Kimberley Paradis, une francophone militante au service de l’accessibilité

[LA RENCONTRE D’ONFR]

VANIER – Kimberley Paradis est une jeune francophone de Vanier. Le 15 septembre dernier, elle a reçu le Prix David C. Onley, une récompense offerte par la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Elizabeth Dowdeswell, qui termine bientôt son mandat. Depuis son entrée à l’université, Kimberley Paradis s’est battue pour des politiques d’accessibilité. Elle a entre autres dirigé des programmes de science, de technologie et d’ingénierie d’une façon qui aborde des questions sur l’équité, la diversité et l’inclusion. Aujourd’hui étudiante en droit, elle travaille à l’analyse des politiques et évalue l’impact de la législation sur les communautés LGBTQ+.

« Le 15 septembre dernier, vous avez reçu un prix lors de la Journée de l’héritage des lieutenants-gouverneurs, le Prix David C. Onley pour le leadership en matière d’accessibilité. Cette journée récompense des personnes qui luttent pour améliorer la vie des Ontariens. Quelle est votre lutte? 

Quand j’ai étudié en génie informatique à l’Université d’Ottawa, j’ai adoré. J’adore la technologie. Par contre, je trouvais qu’on faisait avancer l’innovation de façon très rapide, pour avoir des technologies plus rapides et meilleures. Mais qu’en faisant ça, on causait beaucoup de dommages envers la société, les personnes et l’environnement. Je trouvais qu’on n’avait pas assez de régulation envers la technologie pour quand même préserver l’innovation, tout en pensant aux gens. Alors, j’ai voulu étudier en droit pour vraiment combiner les deux.

Quelle a été votre réaction en recevant cette reconnaissance? 

Quand j’ai eu l’appel et que la personne m’a dit, « félicitations, vous avez gagné un prix », je pense que ma première réaction, c’était : « Vraiment? » 

Lors de la cérémonie, je ne comprenais toujours pas. J’écoutais les biographies des autres récipiendaires, ce sont des gens incroyables. Puis, quand ça a été mon tour, j’étais tellement concentrée par la procédure, j’ai reçu le prix des mains de la lieutenante-gouverneure et du ministre Raymond Cho, alors je n’écoutais pas du tout ma biographie. Finalement, dans une entrevue avec CBC, on m’a fait réécouter un bout de ma biographie et je me suis dit : « Attends minute, peut-être que je comprends pourquoi j’ai gagné, maintenant. »

Dans le cadre de la cérémonie inaugurale de la Journée de l’héritage des lieutenants-gouverneurs, 15 personnes ont reçu un prix pour leur travail sur la lutte contre le racisme, les arts, l’accessibilité et la recherche sur la santé mentale. Crédit image : Bureau de la lieutenante-gouverneure

Ils ont parlé de ma place de femme en génie, de mes revendications auprès de l’université pour les gens avec un handicap. Ils ont parlé de mon travail auprès des enfants avec des handicaps et de mes programmes pour développer la logique derrière la technologie pour des communautés de personnes et non juste une personne. 

Justement, vous avez milité au sein de l’Université d’Ottawa pour que l’établissement aménage ses politiques vis-à-vis de l’accessibilité pour les personnes handicapées, quel constat faites-vous maintenant? 

C’est très opaque l’université, on ne connaît pas vraiment les raisons de certains changements. Mais c’est sûr qu’il y en a eu, je ne sais pas si c’étaient mes recommandations que l’on appliquait, mais j’espère que c’était réellement un effort collectif. Je sais qu’il y a beaucoup d’étudiants, surtout à l’Université d’Ottawa, qui revendiquent des avancées pour les personnes handicapées, pour la communauté queer et pour les femmes qui sont là.

J’ai aussi vu quelques changements, notamment au niveau santé mentale. À l’époque, j’avais quand même beaucoup critiqué le framework santé mentale que l’université proposait. C’était insuffisant face au taux d’anxiété à la période des examens, face à l’insécurité au niveau du logement. Je crois que c’est super important d’en parler et qu’il faut aller plus loin, parce que l’université est très chère en Ontario.

Kimberley Paradis a déjà participé à des conférences à l’étranger sur ses recherches, comme en Norvège en mai 2023, ou à Boston en juin 2023, où elle participait à un workshop de cybersécurité à l’Université de Tufts. Gracieuseté

À quel moment vous êtes-vous rendu compte que la technologie pouvait défavoriser l’individu? 

Je n’ai qu’une jeune carrière, mais j’ai la chance de faire un peu de recherche et de comprendre mon rapport avec la technologie, le droit et la société. Je m’intéresse à la responsabilité des ingénieurs et des technologistes. On peut causer beaucoup de dommages en tant que technologiste. Donc, en commençant ma recherche, j’ai pensé : « comment devrait-on gouverner maintenant que la technologie explose partout? », ou encore « comment s’assurer qu’on suit vraiment des normes d’éthique? ».

Si vous êtes impliquée dans la recherche, vous l’êtes aussi dans le monde associatif. De quelle façon?

Je fais du bénévolat avec plusieurs organisations qui soutiennent la communauté queer. Je siège au conseil d’administration au Centre de recherche communautaire basé à Vancouver. C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. En grandissant, je manquais de ressources en tant que femme queer. Je ne me sentais pas en sécurité d’être présentée publiquement. Et j’ai trouvé que, même lorsque j’étais capable de dire ouvertement que j’étais une femme queer, encore là, il me manquait des ressources. Mes expériences étaient différentes des autres, que ce soit au travail, à l’école et dans ma communauté. 

J’aide aussi le Capital rainbow refuge (Arc-en-ciel de la Capitale). Cet organisme aide les gens ou les couples queers qui doivent faire une demande pour obtenir un statut de réfugié, parce qu’ils ne sont plus en sécurité dans leur pays d’origine. L’organisme fait tout le processus d’application pour les faire venir au Canada.

Présentation de projet sur la programmation et l’accessibilité au hackathon de l’Université d’Ottawa 2018. Crédit image : uOttawaHack

Je suis aussi impliquée dans la Société des ingénieurs professionnels de l’Ontario, dans le groupe de recherche et innovation, mais aussi celui de diversité et inclusion. C’est une plateforme qui me permet de parler de mes contributions en génie informatique et d’apporter certaines revendications pour faire bouger les choses. 

Selon vous, est-ce que votre parcours d’études et vos combats pour l’accessibilité sont liés à votre histoire personnelle?

C’est même certain puisqu’en fait, je vis aussi avec un handicap. Avec toutes ces choses mises ensemble, j’ai remarqué que je me sentais souvent seule. J’avais des expériences différentes de mes amis et je ne savais pas qui pouvait m’aider. J’ai commencé à faire plus de bénévolat et je me suis intéressée à la technologie et au handicap. Donc, tout ça et très lié. Je me disais « comment est-ce que la technologie peut nous aider? Comment est-ce qu’on s’assure que, même quand la technologie nous aide, ça n’a pas d’impact négatif sur les autres communautés? »

J’ai un handicap psychiatrique qui affecte ma vie de tous les jours. Quand j’ai eu le diagnostic, ça a pris des années avant que j’admette que c’était un handicap. Je pensais avoir juste de la misère avec mon cerveau. Je me suis beaucoup investie dans la communauté des gens qui ont un handicap psychiatrique avant de pouvoir dire que j’avais besoin de ressources, que j’avais besoin d’aide et de soutien.

Je veux redonner à la communauté qui m’a aidée et je veux aussi continuer à participer.

Quel domaine aimeriez-vous voir évoluer et pour lequel vous avez des revendications? 

La rétention des femmes dans les facultés de droit et de génie. Je ne pourrais pas parler des autres, mais ce sont des facultés et des domaines qui ont beaucoup de misère. Ils sont reconnus quand même pour être moins inclusifs et avoir une plus petite diversité. C’est ce qu’on appelle « the leaky pipeline », ça veut dire qu’il y a des gens qui entrent dans le domaine, mais on en perd partout, surtout des femmes. 

Kimberley Paradis a reçu le prix David C. Onley dans la catégorie : Jeune chef de file. Cinq autres personnes ont gagné ce prix dans des catégories différentes. Crédit image : Accessibilité Ontario

Et dans tout ça, quel est votre rapport à la francophonie, notamment dans vos recherches scientifiques?

C’est sûr que quand je suis arrivée du Québec en Ontario, j’ai découvert la communauté franco-ontarienne. 

Je pense que m’intégrer dans la francophonie en Ontario, ça m’a vraiment aidée avec ma propre francophonie, et ça crée une fierté. On veut célébrer notre francophonie. Puis, on est réellement fiers et c’est sûr qu’à l’Université Ottawa, une université bilingue, j’ai eu la chance de suivre des cours en français. J’ai toujours eu le choix de suivre des cours en français, même si un peu moins en droit, parce qu’ils ont droit en français, droit en anglais et droit civil. 

En génie, je suivais des cours en français et j’ai eu la chance de faire de la recherche en français. D’ailleurs, le professeur avec qui je fais de la recherche est un Français et je peux faire des conférences en français. Donc oui, j’ai fait le choix de vivre cela en français. 

Je pense qu’être capable d’échanger des idées avec des collègues en français, c’est super parce que je crois qu’on est plus créatif dans sa langue maternelle.

Je m’intéresse de plus en plus à l’intelligence artificielle et je constate que beaucoup de recherches au niveau de l’IA sont opérées par des chercheurs francophones. Ce sont des recherches vraiment bien reconnues au Canada. Même s’ils doivent des fois faire des présentations ou écrire en anglais, il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent et collaborent en français dans ce domaine. »


LES DATES-CLÉS DE KIMBERLEY PARADIS 

1998 : Naissance à Pointe-Claire, (Québec)

2021 : Rejoint le Groupe de travail sur la recherche et l’innovation de la Société des Ingénieurs professionnels de l’Ontario

2021 : Graduation avec un baccalauréat en génie informatique

2022 : Début des études en droit commun à l’Université d’Ottawa

2022 : Début de mandat en tant que membre du conseil d’administration du Centre de recherche communautaire

2023 : Récipiendaire du Prix David C. Onley 

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Dix ans de toponymie franco-ontarienne à Orléans

OTTAWA – Le 10 septembre dernier, la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l’histoire d’Orléans (SFOPHO) procédait au lancement de son septième livre d’histoire au Centre culturel du MIFO, à Orléans, devant une salle remplie. Signe que la toponymie francophone est depuis longtemps une source de préoccupation et de fierté chez les résidents de ce bastion de l’Ontario français.

La toponymie francophone a toujours été une source de préoccupation dans cette localité mi-urbaine et mi-rurale de l’est de la ville d’Ottawa.

En effet, à la veille de son centième anniversaire de fondation, en 1957, l’autorité municipale locale (le conseil du village partiellement autonome de St-Joseph d’Orléans) francise tous les noms anglophones de rues. C’est ainsi que Cumberland, Sophia et St. Peter sont remplacés par Champlain, Maisonneuve et St-Pierre.

En 1985, au moment du 125e anniversaire d’Orléans et de sa paroisse catholique francophone, une deuxième vague de commémoration toponymique francophone survient.

La Commission des loisirs d’Orléans dresse une liste préparée par des élèves du secondaire de noms à faire commémorer dans la toponymie qu’elle remet à la Ville de Gloucester. La quasi-totalité des suggestions est entérinée et plusieurs parcs de la municipalité prennent alors un nom d’une famille francophone pionnière d’Orléans comme Boyer, Major, Perrault, Racette, Rocque et Roy.

Fait peu connu, dans les années 1980, le canton de Cumberland (dont une partie du territoire se trouvait à Orléans) avait même adopté une politique de dualité toponymique : pour chaque nouveau nom anglophone de rue ou de parc, un nom francophone devait aussi faire son apparition à proximité et vice-versa.

Enfin, lors de la création de la SFOPHO (en 2011, un an après le 150e anniversaire d’Orléans), la toponymie francophone s’impose rapidement comme une priorité des activités de la société d’histoire.

Il faut dire que l’importance de s’intéresser à la toponymie francophone d’Orléans avait été ravivée quelques années plus tôt, en 2007, par le changement controversé et sans consultation publique du nom du Complexe récréatif d’Orléans au profit d’un nom anglophone.

Gérald Poulin (1931-2022), pilier de la francophonie d’Orléans devant la plaque du parc municipal qui porte son nom à Orléans depuis 1985. Crédit photo : Louis Patry.

Ce complexe récréatif municipal (ouvert en 1980) avait été un projet porté par les villageois d’Orléans et ses organismes, dont au premier chef la Chambre de commerce d’Orléans. Sa construction avait été en grande partie financée par des dons de la communauté.

C’est Gérald Poulin (1931-2022), un Orléanais engagé et un pilier de la francophonie qui avait mené avec brio la campagne de financement.

Au terme de cette campagne, en guise de reconnaissance, la ville de Gloucester avait nommé un parc à son nom (et de son vivant!) à Orléans.

M. Poulin avait lui-même suggéré en 1968 que la rue Carrière (où se trouve le MIFO, l’École secondaire catholique Garneau et l’École élémentaire catholique St-Joseph-d’Orléans) soit nommée en honneur de l’éducateur franco-ontarien Laurier Carrière (1909-1982).

2013 : le Centre récréatif François-Dupuis

La poussière était à peine tombée sur le changement de nom du Complexe récréatif d’Orléans que la ville d’Ottawa avait annoncé la construction à l’autre extrémité d’Orléans d’un nouveau centre récréatif qui allait devenir la première piscine intérieure construite par la ville depuis la fusion municipale de 2001.

L’apprenant par la lecture des journaux et comme les questions toponymiques m’ont toujours intéressé (ce fut, enfant, ma porte d’entrée pour m’intéresser au patrimoine), j’ai l’idée de faire commémorer celui qui fut officieusement le fondateur d’Orléans et qui n’avait rien commémorant son nom, le pionnier François Dupuis.

En effet, la rue Dupuis qui a existé à Orléans depuis le premier plan de la localité, datant de 1858, a changé de nom en 2002, la ville d’Ottawa voulant éviter depuis la fusion municipale les dédoublements de noms sur son territoire.

Inauguration du Centre récréatif François-Dupuis. Sur la photo de gauche à droite : Mme Fleur-Ange Dupuis, arrière-arrière petite-fille de François Dupuis; M. Jim Watson, maire de la ville d’Ottawa; M. Stephen Blais, conseiller municipal du quartier Cumberland; Diego Elizondo et M. Louis Patry entourent au centre le portrait d’Édouard Dupuis, fils de François, avec qui il partageait une grande ressemblance physique. 

Au cours de mes recherches sur l’histoire d’Orléans, je découvre que François Dupuis, originaire de Varennes et né vers 1785 est un vétéran de la Bataille de la Châteauguay lors de la Guerre de 1812. Il s’est installé dans ce qui allait devenir Orléans dans les années 1840 et avait été choisi par ses pairs pour faire les démarches auprès du premier évêque catholique de Bytown, Mgr Joseph-Bruno Guigues pour y établir une paroisse. M. Dupuis invite aussi d’autres francophones de la vallée du Saint-Laurent à venir s’installer sur un territoire qui allait devenir en 1867 (soit 7 ans après la fondation d’Orléans), la province de l’Ontario.

Après le décès de M. Dupuis en 1868, de nombreux de ses descendants continuent de vivre à Orléans.

Je décide donc de lancer une pétition pour faire commémorer François Dupuis. L’élève du secondaire que j’étais à ce moment-là et qui en était au début de son implication communautaire franco-ontarienne sera vite rejoint par Louis Patry qui s’était opposé publiquement au changement de nom du complexe en 2007.

Un allié inattendu nous appuie aussi : le candidat Stephen Blais, qui en était à sa première élection municipale, signe la pétition pour faire commémorer dans la toponymie François Dupuis. À l’élection municipale de 2010, le candidat déloge le conseiller sortant et honore son engagement électoral. Malgré une nouvelle politique de la ville qui s’apprêtait à commencer à vendre la toponymie de ses installations municipales à des commanditaires, son appui facile grandement les choses jusqu’à l’adoption à l’unanimité par le conseil municipal en 2012 de nommer sa plus installations municipale le Centre récréatif François-Dupuis.

L’ancien conseiller municipal du quartier Cumberland de la ville d’Ottawa, Stephen Blais, le vice-président fondateur de la SFOPHO et président-fondateur du CAPNFO, Louis Patry et Diego Elizondo soulèvent la plaque commémorant le pionnier François Dupuis à l’inauguration du centre récréatif qui porte son nom à Orléans, le 16 juin 2013. Crédit photo : SFOPHO.

Ouvert le 29 avril 2013 (suivi d’une cérémonie protocolaire en présence du maire d’alors Jim Watson le 16 juin de la même année), le centre fut agrandi en 2017. Mine de rien, il devient alors le seul des trois complexes récréatifs municipaux d’Orléans à avoir un nom francophone. Un tournant.

Pour la petite histoire : bien que mon nom n’y apparaît pas, c’est moi qui ai rédigé la plaque commémorative sur François Dupuis qu’on trouve à l’intérieur du bâtiment.

Mettre les accents là où il le faut

Louis Patry avait été parmi les membres fondateurs de la SFOPHO, fondée en 2011, tous les deux siégeant à son premier conseil d’administration.

En 2012, tous les deux, nous avons rédigé les premières études de la SFOPHO, qui portaient sur la toponymie francophone à Orléans. M. Patry s’est concentré sur le nom d’entreprises et commerces qui abordent l’accent aigu sur le nom Orléans, tandis que moi, j’ai passé au peigne fin toute la liste des noms de rues, parcs et bâtiments publics d’Orléans.

La lutte pour faire reconnaître l’importance d’orthographier Orléans avec un accent est passée à la légende. Ce combat épique, devenu même mythique en Ontario français fut entre autres immortalisé dans le refrain dans de la chanson Notre Place de feu Paul Demers. L’hymne officiel des Franco-Ontariens (reconnu par la province depuis 2017) rappelle que pendant dix ans, les Franco-Ontariens d’Orléans ont lutté pour obtenir une reconnaissance officielle de l’Ontario pour que le nom de leur localité s’écrit en français, avec un accent aigu, en reconnaissance de l’histoire et des origines du secteur.

Or, malgré cette décision en dernière instance de la Commission de toponymie de l’Ontario en 1994, plusieurs entreprises d’Orléans continuaient à mal orthographier le nom d’Orléans.

Dans l’étude menée par M. Patry, on constatait que c’était même la majorité des commerçants qui oubliaient l’accent.

 Louis Patry devant la plaque municipale commémorant un pionnier d’Orléans, Joseph Vézina, en 2015. Une idée du CAPNFO, comité toponymique de la SFOPHO. Crédit photo : SFOPHO.

De mon côté, j’ai calculé que grosso modo un tiers de la toponymie d’Orléans était francophone. Une proportion semblable au nombre de francophones dans la localité. Or, cette statistique était faussée par le fait que la majorité des noms francophones provenait de noms d’avant la fusion municipale avec Ottawa et que depuis la fusion, les noms francophones dans la toponymie diminuaient.

De nos deux rapports, la SFOPHO a créé le Comité pour l’amélioration de place des noms francophones à Orléans (CAPNFO), en 2012. Le vice-président fondateur de la SFOPHO, Louis Patry, en a pris la présidence et préside à ce jour le comité de bénévoles.

Grâce aux efforts de sensibilisation de ce comité de toponymie, l’accent sur Orléans est majoritairement revenu chez les commerçants et le CAPNFO a réussi à faire commémorer en une décennie une vingtaine de noms de rues, parcs et aréna municipaux.

Le CAPNFO a également assuré le suivi de mon rapport où j’avais identifié des fautes d’orthographe de lieux déjà désignés. C’est ainsi que le parc « Barnabe » est redevenu à juste titre le parc « Barnabé » sur les panneaux municipaux.

Soulignons qu’outre les idées du CAPNFO d’autres noms francophones ont fait leur apparition dans la toponymie au cours des dix dernières années à Orléans. Mentionnons la rue Antonio-Farley, la rue Napoléon, la rue de la Famille-Laporte, la rue Esdras-Therrien, la promenade Jérôme-Jodin, la promenade Décoeur, la promenade Gerry-Lalonde ou encore le parc Ouellette et le parc Don-Boudria.

En chroniques et en livres

Il y a dix ans, j’avais attiré l’attention de M. Patry sur la chronique toponymie, rédigée par Luc Laporte et ensuite Yannick Labossière que publiait le journal Perspectives Vanier. Il a repris l’idée et avec les membres bénévoles du CAPNFO ont commencé à faire publier des chroniques dans le défunt journal L’Express d’Ottawa et ensuite, dans L’Orléanais. À ce jour, 86 chroniques ont été publiées.

Cette prépublication de chroniques dans les journaux communautaires francophones a été suivie en 2017 d’une compilation en forme de livre, paru sous l’égide de la SFOPHO. L’histoire d’Orléans (Ontario) en bref et de sa toponymie française a été inspirée par un livre paru en 2013 par Paul-François Sylvestre Toronto et sa toponymie française : guide illustré des noms de rues et de parcs.

Panneau municipal du parc Luc-Major qui commémore depuis 1985 un des pionniers d’Orléans. Crédit photo : Diego Elizondo, 2017.

C’est le tome deux de cette série de la SFOPHO de livres sur la toponymie d’Orléans qui a été lancée le 10 septembre dernier.

Richement illustré en couleurs, l’ouvrage bilingue (grâce à subvention du programme « Ottawa, ville bilingue » de l’ACFO Ottawa) fut épuisé moins de 24 heures après sa sortie! Un deuxième tirage du livre vient de paraître et est disponible à la vente.

Avis aux intéressés qui se cherchent une idée d’achat patrimonial dans le cadre de la campagne provinciale communautaire : « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien! » qui bat présentement son plein.

Du choix pour souligner le Jour des Franco-Ontariens 2023

C’est le Jour des Franco-Ontariens ce lundi et de nombreux événements se dérouleront partout en province pour souligner le fait français en situation linguistique minoritaire. Entre les levers de drapeau et les spectacles festifs, toutes les occasions sont bonnes pour se rassembler. Voici quelques endroits où souligner notre fierté franco-ontarienne dans les prochains jours.

Ottawa et l’Est

Dans la capitale, la communauté se rassemble dès ce soir pour l’Apéro franco du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO). Les portes ouvrent dès 16h30 pour un rassemblement gratuit incluant le lever du drapeau franco-ontarien à 17h50. Toute la soirée, les visiteurs pourront participer à la création d’une œuvre collective, supervisés par l’Ottavienne Carole Ince, dont le travail est présentement exposé à la galerie Eugène Racette du MIFO.

Céleste Lévis et Marc-Antoine Joly sont des habitués du Kaléidoscope musical. Crédit image : Stéphane Bédard

L’Apéro franco sera suivi du désormais traditionnel Kaléidoscope musical. Certains des artistes francophones les plus actifs de la province collaborent pour offrir un spectacle unique. Ce sera l’occasion de voir sur scène les grandes gagnantes du dernier gala Trille Or, le duo Beau Nectar, la complicité entre Marc-Antoine Joly et Céleste Lévis ainsi que celui qui s’est démarqué cette année avec sa chanson Danser avec toi, LeFLOFRANCO.

La Ville d’Ottawa procédera à une cérémonie de lever du drapeau dès 9h lundi matin, devant l’entrée de l’édifice historique situé sur la rue Elgin. Le drapeau vert et blanc flottera aussi sur les terrains de plusieurs édifices municipaux pour la journée du 25 septembre. Les fameuses lettres géantes OTTAWA du Marché By s’illumineront de vert et de blanc pour l’occasion.

Une vitrine hommage à Gisèle Lalonde sera inaugurée lundi à l’école secondaire publique portant son nom. Des membres de sa famille seront présents pour cet événement qui débutera à 11h15. La militante franco-ontarienne est décédée en juillet 2022.

Le 18ᵉ monument de la francophonie en Ontario se trouve dans le village d’Alfred à 75 km d’Ottawa. Crédit image : Lila Mouch

Les gens de l’Est ontarien ont un lieu de plus pour se rassembler cette année. Le lever du drapeau devant le nouveau Monument de la francophonie d’Alfred et de la région aura ceci de particulier que Brian St-Pierre lui-même y participera avec sa chanson Mon beau drapeau. Le musicien bien connu a récemment reçu le prix hommage Trille Or pour sa contribution exceptionnelle à la culture franco-ontarienne. Il donnera également un spectacle mobile en matinée. Le parcours se terminera au parc Larocque, qui accueillera aussi Sophie Grenier et DJ Unpier.

Toronto et le Sud-Ouest

Le drapeau franco-ontarien sera hissé sur la place Nathan Philips de Toronto à l’initiative de l’ACFO Toronto ainsi qu’à Queen’s Park à l’initiative de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Le trille et le lys voleront aussi devant l’hôtel de ville de la Ville Reine.

Après son passage au Kaléidoscope musical d’Orléans vendredi soir, Beau Nectar sera également de la partie lors du Jour des Franco-Ontariens sur le parvis de l’hôtel de ville d’Hamilton, lundi à 11h. La journée est organisée par le Centre francophone Hamilton en partenariat avec l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) régionale Hamilton. Des prix Engagement franco 2023 seront remis avant le spectacle.

Sudbury et le Nord

Le Jour des Franco-Ontariens aura un ton officiel à Sudbury. En plus du lever de drapeau devant l’Université de Sudbury à 10h30, il y aura le Banquet des Franco-Ontariens au restaurant Au pied du rocher du Collège Boréal, organisé par l’ACFO du Grand Sudbury. Cet événement inclura la remise du Prix de la francophonie 2023 et le lancement d’un rapport d’enquête intitulé Progrès, résistance et opportunités : le bilinguisme municipal dans le Grand Sudbury (1973-2023).

LeFLOFRANCO connaît une année faste, ayant entre autres remporté la Manie musicale, une compétition internationale où les jeunes votent pour leur chanson francophone préférée. Crédit image : Stéphane Bédard

Le comté de Simcoe accueillera LeFLOFRANCO dans le cadre de sa tournée Réseau Ontario. Accompagné de DJ Skorpyon, le rappeur sera à Penetanguishene dimanche à 13h dans le stationnement de l’organisme La Clé. Lundi, le spectacle se déplace à l’hôtel de ville de Barrie, tout de suite après le lever du drapeau franco-ontarien.

Partout à la fois

Le 25 septembre est également la neuvième édition de l’initiative J’achète un livre franco-ontarien. Pour trouver l’inspiration, il est possible de visiter Le petit salon du livre francophone qui se tiendra samedi à la Maison de la francophonie d’Ottawa. Le site web Je lis FO recense de nombreuses suggestions, mises en lumière entre autres par son « calendrier de l’avant » qui a été déployé tout au long du mois.

Quelques exemples de livres franco-ontariens. Crédit image : Rachel Crustin

D’autres rassemblements auront lieu à l’occasion du Jour des Franco-Ontariens. Le site web Mon drapeau franco permet de rechercher des activités par type d’événement et par lieu grâce à une carte interactive.

Collaborations artistiques franco-ontariennes

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

En plus du Jour des Franco-Ontariens lundi, qui fera l’objet d’un article à part, les activités culturelles francophones sont nombreuses et marquées par les collaborations tout au long de la semaine. De la musique dans des microbrasseries dans l’Est, des expositions d’art à Toronto et un peu de théâtre dans le Sud-Ouest, le français voyage et l’on en profite, avec ou sans drapeau vert et blanc dans les mains.

Arts visuels

Le Labo à l’Alliance française

Les artistes du Labo, le laboratoire d’arts médiatiques de Toronto, se lancent dans une nouvelle exposition en collaboration avec l’Alliance française Toronto (AFT). C’est donc au campus de Spadina de l’AFT qu’on pourra découvrir Bulles. Onze artistes francophones réfléchissent, par leurs œuvres, au fait de créer en français dans une situation linguistique minoritaire.

« Si l’imagination est le fruit de notre pensée, la pensée, elle, est normée par notre esprit et notre langue. Créer une œuvre d’art dans sa langue maternelle, seconde ou encore de cœur peut dès lors s’avérer être un choix ou bien une évidence, mais jamais un acte anodin », peut-on lire dans la description de l’événement. Peinture, documentaire, art cinétique, broderie et photographie se côtoient dans cette exposition dont le vernissage aura lieu vendredi. Bulles est la version présentielle de la mini-série Bulles d’artistes du Labo.

Les artistes de Bulle sont Julie Lassonde, Martine Côté, Ama Ouattara, Lise Beaudry, Carolina Reis, Jacques Descoteaux, Samuel Choisy, Madi Piller, Jean-Christophe Foolchand, Saïda Ouchaou-Ozarowski et Katia Café-Fébrissy. Gracieuseté Le Labo

Toronto. Vernissage le 22 septembre, exposition du 22 septembre au 21 octobre. Détails sur le site du Labo.

Ressourcement par la peinture

La galerie d’art Thompson Landry accueille une nouvelle fois une artiste québécoise. France Jodoin présente Retreat Into Peace, une exposition solo comprenant 26 nouvelles œuvres. La peintre adopte un style instinctif semi-abstrait, qui laisse à l’observateur le soin d’imaginer les histoires derrière les scènes. L’artiste sera présente à la galerie située à la Distillerie Stone ce samedi de midi à 16h. L’exposition se poursuivra jusqu’à la mi-octobre.

Une partie de l’exposition de France Jodoin. Gracieuseté Galerie Thompson Landry

Toronto. Rencontre avec l’artiste le 23 septembre. Exposition du 22 septembre au 15 octobre. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Théâtre

Des performances à voir à Kitchener

Le festival Impact est une biennale de théâtre qui invite des créateurs de partout à travers le monde à présenter leurs pièces à Kitchener, dans la région de Waterloo. Dans la programmation, on retrouve la pièce La dernière, qui a valu plusieurs prix internationaux à la Tunisienne Wafa Taboubi. Les deux derniers humains sur Terre vivent solitude et ennui, des sentiments qui les pousseront à « jouer au jeu » de la peur et du conflit « pour exterminer le monstre qui vit en eux ».

J’ai pleuré avec les chiens (Time, Creation, Destruction 2021) de la chorégraphe canadienne multiprimée Daina Ashbee ramène l’humain à son état animal. Des corps nus, des sons gutturaux, une idée venue du réconfort cherché par le maître qui enlace son chien, le spectacle refuse la binarité et l’opposition des choses. Tout peut coexister sur scène, et les danseurs reprennent le contrôle de leur corps dans une œuvre qui se veut « décoloniale ».

La dernière est une pièce bilingue, jouée en arabe et en français. Crédit image : Kais Ben Farhat

Kitchener. Du 26 septembre au 1er octobre. Programmation complète sur le site du Multicultural Theatre Space.

Musique

Bilinguish Boys

Le trio composé de Stef Paquette, Dayv Poulin et Edouard Landry sera de passage à la Wood Brothers Brewing Co. d’Alexandria ce vendredi. Les trois Sudburois unissent leurs forces pour présenter un spectacle entre la musique et l’humour, entre les chansons originales et les reprises, avec de bons moments réservés à l’improvisation et à l’interactivité avec le public. Le spectacle fait partie de la programmation du centre culturel Les Trois p’tits points.

Les artistes établis Stef Paquette, Dayv Poulin et Edouard Landry unissent leurs forces pour créer le trio sudburois les Bilinguish Boys. Source : Centre culturel Les trois p’tits points

Alexandria, le 22 septembre. Billets en vente sur la plateforme Le point de vente.

Nouvelle chanson pour Jessy Lindsay

La Franco-Ottavienne Jessy Lindsay rend hommage à son grand-père dans son nouvel extrait disponible vendredi. La chanson Pour toi a été créée dans le cadre de l’émission La quête sonique, diffusée sur la chaîne de télévision locale de Bell. Le producteur musical Eric Eggleston y reçoit des artistes dans des lieux inusités afin de composer ensemble une pièce inspirée d’une histoire ou d’un intérêt de l’invité. Au moment de l’enregistrement, Jessy Lindsay venait de perdre son grand-père, le seul autre musicien de sa famille. Le titre au refrain plutôt dansant parle de deuil, mais aussi de la connexion unique que Gildas Allard entretenait avec sa petite-fille.

On peut aussi découvrir la musique de Jessy Lindsay avec son EP J’explose, paru en 2022. Crédit image : Chantalyne Beausoleil

Chanson disponible sur toutes les plateformes dès le 22 septembre. Les abonnés Bell télé fibe peuvent assister au processus de création en visionnant La quête sonique.

Le ministre du Travail et de l’Immigration Monte McNaughton se retire de la vie politique

TORONTO – Dans une déclaration officielle ce matin, Doug Ford a annoncé le départ et retrait de la vie politique de Monte McNaughton, député de Lambton-Kent-Middlesex et ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, au profit d’une opportunité dans le secteur privé.

C’est à la surprise générale et dans le contexte de deux départs successifs en l’espace de quelques semaines au sein du caucus progressiste-conservateur, celui du ministre du Logement et des Affaires municipales Steve Clark et du ministre des Services au public et aux entreprises Kaleed Rasheed, que le départ du ministre intervient.

La veille à Niagara Falls, l’annonce du premier ministre Doug Ford sur l’abandon du projet de développement de la Ceinture de verdure, entouré de ses ministres, avait été marquée par l’absence de Monte McNaughton au sein des rangs.

« Après avoir servi la province de l’Ontario et la population de Lambton-Kent-Middlesex au cours des 12 dernières années, le ministre McNaughton m’a informé qu’il s’éloignait de la vie publique pour saisir une occasion passionnante dans le secteur privé. Il a pris cette décision en fonction de ce qui est le mieux pour lui et sa famille à ce stade de sa vie et de sa carrière », a déclaré ce matin le premier ministre ontarien.

Doug Ford a exprimé sa gratitude envers le ministre pour sa contribution et rappelé ses accomplissements, dont ses textes législatifs, ces deux dernières années, au profit des travailleurs : « Qu’il s’agisse de lutter contre la pénurie générationnelle de main-d’œuvre en Ontario, de permettre aux travailleurs d’accéder à de meilleurs emplois avec des salaires plus élevés ou de briser la stigmatisation des métiers spécialisés, Monte a joué un rôle déterminant dans le plan de notre gouvernement. »

Un départ critique pour le gouvernement

M. McNaughton s’est lui aussi exprimé dans la matinée, confirmant qu’il quittait ses fonctions ministérielles immédiatement et qu’il démissionnerait de son siège d’élu dans les jours à venir.

« Je réalise que les événements récents amèneront certains à spéculer sur les raisons de mon départ. Je veux que ces gens sachent que ma décision n’a aucun rapport avec ces événements », a-t-il affirmé, en référence au scandale du développement de la Ceinture de verdure qu’essuie actuellement le gouvernement.

« J’appuie le premier ministre Ford et je suis fier d’avoir servi dans son cabinet. Je suis éternellement reconnaissant pour les opportunités qu’il m’a données, de contribuer à cette incroyable province. Je crois profondément en son équipe et en sa vision. Je sais qu’ils continueront à faire de grandes choses pour la population de cette province. Je prends cette décision parce que c’est la bonne pour moi et ma famille », conclut celui-ci.

La cheffe de l’opposition Marit Stiles n’a pas manqué de réagir à cette troisième démission ministérielle en trois semaines et d’en questionner les raisons : « Son départ intervient à une période où on se pose des questions. A-t-il décidé de quitter le bateau en raison de tous les problèmes qui ont lieu? Quoi qu’il en soit, les évènements récents en disent long sur ce gouvernement en crise. »

Cette nouvelle perte d’un ministre majeur au sein du gouvernement Ford va devoir rebattre à nouveau les cartes, quelques semaines après le remaniement ministériel du 4 septembre dernier.

Le ministre David Piccini prend le relai

Plus tard dans l’après-midi, le premier ministre ontarien a annoncé la nomination du ministre David Piccini, député Northumberland-Peterborough-Sud, anciennement ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs, en remplacement de Monte McNaughton au ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences.

La députée de Barrie-Innisfil Andrea Khanjin, anciennement adjointe parlementaire au ministre des Affaires intergouvernementales, succède à David Piccini et devient ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs. Celle-ci conserve ses responsabilités supplémentaires de leader parlementaire adjointe du gouvernement.

Todd McCarthy, député de Durham, jusqu’à présent ministre associé des Transports, succède au ministre démissionnaire Kaleed Rasheed, en devenant ministre des Services au public et aux entreprises et enfin le député de Scarborough-Rouge Park Vijay Thanigasalam, jusqu’alors adjoint parlementaire à la ministre de l’Infrastructure, devient ministre associé des Transports.

Le président ukrainien au Parlement : « Je te remercie Canada »

OTTAWA – Promettant que la guerre que son pays livre ne sera terminée qu’avec une « victoire sans équivoque » de l’Ukraine, le président Volodymyr Zelensky n’a cessé de multiplier les remerciements envers le Canada, dont un, « je te remercie Canada » en français.

Dans un discours d’une vingtaine de minutes au Parlement en ce 576e jour de guerre, le dirigeant ukrainien a souligné les efforts du Canada, soulignant que l’unifolié « a toujours été du bon côté de l’histoire ». Mentionnant les parallèles entre « le désir de justice et de liberté » de son pays d’accueil pour une journée, il a rappelé dans un discours passionné que « l’Ukraine et non le génocide et que les gens, pas le Kremlin seront les gagnants ».

« Pouvons-nous abandonner? Non. Pouvons-nous trahir le bien de la nature humaine? Non. Pouvons-nous accepter le mal? Non. Pouvons-nous permettre que notre identité soit effacée? Non. L’Ukraine et le Canada sont pareils, nous sommes debout et nous luttons pour la vie », a-t-il affirmé devant une Chambre des Communes remplie pour l’occasion.

Son discours avait été préfacé par Justin Trudeau qui a mis l’emphase sur le fait que « notre gouvernement va se tenir à vos côtés aussi longtemps qu’il le faudra » a-t-il dit en direction du dirigeant ukrainien, dont il a largement souligné le leadership depuis le début de la guerre en février 2022.

« Notre plus grand espoir est que vous n’ayez plus besoin de soutien militaire pendant longtemps. Que la paix revienne bientôt, mais ça ne peut pas être une fausse paix fondée sur un compromis imposé par l’agresseur », a déclaré M. Trudeau.

Le premier ministre a d’ailleurs annoncé une aide de 650 millions de dollars, avec la construction d’une cinquantaine de véhicules blindés, dont des véhicules d’évacuations qui seront construits à London en Ontario.

Le ton avait été donné avant l’arrivée de M. Zelensky sur le plancher des communes avec un « Slava Ukraini! »

Pour souligner l’histoire et le destin commun du Canada, ce dernier a fait référence à un monument de guerre inauguré en 1993 à Edmonton en souvenir d’Ukrainiens. Il s’agit d’un monument, le premier de ce genre au monde à l’époque, rendant honneur aux victimes de l’Holodomor, une famine délibérée de l’empire soviétique entre 1932-1933 qui a provoqué le décès de quatre millions de personnes en Ukraine.

« Beaucoup a changé depuis, l’Ukraine a gagné l’indépendance et a regagné son patrimoine historique… Mais il y a quelque chose qui n’a jamais changé en 40 ans depuis la construction de ce monument à Edmonton ou il y a 90 ans depuis l’Holodomor, Moscou – maintenant et pour toujours – veut contrôler l’Ukraine en utilisant tous les outils nécessaires, incluant le génocide. »

Et d’ajouter. « Peut-être qu’un jour, un autre monument sera érigé, comme à Edmonton ou ailleurs, et qu’il sera construit en l’honneur de notre victoire, notre victoire », a martelé Volodymyr Zelensky sous un salve d’applaudissement, concluant avec un « Slava Ukraini ».

Une visite à Toronto

Le président ukrainien avait d’abord amorcé sa journée à la rencontre de la Gouverneure générale à Rideau Hall en matinée avant d’aller rencontrer son homologue canadien au Parlement, où était assemblée à l’avant de l’édifice une foule de supporteurs et de Canadiens d’origines ukrainiennes. Le dirigeant ukrainien et sa femme sont arrivés jeudi au pays.

Il s’agira de sa seconde allocution devant les députés canadiens, mais une première en personne pour celui qui s’est déjà exprimé par vidéoconférence en mars 2022. Le Canada est la seule nation du G7 où le leader ukrainien n’avait pas encore mis les pieds.

En soirée vendredi, Volodymyr Zelensky et Justin Trudeau rencontreront des chefs d’entreprise canadiens à Toronto. Les deux dirigeants iront par la suite à la rencontre de membres de la communauté canado-ukrainienne.

Plus tôt cette semaine, le ministre de la Défense nationale Bill Blair a annoncé que le Canada, en partenariat avec le Royaume-Uni, achèterait pour 33 millions de dollars d’équipement de défense aérienne pour l’Ukraine. Depuis le début de la guerre, le Canada a accordé 1,8 milliard de dollars en aide militaire à l’Ukraine et près de 5 milliards en soutien financier direct. Le président Zeleznky a effectué plus tôt cette semaine une rare adresse en personne au Conseil de sécurité de l’ONU à New York, une première depuis le début du conflit armé en février 2022.

Hier, il était à Washington où il a rencontré le président Joe Biden, mais aussi les leaders républicains et démocrates de la Chambre des représentants et du Congrès américain. Les États-Unis ont d’ailleurs promis de l’aide supplémentaire en termes de défense militaire, mais ils refusent pour le moment de fournir des missiles à longues portées, comme le souhaite ardemment l’Ukraine.

De l’espoir pour la Société franco-ontarienne de l’autisme 

OTTAWA – Une rencontre extraordinaire a eu lieu ce jeudi 21 septembre et un nouveau conseil d’administration est sur le point de faire son entrée. Les membres de la Société franco-ontarienne de l’autisme ont remué ciel et terre depuis l’annonce de la fermeture de l’organisme la semaine passée. 

Depuis le 14 septembre, les parents, le conseil d’administration et l’ancienne direction de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA) se mobilisent pour trouver des solutions et sauver l’organisme d’aide aux familles et aux enfants atteints d’autisme.

Sur un groupe Facebook, Statégies pour sauver la SFOA, plusieurs membres et amis de l’organisme franco-ontarien s’affairent chaque jour à contacter des politiciens, la Ville d’Ottawa et la communauté afin de contribuer à la survie de la SFOA. 

Publication du groupe Facebook, Stratégies pour sauver la SFOA/ Capture d’écran/ONFR

Ce jeudi soir, près de 50 personnes se sont jointes à une assemblée générale extraordinaire présidée par Alain Vachon de la firme Discitus, lui-même étant accrédité en gouvernance avec la Gouvernance Professionals of Canada

Un conseil d’administration complet et pour le bien de tous 

Annoncé par courriel quelques jours après leur première assemblée générale annuelle (AGA) du 11 septembre, l’ancien conseil d’administration avait indiqué qu’ils mettaient fin aux contrats de la direction pour diminuer les charges fixes.

Suite à cela, on apprenait que le conseil d’administration démissionnait. Ce jeudi soir, un tout nouveau conseil allait donc être formé. Si personne ne se portait volontaire, l’organisme ne pourrait pas survivre. 

Plusieurs parents, des anciens membres de la SFOA dans ses premiers jours, des amis et des proches de familles ont témoigné leur engouement, et par leur présence, le souhait de voir survivre l’organisme. Neuf postes étaient disponibles, dont celui de président(e), vice-président(e), trésorier(ère) et secrétaire. 

À l’issue de cette réunion, neuf personnes ont proposé leur candidature, offrant à la communauté le sentiment que la SFOA était de retour sur la bonne voie. 

Les prochaines étapes détermineront la place de ces nouveaux membres dans le conseil d’administration.

En attendant, de nombreux parents se sont réjouis de cette rencontre. Une mère de famille, membre de la SFOA, a partagé au micro d’ONFR, le succès de son fils. « Suite aux camps d’été, mon fils a été animateur bénévole. En 2023, il a reçu son certificat de bénévolat. » 

Courriel d’un enfant à son parent, concerné par la fermeture de la société. Capture d’écran/ONFR

Pour la mère de famille, en plus d’aider son enfant autiste, la SFOA a accompagné l’adolescent vers son épanouissement personnel et peut-être ouvert des perspectives professionnelles.

L’appel a été entendu, mais du travail reste à faire 

Ce 21 septembre, l’organisme a informé les membres qu’un donateur anonyme a récemment fait un don couvrant les charges fixes jusqu’au mois d’octobre. Sans les salaires de la direction, les charges fixes mensuelles s’élèvent à un total de 1665,50 $ par mois. 

Durant l’assemblée générale extraordinaire, Alain Vachon a mis en évidence la qualité du travail minutieux et sans relâche entrepris par les membres de la société.

« Vous avez sonné l’alarme, vous avez fait des choses extraordinaires », a-t-il déclaré. 

Alain Vachon qui offre bénévolement son aide dans ce projet, s’est aussi concerté avec Ronald Caza, un avocat éminemment reconnu pour son implication dans le sauvetage de l’Hôpital Montfort, il y a plus de 25 ans. 

Alain Vachon aide bénévolement la SFOA. Il est le fondateur de Discitus. Source : Twitter/Alain Vachon

« Nous en avons parlé, on sait que les conseils d’administration sont épuisés et nous n’en voulons à personne, il n’y a que de la gratitude ce soir », a-t-il ajouté. 

Pour sauver la SFOA, il faudra encore des bénévoles et il faudra travailler pour trouver des financements. À la fin de cette rencontre, un vent d’espoir et de soulagement s’est fait sentir. 

Alain Vachon ne promet rien, mais il semble croire profondément qu’en 2024, l’organisme pourra commencer une relance digne de ce nom. 

Le gouvernement recule et rend les terres à la Ceinture de verdure

NIAGARA FALLS – En conférence de presse, entouré des membres de son caucus, le premier ministre ontarien Doug Ford annonce qu’il réintègre les terres retirées à la Ceinture de verdure qui restera désormais intouchée. Un renversement de situation sur fond de scandale qui fait suite à la série de démissions au sein du parti.

C’est au lendemain de la démission du ministre des Services au public et aux entreprises Kaleed Rasheed que Doug Ford déclare que toucher à la Ceinture de verdure était une erreur.

« J’admets avoir commis une erreur, car, quand on fait une erreur, on l’admet. Le processus n’a pas été bien pensé ni bien conduit, mais mon intention de construire plus de logements pour l’Ontario était une bonne intention, pour les bons objectifs. »

Le chef du gouvernement a non seulement assuré que les terres protégées seraient réintégrées, mais que la Ceinture de verdure serait épargnée par tout développement immobilier.

