’école, mais maintenant va-t-il être désavantagé? »

« On a choisi cette école parce que c’est la meilleure », a rebondi un autre parent depuis son siège.

Des avantages qui suscitent un timide intérêt

Sophie-Catherine Ménard, mère de deux enfants et coprésidente du conseil des parents de l’École catholique l’Étoile-de-l’Est a confié, au micro d’ONFR+, être intéressée par le projet pilote. « Il y a un intérêt, mais on n’est pas certain que ça puisse fonctionner pour notre famille. »

« Nos enfants seraient très contents de venir à l’école seulement quatre jours. Il faudrait voir si ce sera une journée en famille et si on trouve un équilibre. »

En tant que représentante des parents, Mme Ménard trouve que ce projet est novateur, mais conçoit également que les parents aient beaucoup de questions. « Il va falloir un peu de temps avant de se prononcer, car les données ne sont pas tout à fait disponibles. On a beaucoup de questions. »

Marc Bertrand, directeur du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est. Crédit image : Lila Mouch

« On serait le premier conseil scolaire ontarien à offrir cela », se ravit le directeur du CECCE, Marc Bertrand. « Cela demande un ajustement familial, mais plusieurs parents étaient intéressés. »

« Nous avons étudié les modèles déjà existants et on constate qu’il y a une amélioration de l’assiduité, tant pour le personnel que pour les élèves. »

« L’équilibre de vie, le bien-être, la santé mentale, c’est aussi un bon moment pour souffler ou faire du rattrapage scolaire », a-t-il ajouté.  

Pour l’instant, les parents demandent plus d’informations et plus de temps pour se décider. Au départ, le conseil scolaire demandait aux familles de s’inscrire d’ici au 10 avril. L’inscription de leurs enfants dans l’école à quatre jours devra être un engagement pour l’année et il ne sera pas possible de changer de format au cours de celle-ci, sauf cas exceptionnel.

Presque prête, la nouvelle cabane à sucre du Muséoparc Vanier est inaugurée

OTTAWA – C’était jour de fête au Muséoparc Vanier ce mardi après-midi. Attendue depuis plus de deux ans, la nouvelle cabane à sucre a été inaugurée en présence de plusieurs représentants politiques et communautaires. L’incendie de l’ancienne bâtisse, en 2020, avait créé une onde de choc dans la communauté francophone de la capitale. Le public est maintenant invité à découvrir la nouvelle cabane alors que se déroule le 38e Festival des sucres jusqu’à dimanche.

La directrice générale du Muséoparc Vanier, Madeleine Meilleur, a animé la conférence de presse en remerciant au passage l’ensemble des gens impliqués dans la reconstruction de la cabane à sucre Vanier. En entrevue avec ONFR+, l’ancienne députée provinciale s’est dite « tellement heureuse aujourd’hui! Je suis probablement la personne la plus heureuse ici ».

Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, a souligné la grande implication de la directrice générale du Muséoparc Vanier, Madeleine Meilleur. Crédit image : Rachel Crustin

Quelques minutes avant de couper le symbolique ruban rouge, le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, a prononcé quelques mots en français. « Cette inauguration très attendue met en lumière la culture dynamique et l’histoire franco-ontarienne, et je suis heureux de vous voir aussi nombreux aujourd’hui. »

Celui qui est arrivé à la tête de la ville en octobre dernier a tenu à souligner la mémoire de Gilles Ladouceur, l’un des fondateurs de la cabane à sucre Vanier, décédé le même mois. Rappelons également que l’ancien directeur général du Muséoparc Vanier, Jean Malavoy, est décédé moins de deux mois après l’incendie de 2020.

Moderne, mais modeste

La nouvelle bâtisse reste très simple, dans le but de garder le cachet propre aux cabanes à sucre traditionnelles. La superficie s’est agrandie d’un tiers. Elle sera éventuellement complètement accessible, lorsque la rampe d’accès à l’édifice sera installée, plus tard au printemps. Le changement principal est que le nouvel évaporateur se trouve dans une pièce attenante à la salle à manger, laissant plus d’espace aux visiteurs.

Le nouvel évaporateur sera en fonction pour la saison des sucres 2024. Crédit image : Rachel Crustin

Cet évaporateur entrera en fonction lors de la prochaine saison des sucres. Cette année, les érables n’ont pas été entaillés et le Muséoparc Vanier servira du sirop provenant d’autres érablières de l’Est ontarien, du 5 avril au 5 mai. Il faudra donc attendre encore un an avant de goûter au sirop de la seule cabane à sucre active en milieu urbain au pays.

Des musiciens de Folklore Outaouais (au fond) assuraient l’ambiance à l’intérieur de la cabane. Crédit image : Rachel Crustin

Les autres activités reprendront progressivement. Madeleine Meilleur rappelle que le site de la cabane à sucre accueille un camp de jour estival durant lequel les enfants passent le plus clair de leur temps à l’extérieur. Un projet de mini-musée acéricole est également en cours de développement, en collaboration avec la communauté anichinabée de Kitigan Zibi.

Une communauté comblée

Les citoyens du quartier Vanier et des environs sont impatients de retrouver la cabane qui fait la fierté de la communauté. En discussion avec ONFR+ avant la cérémonie, la gestionnaire des communications et du marketing du Muséoparc Vanier, Annick Normand, expliquait que son équipe reçoit une quinzaine d’appels par jour de citoyens enthousiastes. Alors que la pénurie de main-d’œuvre fait rage dans tous les secteurs, le Festival des sucres n’a fait face à aucun problème de recrutement de bénévoles.

Les élus impliqués dans le dossier ont aussi démontré leur enthousiasme. La présidente du Conseil du Trésor et députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, a tenu à faire son tour à l’inauguration de la cabane à sucre Vanier avant de filer rapidement vers le Parlement pour le dépôt du budget fédéral. La députée d’Orléans, Marie-France Lalonde, était aussi présente dans la foule.

L’ancien conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, s’est réjoui de l’aboutissement du projet dans lequel il s’était engagé en tant qu’élu. Crédit image : Rachel Crustin

L’ancien conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, s’est beaucoup impliqué en tant qu’élu dans le processus de reconstruction de la cabane à sucre. Il explique vouloir continuer de s’impliquer en tant que citoyen : « Comme élu, on a un rôle, une responsabilité, mais on demeure dans la communauté. C’est ce qui est beau du niveau municipal, on est près de ce qui se passe. »

Celui qui a siégé au conseil municipal pendant 12 ans a même précisé qu’il était inscrit au concours de bûcherons amateurs du Festival des sucres, dans l’espoir de gagner un litre de sirop d’érable.

Un double retour

En plus de l’inauguration de la nouvelle cabane à sucre, cette semaine marque le retour du Festival des sucres en personne. Plus de 5000 visiteurs y participent lors d’une année régulière.

La première activité a eu lieu lundi avec le Soup(e) Splash, une compétition culinaire amicale où les chefs d’Ottawa doivent élaborer la meilleure recette de soupe au sirop d’érable. C’est le restaurant Play Food & Wine qui est ressorti gagnant de la compétition. L’événement, qui servait aussi d’activité de financement, affichait complet.

Le Soup(e) Splash 2023 affichait complet lundi soir au Centre communautaire Rideau-Vanier. Source : Muséoparc Vanier

Le Festival des sucres accueillera des groupes scolaires mercredi et jeudi. Vendredi, le groupe de musique et danse traditionnelles Louis Racine et les Pourquoi pas fera bouger les convives lors d’un souper et d’une soirée dansante au profit du Centre Pauline-Charron d’Ottawa, un autre événement tenu à guichet fermé.

Samedi et dimanche, les familles et le grand public pourront participer à différentes activités de 9h30 à 15h30. Un partenariat avec la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa permettra à des artistes locaux de se produire devant le public tout au long de la fin de semaine. Parmi eux, on retrouve des noms déjà établis comme les Rats d’Swompe et Mimi O’Bonsawin. D’autres, comme Kaiday et Jessy Lindsay, font partie des étoiles montantes de la scène franco-ontarienne.

La nouvelle cabane à sucre accueillera les familles samedi et dimanche pour le Festival des sucres. Crédit image : Rachel Crustin

Les plus jeunes visiteurs s’amuseront dans les jeux gonflables ou le parcours intérieur et s’émerveilleront devant la mini-ferme et les chiens de traîneau. Les plus grands pourront déguster des bières locales de Orléans Brewing Co et se défouler en pratiquant le lancer de la hache. Et tous pourront s’instruire en visitant l’espace des Premiers Peuples. Une compétition de bûcherons amateurs complètera le festival dimanche après-midi. La 38e édition du Festival des sucres se tient jusqu’au 2 avril au Muséoparc Vanier. La programmation complète est disponible sur le site web de Festival des sucres.

Budget fédéral : « Les francophones en sortent gagnants »

OTTAWA – La décision du gouvernement fédéral d’investir un milliard de dollars sur cinq ans en nouvel argent dans le cadre du Plan d’action sur les langues officielles satisfait les organismes francophones du pays.

