Bonne nouvelle pour le festival Up Here

SUDBURY – Le festival de musique et d’art urbain Up Here de Sudbury annonce un retour de certains éléments de sa programmation qui avaient été annulés dans les dernières semaines, suite à la perte de la subvention du programme Expérience Ontario.

Soupir de soulagement ou soupir essoufflé du sprinter en fin de course. Le 31 juillet dernier, l’organisation du festival Up Here avait demandé l’aide de la population tout en annonçant devoir retirer certains éléments de sa programmation.

À trois semaines de l’événement, l’organisme We Live Up Here (WLUH) apprenait que la subvention du programme Expérience Ontario lui était refusée pour l’édition 2023. Cette subvention représentait bon an mal an environ 20 % du budget. Depuis, c’est le branle-bas de combat pour cet organisme artistique sudburois.

Vendredi après-midi, les organisateurs publiaient un nouveau communiqué sur leur site web et leurs réseaux sociaux. La mobilisation de la population a permis d’amasser plus de 8 000 $ en dons privés. Joint au téléphone, le président de WLUH, Christian Pelletier, explique que ces dons viennent principalement de la région, mais aussi d’ex-Sudburois qui ont le festival à cœur.

De nouveaux commanditaires se sont joints au festival. De plus, la Ville du Grand Sudbury, qui finançait déjà l’événement, a promis un soutien financier supplémentaire dont le montant reste à confirmer. Christian Pelletier salue le leadership municipal dans ce dossier.

Les éléments qui reviennent

L’artiste muraliste albertaine Katie Green sera bel et bien du festival Up Here cette année. « C’est une artiste qui nous tient à cœur depuis plusieurs années, et on avait très hâte de l’avoir », se désolait Christian Pelletier dans une entrevue accordée à ONFR+ après l’annulation de sa présence.

La nouvelle murale prendra la place d’une œuvre qui avait été peinte par Alexandra Mackenzie au tout premier festival, en 2015. Christian Pelletier explique ce choix : « Les murs sont en rotation. Cette murale commençait à montrer un peu d’âge, donc elle était sur notre radar. Et Katie Green a une approche très particulière. C’est du papier peint et non une murale traditionnelle. Donc, ça prend une surface lisse, et il n’y en a pas beaucoup dans les parages. Son art est tellement abstrait, fun et coloré, ça nous prenait un propriétaire aussi fou qu’elle. Et le propriétaire de cet édifice-là trippe vraiment sur son art. »

La murale Naturer d’Alexandra Mackenzie sera remplacée par la nouvelle oeuvre de Katie Green, sur le mur du bar 84 Station. Crédit image : Alexandra Mackenzie, site web du festival Up Here.

Des installations artistiques urbaines d’envergure, dont l’ampleur prévue avait été diminuée, seront finalement déployées à leur plein potentiel.

« Il y a Studio Nude Beach, un collectif artistique de North Bay, qui va faire une installation immersive à couper le souffle dans une craque entre deux édifices du centre-ville. Je ne veux pas en dire plus, c’est un projet secret », avance Christian Pelletier.

Un autre projet, de l’artiste d’art numérique torontois Tasman Richardson, a été récupéré par la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) et fait donc partie des éléments de retour à l’horaire du festival Up Here.

Une performance de fermeture soulignera aussi la fin de l’exposition Mr. Gros de Geneviève et Matthieu, en place depuis juin à la GNO. Gracieuseté Galerie du Nouvel-Ontario

« On est rassurés. On a tellement d’autres chats à fouetter à cette heure-ci! On veut garder notre focus sur l’événement qui commence dans exactement une semaine », souffle le co-fondateur du festival. Le communiqué indique aussi que « finalement, grâce à la générosité inébranlable de notre communauté, nous serons en mesure de payer équitablement les membres de l’équipe. » (traduction libre).

Christian Pelletier est co-directeur artistique et co-fondateur du Festival Up Here, ainsi que président de l’organisme sans but lucratif qui organise le festival, We Live Up Here. Crédit image : Tennille Heinonen

WLUH demande à la population de continuer de soutenir le festival, tout en se réjouissant de voir que les passeports qui donnent accès à l’entièreté de l’événement sont presque tous vendus. Il est toujours le temps d’acheter des billets, de s’inscrire comme bénévole ou de se proposer pour héberger un artiste pour la fin de semaine.

Les résidents de Sudbury peuvent déjà ouvrir l’œil puisque certains muralistes ont commencé leur projet. Le festival Up Here aura lieu du 18 au 20 août au centre-ville de Sudbury.

House of PainT, une vingtième édition sous le pont Dunbar

OTTAWA – La 20e édition de House of PainT se tiendra de vendredi à dimanche à Ottawa. Ce festival des arts et des cultures urbaines célèbre la communauté hip-hop et attire chaque année des visiteurs de partout au Canada. Coup d’œil à la programmation de cet événement gratuit dans la capitale.

House of PainT veut démocratiser le monde du hip-hop en concentrant ses activités autour d’éléments de cette culture urbaine. La musique, la danse, le DJ-ing le MC-ing (poésie et rap) et l’artisanat seront représentés durant la fin de semaine. L’événement principal se déroule le samedi 12 août sous le pont Dunbar, au parc Brewer.

La danse au coeur du festival

Le coordonnateur des compétitions de danses, Arnaldo Betancourt Silva, témoigne du rayonnement de ce festival au micro d’ONFR+ : « Personnellement, ça me tient vraiment à cœur parce que, quand j’habitais à Montréal, j’étais excité de venir à Ottawa chaque année pour House of Paint. »

Photo de l’édition 2022 de House of PainT. Le coordonnateur des compétitions de danse Arnaldo Betancourt Silva (pantalons jaunes), se tient derrière le danseur principal, G-freezzy. Crédit image : Lorenzo Francis-Pierre

Le co-fondateur de Moov Ottawa Danse, qui promeut la culture de la danse urbaine dans la capitale, se rappelle ses participations aux compétitions comme d’autant d’événements formateurs dans sa carrière naissante, avant de devenir un professionnel de la danse urbaine. Il nomme aussi l’importance du rassemblement dans le succès du festival. « Pour moi, c’est très nostalgique, car chaque année je revois des gens que je n’ai pas vus depuis longtemps. C’est vraiment un événement social. »

Arnaldo Betancourt Silva souligne que cette année, les participants ont une motivation supplémentaire. Les gagnants de la compétition quatre contre quatre de break dance obtiendront une place pour la Battle New School, un événement de danse hip-hop qui se tiendra à Quimper, en France, en novembre.

Un festival pour tous

L’organisation de House of PainT invite toute la population à profiter gratuitement de ses activités. Le site web de l’événement incite les familles à se rendre sous le pont Dunbar le samedi, tout en précisant que les artistes ne sont pas censurés et qu’un langage plus cru pourrait être entendu le soir. Par contre, des activités sont prévues pour les enfants durant la journée.

Toute la fin de semaine, les amateurs de culture hip-hop pourront assister à divers événements de réseautage et conférences, et même suivre un atelier d’écriture avec le rappeur gatinois bien connu, D-Track. Le Franco-Ottavien Le R Premier sera en spectacle en début de soirée samedi, suivi par Eazy Finesse, elle aussi résidente d’Ottawa.

House of PainT célèbre entre autres l’art du graffiti. En complément, le site web du festival propose une carte des murales et graffitis artistiques d’Ottawa. Crédit image : David D Pistol

Parmi les autres activités de House of PainT cette année, on retrouve À nous le bal, une soirée dansante afroqueer qui aura lieu au Centre national des arts vendredi soir.

Dimanche, les festivaliers assisteront à la première nord-américaine du documentaire Où va le blanc quand la neige fond? Ce film de Guillaume Kozakiewiez traite de la culture du graffiti en France. Il sera présenté plusieurs fois dans la journée au microcinéma du Digital Arts Resource Centre.

À deux pas de là, à la Galerie d’art d’Ottawa, une nouvelle exposition met en lumière 40 ans de culture hip-hop dans la région d’Ottawa-Gatineau. Demain c’est loin souligne entre autres l’importance de House of PainT dans la culture urbaine de la capitale. L’exposition est en cours jusqu’au 18 février 2024.

Photo de l’édition 2022 du festival House of PainT. Crédit image : Lorenzo Francis-Pierre

Dans un communiqué, la directrice générale de House of PainT, Veronica Roy, explique sa vision de l’événement : « Il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de célébrer entre les générations, d’une occasion pour nous de donner le ton pour l’avenir du hip-hop dans la région de la capitale nationale, et d’une perpétuation de la paix, de l’amour, de l’unité et du plaisir pour les générations futures. »

Arnaldo Betancourt Silva abonde dans le même sens. « C’est juste de rassembler la communauté ensemble, et d’avoir ce point commun pour partager des expériences. »

*** Mise à jour : En raison des inondations à Ottawa, l’organisation du festival House of PainT a annoncé vendredi soir que les activités de samedi se dérouleraient au Centre national des arts plutôt que sous le pont Dunbar.

Alexandre Landry de Hanmer dans le sillage de Nina Kucheran 

SCARBOROUGH  Si la nageuse franco-ontarienne de Sudbury s’est illustrée avec un total de quatre médailles lors des Championnats nationaux, son coéquipier Alexandre Landy s’est quant à lui révélé lors de l’ultime journée de compétition avec une médaille de bronze sur le 200m brasse. Le nageur a terminé troisième, ce 6 août. Petite présentation de ce jeune nageur franco-sudburois qui pourrait faire parler de lui dans les années à venir. 

Tous les regards franco-ontariens étaient tournés vers Nina Kucheran pour les Championnats canadiens de natation qui se déroulaient au Centre Panaméricain de Scarborough du 1ᵉʳ au 6 août. La brasseuse francophone, qui représentait sa ville natale de Sudbury, faisait partie des favorites dans sa discipline et ses distances de prédilection (50m, 100m et 200m). 

Si au final Nina s’est heurtée dans chaque course à Rachel Nicol, nageuse expérimentée qui a raflé toutes les premières places, elle a tout de même signé des podiums de façon très engagée sur chaque course. Malgré la déception de ne pas avoir battu ses records personnels, Kucheran a été en mesure de s’évaluer face à la concurrence. Elle ira en Floride – après des vacances bien méritées – ayant en tête l’envie de progresser tout en s’appuyant sur ses performances aux Championnats nationaux. 

Alexandre Landry, la belle surprise 

De manière plus inattendue, son coéquipier de l’équipe de natation de Sudbury (Sudbury Laurentian Swim Club), Alexandre Landry s’est totalement révélé sur la compétition. Le natif de Hanmer a battu ses records personnels sur deux de ses trois disciplines de prédilection, les 50m (29 »14) et 200m brasse (2’18 »55). Au-delà de ce record, c’est une médaille de bronze que le jeune nageur de 20 ans a empoché sur le 200m. 

« C’est incroyable, je ne m’attendais pas à cela. J’espérais juste faire les finales, faire de mon mieux », a-t-il réagi après sa course. « Je me suis surpassé avec ce podium, c’est génial. De manière générale, je suis très satisfait de mes résultats sur ces championnats. Sur 100m, j’ai amélioré mon record personnel. Je suis très heureux. »

Après ces performances remarquées, l’équipe de natation de Sudbury compte dans ses rangs deux athlètes qui visent des sélections avec l’équipe nationale canadienne, tous les deux dans la même discipline : la brasse. Landry fait figure, au même titre que Nina Kucheran, de tête d’affiche dans l’équipe sudburoise.

Alexandre Landry et Nina Kucheran partagent des ambitions similaires. Représenter le Canada sur la scène internationale est l’une d’entre elles. Crédit image : Sudbury Laurentian Swim Team

Si Alexandre Landry connaît encore peu sa coéquipière, il apprécie sa combativité : « Nina, c’est une athlète dont j’avais entendu parler, mais que je n’avais pas vraiment appris à connaître. Cela fait deux ans que je suis avec cette équipe et Nina Kucheran est à l’université en Floride, donc, je n’ai pas eu la chance de m’entraîner régulièrement avec elle. En revanche, quand elle revient pour les compétitions comme les nationaux avec notre équipe, elle s’entraîne parfois avec nous. C’est vraiment intéressant d’avoir une autre athlète compétitive dans l’équipe. »

Représenter le Canada sur la scène internationale

Alexandre Landry y a goûté à travers des relais lors des Championnats du monde 2022 à Toronto. 

« J’avais été invité à participer avec les relais grâce à mes bons résultats lors des nationaux cette année-là. C’était la première compétition de la saison, c’était intense », se souvient-il.

« J’ai affronté les meilleurs athlètes du monde lors de cette compétition. À trois couloirs de moi, à ma droite, il y avait Nic Fink, un Américain qui a reçu une médaille aux derniers Championnats du monde. »

« C’était impressionnant d’être au milieu des meilleurs et de pouvoir connaître les athlètes internationaux et nager contre eux », ajoute le brasseur. 

Du talent, mais du travail aussi  

La natation a quasiment toujours fait partie du quotidien du jeune sudburois. Depuis les cours de natation à l’âge de trois ans, en passant par l’équipe de la Vallée (Valley East Waves) et jusqu’à aujourd’hui avec le Sudbury Laurentian Swim Club. 

« J’ai toujours aimé nager, mais les compétitions me stressaient beaucoup. Je pleurais même parfois avant de participer. J’ai finalement appris à gérer mon stress avec mes parents, mes entraîneurs et mes coéquipiers. »

Alexandre Landry a réalisé qu’il était capable de bien nager, grâce à chacun de ses succès. « Je me suis rendu compte que je me surpassais lors des championnats régionaux, nationaux et même internationaux. Au fil du temps, je suis vraiment tombé en amour avec ce sport et c’est carrément devenu ma vie maintenant », constate le nageur.

Comme sa coéquipière Nina Kucheran, « c’est la brasse qui lui est tombée dessus plutôt que l’inverse ». 

Durant sa jeunesse, le Franco-Ontarien a eu beaucoup de succès dans cette discipline, et ce, depuis sa première compétition. « J’ai toujours pris beaucoup de plaisir dans cette nage », se rappelle-t-il.

D’ailleurs, le sportif admet aimer l’entraînement intensif. D’après lui, cela a directement un rapport avec la force de ses jambes. « Mon mouvement de jambe est un peu différent de celui des autres nageurs de mon calibre. Il est beaucoup plus large mais ça fonctionne pour moi. C’est drôle de voir comment la brasse peut varier d’un athlète à l’autre. »

Pour l’instant, l’heure est à l’entraînement. Les retrouvailles en compétition seront probablement pour 2024. Crédit image : Daniel Landry

Après avoir goûté une deuxième fois au niveau international, Alexandre Landry s’est aussi retrouvé cette fois-ci en individuel pour la compétition YR Pro Swim series, qui se déroulait à Fort Lauderdale en Floride, début mars 2023. I n’a alors plus qu’une seule idée en tête : faire partie régulièrement de la sélection nationale. 

« Mes ambitions seront toujours d’améliorer mes temps et de pouvoir représenter le Canada au niveau international. J’aimerais aller faire une compétition en Europe ou même au Japon, n’importe où dans le monde. J’aime représenter mon pays. Je suis vraiment fier d’être Canadien. »

Il garde d’ailleurs un bon souvenir de sa compétition en Floride qui l’avait grandement aidé à progresser. L’objectif fixé par son entraîneur Dean Henze était d’avoir l’opportunité de se frotter à une forte concurrence et ainsi d’acquérir de l’expérience. Une expérience qu’il continue d’engranger à seulement 20 ans. 

Rares sont les Franco-Canadiens dans la compétition

Pour tirer son épingle du jeu et faire partie des meilleurs brasseurs canadiens, il devra à terme rivaliser avec les meilleurs nageurs de sa discipline comme James Dergousoff, Gabe Mastromatteo, Justice Migneault ou encore Brayden Taivassalo. Alexandre Landry espère la réouverture de l’équipe de l’Université Laurentienne « afin d’avoir plus d’occasions de se mesurer à eux sur le circuit universitaire ».

Et le français dans tout ça?

En dehors de la natation, Alexandre Landry vit totalement en français, à la maison comme au travail ou encore à l’université. 

« Mes deux parents sont des enseignants en français qui sont aujourd’hui retraités. Ma mère était enseignante en maternelle, alors que mon père était professeur de chimie au collège Boréal. Moi-même, je travaille dans une école publique française comme tuteur et j’étudie la comptabilité en français, à l’Université Laurentienne. »

Artistes francophones dans les festivals anglophones

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

La saison des festivals se poursuit en Ontario. Plusieurs artistes francophones se glissent plus ou moins subtilement dans les programmations anglophones et nous les avons cherchés pour vous. On vous dit aussi où aller en Ontario pour voir le succès cinématographique québécois de l’été, et on souligne une belle collaboration entre un organisme autochtone et un organisme francophone.

Musique

Musiques d’Afrique à Toronto

Le Habari Africa Festival se tiendra de vendredi à dimanche au Centre Harbourfront de Toronto. Il s’agit d’un événement multidisciplinaire, familial et gratuit. Environ la moitié de la programmation est constituée d’artistes francophones. Parmi eux, on retrouve Kizaba, qui mêle musique contemporaine et électronique aux rythmes traditionnels congolais.

L’Ivoirienne Kady Diaby est aussi du genre à mélanger modernité et tradition à travers ses contes et sa musique. À l’occasion du Habari Africa Festival, elle sera accompagnée du percussionniste Amadou Kienou et du maître du balafon, Adama Daou. Les spectateurs pourront aussi voir Njacko Backo & Kalimbas at Work, formation d’origine camerounaise ayant reçu une nomination aux prix Juno en 2021 dans la catégorie Album pour enfants de l’année.

Le Malien d’origine Adama Daou offre des ateliers de balafon dans les festivals, permettant à tous de jouer quelques notes sur cet instrument traditionnel. Photo prise à la FrancoFEST de Hamilton en juin 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Du 11 au 13 août au Centre Harbourfront. Gratuit. Programmation complète sur le site de la Batuki Music Society

Musique celtique à Goderich

Aux abords du lac Huron, on célèbre chaque année les nations celtes et leur contribution à l’Histoire du comté de Huron. Le Celtic Roots Festival aura lieu au parc Lions’ Harbour de vendredi à dimanche. La programmation musicale se décline sur cinq scènes différentes, entre autres entourées d’activités familiales et d’un marché nocturne. Le festival s’intègre dans une célébration plus large qui inclut aussi d’autres événements et un camp de jour sur la culture celte pour les enfants.

Cette année, la formation québécoise Bon Débarras sera présente pour des prestations samedi et dimanche. On retrouve aussi le groupe familial The Fitzgeralds, qui nomme la musique traditionnelle canadienne-française parmi ses inspirations.

La formation québécoise Bon débarras. De gauche à droite : Dominic Desrochers, Véronique Plasse et Jean-François Dumas. Crédit image : Vitor Munhoz

Du 11 au 13 août à Goderich. Détails et billets sur le site du Celtic Roots Festival

Musique country à Oro-Medonte

De jeudi à dimanche, c’est le festival Boots and Hearts à Oro-Medonte, dans le comté de Simcoe, qui se targue d’être le plus grand festival de musique et camping au pays. L’événement propose des têtes d’affiche comme Tim McGraw, Keith Urban et Nickelback. Le Québécois Matt Lang, découvert à l’émission La Voix en 2015, sera en spectacle dimanche.

Le Boots and Hearts propose aussi un concours pancanadien pour les nouveaux artistes country, dont les dernières étapes se déroulent pendant le festival. Parmi les huit finalistes, on retrouve la Montréalaise Trudy Simoneau. Celle qui s’est fait connaître du public québécois en gagnant la téléréalité Occupation Double Afrique du Sud a refusé de miser sur cette popularité instantanée pour mousser une carrière musicale qui n’aurait pas respecté ses idéaux. Elle a plutôt choisi de franchir les étapes à son rythme, sans compromis.

Après des dates dans l’Ouest canadien jeudi et vendredi, Matt Lang sera en spectacle au festival Boots and Hearts dimanche. Crédit image : Will Ayotte. Source : Page Facebook Matt Lang

Du 10 au 13 août au Burl’s Creek Event Grounds de Oro-Medonte. Détails et billets sur le site du festival Boots and Hearts

Musique folk à Red Rock

Sur la rive nord du Lac Supérieur, ce sont des notes de folk qui résonneront de jeudi à dimanche. Le festival Live From the Rock fait une belle place aux artistes francophones. On y retrouve le Montréalais Aleksi Campagne et, de la région de Gatineau-Ottawa, Leverage For Mountains, Moon Fruits et Mia Kelly. Cette dernière s’est récemment rendue en finale des Jeux de la francophonie dans la catégorie Chanson, à Kinshasa, en République démocratique du Congo. 

À 20 ans, Mia Kelly fait déjà beaucoup parler d’elle dans la communauté artistique franco-ontarienne. Crédit image : Randy Kelly

Du 10 au 13 août à Red Rock. Détails et billets sur le site du festival Live From the Rock

Communautaire

Jour de l’amitié à Akwesasne

Le Native North American Travelling College (NNATC) est un centre culturel autochtone situé à Akwesasne, communauté à cheval entre l’Ontario, le Québec et les États-Unis. Il organise la Journée de l’amitié ce samedi sur l’île Cornwall, du côté ontarien. Il y aura des spectacles musicaux, des compétitions de danses traditionnelles, des artisans et des producteurs locaux. L’Association des communautés francophones de l’Ontario de Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) offre son aide au NNATC en dépêchant gracieusement ses employés sur place afin de traduire les activités pour que les communautés francophones puissent y participer.

L’ACFO-SDG traduira les activités pour les personnes francophones qui en ont besoin, lors de la journée organisée par le NNATC. Gracieuseté ACFO-SDG

Le 12 août à Akwesasne. Détails sur la page Facebook de l’ACFO-SDG

Cinéma

Le temps d’un été… à Ottawa

Le temps d’un été est le film québécois numéro un au box-office de la province en 2023. Le scénario de Marie Vien, réalisé par Louise Archambault, a cumulé près de 1 600 000 $. La comédie dramatique nous présente un aumônier et curé de paroisse qui hérite d’une propriété dans la région du Bas-Saint-Laurent. Il y emmène avec lui un groupe de sans-abris qu’il côtoie depuis un quart de siècle et qui, « comme lui, ont besoin de vacances ». Le film est présenté cette semaine au cinéma ByTowne d’Ottawa, avec des sous-titres en anglais.

Le temps d’un été met entre autres en vedette Patrice Robitaille, Élise Guilbault, Guy Nadon, Gilbert Sicotte et Sébastien Ricard. Crédit image : Immina Films

Du 11 au 17 août. Détails et billets sur le site du cinéma ByTowne

La vérificatrice générale de l’Ontario révèle des manquements dans « le scandale de la Ceinture de verdure »

TORONTO – Publié ce mercredi, le rapport sur l’ouverture au développement de la Ceinture de verdure, par la vérificatrice générale de l’Ontario Bonnie Lysyk, a révélé de nombreux manquements de la part du gouvernement, en plus d’établir qu’un tel étalement urbain n’était pas nécessaire pour atteindre les objectifs gouvernementaux en matière de logement. Une controverse telle que l’opposition en appelle au licenciement du ministre du Logement Steve Clark et à l’ouverture d’une enquête de la Police provinciale de l’Ontario (PPO).

La publication du Rapport spécial sur les changements apportés à la Ceinture de verdure de la vérificatrice générale a déchaîné les passions aujourd’hui à l’Assemblée législative de l’Ontario, les conférences de presse de tous les partis défilant les unes après les autres.

Résultat de six mois d’investigation, le rapport découle d’une demande conjointe des partis d’opposition en janvier 2023 du lancement d’un audit sur les répercussions financières et environnementales de la décision du gouvernement de retirer ou de redésigner des terres à la Ceinture de verdure, soit 15 sites et 7400 acres.

Selon ces conclusions, Bonnie Lysyk déclare que les mesures prises par le gouvernement pour ouvrir les parties de la Ceinture de verdure à des fins d’aménagement n’ont pas tenu compte des répercussions environnementales, agricoles et financières, ignorant l’avis des experts et partis touchés, en plus de n’être pas conformes au Plan de la Ceinture de verdure visant à garantir des protections permanentes pour certaines caractéristiques naturelles importantes et terres agricoles.

Celle-ci parle en conférence de presse de processus « biaisé », avec un traitement préférentiel favorisant certains promoteurs et propriétaires et note également que les propriétaires des 15 terres ou biens-fonds retirés de la Ceinture de verdure pourraient constater, à terme, une augmentation collective de plus de 8,3 milliards de dollars de la valeur de leurs propriétés.

Bonnie Lysyk, vérificatrice générale de l’Ontario, lors de la conférence de presse à Queen’s Park révélant les conclusions du Rapport spécial sur les changements à la Ceinture de verdure. Source : Assemblée législative de l’Ontario

Directement pointé du doigt, le chef de cabinet du ministre des Affaires municipales et du Logement Steve Clark, aurait modifié les critères d’évaluation pour faciliter le retrait des terres de la Ceinture de verdure. Imposant un délai serré de trois semaines, il aurait ainsi limité la capacité de l’équipe du personnel non politique. Le choix des terres n’aurait pas été transparent et objectif : 92 % de la superficie retirée de la Ceinture de verdure ayant été désignées directement à M. Clark par trois promoteurs.

« Si Steve Clark dit qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait dans son cabinet, je le crois, mais je dis qu’il aurait dû le savoir », répond Bonnie Lysyk en conférence de presse aux journalistes.

Par ailleurs, le rapport note que, selon le Groupe d’étude sur le logement abordable du gouvernement et les planificateurs en chef des trois régions touchées (Durham, Hamilton et York), l’ouverture de la Ceinture de verdure au développement n’était pas nécessaire pour atteindre l’objectif du gouvernement de construire 1,5 million d’unités de logement. Ces objectifs de construction étaient attribués aux régions avant l’approbation du retrait de terres et biens-fonds de la Ceinture de verdure.

Un « scandale de corruption » pour l’opposition

Le Parti libéral et le Parti vert de l’Ontario en appellent au lancement d’une enquête, de même que le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui parle de preuves troublantes de corruption, de collusion et d’irresponsabilité fiscale.

« Appelons cela par son nom : la corruption. Les Ontariens méritent mieux qu’un gouvernement qui enrichit un certain nombre de donateurs du parti aux dépens des Ontariens qui travaillent dur », a déclaré la leader néo-démocrate Marit Stiles qui parle sans détour d’une arnaque du gouvernement et demande la démission immédiate du ministre du Logement Steve Clark.

« Soit le ministre savait ce qui se passait dans son cabinet, soit il est incompétent. Si le ministre ne démissionne pas, nous demandons au premier ministre de le licencier. »

« Nous demandons une convocation de la chambre pour abroger les décisions de l’ouverture de la Ceinture de verdure au développement », ajoute celle-ci qui demande également la révocation des transactions immobilières et la coopération du gouvernement avec les enquêtes du Commissaire à l’intégrité et « toute potentielle enquête criminelle » de la PPO.

Le NPD qui a lancé cet après-midi une pétition en ligne pour récolter des signatures en faveur de la démission du ministre Steve Clark.

La leader du NPD Marit Stiles lors de la conférence de presse du parti à Queen’s Park. Source : Assemblée législative de l’Ontario

Entre Mea culpa et justifications du gouvernement

Une annonce du gouvernement est rapidement organisée après l’enfilade de conférences de presse sur le sujet.

Interrogé sur le choix d’empiéter sur la Ceinture de verdure quand ce n’était pas nécessaire, Steve Clark justifie cette décision par la croissance sans précédent de la population de la province et la situation d’urgence immobilière qui en découle.

Des propos appuyés par le premier ministre de l’Ontario qui blâme le gouvernement fédéral pour l’afflux massif et soudain d’immigrants renforçant la crise du logement.

Concernant la responsabilité qu’il a envers son chef de cabinet, le ministre des Affaires municipales et du Logement déclare être allé « trop vite pour prendre les diligences nécessaires avec pour cause la sévérité du problème ».

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford qui répond aux questions des journalistes à Queen’s Park suite à la publication du rapport de la vérificatrice générale. Source : Global News

« Je prends la pleine responsabilité pour ces processus défectueux », déclare Doug Ford qui s’engage à prendre en compte les 14 recommandations de la vérificatrice générale.

« Mais nous allons construire des logements pour les familles et nouveaux arrivants. C’est la raison d’être de l’Ontario : s’assurer d’avoir un toit sur la tête et un bon travail. »

Ce dernier, qui se défend d’être « amis avec ces développeurs », répond aux journalistes que les milliards de dollars de profit de ces chefs d’entreprise ne le dérangent nullement « tant qu’il en résulte la construction de 50 000 logements pour des centaines de milliers de familles ».

Si la Police provinciale de l’Ontario ne mène pour l’heure pas d’enquête, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk évoque une investigation en cours de la part du Commissaire à l’intégrité qui a déjà commencé les entretiens.

Atteinte d’une grave maladie, une Franco-Ontarienne se voit refuser un médicament « miracle » 

CORNWALL – Chanelle Laflèche a 25 ans. Depuis plusieurs années, la jeune Franco-Ontarienne souffre d’une maladie mortelle, la fibrose kystique (mucoviscidose). Pourtant, il existe un médicament qui pourrait lui sauver la vie : le Trikafta. Approuvé par Santé Canada, ce médicament est seulement remboursé pour les malades porteurs du gène delta-F508. Chanelle Laflèche est fibrokystique, mais porte en elle un autre type de gène. Ses jours sont comptés et le Trikafta pourrait bien l’aider. 

Le gène delta-F508 se retrouve chez 4 300 personnes affectées par la fibrose kystique au Canada, ce qui représente 87 % des personnes atteintes dans le pays. Cette jeune Franco-Ontarienne fait partie d’un groupe plus rare, d’un peu plus de 200 personnes. 

Le docteur Paul Eckford, directeur en chef des activités scientifiques chez Fibrose kystique Canada, pense qu’elle devrait bénéficier du Trikafta.

Chanelle Laflèche a cette mutation différente (G85E) qui n’est pas prise en compte par Santé Canada. La famille de la jeune femme doit faire face à des frais impossibles à couvrir, payer plus de 300 000 $ chaque année pour espérer sauver la vie de leur enfant. 

Chanelle Laflèche risque de voir la capacité de son poumon réduite, si elle n’accède pas au Trikafta bientôt. En dessous de 20 %, elle devra intégrer une liste pour recevoir une greffe. Crédit image : Postmedia/ Ashley Fraser.

La famille Laflèche ne peut pas débourser une telle somme. Pourtant, le Trikafta pourrait apaiser Chanelle qui souffre depuis si longtemps. À l’âge de sept ans, elle a découvert qu’elle vivait avec la mucoviscidose, une maladie pour laquelle il n’existe aucun traitement curatif. Entre ses 18 et 19 ans, son état de santé s’est particulièrement aggravé. 

La fibrose kystique touche progressivement tous les organes, l’appareil digestif et les poumons en particulier. En janvier dernier, elle a subi l’ablation d’un poumon, sévèrement endommagé par la maladie. Malheureusement, le poumon restant ne fonctionne qu’à 27 %. 

Selon le docteur Paul Eckford, qui connaît bien Chanelle et sa famille, si la capacité fonctionnelle de son poumon chute en dessous du 20 %, il faudra penser à une transplantation.

« Imaginez si vous n’aviez que 20 % de la capacité normale de vos poumons. Tout ce que vous feriez serait difficile, comme monter un escalier par exemple », affirme le docteur. 

« C’est incroyablement difficile et très éprouvant pour le corps. Et nous pensons qu’en l’absence d’une intervention comme Trikafta, sa fonction pulmonaire continuera de baisser. »

Le docteur Paul Eckford, directeur en chef des activités scientifiques chez Fibrose kystique Canada. Crédit image : Fibrose kystique Canada

L’urgence est bien là, puisque ses organes se dégradent rapidement. Son cœur est hypertrophié et bat deux fois plus vite que la normale. De plus, une cirrhose du foie et des vomissements quotidiens s’ajoutent désormais à la liste de ses problèmes de santé. 

« Plus tôt elle a accès au médicament, mieux c’est, et nous espérons pouvoir constater une amélioration de sa santé », estime le docteur.

Refus du gouvernement provincial 

Le Trikafta est récent sur le marché canadien. Pour l’instant, Santé Canada a approuvé le financement provincial de ce médicament pour tous les patients de plus de six ans, porteurs du gène dominant, le delta F-508. Pour les autres, le montant à débourser pour une année de traitement s’élève à plus de 325 000 dollars par an. 

Aux États-Unis, les essais cliniques ont confirmé que ce médicament était bénéfique pour près de 177 gènes différents, dont celui de Chanelle. De nombreuses personnes atteintes par la mucoviscidose y sont ainsi prises en charge même en l’absence du gène dominant. 

La Franco-Ontarienne doit payer 325 000 dollars de sa poche pour accéder au Trikafta, puisque le gouvernement de l’Ontario ne lui a pas approuvé le financement. Source : Facebook/ Chanelle Laflèche

Pour sa mère Céline Laflèche, cette situation est absurde. La famille n’a pas les moyens de payer le traitement : « Le Canada fait une nouvelle étude clinique alors que les États-Unis ont déjà d’excellents résultats et depuis longtemps », affirme-t-elle.

« Chanelle attend que les essais cliniques au Canada soient terminés alors que nous en avons besoin maintenant. » 

Utiliser une seule fois
Céline Laflèche et sa fille Chanelle. La famille a ouvert un GoFundMe pour acheter un an de traitement médical, jusqu’à ce que l’essai clinique sur le Trikafta soit terminé. Crédit image : Postmedia/ Ashley Fraser.

En entrevue avec ONFR+, Céline Laflèche explique que le Trikafta a fait ses preuves dans plusieurs pays et que si Chanelle avait pu en profiter, sa vie aujourd’hui se serait nettement améliorée. 

« Vous vous rendez-compte que le Canada approuve ce médicament pour un seul et unique gène, alors que des centaines d’autres personnes pourraient en bénéficier. »

La province de l’Ontario, qui finance ce traitement pour les fibrokystiques porteurs du gène delta F-508, offre en parallèle un Programme d’accès exceptionnel (PAE) autorisant le financement de certains médicaments, dont le Trikafta. Le médecin de Chanelle a fait une demande au début du mois de juin qui a été refusée. 

La raison invoquée, explique Céline Laflèche, « est qu’elle est trop malade ».

Le docteur Eckford pense que c’est une tragédie. « Il y a un médicament que nous croyons capable d’aider quelqu’un et on ne peut pas y avoir accès, simplement à cause de la bureaucratie, simplement à cause des procédures et des règles », s’agace le médecin.

« Ces procédures devraient être conçues pour aider des personnes dans la situation de Chanelle, mais c’est tout le contraire. »

Financer le Trikafta et tenir bon jusqu’à la fin de l’essai clinique

Alors que Trikafta est approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis pour une utilisation chez les patients porteurs de la mutation G85E, au Canada, un essai clinique est actuellement en cours. 

Dans une missive envoyée au ministère de la Santé en juin dernier, le médecin explique : « Cet essai devrait être achevé cette année, mais la patiente ne peut pas attendre que les résultats soient publiés et que le processus d’approbation soit terminé, étant donné la fonction pulmonaire restante. »

À présent, la seule solution pour Céline Laflèche est de trouver un financement pour acheter le médicament qui donnera du répit à son enfant : « Même si l’essai clinique se termine dans l’année, ma bataille maintenant est de trouver un peu plus de 300 000 dollars. »

C’est pourquoi la sœur de Chanelle, Amanda Dufour, a organisé une cagnotte sur la plateforme de financement participatif GoFundMe. La famille a déjà reçu près de 20 000 dollars de dons depuis l’ouverture du compte le 3 juillet dernier. 

« Je sais que ma fille n’est pas plus importante que les autres. Je n’ai pas cette attitude », a déclaré Mme Laflèche. « Mais il faut faire quelque chose car Chanelle n’a pas de temps devant elle. »

Cap sur Pain Court, le silo à grains de l’Ontario

[VIRÉES D’ÉTÉ]

PAIN COURT – On le surnomme le jardin de l’Ontario. Quadrillé d’une poignée de rues, le pourtour rectiligne taillé à la herse, Pain Court est cerné de champs qui s’étirent à perte de vue que seul découpe, affranchi des codes, le lit sinueux de la rivière Thames. Ici, c’est la loi du tracteur et des semences, de l’homme et de la terre.

Perdu au milieu de l’immensité du territoire sud-ontarien de Chatham-Kent, qui s’étend sur plus de 2000 kilomètres carrés, à 80 kilomètres à l’est de Windsor, Pain Court a bâti sa renommée sur l’agriculture en combinant trois paramètres : le sol, le climat et la recherche.

Sur ces terres riches, humides et ensoleillées, on cultive tout autant le maïs, le soya, l’asperge et la betterave à sucre qui a su surmonter la féroce concurrence internationale de la canne. Région aux 2000 fermes, Chatham-Kent est aussi le premier producteur de choux de Bruxelles, de tabac noir, de concombres et de tomates.

À Pain Court, épicentre de l’agriculture ontarienne, la vie bat donc au rythme des saisons, du labourage, des semences et des récoltes.

Le cultivateur Normand Bélanger dans son champ de betteraves à sucre (1939). Source : bonjourpaincourt.ca

Le Concours national de labour a d’ailleurs eu lieu ici même en 2018 et la compétition de tire de tracteur qui prend chaque été ses quartiers au pied de la tour d’eau est une véritable Mecque pour les fermiers en provenance de toute la province. Et nombre de ceux qui vivent et cultivent les terres de la commune descendent de lignées francophones.

Aux origines du Sud-Ouest franco-ontarien

À qui doit-on ce bout de terre francophone? Certainement aux premiers colons venus du Détroit (actuelle région de Windsor-Détroit) qui y ont élu domicile au tournant des années 1780, attirés par la fertilité des sols à proximité immédiate du lac St Clair.

Cet héritage s’est renforcé, un demi-siècle plus tard, avec une nouvelle vague d’agriculteurs affluant dans les années 1830 du Québec et des régions atlantiques. Sous la houlette du curée Claude-Antoine Ternet, la construction d’une chapelle en 1951, suivie d’une église, deux plus tard, a consolidé les liens de la petite communauté agricole qui s’est développée avec vigueur. À cette époque, on recensait près de 200 familles, en majorité canadiennes-françaises.

L’église actuelle de l’Immaculée Conception. Crédit image : Andréanne Baribeau

Née en 1853 grâce à l’abbé Jean-Thomas Raynel, la paroisse de l’Immaculée Conception perdra son église dans un incendie en 1874. Construite l’année suivante, la seconde tombera en ruine, avant l’édification d’un troisième édifice, en 1911, sur l’emplacement de l’église actuelle. La construction d’un couvent sera même achevée en 1923.

Mais en 1937, le sort s’acharne sur les paroissiens : l’église est encore la proie des flammes. Il ne faudra qu’une année pour en rebâtir une quatrième, toujours debout de nos jours. Sa communauté aussi.

Pain Court est ainsi considéré comme l’une des premières communautés franco-ontariennes du Sud-Ouest de l’Ontario, avec ses voisins de Grande Pointe. Une rivalité culturelle et identitaire a longtemps perduré entre les deux villages dont le français variait d’un bord à l’autre.

Une plaque historique commémore le passé tumultueux de l’arrivée des premiers fermiers jusqu’à 1966 et l’établissement de la poste qui, aujourd’hui encore, constitue une des rares agences à offrir des services en français.

Pain court ou short bread? Miettes d’histoire…

Avec les écoles catholiques, tout était en place pour créer les conditions d’une dynamique culturelle et éducative. On en compte deux dans cette communauté rurale : l’École secondaire catholique de Pain Court et l’École élémentaire catholique Sainte-Catherine, gérées par le Conseil scolaire catholique Providence.

Inaugurée en 1928, la première abritera la seconde à ses débuts, à partir de 1937. L’École secondaire se nomme alors Pain Court Continuation School. Ce n’est qu’en 1953 qu’elle déménagera dans l’édifice actuel de la rue Notre Dame, s’appelant École H.J. Payette Continuation School, puis, en 1972, École secondaire de Pain Court.

32 ans avant la création des écoles secondaires publiques de langue française, Pain Court a donc été une des premières localités ontariennes à bénéficier de l’enseignement public de niveau secondaire en français.

Des élèves en classe à l’école élémentaire catholique Sainte-Catherine. Source : bonjourpaincourt.ca

Pour comprendre la signification du nom du village, il faut remonter au XIXe siècle, du temps où les colons francophones cultivaient la terre et produisaient des pains courts pour les missionnaires catholiques itinérants. « Je vais à la mission où le pain manque », disaient-ils selon la légende, signe de la pauvreté dominante. Autrefois nommé La Tranche du nom de la rivière voisine, le village est devenu Pain Court, et la Rivière : la Thames.

Rien à voir donc avec le short bread écossais même si le parallèle avec l’histoire de ce biscuit est tentant : il s’agissait de sécher au four le reste de pâte à pain jusqu’à ce qu’il devienne biscotte. Avec le temps, le pain est devenu le célèbre sablé que l’on connaît aujourd’hui.

Les années glorieuses de la Central Tavern

La francophonie prospère ainsi grâce à ses écoles mais aussi ses lieux de rassemblement comme le parc du Centenaire, fondé en 1967 pour souligner les 100 ans d’existence de la Confédération canadienne, ou encore la Central Tavern.

Véritable repaire pour les arts de la scène, cet unique restaurant niché au cœur du village a vu passer de nombreux artistes franco-ontariens, dont certains sont devenus des célébrités à l’image de Véronic Dicaire ou encore Damien Robitaille. Robert Paquette, Jean-Guy Labelle, Joanne Blouin on également foulé les planches de la taverne trônant aux angles des routes Winter Line et Creek Line.

La Central Tavern a vu défiler de nombreux artistes francophones. Crédit image : Rudy Chabannes

À l’été 2004, le lieu est le théâtre des 150 ans de la commune. À l’affiche, le Groupe Swing, Annie Brocoli et Édith Butler, mais aussi une pièce de théâtre historique réalisée et interprétée par des résidents. Le Groupe Swing (devenu LGS) gardera de son passage ce tapis noir caractéristique de ses spectacles.

Sortons de table à présent! Direction : la sortie du village. En ce week-end de juillet, la fête se passe ailleurs. À l’ombre de la tour d’eau, au milieu des vrombissements de moteurs, le concours de tire de tracteurs s’apprête à commencer.

Ce concours est le plus gros rassemblement du village. Un incontournable qui dépasse largement ses petites frontières. Au hasard des rencontres dans les allées du concours, les discussions se font en anglais mais l’usage du français se libère, tantôt hésitant tantôt flamboyant, aux premiers mots échangés dans la langue ancestrale.

Mais ces lieux d’échanges en français choses se réduisent à peau de chagrin aujourd’hui. Si les écoles demeurent, l’assimilation linguistique rampante a fait son œuvre et la jeunesse qui ne bascule pas dans la vie en anglais, rêve d’horizons plus lointains pour continuer à vivre sa francophonie et trouver des opportunités professionnelles.

Qui a volé la cloche?

L’assimilation n’est pas le seul danger qui guette. Des pans entier du patrimoine disparaissent peu à peu : les grandes lignées de fermiers franco-ontariens s’estompent et des fragments du patrimoine bâti aussi, à l’image du vol, en 2020, de la cloche historique de Pain Court.

Témoin ancestral de l’histoire du village, une cloche de plus de 100 kilos trônant sur un socle de béton devant l’École secondaire de Pain Court, a été volée. Un véritable drame pour les habitants.

Source : Pain Court 150

Le magasin de DD Gagné. Source : Pain Court 150

La tour d’eau vue du parc du Centenaire. Crédit image : Rudy Chabannes

Crédit image : Andréanne Baribeau

Au centre du village, un panneau en français retrace l’histoire du village à partir de 1780. Crédit image : Rudy Chabannes

Le bureau de poste actuel sur l’artère principale du village. Crédit image : Rudy Chabannes

L’unique école secondaire de Pain Court est francophone :  elle forme 250 élèves de la 9e à la 12e année. Crédit image : Rudy Chabannes

Un panneau en français indique la direction des écoles, des parcs et de la garderie. Crédit image : Rudy Chabannes

La Central Tavern a vu défiler de nombreux musiciens franco-ontariens et québécois. Crédit image : Rudy Chabannes

Crédit image : Rudy Chabannes

Le concours annuel de tire de tracteur attire chaque année des milliers de spectateurs près de la tour d’eau. Crédit image : Rudy Chabannes

L’ancien bureau de poste portait le nom de Dover South. Source : Pain Court 150

La pose de la pierre d’angle de la troisième église en 1911. Source : Pain Court 150

L’entrée du parc du Centenaire. Crédit image : Andréanne Baribeau

Forgée au début du 20e siècle, elle appartenait à l’origine à l’ancienne école de Dover, fermée dans les années 1960. Un temps disparue des écrans radars, elle était réapparue dans les années 1990, avant d’être installée devant l’école.

Malgré la récompense de 1000 dollars promise, le précieux objet patrimonial n’a jamais refait surface et l’enquête policière n’a jamais pu éluder la sombre affaire.

Un autre bien précieux fait l’objet de toutes les attentions : les rares services en français. Lorsqu’en 2021 la poste du village a perdu son employé bilingue, elle a dû faire face à la plainte d’un citoyen, Paul Laprise, et rétablir ses services dans les deux langues officielles. Il faut dire que jamais, en 161 ans d’existence, la petite agence locale n’avait manqué à ses obligations. Une illustration parmi d’autres de la fragilité des acquis linguistiques.

Des noms évocateurs de la francophonie d’antan
C’est en parcourant les allées du cimetière du village qu’on mesure l’étendue de l’héritage francophone du village : Caron, Gagné, Roy, Tremblay… Les inscriptions sur les innombrables pierres tombales sont un voyage dans le temps au cours des trois derniers siècles.
Entre autres noms célèbres : Joseph Caron, ancien diplomate canadien, a été élevé à Pain Court. Ambassadeur du Canada en Chine de 2001 à 2005, en Corée du Nord, en Mongolie et au Japon jusqu’à l’automne 2008, il a ensuite été nommé haut-commissaire en Inde avec accréditation simultanée en tant qu’ambassadeur au Népal et au Bhoutan.
Autre grand nom ici, Laprise. Située à Pain Court, Laprise Farms Ltd est aujourd’hui le plus grand producteur de choux de Bruxelles au Canada depuis 1998.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

La discrète et passionnée francophonie du Festival caribéen de Toronto

Des milliers de danseurs, un florilège de couleurs, de la musique tonitruante à bord d’énormes camions… Chaque année le Festival caribéen de Toronto en met plein la vue à plus d’un million de spectateurs. Immersion dans la Grande Parade au hasard de rencontres francophones.

« Le carnaval, ça représente beaucoup pour moi. C’est un temps joyeux où tu peux tout oublier, danser, bouger ton derrière », sourit Emma Babio. La jeune Franco-Torontoise originaire du Ghana ne raterait la fête pour rien au monde. Elle y participe depuis 14 ans et s’inscrit avec assiduité depuis cinq ans dans une des nombreuses troupes déguisées, communément appelés les Mas Band, en référence à la mascarade.

« Je suis ici pour m’amuser », confie-t-elle tout en ajustant son costume rose serti de bijoux et de chaines. « C’est excitant de rencontrer autant de gens au même endroit pour célébrer la diversité culturelle, l’émancipation et la liberté. La Grande Parade est le moment le plus grand. Tout est permis. On ne pense plus à rien d’autre qu’à danser et chanter. »

Emma Babio est une participante assidue. Elle se déguise et défile depuis cinq ans. Crédit image : Rudy Chabannes

Tandis que la matinée s’achève, autour d’elle, ses amies attendent que le cortège démarre. Les grandes enceintes du camion le plus proche n’ont pas attendu le top départ pour déverser leur flot d’afrobeat mêlé de hip-hop, reggae et calypso, cette musique originaire de Trinité-et-Tobago, aux sources de la soca.

Nombre de participants sont originaires de cet État situé à l’extrême sud de l’archipel des Caraïbes où l’anglais, langue officielle, cohabite avec le créole et l’espagnol. C’est d’ailleurs le cas d’une grande partie des 700 îles, ce qui explique la présence discrète, voire cachée, de la francophonie au carnaval.

Kanesha Edwards a aussi participé au concours Roi et Reine jeudi dernier. Crédit image : Sandra Padovani

Kanesha Edwards fait mentir cette statistique. Être Trinidadienne et francophone, c’est possible! « C’est extraordinaire de représenter la culture que m’ont transmise mes parents. J’adore ce folklore et cela fait 16 ans que j’y participe. J’ai commencé dans la catégorie junior », relate-t-elle, parée d’une imposante structure colorée de vert et d’argent, sous l’œil d’un gigantesque lézard couronné. Plus tôt cette semaine, elle a tenté de rafler la couronne au concours Roi et Reine du carnaval, en compétition avec une cinquantaine d’autres déguisements géants.

Un peu plus loin, au beau milieu d’un impressionnant contingent de danseurs jamaïcains, Jade Bowen se détache. « Je suis Jamaïcaine et je parle le français depuis la maternelle et j’ai continué de pratiquer jusqu’à l’école secondaire », dévoile celle qui vit sa toute première Grande Parade. Tout comme Trinité-et-Tobago, la Jamaïque a pour langue officielle l’anglais, tandis que l’Espagnol y est largement répandu.

« On est tout un groupe », dit-elle en agitant les plumes qui reposent sur ses épaules au rythme de la musique. Elle est bientôt rejointe par ses amies, drapeaux verts, noirs et jaunes attachés à la taille. « On aime faire la fête et célébrer notre culture. C’est stimulant d’être avec d’autres femmes, quelles que soient leurs formes, leurs origines ou leur culture. »

Jade Bowen est originaire de Jamaïque. Crédit image : Rudy Chabannes

Le cortège se met finalement en marche à la mi-journée en direction d’une grande scène à ciel ouvert où le public, massé sur des gradins au pied du stade BMO, voit défiler les danseurs. On crie, on s’agite, on se déhanche à l’annonce au micro du nom de chaque troupe, avant de s’engager dans une longue boucle du parc des expositions au boulevard Lakeshore, en passant par la Porte des princes.

C’est ici que l’on croise Betty Duala, entre marcheurs en échasses et musiciens percussionnistes. Cette Franco-Ottavienne aux racines camerounaises vit, elle aussi, sa première expérience carnavalesque à Toronto.

Elle se dit fascinée par ce qu’elle voit. « Tout est joli, esthétique, avec des couleurs et de la bonne humeur partout. J’aime danser, me déguiser. Eh puis, ça n’arrive qu’une fois par an! »

Betty Duala vit sa première Grance Parade. Crédit image : Rudy Chabannes

Elle raconte que tout a été très vite pour s’inscrire et que la démarche s’avère être à la portée de tout le monde : « J’ai trouvé un groupe sur Instagram. Je leur ai dit que je voulais jouer avec eux et ils ont dit oui. Ensuite, tu dois apprendre des chorégraphies et faire ton costume. Ce n’est vraiment pas dur. Il faut juste se lancer! »

Le carnaval attire chaque année plus d’un million de spectateurs. En 2022, après deux ans de pause pandémique, il aurait généré 465 millions de dollars de retombées économiques en Ontario, selon ses organisateurs.

Créé en 1967 à la faveur du centenaire de la Confédération canadienne, cet événement commémore, chaque premier samedi du mois d’août, l’émancipation des esclaves au Canada en 1838. Il célèbre aussi les contributions de la communauté des Caraïbes au pays.

Il figure depuis 2019 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Article écrit avec la collaboration de Sandra Padovani.

Idées variées pour jouer dehors

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

L’été se poursuit et on continue de jouer dehors en Ontario. Des films, des festivals, du théâtre… tout se fait en plein air. Et s’il pleut, on entre à l’intérieur pour visiter une galerie d’art.

Arts visuels

Le labeur ne fait pas partie du rêve

La Galerie d’art d’Ottawa (GAO) est l’hôte d’une nouvelle exposition collective qui « présente les diverses façons par lesquelles les artistes des communautés noires de la région d’Ottawa-Gatineau, aux origines caribéennes et africaines, voient le repos et transforment la scène artistique. » Les artistes s’inspirent des sept formes du repos : sensoriel, émotionnel, social, spirituel, physique, créatif et mental. Ils abordent aussi les thèmes de la maternité, de la nature, de la musique et de la vérité. L’exposition est en cours depuis le 27 juillet, mais son vernissage aura lieu le 10 août à 18h30. Parmi les artistes, on retrouve des francophones, dont Fanny Constantino, Francesca Désulmé (Kouka), Stephane Alexis et Esther Calixte-Bea.

L’une des oeuvres de l’exposition Le labeur ne fait pas partie du rêve. Yomi Orimoloye, Mad Man, acrylique, gouache, encre sur papier, 27,94 x 27,94 CM

Vernissage le 10 août, exposition en cours jusqu’au 10 septembre. Détails sur le site de la GAO

Musique

Festival franco-caribéen

La 15e édition du Festival Kompa Zouk Toronto aura lieu du 4 au 7 août. En plus de la musique, il y aura des activités familiales, des démonstrations culinaires créoles et de la peinture, entre autres. Les activités du dimanche au Dundas Square sont gratuites de 16h à 21h. Les artistes en performance lors de cette journée sont DJ Stakz, Anie Alerte, Ketlersax, Klasiko et Rara Jazz.

Le Festival Kompa Zouk met en valeur la culture franco-caribéenne au cœur de Toronto. Gracieuseté Festival Kompa Zouk Ontario

4 au 7 août au centre-ville de Toronto. Détails sur la page Facebook du Festival Kompa Zouk Toronto

Théâtre

La bulle en tournée

La bulle de David Danzon vole dans différents coins de l’Ontario cet été. Ce projet, qu’on a pu découvrir dans le documentaire Stuck de Joanne Belluco, produit par ONFR+, s’arrêtera à Hearst les 4 et 5 août, puis à Kingston du 10 au 13 août, pour se poser à Huntsville et Hamilton en septembre. David Danzon était également à North Bay dans les derniers jours. La bulle permet au public de découvrir ce spectacle sans paroles de n’importe quel angle autour du personnage de Pierrot. Il s’agit d’un mélange de théâtre, de danse et de mime.

Le spectacle La bulle est produit par CORPUS, la compagnie artistique de David Danzon. Crédit image : Robert Deleskie

Les 4 et 5 août à Hearst. Détails de la tournée sur le site de CORPUS

Cinéma

Film familial extérieur

Le Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) convie les familles à deux soirées cinéma en plein air dans les prochaines semaines. La première aura lieu le 10 août. À l’affiche, le film d’animation québécois Katak, le brave béluga. « Alors que ses amis sont tous rendus blancs, Katak, le jeune béluga, est petit et gris. Pour prouver sa maturité, le roi de l’apnée décide d’exaucer le dernier souhait de sa mamie : retrouver son premier amour. » On suivra alors Katak dans cette quête depuis sa zone protégée du Saint-Laurent jusqu’à la grande banquise nordique.

Le 24 août, le MIFO répète l’expérience avec un autre film familial québécois, Coco ferme. Le public est invité à apporter chaises et couvertures. Il y aura des collations et rafraîchissements en vente sur place. En cas de pluie, le film sera projeté à l’intérieur.

Les visiteurs peuvent aussi profiter de leur passage au MIFO pour découvrir une exposition d’art visuel mettant en vedette sept artistes membres du Conseil des arts de Prescott et Russell. L’exposition a lieu du 4 au 30 août.

Katak, le brave béluga, est un scénario d’Andrée Lambert, réalisé par Christine Dallaire-Dupont et Nicola Lemay. Source : MIFO

Projection de Katak, le brave béluga le 10 août. Détails et billets sur le site du MIFO

Communauté

Le ciel de la capitale illuminé

Les classiques Grands feux du Casino Lac-Leamy sont de retour les mercredis et samedis jusqu’au 19 août. Si le site officiel est situé au Québec, au Musée canadien de l’histoire, la barge de lancement des feux se trouve exactement sur la limite entre les deux provinces, sur la rivière des Outaouais. De nombreux Franco-Ontariens participent chaque année à l’événement, dans la foule ou dans l’équipe organisatrice. Les pays en compétition pour le trophée Zeus 2023 sont l’Italie, l’Afrique du Sud, les Philippines et l’Ukraine. Les soirs de feux, plusieurs activités familiales se déroulent sur le site dès 18h. Il est aussi possible de découvrir les talents culinaires de la région avec différents forfaits gastronomiques et de visiter virtuellement la barge de lancement grâce à l’initiative Xfeu.

Les Grands feux du Casino Lac-Leamy se déroulent au Musée canadien de l’histoire depuis 2014. Gracieuseté Grands feux du Casino Lac-Leamy

Les mercredis et samedis jusqu’au 19 août au Musée canadien de l’histoire. Détails et billets sur le site des Grands feux du Casino Lac-Leamy

Des coupes qui font mal aux événements culturels ontariens

SUDBURY – Des coupes dans le programme Expérience Ontario du ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport (MTCS) font mal au domaine événementiel à travers la province. Lundi, le festival d’art urbain et de musique Up Here de Sudbury a annoncé devoir reculer sur certains aspects de sa programmation puisqu’il s’est vu complètement écarté du programme, qui lui avait pourtant octroyé des montants récurrents à travers les années. Ce n’est pas le seul événement à pâtir de la réduction des subventions gouvernementales.

Cette année, l’enveloppe totale accordée à Expérience Ontario est passée de 50 À 19,5 millions de dollars. À la lumière de cette réduction, les organisateurs du Festival Up Here s’attendaient à voir leur financement réduit, mais pas annulé. Ils étaient prêts à réagir à un octroi de plus ou moins 50 000 $.

Le co-fondateur du festival et président de l’organisme organisateur We Live Up Here, Christian Pelletier, explique que la subvention d’Expérience Ontario comptait habituellement pour 20 % du budget du festival. « Nous sommes clients de ce programme depuis des années. Nous n’avions aucune raison de croire que nous ne recevrions aucun financement. Ça nous met nous, et plusieurs autres festivals en province, dans une situation précaire assez impossible à gérer. »

Christian Pelletier est co-directeur artistique et co-fondateur du Festival Up Here, ainsi que président de l’organisme sans but lucratif qui organise le festival, We Live Up Here. Crédit image : Tennille Heinonen

Un autre organisme de Sudbury, le Centre franco-ontarien de folklore (CFOF), a vu sa demande de 13 000 $ refusée. Son directeur général, Patrick Breton, explique que ce sont surtout des activités en marge du festival Les vieux m’ont conté qui en feront les frais. L’une des idées était d’envoyer des conteurs en tournée afin de rejoindre d’autres communautés du Nord de l’Ontario.

Du côté d’Ottawa, la deuxième édition du Festival du jardin a été annulée. À Hamilton, la FrancoFEST, qui a déjà eu lieu en juin, a reçu environ la moitié des sommes espérées. La directrice générale du Centre francophone Hamilton, Julie Jardel, est habituée de jongler avec des chiffres inconnus puisque son événement se trouve en début de saison. Elle n’apprécie pas pour autant : « La moindre des choses que l’on voudrait, c’est d’avoir une petite garantie. De n’avoir aucune idée de ce qu’on va avoir, c’est vraiment difficile en termes de plan de contingence. »

La FrancoFEST 2023 a permis à l’artiste LeFLOFRANCO de vivre sa première expérience comme tête d’affiche d’un festival. Crédit image : Rachel Crustin

Julie Jardel souligne avoir parfois reçu 40 000 $, et parfois rien du tout, ce qui rend difficile la planification. Cette année, elle se résigne. « Je sais que c’est bien en dessous de ce que notre festival mériterait, mais je mitige un peu mon propos maintenant, sachant ce qui se passe ailleurs. »

Le Centre francophone Hamilton devra puiser davantage dans ses revenus autonomes pour compenser la perte de subvention, ce qui pourrait affecter la programmation du reste de l’année.

Communauté solidaire

Depuis l’annonce de lundi dernier, la communauté de Sudbury se mobilise pour venir en aide à l’organisme We Live Up Here. De nouveaux commanditaires se sont manifestés. La municipalité leur a offert rapidement des lettres d’appui pour contester la décision du MTCS.

Certains artistes qui n’ont pas été affectés par le remaniement de la programmation ont offert de redonner une partie de leur cachet à l’organisation. Une offre généreuse, mais inconcevable, selon Christian Pelletier. « Depuis le début du festival, on paye bien nos artistes. Il n’est aucunement question de reculer là-dessus. »

La population peut aider de différentes façons, en achetant ses billets à l’avance, par exemple.

En 2022, le Festival Up Here a accueilli un spectacle surprise de Seulement (Mathieu Arsenault). Crédit image : Amanda Fotes

Selon son co-fondateur, le Festival Up Here aurait généré jusqu’à 5 millions de dollars en retombées économiques depuis ses débuts. Julie Jardel souligne aussi l’importance des festivals dans l’économie d’une région : « Le tourisme culturel est très important. On redistribue aussi énormément dans la communauté en embauchant du monde, en faisant des partenariats avec des commerces locaux, etc. »

Christian Pelletier déplore aussi le fait que les artistes subissent directement les conséquences de ces coupes. « Le secteur de la musique a été l’un des plus affectés par la pandémie (…). Comme les gens sont finalement en train de s’en remettre, on reçoit un autre méchant coup comme celui-là. C’est démoralisant. »

Confusion autour du formulaire

Dans un échange de courriels avec ONFR+, un attaché de presse du MTCS a justifié le refus de financement au Festival Up Here en ces termes : « Les organisateurs du festival Up Here ont soumis une demande incomplète. Comme leur dossier ne contenait pas les documents requis, ils n’ont pas satisfait aux critères du programme. »

Un argument farfelu, selon Christian Pelletier. « C’est très surprenant, parce que le portail ne permettait même pas de soumettre un dossier incomplet. (…) On a révisé notre demande ce matin, juste pour vérifier, et tout est là. » Il précise avoir demandé une rencontre avec des représentants du MTCS.

Au moment d’écrire ces lignes, le MTCS n’avait pas répondu à nos autres questions.

Des changements au programme

Le programme Expérience Ontario du MTCS « offre un soutien aux festivals et aux événements ayant un impact économique touristique pour inciter les visiteurs à redécouvrir l’Ontario, reconnecter les gens avec les expériences locales et augmenter les dépenses touristiques », peut-on lire dans le guide de demande officiel. Ce dernier précise aussi que le programme est compétitif et qu’il n’y a « aucune garantie de financement ».

En plus de la réduction considérable du montant total accordé cette année, la période de demande de financement a été modifiée. Habituellement, les organisateurs devaient déposer leur demande en octobre et obtenaient une réponse en avril. Mais cette fois-ci, il fallait déposer les demandes en avril et les réponses sont arrivées dans les derniers jours, en plein milieu de la saison des festivals.

La formation Les Tireux d’roches était en spectacle au FrancoFEST de Hamilton en juin 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Julie Jardel et Christian Pelletier ont tous les deux précisé que des solutions se trouvent à portée de main du ministère. Sans même renflouer l’enveloppe du programme, il serait possible d’améliorer la planification en changeant les dates de mise en candidature, en permettant aux organismes de faire des demandes pour l’année budgétaire suivante ou en octroyant des subventions sur trois ans, par exemple.

La directrice générale du Centre francophone Hamilton déplore aussi le traitement des festivals francophones : « Il n’y a pas beaucoup de gros festivals francophones en Ontario. C’est dommage que nous aussi on subisse des coupes alors qu’on est déjà là à racler les fonds de tiroir. Je crois que c’est aussi à prendre en compte, à quel point ça met en danger les communautés minoritaires. »

Abel Maxwell lors de son spectacle à la FrancoFEST Hamilton en juin 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Patrick Breton du CFOF ajoute l’enjeu géographique : « Dans le Nord, c’est toujours plus difficile, parce que les frais de déplacement sont plus gros. Je ne sais pas à quel point ils l’ont considéré. »

De son côté, Christian Pelletier ne cache pas sa frustration par rapport à l’administration du programme de subventions. « Notre événement est dans trois semaines. On ne peut pas attendre une réponse du ministère. On nous demande d’être responsable avec les fonds publics, mais on nous impose des décisions absolument impossibles à prendre. »

Une Franco-Ontarienne nommée lieutenante-gouverneure de l’Ontario

TORONTO – Edith Dumont, vice-rectrice, Partenariats, collectivités et relations internationales de l’Université de l’Ontario français (UOF), décorée de la médaille d’or de l’ordre de la pléiade en 2021 pour son engagement dans la communauté, a été nommée lieutenante-gouverneure de l’Ontario ce matin par le premier ministre Justin Trudeau.

En succédant à Elizabeth Dowdeswell, la lieutenante-gouverneure sortante, Edith Dumont deviendra la première Franco-Ontarienne de l’histoire de la province à accéder au poste de lieutenant-gouverneur.

Les lieutenants-gouverneurs, qui représentent le Roi du Canada dans leur province, remplissent les rôles et fonctions de la Couronne, y compris ceux d’accorder la sanction royale aux lois provinciales. Ceux-ci sont nommés par le gouverneur général du Canada sur la recommandation du premier ministre pour un mandat d’au moins cinq ans.

Décorée de la Médaille de l’Ordre de la Pléiade de l’Ontario en 2021, du Prix Bernard Grandmaître en 2020 et de la Médaille de l’Ordre d’Ottawa en 2017 pour ses contributions à la communauté franco-ontarienne, Edith Dumont a voué sa vie à l’éducation, au leadership et au service communautaire. Fière Franco-Ontarienne, elle a pendant plus de 30 ans soutenu l’éducation en français en Ontario.

Orthopédagogue, directrice d’école et surintendante, Mme Dumont a également été à la tête du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), avant de devenir vice-rectrice, Partenariats, collectivités et relations internationales pour l’Université de l’Ontario français, à Toronto.

Membre active de sa communauté, elle a siégé au sein de plusieurs conseils d’administration, notamment le Regroupement national des directions générales de l’éducation, l’Office des télécommunications éducatives de langue française de l’Ontario et l’Ottawa Network for Education.

« Mme Dumont entrera dans l’histoire » dit Doug Ford

« Mme Dumont est une éducatrice et une défenseure accomplie de la communauté. Elle a consacré sa carrière à soutenir les communautés francophones en Ontario, au Canada et dans le monde entier. Je sais qu’elle continuera à servir les Ontariens avec distinction en tant que nouvelle lieutenante-gouverneure de l’Ontario », a déclaré Justin Trudeau dans un communiqué.

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a lui aussi félicité la trentième lieutenante-gouverneure de l’Ontario : « Edith Dumont entrera dans l’histoire en tant que toute première Franco-Ontarienne à ce poste. En tant qu’éducatrice de longue date, elle a consacré sa carrière au service communautaire et à la défense des communautés francophones en Ontario et partout au Canada. »

« Nous sommes convaincus qu’elle s’acquittera de ses fonctions avec engagement, écoute et avec la même volonté ferme de répondre aux aspirations des communautés », a salué le CEPEO dans un communiqué de presse.

Samia Ouled Ali, la présidente du CEPEO, a également ajouté que « La présence d’une lieutenante-gouverneure franco-ontarienne est de la plus haute importance, car elle démontre à quel point rien n’est impossible pour notre communauté francophone. La nomination de Mme Dumont envoie un message clair : les Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens jouent un rôle important dans le façonnement du patrimoine de notre province ».

Université de Sudbury : l’AFO demande au gouvernement de respecter ses propres lois

SUDBURY – Les relations se corsent entre le ministère des Collèges et Universités et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui a déposé une plainte auprès de l’ombudsman contre le gouvernement suite au refus de financement de l’Université de Sudbury.

« Le gouvernement doit respecter ses propres lois », tance Fabien Hébert au micro d’ONFR+, pointant une « décision hâtive sans avoir considéré tous les aspects ». Le président critique le refus du ministère des Collèges et Universités de financer l’Université de Sudbury. Inacceptable, selon lui.

Dans la foulée du couperet ministériel, l’AFO avait sollicité une rencontre en urgence avec le ministère pour trouver une sortie de secours, en vain. Une plainte auprès de l’ombudsman s’est donc imposée d’elle-même en début de semaine dernière.

« On veut démontrer qu’on est sérieux et qu’on ne prend pas ça à la légère », justifie M. Hébert. « On a fait l’analyse de beaucoup de choses, y compris les retombées économiques. C’est clair qu’il y a du positif dans tout le processus associé à octroyer du financement à l’Université de Sudbury. On a fait nos devoirs. Le gouvernement doit faire les siens de façon adéquate. »

À l’encontre de la Loi sur les services en français?

Au cœur de la plainte, l’argument de l’AFO repose sur le fait que le gouvernement tournerait le dos à la Loi sur les services en français (LSF). Désignée partiellement pour offrir des programmes de premier cycle en français, l’institution a en effet une obligation légale à fournir des services dans cette langue, ce qu’elle ne fait plus depuis deux ans, engagée dans une transformation en université par et pour les francophones.

