Début de la saison des festivals en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Alors qu’on souligne la fin de la saison artistique, on commence celle des festivals en Ontario francophone. En plus du Festival franco-ontarien à Ottawa, un autre événement rassembleur se tient dans la péninsule du Niagara. On commence déjà à parler de Saint-Jean-Baptiste, un chanteur connu s’allie avec une chorale locale et c’est votre dernière chance de visiter une exposition qui allie littérature et arts visuels.

Festivals

Un festival gratuit à Hamilton

Le plus grand festival d’arts et culture francophone de la péninsule du Niagara se tient de vendredi à dimanche. La FrancoFEST accueille des grands noms de la musique franco-ontarienne comme LGS, Abel Maxwell, Stef Paquette, Julie-Kim Beaudry et LeFLOFRANCO. On célèbre la diversité de la culture francophone en Ontario avec la formation folklorique les Tireux d’roches, la troupe de danse Sentiment Collective, la musique bilingue innu et française de Shauit ou le musicien Adama Daou, pour ne nommer que ceux-là.

Les enfants deviendront pirates le temps d’une visite sur le bateau de Vie de pirate, une expérience théâtrale interactive qui a déjà fait ses preuves à Ottawa et Toronto et s’installe maintenant à Hamilton. Ils pourront aussi voir le spectacle de cirque d’Atlas Géocircus et de Zak, Dompteur de défis. Parmi les autres activités, on retrouve Ultimutts, un spectacle d’animaux rescapés devenus vedettes des petits et grands écrans.

La FrancoFEST Hamilton est un des plus grands événements francophones de la péninsule du Niagara. Crédit image : Centre francophone Hamilton

Du 16 au 18 juillet. Gratuit. Programmation complète sur le site de la FrancoFEST Hamilton

Commencer les festivités de la Saint-Jean-Baptiste

Le festival de la Saint-Jean Caisse Alliance de Kapuskasing se déroule vendredi et samedi sous le chapiteau, dans le stationnement du Centre régional de Loisirs culturels. Le vendredi est consacré à un gala d’humour avec le Franco-Ontarien Patrick Guillotte, l’ex Chick’n Swell Daniel Grenier, Yannick de Martino et Pierre Hébert.

Le samedi sera plus musical, avec les Franco-Ontariens Mitch Jean et la Famille Lapointe, en plus de la tête d’affiche, le groupe québécois Kaïn. Il s’agit d’une édition renouvelée des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste auxquelles les gens de Kapuskasing sont habitués.  

La foule à la Saint-Jean de Kapuskasing en 2019. Crédit image : Page Facebook Festival St-Jean caisse Alliance de Kapuskasing

Les 16 et 17 juillet. Détails et billets sur le site du Festival de la Saint-Jean Caisse Alliance de Kapuskasing

Musique

Le retour d’Akeem Oh

Alors que la Fête de la musique est célébrée partout en France, l’Alliance française Toronto ajoute son grain de sel en accueillant le spectacle d’Akeem Oh au Théâtre Spadina. L’artiste américano-canadien s’est fait plus discret, surtout en français, dans les dernières années, mais cette performance semble marquer son retour. Akeem Oh annonce en effet le début d’une « nouvelle ère » sur ses réseaux sociaux et promet la sortie de nouvelle musique prochainement. Il sera également en spectacle à Ottawa et Toronto en juillet.

Akeem Oh prévoit annoncer de nouvelles dates de spectacles bientôt. Crédit image : Jen Bernard photo

Le 21 juin au Théâtre Spadina. Détails sur le site de l’Alliance française Toronto

Une autre chorale pour Stef Paquette

L’un des musiciens les plus actifs de l’Ontario francophone sera de passage à Whitby ce samedi. Stef Paquette se promène de ville en ville et collabore avec des ensembles vocaux locaux. Une façon d’impliquer les communautés de partout qui fait dire à l’artiste, à la blague : « Venez-y pour voir vos enfants et amis, mais restez quand même pour me voir! » À Whitby, ce n’est pas un ensemble vocal officiel qui accompagnera le chanteur, mais bien un regroupement d’artistes et membres de la communauté.

Alain Barbeau, Stef Paquette et Geneviève RB. Les hommes tiennent une guitare.
Le chanteur Stef Paquette (au centre), avec le duo Geneviève et Alain lors de Contact Ontarois en janvier 2023. Crédit image : Rachel Bolduc-Crustin

Le 17 juin à l’École secondaire catholique Saint-Charles-Garnier de Whitby. Détails et billets sur le site du Conseil des organismes francophones de la région de Durham

Communauté

Lancement de livre à Vanier

Le Muséoparc Vanier accueille le lancement de l’ouvrage collectif Chroniques d’Eastview : Recueil d’histoires orales de Vanier le 22 juin, en formule cinq à sept. Le livre, publié aux Éditions David, présente des témoignages recueillis auprès de gens ayant grandi dans le secteur. L’équipe du Muséoparc Vanier y travaille depuis une décennie. La préface a été écrite par la regrettée militante Gisèle Lalonde. Le conservateur du Muséoparc, Yannick Labossière, a dirigé le collectif dans le but de « perpétuer la richesse du patrimoine oral du secteur Vanier. » Le livre est illustré par Alena Krasnikova. Quelques boissons et bouchées seront servies sur place lors du lancement.

Eastview est l’ancien nom du quartier Vanier d’Ottawa. Gracieuseté Muséoparc Vanier

Le 22 juin à 17 h. Détails du livre sur le site des Éditions David. Inscriptions au lancement avec ce formulaire

Clôture de saison à Orléans

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) organise un méchoui BBQ pour souligner la fin de sa saison artistique, ce vendredi. Une ambiance de fête de jardin pour se remémorer les bons moments entre les usagers et l’équipe. Le souper sera suivi d’une soirée dansante avec le chansonnier Jordan Poulin. Il s’agit d’un grand retour pour cet événement de fin de saison du MIFO, qui avait été mis en pause dans les trois dernières années.

Le MIFO est un joueur majeur du monde de la culture à Ottawa. Crédit image : MIFO

16 juin à 17 h 30. Quelques billets toujours disponibles sur le site du MIFO

Arts visuels

Dernière chance pour l’exposition Images & Mots

Le regroupement d’artistes BRAVO arts, section BRAVO-Nord, expose au Centre culturel de Moonbeam jusqu’au 24 juin. Pour l’exposition Images & Mots, 11 artistes visuels membres de BRAVO ont créé des œuvres en s’inspirant d’autant de textes d’auteurs franco-ontariens. Par exemple, Francine Plante s’est inspirée d’un texte de Véronique Sylvain. Parmi les artistes visuels, on retrouve entre autres Sarah Miller, Marilène Rheault et Laurent Vaillancourt. Des textes de Jean Marc Dalpé, Patrice Desbiens et Elsie Suréna ont entre autres servi de muses.

Aperçu de l’exposition Images & Mots à Moonbeam. Gracieuseté

Jusqu’au 24 juin au Centre culturel de Moonbeam. La liste complète des artistes se trouve sur la page Facebook de Véronique Sylvain

Le fédéral appelé à créer des quotas de financement pour la recherche en français

OTTAWA – Le gouvernement canadien devrait réserver une partie des fonds qu’il investit dans la recherche pour les francophones en plus de mettre sur pied un bureau dédié à celle-ci, recommande un rapport d’élus.

Le Comité permanent de la science et de la recherche a rendu public son rapport sur la Recherche et publication scientifique en français après une étude de plusieurs semaines avec plus d’une vingtaine de témoins.

Les élus de diverses formations politiques notent que les dernières années démontrent une tendance fortement à la hausse pour les publications en anglais, même de la part de chercheurs francophones. Par exemple, les trois conseils de subventionnaires du Canada disent recevoir entre 5 à 15 % de demandes en français alors que 21 % des professeurs universitaires parlent la langue de Molière.

« Ces tendances conduisent à une marginalisation du français dans le domaine scientifique », peut-on lire dans le rapport.

Pour remédier à la situation, le ministère de l’Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE) devrait financer sur le long terme la recherche portant sur la francophonie canadienne et développer un programme de financement dédié aux établissements d’éducation postsecondaire en situation linguistique minoritaire, écrit-on.

Le Conseil de recherches en sciences humaines, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, et les Instituts de recherche en santé du Canada – les trois principaux groupes de subventions fédéraux – devraient se voir imposer un quota pour qu’il « constitue un plancher minimal de financement destiné à la recherche réalisée ou publiée en français ».

« La domination de l’anglais menace la diffusion des connaissances scientifiques en français. D’autre part, la domination de l’anglais peut conduire à délaisser certains sujets de recherche plus locaux, notamment ceux qui portent sur les communautés francophones canadiennes elles-mêmes », soulignent les rapporteurs.

Pour contrer cette dominance, les parlementaires suggèrent la création d’un bureau pour la science en français, rattaché au Bureau du Conseiller scientifique en chef. Ce nouvel outil administratif aurait pour but de « proposer des actions concrètes » aux organismes fédéraux qui financent la recherche et « assurer un suivi et une coordination » concernant les investissements fédéraux dans le domaine en français.

On recommande aussi aux conseils subventionnaires de soumettre une évaluation du profil linguistique de ceux siégeant aux comités d’évaluation. Une plus grande place devrait d’ailleurs être accordée aux chercheurs qui consacrent leurs travaux en français, propose-t-on.

Les témoignages rassemblés par le comité avaient notamment critiqué le peu d’oreille qu’offrent les trois conseils subventionnaires pour les travaux de recherche en français.

Candidats à la mairie de Toronto : de surprenantes promesses pour la francophonie

TORONTO – Si la communauté francophone reste une minorité linguistique dans la Ville reine, il n’en reste pas moins que le français et l’anglais constituent les deux langues officielles du Canada, tout comme dans la capitale économique du pays. Maison de la francophonie, commissariat municipal aux services en français ou encore communications de la ville en français… À 11 jours du scrutin partiel, les principaux candidats à la mairie de Toronto évoquent leurs projets pour la francophonie, absents de leurs programmes officiels.

Un million de dollars, c’est le nouveau fonds annuel que la candidate Mitzie Hunter propose de mobiliser en travaillant avec des partenaires provinciaux et fédéraux pour améliorer la disponibilité des services et des communications en français dans la ville de Toronto, visant à rétablir la communication dans les deux langues officielles.

Si elle est élue le soir du 26 juin, l’ancienne députée libérale de Scarborough-Guilwood assure qu’elle négociera avec le gouvernement fédéral pour débloquer les fonds pour la Maison de la francophonie, dont le projet est en berne depuis plusieurs années : « La Maison de la francophonie sera un ajout essentiel à la Ville et je m’emploierai à œuvrer avec d’autres paliers de gouvernement pour ce projet. »

Elle souhaite utiliser le Comité consultatif des affaires francophones de Toronto comme un véhicule pour identifier les opportunités d’action pour répondre aux besoins.

L’ex-députée provinciale Mitzie Hunter promet un million de dollars par an pour la communication et les services en français. Source : Twitter Mitzie Hunter

Une idée que partage sa rivale Olivia Chow, ancienne conseillère municipale et ex-députée fédérale néo-démocrate, partage la même idée : « Nous pouvons travailler avec le comité pour déterminer la meilleure façon d’engager les communautés torontoises de langue française et pour comprendre comment les servir dans la langue officielle de leur choix. »

Cela passe par « la compréhension de la meilleure façon de communiquer les annonces et les services de la Ville à cette communauté », déclare-t-elle, ajoutant vouloir instaurer un commissariat municipal aux services en français pour contrôler les progrès réalisés.

Côté culture, Mme Chow exprime sa volonté de défendre le financement d’institutions culturelles françaises comme la Maison de la francophonie auprès des gouvernements et de travailler avec les communautés francophones pour célébrer des journées de reconnaissance telles que la Saint-Jean-Baptiste, la Journée nationale des Acadiens ou encore le Jour du drapeau haïtien : « En tant que maire, je soutiendrai la célébration du patrimoine culturel diversifié de Toronto. »

La favorite des sondages, Olivia Chow (à gauche), s’engage à accélérer le projet de Maison de la francophonie, dont le financement fédéral ne s’est jamais concrétisé. Source : Twitter Olivia Chow

L’Éducation en français

Olivia Chow soutient également vouloir développer davantage l’éducation en français dans les écoles et communautés publiques avec plus d’établissements d’enseignement francophone.

Josh Matlow, conseiller municipal de Toronto – St. Paul, qui est le seul candidat à déplorer le fait que « les contributions actuelles que nous recevons par le biais des accords bilatéraux n’ont pas été suffisantes », soulève la question de l’égalité réelle de connaissance et d’expression du français à Toronto et la nécessité d’équité sur laquelle il souhaite mettre l’emphase.

« Le gouvernement fédéral doit impliquer les gouvernements locaux et provinciaux en tant que partenaires et intervenants égaux dans la prestation et l’adaptation des langues officielles par le biais d’un cadre stratégique », prône-t-il.

« La plus grande priorité devrait être de renforcer la capacité de parler français des Torontois, ce que j’ai entendu des organismes francophones de la ville » – Josh Matlow

Faisant la part belle à l’éducation en français, celui-ci déclare : « En tant que maire, je plaiderai pour le développement des écoles et des centres scolaires et communautaires, car ils ont été la principale avancée des communautés francophones en situation minoritaire au Canada. »

Son programme : plaider pour des investissements de tous les niveaux de gouvernement afin d’élargir les opportunités d’apprendre et de parler le français, nécessitant des financements adéquats. « La plus grande priorité devrait être de renforcer la capacité de parler français des Torontois, ce que j’ai entendu des organismes francophones de la ville. »

Il envisage lui aussi des consultations avec la communauté francophone de Toronto pour approfondir l’idée de nommer un commissaire municipal aux services français.

« Je soutiens le renforcement de la francophonie, de sa langue et de ses cultures en soutenant des projets qui favorisent la prospérité économique, l’éducation et le développement des compétences », conclut M. Matlow.

Josh Matlow (à gauche) veut être le champion du développement des écoles et des centres communautaires francophones. Source : Twitter Josh Matlow

Priorité à la majorité anglophone?

Contrairement à l’approche de certains candidats qui présentent des mesures chiffrées et concrètes, d’autres semblent n’avoir qu’une vague idée de leurs projets pour la francophonie à Toronto. Cela pourrait être le cas de l’ancienne conseillère municipale de Davenport Ana Bailão dont les intentions consistent uniquement à soutenir le « rétablissement » du Comité francophone de Toronto, comité déjà en place depuis quatre mois et dont la nouvelle équipe est en cours de constitution.

« Les centres culturels jouent un rôle important dans de nombreuses communautés et, en tant que maire, Ana se réjouirait de travailler avec la communauté francophone de Toronto pour faire avancer leurs priorités pour l’avenir de notre ville », répond une porte-parole de son équipe de campagne.

Brad Bradford a, pour sa part, affirmé qu’en tant que conseiller municipal pour le quartier Beaches-East York il a soutenu le travail du précédent Comité consultatif des affaires francophones durant quatre ans et qu’il continuera à l’encourager à l’avenir.

« En tant que maire, je m’engage à intégrer les perspectives et les idées francophones dans nos plans de développement économique et culturel afin de nous assurer que nous pouvons créer une ville qui représente la diversité culturelle et linguistique qui y vit. Avoir la contribution de divers groupes est la meilleure façon de nous assurer que nous répondons à leurs besoins et que nous intégrons leurs idées dans le tissu de notre ville. »

Mark Saunders, l’ancien chef de la police de Toronto, n’a quant à lui pas répondu à nos demandes d’entrevue pour évoquer ses vues sur la francophonie.

Ottawa continue de défendre sa nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau garde le cap : sa nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone au Nouveau-Brunswick respecte la Constitution et n’exige pas une connaissance des deux langues officielles. Ottawa est de retour devant les tribunaux ce jeudi à la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick pour contester un jugement précédent.

L’an dernier, un tribunal de la première instance avait jugé que le fédéral avait manqué à ses obligations linguistiques et constitutionnelles en 2019, en nommant Brenda Murphy comme lieutenante-gouverneure de la province bilingue. Quelques mois plus tard, la décision était contestée judiciairement par la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Brenda Murphy avait été nommée par le Bureau du Conseil privé à la suite d’une recommandation du premier ministre Justin Trudeau.

La juge en chef Tracey Deware de la Cour du Banc de la Reine avait donné raison à l’organisme acadien soulignant que la personne représentant la fonction de lieutenant-gouverneur se devait d’être bilingue. La juge écrivait notamment que comme Mme Murphy représentait une institution bilingue, les Néo-Brunswickois avait le droit de pouvoir communiquer avec elle dans les deux langues officielles.

Dans son mémoire présenté en Cour, le gouvernement estime que cette nomination du premier ministre « constitue un geste purement politique qui, à lui seul, n’a produit aucun effet juridique » et donc n’exige pas de respecter la Constitution. Les avocats fédéraux prétendent aussi que rien dans la Constitution n’exige que la personne étant au poste de lieutenant-gouverneur ne puisse être unilingue. Selon ces derniers, ça serait une « erreur » que la Cour force le premier ministre à procéder seulement à des nominations bilingues à ce poste.

Une nomination inconstitutionnelle, selon la SANB

La SANB estime plutôt qu’une personne unilingue occupant une telle fonction va à l’encontre du principe de bilinguisme au Nouveau-Brunswick qui est reconnu dans les lois fédérales.

« Pour nous, la nomination de la lieutenante-gouverneure unilingue anglophone était inconstitutionnelle. Ça prend une décision de la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick pour renforcer ça. Tant et aussi longtemps que ce n’est pas écrit dans une loi, on sera toujours à la merci de la volonté politique », dénonce son président Alexandre Cédric Doucet.

Au début du mois de juin, le gouvernement néo-brunswickois a demandé le statut d’intervenant dans ce dossier aux côtés du fédéral. Pourtant, durant les derniers mois, les deux gouvernements sont aux antipodes concernant leur position sur la francophonie.

Justin Trudeau a écorché à plusieurs reprises son homologue provincial sur sa façon de gérer la révision de la Loi sur les langues officielles comme la nomination de Kris Austin, un ancien dirigeant d’un parti anti-bilinguisme, sur un comité chargé de réviser la Loi. Lorsque le gouvernement Higgs a proposé d’abolir son programme d’immersion en français, Ottawa avait promis de couper les fonds qu’il envoyait à la province.

Trudeau-Higgs : « Ça fait un drôle de couple » – Alexandre Cédric Doucet

Le président de la SANB trouve ironique de voir les deux camps du même côté dans ce dossier.

« Voir le premier ministre Trudeau et le premier ministre Higgs se mettre ensemble contre nous et contre le droit des Acadiens du Nouveau-Brunswick, c’est insensé (…). Ça fait un drôle de couple. Comme ils disent en anglais, ça fait un strange bedfellows », ironise-t-il

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.
Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB. Gracieuseté : SANB

Son organisme a aussi porté en appel, dans la même cause, la décision de la juge Deware qui ne forçait pas le gouvernement a annulé la nomination de Mme Murphy.

À l’époque, la ministre des Langues officielles et députée de Moncton Ginette Petitpas Taylor avait annoncé la contestation de la décision, mais promettait que son gouvernement ne nommerait plus une personne unilingue à ce poste. Le jugement de la Cour d’appel est attendu d’ici quelques mois.

Un bac en sciences infirmières accessible à Toronto et Sudbury

TORONTO – Pour répondre à la pénurie de personnel de santé francophone en Ontario, le gouvernement financera un baccalauréat de quatre ans en sciences infirmières dans les campus du Collège Boréal de Sudbury et Toronto.

Depuis 2020, les collèges et les universités peuvent proposer des diplômes autonomes de quatre ans en sciences infirmières sans faire partie d’un partenariat de collaboration en sciences infirmières. En juin 2023, 17 programmes autonomes de baccalauréat en sciences infirmières avaient été approuvés par le ministère.

« Ce nouveau baccalauréat représente une étape logique dans l’élargissement d’une offre de programmes postsecondaires en français, dans le nord et le centre-sud-ouest de l’Ontario », estime Daniel Giroux, président du Collège Boréal. « Grâce à ce nouveau baccalauréat, notre établissement est plus que jamais en mesure de contribuer à résorber, dans le domaine de la santé, la pénurie d’une main d’œuvre hautement qualifiée capable de répondre dans les deux langues officielles aux besoins significatifs des communautés francophones qu’il sert. »

La députée Natalia Kusendova et la ministre Jill Dunlop aux côtés du président du Collège Boréal Daniel Giroux et de la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney. Source : Twitter Collège Boréal

« En augmentant le nombre de places de formation en soins infirmiers auxiliaires, notre gouvernement répond au besoin urgent d’accroître l’effectif en soins infirmiers en Ontario tout en proposant de nouvelles possibilités d’éducation postsecondaire en français », déclare pour sa part la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop.

Et d’ajouter : « Le nouveau diplôme et les places supplémentaires en sciences infirmières procurent un plus grand choix d’études aux étudiants. Ils réduisent aussi les obstacles à l’éducation de langue française à Sudbury et Toronto, de manière à ce que les francophones puissent avoir ensuite des carrières gratifiantes, en offrant à la population ontarienne les soins dont elle a besoin. »

70 places supplémentaires en soins infirmiers auxiliaires

« En établissant une nouvelle voie pour la formation en sciences infirmières dans le cadre du programme autonome de quatre ans du Collège Boréal, le gouvernement de l’Ontario réaffirme son engagement à établir dans le domaine de la santé une main-d’œuvre francophone résiliente et en croissance », ajoute la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney. « Nous continuerons de soutenir les efforts du gouvernement visant à procurer aux francophones un meilleur accès aux services et des soins pertinents dans la langue de leur choix. »

Outre le nouveau programme de baccalauréat en sciences infirmières, le gouvernement de l’Ontario alloue jusqu’à 630 000 $ pour financer 70 places supplémentaires en soins infirmiers auxiliaires au Collège Boréal pour 2023-2024.

Cette annonce intervient dans un contexte tendu en matière d’attraction et de rétention du personnel de santé, après la pandémie. Dans le même esprit, la province avait injecter plus de 400 000 $ dans une formation universitaire pour les étudiants en sciences infirmières de langue française à l’Université d’Ottawa en octobre 2021, via son Plan de dotation en soins de longue durée.

Cet article a été mis à jour le jeudi 15 juin à 8 heures.

Cour suprême : le prochain juge sera « sans doute » bilingue

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau ne compte pas déroger à sa tradition de nommer des magistrats bilingues à la Cour suprême, assure le ministre de la Justice David Lametti au lendemain de la démission du juge Russell Brown.

Lundi, ce dernier a annoncé son départ à la retraite, alors qu’il était suspendu depuis février. La décision avait été prise par le juge en chef Richard Wagner après qu’une plainte ait été déposée à l’endroit de Russell Brown pour des comportements déplacés envers des femmes dans un hôtel en Arizona, rapportait le Vancouver Sun. Il avait été nommé par Stephen Harper en 2015.

Justin Trudeau procédera donc à la nomination d’un sixième juge au plus haut banc du pays depuis son arrivée à la tête du pays en 2015. Plus récemment, c’était la Franco-Ontarienne et première autochtone dans un tel poste, Michelle O’Bonsawin.

David Lametti a indiqué que son gouvernement suivrait un processus similaire à celui qui a mené aux choix des autres juges, mais n’a pas voulu donner un échéancier sur quand ce processus serait entamé ou encore le moment d’une nomination.

« On cherche évidemment la qualité et la diversité. Pour la qualité, c’est très important de chercher la meilleure personne avec les compétences intellectuelles d’un juriste et c’est ce que l’on va faire », a-t-il affirmé.

David Lametti, ministre de la Justice et procureur général du Canada. Crédit image : Wikimedia, Sebastiaan ter Burg

Questionné à savoir si le remplacement de M. Brown serait bilingue, David Lametti a répondu « sans doute ». Quelques minutes plus tard, lors de sa conférence annuelle, le juge en chef Richard Wagner a aussi exprimé son souhait que « tous les juges de la Cour suprême soient bilingues » et a ajouté « ne pas avoir de conseils pour le premier ministre, outre de choisir le meilleur candidat ». Il a toutefois précisé « espérer » qu’une personne sera en place une fois que la Cour reprendra ses activités au mois d’octobre prochain.

L’actuel projet de loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles qui pourrait être adopté dans les prochains jours, n’oblige pas les magistrats à être bilingues, mais bien à maîtriser et comprendre la langue dans laquelle la cause est entendue. Par exemple, une cause en français avec un juge unilingue anglophone forcerait la cour à siéger à un nombre de cinq ou sept juges.

La tradition fait en sorte qu’il y a deux juges de l’Ouest du pays et Russell Brown provenait du système de justice albertain.

« Est-ce que ça va être l’Alberta, le Manitoba, la Saskatchewan ou la Colombie-Britannique? Je ne sais pas et ça peut venir d’ailleurs aussi, mais c’est un facteur qui est très important avec d’autres facteurs », a commenté le ministre Lametti avant une réunion du cabinet.

Le plus haut banc au pays est composé de neuf juges, un nombre impair pour éviter qu’il y ait une égalité de voix lors de jugements.

La refonte de la Loi sur les langues officielles tout près de la ligne d’arrivée

OTTAWA- Le projet de loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles a franchi une étape de plus lundi soir, le rapprochant de son adoption finale. En comité, les Sénateurs n’ont apporté aucune modification pour ainsi adopter la mouture telle que modifiée par les élus aux Communes.

Le projet de loi de la ministre Ginette Petitpas Taylor retournera donc au Sénat d’ici les prochains jours et pourrait obtenir la sanction royale d’ici la fin de la semaine. Le comité des Langues officielles a expédié l’étude en près d’une heure.

Les sénatrices Bernadette Clement et Michèle Audette ont tenté de modifier le libellé avec des amendements qui auraient accordé une plus grande importance aux langues autochtones au sein de la Loi sur les langues officielles, mais celles-ci ont été rejetées. Des fonctionnaires ont notamment expliqué que le projet de loi, dans sa forme actuelle, ne viendrait pas en affront à la Loi sur les langues autochtones.

« La Loi (sur les langues autochtones) – à mon humble avis au ministère de la Justice – n’est aucunement en péril avec le renforcement de la Loi sur les langues officielles qui vise autre chose que les langues autochtones et davantage le cadre constitutionnel consacré au français et à l’anglais », a indiqué Warren J. Newman, un fonctionnaire de Justice Canada.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté.
Ginette Petitpas Taylor, la ministre des Langues officielles. Gracieuseté

Lors de sa comparution la semaine dernière, la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) Liane Roy avait urger les sénateurs d’adopter le projet de loi le plus rapidement sans le modifier.

La principale demande présentée aux sénateurs, par le Quebec Community Groups Network, de retirer toute mention de la Charte de la langue française du projet de loi n’a pas eu l’oreille des sénateurs. Aucun membre au sein du comité n’a présenté d’amendement en ce sens, mais des propositions pourraient être effectuées par des représentants de la Chambre haute en troisième lecture.

Un pas dans la bonne direction

Interrogés par les sénateurs lundi, les juristes Michel Doucet et Érik Labelle Eastaugh estiment que ces inclusions dans C-13 ne contreviennent pas aux droits linguistiques des anglophones du Québec. L’avocate montréalaise en droit commercial Janice Naymark a témoigné le contraire.

« En reconnaissant la Loi 96, surtout dans le préambule de la Loi, ça donne un moyen d’interpréter des droits en vertu des lois fédérales, qui se doivent être en accord avec la Loi 96, réduira les droits des anglophones au Québec », a-t-elle fait valoir.

Les trois témoins ont convenu que C-13 constituait une avancée pour les droits des francophones hors Québec. « C’est un pas dans la bonne direction, est-ce que ça va régler tous les problèmes? Non, mais c’est quand même un pas dans la bonne direction des droits qui ont été reconnus dans la Loi de 1988 », a commenté M. Doucet.

Le projet de Loi C-13 vient statuer que le gouvernement doit en faire plus pour protéger le français au pays, donner plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles, obliger le fédéral à se doter d’une politique en immigration francophone et à atteindre sa cible de nouveaux arrivants. Il vient aussi donner un droit de travailler en français pour les travailleurs des entreprises liées à la charte fédérale dans les régions à forte présence francophone du pays. Tous les partis l’ont appuyé lors de son vote aux Communes le mois dernier.

Le documentaire Un. Deux. Trois, nos identités franco-canadiennes, accessible dès ce soir

OTTAWA – Le documentaire d’ONFR+, Un. Deux. Trois, nos identités franco-canadiennes, sera présenté ce soir en primeur aux visiteurs du Centre national des arts (CNA) à Ottawa. Il sera ensuite diffusé sur les ondes de TFO à 20 h 30, puis accessible sur le site du diffuseur public par la suite. La réalisatrice Joanne Belluco a suivi la troupe d’Un. Deux Trois. de Mani Soleymanlou lors la portion ontarienne de sa tournée, et en a profité pour aller encore plus loin dans les conversations identitaires avec certains acteurs clés de la pièce.

La saison du théâtre français du CNA avait commencé en grand. La pièce Un. Deux. Trois, écrite par son directeur artistique Mani Soleymanlou, réunit 36 actrices et acteurs franco-canadiens qui s’interrogent sur leur identité et leur place dans notre société. Ce soir, pour clôturer la saison, le CNA présentera à 17h30 le documentaire UN. DEUX. TROIS, nos identités franco-canadiennes. La projection sera suivie d’une discussion entre la réalisatrice Joanne Belluco et Mani Soleymanlou. Une présentation de la prochaine saison artistique clôturera l’événement.

Joanne Belluco a sélectionné des acteurs qui incarnaient, selon elle, des personnages forts de cette pièce de plus de quatre heures.

La réalisatrice explique qu’ils avaient « un gros symbolisme sur les épaules, ce qui me permettait de structurer le documentaire autour de leurs identités multiples. » Elle insiste sur le côté pancanadien et international de ces questions, même si ses intervenants sont franco-ontariens : « Utiliser le prisme de l’Ontario pour parler d’une problématique générale. »

Le documentaire de Joanne Belluco amène plus loin certaines conversations identitaires abordées dans Un. Deux. Trois. Crédit image : ONFR+

La pièce Un. Deux. Trois. part de la quête identitaire personnelle de Mani Soleymanlou. La création a commencé avec le solo Un. Réalisant que ses questionnements trouvaient écho chez les autres, la suite logique était d’ajouter « l’autre » sur scène. Emmanuel Schwartz s’est donc joint à lui pour Deux. Dans la partie Trois, ce sont 36 comédiens de partout au pays qui sont réunis.

« Les interprètes sont mis à nu dans la pièce, et ils se mettent encore plus à nu dans le documentaire. C’est hyper généreux » – Joanne Belluco.

Les textes de la pièce découlent de réelles discussions entre eux. Ils ont été confrontés à leurs propres propos, tel qu’exprimé par Dillon Orr dans le documentaire d’ONFR+ : « Chaque fois qu’on questionnait une réplique, on revenait le lendemain avec une nouvelle version du texte, avec mot pour mot ce qu’on disait. Et c’était interdit [de nuancer] parce qu’il ne fallait pas corriger nos clichés. »

« Ils se trouvent confrontés à leurs propres points de vue. C’est le courage des interprètes, car ils sont coauteurs de la pièce. Ils sont mis à nu dans la pièce, et ils se mettent encore plus à nu dans le documentaire. C’est hyper généreux », indique Joanne Belluco.

Ainsi, au fil de ses propres participations, chaque acteur s’est vu attribuer un rôle qui vient simplement grossir ses propres traits. En jonglant avec sa francophonie et son autochtonie, Chloé Petit incarne ces parties d’identités qui ont été invisibilisées. Dillon Orr, « le nouveau Franco-Ontarien » se retrouve en opposition avec Jean Marc Dalpé, le « grumpy old man ». Dans Un. Deux. Trois, nos identités franco-canadiennes, ce dernier affirme : « Ça a été très confrontant de me retrouver placé dans le théâtre. J’ai complètement assumé qu’on me tape dessus. »

Dans le documentaire, Lionel Lehouillier affirme qu’en étant une personne trans, il fait par défaut de l’art trans. Crédit image : ONFR+

Joanne Belluco aimait ce côté intergénérationnel et le fait que la pièce aborde parfois de nouveaux angles à ce sujet maintes fois abordé. Elle profite de la présence des interprètes pour aller plus loin dans ces discussions. Par exemple, Lionel Lehouillier dresse un parallèle entre l’identité queer et l’identité francophone. Le rapport à la langue française chez les personnes trans et non binaires est devenu son cheval de bataille.

Pour sa part, Dillon Orr explique que son rapport à la culture est bien différent de celui d’un Québécois. « Je n’ai pas ce poids de perdre une culture. Moi, ça fait longtemps que cette culture-là est perdue chez moi, » avance celui qui revendique le droit de parler anglais sans perdre son identité francophone. Le rapport entre le Québécois et le Canadien francophone est délicat, confrontant et représente une partie importante des discussions dans la pièce et le documentaire. Joanne Belluco espère d’ailleurs que son film sera vu par des Québécois.

Mani Soleymanlou est le directeur artistique du Théâtre français du CNA depuis le 1er septembre 2021. Crédit image : ONFR+

Avec la partie Trois, Mani Soleymanlou voulait reproduire chez d’autres la démarche qui l’habitait à l’époque d’Un, « cet espèce de jet émotif par rapport à ce qu’ils sont. » Dans le documentaire de Joanne Belluco, il explique ne pas chercher de réponses à ces questions. « C’est un truc qui évolue sans cesse. La seule réponse que je peux donner, c’est que c’est en mouvance perpétuelle. »

Un. Deux. Trois, nos identités franco-canadiennes alimentera certainement les discussions. Comme l’explique la réalisatrice, « C’est d’aller plus loin sur la thématique de l’identité, en écho avec ce spectacle monumental. »

Un avantage collatéral est aussi d’apprendre à mieux connaître ces artistes de la scène franco-ontarienne. Le documentaire met en vedette Jean Marc Dalpé, Ziad Ek, Lionel Lehouillier, Dillon Orr, Chloé Petit, Caroline Raynaud et Mani Soleymanlou.

Le documentaire Un. Deux. Trois, nos identités franco-canadiennes restera accessible sur le site de TFO. Crédit image : ONFR+

Joanne Belluco tient également à saluer « le courage de Mani Soleymanlou de se lancer dans cette aventure en tournée pancanadienne [à la levée des restrictions pandémiques]. Il y a une transgression, l’art est plus fort que la covid. Les artistes reprennent le pouvoir. L’audace de recommencer sur scène avec un spectacle pareil, c’est très excitant ».

En plus de la projection à 17h30 au CNA, le documentaire d’ONFR+ sera diffusé sur les ondes de TFO ce soir à 20h30. Il restera accessible sur le site web de TFO par la suite.

Course à la mairie de Toronto : rien n’est joué à 15 jours du scrutin

TORONTO – Si Olivia Chow se maintient toujours en tête des intentions de vote, le plus récent sondage indique une érosion de ses soutiens, au profit d’Ana Bailão. Mark Saunders reste en embuscade, avant un nouveau débat aujourd’hui.

J-15. Alors que le vote par anticipation suit son cours, les candidats multiplient les apparitions sur les plateaux de télévision et les bains de foule dans les quartiers de la Ville Reine. L’ex-députée fédérale néo-démocrate Olivia Chow s’affichait samedi à la Do West Fest dans le quartier Little Portugal, de même que sa poursuivante, l’ancienne conseillère municipale Ana Bailão.

Un sondage Mainstreet Research créditait vendredi les deux femmes de respectivement 29 % et 20 % d’opinion favorable. Mme Chow conserve une bonne longueur d’avance confirmée par d’autres instituts de sondage, mais Mme Bailão est en nette progression, tandis que l’ex-chef de la police Mark Saunders et le conseiller municipal de Toronto-St. Paul Josh Matlow ne fédèreraient que 13 % et 11 % des électeurs.

Si les élections devaient avoir lieu maintenant, Mitzie Hunter, qui a quitté son poste de députée provinciale pour se lancer dans la course à la mairie, n’irait pas au-delà des 9 % d’intention de vote. L’ancien journaliste Anthony Furey ferait un score identique.

La semaine précédente, le trio de tête était crédité de 32 %, 16 % et 12 % selon les données de l’institut Mainstreet Research.

Réponses à la question : Si les élections devaient avoir lieu aujourd’hui, pour quel candidat voteriez-vous? (électeurs décidés). Source : Mainstreet Research

Une nouvelle confrontation sur le logement

Retransmis sur CBC, un débat portait ce lundi sur un des thèmes fondamentaux de la campagne à la mairie de Toronto : le logement. Si tous les candidats semblent s’entendre sur l’urgence de construire plus de logements abordables, leurs priorités et angles d’attaque varient.

Ana Bailão, qui critique vivement le biais « anti-privé » de la candidate Olivia Chow, considère qu’il est indispensable de travailler avec le secteur privé et d’impliquer les trois niveaux de gouvernements à la table pour régler la crise du logement ensemble. Elle mentionne vouloir s’attaquer aux expulsions abusives et « remettre en place des régulations que Doug Ford a supprimées ».

« Quelqu’un qui investit 10 millions de dollars dans sa maison peut se permettre de payer plus de taxes » – Olivia Chow

Olivia Chow, pour qui le secteur privé n’est pas la solution, considère qu’une augmentation des taxes permettra d’investir de façon pérenne dans le logement abordable et de répondre à la situation d’itinérance : « Quelqu’un qui investit 10 millions de dollars dans sa maison peut se permettre de payer plus de taxes ». Elle soutient vouloir que les résidents de Toronto puissent y rester, vouloir que les projets immobiliers soient validés plus rapidement à la mairie et renforcer la protection des locataires.

Une approche critiquée par plusieurs candidats dont Josh Matlow qui considère qu’une hausse des salaires est la solution, bien qu’il partage son opinion sur le fait que la ville ne doit pas compter que sur le secteur privé pour la construction. Il propose le contrôle des loyers sur les terrains municipaux et plus de régulations contre les propriétaires frauduleux avec l’aide du gouvernement ou avec celle d’« un nouveau gouvernement à Queen’s Park ».

« J’ai grandi à Scarborough et je comprends ce que ça fait d’être à l’extérieur » – Mitzie Hunter

Pour Mark Saunders, offrir un vrai leadership à la mairie de Toronto est la priorité pour construire massivement et rapidement en éliminant toute bureaucratie qui retarde ce processus. L’approvisionnement est selon lui l’enjeu fondamental et affirme la nécessité de créer le bon environnement pour cette expansion et la création de logements abordables.

Mitzie Hunter a elle revendiqué la nécessité du retour du contrôle des loyers pour arrêter l’hémorragie à Toronto : « J’ai grandi à Scarborough et je comprends ce que ça fait d’être à l’extérieur. J’ai un plan chiffré et une vision pour que les gens puissent se permettre de vivre ici. » Elle soutient la création de logements abordables mais aussi de logements supervisés pour aller au-delà des refuges.

Fin du vote par anticipation demain

Une approche partagée par Brad Bradford qui évoque la nécessité de logements avec services de soutien : « Beaucoup de lits actuels dans les foyers sont utilisés par des réfugiés. Les gens ne peuvent pas vivre dans des parcs. » Il se positionne en faveur de plus de régulations contre les propriétaires frauduleux, le travail avec le secteur à but non lucratif et, tout comme Ana Bailão il met l’emphase sur la nécessité de travailler avec les 3 niveaux gouvernementaux pour régler cette crise du logement.

Débuté jeudi dernier, le vote par anticipation est ouvert jusqu’à demain dans les 50 bureaux de vote de la ville. L’élection partielle à la mairie désignera, le 26 juin prochain, le successeur à John Tory, qui a démissionné en 10 février dernier, après avoir admis une relation extra-conjugale avec une employée.

Article écrit avec la collaboration de Sandra Padovani.

Éducation francophone : Ottawa appelé à revoir son mode de financement

OTTAWA – Le gouvernement fédéral devrait augmenter son appui en plus de revoir la façon dont il octroie les fonds qu’ils envoient pour assurer l’éducation des francophones en milieu minoritaire, conclut un rapport de parlementaires.

Le Comité des langues officielles a déposé jeudi son rapport sur les mesures du gouvernement pour protéger et promouvoir le français au Québec et au Canada. Ce dernier a réalisé une étude sur le sujet, qui s’est étendue sur près de deux années.

Tous les cinq ans, Ottawa annonce son enveloppe destinée à l’éducation en français, à la petite enfance et au postsecondaire. La tâche revient ensuite aux différents intervenants – universités, conseils scolaires, garderies – de déposer une demande auprès du fédéral pour puiser dans cette enveloppe. La décision revient ensuite au gouvernement provincial et fédéral d’accepter ou non les différentes demandes.

Dans son plus récent Plan d’action pour les langues officielles, Ottawa réserve près de 2 milliards de dollars sur cinq ans pour diverses initiatives pour le français langue seconde, immersion en français et éducation française hors Québec. La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor n’a toutefois jamais précisé encore si la méthode serait similaire pour ce Plan d’action, soit une enveloppe distincte chaque année fonctionnant via des demandes.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d’une annonce de financement à l’Université de Sudbury. Crédit : Dominique Demers

Ce mode de fonctionnement doit être modifié selon les membres du comité vers la dotation d’une « source de financement stable, plutôt qu’un financement ponctuel par projet existant, qui favoriserait la construction et la rénovation des écoles et institutions en vue de répondre à la demande, ainsi qu’un soutien à l’embauche et au maintien des enseignants ».

Le commissaire aux langues officielles avait aussi pointé du doigt ce type de pratique soutenant que cela « requiert que les organismes puisent dans leurs fonds de fonctionnement lorsque le financement se termine ». Il signalait que les demandeurs voyaient la couleur de leur argent ou la confirmation de celle-ci six mois avant la fin d’un cycle financier, un échéancier beaucoup trop restreint, précisait-il.

Des pépins par le passé

ONFR+ avait d’ailleurs souligné un retard dans les enveloppes destinées aux établissements postsecondaires francophones en 2022, finalement repoussées à 2023 en raison de la lenteur du gouvernement dans le dossier, ce qui avait forcé les institutions à faire une gymnastique monétaire.

Pour ces institutions, les élus recommandent de « bonifier leur financement de base pour véritablement stabiliser le secteur postsecondaire ». Dans son Plan d’action de 2023, le fédéral n’a pas inclus l’une de ses promesses électorales de 2021, soit de doubler (de 40 à 80 millions) et de rendre permanente son enveloppe destinée aux institutions postsecondaires. Il consacre 128 millions de dollars sur quatre ans, soit 32 $ millions par année dès 2024.

Le comité recommande aussi au gouvernement d’assurer un meilleur rôle de leadership auprès des communautés francophones et des réseaux scolaires francophones hors Québec. Le rapport souligne qu’il n’est pas rare que les provinces laissent pour compte les écoles francophones.

« En Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique, il y a une très grande réticence à venir en aide à la minorité francophone. On essaie de donner cette responsabilité au gouvernement fédéral », écrit-on en citant les propos de l’avocat en droits linguistiques Roger Lepage.

Quand Reney Ray rime avec authenticité

[LA RENCONTRE D’ONFR]

KAPUSKASING – Avec Reney Ray, il n’y a pas de filtre, pas de mise en scène. L’artiste originaire de Kapuskasing parle sans tabous de son bagage de vie et n’hésite pas à ouvrir son sac dans le but d’aider les autres. Rencontre avec celle qui vient de remporter, pour la deuxième année consécutive, le prix d’artiste francophone de l’année de la Country Music Association of Ontario (CMAO).

« Comment avez-vous réagi lorsque vous avez gagné cet autre prix de la CMAO?

J’étais persuadée que c’était Kristine St-Pierre qui gagnait, j’étais même en train de filmer sa réaction quand ils ont nommé mon nom! Ça m’a beaucoup touchée. Ça me touche énormément que les CMAO fassent de la place pour les francophones.

Reney Ray était surprise de remporter le titre d'artiste francophone de l'année aux CMAO 2023. Gracieuseté
Reney Ray était surprise de remporter le titre d’artiste francophone de l’année aux CMAO 2023. Gracieuseté

Quel est votre rapport avec l’Ontario aujourd’hui?

T’sais, quand tu rentres à la maison et que tu as un petit chocolat chaud avec une doudou? Des fois, je parle avec quelqu’un et je sais tout de suite que c’est un Ontarien, de la manière dont nos cerveaux se comprennent. Plus je vieillis, plus je m’ennuie. Et l’Ontario me soutient tellement dans mes projets que ça me touche profondément.

Qu’est-ce que signifie votre plus récent extrait, La p’tite tomboy?

C’est un portrait de mon enfance. Courir dans le bois, me salir, me faire dire : « Tu es une fille, mets des robes ». Mais je voulais un fusil et un walkie-talkie et aller courir avec mes frères.

Vous avez même travaillé dans la construction avant de faire de la musique…

Mon père était contracteur et architecte et j’ai été élevée sur les chantiers. Donc, c’est arrivé naturellement. Mais éventuellement, je me suis dit : si je me coupe un doigt avec une scie et que je ne suis plus capable de jouer de guitare… j’ai décidé d’arrêter.

La musique aussi est un milieu avec plus d’hommes que de femmes. J’ai toujours été confortable là-dedans. C’est moi qui décide si je fitte ou pas.

Avant de faire carrière en français, Reney Ray chantait en anglais avec son groupe Bloodstone and Ray. Gracieuseté

Quelle importance revêt l’authenticité pour vous?

Je ne m’entoure que de ça. Je ne connecte pas avec ceux qui essaient de prouver quelque chose ou de s’amplifier. On a tous des blessures qui font qu’on agit d’une certaine façon. J’aime mieux voir les blessures que voir le pansement.

Comment fait-on pour ne pas se perdre quand on évolue dans un domaine qui peut être superficiel?

On se perd! Personnellement, ce qui me ramène, c’est Dieu. Je gagne des prix, mes chansons jouent partout, les gens m’écrivent. Et des fois, je me sens seule au monde, parce que c’est un monde superficiel. Il ne faut pas oublier pourquoi tu es là, parce que tu aimes la musique.

Dimanche, je suis revenue des CMAO et je pleurais. J’avais l’impression de ne pas avoir apprécié le moment, car tout allait tellement vite.

Reney Ray aux CMAO 2022, alors qu’elle a remporté le titre d’artiste francophone de l’année pour la première fois. Gracieuseté

Comment vivez-vous votre foi?

Je vis plus ma foi que ma musique. C’est ce qui fait que je travaille sur ma personne et que je veux écrire de la musique qui va aider les gens. Si vous regardez mes paroles de plus près, il y a souvent des références à Dieu. Je ne vais pas ouvertement me mettre à chanter ses louanges, mais je crois que la petite sagesse que j’ai acquise, c’est beaucoup grâce à Dieu et parce que je cherchais à devenir une personne qui avait des valeurs plus profondes. Ma foi, je me sens pas mal mieux avec que sans.

Vous avez trois nominations aux prochains Trille Or, dont le prix d’initiative artistique, pour vos conférences dans les écoles sur la prévention du suicide. Quel est ce projet?

J’ai vécu plusieurs suicides dans mon entourage, dont celui de mon père, qui était professeur. Donc, je ne cherche pas juste à toucher les élèves.

Quand j’étais au secondaire, à Kapuskasing, quelqu’un était venu parler de sa vie. Je vivais des choses à ce moment-là et j’avais trouvé inspirant qu’il partage son histoire. J’étais une petite rebelle. Je faisais croire que je me foutais de tout, mais ça m’avait vraiment captivée.

Donc, je vais dans les écoles pour toucher les jeunes et leur chanter quelques chansons, pour leur montrer qu’il y a toujours une façon de tourner ta douleur en positif.

C’est ce que vous avez fait avec l’album À l’ouest du réel, en 2021. Comment la période pandémique a-t-elle affecté votre musique?

J’avais de belles tournées prévues pour 2020. Ma mère est décédée, je suis tombée gravement malade et je me suis séparée, tout en même temps. Si tout ça m’était arrivé sans la pandémie, j’aurais dû annuler énormément de choses et je crois que ça aurait nui à ma carrière. On dirait que la vie s’est arrêtée pour que je puisse vivre tout ça. Je ne pense pas que la vie tourne autour de moi, ce n’est pas ça que je dis! (Rires.)

Le vidéoclip de la chanson À l’ouest du réel met en vedette Reney Ray, Debbie Lynch-White et Samuel Côté. Capture d’écran Youtube Reney Ray

J’ai chanté sur cet album en étant tellement faible. J’avais du mal à rester debout. J’ai dit à John (John-Anthony Gagnon-Robinette, le coréalisateur de l’album À l’ouest du réel) que je voulais quand même un album positif. Il m’a aidée à rendre ça plus pépé.

Les médecins me disaient que j’étais dépressive. Je savais que ce n’était pas ça. Finalement, j’ai été au privé et ils ont trouvé que j’étais céliaque. J’ai pleuré de joie. Ça a pris trois jours et je recommençais à avoir de l’énergie.

En 2020, vous avez fait le buzz avec la chanson Fuck Noël c’t’année! Pensiez-vous qu’il y aurait une telle réaction?

Non! J’étais toute seule chez moi, je buvais du vin et je jouais de la guitare. J’ai envoyé ça à deux ou trois personnes de ma maison de disque, puis je suis allée me coucher. Quand je me suis réveillée, j’avais 16 courriels qui disaient : « C’est trop bon! Tu dois aller en studio demain. On sort ça dans cinq jours ». Et moi j’étais comme : Qu’est-ce que j’ai écrit, dont?

Dans Ici maintenant, vous exprimez l’espoir de voir l’humanité apprendre de cette épreuve collective. Aujourd’hui, trouvez-vous qu’on a appris?

Je pense surtout que les vraies couleurs des gens sont sorties. Ceux qui ont un caractère mesquin sont devenus plus mesquins, et ceux qui ont un caractère aidant sont devenus plus aidants. Ça a filtré beaucoup de mon entourage.

Je trouve aussi qu’on l’a oubliée vite.

Le vidéoclip de Online est un mini-documentaire sur le centre de femmes Madame prend congé. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous impliquer dans cette cause?

J’ai vu ma mère être victime de violence conjugale. Et dans mes propres relations, ça n’a pas toujours été super beau, jusqu’à ce que je décide que je vaux quelque chose. Je voulais dire que c’est faisable de partir et de refaire sa vie.

Extrait du vidéoclip de la chanson Online. Capture d’écran Youtube Reney Ray

Vous êtes récemment montée sur scène avec votre fille. Comment avez-vous vécu ce moment?

Ce sont des moments que je chéris de tout mon cœur. Je deviens un bébé lala quand elle est là. C’est une musicienne magnifique. Je suis en train de faire un nouvel album, et elle a même composé dessus. Je suis tellement fière d’elle!

Qu’est-ce qui vous plaît quand vous écrivez des chansons pour les autres?

En tant qu’interprète, je sais ce que je suis capable de faire, donc j’écris en fonction de mon confort. Quand j’écris pour d’autres, je peux me permettre de faire des choses que je ne ferais pas si je me limitais à mes habiletés. Ma créativité explose.

Quelle chanson écrite pour quelqu’un d’autre vous rend particulièrement fière?

J’ai écrit plusieurs chansons pour 2Frères. Quand je les ai entendues, j’ai pleuré comme un bébé.

J’ai aussi écrit une chanson pour Ricky Paquette qui n’est pas sortie encore. Quand il la chante, j’ai la chair de poule. Ma version sonne comme du Jack Johnson. Et lui, c’est du Aerosmith.

Quelle est l’histoire derrière votre chanson avec Martin Deschamps, sortie en mai dernier?

Elle fait très country américain. Je l’ai écrite en anglais. Je voulais un truc à la Grease, version bicycle à gaz. La version anglaise sortira un jour sur un de mes albums. Mais Martin avait envie de la traduire, et il est excellent pour ça.

La rencontre de Reney Ray avec Martin Deschamps fut un moment charnière de sa carrière. Elle parle de lui comme un mentor et un ami. Gracieuseté

Le titre devait être Tiens-moi fort. Mais avant que ça sorte, Marc Dupré a sorti une chanson avec le même titre. Alors on a appelé la nôtre C’est la belle vie.

Ça fait un bout que vous parlez de faire un album double, anglais-français. Où en êtes-vous avec ce projet?

Ça fait longtemps que c’est prêt, mais malheureusement… je commence à peine à le dire. J’ai pris la décision de me séparer de ma maison de disques. J’ai renoncé à sortir ces albums-là avec eux. Ils vont sortir éventuellement. Pour l’instant, pour ne pas décevoir mon public, je suis rentrée en studio et j’ai fait un autre album en français. Je vais en faire un en anglais dans le prochain mois, plus acoustique. Je vais probablement les sortir à l’automne.

Pour Reney Ray, sa fille sera toujours la priorité. Gracieuseté

Par contre, une autre raison pourquoi je ne suis pas certaine de quand ça va sortir, c’est que ma fille vit des moments difficiles. J’ai annulé plusieurs tournées pour rester avec elle. Elle aura besoin de traitements pendant quelques mois.

Le seul spectacle que je vais honorer, c’est la Saint-Jean-Baptiste à Sudbury. Après, je vais prendre une pause des tournées hors-Québec.

Une autre chanson qui a marqué les esprits est Le p’tit Reney, sur votre premier album. Entretenez-vous encore le même rapport à la langue?

Je me trouve encore autant drôle! Depuis que je suis au Québec, j’essaie de parler comme les Québécois, pour ne pas qu’ils me reprennent dans les entrevues. Mais quand je parle à des anglophones, mon pattern de switcher back and forth et mon accent de l’Ontario reviennent tout de suite.

C’est pour ça qu’au début, je ne voulais pas faire d’album en français. Je me faisais tout le temps reprendre au Québec. J’avais peur de me faire dire : check l’Ontarienne qui essaie de chanter en français.

À un moment donné, j’ai fait : ils mangeront de la schnoutte s’ils ne sont pas contents (rires). Je vais chanter en français! Je viens de l’Ontario et je suis francophone. C’est ce qui a parti ma carrière.

Vivez-vous de l’insécurité linguistique?

Plus maintenant. J’ai tellement travaillé que les Québécois ne s’en rendent plus compte. Mais on dirait que depuis un an ou deux, je suis entourée d’anglophones parmi mes musiciens et mon français redevient comme quand j’étais en Ontario. Ça me rend heureuse. Je passais tellement de temps à réfléchir à comment dire les choses, que j’ai laissé de côté une partie de ma personnalité. Quelqu’un qui parle comme nous, en mélangeant les langues, il comprend tout et je peux vraiment me laisser aller. Je deviens de meilleure humeur et plus comique.

Est-ce qu’on sous-estime la curiosité des anglophones par rapport au français?

Un jour, dans un spectacle aux États-Unis, quelqu’un a crié : « Play a French song! » J’ai joué une chanson en français et les gens ont adoré.

Il y a deux ans, j’ai aussi fait une performance en français au gala du CMAO. Les organisateurs m’ont dit que c’était un des moments forts de la soirée. Les anglophones trouvent ça bien exotique, le français.

Vous avez gagné plusieurs prix. Lequel vous a fait le plus plaisir?

French Songwriter of the Year aux Canadian Folk Music Awards (CFMA). Parce que c’est pancanadien. J’étais fière de représenter les francophones de l’Ontario.

Reney Ray a remporté le titre d’autrice-compositrice francophone de l’année aux Prix de musique folk canadienne en 2022. Gracieuseté.

J’apprécie aussi être nommée dans plusieurs catégories aux Trille Or. C’est bien d’être nommée artiste de l’année, mais me faire dire bravo pour tous les aspects de mon travail, c’est encore mieux.

Pourquoi avez-vous choisi de réaliser vous-même votre prochain album?

J’ai toujours coréalisé mes albums. On dirait que c’est souvent le nom du gars qui apparaît et toi tu te fais oublier. Pour les albums de l’an dernier et qui ne sont pas sortis, j’ai fait celui en anglais avec Ricky Paquette. Mais il n’avait pas le temps de faire celui en français.  Ma gérante m’a dit : « Fais-le toute seule. Tu vas montrer au monde ce que tu es capable de faire ». Et c’est mon meilleur album en carrière.

Reney Ray avec son complice musical, Ricky Paquette. Gracieuseté

Quel est votre instrument préféré?

J’aime vraiment mieux jouer du piano que d’autre chose. Non, ce n’est pas vrai. Je déteste le piano. J’ai une relation amour-haine. Les trois quarts du temps, je ne veux pas en jouer. Mais quand j’en joue, je ressens quelque chose que je ne peux pas expliquer. Sinon, c’est avec la guitare que je suis le plus à l’aise. Et j’ai aussi un gros trip quand je joue de la batterie, même si je n’en joue pas souvent.

Avez-vous d’autres projets à venir?

Puisque je serai beaucoup à la maison prochainement, j’ai décidé de lancer un podcast. Ça devrait sortir à l’automne. Ça s’appelle Backline. C’est l’histoire cachée des artistes. Ce sera très humain, très authentique. »  


LES DATES-CLÉS DE RENEY RAY 

1985 : Naissance à Kapuskasing. Elle grandira à Val-Rita.

2003 : Déménagement à Saint-Sauveur, au Québec

2014 : Lancement d’un premier album anglophone avec son groupe Bloodstone and Ray.

2018 : Lancement d’un album éponyme, qui marque le début de sa carrière solo et francophone.

2020 : Participation à la tournée de Martin Deschamps et début de sa collaboration avec 2Frères, pour qui elle écrit des chansons.

2022 : Récipiendaire des prix French Songwriter of the Year aux CFMA et d’artiste francophone de l’année aux CMAO, qu’elle remportera aussi en 2023.

2023 : Partage la scène avec sa fille, une grande source de fierté.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Deux heures avant la fin de l’été ou ce malaise qui nous berce

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Dans son plus récent roman, Deux heures avant la fin de l’été, Sébastien Pierroz brosse le portrait d’une France profonde touchée par les changements climatiques, les bouleversements socio-économiques et les clivages politiques. C’est aussi un va-et-vient temporel entre la France des années 70 avec l’immigration maghrébine en pleine effervescence et la France d’aujourd’hui marquée par les conséquences de la désindustrialisation et les effets de la pandémie du COVID-19 sur nos vies.

À cheval entre le polar et l’analyse sociale, ce roman met en scène des personnages réels et vivants comme Damien, le Français militant écolo qui travaille au siège de Greenpeace à Londres, et Cristina, la journaliste franco-ontarienne originaire d’Embrun.

Avec Damien qui retourne chez lui à Mongy, petit village savoyard, et Cristina née d’une mère vénézuélienne qui quitte son village d’Embrun pour les besoins d’une enquête pour atterrir au même coin de pays, l’auteur est-il en train de raconter l’histoire d’une rencontre entre le village et la ville, entre l’urbain et le rural, le cosmopolite et le conservateur, le citoyen dit « de souche » et l’immigrante?

Des points de rencontre qui peuvent se métamorphoser en lignes de fractures. Ce roman serait-il un bilan des effets pervers de la mondialisation sur nos vies, notre nourriture, notre climat, nos relations humaines et même sur la façon dont nous votons et pensons politique?

Un drame qui rappelle une autre histoire

Le livre de Sébastien Pierroz m’a curieusement rappelé une histoire tragique que j’ai suivie dans les journaux pendant quelques années et qui est par la suite tombée dans l’oubli médiatique. Celle d’Omar Raddad. Ce jardinier d’origine marocaine accusé en 1991 d’avoir tué la propriétaire des lieux, Ghislaine Marchal dans sa villa du sud de la France.

Deux inscriptions en lettres de sang ont été retrouvées écrites sur la scène du crime l’une « OMAR M’A TUER » et l’autre « OMAR M’A T » ont conduit la justice à inculper Omar Raddad malgré son insistance sur son innocence.

Autant le crime que le procès ont soulevé les passions et créé la controverse aussi bien en France qu’au Maroc, pays d’origine d’Omar. Le célèbre avocat français, Jacques Vergès, connu pour avoir entre autres représenté des militants algériens appartenant au Front de Libération National, s’est porté à la défense d’Omar Raddad.

Il est allé même jusqu’à commenter sur le supposé racisme du verdict. Un geste qui lui coûtera d’être poursuivi par le parquet de Nice pour diffamation.

Omar Raddad n’a jamais été innocenté. Il sera condamné à dix-huit de réclusion mais il sera gracié par le président français en 1996 après une entente légale entre la France et le Maroc. Il continue jusqu’à nos jours à clamer et vouloir prouver son innocence.

Est-ce que le racisme a bel et bien joué un rôle dans la condamnation d’Omar Raddad? Plusieurs pensent que oui, mais peut-être qu’on ne le saura jamais.

Dans son roman, Sébastien Pierroz essaie subtilement de répondre à cette question mais à travers une autre histoire. Pas celle d’Omar Raddad mais en narrant une histoire fictive, celle du meurtre en 1976 d’une jeune fille, Claudia Campana, commis par un immigrant algérien, Arezki Hamani mais dont les circonstances restent obscures et nébuleuses.

Des accusations et des secrets bien protégés

Plusieurs parallèles intéressants à souligner : une petite ville de la France profonde, une population immigrante qui s’y installe, des tensions sociales qui naissent, un environnement politique en ébullition. Des ingrédients qui se ressemblent et des drames qui se tissent : des accusations et des secrets qui sont bien protégés, parfois même impénétrables.

En quelque sorte, Deux heures avant la fin de l’été fait partie de cette lignée de livres qui revisitent la vieille France qui se démantèle et la nouvelle qui se construit sous nos yeux. Comme par exemple, le livre écrit par Emmanuel Grand, auteur français du polar Les salauds devront payer qui raconte l’histoire d’une petite ville du nord de la France minée par le chômage et l’alcoolisme. La disparition des usines et la fin d’une époque qui a ses répercussions sur la fabrique sociale et le moral des habitants.

Mais Sébastien Pierroz amène une touche originale : celle d’un personnage canadien. Cristina, la journaliste franco-ontarienne apporte une touche de fraîcheur. Non seulement, elle a ce regard extérieur sur la France mais aussi ce regard critique, inquisiteur et provocateur.

C’est comme si l’auteur nous disait qu’en sortant de son cocon, et qu’en faisant la connaissance de nouvelles personnes et de nouvelles cultures, on peut mieux se comprendre et aider les autres à se découvrir également. Ces « autres » sont ceux qui ont vécu dans ces endroits et sont devenus en quelque sorte les gardiens damnés de ces portes secrètes qui renferment nos bêtises, nos vices et notre linge sale.

L’amour, la jalousie, le vice, le pardon…

En filigrane, Sébastien Pierroz nous raconte aussi l’histoire de l’émancipation des femmes du pouvoir des hommes : leurs pères, leurs maris, leurs amants. La misogynie et la violence sont partout. On tue les femmes qui n’obéissent pas. On tue les femmes qui parlent trop. On tue les femmes qui veulent vivre.

En tant que femme arabo-musulmane, on m’a souvent fait comprendre, dans certains livres dans les médias, que le sort des femmes musulmanes était unique, qu’elles étaient victimes de leur propre culture.

Mais aujourd’hui, surtout avec le mouvement « moi aussi » et la libération de la parole des femmes dans le monde, il est tout à fait équitable de conclure que la misogynie et la violence faites aux femmes sont un phénomène universel, non spécifique ou rattaché à une culture quelconque ni à une religion particulière.

« Un livre qui montre le pire chez les êtres humains mais avec une note optimiste composée par la génération de Damien et de Cristina »

Et que, même dans les pays dits « développés » tels que la France ou les États-Unis, les femmes sont harcelées, abusées et tuées parce qu’elles sont des femmes. L’auteur n’a pas froid aux yeux pour nous le montrer, le décrire et en quelque sorte le dénoncer dans son roman et j’en suis ravie.

Mais au-delà des réflexions profondes, Deux heures avant la fin de l’été reste avant tout un livre sur les relations humaines : l’amour, la jalousie, le vice, l’amitié, et le pardon. Un livre qui montre le pire chez les êtres humains mais avec une note optimiste composée par la génération de Damien et de Cristina.

Une génération éduquée, ouverte et surtout qui ne craint pas d’afficher ses faiblesses et ses vulnérabilités. Une génération, qui j’ose espérer, le temps d’un roman, nous mènera vers des jours meilleurs.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Basket-ball : le grand saut chez les pros pour Stephane Ingo 

WINNIPEG – Riche d’une carrière universitaire de cinq ans en division 1 aux États-Unis, l’intérieur franco-ontarien a fait son entrée dans le monde professionnel par la porte de la Ligue élite canadienne de basketball (LECB). Il a rejoint la toute nouvelle équipe de Winnipeg au sein de la jeune ligue de basket canadienne. 

Parmi près de 200 000 joueurs qui évoluent en première division universitaire américaine chaque année, moins d’une centaine font partie des élus qui ont la chance de toucher au Graal de rejoindre la NBA. Fort heureusement, pour un grand nombre, leur carrière de basketteur ne s’arrête pas aussitôt qu’ils ont mis le pied en dehors de la fac.

Active depuis 2019, la LECB fait partie de ces portes d’entrée dans le monde professionnel, plus particulièrement pour les jeunes joueurs canadiens. 

Après quatre ans passés à l’Université du Maine, puis une année supplémentaire du côté du Collège Marist dans l’État de New York, c’est par la ligue canadienne – qui a pour but de faire la promotion des jeunes talents locaux – que Stéphane Ingo a décidé de lancer sa carrière professionnelle. 

Stephane Ingo lors de sa dernière année universitaire avec le collège Marist. 

L’ailier fort de 2m06 qui a grandi à Mississauga a posé ses valises du côté du Manitoba, plus précisément dans la capitale de la province Winnipeg. Nouvelle franchise au sein de la ligue, les Sea Bears ont su le convaincre de rejoindre ce nouveau projet. 

« C’était déjà l’opportunité de jouer dans la LECB, une ligue qui a débuté il y a seulement quelques années mais qui a déjà de nombreux talents canadiens », confie-t-il. « C’était important d’en faire partie. Et pour Winnipeg, comme c’est la première saison, c’était une chance de faire quelque chose de marquant, d’apporter quelque chose de positif et faire plaisir à leurs fans. »

Et d’ajouter : « J’ai eu d’autres propositions mais cette équipe était la meilleure opportunité d’avoir un rôle. Après avoir vu les coachs, j’ai été convaincu et je dirais même que c’était l’opportunité la plus logique pour moi. Jusqu’à maintenant on est en train de faire un très bon travail là-dessus. »

En tête de la conférence de l’ouest

Un bon travail qui permet à cette équipe d’occuper d’ores et déjà la première place de la conférence de l’ouest avec trois victoires et une seule défaite au compteur. Malgré le manque de vécu de l’effectif, les joueurs ont fait un très bon travail pour apprendre à se connaître et créer rapidement une cohésion d’équipe. De quoi ravir les partisans qui sont entrés dans l’histoire dès la première rencontre et la première victoire face aux Bandits de Vancouver (90-85). 