« Les communautés francophones et acadiennes en sortent gagnantes. Les francophones ont été entendus », s’extasie d’entrée de jeu Liane Roy, la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA).

Cette dernière souligne que « c’est rare » et que ça fait « longtemps qu’on n’avait pas vu un budget qui parlait autant des langues officielles ».

La totalité de l’argent annoncé hier pour la francophonie – sauf les 208 millions de dollars sur cinq ans pour les services d’aides à l’emploi pour les minorités linguistiques – est dédiée au Plan d’action sur les langues officielles, un genre de guide qui dirige le gouvernement fédéral durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés linguistiques en milieu minoritaire.

Arrivant à échéance en 2023, il sera reconduit jusqu’en 2028 avec un budget de 3,8 milliards de dollars, soit un milliard de dollars de plus que celui annoncé par l’ancienne ministre des Langues officielles Mélanie Joly en 2018.

« L’annonce budgétaire va avoir un impact positif pour la qualité de vie des Franco-Ontariens. On se réjouit de cette annonce », réagit le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Fabien Hébert.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario Fabien Hébert. Gracieuseté

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) salue le travail de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor au sein du cabinet Trudeau.

« La table est réellement mise au niveau de la mise en œuvre au niveau financier par rapport au projet de loi C-13. Je pense que c’était l’intention derrière le nouveau milliard qui a été annoncé », estime le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.

Dans ce budget, 22,1 millions de dollars seront investis pour créer un centre d’expertise qui s’assurera que les institutions fédérales respectent la Loi sur les langues officielles en plus de favoriser l’épanouissement des minorités linguistiques, des propos qui reflètent les amendements adoptés jusqu’à présent en comité sur le projet de loi C-13.

La ministre Petitpas Taylor avait souvent répété par le passé que le Plan d’action et le projet de Loi C-13 seraient des compléments l’un pour l’autre, dans le but de freiner le déclin du français au Canada.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor à Grand Pré lors du dépôt de la réforme sur les langues officielles. Gracieuseté

L’opposition officielle s’est dite déçue que le budget « soit aussi évasif sur les détails ». Le critique conservateur en Langues officielles Joël Godin estime qu’il s’agit de la « poudre aux yeux » et que ces investissements démontrent que C-13 doit être beaucoup plus exigeant, notamment pour la reddition de comptes.

« Les libéraux nous ont habitués à des zones grises avec des promesses au conditionnel », soupire l’élu.

Enveloppe triplée pour l’immigration francophone

Le Plan d’action se divise en quatre grosses priorités : l’immigration francophone, le financement des organismes, l’éducation et les services en français ainsi que l’accès à la justice et la petite enfance.

« Les investissements annoncés viennent vraiment appuyer et refléter les demandes que nous avions faites. C’est un engagement substantiel envers la francophonie », affirme Mme Roy.

Le bond le plus massif pour les Langues officielles se retrouve pour l’immigration francophone. Jamais le gouvernement fédéral n’a investi autant dans un Plan d’action pour ce secteur. Pour les cinq prochaines années, le fédéral compte injecter 121 millions de dollars, soit le triple de ce qui avait été mis sur la table en 2018.

« C’est très important, car on a vu avec le dernier recensement que le poids démographique des francophones était à la baisse et en mettant des fonds substantiels comme ça, ça vient démontrer l’importance de l’immigration francophone dans ce Plan d’action », pense la présidente de la FCFA.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

L’AFO fonde de grands espoirs sur une bonification de 679 millions de dollars de l’enveloppe destinée aux provinces pour l’éducation dans la langue de la minorité. C’est dans cette catégorie que pourrait rentrer la promesse électorale des libéraux en 2021 de doubler le financement à 80 millions pour les établissements postsecondaires francophones hors du Québec.

« On anticipe et on aimerait voir une majoration de 40 millions par année, ça pourrait facilement se retrouver à l’intérieur de ce 679 millions », espère M. Hébert.

Diverses institutions universitaires franco-ontariennes, comme l’Université de Sudbury, attendent cet investissement, ajoute le leader franco-ontarien.

Via communiqué, le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge « s’est dit impatient de voir comment ces investissements seront précisés dans les programmes et initiatives », appelant à son dépôt dans les plus brefs délais. Le Plan d’action devrait sortir autour de la mi-avril.

« Les communautés de langue officielle du Canada dépendent de ce financement pour préserver et renforcer leur vitalité », a-t-il déclaré.

Budget fédéral : des mesures qui pourraient toucher votre portefeuille

OTTAWA – Le gouvernement fédéral a déposé ce mardi son budget dans lequel il prévoit une baisse de ses dépenses budgétaires, mais aussi de ses revenus, reculant ainsi sur son objectif d’équilibre budgétaire en 2028. Voici cinq mesures annoncées qui pourraient avoir un effet direct sur votre portefeuille.

Remboursement pour l’épicerie : 2,5 milliards de dollars

C’est la principale nouvelle touchant directement le portefeuille de 11 millions de contribuables canadiens annoncés hier par Ottawa. Cette mesure touchera notamment les couples avec deux enfants dont le revenu combiné net est en deçà de 58 500 $ ou encore une personne vivant seule gagnant en dessous de 49 200 $. Un couple de deux enfants sera éligible à une aide allant jusqu’à 467 $, alors qu’une personne vivant seule pourrait obtenir jusqu’à 234 $.

Les ainés seront aussi éligibles à un supplément moyen de 225 $. L’aide diffère toutefois à la baisse pour les couples avec deux enfants dont le revenu combiné est entre 49 500 et 58 500 $ tout comme les adultes vivant seuls gagnant respectivement entre 38 200 et 49 200 $.

De l’argent pour les dents

Annoncée en septembre 2022 par Ottawa, la Prestation canadienne dentaire pour enfants a déjà touché 240 000 enfants de moins de 12 ans, selon le fédéral. Santé Canada investira 13 milliards de dollars sur cinq ans et 4,4 milliards de dollars. Toutefois, presque toute la quantité de ce 13 milliards sera dépensée à partir de 2024. Plus de détails sur la couverture admissible seront annoncés à la fin de 2023. Toutefois, ceux dont le revenu familial sera inférieur à 90 000 $ seront couverts. Si le revenu familial est inférieur à 70 000 $, il n’y aura alors pas de quote-part à payer.

La ministre des Finances Chrystia Freeland lors de la présentation du budget de 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Les frais cachés

Ottawa dit vouloir sévir contre les frais cachés qui touchent les Canadiens comme de bagages, d’itinérance des télécommunications, de concerts ou d’événements ou encore d’expédition. Ottawa ne dit pas combien cette mesure pourrait rapporter à un contribuable ou si encore combien seront récupérés grâce à ces changements. Pour ce faire, le gouvernement entend modifier la Loi sur la concurrence, les règlementations bancaires en plus de donner de nouvelles inscriptions au CRTC.

Un modèle de chargeur de téléphones et ordinateurs

Le fédéral s’attaque « aux fabricants de téléphones, de tablettes, d’appareils photo, d’ordinateurs portables et d’autres appareils qui ont multiplié les dispositifs de recharge ». S’inspirant de l’Union européenne, qui a rendu obligatoires des ports de chargements USB-C pour tous les téléphones et ordinateurs portables d’ici la fin de 2024, Ottawa dit qu’il « collaborera avec ses partenaires internationaux afin d’envisager la mise en place d’un port de rechange normalisé au Canada ».

Déclaration de revenus automatique

Selon le fédéral, près de 12 % des Canadiens ne produisent pas leur déclaration de revenus ce qui fait en sorte que les contribuables à faibles revenus ne sont pas éligibles à certaines mesures d’aides du gouvernement, explique le budget Freeland. Ottawa veut étendre la production d’un rapport de revenus, fait à partir d’un questionnaire sur son téléphone, à deux millions de personnes en 2025. Ce nombre sera donc triplé, indique l’exercice budgétaire. Ce sont 53 000 Canadiens qui ont utilisé cet outil pour l’année fiscale de 2022.

Il est aussi question de la mise en place d’un service de production automatique pour aider les personnes vulnérables qui ne produisent pas des documents officiels sur le revenu à recevoir des prestations auxquelles elles ont droit.

Budget fédéral : un milliard de plus pour les minorités francophones

OTTAWA – Dans son budget 2023, le gouvernement fédéral bonifie son financement pour les minorités linguistiques au pays avec un milliard de dollars de plus sur cinq ans dans le cadre de son Plan d’action sur les langues officielles.

Le Plan d’action sur les langues officielles est une sorte de document qui guide le gouvernement durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés linguistiques en milieu minoritaire. Ce dernier est vu comme arrivant à un moment clé pour l’avenir du français au Canada, à la lumière des chiffres du dernier recensement.

Le nouveau financement d’Ottawa, qui est étalé sur cinq ans, se divise en trois parties : 374 millions de dollars en initiatives fédérales, 679 millions de dollars pour les ententes entre provinces et territoires et 25 millions de dollars pour le Programme de contestation judiciaire.

Le dernier Plan d’action se chiffrait à 2,8 milliards de dollars. Celui qui devrait être annoncé à la fin avril sera à hauteur de 3,8 milliards. Le fédéral bonifie aussi les services d’aide à l’emploi pour les minorités linguistiques.