« Nous avons agrandi la Ceinture de verdure depuis notre arrivée au pouvoir et nous allons continuer à développer ces terres protégées, soit 9400 acres de superficie supplémentaire depuis 2018. »

Entouré du caucus progressiste-conservateur, Doug Ford annonce qu’il renonce au développement immobilier de la Ceinture de verdure qui se verra restituer ses terres retirées. Source : compte YouTube du Gouvernement de l’Ontario

Doug Ford a toutefois réitéré sa volonté de bâtir pour parvenir à l’objectif de 1,5 million de nouveaux logements d’ici à 2031, déclarant que le nouveau ministre du Logement Paul Calandra irait de l’avant dans le processus, mais « sans toucher la Ceinture de verdure ».

« Je suis ici pour présenter des excuses à la population, mais nous allons de l’avant pour construire plus de logements dans les régions dans lesquelles nous le pouvons et reliées aux transports en commun, avec la collaboration des municipalités, du gouvernement fédéral et du secteur privé. »

À des journalistes qui ont qualifié cette affaire du « pire scandale de l’histoire de la province », celui-ci a répondu que l’argent du contribuable n’a nullement été impliqué.

Également interrogé sur l’enquête en cours de la Gendarmerie Royale canadienne (GRC), Doug Ford de répondre : « Je ne m’engage pas dans les enquêtes de police ».

« Le commissaire à l’intégrité m’a blanchi à 100 % aujourd’hui », a-t-il également ajouté, en lien avec la publication du rapport du commissaire à l’intégrité le jour même, ayant jugé insuffisantes les preuves d’infraction à l’intégrité des députés, vis-à-vis de la levée de fonds du mariage de sa fille en présence de promoteurs.

« Quant à la confiance des Ontariens, ils jugeront par eux-mêmes de la nature de notre bilan. Avons-nous respecté nos engagements? Oui! La province se porte mille fois que quand nous sommes entrés en fonction en 2018 », a-t-il conclu.

Une « victoire » pour l’opposition

« Merci et félicitations à tous. Nous avons travaillé tous ensemble avec les Premières Nations, les agriculteurs, ou encore les défenseurs de l’environnement pour sauver ces terres agricoles essentielles. Mais cela n’aurait pas dû requérir autant pour que le gouvernement change d’avis », a immédiatement réagi Marit Stiles, la cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD), en conférence de presse.

Même si elle parle d’une « victoire pour les Ontariens », il y a encore selon elle de nombreuses questions auxquelles le gouvernement va devoir répondre.

« Le gouvernement peut maintenant difficilement voter non à mon projet de loi visant à protéger les terres de la Ceinture de verdure en les rendant intouchables », ironise celle-ci au sujet de son texte qui sera présenté en chambre après la rentrée parlementaire de Queen’s Park prévue lundi prochain.

Avec en ligne de mire les élections provinciales de 2026, la cheffe de l’opposition ajoute que l’électorat peut avoir la mémoire longue.

Qualifiant également ce revirement de victoire, le chef du Parti vert, Mike Schreiner, a toutefois pondéré : « N’oublions pas que c’est le même premier ministre qui, il y a seulement quelques mois, a qualifié la Ceinture de verdure d’arnaque et de champ de mauvaises herbes », encourageant à ne pas relâcher les efforts pour sa protection.

« J’appelle également ce gouvernement à adopter mes projets de loi sur la Ceinture de verdure et sur le logement – ​​pour garantir qu’elle reste protégée en permanence et que nous construisions des maisons que les gens peuvent réellement se permettre d’acheter dans les communautés dans lesquelles ils souhaitent vivre. »

Sauvée il y a dix ans, l’église Saint-Charles-Boromée de Vanier : un joyau historique canadien

OTTAWA – Il est temps de reconnaître le patrimoine historique de l’église Saint-Charles-Borromée. Et pourquoi pas avec des plaques commémoratives? C’est ce qui est ressorti d’une réflexion commune du Comité de la francophonie de l’Association communautaire de Vanier et du Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO).

En entrevue avec ONFR, Diego Elizondo, expert en patrimoine franco-ontarien, déclare que « les organismes veulent unir leurs forces pour faire avancer ce dossier ».

Il y a dix ans a eu lieu le sauvetage in extremis de l’église Saint-Charles-Borromée, un lieu qui a marqué l’histoire du pays. Située entre la rue Barrette et l’avenue Beechwood dans le quartier de Vanier à Ottawa, elle est encore un exemple fort de résistance de la communauté franco-ontarienne.

L’église St-Charles de Vanier, en 1947. Crédit photo : BAnQ-Gatineau. Fonds Champlain Marcil. P174,S4,P125.

Érigée en 1908, l’église n’accueille plus de fidèle depuis 2010.

« Il y a eu une étude qui a été faite par l’archidiocèse d’Ottawa sur la situation financière et la fréquentation de plusieurs paroisses francophones à la fin des années 2000 », raconte Diego Elizondo.

Selon ce rapport, trois paroisses francophones de l’est de la ville devaient mettre la clé sous la porte. Notre-Dame-de-Lourdes-de-Cyrville, Saint-Charles-Boromée à Vanier et Sainte-Anne d’Ottawa, dans la Basse-Ville.

L’église St-Charles à Vanier dans ses premières années d’existence. Crédit photo : Muséoparc Vanier

Plus tard, le destin de ces trois bâtiments a été très différent. D’après l’expert en patrimoine, une autre communauté catholique chrétienne a pris possession de l’église Saint-Anne, qui sert encore aujourd’hui de lieu de culte. La même chose s’est produite pour Notre-Dame-de-Lourdes-de-Cyrville, reprise par la communauté catholique chinoise.

Des plaques historiques qui auraient dû déjà être là

Ce vendredi aura lieu une rencontre organisée par Johanne Leroux de l’Association communautaire de Vanier, et qui réunira plusieurs acteurs de la communauté, dont le président de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO), le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO), la conseillère du quartier Stéphanie Plante, le muséoparc de Vanier ainsi que des représentants d’élus des différents paliers de gouvernement.

« Normalement, quand un bâtiment est désigné en vertu de la loi par la Ville, on y appose une plaque en bronze explicative », rappelle M. Elizondo. Mais dix ans après, aucune plaque. « L’espace est de plus en plus utilisé et il paraît que l’on attendait la fin du réaménagement à proximité. »

L’intérieur de l’église a subi de nombreuses rénovations, son caractère sacré n’est plus d’actualité dans son architecture interne. Crédit image : Mike Steinhauer, Vaniernow.ca (21 juillet 2012)

Diego Elizondo pense même qu’il serait judicieux de faire une demande de plaque provinciale, bleue et or, ainsi que fédérale de couleur rouge pour les lieux historiques du Canada.

À ce titre, Mauril Bélanger, député fédéral à l’époque, souhaitait lui aussi faire reconnaître l’importance patrimoniale de ce lieu. Malheureusement, il n’a pas eu le temps d’entamer les démarches, puisqu’il est décédé peu de temps après.

Un édifice protégé par la Loi

En 2010, « personne ne s’est manifesté pour offrir à Saint-Charles le même destin que les autres églises. Donc l’archidiocèse a voulu vendre ça au plus offrant. Il l’a mis sur le marché pour s’en débarrasser », estime M. Elizondo.

L’archidiocèse d’Ottawa n’en voulait plus, lui dépouillant aussitôt de son caractère sacré.

L’ancienne église St-Charles de Vanier est mise en valeur lors d’une visite guidée de l’expert-conseil en patrimoine, Jean-Yves Pelletier, le 1ᵉʳ octobre 2022. Crédit photo : Diego Elizondo

Loin d’être surprenant, « il y a eu une levée de boucliers pour les défenseurs du patrimoine franco-ontarien ».

Des acteurs du patrimoine et quelques fidèles se sont battus pour sauver l’église d’une probable démolition, finalement rachetée pour 4 millions de dollars par un promoteur de Toronto. Les citoyens avaient alors exigé que le bâtiment soit désigné selon la Loi ontarienne sur le patrimoine. L’archidiocèse d’Ottawa avait été étrangement silencieux suite aux requêtes de la communauté.

Diego Elizondo se rappelle que Mathieu Fleury, conseiller municipal à l’époque, faisait partie des défenseurs du patrimoine. « Ils ont monté un bon argumentaire et la Ville d’Ottawa a accordé la désignation de patrimoine à l’église Saint-Charles-Boromée. »

« Ça a été accordé malgré que l’archidiocèse s’y opposait », ajoute-t-il.

Cependant, la désignation protège l’enveloppe du bâtiment, mais pas son usage. Depuis octobre 2013, l’édifice est préservé en vertu de la loi, mais l’intérieur qui a subi de nombreuses rénovations ne l’est pas, offrant à ce bâtiment le champ des possibles.  

Aujourd’hui, plusieurs condominiums gravitent autour, mais l’édifice reste bien droit au milieu de cette grandeur.

Bien qu’elle n’ait pas un usage précis, l’église accueille de plus en plus d’événements communautaires en son sein comme sur son parvis. Le 13 septembre dernier, Céleste Lévis et JOLY se produisaient sur les marches de l’édifice dans un événement organisé par la zone d’amélioration commerciale de Vanier (ZAC Vanier).

Une valeur historique et patrimoniale

Lieu de rassemblement de la société secrète de l’Ordre de Jacques Cartier, l’église Saint-Charles-Boromée est un bâtiment bien connu.

En octobre 1926, un groupe de 17 fonctionnaires fédéraux se sont réunis dans le sous-sol. Albert Ménard, un ingénieur civil et le curé de la paroisse François-Xavier Barrette pour créer l’Ordre de Jacques Cartier, une organisation secrète locale répondant au nom de code « la Patente ».

Leur but : établir des mécanismes d’entraide entre les fonctionnaires francophones pour accéder plus facilement aux échelons supérieurs de la fonction publique canadienne dominée par des anglophones.

« Cette société a été active jusqu’en 1965. C’était un produit des Franco-Ontariens, et qui a eu un énorme rayonnement partout dans la francophonie canadienne et au-delà », relate M. Elizondo.

Neuf fondateurs de l’Ordre de Jacques Cartier réunis lors du 25ᵉ anniversaire de l’Ordre, de g. à d. : à l’avant, Adélard Chartrand, Émile Lavoie, F.-X. Barrette, Esdras Terrien et Louis-Joseph Châtelain; à l’arrière, Oscar Barrette, Philippe Dubois, Achille Pelletier et Charles Gautier, Ottawa, 28 septembre 1952 / Champlain Marcil, Le Droit. Crédit photo : Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Ordre de Jacques Cartier(C3), Ph3-3/12B.

« La société secrète utilisait son influence pour pousser le bilinguisme à la fonction publique fédérale. »

« Bilinguiser le Canada avant que ça devienne la loi sur les langues officielles », reprend l’expert.

« Il y a tout ce travail de fait en amont, lancé et instigué par des francophones canadiens sous l’Ordre de Jacques Cartier. »

En effet, cet organisme a grandi de façon très importante, ayant eu jusqu’à 98 commanderies à l’échelle pancanadienne. Ils auraient réussi à contrôler, à influencer et infiltrer une grande partie des organisations sociales, politiques et économiques du pays.

Identité de genre : manifestants et contre-manifestants face à face à Ottawa

OTTAWA – La foule était dense mercredi midi devant le Parlement d’Ottawa, où se tenait l’un des 77 rassemblements de la 1 Million March 4 Children (1MM4C). Cette manifestation était organisée par différents groupes, dont certains ouvertement hostiles à la communauté LGBTQ+. Leur faisant face, physiquement et moralement, des contre-manifestants affichaient clairement les drapeaux arc-en-ciel, trans et inclusifs.

La revendication principale de la 1MM4C, ardemment soutenue par le slogan Leave our kids alone (laissez nos enfants tranquilles) était de protéger les enfants contre une « idéologie de genre » et une éducation sexuelle précoce. Les manifestants demandaient à décider eux-mêmes des valeurs qui seraient enseignées à leurs enfants. Ces derniers étaient nombreux à avoir manqué l’école pour scander les mêmes slogans que leurs parents.

En fin d’avant-midi, des policiers formaient une barrière humaine entre la manifestation et la contre-manifestation LGBTQ+ de l’autre côté de la rue. Crédit image : Rachel Crustin

« Fais ce que tu veux quand tu es majeur. Mais c’est à nous de décider pour nos enfants, et non au gouvernement », revendiquait un militant au micro d’ONFR.

« C’est une question de société, de famille. On envoie nos enfants à l’école pour apprendre le français et les mathématiques, pas pour les sexualiser. En les sexualisant, on les prépare pour les pédophiles, » affirmait un autre.

Des adeptes de différentes religions s’affichaient dans la foule de manifestants. Crédit image : Rachel Crustin

Les amalgames étaient nombreux parmi la foule. « Je suis bouleversée de ce que les écoles imposent sur les enfants. J’ai une petite-fille de 16 ans qui a été endoctrinée dans ce culte », nous racontait une militante.

Des pancartes antigouvernementales, pro-convoi de la liberté, des messages religieux et des références à la pandémie côtoyaient celles qui demandaient la protection des enfants. Certains manifestants affichaient des drapeaux et chandails orange avec la mention Every Child Matters, slogan de la journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

Ces manifestants affichaient des symboles de plusieurs luttes différentes lors de la manifestation 1MM4C le 20 septembre. Crédit image : Rachel Crustin

Un peu plus loin, dans un coin de la Colline du Parlement, se tenait d’ailleurs une autre manifestation n’ayant aucun lien avec la 1MM4C. Des membres des Premières Nations protestaient contre le projet de loi 53. Alors qu’elles se rendaient à cet autre rassemblement, certaines personnes en ont profité pour scander « Trans rights are human rights » (Les droits trans sont des droits humains) en traversant la foule.

Des contre-manifestants avaient apporté de grands drapeaux et pancartes afin de bloquer visuellement les messages des manifestants. Crédit image : Rachel Crustin

C’est ce slogan qui était majoritairement lancé par les contre-manifestants. Des membres de la communauté LGBTQ+ et des alliés s’étaient réunis plus tôt devant la Cour suprême, à quelques pas du Parlement, pour éventuellement se rendre devant les manifestants 1MM4C. Moins nombreux et restés moins longtemps sur les lieux, ils étaient quand même plusieurs centaines à défendre leurs points.

« On est ici pour protéger les personnes trans, les droits des enfants trans, et protéger toute la communauté LGBTQ+ contre la haine et contre l’extrême droite, » affirmait un contre-manifestant au micro d’ONFR.

Se tenant un peu à l’écart de la foule de contre-manifestants qui commençaient à marcher dans les rues, cet homme affichait néanmoins son support. Crédit image : Rachel Crustin

« Je suis ici avec fierté pour défendre les droits des personnes trans. Parce que les droits des personnes trans sont les droits humains. C’est quelque chose qu’il ne faut jamais remettre en question, » confirmait une autre participante.

Réactions officielles

Les manifestations 1MM4C avaient lieu partout au pays et plusieurs élus y ont réagi. Le premier ministre canadien Justin Trudeau a écrit sur X que « nous condamnons fermement cette haine et ses manifestations ».

Questionnés par les journalistes avant la période des questions, les députés conservateurs ont évité de se prononcer sur le sujet. Lors de leur congrès au début du mois, leurs militants ont adopté, à la hauteur de 69 %, une proposition visant à encadrer les transitions de genre des mineurs de moins de 18 ans. Celle-ci interdirait certains types d’opérations médicales « qui changent la vie des mineurs de moins de 18 ans pour traiter la confusion ou la dysphorie de genre ».

Des policiers forment un cercle autour d’un petit groupe de contre-manifestants afin d’empêcher les manifestants potentiellement hostiles de les rejoindre. Crédit image : Rachel Crustin

Concernant les interventions médicales, le chef du NPD Jagmeet Singh estime qu’il faut laisser le champ libre aux experts en santé de « donner le meilleur avis » et « non aux politiciens ». Des députés néo-démocrates ont aussi affiché leur soutien aux manifestants pro-LGBTQ+. Leur chef a notamment marché en leur compagnie dans les rues d’Ottawa.

« On respecte énormément les droits des parents (…)  En même temps, c’est important de reconnaître que la maison n’est pas toujours l’endroit le plus sécuritaire pour certains enfants », a commenté M. Singh, se disant contre certaines décisions de politiciens provinciaux comme au Nouveau-Brunswick et en Saskatchewan, qui imposent aux écoles d’informer les parents si leur enfant souhaite afficher une identité de genre différente à l’école.

En Ontario, le premier ministre Doug Ford a récemment évoqué l’idée d’une telle loi lors d’un discours, pour ensuite affirmer que son gouvernement n’envisageait pas de modification législative en ce sens.

« Ne soyez pas le premier intimidateur de vos enfants, » demandent ces contre-manifestants. Crédit image : Rachel Crustin

Aux médias qui demandaient une réaction du ministre de l’Éducation Steven Lecce aux manifestations de mercredi, sa porte-parole Isha Chaudhuri transmettait une déclaration dans laquelle il est inscrit que « peu importe vos croyances, héritage, orientation sexuelle ou couleur de peau, notre gouvernement est fermement engagé à veiller à la sécurité et au bien-être de tous les enfants dans les écoles de l’Ontario. (…) Notre engagement ferme est de continuer de soutenir les voix des parents à travers le système d’éducation de l’Ontario, pour que leurs enfants puissent obtenir leur diplôme avec les compétences réellement utiles dans la vie et sur le marché du travail dont ils ont besoin pour réussir. »

Des contre-manifestants tentent de bloquer visuellement la manifestation avec des drapeaux transgenres. Crédit image : Rachel Crustin

Pour sa part, Mark Sutcliffe a écrit sur X : « En tant que maire d’Ottawa, je condamne toute forme de discrimination ou de haine. Les membres de la communauté 2SLGBTQIA+ ont le droit de vivre sans harcèlement ni bigoterie. Je respecte le droit de manifester, cependant le ciblage spécifique des jeunes de la communauté 2SLGBTQIA+ en raison de qui ils sont n’a pas sa place dans notre ville. »

La foule est restée majoritairement calme malgré le nombre de personnes présentes. Crédit image : Rachel Crustin

La police d’Ottawa a affirmé avoir arrêté trois personnes en lien avec les manifestations, dont deux pour incitation à la haine en affichant du matériel haineux et une dernière pour avoir causé une perturbation.

Ceinture de verdure : le ministre Kaleed Rasheed démissionne

TORONTO – Le bureau du premier ministre Doug Ford vient d’annoncer la démission du député progressiste-conservateur (PC) de Mississauga-Est-Cooksville et ministre Kaleed Rasheed suite à de nouvelles révélations dans l’enquête du commissaire à l’intégrité sur l’affaire du développement de la Ceinture de verdure.

Quelques semaines après la démission du ministre du Logement Steve Clark, c’est maintenant au tour du ministre des Services au public et aux entreprises Kaleed Rasheed.

Un départ qui fait suite à l’enquête toujours en cours du commissaire à l’intégrité de l’Ontario sur l’ingérence du gouvernement dans le développement immobilier de la Ceinture de verdure, initialement révélée par un rapport accablant de la vérificatrice générale de l’Ontario Bonnie Lysyk.

Il établissait notamment le traitement préférentiel de certains promoteurs pour le retrait de 15 parcelles de la Ceinture de verdure, soit 7400 acres, augmentant la valeur totale de plus de 8,3 milliards de dollars.

Dans les récents développements de l’investigation, le ministre a été interrogé par le commissaire à l’intégrité sur un voyage d’affaires à Las Vegas. Le Trillium avait rapporté que le promoteur Shakir Rehmatullah, impliqué dans les transactions de terrains de la Ceinture de verdure, y aurait également pris part, en même temps que le ministre ainsi que des membres du personnel du PC.

M. Rasheed avait assuré au commissaire que, s’ils s’y étaient en effet rencontrés, c’était par le biais de voyages séparés. CTV a toutefois rapporté que celui-ci, M. Rehmatullah et un des membres du personnel avaient réservé des massages au même endroit et au même moment.

« Blanchir son nom » pour reprendre sa place

« Si M. Rasheed parvient à blanchir son nom par l’intermédiaire du Bureau du commissaire à l’intégrité, il aura la possibilité de réintégrer le caucus », a déclaré Doug Ford dans la déclaration officielle communiquée par son bureau, ajoutant qu’un ministre de remplacement serait nommé dans les prochains jours.

« Il s’agit du deuxième ministre en quelques semaines à démissionner en raison de la crise de corruption des conservateurs de Ford. Et nous savons que nous ne faisons qu’effleurer la surface », a réagi Marit Stiles, cheffe de l’opposition, sur le réseaux social X. « Ce gouvernement devient incontrôlable. M. Ford doit en répondre. »

« Combien d’autres membres du cabinet devront démissionner dans la honte avant que le premier ministre n’intervienne et n’assume la responsabilité de son scandale de la Ceinture de verdure? », a interrogé pour sa part le chef du Parti vert, Mike Schreiner, via communiqué, exigeant une enquête publique « complète et indépendante ».

John Fraser, chef par intérim du Parti libéral, s’est également exprimé en ce sens par communiqué de presse : « La démission du ministre Rasheed du Cabinet et du caucus conservateur devrait inquiéter tous les Ontariens. Il est le deuxième ministre à perdre son emploi à cause du scandale de la Ceinture de verdure — un signe de profonds problèmes au sein du gouvernement Ford ».

Timmins : des réunions de quartier pour évaluer les projets municipaux

TIMMINS – La Ville de Timmins a annoncé mettre sur pied une série de rencontres publiques afin de discuter avec les citoyens des grands projets en cours.

Les rencontres auront lieu en octobre prochain dans chacun des quartiers de la ville de 40 000 habitants, seul le quartier 5 sera divisé en deux en raison de sa largesse.

« On va accueillir les résidents par quartier, chez eux, essentiellement pour faire le partage d’information », fait savoir celle qui est devenue la présidente de l’AFMO ce dimanche.

Bien que cette initiative était dans les tiroirs de la municipalité, c’est sous l’impulsion de la mairesse que celui-ci pourra finalement voir le jour. L’idée est aussi de profiter de moments d’échange en présentiel, après des années de pandémie.

Elle indique que cette initiative fait partie d’un plus grand projet d’engagement public dans le cadre du processus de planification budgétaire. « Ensuite on aimerait clore la session avec une opportunité pour les résidents pour nous partager leurs priorités, leurs préoccupations pour leur quartier. »

La mairesse compte appuyer les projets francophones comme elle l’a souligné lors du congrès annuel de l’AFMO qui s’est tenu ce dimanche à Kapuskasing. Source : Page Facebook de l’AFMO

Le budget de l’année à venir comprendra, notamment, un sondage public pour permettre aux résidents d’exprimer où ils aimeraient voir leur argent investi.

Ces rencontres incluront également la présence de la mairesse élue en octobre dernier, dans la lignée de ses engagements durant la campagne électorale.

« On a beaucoup entendu qu’on voulait une meilleure communication, plus de transparence, plus d’imputabilité », explique-t-elle.

Golden Manor

Parmi les projets sur la table, celui des rénovations du Golden Manor, un centre de soins de longue durée à Timmins, dont le conseil municipal avait décidé d’appuyer les travaux lors de la réunion du 8 août.

Avec des coûts estimés à près de 114 millions de dollars, le nouveau centre devrait compter 192 lits, soit 19 de plus que dans sa forme actuelle.

Le Golden Manor devrait être prêt au printemps 2026 et très attendu dans la région. Crédit image : Tom Savage

Pour l’instant, seules six réunions, dont chacune durera 90 minutes, sont prévues, mais la mairesse n’exclut pas de réitérer l’expérience dans le cas où la formule est un succès.

Les discussions commenceront le 5 octobre dans le quartier 1, le 10 octobre au quartier 2, le 11 octobre au quartier 3, le 16 octobre au quartier 4, le 18 octobre au quartier 5 Nord et le 23 octobre au quartier 5 Sud.

Catia Céméus, nouvelle directrice du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale 

OTTAWA – Ce matin, le Regroupement des gens d’affaires de la Capitale nationale (RGA) a annoncé la nomination de leur nouvelle directrice générale, Catia Céméus qui remplace Marc Chénier, auparavant à la tête de l’organisme depuis février 2022 et qui avait annoncé son départ en mai dernier. 

« Je reste en famille », a-t-elle déclaré au micro d’ONFR. « J’ai fait énormément de réseautage avec le RGA et d’autres organisations économiques de la région ».

Mme Céméus gravite dans le monde de l’entrepreneuriat depuis quelques années déjà, cheffe d’entreprise et ex-présidente du Regroupement Affaires Femmes (RAF), elle siège actuellement au conseil d’administration de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA).

« C’est un écosystème que je connais très bien, les entrepreneurs francophones en Ontario », affirme-t-elle.

Depuis le mois de mai, elle n’est plus présidente du RAF, qu’elle avait intégré en 2020. Une position qui lui permettait de faire rayonner le leadership des femmes noires franco-canadiennes et qu’elle compte bien continuer au sein du Regroupement des gens d’affaires de la Capitale nationale. 

Les priorités de Catia Céméus

 Je suis une fille de terrain, j’aime parler aux gens. »

Mme Céméus, dans ses nouvelles responsabilités, veut aller à la rencontre de la communauté,  parce qu’on ne peut pas représenter des gens qu’on ne rencontre pas ».

Pour celle qui se trouve aussi derrière l’organisme Kimdja, une entreprise spécialisée en gestion d’événements, son nouveau poste au RGA a pour matière première la proximité avec la communauté francophone en affaire ou désireuse de l’être.

« Je suis une femme, une entrepreneure et racisée. Donc c’est sûr que l’entrepreneuriat féminin m’interpelle. »

Le RGA organise justement l’événement Ascension’Elle à l’automne prochain, une occasion de célébrer les réussites de femmes entrepreneures et francophones, mais aussi celles qui ont persévéré dans des domaines souvent représentés par des hommes.

La francophonie et l’innovation au cœur des projets 

C’est sans oublier la jeunesse, affirme-t-elle, puisque la relève est un dossier important pour Mme Céméus, qui veut susciter l’intérêt de faire des affaires en français chez les jeunes.

« La culture populaire nous dit un peu que la langue des affaires, c’est l’anglais, mais ça peut être le français. Et je pense qu’il y a beaucoup d’organismes francophones à vocation entrepreneurs dans l’écosystème franco-ontarien. »

Mettre la francophonie au cœur de ses projets est primordial,  je veux aussi rencontrer les leaders francophones », aspire la nouvelle responsable. 

Catia Céméus compte aussi apporter son savoir-faire en collaboration et en écoute. « Je pense aussi à l’innovation, innover pour faire face à nos défis et trouver des solutions », conclut-elle. 

UOF : des contradictions dans le mandat du ministère des Affaires francophones révélées

TORONTO – Global News a révélé les 24 lettres de mandats ministériels confidentielles que le premier ministre ontarien Doug Ford avait envoyées à ses ministres en juin 2018 après son élection. Côté francophone, les directives semblent contredire les évènements qui ont suivi, notamment l’abandon initial du projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), ou encore l’abolition du Commissariat aux services en français la même année.

À sa prise de pouvoir en 2018, Doug Ford avait communiqué des directives précises listées aux 24 ministères de son gouvernement. Tandis que le premier ministre ontarien se bat en justice contre CBC News pour conserver ces lettres secrètes, en septembre dernier, une source non autorisée les a communiquées à Global News.

Consécutivement à cette fuite, le média en a révélé le contenu confidentiel, notamment la lettre reçue par Caroline Mulroney, la ministre des Affaires francophones.

« Travailler avec le ministère de la Formation et des Collèges et Universités pour faire avancer l’Université francophone et permettre aux programmes d’enseignement simultané en français de créer plus d’enseignants de français et plus de possibilités d’apprentissage pour les 600 000 francophones de l’Ontario et ceux intéressés par l’immersion française », peut-on lire.

Le ministère des Collèges et Universités avait également reçu la même directive de travailler main dans la main avec le ministère des Affaires francophones dans ce même but.

Pourtant, quatre mois plus tard, le gouvernement annonçait l’abandon du projet de l’Université de l’Ontario français dans ce qui a été classifié comme le « jeudi noir » en Ontario français. Un mois après les lettres de mandat, en juillet 2018, le gouvernement Ford réitérait sa confiance envers le projet.

« Notre gouvernement s’engage pleinement à assurer le succès de l’Université de l’Ontario français », indiquait alors Merrilee Fullerton, la ministre des Collèges et Universités.

En 2019, après un investissement de 126 millions de dollars de la part du gouvernement fédéral, la province changeait d’avis et allait de l’avant avec l’établissement francophone.

Parmi les deux seuls points mis en avant dans la lettre de mandat de Caroline Mulroney, le second concernait la garantie de la disponibilité des services en français.

« Travailler avec vos collègues du Cabinet pour garantir que les services sont facilement disponibles en français, que les documents sont affichés en français et que les obstacles à l’accès au gouvernement en français sont supprimés. »

Dans le même élan, cette même année, et malgré la directive de supprimer les obstacles à l’accès au français, le gouvernement ontarien a également aboli le Commissariat aux services en français, organe indépendant qui représentait les intérêts des Franco-Ontariens.

« De le perdre, c’est un choc ! D’avoir un œil spécifique pour l’Ontario français permettait d’avoir un focus sur le développement de la communauté franco-ontarienne et donc, de meilleurs services pour elle », avait déploré à l’époque le commissaire François Boileau, démis de ses fonctions.

Le Commissariat est aujourd’hui attaché au bureau de l’Ombudsman de l’Ontario et jouit de moins de pouvoirs et d’indépendance que dans sa forme précédente.

Rentrée parlementaire : le coût de la vie sur toutes les lèvres

OTTAWA – Alors que les travaux ont repris aujourd’hui au Parlement, le thème de l’inflation et de l’abordabilité était sur toutes les bouches des partis de l’opposition et du gouvernement. Ce dernier promet de mettre très rapidement en place les mesures annoncées dans les derniers jours.

La semaine dernière, les libéraux ont promis de retirer la TPS (Taxe sur les produits et services) construisant sur la construction de nouveaux logements locatifs en plus de prolonger la période de remboursement pour les prêts offerts aux petites entreprises. Le tout sera inclus dans un projet de loi qui « sera déposé éminemment », a promis Karina Gould, la leader du gouvernement à la Chambre des communes.

Justin Trudeau avait annoncé ces mesures la même journée où le chef conservateur Pierre Poilievre promettait de déposer un projet de loi portant sur son plan pour régler la crise du logement. Le ministre du Logement Sean Fraser a qualifié de « bizarres » et « de demi-mesures, s’il y en a », les suggestions des conservateurs, ajoutant qu’elles excluent les maisons destinées à la classe moyenne.

« Ce que je vois dans le plan conservateur, c’est une poignée d’idées qui semblent franchement avoir été tirées de Google après cinq minutes de recherche et jeté au mur pour voir ce qui colle, plutôt que des solutions concrètes à des problèmes très réels avec le secteur canadien de l’habitation », a-t-il affirmé.

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser. Crédit image:
Le ministre du Logement Sean Fraser. Crédit image : Le Droit, Patrick Woodbury

À quelques pas du Parlement, les chefs des cinq principaux épiciers (Walmart, Costco, Sobeys, Metro et Loblaw) du Canada rencontraient le ministre de l’Industrie François-Philippe Champagne et sa collègue aux Finances Chrystia Freeland après avoir été convoqués la semaine dernière. Justin Trudeau avait avancé ne pas exclure l’introduction de nouvelles mesures fiscales si ces derniers n’arrivaient pas avec un plan pour réduire la facture alimentaire des Canadiens.

« Les Canadiens ont besoin de pouvoir acheter leurs épiceries sans s’endetter pendant que les grandes compagnies font des profits records », a réitéré le premier ministre lundi avant la première période des questions de l’automne.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a d’ailleurs présenté lundi son projet de loi visant à augmenter les peines pour les fixations de prix et donner plus de moyens au Bureau de la concurrence pour sévir contre les abus tels que les prix abusifs, a-t-il annoncé. La semaine dernière, les libéraux ont aussi promis de modifier la Loi sur la concurrence, en augmentant les pouvoirs du Bureau de la concurrence.

Jagmeet Singh compte d’ailleurs en discuter avec le premier ministre lors d’une rencontre prévue lundi dans le cadre de l’entente entre les deux camps.

Assurance-médicaments : un projet de loi cette session

Les libéraux ont aussi promis qu’il déposerait lors de cette session-ci, un projet de loi pour la mise en place d’un programme d’assurance-médicaments pancanadien.

Il s’agit ici d’une réponse directe à l’entente conclue en mars 2022 entre les libéraux et le NPD, qui permet au gouvernement Trudeau de compter sur l’appui des néo-démocrates pour rester au pouvoir jusqu’en 2025. Dans celle-ci, le gouvernement a promis d’acquiescer à une des demandes du NPD soit l’adoption d’un projet de loi portant sur régime universel d’assurance-médicaments d’ici la fin de 2023.

Le chef néo-démocrate avait affirmé au début de 2023 que l’entente conclue entre les deux partis pourrait être déchirée si cette proposition n’était pas adoptée d’ici la fin de l’année. Moins décisif sur une telle date limite en conférence de presse lundi, M. Singh a dit qu’il allait « forcer le gouvernement à le faire », comme ça l’avait été le cas pour la tenue d’une enquête publique sur l’ingérence chinoise, a-t-il pris en exemple.

« On a réussi avec l’enquête publique. Vous (les journalistes) avez posé les mêmes questions — ‘’comment vous allez le faire?’’ — et puis on a forcé le gouvernement à le faire. C’est la même chose qu’on va faire encore », a-t-il déclaré.

Jagmeet Singh, chef du NPD
Crédit image : Stéphane Bédard.

Karina Gould a indiqué espérer qu’un vote final ait lieu avant Noël dans ce dossier. L’ancienne ministre de la Famille en appel aux conservateurs à ne pas bloquer « cet important projet de loi ».

Une plaque en hommage à Nicole Guertin dévoilée à Kapuskasing

KAPUSKASING – Une plaque en hommage à l’entrepreneure franco-ontarienne Nicole Guertin a été dévoilée vendredi soir dans sa ville d’origine, Kapuskasing, presque deux ans après son décès.

Le dévoilement a eu lieu en marge de l’ouverture du congrès de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), devant sa famille, des personnalités publiques et des citoyens de la ville.

Guylaine Scherer, conseillère municipale de Kapuskasing, explique que les raisons de cette chronologie sont liées à l’influence de la défunte femme d’affaires partout en province. « On se disait que d’avoir des gens d’un peu partout pour assister à cet événement serait apprécié par beaucoup. »

« C’est une belle reconnaissance et venant de Kapuskasing ça vaut beaucoup, car elle a fait beaucoup pour la région », confie de son côté, Jocelyn Blais, partenaire de celle qui a laissé une empreinte durable dans le milieu du tourisme du Nord.

L’événement a rassemblé une trentaine de personnes dont des maires et mairesses du Nord. Gracieuseté

Parmi les nombreuses contributions de Mme Guertin à sa ville d’origine, on peut compter le développement du Centre de santé francophone communautaire à Kapuskasing et la création du journal francophone L’Horizon et celle du festival patrimonial des bûcherons ainsi que la protection de la rivière de Kapuskasing.

« Souvent les idées de Nicole étaient toujours 10-15 ans avant la tendance et elles suscitaient une réflexion, challengeaient les choses », continue-t-il.

Il raconte également que durant l’évènement vins et fromages, organisé au début du congrès de l’AFMO, beaucoup de personnes présentes étaient des trentenaires que Mme Guertin avait pris sous son aile quelques dix ans plus tôt et qui ont aujourd’hui « de belles carrières. »

La candidature de Nicole Guertin avait été amenée par des citoyens de la Kapuskasing auprès du conseil municipal.

Un parcours inspirant

Nicole Guertin et Jocelyn Blais avaient ouvert ensemble le complexe touristique Les Suites des Présidents à Haileybury où ils avaient élu domicile depuis un peu plus d’une dizaine d’années.

Nicole Guertin et son compagnon, Jocelyn Blais, après avoir été reconnue femme influente du Nord de l’Ontario en 2018. Page Facebook des Suites des Présidents

Pour ses efforts, Nicole Guertin avait reçu de nombreux prix, y compris le prix d’accueil 2013 de la Chambre de commerce de Temiskaming Shores, le prix 2018 Femmes influentes du Nord de l’Ontario de Northern Ontario Business, et, à titre posthume, le Prix d’excellence du Mouvement Desjardins 2021 du Conseil de coopération de l’Ontario (CCO).

Nicole Guertin a succombé à un cancer des ovaires en 2021 à Haileybury, suscitant une pluie d’hommage dans le Nord et ailleurs.

Congrès de l’AFMO : Michelle Boileau élue présidente

KAPUSKASING – Michelle Boileau, mairesse de Timmins, devient la nouvelle présidente de L’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) après une course serrée face à la conseillère municipale de Kapuskasing, Mélanie Breton.

C’est au courant de l’Assemblée générale annuelle de l’organisme francophone, ce dimanche matin, que s’est tenu le scrutin qui a vu la mairesse de Timmins, élue en octobre dernier, succéder à la présidente sortante et ex-mairesse de Moonbeam, Nicole Fortier Levesque.

« Je me sens très choyée de pouvoir travailler avec une équipe si forte », témoigne Michelle Boileau quelques heures après son élection.

« Après ces deux jours et demi au congrès, je réalise que c’était une chance de passer du temps avec l’équipe, et je suis fière du travail qui a été fait au cours des dernières années. Maintenant, j’ai hâte de pouvoir avancer les dossiers. »

« Je suis très contente de ça, je vais être présente pour l’appuyer en tant que présidente sortante, ça, c’est certain », réagit Nicole Fortier Levesque qui a tenu à reconnaître la qualité des deux candidatures et leur expérience au sein de l’AFMO.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est déplacée jusqu’à Kapuskasing pour assister au Congrès de l’AFMO, de gauche à droite : Fabien Hébert, Mélissa Beaudet, Nicole Fortier Lesveque et Peter Hominuk. Source : Facebook

Michelle Boileau était membre du conseil d’administration de l’association pour la région Nord, tout comme son adversaire qui continuera de siéger pour l’AFMO.

Selon la présidente sortante, le « sang neuf » apporté par la jeune mairesse et la présence de plusieurs jeunes lors du congrès est encourageante pour l’organisme qui a pu compter sur la présence au congrès des nouvelles recrues que sont Markstay-Warren et Cochrane.

À ce titre, Michelle Boileau pense apporter sa fraîche expérience aux contributions de l’AFMO. « Quand j’ai quitté Timmins pour aller faire des études, j’ai aussi voyagé dans le monde et j’ai pu rencontrer plein de personnes différentes », se souvient-elle.

« J’ai appris au sujet de la francophonie mondiale, la francophonie avec le grand F. Je ramène ça avec moi dans le nord de la province. Il y a toujours une pluralité de la francophonie, dans nos communautés du Nord, dans nos communautés plus rurales. »

« J’amène une perspective un peu différente », ajoute-t-elle.

« C’est la face changeante de la communauté francophone de l’Ontario, ça m’excite et me motive vraiment. »

Cap vers l’Est

Il a aussi été conclu que la prochaine édition se tiendra dans l’Est pour encourager la participation des municipalités de la région, lesquelles ont brillé par leur absence au congrès, qui a eu lieu, cette année encore, dans le Nord.

Le Congrès s’est déroulé du 15 au 17 septembre et ce dimanche matin lors de l’AGA, Michelle Boileau, la mairesse de Timmins est devenue la présidente de l’AFMO. Source : Facebook

Selon la présidente sortante, il y a un potentiel pour l’organisme de se rendre dans l’Est : « Il faut être capable d’héberger tous ces gens-là, et j’ai l’impression que dans l’Est il serait possible qu’il y ait plus de participation. »

« Avec les commentaires positifs qu’on a reçus du congrès en fin de semaine, j’ai l’impression que le mot va se passer et que plus de gens voudront participer à la prochaine édition », croit-elle.

Pour Michelle Boileau, c’était effectivement une fin de semaine chargée « avec la rentrée pour la plupart, le timing avec les autres conférences, les autres congrès auxquels non seulement les élus, mais aussi les membres du personnel, les administrateurs des villes ont participé, ça a créé des défis ».

La nouvelle présidente est d’avis de réévaluer le timing, le format et le lieu. « On ne veut pas être en compétition avec d’autres congrès, donc nous ferons prochainement une rétrospection afin qu’on puisse assurer une meilleure participation », conclut-elle.

Inauguration du 18ᵉ monument de la francophonie à Alfred 

ALFRED – Ce samedi 16 septembre, un nouveau drapeau franco-ontarien s’est hissé dans le village d’Alfred. C’est le 8ᵉ monument dans la région de Sturmont-Dundas-Glengarry et Prescott-Russell et le 18ᵉ de la province. Plusieurs dignitaires et plus d’une centaine de personnes sont venues assister à son inauguration et au Banquet de la francophonie sous l’initiative de l’Association canadienne-française de l’Ontario de Prescott et Russell (ACFO PR). 

Le maire d’Alfred et Plantagenet, Yves Laviolette s’est dit particulièrement fier d’accueillir cette œuvre dans sa municipalité, un des bastions francophones de la province. 

Bien évidemment, ce projet ne date pas d’hier et sa réalisation est le fruit d’un long travail effectué par toute une équipe dirigée par France Lamarche, présidente du comité du monument de la francophonie d’Alfred et sa région.

Un monument tout de même très attendu

En entrevue avec ONFR, ce samedi soir, France Lamarche a avoué ressentir un grand soulagement.

« Ça fait 22 mois qu’on y travaille de façon assidue, c’est vraiment un sentiment de fierté qu’on ressent présentement, de laisser ce legs à la communauté. »

La présidente du comité pour la création de ce monument réalise qu’il n’y a pas eu de réelles difficultés dans ce projet, « c’est sûr que respecter les délais et s’assurer que la collecte de fonds se déroule bien, c’est un gros défi ».

Au final, le comité aurait reçu pas loin de 300 000 $ de dons pour construire ce monument de granite, composé d’une girouette et des panneaux directionnels, qui montre la proximité avec les autres communautés francophones. On y trouve également des touches de vert qui représente la terre et l’environnement. Il fallait aussi représenter une francophonie internationale avec le symbole de la planète, et l’unicité avec le cœur et les mains. 

Le député Stéphane Sarrazin à gauche, le maire d’Alfred Yves Laviolette et le député provincial Francis Drouin étaient présents pour l’inauguration. Crédit image : Lila Mouch

« Il faut des gens motivés pour porter des projets comme celui-ci et France Larmarche a vraiment été impliquée du début à la fin, c’est remarquable », a lâché au micro d’ONFR, le député provincial Stéphane Sarrazin. 

« D’ailleurs, le 25 septembre, pour la Journée des Franco-Ontariens, je ne vais pas faire ma rentrée à Queen’s Park, je serais devant ce monument, il y a des priorités et assister à la levée du drapeau en est une. » 

Le Banquet de la francophonie de l’ACFO de Prescott et Russell 

Cette fameuse soirée a réuni près de 180 personnes dans la salle des Chevaliers de Colomb à Alfred, en face du nouveau monument. 

Plusieurs organismes francophones, tels que l’Union des cultivateurs franco-ontariens, plusieurs maires des comtés unis de Prescott et Russell et de nombreux porte-paroles, ont assisté à la remise des Prix de l’Ordre de la Francophonie. Six personnes ont été récompensées pour leurs engagements dans la communauté. 

En haut à gauche, à droite, Guillaume Racine et Geneviève Thomas. En bas, de gauche à droite, Pascal Bahilo Rubaghara, Brigitte Duguay Langlais, Valérie Grenier et Marc Laflèche. Crédit image : Lila Mouch

Le Prix jeunesse Thomas Godefroy a été décerné, cette année, à Geneviève Thomas. La jeune femme est impliquée dans plusieurs domaines et organismes, elle est d’ailleurs la présidente du comité Leadership jeunesse au féminin de Prescott et Russell. 

Enfin, Pascal Bahilo Rubaghara a remporté le tout premier Prix de l’Ordre de la Francophonie, catégorie nouvel arrivant. M. Bahilo Rubaghara travaille au bureau de Hawkesbury pour le Conseil économique et social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC). Son dévouement à la communauté et aux problèmes auxquels font face les nouveaux arrivants en région rurale a été applaudi par la foule au moment de recevoir son prix. 

Valérie Grenier a reçu le Prix de l’Ordre de la Francophonie, volet arts et sport. La jeune franco-ontarienne de St-Isidore a brièvement parlé de son parcours et de ce qui l’attend prochainement dans ses compétitions de ski de vitesse. 

C’est le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) qui a proposé la candidature de Valérie Grenier à l’Ordre de la Francophonie. Crédit image : Lila Mouch

Dans les listes des récipiendaires, l’ACFO PR a choisi le Réseau de soutien à l’immigration francophone de l’Est de l’Ontario pour recevoir l’Ordre de la Francophonie, volet organisme, initiative communautaire. C’est Brigitte Duguay Langlais, coordinatrice de l’Est, qui a représenté l’organisme. 

Guillaume Racine a reçu le Prix de l’Ordre de la Francophonie, volet bénévole. M. Racine est directeur d’école pour le Conseil scolaire du district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO), « je pense que les gens qui connaissent le savent, j’essaie d’être accueillant et je veux vraiment être au service des élèves, des membres du personnel et des parents », a-t-il dit au moment de recevoir son prix. 

M. Racine s’est impliqué au Conseil d’administration de la bibliothèque publique de Casselman ou encore dans des collectes de fonds pour le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO). Crédit image : Lila Mouch

Enfin, c’est Marc Laflèche qui a terminé la soirée, il est le récipiendaire de l’Ordre de la francophonie de Prescott et Russell, volet engagement. Impliqué à l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et dans d’autres cercles communautaires, M. Laflèche a partagé son grand espoir de voir pérenne la relève en agriculture. 

Suzanne Kemenang, bâtir des ponts grâce à l’édition

[LA RENCONTRE D’ONFR]

Il y a cinq ans, Suzanne Kemenang a fondé Terre d’accueil, la seule maison d’édition canadienne à publier uniquement des auteurs immigrants. Une véritable mission de vie pour celle qui a grandi au Cameroun et qui a fait de la région de Durham sa nouvelle maison.

« Qu’est-ce qui vous a menée à étudier en édition à l’Université de Sherbrooke (UdS)?

Je suis arrivée au Canada en 2007. J’ai étudié à l’université Concordia, mais ma formation très théorique ne me permettait pas de trouver facilement du travail. Je voulais quelque chose de concret qui allait englober mes acquis.