« Les fans de Winnipeg nous apportent vraiment beaucoup de soutien. On a battu le record d’affluence de la LECB  sur notre premier match avec plus de 5000 spectateurs. Ça montre à quel point ils sont investis et ils veulent soutenir une équipe professionnelle. C’est la seule équipe de basket de la ville, donc on veut proposer un bon style de jeu, jouer fort et ensemble pour qu’ils continuent à venir. Jusqu’à présent la ville de Winnipeg est vraiment derrière nous et on adore ça. » 

Winnipeg attend toujours son deuxième match à domicile, après un voyage de quatre rencontres à l’extérieur qui prend fin ce vendredi avec un déplacement en Saskatchewan pour affronter les Rattlers.

Si d’un point de vue collectif tout roule pour Stephane Ingo, individuellement il est dans une phase de découverte. En sortie de banc pour la première fois depuis toujours, il doit s’adapter à un nouveau rôle et essayer de s’imposer pour obtenir un temps de jeu régulier.

« L’objectif est vraiment d’avoir un impact rapide et de limiter les fautes et les erreurs » – Stephane Ingo

Sur les quatre premiers, ce dernier a été fluctuant entre seulement 2 minutes 30 sur le match d’ouverture jusqu’à 15 sur le match face à Brampton le 1er juin. Pour rester sur le parquet, le Franco-Ontarien sait parfaitement ce qu’il doit faire. 

« En premier, je dirais ne pas faire de faute. Les matchs où j’ai eu peu de temps de jeu, ce sont ceux où j’ai pris des fautes vite, qui n’étaient pas nécessaires. Dans le match où j’ai joué 15 minutes, je n’ai pas commis ces fautes. Le deuxième point, lorsque je suis dans le jeu, c’est de marquer et de finir fort mes actions lorsque je suis à l’intérieur, prendre des rebonds, faire des contres, avoir un impact immédiat. Ce n’est pas facile car j’ai toujours été habitué à être titulaire et sortir du banc c’est vraiment différent et nouveau pour moi. L’objectif est vraiment d’avoir un impact rapide et de limiter les fautes et les erreurs. » 

Avoir un impact et des objectifs individuels c’est bien, mais pour lui le plus important demeure de continuer à avoir du succès de manière collective. 

« Comme c’est ma première saison professionnelle, l’essentiel c’est de m’améliorer tout le temps. Je pense que le plus important c’est que l’équipe gagne. Les objectifs personnels sont secondaires. » 

Aller là « où le basket peut m’emmener »

Conscient que la LEBC n’est qu’une ligue estivale qui passera très vite, Stéphane Ingo veut profiter de chaque minute qu’il aura sur le parquet pour emmagasiner le maximum d’expérience avant d’envisager la suite de sa carrière. 

« Après la CEBL je veux trouver une équipe en Europe. Je ne suis pas sûr où, mais je vais aller visiter. Je veux essayer de poursuivre une carrière en Europe ou simplement de voir où le basket peut m’emmener et à quel niveau je pourrais jouer. » 

En Europe ou ailleurs, il ne se ferme aucune porte. Il n’oublie pas son pays natal, le Burundi et pourrait envisager une expérience en Afrique au sein de la BAL, compétition affiliée à la NBA qui ne cesse de croître chaque année. 

Documentaires, musique et arts alternatifs

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Les œuvres culturelles permettent parfois d’alimenter nos réflexions sur des sujets profonds. D’autres fois, elles ne sont que pur divertissement. Peu importe ce que vous préférez, l’Ontario peut vous l’offrir cette semaine. Des documentaires, sur scène et sur écrans, côtoient l’art expérimental, les révélations historiques et la musique en tous genres. Voici quelques-unes des activités à découvrir en français dans notre province.

Arts visuels

Kathleen et les artistes

La foire d’art alternatif de Sudbury (FAAS) se tiendra du 14 au 20 juin. L’édition Kathleen, du nom de la rue qui l’accueille, se déroulera sous le thème du voisinage. Le public est invité à s’y promener toute la semaine pour suivre l’évolution des installations et des performances dans des lieux inédits. Cette septième FAAS s’ouvrira sur le vernissage de M. Gros, une installation-performance signée Geneviève et Matthieu. Existant d’un festival à l’autre, l’exposition restera en place jusqu’à un événement de « finissage » pendant le festival Up Here au mois d’août. De nombreux autres artistes seront présents pour diverses manifestations artistiques lors de la FAAS. Il y aura une journée familiale le 17 juin.

L’exposition Mr. Gros s’inspire de la technique d’enquête d’infiltration appelée Mr. Big. Gracieuseté Galerie du Nouvel-Ontario.

Sudbury, du 14 au 20 juin. Détails de la programmation sur le site de la Galerie du Nouvel-Ontario

Documentaire

Une expérience sensorielle trilingue

Aalaapi se situe entre le théâtre, la radio et le documentaire. Le titre signifie « faire silence pour entendre quelque chose de beau », en Inuktitut. C’est dans cette langue, en plus du français et de l’anglais, que seront partagés les témoignages de « cinq jeunes femmes du Nunavik qui partagent leur vie entre le nord et le sud ». L’une d’entre elles affirme entre autres : « Quand quelqu’un prend soin de mon enfant, c’est vrai, c’est une forme de liberté » (traduction libre). Le Théâtre français de Toronto a de la suite dans les idées, puisqu’il propose un service de garde gratuit sur place lors de la représentation du samedi après-midi, afin de permettre aux parents de voir la pièce.

Aalaapi : Faire silence pour entendre quelque chose de beau est une idée originale de Laurence Dauphinais et Marie-Laurence Rancourt. Crédit image : Anne-Marie Baribeau

Toronto, du 8 au 10 juin. Détails et billets sur le site du Théâtre français de Toronto

Les enjeux des archives de l’humanité

La réalisatrice Oana Suteu Khuntirian sera à Toronto mardi pour discuter avec le public de son film Au-delà du papier. Dans ce long métrage produit par l’Office national du film (ONF), elle entreprend une quête à travers le monde pour comprendre comment préserver son propre patrimoine ainsi que la mémoire collective, à l’ère où le numérique prend de plus en plus de place. Au-delà du papier sera présenté au Hot Docs Ted Rogers Cinema du 9 au 17 juin. La projection du 13 juin à 18 h 30 sera suivie de la discussion avec la cinéaste.

La réalisatrice Oana Suteu Khintirian propose une quête à la fois personnelle et universelle dans Au-delà du papier. Image tirée du film, avec la permission de l’Office national du film du Canada

Toronto, 13 juin. Détails et billets sur le site de Hot Docs

Mieux traiter nos aînés

J’ai placé ma mère est un documentaire poignant sur une société qui abandonne ses aînés dans un système désuet. Le cinéaste Denys Desjardins raconte ses déboires avec « l’industrie de la vieillesse » alors que sa sœur et lui tentaient de trouver un endroit digne pour leur mère en perte d’autonomie. Le film sera projeté au cinéma Indie de Sudbury ce mercredi. ONFR+ a rencontré Denys Desjardins lors du festival Hot Docs de Toronto, où J’ai placé ma mère a été sacré meilleur documentaire canadien.

https://www.instagram.com/p/CsY8pHABsJH/

Sudbury, le 14 juin à 18 h 30. Détails sur le film sur le site des Films du 3 mars et billets sur le site du cinéma Indie de Sudbury

Histoire

Révélations sur le premier Franco-Ontarien

La Société d’histoire de Toronto et la Société d’histoire de Champigny organisent une vidéoconférence transatlantique pour dévoiler de nouvelles informations sur Étienne Brûlé, cet explorateur français reconnu comme le premier Franco-Ontarien. L’homme de Samuel de Champlain aurait été le premier Français à séjourner avec les Hurons-Wendats établis sur le territoire actuel de l’Ontario. Les théories sur sa vie ont entre autres fait l’objet d’un documentaire de Fadel Saleh en 2011.

À Champigny-sur-Marne, son village natal, deux historiens viennent de dépoussiérer des documents qui permettent de jeter un regard nouveau sur ce personnage historique. En direct de la France, ils partageront leurs découvertes étonnantes. Le public est invité à participer à cette visioconférence depuis l’Alliance française de Toronto, ce mercredi à midi. En plus du personnage d’Étienne Brûlé, les historiens Éric Brossard et Amandine Lazzarini feront découvrir au public des événements qui pourraient changer notre vision de la colonisation française dans la vallée du Saint-Laurent.

Représentation historique d’Étienne Brûlé. Tableau de C.W. Jefferys. Source : Société d’Histoire de Toronto

Toronto, 14 juin. Détails sur le site de la Société d’Histoire de Toronto

Musique

Deux spectacles en même temps au CNA

Le Centre national des arts (CNA) offre un choix déchirant aux spectateurs francophones ce vendredi. Dans le cadre de la série Les vendredis à la Quatrième, la formation É.T.É sera de passage à la Quatrième salle. Le groupe québécois remet la musique folklorique au goût du jour en y ajoutant le bagage musical de chaque membre des influences de jazz, de folk, de rock progressif et de classique. Le trio composé d’Élisabeth Moquin, de Thierry Clouette et d’Élisabeth Giroux s’est inspiré de la mer et des traversées épiques pour créer le spectacle Sur ces eaux.

Pendant ce temps, les Sœurs Boulay seront au théâtre Babs Asper pour leur tournée Échapper à la nuit. Les musiciennes, qui offrent une musique souvent intime, se sont offert un virage plus électro pour ce quatrième album, sorti l’an dernier.

Les Soeurs Boulay ont sorti leur quatrième album complet, Échapper à la nuit, en octobre 2022. Crédit image : William Arcand

Ottawa, 9 juin. Détails et billets sur le site du CNA  

Hommage à un groupe mythique

Le Centre culturel et récréatif de Sturgeon Falls accueille la formation Traversion en fusion ce samedi. Neuf musiciens travaillent à recréer sur scène l’œuvre d’Offenbach, formation phare du rock québécois dans les années 1970 et 1980. La voix du chanteur de ce groupe hommage, Johnny Patoine, rappelle celle du regretté Gerry Boulet. Les nostalgiques et les amateurs de rock seront ravis de ce retour dans le temps.  

La formation Traversion en fusion rend hommage à Offenbach depuis près de 19 ans. Crédit image : Page Facebook Traversion en fusion

Sturgeon Falls, 10 juin. Détails et billets sur le site du Conseil des arts de Nipissing Ouest

Le bleu du caftan, un film d’amour et de transgressions

En prenant, comme métaphore, la fabrication d’un caftan traditionnel – une tunique longue portée par les femmes du Maghreb – la réalisatrice Maryam Touzani tisse, avec élégance et délicatesse, un triangle amoureux singulier avec, pour toile de fond, le Maroc d’aujourd’hui où se confrontent des traditions ancestrales, amenées à disparaître, et les aspirations au changement de la société marocaine.Le bleu du caftan : actuellement en salle.

Pollution de l’air : le masque conseillé et des activités scolaires annulées

TORONTO – Les feux de forêt en Ontario qui affectent actuellement drastiquement la qualité de l’air de la province poussent les municipalités comme Ottawa et Toronto à communiquer des consignes de santé publique. Des conseils scolaires francophones mettent également en place des mesures exceptionnelles pour limiter l’impact sur les enfants.

Si pour l’heure il n’est pas question de mesures obligatoires, Santé publique Ottawa recommande le port d’un masque respiratoire (de type respirateur N95) bien ajusté à l’extérieur pour réduire l’exposition aux particules fines qui émanent des feux de forêt.

Pour optimiser la qualité de l’air intérieur des lieux d’habitation, il est également conseillé de se procurer un filtre d’air de bonne qualité (de type HEPA) pour le système de ventilation ou un purificateur d’air.

Afin de réduire l’infiltration de la pollution atmosphérique extérieure dans l’habitacle, Santé Canada suggère également de garder les fenêtres et les portes fermées et d’utiliser l’air conditionné si nécessaire, de sceller correctement les fenêtres et les portes à l’aide de joints d’étanchéité.

La qualité de l’air en continu avec Ottawa Cote Air Santé (CAS). Source : https://meteo.gc.ca/airquality/pages/onaq-008_f.html

Les activités sportives et de loisirs extérieures sont déconseillées, les activités intérieures étant encouragées avec des enfants.

Pour limiter l’exposition à la pollution liée à la circulation, Santé publique Ottawa recommande également d’éviter « les routes à forte affluence, même si vous êtes à bord d’un véhicule, surtout pendant les heures de pointe. L’exposition est moins grande lorsque vous restez à une distance d’au moins cinquante à cent mètres ». 

« Lorsque vous vous déplacez à pied, emprunter une rue secondaire plutôt qu’une route très fréquentée peut aider à réduire votre exposition à la pollution atmosphérique jusqu’à 60 %. »

Les personnes à risque

Le bureau du médecin hygiéniste de la ville de Toronto, Dr Eileen de Villa, rappelle que certaines personnes courent un risque plus élevé de problèmes de santé, notamment les personnes âgées, les femmes enceintes, les nourrissons et les jeunes enfants, les personnes qui travaillent à l’extérieur et les personnes atteintes de maladies existantes ou de problèmes de santé chroniques comme le cancer, le diabète, les maladies mentales, affections pulmonaires ou cardiaques.

Avec l’exposition aux particules, les symptômes ressentis peuvent varier selon la sensibilité des groupes d’individus de graves et fréquents à modérés et peu fréquents incluant notamment « une irritation des yeux, une production accrue de mucus, de la toux et des difficultés respiratoires. Les personnes atteintes de maladies respiratoires ou cardiovasculaires préexistantes peuvent présenter une aggravation des symptômes et des besoins accrus en médicaments ».

Le bureau du Dr de Villa préconise de consulter régulièrement la cote air santé (CAS) pour évaluer la qualité de l’air et prendre les décisions en conséquence pour toute activité sportive extérieure. « Il est important de réduire l’intensité des activités ou de reporter les évènements lorsque le risque pour la santé est modéré ou élevé. »

À Toronto, la qualité de l’air est cotée à 5, soit un risque modéré. Source : Source : https://meteo.gc.ca/airquality/pages/onaq-008_f.html

Des mesures exceptionnelles dans certaines écoles francophones

Dans l’Est, le Conseil des écoles catholiques Centre-Est (CECCE) a décidé d’annuler ou de reporter les activités extérieures jusqu’à nouvel ordre « en raison des conditions observées ce matin par Environnement Canada qui indique que la qualité de l’air est à risque très élevé pour la santé ».

« Les élèves resteront à l’intérieur pour les récréations et pour les repas du midi », indique le directeur de l’éducation Marc Bertrand dans une communication envoyée hier aux parents, incitant également toute personne à risque et les personnes qui doivent effectuer des travaux ou pratiquer du sport à grande intensité à l’extérieur à assurer un suivi de leurs symptômes et prendre des précautions.

Dans le Sud, le Conseil scolaire Viamonde a également fait parvenir une lettre aux parents et mis en place des mesures dans ses écoles pour limiter l’exposition : « Par mesure de précaution, nous leur avons conseillé de garder les fenêtres fermées, de vérifier que les unités HEPA fonctionnent et de les utiliser en tout temps. De plus, nous avons invité les écoles à réduire ou reporter les activités extérieures prévues en fonction de la situation dans leur région spécifique. Par exemple, certains tournois sportifs ont été déplacés en intérieur. »

Viamonde, qui continue à suivre la situation de près avec Environnement Canada, a également encouragé le personnel et les élèves à surveiller leur état de santé et à signaler tout symptôme anormal.

Dans Le Nord, les conseils scolaires semblent peu touchés par les fumées venant du Québec. Le Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario (CSCNO) a toutefois mis en place des mesures spécifiques à l’École Sainte-Anne à Spanish (à l’Ouest d’Espanola) en raison d’une « fumée intense » signalée dans la région.

« On a demandé à fermer toutes les fenêtres et tous les systèmes de ventilation. Les élèves et les membres du personnel doivent rester à l’intérieur de l’école », indique Paul de la Riva, le directeur des communications et des relations externes.

Le Conseil scolaire catholique MonAvenir a quant a lui définit un barème. Si l’alerte Cote air santé atteint 7 ou plus, risque élevé à très élevé, les élèves restent à l’intérieur, annulant de ce fait toutes les sorties éducatives prévues.

Qualité de l’air : « Passer plus de temps à l’extérieur n’est pas une bonne idée »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Professeur à l’École d’épidémiologie et de santé publique de l’Université d’Ottawa, Éric Lavigne est l’auteur d’une étude sur les risques de santé associés à la pollution des feux de forêt.

LE CONTEXTE :

Les feux de forêt qui frappent le Québec et le Nord ontarien se soldent en une qualité de l’air poreuse notamment dans la région d’Ottawa où elle est évaluée à 10 sur 10, soit le risque le plus élevé. Une partie de la fumée devrait aussi se transporter dans le sud de la province et dans le Grand Toronto au cours des 24 prochaines heures.

L’ENJEU :

La Santé publique d’Ottawa recommande aux gens d’éviter les activités extérieures comme la course en plus de recommander le port du masque, comme le N95. L’agence de santé prévient aussi que le risque plus élevé signifie que les symptômes associés à une mauvaise qualité de l’air sont plus susceptibles de se manifester.

« Quels sont les symptômes qui peuvent être associés à une telle mauvaise qualité de l’air?

À court terme, ce sont surtout des risques respiratoires comme des symptômes qui peuvent s’apparenter à des allergies. On parle d’irritation au niveau des yeux, des voies nasales et respiratoires, la gorge qui est sèche et une toux sèche. On peut ressentir ces symptômes-là, peu importe si les gens ont des maladies chroniques ou s’ils sont en bonne santé. Les symptômes les plus sévères sont ceux qui ont des conditions de santé plus fragile, on parle d’une toux qui est grave, une respiration sifflante, des douleurs sévères à la poitrine et parfois des migraines sévères.

Qu’est-ce que les gens devraient éviter de faire?

Si on pense à la région d’Ottawa où le niveau de risque est de 10, il est important de réorganiser ses activités prévues à l’extérieur, ne pas faire d’exercices exigeants à l’extérieur et, si on fait partie des populations à risque, comme les personnes âgées, femmes enceintes et personnes avec maladies chroniques, il faut vraiment s’assurer de réduire son exposition à l’extérieur.

Y a-t-il des mesures proactives que les gens peuvent prendre chez eux?

Garder les fenêtres fermées pour éviter le plus possible le va-et-vient de l’ouverture des portes pour éviter que l’air de l’extérieur entre. Si on a un système d’échangeur d’air, il faut s’assurer qu’il soit en mode recirculation et on peut utiliser un purificateur d’air, car il va permettre de purifier en quelque sorte l’air à l’intérieur. On peut s’en procurer un peu partout en magasin, mais il faut s’assurer qu’il a la certification HEPA pour filtrer les particules fines.

Le ciel d’Ottawa assombri par les particules de fumée des feux provenant du Québec. Gracieuseté Nathalie Berlet

Peut-il y avoir des risques plus à long terme d’une telle exposition?

Le risque à long terme n’est pas clair si on décide d’aller jogger une seule fois ou deux fois en deux jours. Par contre, ce qu’on voit avec les risques à long terme, ce sont des régions qui sont affectées d’année en année par les feux de forêt peu importe si l’on passe beaucoup ou moins de temps à l’extérieur. Il va y avoir potentiellement des risques d’exposition à long terme qui vont engendrer peut-être des maladies respiratoires. Passer plus de temps à l’extérieur n’est pas une bonne idée, car ça risque d’être néfaste même pour les gens en bonne santé.

Pour les gens plus à risque qui ressentiraient des symptômes plus graves, que conseilliez-vous?

Évidemment, ça dépend toujours du type de symptômes. Si les gens ne sont pas certains, consulter des services comme le 811 est une très bonne idée. Ces gens-là ont aussi parfois accès à des médicaments de secours qui peuvent aider à alléger des symptômes. Comme les gens qui sont asthmatiques vont peut-être avoir un certain nombre de doses quotidiennes recommandées, là ils peuvent peut-être l’augmenter. Si on a des symptômes graves (difficulté à respirer, toux sifflante et très grave, etc.), ça serait alors important d’aller à l’urgence. »

Le financement d’une école à Ottawa au cœur d’un litige

OTTAWA – En vue de construire son nouvel établissement scolaire doublant sa capacité d’accueil, l’École élémentaire publique francophone Louise-Arbour du centre-ville d’Ottawa, dont les élèves seraient contraints de se tourner vers l’enseignement anglophone, a besoin de 10 millions de dollars supplémentaires. Une lettre du député d’Ottawa-Centre Joël Harden au ministère de l’Éducation, vers lequel le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) s’est tourné, l’exhorte à l’octroi de ce financement additionnel.

Invoquant l’article 23 de la Charte des droits et libertés, la lettre demande au ministère de l’Éducation de garantir aux élèves de la minorité linguistique « une éducation de qualité égale à celle des élèves dans les conseils scolaires de langue anglaise ».

Le député néo-démocrate Joël Harden met notamment en cause le financement incomplet de la part du gouvernement mettant en péril la construction du nouveau bâtiment et le fait que les systèmes scolaires anglophones et francophones n’ont pas les mêmes ressources.

Chandra Pasma, députée d’Ottawa-Ouest-Nepean et porte-parole en Éducation de l’opposition, explique ainsi que bien que les financements soient équivalents entre écoles anglophones et francophones, la partie du financement non prise en charge par le gouvernement est difficile à couvrir pour les francophones qui ne possèdent pas les mêmes terrains et biens immobiliers que les conseils scolaires anglophones « qui progressent à un rythme plus rapide que les écoles de langue anglaise ».

Les députés d’opposition Joel Harden (Ottawa-Centre) et Chandra Pasma (Ottawa-Ouest-Nepean). Source : Assemblée législative de l’Ontario

« C’est particulièrement le cas pour les conseils scolaires francophones publics, qui sont plus récents » renchérit-elle, notant également qu’il y aurait eu une sous-estimation des effectifs de l’école dans le financement initial : « L’établissement actuel ne peut accueillir que 300 élèves alors que la nouvelle structure permettrait d’en accueillir 600. »

Celle-ci affirme que le CEPEO, qui travaille en étroite collaboration avec la Ville d’Ottawa pour coordonner l’intégration du projet, s’est tourné vers le député du Nouveau Parti démocratique pour répondre au besoin urgent de ce nouvel édifice, le bâtiment actuel ne pouvant soutenir la demande.

La députée déclare que l’école ne peut se permettre d’attendre la prochaine ronde d’appel à projets sans savoir s’ils auront le financement. « Et c’est sans compter sur le temps qu’il aura fallu au conseil pour obtenir ce premier financement pour le nouvel édifice scolaire », raconte-t-elle. « Les familles à Ottawa sont lassées d’attendre. »

14,5 millions de dollars sur la table

Le ministère de l’Éducation, qui assure quant à lui ne jamais avoir reçu de demande de financement supplémentaire pour ce projet avant la lettre, avait déjà accordé un montant de 14,5 millions de dollars en financement d’immobilisations au CEPEO dans le cadre de la ronde des priorités d’immobilisations 2022-2023 pour le nouvel établissement Louise-Arbour, avec une garderie de trois pièces pour répondre à la pression de logement à Ottawa.

« Nous continuerons d’appuyer la promotion de la culture, de la langue et de l’éducation françaises en Ontario, c’est pourquoi nous investissons plus de 2 milliards de dollars dans le financement des programmes de français langue première ainsi que le soutien aux conseils scolaires, aux organismes communautaires et aux organismes d’éducation sur initiatives pour l’année scolaire 2023-2024 », déclare Grace Lee, la porte-parole du ministère de l’Éducation.

Le ministère indique également à ONFR+ qu’une fois les informations nécessaires soumises par le conseil scolaire au ministère, conformément au processus d’approbation des immobilisations, il s’engagera à travailler avec lui pour s’assurer que le projet se construise le plus rapidement possible.

Pour la députée Ottawa-Ouest-Nepean, le fait que le gouvernement se dise prêt à discuter avec le conseil scolaire CEPEO est une nouvelle étape franchie « sous la pression, par peur d’un nouvel esclandre impliquant un autre conseil scolaire francophone aux droits bafoués ».

En dépit de ce contretemps budgétaire, le CEPEO, qui veut « construire le plus rapidement possible », vise une première rentrée scolaire dans le nouveau bâtiment en 2026-2027. L’école pourrait s’insérer dans un projet de développement urbain au centre-ville. Des consultations publiques doivent prochainement avoir lieu en ce sens.

Cet article a été modifié le jeudi 8 juin à 11h30.

L’Ontario en proie à plus d’une cinquantaine de feux de forêt

Plus de cinquante feux sévissent à l’heure actuelle à travers la province, essentiellement dans le Nord mais aussi dans l’Est, tandis que la fumée en provenance du Québec voisin recouvre le ciel torontois et tout le Sud de la province jusqu’à la baie Géorgienne.

Une trentaine de feux actifs sévissent dans le Nord-Est, dont les deux tiers ne sont pas maîtrisés. La situation la plus préoccupante se situe dans la région de Cochrane qui fait face à trois foyers incontrôlés qui ont parcouru plus de 3 000 hectares.

En début de soirée de mardi, deux nouveaux incendies ont été localisés à Hearst (90 hectares au sud de la route 11) et à Sault Ste-Marie (4 hectares au nord du lac Lauzon) aux abords du parc provincial Matinenda, tandis que Wawa perdait 7000 hectares de forêt.

Dans le Nord-Ouest, qui compte une vingtaine de feux actifs, Red Lake est à nouveau touché : plus de quatre hectares sont partis en fumée à deux endroits distincts. La municipalité avait déjà payé un lourd tribut ces trois dernières années. En 2020, des milliers de résidents avaient même dû évacuer leur maison.

10 000 hectares décimés à Sioux Lookout

Mais le pire front est localisé à Sioux Lookout. Près de 10 000 hectares ont été décimés, au nord de la Première nation éloignée de Cat Lake. Dix équipes de garde-feu et trois hélicoptères y luttent sans relâche contre les flammes.

Des incendies se sont également déclarés du côté de Fort Frances, Nipigon, Kenora et Thunder Bay. On estime à cinq le nombre de feux non maîtrisés dans l’ensemble du Nord-Ouest, tandis que trois ont été éteints au cours des dernières 24 heures.

Vue aérienne des incendies de Sioux Lookout. Source : ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario

Le risque d’incendie varie de faible à modéré dans l’ensemble du Nord-Ouest, contrairement au Nord-Est où le risque est classé d’élevé à extrême et où l’accès a été interdit de même que les déplacements en plusieurs endroits des districts de Chapleau-Wawa et Hearst-Cochrane-Kapuskasing.

Dans ces deux districts, ainsi que ceux de Timmins-Kirkland Lake, Sault Sainte-Marie-Blind River, Sudbury, North Bay, Minden-Parry Sound-Bracebridge, Pembroke, une portion nord du district de Peterborough-Bancroft et la partie sud-est du district du Grand-Nord, les feux de camp sont interdits et tous les permis de brûlage suspendus jusqu’à nouvel ordre.

Près de Sudbury, plus d’un millier d’hectares ont brûlé près de la route 810 à l’est du parc provincial Mississagi. Plus au sud, les pompiers sont mobilisés dans les cantons de Pembroke et Madawaska où les autorités ont procédé mardi à des évacuations.

L’incendie de Sudbury vu d’un hélicoptère d’intervention. Source : ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario

Les derniers départs de feu portent le total de foyers à 167, proche de la moyenne de saison sur dix ans (157) et bien plus que l’année dernière (78).

Depuis quelques jours, le ciel du sud et de l’Est ontarien s’est obscurci jusqu’à Toronto où le soleil a des difficultés à percer, au gré du vent qui ramène des panaches de fumée du Québec. La province voisine affronte des feux gigantesques, entre autres dans la région de Sept-Îles. Plus de 160 000 hectares de forêt ont été rayés de la carte, tandis que 150 feux se poursuivent.

Trois millions d’hectares ravagés au pays

Au total, plus de trois millions d’hectares ont été ravagés à travers le Canada, si l’on inclut les grands feux de l’Alberta – récemment sortie de l’état d’urgence – et de la Nouvelle-Écosse, où la région d’Halifax est désormais sous contrôle.

Environnement Canada a émis plusieurs alertes sur le niveau de pollution de l’air élevé en raison de la fumée de feux de forêt, notamment à Sudbury et Toronto. « La mauvaise qualité de l’air pourrait persister pour la majeure partie de la semaine », indique le ministère fédéral qui conseille aux gens de cesser leurs activités de plein air et de consulter un médecin en cas d’essoufflement ou de respiration sifflante.

Ciel obscurci au-dessus du centre-ville de Toronto vu depuis le parc Riverdale. Crédit image : Joanne Belluco

Zones théâtrales, le rassemblement du théâtre franco-canadien à Ottawa

OTTAWA – Le Centre national des arts (CNA) a dévoilé ce mardi la programmation des prochaines Zones théâtrales. L’événement bisannuel se déroulera du 11 au 16 septembre pour une dixième édition à faire rayonner le théâtre du Canada francophone et des régions du Québec. ONFR+ s’est entretenu avec le directeur artistique des Zones théâtrales, Gilles Poulin-Denis.

La programmation est habilement composée de grandes premières, de créations récentes et d’œuvres en chantier. La pièce d’ouverture montre bien l’esprit de collaboration entre les territoires que la biennale théâtrale veut établir.

On marronne? (Si ça te dis, viens) est une coproduction du Théâtre Cercle Molière (Winnipeg), du Théâtre de l’Entonnoir (Guyane française) et de l’Alliance française de Ziguinchor (Sénégal). Le texte est écrit par le dramaturge togolais Gustave Akakpo et l’environnement sonore est élaboré par l’artiste métisse Marie-Josée Dandeneau.

Gilles Poulin-Denis explique comment est née l’idée de la pièce : « Depuis 2019, on travaille avec les Transfrontaliers, un regroupement de leaders culturels de la francophonie internationale, surtout de l’Afrique et des Antilles. L’idée était de créer des collaborations entre les différentes zones francophones et ce spectacle-là, On marronne, est né directement des Transfrontaliers. »

L’affiche de la pièce On marronne, qui sera présentée pour la première fois durant les Zones théâtrales. Gracieuseté CNA.

Ouvrir les Zones théâtrales avec une compagnie de l’Ouest et une collaboration internationale représente bien la vision d’avenir du directeur artistique. « Les Zones théâtrales, ça a toujours été de présenter des œuvres francophones canadiennes. C’est bien d’ouvrir un peu plus et de voir ce que ça donne quand les artistes de la francophonie canadienne travaillent avec d’autres artistes de la francophonie, ce qui arrive quand nos imaginaires rencontrent les imaginaires d’artistes qui habitent un autre territoire. »

Une autre nouveauté pour 2023 est d’offrir à un artiste une résidence de création qui culminera à Zones théâtrales. Le concept avait été effleuré en 2021 mais, cette fois-ci, l’artiste invité, Guy Régis Jr., disposera de plus de temps grâce à un partenariat entre le Théâtre français de Toronto, le Théâtre du Trillium et Nous théâtre, basé en France et en Haïti.

Une programmation pour tous

Zones théâtrales est un événement majeur pour l’industrie. Les artistes d’un peu partout au pays se rencontrent, se font connaître de leurs pairs et des diffuseurs et développent éventuellement des collaborations. Par contre, les représentations ouvertes au public sont aussi une occasion tout indiquée pour les spectateurs de découvrir des œuvres inédites à petit prix.

Les Ottaviens, qu’ils soient familiers avec les arts vivants ou néophytes, trouveront de quoi se mettre sous la dent, comme l’explique Gilles Poulin-Denis : « On a des spectacles un peu plus conventionnels, d’autres plus expérimentaux. Tout le monde peut y trouver son compte. On a accès à plein de différentes choses et ça nous permet de voir ce qu’on aime, ce qu’on aime moins… on a accès à toute une variété d’offres, de types d’histoires qui sont racontées et de comment elles sont racontées. »

Cet été qui chantait s’adresse à la fois aux jeunes de 8 à 11 ans et aux aînés. Crédit image : Jonathan Lorange

L’une des propositions de cette année vise un public double, s’adressant à la fois aux enfants et aux aînés. Cet été qui chantait de Marie-Ève Fontaine s’inspire de l’œuvre de Gabrielle Roy et allie marionnettes, théâtre d’ombres et théâtre d’objets.

Zones théâtrales accueillera aussi la première de Michel(le), une pièce sur la transidentité qui se déroule dans le Québec ouvrier à l’époque de la Révolution tranquille.

Gilles Poulin-Denis explique la fébrilité qui accompagne le fait de programmer des premières : « C’est excitant, parce que c’est aussi un risque, dans le sens où l’on n’a pas vu le spectacle. J’ai suivi un peu les démarches, mais je vais découvrir le spectacle en même temps que les spectateurs. »

Dans Ainsi passe la chair, Sara Moisan explore son rapport avec l’oeuvre de son père. Crédit image : Patrick Simard

La dramaturge et comédienne Sara Moisan touchera des cordes sensibles avec Ainsi passe la chair. Ce spectacle immersif plongera les spectateurs au cœur de conversations fictives, mais élaborées avec des enregistrements réels, entre elle et son père, le peintre Gatien Moisan, décédé en 2019.

Crawlspace de Karen Hines, qui a connu sa première au Théâtre français de Toronto en avril, viendra aborder le sujet de la crise du logement alors que Bouée de Céleste Godin promet de « brosser un portrait actuel des humains » dans la « création technologique la plus ambitieuse à ce jour » de Satellite Théâtre.

La conquête du Béluga est présentée au bord de l’eau, au coucher du soleil. La photo montre une représentation à Carleton-sur-Mer, devant la baie des Chaleurs. Crédit image : Benoit Daoust

Les amoureux des animaux et les écoanxieux se rejoindront aux abords de la rivière des Outaouais, derrière le Musée canadien de l’Histoire, pour découvrir La conquête du béluga. L’œuvre de Maryse Goudreau fera aussi l’objet d’une installation connexe, Dans le ventre de la baleine.

De la suite dans les idées

Pour la dixième édition de Zones théâtrales, certaines pièces qui ont été présentées dans une version « en chantier » par le passé seront de retour en 2023, cette fois en version finale. C’est le cas de Durant des années de Louis-Philippe Roy, un produit artistique entre la dramaturgie contemporaine et le balado True Crime. C’est l’aboutissement de plusieurs années de travail, après que la présentation de la pièce ait été repoussée quelques fois.

Une autre œuvre à mélanger les univers de la baladodiffusion et du théâtre est le thriller post-apocalyptique Murs de Créations In Vivo, en collaboration avec Transistor média. Ce texte de l’autrice primée Mishka Lavigne avait été mis en lecture aux Zones théâtrales 2017 et a connu sa version balado en 2022.

Dans Murs de Mishka Lavigne, les personnages d’Éric et de Zoé partent à la recherche de leur père dans un monde post-apocalyptique. Gracieuseté CNA

La dixième édition de Zones théâtrales présentera aussi plusieurs œuvres en chantier, une occasion d’en apprendre davantage sur la démarche artistique des créateurs. Il y aura également des installations artistiques en marge de la programmation, comme Vers chez soi de Geronimo Inutiq. Divers lieux de diffusion accueilleront les activités à travers la région de la capitale nationale.

Les membres de l’industrie profiteront aussi d’un volet élaboré pour eux et d’autres événements satellites seront annoncés plus tard. Il est possible de consulter la programmation dans la section Zones théâtrales du site du CNA.

Entre toxicomanie et détresse mentale, Ottawa s’enlise dans la crise de l’itinérance

OTTAWA – Depuis la pandémie, le portrait de l’itinérance dans la capitale a changé. De nombreux ménages qui détenaient peu d’épargne pour absorber une baisse de revenu, ont perdu leur logement. Avec une enveloppe budgétaire supplémentaire de 24 millions de dollars, la ville tente, tant bien que mal, de juguler une crise du logement abordable et de l’itinérance qui s’étend dangereusement.

Il suffit de traverser le centre-ville, de remonter les rues principales de Somerset, d’Elgin ou de Bank en passant par le Parlement, le centre Rideau, le Marché By et de poursuivre sa course sur l’avenue King Edward jusqu’à Vanier, pour se rendre compte du désarroi de ces personnes en proie aux substances, aux troubles mentaux et à la malnutrition.

Certains habitants se plaignent de ces voisins indésirables, d’autres décident tout simplement de ne plus venir en centre-ville. « Je ne vais quasiment jamais au Marché By à cause de ça et mes enfants n’ont pas envie non plus. Voir des gens drogués qui hurlent à moitié nus dans les rues, non merci », glisse cette mère de famille au micro d’ONFR+.

Même constat pour une jeune expatriée belge qui habite dans le quartier : « À chaque fois que je sors de chez moi, je dois vérifier s’il y a des itinérants qui sont toujours en vie. Je me demande ce que la Ville fait et j’ai l’impression que les sans-abri qui ne prennent pas de drogues finissent par en consommer. J’en ai rarement croisés qui n’étaient pas sous l’influence de drogue », constate-t-elle.

Près du Centre Rideau et du Marché By, plusieurs itinérants se retrouvent en groupe. Les jeunes sont de plus en plus nombreux. Crédit image : Lila Mouch

En 2022, Ottawa a recensé plus de 11 000 personnes en attente d’un logement abordable. Parmi elles, près de 2500 vivaient dans des motels et autres refuges.

Pour la conseillère municipale Catherine Kitts, la crise que vit la capitale dépasse de loin le phénomène de l’itinérance : « C’est beaucoup de choses. C’est la crise des sans-abri, c’est la crise des opioïdes, mais c’est aussi le coût du logement et l’inflation. »

Tout cela cumulé, en plus des enjeux de santé mentale, fait que l’on atteint un point de non-retour, estime l’élue municipale, ravie que les 24 millions du gouvernement provincial aillent à la Société de logement communautaire d’Ottawa. « Je pense que c’est la meilleure façon d’allouer cette somme. Nous devons construire des logements abordables car c’est cela qui aura le plus d’impact », pense-t-elle.

Les refuges : la solution de facilité

« Quand il n’y a plus de place dans les refuges, les personnes à la rue sont envoyées dans les centres communautaires ou récréatifs de mon quartier », s’indigne la conseillère du quartier Rideau-Vanier, Stéphanie Plante.

« Il y a 12 refuges dans mon quartier, c’est trop. Évidemment, la crise du logement m’inquiète, mais je suis préoccupée par la dépendance aux refuges dans notre ville. Il faut trouver des solutions à long terme et arrêter de prendre nos salles communautaires. »

Le refuge Option Bytown se situe près du Marché By, dans le quartier de la conseillère Stéphanie Plante. Crédit image : Lila Mouch

« Les refuges débordent », avait d’ailleurs lancé Clara Freire, directrice des services communautaires de la ville en avril dernier, lorsque le conseil municipal d’Ottawa avait tiré la sonnette d’alarme, auprès du ministre du Logement et du premier ministre Ford. Pour cause, le montant alloué via l’allocation du financement du Programme provincial de prévention de l’itinérance 2023-2026, avait été sous-estimé, puis réévalué au mois de mai.

Les refuges doivent être temporaires, défend la conseillère Stéphanie Plante, dépeignant des situations où des familles restent plus de six mois dans ces lieux. À Ottawa, 21 familles de plus de sept enfants sont actuellement logées dans des motels ou refuges.

« Il faudrait éparpiller ces services, faire pareil pour les démunis et les gens vulnérables » – Stéphanie Plante

Pour plusieurs conseillers, cette situation ne peut plus durer. En mars dernier, un enfant de deux ans est décédé. Selon la mère de famille, les conditions de vie insalubres dans le motel où elle et ses cinq enfants étaient placés, en sont la cause.

L’autre problème que constate la conseillère Plante, c’est que la concentration des refuges dans son quartier rend le problème de l’itinérance très compliqué à gérer.

En 2020, la situation du sans-abrisme à Ottawa était insoutenable. Malgré une amélioration en 2021, l’itinérance a repris le dessus depuis 2022. Crédit image : Lila Mouch

« On doit avoir une approche différente : il faut sortir ces gens du quartier 12. Si toutes les bibliothèques, toutes les piscines et tous les parcs étaient dans le même quartier, les gens ne seraient pas ravis. Il faudrait éparpiller ces services, faire pareil pour les démunis et les gens vulnérables. Je ne crois pas que ça les aide d’être les uns sur les autres. »

Dans les quartiers 12 et 14, les personnes les plus vulnérables se côtoient. Toxicomanes, femmes victimes de violence, enfants, personnes racisées... La conseillère Plante décrit « des vulnérabilités dans les vulnérabilités » qui conduisent tout droit à une impasse sociale.

Ottawa aurait dépassé sa capacité de 366 %

Selon l’enquête menée par le Comité des services communautaires, se basant sur les données de 2022, plus du quart des personnes recensées dans les refuges ont intégré ces espaces pour la première fois durant l’année.

L’afflux que connaissent les systèmes d’hébergement est « exacerbé par la crise de l’accessibilité, des facteurs économiques tels que les pressions inflationnistes et le manque de logements abordables. Ces pressions ont conduit le conseil municipal à déclarer une crise du logement et de l’itinérance en janvier 2020 ».

En dépit de cette reconnaissance qui perdure aujourd’hui, le besoin de services et de soutiens continue d’augmenter aujourd’hui, affirmait la directrice des services communautaires en avril dernier.

Il existe deux types de services d’hébergement d’urgence temporaire à Ottawa : les refuges et les logements de transition. Mission Ottawa qui est le plus vieux et le plus grand refuge d’Ottawa, explique dans son plus récent rapport que « la pandémie est en partie responsable de la hausse dévastatrice des signalements de troubles mentaux, de consommation de drogues et de surdoses, sans oublier l’augmentation de la faim ».

L’occupation d’Ottawa en février 2022 et l’impact économique de la guerre en Ukraine ont de surcroît exacerbé ces tensions, ce dernier conflit ayant entraîné un taux d’inflation historique. 

Alors que le nombre de personnes dans les refuges avait baissé en 2021, on constate une montée en puissance en 2022. Les organismes anticipent une année similaire en 2023. Capture d’écran/SISA

La directrice des services sociaux et communautaires, dans son rapport, indique que « les refuges locaux d’Ottawa fonctionnent au-delà de leur capacité ».

« Chaque nuit de l’année dernière, 2067 personnes à Ottawa se trouvaient en situation d’itinérance, et ces chiffres continuent d’augmenter. Le système d’hébergement pour les familles dépasse actuellement sa capacité de 366 %, ce qui a nécessité l’utilisation d’hôtels, de motels et de résidences étudiantes supplémentaires pour accueillir les personnes. »

Le Système d’information sur les personnes et les familles sans abri (SISA) a justement collecté plusieurs données auprès des refuges à Ottawa. Ces chiffres indiquent une hausse du taux d’occupation des refuges dans la capitale entre 2021 et 2022, mais aussi une augmentation de l’itinérance chronique. Cependant, cette dernière a diminué chez les familles (-3 %).

D’après le Système d’information sur les personnes et les familles sans abri (SISA), il y a une augmentation du nombre de personnes qui naviguent dans les refuges d’Ottawa. + 13 % chez les hommes et + 24 % chez les jeunes par exemple. Capture d’écran/SISA

Les récentes données de Santé Ottawa liées à la consommation d’opioïdes – bien qu’il soit difficile d’associer ces chiffres à l’entièreté des sans-abri – démontrent une augmentation des cas de surdoses en 2023. Ainsi, en janvier 2022, les urgences enregistraient 48 cas de surdoses, contre 81 et en janvier 2023.

Si les plus récentes données du dénombrement de la population itinérante sont encore en évaluation, de l’avis de plusieurs conseillers, vu la situation économique actuelle, l’itinérance ne fera que s’aggraver.

Ottawa pourrait inspirer les provinces à adopter des lois anti-francophones, selon les Anglo-Québécois

OTTAWA – La modernisation de la Loi sur les langues officielles est un précédent pour les autres provinces qui souhaiteraient adopter une législation linguistique anti-francophone, plaident les anglophones du Québec, et ce, même si tous les organismes francophones du pays l’appuient.

De passage devant les sénateurs lundi soir en comité concernant C-13, le Quebec Community Groups Network (QCGN) a indiqué que la référence à trois reprises de la Loi 96 dans la Loi sur les langues officielles constitue un danger pour les francophones. Le principe d’asymétrie dans le projet de loi, qui vise à traiter différemment la minorité francophone du pays de celle anglophone pourrait aussi créer un dangereux précédent estime le QCGN. Les Anglo-Québécois considèrent que « leurs droits fondamentaux » seront « sacrifiés » par Ottawa si le projet de loi C-13 est adopté.

Les anglophones du Québec considèrent que ces références pourraient inspirer d’autres provinces à mettre en place leur propre Loi 96. Cette dernière, entrée en vigueur le 1er juin, a apporté d’importantes modifications à la Charte de la langue française en restreignant l’utilisation de l’anglais dans certains contextes et été conçue pour protéger l’usage du français au Québec.

« Quand on établit le principe d’acceptation au niveau fédéral de politique – si j’ose le dire discriminatoire – dans une province, d’autres provinces peuvent se sentir un peu plus libres », estime Joan Fraser, membre de l’organisme anglophone.

L’ancienne sénatrice affirme « en avoir trop vu pour que tout soit toujours beau dans le meilleur des mondes » ajoutant qu’on ne peut pas dire « qu’il n’y aura jamais de sentiment anti-francophone dans les autres provinces ».

« Le temps est long, on ne peut jamais garantir que ce qui est accepté comme étant une bonne politique aujourd’hui le sera dans l’avenir… Il peut y avoir des mouvements dans les autres provinces pour dire ‘’pourquoi est-ce que l’on devrait donner X ou Y aux francophones’’ », illustre Mme Fraser.

Questionnée à savoir si elle partageait cette argumentation, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a répondu non. « On ne cause pas de précédents avec le projet de loi C-13 », juge-t-elle.

La représentante acadienne s’est défendue tout au long de son témoignage sur ces références qui « n’enlèvent aucun droit à la communauté anglophone du Québec ».

« Faire mention de la Charte de la langue française est tout simplement une description de la loi du Québec… Veut veut pas, c’est la loi qui existe actuellement au Québec. Dans la Loi sur les langues officielles, on parle aussi de la spécificité du Nouveau-Brunswick et on parle de la province du Manitoba », énonce-t-elle.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) se dit aussi peu inquiète, estimant le risque beaucoup trop minime pour qu’il devienne réalité dans les provinces et territoires du pays. « Je ne pense pas que c’est un scénario plausible (…). Je dors bien le soir », a réagi sa présidente Liane Roy.

Liane Roy, la présidente de la FCFA. Gracieuseté.

Lundi, l’ensemble des organismes de la francophonie canadienne ont lancé « un cri du cœur » aux parlementaires afin d’adopter dès que possible la mouture pour « qu’ils finissent le travail ».

« Pour reprendre une expression familière, les étoiles sont alignées d’une manière qui ne se reproduira peut-être pas. D’où le sentiment d’urgence qui nous habite, nourri par la fragilité du français et de nos communautés, mais aussi par la conscience qu’il faut profiter de cet alignement pendant qu’il existe », a témoigné Mme Roy.

Le projet de Loi C-13 vient statuer que le gouvernement doit en faire plus pour protéger le français au pays, donner plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles, obliger le fédéral à se doter d’une politique en immigration francophone et à atteindre sa cible de nouveaux arrivants. Il vient aussi donner un droit de travailler en français pour les travailleurs des entreprises à charte fédérales dans les fortes régions francophones du pays.

Two Lips, l’album prêt à cueillir de Beau Nectar

Le duo Beau nectar, composé de la Franco-Ontarienne Marie-Clo et de la Fransaskoise éemi, a lancé vendredi dernier son album Two Lips. On a aussi pu découvrir le vidéoclip de la chanson Buds, leur préférée sur l’album. ONFR+ s’est entretenu avec ces deux femmes affirmées pour parler d’amitié, de musique écoféministe et de francophonie non militante.

C’est sur un hymne à l’amitié entre femmes que s’ouvre l’album Two Lips. D’abord composée en improvisant des paroles absurdes autour d’une trempette à l’artichaut, la chanson Buds a gardé cet aspect de plaisir sincère et contagieux.

Quand elles parlent de cette pièce et du vidéoclip qui l’accompagne, c’est le mot qui ressort en premier : plaisir. La sororité y est centrale également. Marie-Clo et éemi se sont constitué un entourage professionnel très féminin. Le vidéoclip de Buds est d’ailleurs réalisé par Amy Mantyka.

Coloré et festif, le vidéoclip de la chanson Buds rappelle l’ambiance des soirées pyjama et célèbre les amitiés sincères à l’âge adulte. Capture d’écran Youtube Beau Nectar

Marie-Clo explique que « le clip parle des amitiés adultes platoniques. On voulait célébrer ce que c’est, d’avoir par exemple une maman dans le band et d’avoir des amis qui, eux n’ont pas d’enfant. Toutes les réalités sont correctes, ayons quand même du fun comme adultes avec nos amis, parce qu’on trouve que ce n’est pas assez priorisé ».

C’est d’ailleurs la petite Rosalie, fille de Marie-Clo, qui vole la vedette dans la vidéo de Buds. Outre cette mignonne apparition, le clip est constitué de trois minutes trente secondes de ballons, de couleurs éclatées et de chorégraphies, dans une ambiance de soirée pyjama que ne renierait pas une version 2023 du film Treize ans bientôt trente.

Chanter dans sa langue

Si Buds est aussi chère au cœur des deux artistes, c’est aussi parce que « c’est la première fois qu’on écrivait dans notre accent francophone », dixit éemi. Les paroles reflètent la façon de parler des communautés franco-canadiennes minoritaires, sans chercher à en lisser l’image.

Marie-Clo explique comment Buds cristallise l’évolution de son rapport à la langue : « J’ai réalisé que je n’ai pas besoin de m’épuiser et de me battre aussi fort, parce que ça me brûle. Je n’ai pas besoin de me battre pour avoir une crédibilité en tant que francophone, et je n’ai besoin de convaincre personne que je suis francophone. Buds, c’est une chanson francophone, parce que je suis francophone et que je l’ai écrite comme ça […] C’est un peu antipolitique, if you will. »

Éemi opine du bonnet : « Moi, je fais juste exister et je parle en français et that’s it. »

La Fransaskoise éemi (à gauche) et la Franco-Ontarienne Marie-Clo (à droite) se sont rencontrées lors du concours Planète BRBR sur les ondes de TFO. Source : Indie Montreal

La chanson fera peut-être grincer des dents les puristes, mais elle rejoindra un public plus jeune qui cherche sa place dans la francophonie canadienne. « C’est de sortir de la zone de culpabilité et d’insécurité linguistique, et plutôt d’apprécier et de célébrer comment on parle. Parce que je réalise que, dans les environnements où il y a beaucoup de jeunes, ils ne parlent juste plus parce qu’ils sont tellement tannés de se faire corriger », raconte Marie-Clo.

Une démarche artistique complète

Marie-Clo et éemi ont lu autant de poèmes que d’encyclopédies dans les dernières années. Des notes prises lors de marches en forêt pour la Fransaskoise, des études en herboristerie pour la Franco-Ontarienne et des cours en études féministes et de genre pour toutes les deux ont contribué à définir l’identité artistique de Beau Nectar.

C’est au fil de ces explorations qu’elles sont tombées sur le concept d’écoféminisme, tel que décrit par éemi : « L’écoféminisme, c’est quand on compare la nature et la femme sous le chapeau patriarcal et capitaliste. C’est facile de faire cette métaphore. Donc on a trouvé ce mot-là et on a fait comme; wow, ça, c’est notre projet! »

La chanson À fleur de pot illustre bien ce propos. Que toutes ces femmes qui se sont déjà senties prises au piège dans des rôles prédéterminés tendent l’oreille.

Entre la vie de tournée et les résidences de création, la collaboration est facile malgré la distance entre les provinces. Gracieuseté

Le titre Two Lips fait référence au fait d’être deux femmes, deux camarades, deux têtes pour penser aux concepts exploités sur l’album. Il est aussi un jeu de mots avec tulips, les tulipes ayant fait l’objet de nombreux messages vocaux passionnés entre les deux artistes. Le titre en anglais n’est pas anodin, comme le souligne éemi, sourire en coin : « Des fois, dans la musique francophone, il faut truquer les anglophones à aller voir ton album. »

Le message de Beau Nectar se propage aussi à travers le monde. Les complices se sont rendues en France pour la première fois dans les derniers mois. Grâce aux plateformes de musique en ligne, elles sont aussi écoutées dans plusieurs pays d’Amérique latine, où l’on trouve d’ailleurs certains mouvements écoféministes.

Une industrie déjà conquise

Le duo, qui avait lancé une version EP de Two Lips en 2022, a récemment reçu neuf nominations pour le prochain Trille Or, qui aura lieu en septembre. Beau Nectar est nommé dans les catégories Groupe, Découverte, Pop, EP, Auteur-compositeur, Chanson primée (pour Le noyer), Réalisation et arrangements, Vidéoclip (pour À fleur de pot) et Coup de cœur du public.

Seul Ponteix récolte plus de nominations avec une dizaine, alors qu’Étienne Fletcher égalise la marque de Beau Nectar. Questionnée à savoir si elle sent faire partie d’un mouvement de musique fransaskoise, éemi répond avec enthousiasme : « J’ai toujours voulu faire partie du club. Là, j’en fais partie. C’est génial! »

Entre Marie-Clo (à gauche) et éemi (à droite), la chimie amicale et artistique est palpable. Gracieuseté.

Selon l’autrice-compositrice-interprète, deux facteurs influencent l’émergence d’artistes de cette province de l’Ouest. D’abord, à 1,2 million d’habitants pour 651 900 km2 de superficie, l’isolement et le manque d’activités sont des enjeux réels. Plusieurs jeunes, autant anglophones que francophones, se tournent alors vers la musique. « C’est quelque chose qui nous lie. Notre communauté est petite, mais elle est forte. Les gens veulent créer, veulent faire de l’art et de la musique. »

De plus, éemi affirme que le gouvernement de la Saskatchewan soutient bien ses artistes avec des subventions accessibles. « C’est pour ça qu’on fait de l’art. Parce qu’on peut. »

Un album à cueillir doucement

Sans savoir pourquoi, il nous a fallu plusieurs écoutes pour apprécier pleinement Two Lips. La proposition sur papier était plus qu’intéressante, la musique était bien composée et bien produite, mais il manquait un petit déclic. Les paroles sont parfois difficiles à saisir, et elles sont essentielles. Comprendre les mots qui nous échappaient donne l’impression d’enfin retrouver le dernier morceau d’un casse-tête.

C’est peut-être justement parce que la démarche artistique de Beau Nectar est riche et que la recherche est complexe. Marie-Clo et éemi ont pris le temps de créer une œuvre profonde et c’est peut-être pourquoi il faut un peu de temps pour la comprendre.

La pochette de l’album Two Lips, qui est disponible uniquement en format virtuel, pour être en phase avec l’identité écologiste de Beau Nectar.

Bien sûr, on peut apprécier l’œuvre musicale, comme le témoigne la quantité de fans hors francophonie. Ne vous méprenez pas : Two lips est très accessible, mais mérite qu’on y plonge plus profondément. En musique de fond, l’album sera joli. En écoute active, il sera excellent.

Beau Nectar consacrera les prochains mois à une tournée pancanadienne. Le duo performera le 11 juin dans le cadre d’un événement de Sofar Ottawa, puis sera du Kaleidoscope musical du MIFO le 22 septembre.

Un basketteur français prochainement chez les Raptors? 

TORONTO – Le spécialiste américain des jeunes joueurs à fort potentiel, Jonathan Wasserman, a laissé entendre vendredi dernier que le jeune espoir français Bilal Coulibaly aurait une promesse de sélection aux repêchages avant le 14e choix. Cette équipe pourrait-elle être les Raptors de Toronto qui choisiront en 13?

À 18 jours de l’événement de l’été de la NBA, les incontournables repêchages qui voient les jeunes joueurs américains et internationaux être appelés tour à tour pour rejoindre les franchises NBA, les rumeurs vont bon train quant aux choix des différentes équipes.

Si le numéro 1 qui sera sélectionné par les Spurs de San Antonio ne fait aucun doute avec le prodige français Victor Wembanyama, c’est  le choix numéro 13 qui nous intéresse du côté de l’Ontario.

En effet, les Raptors de Toronto, en plus d’être toujours à la recherche de leur nouvel entraîneur-chef, travaillent d’arrache-pied pour sélectionner le prochain talent qui rejoindra l’équipe la saison prochaine.

Selon les dernières rumeurs, ce joueur pourrait bien parler français comme l’a rapporté vendredi dernier Jonathan Wasserman du Bleacher Report. Selon le spécialiste, Bilal Coulibaly, jeune ailier qui évolue du côté des Metropolitans de Boulogne-Levallois, la même équipe que Wembanyama, aurait une promesse d’une franchise se situant avant le choix 14. 

Le jeune joueur de 18 ans a beaucoup fait parler de lui ce dimanche en participant grandement à la qualification de son équipe en finale du Championnat de France, inscrivant 16 points dans la victoire au match 4 face à l’ASVEL. Sur les réseaux sociaux, on parlait presque plus de sa prestation que de celle de Victor Wembanyama sur qui tous les regards sont pourtant portés lors de ces phases finales de la Betclic Elite. 

Selon nos informations, les Raptors apprécieraient beaucoup le profil de l’ailier français mais ne sembleraient pas enclins, pour lìnstant, à le sélectionner en 13. Alexandre Berthaud du site français Envergure spécialisé dans l’analyse des jeunes joueurs à potentiel, va dans le même sens. 

« On pense que c’est un peu haut vu la faible exposition qu’il a eue à haut niveau, mais c’est vraiment le profil qui monte en ce moment. Généralement, ces gars-là sont choisis assez haut », explique-t-il. « On a aussi entendu cette rumeur parmi les directions de franchises NBA. Cela peut être un écran de fumée des deux côtés. D’une part les Raptors qui peuvent faire croire qu’ils ne vont pas le prendre ou de l’autre une autre équipe qui a intérêt à faire croire qu’il partira si haut. » 

Quoi qu’il en soit, l’intérêt est réel du côté de la franchise championne de NBA en 2019, même si ce n’est pas en choix 13. Masai Ujiri et Bobby Webster, qui devraient être très actifs cet été pour améliorer l’effectif des Raps, pourraient mettre en place un échange pour le récupérer plus bas si nécessaire. Mais qu’est-ce qui peut bien les intéresser chez ce jeune français de 18 ans?

« Il fait de bonnes phases finales avec les Mets. Il est d’autant plus médiatisé qu’il joue avec Wembanyama. C’est un ailier longiligne, qui sait tout faire sur un terrain. Il a un bon état d’esprit, des mensurations vraiment intéressantes », décrit Alexandre Berthaud. « C’est typiquement dans le moule d’une NBA qui veut de plus en plus d’ailiers de ce type. »

Ce qui coince à la vue de l’effectif torontois, c’est que les Raptors ont pléthore d’ailiers de ce type. Difficile d’imaginer le Français se tailler une place au milieu des Barnes, Anunoby, Siakam, Boucher et compagnie. Il faudrait donc que la direction de la franchise décide de se séparer de plusieurs de ces joueurs – ce qui n’est pas à exclure non plus.

En plus de cela, le profil de Bilal Coulibaly pose question quant à un choix aussi haut dans les repêchages. « La seule interrogation, et elle est majeure, c’est : quelle est sa compétence élite? », se questionne le spécialiste d’Envergue. « C’est souvent la porte d’entrée à un temps de jeu conséquent en NBA, et pour lui on ne sait pas trop. Il fait tout bien, rien de manière vraiment extraordinaire. Mais il est très jeune donc, potentiellement, c’est un gros défenseur et  joueur de transition. »

Bilal Coulibaly viendra-t-il ajouter son nom à côté de Jérôme Moïso, Alexis Ajinça, Mickael Pietrus et Nando de Colo dans la liste des Français ayant porté l’uniforme des Raptors? Réponse le 22 juin. 

Florence Ashley, vigie universitaire des droits transgenres

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Juriste et bioéthicienne transféminine, Florence Ashley est une écrivaine, chercheuse et activiste francophone qui milite contre les thérapies de conversion des personnes transgenres. Ille achève ses études doctorales à l’Université de Toronto avant de se lancer dans l’enseignement en Alberta.

« Vous êtes devenue en 2019 la première auxiliaire juridique ouvertement transféminine à la Cour suprême du Canada. Comment cela a-t-il été perçu?

Cela a été perçu comme une étape symbolique importante pour la communauté, car cela a validé cette idée que non seulement on a un futur dans le monde légal mais aussi qu’on peut être la fine pointe du monde juridique. Être trans n’empêche aucunement de travailler à la Cour suprême. Ça ne veut pas dire que c’est facile. À bien des égards, la situation générale des trans est plus difficile aujourd’hui qu’en 2019.

En quoi la situation est-elle plus difficile aujourd’hui ?

Être trans a toujours été politisé. On se fait dire par les uns que c’est de la discrimination positive et par les autres que c’est un phénomène woke. Mais cela a empiré avec la montée d’une droite populiste très hostile à la diversité. Avant, les gens qui n’aimaient pas les trans s’intéressaient peu à nous et nous laissaient tranquilles, mais à présent ces mêmes personnes se radicalisent, encouragées par des organisations explicitement et ouvertement contre les droits trans et soutenues par des forces religieuses qui ont décidé de mobiliser tout le mouvement conservateur contre les trans, qui sont des proies faciles.

Quelle est l’ampleur de ce mouvement anti-LGBTQ+?

Ça vient des États-Unis et ça se propage au Canada, en Europe et partout ailleurs à coup de milliards de dollars distribués pour alimenter des causes anti-LGBTQ+. Cet argent provient principalement de milliardaires américains religieux. Mais ce n’est pas unidirectionnel. Il existe inversement un apport canadien qui se fait sentir aux États-Unis. Par exemple, on a vu des universitaires du pays défendre les récentes persécutions de genre en Floride.

Le Canada n’est-il pas un peu plus préservé de cette influence?

Le Canada se porte bien mieux pour le moment, mais cela peut changer rapidement, car ce qui détermine tout ça n’est pas le pourcentage de la population pour ou contre, mais le gouvernement au pouvoir qui décide ou non de mettre les personnes trans dans sa ligne de tir. Au Canada, la clause nonobstant (article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés qui permet aux gouvernements de supplanter temporairement, ou de contourner, certains droits de la Charte), qui fait que les gouvernements peuvent complètement ignorer les droits de la personne, est de plus en plus normalisée.

Avez-vous l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête avec cette clause?

Oui. Ça fait très peur.

Florence Ashley a été la première juriste ouvertement trans de la Cour suprême du Canada. Gracieuseté

Le pays n’a banni les thérapies de conversion qu’en 2021. Comment expliquer une telle lenteur législative?

Cette loi a été fortement critiquée au sein même des communautés LGBTQ+ parce que faite à la va-vite et trop tard. On voit le résultat aujourd’hui : personne n’a jamais été visé ni n’a eu à faire face à des charges sous cette loi-là. Pire, les thérapies continuent dans certains groupes agissant en toute impunité. Une fois cette loi passée, le gouvernement s’en est lavé les mains, mais la pratique perdure. Le combat contre les thérapies de conversion n’est certainement pas fini.

En Ontario, les crimes liés à l’orientation sexuelle ont augmenté de 64 % entre 2020 et 2021. Cela vous surprend-il ?

Ça ne m’étonne pas et ça m’horripile, d’autant que ces données, principalement récoltées par le corps policier, sous-estiment immensément l’ampleur du problème. Tellement de personnes ont subi des crimes haineux sans jamais aller voir la police, car cette institution perpétue elle-même ces crimes ou va rire au nez des personnes qui osent les rapporter. Les données sont donc largement en dessous de la vérité. Or, plus la société normalise cette haine et moins de victimes rapportent les crimes, entrainant des données de moins en moins représentatives.

Comment avez-vous réagi à la polémique du Conseil scolaire catholique de York refusant de hisser le drapeau LGBTQ+?

Il faut replacer ce genre de refus dans un contexte général de montée de la haine contre les jeunes LGBTQ+. À la place de dire qu’on va soutenir ces jeunes-là, l’institution nous dit quelque part « Non, ce n’est pas suffisamment important de vous soutenir ». Ça envoie le message qu’on s’en fout un peu de ces jeunes. Et quand on met ça à côté d’un langage génocidaire qui se déploie aux États-Unis et dans certains cercles au Canada, ça fait peur.

Les velléités de changement du curriculum scolaire ontarien sur l’éducation sexuelle et l’identité de genre en 2018 vous ont-elles choquée?

Oui, ça fait partie de cette idée qu’être gai ou trans est inapproprié pour les jeunes. C’est aussi lié à cette idée qui circule beaucoup sur les médias sociaux ces jours-ci, voulant que les personnes LGBTQ+ soient toutes à tendance pédophile. On se croirait revenu dans les années 1970 avec Anita Bryant (chanteuse américaine ayant mené une campagne pour abroger une ordonnance locale interdisant toute discrimination basée sur des critères de préférences sexuelles). Ça veut aussi dire qu’un grand nombre de jeunes ne se voient pas reflétés dans le programme et que les autres élèves n’apprendront pas comment respecter leurs différences. C’est retarder une éducation nécessaire au bien-être des jeunes LGBTQ+ à l’école.

Florence Ashley a publié son premier livre, Banning Transgender Conversion Practices, en 2022 sur les thérapies de conversion. Gracieuseté

Vous avez publié de nombreux travaux de recherche. Quelle place occupent-ils dans votre vie?