Immigration francophone

De ce 374 millions de dollars, la grosse part du gâteau revient à l’immigration francophone. Le fédéral compte injecter 123,2 millions de dollars pour le recrutement, le soutien aux employeurs et une augmentation de l’aide fournie aux immigrants. L’arrivée de nouveaux arrivants francophones est la nouvelle priorité en francophonie pour les libéraux qui espèrent ainsi rétablir le poids démographique des francophones hors Québec. La cible de 4,4 % n’a été atteinte qu’une seule fois en 20 ans.

Organismes

Les organismes francophones demandaient 300 millions de dollars sur cinq ans pour une augmentation du financement de base de 56 millions par an. Ils obtiendront plutôt 23 millions par année pour 117 millions de dollars sur cinq ans. Les organismes visés seront ceux offrant des services dans la formation d’infirmières et de préposés bilingues de soins à la personne et à la promotion de la recherche en français.

Accès à la justice et petite enfance

Dans son Plan d’action, le fédéral prévoit dépenser 111,4 millions de dollars pour soutenir le bilinguisme dans le système de justice tout en appuyant la formation d’éducatrices et d’éducateurs de la petite enfance pour la francophonie hors Québec.

Préparer le projet de loi C-13

Le fédéral semble se préparer au projet de Loi C-13, qui vise à moderniser la Loi sur les langues officielles avec un nouvel investissement de 22,1 millions de dollars. Ottawa veut créer un centre d’expertise qui s’assurerait que les institutions fédérales respectent la Loi sur les langues officielles en plus de favoriser l’épanouissement des minorités linguistiques.

Une partie servira aussi au dénombrement des enfants éligibles à l’instruction en français hors du Québec. On sait que certains des amendements adoptés dans C-13 visent à renforcer le rôle du Conseil du Trésor afin qu’il veille à ce que les différentes entités fédérales respectent leurs obligations linguistiques. Idem pour l’épanouissement des minorités linguistiques : C-13 devrait notamment obliger Ottawa à en faire plus dans ce domaine.

Éducation et services en français : plus d’argent pour les provinces

Entre 2018 et 2023, Ottawa a envoyé 1,7 milliard de dollars pour les services d’enseignement pour les communautés linguistiques du pays. Pour les cinq prochaines années, les libéraux ajoutent 679 millions de dollars pour un total de 2,38 milliards. Cet argent servira pour l’accès à l’enseignement en français hors Québec, de la petite enfance au postsecondaire. Il est aussi question de services gouvernementaux bilingues dans cette injection de fonds. Près de 700 bureaux de services fédéraux bilingues seront ajoutés au cours des prochaines années : soit des nouveaux, soit des bureaux unilingues existants qui deviendront bilingues.

Le double pour le Programme de contestation judiciaire

Le Programme de contestation judiciaire verra son financement être doublé dès cette année, soit de 25 à 50 millions de dollars, indique dans son budget la ministre des Finances Chrystia Freeland. Géré par l’Université d’Ottawa, mais de manière indépendante, le Programme finance des causes touchant les minorités linguistiques ou les droits de la personne. Le fédéral était d’ailleurs en négociation avec les dirigeants du Programme pour une prolongation de deux ans étant donné que le contrat prenait fin à la fin du présent mois.

Reconduit ou pas?

Les mesures annoncées lors du précédent Plan d’action devraient être reconduites, mais de hauts fonctionnaires du ministère des Finances ont indiqué lors de l’embargo budgétaire qu’ils ne pouvaient confirmer à 100 %. Il reviendra aux départements des différents ministères de déterminer ceci. Par exemple, en 2018, la ministre des Langues officielles à l’époque Mélanie Joly avait réservé un gros morceau pour l’apprentissage de la langue seconde ainsi que les espaces communautaires et éducatifs, soit 450 millions. Une chose est sûre, les 2,7 milliards annoncés en 2018 seront bonifiés à 3,8 milliards.

Emplois francophones : plus d’argent pour les services d’aide à l’emploi

Pour contrer la pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs francophones, Ottawa ajoute 208 millions de dollars sur cinq ans au budget d’Emploi et Développement social Canada. Les organismes d’aides à l’emploi en milieu minoritaire seront ainsi aidés par ce ministère. Cette mesure ne fait toutefois pas partie du Plan d’action sur les langues officielles.

Dette fédérale

Contrairement à la mise à jour économique de l’automne 2022, le fédéral ne prévoit plus un retour à l’équilibre budgétaire en 2028. Pour cette année, la dette se chiffre à 40,1 milliards de dollars, une baisse de 3 milliards comparativement à l’an dernier. La raison de cette différence est expliquée par des revenus budgétaires revus à la baisse en raison d’une augmentation moins grande que prévu des salaires, des impôts sur le revenu et le revenu d’entreprises. La dette fondera à 14 milliards de dollars en 2027-2028. Dans un scénario optimiste, elle serait à 7,8 milliards dans cinq ans et dans un pessimiste, elle serait à 21,4 milliards de dollars.

Ottawa, terre d’asile loin de la guerre en Ukraine

Plus d’un an après le début de la guerre en Ukraine, ONFR+ est allé à la rencontre de ressortissants ukrainiens installés à Ottawa. C’est au cœur d’une famille franco-ontarienne que Tetiana et son fils ont retrouvé le calme et la sécurité. Après un long périple pour arriver au Canada, et dans cette quête pour la survie, c’est une amitié qui est née entre Tetiana et Cassandra, cette mère de famille franco-ontarienne touchée par l’horreur de la guerre.

Chemin Roxham : « Le Canada ne respecte pas ses propres valeurs », juge une experte

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Idil Atak est professeure agrégée à l’École de droit Lincoln Alexander et au département de criminologie de la Faculté des arts, au sein de l’Université Métropolitaine de Toronto. Cette experte des questions de migration irrégulière, de protection des réfugiés et des droits de la personne, a travaillé sur de nombreuses publications scientifiques dont Le système des réfugiés comme site frontalier : sécurité, surveillance et droits des demandeurs d’asile au Canada.

LE CONTEXTE : 

Depuis 2017, le chemin Roxham au Québec est submergé de demandeurs d’asile. Près de 9000 d’entre eux ont été envoyés en Ontario ces dix derniers mois, dont 702 à Ottawa, 1 170 à Windsor, 5 297 à Niagara Falls et 1 632 à Cornwall. Plusieurs provinces et politiciens urgeaient le premier ministre Trudeau de fermer ce passage transfrontalier controversé.

L’ENJEU :

Ottawa et Washington se sont entendus pour renégocier l’Entente sur les tiers pays sûrs, conduisant à la fermeture du chemin Roxham. Mais ce changement d’approche suscite plusieurs questions.

« Le nouveau protocole ajouté à l’Entente sur les tiers pays sûrs (ETPS), effectif depuis le 25 mars, prévoit l’envoi de 15000 migrants au Canada. Ce nombre est-il conséquent?

Je vois deux problèmes ici. L’Entente concerne les réfugiés et les demandeurs d’asile. Concernant les 15 000 migrants dans le nouveau protocole, c’est très vague et ça m’inquiète. Il y a plus de 27 millions de réfugiés dans le monde et ici, on parle de « migrants », qui sont un groupe différent. En plus, ce que le Canada accepte de prendre est en fait une portion minime. Quand on regarde les chiffres, ce n’est pas assez. À moins que ce soit une erreur de langage, ils parlent d’accueillir des migrants… Le langage de l’accord ou la décision du gouvernement doivent être plus clairs.

Pourquoi la contrepartie est-elle d’accueillir des migrants provenant du sud du continent américain?

Le fait que ce soit seulement des migrants provenant du sud est, à mon avis, très discriminatoire. Ils veulent réagir à ce qui se passe. Il me semble que ce n’est pas très bien réfléchi, puis ça a même l’air d’une improvisation.

Quand on regarde les données de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, (CISR), soit l’autorité qui examine les demandes, les statistiques concernant les demandeurs d’asile qui traversent la frontière, depuis 2017, montrent que les dix principaux pays d’origine ne sont pas des pays des Amériques.

Dans les dix premiers pays, il y en a que trois de cette région : le Venezuela, Haïti et la Colombie. Les autres sont du Nigéria, de l’Angola, du Pakistan, Soudan, Yémen, etc. Donc c’est très discriminatoire comme sélection. Les raisons de cette migration sont la persécution, la torture... Depuis 2017, plus de la moitié des demandes d’asile ont été acceptées, donc on reconnaît qu’ils sont des réfugiés et qu’ils ont besoin d’une protection internationale. La majorité de ces gens-là ne viennent pas des Amériques.

La professeure Idil Atak, experte sur les questions des réfugiés et du droit de la personne. Crédit image : Université Métropolitaine de Toronto

Selon vous, les modifications de l’Entente sur les tiers pays sûrs se sont-elles faites trop rapidement?