En refusant de financer l’établissement universitaire, le gouvernement aurait donc contrevenu à la loi. « Le gouvernement a fait fit de cette obligation. Quand on prend une décision, on doit s’assurer que toutes les lois sont respectées. Le ministère n’a pas fait mention d’une telle obligation dans son refus », déplore le président de l’AFO, rappelant au passage les autres bénéfices que rapporterait une telle université.

Le Centre de leadership et d’évaluation (CLÉ) estimait dans une précédente étude que l’impact économique global de l’Université de Sudbury s’élèverait à près de 90 millions de dollars pour le Moyen-Nord de l’Ontario en 2028-2029.

Et maintenant? La plainte va poursuivre son chemin au sein du bureau de l’ombudsman. Via son commissaire aux services en français, l’ombudsman doit examiner toute plainte au sujet des services en français fournis par ou au nom d’agences gouvernementales et autres institutions de la législature, incluant les ministères.

Plainte auprès du bureau de l’ombudsman

En dépit de sa désignation, l’Université de Sudbury ne figure toutefois pas dans la liste des organismes surveillés par l’ombudsman sur son site web. Étant donné la confidentialité des plaintes, ce dernier n’a ni confirmé, ni infirmé, ni commenté qu’une telle démarche avait été entreprise.

La plupart des plaintes sont réglées en deux semaines, mais l’ombudsman a le pouvoir de ne pas traiter une plainte si un autre règlement existe. Fabien Hébert croit, à ce titre, que tout n’est pas perdu et qu’il est encore temps pour le gouvernement de rétablir le dialogue.

« On visait l’ouverture des programmes en septembre 2025. On espère encore être capable de respecter cet échéancier. Ça demande une ouverture de la part du gouvernement. On doit s’asseoir et avoir ce dialogue qu’on a pas été capable d’avoir jusque-là. Il y a encore des opportunités de discussion pour voir comment on peut satisfaire les besoins de la communauté. »

Une troisième université risque d’« exacerber ce problème »

De son côté le ministère a plutôt choisi une autre option en s’appuyant sur les deux universités francophones existantes – l’Université de l’Ontario français (UOF) inaugurée en 2021 et Hearst, autonome la même année – ainsi que sur La Cité, l’Université Laurentienne et le Collège Boréal pour compenser l’absence d’offre de programmes de l’Université de Sudbury.

Évitant d’aborder la question de droit sur la LSF, le ministère évoque plutôt, dans un échange de courriel, le faible taux d’inscription dans les universités actuelles pour légitimer sa décision.

« L’UOF et l’Université de Hearst comptent un nombre d’inscriptions d’étudiants canadiens qui est bas, soit respectivement 20 et 66 étudiants », réagit la conseillère principale en communication du ministère, Liz Tuomi. « L’approbation et le financement d’un troisième établissement francophone risquent d’exacerber ce problème », selon elle.

Le premier ministre Doug Ford avait déclaré être à 100 % derrière la communauté lors d’un point presse la semaine dernière, sa ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, indiquant travailler avec le Collège Boréal et l’Université Laurentienne pour « répondre à la demande dans le Nord ».

Carlsbad Springs ou l’extension urbaine sans limite

[VIRÉES D’ÉTÉ]

CARLSBAD SPRINGS – Le patrimoine hydrothermal de cet ancien village, en a fait sa renommée à la fin du 19ᵉ siècle. De nouveau convoité par des promoteurs aujourd’hui, Carlsbad Springs fait cette fois face à un développement urbain inédit avec le projet de construction Tewin, qui promet la création de 45 000 nouveaux logements.

La zone géographique de Carlsbad Springs et ses localités aux alentours sont un atout pour la Ville d’Ottawa. Situé à seulement 20 kilomètres du centre-ville, Carlsbad Springs était ce qu’on appelle un village-dortoir puisque le bassin d’emploi se trouve au cœur de la Capitale.

Tewin est un plan de construction qui se trouve en dehors des limites urbaines de la capitale et qui s’étend sur environ 1270 hectares (3140 acres). Sur le site internet dédié au projet, nous pouvons lire : « Tewin deviendra une communauté créée par les Algonquins de l’Ontario, en partenariat avec le groupe Taggar. Elle deviendra une véritable communauté contemporaine d’Ottawa. Tewin a le potentiel d’accueillir entre 35 000 et 45 000 résidents ainsi que des milliers d’emplois et servira de modèle pour un développement sain, innovant et intégré. »

Le projet Tewin et la construction de 45 000 logements

Ce que promet Tewin, c’est de créer une communauté basée sur les valeurs des autochtones, en protégeant l’environnement et en défendant une approche holistique dans sa conception. Pourtant, les récents développements de ce projet ont soulevé des doutes chez les habitants, auprès de l’Alliance pour les espaces verts de la capitale du Canada et chez Écologie Ottawa.

Malgré les contestations, le conseil municipal a approuvé le projet et ses limites géographiques.

Voici à quoi ressemble les 1270 hectares proposés pour accueillir le projet Tewin. Montage ONFR / Simon Paindavoine

« Tewin, ça faisait un moment que c’était sur la table du conseil », explique la conseillère Catherine Kitts, en entrevue avec ONFR. « La décision de s’étendre était prise avant même que j’arrive en 2020. »

Avant 2022, Carlsbad Springs faisait partie du quartier de la conseillère. Lors des récentes élections municipales, c’est le conseiller George Darouze qui a récupéré l’ancien village.  

Mme Kitts, qui soutient le projet de Tewin, voit une possibilité de bénéfices pour la communauté. « Je trouve que la vision est dynamique : l’idée d’une communauté de 15 minutes est une opportunité excitante », pense-t-elle.

Pourtant, certains habitants craignent de perdre l’aspect rural qui les attirait au départ. « Je comprends les inquiétudes des habitants et que cela puisse être un gros changement, mais la ville grandit », estime la conseillère.  

Un projet pensé par les Algonquins de l’Ontario

Lucie Régimbald, résidente de Carlsbad Springs, confie à ONFR+ que certains habitants étaient férocement opposés à ce projet. À présent validé, « ils veulent l’influencer positivement ».

« Plusieurs terrains appartiennent aux Algonquins de l’Ontario. Le projet Tewin a été négocié, entre autres, comme faisant partie d’un plan de réconciliation, mais il reste beaucoup de questions sans réponse », partage Mme Régimbald.

Lucie Régimbald vit à Carlsbad Spings. Dans le passé, elle s’était mobilisée contre le projet de dépotoir du Groupe Taggart. Crédit image : Lila Mouch

Parmi les doutes, la légitimité des Algonquins de l’Ontario est parfois remise en cause. Lucie Régimbald affirme, à ce titre, que plusieurs chefs autochtones n’ont pas soutenu l’existence de cette entité.

D’après M. Johanis, président de l’Alliance pour les espaces verts de la capitale du Canada, « il y a quelques années, dans le contexte d’une démarche de reconnaissance du territoire autochtone de la nation algonquine, les Algonquins de l’Ontario se sont constitués en une société pour mener à bien des négociations vis-à-vis de la réclamation territoriale ».

« Cet organisme s’est aussi donné une vocation de promoteur immobilier », ajoute-t-il. « En s’associant avec Taggart, ils ont convaincu la province et ont racheté les terres sur lesquelles le projet Tewin verra le jour. Aujourd’hui, ces terres appartiennent aux Algonquins de l’Ontario. »

« Pour construire à cet endroit-là, il a donc fallu que la Ville change les limites du périmètre urbain. C’est là où le plan d’aménagement a été modifié cette année », soutient cet expert du dossier.

Au détriment de l’environnement

« Il faut savoir que les terrains n’avaient pas été validés par les experts », se rappelle M. Johanis.

« Les terrains de Tewin avaient été évalués comme n’étant pas du tout aptes à être développés. Une terre difficile, trop éloignée, des difficultés d’accès pour les égouts, pour l’eau et donc un projet très dispendieux. En tout cas, au moment de l’évaluation, les terres étaient classées sur une liste de terrains moins bons, voire au bas de ladite liste. »

Paul Johanis est le président de l’Alliance pour les espaces verts de la capitale du Canada. Gracieuseté

M. Johanis pense qu’avec le gouvernement actuel et le genre d’orientation qu’il prend, un nombre croissant de projets identiques verront le jour et « tous avec le même thème : construire, construire, construire ».

« Que ça soit sur des terres agricoles, sur des terrains humides et des forêts vierges, on ne s’en préoccupe pas. »

« Pour contrer l’étalement urbain, il faut faire de l’intensification » – William Van Geest.

Au mois de février 2023, des opérations de coupes d’arbres ont eu lieu durant plusieurs nuits. « On sait maintenant que ce sont 170 hectares qui ont été rasés », explique le président de l’Alliance environnementale.

« C’est décevant, mais par contre, est-ce que c’est une surprise? » se demande William Van Geest, coordonnateur des programmes chez Écologie Ottawa. « Ce projet commence vraiment mal avec cette coupe à blanc. Même au niveau de la conception, il y a des problèmes. »

William Van Geest travaille pour la protection de l’environnement. Il est coordonnateur des programmes à Écologie Ottawa. Crédit image : Dancia Kendra Susilo

Après avoir été confrontés sur cette coupe d’arbres, les partenaires du projet ont affirmé qu’ils n’étaient pas tenus d’obtenir un permis pour effectuer ces coupes. La raison : ils nettoyaient les débris du derecho de 2022 et se préparaient à utiliser les terres pour des fins agricoles.

Mais pour Lucie Régimbald, ce comportement reste suspect. Les coupes ont été effectuées la nuit, durant le mois de février, sans prévenir les résidents ni les élus municipaux. La propriété est zonée pour un usage agricole et est étiquetée comme zone humide, mais la Loi sur la protection de l’agriculture et de la production alimentaire de l’Ontario stipule qu’aucun règlement municipal ne s’applique pour restreindre une pratique agricole dans le cadre d’une exploitation agricole.

La conseillère Kitts se rappelle avoir été en colère, lorsqu’elle a eu connaissance du déboisement. « Nous n’avions pas été informés et Taggart a perdu la confiance des habitants, déjà que la relation était difficile », dit-elle.

Vue d’un drone le 20 mai 2023, montrant l’espace entièrement déboisé en février dernier. Source : Youtube/ Nathanael Newton

Le développement urbain : seule solution?

Le développement urbain est-il la seule solution face à la crise du logement? Paul Johanis admet que la dynamique actuelle dans les régions rurales d’Ottawa est propice au développement urbain. « C’est une dynamique qui semble se concentrer peut-être sur ce petit village de Carlsbad Springs », estime-t-il.

Il fait référence au nombre croissant de projets en cours ou déjà terminés, tels que le plan d’un mégadépotoir en étude depuis 2016, la construction d’un entrepôt Amazon en 2018 ou encore un futur projet d’Hydro One.

« La seule résistance, ce sont les résidents, la société civile, les organismes comme nous qui défendons la zone rurale » – Paul Johanis


Pour contrer l’étalement urbain, il faut faire de l’intensification, explique William Van Geest. « On ne peut pas intensifier, si on ne peut pas bâtir plus que deux étages », explique-t-il. Le sol en argile de Carlsbad Springs sera un véritable défi.

« La question, c’est comment utiliser les terrains que nous avons déjà. L’intensification, c’est vraiment une bonne façon de combler ce manque de logement. »

Protection de la zone rurale

M. Johanis explique que 80 % du territoire d’Ottawa se trouve dans des zones rurales. Il y aurait donc de nombreuses autorisations pour ce qui est de la construction, notamment beaucoup de possibilités industrielles et commerciales.

À Carlsbad Springs, le terrain du dépotoir (un projet de Taggart-Miller) est encore au point mort. Crédit image : Lila Mouch

« La seule résistance, ce sont les résidents, la société civile, les organismes comme nous qui défendons la zone rurale. La zone rurale, c’est notre plus grand espace vert », clame le président.

« Les habitants vont perdre leur qualité de vie, ce projet va affaiblir les forêts et les zones humides », en conclut M. Van Geest.

En traversant Carlsbad Springs, le nombre de terres agricoles sur le chemin Piperville est impressionnant. Elles sont en majeure partie constituées d’argile glaciomarine, plus communément appelée argile de Léda.

Les sols argileux ne sont pas favorables à la construction. Ils sont sensibles au gel et peuvent subir des variations de volume. Ce type de sol est réputé pour se tasser à cause de sa forte teneur en eau. Autour de l’Outaouais, plusieurs projets de construction sont retardés à cause de glissements de terrain D’ailleurs, en 2016, l’argile de Léda a été la cause de l’affaissement de la rue Rideau au centre-ville d’Ottawa, qui avait laissé apparaître un trou béant.

Le conseiller Darouze, le Groupe Taggart et les Algonquins de l’Ontario n’ont pas répondu favorablement à nos demandes d’entrevues.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Un tournant de la lutte ouvrière franco-ontarienne aux éditions Prise de parole

HAWKESBURY – Dans son œuvre Regards croisés sur la grève d’Amoco à Hawkesbury, Andréane Gagnon retrace cet événement éponyme, qui à bien des égards, évoque comment la communauté francophone a lutté pour un meilleur avenir, soutenue par la montée du syndicalisme dans la région de Prescott et Russell. 

L’histoire franco-ontarienne est faite de succès, d’échecs et de luttes souvent. Toutes ses luttes s’inscrivent dans un réservoir d’histoires, qui ont façonné, à différents niveaux, la mémoire collective des francophones en Ontario. Si le souvenir de certains soulèvements est encore bien présent, d’autres – pourtant décisifs – semblent oubliés. 

Pour Andréane Gagnon, comprendre la grève d’Amoco Fabrics est une façon de mieux appréhender les racines franco-ontariennes. Elle admet aussi que parler de cet évènement est un geste politique, susceptible d’engendrer du débat sur la situation actuelle des Franco-Ontariens. Dans cette discussion, il est question d’assimilation, de taux d’analphabétisme, de la réorientation des missions associatives et des institutions culturelles, mais aussi de l’accès aux services en français, etc. 

Dans son œuvre, l’autrice donne la parole à des personnalités franco-ontariennes, qui, de près ou de loin, ont été témoins de cette grève en 1980. Robert Hudon, Jean-Marc Dalpé et Serge Denis (Québécois et professeur à l’Université d’Ottawa) analysent ce mouvement social qui aura plus d’impact qu’il n’y paraît. 

Andréane Gagnon détient une maîtrise en sociologie de l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

Finalement, ce livre s’inscrit dans un désir de transmettre l’histoire ouvrière et populaire, « nécessaire aux renouvellements de la conscience politique des communautés francophones ». 

D’un patronat méprisant jusqu’à l’éclatement d’une communauté

La grève survenue le 12 mai 1980 opposait plus de 500 employés à la société Amoco Fabrics, une entreprise américaine qui avait une production de textile à Hawkesbury. Cette mobilisation soulevait un problème très profond à l’époque : la dimension sociale et linguistique du conflit. Les dirigeants de l’industrie étaient en majeure partie des anglophones et la main-d’œuvre francophone.

Ce que les travailleurs demandaient, c’était une augmentation de salaire de 1 $ et l’indexation sur le salaire afin de survivre au coût de la vie, puisque de nombreux ouvriers vivaient en dessous du seuil de pauvreté. 

D’ailleurs, la paie de gréviste était très basse : 20 $ par semaine pour une personne célibataire et 35 $ par semaine pour un couple marié. 

De plus, « ils réclamaient une amélioration du salaire, mais aussi de pouvoir négocier en français les contrats et de pouvoir obtenir des copies en français », ajoute Andréane Gagnon en entrevue avec ONFR+.

« Il y avait une question nationale, d’identité franco-ontarienne et des droits relatifs à la langue en situation minoritaire », soutient l’écrivaine.

En juillet 1980, les grévistes ont manifesté devant la mairie d’Hawkesbury. Les gouvernements ont longtemps ignoré les travailleurs et travailleuses. Crédit image : Le Droit

Andréane Gagnon a découvert dans ses recherches que durant cette période, la région de Prescott et Russell était très dynamique en matière de mobilisation sociale. Même si cette grève a été en quelque sorte « une défaite sur le plan économique ». 

Richard Hudon, comme intervenant, explique qu’il y a pourtant des legs de la grève d’Amoco. Déjà, il y a le fait que les syndiqués aient obtenu une reconnaissance légale de leur contrat en français. 

« On peut considérer que la grève d’Amoco a été un événement catalyseur de l’adoption d’un nombre important de lois et de services en français en Ontario », explique Mme Gagnon. 

Des incidents sur la ligne de piquetage

Malgré tout, l’entreprise anti-syndicaliste, ripostait de façon très agressive. Les interventions de la police provinciale se faisant aussi de plus en plus musclées. 

Le 28 juillet 1980, après six heures de manifestation, les grévistes d’Amoco ont attaqué l’Hôtel de Ville. Bilan : six grévistes arrêtés, huit inculpés. Source : Le Droit

Retrouvées dans les archives du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) à l’Université d’Ottawa, des entrevues du journaliste Fernan Carrière* avec les principaux protagonistes de la grève d’Amoco, nous plongent dans des discussions avec Jean Villeneuve. Le président du syndicat local 2-600 clamait haut et fort que cette grève était « celle de tout le monde », ou encore que les compagnies industrielles utilisaient leur sang (pour se faire de l’argent).

Dans ces enregistrements, plusieurs personnes parlent des maltraitances de la police. D’après des membres du syndicat de l’époque, les grévistes se « faisaient tabasser » par des agents sur les piquets de grève. Face à cette brutalité, près de 300 personnes avaient manifesté devant l’hôtel de ville, pour que le conseil municipal s’implique dans les négociations. 

L’esprit de combat des Franco-Ontariens s’est étiré pendant près de 134 jours. Le conflit a pris fin en septembre 1980 et a démontré la persévérance d’Amoco Fabrics qui voulait une main-d’œuvre peu exigeante. De l’autre côté, la classe ouvrière, francophone et déterminée, aspirait à des salaires plus élevés sans céder à l’injustice. 

Au terme de 134 jours de grève, la convention collective signée offrait une augmentation de 0,75 $ de l’heure, rétroactive au 31 décembre 1979, et une augmentation de 0,60 $ à partir du 31 décembre 1980. Enfin, un ajustement du coût de la vie de 0,10 $ de l’heure dès avril 1981. 

L’héritage de la pauvreté et l’absence d’héritage culturel

Cette population francophone et ouvrière d’Hawkesbury, bien qu’elle possède un « esprit de combat », a été reconnue par le gouvernement fédéral, à la fin des années 1970, comme un territoire « défavorisé ». 

« Cela est dû au fait de son taux élevé de décrochage à l’école secondaire et de son haut taux de prestataires des programmes d’aide sociale », raconte Mme Gagnon dans son livre.

En 1980, comme le relate l’autrice, la région de Prescott et Russell est constituée à 77 % de francophones dont 80 % sont dans le milieu industriel. À ce moment-là, la région compte 17 entreprises industrielles.

Cette recherche lui a aussi permis de comprendre ses origines, sa famille : « C’est en fait la culture ouvrière », conclut-elle. 

Dans Regards croisés sur la grève d’Amoco à Hawkesbury, Andréane Gagnon nous rappelle l’importance de la transmission de l’histoire et finalement les liens étroits qu’il existe entre l’histoire politique des Québécois et les conséquences sur les Franco-Ontariens. 

*Université d’Ottawa (U. d’O.), Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRRCF). Fonds Fernan Carrière (P256). Grève Amoco Hawkesbury 1980, témoignages de syndiquées. S61/1/121.

« Je veux battre mes records personnels », ambitionne Nina Kucheran

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI?

Native de Sudbury, Nina Kucheran est une nageuse de brasse franco-ontarienne qui vise une participation aux Jeux olympiques en 2024. 

LE CONTEXTE

Les Championnats canadiens de natation débutent ce mardi à Toronto et se déroulent jusqu’au 6 août. Ils serviront de sélection pour les prochains championnats parapanaméricains et du monde.

L’ENJEU

Absente aux derniers Championnats du monde, la Franco-Sudburoise tentera de briller sur trois courses : les 50, 100 et 200m brasse, afin de consolider sa préparation en vue des Jeux de Paris.

« Comment se sont passés ces deux derniers mois pour vous, notamment votre première compétition en tant que professionnelle à Sarasota?

Sarasota n’était pas une grosse compétition. Je pense que je devais être la personne la plus âgée. J’ai gagné toutes mes courses. C’est bon pour sa santé mentale parfois d’affronter des plus jeunes et de facilement gagner toutes les épreuves. C’était probablement ma meilleure compétition « en saison ». En saison, signifie simplement qu’on s’entraîne jusqu’au jour de la compétition sans repos quelques jours avant. 

Après cette compétition réussie, avez-vous débuté directement la préparation pour les Championnats nationaux? 

Oui, après cette compétition j’avais hâte de retourner à Gainesville et continuer mes entraînements. Je savais que j’avais tout le mois de juillet pour me préparer pour ce gros événement que sont les Championnats nationaux. Pour me préparer j’ai fait ce qu’on appelle en anglais un taper. Cela consiste à réduire le volume de travail deux-trois semaines avant une compétition tout en maintenant l’intensité au même niveau. Ainsi, ça permet au corps de se reposer. J’ai donc eu un peu de repos pour cette compétition et je me sens vraiment bien. 

Même si vous n’y étiez pas, avez-vous gardé un œil sur les Championnats du monde? 

Bien sûr! J’ai des amis comme Josh Liendo et Kelsey Wog qui ont participé à la finale de leurs disciplines respectives. Évidemment j’aimerais faire partie des concurrents et y être, mais c’est toujours excitant de regarder les autres athlètes canadiens et rester au courant de leurs performances. Ils ont vraiment bien fait lors de cette compétition. En plus, le fait d’avoir regardé ces Championnats du monde avant d’aborder ma compétition, ça me met vraiment dans un très bon état d’esprit. 

Quand vous voyez les chronos réalisés, qu’est ce que cela vous inspire? 

J’ai l’impression que je ne suis pas loin. J’ai regardé par exemple les résultats du 200 mètres brasse. Si j’avais fait le temps que j’avais réalisé aux Championnats canadiens en avril, j’aurais participé aux demi-finales. Je n’aurais pas atteint la finale mais j’espère que je vais améliorer mes temps sur la compétition cette semaine. Au final, quand je regarde les chronos du championnat mondial, je suis enthousiaste parce que je me dis que j’ai la place pour faire des améliorations. Cela me donne aussi de la confiance, parce que je me dis que j’ai ma place avec les meilleures au monde. 

Pour finir, quelles sont les ambitions sur ces Championnats nationaux pour vous? 

J’en ai discuté avec un de mes entraîneurs et, pour moi, le plus important ce n’est pas la victoire à tout prix. Je veux surtout réaliser des temps qui me rendront fière. J’aimerais battre mes records personnels dans les trois courses que je vais disputer : 50, 100 et 200 mètres brasse. Je veux valider le gros bloc de travail que j’ai fait avant cette compétition, être fière de mes performances et conserver mon momentum pour l’année prochaine. »

Retour sur la Franco-Fête de Toronto en dix images

TORONTO – La 41e édition de la Franco-Fête de Toronto s’est déroulée tout au long de la fin de semaine dans le quartier Dundas et Ossington. Vous l’avez ratée? Voici dix temps forts du festival capturés durant ces trois jours de concerts.

Geneviève Cholette, Julie Kim et Nathalie Nadon, alias Les Chiclettes. Crédit image : Rudy Chabannes

Triplette de ladies au Painted Lady

Jour 1, 18h30. Les Chiclettes lancent le coup d’envoi de la Franco-Fête au Painted Lady, pas peu fières de faire découvrir pour la première fois leur chanson C’pas juste un feeling, tirée de leur tout dernier EP, Goddess hors-la-loi. Et le public embarque, emporté dans l’exubérance de Geneviève Cholette, Julie Kim et Nathalie Nadon.

Le public de la brasserie Painted Lady. Crédit image : Rudy Chabannes

Salle comble devant Les Chiclettes

Dans la petite brasserie de l’Avenue Ossington dans l’Ouest torontois, impossible de trouver un siège de libre. Les retardataires n’avaient qu’à venir à l’heure! Les textes engagés et l’humour bien dosé des Chiclettes sont parole d’évangile. En substance : les femmes ont toutes leur place dans cette société. Qu’elles s’en emparent!

Cayenne déroule un répertoire rebelle et intime sur la scène du Painted Lady, à Toronto. Crédit image : Rudy Chabannes

Le rock ébouriffant de Cayenne

À l’humour déjanté des Chiclettes succède le rock’n’roll de Stéphanie Bouchard, alias Cayenne. Entre temps, la petite brasserie s’est considérablement vidée. Pas de quoi décourager l’artiste de la Baie-Comeau (Québec) qui envoie tout ce qu’elle a, servi par des musiciens au diapason.

Scott-Pien Picard sur la scène de la rue Halton, à quelques pas du parc Trinity Bellwoods. Crédit image : Rudy Chabannes

Changement de décor dans la rue Halton

Jour 2, 14h30. Les murs et la pénombre du Painted Lady font place à une grande scène en plein air au beau milieu de la rue Halton, à quelques mètres de là. On y retrouve le duo autochtone Twin Flames de la région d’Ottawa en mode indie rock. Ils sont bientôt suivis de Scott-Pien Picard, alors que, sous un soleil de plomb, l’ambiance reste timide au milieu de l’après-midi.

Kizaba mélange percussions, électronique et rythmique congolaise. Crédit image : Rudy Chabannes

Quand Kizaba fait sauter le thermomètre

Le début de la soirée change de ton avec le Québécois Kizaba. Sa recette? Des percussions rapides, des mots qui dégringolent, des pointes électroniques, un rythme enivrant et des textes qui oscillent entre français et dialecte congolais. L’Afrique est là et emporte avec elle un public qui grossit à mesure que tombe la nuit.

Le Montréalais Kizaba danse sur scène avec une partie du public. Crédit image : Rudy Chabannes

Le public déboule sur la scène

La température monte d’un cran lorsque les premiers spectateurs commencent à danser au pied de la scène. Trop tentant pour Kizaba qui incite les plus téméraires à monter sur la scène. S’en suivent danses et chants sous les projecteurs de la Franco-Fête.

Le FloFranco, DJ Unpier et Chloé Doyon, trio sur la même longueur d’onde. Crédit image : Rudy Chabannes

Un DJ, deux voix, trois complices

Le terrain est défriché pour DJ Unpier qui, aussitôt son matériel branché, fait rugir les enceintes. Plus scénique, son spectacle a considérablement évolué au cours des dernières années. À ses côtés : Le FloFranco et Chloé Doyon occupent la scène et chantent sur le bit du DJ cramponné à sa console.

Originaire de Nice en France, DJ Weedim vit actuellement en Espagne. Crédit image : Rudy Chabannes

Bug informatique chez le boulanger

Un DJ peut en cacher un autre! DJ Weedim prend le relai de DJ Unpier en fin de soirée mais après quelques sons, plus rien. Un contretemps informatique coupe le public dans son élan. Pas de quoi affoler le DJ français qui reprend de plus belle sa playlist tout droit sortie du cinquième volume de son album Boulangerie française.

Kaitlin Milroy et Alex Millaire, alias Moonfruits. Crédit image : Franco-Fête de Toronto

Le dernier jour avec Moonfruits

Jour 3, 14h. Les Ottaviens Kaitlin Milroy et Alex Millaire entrent en scène et font goûter à quelques titres de leur premier album, Ste-Quequepart, tel Big Bureau Blues. Leurs voix complémentaires, tout en harmonie, ainsi que le mariage du glockenspiel et du banjo, leurs instruments de prédilection, retiennent l’attention en cette dernière journée de spectacle.

Le groupe The Two a terminé sa prestation au cœur du public. Crédit image : Franco-Fête de Toronto

The Two ou le blues de l’au revoir

Il revient enfin à The Two de clore le chapitre de la 41e Franco-Fête. L’Helvète Thierry Jaccard, le Mauricien Yannick Nanette et leurs musiciens distillent des notes de blues formant un voyage musical tout en douceur avant que le rideau ne se baisse, dans l’attente d’un 42e rendez-vous. Quand on a le blues…

Cap sur Carlsbad Springs, un ancien village toujours debout

[VIRÉES D’ÉTÉ]

CARLSBAD SPRINGS – La réputation de cet ancien village et son évolution dans le temps vont en étonner plus d’un. Devenu un quartier d’Osgood, lui-même un quartier de la Ville d’Ottawa, Carlsbad Springs semble en continuelle transformation. La résilience de ses habitants et la nature qui l’entoure en font un lieu surprenant.

Il est d’ailleurs difficile de situer les limites de ce quartier situé à environ 20 kilomètres du centre d’Ottawa. Son histoire montre à quel point il a été un lieu de prestige.

Connu sous le nom de « Cathartic » dans les années 1860, en raison des supposées qualités curatives de ses eaux, Carlsbad Springs possédait plusieurs sources d’eau, tourbières et autres ruisseaux. Son eau salée contenait du soufre et plusieurs sources contenaient du gaz naturel.

Au début de la grande ère ferroviaire qu’a connu le Canada, les visiteurs de Montréal, Ottawa et même d’Europe convergeaient ici pour soigner leurs maladies, des troubles tels que le rhumatisme, des problèmes dermatologiques, gynécologiques, neurologiques ou encore digestifs. Plusieurs hôtels de cures thermales accueillaient les curistes venus du monde entier pour séjourner dans ce lieu atypique.

Dernier édicule au-dessus d’une source d’eau à Carlsbad Springs. Crédit image : P199 travail personnel via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Un lieu apprécié de John A. Macdonald

Cathartic est devenu Carlsbad Springs au début du 20ᵉ siècle. Si ce nom lui a été attribué, c’est qu’au début des années 1900 les aristocrates d’Europe centrale ne juraient que par la source naturelle de Karlsbad en Tchéquie. Avant ça, la municipalité avait changé de nom, deux fois : d’abord appelée Body’s Mill, puis Eastman Springs.

Durant cette période prospère, Carlsbad Springs était – selon les rumeurs locales – un lieu de prédilection de John A. Macdonald, le tout premier premier ministre du Canada (1867 à 1873, puis de 1878 à 1891). John Fondateurs de la Confédération, il est considéré aujourd’hui comme une des figures dominantes de la politique canadienne.

Sir John Alexander Macdonald. Il a été premier ministre pendant 19 ans. Source : Canva

D’un village champignon à une ville-dortoir

Au début des années 1860, ce village champignon très populaire a connu un certain essor économique. mais de nombreux incendies ont plus tard fait disparaitre ses hôtels et cures thermales, tandis que la Seconde Guerre mondiale mettait un terme à l’engouement touristique.

Dans un article du Ottawa Citizen en mai 1974, le gouvernement fédéral et provincial comptaient entamer un processus d’urbanisation à Carlsbad Springs. Capture d’écran/ Ottawa Citizen

La médecine avait également progressé, réduisant ainsi le besoin pour les clients de se rendre aux bains thermaux. En 1953, le journal Ottawa Citizen parlait d’un taux de radioactivité dans les eaux du village.

Toujours d’après le Ottawa Citizen, dans un bulletin de 1974, dans un projet fédéral-provincial, le gouvernement prévoyait la construction de 100 000 logements d’ici à 1990. Le gouvernement voulait faire de Carlsbad Springs une ville-dortoir, satellite d’Ottawa.

Une population francophone

D’après ses résidents, le village comptait près de 84 % de francophones pour moins de 1000 habitants, en 2011. Statistique Canada, en entrevue avec ONFR+, a indiqué ne pas pouvoir confirmer ni infirmer ces données.

Aujourd’hui, Carlsbad Springs se situe – depuis octobre 2022 – dans le quartier d’Osgood.  Avant les dernières élections municipales, le quartier faisait partie d’Orléans-Cumberland.

Osgood est un quartier, a priori, majoritairement anglophone. Mais, dans l’ancien village qui possède 690 maisons, plusieurs lignées de familles francophones ne sont jamais parties. La population de Carlsbad Springs serait d’environ 2000 habitants aujourd’hui et, selon la présidente du Club optimiste, Lucie Régimbald, le quartier serait à 40 % francophone.

Le centre communautaire francophone de Carlsbad Springs, c’est là où se trouve le bureau de la radio CJRO, et du Club optimiste. Crédit image : Lila Mouch

Dans l’ancien village, la communauté francophone reste vivante puisqu’en plus du Club optimiste, on y trouve un centre communautaire francophone et la radio communautaire bilingue CJRO. L’école francophone, elle, a disparu depuis longtemps.

La Ceinture de verdure

La Ceinture de verdure d’Ottawa, qui s’étend sur 20 000 hectares, atteint aussi Carlsbad Springs. Cette immense zone de verdure a été créée dans les années 1950, afin de protéger les régions rurales comme Carlsbad Springs contre l’étalement urbain. On y trouve l’aire de conservation de la Mer Bleue de 3500 hectares et une tourbière de 7700 ans.

Ce quartier d’Ottawa fait donc partie des nombreuses zones humides de la région. Son sol en argile ne peut pas supporter de bâtiments lourds, même si l’appétit des promoteurs demeure. Parmi les grands projets de construction, est sorti de terre un entrepôt Amazon en 2018, tandis qu’un projet de méga-dépotoir est à l’œuvre depuis 2016. En 2022 et 2023, un nouveau concept a été validé par la Ville d’Ottawa : la construction d’une collectivité de 45 000 logements via le projet très controversé de Tewin.

Un terrain réglementé par la FIFA

Né d’un investissement de 2,5 millions de dollars, un terrain de soccer ultramoderne a vu le jour au printemps 2022. Conforme aux règlements de la Fédération sportive internationale du football (FIFA), ce terrain accueille régulièrement des équipes locales voire étrangères qui s’y entrainent dans d’excellentes conditions. Des joueurs internationaux comme Jonathan David auraient déjà foulé le gazon taillé au millimètre de ce terrain nommé Julian-de-Guzman, en référence au joueur international canadien Julián Bobby de Guzmán, originaire de Toronto.

Le stade Julian-de-Guzman, situé à Carlsbad Springs. Crédit image : Lila Mouch

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Université de Sudbury, Nord, francophonie… Pierre Poilievre répond à nos questions

SUDBURY – En marge de sa tournée nord-ontarienne, et à l’issue d’un rassemblement à Sudbury, le chef de l’opposition officielle a accordé une entrevue à ONFR+. Il se focalise sur les élections de 2025, promettant de lutter pour les francophones et contre la vie chère dans le Nord.

« Le nouveau ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, a-t-il les épaules pour défendre les francophones et mener à bien la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles?

Selon moi, le gouvernement libéral n’a pas fait assez pour protéger la langue française. Notre porte-parole Joël Godin va tenir responsable M. Boissonnault. Au Parti conservateur, on veut conserver la langue française et on va s’assurer que le nouveau ministre fasse son travail, sinon on va le rendre responsable et imputable.

Pensez-vous que la décision du gouvernement Ford de ne pas financer l’Université de Sudbury était justifiée?

Je ne peux pas parler au nom du gouvernement Ford. Le Parti conservateur du Canada est un parti différent. Il faudrait leur parler pour avoir une réponse à ça.

Le gouvernement fédéral devrait-il compenser financièrement là où le palier provincial ne veut pas investir quand il s’agit de postsecondaire et d’éducation de langue française?

Je suis pour une éducation francophone, y compris au niveau de l’université mais, comme premier ministre, je serai prêt à travailler avec les communautés francophones pour nous assurer qu’il y ait du support pour toute sorte d’éducation. Je suis né d’un père qui a des origines canadiennes-françaises, d’un village fransaskois, donc la francophonie me tient à cœur. Mes enfants sont dans une garderie francophone à Ottawa. Je vais travailler avec toutes les provinces et toutes les communautés francophones pour nous assurer de la présence d’une forte éducation en français.

Tout au long de la soirée, Pierre Poilievre s’est proclamé comme le futur premier ministre. Crédit image : Inès Rebei

Que ferait un gouvernement conservateur au pouvoir pour améliorer la situation du français en milieu minoritaire, notamment en Ontario?

Premièrement, il faut travailler avec les provinces pour nous assurer de la présence d’une éducation en français. Deuxièmement, on a voté pour la Loi C-13 (sur la modernisation des langues officielles). Si vous regardez le bilan au comité des langues officielles, c’est notre député Joël Godin qui a avancé toute sorte d’amendements pour renforcer le français à travers le pays. Nous allons protéger les services en français et je vais m’assurer que les francophones aient une très grande voix au sein de mon gouvernement.

Votre message semble avoir beaucoup résonné parmi les personnes présentes au rassemblement de Sudbury. Qu’avez-vous à offrir aux citoyens du Nord?

La vie coûte trop cher. Trudeau met une taxe carbone mais les gens ici doivent utiliser leur camion pour aller au travail, chauffer leur maison, acheter de la nourriture transportée de loin. Si on met une taxe sur le fermier qui produit la nourriture et sur le camionneur qui la transporte, on met une taxe sur tous ceux qui achètent de la nourriture. Je vais abolir la taxe carbone et rendre la vie plus abordable pour les gens dans le Nord, équilibrer le budget pour réduire l’inflation et les taux d’intérêt, et avoir des maisons abordables.

Plusieurs centaines de personnes ont fait le déplacement pour l’événement, la file était longue pour rencontrer le député de Carleton. Crédit image : Inès Rebei

Vous parlez de maisons abordables, mais il manque aussi cruellement d’appartements dans le Nord. Que feriez-vous pour y remédier?

Il faut inciter des municipalités à libérer les terrains et accélérer les permis de construction. On a le moins de logements per capita parmi les pays du G7 alors qu’on a le plus grand terrain sur lequel bâtir. C’est la raison pour laquelle le prix des logements est presque le double ici au Canada, comparativement aux États-Unis. Le gouvernement Poilievre va revendiquer que les municipalités permettent 15 % de plus de construction, sinon je leur retirerai les fonds de l’infrastructure fédérale et ceux qui respectent ce seuil d’augmentation auront un plus grand bonus. Je vendrai 6 000 édifices du gouvernement fédéral pour les convertir en logements, et des dizaines de milliers d’acres pour la même raison.

Finalement, je vais soutenir les métiers spécialisés. Oui, c’est bon de financer les universités, mais il faut financer les apprentis pour que nos jeunes puissent devenir charpentiers, électriciens pour bâtir ces logements-là. Aussi, en équilibrant le budget fédéral, ça permettra à la Banque du Canada de réduire les taux d’intérêt et d’avoir une réduction des paiements hypothécaires et des loyers. C’est le gros bon sens !

Étiez-vous sérieux au rassemblement de Sudbury, ce jeudi, en disant que vous feriez construire des maisons sur le terrain de la CBC?

C’était une blague, mais honnêtement, ça prend beaucoup d’espace, voyons-donc! Leur bureau, à Toronto, c’est massif, c’est comme un château! En général, les édifices du gouvernement fédéral sont sous-utilisés et souvent vides surtout avec le télétravail. On n’a pas besoin de gaspiller de l’espace comme ça, donc c’est pour ça que je veux vendre ces édifices et permettre d’y construire des logements.  

Nombreux sont ceux qui brandissaient une pancarte demandant à protéger les chasseurs dans la salle. Crédit image : Inès Rebei

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours de cette tournée dans le Nord ontarien?

La criminalité. J’ai entendu partout que la criminalité y est pire que jamais. Ça va mal dans le Nord. La souffrance que je vois à travers le Nord de l’Ontario, je n’aurais jamais imaginé ça. J’ai rencontré des gens à Timmins qui veulent déménager parce qu’il y a trop de criminalité. Je vais mettre en place des peines de prison plus sévères pour les criminels récidivistes. On a vu une augmentation de 100 % dans les meurtres. À Sudbury la criminalité est encore pire.

C’est souvent une minorité d’une quarantaine de personnes qui commettent tous les actes, donc il faut mettre ces gens-là en prison au lieu de bannir les armes de chasse dont l’utilité est importante dans le Nord. J’ai rencontré un charpentier de 42 ans à Sault Ste. Marie qui est sans abri. Comment cela se fait-il au Canada? Honnêtement, ce n’était pas comme ça avant Justin Trudeau et ça ne va pas être comme ça après lui.

Quelles seront vos priorités pour la prochaine campagne électorale?

Ma priorité est de réduire le coût de la vie et la criminalité. Nos aînés aussi, qui ont travaillé fort toute leur vie, devraient avoir le droit de bien vivre, de bien manger, d’avoir un appartement et une maison respectable et de vivre en sécurité en ville. C’est ce dont je m’assurerai quand je serai premier ministre. »

Jeux de la francophonie : la participation canadienne défie les lois de la logique 

Les 9e Jeux de la Francophonie ont officiellement débuté ce vendredi à Kinshasa, capitale de République Démocratique du Congo. Si le Canada y est bien présent, certains aspects de cette participation prêtent au questionnement. 

Pour leur neuvième édition, la première post-COVID-19, les Jeux de la Francophonie ont lieu dans la plus grande ville francophone du monde, Kinshasa et ses 18 millions d’habitants, jusqu’au 6 août.

Comme l’indique l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) sur le site internet dédié à la compétition, cette compétition internationale qui combine un volet culturel et un volet sportif met en avant « le dépassement de soi, la performance, l’excellence de la jeunesse francophone venue des cinq continents ».

La langue française et le caractère francophone des athlètes sont logiquement au centre de ces Jeux. Cela se retrouve à travers les buts de la compétition énoncés sur le site internet, notamment celui de contribuer à la relève sportive francophone.

Malgré le bilinguisme voire le trilinguisme des pays participants, il semble donc logique que les participants aux compétitions qui représentent leurs pays respectifs soient francophones. C’est là que le Canada entre en jeu! En effet, pour le volet sportif, l’effectif réduit à 15 athlètes qui participeront aux compétitions de judo et de lutte compte en son sein plusieurs athlètes anglophones qui ont une compréhension limitée voire nulle de la langue officielle de l’événement centré autour du français. 

« Le processus de sélection des artistes et des athlètes est fondé sur l’excellence, et non sur la langue ou l’appartenance linguistique. Les artistes et athlètes n’ont pas l’obligation d’être francophones pour participer aux Jeux de la Francophonie, il faut seulement que leur pays ou gouvernement membre fasse partie de l’OIF », précise Caroline Czajkowski, responsable des relations médias pour l’équipe canadienne. 

Une seule représentante ontarienne… anglophone

Ce choix délibéré de l’équipe canadienne ne va donc pas à l’encontre du règlement mais a du mal à faire sens, même s’il est assumé. Les participants anglophones ont été soumis au même processus de qualification que les francophones dans leurs disciplines respectives. Ils ne sont pas des choix par défaut pour remplacer des francophones qui se seraient désistés.

La lutteuse anglophone Nyla Burgess est la seule représentante ontarienne de la sélection. Elle a obtenu son droit de participer aux Jeux de la Francophonie en mai dernier. « Canada Lutte a organisé les Championnats nationaux U23 qui déterminaient qui serait qualifié pour les Jeux de la Francophonie, chacun dans sa catégorie de poids. Comme j’ai remporté le titre national, j’ai été sélectionnée », confie-t-elle. 

La lutteuse ontarienne Nyla Burgess, ici en 2021 aux jeux Pan Américain à Mexico. Crédit image : United World Wrestling

La participation d’athlètes anglophones n’est pas la seule incohérence émanant de la sélection canadienne. Habituellement, le Canada est représenté par trois sélections, le Québec et le Nouveau-Brunswick se joignant indépendamment à la compétition. Mais cette année, le gouvernement québécois a décidé de se retirer de la compétition pour « protéger » ses athlètes face aux risques d’insécurité liés notamment au conflit entre le Congo et le Rwanda. 

Des Québécois pas si absents que ça

Or la sélection canadienne compte pour plus de la moitié de son effectif des participants… québécois. Là encore, cela ne va pas contre le règlement, mais la « mission sauvetage » des athlètes québécois semble avoir pris du plomb dans l’aile avec tout de même 11 d’entre eux qui sont bien présents à Kinshasa. 

Pour rassurer tout le monde, Isidore Kwandja le directeur du Comité national des Jeux, lors de son discours d’introduction à la conférence de presse d’ouverture, a mis l’emphase sur la sécurité qui est la priorité de l’organisation. 

Nyla Burgess qui est arrivée sur place mercredi en soirée, nous a confirmé à la fois le très bon accueil qu’elle avait reçu mais aussi cet accent mis sur la sécurité. 

« Ils étaient là dès l’arrivée à l’aéroport pour nous accueillir et nous emmener au village en sécurité. Ils ont passé brièvement quelques points avec nous puis nous avons eu un long briefing complet sur la sécurité le lendemain matin. Ils ont vraiment insisté sur le fait de bien suivre le protocole qu’ils ont mis en place. »

Si quelques détails restaient à régler encore jeudi, notamment au niveau de la vente des billets et comment se les procurer, les organisateurs ont fait le maximum pour que tout soit prêt pour le jour J. 

Et si on se questionne sur l’intérêt d’envoyer des athlètes anglophones à ces jeux, on ne peut supposer qu’ils leur donneront l’envie d’apprendre la langue française. 

« C’est un rappel pour moi qu’il faut que je travaille mon français. C’est ce que j’ai l’intention de faire », conclut Nyla qui se dit fière de représenter son pays dans une compétition internationale. D’un point de vue sportif, son objectif est de ramener une médaille et d’utiliser la compétition en guise de préparation pour les Championnats du monde U23 qui auront lieu en octobre. 

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a décliné notre demande d’entrevue, tandis que le ministère ontarien du Tourisme, de la Culture et du Sport, dans une réponse conjointe avec le ministère des Affaires francophones, renvoie la balle au ministère du Patrimoine canadien, organisateur et coordonnateur des activités liées à la participation et à l’entraînement des athlètes et des artistes représentant l’équipe canadienne.

Les Chiclettes lancent leur EP Goddess Hors-la-loi

TORONTO – Elles seront les têtes d’affiche de la première soirée de la Franco-Fête de Toronto ce soir. Elles en profitent pour lancer leur nouveau EP, Goddess Hors-la-loi. Grosse journée pour Les Chiclettes, trio composé de Geneviève Cholette, Julie Kim et Nathalie Nadon. Cette dernière s’est entretenue avec ONFR+ pour parler de ce nouveau mini-album.

Les chansons de Goddess Hors-la-loi ont été dévoilées au compte-goutte dans les trois dernières années. La dernière à découvrir, C’pas juste un feeling, sera lancée ce soir sur la scène du Painted Lady, en même temps que le EP. Le titre de l’album est tiré des paroles de ce dernier extrait, mais évoque un état d’esprit qui est présent sur toutes les pièces.

« On dit aux femmes : Prenez-la, votre place. C’est correct. Vous pouvez prendre votre place avec toute la douceur qui vous appartient ou avec toute la ferveur qui vous appartient », explique Nathalie Nadon. Et les paroles en attestent : « On crie peut-être moins fort qu’une basse, un ténor, mais j’te dis qu’on score à chaque fois. »

Le trio torontois se montre en effet plus engagé que par le passé. Nathalie Nadon, Geneviève Cholette et Julie Kim n’ont plus peur de déranger, de s’affirmer comme féministes et de dénoncer les incohérences de la société. La pièce Folle devait parler de santé mentale, mais a évolué au fil de l’écriture.

« Si je suis habillée de mon intérieur, dis-moi pourquoi j’ai un impact sur ton bonheur » – Extrait de Folle

Les paroles viennent donc toucher différentes cordes sensibles selon la personne qui écoute, que ce soit la santé mentale, le fait de refaire les mêmes erreurs, la politique, l’environnement ou le regard des autres.

Goddess Hors-la-loi est lancé ce soir à la Franco-Fête de Toronto. Gracieuseté Les Chiclettes

Plusieurs chansons ont une saveur écoféministe. Elles comparent la femme à la nature. Nathalie Nadon donne l’exemple du titre Le F World. « On aime ça un petit ruisseau tout doux. Mais est-ce qu’on respecte le tsunami? Tu n’as pas le choix de le respecter. La femme peut être autant un tsunami qui se lève et se réveille, comme elle a le droit d’être un petit ruisseau qui coule dans la forêt. Et la femme, comme une rivière, va contourner les pierres et faire son chemin. Elle peut être douce, mais elle peut renverser un bateau, aussi. »

Se réinventer

Il a fallu défaire le carcan des années 1940 dans lequel Les Chiclettes se sont fait connaître. Nathalie Nadon, qui écrit les scénarios de leurs spectacles, se sentait limitée par les chansons d’amour à la Frank Sinatra et avait envie de se coller un peu plus à l’actualité. Elles ont gardé l’aspect musical, le jazz vocal pétillant et l’ambiance rétro, mais se sont renouvelées particulièrement dans les paroles, souvent écrites par Geneviève Cholette.

« Ça fait presque 14 ans qu’on est ensemble. Les gens aiment ce qu’on fait. On a un impact. Alors pourquoi on ne prendrait pas notre voix pour avoir une pertinence? » – Nathalie Nadon

Nathalie Nadon souligne que les trois musiciennes ont beaucoup évolué. Elle donne l’exemple de Julie Kim. Au début de l’histoire du groupe, elle donnait des idées au directeur musical. Aujourd’hui, c’est elle qui compose la musique et la plupart des arrangements.

Les Chiclettes existent depuis 2010. Gracieuseté Les Chiclettes

Autre changement dans la démarche artistique, l’album Goddess Hors-la-loi a été écrit avant le spectacle du même nom. Habituellement, les chansons venaient appuyer la théâtralité du spectacle. « Avant, c’était plus comme une trame sonore de notre spectacle. Tandis que ça, c’est vraiment un album que tu peux écouter dans ta voiture en vacances. »

Les fans de la première heure retrouveront tout de même les personnages colorés des trois interprètes. Simone (Nathalie Nadon), Huguette (Julie Kim) et Vivi (Geneviève Cholette) sont toujours bien en forme et en humour. La formule fonctionne et les trois complices s’amusent de voir les gens dans la salle rire, acquiescer et se pointer entre eux car ils reconnaissent des traits de caractère des gens de leur entourage.

« Les Chiclettes, c’est comme un quatrième personnage. C’est la somme des parties, » conçoit Nathalie Nadon en parlant de leurs alter ego.

Création pandémique ou prémonitoire

L’artiste souligne que Folle et l’extrait suivant ont l’air de faire référence à la pandémie, alors qu’elles ont été écrites avant : « Folle, c’est un peu comme si on était entre quatre murs et qu’on était en train d’en perdre des bouts. Et Sérieux? Bravo!, tout le monde a fait le lien avec le travail invisible et le fait qu’on remettait les femmes à la maison pendant la pandémie. Ce n’était pas notre intention. Mais parce que c’est sorti durant la période de la pandémie, c’est ce que les gens ont compris. »

Cette période pandémique est la raison pour laquelle l’album et le spectacle ont pris tant de temps à se concrétiser, mais les Chiclettes ont pu continuer d’avancer durant les dernières années. Juste avant le premier confinement, elles avaient reçu une bourse de Musicaction. Donc, dès que les règlements s’assouplissaient, elles entraient en studio ou en salle de répétition. Le spectacle actuellement en tournée a été l’événement de réouverture pour bien des salles.

Et les gens étaient au rendez-vous. « Les salles étaient pleines à craquer. Le public avait le goût de rire, d’être touché, d’être ému. On ne pouvait plus partir! »

Toujours pertinentes

Ayant un peu perdu la notion du temps à cause de tous les retards pandémiques, les Chiclettes ont été surprises de constater qu’elles avaient quatre nominations au prochain gala Trille Or, dans les catégories Groupe, Jazz, Spectacle et Coup de cœur du public.

Nathalie Nadon confie ce que représentent ces honneurs : « J’ai fait beaucoup de tournées depuis 2005. J’ai vu la scène musicale franco-ontarienne changer, évoluer pour le mieux. (…) Les gens ne jouent plus juste de la guitare pour jouer de la guitare. Ils ont une mission, ils veulent faire avancer les choses. À un moment donné, j’ai demandé aux filles : est-ce qu’on est encore pertinentes, les Chiclettes? (…) Voir qu’on a encore une place dans cette communauté-là, ça fait plaisir. »

Les Chiclettes profitaient de chaque assouplissement de contraintes sanitaires pour se retrouver et préparer le nouvel album et la nouvelle tournée. Crédit image : Carinne Leduc

Les Chiclettes s’envoleront pour la France dans les prochains jours. Un exercice toujours intéressant selon Nathalie Nadon car « souvent, ils pensent qu’on est Québécoises. Je m’amuse à rectifier la chose et à dire qu’on est Franco-Ontariennes et qu’il y a des francophones à l’extérieur du Québec. »

Les trois musiciennes appuient aussi leur communauté avec la bourse #JEMAIME, remise depuis 2016 à une femme franco-ontarienne qui souhaite retourner aux études. En juin dernier, la bourse a été remise à Valérie Villeneuve, de la petite communauté de Marathon, dans le district de Thunder Bay.

Les organismes francophones prêts à collaborer avec le nouveau ministre des Langues officielles

OTTAWA – Le premier ministre Trudeau a redistribué les cartes du jeu après un grand remaniement de son cabinet des ministres ce mercredi. Parmi les changements, de nouveaux ministres attirent l’attention des organismes porte-paroles de la francophonie à travers le pays. 

Le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault sera sans nul doute un interlocuteur privilégié par tous les organismes francophones des provinces et territoires. Mais il ne faudra pas oublier l’importance d’autres ministres pour la mise en application de la nouvelle Loi sur les langues officielles. 

Pour Yves-Gérard Méhou-Lokole vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada, « Randy Boissonnault n’est pas un inconnu de la FCFA dans la mesure où quand même, c’est une personnalité qui a été, avant son action en politique, active au niveau de la francophonie albertaine, impliqué notamment au campus Saint-Jean comme étudiant et militant ».

D’après le vice-président, Randy Boissonnault a également fait partie des consultations du patrimoine canadien sur l’avenir de la francophonie. « Nous sommes donc contents de le retrouver », a-t-il ajouté.

Yves-Gérard Méhou-Loko, vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada. Gracieuseté

La FCFA tient également à souligner le travail de la ministre Petitpas Taylor, qui a été une alliée et l’artisane de la nouvelle Loi sur les langues officielles.

La mise en œuvre des langues officielles et des autres dossiers 

« On va travailler avec Mme Anand qui est la nouvelle présidente du Conseil du Trésor, puis évidemment s’assurer que les ministères et agents environnementaux soient au fait des nouveautés de la Loi sur les langues officielles et surtout qu’on puisse la mettre en œuvre le plus rapidement possible avec les règlements afférents », indique M. Méhou-Loko.

Pour le porte-parole de l’organisme, l’ensemble du dossier de l’immigration francophone fait aussi partie des sujets d’intérêt pour l’organisme. 

« Nous allons travailler avec le ministre Marc Miller, le nouveau ministre de l’Immigration, sur l’atteinte et le développement de cibles ambitieuses. Sean Fraser a fait un beau travail puisqu’on a finalement atteint les cibles pour la première fois l’an dernier. Aujourd’hui, le 4,4 % n’est plus suffisant. »

Émile Gallant, président de SAF’Île, l’organisme porte-parole des francophones sur l’Île-du-Prince-Édouard. Gracieuseté

Émile Gallant, président de la Société acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard (SAF’Île), quant à lui, se dit impatient de collaborer avec Randy Boissonnault, « dont l’expérience en tant que fier Franco-Albertain lui permettra de poursuivre les efforts concernant les langues officielles ».

Claudette Gleeson, membre de conseil d’administration de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, s’intéresse aussi à l’autre portefeuille du ministre des Langues officielles, soit l’Emploi et le Développement de la main-d’œuvre. 

« En Ontario, nous avons un grand défi de pénurie de main-d’œuvre. Je pense que ça va être vraiment un bon jumelage », espère-t-elle.

« On espère aussi qu’il va se rapprocher du nouveau ministre de l’Immigration, parce qu’on veut vraiment s’assurer de la cible en immigration francophone, qui est aussi un dossier très important en Ontario ainsi que dans le reste du Canada. »

Garantir l’épanouissement de la francophonie

« Mona Fortier a été une alliée et a travaillé très fort aux côtés de Ginette Petitpas Taylor et Marie-France Lalonde, notamment sur la nouvelle mouture de cette Loi sur les langues officielles. C’est une déception de la voir quitter (le Conseil) », ajoute Yves-Gérard Méhou-Loko.

Garantir les objectifs sera possible grâce à un travail latéral entre ces ministres, pense-t-il. Que ce soit, M. Boissonnault, M. Miller, Mme Anand, mais aussi la nouvelle ministre du Patrimoine canadien, Mme St-Onge, une collaboration sera nécessaire pour « atteindre les objectifs et la préservation des acquis des francophones et bien entendu une bonification de nos droits linguistiques et culturels ». 

Pour la FCFA, ce qui est important c’est que la totalité des partis politiques « comprenne les enjeux de la francophonie et s’en imprègne ».

Dans ce sens, Marie-Nicole Dubois, présidente par intérim de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), dit avoir hâte à l’idée d’échanger avec M. Boissonnault, d’autant plus « qu’il comprend les enjeux des petites communautés francophones minoritaires ».

« C’est aussi notre voisin l’Alberta et ça devrait être un allié pour nous », croit-elle.

Marie-Nicole Dubois, présidente par intérim de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB). Gracieuseté

Pour la présidente la plus à l’ouest du pays, l’espoir est de mise. Mme Dubois se souvient de la visite de Mme Petitpas Taylor à Victoria suite au financement de la Maison de la francophonie. 

« On espère pouvoir travailler aussi bien avec M. Boissonnault, comme nous avions eu la chance de la faire avec Mme Petitpas Taylor », souhaite-t-elle. 

Avant d’ajouter : « On est curieux de voir la complicité entre les deux ministères de son portefeuille. Nous avons le même ministre pour les langues officielles et pour notre dossier sur l’emploi. »

Élections partielles : les libéraux raflent deux circonscriptions de plus

Les résultats non officiels d’Élections Ontario révèlent que le Parti libéral est le grand gagnant de ces élections partielles. Si c’est le statu quo pour la circonscription de Scarborough-Guildwood qui demeure libérale, avec l’élection de la candidate Andrea Hazell, c’est la surprise du côté de Kanata-Carleton, bastion progressiste-conservateur, qui passe aux mains des libéraux avec l’élection de l’ancienne députée fédérale Karen McCrimmon.

Selon les résultats provisoires d’Élections Ontario, ces deux courses parallèles sont caractérisées par une parfaite symétrie. Pour les deux circonscriptions, sur la première marche du podium : le Parti libéral de l’Ontario (PL), suivi du Parti progressiste-conservateur (PPC) et enfin en troisième position, le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Jusqu’au bout, la course aura été serrée côté Kanata-Carleton, puisque les candidats du NPD, du PC et du PL ont respectivement pris la tête plusieurs fois et à tour de rôle avant que la candidate libérale ne se place en première ligne avec 34,35 % des voix, s’emparant du siège progressiste-conservateur de la ministre démissionnaire Merrilee Fullerton. Le candidat PC Sean Webster en seconde position a atteint 32,33 %, suivi par la néo-démocrate Melissa Coenraad avec 29,68 %, pour un taux de participation global de 35,14 %.

Ancienne députée fédérale de Kanata-Carleton de 2015 à 2021, Karen McCrimmon est également une ancienne militaire, membre de la force aérienne du Canada. Elle a servi comme officier supérieur d’état-major au quartier général aérien de l’OTAN et a effectué une période de service en Afghanistan en 2004.

Une de ses priorités est de s’attaquer au système de santé publique et à la pénurie de médecins traitants tout comme à la saturation des services d’urgence par la réhabilitation des infrastructures. Son programme mentionne également le maintien d’un coût de la vie abordable et des espaces verts et naturels de la ville.

Pas de surprise côté Scarborough-Guildwood

En tête de la course avec constance tout au long du dépouillage, Andrea Hazell succède ainsi à la députée libérale Mitzie Hunter, avec 36,55 % des voix et un taux de participation de 21,84 %. Le progressiste-conservateur Gary Crawford arrive en deuxième position avec 29,57 %, suivi là encore du NPD, Thadsha Navaneethan cumulant 26,19 %.

Andrea Hazell, qui a plus de 30 ans d’expérience dans le milieu de la finance et du commerce, se décrit comme une grande supportrice de la communauté d’affaires de Scarborough, en tant que présidente du Scarborough Business Association depuis 2019.

Défenseuse de l’autonomie des femmes et de l’égalité des sexes, elle a notamment fondé Winspire National Women’s Network Foundation, fournissant des services aux nouvelles arrivantes, aux femmes handicapées, victimes de violence, en réinsertion sur le marché du travail et aux étudiants. Ses ambitions : soutenir le système de santé, et d’éducation avec de meilleurs salaires pour ses acteurs tout en promouvant la création d’emplois dans sa circonscription.

Un résultat qui fait réagir

Selon la politologue Geneviève Tellier, c’est à la fois la surprise à Kanata-Carleton et une vraie perte pour le gouvernement Ford : « Qu’un gouvernement perde des plumes en chemin ça arrive, mais de la part d’un comté si ancré conservateur, c’est surprenant. Probablement la manifestation d’un mécontentement général, dans le domaine de la santé en particulier et sur des préoccupations économiques. »

« Les libéraux ont de quoi se réjouir de ce gain, d’autant qu’ils sont toujours sans chef », commente également celle-ci, avant d’ajouter : « Du côté Scarborough, on aurait au moins pu s’attendre à ce que le NPD arrive en seconde place. Ce n’est pas bon pour Marit Stiles. »

« Nous savons que vous serez une voix forte pour votre communauté à Queen’s Park et que vous renforcerez notre opposition aux conservateurs de Doug Ford », a réagi sur les réseaux sociaux le Parti libéral de l’Ontario, suite à la victoire de Mme McCrimmon. Et de saluer la « volonté inégalée d’aider les Ontariens et leurs familles » de Mme Hazell.

« Je suis extrêmement reconnaissante aux résidents de Scarborough-Guildwood de m’avoir fait confiance pour être une voix forte pour notre communauté à Queen’s Park », a déclaré Andrea Hazell. « Les libéraux de l’Ontario défendent ceux qui vivent à Scarborough, les travailleurs, les familles, les soins de santé et l’éducation. Je m’engage à me battre pour vous chaque jour. »

Karen McCrimmon s’est elle aussi exprimée : « J’ai participé à cette course pour être votre voix à Queen’s Park et pour me battre pour vous, votre famille, nos aînés et notre communauté. Je suis ravie de servir à nouveau Kanata-Carleton en tant que prochaine députée provinciale, le faisant avec l’énergie et l’intégrité que les résidents méritent. »

Ce résultat électoral porte à neuf le nombre de députés libéraux sur les bancs de l’opposition de l’Assemblée législative, tandis qu’un siège vacant reste encore à pourvoir : celui de Kitchener-Centre après le départ de la néo-démocrate Laura Mae Lindo.

Les deux nouvelles députées provinciales siègeront pour la première fois à Queen’s Park le 25 septembre prochain, pour la rentrée parlementaire.

Article mis à jour le vendredi 28 juillet à 11h26.

Festivals culturels, cinéma et… Édith Piaf!

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Place aux festivals cette semaine avec des événements qui célèbrent particulièrement les cultures locales et internationales, dont celles de l’Afrique. Au niveau du cinéma, un festival de films féministes se tient à Toronto et il sera possible de remonter le temps et de revivre le répertoire de l’une des chanteuses françaises les plus emblématiques du 20e siècle.

Concert  

Pandora Topp chante Édith Piaf

L’artiste multidisciplinaire sudburoise monte sur la scène du Toronto Concert Orchestra pour faire revivre les succès de l’une des plus célèbres chanteuses françaises, Édith Piaf. Pandora Topp parcourt depuis longtemps l’Ontario et le Canada pour interpréter le répertoire de l’icône française. Cette fois-ci, la programmation comprend des chansons plus ou moins connues qui transporteront les spectateurs dans les rues parisiennes des années Piaf.

Gracieuseté de Pandora Topp

Le spectacle Pandora’s Piaf le mardi 1er août à 20h au Toronto Concert Orchestra. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Films

Le féminisme au premier plan avec le 21e festival Female Eye Film

Le festival torontois qui met le cinéma féminin au premier plan est de retour pour sa 21e édition avec une programmation attendue par les cinéphiles. Deux films francophones à noter : le court-métrage Celle qui n’avait pas vu Friends de Charlotte Gabris et le long-métrage Koromousso (grande sœur) des réalisateurs franco-ontariens Habibata Ouarme et Jim Donovan. Ce dernier a eu sa première mondiale au Human Rights Watch Film Festival à Toronto. Le film aborde l’histoire délicate d’un groupe de femmes canadiennes d’origine africaine en quête de guérison après avoir subi des mutilations génitales.

Celle qui n’avait pas vu Friends. Gracieuseté du festival Female Eye Film. Koromousso. Gracieuseté de l’Office national du film du Canada.

Le festival Female Eye Film se poursuit jusqu’au dimanche 30 juillet à Hot Docs. Consulter le site du festival Female Eye Film pour acheter vos billets.

Comédie

FranComédie de retour à Toronto avec Jezebel Bardot

Comédie, rires et drague sont au cœur de FranComédie. Après un premier spectacle réussi en avril, FranComédie est de retour avec la drag queen Jezebel Bardot en tête d’affiche. La drag queen franco-torontoise animera cette soirée de scène ouverte 100 % en français où artistes et spectateurs pourront partager des talents cachés et inusités.

Gracieuseté de Jezebel Bardot.

FranComédie, le samedi 29 juillet à 18h au BackRoom Comedy Club, à Toronto. Entrée gratuite. Inscrivez-vous comme artiste ici.

Communauté

Windsor accueille son tout premier festival culturel africain

Le Festival international de la diaspora africaine de Windsor se poursuit jusqu’au 30 juillet, rassemblant les cultures africaines dans le centre-ville. Défilés, stands, artisanat, nourriture et musique sont parmi les activités prévues pour rassembler les communautés locales et internationales à célébrer la richesse et la diversité des cultures africaines.

Gracieuseté de WIDAFEST

Le Festival international de la diaspora africaine de Windsor jusqu’au 30 juillet. Consultez le site du festival pour la programmation complète et l’achat des billets.

Penetanguishene célèbre sa pluralité

Penetanguishene célèbre son patrimoine francophone, autochtone et anglophone à travers le festival All Things Canadian. La journée comprend une panoplie d’activités culturelles telle qu’une cérémonie traditionnelle de purification autochtone. Il y aura également des concerts de groupes locaux et des activités pour tous les âges afin que familles et amis puissent apprécier ensemble l’histoire et la culture locale de Penetanguishene.

Crédit image : Ville de Penetanguishene

Le festival All Things Canadian le samedi 29 juillet à 11h au parc Memorial. Entrée gratuite. Consultez le site du festival pour la programmation complète.

Ottawa « étire » les services ambulanciers, causant des délais dans l’Est ontarien 

Chaque année, les différents services ambulanciers en Ontario doivent répondre à des critères de performance. Dans l’Est de la province, le service d’ambulance terrestre n’a malheureusement pas atteint les cibles de 2022. Alors que les résultats de l’année 2023 s’annoncent similaires, la Ville d’Ottawa traverse une nouvelle crise : il y a très souvent zéro ambulance de disponible. Le service paramédical de la région de Prescott et Russell est alors régulièrement appelé en renfort. 

« Cela a fait plusieurs années que nous ne rencontrons pas nos cibles », reconnaît Marc-André Périard, chef du service paramédical des Comtés unis de Prescott et Russell. « Ce n’est pas parce que nous n’avons pas assez de ressources, c’est parce que nos ressources sont étirées, soit dans d’autres municipalités, soit par d’autres régions. » 

Pour le directeur, même si les cibles pourraient être modifiées, « ça ne changera pas le fait que les ambulances ne sont pas toujours dans Prescott et Russell ».

Marc-André Périard, directeur des services paramédicaux des Comtés unis de Prescott et Russell. Gracieuseté

Ces dernières années, un « bon » délai de réponses des paramédicaux en Ontario semble être difficile à atteindre pour de nombreuses municipalités de la province. 

Des performances similaires entre Ottawa et l’Est

Ottawa et la région de l’Est ont manqué leurs cibles dans plusieurs catégories de l’Échelle de triage et de gravité (ÉTG), une mesure permettant de classer le niveau de sévérité des cas rencontrés. Les niveaux 1 et 2, ainsi que la catégorie d’arrêt cardiaque soudain, nécessitent une prise en charge rapide des ambulanciers dans la région mais, pour plusieurs raisons, cette prise en charge n’a pas dépassé les attentes. 

Échelle de triage et de gravité (ÉTG) :
–  Arrêt cardiaque soudain
–  Niveau 1 : Question de vie ou de mort 
–  Niveau 2 : Potentiellement une question de vie ou de mort, besoin d’intervention rapide
–  Niveau 3 : Urgent 
–  Niveau 4 : Moins urgent 
– Niveau 5 : Non urgent

Selon ces catégories, les paramédicaux d’Ottawa et ceux des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) ont partagé leurs délais d’interventions au ministère de la Santé pour l’année 2022. 