J’ai acquis une expertise autour des enjeux trans. Dans mes travaux, j’apprends directement des communautés trans, traduis leurs savoirs, leur donne une voix… C’est cette analyse qui est valorisée. Or, ces travaux ne peuvent pas être dissociés du fait que je suis trans et que je vis parmi ces communautés. Mes cercles d’amis et de travail sont remplis de personnes trans et c’est un travail collectif qui se construit à travers mes recherches.

Y a-t-il assez de recherche sur les questions de genre?

C’est très paradoxal : on a à la fois trop et pas assez de recherche. Il y a amplement de travaux pour qu’on puisse parler intelligemment de ces enjeux, mais beaucoup de gens ignorent cette recherche qui existe et vont ignorer nos demandes de financement, empêchant de conduire des recherches plus poussées. Par exemple, oui, on sait que les personnes trans sont marginalisées! Maintenant, ce qu’on veut savoir, c’est quelles mesures sont efficaces pour y répondre. Mais dès qu’on parle de financement, tout le monde veut qu’on répète la même étude de base LGBTQ+101. On ne valorise pas assez la recherche plus utile et détaillée.

Quel regard portez-vous sur le rapport de la langue française à la non-binarité?

Le français étant une langue très genrée, les enjeux pour les francophones sont différents. À cela s’ajoute une tendance prescriptiviste au niveau linguistique de la culture québécoise, française et francophone ailleurs au Canada. Il y a une « bonne façon » « de parler, quelle que soit la réalité vécue, ce qui rend difficile toute modification pour mieux inclure les personnes non-binaires. L’Office québécois de la langue française ne s’empresse pas d’aider au développement d’un français qui inclut un genre grammatical neutre. On dirait qu’on érige toujours des barrières à cette évolution officielle de la langue, alors que cette évolution se fait déjà au sein des communautés.

Le marketing omniprésent autour du Mois de la Fierté n’a-t-il pas perverti l’esprit initial de cette période revendicatrice?

C’est à la fois plus inutile et utile qu’on ne le pense. Il y a trois-quatre ans, ma position était moins ouverte à la Fierté, que j’assimilais à un espace plus corporatif que libératoire. Mais avec cette montée de l’hostilité, la Fierté a repris de l’importance puisque l’idée à l’origine était d’être fier de qui on est, malgré tous ceux qui ne veulent pas qu’on existe. On est dans un moment historique où l’on recommence à nous dire que l’on veut nous éliminer de la société. À l’opposé, ces entreprises qui mettent de l’arc-en-ciel un peu partout dans leur marketing ne dénoncent rien des persécutions des personnes LGBTQ+. Leur silence est très évocateur.

Diplômée des universités McGill et de Toronto, Florence Ashley va à son tour enseigner : à l’Université d’Alberta. Gracieuseté

Que dites-vous aux jeunes qui se reconnaissent en vous, mais se butent à des obstacles ou sont victimes d’actes haineux?

J’espère pouvoir inspirer certaines personnes à avoir le courage de s’affirmer par rapport à leur identité de genre et leur valeur dans la société. Qu’elles puissent se dire que ce n’est pas parce qu’elles sont trans qu’elles devraient éviter de vivre la vie pleinement, de poursuivre leurs rêves. Si tu veux faire quelque chose, fais-le ! Tu veux devenir avocate? Défenseuse des droits? Première ministre? Fais-le! Ne laisse pas la haine t’empêcher de t’accomplir, parce qu’il n’y a pas de meilleure façon de résister à un monde qui ne veut pas que tu existes que de vivre heureux.

Et le monde de la santé dans tout ça? Est-il vraiment préparé à ces enjeux?

Il y a très peu d’éducation dans le système médical pour tout ce qui n’est pas « normal, » que ce soit les personnes trans, racisées, autochtones, handicapées, immigrantes… Je me souviens avoir présenté un cours dans une faculté de médecine. Dans cette formation qui durait deux jours, les questions de justice et d’équité occupaient une plage horaire d’une heure et demie. Les gens devaient choisir entre trois sessions : perspective autochtone, racisme anti-noir ou trans. Si tu voulais avoir les trois, tu ne pouvais pas. C’est absurde. Il y a un gros trou dans la formation médicale.

Chaque année, on voit surgir des projets de loi pour améliorer les conditions des communautés LGBTQ+, avec peu de chance de se matérialiser en loi. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Il n’y a pas un manque d’idées en général, mais un manque de volonté, une inertie, voire une hostilité politique. Beaucoup de gouvernements conservateurs au Canada n’aiment pas les trans, mais ne vont pas ouvertement les contrarier pour ne pas faire de vagues dans les médias car, politiquement, ça pourrait tourner mal.

Le Canada devrait-il occuper un leadership plus fort dans le monde sur les droits humains?

Une nouvelle loi en Ouganda rend l’homosexualité passible de peine de mort. Les médias relayent que le Canada est contre cela ou déplore ceci. Mais des sommes faramineuses offertes par des groupes religieux finissent dans ces pays pour inciter à la haine envers les personnes LGBTQ+. L’apport impérial et colonial se manifeste donc de façon très forte par des voies alternatives. Le Canada et les États-Unis permettent cette contribution qui vient d’Amérique du Nord. C’est un point sur lequel il faut agir et sur lequel le leadership canadien pourrait s’affirmer plutôt que de faire la morale aux autres pays.

Vous débutez un nouveau défi dès cet été, loin de Toronto. De quoi s’agit-il?

Je vais enseigner le droit et continuer mes recherches en bioéthique à l’Université d’Alberta en tant que professeure adjointe. C’est une façon d’apporter des perspectives critiques sur ces divers enjeux et d’en faire bénéficier un grand nombre d’étudiants. Ces perspectives développées en sur la base de savoirs trans peuvent être bénéfiques à tout le monde, à la société en général. »


LES DATES-CLÉS DE FLORENCE ASHLEY

1992 : Naissance à Montréal.

2018 : Reçoit le prix du Héros de l’Association du Barreau canadien.

2019 : Devient la première juriste ouvertement trans à la Cour suprême.

2022 : Publie son premier livre : Banning Transgender Conversion Practices.

2023 : Débute comme professeure adjointe à l’Université d’Alberta.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Un printemps de 1973 particulièrement agité en Ontario français

CORNWALL – Après la première crise scolaire survenue à Sturgeon Falls en 1971 lors de laquelle les Franco-Ontariens ont lutté et obtenu gain de cause pour leur école secondaire publique « homogène » de langue française, une autre crise scolaire a éclaté, cette fois-ci dans l’Est de la province, dans la ville de Cornwall. C’était il y a 50 ans.

À Cornwall, la fin des années 1960 s’accompagne de changements profonds dans les institutions du monde de l’éducation. Le Collège de Cornwall, un des rares collèges classiques ayant existé en Ontario français, ferme ses portes. Les étudiants masculins de ce collège entièrement francophone et géré par la congrégation religieuse des Clercs de Saint-Viateur se tournent vers l’École secondaire Saint-Laurent, l’école bilingue de la ville, fondée en 1951.

On compte plus de 500 élèves francophones, dans une ville où on ne dénombre pas moins de cinq paroisses catholiques de langue française et tout autant d’écoles élémentaires de langue française. Bref, la francophonie au début des années 1970 à Cornwall est nombreuse. 

Dès 1969, les francophones de Cornwall demandent au conseil scolaire de Stormont-Dundas et Glengarry de transformer Saint-Laurent en une école uniquement de langue française. 

Le conseil scolaire accepte mais, un mois plus tard, offre plutôt un vieux couvent désaffecté pour loger l’école française. On arrive plutôt alors à une entente pour partager l’école Saint-Laurent. Une demi-victoire. 

 La crise scolaire prend rapidement un allure provinciale et fait la Une du journal Le Droit. Source : Le Droit, 4 juin 1973, p. 1. 

En septembre 1970, l’école fonctionne avec un système d’horaire à relais entre les rotations françaises et anglaises. Mais le conseil maintient un programme bilingue dans une autre école, nommée Général-Vanier. Cela a eu pour effet de diviser les inscriptions du côté francophone. 

Les limites des établissements scolaires bilingues qui divisent le bassin estudiantin émergent rapidement : plutôt qu’être regroupés dans des espaces homogènes par et pour eux, les francophones sont dilués dans de grands établissements scolaires bilingues où ils sont minoritaires. 

Devant cette situation difficilement viable à long terme, les élèves francophones de Cornwall forment « Le Groupe des Huit ». Ils se présentent devant les conseillers scolaires pour réclamer l’école secondaire à laquelle ils ont droit, distribuent des tracts et mobilisent la communauté de leur ville. 

700 élèves campent devant le siège social du conseil scolaire

Devant le refus et le mépris du conseil scolaire bilingue, une grève estudiantine est déclenchée le 14 mars 1973. Une foule de 700 élèves campe devant le siège social du conseil scolaire. 

« Nous la voulons et nous l’aurons! » scandent-ils en cœur. Rapidement, ce cri de ralliement inspirera la communauté francophone locale de l’Ontario. La Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO, qui sera fondée en 1975) le reprendra à son compte en la modifiant légèrement pour en faire sa devise : « On veut, on peut, on s’unit, on l’aura! »

Tout comme à Sturgeon Falls, les élèves francophones de Cornwall prennent soin de ne lutter que par des actions non violentes. Selon des témoignages, des membres du groupe terroriste marxiste-nationaliste québécois Front de libération du Québec (FLQ) auraient tenté de leur proposer leurs services, en vain. 

Les sit-ins sont parmi les moyens de pression les plus utilisés à Cornwall. Ici, 700 élèves dans le gymnase de l’école secondaire bilingue, le 28 mai 1973. Source : Le Droit 29 mai 1973, p. 1

En lieu et place de la violence, c’est de la désobéissance civile qui sert de moyen de pression aux francophones lors du débrayage. En plus de la grève, des sit-ins, de grands rassemblements et des réunions publiques sont organisés près de l’école, au conseil scolaire, ou à la salle Nativité de la paroisse doyenne et co-cathédrale du diocèse d’Alexandria-Cornwall. 

Le 30 mars, des grèves scolaires éclatent partout en Ontario alors que les élèves franco-ontariens manifestent publiquement leur appui à leurs confrères de Cornwall. Dans l’Est ontarien, les élèves de Plantagenet, Embrun, Rockland et Vankleek Hill boycottent leurs cours, tandis qu’à Ottawa un autobus nolisé avec à son bord des représentants des sept écoles secondaires de langue française de la capitale nationale fait le trajet jusqu’à la ville en crise. À la grandeur de la province, ce sont 4000 élèves en grève.

La crise prend de l’ampleur et attire l’attention médiatique et celle du pouvoir provincial, à Toronto. Pour régler le conflit, le premier ministre Bill Davis choisit d’envoyer des médiateurs, dont Thomas Symons, au grand dam des conseillers scolaires anglophones qui prédisent une victoire des francophones.

M. Symons est le même qui a rédigé son rapport éponyme l’année précédente, en 1972, et qui a mis fin à la crise scolaire de Sturgeon Falls, en faveur des francophones.

Manifestation devant les bureaux du conseil scolaire de Stormont, Dundas et Glengarry School Board. Source : Le Droit 13 juin 1973, p. 3

Déposé en 1972, le rapport final de la commission Symons avait poussé le gouvernement progressiste-conservateur à adopter les lois 180 et 181 qui créent la Commission des langues de l’Ontario pour permettre de porter en appel les décisions des conseils scolaires défavorables à la minorité linguistique francophone.

Dans la foulée, le gouvernement ontarien avait nommé le Franco-Ontarien Laurier Carrière sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation. Ces décisions avaient été perçues alors comme une avancée dans l’histoire franco-ontarienne de l’éducation. 

Néanmoins la crise scolaire de Cornwall, qui survient un an après, démontre que ce n’est pas encore suffisant pour que la communauté franco-ontarienne jouisse pleinement de ses droits scolaires. Ce qui devait n’être une crise unique à Sturgeon Falls s’est répété deux ans plus tard. Deux régions différentes de l’Ontario français, mais avec les mêmes défis et un plafond de verre qui freinaient le développement de la communauté qui voyait ses droits ne pas être respectés.

Gain de cause et naissance de La Citadelle

Le 12 juin 1973, au terme de nombreuses manifestations, le conseil scolaire accepte enfin de transformer l’école Saint-Laurent en une école française. Au terme d’une consultation, elle prend le nom « La Citadelle », ce qui rappelle la ville de Québec et en référence au roman éponyme de l’écrivain français Antoine de St-Exupéry.

Transformer l’école secondaire bilingue en une école de langue française plutôt qu’attendre la construction d’un bâtiment neuf était l’option favorisée par la directrice du volet francophone de l’École, la militante franco-ontarienne Jeannine Séguin en raison de la position géographique centrale de l’établissement scolaire et de sa proximité avec les écoles nourricières. Les élèves anglophones déménagèrent leurs pénates dans une nouvelle école construite sur mesure. 

Néanmoins, après toute cette agitation, le conseil scolaire cherche des coupables. Il dresse une liste noire avec les noms de cinq personnes, dont la directrice Jeannine Séguin. Si cette dernière ne sera finalement pas inquiétée, d’autres auront moins de chance. 

À la fin de la grève et en guise de représailles, le conseil scolaire décide de congédier deux enseignants francophones qu’il accuse d’avoir incité les élèves à manifester : Jacques Boyer (l’enseignant responsable et superviseur du conseil étudiant) et Paul Besozzi. Cette décision provoque un tollé aussi bien au sein de la communauté que chez le syndicat franco-ontarien des enseignants, l’AEFO. 

 L’École secondaire La Citadelle a ouvert ses portes en 1973 et a été inaugurée en 1975. Source : IDÉLLO/TFO. 

Une grande manifestation est organisée à Cornwall le 12 juin devant le conseil scolaire bilingue. Les Franco-Ontariens réclament justice pour les deux enseignants congédiés. Sous le vocable d’un « front commun franco-ontarien », les dirigeants des diverses associations franco-ontariennes tels qu’Omer Deslauriers (président de l’ACFO provinciale) et Jean-Marc Cantin (vice-président de l’AEFO) convergent avec des francophones de partout en province à Cornwall. Ils rencontreront les élus du conseil scolaire mais se buteront à un mur.

C’est donc à fort prix que l’École secondaire La Citadelle devient alors la première école secondaire publique de langue française dans les Comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry, prête pour la rentrée de 1973. 

Dans les comtés unis de Prescott-Russell voisins, la première école secondaire publique de langue française ouvre ses portes la même année alors que l’École secondaire de Rockland (une école bilingue ouverte depuis 1961 et dont les plans ont été dessinés par l’architecte franco-ontarien d’Ottawa Roger Thibault) se francise en temps pour la rentrée scolaire de 1973 en prenant le nom de « L’Escale ».

Contrairement à Cornwall, ce passage d’école bilingue à l’école de langue française se déroule sans crise.

Un bilan de la francophonie prometteur mais incomplet

TORONTO – Publié jeudi par le ministère des Affaires francophones, le nouveau rapport de la francophonie en Ontario de 2023 fait état des actions entreprises durant l’année, dont le nouveau règlement sur l’offre active et l’arrivée des accents sur les cartes Santé, la cible d’immigration francophone de 5 % atteinte, la formation, etc. dont l’ombre au tableau reste la grande pénurie de personnel francophone et l’absence de mention de l’Université de Sudbury.

Parmi les principales avancées de l’année 2022-2023, le nouveau règlement sur l’offre active dans le cadre de la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF), entré en vigueur le 1er avril, précise la définition des services en français et encadre leur application auprès des ministères, agences gouvernementales et organismes.

La liste des organismes désignés et soumis à la LSF n’étant pas à jour, le ministère des Affaires francophones précise dans ce rapport y travailler. La plateforme en ligne de gestion des demandes de désignation d’organismes a été optimisée en 2022 pour accélérer le traitement des demandes, après quoi de nouvelles fonctionnalités s’ajouteront cette année pour l’évaluation triennale des organismes en ligne.

Guy Bourgouin, député de Mushkegowuk-Baie James, porte-parole de l’opposition aux Affaires francophones, estime que les choses avancent et que le gouvernement procède à des changements, mais explique aussi que la communauté francophone en attendait plus.

Il déplore notamment le délai de mise en place réelle de l’offre active qui pourrait prendre jusqu’à trois ans : « Il n’y pas de suivi et pas de conséquences si les organismes ne répondent pas à ces nouvelles exigences. On ne veut pas se retrouver dans la même situation trois ans après! »

Initiatives pour pallier à la pénurie de personnel francophone

L’élu du Nord évoque une pénurie de main-d’œuvre francophone qui touche tous les secteurs, dont 450 % en éducation et des enseignants actuels qui ne sont pas qualifiés pour exercer. Il pointe du doigt l’immigration francophone trop modeste qui ne répond pas aux besoins de la province, bien qu’elle ait atteint sa cible de 5 %.

Une pénurie que le rapport mentionne : « La pénurie de travailleurs francophones et bilingues touche plus particulièrement les secteurs de la santé, de l’éducation, de la petite enfance et des services sociaux et communautaires. Le gouvernement de l’Ontario prend très au sérieux cette situation. »

Faisant état de la nécessité de renforcer le recrutement pour offrir ces services en français, il mentionne l’élaboration d’une initiative pour le développement d’une main-d’œuvre bilingue au sein de la fonction publique et du gouvernement.

Parmi les initiatives mises en place par le ministère des Affaires francophones, la Stratégie ontarienne de recrutement et de rétention du personnel enseignant de langue française de 2021 à 2025 a permis de créer un portail de recrutement Enseignerenfrançais. Un nouveau projet pilote de l’Ordre des enseignants de l’Ontario permet aux enseignants de France nouvellement diplômés de présenter une demande d’agrément auprès de celui-ci.

« Il y a dans ce rapport des choses très intéressantes, par exemple sur la stratégie concernant la pénurie de main-d’œuvre avec des incitatifs » – Fabien Hébert

Divers incitatifs financiers ont été également mis en place par la province pour les métiers spécialisés dans l’éducation, la santé, la petite enfance et les services sociaux, à raison de 1000 $ pour les employeurs et apprentis à l’inscription, faisant partie d’un groupe sous-représenté, tel que les francophones.

Le Programme de formation relais de l’Ontario, géré par le ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, vise à aider les nouveaux arrivants formés à l’étranger à obtenir un emploi dans leur champ d’expertise, sans devoir reprendre leurs études ou acquérir d’autres compétences.

« Il y a dans ce rapport des choses très intéressantes, par exemple sur la stratégie concernant la pénurie de main-d’œuvre avec des incitatifs ou encore sur les efforts en langage des signes francophones dans la fonction publique », commente Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

La Stratégie de développement économique francophone, mise en place en 2021 par le ministère des Affaires francophone, a permis de financer des entreprises en phase d’incubation et d’implantation grâce à un financement de 1,5 million de dollars sur trois ans. La Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), créée il y a deux ans par le ministère, compte aujourd’hui 4000 entreprises et entrepreneurs franco-ontariens.

Aucune mention de l’Université de Sudbury

Si le bilan de la francophonie recense l’Université de l’Ontario français à Toronto et l’Université de Hearst dans le nord comme établissements postsecondaires 100 % francophones, il ne fait aucune mention de l’existence de l’Université de Sudbury et du suivi du transfert des programmes francophones de l’Université laurentienne.

« Le rapport qui évoque l’Université laurentienne reste silencieux sur l’Université de Sudbury. Ça fait peur », réagit M. Bourgouin. « Le fait qu’il n’y ait aucune mention, ne serait-ce que le fait que c’est en cours est préoccupant. Le fédéral a donné le financement que la province retient, et le dossier n’avance pas. »

Il rappelle que les ministères des Affaires francophones et des Collèges et Universités avaient été décriés par la communauté francophone et accusés de ne pas avoir fait leur travail pour éviter que l’Université se retrouve au point mort.

M. Hébert nuance toutefois le propos : « Ce dossier continue à progresser. On continue à le surveiller. On s’attend à avoir des nouvelles sous peu. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. »

La santé avec les accents

Depuis août 2022, les francophones peuvent opter pour les caractères de langue française, comme les accents (p. ex. ç, è, é, ê, ë) sur leur carte Santé de l’Ontario.

« Les accents c’est une bonne chose, mais on a besoin d’avoir les données francophones, une identification des francophones, dont ce recensement aiderait à ajouter des services en français, reflétant les besoins », commente Guy Bourgouin.

Concernant la base de données sur les services de santé en français, elle est gérée par le ministère depuis mars 2022 qui récolte les données des fournisseurs de services de santé et permet aux planificateurs de mieux cerner leur capacité à offrir ces services en français.

Il est précisé que le ministère utilisera les données pour créer des rapports évaluant la capacité à prodiguer des services en français avec la possibilité de combiner ces données avec d’autres données ministérielles pour mieux cerner les besoins.

Depuis février 2023, 39 projets de développement de centres de soins de longue durée sont en cours de préparation à travers l’Ontario pour un total de 4956 lits dédiés aux francophones, 3166 nouveaux lits et 1790 rénovations.

À noter également que depuis le 1er février 2022, les documents judiciaires peuvent être déposés en français partout dans la province dans tout type d’instance, y compris les affaires criminelles, civiles et familiales.

Un rapport souligne la détérioration des conditions de travail des enseignants

Pressions externes, besoins qui s’apparentent davantage à des services sociaux, surcharge de travail, dévalorisation de la profession, enjeux grandissants en matière de santé mentale… Le rapport du Sommet sur l’avenir de l’éducation franco-ontarienne cerne plusieurs défis cruciaux en vue d’une feuille de route d’ici mars 2025.

La majorité des participants jugent le système éducatif de langue française en Ontario « en assez mauvais état et souvent pas assez inspirant ou concurrentiel » face au système d’éducation de langue anglaise ».

Le statu quo n’est « pas tenable à long terme », conclut le document, fruit d’une vaste consultation lancée en 2021, qui a duré près d’un an, et à laquelle a pris part le gouvernement. « Un véritable dialogue, inclusif et courageux doit être instauré pour que s’opère une réelle transformation du système d’éducation franco-ontarien. »

Face à des besoins des élèves croissants, pour sauver le système du naufrage, les auteurs de cette synthèse croient qu’il faut entre autres veiller à transmettre un sens d’appartenance aux élèves, les ouvrir au monde communautaire, les amener à privilégier le français ou encore renforcer leurs compétences en savoir-faire et savoir-être.

Ils mettent en relief également la nécessité de revoir la Politique d’aménagement linguistique et de reconnaitre davantage les principes d’ouverture, d’inclusion et d’évolution de la culture franco-ontarienne.

Revoir le modèle avec des ressources adéquates

Seulement, pour y parvenir, cela imposerait de revoir complètement le modèle d’enseignement, redéfinir la fonction du personnel et repenser le milieu de vie. Un vaste chantier qui passe par plus de ressources, à commencer par recruter et retenir le personnel.

« C’est le morceau le plus gros qui est ressorti de ce rapport », commente Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). « C’est ambitieux oui, mais on s’engage au niveau collectif en reconnaissant que le système a besoin d’être ajusté si on veut d’une éducation de qualité équivalente au système anglophone. Et le financement doit refléter ce besoin, que ce soit au niveau de la pédagogie, de la diversité, du recrutement. »

Le rapport identifie en effet le manque de personnel comme « la plus grande menace pour la pérennité de la qualité de l’éducation » et incite à des efforts considérables pour valoriser la profession et « agir pour trouver, de façon urgente, des moyens efficaces mettant fin aux pénuries ».

« La pénurie n’est pas seulement en éducation, mais certains de ces emplois souffrent d’être en bas de l’échelle salariale. On demande au gouvernement de tenir compte de ce rapport car ce sont des recommandations favorables à tout l’Ontario. Il faut vraiment qu’on s’y attarde », signale Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Son organisation s’inquiète entre autres du taux de roulement et de la pénurie de main-d’œuvre. L’AFO croit que la communauté doit impérativement se demander pourquoi un tiers des élèves francophones se retrouvent dans le système scolaire de la majorité, malgré les bonnes performances de nos écoles.

Une feuille de route pour les cinq prochaines années

En 2021, un premier rapport sur les origines et les solutions à la pénurie de travailleurs en éducation avait livré plusieurs recommandations. Mais toutes n’ont pas été suivies, l’AEFO critiquant en mai dernier un « manque d’ambition politique », dans une lettre adressée au ministre de l’Éducation. Le recrutement dans les conseils scolaires reste fragile en Ontario.

Le document prône la mise en œuvre d’une feuille de route incluant des initiatives, des cibles et des mesures concrètes pour jauger les progrès en termes de pédagogie, de curriculum et de réussite éducative, avec à l’appui les ressources financières et, en point de mire, mars 2025 pour évaluer l’évolution de cette feuille.

« Ça va demander un effort concerté », prévient M. Hébert. « Ce n’est pas seulement le rôle du gouvernement mais c’est aussi à la communauté de définir ce qu’elle veut. On doit tous s’y mettre pour s’assurer par exemple que le continuum d’éducation soit effectif de la petite enfance au postsecondaire. »

« Le gouvernement a participé au sommet – en décembre dernier à Ottawa – qui a abouti à ce rapport et on rencontre régulièrement ses membres depuis, en les rappelant à leurs responsabilités », renchérit Mme Vinet-Roy.

« Tannés de se faire niaiser » : le gouvernement sommé d’agir pour l’Université de Sudbury

SUDBURY – Des membres de la communauté francophone comprenant des députés néodémocrates et la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française (CNOUF) urgent le gouvernement d’agir dans le dossier de l’Université de Sudbury.

« Nous sommes tous ici, car la communauté francophone est tannée de se faire niaiser », a lancé le porte-parole pour les Affaires francophones du NPD Guy Bourgouin au début de l’adresse virtuelle.

La députée de Nickel Belt, France Gélinas, Joanne Gervais, directrice de l’ACFO du Grand Sudbury, et Denis Constantineau, porte-parole de la CNOUF, se sont également joints à M. Bourgouin pour interpeller ensemble Jill Dunlop, ministre des Collèges et Universités.

« Ça fait maintenant deux ans que la communauté francophone du Nord-Est ontarien attend que le gouvernement provincial prenne une décision », a déclaré Denis Constantineau dans une lettre ouverte parue ce matin. L’Université n’offre en effet plus de programmes depuis deux ans, tandis que l’Université Laurentienne, après des coupes drastiques en 2021, ne propose plus que 25 programmes en français dans l’éducation, la santé, les arts, la gestion et les sciences.

La crise à la Laurentienne avait provoqué la fermeture de 76 programmes rappelle le rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario. Archives ONFR+

« Au rythme où vont les choses, il n’y aura pas de programmation offerte par une institution par, pour et avec les francophones avant le mois de septembre 2025 », a-t-il aussi déclaré.

« La grogne monte, on est tanné de se faire niaiser », indique également France Gélinas, laquelle a également déclaré qu’il y a eu beaucoup d’embuches posées par le gouvernement sur le chemin vers son autonomie financière.

« Ils leur donnaient un tas de travail à faire dans des délais très limités sans aucune ressource financière et l’Université de Sudbury a toujours délivré », fait-elle savoir.

Un constat que partage la Coalition : « L’hésitation dont votre gouvernement fait preuve à l’égard de l’Université de Sudbury s’explique mal. Vous avez accordé le statut d’université à l’École de médecine du Nord de l’Ontario il y a un an et l’autonomie à l’Université de Hearst il y a deux ans. »

L’Université a produit deux plans d’affaires, dont un financé en grande partie par la communauté francophone, une étude de marché et, il y a un plus d’une semaine, une étude d’impact économique projetant un bénéfice de près de 90 millions de dollars en 2028-2029.

Manque de volonté du gouvernement Ford

Mme Gélinas considère néanmoins que Jill Dunlop est réceptive et que l’opposition au projet se situe davantage au niveau du conseil des ministres et du premier ministre, Doug Ford.

« On n’est pas entouré, soutenu, on est toléré seulement », lâche-t-elle.

Celle-ci relève que le gouvernement provincial ne veut non seulement dépenser aucun sou, mais attend que celui-ci transfère des fonds fédéraux à l’Université de Sudbury : « Laissez-nous au moins un signe ou permettez aux fonds fédéraux de se rendre à l’Université de Sudbury. »

Selon Denis Constantineau, l’Université Laurentienne a prouvé qu’elle ne soutient pas la croissance de l’éducation de langue française. Capture d’écran internet

« Agissez maintenant sans plus tarder car les inactions et délais de votre gouvernement vont affliger des séquelles à la communauté », conclut-elle.

De son côté, Joanne Gervais, reprend le slogan des dernières élections provinciales du premier ministre Ford, pour l’implorer de le suivre dans l’exemple de l’Université de Sudbury : « Il faut agir immédiatement comme vous l’avez fait avec d’autres, on vous prie, get it done ».

La Coalition émet également deux demandes dans sa lettre, dont la première est « que toute l’éducation universitaire en langue française dans la région soit gérée par une institution gouvernée par, pour et avec la communauté francophone, en l’occurrence l’Université de Sudbury. »

Sur le bureau de Mme Dunlop depuis septembre dernier, une recommandation de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire de l’Ontario (CÉQÉP) fera effectivement pencher la balance du bon ou du mauvais côté.

De nouveau, la Coalition considère ainsi que l’Université Laurentienne « doit cesser son enseignement en français et lui transférer toute sa programmation de langue française. »

La seconde demande étant que « l’Université de Sudbury ait accès à un budget qui lui permettra de gérer ces programmes et d’en créer de nouveau pour mieux répondre aux attentes de la francophonie du Nord-Est ontarien. »

ONFR+ a tenté de joindre le ministère des Collèges et Universités mais n’a pas encore reçu de retour au moment d’écrire ces lignes.

Article actualisé vendredi 2 juin à 12h.

Flâneries et découvertes en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Alors que la chaleur augmente en Ontario, les activités culturelles se multiplient. L’occasion est parfaite pour visiter une nouvelle exposition en plein air, se promener en ville pour découvrir le patrimoine, ou simplement s’installer dans une chaise longue pour lire une nouveauté franco-ontarienne. Des spectacles d’humour, de chant choral et jeunesse ainsi qu’une célébration de la musique autochtone s’ajoutent aux suggestions de la semaine.

Arts visuels 

Quand les déchets deviennent de l’art

Le Centre culturel Le Chenail de Hawkesbury lance l’édition 2023 de l’exposition Recycl’Art ce samedi. Plusieurs sculpteurs, dont le Franco-Ontarien Daniel Guindon, ont créé des œuvres à partir de matières récupérées. Certaines restent à l’année sur le site du Chenail, alors que d’autres seront inaugurées pour l’été. Il y aura également une projection du film d’Étienne Cyr, Dompteur de rebuts.

Chaque année, environ 20 000 visiteurs s’arrêtent sur l’île du Chenail, à l’entrée de l’Ontario, pour admirer l’exposition en plein air. On peut également voir les sculptures directement depuis le pont du Long-Sault.

Le court-métrage documentaire de La Fabrique culturelle, Étienne Cyr, Dompteur de rebuts, sera présenté à l’ouverture de Recycl’art Hawkesbury. Source : Centre culturel le Chenail

Ouverture de la saison le 3 juin dès 13 h, mais exposition en cours tout l’été. Détails sur la page Facebook de l’événement.

Vernissage et humour à Orléans

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) accueille les finissants de l’École nationale de l’humour ce soir. L’humoriste de Rockland, Rosalie Lacroix, fait partie de la cohorte de cette année.

Le vernissage d’une nouvelle exposition se déroule au même moment, toujours au centre situé sur la rue Carrière. L’artiste Caroline Galand sera sur place pour présenter La voie de navigation du Canal Rideau. Cette série de tableaux à l’acrylique célèbre le site d’héritage UNESCO et les écluses qui ont permis à Ottawa de devenir la capitale du Canada. L’exposition se déroule jusqu’au 25 juin.

La colline parlementaire du Canada, tableau à l’acrylique de Caroline Galand

Spectacle et lancement le 1er juin. Exposition jusqu’au 25 juin. Détails sur le site du MIFO .

Célébrer la musique autochtone

Musique

Le gala des prix Solstice d’été pour la musique autochtone (SÉMA) se tiendra au Centre national des arts (CNA) ce mardi. Les artistes Aysanabee, Indian City, Andrea Menard, Plex et Joel Wood offriront des performances lors de cette soirée animée par Sarain Fox, une artiste et activiste anishinaabe. Parmi les nommés, on retrouve les francophones Laura Niquay (Recording artist of the year et Rising star) et G.R. Gritt (Metis Artist / Group of the year)

La soirée fait partie des célébrations du Mois de l’histoire autochtone à Ottawa, qui culminera avec le Festival autochtone du solstice d’été (SSIF) du 21 au 25 juin.

Laura Niquay est une autrice-compositrice-interprète atikamekw originaire de Wemotaci en Mauricie, au Québec. Crédit image : Monse Muro

Le 6 juin au CNA. Détails et nominations complètes sur le site du SSIF.

La vie comme ça à Toronto

L’ensemble vocal Les voix du cœur de Toronto présentera son spectacle de fin de saison au théâtre Isabel Bader ce samedi. Intitulé La vie comme ça, le programme inclura une majorité de chansons populaires francophones. Le groupe de près d’une quarantaine de choristes est dirigé par la directrice musicale Manon Côté depuis 27 ans. Il y aura deux représentations, une en après-midi et une en soirée.

La danse et les mises en scène font aussi partie des spectacles de l’Ensemble vocal Les voix du coeur. Gracieuseté Ensemble vocal Les voix du coeur

Le 3 juin à 15h et 20h. Billets sur le site de l’ensemble vocal Les voix du cœur.

Patrimoine

Portes ouvertes Ottawa

Après Toronto la semaine dernière, c’est au tour d’Ottawa de tenir son événement portes ouvertes afin de permettre à ses citoyens de découvrir la richesse de son patrimoine bâti. Beaucoup de contenu virtuel est offert, mais c’est l’occasion de réellement se rendre aux différents édifices participants pour en admirer l’architecture. Différentes organisations francophones y participent, comme le Muséoparc Vanier et l’ambassade de France au Canada. Des visites et activités bilingues sont aussi offertes, entre autres au Nepean Sailing Club, au Britannia Water Purification Plant et au Connaught Building.

Il faut réserver sa place (gratuite) pour visiter l’Ambassade de France pendant l’événement Portes Ouvertes Ottawa. Gracieuseté Ville d’Ottawa

Les 3 et 4 juin à Ottawa. Liste des bâtiments participants sur le site de la ville d’Ottawa.

Histoires de Roncevalles à Toronto

Du Peace Garden au monument Katyn, les guides Isabelle Montagnier et Nicole Baboulène emmèneront les visiteurs à la découverte du quartier Roncesvalles ce dimanche. Pologne, Espagne, Allemagne… des influences multiples ont façonné ce coin de la Ville Reine. La Société d’histoire de Toronto offre régulièrement des visites de ce genre, gratuite avec contribution volontaire à la fin.

La Société d’histoire de Toronto présente la visite guidée Histoires de Roncevalles. Gracieuseté Société d’histoire de Toronto

4 juin à 13 h. Détails sur le site de la Société d’histoire de Toronto.

Théâtre

Le Tout petit festival à Ottawa

Les enfants sont des spectateurs à part entière et ils sont encore une fois reconnus comme tels à Ottawa. La troisième édition du Tout petit festival est la première à se tenir entièrement en personne. Jusqu’au 10 juin, des artistes franco-ontariens présentent différentes activités destinées à la petite enfance à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins.

En tournée provinciale, Yassama et la calebasse aux cauris (spectacle 3 à 6 ans) s’arrêtera donc dans la capitale cette fin de semaine. Entre la musique et le théâtre, Gaston Klaxon émerveillera les enfants dès 2 ans et demi ainsi que les autres générations qui les accompagneront le weekend prochain. Les groupes scolaires et les familles pourront en profiter pour découvrir L’hippocampe, une installation théâtrale et immersive imaginée par le duo Les Vagabondes (Marie-Ève Fontaine et Judith Poitras), faire des bricolages ou des dessins à la craie ou découvrir la musique d’un quatuor à cordes.

L’an dernier, le Tout petit festival s’était tenu en mode hybride. Crédit image : La Nouvelle Scène Gilles Desjardins

Du 1er au 10 juin à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins. Détails sur le site du Tout petit festival.

Littérature

Deux nouvelles lectures franco-ontariennes

Deux récentes parutions de la maison d’édition franco-ontarienne Terre d’Accueil ont droit à leur lancement officiel cette semaine. Les événements en personne se déroulent à Québec et Montréal. Natasha Pemba signe l’essai Marie Gérin-Lajoie, un leadership transformationnel au féminin pour faire découvrir aux lecteurs l’histoire exceptionnelle de cette pionnière québécoise. De son côté, le poète Claudel Jean-Mary signe son deuxième recueil, Un chant d’amour. On nous promet des textes avec une « approche sensuelle du monde » et une vision juste des relations qui s’effritent.

Les couvertures des deux publications. Gracieuseté éditions Terre d’Accueil

Parus récemment chez Terre d’Accueil. Détails sur le site de la maison d’édition.

Cinq points à retenir de l’assemblée annuelle du Réseau mieux-être francophone du Nord

SUDBURY – La 13e assemblée générale annuelle (AGA) du Réseau mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO) a eu lieu mercredi soir et pour la première fois en présentiel depuis la pandémie. Voici cinq éléments qui ressortent de cette riche rencontre de deux heures qui a réuni plusieurs acteurs importants de la santé du Nord.

Des bons coups

Fabien Hébert, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), était l’invité d’honneur de l’événement et a été le premier à s’adresser à l’audience. Il est notamment revenu sur l’adoption d’un nouveau règlement sur l’offre active entrée en vigueur le 1er avril dernier. « C’est nous qui avons vraiment le mieux encadré l’offre active comparativement aux autres provinces », a-t-il déclaré en ajoutant que celles-ci ont choisi la voie politique plutôt que réglementaire. Cette année, le taux de soumission des rapports de service en français par des fournisseurs a atteint 99 %, soit plus que n’importe quelle autre région selon le rapport annuel de l’organisme.

Fabien Hébert a été coprésident du Réseau et est l’actuel président du Conseil des gouverneurs de l’Université de Hearst. Crédit image : Inès Rebei

Des lacunes systémiques 

Bien qu’ils aient souligné plusieurs avancées, les intervenants ont tous déploré des inégalités dans l’accès aux services de santé en français. Un des constats évoqués durant l’assemblée concerne le manque d’outils permettant de cibler les données linguistiques. Le directeur de Société santé en français (SSF), Antoine Désilets a fait savoir, à distance, que les fonds proposés par le fédéral via le programme pour les langues officielles : « C’est du financement sur cinq ans, mais c’est moins que ce qu’on aurait dû avoir. » Ce dernier a ajouté que le SSF cherche activement un moyen de renforcer l’aide financière au RMEFNO.

Retard dans l’ajout de la variable linguistique de la carte santé

Fabien Hébert a fait une remarque qui n’a pas manqué de faire réagir le public présent. Celui-ci a fait subtilement référence à l’engagement du gouvernement de Doug Ford d’inclure la variable linguistique sur les cartes santé. « On nous dit que ça s’en vient, mais on nous a dit ça dix ans plus tôt, et on attend toujours la carte santé », a-t-il lâché sous les rires de la salle.

Dominic Giroux, futur ex-directeur de l’hôpital Horizon Santé-Nord a fait une courte mais remarquée apparence durant la rencontre. Crédit image : Inès Rebei

Recrutement d’une personne en santé à l’AFO

M. Hébert a profité de son passage pour annoncer que l’AFO finalise en ce moment l’embauche d’une personne pour le nouveau poste de coordonnateur en santé, un poste à temps plein, qui a été réclamé le mois dernier durant l’AGA de l’organisme. La personne devrait entrer en poste en juin prochain. Il a également fait part de la volonté de l’AFO qu’il y ait ce qu’il a appelé la répartition de la cascade d’imputabilité : « Ce qu’on veut c’est que tous les gens au ministère de la Santé soient responsables des services en français. »

L’Université de Hearst récompensée

Une remise de prix s’est tenue à la suite de l’assemblée, laquelle a vu l’Université de Hearst être récompensée pour ses efforts pour améliorer l’accès et l’équité des services en français, notamment grâce à son nouveau programme de 2e cycle en psychothérapie.

Son recteur, Luc Bussières, qui a fait le déplacement, a souligné que l’année a été historique pour l’établissement qui a obtenu son autonomie et fêtera 70 ans de service en français. La moitié de la première cohorte du programme offert 100 % en ligne vient de l’extérieur de la région mais doit venir pour deux séjours dans le Nord. « Ils vont peut-être attraper la piqure du Nord comme ça nous est souvent arrivé », a-t-il plaisanté.

La planche symbolisant la récompense est « très représentative » du Nord a lancé avec humour le recteur Bussières devant la directrice du RMEFNO Diane Quintas. Crédit image : Inès Rebei

LGBTQ+ : où en est-on en Ontario? Les politiques et FrancoQueer nous répondent

TORONTO – Décryptage de la situation dans la province qui accueille chaque année la plus grande parade de la fierté au monde, avec le témoignage de l’organisme francophone FrancoQueer, l’analyse de Kristyn Wong-Tam, porte-parole néodémocrate 2ELGBTQ+*, et les réactions de plusieurs ministères au sein du gouvernement. Un état des lieux partagé entre avancées sociétales, acquis menacés et montée de la discrimination, sur fond de jeunesse engagée qui incarne l’espoir de l’inclusion de demain.

C’est dès ce début de semaine qu’une polémique a éclaté par le refus du Conseil scolaire de district catholique anglais de la région de York de hisser le drapeau pour le Mois de la fierté, à raison d’un vote de six contre quatre conseillers scolaires. Une nouvelle qui a animé les débats à Queen’s Park, la députée de Toronto-Centre Kristyn Wong-Tam, porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) sur les questions LGBTQ+*, soulevant les effets délétères d’une telle décision sur les jeunes de la communauté, plus touchés par le suicide, et exhortant le gouvernement à y répondre.

« Nous voulons que tous les enfants se sentent en sécurité dans la province. Le drapeau de la fierté représente un message d’inclusion », a répondu en chambre le ministre de l’Éducation Stephen Lecce. Le premier ministre Doug Ford avait quant à lui déclaré plus tard n’avoir aucun commentaire à faire aux journalistes le questionnant sur sa position, avant d’ajouter le lendemain qu’il soutenait la communauté et se rendrait même personnellement à la parade de York.

Kristyn Wong-Tam
La députée Toronto-Centre Kristyn Wong-Tam avec Marit Stiles, la cheffe de l’opposition, a réagi à la décision du conseil scolaire : « Il s’agit d’éducation financée par le gouvernement qui devrait intervenir. » Crédit image : Sandra Padovani

Global News a révélé une note du ministre de l’Éducation envoyée plus tard à ce conseil scolaire, en réaction à la polémique, affirmant le soutien du gouvernement aux enfants 2ELGBTQ+ : « Il incombe à tous les conseils scolaires de s’assurer que tous les élèves – plus particulièrement les élèves 2ELGBTQ+ – se sentent soutenus, reflétés dans leurs écoles et accueillis de manière significative pour affirmer qu’ils savent que leurs éducateurs et leur personnel, les administrateurs des conseils scolaires et le gouvernement sont solidaires avec eux. »

« Une note qui ne les exhorte pas au lever de drapeau, bien que ça soit en leur pouvoir », commente la députée Toronto-Centre, en citant la Loi 2012 Pour des écoles tolérantes ou encore la Stratégie ontarienne d’équité et d’éducation inclusive.

Également soulevée en chambre ce début de semaine, la baisse du budget de Pride Toronto, passant de 250 000 $ en 2021 à 125 000 cette année, le NPD pointant du doigt l’augmentation des coûts d’assurance de sécurité pour les événements, en raison du risque de violence. Neil Lumsden, ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport s’est alors dit prêt à réévaluer le financement pour l’année prochaine.

Une augmentation de 64 % des crimes haineux contre la communauté

Selon Mark Pelayo, le porte-parole du ministère de la Citoyenneté et du Multiculturalisme, 70 millions de dollars ont été investis depuis plusieurs années par le gouvernement pour lutter contre le racisme et la haine et veiller à ce que les communautés marginalisées disposent d’espaces communautaires sûrs et sécurisés par le biais de la subvention anti-haine pour la sécurité et la prévention.

Kristyn Wong-Tam, présidente du caucus néo-démocrate 2ELGBTQ+, explique que la pandémie a eu des conséquences dévastatrices sur la communauté qui a plus de mal à s’en relever : « Ce que nous voyons en Ontario, ce sont des membres 2ELGBTQ+ qui font face à des défis, de la discrimination pour accéder au logement, un manque d’accès adéquat aux soins de santé. Toutes les difficultés auxquelles chacun fait face en Ontario sont amplifiées pour eux. »

« Au cours des dernières années, nous avons constaté une augmentation de la haine qui devient de plus en plus forte et qui cible souvent la communauté trans et non binaire et les artistes drags », raconte-t-elle, ajoutant que des associations policières, le Réseau canadien anti-haine ou encore Statistique Canada signalent une augmentation significative de la criminalité contre la communauté LGBTQ+, en hausse de 64 %.

Arnaud Baudry, directeur général de l’organisme francophone FrancoQueer à Toronto. Gracieuseté

Selon la députée, il s’agit également d’un phénomène plus global de montée de la haine dans le monde, mais qui se passe aussi en Ontario : « Nous avons un premier ministre qui a activement courtisé les minorités sectaires lors de sa campagne. Il a été un partisan actif de Charles McVedy du Canadian Christian College, connu pour ses penchants anti-queer, qui a fait tout son possible pour lutter contre l’égalité du mariage », déplore-t-elle.

De poursuivre : « Ces incidents qui se produisent en Ontario sont bien réels. Certains des manifestants sont issus de groupes suprémacistes blancs de droite très organisés. Ce sont les mêmes qui lancent des attaques contre les communautés musulmanes et juives. Ma communauté a très peur. Le gouvernement pourrait publier une déclaration disant qu’il ne tolérera pas cette violence et pourtant il reste silencieux. »

Arnaud Baudry, directeur général de FrancoQueer, l’organisme francophone de Toronto, explique que « sur le papier en Ontario, les droits de la personne sont très affirmés. Mais dans la pratique, on voit qu’il y a toujours beaucoup d’homophobie, de biphobie, de transphobie, ainsi que du racisme qui s’y ajoute ».

Arnaud Baudry lors de la parade 2019 avec des manifestants pacifiques brandissant des pancartes et messages de tolérance. Gracieuseté

« Les personnes issues de la diversité sexuelle ont encore beaucoup d’expériences négatives avec le logement, dans le milieu du travail. Dans un entretien d’embauche, une personne nous a rapporté s’être vue dire qu’ils recherchaient « une femme femme », qui s’habille selon les normes féminines de la société », témoigne celui-ci.

M. Baudry rapporte qu’un groupe de parents a récemment interrompu avec violence une présentation sur l’inclusion dans un conseil catholique francophone, sous couvert d’incompatibilité avec leurs principes religieux.

Un non-sens selon l’organisme FrancoQueer, pour qui les initiatives dans les écoles visent justement à favoriser l’empathie et le respect et non pas à instiller un trouble identitaire ou modifier l’identité des genres : « Face à la haine, la sensibilisation est loin d’être suffisante, mais travailler avec des communautés religieuses plus progressives pourrait être une solution. »

L’espoir de la jeunesse et d’une communauté vibrante

« Malgré tout ça, nous avons des communautés résilientes et vibrantes en Ontario qui combattent la haine », exprime avec optimisme Kristyn Wong-Tam.

« Nous avons des jeunes qui prennent les devants dans cette conversation. C’est ce qui s’est passé au Conseil scolaire de district catholique anglais de la région de York. Ce sont les élèves conseillers qui défendent la cause de la population étudiante et font avancer l’équité et l’inclusion. Ils me donnent beaucoup d’espoir pour l’avenir en raison de leur volonté de créer un soutien par les pairs, un espace sûr les uns pour les autres. »

La députée NPD souhaite que le gouvernement en fasse plus pour assurer la sécurité de la communauté en adoptant des projets de Loi, notamment Zone de sécurité, pour déterminer une stratégie de lutte contre l’homophobie, et le projet de Loi Soins de santé axés sur l’affirmation de genre, sur les tablettes à Queen’s Park.

« La fierté c’est ça, une occasion de célébrer, mais aussi une occasion de revendiquer que nous sommes fiers d’être qui nous sommes » – Arnaud Baudry

FrancoQueer, qui accompagne la communauté francophone et les organisations dans la création d’un environnement accueillant et sécuritaire et le développement de pratiques inclusives, estime à environ 15 % la population LGBTQ+ francophone dans la région du Grand Toronto.

« Quand on travaille au contact des jeunes, ça nous donne de l’espoir », explique le directeur général, réaffirmant toutefois la grande nécessité d’initiatives de sensibilisation à l’inclusivité dans les écoles.

Il explique que la programmation de la Franco Fierté 2023 de l’organisme francophone, va encore être une opportunité d’engagement des communautés et des partenaires de façon à augmenter la compréhension des enjeux de la diversité sexuelle et de genres : « La fierté c’est ça, une occasion de célébrer, mais aussi une occasion de revendiquer que nous sommes fiers d’être qui nous sommes », conclut Arnaud Baudry.

*2ELGBTQ+ désigne les personnes deux-esprits, lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queer, le + se référant notamment aux personnes agenres, genderqueer, pansexuelles, non-binaires, demi-sexuelles, demi-romantiques et en questionnement. Certains organismes ajoutent un A pour asexuel. Lorsqu’ONFR+ utilise l’acronyme LGBTQ+, le + englobe l’ensemble de ces personnes aux réalités diverses.

Ottawa veut ouvrir les vannes de l’immigration francophone

OTTAWA – Le gouvernement fédéral ouvrira les portes dans les prochains mois aux nouveaux arrivants francophones hors Québec, en leur accordant plus de points et une plus grande importance via un programme spécifique au sein de son système d’immigration.

Le ministère de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a annoncé ce mercredi que les francophones seraient parmi les premiers candidats sélectionnés en vertu du programme d’Entrée express qui est une voie accélérée et qui traite une demande en moins de six mois, selon les critères actuels.

Les personnes parlant français auront leur propre processus via Entrée express et un minimum de places spécifiques leur seront réservées à l’intérieur de ce programme, a précisé le ministre de l’Immigration Sean Fraser.

S’il n’a pas voulu préciser combien, il assure que le nombre de places irait au-delà de la cible de 4,4 %, l’actuel objectif du gouvernement en immigration francophone hors Québec. Selon lui, ce nouvel outil, combiné à un inventaire suffisant de francophones dans le système, « créera une certitude » que le Canada pourra atteindre sa cible de 4,4 %.

« Ce changement est très important pour choisir des personnes avec des compétences linguistiques en français. C’est la première fois que nous avons l’habileté d’avoir un processus juste pour choisir des francophones via Entrée express », a-t-il affirmé.

Entrée express se base sur les qualifications et certaines exigences comme la langue, l’expérience de travail et les études pour donner des points à un candidat. Plus une personne possède ces qualités, plus il obtient un haut score. Pour ce faire, le fédéral a modifié la Loi sur l’immigration lors du budget de 2022 et a décidé d’augmenter les points accordés à ceux parlant français. La sélection de nouveaux candidats débutera dès l’été.

« C’est très important d’utiliser l’avantage du système d’Entrée express et après aujourd’hui, on aura l’opportunité de choisir les personnes dans les secteurs avec les plus grandes demandes », a ajouté Sean Fraser.

Il faut toutefois noter qu’à l’heure actuelle les délais sont plus élevés que la norme. Dans certains cas, selon le site d’IRCC, ils peuvent être de 10 à 26 mois.

Le ministre de l’Immigration, Sean Fraser. Gracieuseté

Année après année, il s’agit de la principale catégorie d’immigration pour la venue de francophones hors du Québec et IRCC. Elle en devance d’autres comme celle économique ou encore ceux arrivant au pays sans passer par un programme particulier.

C’est par cette voie que passent les travailleurs qualifiés ou encore ceux exerçant dans des métiers en grande demande. D’autres types d’emploi sont inclus dans cette annonce comme dans les domaines des soins de la santé, les métiers de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), les métiers, tels que charpentiers, plombiers et entrepreneurs, les transports, l’agriculture et finalement l’agroalimentaire.

Une seule fois en 20 ans

L’an dernier, pour atteindre la cible de 4,4 % en immigration francophone, Sean Fraser avait admis que son gouvernement avait dû considérablement augmenter les points accordés aux francophones, via Entrée express, vers la fin de 2022. Le fédéral n’a atteint qu’à une seule reprise cette cible depuis son implantation en 2003 et cet échec a contribué au déclin du poids démographique des francophones, concluait une étude du Commissariat aux langues officielles.

Sean Fraser a annoncé il y a quelques mois que son gouvernement augmentera la cible sans toutefois donner un chiffre précis. Des consultations et travaux sont toujours en cours pour la déterminer, a-t-il précisé. La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada veut que l’objectif atteigne 12 % dès 2024 avant de monter progressivement à 20 % d’ici 2026, dans le but de rétablir le poids des francophones hors Québec.

Nina Kucheran à la poursuite de son rêve olympique

SUDBURY – Au sortir d’une saison universitaire historique, la nageuse originaire du Nord de l’Ontario se lance dans une carrière professionnelle avec pour objectif de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris 2024. 

Vraie battante, Nina Kucheran n’est pas du genre à se laisser abattre par les déceptions. Malgré une qualification pour les championnats du monde à Doha qui lui a échappé lors des essais à Toronto en mars dernier, la Franco-Ontarienne a le regard tourné vers l’avenir et plus précisément l’été 2024. C’est bien évidemment les Jeux olympiques à Paris que vise la native de Sudbury. 

« Ma non-qualification pour les championnats du monde n’a pas d’incidence sur les Jeux olympiques. C’est totalement séparé. Ça aurait été bon si j’avais pu me qualifier pour les Mondiaux mais ça n’aura pas un gros impact », confie-t-elle, concentrée sur les qualifications pour les Jeux en mai 2024, à Montréal. « Mes compétitions cet été et tout ce que je vais faire, c’est pour me préparer pour ces qualificatifs. » 

Le chemin jusqu’à Montréal est encore long mais la nageuse qui sort d’une formidable saison collégiale avec l’Université de Floride, est sur une bonne dynamique alors qu’elle commence tout juste sa carrière professionnelle. 

« Je viens de finir ma dernière année au niveau collégial avec l’Université de Floride. Je vais maintenant intégrer l’équipe professionnelle. C’est ma première année en étant une athlète professionnelle. Donc je suis vraiment excitée », indique-t-elle. 

Une saison universitaire fantastique

L’année à l’université de Floride a été historique pour Nina et ses coéquipiers et coéquipières de l’équipe de natation. Collectivement, ils ont remporté le championnat SEC (conférence sud universitaire) à la fois chez les hommes et les femmes pour la première fois depuis 1993.

Individuellement, Nina Kucheran a brillé avec une quatrième place sur le 100m brasse et surtout quatre records de l’université battus cette saison sur 100 et 200m brasse mais aussi sur 200 et 400m quatre nages. 

Nina Kucheran a porté haut les couleurs des Gators de l’Université de Floride. Crédit : Florida University Athletics

« C’était vraiment spécial pour moi de gagner en équipe. C’était notre gros objectif de la saison. C’était aussi très excitant de battre ces records de l’école », se réjouit-elle.

Elle a également brillé aux championnats NCAA (compétition nationale) où elle a terminé 10e sur le 200m, sa discipline de prédilection et 7e en équipe sur le relais 400m quatre nages. Cela lui a valu des honneurs All American sur les deux disciplines.

Intégrer l’équipe canadienne

Maintenant, place au monde pro! Sa première compétition en tant que professionnelle aura lieu à la fin du mois de juin du côté de Sarasota en Floride. Une étape de plus dans sa préparation pour le gros événement de l’été au niveau national, les championnats canadiens qui auront lieu du 1 au 6 août à Toronto. Les objectifs pour cette échéance et pour l’avenir sont clairement affichés par la jeune Sudburoise. 

Nina Kucheran espère représenter le Canada à Paris en 2024. Source : Instagram ninakucheran

« Je m’entraîne tous les jours dans le but de préparer cette grosse compétition. J’aimerais juste améliorer mes propres temps personnels et essayer d’intégrer l’équipe nationale. J’en suis très proche en étant quatrième dans le pays », indique-t-elle.

« Je vais ensuite continuer à m’entraîner ici à l’Université de Floride, faire des compétitions internationales et américaines pour m’exposer à des épreuves « élites » et affronter les meilleures. Ensuite, dans un monde parfait, j’espère faire partie de l’équipe olympique l’année prochaine et aller à Paris. Je vais faire tout ce que je peux à l’entraînement et en compétition pour réaliser ce rêve! »

Dans son viseur au niveau national, les meilleures nageuses de brasse du pays se nomment Sophie Angus, Rachel Nicol, Avery Wiseman ou encore Kelsey Wog. Si elle parvient à tirer son épingle du jeu, elle pourra ensuite se frotter aux médaillées olympiques comme Lydia Jacoby et Anna Elendt à qui elle a déjà pu se mesurer au niveau collégial puisqu’elles nagent toutes les deux pour l’Université de Texas.

Le rendez-vous est pris pour affronter ses rivales dans les bassins parisiens en 2024.

Loi sur les langues officielles : le commissaire Théberge veut son adoption au plus vite

OTTAWA – Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge ne croit pas que les sénateurs devraient modifier le projet de Loi C-13, mais plutôt miser sur son adoption le plus rapidement possible.

La modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO) est présentement en seconde lecture au Sénat et ira dès la semaine prochaine en comité pour étudier les amendements apportés au projet de loi depuis son dépôt en mars 2022. Le gouvernement espère pouvoir obtenir la sanction royale d’ici la fin de la session parlementaire le 24 juin, un souhait que partage aussi l’ancien recteur de l’Université de Moncton.

« À ce moment-ci, je suis relativement satisfait du projet de loi. J’aimerais voir son adoption et, par la suite, on fera la vigie de la mise en œuvre et on pourra revoir l’impact dans dix ans », soutient-il en entrevue, ajoutant qu’« on aura plus besoin d’attendre un autre 50 ans pour réviser la Loi ».

Lors de sa comparution devant les élus en juin 2022, il soutenait que le « maillon faible » du projet de loi C-13 était la garantie d’une offre de services en français de la part des instances fédérales. S’il convient que le projet de loi « n’apporte pas beaucoup de changements au concept de l’offre active », l’ajout de nouveaux pouvoirs lors des délibérations en comité pourrait permettre une certaine compensation.

L’offre de service en français est d’ailleurs un élément important de son rapport annuel dévoilé mardi. Dans ce dernier, il pointe encore du doigt le domaine du service au voyageur, notamment aéroportuaire comme le transporteur Air Canada qui a accumulé 276 plaintes, un nombre trois plus élevé que sa moyenne des 10 dernières années. La prestation de services et la communication auprès du public ont constitué 45 % des plaintes de la dernière année, soit 810 sur 1788.

Air Canada
Le transporteur Air Canada a accumulé 276 plaintes, Source : Canva

Quel impact aura C-13?

Ce n’est pas la première fois que les aéroports, Air Canada et les instances fédérales offrant des services au public se retrouvent sous la loupe des différents commissaires aux langues officielles. Dans le projet de loi C-13, le Commissariat se verra accorder de nouveaux pouvoirs, notamment celui de distribuer des amendes financières aux mauvais joueurs (à hauteur de 25 000 $) et des ordonnances de conformité. 

Alors, est-ce que le projet de Loi C-13 va venir changer la donne au point de régler la situation pour le public, notamment voyageur?

« C’est un peu difficile de spéculer sur l’impact et ça va être important de faire la vigie sur les impacts réels sur les comportements des institutions fédérales, mais j’ose croire que l’utilisation de ces nouveaux pouvoirs aura un impact, car c’est beaucoup plus contraignant et il y a des conséquences », répond M. Théberge.

Ce dernier rappelle avec persistance qu’à l’heure actuelle il ne fait que des enquêtes et des recommandations. « On va avoir des moyens qu’on n’a pas présentement », insiste-t-il.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor convient que C-13, au niveau de l’offre de services en français, « ne va pas tout arranger, mais est quand même un outil très important pour s’assurer qu’on peut l’adresser ».

« Maintenant, il va avoir du concret : il (le commissaire) va avoir des outils concrets qu’il pourra utiliser pour s’assurer de demander ce changement de comportement là. Puis si le comportement ne change pas, bien de là, il va y avoir des sanctions administratives pécuniaires, ou encore une fois des pouvoirs d’ordonnance. »

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Dominique Demers

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) estime que « le rapport annuel du commissaire montre éloquemment ce qui nous attend si la Loi n’est pas modernisée ».

« Je l’encourage à montrer aux institutions fédérales qu’il est prêt à se servir de ces nouveaux pouvoirs si elles persistent à ne pas respecter leurs obligations linguistiques. Le changement de culture qu’on attend dans l’appareil fédéral en dépend », a déclaré sa présidente Liane Roy.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) estime que la modernisation de la LLO va améliorer les services en français, car il s’agit d’un « projet de loi fort », a commenté la députée Niki Ashton. Le Bloc Québécois estime de son côté que la mouture du gouvernement Trudeau n’est pas suffisante.

« Ce que ça prend, c’est de la volonté politique… Il y a un peu plus de moyens, mais ce que ça prend c’est une mobilisation de la population. Ça n’a aucun sens », s’est insurgé le député Mario Beaulieu.

« La francophonie albertaine est en mode attente », analyse un politologue

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI?

Spécialiste de la politique canadienne, Frédéric Boily est professeur titulaire au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.

LE CONTEXTE :

Après la victoire du Parti conservateur uni (PCU) aux élections albertaines, la première ministre Danielle Smith s’apprête à former un gouvernement majoritaire.

L’ENJEU :

Le PCU a misé sur un programme tourné vers les enjeux économiques et sécuritaires, mais son programme reste flou sur la francophonie.

« Que faut-il retenir de ces élections? Le maintien au pouvoir des conservateurs unis est-il vraiment une surprise?

Non, ce qui aurait été une véritable surprise aurait été la victoire des néo-démocrates. Ceci dit, la victoire conservatrice annoncée dans les sondages se concrétise mais de manière moins nette qu’on aurait pu le croire. Malgré 53 % des voix en sa faveur, la majorité gouvernementale reste courte.

Les positions controversées de la première ministre sont-elles à l’origine de cette érosion électorale?

Il y a eu un effet Danielle Smith qui a joué en défaveur du PCU. La campagne qu’elle a menée le montre d’ailleurs. On a vu qu’elle a mis de côté les déclarations controversées et ne s’est pas mise en difficulté lors du débat. On a réussi à mettre le couvercle sur la marmite au moment où ça aurait pu dégénérer.

Les électeurs ont-ils finalement été plus sensibles aux promesses de baisse d’impôt du PCU qu’à celles d’un meilleur système de santé du Nouveau Parti démocratique (NPD)?

Le PCU est parvenu à imposer ses thématiques articulées autour du conservatisme économique et de la préservation de l’avantage albertain avec ce niveau de taxation faible qui permet de générer, du point de vue conservateur, la richesse qui va circuler du haut vers le bas de l’économie.

La victoire conservatrice est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la francophonie albertaine?

Pour le moment, la francophonie albertaine est en mode attente. Elle va devoir se chercher des alliés parmi les députés élus. Le problème depuis 2019, c’est que le parti au pouvoir a très peu d’assise du côté d’Edmonton où se trouve une importante communauté francophone. Il faudra voir si quelques élus vont prendre des responsabilités plus importantes comme Nate Glubish (Strathcona-Sherwood Park) qui s’exprime en français et fait partie de la grande couronne d’Edmonton. Il faut noter que, contrairement à Jason Kenney, Danielle Smith ne parle pas français.

Danielle Smith et le PCU ont devancé le NPD. Crédit image : Stéphane Bédard

Faut-il craindre des changements pour le postsecondaire ou autres acquis francophones?

Pour le postsecondaire, je crois que l’on va poursuivre sur la lancée inaugurée par les conservateurs unis depuis 2017 qui n’ont pas vu jusqu’ici d’intérêt à parler de problématiques francophones, même si, à un moment donné, ils ont appuyé les efforts du gouvernement fédéral aboutissant à une entente sur le campus Saint-Jean. Je ne pense pas qu’on aille jusqu’à des efforts supplémentaires dans d’autres dossiers.

Qu’est-ce qui vous a le plus interpelé dans les résultats de ce scrutin provincial?

Un des faits marquants est que les conservateurs unis ont perdu plusieurs circonscriptions du côté de Calgary et des circonscriptions où d’importants ministres comme Nicholas Milliken (Santé mentale et Dépendances), Kaycee Madu (Travail et immigration) ou encore Jason Copping (ex-Santé). Cela réduit la marge de manœuvre de Mme Smith lorsqu’elle va former son cabinet et cela risque d’accentuer le poids des régions à l’intérieur de son cabinet. Ce risque de fracture entre les grandes villes et les régions rurales n’est pas sain pour la démocratie.

Dans son discours de victoire, Mme Smith a adopté une posture résolument offensive face au premier ministre Justin Trudeau. Que cela augure-t-il dans sa façon de gouverner au cours des prochains mois?

Lors de la campagne, le discours de lutte contre Trudeau était au vestiaire. Sera-t-il autant de l’avant dans son plan de gouvernement, comme elle l’a laissé entendre dans son discours de victoire? Ce n’est pas si sûr car elle doit d’abord s’installer avec son nouveau cabinet. Elle n’aura probablement pas le temps de partir en guerre contre Ottawa, d’autant que sa majorité est plus courte qu’elle ne l’espérait. Même son prédécesseur Jason Kenney, qui avait un poids plus fort et un levier avec le referendum sur la péréquation, n’a pas fait bouger d’un iota le gouvernement fédéral. Sera-t-elle en mesure d’être plus combative face à Ottawa? Je n’en suis pas convaincu. »

Air Canada : les plaintes liées aux langues officielles ont triplé en dix ans

OTTAWA – Les institutions fédérales desservant le public voyageur continuent d’accumuler les plaintes pour leurs manquements linguistiques, comme Air Canada dont les plaintes ont triplé depuis dix ans. C’est ce qui ressort du rapport annuel du commissaire aux langues officielles, qui note aussi une hausse de la mauvaise désignation linguistique des postes au fédéral.