L’adoption de ce protocole est accélérée, très certainement. Déjà, depuis l’automne dernier, les gens ont commencé à traverser la frontière dans le sens inverse. Ce sont des chiffres négligeables, mais ce mouvement du Canada vers les États-Unis existe. Plusieurs dynamiques peuvent expliquer l’adoption rapide de ce protocole, comme des tensions entre les provinces, surtout le gouvernement Legault qui a bien joué sa stratégie.

Diplomatiquement, je ne sais pas qui aura l’avantage de ces modifications. Dans ses relations avec les États-Unis, le Canada est désavantagé, surtout s’il ne veut plus appliquer l’Entente parce qu’il réalise que les États-Unis mettent des gens en détention de façon arbitraire et les maltraitent. C’est ce que les États-Unis font. Certains s’accordent à dire que les États-Unis ne sont pas un pays sûr en fin de compte.

Des passages comme le chemin Roxham, il en existe des centaines tout au long de la frontière canado-américaine. Le fermer et appliquer cette entente sur 8891 kilomètres aura-t-il des conséquences financières sur le Canada?

Ils vont fermer tout. Ceux qui traversent la frontière illégalement ne seront plus admis, et cela, tout au long de la frontière. C’est une longue frontière et elle n’est pas militarisée. Les deux pays devront militariser la frontière et ils devront augmenter le nombre de gardes aux frontières, des caméras, des détecteurs de mouvement, etc. Ça va coûter beaucoup plus cher de contrôler maintenant. Ils vont trouver le moyen d’investir parce que ça ne peut pas durer comme ça.

Il y a un manque de planification à long terme. De nombreux rapports montrent que de plus en plus de gens vont se déplacer, pour des raisons climatiques, de déficit démocratique, de corruption. Nos politiques sont très réactionnaires.

Si une personne traverse la frontière et dans les 14 jours suivants n’a pas fait sa demande d’asile, elle sera renvoyée aux États-Unis. Elle pourra ensuite tenter de traverser à un point d’entrée régulier. Est-ce légal?

Il y a beaucoup de questions qui vont se poser avec ce protocole. Est-ce que les critères vont changer? Allons-nous accueillir des handicapés et des vieux? Est-ce que les diplômes vont entrer en jeu? Est-ce que les langues avec le français et l’anglais vont compter? Ils veulent que ces gens-là soient ensuite envoyés à un point d’entrée régulier, que devront-ils présenter là-bas? C’est peut-être quelque peu inconstitutionnel. C’est devant la Cour Suprême du Canada actuellement. Ils n’ont pas attendu la décision de la Cour avant de signer.

L’ETPS manque de planification long terme, quand on sait que des migrations de masses pourraient s’accentuer. Crédit image : Christopher Furlong / Getty Images

En tout cas, le Canada ne respecte pas ses propres valeurs. Offrir la protection aux réfugiés, ça fait d’ailleurs partie de nos lois. Le Canada a des obligations internationales, le pays a signé le traité de l’ONU sur la protection des réfugiés. On ferme la porte à un groupe important de réfugiés, basé sur des critères absolument arbitraires et discriminatoires.

Justement, ces personnes qui traversent et qui voudront traverser vont-elles changer d’avis, sachant que ce sera plus compliqué d’entrer au Canada à présent?

Malgré ces mesures, les gens vont continuer de traverser. Les gens ont de bonnes raisons de le faire. Ce n’est pas quelque chose de facile. Ils traversent parce qu’ils sont déterminés. Ils ne prennent pas ça à la légère. Traverser illégalement une frontière avec des enfants, ce n’est pas comme s’ils partaient en vacances. Ils vont continuer à prendre le risque, à payer des passeurs s’il le faut et à traverser au milieu de l’hiver. Regarder en Europe ce qui se passe, les gens continuent de risquer leur vie. »

Voici comment le budget fédéral de 2023 pourrait influencer l’avenir du français au Canada

OTTAWA – C’est ce mardi qu’Ottawa déposera son budget fédéral en pleine période d’inflation et celui-ci pourrait avoir un impact direct sur la vitalité du français au Canada et hors Québec au cours de la prochaine décennie.

La sortie du budget de 2023 coïncide avec deux éléments clés pour la francophonie canadienne : le Plan d’action sur les langues officielles, qui devrait être révélé dans les prochaines semaines, et la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO).

Le premier est une sorte de document qui guide le gouvernement durant cinq ans sur sa façon de gérer les enjeux relatifs aux communautés linguistiques en milieu minoritaire. Il arrive à un moment clé pour l’avenir du français au Canada, à la lumière des chiffres du dernier Recensement.

Quant à la refonte de la LLO, elle est présentement à l’étude en comité et le gouvernement tente de la faire adopter d’ici la fin de la session parlementaire en juin. Le projet de Loi C-13 et le Plan d’action vont main dans la main, a souvent répété dans les derniers mois la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté.
Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté

Si le contenu concernant les francophones dans ce budget est encore incertain, les chances sont toutefois fortes qu’Ottawa indique combien d’argent sera réservé au Plan d’action.

« Le Plan d’action représente un outil majeur pour lutter contre le déclin du français », observe la chercheuse en francophonie de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal.

Un impact « immense »

Cette dernière rappelle que le Plan d’action est en quelque sorte « le budget de la francophonie ». Mais en raison de la situation financière actuelle du pays actuellement, le budget de cette année pourrait être à l’image d’une « année de transition » pouvant résulter à de plus grands financements entre 2024 et 2028, estime la professeure.

« On va vers une nouvelle Loi sur les langues officielles avec de nouvelles mesures, car il y a des exigences dans cette Loi qui vont demander du financement. Le financement sera peut-être moins réjouissant cette année que dans les années à venir. »

Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), le Plan d’action a un impact « immense » pour la francophonie canadienne, car il touche à l’ensemble des organismes, de la culture, la jeunesse ou encore l’éducation, énumère sa présidente Liane Roy. Un petit montant aurait donc un impact significatif, avance Mme Roy.

« Sinon, il y aura des organismes qui vont devoir fermer leurs portes ou laisser aller du personnel. Il y a des services qui ne pourront pas être offerts dans certaines régions. Dans certaines communautés, ce sont nos organismes qui offrent les services qui permettent d’ être capable de vivre en français tous les jours. »

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy
La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy. Gracieuseté

Pour Linda Cardinal, le financement qui sera réservé aura un impact direct sur la vitalité du français hors du Québec et va démontrer aussi le sérieux ou non du gouvernement Trudeau dans ce dossier.

« On mise beaucoup sur le Plan d’action pour prévoir sur ce qui va être fait en matière de francophonie (…). C’est un outil d’action publique. Ça donne le ton aux langues officielles et ça permet de voir la vision que le gouvernement se donne des langues officielles », analyse la politologue.

300 millions pour les organismes

La FCFA demande au fédéral un financement, de 300 millions de dollars supplémentaires, sur cinq ans seulement pour les organismes francophones. Selon la FCFA, autour de 55 millions de dollars, en financement de base, sont envoyés chaque année aux organismes francophones par le fédéral. La FCFA aimerait obtenir alentour de 110 millions de dollars par année de la part du gouvernement.

Le portrait par province et territoire des dépenses des organismes francophones en situation minoritaire. Source :FCFA
Le portrait par province et territoire des dépenses des organismes francophones en situation minoritaire. L’AFO dénonce depuis plusieurs années l’enveloppe allouée en moyenne pour les organismes ontariens. Source : FCFA

Le dernier Plan d’action du fédéral, soit de 2018-2023 comportait un investissement additionnel de 500 millions de dollars, soit le plus haut montant réservé depuis le premier plan de Stéphane Dion en 2003.

Le Plan d’action comporte des mesures qui touchent à divers domaines de la francophonie canadienne. Celui de 2023 à 2028 devrait miser sur l’immigration, pour rétablir le poids démographique décroissant des francophones hors Québec.

« Aller chercher cet argent-là va nous permettre de faire un réseau postsecondaire franco-ontarien » – Fabien Hébert

Il y a aussi le secteur de l’éducation, notamment dans le domaine du postsecondaire, comme la promesse électorale des libéraux de doubler l’enveloppe destinée aux universités et collèges à 80 millions de dollars par an et de rendre celle-ci permanente. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) mise beaucoup sur cet engagement des libéraux, rappelant le désir des universités franco-ontariennes, comme l’Université de l’Ontario français (UOF), l’Université de Hearst et l’Université de Sudbury, à augmenter leur collaboration.

« C’est certain qu’aller chercher cet argent-là va nous permettre de faire un réseau postsecondaire franco-ontarien », soutient le président de l’AFO, Fabien Hébert. « On est dans un univers où on a besoin de concerter nos efforts et où les ressources sont limitées. Donc, être capable de créer des synergies entre nos institutions va nous permettre d’être efficaces et de mieux répondre aux besoins de notre communauté francophone. »

Pour la modernisation de la LLO, Ottawa s’était mis de côté 16 millions de dollars, lors de la mise à jour économique de l’automne 2021, pour la mise en œuvre du projet de Loi C-13, une fois la sanction royale obtenue.