Pour l’ÉTG 1, le ministère de la Santé a fixé un délai de réponse ne devant pas excéder huit minutes. Dans cette catégorie, le service paramédical d’Ottawa et celui des CUPR n’ont pas respecté le délai prescrit. 

À Ottawa, si 75 % des interventions devaient atteindre cet objectif, ce sont seulement 61,8 % des cas qui ont été pris en charge dans un laps de temps en deçà de huit minutes. Pour les CUPR, ce sont 48 % des interventions qui auraient dû respecter cette limite, alors que seulement 38 % y sont parvenus. 

Les Comtés unis de Prescott et Russell possèdent sept ambulances, 24h sur 24, et deux ambulances de jours, 7 jours sur 7. Gracieuseté

Même constat pour la catégorie ÉTG 2 et pour les arrêts cardiaques soudains. Le délai d’intervention (six minutes) pour les arrêts cardiaques est aussi fixé par la province, alors que les autres niveaux sont déterminés par les municipalités. 

Selon un récent rapport divulgué par la Ville d’Ottawa : « le délai d’intervention (six minutes) correspond au temps écoulé entre le moment où la première unité de paramédicaux reçoit l’appel et le moment où arrive sur les lieux toute personne ayant la formation et le matériel voulus pour procéder à la défibrillation. »

Les performances 2022 dans la catégorie des arrêts cardiaques soudains se trouvent de plus en plus éloignées de la cible des 65 % approuvée par le conseil municipal d’Ottawa. Source : Ville d’Ottawa/ Capture d’écran

D’après ce même rapport, soumis le 6 juin dernier par Pierre Poirier, chef du service paramédical d’Ottawa, une des raisons qui expliquent que les cibles ne sont toujours pas atteintes seraient « le temps excessif perdu par le service paramédical d’Ottawa à cause du délai de déchargement dans les hôpitaux d’Ottawa ».

Un problème de déchargement 

« Parfois, nos ambulances sont bloquées pour une, deux ou trois heures avant de décharger un patient », explique le directeur des services d’urgence des CUPR, M. Marc-André Périard. 

Les paliers des gouvernements supérieurs, comme les Comtés unis de Prescott et Russell, fournissent les services d’urgence. L’an passé, pour pallier le problème de déchargement des patients, l’Hôpital général d’Hawkesbury (HGH) et le service paramédical ont mis en place un protocole. 

Neuf paramédicaux communautaires offrent un service 24h sur24h pour des soins à la maison dans les Comtés unis de Prescott et Russell. La région offre aussi une unité de premier répondant. Gracieuseté

« Lorsque le service des urgences de l’HGH est à pleine capacité et qu’il y a au moins deux ambulances en attente de déchargement qui devrait durer 120 minutes ou plus, le personnel de l’HGH contactera le chef adjoint des opérations pour demander à un Paramédical de soins primaires (PSP) d’observer jusqu’à quatre patients dans une zone d’attente désignée pour le déchargement », a expliqué Édith Léveillé, directrice des communications de l’hôpital. 

Pour le moment, cette initiative aide à libérer les paramédicaux plus rapidement et à retourner sur la route pour répondre aux appels, a confirmé M. Périard. 

Les retards de déchargement et le manque de disponibilité des ambulances ont explosé entre 2021 et 2022Évidemment, la pénurie de personnels soignants à un impact, le nombre de patients, la disponibilité des lits et les différents niveaux de soins donnés aux patients renforcent inévitablement les délais, bloquant les paramédicaux durant des heures devant les portes des urgences. 

Si les hôpitaux de Prescott et Russell, de la région de Sturmont – Dundas et Glengarry prennent du temps pour prendre en charge des patients, c’est la même histoire du côté d’Ottawa.


« Historiquement, on s’est toujours fait tirer nos ressources par la municipalité d’Ottawa. Il y a beaucoup d’appels donc on quitte notre région, les délais de transfert de patients peuvent être très longs et au final nos ambulances ne sont pas disponibles pour répondre chez nous », résume le directeur. 

Le maire d’Ottawa a exprimé son désarroi face aux problèmes rencontrés par les paramédicaux de la capitale. Capture d’écran/ONFR+

En effet, le volume d’appel au 911 pour la Ville d’Ottawa n’a pas cessé d’augmenter depuis la pandémie. En 2022, le service a reçu 348 567 appels sur la plateforme (+ 10 % par rapport à 2021). C’est sans compter les appels aux services d’incendies ou autres centres secondaires. 

En attente d’un nouveau système de répartition 

Pour M. Périard, la promesse d’un nouveau système de répartition prévu en 2024 devrait considérablement améliorer les délais d’intervention. « Il y aura une meilleure évaluation de la sévérité des appels au 911. Notre système aujourd’hui est vieux de 25 ou 30 ans. » 

Le directeur pense aussi que ce nouveau système de priorité médicale permettra de diminuer le nombre d’appels depuis les municipalités voisines.

Ce nouvel outil redirigera les cas moins graves vers des établissements autres que les services des urgences, « lorsque c’est sans danger et approprié ».

Performances 2021 et 2022 pour les ambulances des Comtés unis de Prescott et Russell. Capture d’écran

Ottawa, qui s’est retrouvé trop souvent sans ambulance, avec parfois plus d’une trentaine d’appels en attente, a pour objectif d’embaucher 40 nouveaux paramédicaux en 2024, 40 nouveaux membres du personnel en 2025 et 40 paramédicaux en 2026 afin de faire face aux défis du service. Trois employés paramédicaux supplémentaires seraient recrutés en 2024 pour fournir un soutien psychologique pour le bien-être des employés et réduire le stress professionnel, indique le rapport de Pierre Poirier.

Pour l’instant, la province a débloqué un financement de 2,6 millions de dollars afin de permettre aux assistants médicaux, aux thérapeutes respiratoires et d’autres corps de métiers d’avoir les compétences au déchargement des patients. 

Pour autant, le niveau zéro (aucune ambulance disponible pour répondre aux appels) et les problèmes de déchargements, sont signalés de toutes parts en Ontario.

ONFR+ a tenté de joindre le ministère de la Santé qui a répondu que « les municipalités étaient responsables de leurs stratégies », ajoutant que le gouvernement ne possédait pas de données complètes.

S’afficher en français : le défi des entrepreneurs francophones de Temiskaming Shores

[VIRÉES D’ÉTÉ]

TEMISKAMING SHORES – Entamée en 2021, la marche vers la relance économique dans le Timiskaming ontarien semble déjà porter fruit. Le défi, celui que connaît tout entrepreneur francophone en milieu minoritaire, et le rêve aussi, demeure de pouvoir s’afficher davantage en français.

Temiskaming Shores n’a pas été épargnée par la pandémie, pourtant ici, celle-ci a généré un élan, celui de se réinventer tout en célébrant son identité francophone. Porté par une jeune femme dynamique, Jacinthe Rivard, le projet Leadership entrepreneurial pour les francophones (LEF) a été lancé il y a deux ans pour répondre à un besoin dans le district du Timiskaming.

Financé par FedNor, dans le cadre de l’Initiative de développement économique (IDE), celui-ci est déjà dans sa deuxième phase après avoir exploré trois volets lors de la première, à savoir les ressources communautaires, la promotion, et la formation. Pour sa deuxième phase, l’organisme a reçu 185 821 $, soit plus de 71 000 $ que pour la première.

Jacinthe Rivard était enseignante avant de se lancer au LEF. Crédit image : Inès Rebei

Sur le site web de l’organisme, les entreprises bénéficiant de l’initiative sont à l’image de cette relance : jeunes et innovatrices. Parmi celles-ci, un certain nombre sont nées, elles aussi, après la pandémie.

Un nom anglophone

Sur l’une des avenues principales de l’ex-ville de New Liskaerd, on peut découvrir la Northern Apothecary, charmante boutique de produits artisanaux et de bien-être fabriqués au Canada.

Propulsée il y a moins d’un an, la boutique est tenue par deux amis francophones, Kayla Aubin et Matthew Larose.

Parmi les opportunités offertes par le LIF, une séance photographique professionnelle comme ici avec les propriétaires de la Northern Apothecary. Crédit image : Brittney Robert

Les jeunes amis nous expliquent avoir décidé de choisir le nom de leur enseigne en anglais pour attirer davantage de clientèle, un choix que l’écrasante majorité de la ville a choisi de faire.

Un peu plus loin de là se trouve une autre enseigne dont la réputation n’est plus à faire, Once is not enough, une boutique de vêtement usagés, appartenant à une fière féministe francophone bien connue de la région, Joline Rivard.

Pour cette dernière, s’afficher en français est plus difficile qu’à ses débuts, il y a une dizaine d’années, pour une tout autre raison : la pénurie de main-d’œuvre francophone. « J’ai plus de difficulté à dire que je suis une entreprise bilingue, car ce n’est plus vraiment le cas », lance-t-elle.

Elle nous explique qu’il y a huit à dix ans, les employés étaient francophones : « Je m’affichais beaucoup plus comme francophone parce que quand je ne suis pas ici, il y avait au moins une personne qui pouvait répondre aux clients en français ».

De quatre employés à temps plein, la boutique n’en emploie aujourd’hui qu’une seule qui est unilingue anglophone. Joline Rivard regrette aussi d’avoir dû retirer des affiches « services en français ».

La boutique de Joline offre un programme de bienfaisance venant en aide aux femmes dans le besoin dans la région. 11 000 $ en vêtements et en cartes-cadeaux ont étés récoltés à ce jour. Crédit image : Inès Rebei

Selon Jacinthe Rivard, le défi des entrepreneurs franco-ontariens de la région est de vouloir plaire aux deux communautés. Celle-ci relève aussi qu’il est même difficile pour les entrepreneurs francophones de se reconnaître entre eux, et cite l’exemple de Joline Rivard qui, grâce au travail du LEF, a appris que les propriétaires de la Northern Apothecary sont francophones.

« S’ils veulent s’afficher comme bilingues, c’est deux fois plus de travail », ajoute-t-elle.

Des démarches francophones

Bien qu’elle l’ait forcé à changer de local, la pandémie a apporté du bon aussi pour Joline Rivard qui nous confie avoir laissé de côté les projets de longue haleine depuis trop longtemps et a décidé de se concentrer depuis plus d’un an et demi sur le développement de sa boutique.

Entre autres, Joline Rivard s’est tournée vers le LEF pour s’atteler à une lourde tâche : celle de traduire entièrement son site web en français. La traduction est terminée, il ne reste plus qu’à aller transférer chaque texte dans son encadré, quand ce sera possible, nous assure-t-elle.

« Je travaille beaucoup avec Jacinthe et je trouve que mon français s’est amélioré », note-t-elle en évoquant les activités de réseautage organisées par l’organisme.

Joline Rivard a présenté la gestion des ressources humaines devant une vingtaine d’entrepreneurs francophones de la ville. Crédit image : Brittney Robert

Il s’agit de soirées de développement professionnel, de réseautage ou encore de formation à destination des entrepreneurs francophones, mais de manière informelle, la clé du succès selon Jacinthe Rivard.

« C’est fait dans la légèreté, ce n’est pas fait dans un esprit pédagogique », précise-t-elle.

En plus des services d’expertise offerts aux entrepreneurs, des rencontres sont organisées avec des jeunes afin de les sensibiliser au métier : « C’est bon pour l’entrepreneur, parce que c’est rare qu’il voie des jeunes surtout dans une petite communauté comme la nôtre. »

Et de continuer : « C’est l’fun qu’on se retrouve tous les entrepreneurs francophones ensemble, on dirait qu’on a la même mentalité. »

Une initiative qui plaît dans la communauté francophone, laquelle réclamait ce genre d’occasion depuis un moment selon Jacinthe Rivard.

99 % des participants aux activités du LEF sont des jeunes femmes selon Jacinthe Rivard. Crédit image : Brittney Robert

« Juste de vivre ma francophonie, je deviens émotionnelle », lâche Joline Rivard, la larme à l’œil avant de continuer : « On n’a pas d’occasion de socialiser en français, c’est tellement rafraîchissant! »

Une importante clientèle québécoise

Situés stratégiquement à une vingtaine de minutes de la frontière avec la belle province, il n’est pas étonnant pour nos commerçants de recevoir de la visite des voisins québécois.

Un atout commercial qui renforce aussi le sentiment d’appartenance à une identité francophone avec les près de 16 000 personnes vivant dans la région de Témiscamingue, au Québec.

« Chaque fin de semaine, environ 40 % des plaques d’immatriculation des grands parcs de stationnement des détaillants peuvent être du Québec », note James Franks, agent de développement économique de la ville de Temiskaming Shores. 

28 % de la population de Temiskaming Shores a le français pour première langue officielle. Crédit image : Inès Rebei

Celui-ci ajoute que la plupart des touristes québécois visitent la collectivité pour y magasiner, par manque de ressources de l’autre côté de la frontière, même dans une ville aussi grande que Rouyn-Noranda.

Et d’ajouter : « La plupart magasinent ici chaque semaine, car nous avons de grands magasins comme Walmart et Canadian Tire, ainsi que de grands détaillants d’aliments comme Your Independent Grocer et Food Basics. »

« Je dirais que 10 % de mes ventes viennent du Québec, mais que 40 % viennent des francophones si ce n’est plus, car elles ne me parlent pas toujours en français », avance pour sa part Mme Rivard qui se dit chanceuse de compter sur cette clientèle plutôt fidèle depuis ses débuts.

Du côté de la Northern Apothecary, les propriétaires ont commencé à traduire leur publication sur les réseaux sociaux afin d’attirer l’attention des unilingues francophones des voisins de Ville-Marie notamment.

« Les magasins nous le disent, les Québécois aiment être servis en français », constate quant à elle Jacinthe Rivard.

Moins de réticente au français

Pour la plupart des acteurs rencontrés, le mouvement d’opposition à la langue de Molière a plutôt disparu, signe d’une plus grande ouverture d’une population de plus en plus bilingue dans la région.

« Il n’y a pas vraiment de frontière maintenant, c’est plus unifié », remarque Matthew Aubin de la Northern Apothecary qui ajoute que le fait que des populations du sud de la province aient migré vers le Nord a rendu le bilinguisme plus prononcé dans la région, en plus d’ajouter des dialectes qui viennent de l’international.

Joline Rivard se fait un point d’honneur de toujours accueillir les clients avec un  »allô » pour indiquer sa francophonie. Crédit image : Inès Rebei

Joline Rivard constate une plus grande inclusivité notamment dans les écoles de la région, mais que celle-ci favorise également l’assimilation, qui voit l’anglais dévorer un peu plus le français dans les écoles d’immersion française.

Son employée unilingue anglophone se dit ouverte à apprendre la langue de Molière et des démarches ont été entreprises pour que celle-ci puisse commencer des cours à la rentrée auprès du Centre de formation pour adultes.

Jacinthe Rivard confie ne pas recevoir de commentaires négatifs de la part des commerces et avoir le sentiment qu’avec la nouvelle génération, les choses ont évolué positivement. « La majorité est envieuse et aimerait être bilingue », conclut-elle.

Tout au long de l’été, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Avec la collaboration Jacques-Normand Sauvé.

Remaniement ministériel : Mona Fortier dehors, Randy Boissonnault aux Langues officielles

OTTAWA – Conséquence d’un remaniement ministériel dans le gouvernement Trudeau, la députée d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, perd l’un des postes les plus clivants du cabinet. Le Franco-Albertain Randy Boissonnault hérite des Langues officielles alors que l’Acadienne Ginette Petitpas Taylor devient ministre des Anciens Combattants et ministre associée de la Défense nationale.

C’est le plus gros remaniement ministériel sous le gouvernement Trudeau. Pas moins de sept ministres ont été relevés de leurs fonctions. Pour plusieurs politologues, le premier ministre Justin Trudeau fait le ménage en vue des prochaines élections. Le but : placer des porte-paroles qui séduiront les électeurs.

Le premier ministre s’est montré clair : la performance est de rigueur. C’est d’ailleurs le dernier remaniement avant les élections et c’est l’équipe « qui ira à la guerre », indique l’analyste politique Michel C. Auger en entrevue avec ONFR+.

Pour gagner cette élection, le premier ministre a invité de nouveaux ministres à la table et retiré ceux qui n’ont pas été à la hauteur.

Anita Anand devient présidente du Conseil du Trésor et sonne le départ de Mona Fortier. Marie-Claude Bibeau devient ministre du Revenu national, Bill Blair celui de la Défense nationale. Au total, 23 ministres ont échangé de ministère.

Randy Boissonnault devient ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, ce qui permet à Ginette Petitpas Taylor de prendre le ministère des Anciens Combattants. Elle sera aussi la ministre associée à la Défense nationale.

Pour Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal, ce n’est pas étonnant que le premier ministre ait choisi Randy Boissonnault pour les Langues officielles. « C’est un francophone hors Québec qui a une affinité avec le dossier des langues officielles. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est le jumelage entre les Langues officielles et l’Emploi et le Développement de la main-d’œuvre. »

Elle y voit là une synergie possible entre deux dossiers importants, dans le contexte où il y a une pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue.

Randy Boissonnault est le nouveau ministre des Langues officielles. Source : Gouvernement du Canada


Pour l’instant, M. Boissonnault devra surtout s’assurer de la mise en œuvre effective de C-13. Même si dans les faits, Ginette Petitpas Taylor avait mené à bien l’adoption du projet de loi. « Boissonnault arrive à un moment où ce dossier est un peu plus léger », estime la politologue.

Un très gros remaniement

Ce sont donc 23 ministres qui ont changé de portefeuille dans ce remaniement. Avec le départ de Mona Fortier, « nous n’aurions eu personne pour représenter la région de la Capitale fédérale au Conseil des ministres », évalue Mme Chouinard, donc le choix s’est porté sur Jenna Sudds qui entre au Conseil et devient la ministre des Familles, des Enfants et du Développement social.

Là encore, pour la politologue, c’est un choix intéressant puisque Jenna Sudds représente la circonscription de Kanata-Carleton, « une circonscription beaucoup moins sécuritaire pour les libéraux et considérée comme une circonscription pivot ».

À noter ensuite que Marc Miller devient ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, tandis que Sean Fraser obtient le portefeuille du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités. M. Fraser aura du pain sur la planche. Son expertise en immigration aura peut-être offert de nouvelles perspectives au ministre pour gérer le logement.

Pablo Rodriguez, qui a fait passer le projet de loi C-18 contraignant les géants du web à indemniser les médias traditionnels en échange de la diffusion de leurs contenus en ligne, est le nouveau ministre des Transports et continue comme lieutenant du Québec.

En devenant ministre des Transports, Pablo Rodriguez (au centre), laisse le ministère du Patrimoine canadien à Pascale St-Onge, anciennement ministre des Sports. Crédit image : Lila Mouch

Proche de Justin Trudeau, Dominic LeBlanc était pressenti pour recevoir un ministère important. Son poste évolue et il prend en charge le ministère de la Sécurité publique, des Institutions démocratiques et des Affaires intergouvernementales.

Parmi les ténors du gouvernement, Ahmed Hussen devient ministre du Développement international et Mark Holland, ministre de la Santé. Jean-Yves Duclos, pour sa part, quitte la Santé pour se saisir des Services publics et de l’Approvisionnement. Karina Gould, de son côté, devient leader du gouvernement à la Chambre des communes et perd son ministère de la Famille, des Enfants et du Développement social.

Dans ce remaniement, il y a des promotions, mais aussi des rétrogradations. Pour Mme Chouinard, « il y a peut-être des punitions, par exemple Anita Anand qui était à la Défense nationale se retrouve au Conseil du trésor, un poste important, mais moins visible », juge-t-elle.

Le premier ministre a présenté sa nouvelle équipe ce mercredi matin à Rideau Hall. Crédit image : Lila Mouch

La stratégie Trudeau

Les sondages montrent que les libéraux sont derrières les conservateurs, en vue des prochaines échéances électorales. La stratégie était donc de mettre en place des députés et des ministres ayant particulièrement les atouts pour plaire aux futurs électeurs, selon l’analyste Michel C. Auger.

La grande question, pour les experts, c’est de se demander si ce jeu de chaises musicales va faire une différence sur la performance du gouvernement et sur la façon dont il s’adresse aux Canadiens.

La question de l’économie est au cœur de ce remaniement. Pourtant, parmi les 19 hommes et 19 femmes nommés, Chrystia Freeland est restée ministre des Finances.

« Jusqu’à maintenant, sur les questions économiques, c’est toujours elle (Mme Freeland) devant le micro. Est-ce qu’ils vont ouvrir l’espace de l’arène médiatique aux autres? », se demande Mme Chouinard.

Les seuls ministres qui conservent leur portefeuille, en plus de Chrystia Freeland, sont François-Philippe Champagne, Steven Guilbeault, Mélanie Joly, Patty Hadju, Marci Ien, Filomena Tassi et Dan Vandal.

Mona Fortier, Marco Mendecino, David Lametti, Omar Alghabra, Carolyn Bennett, Helena Jaczek et Joyce Murray ne feront pas partie du prochain Cabinet.

Sept ministres ne feront plus partie du gouvernement. Montage ONFR+

Les nouveaux ministres faisant leur entrée :
– Arif Virani, ministre de la Justice et procureur général du Canada.
– Gary Anandasangaree, ministre des Relations Couronne-Autochtones.
– Terry Beech, ministre des Services aux Citoyens.
– Soraya Martinez Ferrada, ministre du Tourisme et ministre responsable de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec.
– Ya’ara Saks, ministre de la Santé mentale et des Dépendances et ministre associée de la Santé.
– Jenna Sudds, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social.
– Rechie Valdez, ministre de la Petite Entreprise.

Cet article a été modifié le 26 juillet 2023 à 18h03.

Scarborough-Guildwood et Kanata-Carleton élisent leur député provincial

TORONTO – Les Ontariens retournent aux urnes jeudi, à la faveur d’élections partielles, pour élire les députés provinciaux qui représenteront les circonscriptions de Scarborough-Guildwood et Kanata-Carleton, après les départs de la députée libérale Mitzie Hunter et de la ministre des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires Merrilee Fullerton.

Kanata-Carleton, terre historiquement conservatrice, est une circonscription de l’Est de l’Ontario dont une partie de la ville d’Ottawa, non représentée à l’Assemblée législative de l’Ontario depuis la démission subite de la députée du Parti progressiste-conservateur Merrilee Fullerton, en mars dernier. L’ex-ministre occupait ce siège depuis 2018.

Six candidats sont en lice pour la remplacer. Parmi ceux-ci, les favoris des quatre principaux partis siégeant à Queen’s Park : Sean Webster pour le Parti progressiste-conservateur (PPC), Melissa Coenraad pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), Karen McCrimmon, ancienne députée fédérale pour le Parti libéral de l’Ontario et Steven Warren pour le Parti vert de l’Ontario.

Sean Webster (PPC), Melissa Coenraad (NPD), Karen McCrimmon (PL) et Steven Warren (PV) se présentent dans Kanata-Carleton. Source : comptes Twitter des candidats. Montage ONFR+

La candidate Jennifer Boudreau représente le parti New Blue, tandis que Josh Rachlis se présente comme candidat indépendant.

Selon Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster, « avec une très forte candidate à Kanata-Carleton, le Parti libéral aurait la possibilité d’augmenter sa très faible présence à Queen’s Park ». Ajoutant qu’« il serait quand même ironique si ce gain venait avec un revers à Scarborough-Guildwood ». 

Scarborough-Guildwood, bastion libéral

Scarborough-Guildwood, quartier est de Toronto, est en effet un bastion libéral, abandonné en mai dernier par la députée Mitzie Hunter, qui siégeait depuis 10 ans et qui s’était lancée dans la course à la mairie de Toronto, sans succès.

Ce ne sont pas moins de 12 candidats qui se disputeront le siège avec, côté libéral, Andrea Hazell, côté néo-démocrate, Thadsha Navaneethan, côté progressiste-conservateur, Gary Crawford, conseiller municipal d’un quartier de Scarborough depuis 13 ans, et enfin, côté Parti vert, Tara McMahon.

« Le Parti progressiste-conservateur a beaucoup investi à Scarborough avec un candidat chevronné. Une victoire pour M. Crawford aiderait le premier ministre Ford à redorer son argument qu’il est populaire dans la ville de Toronto », commente M. Graefe.

Andrea Hazell (PL), Thadsha Navaneethan (NPD), Gary Crawford (PPC) et Tara McMahon (PV) sont candidats dans Scarborough-Guildwood. Source : comptes Twitter des candidats. Montage ONFR+

« Pour le NPD, une victoire à Scarborough serait utile, car si le parti veut gagner aux prochaines élections provinciales, il doit se montrer capable de gagner des sièges dans les banlieues qui ont historiquement été gagnés par les libéraux et les conservateurs. »

Les huit autres candidats dans la course sont Danielle Height du Nouveau Parti bleu, Paul Fromm du Canadians’ Choice Party (CCP), Tony Walton de Stop the New Sex-Ed Agenda et plusieurs candidats indépendants : Kevin Clarke, Abu Alam, John Turmel, Reginald Tull, Habiba Desai.

Faible taux de participation au vote par anticipation

Dans son dernier communiqué datant du 22 juillet, Élections Ontario rapporte les chiffres préliminaires de vote par anticipation, indiquant que 6664 électeurs (représentant 7,3 % de tous les électeurs inscrits) à Kanata-Carleton et 2565 électeurs (représentant 3,6 % de tous les électeurs inscrits) à Scarborough-Guildwood ont voté par anticipation.

Une baisse notable puisque, à titre de comparaison, les votes par anticipation pour l’élection générale de 2022 étaient de 8027 électeurs (soit 9 % des inscrits) à Kanata-Carleton et de 6184 électeurs (soit 8,8 % des inscrits) à Scarborough-Guildwood. 

 « On a vu des taux de participation très faibles pour le vote par anticipation, ce qui semble indiquer que les partis ont de la difficulté à trouver et à motiver leurs sympathisants. Avec un faible taux de participation, on ne peut pas vraiment tirer de grandes conclusions des résultats », conjecture le politologue Peter Graefe.

Train léger : Ford accuse Watson, « M. Sutcliffe ne fera pas comme le maire d’avant »

OTTAWA – En conférence de presse ce mardi à Ottawa, la ministre des Transports de l’Ontario, Caroline Mulroney et le premier ministre ontarien Doug Ford ont réagi aux nombreuses questions sur la situation du train léger dans la Capitale. Une fois n’est pas coutume, Jim Watson et son administration ont été mentionnés dans l’échec du dossier.

Ces dernières semaines, la Ville d’Ottawa est dans l’embarras face à l’arrêt total du train léger suite à un dysfonctionnement mécanique. Un énième problème depuis l’ouverture de la ligne, en 2019. 

Le ras-le-bol des usagers face à cette situation préoccupe jusqu’aux instances provinciales, puisque le premier ministre lui-même s’est dit déçu. 

Selon le rapport final de l’enquête publique sur le transport léger d’Ottawa, la compagnie Alstom aurait déclaré en novembre dernier avoir rencontré des problèmes durant la construction. 

Les règles provinciales sur le contenu canadien, avec l’obligation du principe « fait au Canada » et le manque de travailleurs qualifiés dans le secteur manufacturier, auraient été à l’origine de retards importants dans la construction mécanique des trains.

Le premier ministre Ford, en conférence de presse à Ottawa, s’est dit confiant vis-à-vis du maire Sutcliffe pour résoudre les couacs du train léger. Capture d’écran

Le premier ministre a répondu ce mardi matin qu’il ne voyait pas le problème : « Ils devraient se regarder dans le miroir et réparer ce qui ne va pas. »

En après-midi, Renée Amilcar, directrice générale d’OC Transpo, l’organisme chargé des transports urbains d’Ottawa s’est exprimée en point de presse suite aux dernières nouvelles du train léger.

En réponse aux commentaires du premier ministre Ford, la directrice générale pense qu’il n’est pas utile de chercher un coupable chez Alstom.

« Notre travail de collaboration est efficace avec le groupe de transport Rideau et Alstom. Nous mettons tous la main à la pâte et en plus Alstom est reconnu mondialement », a-t-elle soutenu.

Le moyeu d’essieu a récemment été démonté puis envoyé en France chez le fabricant, afin de découvrir la cause fondamentale de sa défaillance.

L’administration Watson mise en cause 

« On veut voir un système qui roule. C’est un projet qui a mal été amené par l’administration précédente et le maire précédent », a accusé le premier ministre Ford. « Maintenant, avec M. Sutcliffe, qui est un super maire, je suis convaincu qu’il prendra les choses en main. » 

Comme l’a précisé la ministre des Transports, Caroline Mulroney, « le projet de train léger appartient à la Ville d’Ottawa. Nous sommes seulement partenaires de financement. »

La ministre a ensuite confié que certaines mesures pour régler ces ennuis récurrents lui avaient été communiquées. « En tant que partenaire, la province de l’Ontario veut absolument voir une résolution à ces problèmes, mais c’est à la Ville de prendre ces mesures. »

Caroline Mulroney, ministre des Transports, a rappelé que la province et la Ville étaient partenaires financiers sur le dossier du train léger d’Ottawa. Capture d’écran

Doug Ford, lui, maintient que le maire précédent avait mal géré ce dossier. « Il y a un problème toutes les deux semaines », avait-il lancé. 

« Je crois qu’il n’y avait pas de leadership auparavant, lorsque le train a été construit, et maintenant, c’est au maire Sutcliffe de prendre le taureau par les cornes. » 

Un possible retour graduel du service selon OC Transpo

Pour l’instant, le premier ministre demande à ce que les problèmes soient abordés petit à petit. « Il faut régler la phase 1 du projet, puis la phase 2 », a-t-il clarifié, préconisant pour l’instant de mettre de côté la phase 3.

La directrice d’OC Transpo, au micro d’ONFR+ a avoué que ce serait mentir que d’affirmer que les présentes réparations protégeraient à jamais le système de transport. « Nous savons que nous avons un enjeu récurrent avec les pièces de roulement (…), c’est notre capacité à répondre à ces enjeux qui est importante. » 

La directrice générale d’OC Transpo, Renée Amilcar, en conférence de presse, a offert une mise à jour sur les différents problèmes du train léger. Capture d’écran

« La fiabilité sera de retour, elle ne le sera peut-être pas tous les jours. »

Mme Amilcar s’est, à son tour, dite déçue des problèmes rencontrés. Elle promet plus de détails à venir et espère un retour graduel du service d’ici au 31 juillet.

« Vous me parlez, je vous écoute et je vous entends. Je vais continuer à travailler et ne ferais pas de compromis sur la sécurité », a-t-elle voulu rassurer.

Article modifié le 25/ 07/ 2023 à 17h02.

Université de Sudbury : « On ne met personne à l’écart », affirme Doug Ford

OTTAWA – Durant un point de presse à Ottawa, le premier ministre Doug Ford, accompagné de la ministre des Transports et des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a déclaré soutenir la communauté francophone, trois semaines après la décision du ministère des Collèges et Universités de ne pas financer le projet de l’Université de Sudbury.

« Je sais qu’ils ont des difficultés, mais on est là à 100 % derrière eux », a-t-il lancé en réponse à une question d’un journaliste lors d’une allocution concernant les transports à la capitale fédérale. « On ne met personne à l’écart », a-t-il ajouté.

Il s’agit de la première prise de parole du gouvernement Ford depuis la décision de ne pas financer l’Université de Sudbury.

À ses côtés, la ministre Mulroney a aussi réagi en défendant la décision prise : « Le ministère des Collèges et Universités a mené un examen minutieux et a conclu pour plusieurs raisons, incluant le fait que l’Université de l’Ontario français existe et l’offre de programme existante est suffisante. »

Mme Mulroney a évité de répondre directement à une question d’un journaliste lui demandant si la province serait prêtre à revenir sur sa décision moyennant une plus grande part de financement de la part du gouvernement fédéral.

Celle-ci a préféré revenir sur le rôle du gouvernement de Doug Ford dans le dossier de l’UOF, le présentant comme un « grand champion de l’éducation postsecondaire en français ».

La ministre a aussi laissé entendre que cette décision ne scellerait pas le sort du projet par et pour les francophones du Nord.

« Il y a beaucoup de travail qui va continuer concernant leur demande », a-t-elle laissé échapper.

Et d’ajouter : « Nous sommes en train de travailler avec le Collège Boréal et l’Université Laurentienne pour répondre à la demande dans le Nord. »

« Ce n’est pas ce qu’on voit », juge Guy Bourgouin

Selon le député provincial Guy Bourgouin, en entrevue à ONFR+, « le gouvernement dit qu’il est proche de la communauté francophone et la soutient mais ce n’est pas ce qu’on voit »

« La communauté ne fait pas confiance à la Laurentienne, et a besoin de sa propre université », a-t-il également déclaré.

Toujours selon celui qui est également porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones, l’argument visant à penser que les difficultés de l’UOF à remplir ses bancs ne tient pas la route : « Ils disent qu’il n’y a pas assez d’inscriptions mais la réalité c’est que le gouvernement sous-finance les établissements postsecondaires. »

Dans un communiqué diffusé la veille du long week-end de la fête du Canada, le ministère faisait l’annonce de son refus en indiquant que « la proposition de l’Université de Sudbury, y compris la demande de financement visant à créer une université autonome de langue française, ne reflète pas la demande actuelle ni les tendances en matière d’inscription ».

Le ministère disait s’être appuyé sur les conclusions de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP) et justifiait sa décision par l’offre postsecondaire en français déjà existante dans la région du Grand Sudbury et dans l’ensemble de l’Ontario.

En rappel, le gouvernement fédéral avait injecté 1,9 million de dollars à l’Université de Sudbury en avril 2022.

L’Université de Sudbury n’avait pas retourné notre demande d’entrevue à l’heure où nous écrivions ces lignes.


Avec la collaboration de Sandra Padovani.
Article modifié à 18 h 30.

Vers une nouvelle loi pour prévenir la violence conjugale

TORONTO – La députée d’Etobicoke-Lakeshore Christine Hogarth travaille actuellement à la mise en application de sa motion pour la prévention de la violence entre partenaires intimes (VPI), adoptée à l’Assemblée législative cet été. C’est la première étape vers la création et l’adaptation du modèle britannique de la Loi Clare, donnant aux femmes accès à des documents confidentiels, comme les antécédents judiciaires de partenaires potentiellement dangereux. Interrogée, l’organisation francophone Action contre la violence faite aux femmes apporte un éclairage sur la réalité du terrain.

C’est la députée progressiste-conservatrice Christine Hogarth qui a dirigé l’adoption d’une motion législative sur une nouvelle façon de lutter contre la violence conjugale en Ontario, adoptée à l’unanimité le 7 juin dernier, 97 voix contre 0 (modèle similaire à la Grande-Bretagne, l’Australie et à d’autres provinces canadiennes, la Saskatchewan, l’Alberta et le Manitoba).

La loi de Clare, adoptée au Royaume-Uni en 2014, doit son nom à Clare Wood, assassinée en 2009 par son ex-partenaire que les services de police savaient violent. Le beau-père en deuil de Clare, Michael Brown, a inspiré la loi donnant le droit de demander à la police des informations sur le passé d’une personne si elle pourrait représenter un risque.

La députée progressiste-conservatrice d’Etobicoke-Lakeshore Christine Hogarth. Gracieuseté

Engagée contre la VPI, la députée explique croire fermement au droit des victimes potentielles d’être informées : « Pour aider à mettre fin à ce genre de tragédies en Ontario, ma loi de Clare rendrait les informations relatives à la violence conjugale accessibles aux personnes à risque sur une base confidentielle », explique la députée dans un communiqué de presse.

« Trop de filles et de femmes en Ontario souffrent aux mains d’ex-partenaires connus de la police comme ayant un passé violent, mais trop souvent, elles ne connaissent pas ce passé et ne peuvent donc pas prendre des précautions qui pourraient leur sauver la vie. C’est pourquoi nous prenons des mesures pour prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes sous toutes ses formes. »

Cette motion est largement inspirée du projet de Loi 274 sur la divulgation de la violence entre partenaires intimes de la députée néo-démocrate de St. Catharines, Jennifer Stevens, qui avait été rejeté en 2021 pour des considérations juridiques. Mme Hogarth a salué en chambre l’immense travail de sa « collègue d’en face » sur le sujet, avant de justifier le recours à une motion en premier lieu et non pas à un projet de loi en raison de la quantité de facteurs toujours à évaluer sur cette question.

Chiffres et état des lieux

Selon les données de l’Enquête sociale générale (ESG) de 2019 sur la sécurité des Canadiens, la violence conjugale était beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, 432 000 contre 279 000. À cela s’ajoute que la gravité des blessures physiques est beaucoup plus importante chez les femmes.

Si les chiffres de violence conjugale ont baissé de 1999 à 2019 dans les provinces, passant de 7,5 % à 3,5 % (chiffre restant inchangé dans les territoires), ce rapport explique également que la grande majorité des victimes de violence conjugale (80 %) ont déclaré que la violence subie n’a pas été signalée à la police.

Michelle Petersen, directrice générale par intérim de l’organisme franco-ontarien Action contre la violence faite aux femmes. Gracieuseté

L’organisme francophone Action contre la violence faite aux femmes (Action ontarienne), fondé en 1988, est un regroupement de sept organismes de services francophones de protection des femmes dédiés à la prévention de la violence, la formation, l’analyse des enjeux et la réalisation de matériel éducatif et de sensibilisation en français.

Pour Michelle Petersen, la directrice générale par intérim, qui nous rapporte qu’un féminicide arrive tous les 2,5 jours au Canada, des solutions multisectorielles sont nécessaires, y compris de prévention, pour enrayer la violence conjugale et les féminicides.

« La violence conjugale est cyclique. Un historique de violence basée sur le genre est un facteur de risque et savoir si un partenaire a un historique de violence permettra de sauver des vies », soutient celle-ci.

S’informer pour se protéger : pistes additionnelles

La députée Christine Horgarth nous confirme poursuivre son travail au cours de l’été avec plusieurs bureaux du ministère pour fournir la meilleure approche pour mettre en œuvre sa motion.

Pour Action ontarienne, il s’agit d’une ressource supplémentaire pour aider les personnes à risque de violence à faire des choix avisés avec l’accès aux informations divulguées par la police, par exemple sur des antécédents de violence familiale, traque ou harcèlement, manquement à des ordonnances d’interdiction, autres actes pertinents pour les personnes à risque.

« Il est primordial que les policiers soient formés et sensibilisés » – Michelle Petersen

Mais pour la directrice générale par intérim, ce n’est pas suffisant en soi : « Oui, c’est une solution préventive, mais toutes les solutions axées sur la prévention sont essentielles (par exemple, l’éducation sexuelle sur le consentement dès le plus jeune âge). Il est primordial que les policiers soient formés et sensibilisés pour reconnaître les signes de violence, pour défaire les mythes et les préjugés et accompagner les victimes et survivantes de façon adéquate. L’éducation et la sensibilisation doivent prendre plus de place partout en société avec des ressources de prévention de la violence chez les jeunes afin de mettre fin à cette épidémie. »

Parmi les écueils potentiels à cette loi, elle explique que le temps de traitement des demandes pourrait être un défi et qu’il sera important de veiller à ce qu’une femme puisse avoir accès aux renseignements de façon efficace et rapide.

Elle ajoute également que les femmes hésitent parfois à demander l’aide de la police, notamment les personnes autochtones et racialisées, les personnes de la diversité de genre, du fait d’une méfiance prononcée envers la police.

« Il est essentiel d’avoir une approche d’éducation et de sensibilisation pour transformer les attitudes et croyances individuelles, afin que les personnes provenant de groupes en quête d’équité puissent faire confiance dans le fait qu’elles seront crues et appuyées avec respect et dignité », conclut-elle.

Cap sur Temiskaming Shores, la perle du Nord-Est ontarien

[VIRÉES D’ÉTÉ]

TEMISKAMING SHORES – Située sur la rive ouest du lac Témiscamingue, la ville de Temiskaming Shores est le deuxième plus petit de l’Ontario, mais ne manque pas d’activités. Encore appelé « Les Trois-Villes », du fait de la fusion de Haileybury, New Liskeard et Dymond, le lieu jouit de la présence de nombreux touristes et Québécois qui traversent la proche frontière afin de profiter de ses attraits.

La présence française commence au Témiskaming dès les années 1670 avec l’établissement d’un poste de traite de fourrures à l’embouchure des rivières Montréal et Matabitchuan sur une île du lac Témiscamingue. Les francophones étaient alors venus de partout en Amérique pour s’installer en grande partie sur les terres agricoles très fertiles de la région.

La marina de New Liskeard possède une promenade agréable le long du lac Témiskaming. Gracieuseté Miller Realty Group Inc

Encore aujourd’hui, environ 66 % du territoire est utilisé pour la production agricole et la géologie souterraine a un potentiel d’extraction minière. Selon le dernier recensement de 2021, le village compte 28 % de personnes dont le français constitue la première langue officielle parlée.

Mademoiselle Claybelt est une réplique de la vache holstein utilisée dans la production laitière du Témiskaming. Elle salue les voyageurs de la route 11 depuis 1982. Crédit image : Inès Rebei

Parmi les nombreuses institutions francophones de la région, on compte notamment l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) Région Témiskaming, laquelle œuvre depuis 1972. Celle-ci a aidé à mettre sur pied le Centre culturel ARTEM, le Centre de santé communautaire du Témiskaming, le campus du Témiskaming du Collège Boréal et le Festival des folies franco-fun.

Nicole Guertin, l’ex-directrice générale de l’organisme Direction Ontario ayant participé, entre autres, à la création du Groupe des infirmières et infirmiers francophones de l’Ontario était une figure emblématique de la ville jusqu’à son décès en 2021. Un parc au sud de Haileybury a été érigé en hommage à celle qui était également une entrepreneure de renom du Nord.

Fusion de trois villes

Temiskaming Shores n’existe que depuis 2004, moment où les trois communes qui la composent ont fusionné. New Liskeard, Haileybury et le canton de Dymond forment ensemble la population de près de 9 600 résidents de Temiskaming Shores. Fait intéressant, cette collectivité est la septième plus petite de l’Ontario à offrir un réseau de transport en commun.

Avec près de 4000 habitants, Dymond demeure la moins peuplée avec une population d’environ 2000 âmes, tandis qu’Haileybury, avec 3000 habitants, est proclamée le siège du district en 1912. L’avènement du chemin de fer, la découverte de l’argent en 1903 et l’établissement du camp minier de Cobalt, avaient permis à Haileybury de connaître une véritable explosion démographique.

Pour aller plus loin Le village d’Haileybury a été fondée par Charles Cobbold Farr vers 1889, nommée ainsi d’après le Haileybury and Imperial Service College, son ancienne école en Angleterre. Haileybury a été officiellement incorporée en 1904. L’homme d’affaires avait encouragé la colonisation dans la région en rédigeant sa propre brochure promotionnelle intitulée The Lake Temiskamingue District afin d’attirer de nouveaux colons dans la région. Une île privée aux abord de la ville porte d’ailleurs son nom.

Avec le plus grand centre commercial de la région, The Temiskaming Square, et la présence d’un Wal-Mart à Dymond, le village attire chaque année des Québécois des villes avoisinantes, lesquels n’ont pas ces options de l’autre côté de la frontière. Des commerces locaux profitent notamment des résidents de la ville québécoise la plus proche, Notre-Dame-du-Nord – située à une trentaine de kilomètres – qui constituent une partie non négligeable de leur clientèle.

La marina de Haileybury a 176 emplacements de bateaux. Crédit image : Inès Rebei

Le grand feu de 1922

Le 4 octobre 1922, ce qui est reconnu comme étant l’une des dix pires catastrophes de l’histoire du Canada a balayé le district de Temiskaming. Une série de feux de broussailles déclenchés par des colons au nord est rapidement devenue incontrôlable.

Un feu couvrant 648 kilomètres carrés, s’est abattu sur Haileybury. Seules les maisons seigneuriales le long du Millionnaires Row (Chemin des millionnaires) ont été épargnées, ce qui fait encore dire aux habitants aujourd’hui que les plus riches ont été épargnés par Dame Nature.

Le Grand feu de 1922 a décimé Haileybury en seulement six heures. Gracieuseté du Musée de l’héritage de Haileybury

Ce furent à l’époque les gestionnaires et propriétaires de mines de Cobalt qui habitaient sur ce front de mer, actuel chemin Lakeshore, dont les habitations sont en grande partie encore debout.

Avec 90 % de sa surface détruite, Haileybury est la ville qui avait le plus souffert de la catastrophe. À la suite du feu, 3500 personnes se sont retrouvées sans abri, tandis qu’on déplorait 11 morts et 2 000 000 de dollars de dommages matériels. Ironiquement, le lendemain de l’incendie, de la neige est tombée sur la région. 

L’incontournable Foire d’automne

Impossible de parler de Temiskaming Shores sans mentionner un de ses événements phares. La Foire d’automne fait la fierté de la région depuis 1904 et a évolué depuis ses débuts.

Chaque année, la troisième fin de semaine de septembre, 15 000 exposants, bénévoles, candidates locales pour le concours de beauté, opérateurs de carnaval, vendeurs de nourriture, artistes, visiteurs se rassemblent pour une fin de semaine de célébration de la culture agricole du coin.

La parade de la Foire d’automne attire de plus en plus de curieux au centre-ville de New Liskeard. Gracieuseté de la Foire d’automne

À ses débuts, on pouvait d’abord voir des expositions sur le bétail, déguster des fruits et légumes, des céréales, admirer les œuvres en lien avec l’artisanat et l’art local.

D’autres éléments s’y sont ajoutés au fil du temps, tels qu’un concours de la reine des moissons, des spectacles de talent, un défilé d’écoliers et un défilé le samedi après-midi à travers la ville, sans parler des populaires tirages de chevaux de trait se disputant les bateaux de pierre les plus lourds.

Pour aller plus loin C’est à Haileybury que se trouve aussi la plus grande maison du Canada. Construite en 2002 pour un budget de 82 millions de dollars, celle-ci n’a jamais été terminée. Elle est même vide depuis une dizaine d’années et il manquerait la bagatelle de 25 millions de dollars pour la finir. Des acheteurs du Texas viennent d’en faire l’acquisition et comptent l’utiliser pour une émission de téléréalité.

La plus grande maison du Canada, construite par Peter Grant. Crédit image : Inès Rebei

La légende du Rocher du diable

Au-delà de ses nombreux attraits touristiques, Temiskaming Shores est aussi le cadre idéal pour tout artiste en quête d’inspiration avec ses paysages bucoliques et la vue sur le majestueux lac Temiskaming depuis Hayleybury ou New Liskeard. L’auteur originaire de Haileybury, Leslie McFarlane, mieux connu sous le nom de F.W Dixon, en est un exemple frappant.

Leslie McFarlane n’est pas né dans la ville mais y a grandi et la considérait comme son chez soi jusqu’à sa mort en 1977. Crédit image : Inès Rebei

Reconnu pour être l’un des écrivains canadiens les plus célèbres, ce dernier a utilisé la falaise haute de 150 mètres, communément appelée Rocher du diable, comme lieu emblématique de son ouvrage La maison sur la falaise, tiré de la série de livres des Hardy Boys.

Si l’on s’y aventure en bateau, il est d’ailleurs encore possible d’explorer, en bas de la falaise, les tunnels miniers creusés pendant la fameuse ruée vers l’argent du cobalt du début du 20e siècle. La rumeur veut aussi que le sasquatch, une créature issue des croyances autochtones, y ait été aperçu.

Le rocher du diable est une falaise formée il y a plus de 2 millions d’années. Crédit image : Inès Rebei

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Concrete Valley : coup de projecteur sur le quartier de Thorncliffe Park à Toronto

Le cinéaste britanno-colombien Antoine Bourges pointe sa caméra sur le quartier de Thorncliffe Park à Toronto, premier arrêt au Canada pour plusieurs nouveaux arrivants. Avec une distribution composée d’acteurs professionnels et amateurs, il s’attaque aux problématiques rencontrées par les réfugiés quelques années après leur arrivée en sol canadien.

Carlsbad Springs ou l’extension urbaine sans limite

[VIRÉES D’ÉTÉ]

CARLSBAD SPRINGS – Pour découvrir ce quartier d’Ottawa, nous avons décidé de parler de l’enjeu principal de cette bourgade. Les sources thermales de cet ancien village ont longtemps été convoitées pour leurs vertus curatives. Bien que le patrimoine hydrothermal de Carlsbad Springs soit tombé dans l’oubli, aujourd’hui, l’ancien village est de nouveau convoité. Cette fois-ci, ce sont les promoteurs qui lustrent ses grandes parcelles de terre. Carlsbad Springs fait bientôt face à un développement urbain inédit.

Situé dans le quartier d’Osgood à Ottawa, Carlsbad Springs était, jusqu’en 1999, son propre village.

La zone géographique de Carlsbad Springs et ses localités aux alentours sont un atout pour la Ville d’Ottawa. Situé à seulement 20 kilomètres du centre-ville, Carlsbad Springs était ce qu’on appelle un village-dortoir puisque le bassin d’emploi se trouve au cœur d’Ottawa.

Lorsqu’on traverse ce petit quartier entouré par la Ceinture de verdure, on remarque aisément son aspect rural, et ce côté « petit village » légèrement présent. On trouve moins de 700 maisons et surtout beaucoup de terres agricoles sur le chemin Piperville. Les terres aux alentours sont en majeure partie constituées d’argile glaciomarine, plus communément appelée argile de Léda.

Les sols argileux ne sont pas favorables à la construction. Ils sont sensibles au gel et peuvent subir des variations de volume. Ce type de sol est réputé pour se tasser dû à sa forte teneur en eau. Autour de l’Outaouais, les glissements de terrain sont fréquents et plusieurs projets de construction sont retardés à cause de ces nombreux affaissements. D’ailleurs, en 2016, l’argile de Léda a été la cause de l’affaissement de la rue Rideau au centre-ville d’Ottawa, qui avait laissé apparaître un trou béant.

Le projet Tewin et la construction de 45 000 logements

Tewin est un plan de construction qui se trouve en dehors des limites urbaines de la capitale et qui s’étend sur environ 1270 hectares (3140 acres). Sur le site internet dédié au projet Tewin, nous pouvons lire : « Tewin deviendra une communauté créée par les Algonquins de l’Ontario, en partenariat avec le groupe Taggart – elle deviendra une véritable communauté contemporaine d’Ottawa. Tewin a le potentiel d’accueillir entre 35 000 et 45 000 résidents ainsi que des milliers d’emplois, et servira de modèle pour un développement sain, innovant et intégré. »

Ce que promet Tewin, c’est de créer une communauté basée sur les valeurs des autochtones, en protégeant l’environnement et en défendant une approche holistique dans sa conception. Pourtant, les récents développements de ce projet ont soulevé des doutes chez les habitants, auprès de l’Alliance pour les espaces verts de la capitale du Canada et chez Écologie Ottawa.

Malgré les contestations, le Conseil municipal de la Ville a approuvé le projet et ses limites géographiques.

Voici à quoi ressemble les 1270 hectares proposés pour accueillir le projet Tewin. Montage ONFR+ / Simon Paindavoine

« Tewin, ça faisait un moment que c’était sur la table du Conseil », a expliqué la conseillère Catherine Kitts, en entrevue avec ONFR+. « La décision de s’étendre était prise avant même que j’arrive en 2020. »

Avant 2022, Carlsbad Springs faisait partie du quartier de la conseillère. Lors des récentes élections municipales, c’est le conseiller George Darouze qui a récupéré l’ancien village.  

Madame Kitts, qui soutient le projet de Tewin, voit une possibilité de bénéfices pour la communauté. « Je trouve que la vision de Tewin est dynamique, l’idée d’une communauté de 15 minutes est une opportunité excitante », pense-t-elle.

Pourtant, certains habitants craignent de perdre l’aspect rural qui les attirait au départ. « Je comprends les inquiétudes des habitants, je comprends que cela puisse être un gros changement, mais la ville grandit », estime la conseillère.  

Lucie Régimbald, résidente de Carlsbad Springs, a expliqué au micro d’ONFR+ que certains habitants étaient férocement opposés à ce projet. À présent validé, « les résidents veulent l’influencer positivement ».

Un projet pensé par les Algonquins de l’Ontario

« Plusieurs terrains appartiennent aux Algonquins de l’Ontario. Le projet Tewin a été négocié, entre autres, comme faisant partie d’un plan de réconciliation, mais il reste beaucoup de questions sans réponse », a partagé Mme Régimbald.

Lucie Régimbald vit à Carlsbad Spings. Sans le passé, elle s’était mobilisée contre le projet de dépotoir du Groupe Taggart. Crédit image : Lila Mouch

Parmi les doutes, la légitimité des Algonquins de l’Ontario est parfois remise en cause. Lucie Régimbald affirme, à ce titre, que plusieurs chefs autochtones n’ont pas soutenu l’existence de cette entité.

D’après M. Johanis : « Il y a quelques années, dans le contexte d’une démarche de reconnaissance du territoire autochtone de la nation algonquine, les Algonquins de l’Ontario se sont constitués en une société pour mener à bien des négociations vis-à-vis de la réclamation territoriale. »


« Cet organisme s’est aussi donné une vocation de promoteur immobilier », ajoute-t-il. « En s’associant avec Taggart, ils ont convaincu la province et ont racheté les terres sur lesquelles le projet Tewin verra le jour. Aujourd’hui, ces terres appartiennent aux Algonquins de l’Ontario. »

« Pour construire à cet endroit-là, il a donc fallu que la Ville change les limites du périmètre urbain. C’est là où le plan d’aménagement a été modifié cette année », explique l’expert sur ce dossier.

Que nenni de l’environnement

« Il faut savoir que les terrains n’avaient pas été validés par les experts », se rappelle M. Johanis.

« Les terrains de Tewin avaient été évalués comme n’étant pas du tout aptes à être développés. Une terre difficile, trop éloignée, des difficultés d’accès pour les égouts, pour l’eau et donc un projet très dispendieux. En tout cas, au moment de l’évaluation, les terres étaient classées sur une liste de terrains moins bons et, voire, au bas de ladite liste. »

Paul Johanis est le président de l’Alliance pour les espaces verts de la capitale du Canada. Gracieuseté

M. Johanis pense qu’avec le gouvernement actuel et le genre d’orientation qu’il prend, un nombre croissant de projets identiques verront le jour et « tous avec le même thème : construire, construire, construire ».

« Que ça soit sur des terres agricoles, sur des terrains humides et des forêts vierges, on ne s’en préoccupe pas. »

Au mois de février 2023, des opérations de coupes d’arbres ont eu lieu durant plusieurs nuits. « On sait maintenant que ce sont 170 hectares qui ont été rasés », explique le président de l’Alliance environnementale.

« C’est décevant, mais par contre, est-ce que c’est une surprise? », se demande William Van Geest, coordonnateur des programmes chez Écologie Ottawa.

« Ce projet commence vraiment mal avec cette coupe à blanc. Même au niveau de la conception, il y a des problèmes. »

William Van Geest travaille pour la protection de l’environnement. Il est coordonnateur des programmes à Écologie Ottawa. Gracieuseté

Après avoir été confronté sur cette coupe d’arbres, les partenaires du projet ont affirmé qu’ils n’étaient pas tenus d’obtenir un permis pour effectuer ces coupes. La raison : ils nettoyaient les débris du derecho et se préparaient à utiliser les terres pour des fins agricoles.

Mais pour Lucie Régimbald, ce comportement reste suspect. Les coupes ont été effectuées la nuit, durant le mois de février, sans prévenir les résidents ni les élus municipaux. La propriété est zonée pour un usage agricole et est étiquetée comme zone humide, mais la Loi sur la protection de l’agriculture et de la production alimentaire de l’Ontario stipule qu’aucun règlement municipal ne s’applique pour restreindre une pratique agricole dans le cadre d’une exploitation agricole.

La conseillère Kitts se rappelle avoir été en colère, lorsqu’elle a eu connaissance du déboisement. « Nous n’avions pas été informés et Taggart a perdu la confiance des habitants, déjà que la relation était difficile », s’est-elle confiée.

Vue d’un drone le 20 mai 2023, montrant l’espace entièrement déboisé en février dernier. Source : Youtube/ Nathanael Newton

Le développement urbain : seule solution?

Le développement urbain est-il la seule solution face à la crise du logement? Paul Johanis, le président de l’Alliance pour les espaces verts de la capitale du Canada, admet que la dynamique actuelle dans les régions rurales d’Ottawa est propice au développement urbain. « C’est une dynamique qui semble se concentrer peut-être sur ce petit village de Carlsbad Springs », dit-il.

Il fait référence aux nombres croissants de projets en cours ou déjà terminés, tels que le plan d’un mégadépotoir en étude depuis 2016, la construction d’un entrepôt Amazon en 2018 ou encore un futur projet d’Hydro One.

« La seule résistance, ce sont les résidents, la société civile, les organismes comme nous qui défendons la zone rurale. La zone rurale, c’est notre plus grand espace vert » – Paul Johanis


Pour contrer l’étalement urbain, il faut faire de l’intensification, explique William Van Geest. « On ne peut pas intensifier, si on ne peut pas bâtir plus que deux étages », explique-t-il. Le sol en argile de Carlsbad Springs sera un véritable défi.

« La question, c’est comment utiliser les terrains que nous avons déjà. L’intensification, c’est vraiment une bonne façon de combler ce manque de logement. »

Protection de la zone rurale

M. Johanis explique que 80 % du territoire d’Ottawa se trouve dans des zones rurales. Il y aurait donc de nombreuses autorisations pour ce qui a trait à la construction, notamment beaucoup de possibilités industrielles et commerciales.

À Carlsbad Springs, le terrain du dépotoir (un projet de Taggart-Miller) est encore au point mort. Crédit image : Lila Mouch

« La seule résistance, ce sont les résidents, la société civile, les organismes comme nous qui défendons la zone rurale. La zone rurale, c’est notre plus grand espace vert », clame le président.

« Les habitants vont perdre leur qualité de vie, ce projet va affaiblir les forêts et les zones humides », en conclut M. Van Geest.

Le conseiller Darouze, le Groupe Taggart et les Algonquins de l’Ontario n’ont pas répondu favorablement à nos demandes d’entrevues.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Musique, théâtre et cinéma : la francophonie ontarienne au fil de l’été

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

La francophonie ontarienne brille particulièrement fort grâce au festival musical tant attendu de Toronto, Franco-Fête. Des artistes de partout au Canada se réunissent dans le but commun de promouvoir la fierté et le talent que possède le patrimoine franco-canadien. Des ateliers musicaux, des dégustations de vins, un film et une pièce de théâtre sont également au programme pour remplir davantage l’agenda de cette semaine.

Musique

Soirée musicale accompagnée par vin, fromage et Mclean

La chance de savourer des produits locaux du sud de l’Ontario tout en écoutant les sons de Mclean se présente cette fin de semaine à Penetanguishene. Des vins du vignoble Southbrook de Niagara-on-the-lake seront servis, ainsi que des fromages fournis par la fromagerie locale de Midland, The Mouse Trap, et des amuse-bouche préparés par Le Gosier pour diversifier votre palette. Mclean est le projet solo de Simon Jutras, l’auteur-compositeur sudburois qui se démarque depuis plusieurs années sur la scène musicale franco-canadienne. Son tout premier album Sans l’abri d’un quand s’est mérité le prix de Meilleur album francophone au Northern Ontario Music and Film Award en 2017.

Crédit image : Ali Rodriguez-Beaudoin

Soirée vins et fromages musicale avec Mclean le samedi 22 juillet à 18h30 dans la Salle Roland Desroches à Penetanguishene. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.  

La Nouvelle-France : un retour sur le 17e siècle en compagnie de Grace Morrison

Musicienne, animatrice, auteure et enseignante, Grace Morrison a toujours été fascinée par l’empreinte francophone à travers le monde, notamment par l’histoire de la Nouvelle France. Dans le cadre de son prochain atelier, Grace Morrison emmènera les jeunes à travers le 17e siècle accompagné de son violon et de son tambour autochtone dans le but de transmettre les histoires de personnages clés de l’époque tels que Madeleine de Verchères, Jean Talon et Tecumseh.

Gracieuseté

L’atelier Vignettes de la Nouvelle France le jeudi 20 juillet à 14h à la Bibliothèque publique de Toronto. Branche Eatonville. Entrée gratuite.

Franco-Fête : Toronto célèbre la francophonie

Le festival musical qui célèbre la francophonie à Toronto est de retour avec sa 41e édition, prêt à vous faire découvrir les artistes de la scène franco-canadienne. Une programmation riche et variée, le quartier Ossington sera à nouveau la scène de nombreux artistes, dont Kizaba, DJ Unpier, Les Chiclettes et bien d’autres.

Crédit image : Karine Larocque

Franco-Fête du 28 au 30 juillet sur la rue Halton à l’angle d’Ossington. Entrée gratuite.

Adrénaline de Ahmad Meree au Centre national des arts

Le dramaturge primé Ahmad Meree explore les effets de la guerre et l’expérience des réfugiés dans sa pièce Adrénaline. La pièce suit l’histoire de Jaber, un réfugié nouvellement arrivé au Canada depuis la Syrie, pays touché par la guerre. Alors qu’il s’installe pour se préparer à son premier réveillon, du Nouvel An au Canada, les souvenirs de guerre lui reviennent et Jaber est poussé à affronter tout ce dont il a dû surmonter en quête de sécurité.

Gracieuseté du Centre national des arts

Adrénaline au Centre national des arts jusqu’au 23 juillet. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Film

Les Leçons persanes de Vadim Perelman

Les Leçons persanes de Vadim Perelman suit le parcours de Gilles en France occupée durant la Seconde Guerre mondiale. Fils d’un rabbin d’Anvers en route vers la Suisse, il réussit à s’échapper des soldats allemands grâce à un mensonge clé qui lui sauverait la vie : dire qu’il n’est pas juif, mais persan. Percutante et bouleversante, cette histoire basée de la pièce de théâtre du réalisateur Wolfgang Kolhaase a paru en avant-première lors de la Berlinale 2020.

Crédit image : Métropole Films

Les Leçons persanes au Sudbury Indie Cinema le jeudi 20 juillet à 18h30. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

L’avenir de la GRC inquiète le commissaire aux langues officielles

Raymond Théberge s’inquiète des intentions du gouvernement Trudeau de modifier le mandat de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) notamment en déléguant certaines de leurs opérations vers des services de police provinciaux. Le commissaire aux langues officielles se préoccupe de l’impact qu’un tel scénario pourrait avoir sur les communautés francophones hors Québec.

Le Toronto Star rapportait lundi que le gouvernement Trudeau jonglait avec l’idée de délaisser les tâches journalières sur le terrain de la GRC et de plutôt copier le modèle du FBI aux États-Unis, en misant sur des opérations comme la sécurité nationale, le terrorisme, les crimes financiers, etc.

Raymond Théberge craint qu’un tel changement amène à la création de plus de corps de police provinciale qui ne seraient pas assujettis à la Loi sur les langues officielles comme l’est la GRC.

« Ça m’inquiète, car il n’y aura pas d’obligations légales d’offrir un service dans les deux langues… Lorsqu’on parle d’offrir un service policier, ça veut dire qu’il faut mettre en place un centre de formation provinciale, un collège, etc. Est-ce qu’ils (les provinces) vont se pencher sur la formation d’agents bilingues? », se questionne-t-il.

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Archives ONFR+
Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge. Archives ONFR+

L’idée fait encore plus son chemin depuis que la Commission d’enquête publique sur la tuerie d’avril 2020 en Nouvelle-Écosse à Portapique, a – dans son rapport final- émis 26 recommandations sur la GRC dont restructurer complètement le corps de police. Suite à cela, le ministre de la Sécurité publique Marco Mendecino a promis une réforme de la GRC, en nommant Linda Lee Oland, un ancien juge chargé de surveiller les progrès du gouvernement dans la mise en œuvre des recommandations de la commission.

À l’heure actuelle, seules trois provinces ont des corps de police provinciaux : l’Ontario, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, tandis que les autres provinces et territoires se fient à la police nationale pour assurer la sécurité dans leurs communautés. Le gouvernement fédéral assure 30 % des coûts alors que le reste des frais est délégué aux provinces et territoires dans un accord qui prendra fin en 2032.

Le gouvernement Trudeau effectue actuellement une révision de ces ententes avec les provinces. Cette révision combinée à la recommandation de la Commission soulève des questionnements sur l’avenir de la GRC.

« On a accès depuis des décennies à ces services dans les deux langues officielles et, si on change ça, ça va avoir un impact (…). Il y a un besoin chez les francophones. C’est une question de sécurité publique », soutient M. Théberge en entrevue.

Une zone floue pour les premiers ministres

Les 13 premiers ministres des provinces et territoires ont aussi partagé leur frustration par rapport aux intentions d’Ottawa la semaine dernière lors de leur réunion annuelle du Conseil de la fédération.

« Nous sommes très inquiets parce qu’il n’y a aucune indication sur ce qu’est le plan du gouvernement fédéral pour l’avenir de la GRC », a commenté la présidente du Conseil et première ministre du Manitoba, Heather Stefanson.

« Il semble y avoir un message mixte qui est envoyé quant à savoir s’ils sont déterminés à maintenir les services de police contractuelle », a soutenu de son côté sa consoeur de l’Alberta Danielle Smith.

Danielle Smith Crédit image : Stéphane Bédard
La première ministre de l’Alberta Danielle Smith s’impatiente avec le fédéral dans le dossier de la GRC. Crédit image : Stéphane Bédard

« Donc ça laisse des provinces comme la nôtre où l’on doit élargir nos shérifs (polices locales) en prévision qu’ils (le fédéral) ne voudront peut-être pas continuer à étendre le service », ajoute-t-elle.

Questionné à ce sujet, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas caché que la GRC « doit faire un meilleur travail pour répondre aux besoins particuliers des différentes communautés ».

« Je pense qu’un pays comme le nôtre a besoin d’avoir ces conversations et je pense qu’elles ont lieu », a-t-il indiqué en entrevue avec CTV lundi.

Le syndicat représentant les employés de la GRC demande au fédéral plus de clarté, qualifiant de « démoralisant » la spéculation dans le dossier et « le langage vague des représentants du gouvernement », a dénoncé son président Brian Sauvé en conférence de presse mardi.

Le cas de l’Alberta

L’Alberta est probablement la province la plus avancée par rapport à l’idée d’obtenir une plus grande indépendance policière. L’ancien premier ministre Jason Kenney avait mis de l’avant l’idée en 2019 d’une police provinciale, poussée par un sentiment de soutirer une plus grande indépendance vis-à-vis Ottawa.

Sa successeure, Danielle Smith, avait repris cette idée lors de sa campagne à la chefferie du Parti conservateur uni, mais pas lors du scrutin général en mai dernier. La province offre actuellement un fonds monétaire aux municipalités qui souhaitent transiter vers un service policier local.

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) souligne qu’une trentaine de détachements de la police montée canadienne offrent des services bilingues à travers la province actuellement.

« Le gouvernement n’a pas fait campagne sur ça et les lettres de mandat pour les ministres ne sont pas encore sorties, donc on ne sait pas jusqu’à quel point la province veut aller de l’avant avec ça. Mais ça reste une inquiétude. S’il y avait une nouvelle police provinciale, on voudrait que les services (en français) restent en place », souhaite son président Pierre Asselin.

Le président de l'ACFA Pierre Asselin. Gracieuseté.
Le président de l’ACFA Pierre Asselin. Gracieuseté.

Le président de l’ACFA juge qu’il serait inacceptable qu’une telle réforme venant du fédéral ne prenne pas en compte la réalité des Franco-Albertains.

« Si c’est ce que le gouvernement souhaite faire, il faudra qu’il fasse certain qu’il ne laisse pas un désert derrière eux avec les services en français qui sont déjà là… On trouverait ça inacceptable que le gouvernement décide d’abandonner nos communautés en ne prenant pas en compte la perte de services qui pourrait arriver. »

Réfugiés et crise du logement : Chow et Ford pressent le fédéral

TORONTO – En ce mercredi, la nouvelle mairesse de Toronto Olivia Chow et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford ont pour la première fois publié une déclaration commune, une injonction au gouvernement fédéral d’agir face à la situation de crise du logement des réfugiés et des demandeurs d’asile.

C’est la première fois depuis l’investiture de Mme Chow que les gouvernements provincial et municipal travaillent de concert, dans un même objectif : trouver une solution face à la présence des réfugiés et des demandeurs d’asile qui aggravent la crise de l’hébergement d’urgence saturé dans la Ville Reine.

Cette déclaration commune, dépeignant la situation inhumaine des immigrés livrés à eux-mêmes dans la rue, demande un effort mutuel à tous les niveaux gouvernementaux, et exhorte le gouvernement canadien à renforcer sa participation à l’investissement provisoire pour le logement tout en finançant des solutions durables.

« Nous devons faire plus et plus rapidement pour résoudre cette crise. Nous demandons instamment au gouvernement fédéral de se joindre à nous pour soutenir ces nouveaux arrivants vulnérables », dit le communiqué de presse.