Pourquoi avoir choisi le Canada?

Je suivais mon mari. J’avais entendu beaucoup de préjugés, surtout par rapport au célèbre froid canadien. Je n’avais pas d’attentes. Je partais de mon pays, je laissais ma famille, mais j’étais ouverte à recommencer une nouvelle vie, tout simplement. Mon mari était surpris. Il disait que pour quelqu’un qui venait directement d’Afrique (il est Africain aussi, mais a grandi en France), je ne semblais pas émerveillée par l’Occident. C’était une transition normale.

Et pourquoi l’Ontario?

Au Québec, il y a une sélection rigoureuse pour les immigrants économiques. On nous fait venir avec de belles promesses de travail dans notre domaine. J’ai vécu une grosse désillusion. J’ai travaillé pour des centres d’appels, j’ai été réceptionniste… ça ne correspondait pas aux compétences que j’avais. On me disait : tu devrais t’estimer heureuse et ne pas te plaindre.

On sort de nos pays la crème de la crème. Ce n’est pas pour venir se faire dire qu’on nous rend un service en nous embauchant au salaire minimum. Si le Québec n’est pas en mesure de reconnaître ma valeur, j’irai ailleurs.

Terre d’acceuil fête ses 5 ans. Gracieuseté

J’étais déjà partie de mon pays, ce n’est pas changer de province qui allait être compliqué. Ça faisait déjà neuf ans que je vivais au Canada, mes enfants sont nés à Montréal et je viens d’un pays bilingue, français et anglais, comme ici.

La bonne surprise, c’est que j’ai découvert tout un écosystème francophone. Les écoles, le travail… À mon premier emploi, j’étais même mieux payée parce que je parlais français! J’ai tout de suite senti que je faisais partie de la communauté franco-ontarienne.

Comment est venue l’idée de fonder votre maison d’édition?

Un ami m’a dit que je devrais me lancer. C’était assez. J’ai découvert que le directeur du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC) était mon ancien directeur de programme. Il s’agit de Frédéric Brisson, aujourd’hui directeur général aux éditions David. Il m’a énormément encouragée.

Quelle est la mission de Terre d’Accueil?

On fait la promotion des auteurs immigrants et on leur donne une plateforme pour s’exprimer avec authenticité. On a déjà publié douze auteurs, de sept pays d’origine différents.

Le nom Terre d’accueil reflète le point commun de tous ses auteurs : le parcours d’immigration. Gracieuseté.

Que faites-vous pour souligner vos cinq ans?

On l’a souligné le 2 septembre, la veille de notre anniversaire officiel, avec un événement qui réunissait nos auteurs, nos lecteurs et nos partenaires.

On a prévu une série d’événements, entre autres avec la semaine nationale de l’immigration francophone. On va organiser des discussions littéraires à Toronto, Montréal et Québec, pour parler de la contribution des immigrants au rayonnement de la littérature franco-canadienne.

Que voyez-vous quand vous regardez en arrière?

Je suis émerveillée. Cinq ans, une pandémie, sans bailleurs de fonds ni subventions, sans distributeur, être une maison d’édition traditionnelle et sortir 13 titres, participer à une quinzaine d’événements littéraires à travers le Canada et être admise au REFC, c’est une belle concrétisation. Je remercie les auteurs qui nous ont fait confiance en sachant qu’on est une jeune maison d’édition.

Avec Eddy Garnier et Christelle Davis au Salon du livre de l’Outaouais 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Comment s’est passée votre première collaboration?

En 2017, je devais rencontrer Frédéric Brisson au Salon du livre de Toronto. Au kiosque du REFC, je suis tombée sur Hubert, Le Restavèk, le roman de Gabriel Osson. J’ai été attirée par la couverture et le mot restavèk, que je connaissais grâce à des collègues haïtiens. J’ai acheté le livre et rencontré l’auteur.

Deux ans plus tard, je l’ai revu lors de mon premier salon en tant qu’éditrice. Il m’a approchée, car j’avais le service de développement personnel sur ma bannière.

Son livre avait été publié, mais pas au Canada. Il y raconte son pèlerinage sur le chemin de Compostelle, mais il n’avait pas mis à l’avant les raisons pour lesquelles il l’a fait. On a complètement refondu le projet. On a laissé tomber les photos et les descriptions de paysages. Je lui ai dit de se concentrer sur sa vie avant, pendant et après Compostelle. C’était une très belle expérience qui a donné notre premier titre, Les voix du chemin. Il y aborde des questions sensibles, qui ne sont pas souvent discutées dans les communautés ethnoculturelles, comme le deuil, le divorce, le cancer, la santé mentale.

Gabriel Osson a réécrit 90 % de son texte pour publier Les voix du chemin chez Terre d’accueil. Source : site web des éditions Terre d’accueil

De quelle façon recrutez-vous les auteurs?

Par bouche-à-oreille, rencontres dans les salons du livre ou gens qui nous trouvent sur Internet. L’organisme Mosaïque interculturelle nous réfère souvent à ses membres.

Refusez-vous beaucoup de manuscrits?

Les refus sont souvent parce que les auteurs ne sont pas sur le territoire canadien, ou alors ce sont des genres littéraires qu’on ne publie pas. Des fois, je sens que les personnes ne se sont pas appliquées.

J’ai refusé des textes qui ne nous rejoignaient pas. Chez Terre d’Accueil, on veut apporter quelque chose de nouveau. C’est une chose de dire qu’il y a du racisme. Une fois qu’on a cette information, qu’est-ce qu’on en fait? On a refusé certains manuscrits, car c’était dans l’invective et on ne tirait aucune leçon qui aurait fait avancer la discussion.

Je prends l’exemple de notre réédition de Toronto, je t’aime, de Didier Leclair. Il parle d’immigration, d’intégration, mais aussi de ce que la terre d’accueil peut apporter.

Didier Leclair s’adresse aux participants de l’événement pour le cinquième anniversaire de Terre d’accueil. Gracieuseté

Qu’est-ce qu’on ne soupçonne pas du métier?

L’éditrice ne fait pas que lire les manuscrits. Derrière chaque titre, il y a un soin dans le choix de la couverture, du format, du prix, etc.

Participer à des événements littéraires, c’est beaucoup de gymnastique. Je me souviens d’un de mes premiers salons du livre. J’avais rempli ma voiture avec 200 livres. Quand on ne vend que quatre copies, ça ramène très vite sur Terre.

On ne sait pas non plus que la relation avec l’auteur se construit dès le moment où il nous envoie un manuscrit. On apprend de lui autant qu’il apprend de nous.

Suzanne Kemenang et quelques auteurs publiés chez Terre d’Accueil. De gauche à droite, Gabriel Osson, Eddy Garnier, Suzanne Kemenang, Didier Leclair, Christelle Davis. Gracieuseté

Je m’assure que l’accompagnement est optimal. Même quand je refuse des manuscrits, j’essaie d’être franche, car je me dis que la personne va se buter à d’autres refus.

L’an dernier, j’ai organisé une rencontre annuelle avec tous les auteurs publiés ou nouvellement signés chez Terre d’Accueil. Je partage avec eux ce qui va arriver dans l’année, j’essaie de les inclure dans la vie de la maison d’édition. Ils ont commencé à échanger leurs contacts et à se suivre sur leurs réseaux sociaux. Ça crée une belle collégialité.

À quel moment avez-vous été particulièrement fière de votre travail?

Gabriel Osson avait fait une vidéo sur Facebook pour annoncer la sortie de son livre, dans laquelle il me remerciait. C’était particulier de voir dans ses yeux qu’il s’était libéré d’un poids. C’est le rôle de l’éditeur d’aider l’auteur à sortir tout ce qu’il y a en lui.

Une autre histoire est celle de Nathalie Maggyd. Je trouvais que son manuscrit faisait très sciences sociales. Je lui ai donné un questionnaire pour la pousser plus loin.

Une maison d’édition belge était intéressée à publier la première version, mais elle voulait rester avec Terre d’Accueil parce que mes questions l’avaient fait avancer. Je lui ai proposé une co-édition, et son livre est sorti dans les deux pays. J’étais fière, car j’avais réussi à tisser des liens.

Avant même de fonder Terre d’accueil, Suzanne Kemenang avait le projet d’un livre qui rendrait hommage aux pionniers francophones de la région de Durham. Source : site web des éditions Terre d’accueil

Et qu’avez-vous vécu de particulièrement stressant?

Beaucoup de choses avec mon propre livre, Les visages de la francophonie – Région de Durham. Il y a 20 personnes présentées dans ce livre. Je l’ai fait en 10 mois, je ne sais même pas comment j’ai fait.

Pourquoi cette urgence?

Quand je suis arrivée à Durham, ça m’a émerveillée de voir qu’il y avait une vie en français. Je me suis demandé à qui je devais cela. Rien n’avait été fait concrètement pour reconnaître les bâtisseurs de la région. Quelque chose en moi brûlait, un devoir de faire ce cadeau à la communauté.

La sortie était prévue pour décembre et, en novembre, un de ces visages s’est désisté. Ça s’est finalement réglé mais, le 8 novembre, un autre des visages, Raymond Léger, est décédé. Son épouse a accepté qu’on garde son histoire dans le livre.

Quelques jours avant la sortie, un autre décès. Ça m’a grandement affectée. Robert Fillion m’avait appelée pour me dire qu’il allait se faire opérer et qu’il voulait voir le livre. Je lui ai dit que j’irais lui porter en mains propres après son opération. Mais il y a eu des complications et il est décédé.

Je me dis heureusement que je l’ai fait, car ça laisse une preuve tangible de leur implication dans la société. Mais d’un autre côté, ils n’ont pas eu l’occasion de voir le résultat. C’était un moment difficile dans ma jeune carrière.

Récemment, on a perdu une autre de ces personnes. Rita Lacroix est décédée en août 2023.

Le déchirement était le premier livre de la collection de romans Motema chez Terre d’accueil. Source : site web des éditions Terre d’accueil

Est-ce que d’autres titres ont connu des péripéties?

La sortie du livre de Gaston Mumbere, Le déchirement, m’a donné chaud! Quand on a reçu les copies, ce n’était vraiment pas à la hauteur de mes attentes. On était à 10 jours du lancement au Salon du livre de Québec. J’ai trouvé un imprimeur de Montréal qui m’a dit qu’une nouvelle version pourrait être prête en une semaine, à condition que je sois sur place pour valider l’épreuve.

Je n’ai rien dit à l’auteur pour ne pas le stresser. J’étais à Montréal mardi et le lancement était le jeudi. Je devais partir, car c’est moi qui transportais les livres de Terre d’accueil pour le Salon du livre. J’ai mandaté mon cousin pour attendre. Il a pu partir de Montréal avec les livres le jeudi à 15h. On a commencé le lancement. Quand il est entré, on l’a accueilli en sauveur! Maintenant, je ne programme rien si je ne suis pas certaine à 100 %.

Vous avez aussi participé à l’ouvrage collectif Lieux-dits, pour les 50 ans de la maison d’édition Prise de parole (PDP). Comment avez-vous vécu cette expérience?

C’était la première fois que j’écrivais de la poésie. J’étais intimidée d’être aux côtés d’autrices comme Andrée Lacelle ou Guylaine Tousignant. C’est Chloé Leduc-Bélanger, l’éditrice, qui m’a dit : présente-toi à travers tes poèmes.

Quand on a fait la lecture à l’événement du 50e, des gens m’ont dit que mes poèmes ont résonné en eux. J’étais vraiment touchée. Être authentique, ça paye.

Est-ce un signe d’une bonne collaboration?

Effectivement. J’ai vraiment apprécié l’ouverture de la directrice générale de PDP, denise truax. Elle m’a dit : c’est vous la relève, il faudrait qu’on puisse travailler ensemble. Et aussi le fait que je sois d’une minorité visible, immigrante, c’est un reflet de ce qu’est la francophonie ontarienne aujourd’hui. Ce n’est pas à négliger, surtout pour une maison d’édition comme PDP, 50 ans plus tard, de montrer leur ouverture vers des personnes originaires d’ailleurs.

Le kiosque du REFC au Salon du livre de l’Outaouais 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Comment se passent les relations avec les autres maisons d’édition, en général?

Très bien. Terre d’accueil est membre du REFC depuis 2021. Frédéric Brisson est toujours l’un de mes mentors. Stéphane Cormier de chez PDP m’a accompagnée dans le virage numérique. Les éditrices de Bouton d’or d’Acadie et de Vidacom me donnent des conseils sur la littérature jeunesse, car je vais commencer à en publier. Une collègue d’Apprentissage illimité m’aide pour les fiches pédagogiques.

Vous avez gagné le titre de bénévole de l’année du conseil des organismes francophones de la région de Durham (COFRD) en 2022. Qu’est-ce que ça vous fait?

Ils ont reconnu mon implication pour le livre Les visages de la francophonie et comme vice-présidente de l’Association des femmes canadiennes-francophones de Durham. C’est une fierté de savoir que notre travail est apprécié, même si on ne le fait pas pour la reconnaissance.

Quel livre nous recommandez-vous vous pour la journée « J’achète un livre franco-ontarien » le 25 septembre?

Si j’y vais avec publications récentes, j’irais avec Didier Leclair et Karine Boucquillon.

Je recommande aussi Elsie Suréna, qui a été finaliste au prix Alain-Thomas avec son recueil de poésie Amours jaunies. C’est notre première nomination littéraire.

Amours jaunies suivi de Miscellannées, d’Elsie Surena, est la première parution de Terre d’accueil à être nommée pour un prix littéraire, le prix Alain-Thomas. Source : site web des éditions Terre d’accueil

Qu’est-ce qui se prépare pour l’automne?

Un recueil de nouvelles d’un auteur burundais et un roman d’une autrice sénégalaise. On va participer au Salon du livre afro-canadien à Ottawa, en octobre, et au Salon du livre de Montréal en novembre.

Mon objectif pour les cinq prochaines années est d’avoir une ouverture aux autres provinces et à l’international.

Et il y a la semaine nationale de l’immigration francophone du 5 au 11 novembre, que j’évoquais plus tôt. Le thème cette année est « terre accueillante », alors ça tombe bien! »


LES DATES-CLÉS DE SUZANNE KEMENANG

  • 1981 : Naissance à Yaoundé, Cameroun
  • 2007 : Arrivée à Montréal
  • 2013 : Obtention du DESS en édition (Université de Sherbrooke/Longueuil)
  • 2018 : Fondation des Éditions Terre d’Accueil (Oshawa- Grande région de Toronto)
  • 2020 : Parution de son premier livre, Les visages de la francophonie – Région de Durham.
  • 2023 – Nomination à un premier prix littéraire avec Elsie Suréna, finaliste du prix Alain-Thomas (Salon du livre de Toronto) pour le recueil de poésie Amours jaunies suivi de Miscellanées.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

L’immortalité d’Hélène Gravel

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine,  la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

SUDBURY – Éducatrice et femme de théâtre, Hélène Gravel était, comme la décrivait autrefois sa grande complice Madeleine Azzola, « l’âme soeur » de générations de jeunes théâtreux franco-ontariens. Cette bête de scène, qui aurait eu 76 ans ce mois-ci, allait nous donner le courage de monter sur les planches, sous le feu des lumières, et de se dire – en français. 

Hélène Gravel allait tirer une profonde inspiration de sa smoke. Fière, féroce, franco. Une furie. Et de sa voix grave, entre les puffs de sa cigarette, l’interrogatoire.

« Pourquoi y’a pas de français dans c’te show là? » 

J’avais 16 ans – c’était l’été 1995. Je travaillais une création collective avec Brigitte L., une jeune Franco-Ontarienne de Hanmer comme moi, et deux autres artistes, des unilingues-et-fiers-de-l’être qui venaient d’la gran’ ville de Sudbury.

Nous faisions de la scène dans les communautés les plus vulnérables du Grand Sudbury – en anglais seulement, contraintes à faire abstraction de notre langue, du désir de se dire comme jeunes femmes francos.

Oui, Hélène. Oui. Pourquoi y’a pas de français dans c’te show là? Cette question avait germé en moi. Parce qu’Hélène l’avait posée. 

Je ne suis pas la seule à avoir été nourrie de sa profonde sagesse. Les artistes Robert Marinier et Yves Doyon, autrefois ses étudiants, m’ont récemment raconté Hélène Gravel. Ils m’ont parlé de son impact sur des générations de la jeunesse franco-ontarienne.

Hélène selon Robert Marinier

« Hélène a été beaucoup de choses pour moi à travers ma vie – c’est elle qui m’a fait croire qu’il était possible de faire carrière en théâtre », confie Robert Marinier. 

Dramaturge et homme de théâtre franco-ontarien, il signe une dizaine de pièces, notamment À la gauche de Dieu et L’insomnie. Il a côtoyé Hélène Gravel chez les Draveurs, troupe iconique qui, dans les années 1970s, naissait à l’École secondaire Macdonald-Cartier à Sudbury. Ils ont également été collègues lors de leur passage au Théâtre du Nouvel Ontario quelques années plus tard. 

Crédit image : Jacques Gravel

« À Sudbury, juste le fait de faire du théâtre en français, c’est un acte politique », souligne Robert Marinier. « On n’est pas juste en train d’affirmer qu’on est francophones, mais qu’on est une culture vivante ». 

« Pour moi, Hélène Gravel est à la source de tout ça ». 

Selon lui, elle allait donner à la jeunesse franco-ontarienne l’inspiration de s’écrire un théâtre à son image, dans sa langue et son parlé.

« Ce qu’elle a donné à l’Ontario français, au théâtre, au milieu scolaire l’inspiration, c’est  la possibilité de dire que le théâtre étudiant, ça veut dire quelque chose – puis, on va commencer à écrire nos propres shows, on ne va pas juste monter les shows des autres », explique Robert Marinier.

« Je me souviens, moi je revenais de l’école, puis j’allais voir ses shows. J’étais toujours émerveillé – par l’invention, mais aussi par le fait qu’elle laissait les jeunes écrire leur propre spectacle ». 

« Et c’est ça qui est à la beauté de la chose ».

Yves Doyon raconte Gravel

Yves Doyon était parmi ces jeunes qui souhaitaient se dire.

« Gravel, c’était pour moi une force – une disruptor », me lance l’artiste, musicien et la voix du groupe musical En Bref. Il allait connaître Hélène Gravel lors de son passage chez les Draveurs à l’École secondaire Macdonald-Cartier.

« C’est quelqu’un qui dérangeait assez pour faire bouger l’aiguille dans son environnement, qui provoque, qui déstabilise juste assez pour que les gens soient sur leur X. Qu’ils trouvent leur place, toute leur place ».

Y compris dans notre francophonie.

Les membres de la distribution de la pièce Par osmose, une création collective des Draveurs. Archives

Yves Doyon a été membre de la distribution de la pièce Par osmose en 1990, une création collective des Draveurs, un texte à l’image d’une jeunesse franco-ontarienne habitée par une situation identitaire précaire. Hélène allait permettre à cette jeunesse de prendre son envol.

« Ça a toujours été ben francophone à la maison », dit Yves Doyon de son cheminement linguistique. « Il y avait quand même une prise de conscience et une décision consciente à prendre à un moment donné. Voir, est-ce que je perds mon français? » 

« Par osmose – il y avait le trajet du projet, puis de créer ça collectivement. Et là, t’avais en parallèle le trajet, le parcours du jeune ado qui a des décisions à prendre par rapport à qui il veut être et comment il veut être avec les autres ».

« Vraiment, c’est vraiment remarquable. Je suis reconnaissant », conclut Yves Doyon. « Hélène – c’était une femme hyper forte, hyper sensible, pleine d’empathie. Elle savait nous pousser et s’occuper de nous autres et d’encourager notre prise en main ». 

Les enfants d’Hélène Gravel

Hélène s’est éteinte en novembre 2000. Elle avait 53 ans. 

En une ovation rugissante, accompagnée de cris de « Bravo Hélène! », nous – les générations de jeunes théâtreux qu’elle avait nourris de sa flamme  – l’avons arrosé de nos larmes lors de bouleversantes funérailles à l’église Sainte-Anne des Pins à Sudbury. 

Un an plus tard, en guise de témoignage à cette complice, amie et âme sœur, l’École publique Hélène-Gravel ouvrait ses portes à une nouvelle génération d’enfants franco-ontariens.

Archives

« On va se souvenir d’Hélène. Elle sera toujours ce qu’elle a fait pour ses étudiants » affirme Robert Marinier.

Quand à lui, Yves Doyon dit : « On est les enfants de Gravel. C’était la mère à tout le monde. Je ne sais pas s’il y en a qui le disent, ça, même si on le ressent tous ».

Orphelins de cette magnifique bête de scène, nous étions aussi conscients d’être sa relève. 

En nous, Hélène Gravel reste immortelle. 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Les maires du Sud et de l’Est grands absents du congrès de l’AFMO

KAPUSKASING – Après un hiatus lié à la pandémie, l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) se réunit cette fin de semaine dans le Nord, à Kapuskasing avec, au programme, des conférences, des ateliers, et la traditionnelle assemblée générale annuelle. Après des années difficiles, cette assemblée francophone semble boudée par les maires du Sud et de l’Est qui ne feront pas le déplacement cette année.

Malgré quelque 29 municipalités membres, seuls six maires et mairesses ont confirmé leur présence au congrès de l’organisme fondé par Gisèle Lalonde en 1989, tous du Nord.

Alors que la membriété était de 80 avant la pandémie, celle-ci a baissé en raison des difficultés de certaines municipalités telles que Mattice Val-Coté qui ont dû quitter l’organisme auquel une contribution financière est demandée.

La ville hôte alterne chaque année entre les différentes régions de la province. Cette année Cornwall et Kapuskasing étaient en lice jusqu’au refus de la première laissant ainsi le champ libre à la ville du Nord. Archives ONFR

Si le lieu du congrès, éloigné des municipalités du Sud et de l’Est, a été cité comme un obstacle pour la venue de certains élus. Le choix de la ville du Nord s’explique de par le fait que celle-ci devait accueillir le congrès en 2021, coïncidant ainsi avec son centenaire, mais a dû être repoussé en raison de la pandémie.

« Ça aurait été préférable que ça ne soit pas si loin », déclare le maire d’Hawkesbury, Robert Lefebvre, avant d’ajouter : « Kapuskasing, je n’ai jamais été dans ce coin-là donc j’aurais voulu y aller. »

Le timing du congrès, se déroulant en même temps que le Banquet de la francophonie de Prescott et Russell dans l’Est ontarien, peut aussi expliquer leur absence comme c’est le cas de ce dernier qui confie avoir prévu de s’y rendre.

Le maire de Russell, Pierre Leroux, juge, pour sa part, que le fait que le congrès ait lieu au moment de la rentrée n’est pas idéal pour inciter le déplacement de certains élus.

« Nous les maires, on est limité dans le budget qu’on a pour aller dans des conférences. L’AFMO est pas mal la dernière conférence de l’année, ce qui veut dire qu’on a possiblement déjà épuisé nos fonds », note celui qui s’est rendu au congrès de l’Association des municipalités de l’Ontario qui s’est tenu (AMO) à peine un mois plus tôt dans le sud de la province.

Pierre Leroux Russell
Le maire Leroux aurait, lui aussi, aimé faire le déplacement à Kapuskasing mais dit avoir des engagements personnels et professionnels à respecter. Archives ONFR

Bien qu’elle aurait aimé une plus grande participation, la présidente Nicole Fortier Levesque affirme avoir atteint son objectif : « Je suis très satisfaite des membres qui se sont inscrits pour assister au congrès parce qu’en tout avec les commanditaires, les invités et les exposants on va être environ une cinquantaine de personnes donc c’est bien pour un congrès d’une petite association comme l’AFMO après une pandémie. »

À noter toutefois que des représentants de Clarence-Rockland et Lakeshore ont quand même tenu à faire le déplacement à l’événement.

Un budget excédentaire

L’organisme, qui ne compte aucun employé à temps plein, avait été célèbre en raison d’une crise financière particulièrement difficile dans les dernières années, mais selon sa présidente, Nicole Fortier Levesque, les finances sont de nouveau au vert.

Selon Nicole Fortier Levesque, la présence de l’AFMO à l’AMO le mois dernier a eu un impact positif pour l’organisme. ONFR

D’un budget déficitaire de 78 000 $ en 2020, c’est maintenant plus de 110 000 $ de surplus qu’enregistrent les caisses de l’AFMO.

Par ailleurs, celle qui a fait les manchettes en décembre pour avoir été autorisée à terminer son mandat au sein de l’organisme malgré avoir perdu la course à la mairie de Moonbeam en automne dernier, signale que quatre municipalités ont rejoint l’AFMO au courant de l’été : Penetanguishene, Armstrong, Opasatika et Fauquier-Strickland.

Et pour attirer plus de membres, l’ex-président de l’AFMO et maire de Hearst, Roger Sigouin estime qu’il est essentiel de promouvoir le rôle de l’organisme.

« Un des plus grands défis que l’AFMO est d’attirer des membres, s’assoir à la table, s’éduquer entre nous autres », lance-t-il. Celui qui se déplace au congrès a également tenu à souligner le travail de l’actuelle présidente dans la relance de l’AFMO.

M. Sigouin se dit optimiste concernant la relève de l’AFMO. Crédit image : Inès Rebei

De son côté, M. Leroux considère qu’il est essentiel que l’AFMO se distingue de l’AMO : « Je crois que l’AFMO devrait offrir des choses que les autres organismes n’offrent pas, mais il y a définitivement une valeur à y être représenté. »

Toronto, dans la mire

Un autre objectif de l’organisme est de reconquérir la Ville reine, laquelle a quitté abruptement l’AFMO en 2018 dans la foulée des compressions Ford dans l’effectif du conseil.

Un retour qui rapporterait gros à l’organisme compte tenu du fait que la cotisation financière est calculée en fonction du nombre d’habitants. Pour autant, malgré une motion approuvant le retour à l’AFMO en 2021, l’adhésion de Toronto est encore incertaine.

M. Sigouin explique notamment que c’est l’organisme de l’AFMO qui a décidé de ne pas aller de l’avant avec le conseil de Toronto en raison d’une mésentente sur la cotisation qui aurait dû s’élever à près de 20 000 $, mais pour laquelle la ville souhaitait une réduction de 25 %.

La mairesse adjointe Jennifer McKelvie a officiellement pris le relai par intérim de John Tory vendredi dernier.
Nicole Fortier Lévesque confie avoir senti une grande ouverture à la francophonie chez la mairesse adjointe Jennifer McKelvie. Archives ONFR

« C’est nous qui avons reculé, car on ne voulait pas donner un forfait à Toronto et le refuser à d’autres villes comme Ottawa ou d’autres villes plus grande envergure, c’était juste inacceptable. »

Mme Fortier Levesque avance, pour sa part, avoir effectué des démarches pour contacter et même rencontrer en personne la nouvelle mairesse élue, Olivia Chow, pour lesquelles elle n’a, pour le moment, pas eu de retour.

Elle reste néanmoins optimiste : « Je suis convaincue qu’on va réussir à les ramener, parce qu’ils voulaient vraiment rendre la vie francophone plus active au sein de leur conseil municipal. Je pense que ça va être un bon moment. »

Un organisme francophone met la clé sous la porte faute de financement

OTTAWA – La Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA) a annoncé ce vendredi cesser ses activités et mettre fin aux contrats de ses employés. Dans un courriel envoyé aux familles et à ses membres, la SFOA remercie les parents et offre la société à quiconque voudra la sauver. Depuis plusieurs années, l’organisme répond aux besoins des francophones sous le spectre de l’autisme dans la région d’Ottawa.

Plutôt cette semaine, des parents s’étaient émus lors de l’assemblée générale annuelle (AGA) de l’organisme de perdre des services essentiels pour leurs enfants : « Nous avons besoin de vous », « Il n’y a pas d’autres organismes qui offrent vos programmes », « Mon enfant va être très triste s’il n’a plus les services de la SFOA », « C’est catastrophique comme nouvelle »…

Plus de 40 membres de la société, le conseil d’administration (CA) et la direction ont fait part de leurs vives inquiétudes, mais ce vendredi, en plus d’avoir mis fin à l’emploi des deux directrices, les membres du CA ont annoncé leur démission qui sera effective à la prochaine assemblée générale extraordinaire (AGEX), ce 21 septembre.

La désormais ex-directrice générale, Yasmine Benotmane, en entrevue avec ONFR quelques jours auparavant, expliquait que son poste et celui de la directrice adjointe n’allaient plus être financés d’ici deux semaines si aucune solution n’était trouvée. En effet, dans les actifs de la société, il ne restait que 17 435 $, une somme qui ne pouvait plus sauver l’organisme dans un si petit délai.

Pour débloquer la situation, la SFOA aurait aussi besoin d’un conseil d’administration complet. Actuellement, les trois ou quatre personnes sur le conseil d’administration démissionnent et donc neuf personnes seraient requises pour reprendre l’association.

Yassmine Benotmane a été assaillie de questions durant l’AGA et reconnaît que des décisions auraient pu être prises différemment. Arrivée en 2020 et en congé maternité une grande partie de 2021, l’ex-directrice générale suppose que certains choix n’étaient pas réalisés sous sa gouverne.

Pourtant, la communication a été tardive et les familles ont regretté d’apprendre « trop tard » la nouvelle. Les parents préfèrent réfléchir à des solutions et qu’aucune décision ne soit prise afin d’entreprendre des démarches. Le vote pour déterminer des nouveaux membres du CA sera maintenu à la prochaine AGEX.  

L’orthophoniste Sharon Burgess invite régulièrement des stagiaires francophones lors des camps d’été de la SFOA pour travailler avec les enfants autistes. Gracieuseté

La SFOA existe depuis 20 ans, mais avant l’arrivée de la nouvelle directrice, la société était déjà en difficulté financière.

La firme d’audit comptable Marcil Lavallée a présenté les finances de l’organisme ce lundi, prouvant que la SFOA subissait un déficit important déjà en 2017.

« Nous n’avons pas réussi à engendrer assez de bénéfices pour combler le déficit qui existait déjà », a admis Mme Benotmane. « Nous avons des programmes qui s’autofinancent grâce aux inscriptions, mais d’autres étaient déficitaires. »

De plus, tout est plus cher avec l’inflation, explique-t-elle. « Les salaires augmentent, les thérapies ont un coût, alors avec la perte de nombreuses subventions c’est devenu impossible ».

Un organisme essentiel pour la communauté francophone

Cette organisation sans but lucratif (OSBL) offre des programmes très populaires durant l’année (Sam-dit-turbos, Samedi fou, etc.), mais ses plus gros projets sont les camps d’été.

Depuis la pandémie, l’organisme recevait plusieurs subventions lui permettant d’offrir des programmes extrêmement appréciés par la communauté. Grâce à ces investissements, la société a pu offrir une qualité de service nécessaire pour certains enfants autistes. C’est le ratio : un pour un, c’est-à-dire un intervenant pour un enfant. La société compte environ 70 enfants et entre 30 et 40 sous-traitants. D’ailleurs, l’augmentation de la sous-traitance et des salaires semble avoir creusé une partie du déficit qui a atteint 124 000 $. 

Sophia Akl est une mère d’un enfant autiste. Elle est inquiète de la situation que traverse la SFOA et qui joue un rôle primordial dans la vie de son fils. Gracieuseté

Sophia Akl, mère d’un jeune enfant autiste, a appris la nouvelle cette semaine, comme beaucoup d’autres parents. Elle et sa famille vivent présentement à Kingston pour des responsabilités militaires, mais la jeune mère attendait avec impatience son retour à Ottawa pour que son enfant profite du camp d’été. 

« Si nous n’avons plus le camp d’été, la seule chose que je vois maintenant, c’est de devoir prendre un congé sans solde pendant l’été et si on me le permet au travail. Ça ne profite à personne parce que là aussi, ce n’est pas du baby-sitting les camps d’été. C’est bénéfique pour mon fils d’aller là-bas et il aime y aller. »

« Je crois que la communication et le marketing ne sont pas très bons », constate-t-elle. 

En 2020, Mme Akl a découvert la SFOA par hasard. « J’étais très contente de trouver cet organisme, mais je me suis rendu compte, lors de l’AGA ce lundi, que beaucoup de gens ont découvert tard qu’il existait », raconte-t-elle.

Son fils de 10 ans participe aux camps de jours pendant l’été depuis trois années de suite. « C’est vraiment le seul programme qu’il peut faire. »

« Nous sommes bilingues, mais mon fils parle et comprend seulement le français. La communication avec les enfants autistes, c’est déjà compliqué en partant, alors il faut que ce soit en français. »

À la question « dans quel programme allez-vous aller s’il n’y a plus la SFOA? », la mère de famille s’inquiète. 

« Il y a un programme avec quasiment aucune place à la Ville d’Ottawa », explique-t-elle. « En théorie un accompagnant francophone pourrait être là pour l’enfant, mais on peut seulement participer deux semaines et ce programme est offert à tous les enfants qui ont un besoin, un quelconque handicap et donc ce n’est pas simplement pour les autistes. »

Fabien Hébert est le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Archives ONFR

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, trouve déplorable que l’organisme se soit fait refuser des subventions. 

Pendant la pandémie, l’AFO avait débloqué la somme de 11 000 $ pour soutenir l’organisme, mais leur prestation exceptionnelle s’est arrêtée en 2022. 

« Il faut que les gouvernements reconnaissent ce groupe incroyable », croit-il. 

« Une de mes nièces a un fils qui souffre d’autisme. Quand on lui rend visite, c’est incroyable le montant d’énergie, de temps et d’attention que ça nécessite. Ce type d’organisme joue un rôle primordial dans le maintien de la cellule familiale. »

L’AFO a contacté le gouvernement provincial et le fédéral. « Nous allons continuer nos interventions et essayer de leur trouver du support, mais nous ne pouvons malheureusement pas les financer, car nous n’avons pas les fonds. »

Lucy Lightbown à droite et son fils de 16 ans William Dagher. Gracieuseté

Lucy Lightbown, mère d’un enfant autiste et membre du conseil d’administration de la SFOA, trouve décevant cette situation. « Ce sont des services extraordinaires et les prix étaient abordables. C’est peut-être pour ça aussi que la société se retrouve dans cette situation. »

« Je pense aux parents qui travaillent pendant l’été, qui cherchent du répit, mais qui cherchent aussi une activité où ils savent que leurs enfants vont être bien encadrés. C’est vraiment une perte et ça m’inquiète pour les parents. »

Mme Lightbown pense que des dons et l’aide de fondations pourraient les sauver en partie.

Ce que soutient la directrice générale, qui cumule les refus de subventions. « Nous avons pensé à augmenter les prix, mais certaines familles ne pourraient plus bénéficier des services. Dans tous les cas, il y aurait un perdant. »

La perte des subventions a scellé le destin de l’organisme 

La SFOA a perdu quatre subventions en un an, dont 87 200 $ de la Ville d’Ottawa. La plupart de ces investissements étaient offerts en réponse à la pandémie. Le total des subventions que recevait l’organisme représentait 221 477 $ en 2021-2022 et 160 950 $ en 2022-2023, alors que les charges d’exploitation s’élèvent à plus de 400 000 $ selon l’audit comptable.

À ce jour, la société a écumé les refus suivants : le ministère des Affaires francophones, la Fondation Trillium et Centraide en 2021, de nouveau le ministère des Affaires francophones, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et le Programme ontarien des services en matière d’autisme (POSA) en 2022.

« De plus, nous avons déposé des demandes auprès des fondations Honda, IA assurances et ADOBE qui ont été refusées. » 

Sharon Burgess est orthophoniste et travaille sur plusieurs programmes de la SFOA. Gracieuseté

Sharon Burgess travaille pour la SFOA depuis près d’une dizaine d’années comme orthophoniste. Elle offre des services et participe aux programmes Sam-dit-turbos et le Camp été fou. « Ce sont des services uniques, en français et on travaille sur des choses importantes pour les enfants, notamment les habiletés de communication sociale. »

Au camp d’été, Mme Burgess supervise des stagiaires de la maîtrise en orthophonie de l’Université d’Ottawa et qui viennent faire un stage intensif dans le camp. « Cela permet en même temps de former des orthophonistes en français qui vont ensuite avoir de l’expérience pour travailler avec cette clientèle-là dans le futur. »

L’orthophoniste est abasourdie, pour elle, c’est absolument terrible. « Il y a plusieurs choses que je ne comprends pas. Si la situation était tellement précaire et difficile, pourquoi ça n’a pas été annoncé avant? » se demande-t-elle. 

Une opportunité de sauvetage la semaine prochaine

Durant l’assemblée générale annuelle, Sharon Burgess a demandé à plusieurs reprises où va l’argent, quels sont les frais fixes et comment garder la société ouverte.

Malheureusement, les réponses offertes par l’ensemble du conseil d’administration et la direction n’ont pas été suffisantes pour elle. 

Les membres de la SFOA ont accès à des services d’ergothérapie, d’orthophonie et de zoothérapie. Gracieuseté

La conclusion inévitable pour Mme Benotmane était la dissolution de la société. Malgré tout, les familles ont fait part de leur désir de trouver des solutions, ouvrir une plateforme de financement participatif, passer en télétravail et réduire les frais fixes de la société. Ce 21 septembre, il reste encore une chance pour la SFOA de renaître de ses cendres. Si des nouveaux membres veulent s’inscrire au conseil d’administration, un plan de sauvetage devra être envisagé.

Higgs veut se représenter comme premier ministre du Nouveau-Brunswick

Après plusieurs mois d’incertitude, le chef progressiste-conservateur Blaine Higgs a fait savoir son intention de se représenter à la tête de la province officiellement bilingue.

Dans un message publié sur Twitter vendredi matin, l’actuel premier ministre du Nouveau-Brunswick a confirmé le tout, car « cette question a gagné en pertinence au vu des dissensions internes que notre gouvernement a connues au cours des six derniers mois ».

« Encouragé par de nombreux collègues et personnes de l’ensemble de la province, je confirme mon intention de rester à la tête du parti et de me porter candidat aux prochaines élections provinciales », a-t-il écrit.

Dans les derniers mois, un processus de révision de son leadership par des membres de son parti avait été amorcé, mais avait échoué en raison d’un nombre insuffisant de contestataires.

« Je suis conscient que toute la population du Nouveau-Brunswick attend, à juste titre, du gouvernement qu’il parle à l’unisson et canalise ses efforts en vue obtenir de meilleurs résultats pour la province », écrit-il.

À l’heure actuelle, le taux d’approbation de Blaine Higgs est de 30 % selon un récent sondage d’Angus Reid. La prochaine élection est prévue pour octobre 2024.

Une relation difficile avec les Acadiens

Les deux dernières années ont aussi donné lieu à des relations difficiles entre Blaine Higgs et les Acadiens, qui n’ont notamment pas accepté la tentative échouée d’abolir le programme d’immersion en français. La communauté francophone n’a pas non plus apprécié le processus de révision de la Loi sur les langues officielles, qui n’a abouti qu’à une seule modification, malgré que deux commissaires indépendants aient recommandé plus d’une dizaine de changements.

« Il a eu un impact néfaste », n’hésite pas à commenter le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Alexandre Cédric Doucet. « Il a ouvert des débats entre les deux communautés linguistiques qu’on n’avait pas vus depuis nombre d’années. Il y a des tensions inutiles et il essaie de diviser pour mieux régner dans la province. »

Il y a aussi eu la venue de Kris Austin au sein du parti, puis sa nomination comme ministre de la Sécurité publique et sur un comité interministériel des Langues officielles. Kris Austin est l’ancien chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Lorsqu’il était son dirigeant, son parti a adopté plusieurs positions hostiles au bilinguisme dans la seule province officiellement bilingue du pays. Par exemple : la fin de la séparation du réseau de santé anglophone et francophone, éliminer le Commissariat aux langues officielles, réduire les exigences linguistiques dans la fonction publique, en plus de qualifier le bilinguisme officiel de « gaspillage de fonds publics ».

À l’heure actuelle, il y a deux Acadiens au sein du conseil des ministres et trois comme députés, le représentant de la circonscription de Moncton-Est Daniel Allain ayant été exclu du conseil exécutif en juin dernier. Aucune circonscription dite acadienne ou avec une majorité francophone n’est détenue par les troupes de Blaine Higgs. Elles sont toutes entre les mains des libéraux ou du Parti vert.

Durant la révision au leadership de M. Higgs, la SANB et plus d’une cinquantaine d’organismes francophones avaient ouvertement demandé aux membres du parti de se séparer de ce dernier.

« Je lui souhaite bonne chance d’avoir de l’appui au niveau de la communauté francophone et acadienne, car ce que je ressens sur le terrain, c’est que le monde en a ras le bol de son arrogance », rapporte en entrevue le président de l’organisme acadien.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet. Gracieuseté : SANB

Une politique controversée

Blaine Higgs s’est aussi retrouvé sous les feux de la rampe dans les derniers mois avec notamment les modifications apportées à la politique 713. La province l’a modifiée pour obliger les élèves non-binaires et transgenres en bas de 16 ans, qui veulent utiliser leur pronom ou leur prénom de choix à l’école, plutôt que celui attribué à la naissance, d’obtenir le consentement de leurs parents en toute situation. La politique 713 est actuellement contestée devant les tribunaux, notamment par l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC).

Plusieurs ministres et députés de son parti avaient ouvertement dénoncé les changements apportés à cette politique. C’est suite à cette contestation publique que l’un des seuls ministres acadiens, Daniel Allain, avait perdu son poste au conseil exécutif.

La dernière semaine de l’été se vit en culture

En cette dernière semaine de l’été 2023, on a encore beaucoup de choix pour profiter d’un bon festival à l’extérieur. C’est aussi le lancement de la programmation d’automne pour des organismes du comté de Simcoe et de Toronto. Et si le Festival international du film de Toronto (TIFF) se termine, d’autres débutent et il est toujours possible de déguster le septième art francophone.

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Musique

Un classique francophone

De vendredi à dimanche, la 18e Francophonie en fête de Toronto battra son plein à l’amphithéâtre du Bentway, sous l’autoroute Gardiner. Les têtes d’affiche de cette première fin de semaine sont Vincent Bishop et Abel Maxwell. On retrouve aussi des habitués des festivals du Grand Toronto, comme le spécialiste des percussions ouest-africaines, Amadou Kienou. Des activités sont aussi prévues pour les familles. Francophonie en fête se poursuivra les 29 et 30 septembre avec Fred Pellerin, Daniel Bélanger et Beau Nectar.

Vincent Bishop était également du Franco-Festival de Thunder Bay dans les derniers jours. Crédit image : Rachel Crustin

Toronto, du 15 au 17, puis les 29 et 30 septembre. Détails sur le site de Francophonie en fête.

Du folk et bien plus

Les plaines LeBreton, habituées des grands événements de la capitale, se remplissent à nouveau ces jours-ci. Le festival City Folk s’y déroule jusqu’à dimanche. Les francophones Geneviève Racette et Kristine St-Pierre seront respectivement de la programmation de vendredi et de samedi. Malgré son nom, le festival City Folk s’est ouvert mercredi dernier sur un spectacle de l’icône punk Iggy Pop. Les artistes de Arkells, Bush et X Ambassadors font partie de ceux qui se succéderont dans les prochains jours. Le festival se clôturera dimanche sur une prestation de Hozier.

À gauche : Geneviève Racette. Crédit image : Annie Diotte. À droite : Kristine St-Pierre. Source : City Folk.

Ottawa, jusqu’au 17 septembre. Détails et billets sur le site du City Folk.

Du blues à Wasaga Beach

Le Stonebridge Wasaga Beach Blues Festival (SWBBF) aura lieu de vendredi à dimanche. La formation montréalaise Ben Racine Band sera de la partie. Le groupe a participé à l’album Mad Love de Dawn Taylor Watson, qui a remporté le titre de l’album blues de l’année aux prix Juno 2020. La lauréate de cette année, l’Ottavienne Angelique Francis, sera également de la partie lors du SWBBF.

Les festivaliers lors d’une édition précédente. Gracieuseté Stonebridge Wasaga Beach Blues Festival.

Wasaga Beach, du 15 au 17 septembre. Programmation complète et billets sur le site du SWBBF.

Mélange de styles

L’Alliance française de Toronto accueille Kora Flamenca II ce samedi, au théâtre Spanida. Tiré du titre d’un album de Zal Sissokho, le spectacle réunit ce dernier et Caroline Planté pour une dizaine de nouvelles chansons mariant leurs styles musicaux. C’est donc un mélange unique d’afro-mandingue et de flamenco qui attend les spectateurs. Les percussions de Miguel Medina et la contrebasse de Jean-Félix Mailloux viennent compléter le portrait éclectique. Le premier album Kora Flamenca a remporté les titres de meilleur album musique du monde à l’ADISQ et de l’album traditions du monde de l’année aux Prix de musique folk canadienne.

La même journée, l’Alliance française d’Ottawa présente en après-midi la danseuse de cerceaux anichinabée Makhena Rankin Guérin, qui expliquera aussi au public les origines de son art.

Les artistes mélangent leurs différentes influences musicales pour donner le son unique de Kora Flamenca. Crédit image : Peter Graham

Toronto, le 16 septembre. Détails et billets sur le site de l’Alliance française de Toronto. Pour la prestation de Makhena Rankin Guérin, détails sur le site de l’Alliance française Ottawa.

Cinéma

Pour les cinéphiles du Nord

Le Cinéfest de Sudbury se déroulera du 16 au 24 septembre, avec un retour à une programmation entièrement en personne pour cette année. Le festival propose une vingtaine de longs métrages en français, dont certains étaient aussi en vedette au TIFF cette année. Parmi les films à voir : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, d’Ariane Louis-Seize, qui a récemment remporté le prix de la meilleure réalisation dans la section parallèle de la Mostra de Venise. Le Cinéfest présentera aussi les autres films québécois de l’heure, Chambres rouges (Pascal Plante), Les jours heureux (Chloé Robichaud), Richelieu (Pier-Philippe Chevigny) et Le temps d’un été (Louise Archambault).

Le court métrage La fille au béret rouge de Janet Perlman sera présenté au Cinéfest de Sudbury ainsi qu’au Festival international du film d’animation d’Ottawa. Gracieuseté Office national du film

Sudbury, du 16 au 24 septembre. Programmation complète et billets sur le site du Cinéfest.