50e Nuit sur l’étang : les temps forts du festival en images

SUDBURY – Émotions, prestations musicales de grande qualité, rencontres intergénérationnelles… Le 50e du festival de la Nuit sur l’étang a répondu aux attentes et a réuni de grands noms de la communauté culturelle de Sudbury. Voici un retour, en images, sur les temps forts de l’un des événements les plus populaires du Nord.

Une longue attente

Crédit image : Inès Rebei

Avec une programmation ambitieuse pour son 50e anniversaire, la file était longue pour les premiers spectacles du premier soir de la Nuit. À guichet fermé depuis six semaines, le spectacle du vendredi a célébré les racines de l’événement. Trois bars et une salle supplémentaire projetant les spectacles ont été déployés pour l’occasion.

Un lieu symbolique

Crédit image : Rudy Chabannes

Une activité de retrouvailles a eu lieu pour marquer le coup d’envoi du festival et a réuni plusieurs personnalités influentes du milieu communautaire sudburois. Les organisateurs ont souligné avec enthousiasme qu’il s’agissait de la première fois que le festival avait lieu à la Place des Arts, inaugurée en avril dernier. « On se pince les doigts de savoir que la Nuit a 50 ans », glissait quelqu’un dans l’audience, entre deux prises de parole de bénévoles se remémorant les prémices du festival.

Le discours du maire Paul Lefebvre

Crédit image : Inès Rebei

Premier maire francophone de la ville depuis 1982, Paul Lefebvre a délivré un discours dans lequel il s’est dit fier d’être le premier maire à connaître toutes les chansons du festival. Parmi les autres invités de marque de l’événement, on comptait la députée néo-démocrate France Gélinas.

Un hommage aux racines

Crédit image : Inès Rebei

L’animation fut assurée par l’incontournable chanteur et humoriste Stef Paquette qui n’a pas manqué de faire rire l’assistance du début à la fin. Il fut rejoint sur scène par ses acolytes du groupe des Bilinguish Boys, Dayv Poulin et Édouard Landry. Ensemble, ils ont interprété un nombre records de 25 succès franco-ontariens des 25 premières années du festival, tandis que le lendemain ils réitéraient l’exercice en mettant à l’honneur les 25 dernières années.

Valse de légendes

Crédit image : Inès Rebei

Le public a eu droit à une pluie de légendes pour cette première soirée : Robert Paquette, Breen Leboeuf, Jean-Guy « Chuck » Labelle… Autre prestation très attendue du festival, Michel Paiement, un des artistes révélés par le festival. Celui-ci a chanté son grand classique Ouendaké.

Le show de Hey, Wow et Deux Saisons

Crédit image : Dominique Demers

Le groupe Hey, Wow a lui aussi enflammé le public, son chanteur Jean-Marc Lalonde, étant présenté par Stef Paquette comme étant le plus grand « showman » de l’Ontario français. Celui-ci lui a remis un faux trophée du meilleur animateur du festival en 50 ans. Le quatuor a réveillé la salle de la Place des Arts à coup d’accordéon et de guitare électrique. Jean-Marc Lalonde a continué à animer la salle avec le prochain et dernier groupe de cette première soirée, et non des moindres, Deux saisons. Le public s’est tenu debout pour leur chanson de rappel, le fameux « bon verre de scotch ».

Panel sur les arts de Sudbury

Crédit image : Dominique Demers

En marge du festival avait lieu, samedi après-midi, le panel les arts à Sudbury : 50 ans de création et de combat organisé par ONFR+. Hélène Dallaire, pédagogue, comédienne et metteuse en scène, Philippe Mathieu, enseignant, journaliste et musicien, France Huot, comédienne et autrice, Robert Paquette, auteur-compositeur-interprète et Réjean Grenier, éditorialiste et co-fondateur du festival de la Nuit sur l’étang étaient invités à débattre au sujet de la situation de l’art francophone à Sudbury. Collaboration, sous-financement, faible représentativité, manque de programmes figuraient parmi les enjeux relevés lors des discussions.

Hommage à Gisèle Lalonde

Crédit image : Inès Rebei

Le chanteur Serge Monette est monté sur scène la deuxième nuit accompagné de sa fille, Élodie Monette-Dugas, aux harmonies vocales. « Si la Nuit sur l’étang existe encore c’est grâce à votre résilience », a-t-il lancé au public. Il en a profité pour évoquer le combat mené par la militante Gisèle Lalonde pour sauver l’hôpital Montfort avec sa chanson Un peuple debout, dont les paroles reprennent le célèbre « Nous sommes, nous serons. »

Duo théâtral

Crédit image : Inès Rebei

Duo de géants, comme ils se sont présentés, du théâtre franco-ontarien, Robert Marinier et Jean-Marc Dalpé ont offert un numéro révélant avec humour les difficultés, entre autres, pour les acteurs de théâtre franco-ontariens de l’ancienne génération décrocher un rôle aujourd’hui. À la fin, Robert Marinier lance au public : « L’avenir du théâtre franco-ontarien c’est vous, alors allez au théâtre, les acteurs ne vous mangeront pas! »

Poésie avec Chloé LaDuchesse

Crédit image : Inès Rebei

Chloé LaDuchesse, récipiendaire du Prix Trillium de poésie 2022 pour son recueil Exosquelette, a offert une livraison poétique en musique accompagnée par la vocaliste Darlene Raven. Celle-ci a ironisé sur le fait qu’on lui doit la tempête qui sévit à l’extérieur en raison du poème qu’elle récite ce soir-là, qui utilise une métaphore autour de la neige et de la mélancolie.

La relève féminine

Crédit image : Inès Rebei

Changement de ton avec cinq artistes de la relève au féminin et dans toute la diversité, Kaiday, Aurel, Martine Fortin, Mags Gibson et Marielle Malleau. « Ces interprètes sont un témoignage de l’importance de La Brunante pour le développement des jeunes artistes », a déclaré le co-animateur de la soirée Denis St-Jules au sujet de ces ateliers professionnels de musique pour jeunes de Sudbury.

Séquence émotion

Crédit image : Inès Rebei

L’animateur Éric Robitaille a souligné avec émotion la présence d’Andrew Snell, un anglophone venu de Sault Sainte-Marie qui avait fait les manchettes pour avoir perdu son anglais suite à un accident en 1993. À son réveil, il ne parlait qu’en français. Venu à Sudbury spécialement pour l’événement accompagné de sa famille anglophone, celui-ci a avoué – dans la langue de Molière – être étonné d’y voir autant de francophones.

Un final endiablé

Crédit image : Inès Rebei

La bête de scène Mehdi Cayenne a clos les festivités avec une prestation de ses morceaux les plus rythmés, essentiellement de nouvelles chansons. Marcel Aymar, qu’il dit l’avoir vu grandir, a créé la surprise en le rejoignant sur scène pour chanter une version inédite de « l’homme invisible ». Pour son final, il fut rejoint par le public qui s’est déchaîné devant la scène.

110 ans de lutte : la résilience du Droit à l’image de l’Ontario français

OTTAWA – Le 27 mars 1913, Le Droit a été fondé à Ottawa pour donner une voix aux francophones, en lutte contre le Règlement 17 qui restreignait l’utilisation du français dans les écoles ontariennes. Des hauts et des bas pendant plus de 100 ans et une transformation du journal. Plus d’un siècle d’existence avec des restructurations et le désir de vivre.

« Quand l’avenir d’un demi-million de Canadien français est en jeu, il n’est pas permis de négliger les moyens de lutte. Et quelle meilleure arme qu’un journal. » Cette phrase, tirée de la « une » de la première édition du Droit, brille encore aujourd’hui par sa pertinence… 110 ans plus tard.

« Le Droit était une propriété des Oblats qui l’ont dirigé pendant les 70 premières années », raconte Pierre Jury, l’ancien éditorialiste du journal. « C’était une autre époque », lance-t-il. « Dans les années 1970, le monde a commencé à changer. Le journal s’est mis à vivre des déficits plus importants. »

Le Droit était le quotidien d’Ottawa-Hull, le seul quotidien franco-ontarien. « Il y avait aussi une imprimerie commerciale, un hebdo local gratuit, le journal Prions à l’église qui faisait partie de l’empire du Droit », rappelle l’ancien journaliste.  

Pierre Jury a travaillé pour Le Droit pendant 34 ans, il a démissionné en 2020. Archives ONFR+

Il faut dire que les Oblats, une communauté religieuse, détenaient la station radiophonique CKCH, les centres de loisirs et un grand nombre d’organisations religieuses. En ce temps-là, 95 % de la population était de foi catholique.

Depuis, il en a fait du chemin ce journal franco-ontarien. Il est passé par des mains différentes aussi : Unimedia en 1983, une grève de trois mois en 1988 lorsque Le Droit était une propriété du magnat de la presse Conrad Black, puis racheté en 2001 et encore en 2013 par le Groupe Capitales Médias (GCM), mais qui fait faillite en 2019.

Une lutte pour la pérennité à l’ère du numérique

Le Droit a vécu des périodes difficiles, avec l’érosion des marchés publicitaires et l’arrivée en masse des médias sociaux. Tous les journaux ont vu leur rentabilité être affectée.