De leur côté, la province et la Ville de Toronto annoncent une participation de 6,67 millions de dollars chacun à l’Allocation Canada-Ontario pour déplacer un maximum de personnes vers des logements permanents afin de libérer des places dans les refuges de la ville.

Il est également demandé au gouvernement fédéral d’honorer « son engagement historique » de deux tiers de participation à ce programme, soit une somme de 26,7 millions de dollars.

L’accès à emploi comme solution

Parmi les solutions invoquées : permettre aux réfugiés de trouver un emploi grâce à l’octroi massif de permis de travail, s’inscrivant dans le contexte de pénurie, « à une époque où il y a plus de 300 000 emplois non pourvus dans la province ».

« Le fédéral doit installer des bureaux à Toronto et délivrer des permis de travail. C’est là où la mairesse et moi sommes d’accord. Il faut leur donner des permis de travail », avait déclaré la veille Doug Ford lors d’une annonce.

Source : Canva

Les deux dirigeants demandent ainsi au gouvernement fédéral d’envoyer immédiatement des ressources sur le terrain pour aider les réfugiés et les demandeurs d’asile à remplir les documents nécessaires et pour traiter leurs demandes afin « qu’ils puissent commencer à travailler après quelques semaines plutôt qu’après des années, comme c’est actuellement le cas ».

Lors de cette même annonce, le premier ministre ontarien en avait profité pour appuyer ses vues sur la construction massive de logements dans le Région du Grand Toronto, dont sur une partie de la ceinture de verdure.

« Nous sommes aussi en crise de logement. On ne peut pas se plaindre à la fois du problème et de la solution. Il faut construire plus de logements. On l’oublie souvent, mais depuis que je suis en poste, nous avons augmenté la ceinture de verdure de 2000 acres. Toronto et Hamilton, ce n’était que des champs vides avant. Cette région a la croissance la plus rapide en Amérique du Nord », avait conclu le premier ministre de l’Ontario.

Le gouvernement fédéral répond

Source : Compte Twitter officiel de Justin Trudeau

En parallèle, la mairesse a rencontré le premier ministre Justin Trudeau suite à son annonce d’un soutien fédéral de 212 millions de dollars destinés aux demandeurs d’asile, dans le cadre du Programme d’aide au logement provisoire, financement qui prévoit 97 millions de dollars en soutien additionnel à la Ville de Toronto.

Une communication du site officiel de Justin Trudeau réitère l’importance de la collaboration entre tous les gouvernements et évoque l’accord entre le premier ministre canadien et la mairesse de Toronto « pour améliorer l’accès au logement abordable ainsi que l’aide aux réfugiés et les efforts de réinstallation à Toronto ».

Deux Franco-Ontariennes à l’assaut de la Coupe du Monde de soccer

MELBOURNE (Australie) – Les championnes olympiques en titre vont tenter d’aller chercher leur premier titre mondial du côté de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Dans leurs rangs, Vanessa Gilles et Cloé Lacasse auront chacune un rôle important à jouer pour atteindre cet objectif. 

Après avoir remporté le premier titre olympique de son histoire en 2021, la sélection féminine de soccer canadienne veut poursuivre sur sa lancée avec la Coupe du monde qui débute ce jeudi 20 juillet face au Nigeria. 

Le Canada se trouve au sein de la très relevée poule B en compagnie de l’Irlande du Nord et de l’hôte de la compétition l’Australie. Un groupe que la sélectionneuse Bev Priestman a même décrit comme celui de la « mort ».

La Franco-Ontarienne originaire de Sudbury Cloé Lacasse qui n’était pas de l’équipe championne olympique en 2021 va disputer sa première grande compétition internationale. L’attaquante sort d’une saison fantastique avec Benfica au Portugal où elle a été élue joueuse de l’année et a remporté le titre de championne du Portugal avec un impressionnant bilan collectif (20 victoires, une défaite, seulement six buts encaissés) et surtout individuel (21 buts et 13 passes décisives en 42 matchs).

Des performances qui lui ont valu un transfert cet été dans l’un des plus grands clubs du monde, Arsenal, et une sélection pour la Coupe du monde, où elle aura un rôle important à jouer en sortie de banc. 

L’attaquante franco-sudburoise d’Arsenal FC, Cloé Lacasse. Crédit image : Gualter Fatia / Intermittent via Getty Images.

« Être capable de représenter mon pays, c’est assez nouveau », a-t-elle expliqué lors d’une entrevue d’introduction dans son nouveau club. « Ça a été une expérience incroyable jusque-là. Avoir l’opportunité de représenter mon pays à la Coupe du monde, avec ma famille qui me suivra, ça signifie énormément pour moi, plus que tout au monde. »

« C’est quelque chose que je n’ai pas encore réalisé et qui va certainement me frapper quand la compétition va commencer J’ai hâte que ça commence et qu’on ramène la Coupe du monde à la maison. » 

Pour Vanessa Gilles, le contexte est différent. Cadre de l’équipe championne olympique, titulaire indiscutable en sélection et avec l’Olympique lyonnais, la défenseuse qui a commencé le soccer à l’âge de 15 ans du côté d’Ottawa est attendue comme une joueuse majeure de la sélection qui compte pas moins de 14 championnes olympiques à Tokyo reconduites par Bev Priestman. Seules Janine Becky et Nichelle Prince manquent à l’appel tandis que la vétérante Desiree Scott n’a pas été retenue. 

Ramener la coupe à la maison

Les objectifs sont clairs pour les joueuses de Bev Priesman, elles veulent aller au bout. Même si, selon Vanessa Gilles, elles ne sont peut-être pas estimées à leur juste valeur. 

« J’ai l’impression qu’il y a toujours ce sentiment qu’aux Jeux on considère que nous avons eu de la chance. Nous avons toujours cette identité d’équipe qui a à prouver et nous devons encore démontrer notre force, malheureusement… Nous devons nous prouver à nous-mêmes avec cette envie de fermer des bouches. Nous connaissons notre valeur, la qualité de notre équipe et nous y allons avec ces certitudes », a-t-elle confié à CBC Sports.

La défenseuse de l’Olympique lyonnais Vanessa Gilles. Crédit image : Catherine Ivill/Getty Images

Les joueuses de Priestman sont concentrées sur la préparation de cet événement depuis plus d’un an. Elles avaient fait un premier repérage en septembre 2022 avec deux matchs face à l’Australie, la co-organisatrice de l’événement, couronné de succès. Les Canadiennes s’étaient imposées à Brisbane sur le score de 1 à 0 puis 2-1 à Sydney dans un stade flambant neuf plein à craquer qui leur avait offert un réel avant-goût de la compétition à venir. 

Les Rouges avaient ensuite enchaîné deux victoires en amical contre l’Argentine et le Maroc en octobre avant de passer un gros test contre le Brésil en novembre. Une double confrontation face à l’une de leurs rivales pour le titre mondial qui s’était soldée par une victoire 2-1 et une défaite sur le même score mettant mis fin à une série de cinq victoires de suite sur la fin d’année – six de suite aurait été une performance égalée vieille de 20 ans.

Un contexte particulier 

La suite de la préparation avec le retour à la compétition en février 2023 a été plus compliquée du fait d’événements extrasportifs aussi déroutants que nécessaires pour le soccer féminin au Canada. À l’ouverture de la Coupe SheBelieves, les joueuses ont manqué les premiers jours du camp d’entrainement pour protester contre les différences de financements entre l’équipe de soccer féminine et masculine. 

Avec une préparation tronquée en raison de ce combat important à mener, les Canadiennes sont passées à côté du premier match de la compétition face à leurs grandes rivales, numéro 1 mondiale, les États-Unis. Malgré une nouvelle victoire face au Brésil (2-0) et un but de Vanessa Gilles, elles ont terminé dernières de la compétition avec une défaite 0-3 contre le Japon.

Malgré tout, ce « sacrifice » de la Coupe SheBelieves n’a pas été fait en vain puisque deux mois plus tard, quatre joueuses de la sélection dont la légendaire Christine Sainclair ont été reçues à la Chambre des communes pour partager leur combat pour l’égalité avec le Comité permanent du patrimoine canadien. 

Suite à cela, il y a eu du changement au sein de la fédération avec Charmaine Crooks qui a été élue présidente par intérim et Jason DeVos qui a été élu secrétaire par interim de Canada Soccer, suite à de nombreuses démissions résultant notamment des protestations de l’équipe féminine. 

« Je les sens concentrées à 1000 % sur l’événement » – Bev Priestman

Il y a trois semaines de cela, DeVos a fait une sortie médiatique remarquée indiquant que Canada Soccer pourrait faire faillite. Des problèmes financiers qui pourraient avoir un impact sur l’équipe lors de cette Coupe du monde. L’une des clés du succès de la sélection sera d’ailleurs de rester concentré sur ses objectifs sportifs comme l’a confié Bev Priestman à Andy Petrillo de One Soccer. 

« Je les sens concentrées à 1000 % sur l’événement. Cette dernière semaine de préparation a vraiment fait ressentir un vent nouveau. Les joueuses sont concentrées, elles sont enthousiastes. On s’est fixé sur les trois semaines de préparation de s’entraîner du mieux qu’on peut car on sait que c’est déterminant pour la compétition. Nos entraînements sont très compétitifs, on s’entraîne pour être en finale. […] Il y a une très bonne ambiance au sein de l’équipe. »

Le coup d’envoi de la rencontre face au Nigéria ce jeudi est prévu pour 22h30, heure de l’est. Une belle occasion de confirmer cet état d’esprit conquérant et de frapper fort d’entrée pour les Rouges.

Tristan Das Eiras, le prodige de Vankleek Hill

VANKLEEK HILL – Tristan Das Eiras est déjà installé au piano lorsque nous le rejoignons à l’église Knox de Vankleek Hill. Le jeune homme a l’habitude d’y jouer chaque année, lors du festival de musique. Il est entouré de ses parents, Nathalie et Nelson, et de son professeur de musique, Ian Hepburn.

Pour Tristan, tout a commencé il y a environ six ans, lorsque son grand-père lui a appris à jouer une pièce folklorique au piano. L’enfant s’est ensuite retrouvé avec un clavier électronique, sur lequel certaines pièces classiques étaient préprogrammées. Le jeune Tristan a la piqûre. Il demande à ses parents de l’inscrire à des cours. Il ne touchera plus au folklore, ne s’intéressera pas au rock ou à la pop. Aujourd’hui, Tristan a 15 ans et ne jure que par la musique classique.

Tristan nous rencontre à l’église Knox, où il a déjà enregistré certaines pièces en plus de jouer au festival de musique chaque année. Crédit image : Rachel Crustin

Et il se fait remarquer. À l’automne 2022, il se rend avec son père au magasin de pianos Steinway d’Ottawa pour acheter un livre de musique de Jean-Sébastien Bach. Il en profite pour jouer sur les prestigieux instruments en démonstration. Son interprétation du prélude en la mineur de Maurice Ravel attire l’attention de l’employée de Steinway. C’est elle qui incitera Tristan à s’inscrire au concours musical international Crescendo, grâce auquel il gagnera une place pour jouer sur la scène du prestigieux Carnegie Hall de New York, avec d’autres jeunes musiciens de partout dans le monde.

En parlant de cette expérience, c’est son père qui est le plus enthousiaste. « Il est entré sur scène, j’ai arrêté de respirer. Il a joué sa pièce, il est parti, et là j’ai recommencé à respirer. Pour lui, c’était juste une autre journée où il jouait du piano. »

Les parents de Tristan, Nathalie et Nelson, et son professeur de piano, Ian Hepburn (à droite) ont rapidement remarqué le talent du jeune pianiste, il y a six ans. Crédit image : Rachel Crustin

En effet, lorsqu’on le questionne sur son expérience, Tristan hausse les épaules. « C’était le fun, ça c’est sûr », lance-t-il sur un ton désinvolte. Il indique ne pas ressentir de stress particulier avant un concert et semble indifférent au niveau de prestige de la salle. Nous lui demandons s’il ressent une pression lorsqu’il se fait dire qu’il est un prodige. « Pour moi, ça ne change pas grand-chose. Je continue à pratiquer. »

Tristan s’anime d’avantage lorsqu’il parle de jouer du piano, en général. « Le piano a un beau son. Tu peux avoir tellement de variété de dynamiques, comparé à d’autres instruments. Tu as aussi beaucoup plus de notes. Tu peux jouer un très grand répertoire, autant baroque, classique, romantique, impressionniste, etc. »

Comme un cheval sauvage

Ian Hepburn était présent lors de ce fameux concert au Carnegie Hall en févier dernier. Une expérience qu’il a vécue de façon plus analytique. Il commente : « C’était très intéressant. Il y avait peut-être 24 étudiants qui sont passés sur scène. Tous, sauf trois, ont joué des pièces très difficiles techniquement, très impressionnantes. Tristan, lui, a choisi une pièce très tranquille, très introspective, et il s’est vraiment démarqué comme ça en ne jouant pas le genre de pièce à laquelle on s’attend dans une compétition comme celle-là. »

Ian Hepburn est lui-même un pianiste et harpiste accompli. Il enseigne le piano à Tristan Das Eiras depuis six ans. Crédit image : Rachel Crustin

Ce n’est pas le seul exemple où Tristan n’en a fait qu’à sa tête. Lorsqu’on demande à Ian Hepburn de décrire son étudiant, l’anglophone répond : « Wild! »

« C’est comme monter un cheval sauvage, parfois, d’essayer de lui faire faire ses exercices techniques et tout ça. Mais il écoute beaucoup de musique. Et c’est très évident qu’il est sérieux. Il écoute beaucoup les conseils. Il prend de la maturité. »

Et il pourrait aller loin, s’il continue de travailler. M. Hepburn met son chapeau de professeur : « Il a un immense talent. Il faut maintenant canaliser ce talent. Pour jouer au niveau professionnel, ça prend beaucoup de focus, beaucoup d’énergie, beaucoup de temps, énormément d’efforts. C’est gros. »

De grandes ambitions

Du temps et de l’énergie, Tristan Das Eiras en trouve toujours pour le piano.

Lorsque nous lui demandons combien d’heures il passe en moyenne à jouer, c’est la voix de son père qui résonne derrière lui : « Une question plus facile serait de lui demander combien de temps il ne joue pas! C’est sans arrêt. » La mère de Tristan acquiesce en indiquant que son fils passe ses journées de congé assis devant son instrument. Le jeune homme souligne qu’il a d’autres loisirs, parfois, comme d’aller faire une balade à bicyclette. Mais aussitôt revenu à la maison, la musique l’appelle. « Je compose tellement de pièces, j’ai besoin de temps pour les écrire », justifie-t-il.

En effet, le musicien a déjà composé plus de 50 morceaux, dont sept pour lesquels il a enregistré ses droits d’auteur. Il aimerait faire carrière comme chef d’orchestre et entendre ses propres compositions jouées par les ensembles qu’il dirigerait, « comme Gustav Mahler, Félix Mendelssohn et Leonard Bernstein », précise-t-il.

Nathalie Poupart affirme qu’elle ne sait plus toujours reconnaître si son fils est en train de jouer un morceau classique ou de son cru. Ian Hepburn raconte aussi que son élève arrive parfois en trombe dans le local de pratique, se met à jouer et lui demande de deviner le compositeur. « Habituellement, c’est lui, » dit-il en riant.

Après l’école, Tristan se rend souvent à la bibliothèque Champlain de Vankleek Hill pour travailler sur ses compositions. Crédit image : Rachel Crustin

Être francophone est un avantage dans sa pratique, selon Tristan Das Eiras. « Ça aide beaucoup quand tu apprends des pièces de compositeurs comme Debussy ou Ravel. C’est bien mieux d’être capable de comprendre ce qu’ils ont écrit, car ils écrivaient presque tous en français. »

L’adolescent va plus loin. Il a commencé à apprendre l’allemand pour comprendre les notes d’autres compositeurs, comme Robert et Clara Schumann, Ludwig van Beethoven et Felix Mendelssohn. Sa deuxième motivation est l’ambition d’étudier dans un grand conservatoire de musique allemand.

Talents multiples

En plus du piano, Tristan joue de la harpe, de la flûte traversière, de l’accordéon, de la cornemuse, du violon, de la guitare et du ukulélé, et compte se mettre au hautbois prochainement. Il se dit inspiré par son grand-père, le même qui lui a transmis la passion du piano. Il se laisse également guider par la musique qui le touche.

« Il y a des pièces musicales qu’on ne peut pas jouer au piano. Il y en a d’autres qui pourraient se jouer, mais il n’y a aucune partition. Donc, si j’apprends ces autres instruments-là, ce sera plus facile de les jouer. Une des raisons pour lesquelles je veux apprendre le hautbois, c’est pour une pièce de Camille Saint-Saëns, sa sonate pour hautbois. »

Tristan Das Eiras sur le banc devant le centre de créativité de Vankleek Hill, où il se produit souvent en spectacle. On aperçoit l’église Knox plus loin. Crédit image : Rachel Crustin

La flûte traversière est arrivée un peu par défaut, puisque le hautbois de l’école était endommagé. « J’ai appris les notes avec le reste de la classe, mais quand les autres ne jouaient pas j’allais dans la salle de pratique et je pratiquais par mes propres moyens. »

En plus de la musique, Tristan Das Eiras s’intéresse à l’Histoire, à l’aviation et à la physique théorique. Il fait partie d’équipes de curling, de la troupe de théâtre et du club multiculturel de son école, en plus d’exceller académiquement.

Lorsqu’il lui reste un peu de temps et d’inspiration, il fait de la peinture à l’huile. Il a même déjà vendu certaines de ses toiles.

En plus d’avoir un talent indéniable pour la musique, Tristan Das Eiras est aussi peintre. Gracieuseté

Tristan Das Eiras donne parfois de son temps pour aller jouer dans les résidences de personnes âgées. Il a aussi fait don de ses droits d’auteur sur deux de ses pièces, l’une pour l’hôpital Shriners pour enfants de Montréal et l’autre pour la loge maçonnique située à Vankleek Hill. En plus de l’implication de sa famille dans la franc-maçonnerie, le jeune homme a choisi cette organisation car de grands compositeurs comme Wolfgang Amadeus Mozart et Franz Liszt en faisaient partie.

Le classique, juste le classique

Parmi les jeunes de son âge, Tristan est devenu un ambassadeur de la musique classique. « J’ai beaucoup d’amis. Ils n’ont pas tous la même passion. Il y en a quelques-uns que j’ai réussi à convaincre d’écouter de la musique classique et qui ont commencé à aimer certains compositeurs. J’ai un ami qui aime Tchaïkovski, un autre qui préfère Chostakovitch. Mais il y en deux ou trois qui aiment la musique presqu’autant que moi. »

Pour sa part, les trois compositeurs qu’il nomme comme ses préférés sont l’Espagnol Enrique Granados, pour la façon dont il intègre des éléments folkloriques à sa musique, ainsi que l’Allemand Robert Schumann et le Français Hector Berlioz pour leur capacité à raconter des histoires en musique.

Tristan Das Eiras a écrit la pièce Hope for Tomorrow pour l’hôpital Shreiners pour enfants. Il « passe le chapeau » lorsqu’il la joue en concert et ses éventuelles redevances de droit d’auteurs iront à la cause. Gracieuseté

Était-il intéressé au spectacle d’Ed Sheeran qui a rempli le Centre Rogers de Toronto quelques jours plus tôt? « C’est qui, Ed Sheeran? demande-t-il.

Nelson Das Eiras nous explique qu’il a même tenté de payer son fils pour qu’il apprenne des chansons de Supertramp, en vain. « Ça n’utilise que quatre accords. La plupart de la musique est trop simple, c’est répétitif. Trois minutes à faire la même chose, ça devient plate, » justifie le jeune homme.

Tristan Das Eiras avec ses parents, Nathalie Poupart et Nelson Das Eiras. Crédit image : Rachel Crustin

Son père lui propose de mettre à sa main des musiques plus contemporaines. L’adolescent se borne : « J’ajouterais plus d’accords, ça deviendrait plus long et je changerais les instruments. À ce point-là, c’est rendu de la musique classique. »

Les seuls écarts tolérés sont la musique folklorique durant le temps des fêtes, le ragtime du pianiste Scott Joplin, le thème de la série Friends et celui de Wings, ce dernier étant à l’origine une pièce de… Franz Schubert.

La particularité du piano

Ian Hepburn, qui enseigne le piano depuis plus de 40 ans, nous explique ce qui distingue cet instrument des autres.

« C’est une grande chose de connecter avec un instrument. Surtout un piano. Ce n’est pas comme avoir un violon sous le menton ou violoncelle entre les jambes. C’est plus distant. Et c’est difficile car, en général, les pianistes ne se déplacent pas avec leur piano. Alors il faut développer un rapport très rapide avec un instrument qui n’est pas le nôtre. »

Questionné sur ce point, Tristan nuance : « Oui, mais je veux plutôt sentir une connexion avec la pièce. Il faut être capable de savoir exactement comment elle doit être jouée et comment toi tu veux la jouer. »

Au-delà de l’instrument, c’est avec la pièce musicale que Tristan Das Eiras veut connecter. Crédit image : Rachel Crustin

Ses opinions arrêtées, sa passion insatiable et sa connaissance pointue de son art font de Tristan Das Eiras un musicien d’exception. Nul doute que l’adolescent de Vankleek Hill peut se rendre loin, s’il poursuit dans cette veine. Une autre fierté locale à surveiller pour les francophones de l’Est ontarien.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Le réchauffement climatique pourrait aggraver l’état de l’eau potable

De nombreuses municipalités de l’Est ontarien se trouvent près de sources d’eaux de plus en plus vulnérables. L’état de l’eau potable pourrait se détériorer selon plusieurs experts. Alors que la ville de Casselman enregistrait récemment des taux élevés de manganèse dans l’eau, le réchauffement climatique deviendrait un véritable défi pour conserver la qualité de ce bien vital.

Le cas de Casselman est un bon exemple pour comprendre comment l’eau peut changer de statut et pourquoi ce type d’événement pourrait devenir plus fréquent à l’avenir. Au début du mois de juillet, la municipalité a retrouvé un taux historique de manganèse dans l’eau de 0,45 mg/L.

Le professeur de l’Université d’Ottawa, Hossein Bonakdari, pense que « le réchauffement climatique entraîne des modifications dans les écosystèmes aquatiques, tels que l’augmentation des températures de l’eau, les changements de régime de précipitations et les variations de débit des cours d’eau. Ces changements peuvent créer des conditions favorables à l’apparition de nouvelles espèces de bactéries ou à la prolifération de certaines déjà présentes, ce qui peut augmenter les risques pour la qualité de l’eau. »

Pour l’urbaniste de Conversation de la Nation Sud, Claire Lemay, « le comité de protection des sources est conscient que le changement climatique peut causer des nouvelles vulnérabilités et c’est quelque chose qui pourrait être étudié dans le futur ».

« Il a des problèmes avec les niveaux de chlorure dans l’eau dans certaines régions, surtout dans les puits privés », explique-t-elle. « Le sel des routes est un problème, les puits plus profonds et les nappes phréatiques de l’ancienne mer de Champlain ont des niveaux assez élevés de chlorure. »

Claire Lemay est urbaniste principale à la Conservation de la Nation Sud. Gracieuseté

Hossein Bonakdari indique aussi que l’intensification des événements météorologiques extrêmes (fortes pluies, tempêtes et inondations), « pourra entraîner une augmentation des charges de contaminants dans l’eau, y compris de nouvelles souches bactériennes provenant de sources telles que les déversements d’eaux usées ou l’agriculture ».

Enfin, l’élévation des températures de l’eau due au réchauffement climatique pourrait, là encore, « favoriserait la croissance bactérienne et réduirait l’efficacité des traitements de désinfection ». Pour le scientifique, cela pourrait entraîner « une augmentation des risques associés à des bactéries pathogènes dans l’eau potable ou dans les sources d’eau récréatives ».

D’après Conservation de la Nation Sud, certaines prises d’eau telles que Casselman, Hawkesbury, Prescott, Alexandria, Lefaivre et bien d’autres seraient vulnérables et menacées face au traitement des eaux usées, aux sites d’élimination des déchets, aux activités agricoles, aux pesticides, au sel, aux carburants et aux produits chimiques. 

Protéger l’eau à tout prix

Pour ce faire, les municipalités devront, à l’avenir, investir dans les stations d’épuration et penser à de nouvelles technologies. M. Bonakdari soutient qu’il faudra « mettre en place des programmes de surveillance de l’eau robustes, investir dans des technologies avancées capables de traiter efficacement les contaminants émergents tels que les produits chimiques agricoles, les microplastiques et les toxines d’algues ». 

Il suggère de mettre en place des systèmes de réserve d’eau pour faire face aux périodes de sécheresse et de pénurie d’eau.

La rivière de la Nation Sud à Casselman. En 2016, en 2019 et rebelote en 2023, du manganèse a été retrouvé dans l’eau du village. Crédit image : Sébastien Pierroz

Enfin, pour le scientifique, la gestion durable de l’eau nécessitera la collaboration entre les gouvernements, les organismes de gestion de l’eau, les universités, les groupes communautaires et les citoyens.

Il existe aussi les plans de protection des sources, comme le rappelle le bureau du ministère de l’Environnement : « Les autorités responsables de la protection des sources maintiennent à jour les plans afin de garantir qu’ils reflètent les dernières avancées scientifiques et que tous les nouveaux systèmes d’eau potable municipaux ou en expansion sont protégés. »

Claire Lemay sait pourtant qu’il sera « difficile pour les municipalités et surtout les plus petites municipalités avec des budgets restreints de suivre tout ce qui sera nécessaire dans le futur pour s’assurer une bonne qualité et quantité d’eau ». 

« Cela sera tout un problème, même si les technologies existent ou non, c’est vraiment l’implémentation des infrastructures qui seront nécessaires », croit-elle. 

Du manganèse dans l’eau de Casselman

« Les variations saisonnières sont une première explication de la qualité de l’eau dans la rivière Nation Sud », affirme Hossein Bonakdari, expert sur les questions liées au changement climatique. 

La ville de Casselman puise son eau directement dans la rivière de la Nation Sud. 

« Casselman est la seule municipalité qui prend directement son eau de la rivière », explique Claire Lemay, urbaniste principale chez Conservation de la Nation Sud. 

La rivière de la Nation à Plantagenet. Crédit image : P199 – travail personnel via Wikimedia, CC BY-SA 3.0

Les autres municipalités sont desservies par le fleuve Saint-Laurent, la rivière des Outaouais, la rivière Garry, le lac Saint-François, les sources de Raisin-Nation Sud, les puits ou nappes phréatiques. Certaines municipalités bénéficient de l’eau grâce à un système de canalisations souterraines. La région de protection des sources Raisin-Nation Sud comprend 26 systèmes municipaux d’eau potable (13 souterrains et 13 eaux de surface).

Pour autant, « les contaminants possibles ou les activités qui sont considérées comme des risques sont les mêmes pour toute notre région », assure Mme Lemay.

« L’eau municipale en Ontario doit respecter les normes provinciales. Donc, c’est la responsabilité des municipalités de s’assurer que la qualité de l’eau potable respecte ces normes. », assure l’urbaniste. 

Pourtant, d’après le communiqué de la Ville de Casselman, le 5 juillet dernier, un taux historique de manganèse a été retrouvé dans l’eau (0,45 mg/L). Le médecin en chef du bureau de santé publique de l’est de l’Ontario, le docteur Paul Roumeliotis, expliquait dans la missive qu’il n’y avait pas de normes sur la qualité de l’eau potable en Ontario, concernant le manganèse. Cependant, Santé Canada recommande une concentration maximale acceptable (CMA) de 0,12 mg/L dans l’eau potable. 

Hossein Bonakdari est professeur agrégé en génie civil de l’Université d’Ottawa, expert du changement climatique. Gracieuseté

D’après le professeur Bonakdari, les changements de débit ou l’augmentation des ruissellements, pourrait influencer la concentration de manganèse dans l’eau. Ces variations pourraient ne pas être adéquatement traitées par les processus de traitement actuels.

Claire Lemay explique que le manganèse est un minéral qui est naturellement présent dans l’eau de la rivière Nation Sud. « C’est lorsque les températures sont élevées et qu’il y a des niveaux assez bas de l’eau dans la rivière que ces phénomènes se produisent. C’est le cas avec la récente sécheresse, ce qui a permis au soleil d’atteindre le fond du nid de la rivière et aux minéraux de pénétrer l’eau. » 

Pour Hossein Bonakdari, il se déroule aussi un « processus biologique ». 

« Les conditions chaudes et sèches peuvent également affecter les processus biologiques dans la rivière. Certains microorganismes et bactéries jouent un rôle dans le cycle du manganèse. Les changements de température, les niveaux d’oxygène dissous et d’autres facteurs environnementaux pendant ces périodes peuvent influencer l’activité de ces organismes, impactant la concentration de manganèse. »

Une carte montrant les villes qui puisent eux-mêmes l’eau (en vert). L’eau potable municipale des villes indiquées par un point rouge est assurée par un réseau de canalisation à partir du système de distribution de l’eau traitée. Crédit image : Conservation de la Nation Sud

Même si l’on comprend que cet évènement s’est produit à plusieurs reprises et pourrait réapparaitre, l’Agence ontarienne des eaux (AOE), en entrevue avec ONFR+ estime que 99,9 % des tests provenant de systèmes d’eau potable résidentiels municipaux respectaient les normes en 2022-2023. Ces systèmes font l’objet d’inspections annuelles par le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs. 

Pour autant, « un dépassement d’une norme sanitaire constitue un incident de qualité de l’eau nuisible et indique une menace potentielle pour l’eau potable », précise Lindsay Davidson du bureau du ministre. 

D’ailleurs, la présence de substances naturellement présentes en quantité élevée dans l’eau potable n’est pas exclusive à Casselman, explique-t-il. « Toutes les usines de traitement de l’eau potable municipale en Ontario peuvent connaître une fluctuation de la qualité des eaux de sources, ce qui peut entraîner des changements esthétiques par exemple. Les municipalités sont tenues d’ajuster leurs processus. »

Un habitant de Casselman a partagé cette photo prise le samedi 15 juillet, cela fait près de deux semaines que l’eau est brune et malodorante dans le village. Gracieuseté

Pour ce qui est de Casselman, la mairesse Lajoie avait déclaré dans son dernier communiqué vouloir trouver une nouvelle source d’alimentation en eau potable pour la ville. En 2016, 2019 et en 2023, la Ville a recensé des taux anormalement élevés de manganèse dans l’eau municipale. 

Cap sur Vankleek Hill, capitale des maisons en pain d’épices

[VIRÉES D’ÉTÉ]

VANKLEEK HILL – À mi-chemin entre Ottawa et Montréal, à quelques minutes de la frontière entre l’Ontario et le Québec, se trouve le village de Vankleek Hill. Son centre-ville semble figé dans le temps, avec ses maisons centenaires entretenues de façon à en garder le cachet originel. C’est que les citoyens s’enorgueillissent de la réputation de leur coin de pays, la capitale des « maisons en pain d’épices. Tour d’horizon de cette bourgade à la communauté francophone dynamique.

Fondée en 1797 par le loyaliste Simeon Vankleek et sa femme Cecilia Jaycox, Vankleek Hill fait aujourd’hui partie du Canton de Champlain, lui-même situé dans les comtés unis de Prescott et Russell. Le village abrite près de 1800 résidents, dont le tiers sont francophones. La présence francophone se serait intensifiée à la suite de la guerre anglo-américaine de 1812. Au recensement de 2021, 1065 personnes se sont déclarées bilingues. On y retrouve environ 900 maisons, cinq églises et trois écoles.

Quelque chose d’intemporel

Il y a quelque chose qui semble hors du temps à Vankleek Hill. La ville, développée autour de l’agriculture, compte des fermes actives depuis plus de 200 ans. Plusieurs familles sont enracinées dans la communauté depuis des générations. Dans un documentaire de TVO paru en 2022, le cofondateur de la microbrasserie locale, Steve Beauchesne, affirme qu’il y a cette pensée officieuse qu’il faut trois générations pour être considéré comme « venant d’ici. » Celui qui a emménagé à Vankleek Hill lorsqu’il avait sept ans est pourtant devenu l’un de ses plus grands ambassadeurs.

Le journal The Review est une institution locale toujours très impliquée dans la communauté de Vankleek Hill, mais aussi de l’Est ontarien et de l’Ouest québécois. Crédit image : Rachel Crustin

Le journal local The Review, qui célèbre son 130e anniversaire, est l’un des plus anciens médias indépendants de la province. Son éditrice, Louise Sproule, est elle-même une descendante de Simeon Vankleek. Elle possède l’une de ces charmantes « maisons en pain d’épices » qui font la particularité de la ville.

En entrevue avec ONFR+, elle explique : « Si vous marchez sur les rues à Vankleek Hill, nous avons environ 95 maisons qui ont été bâties entre 1890 et 1920. Beaucoup des corniches ont encore les ornementations de bois originales. »  

À cette époque, il y avait une usine de briques rouges à Vankleek Hill. C’était donc le matériau tout indiqué pour la construction de ces maisons. Et c’est le tandem des briques rouges et des moulures blanches qui rappelle l’image de la maison en pain d’épices, avec ses décorations en glaçage. Mais les commerces du coin n’exploitent pas cette réputation. Vous ne trouverez pas plus de pain d’épices à Vankleek Hill qu’ailleurs. 

Exemple d’une « maison en pain d’épices » de Vankleek Hill. Crédit image : Rachel Crustin

Si les maisons ont un cachet patrimonial indéniable, elles ne sont pas classées comme telles. Leur survie ne tient qu’à la bonne volonté de leurs propriétaires.

« Ce n’est pas un cadeau de peinturer ça chaque année. Mais on le fait tous. C’est dans l’esprit du village de garder le style de nos maisons », affirme Louise Sproule.

Les yeux et la panse

C’est d’abord avec les yeux que les visiteurs dégustent Vankleek Hill. Quatre murales historiques ont été peintes sur les bâtiments, par Elisabeth Skelly et la francophone Odile Têtu, il y a plus de trente ans.

En 2017, à l’occasion du 150e anniversaire du Canada, un autre projet de murales s’est ajouté au paysage. Popsilos est un circuit comptant aujourd’hui sept œuvres d’art peintes sur des silos de fermes à travers les comtés unis de Prescott et Russell. Dans un reportage d’ONFR+ réalisé en 2019, la directrice du projet, Jennifer Larocque, explique le contraste recherché. « C’est vraiment un mélange d’un art urbain, qu’on est habitué de voir dans les centres-villes, sur une infrastructure rurale. »

L’une des murales de Popsilos se trouve sur le silo de la ferme d’aventure Ouimet de Vankleek Hill. Le titre de cette oeuvre est Gars de la ferme. Les artistes sont Emmanuel Jarus et Zek One. Crédit image : Rachel Crustin

Un des bâtiments les plus connus de Vankleek Hill est la tour Higginson, le point le plus haut du village. D’abord construite en 1825, elle devait servir de moulin à vent, mais le projet n’a pas fonctionné. Thomas Higginson l’a donc transformé en observatoire. Selon Louise Sproule, qui cite des archives du journal The Review, les résidents de l’époque croyaient que le futur, le savoir et l’éducation se trouvaient dans les étoiles.

Les aînés de Vankleek Hill se souviennent avoir joué autour de la tour en ruine dans leur jeunesse. En 2004, Louise Sproule et d’autres résidents ont formé un comité pour la restaurer. Avec l’appui de la communauté, de l’église anglicane située au même endroit, du propriétaire du terrain, du canton de Champlain et de dons de particuliers, la restauration complexe s’est achevée en 2007.

Lors des journées claires, la tour Higginson permet d’observer les paysages des comtés unis de Prescott et Russell à des kilomètres à la ronde. Crédit image : Rachel Crustin

En plus de ces lieux d’observation, Vankleek Hill est une destination pour les adeptes d’agrotourisme. La brasserie Beau’s, fondée en 2006 par le duo père-fils Tim et Steve Beauchesne, s’est imposée comme un chef de file de son industrie. Les produits de Beau’s ont remporté de nombreux prix et Steve Beauchesne est souvent appelé à participer comme expert ou comme juge lors de différents événements.

Beau’s a été vendue à la brasserie torontoise Steam Whistle en 2022. Les deux entreprises collaboraient déjà ensemble et la fusion permettait non seulement à la brasserie de mieux traverser la période pandémique et de conserver son aspect indépendant, mais également à Tim Beauchesne de prendre une retraite bien méritée.

Le tracteur vert est l’emblème de la brasserie Beau’s. Crédit image : Rachel Crustin

Les épicuriens doivent aussi faire un arrêt au Vignoble de Vankleek Hill. À la recherche d’une propriété en 2018, le couple formé de Teresa et Scott Lambert n’avait pas prévu se lancer dans l’industrie du vin, mais n’a pas hésité à sauter dans le vide devant l’opportunité d’acheter ce terrain de 55 acres. La première année fut consacrée à la recherche et à la remise sur pied des vignes. Il est aujourd’hui possible de se procurer plus d’une quinzaine de produits et de visiter le vignoble dans les deux langues officielles.

Vankleek Hill compte d’autres produits et marchands locaux et son marché champêtre est ouvert tous les samedis, à longueur d’année.

Les deux langues en même temps

En plus de sa communauté francophone établie et du taux de bilinguisme élevé chez les anglophones, de nombreux Québécois se rendent à Vankleek Hill pour profiter des commerces, puisque la limite entre les deux provinces se situe à moins de 15 km du village.

Teresa Lambert était courtière immobilière à Montréal avant d’acheter le vignoble de Vankleek Hill. Dans un épisode du balado Breaktime, présenté par le Centre de services à l’emploi de Prescott et Russell (CSEPR), elle affirme : « C’est une communauté assez bilingue. Honnêtement, je trouve que je parle plus le français aujourd’hui que quand je vivais au Québec. Il y a des gens qui ne me croient pas, mais c’est exactement ça. »

Louise Sproule observe la vue depuis le haut de la tour Higginson, qu’elle a contribué à restaurer. Crédit image : Rachel Crustin

Au micro d’ONFR+, Louise Sproule ajoute que « les visiteurs francophones qui viennent ici pensent que c’est anglophone, et les anglophones qui viennent pensent que c’est francophone. Pour moi, le bon côté de ça, c’est qu’on est bilingue, ici. C’est un vrai mélange. On travaille ensemble. Les choses sont bilingues. C’est juste comme ça, ici. »

Pour aller plus loin
Des fouilles archéologiques ont été effectuées sur le site de la tour Higginson avant sa restauration. Certains artefacts sont exposés dans l’observatoire, entourés de fiches explicatives. On y découvre que les archéologues « croient que les constructeurs de la tour étaient des maçons en pierres français, puisque toutes les mesures sont métriques » et que la structure relève d’un style typiquement français, peu commun au Canada.

À gauche, la vue du haut des escaliers de la tour Higginson. À droite, des cartes postales de Vankleek Hill présentées à l’entrée de la tour. Crédit images : Rachel Crustin

Activités communautaires et culturelles
En juin, l’événement de ventes de garage Trésors et pacotilles rassemble non seulement les résidents, mais attire aussi les visiteurs. En juillet, de nombreux musiciens se donnent en spectacle sur les balcons et devant les maisons lors du porchfest, ou balconfête. La foire agricole, en août, est un vrai classique. Et à une époque prépandémique, l’Oktoberfest de la brasserie Beau’s rassemblait jusqu’à 20 000 personnes. En juin 2023, l’organisation a annoncé qu’il n’était plus possible d’offrir une telle expérience, suite aux difficultés financières engendrées par les tornades de 2018 et la pandémie. L’Oktoberfest reste tout de même gravé dans la mémoire des gens et a contribué à faire rayonner Vankleek Hill.

Victor Courte en spectacle au Porchfest de Vankleek Hill samedi dernier, le 15 juillet 2023. Crédit image : Reid Masson

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Un village entièrement francophone dans la Région du Grand Toronto

TORONTO – La Communauté du Trille blanc (CTB), du symbole floral éponyme de l’Ontario, c’est la vision d’un village francophone multigénérationnel pour les aînés. Dans la région de York, au nord de Toronto, un quartier entier sortira de terre, accueillant jusqu’à 500 résidents de 55 ans et plus, répondant aux besoins des séniors en français à toutes les étapes de leur vie. Le projet, qui a le feu vert des gouvernements provincial et fédéral ainsi que l’appui de nombreux partenaires, pourrait voir le jour en 2025.

Carole Drouin, la vice-présidente du conseil exécutif et présidente du comité permanent sur la gouvernance de la Communauté du Trille blanc (CTB), raconte que dès 2019 a germé l’idée d’offrir aux personnes de 55 ans et plus un carrefour multigénérationnel de services en français. Un village francophone évolutif qui s’adapte aux besoins des différentes étapes de vie, tout en prenant en compte la dimension identitaire et socioculturelle.

Derrière ce projet, « un groupe de visionnaires », l’actuel conseil d’administration présidé par Jean Bouchard, composé de 12 membres impliqués dans la communauté franco-ontarienne avec des expertises dans l’éducation, la santé ou encore le droit, travaillant en collaboration avec un comité aviseur expert dans des domaines politiques, la planification urbaine, le développement immobilier et la finance.

Des membres du conseil d’administration avec en haut, de gauche à droite : Sylvain Rouleau, Carole Drouin, vice-présidente, Betty Durocher, Anne Sirois-Niesing, soutien au secrétariat, Rémi Nolet. En bas, de gauche à droite : Daniel Niesing, trésorier, Jean Bouchard, président, Carole Mirkopoulos, secrétaire et Michel Sorensen, vice-président sortant. Source : CTB

« Une étude de marché a été réalisée au préalable pour définir l’intérêt de la communauté francophone et ses besoins », explique Mme Drouin, décrivant les différentes phases de construction du projet comme un continuum de services et d’habitations : des condos et maisons de ville pour les gens autonomes, des logements à prix abordables, des résidences avec services à domicile, ainsi que des foyers de soins de longue durée avec des médecins, des infirmiers ou encore des ergothérapeutes au plus près.

« Les francophones ont été négligés dans la région du Grand Toronto où une population de 127 000 francophones compte seulement 37 lits pour soins de longue durée qui leur sont dédiés », déclare le président de la CTB, Jean Bouchard.

« Il y a un réel besoin de services en français pour les personnes âgées dans la région de York », affirme également Michel Tremblay, le directeur général de La Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), l’un des organismes partenaires du projet.

D’ajouter que le village, qui sera ouvert aux francophones et francophiles, permettra aux aînés de ne pas avoir à être délogés et se sentir déracinés, lorsque des soins particuliers deviennent nécessaires, tout en assurant une qualité de vie à tout âge.

Un modèle francophone unique en Ontario

Modèle inédit pour l’Ontario francophone, le projet comporte un aspect village regroupant de nombreux services et commodités en français. Outre l’aspect habitation, le plan conceptuel fait notamment état d’une place publique avec commerces tels qu’un café et qu’une boulangerie, d’une bibliothèque, d’une garderie, d’espaces locatifs pour les entreprises ou encore de bureaux pour les associations.  

La vice-présidente Carole Drouin évoque le concept de « communauté bienveillante » pour dénoter un esprit communautaire d’entraide intergénérationnelle : « On veut offrir au réseau de la francophonie de la région de York un endroit pour prospérer en français avec tout ce qui façonne un quartier vibrant », poursuit-elle.

La maquette de l’ensemble immobilier dont le site n’est pas encore connu. Crédit image : Rapport annuel de la CTB

« Ce ne sera pas un ghetto fermé », pondère toutefois Michel Tremblay. « Il s’agit d’un village ouvert qui va attirer des développeurs, des familles, créer des emplois et des revenus. »

Pour celui-ci, le quartier, qui sera à proximité d’écoles élémentaires et secondaires, sera un carrefour culturel, communautaire et multigénérationnel vibrant.

Le conseil d’administration, qui étudie toujours actuellement l’impact économique du projet, laissera une place importante aux partenariats avec les institutions de formation au niveau collégial et universitaire dans le domaine de la santé, le site pouvant devenir un lieu de pratique pour les étudiants, notamment dans les domaines de soins à la personne.

Michel Tremblay, directeur général de La Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), un des organismes partenaires du projet. 

Financement et feux verts des gouvernements

Au niveau provincial, le projet a suscité l’intérêt et gagné l’appui de multiples ministères, notamment ceux des Personnes âgées, des Soins de longue durée, de la Santé et des Affaires francophones.

Selon Mme Drouin, le village apparaitrait comme une solution en termes d’offre active de services en français au gouvernement qui a des quotas à honorer. De même, le projet bénéficie de l’enthousiasme de tous les maires de la région de York, qui ont témoigné leur envie d’accueillir le site.

« Nous sommes vraiment très heureux au sein de notre ministère des Affaires francophones que ce nouvel organisme veuille bâtir un village francophone. Le projet en est encore aux étapes préliminaires, mais tout va dans la bonne direction », déclare l’adjointe parlementaire aux Affaires francophones et députée de Mississauga-Centre, Natalia Kusendova.

Jean Bouchard, président de la CTB avec, à gauche, Natalia Kusendova, adjointe parlementaire aux Affaires francophones et députée de Mississauga-Centre, et avec, à droite, Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones et députée de York-Simcoe. Source : Rapport annuel de la CTB

La CTB bénéficie de plusieurs dons philanthropiques, dont un prêt sans intérêt de 10 millions de dollars pour l’achat d’un terrain, qui atteindrait les 25 millions de dollars pour une superficie de 10 à 12 acres, soit 4 à 5 hectares. Le coût total du projet comptant toutes les phases de développement est ainsi évalué entre 250 et 290 millions de dollars.

Si le montant de participation du provincial et du fédéral n’est pas encore finalisé, les premiers financements devraient être livrés une fois le terrain acheté, pour la première phase de construction, soit l’établissement de soins de longue durée d’une capacité de 160 personnes.

La signature de l’achat d’un terrain pourrait être annoncée lors du gala de levée de fonds de la Communauté du Trille blanc à Aurora le 29 septembre prochain.

France-Belgique, d’une fête nationale à l’autre

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

La programmation de cette semaine souligne l’importance de la communauté et de la connexion humaine. Des fêtes pour célébrer la France et la Belgique aux expositions artistiques, les activités de cette semaine nous rappellent que l’art de vivre c’est de profiter de chaque instant et vivre pleinement.

Arts

Une expo qui décortique les différentes facettes coloniales

La galerie torontoise The Next Contemporary lance son exposition Still Present Yet Absent dont les œuvres de Raoul Olou, Laurena Finéus et Sharon Norwood sont au premier plan.

Inspiré par les impacts continus de l’immigration coloniale et de l’esclavage, chaque artiste présentera des pièces qui reflètent ces notions à travers son processus artistiques. Bien que différents dans leur approche et leur style, ces trois artistes visuels se réunissent dans le but de décortiquer et interpréter les diverses facettes de l’histoire coloniale qui ont contribué au façonnement des croyances, valeurs et normes sociétales.

L’exposition Still Present Yet Absent du 15 juillet au 9 septembre à la galerie The Next Contemporary. Entrée gratuite.

Communauté

Touche tropicale pour célébrer la Fête nationale française

Un événement spécial aura lieu cette fin de semaine pour célébrer la Fête nationale française. La Fédération tricolore Toronto organise Bastille Day depuis plusieurs années et propose encore une fois un jour mémorable pour les francophones et les francophiles attachés au patrimoine français. Musique, jeux, spectacles et nourriture sont proposés du matin au soir avec une touche tropicale mettant de l’avant les cultures des îles françaises comme la Polynésie, la Guadeloupe, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie et bien plus.

Crédit image : Kate Green/Getty Images.

L’événement Bastille Day le samedi 15 juillet de 11h à 19h au quartier de la distillerie à Toronto. Entrée gratuite.

Bières et DJ : Toronto célèbre la Fête nationale Belge

Gaufres, bière, bouffe et musique, voilà ce qu’il faut pour célébrer la Fête de la Belgique. Organisé par le tout nouveau club social TO.BE, l’organisme communautaire fait l’effort de rassembler les Belges nouvellement arrivés à Toronto dans le but de faciliter leur intégration au Canada. Une occasion parfaite pour unir la communauté, mais aussi d’en attirer d’autres.

Générique de Getty Images

Fête nationale belge le 21 juillet au Brickworks Ciderhouse à 18h. Achetez vos billets ici pour réserver votre place.

Apéro Franco aux couleurs de la fierté et de l’inclusion

Le Centre francophone de Hamilton organise une soirée pour les francophones et les alliés de la communauté LGBTQ+. Bien que le Mois de la Fierté soit passé, le travail pour bâtir l’inclusion et de la diversité se poursuit bien entouré en compagnie d’un bon cocktail.  

Apéro Franco le vendredi 14 juillet à 18h30 au West Town Bar & Grill à Hamilton.

75 ans de partage dans une épicerie franco-ontarienne à Alexandria 

[VIRÉES D’ÉTÉ]

ALEXANDRIA – Après avoir arpenté les rues d’Alexandria et exploré ses nombreuses églises, nous empruntons la rue Bishop. En français : la rue de l’Évêque. Nichée entre deux maisons, l’épicerie locale B&B Food Market apparait. Typique des dépanneurs québécois, le modeste commerce semble pourtant à sa place ici, dans ce petit coin d’Ontario. C’est la famille Brunet qui tient ce marché local. Depuis 75 ans, plusieurs générations d’habitants l’ont fréquenté et y ont même travaillé. 

Le B&B, c’est bien plus qu’une épicerie, c’est une grande famille. « On se connait tous ici. Parfois, je vais devant le magasin juste pour jaser avec les clients », raconte Carole Brunet. « En fait, ce sont plus que des clients, voyez-vous, ce sont des voisins et des amis. »

Carole Brunet et son mari Denis sont les propriétaires de l’épicerie. Si pour Mme Brunet, le B&B est un point d’ancrage pour les habitants, un lieu de passage obligatoire, c’est aussi un point de repère dans une société qui ne cesse de changer. 

« On est toujours là, dans les bons moments comme dans les mauvais », dit-elle. « Si quelqu’un entre dans l’épicerie et qu’il ne va pas bien, on le sait, on le voit. Alors, on s’en occupe. »

Derrière le comptoir du magasin général, les caissières et les clients discutent chaleureusement. L’esprit de village, c’est aussi cette proximité entre les gens. Crédit image : Lila Mouch

La famille Brunet a été témoin d’histoires de vie tout aussi touchantes qu’émouvantes au travers des années. Carole Brunet nous raconte qu’ils ont vu des centaines de familles s’agrandir, des enfants devenir de grands adultes et des grands-parents dire adieu sans peine. 

« Même nos employés font partie de la famille », ajoute-t-elle. Dans l’arrière-boutique, sur les murs, des tas de photos sont accrochés. Quand on demande qui sont ces gens, Mme Brunet répond tout naturellement : « Ici, ce sont des enfants de nos clients, puis là nos anciens employés. »

On retrouve là encore des portraits de ceux qui font partie de cette grande famille, derrière le comptoir, à l’entrée. 

Une employée remplit les rayons pendant notre visite. L’épicerie est sans cesse fréquentée par les clients. Crédit image : Lila Mouch

D’ailleurs, autour du comptoir et dans les rayons, les employés s’occupent dans un joyeux vacarme. À chaque nouvelle personne qui ouvre la porte, une cloche retentit. Si on y prête attention, on se rend compte de l’achalandage progressif. 

À la caisse, les employés interpellent les clients par leur prénom, un « salut » par-ci et « à bientôt » par là. 

« On connait le nom de tout le monde », affirme chaleureusement la patronne. « On leur souhaite même leur anniversaire. »

D’ailleurs, c’est bien ce qu’il s’est passé, alors que nous étions dans l’arrière-boutique à feuilleter les albums photos. Les deux caissières en avant, l’employée dans les rayons, les deux bouchers et enfin nous-mêmes étions soudainement en train de chanter « bonne fête » à Wally, ce client venu faire ses emplettes. 

Carole Brunet en compagnie de Wally, un client accueilli par une chanson d’anniversaire au moment de pénétrer dans la boutique. Crédit image : Lila Mouch

C’est ainsi que l’histoire de la famille Brunet et de leur magasin général prend tout son sens. 

« Souvent quand les familles se promènent, les enfants vont ramasser les pissenlits ou une petite fleur et m’en amènent. Ils rentrent et me cherchent. Là, je sors, puis je m’agenouille, parce que je me garde à hauteur des enfants. C’est toujours une surprise, c’est inexplicable », savoure-t-elle. 

Cette relation avec la population d’Alexandria est importante pour la famille Brunet qui apprécie l’esprit d’entraide qui règne dans le petit village. Pour rendre la pareille, elle fait des dons à la banque alimentaire St-Vincent de Paul. 

Les étagères de l’épicerie sont d’origine, elles supportent encore les kilos de pâtes et de sauces rangées minutieusement. Crédit image : Lila Mouch

« À la fin de la journée, on rentre chez nous et on est heureux de partager de belles choses avec nos clients et nos employés. »

En entrant dans cette épicerie, les odeurs rassurantes des gâteaux à l’érable nous invitent à sillonner les étalages. Les étagères d’origines tiennent encore et, sur les murs, de vieilles enseignes nous rappellent que la boutique n’a pas toujours été ainsi. 

Une lignée franco-ontarienne

Si on nous accueille en français, c’est parce que le famille Brunet est issue d’une lignée franco-ontarienne. À l’origine du B&B, sorti de terre en 1948, on retrouve le grand-père Brunet et l’oncle Boisvenue, d’où l’acronyme B&B. Le père de Denis Brunet, Maurice, en a fait l’acquisition en 1968.

Denis Brunet a grandi dans cette épicerie. D’ailleurs sa maison d’enfance dans laquelle il vit aujourd’hui jouxte le magasin. Alors comme une évidence, en 1995, il a repris le flambeau. M. Brunet a même gardé le billet de 5 dollars de sa première vente, du jour où il est devenu propriétaire. 

La passation. En 1995, Denis Brunet (à droite) a reçu les clés du B&B des mains de son père, Maurice, (à gauche). Une petite cérémonie pour lui sauter « bonne chance » comme il l’avait écrit sur le gâteau au centre de l’image. Crédit image : Lila Mouch

Au travers des albums photos, on constate que le B&B a fait peau neuve à plusieurs reprises, mais certaines choses n’ont pas changé. En 1958, la boutique fit une première mise en beauté, puis en 1973 la famille Brunet y a ajouté un étage, suivi d’une opération séduction en 1976 et en 2004 avec plusieurs ravalements de façade, changements de tapisserie et réorganisation de l’espace.

Pour autant, plusieurs vieilles enseignes de boissons, elles, n’ont pas bougé. Tout comme le français, qui lui aussi est toujours parlé dans le magasin général.

L’épicerie a bien changé depuis sa première ouverture en 1948. Crédit image : Lila Mouch

Denis et Carole Brunet sont conscients que la langue se perd dans la région mais, dans leur épicerie, vient une majorité de francophones : « On est bilingue, donc on parle les deux langues », explique Mme Brunet. 

Denis Brunet se rend compte que les clients sont ravis quand on parle dans leur langue. « Quand des gens du Québec traversent Alexandria, ils pensent parfois que, passé la frontière, il n’y a plus de français, alors ils sont contents quand on leur répond dans cette langue. »

Denis Brunet est devenu propriétaire du B&B en 1995 à l’âge de 25 ans, mais il y travaillait depuis ses 14 ans. Crédit image : Lila Mouch

Aussi longtemps qu’ils le pourront 

Comme toute entreprise, le moment de raccrocher le tablier se pose à un certain moment mais les Brunet le clame haut et fort : « On n’y est pas encore! » La relève sera assurée, il n’y a pas de doute, mais sera-t-elle toujours dans la famille? « L’avenir nous le dira », répond le couple. 

Denis Brunet se souvient encore des conseils de ses ancêtres. « Mon grand-père et mon père se sont retirés autour de leurs 55 ans. Aujourd’hui, j’en ai 53, mais je ne suis pas près de m’arrêter », admet-il. 

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Basket-ball : les Raptors prêts à se séparer de leur vedette francophone? 

TORONTO – L’histoire d’amour longue de sept saisons entre les Raptors de Toronto et Pascal Siakam pourrait prendre fin à l’orée de la saison 2023-2024. 

Pascal Siakam et les Raptors de Toronto, c’est ce genre d’histoire digne des contes de fées qu’on aimerait ne jamais voir se terminer. C’est l’histoire d’un jeune Camerounais ayant débuté le basket sur le tard (16 ans) qui va connaître une ascension fulgurante entre son repêchage en 2016 par les Raptors jusqu’à un titre de champion NBA en 2019 et une sélection dans le deuxième cinq des meilleurs joueurs de la NBA en 2020 puis le troisième en 2022. 

Malheureusement, contrairement aux contes de fées, dans la vie réelle toutes les histoires ne se terminent pas bien. Selon nos informations qui corroborent avec ce que rapporte Michael Grange de la chaine Sportsnet depuis plusieurs jours, les Raptors seraient très actifs dans la recherche d’un partenaire pour échanger l’ailier de 29 ans.

La belle histoire fait face à des réalités sportives et économiques qui poussent les dirigeants à chercher à se séparer de leur meilleur joueur. 

Le départ de Pascal Siakam semble inévitable mais la situation demeure complexe. Crédit image : Chris Young 

D’un point de vue sportif, les Raps terminent une saison décevante avec une sortie prématurée face à Chicago lors du match de barrage d’accession aux séries. Pascal Siakam n’est pas le plus à blâmer, ayant réussi probablement sa meilleure saison en carrière, mais le manque de résultats collectifs a déjà entraîné le limogeage de l’entraîneur en chef champion en 2019 Nick Nurse et le départ du meneur de jeu titulaire Fred VanVleet pour Houston.

Une page semble se tourner sur cette ère de l’équipe championne en 2019 dont Siakam fait figure de dernier représentant majeur – O.G. Anunoby et Chris Boucher n’ayant pas eu un rôle majeur lors des séries éliminatoires. 

Le début de l’ère Scottie Barnes?

Avec un désir avoué du nouvel entraîneur Darko Rajakovic d’élargir le rôle du jeune prometteur Scottie Barnes pour à terme en faire l’option numéro 1 de l’équipe, un départ de Siakam prendrait tout son sens pour lui « laisser les clés » de l’équipe. 

L’idée de conserver Siakam et d’en faire le lieutenant de Barnes pourrait avoir du sens, mais se heurte à la réalité de la NBA moderne. Avec la resignature de Jakob Poeltl, assurément le centre titulaire dans le cinq majeur des Raptors, le trio Siakam-Barnes-Poeltl ne comporte aucun joueur capable de tirer avec régularité à 3-points.

Or, Siakam et Barnes étant des joueurs qui opèrent principalement dans la raquette par des pénétrations ou du jeu au poste, le manque de tireurs à 3-pts (spacing en anglais) autour d’eux réduit leur efficacité. On voit ainsi que même s’ils peuvent jouer ensemble, la complémentarité entre les deux n’est pas évidente, surtout en séries éliminatoires où les défenses se resserrent. 

Scottie Barnes est amené à devenir le nouveau visage de la franchise. Crédit image : Chris Young

Le deuxième obstacle pour conserver Siakam est d’ordre financier. Dans sa dernière année de contrat cette saison, il est d’ores et déjà éligible à une extension de l’ordre de 192,2 millions de dollars sur quatre ans, un salaire maximum.

Comme ils l’ont fait pour VanVleet, parti pour Houston pour un montant faramineux (plus de 40 millions annuel), les Raptors ne voudraient pas surpayer le joueur qui, malgré ses très bonnes performances individuelles, n’a pas réussi à convaincre qu’il avait le niveau suffisant pour être une option numéro 1 viable pour emmener une équipe vers le titre. 

Des freins au transfert

Le départ semble donc inévitable mais la situation demeure complexe. D’abord, Siakam n’aurait pas envie de quitter les Raptors. C’est ce qu’on a appris à travers le journaliste Chris Haynes. Selon lui, Siakam et ses représentants feraient savoir qu’il ne signera avec aucune équipe qui effectuerait un transfert pour lui cette saison. 

Cela rend le mouvement risqué pour les autres franchises NBA qui pourraient échanger des joueurs et des tours de repêchage pour seulement un an de Siakam. Cela s’avère également problématique pour les Raptors qui pourraient obtenir une contrepartie qui ne serait pas à la hauteur du talent de Siakam dans un échange. 

L’objectif des représentants du Camerounais est certainement, au-delà de rester à Toronto, de pousser la franchise canadienne à lui donner son extension max quitte à ensuite être transféré lors de la date limite des transactions au mois de février. 

C’est la solution qui semble « gagnant-gagnant » pour les deux parties. En resignant le joueur, les Raptors augmenteront sa valeur sur le marché des transferts avec des équipes qui auront l’assurance de l’avoir pour quatre saisons et demie.

Dans le même temps, ils se donneront une dernière chance sur la première partie de saison d’essayer une dernière fois de faire fonctionner le duo avec Barnes – avec un nouvel entraîneur réputé pour son ingéniosité offensive, qui sait si la mayonnaise ne prendra pas? – et si cela ne fonctionne pas, ils auront la possibilité de rectifier le tir sur la fin de saison avec des joueurs récupérés dans un échange. 

Trois scénarios possibles

Pour y voir plus clair, voici trois scénarios possibles quant au départ de Siakam : 

Le pire scénario (et le moins probable) : le joueur ne signe pas d’extension, les Raptors ne trouvent pas de contrepartie satisfaisante ni avant le début de la saison, ni lors de la date limite des transactions, Siakam part libre de tout contrat à l’été 2024. 

Le scénario intermédiaire : le joueur est transféré dès cet été dans une équipe qui tente le pari de le convaincre de resigner. Les Raptors obtiennent une contrepartie satisfaisante mais en dessous de ce qu’ils espéraient. L’ère Scottie Barnes est lancée avec des ambitions moindres en année 1. 

Le scénario idéal : les Raptors offrent une extension à Siakam en donnant une dernière chance à son duo avec Scottie Barnes. La première partie de saison donnera son verdict mais les Raptors pourront s’assurer de transférer Siakam à la date limite des transactions avec une contrepartie satisfaisante. 

Ottawa devrait assurer le financement de l’Université de Sudbury, selon le NPD

Le gouvernement Trudeau devrait prendre le relais dans le dossier de l’Université de Sudbury et assurer son financement, estiment les néo-démocrates fédéraux.

« Je demande au gouvernement libéral de s’asseoir à la table avec la province dès maintenant et de conclure une entente qui permettrait de financer adéquatement l’Université de Sudbury afin que nous puissions sauver, raviver et prioriser la langue française dans le Nord », a indiqué la députée d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing Carol Hughes dans un communiqué.

Le gouvernement Ford a annoncé il y a deux semaines qu’il ne financerait pas la demande de l’Université de Sudbury citant que « le projet ne reflète pas la demande actuelle ni les tendances en matière d’inscription ».

« Il est choquant que M. Ford refuse de fournir des fonds. Les communautés francophones méritent mieux. Le gouvernement fédéral doit prendre la relève et se battre pour elles », clame Mme Hughes.

La députée franco-ontarienne Carol Hughes demande au fédéral de financer l’Université de Sudbury. Crédit image : archives ONFR+

Le bureau de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor n’a pas souhaité commenter. La semaine dernière, elle affirmait vouloir débuter des discussions avec la province dans le but de trouver une solution au dossier. Elle a notamment tenu une rencontre bilatérale avec son homologue ontarienne Caroline Mulroney « partageant les inquiétudes du fédéral par rapport à la décision ».

« Le fédéral sera toujours à la table des discussions, mais, encore une fois, on ne peut pas agir tout seul. On est prêt, mais on a besoin qu’il (l’Ontario) vienne à la table », insistait la ministre du gouvernement Trudeau en entrevue.

Un dossier qui remonte à la dernière campagne électorale

Ce n’est pas la première fois que le dossier, pourtant de nature provinciale, remonte jusqu’au gouvernement fédéral.

Lors de la campagne électorale de 2021, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh s’était opposé au transfert des programmes francophones de l’Université Laurentienne vers l’Université de Sudbury, une demande de l’époque de membres de la communauté franco-sudburoise et de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Le parti fédéral expliquait que « nous ne renoncerions pas à la vision de l’Université Laurentienne en tant qu’institution bilingue et triculturelle ».

Le gouvernement fédéral s’était alors porté en faveur du projet par et pour les francophones de l’Université de Sudbury. En déplacement à l’institution lors d’un événement électoral, Justin Trudeau et les libéraux avaient promis de doubler l’enveloppe monétaire destinée aux établissements postsecondaires en milieu minoritaire, un engagement pas encore respecté à ce jour.

« Le NPD fait pression depuis des années pour assurer la création d’une université francophone à Sudbury. Non seulement cette université est essentielle pour les Franco-Ontariens, mais elle aura également des répercussions économiques positives dans le Nord de l’Ontario et au-delà », estime Carol Hughes

Le 19e Festival du loup aura lieu samedi

LAFONTAINE – La 19e édition du Festival du loup aura lieu ce samedi 15 juillet à Lafontaine. L’événement organisé par l’organisme la Meute culturelle est une occasion pour les francophones du canton de Tiny de se rassembler et de célébrer la vitalité de la communauté.

En entrevue avec ONFR+, la coordonnatrice du Festival du loup, Denise Petitpas, parle de l’importance de l’événement pour les francophones et francophiles de la région. « C’est pour faire la fête et célébrer ensemble. C’est très rassembleur. Et c’est ça, le symbolisme du loup », rappelle-t-elle, évoquant la légende romancée par le prêtre Thomas Marchildon en 1955, sur laquelle est basée toute la thématique du festival.

« On aurait pu oublier cette légende. Mais ils [la Meute] ont créé ça, année après année. C’est tellement motivant et passionnant de créer ce festival rassembleur, partager la langue et la culture avec des gens qui aiment la francophonie. Et de montrer qu’il y a encore des gens qui parlent français à Lafontaine, c’est tellement une fierté. »

Arrivée à Lafontaine il y a cinq ans, Denise Petitpas est la nouvelle coordonnatrice du Festival du loup. Gracieuseté la Meute culturelle de Lafontaine.

Une fierté qui fait même l’objet d’une recherche en ethnologie et patrimoine. Parmi les festivaliers cette année, on retrouvera Liz Pamela Fajardo, étudiante de l’Université Laval, qui rédige sa thèse de maîtrise sous le thème « Le Festival du loup à Lafontaine – un modèle d’expression et de reproduction de l’identité collective franco-ontarienne ».

Dans un échange de courriels avec ONFR+, la chercheuse explique que le projet « vise à identifier le rôle social et ethnologique du festival dans une communauté en contexte minoritaire confrontée à des enjeux tels que l’inclusion. Cette recherche a pour objectif d’analyser le concept de « traditions inventées », de démontrer comment cette tradition a été fabriquée et comment la communauté continue à la fabriquer. »

Le retour des classiques

Le Festival du loup débutera avec la traditionnelle parade de tracteurs, depuis la ferme Monpiero jusqu’au parc Lafontaine, où se dérouleront les autres activités. Sur place, il y aura des artisans et musiciens locaux, dont Michel Paiement et Bayou Simcoe, qui réunit les musiciens Shawn Pitre et Nicole Lefaive. Cette dernière est aussi membre de la formation Ariko, originaire de Lafontaine.

Le parc Lafontaine accueillera également une exposition de bateaux historiques de la Ligue du patrimoine de la baie Georgienne, des spectacles et jeux pour enfants, les classiques concours de hurlement ainsi que des prestations du conteur André Lemelin. Ce dernier offrira d’ailleurs une soirée de contes familiale gratuite la veille, à la résidence le Villageois de Lafontaine.

LGS est la formation la plus connue à se produire au Festival du loup 2023. Gracieuseté La Meute culturelle de Lafontaine.

La formation franco-ontarienne LGS montera sur scène dès 18 h. La communauté se prépare à leur arrivée depuis un bon moment déjà. Une chorégraphie a été enseignée dans les écoles du secteur Simcoe Nord dans le but de danser tous ensemble lors d’un flash mob francophone sur la chanson La goutte. Les familles peuvent continuer à pratiquer puisqu’une vidéo explicative se trouve sur le site web du Festival du loup.

Cette année, 65 loups peints ont été mis en vente à l’encan. Gracieuseté la Meute culturelle de Lafontaine.

Le duo Folklofolie fera danser les festivaliers en soirée, juste avant le dévoilement des résultats de l’encan des loups peints, une autre tradition du Festival du loup. Des artistes locaux ont créé des œuvres en peignant des silhouettes de loup. Il est possible de miser sur ces pièces uniques en visitant le site web du festival d’ici la fin de la journée de samedi. Les profits serviront à l’organisation de l’édition 2024, où l’on ne manquera pas de souligner le vingtième anniversaire de l’événement.

Une compétition originale

Une nouvelle activité aura lieu cette année. La Grande guerre des pommes de terre est une compétition familiale du type « une minute pour gagner ». Des défis ludiques seront lancés, comme le tir de la pomme de terre, l’épluchage le plus rapide ou la création de dessins avec une pomme de terre trempée dans la peinture. Le thème est un clin d’œil aux agriculteurs de la région, nombreux à cultiver ce tubercule.