Les films d’animation à l’honneur

Les cinéphiles de la capitale ne seront pas en reste, puisque le Festival international du film d’animation d’Ottawa (OIAF) se déroulera du 20 au 24 septembre dans différents lieux de la ville. Une dizaine de films en français y seront présentés en tout. La compétition officielle sera jugée par trois jurys distincts, pour court métrage, long métrage et jeunesse. Le jury de cette dernière catégorie est composé d’enfants. 

Les longs métrages francophones en compétition sont Adam change lentement (Joël Vaudreuil), Linda veut du poulet (Chiara Malta & Sébastien Laudenbach) et Interdit aux chiens et aux Italiens (Alain Ughetto). L’Office national du film (ONF) est bien représenté parmi la sélection de courts métrages, dont certains font aussi partie de la programmation du Cinéfest de Sudbury. Hors compétition, l’OIAF projettera Aphasie, le premier court métrage d’animation professionnel de Marielle Dalpé, fille du dramaturge franco-ontarien Jean Marc Dalpé.

En plus des projections de films, plusieurs activités sont organisées pendant l’OIAF. Au Salon des refusés, des cinéastes dont le film n’a pas été retenu ont tout de même une chance de le présenter et d’échanger avec le public. Crédit image : Petr Maur

Ottawa, du 20 au 24 septembre. Programmation complète et billets sur le site de l’OIAF.

Théâtre

Début de saison à Toronto

Le Théâtre français de Toronto (TfT) accueille son premier événement de la saison. Convictions sera présentée en avant-première ce vendredi au Berkeley Street Theatre avant de connaître sa première mondiale officielle à Limoges (France) lors du festival des Zébrures la semaine prochaine. La pièce de Lara Arabian, mise en scène par Djennie Laguerre, raconte l’histoire d’une famille libano-canadienne qui s’installe à Toronto. Elle s’interroge sur les tensions entre notre héritage socioculturel et nos expériences personnelles, qui influencent nos valeurs et nos idées.

Convictions est la première pièce du TfT à être présentée outre-mer. Elle sera de retour en sol torontois du 27 septembre au 1er octobre. Crédit image : Mathieu Taillardas

Toronto, le 15 septembre, puis du 27 septembre au 1er octobre. Détails et billets sur le site du TfT.

Communautaire

Programmation d’automne dans le comté de Simcoe

L’organisme La clé de Penetanguishene lancera sa programmation dans un cinq à sept le 21 septembre. Ce rassemblement sera suivi des assemblées générales annuelles des organismes membres. On sait déjà que le rappeur LeFLOFRANO sera présent dans le comté de Simcoe pour la Journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, le 24 septembre dans le stationnement de La clé et le 25 septembre au lever du drapeau franco-ontarien à l’hôtel de ville de Barrie.

LeFLOFRANCO, accompagné de DJ Skorpyon, au Franco-Festival de Thunder Bay dans les derniers jours. Crédit image : Rachel Crustin

Penetaguishene, le 21 septembre. Détails et inscriptions sur le site de La Clé.

Bientôt un baccalauréat en administration des affaires à l’UOF

TORONTO – Après avoir ouvert un baccalauréat en éducation cette année, l’Université de l’Ontario français (UOF) en offrira un nouveau à compter de septembre 2024 : en administration des affaires.

Les futurs étudiants pourront suivre cette formation à l’Université mais aussi au collège La Cité, partenaire dans ce projet. Les deux établissements comptent capitaliser sur cette discipline très populaire auprès des jeunes et particulièrement recherchée sur le marché du travail.

Ce type de bac est généralement axé sur l’étude des sciences de l’administration et permet de développer des aptitudes et des savoirs en gestion, prise de décision et communication. L’UOF veut former à travers ses savoirs de futurs décideurs responsables, attentifs aux notions de diversité, d’équité et d’inclusion.

Les diplômés peuvent prétendre à des carrières en gestion d’entreprise ou de ressources humaines, aux métiers de planification financière ou de développement organisationnel, ou encore en gestion d’organisation francophone. L’UOF anticipe d’ailleurs cette intégration professionnelle par le biais de son approche expérientielle qui met les étudiants au contact du milieu communautaire.

L’université torontoise dispensait déjà cinq baccalauréats : études des cultures numériques, études de la pluralité humaines, études de l’économie et de l’innovation sociale, études des environnements urbains et éducation.

« Nous nous réjouissons de l’approbation du baccalauréat en administration des affaires par le ministère des Collèges et Universités (MCU) à la recommandation de la Commission d’évaluation de la qualité en enseignement postsecondaire (CÉQEP) », indique le recteur Pierre Ouellette par voie de communiqué.

Selon lui, « cela représente un bel aboutissement pour nos équipes qui travaillent fort et souvent dans l’ombre pour construire une offre de programmes attrayante pour la relève ontarienne », poursuit-il. « Grâce à la collaboration, tout au long du développement, avec le Collège La Cité, nous maximisons nos ressources professionnelles francophones pour offrir un programme innovateur. »

« Il s’agit du premier programme de la sorte, en français, à avoir été planifié et développé entièrement par un collège et une université », complète Lise Bourgeois, présidente-directrice générale du Collège La Cité.

« Je suis ravie que La Cité et l’UOF se partagent la tâche de le livrer ensemble à compter de septembre 2024. Cette formule unique et originale, qui permet aux étudiants de suivre simultanément des cours universitaires et collégiaux pendant leur parcours, pourrait être reprise et adaptée par d’autres institutions devant rapidement former une main-d’œuvre spécialisée. »

Logement : Poilievre présente son plan alors qu’Ottawa retirera la TPS

Le gouvernement libéral va retirer la TPS pour la construction de nouveaux immeubles locatifs au pays alors que le chef conservateur Pierre Poilievre a présenté son plan en logements comportant une série de mesures pour couper la bureaucratie.

Justin Trudeau en a fait l’annonce aujourd’hui à la suite de la retraite du caucus libéral et cette mesure prendra effet instantanément. Cela veut donc dire que les promoteurs n’auront plus à payer cette taxe sur la main-d’œuvre et les matériaux pour permettre la construction d’édifices locatifs.

Il s’agissait d’une promesse des libéraux en 2015, abandonnée en 2017, qui était réclamée par ses alliés néo-démocrates, avec qui ils ont conclu un pacte jusqu’en 2026. Pierre Poilievre, dont le plan présenté jeudi présentait une initiative similaire, a accusé son adversaire de l’imiter.

« Aujourd’hui, parce qu’il a entendu parler que j’allais annoncer ça, il fait volte-face encore. Moi, je vais le faire », a-t-il affirmé.

Le gouvernement ontarien n’a pas perdu de temps à réagir à cette nouvelle, la province affirmant qu’elle ferait de même concernant sa propre portion de la TVH (taxe de vente harmonisée). À l’heure actuelle, la taxe de vente harmonisée est de 13 % en Ontario, mais la province remet 8 % à la vente de différents articles.

« Nous saluons la décision du gouvernement fédéral d’écouter l’appel de longue date de l’Ontario en faveur de la suppression de la TPS sur les logements locatifs construits à cet effet », ont conjointement déclaré les ministres Peter Bethlenfalvy (Finances) et Paul Calandra (Logement).

Les géants de l’alimentation attendus à Ottawa

Les gouvernement Trudeau a aussi annoncé deux autres nouvelles mesures économiques jeudi :

  • Menacer de taxer les épiceries qui réalisent des bénéfices records si elles ne présentent pas un plan d’ici l’Action de grâce pour baisser les prix.
  • Report d’un an du remboursement des prêts pour les petites entreprises et organismes à but non lucratif dans le cadre du programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes (CUEC).

Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie François-Philippe Champagne doit rencontrer les cinq grands joueurs canadiens dans le domaine de l’alimentation dès la semaine prochaine à Ottawa : Loblaw, Sobeys, Metro, Costco et Walmart. Le ministre n’a pas hésité à comparer le tout à la France qui a imposé aux grands détaillants à effectuer un gel des prix sur plusieurs milliers de produits.

« De savoir comment ça va se traduire au Canada, il faut faire attention. On est ouvert à toute sorte de solutions, mais on s’attend tout d’abord à s’assoir avec les experts et les responsables (des épiceries) pour développer un plan. Si ce plan est inadéquat, on va prendre des mesures de plus, mais on n’est pas rendu là encore », a commenté Justin Trudeau.

La carotte et le bâton pour Poilievre

À Vancouver, le chef conservateur a présenté son plan pour la construction de logements visant en particulier la réduction de la bureaucratie. Avec sa Loi « Bâtir des logements, pas de la bureaucratie », Pierre Poilievre exigera que les municipalités augmentent de 15 % la construction de logements chaque année. Il offrira « une prime à la construction » aux villes qui respecteront ce 15 % chaque année, mais celles qui ne le feront pas verront leur financement diminuer de manière équivalente au pourcentage de leur retard.

« Ça coûte cher les obstacles des trois niveaux de gouvernement. Au municipal, c’est souvent les permis, au provincial, c’est les autres obstacles et au fédéral, c’est l’agence de logement (la SCHL) qui prend beaucoup de temps pour approuver le financement pour des entreprises de construction. Il faut enlever la bureaucratie à tous les niveaux », presse M. Poilievre en conférence de presse.

Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image: Stéphane Bédard
Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre. Crédit image : Stéphane Bédard

Les nouveaux projets de transport en commun et d’infrastructures dans les villes devront comporter des logements à haute densité à proximité des stations sans quoi il n’y aura pas de financement, s’engage le favori dans les sondages à l’heure actuelle. Il veut aussi permettre aux personnes de porter plainte « contre le syndrome du pas dans ma cour ». Ces citoyens, qui bloquent la construction de projets, pourraient coûter cher aux villes alors que les conservateurs promettent de retenir des sommes en infrastructures et en transports en commun jusqu’à ce que les villes autorisent la construction de logements.

D’autres mesures du plan conservateur :

  • Offrir une « super prime » aux municipalités qui dépassent largement leurs objectifs en matière de logement.
  • Vendre 15 % des 37 000 bâtiments fédéraux pour les transformer en logements abordables.
  • Réduire les primes et salaires d’employés de la Société canadienne d’hypothèques et de logement s’ils ne sont pas en mesure d’approuver des projets en 60 jours.

Basket-ball : la jeunesse franco-ontarienne peu surprise par le parcours de l’équipe nationale 

La troisième place historique obtenue par RJ Barrett et ses coéquipiers à la Coupe du monde de basket peut faire figure de véritable exploit pour le grand public. Mais pour les joueurs universitaires canadiens franco-ontariens de la Laurentienne, Jordan Katchunga et Rudy Beya, c’est tout simplement le résultat de la montée en puissance du sport au pays.

Les deux joueurs de la Laurentienne sont tout sauf étonnés du parcours de leurs aînés à la Coupe du monde de basket aux Philippines, une impression partagée par Justin Serresse, l’entraineur en chef et le directeur général de l’équipe masculine de basket-ball de l’université Wilfrid-Laurier.

« J’espère qu’avec cette performance le Canada sera plus mis en avant car je pense que c’est l’un des pays qui a le plus de talent mais qui reste tout de même très sous-estimé », confie Rudy Beya. « On met beaucoup le hockey en avant car c’est le sport national, mais je pense qu’il y a beaucoup de talents cachés ici au Canada dans les autres sports comme le basket-ball mais aussi le soccer, le football. Je pense qu’avec une meilleure exposition, le monde pourra plus voir ces talents-là. » 

Des talents comme RJ Barrett, Shai Gilgeous-Alexander ou encore Dillon Brooks bien connus des suiveurs de la NBA, qui ont éclaté aux yeux du grand public lors de cette compétition, même si les horaires des rencontres les plus importantes, la demi-finale contre la Serbie (4h45) et le match pour la troisième place contre les États-Unis (4h30), ont pu être un frein pour attirer une audience plus large. 

Rudy Beya. Crédit image : Laurentian Athletics

« J’ai suivi la sélection surtout sur les réseaux sociaux parce qu’avec mes horaires d’école et mes entraînements c’était difficile de regarder les matchs en entier », confirme Rudy Beya. « Quand je ratais une mi-temps par exemple, je rattrapais en regardant les meilleures actions sur les réseaux sociaux sur mon temps libre. J’ai suivi les performances de RJ Barrett et Shai Gilgeous Alexander. J’ai aussi vu la grande importance qu’a eu Dillon Brooks par sa grande activité en défense. »

Jordan Katchunga, lui, a été en mesure de regarder tous les matchs à horaires raisonnables mais pour les autres ça a été visiblement plus compliqué. 

« Pour le match de la 3e place à 4h30 du matin, je me suis levé trop tard. Le match était terminé, mais j’ai regardé un résumé et des émissions qui donnaient de l’information sur la rencontre. C’était une belle rencontre, avec peu de défense mais c’était quand même divertissant on va dire. »

« Une fierté pour le basket et pour la nation »

Le fait d’avoir raté les derniers matchs en direct ne l’empêche pas d’avoir un regard sur la performance de l’équipe et de mesurer l’exploit accompli. 

« L’équipe a bien performé. Je m’attendais à ce que Jamal Murray (vedette des Nuggets de Denver champions NBA) soit là, mais même sans lui, ils sont allés chercher la troisième place pour la première fois de l’histoire du Canada. C’est une performance pour laquelle on peut être fier. C’est une fierté pour le basket et pour la nation, cela montre comment le sport est en train d’évoluer. Je suis aussi content d’avoir été témoin de ça, je suis un témoin de l’histoire. J’ai vu de quelle manière l’équipe a grandi et ça c’est vraiment bien. »

Pour les deux anciens coéquipiers – Jordan Katchunga a disputé sa dernière saison universitaire en 2022-23 – ce parcours n’est que le reflet de la progression du basket-ball au Canada qu’ils ont pu également remarquer à leur niveau dans le sport interuniversitaire. 

« Les jeunes Canadiens de la génération qui arrive ont beaucoup de potentiel pour aller en première division à l’étranger ou même en NBA G League », constate Rudy Beya qui va disputer sa deuxième saison avec la Laurentienne. « Le talent commence à se développer au niveau du sport interuniversitaire (CIS) et le niveau est en train d’augmenter. J’ai mon petit frère qui a 16 ans et qui fait déjà partie des meilleurs joueurs nationaux. On sent vraiment un grand développement et cela va permettre une plus grande exposition au Canada. » 

Les yeux tournés vers les Jeux olympiques

« Aussi, je note qu’on voit beaucoup de Canadiens qui quittent les divisions 1 universitaires américaines pour revenir jouer ici dans le U Sport », ajoute Jordan Katchunga. « Ça c’est une très bonne chose pour le Canada, on commence vraiment à nous prendre au sérieux. Je pense même que dans quelques années le Canada sera le deuxième plus gros marché pour le basket. »

Si Jordan Katchunga a mis derrière lui ses envies de carrière dans le basket et préfère transmettre son savoir aux plus jeunes, en leur partageant son expérience aux États-Unis en école préparatoire et en Junior College, cette Coupe du monde lui a tout de même ouvert les yeux sur le niveau du basket international et sa diversité. 

Jordan Katchunga. Crédit image : Laurentian Athletics

« Après avoir vu la Coupe du monde, j’ai pu m’apercevoir qu’il y a vraiment beaucoup de talent dans le monde à l’extérieur des États-Unis et du Canada. Le jeu est vraiment différent mais c’est intéressant de voir d’autres styles comme certaines équipes qui ne jouent pas vite mais se basent sur le mouvement de balle, les écrans. Il y a beaucoup plus de systèmes, tout le monde joue ensemble et est très bien coordonné. Chacun sait où il va se trouver sur le terrain. Je pense que beaucoup de gens vont regarder les Jeux olympiques l’année prochaine c’est sûr, surtout les Canadiens. »

Pour les Jeux Olympiques, ce sera sans doute trop juste pour Rudy Beya, mais le natif d’Ottawa passé par le Collège Franco Ouest ne cache pas que l’équipe nationale l’inspire. Il en fait même un objectif à long terme. 

« Mon but est de jouer pour l’équipe du Canada. Je ne pense pas que ce soit trop tard, je travaille beaucoup pour continuer à maintenir cette opportunité-là. Je pense que tout est possible quand on y croit avec l’aide de Dieu. Je travaille beaucoup individuellement et avec mes entraîneurs. Jouer pour le Canada, c’est un de mes plus grands rêves que j’ai envie de réaliser. Je suis né ici, je suis Canadien, je veux jouer pour mon pays, représenter ma famille et mes amis. »

La dirigeante du collège La Cité Lise Bourgeois sur le départ

OTTAWA – L’actuelle présidente-directrice générale du collège d’arts appliqués La Cité, Lise Bourgeois, partira à la retraite en juin prochain, après 14 ans d’exercice, a-t-on appris par voie de communiqué de l’établissement postsecondaire.

Mme Bourgeois occupe ses fonctions depuis 2010. Elle avait alors pris la relève d’Andrée Lortie, fondatrice de La Cité. Son mandat arrivant à échéance en 2022, elle avait été prolongée pour une période de deux ans.

Sous son impulsion, les méthodes pédagogiques, les partenariats et la recherche appliquée ont connu un développement significatif. Plusieurs nouveaux programmes ont par ailleurs vu le jour, dont un deuxième baccalauréat spécialisé, en sciences. Et le nombre d’étudiants inscrits a atteint 6 500.

C’est également sous son mandat qu’a été inauguré en 2018 le pavillon immersif Excentricité, un pôle d’innovation multidisciplinaire capable de se transformer en studio expérentiel comme en lieu de rassemblement.

Mme Bourgeois évoque son départ « avec beaucoup d’émotion. Ce sera aussi avec beaucoup de fierté pour les nombreux accomplissements de ce beau et grand collège dont la réputation s’étend maintenant au-delà de nos frontières ».

Native d’Embrun et enseignante dès l’âge de 18 ans, Lise Bourgeois a fait toute sa carrière dans le secteur de l’éducation, exerçant d’abord au Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) puis au sein du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), dont elle est devenue directrice de l’éducation en 2003, poste qu’elle a occupé durant sept ans. Son parcours et son engagement dans la francophonie lui ont valu, en 2019, le Prix Bernard-Grandmaître de l’ACFO Ottawa.

« Au nom de mes collègues du Conseil, je tiens à exprimer ma profonde gratitude à Lise pour sa vision, son leadership et son engagement de tous les instants qui ont permis de faire de La Cité un établissement reconnu pour la qualité de ses diplômés et un chef de file en Ontario français », a salué Lise Cloutier, la présidente du Conseil.

« Après plus de 14 ans en poste, son impressionnante feuille de route témoigne de ses multiples réussites à la tête de La Cité, lesquelles auront contribué à projeter le Collège vers un avenir des plus prometteurs », a-t-elle ajouté, soulignant « sa passion de l’éducation, son amour de la francophonie et ses grandes qualités humaines ».

Son successeur n’est pas encore connu. Le processus de sélection doit commencer « prochainement », a indiqué le Conseil.

« Il y a de la grogne au pays », concède Trudeau

Alors que se déroule une crise du logement et d’abordabilité au pays, qui entraîne du mécontentement chez ses députés, le premier ministre Justin Trudeau est resté de glace face à la remise en question de son leadership. Plus que jamais menacé par Pierre Poilievre, le chef libéral admet être conscient de la colère des Canadiens face aux enjeux du logement et de l’abordabilité.

Alors que débute aujourd’hui la retraite du caucus libéral, plusieurs députés ont confié à des médias comme Radio-Canada et le Toronto Star leur mécontentement par rapport à la performance de leur leader, mais aussi du gouvernement, notamment sur la question du coût de la vie. Certains remettent en question l’avenir du chef libéral ou encore plusieurs critiquent la ministre des Finances Chrystia Freeland.

Selon un récent coup de sonde de la firme Abacus Data, les conservateurs ont présentement une très large avance de 14 points sur les libéraux avec 40 % des intentions de vote. Ce nombre placerait les troupes de Pierre Poilievre dans le territoire d’un gouvernement majoritaire.

« Il y a de la grogne à travers le pays, c’est un moment extrêmement difficile pour quasiment tous les Canadiens », a admis Justin Trudeau, énumérant les prix trop élevés pour le logement, l’épicerie et l’essence.

Il doit rencontrer son caucus mercredi après-midi pour commencer cette retraite à London en Ontario.

« Nos députés font une job extraordinaire à écouter, à être là et écouter nos concitoyens, ils vont (lors de la retraite du caucus) être en train de partager ce que j’ai entendu dans toutes nos conversations à travers l’été, que les Canadiens ont besoin d’aide. »

Le premier ministre n’a pas mordu lorsqu’il a été questionné à plus d’une reprise en conférence de presse à savoir s’il était toujours l’homme de la situation pour mener les libéraux jusqu’à l’élection de 2026.

« On a deux bonnes journées de conversation avec les députés où l’on va avoir des conversations très franches… J’ai énormément d’ambition pour ce pays et j’ai hâte de continuer le beau travail qu’on fait ensemble », a-t-il répondu.

2000 nouveaux logements à London

Le premier ministre a annoncé en compagnie du ministre du Logement Sean Fraser une entente avec la municipalité de London dans le cadre du Fonds pour accélérer la construction de logements. Cette initiative construira 2000 logements au coût de 74 millions de dollars, de l’argent tiré d’une enveloppe de quatre milliards de dollars annoncé lors du budget 2022. Il s’agissait de la première entente conclue de ce genre entre le fédéral et une administration municipale malgré le fait que le tout ait été annoncé il y a plus d’un an.

« Il faudrait demander aux différents maires pourquoi ça a pris autant de temps », a rejeté Justin Trudeau. « On appelle à tous les maires à travers le pays à faire preuve d’ambition et d’être là pour accepter les investissements du fédéral. »

La Société canadienne d’hypothèques et de logement soutient, dans un rapport dévoilé mercredi, que le Canada doit construire 3,5 millions de logements supplémentaires de ce qui est prévu pour le moment d’ici 2030 pour résorber la crise du logement.

Selon la firme Abacus Data, seulement 19 % des Canadiens considèrent que le gouvernement Trudeau possède un bon plan pour régler la crise du logement au pays, alors que près du double considère qu’il n’en a aucun. Un Canadien sur deux estime que les libéraux ont un mauvais plan ou n’en ont aucun pour s’attaquer au problème du coût de la vie.

Francophonie en fête : sous l’autoroute, la musique en roue libre

TORONTO – Francophonie en fête fait son retour du 15 au 17 septembre dans l’amphithéâtre du Bentway, sous l’autoroute Gardiner, boulevard Fort York. Une 18e édition qui fait la part belle aux artistes émergents et qui se poursuivra les 29 et 30 septembre.

C’est à la poétesse et compositrice Tali de York qu’il reviendra la tâche d’ouvrir le festival ce vendredi dès 15h. Se succèderont ensuite les rythmes gospel de Prisca Benita, les notes de piano d’Anne-Sophie Roy, les classiques slaves du Trio Hassiba et les percussions d’Amadou Kienou.

Cette première journée placée sous le signe de la diversité musicale emmènera le public du Québec à la Russie en passant par le continent africain. De quoi mettre la table pour une deuxième salve de concerts le lendemain.

Le Trio Hassiba est composé d’anciens élèves et lauréats des Conservatoires russes de Minsk et d’Odessa. Crédit image : Rudy Chabannes

Au menu du samedi animé par ONFR, pas moins de huit artistes et groupes. Et pour lancer cette série : Welcome Soleil. Le groupe folk-rock composé de Guy Smagghe (voix, guitares, harmonica), Philippe Lafaury (guitares, mandoline, voix), Richard Morgan (basse, voix) et Paddy Morgan (batterie, percussions, voix) a sorti la tête du studio pour faire le tour des festivals, en attendant un premier album prévu à l’automne.

Puis ce sera le tour de Zilis d’Or, suivi de Fred Boutin qui présentera son nouvel album, puis Noemi & Le Friendless Crew et Suzelle. Après eux, les spectateurs goûteront au rap québécois de Dual-It et à la musique arabo-berbère d’Hassan el Hadi, tandis que Vincent Bishop clôturera cette deuxième journée sur les coups de 18h.

Le protégé franco-ontarien de la maison de disque LaFab Music excelle dans le répertoire du néo-trad, à la manière d’un homme-orchestre. Son 3e album, L’amour serait bienvenu, navigue entre trad, turlutte, beat-box et country, comme pourra le constater le public.

Vincent Bishop revient tout juste de la Franco-Fête de Thunder Bay. Gracieuseté

La troisième journée, qui se veut un moment familial, débutera à 11h avec, pour la première fois à Francophonie en fête, une pièce de théâtre. Créé par la comédienne franco-torontoise Nathalie Nadon, Amandine et Rosalie est un spectacle à succès qui a fait le tour des écoles francophones et d’immersion en Ontario – et au-delà – durant près de huit ans.

Les enfants auront l’occasion de découvrir quelques-unes des aventures de deux personnages attachants qui céderont leur place à Monsieur Philippe dont les chansons s’adressent, elles aussi, au jeune public.

Changement d’univers ensuite avec le folk de Mike Ford puis le reggae de Célia Opéra qui est en terra cognita sur la scène du Bentway L’artiste torontoise d’origine caribéenne était déjà à l’affiche de la précédente édition. Tout comme Tobias le baryton qui lui succèdera.

Tobias le Baryton avait surpris le public par la puissance de sa voix lors de la 17e édition. Crédit image : Ruy Chabannes

L’après-midi filera à toute vitesse avec Philippe Flahaut, Abel Maxwell, cactus Club et Butterfly Band, un groupe dirigé par Kofi Ackah, fils du célèbre musicien highlife ghanéen Jewel Ackah, et lauréat d’un prix JUNO.

Au total, ce seront donc 23 spectacles avec « une programmation qui tient compte de tous les publics », vante Jacques Charrette, le directeur de Francophonie en fête. « On a des artistes émergents, qui débutent leur carrière le vendredi et, les jours suivants, des noms plus connus comme Welcome Soleil, Vincent Bishop ou encore Abel Maxwell. On a aussi un dimanche qu’on a voulu ouvert à toute la famille et un programme qui débute plus tôt. Ce sera également l’occasion de fêter en avance la Journée des Franco-Ontariens. »

Abel Maxwell, qui a sorti un 5e album cette année, se produira dimanche. Gracieuseté

M. Charrette met de l’avant le mélange d’artistes aux compositions tantôt douces, tantôt entraînantes, et une diversité intercontinentale qui rapproche les francophonies. « Que ce soit dans les compositions trad de Vincent Bishop ou dans les sonorités arabes d’Hassan El Hadi, on retrouve à chaque fois une énergie qui connecte avec les gens. »

Deux autres dates sont à noter sur les agendas : la pièce de théâtre La descente aux affaires du conteur québécois Fred Pellerin le 29 septembre et le concert du chansonnier Daniel Bélanger le 30 septembre avec, en première partie Beau Nectar.

Ces deux représentations au Paradise Theatre affichent complet pour les places assises mais des billets additionnels ont été mis en vente au balcon (places debout).

Welcome Soleil débutera la série de concerts du samedi. Gracieuseté

Doug Ford plus impopulaire que jamais

Un sondage de la firme Angus Reid montre que le taux de popularité du premier ministre Doug Ford est à son plus bas depuis son arrivée au pouvoir en 2018.

Alors que 42 % des Ontariens approuvaient le chef progressiste-conservateur à son arrivée au pouvoir en 2018, ce chiffre chute aujourd’hui à 28 %, en pleine tourmente liée à la Ceinture de verdure. 67 % des Ontariens désapprouvent modérément ou fortement le travail du premier ministre de l’Ontario. Son taux d’approbation au sein de sa base progressiste-conservatrice, effectue aussi une chute importante de 80 % à 63 % en l’espace de quelques mois.

En juin dernier, Doug Ford récoltait un taux de satisfaction de 33 % à l’échelle de la province, mais c’était avant le rapport de la vérificatrice générale sur la Ceinture de verdure, qui a conduit le ministre du Logement Steve Clark à la démission.

Le taux d’approbation de Doug Ford au cours des cinq dernières années. Source : Angus Reid.

Cette étendue de terre agricole (7400 acres) qui équivaut à près de 5500 terrains de soccer aurait été vendue à des promoteurs immobiliers et propriétaires dans le cadre d’un processus « biaisé », avec un traitement préférentiel, écrit la vérificatrice générale dans un rapport spécial. Bonnie Lysyk soutient que le retrait des terres de la Ceinture « manquait de transparence » et aurait permis à des promoteurs proches du bureau du ministre du Logement Steve Clark de « tirer un avantage financier considérable ».

Même si Doug Ford insiste sur le contraire, 72 % des Ontariens estiment qu’un « traitement préférentiel » a été accordé à des développeurs immobiliers dans cette histoire, dont 75 % des personnes sondées disent avoir connaissance du sujet.

Toujours en première place

Malgré son plus bas taux d’approbation, le premier ministre ontarien constitue toujours l’option préférée des électeurs alors que 38 % soutiennent qu’ils voteraient pour les progressistes-conservateurs. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) avec sa nouvelle cheffe Marit Stiles et les libéraux, toujours sans chef, suivent ensuite avec respectivement 28 % et 22 % des intentions de vote.

Marit Stiles et les néo-démocrates récolteraient 28 % des intentions de vote selon Angus Reid. Crédit image : Twitter NPD Ontario

L’Institut Angus Reid a mené un sondage en ligne du 31 août au 6 septembre 2023 auprès de 799 adultes ontariens. L’échantillon possède une marge d’erreur de plus ou moins 3 %, et ce 19 fois sur 20.

Séisme : la communauté marocaine de l’Ontario profondément touchée

Au moment d’écrire ces lignes, le Maroc recense près de 2800 morts et 2500 personnes blessées suite au tremblement de terre ayant frappé la région de Marrakech le 8 septembre. En Ontario, la communauté marocaine est en peine. Bien qu’il y ait de l’espoir et de la solidarité, c’est une période de deuil que traversent les Marocains canadiens.

Najat Ghannou, la présidente de l’Association canadienne des Marocains d’Ottawa et de Gatineau, a très vite ouvert une plateforme de financement en ligne pour aider ses concitoyens démunis. 

« La communauté marocaine dans la région d’Ottawa est très bouleversée », estime la présidente au micro d’ONFR.

« Nous essayons de nous ressaisir pour aider les gens qui ont de la famille là-bas et ceux qui ont tout perdu, notamment dans la partie du sud de Marrakech, Al-Haouz. »

Mme Ghannou a ouvert un GoFundMe afin d’envoyer de l’argent aux familles dans le besoin. Elle suit les chiffres chaque jour et s’informe auprès des services d’urgence sur place. 

Heureusement, dit-elle, elle n’a perdu aucun membre de sa famille. Mais la peine est immense. « Je suis ici, mais mon cœur est là-bas. »

Plusieurs initiatives en cours 

La blogueuse et travailleuse en éducation inclusive à Ottawa Layla Saligane se sert de ses réseaux pour organiser de l’aide. Lorsqu’elle a appris la tragédie qui se déroulait dans son pays, la jeune femme a tout de suite contacté sa famille et sa communauté. 

Stories de Layla Saligane sur son compte Instagram. Capture d’écran/ONFR

« Il faut agir vite, parce que ces gens-là se trouvent dans les montagnes et, bientôt, il fera froid. C’est sans parler du temps qu’il faudra pour reconstruire », alerte-t-elle.

En trois jours, Mme Saligane a récolté plus 23 000 $. Elle a déjà organisé l’envoi de vêtements, de tentes et sacs de couchage qui partiront d’Ottawa cette fin de semaine. En parallèle, elle s’est associée avec des personnes sur place pour acheter le nécessaire, dont deux camions de 20 tonnes de nourriture livrés ce mercredi dans les coins difficiles d’accès et durement touchés par cette catastrophe. 

« Nous avons reçu des dons de partout au Canada et de toutes les communautés », s’émeut-elle. « Cette solidarité est nécessaire. »

Layla Saligane est bloggeuse. Sa communauté a réagi en masse, sous forme de dons d’argent, mais aussi de vêtements chauds. Gracieuseté

Layla Saligane a monté une véritable équipe de bénévoles au Maroc, qui lui transmet les besoins réels. D’après la jeune femme, le défi reste l’accès aux villages. 

Najat Ghannou admet ne pas beaucoup dormir depuis le tremblement de terre, du fait de l’ampleur du désastre. « Ma famille va bien et elle se mobilise. En fait, la solidarité marocaine est exemplaire », se rassure-t-elle.

Selon les membres de sa famille, des « kilomètres de personnes » se sont déplacés pour donner leur sang à la Croix rouge. 

« Dans tout le pays, des camions convergent vers les zones sinistrées pour apporter des couvertures, des médicaments, de l’eau et même héberger des gens. »

À Ottawa, les communautés s’agitent. Entre autres, la communauté judéo-marocaine et l’école publique secondaire Gisèle Lalonde à Orléans font des levées de fonds pour remplir la cagnotte de Mme Ghannou. 

Malgré le soutien, le sentiment d’impuissance

Des trémolos dans la voix, la présidente de l’association marocaine explique que les Marocains s’occupent même d’enterrer leurs proches. « Le bilan n’est pas terminé. C’est catastrophique, quand on sait que de nombreuses personnes sous les décombres ou qui ont tout perdu n’ont pas encore été rejointes. »

Najat Ghannou est présidente de l’Association canadienne des Marocains d’Ottawa et de Gatineau. Gracieuseté

Les militaires marocains et des pays voisins constatent eux-mêmes les difficultés sur le terrain. D’après Mme Ghannou, les animaux tels que les ânes et les chevaux sont utilisés pour porter le matériel là où les hélicoptères ne peuvent pas se rendre. 

À Toronto, Hassan El Hadi se sent impuissant, lui qui est originaire de Chichaoua, une des régions les plus touchées par le séisme. 

« Je connais tous les villages. Certains ont disparu, rasés de la carte », affirme-t-il. 

Hassan El Hadi vit à Toronto. Sa région fut l’une des plus touchées au Maroc. Source : Facebook

M. El Hadi aimerait aider son peuple. Il se dit malade d’être si loin de sa famille dans ce moment si particulier. 

« Les gens n’ont rien, ma famille a fui sa maison en pleine nuit, c’était dangereux de rester proche des immeubles et des maisons. »

« C’est catastrophique, il y a des enfants dehors, des bébés même », s’emporte-t-il. « C’est inquiétant, je me sens démuni. »

De l’aide internationale qui pourrait être contre-productive

Mme Ghannou ne croit pas aux rumeurs de refus d’aide de la part du Royaume. « Le Maroc ne ferme pas ses portes, il y a déjà beaucoup de pays sur place. »

En effet, le Qatar, l’Espagne, le Royaume-Uni, la Turquie et les Émirats arabes unis seraient déjà sur le terrain. Le Royaume du Maroc n’aurait pas « encore » répondu à la demande de la France et des États-Unis pour intervenir. 

Les Marocains fouillent les décombres à la suite du séisme. Crédit photo : Carl Court/Getty Images

Pour certains, ce serait une façon de garder une coordination sur place, fluide et ordonnée. Pour d’autres, cette absence de réponse sous-entend un froid entre la France et le Maroc. Depuis que l’ancienne puissance coloniale se rapproche de l’Algérie, qui a rompu en 2021 ces rapports diplomatiques avec Rabat, les relations entre la France et le Maroc seraient tendues.

Pour Hassan El Hadi, « il faut se concentrer sur les gens qui souffrent et qui sont déjà pauvres. C’est de la politique et ça n’aide personne ».

À ce jour, le bilan est lourd et ne cesse d’augmenter. Plus les jours passent, plus les chances de retrouver des survivants s’amoindrissent. 

Campus Saint-Jean : l’inquiétude règne au sein de la francophonie albertaine

De récentes décisions de la direction du Campus Saint-Jean, dont celle de retirer par « erreur » le français d’une enseigne, inquiètent au sein de la communauté francophone de l’Alberta.

Le Campus Saint-Jean est une faculté de l’Université de l’Alberta avec près de 700 étudiants et le seul établissement postsecondaire en français à l’ouest de Winnipeg. Il est situé à Edmonton dans le quartier Bonnie Doon, désigné comme le cœur de la francophonie albertaine.

Lundi, les employés ont eu la surprise de constater que le français sur leur enseigne bilingue à l’avant de l’édifice avait été retiré au profit d’une unilingue anglophone. La direction a publié un communiqué mardi admettant que « l’omission de la dimension francophone sur le panneau d’entrée du Campus Saint-Jean est une erreur importante et regrettable ».

« Le panneau sera immédiatement retiré, et un nouveau panneau d’entrée sera installé qui reflète l’identité culturelle francophone unique du Campus tout en s’alignant sur la nouvelle image de marque institutionnelle », est-il déclaré.

Pour l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), « c’est complètement un manque de respect de la part de l’Université de penser que ça aurait pu être raisonnable ».

« C’est un geste d’assimilation. Ça montre un manque de compréhension totale », dénonce son président Pierre Asselin.

Un peu plus tôt en juin, une salle historique qui comporte des objets et produits faisant référence à l’histoire francophone de la province et du Campus Saint-Jean a disparu pour faire place à une salle de classe. Des artefacts et des objets qui y étaient sont inévitablement reliés aux oblats, qui ont fondé en 1908 cette école. Les Oblats ont joué un rôle important dans les pensionnats autochtones, eux qui en ont administré 48 pour Autochtones au Canada. Les artefacts et autres éléments qui s’y trouvaient ont été entreposés, mais cette décision a été prise sans consultation, dénonce la communauté francophone.

En avril, la faculté expliquait dans un communiqué que le campus serait « partiellement rénové » pour transformer progressivement son infrastructure pour y « intégrer une dimension inclusive et respectueuse, tout en adoptant une approche éducative des éléments historiques restants ».

Un « effacement » de la francophonie albertaine

Ces gestes posés sont porteurs d’un plus grand message selon M. Asselin, qui avance que plusieurs membres de la communauté s’inquiètent de plus en plus de l’avenir de la faculté. L’arrivée d’un nouveau doyen, Jason Carey, en juin 2022, combiné à un renouvellement de la mission de l’Université de l’Alberta fait craindre le pire aux membres de la communauté.

« Dans la dernière année où le doyen est en poste, on n’a jamais été aussi interpellé par les membres de la communauté par rapport à leur inquiétude au Campus Saint-Jean. Les gens sont très inquiets », ne cache pas M. Asselin.

Ce qui se passe dans les derniers mois est « un effacement de l’histoire de la Faculté Saint-Jean », estime de son côté Carol Léonard, professeur spécialisé dans la toponymie au sein de l’institution franco-albertaine.

Selon ce dernier, les relations entre l’Université et la communauté sont « au plus mal » ces derniers temps.

Des changements au sein de la direction et d’autres événements font en sorte que « le français ne paraît plus de manière aussi évidente qu’auparavant » au sein du campus francophone, déplore-t-il. Le professeur Léonard n’hésite pas à se demander si l’Université n’osera pas changer le nom du campus. Depuis plusieurs années, une sorte de nuage noir plane au-dessus de l’institution, à la suite de nombreuses coupures budgétaires et d’un financement incertain.

« Il semble important pour la communauté et les gens à l’intérieur de l’Université qu’elle dise clairement ce qu’elle entend faire et pourquoi elle entend le faire », demande lui qui est aussi membre de la Société historique francophone de l’Alberta.

Immigration francophone : Ottawa doit agir vite, presse la FCFA

Le gouvernement fédéral doit prendre un engagement incessamment afin d’augmenter sa cible en immigration francophone, s’impatiente la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

Actuellement, le gouvernement canadien a une cible de 4,4 %, qu’il n’a atteint qu’à une seule reprise depuis 2001, soit l’an dernier. Une étude du Commissariat aux langues officielles a démontré que ces manquements au cours des deux dernières décennies ont contribué au déclin du français au Canada. La FCFA demande à ce que la cible triple à 12 %, mais au minimum, à 10 %.

« En bas de 10 % serait inacceptable », tranche la présidente de la FCFA, Liane Roy.

L’organisme francophone aimerait par la suite que ce nombre augmente graduellement jusqu’à 20 % en 2036. Tout cela est dans le but d’atteindre un poids démographique pour les francophones hors Québec de 6,1 %, comme c’était le cas en 1971.

« Donc la question importante à savoir, c’est dans combien de temps ils (le gouvernement) veulent arriver à ce chiffre-là. Par la suite, tout est mathématique… On veut des cibles de rattrapage et qui sont un peu plus agressives pour freiner notre déclin démographique », réclame Liane Roy lors d’une conférence de presse à l’aube de la rentrée parlementaire, le 18 septembre.

En vertu de la nouvelle Loi sur les langues officielles adoptée en juin dernier, le gouvernement fédéral doit notamment se doter d’une nouvelle stratégie en immigration francophone comportant des cibles et des indicateurs. Les obligations en vertu de cette stratégie doivent être adoptées par décret par le ministre de l’Immigration. Cette nouvelle mouture oblige le gouvernement, au sens de la Loi, a rattrapé l’actuel poids démographique des francophones hors Québec de 3,4 %, via l’arrivée de nouveaux arrivants.

« On s’attend à ce que le gouvernement mette une vision pour les 20-25 prochaines années et un peu les étapes qu’il faut franchir pour y arriver. On sait qu’il y a un travail majeur à faire, mais il faut préparer les communautés… On ne demande pas juste des cibles pour les trois prochaines années », dit de son côté le directeur général de la FCFA Alain Dupuis.

L’organisme a récemment rencontré le nouveau ministre de l’Immigration, Marc Miller, à la suite du remaniement ministériel de juillet.

« Les réponses qu’on a obtenues du ministre Miller étaient que ça faisait juste un mois qu’il était en poste et qu’il allait se pencher sur la question… Mais on n’a quand même pas d’échos », avance Liane Roy.

Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones ne ferme pas la porte quant à voter contre le projet de Loi C-13. Crédit image : Stéphane Bédard.
Marc Miller, est arrivé en poste en juillet comme ministre de l’Immigration Crédit image : Stéphane Bédard.

Alors qu’un débat s’est créé dans les derniers mois au pays autour des seuils d’immigration, la FCFA précise qu’elle n’a pas de préférence concernant une baisse, une hausse ou un plafond sur ceux-ci.

« Nous, ce qu’on veut, c’est qu’on aille chercher à l’intérieur de ces nombres-là, la quote-part si on peut dire ainsi pour les francophones », précise sa présidente.

Le Canada doit accueillir 465 000 nouveaux arrivants cette année et augmenter jusqu’à 500 000 en 2025. Face à la pénurie d’habitations au Canada, le ministre du Logement Sean Fraser avait évoqué mettre un cap sur le nombre d’étudiants étrangers comme solution. Mais son collègue Marc Miller a indiqué que le gouvernement n’avait pas l’intention de déroger à ses objectifs de résidents permanents de 2023 à 2025. Citant un besoin trop grand en matière de main-d’œuvre, il avait indiqué « ne pas voir un monde où nous soyons en mesure de vouloir (les seuils) réduire », plaidait-il en entrevue avec Bloomberg.

Le gouvernement doit annoncer le 1er novembre de nouvelles cibles de résidents permanents, qui incluent aussi ceux sur l’immigration francophone. Son prédécesseur, Sean Fraser, avait affirmé à l’hiver 2022 que son gouvernement allait augmenter son objectif sans toutefois se prononcer sur un chiffre. Il avait souvent pointé du doigt un manque de locuteurs du français dans le bassin de migrants souhaitant venir au Canada comme frein à mettre une cible plus élevée.

Plus de 80 000 votants choisiront le prochain leader libéral

TORONTO – Le Parti libéral de l’Ontario a enregistré plus de 80 000 nouveaux membres, au moment de la clôture des adhésions lundi soir, soit plus du double de la précédente course au leadership. En ligne de mire : l’élection d’un nouveau chef en décembre, après une série de débats publics.

S’il reste encore le vote étudiant à enregistrer (la date limite étant fixée au 26 septembre), ce chiffre donne une idée assez précise du nombre de membres désormais. En comparaison, 38 000 membres avaient eu le droit de voter lors de la direction du parti en 2020, et 44 000 en 2013.

La candidate Bonnie Crombie, estime avoir apporté au parti presque la moitié de ces membres, tandis que son rival Yasir Naqvi en revendique 31 000. « Grâce à leur travail acharné, je suis heureux de dire que le décompte de nos effectifs circonscription par circonscription nous place dans une position compétitive pour le premier scrutin dans au moins 116 des 124 circonscriptions de la province », affirme ce dernier.

Adil Shamji, Yasir Naqvi, Bonnie Crombie, Ted Hsu et Nathaniel Erskine-Smith sont les cinq candidats officiels engagés dans la course au leadership libéral ontarien. Montage ONFR

La mairesse de Mississauga Bonnie Crombie, les députés provinciaux Adil Shamji (Don Valley-Est) et Ted Hsu (Kingston et les Îles), ainsi que les députés fédéraux Yasir Naqvi (Ottawa-Centre) et Nathaniel Erskine-Smith (Beaches-East York) se disputent le fauteuil de chef du parti, laissé vacant depuis la défaite de Steven Del Duca aux dernières élections provinciales. Les cinq candidats s’apprêtent à confronter leurs idées au cours d’une série de débats, dont le premier aura lieu ce jeudi à Thunder Bay.

Plus de 80 000 membres recrutés, « ça démontre une certaine capacité de mobilisation des candidats », analyse Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster qui entrevoit des débats à venir en mode « tous face à Mme Crombie pour essayer de fédérer le vote anti-Crombie ».

Au niveau idéologique, l’ancienne membre du parlement d’Ottawa est « très proche de M. Del Duca, mais à l’opposé de ce dernier, semble vouloir repositionner le parti au centre-droit », en cas de victoire lors des primaires du parti.

Dans un contexte de recul conservateur

Ce record d’adhésions au parti intervient dans un contexte de perte de vitesse du premier ministre au pouvoir dans les intentions de vote. Un sondage de l’institut Abacus, révélé la semaine dernière que le soutien au camp progressiste-conservateur avait chuté de 4 points en un peu plus d’une semaine, passant de 38 % à 34 % et de 7 points depuis fin juillet (41 % à 34 %). Les libéraux reprenant des couleurs avec 3 points de plus à 28 %, et le NPD 2 points à 26 %.

Ce recul de popularité du parti de Doug Ford a pour toile de fond le scandale sur la Ceinture de verdure qui a précipité la chute d’un de ses lieutenants, le ministre des Affaires municipales et du Logement Steve Clark, puis un remaniement ministériel. « Il faut ajouter à cela le fait que M. Ford n’a pas eu, au niveau économique, de grandes idées brillantes au-delà des subventions allouées aux manufacturiers automobiles. Ça crée un espace vers le centre, où le Parti libéral était concurrent par le passé et ça donne peut-être des idées aux gens qui auraient voté pour M. Ford de se tourner vers les libéraux, surtout dans la banlieue torontoise. »

John Fraser, chef par intérim du Parti libéral de l’Ontario. Crédit image : La Presse canadienne/Andrew Lahodynskyj

Avant cela, un premier signal avait alerté les troupes conservatrices avec une double défaite dans les scrutins partiels de Kanata-Carleton et Scarborough-Centre, au profit des libéraux.