Pour 2022-2023, le bureau de Raymond Théberge a reçu 1788 plaintes, le chiffre le plus haut jamais enregistré en excluant les deux dernières années avec la pandémie. L’an dernier, c’était 5409 plaintes qui avaient été jugées recevables en 2021-2022, mais 4026 (89 %) portaient sur la nomination de la gouverneure générale Mary Simon, ne parlant pas français, et le discours unilingue anglophone du président d’Air Canada Michael Rousseau.

Le président d'Air Canada Michael Rousseau lors de sa comparution devant les parlementaires à Ottawa
Le président d’Air Canada Michael Rousseau lors d’une comparution devant les parlementaires à Ottawa. Capture d’écran ParlVu.

Dans la dernière année, le nombre de plaintes visant les institutions fédérales desservant le public a atteint un sommet, 810 dont 276 contre Air Canada. La commissaire constate qu’en excluant 2021-2022 en raison de la pandémie, les plaintes des voyageurs, pour ce qui touche au service dans l’une des deux langues officielles, continuent d’aller vers le haut.

« Cette augmentation témoigne que certains problèmes relevés dans le rapport annuel de 2012-2013 perdurent. Ainsi, il arrive encore trop souvent que les institutions fédérales ne recourent pas à l’offre active », écrit-il, donnant aussi en exemple les manquements dans la langue de service.

Raymond Théberge se dit « frustré » de voir « le manque de respect » qu’accorde Air Canada à la Loi sur les langues officielles (LLO). Son prédécesseur Graham Fraser avait consacré un rapport spécial à la société d’État.

« Ça serait réellement un coup de circuit, si une année, on n’avait pas à rapporter sur Air Canada », a-t-il dit en conférence de presse mardi matin.

Il estime que les nouveaux pouvoirs accordés en vertu du projet de loi C-13, présentement au Sénat, lui permettront de mieux faire respecter la LLO. Le libellé lui accorde de nouveaux pouvoirs, notamment celui de distribuer des amendes financières aux mauvais joueurs (à hauteur de 25 000 $) et des ordonnances de conformité.

Dans son rapport, il recommande au gouvernement d’élaborer des outils et des lignes directrices concernant les obligations linguistiques des administrations aéroportuaires et que celles-ci soumettent un plan sur la façon dont elles respecteront ces directives envers le public d’ici 2025.

Le ministre des Transports Omar Alghabra n’avait pas eu le temps de regarder en détail les recommandations du commissaire, a-t-il indiqué aux journalistes.

« Mais en principe, je m’engage et notre gouvernement s’engage à faire tout en son pouvoir pour améliorer la culture afin de permettre aux Canadiens de recevoir le service dans la langue de leur choix. »

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a affirmé de son côté que son gouvernement acceptait les recommandations du commissaire Théberge, car elles font « bel et bien de l’allure ».

Réaction d’Air Canada

Dans une déclaration écrite, Air Canada se défend. Elle avance être la seule entreprise dans son domaine à être assujettie à la LLO, « un défi » qu’elle relève « depuis plus de 50 ans, dans une industrie aux règles complexes, tout en servant nos clients en plus de 20 langues dans 51 pays en plus du Canada ».

Mais l’entreprise balaie sous le tapis les près de 300 plaintes à son encontre. Si le transporteur aérien affirme prendre « très au sérieux chaque plainte… Air Canada a transporté 40 millions de passagers qui ont en moyenne 4-5 interactions avec nous ».

« Je pense que l’on ne s’entend pas sur les chiffres et les nombres. Pour nous, le chiffre est important, peut-être pour Air Canada, c’est moins important », a réagi le commissaire Théberge.

Trop de postes encore faussement affichés

Les plaintes sur les exigences linguistiques de postes dans la fonction publique ont triplé comparativement à l’an dernier, passant de 204 à 714. Depuis plusieurs années des emplois affichés dans la fonction publique devraient être désignés bilingues, mais ne le sont pas, ce qui contrevient à la Loi sur les langues officielles. Il y a aussi des postes qui affichent le mauvais niveau de bilinguisme nécessaire, en n’étant notamment pas assez exigeantes.

Le commissaire note d’ailleurs que le gouvernement traîne des pieds dans ce dossier. Raymond Théberge avait recommandé, dans son rapport de 2020, au Conseil du Trésor de corriger la situation, et il lui demande d’« accélérer la cadence et de veiller à déployer sa stratégie avec vigueur dès les prochains mois ».

Langue de travail : le télétravail « inquiète »

L’utilisation des langues officielles au travail et le respect des droits linguistiques des fonctionnaires dans le cadre de la formule de travail hybride et en télétravail, en place actuellement dans la fonction publique « inquiètent » le commissaire Théberge.

« Ces phénomènes risquent d’avoir comme conséquence l’augmentation des cas où des gestionnaires qui ne sont pas nécessairement à l’aise en français ou en anglais doivent superviser des fonctionnaires qui eux ont le droit de travailler dans la langue officielle de leur choix », soutient-il.

Le conseil municipal approuve un projet pour « amener du monde » à Sudbury

SUDBURY – Après avoir évoqué l’idée il y a deux mois, c’est hier soir que le conseil municipal a approuvé la création d’un comité pour le développement de la ville. Le maire Paul Lefebvre souhaite que celui-ci permette d’attirer de futurs investisseurs et d’augmenter le nombre d’habitants de la ville du nickel.

Présentée par le maire, la motion pour la création de ce comité n’a pas rencontré de fortes objections et a été adoptée à l’unanimité par l’ensemble des conseillers qui se sont rencontrés exceptionnellement lundi au lieu de ce mardi.

Le comité des services de développement, prêts pour l’avenir, a pour but d’évaluer le potentiel des services de développement de la Ville du Grand Sudbury en s’inspirant de pratiques employées dans d’autres municipalités entre autres.

L’objectif se veut à long terme, avec une croissance prévue de l’aménagement résidentiel et non résidentiel au cours des 10 à 15 prochaines années.

Le comité sera formé des conseillers Fern Cormier, Pauline Fortin, Mike Parent et Joscelyne Landry-Altmann. Le conseiller Cormier étant le vice-président du comité et le maire son président.

« Je suis excitée à propos de ça », a confié Mme Fortin qui pense que ce projet « va amener du monde » et rendre la vie plus agréable à Sudbury.

En lien avec sa promesse électorale, le nouveau maire a rappelé qu’il souhaite, par une initiative comme celle-ci, que la Ville du Grand Sudbury, laquelle abrite présentement 166 000 habitants puisse en compter 200 000 d’ici 2050.

Moins de délais

Selon le maire, l’un des plus gros obstacles au développement économique reste les délais de traitement, un enjeu qu’il souhaite améliorer avec ce comité : « L’idée c’est vraiment que ce soit plus facile d’apporter des projets et de faire en sorte que le suivi des projets se fait de façon dans un délai raccourci. »

« Je crois que le nouveau maire souhaite améliorer le tourisme, et c’est tant mieux, car il y a tellement de potentiel autour de l’eau » – Rosie Beaulieu

Des experts seront recrutés dans plusieurs domaines en vue de faire des présentations sur les meilleures pistes et solutions pour le développement de la ville.

« C’est en regardant en dehors de nous-mêmes qu’on pourra voir les bons coups et des choses à améliorer », expliquait au micro d’ONFR+ le maire qui ajoute qu’il a tenu à piloter lui-même le projet.

Rosie Beaulieu, une citoyenne venue assister au conseil, espère que cette initiative permettra de rendre la ville plus agréable et offrir plus de lieux récréatifs à la population.

« J’espère qu’avec ce nouveau conseil, on va avoir davantage de projets », déclare-t-elle en déplorant le manque d’installations en bordure des nombreux lacs de la ville.

Rosie Beaulieu est originaire de Toronto mais est installée à Sudbury depuis quelques années. Crédit image : Inès Rebei

« Je crois que le nouveau maire souhaite améliorer le tourisme, et c’est tant mieux, car il y a tellement de potentiel autour de l’eau », s’était-elle réjouie.

Celle qui gère un groupe Facebook visant à redorer l’image du centre-ville estime que le nouveau conseil a déjà fait de grands efforts pour la ville comparativement au précédent.

Gel des taux

Pauline Fortin, conseillère du quartier 4, a également proposé une motion -non prévue à l’agenda – pour un gel des taux de développement qui vont augmenter de 9,9 % le 1er juillet prochain, laquelle a également été adoptée à l’unanimité.

« Ça nous prend des maisons, comme c’est là les gens ne peuvent pas acheter de logement » – Pauline Fortin

Ce gel irait jusqu’en juin 2024 : « Ça va nous donner une chance de réexaminer nos frais et voir ce qu’on peut faire pour encourager le monde à venir bâtir ici. »

« Personne, en 2019, n’aurait pu anticiper que les taux augmenteraient autant en quelques années », avait-elle lancé avec vigueur lors des discussions du conseil à propos de la rédaction du règlement sur les redevances d’aménagement.

L’année passée, à peu près au même moment, la hausse s’était chiffrée à 17,2 % après un vote du conseil municipal. Une augmentation substantielle qui est loin d’encourager le développement immobilier et attirer de potentiels investisseurs selon la conseillère qui dit travailler sur le projet depuis six mois.

« Ça nous prend des maisons, comme c’est là les gens ne peuvent pas acheter de logement », déclarait-elle en entrevue avec ONFR+. Celle-ci dit être d’autant plus préoccupée par la situation des jeunes qui vivent encore chez leurs parents ou finissent par partir vers le sud faute de logements abordables.

« S’il y a un manque de logement, tu peux demander n’importe quel prix que tu veux et ça, c’est un problème », disait-elle en se désolant que les prix atteignent désormais ceux d’Ottawa. Un point de vue que partage le maire qui estime que la montée importante de personnes du sud vers le nord suite à la pandémie a potentiellement amené les prix à augmenter.

Pauline Fortin pense que ce projet engendrera plus de taxes qui permettront, par exemple, de réparer les routes. Crédit image : Inès Rebei

C’est, par ailleurs, le manque de statistiques des prix de la construction de Statistique Canada et de l’indice de la construction de bâtiments non résidentiels pour Sudbury qui influe sur ces hausses, qui sont basées sur le changement inflationniste pour Ottawa.

Il restera néanmoins aux élus de la ville à voter sur le gel proposé lors d’une réunion du conseil municipal prévue le 27 juin.

Le Comité de développement se réunira, quant à lui, autour de sessions publiques jusqu’à la finalisation du rapport décrivant ses conclusions. Rapport qui devrait donner lieu à des recommandations très concrètes aux alentours du mois de janvier prochain, selon les mots du maire Lefebvre.

Les conservateurs se maintiennent au pouvoir en Alberta

EDMONTON – Fin du suspense en Alberta. Le Parti conservateur uni (PCU) de Danielle Smith a remporté les élections provinciales dans la nuit de lundi à mardi. Forte de 52,6 % des voix et 49 sièges au parlement (11 de moins que la précédente législature), la première ministre formera un gouvernement majoritaire mais amoindri.

Les électeurs ont reconduit le PCU aux manettes de la province de l’Ouest canadien, à la suite d’une forte mobilisation (63,3 % de taux de participation). C’est donc un deuxième mandat qu’entamera la conservatrice Danielle Smith mais cette fois avec la légitimité des urnes. Première ministre depuis moins d’un an, l’ancienne cheffe du Parti Wildrose avait succédé à Jason Kenney – démissionnaire après un vote confiance – sans passer par la case élections.

Mme Smith, une unilingue anglophone, a réussi son pari malgré la controverse des dernières semaines. La commissaire à l’éthique de la province avait conclu qu’elle avait violé la Loi sur les conflits d’intérêt lors d’un échange avec son ministre de la Justice sur les restrictions sanitaires.

Confortablement réélue dans sa circonscription (Brooks-Medicine Hat), la chef de file conservatrice perd cependant plusieurs cadres du parti comme Kaycee Madu, son ministre du Travail et de l’Immigration ainsi que Nicholas Milliken, celui de la Santé mentale et des Dépendances. L’ancien ministre de la Santé Jason Copping a également été défait.

La cheffe conservatrice, dont la formation est née en 2017 de la fusion du Parti progressiste-conservateur et le Parti Wildrose, s’est engagée à baisser de 20 % les impôts des Albertains gagnant moins de 60 000 $ et à lutter contre le crime en ajoutant une centaine d’agents de police à Edmonton et à Calgary.

Danielle Smith (PCU) conserve le pouvoir. Crédit image : Stéphane Bédard

Énergie : « Si Justin Trudeau continue, nos voix se feront entendre » – Danielle Smith

Elle a de surcroît promis d’attirer de la main-d’œuvre via un crédit d’impôt de 1200 $ pour les métiers en tension et d’investir 20 millions de dollars par année dans la santé mentale.

« Les Albertains ont choisi un gouvernement conservateur fort », a-t-elle souligné dans son discours de victoire. « L’élection est terminée. C’est le temps de mettre les attaques de côté et d’avancer. Je suis là pour servir tous les gens de la province, quel que soit leur vote. »

Aussitôt élue, la première ministre s’est adressée aux entreprises en leur lançant un message de bienvenue pour dynamiser l’économie albertaine. Elle a en outre vigoureusement contesté les choix du premier ministre Justin Trudeau en matière d’énergie et de carboneutralité : « Nous ne risquerons pas nos emplois et notre réseau énergétique. Espérons qu’il (Justin Trudeau) nous écoute ce soir car, s’il continue, nos voix se feront entendre. »

Le NPD opposition officielle

Des promesses qui ont convaincu les électeurs de voter pour son parti plutôt que pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui misait sur des enjeux sociaux et de santé. Réélue dans sa circonscription (Edmonton-Strathcona), la cheffe néo-démocrate Rachel Notley n’est pas parvenue à reconquérir sa place de première ministre occupée de 2015 à 2019, une situation unique durant les 50 dernières années de politique dominées par les conservateurs. Sous son mandat, le déficit provincial avait grimpé à 85 milliards de dollars.

Avec 44 % des voix et 38 sièges (14 de plus que dans la législature précédente), les néo-démocrates demeurent toutefois la deuxième formation politique de la province et constitueront donc l’opposition officielle.

L’ex-première ministre (NPD) Rachel Notley a perdu son pari. Source : Twitter Rachel Notley

Ils ont conforté leur position dans les deux plus grandes villes du pays, Edmonton et Calgary, alors que, tout au long de la campagne, la banlieue de Calgary était présentée comme le cœur de la bataille pour la victoire finale.

« Nos députés formeront une des oppositions les plus grandes que la province ait connues dans son histoire », a réagi Mme Notley qui a reconnu sa défaite et féliciter sa rivale conservatrice. « Nous avons réalisé une forte poussée, même si nous aurions espéré un résultat différent. (…) Ce n’est pas le temps de ralentir mais au contraire d’accélérer et de monter les marches. »

Mme Notley a de surcroît déclaré sa volonté de rester à la tête du NPD et appelé les nouveaux députés à travailler dès demain à l’avenir de l’Alberta. Parmi eux, deux élus autochtones siégeront à l’Assemblée législative albertaine, une première dans l’histoire de la province.

Article mis à jour le mardi 30 mai à 18h30.

L’UCFO urge le ministre Clark de protéger les terres agricoles de l’Ontario

Dans un contexte d’accélération de la construction de logements, avec le projet de loi 97 qui allège la réglementation sur les terres protégées dans la province, l’Est ontarien s’inquiète de l’avenir du monde agricole. Environ 70 % des territoires des comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) seraient des terres agricoles. Avec la crise du logement que traverse l’Ontario aujourd’hui, leur pérennité est mise au défi par de nouveaux projets résidentiels.

Dans un communiqué du 26 mai, l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) a fait part de son inquiétude face au projet de loi 97. Déposé à l’Assemblée législative durant le mois d’avril, ce texte, s’il est adopté, offrirait la possibilité de créer des lots résidentiels dans les zones agricoles.

Dans sa missive, l’organisme de soutien des agriculteurs affirme que le projet de loi met en péril les terres agricoles de qualité de la province. Il indique aussi que la loi, une fois votée, permettra aux municipalités d’accroître l’aménagement résidentiel, notamment sur des parcelles agricoles, et ce, jusqu’à trois lots résidentiels.

L’étalement urbain, un danger pour la sécurité alimentaire

D’après l’Union des cultivateurs, « il faut préconiser la densification des espaces urbains actuels sans condamner les terres agricoles ».

« Durant les deux dernières années, l’Ontario a enregistré la variation de la valeur des terres agricoles la plus élevée au Canada. Dédier des terres agricoles à des constructions résidentielles ne fera qu’accroître la rareté de ces dernières et contribuera à une surenchère », explique la présidente de l’UCFO, Renée-Claude Goulet.

Renée-Claude Goulet est la présidente de l’Union des cultivateurs franco-ontariens. Crédit image : Ingénium

La surenchère des terres agricoles fait référence à une situation dans laquelle le prix des terres augmente de manière excessive, dépassant souvent leur valeur réelle en tant que terres cultivables. Cela se produit généralement lorsque les parcelles suscitent un intérêt élevé de la part d’investisseurs ou de promoteurs immobiliers.

Empiéter sur les terres agricoles pourrait mettre à mal la sécurité alimentaire de la province puisqu’elles sont essentielles à la production alimentaire. Leur perte réduirait l’agriculture locale et l’Ontario devrait inévitablement accroître sa dépendance aux importations alimentaires.

L’Ontario perdrait 339 acres par jour de terres agricoles

De l’avis de plusieurs observateurs, le projet de loi 97 pourrait tout aussi bien être un facteur aggravant en ce qui concerne la durabilité environnementale. Les terres agricoles fournissent des services écosystémiques précieux. Elles soutiennent la biodiversité en abritant des espèces végétales et animales, contribuent à la préservation de l’eau et des sols, et jouent un rôle dans la régulation du climat. La conversion des terres agricoles en zones urbaines peut entraîner la perte de ces services, entraînant une détérioration de l’environnement local.

Si on pousse la réflexion plus loin, dans l’Est de l’Ontario, les paysages agricoles font partie de la culture et de l’identité locale. Les communautés rurales pourraient perdre un élément important de leur patrimoine si, progressivement, ils voyaient disparaître leur campagne.

Expliqué dans le communiqué de l’UCFO, « le dernier recensement de l’agriculture indique que la superficie agricole totale de l’Ontario a diminué de 4,7 % (…) pour s’établir à 11,8 millions d’acres en 2021 ».

Détruire des terres agricoles contribue à l’insécurité alimentaire. Source : Canva

Aujourd’hui, seulement « 4,4 % du territoire de la province est considéré comme des terres agricoles exploitables ».

L’Ontario perdrait 319 acres (137 hectares) de terres agricoles par jour. Pour l’UCFO, cela équivaut à la perte d’une ferme familiale de taille moyenne tous les jours.

« En comparaison, en 2016, 175 acres (70 hectares) disparaissaient chaque jour. »

« Il est crucial de protéger les terres agricoles, notamment en encourageant l’agriculture locale et en mettant en place des politiques de préservation des terres agricoles. Cela contribuera à assurer la sécurité alimentaire, à préserver l’environnement, à soutenir l’économie locale et à maintenir le mode de vie rurale dans les régions agricoles. »

Le ministère a « clairement entendu » les agriculteurs

Le ministre Clark affirme avoir « clairement entendu les préoccupations soulevées au sujet de la préservation des terres agricoles », un objectif qu’il dit partager.

Dans une lettre adressée ce lundi à la Fédération ontarienne de l’agriculture, il affirme qu’il n’a jamais été dans l’intention de son gouvernement de vendre des lots séparés à des propriétaires non familiaux ou agricoles, ni pour ces lots d’avoir autre chose que des maisons unifamiliales (c’est-à-dire pas de multi-constructions résidentielles).

Steve Clark, ministre des Affaires municipales et du Logement. Crédit image : Jackson Ho

« Nous voulons nous assurer que nous protégeons l’agriculture » certifie-t-il, « tout en veillant à ce que tous les Ontariens, y compris les agriculteurs, puissent trouver un logement ».

Et de prolonger la date limite de commentaires sur le Registre environnemental de l’Ontario de 60 jours supplémentaires, soit d’ici le 4 août prochain. « Cela donnera au public une meilleure occasion de commenter sur les propositions et donnera à notre gouvernement plus de temps pour envisager d’autres solutions pour soutenir les familles d’agriculteurs multigénérationnelles, les terres agricoles de l’Ontario qui répond à leurs besoins et à leur budget », affirme le ministre.

Cet article a été mis à jour le lundi 29 mai à 17h45.

Vanessa Gilles championne de France de soccer

LYON – Vanessa Gilles et l’Olympique lyonnais ont fêté le 16e titre national de l’équipe française de soccer, samedi. La Franco-Ontarienne termine la saison avec deux titres nationaux et un quart de finale européen à son palmarès.

L’équipe française, dont l’Ottavienne assure la défense centrale, était certaine de terminer en tête du championnat depuis sa victoire le week-end précédent sur son rival de toujours, le Paris Saint-Germain (1-0).

Avec six points d’écart creusés sur leurs poursuivantes, les Lyonnaises ont donc abordé sereinement le dernier match de la saison qui s’est soldé, samedi, par une nouvelle victoire (7-1), cette fois sur Reims. Vanessa Gilles n’était pas alignée pour cette ultime rencontre. Au classement final, elles devancent le PSG et le Paris FC.

C’est le deuxième titre de champion de France consécutif pour l’Olympique lyonnais féminin, le 16e de son histoire. Il intervient deux semaines après une autre consécration : sa victoire en Coupe de France, une fois encore face au PSG.

Doublé coupe-championnat après l’or olympique

Ce doublé majeur Championnat-Coupe de France fait quelque peu digérer l’élimination surprise en Ligue des champions au stade des quarts de finale. Battues par Wolfsburg en mars dernier, les Lyonnaises n’ont pas pu défendre leur titre de championnes d’Europe qui se disputera le 3 juin prochain entre le FC Barça (Espagne) et Wolfsburg (Allemagne).

Vanessa Gilles accroche ainsi un nouveau titre majeur à son palmarès après l’or olympique en 2021. Aux derniers Jeux de Tokyo, le Canada avait réussi l’exploit de battre la Suède au cours de l’épreuve des tirs au but dans une finale haletante.

La joueuse prodige du centre de formation Louis-Riel avait rejoint Lyon en 2021 après trois saisons au sein des Girondins de Bordeaux, une autre formation française de Division 1.

« C’est une grande fierté de voir nos anciens réussir dans probablement la meilleure ligue féminine de la planète parmi les plus grands clubs », a réagi Joé Fournier, l’entraîneur de ses débuts. « C’est le résultat de tout ce qu’elle a investi. Tout le mérite lui revient. »

« C’est extraordinaire de la voir là. Elle est un beau modèle pour les jeunes. C’est ce dont on a besoin dans la société » – Joé Fournier

Le directeur du programme de soccer de l’École secondaire Louis-Riel estime que la défenseuse internationale est « dans un club qui a les valeurs à la bonne place. Elle croit dans le projet de Lyon et on a vu qu’avec les deux titres cette année et le parcours en Ligue des champions elle est vraiment au bon endroit ».

Son club, l’Angel City FC (Los Angeles), a récemment prolongé le prêt de la joueuse de 27 ans à l’Olympique lyonnais. Le rêve européen reste donc à portée de main, l’an prochain.

Est-ce qu’elle sera championne d’Europe un jour? M. Fournier rit et esquive : « Il y a tellement de facteurs qui sont hors de contrôle que je ne peux pas y répondre, mais est-ce qu’elle le mérite? Je réponds oui. Après tout ce qu’elle a fait et d’où elle est partie, elle le mérite. C’est extraordinaire de la voir là. Elle est un beau modèle pour les jeunes. C’est ce dont on a besoin dans la société. »

La pêche au Nouveau-Brunswick, une industrie aux multiples défis

La pêche est l’une des industries les plus importantes du Nouveau-Brunswick, mais son histoire n’a pas été sans heurt. Il y a quelques années, pêcheurs acadiens et autochtones se sont querellés sur les droits acquis et la gestion des ressources dans la Baie des Chaleurs. Alors que la saison de pêche vient de commencer, ONFR+ a recueilli les témoignages de trois pêcheurs de la province qui nous racontent les conflits passés ainsi que les enjeux de tous les jours auxquels ils doivent faire face.

Julie Jardel, globe-trotteuse en quête de diversité

[LA RENCONTRE D’ONFR]

HAMILTON – Julie Jardel, directrice générale du Centre francophone Hamilton (CFH) est une voyageuse dans l’âme. Après la France, les États-Unis et la Namibie, elle pose ses valises à Hamilton il y a quatre ans, animée par la diversité de ses communautés. Une de ses passions? Allier le français aux arts et à la culture comme vecteurs de liens entre les francophones venus du monde entier, dont le festival FrancoFEST les 16, 17 et 18 juin prochains à Hamilton en est le point d’orgue.

« Quel a été votre parcours en France et qu’est-ce qui vous a amenée au Canada et à Hamilton particulièrement?

J’ai fait des études en relations internationales, diplomatie, arts et culture que j’ai toujours aimé mélanger, en me demandant : comment la culture peut-elle être un moyen de mieux dialoguer entre les différents peuples? Ma filière étant très orientée vers l’international, dont l’Amérique du Nord, j’ai eu plusieurs occasions de m’y rendre.

J’ai toujours voulu vivre à l’étranger et, à la fin de mes études, je recherchais une opportunité sans aucun a priori sur le lieu, où que ce soit dans le monde, tant que ça me permette de m’épanouir professionnellement et personnellement. Il se trouve que la première offre qui m’ait été faite et qui m’ait plu soit au Canada, au Centre francophone Hamilton, ville dont la multiculturalité m’a attirée.

Est-ce que vous vous voyez y rester sur le long terme?

En quatre ans, je me suis vraiment établie et ma vie personnelle avec. Hamilton c’est un peu comme ma maison maintenant et je n’étais finalement jamais restée aussi longtemps dans une ville. J’ai envie d’en faire mon pied à terre dans le pays. J’ai rapidement évolué au sein du centre, passant de stagiaire à chargée de projet et maintenant directrice générale. J’ai pu m’épanouir dans cet organisme culturel et social avec une petite équipe dynamique polyvalente qui touche à tout. Ce sont les mots clés qui me parlent.

Julie Jardel, assise dans un désert en Namibie.
Julie Jardel en 2017 en Namibie, où elle a vécu pendant un an. Gracieuseté

Comment qualifieriez-vous la francophonie de Hamilton?

La francophonie de Hamilton est très multiculturelle et évolue vite. C’est ce que j’aime. Il y a beaucoup d’intérêt pour la langue de personnes venues de partout à l’international. On y trouve un peu tous les profils. Hamilton n’étant ni trop grande ni trop petite, la communauté francophone y est engagée et solidaire pour contribuer à son épanouissement.

On voyage à travers le monde rien qu’en parlant français avec les gens de Hamilton, c’est une vraie richesse. C’est ce que j’essaye de faire transparaitre à travers le festival FrancoFEST. Au travers du français, il y a une intersection de plein d’identités différentes. C’est un point central qui nous relie mais qui est aussi le prétexte pour découvrir d’autres cultures.

D’où viennent majoritairement les francophones de Hamilton?

À l’origine, beaucoup sont venus du Québec ou du Nord de l’Ontario pour le travail, avec l’industrie du tabac, de l’acier et du textile, fin du 19e et début du 20e. Le centre pour lequel je travaille a été fondé en tant que Centre français Hamilton en 1971, et c’est dans les années 60 et 70 que cette communauté se rassemble et s’organise.

Puis, les années passant, de plus en plus de vagues d’immigration viennent s’y ajouter, notamment venant d’Afrique et d’Europe à partir des années 90 et 2000. De cette diversité, le nom du centre a évolué de « français » à « francophone ».

L’autre phénomène récent que je trouve intéressant est que l’on voit de plus en plus d’immigrants qui viennent de pays dont la première langue n’est ni le français ni l’anglais et qui choisissent d’étudier en français, notamment beaucoup de latinos, qui sont dans les écoles francophones avec des enfants trilingues dès le premier âge.

Membres de la compagnie de spectacles Le Gros Orteil au festival FrancoFEST 2022.
Julie Jardel (à droite), DG du Centre francophone Hamilton, avec les membres de la compagnie de spectacles Le Gros Orteil au FrancoFEST 2022. Gracieuseté

Quels sont les principaux champs d’action du CFH?

Bien que nos missions soient plus larges, notre raison d’être est vraiment la culture et les arts en offrant des occasions socioculturelles d’échanger en français à tous les âges, des activités en français de type cinéclub, clubs de lecture, cercles de conversation, spectacles, ateliers d’art, etc. On travaille beaucoup avec les écoles et on organise également trois camps d’été à Hamilton, Burlington et Milton qui durent sept semaines.

C’est un peu notre entreprise sociale qui génère des fonds autonomes, ce qui nous permet de les reverser dans des activités gratuites dans la mesure où notre but est de rester abordable. L’idée est de permettre aux enfants de garder leur vie sociale en français, de rester connectés à leur communauté pour stimuler leur sentiment d’appartenance.

Parmi les initiatives auxquelles contribue le CFH, il y a le projet pilote « Communautés francophones accueillantes ». Qu’en est-il maintenant?

Le projet avance bien. Il s’agit de sa dernière année, puisqu’il se termine a priori en mars 2024. On est donc en plein dans les évaluations, les demandes de renouvellement de fonds et le compte-rendu pour l’année 2023-24.

On a fait beaucoup de belles choses ces trois dernières années, notamment pour mieux référencer les services entre anglophones et francophones, accueillir les réfugiés dans la région, soutenir les activités organisées pour les nouveaux arrivants, les aider à créer leur entreprise, trouver du travail, ou encore rendre le centre-ville de Hamilton plus accueillant avec une marche autoguidée en français sur le thème de l’histoire, l’art et l’immigration (La Ligne Bleue).

De gauche à droite, Julie Jardel, l’Hon. Karina Gould, Ministre fédérale de la Famille, des Enfants et du Développement social, députée de Burlington, et Stef Paquette, chanteur franco-ontarien, au festival FrancoFEST 2022. Gracieuseté

La FrancoFEST aura lieu du 16 au 18 juin 2023. Parlez-nous de l’histoire de ce festival.

Le festival est né il y a environ 40 ans en tant que célébration annuelle de la francophonie, à l’origine célébration de la Saint-Jean-Baptiste pour les Canadiens francophones qui y étaient établis. Au fur et à mesure que la communauté s’est étoffée et diversifiée, c’est devenu la FrancoFÊTE et puis la FrancoFEST, organisée tous les ans mi-juin au Parc Gage à Hamilton.

C’est le rendez-vous incontournable pour tous les francophones de la grande région de Hamilton, de la péninsule du Niagara, à la fois un rassemblement communautaire, mais avec aussi 40 % de visiteurs qui vivent à au moins 60 km de la ville et plus, et attirant jusqu’à 5000 personnes chaque année.

Que nous réserve ce festival cette année?

Cette année, on revient à une formule de trois jours, ce qui est formidable, surtout après des coupures de financement qu’on a eu au niveau provincial en 2018-2019, suivies de la pandémie ces dernières années. On ouvre le bal pour la première fois avec un spectacle pour les scolaires le vendredi matin. Sept écoles de la région répondront présentes – soit 700 élèves -, pour assister à un spectacle de l’artiste autochtone Innu et Québecois Shauit qui chante dans sa langue maternelle et performe aussi le soir.

Il y en aura pour tous les goûts, tant sur le plan culinaire que musical : pop, rock, folk, reggae, danse contemporaine, urbaine, des spectacles en tous genres (pour la petite anecdote, même des chiens cascadeurs issus des refuges), tatouage, peinture sur visage et de multiples créations artistiques. Au total, une trentaine de groupes de musique ainsi qu’une vingtaine d’exposants francophones de Hamilton, sans compter les food trucks.

La soirée de clôture le dimanche sera une célébration de la Saint-Jean, un clin d’œil historique, avec un groupe de musique traditionnelle franco-canadienne mêlée à de la musique de percussion africaine pour évoquer ce beau mariage qu’est la francophonie de nos jours, sans oublier bien sûr des spécialités culinaires locales comme la poutine.

La directrice du Centre francophone Hamilton, au centre, avec des bénévoles du festival FrancoFEST de 2019. Gracieuseté

Hamilton est confronté à de gros défis tels que l’itinérance et la crise des opioïdes. Quelles seraient selon vous les solutions à mettre en place?

C’est un problème de santé publique très grave. La première chose à faire serait de déclarer la situation d’urgence, ce qui n’est pas encore le cas, afin de libérer des fonds pour permettre à ces personnes d’avoir accès à des services de santé mentale, à des centres de soins, à des centres de consommation de drogues supervisée.

Il y a un gros manque de services. Le coût de la vie et de l’immobilier s’ajoute également à ce phénomène et l’aggrave. La création de logements abordables serait indispensable. Être dans la rue rend très difficile voire impossible pour ces personnes de soigner leur addiction.

Depuis l’élection d’Andrea Horwath comme mairesse de Hamilton, le centre entretient-il de meilleurs rapports avec la ville?

On commence à en voir quelques effets positifs, bien qu’il soit un peu tôt pour en juger. La mairesse, qui elle-même est bilingue, viendra au festival. Elle s’est entourée de quelques conseillers municipaux qui parlent français également. La ville a augmenté son investissement dans le festival, ce qui est très positif. On partait cependant de vraiment loin. L’implication de la mairie auprès des francophones a été très minimale ces dernières années. C’est donc un travail constant de notre part pour faire en sorte que des choses se mettent en place. »


LES DATES-CLÉS DE JULIE JARDEL

1994 : Naissance à Strasbourg, en France

2014 : Année d’études à l’étranger à Los Angeles, États-Unis, un voyage initiatique

2017 : Départ en Namibie, sud-ouest de l’Afrique, pour une année

2018 : Année d’obtention de son Master

2019 : Arrivée au Canada

2022 : Devient directrice générale du Centre francophone Hamilton

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Jack Kerouac arrive à Sudbury sur les ailes du Projet K

[CHRONIQUE]

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

SUDBURY – L’esprit de Jack Kerouac, icône du Beat Generation et auteur franco-américain qui existait entre « la honte et la fierté » de sa langue, débarquait récemment à Sudbury, dans le Nord de l’Ontario, afin d’être lu, traduit, raconté, contesté, adapté et fêté par des poètes, artistes et créateurs de la région.

« J’ai jamais eu une langue à moi-même », écrivait Jack Kerouac. « Le français patois j’usqua-six angts, et après ça l’anglais des gars du coin. Et après ça — les grosses formes, les grands expressions, de poète, philosophe, prophète. Avec toute ça aujourd’hui j’toute melangé dans ma gum. »

Mélangé. Dans sa gum. 

Le dramaturge Jean-Marc Dalpé et Guillaume Martel Lasalle ont orchestré le Projet K – c’était une révolte effrontée aux « sages » traductions des Éditions Gallimard de l’œuvre de Kerouac, ces interprétations françaises qui ne savaient pas cerner la véritable nature d’un poète franco-américain « toute mélangé dans sa gum ». 

Il fallait rapatrier notre frère, un « Canadien errant » de l’Amérique française, et le faire renaître chez les artistes de Rouyn Noranda, Montréal, ici à Sudbury et – osons espérer – au-delà de toutes frontières. 

Avec le soutien du Salon du livre du Grand Sudbury et le Théâtre du Nouvel-Ontario, les artistes franco-sudburois Miriam Cusson, Daniel Aubin, Chloé LaDuchesse, Connor Lafortune, Dillon Orr, Darlene Raven et Chloé Thériault se sont livrés à ce que Jean-Marc Dalpé m’a décrit comme « une machine à créer, un laboratoire », offrant une exploration de Kerouac parmi les décombres de ses valises, de ses cartes routières, de ses rêves. Et surtout, de son parler.

L’errant et sa langue : Connor Lafortune

L’artiste Connor Lafortune a reconnu en Jack Kerouac une âme errante. Contradictoire. Un homme à la croisée des langues. 

Comme le poète franco-américain, Connor Lafortune chemine dans plus d’un monde étant queer, Franco-Ontarien, fils de la Première Nation Dokis, portant les noms Nimkiins (Little Thunder Spirit) et G’chi Waabshka Mukwa (Great White Spirit Bear). C’est donc en trois poèmes en trois langues qu’il nous a livré une trame identitaire de Kerouac.

« Il fallait prendre l’entité qu’il est dans ses concepts, ses œuvres, ses pensées », explique-t-il. « Puis de le traduire dans un contexte autochtone, un contexte enlevé de sa culture, placé dans une autre culture, de vraiment le mettre dans l’inconnu. »

Dans le décor, une valise ouverte de laquelle débordent les œuvres du poète franco-américain. Crédit image : Salon du Livre du Grand Sudbury

Dans L’esprit du franco, Connor Lafortune confère une identité franco-ontarienne à Kerouac, écrivant en joual franco et en Michif : « Cé terre icit — où ma famille a déjà marché – connaîtra par comment embrasser le son de ma langue. Ça ‘nfrè pas dans leurs bras – chaque syllabe tomberait dans l’ténèbre entre nos paumes – jamais assez sûre de vouloir se toucher. »

Et dans son troisième texte, Wiisaakodewininianishnaabemo Jiibi Jack, texte en anishinaabemowin, Connor Lafortune offre une nouvelle et extraordinaire perspective de cet homme : « ginisidotaanina what it means to step outside yourself? — parce que moué j’le sais — jibwaa — n’gidin nothing could move me now ».

Traduire – afin de dire : Daniel Aubin

Inspiré par Doctor Sax et  Visions of Gerard, l’auteur, poète et journaliste Daniel Aubin s’est embarqué dans le Projet K pour faire briller sur Sudbury une lumière polychrome « plus éclatante que nature ». Il allait traduire afin de dire l’œuvre de Jack Kerouac. 

« Je me suis vraiment permis de transposer l’action dans une scène de Kerouac dans mon quartier d’enfance », confie-t-il. « Je m’en suis servi comme prétexte pour raconter des histoires que j’avais toujours eu envie de mettre sur papier. »

« Dans tous les textes qui situent l’action à Lowell, Massachusetts, là où il a passé son enfance, il y a beaucoup de petits fragments en canadien-français qui sont vraiment très croustillants et puis délicieux », souligne Daniel Aubin.

Jean Marc Dalpé, Darlene Raven, Miriam Cusson, Dillon Orr, Chloé LaDuchesse et Connor Lafortune. Crédit image : Salon du livre du Grand Sudbury

À en croire les écrits de ce poète franco-sudburois, la ville du Nickel offre également de savoureuses miettes de récits fantastiques. 

« Parmi mes rêves tragiques de la rue Main », écrit-il, « Et les autres à Nickeldale – un Sudbury samedi début de soirée – spectral et fantomatique et liminal – tellement impossible – tellement inaccessible – les petits enfants qui jouent dehors autour du crique et qui se promènent à quatre-patte dans le tunnel au bord du parc McLean (mène-t-il aux égouts – j’ai jamais osé vérifier) – les enfants se crient après surtout en anglais mais avec quelques accents francophones quand même – du haut de leurs escaliers au fond de leurs driveways les mères qui poussent toujours des « Attention! Casse-toé pas le cou! Que je te voye! »

Démanteler le mythe : Miriam Cusson

Miriam Cusson souhaiterait se désister de Jack Kerouac et, dans un geste profondément féministe, faire la révolution afin de démanteler la mythologie de ce mortel. 

« Je l’ai un peu vénéré dans ma vingtaine, comme tout le monde je pense », m’explique-t-elle de Kerouac. « Et ensuite, mon regard en tant que femme de 45 ans, mon regard a définitivement changé par rapport au personnage. »

Le Projet K réinterprète en français des textes de Jack Kerouac. Crédit image : Salon du Livre du Grand Sudbury

« I have eaten pieces of you », écrit-elle, « Pristine like the eucharist, devoured them devotedly for my own salvation, les miettes divines s’accumulant dans les coins de ma bouche, entre mes dents, sous ma langue, se mélangeant à ma salive salutaire machouillée que j’ai éventuellement recrachée sur le trottoir, quelque part, somewhere… »

« Je me pose encore beaucoup la question », termine Miriam Cusson. « Pas juste dans le cas de Kerouac, mais dans plein d’œuvres qu’on consomme, qu’on place dans dans cette sphère mythique ou dans le canon comme essentiel. Qui est-ce qu’on a éclipsé pour justement bonifier cette figure-là en particulier? »

« Mélangé dans sa gum »

« J’toute mélangé dans ma gum », écrivait Jack Kerouac. Un franco-minoritaire. Comme toi, peut-être. Et certainement comme moi, Franco-Ontarienne née à Sudbury, de passage à Ottawa, Toronto et au-delà des frontières. 

N’s’autres aussi, on est toute mélangés dans not’ gum, Jack.

Et voilà ce qui est universel dans l’œuvre de Kerouac – tout comme dans ces ouvrages de tous les résidents du Projet K.

On cherche à se dire, malgré not’ gum.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Six favoris à l’élection municipale se déchirent sur la crise du logement

TORONTO – À un mois du scrutin partiel municipal, Olivia Chow, Marc Saunders, Mitzie Hunter, Brad Bradford, Ana Bailão et Josh Matlow ont confronté leur vision et leurs idées. Logement, taxes, déficit, embouteillages et sécurité publique ont donné lieu à de vigoureuses piques au cours d’un débat modéré par le diffuseur public TVO.

« On a un énorme et trop long processus de planification », a déploré Olivia Chow. La favorite dans la course au fauteuil de maire a réitéré son engagement jeudi à construire 25 000 nouvelles unités si elle est élue au soir du 26 juin prochain.

« Au lieu de demander de l’argent au coup par coup au gouvernement fédéral, allons-y avec 25 000 nouveaux projets et demandons-lui directement les fonds de son plan national du logement », a défendu l’ancienne conseillère municipale et ex-députée fédérale néo-démocrate, également partisane d’une taxation sur les résidences de luxe.

Son adversaire le plus dangereux dans les sondages, Marc Saunders, ne s’est pas privé de rappeler le bilan de Mme Chow lorsqu’elle était en charge : « La Ville a augmenté les taxes », a-t-il déploré, appelant à un « nouveau leadership ». L’ancien chef de la police croit au contraire que supprimer la taxe foncière sur les logements abordables dans les développements futurs stimulerait le développement rapide de plus de maisons.

Ana Bailão a pour sa part renvoyé dos à dos ses rivaux : « Ce que ne comprend pas M. Saunders, c’est que la question de l’offre de logement est importante dans cette ville mais elle ne réglera pas le problème de l’abordabilité. Ça calmera les prix du marché mais ça ne fera pas pousser les logements supervisés dont on a besoin. »

L’ancienne mairesse adjointe a bâti sa campagne autour de la promesse de construire 285 000 logements dont 20 % locatifs d’ici 2031 et de doubler le nombre de maisons de soutien modulaires à Toronto avec un objectif de 1000 maisons sur dix ans.

S’adressant à ceux qui seraient tenter à l’inverse d’augmenter les impôts, elle affirmé : « On ne peut pas continuer à surtaxer : on a besoin du secteur privé, des gouvernements et du secteur non lucratif pour régler la situation. Je suis la meilleure candidate pour négocier le meilleur deal. »

« On a pas besoin de créer plus de bureaucratie pour construire plus de logements. On a besoin de construire vite pour livrer de nouvelles unités », a martelé le conseiller municipal de Beaches-East York.

Sa priorité est de « déverrouiller » les terrains appartenant au gouvernement et d’y construire 33 % de logements abordables.

Mitzie Hunter a promis de construire 22 000 logements si elle est élue. « La ville peut être le constructeur et le propriété de logements. On peut densifier tout en créant des quartiers mixtes ou grandissent nos familles », a assuré l’ex-députée provinciale de Scarborough.

Josh Matlow milite pour la mise sur pied d’un financement de démarrage de 300 millions de dollars afin de construire de nouvelles maisons à prix coûtant, sans taxes foncières ni frais d’aménagement.

Le débat a aussi donné lieu à de vifs échanges sur le crime et sécurité dans les transports publics. Le bilan du gouvernement de Doug Ford et celui de Marc Saunders à la tête de la police de la ville ont été pointé du doigt par la plupart des candidats. Dans ce dossier, un consensus s’est dégagé sur la nécessité d’investir dans les programmes de santé mentale et dans les interventions rapides via le 911.

Musique, cinéma et cultures diverses en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Du Nord au Sud-Ouest, la diversité de la francophonie se déploie cette semaine en Ontario. C’est la semaine idéale pour déambuler à Toronto et découvrir le patrimoine bâti ou à Mississauga pour en apprendre sur des cultures de partout dans le monde. Différents genres musicaux résonneront dans la province et Hamilton braque ses projecteurs sur des cinéastes d’origines diverses.

Cinéma

La diversité cinématographique à Hamilton

Le Hamilton Black Film Festival se déroule du 26 au 28 mai en personne, et jusqu’au 30 mai en ligne. Il met en lumière le travail de cinéastes africains, caribéens, mais aussi asiatiques, du Moyen-Orient et d’autres origines. La soirée d’ouverture a lieu vendredi de 16h à 21h avec la première ontarienne du film Le mythe de la femme noire. La projection sera suivie d’une conférence avec la réalisatrice Ayana O’Shun. Le samedi est une journée multiculturelle, avec un spectacle musical de la Bande de Kora en plus des projections de films. Le dimanche est consacré à la soirée de l’industrie et à la remise de prix.

Le film Le mythe de la femme noire d’Ayana O’Shun ouvrira le Hamilton Black Film Festival ce vendredi. Crédit image : K Film Amérique

Du 26 au 30 mai, en personne à Hamilton et en ligne. Détails sur le site du Hamilton Black Film Festival.

Multidisciplinaire

Portes ouvertes à Toronto

La Ville Reine tient sa fin de semaine portes ouvertes samedi et dimanche. C’est l’occasion de découvrir l’architecture, le patrimoine bâti et les différents organismes qui y ont pignon sur rue. Plus de 140 bâtiments seront accessibles gratuitement. Il sera possible de visiter certains organismes francophones, comme le centre d’art médiatique Le Labo ou l’Alliance française Toronto.

L’Alliance française Toronto participera à l’événement Doors Open Toronto. C’est l’occasion de visiter l’exposition de photos de Martin Bertrand actuellement en cours. Gracieuseté Alliance française Toronto

Les 27 et 28 mai à Toronto. Détails dans la section Doors Open Toronto sur le site de la ville.

Le tour du monde en une fin de semaine

Le festival des cultures Carassauga tient sa 38e édition de vendredi à dimanche. Différentes communautés tiennent des pavillons dans différents coins de Mississauga pour partager des pans de leurs cultures. Le pavillon Pays D’Afrique regroupe l’Angola, la Gambie, la Tunisie, Madagascar et le Soudan du Sud. Le pavillon offre une programmation bilingue mettant en vedette la gastronomie, la musique et la danse. Carassauga est le plus grand festival multiculturel du Canada.

La foule présente pour l’édition 2022 du festival des cultures Carassauga. Crédit image : page Facebook Carassauga

Du 26 au 28 mai à Mississauga. Détails sur le site de Carassauga – festival des cultures

Nouvelle programmation artistique à Kingston

Le Centre culturel Frontenac de Kingston dévoilera la programmation de sa prochaine saison artistique le 1er juin.  L’événement est ouvert au public. Au programme : Vin d’honneur, tarifs promotionnels et prix de présence. Ce samedi, le centre accueillera aussi la pièce jeunesse Yassama et la calebasse aux cauris au théâtre L’Octave, précédée d’activités familiales.

Affiche de l’événement de lancement. Gracieuseté Centre culturel Frontenac

Dévoilement de programmation le 1er juin. Réservations avant le 30 mai par ce formulaire. Billets pour Yassama et la calebasse au cauris sur la plateforme Le point de vente

Musique

Un artiste de renommée internationale à Sudbury

Le producteur et auteur-compositeur-interprète de renommée internationale Daniel Lanois sera de passage à Sudbury ce dimanche. Guitare à la main, l’artiste s’entoure de complices Jermaine Holmes à la batterie et Jim Wilson à la basse. Depuis la fin des années 70, l’homme originaire de Gatineau s’est taillé une place dans les grands noms de la musique, en collaborant entre autres avec Brian Eno, U2, Peter Gabriel et Bob Dylan.

Daniel Lanois sera à Sudbury en formule trio ce dimanche. Source : La Slague

Le 28 mai à la Place des arts du Grand Sudbury. Détails et billets sur le site de La Slague

Deux soirs dans le Nord pour Ariko

Le groupe de Lafontaine Ariko apportera son esprit familial et festif unique dans le Nord de l’Ontario dans les prochains jours. Vendredi, la formation composée de cinq membres de la famille Lefaive mettra l’ambiance lors d’une soirée traditionnelle au Centre régional de Loisirs culturels de Kapuskasing. Le lendemain, Ariko sera à l’École secondaire Trillium de Chapleau pour un spectacle organisé par le Centre culturel Louis-Hémon.

Le groupe musical Ariko est composé des soeurs Kelly, Jill et Nicole Lefaive et de leurs parents, Laura et Louis. Crédit image : Ryan Osman

Le 26 mai à Kapuskasing et le 27 mai à Chapleau. Détails sur les pages Facebook du Centre régional de Loisirs culturels et du Centre culturel Louis-Hémon

Quatuor de chansonniers à Toronto

Le groupe de chansonniers francophones Welcome Soleil fête ses dix ans cette année. Richie Morgan, Guy Smagghe, Philippe Lafaury et Paddy Morgan présenteront une sélection de chansons originales et de reprises aimées du public ce samedi au Free Times Café de Toronto. Entre des chansons de Francis Cabrel, Zachary Richard et Félix Leclerc revisitées, on promet surtout une ambiance festive où la francophonie est célébrée.

La formation Welcome Soleil est composée de quatre chansonniers torontois francophones. Gracieuseté

27 mai au Free Times Café de Toronto. Contribution volontaire. Détails sur le site de Welcome Soleil

Un distributeur de films, qu’est-ce que ça fait?

Ariane Giroux-Dallaire aime faire découvrir les histoires des autres. Vice-présidente de Sphère Films, compagnie de distribution canadienne de films, elle nous explique le cheminement d’un projet cinématographique, de l’écriture du scénario jusqu’à sa sortie en salle et au-delà.

1,6 million de dollars pour la création d’un centre pour les francophones de Noelville

RIVIÈRE DES FRANÇAIS – Deux jours après une annonce importante en matière de santé pour les francophones du Nord, c’est au tour du milieu de l’éducation de Noelville de recevoir une belle enveloppe budgétaire. Les deux gouvernements injectent 1,6 million de dollars dans la création d’un centre de développement jeunesse, économique et communautaire de la Rivière des Français.

« Ce programme favorisera l’innovation et l’esprit d’entreprise chez nos jeunes, et nous espérons que cela contribuera grandement à résoudre le problème de l’exode rural », s’est réjouie Gisèle Pageau, mairesse de la municipalité de 2000 âmes dont 39 % ont le français comme première langue officielle parlée.

Initié dans le cadre de l’Entente Canada–Ontario relative à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde officielle, le projet sera installé au sein de l’école publique de la Rivière des Français, seule école secondaire de langue française de la région, qui compte près de 100 élèves.

Le futur centre servira, notamment, de lieu de rencontres culturelles avec des spectacles et des célébrations en français, et abritera également un espace où auront lieu des ateliers des métiers et technologies du Conseil des industries culturelles de la Rivière des Français.

Une serre rénovée sera aussi construite pour mener des projets serricoles selon l’annonce faite ce matin à Noelville par Marc Serré, secrétaire parlementaire de la ministre des Langues officielles et député de Nickel Belt.

Le gouvernement du Canada accorde à ce projet 829 000 $ sur deux ans, alors que le gouvernement de l’Ontario lui consacre 856 500 $ sur trois ans.

« Cet investissement nous permettra de rassembler et de collaborer davantage avec nos partenaires afin de bâtir une communauté saine, forte et prospère », se félicite de son côté Anne-Marie Gélineault, présidente, Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario dont fait partie l’établissement.

« Le nouveau centre communautaire offrira aux étudiants francophones l’accès à un espace moderne où ils pourront apprendre et célébrer la culture francophone pour les générations à venir », a fait savoir Stephen Lecce, ministre de l’Éducation de l’Ontario dans le communiqué de presse de l’annonce.

« C’est vraiment représentatif de Sturgeon Falls » : la statue Marina installée après trois ans d’attente

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Gayle Primeau est une Franco-Ontarienne originaire de Nipissing Ouest. Après une carrière en tant qu’enseignante dans le sud de la province, la retraitée a décidé de revenir à Sturgeon Falls et a commencé à s’impliquer bénévolement au sein de la ville qu’elle dit avoir été délaissée.

LE CONTEXTE :

Le groupe bénévole indépendant Sturgeon Falls Beautification a été fondé en 2017 par Gayle Primeau, et œuvre à améliorer la ville par la plantation d’arbres, le nettoyage communautaire, la tenue du marché estival du centre-ville… Après la statue de l’esturgeon Stella, le groupe mené par Mme Primeau a acquis Marina, une sculpture de sirène en acier inoxydable.

L’ENJEU :

Entreposée dans un garage municipal depuis trois ans, Marina, a pu être enfin installée le long du sentier de la baie Minnehaha. L’objectif derrière cette initiative 100 % citoyenne est d’attirer des locaux et des touristes dans la ville du Nord.

« Êtes-vous satisfaite d’avoir enfin pu installer la statue?

C’est vraiment un soulagement parce que les gens attendaient ça depuis longtemps et que je prends mon rôle très au sérieux. On a fait une plaque aussi pour expliquer comment Marina est arrivée. On l’installera dans une semaine. On va aussi probablement mettre de belles lumières pour la voir la nuit. Et déjà on voit qu’il y a un véritable intérêt des gens : je les vois depuis ma fenêtre qui viennent la contempler depuis deux jours et se prennent en photo devant. C’est beau à voir!

Gayle Primeau a été visité la statue à Massey où réside l’artiste à l’origine de l’œuvre, Laval Bouchard. Gracieuseté

Quelle a été la raison derrière les retards dans ce projet 

J’avais fait une présentation au conseil municipal pour parler de nos projets passés et futurs en demandant de mettre la sirène à la fontaine. La municipalité avait alors refusé, car il y avait un risque avec les cheveux de la statue, avec lesquels les passants pourraient se blesser. Entre-temps, il y a eu les élections et un nouveau conseil municipal qui nous a aussi refusé cette demande, mais a suggéré un autre endroit. On n’a pas voulu aller de l’avant avec ça parce que c’était trop loin et les gens n’auraient pas pu prendre de photo. Donc on s’est regroupé et on a revu nos critères. On a cherché un terrain privé, qui est d’ailleurs le mien.

Pensez-vous que le fait d’avoir un nouveau conseil municipal, loin des conflits du précédent, a pu aider à finalement faire aboutir ce projet?

Oui, ça a eu une influence sur notre projet, c’est certain. On a dû attendre un nouveau conseil pour retourner à la table des discussions. Auparavant, c’était un frein pour tous les projets.

Il a fallu six personnes, comprenant notamment les ex-conseillers municipaux Dan Roveda et Roland Larabie, pour installer la statue sur la roche. Gracieuseté

Donc vous n’avez reçu aucun fonds de la municipalité?

Non, c’est vraiment juste des fonds privés. J’ai fait une levée de fonds sur Facebook, et d’ailleurs ça m’avait mise mal à l’aise quand on a décidé de le mettre sur ma propriété, mais on n’a pas eu le choix. Les gens ont été accueillants, on n’a pas eu de négatif. On a réussi à avoir au-delà de 7000 $, ce qui est même plus que ce qu’on voulait. On était quatre au début, et on a chacun mis un dépôt. C’était très vite, en moins d’une semaine, au départ on a eu assez pour acheter, Stella, l’esturgeon puis rapidement on a eu assez pour la sirène qu’on a achetée aussi.

Le groupe Sturgeon Falls Beautification compte maintenant une vingtaine de bénévoles et près de 3000 membres sur Facebook. Gracieuseté

Quel est l’objectif derrière cette initiative citoyenne ?

On a voulu attirer des gens, des locaux, des touristes, comme on l’a fait avec les murales qu’on a mises dans la ville. C’est aussi de faire parler les gens, et ça a déjà bien débuté. Et pour attirer du monde, il faut des attractions, c’est beau d’avoir la pêche, mais il faut avoir quelque chose d’autre. Donc, je pense que les gens qui viennent voir Stella, Marina ou les murales vont aussi aller au restaurant, dépenser dans les magasins, parler de la statue à d’autres personnes, ce qui va aider la communauté.

La statue fait déjà beaucoup réagir sur les réseaux sociaux, avec beaucoup de commentaires positifs devant le résultat et l’emplacement final. Gracieuseté

Pourquoi avoir choisi une sirène comme statue pour la ville?

Parce que c’est vraiment représentatif de Sturgeon Falls. On a de l’eau partout avec la rivière et le lac Nipissing. La sirène ne pouvait pas être sur l’eau mais au moins, là, elle la regarde. On est choyé, car, quand j’étais dans le Sud, il n’y avait pas de lac autour de moi. Donc quand j’ai vu la sirène, après l’esturgeon, j’ai pensé que ce serait parfait pour notre belle ville. »

Jacqueline Madogo lance sa course pour les Championnats du monde

OTTAWA – La sprinteuse franco-ontarienne a débuté sa préparation pour la saison en extérieur, avec en point d’orgue les Championnats du monde à Budapest du 19 au 27 août. Près de deux mois et demi de compétition l’attendent entre l’Europe et le Canada pour aller chercher sa qualification aux Mondiaux. 

Après une saison en salle satisfaisante qui a touché à sa fin à Saskatoon lors des championnats nationaux le 10 mars, Jacqueline Madogo vient de terminer sa préparation en Floride avec son université de Guelph et son entraîneur Jason Kerr. Un stage de deux semaines qu’elle effectue chaque année et qui marque le début de la saison en extérieur. 

Les belles performances se sont multipliées en intérieur. Jacqueline Madogo a notamment remporté le titre de championne nationale, signant à cette occasion un record de points historique avec l’équipe féminine de l’Université de Guelph sur la compétition. À présent, les choses encore plus sérieuses commencent pour elle avec un programme estival chargé qui a déjà débuté dès la fin de semaine dernière avec l’Open de Windsor. 

Pour son retour sur les pistes extérieures, l’Ottavienne s’est imposée sur le 100m avec un temps de 11 »48. Sur le 200, elle a signé une deuxième place derrière Zoe Sherar (23 »84) avec un temps de 24 »14. Ce court retour au Canada n’était qu’une mise en bouche, la suite de la saison se passera outre-Atlantique. 

« Je vais m’envoler en Europe pour trois compétitions : en Allemagne, en Grèce et à Paris », décrit-elle. « Après, je reviendrai ici au Canada le 10 juin pour entamer un circuit canadien sur lequel je me suis inscrite. Il y aura des compétitions en Ontario et une en Alberta à Edmonton. Cela me mènera jusqu’à la fin du mois de juillet où nous aurons des championnats nationaux. Je suis vraiment excitée par cette saison! »

Objectif top 48

Si la native d’Ottawa ne mentionne pas les Championnats du monde à la fin du mois d’août à Budapest, c’est que sa place dans l’équipe qui représentera le Canada est loin d’être acquise. Il faudra pour parvenir à s’y qualifier individuellement faire partie des 48 meilleures athlètes au monde sur 100m et 200m. Elle devra réaliser le temps minimum requis qui est de 11 »08 sur 100m et 22 »60 sur 200. 

Si elle n’y parvient pas, l’autre façon de rentrer dans le top 48, sera d’engranger un maximum de points qu’elle obtiendra selon ses résultats aux différentes compétitions auxquelles elle participera. Ce système de points alloués selon le niveau de chaque épreuve permet d’accrocher les dernières places destinées aux athlètes n’ayant pas réalisé les minima. 

Pour le relais 4×100, il s’agira comme l’année dernière de figurer dans les 16 meilleurs quatuors du monde. Pour rappel, les Canadiennes avaient profité à la dernière minute de la suspension des Nigérianes pour rentrer dans le top 16.

« Cette année nous sommes actuellement vingtièmes, il y aura du travail pour parvenir à rentrer dans les 16 », explique-t-elle. 

Pas de pression pour les mondiaux

Quoi qu’il en soit, Jacqueline Madogo ne se met pas la pression pour les Mondiaux. Comme elle nous l’a confié, elle vit au jour le jour et prend les compétitions les unes après les autres. Les Championnats du monde feront donc figure d’une belle récompense en cas de qualification. Si elle n’y parvient pas, « il y aura toujours l’année prochaine »! 

Cette saison qui arrive sera l’occasion pour elle de travailler sur ses points faibles afin de continuer à améliorer ses records personnels. Sur 100m, elle possède un temps de 11 »29, une marque qu’elle a établie le 29 mai 2022 à London en Ontario. Sur 200, elle a signé un chrono de 23 »66 dans la foulée du record sur 100m, puisque c’était le 12 juin à Toronto. Comme on peut le voir, c’est pour le moment insuffisant. 

Améliorer son départ

Pour se qualifier directement aux championnats du monde, il lui faudra donc battre ses records personnels cette saison. Dans une discipline où les écarts reposent sur des dixièmes voire des centièmes de secondes, comment faire pour aller grappiller ces fractions de temps? 

« Pour moi, la chose sur laquelle je dois m’améliorer, c’est mon départ. Je n’ai pas un bon départ », confie-t-elle. « Pendant les séries en salle, c’est là-dessus qu’on met le plus d’emphase. Je pense que c’est là que je perds le plus de temps. Avec Jason, on essaie vraiment de collaborer pour voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas. »

« Ensuite, le 100m est beaucoup plus long que le 60m (épreuve en salle), donc il me faut un bon départ et une bonne accélération pour pouvoir me mettre dans la course. Nous sommes en train de faire des progrès, on se rapproche de là où on veut être, mais on n’y est pas tout à fait. »

Y être signifiera certainement parvenir à signer deux nouvelles marques sur ses deux distances de prédilection. C’est tout ce qu’on peut souhaiter à la seule Franco-Ontarienne de l’équipe nationale d’athlétisme qu’on suivra de près dans son périple jusqu’à, on l’espère, Budapest fin août.

« Le français en Louisiane reste fragile », alerte une professeure franco-américaine

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

À l’origine d’un curriculum de français à Bâton Rouge, capitale de la Louisiane, Amanda Lafleur, professeur de français à la retraite, est l’une des conférencières de l’université d’été du Centre de la francophonie des Amériques.

LE CONTEXTE :

Des francophones du continent se réunissent tout au long de la semaine à l’Université de Louisiane, à Lafayette, pour débattre de l’avenir du français sur le continent. Une première dans cet État du Sud où le français occupe une place historique.

L’ENJEU :

La langue française est en recul aux États-Unis, au Canada et en Amérique latine, mais des initiatives locales tentent de surfer sur la vague du multilinguisme pour raviver la flamme francophone sur un continent qui compte 33 millions de locuteurs.

« Comment décririez-vous l’état du français en Louisiane?

Ça reste fragile car de moins en moins de locuteurs apprennent le français à la maison. On doit aussi faire attention à bien représenter notre parlé, différent du français standard. Sinon on s’expose à des phénomènes de surcorrection.

D’un autre côté, le français était auparavant enseigné seulement 30 minutes par jour avec des enseignants très sérieux mais ce n’était pas suffisant, alors qu’à c’teur, grâce aux programmes d’immersion, ceux qui apprennent le français le parlent vraiment et sont capables de communiquer. De toute façon, il faudra toujours veiller sur ça.

Comment préserver cette spécificité linguistique?

Il est extrêmement important de documenter les différents dialectes régionaux qu’on entend afin de laisser des outils, des documents, des exemples de la réalité du français parlé. La création du dictionnaire du français louisianais, il y a une dizaine d’années, en est un exemple. En faisant ainsi, on laissera des trésors aux générations qui n’auront peut-être plus de contact avec des locuteurs comme nous on a eu la chance de les connaître.

Sans ces ressources, on risque de finir avec un français importé. Si le français existe toujours aujourd’hui, on doit le doit aux enseignants québécois, acadiens, africains, français, belges venus aider durant près de 50 ans, mais il y a eu aussi une évolution dans l’approche à adopter pour préserver et reconnaître le français d’ici.

Comment vous y êtes-vous prise pour créer un curriculum en français louisianais à l’Université de Louisiane à Bâton Rouge?

Je cherchais surtout à créer des activités authentiques et accessibles aux étudiants suivant leur niveau linguistique. Il s’agissait de leur demander d’enquêter auprès des membres de leur famille pour chercher une recette, la transcrire et l’expliquer : comment fait-on un gombo ou encore un pain perdu… Puis, on a travaillé sur les contes folkloriques, cherché des histoires, des blagues, des récits au passé, etc. À travers la qualité remarquable de leurs travaux, on a découvert toutes sortes de caractéristiques dialectales et traditionnelles. C’était une expérience linguistique tout autant que documentaire.

Quelle est la plus grande difficulté dans la transmission du français local?

Il faut bien comprendre que la grande majorité des Franco-Louisianais ne sont pas lettrés. Ils ne peuvent ni lire ni écrire le français qui est ici une langue essentiellement orale. C’est une vraie langue mais, si on veut la légitimer, il faut l’écrire, documenter ses variations.

Le statut officiel du français influence-t-il sa cohabitation avec l’anglais?

Pas vraiment. C’est un statut plus symbolique qu’autre chose, car presque plus personne n’est monolingue francophone ici. Ce qui fait que ce statut qui existe toujours légalement n’est pas vraiment mis en pratique. »

Devrait-on enseigner étroitement le français et le créole?

Oui, je crois bien. Dans mes cours, je donnais toujours des notions de créole, surtout si des étudiants sont de souche créole, afin de les préparer à leurs recherches sur le terrain. Le créole est vraiment en danger de disparaître.

Que manque-t-il à cette langue pour s’affirmer et s’étendre dans la vie quotidienne?

On aurait besoin d’avoir plus d’activités sociales, parascolaires et intergénérationnelles pour que les petits aient plus de contact et d’occasion de parler. Ça pourrait vraiment aider à l’épanouissement en français, au-delà de l’instruction dans les écoles. Ça prendrait des centres francophones mais aussi un ralentissement de la vie pour avoir moins de distractions quotidiennes dans la culture anglo-américaine qui nous entoure. Il ne faut pas oublier qu’on est en compétition avec cette culture. C’est une dure réalité. »

Liane Roy reconduite à la tête de la FCFA

OTTAWA – Réélue par acclamation ce mercredi, la présidente sortante de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy, entame un second mandat de deux ans.