La communauté métisse de la région sera à l’honneur de 16h à 18h. Le poissonnier Bernie LePage fournira le souper de poisson frit alors que le musicien Basile Lafrenière animera son classique party de cuisine avec son groupe, M. Musique et la cheminée rouge.

Un festival plus vert

Les organisateurs du Festival du loup ont déployé de nouveaux efforts pour rendre l’événement plus écoresponsable. Grâce à l’aide d’un commanditaire écolo et du canton de Tiny, ils se sont procuré des ustensiles en bambou, compostables, et des verres réutilisables pour le service de bar. Il y aura également des stations de remplissage de bouteilles d’eau.

 « C’est ce qui se passe autour de nous qui l’impose. Il faut que chaque personne fasse sa part. Un festival, ça crée beaucoup de déchets, pour une journée », reconnaît Denise Petitpas.

Une tradition en transition

Avant la pandémie, le Festival du loup, qui se tenait habituellement sur trois jours, rassemblait environ un millier de personnes par soir au parc Lafontaine. Après une édition annulée en 2020 et une édition virtuelle en 2021, ce sont près de 2000 festivaliers galvanisés qui ont répondu présents en 2022, alors que l’événement était offert dans une formule d’un jour seulement.

Cette année, l’ajout d’une billetterie en ligne permet de constater un engouement pour la vente de billets, mais il est difficile de prévoir combien de personnes seront présentes le 15 juillet.

En 2018, Damien Robitaille était de retour sur la scène du Festival du loup, dans la communauté de Lafontaine qui l’a vu grandir. Gracieuseté La meute culturelle de Lafontaine.

Le comité organisateur s’est aussi renouvelé avec le départ du président du festival, Martin Lalonde, et l’arrivée de nouveaux membres, dont quelques mères de famille qui s’impliquent avec leurs enfants, ce qui bonifie l’expérience de « projet communautaire, » selon Denise Petitpas.

La coordonnatrice, qui a emménagé à Lafontaine il y a cinq ans, est restée sous le charme de cette communauté ontarienne où elle peut vivre en français.

« Les gens d’ici te diraient que beaucoup a été perdu. Parce qu’il y a 50 ans, c’était purement francophone. Donc, ça a changé, je comprends, comme tout village en contexte minoritaire. Mais moi, d’avoir des familles avec qui on se rassemble et qu’on parle tous français, et que nos enfants jouent en français, je trouve ça assez spécial qu’on ait encore ça maintenant. »

Le Festival du loup accueille de nombreuses activités familiales. Gracieuseté La Meute culturelle de Lafontaine.

Le Festival du loup est non seulement l’occasion de se célébrer en tant que francophone, mais aussi d’affirmer son existence devant la majorité anglophone. Plusieurs francophiles curieux participent à l’événement année après année. Et selon Denise Petitpas, le charme opère.

« C’est facile de tomber en amour [avec Lafontaine], parce qu’il y a une richesse au niveau de l’histoire et du patrimoine, c’est incroyable. »

Le Festival du loup 2023 se déroulera ce samedi 15 juillet à Lafontaine. Les billets sont en vente sur le site du Festival du loup.

Cyclisme : objectif déjà atteint pour Woods sur le Tour de France

CLERMONT-FERRAND (France) – Alors que la fin de sa première semaine sur la grande boucle semblait se compliquer pour lui, le francophone d’Ottawa est allé chercher la victoire d’étape tant convoitée dimanche dans le Tour de France, au sommet du Puy de Dôme. Retour sur ses neuf premiers jours qui ont mené à ce succès. 

À 36 ans, Michael Woods fait partie des concurrents expérimentés sur le Tour de France. Même s’il ne s’agit que de sa quatrième participation sur la Grande Boucle, le natif d’Ottawa avait placé la barre assez haute avant la compétition, l’objectif étant d’aller chercher une victoire d’étape que seuls Hugo Houle en 2022 et Steve Bauer en 1988 avaient décrochée parmi les cyclistes canadiens. 

C’est finalement au moment où on l’attendait le moins, à la veille de la journée de repos et sur une arrivée mythique que le chef de fil de la formation Israel-Premier Tech a décroché le Graal de sa carrière. Ce dimanche 9 juillet restera gravé dans toutes les mémoires avec un Michael Woods victorieux au sommet du Puy de Dôme lors de la neuvième étape. 

Une victoire qui n’arrive pas par hasard 

Au-delà de ce succès et du prestige de l’étape, c’est la manière et le contexte dans lequel Woods s’est imposé qui marquent les esprits. Un retour sur les étapes précédentes est nécessaire pour comprendre ce qui a mené à cette victoire. 

Avant la compétition, Michael Woods avait confié que remporter une étape faisait figure de priorité, mais qu’il ferait de son mieux pour tirer également son épingle du jeu au classement général. C’est exactement ce qu’il a été en mesure de faire lors des cinq premières étapes. Toujours bien placé, jamais distancé, il a réussi à se maintenir dans les dix premiers jusqu’aux Pyrénées. 

L’étape 5 ralliant Pau à Laruns, la première offrant des difficultés significatives en montagne, l’a vu s’accrocher malgré une perte de temps de 2 minutes 15 au général et une petite descente à la onzième place. Gardant en tête que les échappées et les victoires dans les étapes de montagnes peuvent faire gagner énormément de temps, Woods restait donc en embuscade à l’entrée de la sixième étape. 

Chute au général 

Comme précisé précédemment, ces parcours très intenses dans les montagnes peuvent permettre de gagner énormément de temps pour les vainqueurs. À l’inverse, ils provoquent des écarts énormes pour ceux qui ne parviennent pas à suivre la cadence des échappées. C’est ce qui s’est produit pour l’Ottavien lors de ce sixième jour, où il fallait rallier Cauteret-Cambasque au départ de Tarbes. Une épreuve longue de 144,9 kilomètres qui a vu le Canadien en souffrance perdre un peu plus de 23 minutes sur le groupe de tête et le vainqueur Tadej Pogačar. 

Résultats des courses : Woods a chuté à la 33e place du général avec un retard de plus de 24 minutes sur le premier Jonas Vingegaard, mais aussi près de 20 minutes sur le top 10 du classement. À la sortie des Pyrénées, les deux étapes suivantes n’ont pas fait bouger le classement général avec des arrivées massives. À la veille de la première journée de repos, dimanche 9 juillet, le Franco-Ottavien était donc sorti des radars des favoris de la course, n’étant plus une menace réelle au classement général. 

Un mal pour un bien, c’est précisément cette situation qui lui a permis de faire partie de l’échappée lors de cette neuvième étape entre Saint-Léonard de Noblat et le Puy de Dôme et de se donner une chance de l’emporter. 

Victoire avec la manière 

Une chance certes, mais à l’entrée de la dernière difficulté du jour pour rallier le sommet du Puy de Dôme, il comptait 2 minutes de retard sur celui qui apparaissait comme le vainqueur probable du jour, Matteo Jorgenson. Mais ce duel entre l’Américain et le Canadien a finalement tourné à l’avantage du voisin du nord. Woods a fait son retard et a déposé son concurrent dans les derniers 600 mètres s’offrant une victoire fantastique en solitaire sur une arrivée mythique.

« Ça n’a pas été facile… Comment je me sens? Sur le toît du monde », a-t-il réagi dans une vidéo postée par l’organisation. 

Après une journée de repos bien méritée ce lundi du côté de Clermont-Ferrand, le retour à la compétition se fera au départ de Vulcania en direction d’Issoire. Un parcours long de 167,2 kilomètres de type « accidenté » que Michael Woods pourra aborder avec l’esprit libéré de son objectif majeur déjà atteint. Côté classement général, il est désormais 22e à 19 minutes du maillot jaune Jonas Vingeegaard.

Cap sur Alexandria, village aux sept clochers

[VIRÉES D’ÉTÉ]

ALEXANDRIA – Avec ses 2 906 habitants dont 1250 ayant le français comme langue maternelle, ce petit village à l’Est de l’Ontario est en grande partie francophone. On retrouve ici des descendants d’Irlandais, d’Écossais et de Français. Nous sommes dans la région de Glengarry, plus précisément la municipalité de Glengarry Nord, là où les Highlanders et les Frenchies ont réussi à vivre ensemble. 

Pour découvrir Alexandria, il faut comprendre à quel point les cultures écossaises et franco-canadiennes sont présentes dans ce petit hameau, et c’est l’histoire qui nous le dira. 

Plusieurs récits de villageois racontent la genèse d’Alexandria, fondé en 1819 par un évêque anglophone, le père Alexander Macdonell. D’abord connu sous le nom de Priest’s Mills, le village comptait déjà 200 familles francophones en 1902. 

En 1999, après la fusion des municipalités sous le gouvernement conservateur Harris, Alexandria a intégré la nouvelle municipalité de Glengarry Nord comptant aujourd’hui 10 109 habitants. 

Une gare Via Rail construite pendant la Première Guerre mondiale 

Si Alexandria se situe à mi-chemin entre Montréal et Ottawa, le village est aussi bien desservi par la gare d’Alexandria, un patrimoine culturel canadien. Construite durant la Première Guerre mondiale entre 1916 et 1917, la gare représente la fin d’une époque de croissance et de prospérité des compagnies ferroviaires canadiennes. Sa conception simple illustre l’austérité de la période.

La gare d’Alexandria. Crédit image : Canadian Register of Historical Places via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Une vitalité francophone à découvrir 

L’agriculture, l’industrie du textile et du buggy – un véhicule léger d’antan – assureront le développement de ce vieux village. Aujourd’hui, quelques entreprises et artisans francophones sont toujours à l’œuvre dans la municipalité. Parmi elles, Moulure Alexandria qui fêtera bientôt ses 80 ans. En 1943, ce n’était qu’une quincaillerie fondée par Rolland Cholette. Aujourd’hui, cette entreprise est un important fabricant et distributeur de moulures en bois en Amérique du Nord. Avec plusieurs entreprises au Canada et aux États-Unis, la société franco-ontarienne compte près de 1000 employés sur le continent. 

Murale artistique pour les 200 ans d’Alexandria, située au 90 rue Principale sud. Crédit image : Lila Mouch

Dans la municipalité de Glengarry Nord, nombreux sont les artistes francophones, comme peut en témoigner une murale célébrant les 200 ans du village d’Alexandria, en 2019. Affichée au 90 rue Principale Sud, cette fresque a réuni plusieurs membres du Collectif d’artistes Glengarry. 

Aujourd’hui le Glengarry News est le journal anglophone du village. Mais, fut un temps, il existait un journal francophone : Le Point

Le journal Le Point à Alexandria a vu le jour le 5 août 1980 et s’est arrêté le 25 septembre 1985. Crédit image : Journal Le Point/ Capture d’écran ONFR+

Entre 1980 et 1985, Le Point était un véritable défenseur de la cause francophone. En feuilletant les bulletins de nouvelles, nous pouvions lire des sujets divers et variés sur l’Ontario français, les combats menés et la ferme intention d’avoir des services en français. Le journal a cessé ses opérations le 25 septembre 1985, jour des Franco-Ontariens. Dans sa dernière édition, signe de la vitalité francophone de l’époque, il est écrit : « Notre communauté est non seulement spécifiquement parlant composée de 64 % de francophones, mais elle est aussi le témoin de nombreuses activités francophones tant au plan culturel qu’économique. »

Escapade au cœur de la francophonie

Sur le chemin de la route 34 qui traverse les nombreuses municipalités de Glengarry Nord, la rue principale d’Alexandria est une invitation et ses petites rues ne demandent qu’à être visitées. La ville ne compte pas énormément de commerces. Une grande partie de ces magasins et restaurants sont tenus par des francophones.

Comme l’épicerie B&B Food Market qui est opérée par la famille Brunet depuis plus de 75 ans ou encore la pharmacie Jean Coutu, la Fauxmagerie Zengarry, le dentiste Laplante, le restaurant La Buvette, le restaurant The North Glengarry qui n’est autre que l’ancien moulin à farine (Priest’s Mill) construit en 1819.

La Fauxmagerie Zengarry est située sur la rue principale et offre plusieurs sortes de faux fromages à déguster. Crédit image : Lila Mouch

Tous les francophones d’ici et d’ailleurs pourront se faire servir en français auprès de la Meunerie Alexandria Milling, Tom’s Pantry, le Cozy Corner, même le Home Hardware et la boulangerie Lanthier.

La communauté francophone d’Alexandria possède aussi son centre culturel depuis près de 45 ans. En effet, depuis 1979, le centre culturel Les Trois p’tits points offre des activités socioculturelles en français à la communauté, tels que des spectacles, des ateliers, mais aussi des services de garde parascolaire. 

L’histoire religieuse d’Alexandria et ses clochers

Force est de constater que, lorsque nous sillonnons les rues du village, l’architecture ecclésiastique est omniprésente. D’abord connue sous le nom de Priest’s Mill dans les années 1800, Alexandria a été érigé par le premier évêque catholique romain du Haut-Canada : le père Macdonell qui avait joué un rôle déterminant dans l’arrivée de la dernière vague d’immigration des Highlands d’Écosse. 

L’ancien moulin à farine, le Priest’s Mill, aujourd’hui le restaurant Glangarry North. Crédit image : Lila Mouch

Ceci explique le nombre d’églises : pas moins de sept! D’ailleurs, en 2021, l’Église St-Finnan a été élevée au rang de Basilique par le pape François.

La Basilique Saint-Finnan a été érigée en 1840. Image de gauche (2023). Crédit image : Lila Mouch.
À droite (1920). Source : Collection Félix Barrière – Archives nationales à Montréal

Parmi les églises de la petite commune se trouvent l’Église Sacré-Cœur, la Basilique Saint-Finnan, l’Église Fontaine, l’Église unie du Canada d’Alexandria, l’Église St Catherine De Sienne, l’Église Cedar Valley et l’Église biblique du chemin Marcoux. 

Une ville épiscopale

Il existe plusieurs cas de francisation des paroisses du diocèse d’Alexandria-Cornwall durant le XIXe siècle. Dans le village, en 1833, seulement quelques activités de l’Église Saint-Finnan se déroulaient en français, mais face à une pression de la communauté en 1909, les francophones ont réussi à avoir leur propre paroisse francophone : l’Église du Sacré-Cœur.

Au centre, l’Église du Sacré-Cœur en 1920. Source : Collection Félix Barrière – Archives nationales à Montréal. À droite et à gauche, la même église en 2023. Crédit image : Lila Mouch

Le diocèse d’Alexandria-Cornwall devrait bientôt intégrer officiellement l’archidiocèse d’Ottawa. Bien que la fusion ait été entamée en 2020 par le pape François, ce processus historique n’est pas encore validé d’un point de vue juridique, comme le relate Le Droit dans une rencontre avec la sénatrice Bernadette Clément. L’union du diocèse d’Alexandria-Cornwall avec l’archidiocèse d’Ottawa – maintenant archidiocèse d’Ottawa-Cornwall – visait à offrir une meilleure gestion des ressources de l’Église. 

Pour aller plus loin
L’hôpital Glengarry Memorial à Alexandria connaîtrait un triste record, il est celui ayant fermé son service des urgences le plus souvent en Ontario. D’après le Toronto Star, les urgences ont été fermées près de 38 fois au cours de l’année 2022. De ce fait, les résidents ont été transférés vers l’Hôpital général de Hawkesbury ou l’Hôpital communautaire de Cornwall. La raison : la pénurie de personnel soignant qui sévit en Ontario. Selon City News, l’hôpital Glengarry Memorial « aurait été désigné comme le pire hôpital de la province, concernant ces fermetures. »

Les urgences de l’Hôpital Glengarry Memorial ont été fermées 38 fois en 2022. Crédit image : Lila Mouch

Fondée en 1932 par Georges et Adrienne Lanthier à Alexandria, la boulangerie familiale Lanthier a fêté ses 90 ans en 2022. L’entreprise franco-ontarienne est toujours située au même endroit depuis sa création. Aujourd’hui leader de la brioche et du pain en Amérique du Nord, au départ, l’entreprise livrait du pain frais aux habitants d’Alexandria. La Fournée Dorée, un groupe français, a racheté la boulangerie Lanthier.

La boulangerie Lanthier est située au même endroit depuis sa création en 1932. Crédit image : Lila Mouch

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Cinq questions après le refus du gouvernement de financer l’Université de Sudbury

SUDBURY – Dix jours après l’annonce du refus du gouvernement ontarien de financer l’Université de Sudbury, au-delà de la déception, de nombreuses questions demeurent. Voici des pistes de réponses à cinq questions que vous risquez de vous poser sur la situation à Sudbury.

Pourquoi un tel refus?

La raison invoquée par le ministère des Collèges et Université est que la demande de l’établissement « ne correspond pas à la demande actuelle et aux tendances relatives aux inscriptions, ni à la capacité actuelle des établissements postsecondaires existants à offrir une programmation en langue française dans le Grand Sudbury et aux quatre coins de l’Ontario ».

L’idée selon laquelle la programmation de l’Université Laurentienne, le Collège Boréal et d’autres institutions francophones de la province feraient concurrence à l’Université de Sudbury est aussi une raison mise en avant par le gouvernement.

Pourquoi cette annonce a pris de court les partisans du projet?

En plus du fait que l’annonce soit tombée un vendredi en toute fin de journée, à la veille du jour du Canada, cette nouvelle a surpris car les acteurs principaux du projet s’attendaient à une réponse, a fortiori positive, pour cet automne.

Dans son communiqué la semaine dernière, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) regrette également que « la direction de l’Université de Sudbury n’a même pas eu le temps d’annoncer la nouvelle à son équipe et à son conseil de gouvernance avant qu’elle ne soit rendue publique par le gouvernement ». La nouvelle a aussi surpris le gouvernement fédéral, un bailleur de fonds dans le projet.

S’agit-il d’une décision finale?

C’est une question qui est sur toutes les lèvres des intervenants dans le dossier. Est-ce que la décision de l’Ontario est ferme et sans équivoque? Déjà, le gouvernement fédéral tente sa chance alors que la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor demande à ses interlocutrices ontariennes Caroline Mulroney et Jill Dunlop, respectivement ministre des Affaires francophones et ministre des Collèges et Universités, de s’assoir avec elle pour trouver une solution.

Le recteur Serge Miville a publié des vidéos au cours des derniers jours pour réitérer son intention de « ne pas lâcher » et a fait savoir qu’il s’était entretenu avec la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et travaillait avec des jeunes pour bonifier davantage le projet de l’université.

Quelles sont les marges de manœuvre de l’Université après ce revers?

Le recteur Miville a indiqué qu’il y aura d’autres discussions avec le Ministère afin de clarifier les doutes autour de la pertinence et du plan de l’établissement. Comme pour le coup d’éclat de l’administration Ford qui avait annulé le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF) en 2018, les acteurs du projet de l’Université de Sudbury espèrent que le gouvernement Ford reviendra sur sa décision.

L’AFO a, de son côté, transmis dans les derniers jours une demande de rencontre urgente avec la ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop, « pour avoir des réponses à ses nombreuses questions » et dit « envisager tous les moyens nécessaires » pour renverser cette décision.

Que va-t-il se passer prochainement?

Pour le moment aucune manifestation en tant que telle n’est prévue, mais le recteur Serge Miville, la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française (CNOUF) et l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) ont tous laissé entendre qu’ils se réuniraient au plus vite afin d’étudier les options pour déterminer les prochaines actions.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) via la députée franco-ontarienne France Gélinas a lancé, en compagnie d’autres élus néo-démocrates, une pétition en ligne afin de recueillir des signatures des partisans du projet de l’Université de Sudbury. Elle compte la présenter au retour en chambre à Queen’s Park à la fin septembre.

Tour de France : l’Ottavien Michael Woods remporte la 9e étape

Le cycliste d’Ottawa Michael Woods a remporté dimanche la neuvième étape du Tour de France, devenant le troisième Canadien à s’imposer dans l’histoire du Tour.

Il s’agissait d’une première étape victorieuse au cours de sa carrière lors du Tour de France et probablement du plus grand triomphe du Canadien de 36 ans. Le coureur de l’équipe Israel-Premier Tech a devancé le Français Pierre Latour et le Slovène Matej Mohoric dans cette étape au sommet du puy de Dôme, dans le Massif central.

C’est la première fois depuis 35 ans que les coureurs effectuaient un retour au mythique volcan d’Auvergne sur le Tour.

« C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire et dont j’ai toujours parlé, mais ce n’est jamais quelque chose que j’ai réalisé et je l’ai finalement fait! », a commenté Michael Woods, dont les propos ont été rapportés par son équipe Israel-Premier Tech.

L’Ontarien a rattrapé un retard de deux minutes sur l’Américain Matteo Jorgenson dans les centaines de derniers mètres du sommet avant de voguer en solo vers la victoire.

Il devient le troisième vainqueur d’étape canadien sur le Tour après le Québécois Hugo Houle l’an dernier et Steve Bauer lors de la première étape en 1988.

« Mon ambition pour cette année, c’est une victoire d’étape. C’est mon plus gros objectif. Je pense que c’est faisable, surtout après avoir terminé troisième et avoir permis une victoire d’étape à Hugo Houle l’année dernière », avait-il confié quelques jours avant le début du Tour de 2023.

Avec cette victoire, le vainqueur de la Route d’Occitanie se retrouve désormais au 22e rang du classement général de la Grande Boucle.

À mes mentors, où que vous soyez : une lettre à ceux qui ont fait de ma plume une épée d’expression

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

[CHRONIQUE]

Née du triomphe de la lutte pour l’éducation secondaire franco en Ontario, l’École secondaire Hanmer allait voir le jour en 1970 dans le Nord de l’Ontario. Ici, au fil des années 1990, je ferais de la scène, j’écrirais pour la première fois, et je rêverais de mon destin. Cette école allait tout me donner : mes amis, mes amours, mes mentors – et ma plume.

C’était un vendredi soir ensoleillé.

L’École secondaire Hanmer fêtait son 50e anniversaire, des retrouvailles de générations de jeunes franco-ontariens en banlieue de Sudbury.

Dans un écho du passé cruel et magnifique, je revenais sur mes pas dans cette école qui m’a tout donné, dans ces couloirs colorés de récits, chaque petit recoin de la scène d’épopées de jeunesse.

Les bennes à ordures où on se réfugiait pour fumer à la cachette. Le gym où Léo me prenait autrefois par la main pour un slow dance. La caf où, seule au dîner lors de mes premiers jours de 9e année, je mangeais mon sandwich dans les toilettes en me désolant de ma solitude.

Et la grande scène, un théâtre niché dans des coulisses de velours noir, les planches – mes planches – où on jouait, où on chantait, où on se confiait nos rêves.

Ici, on m’inspirait à faire de ma plume une épée d’expression.

Le Rebelle

Lui, il était rebelle.

Voisin et papa adoré d’une grande amie d’enfance, Dan St-Jean était un Franco-Américain d’une ferme de patates du Maine aux États-Unis, venu étudier et prendre pays dans le Nord de l’Ontario.
Homme de principes, de littérature, de baseball et de pinottes, ce prof d’English allait nous faire écrire, écrire, écrire. Toujours écrire. Et encore écrire.

Il nourrissait notre esprit revendicateur de courage et de créativité, nous rappelant les exploits des étudiants qui nous avaient précédés, nous permettant de nous plonger dans notre voix et nos songes contestataires.

Car si nous devions être rebelles, nous devions aussi être éclairés – et c’est lui qui allait faire de nous des insoumis réfléchis.

La Rêveuse

Toi, tu étais rêveuse, Monique.

Monique Lamarche, autrefois Dewson – communément appelée Madame Monique, maman adorée des Troubadours, une gang de jeunes inspirées à monter sur les planches pour faire du théâtre.

Tu perdais tes clés, tu oubliais nos noms et tu nous appelais « mes cocos », et tu nous rappelais à l’ordre quand on « cabotinait » dans les coulisses. Avec joie, enthousiasme et affection, tu nous inspirais à la curiosité, à la réflexion, au rêve, nous livrant à un univers de beauté à l’abri de l’orage adolescent.

C’est grâce à toi, tout comme toi, si je suis devenue rêveuse.

C’est toi, Monique, qui allait me soutenir dans ma propre force créatrice, me dotant d’une plume pour m’écrire un théâtre plus grand, plus beau, plus extraordinaire.

« Vous êtes dans le cœur de ma vie », me disait-elle en me serrant dans ses bras le mois dernier.

Et toi, le cœur de nos vies à nous, Monique.

Le Poète

Lui, il était poète.

Clément Dumas cultivait le mystique, arpentant les couloirs, le nez dans un livre, faisant abstraction des jeunes effrontés qui le trouvaient excentrique.

Il allait nous faire parler d’amour et de poésie dans son cours de français. Il m’apprendrait (enfin!) à conjuguer mon participe passé. À prendre ma rage et à en faire une missive de glorieuse colère féministe.

J’apprenais son décès comme jeune universitaire, et, le cœur gonflé d’émotion, je pleurais cet homme que je connaissais à peine.

Car il avait fait de moi une poète.

À mes mentors, où que vous soyez

Forgeuse de mots, de paroles et de missives enflammés, je dois tout à ces rebelles, rêveurs et poètes, car ce sont eux qui allaient me permettre de prendre parole.

C’est grâce à Dan St-Jean que j’ai découvert ma muse, ma grand-mère Isabelle. Grâce à Clément Dumas si j’ai appris à prendre parole dans des textes d’opinion. Et si je rêve encore d’écrire mon théâtre, c’est grâce à Madame Monique, qui a cultivé en moi le désir de me dire.

Chacun a nourri mon âme. Et prouve que les éducateurs laissent leurs empreintes sur les jeunes confiés à leurs soins.

À ces mentors, où que vous soyez, je vous dois tout.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Université de Sudbury : Ottawa « a partagé ses inquiétudes » à Mulroney

Le fédéral veut inviter le gouvernement Ford à entamer des discussions dès maintenant pour trouver une solution au financement du projet de l’Université de Sudbury après que ce dernier ait annoncé la semaine dernière qu’il ne le financerait pas.

« J’ai été très surprise de l’annonce, surtout en fin de journée à la veille de la fête du Canada », ne cache pas d’entrée de jeu la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor en entrevue.

Elle affirme avoir eu des discussions dans les derniers mois, autant avec la province qu’avec les dirigeants de l’institution francophone, et qu’à aucun moment elle n’a senti une telle nouvelle venir.

Cette dernière était avec ses homologues des provinces et territoires à Vancouver cette semaine où s’est tenu le Conseil des ministres sur la francophonie canadienne (CMFC). Elle confirme avoir abordé le sujet avec la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney qui était présente.

« J’ai partagé les inquiétudes du fédéral par rapport à la décision, mais on ne peut pas être tout seul », soutient-elle.

Si elle n’a pas voulu révéler la nature des discussions lors de cette rencontre bilatérale, Mme Petitpas Taylor ajoute qu’elle n’a pas senti une fermeture de la part de Mme Mulroney dans le dossier. Cette dernière n’a toujours pas commenté la situation et n’était pas présente vendredi lors de la conférence de presse de clôture de la conférence ministérielle.

Ginette Petitpas Taylor avance qu’elle veut trouver une solution rappelant que son gouvernement a dépensé jusqu’à présent deux des cinq millions de dollars promis pour l’institution, et ce à la demande de la ministre Jill Dunlop.

« Le fédéral sera toujours à la table des discussions mais, encore une fois, on ne peut pas agir tout seul. On est prêt, mais on a besoin qu’il (l’Ontario) vienne à la table », insiste-t-elle.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d'une annonce à l'Université de Sudbury.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor lors d’une annonce à l’Université de Sudbury. Crédit : Dominique Demers

Croit-elle que le gouvernement ontarien voit cette annonce comme une stratégie pour que le fédéral vienne financer une partie du projet comme dans le cas de l’Université de l’Ontario français (UOF)? « Non, je n’ai pas senti ça du tout. »

En 2018, dans ce qui avait été considéré comme le Jeudi noir de l’Ontario français, le gouvernement Ford avait enterré le projet de l’UOF. Il avait fallu attendre 2021 pour que les deux paliers de gouvernement concluent une entente pour concrétiser l’institution torontoise. L’entente stipule notamment que le fédéral débourse 100 % des coûts (63 millions de dollars) pour les quatre premières années.

« On a été clair dans notre Plan d’action : on reconnaît l’importance d’appuyer les institutions postsecondaires en milieu minoritaire. Si on veut appuyer la vitalité des communautés, on doit appuyer ces institutions-là et on va continuer à travailler avec les gouvernements pour les appuyer », souligne la membre du gouvernement Trudeau.

Elle n’est pas la seule à avoir parlé de l’Université de Sudbury avec Mme Mulroney. C’est aussi le cas de Jean-François Roberge, ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne à Québec.

« J’ai eu la chance de parler avec la ministre Mulroney de plusieurs sujets, notamment l’immigration, les services en français et le soutien que peut apporter le Québec à toutes les communautés francophones à travers le Canada… Nous, on est là pour soutenir les communautés lorsqu’elles lèvent la main et qu’elles ont besoin de soutien… Évidemment on respecte les décisions de nos collègues des gouvernements provinciaux », a-t-il commenté en conférence de presse.

Dans une lettre partagée aux médias, le ministère des Collèges et des Universités expliquait « que la proposition de l’Université de Sudbury, y compris la demande de financement visant à créer une université autonome de langue française, ne reflète pas la demande actuelle ni les tendances en matière d’inscription ».

Avant même l’annonce, le gouvernement fédéral s’était toujours dit ouvert à une entente avec l’Ontario pour ce projet d’établissement francophone dans le Nord de la province.

L’inspirante histoire à succès de l’entrepreneure Lexine Ménard 

[LA RENCONTRE D’ONFR]

EMBRUN – Lexine Ménard, originaire d’Embrun, représente la vitalité francophone de l’Est ontarien. À seulement 25 ans, la jeune entrepreneure a déjà achevé huit ans de carrière comme photographe professionnelle. En 2021, elle a reçu le Prix de jeune entrepreneure de la Société économique de l’Ontario et en 2023, le Prix Jeune Leader des Prix Bernard Grandmaître. Sa personnalité solaire et son énergie débordante font de son parcours une réussite inspirante.

« Vous êtes devenue photographe très jeune, comment on développe une telle passion?

Sincèrement, j’ai toujours aimé la photo. Ma mère était une maman Kodak, elle prenait des photos de tout et n’importe quoi. Quand j’ai eu 12 ou 13 ans, elle m’a acheté un appareil photo et c’est vraiment comme ça que j’ai commencé.

Par contre, je crois que cette passion est venue pendant ma dernière année au secondaire.

L’affaire, c’est que j’aime le monde, j’ai vraiment beaucoup d’amour pour les gens. Alors, allier la photo à cet aspect de ma personnalité, c’était évident.

Lexine Ménard est la récipiendaire du Prix Jeune Leader de l’année offert par les Prix Bernard Grandmaître. Crédit image : Stéphane Bédard

D’abord, parce que c’est une façon pour moi d’être super extravertie, mais c’est surtout une manière de rencontrer plein de gens, de les connaître personnellement et rapidement. C’est l’amour des gens qui m’a donné l’amour de la photo. J’ai dû ensuite développer des connaissances avec le temps, puisque je n’ai jamais suivi de cours.

Au secondaire, je prenais les photos des élèves qui voulaient être dans l’album souvenir. C’était une belle excuse pour parler aux gens.

Lexine Photographie a démarré avec des photos de mariage, qu’est-ce qui vous plaît autant dans ce sujet?

J’ai toujours aimé ce monde-là. J’ai publié sur Kijiji mes premières annonces et j’ai eu mes tout premiers clients très vite. Mon premier mariage était le 31 décembre 2014. Je me souviens avoir pris 16 différents selfies de moi devant l’Hôtel de Ville. J’étais comme : « Oh my God, Lexine Photographie fait son premier mariage. » C’était comme le highlight de ma vie, parce que j’étais déjà très intéressée par l’évènementiel. J’ai toujours été la fille qui avait des catalogues de bal de promo et de robes de mariée. Puis j’ai enchaîné, j’ai même manqué les Jeux franco-ontariens pour assister à une noce (rires).

Lexine Ménard pratique la photo depuis le secondaire, aujourd’hui cette fière entrepreneure gère son entreprise Lexine Photographie, Lexibooth et un domaine d’évènementiel, le Domaine Mallity. Crédit image : Lexine Ménard

Faire des photos de mariage, c’était un but, mais j’aime tout faire, comme les portraits, les enfants, les écoles, etc. Au final, je me nourris des gens, c’est vraiment ma façon de vivre.

Vous venez tout récemment d’être diplômé d’un baccalauréat en administration des affaires, est-ce parce que vous avez de futures ambitions?

Toujours (Rires). Après le secondaire, je suis rentrée à l’université, c’était important pour ma mère. J’hésitais entre un diplôme en lien avec la photographie ou l’administration. Finalement, en 2018, je me suis inscrite à un salon du mariage et j’avais imprimé sur une enseigne, un truc du genre : « destination wedding package gratuit ». En gros, vous payez mon voyage et je fais vos photos de mariage dans le sud (rires). Le pire, c’est que j’en ai booké quatre de suite.

Alors, je me suis dit que l’école allait toujours être là, si jamais je voulais y retourner. C’est pour ça que ça a pris huit ans pour compléter mon baccalauréat.

Diplômée d’un baccalauréat en administration des affaires, Lexine Ménard ajoute une nouvelle corde à son arc. Gracieuseté

Ce diplôme, même si c’était pour ma mère, il y avait derrière ce principe de commencer quelque chose et de le terminer. C’est aussi un moyen de prouver que je peux avoir les deux, un diplôme et mon entreprise. J’ai détesté tous ceux qui m’ont dit d’avoir ce diplôme comme plan B. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que dans ma vie, il y a un plan B, C, D, E, F, G et qui n’implique pas ce morceau de papier (Rires).

En tant que jeune femme entrepreneure, c’est certainement inspirant pour les jeunes qui vous voient réussir. À quoi attribuez-vous votre succès?

Je crois que c’est de se réveiller chaque matin et d’être de bonne humeur. De ne pas prendre la vie trop sérieusement, parce qu’au bout de la ligne, tant que tu manges ton Kraft Dinner, puisque tu peux aller te coucher quelque part, la vie est super belle.

Lexine Photographie, c’est le jaune, le jaune et encore le jaune, est-ce que ce ne serait pas votre couleur préférée par hasard?

En fait, c’est très solaire et je crois que l’on fait de belles choses quand on porte de belles couleurs attirantes (Rires). Le monde voit ça positif. Je me suis associée à cette couleur et au final ça fait des années que je travaille cette image. Mon enseigne est jaune, mon mobilier, mon studio, mes habits de travail. Le jaune, c’est lié au bonheur, à la joie et à la chaleur.

Lexine Photographie se distingue dans le paysage. À Embrun, là où se trouve son studio, on repère facilement l’entreprise avec sa murale jaune. Crédit image : Lexine Ménard

Puis c’est drôle, le monde m’envoie constamment des photos d’objets ou de vêtements jaunes. On m’écrit : « J’ai vu un camion jaune, je pense à toi », et parfois ça vient de gens que je n’ai jamais rencontrés.

Lexine, vous êtes aussi reconnue pour votre bonne humeur et votre joie débordante, est-ce que ça fait partie de l’expérience que vous offrez?

Absolument. Si j’ai mes cappuccinos glacés de chez Tim Hortons, ma bonne humeur est toujours présente.

Une véritable passion, la jeune fille se fait offrir des cappuccinos glacés par ses clients très régulièrement. Crédit image : Lexine Ménard

Je me mets tout le temps à la place des gens. Je fais des photos tous les jours, mais pour certains, c’est la première fois qu’ils sont en avant de la caméra. Ils sont souvent stressés et justement l’expérience que tu as pendant que tu fais tes photos est parfois plus importante. Tu peux avoir les plus belles photos du monde, si tu te souviens de comment tu te sentais durant la séance, tu ne les aimeras pas. Je suis quelqu’un d’extrêmement empathique, alors c’est important que les gens se sentent bien. On se souvient tous des photos headshot, où l’on est mal à l’aise de se faire regarder.

Encore là, avant d’offrir mes services professionnels, je suis allé me faire prendre en photo par plusieurs photographes. Je voulais vraiment comprendre ce que c’était de l’autre côté. Je fais des photos boudoirs, super intimes pour les femmes et pour bien comprendre l’approche, j’ai décidé d’en faire aussi. Ainsi, je suis capable de leur dire : « Moi aussi, quand j’ai fait ça, je me sentais comme ça. Je te suggère de mettre ta main comme ça, ici ».

Comment avez-vous fait pour atterrir dans The Ellen DeGeneres Show, une des émissions les plus regardées aux États-Unis?

(Rires), c’est une histoire qui me ressemble bien ça. En fait, j’étais en Californie en janvier 2019 avec ma mère et c’était un de ses rêves d’y aller. J’ai fait ma recherche, j’ai trouvé comment poser ma candidature et par chance, j’ai reçu un appel alors qu’on était à Vegas. On est retourné en Californie au mois de mars pour ça. Entre-temps, je me suis dit : « OK, quand tu fais quelque chose dans la vie, soit tu le fais à 100 %, soit tu ne le fais pas. »

J’ai lu des tas de blogs sur comment des gens sont carrément montés sur scène. Par exemple, il fallait porter de la couleur, puis j’y suis allée avec le jaune. Il fallait faire du bruit et moi, je criais tout le temps. Ma mère avait tellement honte. Au final, sur 300 personnes, on s’est démarqué, on s’est fait coacher avant l’émission, puis nous étions stratégiquement placées pour être le plus vues par les caméras.

Je me suis levée au moment du « jeu de la danse », je n’avais pas compris la consigne et je suis juste allée danser sur scène – en fait, il fallait que je lève la main – (rires).

Est-ce que vous pouvez me parler de votre projet de podcast Shots with Lexine?

J’ai décidé de faire un podcast pendant la COVID-19, j’étais seule et ça s’appelait Going Bananas with Lexine. Seule, on est vite limitée. Puis, je me suis intéressée à d’autres entrepreneurs à qui je voulais poser des questions.

Lexine Photographie s’est lancée dans le podcast en 2020. Crédit image : Lexine Ménard

Je voulais aussi sortir des stéréotypes, comme ceux qui m’entourent. Parfois, on me voit seulement comme une photographe, une artiste qui a un petit hobby. Je suis avant tout une jeune entrepreneure qui a ouvert sa propre entreprise et dans laquelle j’emploie des gens. J’ai des tas de projets en cours.

En plus, je trouve qu’on nous associe uniquement à notre profession, mais dans le fond, on est plus que ça. Je voulais démystifier tout ça, donc je l’ai appelé Shot with Lexine, on boit d’ailleurs un shot au début de l’émission.

Alors justement, en plus de vos prestations de photographe et du Lexibooth, dans quel super projet Lexine Ménard va nous embarquer?

Avec mon fiancé, on s’est trouvé un domaine à Hammond, tout près de Rockland. Nous l’avons appelé le Domaine Mallity Estate, c’est le nom de famille de mon fiancé. En fait, c’est un lieu qui pourra accueillir des évènements. On va d’ailleurs se marier là-bas. On prend possession des lieux à la fin du mois de juillet et c’est vraiment une chance, parce que je connaissais bien les propriétaires qui l’exploitaient déjà comme lieu d’évènement. On a déjà une dizaine de demandes pour des mariages.

Sur un ton plus léger, quelles sont les trois choses qu’on ne sait pas à propos de vous?

Je suis une grande fan de Harry Styles. Je fais la même taille que Kim Kardashian. On me tip en carte Tim Hortons, plutôt qu’en pourboires (Rires). Allez, un dernier : à la réception de mon mariage, j’ai invité tous les couples que j’ai pris en photo pour leur mariage.

En regardant votre parcours et celle que vous êtes devenue depuis votre premier mariage en 2014. Qu’est-ce qui vous rend le plus fier?

Honnêtement, c’est peut-être mielleux, mais je suis tellement fière d’avoir mis ie à la fin de Lexine Photographie, et non pas un y, comme en anglais photography.

Je suis bilingue, mais avec ce détail, on sait que je suis francophone.

Peut-être que ce qui me rend fière, c’est d’être francophone. D’avoir reçu un prix de la Société économique de l’Ontario (SÉO), d’avoir reçu la récompense Jeune Leader des Prix Bernard Grandmaître. D’ailleurs, je voulais que mon amie Amélie Trottier gagne, elle est tellement cool.

Le logo Lexine Photographie a été fait par l’un des premiers clients de la photographe, des photos de mariage en échange du logo. Crédit image : Lexine Ménard

Vous êtes originaire d’Embrun dans l’Est ontarien, il y a quand même beaucoup de francophones. Comment voyez-vous l’avenir de la francophonie?

J’ai toujours participé aux évènements significatifs et je vois bien qu’on doit se battre pour notre langue, mais je sais aussi qu’il y a une bonne façon de le faire. En gardant des gens impliqués dans la communauté et pas en criant sur l’employé du Tim Hortons qui ne comprend pas le français.

À chicaner ceux qui parlent anglais, on associe du négatif à nos combats. Je pense qu’il faut être inclusif parce qu’il y a de nouvelles personnes qui viennent s’installer dans nos communautés. Pourquoi voudraient-ils apprendre le français, si on les chicane parce qu’ils sont anglophones?

La photographe reste impliquée auprès de la communauté francophone d’Embrun. Une identité francophone qu’elle revendique. Crédit image : Lexine Ménard

LES DATES-CLÉS DE LEXINE MÉNARD 

1997 : Naissance à l’Hôpital Montfort à Ottawa.

2014 : Participe à son premier mariage comme photographe.

2018 : Démarre son entreprise : Lexine Photographie.

2020 : Ouverture du studio photo à Embrun.

2021 : Récipiendaire du Prix Jeune entrepreneure de la SÉO.

2023 : Récipiendaire du Prix Jeune Leader des Prix Bernard Grandmaître.

2023 : Premier pas dans l’événementiel avec l’acquisition du Domaine Mallity

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Un nouveau défi pour Yves-Gérard Méhou-Loko

OTTAWA – Le Franco-Ontarien Yves-Gérard Méhou-Loko débutera le 17 juillet prochain un nouveau défi en tant que secrétaire général de la Commission canadienne pour l’Organisation des Nations Unies (CCUNESCO).

L’actuel vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) occupait depuis trois ans le poste de commissaire en équité et droits de la personne au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO). C’est désormais au sein de la CCUNESCO qu’il officiera, succédant à une autre Franco-Ontarienne, Roda Muse, devenue sous-ministre des Affaires francophones de l’Ontario.

Sa tâche principale sera de faire connaître auprès des Canadiens les valeurs et le travail de l’UNESCO dans les secteurs de l’éducation, de la science ou encore de la culture. « Ce sera aussi d’accroître la participation à nos différents réseaux qui, à mon sens, sont de vrais forums qui permettent aux membres de la société civile d’échanger sur des projets et des initiatives en lien avec les objectifs de l’UNESCO », indique Yves-Gérard Méhou-Loko.

L’organisation internationale milite pour un monde plus juste, équitable et inclusif. « Ce sont des objectifs que le Canada a entérinés et mon rôle sera de veiller à ce que nous en prenions la direction socialement et collectivement », ajoute le nouveau secrétaire général qui compte également jouer un rôle d’influence.

« Je serai amené à émettre des recommandations et livrer les grandes préoccupations de la société civile canadienne auprès des différents gouvernements. Le Canada comme beaucoup de pays de l’hémisphère nord, vit en ce moment une transformation sociale assez importante et c’est important que la voix de la société civile soit entendue, que ce soit ici ou à l’étranger. »

Relayer les préoccupations et aspirations des Canadiens

Et de convenir que la CCUNESCO est peu connue du grand public depuis sa création en 1957. « C’est donc d’autant plus important de la faire connaître et de rappeler aux Canadiens qu’elle est à eux et qu’elle pour mandat de la faire entendre, de relayer leurs préoccupations et aspirations. »

Ancien journaliste à Radio-Canada, puis enquêteur principal au Commissariat aux services en français de l’Ontario, M. Méhou-Loko était devenu, en 2020, commissaire en équité et droits de la personne au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CÉPEO), premier poste du genre qui s’est ensuite peu à peu démocratisé dans les conseils scolaires.

« Quitter le CÉPEO est un déchirement car, avant d’y entrer, je ne connaissais pas l’environnement de l’éducation. Ça a été un véritable apprentissage que je veux emporter avec moi dans mon nouveau mandat pour en faire bénéficier notamment le réseau d’écoles de l’UNESCO qui joue un grand rôle dans la formation des futurs citoyens. »

Le commissaire sortant se satisfait d’avoir mis en place un bureau indépendant « assez unique avec des mécanismes à disposition de la communauté éducative pour qu’elle se fasse entendre en matière d’équité et de droits de la personne, et afin que le conseil puisse prendre des décisions innovantes ».

Son successeur aura d’ailleurs à mettre en œuvre certaines initiatives entamées et qui devraient entrer en vigueur à la prochaine rentrée scolaire.

« Grâce à ses connaissances et liens avec la communauté, Yves-Gérard apporte une grande richesse au poste de secrétaire général. Il est bien placé pour diriger la CCUNESCO et faire avancer son important mandat dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la culture, de la communication et de l’information », juge Michelle Chawla, directrice et chef de la direction, Conseil des arts du Canada, sous l’égide duquel la CCUNESCO mène ses activités.

« Ses expériences et intérêts sont directement en lien avec nos priorités et initiatives, dont l’éducation, l’équité et la justice, la diversité des médias et la Décennie des personnes d’ascendance africaine », renchérit Richard Kistabish, président de la CCUNESCO.

Université de Sudbury : le NPD demande au gouvernement Ford de reculer

TORONTO – En réponse à la décision du gouvernement ontarien de ne pas financer l’Université de Sudbury, le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario (NPD), somme la province de revenir sur sa décision, tout en s’engageant à livrer l’université coûte que coûte aux francophones.

L’opposition officielle lance également une pétition pour militer contre ce qui a été vécu comme un coup de massue par la communauté francophone du Nord de l’Ontario.

« Nous allons continuer à pousser et nous allons tout faire pour concrétiser le projet lorsque nous formerons le gouvernement en 2026 », a déclaré ce jeudi la cheffe de l’opposition Marit Stiles, lors d’une conférence de presse rassemblant plusieurs élus néo-démocrates.

« L’équipe du NPD de l’Ontario se bat aux côtés des Franco-Ontariens pour une université pour, par et avec la communauté, et ce, depuis longtemps. Doug Ford se doit d’expliquer pourquoi il a dit non à l’Université de Sudbury », a-t-elle ajouté.

La cheffe du NPD Marit Stiles exprime en français son soutien à l’Université de Sudbury. Source : conférence Zoom du NPD

Pour le député de Mushkegowuk – Baie James et porte-parole des Affaires francophones Guy Bourgouin, la nouvelle tombée en fin de journée vendredi dernier a donné au long week-end du Jour du Canada un goût amer. « Après le jeudi noir, c’est le vendredi noir. »

Celui-ci, qui rappelle que l’Ontario a la plus grande communauté francophone hors Québec, explique que 70 % des Franco-Ontariens s’accordent à dire que l’Université de Sudbury est vitale pour la région et que 8500 étudiants, de 10 à 19 ans, pourraient en bénéficier.

Zone d’ombre et questions sans réponses

Si le refus de financement a été annoncé par une lettre du sous-ministre adjoint du ministère des Collèges et Universités Denys Giguère, au recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, les raisons en restent nébuleuses.

Parmi les critères d’évaluation et facteurs pris en compte : le rapport de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CÉQÉP), chargée d’établir la viabilité du projet. Interrogé sur les conclusions de la commission, le bureau de la ministre des Collèges et Université Jill Dunlop, nous a simplement renvoyés vers la lettre initiale du sous-ministre avant de préciser que le rapport est confidentiel.

Guy Bourgouin, député de Mushkegowuk – Baie James et porte-parole officiel des Affaires francophones. Source : conférence Zoom du NPD

La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney est restée pour l’heure silencieuse depuis ce coup d’éclat et n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

« Où est la ministre des Affaires francophones? Où se cache-t-elle quand elle doit défendre nos droits? J’aurais honte à la place de ce gouvernement », s’est notamment exclamé Guy Bourgouin.

La députée de Nickel Belt France Gélinas rapporte durant la conférence la combativité et la volonté de se battre de toutes les communautés francophones avec lesquelles elle s’est entretenue. Celle-ci évoque la pétition lancée à grande échelle par le NPD en soutien à l’Université de Sudbury, dont les signatures seront présentées en chambre le 25 septembre prochain, lors de la rentrée parlementaire de Queen’s Park.

France Gélinas, députée néodémocrate de Nickel Belt. Source : conférence Zoom du NPD

« La communauté mérite beaucoup mieux. C’est un gros manque de respect. La province ne veut pas donner 10 millions de dollars par an seulement? », s’insurge Guy Bourgouin.

Le représentant de Sudbury Jamie West invoque de son côté le droit à l’égalité des chances de la minorité.

« Je connais la difficulté de devoir traduire dans ma tête de l’anglais au français. Ça l’est d’autant plus pour les étudiants francophones en milieu anglophone qui doivent traduire sans arrêt tout en devant étudier leurs matières. Ils ont droit aux mêmes opportunités dans leur langue. Il y a eu 400 ans de lutte pour l’éducation en français et ce n’est pas fini. »

De rappeler que tous les prérequis de la part du gouvernement ont été respectés et que l’étude de marché a prouvé le projet financièrement viable, l’Université de Sudbury pouvant rapporter 90 millions de dollars par année une fois en place.

« Est-ce qu’une manigance de la part du gouvernement Ford pour faire des économies pour que le gouvernement fédéral soit forcé d’ajouter à son financement actuel de 2 millions de dollars? » conjecture Mme Gélinas.

« Si oui, c’est pitoyable quand on sait qu’ils sont assis sur 2,2 milliards d’excédent », conclut-elle.

Vivre les arts dehors

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

C’est l’été et les arts et la culture sont à votre disposition en plein air. Le Festival Boréal et le Bluesfest sont les festivals à ne pas manquer cette semaine. À Toronto, le cinéma, les promenades artistiques et la culture marocaine dominent la programmation. Comme toujours, voici un rappel pour remplir vos calendriers.

Musique

Un retour en force pour le Festival Boréal

Le festival de musique sudburois est de retour cette année avec une programmation remplie de spectacles et plusieurs ateliers artistiques étalés au long de quatre jours. En plein air au parc Bell, la programmation du vendredi est entièrement dédiée à sa touche francophone grâce à une collaboration entre La Slague et Radio-Canada. Les deux diffuseurs francophones s’occuperont de présenter et célébrer la brochette d’artistes dynamique et diverse qui brilleront sur la scène principale : Zap Mama, Stef Paquette, Laura Niquay, Zachary Richard et Mehdi Cayenne.

Laura Niquay, Zap Mama et Mehdi Cayenne. Crédit photos : La Slague.

Le Festival Boréal du 6 au 9 juillet au parc Bell à Sudbury. Achetez vos billets ici.

Guy Bélanger et bien plus au Bluesfest d’Ottawa

Le Bluesfest d’Ottawa est de retour et sa programmation n’est rien de moins que stellaire. Réunissant certains des meilleurs artistes canadiens, du rock au folk, la capitale de l’Ontario déborde de talents au cours de la semaine à venir. Du côté francophone, la programmation de cette semaine met en vedette l’harmoniciste québécois Guy Bélanger, qui sera l’un des premiers sur scène au festival. Parmi les autres artistes, on peut citer la légende du country Shania Twain, l’auteure-compositrice-interprète pop Charlotte Cardin et Mimi O’bonsawin qui seront prêtes à prouver une fois de plus l’exceptionnalité de scène musicale canadienne.

Gracieuseté

Le Bluesfest d’Ottawa du 6 au 16 juillet aux Plaines Lebreton. Achetez vos billets ici. Consultez la programmation complète sur le site du Bluesfest.

Films

Eiffel de Martin Bourboulon

Scandale, romance et innovation sont au rendez-vous dans le film de Martin Bourboulon, qui retrace le parcours de l’ingénieur français Gustave Eiffel dans la construction de la tour la plus emblématique de France : la tour Eiffel. Le film met surtout l’accent sur la relation romantique entre Gustave Eiffel et Adrienne Bourgès. Bien que fictive, cette dramatisation conserve néanmoins l’essence de ce qu’il a fallu pour construire l’une des tours les plus célèbres du monde.

Crédit image : Pathé

Eiffel de Martin Bourboulon au théâtre Spadina de l’Alliance française de Toronto le 9 juillet à 19h30. Entrée gratuite.

Communauté

Le Festival des souks marocains à Toronto

Une occasion pour célébrer la richesse de la culture marocaine se présente dans la Ville Reine cette fin de semaine. De la musique, des stands artisanaux, des activités et une abondance de bouffe rappelleront aux citadins à quel point la culture marocaine est vibrante et colorée. Une bonne façon de terminer la semaine, c’est l’événement idéal pour venir découvrir ou redécouvrir tout ce qui caractérise le patrimoine marocain.

Crédit image : Getty images//l’oeil d’Édouard

Le Festival des souks marocains le 9 juillet de Midi à 21h30 à la Place Mel Lastman de Toronto. Entrée gratuite.

Arts

Flânerie : des marches artistiques menées par Dyana Ouvrard

Flânerie est un projet communautaire fondé par Dyana Ouvrard, directrice générale du Centre d’arts médiatiques francophone de Toronto, le Labo. Il s’agit de petites visites artistiques dans lequel l’objectif principal est de favoriser la connexion humaine. La travailleuse culturelle encourage un après-midi d’exploration avec les participants. Le but est de prendre un recul sur le quotidien à travers une balade au cœur de Toronto. Celle-ci permet aux participants de mieux apprécier le banal et de redonner sens à tout ce qui les entoure.

Gracieuseté

Flânerie menée par Dyana Ouvrard le vendredi 7 juillet à 10h. Le point de rencontre des visites artistiques est au kiosque d’information principal près de Hero Burger en face du Nathan Phillips Square. Entrée gratuite.

De la publicité unilingue anglophone du gouvernement dans la mire du commissaire

« L’absence apparente du français sur des panneaux d’affichage et électroniques » de publicités du gouvernement ontarien force le commissaire aux services en français à ouvrir une enquête, a-t-il annoncé jeudi.

Carl Bouchard a lancé une enquête de sa propre initiative pour savoir si ces annonces de publicités extérieures destinées au grand public du gouvernement respectent la Loi sur les services en français.

« Nous avons remarqué que le français était absent dans de la publicité récemment diffusée, notamment sur certains des panneaux électroniques, des abribus et des autobus », a indiqué le commissaire par intérim dans un communiqué.

La Loi sur les services en français oblige les différents organismes et ministères ontariens à assure la prestation de services dans la langue de Molière ce qui inclut les communications avec le public.

« Ceci soulève des questions sur la façon dont les organismes gouvernementaux communiquent avec les francophones de l’Ontario », soutient le successeur de Kelly Burke.

Dans son rapport annuel de 2021-2022, l’ancienne commissaire notait que près de la moitié des plaintes (44,3 %) reçues par l’Unité des services en français étaient des cas reliés à des communications au public de la part d’organismes gouvernementaux.

Il s’agit de la deuxième enquête lancée par le Bureau de l’Ombudsman en vertu de la Loi sur les services en français après celle annoncée dans la foulée des coupes à l’Université Laurentienne. Après celle-ci, il avait été conclu que l’institution bilingue avait contrevenu à la Loi sur les services en français en procédant à la coupure d’une trentaine de programmes en français.

La Franco-Fête de Toronto dévoile sa programmation

TORONTO – Huit concerts gratuits. Trois jours de fête. Des artistes venus de Suisse, du Québec, de l’Ontario… Voici le programme de la 41e édition de la Franco-Fête qui se déroulera en plein air dans le quartier de Dundas et Ossington, du 28 au 30 juillet prochain, à proximité du bar Painted Lady.

Ce seront les Chiclettes qui ouvriront le bal, le vendredi 28 juillet à 19h30. Le trio vocal franco-ontarien, composé de Nathalie Nadon, Geneviève Cholette et Julie Kim, apportera sa touche humoristique et jouera quelques chansons issues de son troisième album, Sérieux? Bravo!

L’artiste québécoise Cayenne poursuivra le spectacle en deuxième partie de soirée, à partir de 21h30. Originaire de Baie-Comeau (Québec), Stéphanie Bouchard-Tremblay de son vrai nom déroulera son folk rock aux accents féministes.

Le lendemain, samedi, le duo autochtone Twin Flames investira les lieux dès 14h30. La musicienne Chelsey June et l’auteur-compositeur Jaaji ont accumulé, depuis sa création du groupe, plus d’une quarantaine de prix et nominations, dont quatre Canadian Folk Music Awards et trois Native American Music Awards.

Geneviève Cholette, Nathalie Nadon et Julie Kim, alias Les Chiclettes. Crédit image : Jen Squires

Scott-Pien Picard prendra le relai à 16h. Cet auteur-compositeur-interprète qui compose en innu, sa langue maternelle, a collaboré avec plusieurs artistes de renom tels que Florent Vollant, Kim Fontaine, Ivan Flamand-Boivin ou encore Réjean Bouchard.

En soirée, le public aura droit au son afro-électro de Kizaba à 20h30. Cet auteur-compositeur-interprète et multi-instrumentiste montréalais est considéré comme un des pionniers de la musique électro afro-congolaise. Il utilise sa voix, la batterie et des percussions en mélangeant la musique électronique et les sons traditionnels du Congo pour façonner un univers afro-futuriste.

Les remix de DJ Unpier et le hip-hop de DJ Weedim clôtureront cette deuxième soirée.

Le duo folk ottavien Moonfruits débutera le troisième et dernier jour de concert, dimanche à partir 14h. Alex Millaire et Kaitlin sont les auteurs de deux albums. Après Ste-Quequepart (2017), Salt (2022) explore comment vivre, rêver et élever un enfant dans une époque de changements climatiques et d’inégalité socio-économique croissante.

DJ Unpier sera de la fête. Crédit image : Rudy Chabannes

Au folk contemporain de Moonfruits, succédera le blues de The TWO aux alentours de 15h30. The TWO, c’est l’alliance musicale inattendue de l’Helvète Thierry Jaccard et du Mauricien Yannick Nanette. Avec leur nouvel album Sadela, le tandem s’immisce dans l’imaginaire créole de l’Océan Indien.

Vincent Rocheleau, le président de la Franco-Fête de Toronto, se félicite de cette seconde année consécutive sur la rue Halton (en partie fermée à la circulation), à l’angle d’Ossington, « un endroit en effervescence dont nous vous invitons à découvrir la richesse culturelle. Pour cette 41e édition, notre festival continue de célébrer la Francophonie venue des quatre coins du monde avec une programmation qui favorise l’épanouissement de nos communautés. »

Le décès de Jacques Schryburt provoque l’émoi de la communauté francophone

OTTAWA – Le décès ce mardi de cette figure franco-ontarienne à l’âge de 78 ans a provoqué de vives réactions au sein de la francophonie.

Jacques Schryburt, qui a été le secrétaire général de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) pendant presque 20 ans, de 1974-1992, était un fervent défenseur de la langue française.

L’AEFO a salué son implication et ses efforts pour la protection des droits et des intérêts du corps enseignant franco-ontarien : « Leader rassembleur et visionnaire, Jacques Schryburt a permis à notre organisation de se démarquer comme un syndicat et une association professionnelle au service des membres qui influence non seulement le développement de notre système d’éducation en langue française, mais également l’épanouissement des communautés francophones. » 

« Nous saluons notre collègue et notre ami Jacques Schryburt qui avait à cœur la profession enseignante et qui croyait résolument dans l’avenir de notre jeunesse. Merci cher Jacques! », a ajouté la présidente de l’AEFO Anne Vinet-Roy.

Très présent dans la communauté, il a également été le secrétaire général de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE). En plus de son engagement pour l’Hôpital Montfort et son implication dans les Jeux de la francophonie de 2001 à Ottawa, il a également été le président du Festival franco-ontarien de 1998 à 2001.

L’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) a rendu hommage à cette figure de l’éducation franco-ontarienne, de même que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le décrivant comme étant l’une de ses figures emblématiques.

La députée fédérale Ottawa-Vanier et présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier a elle aussi salué son dévouement et sa contribution exemplaire à la communauté : « Tu nous quittes mais tu seras toujours une inspiration pour moi. Merci pour tous tes bons conseils et ton engagement à rendre nos communautés meilleures. Repose en paix cher ami. Mes sincères condoléances à Céline, Hans et toute ta famille que tu aimais tellement! »

Voici comment une simple rencontre de 2016 a façonné la plus grosse refonte du régime linguistique canadien

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau a récemment fait adopter le projet de loi C-13, qui a modernisé la Loi sur les langues officielles (LLO), pour la première fois depuis 1988, mais la plus importante modification à cette loi constitutionnelle, depuis son entrée en vigueur en 1969, sous l’impulsion du premier ministre Pierre Elliott Trudeau. Voici comment, cinq ans après l’avoir promis, deux élections et une pandémie, les libéraux ont finalement tenu leur engagement.

On est à la fin 2015, le gouvernement Trudeau vient de rentrer en poste, avec une majorité, en promettant « un vrai changement » à Ottawa et du renouveau : légalisation de la marijuana, instauration d’un cabinet paritaire, renoncement à l’équilibre budgétaire, etc. En Langues officielles, les troupes de Justin Trudeau promettent de remettre en place le programme de contestation judiciaire, mais rien de proche d’une refonte de la Loi sur les langues officielles pour Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine canadien, qui chapeaute les Langues officielles.

Elle effectue toutefois des consultations pour son Plan d’action sur les langues officielles réunissant l’ensemble des organismes de la francophonie canadienne. L’ancien président de l’Association canadienne-française (ACFA) de l’Alberta, Jean Johnson, se souvient d’un avertissement qu’il avait reçu, à la veille d’une de ces rencontres entre intervenants et la ministre à Ottawa en décembre 2016.

« On me disait, la ministre n’a pas d’appétit pour des modernisations (de lois), ne lui en parle pas, », relate-t-il en entrevue. « Mais le lendemain, par pur hasard, elle vient s’assoir à côté de moi et me dit : ‘’Toi Jean Jonhson, que veux-tu dire à ta ministre?’’ Alors j’ai pris ma chance… Après avoir interrompu la discussion de groupe, c’était Jean Johnson qui parlait, mais on avait besoin de vérifier si je n’étais pas tombé sur la tête! »

Et de poursuivre : « Je lui ai dit devant tout le monde : ‘’On est rendus en 2016 et on a besoin d’une refonte complète de ce projet de loi. On a besoin de la moderniser au niveau des aspirations de nos communautés. Sans ça, on n’est pas capable de survivre. On a besoin du projet de loi ».

« Quelques instants plus tard, les gens se sont levés pour applaudir. Ça été spontané et quand ils se sont rassis, ça l’avait bien l’air qu’on commençait à travailler sur la modernisation d’un nouveau projet de loi », relate celui qui a été élu quelques mois plus tard à la tête de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

L’ex-président de la FCFA du Canada, Jean Johnson. Source : Facebook FCFA

Alors que l’idée semble être tomber dans l’oreille d’un sourd pendant quelques mois, le Sénat lance le bal en mai 2017, propulsé par la sénatrice franco-albertaine Claudette Tardif en procédant à une vaste étude qui prendra fin en 2019 pour le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. En juin 2018, Justin Trudeau, à près d’un an des élections, promet en Chambre que son gouvernement ira de l’avant suite à la pression des communautés, mais aussi d’un jugement fédéral critiquant le régime linguistique fédéral comme insuffisant.

Un livre blanc

En mars 2019, la FCFA met de l’avant son projet de loi modèle en espérant un libellé dans les mois suivants. Le résultat? En février 2021, un livre blanc sur l’avenir des langues officielles et non un projet de loi.

« On a parlé de ça pendant plusieurs années. Personne n’a jamais douté qu’il fallait continuer et le faire, mais il y a eu des moments de découragement », relate le directeur général de la FCFA Alain Dupuis.

« On aurait pu y aller tout d’un coup et se flamber. Il faut se rappeler qu’on était un gouvernement minoritaire (…). Notre objectif était que la loi passe et on voulait aller aussi vite qu’on voulait, mais ce n’était pas facile de reconstruire une loi quasi constitutionnelle qui allait réellement freiner le déclin du français », indique une source au gouvernement proche du dossier à l’époque.

S’en suit un premier indice : la reconnaissance du déclin du français dans le discours du trône de 2020. Entre-temps, la pandémie survient et, rapidement, la machine fédérale doit changer de cap, ralentissant une possible refonte de la LLO.

Dans le même temps, au Québec, élue avec une forte majorité, la Coalition Avenir Québec (CAQ) entame un premier mandat. Le premier ministre François Legault et son gouvernement travaillent sur une réforme de la Loi 101, qu’ils déposent finalement en mai 2021. Dans celle-ci, le gouvernement québécois affirme que les entreprises de compétence fédérale devront suivre son régime linguistique, de quoi jouer dans les plates-bandes d’Ottawa.

La ministre Joly dépose alors par la suite C-32, la première version de ce changement à la Loi sur les langues officielles en juin 2021, mais c’est un secret de polichinelle à Ottawa que l’on se dirige vers des élections et que C-32 est destiné à mourir au feuilleton.

Mélanie Joly, ancienne ministre des Langues officielles. Archives ONFR+

Après les élections, les Canadiens reconduisent un gouvernement similaire. Justin Trudeau rebat quelques cartes au sein de son cabinet et Mélanie Joly est promue aux Affaires étrangères. Le dossier des Langues officielles et la crise linguistique de 2018 en Ontario lui auront permis de fortement redorer son blouson.

L’arrivée d’une nouvelle joueuse

Arrive alors Ginette Petitpas Taylor, une Acadienne exclue du cabinet pendant près de deux ans (2017-2019) après avoir été à la Santé. Au Québec, les attentes sont plutôt basses alors que l’on passe d’une personnalité connue dans la Belle Province à une parfaite inconnue aux yeux de la majorité.

« Quand j’ai rencontré le premier ministre la journée qu’il m’avait nommé comme ministre, je me souviens qu’il m’avait dit ‘’Ginette, on a une Loi qu’on doit déposer et qu’on veut faire adopter’’. J’avais reçu mes marching orders tout de suite », confie l’ancienne travailleuse sociale en entrevue, quelques jours après avoir obtenu la sanction royale.

La modernisation de la Loi sur les langues officielles est toujours dans les plans, mais après près de cinq ans dans la sphère publique, le dossier commence à devenir répétitif. La ministre dépose sa version avec le projet de loi C-13 au début du mois de mars 2021. Mais quelques semaines plus tard, éclate la saga avec le président d’Air Canada Michael Rousseau qui vient s’ajouter à la nomination quelques mois plus tôt de la gouverneure générale Mary Simon, ne parlant pas français.

« Il ne sait pas comment il (Michael Rousseau) nous a aidés celui-là. Le fait qu’il ait dit qu’il pouvait vivre à Montréal pendant 14 ans sans apprendre le français, ça en a fâché beaucoup… Quand le Québec commence à parler du déclin du français, ça vient aider à propulser le dossier à l’avant-scène », estime en rétrospective Liane Roy, présidente de la FCFA.

Si elle a fait ce que son gouvernement avait été incapable de faire pendant près de cinq ans, le parcours n’aura pas été des plus faciles, reconnait la ministre Ginette Petitpas Taylor. Retard et contestation interne ont ponctué ses derniers mois qui ont été « parmi mes plus difficiles » en politique, admet-elle.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard.

Elle pointe alors vers son mur où sont accrochés ses projets de loi : la réforme du Guide alimentaire canadien et celui sur la légalisation de la marijuana. Deux dossiers qu’elle avait menés comme ministre de la Santé.

« Là, je vais remplir l’espace sur ce mur-là avec mon projet de loi sur les Langues officielles », montre-t-elle dans son bureau surplombant la Rivière des Outaouais. Mais cet espace aurait très bien pu rester vide au moins pour quelques mois de plus ou à jamais.

Le « show de boucane du Montreal Island »

Pendant l’hiver, le caucus libéral éclate sur son projet de loi. Les députés anglo-québécois critiquent la réforme en raison de l’inclusion de la Charte de la langue française du Québec à l’intérieur du libellé. L’ancien ministre Marc Garneau, ses collègues Anthony Housefather et Emmanuella Lambropoulos pestent en public contre C-13, ce qui fait sortir le député franco-ontarien Francis Drouin de ses gonds, qualifiant de « show de boucane » le comportement de ses collègues du « Montreal Island ». Même le ministre Marc Miller remet en doute son appui au projet de loi, rompant possiblement avec le principe de solidarité ministérielle. En coulisses, on chuchote qu’un tel projet de loi ne passera pas auprès du caucus et du bureau du premier ministre.