« Les Ontariens en ont assez des accords d’un milliard de dollars conclus en coulisses par Doug Ford et trouvent un nouveau foyer au sein du Parti libéral de l’Ontario », est convaincu John Fraser, le chef intérimaire du parti.

Les membres du parti voteront les 25 et 26 novembre prochain selon un nouveau système fondé sur le vote préférentiel, tandis que le dépouillement des bulletins de vote et l’annonce des résultats de chaque tour auront lieu le 2 décembre, et le nouveau chef du PLO sera annoncé le même jour.

Bien avant les élections provinciales en 2026, une autre échéance-test doit avoir lieu : l’élection partielle de Kitchener-Centre.

Le basket canadien en bronze : « Une première étape vers quelque chose de plus grand en 2024 »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI?

Justin Serresse est l’entraineur en chef et le directeur général de l’équipe masculine de basket-ball de l’université Wilfrid-Laurier. Ce technicien franco-ontarien est aussi entraîneur adjoint au sein de l’équipe nationale canadienne des moins de 19 ans depuis trois ans. 

LE CONTEXTE

L’équipe nationale de basket-ball masculine du Canada a terminé à la troisième place lors de la Coupe du Monde aux Philippines avec une victoire pour la médaille de bronze face aux États-Unis. Il s’agit de la première médaille sur la scène internationale pour le Canada qui voit le basket-ball grandir à vitesse grand V au pays.

L’ENJEU

Au cœur de la formation des jeunes talents canadien, Justin Serresse revient sur le parcours exceptionnel de la sélection nationale, comment il s’en est servi auprès de ses joueurs et l’impact que peut avoir un tel résultat sur le basket canadien à l’avenir. 

« Quel est votre avis sur cette médaille de bronze canadienne? 

Franchement, je n’ai pas été étonné par rapport à leur potentiel. On savait qu’ils avaient mis en place une équipe intéressante. Ils ont vraiment réussi à bien définir les rôles au sein de l’équipe. L’équipe était bien équilibrée. Ils avaient beaucoup d’armes sur les postes extérieurs en attaque comme en défense. Ils pouvaient jouer différents styles de jeu tout en étant toujours physiques. Au-delà des joueurs majeurs, Nikeil Alexander Walker a vraiment rempli son rôle en sortie de banc à merveille en permettant d’écarter le jeu par son adresse à 3-points et en étant excellent également en défense. Il m’a vraiment surpris à ce niveau-là. 

Comment avez-vous vécu la compétition? 

C’est difficile de regarder les matchs comme un fan lorsque vous êtes entraîneur. C’est pour ça que parfois j’aime regarder d’autres sports pour être détaché de cette vision d’expert qui analyse sans cesse les systèmes, les ajustements, etc. C’est pratiquement impossible pour moi de regarder le basket de cette manière maintenant que je suis entraîneur depuis plus de 14 ans. Je l’ai vraiment suivi en mode technicien en regardant les ajustements, les décisions des autres entraîneurs, leurs rotations… 

Vous êtes né à Rouen en France mais vous avez un parcours ontarien long de 17 ans entre Sudbury, Ottawa et Waterloo et la nationalité canadienne depuis deux ans maintenant. Supportiez-vous la France ou le Canada lors du match d’ouverture entre les deux nations? 

Par rapport au Canada, je suis vraiment fan du programme parce qu’ils m’ont donné une chance de travailler avec eux et je suis en plus devenu canadien depuis 2021. Quand il y a eu ce match Canada-France, c’était un peu compliqué mais j’avais quand même plus d’attaches du côté canadien car il y avait des joueurs que j’ai entraînés comme Zach Edey que j’avais eu avec moi aux Championnats du monde des moins de 19 ans, il y a trois ans. J’ai aussi de très bons amis proches qui font partie du staff de l’équipe canadienne donc il y a un côté un peu plus personnel. 

En équipe de France, je suis plus fan des joueurs et je suis un peu patriotique mais je n’ai pas d’amitié, je ne connais personne de manière personnelle au sein de l’équipe. Du coup, comme je fais partie du projet de l’équipe canadienne, que j’ai gagné des médailles avec eux, je suis plus Team Canada. Et Team France quand le Canada n’est pas impliqué. De manière générale, je suis aussi et surtout fan du beau jeu.

Est-ce que vous avez senti un engouement chez vos joueurs pour cette compétition internationale? On sait que les jeunes sont souvent plus attirés par la NBA

J’ai fait des sessions avec mes joueurs lors des matchs de 8h40. On les regardait et on les analysait ensemble. J’ai fait un match du Canada et celui entre l’Allemagne et les États-Unis. Par rapport à l’engouement, je pense que les horaires n’ont pas contribué à ce que la compétition et les matchs soient très médiatisés. 

À quel point est-ce important pour vous d’utiliser les compétitions internationales comme celle-ci pour sensibiliser vos joueurs au jeu FIBA (règles du basket international qui sont différentes de la NBA)?

Vu qu’on utilise les règles internationales ici, pour moi les compétitions FIBA comme l’Euroligue mais surtout les compétitions internationales comme l’Eurobasket, les Championnats du monde et les Jeux olympiques sont des choses primordiales pour mon équipe. Ils doivent s’y intéresser afin de s’éduquer. Il y a des joueurs dans les compétitions européennes par exemple qui ne sont pas toujours mis en avant surtout dans des nations comme la Lettonie, l’Allemagne, la Serbie ou encore la Slovénie. Il y a beaucoup de joueurs des ligues européennes peu suivies en Amérique du Nord mais c’est normalement le style de basket qu’on joue ici. C’est donc très important de suivre ces compétitions. 

Pensez-vous que cette médaille de bronze puisse avoir un impact sur une augmentation de la pratique du basket dans le pays à l’image du titre des Raptors en 2019 ou de la « génération Vince Carter  » des années 2000? 

C’est plus dans la continuité de ce qui est déjà en train de se passer. Le basket prend de l’ampleur depuis que je suis arrivé au Canada, dans tous les domaines que ce soit au lycée, dans les écoles préparatoires et même les clubs avec les équipes AAU qui voyagent partout aux États-Unis. Il y a aussi un essors des entraîneurs spécialisés dans le développement. On a même de plus en plus de gens qui veulent travailler dans le basket sans y avoir joué par le passé en devenant spécialistes des statistiques par exemple. Quand tu es dans l’industrie, tu as vraiment cette sensation que de plus en plus de monde se passionne pour le sport et veut travailler dedans sans faire partie de ce monde au départ. 

Il y a une ligue professionnelle, la CEBL, qui s’est installée, les Raptors qui ont gagné leur titre. Pour moi, cela ne va pas avoir un impact immédiat dans la croissance du sport parce qu’avec ou sans, le sport est déjà en grande croissance. Même si les Championnats du monde sont un grand événement, pour moi les Jeux olympiques restent le moment phare. Je pense qu’une médaille olympique, en revanche, ferait encore plus de bien à la croissance. Ce parcours en Coupe du monde n’est pas à minimiser mais je pense que cela reste une première étape vers quelque chose de plus grand en 2024. »

Soccer : un nouveau titre pour Vanessa Gilles avec l’Olympique lyonnais

La Franco-Ontarienne de l’Olympique lyonnais a parfaitement redémarré sa saison en club avec une victoire lors du Trophée des championnes dimanche face au Paris Saint-Germain.

La page du mondial raté par la sélection nationale canadienne féminine de soccer a vite été tournée par Vanessa Gilles. La défenseuse qui évolue du côté de la France en club a repris, ce dimanche, la compétition officielle avec le Trophée des championnes qui oppose chaque année en début de saison le vainqueur du championnat de France en titre au vainqueur de la Coupe de France. 

L’Olympique lyonnais de Vanessa Gilles ayant remporté les deux compétitions, c’est le PSG deuxième du championnat qui a été désigné pour affronter les Lyonnaises au stade de l’Aube à Troyes. 

Les championnes de France ont fait respecter la hiérarchie avec une victoire sur le score de 2-0. La nouvelle recrue haïtienne Melchie Dumonay a ouvert le score à la 35e minute, puis Eugénie Le Sommer, l’internationale française, a inscrit le deuxième but en deuxième mi-temps (67e). Alignée aux côtés de Wendy Renard en défense centrale, Vanessa Gilles a disputé l’intégralité de la rencontre. 

Il s’agit du troisième trophée remporté avec Lyon depuis son arrivée en 2022 pour la joueuse formée du côté d’Ottawa, après le championnat et la Coupe de France la saison dernière. Mais les objectifs affichés par le club rhodanien sont européens, avec la reconquête de la Ligue des Champions en ligne de mire à la fin de cette saison.

Prochaine échéance nationale, le championnat avec un match d’ouverture en déplacement au Havre le 15 septembre au stade Océane. 

Au niveau international, Vanessa Gilles – qui est championne olympique en titre – retrouvera la sélection à la fin du mois avec une double confrontation face à la Jamaïque dans le cadre de la Gold Cup les 22 et 26 septembre. Une belle occasion de faire oublier les déboires de l’été en Australie. 

Voici les lauréats du Gala Trille Or 2023

OTTAWA – Hier avait lieu le Gala Trille Or, où sont récompensés des artistes franco-canadiens, au Centre National des Arts, à la suite de deux jours de célébrations, de vitrines et de panels. Une 12e édition haute en couleur qui s’est démarquée cette année par sa diversité de genres musicaux et des prix partagés entre les artistes fransaskois et franco-ontariens.

Neuf catégories figuraient lors du Gala, soit : EP, Album, Video Clip, Spectacle, Groupe, Auteur et/ou compositeur, découverte, artistes solo, chanson primée et coup de cœur du public.

La dernière étant une mise à jour de l’ancienne catégorie « coup de cœur média ».

« Elle était assez redondante par rapport à la catégorie artiste solo. On voyait souvent les mêmes nominations et puis ce qui était important pour nous c’était de faire voter le public », explique Thomas Kriner, directeur général de l’APCM. 

Une autre mise à jour de cette année : pas d’artistes acadiens et de l’Est canadien. Un resserrement territorial effectué à la lumière d’un règlement stipulant que le Trille Or s’adresse avant tout aux artistes de l’Ontario et de l’Ouest.

Voici donc la distribution variée de lauréats du Gala de samedi, dont le ratio de lauréats franco-ontarien et fransaskois est presque équivalent.

Marie-Clo x éémi (Beau Nectar)

Récipiendaire dans les catégories :
• EP (Mini Album) – Two Lips pt.1
• Découverte
• Chanson Primée – « Le noyer »

Crédit image : Maxime Délaquis.

Le groupe 50 % franco-ontarien, 50 % fransaskois Beau Nectar a remporté le plus de nominations de la soirée, notamment dans les catégories EP (Two Lips pt.1), Découverte et Chanson Primée (Le Noyer). Leur approche musicale pop électronique intimiste, vibrante et surréaliste mêlée à leur parole éco-féministe a porté fruit.

« On est des femmes qui travaillent dans l’industrie pis on a décidé de travailler dans l’industrie et d’être musiciennes. C’est un choix qu’on ne s’est pas toujours fait donner [en tant que femmes]. De se faire valoriser pour notre travail, c’est énorme », commente éémi, pour rebondir sur leur mandat féministe.

Le titre de la chanson Le Noyer porte un double sens. Elle est une métaphore passant par l’arbre du noyer noir, reconnue pour tuer les autres plantes l’entourant. « Elle a une mauvaise réputation, elle tue certaines plantes pour pouvoir protéger d’autres plantes. On a un peu fait la métaphore entre comment les gens peuvent voir les femmes qui protègent leurs environnements comme étant toxiques », explique éémi.

Étienne Fletcher
Récipiendaire dans les catégories :
• Album (Entre-deux)
• Artiste solo

L’artiste fransaskois Étienne Fletcher a été récompensé pour son album Entre-Deux. Crédit image : Maxime Délaquis.

Entre-deux est le premier album long du musicien fransaskois Étienne Fletcher. S’y trouve un univers rock, blues, folk et pop qui s’attaquent sans compromis, mais avec douceur, à quelques-unes des plus immenses épreuves et vérités de l’existence. « Si ce n’est pas authentique, si on n’y croit pas, je ne sais pas ce qu’on fait là! lance-t-il à l’industrie musicale en recevant son prix.

« Ce fut tout un processus avec la fin de la pandémie! On a réussi à faire quasiment tout cet album-là dans un sous-sol à Régina en Saskatchewan », révèle-t-il.

Étienne Fletcher a aussi remporté deux autres nominations dans les catégories Conception visuelle et musique Rock-Alternative.

Reney Ray
Récipiendaire dans la catégorie :
• Coup de coeur du public

Crédit image : Julien Lavoie

La native de Kapuskasing est la première récipiendaire du prix « coup de cœur » du Gala. « Oh my god », s’est-elle exclamée au micro, avant d’un peu plus tard révéler que « je vais me donner un peu de crédit parce que je pense que j’ai voté pour moi 47 fois ». L’auteure-compositrice-interprète, dont la présence musicale est « tel un baume brut » a su émouvoir son public fidèle de l’Ontario, même après avoir quitté la province il y a quelques années déjà.

Ponteix
Récipiendaire dans la catégorie :
• Vidéoclip – « Les années ft. Témé Tan »

Crédit image : Maxime Délaquis.

Ponteix, de son nom Mario Lepage, prenait le chapeau de lauréat, mais aussi de directeur musical du Gala de cette année. « Je me sens satisfait du spectacle. C’était beaucoup de travail. Je sens que j’ai bâti quelque chose avec une équipe douée qui se tenait debout. »

Son vidéoclip récipiendaire Les années mettent en scène lui-même ainsi que Témé Tan, les unissant par un paysage similaire, mais dans leurs lieux natals respectifs, la Belgique et la Saskatchewan. Une collaboration qui est le résultat d’une première rencontre faite lors du Trille Or des années passées, souligne Ponteix en entrevue avec ONFR.

« Je voulais montrer des endroits extrêmement beaux de la Saskatchewan. Souvent les gens n’y pensent que comme un endroit à perte de vue et c’est tout. Moi, j’avais envie de démontrer qu’il y avait des déserts, des forêts, des badlands, des côtés vallonnés à cet endroit dont les gens sous-estiment la beauté. »

YAO
Récipiendaire dans la catégorie :
• Spectacle de l’année

Crédit image : Maxime Délaquis.

YAO en aura touché plus d’un avec le spectacle de son dernier album Kintsugi. Il s’agit de l’art japonais de réparer la céramique avec des métaux précieux, rappelle-t-il. « Un peu comme les traces d’un nouveau destin qui se dessine, mais sans oublier l’ancien », explique-t-il en entrevue.

L’image est intrinsèquement reliée à la santé mentale, sujet sur lequel l’auteur-compositeur-interprète s’ouvre pleinement dans son album. Celui qui se considère comme « un gars de scène » explique que « cet album appelle à la nécessité que je fasse ma guérison avec le public ». YAO a aussi reçu un prix pour Prise de son et Mixage pour son album le soir du 7 septembre.

Les Rats d’Swompe
Récipiendaire dans la catégorie :
• Groupe

Les Rats d’Swompe. Crédit image : Maxime Délaquis.

Le groupe franco-ontarien des Rats d’Swompe, dont il manquait deux membres lors de la soirée du gala, sont avant tout des amis. « À chaque fois qu’on vit le show, c’est différemment avec tout le monde. Parce qu’on a du plaisir. On s’est tout le temps dit dans le band que la journée qu’on va arrêter d’avoir du fun, ça va être la fin des Rats d’Swompe », lance Patrick Pharand avant de remercier ses coéquipiers. La fraternité du groupe et de ses collaborateurs est palpable « tout le monde qui ont fait partie de ce projet-là, c’est des rats », rigolent-il.

Le groupe a aussi remporté un prix dans la catégorie Export Ontario le 7 septembre dernier.

Anique Granger
Récipiendaire dans la catégorie :
• Auteur.e compositeur.trice de l’année

Crédit image : Maxime Délaquis.

Anique Granger est une « forgeuse de chansons » poétiques, aériennes, imagées et aux tendances multimédias originaire de Saskatchewan. Country, pop et folk font la rencontre dans son univers musical. Lors du gala, et auprès d’Étienne Fletcher, l’auteur-compositrice-interprète chantait sa chanson Sur la trap line inspirée de témoignages d’aînées, une idée que lui aurait donnée la Slague de Sudbury.

« Le prix d’auteur compositeur c’est un prix que je tiens vraiment à cœur parce que la chanson, c’est le centre de tout », s’est-elle exclamée en recueillant son prix. « Être ici, être dans cette merveilleuse communauté, ça me rappelle à quel point j’adore écrire des chansons », a-t-elle enchaîné.

Jacobus, faire entendre la Nouvelle-Écosse

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Jacques Alphonse Doucet est originaire de la Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse. Même s’il vit maintenant en Ontario, le rappeur a sa province natale tatouée sur le cœur. Actif depuis plus de 20 ans en solo ou en groupe (Radio Radio, Jacobus et Maleco), il prévoit laisser son personnage derrière d’ici la fin de l’année.

« Comment Jacques Alphonse Doucet est-il devenu Jacobus?

Au secondaire, les gens m’appelaient Jack the rap… Je voulais un vrai nom comme Snoop Dog ou Jay-Z. J’ai découvert que Jacobus vient du latin pour Jacques, en référence au roi Jacques 1er d’Angleterre. Au début, c’était Jacobus Aldou, pour Alphonse Doucet. J’ai éventuellement laissé tomber Aldou.

Comment la musique est-elle arrivée dans votre vie?

Dans un cours d’anglais, il fallait écrire une pièce de théâtre sur To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee). J’ai lu un chapitre et j’ai fait une chanson sur le chapitre au lieu de lire le livre.

Puis, il y a eu un concours en français à la radio communautaire, où l’on pouvait gagner la chance d’enregistrer notre chanson. J’ai aussi commencé à écrire en français parce que c’était plus facile.

Quelques années plus tard, j’avais arrêté de faire de la musique. Léo Thériault, celui qui a créé Bande à part, est venu me chercher. J’ai fait mon premier spectacle à l’émission Brio de Radio-Canada télé Atlantique. J’avais menti, j’avais dit que j’avais un spectacle de prêt, mais c’était juste pour saisir l’occasion. Ça a commencé ma carrière.

Jacobus en 2021. Crédit image : Jonathan Bensimo

Qu’est-ce qui vous a emmené en Ontario?

Mon épouse a eu un emploi dans la région de Hawkesbury. C’est bien, parce que c’est assez proche d’Ottawa et de Montréal.

Quel est votre rapport avec l’accent acadien?

L’accent acadien de la Nouvelle-Écosse, c’est chez nous, c’est moi. La seule chose c’est que, dans toute ma carrière, les médias ont rapporté que je chantais en chiac. Je n’ai jamais parlé chiac. Ce n’est pas mon accent ni mon dialecte. C’est Gab (Gabriel L.B. Malenfant), l’autre gars de Radio Radio, mais pas moi.

C’est la seule chose avec cette identité acadienne, les gens ont tendance à dire Nouveau-Brunswick et je réponds Nouvelle-Écosse. Après, ils disent chiac et je dis non, acadjonne. C’est la seule chose pour laquelle je dois me battre, mais je le fais avec plaisir parce que c’est important. Aujourd’hui, il y a P’tit Belliveau et Peanut Butter Sunday qui parlent aussi l’acadjonne. Les gens du Nouveau-Brunswick ont leur accent et en sont fiers, on a le nôtre et on est fiers aussi.

Radio Radio au Festival franco-ontarien d’Ottawa, en 2022. Crédit image : Stéphane Bédard

Y a-t-il une différence de réaction à votre accent en Ontario, par rapport au Québec?

L’Ontario s’en fout un peu. Bien sûr, ils entendent qu’on vient de l’Est. Ils comprennent, car ils sont aussi une minorité linguistique. L’Ontario et les autres de la francophonie canadienne ne vont pas me dire : tu sonnes comme un Anglais.

Ma fille a un accent franco-ontarien. C’est cute, elle ne sonne pas comme moi qui suis Acadien, ni comme mon épouse qui est Québécoise.

Au Québec, peut-être que les gens sont habitués à ce qu’ils entendent à la télé, où il n’y a pas beaucoup de variations d’accents. Je vais adapter mon vocabulaire pour me faire comprendre, mais je ne change mon accent pour personne.

Image tirée du vidéoclip de Cliché Hot, la chanson qui donne son nom au premier album. Radio Radio était alors un quatuor. Timothée Richard (Timo) a quitté après le premier album et Alexandre Bilodeau (Arthur Comeau) est parti en 2014. Capture d’écran Youtube Radio Radio

En 2008, Radio Radio a lancé Cliché Hot. Ça jouait tellement que certaines paroles sont devenues des expressions populaires. Comment avez-vous vécu cette effervescence?

Cliché Hot a connu plus de succès en 2009-2010. L’expression voyageait bien. C’est cliché, mais c’est le fun quand même : cliché hot.

Jacuzzi a pris du galon quand elle a été utilisée dans une publicité de Telus, en 2009. Tout le monde connaissait la chanson, même si les gens ne connaissaient pas le groupe.

En 2010, on a sorti l’album Belmundo Regal, mais on nous parlait encore de Jacuzzi. C’était cool de pouvoir vendre les deux albums en même temps. Timo (Timothée Richard) avait quitté le groupe, donc ça faisait une belle transition.

Belmundo Regal s’est rendu sur la courte liste du prix Polaris…

Toute l’année, on a perdu contre Karkwa. Le Polaris, les Juno… À l’ADISQ, on a tous perdu contre Les Cowboys Fringants. C’était une bonne année!

Havre de Grâce, troisième album de Radio Radio, avait remporté le Félix de l’album hip-hop de l’année, en 2012. Radio Radio était alors un trio. Source : page Facebook Radio Radio

Y a-t-il une reconnaissance qui vous a fait plaisir plus que les autres?

Non, mais tu veux être en nomination, car ça veut dire que, selon l’industrie, tu fais partie du groupe. J’ai quelques Félix, des Trille Or, des East Coast Music Awards (ECMA)… C’est beau, mais ça prend la poussière dans mon bureau. Quand tu es jeune, tu les veux. Quand tu es vieux, tu t’en fous.

Pour mon album solo, ça me touche un peu plus, parce que c’est mon projet à moi. Avec le prochain, qui sort le 15 novembre, j’aimerais gagner un ECMA et un Trille Or, parce que j’en ai gagné pour les deux premiers et j’aimerais terminer le triptyque. Ce serait cool mais, finalement, ça ne change rien.

Le retour de Jacobus a gagné deux Trille or et un ECMA, Caviar a gagné un Trille Or et deux ECMA. Gracieuseté

Que pouvez-vous nous dire sur ce troisième album?

Le titre est Jacobus, le décès d’un artiste. C’est une trilogie : Le retour de Jacobus, où je reprenais le personnage, Caviar, qui représente le règne, et là c’est le déclin, je tue le personnage de façon artistique. Ce sera mon dernier album. C’est mon dernier, mon bébé, je ne fais aucun compromis. Et après, c’est fini.

Pourquoi?

Ce sera mon 13e ou 14e album si je compte tous les projets. Je vais pouvoir faire des spectacles, des collaborations, des singles avec Radio Radio.  Mais un album du début à la fin? Zéro intérêt. Je pense que l’industrie du disque est perdue.

C’est frustrant quand tu fais 12 chansons qui te tiennent à cœur et que les gens écoutent seulement deux extraits. J’ai fait le tour. Un long album, ça prend beaucoup de temps et d’efforts pour de moins en moins de retour.

Êtes-vous cynique par rapport à l’industrie de la musique?

Je ne suis pas optimiste, ça, c’est sûr. L’industrie ne s’est jamais adaptée depuis les cassettes. Les artistes ont créé les tendances, les labels ont capitalisé sur les artistes.

Longtemps, j’ai voulu arrêter de faire de la musique. Là, je veux ralentir. J’ai commencé à 16 ans, j’en ai 40. Je veux choisir mes projets pour que ce soit encore le fun.

Le hip-hop, c’est une affaire de jeunes. Je peux encore rapper, mais être sur la scène, en train de sauter, je trouve que c’est plus difficile. Je suis en bonne forme pour 40 ans, mais j’aimerais faire autre chose. Je veux parler aux gens de mon âge. Ce que je faisais quand j’avais 20 ans, le party, le cliché hot, ce n’est plus moi.

Jacobus au Festival d’été de Québec en 2018. Crédit image : Sébastien Dion

Comment Jacobus a-t-il évolué depuis Jacobus et Maleco, le groupe qui vous a fait connaître avant Radio Radio?

Le son a changé. Ma voix, mon style, ma façon de rouler les mots. Jacobus et Maleco, c’était plus politisé et local. Radio Radio est plus global. Et Jacobus, c’est une carte blanche.

Comment l’Ontario a-t-il influencé votre musique?

Le retour de Jacobus sonnait comme un album de Radio Radio sans Gab, parce que j’avais le même beatmaker qu’avec Radio Radio. Je voulais changer le son. J’ai commencé à travailler avec DJ Unpier et Kenan Belzner pour Caviar.

Est-ce qu’ils seront aussi sur le prochain album?

Pour la musique, oui. Pour les collaborations, je ne suis pas certain de ce que je veux. Ça se peut que je le fasse 100 % en solo pour les paroles. Je ferai peut-être des remix avec des invités.

Jacobus et DJ Unpier au Festival franco-ontarien en 2022. Crédit image : Stéphane Bédard

Avec Radio Radio, vous avez lancé une collection musicale NFT (non-fungible token, ou jeton non fongible). Pourquoi vous être lancés là-dedans?

La technologie est intéressante. Ce n’est pas encore facile, parce qu’il faut convertir de l’argent en bitcoin. Tu aimes ou tu n’aimes pas. Mais l’idée est bonne. Quand je dis que je ne ferais pas d’autre album, je serais plus enclin à faire quelque chose en NFT parce que l’artiste gagne un pourcentage chaque fois qu’un produit est revendu. L’industrie de la musique aurait pu utiliser ça pour contrer le piratage, mais là je crois que c’est trop tard avec Spotify et Youtube.

On ne vous entend pas beaucoup parler de votre parcours personnel. Est-ce important pour vous de garder votre vie privée?

Je n’aime pas parler de ma famille sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Jacobus, ça ne me dérange pas. Tu peux m’insulter, m’aimer, me détester, je m’en fous un peu parce que c’est un personnage. Il y a un peu de moi, mais c’est exagéré.

Mes enfants, ma famille, ce n’est pas des affaires des autres. Je mets des photos de mon ourson en peluche. C’est le plus privé que tu vas trouver de moi sur Instagram.

L’ours en peluche est le seul « enfant » que Jacobus présente sur ses réseaux sociaux. Source : page Instagram justjacobus

Sentez-vous une responsabilité de représenter l’Acadie en dehors de l’Acadie?

Partout où je vais, je m’assure que les gens sachent que je suis acadien de la Nouvelle-Écosse, sinon ils vont continuer à croire que je viens du Nouveau-Brunswick.

C’est important, et c’est fait avec fierté. La Nouvelle-Écosse en premier, car je suis fier de cette province. On a perdu la guerre des langues, on est 3 % de francophones. Le Nouveau-Brunswick est bilingue, le Québec est francophone. Nous, on a perdu. Mais on existe encore, alors on est fiers.

Êtes-vous devenu Franco-Ontarien?

Je suis géographiquement en Ontario et je suis francophone, donc je suis un Acadien franco-ontarien. Je me sens bien dans la communauté franco-ontarienne même si je ne serai jamais 100 % Franco-Ontarien. Ce n’est pas ma culture. Ma fille, elle, est Franco-Ontarienne. Elle a grandi ici. Mais moi, je vais toujours être un Acadien de la Nouvelle-Écosse.

Jacobus au Gala Trille Or 2023. Crédit image : Maxime Délaquis

Le Trille Or s’est recentré sur l’Ontario et l’Ouest. Qu’en pensez-vous?

Je trouve ça correct. Le Québec a l’ADISQ. L’Acadie a les Éloizes.

Ce que j’aime aussi des Trille Or, c’est que les catégories sont non genrées. C’est plus inclusif. Peu importe comment tu t’identifies, tu es dans la même catégorie que tout le monde.

Je me souviens du souper de l’industrie au Trille Or 2019. Une artiste avait dit qu’elle ne s’attendait pas à gagner parce qu’elle ne s’appelait pas Jacobus. Vous rappelez-vous de ça?

Je ne m’en rappelle pas… J’ai eu 100 fois plus de nominations que de victoires. Jacobus est nommé pour deux-trois affaires, tandis que Damien Robitaille, Étienne Fletcher ou Anique Granger sont nommés pour 25 affaires. Ce sont les gros hitters. Moi, je fais du hip-hop. C’est un style auquel on n’a souvent pas donné assez de valeur.

Jacobus au Gala Trille Or le 9 septembre 2023. Radio Radio avait trois nominations cette année. Source : page Instagram justjacobus

Vous pilotez plusieurs projets en même temps. Est-ce que c’est important de travailler beaucoup?

Quand je suis motivé, j’aime travailler. Quand je ne suis pas motivé, j’aime faire autre chose, musicalement. Là, je suis en train de fermer mes comptes. Je sors mon dernier album solo alors que Gabriel sort son premier, à la même date. On va les présenter en tournée avec Radio Radio.

En 2016, Radio Radio a fait un album en anglais, Light the Sky. Est-ce que des fans anglophones vous ont suivi?

Quelques-uns, probablement. C’est plus l’inverse, des fans francophones qui ont suivi le côté anglophone. C’était un bon projet, un défi personnel, mais c’était différent. C’est dans l’univers de Radio Radio, mais un peu à part.

Le style vestimentaire fait aussi partie de la marque de commerce de Radio Radio. Crédit image : Jonathan Bensimo

Votre style vestimentaire vous démarque. Comment est-il venu à vous?

J’aime bien m’habiller quand ça a sa raison d’être. Avant, je m’habillais bien pour tout. Maintenant, je trouve que chaque lieu a sa vibe. Gab et moi avons différents styles, lui est plus trendy et moi, plus classique. Présentement, je suis plutôt dans un côté laid-back country style, mais dans un gala ou un événement, je vais m’habiller chic avec plaisir.

Quel est votre vidéoclip préféré?

Je n’en ai pas. Le premier, c’était Brume sous les streetlights, en 2007, pour le EP Télé télé. Ça a coûté 60 $. On a fait des clips à 140 000 $ qui étaient presque un gaspillage de temps et d’argent.

J’ai adoré chaque vidéoclip, à part Light The Sky, que je n’ai pas compris. On n’en a pas fait avec le plus récent album, À la carte, à cause de la pandémie et du manque de temps. Aussi, maintenant, le vidéoclip a moins d’importance que les formats courts sur les réseaux sociaux.

Le vidéoclip de Cargué dans ma chaise, en 2011, a été tourné à Mérida, au Mexique. Capture d’écran Youtube Radio Radio

Quelle est l’importance de l’humour dans vos paroles?

Chaque album est différent. Dans Le décès d’un artiste, l’humour est important. Il y a une chanson triste, mais le reste reflète que c’est un sujet qui fait partie de la vie. Ça rappelle mon ambition de jeunesse : je voulais être embaumeur.

Il faut de l’humour pour passer à travers quelque chose de si triste. Ce n’est pas juste d’être triste parce que quelqu’un est mort, c’est de célébrer sa vie. La majorité de mon album est une célébration de ma carrière. Ça s’entend que je m’amuse.

Même chose avec Radio Radio, une chanson comme Guess What, qui parle d’homophobie, est assez drôle. Dans Jacuzzi, on veut dire : Il y a de la place en masse dans mon pays, mon village, ma société. »


LES DATES-CLÉS DE JACOBUS :

  • 1983 : Naissance en Nouvelle-Écosse
  • 2003 : Premier album de Jacobus et Maleco, La gueule de bois
  • 2008 : Premier album complet de Radio Radio, Cliché hot
  • 2015 et 2017 : Naissance respectivement de sa fille et de son fils
  • 2023 : À venir, son dernier album, Jacobus, le décès d’un artiste.

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Des acteurs en santé veulent inciter la demande active de services en français

TORONTO – Demander spontanément à être servi en français quand on se présente dans un hôpital, un centre communautaire ou une maison de soins de longue durée? C’est le but d’une initiative lancée ce samedi par l’Entité 3, une agence de planification de services de santé en français, afin de faire prendre conscience aux fournisseurs de services qu’il existe un réel besoin.

En Ontario, les organismes désignés sous la Loi sur les services en santé sont tenus au principe d’offre active, c’est-à-dire proposer de servir leurs usagers dans la langue officielle de leur choix sans qu’il aient à le demander. Mais l’immense majorité des centres de soins, cliniques et autres cabinets médicaux ne sont pas désignés, une démarche volontaire parfois empreinte de scepticisme ou bien dissuasive financièrement puisqu’elle implique des ressources adaptées en personnel et en signalétique.

L’Entité 3 dans le Grand Toronto veut abattre ces barrières et accroître le nombre de prestataires de services capables de répondre en français aux attentes de la communauté. Comment? En adoptant une approche inverse mais complémentaire : inciter les patients de langue française à demander activement à être servis en français. Son objectif est ainsi de convaincre les fournisseurs qu’il y a un réel besoin parmi la population et lutter contre une réplique habituelle : « On a pas de clients francophones ici, pourquoi offrir des services en français? »

Constant Ouapo, directeur général de l’Entité 3. Source : Entité 3

Avec cette initiative dévoilée ce samedi en conférence de presse au Centre communautaire Rexdale, à Etobicoke, Constant Ouapo, directeur général de l’Entité 3, veut « sortir d’un cercle vicieux dans lequel les fournisseurs n’offrent pas car les gens ne demandent pas et, inversement, les gens ne demandent pas car les services ne sont pas disponibles ni affichés ».

Son mot d’ordre : mobiliser la communauté sur l’importance d’initier activement la demande de services en français dès le premier contact avec les prestataires de soins. « Les francophones ne doivent pas être complexés à demander des services en français parce que c’est un droit et si on le l’exerce pas, on le perd. On veut que la communauté mette la pression, demande ces services, pour que nous, planificateur, on soit en mesure de dire aux anglophones qu’il y a un besoin. »

Soutenue dans sa démarche par le gouvernement via son agence Santé Ontario, l’Association des communautés francophones de l’Ontario-Toronto (ACFO-Toronto), la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), le Collège Boréal et le Comité local en immigration francophone de Toronto, l’Entité 3 entend toucher autant les nouveaux arrivants, les étudiants, que les francophones établis ou les aînés.

L’initiative a été présentée ce samedi au Centre communautaire Rexdale, à Etobicoke. Source : Entité 3

« À travers ses organismes, on va cibler chaque tranche de la population, sonder quelle est l’expérience des gens en matière de santé, puis développer des modules pour les outiller en matière de droits linguistiques et culturels »,, précise M. Ouapo.

« Il est important que les fournisseurs de services soient conscients de la demande de soins de santé en français », appuie Peter Hominuk, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui salue l’initiative torontoise.

Trouver un « équilibre » entre l’offre et la demande de services

« Ce projet contribuera à un équilibre entre l’offre et la demande de services de santé en français, en donnant aux francophones la confiance nécessaire pour participer activement à la réforme du système de santé local », est persuadé Pascal Lumbala, responsable des services de santé en français au Centre communautaire Rexdale.

Son centre collabore depuis huit ans avec l’Entité 3 pour maintenir et développer des services en français. On y trouve notamment du personnel bilingue dont un médecin en santé primaire, une infirmière, un promoteur de santé et une spécialiste en santé mentale. La création d’un département en français est aussi en cours de développement et le centre serait en bonne voie d’être désigné sous la Loi sur les services en français.

« C’est quelque chose qui vaut la peine d’être essayé mais lorsque tu es malade ou que tu as de la douleur, les soins tu les veux tout de suite, pas dans six heures ni dans huit heures », nuance France Gélinas, porte-parole de l’opposition en matière de santé. Dans la réalité, « les gens préfèrent demander en anglais plutôt que de demander des services qu’ils n’auront pas aussi vite que le reste de la population ».

France Gélinas, porte-parole de l’opposition en matière de santé. Archives ONFR

La députée néo-démocrate estime que le gouvernement porte une grande responsabilité dans l’accès à la santé en français. « Pour nous les francophones, un service de qualité, ça veut dire un service en français et le gouvernement doit en prendre en compte dans ses investissements. Or, ça fait environ 10 ans que les centres de santé n’ont pas eu d’augmentation de leur budget de base. Même chose pour les soins de santé mentale. »

« Le gouvernement préfère donner des contrats de millions de dollars à des cliniques privées et de centaines de millions de dollars à maisons de soins de longue durée privées, mais quand vient le temps de donner accès aux francophones à des soins de base, ça devient difficile. »

Les militants conservateurs votent pour conserver le financement de Radio-Canada

Une motion visant à retirer tout financement gouvernemental à Radio-Canada/CBC a été rejetée par les militants du Parti conservateur, lors du congrès de la formation politique à Québec.

C’est ce qu’ont rapporté respectivement La Presse et le Journal de Montréal vendredi. Selon les deux médias québécois, la proposition ne sera pas débattue aujourd’hui alors qu’elle a été battue lors d’ateliers du parti vendredi matin. Ces ateliers avaient notamment pour but de déterminer quelles motions seront présentées pour un débat et un vote samedi à l’ensemble des militants conservateurs. Les conservateurs étaient arrivés à Québec jeudi, prêts à débattre pour près d’une cinquantaine de pages de résolutions, réduites après vendredi, à près d’une trentaine de propositions ne comptant pas celle sur le diffuseur public.

Cette dernière visait à enlever toute mention de Radio-Canada et CBC dans la plateforme conservatrice pour ainsi retirer tout financement à la société d’État.

« Nous pensons que le contrôle et les opérations de CBC et de la SRC en tant qu’entité devraient être assurés par un financement indépendant et non gouvernemental », était-il écrit, une soumission des représentants albertains de la formation.

La motion faisait contraste à la position de Pierre Poilievre dans les derniers mois. Ce dernier n’avait jamais caché qu’il souhaitait mettre la hache dans CBC, mais a maintenu qu’il ne ferait pas de même pour le diffuseur francophone.

« Il y a un besoin dans la langue française qui n’existe pas dans la langue anglaise en termes de médias », citait-il comme raison en entrevue à Radio-Canada lors de la course à la chefferie.

Lors des congrès de partis, une séance est réservée pour le vote de politiques dont les militants souhaitent voir être inclus dans le programme du parti. Mais le chef Pierre Poilievre a soutenu qu’il aurait le dernier mot sur celles-ci.

« On va écouter le gros bon sens de nos membres (…) Après ça, je vais étudier les résolutions adoptées et répondre avec les politiques qui sont dans l’intérêt des Canadiens », disait-il à la veille du congrès.

Discours vendredi soir

Le chef conservateur, qui trône avec une forte avance au sommet des sondages dans les dernières semaines, s’est adressé aux partisans conservateurs dans un discours de près d’une heure, préfacé par un d’une dizaine de minutes de sa femme Anaida.

Le nouveau chef du Parti conservateur Pierre Poilievre en compagnie de sa femme. Crédit image: Stéphane Bédard
Le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre en compagnie de sa femme. Crédit image : Stéphane Bédard

Coût de la vie, inflation, accès au logement et finances publiques mises à mal, le chef conservateur a répété ses thèmes forts des derniers mois, martelant le besoin de « ramener le gros bon sens » à Ottawa. Sous Justin Trudeau, « le Canada est brisé » en raison des dépenses du premier ministre, a clamé Pierre Poilievre.

En promettant qu’il ne « financerait pas les dépassements de coûts du secteur privé et des autres paliers de gouvernement », il a vanté la gestion des finances publiques avant l’arrivée de son opposant.

« Mulroney, Chrétien, Martin, Harper et même les gouvernements provinciaux néo-démocrates ont reconnu que l’équilibre budgétaire était le moyen le plus sûr d’assurer le financement futur des écoles, des hôpitaux et des routes. »

Dans la capitale québécoise, il a lancé plusieurs louanges au Québec, mais a aussi parlé de ses origines canadiennes-françaises, lui qui a été adopté par des parents fransaskois.

Il a raconté que son père lui promettait dans son enfance plus de cadeaux s’il rédigeait sa liste de souhaits en français, mais qu’il a perdu sa capacité de converser dans celle-ci lors de son adolescence à Calgary, mais assurant « travailler chaque jour pour l’améliorer ».

Le père de deux enfants et député dans l’ouest d’Ottawa que lui et sa femme sont « déterminés à parler et envoyer nos enfants à l’école en français », a-t-il affirmé promettant d’être « toujours un allié du Québec, du peuple acadien et de toutes les francophones à travers le pays ».

Ces départs qui nous font mal

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

Dans son plus récent roman, Les départs, publié aux Éditions David, Clara Lagacé raconte la vie de Catherine. L’histoire d’une femme mue par le désir de partir. Une histoire à la fois originale et commune. Une histoire surprenante mais combien connue, surtout quand on est une femme et surtout quand on appartient à une lignée de femmes qui ont toujours combattu pour survivre.

Catherine, l’héroïne du roman est une fillette qui est née dans un quartier pauvre de Londres dévasté par la Seconde Guerre mondiale et le temps maussade. Quoi de nouveau dirions-nous quand on a déjà lu l’histoire emblématique de David Copperfield, écrite par l’auteur britannique Charles Dickens.

La misère, la pauvreté, le travail des enfants, l’abus qu’ils subissent par les adultes et la révolution industrielle qui prend d’assaut les corps et les âmes, en plus du temps gris et pluvieux qui ne cesse d’envelopper la ville et les gens. Mais malgré ces quelques ressemblances, la Catherine du vingtième siècle n’est pas le David du 19e siècle et les effets de la guerre sont encore plus profonds que les bouleversements sociaux engendrés par la révolution industrielle.

Catherine est envoyée dans une famille qui s’occupe d’elle alors que sa mère continue son travail dans la filature. Elle grandit entourée de petites filles comme elle qui veulent être belles et attirer le regard des jeunes hommes. La pauvreté et les normes sociales rigides ne les aident pas dans leur mission. Elles accumulent les échecs et les déceptions.

Mais ce qui distingue le sort de Catherine des autres filles, c’est l’admiration, pratiquement l’obsession, que voue sa mère à Rosa Luxemburg. Cette révolutionnaire allemande juive d’origine polonaise est devenue le phare dans l’obscurité dans laquelle baignaient plusieurs de ces femmes y compris Catherine et sa mère.

Rosa Luxembourg, par son courage, sa persévérance et surtout ses idées révolutionnaires, est devenue une bouée de sauvetage pour la mère de Catherine et par extension sa fille. En effet, Rosa représente ce symbole de résistance et de résilience pour la mère de Catherine et pour Catherine elle-même qui malgré ses différences avec sa propre mère y voit aussi le reflet de sa propre vie.

Quand Catherine décide de laisser tomber Londres pour le Nouveau Monde, sa mère accepte ce départ malgré son amour maternel qui voudrait la garder près d’elle. Catherine, qui initialement voulait partir à New York, se retrouve à Montréal, une ville qui se construit avec les restants d’un passé européen. Une ville qui à la fois la fascine et la rebiffe. Une ville dont elle ne parle ni la langue, ni comprend les traditions et les coutumes héritées d’une France ennemie éternelle de cette Angleterre qu’elle a quittée.

Il y aura toujours une femme, à l’image de sa mère ou de son idole, Rosa Luxembourg, qui lui tendra la main, pour l’aider à se frayer un chemin dans ce nouveau pays.

Départs au pluriels

Dans ce roman, où la mélancolie flirte avec l’optimisme, Clara Lagacé nous parle de départs au pluriels, ces départs physiques d’un lieu vers un autre mais également d’autres types de départ qui se succèdent dans nos vies : l’enfance, l’adolescence, les amours, les rencontres et la mort… Nos vies ne sont-elles pas une succession de départs douloureux, joyeux, confus, furtifs et éternels.

L’autrice raconte aussi l’histoire de ce Québec où la langue est une question de survie mais où Catherine, l’Anglaise, arrive à pénétrer ce cercle tissé fermé malgré sa différence ou sa froideur, selon certaines. Ce Québec dont le nationalisme bourgeonnant ajoute aux douleurs du départ ressenties par celles qui déposent leurs valises.

Je me rappelle encore ces années où j’ai moi-même déposé mes valises sur cette terre montréalaise. Maintes fois j’ai voulu faire marche arrière et rentrer au bled. Oublier les départs et continuer mon ancienne vie normalement. Comme si rien n’avait changé comme l’ont fait mes ancêtres. Comme l’a fait la mère de Catherine. Pourquoi affronter les dangers et les défis au lieu de rester parmi les siens et faire comme les autres. Pourquoi chercher la guerre alors que la paix est à bout de bras?

Pour Catherine, c’est l’appel de la liberté qui l’a menée aux rives du Saint-Laurent. C’est un peu ce désir inassouvi prodigué par Rosa Luxemburg à travers sa mère, qui la guidera et ne la lâchera jamais même lorsqu’elle trouvera un semblant de tranquillité au Canada.

Pour moi, ce sont les études d’abord et plus tard ce besoin de liberté qui me mèneront vers ce nouveau pays. Ma Rosa Luxemburg à moi, ce seront mes idéaux personnels de justice sociale et d’égalité. Trouver une terre d’accueil pour les vivre en toute liberté sera mon leitmotiv pour accepter ces départs.

Quand une histoire d’immigration personnelle devient universelle

Mme Lagacé a pu transformer une histoire d’immigration personnelle en une histoire universelle. Une histoire où plusieurs vont s’y voir et même s’identifier. Une histoire où notre soif de liberté nous accompagne dans des zones de danger. Des zones où on apprend à mieux se comprendre et à mieux apprécier les siens. Des zones qui nous font mal mais que nous aimons toujours visiter, revisiter et même toucher, au risque de nous faire mal ou disparaître.

Récemment, une cousine m’a dit que les départs étaient tristes. J’ai acquiescé mais je lui ai rappelé qu’après les départs il y a toujours les arrivées qui sont souvent joyeuses et festives. Nous avons tous besoin de départ pour apprécier l’arrivée. Un peu comme le bien et le mal, la maladie et la santé. Toujours une chose et son contraire.