Sixième femme à occuper ce fauteuil et première Acadienne depuis 2007, Mme Roy s’est vue confortée dans ses fonctions à l’issue d’une période de candidature au cours de laquelle elle a été la seule à se présenter à la présidence.

Lyane Roy avait remporté un premier mandat en 2021 aux dépens du président sortant Jean Johnson, à un moment charnière pour la défense des droits des francophones : la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Le texte a finalement été adopté il y a quelques jours par la Chambre des communes.

Ex-sous-ministre adjointe au ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail et au ministère des Affaires intergouvernementales du Nouveau-Brunswick, elle a dirigé la Société nationale de l’Acadie (SNA), la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick.

Stabilité et expertise saluées

« Je suis heureux de la réélection de Mme Roy. Elle amène de la stabilité à un moment où la Loi sur les langues officielles doit être adoptée sous peu et alors que le plan d’action se met en œuvre », réagit Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, qui salue le travail accompli par la présidente au cours des deux dernières années.

« On est très satisfait de son travail depuis son arrivée à la tête de la Fédération », abonde Alexandre Cédric Doucet, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). « Elle a bien su naviguer à travers des dossiers complexes. Un mandat d’un an, c’est très court. Deux mandats, c’est un minimum pour garantir une certaine continuité. »

Tout comme les autres membres de la FCFA, l’AFO et la SANB scrutent avec attention le moment où la modernisation de la Loi sur les langues officielles recevra la sanction royale, une étape déterminante avant sa mise en œuvre.

« Avec Mme Roy, on sera capable d’aller dans les détails sans avoir à reprendre le dossier depuis le début », se réjouit d’avance M. Doucet.

Trois sièges d’administrateurs restent à pourvoir. Les élections au conseil d’administration auront lieu lors de la 48e assemblée générale annuelle à Calgary (Alberta) le 10 juin prochain.

Sont en lice : les Franco-Ontariens Luc Amoussou, Marc Lavigne et Dany Dias, les Acadiennes Martine Béland et Clotilde Heibing, la Franco-Manitobaine Ginette Lavack, ainsi que les Britanno-Colombiennes Jacky Essombe et Marie-Pierre Lavoie.

L’Université de Sudbury pourrait engendrer près de 90 millions de dollars selon une étude

SUDBURY – Le Centre de leadership et d’évaluation (CLÉ) vient de publier une étude dans laquelle il estime l’impact économique global de l’Université de Sudbury à 89,3 millions de dollars pour le Moyen-Nord de l’Ontario pour l’année académique 2028-2029. Une donnée qui intervient alors qu’il ne manque que l’accréditation du ministère des Collèges et Universités afin que l’établissement puisse de nouveau ouvrir ses portes aux étudiants de la région.

« Les résultats de cette étude confirment son positionnement et valorisent l’importance de cet établissement de formation », peut-on lire en conclusion du rapport rendu public ce mercredi et qui présente l’Université de Sudbury comme « un élément constitutif et important de l’écosystème entrepreneurial de la zone ».

L’université franco-ontarienne générerait en retombées économiques de plus de 8 $ par dollar investi par les gouvernements du Canada et de l’Ontario en 2028-2029, selon les informations du communiqué accompagnant le rapport.

« Cette étude démontre que la transformation de l’Université de Sudbury n’aura pas que des impacts sociaux et culturels importants pour le Moyen-Nord, mais qu’elle sera un moteur économique de cette région », déclare le président de l’AFO, Fabien Hébert, avant d’ajouter qu’avec cette étude « le gouvernement de l’Ontario dispose d’un argument important pour passer à l’action en finançant l’institution ».

Même son de cloche du côté du recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury, Serge Miville selon lequel « l’étude montre l’importance de la relance de l’Université de Sudbury pour le le développement social, culturel, économique et intellectuel de la région du Moyen-Nord ».

Présenté à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et à l’Université de Sudbury, le rapport utilise la combinaison des deux méthodes de collecte : l’analyse documentaire et les entrevues menées en février 2023.

Les deux instances ont aussi fourni une liste de 27 informateurs clés concernés dont 15 ont participé aux entrevues, incluant six anciens professeurs, cinq employés qui étaient liés à l’Université de Sudbury et quatre partenaires.

Des projections encourageantes

Utilisant une projection dans laquelle l’Université compterait un nombre total de 541 étudiants inscrits à temps plein pour l’année académique 2028-2029, l’étude imagine une injection monétaire directe s’élevant à plus de 23 millions de dollars. Les données des investissements des états financiers de l’Université de Sudbury de 2018-2019 ont aussi servi de référence pour faire les prévisions pour l’année 2028-2029.

La contribution directe comprend le financement lié au fonctionnement de l’établissement comme l’enseignement et la recherche non subventionnée, ou encore les investissements.

L’impact indirect lui serait de 16 millions de dollars et concernerait notamment les frais liés au logement, à l’achat de matériel didactique, au transport, ainsi qu’à l’assurance, entre autres.

La création du drapeau franco-ontarien à l’Université de Sudbury dans les années 1975 a été cité par les répondants. Crédit image : Inès Rebei

Mais la part belle revient à ce que le rapport appelle l’injonction induite, soit les retombées économiques locales liées à l’activité de chaque professionnel de l’agglomération exerçant par l’intermédiaire de l’Université de Sudbury qui, elles-mêmes, constituent des flux nouveaux de revenu. On parle d’une belle enveloppe de près de 50 millions de dollars.

L’année académique 2028-2029 a été considérée étant donné qu’elle correspond à la dernière année pour laquelle des données détaillées sont disponibles dans l’actuel plan d’affaires de l’université, justifie le CLÉ.

Autre information notable, selon l’actuel plan d’affaires, les étudiants internationaux pourraient atteindre 20 % du nombre total d’étudiants pour 2028-2029 à l’Université de Sudbury, alors qu’ils en représentaient 8 % en 2018-2019.

Le fantôme de la Laurentienne

En outre, il y est indiqué que les retombées économiques pour l’année 2019 peuvent être estimées à près de 47,1 millions de dollars pour le Moyen-Nord de l’Ontario.

L’établissement faisait alors encore partie de la fédération de l’Université Laurentienne, soit deux ans avant la crise financière l’ayant menée à se placer sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

C’est ce qui ressort de certaines entrevues menées pour cette étude, où les pertes liées à l’amputation des programmes ont étés citées dix fois par les répondants. Ces derniers estiment que celles-ci seraient considérables pour la communauté francophone de la région notamment les plans économiques et de la formation de jeunes de la région.

Huit citations concernent également la perte importante d’expertise causée par la restructuration de l’Université Laurentienne puisque les programmes coupés auraient pu pallier la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines clés de la communauté tel que l’enseignement en français.

Un autre élément cité huis fois a trait à l’opinion des répondants selon lesquels « il faudrait développer des ententes avec d’autres universités de la province en établissant un réseau d’universités francophones pour partager des ressources telles que des professeurs et des services spécialisés ».

Haïfa Zemni, nouvelle présidente de la FESFO 

ORLÉANS – Élue 49e présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Haïfa Zemni est déjà à l’avant-scène des revendications portées par l’organisme. Vice-présidente de la FESFO, l’élève de 11e année deviendra officiellement la présidente en juillet, succédant à Jean-Philippe Bisson. 

C’est à l’École secondaire Gisèle-Lalonde à Orléans qu’elle poursuit son cursus scolaire. C’est d’ailleurs la deuxième fois de suite qu’un président et une présidente de la FESFO viennent d’Orléans. En effet, Jean-Philippe Bisson, qui terminera son mandat cet été, étudiait au Collège catholique Mer Bleue. 

Haïfa Zemni est une force tranquille. En entrevue avec ONFR+, la jeune fille est déjà très à l’aise avec les dossiers en cours de la FESFO, mais aussi tournée vers l’avenir et les prochains combats. 

En tant que vice-présidente, Haïfa Zemni a fait partie du rapport sur l’iniquité dans l’animation culturelle publié au début du mois de mai. 

D’ailleurs, de nombreux éléments soulevés dans ce rapport feront partie des priorités de la nouvelle cheffe. Notamment le développement de l’animation culturelle pour les élèves de 7e et 8e année.

Des enjeux de plus en plus pressants 

« Le plus grand enjeu pour notre jeunesse est le postsecondaire en français », estime Haïfa Zemni.  « Beaucoup de gens se dirigent vers le postsecondaire en anglais, car leur programme de choix n’est pas offert en français. »

« Il faut régler cette iniquité », pense la présidente. 

De gauche à droite : Addison Bond, Jean-Philippe Bisson et Haïfa Zemni. Crédit image : FESFO

L’autre enjeu de taille pour la jeune fille est l’insécurité linguistique. « Pour certains, le français n’est pas leur première langue et elle n’est pas celle qu’ils utilisent en dehors de l’école. »

« Tous les accents sont corrects et peu importe comment nous parlons en français, l’important c’est justement de parler en français. On pourrait régler tellement de problèmes en acceptant cela. »

Du pain sur la planche pour la nouvelle présidence

Haïfa Zemni, dans ses premiers jours à la tête de la Fédération jeunesse, veut aussi rassembler les jeunes. Plusieurs présidents et présidentes ont partagé cette mission durant leur précédent mandat, mais cette tâche semblait parfois laborieuse. Les distances et le manque de représentation dans les régions éloignées peuvent en affecter le succès. 

Pourtant, une chose est sure, pour y arriver, l’élève de 11e année pense que la culture, le sport et diverses activités seront le meilleur moyen d’y parvenir. 

Elle n’est d’ailleurs pas contre le fait de revoir les Jeux franco-ontariens. « C’est une discussion qu’il y aura avec le Conseil de représentation, nous verrons si cela répond aux besoins de nos membres. »

Cette année le conseil de représentation de la FESFO sera organisé ainsi : 
Haïfa Zemni, à la Présidence du Conseil exécutif;
Addison Bond, à la Vice-présidence du Conseil exécutif;
Thomas Boyle, à la Vice-présidence du Conseil exécutif;
Alexandra Hamici, personne représentant la région du Grand-Toronto;
Merrick Han, personne représentant la région du Grand-Toronto;
Gemma Nicoletti, personne représentant la région d’Ottawa;
Marie-Claude Bisson, personne représentant la région d’Ottawa;
Rafaëlle Lazure, personne représentant la région du Sud;
Ava Borho, personne représentant la région du Nord;
Xander Jaworski, personne représentant la région du Nord;
Mélanie Denis-Plante, personne représentant la région du Centre
Pierre Toupin, personne représentant la région du Centre
Eva Blais, personne représentant la région de l’Est
Isabelle Larivière, personne représentant la région de l’Est

15,4 millions de dollars dans l’accès bilingue à la santé pour le Nord

SUDBURY – Le gouvernement fédéral a annoncé ce matin un financement de plus de 15,4 millions de dollars sur cinq ans à l’Université Laurentienne, au Collège Boréal, à l’Université de Hearst et au Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario (RMEFNO) dans le cadre du Programme pour les langues officielles en santé (PLOS) de Santé Canada. Ces fonds visent à améliorer l’accès aux services de santé pour les francophones vivant en milieu minoritaire dans le Nord de l’Ontario et à promouvoir l’offre active de services de santé en français.

C’est au campus du Collège Boréal de Sudbury, en présence de Marc Serré, secrétaire parlementaire de Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles et Viviane Lapointe, députée fédérale de Sudbury que le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos en a fait l’annonce.

« Toute personne au Canada devrait avoir accès aux soins de santé dans la langue officielle de leur choix, et ce, indépendamment de qui ils sont, de l’endroit où ils vivent ou de leur capacité à payer. La langue ne devrait jamais être un obstacle aux soins de santé de qualité, car cela peut mener à une situation de vie ou de mort », a-t-il lancé devant une trentaine de personnes présentes comprenant notamment le maire Paul Lefebvre.

Jean-Yves Duclos, ministre de la Santé, est de passage à Sudbury pour la première fois depuis son élection. Crédit image : Inès Rebei

Cet investissement au PLOS, lancé en 2003 et totalisant 206,7 millions de dollars sur une période de cinq ans, incluant son financement actuel de 192,2 millions de dollars sur la même période, intervient près de deux mois après la sortie du budget de 2023 et le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028, prévoyant un milliard de dollars de plus sur cinq ans, lequel a été présenté comme un investissement fédéral historique en langues officielles.

« Garder nos enfants, garder nos jeunes dans le Nord c’est tellement important » – Marc Serré

Une annonce qui survient également dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qui sévit particulièrement dans le Nord de l’Ontario, où un besoin criant de personnel de la santé se fait ressentir et le recrutement et la rétention d’étudiants sont des enjeux de premier plan dans les collectivités du Grand Nord.

Un contexte difficile auquel s’ajoute la variable des soins en français, avec un exode des médecins de famille et le départ à la retraite de plus en plus de médecins francophones des petites villes du Nord. Selon L’Ontario Medical Association, le Nord manquerait actuellement de 350 médecins de famille et spécialistes.

« Garder nos enfants, garder nos jeunes dans le Nord c’est tellement important », a tenu à souligner Marc Serré non sans émotion.

Bonifier les programmes en français

Les trois établissements universitaires offrent des formations dans le domaine de la santé et sont membres de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, volet Consortium national de formation en santé.

Dans le cadre de ce programme, l’Université Laurentienne recevra plus de 7 millions de dollars, soit près de la moitié de l’enveloppe totale. L’objectif est d’accroître la capacité de cette dernière de former les professionnels de la santé, notamment celui des sciences infirmières.  

« Quand on donne des sous à l’Université de Hearst ça prend pas beaucoup de financement pour faire une grosse différence quand on est un petit établissement » – Sophie Dallaire

Avant la crise financière du printemps 2021 qui a provoqué la coupe de 70 programmes, dont 29 en français, l’établissement formait chaque année le quart des sages-femmes diplômées au Canada. Orthophonie, kinésiologie, sciences de la santé, sciences infirmières font encore partie des programmes offerts en premier cycle à l’établissement.

Le Collège Boréal offre, quant à lui, des programmes en soins infirmiers auxiliaires, et en soins paramédicaux, entre autres. Le Collège, que son président Daniel Giroux a qualifié avec humour de meilleur collège de l’Ontario, se voit octroyer quatre millions de dollars.

Daniel Giroux travaille au Collège Boréal de Sudbury depuis 1997. Crédit image : Inès Rebei

Ce dernier a aussi souhaité souligner que la diversité de la francophonie croît grâce au nombre considérable d’étudiants internationaux « qui s’installent durablement partout dans les 26 communautés de la province de l’Ontario. »

Depuis 2022, l’Université de Hearst est le seul établissement francophone ontarien à offrir une formation de deuxième cycle, le Diplôme d’études supérieures en psychothérapie (DÉSP), admissible à l’Ordre des psychothérapeutes autorisés de l’Ontario (OPAO). L’établissement autonome depuis un peu plus d’un an, est celui qui reçoit le moins de cette enveloppe, soit 2 millions de dollars.

« Quand on donne des sous à l’Université de Hearst ça prend pas beaucoup de financement pour faire une grosse différence quand on est un petit établissement », a confié Sophie Dallaire, coordinatrice Consortium national de formation en santé (CNFS) et gestionnaire de transition vers l’autonomie de l’Université de Hearst.

Sophie Dallaire a fait le déplacement depuis Kapuskasing pour l’événement. Crédit image : Inès Rebei

Ce financement permettra à l’établissement de pouvoir offrir des cours en ligne mais aussi d’avoir des cohortes jusqu’à 24 étudiants, ce qui, selon elle, n’aurait pas été possible sans de tels fonds.

Recruter davantage en français

Le RMEFNO, membre de la Société Santé en français, a récemment créé une formation sur l’offre active reconnue dans six autres provinces et territoires. Il reçoit 1,8 millions de dollars pour un projet qui permettra aux francophones du nord de l’Ontario d’accéder aux services de santé et de promouvoir la prestation active des services de santé dans leur langue officielle.

Selon le président du conseil d’administration du RMEFNO, Collin Bourgeois, estime que ces fonds serviront avant tout à recruter des pourvoyeurs de services de santé et d’offrir des formations pour que ces soins sont fournis en français partout dans le Nord.

Il affirme que les services de santé en français sont essentiels pour les gens qui vivent en minorité linguistique : « Quand on est pas servis en français dans nos communautés, on ne peut pas contribuer à cette société. »

Pour Collin Bourgeois, une communauté accueillante est une communauté qui offre des services en français. Crédit image : Inès Rebei

Celui qui est aussi le directeur d’une maison funéraire à Sudbury, considère que beaucoup d’efforts sont faits pour la rétention des diplômés et que même s’ils ne restent pas en région après leurs études, ceux-ci contribuent tout de même pendant leur séjour.

« Des annonces comme celles-ci, on en a tous les cinq ans donc c’est important », pense quant à lui, Antoine Désilets, directeur général de la société Santé en français, basée à Ottawa, qui sert d’intermédiaire entre le fédéral et les 16 entités de santé au pays.

Selon lui, il y a un problème au niveau des données à l’échelle du pays, dont les résultats sont anecdotiques dans plusieurs régions : « Il y a peu de données sur les services en santé en français disponibles à la population. »

Répondant au sujet des inquiétudes autour de la privatisation du système de santé prévu par le gouvernement ontarien, celui-ci reconnait que c’est aussi aux francophones de se battre pour leurs droits.

« Notre défi en tant que francophones, c’est de s’assurer, dans cette transformation, de ne pas perdre notre place et la conscientisation de nos besoins. »

Encore beaucoup à faire

M. Duclos a tenu à reconnaître que bien que bien que « c’est bien beau ces millions de dollars mais encore faut-il de bons partenaires avec lesquels travailler. »

En entrevue avec ONFR+, celui-ci a assuré qu’un suivi sera fait concernant l’impact que ces fonds auront sur le terrain : « On va suivre les indicateurs, de combien de nouveaux professionnels de la santé vont être formés ici, combien vont être recrutés dans les installations de santé de la région et combien vont choisir de rester à plus long terme. »

« On pense que ce sera positif », conclut-il en revenant sur les incitatifs financiers qui sont accordés aux étudiants qui choisissent d’aller en région pour leur formation.

Le ministre compte rester quelques jours dans le Nord pour aller à la rencontre du milieu de la santé. Crédit image : Inès Rebei

La reconnaissance nationale des compétences sur lequel le gouvernement travaille fait partie des pistes de solutions afin de permettre à du personnel formé ailleurs au pays de pouvoir exercer des professions médicales là où ils s’installent.

De son côté, Marc Serré a fait savoir qu’il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière d’immigration. Il s’est réjoui qu’il y aura un volet en immigration dans la Loi C-13 qui est entre les mains des sénateurs.

Il a aussi fait référence à l’atteinte de la cible fédérale de 4,4 % en immigration francophone cet hiver, tout en affirmant être conscient que celle-ci n’est pas suffisante. Avoir des nouveaux arrivants c’est tellement important, a-t-il indiqué en ajoutant qu’il souhaite que les communautés francophones accueillantes, dont fait partie Sudbury, puissent accueillir plus de personnes.

Cet article a été mis à jour le 23 mai à 14h

Les francophones des Amériques convergent en Louisiane

LAFAYETTE – Ils viennent du Canada, des États-Unis, des Caraïbes ou encore d’Amérique latine… Une cinquantaine de francophones du continent débutent ce lundi la sixième université d’été du Centre de la francophonie des Amériques pour une semaine de formation et de partage d’expériences.

Mareva Cestor fait partie du voyage. Cette Franco-Ontarienne pose ses valises au bord de la rivière Vermilion avec l’envie d’explorer une culture à laquelle elle n’est pas encore familière. « J’ai découvert la francophonie ontarienne en immigrant en 2019 et j’ai bien envie d’en savoir plus maintenant sur l’histoire de la francophonie minoritaire en Louisiane. »

Au cours des jours à venir, au sein de l’Université de Louisiane et de son Collège des sciences humaines, elle étudiera la pluralité de la francophonie ainsi que ses aspects économiques et politiques. Ce rassemblement, qui pour la première fois se déroule hors du Canada, entend jeter un regard renouvelé sur la francophonie dans les Amériques.

Mareva Cestor y va aussi par curiosité professionnelle. Directrice du Carrefour des savoirs et de l’innovation de l’Université de l’Ontario français (UOF), elle espère du même coup créer des ponts afin d’ancrer son institution dans la francophonie américaine.

Mareva Cestor, Franco-Ontarienne et directrice du Carrefour des savoirs et de l’innovation de l’UOF. Crédit image : Vanessa Diosa

« La thématique de la diversité culturelle m’intéresse particulièrement », précise-t-elle. « Entendre les parcours des uns et des autres, comprendre leur relation à la langue française et savoir qu’on vit en français ailleurs sera enrichissant. »

Websder Corneille est animé de motivations semblables. « J’y vais avant tout pour nouer des liens et en apprendre plus sur l’espace francophone américain », dit cet étudiant haïtien en linguistique et psychologie sociale, également chargé des communications de la plateforme scientifique francophone RaccourSci.

« Quand on parle de francophonie aux Amériques, on pense tout de suite au Canada et à Haïti, mais il y a aussi des tas d’endroits où elle est bien vivante et je veux connaître, fédérer ces énergies », renchérit-il.

Louisiane-Haïti, connexions créoles

Attiré par l’héritage créole qu’ont en commun sa patrie Haïti et la Louisiane, M. Corneille est curieux d’en cerner les contours dans le delta du Mississippi. « Il y a des connexions à ce niveau-là, mais il existe des variantes entre les créoles de la Louisiane, d’Haïti, de la Jamaïque, de la Martinique, etc. qui ne sont pas rapidement compréhensibles. »

Il débute cette université d’été avec un esprit d’apprentissage tout autant que de transmission : celle de sa culture d’origine. L’histoire d’Haïti, où le créole et le français sont langues officielles, est intimement liée à celle de la colonisation, autre point commun avec la Louisiane.

Websder Corneille, Haïtien et chargé des communications de la plateforme scientifique francophone RaccourSci. Gracieuseté

De son côté, Claudia Marambio arrive en Louisiane avec l’envie de cerner l’état de la francophonie des Amériques. « L’évolution de la langue, la phonétique et l’insécurité linguistique sont des aspects auxquels je m’intéresse beaucoup. J’ai hâte de partager cela avec les autres participants », confie cette enseignante de français langue étrangère à Santiago.

Une langue qui ouvre des perspectives

Première langue apprise aux 19e et 20e siècles dans son pays, le français a connu dans les années 1980 un déclin au profit de l’anglais devenu langue obligatoire. « Malgré ce phénomène, la société chilienne conserve un grand lien avec la francophonie, entretenu par un désir de l’apprendre à l’école et à l’université », dit celle qui s’occupe de la formation des futurs professeurs de français au sein de l’Université métropolitaine des sciences de l’éducation, à Santiago.

En dépit de ce déclin linguistique, le français reste « une langue recherchée et appréciée en Amérique du Sud », contextualise-t-elle. « Cette langue est perçue comme un atout qui ouvre des perspectives économiques et sociales. Elle permet aussi de découvrir le monde avec d’autres repères. Elle est aussi variée et c’est ce qui m’attire en Louisiane avec le cajun », ce français qui a connu sa propre évolution et ses propres métissages.

Claudia Marambio et Camden Martin, enseignants de français respectivement au Chili et dans le Maine (Etats-Unis). Gracieuseté

À l’autre bout du continent, Camden Martin entrevoit le même engouement pour le français dans le Maine depuis quelques années.

« Avec la mondialisation, le bilinguisme a connu un renouveau à la fois parce que c’est un atout économique et parce que parler plusieurs langues démontre une ouverture sur le monde qu’on peut mettre en pratique en côtoyant des immigrants venus de pays francophones », explique ce Franco-Américain d’Auburn.

Né d’une famille franco-américaine dans laquelle le français s’est perdu, cet enseignant a appris la langue à l’adolescence pour renouer avec la culture de ses ancêtres. Après des études au Québec, il s’est installé dans le Maine en 2018 où cette langue est devenue son quotidien.

OIF, immersion… Des idées à prendre en Louisiane

« C’était prépondérant pour moi de m’impliquer davantage dans les causes et institutions francophones locales, que ce soit la Collection franco-américaine de l’Université du Maine du Sud ou encore l’Alliance française du Maine. »

Pourquoi faire le saut en Louisiane cette semaine? « Je rêve d’aller dans ce bastion de la langue française depuis très longtemps », répond-il. « J’ai très hâte de rencontrer les intervenants, de saisir les différents aspects de la francophonie sur place et d’échanger avec les participants d’horizons divers. »

Il envie certains aspects de la Louisiane qui valorise l’immersion et possède notamment le CODOFIL (Council for the Development of French in Louisiana), agence de promotion du français dans cet État du Sud.

« On n’a pas ça dans le Maine et on aimerait que notre État reconnaisse mieux l’importance de la langue française et investisse là-dedans, d’autant qu’on est juste à côté du Québec. » Et d’imaginer le Maine devenir, un jour, comme la Louisiane, membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Est-ce qu’on naît poète ou est-ce qu’on le devient?

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

C’est la question que je me suis posée en lisant dire le dernier recueil de poésie, d’Andrée Lacelle, publié en 2022 chez Prise de parole. La poétesse franco-ontarienne m’aide dans mon questionnement. Par bribes, par prose, par mots, elle revisite ses écrits, son histoire et des lieux de sa mémoire.

Son enfance, ses parents, ses enfants, et surtout ses livres. Ceux qu’elle a écrits et ceux écrits par d’autres. Des livres qu’elle a aimé lire, y plonger, s’en submerger puis les relire. Ses auteurs favoris. Elle nous transporte dans son monde intime rempli d’émotions et de mots. La fillette, l’adolescente, la jeune femme, la mère et toujours cet être sensible qui repousse l’aberration de ce monde par des vers, des mots et encore des mots.

C’est comme si, pour une poète, les gestes ou les phrases sont inexistants ou insuffisants pour exprimer leur amour, leur tristesse ou leur détresse. Et heureusement pour elle et nous aussi. Une chance de pouvoir lire ces poèmes et de savourer en silence les mots qui nous ont manqués ou les émotions qui nous échappent ou nous rendent si confus.

Mais dans son dernier recueil dire, Mme Lacelle ne fait pas que de la poésie, elle réfléchit à voix haute avec ses lecteurs mais également avec la poète franco-canadienne Nicole Brossard sur des thèmes comme le silence, le dialogue et le poème. Des thèmes fascinants qui, de prime abord, nous paraissent contradictoires, mais qui ne sont en réalité que des extensions naturelles des multiples facettes de nos vies.

Sans le silence, comment peut-on apprécier les mots? Lors de cette conversation, enregistrée pendant le Salon du livre de Toronto en 2004, Nicole Brossard lance cette phrase « le mot silence est de plus en plus en moi parce que je pense que les deux choses les plus précieuses dans l’avenir seront l’eau et le silence ».

Presque une décennie plus tard, on ne peut que confirmer cette phrase presque prémonitoire. Nicole Brossard parle en fait de pollution sonore et de pollution sémantique. Des mots et des paroles qui font mal à nos oreilles et attaquent notre cerveau qui souffre de cet assaut dirigé vers ses neurones et qui n’a qu’un seul souhait : retrouver le silence pour survivre et apprécier la vie.

Au début de dire, Andrée Lacelle choisit des mots et fabrique tout autour des petits textes. Des textes qui paraissent anodins mais qui sont d’une profondeur sur le sens des mots et sur les décisions qui nous guident dans la vie. Je suis éblouie par une référence au peintre Paul Klee, artiste et visionnaire du siècle dernier, appelé le magicien des signes.

Quelle coïncidence de voir Andrée Lacelle y faire allusion alors que quelques jours avant de lire son recueil, je suis tombée par hasard sur un article portant sur l’œuvre de Paul Klee, peintre suisse et qui, en décidant de se rendre en Tunisie, mon pays natal, avec deux autres amis peintres, a compris en apercevant la lumière qu’il était peintre. Andrée Lacelle parle de Klee et des signes. Il faut chercher ces signes autour de nous ou dans les voyages pour se découvrir soi-même.

C’est justement dans ces signes et ces départs de lieux familiers que commence le processus de création. Pour Paul Klee, c’est la lumière. La même qui m’a bercée et fascinée pendant mon enfance, qui lui a fait comprendre qu’il était peintre. Pour Andrée Lacelle, c’est la traversée de la rivière de l’Outaouais « en quête d’un monde à habiter autrement » qui fut une sorte de point de départ. Le voyage initiatique. Le moment où l’inné se déclenche et le travail de poète se met en branle pour transporter l’autrice dans le monde des quatrains et des vers.

Dans une entrevue accordée à La bibliothèque des Amériques, Andrée Lacelle partage ses œuvres ou deux catégories : L’avant-coup et l’après-coup.( https://www.bibliothequedesameriques.com/actualites-litteraires/portraits-dauteurs/10-questions-andree-lacelle)

Les recueils qui arrivent après une rupture ou une douleur et l’avant-coup, ceux qui anticipent, qui tâtonnent, qui essaient de comprendre, qui osent effleurer le sens de la vie.

Je n’ai pas lu la voyageuse, autre recueil de Andrée Lacelle, mais elle en discute avec sa collègue Nicole Brossard et le qualifie d’« écriture anticipatoire ». Qu’est-ce qui habite la poète et comment trace-t-elle son chemin dans un monde sans boussole? Elle parle d’un ouvrage dédié à sa mère. Une femme qui lui a donné naissance et qui l’a marquée par sa présence et par son imaginaire.

Je trouve cette catégorisation très intelligente et éclairante. Un peu comme comprendre le monde a fortiori et a posteriori. Ou alors comprendre le monde rationnellement ou émotionnellement. Avec la tête et avec le cœur. En adoptant cette catégorie, Andrée Lacelle fait le tour du monde non seulement à travers les livres mais aussi les idées, les philosophies et les sens. Beaucoup y passent : Catherine Pozzi et Paul Valéry. Hannah Arendt et Martin Heidegger, Hélène Cixous, Dostoïevski, pour ne citer que quelques-uns de ses auteur.es favori.es. Elle les met sur sa table de chevet, les lit et les relit pour y trouver un sens à la folie dans nos vies.

Une poète n’est jamais trop loin des sens : le toucher, la vision, l’ouïe, le goût et l’odorat. Tout y passe dans la poésie. Les mots explorent, essaient de comprendre, transmettent des idées, tirent sur la gâchette en espérant atteindre la cible puis reprennent de plus belle. À chaque fois, l’espoir de mieux cerner sa cible et de mieux capturer son butin.

Le dernier recueil de Andrée Lacelle, dire, finaliste au prestigieux prix Trillium, est une sorte de promenade qu’entreprend la poète dans sa tête et parmi ses propres écrits et ses lectures. Une sorte d’union entre l’avant-coup et l’après-coup. Une synthèse d’une œuvre franco-ontarienne où le français et l’identité sortent toujours gagnants.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Arash Mohtashami-Maali : « Le MIFO actuel est vieux de plus de 40 ans » 

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Auparavant à la tête du programme Rayonner au Canada, du Conseil des arts du Canada, Arash Mohtashami-Maali est le directeur général du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) depuis 2022.

LE CONTEXTE :

Depuis dix ans déjà, la direction du MIFO constate que le bâtiment dans lequel ils opèrent leurs activités, situé au 6600 de la rue Carrière à Orléans, perd en efficacité. La structure devient de moins en moins stable et l’espace de plus en plus restreint. Il leur faut donc détruire le bâtiment et en reconstruire un nouveau.

L’ENJEU :

Le directeur général espère voir ce projet concrétiser en 2026. Pour l’instant, le coût d’un tel dessein pourrait atteindre 56 millions de dollars.

« Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, et plusieurs conseillers municipaux, vous ont rendu visite au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), quelle était la raison de leur visite?

Le maire est venu visiter le MIFO, parce que nous avons un projet de conception d’un nouveau bâtiment, dont le projet avance beaucoup. On a fait le développement des biens architecturaux. Le projet est presque terminé au niveau de sa conception et on est en train de négocier avec les différentes instances pour avoir les fonds nécessaires.

Pour quelles circonstances avez-vous besoin d’un nouvel espace?  

Le MIFO actuel est vieux de plus de 40 ans, donc le bâtiment a besoin de beaucoup de réparations. On se rend compte qu’en faisant les réparations, ce ne sera pas suffisant parce qu’il y a des problèmes de fondations. Il y a des fuites dans le toit, il y a beaucoup de problèmes structurels.

On a fait une étude il y a quelques années et on s’est rendu compte qu’en n’investissant pas loin de 10 millions de dollars, on rajouterait seulement quelques années supplémentaires à la durée de vie du bâtiment. Une dizaine d’années peut-être. Puis, dans dix ans, il faudra démolir et reconstruire. Le bâtiment n’est pas aux normes d’aujourd’hui. Le terrain sur lequel nous sommes et qui nous appartient s’effondre. Les fondations ont baissé.

On s’est dit qu’il fallait reconstruire un nouveau bâtiment.

Le bâtiment du MIFO est vieux de plus de 40 ans. Crédit image : MIFO

Observez-vous d’autres contraintes liées à l’usage du bâtiment?

Oui, en effet, le bâtiment actuel est utilisé à 90 % de sa capacité. Si on veut faire des développements, si on veut de nouvelles activités, il faudra en annuler pour se le permettre. Nous avons beaucoup de contraintes. Si on veut, par exemple, avoir des activités pour les nouveaux arrivants, si on veut en développer des nouvelles pour les jeunes, pour les adultes, pour les jeunes adultes, les adolescents, il faudrait trouver de l’espace. Actuellement, on a une grande salle qui est utilisée pour les activités les plus importantes comme des activités physiques dans la journée ou des spectacles le soir. Puis, on a des plus petites salles pour des pratiques comme du yoga ou des cours d’espagnol, etc.

Qu’attendez-vous d’un nouveau MIFO, si le projet se concrétise?  

Le nouveau MIFO va nous donner justement la possibilité d’ouvrir nos activités. On va être quatre fois plus grands. Donc, la superficie va être multipliée, nous allons avoir un gymnase, puis une salle de spectacle. Plusieurs salles multifonctions qui peuvent être partagées en deux. Il y a aussi un espace qui est prévu pour la création, tel un studio de création.

On pourra aussi recevoir des organismes, on pourra offrir une meilleure accessibilité.

Allez-vous détruire le MIFO actuel et reconstruire ailleurs?

Le terrain sur lequel nous sommes actuellement appartient au MIFO. C’était un don généreux de la communauté il y a une quarantaine d’années. L’idée, c’est justement de démolir et puis construire un nouveau MIFO.

Dans quelle mesure la Ville d’Ottawa va pouvoir vous accompagner?

L’Hôtel de Ville nous a offert des subventions pour un montant de 1,5 million dollars, nous sommes en négociation pour essayer d’atteindre 2,5 millions. On a fait une campagne de financement à l’interne. Le MIFO avait un fonds qu’on avait mis de côté de 1,2 million. On est allés chercher de la communauté par des dons pas loin de 1,3 million. On a aussi déposé des demandes de subventions au niveau fédéral dans trois programmes pour à peu près 41 millions de dollars et nous sommes aussi en négociation avec le provincial.

Arash Mohtashami-Maali est le directeur général du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) depuis 2022. Archives ONFR+

Le coût du projet a beaucoup augmenté à cause de la pandémie, et aussi avec l’augmentation du coût de la vie. Actuellement, nous avons besoin de 56 millions de dollars. Si ça se passe bien, le MIFO pourrait être fonctionnel en 2026.

En attendant la construction, est-ce que les services du MIFO seront relocalisés quelque part afin de continuer vos activités?

On est en discussion avec nos partenaires, que ce soit les conseils scolaires ou la ville, pour trouver des solutions. C’est sûr qu’on aimerait continuer à offrir nos services. On a des services pour les aînés, on a des services de vie active, on a aussi toutes les activités de l’école de musique et bien d’autres. Pour le moment, rien n’est décidé, mais lorsque la construction sera entamée, on en saura plus. »

Le rêve américain commence pour Laeticia Amihere sur le parquet de la WNBA

[LA RENCONTRE D’ONFR]

ATLANTA – À 21 ans et du haut de son mètre 93, Laeticia Amihere s’apprête à vivre ce week-end son premier match de WNBA, le championnat américain de basket féminin professionnel. Que ce soit sous les couleurs du Dream d’Atlanta ou de l’équipe nationale canadienne, la Franco-Ontarienne de Mississauga a tracé une trajectoire que peu de Canadiennes sont parvenues à égaler.

« Comment se passe votre intégration dans le groupe d’Atlanta Dream depuis votre arrivée dans l’État de Géorgie?

Très bien. Je prends mes repères. Je suis arrivée mi-avril. Je voulais commencer mon entrainement le plus tôt possible. J’ai déménagé la plupart de mes affaires. J’ai fait plusieurs va-et-vient entre Atlanta et Toronto pour voir mes coéquipières et mes proches qui ont organisé une fête pour moi. J’ai pris le temps d’apprendre beaucoup de concepts différents ces dernières semaines.

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant votre premier match en WNBA (Women’s National Basketball Association), ce samedi face aux Wings de Dallas?

C’est très excitant. Je vais donner le meilleur de moi-même.

Revenons à cette soirée de repêchage à New York au moment où vous avez appris que vous alliez rejoindre la WNBA. Vous attendiez-vous à être retenue? Quelles émotions vous ont traversée à cet instant?

J’entendais des rumeurs sur les réseaux sociaux, depuis plusieurs jours, annonçant où j’étais supposée partir. Mais ce genre de chose pouvant changer du tout au tout en quelques heures, j’étais prudente. Tout s’est passé très vite! Quand j’ai entendu mon nom, ça a été une vague d’émotion.

Est-ce un rêve de petite fille qui se réalise à ce moment-là? Imaginiez-vous atteindre un tel niveau?

Quand j’étais jeune, je regardais et admirais des joueuses comme Candace Parker (basketteuse américaine double championne WNBA et olympique) et aussi l’équipe nationale canadienne. J’ai toujours voulu atteindre ce niveau auquel peu de joueuses parviennent.

La commissaire de la WNBA Cathy Engelbert et Laeticia Amihere repêchée 8e au classement général par l’Atlanta Dream. Crédit image : Sarah Stier/Getty Images. Fournie par Klutch Sports Group

Sept autres Canadiennes seulement ont réussi cet exploit en vingt-sept ans… Ça vous fait quoi d’entrer dans ce cercle très fermé?

Je ressens deux sortes d’émotion. Je suis excitée de vivre ça, mais aussi d’ouvrir un chemin pour d’autres filles qui veulent faire la même chose. C’est un honneur d’être dans un secteur si limité. Je rêve d’avoir plusieurs Canadiennes à mes côtés dans les années qui viennent. Ça peut leur rendre un peu de confiance de savoir que c’est possible d’y arriver.

À quoi ressemblait votre enfance à Mississauga?

J’ai fait mes études à l’École élémentaire catholique Ange-Gabriel, là où ma mère a enseigné, puis à l’École secondaire catholique Sainte-Famille. Toute mon enfance était en français, à l’école et dans la famille. Ma mère parlait français et mon père anglais. J’ai vraiment commencé à apprendre l’anglais au contact du basket. Le sport a toujours occupé une grande place chez mes deux grands frères et moi-même. Mais ça a été difficile de jongler entre les études et le sport, car peu d’athlètes faisaient ça. Alors j’ai intégré une école privée à Milton où j’ai fait quatre années de sport-études, avant d’entrer à l’Université de Caroline du Sud.

Vous avez même remporté le championnat universitaire avec l’Université de Caroline du Sud en 2022. Ce triomphe représente-t-il un des moments les plus forts de votre jeune carrière?

Au début, j’aspirais juste à jouer en division 1, puis quand je l’ai réalisé, je n’avais qu’une obsession : gagner le championnat. Ça a été un des moments les plus marquants dans ma carrière. D’autant que ça venait après une année extrêmement difficile où on était supposé gagner mais la COVID-19 a bouleversé les plans.

Laeticia Amihere en visite dans son ancien établissement : l’École élémentaire catholique Ange-Gabriel. Gracieuseté CSC MonAvenir

Les championnats universitaires aux États-Unis sont connus pour être très compétitifs et stressants. Racontez-nous cette intensité…

C’est très intense parce que, durant la saison, tu peux te permettre de perdre un match, mais, quand tu arrives au tournoi, tu rentres à la maison au moindre faux pas et ta carrière de basketteur peut s’écrouler. C’est pour ça qu’à chaque match tu mets tout sur la ligne pour gagner.

Pourquoi le basket?

Ça s’est passé plutôt jeune. J’ai toujours eu une grande taille. Cela m’a aidée. J’aimais faire plusieurs sports, puis le déclic s’est produit à environ 14 ans. Team Ontario et Team Canada m’ont sélectionnée pour être dans leur secteur de développement. J’ai commencé à prendre le basket beaucoup plus au sérieux. À 15 ans, j’étais la plus jeune de l’équipe nationale, qui est aussi l’équipe olympienne.

Votre famille doit être très fière de vous…

Oui, ça a été beaucoup de sacrifices. Je suis la première de la famille à avoir fait des études comme ça. Réussir ses études est très important pour ma famille et quand mes parents ont vu que je prenais ça très au sérieux et que des opportunités apparaissaient, ils ont été vraiment fiers.

Vous ne serez pas la seule francophone au Dream d’Atlanta puisque la Martiniquaise Iliana Rupert a également rejoint l’équipe. Communiquer en français peut-il être un atout dans certaines circonstances?

Oui, on parle surtout en français en équipe nationale dans des tournois internationaux. On se dit des petits trucs. Bien sûr, quand on joue la France, ce n’est pas quelque chose qu’on va utiliser (Rires), mais c’est quelque chose dont on se sert parfois.

Laeticia Amihere a remporté le titre universitaire l’année dernière sous les couleurs des Gamecocks de Caroline du Sud. Crédit image : South Carolina Athletics/Fournie par Klutch Sports Group

Quelles sont vos ambitions en WNBA?

D’abord, je veux apprendre le plus possible, tirer le meilleur de cette expérience. Bien sûr, je veux gagner un championnat et on va franchir toutes les étapes qu’on peut faire pour y arriver. Mais je crois que le plus important, pour cette première année, est de mettre une marque pour moi, pour les Canadiennes, pour les filles qui n’ont pas eu les mêmes opportunités que moi, leur montrer que c’est possible. Je sais que ce sera difficile de rester dans la Ligue, car il n’y a que 144 places et que, si tu ne fais pas ton travail, il y a quelqu’un d’autre qui la prendra. Je vais travailler extrêmement fort chaque jour.

Vous évoluez en équipe nationale depuis cinq ans. Le Canada a-t-il sérieusement le potentiel de décrocher un titre mondial ou olympique?

On est dans une année olympique et c’est clair qu’on veut avoir une médaille. Monter sur le podium, c’est mon but et je vais travailler toute la saison pour y contribuer. Au-delà du résultat sportif, je veux aussi être un modèle pour les joueuses plus jeunes que moi, leur apprendre tout ce que je sais.

Le basket féminin n’est-il pas encore trop dans l’ombre du basket masculin?

Oui, mais les choses changent. Par exemple, le March Madness (le grand tournoi universitaire américain régi par la National Collegiate Athletic Association) s’est ouvert aux filles qui ont pu utiliser ce nom pour la première fois l’année dernière, alors qu’avant cela s’appelait le tournoi des filles. Les réseaux sociaux se sont alors intéressés au basket féminin. Le talent a toujours été là, mais pas autant exposé que celui des hommes. Ça va continuer à progresser. On le voit au nombre de spectateurs qui grandit.

Quels sont vos points forts et votre spécialité?

Ma longueur et ma vitesse me servent beaucoup! Étant athlétique, je peux jouer plusieurs positions, de point gard (meneuse) à center (pivot). C’est plutôt rare, mais en WNBA cette polyvalence va me servir car la coach peut faire appel à moi dans différentes conditions de jeu.

La basketteuse nourrit une proximité avec les jeunes et veut être un modèle pour eux. Ici à Columbia en janvier 2023. Crédit image : South Carolina Athletics/ Fournie par Klutch Sports Group

Qu’est-ce qui vous agace le plus sur le parquet?

Je n’aime vraiment pas quand il n’y a pas beaucoup d’énergie sur le terrain. J’aime au contraire quand ça bouge vite. J’ai besoin d’être dans une équipe qui a plein d’énergie, car cela me motive énormément. Dans l’équipe nationale canadienne, on peut compter sur des gens vraiment passionnés. À Atlanta, la coach ici a beaucoup de motivation et elle nous motive sur le terrain. Un environnement comme ça pousse à bien jouer.

Que pensez-vous du projet d’expansion de la Ligue professionnelle féminine à Toronto?

C’est une bonne idée. Toronto est une place idéale pour une équipe de WNBA. Les gens sont excités à l’idée de regarder des matchs de basket féminins. On l’a vu avec le premier match de l’histoire de WNBA au Canada (qui a eu lieu cette semaine à Toronto) : les tickets se sont vendus en dix minutes. Il n’y a pas beaucoup de basket féminin à haut niveau au pays. C’est donc une belle opportunité d’apporter ça à Toronto, dans un environnement électrique comme ont su le créer les Raptors chez les hommes.

Comment avez-vous vécu justement le sacre des Raptors en NBA en 2019?

J’ai une bonne relation avec Masai Ujiri. Il m’a beaucoup aidée quand j’étais à Toronto. C’est à partir de là que j’ai commencé à suivre les Raptors. Être champion a été tellement incroyable, mais la suite a été plus difficile à gérer. Beaucoup de choses vont changer cette année. Je suis excitée parce que cette équipe a beaucoup d’énergie.

Avec l’équipe nationale, Laeticia Amihere rêve de podiums aux Jeux olympiques de Paris l’année prochaine. Crédit image : Muad Issa/Canada Basketball. Fournie par Klutch Sports Group

Quelle expérience retenez-vous de vos premiers Jeux olympiques à Tokyo en 2021 et comment abordez-vous les prochains à Paris en 2024?

Les Jeux de 2021 étaient une expérience unique. C’était pendant la COVID-19. On a passé cinq mois d’affilée ensemble. On ne pouvait pas s’entraîner à Toronto. On devait aller en Floride pour le faire. Être entourée des meilleurs athlètes du monde à Tokyo était formidable. Paris, je sais que ça va être encore mieux car j’aurai accumulé encore plus d’expérience.

Quelle est la raison d’être de Back to the motherland, l’organisation à but non lucratif que vous avez créée en 2022?

C’est une fondation qui donne l’opportunité à des filles issues de minorités d’accéder à un sport d’ordinaire trop cher pour elles. Je l’ai créée parce que, moi-même quand j’ai commencé, le basket était onéreux pour ma famille. Je suis allée en Côte d’Ivoire, d’où ma mère est originaire, pour faire un camp dans lequel je transmets ma motivation. Et puis j’ai fait aussi un tournoi à Toronto pour mon équipe.

Est-ce important pour vous de rendre à la communauté ce qu’elle vous a offert, d’une certaine manière?

Je pense que c’est très important de faire ça parce que je suis à un niveau où beaucoup de filles sont en train de me suivre. Quand j’avais leur âge, je n’avais pas trop de joueuses à regarder car le Canada n’avait pas le niveau qu’il a aujourd’hui. Maintenant que je suis dans cette position, je vais leur rendre service. »


LES DATES-CLÉS DE LAETICIA AMIHERE

2001 : Naissance à Mississauga

2015 : Médaille d’or du Championnat des Amériques U16

2017 : Première Canadienne à réussir un dunk en match à l’âge de 15 ans

2021 : Participe à ses premiers Jeux olympiques

2022 : Championne universitaire NCAA avec les Gamecocks de Caroline du Sud

2023 : Repêchée en WNBA par le Dream d’Atlanta

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Semaine de lancements en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

C’est une semaine de lancements en Ontario francophone. Nouvelle création théâtrale et littéraire, nouvelle exposition en arts visuels et nouvel album pour un artiste sudburois, lors d’un festival particulièrement original. On déambule entre les performances ou on se laisse bercer par les notes du piano ou les mouvements de danse. Voici les suggestions de la semaine.

Musique

Une nuit à double face

La 9e Nuit émergente de Sudbury se déroule du 18 au 20 mai avec une panoplie d’activités et d’artistes à découvrir. Le vendredi, la Face A propose un plateau double avec l’artiste originaire de Sudbury McLean et le Fransaskois Étienne Fletcher. Ce sera aussi l’occasion pour le musicien et enseignant sudburois Philippe Mathieu de lancer son tout premier album, intitulé Salut, Philippe.

La Face B du samedi est sans doute le moment le plus original du festival. Alors qu’une véritable foire de producteurs locaux francophones se tiendra de 15h à 21h, le même concept est repris en musique avec des performances musicales déployées dans différents endroits de la Place des Arts. Le spectateur peut ainsi se promener entre les plateaux en se laissant guider par la musique. Le thème de cette 9e Nuit émergente est d’ailleurs « Fais à ta tête, c’t’à toi les oreilles! »

Les artistes en vedette à la Face B sont Joly, Marc-André Labelle, Martine Fortin, McLean, Cayenne, Kimya, et Rosie Valland. La soirée sera suivie de l’Aft’heure, un spectacle de fin de soirée au Townehouse Tavern avec la rappeuse Calamine.

La pochette du premier album de Philippe Mathieu, qui sera lancé lors de la nuit émergente. Illustration Véronique Venne

Les 19 au 20 mai à la Place des arts du Grand Sudbury. Détails et billets sur le site de La Slague.

Une pianiste de renom à Ottawa

« L’une des nouvelles personnalités les plus en vue de la musique néo-classique », selon le magazine Billboard, est de passage à la salle Southam du Centre national des arts ce samedi. Alexandra Stréliski s’éloigne pourtant un peu du style qui l’a fait connaître avec son nouvel album, Néo-Romance, sorti le 31 mars. La pianiste s’est inspirée du courant romantique et de la relation sombre que les romantiques entretenaient avec la nature. « Comment peut-on demeurer dans cet imaginaire malgré l’époque de peur et de désillusion dans laquelle on vit? C’est la prémisse et le contexte de l’album », explique-t-elle sur son site web.

Néo-romance est le troisième album d’Alexandra Stréliski, après Pianoscope (2010) et Inscape (2018). Crédit image : Johanna Berghorn

Le 20 mai à la salle Southam. Billets et détails sur le site du CNA.

Théâtre

Une forêt sur la tête

Le spectacle jeunesse La Forêt ébouriffée sera présentée à l’École secondaire catholique Saint-Frère-André de Toronto ce mercredi 24 mai, puis à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins d’Ottawa le 27 mai. À la fois théâtre et danse, la pièce raconte l’histoire de Racine, un garçon qui fuit son quotidien en se réfugiant dans une forêt qui lui pousse sur la tête. Une métaphore sur l’enfance, les différences, la difficulté de grandir et l’acceptation de soi. Ce conte dansé illustré est une œuvre de François et Christian Ben Aïm, d’après le livre La forêt de Racine de Mélusine Thiry.

La Forêt ébouriffée est un conte dansé et illustré pour toute la famille. Crédit image : Patrick Berger

Pour un public de 6 ans et plus. Détails et billets sur le site de l’Alliance française Toronto et de l’Alliance française Ottawa

Une toute nouvelle pièce franco-ontarienne

Un nouveau texte d’Antoine Côté-Legault, mis en scène conjointement avec Lisa L’Heureux et mettant en vedette David Bélizaire, Virginie Charland, Élaine Juteau, Caroline Lefebvre et Chloé Thériault sera présenté à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins du 24 au 27 mai. Dans Ode, ou la vie après avoir regardé le soleil dans le blanc des yeux, il est annoncé que la Lune a quitté son orbite et frappera la Terre dans 24 heures. Un groupe d’amis, une fête d’adieu, un jeu ou une véritable fin du monde? Ode est une œuvre chorale sur la solidarité, la démesure et la fête comme arme de résistance. Il s’agit d’une coproduction du Théâtre Rouge écarlate d’Ottawa et de La Bibitte de Sudbury, en collaboration avec le Théâtre Catapulte d’Ottawa.

La représentation du 24 mai sera suivie du lancement du livre de la pièce, dont le texte est publié aux éditions Prise de parole. Il est possible d’assister au lancement sans avoir de billets pour la pièce.

Antoine Côté-Legault travaille depuis cinq ans sur la pièce Ode. Photo en répétition. Crédit image : Catherine Archambault

Du 24 au 27 mai, avec lancement du livre le 24 mai. Détails et billets sur le site de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins.

Arts visuels

Rencontre avec Paul Béliveau

La galerie d’art Thompson Landry de Toronto accueille une nouvelle exposition du 18 mai au 11 juin. Depuis 22 ans, le peintre Paul Béliveau agrémente sa série Vanitas. La représentation de bibliothèques imaginaires est devenue l’une de ses marques de commerce. Le style hyperréaliste nous fait croire à de véritables photographies. Les titres sont parfois réels, mais les couvertures sont réinventées. Paul Béliveau sera sur place pour rencontrer le public le 20 mai de midi à 16h.

Paul Béliveau à la galerie Thompson Landry de Toronto, où ses oeuvres sont exposées jusqu’au 11 juin. Crédit image : Shelagh Howard et Lisa Luanne

Exposition du 18 mai au 11 juin. Rencontre avec l’artiste le 20 mai. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Permis étudiants : près de trois fois plus de refus pour les francophones

En Ontario, le gouvernement fédéral refuse près de trois fois plus de demandes de permis d’études de l’étranger d’étudiants francophones, comparé aux anglophones.

C’est ce que révèle une étude de l’Institut du Québec (IDQ) qui a comparé la situation ontarienne à celle dans la Belle Province, dont les chiffres sont encore plus élevés, selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Les étudiants étrangers, après avoir été acceptés par une institution postsecondaire ontarienne, doivent déposer une demande de permis d’étude auprès du gouvernement fédéral, qui lui a le dernier mot.

En 2021, 51 % des étudiants étrangers francophones ont été refusés par Ottawa tandis que ce chiffre chute à 20 % pour les anglophones. Ce nombre a plus que quintuplé depuis 2012, alors que les permis d’études pour francophones (9 %) étaient au même niveau que ceux refusés pour les anglophones (11 %). Les francophones et anglophones se soldent par une moyenne de 23 % dans la plus grosse province canadienne en 2021.

Source : Institut du Québec

Ces chiffres sont fortement reliés aux taux élevés de refus pour les étudiants africains, qui oscillaient autour de 80 % dans des universités franco-ontariennes au cours des dernières années. Le niveau d’acceptation a toutefois augmenté de 2021 à 2022 selon IRCC, passant de 27 à 41 % à l’échelle canadienne.

En 2021, 52 % des demandes en provenance de l’Afrique et à destination de l’Ontario étaient refusées. Des pays francophones comme la République démocratique du Congo, l’Algérie et le Sénégal ont enregistré dans les dernières années des taux de refus entre 73 % et 82 %. Ce nombre chute considérablement à 19 % pour l’Asie, 14 % pour les Amériques et 11 % pour l’Europe.

« Il semble légitime de craindre que l’incohérence qui existe entre les initiatives d’attraction des étudiants étrangers et les critères administratifs qui régissent l’octroi de permis d’études puisse réduire l’impact des investissements consentis pour attirer les étudiants étrangers », écrivent les auteurs de l’étude de l’IDQ, Emna Braham et Daye Diallo.

Pas le premier rapport en ce sens

La principale raison de refus de la part des agents d’IRCC est la crainte que l’étudiant reste au Canada après ses études, aussi communément appelé la double intention. Un comité parlementaire recommandait justement au gouvernement Trudeau « d’examiner et clarifier la disposition relative à la double intention… pour que l’intention de s’établir au Canada ne nuise pas à l’obtention d’un permis d’étude ». Les membres du Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration recommandaient aussi au gouvernement de revoir sa stratégie concernant l’attraction de nouveaux arrivants francophones.

Des témoignages d’intervenant sur le terrain dénoncent aussi qu’Affaires mondiales Canada et Immigration Canada ne soient pas sur la même longueur d’onde. La branche internationale du gouvernement « consacre beaucoup d’argent au recrutement et dit aux étudiants étrangers potentiellement intéressés de venir étudier au Canada » alors qu’IRCC refuse d’accorder des permis à ceux qui souhaiteraient rester au Canada après leurs études.

Nous avons demandé à IRCC d’expliquer l’écart entre francophones et anglophones en Ontario, mais nous n’avions pas reçu de réponse au moment de mettre sous presse.

Diefenbunker : des expositions plus inclusives

OTTAWA – Depuis le 3 mars dernier, le Diefenbunker d’Ottawa accueille deux nouvelles expositions permanentes. L’une raconte comment les Canadiens vivaient au temps de la guerre froide et l’autre explique, d’un point de vue inuit, ce qu’était la ligne DEW et ses conséquences. Visite en compagnie du conservateur, Sean Campbell, en cette Journée internationale des musées.

Le Diefenbunker est un authentique abri antinucléaire, commandé par le premier ministre canadien John Diefenbaker à l’époque de la Guerre froide. Jamais utilisé pour sa fonction première, qui aurait été d’abriter des membres du gouvernement et de l’armée en cas d’attaque, le lieu a été converti en musée de la Guerre froide.

« Le message que nous voulons envoyer, c’est que la diplomatie et la paix vont éventuellement prévaloir et que c’est vers elles que nous devrions tous travailler », relate Sean Campbell. « Notre site n’a jamais été utilisé pour son but initial, mais il était ici. C’est une relique de cette époque. »

Sean Campbell dans le tunnel d’explosion, conçu pour protéger les réelles portes d’entrée du bunker. Crédit image : Rachel Crustin

Le Canada entre deux puissances

Si la guerre froide opposait les États-Unis à l’Union soviétique, le Canada était politiquement et géographiquement positionné au milieu du conflit. L’exposition renouvelée Le Canada et la Guerre froide explique de quelle façon les Canadiens ont vécu cette période de tensions et la façon dont le gouvernement se préparait à réagir en cas d’attaque ouverte.

L’exposition Le Canada et la Guerre froide se situe dans les anciens dortoirs du Diefenbunker. Certains éléments originaux ont été conservés, comme les casiers visibles sur cette photo. Crédit image : Rachel Crustin

Il est intéressant de constater le contraste entre les façons dont les Canadiens continuaient leur vie quotidienne et le climat de peur qui s’installait par des campagnes publicitaires. Alors qu’on découvre les affiches, les brochures et les avertissements télévisuels du gouvernement canadien, on apprend aussi que les Soviétiques ne savaient à peu près rien de notre pays et de ce qui s’y déroulait.

Un coin de l’exposition Le Canada et la Guerre froide recrée un salon canadien de l’époque, avec les publicités gouvernementales qui jouaient à la télévision. Dans le coin, des jeux de société élaborés autour du thème de la guerre. Crédit image : Rachel Crustin

Le public est amené à participer à quelques activités interactives, comme associer les différentes missions de paix des Forces armées canadiennes au conflit correspondant, remplir un sac de matériel de survie, se rappeler de quel côté se rangeait chaque pays ou remettre des événements historiques ultérieurs à la Guerre froide en ordre.

Tout au long de l’exposition, des cadrans sur les murs représentent l’horloge de la fin du monde, un outil élaboré en 1947. Chaque année, le Bulletin of the Atomic Scientists estime selon différents facteurs « à quel point le monde est proche de l’anéantissement », peut-on lire sur le grand cadran relatant les événements ayant influencé l’horloge.

Durant la visite, Sean Campbell nous explique que peu de temps après que cet élément de l’exposition ait été installé, le Bulletin of the Atomic Scientists a annoncé que l’aiguille avançait à 90 secondes avant minuit, principalement à cause de la guerre en Ukraine.

L’horloge de la fin du monde est un outil métaphorique pour exprimer l’évolution des différentes tensions dans le monde, selon les conflits armés, les armes nucléaires et les changements climatiques. Gracieuseté Diefenbunker : Musée canadien de la Guerre froide

Un élément important de cette nouvelle exposition est la reconnaissance des impacts de cette période sur les Inuits. Dans la crainte que l’URSS n’attaque les États-Unis en passant par le Grand Nord, le gouvernement canadien les force à se sédentariser et les utilise à la manière de drapeaux humains, pour montrer sa présence et son contrôle sur le territoire. Cette partie de l’exposition, racontée du point de vue inuit, est particulièrement bouleversante. Pour Sean Campbell, il était important de montrer plus de points de vue sous-représentés.

« Le moment où nous avons activement été regroupés en communautés – par une force extérieure. » Sean Campbell explique que la notion de dates n’a pas la même importance chez les communautés autochtones, alors cette partie de l’exposition privilégie des expressions comme marqueurs de temps. Crédit image : Rachel Crustin

Un point de vue oublié

La deuxième exposition est déclinée en une seule salle dont les murs et le sol sont remplis d’information en français, anglais et inuktitut. On y explique plus en détail ce qu’était le Réseau d’alerte avancée (Réseau DEW, pour Distant Early Warning) et ses impacts sur l’environnement, la faune et les humains qui vivent dans le Grand Nord. L’exposition a été élaborée par la conservatrice des collections patrimoniales au gouvernement du Nunavut, Deborah Kigjugalik Webster.

Par communiqué, cette dernière explique qu’elle souhaite faire réaliser aux visiteurs « à quel point les sites du Réseau DEW ont eu une incidence sur notre culture et notre peuple. L’histoire de la Guerre froide au Canada se déroule dans nos territoires, sur nos terres, avec notre peuple … et nous sommes généralement exclus des livres d’histoire ».

Sean Campbell dans la salle d’exposition Une histoire inuite : Le Réseau DEW. Crédit image : Rachel Crustin

La ligne DEW était un réseau de stations radars grâce auquel « le Sud du Canada aurait été averti deux à trois heures avant l’arrivée de bombardiers soviétiques, » peut-on lire dans Le Canada et la Guerre froide. Au démantèlement de ces stations, rapidement devenues obsolètes, des montagnes de débris ont simplement été laissées sur place.

Ces ours polaires paraissent petits devant la montagne de déchets générée par le démantèlement du réseau DEW. Gracieuseté Diefenbunker : Musée canadien de la Guerre froide

L’ouverture de ces deux nouvelles expositions coïncide avec le 25e anniversaire du Diefenbunker en tant que lieu historique national et musée. Pour souligner cette année importante, le Musée canadien de la Guerre froide sera ouvert sept jours sur sept durant les mois de juillet et d’août. De nouvelles activités familiales et interactives seront aussi annoncées à l’automne.

L’opposition implore le gouvernement d’élargir le 911 à tout le Nord

SUDBURY – Des députés néo-démocrates ont tenu une conférence de presse mercredi à Queen’s Park dans le but de réintroduire le projet de loi sur le service 911 partout en Ontario, qui vise à rendre disponible le fameux numéro d’urgence à toutes les communautés de la province, notamment celles du Nord.

Les députés France Gélinas (Nickel Belt), Guy Bourgouin (Mushkegowuk-Baie James), John Vanthof (Timiskaming-Cochrane), Lise Vaugeois (Thunder Bay-Supérieur-Nord) et Sol Mamakwa (Kiiwetinoong) ont fait front commun pour mettre de l’avant l’importance de ce projet de loi, aussi appelé Loi 107.

« C’est très décevant », juge France Gélinas qui tente depuis 2018 de faire passer ce projet de loi en Ontario, seule province où le 911 n’est pas accessible à toutes les communautés.

Pire encore, dans des contés du Grand Nord, indique de son côté Guy Bourgouin, un message automatisé indiquant que le numéro est hors service et les invitant à rappeler plus tard quand les citoyens appellent le 911.

Il rappelle qu’un autre problème dans le Grand Nord concerne le réseau cellulaire qui n’est pas non plus disponible dans certaines régions.

Composé de trois parties, ce projet de loi veut installer le 911 dans les communautés isolées du Nord, implémenter les recommandations du coroner en chef de l’Ontario pour améliorer le système d’urgence du 911 et, enfin, donner à l’Ombudsman la responsabilité d’examiner les plaintes en lien avec ce système.

Un accident de bateau survenu en 2013 sur le lac Wanapitei et causé la mort de trois personnes avait tiré la sonnette d’alarme sur le délai d’intervention du 911 rappelle Mme Gélinas. Crédit image : Inès Rebei

Prévenir les accidents

Mme Gélinas a tenu à réintroduire le projet de loi, pour la quatrième fois, juste avant la longue fin de semaine en raison de l’historique malheureux des incidents qui s’y produisent.

Avec le beau temps qui revient et les visiteurs du Sud qui vont louer des logements récréatifs dans le Nord, celle-ci craint notamment des noyades.

« Les gens ne le savent pas qu’il y a un numéro 1 800 que tu dois retenir et qu’il va changer trois fois sur la 144 entre Sudbury et Timmins », explique-t-elle en rappelant qu’entre les deux villes du Nord le 911 ne fonctionne pas.

Les municipalités ont des ententes avec Bell Canada pour le 911 pour que les régions à l’extérieur aient une entente avec la province, chose que l’Ontario n’a pas souhaité faire à ce jour.

En exemple, pour le service de police à Gogama, au nord de Sudbury, il faudra composer le 1-888-310-1122, pour les ambulances le 1-877-351-2345, et le 1888-571-3473 pour les pompiers.

Pire pour les francophones et les autochtones

Un autre obstacle s’ajoute notamment pour les francophones lorsque, dans certains cas, les opérateurs de ces numéros spéciaux ne sont pas capables de communiquer en français, à l’inverse de ceux du 911 qui y sont obligés.

« Il n’y a aucune garantie de service en français avec ces numéros en 800 », affirme celle qui est également la porte-parole de l’opposition en matière de santé.

Guy Bourgouin ajoute que la situation est tout aussi complexe pour six communautés autochtones très isolées de sa circonscription.

Guy Bourgouin considère qu’en 2023, il est temps d’avoir un système d’urgence efficace sur l’ensemble du territoire. Archives ONFR+

Interrogée à savoir si le temps de réponse est plus long dans le cas des numéros 800, France Gélinas répond ne pas recevoir beaucoup de plaintes à ce sujet, mais que le problème se situe plutôt autour du réflexe des citoyens d’avoir connaissance de ces numéros.