« Quand on entendait les déclarations, c’était un peu inquiétant, » ne cache pas Liane Roy. « On a passé quelques coups de fil, on est allé leur parler. On voulait se faire rassurer pour s’assurer qu’il y ait quelqu’un quelque part qui contrôlait la situation. »

« J’ai dit à mon équipe, à maintes reprises, que la faillite n’était pas une option » – Ginette Petitpas Taylor

« Ça ventilait parfois dans les réunions avec mon équipe », souffle Mme Petitpas Taylor, qui ne cache pas que ses origines néo-brunswickoises ajoutaient un poids sur ses épaules. « Mais j’ai dit à mon équipe, à maintes reprises, que la faillite n’était pas une option. »

Quelques mois auparavant, l’arrivée d’un nouveau ministre des Relations canadiennes Jean-François Roberge, beaucoup moins porté sur la confrontation avec Ottawa que l’a été son gouvernement par le passé, apporte un renouveau au dossier.

« On a eu un souper ensemble. où l’on a passé quelques heures ensemble et ça l’a cliqué tout de suite, on a pu voir qu’on avait les mêmes objectifs », affirme la ministre Petitpas Taylor.

S’en suivent ensuite, en coulisses à Ottawa et Québec, des négociations sur plusieurs semaines entre les fonctionnaires et cabinets ministériels. Car au bout de la ligne, l’un a besoin de l’autre. Dans le camp libéral, il existait une crainte qu’il soit trop difficile d’obtenir la majorité, autant au sein du caucus libéral que dans l’opposition sans un appui fort de Québec. La province craint de son côté que les entreprises de juridictions fédérales se réfugient vers un régime linguistique plus faible à Ottawa.

« C’était une posture d’affirmation nationale et de main tendue », juge aujourd’hui M. Roberge en entrevue. « Des deux côtés, les deux ministres, on voulait trouver quelque chose qui allait fonctionner pour tout le monde. Ça n’a pas été facile, mais on a trouvé quelque chose qui a été salué par pas mal tous les observateurs. »

Québec Ontario Roberge francophonie canadienne
Le ministre Roberge estime que la refonte de la Loi sur les langues officielles constitue une avancée pour les francophones du Canada. Archives ONFR+

« On avait tout simplement les deux ministres ensemble au bon moment. J’aime ça collaborer avec les gens, la chicane ce n’est pas mon style… Je pense que les Québécois et les Canadiens voient ça comme de la fraîcheur, genre, wow, la province (Québec) et le fédéral peuvent s’adonner ensemble (sur la langue) », soutient la représentante acadienne.

Fort de cet appui de la Belle Province, le projet de loi C-13 obtient un vote quasi unanime à la Chambre des Communes et au Sénat. En quelques jours, se sont enchaînées l’adoption de la mouture et la sanction royale, un moment qu’attendaient les communautés francophones depuis 2017.

« Un peu plus de six ans plus tard, on l’a eu notre bénédiction papale », résume Jean Johnson.

L’ancienne journaliste Denise Bombardier est décédée

Denise Bombardier, qui a travaillé dans le monde des médias pendant un peu moins d’un demi-siècle, est décédée mardi à l’âge de 82 ans à la suite de complications qui ont suivi des examens médicaux, rapporte le Journal de Québec. De la controverse et de la polémique, elle en a suscité à plus d’une reprise durant sa carrière notamment en 2018 concernant les francophones hors Québec, critiquant notamment leur façon de parler français.

Née à Montréal durant la seconde guerre mondiale en 1941, elle commence sa carrière journalistique en 1975 à Radio-Canada comme animatrice de diverses émissions d’informations. Des années 1990 jusqu’au début des années 2000, elle est à la tête de Les idées lumière et Le Point à la télé, deux programmes où elle touche à divers sujets d’actualités notamment sous la forme d’entretiens.

Reconnue pour son style sans complaisance, elle aura brisé des plafonds de verres en devenant la première femme à produire et animer une émission télévisée d’affaires publiques, recevant notamment le premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau ainsi que des présidents français comme François Mitterrand.

« Tenace, passionnée, intelligente, courageuse – Denise Bombardier incarnait toutes ces qualités, et bien d’autres. Mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses amis. Son influence sur le Québec a été immense et son œuvre lui survivra assurément », a écrit sur Twitter Justin Trudeau.

« Brillante, courageuse, drôle. Amoureuse du Québec et de la langue française », a tweeté le premier ministre du Québec François Legault en réaction à la nouvelle.

Elle a aussi été chroniqueuse, notamment au Devoir pendant près de 10 ans et au Journal de Montréal, jusqu’à son décès. Elle reçoit en 2009 le Chevalier de l’ordre national du Québec et sept ans plus tard, elle devient membre de l’Ordre du Canada.

Des propos contestés sur les francophones hors Québec

En 2018, lors de son passage à Tout le monde en parle, elle avait suscité la controverse en affirmant ceci : « à travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu », avait-elle dit dans un échange avec l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien.

« On ne peut pas dire que c’est le Canada qui a fait que les Québécois parlent encore français… Au Manitoba, j’y suis allée encore au mois de janvier. Chez les Métis, on ne parle plus le français. C’est parce que le nationalisme québécois, ça a été le vecteur qui a permis au français d’exister et de persister », ajoutait-elle.

La journaliste et romancière Denise bombardier aux côtés de l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle. Capture d’écran

Cette affirmation avait provoqué une levée de boucliers des communautés francophones en milieu minoritaire, rappelant qu’il y avait près de 2,7 millions de francophones hors Québec, un nombre aussi souligné par le fou du roi et co-animateur, Dany Turcotte lors d’une émission subséquente.

À la suite de son passage, elle part en Ontario, au Manitoba et en Acadie à la rencontre des francophones pour présenter en 2019 son documentaire Denise au pays des Francos. De retour à Tout le monde en parle pour en faire la promotion, elle soulève à nouveau l’ire des communautés francophones en critiquant cette fois-ci la qualité de la langue de Molière des personnes qu’elle a rencontrées pour son documentaire.

« Le gossage, c’est de parler une langue qui est à peu près inintelligible pour nous, et de dire : le français qu’on parle, c’est ça pour nous autres, et l’Académie française, les dictionnaires, on s’en… Voyez-vous? (…) Je pense que les francophones parlent une langue internationale et peuvent parler à tous ceux dans le monde qui parlent français. »

Mme Bombardier critique aussi le français d’une Franco-Ontarienne Caroline Gélineault, qui apparaît dans le reportage soulignant que son invitée « a été agressive depuis le début » dans l’émission.

« Si elle croit que la langue qu’elle doit parler, c’est la langue dans laquelle elle m’a parlé, et bien, c’est bien dommage pour elle, il n’y a pas d’avenir pour elle, qu’elle passe tout de suite à l’anglais (…) Nous ne sommes pas une arithmétique de gens qui parlent des langues différentes, la langue nous relie. »

Lors de cette émission, elle défend à nouveau son point de vue sur la disparition des francophones hors Québec.

« J’ai été dans l’émotion et à certains moments dans l’accablement, parce d’une certaine façon, il y a une diminution des francophones partout dans les régions du Canada, statistiquement. (…) Je comprends les francophones, ils ne veulent pas avoir cette vision-là, mais moi, je l’ai cette vision-là! »

Université de Sudbury : l’AFO demande une rencontre d’urgence avec la ministre Dunlop

SUDBURY – Quatre jours après l’annonce du refus du gouvernement ontarien de financer l’Université de Sudbury, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demande une rencontre en urgence avec la ministre Jill Dunlop lundi matin.

L’AFO revient sur cette décision du ministère des Collèges et Universités (MCU) qu’elle qualifie désormais de « vague et imprécise ». L’organisme franco-ontarien dit qu’il « entend envisager tous les moyens nécessaires pour la renverser ».

Une rencontre d’urgence est aussi demandée avec la ministre Jill Dunlop pour obtenir des réponses aux « nombreuses questions » qui persistent autour de cette situation.

L’AFO en profite pour déplorer la manière dont la décision a été communiquée par le ministère : « La direction de l’Université de Sudbury n’a même pas eu le temps d’annoncer la nouvelle à son équipe et à son conseil de gouvernance avant qu’elle ne soit rendue publique par le gouvernement. »

Pour les acteurs principaux du projet, une réponse- plutôt positive- était plutôt attendue en automne prochain.

Selon l’AFO, « cette façon d’agir par le gouvernement représente un profond manque de respect à l’ensemble de la communauté franco-ontarienne ».

Pic à la Laurentienne

Fabien Hébert, président de l’AFO, n’hésite pas à rappeler l’épisode de la crise à l’Université Laurentienne qui a amené à la rupture de la fédération dont faisait partie l’Université de Sudbury. Selon lui, avec cette décision, « le gouvernement choisit le statu quo et récompense l’irresponsabilité financière de la Laurentian University ».

« Je suis profondément déçu que le même gouvernement qui a accepté que plusieurs dizaines de millions de dollars de fonds publics soient gaspillés, notamment auprès de firmes multinationales de consultants et d’avocats à 1000 $ de l’heure, refuse pour des raisons nébuleuses d’investir 10 millions par année dans une université de langue française », pouvait-on lire.

Le président de l’AFO rencontrera le recteur de l’Université de Sudbury mardi. Crédit image : Inès Rebei

Il rappelle au passage l’étude menée en mai dernier laquelle révélait des retombées économiques de près de 90 millions de dollars pour la région à maturité.

« Au début de la crise à la Laurentian University, la communauté franco-ontarienne s’est mobilisée pour proposer une solution saine et financièrement durable. Une solution qui proposait une modernisation de la programmation universitaire de langue française dans le moyen-Nord, ce que la Laurentian University n’est pas capable de faire. »

Le transfert de la programmation francophone de l’Université Laurentienne, largement touchée par les coupes de 2021, vers l’Université de Sudbury risque de revenir dans les discussions dans les prochains jours.

« Nous avons été des partenaires exemplaires auprès de toutes les parties prenantes, dont le ministère des Collèges et Universités (MCU). Nous nous attendions à la même chose du MCU », conclut M. Hébert.

Sébastien Gendron, l’innovation pour moteur

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

TORONTO – Il est le fondateur de Transpod, l’unique compagnie canadienne à avoir conçu et développé un train 2.0 à haute vitesse pouvant aller à plus de 1000 km/h, le FluxJet, dont la construction du projet pilote démarrera dès l’année prochaine. De ses débuts dans l’aéronautique au sein de grands groupes, Airbus, Bombardier, jusqu’à un virage à 360 degrés pour voler de ses propres ailes et réinventer le transport de demain, Sébastien Gendron retrace son parcours de la technologie à l’industrie, de l’innovation à l’action.

« Avez-vous toujours vécu à l’étranger?

J’ai passé plus de temps dans ma vie à l’étranger qu’en France, mon pays d’origine, en particulier durant mon enfance, mes parents étant expatriés et travaillant dans l’hôtellerie pour le groupe Accor. J’ai fait toute mon école élémentaire en Afrique de l’Ouest. Mes deux frères sont d’ailleurs nés en Afrique. Après quelques brèves années en banlieue parisienne, nous sommes allés vivre à Singapour où j’ai fait mon secondaire.

Est-ce la tech votre domaine de prédilection?

Même si j’ai une formation d’ingénieur dans l’aéronautique, je me considère plus comme un industriel que comme quelqu’un qui conçoit. C’est là que Ryan Janzen, mon associé, intervient. C’est un chercheur issu de l’Université de Toronto qui est à l’origine l’auteur de la propriété intellectuelle du démonstrateur FluxJet.

Sébastien Gendron devant le prototype du FluxJet à échelle un tiers, au sein des locaux de Transpod à Toronto. Crédit image : Sandra Padovani

Pourriez-vous nous retracer votre parcours?

Ce qui me passionnait, c’était l’aéronautique. Comme beaucoup de petits garçons, je rêvais de devenir pilote pendant un temps. En grandissant, je me suis dit :« Tiens, pourquoi ne pas apprendre à fabriquer des avions plutôt que de les piloter? ». C’est ainsi que je me suis retrouvé après mes études chez Airbus puis chez Bombardier, groupes reconnus de l’industrie.

Mais après quelques premières années exaltantes, je me suis rendu compte que j’aspirais à autre chose : monter ma propre société avec l’objectif de montrer qu’on peut faire différemment et qu’on peut aller plus loin que ce qui existe déjà.

Qu’est-ce qui vous manquait le plus dans ces grands groupes?

Ce sont les gros projets industriels qui m’intéressent le plus : je me suis vraiment fait plaisir chez Airbus en travaillant sur les chaines d’assemblage des avions 320 et 380. La limite de ces grandes entreprises peut être un certain manque d’ambition et d’innovation, le côté très hiérarchique de ces grands groupes pouvant également être un peu contre-productif et limiter la créativité.

Prototype FluxJet à échelle un tiers, vu de face. Crédit image : Sandra Padovani

D’où la décision de démarrer votre propre compagnie?

Une fois ce constat fait, je me suis intéressé à ce qui se faisait en termes d’innovation dans les transports. J’ai alors découvert ce concept qui a une centaine d’années, les premiers plans datant de 1910. Ils pouvaient à la fois sembler poussiéreux et à la fois s’apparenter à de la science-fiction. Quand Elon Musk s’est prononcé en 2013 sur le sujet, en disant que c’était le futur du transport terrestre, je me suis dit qu’il y avait une fenêtre de tir qui commençait à s’ouvrir et, petit à petit, on s’est lancé.

Parlez-nous de ce concept de transport par tubes.

Il s’agit de faire circuler des véhicules qui font la taille d’un bus ou d’un wagon de train dans de longs tubes en métal desquels on a enlevé 99 % de l’air. Les véhicules circulant le long de ces tubes sans air, ils s’affranchissent des frottements aérodynamiques.

Théoriquement, on peut atteindre des vitesses de 1000 à 5000 km/h. Cela pose les bases du futur de la grande vitesse là où les trains ont atteint leurs limites. Aujourd’hui, la physique fait que, même si un train à grande vitesse atteint 500 km/h durant les tests effectués, opérationnellement, il atteint une usure prématurée et ne peut plus être commercialisé après.

À gauche, Ryan Janzen, co-fondateur et directeur de la technologie, à droite,
Sébastien Gendron, co-fondateur et président directeur général. Gracieuseté

À l’échelle mondiale, y a-t-il déjà un marché?

Quelques améliorations ont été apportées dans les années 50 aux bases posées par les ingénieurs des années 1900, mais le tout relevait encore du rêve. Deux sociétés américaines ont ensuite commencé à poser des brevets dans les années 90. Plus récemment, en 2011, les Sud-Coréens s’y sont intéressés et enfin en 2013, Elon Musk est sorti du bois, appelant son propre projet Hyperloop. C’est grâce à lui qu’un écosystème a pu naître.

Il y a aujourd’hui deux gouvernements investissant de façon significative, la Corée du Sud et la Chine, et sept sociétés : trois nord-américaines, deux aux États-Unis, Transpod au Canada, ainsi que quatre sociétés en Europe, une en Espagne, une aux Pays-Bas, une en Pologne et une en Suisse.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de s’implanter à Toronto?

J’aime cette ville, les communautés vivent bien ensemble. J’y retrouve une ouverture d’esprit plus importante que dans d’autres grandes villes. De plus, l’écosystème sur le plan économique est intéressant. Pour Transpod, on a accès à un grand pool de talents. On a beaucoup travaillé avec MaRS, un des plus gros incubateurs au Canada. C’était pertinent de commencer le projet ici.

L’Équipe TransPod lors de la présentation du 1er démonstrateur FluxJet en juillet 2022. Crédit image : Transpod

Quand la première ligne Transpod verra-t-elle le jour?

Nous sommes les premiers à avoir un projet d’infrastructure au Canada, un premier segment « projet pilote » reliant Calgary à Edmonton, dont la construction démarrera fin 2024. On travaille également à l’ouverture d’une ligne au Texas, en Australie, et au Moyen-Orient, même si notre marché principal restera l’Amérique du Nord.

Notre modèle économique, tel que pensé avec Ryan (mon associé), sera de mélanger le transport de passagers et le transport de marchandises express pour garantir plus de rentabilité, ce qui permettra aussi de réduire le nombre de camions sur les routes.

Image de synthèse illustrant un véhicule FluxJet circulant à très haute vitesse dans une ligne TransPod. Crédit image : Transpod

C’est un transport 100 % électrique dont l’objectif est de se déplacer à la vitesse d’un avion. Ce système peut vraiment concurrencer les courts courriers et avoir les mêmes temps de trajet. On pourrait même imaginer une carte de métro de ville à l’échelle d’un continent, pour réduire de façon significative les distances. Au-delà de la vitesse, l’idée est vraiment d’apporter aux utilisateurs la fréquence du métro avec la vitesse de l’avion.

La dimension environnementale n’y est donc pas négligeable, d’autant plus dans un contexte de crise climatique?

Contrairement à un train ou à un avion, l’aspect « sous-vide » rend ce moyen de transport silencieux et évite la pollution sonore. On a également la possibilité d’y ajouter des panneaux solaires pour générer de l’électricité supplémentaire. L’objectif est aussi d’avoir une infrastructure surélevée pour permettre de ne pas perturber la vie sauvage et aussi ne pas couper le territoire en deux, notamment pour les terres agricoles. C’est le transport de demain. »

Ligne TransPod en Alberta. Crédit image : Transpod

LES DATES-CLÉS DE SÉBASTIEN GENDRON :

1979 : Naissance à Angers (France)

2005 : Prise de fonctions au sein d’Airbus, moment emblématique du premier vol de l’avion 380.

2010 : Arrivée à Montréal pour y vivre avec sa famille et prise de fonction chez Bombardier.

2012 : Déménagement à Toronto pour s’y installer de façon permanente.

2015 : Naissance de Transpod.

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Faut-il lire les livres dans leur langue d’origine?

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Je devais avoir 14 ou 15 ans quand j’ai commencé à lire Dostoïevski. Je fus prise sous le charme de cet auteur russe qui décrivait une société mondaine et rurale, fascinée et suspicieuse de la civilisation occidentale toutefois ancrée dans un imaginaire russe nordique, religieux, parfois oriental, dont j’ignorais presque tout.

Dostoïevski n’était pas le seul auteur russe que j’admirais. Je m’intéressais également à Tolstoï dont les grands chefs-d’œuvre Guerre et paix et Anna Karenina m’ont rapprochée encore de ce monde merveilleux.

Mon admiration pour cette écriture à la fois sombre et mélodieuse ne cessa que lorsque j’ai commencé l’université et que je ne trouvais plus le temps de jongler entre mes cours, mes devoirs et mes longues lectures. Pour me faire pardonner cette rupture involontaire, j’ai pris la décision de m’inscrire au centre culturel russe pour apprendre la langue russe de Dostoïevski, sa prose et la profondeur de ses livres. Mon objectif était de lire ses livres dans leur langue d’origine.  

Il a suffi d’un cours d’introduction difficile et deux cours manqués – à cause de mon emploi du temps chargé -, pour me rendre compte que ma connaissance du russe allait s’arrêter à quelques phrases banales comme « Comment t’appelles-tu? » ou « D’où viens-tu? » Mon objectif révolutionnaire de vouloir lire l’œuvre de Dostoïevski dans sa langue d’origine s’est évaporé comme une flaque d’eau dans le Sahara.

Plus tard, je lus des livres traduits de la langue turque, de l’anglais, de l’allemand et plus jamais je n’eus cette envie de les lire dans leur langue d’origine. Mon amour de la littérature allait au-delà des mots écrits dans la langue d’origine. Je savourais les mots tels que choisis par le ou la traductrice en imaginant qu’ils étaient identiques à ceux minutieusement composés par l’auteur d’origine. Dorénavant, tout ce qui m’importait, c’était l’histoire et la poésie qui s’en dégageaient.

Tout récemment j’ai fait la découverte d’une auteure omanaise : Jokha Alharthi. J’ai lu en anglais son livre Narinjah : The bitter orange tree. C’est le mot « Narinjah » sur la couverture qui m’a intriguée. Un mot arabe que nous utilisons dans notre dialecte tunisien. C’est le fruit du bigaradier, un arbre dont les fruits très amers sont parfois consommés en confiture. Le titre d’un roman écrit en arabe puis traduit en anglais.

D’anciennes plaies rouvertes

Malheureusement la version française n’est pas encore sortie. Mais la découverte de cette auteure m’a plongée dans le monde littéraire de Jokha Alharthi et c’est ainsi que j’ai pu lire en français son premier roman : Les Corps Célestes.

Traduit de l’arabe par Khaled Osman, un auteur qui a traduit des grands de la littérature arabe comme Naguib Mahfouz, prix de Nobel de la littérature, Les corps célestes, intitulé dans sa version originale Les dames de la lune, m’a rouvert mes anciennes plaies. Ou disons m’a fait retomber dans ma naïveté d’adolescente : celle de vouloir lire l’œuvre dans sa version originale c’est-à-dire en arabe.

L’aurais-je autant apprécié jusqu’à l’aimer si j’avais lu le même livre en arabe? Un livre écrit en arabe classique pur avec des dialogues en vernaculaire omanais. Mais alors, peut-être que je n’aurais pas pu saisir toutes les nuances de ce dialecte dont j’ignore plus d’une subtilité. Le traducteur n’est-il pas dans ce cas en train de me sauver d’un échec certain, celui de perdre une partie de l’histoire.

Mais qu’en est-il de la beauté et de la profondeur des mots dans leur langue d’origine? N’y aurait-il pas un soupçon, même un chouia qui partirait avec les nouveaux mots formulés dans la langue de Molière. Gagner en compréhension et perdre en profondeur. Un dilemme dont je ne voudrais pas en être l’arbitre.

Avant de lire Les corps célestes, je ne connaissais presque rien du Sultanat d’Oman. Peut-être quelques photos de cartes postales et le nom du roi Qaboos dont le géniteur est considéré comme le père fondateur du Sultanat moderne d’aujourd’hui. Mais rien des habitudes sociales, des relations hommes femmes, du climat, de l’architecture… Un mystère qui se remplit insidieusement de préjugés ou de graines d’ignorance.

Des histoires de femmes qui se cherchent et se racontent

Jokha Alharthi dépoussière ces graines de mes neurones. Avec des histoires, surtout de femmes, qui se cherchent et se racontent. Maya, celle qui est follement amoureuse d’un homme qui ne la regarde pas. Celle qui supplie Dieu pour que cet homme la voit. Celle qui promet à Dieu qu’elle fera tout si jamais cet homme la remarque.

Évidemment Dieu avait d’autres plans pour elle. C’est un autre homme qui tombe follement amoureux d’elle et devient son mari mais c’est Maya ignore ce mari à son tour. Le corps qui procrée mais l’esprit qui vagabonde dans les cieux. Jamais Maya ne sera plus pareille. Elle se marie pour oublier. Elle dort aussi beaucoup pour s’évader.

Il y aussi sa sœur Khawla. L’intelligente, la féministe, sans jamais la nommer de la sorte, celle qui apprend et veut éduquer les gens autour d’elle. C’est aussi celle qui refuse tous les hommes qui demandent sa main car elle attend le retour de celui qu’elle aime, un cousin qui est parti au Canada et qui apparemment ne retournera jamais. Un « suicide sentimental ». Une façon de refuser pour ne jamais se marier. Une façon de s’affirmer dans une société patriarcale, traditionnelle qui s’ouvre à pas de tortue vers la modernité.

Et l’autre sœur Asma, celle qui accepte les normes de la société. Celle qui se marie pour faire plaisir à ses parents parce qu’« on » doit se marier.

De la lignée des poétesses arabes du désert

Professeure de littérature arabe, Jokha Alharthi a fait des études de doctorat à l’Université d’Édimbourg en Écosse. Étudier l’arabe chez les Écossais. Comme la lectrice que je suis : lire un roman écrit en arabe, ma langue maternelle, dans sa version traduite en français. Toute une gymnastique pour en fin de compte savourer des histoires et surtout découvrir une plume très poétique.

Jokha Alharthi représente une autre voix limpide et forte de la même lignée que ses poétesses arabes du désert dont très peu est connu aujourd’hui. Des matriarches gardiennes farouches de leur société mais aussi des témoins redoutables de leur temps.

Elle m’a beaucoup appris sur elle, en tant qu’écrivaine, mais surtout sur son pays, ses paysages, ses villages, ses démons et ses anges, et ses hommes et ses femmes qui souffrent, s’aiment et résistent.

Une vraie découverte dans la langue de Molière qui m’est venue du fin fond de l’Arabie.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Fin du Mois de la Fierté : la communauté LGBTQ+ franco-ontarienne témoigne

Le Mois de la Fierté est l’occasion de souligner la diversité des expériences LGBTQ+ franco-ontariennes. Dans les dernières semaines, ONFR+ s’est entretenu avec des personnes aux profils variés pour discuter d’identité, d’enjeux et de l’évolution de la situation en Ontario francophone. Parce que le mois se termine, mais que la discussion continue, la parole est à Ariane, Sophie, Dolvan, Michel et Zakary.

Ariane

Ariane s’identifie comme panpoly, c’est-à-dire pansexuelle et polyamoureuse. Elle habite avec ses deux partenaires principaux, Shaun et Chris, qui n’entretiennent pas de relation romantique l’un envers l’autre. « Ils sont de très bons amis. Ils font beaucoup de choses ensemble. Si je ne suis pas à la maison, ça ne va pas les empêcher de faire une activité ensemble. » Tous les trois sont libres de développer d’autres relations, peu importe leur niveau d’intimité et d’attachement.

« Je m’identifie comme quelqu’un qui défie les normes de différentes façons et qui soutient les gens qui défient les normes »
— Ariane

Comme nous l’explique Ariane, il n’y a pas de consensus à savoir si les personnes polyamoureuses font partie de la communauté LGBTQ+. « Le LGBTQ+ comprend l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Et le polyamour, c’est plus un style de vie ou un arrangement de relations. Pour moi, le polyamour fait partie de mon identité LGBTQ+. Étant aussi pansexuelle, je sais qu’on fait face aux mêmes défis. »

Crédit image : Stéphane Bédard

Pour elle, le coming out polyamoureux a même été un peu plus difficile que le coming out pansexuel, parce que le sujet est moins discuté dans l’espace public. Même si son entourage s’est montré très ouvert, Ariane hésite encore à se dévoiler complètement sur son lieu de travail.

Mais dans les lieux publics, elle ne se gêne pas trop pour démontrer de l’affection à plus d’un ou d’une partenaire à la fois. « On ne se donne pas en spectacle, mais de faire des choses que les gens en relation plus traditionnelles feraient, comme se tenir la main ou se donner un bec… Je me donne le droit de faire ça parce que les autres le font. Mais ça dépend de l’endroit. »

Crédit image : Stéphane Bédard

Dans une société où la monogamie est la norme, certains préjugés sont tenaces. « Il y a des gens qui pensent que les personnes se font manipuler ou ne consentent pas d’une façon informée, alors que c’est vraiment important. On appelle ça aussi la non-monogamie éthique. La partie éthique est aussi importante que l’arrangement lui-même. »

Une autre idée reçue est celle que les personnes polyamoureuses accumulent les conquêtes sexuelles. « C’est possible d’être poly et asexuel. C’est vraiment plus à propos de nos connexions, des fois sexuelles, mais aussi romantiques, émotionnelles et intellectuelles. »

Crédit image : Stéphane Bédard

Ariane souligne qu’elle ne souhaite pas convertir les gens monogames, mais seulement qu’ils reconnaissent la validité de ses choix. « Non seulement on ne fait de mal à personne, mais on s’entraide, on se soutient, c’est pas mal toujours positif. »

Sophie

Sophie Stiquée est une drag queen et DJ polyglotte originaire de l’île Maurice. Elle coanime la seule soirée de drag francophone de Toronto.

Crédit image : Jackson Ho

Elle aussi fait face à des stéréotypes en lien avec la sexualité. Et comme l’intersectionnalité fait partie intégrante de son identité, certains clichés s’accumulent. « Beaucoup de gens pensent que les personnes queer abusent de drogues et de sexe. Il y a aussi beaucoup de stéréotypes envers les personnes queer et asiatiques, comme penser qu’elles sont hypersexuelles ou, à l’opposé, asexuelles. »

Crédit image : Jackson Ho

Les défis étaient lourds pour Mathieu Adrien, l’alter ego de Sophie Stiquée, puisqu’iel a grandi dans un pays où l’homosexualité est criminalisée. Heureusement, la communauté torontoise lui permet de vivre librement ses différentes facettes identitaires. « Non seulement il y a un village où les personnes comme moi sont célébrées, accueillies et protégées, mais il y a aussi des sous-cultures, des espaces à l’intérieur d’autres espaces. »

« Être un représentant de la communauté francophone mauricienne et queer à Toronto, c’est vraiment un honneur »
— Mathieu, alias Sophie Stiquée

Tout n’est pourtant pas rose pour la communauté LGBTQ+ de la Ville Reine. Si iel n’a pas encore été témoin d’une montée anti-drag comme on en voit ailleurs, Mathieu s’inquiète de voir des bars gais mettre la clé sous la porte. « Je pense que c’est le plus gros enjeu au Canada. On a l’impression qu’on perd de plus en plus d’espaces consacrés à la sécurité des personnes LGBTQ+. »

Dolvan

Fraichement débarqué à Toronto en décembre 2022, Dolvan arrive aussi d’un pays où l’homosexualité est criminalisée. Son parcours de vie au Cameroun est particulièrement truffé d’embûches. Son père étant chef de village, Dolvan n’avait pas le droit à l’erreur. On attendait même de lui qu’il se trouve non seulement une femme, mais plusieurs.

« Depuis mon enfance, j’ai ressenti que je suis différent, que j’ai de l’attirance pour les hommes. Mais je ne pouvais pas m’exprimer. J’ai grandi dans une communauté très religieuse. »

Crédit image : Andréanne Baribeau

Après la séparation de ses parents, Dolvan a dû s’occuper de ses frères et sœurs alors qu’il n’était pas lui-même sorti de l’enfance. En plus de ne pas pouvoir s’épanouir, il ne pouvait pas non plus dénoncer les agressions sexuelles qu’il subissait de la part d’un membre de la famille.

« Le seul réconfort était à l’église. Mais comme j’étais choriste et enfant de chœur, je changeais généralement d’église pour aller me confesser chez un prêtre ailleurs. »

Crédit image : Andréanne Baribeau

À l’âge adulte, il sort parfois à la Connexion, le bar gai secret de la ville de Douala. Mais il faut se cacher, en sortir masqué et déguerpir rapidement. Dolvan se rend aussi quelques fois à des rendez-vous avec des hommes rencontrés sur Internet. Mais lorsque l’un d’eux l’arnaque et le dépouille, il ne peut pas le dénoncer sous peine d’être lui-même découvert.

Heureusement, la mère de Dolvan a accepté son homosexualité, qu’il a fini par lui révéler. « C’est la force de ma mère qui m’a fait ne pas craquer. Je sais maintenant que l’amour que j’avais pour elle était un bouclier pour moi. »

Son déménagement en Ontario a complètement changé la vie de Dolvan, qui prend les moyens de passer par-dessus toutes ces embûches.

« Quand je suis arrivé à l’Université de l’Ontario français, la première personne que je voulais voir, c’était la psychothérapeute »
— Dolvan

La découverte de FrancoQueer a été déterminante pour celui qui participe aujourd’hui à toutes les activités de l’organisme : « Je ne veux plus me faire violence. Je veux m’exprimer dans mon groupe, où je suis libre. Quand je suis là-bas, je suis heureux de m’exprimer. Je fais des rencontres, personne ne me regarde, personne ne me juge, je n’ai pas honte. »

Crédit image : Andréanne Baribeau

Celui qui déménagera bientôt à Sudbury pour étudier à l’Université Laurentienne affiche une détermination sans égal. « Dans mon pays, on nous prend comme des méchants, des sorciers, des maudits… Je veux montrer que moi, je ne suis pas maudit. »

Michel

À 67 ans, Michel se souvient pourtant que l’homosexualité était aussi criminalisée au Canada jusqu’en 1969. Il rappelle que beaucoup de gens de sa génération sont toujours dans le placard. « Je pense que c’est important de réaliser que la honte, le fait de ne pas avoir le droit de se marier, de ne pas pouvoir vivre ouvertement dans nos milieux de travail et dans notre société… ce n’est pas fini. Il y a une accumulation de traumatismes au cours d’une vie. »

Crédit image : Andréanne Baribeau

Dans sa vingtaine, Michel a lui-même été marié à une femme. « À 26 ans, je lui ai avoué que j’étais gai, parce que j’avais demandé une séparation et elle ne comprenait pas pourquoi. C’est à 37 ans que j’ai fait un véritable coming out. »

Crédit image : Andréanne Baribeau

Celui qui dirige une association pour aînés franco-ontariens contribue à y créer un climat d’ouverture envers les communautés LGBTQ+ qu’il aurait aimé retrouver dans son adolescence.

« J’envie les jeunes d’aujourd’hui. On en parle dans les écoles, il y a des groupes d’alliances qui leur permettent de s’afficher, de s’affirmer, de se questionner. Personnellement, à 18 ans, j’aurais aimé que quelqu’un m’aide à voir clair. »

Zakary

À 19 ans, Zakary peut témoigner de cette évolution sociale. Celui qui a grandi à Hearst affirme que la situation s’améliore dans le Nord de l’Ontario.

« Au début, j’avais des regards dans la rue, des commentaires lancés. Je marchais dans la rue et je tenais la main de mon copain et on se faisait lancer des insultes. Mais là, ça progresse. »

Crédit image : Inès Rebei

Même si le fait de vivre dans une communauté où tout le monde se connaît apporte son lot de regards, Zakary n’a pas l’impression d’être observé plus que les autres. Le jeune homme a même participé aux deux premières éditions du Cabaret Queer de Hearst, organisé par le Conseil des arts. Cette expérience lui donne envie d’explorer plus sérieusement la discipline de la drag, qui est presque inexistante dans sa région. En attendant, il continue simplement d’être lui-même.

« Je porte des talons hauts et une manucure. Les gens font beaucoup moins de remarques qu’avant. Au final, tant que moi je suis heureux, ça ne me dérange pas, ce que les gens pensent. »

Être queer et francophone

Nous avons demandé à ces cinq Franco-Ontariens si la situation linguistique leur avait apporté des enjeux distincts de la communauté anglophone. Michel, Zakary et Ariane ont expliqué que c’est surtout au niveau de l’accès aux activités en français qu’il y a des lacunes. On tient souvent pour acquis que les francophones sont bilingues, mais pour des questions d’une aussi grande importance identitaire, il est parfois plus difficile d’être complètement soi-même dans notre langue seconde.

Pour Mathieu, c’est plutôt la structure très genrée du français qui pose problème. « Je ne m’attends pas à ce que ma mère m’appelle iel. Je sais que ça lui demanderait beaucoup d’effort, non seulement de respecter mon identité de genre, mais de changer son usage de la langue française. »

L’importance du Mois de la Fierté

Alors que le Mois de la Fierté se termine, tous les participants à ce photoreportage s’entendent sur son importance. Dolvan, Michel et Mathieu ont vécu le fait d’être citoyens de pays qui criminalisent les communautés LGBTQ+. Mathieu affirme apprécier « l’opportunité de me mettre en avant et d’être un représentant pour ma communauté. De dire qu’on peut être exactement comme les autres et s’épanouir sans difficulté ».

Ariane se montre très reconnaissante des générations précédentes, qui se sont battues pour les droits de la communauté. Elle conclut : « On ne fait de mal à personne. Ce qu’on fait, c’est qu’on aime librement. Et pour moi, c’est vraiment difficile de voir le mal là-dedans. »

*Avec la collaboration d’Andréanne Baribeau, Yana Pigot, Inès Rebei, Abigail Alves Murta, Jacques-Normand Sauvé, Stéphane Bédard et Jackson Ho.

Le projet d’Université de Sudbury « par et pour » rejeté par la province

SUDBURY – Le projet d’une université par et pour les francophones dans le Moyen-Nord vient d’encaisser un revers majeur. Le ministère des Collèges et Universités ne financera pas l’Université de Sudbury. À peine dévoilée ce vendredi en fin de journée, cette nouvelle a déjà suscité une onde de choc dans la communauté franco-ontarienne de Sudbury.

Dans un communiqué diffusé la veille du long week-end de la fête du Canada, le ministère indique que « la proposition de l’Université de Sudbury, y compris la demande de financement visant à créer une université autonome de langue française, ne reflète pas la demande actuelle ni les tendances en matière d’inscription ».

Le ministère, qui s’est appuyé sur les conclusions de la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation postsecondaire (CEQEP), justifie sa décision par l’offre postsecondaire en français déjà existante dans la région du Grand Sudbury et dans l’ensemble de l’Ontario.

Sa décision est aussi fondée sur un examen du marché du travail, des programmes offerts, de l’intérêt des étudiants, du besoin de collaboration institutionnelle et des propositions soumises par l’Université de Sudbury.

C’est un coup dur pour les partisans du projet, d’autant que l’institution – qui n’offrait plus de programmes depuis deux ans – avait franchi toutes les étapes préalables : autonomie, laïcité et unilinguisme francophone… Il ne lui manquait que l’accréditation du ministère des Collèges et Universités.

Le recteur Serge Miville n’était pas parvenu à convaincre le gouvernement de faire place au projet dans le dernier budget provincial au printemps dernier, mais plusieurs sources communautaires proches du dossier espéraient un déblocage à l’automne prochain.

Incompréhension totale

Pour le recteur de l’établissement qui a vu la création du drapeau franco-ontarien, la nouvelle a été particulièrement surprenante.

« C’est une très grande surprise surtout qu’ils ont le plan d’affaires depuis un peu plus de six mois et la seule rétroaction qu’on a reçue, était élogieuse », confie-t-il en évoquant le plan d’affaires. Soumis dans le cadre du processus de la CEQEP, celui-ci avait pourtant confirmé la concordance entre les besoins du marché du travail et les programmes proposés.

Il ajoute, qu’en outre, les dialogues avec la province étaient très positifs et constants.

L’institution « envisagera les prochaines étapes, car elle est solidaire de sa communauté et cherche à créer davantage d’options d’éducation postsecondaire dans une université par et pour », précise-t-elle dans un communiqué.

Une étude publiée le mois dernier par le Centre de leadership et d’évaluation estimait également l’impact économique global de l’Université de Sudbury à près de 90 millions de dollars pour le Moyen-Nord de l’Ontario pour l’année académique 2028-2029.

« Nous continuerons à travailler avec l’ensemble des établissements d’éducation francophones pour contribuer à offrir un enseignement postsecondaire de qualité aux communautés du Nord ainsi qu’aux communautés francophones de l’Ontario », assure, de son côté, le ministère dans son communiqué.

L’Université de Sudbury a aussi laissé la porte ouverte à la suite des pourparlers avec le provincial.

« Nous continuerons à travailler avec le gouvernement de l’Ontario pour clarifier les points du plan alors que nous envisageons nos options. »

« Pas un premier non qui va nous ralentir »

Pour l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), il n’est pas question d’en rester là. Celle-ci indique qu’elle va « étudier la réponse et nous organiser », tout en invitant les francophones ontariens et canadiens à rester à l’écoute.

« Un nouveau chapitre va s’écrire dans ce dossier. Nous visons la réussite et ce n’est pas un premier non qui va nous ralentir. »

L’organisme des Franco-Ontariens s’est dit « grandement déçu que la province ait choisi la voie du statu quo et récompense la mauvaise gestion de l’Université laurentienne au détriment de la saine gestion de l’université de Sudbury ».

Dans une déclaration, le bureau de la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor, qualifie de « grande déception » la décision de l’Ontario. Ottawa avait annoncé l’an dernier un financement de deux millions de dollars pour contribuer au projet de l’institution franco-ontarienne.

« La communauté franco-ontarienne du Moyen-Nord s’était ralliée derrière ce projet rassembleur depuis ses débuts et avait fait les preuves d’un modèle  »par et pour » (…) Il est essentiel pour nos communautés de langue officielle en situation minoritaire de pouvoir se doter d’institutions fortes pour assurer leur vitalité. Nous allons prendre le temps de parler avec l’Université, la communauté et la province de l’avenir du postsecondaire dans la région », a indiqué la directrice des communications de la ministre, Catherine Mounier-Desrochers.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor avait fait l’annonce d’un financement fédéral de 1,9 million de dollars à l’Université de Sudbury en avril 2022. Archives ONFR+

Le sujet pourrait revenir dès la semaine prochaine alors que les ministres Caroline Mulroney et Ginette Petitpas Taylor seront réunies du côté de Vancouver le 6 et 7 juillet dans le cadre d’une conférence du Conseil des ministres sur la francophonie canadienne.

Un timing difficile

Pour beaucoup, le choix de révéler cette information un vendredi en fin de journée, la veille d’un long congé et de la fête du Canada. Cela rend la nouvelle encore plus amère, estime Fabien Hébert, président de l’AFO.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) se dit « solidaire » de l’AFO et des francophones du Nord de l’Ontario.

Celle-ci intervient également moins de deux semaines après l’adoption majoritaire de la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

M. Hébert dit qu’il y aura des discussions dès la semaine prochaine pour évaluer les options. Crédit image : Inès Rebei

Pour M. Hébert, pour accueillir davantage d’immigrants et rétablir le nombre de francophones au pays, comme le veut le nouveau libellé, une décision positive aurait été plus logique.

« On est en train, d’un côté de dire, il faut augmenter la communauté francophone, de l’autre, on dit qu’ils n’auront pas besoin d’institutions éducationnelles », s’étonne-t-il.

« 110 ans après l’adoption du Règlement 17, on doit continuer de se battre pour notre éducation en français », a laissé savoir l’AFO dans un de ses nombreux gazouillis de réactions.

Autres réactions

Denis Constantineau, porte-parole de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française, se dit déçu, mais pas surpris de la décision du bureau de Jill Dunlop.

Réagissant au motif du refus invoqué par le gouvernement conservateur, celui-ci répond que l’établissement est un vrai besoin pour le Nord.

« On ne construit pas l’université pour ce qu’on a besoin aujourd’hui, une université c’est un projet de société, pour planifier l’avenir ». Il ajoute que c’est aussi un manque à l’échelle de toute la province.

M. Constantineau est également directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury. Crédit image : Inès Rebei

Même son de cloche chez le député néodémocrate et porte-parole de l’opposition officielle aux Affaires francophones, Guy Bourgouin selon lequel « les droits acquis des francophones en Ontario prennent du recul.

Le Franco-Ontarien estime que le gouvernement conservateur « montre ses vraies couleurs aujourd’hui sur sa position ».

À la déception s’ajoute la colère chez bien des francophones de la région, y compris Réjean Grenier, éditorialiste bien connu de Sudbury. Celui qui écrit souvent des chroniques enflammées sur l’établissement, va jusqu’à dire qu’« il n’y a personne dans ce gouvernement-là qui croit dans la francophonie ontarienne incluant ceux qui parlent français ».

Avec la collaboration de Rudy Chabannes et Pascal Vachon.
Article mis à jour vendredi à 19 h.

Le renvoi de la directrice de La Maison soulève l’indignation

TORONTO – Elle était depuis 11 ans la directrice générale du seul organisme franco-torontois d’hébergement pour les femmes victimes de violence, La Maison. Jeanne Françoise Mouè a été congédiée par son conseil d’administration au début du mois. L’organisme navigue depuis sans direction à sa tête. Redoutant une perte de services et de confiance des usagers, plusieurs soutiens réclament sa réintégration et que toute la transparence soit faite sur ce qui a mené à une telle décision.

Dans une lettre adressée le 13 juin dernier au conseil d’administration de La Maison ainsi qu’au ministère des Services à l’enfance et Services sociaux et communautaires de l’Ontario, plusieurs responsables associatives engagées de longue date dans l’aide aux femmes victimes de violence s’indignent de ce renvoi intervenu le 8 juin.

Leurs craintes? Que ce départ soit source d’instabilité pour la petite organisation, à la fois pour répondre aux besoins des femmes vulnérables hébergées actuellement, et pour le personnel privé de directrice sans garantie d’une embauche rapide dans un contexte de pénurie de talents.

Les signataires redoutent de surcroît un impact sur l’ensemble des services en français en Ontario, car « les opposants à la fois aux services en français et aux services aux femmes ne manqueront pas de prétendre que les femmes francophones ne peuvent gérer leurs propres services ».

Dans leur lettre, elles soulignent que ce renvoi pourrait rejaillir sur « la perception qu’auront les usagères de La Maison (la majorité étant des femmes noires immigrantes) et l’ensemble de la communauté, devant ce renvoi qui nous semble injustifié d’une directrice générale francophone efficace, noire et immigrante. En l’absence de justification, les doutes et la confusion nourriront les questionnements ».

Stupeur devant une feuille de route « impeccable »

« On est estomaqué car c’est une femme qui a une feuille de route impeccable dans la communauté et qui a bâti les fondations de La Maison », réagit Dada Gasirabo, directrice générale d’Oasis Centre des femmes, un organisme qui aide les femmes victimes de violence à devenir autonomes.

Et de s’interroger sur la soudaineté du renvoi : « Lui dire de partir comme ça d’un coup, ça peut perturber toute l’organisation. Il n’y a eu ni préparation ni transition autour de son départ. Le conseil d’administration doit rendre des comptes à la communauté. »

« Je ne suis pas sûre que le conseil d’administration comprenne l’immensité du travail de sa directrice » – Ghislaine Sirois

« Je la connais depuis 1999. C’est une personne d’une grande intégrité et qui sait jouer des coudes pour aller chercher des fonds », ajoute Ghislaine Sirois, chercheure communautaire et ex-directrice générale d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF).

Cette dernière qualifie ce congédiement de « décision radicale » et d’« injustice » qui plonge l’organisme dans une situation « très fragile ». « Ça m’inquiète car cette infrastructure est minimale. Je ne suis pas sûre que le conseil d’administration comprenne l’immensité du travail de sa directrice et comment elle serait devenue soudainement incompétente au bout de dix ans de services », soupire-t-elle.

Elle confie avoir parlé au cours du mois de juin à Mme Mouè, une personne « ébranlée » depuis son renvoi.

La sécurité des usagères prioritaire, assure la présidente

De son côté, la présidente du conseil d’administration de La Maison d’hébergement pour femmes francophones, Marianne Goodwin, assure au micro d’ONFR+ que le recrutement d’une nouvelle directrice générale est en cours. « Dans l’intérim, les membres du conseil d’administration travaillent avec les employées dévouées de La Maison pour assurer la continuité des services et des programmes », affirme-t-elle, ne souhaitant pas divulguer d’informations confidentielles liées au motif du renvoi.

Et d’insister : « La sécurité et le bien-être de toutes les femmes et de leur famille ainsi que des employées et des bénévoles restent la priorité de l’organisme. »

Les signataires demandent à son conseil d’administration de reconsidérer sa décision, d’expliquer quelles mesures ont été prises pour assurer la sécurité des usagères et de passer en revue ses pratiques afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise à l’avenir.

Engagée depuis de nombreuses années dans l’aide sociale pour les femmes francophones victimes de violence conjugale, Jeanne Françoise Mouè était à la tête de La Maison depuis 2012. Elle a notamment participé en 2001 à la mise sur pied du Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones (MOFIF), puis a dirigé de 2004 à 2006 le Centre espoir Sophie à Ottawa.

Elle est devenue en 2006 la première directrice générale du centre Novas, qui aide les femmes francophones victimes d’agression sexuelle. Elle siège actuellement au conseil d’administration d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.

Offre d’emploi avec entrée en fonction immédiate

Destinataire de la lettre Services à l’enfance et Services sociaux et communautaires ne commente la situation, indiquant que les fournisseurs de services financés par le ministère, y compris les agences de lutte contre la violence faite aux femmes, sont responsables de leur propre gouvernance et de leurs opérations par l’intermédiaire d’un conseil d’administration et d’un personnel bénévoles, y compris les ressources humaines.

L’organisme a publié une offre d’emploi en date du 13 juin proposant un poste de directrice générale à plein temps avec entrée en fonction immédiate. Ce vendredi était la date limite pour postuler.

Outre Dada Gasirabo et Ghislaine Sirois, la lettre est cosignée par Kathryn Penwill, consultante et ex-directrice fondatrice d’OASIS Centre des femmes, Élisabeth Larsen, ex-directrice de la ligne de soutien Fem’aide, Gaëtane Pharand, directrice générale du Centre Victoria pour femmes, Céline Pelletier, directrice générale Maison Interlude House (Hawkesbury) et Rose Viel, administratrice d’AOcVF.

Figurent aussi parmi les signataires Denyse Culligan, ex-directrice générale fondatrice de Centr’Elles – Centre des femmes francophones du Nord-Ouest de l’Ontario, Andrée Côté, avocate émérite à la retraite, Sandra Weinstein, ancienne vice-présidente du conseil d’administration de La Maison, Louise Allaire, traductrice, et Monique Divert, membre fondatrice du MOFIF.

Le Franco-Ontarien Alex Pharand repêché dans la LNH 

Le jeune attaquant franco-sudburois Alex Pharand a été sélectionné en 99e position du repêchage de la LNH par les Blackhawks de Chicago jeudi.

Le jeune homme originaire de Sudbury a vu son rêve de rejoindre la plus grande ligue de hockey au monde se réaliser alors qu’il a été choisi lors du 4e tour par l’équipe de l’Illinois.

Le jeune attaquant de 18 ans qui peut évoluer à la fois à l’aile qu’au centre jouait du côté des Wolves de Sudbury, sa ville natale, dans la OHL. Il a connu une grande progression ces deux dernières années après avoir été transféré d’Hamilton pour obtenir plus de temps de jeu.

Pour sa première saison en 2021-22, il a inscrit 6 buts et délivré 8 aides. Ses chiffres ont drastiquement augmenté cette saison avec un total de 18 buts et 21 assistances en 67 matchs. Il a même inscrit l’un des buts de l’année en OHL face à son ancienne équipe d’Hamilton. 

Il a passé son hockey mineur dans la Northern Ontario AAA Hockey League (NOHL) où il a principalement joué pour les Nickel City Sons, à Val Caron,en banlieue de Sudbury. Les Blackhawks de Chicago, l’équipe qu’il rejoint, ont connu une saison très difficile avec une dernière place dans la division centrale de la conférence de l’Ouest et le pire bilan de toute la ligue avec 49 défaites au compteur. La franchise de l’Illinois espère donc reconstruire à partir des repêchages où ils ont sélectionné notamment Connor Bedard (1er choix) et Oliver Moore (19e) au premier tour.

Fête du Canada et célébrations à profusion en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

C’est la fête du Canada ce samedi et de nombreuses activités se tiendront partout au pays. Les célébrations dans les communautés francophones passent beaucoup par des organismes à but non lucratif et se déclinent souvent en fêtes familiales ou en activités multiculturelles. Voici quelques suggestions d’endroits pour soulever l’Unifolié ou tout simplement profiter de l’éventail d’événements offerts dans la province cette semaine.

Communautaire

La fête du Canada dans la capitale

Le plus gros rassemblement du premier juillet se tient dans la capitale. En plus de différents événements ailleurs en ville et dans la région, le gros des festivités se déroule sur les plaines LeBreton qui accueillent des activités familiales toute la journée. La cérémonie du midi et le spectacle du soir seront diffusés en direct sur différentes plateformes de Radio-Canada, partout au pays.

Des artistes offriront des performances à distance, en direct de différentes grandes villes canadiennes. Le rassemblement pancanadien du soir sera animé par Isabelle Racicot et réunira, du côté francophone, des artistes de différentes générations comme Roxane Bruneau, Les Louanges, Josiane Comeau, France D’Amour et Dubmatique. L’artiste oji-cri de la première nation de Sandy Lake, dans le Nord de l’Ontario, sera aussi de la partie.

Pour une deuxième année, la fête du Canada à Ottawa se déroule sur les plaines LeBreton, en raison des travaux à l’édifice du Centre du Parlement. Crédit image : Patrimoine canadien

Parmi les activités ailleurs en ville, il y aura un concert gratuit de l’Orchestre du Centre national des arts et l’accès aux différents musées nationaux est gratuit. La plupart d’entre eux demandent tout de même de réserver.

Le 1er juillet de 9h à 22h30 sur les plaines LeBreton et ailleurs en ville. Détails sur le site de Patrimoine canadien

La fête du Canada ailleurs en Ontario

D’innombrables fêtes de quartiers ou de communautés se tiendront le premier juillet, pour la fête du Canada. Le site de Patrimoine canadien offre un outil de recherche pour tenter de s’y retrouver. Quelques exemples…

À Sudbury, découvertes scientifiques, marché local, spectacles et activités familiales attendent les visiteurs de Science Nord. La programmation extérieure est gratuite et les activités régulières sont offertes au rabais. À Belle River, L’Association des communautés francophones de l’Ontario de Windsor-Essex-Chatham-Kent (ACFO WECK) organise une journée familiale à l’ATLAS Tube Recreation Center avec, entre autres, une activité de jeu-questionnaire et un spectacle de Luc Michaud.

À Welland, l’organisme Solidarité des Femmes Immigrantes Francophones du Niagara (SOFIFRAN) offre un buffet multiculturel gratuit. Les municipalités des Comtés unis de Prescott et Russell et le Conseil des arts Prescott Russell se sont mis ensemble pour offrir une célébration virtuelle. Et l’Auberge francophone d’Etobicoke, qui offre des services d’accueil aux immigrants, organise aussi une journée d’activités familiales.

À noter que les traditionnels feux d’artifice sont annulés pour les régions où il y a interdiction de feux à ciel ouvert.

Science Nord invite chaque année les résidents de Sudbury pour une journée de célébration de la fête du Canada. Gracieuseté Science Nord

Partout en Ontario. Il est possible de trouver des activités près de chez nous sur le site de Patrimoine canadien

Clarence-Rockland en fête

Le Festival de Clarence-Rockland est en cours jusqu’à lundi. Des activités ont lieu dans les deux langues, comme les présentations de l’organisme de sensibilisation à la conservation de la faune, Meet the Keepers, ou du magicien Ian Quick. Demain soir, la Montréalaise d’origine Elyzabeth Diaga présentera sa revue musicale Queens of Rock. Dimanche soir, un spectacle d’humour réunira Mario Tessier, Stéphane Fallu et l’humoriste originaire de Clarence Creek, Jonathan Dion. La plus grande partie des activités se déroule au parc Simon de Rockland.

Le festival Clarence-Rockland réunit les générations et les communautés anglophones et francophones. Gracieuseté Cité de Clarence-Rockland

Jusqu’au 3 juillet. Détails sur le site de Clarence-Rockland

Fêter les Canadiens de toutes origines

Le Festival multiculturel canadien se déroule à Peterborough jusqu’à demain, en lien avec la journée canadienne du multiculturalisme qui s’est tenue le 27 juin. Le Centre des nouveaux Canadiens, qui organise le festival, dessert des citoyens provenant de plus de 90 pays et parlant une soixantaine de langues différentes. Demain avant-midi, un atelier d’artisanat permettra aux participants de s’initier à des formes d’artisanats ukrainiennes, mexicaines, vietnamiennes et plus. En soirée, Latin Express offre une activité de danse salsa, bachata et merengue.

Une activité de Zumba a eu lieu plus tôt durant le Festival multiculturel canadien. Gracieuseté Centre des nouveaux canadiens de Peterborough

Jusqu’au 30 juin. Détails sur le site du Centre des nouveaux Canadiens

Arts visuels

Inspiration Riopelle

Le peintre Jean-Paul Riopelle aurait eu 100 ans cette année, et la fondation qui porte son nom a lancé un appel aux artistes de partout au pays pour lui rendre hommage. C’est un projet de l’Atelier d’innovation sociale Mauril-Bélanger qui a été officiellement choisi pour représenter l’Ontario dans le cadre du programme de médiation culturelle Dialogues : rencontres autour de l’œuvre de Riopelle d’un océan à l’autre.

Le vernissage de l’exposition Territoires : échos et dissonances aura lieu mardi au centre SAW d’Ottawa, en présence des artistes Jobena Petonoquot, Craig Commanda, Mathieu Gagnon et Mathilde Forest. Ces derniers ont pris part à différentes activités, dont des marches historiques et culturelles avec des citoyens et experts de la région de Gatineau-Ottawa et se sont inspirés des discussions qui en ont découlé. Le projet vise « une redécouverte du paysage urbain local » dans une collaboration entre autochtones et allochtones.

L’une des œuvres de l’exposition Territoires : échos et dissonances. Agwàshimishin (to be taken out of sin). Perles de verre, caneva, feuilles de cèdre, 30.5 x 30.5 cm, par Jobena Petonoquot, 2023

Vernissage le 4 juillet et exposition en cours jusqu’au 31 août. Détails sur le site Dialogues Riopelle

Musique

Spectacle d’opéra gratuit

Le Centre national des arts (CNA) d’Ottawa offre une occasion unique de découvrir un art parfois élitiste avec deux performances gratuites de l’Ensemble studio de la Compagnie d’opéra canadienne. Les spectacles auront lieu lundi et mardi à midi, dans l’atrium O’Brien. La soprano francophone Ariane Cossette sera de la représentation du lundi. La Compagnie d’opéra canadienne est la plus importante productrice d’opéra au pays. Elle est basée à Toronto.

L’Ensemble studio de la Compagnie d’opéra canadienne. À l’arrière : Vladimir Soloviev, Midori Marsh, Brian Cho, Alex Hetherington, Jonah Spungin, Charlotte Siegel. À l’avant : Alex Halliday, Queen Hezumuryango, Ariane Cossette. Crédit image : Gaetz

Les 3 et 4 juillet. Gratuit. Détails sur le site du CNA

Michael Woods aborde le Tour de France avec ambition 

Le coureur franco-ontarien Michael Woods est la tête d’affiche de l’équipe Israel – Premier Tech qui ambitionne de jouer les premiers rôles sur la Grande Boucle cette année.

Le Tour de France, l’épreuve de cyclisme la plus attendue de l’année, démarre ce samedi 1er juillet depuis Bilbao au Pays basque espagnol. Pour Michael Woods, récent vainqueur de la Route d’Occitanie, la Grande Boucle représente toujours un moment particulier même s’il est désormais un habitué de l’épreuve.

« C’est mon quatrième Tour de France, c’est toujours spécial pour moi de le faire. Quand j’ai commencé à faire du vélo, je n’étais pas certain que j’arriverais à ce niveau et à faire le Tour, donc maintenant, j’arrive à une quatrième participation, c’est génial. »

En termes de niveau, le cycliste originaire d’Ottawa est en grande forme après sa victoire dans le Sud-Ouest de la France. Il espère pouvoir tirer profit de sa connaissance de la région dès la première semaine qui se déroule au Pays basque puis dans les Pyrénées, une zone géographique où il a brillé et où il habite (Andorre).

« Mon ambition pour cette année, c’est une victoire d’étape. C’est mon plus gros objectif. Je pense que c’est faisable, surtout après avoir terminé troisième et avoir permis une victoire d’étape à Hugo Houle l’année dernière », a-t-il confié.

Michael Wood s’est exprimé devant les médias ce jeudi. Capture d’écran ONFR+

« Le plus gros défi seront les deux trois premières étapes avec le stress, les dangers, les chutes, c’est toujours le cas sur le Tour de France. Je n’ai jamais terminé un Tour sans chuter et je crois que ces chutes ont été à chaque fois les raisons qui m’ont empêché de gagner des étapes ou qui ont fait que je n’ai pas bien couru. Le défi est vraiment de ne pas chuter. »

Si son plus grand but est une victoire d’étape, il admet également garder le classement général dans un coin de sa tête. Pour lui, l’objectif sera de ne pas perdre de temps sur la première semaine. Il veut s’inspirer de son compatriote canadien Derek Gee et être agressif tout au long de la course. De manière générale, l’Ottavien se sent bien entouré au sein d’une formation Premier Tech qui ambitionne de faire au moins aussi bien que lors de l’édition précédente.

« L’équipe est super forte, très agressive. J’aime beaucoup notre équipe. Quand on regarde l’effectif c’est très excitant, nous sommes très dynamiques. On a gagné deux étapes la saison dernière et je pense qu’il y a de fortes chances de le faire à nouveau cette année. »

Le nouveau maillot de l’équipe que porteront Michael et ses coéquipiers sur le Tour. Crédit : Israel Premier Tech.

L’année dernière, c’est le troisième Canadien de la formation, Hugo Houle, qui avait inscrit son nom sur la liste des vainqueurs d’étape en s’imposant le 19 juillet à Foix. Avec cette victoire sur la 16e étape, il était devenu le premier Canadien vainqueur sur la Grande Boucle depuis Steve Bauer en 1988. Cette année, le duo espère récidiver en inversant les rôles.

« Mike et moi avons une bonne relation, ça fait longtemps qu’on se connaît. L’année dernière dans l’échappée, on avait bien travaillé ensemble et cela m’avait permis de remporter une étape », raconte Houle.

« Si je pouvais l’aider à en gagner une cette année, cela me ferait grandement plaisir. C’est sympa d’avoir plusieurs Canadiens dans l’équipe, ça nous met dans une zone de confort. C’est super de pouvoir vivre cette expérience avec des gens que je connais bien. Trois Canadiens sur le Tour de France, c’est assez exceptionnel. Il y a plusieurs années j’étais le seul sur le circuit mondial. Être trois dans la même équipe, c’est un privilège », ajoute le Québécois.

Le Tour de France se déroule entre le 1 et le 23 juillet. Il est composé de 21 étapes entre Bilbao et Paris. Autant d’occasions offertes à Michael Woods et ses coéquipiers de briller sur les routes de l’Hexagone.

Olivia Chow : défis, embûches et pistes francophones

TORONTO – Logement, transport, sécurité, services en français… Fraichement élue mairesse de Toronto, Olivia Chow doit maintenant répondre à des attentes élevées, avec deux épines dans le pied : un déficit handicapant et un gouvernement provincial à l’opposé de l’échiquier politique.

L’édile de la Ville Reine, qui entrera en poste le 12 juillet, a promis de s’attaquer à la crise du logement en en construisant 25 000 habitations à loyer contrôlé sur des terrains appartenant à la ville avec un minimum de 7500 unités abordables. Elle a également l’intention de retirer du marché privé des unités pour les confier à des organismes sans but lucratif en investissant 100 millions de dollars par an dans un fonds dédié.

Ses marges de manœuvre unilatérales resteront toutefois extrêmement limitées, la plupart des règles du jeu étant fixées par la province. Elle dispose en effet de « peu de leviers pour mettre en place ses promesses quand on pense, par exemple, à la question de la protection des locataires qui incombe au gouvernement provincial et du cadre législatif autour de la Loi sur les locataires », contextualise Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster.

Quant à la construction de nouveaux logements publics, la capacité d’acheter des appartements sur le marché immobilier réclamera un budget conséquent alors que les caisses de la Ville sont vides. « Il faut avoir de l’argent pour le faire et, si elle va de l’avant, elle devra nécessairement mettre en veilleuse d’autres priorités », croit M. Graefe.

La 66e mairesse de Toronto est aussi attendue sur la question de la fiabilité et de la sécurité des transports en commun. « S’il y a de l’argent à dépenser dans ce secteur, ce sera plus pour geler les tarifs et freiner des coupes qui risquaient de se produire dans les niveaux de service, que pour embaucher des agents de sécurité », anticipe le politologue.

Mais elle devra dans le même temps répondre, d’une manière ou d’une autre, aux attentes des Torontois en matière de sécurité en trouvant des façons qui n’induisent pas de nouvelles dépenses trop élevées.

Francophonie : au-delà des mots, des actes?

Sur le plan de la francophonie, Olivia Chow a promis de « défendre les communautés de langue française auprès des gouvernements provincial et fédéral pour le financement d’institutions comme la Maison de la francophonie ».

Cette déclaration sans grande prise de risque, au micro d’ONFR+, sera-t-elle honorée? Son prédécesseur John Tory, qui avait manifesté le même appétit, n’a jamais vraiment su ou voulu influencer le fédéral sur ce projet en panne.

« Elle n’a pas une vision classique du Canada binationale comme John Tory », soulève M. Graefe. « Je ne pense donc pas qu’elle va investir de l’attention ou de l’énergie dans ce domaine. »

Mme Chow s’est en outre engagée à trouver « une façon de communiquer les annonces et les services de la Ville de Toronto à la communauté francophone de notre ville » qui tiennent compte des langues officielles, et à explorer l’idée d’« un commissaire municipal aux services en français ».

Le conseil municipal voudra-t-il se risquer à rétablir des communications bilingues abolies par le passé? Et quelles chances de voir le jour aura un poste de commissaire? Avec quelle indépendance et quels pouvoirs? Autant de questions dont les membres du prochain Comité consultatif aux affaires francophones de la ville pourront se saisir dès leur entrée en fonction au courant de l’été.

Combler un « trou structurel » dans le budget

Mme Chow sait que, pour tenir ses promesses, elle devra trouver de nouvelles sources de financement, à la fois par des hausses d’impôt et des transferts en provenance de la province et du palier fédéral. Sa tâche est immense, avertit M. Graefe.

« Depuis les années Miller (David Miller, ex-maire qui a précédé Rob Ford et John Tory), les maires parlent de « trou structurel », que Toronto n’est pas comme les autres villes, qu’elle a besoin d’avoir un mode de financement différent… Mais les taxes foncières sont les plus basses parmi l’ensemble des municipalités avoisinantes et John Tory a laissé une facture salée. »

Et d’ajouter : « Il y a un énorme besoin de réinvestissement dans les services publics, mais je ne vois pas comment Mme Chow va arriver à mettre son programme en œuvre avec une augmentation « modeste » des taxes foncières. Elle pourra juste éviter des coupes, mais l’espace public a connu une telle dégradation qu’il faut tout changer. C’est cette attente qui a porté Mme Chow au pouvoir. »

Une partie de la réponse réside également dans sa capacité à négocier de nouvelles mannes financières auprès des gouvernements.

S’entendre avec Doug Ford

« Ça dépendra de sa capacité à négocier avec eux », abonde le politologue. « Elle a démontré une certaine habileté en ce sens par le passé avec le maire Mel Latsman qui n’est pas si loin de Doug Ford de par son tempérament et son positionnement idéologique. »

« Si par exemple elle sait faire des concessions sur des projets de Doug Ford comme celui de la Place de l’Ontario, peut-être sera-t-il prêt à aller dans la même direction avec elle sur d’autres fonds comme le transport en commun. »

Mme Chow et M. Ford partagent un intérêt commun à avancer malgré leur opposition idéologique, estime M. Graefe, d’autant que le premier ministre a montré qu’il pouvait changer son fusil d’épaule dans certaines circonstances. « Il y a un potentiel d’avoir des relations tendues, mais aussi d’aller chercher des compromis. »

Olivia Chow a trois ans pour convaincre.

Dix promesses phares de la mairesse
– Lutter contre les rénovictions via un fonds de 100 M $ par an.
– Augmenter la taxe sur les logements vacants de 1 % à 3 %
– Étendre les équipes de crise communautaires à l’échelle de la ville.
– Lutter contre le projet de méga-spa de luxe sur la Place de l’Ontario.
– Maintenir le Centre des sciences dans Flemingdon et Thorncliffe.
– Augmenter les droits de cession immobilière sur les maisons de luxe.
– Élargir les heures d’ouverture de la bibliothèque en semaine.
– Créer un itinéraire de transport en commun rapide pour Scarborough.
– Augmenter le financement du Conseil des arts de 10 M $ sur cinq ans.
– Doubler les augmentations de financement pour les organismes de services aux arts.

Article écrit avec la collaboration de Sandra Padovani.

Jezebel Bardot passe au maquillage

Jezebel Bardot, l’une des rares drag queens francophones de Toronto, a su se tailler une place de choix dans ce monde hautement compétitif, notamment grâce à ses prouesses athlétiques et à son répertoire de chansons françaises.

Derrière le personnage haut en couleur se trouve Jason Pelletier, originaire du Québec et fils de parents militaires, ancien gymnaste et aujourd’hui conseiller pédagogique au Conseil scolaire catholique MonAvenir.

L’artiste au franc-parler et à l’énergie contagieuse se dévoile sur la chaise de la maquilleuse Julie Champagne, le temps d’une retouche!

Atlético Ottawa et fierté : « Tout commence avec la compréhension »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI?

Thomas Stockting est le responsable des relations médias, de la communication et des relations avec la communauté de l’Atlético Ottawa. Franco-Ontarien d’adoption, il est au centre de la mise en avant des différents projets mis en place par le club durant le Mois de la fierté et au-delà.

LE CONTEXTE

Durant le Mois de la fierté, l’Atlético Ottawa a mené trois initiatives : une levée de fond des partisans pour soutenir Kind Space, une autre du capitaine Carl Haworth pour Athlete Ally et surtout une campagne de sensibilisation en interne auprès des joueurs et des membres de l’organisation en partenariat avec le projet You Can Play.

L’ENJEU

Derrière ces gestes, l’idée est de mettre en avant l’inclusion de la communauté LGBTQ+ dans le club en particulier et le soccer en général.

« Comment l’Atlético Ottawa s’engage dans ce combat pour l’inclusion. Quel est précisément votre rôle dans ce mouvement? 