Les douleurs de la naissance et les joies d’avoir un enfant. Le jour qui nous éblouit par ses lumières et la nuit qui nous angoisse par son silence et sa solitude.

Clara Lagacé et son héroïne Catherine nous rappellent subtilement et en filigrane ces concepts de base que nous oublions quand on est entouré d’histoires et de « reels » où c’est toujours le bonheur superficiel qui est mis en avant pour cacher la réalité qui est remplie de départs, de larmes, de tristesse mais que nous aimons tout autant, qui remplissent nos vies et qui surtout nous donnent des histoires à lire.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Kingston s’offre un carrefour de services 100 % francophone

KINGSTON – Un carrefour francophone culturel et scolaire a ouvert à la fin du mois d’août. ONFR s’est déjà rendu sur place pour couvrir l’ouverture de deux écoles secondaires francophones, mais dans cet édifice qui les héberge, plusieurs services cohabitent.

Le Centre culturel Frontenac, la garderie francophone Croque Soleil, le Centre pour l’enfant et la famille ON y va, le centre de formation pour adulte La Route du savoir et le Réseau à l’immigration de l’Est de l’Ontario (RSIFEO) partagent le même toit que l’École secondaire catholique Sainte-Marie-Rivier et l’École secondaire publique Mille-Îles.  

« C’était notre décision communautaire », explique Marie-Noël St-Cyr, la directrice générale du Centre culturel Frontenac.

Marie-Noël St-Cyr est la directrice générale du Centre culturel Frontenac qui vient de déménager dans le bâtiment abritant l’École publique secondaire Mille-Îles au 1290 rue Wheathill à Kingston. Crédit image : Lila Mouch

« Le projet des deux écoles secondaires sous le même toit vient d’une réunion des conseils scolaires, mais aussi de la communauté. Et le Centre culturel a toujours été proche de l’École Marie-Rivier, donc nous voulions rester ensemble. »

Marie-Noël St-Cyr, qui était auparavant directrice de cette école, estime que ce hub francophone est un beau succès pour la communauté et « pour donner aux jeunes et à leurs parents la saveur de vivre en français. Et vivre en français, ce n’est pas seulement une école, ce sont toutes sortes de choses ».

Un projet rassembleur pour la communauté

L’édifice de 117 000 pieds carrés (10 870 mètres carrés) est construit sous la forme d’une flèche. Une architecture préalablement pensée pour accueillir ces organismes.

Le nouveau théâtre Le Sésame est, lui aussi, dans le bâtiment et accessible aux élèves pour leur apprentissage. Il accueillera une partie de la saison du Centre culturel Frontenac.

En ce qui concerne le centre de formation pour adulte La Route du savoir, la décision a été plus complexe.

Chantal Hudon a fait suivre son centre de formation pour adulte dans les locaux du Centre culturel Frontenac. Crédit image : Lila Mouch

En effet, la directrice de l’institut Chantal Hudon a hésité avant de se joindre au projet, car l’espace accordé est bien plus petit que le précédent. « Il y a malheureusement le risque d’être en itinérance pour certains cours », admet-elle.

« Nous y avons longuement pensé, mais au final, on reste avec les partenaires et on déménage avec le Centre culturel parce que c’est une continuité et la relation est belle. »

La garderie Croque Soleil, a contrario, a gagné de la place. Sa capacité est passée de 35 à 48 places en déménageant dans ce carrefour francophone.

En rencontre sur site avec ONFR, la directrice générale, Audrey Adam, admet n’avoir jamais eu une classe de 24 préscolaires : « Avant, nous en avions seulement 16 dans cette classe », précise-t-elle.

Pour le moment, la directrice n’a pas ouvert toutes les inscriptions afin que le personnel s’habitue aux changements. « D’ici à la mi-octobre, on risque d’être complet, nous avons de la demande par des parents francophones, mais aussi de la demande venant de parents anglophones et/ou parlant une autre langue. »

Audrey Adam est la directrice des deux garderies Croque Soleil de Kingston. La demande est toujours en hausse et même si avec le déménagement, la garderie a gagné 13 places pour les francophones, l’établissement sera complet très vite. Crédit image : Lila Mouch

« Ici, il n’y a que la garderie éducative de Kingston et les deux sites de la garderie Croque Soleil qui offrent le service en français. »

Entourés par plus de 500 adolescents via les deux écoles secondaires, les organismes y voient là l’opportunité d’une collaboration vive.

Au sein de La Route du savoir, plusieurs formations d’apprentissages du français sont offertes. La directrice, Mme Hudon, explique aussi qu’il est fréquent que le centre offre « un rafraîchissement de la langue à la population militaire, mais aussi une mise à niveau en français, parfois demandée pour appuyer les gens qui veulent obtenir leur diplôme d’études secondaires ».

En plus des cours de français langue seconde, l’organisme offre par exemple des ateliers en informatique, sur les finances personnelles, sur la gestion de conflits et même des cours de mathématiques. Des dizaines de formations, de cours et de mises à niveau qui sont offerts gratuitement.

Tous au même endroit, un désir de la communauté

D’après Mme Hudon, c’est à l’avantage de tout le monde. Quand on reçoit des gens ou les nouveaux arrivants par exemple, c’est pratique pour les organismes (d’être tous au même endroit) et c’est un avantage pour la communauté. »

« De plus », ajoute-t-elle, « les clients qui viennent vers nous, nous voulons leur succès ».

« Ils ne savent pas nécessairement de quel service ils ont besoin et nous pouvons les rediriger sur place. Ça, ça fait partie de tout un chacun. Il faut savoir ce que font les autres pour aider la communauté. »

« Vous pouvez vivre votre francophonie à Kingston », reconnaît-elle.

Audrey Adam, de la garderie Croque Soleil, considère justement que la communauté francophone est en pleine croissance à Kingston, notamment grâce à une immigration qui semble porter de l’intérêt à cette municipalité.

Cet engouement pour Kingston et sa francophonie, nous le retrouvons aussi du côté de la culture, là où Marie-Noël St-Cyr souligne une programmation très éclectique cette saison. À l’image de ce carrefour francophone, la directrice nous dit : « Ça déménage. »

« On est encore en mouvance, notre théâtre n’est pas tout à fait prêt pour décembre », raconte-t-elle.

Cette année, le Centre culturel Frontenac va utiliser Le Sésame et d’autres espaces culturels dans la ville de Kingston pour offrir les 12 spectacles prévus aux calendriers. Tous les événements sont english friendly.

« C’est le reflet de notre communauté. Beaucoup de familles sont exogames et nous voulons que les gens se sentent inclus. Et puis, il y en a beaucoup qui ont appris le français, parce que les écoles d’immersion ont bien fonctionné ici. »

« Notre mission, c’est francophonie et francophile », rappelle la directrice.

Enfin, ce hub francophone, est « un aboutissement et tout ça est cohérent », se ravit Mme St-Cyr.

Une belle atmosphère à l’horizon, pense Audrey Adam. « Nous sommes un peu plus en contact avec les autres et c’est le fun de faire partie de la communauté. »

Enfin, Chantal Hudon résume en disant : « L’union fait la force. »

D’ailleurs, avec ce bassin d’élèves à proximité, les organismes communautaires pourraient certainement assurer une part de la relève.

Canicule qui s’étire ou journées plus fraîches, la culture s’exprime à l’intérieur comme à l’extérieur

En cette deuxième fin de semaine de septembre, les choix d’activités et festivals abondent encore en Ontario. Le plus gros événement cinématographique du pays débute à Toronto, la francophonie se fête dans le Nord et un artiste dévoile son tout premier extrait en français. C’est aussi le moment de découvrir des galeries d’art qui mettent des francophones à l’honneur. 

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cinéma

La ville reine… du septième art

Le Festival international du film de Toronto se déroule jusqu’au 17 septembre. Une vingtaine de films francophones font partie de la programmation, dont plusieurs réalisés par des femmes : Chloé Robichaud, Sophie Dupuis, Ariane Louis-Seize, Myriam Charles ou Kim O’Bonsawin. Si la programmation de cette année ne prévoit que des projections en personne, il est possible d’explorer des films des années précédentes de chez soi avec la plateforme Digital TIFF Bell Lightbox. 

Kanaval d’Henri Prado est un film en français et créole qui sera présenté au TIFF. L’histoire suit un garçon et sa mère qui quittent Haïti pour s’installer dans un village québécois, dans les années 1970. Gracieuseté TIFF

Du 7 au 17 septembre à Toronto. Détails sur le site web du TIFF (en anglais). Suggestions de films en français sur la page Instagram d’ONFR.

Théâtre

Explorations du sixième art

La dixième édition des Zones théâtrales du Centre national des arts (CNA) débute lundi à Ottawa.Plusieurs activités professionnelles et de réseautage auront lieu au courant de la semaine pour les professionnels de l’industrie du théâtre. Il s’agit d’un événement unique pour les créateurs de faire connaître leurs projets. L’événement bisannuel permet aussi au public de voir du théâtre à petit prix, voire gratuitement, pour certaines activités. Il est possible de découvrir des œuvres récentes ou encore en développement, provenant du Canada francophone et des régions du Québec, comme l’avait expliqué à ONFR le directeur artistique Gilles Poulin-Denis.

Le spectacle immersif Ainsi passe la chair sera présenté aux Zones théâtrales. Sara Moisan explorera son rapport avec son père, le peintre Gatien Moisan, au moyen de conversations fictives basées sur des enregistrements réels. Crédit image : Patrick Simard

Du 11 au 16 septembre à Ottawa. Détails sur le site web du CNA

Littérature

Discussion du cinquième art

C’est le retour de la Croisée des mots de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF) ce mardi. Ces rencontres virtuelles d’une durée d’environ une heure mêlent lectures publiques, entrevues et discussions autour d’un livre en présence de son auteur. Cette fois, l’animateur Hugues Beaudoin-Dumouchel reçoit Jean M. Fahmy pour parler de son roman historique Par-delà les frontières. L’histoire se déroule dans le Montréal du début du XXe siècle, sur fond de vague d’immigration italienne, de montée du fascisme et d’histoire d’amour. 

Dans le roman Par-delà les frontières, un Canadien-Français tombe amoureux d’une immigrante italienne, alors que la menace de Deuxième Guerre Mondiale est de plus en plus réelle. Gracieuseté AAOF

Le 12 septembre, en virtuel. Détails et inscriptions sur le site de l’AAOF.  

Arts visuels

Conversation intergénérationnelle

La microgalerie d’art Galerie sans clous de Sault-Sainte-Marie accueille une nouvelle exposition de Michelle Loubert en collaboration avec Stan Sapalski, intitulée Sapalski et Loubert : une amitié intergénérationnelle entre l’artiste et son Mon Oncle Stan : Kurczak & Malwy. Un vernissage aura lieu le 22 septembre, mais l’exposition est déjà en cours et se terminera le 30 septembre. Il est aussi possible de découvrir les œuvres de Michelle Loubert avec une présentation virtuelle qui aura lieu sur la page Instagram de la Galerie sans clous le 16 septembre. Il faut prendre rendez-vous pour aller voir cette installation-témoignage en personne.

Entre le visuel et l’écrit, l’exposition de Michelle Loubert et Stan Sapalski parle d’amour, d’amitié et de famille à travers les expériences de deux générations. Gracieuseté Galerie sans clous

Jusqu’au 30 septembre à Sault-Sainte-Marie. Détails sur le site de la Galerie sans clous.

Une exposition identitaire

Le Centre d’artistes Voix visuelle d’Ottawa accueille de son côté une nouvelle exposition de Komi Seshie du 8 septembre au 10 octobre. Le vernissage de Êtes-vous prêts pour le voyage? Je suis prêt pour le voyage aura lieu le 14 septembre. L’artiste d’origine guinéenne explore l’identité des personnes réfugiées, qui oscille et se tord entre leur pays d’origine et leur terre d’accueil.

L’une des œuvres de l’exposition de Komi Seshie : Sky-doo à Salluit. Photographie jet d’encre sur papier. Komi Seshie, gracieuseté Centre d’artistes Voix visuelle.

Du 8 septembre au 10 octobre à Ottawa. Détails sur le site du Centre d’artistes Voix Visuelle.  

Musique

Célébrer la francophonie au nord du lac Supérieur

La communauté francophone de Thunder Bay se réunit de vendredi à dimanche pour le Franco-Festival, organisé par le Centre francophone. Vendredi soir, leFLOFRANCO donnera un spectacle à l’École secondaire catholique La Vérendrye, où se déroulera également la matinée film dimanche. Le film Luca sera présenté. Entre-temps, le samedi, toute une journée familiale est organisée au Centre francophone avec des prestations de danse et de musique, entre autres offertes par Vincent Bishop et Moov Ottawa Danse. La journaliste culturelle d’ONFR, Rachel Crustin, animera la journée.

Le Franco-Festival lors d’une édition précédente. Gracieuseté Centre francophone de Thunder Bay

Du 8 au 10 septembre à Thunder Bay. Détails sur le site du Franco-Festival.

Les francophones en bonne position à Hamilton

Le festival multidisciplinaire Supercrawl d’Hamilton aura lieu de vendredi à dimanche. L’événement de la rue James Nord fait une belle place aux artistes francophones. Pierre Kwenders et Mimi O’Bonsawin y seront en musique. Les arts de performance seront représentés par Maria Legault et David Danzon, qui revêt une fois de plus le costume de Pierrot dans La bulle. 

Le spectacle Squonk lors de l’édition 2022 du festival multidisciplinaire Supercrawl, à Hamilton. Gracieuseté Supercrawl Productions

Du 8 au 10 septembre à Hamilton. Gratuit. Détails sur le site du festival Supercrawl.

Nouveau projet pour G.R. Gritt

L’artiste francophone, anishinaabe et métis G.R. Gritt lance sa toute première chanson en français ce vendredi. Deuxième extrait de son album Prisms, la chanson Qui crie au loup? est une collaboration avec son cousin Connor Lafortune. Elle dénonce la haine envers les personnes trans et queer et l’hypocrisie des influenceurs politiques qui encouragent ces systèmes d’oppression.

Les artistes reprennent l’image du loup qui se fait passer pour un mouton. Connor Lafortune parle de la chanson comme d’un « hymne abolitionniste séduisant » et de sa collaboration avec G.R. Gritt comme d’une guérison. Qui crie au loup?, c’est deux membres d’une même famille qui unissent leurs voix pour témoigner de leurs expériences en tant que personnes queer, autochtones et francophones. 

Dans Qui crie au loup? G.R. Gritt dénonce les discours haineux et dépeint les partisans de ces discours comme des loups qui se feraient passer pour des moutons. Crédit image. Gauche : Gracieuseté. Droite : Krystal Strong

Disponible sur toutes les plateformes dès le 8 septembre. Les détails sur les actualités de G.R. Gritt sur son site web.

Plus d’une centaine d’enseignants francophones supplémentaires formés en Ontario

TORONTO – Les ministres Stephen Lecce, Jill Dunlop et Caroline Mulroney ont annoncé conjointement, ce jeudi à Toronto, le financement de 110 places supplémentaires afin de former des enseignants de langue française et répondre en partie à la pénurie de travailleurs qualifiés dans l’éducation.

Deux universités vont ainsi accroître leur capacité dans cette filière : l’Université d’Ottawa qui obtient 70 places de plus et l’Université de l’Ontario français (UOF) qui ajoute dès cette rentrée 40 places aux 40 déjà sanctuarisées depuis le consentement ministériel en janvier dernier, alors qu’elle inaugure tout juste sa première cohorte.

« En augmentant le nombre de places dans les programmes de formation du personnel enseignant de langue française, nous offrons aux étudiants un plus grand choix et un meilleur accès à une éducation postsecondaire d’excellente qualité en français, ce qui les aide à se préparer à réussir dans des carrières intéressantes et gratifiantes », a déclaré Jill Dunlop, la ministre des Collèges et Universités.

L’accès à une éducation postsecondaire était un de ses engagements formulés à la suite du refus de financer l’Université de Sudbury. La ministre affiche de surcroît la volonté de résoudre une part de la pénurie d’enseignants qui sévit à travers la province, autant dans les conseils scolaires francophones qu’anglophones qui eux aussi connaissent des défis de recrutement dans leurs établissements d’immersion.

Les ministres Dunlop, Lecce et Mulroney au diapason à l’UOF ce jeudi. Crédit image : Rudy Chabannes

Sa collègue Caroline Mulroney y voit en outre un moyen de consolider la francophonie à terme, tandis que Stephen Lecce se satisfait de se rapprocher un peu plus d’un enseignement de qualité. Il faut dire que, faute de diplômés disponibles sur le marché de l’emploi, le nombre de lettres de permission, attribuées par les conseils scolaires à des travailleurs non qualifiés, a considérablement augmenté ces deux dernières années.

Délais de certification divisés par deux pour les éducateurs formés à l’interne

« En ajoutant 110 places supplémentaires de formation du personnel enseignant dans nos établissements postsecondaires et en réduisant les délais de certification de 50 % pour les éducateurs formés à l’interne, nous aidons à recruter de nouveaux personnels et à créer de nouveaux parcours permettant à un plus grand nombre d’enseignants qualifiés de soutenir l’éducation en langue française dans l’ensemble de l’Ontario », a soutenu le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce.

Le recteur de l’UOF a révélé que si 80 places en baccalauréat constituaient une excellente nouvelle, la demande pour y accéder a été près du double avec 145 demandes d’admission, signe d’un intérêt marqué pour la filière. « On verra l’année prochaine si on en demande plus. Il y a déjà une demande qui se manifeste pour 2024. En tout cas, on a une oreille attentive du côté du ministère sur ce point. »

Pour le recteur de l’UOF, Pierre Ouellette, le baccalauréat en éducation ne pouvait pas mieux commencer. Crédit image : Rudy Chabannes

Parmi la toute première cohorte figurent des étudiants déjà inscrits à l’UOF qui ont acquis des microcrédits en éducation. « On a sept ou huit personnes dans ce cas qui ont basculé dans le baccalauréat. Ce sont donc des personnes qui sont plus avancées et qui en plus ont pu commencer leur bac dès janvier 2023. »

L’enveloppe annoncée ce jeudi émane également du fédéral puisque l’UOF fonctionne toujours dans le cadre du financement de démarrage partagé entre le ministère ontarien et Patrimoine canadien.

« Pas assez et bien trop tard », dit l’opposition

Au niveau politique, l’opposition salue « un pas dans la bonne direction » mais bien trop timoré pour faire face à la pénurie. « C’est pas assez et bien trop tard », lâche Chandra Pasma, la porte-parole de l’opposition en matière d’éducation.

Depuis 2021, l’Ontario a ajouté 780 places supplémentaires en formation à l’enseignement en français et en anglais. Or, un rapport émanant du milieu de l’éducation franco-ontarienne rendu public en 2021 montrait déjà qu’il manquait 500 enseignants de langue française par an. « Il faut former plus de 1000 enseignants par et on en forme que 500 en ce moment. 100 places de plus, c’est bien mais pas assez », insiste Mme Pasma.

Chandra Pasma, députée d’Ottawa-Ouest-Nepean et porte-parole de l’opposition en matière d’éducation. Source : Assemblée législative de l’Ontario

En mai dernier, les présidents de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) et des deux organismes porte-parole des conseils scolaires, l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) et l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), avaient écrit au ministère pour le rappeler à ses engagements envers les 37 recommandations du rapport.

« Le ministre a mis quatre mois pour leur répondre », en déduit l’élue néo-démocrate, et « il n’est pas du tout à la hauteur, alors que la solution est rédigée sous nos yeux dans ce rapport ». Et de fustiger le refus de financement de l’Université de Sudbury qui aurait pu contribuer, selon elle, à la formation d’enseignants dans une région à forte présence francophone et complémentaire aux universités d’Ottawa et Toronto.

« Il faudra bien plus pour contrer la pénurie criante de personnel en éducation », réagit pour sa part Anne Vinet Roy, présidente de l’AEFO, ajoutant qu’il faut aussi « travailler à assurer leur rétention et à valoriser la profession. Autrement, la situation risque de continuer de s’aggraver à un point tel que le système d’éducation en langue française en Ontario pourrait ne plus être en mesure d’offrir une éducation équivalente à celle qui est offerte aux élèves de la majorité ».

Le Foyer des Pionniers de Hearst va s’agrandir de 12 nouveaux lits

HEARST – Le centre de soins de longue durée le Foyer des Pionniers à Hearst va pouvoir s’agrandir grâce à la construction d’une annexe de 12 lits. Le gouvernement de l’Ontario a partagé la nouvelle, ce jeudi, via Natalia Kusendova, l’adjointe parlementaire à la ministre des Affaires francophones.

« La construction de ce projet, on l’espère, verra le jour dans 18 mois », a partagé Roger Sigouin le président du Foyer des Pionniers et maire de la municipalité.

C’est depuis le début du mois d’août que la construction de cette annexe a débuté.

Cela faisait environ quatre ans que le centre tirait la sonnette d’alarme, explique M. Sigouin à ONFR. La liste d’attente grandit et présentement plus de 60 personnes attendent une place au Foyer des Pionniers, explique-t-il, lui qui qualifie cette attente « d’inacceptable » pour une population composée à « 90 % de francophones ». Pour le maire de la municipalité, ce pourcentage se reflète au sein même du foyer de soins bilingue.

Roger Sigouin, maire de Hearst et président du Foyer des pionniers. Gracieuseté

Les travaux de construction de cette nouvelle annexe de 12 lits font partie d’un plus grand projet provincial.

Dans le dernier budget, l’Ontario a promis un investissement de 6,4 milliards de dollars dans l’optique de construire plus de 30 000 nouveaux lits d’ici à 2028 et la modernisation de près de 28 000 lits de soins de longue durée.

Un soutien pour la communauté francophone 

« Cette nouvelle annexe de 12 lits au Foyer des Pionniers offre un soutien indispensable à la communauté francophone du Nord de l’Ontario », a déclaré dans un communiqué Natalia Kusendova.

Le centre de soins compte déjà 67 lits dans une maison attenante à l’Hôpital Notre-Dame à Hearst. Avec cette extension, le centre pourra accueillir 79 patients au total.

La députée de Mississauga, Nathalia Kusendova-Bashta s’est rendue à Hearst pour annoncer la construction des nouveaux lits. Archives ONFR

« C’est aussi encourageant que ce soit une députée francophone qui vienne annoncer cela à la communauté et je pense que ça a été très bien reçu », a affirmé M. Sigouin.

« 12 places supplémentaires, ça va aider »

Les 12 lits supplémentaires ne rempliront pas la demande, mais ce projet sera aussi soutenu par des améliorations au Foyer des Pionniers.

D’après le communiqué envoyé par la province, il sera inclus « des améliorations conceptuelles, notamment des aires communes plus grandes pour les résidents et l’air climatisé dans l’ensemble de l’établissement ».

Selon une lettre de l’entrepreneur envoyé au centre pour personnes âgées, la nouvelle annexe devrait être prête à l’été 2024.

La demande de soins de longue durée en Ontario est en augmentation depuis la mise en place d’une loi en 2022 permettant le transfert des patients des hôpitaux vers les établissements de soins de longue durée. De plus, la population vieillit, avec les baby-boomers devenant une population de plus en plus importante et à prendre en considération.

Ingérence étrangère : Ottawa dévoile les détails de l’enquête publique

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau a finalement trouvé une juge preneuse pour présider l’enquête publique sur l’ingérence étrangère, notamment chinoise, dévoilant du même coup les paramètres autour des travaux qui auront lieu au cours des prochains mois.

C’est la juge Marie-Josée Hogue, de la Cour d’appel du Québec, qui a été choisie après plusieurs mois de pourparlers entre les partis de l’opposition et le gouvernement libéral concernant les détails de cette enquête publique.

Le Globe and Mail et divers médias ont révélé dans les derniers mois plusieurs exemples d’ingérence étrangère de la part de Pékin comme de l’intimidation auprès de députés élus et de leur entourage, comme le conservateur Michael Chong.

Le ministre de la Sécurité publique Dominic Leblanc a aussi annoncé ce jeudi matin les divers paramètres qui guideront les travaux. La juge Hogue devra soumettre un premier rapport d’ici la fin de février 2024 et un final d’ici la fin la même année, elle qui débutera son nouveau rôle dès le 18 septembre.

La juge Marie-Josée Hogue devra soumettre un premier rapport dès 2024 :Gracieuseté : Cour d’appel du Québec

Cette dernière aura accès aux documents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), même ceux classifiés secrets ainsi que ceux du cabinet ministériel, a confirmé le ministre Leblanc. Elle devra se pencher sur de la possible ingérence lors de l’élection générale de 2019 et 2021 à l’échelle nationale et locale. Elle examinera aussi la transmission d’informations entre des hauts fonctionnaires et décideurs politiques tels les élus. Marie-Josée Hogue pourrait aussi soumettre un rapport secret s’il contient des informations classifiées, précise le communiqué du gouvernement.

Questionné à savoir, si l’échéancier présenté, n’était pas trop court, le ministre rappelle que « la juge Hogue était d’accord avec cet échéancier ».

« Je peux imaginer vos questions si on avait possiblement mis ça à une date après une élection potentielle… On veut donner aux Canadiens, dans la mesure du possible, un rapport intérimaire et final le plus vite possible », a dit Dominic Leblanc.

Toutefois, a-t-il ajouté, la juge Hogue aura l’autorité pour déterminer si elle a besoin de plus de temps, mais rappelle que les partis de l’opposition étaient tous en accord avec ces dates.

D’ici le début des élections

Les oppositions tiennent mordicus à ce que la fin des travaux de cet exercice public survient d’ici le début de l’élection prévue en 2026. Les libéraux, minoritaires à la Chambre des communes, ont conclu une entente avec les néo-démocrates pour se maintenir au pouvoir jusqu’en 2026, mais rien n’empêchait les troupes de Jagmeet Singh de se retirer de cet accord.

Plusieurs médias ont rapporté que les libéraux ont essuyé plusieurs refus de juges actuels ou à la retraite pour présider cette enquête suite au traitement accordé aux rapporteur spécial et ancien gouverneur général David Johnston. Ce dernier avait été la cible de plusieurs flèches des partis de l’opposition à la suite de son rapport où il avait conclu qu’une enquête publique n’était pas nécessaire.

Le Festival international du film de Toronto en huit chiffres

TORONTO – Le Festival international du film de Toronto (TIFF) déroule son tapis rouge ce jeudi pour offrir aux cinéphiles avec un agenda riche en cinéma canadien et international. Au programme : projections, défilé de vedettes et remises de prix. Tour de cette vitrine mondiale du septième art en huit chiffres.

48

Fondé en 1976, le TIFF en est à sa 48e édition. Il s’est imposé comme l’un des cinq plus grands rendez-vous cinématographiques de la planète aux côtés du célèbre Festival de Cannes, de la Berlinale, du Sundance et de la Mostra de Venise, doyen des festivals qui achève sa 80e édition. Le TIFF décerne divers prix dont le populaire Prix du public, considéré comme un indicateur de succès futur aux Oscars et autres récompenses. L’an passé, le réalisateur Steven Spielberg l’avait remporté avec The Fabelmans, couronné par la suite meilleur film et meilleur réalisateur aux Goldens Globes.

11

Le TIFF, c’est onze jours de projections, du 7 au 17 septembre réparties sur cinq lieux : les cinémas TIFF Bell Lightbox et Scotiabank, les théâtres Princess of Wales et Royal Alexandra, auxquels s’ajoute le Roy Thompson Hall. C’est aussi des conférences, des ateliers, des concerts, des rencontres avec des cinéastes, un cinéma en plein air sur la place David-Pecaut où on peut revisiter des classiques et le festival Street Art Markt qui met en avant la scène locale. Sans compter une journée de célébration du cinéma et de la culture française à la Maison Campbell.

Laissez-nous raconter, série documentaire autochtone de Kim O’Bomsawin. Gracieuseté du TIFF

215

Sur les tablettes des cinéphiles cette année, plus de 215 longs métrages de plus de 45 pays. On compte une cinquantaine de productions canadiennes. Le festival débute ce jeudi avec Le garçon et le héron, un film d’animation japonais de Hayao Miyazaki et abaissera son rideau le 17 septembre sur La Vénus d’argent, un film français réalisé par Héléna Klotz avec Claire Pommet, Niels Schneider. Parmi les productions les plus attendues, citons les avant-premières mondiales The End We Start From de Mahalia Belo, Dumb Money de Craig Gillespie et The Dead Don’t Hurt de Viggo Mortensen

20

Du côté de la programmation francophone, on retrouve une vingtaine d’œuvres dont les longs métrages canadiens Les jours heureux et SOLO réalisés par les Québécoises Chloé Robichaud et Sophie Dupuis. Citons aussi la comédie d’horreur Vampire humaniste cherche suicidaire consentant d’Ariane Louis-Seizeet la série documentaire autochtone Laissez-nous raconter, signée Kim O’Bomsawin. Également à l’affiche, des films français comme Les indésirables de Ladj Ly, Orlando, ma biographie politique de Paul B. Preciado ou encore Anatomie d’une chute de Justine Triet, Palme d’or du Festival de Cannes.

Près 700 000 visiteurs viennent à Toronto, attirés par ce festival international. Crédit image : Jag Gundu

700 000

Le festival attire chaque année plus de 700 000 visiteurs dans la Ville Reine et représente une activité économique de plus de 114 millions de dollars dans la région, selon une estimation du gouvernement fédéral établie en 2022. D’autres sources évaluent l’impact économique total à 200 millions de dollars. Des milliers d’emplois directs et indirects en dépendent. Le TIFF tire les deux tiers de ses revenus des subventions gouvernementales et des commandites, pour un budget global de près de 50 millions de dollars.

1

Une ombre plane cette année sur la venue des vedettes : une grève qui paralyse l’industrie depuis mai dernier à Hollywood pourrait jouer des tours sur le tapis rouge où le public rêve d’apercevoir Kate Winslet (Dumb Money), Robert De Niro (Ezra), Emily Blunt (Pain Hustlers), Scarlett Johansson (North Star), Michael Keaton (Knox Goes Away) et autres Benicio Del Toro (Reptile). Acteurs et scénaristes américains revendiquent des cachets plus importants des studios et des plateformes de diffusion en continu, ainsi qu’une meilleure aide face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Le tapis rouge du TIFF risque d’être privé cette année de certaines stars à cause de la grève des scénaristes américains. Crédit image : Shane Parent

28

Partenaire historique du TIFF depuis 28 ans, la société de télécommunication Bell a annoncé il y a quelques jours qu’elle ne serait plus commanditaire du festival à compter de décembre prochain. « Nous avons convenu d’un commun accord que ce partenariat prendrait fin à la fin de 2023 », a fait savoir la vice-présidente des communications du TIFF, Judy Lung. Bell était étroitement lié au TIFF depuis 1995, son centre culturel de la rue King portant même son nom : TIFF Bell Lightbox.

600

Une polémique est née cette année avec le développement sauvage de la revente en ligne à des prix exorbitants, allant jusqu’à dix fois la valeur nominale d’une place et mettant sous le feu des critiques la plateforme de billetterie officielle Ticketmaster. Le Toronto Star ainsi relevé que le prix de la place pour le film d’ouverture Le garçon et le héron de Miyazaki, affichant complet avait atteint 600 $ sur le site StubHub. ONFR a pu constater qu’un billet pour Dumb Money pouvait atteindre plus 1200 $ ce mercredi. Des voix s’élèvent pour que Ticketmaster lutte plus efficacement contre la revente massive.

Sur le site StubHub, le prix d’une place peut dépasser les 1200 $. Capture écran ONFR

Coup d’envoi de la 12e édition du Trille Or

OTTAWA – Le Trille Or se déroule de jeudi à samedi à Ottawa. Les artistes et l’industrie musicale de l’Ontario et des provinces de l’Ouest se donnent rendez-vous pour trois jours de rencontres, d’activités professionnelles et de remises de prix. L’événement culminera avec le Gala Trille Or, pendant lequel 11 des 25 récompenses seront remises.

ONFR s’est entretenu avec la directrice artistique et metteuse en scène du gala de samedi soir, Kristell Le Nôtre. Elle souligne que la particularité du Trille Or est d’être un gala d’artistes et non de producteurs. Il est vrai qu’en milieu minoritaire, les artistes doivent souvent assurer leur propre production et leur propre promotion, car ils ne jouissent pas d’une industrie de la musique aussi organisée qu’au Québec, par exemple. Il en ressort un esprit de solidarité unique, que l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), qui organise le Trille Or, voulait mettre de l’avant samedi soir.

Kristell Le Nôtre assure la direction artistique et la mise en scène du Gala Trille Or 2023. Crédit image : Lynn Poulin

« Les artistes entre eux vont collaborer sur des numéros complémentaires et collaboratifs, pour vraiment représenter cette camaraderie », explique Kristell Le Nôtre. Sur scène, on pourra voir Beau Nectar, Étienne Fletcher, YAO, Céleste Lévis, Joly, Mélissa Ouimet, Shawn Jobin, Matt Stern, Anique Granger, les Rats d’Swompe et Ponteix, alias Mario Lepage, qui s’occupe aussi de la direction musicale.

Si en général, les artistes interpréteront leurs propres chansons, il y aura beaucoup de collaborations entre eux et un numéro spécial où ils toucheront au répertoire des autres. « Ce sont des gens qui se voient souvent, qui se tiennent au courant des carrières des autres. C’est ce que je voulais mettre en valeur, cette collaboration entre les artistes, qui travaillent beaucoup ensemble », affirme Kristell Le Nôtre.

La camaraderie se faisait sentir à la veille de l’événement Trille Or 2023, alors que plusieurs artistes se sont réunis pour le lancement d’album de Squerl Noir. Sur la photo, de gauche à droite : Ponteix, Joly, Shawn Jobin, Squerl Noir, Reney Ray, LeFLOFRANCO. Crédit image : Rachel Crustin

Les artistes en performance, tous en nomination, sont enthousiastes à l’idée de dynamiser le gala sous cette forme. « Tout ça s’est fait dans une entente assez incroyable. Ils sont tous extraordinaires. Ils ont tous hâte d’être là et ils sont tous contents des propositions que je leur ai faites », explique la metteuse en scène.

Tout en tempérant qu’elle ne réinvente pas la roue, Kristell Le Nôtre affirme qu’en plus de la collaboration et de la camaraderie, la musique sera la vedette de la fête. « C’est vraiment par les musiciens, pour les musiciens, entourés de musique. Tout repose sur la musique. C’est un gros show. Oui, il y a des remises de prix à travers ça, mais le tout est fait le plus musicalement possible. »

Rappelons qu’en plus des zone prix remis, le gala Trille Or sera aussi l’occasion d’introniser la chanson Notre Place au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens (PACC), en présence du compositeur François Dubé, de la femme de l’auteur (feu Paul Demers) Sylvie Chalifoux-Demers et du vice-président francophone du PACC, Robert Paquette. L’hymne franco-ontarien sera interprété par Mehdi Cayenne pour l’occasion.

De jeudi à samedi

L’événement bisannuel de l’APCM se déroule sur trois jours. Une première activité gratuite a lieu jeudi midi, alors que Reney Ray et Shawn Jobin sont à l’honneur sur la rue Sparks, dans le cadre des concerts Songs from the Shed.

Différentes activités professionnelles auront lieu sur invitation ou pour les gens de l’industrie possédant une « passe pro ». Le Centre national des arts (CNA) accueillera entre autres un panel sur la musique et la santé auditive, suivi de la cérémonie d’ouverture. Une première remise de prix aura lieu au Live! On Elgin dès 20 h, avec des vitrines des artistes Ink Sticks & Stones et Mclean.

Sept statuettes seront remises lors de cette célébration : Jazz, Présence Web, Folk / Country / Trad, Initiative artistique, Prise de son et mixage, Export Ontario et le Prix bâtisseur Paul Demers. Ce dernier, un prix hommage, sera attribué à titre posthume à Pierrette Madore. Elle a été l’archiviste officielle de l’APCM et a participé à l’élaboration du Gala Trille Or, qui portait auparavant le nom de Gala de la chanson et de la musique.

Reney Ray au Trille Or 2021. Elle récolte trois nominations cette année. Crédit image : Julien Lavoie

Vendredi, les professionnels pourront assister à deux autres panels, sur l’écoresponsabilité dans l’industrie musicale et sur la fidélisation du public. Le soir, une autre soirée de vitrines et de remise de prix aura lieu, cette fois à la Quatrième salle du CNA. Sept catégories connaîtront leurs lauréats, soit Pop, Conception visuelle, Hip-hop / Rap, Spectacle en ligne, Réalisation et arrangements, Rock / Alternatif et le Prix Hommage, décerné cette année à Brian St-Pierre, pour sa contribution exceptionnelle à la musique franco-ontarienne.

Samedi, les discussions des panels et conférences tourneront autour de la stratégie derrière la sortie d’un album et des perspectives sur les modèles économiques dans l’industrie musicale. Le grand public pourra enfin assister, au CNA, au tapis rouge et au Gala Trille Or, animé par Éric Robitaille. Durant cette soirée dirigée par Kristell Le Nôtre, les prix principaux seront remis, soit ceux des catégories EP (mini-album), Album, Vidéoclip, Spectacle, Groupe, Auteur(e) et/ou compositeur(trice), Découverte, Artiste Solo, Chanson primée et Coup de cœur du public.

Mélissa Ouimet au Trille Or 2021. Elle récolte six nominations cette année et sera en performance lors du gala de samedi soir. Crédit image : Julien Lavoie

La cérémonie sera retransmise sur les ondes des radios communautaires membres du Mouvement des intervenant.e.s en communication radio de l’Ontario (MICRO) et de l’Alliance des radios communautaires de l’Ouest et des Territoires (ARCOT). Sirius XM est le présentateur officiel du Trille Or 2023.

Rappelons que les nominations sont dominées par les Fransaskois Ponteix et Étienne Fletcher, le duo Saskatchewan-Ontario Beau Nectar et le Franco-Ontarien Yao.

Tudor Alexis, un bilan terni par des allégations de harcèlement non élucidées

TORONTO – « Des trucs montés de toute pièce par des gens qui ont déconné », voilà comment le consul général de France à Toronto qualifie les signalements d’employées à son encontre pour des faits présumés de harcèlement. Il revient au micro d’ONFR sur ses quatre années de mandat avant son départ pour Paris.

« Ces plaintes étaient des trucs montés de toute pièce par des gens qui ont déconné, qui avaient des choses à se reprocher », résume Tudor Alexis. « Je pars tranquille. Le ministère (de l’Europe et des Affaires étrangères, MEAE) connait ce dont je suis capable. Il n’oublie pas que j’ai mené à bon port l’ensemble des projets qui m’ont été confiés et je continuerai à œuvrer pour mon pays d’adoption. »

Dans un entretien accordé à ONFR, le consul général sortant dont le dernier jour en poste à Toronto était le 30 août et dont le prochain poste, à Paris, n’est pas encore connu, parle au passé d’une controverse qui serait derrière lui. Les signalements d’employés révélés l’hiver dernier n’ont pourtant jamais débouché sur une inspection et la cellule Tolérance zéro du ministère n’a toujours pas rendu publiques de conclusions sur cinq des six plaintes, celles émanant de femmes qui regrettent d’avoir été exclues du périmètre de l’enquête administrative.

Une seule investigation est en effet allée au bout de processus, celle concernant le litige opposant le consul général à son adjoint de l’époque, Yves Chauchat – depuis muté à Paris -, concluant à des « torts partagés » et écartant l’aspect de harcèlement moral.

Le MEAE n’a d’ailleurs pas donné suite avec précision à plusieurs de nos sollicitations médiatiques dans ce dossier. Et le consul général a tenu à garder son devoir de réserve « jusqu’au bout ». « Je ne trahirai pas les principes par lesquels j’ai été nommé ici », tranche-t-il.

Depuis les révélations du média français Lettre A et les témoignages recueillis par ONFR en janvier dernier, le dossier a fait quelques ricochets dans la presse outre-Atlantique et devant le Sénat français, le sénateur Ronan le Gleut pointant en juin « un silence assourdissant » du ministère de tutelle. Avant lui, la sénatrice Mélanie Vogel avait déjà mis en doute, en février, l’efficacité de la cellule d’écoute face à « plusieurs signalements classés sans suite malgré des faits graves et avérés ».

Le « retour en force de la France » en Ontario

Pour le reste, après quatre années d’action, Tudor Alexis estime que son mandat a été marqué par le « retour en force de la France comme un acteur privilégié de l’Ontario dans plusieurs domaines d’importance pour les générations à venir ».

« On a maintenant une communauté rassemblée et conquérante sur la scène économique », souligne-t-il. « De grandes entreprises françaises ont déménagé leur siège social à Toronto et des entrepreneurs pensent très souvent à cette métropole en premier pour s’installer au Canada ou comme base de travail pour toute l’Amérique du Nord. »

Et de citer Sanofi, Saint-Gobain, Sodexo, Nexans, Thalès, Safran, Arcelor, Lactalis, Areva, Colas, Dior… « Il y a à la fois un sentiment d’appartenance parmi ces entreprises et de reconnaissance de leur puissance économique de la part des autorités ontariennes », décrit M. Alexis qui ajoute à cela la dimension technologique qui a pris de l’ampleur avec les événements de French Tech.

« L’avenir de cette économie appartient à la jeunesse et la reconnaissance de diplômes pour que des Français puissent venir enseigner directement dans les écoles franco-ontariennes et les écoles d’immersion va sensibiliser les générations futures à notre langue qui est un vecteur d’influence », croit-il.

Dans la même veine, M. Alexis met en exergue le renouvellement de l’accord Ontario-Rhône-Alpes. Vieux de 30 ans et menacé d’extinction, cet accord doit garantir la poursuite d’échanges dans l’enseignement supérieur.

Faire exister la question francophone et le bilinguisme canadien

Le consul général sortant ajoute que la présence de la France s’est aussi exercée dans la diplomatie publique avec, entre autres, le lever de drapeau de l’Organisation internationale de la Francophonie, une célébration inédite soulignant la richesse de la diversité torontoise et ontarienne.

« L’importance de la France à Toronto s’est aussi mesurée le 15 juillet dernier quand la mairesse de Toronto a consacré 1h30 de son temps, trois jours après son intronisation, pour prendre connaissance de l’ensemble des stands de la Fête nationale française », note le diplomate.

« On a fait beaucoup de travail pour faire exister la question francophone et le bilinguisme canadien », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, on ne se pose plus la question d’avoir un quartier de langue française à Toronto pour s’enfermer dans un coin. Les acteurs francophones sont partout. »

« La culture est une arme de destruction massive contre l’intolérance »
— Tudor Alexis, consul général de France à Toronto sortant

« Dans une société mondialisée où les réseaux sociaux divisent et les algorithmes ne font que fournir des raisons de haïr son voisin, l’antidote devient le partage de savoirs, la connaissance de l’autre. La culture est une arme de destruction massive contre l’intolérance », se félicite celui qui a débuté son mandat par la réception en 2019 du ministre français de la Culture. Il prend comme exemple la présence de films français au TIFF ou encore la Nuit blanche, autant d’occasions pour la France de marquer son empreinte en Ontario.

« En tant que Français, nous avons toujours un regard très critique envers notre pays et c’est notre force. En revanche, on en oublie ce qui se passe mal ailleurs : le recul des droits de l’homme dans l’Europe de l’Est, le Brexit qui a cassé l’industrie financière londonienne, les résultats des dernières élections en Finlande ou en Italie, le quasi-coup d’État en 2022 à Washington et la montée du racisme et de la xénophobie dans certains pays que je ne citerai pas », énumère M. Alexis.

« Mais finalement, les gens qui prennent du recul continuent encore de croire en la France, un pays qui connaît le taux de chômage le plus bas depuis 40 ans et constitue la première destination des investissements directs à l’étranger devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. »

Une Journée de l’Europe en Ontario, projet inachevé

« Entre des États-Unis qui se divisent et une Europe qui reste unie, quel est le vrai partenaire? » interroge-t-il. « C’est l’Europe, dont la France est un des pays fondateurs du Canada. »

« Nos deux pays ont tant de choses en commun depuis la crête de Vimy où le Canada a trouvé son identité de nation indépendante. Si on crée le besoin de la langue française parmi les Ontariens et qu’on projette une image de la France comme partenaire de valeurs et qu’on cultive notre francophilie, on arrivera à créer une demande du français, capable de répondre à des enjeux comme celui de susciter encore plus des vocations d’enseignant du français par exemple. »

L’importance d’une langue ne réside pas seulement dans son vocabulaire mais dans son système de pensée, martèle-t-il. « Pour cela, il faut labourer le terrain et montrer à quel point on est des partenaires pertinents sur des sujets qui concernent l’avenir de nos enfants. »

Le diplomate espère enfin voir aboutir un projet : que la Province déclare le 9 mai comme Journée de l’Europe en Ontario. « J’espère que cette idée que j’ai lancée pendant la présidence française de l’Union européenne sera votée un jour à Queen’s Park. Nous n’avons pas encore en Ontario le réflexe de se tourner vers l’Europe comme le fait le Québec. Or c’est essentiel de savoir que 25 millions de Canadiens sont d’origine européenne et que l’Europe est un partenaire important pour le Canada », conclut Tudor Alexis, dont le successeur, Bertrand Pous, doit prendre ses fonctions dans les prochains jours.

Un nouvel examen approfondi des terres de la Ceinture de verdure, promet Doug Ford

TORONTO – Ce mardi matin, à Queen’s Park, le premier ministre ontarien a annoncé que la province entreprendrait un examen exhaustif de toutes les terres situées dans la Ceinture de verdure, y compris celles faisant partie des accords controversés d’échange de terres et qui ont créé des turbulences au sein du gouvernement jusqu’à entraîner la démission du ministre du Logement et de son chef de cabinet.

Cette décision intervient moins de 24 heures après que Doug Ford ait été contraint de remanier son cabinet, suite à la démission du ministre du Logement, Steve Clark.

En conférence de presse, le premier ministre a tout de même dit que Steve Clark l’avait contacté avant de prendre sa décision.

En effet, tous les 10 ans, le gouvernement doit réévaluer ces terres. Le dernier examen date de 2015, le prochain devra avoir lieu en 2025.