En 2020, les six quotidiens régionaux du Groupe Capitales Médias, dont fait partie Le Droit (Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien/Le Progrès et La Voix de l’Est), deviennent le plus grand groupe de presse sur le modèle coopératif au pays. Le Droit déménage alors côté Québec.

Un coup dur pour la communauté franco-ontarienne, déplorait l’ancien conseiller Mathieu Fleury à nos confrères de Radio-Canada. Mais les raisons financières dépassaient certains engagements parfois. Ainsi Le Droit a pu profiter de l’aide du gouvernement du Québec sous forme de crédit d’impôt sur la masse salariale.

Durant la pandémie de COVID-19, la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) avait annoncé la mise à pied de plusieurs employés, dont 23 au journal Le Droit. « La crise qui frappe le monde entier, et qui entraîne une chute brutale et sans précédent de nos revenus publicitaires, nous amène à prendre des décisions rapides et douloureuses », pouvions-nous lire dans une communication de mars 2020.

L’art de se remettre en question

Le 25 mars dernier, la rédactrice en chef du Droit, Marie-Claude Lortie publiait dans son édito : « Le Droit vous l’a dit longtemps en papier, bien imprimé, plié, parfois livré. Il le dit maintenant sur des écrans qui nous suivent partout et ne nous laissent jamais tomber. »

Pendant la pandémie, le quotidien avait finalement décidé de publier son édition papier uniquement les samedis. En entrevue avec ONFR+, Marie-Claude Lortie, s’est dite fière de ces 110 ans et réaffirme cette transition au numérique, « éventuellement, il n’y aura plus de papier ».

« Notre mission reste inchangée, depuis quelques années la mission des vraies nouvelles est devenue plus importante que jamais. »

Marie-Claude Lortie , rédactrice en chef journal Le Droit. Crédit image : Patrick Woodbury

On ne pourra pas dire que Le Droit s’est reposé sur ses lauriers. Non, Le Droit est toujours poussé par une motivation, selon M. Jury. « Il tient sa cote d’amour auprès du public parce que, sans eux, un journal ne peut tenir », rappelle l’ancien éditorialiste.

« C’est une évidence, mais c’est bien de le répéter, parce que la presse à ses défis. Je leur souhaite de vivre encore longtemps, mais je sais que les défis seront grands au cours de la prochaine année. »

Un modèle économique qui évolue

« La coopérative, ça a été bon pour Le Droit », assure Mme Lortie, première rédactrice en chef de l’histoire du journal. « C’est très porteur pour l’avenir, la diversité, l’équité, les valeurs sociales et la collaboration. C’est très moderne et c’est un modèle économique basé sur le partage. »

« Avec Internet, les médias se remettent en question depuis plusieurs années déjà. Le modèle de gestion participative et le modèle numérique, selon moi, ce sont vraiment des modèles d’avenir. »

Elle le répète : « Il n’y a pas d’interférence, c’est complètement indépendant. »

Au milieu du mois de mars, la coopérative avait annoncé un nouveau changement dans son modèle de fonctionnement. « La structure des six quotidiens régionaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) sera simplifiée et pourra se qualifier fiscalement à titre d’organisme à but non lucratif. »

Les six « coops » locales ont donc fusionné. Un changement qui « facilitera l’accès aux programmes de crédits d’impôt ». Le directeur général de la coopérative, Stéphane Lavallée avait annoncé au journal Le Soleil, que ce changement intervenait afin d’enlever un poids à l’organisation. « Un comité aviseur sera mis en place dans chaque média local afin d’assurer la contribution des membres dans la structure regroupée. »

Ce modèle sans but lucratif n’enlèvera rien aux ambitions du média, selon Marie-Claude Lortie. « Je veux continuer de faire un journal ouvert et qui répond le mieux possible aux besoins d’informations des gens dans leur communauté. Ce n’est pas un journal qui s’intéresse seulement à son pâté de maisons, mais tourné vers le monde. Le monde nous concerne tous. »

« L’importance de notre travail c’est d’expliquer aussi que le monde est à nos portes et en quoi c’est pertinent pour tous. Il faut le faire avec minutie et professionnalisme. »

Collaboration, sous-financement, manque de programmes : les défis de l’art à Sudbury

SUDBURY – Après une première soirée à guichets fermés à la Place des Arts, le 50e de La Nuit sur l’étang s’est poursuivi au Collège Boréal où avait eu lieu samedi un panel sur les arts en français à Sudbury. Hélène Dallaire, pédagogue, comédienne et metteuse en scène, Philippe Mathieu, enseignant, journaliste et musicien, France Huot, comédienne et autrice, Robert Paquette, auteur-compositeur-interprète et Réjean Grenier, éditorialiste et co-fondateur du festival ont participé à cette discussion organisée par ONFR+.

« Je suis très émue. C’est beau de revoir ces moments et ces gens qui font encore vivre l’art aujourd’hui », a débuté avec émotion Hélène Dallaire en réaction à la projection du documentaire d’ONFR+ Les Draveurs, qui est revenu sur l’histoire de l’incontournable troupe de théâtre du même nom pour laquelle celle-ci a fortement contribué.

Le ton était lancé pour la suite de ce panel intitulé les arts à Sudbury : 50 ans de création et de combat. Point de départ de la discussion : la genèse de La Nuit sur l’étang, festival fondé à l’Université Laurentienne.

Hélène Dallaire apparaît dans le documentaire Les Draveurs qui rend hommage à Hélène Gravel, fondatrice de la troupe de théâtre du même nom en 1971. Crédit image : Dominique Demers

Parmi ceux qui l’ont vu naître et grandir, Robert Paquette explique que le festival répondait à un besoin de la communauté : « Tout le monde a embarqué. C’est la force du Nord : ce n’était pas institutionnalisé, mais on avait le droit de faire n’importe quoi, quelque chose qui nous ressemblait. »

Réjean Grenier complète en ajoutant que, venant d’une plus petite ville de la route 11, le festival était aussi le lieu de réunion pour les francophones de la ville de Sudbury : « Ici, Franco-Manitobains, Québécois, acadiens, on s’est rencontrés là avec la même vision, avec des revendications comme partout ailleurs dans le monde à cette époque. »

 « Ce n’est pas pour rien que La Nuit sur l’étang existe depuis 50 ans, ce n’est pas nécessairement les artistes ou les organisateurs, mais la communauté qui est derrière », conclut Robert Paquette.

Au-delà de la Place des Arts

Retour vers le présent avec la Place des Arts dont l’ouverture l’an passé est encore célébrée aujourd’hui.

France Huot dit avoir reçu beaucoup de commentaires de la part du public sur les pièces du Théâtre du nouvel Ontario (TNO), un des sept organismes culturels logeant à la Place. Elle se réjouit d’avoir un lieu d’échange francophone stratégiquement situé en plein centre-ville.

De même pour Réjean Grenier, qui s’est ensuite exprimé sous les applaudissements : « Avec la Place des Arts, les francophones ne sont plus cachés, ils sont dans ta face. »

Pour autant, selon Mme Huot, même si la cohabitation des organismes présente encore des enjeux, il est essentiel pour eux d’avoir une synergie afin de résoudre les problèmes sévissant actuellement dans le milieu des arts.

Il faut avoir encore plus d’espaces dédiés à l’art francophone à Sudbury, a-t-elle ajouté.

Plusieurs figures phares de la scène culturelle ont répondu présent à l’événement malgré une grosse tempête. Crédit image : Rudy Chabannes

Durant la soirée, Philippe Mathieu expliqua que l’un des défis, aujourd’hui, est de remplir les salles de spectacle, depuis la pandémie qui a vu une certaine évolution dans les habitudes des consommateurs.

Fossé générationnel

Pour l’ensemble des participants, s’il est beau de parler des 50 dernières années, il est essentiel de repenser ensemble l’avenir des arts à Sudbury.

Produits de la relève artistique de Sudbury, Philippe Mathieu et France Huot craignent tous deux de voir naître un fossé générationnel à cause de la coupe de programmes artistiques à la Laurentienne survenue il y a presque un deux ans jour pour jour et des programmes sur le soutien technique en gestion de scène et en techniques et gestion de scène du Collège Boréal en 2017.

Pour Hélène Dallaire, la solution se trouve du côté de l’encadrement des enseignants à nourrir la flamme artistique chez les plus jeunes.

« Être excellent dans les arts n’est pas aussi gratifiant qu’être excellent dans le sport », a exprimé avec regret Philippe Mathieu.

« Si les francophones sont divisés entre eux-mêmes, soyons honnêtes, on ne perd pas nos jeunes à d’autres conseils, mais à l’école anglophone et l’immersion », a dénoncé audacieusement depuis l’audience l’auteur-compositeur-interprète et médiateur culturel en éducation autochtone Stef Paquette.

Stef Paquette est intervenu avec vigueur au cours de la discussion. Crédit image : Dominique Demers

Celui-ci regrette aussi que la jeune génération ne souhaite plus prendre le temps d’apprendre à jouer d’un instrument et envisage plutôt de devenir influenceurs, ce que Philippe Mathieu finit par confirmer de sa propre expérience de travailleur en éducation.