Le député Bourgouin dit constater sur le terrain que peu de personnes retiennent ces numéros-là par cœur, surtout qu’« on apprend aux enfants à l’école d’appeler au 911 ».

Dialogue de sourds

Les députés déplorent l’inaction du gouvernement, surtout depuis le rapport du coroner en chef de l’Ontario de 2018 qui avait émis une recommandation au gouvernement pour permettre à toutes les zones d’avoir accès au 911.

La députée néo-démocrate s’est butée à un mur lorsque la majorité lui a répondu qu’un système d’urgence prochaine génération est en route. « C’est génial, mais ce n’est pas ce qu’on demande », répond Mme Gélinas qui demande plutôt au gouvernement de permettre l’accès du 911 à tout l’Ontario.

« La technologie est simple, faites-le, faites-le », finit-elle par implorer.

Le gouvernement ontarien a, en effet, annoncé en 2022 vouloir moderniser son service d’urgence 911 avec un investissement de 208 millions de dollars sur trois années. Ces fonds serviraient à appuyer la transition du système avec une mise à niveau de l’infrastructure et la technologie employée pour le fonctionnement de celui-ci vers des outils de l’ère actuelle.

On parle notamment de la possibilité pour le public de partager des vidéos et des photos d’un accident avec des répartiteurs, ou encore d’identifier la position exacte d’une personne qui appelle le service sans même avoir à parler.

Langues officielles : aucune inquiétude pour l’adoption de C-13 au Sénat

OTTAWA – Le passage du projet de loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, ne tracasse pas le gouvernement Trudeau qui s’attend à ce que le Sénat agisse rapidement dans le dossier.

Lundi, 300 députés des différentes formations politiques ont voté en faveur de la mouture avec un seul vote contre, le député libéral Anthony Housefather.

Le projet de loi a aussitôt été déposé au Sénat en première lecture par le sénateur René Cormier le lendemain, mardi, et il sera débattu en seconde lecture dès jeudi. La ministre des Langues officielles avance n’avoir parlé qu’au sénateur Cormier depuis son passage aux Communes lundi. Elle espère obtenir la sanction royale d’ici la fin de la session parlementaire en juin.

« On a plusieurs alliés sur la question des langues officielles au Sénat et j’ai espoir qu’ils pourront faire leur travail et qu’on pourra voir l’adoption d’ici à la fin du mois de juin », a commenté Ginette Petitpas Taylor.

Le leader du gouvernement en Chambre, Mark Holland, a indiqué en anglais qu’il avait espoir de « recevoir la sanction royale très très bientôt ».

« Il y a eu presque qu’un consentement unanime à la Chambre des communes alors les membres élus des Communes ont dit que c’est tellement important pour la langue française et la protection du français », a-t-il souligné avant le caucus libéral mercredi matin.

Au moins une séance est prévue en seconde lecture au Sénat, ce qui devrait par la suite amener C-13 en comité vers la fin mai, en principe. Il s’agira alors de l’étude des modifications apportées par les parlementaires. Le comité, présidé par M. Cormier, a en principe trois autres séances de prévues avant la fin de la session parlementaire, mais ce dernier précise qu’il y a possibilité d’ajouts. Les sénateurs ont toutefois déjà effectué une préétude du projet de loi, ce qui va accélérer son parcours dans les prochaines semaines.

René Cormier avance qu’il y a un processus à respecter, mais admet que ses collègues sont conscients du fait que ce dossier est étudié depuis plusieurs années sous tous ses angles et que la patience des communautés francophones est maigre. Il admet ne pas sentir un danger qui viendrait menacer l’adoption de C-13.

« On (les Sénateurs) prend en considération le processus législatif et on a la responsabilité de poser un regard attentif et rigoureux sur les projets de loi… Mais le message qui vient de là-bas (la Chambre des Communes) est clair. Certaines fois, il y a des joutes de ping-pong, mais en général, on agit avec référence avec la Chambre des communes », rappelle le sénateur acadien.

Le sénateur René Cormier. Crédit image : Sénat du Canada

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada estime que « la force du vote » obtenu aux Communes signifie que les sénateurs n’ont d’autres choix que d’imiter leurs confrères au parlement.

« Je suis confiante. Il peut toujours y avoir des inattendus, mais ce n’est pas le message qu’on reçoit de sénateurs… Je pense que le vote va nous aider grandement à la chambre haute, ça joue pour beaucoup », pense sa présidente Lianne Roy.

Le projet de Loi C-13 vient statuer que le gouvernement doit en faire plus pour protéger le français au pays, donner plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles, obliger le fédéral à se doter d’une politique en immigration francophone et à atteindre sa cible de nouveaux arrivants francophones. Il vient aussi donner un droit de travailler en français pour les travailleurs des entreprises à charte fédérales dans les fortes régions francophones du pays.

Soccer : Jonathan David nommé pour le titre de meilleur joueur de Ligue 1

Annoncé partant en fin de saison du côté de Lille, l’attaquant franco-ontarien pourrait faire un joli cadeau de départ aux partisans lillois.

Auteur de sa saison la plus prolifique avec le Lille Olympique Sporting Club (LOSC) en termes de buts marqués (21) et de passes décisives (4), Jonathan David fait partie des cinq finalistes pour être élu meilleur joueur du Championnat de France de Ligue 1.

Les cinq finalistes ont été annoncés ce mardi 16 mai et le moins que l’on puisse dire c’est que le natif de Brooklyn qui a grandi à Ottawa est très bien entouré et aura de la concurrence. Face à lui, deux Parisiens Lionel Messi (15 buts et 15 passes décisives) et Kylian Mbappé (26 buts, 4 passes) ainsi que deux Lensois Loïs Openda (19 buts, 3 passes) et Seko Fofana attendront le verdict le 28 mai, lors de la traditionnelle remise des trophées de l’UNFP (syndicat des joueurs en France).

Très souvent pris en compte, le classement des équipes pourrait jouer en défaveur de l’Ottavien. En effet, le LOSC, avec 60 points, est actuellement cinquième du championnat, très loin derrière Paris (81 points) et Lens (75 points) qui occupent les deux premières places.

Il reste trois journées à l’international canadien pour finir fort et marquer les esprits avant probablement de s’envoler vers d’autres cieux. Annoncé en partance pour un plus grand club dès cet été, il suscite notamment l’intérêt du Bayern Munich, de Manchester United et d’Arsenal.

Avant de le voir enfiler le maillot d’un nouveau club, les Canadiens pourront le retrouver sous les couleurs de la sélection cet été à l’occasion de la demi-finale de la Ligue des Nations de la CONCACAF le 15 juin face au Panama puis de la Gold Cup dans la foulée (24 juin au 16 juillet). Avec les Rouges, David compte 24 buts en 40 sélections. Il est le deuxième meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale juste derrière Cyle Larin et ses 28 réalisations en 60 apparitions.

Trille Or : le Fransaskois Ponteix domine les nominations

OTTAWA – L’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM) a dévoilé les nominations du prochain Trille Or sur sa chaîne Youtube mardi midi. La 12e édition de la biennale de la musique francophone en Ontario et dans l’Ouest canadien se tiendra du 7 au 9 septembre.  

C’est le Fransaskois Ponteix qui récolte le plus de nominations. Lui et ses collaborateurs pourraient l’emporter dans dix catégories, soit Artiste solo, Rock alternatif, EP (album court) (Amélia), Chanson primée (Amélia), Spectacle en ligne (Bastion), Réalisation et arrangements, Prise de son et mixage, Vidéoclip (Les Années, avec Témé Tan), Conception visuelle et Coup de cœur du public.

Ponteix est talonné de près par un autre Fransaskois, Étienne Fletcher, et le duo Ontario-Saskatchewan Beau Nectar (composé de Marie-Clo et éemi), qui récoltent neuf nominations chacun.

Le Fransaskois Étienne Fletcher récole neuf nominations, dont celle d’Artiste solo et d’Album de l’année. Crédit image : Stéphane Bédard

Étienne Fletcher et Ponteix s’affronteront donc sept fois, dans les catégories Artiste solo, Rock alternatif, Chanson primée (Jeu de mémoire), Réalisation et arrangements, Prise de son et mixage, Conception visuelle et Coup de cœur du public. Fletcher est aussi nommé dans les catégories Album (Entre-deux) et Auteur-compositeur.

Le duo écolo-féministe Beau Nectar est pour sa part en lice dans les catégories Groupe, Découverte, Pop, EP, Auteur-compositeur, Chanson primée (Le noyer), Réalisation et arrangements, Vidéoclip (À fleur de pot) et Coup de cœur du public.

Le Franco-Ontarien Yao récolte huit nominations. Céleste Lévis (Ontario) et Shawn Jobin (Saskatchewan) en ont sept chacun.

Deux provinces dominent

Le gala Trille Or 2023 se présente comme une bataille entre l’Ontario et la Saskatchewan, alors que les deux plus prestigieuses catégories sont dominées par l’une et l’autre.

Dans la catégorie artiste solo, Céleste Lévis est la seule représentante de l’Ontario, aux côtés des Fransaskois Ponteix, Étienne Fletcher, Anique Granger et Shawn Jobin.

Céleste Lévis est la fière représentante de l’Ontario dans la catégorie Artiste solo. Elle récolte sept nominations en tout. Crédit image : Stéphane Bédard

C’est le contraire pour la catégorie groupe, où éemi du duo Beau Nectar est la seule artiste de la Saskatchewan. Les autres nommés sont les Chiclettes, les Rats d’Swompe, Geneviève et Alain et Radio Radio. Cette formation acadienne se classe pour les Trille Or puisque son chanteur, Jacobus, habite l’Ontario.  

La Colombie-Britannique est représentée deux fois dans la catégorie découverte, avec Élodie Orsei et Matt Stern. Ils affrontent Beau Nectar, le duo ceryyse (Ontario) et l’artiste néoclassique Ink Sticks & Stones (Ontario). Loig Morin représente aussi cette province dans les catégories prise de son et mixage et coup de cœur du public.

Une édition en septembre

Traditionnellement, les Trille Or se déroulent aux deux ans, en juin. Pour des questions de logistique et de ressources humaines, l’événement a été repoussé à septembre cette année. En entrevue avec ONFR+, le directeur général de l’APCM, Thomas Kriner, affirme que « tous les voyants sont au vert, au niveau de la rentrée artistique et culturelle. L’idée est aussi de générer des assemblées générales annuelles d’organismes partenaires de l’APCM, de faire en sorte qu’il y ait des membres présents à l’événement ». Thomas Kriner espère aussi pouvoir tirer profit de la période estivale, souvent plus tranquille au niveau de l’actualité, pour promouvoir le gala et les artistes en nomination.

Le Fransaskois Ponteix domine les nominations aux Trille Or 2023. Crédit image : Sansfaçon Photographies et vidéos

Autre changement cette année, le public pourra se prononcer dans la nouvelle catégorie Coup de coeur. Auparavant, le vote populaire déterminait la chanson primée gagnante, mais l’équipe de l’APCM a choisi de « recentrer le prix chanson primée sur le côté artistique, au niveau de la qualité de composition et d’écriture de la chanson », explique Thomas Kriner.

21 artistes sont en lice dans cette catégorie. Les votes sont ouverts dès maintenant sur le site des Trille Or, où il est aussi possible de consulter la liste complète des nominations. Les Trille Or auront lieu du 7 au 9 septembre au Centre national des arts, à Ottawa.

Qu’est-ce qu’un festival de films francophones?

Alors que le Festival de Cannes s’ouvre en France, on s’intéresse à la façon dont les films sont sélectionnés lors de tels événements. Anne de Marchis est à la tête du festival de films francophones Cinemania à Montréal. La ligne éditoriale du festival est de faire découvrir des films francophones canadiens et internationaux de différentes cultures et d’accompagner certains de ces films dans leur mise en marché.

La modernisation de la Loi sur les langues officielles envoyée au Sénat

OTTAWA – Le projet de Loi C-13 visant à moderniser la Loi sur les langues officielles a majoritairement été appuyé à la Chambre des communes lundi, avec une seule voix libérale contre. C’est donc direction le Sénat pour ce projet de loi, déposé en mars 2022.

Le projet de Loi C-13 vient statuer que le gouvernement doit en faire plus pour protéger le français au pays, donner plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles, obliger le fédéral à se doter d’une politique en immigration francophone et à atteindre sa cible de nouveaux arrivants francophones.

« C’est une journée historique. Je suis très contente de voir que le projet de loi a été adopté et qu’il sera maintenant étudié par le Sénat dans les plus brefs délais », a réagi la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor quelques instants après le vote.

Cette dernière n’aura toutefois pas eu l’appui unanime de son parti. Le député de Mont-Royal Anthony Housefather s’est opposé alors que sa collègue de Longueuil-Charles-LeMoyne Sherry Romanado s’est abstenue.

La ministre affirme qu’elle n’est pas rancunière envers M. Housefather, qui lui a ainsi privé de l’unanimité.

« Mon collègue avait la chance de partager les inquiétudes de certains de ses commettants et aujourd’hui, il a pris sa décision finale et c’est correct », a commenté la représentante acadienne.

Le Quebec Community Groups Network, groupe porte-parole des Anglo-Québécois, estime que le projet de loi C-13 « marquerait donc un net recul par rapport à 50 ans de politique en matière de langues officielles », a-t-il commenté lundi après-midi par communiqué. QCGN a d’ailleurs souligné que Anthony Housefather « a fait passer les principes avant la politique ». Des sources nous ont indiqué que le député avait aussi rendu visite à des députés conservateurs dans le but de les convaincre de voter contre son gouvernement.

Selon les règles des libéraux, les députés ne peuvent voter contre la ligne du parti, surtout lorsqu’il s’agit d’une promesse électorale comme la modernisation de la Loi sur les langues officielles. La politologue Stéphanie Chouinard estime que le député anglo-québécois fera assurément face à des conséquences, mais qu’elles n’iront peut-être pas jusqu’à l’expulsion.

« C’est une dissension qui est notable du fait qu’elle est unique, mais elle n’est pas surprenante. On savait qu’il voyait de gros problèmes avec le projet de loi tel qu’amendé… Il s’est peut-être fait donner un passe-droit. Si c’est non, il a voté en connaissance de cause qu’il y aurait des répercussions pour lui à cette dissension-là », pense la professeure au Collège militaire royal du Canada.

Tous les députés du Bloc Québécois, du Parti conservateur et du NPD ont appuyé la mouture. Au total, c’est 300 députés qui ont voté en faveur.

« Je pense que ça envoie un message qu’au-delà des lignes partisanes, les langues officielles sont un enjeu important pour tous les partis et un enjeu d’unité nationale et qu’on doit donc traiter ça avec tout le doigté nécessaire », analyse la politologue.

Le député conservateur Joël Godin se dit « pas content » du contenu du projet de loi, mais sa formation politique ne voulait pas faire ralentir son adoption, demandée par les communautés francophones en milieu minoritaire, souligne-t-il.

« Le projet de loi ne fait pas reculer les langues officielles au Canada, mais il ne franchit pas un pas de géant. C’est minime comme améliorations, mais il y a des améliorations. »

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est dit « fier du travail que nous avons accompli pour obtenir des changements historiques qui donneront à notre pays les outils nécessaires pour protéger le français face à son déclin », a déclaré la députée Niki Ashton.

Au tour du Sénat

La modernisation de la Loi se retrouve désormais entre les mains des sénateurs.

La ministre Petitpas Taylor « reconnaît que le Sénat a du travail à faire », mais elle souhaite pouvoir obtenir la sanction royale d’ici le début des vacances d’été. Les sénateurs ont effectué dans la dernière année, une pré-étude du projet de loi, ce qui signifie que la mouture passera moins de temps à la chambre haute du Parlement. Après une première lecture en chambre, les sénateurs n’auront alors qu’à étudier les nouveaux amendements apportés en comité parlementaire et non l’ensemble du libellé.

Des sénateurs ont confié à ONFR+ qu’ils ne s’attendent pas à ce que ce projet de loi connaisse des difficultés au Sénat comme l’a connu une autre modernisation : celle sur la Loi sur la radiodiffusion. Les sénateurs l’avaient modifié, ce qui avait nécessité son renvoi à la Chambre des communes, retardant son adoption de plusieurs mois.

Un entrepreneur de Dubreuilville lance une application pour les amateurs de moto

DUBREUILVILLE – L’entrepreneuriat nord-ontarien est encore bien vivant comme le montre Patrice Dubreuil, originaire de Dubreuilville. Le Franco-Ontarien lance une application visant à offrir une carte interactive des sentiers de motos, la Trans Ontario Trail (TOT), pour le plus grand plaisir des nombreux amateurs du deux roues de la province.

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les passionnés d’aventures en moto de la province qui souhaitent sortir des sentiers battus.

Avec près de 4500 kilomètres, comprenant une boucle et trois connecteurs avec le système cousin du Québec, l’une des innovations permises par cette application est de répertorier des pistes situées hors des routes pavées.

« Les gens sont tannés de voyager sur les routes de pavés et veulent être plus près de la nature, avoir plus d’aventure », lance à ce propos Patrice Dubreuil.

L’application sera d’abord disponible sur Android, puis IOS d’ici l’automne. Capture internet

Un avantage non négligeable pour les utilisateurs de motocyclette à double usage, laquelle possède des pneus à crampons permettant de voyager sur le pavé, mais aussi le gravier. Il s’agit, en outre, du modèle de moto le plus en vogue du moment, avec un nombre de modèles ayant doublé sur les cinq dernières années.

L’entrepreneur indique également que cette application est tout aussi pertinente pour les voyageurs utilisant d’autres moyens de transport, du vélo au 4×4 en passant par la fourgonnette.

L’autre procédé phare de l’application sera de pouvoir bénéficier des données de navigation sans connexion internet, et donc plus besoin de télécharger des routes, partager des coordonnées ou de se trouver dans un réseau cellulaire fonctionnel.

Patrice Dubreuil possède le Relais Magpie, l’hôtel de Dubreuilville. Gracieuseté

L’emphase sur le Nord

M. Dubreuil, dont le grand-père fait partie des fondateurs de la ville de Dubreuilville comme son nom l’indique, explique avoir conçu sa carte pour mettre en avant les villes du Nord telles que Hearst, Cochrane, Kapuskasing, Dubreuilville ou encore Wawa.

« C’est vraiment le fun que ce projet arrive dans le Nord » – Gino Bourdages

« Je vois ça comme un engin économique pour le Nord de l’Ontario, une manière d’amener des gens chez nous », estime-t-il. Logement, essence, nourriture, réparation… les potentielles sources de revenus sont nombreuses.

À ce titre, Gino Bourdages, propriétaire du motel The Companion et du Super 8 de Hearst, se réjouit de l’initiative de M. Dubreuil : « On est bien content, va nous amener beaucoup de touristes qui vont pouvoir explorer nos belles régions forestières. »

Gino Bourdages dit avoir constaté un intérêt croissant pour la moto dans le Nord. Gracieuseté

Le Franco-Ontarien déclare qu’il compte ajouter un espace dédié au lavage des motos en prévision de leur arrivée. Si dans les dernières années ce furent une cinquantaine de motards qui passaient la nuit par son établissement, le propriétaire estime qu’avec cette application il pourrait en recevoir de 200 à 300. « C’est vraiment le fun que ce projet arrive dans le Nord », conclut-il.

Un démarchage est également prévu auprès des sites d’information touristiques afin de mettre en avant l’application. Patrice Dubreuil espère, par la suite, léguer la responsabilité de l’application au groupe Aventure Nord, cinq communautés francophones du Nord (Cochrane, Dubreuilville, Hearst, Kapuskasing, Smooth Rock Falls), laquelle est en voie de devenir un organisme à but non lucratif.

Ce dernier pense que le groupe pourrait profiter d’éventuels revenus grâce au placement de publicités à même l’application : « Le but c’est qu’il devienne pérenne. »

Déjà un certain engouement

Avec une première présentation le 18 février au salon de la moto à Toronto et une deuxième au salon de Montréal le 24 février, M. Dubreuil rapporte que le public présent a montré un grand intérêt pour ses 16 présentations.

Kris Hall, un Ontarien du sud passionné de moto aventure, est très enthousiaste à l’idée de pouvoir utiliser l’application qui constitue, selon lui, un gain conséquent de temps.

« Une application comme celle-ci élimine les tracas d’une personne qui veut sortir de la route, quelqu’un de très loin peut utiliser cette application et voir des paysages qu’il pourrait ne jamais voir autrement », juge-t-il en ajoutant que c’est encore plus vrai dans le cas du Nord.

Les fonctionnalités de mise à jour des conditions de sentiers, telles que le fait de pouvoir reporter des problèmes en temps réel, constituent des atouts majeurs, selon le passionné de moto.

Kris Hall espère rencontrer des voyageurs du monde entier grâce à l’application. Gracieuseté

« Ça nous donne l’opportunité de voir les choses sans risquer de nous mettre en danger sur les sentiers hors routes, voir des obstacles qu’on n’aurait pas pu anticiper, voir à quelle distance se trouve la prochaine station d’essence, ça fait toute la différence », fait-il aussi remarquer.

Une initiative pancanadienne

L’application s’inscrit dans le cadre d’une initiative pancanadienne, elle-même inspirée des très populaires Backcountry Discovery Routes (Les routes d’arrière-pays américaines).

L’Ontario est la deuxième province à concrétiser un tel projet, après le Québec et son Trans Québec Trail (TQT) laquelle fut développée par Marc Chartrand en 2021.

Le projet a été imaginé par le Québécois Marc Chartrand pendant la pandémie, avec la volonté de « repenser le voyage chez nous ». C’était un projet avant tout communautaire, explique-t-il, dont le but n’était pas de générer du bénéfice, mais qui rencontre un grand succès à ce jour.

M. Chartrand compte approcher les autres provinces et aller encore plus loin, aux États-Unis : « Notre façon de faire les choses va probablement pousser les Américains à nous copier, car on le fait différemment d’eux. »

Sans levée de fonds, l’application n’aurait pas vu le jour selon Marc Chartrand. Gracieuseté

Avec un voyage en Italie cet été, il souhaite également attirer une clientèle européenne grâce au circuit des applications, lesquelles donnent à voir les coins les plus isolés des deux régions.

Patrice Dubreuil est convaincu qu’il y a un véritable changement dans les usages des voyageurs qu’il est essentiel de prendre en considération pour la promotion du pays : « Les gens aiment voyager avec leur téléphone plutôt qu’avec un GPS. »

Le lancement officiel de l’application ontarienne devrait se faire au début du mois prochain, après que le Franco-Ontarien ait fini de valider certaines sections du sentier.

Zakary-Georges Gagné : l’importance d’une tribune intersectionnelle

[LA RENCONTRE D’ONFR]

KINGSTON – Le 28 avril, Zakary-Georges Gagné est devenue la première personne autochtone, ainsi que la première personne issue de la diversité de genre, à remporter un prix Saphir par la Fondation franco-ontarienne. Cette travailleuse communautaire a rapidement fait sa place dans la région de Kingston et son nom résonne de plus en plus en Ontario français. À l’approche de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie (17 mai), la présidente de FrancoQueer nous parle d’intersectionnalité, de vivre ensemble et de comment la communauté francophone l’a rapidement « attrapée » à son arrivée en Ontario.

« Vous utilisez les pronoms, elle et il. Comment s’imbriquent-ils dans une conversation?

Ça dépend des individus. Le meilleur truc, c’est de demander. La plupart du temps, lorsqu’il y a deux pronoms, c’est en alternance. En français, souvent, les gens vont aussi accompagner leurs pronoms d’une précision d’accords (en alternance, neutres, féminins ou masculins).

Moi, je recommande à tout le monde d’utiliser seulement elle. Mais dès que je dis elle dans le milieu francophone, on pense que je suis une femme trans binaire, ce qui n’est pas mon identité. Je suis une personne transféminine non binaire.

Il y a des gens qui utilisent le pronom iel pour souligner cette non binarité. Moi, ce n’est pas quelque chose qui me parle.

Zakary-Georges Gagné se considère comme une personne transféminine non binaire. Gracieuseté

Quel est votre rapport avec le français, une langue binaire et coloniale, vous qui êtes également de la communauté crie?

C’est un rapport complexe. Ma transition sociale s’est faite plus rapidement dans mes cercles anglophones. Dès que j’ai appris l’option de pronom they / them, et que j’ai rencontré mes premières personnes non binaires, ça m’a donné quelque chose qui, finalement, feel OK avec moi. Surtout qu’en anglais, les titres et adjectifs n’ont pas de genre. C’est beaucoup plus fluide, et on ne me rappelle pas à chaque phrase comment on me perçoit.

Être non binaire en français devient parfois une barrière. On va se concentrer sur la politique derrière, comment me parler, plutôt que d’écouter ce que j’ai à dire.

À gauche, Isabelle Dasylva-Gill, Directrice générale
de la Société acadienne et francophone de l’Île – (SAF’Île) et à droite Zakary-Georges Gagné, au forum des leaders de la FCFA. Gracieuseté

Pour l’élément colonial, j’ai parfois l’impression de perdre mon temps à naviguer entre deux langues qui ne sont pas celles de mes ancêtres. Je crois fortement en la souveraineté autochtone. J’apprends tranquillement le cri. Mais le français est la langue que je parle. Je dois apprendre à naviguer avec les systèmes coloniaux.

Pouvez-vous nous dresser votre parcours de vie en quelques phrases?

Je suis née à Québec, en 1999. Toute jeune, je montrais déjà des préférences pour tout ce qu’on associe au féminin dans les comportements d’enfants. Heureusement, j’avais une famille qui me permettait d’explorer sans tabous. À 10 ans, j’ai fait mon coming out à ma famille, à ce moment-là, en tant que garçon homosexuel.

Au secondaire, j’ai essayé d’imiter mes camarades masculins. J’ai travaillé sur ma performance de masculinité pendant quatre à cinq ans, jusqu’à ce que je rencontre mes premières personnes non binaires et que j’en comprenne un peu plus sur la diversité de genre.

Au Cégep, j’ai étudié en commercialisation de la mode, mais il y avait quelque chose qui ne cliquait pas. J’avais été une bonne étudiante auparavant, et là mes notes descendaient, tout comme ma motivation. J’ai lâché pour travailler en facilitation avec des jeunes dans le milieu du plein air. On faisait de l’escalade, du canot, de la randonnée pédestre, etc.

J’ai adoré, mais la pandémie est arrivée. J’avais un appartement à Montréal, mais ce n’était vraiment pas un endroit facile pour vivre les confinements. Le 15 juin 2020, je suis allée à Kingston pour un souper. C’était une zone verte, donc ça bougeait beaucoup, il y avait du monde, des terrasses… c’est aussi une ville étudiante, avec beaucoup de jeunes. Ça m’a allumée. J’ai déménagé deux mois plus tard.

Je voulais vivre en anglais, avoir accès aux opportunités que l’anglais apporte. Mais quand j’ai été engagée à l’Association canadienne-française de l’Ontario pour la région des Mille-Îles et de Kingston (ACFO Mille-Îles), j’ai appris la valeur du français. J’ai appris que ce n’est pas tout le monde qui a accès à l’éducation ou à des services de santé en français.

Rencontre stratégique du CA de FrancoQueer, Octobre 2022, de gauche à droite : Benjamin Gonzalez, Viabhav Sharma, Tarek Elganainy, Hanane Abdelmadjid, Zakary-Georges Gagné, Arnaud Baudry, Michel Tremblay. Gracieuseté

Je pensais que je reniais ma francophonie en venant ici, mais ça n’a fait que la réaffirmer. À l’ACFO Mille-Îles, j’ai vu des francophones de partout qui se mettaient ensemble pour faire avancer la francophonie ici. Puis, je me suis demandé s’il y avait un coin francophone minoritaire queer. C’est là que j’ai trouvé FrancoQueer. Je me suis jointe au conseil d’administration, que je préside depuis septembre 2022.

Je suis vraiment fière de travailler à décentraliser FrancoQueer du Grand Toronto. Ça me tient à cœur, car je n’ai pas envie d’y vivre, mais j’ai envie de pouvoir vivre ma queerness en français aussi.

Avez-vous l’impression de pouvoir vivre pleinement votre identité intersectionnelle en public en Ontario?

Je dirais que j’ai le culot de le faire. Est-ce que je sens que je peux? Ça dépend dans quels espaces. Là où mes identités s’étirent le plus, c’est dans les espaces de plaidoyer, qu’ils soient queers, autochtones ou francophones.

Zakary-Georges Gagné et Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. Gracieuseté

L’intersectionnalité est un peu difficile à aller chercher, particulièrement dans les milieux de plaidoyer francophones. Parce que la francophonie est une communauté à fondement religieux, très colonial On porte en nous l’idée que les francophones sont les plus opprimés des opprimés. Et les francophones sont opprimés. Surtout quand on pense à la dignité d’une personne, qui parle une langue officielle de son pays. Elle devrait avoir accès à des services très rapidement. Ce n’est pas la réalité.

Mais l’exemple que j’utilise toujours, c’est que moi, quand je vais chercher des services de santé, la première question que je me pose, c’est : vais-je me faire respecter en tant que personne trans? Est-ce que mes problèmes de santé mentale vont être blâmés sur le fait que je suis autochtone? Est-ce que la personne qui va me servir va être capable de comprendre mes complexités, en termes de transition médicale, par exemple? Après toutes ces questions-là, je n’ai pas le privilège de me demander si je vais avoir des services en français.

Pensez-vous que le féminisme est plus inclusif aujourd’hui ou est-on encore dans un mouvement blanc et hétéronormatif?

Je pense qu’il y a de la volonté. Mais il y a une crainte enracinée, et ça prouve encore l’emprise que le capitalisme, le colonialisme et le patriarcat ont sur nos mouvements. Tous ces systèmes bénéficient du fait qu’on se regarde toutes en se pointant du doigt. On a une expérience de dualité avec la masculinité et le patriarcat qui est très spécifique et peut contribuer aux efforts féministes.

La soirée Saphir de la Fondation Franco-ontarienne (FFO) reconnait l’excellence des femmes francophones en Ontario. Vous avez été la première personne issue de la diversité de genre à y gagner un prix. Comment avez-vous vécu ce moment?

C’est mon amie Ajà Besler, directrice générale de la Fondation Dialogue, qui m’a inscrite. Elle m’a demandé si j’étais à l’aise, car la FFO utilise un langage binaire. Ma réponse a automatiquement été oui. Je pense que la communauté franco-ontarienne a de bonnes intentions. On veut se tourner vers des gens au parcours atypique, mais on ne sait pas trop comment faire le premier pas. C’est souvent ce que j’entends en faisant du travail de consultation. Les gens veulent juste apprendre.

C’était stressant d’être présente dans l’espace physique, au début. Heureusement, ça a été une soirée super. J’ai eu des conversations avec des gens de la FFO qui veulent que ce ne soit pas juste un prix puis on se lave les mains et c’est terminé. C’est encourageant de savoir que ce n’est pas juste du travail de vitrine. Ce n’était pas : célébrons la transidentité de Zakary. C’était : célébrons Zakary. Ça m’a fait chaud au cœur.

Zakary-Georges Gagné est la première personne non-binaire à recevoir un prix Saphir depuis l’existence du gala. Crédit image : Jean-Jacques Ngandu

Vous êtes aussi la première personne autochtone à gagner un Saphir. Qu’est-ce que ça signifie pour vous?

C’est extrêmement important pour moi de représenter chaque facette de ma personne au sein des espaces francophones, et ce l’est encore plus dans des espaces où je suis la plupart du temps la seule à représenter certaines identités. Je suis autochtone et francophone, l’un ne va pas sans l’autre. Il faut réaliser que développer des relations avec des communautés autochtones, c’est nécessaire pour notre vitalité.

Êtes-vous consciente d’être peut-être le premier modèle pour certains jeunes?

Je dis souvent que j’ai l’impression de jouer à un jeu, que le croupier me donne des bonnes cartes et que je sais étonnamment comment les jouer. Je n’ai pas toujours le temps de m’arrêter et de réaliser.

Le manque de modèles, c’est frustrant. Surtout quand je pense à la culture autochtone, à la valeur que l’on donne aux aînés. Le fait que je n’aie pas la chance de me tourner vers des aîné.es franco-ontarien.nes trans, d’avoir des discussions avec elleux sur leurs expériences, c’est isolant. Je ne peux pas apprendre d’une autre personne avec un parcours similaire. Ça fait peur. Mais si j’ai cette plateforme-là, je vais la prendre du mieux que je peux.

Est-ce que ça aurait été possible pour vous d’exister sans être militante?

Si moi, je ne parle pas, qui d’autre va le faire? Si je ne m’affirme pas en tant que personne autochtone dans des communautés francophones, à qui ça va bénéficier? Je ne m’attendais pas à devenir militante, mais le besoin était là. Chaque personne trans que je connais dans la francophonie a, à un moment ou un autre, participé à un panel, ou a eu une entrevue pour parler de son expérience.

Quels autres sujets voudriez-vous aborder dans l’espace public?

Dure question, parce que je n’ai pas toujours l’occasion d’y réfléchir. Je suis une passionnée de collectivité. J’adore parler de comment nos communautés interagissent et se soutiennent. J’idolâtre les gens qui ne font pas de plaidoyers politiques, mais qui soutiennent les individus qui en ont le plus besoin. J’aurais envie de parler de comment les communautés queers connectent ensemble… mais là, est-ce que je retombe dans les mêmes sujets?

Congrès des membres du Conseil Québécois LGBT, novembre 2022, avec l’activiste trans, Celeste Trianon. Gracieuseté

Que peut-on faire pour être un bon allié?

Il y a une différence entre comprendre et respecter. Souvent, les gens veulent connaître toutes les lettres de l’acronyme, l’histoire des communautés, savoir comment je me sens opprimée… Ce sont des apprentissages importants. Mais ce qui l’est encore plus, c’est juste de laisser à chacun et chacune son autodétermination.

Vous avez parlé de l’acronyme… On ne voit pas toujours le même. Lequel est le bon, selon vous?

Je ne suis pas la bonne personne pour le dire. Quand je parle au nom d’une organisation, j’utilise l’acronyme qu’elle préconise. Quand je parle pour moi, j’utilise 2SLGBTQIA+. On se penche sur le + pour que tout le monde ait une représentativité quelconque. Mais je ne dirai jamais à quelqu’un de changer son acronyme.

Qu’est-ce que le réseau Enchanté et quel est votre rôle au sein de cet organisme?

C’est le plus grand réseau d’organisations 2SLGBTQI+ au Canada. Ça regroupe plus de 200 membres organisationnels qui font de la prévention ou du soutien aux personnes atteintes du VIH/sida, des collectivités deux-esprits, des collectifs trans, plein d’organisations diverses.

Je suis coordonnatrice à l’engagement francophone. Je travaille avec la cinquantaine de membres qui desservent les francophones pour représenter leurs réalités au sein de l’organisme et auprès de nos partenaires.

Vous avez remporté un Outstanding Artwork au festival Juvenis de Kingston en 2022. Qu’est-ce que c’est?

Juvenis est un festival d’art multidisciplinaire par et pour les jeunes. J’ai gagné ce prix pour un collage physique sur bois. Cette année, j’ai exposé mon art dans une exposition pop-up au centre-ville de Kingston. C’est un autre aspect de ma pratique professionnelle.

Exposition L’Annuel, Université du Québec à Montréal, mai 2023. Gracieuseté

Dans le podcast Les Francos oublié.es, vous avez mentionné que dans les communautés autochtones, il y a aussi de la discrimination entre francophones et anglophones. Comment le vivez-vous de l’intérieur?

C’est difficile de dire exactement pourquoi c’est là. Il y a un point de vue comme quoi les francophones étant la minorité au Canada, c’est comme s’ils avaient moins résisté au système colonial. Il n’y a pas de logique historique, mais ça fait partie de nos communautés. Ça a sûrement des racines au sein des écoles résidentielles. Mais il y a plein d’autochtones anglophones qui ne voient pas ça comme ça et qui voient même une valeur dans cette dualité linguistique.

Finalement, chaque cercle a sa lutte principale, et c’est difficile de garder l’intersectionnalité en tête…

Ça mène parfois à des conflits moraux. Il y a une partie de moi qui était vraiment heureuse de gagner le prix Saphir. Mais quand je regarde la description qui parle de communauté franco-ontarienne, il y a une partie de moi qui trouve ça confrontant. Ça me fait me demander ce que je fais pour soutenir les communautés autochtones.

Je ne fais pas tout ça en tant qu’individu. Je le fais pour une collectivité plus saine et sécuritaire. C’est la même chose pour le concept d’allié. On ne doit pas juste penser à comment une personne peut l’être. Il doit y avoir une imputabilité en tant que communauté, pour qu’on soit alliés tous ensemble. »


LES DATES-CLÉS DE ZAKARY-GEORGES GAGNÉ

1999 : Naissance à Québec

2012 : Premier coming out queer

2018 : Commence à travailler dans le secteur communautaire

2020 : Déménage à Kingston et commence à travailler à l’ACFO Mille-Îles

2021 : Se joint au CA de FrancoQueer, dont elle deviendra vice-présidente

2022 : Devient la coordonnatrice à l’engagement francophone du réseau Enchanté

2023 : Récipiendaire du prix Coup de cœur de la soirée Saphir

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Les monuments de la francophonie : bien plus que de la brique et du mortier

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Le démantèlement la semaine dernière d’un monument de la francophonie, d’abord annoncée sur les médias sociaux par Alain Vachon, a causé un émoi dans la communauté franco-ontarienne. En effet, sous le pic des démolisseurs, les pierres en granit du monument situé depuis 2007 au 435, rue Donald ont disparu en quelques heures. Plusieurs jours plus tard, le drapeau franco-ontarien géant et son mât subissaient le même sort. Une triste première.

Le projet des monuments de la francophonie d’Ottawa a commencé à germer dès la fin des années 1990 alors qu’Alain Vachon était président de l’ACFO Ottawa. À cette époque, l’Ontario français était plongé en pleine crise de SOS Montfort.

M. Vachon avait été chargé par Michel Gratton de veiller à ce que le drapeau franco-ontarien soit bien mis en évidence pendant toute la durée du Grand Ralliement du 22 mars 1997 alors que les caméras de télévision et les yeux du pays étaient rivés sur le Centre municipal d’Ottawa. Mission accomplie : le drapeau créé en 1975 était omniprésent dans ce qui est devenu alors le plus grand rassemblement franco-ontarien de l’histoire avec 10 000 personnes présentes.

Aux origines d’un projet identitaire 

Avant les monuments, Alain Vachon avait aussi imaginé le projet des « Ambassadeurs et ambassadrices du drapeau franco-ontarien », en 2001. Ravivé en 2005 et jusqu’en 2008, le projet cherchait à inculquer et à susciter la fierté d’être francophone en Ontario auprès des élèves de la 7e année, par l’entremise d’activités ciblées et organisées au sein d’écoles participantes.

Ce projet identitaire avait aussi pour objectif de développer le sentiment d’appartenance, de sensibiliser les élèves à l’histoire franco-ontarienne et de donner envie de s’épanouir et de vivre en français en Ontario.

 Le président d’honneur du Comité des monuments de la francophonie d’Ottawa et ancien ministre provincial, Bernard Grandmaître et l’instigateur du projet, Alain Vachon posent devant une maquette d’un monument de la francophonie. Photo prise le 1er décembre 2005 lors du lancement du projet. Crédit photo : Michel Lafleur, Le Droit.

En 2005, une douzaine de personnes de la communauté francophone d’Ottawa se sont rassemblées au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), pour discuter d’un projet de monuments de la francophonie d’Ottawa. Une petite maquette fut fabriquée et la présidence d’honneur du comité confiée à Bernard Grandmaître. 17 000 lettres d’appui ont été récoltées et le projet des monuments de la francophonie d’Ottawa fut officiellement lancé le 1er décembre 2005.

Parrainés par le district Numéro 1 du Richelieu International à partir de février 2006, c’est le 24 mars de la même année que les six premiers sites des monuments de la francophonie furent annoncés : le siège social du Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est (CECCE), la Cité collégiale, le Centre culturel du MIFO, le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP), l’École élémentaire publique Charlotte-Lemieux du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) et le siège social de la Caisse populaire Trillium.

Le premier monument fut dévoilé le 25 septembre 2006, les autres suivirent au courant de l’année 2007.

D’Ottawa à l’Est ontarien

Des monuments furent ensuite érigés ailleurs en province dès 2008, à la fois dans les Comtés unis de Prescott et Russell et à Sudbury. Cornwall a suivi en 2010 et deux autres firent leur apparition dans la capitale nationale en 2010 et 2013. Enfin, depuis 2014, trois monuments qui furent dévoilés dans Prescott-Russell avec un quatrième à venir en septembre prochain à Alfred.

Tous les monuments de la francophonie sont des aires commémoratives et patrimoniales soulignant la contribution des francophones au développement et à la réussite de la province de l’Ontario, dans lesquelles est érigé un immense drapeau franco-ontarien entouré de plaques de granit. Chaque monument est composé d’un mât de 24 à 27 mètres de hauteur duquel flotte au vent un méga drapeau franco-ontarien aux dimensions de 9 mètres par 4,5.

Dernier déploiement du drapeau franco-ontarien géant du monument de la francophonie situé au 435, rue Donald, le 4 mai dernier. Crédit image : Diego Elizondo

Sur les plaques sont inscrits des textes d’histoire. Chaque monument a un design et un thème historique différents, ce qui fait en sorte que l’allure et les textes sont uniques d’un monument à l’autre. Aux monuments à Ottawa, les textes ont été écrits par l’auteur et l’expert-conseil en patrimoine franco-ontarien Jean Yves Pelletier en collaboration avec Michel Prévost pour le monument à l’Université d’Ottawa. Ce dernier a également écrit les textes pour le monument à Casselman.

Le but avoué de ce projet était de contribuer à la construction identitaire des élèves francophones en créant des espaces patrimoniaux et touristiques franco-ontariens pour tous et qui font la promotion du drapeau franco-ontarien, symbole par excellence de la francophonie ontarienne.

Le monument de la rue Donald : 2007-2023

Il faut maintenant parler au passé du monument de la francophonie situé au 435, rue Donald car il n’y est plus.  Financé par la communauté avec 28 dons corporatifs et 82 donateurs individuels, le monument situé au 435, rue Donald, à Ottawa avait été dévoilé en grande pompe le 5 septembre 2007 devant le siège social du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP).

Le thème choisi pour les textes d’histoire de ce qui était alors le 4e monument à être inauguré fut la jeunesse, les mouvements féminins et les retraités/aînés. 

Parmi les 550 personnes rassemblées pour l’occasion, on y comptait la présence de dignitaires, d’élèves, d’employés du CFORP et de chefs de file et membres de la communauté, notamment Gaétan Gervais, Mariette Carrier-Fraser, Trèva Cousineau ou encore Carol Jolin.

La directrice générale fondatrice du CFORP, Gisèle Lalonde, était bien sûr présente et a prononcé un discours pour l’occasion.

Le hasard a bien fait les choses car derrière le tangible du mortier et des pierres en granite, le 435 rue Donald était aussi un endroit symbolique pour plusieurs raisons, bien qu’insoupçonnées. En effet, à côté du siège social du CFORP se trouvait une ancienne école élémentaire de langue française, nommée École St-Paul. C’est dans cette école (dont les plans ont été dessinés par l’architecte franco-ontarien Jean-Serge Le Fort en 1954) que Gisèle Lalonde a enseigné le plus longtemps. C’est aussi dans cette même école que le projet des Ambassadeurs et ambassadrices du drapeau franco-ontarien avait été lancé par Alain Vachon alors que son frère Stéphane y enseignait.

C’est au son des chants Mon beau drapeau et Notre place que le drapeau a été hissé, puis descendu et soigneusement plié. Crédit image : Diego Elizondo

Le monument s’inscrivait donc dans un quartier qui a vu naître, grandir, travailler des Franco-Ontariens et où la toponymie située à proximité du 435, rue Donald avec les rues du Père-Charlebois, Paul-Émile-Lamarche et Monseigneur-Lemieux, commémore aussi l’histoire franco-ontarienne.

Grâce au leadership d’Alain Vachon qui a organisé le tout en 48 heures, une cérémonie du dernier lever et descente du drapeau franco-ontarien géant du monument de la francophonie s’est tenue le 4 mai dernier en présence d’une trentaine de personnes, allant de membres du comité organisateur initial des onuments de 2005-2007, de chefs de file de la communauté et de gens du public. Dans la foule, on reconnaissait des visages bien connus de la francophonie ontarienne.

C’est au son des chants Mon beau drapeau et Notre place que le drapeau a été hissé, puis descendu et soigneusement plié. Le directeur général du CFORP s’en porte garant jusqu’à ce que le monument soit réinstallé pour l’automne prochain au Consortium Jules-Léger, tel que promis.

L’honneur de lever le drapeau franco-ontarien dans le ciel du 435, rue Donald une dernière fois est revenu à Peter Hominuk (directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario) tandis que c’est Francis Thériault (co-président du Réseau du patrimoine franco-ontarien) et ses enfants qui ont procédé à le ramener vers le sol.

Pour un monument à Vanier

Pendant qu’un monument de la francophonie est prévu pour septembre à Alfred, dans l’Est ontarien, la disparition du monument situé dans le quartier Overbrook d’Ottawa suscite des réflexions.

Bien qu’il fut démantelé du 435, rue Donald sera relocalisé au 281, avenue Lanark au Consortium Jules-Léger, dans l’Ouest d’Ottawa, il faudra qu’il s’intègre dans son nouveau site avec l’ajout au minimum d’une plaque qui raconte l’histoire de l’École secondaire Champlain (1970-1992) et du Centre Jules-Léger.

Par voie de communiqué de presse, le Réseau du patrimoine franco-ontarien a déploré « cette perte pour la communauté d’Overbrook/Vanier » et s’est dit « préoccupé du sort qui pourrait être réservé partout en province à tout autre monument construit sur des terrains qui sont vendus à des intérêts privés » puisque « les monuments, de la francophonie et autres, sont des éléments importants de notre patrimoine et leur sauvegarde et leur mise en valeur nous concernent tous et toutes ».

Lors de l’inauguration du monument de la francophonie devant le siège social duCFORP.. Carol Jolin, debout au centre derrière le panneau d’interprétation, feu Gilles Lalonde (époux de feu Gisèle Lalonde) et à droite, Paul Taillefer (à l’époque président provincial de l’AEFO). Crédit image : AEFO.

Chaque monument de la francophonie d’Ottawa fait l’objet d’une entente entre le comité organisateur et l’institution hôte afin qu’elle en assure l’entretien et la pérennité. En d’autres termes, ils appartiennent à la communauté mais leurs préservations sont assurées par les institutions hôtes. 

Le secteur d’Overbrook/Vanier étant désormais orphelin d’un monument, un nouveau s’impose pour l’ex-Cité et bastion francophone qui a vu, entre autres, Bernard Grandmaître et Gisèle Lalonde en diriger les destinées.

Le parc Richelieu serait à mon avis l’endroit tout désigné pour l’ériger. J’ai expliqué dans ma chronique du 26 novembre dernier l’histoire du riche patrimoine franco-ontarien de ce lieu unique à Vanier.

Mais d’autres monuments, ailleurs en province et pas qu’à Vanier, doivent aussi apparaître. En somme, l’onde de choc qu’a engendrée le triste démantèlement du monument de la francophonie du 435, rue Donald doit maintenant déboucher sur un retour en force : mettre en valeur ceux qui existent déjà et continuer d’en bâtir des nouveaux. « Il n’y en aura jamais trop! » déclarait à ce propos Bernard Grandmaître en 2007. 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Un accueil centralisé au Centre francophone du Grand Toronto

TORONTO – Un guichet unique pour traiter plusieurs besoins en français, c’est le principe de l’accueil centralisé que vient d’inaugurer ce vendredi le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT). Après la version numérique mise en place en 2020, c’est autour de l’espace physique de voir le jour.

L’idée est simple : réaliser une évaluation de l’ensemble des besoins d’un francophone, et ce, dès sa première visite, qu’il pousse la porte du centre à Toronto ou dans l’une de ses antennes à Scarborough, Mississauga ou encore North York.

Plus besoin donc d’errer de service en service et répéter son histoire de A à Z. « On avait beaucoup de départements sans lien direct les uns entre les autres et les clients qui accédaient à l’un n’étaient pas nécessairement référencés de façon fluide et rapide à l’autre », relate Florence Ngenzebuhoro, la présidente-directrice générale.

L’accueil est maintenant le même pour tout le monde et les employés savent instantanément si tel ou tel client a par exemple besoin d’un médecin, d’un avocat, d’une garderie, ou des trois à la fois. Grâce à un système de référencement interne, une fois qu’un client a rempli un questionnaire initial, il est contacté dans les 48 heures puis automatiquement envoyé vers les bons programmes.

Florence Ngenzebuhoro, la présidente-directrice générale du CFGT. Crédit image : Rudy Chabannes

Rendue incontournable par la pandémie, cette évaluation centralisée existait déjà en ligne depuis 2020. Cette fois, c’est donc physiquement qu’elle est dupliquée dans les neuf points de service du CFGT, tous équipés de tablettes, incluant les Centres ON y va.

« On est toujours en mode hybride et on s’adapte aux besoins du client », ajoute la présidente-directrice générale. « On va favoriser l’interaction en personne dans certaines situations, que ce soit de nature médicale ou concernant des vérifications de carte d’identité des nouveaux arrivants, mais les deux modes sont possibles. »

41 000 clients en 2021, plus de 50 000 en 2022

« Ses équipes avaient anticipé en 2020 qu’elles desserviraient environ 20 000 clients par an. Ce sont 41 000 demandes de service qui ont été traitées en 2021, plus de 50 000 en 2022.

Dans ces conditions, « la force de nouveau système c’est d’aller très vite », renchérit Malika Agzou, la gestionnaire de l’accueil centralisé. En interne, chaque agent dédié à la plateforme va recevoir les demandes pour son service, via des notifications, sans que les données sur l’état de santé personnel du patient ne soit diffusées. « On ne partage pas ces informations, sauf si le client en a fait la demande. C’est un système de suivi, pas de partage de données personnelles. »

La prochaine innovation qu’espère concrétiser le CFGT, dans les mois et années à venir, est de connecter cette plateforme centralisée aux services des autres organismes francophones du Grand Toronto. « On souhaite que les utilisateurs accèdent à ces services extérieurs facilement et, inversement, que les clients de ses organismes accèdent aux nôtres », imagine Mme Ngenzebuhoro.

Malika Agzou, gestionnaire de l’accueil centralisé du CFGT. Crédit image : Rudy Chabannes

À terme, les Franco-Torontois n’auraient ainsi plus à appeler tel ou tel organisme, mais simplement rentrer dans le système par une seule porte et remplir le formulaire. La troisième étape consisterait à lier l’accueil centralisé au système digital des hôpitaux et des services de santé coordonnés par l’équipe Santé Ontario du Centre-Ouest de Toronto.

« Ils ont déjà leur propre plateforme, mais elle est entièrement anglophone », observe la présidente-directrice générale au côté de la directrice des services de santé, Estelle Duchon. « On veut travailler avec eux pour synchroniser les deux systèmes et faire en sorte que les francophones puissent y naviguer. Si cela fonctionne, à maturité, le projet pourrait s’arrimer aux huit équipes Santé Ontario de la région. »

Issues de la réforme du système de santé ontarien, ces équipes coordonnent les soins de façon interconnectée à l’échelle locale. En s’arrimant à ces réseaux, le Centre francophone du Grand Toronto fournirait un flux de patients de langue française à ces structures, en même temps qu’il ouvrirait à ses clients des possibilités de soins additionnels.

Des tablettes ont été déployées dans toutes les antennes du CFGT. Crédit image : Rudy Chabannes

À 50 ans, les éditions Prise de parole regardent vers l’avant

SUDBURY – La maison d’édition Prise de parole (PDP) a soufflé ses 50 bougies le 5 mai dernier. Un événement littéraire aura lieu à Sudbury ce samedi 13 mai pour souligner ce demi-siècle d’existence et lancer officiellement le recueil de poésie Lieux-dits.

C’est à la place des arts du Grand Sudbury que se tiendra le spectacle Lieux-dits. À l’invitation de l’éditrice et responsable des projets spéciaux chez PDP, Chloé Leduc-Bélanger, six femmes de lettres se sont exprimées en poèmes sur les enjeux du monde actuel, et sur « tout ce qui brûle dans le ventre des femmes quand elles écrivent », peut-on lire dans la description du recueil.

Suzanne Kemenang, Guylaine Tousignant, Miriam Cusson, Andrée Lacelle, Yolande Jimenez et Charlotte L’Orage seront présentes samedi pour cette mise en lecture de leurs poèmes. En entrevue avec ONFR+, la codirectrice générale et directrice de l’édition chez PDP, denise truax, promet aussi de raconter quelques anecdotes lors de cette soirée qui débutera à 17h.

La page couverture de Lieux-dits, recueil publié pour le cinquantième anniversaire, en clin d’oeil à la toute première publication de PDP, Lignes Signes. Gracieuseté Prise de parole

Le recueil Lieux-dits fait écho à la toute première publication de Prise de parole. Lignes Signes était un recueil de poésie témoin de son époque, écrit par quatre étudiants de l’Université Laurentienne. C’est pour faire un clin d’œil à ces quatre hommes que Chloé Leduc-Bélanger a choisi une distribution entièrement féminine pour Lieux-Dits. Elle avait également le souci de représenter différentes générations, différentes cultures et différentes régions de l’Ontario.

Un peu d’histoire

La naissance de Prise de parole fait partie de ce grand mouvement artistique étudiant ayant eu lieu à l’Université Laurentienne au début des années 1970.

Gaston Tremblay, alors étudiant à la Laurentienne, recrute des camarades pour assister à des ateliers d’écriture qui seront donnés par le professeur de français Fernand Dorais. Le mentor accepte de guider les étudiants, à la condition qu’ils publient le fruit de leurs efforts. C’est ce qui sera fait, entre autres avec l’appui d’un autre professeur, Robert Dickson.

Lignes Signes réunit des textes Gaston Tremblay, Denis St-Jules, Placide Gaboury et Jean Lalonde. Ils voulaient lancer leur livre lors de la toute première Nuit sur l’étang, manifestation artistique majeure et multidisciplinaire, en mars 1973, mais ils n’étaient pas prêts. L’ouvrage est finalement lancé le 5 mai lors d’un congrès de l’ACFO régionale, aujourd’hui l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Robert Dickson et Pierre Germain lors de la troisième édition de l’événement Cuisine de la poésie, en 1975. Gracieuseté Prise de parole.

Ensuite, Prise de parole avance lentement. Dans une édition spéciale de la revue Participe Présent de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), publiée en avril 2023, Denis St-Jules se rappelle : « On se plaisait à dire que Prise de parole était la maison qui n’existait pas, pour se distinguer de celles, toutes québécoises, qui existaient, mais pas pour nous. »

La maison a finalement pignon sur rue en 1978. Gaston Tremblay en devient le directeur.

En 1988, denise truax est recrutée par Robert Dickson pour reprendre la direction générale. À ONFR+, elle explique avoir été charmée par cette envie de développer une littérature franco-ontarienne. « Pour la première fois, j’ai commencé à lire des choses qui me parlaient de mon milieu. »

Elle partage aujourd’hui la direction générale avec Stéphane Cormier. L’équipe de PDP compte deux autres éditrices, Chloé Leduc-Bélanger et Sonya Malaborza, qui s’occupe de l’antenne acadienne de la maison d’édition.

Des ouvrages marquants

PDP se concentre d’abord sur la poésie et les textes de théâtre, puis s’ouvre à d’autres genres, comme les romans. En 1980, La vengeance de l’Orignal de Doric Germain devient le premier best-seller franco-ontarien.

La couverture de la plus récente réédition de La vengeance de l’orignal, en 2021. Gracieuseté Prise de parole

C’est à Robert Dickson que l’on doit la découverte de Patrice Desbiens, aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands poètes de l’Ontario français. Si son dernier recueil, Fa que, a récemment été publié aux éditions Mains libres, la plupart de ses œuvres sont parues chez Prise de parole.

En 1989, Le chien de Jean Marc Dalpé devient la première pièce de théâtre franco-ontarienne à remporter un prix du Gouverneur général. Le dramaturge a publié toutes ses œuvres chez PDP. La plus récente, Rome, est sortie en mars dernier.

Les femmes étaient peu présentes dans les premières années. Certaines d’entre elles ont tout de même marqué l’histoire, comme Hélène Brodeur avec sa trilogie historique Chroniques du Nouvel-Ontario, parue à partir de 1981.

Dans les années 1990, le recrutement de Marguerite Andersen, originaire d’Allemagne, symbolisait l’ouverture de PDP vers les auteurs venus d’ailleurs. Décédée à 97 ans l’an dernier, elle était considérée comme la doyenne de la littérature franco-ontarienne.

Bruno Gaudet et Marguerite Andersen au Salon du livre de Toronto, en 1997. Gracieuseté Prise de parole

Questionnée à savoir comment fidéliser les auteurs, denise truax explique : « C’est un rapport de confiance. C’est un travail qui se fait avec beaucoup d’honnêteté, mais aussi d’humilité. Parce que la personne qui signe le livre, c’est l’auteur. »

Il faut donc juger de ce qui doit être corrigé, sans toucher au style ou à l’intention de l’auteur. « Ça veut aussi dire que la langue qu’il y a dans nos ouvrages, c’est la langue de chez nous. Mon travail est de veiller à une certaine norme, mais il faut aussi permettre que ça détonne. » Pour l’éditrice, pas question de se battre contre la volonté d’un auteur. « On travaille dans le même sens et c’est lui qui aura le dernier mot sur l’ouvrage qui va paraître. »

Ensemble, les œuvres publiées chez PDP ont remporté plus de 80 prix littéraires.

Solidaire, plus que compétitive

Au début des années 1990, d’autres joueurs veulent s’imposer en édition. « J’entendais dire que PDP était institutionnalisée, qu’on ne faisait plus rien d’innovant, qu’on était la maison de l’orignalitude, etc. Ça m’a surprise, car ce n’était pas l’image que j’avais », explique denise truax.

En 1993, la nouvelle maison d’édition du Nordir (qui n’existe plus aujourd’hui) publie un recueil satirique intitulé Les Franco-Ontariens et les cure-dents. « Ce petit ouvrage attaque, de manière assez frontale, uniquement des auteurs de PDP. Je n’en avais pas fait énormément de cas, mais les médias, qui aiment ces histoires-là, en avaient fait beaucoup de cas », se rappelle l’éditrice, qui rejette l’idée d’une compétition malsaine. « J’ai toujours voulu que PDP soit la meilleure maison d’édition, mais ça ne voulait pas dire qu’on était meilleurs contre les autres. Il y a toujours eu de la place pour tout le monde. »

L’équipe de PDP en 2012. Crédit image : Marg Seregelyi

denise truax a souvent fait preuve de solidarité envers ses pairs. Elle fait partie des membres fondateurs du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC). Elle est aussi derrière l’ouverture de PDP aux provinces de l’Atlantique, en 2001. Les Éditions d’Acadie venaient de fermer leurs portes, et les autres maisons du coin n’avaient pas les moyens de reprendre tous leurs auteurs. Autre signe de la camaraderie de PDP, on retrouve parmi les autrices de Lieux-dits la fondatrice des éditions Terre d’accueil, Suzanne Kemenang.

« Si on travaille tous ensemble à structurer le milieu, on va tous être plus forts, et le milieu va être plus fort. » denise truax

Un conflit de plus grande envergure a éclaté lorsque les éditions Guérin ont intégré de longs extraits de La vengeance de l’original à un de leurs manuels scolaires, sans demander les droits. PDP intente alors une poursuite contre Guérin, qui a dû lui accorder des droits punitifs après quatre ans de processus judiciaire.

Aujourd’hui et demain

En 2023, Prise de parole est toujours bien en selle dans le monde de l’édition franco-ontarienne. Selon denise truax, la base du métier est restée la même. Les changements se situent plutôt au niveau des technologies, des délais et coûts d’impression. L’arrivée des livres numériques ouvre un autre marché, mais qui reste marginal.

 « On a permis à des gens de rêver le milieu. De le faire exister en poésie, en théâtre, dans les romans… de mettre en scène leur imaginaire et de s’assurer qu’il soit là pour la postérité. » – denise truax

PDP a le souci de faire plus de place aux femmes et aux auteurs autochtones. Ce dernier souhait existait déjà du temps de Robert Dickson, qui a assuré la toute première traduction d’un roman de Tomson Highway. Depuis quelques années, PDP a aussi ouvert les bras aux auteurs autochtones résidant au Québec. « Notre mandat est resté non québécois. Mais la conception de la géographie et des frontières est profondément différente chez les autochtones, et on accepte ça tout à fait. »

Chez Prise de parole, on fait place aux femmes aussi dans les postes de direction. Chloé Leduc-Bélanger est l’une des trois éditrices et est responsable des projets spéciaux chez PDP. Crédit image : Bennett Malcolmson

En plus de l’événement de samedi à Sudbury, le cinquantenaire de PDP sera souligné à Caraquet en juillet et à Montréal en septembre. L’équipe prépare aussi un projet de constellation, un recensement des gens ayant participé de près ou de loin à son histoire. C’est une maison d’édition aux reins solides qui poursuit sa mission pour les années à venir.

Course à la mairie de Toronto : une centaine de candidats aux trousses d’Olivia Chow

TORONTO – Ce vendredi marque la clôture de la période de candidature à l’élection partielle qui désignera, le 26 juin prochain, le successeur de John Tory aux commandes de la Ville Reine. Ils sont finalement 102 candidats en lice. Un record. En tête des sondages, Olivia Chow devra composer avec de sérieux rivaux qui écument des thèmes similaires mais avec parfois une vision aux antipodes.

Selon le plus récent sondage, avec 33 % des intentions de vote, Olivia Chow mènerait largement la danse devant Marc Saunders et Josh Matlow, tous deux crédités de 14 %. Mais les coups de sonde publiés jusqu’ici restent très fragiles de par leur échantillon (entre 1000 et 2000 électeurs interrogés) et le taux d’indécis qui oscille autour des 30 %.

Ancienne conseillère municipale et ex-députée fédérale néo-démocrate, Mme Chow a reçu de nombreux soutiens, dont celui de Gil Penalossa, deuxième de la dernière course à la mairie, face à John Tory. Elle milite pour plus de logement abordable, un meilleur réseau de transport et s’oppose vivement au plan provincial de réaménagement de la Place de l’Ontario.

À l’opposé sur l’échiquier politique, Mark Saunders, ex-chef de la Police de Toronto, tente de capitaliser sur son image sécuritaire, pour rafler les votes conservateurs. Premier chef noir des forces de l’ordre municipales, en poste à des moments cruciaux comme ceux de l’attaque à la fourgonnette et de la fusillade de l’avenue Danforth, son image a toutefois été ternie par ses rapports conflictuels avec la communauté LGBTQ+, l’ayant poussé à la démission en 2020.

Un très net fossé idéologique sépare l’ex-élue NPD Olivia Chow de l’ancien chef de la Police de Toronto Mark Saunders. Source : Twitter et Facebook des candidats

Les poursuivants les plus crédibles sont essentiellement des conseillers municipaux, anciens ou actuels : Josh Matlow (Toronto-St. Paul), Brad Bradford (Beaches-East York), Anthony Perruza (Humber River-Black Creek), Ana Bailão (Davenport, 2010-22), Giorgio Mammoliti (York-Ouest, 2000-18) et Rob Davis (York, 1991-97) essayent de refaire leur retard dans une campagne assez inaudible et peu suivie par les Torontois, rappelés aux urnes après la démission surprise de John Tory.

Mais il ne faut pas sous-estimer d’autres profils arrivés plus tard dans la course, à l’image de l’ancienne ministre de l’Éducation et ex-députée de Scarborough-Guildwood, Mitzie Hunter, qui a remis sa démission à Queen’s Park il y a deux jours pour se consacrer à 100 % à ce combat politique. À un mois et demi du scrutin, cette politicienne libérale bénéficie d’un certain soutien local.

Promesses de logement abordable et de meilleurs transports

Autre prétendante libérale, Celina Caesar-Chavannes a siégé quant à elle au Parlement fédéral, représentant la circonscription de Whitby de 2015 à 2019. Arrivées respectivement troisième et cinquième des élections de l’automne dernier, Chloe Brown et l’activiste environnementale Sarah Climenhaga se sont lancées à nouveau dans la lutte.

Au total, 102 candidats sont en lice (le record était de 65 en 2014) avec des profils très éclectiques. On compte entre autres Anthony Furey, un ancien chroniqueur du Toronto Sun, Claudette Beals, la mère de Regis Korchinski-Paquet – cette jeune femme noire décédée au cours d’une intervention policière en 2020 – ainsi que son avocat Knia Singh.

Le réaménagement de la Place de l’Ontario ressurgit régulièrement dans la campagne électorale. Crédit image : Therme Canada

Sont en outre candidats le président du Parti libertarien de l’Ontario, Serge Korovitsyn, et Meir Straus qui, à 18 ans, est le plus jeune candidat à se présenter

Les favoris se déchirent notamment sur le projet clivant de réaménagement de la Place de l’Ontario et font du développement du logement abordable et des transports publics leurs priorités dans une ville en proie à l’inflation et aux embouteillages. Mais les électeurs ne se font guère plus d’illusion sur le coût de la vie et l’efficacité des déplacements urbains dans la première ville du pays.

Le plus gros suffrage devrait revenir à… l’abstention

La campagne ne soulève pas les foules, ceci dit. Élu sur un score-fleuve pour un troisième mandat en octobre dernier, le populaire John Tory avait démissionné à la suite d’une liaison extra-conjugale. Un départ soudain qui a créé depuis un profond vide de notoriété.

Exaspérés de retourner aux urnes en si peu de temps, les Torontois savent en outre que leurs taxes serviront à financer un scrutin dont ils se seraient bien passés. Coût de l’opération : environ 15 millions de dollars, alors que la Ville qui accuse un déficit d’un milliard de dollars. Résorber cet abysse budgétaire sera d’ailleurs le plus difficile à gérer pour le successeur de M. Tory.