Ce mardi 5 septembre, le premier ministre Ford a organisé une conférence pour parler de son remaniement ministériel suite à la démission du ministre du Logement, Steve Clark. Capture d’écran/ONFR

M. Ford a donc annoncé que sous le leadership du nouveau ministre du Logement, Paul Calandra (ex-ministre des Soins de longue durée), un examen serait effectué, précisant que « c’est indispensable pour instaurer la confiance de la population face à ces décisions ».

Rappelé à l’ordre par la vérificatrice générale dans ses recommandations, le premier ministre a aussi promis l’inclusion de ces notes dans son évaluation.

Un examen basé sur le mérite

La réévaluation des terres, apprise ce matin, devrait se concentrer sur les 14 terres retirées de la Ceinture de verdure, soit celles qui ont suscité des controverses. Le premier ministre a précisé que les futures propositions seront évaluées en fonction de « leurs mérites » pour être acceptées.

« La Ceinture de verdure s’étend encore, elle a gagné 2000 acres de terre », estime Doug Ford.

« Nous allons mettre en place un processus administré par des fonctionnaires du gouvernement et qui évaluera chaque demande individuellement en fonction de son mérite. Rien n’est plus crucial que la construction de logements. »

Dans un récent rapport de la vérificatrice générale, publié le mois dernier, plusieurs problèmes ont été mis en lumière, dont notamment la modification des critères de sélection des terrains destinés au développement. Cette modification a eu lieu après que la plupart des sites initialement proposés ne répondaient pas aux exigences établies.

De plus, certaines des parcelles suggérées auraient été modifiées pour les faire correspondre aux critères minimaux établis par le gouvernement.

Dans ce projet de réévaluation, le premier ministre a déjà décidé que le site d’Ajax serait restitué à la Ceinture de verdure (après avoir découvert que le promoteur avait mis la propriété en vente plutôt que de construire des logements).

Bien que le gouvernement annonce ce nouvel examen, Doug Ford a tout de même déclaré que les projets de développements se poursuivront sur ces 14 sites restants. « Nous veillerons à ce que les promoteurs incluent des centres communautaires, des hôpitaux, des parcs et des soins de longue durée sur leur propriété », a-t-il ajouté.

L’opposition donne son avis sur cette réévaluation

Marit Stiles, la cheffe de l’opposition estime que les citoyens de l’Ontario n’accordent guère d’intérêt à une nouvelle révision. « Ce qu’ils exigent, c’est la restauration des terres de la Ceinture de verdure et la reddition de comptes de la part du gouvernement pour avoir manipulé le système. »

Steve Clark, ex-ministre des Affaires municipales et du Logement. Crédit image : Jackson Ho

De son côté, le chef par intérim du Parti libéral, John Fraser, a critiqué l’examen en le qualifiant de « non pertinent », et a rappelé que, malgré les apparences, cette réévaluation ne constituait pas une pause dans le développement. Pour le député, les projets de construction ne en effet sont pas à l’arrêt.  

Pour rappel, la vérificatrice générale a déterminé dans ses conclusions que les modifications apportées aux limites de la Ceinture de verdure en 2022 étaient en contradiction avec la vision et les objectifs initiaux du plan de la Ceinture de verdure, et qu’elles représentaient un écart par rapport aux procédures précédemment suivies.

Steve Clark a justifié son départ en invoquant le risque de devenir une « distraction » dans le contexte de ce scandale. L’échange de terres dans la Ceinture de verdure, ayant profité à certains promoteurs, est évalué à 8,28 milliards de dollars.

Sa démission intervient après plusieurs semaines de critiques. La publication de deux rapports accablants avait mis en lumière un défaut de supervision ministérielle dans cette affaire, le commissaire à l’intégrité de l’Ontario allant jusqu’à déclarer que Steve Clark avait « la tête dans le sable ». De plus, la Gendarmerie royale du Canada avait annoncé son intention d’ouvrir une enquête.

La démission du ministre des Affaires municipales et du Logement a été annoncée le jour de la Fête du Travail, créant un nouveau choc au sein du gouvernement.

Rentrée scolaire : Greenwood ou l’épilogue d’un projet controversé

TORONTO – Ils caressaient ce rêve depuis deux décennies. Les parents d’élèves franco-torontois ont enfin leur école secondaire laïque dans l’est de la ville. L’ex-établissement anglophone Greenwood réaménagé et rebaptisé Michelle-O’Bonsawin a ouvert ses portes ce mardi.

« Pour avoir vu l’école avant et après les travaux, l’impression est plutôt bonne de l’extérieur », confie Martin Reid, venu accompagner ses deux garçons au premier jour de classe en 7e et 9e années. Ils étaient scolarisés à l’École élémentaire La Mosaïque et au Collège français au centre-ville. C’est donc plus pratique de les avoir ici dans la même école de quartier. »

Ses enfants font partie des 175 premiers élèves inscrits en 7e, 8e et 9e années. Les élèves de quatre écoles nourricières y sont automatiquement inscrits : Gabrielle-Roy, Jeanne-Lajoie, La Mosaïque et Laure-Rièse, tandis que les classes de la 10e à la 12e année ouvriront l’horizon 2026, dans cet établissement capable d’accueillir jusqu’à 500 élèves.

À leur disposition : des salles de classe dernier cri, une bibliothèque, un gymnase et une cafeteria convertible en auditorium. Dévoilés en 2017, les plans de l’édifice ont évolué pour tenir compte de plusieurs doléances de parents soucieux d’obtenir pour leurs enfants une infrastructure équivalente aux écoles anglophones.

Martin Reid, père de deux élèves suivra avec attention la qualité de l’enseignement. Crédit image : Rudy Chabannes

Tout n’a pas été si simple pour y tenter d’y parvenir. De réunions publiques en contretemps, la direction a navigué à travers plusieurs obstacles : répondre aux attentes des parents, transformer un édifice des années 1970 pour le rendre fonctionnel et adapté, percer de larges ouvertures dans les parois en béton pour mieux faire entrer la lumière, obtenir une rallonge financière à hauteur de 23 millions de dollars, ou encore assainir un sol contaminé au plomb.

Usage du parc Felstead : une entente toute proche avec la Ville

Un des derniers verrous du dossier qui doit sauter consiste à décrocher une entente avec la Ville pour l’usage du parc public voisin. Un accord entre le conseil scolaire Viamonde et la Ville de Toronto serait sur le point d’aboutir concernant le parc, assure Steve Lapierre, directeur des communications à Viamonde.

« L’entente en est dans les derniers détails de préparation », selon lui. « Elle vise l’utilisation du parc pendant la journée scolaire pour des activités avec des groupes d’élèves, sans que l’école n’ait à demander de permis spécial. Entretemps, comme il s’agit d’un parc public, il n’est pas interdit aux élèves de le fréquenter. »

Caroline Finateu (à droite), mère d’un élève en 9e année, échange avec le directeur (au centre). Crédit image : Rudy Chabannes

« Le lieu est plus grand, avec plus d’espace, un vrai gymnase, mais le plus important pour moi c’est le niveau des enseignants et l’offre d’activités parascolaires qui sera proposée, estime Caroline Finateu, mère d’un enfant en 9e année. C’est une nouvelle école, donc on va laisser du temps au temps. »

Viamonde affiche un certain enthousiasme : « On s’est assuré de revitaliser une école existante pour en faire un établissement répondant aux réalités d’aujourd’hui. Les plans ont été développés de sorte à permettre la mise en place de pratiques pédagogiques à fort impact, une programmation parascolaire concurrentielle et un carrefour francophone pour ses communautés », détaille M. Lapierre.

« On dépasse ce que les anglophones ont »
—  Michel Laverdière, directeur de l’éducation

L’école est-elle équivalente aux établissements anglophones? « On dépasse ce que les anglophones ont », affirme sans hésiter Michel Laverdière, directeur de l’éducation au Conseil scolaire Viamonde, présent pour accueillir les nouveaux élèves. « On est très fier d’avoir réussi à livrer cette école. Cet édifice inspirant encouragera les élèves à persévérer dans leur apprentissage, avec une équipe de soutien dynamique et devouée. »

« Il faudra voir si l’espace extérieur est véritablement équivalent à celui des écoles anglophones du quartier », prévient Me Nicolas Martin Rouleau, qui représente les intérêts de la Coalition de parents pour une école secondaire de quartier (PESQ). Ce collectif a déposé en 2017, en Cour supérieure, une requête constitutionnelle à l’encontre de la Province, réclamant l’application de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Francis Cronier-Thériault, directeur de l’École secondaire Michelle-O’Bonsawin. Crédit image : Rudy Chabannes

Il reste encore quelques travaux à finir : l’installation de l’ascenseur, des gradins du gymnase, de filets sur la terrasse sur le toit, ainsi que de l’espace paysager extérieur.

 « On va rester en alerte. On n’est pas surpris que de gros travaux comme ça ne soient pas terminés », juge M. Reid. « C’est surtout l’enseignement qui importe et sur quoi je vais être attentif. »

Pour le directeur, « c’est le début d’un nouveau défi avec la mise en œuvre d’un climat scolaire mais aussi la concrétisation des valeurs de notre nom et ce qu’il représente, Michelle-O’Bonsawin ».

La juge a d’ailleurs glissé en mot de bienvenue en direct à l’ensemble des élèves, par visioconférence depuis son bureau de la Cour suprême du Canada.

Le personnel et la direction de l’école se sont présentés aux élèves au premier jour de classe. Crédit image : Rudy Chabannes

Remaniement ministériel : Calandra au Logement, Mulroney au Conseil du Trésor

TORONTO – Conséquence directe de la démission du ministre des Affaires municipales et du Logement, Steve Clark, le premier ministre a rebattu les cartes de son cabinet ce lundi.

Jusqu’ici ministre des Soins de longue durée, Paul Calandra prend le relai de Steve Clark au ministère des Affaires municipales et du Logement. À ses côtés, Rob Flack devient ministre associé du Logement, avec un mandat ciblé sur les maisons modulaires et le logement abordable.

M. Calandra, qui conserve son rôle de leader parlementaire du gouvernement, avait déjà remplacé une autre ministre dans un moment de crise : Merrilee Fullerton, qui elle aussi avait été contrainte à la démission après sa gestion des Soins de longue durée pendant la pandémie de COVID-19.

C’est Stan Cho qui gèrera désormais le portefeuille des Soins de longue durée, un ministère qui a connu pas moins de quatre ministres en cinq ans.

Échange de ministère entre Caroline Mulroney et Prabmeet Sarkaria

La ministre Caroline Mulroney conserve les Affaires francophones mais échange les Transports contre le Conseil du Trésor avec son collègue Prabmeet Sarkaria. Ce dernier sera épaulé dans sa tâche par Todd McCarthy, comme ministre associé.

Mme Mulroney accède ainsi à un poste stratégique de gestion et de contrôle des dépenses du gouvernement. En tant que présidente du Conseil du Trésor, elle aura la charge de contrôler des relations de travail entre le gouvernement et la fonction publique et assumera la responsabilité des politiques internes sur les ressources humaines.

Jusqu’ici ministre associée au Logement, Nina Tangri, quant à elle, devient ministre associée déléguée aux Petites Entreprises, relevant de Vic Fedeli, le ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce.

Enfin, l’adjointe parlementaire au ministre des Affaires intergouvernementales, Andrea Khanjin, se voit attribuer les responsabilités de leader parlementaire adjointe du gouvernement.

Un changement provoqué par la démission du ministre Clark

Consécutif à la démission ce lundi du ministre Clark, ce remaniement intervient à peine trois semaines avant la rentrée parlementaire prévue le 25 septembre prochain. La région d’Ottawa n’y est représentée par aucun ministre.

« Alors que la population et l’économie de notre province se développent, il n’a jamais été aussi important pour nous de bâtir l’Ontario », a déclaré par voie de communiqué le premier ministre Doug Ford qui tiendra un point presse à Queen’s Park mardi.

« Alors que nous continuons à attirer des milliards de dollars de nouveaux investissements pour créer de meilleurs emplois avec des salaires plus élevés, nous disposons de la bonne équipe pour y parvenir. Nous ne cesserons jamais de travailler au nom de la population de l’Ontario pour construire les logements, les autoroutes et les transports en commun dont nos collectivités en pleine croissance ont besoin », a-t-il fait valoir.

« M. Ford peut réarranger les chaises autant qu’il veut, cela ne changera rien au fait que les Ontariens en ont assez d’un gouvernement corrompu qui manipule le système pour aider quelques privilégiés à s’enrichir encore plus, aux dépens de tous les autres », a répliqué Marit Stiles, la cheffe de l’opposition officielle.

Un été contrasté pour les athlètes franco-ontariens 

Si certains ont connu des réussites majeures dans leurs disciplines, d’autres sont en revanche passés totalement à côté de leurs objectifs. Tour d’horizon de l’été des athlètes franco-ontariens. 

Le mois de septembre et la rentrée ont pointé le bout de leur nez et on se dirige tout doucement vers l’automne. Le moment semble donc idéal pour faire le bilan de l’été de nos athlètes franco-ontariens qui se sont illustrés pour le meilleur comme pour le pire durant la saison estivale. 

Si on devait attribuer un titre de sportif de l’été, il est difficile de ne pas le décerner à l’Ottavien Michael Woods. Le cycliste francophone, qui s’était fixé une victoire d’étape sur la plus prestigieuse des épreuves de vélo au monde, le Tour de France, n’a pas fait dans la demi-mesure. Une victoire avec panache dans la mythique montée du Puy-de-Dôme lui a assuré de remplir ses objectifs dès la neuvième journée de course. 

Le plus dur était ensuite de terminer le Tour et de rallier les Champs-Élysées le 23 juillet, ce qu’il a été en mesure de faire avec au final une 48e place au général. 

Du bon et du moins bon dans les bassins 

L’été rime forcément aussi avec natation. Les Championnats du monde se déroulaient à Fukoka au Japon. Avec Jessica Gaudreault, la gardienne franco-ontarienne native de Mississauga dans ses buts, l’équipe canadienne de water-polo a été éliminée en quart de finale de la compétition par les futures championnes néerlandaises (10-17).

En finissant finalement à la 7e place avec une victoire 14-12 contre la Grèce en match de classement, les Canadiennes n’ont pas obtenu leur billet pour les Jeux olympiques de Paris, réservés aux deux équipes finalistes de la compétition. Elles auront une nouvelle fenêtre de qualification lors des Jeux panaméricains qui se dérouleront à Santiago du 20 octobre au 5 novembre prochain. 

Jessica Gaudreault sera toujours dans les buts canadiens lors des Jeux panaméricains. Crédit image : Patrick Smith/Getty Images)

Toujours dans la piscine, si la spécialiste de la brasse de Sudbury, Nina Kucheran, n’était pas présente aux Championnats du monde, elle s’est en revanche distinguée lors des nationaux qui se déroulaient à Scarborough début août. Elle a signé quatre podiums mais s’est tout de même montrée déçue de ne pas atteindre ses objectifs de battre ses records personnels sur ses disciplines de prédilection : les 50, 100 et 200m brasse. Elle s’est heurtée sur chaque course à l’expérimentée Rachel Nicol qui a monopolisé toutes les premières places. Au final, Nina Kucheran décroche tout de même deux médailles d’argent et deux de bronze. 

Alexandre Landry, la révélation

Dans les pas de Nina, son coéquipier de l’équipe de Sudbury qui évolue dans la même discipline, Alexandre Landry a surpris tout le monde – y compris lui-même – avec une troisième place obtenue sur le 200m brasse. Le natif d’Hanmer dans le Nord de l’Ontario a battu un grand nombre de ses records personnels sur cette compétition et fait partie des athlètes franco-ontariens à suivre dans les années à venir dans sa discipline. 

Alexandre Landry médaillé de bronze au 200m brasse aux Championnats nationaux. Crédit : Daniel Landry

On quitte les bassins et on part maintenant sur les pistes. Comme Nina Kucheran en natation, Jacqueline Madogo en athlétisme n’a pas réussi à valider son billet pour les Championnats du monde qui se déroulaient du 19 au 27 août. Après un début d’été compliqué où elle a eu du mal à aller chercher les chronos qu’elle espérait, elle a pourtant terminé en beauté lors des Championnats canadiens d’athlétisme où elle a signé une victoire sur le 200m et un nouveau record personnel sur la distance (22 »91).

Elle a également égalé son meilleur temps sur 100m avec une médaille de bronze. Ses temps se sont malheureusement avérés insuffisants pour réaliser les minima de qualifications pour les mondiaux et se qualifier en individuel. En collectif, le relais canadien n’a pas non plus performé suffisamment pour se qualifier pour la compétition. 

Jacqueline Madogo absente des Championnats du monde d’athlétisme. Crédit image : La Presse canadienne /Darryl Dyck

Pour conclure cette partie consacrée aux résultats des sportifs franco-ontariens dans les sports individuels, nous aurions aimé vous conter leurs exploits lors des Jeux de la Francophonie de Kinshasa, mais aucun athlète ontarien parlant français n’y a participé.

Faillites collectives en soccer

Du côté du soccer canadien, l’été a été très agité. Entre les rumeurs de faillite de la fédération et les contre-performances des équipes masculines et féminines, difficile de retenir du positif pour Jonathan David, Vanessa Gilles et Cloé Lacasse.

Jonathan David et l’équipe masculine avaient une formidable occasion de battre les Etats-Unis en finale de la Ligue des Nation et d’enfin s’imposer comme l’équipe numéro une de la zone géographique. Au lieu de cela, les hommes du désormais ancien sélectionneur John Herdman se sont inclinés 2-0 contre leur voisin du sud qui a encore affirmé sa supériorité.

Les vedettes de la sélection dont Jonathan David fait partie n’ont ensuite pas pris part à la Gold Cup (défaite en quart de finale contre… les États-Unis), envoyant un message assez mitigé aux amateurs de soccer qui sont pourtant de plus en plus nombreux au Canada.

Jonathan David n’a pas participé à la Gold Cup. Crédit image : Louis Grasse/Getty Images

Du côté des féminines, les partisans étaient tout heureux de voir la sélection de Bev Priestman, auréolée de son titre de championne olympique, aller jouer les premiers rôles à la Coupe du monde en Australie. L’aventure aura finalement été de courte durée pour Cloé Lacasse, Vanessa Gilles et leurs coéquipières qui sont passées totalement à côté de leur compétition. Un nul 0-0 contre le Nigéria, une victoire peu convaincante contre l’Irlande et un cinglant 4-0 encaissé contre le pays hôte, voilà comment l’une des nations favorites de la compétition n’a pas passé les poules…

Vous pourriez avoir envie de vous rattraper de toutes ces misères avec le Toronto FC et ses vedettes italiennes? Que nenni, le TFC restait sur 10 défaites de suite avant sa récente victoire contre Philadelphie (3-1) et occupe la dernière place du classement à l’Est. Sans compter que le Franco-Ontarien Lukas McNaughton a été transféré en cours de saison.

La PLC et le basket pour vous redonner le sourire

Il reste donc le championnat local, la Première Ligue canadienne pour trouver un peu de bonheur avec trois équipes ontariennes remplies de francophones qui cartonnent. Le Forge FC, l’Atletico Ottawa et de manière plus surprenante York United sont toutes les trois en course à six journées de la fin pour se qualifier pour les phases finales.

York United réalise une saison étonnante en PLC Crédit : CHANT 

On termine ce bilan de l’été des athlètes franco-ontariens avec le basket-ball. D’abord du côté féminin où Laeticia Amihere vit son rêve de jouer dans la WNBA du côté du Dream d’Atlanta. Si ses statistiques ne crèvent pas l’écran (7,3 minutes par match), la native de Mississauga connaît une première saison d’apprentissage satisfaisante.

Dans une ligue très compétitive (12 joueuses seulement par effectif), la Canadienne a su se faire une place même si elle est barrée par des joueuses plus expérimentées à son poste. Le fait qu’elle fasse partie intégrante de l’effectif malgré un faible temps de jeu montre que la franchise compte sur elle. De bon augure pour la suite. 

Enfin, comment ne pas évoquer le parcours sensationnel d’un autre natif de Mississauga qui maîtrise plutôt bien le français, du côté de Jakarta. Évidemment, il s’agit de RJ Barrett et de la sélection canadienne qui a réalisé l’exploit, ce dimanche 3 septembre, d’éliminer l’Espagne championne du monde en titre, de se qualifier pour les quarts de finale de la Coupe du Monde, mais surtout, d’empocher la qualification pour les Jeux olympiques de 2024. Le Canada y participera pour la première fois depuis l’an 2000.

Le ministre du Logement démissionne après la controverse sur la Ceinture de verdure

TORONTO – Steve Clark a remis sa démission ce lundi au premier ministre Doug Ford. Le ministre des Affaires municipales et du Logement avait pourtant écarté une telle issue il y a quelques jours. Il fait les frais d’une gestion controversée de la Ceinture de verdure épinglée par deux rapports indépendants.

Dans une lettre adressée au premier ministre, il déclare que « la crise (du logement) demande quelqu’un qui ne soit pas une distraction du travail important qui doit être fait. Bien que ma pensée initiale était que je pouvais rester à ce poste et établir un processus adapté pour que ces erreurs ne se reproduisent pas, je réalise que ma présence causerait seulement plus de distraction et que j’ai besoin de prendre la responsabilité de ce qui a transparu. »

Le départ de M. Clark intervient après deux rapports sur sa gestion de la Ceinture de verdure et du logement : celui de la vérificatrice générale et celui du commissaire à l’intégrité. Il avait pourtant dans un premier temps écarté l’idée de démissionner, contrairement à son chef de cabinet, et avait fait des excuses publiques. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) étudie quant à elle la possibilité d’ouvrir une enquête criminelle.

Originaire de Brockville, dont il a été le maire de 1982 à 1991, M. Clark s’est lancé dans la politique provinciale en remportant l’élection partielle de Leeds-Grenville-Thousand Islands et Rideau Lakes en 2010, avant de devenir ministre des Affaires municipales et du Logement en 2018, à la suite de l’accès au pouvoir des progressistes-conservateurs.

Une « corruption » bien au-delà de M. Clark, selon l’opposition

Doug Ford a remercié son ministre pour ses années de service au sein de son cabinet, ajoutant que son gouvernement est « en mission pour construire au moins 1,5 million de logements. Après des décennies d’inaction, on commence à voir de vrais résultats : 2022 et 2021 ont connu le plus grand nombre de démarrages de chantier au cours des 30 dernières années ».

« Steve Clark prend finalement certaines responsabilités pour son rôle dans le scandale de la Ceinture de verdure », a réagi pour sa part Marit Stiles, la cheffe de l’opposition à Queen’s Park, « mais le rapport du vérificateur, le rapport du commissaire à l’intégrité et maintenant une éventuelle enquête criminelle montrent clairement que cette corruption s’étend bien au-delà du bureau de M. Clark ».

« Si Doug Ford pense que la démission de son ministre marque la fin du scandale de la Ceinture de verdure de 8,3 milliards de dollars, il a tort », a prévenu de son côté Mike Schreiner, le chef du Parti vert. Et de réclamer « la protection de toutes les terres de la Ceinture de verdure et une enquête publique indépendante sur le don de 8,3 milliards de dollars » (estimation de la valeur de 15 terres retirée de la Ceinture de verdure).

Comment tout a dérapé

La controverse est née de la volonté du gouvernement de rogner sur des terres protégées pour répondre plus rapidement à l’objectif de construire 1,5 million de logements en Ontario sur 10 ans. Pour atteindre cette cible, en décembre 2022, le gouvernement a retiré du Plan de la ceinture de verdure près de 3000 hectares de parcelles non-constructibles, soit une quinzaine de terres, puis a abrogé la Loi de 2005 sur la Réserve agricole de Duffins-Rouge.

Le projet de loi 97, qui a reçu la sanction royale en juin dernier, a en outre modifié la Loi sur l’aménagement du territoire, donnant au ministre du Logement deux pouvoirs : celui d’exiger qu’un propriétaire foncier conclue une entente avec lui ou une municipalité, et celui d’exempter les terres visées par des arrêtés ministériels de zonage des politiques provinciales et des plans officiels lorsque d’autres approbations d’aménagement sont demandées, comme les plans de lotissement.

Mais les attaques répétées de l’opposition ainsi que la publication d’un premier rapport ont mis à mal cette logique. La vérificatrice générale Bonnie Lysyk a en effet conclu en août dernier que le gouvernement avait favorisé certains développeurs immobiliers et occulté des considérations environnementales.

Ces conclusions ont conduit à la démission du chef de cabinet du ministre Clark, Ryan Amato.

La Ceinture de verdure au 19 décembre 2022, après les retraits de terre. Source : Rapport spécial de la vérificatrice générale de l’Ontario.

Le second coup de semonce, venu du commissaire à l’intégrité, a fragilisé un peu plus la position du gouvernement Ford, il y a quelques jours. Dans son rapport, J. David Wake a signifié que le ministre Clark avait violé la Loi sur l’intégrité des députés qui régit l’éthique des élus, les conflits d’intérêts et les informations privilégiées.

Des excuses publiques de Steve Clark la semaine dernière n’auront donc pas suffi : il a remis sa démission ce lundi, indiquant qu’il continuerait de siéger à Queen’s Park, en sa qualité de député de Leeds-Grenville-Thousand Islands et Rideau Lakes.

Établie en 2005, la Ceinture de verdure est une aire de protection principalement autour de Toronto qui comprend plus de 800 000 hectares de terre et s’étend sur plus de 300 kilomètres depuis l’extrémité est de la moraine d’Oak Ridges, près du lac Rice à l’est, jusqu’à la rivière Niagara à l’ouest. Elle met à l’abri de l’étalement urbain incontrôlé des vallées fluviales, des terres agricoles et des forêts.

Suzette Hafner, inlassable bénévole de la francophonie de Waterloo

[LA RENCONTRE D’ONFR]

CAMBRIDGE – Ancienne présidente de l’Association des francophones de Kitchener-Waterloo (AFKW), Suzette Hafner est une des voix de la région de Waterloo. À 80 ans, cette ex-enseignante de français qui siège aujourd’hui au conseil d’administration de l’Entité 2 nous décrit les particularités de sa communauté, immergée dans un océan anglophone, aux portes du Sud-Ouest ontarien.

« Comment êtes-vous arrivée dans la région de Waterloo ?

J’ai déménagé ici pour être proche de mon fils établi dans la région. Venant de Montréal, je voulais continuer à vivre en français. Alors une des premières choses que j’ai faites a été de contacter l’AFKW et de participer au club de lecture qui existe toujours. De fil en aiguille, je me suis impliquée de plus en plus.

Que retenez-vous de vos quatre années à titre de présidente de l’AFKW ?

On a essayé durant ces années-là de faire connaître et rayonner cette francophonie. Il y avait des activités qui demeurent encore aujourd’hui comme la fête de Noël et la Franco-Fête, mais je crois que ce qui est à souligner c’est la membriété qui a augmenté durant cette période. L’AFKW est devenue une association reconnue, particulièrement dans le domaine culturel. Nos activités ont rassemblé un public nombreux et ont eu beaucoup de succès. Il y avait au niveau culturel un certain essor bâti des partenariats avec d’autres organismes et les gens étaient prêts à se déplacer jusqu’à Elora pour voir une exposition.

Votre époux Joseph-Ambroise Desrosiers était aussi un contributeur de ces événements culturels, notamment en qualité de conteur…

Joseph était fantastique, un conteur né ! Il était originaire de Sainte-Geneviève, un petit village francophone du Manitoba. Quand il était jeune, il avait joué dans des pièces là-bas.. Il connaissait par cœur Les Mots de Victor Hugo qu’il était capable de réciter avec les gestes.

Crédit image : leregional.com

Vous succédiez il y a dix ans, en 2013, à Yves Beretta, un pilier de la francophonie locale disparu subitement. Vous a-t-il inspirée dans votre mandat?

Il m’avait dit : « Toi, tu vas être présidente », alors que je venais tout juste d’entrer dans l’association. Et c’est arrivé! Yves était tellement impliqué… Il connaissait beaucoup de monde et ne comptait pas ses heures. Il pouvait m’envoyer des courriels à 1h du matin et je ne répondais pas avant à 5h (rires).

Quels sont les principaux repères communautaires pour les francophones de Kitchener et Waterloo?

On a le Festival du cinéma, la Franco-Fête chaque mois de juin, le club de lecture, le club de marche… Ce sont des activités rassembleuses et régulières qui attirent toujours. Les francophones de la région ont aussi (depuis 2020) une deuxième école secondaire : l’École David Saint-Jacques située à Kitchener (qui s’ajoute à l’École secondaire catholique Père-René-de-Galinée, ainsi qu’aux écoles élémentaires catholiques Cardinal-Léger (Kitchener), Mère-Élisabeth-Bruyère (Waterloo) et Saint-Noël-Chabanel).

Dans un contexte de difficulté à assurer la relève dans les organismes, les écoles franco-ontariennes locales font-elles figurent de solution?

C’est très important qu’il y ait des écoles. Elles tiennent le fleuron de la langue dans la région. Maintenant, là encore, il faut être réaliste, en ce sens que, souvent, quand les enfants sortent de la classe et retournent chez eux, ils ne parlent pas français. Le manque d’activités culturelles extrascolaires accentue cet aspect. Tout est en anglais, que ce soit la musique ou autre. Il y a aussi les écoles d’immersion qui fonctionnent un peu parce que des parents allophones croient à la connaissance de base en français. C’est un appoint qu’il ne faut pas sous-estimer.

Mme Hafner a été directrice en charge du programme de formation linguistique et de testing à la Défense nationale. Crédit image : leregional.com

Waterloo, Kitcherner et Cambridge sont des villes très proches et très différentes à la fois. Comment mobilise-t-on la francophonie dans une région aussi diverse?

Ce n’est pas évident car ce sont des populations différentes entre Waterloo l’intellectuelle avec son université, Cambridge la manufacturière avec ses industries et, entre les deux, Kitchener la technologique avec toutes ses entreprises. Le défi de la francophonie ici, c’est le même défi que celui de ces trois villes qui ne se connectent pas beaucoup entre elles. L’unité des francophones et de leurs intérêts est donc difficile au niveau sociologique.

Plus de 5 000 résidents ont le français pour langue maternelle et plus de 36 000 déclarent être bilingues, selon le dernier recensement. Cela représente 1 % de francophones natifs et 5 % de bilingues.

Ça a diminué un peu partout au pays. Il y a quelques années, ici, on disait « On est 10 000 il faut se parler ». C’était un slogan qui démontrait déjà notre envie d’échanger malgré la diversité de la région.

Deux associations francophones cohabitent dans cette région : l’AFKW et le Centre francophone de Cambridge. Comment expliquer cette richesse associative dans un bassin francophone relativement restreint?

Le Centre francophone de Cambridge est un centre familial qui a commencé il y a très longtemps dans un poulailler! Des familles venues du bas de fleuve chercher du travail dans les industries de Cambridge et Hamilton. L’AFKW s’est affirmé plus tard avec l’expansion universitaire et l’arrivée de professeurs francophones.

Mme Hafner s’adresse au public de la Franco-Fête. Crédit image : leregional.com

Vous siégez à la Table interagence de Waterloo-Welligton-Guelph, une jeune structure créée en 2020 qui mobilise les différentes associations francophones de la région. Quelle est sa vocation ?

Un de nos objectifs a été d’identifier et de rencontrer des étudiants francophones, afin de les encourager à rester dans la région. C’est un petit accomplissement mais il faut dire que, au cours de la dernière année, on a plus de difficulté à rejoindre les gens autour de la table. La collaboration et les projets communs ne sont pas évidents entre Waterloo, Wellington et Gueph. Et la table n’a pas d’argent car ce n’est pas une association, ce qui rend d’autant plus difficile la mise sur pied d’activités.

Pourquoi vous engagez-vous au sein du conseil d’administration de l’Entité 2 de planification de services de santé en français ?

La santé est un de ces combats communs importants dans la région. Chaque francophone devrait avoir accès à un médecin qui parle francophone. C’est loin d’être évident. C’est pour cela qu’on compte sur les jeunes qui entrent à l’université. La santé peut vraiment être un thème fédérateur mais encore faut-il des personnes prêtes à s’impliquer, notamment au sein de la Table interagence. Espérons un nouveau souffle en cette rentrée de septembre. Avec l’Entité 2, on essaye aussi d’établir des lits (de soins de longue durée) pour les francophones à Cambridge. Le complexe Fairview (à Cambridge) est par exemple ouvert à un tel projet, que ce soit en termes de lits ou de personnel médical.

Avant de déménager à Waterloo, vous avez beaucoup voyagé du Québec à l’Ontario…

Je suis née à Montréal où j’ai fait mes études. J’ai été professeur là-bas, avant de déménager à Toronto avec mon mari. J’y ai poursuivi l’enseignement à la commission de la fonction publique au gouvernement fédéral pour enseigner le français en langue seconde aux députés.

Suzette Afner entourée des membres de l’AFKW. Crédit image : leregional.com
Vous avez ensuite déménagé à Simcoe, Borden puis Ottawa, où là aussi l’enseignement vous a rattrapée?

À Borden, je suis devenue superviseure dans l’enseignement du français aux militaires, puis conseillère pédagogique et finalement directrice régionale pour toutes les bases en Ontario. Avant d’arriver à la retraite, à Ottawa, j’étais directrice en charge du programme de formation linguistique et de testing à la Défense nationale.

ONFR a révélé en mars dernier l’envers du décor de la formation des enseignants de français pour les fonctionnaires. Comment jugez-vous la détérioration de cet enseignement?

À l’époque, nous avions nos textes qu’on avait élaborés avec des spécialistes de l’Université d’Ottawa et tous les profs que nous engagions avaient comme base un diplôme d’un certain niveau. On voyait déjà, quand j’ai quitté, que des superviseurs à l’interne trouvaient que la formation des professeurs laissait parfois à désirer. Quand les écoles privées ont commencé, il y a eu un peu de tout, voire un laissé-allé. Ce n’est déjà pas évident d’enseigner a des gens dont ce n’est parfois pas le choix. Quand ils sont dans un poste étiqueté bilingue, ça prend des profs compétents et motivés pour leur apprendre la langue. Voir ce glissement, ça n’améliore pas l’image de la fonction publique en général et ça n’aboutit pas à un personnel véritablement bilingue.

Hamilton a obtenu son drapeau franco-ontarien permanent sur le fronton de l’hôtel de ville l’année dernière. Pourquoi pas Kitchener, Cambridge et Waterloo?

Oui, j’aimerais ça. Pourquoi pas, il y a quand même une communauté francophone ici et je pense que ça serait une fierté qu’elle soit reconnue par les instances de l’hôtel de ville. Certaines villes démontrent plus ou moins d’ouverture à la francophonie. À Waterloo, autant que je sache, je ne sens pas beaucoup d’effort, contrairement à Kitchener où le maire n’a jamais refusé d’accueillir une présentation ou un spectacle dans le hall de l’hôtel de ville. À Cambridge aussi, une ouverture est là.


LES DATES-CLÉS DE SUZETTE HAFNER

  • 1943 : Naissance à Montréal
  • 1973 : Entre dans la fonction publique fédérale
  • 2010 : S’installe à Waterloo
  • 2013 : Devient présidente de l’AFKW
  • 2019 : Intègre le conseil d’administration de l’Entité 2

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Nouvelle saison pour la Slague et le Théâtre du Nouvel-Ontario

SUDBURY – Le monde des arts se porte bien à Sudbury si l’on se fie aux lancements de programmation de deux des organismes culturels qui ont pignon sur rue à la Place des Arts du Grand Sudbury. La Slague et le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) ont tous deux fait salle comble dans les derniers jours. Coup d’œil à ce qui attend les spectateurs pour la saison automne-hiver.

Le TNO déploie sa programmation des prochains mois sous le thème « Il n’y a pas d’extraterrestres, il n’y a que nous. » Dans une vidéo promotionnelle, le directeur artistique suppléant Dillon Orr explique qu’il a programmé plusieurs spectacles aux thèmes un peu apocalyptiques, qui ont un parfum de fin du monde, auraient peut-être dit Mario Pelchat et Michel Legrand.

Il parle de projet social et de l’idée de chercher des réponses en nous-mêmes plutôt que d’attendre des solutions miracles venues d’ailleurs. « J’ai vraiment voulu aller chercher des spectacles spectaculaires, dans le sens qu’ils n’appartiennent qu’au théâtre, qu’ils seraient impossibles sur Youtube, sur Netflix ou sur Internet. »

Dillon Orr dans l’image représentant la nouvelle saison du TNO, sous le thème « Il n’y a pas d’extraterrestres, il n’y a que nous. » Gracieuseté TNO

Les thèmes et valeurs de la déconnexion, de la décroissance, de la communauté et du retour à l’essentiel jalonneront cette saison, qui inclura plusieurs créateurs franco-ontariens. Dillon Orr affirme aussi avoir pensé la programmation autour d’artistes et de tournées écoresponsables. Initiative originale, chaque spectacle aura son propre porte-parole, un membre de la communauté qui soutient le sujet de la pièce.

Pour les jeunes spectateurs

Les 5 à 10 ans seront les premiers spectateurs du TNO cet automne, puisque la pièce jeunesse Mamuche ouvrira le bal le 21 octobre. Dans ce théâtre de marionnettes et de conte, on suit l’histoire de Grace, une jeune fille vivant avec plusieurs troubles d’apprentissage. En plus de la dyslexie et d’autres maux, elle doit composer avec la séparation de ses parents. Pris dans leurs émotions d’adultes, ils n’ont pas toujours les ressources pour accompagner leur fille dans ses défis. La jeune Grace traîne partout son mammouth en peluche, Mamuche, avec qui elle vivra de grandes aventures dans le Nord de l’Ontario. Mamuche est une production du Théâtre Mauve Sapin de Hearst.

La comédienne Virginie Charland manipule la marionnette Mamuche. Crédit image : Clémence Roy-Darisse

C’est aussi une pièce jeunesse qui clôturera la saison. Dans SCOOOOOTCH! Les enfants verront se construire de sculptures de papier collant et pourront participer à les déconstruire à la fin, un vrai bonheur pour les deux à six ans.

La pièce GLITCH, présentée en avril, vient compléter l’offre familiale. Une pièce pour les 5 à 12 ans psychédélique et clownesque, qui joue avec la lumière et surtout avec le laser.

Pour le grand public

En novembre, la pièce Le poids des fourmis s’adressera plutôt aux adolescents, ou à ce qui reste d’adolescent en rébellion en chaque spectateur. Elle parle d’écoanxiété, de cynisme, de mobilisation citoyenne, d’abus de pouvoir et peut-être un peu d’espoir.

En février, France Huot, Mariana Lafrance et Caroline Raynaud exploreront de nouvelles créations féministes dans le théâtre-laboratoire Le cabaret de la Cellule d’écritures. De plus, le comédien Pier Paquette analysera son propre travail d’acteur dans une pièce solo intitulée Le château intérieur.

De nombreux curieux se sont réunis à la Place des arts du Grand Sudbury le 31 août pour connaître la programmation automne-hiver du TNO. Crédit image : Priscilla Pilon

En mars, les spectateurs oscilleront entre rire, réflexion et inconfort avec Malaise dans la civilisation. On parle d’un univers absurde, grotesque, d’un « théâtre déconstruit qui ne dépend pas d’un texte », créé par la troupe montréalaise Daniel Léveillé Danse.

Il aurait été presque impensable d’articuler une saison du TNO autour du thème de la fin du monde, en mettant en valeur nos communautés, sans ajouter Ode ou la vie après avoir regardé le soleil dans le blanc des yeux. Cette pièce, écrite par le Sudburois Antoine Côté-Legault et mise en scène par lui et Lisa L’Heureux, a été créée en mai dernier. Cette collaboration Ottawa-Sudbury est une coproduction du Théâtre Rouge Écarlate et de La Bibitte, en collaboration avec le Théâtre Catapulte.

La porte-parole communautaire de Ode ou la vie après avoir regardé le Soleil dans le blanc des yeux est denise truax, directrice de l’édition chez Prise de parole. Gracieuseté TNO

Ode raconte l’histoire d’un groupe d’amis qui s’offre un « party de la dernière chance » après qu’on ait annoncé que la Lune s’était décrochée de son orbite et fonçait droit sur la Terre. Le texte est publié chez Prise de parole, la maison d’édition dont les bureaux se trouvent à deux couloirs de ceux du TNO, à la Place des Arts du Grand Sudbury.

Pour la communauté

En plus d’être un thème récurrent à travers les pièces et d’être incarnée par les porte-paroles de chaque spectacle, la communauté sudburoise est invitée à s’impliquer. Des auditions ouvertes à tous se sont tenues pendant l’événement de lancement à la Place des Arts. La pièce communautaire La terre est gronde sera présentée en décembre. Elle a été écrite par le collaborateur de longue date du TNO, Michel Ouellette, et sera mise en scène par Dillon Orr.

Camille Dillon en audition pour la pièce communautaire. L’adolescente a fait partie de La Brigage, une initiative du TNO pour initier les jeunes au théâtre. Elle est aussi la porte-parole de la pièce Le poids des fourmis. Crédit image : Priscilla Pilon

Le « concours de talent théâtralisé » Par ici, le talent sera de retour pour une deuxième édition, en collaboration avec le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury. Ce programme permettra à de nouveaux arrivants francophones de vivre une expérience de théâtre, épaulés par des professionnels.

La Slague

Plus tôt cette semaine, c’est le diffuseur de concert du Carrefour francophone, La Slague, qui lançait sa nouvelle saison sous le thème Un retour aux racines. Ici aussi, on souhaite remettre la communauté à l’avant-plan. Cette volonté s’incarne entre autres dans le fait d’offrir un local de répétition et d’agir comme producteur du concert de Noël de la chorale les Troubadours.

Une autre initiative intéressante est le Bistro des découvertes. Dans ce rendez-vous mensuel, des artistes établis invitent de nouveaux talents à se produire au Bistro de la Place des Arts afin de faire découvrir ces artistes émergents au public curieux. La première soirée aura lieu le 19 septembre.

Gregory Charles sera l’une des têtes d’affiche du French Fest de Sudbury en septembre. Crédit image : Stéphane Bédard

Quelques jours plus tard, le French Fest battra son plein. On pourra y voir Gregory Charles et Stéphanie Morin-Robert. Découverte par plusieurs diffuseurs lors de Contact Ontarois en janvier dernier, cette artiste originaire de Timmins offre une performance unique mettant en vedette… son œil de verre. Angle mort est un spectacle à crouler de rire qui donne aussi dans la sensibilisation et la démystification.

En octobre, le musicien et conteur Thomas Hellman visitera la place des arts dans un spectacle présenté en collaboration avec le Centre franco-ontarien de folklore et le Salon du livre du Grand Sudbury. En novembre, l’humoriste québécois Guillaume Pineault viendra roder son deuxième spectacle.

À l’aide d’une caméra et d’énormément d’humour, Stéphanie Morin-Robert explique comment elle vit avec un œil de verre depuis son enfance. Crédit image : Stéphane Bédard

La Slague et le TNO ont tous les deux adopté le principe de billetterie solidaire, qui permet aux gens de se procurer des billets au montant qu’ils peuvent payer. Cette initiative vise à rendre la culture plus accessible.

Bientôt une nouvelle vocation pour l’ancien Grand Séminaire d’Ottawa?

OTTAWA – La paisible place Kilborn est appelée à changer d’apparence si les différents projets en préparation se matérialisent. Deux bâtiments, l’un en face de l’autre, datant de la même époque et unis par le même style architectural, connaîtraient deux sorts différents. Une tendance lourde qui va en s’accélérant pour le patrimoine bâti religieux franco-ontarien. De plus, peu se douteraient qu’au-delà de leur côté fonctionnaliste, ces deux bâtiments représentent le duel que se livrèrent les deux des plus prolifiques architectes franco-ontariens du XXe siècle de notre histoire institutionnelle.

On apprenait récemment dans une dépêche que « la Ville d’Ottawa souhaite transformer un ancien séminaire en logements supervisés ».

Précisons d’emblée que le bâtiment situé sur la place Kilborn dans le quartier Alta Vista n’était pas qu’un « séminaire » parmi tant d’autres. Il s’agissait de l’ancien Grand Séminaire d’Ottawa. Nuance.

Le Grand Séminaire Saint-Thomas d’Aquin (communément connu sous le nom « Grand Séminaire d’Ottawa ») était le lieu de formation bilingue des prêtres diocésains de l’archidiocèse d’Ottawa. Le bâtiment a été construit en 1957 selon les plans de l’architecte franco-ontarien Auguste Martineau (1907-1985).

De facture résolument fonctionnaliste, le bâtiment de briques jaunes se distingue par sa grande tour-rotonde et ses formes symétriques et répétitives, sans ornementation, sur un terrain d’une superficie totale de plus de trois hectares.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, lorsque le bâtiment a ouvert ses portes en 1957, il s’agissait du premier emplacement permanent pour le Grand Séminaire d’Ottawa, fondé un siècle plus tôt… en 1856!

Après des emplacements temporaires, l’e Grand séminaire l’édifice de 1957 a été construit dans une optique plus prudente, réaliste et minimaliste que son imposant bâtiment précédent.

Le Grand Séminaire d’Ottawa en construction, en 1956. Crédit photo : BAnQ – Gatineau. Fonds Champlain-Marcil, cote : P174,S1,D10 117. 

En effet, aussitôt la construction terminée en 1952 du premier bâtiment, (situé près d’Overbrook et Vanier), il s’avéra beaucoup trop grand pour les besoins de l’archidiocèse qui décida de le louer au gouvernement fédéral. On y installa le quartier général de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). En 1954, le bâtiment du Grand Séminaire (qui n’a jamais été utilisé pour des fins ecclésiastiques) fut vendu officiellement au gouvernement qui s’en porta acquéreur au coût de 5 millions de dollars. La GRC s’y trouve toujours.

Avec l’argent de la vente (qui s’avéra être un éléphant blanc), l’archidiocèse fit construire deux nouveaux séminaires : un nouveau Grand Séminaire (sur la place Kilborn, dans le sud de la ville) et un Petit Séminaire (situé sur le chemin Carson’s, dans l’est de la ville).

Alors que le grand était le lieu de formation des prêtres séculiers de l’archidiocèse, le petit quant à lui est essentiellement une école secondaire catholique privée et de langue française pour garçons où s’offrait le cours classique. L’un des rares endroits en Ontario français.

L’archidiocèse d’Ottawa fit appel au même architecte qui dessina les plans du premier bâtiment pour réaliser les deux nouveaux, c’est-à-dire, Auguste Martineau. Le dessinateur en architecture franco-ontarien Jean-George Bertrand (1924-2014) a servi comme maître d’œuvre de M. Martineau sur le chantier.