Mon rôle est vraiment de communiquer et d’amplifier les messages et le très bon travail fait par nos partisans, parce qu’ils constituent notre communauté. On fait partie d’eux autant qu’eux font partie de nous. On essaye donc de leur donner une plateforme, de les aider.   

Natif de Luton en Angleterre, Thomas Stockting a perfectionné son français lors de ses études à Perpignan. Gracieuseté 

Votre capitaine Carl Haworth est très engagé avec sa propre initiative, mais ce n’est pas forcément le cas de tous les joueurs dans le monde du soccer. On l’a vu notamment lors de votre match contre York où cinq joueurs ont refusé de jouer et de porter le maillot arc-en-ciel. Quelle est la position du club sur ce sujet sensible? 

La communauté du club et la communauté de la Première ligue canadienne (PLC) font un très bon travail en ce moment pour s’assurer que la communauté autour du foot au Canada soit accueillante. Les gens sont réceptifs. Évidemment, rien ne s’accomplit en une journée! On a vu ce qui est arrivé à York. Ils ont pris des décisions délicates à prendre mais ils l’ont probablement traité de la bonne manière. De notre côté, on va faire ce qu’on continuer notre action. Notre communauté est très diversifiée et on va s’assurer que les gens se sentent à l’aise avec nous. 

Carl Haworth s’est engagé à verser à Attelle Ally 5 $ par point remporté par son équipe, 10 $ par but marqué individuellement et 10 $ pour chaque match sans encaisser de but en juin. Crédit image : Atlético Ottawa

Avez-vous mis en place quelque chose en particulier en ce sens? 

Oui, nous avons lancé un partenariat ce mois-ci avec You Can Play qui va durer quelques années. C’est une organisation à but non lucratif en Amérique du Nord qui promeut l’inclusion à travers le sport, surtout professionnel. Ça consiste en de la formation de sensibilisation à travers le club. Les grandes levées de fond c’est bien, mais tout commence avec la compréhension, puis l’action vient après. 

On a vu ce qui s’est passé à travers le sport avec quelques gestes. On voit comment ils ont été accueillis par des joueurs, par des organisations ou par les spectateurs. Pour nous, la première étape est de comprendre le sujet lui-même. Même quelqu’un comme moi qui suis un allié de la cause LGBTQ+ – car j’ai mon frère et ma sœur qui font partie de la communauté -, j’ai une certaine compréhension mais ça ne veut pas dire que je comprends tout et que je vais toujours dire la bonne chose. L’important dans chaque interaction est de comprendre d’où la personne vient. On ne veut pas imposer à quelqu’un de faire ceci ou dire cela, mais on veut l’amener à comprendre un sujet qu’il ne maîtrise pas complètement. 

Le groupe de supporters de l’Atlético d’Ottawa, Capital City Supporters Group, a collecté des fonds tout au long du mois de juin pour Prideraiser, les membres s’engageant à faire un don pour chaque but marqué au cours du mois suivant. Crédit image : Atletico Ottawa

Pour vous, ce mouvement est-il appelé à durer au-delà du Mois de la fierté? 

Oui, déjà ici à Ottawa, c’est un peu différent parce que le mois de juin c’est fierté, mais « fierté capitale » c’est en août. Mais après, pour moi, fierté ce n’est pas en juin, ce n’est pas en août, c’est 365 jours par année. C’est important que les joueurs dans ton équipe, les membres de ta communauté ou simplement les personnes dans le milieu du travail puissent mieux comprendre la communauté LGBTQ et, en plus de ça, les autres communautés. Évidemment.

Des joueurs vous ont-ils fait part de réticences ou tout le monde est-il derrière le projet? 

Jusqu’à présent, je n’ai eu aucune conversation avec quelqu’un qui ne voudrait pas en faire partie. »

Olivia Chow élue mairesse de Toronto

TORONTO – Les sondages le prédisaient. L’ex-conseillère municipale et ancienne députée fédérale néo-démocrate Olivia Chow a remporté l’élection partielle de la Ville Reine mais avec une avance moins tranchée que prévu. Elle s’empare du fauteuil de maire, succédant à John Tory pour les trois prochaines années.

La mairesse élue (37 %) a devancé l’ex-conseillère municipale Ana Bailão (32 %) et l’ancien chef de la police de Toronto Mark Saunders (9 %), selon les résultats non officiels. Ses deux principaux rivaux étaient respectivement soutenus par le sortant John Tory et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford.

Ces soutiens de poids n’auront pas suffi à faire la différence au cours d’une campagne menée dans les sondages de bout en bout par la veuve du défunt Jack Layton, chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes en 2011.

« On partage le même espoir : l’espoir d’une ville où on peut se loger. Ensemble, faisons de Toronto une ville plus vivable avec plus de logement abordable et des transports plus sécuritaires », a déclaré Mme Chow devant ses partisans. Elle a également salué ses proches adversaires avec qui elle a dit vouloir travailler.

Les partisans et volontaires ont célébré la victoire de leur candidate dans son quartier général de la rue Queen Ouest, lundi soir. Crédit image : Rudy Chabannes

« Doug Ford (premier ministre) et Steve Clarke (ministre des Affaires municipales et du Logement) m’ont appelée pour me dire qu’ils avaient hâte qu’on travaille ensemble », a-t-elle ajouté.

Tout au long de la campagne, l’enjeu du logement et du sans-abrisme a dominé les débats, les opposants à Mme Chow ne parvenant pas à refaire leur retard dans les coups de sonde. Mark Saunders et Ana Bailão ont régulièrement attaqué le programme de la favorite sans parvenir à la déstabiliser.

Logement, déficit et superpouvoirs

De grands chantiers attendent désormais la mairesse élue, à commencer par le logement. Elle a promis de construire 25 000 habitations à loyer contrôlé sur des terrains appartenant à la ville avec un minimum de 7500 unités abordables, dont au moins 2500 logements à loyer indexé sur le revenu.

Dans un contexte de déficit municipal qui dépasse le milliard de dollars, elle devra pour cela trouver des sources de financement qui passeront nécessairement, en partie par des hausses d’impôt. Elle disposera en outre de superpouvoirs accordés l’année dernière par la province aux maires des grandes villes, comme la capacité d’embaucher ou licencier des cadres supérieurs de la Ville.

Les résultats tombent. Olivia Chow savoure sa victoire, les bras levés. Crédit image : Sandra Padovani

C’est la première fois en 26 ans qu’une femme accède au fauteuil de maire, la troisième de l’histoire après June Rowlands et Barbara Hall. Selon les résultats non officiels, près de 40 % des électeurs ont glissé leur bulletin de vote dans l’urne, soit un taux de participation en très nette hausse comparé au scrutin d’octobre dernier (30 %).

Présents dans son quartier général sur la rue Queen Ouest, la cheffe de l’opposition officielle à Queen’s Park, Marit Stiles, et l’ancien candidat à la course à la mairie arrivé deuxième face John Tory, Gil Penalosa, ont été les premiers à saluer la victoire de Mme Chow.

Ana Bailão, Mark Saunders, Josh Matlow et Anthony Furey (ces deux derniers ayant chacun amassé 5 % des votes) ont, tout à tour, reconnu leur défaite dans la foulée des résultats.

Doug Ford appelle à « la construction d’un Toronto fort »

Doug Ford a aussitôt félicité la mairesse élue pour sa victoire. « Comme je l’ai toujours dit, je travaillerai avec toute personne prête à travailler avec notre gouvernement pour améliorer notre ville et notre province », a déclaré le premier ministre. « Il n’y a rien que nous ne puissions réaliser lorsque nous travaillons ensemble. Ensemble, concentrons-nous sur la construction d’un Toronto fort pour les générations à venir. »

Malgré leurs divergences idéologiques, les deux politiciens devront trouver un terrain d’entente pour faire avancer des programmes structurants majeurs dont dépend la ville, à commencer par le logement et les transports.

La mairesse élue Olivia Chow a devancé l’ex-conseillère municipale Ana Bailão. Crédit image : Rudy Chabannes

La cheffe de l’opposition ontarienne, Marit Stiles, a qualifié cette victoire d’« incroyable ». « Elle rassemblera des gens de tous les coins de notre ville pour vraiment changer des vies. »

« Je sais que Mme Chow travaillera avec le conseil municipal et les autres gouvernement à rendre notre ville meilleure », a réagi pour sa part l’ancien maire John Tory.

Cette élection partielle faisait suite à la démission de ce dernier en février dernier, après une relation extraconjugale avec une de ses employées. La mairesse adjointe Jennifer McKelvie assurait l’intérim jusqu’ici.

Article écrit avec la collaboration de Sandra Padovani.

Article mis à jour le mardi 27 juin à 00h30.

« En Amérique, le français sera toujours vulnérable », dit le ministre Roberge

TORONTO – En déplacement dans la Ville Reine pour marquer les 50 ans du Bureau du Québec à Toronto jeudi dernier, le ministre québécois de la Langue française, responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Jean-François Roberge, est revenu, au micro d’ONFR+, sur les liens qui unissent sa province à celle de l’Ontario, ainsi que sur les différentes politiques et actions du Québec en matière de francophonie.

« Croyez-vous que l’aboutissement du projet de loi C-13 modernisant la Loi sur les langues officielles aura une influence positive sur les francophones hors Québec et évitera des recours en justice comme on l’a vu par le passé quand il s’agit de droit des minorités?

C-13 tel que modifié, avec tout le travail qu’on a fait au gouvernement du Québec, c’est un gain pour toute la francophonie canadienne. C’est un exemple de résultat d’un travail de longue haleine pour obtenir à la fin une victoire des deux côtés. On a réussi quelque chose de gagnant-gagnant. C’est bon pour les francophones du Québec qui sont majoritaires dans leur province mais minoritaires en Amérique et c’est aussi bon pour les francophones hors Québec qui sont minoritaires dans leur province. Leurs droits seront mieux protégés grâce au travail que le Québec a fait pour eux.

Comment comptez-vous contrer le déclin du français avec le Groupe d’action pour l’avenir de la langue française (GAALF) que vous présidez au côté de cinq autres ministres?

On a fait beaucoup de séances de tempête d’idées et lancé une grande consultation à laquelle presque 5000 Québécois ont répondu en ligne, en plus d’une cinquantaine d’experts autour de tables rondes. On va finalement arriver à l’automne avec un plan d’action interministériel qui va nous permettre d’inverser le déclin du français au Québec.

Dans quelle mesure ce plan d’action pourrait-il avoir des répercussions au-delà du Québec?

Un Québec francophone fort, c’est bon pour la francophonie canadienne et une francophonie canadienne forte c’est bon aussi pour le Québec. En renforçant le fait français au Québec, ça va être bon pour toutes les communautés francophones. Mais il y a aussi le fait que, une fois le plan déposé et mis en œuvre, ça va peut-être aussi inspirer d’autres provinces et territoires à prendre des décisions proactives.

Quels sont les pouvoirs du premier commissaire québécois à la langue française entré en fonction cette année, à la suite de l’adoption de la Loi 96 visant à consolider le statut du français comme langue commune et officielle de la province?

Le rôle de Benoit Dubreuil est d’analyser la situation linguistique du Québec, de colliger des informations avec une très grande neutralité, de sorte qu’elles soient inconstatables. Il va aussi avoir le rôle de porter un jugement sur les politiques du gouvernement du Québec. Il est totalement indépendant et va produire des rapports qui pourraient, à certaines occasions, encenser le travail du gouvernement ou, à l’inverse, dénoncer certaines mesures s’il considère qu’elles ne vont pas assez loin.

Jean-François Roberge a salué les 50 ans du Bureau du Québec à Toronto, la semaine dernière. Crédit image : Rudy Chabannes

L’atteinte de la cible de 4 % en immigration francophone que s’était fixée le gouvernement fédéral est-elle une victoire en trompe-l’œil?

Le gouvernement fédéral s’est félicité d’une atteinte infinitésimale de 4 %… Écoutez, je suis prêt à aller aux Jeux olympiques si le saut à la perche est à 1 mètre. Il n’y a pas de mérite à dépasser un seuil minimum. C’est clair qu’il faut l’augmenter. J’aime l’expression de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) qui parle de « seuil de réparation » pour rattraper les années passées. Je ne peux pas vous donner un chiffre mais les attentes sont élevées.

Au-delà de cette cible francophone, les seuils en immigration du Canada constituent-ils toujours une pierre d’achoppement entre Québec et Ottawa?

On a des collaborations importantes avec le fédéral en ce moment. On est très content d’avoir fait entendre la voix du Québec sur la fermeture du chemin Roxham. C’est un gain pour le Québec et le Canada qui avait perdu le contrôle de ses frontières. Sur les seuils d’immigration à la grandeur du Canada, l’Initiative du siècle (consistant à accroître les seuils annuels d’immigration afin d’accueillir 500 000 nouveaux résidents permanents en 2025) n’est pas quelque chose de pertinent. J’ai appelé ça la lubie du siècle. C’est une fuite en avant alors qu’on manque de place – et pas juste au Québec –  pour loger des gens et mettre leurs enfants dans les garderies, les écoles… On va demeurer ouvert et faire notre part pour l’accueil d’immigrants économiques et de demandeurs d’asile, mais il faut respecter la capacité d’accueil du Québec et celle du Canada.

La Politique en matière de francophonie canadienne dévoilée par votre gouvernement en 2022 porte-t-elle déjà ses fruits?

Ce que je peux vous dire, c’est que cette nouvelle posture de partenariat du Québec est appréciée des différents groupes que j’ai pu consulter, de même que le fait qu’on ne leur dicte pas des projets mais qu’on accepte et donne un coup de main financier pour qu’ils les mettent en œuvre. J’ai validé cette démarche à Calgary et je la revalide ici à Toronto.

L’Accord de coopération et d’échanges en matière de francophonie entre l’Ontario et le Québec (qui soutiennent des projets communs à hauteur de 500 000 $) est-il assez ambitieux?

C’est quand même innovant d’avoir une province qui investit dans les communautés de la province voisine. Je ne connais pas d’autres provinces qui font la même chose au Canada. C’est un signal qu’on envoie, un appui qui n’est critiqué de personne sur le terrain.

Les relations entre les deux provinces sont tout de même bien plus économiques que linguistiques ou culturelles. Va-t-on assez loin dans ce type d’échange?

On a fait un pas en avant avec le Bureau du Québec à Toronto (BQT). Sous le leadership de Catherine Tadros (cheffe de poste), on a augmenté les ressources dédiées à la culture et à la langue. Il faut souligner aussi que le BQT supervise les antennes de Calgary et Vancouver qu’on soutient aussi. J’ai mené une mission culturelle à Calgary et, du côté du Bureau d’Ottawa, on est davantage axé sur l’économie. On arrive donc à couvrir tous ces aspects : culture, économie, politique et francophonie.

Les seuils en immigration demeurent l’objet de sérieuses discussions avec le gouvernement fédéral, affirme le ministre. Crédit image : Sandra Padovani

L’instauration de la Journée québécoise de la francophonie canadienne, chaque 22 mars, répond-elle à cette même stratégie de rapprochement des francophonies?

Ça envoie un signal à tous les francophones du Canada que le Québec se soucie d’eux et qu’il veut établir un partenariat solide. C’est aussi un message au Québécois pour leur dire : « Vous n’êtes pas les seuls francophones au Canada. Prenez conscience de la diversité des communautés francophones à travers le Canada. »

Comment réagissez-vous aux attaques du français dans certaines provinces comme on l’a vu au Nouveau-Brunswick avec la tentative du gouvernement Higgs de balayer les programmes d’immersion?

En Amérique, le français sera toujours vulnérable. On fera des avancées, mais ce sera toujours à refaire. Au Québec, on a une posture qui se soucie de la langue française. On fait des pas en avant mais, dans d’autres provinces, il y a des cycles différents. L’important est qu’il demeure une solidarité entre les communautés francophones et que, globalement, sur de longues périodes, on avance.

Avoir deux ministres qui s’occupent de francophonie est une singularité canadienne qui suscite la curiosité en Ontario. Est-ce aussi simple de naviguer dans les dossiers francophones avec deux ministères?

On distingue les relations canadiennes et internationales. On n’a pas les mêmes interlocuteurs. En juillet, je serai à Vancouver pour participer à la prochaine rencontre du Conseil des ministres sur la francophonie canadienne. Ma collègue (Martine Biron, ministre des Relations internationales et de la Francophonie) se rendra à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Notre action est complémentaire. D’ailleurs, on est tous les deux sur le Groupe d’action pour l’avenir de la langue française. »

Est-ce que, entre l’Ontario et le Québec, les tensions ou fossés culturels comme celui de la laïcité et de la Loi 96, sont de nature à freiner le resserrement des relations entre les deux provinces?

Je ne pense pas. Il y a des curiosités et le fait d’avoir un bureau du Québec à Toronto et un autre à Ottawa, ça nous permet d’expliquer. Quand on parle, on se comprend. »

Les Torontois aux urnes pour élire leur nouveau maire

TORONTO – Les Torontois élisent ce lundi leur 66e maire. Les résultats de cette élection partielle seront annoncés dans la soirée, après la fermeture des bureaux de vote de la ville, opérant de 10h ce matin jusqu’à 20h ce soir.

Pour la deuxième fois en huit mois, près de 2 millions d’électeurs sont appelés à choisir leur maire. Ce retour précoce aux urnes consécutif à la démission du maire John Tory mobilisera-t-il les citoyens? Près de 130 000 d’entre eux ont déjà fait leur choix parmi les 102 candidats en lice, lors du vote par anticipation. À leur disposition : 1351 bureaux de vote, répartis ce lundi dans les différents quartiers de la ville.

Selon le dernier sondage conduit la veille par Mainstreet Research, Olivia Chow resterait largement en tête, gagnant même 3 % d’intention de vote par rapport à vendredi dernier. Créditée de 34 %, l’ancienne conseillère municipale et ex-députée fédérale néo-démocrate devancerait Ana Bailão (25 %), Mark Saunders (11 %), Anthony Furey (10 %), Josh Matlow (7 %) et Mitzie Hunter (5 %) parmi les électeurs décidés.

Les deux poursuivants de Mme Chow ont pourtant chacun reçu un soutien de poids dans les derniers jours de campagne, le maire sortant John Tory apportant son soutien officiel à l’ex-conseillère municipale Ana Bailão et le premier ministre de l’Ontario Doug Ford à l’ancien chef de la Police de Toronto, Mark Saunders. Ils ont aussi tenté de se distinguer dans plusieurs débats électoraux, sans parvenir à faire une nette différence.

Olivia Chow présente à la marche 2ELGBTQI+ vendredi dernier. Source : Twitter d’Olivia Chow

Selon Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster, la division de cet électorat conservateur était claire dès le début de la campagne, et le parti pris de M. Ford pour M. Saunders l’était également : « On doit se souvenir que John Tory est devenu maire en battant Doug Ford. Ce sont deux conservateurs avec des idées assez contrastées sur la manière de gérer une grande ville comme Toronto », rappelle-t-il.

Tory-Bailão : un soutien « probablement trop tard »

« L’appui de M. Tory pourrait causer un certain ralliement des électeurs du centre et du centre gauche vers Mme Bailão, mais ça arrive probablement trop tard », analyse le politologue. « Il semblerait aussi que cet électorat ait le goût de voir du changement à l’hôtel de ville, et donc ne semble pas prêt à se rallier à Mme Bailão. »

Mark Saunders, entouré de membres du gouvernement à la Ford Fest vendredi. Source Twitter : Mark Saunders

D’après M. Graefe, Olivia Chow – qui s’était contentée en 2014 de la troisième position dans la course à la maire – profite des votes stratégiques de l’électorat libéral à Toronto, tandis qu’à droite, le fait que Brad Bradford et Anthony Furey n’aient pas décidé de se retirer de la course et de soutenir un autre candidat ne permet pas de savoir avec certitude quel sera le candidat de ralliement sur la droite.

Francophonie : des attentes et des promesses

Si la communauté francophone n’a pas été exclusivement sondée, certains candidats ont présenté des projets concrets pour celle-ci, tandis que des leaders francophones ont exprimé des attentes en matière de reconnaissance du fait français, notamment la communication par la ville dans les deux langues officielles canadiennes.

Mme Chow s’est notamment engagée au micro d’ONFR+ à défendre auprès des gouvernements le financement d’institutions francophones comme la Maison de la francophonie de Toronto.

Ana Bailão au Mois philippin avec l’ancien maire de Toronto John Tory ce samedi. Source : Twitter Bailão

Lors des élections municipales de 2022, le taux de participation n’avait été que de 29,7 %, soit 70,3 % de taux d’abstention, alors qu’en 2018, le taux de participation était de 40,9 %.

Jacqueline Madogo, des terrains de soccer d’Ottawa aux pistes d’athlétisme du monde entier 

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Se destinant d’abord au soccer dans ses jeunes années à Franco-Ouest à Ottawa, Jacqueline Madogo nous raconte comment elle a basculé vers l’athlétisme à son arrivée à l’Université de Guelph. Seule potentielle Franco-Ontarienne au sein de l’équipe nationale canadienne, elle revient sur sa saison en cours et fait part de ses objectifs pour cet été. 

« Vous venez de passer dix jours en Europe pour la première fois en individuel, comment s’est passé ce séjour?

J’ai été en Allemagne dans une petite ville à deux heures de Francfort qui s’appelle Rehlingen. J’ai couru le 100 mètres. Je dirais que la course a été correcte. Il y avait plein de filles qui couraient vraiment vite, par exemple celle qui a gagné a couru en 11 »14. J’ai couru en 11 »52. Ce n’était pas vraiment ce qu’on voulait mais c’était une belle expérience malgré tout.

Quand j’ai fini en Allemagne, je suis allée en Grèce pour une semaine. J’ai couru au meeting international de Dromia dans la municipalité de Vari et aussi le 100m là-bas. Encore une fois, ça n’a pas été le résultat qu’on voulait mais je dirais que l’Europe, en somme, c’était vraiment un choc positif pour moi. 

Qu’est-ce qui vous a marquée en Europe? 

Ça m’a vraiment permis de voir l’athlétisme d’un autre point de vue. Les gens sont vraiment beaucoup plus engagés en Europe par rapport à l’Amérique du Nord. Dans chaque stade où on a couru avec mes coéquipiers, c’était plein. Les gens de la ville ou de la municipalité, ils supportent vraiment le sport. J’ai rencontré plein de gens intéressés. Ils m’ont posé des questions sur ce qu’on faisait. On a eu la chance de rencontrer des internationaux comme l’équipe de France ou même d’autres Canadiens qui étaient en Europe. 

Jacqueline Madogo, une habituée des podiums. Gracieuseté

Comment expliquez-vous ces chronos au-dessous de vos espérances? 

C’est vrai que c’était décevant. Je dirais que c’était une combinaison de plusieurs choses. Déjà, j’étais toute seule en Allemagne. Pour la première fois, mon entraîneur n’était pas présent. Ça a aussi été un choc culturel là-bas car peu de monde parle anglais. J’ai dû me débrouiller. Mais, je pense que ce sont des choses que je dois apprendre si c’est ce que je veux faire dans le futur. Les professionnelles voyagent toutes seules pendant un mois, moi je l’ai fait juste pendant 10 jours.

Il y avait aussi un haut niveau de stress parce que c’était assez compétitif et c’était un nouvel environnement. Il n’y avait pas beaucoup de familiarités. L’athlétisme c’est vraiment beaucoup de mental. Si ton mental n’est pas en ligne droite, c’est vraiment difficile de faire une bonne performance. Mais je ne garde que du positif de cette expérience. Même si les chronos n’étaient pas ce que je voulais, cela m’a donné une nouvelle perspective de ce que je voudrais faire avec l’athlétisme. 

Pouvez-vous en dire plus sur cette perspective différente de l’athlétisme?

Ici au Canada, on court toujours avec les mêmes personnes. Donc, on sait où on en est par rapport aux autres. Si je cours contre des concurrents pendant toute la saison, je sais où je me situe par rapport à eux. En Europe, je ne connais personne et personne ne me connaît. Je courais juste pour courir (sans repère) et c’était une belle expérience, un bon apprentissage. Cela m’a permis d’avoir une plus grande maturité par rapport au sport, voir un peu le monde professionnel.

Je ne me considère pas encore comme faisant partie du monde professionnel parce que je suis encore à l’école et que je fais encore de l’athlétisme dans le circuit collégial. Cela m’a vraiment donné un petit goût de comment ça se passe pour ceux dont c’est le métier à temps plein. Avant, je ne pensais pas que c’était pour moi. Mais après avoir eu cette petite expérience, juste avec deux compétitions, ça m’a ouvert les yeux pour voir ce que je pourrais faire dans le futur avec l’athlétisme. 

Que s’est-il passé finalement avec l’étape en France qui était prévue à la base à votre programme? 

L’équipe du Canada est allée courir dans le relais de la Ligue de diamant à Paris mais je ne faisais pas partie des filles qui sont parties. Après avoir quitté la Grèce, je suis rentrée à la maison, je ne suis donc pas allée en France. 

Jacqueline Madogo avec ses parents après une victoire. Gracieuseté

Vous n’avez pas non plus participé à des 200m en Europe, pourquoi ce choix? 

On avait vraiment décidé avec Jason (Kerr, son entraîneur) de mettre l’emphase sur le 100m lors de ce voyage en Europe tout simplement parce que c’est mon épreuve principale et que c’est celle-ci pour laquelle j’aimerais me qualifier. Ici, au Canada, je cours toujours 100 et 200m, mais en Europe c’est plus difficile d’avoir la chance de faire deux épreuves. On s’est donc vraiment concentré sur le 100m. 

Cette expérience en Europe lançait vraiment votre saison extérieure qui pourrait se conclure avec les championnats du monde qui auront lieu fin août à Budapest. Est-ce votre objectif principal?  

Le plus gros objectif cette année est de parvenir à être de l’équipe qui fera les championnats du monde. Mais j’essaie de ne pas me mettre la pression pour absolument faire l’équipe. Je prends une course à la fois, je suis vraiment une personne qui vit dans le moment. Je ne pense pas trop au futur. C’est un bel objectif à avoir pour la fin de la saison. Si ça arrive, ce sera excellent, mais si ce n’est pas le cas ce ne sera pas la fin du monde. On réessaiera l’année prochaine.

Revenons sur votre première partie de saison en salle : quels sont les moments marquants que vous retenez? 

Pour moi, le moment clé de ma saison, c’est quand nous avons participé aux championnats nationaux à Saskatoon. Ce qu’il faut expliquer c’est que pour gagner le championnat et remporter la bannière, il faut faire des scores, c’est une compétition collective. Et nous, l’équipe de filles (de l’Université de Guelph), nous avons eu le record de points. Ça c’est vraiment quelque chose qui m’a marquée. Cela fait quatre ans que je suis dans l’équipe et, chaque année, nous étions proches du record, comme 10 à 15 points, mais nous n’arrivions pas à le battre. Cette année, on l’a enfin eu. C’est un moment que je n’oublierai jamais!

Jacqueline, au centre, dans ses jeunes années à Ottawa. Gracieuseté

Et d’un point de vue plus individuel, quels sont vos moments clés? 

L’autre moment que je retiens, ce sont les championnats provinciaux. J’ai battu le record de notre école. C’était un moment spécial pour moi car j’avais ça en tête depuis un moment. Il y a aussi ma médaille d’or U-Sport parce qu’il y avait beaucoup d’attentes et on se demandait si je pouvais gagner deux fois après celle de l’année dernière. 

Avez-vous eu des déceptions, des compétitions sur lesquelles vous pensez que vous auriez pu faire mieux? 

En tant qu’athlète, on est toujours très critique. A chaque fois, je veux courir plus vite même quand je réalise un record personnel. Je veux toujours m’améliorer et aller plus vite. Je ne pense pas trop en revanche à ce qui aurait pu arriver dans le passé. Je vis dans le moment présent, même si, parfois, je me dis que j’ai fait un record personnel et que j’aurais pu faire ceci ou cela pour aller plus vite. Un record personnel reste un record personnel. Si je m’améliore, c’est fantastique. 

En étant la seule athlète franco-ontarienne au sein de votre équipe de Guelph, le français est-il toujours présent dans votre quotidien? 

En étant à l’Université de Guelph, les gens qui m’entourent sont anglophones dans le monde de l’athlétisme. Mais, mes parents viennent du Congo et le français est une des langues nationales du pays. Donc, j’ai grandi dans une maison totalement francophone. J’ai été à l’école élémentaire totalement en français et au secondaire totalement en français en grandissant à Ottawa.

Le français est vraiment ma première langue. Je n’ai commencé à apprendre l’anglais que lors de ma cinquième année de primaire. J’ai été un peu lente à l’apprendre mais mes parents ont bien fait les choses en me gardant dans un environnement francophone. Maintenant, je suis entourée d’anglophones mais je suis totalement bilingue. 

Vous l’avez dit, vous avez grandi à Ottawa. Que représente cette ville pour vous aujourd’hui? 

J’ai adoré mon enfance et mon adolescence à Ottawa. J’aime bien retourner à la maison. Je vis loin mais chaque fois que je rentre je m’y suis bien. Toutes mes meilleures amies et ma famille sont à Ottawa. C’est la ville où je me vois établir ma propre famille. Je veux être proche de mes parents et de mes amis. C’est vraiment difficile pour moi d’être loin mais je sais qu’à chaque fois que j’y retourne j’ai plein d’amour qui m’attend. Ottawa, ça fait partie de moi. 

Jacqueline demeure passionnée de soccer, son premier sport de prédilection. Gracieuseté

Restons à Ottawa, quels sont vos souvenirs du collège Franco-Ouest? 

Oh mon dieu! Le collège Franco-Ouest, c’est une de mes plus belles expériences. J’ai eu la chance d’aller au secondaire avec mon grand frère et ma grande sœur. On a eu la chance d’être ensemble, c’était une belle expérience. J’ai eu la chance de jouer dans les équipes sportives et on avait de bonnes équipes. J’ai fait partie des équipes d’athlétismes, de volley, de soccer et de touch football. Je faisais vraiment partie à part entière de la communauté sportive. 

Comment était-ce d’un point de vue académique? 

J’ai aussi eu la chance d’avoir une bonne éducation. J’ai suivi le programme du BI (bac international). Cela m’a permis de voir ce qui m’attendait à l’université : la charge de travail, les examens. C’était vraiment un bon apprentissage. Mes parents étaient aussi vraiment impliqués dans l’école. Donc, il y avait pas mal de gens qui connaissaient mes parents. Donc j’étais comme « ah ok tu connais mes parents » (rires). Mes parents avaient de bonnes relations avec tout le monde, la direction, les membres du personnel… Les Madogo ont vraiment aimé leurs parcours à Franco-Ouest. Mon petit frère y est maintenant et il a la chance d’avoir des enseignants que nous avions.

En arrivant à Guelph vous jouiez au soccer à assez haut niveau. Comment s’est produit le déclic par rapport à l’athlétisme qui vous a fait changer définitivement de sport? 

À mon arrivée, je jouais en effet au soccer à haut niveau donc je me voyais continuer pendant quatre à cinq années. J’étais venue en visite ici à Guelph pour l’équipe de soccer. Je n’avais aucune idée qu’ils avaient une bonne équipe d’athlétisme. Puis, à mon arrivée ici, mon entraîneur de soccer m’a demandé si je faisais d’autres sports. Je lui ai dit que j’avais fait de l’athlétisme. Pour moi c’était juste de l’entraînement pour maintenir ma condition physique, c’était juste pour le plaisir. Il m’a demandé si j’étais déjà allée à OFFSA. Je lui ai dit que oui et que j’avais eu une médaille de bronze. Mais je ne savais pas à l’époque qu’aller à OFFSA signifiait qu’on était quelqu’un de très bon. 

En apprenant cela, il m’a mise en contact avec le coach d’athlétisme Jason. Ma première année, je n’ai pas pu participer avec l’équipe d’athlétisme car j’étais blessée pour toute la saison. J’ai demandé à rejoindre la deuxième année pour m’entraîner avec eux et travailler mon cardio. Au début, il ne voulait pas trop car ils avaient déjà de bonnes sprinteuses. Comme j’avais eu de la réussite avec l’équipe de soccer, il avait peur que je ne sois pas sérieuse. Il ne voulait pas que je vienne. Il m’a finalement laissée venir et je pense que dès la première compétition, il m’a directement accueillie dans l’équipe! » 

LES DATES-CLÉS DE JACQUELINE MADOGO

2000 : Naissance le 14 avril à Ottawa.

2017 : Médaille de bronze aux championnats provinciaux de lycée OFSAA.

2018 : Premiers pas à l’Université de Guelph.

2022 : Record personnel sur 100m en mai à London, Ontario.

2022 : Record personnel sur 200m en juin à Toronto.

2022 : Participation aux championnats du monde de juillet avec le relais 4x100m canadien.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Une ancienne prison pour s’évader dans le patrimoine franco-ontarien

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Depuis plus de 15 ans, chaque été, l’ancienne prison de L’Orignal, située dans le chef-lieu des Comtés unis de Prescott-Russell, ouvre ses portes aux visiteurs qui souhaitent en apprendre plus sur l’histoire de la vie carcérale ou du fonctionnement d’un établissement de détention en Ontario aux XIXe et XXe siècles.

Grâce aux efforts d’un comité de bénévoles, l’ancienne prison, qui a fermé en 1998 et qui était la seule à fonctionner en français, a connu une seconde vie en devenant un lieu d’interprétation patrimoniale populaire franco-ontarien.

La plus vieille prison de l’Ontario, la deuxième plus ancienne au Canada

Ce qui fut l’une des rares seigneuries dans l’actuel territoire de l’Ontario, le village franco-ontarien de L’Orignal, devient le chef-lieu du district d’Ottawa (créé en 1816), ce qui signifie entre autres que le pouvoir politique régional et judiciaire s’y retrouvent. Les institutions à L’Orignal précèdent celles de l’actuelle ville d’Ottawa, qui ne seront construites qu’en 1842, puisque Bytown n’est fondé qu’en 1826.

La prison de L’Orignal et un palais de justice sont donc construits en pierres grises à L’Orignal en 1824-1825 dans un style architectural loyaliste néo-classique. La prison a été agrandie à de nombreuses reprises. En 1848, l’aile Est qui a servi de logis au gouverneur (directeur) de la prison et à sa famille, est construite. En 1861-1862, c’est l’aile Ouest qui y est ajoutée. La prison est à nouveau agrandie en 1870, 1940, au début des années 1960 et enfin, une dernière fois, en 1978. En 1994, elle subit des travaux de rénovations selon les plans de la firme d’architectes franco-ontariens Séguin et Matte d’Hawkesbury.

Cellule d’incarcération dans l’ancienne prison de L’Orignal. Gracieuseté

De son ouverture jusqu’à l’abolition définitive de la peine capitale au Canada en 1976, cinq pendaisons ont eu lieu dans la cour arrière de la prison dont les dernières, en 1933. Trois évasions de détenus ont eu lieu en près de 175 ans d’histoire et la dépouille d’un détenu (jamais réclamée par sa famille) gît sur le terrain de la prison. De juridiction fédérale jusqu’en 1968, elle passe sous le giron provincial pour les 30 dernières années de son existence.

1998 : « Une autre claque à la Montfort »

Le sort de la prison de L’Orignal était déjà incertain à partir de 1995 alors que le Solliciteur général et ministre des Services correctionnels de l’Ontario, Bob Runciman, confirme que l’avenir de six des 25 prisons que compte la province sont à l’étude, y compris celle de L’Orignal.

Selon le rapport du ministre, l’institution carcérale de L’Orignal (qui avait alors une capacité de 30 détenus dans ses huit cellules et qui en abritait en moyenne une vingtaine par jour) est la plus onéreuse de toutes les prisons de l’Ontario avec un coût quotidien de 210 dollars par détenu.

Pendant que tous les yeux étaient rivés depuis 1997 sur la lutte acharnée que menaient les Franco-Ontariens, avec à sa tête Gisèle Lalonde pour la survie de l’Hôpital Montfort à Ottawa, et que les défenseurs du patrimoine franco-ontarien venaient de sauver avec succès l’ancienne École Guigues dans la même ville (le lieu de la fameuse bataille des épingles à chapeau et où ont continué d’enseigner en français les sœurs Diane et Béatrice Desloges malgré le Règlement 17), le couperet tombe sur la prison de L’Orignal. Le gouvernement de l’Ontario, par la voix de son nouveau Solliciteur général de l’époque, Jim Flaherty, annonce le 10 juillet 1998 la fermeture définitive dès la fin du mois courant de la plus ancienne prison en activité de la province et surtout, la seule qui fonctionne en français avec notamment ses soins éducatifs, de santé et de pastorale.

Autre vue des cellules d’incarcération dans l’ancienne prison de L’Orignal. Gracieuseté

« C’est une autre claque à la Montfort » s’insurge alors en entrevue au quotidien Le Droit le vice-président de l’ACFO de Prescott-Russell et ex-député provincial, Jean Poirier. L’organisme de défense des francophones craint que le transfert des détenus franco-ontariens vers les lieux d’incarcération d’Ottawa-Carleton et de Cornwall aura des impacts néfastes et peu propices à l’épanouissement des francophones.

Un représentant du ministère des services correctionnels s’est toutefois fait rassurant en déclarant à l’époque que tout serait mis de l’avant pour assurer le respect complet des droits des gardiens et des prisonniers francophones, tout en reconnaissant « qu’ils vont évidemment remarquer une différence car ils se retrouveront maintenant dans un environnement majoritairement anglophone à 75 %. Leurs droits vont par contre être toujours respectés. Et s’ils se sentent lésés ou intimidés, ils ont simplement à déposer une plainte auprès de l’ombudsman, la direction de la prison ou leur député. »

Depuis 2007 : « réhabilitation et réinsertion » patrimoniales réussies pour l’ancienne prison

À la suite de la fermeture de la prison, les nouveaux propriétaires des lieux, les Comtés unis de Prescott et Russell, lancent un processus de consultation publique afin de solliciter des propositions d’idées pour l’avenir de l’immeuble, qui est le plus vieux bâtiment public de l’Est ontarien.

Le Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien (ROPFO, aujourd’hui RPFO), qui était particulièrement actif à cette époque avec son vice-président Michel Prévost, milite dès le début pour la transformation de l’ancienne prison en un centre d’interprétation touristique à vocation historique et de sa désignation en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.

La nouvelle vocation patrimoniale du seul centre de détention francophone de l’Ontario, a même constitué le point de mire du colloque organisé par le ROPFO en octobre 1998 portant sur les liens étroits entre le tourisme et le patrimoine régional.

De toutes les propositions avancées, c’est celle des défenseurs du patrimoine franco-ontarien qui est retenue par les Comtés unis de Prescott et Russell.

Le Comité de l’ancienne prison de L’Orignal est donc formé en 2005 de bénévoles avec pour but, en collaboration avec les Comtés unis, de préparer l’animation touristique, historique et patrimoniale de l’ancien lieu de détention.

Après avoir développé un concept d’interprétation, rédigé les panneaux d’interprétation, effectué les mises aux normes pour accueillir le public, l’ancienne prison ouvre pour la première fois aux visiteurs en juin 2007. Le succès est au rendez-vous et dépasse les attentes. Au terme de sa première saison d’activités, plus de 1000 personnes l’ont visitée.

Trophée du prix Roger-Bernard, remis en 2009 par le ROPFO au Comité de bénévoles de l’ancienne prison de L’Orignal. Crédit image : archives du RPFO

L’évolution du système carcéral y est racontée dans le cadre de visites guidées et permet de bien cerner les changements d’un système punitif d’abord axé sur les châtiments corporels à celui de réhabilitation et de réinsertion sociale. Par exemple, l’endroit où étaient exécutés les prisonniers, céda sa place à un lieu pour obtenir son diplôme d’études secondaires de l’Ontario, la cour de la prison ayant cédé place à une salle de classe en 1987.

L’ancienne prison, véritable point de repère central des environs avec sa coupole et son toit orangé si distinctif, s’anime avec ses visites guidées, ses soirées spectacles théâtrâles, ses expositions et autres activités. Sa transformation en un lieu d’interprétation historique a servi de fer de lance au développement de circuits guidés patrimoniaux dans le village de L’Orignal.

L’ensemble carcéral, le Palais de justice (le plus ancien encore en activité de l’Ontario) et les bureaux administratifs du gouvernement régional des Comtés unis de Prescott et Russell ont été désignés en 2007 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. « L’objectif est de préserver le cachet historique et le cachet culturel de l’endroit », avait déclaré alors Gary Barton, le maire du canton de Champlain (qui inclut le village de L’Orignal).

Finaliste en 2008, le Comité de l’ancienne prison de L’Orignal a reçu en 2009 le prix Roger-Bernard, qui est décerné aux deux ans par le ROPFO à un organisme ou une institution ayant contribué de façon remarquable à la préservation et la mise en valeur d’un ou de plusieurs éléments du patrimoine de l’Ontario français. 

Un nouveau portail pour les arts de la scène franco-canadiens

OTTAWA – Le monde des arts de la scène en milieu francophone minoritaire vient de se doter d’un nouvel outil. Scènes francophones, une alliance qui existe depuis 2009, a lancé jeudi après-midi son tout nouveau portail visant à faciliter la découvrabilité des artistes franco-canadiens. Ce nouveau guichet unique s’adresse à la fois à trois publics cibles : les diffuseurs, les agents et leurs artistes, puis le grand public.

Ce sont surtout des gens de l’industrie qui se sont réunis à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins d’Ottawa pour une activité de réseautage avant le lancement officiel du portail scenesfrancophones.ca. Les directrices générales de Réseau Ontario, Marie-Ève Chassé, et de RADARTS, Jacynthe Comeau ainsi que le directeur général du Réseau des grands espaces, Sylvain Aumont, sont ensuite montés sur scène pour présenter le fruit de leur collaboration.

De gauche à droite : Marie-Ève Chassé de Réseau Ontario, Jacynthe Comeau de RADARTS et Sylvain Aumont du Réseau des grands espaces. Crédit image : Rachel Crustin

Scenesfrancophones.ca permettra d’abord de faire le lien entre les diffuseurs membres de ces trois réseaux et les agents d’artistes, qui pourront plus facilement inscrire leurs poulains aux événements de vitrines comme Contact ontarois, Contact Ouest et la Francofête en Acadie. Les formulaires d’inscription ont été uniformisés, à quelques questions près. Il sera possible d’enregistrer un formulaire existant pour le réutiliser non seulement d’un événement à l’autre, mais aussi d’une année à l’autre.

L’alliance Scènes francophones promet que le répertoire d’artistes sera régulièrement mis à jour. Capture d’écran scenesfrancophones.ca

Le portail comprend un répertoire de diffuseurs et un répertoire d’artistes. Il est possible de chercher par région, par discipline ou par mot-clé, entre autres. La page d’accueil de chaque section affiche quelques suggestions en mode aléatoire, ce qui permet de découvrir de nouveaux visages sans même chercher. Les fiches de chacun offrent plusieurs détails qui permettent de savoir rapidement qui contacter, comment suivre les artistes sur le web et où aller les voir en spectacle, par exemple.

De grandes promesses

L’idée d’un portail complet et rassembleur a commencé à germer il y a plus de quatre ans. Jacynthe Comeau a profité de son moment au micro pour saluer l’apport du regretté Martin Arseneault. Celui qui fut directeur général de Réseau Ontario, jusqu’à son décès en août 2022, a activement participé à l’idéation du projet de Scènes francophones.

Selon Marie-Ève Chassé, le but de ce nouvel outil est « de créer un espace moderne d’envergure nationale qui réponde aux besoins du milieu de la diffusion des arts de la scène de la francophonie canadienne ». Durant la conférence de presse, elle a souligné l’importance de chaque réseau dans son milieu, mais aussi la pertinence de cette collaboration entre ces trois entités. « Notre alliance dynamise la diffusion dans nos régions et renforce notre identité culturelle comme francophones en situation minoritaire », a-t-elle affirmé.

La gestionnaire de projet, Véronique Godin, présente un exemple de fiche d’artiste. Crédit image : Rachel Crustin

Véronique Godin, gestionnaire du projet, s’est adressée aux gens sur place avec un soupir de soulagement : « Enfin! » a-t-elle soufflé avant de présenter le portail de façon concrète.

Un outil aussi pour les spectateurs

À terme, l’élément le plus intéressant pour le grand public sera le calendrier d’activités, où les diffuseurs pourront inscrire l’ensemble de leur programmation. Au moment d’écrire ces lignes, une seule tournée a été entrée dans le système, celle du trio franco-ontarien les Chiclettes, qui sera de passage dans les provinces atlantiques prochainement. On nous promet une expérience plus complète à partir de la mi-août ou du début septembre, à l’aube de la prochaine saison artistique.  

Le spectateur pourra donc trouver des événements en fonction de sa situation géographique, grâce à l’outil de recherche ou à la carte interactive des diffuseurs. Il pourra aussi chercher son artiste favori dans le répertoire.

Une carte interactive permet de trouver facilement les différents diffuseurs membres de Réseau Ontario, du Réseau des grands espaces (provinces de l’Ouest) et de RADARTS (provinces de l’Atlantique). Capture d’écran scenesfrancophones.ca

On peut déjà se familiariser avec le portail sur le site scenesfrancophones.ca. Le contenant est complet, mais le contenu se bonifiera avec le temps. S’il remplit ses promesses et que les membres de l’industrie l’alimentent assidûment, scenesfrancophones.ca deviendra un outil incontournable pour quiconque a envie d’explorer tout ce que les artistes franco-canadiens en milieu minoritaire ont à offrir.

Ce que les leaders francophones attendent du prochain maire de Toronto

TORONTO – Les principaux candidats à la mairie de Toronto ont révélé leurs projets pour le développement de l’offre à destination de la francophonie de Toronto. Mais, à trois jours du scrutin, si les attentes des leaders de la communauté francophone du milieu des affaires, du milieu associatif, communautaire et culturel, sont d’ordre linguistique, avec notamment une meilleure reconnaissance du fait français, elles sont également en phase avec les crises auxquelles la ville fait face touchant de près ou de loin tous les Torontois.

Selon Richard Kempler, le directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), l’accessibilité des services en français reste le sujet majeur pour la communauté : « On attend que le français soit reconnu à part entière. Elle a beau être la 17e parlée à Toronto, c’est une langue fondatrice de notre pays, qui fait partie de son ADN. »

Il ajoute que le français devrait systématiquement figurer en deuxième place, de façon prééminente, après l’anglais, dans les communications de la mairie, actuellement traduites dans une dizaine de langues. Allant plus loin, il met sur la table le besoin d’une désignation de Toronto comme ville bilingue.

Richard Kempler, directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA). Archives ONFR+

Zhara Diallo, présidente de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO) invoque ces mêmes droits pour les habitants d’expression française : « Toutes les communications ou sites de la ville devraient être traduits dans les deux langues officielles. »

Elle mentionne également le maintien et le renforcement du Comité des affaires francophones de la ville de Toronto pour de plus grands progrès en offre active : « Toronto étant une région désignée, nous aimerions certainement voir une amélioration concrète de l’accès aux services en français offerts par la ville sur l’ensemble de son territoire. Nous voudrions que cette offre de services soit systématique et pas exceptionnelle. »

Zhara Diallo, présidente de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO). Archives ONFR+

Côté entrepreneuriat, l’existence d’un Centre d’entrepreneuriat pour les petites entreprises (CEPE) à vocation bilingue n’a, selon Richard Kempler, ni les ressources en français, ni le personnel adéquat : « En réalité, les entrepreneurs franco nouvellement arrivés ne sont pas aidés. La FGA œuvre directement auprès de la province et essaye d’obtenir un CEPE francophone, différent de celui de la ville qui ne remplit pas son rôle », ajoute-t-il.

Le président du Salon du livre francophone de Toronto, Valéry Vlad, se rappelle le goût amer laissé par l’épisode des livres français retirés des bibliothèques en 2020 par John Tory, le maire sortant : « Je me souviens, c’était un coup de poignard dans le dos que j’espère ne plus jamais vivre. Qui plus est de la part d’un maire qui avait commencé le discours inaugurant son mandat en français! »

Valéry Vlad, président du Salon du livre francophone de Toronto. Archives ONFR+

« Même si, suite à l’indignation générale et à l’intervention du gouvernement fédéral, la Ville a rétropédalé, la francophonie porte encore la trace de cette gifle… »

Il dit espérer du nouveau maire un changement d’état d’esprit vis-à-vis du fait français à Toronto. « J’espère que le Salon du livre de Toronto accueillera, enfin, lors de sa 31e édition, le maire ou la mairesse de la ville. Ce n’est jamais trop tard! » conclut celui-ci.

Le milieu associatif et communautaire tire la sonnette d’alarme sur le logement

Pour Florence Ngenzebuhoro, directrice du Centre francophone de Toronto, c’est la crise du logement qui devient un problème presque insurmontable : « Le Centre souhaite que la ville de Toronto élise un maire ou une mairesse qui saura s’attaquer à cette crise en engageant les parties prenantes impliquées dans la résolution de ce fléau. »

Elle souhaite que le centre puisse collaborer avec la mairie pour développer plus d’options de logement abordable pour les francophones de Toronto.

Florence Ngenzebuhoro, directrice du Centre francophone de Toronto. Gracieuseté

Marianne Goodwin, la présidente du conseil d’administration de La Maison, la seule maison d’hébergement pour femmes francophones victimes de violence à Toronto, tire, elle aussi, la sonnette d’alarme sur « le manque criant de logements pour les femmes qui fuient la violence conjugale et physique. Par le fait même il y a un nombre limité de lits disponibles pour les femmes francophones et leurs dépendants ». 

En raison de ce manque de logements prioritaires, selon celle-ci, la durée de séjour des femmes à La Maison se prolonge d’année en année pour les femmes accompagnées de leurs familles. 

Une problématique qui anime également Dada Gasirabo, la présidente de l’organisation Oasis centre des femmes, pour qui « Les nouveaux dirigeants devraient travailler à mettre en place des politiques d’abordabilité et d’équité du logement ».

Celle-ci pointe également du doigt le coût de la vie à Toronto, notamment le taux d’inflation à la hausse avec un niveau de pauvreté qui augmente, et espère des mesures sociales concrètes pour aider les plus démunis.

Dada Gasirabo, présidente de l’organisation Oasis centre des femmes. Archives ONFR+

« Le niveau de sécurité de tout le monde est de ce fait à haut risque, avec de plus en plus de sans-abris, de personnes avec des problèmes de santé et de santé mentale, générant des violences en tous genres », déclare-t-elle.

Mme Gasibaro met également l’emphase sur des enjeux tels que le racisme, la parité et l’égalité des genres, et l’homophobie : « L’inclusion est une valeur essentielle à cultiver à Toronto. On doit y entretenir un sentiment d’appartenance pour chacun. »

« Toronto est une ville très riche en ressources humaines avec une belle diversité et de belles infrastructures. Le prochain maire doit réinventer des stratégies pour effacer les fossés d’inégalités grandissantes, utiliser le potentiel humain et diversifié », conclut-elle.

 

 

 

 

 

 

 

Activités de la Saint-Jean-Baptiste en Ontario

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

C’est la Saint-Jean-Baptiste cette semaine et les Franco-Ontariens fêteront partout en province. Voici quelques endroits où célébrer la francophonie canadienne de toutes origines dans les prochains jours.

Musique

Une Saint-Jean country à Sudbury

C’est une Saint-Jean à saveur country qui attend les résidents de Sudbury le 25 juin. Les têtes d’affiche de ce spectacle de la Slague seront Reney Ray et Eric Romanica. Ce sera d’ailleurs la dernière occasion de voir Reney Ray en spectacle en Ontario pour un bout de temps, comme elle l’a récemment expliqué en Rencontre ONFR+.

La chanteuse originaire de Val-Rita a récemment remporté le prix de l’artiste francophone de l’année de la Country Music Association of Ontario. Sa première partie permettra au public de découvrir Eric Romanica, chanteur country rock originaire d’Ottawa et maintenant résident de North Bay.

En plus d’avoir remporté le prix en 2022 et 2023, Reney Ray était en nomination comme artiste francophone de l’année aux CMAO en 2019, 2020 et 2021. Gracieuseté

Le 25 juin à Sudbury. Détails et billets sur le site de La Slague

Après-midi dansant à Ottawa

La Maison de la francophonie d’Ottawa organise une fête de la Saint-Jean gratuite à 13h le 24 juin. C’est le groupe musical La ligue du bonheur qui assurera l’ambiance. La formation roule sa bosse depuis plusieurs années, ayant remporté le prix coup de cœur de Contact ontarois en 2007.

La ligue du bonheur fêtera la Saint-Jean-Baptiste à Ottawa. Gracieuseté

Le 24 juin à Ottawa. Détails dans l’infolettre de la Maison de la francophonie d’Ottawa.

La Saint-Jean-Baptiste dans la région de York

À Newmarket, c’est le chansonnier Dave Harmo qui donnera un spectacle gratuit le 24 juin à 19 h. Francophones et francophiles sont invités au Newmarket Community Centre and Lions Hall. Le chanteur québécois a récemment sorti un nouvel extrait qui donne un avant-goût de son quatrième album : la chanson Je cours.

Dave Harmo a commencé sa carrière en jouant de l’harmonica dans le groupe Marco et les Torvis. Gracieuseté

Le 24 juin à Newmarket. Détails sur le site de l’Association des francophones de la région de York.

Soirée multiculturelle à Sarnia

Le jour de la fête de la francophonie canadienne, la communauté de Sarnia propose plutôt une célébration internationale avec un souper-spectacle multiculturel. Dès 17h, les participants pourront goûter à de la nourriture de partout dans le monde : Italie, Grèce, Iran, Thaïlande, Pérou, Inde, Cameroun et plus. Le volet musical sera assuré par différents artistes, dont les Torontois d’Alpha Rythm Roots, trio de percussions donnant dans la musique mandingue.

Alpha Rythm Roots est non seulement un groupe musical, mais une entreprise complète offrant des ateliers de formation, de l’importation d’instruments de qualité et du support aux artistes d’origine africaine. Gracieuseté

Le 24 juin à Sarnia. Détails et billets sur le site du Centre communautaire francophone Sarnia-Lambton

Journée familiale à Orléans

C’est toute la famille qui est invitée à fêter la Saint-Jean-Baptiste avec le Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa (RAFO). Les activités se dérouleront à l’intérieur en cas de pluie. De 14h à 21h, il y aura des structures gonflables, un rallye intergénérationnel et des jeux et défis pour tous. L’entrée est gratuite et il sera possible d’acheter boissons et nourriture sur place. La fête se terminera avec un spectacle du duo ottavien Sugar Crush dès 18h30.

Le duo Sugar Crush est composé de Joanie Charron et Marie-Soleil Provost. Gracieuseté

Le 24 juin à Orléans. Détails sur le site du RAFO

La fête de la musique à Ottawa

Après la Saint-Jean, il reste tout l’été pour célébrer. L’Alliance française Ottawa organise un événement pour la fête de la musique le 27 juin. C’est une ambiance psychédélique qui attend les spectateurs pour la performance de Ko Shin Moon. Il s’agit de la toute première visite en Ontario pour le duo français, qui sera également en spectacle à Toronto le 29 juin. La première partie sera assurée par l’étoile montante franco-ottavienne, Jessy Lindsay.

Il s’agit d’une première tournée canadienne pour Ko Shin Moon. Crédit image : Dorian Narayana

Le 27 juin au Club SAW d’Ottawa. Détails sur le site de l’Alliance française Ottawa.

Regard croisé sur un demi-siècle de relation entre le Québec et l’Ontario

TORONTO – Le bureau du Québec à Toronto (BQT), qui fut la toute première représentation officielle hors du Québec en 1973, a fêté mardi ses 50 ans. Cette étape dans le rapprochement avec l’Ontario a érigé un pont interprovincial sur le pilier politique, économique, culturel et linguistique. Deux pionniers de sa création, François Lebrun, ancien délégué général du Québec à Toronto et ex-président de la chambre des commerces français au Canada et Don Stevenson, ex-sous-ministre ontarien et co-président de la Commission de collaboration Québec-Ontario, reviennent, en français, sur le contexte fort de sa création.

Don Stevenson est présent en 1969 pour la signature officielle de l’Accord de coopération et d’échanges en matière d’éducation et de culture Ontario-Québec, avec Jean-Jacques Bertrand, alors premier ministre du Québec et John Robarts, alors premier ministre de l’Ontario.

Cet accord initie la création de la Commission permanente de collaboration entre Ontario et Québec, pour rapprocher les deux provinces, dont il devient le co-président. Son homologue québécois n’est autre que François Lebrun, également co-président de la Commission.

Le BQT voit le jour quatre ans plus tard, en 1973, avec pour mission de promouvoir le Québec et de faciliter les échanges au travers des relations gouvernementales, du développement économique, de la francophonie et de la culture.

À gauche, François Lebrun, délégué général du Bureau du Québec à Toronto, à droite, Donald Stevenson, sous-ministre adjoint ontarien, tous deux co-présidents de la Commission permanente Québec-Ontario en 1977. Source : Secrétariat du Québec aux relations canadiennes

François Lebrun, également ancien délégué général du Québec à Toronto et ex-président de la chambre des commerces française au Canada, nous raconte la situation de « crise d’octobre » qui a déterminé la création du BQT.

Selon lui, tout commence suite à la tragédie arrivée au Québec en octobre 1970, l’assassinat du ministre du Travail Pierre Laporte par des membres du Front de libération du Québec : « Le premier ministre du Québec Robert Bourrassa (Parti libéral) a alors pensé qu’il fallait ouvrir un bureau à Toronto pour rassurer le milieu des affaires de Toronto », confie-t-il. Les rapports commerciaux étant déjà importants entre les deux provinces.

Malgré une motivation économique forte, le contexte politique changeant rebat les cartes avec, pour la première fois, l’accession au pouvoir du gouvernement québécois souverainiste séparatiste en 1976 de René Lévesque (Parti québécois).

Clivage politique et enjeux économiques

M. Stevenson, sous-ministre adjoint et conseiller du premier ministre ontarien Bill Davis, se rend à Québec avec ce dernier, juste après l’élection du parti à Québec, pour des discussions avec le nouveau premier ministre québécois, qu’il qualifie de difficiles, l’Ontario étant en faveur du marché commun et le Québec voulant conserver ses propres règlements bloquant les liens interprovinciaux.

Alors aux affaires fédérales-provinciales, le québécois François Lebrun est alors envoyé pour représenter Québec au BQT en 1977 : « Dans ce contexte de changement politique où les gens d’affaires ontariens perdaient leurs contacts privilégiés du gouvernement libéral québécois, de facto, je me suis retrouvé à rassurer et à faire de la médiation. Mon mandat officieux était également de questionner les leaders économiques ontariens sur leur avis concernant la situation politique au Québec et ce qu’ils feraient si un référendum indépendantiste passait. »

L’Ontarien Don Stevenson et le Québécois François Lebrun, exhibant le chandail du Québec que porte son ami ontarien de longue date, à la célébration des 50 ans du BQT à Toronto. Crédit image : Sandra Padovani

Il raconte également que le passage de la Loi 101 de la Charte de la langue française en août 1977, remplaçant la Loi 22 sur la langue officielle, faisant du français la langue unique de l’enseignement, de l’administration, du travail et du commerce, oblige les entreprises extérieures à communiquer exclusivement en français avec les entreprises québécoises. « Ça a joué un rôle fondamental et les compagnies se sont adaptées », commente M. Lebrun.

« En 1985, les rapports s’améliorent avec l’élection de David Peterson en Ontario, devenu ami avec Robert Bourassa, premier ministre du Québec », raconte Don Stevenson que M. Peterson nomme comme son représentant à Québec en 1985 pour organiser des échanges et des programmes entre l’Ontario et la Belle Province.

Si les relations commerciales entre les deux provinces existaient depuis des siècles, même avant la création de la commission et du bureau, selon l’ancien délégué général du BQT M. Lebrun, la vraie innovation s’est opérée par le fleurissement des échanges culturels et universitaires, ces deux dernières communautés, des deux provinces, étant sur la même longueur d’onde.

« J’ai présidé une commission des coordinateurs de services en français de tous les ministères et, par étape, on a nommé des coordinateurs en commençant avec l’éducation et la culture. Quand j’ai quitté le gouvernement en 1989, j’étais plutôt satisfait des avancées dans ces domaines », rapporte également M. Stevenson

Deux provinces interdépendantes

Lorsqu’interrogé sur l’évolution des tendances par décennie, Don Stevenson résume ainsi : « On a assisté à de grands progrès dans les années 60, des difficultés dans les années 70, des progrès constants dès les années 80 et 90 (malgré ma déception quand le bureau de l’Ontario à Québec que j’ai créé en 1987 a été supprimé). Les années Kathleen Wynne côté Ontario ont été fructueuses quant aux accords avec Québec, mais le replacement des deux gouvernements a fait stagner les choses. De nos jours, Doug Ford approche par étape de meilleurs liens avec son homologue à Québec François Legault. »

L’accord en francophonie annuel garantit un investissement commun de 250 000 $ chaque année de chacune des deux provinces pour la francophonie. En 2022-2023, 531 670 $ de subventions ont été consacrés à des initiatives conjointes.

Si M. Stevenson ajoute avec humour être déçu qu’un train à grande vitesse (TGV) ne relie pas Montréal et Toronto, il considère que les rapports restent un défi et requièrent un travail mutuel de collaboration, mais se dit « heureux de la vitalité franco-ontarienne en Ontario ».

François Lebrun et Don Stevenson s’entretiennent avec Sandra Padovani à Toronto, 50 ans après la genèse du BQT dont ils ont été les acteurs. Crédit image : Rudy Chabannes

« De nos jours, avec du recul, je réalise qu’on a encore beaucoup de projets à faire pour se connaitre mutuellement », nuance François Lebrun. « Cela me rappelle le livre Chers voisins : ce qu’on ne connait pas de l’Ontario de Jean-Louis Roy. »

Celui-ci compare les relations économiques Ontario-Québec avec les relations France-Allemagne au sein du marché commun, dont les relations sont fondamentales pour l’avenir du Canada et de l’Europe, qui se doivent d’être unis.

Selon le gouvernement de l’Ontario, le Québec, qui est son plus important partenaire commercial au Canada, comptait en 2017 pour 33 % du total des exportations interprovinciales de l’Ontario et pour 41 % du total des importations commerciales interprovinciales de l’Ontario.

« Aujourd’hui le Québec exporte aux États-Unis, mais le marché avec l’Ontario est le plus important. Depuis 40 ans le commerce a augmenté entre les deux provinces et le tourisme n’a cessé de se développer. D’ailleurs, on voit pour la première fois une inversion : des Ontariens du milieu des affaires quittent Toronto pour venir vivre à Montréal, étant la moins chère parmi les grandes villes du Canada, un exode à rebours par rapport au passé », conclut François Lebrun.

Un député acadien libéral veut rendre le serment au roi optionnel

OTTAWA – Le député libéral René Arseneault a déposé un projet de loi mercredi qui rendrait optionnel le serment au Roi Charles III que doivent effectuer les élus fédéraux.

La constitution oblige tous les députés de la Chambre des communes à prêter serment ou encore à faire une affirmation solennelle au Roi Charles III ou, jusqu’à récemment, à la reine Élizabeth II.

Le député du nord-ouest du Nouveau-Brunswick veut retirer cette portion du serment pour les députés et Sénateurs qui le souhaiteraient.

« Cela s’inscrit dans la modernisation du Parlement. On est en 2023 (…) Je ne veux pas abolir la monarchie, mais moderniser la façon dont on devient député fédéral sans avoir cette obligation-là », explique-t-il en entrevue.

Le député acadien René Arseneault. Gracieuseté.
Le député libéral de Madawaska-Restigouche René Arseneault. Gracieuseté.

Ce dernier n’a jamais caché dans le passé son opposition à tel exercice en raison de ses racines acadiennes. La grande déportation de 1755 est survenue à la suite d’un refus des Acadiens de prêter un serment d’allégeance inconditionnel à la Grande-Bretagne.

Le représentant de la circonscription de Madawaska-Restigouche avait refusé, en 1992, de prêter serment à la reine Élisabeth II pour être admis au Barreau du Nouveau-Brunswick.

Il souligne qu’il s’agit d’une option inclusive qui permet de « respecter les sensibilités » de ceux qui sont monarchistes et ceux qui ne le sont pas, tout en s’assurant de ne pas « briser une tradition ». Le projet de loi C-347 modifierait la Loi constitutionnelle de 1867 qui rendait ce serment obligatoire.

Des appuis chez les libéraux

René Arseneault pense qu’il aura l’appui de son parti mais ajoute que cela reste à voir à l’automne prochain. Le projet de loi, déposé tout juste avant la fin de la session parlementaire, qui ajournera dans les prochains jours pour l’été, sera lu en première lecture à partir de la fin septembre, explique-t-il.

« Absolument, et avec un A majuscule », répond René Arseneault lorsqu’on lui demande si des gens à l’intérieur sont venus le voir pour dire qu’ils étaient contre l’idée de prêter serment à la monarchie britannique.

« Ça ne fait pas l’affaire de tout le monde et il y a toutes sortes de raisons. Il y en a pour qui ce ne sont pas les mêmes raisons que pour moi », précise-t-il.

Le débat avait fait rage dans les derniers mois aux Communes, notamment dans les jours précédant le couronnement du Charles III en mai. Le Bloc québécois avait, dans le cadre d’une journée de l’opposition, déposé une motion visant à « rompre les liens entre l’État canadien et la monarchie britannique », défaite par une majorité de la Chambre. Il y avait eu 266 votes contre et 44 en faveur, soit l’ensemble de la formation indépendantiste, le libéral Joël Lightbound, 10 néo-démocrates, le député vert Mike Morrice et l’élu indépendant Alain Rayes.

Selon la maison de sondage d’Angus Reid qui avait questionné les Canadiens sur le sujet en avril dernier, 60 % d’entre eux s’opposent à ce que l’on prête serment à Charles III, qu’on le mette sur la monnaie et qu’on le reconnaisse comme le chef de l’État.

« Cela démontre le non-appétit des Canadiens pour la question », estime René Arseneault.

En décembre dernier, les députés de l’Assemblée nationale à Québec ont aboli l’obligation de prêter serment au roi.

Une Journée nationale des peuples autochtones en demi-teinte en Ontario

OTTAWA – Alors que l’on célèbre, aujourd’hui, la Journée nationale des peuples autochtones, le conflit opposant la Nation métisse de l’Ontario (NMO) aux Chefs de l’Ontario (CCO) obscurcit le tableau. Entre questionnements identitaires et indignation, l’unité des premiers peuples de l’Ontario est plus que fragile.

La présentation du projet de Loi C-53 visant à proclamer l’autogouvernance de la NMO attendu depuis 2019 n’a pas eu lieu ce lundi comme prévu mais plutôt mercredi, à la fin de la Journée nationale des peuples autochtones. Contacté par ONFR+, le bureau de la NMO a indiqué ne pas pouvoir donner de raisons concernant ce délai.

Quelques heures plus tôt, lundi, l’organisme des CCO tenait une manifestation devant le Parlement canadien en opposition à cette nouvelle mesure, pour laquelle ils regrettent de ne pas avoir été invités à débattre.

« Ces ententes sur l’autonomie gouvernementale jettent les bases de relations renouvelées entre le Canada et chacun de ces gouvernements Métis et créeront de nouvelles occasions de bâtir un avenir meilleur pour leurs citoyens, comme bon leur semble », a fait savoir Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones, par voie de communiqué suite à l’annonce.

Marc Miller a indiqué ne pas exclure un débat en comité et au Sénat concernant ce projet de Loi. Capture d’écran internet

« Ce projet de loi est une réconciliation en action pour des dizaines de milliers de Métis de l’Ontario et les communautés métisses que représente la Nation métisse de l’Ontario », s’est réjouie Margaret Froh, présidente de la Nation métisse de l’Ontario.

Le conflit était au cœur des discussions lors de l’Assemblée annuelle de la CCO le 15 juin dernier à Toronto. Page Facebook de la CCO

En février dernier, La NMO, la Métis Nation of Alberta et la Métis Nation-Saskatchewan avaient signé des ententes d’autonomie gouvernementale avec le Canada. Un pouvoir qui leur accorderait, principalement, une reconnaissance en tant que gouvernement autochtone avec ses propres juridictions.

Contestation historique

La raison principale de l’objection des 133 communautés, représentées par la CCO, concerne le fait que cette nouvelle juridiction pourrait menacer le territoire sur et pour lequel se sont battus les peuples des Premières Nations (PN) depuis la signature du Traité Robinson-Huron en 1850.

« Il n’ont aucune terre, et c’est ce qu’ils essaient d’avoir avec ce traité en se réappropriant la nôtre » – Chef Scott McLeod

Selon le Chef Scott McLeod de la Première Nation de Nipissing Ouest, le problème n’a aucun lien avec la reconnaissance du peuple métis, lequel a vu son statut autochtone validé en 1982.