« Il n’y a pas beaucoup de noms connus », relève Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster. « C’est difficile pour les gens de faire le tri parmi autant de candidats mais, si dans les jours qui viennent, la course se resserre autour de deux, trois ou quatre personnalités, les électeurs vont voir plus clair dans les différences dans les enjeux qu’ils mettent au centre de leur campagne. »

Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster. Gracieuseté

« Le fait que ce soit seulement une élection partielle sans autre vote risque d’atténuer la participation » – Peter Graefe

Le politologue note une fracture idéologique béante entre Mme Chow et M. Saunders, deux favoris, qui pourrait susciter un fort intérêt de la part de la population. « Ce sont deux manières de voir le vivre-ensemble à Toronto assez distinctes qui pourraient mobiliser le jour du scrutin. » 

De là à faire déplacer massivement les électeurs le 26 juin? Pas si sûr. « La multiplication des campagnes fait en sorte que certaines vont pousser les gens à sortir voter, mais le fait que ce soit seulement une élection partielle sans autre vote (ni conseillers municipaux ni conseillers scolaires) risque d’atténuer la participation », contrebalance M. Graefe.

En 2022, seuls 30 % des votants avaient fait le déplacement devant les urnes.

Un premier débat mercredi dernier a permis aux Torontois départager la vision des candidats Bradford, Hunter, Perruzza, Furey et Saunders, mais il manquait de sérieux prétendants au fauteuil de maire.

Selon M. Graefe, les prochaines joutes permettront d’y voir plus clair. Il faudra en outre s’attendre à des abandons et des reports de voix durant la campagne. Une manœuvre stratégique habituelle qui influencera certainement l’issue du vote.

Quelques promesses précises des principaux candidats au fauteuil de maire. Infographie ONFR+

Cet article a été modifié pour la dernière fois le vendredi 12 mai à 17h30.

Refonte de la Loi sur les langues officielles : les conservateurs entretiennent le flou

OTTAWA – Le Parti conservateur va-t-il voter, oui ou non, en faveur du projet de Loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles? La question est toujours en suspens au sein de la formation conservatrice, tandis que les autres partis de l’opposition ont déjà dit qu’ils voteraient en faveur.

Le projet de Loi C-13 était de retour à la Chambre des communes mercredi où étaient débattues les modifications apportées en comité et des motions déposées par la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.

Jeudi, les députés de toutes les formations politiques ont voté en majorité de ces modifications apportées. Le député libéral de l’île de Montréal Anthony Housefather a voté contre tandis que sa collègue Sherry Romanado s’est abstenue. Les députés procéderont vendredi à la troisième lecture du projet de loi aux Communes et un vote suivra lundi. Il s’agit de la dernière étape avant d’être envoyé au Sénat. 

Questionné par les journalistes à savoir comment son parti allait voter, le député conservateur Joël Godin a caché son jeu.

 « Vous connaîtrez notre position lorsque le vote sera fait à la Chambre des communes par respect pour la démocratie et le processus parlementaire », a indiqué le porte-parole en langues officielles.

Il n’a pas non plus voulu préciser si ça serait un vote libre ou encore si une décision de positionnement avait été prise au sein des troupes de Pierre Poilievre.

« Vous me posez la question mais je vous répondrai pas », a-t-il dit aux journalistes avec un sourire jeudi avant la période des questions. 

Le critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur Joël Godin. Gracieuseté

Son collègue et lieutenant du Québec pour les conservateurs, Pierre-Paul Hus, tenait le même discours mercredi soulignant qu’il s’agissait de discussions de caucus.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh affirmait déjà durant les travaux en comité que ses troupes appuieraient la mouture de la ministre Ginette Petitpas Taylor. Le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet avait signalé il y a deux semaines que sa formation appuierait aussi le projet de loi C-13. 

Chez les libéraux, la modernisation de la Loi sur les langues officielles est un engagement sur la plateforme électorale de 2021. Selon leurs règles, les députés sont obligés de voter en faveur de la ligne de parti lors de votes de confiance, par exemple le budget, les questions touchant la Charte canadienne des droits et libertés et les engagements électoraux.

Questionné par les journalistes plus tôt cette semaine à savoir si ça serait un vote libre, le whip en chef du gouvernement Steve MacKinnon a refusé de répondre, soutenant que « c’est un engagement qu’on entend tenir ». Les libéraux qui iraient l’encontre du parti dans l’un de ces trois cas risquent l’expulsion.

Le gouvernement souhaite avoir la sanction royale d’ici la fin de la session parlementaire, le 23 juin.

Prix Champlain : Robert Marinier, Audrey Long et Jean-Luc Trudel récompensés

OTTAWA – Le Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC) a procédé à la remise de ses prix littéraires Champlain jeudi soir à Ottawa. Robert Marinier, Audrey Long et Jean-Luc Trudel sont les lauréats 2023.

La soirée en mode cinq à sept a débuté avec une lecture d’extraits des œuvres en nomination pour le volet adulte et une présentation des finalistes du volet jeunesse. Les gagnants ont ensuite rapidement été annoncés dans une vidéo préenregistrée par le ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne à l’Assemblée nationale du Québec, Jean-François Roberge.

L’épopée du Conte de l’apocalypse se poursuit donc pour Robert Marinier, qui avait également remporté le prix Trillium d’Ontario créatif en juin 2022. La pièce de théâtre épique, dont le texte a été publié chez Prise de parole, a été récompensée dans le volet adulte.

Depuis La tante en 1981, Robert Marinier s’est imposé comme l’une des grandes figures du théâtre franco-ontarien. Crédit image : Rachel Crustin

Au micro d’ONFR+, le principal intéressé a réagi : « Je suis toujours un peu surpris, parce que j’écris du théâtre. Mon but, c’est que les pièces soient montées. Donc de gagner un prix par la lecture, je trouve ça toujours un peu drôle, parce que c’est difficile de lire le théâtre. Mais je suis bien content! »

Comme son nom l’indique, Un conte de l’apocalypse met en scène une fin du monde. Mais outre les changements climatiques, l’aveuglement volontaire et la quête d’un père pour protéger son fils, ce qui caractérise l’œuvre est que le personnage principal est conscient d’être dans une pièce de théâtre. Le bris constant du quatrième mur place le lecteur (ou le spectateur) dans une position particulière.

Robert Marinier aimerait revoir sa pièce sur scène un jour, tout en restant conscient des défis techniques. « C’est un gros spectacle. Ça demande au moins six comédiens. Donc, on essaie, on planifie, on cherche. »

Robert Marinier lors de son discours de remerciements, après avoir reçu le prix Champlain. La cérémonie se déroulait à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins d’Ottawa, là où la pièce a été montée en janvier 2020. Crédit image : Rachel Crustin

M. Marinier remporte une bourse de 3000 $ et une résidence d’un mois à la maison de la littérature de Québec cet été.

Les deux autres finalistes étaient Sarah Marylou Brideau pour Les vents de Memramcook et le poète Gilles Latour pour Feux du naufrage. Ce dernier est également en lice pour le prix Trillium 2023.

Un album sensible et nécessaire

Dans le volet jeunesse, le prix Champlain a été décerné à Tommy Tempête. Ce texte d’Audrey Long, illustré par Jean-Luc Trudel, a été publié aux éditions Bout d’or Acadie.

L’autrice raconte l’histoire de son fils Tommy, qui vit avec un trouble du spectre de l’autisme. On le suit à sa première journée de maternelle dans ce que le jury du REFC a qualifié d’album « important, à la fois sérieux et amusant, un véritable incontournable ».

Sur place avec Tommy, Audrey Long était fière et émue. « Je travaille en éducation. Je suis habituée d’être fière de mes élèves, mais là, je suis fière de moi-même! »

Audrey Long affirme que l’histoire et les illustrations de Tommy Tempête représentent parfaitement le vrai Tommy. Crédit image : Rachel Crustin

Celle qui avait fait la route en famille depuis Fredericton, au Nouveau-Brunswick, reconnaît qu’elle aurait pu se laisser démoraliser par le diagnostic de son fils. « J’espère pouvoir continuer dans cette voie-là et peut-être inspirer d’autres parents qui pensent que ça ne va pas bien et que c’est la fin du monde. »

Dans son discours de remerciement, Jean-Luc Trudel a exprimé son bonheur d’avoir illustré Tommy Tempête. « Merci aux éditions Bouton d’or qui m’ont fait confiance pour illustrer un texte où l’empathie et la bienveillance sont importantes. C’est ce que j’aime faire. »

Jean-Luc Trudel a exprimé son bonheur de recevoir un prix pour son travail, qu’il avait eu beaucoup de plaisir à effectuer. Crédit image : Rachel Crustin

Audrey Long et Jean-Luc Trudel reçoivent une bourse de 3000 $. Les autres finalistes du volet jeunesse étaient Hélène Koscielniak pour Mégane et Mathis et Elena Martinez et Daniela Zekina pour C pour cirque.

Avoir 100 millions de Canadiens d’ici 2100 n’est pas dans les plans d’Ottawa

OTTAWA – Le gouvernement fédéral ne souhaite pas augmenter à 100 millions de personnes la population canadienne d’ici 2100, une hausse suscitant des craintes pour la vitalité du français au pays.

Atteindre un tel nombre était une idée de l’Initiative du Siècle, un influent groupe de pression canadien qui souhaitait augmenter la population du pays à 100 millions d’ici 75 ans.

Ce groupe avait notamment recommandé l’augmentation de l’immigration au Canada pour répondre aux besoins économiques, ce qu’avait fait Ottawa à l’automne dernier en annonçant vouloir accueillir 465 000 à 500 000 immigrants par année d’ici 2025.

« L’Initiative du siècle n’est pas la politique du gouvernement fédéral », a tranché le ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) Sean Fraser jeudi à la Chambre des Communes.

« Il y a plusieurs politiques différentes dans mon plan », signale ce dernier en prenant l’exemple d’un chapitre « juste pour l’immigration francophone ».

Sean Fraser faisait un discours en réponse à une motion du Bloc Québécois qui demandait au fédéral de « rejeter les objectifs de la Century Initiative et demander au gouvernement de ne pas s’en inspirer pour développer ses seuils d’immigration à venir ». Son chef, Yves-François Blanchet, dit craindre pour le poids politique du Québec et la vitalité du français en accueillant 500 000 nouveaux arrivants par année.

Il soulignait qu’une des avenues possibles pour le Québec était de hausser les seuils d’immigration, « mais personne de réaliste ne croit que ça ne peut-être que des gens qui parlent seulement français ».

« C’est possible d’accueillir de nouveaux arrivants et de protéger la langue française et le fait français en même temps. Ce n’est pas juste une possibilité, c’est une réalité », argumentait de son côté Sean Fraser.

Il mentionnait notamment la création de nouvelles voies pour les francophones dans le système Entrée express, qui traite en moins de six mois les demandes. L’an dernier, son ministère a augmenté les points accordés aux francophones dans ce programme d’immigration.

Des conséquences au manque d’immigrants francophones

Hors Québec, les manquements des différents gouvernements d’atteindre la cible annuelle de 4,4 % en immigration francophone a contribué au déclin du français au pays, selon une étude du Commissariat aux langues officielles. Le 4,4 % n’a été atteint qu’à une seule reprise, l’an dernier, depuis son établissement en 2003.

Dans son projet de Loi C-13, le fédéral veut forcer IRCC à atteindre sa cible, qui doit être augmentée à l’automne, en plus d’obliger le ministère à se doter d’une politique en immigration francophone avec des objectifs, des cibles et des indicateurs. La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) demande à ce que 12 % des immigrants canadiens soient des francophones dès 2024 et jusqu’à 20 % en 2036.

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, a annoncé il y a quelques semaines 137 millions de dollars pour l’immigration francophone dans son Plan d’action. Justin Trudeau défendait, plus tôt cette semaine, l’idée de son gouvernement d’accueillir un demi-million d’immigrants soulignant que son gouvernement a « mis l’emphase sur l’immigration francophone ».

Programmation francophone variée pour le Centre national des arts

OTTAWA – Le Centre national des arts (CNA) a dévoilé ce jeudi l’ensemble de sa programmation pour la saison 2023-2024. Les six volets artistiques prévoient des événements variés, et les francophones ne sont pas en reste. Coup d’œil sur la prochaine année dans ce haut lieu de la culture canadienne.

Pour sa deuxième saison comme directeur artistique du Théâtre français du CNA, Mani Soleymanlou a développé sa programmation autour des thèmes du rêve et de la « plongée intérieure ». La saison débutera du 28 au 30 septembre avec une œuvre qu’il a commandée à la metteure en scène Marie Brassard, qui a réuni neuf acteurs fraîchement sortis des écoles de théâtre. L’ombre est une œuvre collective et se veut « un hommage à l’ambiguïté, à l’incertitude et au doute ».

Parmi les événements de grande envergure, on trouve Le Projet Riopelle de Robert Lepage et Ex Machina, du 14 au 16 décembre. Dans un spectacle de quatre heures, on propose une biographie de Jean-Paul Riopelle à travers une trentaine de « toiles vivantes ». Cette production s’inscrit dans les célébrations du centième anniversaire de naissance de l’un des plus grands peintres québécois et canadiens de l’Histoire, telles qu’organisées par la Fondation Jean Paul Riopelle.

L’acteur Luc Picard en répétition pour Le Projet Riopelle, dans lequel il incarne le célèbre peintre. Crédit image : François Latulippe

Une autre initiative de Mani Soleymalou est presque prête à livrer ses fruits. La résidence du Théâtre français a permis à Catherine Vidal de travailler pendant deux ans sur sa version de La Mouette d’Anton Tchekov, un travail de longue haleine qui aboutira du 11 au 13 avril.

La pièce documentaire Rose et la machine (25 au 27 avril) raconte le vrai parcours de Maude Laurendeau dans un système inadéquat pour obtenir des services pour sa fille autiste. Sa belle-sœur dans la vie, Julie Le Breton, interprète les 43 autres personnages en recréant les véritables conversations avec les différents intervenants. Une démarche à la fois rigoureuse et intime qui ne manquera pas de toucher le cœur des spectateurs.

Maude Laurendeau (en arrière) raconte sa véritable quête pour accéder à des services pour sa fille autiste dans Rose et la machine. Elle joue aux côtés de la véritable tante de Rose, Julie Le Breton (en avant). Crédit image : Maxime Côté

Le monologue théâtral L’écoute d’une émotion explore le thème du désir, du 11 au 14 octobre. Dans cette pièce de Marie-Laurence Rancourt, une animatrice radio (Larissa Corriveau) raconte la passion enivrante qu’elle vit avec un homme qui ne lui ressemble en rien.

Dans un texte de l’intellectuel Pierre Lefebvre, Le virus et la proie (22 au 25 novembre) propose une critique incisive et enflammée aux grands dirigeants du monde, dénonçant le fossé qui les sépare de la population.

La programmation du Théâtre français du CNA inclue de belles suggestions familiales : Une petite fête – cabaret de la dissidence (4 à 8 ans) pour célébrer les 50 ans de la Compagnie Le Carrousel, une première nord-américaine pour RoundABOUT (5 à 12 ans) de la Belgo-Japonaise Tsubasa Hori, le « spectacle-voyage interdisciplinaire » Dérive de nuit (7 à 14 ans) et Scoooootch! (2 à 8 ans), qui utilise le papier collant d’une façon particulièrement originale.

Le spectacle de danse théâtrale Quand tu me regardes, sur scène les 16 et 17 décembre, risque d’impressionner toute la famille. Dans une chorégraphie de Guillaume Chouinard, trois artistes, dont la danseuse et journaliste en situation de handicap Maxime D.-Pomerleau, font corps avec leurs fauteuils roulants.

De gauche à droite : Maxime D.-Pomerleau, Ivanie Aubin-Malo et Jérémie Desbiens dans le spectacle Quand tu me regardes. Crédit image : Mikael Theimer

Finalement, le conte nordique De glace (13 au 17 mars) s’adresse à un public très large, dès 7 ans. Un maximum de 80 spectateurs par représentation seront munis d’écouteurs pour vivre de façon immersive cette histoire de deuil et d’amitié exceptionnelle.

Musique populaire et variété

Le CNA accueillera le premier opéra en joual, Albertine en cinq temps. L’adaptation de la célèbre pièce de Michel Tremblay sera au théâtre Babs Asper le 10 novembre. C’est l’autrice-compositrice-interprète Catherine Major qui a composé la musique.

La pièce Albertine en cinq temps avait été créée au CNA en 1984. La revoici, en version art lyrique, en 2023. Crédit image : Véronique Duplain

En musique, Dominique Fils-Aimé, Philippe B et Elisapie seront respectivement de passage à Ottawa les 27 et 28 octobre et le 27 mars. L’humoriste franco-ontarienne Katherine Levac présentera son nouveau spectacle, L’homme de ma vie, le 16 mai 2024.

Des francophones avec l’Orchestre du CNA

Le pianiste franco-canadien Louis Lortie est un complice de longue date de l’Orchestre du CNA (ONCA), l’ayant accompagné près d’une cinquantaine de fois. Il sera de retour à la salle Southam les 25 et 26 octobre. Le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin sera pour sa part en visite avec l’Orchestre de Philadelphie le 18 avril.

Avis aux spectateurs, le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin ne badine pas avec les téléphones cellulaires. Il a récemment interrompu un concert de l’Orchestre de Philadelphie pour implorer la foule d’éteindre leurs appareils. Crédit image : Hans van der Woerd

L’OCNA s’alliera aussi à l’Orchestre symphonique de Québec, la Toronto Mendelssohn Choir et le pianiste Kevin Chen pour une tournée qui s’arrêtera sur la rue Elgin les 7 et 8 mars 2024. Ils y interpréteront des œuvres des compositeurs francophones Camille Saint-Saëns et Jacques Hétu.

Le chef d’orchestre Bernard Labadie et le chœur La Chapelle de Québec visiteront Ottawa les 20 et 21 mars pour y jouer des œuvres de George Frideric Handel en compagnie de l’OCNA et de la soprano américaine Joélle Harvey.

Plusieurs autres événements de l’Orchestre sont affichés comme bilingues, comme Le meilleur de Broadway de la série pops, ou le festival Focus : Clara, Robert, Johannes, une série de performances pour célébrer l’amitié entre Clara et Robert Schumann et Johannes Brahms. Le public jeunesse pourra aussi apprécier la musique classique avec les séries Aventures familiales avec l’Orchestre du CNA ou les Concerts Bouts d’chou. En décembre, les familles pourront se réunir devant le film Maman, j’ai raté l’avion, dont la bande sonore sera jouée en direct par l’OCNA. Un exercice répété en juin 2024 avec Le Parc Jurassique en concert.

Un théâtre autochtone entre bonnes mains

Le directeur artistique du Théâtre autochtone du CNA, Kevin Loring, a vu son contrat renouvelé jusqu’en août 2027. Il aura alors complété une décennie dans ce poste. Le récipiendaire de nombreuses distinctions a aussi reçu en début de semaine le prix Bibliothèque et Archives Canada pour sa contribution « exceptionnelle à la création et à la promotion du patrimoine culturel, littéraire et historique de notre pays ».

Le retour du cheval ojibwé est un spectacle familial coprésenté par le Théâtre autochtone et l’Orchestre symphonique du CNA. Crédit image : Rhonda Snow

Un nouveau système de billetterie a été mis en place avec plus de fonctionnalités, comme la possibilité de voir la scène de notre siège avant l’achat, celle d’établir une liste de souhaits et de créer différents profils. Les dates de mise en vente sont précisées sur chaque fiche de spectacle sur le site web du Centre national des arts.

Fête des mères, tulipes et spectacles

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

C’est la fête des mères ce dimanche, et les choix ne manquent pas pour s’offrir une sortie francophone en famille. Un concert, un festival, un film ou une pièce qui fait réfléchir, ou encore une simple balade au milieu des fleurs, voilà autant d’occasions de passer du temps de qualité pour les petits et les grandes.

Festivals

Une commémoration en fleurs

Le traditionnel festival canadien des tulipes est de retour à Ottawa du 12 au 22 mai. La cérémonie d’ouverture aura lieu samedi à 11h aux abords du lac Dow et de la promenade Queen Elizabeth. Plusieurs activités sont organisées, comme des visites guidées pour en apprendre plus sur l’Histoire ou sur les variétés de tulipes, des projections de films en plein air, une « promenade des lumières noires » et un spectacle son et lumière pour profiter du festival le soir. La principale activité reste tout de même de déambuler au parc des Commissionnaires et aux alentours pour admirer près d’un million de tulipes en pleine floraison.

Chaque année depuis 1945, le gouvernement des Pays-Bas envoie des bulbes de tulipes au Canada en guise de reconnaissance pour le rôle que ce dernier a joué dans sa libération, ainsi que pour avoir accueilli la famille royale néerlandaise à Ottawa pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Près d’un million de tulipes fleurissent ces jours-ci à Gatineau et Ottawa, pour le Festival canadien des tulipes. Crédit image : Yana Pigot

Du 12 au 22 mai au parc des Commissionnaires d’Ottawa. Carte et programmation complètes sur le site du Festival canadien des tulipes.

Jamais trop jeunes pour la culture

Les tout-petits de Toronto pourront profiter d’un festival entièrement pensé pour eux du 16 mai au 11 juin. Le WeeFestival propose une programmation de musique, de théâtre et de marionnettes s’adressant aux enfants de 0 à 6 ans. Même les très jeunes bébés pourront assister à des spectacles conçus pour eux, comme Babula Laina et Tintinabule d’Emmanuelle Lizère-Tigouli, dans lesquels les 0-15 mois peuvent explorer un monde de sons et de textures. WeeFestival est un festival bilingue, avec tout un pan de sa programmation élaborée en français, en partenariat avec le Théâtre français de Toronto.

Le spectacle Le Vieil Homme et la Rivière, présenté au WeeFestival, s’adresse aux enfants de 2.5 ans et plus. Crédit image : Quinn Roy

Du 16 mai au 11 juin à Toronto. Programmation complète et billets sur le site du WeeFestival

Unique comme ses créateurs

ReelAbilities Toronto est la branche canadienne du plus gros festival en Amérique du Nord à présenter des films sur les handicaps et à mettre en lumière le travail d’artisans du cinéma sourds ou handicapés. 22 films, dont la moitié sont canadiens, seront présentés en plus de différents événements, en personne ou en virtuel. Des interprétations en American Sign Language (ASL), des traductions en temps réel des communications (CART), des sous-titres et des vidéo descriptions accompagneront les festivaliers.

Les événements en personne se déroulent à Toronto, mais deux films francophones font partie de la programmation en ligne. Enracinée (Grounded) d’Annie Leclerc est un court-métrage documentaire racontant l’histoire de Marie-Hélène Bellavance, une artiste visuelle et danseuse ayant perdu l’usage de ses jambes durant son enfance. Miette, de Maude Bouchard et Camille Trudel, est un court-métrage de fiction racontant la rencontre entre une réalisatrice et une jeune femme vivant avec des troubles de santé mentale.

Les courts-métrages Enracinée (à gauche) et Miette (à droite) ont déjà voyagé dans différents festivals à travers le monde. Source : Festival du film ReelAbilities

Enracinée, le 14 mai. Miette, le 16 mai. Détails sur le site du ReelAbilities Festival

Théâtre et musique

Une pièce jeunesse sur l’identité de genre

Mesdames et messieurs, garçons et filles est une pièce de théâtre pour les 10 ans et plus qui sera présentée les 12 et 13 mai à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins d’Ottawa, puis du 17 au 20 mai au Berkeley Street Theatre à Toronto. Elle raconte l’histoire de Finn (Lionel Lehouillier), garçon assigné fille à la naissance, qui part à la recherche de sa vraie identité. La pièce reprend certains codes du cirque, présentant les membres de la famille comme autant d’acrobates tentant de jongler avec la nouvelle situation.

Le texte original de Dave Deveau a été traduit par Marie-Thé Morin. Un dossier d’accompagnement permet d’enrichir la discussion, tant pour les enfants que pour leurs parents et enseignants. À La Nouvelle Scène, où on organise souvent des activités ludiques en marge des représentations théâtrales, il y aura une discussion d’après spectacle avec les artistes, en plus d’une soirée pizza le vendredi et d’un après-midi chocolat le samedi.

Alexandre Gauthier, Lionel Lehouillier et Lissa Léger tiennent la vedette dans la pièce Mesdames et messieurs, garçons et filles. Crédit image : Catherine Archambault

Les 12 et 13 mai à Ottawa et du 17 au 20 mai à Toronto. Détails et billets sur les sites de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins et du Théâtre français de Toronto

Une semaine francophone variée au CNA

Le Centre national des arts (CNA) accueillera plusieurs spectacles en français dans les prochains jours. Emmanuel Schwartz s’installe au studio Azrieli du 18 au 20 mai. Dans le deuxième volet de sa trilogie Essais, intitulé Le partage, il explore le principe de mise en abyme au  milieu de projections 3D, dans une autofiction illustrant un « dérapage non contrôlé. »

En musique, la Quatrième salle de l’édifice de la rue Elgin sera occupée par les spectacles de Mimi O’Bonsawin le 13 mai (aussi à la Place des arts du Grand Sudbury la veille) et de Rosie Valland le 18 mai. Le CNA a aussi lancé une nouvelle série intitulée les Concerts du Midi Jukebox. Jusqu’au 22 juin, des spectacles d’une quarantaine de minutes sont présentés gratuitement les jeudis à la place Peter A. Herrndorf. Les spectateurs sont invités à apporter leur lunch et à décrocher du travail pour un instant. Les francophones Sophia Duhaime et Sophie D’Orléans seront respectivement à l’honneur les 18 et 25 mai.

Le partage est le deuxième volet du tryptique autofictif Essais d’Emmanuel Schwartz. La première partie, L’exhibition, avait été créé en 2017. Crédit image : David Ospina

Plusieurs dates. Billets et programmation complète sur le site du Centre national des arts

Humour

Quelques doubles sens et des blagues réconfortantes

L’humoriste Michelle Desrochers sera de passage au Conseil des arts de Hearst le 18 mai pour roder son premier spectacle solo, intitulé Pelote. Celle qu’on a connue à des émissions comme Le prochain stand-up et Big Brother Célébrités sort son côté « matante » et chandail de laine : réconfortante, tricotée serrée… et peut-être un peu piquante.

Michelle Desrochers est en rodage pour son premier spectacle solo, intitulé Pelote. Les premières médiatiques auront lieu en novembre. Crédit image : Felix Renaud

Le 18 mai à la salle Lina-Payeur. Détails et billets sur le site du Conseil des arts de Hearst

Fusillade mortelle à Bourget : l’Est en état de choc

BOURGET – Un peu après deux heures du matin ce jeudi, plusieurs coups de feu ont retenti dans le petit village de la cité de Clarence-Rockland. Au petit matin, c’est une communauté en deuil et sous le choc qui se réveille avec cette triste nouvelle : un policier mort et deux gravement touchés.

Ce sont trois agents de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) du détachement de Russell, qui ont été envoyés à l’angle de rue Laval et de la route Champlain, après un appel indiquant des coups de feu dans un domicile. À leur arrivée, ils ont essuyé des coups de feu tirés par un homme depuis son logement, a indiqué la police sur Twitter. 

Tous ont été transportés à l’Hôpital d’Ottawa, mais un des policiers n’a pas survécu à ses blessures. 

« Les deux autres policiers sont dans un état stable et se remettent de leurs blessures », d’après le maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, 

Arrivée des ambulances et des véhicules de police cette nuit à l’Hôpital d’Ottawa. Source : Facebook
Caméra de nuit

Une communauté surprise 

Un habitant de Bourget, Annick Lamoureux, a confié à ONFR+ être sous le choc. « Je me sens horrifié, c’est triste, nous ne savons toujours pas qui sont les policiers, mais nous sommes de tout cœur avec les familles éprouvées. »

L’impact de cet évènement s’est fait sentir dans les villages avoisinants. Francis Carrière, habitant de Saint-Pascal-Baylon, s’est dit abasourdi ce matin. « Je suis surpris surtout que ça arrive dans un petit village tranquille comme Bourget à côté de chez nous. Je suis triste d’entendre dire qu’un des officiers est décédé. »

Sur les réseaux sociaux, même constat : des centaines de personnes ont témoigné leur chagrin et leur incompréhension en commentaire des publications de la Police provinciale de l’Ontario. 

Les élus aussi, l’image de Francis Drouin : « Je me suis réveillé ce matin avec la triste nouvelle à Bourget. Ceci est un rappel que nos policiers risquent leur vie à chaque jours pour protéger nos communautés », a réagi sur Facebook le député de Glengarry-Prescott-Russell.

Le premier ministre Justin Trudeau a qualifié ce drame de « terribles nouvelles » via Twitter.

Un peu avant midi, le premier ministre, Justin Trudeau s’est exprimé devant sa résidence à Ottawa : « Je veux commencer en exprimant mes profondes condoléances et mes sympathies pour la communauté de Bourget et pour la famille du sergent Eric Mueller qui a perdu sa vie hier soir. On pense tous aux deux policiers qui sont à l’hôpital maintenant et on espère qu’ils vont se remettent sur pied bientôt. »

« C’est quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver », a-t-il déclaré. « Nous allons travailler avec la communauté pour passer à travers ces moments difficiles, mais aussi pour réfléchir à l’avenir. »

En conférence de presse, à Brampton, le premier ministre de l’Ontario, a déclaré : « Nous sommes dévastés par cette nouvelle. Rien que cette année, nous avons ajouté cinq noms au mémorial de la police. Tout ça nous rappelle que nous devons soutenir nos policiers, et être sûr qu’il soit respecter avec dignité. »

Un village paisible et tranquille

« N’importe quels villages de Clarence-Rockland, sont des beaux petits villages tranquilles », justifiait le maire Zanth, visiblement éprouvé ce jeudi matin. « C’est une belle municipalité où on s’entraide, le sens de communauté est incroyable. »

Le maire ne dispose encore que de peu d’information sur ce qui s’est véritablement passé. Il doit rencontrer aujourd’hui les habitants et s’assurer que la police et les familles auront accès à tout ce dont ils ont besoin. 

Mélina Leroux, directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), qui a grandi à Bourget, se dit « depuis ce matin à 5h30, je suis sous le choc ». 

Mario Zanth Clarence-Rockland
Mario Zanth est le maire de Clarence-Rockland. Crédit image : Stéphane Bédard

« C’est vraiment bizarre de voir mon village autant dans les nouvelles », a-t-elle expliqué. « Ce n’est pas habituel dans ce coin-là et surtout pas qu’une personne vise les policiers avec une arme à feu ». 

Manon Therrien est infirmière et habite à Bourget « à deux rues du tragique événement ».

« Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai appelé mes enfants pour être sûre qu’ils ne sortent pas, parce qu’à ce moment-là, nous ne savions pas si la personne se balader avec son fusil dans les rues », a expliqué la mère de famille.

« C’est du jamais vu. C’est effrayant, parce que je trouve qu’on est de plus en plus dans un monde agressif, un petit peu fou par moment. Le monde est ébranlé, je suis allée au magasin tantôt et tout le monde en parle. »

D’après la PPO, le suspect a été arrêté et une enquête est toujours en cours afin de déterminer les causes de cette fusillade. Le commissaire de la PPO, Thomas Carrique a confirmé plutôt dans la journée l’identité du sergent Eric Mueller, 42 ans, comme étant la victime principale de cette fusillade. En conférence de presse, la PPO a affirmé que l’un des deux autres policiers est rentré à son domicile pendant que l’autre se remet toujours de ses blessures.

Cet article a été modifié le 11/ 05/ 2023 à 14h30

Un pas de plus vers un campus francophone virtuel canadien

TORONTO – En investissant deux millions de dollars dans la plateforme torontoise Voilà Community Help, le ministère des Langues officielles entend donner de l’élan à l’apprentissage dans le métavers, cette réalité numérique alternative qui permet à des élèves d’interagir via des avatars. Boudée en Ontario français, cette technologie pourrait gagner rapidement les pays de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Derrière ce financement, l’idée de la ministre Ginette Petitpas Taylor est d’arrimer l’intelligence artificielle aux langues officielles, la mettre d’une certaine façon au service du bilinguisme.

Voilà Community Help développe depuis plusieurs années un univers d’apprentissage virtuel du français comme langue seconde à travers le métavers façonné comme un campus où se croisent et se côtoient les avatars d’élèves et enseignants issus de 35 conseils scolaires partout au pays.

Échanger, faire ses devoirs, écrire sur un tableau, créer des vidéos, solliciter l’aide d’un enseignant… Des options variées s’offrent aux élèves de la 1ère à la 12e année afin qu’ils développent leurs acquis et compétences en français après la classe, de 17h à 20h. L’intégration de l’intelligence artificielle permet alors de recueillir de l’information sur l’apprentissage de chaque élève en vue de personnaliser ses besoins et attentes.

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles, en déplacement à Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

L’organisme torontois développe dans le même temps un autre projet destiné cette fois à l’apprentissage dès la petite enfance. Avec MétaLingo, des enfants de 2 à 6 ans seront en mesure d’interagir en français avec des animateurs et d’autres enfants de leur âge au moyen d’activités et de jeux adaptés et évolutifs.

« La petite enfance joue un rôle critique pour favoriser la transmission de la langue, la construction identitaire et le maintien du poids démographique des francophones au pays. Ces investissements permettront ainsi de répondre aux nouveaux besoins et priorités en matière d’éducation en langue française, et ce, dès la petite enfance », estime Mme Petitpas Taylor.

Le financement du ministère, qui s’étend sur deux ans, doit à la fois permettre l’optimisation de la technologie et le déploiement du programme. « La première chose, c’est de construire la plateforme et faire en sorte que les enfants soient à l’aise dedans. La deuxième, c’est employer des enseignants capables de donner des cours de 11h du matin à 3 heures de l’après-midi », détaille Hosni Zaouali, le président de Voilà Community Help.

Aucun conseil scolaire franco-ontarien

Près de 35 conseils scolaires sont connectés au campus actuellement. Aucun d’entre eux n’est franco-ontarien. « On a des conseils francophones comme celui de Vancouver, mais pas de l’Ontario », concède M. Zaouali. « Ils n’ont pas émis le souhait et on n’a peut-être pas bien fait de communication de notre côté. On doit faire plus d’effort pour aller vers eux. »

Alors que le développement de l’intelligence artificielle s’accélère, posant toujours plus de questions sur ses contours éthiques, le président de Voilà Community Help indique que la régulation de cette technologie est au centre de ses préoccupations.

Hosni Zaouali, président de Voilà Community Help. Crédit image : Rudy Chabannes

« C’est un gros pavé sur mon bureau et qui rejoint la responsabilité et les valeurs de toute entreprise évoluant dans ce domaine en mutation rapide. » Aucune agence ne régule ce que l’on fait avec les données et l’enseignement. Alors on s’est entouré de spécialistes de la Aid Tech pour nous aider à trier ce qui est éthique de ce qui ne l’ait pas. »

Et de comparer l’exploitation concurrentielle des technologies d’intelligence artificielle comme « une course contre la montre ». « Mais on ne déploie rien qui n’a pas été testé ni régulé avec les pare-feu nécessaires pour prévenir les débordements. »

Ambition mondiale à l’échelle de l’OIF

Son organisme a récemment décroché un contrat avec l’OIF afin de déployer sa technologie dans les 88 pays membres. Son ambition : rejoindre des milliers d’étudiants grâce à un campus francophone universel accessible quel que soit leur équipement, ce qui explique les graphismes rudimentaires de la plateforme. « On veut garder cela le plus simple possible afin que, peu importe si tu as un ordinateur puissant ou pas, tu puisses être inclus, sans discrimination technologique. »

Les employés de Voilà Community Help autour de la ministre Petitpas Taylor et de la députée de London Ouest, Arielle Kayabaga. Crédit image : Rudy Chabannes

Pour la ministre, hors de question cependant de remplacer la salle de classe par l’apprentissage virtuel. « On ne veut pas remplacer les enseignants ni les salles de classe. Ça restera un outil complémentaire qui renforcera la confiance des enfants en eux », tient-elle à clarifier.

Et de conclure : « Cet outil a été déployé en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Colombie-Britannique, partout au pays. C’est incroyable de savoir que les jeunes vont vivre des expériences et des activités en milieu linguistique minoritaire. »

« Aucune autre expérience pareille dans le Nord » : Terre dynamique fête 20 ans de succès

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Ashley Larose est la directrice générale du musée Science Nord, à Sudbury, lequel chapeaute le projet Terre dynamique.

LE CONTEXTE :

Terre dynamique est un centre des sciences versatile et immersif qui offre des expériences liées aux sciences de la Terre et à l’exploitation minière. Ce mercredi marque son 20e anniversaire, au cœur de la Semaine nationale de l’industrie minière.

L’ENJEU :

Abrité sur le site du fameux Gros Nickel, Terre dynamique propose une série d’activités pour souligner son anniversaire et son histoire, intimement liée à celle de la plus grande ville du Nord.

« De quelle manière allez-vous souligner le 20e anniversaire de Terre dynamique?

Pour marquer l’occasion, le centre de science à Terre dynamique va offrir un rabais de 20 % sur les droits d’entrée jusqu’au 27 mai. On a aussi, aujourd’hui, des présentations gratuites par l’une des plus grandes paléontologues du Canada, la docteure Victoria Arbour. Il y a une présentation en matinée pour les élèves et une le soir pour le grand public. Elle va conter l’histoire, assez peu connue, des dinosaures de Colombie-Britannique.

L’exposition « À la découverte des dinosaures » a lieu jusqu’au 4 septembre prochain. Crédit image : Science Nord

Quel a été l’apport de Terre dynamique à la région de Sudbury?

C’est la seule place où les gens peuvent explorer ou vivre l’expérience souterraine. Dans une ville où l’industrie minière est tellement importante, c’est vraiment le seul endroit du genre totalement ouvert au grand public et qui raconte l’histoire de la ville.

Quels sont vos engagements pour l’écologie ou l’environnement?

On va justement projeter un nouveau film qui va montrer tout le travail écologique fait ici à Sudbury. C’est vraiment ça le sujet : on y parle du succès de Sudbury en ce sens. On ne peut pas avoir d’économie verte sans industrie minière, car les piles dont on a besoin pour créer cette économie verte nécessitent du nickel et du cuivre. En ce sens, on montre bien que Sudbury est un vrai leader de l’économie verte et minière.

Ashley Larose a accédé au poste de directrice générale en août dernier. Crédit image : Science Nord

Quels ont été les meilleurs coups de ces 20 dernières années?

Il y a une chose que les gens ne savent peut-être pas, c’est qu’on a le seul parc scientifique en plein air de tout le Nord, depuis 2015. Il n’y a aucune autre expérience pareille dans le Nord de l’Ontario. C’est une place où les familles peuvent visiter, faire de l’exercice avec les enfants, voir du matériel minier… Sans parler du Gros Nickel, notre joyau et source importante de revenus pour le tourisme de la ville.

Pourquoi le Gros nickel est-il, justement, considéré comme l’emblème de Sudbury?

Partout dans le monde, nous sommes la capitale du nickel. Les roches ici sont si importantes! Si les minéraux, le cuivre et le nickel sont tous à la surface, c’est à cause de l’astéroïde qui s’est écrasé ici et a créé le cratère, aujourd’hui devenu Sudbury. C’est à l’image de la ville et ça fait de très belles photos.

Inauguré en 1964, le Gros Nickel est la plus grosse pièce de monnaie au monde. Crédit image : Science Nord

Quels sont les projets pour le futur de Terre dynamique?

On est dans une campagne pour faire des rénovations majeures et cela va créer de nouvelles galeries avec d’autres expériences minières très modernes, des expériences multimédias et un spectacle de l’ascenseur… Tout sera complété à temps pour le 21e anniversaire l’été prochain. »

Iniquité dans l’animation culturelle : la FESFO interpelle le gouvernement

OTTAWA – Démontrer l’importance de la culture franco-ontarienne et pousser les efforts dans le rayonnement de cette culture. Voilà l’objectif du rapport sur l’animation culturelle publié par la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). Ce sont au total 13 recommandations que l’organisme a partagés au ministère de l’Éducation de l’Ontario. Parmi elles, l’iniquité des services en animation culturelle d’un conseil scolaire à l’autre, voire d’une école à l’autre au sein d’un même conseil.

C’est le fruit de plusieurs consultations auprès de la jeunesse franco-ontarienne que la FESFO a entrepris avec ce rapport sur l’animation culturelle. On y trouve plusieurs enjeux actuels et pistes d’action suggérant au ministère la mise en place de « milieux d’apprentissage » et « de projets communautaires francophones ».

Tout au long de l’année 2022, la FESFO a demandé aux élèves francophones de niveau secondaire en Ontario de s’exprimer sur leurs expériences en animation culturelle. Après la pandémie, les animations principalement virtuelles n’ont plus vraiment d’impact sur la jeunesse. D’après le rapport, « il faut maintenant revoir un modèle d’intervention post-pandémique jumelant le meilleur du présentiel et du virtuel afin d’offrir une expérience optimale ».

La mise en place d’un certificat réclamée

« Il faut que l’animation culturelle soit remise en question de temps en temps, savoir ce qui vit bien et s’assurer qu’on est tout le temps en train de s’améliorer », souhaite Haïfa Zemni, vice-présidente de la FESFO. 

Cette élève de 11e année, à l’École secondaire Gisèle-Lalonde à Ottawa, pense qu’il faut se renouveler en la matière. « Il faut aussi s’assurer que les élèves soient entendus dans le processus et qu’ils aient un mot à dire dans les activités qui auront lieu dans l’école. »

Haïfa Zemni est vice-présidente de la FESFO. Gracieuseté

La recommandation la plus importante, selon la jeune fille, est de combattre les disparités culturelles qu’il existe entre les conseils scolaires francophones et les écoles en Ontario. 

Plusieurs recommandations vont d’ailleurs dans ce sens, comme par exemple revoir la formation initiale et continue. « On demande la mise en place d’un certificat car, présentement, il faut juste un diplôme d’étude secondaire pour devenir animateur culturel. Il n’y a pas de formation à suivre, il n’y a pas de diplôme post-secondaire à obtenir. C’est vraiment un background différent pour chaque animateur et donc quiconque peut occuper ce poste. »

Elle trouve cela « pas très juste dans les écoles, puisque ce sont différents niveaux d’expertises ». 

« Si les animateurs culturels n’ont pas un budget convenable, ils ne pourront pas faire grand-chose » – Haïfa Zemni

Dans ce rapport, il est aussi question d’un financement équitable. En effet, dans la même veine, pour combattre cette disparité, la FESFO demande à ce que « toute formule de financement doit tenir compte des particularités régionales, de l’éloignement, de l’isolement culturel, de l’accès à des ressources en français, etc ».

« Si les animateurs culturels n’ont pas un budget convenable pour faire les activités qu’ils souhaitent, avec leurs élèves, ils ne pourront pas faire grand-chose », explique Mlle Zemni. 

« Soyons honnêtes, sans budget, on ne peut pas faire grand-chose. Ce n’est pas juste, parce que les élèves reçoivent des services tellement différents que ça crée une disparité. »

Graphique réalisé par la FESFO, démontrant les avantages de l’animation culturelle. Source : Rapport présenté au ministère de l’Éducation sur le rôle de l’animation culturelle

Ce problème d’inégalité est aussi observé pour le cours Leadership et entraide, GPP30. La FESFO recommande donc au ministère de l’Éducation d’encourager les conseils scolaires à offrir et à livrer ce cours dès septembre 2023. 

L’élève de 11e année constate que cet enseignement « n’est pas offert dans toutes les écoles et n’a pas le même contenu dans toutes les écoles ».

« On aimerait qu’il soit offert partout et que le contenu soit pareil, afin que tous les élèves qui souhaitent s’engager puissent le faire. Par exemple, à Gisèle-Lalonde, ce cours est offert à quelques élèves et non à toute l’école, ce qui n’est pas juste à mes yeux. »

Vers des indicateurs de rendement?

Sous l’intitulé Labo FESFO, focus animation culturelle, le groupe de consultation propose de mettre en place un processus de rétroaction assuré par la FESFO.

En plus de cela, il préconise d’élaborer et de suivre des indicateurs de rendement afin de « suivre et mesurer l’impact des interventions et des stratégies déployées par les écoles, les conseils scolaires et les partenaires ».

L’organisme porte-parole de la jeunesse souhaite que le ministère assure en outre la mise en place d’une formation dans le domaine de l’animation culturelle en intégrant par exemple le contexte de la francophonie, mais aussi le développement de l’enfant et de l’adolescent. « Il est aussi recommandé que le ministère de l’Éducation appuie et encourage les conseils scolaires dans l’élaboration d’un profil de compétences pour les responsables de l’animation culturelle. »

Enfin, la FESFO souhaite que le ministère garantisse un financement pour les occasions de rencontres entre élèves. 

« Les rencontres doivent permettre aux élèves de se projeter dans un avenir francophone, donner un sens à leur langue et leur culture et inspirer le développement du savoir, du savoir-être et du savoir-faire », est-il possible de lire dans le document. 

Plusieurs personnalités franco-ontariennes ont fait le déplacement pour assister au dévoilement du rapport dont Lucille Collard, Peter Hominuk mais aussi Mona Fortier et Chandra Pasma. Source : Facebook/FESFO

Une stratégie de développement et un fonds de recherche

Il est recommandé que le ministère de l’Éducation reconnaisse officiellement le rôle de la FESFO « comme partenaire essentiel au développement du leadership jeunesse provincial ».

Il est souhaité aussi que le gouvernement mette sur pied un comité représentant toutes les parties du continuum (toutes les étapes de l’éducation en français en Ontario). En plus, de la création d’une stratégie pour le développement de services d’animation culturelle pour les élèves de 7e et 8e année.

La FESFO suggère de créer un fonds de recherche pour les questions touchant à l’animation culturelle et que le ministère de l’Éducation développe des ressources pour appuyer les conseils scolaires dans une plus grande collaboration avec des partenaires communautaires. 

Enfin, il est recommandé que des ressources soient mises à la disposition du Consortium du Centre Jules-Léger, notamment pour les élèves malentendants et ceux qui ont des difficultés d’apprentissage. 

« Ils sont un peu exclus quand il s’agit d’activités. Donc, on veut qu’eux aussi aient accès à une animation culturelle, qui soit juste et que toutes les recommandations qui ont été proposées leur soient appliquées aussi. »

« On voudrait qu’ils ne soient pas seuls et qu’ils ne soient pas laissés de côté », demande Haïfa Zemni.

Preuve que le ministère de l’Éducation a bien reçu les informations de la FESFO, le ministre Lecce a partagé une vidéo à l’attention de l’organisme, remerciant la jeunesse franco-ontarienne pour les réformes proposées. « Nous continuerons à nous rencontrer et travailler ensemble », a-t-il adressé.


En réponse à ONFR+, la porte-parole du ministre, Grace Lee a déclaré : « Le ministère accueille favorablement le rapport de FESFO et ses recommandations réfléchies concernant les activités d’animation culturelle dans les écoles de langue française. »

Le bureau du ministre a ajouté que le ministère examinera les recommandations, mais rappelle que « les 12 conseils scolaires de langue française reçoivent tous un montant égal (30 000 $) de financement pour l’animation culturelle et la province fournit également un financement au Consortium Centre Jules-Léger (CCJL) à hauteur de 25 000 $ pour sa propre planification et ses activités ».

Au cours de l’année scolaire 2023-2024, le ministère promet d’investir 2 milliards de dollars dans le financement dédié à l’éducation en français.

Cet article a été modifié le 10/05/2023 à 14h11

« Manque de volonté politique » sur la pénurie d’enseignants francophones

Dans une lettre conjointe adressée au ministre de l’Éducation, les représentants des enseignants et des conseils scolaires rappellent ce mardi le gouvernement ontarien à ses engagements en matière de lutte contre la pénurie de travailleurs qualifiés francophones dans les écoles. La controverse a aussitôt débordé à Queen’s Park.

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) exigent une « intervention immédiate » de la province dans le dossier de la pénurie de personnel enseignant qualifié.

Dans un courrier à l’attention du ministre Stephen Lecce, les trois organisations pointent un « manque de volonté politique » pour mettre rapidement en œuvre les 37 recommandations contenues dans le rapport du Groupe de travail sur la pénurie de personnel enseignant remis il y a deux ans.

Le ministère s’était à l’époque engagé à les considérer pour rétablir l’équilibre dans le système d’éducation en langue française, lançant dès le mois de juin suivant une stratégie provinciale en la matière. Mais ONFR+ révélait en début d’année qu’elle n’avait apporté que peu de résultats.

« Jusqu’à présent, le manque d’attention que le gouvernement a semblé porter à la pénurie, une situation frôlant la catastrophe pour le système scolaire de langue française, est difficile à expliquer », cosignent l’AEFO, l’ACÉPO et l’AFOCSC.

Le projet de loi 98 brouille les cartes

« Si rien n’est fait maintenant pour remédier au manque de main-d’œuvre qualifiée, la situation risque de s’aggraver à un point tel que le système d’éducation en langue française en Ontario pourrait ne plus être en mesure d’offrir une éducation équivalente à celle qui est offerte aux élèves de la majorité », avertissent les signataires.

Et de se montrer « perplexe » sur l’annonce de l’embauche de milliers d’enseignants spécialisés en mathématiques et en littératie, prévue par le projet de loi 98 : « D’où vont provenir toutes ces embauches? » questionnent les auteurs de la lettre commune. « Il en va de même pour les 45 millions de dollars non dépensés du montant total alloué à l’éducation au budget de l’Ontario 2022-2023, et qui pourraient certainement être considérés comme une source de financement pour contrer la pénurie. »

Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO, demande une action immédiate. (au centre). Archives ONFR+

Les trois organisations appellent le ministre à l’action. « Il faut agir rapidement afin d’arrimer les programmes de formation à l’enseignement aux besoins du marché du travail, de favoriser l’insertion professionnelle et la rétention du nouveau personnel enseignant, de valoriser publiquement la profession enseignante ainsi que de promouvoir les opportunités d’emploi en éducation en langue française », lancent de concert les présidentes Anne Vinet-Roy (AEFO), Anne-Marie Gélineault (ACÉPO) et Johanne Lacombe, (AFOCSC). « Il ne manque que la volonté politique pour assurer des résultats concrets et rapides. »

Appliquer les recommandations « maintenant » exige l’opposition

Quelques heures après la publication de cette lettre, le député néo-démocrate et porte-parole de l’opposition officielle aux affaires francophones, Guy Bourgouin, a vivement interpellé le ministre Stephen Lecce en chambre.

« Le besoin est maintenant. Quand allez-vous mettre sur pied les recommandations du comité tel que promis en 2021? » a-t-il questionné, dénonçant une augmentation de 450 % du recours aux enseignants non qualifiés et l’absence d’institution postsecondaire capable de former des enseignants dans le Nord de l’Ontario depuis les déboires de l’Université Laurentienne en 2021.

Guy Bourgouin, porte-parole aux affaires francophones de l’opposition officielle, a interpellé Stephen Lecce, ministre de l’Éducation. Source : Assemblée législative de l’Ontario

« Nous avons demandé des éducateurs spécialisés certifiés francophones et augmenté de 50 % leur nombre », a contre-attaqué M. Lecce. « Nous avons mis en place les éléments importants et demandons que les nouveaux éducateurs soient mieux formés en mathématiques et en lecture. On veut 2000 enseignants de plus pour que le système puisse se développer. »

« Deux ans, plus tard, aucune action n’a été mise sur pied et on attend toujours l’application de ces recommandations », a rétorqué M. Bourgouin, réitérant sa question initiale.

« Nous avons répondu avec un investissement de recrutement et de rétention des enseignants de français de 12,5 millions de dollars sur quatre ans pour amener en Ontario des enseignants francophones », a alors soutenu M. Lecce.

350 nouveaux enseignants en Ontario en 2022-2023

Joint par ONFR+, son ministère défend plusieurs avancées depuis 2018, à commencer par un financement de plus de 2 milliards de dollars pour les programmes de français langue première, mais aussi le lancement de nouveaux programmes de formation d’enseignants à l’Université d’Ottawa (EduTek) en 2022, ainsi qu’à l’Université de l’Ontario français (UOF) prévu pour 2023 (bac en éducation).

Les facultés d’éducation de langue française de l’Ontario ont diplômé près de 350 enseignants en 2022-2023, ajoute le bureau du ministre, précisant que la plupart sont actuellement à la disposition des conseils scolaires de langue française.

Campagne de promotion du métier, portail de recrutement, salons de l’emploi virtuels, incitatifs de perfectionnement, programme de mentorat pour les enseignants associés et d’apprentissage interculturel pour les nouveaux enseignants immigrants font partie des autres initiatives défendues par le ministre.

Un projet pilote en collaboration avec l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario permet par ailleurs à des enseignants nouvellement diplômés de France d’être embauchés en Ontario.

« De plus, nous avons récemment présenté un projet de loi qui, s’il est adopté, rationaliserait et raccourcirait les délais de certification par l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario, et proposerait de nouveaux types de certificats favorisant une entrée plus efficace dans la profession, en reconnaissant par exemple l’expérience pertinente antérieure », ajoute le ministère.

Cet article a été mis à jour le mardi 9 mai à 20h15.

Langues officielles : Ottawa essaie discrètement d’affaiblir ses responsabilités dans C-13

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau tente à la dernière minute d’affaiblir ses engagements qu’il doit prendre dans l’un des plus importants articles de sa refonte de la Loi sur les langues officielles, qui affecte directement « l’épanouissement et le développement » des minorités francophones. Les libéraux font aussi du même coup ralentir l’adoption de C-13, reproche l’opposition.

La ministre Ginette Petitpas Taylor a déposé une dizaine d’amendements via le rapport du projet de loi à la Chambre des communes il y a deux semaines.

Parmi ses modifications, on note une motion touchant la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles (LLO) par le gouvernement lui-même, l’article 43. La motion viendrait utiliser un vocabulaire moins contraignant. Elle indique que Patrimoine Canadien qui est chargé d’appliquer une partie de la LLO, « peut notamment prendre toute mesure » au lieu de garder la mention « notamment, toute mesure ».

Cette motion vise aussi à harmoniser la version anglophone de l’article 43 à la version francophone qui était différente, mais c’est la version anglaise, moins contraignante qui a été choisie, notent deux experts juridiques.

Un simple changement de mots qui pourrait donner lieu à un recul dans la façon dont le libellé de la LLO pourrait être interprété à l’avenir, estiment-ils.

« Lorsqu’on utilise le libellé ‘’peut’’ au lieu de ‘’doit’’, on accorde une certaine discrétion au ministre de ce qu’il croit nécessaire comme mesures et non pas de s’engager à le faire. Ça peut toujours être considéré, au niveau de l’interprétation de la disposition, comme une mesure beaucoup moins forte, ce qui n’était pas là auparavant », explique l’expert en droits linguistiques et juriste Michel Doucet.

Un couteau à double tranchant

Ce dernier rappelle que cet article 43 « transcende tous les autres secteurs dans la Loi sur les langues officielles » et qu’il est considéré comme essentiel pour les minorités linguistiques. Il assure la mise en œuvre de la LLO et engage le fédéral à prendre les mesures nécessaires, notamment au niveau monétaire, pour assurer l’égalité entre le français et l’anglais.

Par exemple, il est question d’assurer un financement aux provinces pour l’éducation francophone, fournir le financement au programme de contestation judiciaire, assurer les services en français dans les provinces, assurer la mise en place de programmes touchant les minorités linguistiques, etc.

Le professeur de droit Érik Labelle Eastaugh rappelle qu’une fois devant la Cour « il devient plus difficile de démontrer qu’une obligation n’a pas été respectée » si c’est écrit de façon très générale, concédant que ça peut aussi être un couteau à double tranchant. La modification apportée ordonnera toujours une certaine obligation d’agir au ministère, mais lui « laisse une marge de manœuvre très large pour choisir quelles mesures adoptées et aussi quand et comment les adopter », développe-t-il.

L’avocat acadien, Michel Doucet. Gracieuseté

« Là où il pourrait y avoir un débat, c’est est-ce que l’article 43 impose de prendre des mesures dans chacun des secteurs mentionnés ou est-ce que c’est comme un menu où le ministre peut choisir à sa guise », ajoute le directeur de l’Observatoire international des droits linguistiques de l’Université Moncton.

Par le passé, c’est une section de la Loi, la partie VII, qui n’a pas été respectée par les ministères, justement car elle n’était pas assez contraignante, souligne Michel Doucet.

« Il n’y avait pas de moyen judiciaire ou de moyen outre par lequel on pouvait les forcer (à la faire respecter)… Les ministères, dès qu’il y avait une obligation de faire quelque chose, ne sentaient pas qu’il y avait une épée de Damoclès au-dessus de leur tête s’il n’agissaient pas. »

Il faudra voir dans quelques années comment l’ensemble du projet de Loi C-13 sera interprété avant de juger si cette mesure pourrait réellement l’affaiblir, préviennent toutefois les deux juristes.

Ralentissement de l’adoption C-13

Dans ses recommandations au projet de loi après son dépôt en mars 2022, le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge demandait justement d’augmenter les obligations de Patrimoine Canada soulignant que l’actuel article n’était pas assez fort.

Idem pour la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) qui revendiquait à ce que Patrimoine Canada soit obligé de prendre « au moins les mesures visant certains objectifs précis », dans son mémoire présenté aux parlementaires sur les modifications qu’elle souhaitait apporter à C-13.

Interrogée à ce sujet, la ministre réfute que ces motions visent à affaiblir quoi que ce soit, soulignant que « le projet de loi a du mordant », a-t-elle indiqué la semaine dernière avant une réunion du caucus libéral.

Le Comité des Langues officielles, qui a étudié le projet de loi pendant plus d’une dizaine de séances, a été modifié à plus de 200 reprises, que ce soit via l’ajout d’amendements, le retrait et la modification de mots ou lignes. Au lieu de passer directement au vote en troisième lecture pour envoyer C-13 au Sénat, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a déposé une dizaine de motions pour modifier encore le projet de loi, un processus qui n’est toutefois pas inhabituel dans la procédure parlementaire, s’est-elle défendu.

Joël Godin, critique aux Langues officielles chez le Parti conservateur. Gracieuseté

« On aurait pu passer directement au vote au lieu d’ajouter une séance pour aller au Sénat », dénonce le député conservateur Joël Godin, expliquant que son parti ne s’opposera pas aux amendements de dernière minute craignant de décélérer la mouture.

« C’est inquiétant et ça nous démontre encore une fois les belles paroles des libéraux dans ce dossier et sur la protection du français », renchérit le porte-parole en Langues officielles dans l’opposition officielle.

Le projet de Loi C-13 sera débattu à la Chambre des communes mercredi et jeudi. Le vote pour l’envoyer au Sénat pourrait alors survenir.

Parc industriel de Russell : les Comtés unis réticents à mettre la main à la poche

RUSSELL – Le maire de Russell, Pierre Leroux, n’a jamais caché son intention d’élargir le parc industriel de sa municipalité. Promouvoir l’attractivité et la compétitive de la région est aussi une priorité de plusieurs maires de l’Est ontarien. Alors qu’une grande entreprise européenne, Nübuild, voudrait s’installer à Russell, certains demandent plus de clarté.

Le parc industriel de Russell est un emplacement convoité, notamment en raison de son accès au gaz naturel, mais aussi grâce à sa proximité avec Ottawa. Depuis plusieurs années, les Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) veulent favoriser le développement commercial et industriel dans la région.

Pourtant, cet espace n’est toujours pas relié au réseau d’aqueduc et aux égouts, ce qui ralentit son expansion. Pour Pierre Leroux, il est urgent d’y remédier pour accommoder les entreprises et en attirer des nouvelles.  

 « Dans les dernières années, il y a eu une explosion des demandes pour notre parc industriel. On a eu beaucoup d’entreprises et d’entrepôts qui s’y sont établis », explique-t-il en entrevue avec ONFR+.

« Il nous manque encore l’eau et les égouts, mais nous avons tous les autres services. On est conscient que lorsque ces services seront là, on atteindra d’autres entreprises, des start-ups et des bureaux », ajoute celui qui veut ouvrir ce parc industriel à d’autres possibilités.

Nübuild est une entreprise experte dans la construction de logement abordable. Source : Nübuild/ Plan de Russell.

Il y a quelques mois, l’entreprise de construction Nübuild a justement acheté un terrain sur le site, près de l’autoroute 417. Elle a reçu 300 millions de dollars d’aide pour s’installer dans la région, dont 150 millions en prêt des différents paliers de gouvernement.

« En tant que municipalité, nous allons avoir besoin du soutien de la province et du fédéral, puisque pour amener les services dans ce parc, l’investissement tourne autour de 40 à 50 millions de dollars », précise la maire de Russell.

Pierre Leroux veut du financement, les municipalités demandent un plan

Les Comtés unis de Prescott et Russell ont été sollicités à plusieurs reprises afin d’appuyer le raccordement à l’eau et aux égouts dans le parc industriel de Russell. Mais le temps presse, alerte M. Le roux : « Plus on attend et plus la facture sera élevée. Au départ, nous avions besoin de 15 millions de dollars. Aujourd’hui, c’est le triple. »

Lors de la réunion des CUPR du 26 avril dernier qui a réuni à L’Orignal sept maires de l’Est ontarien, la possibilité d’un financement provenant d’un fonds de réserve a été soulevée par le maire de Russell. Pour lui, le parc industriel sera bénéfique à tous les voisins. C’est pourquoi il souhaite qu’un programme d’appui aux municipalités sous l’intitulé PRAP fund (Prescott-Russell area partnership fundamental understanding of new development), puisse trouver des financements adéquats.

Pierre Leroux, maire de Russell. Crédit image : Stéphane Bédard

Dans cette optique, les maires de l’Est semblaient très peu optimistes à l’idée que la province de l’Ontario ou le fédéral leur viennent en aide. D’autant qu’en marge de l’installation de Nübuild dans la région, accélérer la mise en place de services devient crucial. Toutefois, des doutes subsistent.

« Est-ce que les Comtés unis sont la banque des municipalités? » – Mario Zanth, maire de Clarence-Rockland

« On est tous excités par l’arrivée de Nübuild. Je ne suis pas contre le développement. Je veux juste savoir comment on utilise les taxes des gens. Est-ce que les Comtés unis sont la banque des municipalités? », a questionné Mario Zanth, maire de Clarence-Rockland, durant la réunion.

« Ma principale préoccupation, c’est pourquoi la municipalité de Russell n’a-t-elle pas épuisé sa capacité d’endettement et ses frais de développement? »

« Vous êtes-vous préparé, plutôt que de faire peser le fardeau sur les contribuables de toutes les municipalités de Prescott et Russell? Ce n’est pas une critique, mais, vous vous vantez ouvertement que la municipalité de Russell a les taxes les plus basses et maintenant, vous nous demandez à tous de les augmenter », a-t-il protesté.

Mario Zanth, maire de la municipalité de Clarence-Rockland. Crédit image : Stéphane Bédard

Francis Brière, le maire de La Nation, a affirmé que les idées innovantes de M. Leroux étaient très intéressantes. Pour autant, il a expliqué avoir l’impression que cette décision était un peu hâtive. 

« Les chiffres sont impressionnants, mais comment cela nous impacte-t-il? Nübuild est le bon exemple. Je ne dis pas non, je ne dis pas oui. »

Du côté de Casselman, la mairesse Geneviève Lajoie s’inquiète de l’impact sur les communautés, notamment en raison d’une vague d’immigration potentielle. Elle craint que Russell n’ait en effet pas les infrastructures nécessaires pour accueillir les 600 immigrants que Nübuild promet d’amener.

« À Casselman, nous avons déjà de la difficulté à répondre aux besoins de nos propres habitants. Nous n’avons pas les moyens de supporter d’autres personnes, sans compter que le parc industriel n’est pas connecté aux eaux et aux égouts. »

Être plus compétitif sur le marché, c’est possible dans l’Est

« Je vois toutes les grosses compagnies qui viennent s’installer au Canada, puis, je me dis, pourquoi pas Prescott et Russell? Pourquoi pas l’Est ontarien? », se demande Pierre Leroux. « Nous avons l’expertise ici. On a tout ce qui faut pour réussir, mais je pense que, parfois, on oublie l’Est et les francophones. »

Pour lui, une entreprise du calibre de Nübuild qui s’installerait à Russell serait une belle opportunité et positionnerait la région « sur la scène internationale ».

Normand Riopel Champlain
Normand Riopel, maire de Champlain et président des Comtés-Unis de Prescott et Russell. Crédit image : Stéphane Bédard

Le président des Comtés unis et maire de la municipalité de Champlain, Normand Riopel, reconnaît que le parc industriel de Russell promet des avantages pour les villes et villages de la région.

« Cette municipalité (Russell) est en pleine croissance », affirme-t-il. « C’est positif, puisque lorsqu’il y a de la croissance, nous ne sommes pas obligés d’aller chercher plus d’argent en taxes auprès de nos résidents. »

En effet, recevoir des taxes commerciales peut être un avantage. Cette taxe est un impôt municipal sur les activités commerciales et industrielles. Elle peut varier d’une municipalité à l’autre et est utilisée pour financer des programmes et des services municipaux, ce qui permettrait de ne pas nécessairement augmenter les taxes résidentielles.

Geneviève Lajoie, mairesse de Casselman. Crédit image : Stéphane Bédard

« Je ne pense pas que le projet de Nübuild soit trop gros. Ce que je peux comprendre c’est que les autres municipalités ont besoin d’un plan. Les bénéfices doivent aider les huit municipalités et c’est d’ailleurs ce qui est clair dans la proposition de M. Leroux. »

« Il faut qu’on soit prêt à accueillir. C’est important d’être prêt », défend M. Riopel.

« J’ai besoin que la région nous donne un coup de main » – Pierre Leroux, maire de Russell

M. Leroux souhaiterait que ces confrères pensent à l’unisson : « J’ai besoin que la région nous donne un coup de main. »

Le Russellois travaille sur ce projet depuis 2015. « Ce qu’il faut, c’est mettre en place un programme régional qui sert toutes les municipalités », croit-il. « Je comprends les inquiétudes de mes collègues et j’espère que l’administration des Comtés unis va trouver une solution pour mettre ce programme en place. »

« Si on le fait pour Russell, on le fait pour tout le monde. Faire un précédent, c’est bon pour tout le monde », a-t-il conclu.