Des failles institutionnelles

Selon France Huot, les artistes de Sudbury sont au service des institutions : « On mériterait comme artistes d’avoir un accompagnement, pour se faire reconnaître au sein de nos communautés, mais aussi pouvoir en sortir. »

Réjean Grenier soulève, par ailleurs, que le marché de Sudbury est petit et manque d’agents et d’imprésarios : « Si tu veux gagner ta vie, tu dois sortir de Sudbury. » Pour Robert Paquette, les artistes du Nord doivent souvent jongler avec plusieurs emplois pour pouvoir survivre.

Réjean Grenier a tenu à lancer un message d’espoir à la jeune génération. Crédit image : Dominique Demers

« De moins en moins de jeunes s’intéressent aux arts, car ils ne voient plus de débouchés et les programmes ne sont plus là. Ils vont ailleurs faire d’autres choses », s’est alarmée Hélène Dallaire.

Michel Laforge, artiste et concepteur sonore, est intervenu pour affirmer que, malgré les coupes évitées dans le budget provincial déposé jeudi dernier, le financement des arts est largement insuffisant, surtout en contexte d’inflation.

D’ailleurs, « il ne faut pas un 70 %, mais un 100 %! », a lancé avec conviction Robert Paquette qui revendique que la totalité des fonds que les artistes réclament dans leurs demandes de subventions leur soit accordée.

Enfin, France Huot s’est risquée à soulever que l’Union des artistes, un organisme syndical des artistes francophones canadiens, était trop centré sur le modèle du Québec.

« Souvent les institutions en Ontario, ce sont les artistes qui s’en occupent et s’organisent entre eux », complète Rachel Crustin, journaliste culturelle à ONFR+ et animatrice du débat.

Rêver l’avenir

Et que rêver pour l’avenir des arts à Sudbury? « Je souhaite que la Place des Arts soit tout le temps remplie, mais que ça ne s’arrête pas là, qu’on ait toute sorte de projets artistiques qui jaillissent partout », a répondu Hélène Dallaire.

Robert Paquette, quant à lui, estime que la balle est dans le camp des Franco-Ontariens qui doivent se « repolitiser » comme ils le faisaient il y a quelques décennies, quand le milieu culturel franco-ontarien était en pleine ébullition.

L’événement s’est conclu par une activité de réseautage. Crédit image : Dominique Demers

Réjean Grenier demeure optimiste : « Je suis sûr que vous allez trouver des moyens de faire les choses, pas à notre façon, mais mieux encore. »

« Je souhaite des occasions où on peut échanger entre générations, car c’est vraiment enrichissant. C’est important pour ne pas se sentir seul devant nos défis », croit à son tour France Huot.

Enfin, au terme de ce panel, le plus jeune participant, Philippe Mathieu a clos la discussion en suggérant : « Ça serait génial de créer un grand programme parascolaire où on pourrait encourager les élèves et leur présenter une version professionnalisante de l’art. »

Jean Marc Dalpé : l’identité comme moteur de création

[LA RENCONTRE D’ONFR]

SUDBURY – Jean Marc Dalpé est lauréat de trois Prix du Gouverneur général, récipiendaire de l’Ordre des francophones d’Amérique et de deux doctorats honorifiques, dont un auquel il renonce pour des raisons politiques. Parmi les plus grands auteurs de sa génération, l’homme de théâtre a toujours clamé haut et fort son appartenance à la communauté franco-ontarienne. Celui qui a vécu à Sudbury pendant sept ans est de retour dans la ville du nickel pour la 50e édition des concerts La Nuit sur l’étang. Nous avons abordé avec lui son parcours et quelques-uns des 1001 projets qui jalonnent sa carrière.

« Comment le théâtre et l’écriture sont-ils arrivés dans votre vie?

Vers 13-14 ans, à l’Académie De La Salle, puis dans les premières années de l’école secondaire publique De La Salle (ouverte en 1971). Le professeur Gilles Provost montait une pièce de théâtre. J’ai été happé par ce monde qui s’ouvrait devant moi. Ensuite, je suis allé à l’Université d’Ottawa, puis au conservatoire d’art dramatique de Québec.

Vous aviez déjà vécu à Aylmer, du côté québécois de la rivière des Outaouais, mais vous arriviez à Québec en 1976 en tant que Franco-Ontarien. Comment avez-vous vécu cette période?

C’était assez extraordinaire. Je suis arrivé et, quelques semaines plus tard, le Parti québécois a pris le pouvoir. C’était une introduction à la vie politique au Québec, effervescente, de la fin de la Révolution tranquille. Cette poussée du nationalisme allait mener au premier référendum. On était deux Franco-Ontariens qui débarquaient à Québec, moi et Robert Bellefeuille, avec qui je fonderai plus tard le Théâtre de la Vieille 17.

C’était un choc culturel d’arriver dans cette ville où personne ne parlait anglais. Je restais à Lévis, sur la rue FRASER (accentue l’accent francophone de la région de Québec). Une fois, des amis me demandent de les rencontrer devant le KRRÈDJE. J’ai dit : Quessé ça? C’était le Kresge (prononcé KREZ-GEES). Oh my God!

Il y avait aussi quand on parlait de nos émissions d’enfance. Pour nos camarades, c’était tout en français. Robert Bellefeuille et moi, on nommait Bugs Bunny, Bob Homme… Le choc culturel était amusant, mais vrai. Ça a été de très belles années formatrices pour moi.

Jean Marc Dalpé s’est toujours affirmé comme Franco-Ontarien, même s’il vit au Québec depuis plus de 30 ans. On le voit ici avec la distribution de la pièce Dehors de Gilles Poulin-Denis, en 2017. Domaine public

Pourquoi avez-vous embrassé l’identité franco-ontarienne, alors que vous auriez pu vous identifier comme Québécois ou même anglophone, puisque votre mère l’était?

J’étais déjà proche des milieux « militants » franco-ontariens. Dès le secondaire, j’avais été du premier grand festival de Théâtre Action à Elliot Lake en 1974. J’avais rencontré plein de monde : de Sudbury, de Hearst, de Hawkesbury, etc. Quand j’étais au conservatoire, je revenais l’été pour travailler avec Théâtre Action. C’était naturel de vouloir revenir chez nous.

Et naturellement, l’idée de lancer une nouvelle compagnie théâtrale est arrivée : le Théâtre de la Vieille 17, en 1979. L’effervescence de la cause franco-ontarienne était en montée.

Je fais aussi partie d’une certaine vague de la création collective. Dans les années 70, au Québec comme ailleurs au Canada français, il y a cette idée que les acteurs vont écrire et créer une nouvelle dramaturgie. Ces deux courants arrivent en même temps : la cause militante franco-ontarienne et l’implication des artistes au niveau social, politique et de l’écriture. Je suis de cette génération qui a voulu faire naître.

Ça a commencé juste avant nous. Je pense spécifiquement aux gens de Sudbury comme André Paiement et le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), que je vais rejoindre après avoir fait la Vieille 17. Toute cette génération, Marcel Aymar, Robert Paquette… Ils sont un peu plus vieux que moi, mais j’arrive juste après et je me lance sur la vague.

Photo d’auteur de Jean Marc Dalpé, qui a toujours publié ses oeuvres à la maison d’édition sudburoise, Prise de parole. Source : Prise de parole.

Donc, vous étiez conscients de bâtir quelque chose?

Absolument. On le nommait. Il y avait eu la coopérative artistique du Nouvel-Ontario (CANO), le TNO, CANO-musique, la maison d’édition Prise de parole… Ce sont toutes des institutions qui venaient de naître et qui étaient des bâtisseurs. C’est comme ça qu’on en parlait. On bâtissait le pays. On bâtissait une identité. En fondant la Vieille 17, on était aussi dans ce courant de vouloir organiser les affaires, créer des réseaux entre les artistes. C’était très enthousiasmant de faire partie de tout ça. C’est une œuvre collective, de génération.

Qu’est-ce qui faisait que les jeunes d’Ottawa, comme vous ou votre complice Brigitte Haentjens, par exemple, convergeaient vers Sudbury et non l’inverse?

C’est parce qu’il y a eu un petit creux de vague à Sudbury à ce moment-là, si on parle spécifiquement de Brigitte et moi. Plein de gens étaient partis ailleurs, à Toronto, à Montréal… Il y a toujours des cycles comme ça, surtout en région. C’est dans cette pause qu’on nous a demandé si ça nous tentait de venir, avec Brigitte, ensuite avec Pauline Gagnon et d’autres, pour reprendre en main le TNO. Cette nouvelle génération va dominer la scène dans les années 1980.

En plus du Projet K dont on parle en fin d’entrevue, une autre référence à Jack Kerouac dans la carrière de Jean Marc Dalpé. En 2018, il joue aux côtés de France Huot dans la pièce Jack de Marie-Pierre Proulx. Ces deux femmes représentent à leur tour une nouvelle génération importante dans l’histoire du TNO. Archives ONFR+

Qu’est-ce que ça signifie pour vous d’être à la 50e Nuit sur l’étang cette fin de semaine?