Le Chef Scott McLeod dit rejeter toutes les allégations de violence latérale émises par la NMO. Gracieuseté

Celui qui fut un des meneurs de la protestation à Ottawa, affirme que les communautés représentées par la NMO n’existaient pas historiquement et ne peuvent pas être des titulaires de droits de l’article 35 de la Constitution, lequel reconnaît et affirme les droits ancestraux ou issus de traités depuis 1982.

« Ils n’ont aucune terre, et c’est ce qu’ils essaient d’avoir avec ce traité en se réappropriant la nôtre », confie-t-il en entrevue avec ONFR+.

La NMO se défend, par communiqué, indiquant que ce projet de Loi ne concerne des fonctions internes.

« Nous ne sommes pas différents des Premières Nations » – Becca Bressette

« Il s’agit de reconnaître la citoyenneté métisse, les élections métisses, les opérations de gouvernance métisse et les services à l’enfance et à la famille métisses. Il ne traite pas des terres, de la récolte ou des droits fonciers. Il n’a aucune incidence sur les droits des Premières Nations. »

Question identitaire

En toile de fond, le débat identitaire qui remonte à 2017 avec la nouvelle identification de six communautés métisses dans toute la province, étendant le territoire métis jusqu’à la frontière entre l’Ontario et le Québec.

Pour le Chef McLeod, la Nation métisse de l’Ontario est « fabriquée », et constitue en réalité « une corporation et pas une Nation ».

« Nous ne sommes pas différents des Premières Nations. Ce n’est tout simplement pas notre faute si nous nous sommes retrouvés Métis! Nous n’avions pas le choix », lance avec émotion Becca Bressette, citoyenne métisse de la région 7, située un peu au nord de Barrie.

Becca Bressette reconnaît être très affectée par la situation conflictuelle avec les PN. Gracieuseté

Et de continuer : « Mon grand-père, un ancien Métis de la Deuxième Guerre mondiale, m’a appris l’importance de défendre notre culture et ce en quoi nous croyons. »

« Je suis désolé, mais ces personnes ne sont pas autochtones », fustige Scott McLeod qui ajoute que le processus menant à l’obtention du statut autochtone n’est pas aussi fiable que celui des PN.

« J’ai dû prouver mon identité et des connexions directes, je suis très chanceuse d’avoir l’histoire documentée transmise et la plupart ne l’ont pas », se défend Mme Bressette, qui avance que la MNO a été créée par des membres de sa famille.

Samedi dernier, alors que le gouvernement fédéral annonçait la réévaluation de la redevance territoriale pour les PN à hauteur de 10 G $, la NMO a tenu une assemblée spéciale à Toronto, au cours de laquelle 71 % des personnes présentes ont voté en faveur du retrait des citoyens dont les dossiers sont incomplets du registre de la NMO.

Un avenir incertain des relations

Margaret Froh souhaite faire savoir que la porte reste ouverte pour le dialogue avec les PN : « Les Métis et les Premières Nations ont toujours été plus forts en travaillant ensemble, comme nous le faisons depuis plus de 200 ans. Ce n’est que très récemment que la politique nous empêche de progresser ensemble. »

Margaret Froh demande aux jeunes Métis de l’Ontario de garder la tête haute. Page Facebook de la NMO

Même son de cloche chez Becca Bressette : « C’est le fait que le gouvernement nous divise depuis si longtemps, qui fait que certains pensent que nous ne sommes rien et que nous n’avons pas notre place. »

De son côté, le Chef de la PN de Nipissing Ouest n’est pas aussi optimiste et considère qu’aujourd’hui est un jour important, teinté par ce conflit, alors qu’il y a, selon lui, de vrais problèmes à régler dans la communauté.

« Nous n’avons pas autant de temps à consacrer que la NMO, quand nous le pourrons, nous allons nous battre pour les résoudre, unis avec les autres Premières Nations. »

Cet article a été mis à jour le mercredi 21 juin à 17h

Festival autochtone du solstice d’été : « Venez voir la culture », clame Rae-Anna Whiteduck

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Rae-Anna Whiteduck est l’ambassadrice culturelle francophone d’Expériences autochtones, l’organisme qui programme le Festival autochtone du solstice d’été (FASE). Elle est Algonquine-Anishinaabe de Kitigan-Zibi.

LE CONTEXTE :

Le FASE débute aujourd’hui à la ferme Mādahòkì d’Ottawa. Il se déroulera jusqu’à dimanche et propose différentes activités pour célébrer les cultures autochtones. Tout le monde peut y participer.

L’ENJEU :

En cette Journée nationale des peuples autochtones, le FASE est une des façons pour les allochtones d’en apprendre plus sur les communautés autochtones et de participer aux efforts de vérité et de réconciliation.

« Comment résumeriez-vous le FASE à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler?

C’est un festival familial de célébrations des cultures autochtones d’ici, au Canada. Cette année, une bonne partie de la programmation est consacrée à la nation métisse. Il y aura beaucoup d’artistes et artisans métis. C’est un endroit où l’on peut en apprendre plus sur la culture des peuples autochtones. Il y a beaucoup d’activités et c’est vraiment en endroit pour apprendre et parler avec des membres des communautés autochtones à Ottawa.

Il y a aura un marché d’artisanat autochtone lors du FASE, du 21 au 25 juin. Gracieuseté Festival autochtone du solstice d’été

Peut-on participer si on n’est pas autochtone?

Oui! Les pow-wow sont une célébration de toutes les nations. Alors tout le monde est le bienvenu.

Parfois, les allochtones se sentent un peu gênés de se présenter à un pow-wow, même si on entend que c’est pour tout le monde. Que diriez-vous à ceux qui hésitent ou qui ont peur de faire un faux pas?

Je dirais : viens voir! Viens nous parler. Viens voir la culture, qui est très belle. C’est une culture très inclusive : on encourage tout le monde à participer. On ne peut pas parler de réconciliation si on ne peut pas avoir de conversations ensemble. La première étape est de venir et d’apprendre.

Quels sont les faits saillants de la programmation?

On a des murales de peinture, des ateliers d’arts, des performances sur la scène Célébration. On a aussi beaucoup de nourriture autochtone avec différentes stations de dégustation. Il y a aussi le pow-wow. Il y aura un marché d’artisans, l’hypnotiseur Scott Ward, des performances de danse de cerceaux et on est très fier de dire que le champion national sera là en performance. On a aussi l’artiste Amanda Rheaume qui viendra chanter. Aujourd’hui, il y aura un spectacle de drones.

Un spectacle de drones est prévu le 21 juin à 21h. Gracieuseté Festival autochtone du solstice d’été

Qu’est-ce qui est accessible en français?

Pour l’instant, je suis la seule ambassadrice francophone. Nous sommes une très petite équipe. Mais on essaie d’avoir plus de diversité dans les langues. En ce moment, ce n’est pas complètement bilingue, mais on essaie d’être inclusif avec tout le monde.

Comment ça se passe en ce moment à la ferme Mādahòkì?

C’est très occupé. Avant le festival, on a des journées d’éducation où on reçoit des écoles de la région d’Ottawa. Hier, c’était la journée française, donc on a reçu beaucoup d’enfants qui sont venus apprendre, en français, tout ce qu’on fait ici, à la ferme.

Les enfants de la région d’Ottawa peuvent apprendre sur les traditions et cultures autochtones lors des journées scolaires. Gracieuseté Festival autochtone du solstice d’été

Une des choses les plus importantes, ce sont les chevaux rares et en danger d’esprit Ojibwe. Il y a une idée reçue comme quoi tous les chevaux sont arrivés avec les Européens. Mais c’est vraiment une race autochtone du Canada qui a failli disparaître. C’est la fierté d’héberger l’élevage d’un couple de nos amis qui ont sauvé les quatre dernières mères et ont commencé à repeupler cette race de chevaux. En 1977, il n’y avait que quatre mères. Mais aujourd’hui, il y en a 181 au Canada. Nous sommes fiers de dire que nous avons neuf de ces chevaux ici à la ferme.

En plus des activités à la ferme, un marché de soir se tiendra dans le Marché By le 23 juin. Gracieuseté Festival autochtone du solstice d’été

Pourquoi le solstice d’été est-il un moment important dans les cultures autochtones?

C’est la journée la plus longue de l’année et le début de l’été. Dans le passé, nous faisions beaucoup de cérémonies autour de cette date. Pour nous, c’est aussi le début du FASE.

Quelle est l’importance du Mois et de la Journée nationale des peuples autochtones?

C’est beaucoup en lien avec la vérité de ce qui s’est passé ici, au Canada. À une époque pas si lointaine, il était illégal de pratiquer nos cultures, nos cérémonies, et même de parler nos langues. Alors, aujourd’hui, il y a une demande aux peuples autochtones de recommencer les manifestations culturelles et les cérémonies. Pour moi, c’est une des choses les plus importantes de pratiquer la culture afin qu’un jour nos jeunes puissent profiter d’espaces sécuritaires pour apprendre. Et aussi pour que les non-autochtones aient des espaces pour apprendre dans des lieux où ils n’auraient pas honte, où ils ne seraient pas gênés. »

La programmation complète du FASE 2023 est disponible sur son site web (en anglais seulement.)

Gilles Lacombe remporte le Prix littéraire Trillium

TORONTO – La cérémonie des Prix littéraires Trillium s’est déroulée mardi soir au Arcadian Court de Toronto. Remis par Ontario Créatif, ils célèbrent l’excellence de la littérature de la province. Dans le volet francophone, Gilles Lacombe et Michèle Laframboise ont été récompensés.

Chaque année, les Prix littéraire Trillium couronnent deux gagnants anglophones et deux gagnants francophones. Dans chaque langue, un grand prix est remis pour le volet général. La deuxième catégorie est soit la poésie ou la littérature jeunesse, en alternance.

Cette année, c’est la littérature jeunesse qui était à l’honneur en français. L’autrice Michèle Laframboise, de Mississauga, a remporté le Prix du livre d’enfant Trillium pour Le secret de Paloma, roman pour adolescents publié aux Éditions David. Au micro d’ONFR+, la principale intéressée a expliqué ce qu’elle aimait de la science-fiction : « Ça nous transporte dans un ailleurs qui est différent, et je peux quand même aborder des problèmes très profondément humain pour des adolescents. »

Les autres livres en nomination étaient Dany à la dérive de Pierre-Luc Bélanger et Mégane et Mathis d’Hélène Koscielniak.

Michèle Laframboise a remporté le Prix du livre d’enfant Trillium pour Le secret de Paloma. Crédit image : Joanne Belluco

Même s’il n’y avait pas de catégorie poésie cette année, les poètes étaient très bien représentés dans la catégorie générale. Trois recueils de poésie étaient en nomination, contre un roman et une œuvre théâtrale. C’est le poète ottavien Gilles Lacombe qui a soulevé le Trillium, pour son recueil Circé des hirondelles, publié aux Éditions L’Interligne.

Appelé à réagir au micro d’ONFR+, le gagnant a salué toute la communauté francophone de l’Ontario. « Notre culture est vivante, elle n’est pas folklorique. Elle crée et elle invente des choses nouvelles. » 

Circé des hirondelles est l’oeuvre gagnante du Prix littéraire Trillium. Crédit image : Joanne Belluco

Les autres finalistes étaient Dire d’Andrée Lacelle, Feux du naufrage de Gilles Latour, Capharnaüm de Nancy Vickers et Frontières libres de Marie-Thé Morin.

Du côté anglophone, le Prix Trillium a été remis à Stuart Ross pour The Book of Grief and Hamburgers. Un prix Trillium du livre de poésie a été attribué à Sanna Wani pour My Grief, the Sun.

Les quatre gagnants des Prix littéraires Trillium 2023. De gauche à droite : Gilles Lacombe, Stuart Ross, Michèle Laframboise et Sanna Wani. Crédit image : Joanne Belluco

Ontario Créatif a aussi profité de la soirée pour rendre hommage à Marguerite Andersen. La doyenne de la littérature franco-ontarienne s’est éteinte en octobre dernier, à 97 ans.

L’autrice franco-ontarienne d’origine allemande, Marguerite Andersen, a elle-même gagné deux fois le Prix littéraire Trillium. Crédit image : Joanne Belluco

Les Prix littéraires Trillium ont été créés par le gouvernement de l’Ontario en 1987. Le volet francophone a été ajouté en 1994. Un geste qui porte fruit, pour le lauréat Gilles Lacombe : « Je trouve que c’est vraiment extraordinaire que la majorité anglophone nous traite comme des égaux, aujourd’hui. Ce n’est pas toujours le cas dans la vie quotidienne. »

Les lauréats du volet général remportent 20 000 $ alors que leurs maisons d’édition empochent 2500 $ pour la promotion des œuvres. Dans le volet jeunesse, le prix est de 10 000 $ pour l’auteur et 2000 $ pour l’éditeur.

Quel impact pour le français au Canada avec la nouvelle Loi sur les langues officielles?

OTTAWA – Le projet de Loi C-13 a obtenu la sanction royale modifiant ainsi, en partie, dès aujourd’hui la Loi sur les langues officielles. Qu’en est-il? Quelles sont les nouveautés? Quel effet cela aura-t-il sur l’avenir du français au pays et quand les principales mesures entreront-elles en vigueur? Les réponses à vos questions.

La sanction royale a été confirmée par le Sénat mardi après-midi à la période des questions de la Chambre haute. Ça faisait près de six ans que le gouvernement libéral avait promis une telle mouture et la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a tenu à le rappeler quelques moments après la confirmation en provenance du Sénat.

« Ça fait 18 mois qu’on travaille là-dessus(…) Aujourd’hui, nous sommes très contents de dire que c’est mission accomplie et c’est une bonne journée pour nos communautés de langues officielles en situation minoritaire. C’est réellement une journée historique », a-t-elle commenté.

Qu’est-ce que la Loi sur les langues officielles?

La Loi sur les langues officielles (LLO) statue que le français et l’anglais sont les deux langues officielles du Canada. Elle a aussi pour objet d’appuyer le développement des minorités francophones et anglophones et précise les pouvoirs et obligations des institutions fédérales en langues officielles.

Quelles sont les principales mesures du projet de Loi C-13?

Protéger le français. Le libellé vient statuer que le français est en déclin au pays et qu’il faut en faire plus pour cette langue en raison de son statut précaire, rompant ainsi avec la tradition d’une égalité sur le papier entre le français et l’anglais.

Rétablir le poids démographique des francophones. Le fédéral s’engage à rehausser le poids démographique des francophones hors Québec via l’immigration avec l’adoption d’une politique comportant une cible et des indicateurs.

Plus de droits aux employés fédéraux. En vertu de la nouvelle Loi, les employés d’institutions assujetties à la Loi sur les langues officielles dans des régions francophones auront de nouveaux droits pour effectuer leur travail en français, être supervisés en français et recevoir des communications en français.

Plus de pouvoirs pour le commissaire aux langues officielles. Le Commissariat aux langues officielles (CLO) pourra désormais sanctionner les institutions fédérales à la hauteur de 25 000 $ par année. Il pourra aussi émettre des ordonnances et conclure des accords de conformité, une sorte de contrat juridique, avec les institutions fédérales.

Plus d’appui aux communautés francophones. La nouvelle version de la LLO obligera le gouvernement à en faire plus pour favoriser « le développement et l’épanouissement », en plus de « protéger et promouvoir les institutions fortes » des communautés francophones comme l’éducation, la justice et la santé.

Quel impact sur l’avenir du français?

« Ça ne va rien changer du jour au lendemain, mais ça garnit un peu plus la boîte à outils des communautés francophones un peu partout au Canada. Les projets de loi sur la Loi sur les langues officielles sont des projets qu’il faut regarder sur une plus longue période », explique le juriste en droit linguistique Michel Doucet.

Il estime qu’il a une certaine nature symbolique à désormais reconnaître que c’est le français qui est en péril. « La Loi définit ça et c’est celle qu’on doit nécessairement appuyer pour son développement alors c’est très important sur le plan symbolique, mais aussi psychologique pour les communautés minoritaires francophones, de faire reconnaître ce fait-là dans une loi fédérale. »

Un impact plus direct pourrait être le renforcement de la partie 7 de la LLO, qui est celle portant sur l’appui aux communautés francophones du pays, note le juriste acadien. Cette section touche un ensemble de secteurs des communautés francophones hors Québec où le gouvernement devra désormais en faire plus : l’éducation, l’immigration, la santé et la culture.

« C’est quelque chose qui peut-être positif, mais il faudra voir le respect accordé à cette Loi par les institutions fédérales », prévient M. Doucet.

La Loi sur les langues officielles sera-t-elle respectée?

Ça sera le gros mandat du Commissariat aux langues officielles, estime Michel Doucet. Il aura un rôle crucial comme « chien de garde » pour déterminer si cette Loi aura réellement un impact pour aider à freiner le déclin du français, croit l’expert juridique. Avec les nouveaux pouvoirs d’ordonnance et la possibilité de conclure des accords, les multiples récidivistes aux manquements aux langues officielles comme Air Canada auront beaucoup plus de difficulté à continuer.

« Il y aura toujours la possibilité pour le commissariat de se tourner vers les tribunaux pour s’assurer du respect. Ça devient un outil quasi juridique et pour l’institution, ça sera plus difficile de défendre devant un tribunal sa non-observation d’un engagement qu’il aurait pris à l’intérieur d’une ordonnance par exemple », précise le juriste.

Qu’est-ce qui entre en vigueur et que reste-t-il à déterminer?

La majorité de la nouvelle version de la LLO est en vigueur dès aujourd’hui, indiquait vendredi dernier la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor, mais certaines sections restent à être déterminées par règlement, un processus qui prendra fin en 2025. Par exemple, le gouvernement donne deux ans aux gestionnaires et superviseurs d’institutions fédérales à être « aptes à communiquer avec les employés dans les deux langues officielles, peu importe le profil linguistique du poste des employés ».

Plusieurs pouvoirs du Commissariat aux langues officielles restent aussi à être décidés par réglementation. Le gouvernement devra détailler par exemple la portée des sanctions financières et ordonnances que peut émettre le CLO pour les institutions fédérales en raison de certaines parties de la Loi.

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor en entrevue avec ONFR+. Crédit image: Stéphane Bédard
La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor. Crédit image : Stéphane Bédard

Le gouvernement se donne aussi deux ans pour déterminer quelles sont les régions à forte présence francophone au pays (hors Québec) dans la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. De son côté, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) devra adopter par décret ses nouvelles obligations pour une politique en matière d’immigration francophone.

Le député du Nord Michael Mantha imagine son avenir politique sans le NPD

Exclu du caucus néo-démocrate depuis près de trois mois, le député franco-ontarien d’Algoma-Manitoulin n’imagine pas retrouver le banc de son parti à l’issue de l’enquête qui pèse sur lui pour inconduite présumée sur lieu de travail. Il continuera de représenter ses administrés en tant qu’indépendant.

« La cheffe (Marit Stiles) a pris sa décision. Moi, je prends la mienne. Je me prépare à me présenter comme membre indépendant pour les élections en 2026 en m’enregistrant auprès d’Élections Ontario », glisse M. Mantha au micro d’ONFR+. Cette petite phrase en dit long sur l’état d’esprit de l’élu du Nord et comment il conçoit son avenir politique… sans étiquette.

Alors que le prochain scrutin provincial semble encore bien loin et que l’enquête indépendante diligentée par le Nouveau Parti démocratique (NPD) rendra raisonnablement son verdict avant, il affirme contre toute attente « prendre les étapes nécessaires pour être efficace ».

Voilà presque trois mois que le couperet est tombé lorsque, le 31 mars dernier, la cheffe de l’opposition a exclu sine die l’un des piliers historiques de la formation néo-démocrate après des allégations d’inconduite. Le NPD a depuis confié à un enquêteur le soin de faire la lumière sur cette affaire.

« On attend toujours les résultats de cette enquête », affirmait dans les couloirs de Queen’s Park Mme Stiles au dernier jour de la session parlementaire avant la pause estivale.

Candidat indépendant aux prochaines élections?

Comment M. Mantha vit cette mise à l’écart et les allégations qui pèsent sur lui? « Franchement très bien », répond-il sans sourciller. « Je représente toujours les gens de ma circonscription. Mes services, mes journées, n’ont pas changé. Je ne fais plus partie du caucus et du leadership team, donc je regarde le positif : j’ai plus de temps et d’attention à accorder à ma circonscription, ce qui est idéal. »

Se sent-il isolé? « Pas du tout. J’ai bâti des liens depuis 13 ans avec le gouvernement, des amis, des membres de l’opposition. J’ai développé mon réseau et le job continue. Je prends les choses au jour le jour et je regarde droit devant. »

Michael Mantha affirme que ses électeurs lui font toujours confiance et lui demandent comment l’aider. Crédit image : Rudy Chabannes

« Mon focus est de représenter les gens d’Algoma-Manitoulin. Ce sont eux qui me donneront la direction à suivre » – Michael Mantha

Ses administrés se sont-ils détournés de lui? « Pas du tout », réaffirme-t-il avec la même vigueur. « Le positif c’est que les gens se sont posé des questions sur mon statut d’indépendant. Ça a créé un intérêt et même un engagement comme on n’en avait pas connu lors des dernières élections provinciales. Les gens me demandent comment ils peuvent s’impliquer ou m’aider comme volontaires », complète celui qui affirme « utiliser avec précision » son nouveau temps de parole, en se focalisant sur « ce qui impacte directement ma région ».

Imagine-t-il un retour en grâce dans la formation s’il est lavé de tout soupçon? « Il faudrait avoir toutes les réponses nécessaires mais comme c’est là, non. Mon focus est de représenter les gens d’Algoma-Manitoulin. Ce sont eux qui me donneront la direction à suivre. On verra de quoi sera fait demain. »

Aucune enquête du commissaire à l’intégrité

Élu depuis 2011, le député d’Elliot Lake a largement remporté un quatrième mandat consécutif en 2022, à la faveur des dernières élections provinciales. Il est considéré comme un des ténors du parti, dont il a pris en charge plusieurs portfolios à titre de porte-parole de l’opposition officielle : Développement du Nord, Relations avec les Autochtones et Réconciliation, puis Richesses naturelles.

Whip adjoint de l’opposition officielle à plusieurs reprises, il a également siégé comme président de groupe parlementaire de 2018 à 2020 et comme membre de divers comités permanents : politique sociale, justice, budget, Assemblée législative et Comptes publics.

Depuis sa mise en retrait du NPD, c’est le député Guy Bourgouin (Mushkegowuk-Baie James) qui endosse le rôle de porte-parole de l’opposition officielle aux Mines, en plus du dossier des Affaires francophones qu’il détenait déjà.

Marit Stiles, cheffe du NPD, attend toujours les conclusions de l’enquête. Crédit image : Rudy Chabannes

Aucune date n’est fixée sur le dévoilement des conclusions de l’enquête. Le NPD n’a apporté aucun détail sur les allégations portées à l’encontre de M. Mantha afin de préserver la victime présumée. 

Mme Stiles a par ailleurs indiqué que le commissaire l’intégrité « menait des entrevues sur la base d’une plainte initiale ». Une information démentie par le bureau du commissaire, dans un échange de courriel avec ONFR+.

« Nous n’avons pas reçu de demande d’un député pour déterminer si Michael Mantha, a enfreint un article ou des articles de la Loi sur l’intégrité des députés », affirme pourtant Michelle Renaud, cheffe des communications et de la sensibilisation auprès du Bureau du commissaire à l’intégrité de l’Ontario.

Or, aucune enquête ne peut être déclenchée sans une telle demande. Le commissaire à l’intégrité peut en effet enquêter sur les infractions potentielles à la Loi de 1994 sur l’intégrité des députées. Cette loi énonce les règles de conflit d’intérêts pour les députés. Le commissaire ne peut pas enquêter pour déterminer si un député a enfreint toute autre loi ou code de conduite.

Sur les bancs de l’Assemblée législative de l’Ontario, Michael Mantha siège en tant qu’indépendant (au fond, au centre de l’image), à l’écart de son ancien parti, le NPD (à gauche). Crédit image : Rudy Chabannes

Le statut d’indépendant confère généralement aux élus ontariens une plus grande liberté de parole et une marge de manœuvre plus large pour représenter les intérêts de leurs électeurs de façon autonome, sans ligne de parti à suivre à la lettre.

Deux autres élus ontariens détiennent ce statut à l’Assemblée législative. Il s’agit de Vincent Ke (Don Valley-Nord), qui a démissionné du caucus progressiste-conservateur en mars dernier à la suite d’allégations d’ingérences électorales, et de Bobbi Ann Brady (Haldimand-Norfolk), seule candidate élue sans appui partisan en 2022.

Michael Woods brille juste avant le Tour de France 

TOULOUSE (France) – Le coureur francophone d’Ottawa de l’équipe Israel-Premier Tech a remporté la Route de l’Occitanie pour la deuxième fois consécutive. À moins de deux semaines du Tour de France, il fait le plein de confiance.

Pour tout amateur de cyclisme, la fin du mois de juin est un moment d’excitation où l’impatience monte avant le début de l’épreuve la plus importante de la saison, le célèbre Tour de France. Du côté des athlètes, c’est le moment de faire les derniers réglages et de peaufiner sa préparation.

Pour Michael Woods, la dernière étape avant la grande boucle se situait dans le sud de la France. Il a bouclé dimanche la Route de l’Occitanie – un tour de la région française en quatre étapes – sur une nouvelle victoire. C’est en effet la deuxième année consécutive que le natif d’Ottawa termine en tête du général aux pieds des Pyrénées, un endroit qu’il connaît très bien et qu’il apprécie. 

« C’est vraiment très spécial pour moi de gagner cette compétition une deuxième fois », a-t-il confié après sa victoire. « C’est une région que j’aime beaucoup, ce n’est pas loin de chez moi, Andorre. Le fait de pouvoir avoir ma femme et mes enfants présents ici pour me voir gagner le jour de la fête des pères c’était vraiment spécial. »

Crédit image : Sprint Cycling Agency

« Je suis en bonne forme et très impatient d’être au Tour. Je suis prêt à y aller! » – Michael Woods

Si la victoire au classement général s’est confirmée dimanche à l’occasion de la dernière étape, c’est samedi que l’Ottavien a fait la différence pour s’emparer de la première place sur une troisième étape brillamment remportée. Lors de la quatrième, il ne lui restait plus qu’à travailler en équipe pour conserver sa place en tête du général. Stevie Williams a notamment joué un rôle majeur dans la gestion de la course. 

« Stevie a été très impressionnant, il a grimpé avec les meilleurs grimpeurs de la course, il a tellement tout bien géré. Je suis vraiment très fier de la manière dont il a couru », a confié Michael Woods. « Toute l’équipe a fait du bon travail aujourd’hui, c’est juste dommage de ne pas avoir réussi à rattraper l’échappée pour offrir un sprint final pour la victoire à Corbin. Dans tous les cas, je suis ravi de cette course. Je suis en bonne forme et très impatient d’être au Tour. Je suis prêt à y aller! » 

Le rendez-vous est pris. La Grande Boucle débutera le 1er juillet au départ de Bilbao dans le Pays basque espagnol et arrivera, comme chaque année, à Paris le 23 juillet. 

Source : Tour de France 2023

Festival franco-ontarien 2023 : retour en images

OTTAWA – Le Festival franco-ontarien (FFO) est retourné à sa base pour l’édition 2023. C’était le retour à la case horaire de juin, juste avant la Saint-Jean-Baptiste, pour ce grand rassemblement au parc Major’s Hill. C’était aussi le retour d’artistes qui ont marqué le festival à travers les époques. Parcours en images.

C’est le duo ottavien De Flore qui a ouvert les festivités en début de soirée vendredi. Au micro d’ONFR+, Mathieu Gauthier et Sarah-Anne LaCombe ont indiqué être des habitués du parc Major’s Hill. « On vient souvent passer du temps ici avec les amis et la famille. C’est le fun de prendre d’assaut le parc avec une autre famille et de faire ce qu’on fait », a indiqué Mathieu Gauthier.

Le duo De Flore, composé de Mathieu Gauthier et Sarah-Anne Lacombe, en entrevue avec la journaliste Rachel Crustin. Crédit image : Stéphane Bédard

Gregory Charles, qui avait contribué à la relance du FFO comme tête d’affiche en 2006, a assuré l’ambiance du reste de la soirée, flanqué de sa protégée de Star Académie 2022, Audrey-Louise Beauséjour. L’homme aux mille talents a enchaîné les succès populaires de différents styles et différentes époques, comme à son habitude.

Gregory Charles était la tête d’affiche de la première soirée du FFO 2023. Crédit image : Stéphane Bédard

Parmi les artistes franco-ontariens qui se succédaient à ses côtés, on retrouvait un Michel Lalonde en pleine forme. Ce vétéran avait participé au tout premier FFO en 1976 avec la formation Lougarou (devenue Garolou).

Michel Lalonde faisait partie de la formation franco-ontarienne-québécoise Garolou. Crédit image : Stéphane Bédard

Le public attendait également le retour de la jeune Sophie Grenier. Forte de sa victoire à l’émission La Voix, la chanteuse d’Orléans a offert quelques ballades, dont L’Oiseau et Laissez-moi danser, qui ont marqué les téléspectateurs du télé-crochet.

Sophie Grenier prendra une année sabbatique l’an prochain afin de se concentrer sur sa carrière musicale. Crédit image : Stéphane Bédard

Appelé à commenter le parcours de Sophie Grenier au micro d’ONFR+, Gregory Charles lui a souhaité que « ça n’aille pas trop vite, mais que ça aille », en référence à la popularité instantanée qui ne sert pas toujours les artistes à long terme.

Gregory Charles en entrevue avec Rachel Crustin d’ONFR+. Crédit image : Stéphane Bédard

La foule était plus nombreuse lors de la deuxième soirée, qui mettait en vedette Lisa Leblanc et Zachary Richard. La Néo-Brunswickoise a fait résonner son Chiac disco avec une énergie débordante.

Lisa Leblanc avait été repérée par le FFO dès le tout début de sa carrière. Crédit image : Stéphane Bédard

Pour sa part, l’interprète de Jean Batailleur s’est produit devant une foule conquise d’avance, qui chantait ses grands succès en chœur. La communauté acadienne d’Ottawa semblait bien présente samedi soir au parc Major’s Hill.

Zachary Richard est un habitué du FFO depuis les années 1980. Crédit image : Stéphane Bédard

Le FFO s’est terminé dimanche avec une matinée familiale gratuite, incluant des performances de Sugar Crush et du Duo Hoops. Voici quelques photos supplémentaires du FFO 2023. Crédit images : Stéphane Bédard

« Le début d’une nouvelle relation » : les deux gouvernements veulent verser 10 G $ aux peuples autochtones

SUDBURY – Le fédéral et l’Ontario ont fait l’annonce, samedi après-midi, d’une entente potentielle sur la compensation rétroactive des redevances territoriales de 21 Premières Nations du nord de l’Ontario. Il s’agit pour certains membres des communautés autochtones concernées d’un pas important vers la réconciliation et qui survient en plein milieu du Mois national de l’histoire autochtone.

C’est à l’Université Laurentienne devant de nombreux membres des Premières Nations et autres personnalités politiques que la nouvelle fut présentée, suscitant une vive émotion.

Le règlement proposé pourrait indemniser rétroactivement les premiers peuples jusqu’à 10 milliards de dollars pour « pour les pertes antérieures », divisés équitablement entre le gouvernement ontarien et fédéral.

Cette entente est liée à la signature du Traité Robinson Huron datant de 1850 et selon lequel la couronne britannique doit verser une somme annuelle aux Anichinabés vivant autour du lac Huron en échange de l’exploitation de ressources de leurs terres.

Une cérémonie rituelle a suivi l’annonce dans le Centre d’apprentissage et de partage autochtone. Crédit image : Inès Rebei

Cependant, les annuités, comme sont appelées ces redevances, n’ont augmenté qu’une seule fois lorsqu’en 1875, celles-ci sont passées de 1,70 $ à 4 $ par personne.

Une situation qui a amené 21 communautés autochtones situées sur le territoire visé à vouloir demander des comptes aux deux gouvernements par l’entremise des tribunaux en 2012 avec un litige intenté en 2014.

En 2018, la Cour supérieure de l’Ontario a conclu que la Couronne est tenue d’augmenter les annuités versées en vertu du Traité Robinson-Huron afin de refléter les recettes nettes que la Couronne reçoit des ressources extraites du territoire visé par le Traité.

C’est en réalité en dehors de procédures judiciaires que les deux parties se sont assises à la table des négociations depuis avril 2022.

Des réactions positives

Pour le porte-parole du Territoire non cédé de Wiikwemkoong, Duke Peltier, présent lors de l’annonce, « la réconciliation n’était pas possible dans une salle d’audience », laquelle aurait lourdement retardé le processus.

Duke Peltier voit cette annonce comme une vraie potentielle réconciliation. Crédit image : Inès Rebei

Le ministre fédéral des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, en entrevue avec ONFR+, se réjouit d’avoir pu résoudre ce litige en dehors des tribunaux.

« C’est le début d’une nouvelle relation », estime-t-il avant de regretter que « ce qui a pris 5 ans à négocier en 1850 a pris 173 ans à résoudre. »

« Même un livre de bibliothèque impayé pendant 170 ans, ce serait une fortune aujourd’hui » – Marc Miller

« Nous sommes très contents, c’est un départ, c’est quelque chose qui sera plus grand à l’avenir », se félicite de son côté Gerry Duquette, Chef de la Première Nation de Dokis, réserve située non loin de Rivière-des-Français.

« C’est quelque chose dont nos membres peuvent être vraiment fiers », ajoute-t-il au micro d’ONFR+ au sujet du fait que les deux gouvernements aient écouté les demandes des populations autochtones.

Interrogé sur la négociation de la somme injectée, M. Miller ironise : « Même un livre de bibliothèque impayé pendant 170 ans, ce serait une fortune aujourd’hui. »

Pour Marc Miller, le calcul de la somme de compensation n’est pas une science exacte. Crédit image : Inès Rebei

Il explique que les Premières Nations situées sur le territoire du Traité Robinson-Huron Supérieur ont refusé de faire partie de l’entente, jugeant le montant insuffisant.

La discussion avec le provincial n’a pas non plus été de tout repos : « On se lance la balle parfois sur le dos des autochtones, mais cette fois-ci on a pu s’assoir et décider d’une somme. »

Encore du chemin à faire

Pour les membres présents, l’annonce est aussi le signal qu’il est nécessaire de continuer le combat pour la reconnaissance des peuples autochtones. « Nous avons une obligation politique de regarder vers l’avenir » a tenu à rappeler M. Peltier en conférence de presse.

« Ce n’est pas une solution unique pour chaque Première Nation » – Gerry Duquette

Il reste encore à l’ensemble de ces Premières Nations de donner lieu à des consultations communautaires auprès de leurs membres avec les détails de ce projet de règlement. Ces séances seront dirigées par Harry S. LaForme, un des premiers juges autochtones de l’Ontario.

S’exprimant dans un très bon français, Gerry Duquette pense qu’il faudra plusieurs années avant que les membres ne puissent toucher l’annuité négociée. Crédit image : Inès Rebei

Un rapport et des recommandations seront ensuite adressés aux chefs et à des administrateurs des Premières Nations signataires du Traité Robinson-Huron dans les six à huit prochains mois.

« Nous avons beaucoup d’enjeux difficiles à résoudre et des visions différentes à même la communauté », considère M. Peltier.

Une opinion que partage M. Duquette : « Ce n’est pas une solution unique pour chaque Première Nation, chacune va décider comment poursuivre cette somme. »

La somme étant globale, celle-ci sera distribuée à travers les 21 Premières Nations, le montant alloué à chaque personne est encore inconnu.

Les gouvernements du Canada et de l’Ontario devront également terminer leurs propres processus d’examen internes pour obtenir l’approbation nécessaire pour signer le projet de règlement.

Alexis Maquin, un historien qui a la bougeotte

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Alexis Maquin, historien de formation, et, sans nul doute, amateur de géographie au vu d’un attrait pour l’international qui l’a toujours animé, a posé ses valises en Ontario pour la première fois il y a presque dix ans. Sa vocation d’entrepreneur et sa dextérité managériale le poussent à fonder deux entreprises, dont la plateforme canadienne Recrutetonfrancophone.com, et le conduisent récemment au Club canadien de Toronto, dont il deviendra officiellement le directeur général le 30 juin prochain.

« Qu’est-ce qui vous a amené au Canada et à Toronto spécifiquement?

La première fois que je suis venu au Canada, c’était en 2007 pour mon premier Master à Montréal, ville que j’ai adorée, alliant la culture européenne et nord-américaine. Après un départ pendant un an aux États-Unis, en 2014, j’ai finalement eu le déclic de m’installer à Toronto. Une ville qui demeure très anglophone et qui me dépaysait toujours, mais dans laquelle le fait d’être francophone fait une vraie différence sur le marché de l’emploi, et d’autant plus il y a dix ans de ça.

Alexis Maquin
Alexis Maquin avec son ancienne colocataire, lors d’une session surf sur l’océan Pacifique des plages du Pérou. Gracieuseté

Parlez-nous de votre parcours et de vos spécialités

Historien de passion, il se trouve que j’ai un Master en histoire sur l’immigration et sur les Premières Nations, avec un mémoire sur la question de l’histoire territoriale du Canada, dont les recherches ont été publiées.

J’ai également obtenu un Master en management international, combinant parfaitement mes compétences managériales et mon amour pour l’international, qui m’a permis de voyager encore plus par la suite par le biais d’échanges internationaux, notamment au Pérou, en Belgique et aux États-Unis. J’ai beaucoup travaillé dans la vente et dans le marketing, dont j’ai vraiment la fibre.

Alexis, deuxième à gauche, avec d’autres étudiants français de l’ESAN Business school à Lima, Pérou. Gracieuseté

Vous êtes le fondateur d’une société en France ainsi que de Recrutetonfrancophone.com. Pouvez-vous raconter la genèse de ce projet?

J’ai en effet créé deux sociétés : Sydra intérim, fondée en France en 2020, une agence intérimaire spécialisée dans le recrutement d’agents de sécurité, que je gère depuis l’Ontario et la plateforme Recrutetonfrancophone.com. C’était au départ un médium de mise en relation entre les francophones et les entreprises anglophones qui cherchaient à recruter.

Je me suis rendu compte avec le temps qu’il me fallait la spécialiser. L’éducation étant un des domaines qui me passionnent en tant qu’historien, il m’a paru naturel de m’adresser plus particulièrement à des étudiants francophones qui souhaitent venir étudier au Canada, tout comme à des enseignants qui veulent y travailler.

Est-ce né du constat de la pénurie des francophones au Canada?

Sans faire une étude de marché trop poussée, n’ayant au moment de la création ni le temps et ni les ressources à y consacrer, j’ai en effet réalisé qu’il y avait une opportunité, un marché à combler dans ce domaine-là.

Les bayous de Louisiane, lors d’un road trip Louisiane-Chicago avec son meilleur ami belge, Pascal. Gracieuseté

Quel est le principe de la plateforme?

Le Canada étant vaste, il s’agit de guider les étudiants dans leurs recherches et de les mettre en relation avec les bonnes entités, de les orienter dans les bons programmes et dans les provinces et villes en adéquation avec leurs envies, leurs personnalités, plutôt citadines ou en quête de nature, avec leur budget également. Ils peuvent donc faire des choix avisés via un agent qui les guide.

Par exemple Grace Eunice Koffi, la lauréate du prix Jeune entrepreneur RelèveON, initialement venue à Hearst en tant qu’étudiante, a pu vraiment réussir et ouvrir ces trois sociétés. Elle n’aurait peut-être pas autant réussi à Toronto, très saturé et concurrentiel. Cette répartition redynamise des communautés francophones en dehors des grandes métropoles, attire des personnes qui sont source de services et qui vont permettre de fructifier l’économie locale.

Dans quels secteurs et quelles provinces recrute-t-on le plus?

L’Ontario, qui est le poumon économique du pays, attire beaucoup, mais ça s’explique également du fait que, du point de vue francophone, les provinces les plus connues sont le Québec et l’Ontario. Si on évoque le Yukon, la Saskatchewan ou encore le Manitoba, ça ne parle pas à beaucoup de francophones. C’est dû en grande partie à cette méconnaissance géographique canadienne.

Alexis Maquin en France, avec son chien Nugget, alors qu’il est le directeur général d’un centre de formation. Gracieuseté

Qu’est-ce qui explique l’attrait des immigrants francophones en Ontario?

C’est pour beaucoup un changement total de vie qui les séduit. L’Ontario permet à ces francophones d’apprendre à parler anglais, mais tout en gardant leur identité francophone. De plus, comme je le disais plus tôt, par rapport à une province comme Québec, les francophones peuvent se différencier dans la province ontarienne. Le pouvoir d’attractivité est très fort pour le Canada qui incarne un rêve de bilinguisme, d’inclusion et de diversité.

Vous avez été choisi pour devenir le nouveau directeur général du Club canadien de Toronto. Comment est-ce que ça s’est fait?

Tout ça est en fait assez récent. J’ai rencontré Richard Kempler, l’actuel directeur général, il y a un an à l’occasion d’un sommet francophone à Québec. J’avais au départ dans l’idée de travailler pour une des universités francophones dans la continuité de mon parcours académique.

En parallèle, je suis devenu membre à part entière du Club canadien par mon entreprise et, en avril dernier, Richard m’a proposé de postuler pour le poste de directeur général. À la suite des entretiens, j’ai finalement obtenu le poste. Ce fut donc une surprise, pas du tout planifiée!

Quels sont vos attentes et projets pour le club?

Mon objectif personnel, tout comme celui du club, est de se développer encore davantage. Nous sommes très ancrés dans la communauté francophone, mais nous allons élargir nos cibles aux francophones qui ne nous connaissent pas, qui sont cachés dans la jungle anglophone et qui, jusque là, n’ont pas eu l’accès, ou l’envie ou même l’idée de penser qu’il y avait une entité francophone qui pouvait être source de réseaux, de collaboration et d’amitiés aussi. Ces personnes-là ont une vision différente qui ne peut qu’enrichir la communauté actuelle.

Notre deuxième cible sera les étudiants francophones qui ont du mal à accéder au marché du travail. On veut pouvoir les aider en les mettant en relation avec de futurs employeurs. La troisième sera les entrepreneurs francophones qui veulent se développer et la quatrième, les immigrants francophones à aider dans leur installation et intégration professionnelle. L’objectif du club est clair : fédérer, être la pierre angulaire du grand réseau francophone.

De gauche à droite, le chanteur franco-ontarien Abel Maxwell, Mareva Cestor, directrice du Carrefour des savoirs et de l’innovation de l’Université de l’Ontario français, et Alexis Maquin lors du Gala RelèveON 2023. Gracieuseté

Comment qualifierais-tu la communauté francophone de Toronto?

C’est une francophonie qui est vivante, qui a envie de se développer et qui a plein d’amour à donner, si je puis dire. Mais être en milieu minoritaire la rend aussi fragile d’où le besoin d’entretenir sa flamme, pour rester sur cette métaphore. Elle ne disparaitra pas tant que les francophones continueront à être investis et à étendre la communauté. Le Club canadien va y contribuer à son échelle. »


LES DATES-CLÉS D’ALEXIS MAQUIN

1984 : Naissance à Rochefort en France.

2005 : Premier départ seul à l’étranger à Belfast, un voyage initiatique.

2012 : Fin de ses études le menant la même année à voyager en Belgique, au Pérou et aux États-Unis.

2014 : Arrivée pour la première fois à Toronto et ce, pour une durée de trois ans.

2021 : Retour à Toronto pour y vivre avec son épouse, après une parenthèse de quatre ans en France.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Nickel City Fifs : Une épopée queer sudburoise sur fond de trous

À la fois mythe de création, comédie profane et fantaisie dystopique, Nickel City Fifs est un texte urgent, tendre et effronté qui fauche le sacré de l’Ontario français pour lui rappeler que sa jeunesse queer, ici à Sudbury et ailleurs, est en crise – et que l’amour sera toujours son salut.

C’est un dimanche après-midi torride à Sudbury. Plongée dans la pénombre de l’underground frais de Zigs, je me réfugie du soleil qui brûle le pavé de la rue Elgin dans le seul bar queer du Nord de l’Ontario. Ici où, autrefois, dans une incarnation bouncer, le musicien franco-ontarien Stef Paquette, m’avait carté; où j’ai dansé avec de beaux ami(e)s d’enfance; où mon petit frère allait rencontrer un grand amour de vie.

Parmi les graffitis sur la piste de danse se livre la répétition de Nickel City Fifs, une collaboration de l’artiste queer franco-sudburois Alex Tétreault et du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), dans toute sa splendeur arc-en-ciel, ses paillettes et ses perruques.

La pièce de théâtre livre sa trame d’un soir chez Zigs, institution sudburoise où sera d’ailleurs joué le show du 22 au 24 juin, faisant le récit d’un « jeune queer assoiffé de liberté et de communauté » attend sa friend, et où « la faune haute en couleur du bar lui présente leur monde magique en l’invitant dans des univers éclectiques, éclatés et absurdes ».

Comme c’est écrit dans Nickel City Fifs, « attache ben ta tuque, mon poussin », je t’amène chez Zigs!

Nickel City Fifs sera joué du 22 au 24 juin dans le bar Zigs, seul bar queer du Nord de l’Ontario. Crédit image : Gracieuseté.

Un théâtre qui jaillit de ses gonds

Alex Tétreault est disrupteur. Il signe le texte et la mise en scène de Nickel City Fifs – titre qui tantôt provoke, intrigue et célèbre la culture queer du Nord de l’Ontario.

Et dans la grande tradition théâtrale de la jeunesse franco-ontarienne à Sudbury, son œuvre s’attaque avec amour et humour à nos institutions culturelles. Rien n’est sacré – ni le Vieux Médéric, denise truax ou La Nuit sur l’étang. Mais le texte fait aussi notre éducation – jetant un éclairage sur la purge LBGBTQ et la fruit machine, la crise du SIDA (« Fucking Reagan! ») et la haine dans toutes ses formes au fil de l’histoire canadienne.

Mais c’est surtout en s’emparant de la scène chez Zigs que Nickel City Fifs anéantit le quatrième mur de la scène. En un retour aux racines du théâtre revendicateur de l’Ontario français, ainsi qu’aux mouvements agitateurs queer, le show fait jaillir le théâtre de ses gonds, un puissant rappel que des décombres croulants du théâtre classique émerge un nouveau canon franco-ontarien.

« Nickel City Fifs ne marcherait pas dans une salle de théâtre traditionnelle », m’explique Alex Tétreault. « C’est broche à foin. C’est weird. Nos décors sont faits en carton. Retenus ensemble par du duct tape puis des rêves. »

La pièce situe également les événements de Nickel City Fifs dans le bar Zigs. Souterrain, sombre et rough, souligne-t-il, la scène est à l’image du cratère qu’est Sudbury.

« C’est exactement le bar queer qu’on mérite. »

Zigs, « pour tout le monde »

« Quand je suis revenu dans le Nord, (Zigs) m’a vraiment aidé », me raconte Michel Gervais (alias la drag queen Jenna Seppa).

Gracieuseté.

Pour l’acteur, qui incarne Austin – un jeune intello ex-party-monster du coat check – ce ne sera pas la première fois qu’il se livre en spectacle chez Zigs. D’ailleurs, m’explique-t-il, c’est ici qu’il a livré son premier show de drag sudburois.

« C’est drôle, parce qu’un bar, c’est là où je performe toujours avec mon drag! » rit le natif de Sturgeon Falls. « Et on peut dire que le drag, c’est du théâtre, faque c’est pas étranger pour moi. Je peux bien me dire que t’es on brand! ».

Tout comme son personnage, Michel Gervais a habité Toronto pour enfin revenir dans le Nord (« ma renaissance », dit-il). Mais c’est surtout Zigs qui lui rappelle ses racines.

« C’est une place de rencontre pour tout le monde », souligne-t-il. « Je souhaiterais vraiment (que la jeunesse queer) ne perde pas l’espace qui existe déjà, pour que l’on en ait plus dans le futur. C’est important d’avoir des lieux de rencontres, où on peut se réunir et se connaître. »

« Weird, dark et magique »

Tout comme Michel Gervais, Natalie Lalonde a joué dans les bars avec le groupe Big White Canvas – mais pour la comédienne qui interprète Lee, bartederESSE non-binaire bonNE-vivanE, jouer sur la piste de danse chez Zigs est hallucinant. 

« C’est vraiment spécial de pouvoir jouer dans un bar – c’est un défi, quand même! », s’exclame-t-elle. « Projection de voix, interaction, quatrième mur. Toutes les choses traditionnelles qu’on fait en théâtre sont brisées quand tu arrives dans un bar, sur un dancefloor, dans une cave! »

« Le bar Zigs pour moi, en grandissant, c’était vraiment abstrait. La première fois que je suis allé, j’étais dans la vingtaine. C’était tout ce qu’Alex décrit dans son texte : c’était sale, c’était weird, c’était dark, mais il y avait toujours l’anticipation de rentrer. Il y avait une petite peur. Il y a avait tout ça qui faisait que c’était magique. »

« Pour longtemps, j’ai nié un peu mon côté queer », confie Natalie Lalonde. « C’est fou comme c’est quand même juste récent que je commence à comme vraiment l’explorer d’une façon honnête. Mais, je pense d’avoir (Zigs) à Sudbury comme étant la seule place qu’on peut avoir comme communauté, c’est très important. Il n’y a pas de question – ça devrait exister. »

À grands coups de plume

Nickel City Fifs est un cri du cœur urgent. 

Prise de parole opportune par les francos queers de Sudbury, ce show est également un geste politique qui tient tête à la hausse de crimes haineux perpétrés contre les personnes LGBTQ2S+, y compris ici dans le Nord ontarien.

À grands coups de plume, par sa fougue et son courage, Nickel City Fifs accorde « la parole à une voix rarement entendue en Ontario français et encore moins ici, dans le Nord ». 

Plus que pièce de théâtre, ce show est un plaidoyer qui nous rappelle l’importance d’un théâtre à l’image de nos collectivités, des refuges sacrés – comme Zigs, et de la solidarité du collectif. 

Une épopée qui nous rappelle que l’amour sera toujours le salut de la communauté queer

Langues officielles : Théberge « soulagé », journée « historique » pour Petitpas Taylor

OTTAWA – Quelques heures après l’adoption du projet de loi C-13 au Sénat, la ministre Ginette Petitpas Taylor se dit « émue et pleine d’émotions » alors que le commissaire aux langues officielles voit cela comme un soulagement.

La Chambre haute a adopté hier la réforme de la Loi sur les langues officielles (LLO). La sanction royale devrait être obtenue dans les prochains jours, ce qui officialisera la modernisation de cette Loi, la plus importante depuis 1988. Ça faisait près de six ans que les minorités francophones d’un bout à l’autre du pays demandaient son adoption. Elle avait été promise à ces derniers pendant près de six ans par les libéraux, notamment pendant deux campagnes électorales.

« En tant qu’Acadienne du Nouveau-Brunswick qui habite dans une communauté de langue officielle, hier, j’étais vraiment émue et pleine d’émotions d’avoir franchi cette étape-là… Ça n’a pas été facile, mais aujourd’hui je suis pas mal contente du travail qu’on a accompli et qu’on va continuer à accomplir », a affirmé la ministre Petitpas Taylor, ajoutant qu’il s’agit d’une « réforme historique ».

Elle souligne qu’il reste du travail à faire comme l’adoption de décrets et de règlements qui vienderont clarifier certaines parties de la nouvelle LLO. Une grande partie de la Loi sur les langues officielles entrera bientôt en vigueur, mais l’entièreté de celle-ci commencera seulement à voir le jour dans deux ans.

Le commissaire aux langues officielles voit un nouveau jour pour la francophonie canadienne avec un régime linguistique « plus robuste, plus fort et plus axé sur les besoins sur les communautés ».

« C’est un soulagement parce qu’on arrive à la fin de la ligne d’arrivée finalement. C’est le temps parce que lorsqu’on l’examine l’aménagement linguistique, on constate qu’il y a énormément de défis non seulement au niveau de la conformité, mais aussi au niveau de la fragilité de nos communautés », a-t-il affirmé vendredi matin.

« On doit absolument minimiser les délais et passer à l’action le plus rapidement possible », le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge.

Raymond Théberge et son bureau se retrouveront avec une panoplie de nouveaux moyens. Il pourrait distribuer des amendes financières (jusqu’à 25 000 $), conclure des ententes de conformité ou faire des ordonnances plutôt que de juste formuler des recommandations comme à l’heure actuelle.

Pour le moment, il n’aura pas tous ces pouvoirs, car ils doivent venir par décret ou par règlement. Mais dès l’obtention de la sanction royale, le Commissariat aux langues officielles pourrait conclure des ententes de conformité et émettre des ordonnances.

« On doit absolument minimiser les délais et passer à l’action le plus rapidement possible, car le temps n’est pas nécessairement notre ami pour le développement des communautés », souhaite-t-il.

Il ajoute que ça fait plus d’un an que son bureau se prépare à ce jour et qu’il présentera bientôt un plan dans ce sens.

Les réactions

Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), qui représente les francophones hors Québec, c’est « un moment historique et un grand pas en avant vers l’égalité réelle du français avec l’anglais ».

« C’est une journée qu’on vit avec beaucoup d’émotion, un immense sentiment d’accomplissement et surtout une fierté indescriptible pour un réseau francophone qui s’est tenu debout et qui a porté ce dossier avec détermination et persistance », a déclaré sa présidente Liane Roy.

Liane Roy, la présidente de la FCFA Source : compte Twitter Liane Roy

Pour l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), c’est un « message clair » qui vient d’être envoyé concernant le statut de la langue française au pays.

« Je me sens joyeux et heureux. C’est justement une démonstration que le travail qu’on fait n’est pas en vain. On voit l’aboutissement d’un travail dont tout le monde a mis l’épaule à la roue », soutient le président de l’AFO, Fabien Hébert.

Même si son parti a voté en faveur et qu’il considère cela comme une avancée, le conservateur Joël Godin considère qu’on a « accouché d’une souris ». Le fait que le Conseil du Trésor ne soit pas mentionné comme l’unique agence chargée de mettre en application la LLO et le fait qu’Ottawa n’aura pas à dénombrer le nombre d’ayants droit déçoit le député de l’opposition.

« Si on ne met pas des mesures supplémentaires, j’ai de la misère à croire que le français sera aussi présent au Canada dans 25 ans. »

La néo-démocrate Niki Ashton a souligné le combat des communautés francophones « qui se sont battues pour une loi modernisée pendant des décenies ».

« Ce moment historique leur appartient. Le temps pour le gouvernement d’agir pour le soutien de la francophonie est maintenant. »

Le député de la seule circonscription à majorité francophone de l’Ontario, Francis Drouin, souligne que le projet de loi permettra l’arrivée de plus d’immigrants francophones dans les communautés du pays, ce qui « renforcera l’accès au quotidien à des services en français ».

« J’ai de la misère à avoir une place en garderie en français et je suis dans un contexte majoritaire (dans l’Est ontarien), à cause du manque de ressources (…) Comme papa, je regarde mon petit gars et je me dis ‘’wow, il va pouvoir avoir une chance de vivre en français’’ encore plus maintenant. »

Le Bloc Québécois voit d’un bon œil l’adoption du libellé pour les francophones hors du Québec, mais veut que « les bottines suivent les babines » quand le fédéral reconnaît qu’il doit en faire plus pour protéger le français.

« On a fait un pas dans la bonne direction (pour le français au Québec) pour les entreprises de compétence fédérale et pour des principes asymétriques dans la Loi, mais on va devoir travailler à partir de ça pour aller plus loin pour s’assurer que la politique linguistique fédérale cesse de nuire au français au Québec », commente son député Mario Beaulieu.

Début du Festival franco-ontarien : « C’est comme si on ouvrait les festivités de la Saint-Jean », selon Daniel Simoncic

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Daniel Simoncic est le producteur délégué de Groupe Simoncic, qui s’occupe de l’organisation de différents événements, dont le Festival franco-ontarien (FFO).

LE CONTEXTE :

Depuis 1976, le FFO s’est imposé comme l’un des rassemblements majeurs pour la culture francophone de l’Ontario et ceux qui aimeraient la découvrir. La 48e édition débute aujourd’hui au parc Major’s Hill d’Ottawa.

L’ENJEU :

Après trois ans à avoir été déplacé en septembre, près du Jour des Franco-Ontariens, l’événement revient à sa case habituelle de juin, plus près de la Saint-Jean-Baptiste. Le public sera-t-il au rendez-vous pour cette première année officiellement post-pandémique, avec ce changement au calendrier et l’avertissement de smog toujours en vigueur dans la capitale?

« Quels sont les points forts de la programmation cette année?

C’est sûr que ce sont toujours les spectacles. C’est un peu spécial, parce que Gregory Charles était notre artiste vedette en 2006, lorsque Groupe Simoncic a pris les rênes du festival. Il revient ce soir et un de ses invités est Michel Lalonde de Garolou, qui avait chanté au tout premier festival, il y a 48 ans. Ce sera une soirée magique. Avec les autres invités aussi, dont Sophie Grenier, qui vient de gagner La Voix.

Les têtes d’affiche Lisa Leblanc, Gregory Charles et Zachary Richard sont des habitués du FFO. Crédits images : Annie-France Noël / Source FFO. Montage ONFR+

Et la soirée de samedi aussi, avec Zachary Richard et Lisa Leblanc. Elle a rempli la Place des festivals à Montréal dans les derniers jours. Ça va être un super spectacle. Elle était venue au FFO au début de sa carrière, on l’avait identifiée comme une étoile montante de la francophonie canadienne.

Et le dimanche, c’est familial, c’est gratuit.

Pourquoi avoir ramené le festival en juin?

La Saint-Jean-Baptiste est devenue une célébration d’une semaine et demie, quand on regarde tous les événements. Donc c’est comme si on ouvrait les festivités de la Saint-Jean en Outaouais et en Ontario français.

Il y a beaucoup d’activités lors de la Journée des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens. On ne voulait pas être en compétition contre des levers de drapeaux à Vanier ou dans l’Est ontarien, par exemple. Et au tout début, la raison d’être du festival était vraiment la Saint-Jean-Baptiste. On a trouvé que c’était préférable de revenir à nos dates, pour célébrer l’été qui commence et être dans la semaine qui célèbre la francophonie canadienne.

À combien de visiteurs vous attendez-vous?

J’espère qu’il y en aura des dizaines de milliers. La vente de billets va très bien. On verra sur place. C’est sûr que comme pour n’importe quel festival, la température joue un rôle. Cette année, c’est spécial, avec la fumée des feux de forêt. On va voir ce soir.

Des visiteurs du FFO visitent les différents kiosques installés au parc Major’s Hill, en 2022. Crédit image : Stéphane Bédard

Quelles sont les retombées du FFO pour la communauté ottavienne?

Selon certaines études, pour les grands festivals, c’est environ sept pour un, c’est-à-dire que si le festival coûte un million, il y a sept millions en retombées économiques. Mais c’est difficile à juger. Est-ce que les gens vont au restaurant avant, est-ce qu’ils sortent après? On est en même temps que le Grand Prix (de Formule 1) et les Francos à Montréal, donc on ne fait pas exploser la demande des chambres d’hôtel non plus. Je crois qu’on apporte beaucoup d’activité économique, mais c’est difficile à juger.

On a toujours été choyés. Quand il fait beau, le parc Major’s Hill est toujours plein. Mais là, on est juste après la pandémie, on a encore changé les dates… mais on a un bon pressentiment. On a beaucoup d’intérêt de la part des médias, beaucoup de questions du public et la prévente de billets se passe très bien. On a même été obligés d’agrandir notre zone VIP deux fois.

Quel est l’impact du FFO sur le sentiment d’appartenance des Franco-Ontariens?

Ça a été un précurseur de la fierté franco-ontarienne. Il faudrait poser la question à ceux qui étaient là au début. Mais ça a commencé avec un souper spaghetti, cette histoire-là. Et l’événement a grandi, pour devenir l’un des plus grands festivals francophones au Canada. C’est le plus grand en dehors du Québec. Il a un rôle super important.

Depuis le parc Major’s Hill, on voit la Colline du Parlement et on voit le Musée canadien de l’histoire à Gatineau, sur l’autre rive. La basse-ville a été construite par des Franco-Ontariens. On est au cœur de la francophonie, ça représente beaucoup. Des fois, on oublie nos racines, à moins qu’il y ait une crise. Mais le FFO, c’est un festival qui fait ressortir notre fierté.

Les visiteurs du FFO n’hésitent pas à afficher leurs couleurs franco-ontariennes. Crédit image : Stéphane Bédard

Et c’est tout inclusif. Des écoles d’immersion participent à nos matinées scolaires. C’est super de voir les poussettes sur le pont, les familles de Gatineau traversent en Ontario pour la matinée familiale. Et on invite aussi les anglophones qui veulent se retrouver dans une expérience francophone. Ce sont souvent des parents anglophones qui ont des enfants dans les écoles d’immersion. Ils veulent que leurs enfants soient un peu accrochés dans cette culture francophone. Alors des fois, eux se déplacent et même s’ils ne comprennent rien, leurs enfants comprennent!

On n’est plus comme avant, quand le bilinguisme est devenu officiel et qu’il y avait une grande résistance des anglophones. En ce moment, les parents veulent que leurs enfants apprennent le français. C’est une langue à la mode et c’est l’occasion de la célébrer, et de célébrer la francophonie canadienne. »

Une RelèveON 2023 bien assurée

TORONTO – La sixième édition des prix RelèveON, organisée par le Club canadien de Toronto, reconnaissant le talent des gens d’affaires franco-ontariens de 40 ans et moins, a récompensé hier soir quatre nouveaux lauréats lors du gala 2023 à Toronto : Junior Mandoko, prix Jeune leader inclusif, Alexane Méra, prix Jeune cadre, Marie-Andrée Malo-Mongeau, prix Jeune Professionnel(le) et enfin Grace Eunice Koffi, pour le prix Jeune entrepreneur(e).

À l’animation, les journalistes Rudy Chabannes de TFO et Philippe de Montigny de Radio-Canada introduisent les hôtes et invités d’honneur qui accueillent les candidats sur scène.

En présence de la sous-ministre des Affaires francophones de l’Ontario Roda Muse, de Geneviève Grenier, présidente du Club canadien de Toronto et de Vincent Rocheleau, président du Comité organisateur des Prix RelèveON, les lauréats des prix défilent sur l’estrade de l’Atrium du Ricarda’s en centre-ville de Toronto, chacune des quatre catégories de prix comportant trois finalistes se disputant le titre.

De gauche à droite, Philippe de Montigny de Radio-Canada, Rudy Chabannes de TFO et Roda Muse, la sous-ministre des Affaires francophones de l’Ontario, lors de son discours d’introduction. Crédit image : Sandra Padovani

Pour Junior Mandoko, qui décroche le prix Jeune leader inclusif, la pression tombe et laisse place à la joie d’obtenir cette reconnaissance. Ce juriste, chercheur, essayiste et auteur de deux ouvrages sur les droits de la personne, les droits de la femme, le droit international humanitaire, la justice pénale internationale, le développement durable et la sécurité alimentaire, est enseignant en vocabulaire juridique au Collège Boréal à Ajax et membre décideur au Tribunal ontarien d’appel sur la sécurité professionnelle.

Il est également le fondateur d’un organisme à but non lucratif, Mpico, courage en lingala, langue d’Afrique centrale, qui vient en aide aux femmes agricultrices.

Junior Mandoko, ici à droite, reçoit le prix Jeune leader inclusif. Crédit image : Sandra Padovani

La cheffe des marques de TFO Alexane Méra est quant à elle récompensée du prix Jeune cadre, dix ans pile après son arrivée au Canada. Basée à Toronto, spécialisée en marketing et en gestion de projet, elle dirige les campagnes marketing et les différentes entités du média franco-ontarien avec ses équipes, participant activement à la promotion des contenus d’éducation et d’information français en Ontario.

Celle-ci, qui s’est dite très émue, a salué les accomplissements des autres finalistes et a déclaré espérer être un exemple de persévérance pour les nouveaux arrivants au Canada : « J’espère que de nombreux étudiants francophones passeront le pas et viendront également en Ontario. »

Alexane Méra, ici à droite, remporte le prix Jeune cadre. Crédit image : Sandra Padovani

C’est Marie-Andrée Malo-Mongeau qui remporte le prix Jeune professionnel. Directrice principale, solutions d’affaires et expérience client à la Banque CIBC à Toronto, elle est responsable de la mise en marché prochaine d’une plateforme de services de paiement destinée aux entrepreneurs.

Très honorée, cette Franco-ontarienne a déclaré que le prix RelèveON revêt beaucoup d’importance pour elle, reflétant l’importance de la communauté francophone dans le milieu des affaires et les centres décisionnaires.

Marie-Andrée Malo-Mongeau est la lauréate du prix Jeune professionnel.
Crédit image : Sandra Padovani

Grace Eunice Koffi rafle quant à elle le prix Jeune entrepreneur grâce à son esprit entrepreneurial hors pair. En trois ans seulement, elle a lancé une première entreprise de confection d’agendas qui se vend au Canada et en Afrique, avant de créer une compagnie de nettoyage à Hearst, où elle réside, desservant les villes environnantes. Ne s’arrêtant pas là, elle a également ouvert une boutique de vêtements spécialisés, venue combler les besoins de sa région.

Finaliste des prix RelèveON l’année dernière, celle-ci, s’est déclarée ravie de décrocher le titre cette année et a réaffirmé les valeurs que sont la persévérance et la ténacité dans l’approche entrepreneuriale.

Grace Eunice Koffi rafle quant à elle le prix Jeune entrepreneur. Crédit image : Sandra Padovani

En marge des quatre prix officiels attribués, le gala RelèveON décerne également un prix Coup de cœur, remporté par José Mafra Vilarim Da Costa, un entrepreneur multilingue dans l’hôtellerie, ainsi que le prix Hommage Stéphane Teasdale, décroché par Carol Jolin, l’ex-président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), pour l’envergure de ses réalisations.

Les finalistes et lauréats du gala RelèveON, réunis sur scène lors de la clôture des remises de prix. Crédit image : Sandra Padovani

La modernisation de la Loi sur les langues officielles adoptée

OTTAWA – Après un peu plus de six ans de demandes répétées de la part des communautés francophones du pays, la refonte de la Loi sur les langues officielles a été finalement adoptée. Le Sénat a voté en faveur du projet de loi C-13 tardivement jeudi soir.

La majorité du Sénat, soit 60 Sénateurs, a appuyé le projet de loi tandis que cinq ont voté contre, dont trois en provenance du Québec Tony Loffreda, Larry Smith et Judith Seidman.

ll ne reste que la sanction royale à obtenir, une formalité, pour que C-13 viennent officiellement modifier la Loi sur les langues officielles, implanté pour la première fois en 1969. Elle devrait survenir la semaine prochaine.

Le projet de Loi C-13 vient statuer que le gouvernement doit en faire plus pour protéger le français au pays, donner plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles, obliger le fédéral à se doter d’une politique en immigration francophone et à atteindre sa cible de nouveaux arrivants.

Il vient aussi donner un droit de travailler en français pour les travailleurs des entreprises liées à la charte fédérale dans les régions à forte présence francophone du pays. Il renforce également les actions que doit prendre le gouvernement pour assurer « le développement et l’épanouissement »des communautés francophones hors Québec.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a salué « six années de travail qui aboutissent avec l’adoption de ce projet de loi pour donner au Canada une Loi sur les langues officielles forte, moderne et respectée ».

« Immense sentiment d’accomplissement pour la FCFA et ses membres. Merci et bravo à nos parlementaires! », a indiqué l’organisme des francophones sur Twitter.

Dans une déclaration écrite, la ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a salué les parlementaires ayant travaillé sur C-13, « un travail colossal qui aura un réel impact sur la vie des Canadiens et Canadiennes ».

« Le Sénat canadien a adopté un projet de loi ambitieux qui vise à protéger et promouvoir nos deux langues officielles, freiner le déclin du français au pays et soutenir nos communautés de langue officielle en situation minoritaire », a indiqué la députée acadienne.

Six ans d’attente

En 2017, Justin Trudeau avait promis que son gouvernement irait de l’avant avec une refonte de la Loi sur les langues officielles, qui n’avait pas connu de retouches importantes depuis 1988. L’ancienne ministre des Langues officielles Mélanie Joly avait par la suite sorti un livre blanc, qui comportait les grandes lignes de ce que son gouvernement souhaitait faire.

En 2021, elle avait déposé C-32, qui était destiné à mourir au feuilleton en raison des élections cette année-là. En mars 2022, sa successeure Ginette Petitpas Taylor avait déposé sa propre version, le projet de loi C-13. Il s’agissait d’une promesse électorale libérale des scrutins de 2019 et 2021.

Dès le mois de janvier, le Comité des Langues officielles a étudié le projet de loi pendant plus d’une dizaine de séances en le modifiant à plus de 200 reprises, que ce soit via l’ajout d’amendements, le retrait et la modification de mots ou lignes.

Ce texte a été mis à jour pour la dernière fois le 15 juin à 22h20