Diane Quintas, combattante pour la santé des francophones du Nord

[LA RENCONTRE D’ONFR]

THUNDER BAY – Personnage incontournable du milieu de la santé et de Thunder Bay, Diane Quintas a été de tous les combats depuis la fusion des deux réseaux de santé du Nord en 2010. La directrice générale de l’actuel Réseau mieux-être francophone du Nord continue de travailler avec passion à un meilleur accès en français de la population du Nord à des services de santé.

« Vous êtes une personne plutôt discrète concernant votre vie privée. Où avez-vous grandi?

J’ai grandi à Toronto, en plein centre-ville, jusqu’à l’âge de 30 ans quand j’ai déménagé à Thunder Bay. Ma mère est francophone du Québec, de l’Abitibi, et mon père Espagnol. Ils se sont rencontrés à Toronto dans des cours d’anglais. J’ai suivi mon mari ici à Thunder Bay parce qu’il y avait un travail. On était censé rester deux ans, mais on est tombé en amour avec la vie du Nord de l’Ontario et les gens d’ici. La communauté francophone nous a accueillis. Tous nos amis en font partie.

Quel lien entretenez-vous avec votre héritage espagnol?

Je danse le flamenco depuis que j’ai six ans. Ma famille faisait partie du club culturel espagnol à Toronto. Je donne des cours ici à un groupe de dames. J’ai de la famille espagnole à Toronto et en Espagne. Dès que j’en ai l’opportunité, je me rends là-bas.

Quand mes enfants sont nés, j’avais une amie qui enseignait la danse maman-bébé, et ça m’a donné envie de l’essayer. Elle m’a tout de suite proposé de me l’enseigner, alors je me suis lancée. C’était adorable de voir les mamans danser la salsa ou le merengue avec leur bébé. J’ai alors décidé de créer mon entreprise de danse salsa bébé que j’ai gardée un moment et que j’ai vendue quand j’ai commencé à assumer un plus grand rôle au réseau.

L’équipe du Réseau à la levée du drapeau à Sudbury lors du jour des Franco-ontariens 2015. Gracieuseté

À quel moment vous est venue la piqûre pour le domaine de la santé?

Ça a toujours été quelque chose qui m’a intéressée. Je pensais aller en médecine et j’avais suivi un ami de la famille qui était médecin pendant une journée. J’ai vite réalisé que c’était trop pour moi la médecine. J’ai réfléchi à ce que je pourrai faire d’autre et c’est là que j’ai pensé à la psychologie. Quand j’ai obtenu mon diplôme, c’était impossible de trouver un emploi à Thunder Bay.

J’ai toujours trouvé cela drôle par la suite lorsque je démarchais ces mêmes entreprises-là dans le cadre de mon travail au Réseau par rapport aux services en français. On me disait : « C’est parce qu’on n’a pas trouvé de thérapeutes en français ». Et là je riais intérieurement : « Voyons, vous ne m’aviez pas prise quand j’avais postulé! »

En cette Semaine de la santé mentale, que feriez-vous si vous pouviez agir sur cette question?

D’abord servir les gens en français! Le gros défi pour les personnes du Nord est l’accès à des soins en santé mentale en français. Quand j’avais ma pratique privée, je me rappelle qu’on m’avait référé un client qui habitait dans la région de Sault Ste. Marie. J’étais à Thunder Bay et on me l’avait assigné, car j’étais la plus proche.

À cette époque, on était loin des réunions virtuelles : c’était de la thérapie par téléphone. Le patient voulait un rendez-vous en personne et avait dit être prêt à se rendre jusqu’à Sudbury, mais ce n’était vraiment pas facile de trouver des psychologues et thérapeutes en français. J’ai commencé ma pratique privée à cause de ça.

Cynthia Sable, vice-présidente d’équité de Santé Ontario, responsable des Services en français, présente à Collin Bourgeois, président du conseil d’administration du Réseau et à Mme Quintas le certificat de désignation du Réseau en 2019. Gracieuseté

Vous étiez impliquée dès le début dans les réseaux de santé pour le Nord… Comment y étiez-vous arrivée?

Le Réseau a deux mandats : fédéral avec la Société santé en français et provincial avec l’entité de planification qui est arrivée beaucoup plus tard. Alors en 2004, quand le réseau s’est incorporé, il y en avait deux dans le temps. En déménageant à Thunder Bay j’avais pris contact avec l’organisme Accueil francophone qui, je ne le savais pas au départ, offrait des services d’interprétation médicale.

Je les ai appelés et on m’a invitée à cinq rencontres dont une entrevue avec le réseau, qui, dans le temps, cherchait une agente de développement pour le Nord-Ouest. Le réseau était en création à ce moment-là pour la région du Timiskaming-Cochrane avec un bureau satellite à Thunder Bay pour la région du Nord-Ouest où j’ai fini par obtenir le poste à temps partiel puis à temps plein.

Vous avez ensuite rapidement atteint le poste de directrice…

J’ai accédé au poste de directrice adjointe puis de directrice générale par intérim après le départ de Marc Bédard qui rejoignait l’Université de Hearst. C’était en 2009 et au même moment que le ministère de la Santé annonçait qu’il allait créer des entités de planification partout en province. C’est là qu’on a appris qu’il y en aurait une dans le Nord. Comme directrice générale, c’était mon rôle de travailler avec le directeur général du réseau du moyen-nord pour que nos deux organismes travaillent ensemble pour en créer un seul.

Ensemble, on avait la connaissance de tout le territoire, la population francophone du Nord et l’expérience du milieu de la santé. Après quelques années, j’ai décidé de devenir directrice générale et j’y suis toujours.

Avec le recul, pensez-vous qu’une seule entité pour tout le territoire du Nord soit suffisante?

Oui, je pense que c’est suffisant tant et aussi longtemps qu’on a les ressources financières et humaines. Est-ce que j’ai assez de personnel pour couvrir tout le territoire? Non, je pourrai en avoir un peu plus, mais avec ce qu’on ça on été capable de faire avancer nos dossiers. La qualité importe sur la quantité et je suis choyée d’avoir une équipe extraordinaire sur le terrain.

En 2018, lors d’une rencontre avec la ministre des Affaires francophones de l’époque, Marie-France Lalonde, les représentants des entités de santé avaient sorti leur carte santé pour indiquer leur désir d’y inclure la variable linguistique, requête adoptée à l’unanimité durant le premier mandat du gouvernement actuel, mais qui ne s’est toujours pas concrétisée. Gracieuseté

De quels accomplissements êtes-vous le plus fière à la tête du Réseau?

Si je retourne au premier réseau, c’est la création du nouveau réseau et sa nomination comme entité de planification, mais depuis la nomination comme entité de planification on a été capables de faire avancer la compréhension de l’importance des services en français à plusieurs établissements. On a créé une formation sur l’offre active reconnue dans six autres provinces et territoires et adoptée par plusieurs de nos fournisseurs. Et dernièrement on a aussi travaillé avec les services de soutien à domicile et en milieu communautaire pour une nouvelle politique sur les services en français qui inclue l’obligation de tous les employés de suivre la formation, soit près de 9000 employés.

On a aussi beaucoup travaillé à la désignation pour les services en français. Il y a dix ans, on avait des fournisseurs qui nous disaient « Oh! Je suis désigné? Je ne le savais pas ». On a des fournisseurs qui, maintenant, sont vraiment sensibilisés et font de gros efforts pour offrir des services de qualité en français.

Vous étiez l’une des premières personnes à afficher votre soutien au nouveau président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert. Cela vous aide-t-il d’avoir un président qui vient du Nord et du milieu de la santé?

Absolument, ça fait toute la différence. Fabien était le premier président du Réseau francophone du Nord et président du Réseau mieux-être francophone. J’ai donc beaucoup travaillé avec lui. J’ai même peut-être été lui chatouiller l’oreille en lui disant : « Ça ne te tenterait pas d’être président de l’AFO? » On voyait vraiment que l’AFO avait besoin d’une forte connaissance du milieu de la santé car, depuis plusieurs années, le système est en énorme transformation et les services en français ont pris du recul. Nous, en tant qu’organisme financé tant par le fédéral et le provincial, on peut faire des recommandations, mais pas de revendications politiques, à l’inverse de l’AFO.

Il fallait quelqu’un qui ne provenait pas de l’éducation, comme c’est le cas depuis le début. Ce n’est pas que les autres n’ont pas fait un bon travail, mais c’était le temps pour la santé. Le fait qu’il vienne du Nord apporte une autre perspective qui est tellement différente que celle des gens qui viennent de Toronto ou Ottawa.

Diane Quintas, avec la délégation du Nord comprenant Fabien Hébert, coprésident du Réseau en 2015, lors d’un forum santé à Toronto. Gracieuseté

Hearst va perdre son seul obstétricien… Le Nord perd ses médecins de famille. Est-ce qu’il y a raison de s’alarmer pour l’avenir?

On voit un exode énorme du personnel de la santé. On le savait pour les boomers, mais la pandémie a vraiment accéléré le phénomène. Si on ajoute à ça le Nord et la francophonie, c’est encore plus complexe. C’est plus dur d’attirer des professionnels dans le Nord et, dans le cas de Hearst, c’est à majorité francophone, mais comment tu fais si tu n’as que des médecins anglophones qui acceptent de venir s’y installer? Et les jeunes choisissent de plus en plus d’aller vers la médecine de spécialité qui n’offre pas spécialement d’opportunités d’emploi dans le Nord. Donc il faut vraiment travailler là-dessus. Oui, il y a raison de s’alarmer.

Pensez-vous qu’il faudrait élargir l’accès à un service d’interprétation formel pour faciliter l’accès aux soins pour les francophones?

On en a un à Thunder Bay qui est gratuit. C’est un service unique dans le Nord-Ouest! Oui, c’est possible ailleurs. Quand on parle d’interprétation, ce n’est pas la solution idéale, le mieux étant un médecin ou une infirmière francophone, la planification du service. Mais quand il n’y a pas de possibilité de jumeler, c’est la prochaine alternative avant d’utiliser un parent du patient ou d’assumer que le patient peut comprendre un minimum l’anglais.

Diane accompagnée entre autres de Jean-Gilles Pelletier, alors directeur général du Bureau du Commissaire au services en français, au lancement de la formation sur l’offre active en 2018. Gracieuseté

Partagez-vous les craintes sur la privatisation du système de santé pour le Nord?

Pour les francophones c’est vraiment inquiétant. On a un système qui a déjà de la difficulté à offrir des services en français. C’est encore plus inquiétant pour le privé qui n’a pas d’obligation en ce sens. Ça ne touche même pas l’aspect financier, car on dit qu’il n’y aura pas à payer, mais ce n’est pas ce qu’on entend sur le terrain. Il va y avoir les gens qui peuvent avoir accès et d’autres non. Pour quelqu’un de francophone, à faible revenu et avec un accès limité aux services en français, ça va être encore plus compliqué.

Sur une autre note, quels sont vos plans pour cet été?

Je m’en vais dans le bois en juillet! Je fais ça chaque année, avec de longues journées sur la plage, en roulotte avec mon camping, faire des randonnées. C’est une des raisons pour lesquelles on aime vivre dans le Nord. »


LES DATES-CLÉS DE DIANE QUINTAS

1974 : Naissance à Toronto

2001 : Ouvre sa pratique privée de psychothérapeute

2004 : Déménage à Thunder Bay

2007 : Devient directrice adjointe du Réseau francophone de santé du Nord de l’Ontario – un des deux anciens réseaux qui ont formé le Réseau du mieux-être -créé seulement en 2010.

2013 : Prend la direction générale du Réseau mieux-être francophone du Nord

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Une francophonie en trois villes

[CHRONIQUE]

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

Ces villages que j’ai habité, qui m’ont habitée. Au nord. À l’est. Et dans le sud. Trois citées. Trois récits. Trois identités. 


La Nickel City : Sudbury (1979-2001)

Je naissais de cette terre de roche et de feu.

Là où les alchimistes du minerai brûlé habitent un paysage lunaire, à l’ombre de pins battus par le vent, frêles et fiers. 

Ici, dans la Nickel City. Sudbury, mon coeur. 

Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé

Ici, j’apprenais ma langue, un français imparfait, brut et fin. Une langue raillée. Apostrophée. Méprisée. Et revendiquée. Parlée par les effrontés, les culottés, les osés. Une langue qui french, racontée par ses proverbes et sa poésie, sacrée par ses blasphèmes. Parlée en prise de parole.

Ici, j’étais Franco-Ontarienne. 

La capitale nationale : Ottawa (2001-2014)

Je deviens errante du no-man’s land du bilinguisme institutionnel du CanadaTM

Moi, avec les revers de mon accent sudburois dans la capitale nationale, Franco-Ontarienne à la frontière du Québec, je ne trouverais mon centre de gravité qu’en mettant les pieds sur la Rue Barrette à Vanier.

Comme je t’ai aimé, Vanier. 

Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé

Fabulous Las Vanier, cette « Indigicity » en terre algonquine et anishinaabe et vieux village canadien-français. 

Vanier, mon amour.

À quelques pas de l’Église Saint-Charles, lieu sacré, berceau d’une société secrète où, émerveillée, j’écoutais chanter la messe congolaise le dimanche. Où j’ai flâné en fumant des smokes et rêvant d’avenir avec un grand amour perdu.

Ici, j’étais Franco-Ontarienne.

Le Big Smoke : Toronto (2014-2020)

Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé

Ici, à Tkaronto – le Big Smoke, la Ville reine, Hogtown  –, j’arrivais de nulle part. 

J’étais invisible – oubliée, effacée, éteinte. Sans langue, sans culture, sans identité. On allait me faire croire que les Francos étaient imaginaires. Ici, j’enfouissais ma langue dans ma poche. 

Jusqu’au Jeudi noir. 


« Couverte par le trillium et le lys, je revendique!!! » m’écriais-je, portant sur mes épaules le drapeau franco-ontarien. J’ai organisé, j’ai polémiqué, j’ai pris parole. J’ai découvert la face cachée de ma francophonie.

« Quelques souvenirs des deux communautés francophones dans lesquelles j’ai vécu avant d’arriver à Toronto », écrivais-je autrefois sur fond de vieilles photos de mes anciens villages. 

Vanier, mon coeur. Sudbury, mon amour. 

« Je ne connais pas bien ma communauté franco-ontarienne à Toronto, mais alors que je me prépare à manifester contre les coupures de services francophones et le rêve brisé d’une université franco-ontarienne, j’ai l’impression que je suis sur le point de trouver une nouvelle communauté et un nouveau foyer parmi eux ».

Ici, j’étais Franco-Ontarienne.

N’Swakamok (2020-aujourd’hui)

Je renais. Sudbury. Sainte-Anne-des-Pins. N’Swakamok. 

Revenue d’exil ici dans le Nord, je suis toujours habitée par cet arrière-pays aux vents nordiques. Mais je suis riche de ce parcours et de ces villes que j’ai habitées, qui m’ont habitée. 

Vanier, mon amour.
Toronto, mon coeur. 

À ces terres d’accueil du nord, de l’est et du sud, est venu s’ajouter au fil des années le privilège de m’envoler pour des pays d’Afrique et d’ailleurs. 

Crédit image : Isabelle Bourgeault-Tassé


Dakar – Paris – Kigali – Kyangwali.

Comme je vous ai aimé.

J’ai témoigné des forces coloniales. Ailleurs. Pour enfin mieux les comprendre ici, en terres autochtones sacrées. 

Je reviens sur mes pas, citoyenne d’une francophonie qui déborde de toutes frontières et qui ici doit chercher à honorer les traités auprès des communautés autochtones. 

Citoyenne d’une francophonie que je veux pluraliste et fraternelle, le français se mêlant aux mille langues qui habitent ces territoires.

Citoyenne d’une communauté en lutte pour sa survie, mais qui reste fière, féroce et franco. 

Ici, j’étais Franco-Ontarienne.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et de TFO.

Centenaire de Hearst : la programmation de la semaine des retrouvailles dévoilée

HEARST – Les festivités du Centenaire de la ville de Hearst seront de retour, cette année encore dans le Grand Nord. Le comité responsable de l’organisation a dévoilé en fin d’après-midi les derniers détails de la programmation de la semaine des retrouvailles qui avait dû être reportée à cet été.

Cet été, il fera encore bon célébrer les 100 ans de la ville la plus francophone de l’Ontario, dont les événements de la semaine des retrouvailles seront étalés du 3 au 9 août prochain

L’incertitude liée aux restrictions sanitaires instaurées à cause de la pandémie de la COVID-19 avait eu raison du report de cette dernière l’an passé. Comme l’année dernière, le début des festivités a été fixée à la date d’anniversaire de l’incorporation de la ville le 3 août 1922.

Les chanteurs franco-ontariens Mitch Jean et Matt Lang seront les têtes d’affiche de la très attendue semaine des retrouvailles. Le dernier est connu pour avoir partagé la scène avec de grands artistes comme Tim McGraw, Nickelback, Keith Urban entre autres.

Mitch Jean assurera la première partie de la soirée du 4 août et Matt Lang la seconde. Le spectacle aura lieu au centre récréatif Claude Larose, qui sera divisé, pour l’occasion, avec un public plus mature sur la glace et plus jeune dans les estrades.

Le groupe de musique franco-ontarienne et Les Rats d’Swompe continueront à faire danser le public le soir du 5 août, alors qu’en première partie le public aura droit à une compétition de chant intergénérationnelle, « Chantons Hearst ».

Les Rats d’Swompe au Festival franco-ontarien en 2021. Source : Festival franco-ontarien

Ce concours opposera quatre interprètes de quatre générations différentes, soit boomers (avant 1965), X (1965-1979), Y (1980-1994) et Z (1995-2007), démontreront leurs capacités vocales, accompagnées par un groupe de musicien composé d’artistes locaux.

Un appel à candidatures auprès du public a permis la nomination d’une quarantaine de chanteurs en herbe.

Des activités pour tous

Une grande parade aura lieu le dimanche 6 août à 10h et le comité de développement économique de la ville attend encore des soumissions de personnes motorisées jusqu’au 30 juin.

Une bière du centenaire sera proposée au public ainsi que des jeux gonflables et d’autres jeux pour enfants. Un mur d’escalade, un souper communautaire, et des visites guidées seront également au programme de la semaine.

La ville en a profité pour lancer un appel aux artistes de la région ou anciennement de la région à participer à la création d’une murale du centenaire. Les intéressés ont jusqu’au 18 mai prochain pour soumettre leur candidature.

Sports individuels : un été riche en compétitions internationales

Deuxième partie de notre agenda de l’été en sport. Après les compétitions de sport collectif, cette fois-ci, on se penche sur les sports individuels avec un programme international chargé dans différentes disciplines et toujours en rapport avec la francophonie et l’Ontario. 

L’athlétisme roi de l’été

L’athlétisme est plus que jamais le sport individuel de l’été. Trois événements seront à scruter de près : le marathon de Toronto ce dimanche, celui d’Ottawa inclus dans la fin de semaine des courses Tamarak les 27 et 28 mai, et bien évidemment les championnats du monde qui se dérouleront à Budapest du 19 au 27 août. 

Événements incontournables de l’été, les marathons sont, au-delà des performances sportives de haut niveau, l’occasion de découvrir de belles histoires. Nous ne manquerons pas de partir à la chasse aux Franco-Ontariens qui participeront à ces deux événements. 

Côté performance, les deux épreuves sont qualificatives pour le marathon de Boston. Un parcours mythique sur lequel a brillé l’Outaouaise Lynda Gingras, 4e meilleure Canadienne dans le Massachusetts. De retour à la maison, elle participera à l’épreuve ottavienne fin mai. Également triathlète, on la retrouvera au Championnat du monde longue distance de triathlon le 7 mai à Ibiza.

Aux championnats du monde d’athlétisme, si la majorité des athlètes francophones demeurent québécois, il faudra suivre de très près la Franco-Ontarienne Jacqueline Madogo, membre du relais 4x100m qualifié in extremis après la disqualification de l’équipe nigériane pour dopage. 

Woods de retour sur les routes de France 

Pas très loin derrière l’athlétisme, le cyclisme est l’autre sport phare de l’été. Si les compétitions sont extrêmement nombreuses à travers les différents tours dans chaque pays, le plus célèbre et le plus attendu est bien évidemment le Tour de France qui aura lieu du 30 juin au 22 juillet. Un nom à suivre du côté franco-ontarien, celui de Michael Woods. Victime d’une terrible chute lors de l’édition 2022, le seul Canadien francophone du peloton devrait faire son retour sur la Grande Boucle avec son équipe d’Israel-Premier Tech. 

Le cycliste Michael Woods. Crédit image : Hoebele travail personnel via Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

En natation, ce sont des qualifications pour les mondiaux de 2024 qui seront en jeu du côté de Toronto du 1 au 6 août. Une échéance importante pour Nina Kutcheran sur 100m et 200m brasse, ses disciplines de prédilection. Parmi les francophones qui ont des chances de briller et de se qualifier, il faudra garder un œil sur Katerine Savard et Mary-Sophie Harvey ainsi qu’Aurélie Rivars et Nicolas-Guy Turbide chez les para athlètes.

Après un été déjà bien chargé, 18 nageurs et 18 nageuses sélectionnés par Natation Canada iront représenter le pays aux Jeux Pan Américains à Santiago au Chili du 15 au 21 octobre. La jeune nageuse originaire d’Ottawa qui avait fait forte impression aux Jeux du Canada avec un record de 11 médailles, Julie Brousseau fait partie de la sélection. Elle a été appelée en remplacement de Rebecca Smith qui s’est retirée de la sélection.

Le gratin du tennis mondial à Toronto

On revient du côté de Toronto, mais en tennis cette fois-ci. Le très attendu Open du Canada aura lieu du 5 au 13 août. Chaque année, les compétitions masculine et féminine alternent entre Toronto et Montréal. Pour cette édition 2023, ce sera le tournoi masculin qui se déroulera dans la ville reine avec en tête d’affiche côté Canadiens, Félix Auger-Aliassime, 9e du classement mondial. Chez les dames, du côté de Montréal, on suivra les performances de la native de Toronto ayant grandi en Colombie-Britannique, Rebecca Marino, actuellement classée 79e au classement mondial. 

Par équipe, les hommes défendront leur titre de la Coupe Davis du 21 au 26 novembre à Malaga. Pour Leylah Fernandez et ses coéquipières de l’équipe féminine qui viennent de décrocher leur qualification pour la phase finale, la Coupe Billie Jean King se déroulera du 7 au 12 novembre. 

L’élite du golf à Toronto

Une autre grande compétition internationale aura lieu en Ontario, mais ne concernera pas forcément des athlètes franco-ontariens. Il s’agit de l’omnium canadien RBC, tournoi de golf du circuit PGA (hommes), qui se déroulera du 6 au 11 juin à Toronto. 

Pour admirer les performances de l’Ottavienne Brooke Henderson sur le sol canadien, il faudra en revanche se rendre du côté de la Colombie-Britannique avec l’omnium féminin canadien pacifique qui aura lieu à Vancouver du 21 au 27 août. La native de Smiths Falls avait fait déplacer les foules l’année dernière pour la compétition qui se déroulait à Ottawa, donc à domicile. On espère tout autant de soutien pour elle sur la côte ouest!

Bien évidemment cette liste d’événements n’est pas exhaustive et il est impossible de faire le tour de l’ensemble des sports individuels. On gardera un œil sur la saison estivale du cycliste sur piste Vincent de Haître ou encore de la lutteuse Linda Morais.

« Ça a été brutal » : la COVID longue force la fermeture d’un restaurant très populaire d’Haileybury

HAILEYBURY – Si pour beaucoup la pandémie est terminée, les conséquences se font encore bien ressentir du côté de Haileybury qui va perdre un de ses plus populaires restaurants. L’annonce de la fermeture de l’Autochtone taverne américaine a eu l’effet d’une bombe auprès de la communauté francophone des deux Témiscamingue.

« Ça a été brutal », a confié le chef et propriétaire du restaurant qui a fait l’annonce de la fermeture à ses quelque 4000 abonnés sur Facebook le 14 avril dernier. Il en a profité pour remercier sa clientèle dans un long message rempli d’émotions dans la langue de Molière.

Gerry Brandon déclare également que de devoir fermer « est comme perdre un être cher. »

Celui-ci a avancé que c’est sa COVID longue, contractée au printemps 2022, qui l’aurait forcé à devoir prendre cette douloureuse décision.

« Maintenant que je suis confronté à un nombre croissant de problèmes de santé, mon médecin me dit que mon temps dans la cuisine doit prendre fin. 2023 doit être et sera notre dernière année à L’Autochtone », confie-t-il.

Il estime qu’un chef qui a perdu le sens du goût et de l’odorat n’a plus vraiment sa place dans une cuisine.

Le chef, qui a eu une enfance très compliquée, dit s’être inspiré de ses nombreux voyages pour sa cuisine. Page Facebook de L’autochtone

Celui-ci était chef depuis plus d’une trentaine d’années avant d’accomplir son rêve d’ouvrir son premier restaurant en avril 2019, peu avant le début de la pandémie.

« La COVID-19 a frappé avant que nous ayons été ouverts une année complète et a été dévastatrice pour nous », a-t-il également déclaré. Le chef ajoute que les pertes engendrées par la pandémie se sont chiffrées à 1,5 million de dollars.

Le chef entrepreneur a aussi dû renoncer à son projet de distillerie qu’il comptait mettre sur pied suite à l’achat d’un second bâtiment dans la ville.

Une cuisine triculturelle

L’Autochtone Taverne américaine est un restaurant de fusion urbaine proposant des spécialités de la culture française autochtones et anglaises.

Gerry Brandon est lui-même un membre des Premières Nations et se dit fier d’avoir pu présenter une cuisine et un décor célébrant son identité.

« C’est un établissement complètement à part dans tout le Nord de l’Ontario » – Gerry Brandon

Ce dernier s’est rendu un temps dans l’Ouest canadien pour travailler dans de grands restaurants, mais a choisi de revenir dans le nord de l’Ontario, proche de New Liskaerd où il a grandi, pour son projet de restaurant.

C’est à Haileybury qu’il a décidé de tenter l’expérience en achetant et rénovant un immeuble vieux d’une centaine d’années avec son épouse Nancy.

Avec de longues files d’attente, les réservations doivent souvent se faire en avance à l’établissement. Source : page Facebook de l’Autochtone

« Nous espérions pouvoir susciter un regain d’intérêt à la fois pour la région et pour la magnifique ville de Haileybury. J’aimerais penser que nous y sommes parvenus et plus encore », se félicite-t-il.

Gerry Brandon dit avoir reçu beaucoup de personnes venant de Toronto spécialement pour sa cuisine raffinée et se faire dire que son restaurant aurait totalement sa place dans une grande ville. « C’est un établissement complètement à part dans tout le Nord de l’Ontario », juge-t-il.

De vives réactions dans la communauté

Plusieurs centaines de personnes ont réagi aux publications annonçant la fermeture du restaurant dont la clientèle est majoritairement francophone. Avec un emplacement à la frontière avec la belle province, une partie non négligeable de cette clientèle est originaire du Témiscamingue québécois, soit plus de 60 % selon M. Brandon.

« J’ai fait de nombreuses fois deux heures de route (aller-retour) juste pour aller faire découvrir ce restaurant à des amis.es », a tenu à dire Pierre Bédard de Rouyn-Noranda. Et de poursuivre : « Non seulement les plats étaient succulents, mais l’ambiance et la gentillesse étaient un atout pour ce restaurant. »

Rosalie Chaumont, la jeune femme aux cheveux bouclés, était particulièrement déçue à l’annonce de la fermeture du restaurant. Gracieuseté

« C’était de loin mon restaurant préféré, j’ai apporté beaucoup de mon entourage à cet endroit » – Rosalie Chaumont

Rosalie Chaumont, de Saint-Placide-De-Béarn, compte parmi les nombreux habitués de l’enseigne à laquelle elle déclare se rendre au minimum deux fois par mois.

La jeune femme affirme traverser la frontière et faire plus d’une heure de route spécifiquement pour profiter des bons plats de l’enseigne. « C’était de loin mon restaurant préféré, j’ai apporté beaucoup de mon entourage à cet endroit », confie-t-elle.

Passer le flambeau

Le propriétaire n’a pas souhaité communiquer de date de fin d’activité, car lui-même dit ne pas être sûr de l’échéancier exact de fermeture à l’heure actuelle.

Il indique avoir mis en vente le restaurant et ses quelque 223 mètres carrés pour la somme de 600 000 $ et espère trouver une personne jeune et dynamique pour en reprendre les rênes.

« Dès le début, notre intention était de bâtir une entreprise qui offrait aux jeunes la possibilité d’avoir un emploi solide et, éventuellement, de devenir propriétaire de l’entreprise dans laquelle ils investissent leurs efforts », conclut-il.

« Tout est déjà là, le restaurant, la carte, la clientèle, c’est une opportunité unique de continuer à offrir cette même expérience et de la faire grandir. »

Les futurs propriétaires pourront certainement compter sur des habitués tels que Pierre Bédard : « J’espère que ça continuera d’être la perle cachée du nord de l’Ontario! »

Congrès libéral : Poilievre dit non « à protéger et promouvoir nos deux langues officielles »

OTTAWA – Dans un discours d’une vingtaine de minutes au congrès libéral à Ottawa ce jeudi soir, Justin Trudeau a tiré à boulets rouges sur le chef conservateur Pierre Poilievre dans ce qui s’apparentait à un discours de campagne électorale.

Cette allocution du premier ministre était en quelque sorte un moyen de relancer son élan récemment mis à mal par plusieurs sondages montrant les troupes de Pierre Poilievre en tête. Ce dernier étant vu comme le candidat préféré des Canadiens pour diriger le pays. Justin Trudeau a critiqué la position du chef conservateur, notamment sur Radio-Canada, les langues officielles, ces propos sur le fait que le Canada « est brisé » ou encore le wokisme.

Qualifiant Pierre Poilievre d’« alternative trop sombre » pour le pays et « trop occupé à créer de la colère », Justin Trudeau soutient que son adversaire « et son Parti conservateur brisé veulent démolir les choses ».

« Le populisme de Pierre Poilievre, ses slogans et mots à la mode ne sont pas des solutions sérieuses aux sérieux défis auxquels nous sommes confrontés », a-t-il lancé, citant l’accès à un médecin famille, la création d’emplois, l’accès aux logements comme des obstacles à surmonter.

Pour Justin Trudeau, le désir de son adversaire de couper le financement de CBC démontre qu’il « dit non » à « promouvoir et protéger » le français et l’anglais au pays.

« Les Canadiens, en particulier dans les petites villes, comptent sur Radio-Canada pour leurs nouvelles. CBC Radio-Canada dessert des millions de Canadiens dans chaque pièce du pays. Radio-Canada joue un rôle essentiel dans la défense et la promotion de la langue française à travers le Canada », a-t-il martelé.

Un discours de candidat à sa succession

Il a remis aussi en cause les nombreuses fois où le chef conservateur s’est attaqué à ses « politiques wokes » citant l’accès aux garderies à 10 $, « la réduction de moitié du taux de pauvreté » et un cabinet paritaire.

« Ils (les conservateurs) disent soit qu’investir dans les Canadiens est un gaspillage d’argent, soit que nos politiques sont trop woke. Trop woke! Hey, Pierre Poilievre, il est temps pour toi de te réveiller », s’est exclamé Justin Trudeau, s’attirant un tonnerre d’applaudissements des militants libéraux dans la salle.

« L’amalgame de défis » comme « un monde changeant et de plus en plus polarisé » rend le choix à la prochaine élection « plus important que jamais », car Pierre Poilievre est à « l’opposé à un leadership responsable », a exposé le premier ministre.

« Est-ce que le populisme de Pierre Poilievre va vous faire voir un médecin plus rapidement? Est-ce que ses coupures vont aider un jeune à trouver un logement? Est-ce que ses slogans vont créer plus d’emplois pour nos communautés? Non. Parce qu’il n’a pas de plan sérieux », a-t-il signalé.

L’allocution du chef libéral n’a laissé aucun doute quant à ses intentions de se représenter pour une quatrième élection de suite.

« Mes amis, lorsque les élections viendront, lorsque les Canadiens devront faire un choix conséquent en ce moment décisif, ce sera l’honneur de ma vie de nous guider à travers cela et de continuer à bâtir un avenir meilleur », a-t-il conclu.

Une semaine musicale pleine de promesses en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Du chant choral au rap en passant par la comédie musicale, de nombreux artistes franco-ontariens feront résonner leur voix à travers la province cette semaine. C’est aussi l’occasion d’en découvrir un peu plus sur l’histoire de la capitale ontarienne.

Musique

Soirée bière et chansons

Le trio de Montréal Les Jacks débarque à la brasserie Wood Brothers Brewing Co. de Glen Robertson ce vendredi. Maxence Lapierre, Fred Dionne et Alain Lafrance ont des voix claires dignes d’un boys band, mais ils sont également de grands musiciens.

Respectivement au piano, aux percussions et à la contrebasse, ils reprennent des chansons connues et les emmènent ailleurs, dans un univers acoustique envoûtant. Les Jacks alternent entre les deux langues et entre les époques, reprenant à la fois CCR, Justin Timberlake, Daniel Bélanger et Félix Leclerc. Le spectacle est mis en scène par David Laflèche et organisé par le Centre culturel Les trois p’tits points.

C’est en voyage à Hawaï en 2016 que s’est formé le trio montréalais Les Jacks. Crédit image : Manikmati photographie

Le 5 mai à la brasserie Wood Brothers Brewing Co. Détails et billets sur la plateforme Le point de vente.

Une comédie musicale complètement franco-ontarienne

Une ode à Casselman qui reprend tous les codes classiques de Broadway, ça fait assurément son effet. « J’ai découvert cette petite ville aux gens accueillants qui se tiennent debout et qui ont le cœur gros comme leurs quatre roues, » chante le personnage de Marijo en début de spectacle. Le ton est donné, mais on nous promet aussi des moments touchants. Vaches, The Musical s’inspire librement de l’histoire d’un agriculteur de l’Est ontarien qui a rendu service à ses pairs lors de la crise du verglas de 1998.

La pièce de Créations In Vivo met en vedette Constant Bernard, Maxim David, Stéphane Guertin, Geneviève Roberge-Bouchard et Emma Ferrante. Elle sera présentée au Berkeley Theatre de Toronto du 10 au 13 mai. La représentation du 11 mai se fera dans le cadre de la soirée bénéfice du Théâtre français de Toronto.

Vaches, The Musical aborde avec humour des thème comme la résilience des Franco-Ontariens. Crédit image : Marianne Duval

Du 10 au 13 mai au Berkeley Theatre. Détails et billets sur le site du Théâtre français de Toronto.

La montée artistique des jeunes ottaviens

Les deux grands amis LeFLOFRANCO et DJ UNPIER mettent à nouveau leur talent au profit de la jeunesse ottavienne. Ils ont agi comme mentors auprès des jeunes de deux écoles du quartier Kanata afin d’organiser l’événement Le Come Up, qui aura lieu ce samedi. Les élèves des écoles secondaires catholiques Pierre-Savard et Paul-Desmarais se sont impliqués dans les aspects logistiques et promotionnels et monteront sur scène avec les deux artistes à la Maison de la francophonie d’Ottawa (CMFO). Cette dernière est l’instigatrice de ce projet à la fois artistique, scolaire et communautaire.

DJ UNPIER et LeFLOFRANCO disent avoir reçu beaucoup de la part de mentors lors de leur secondaire et veulent donner au suivant. Crédit image : Quest

Le 6 mai, 19h, à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Billets à la porte, avec contribution volontaire. Tous les détails ici.

Le printemps qui fait chanter

C’est également à la CMFO qu’aura lieu le concert des chorales le Chœur de l’Ouest. Sous le thème Je ferai un jardin, les versions jeunesse et adultes de la formation accueilleront le printemps dans un spectacle gratuit, ce dimanche, à 15h. Les chefs de chœur, Clara McHaffie et Maxime Bégin et les choristes seront accompagnés de la pianiste Amélie Langlois.

Le Choeur de l’Ouest est la chorale officielle de la maison de la francophonie d’Ottawa. Gracieuseté CMFO

Le 7 mai à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Détails sur le Chœur de l’Ouest sur le site de la CMFO.

Histoire

L’évolution du quartier Deer Park expliquée

La Société d’Histoire de Toronto propose la visite guidée la ferme de Deer Park ce dimanche. Une marche de moins de deux heures où la guide Corinne Baranger expliquera comment la construction de la rue Yonge fut un point marquant dans le développement du nord de la ville. Le terrain de cet endroit appelé Mashquoteh par les peuples autochtones a été acheté par le Baron de Hoen en 1812 et est rapidement devenu un quartier chic.

Le point de départ de la marche, coin Yonge et St. Clair, au coeur du quartier Deer Park. Gracieuseté Société d’Histoire de Toronto

Départ de la marche au coin des rues Yonge et St. Clair le 7 mai à 13h. Contribution volontaire. Détails sur le site de la Société d’Histoire de Toronto.

Serment du roi : l’Ontario pourrait-il emboiter le pas au Québec? 

OTTAWA – Le serment du roi, cette pratique héritée de la Grande-Bretagne, a-t-il encore du sens dans les instances politiques canadiennes? Alors que le Québec l’a rendu optionnel, et a quelques jours du couronnement du roi Charles III, des députés provinciaux et fédéraux sont favorables à plus de souplesse.

Historiquement, le serment du roi demeure une allégeance au monarque. Les membres du Sénat, de la Chambre des communes, de l’Assemblée législative, les juges de Paix et même les nouveaux citoyens, doivent prêter serment au roi et non pas au Canada ou à la Constitution canadienne. En tout cas, c’est ainsi que la formule l’entend. 

« Je, (nom du député), déclare et affirme solennellement, sincèrement et véritablement que je serai fidèle et porterai vraie allégeance à Sa Majesté le roi Charles III. »

En fait, cela concernait surtout le Parlement britannique en raison des conflits politiques et religieux du 16e siècle. Ce serment devait simplement affirmer la primauté du monarque britannique et empêcher les catholiques d’occuper des postes gouvernementaux. Au Canada, le serment est légèrement moins antipapauté. 

Il faut d’abord comprendre que ce n’est pas en prêtant serment qu’on devient député puisque l’assermentation doit succéder à l’élection. De plus, c’est à la Chambre de décider si le serment est violé de la part d’un ou d’une députée. 

La politologue et professeure à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier. Crédit image : Lila Mouch

Pour autant, prêter serment est obligatoire pour siéger. Le député autochtone de Kiiwetinoong Sol Mamakwa, en entrevue avec ONFR+, explique que selon lui, « la monarchie est un système très colonial, mais d’un autre côté, les Premières Nations ont une relation très spécifique avec la couronne grâce aux traités ».

« C’est le gouvernement qui ne respecte pas les traités », accuse le néo-démocrate qui ne souhaite pas prêter serment au roi. « J’ai prêté le serment à la reine, il n’y a pas moyen de contourner cela. Mais j’ai ajouté des choses, comme une clause de non-responsabilité à mon serment. »

D’ailleurs, pour la politologue et professeure Geneviève Tellier, « dans les recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation, même les Premières Nations ne demandent pas l’abolition du serment. Ils demandent un changement de serment dans lequel on reconnaîtrait les traités ».

Lucille Collard est députée libérale à Queen’s Park, elle prête serment à la communauté plutôt qu’au roi. Crédit image : Lila Mouch

Aux yeux de Lucille Collard, député d’Ottawa-Vanier, prêter allégeance à Charles III ne signifie pas « faire la courbette devant le roi ». « Je reconnais que la monarchie a eu un rôle important dans la façon dont on se gouverne », argumente-t-elle. « C’est un pan de l’histoire qu’on ne peut pas ignorer. »

La députée libérale explique aussi que depuis le décès de la reine Élisabeth II, il a été possible de prêter à nouveau serment, mais au roi, cette fois-ci. Pour autant, elle n’a pas voulu le refaire.

« J’ai porté allégeance à la reine quand j’ai été élue. Le sens de mon serment, c’est vraiment envers la population, envers la communauté, pas nécessairement envers la monarchie, même si on le fait à travers eux. »

D’ailleurs, si le serment devait être modifié pour refléter le rôle, la responsabilité et les obligations des députés, Mme Collard n’y verrait pas d’objection. « Pour respecter les convictions de chacun, ça ne serait pas une mauvaise chose de donner différentes options pour le serment, qui pourrait être plus orienté vers un service envers la population ou s’engager au respect de notre Constitution. »

« Il faudrait qu’il y ait une volonté politique de le faire », nuance-t-elle. Ce qui ne semble pas être vraiment le cas.

L’Ontario reste proche de la monarchie

« En Ontario, ce n’est pas un grand débat », acquiesce la politologue Geneviève Tellier. « En 2023, ce n’est pas Charles III qui va nous obliger à faire des choses. » Mais « c’est le symbole, le message qui est envoyé, justement, qui a lieu d’être modifié », pense-t-elle.

Pourquoi ce serment ne suscite-t-il pas plus d’intérêts? questionne-t-elle. « Ce qui s’est produit au Québec aurait pu faire boule de neige et on aurait pu voir ça ailleurs au Canada, notamment en Ontario. »

Pour l’experte, si l’on cherche à abolir le serment au roi, finalement, la prochaine étape serait d’abolir la monarchie. « Il faut être cohérent avec soi-même. »

Elle émet aussi l’hypothèse que si l’Ontario n’est pas encore arrivé à cette réflexion, c’est peut-être que la province est liée à ces protocoles.

En effet, la façon de gouverner au Canada ressemble encore à un parlementarisme britannique. « On parle de la couronne, du conseil de la reine, du conseil du roi. Ce sont des choses qui sont dans nos traditions, comme le fait d’avoir un gouverneur général, etc. »

autochtones Premières nation Sol Mamakwa Journée de la vérité et de la réconciliation
Sol Mamakwa est porte-parole de l’opposition aux Relations avec les Autochtones et Relations découlant des traités. Archives ONFR+

Sol Mamakwa fait d’ailleurs les frais de ces traditions. Il explique à ce titre que, lors de chaque session, le premier lundi du mois à l’Assemblée législative « les députés chantent God Save The Queen et je m’assois. Personne ne dit rien, mais je reçois de méchants courriels ».

Si l’on en croit le récent sondage de la firme Angus Reid, la monarchie est en berne au pays, mais concernant le couronnement du roi Charles III, ce 6 mai, l’Ontario reste la province indiquant le plus d’intérêt. Pour le reste, et à l’échelle du pays, 60 % des sondés sont contre la pratique d’un serment ou même d’avoir une monnaie à son effigie. 

Sondage Angus Reid du 23 avril 2023. Capture d’écran/ ONFR+

Un serment optionnel comme meilleur compromis?

Francis Drouin, député de la colline parlementaire, considère que ce débat n’est pas sa priorité. « J’ai porté allégeance en pensant à ceux qui m’ont élu et à ceux qui ne m’ont pas élu. Une affaire qui dure trois minutes tous les quatre ans, ça m’importe peu. »

Darell Samson, député libéral de la Nouvelle-Écosse, se dit ouvert à l’idée d’un serment optionnel. « Je crois que les individus ont le droit de s’exprimer de la façon qu’ils veulent. Je suis ouvert à cela. »

De gauche à droite, les députés fédéraux Francis Drouin, Darell Samson et René Arseneault. Montage ONFR+

De même pour René Arseneault, député du Nouveau-Brunswick, qui pense que la solution idéale et celle qui respecte « toutes les sensibilités », soit, un serment optionnel. 

« Pour ceux qui sont monarchistes, ils pourront choisir de le faire. Puis ceux qui ne le sont pas pourraient ne pas le faire », a-t-il déclaré en mêlée de presse ce mercredi.

D’après René Arseneault, ce dossier « bouillonne » de plus en plus. « Il y a assurément des collègues au parti qui ne veulent pas prêter serment au roi. »

« J’ai espoir qu’il deviendra optionnel. Il le faut pour respecter tout le monde. »

Il existe deux thèses en concurrences à propos de l’abolition de ce serment.
– L’une permettant l’abolition du serment de la législature provinciale et peut donc s’effectuer par l’adoption d’une simple résolution provinciale. 
– L’autre, concerne la charge de la reine (du roi), celle du gouverneur général et celle du lieutenant-gouverneur qui relève de la formule de modification unanime et exige donc le consentement unanime du Sénat, de la Chambre des communes et de l’Assemblée législative de chaque province.

Le Québec a aboli l’obligation de serment selon le premier principe. Si les tribunaux s’y intéressent, il pourrait toujours contester la validité de la loi. 

Un projet de loi pour entériner le Programme de contestation judiciaire

OTTAWA – Le Programme de contestation judiciaire pourrait devenir permanent et être entériné dans la Loi du Patrimoine canadien, selon le projet de loi d’un député libéral.

Le projet de loi C-316, du député libéral de la Colombie-Britannique Ron McKinnon, assurerait que le ministre du Patrimoine canadien « a pour tâche de maintenir le Programme de contestation judiciaire ».

Ce programme est considéré comme très important pour les francophones hors Québec, car il permet de financer des causes touchant les droits des minorités linguistiques. Le Programme de contestation judiciaire (PCJ) a été créé pour offrir un appui financier aux individus et groupes pour qu’ils présentent devant les tribunaux des causes liées à certains droits constitutionnels en matière de langues officielles et de droits de la personne.

Un soutien financier via le PCJ a d’ailleurs été apporté dans la célèbre cause judiciaire de SOS Montfort qui aura permis aux Franco-ontariens de conserver cet hôpital entièrement francophone. C’est aussi via ce programme qu’a été financée la cause Mahé VS Alberta, dont la Cour suprême a reconnu le droit des minorités linguistiques de gérer des conseils scolaires.

Rétabli en 2017 après avoir été supprimé par le gouvernement de Stephen Harper en 2006, le PCJ est géré et administré par l’Université d’Ottawa où les décisions relatives au financement sont prises par deux comités d’experts indépendants. Le programme a souvent été sous le feu des critiques ces dernières années notamment pour son manque de transparence, car les bénéficiaires du PCJ demeurent anonymes. Toutefois, dans son rapport annuel, le PCJ décrit brièvement certaines causes qu’elle finance avec l’accord des bénéficiaires.

L’Université d’Ottawa. Archives ONFR+

Le PCJ « utilisé par des groupes wokes »

Le projet de loi a été débattu en seconde lecture hier à la Chambre des communes. La députée néo-démocrate Heather McPherson a affirmé que sa formation politique appuierait le projet de loi. Le Bloc québécois s’est dit en faveur de pérenniser le PCJ en l’incluant dans la Loi, mais critique « l’opacité de sa gestion, le processus décisionnel dans la détermination des causes et des organismes qui sont financés, a affirmé la députée Andréanne Larouche lors des débats mercredi soir ».

Le Parti conservateur entend s’opposer au projet de loi, dénonçant aussi le manque de transparence du PCJ. La députée Rachael Thomas pointe que les biographies des membres des deux panels indépendants donnent l’impression que « c’est le programme électoral du Parti libéral qui a été collé sous le nom de ces gens ». Selon cette dernière, ce programme est « souvent utilisé par des groupes wokes pour pousser un agenda woke ».

« Ce programme est absolument ridicule. Il manque de transparence, il manque de responsabilité et il manque d’indépendance », a critiqué la députée albertaine.

Des controverses

En 2020, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet avait critiqué le PCJ, car il avait servi à financer une contestation de la Loi 21 sur la laïcité de l’État. Quelques mois plus tard, il avait demandé à ce qu’on retire la gérance du programme à l’Université d’Ottawa, « disqualifiée parce qu’elle a un biais anti-français, anti-Québec, anti-laïcité ». Il faisait référence aux épisodes du « mot en n » avec la professeure Verushka Lieutenant-Duval, les propos répétés du professeur Amir Attaran, qui avait qualifié le Québec de « raciste » et le premier ministre François Legault de « suprémaciste blanc » et un rapport faisant état de francophobie.

Le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet a souvent critiqué le PCJ. Archives ONFR+.

Les controverses autour du PCJ inquiétaient la FCFA et son président Jean Johnson qui craignaient qu’elles ne « mettent à risque un programme qui est d’une importance capitale pour les droits linguistiques des communautés francophones et acadiennes ».

Il y a quelques semaines lors de l’étude du projet de Loi C-13, visant à moderniser la Loi sur les langues officielles, le Bloc québécois a tenté d’ajouter des amendements qui auraient obligé dans la majorité des cas, la divulgation des personnes et groupes ainsi que la nature des causes recevant de l’argent de l’organisme. L’amendement appuyé aussi par les conservateurs avait toutefois été défait par les députés libéraux et la néo-démocrate Niki Ashton. Le PCJ est aussi inclus dans le projet de loi C-13, mais seulement pour le volet attaché aux langues officielles.

Le budget de 2023 propose de verser au ministère du Patrimoine canadien un financement de 24,5 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2023-2024 pour le PCJ.

Privatisation : pour ou contre la réforme du système de santé ontarien?

Le gouvernement ontarien s’apprête à passer au vote final sur le projet de loi 60, qui prévoit la privatisation de certains soins de santé. Mais qu’est-ce qui va changer au juste? Alors que les inquiétudes montent face à cette privatisation d’un système déjà fragilisé, certains se demandent s’il n’est pas temps de remettre en question le statu quo.

Le système de santé public canadien est souvent perçu comme étant parmi les meilleurs au monde. Mais est-ce vraiment le cas? Différents experts disent ce qu’ils en pensent, et où se situe le Canada par rapport aux autres pays.

Les impacts de la Loi sur la diffusion continue en ligne sur l’industrie culturelle francophone

OTTAWA – Le projet de loi C-11 a reçu la sanction royale la semaine dernière, devenant officiellement la Loi sur la diffusion continue en ligne. Cette nouvelle réglementation vient modifier la Loi sur la radiodiffusion, qui n’avait pas été mise à jour depuis 1991. ONFR+ a sondé différents intervenants pour en comprendre les impacts.

Le but de la Loi sur la diffusion continue en ligne est d’obliger le financement et la promotion du contenu canadien par les plateformes comme Netflix, Spotify et YouTube. Le gouvernement souhaite les soumettre à des règles comparables à celles qui incombent aux radiodiffuseurs traditionnels.

Mais l’impact de C-11 ne se fera pas ressentir tout de suite. Le gouvernement doit faire parvenir un décret d’instructions au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui précisera les directives générales de l’application de la loi. Il y aura ensuite une étape de consultations publiques. Les citoyens pourront donner leur avis et les différentes associations de créateurs comptent veiller au grain.

Il est encore difficile de prédire l’impact de la nouvelle loi dans les détails, mais nous pouvons affirmer certaines choses. D’abord, le texte nomme explicitement les communautés de langues officielles en situation minoritaire (CLOSM), qui pourraient bénéficier d’une visibilité accrue. Le CRTC devra établir un processus de consultation plus clair pour permettre aux représentants des CLOSM de s’exprimer sur les enjeux qui les touchent.

Ensuite, la loi devrait favoriser la souveraineté culturelle, c’est-à-dire imposer aux grandes entreprises étrangères d’investir dans des projets canadiens, en s’assurant que la propriété intellectuelle reste canadienne.

La Loi sur la diffusion continue en ligne s’applique aux plateformes et non à leurs utilisateurs. 

Beaucoup de pouvoir au CRTC

Le CRTC pourra déterminer quelles plateformes seront touchées et « imposer des conditions attachées à une licence et rendre des ordonnances imposant des conditions d’exploitation aux entreprises de radiodiffusion », est-il écrit dans le libellé de la loi.

Les détracteurs estiment que le CRTC ne devrait pas indiquer aux plateformes ce qui doit être suggéré comme contenu aux utilisateurs. Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, affirme que la nouvelle loi permettra de « censurer l’Internet ».

Certains créateurs de contenu craignent de voir leur liberté d’expression brimée, notamment en déterminant par des règles arbitraires, ce qui constitue du contenu canadien ou non. Selon les défenseurs de la loi, il est pourtant hors de question de pénaliser les utilisateurs des plateformes, même s’ils jouissent d’une grande tribune. La directrice générale de l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC), Carol Ann Pilon, explique : 

« Le CRTC imposera aux entreprises qui sont assujetties à la loi les conditions appropriées selon la nature du service et la part du marché qu’ils ont. Rien ne va changer pour le créateur de contenu, autre que peut-être que son contenu va apparaître plus souvent. »

La directrice générale de l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC), Carol Ann Pilon. Gracieuseté APFC

Le Sénat avait suggéré un amendement qui aurait permis d’enchâsser dans la loi les types de contenus visés. La Chambre des communes a refusé la proposition. Une bonne chose, selon le responsable des relations publiques à la Guilde canadienne des réalisateurs (GCR), Samuel Bischoff. « Je pense que la loi est claire et sans équivoque. […] Les lois, en général, n’ont pas ce niveau-là de détails. C’est vraiment au CRTC, par des consultations publiques, de déterminer ces questions-là. »

Les créateurs de contenu francophones pourront tirer avantage de la nouvelle loi, selon l’homme derrière la chaîne Appelez-moi Phil, Phil Rivière. Même s’il comprend les craintes exprimées par certains de ses pairs et alimentées par les plateformes elles-mêmes, il croit que le gouvernement doit en faire plus pour protéger les CLOSM. 

 « Souvent, on a l’impression qu’il n’y a pas de contenu francophone en situation minoritaire, mais c’est parce qu’il n’est pas mis en avant par les algorithmes. »

Le créateur de contenu Phil Rivière sur le tournage de son documentaire Donner sa langue au chat, chapitre II : Nos rivalités. Gracieuseté

Pour savoir ce qu’est un contenu canadien, il existe déjà des critères utilisés par le Bureau de certification des produits audiovisuels canadiens (BCPAC). Samuel Bischoff « s’attend à ce que le décret d’instruction du gouvernement demande au CRTC de faire évoluer cette définition. La raison principale est que les plateformes étrangères qui opèrent au Canada sont incompatibles avec la définition exacte dans le système actuel ». Le représentant de la GCR espère que la nouvelle définition aura une sensibilité pour les différentes communautés marginalisées, afin de « refléter l’ensemble du Canada ».

Avec la Loi sur la diffusion continue en ligne, la responsabilité de consultation reviendra au CRTC. Carol Ann Pilon explique que les processus sont déjà publics, mais qu’il faut aller fouiller soi-même, ce qui complique la tâche des petits organismes. « Parfois, des processus passent sans même qu’on en soit conscients. »

Une loi qui ne peut venir seule

Phil Rivière estime que les efforts doivent s’inscrire dans une stratégie plus large : « Le gouvernement du Canada doit absolument aller plus loin pour protéger le français en situation minoritaire, ce qui, en plus de C-11, doit passer par la future Loi visant l’égalité réelle entre les langues officielles du Canada (C-13) et le plan d’action pour les langues officielles 2023-2028. »

Le président du Mouvement des intervenant.es en communication radio de l’Ontario (MICRO), Steve McInnis, surveille aussi le dénouement prochain du projet de loi C-18, la Loi sur les nouvelles en ligne, qui est actuellement à l’examen en comité au Sénat. Selon lui, même si les radios communautaires sont nommées dans C-11, l’impact sera minime : « On a un petit paragraphe, on est là, donc ils nous reconnaissent. Ça peut être intéressant dans nos revendications prochaines. Pour l’instant, le projet de loi C-11 ne nous affecte pas plus que ça. »

Souveraineté culturelle

Pour la directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie-Christine Morin, il était grand temps que cette loi soit adoptée. « Il y avait urgence d’agir […] Il faut absolument qu’on rétablisse l’équilibre dans l’industrie. »

La directrice générale de la fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie-Christine Morin. Crédit photo : Marianne Duval

Carol Ann Pilon insiste sur l’importance d’embaucher des Canadiens sur les plateaux et dans les postes créatifs, et non seulement de dépêcher une équipe américaine pour tourner des films au Canada, ou encore d’acheter un contenu déjà produit.

« Une fois qu’un projet est complété et qu’on le vend à un diffuseur, le montant qu’on reçoit pour ça est minime comparativement à ce qu’on peut aller chercher pour produire une œuvre originale. »

Un double standard dénoncé

Au niveau de l’embauche canadienne, le texte mentionne les entreprises du pays et étrangères dans deux paragraphes différents. Pour les premières, on demande une embauche « au maximum, et dans tous les cas au moins de manière prédominante […] à moins qu’une telle pratique ne s’avère difficilement réalisable en raison de la nature du service ».

Pour les entreprises étrangères, on demande plutôt d’embaucher des Canadiens « dans toute la mesure du possible » et « de contribuer fortement, de façon équitable […en tenant compte de la dualité linguistique du marché qu’elles desservent ».

Samuel Bishoff fait partie de ceux qui craignent l’installation d’un double standard qui profiterait aux entreprises étrangères. « Ce sont des plateformes internationales, qui ont beaucoup de capital. Donc, les obligations d’investir dans des émissions canadiennes originales devraient le refléter. »

Le CRTC précise « qu’il établira un cadre réglementaire modernisé auquel tous les acteurs contribueront équitablement ».

Samuel Bischoff est responsable des relations publiques à la Guilde canadienne des réalisateurs (GCR). Gracieuseté

Le représentant de la GCR résume pourquoi il était important pour l’industrie que C-11 soit adopté : « On voit que la production de contenu, la consommation, le public vont migrer de la télévision traditionnelle vers la diffusion continue en ligne. Cette loi est essentielle pour rétablir une équité et traiter de la même manière les plateformes étrangères et les plateformes nationales, que ce soit notre diffuseur public ou les télédiffuseurs canadiens. »

Article écrit avec la collaboration de Pascal Vachon.

Ottawa pourrait interdire aux institutions postsecondaires d’imiter La Laurentienne

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau pourrait légiférer afin d’interdire aux établissements postsecondaires de recourir à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies comme l’avait fait l’Université Laurentienne.

En mars 2021, l’établissement a créé une onde de choc dans la communauté de Sudbury en se déclarant en faillite et en se plaçant sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Elle est ainsi devenue la première entité publique à recourir à une telle mesure qui aura résulté en la coupure de 70 programmes – 29 en français- et près de 200 pertes d’emplois au sein du personnel de l’université.

Lundi, le ministre François-Philippe Champagne a annoncé que son ministère lancerait durant le mois de mai des consultations auprès d’experts, de prêteurs et d’autres intervenants quant à la façon de mieux « protéger les fonctions d’intérêt public des établissements d’enseignement postsecondaires publics lorsqu’ils deviennent insolvables ». Ce dernier dit avoir été, « comme beaucoup de gens », mal à l’aise avec la décision de l’institution sudburoise.

« Je pense qu’il y a des enseignements à retirer et c’est pour ça qu’on a des consultations », affirme le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie.

François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie. Archives ONFR+

Ce n’est pas la première fois que la question revient au Parlement. L’ancien député et actuel maire de Sudbury, Paul Lefebvre, avait déposé un projet de loi qui allait dans ce sens quelques mois avant qu’il ne meure au feuilleton en raison des élections de 2021.

La sénatrice Lucie Moncion a ensuite pris le relais après les élections avec le projet de loi S-215, qui se retrouve présentement en comité sénatorial. Les deux projets de loi visaient à ajouter les établissements d’enseignement publics dans la catégorie des institutions non éligibles à la Loi sur la faillite et l’insolvabilité comme les banques et les sociétés d’assurances.

Pourquoi, cette fois-ci, ne pas avoir déposé un projet de loi dans ce cas-là? « Il y a un projet de loi au Sénat, mais la première étape, c’est d’entendre et d’apprendre de ce qui s’est passé là-bas. Il faut éviter de répéter certaines des erreurs commises à l’époque et comprendre quelle est la meilleure façon d’assurer la pérennité », répond le ministre Champagne.

Le ministre ajoute qu’il n’écarte pas la possibilité de modifier la loi à l’avenir, mais soutient qu’il veut « d’abord mieux comprendre » ce qu’ont vécu notamment les professeurs et les étudiants affectés à Sudbury avant de prendre une décision.

La députée de Sudbury Vivianne Lapointe ne cache pas qu’elle souhaite que le processus achève en fin de compte avec un projet de loi. « Ceci (les consultations) va aider à faire avancer le projet de loi de la sénatrice Moncion », avance l’élue, qui serait la parraine de ce projet de loi, si jamais il aboutissait à la Chambre des communes.

Un « recours inapproprié »

La vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, avait sévèrement critiqué l’utilisation d’un tel recours par les hauts dirigeants de l’institution du Nord de l’Ontario. Elle écrivait que dès août 2020, l’ancien recteur Robert Haché considérait d’utiliser la LACC pour régler les problèmes financiers et que l’institution « a stratégiquement planifié et choisi de le faire ».

L’ancienne direction affirmait plutôt qu’elle n’avait que deux choix : fermer l’établissement ou recourir à la LACC. Ce processus a permis à l’établissement « de contourner les dispositions de ses conventions collectives, d’éliminer un arriéré de griefs syndicaux de longue date et de fonctionner avec encore moins de transparence », décrit Mme Lysyk.

« On pourrait faire valoir de manière convaincante que la LACC constitue une voie de recours inappropriée, voire dommageable pour les entités publiques », peut-on lire dans le rapport spécial de la vérificatrice générale.

Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l'Ontario.
Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l’Ontario, avait sévèrement critiqué les dirigeants de La Laurentienne. Archives ONFR+

Le député de Nickel Belt dans le Grand Sudbury, Marc Serré, estime que les consultations constituent une bonne idée puisqu’elles permettront à la communauté sudburoise « d’aller de l’avant ».

« L’Université Laurentienne qui a utilisé la LACC, ça a été un cauchemar. C’était leur décision d’aller vers la LACC, mais même encore aujourd’hui, il y a beaucoup de négatifs. Une autre institution qui veut prendre ces démarches-là devra y penser deux fois, car il y a quand même des répercussions à long terme. »

L’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), qui militait auprès d’Ottawa pour un tel changement, a qualifié les consultations de « pas dans la bonne direction ».

« L’enseignement postsecondaire est un bien public qui permet d’éduquer et de former les étudiants, de promouvoir la démocratie et d’effectuer des recherches essentielles. Ces objectifs sont incompatibles avec les objectifs commerciaux de la LACC », a déclaré son directeur général David Robinson.

Pourquoi la rue Donald à Ottawa perd son monument de la francophonie?

OTTAWA – Ce mardi matin, Alain Vachon, le fondateur de Discitus, annonçait sur les réseaux sociaux le démantèlement du quatrième monument de la francophonie au 435 rue Donald. Depuis 2007, le drapeau franco-ontarien flottait aux abords du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP). Suite à la vente de l’édifice hébergeant plusieurs organismes francophones, le comité des monuments de la francophonie a choisi le Consortium Jules-Léger pour abriter le monument délocalisé.

Le nouveau propriétaire du 435 rue Donald est une entreprise anglophone : Interior Finishing Systems Training Center. « On ne voulait quand même pas avoir le drapeau franco-ontarien sur une propriété anglophone », a expliqué Claude Deschamps, directeur général et secrétaire-trésorier du CFORP, en entrevue avec ONFR+.

Le démantèlement du monument de la francophonie a commencé ce mardi 2 mai. Crédit image : Alain Vachon

« Nous avions planifié ce déménagement avec les membres responsables des monuments. On s’est assuré d’une continuité après le démantèlement. Il a donc été entendu – avec les membres, dont l’AFO –, de déménager le monument au Centre Jules-Léger à Ottawa. »

« D’ailleurs », rappelle le directeur, « c’est quand même un organisme partenaire du Centre franco ».

Un déménagement qui ne fait pas l’unanimité

Alain Vachon et Mélina Leroux, la directrice générale de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) ont partagé ce mardi l’annonce via une vidéo sur les réseaux sociaux.

Cette annonce en aura ému plus d’un, puisque les commentaires témoignaient d’une certaine incompréhension, voire d’une déception de voir ce monument délocalisé.

Mélina Leroux et Alain Vachon ont annoncé le démantèlement du monument en direct. Capture d’écran ONFR+

M. Vachon s’est dit très ému, bien qu’heureux de voir le monument simplement délocalisé. « Je pense qu’il y a quand même une petite partie qu’on laisse derrière. On semble peut-être l’oublier dans tout ça, mais c’est plus que de la brique et du mortier. »

« C’est également des entrepreneurs qui ont donné de leur temps, qui ont fait l’excavation, le coffrage, le béton, l’installation des pavés », ajoute-t-il. « Tout doucement, on enlève leurs travaux, puis oui, ça sera reconstruit ailleurs, mais pas par eux. »

M. Vachon explique que de voir disparaître ce monument, lui fait tout de même de la peine, « un pincement au cœur ». « C’était notre motivation, nous, les groupes franco, de s’installer ici. C’était une organisation sans but lucratif (OSBL) francophone qui était propriétaire, c’était parfait pour nous. »

Plusieurs francophones ont fait part de leur déception. Capture d’écran ONFR+

Le fondateur de Discitus se rappelle l’inauguration de ce monument en 2007 et du discours de Gisèle Lalonde, « elle avait participé à sa création ». Mais rien n’est définitif, a-t-il dit optimiste. « Il y aura un 18ᵉ monument à Alfred et certainement un 19e. »

Le Centre franco a déménagé en novembre dernier

Pour Claude Deschamps, « c’est un événement qui fait beaucoup de peine, mais en même temps, ça a été très bien planifié, les baux des 12 locataires ont été transférés au nouveau propriétaire ».

Le monument était sur la rue Donald depuis 2007. Crédit image : Alain Vachon

En 2017, la librairie du CFORP fermait ses portes après 26 ans de service. Depuis, l’espace était loué par douze organismes. « Récemment, depuis le télétravail, tous nos employés sont maintenant chez eux et partout en province. Donc, nous avions mis en vente l’édifice en mai 2022, vendu en novembre de la même année. »

Aujourd’hui, le CFORP se trouve au 2745, boulevard Saint Laurent. Dans un communiqué de presse, M. Deschamps précise que « les nouveaux espaces sont mieux adaptés aux besoins actuels du Centre, qui pourra se concentrer sur son mandat principal d’offrir au personnel scolaire ses multiples produits et services, (…) en restant toujours près des conseils scolaires de langue française de l’Ontario ».

Claude Deschamps est le directeur du CFORP. Crédit image : CFORP

À la question, que va-t-il arriver aux organismes francophones toujours logés sur la rue Donald, M. Vachon clarifie que cela dépendra de si les nouveaux propriétaires respectent les engagements que le CFORP avait établis avec les locataires actuels.

« La relation entre une OSBL et ses organismes locataires est très différente de ceux avec une entreprise privée », conclut-il.