J’ai été à tellement de Nuits! Je n’étais pas là lors des premières, mais, très rapidement, j’ai participé comme poète, animateur… Donc, quand ils m’ont appelé pour la 50e, c’est certain que j’ai dit oui.

L’identité est un sujet récurrent dans vos œuvres, du Chien (1987) jusqu’à La Queens (2018). Qu’est-ce qu’il reste à dire?

On est dans un moment où il y a énormément de réflexion et de conflits autour de l’idée d’identité. Ça s’est envenimé depuis quelques années, avec la montée de la droite. On le voit en Europe, aux États-Unis, etc.

Quand j’écrivais Les murs de nos villages en 1979, ou Gens d’ici en 1981, c’était plus naïf. C’était la fête, il y avait très peu d’idée d’exclusion dans cette identité franco-ontarienne.

Autour des deux référendums, la façon dont on parlait de l’identité québécoise s’est durcie. Il y a eu cette idée des vrais Québécois, des nouveaux Québécois ou des Québécois de souche. Cette façon de réfléchir était étrangère à notre élan identitaire à nous. Aujourd’hui, c’est tellement plus virulent. Ça me heurte énormément. Je pense qu’on a encore beaucoup de choses à dire. Comment on peut parler de qui nous sommes, sans que ce soit en opposition à qui vous êtes?

Jean Marc Dalpé porte plusieurs chapeaux dont ceux d’auteur, de traducteur et d’acteur. Archives TFO

En 2021, vous avez renoncé à votre doctorat honorifique de l’Université Laurentienne, après la suppression de nombreux programmes, dont 28 en français. Que signifie ce geste?

C’est un geste politique, en réaction à ce qui me semblait être des décisions désastreuses et non nécessaires, qui ont des conséquences sur la francophonie sudburoise et sur la ville de Sudbury. C’est de la mauvaise gestion des gens qui avaient la responsabilité de la santé de l’Université Laurentienne. J’espérais secouer certaines personnes. Je ne veux pas être affilié à the Laurentian University.

Parmi toutes vos œuvres, quelle est la plus chère à votre cœur?

Impossible de me poser cette question! Je vais faire la boutade qu’on entend souvent, mais c’est la nouvelle, celle qui s’en vient. Il y a la première de Rome le 5 avril à l’Usine C, à Montréal. C’est une grosse œuvre théâtrale que Brigitte Haentjens est en train de monter. J’y travaille depuis trois ou quatre ans. Le spectacle va durer sept heures. Je suis très content, car le livre va sortir chez Prise de Parole en même temps. C’est une belle grosse brique! 

Rome est inspirée de cinq œuvres de Shakespeare. On passe à travers la civilisation romaine, de la chute des rois et l’instauration de la première république, puis de la chute de la république et l’instauration de l’empire, ensuite jusqu’à la chute de l’empire.

On nomme souvent Le chien comme votre pièce maitresse. C’est celle qui vous a donné votre premier prix du Gouverneur général. Quel est votre rapport avec cette pièce aujourd’hui?

J’ai beaucoup d’affection pour elle. Au Salon du livre de Toronto, il y a quelques semaines, un des acteurs avec qui j’ai tourné Un, deux, trois de Mani Soleymanlou cet automne, Ziad Ek, a lu le monologue de Jay. C’était très agréable à réentendre. Ça swigne encore!

Dans Le chien, Roy Dupuis incarne Jay, qui revient chez son père (Roger Blay) dans un village du Nord de l’Ontario, après 10 ans d’absence. Source : Théâtre du Nouvel-Ontario

Vous avez donné dans l’écriture théâtrale, la poésie, le roman, la télévision, etc. Et votre pièce La Queens a été adaptée en version audio. Comment avez-vous trouvé cette expérience?

C’était très bien. On crée pour que le public reçoive ces œuvres-là de toutes les façons possibles. J’ai beaucoup aimé l’adaptation en balado. D’ailleurs, à TFO, il y a une production de Lucky Lady qui est accessible aussi. Pour moi, c’est du bonbon.

Vous avez aussi traduit et adapté de nombreuses œuvres. Qu’est-ce que ça vous apporte comme artiste?

C’est une activité que j’adore. La traduction est un art d’interprétation. Souvent, les gens ont cette idée qu’il existe LA bonne traduction. Mais non. Chaque traducteur traduit pour et vers sa culture. Je trouve fascinant de voir l’écart entre la langue originale et la nouvelle version.

Il y a un plaisir fou à ne pas m’occuper de l’histoire. Je m’occupe de comment la transmettre. Ça m’a apporté énormément pour le sens de la précision. Je vais encore faire le lien avec l’identité, car une traduction se fait seulement dans le contexte d’un échange. Il y a l’identité culturelle de l’œuvre originale, qui vient d’un individu, mais aussi d’une culture et d’une communauté spécifiques. Et ça s’en va vers une autre communauté tout aussi spécifique. J’essaie de trouver le point de départ qui peut se retrouver dans une autre culture.

En ce moment, je travaille avec Charles Bender, un Wendat de Wendake, proche de Québec. On traduit le dernier livre de Tomson Highway, un Cri du nord du Manitoba. C’est quelqu’un de sa génération, dans le milieu autochtone, au Canada, aujourd’hui. La traduction, c’est de plonger dans cette thématique de l’identité, mais d’une autre façon.

L’identité est le thème principal au coeur des oeuvres de Jean Marc Dalpé. Archives TFO

Ce n’est pas votre première collaboration avec des artistes autochtones. Vous avez fait le Wild West Show de Gabriel Dumont. Parlez-nous de ce gros projet.

C’était immense. L’histoire va comme suit : Alexis Martin travaillait sur une trilogie sur le fait canadien-français dans la vallée du Saint-Laurent. Je lui ai dit : il faut que tu sortes du Saint-Laurent, que tu viennes à Sudbury! L’Histoire politique a fait que la population québécoise s’est détachée d’une réalité plus nord-américaine. Ils ont perdu un peu de mémoire, notamment avec ces liens très importants qui existaient entre les populations francophones jusqu’aux années 1960-1970.

Donc, on est en train de discuter de ça, Alexis et moi, et on en vient à parler de Louis Riel. On se dit qu’il faudrait qu’on raconte cette histoire extraordinaire. Ma blonde de l’époque souligne : Ok, donc ça va être les deux gars blancs de l’est qui vont raconter ça?

Cette histoire a été vécue par quatre communautés importantes qui se sont retrouvées dans l’Ouest : les autochtones, métisses, anglos et francos. Pour la raconter, il faut qu’on ait des gens de toutes ces communautés-là. On s’est réunis à dix auteurs. On est allé chercher des Franco-Manitobains, des Fransaskois, des gens des communautés métisses, cries et anichinabées de l’Ouest.

Ça a été formidable. Et ça a donné le Wild West Show de Gabriel Dumont et le Gabriel Dumont’s Wild West Show, car on a fait une version en anglais avec toutes les autres langues, qui faisaient partie des deux versions.

La distribution du Wild West Show de Gabriel Dumont, lors d’une représentation à Montréal en 2017. Domaine public

Ça a créé des liens qui sont encore là. Charles Bender et moi, on a fait une première traduction d’un livre de Maria Campbell, une aînée métisse. Halfbreed est un monument, un morceau très important de la renaissance artistique et militante autochtone des dernières décennies. Charles et moi avons rencontré Maria Campbell quand nous avons joué le Wild West Show à Saskatoon. Nous avons découvert que ce livre-là n’avait pas été traduit en français. Alors on a décidé de le faire ensemble.

Vous avez déjà mentionné avoir un style d’écriture lent, avec plusieurs projets qui mijotent en même temps. Quels sont vos autres projets en cours?

J’en ai plusieurs. Un autre gros projet s’appelle le Projet K. K, pour (Jack) Kerouac. Ce n’est pas du théâtre, mais il y a une partie de performance, une partie d’animation culturelle, une partie littéraire. Un premier événement a eu lieu à Rouyn-Noranda en février. Il y aura Montréal en avril et Québec en mai. On est en pourparlers pour lancer ça à Moncton, puis à Sudbury avec la Place des arts, le Salon du livre du Grand Sudbury et le TNO. À Ottawa, j’ai eu une réunion avec le Centre national des arts (CNA) et le Théâtre la Catapulte. Je fais de plus en plus de choses un peu hors normes. La vie est courte. Pour les années qui me restent, let’s go, on fait des folies! »


LES DATES-CLÉS DE JEAN MARC DALPÉ 

1957 : Naissance à Ottawa

1979 : Fondation du Théâtre de la Vieille 17 avec Robert Bellefeuille, Roch Castonguay, Lise L. Roy et André Sarazin.

1981 : Arrivée à Sudbury pour le Théâtre du Nouvel-Ontario

1988 : Remporte son premier Prix du Gouverneur général pour la pièce Le chien. Il en gagnera deux autres.

1997 : Entre dans l’Ordre des francophones d’Amérique

2021 : Renonce à son doctorat honorifique de l’Université Laurentienne pour manifester contre la mauvaise gestion et les coupes de programmes en français.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.