Construits avec des matériaux de compagnies de construction franco-ontariennes au coût d’1 million de dollars à la suite d’une grande campagne de souscription populaire auprès des fidèles catholiques d’Ottawa, les grand et petit séminaires furent les premières étapes du programme d’éducation du nouvel archevêque catholique d’Ottawa, Marie-Joseph Lemieux.

Coupure de presse du journal Le Droit du 5 octobre 1957, p. 7, au moment de l’inauguration du Grand séminaire d’Ottawa.

Du petit séminaire, il ne reste plus rien hormis l’ancienne chapelle (convertie en auditorium) et le campanile. Son site est occupé depuis 1995 par la Cité collégiale.

En contrepartie, l’apparence de l’ancien Grand Séminaire d’Ottawa (qui a fermé ses portes en 1969), n’a pratiquement pas changé même s’il ne sert plus à la formation des prêtres depuis plus de 50 ans.

Au moment de sa fermeture, le bâtiment fut un temps loué à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, puis est devenu le Centre diocésain où se situaient les bureaux de l’archidiocèse. Des prêtres à la retraite y habitaient également, divers organismes sans but lucratif y élirent domicile et les archives de l’archidiocèse y étaient entreposées.

Chris Wiebe, le gestionnaire des politiques du patrimoine et des relations gouvernementales à la Fiducie nationale, voit une ressemblance certaine entre le style du bâtiment de l’ancien Grand Séminaire d’Ottawa et celui de l’imposant reposoir au Congrès marial d’Ottawa de 1947, également dessiné par Martineau.

Néanmoins, vacant depuis décembre 2020 car jugeant que l’ancien bâtiment nécessiterait trop de rénovations, l’archidiocèse cherche à s’en départir.

Le Comité des finances et des services corporatifs de la Ville d’Ottawa doit se réunir mardi prochain, puis le conseil municipal devra approuver la transaction de 18,5 millions de dollars. Cette transaction s’inscrit dans la stratégie de la municipalité visant à offrir plus de logements supervisés de transition.

L’ancienne église Saint-Thomas-d’Aquin

Sur la même rue, juste en face, un autre bâtiment est aujourd’hui lui aussi vacant.

Il s’agit de l’ancienne église de la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin. Plus ancienne paroisse catholique de langue française du sud d’Ottawa (1958), ses plans sont conceptualisés par le contemporain et rival d’Auguste Martineau, l’architecte franco-ontarien Jean-Serge Le Fort (1905-1982).

Si les services en architecture de M. Martineau ont souvent été retenus par l’archidiocèse d’Ottawa, c’est auprès de la congrégation religieuse des Pères Oblats de Marie Immaculée et des Filles de la Sagesse que Jean-Serge Le Fort va surtout œuvrer. Il sera même pendant une vingtaine d’années l’architecte officiel de l’Université d’Ottawa.

En 1958, au moment de l’ouverture de la nouvelle église St-Thomas d’Aquin, M. Le Fort est au sommet de sa carrière, après un lent début. Les trente glorieuses lui servent très bien et dans les années 1950, il enchaîne les différents projets : l’Hôpital Montfort (1953), l’édifice du journal Le Droit (1955-1989) et les pavillons Vanier (1954), Simard (1957) et Marion (1958) de l’Université d’Ottawa. Pour ne nommer que ceux-là.

L’ancienne église Saint-Thomas d’Aquin, de l’architecte franco-ontarien Jean-Serge Le Fort, qui sera vraisemblablement démolie. Crédit image : Google Street View, 2023.

La paroisse St-Thomas d’Aquin, fondée en 1886, a cessé d’exister pendant la pandémie en 2020. Ses paroissiens ont été invités à fréquenter les paroisses Nativité-de-Notre-Seigneur-Jésus-Christ et Ste-Geneviève avec qui elles formaient une unité paroissiale, appelée Paul VI.

Un temps envisagé pour y loger les archives et bureaux de l’archidiocèse (lesquels sont dorénavant dans des locaux loués à Cyrville), il semble que les jours sont comptés pour l’ancienne église.

En effet, en juin dernier, le conseil municipal a approuvé le changement de zonage du terrain pour permettre la construction d’un immeuble de faible hauteur à usage mixte. En consultant les plans, on y aperçoit plutôt deux bâtiments ainsi qu’un parc aménagé sur le site même… de l’ancienne église!

On en déduit donc que l’église sera démolie. Même si ce ne fut pas explicitement évoqué encore. Vous l’apprenez donc ici en primeur car en regardant attentivement les plans, ils ne laissent aucun doute.

D’autres démolitions à venir?

Ce qui attend l’ancien Grand séminaire d’Ottawa et l’ancienne église St-Thomas-d’Aquin, deux bâtiments au même style architectural mais dessinés par les deux plus grands architectes rivaux franco-ontariens du XXe siècle, ne sont que les plus récents développements d’une longue lignée d’anciens bâtiments religieux dont l’avenir est appelé à changer, à Ottawa.

Le Collège Domicain (1900, Georges Bouillon) est à vendre tout comme la Maison Notre-Dame-de-la-Providence, à Orléans, (1960, architecte inconnu).

La Maison-mère canadienne du couvent des Filles de la Sagesse (1908, Charles Brodeur, architecte) serait sur le point d’être vendue.

Le couvent Mont-Saint-Joseph (1963, Louis-J. Lapierre, architecte), qui fut une ancienne école secondaire catholique privée de langue française pour filles, a récemment été vendu.

Vendu et vacant depuis 2016, l’ancien couvent des Sœurs du Sacré-Cœur-de-Jésus (1902, divers architectes dont Lucien Leblanc), devait être démoli mais un changement de plan est survenu. Son allure architecturale est plutôt appelée à changer drastiquement.

Avenir incertain pour l’édifice Deschâtelets (l’ancien Scolasticat St-Joseph, 1885, Albert Mesnard, architecte avec agrandissements en 1926 de Donat-Arthur Gascon et Louis Parant. Pourtant aussi désignée, la chapelle de 1950 de l’architecte Louis-J. Lapierre a été démolie, à la suite d’une dérogation).

Les trois plus grands architectes franco-ontariens de l’institutionnel du XXe siècle réunis en 1963 : de gauche à droite : Auguste Martineau (1907-1985), Jean-Serge Le Fort (1905-1982) et Roger Thibault (1927-2019). Ils ont tous contribués à la construction sur la place Kilborn du Grand séminaire d’Ottawa et de l’église St-Thomas-d’Aquin. Crédit photo : Université d’Ottawa – CRCCF, Centre de recherche sur les francophonies canadiennes. 

D’autres fermetures de paroisses comme à St-Thomas-d’Aquin ne serait pas surprenantes.

Si nous ne pouvons jamais nous réjouir de voir bientôt disparaître un bâtiment de l’architecture franco-ontarienne et puisque ni l’ancienne église, ni l’ancien Grand séminaire sont désignés en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario et ne se trouvent même pas sur le registre du patrimoine de la ville, je propose deux solutions concrètes qui pourraient servir comme un baume sur la plaie.

La première : que le parc qui sera aménagé sur le site de l’ancienne église porte le nom de St-Thomas-d’Aquin, en l’honneur de la paroisse disparue et de l’ancien Grand séminaire d’Ottawa. D’autant plus qu’une école élémentaire catholique de langue française éponyme se trouvait sur la même rue mais qu’elle fut fermée vers 1972 et démolie.

La seconde serait de désigner sans tarder en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, les églises la Nativité-de-Notre-Seigneur-Jésus-Christ et Ste-Geneviève.

Pour la première, la ville d’Ottawa ne tarit pas d’éloges dans son registre du patrimoine : « Cette audacieuse église paroissiale se distingue par sa spectaculaire ligne de toiture et son entrée en oblique. Grâce aux lignes verticales épurées et aux motifs géométriques, le bâtiment s’élance vers le ciel. »

L’église Ste-Geneviève (1965). Une église sur le registre du patrimoine de la ville d’Ottawa. Crédit photo : Google Street View, 2020. 

Les plans de cette église (1960), fondée à l’instigation de l’Ordre de Jacques-Cartier, ont été dessinés par l’architecte franco-ontarien Roger Thibault (1927-2019). Paroissien de cette église, Thibault avait fait sa cléricature en architecture auprès de Jean-Serge Le Fort, qu’il connaissait depuis l’enfance, ayant grandi sur la même rue dans la Côte-de-Sable d’Ottawa. D’ailleurs, au crépuscule de sa vie (en 2016), Thibault me racontait avoir dessiné les plans de l’église St-Thomas-d’Aquin! Le monde est petit, surtout en Ontario français…

Quant à l’église Ste-Geneviève (1965), officiellement elle est de Jean-Serge Le Fort dans un style éclaté qu’on ne lui connaît pas. La tradition orale l’attribue plutôt à Gérard Sincennes (1926-2005), un paroissien.

Quoiqu’il en soit, la grande valeur architecturale qu’elle représente pour le patrimoine moderne n’a pas échappé non plus au registre du patrimoine de la Ville d’Ottawa.

Une église démolie mais deux autres désignées en vertu de la Loi du patrimoine. Un compromis. 

Des Franco-Canadiens de retour en sol ontarien

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Cette semaine, des artistes franco-canadiens expatriés au Québec profitent de la fin de l’été pour revenir en sol ontarien le temps d’un concert… ou deux. On vous dit où voir Squerl Noir, Reney Ray et Shawn Jobin cette semaine. On a aussi déniché un endroit où se procurer des livres à très petits prix, une nouvelle offre musicale dans le Centre-Sud-Ouest et le lancement d’une série jeunesse dans le Nord.

Musique

Spectacle gratuit sur la rue Sparks

Tous les mardis et jeudis jusqu’au 12 octobre, la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (Ottawa MIC) organise Songs from the Shed, des concerts gratuits en plein jour sur la rue Sparks. Les artistes performent dans une petite cabane en bois de 11h30 à 13h et les passants peuvent s’installer sur la rue piétonne pour dîner ou flâner devant le spectacle. Les francophones seront à l’honneur cette semaine. Ce mardi, Songs from the Shed mettra en vedette Orchidae et Ink Sticks & Stones. Cette dernière récolte trois nominations au prochain gala Trille Or. Ai Rei Dooh-Tousignant pourrait l’emporter dans les catégories Découverte, EP et Initiative artistique.

Jeudi, le 7 septembre, Songs from the Shed met en valeur des artistes francophones établis nommés au Trille Or, avec Reney Ray (Présence web, Initiative artistique, Coup de cœur du public) et Shawn Jobin (Artiste solo, Hip-hop-/rap, Chanson primée, Spectacle en ligne, Réalisation et arrangements, Vidéoclip, Coup de cœur du public). Les dîners musicaux sont animés par la coordonnatrice de Songs from the Shed et artiste franco-ontarienne Jessy Lindsay.

Ink Sticks & Stones a trois nominations au prochain gala Trille Or, qui aura lieu le 9 septembre. Crédit image : Léo Tousignant, gracieuseté N. Ai Rei Dooh-Tousignant

Le 5 septembre à la cabane de la rue Sparks (près du coin O’Connor). Aucun billet nécessaire.

Nouvel arrêt pour l’AfroJazz fest

Après son festival principal à Milton la semaine dernière, l’AfroJazz fest du Centre canadien pour l’unité de la famille (CCF) offre une journée de musique aux gens de Hamilton. Cette première édition dans la ville de l’acier aura lieu ce samedi au parc Bayfront, à l’initiative du comité Communauté francophone accueillante de Hamilton. Les artistes Carine au micro, Lorraine Klaasen et Ilam donneront des concerts gratuits. La fête aura lieu de 14h à 19h.

La Béninoise Carine au Micro ouvrira la première édition de l’AfroJazz fest à Hamilton dès 15h. Gracieuseté : Centre canadien pour l’unité de la famille

Le 2 septembre à Hamilton. Détails sur le site du Réseau en immigration francophone Centre-Sud-Ouest.

Les Franco-Canadiens à l’assaut du Vieux-Hull

Le rappeur Squerl Noir, déménagé dans la ville de Québec l’an dernier, profite d’un retour au bercail pour faire la fête avec ses amis franco-canadiens. Ce mercredi, il sera la tête d’affiche du bar le Minotaure de Gatineau, juste de l’autre côté des ponts interprovinciaux. Si la soirée se déroule en sol québécois, c’est majoritairement l’Ontario qui montera sur scène. Squerl Noir a invité LeFLOFRANCO, Reney Ray et Marc-Antoine Joly à se joindre à lui, en plus du Fransaskois Shawn Jobin, aussi revenu s’installer près de Québec en 2021. La première partie de la soirée organisée par l’Ambassade culturelle a été confiée l’étoile montante ottavienne, Kaiday.

La camaraderie se faisait sentir à la veille de l’événement Trille Or 2023, alors que plusieurs artistes se sont réunis pour le lancement d’album de Squerl Noir. Sur la photo, de gauche à droite : Ponteix, Joly, Shawn Jobin, Squerl Noir, Reney Ray, LeFLOFRANCO. Crédit image : Rachel Crustin

Le 6 septembre au Minotaure, Gatineau. Billets sur la plateforme Le point de vente.

Arts visuels

Carole Ince au MIFO

La galerie Eugène Racette du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) accueille une nouvelle exposition dès mercredi. Avec C’est à mon tour de vous laisser parler d’amour, Carole Gagné Ince veut célébrer la communauté, la culture, les arts, la musique et l’environnement. Un vernissage gratuit aura lieu le 6 septembre à 18h, et l’exposition se poursuivra jusqu’au 1er octobre. Carole Gagné Ince est Franco-Manitobaine d’origine et habite Ottawa depuis quatre décennies. Elle est membre du réseau d’arts BRAVO-Est et a remporté deux prix lors de l’Expo distinctions 2022 de l’organisme en arts visuels Arteast.

Appréciation culturelle, huile sur toile, Carole Ince

Exposition du 6 septembre au 1er octobre à Orléans. Vernissage le 6 septembre. Détails sur le site du MIFO.

Communauté

Portes ouvertes à l’Alliance française de Toronto

Les cinq campus de l’Alliance française de Toronto (AFT) ouvrent leurs portes au public les 6 et 7 septembre à 16h. Ce sera l’occasion de découvrir le tout nouveau campus Jim Doak de North York, qui entre en fonction mardi au cinquième étage du 47 Sheppard East. Plusieurs activités sont organisées, à commencer par la deuxième édition de la foire aux livres. Les Torontois pourront choisir parmi des centaines de livres et se les procurer à seulement 1 $ chacun. Les profits seront remis à la bourse d’études de l’AFT, 4 Next Generation, qui permet à des jeunes en situation de défis de vivre des expériences d’apprentissages positives en français langue seconde.

L’équipe de l’AFT met la touche finale à son nouveau campus de North York afin d’accueillir le public dès le 5 septembre. Gracieuseté AFT

Les 6 et 7 septembre (dès le 5 septembre pour le campus de Markham). Détails sur le site de l’AFT.

Lancement de saison à Timmins

TFO a lancé sa programmation automne-hiver 2023 lors d’une soirée au Centre des arts Shenkman d’Orléans jeudi dernier. Il a notamment été question de la deuxième saison de Couleurs du Nord. Dans cette série documentaire pour les neuf à 12 ans, l’artiste Mique Michelle va à la rencontre des différentes communautés francophones du Nord de l’Ontario. À chaque épisode, elle rencontre des jeunes du coin et découvre les particularités de leur région à travers leurs yeux. Elle s’inspire d’eux pour créer une nouvelle murale dans leur municipalité. La deuxième saison de Couleurs du Nord aura son propre événement de lancement le 7 septembre au Musée de Timmins, en compagnie de l’animatrice.

Couleurs du Nord est une série documentaire jeunesse qui s’adresse aux 9-12 ans. Crédit image : TFO

Le 7 septembre à Timmins. Billets gratuits sur la plateforme Eventbrite.

TFO lance sa nouvelle programmation

OTTAWA – TFO a profité de la période de la rentrée scolaire pour lancer sa nouvelle saison. La chaîne publique franco-ontarienne a reçu les médias, la classe politique et le public au Centre des arts Shenkman d’Orléans ce jeudi soir.

L’événement a débuté par une activité de réseautage où les représentants des différents départements de TFO ont pu faire connaître leurs secteurs d’activités. C’était l’occasion de visiter les kiosques pour en connaître plus sur les émissions ciblées pour la jeunesse avec Mini TFO (2-8 ans) et Flip TFO (9-12 ans), les plateformes éducatives Idéllo et Boukili et la franchise d’actualité ONFR.

Plusieurs têtes d’affiche étaient présentes, dont Mehdi Cayenne (Zik), Lilianne Blanchard et Baptiste Charest (Petites bouchées du monde), Laurence Deschênes et Léanne Désilet (La vie compliquée de Léa Olivier), ou Frédérick De GrandPré et Florence Lacombe (PhiloPhilo).

Josée Leblanc (Minivers) et Maya Skabar (Gang de hockey) ont animé la suite de la soirée, recevant tour à tour les animateurs et idéateurs des différentes émissions sur la scène de la salle Harold-Shenkman.

Maya Skabar et Josée Leblanc ont animé le lancement de la programmation. Crédit image : Linda Godin

TFO a ainsi dévoilé sa programmation automne-hiver 2023, qui inclut 13 séries originales francophones. La chaîne a d’ailleurs ramené le concept au cœur même de son nouveau slogan : Franco Originale.

C’est sur ce thème que Medhi Cayenne a composé la chanson thème de la saison. Un ver d’oreille qui poussera les spectateurs à fredonner « TFO, T-F-O » jusqu’à leur voiture en fin de soirée.

Pour les jeunes…

La nouveauté Camp Kazoo, production originale de TFO, a capté l’attention des jeunes ayant accompagné leurs parents lors du dévoilement. Des marionnettes animalières vulgariseront des thèmes de la vie quotidienne pour les 5-8 ans. Il sera notamment question de diversité culturelle et linguistique, de citoyenneté numérique et même de littéracie financière, dans un « décor immersif mêlant modernité et cadre authentique canadien ».

Camp Kazoo aborde des sujets dans l’ère du temps de façon ludique. L’émission vise les enfants de cinq à huit ans. Source : TFO

Les animaux seront aussi à l’honneur dans la série animée Le refuge d’Audrey. La programmation de Mini TFO prévoit également le retour de Luna, Bric et Poulpi.

Les préadolescents apprécieront sans doute le ton et le rythme de la série Échec et moi, animée par Simon Cousineau. Avec le psychothérapeute Daniel Nadon, il décortique et normalise les gaffes et le concept de l’échec.

Présentation de la série Échec et moi. Crédit image : Linda Godin

Une autre série qui plaira aux parents comme aux jeunes sera La brigade, production originale TFO signée Manito Média. À l’école secondaire Louis-Riel de Winnipeg, Sara et ses amis remettent en question l’ordre établi et développent leur affirmation de soi, inspirés par leurs ancêtres francométis.

Les changements climatiques et le rôle de l’humanité seront abordés dans la série animée Galapagos X. Les adeptes de Flip TFO retrouveront aussi #Couleurs du Nord, Zik, PhiloPhilo, La vie compliquée de Léa Olivier et Petites bouchées du monde pour de nouvelles saisons.

… et les moins jeunes

TFO offrira une variété de films, dont certains coups de cœur du Festival international du film de Toronto (TIFF) à travers les années et plusieurs films réalisés par des femmes.

Cet automne sera aussi l’occasion de découvrir la deuxième saison de 180. Cette série originale TFO plonge dans la vie de personnes qui sont sorties des sentiers battus afin de mieux s’épanouir. 39 nouvelles histoires seront proposées, à commencer par celle de l’humoriste ontarienne Rachelle Elie, une anglophone qui a commencé à faire de l’humour en français pour ajouter un volet à sa carrière, à la fin de sa quarantaine.

Les visiteurs du Centre des arts Shenkman ont profité du début de soirée pour rencontrer les artisans, dirigeants et têtes d’affiche de TFO. Source : TFO

Le 25 septembre, Journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, le documentaire Alias Marie-Soleil plongera les spectateurs dans la nostalgie en revisitant la carrière de Suzanne Pinel.

En décembre, le Lendemain de veille de TFO proposera un « party de cuisine » animé par l’humoriste originaire de L’Orignal, Évelyne Roy-Molgat. Elle y recevra des artistes parmi les plus actifs de l’Ontario francophone, dont LeFLOFRANCO, Les Rats D’Swompe, Mélissa Ouimet, Céleste Lévis et le duo Geneviève et Alain.

Websérie ONFR

La franchise d’actualité ONFR proposera une toute nouvelle websérie réalisée par Louis-Philippe Gallant et animée par la journaliste basée à Sudbury, Inès Rebei. Cette dernière sort de sa zone de confort en explorant diverses activités de plein air dans le Nord de l’Ontario. Un dépaysement pour celle qui est originaire de Tunisie. C’est d’ailleurs depuis son pays d’origine qu’Inès Rebei s’est adressée à la foule dans une vidéo diffusée lors de la soirée de lancement.

La journaliste a énuméré certaines activités qui l’ont déstabilisée lors du tournage et a mentionné avoir pu observer les effets des changements climatiques. Par exemple, l’équipe a dû modifier une activité à la dernière minute parce que le niveau de l’eau était trop bas. Il a aussi fallu oublier l’idée de faire un feu lors de l’épisode du camping sauvage.

Le public pourra suivre les péripéties d’Inès Rebei dans la websérie Micro et boussole, en ligne sur les sites d’ONFR et de TFO dès le 20 septembre.

La websérie Micro et boussole explore des activités inédites du Nord de l’Ontario, avec la journaliste Inès Rebei. Source : TFO

TFO souhaite offrir une programmation « qui reflète la diversité des communautés francophones en situation minoritaire et plaira aux francophones et aux francophiles d’ici et d’ailleurs ». La programmation automne-hiver 2023 entrera en ondes le 7 septembre.

Ceinture de verdure : le ministre Clark s’excuse, mais ne démissionnera pas

TORONTO – Déterminant l’enfreinte à l’éthique de la part du ministre du Logement Steve Clark, le rapport du commissaire à l’intégrité est un nouveau pavé dans la marre dans la débâcle du dossier de la Ceinture de verdure. Au lendemain de sa publication, en conférence de presse, si Steve Clark en accepte la responsabilité et présente ses excuses aux Ontariens, il est là pour rester.

Deux rapports accablants : d’abord, celui de la vérificatrice générale Bonnie Lysyk, qui révèle des manquements dans le dossier du développement de la Ceinture de verdure, puis, celui du commissaire à l’intégrité J. David Wake qui détermine que le ministre ait contrevenu à la Loi de 1994 sur l’intégrité des députés, « ce qui a eu pour effet de favoriser indûment les intérêts privés de certains promoteurs immobiliers ».

« Le ministre Clark n’a pas remis en question ni supervisé correctement le processus de sélection de M. Amato (son chef de cabinet) avant que le dossier ne soit présenté au Conseil des ministres. (…) À la lumière de ses conclusions, le commissaire Wake a recommandé à l’Assemblée législative de l’Ontario de réprimander le ministre Clark pour son non-respect de la Loi », peut-on y lire.

Aujourd’hui à Queen’s Park en conférence de presse, Steve Clark a reconnu que le rapport révèle « de gros défauts ». Il a également admis « son manque de vigilance et de supervision » envers les membres de son personnel et a présenté ses excuses aux Ontariens.

« Je me suis trop fié à une seule personne », déclare-t-il en référence à son chef de cabinet Ryan Amato, qui a démissionné la semaine dernière en raison de la controverse.

Interrogé sur la raison de sa non-démission, le ministre des Affaires municipales et du Logement réitère sa responsabilité sans adresser ce point, malgré les questions pressantes des journalistes.

« Le gouvernement a déjà mis en place des mesures pour remédier à la situation et regagner la confiance. Nous améliorerons le processus à l’avenir », justifie-t-il.

Il rappelle que le gouvernement a menacé de sanctions les propriétaires terriens, et engagé le processus de restitution de deux parcelles d’Ajax à la Ceinture de verdure, après la mise en vente de ses terres par un propriétaire dans le dos du gouvernement, au lieu de l’accord initial de construction de 50 000 logements.

Doug Ford soutient son ministre

« Nous avons reconnu les domaines dans lesquels nous devons nous améliorer (…) Le ministre Clark continuera de s’efforcer de tenir notre promesse de construire au moins 1,5 million de logements et de veiller à ce que la confiance du public soit maintenue à chaque étape du processus », a réagi hier Doug Ford au rapport du commissaire général.

En conférence de presse, aujourd’hui également, le premier ministre ontarien admet ne pas être satisfait du processus du dossier de la Ceinture de verdure, mais défend Steve Clark : « S’il dit qu’il n’est pas coupable, je le crois. Le ministre Clark a toute ma confiance. »

D’ajouter qu’en tant que chef du gouvernement, il prend la responsabilité des erreurs commises.

Ce à quoi les journalistes objectent que si le gouvernement admet sa responsabilité, il ne procède à aucun changement, ni à aucune sanction.

M. Ford justifie le besoin de construire rapidement et plus de logements dans une province à la croissance sans précédent : « En 2018 nous n’avions pas de crise de logement. Nous devons construire plus de logements. Je ne m’attendais pas à des centaines de milliers de nouveaux arrivants. Le premier ministre canadien ne m’a pas passé un coup de fil pour me prévenir », ironise celui-ci.

Reste à connaitre les conclusions de l’investigation ouverte par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), à la requête de la Police provinciale de l’Ontario (PPO), « pour enquêter sur des irrégularités dans la disposition de la Ceinture de verdure entourant Toronto. Nous examinerons et évaluerons les informations reçues et prendrons les mesures appropriées si cela est jugé nécessaire », avait confirmé la semaine dernière un porte-parole de la GRC.

« Notre place » intronisée : souvenirs et fierté chez les Franco-Ontariens

OTTAWA – Le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens (PACC) a annoncé lundi l’intronisation prochaine de l’hymne franco-ontarien, Notre place. Créée en 1989 par François Dubé et Paul Demers, cette chanson est devenue un symbole de fierté et de résistance. Elle fera son entrée officielle au PACC lors du gala Trille Or de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). ONFR+ a recueilli des réactions d’artistes qui ont contribué, de près ou de loin, à construire cette légende musicale.

François Dubé explique qu’il a toujours du mal à y croire, même s’il avait eu vent des discussions en cours au PACC. « Il y a une part de moi qui ne réalise pas. Je pense que ça va être le 9 septembre, lors de la présentation, que ça va nous frapper. Je suis fier, je suis content, mais il y a des journées où je me dis : ben voyons donc, ça ne se peut pas qu’une chose comme ça m’arrive! »

Le compositeur pense évidemment à son ami Paul Demers, décédé en 2016 d’une récidive de cancer. « Je peux juste imaginer Paul. Il doit sauter de joie, en ce moment. C’est triste qu’il ne soit pas là. »

François Dubé se dit honoré de voir sa chanson Notre place être intronisée au PACC. Gracieuseté SIX media marketing

François Dubé souligne l’implication de Sylvie Chalifoux-Demers. La veuve de Paul Demers a toujours été engagée dans l’administration de l’héritage de la pièce, les demandes de droits de diffusion, etc. Elle montera sur scène avec François Dubé pour recevoir le prix des mains du vice-président francophone du PACC, Robert Paquette.

Ce dernier était présent lors de la première interprétation publique de Notre place, en 1989. « C’était vraiment important, car Paul sortait d’une opération et il était encore assez fragile. Il m’a demandé de venir la chanter avec lui. C’était le fun de l’encourager autant émotivement que vocalement. »

Mehdi Cayenne interprètera la chanson lors de son intronisation. Celui qu’on connaît pour ses performances endiablées prévoit user de sobriété. En entrevue avec ONFR+, il précise : « La version initiale est grandiose. J’aimerais la livrer de manière très dénudée, très épurée. Vraiment mettre de l’avant la beauté et la clarté de la ligne vocale et du texte (…) pour qu’on puisse la chanter tous ensemble. »

Une commande grandiose

C’est pour célébrer la mise en place de la Loi 8, sur les services en français en Ontario, que la productrice Hélène Fournier demande à François Dubé de créer une musique de la trempe d’un thème olympique. Le directeur musical pense plutôt qu’il faudrait une chanson, pour célébrer la parole francophone.

Il appelle Paul Demers, alors en traitement pour un cancer. « Il était dans un moment très difficile. Sa voix était fatiguée. Je lui ai dit : « Paul, c’est toi que je veux ». »

Les deux amis se sont réunis et François Dubé ne se souvient plus précisément de qui sont provenues quelles idées. Il parle d’une discussion en symbiose, d’un rêve de créer une chanson simple et rassembleuse, un We Are The World franco-ontarien. Notre place a été écrite rapidement, dans un élan d’inspiration ludique. « À partir du moment où il a mis les pieds chez nous, on a travaillé en collaboration totale. On riait de bonheur. » La création et le succès de la chanson ont apporté un regain d’énergie à Paul Demers.

Selon son ami François Dubé, Paul Demers aurait sûrement sauté de joie en apprenant la nouvelle de l’intronisation de Notre Place. Gracieuseté SIX media marketing

Notre place a été interprétée en 1989 au théâtre Queen Elizabeth de Toronto, lors d’une soirée organisée par la Fondation franco-ontarienne et la chaîne française de TVOntario, aujourd’hui TFO. La formation Hart Rouge et Robert Paquette accompagnaient le duo Dubé-Demers.

François Dubé explique avoir été dépassé par le succès de Notre place. Elle a été utilisée dans de nombreuses écoles, puis comme chant de ralliement du mouvement SOS Montfort. La chanson a donné son nom à une école primaire en 2016. Elle a été officialisée comme hymne franco-ontarien l’année suivante, à l’initiative du député Grant Crack.

Un hymne à la communauté

François Dubé croit que le succès de Notre Place vient du contexte social dans lequel elle a évolué. « On a fait ça pour la communauté franco-ontarienne. Si elle n’avait pas été aussi présente dans ses demandes, ses insistances, Montfort, Gisèle Lalonde… S’il n’y avait pas eu ça, je pense que ça n’aurait pas été pareil. Je pense que c’est pour ça que cette chanson a touché une corde sensible. Parce qu’elle représentait les gens. »

Les mots « pour ne plus avoir notre langue dans nos poches » viennent d’un poème de Jean Marc Dalpé. Dans un échange de courriels avec ONFR+, ce dernier refuse de prendre le crédit. « Je crois qu’il serait plus vrai de dire que nous, les artistes de notre génération, nous sommes inspirés les uns les autres. Nous étions tous portés par un élan de solidarité et de contestation en réaction à une culture dominante qui voulait nous ignorer, voire nous faire disparaître. »

Cette fierté identitaire est toujours bien ancrée chez François Dubé. Même s’il a habité une bonne partie de sa vie à Montréal et Gatineau, il n’aime pas que les médias le qualifient de « pianiste québécois ». « Je suis Franco-Ontarien. Je suis né à Ottawa, j’ai étudié là. Mes parents ont acheté une maison à Hull parce que les terrains étaient deux à trois fois moins chers, mais j’étais tout le temps rendu à Ottawa. »

ZIK met en scène Mehdi Cayenne à travers des découvertes musicales instructives et divertissantes.
ZIK met en scène Mehdi Cayenne à travers des découvertes musicales instructives et divertissantes. Crédit image : Groupe Média TFO

Mehdi Cayenne explique à quel point Notre place est ancrée dans la communauté. « C’est une chanson qui me fait penser à Paul Demers, aux multiples fois où l’on a eu la chance de se croiser, et aussi à tous les endroits qui représentent notre place justement, l’Ontario francophone. Ça m’évoque des lieux, des territoires, des gens. »

L’ami Paul

L’intronisation de la chanson Notre place est encore plus significative pour les gens qui ont côtoyé Paul Demers.

Jean Marc Dalpé exprime : « Très content pour mon ami qui n’est plus ici. (…) Paul était une des voix importantes de la lutte. Il était de toutes les fêtes. »

François Dubé parle de jovialité. « Il n’y avait jamais de problème, avec Paul. Je ne l’ai jamais vu fâché. Il y avait quelque chose de pacifique en lui. »

Robert Paquette souligne l’importance de donner le crédit aux deux créateurs. Il se rappelle de Paul comme d’un « être extraordinaire. C’était un très bon auteur-compositeur. D’être intronisé au PACC, c’est un honneur. On n’est pas 100 000 là-dedans », souligne celui dont la chanson Bleu et blanc a été intronisée en 2018. François Dubé souligne que la présence de cette chanson au PACC la fera voyager à travers le Canada, dont au Québec, ce qui contribuera à mettre en lumière la communauté franco-ontarienne.

La logique du Trille Or

François Dubé et Paul Demers ont fait partie des fondateurs de l’APCM. Le directeur actuel, Thomas Kriner, est heureux d’introniser la chanson lors du gala Trille Or. « Ça tombe sous le sens. C’est un hymne connu et reconnu en Ontario, qui vient célébrer des artistes membres ou anciennement membres de l’APCM. Ça amène un prestige supplémentaire. »

En 2021, les chansons Baie Sainte-Marie et Dimanche après-midi du groupe CANO avaient été intronisées pendant le gala Trille Or. L’édition 2023 se tiendra du 7 au 9 septembre.

Une réforme de l’éducation jugée hâtive par les conseils scolaires francophones

TORONTO – Parmi les nouveautés en Ontario annoncées par le gouvernement via la Loi 98 sur l’amélioration des écoles et du rendement des élèves, de nouvelles responsabilités incombent aux conseils scolaires. Si ceux-ci sont favorables aux changements apportés, notamment au nouveau curriculum, ils déplorent le manque de consultation à leur égard et le délai serré de l’annonce avec l’obligation de mise en application quelques semaines avant la rentrée.

Outre le recentrage sur les matières fondamentales, la Loi 98 comporte également un volet transparence et responsabilité des conseils scolaires envers le gouvernement qui apporte son lot de changements.

Le ministre de l’Éducation exige entre autres que les conseils scolaires tiennent les parents informés des progrès réalisés, qu’ils fassent participer les parents davantage à l’éducation des enfants et publient un plan pluriannuel d’amélioration. Les conseils peuvent également avoir à accueillir du personnel ministériel pour « assurer une meilleure surveillance » de la gestion des financements.

La loi oblige ces derniers à adopter un code de conduite pour les conseillers scolaires, à créer un processus de règlement des différends, ou encore à rendre obligatoires des formations pour les dirigeants. Plusieurs mesures visent plus d’encadrement et de surveillance des enseignants, y compris « des processus disciplinaires plus cohérents ».

« À l’heure actuelle, les conseils scolaires établissent leurs propres priorités, ce qui entraîne des différences au sein du système d’éducation. Par exemple, certaines écoles obtiennent régulièrement des résultats inférieurs aux normes de l’OQRE (Office de la qualité et de la responsabilité en éducation) », explique le ministère de l’Éducation dans un communiqué.

Il s’agirait des « priorités exprimées par les parents », selon Justin Saunders, un porte-parole du ministère : « Nous nous efforçons de faire entendre la voix des parents (…). Les résultats de l’OQRE réitèrent la nécessité de veiller à ce que les conseils scolaires se recentrent sur la réussite scolaire. »

De gauche à droite, Julie Béchard et Paul Baril, respectivement directrice générale et président de Parents partenaires en éducation (PPE). Gracieuseté

Julie Béchard, directrice générale de Parents partenaires en éducation (PPE), le réseau des parents de langue française, explique que « s’il est difficile de s’accorder à dire qu’il y ait eu un consensus chez les parents francophones, il y a une volonté commune de réussite de leurs enfants ».

Celle-ci nous confirme que les parents francophones n’ont a priori pas été sondés directement, mais que « notre organisme a été invité à discuter avec le ministre Stephen Lecce et nous avons pu faire des recommandations. »

Le président du PPE Paul Baril constate « une vraie ouverture du ministère dans notre message, sur le fait que les parents doivent être consultés », ce à quoi Mme Béchard ajoute que « le ministère veut encourager les conseils scolaires à engager les parents dans des conversations ouvertes avec un partage d’informations fluide ».

Beaucoup de changements et peu de temps

En entrevue avec ONFR+, Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) déclare : « Nous n’avons pas de problème avec la réforme. Je pense que les conseils scolaires sont toujours d’accord pour améliorer l’éducation et les résultats des élèves. Dans l’approche du ministre, il y a de bonnes choses, comme le fait d’amener plus de transparence pour certains conseils qui en manquaient. »

« Le problème que l’on a est le temps imparti : intégrer ces nouveautés en quelques semaines. La Loi 98 apporte un lot de changements et aussi des tâches nécessaires au sein de conseils et on n’a pas du tout de ressources supplémentaires pour supporter ça, en plus des changements au curriculum », déplore celui-ci.

« La Loi 98 touche à de multiples niveaux les conseils solaires mais, malgré ça, il y a pratiquement eu zéro consultation avec les conseils » – Yves Lévesque

C’est pour lui la dimension humaine qui n’est pas prise en compte, avec un manque de plan pour délivrer les nouveaux programmes de façon efficace : « Cette mise en place ne peut pas se faire du jour au lendemain. C’est encore pire dans l’éducation francophone, car les ressources n’existent pas nécessairement et demandent à être créées. » Il se dit déçu « de ne pas avoir plus de temps pour préparer les personnes à livrer le programme ».

M. Lévesque ajoute qu’ils avaient demandé à ce que ces changements d’envergure soient mis en place en septembre 2024 minimum, en vain.

« Une chose que je trouve déplorable, c’est que la Loi 98 touche à de multiples niveaux les conseils solaires mais, malgré ça, il y a pratiquement eu zéro consultation avec les conseils. Nos recommandations n’ont pas été écoutées. »

Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Gracieuseté

« On est au courant de nouveaux programmes un jour avant. Les médias le savent souvent avant nous », constate le directeur général de l’AFOCSC.

Isabelle Girard, directrice générale l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), a aussi de son côté exprimé au ministre Lecce que « les ajustements finaux doivent demeurer la responsabilité des conseils scolaires pour tenir compte des particularités de leur territoire, tant au niveau des approches pédagogiques que pour l’utilisation optimale des ressources fournies par la province. »

Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones de l’Ontario (AEFO), a déclaré trouver « inacceptable que les travailleurs de l’éducation n’aient pas été consultés dans la mise en œuvre de la Loi. D’ailleurs, nous regrettons que la sortie du nouveau curriculum se soit faite à la toute fin de l’année scolaire, et non de manière progressive, comme nous le suggérerions ».

Celle-ci ajoute que « l’enseignement de l’écriture cursive est un exemple de l’ampleur des changements annoncés avec cette loi qui auront un impact majeur sur le personnel enseignant déjà surchargé de travail (… ). Il faut s’assurer de donner le temps et l’appui au personnel enseignant pour s’approprier ces nouvelles méthodes d’apprentissage et s’adapter à des conditions changeantes ». 

Des besoins spécifiques aux écoles francophones

Concernant les résultats en baisse des élèves, l’un des arguments principaux du gouvernement, Yves Lévesque rappelle qu’« on a eu trois ans de pandémie » qui ont laissé des traces.

Selon lui, cette loi qui vise à l’uniformisation de l’éducation ne tient pas compte des spécificités de l’éducation francophone, à laquelle « on ne donne pas les mêmes moyens que les anglophones pour atteindre l’excellence et pourtant a de bons résultats. Alors, imaginez si on avait plus de moyens », plaisante-t-il.

« Ce gouvernement a une approche « one size fits all », la même chose pour tout le monde, alors que l’éducation francophone a un besoin fondamentalement différent des écoles anglophones. »

Une opinion que partage l’ACÉPO, tenant à « souligner qu’une trop grande uniformisation par règlement des exigences du ministère pourrait avoir comme conséquence de nuire aux besoins des conseils scolaires francophones qui ont des territoires immenses qui rendent uniques leurs besoins et les différences entre régions ».

Le mémoire d’Isabelle Girard envoyé à Stephen Lecce évoque notamment l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit le droit à l’instruction dans la langue de la minorité.

« Ne pas accorder ces ressources supplémentaires placerait les conseils publics dans une situation inéquitable face aux conseils de langue anglaise » – Isabelle Girard

« Aucune loi ni aucun règlement qui découle de l’article 23 de la Charte ne peut mettre en péril les droits qu’il confère. De plus, toute modification à la législation actuelle qui apporte des tâches supplémentaires aux conseils scolaires publics de langue française doit obligatoirement être accompagnée de ressources supplémentaires. »

Elle explique qu’en raison de la taille moyenne des conseils de l’ACÉPO qui est dix fois supérieure à celle des conseils anglophones, et en raison du fait que chacun de ces conseils couvre de 75 à 200 municipalités, la mise en œuvre des modifications proposées par le gouvernement ne peut se faire sans ressources supplémentaires.

« Ne pas accorder ces ressources supplémentaires placerait les conseils publics dans une situation inéquitable face aux conseils de langue anglaise », conclut l’ACÉPO.

Le ministère de l’Éducation a affirmé soutenir l’embauche de près de 2 000 éducateurs supplémentaires et augmenter les investissements de 691 millions de dollars cette année, incluant les écoles anglophones et francophones, sans toutefois en préciser le ratio.

Le CECCE et le CEPEO célèbrent leur première union à Kingston 

KINGSTON – Le jour J est enfin arrivé pour les écoliers francophones de Kingston. Depuis 2007, un projet de jumelage entre une école secondaire publique et une école secondaire catholique était en pourparlers au cœur des instances provinciales. Prévu initialement en 2020, puis retardé par la pandémie, le nouvel édifice, qui accueille plus de 500 élèves francophones, a ouvert ce 29 août 2023, jour de rentrée scolaire dans l’Est de l’Ontario. 

« Nous l’attendions depuis si longtemps », déclare Sarah Lasko, mère de deux enfants inscrits à l’École secondaire publique Mille-Îles. 

En effet, si l’excitation est palpable chez de nombreux parents devant le parvis des écoles, il en est de même chez les élèves. 

« J’ai des amis dans l’autre école, donc je suis super heureuse de me rapprocher d’eux », s’enthousiasme Alessia Dudley, une élève de 10e année à l’école Mille-Îles. La jeune fille attendait cela depuis trois ans. 

Derrière ce projet de grande envergure, il y avait l’idée de construire un édifice « miroir » dans lequel « deux écoles secondaires, un centre culturel et une garderie pouvaient cohabiter », explique une surintendante du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), Danielle Chatelain, en entrevue avec ONFR+.

Alessia Dudley est une élève de l’école secondaire publique Mille-Îles, elle fait sa rentrée en 10e année. Crédit image : Lila Mouch

Un véritable carrefour scolaire communautaire est donc sorti de terre cette année et accueille l’École secondaire catholique Sainte-Marie-Rivier et l’École secondaire publique Mille-Îles, le Centre culturel Frontenac, la garderie Croque soleil et son centre ON y va, ainsi qu’un centre de formation pour adulte, La route du savoir.

« Pour ce qui est des deux écoles, cette association est une première », rappelle Amine Aïdouni, surintendant du Conseil scolaire des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO). « Bien qu’il y ait déjà eu des collaborations entre différents conseils scolaires, pour le CECCE et le CEPEO, ce partenariat est une nouveauté. » 

Ce que soutient Jason Dupuis, le nouveau surintendant du CECCE, « c’est une journée historique aujourd’hui » où « tout le monde est sur la même page et nous voulons réellement la pérennité des systèmes francophones en Ontario ».

Sarah Lasko et son fils ont partagé leur excitation suite à cette rentrée scolaire historique. Crédit image : Lila Mouch

« On partage un grand gymnase, des laboratoires de chimie et de biologie, une salle de musique, une salle d’art, des ateliers de menuiserie et de métallurgie, la bibliothèque, la cafétéria, l’atrium et tout ce qu’on pourrait retrouver dans une école moderne et récente », explique Mme Chatelain.

Roxanne Walsh, élève de 12e année à l’École Sainte-Marie-Rivier, trouve motivant ce nouvel édifice. L’adolescente se souvient que dans son ancienne école, les salles de classe n’avaient pas de fenêtre. Pour elle, le gros gymnase sera une opportunité d’accueillir de nouvelles compétitions sportives. 

Pour ce qui est de l’éducation, les deux écoles fonctionnent indépendamment. En effet, cette association ne concerne pas les systèmes éducatifs, puisque ces deux écoles font partie de deux conseils scolaires différents, l’un est catholique, l’autre laïque. 

La directrice de l’école Sainte-Marie-Rivier, Sylvie Mekoulou et le directeur de l’école Mille-Îles, Thomas Rinshed, ont souligné ce mardi matin que des collaborations étaient prévues.

Une population francophone en croissance

Mélanie De Wys se réjouit de ce partenariat : « Nous l’attendions avec impatience et c’est quand même spécial parce que mon fils va faire partie de la première cohorte qui va faire tout son secondaire à la nouvelle école Sainte-Marie-Rivier. »

Pour la mère de famille, cette association va mettre l’emphase sur la communauté francophone. « À Kingston, les gens vont réaliser qu’il y a une grande communauté. »

De plus, « les deux écoles sont en croissance », affirme Mme Chatelain. 

D’ailleurs, les écoles admettent recevoir de plus en plus d’élèves. « Kingston est quand même une ville prisée par les familles et puis il y a l’immigration aussi. » 

Mélanie De Wys a accompagné son fils pour sa rentrée en 7ᵉ année. Le jeune garçon va effectuer tout son secondaire dans le nouveau bâtiment. Crédit image : Lila Mouch

Sarah Lasko se rappelle qu’en « 2013, l’école Mille-Îles et l’école élémentaire Madelaine-de-Roybon vivaient sous le même toit, mais la population de la petite école a évolué si vite qu’il nous fallait un nouvel espace ».

La mère de famille explique notamment que le gymnase n’était pas suffisamment adapté, mais que l’écart de services était aussi frappant entre les écoles anglophones et francophones. « Les parents voulaient que leurs enfants aient les mêmes écoles que les anglophones », affirme la francophile. 

Avec un investissement de 39 millions de dollars, le ministère de l’Éducation a financé la construction de cette bâtisse, spécialement conçue pour des besoins immédiats, explique Mme Chatelain.

Cependant, elle révèle qu’avec une croissance très prometteuse, « il va falloir trouver des solutions dans un avenir assez rapproché, parce que l’école va sans doute attirer de nombreuses nouvelles familles de part et d’autre dans les deux écoles ».

Un protocole de fonctionnement commun 

Qui dit première, dit ajustement. Pour Amine Aïdouni, « au niveau de l’usage des locaux communs, il va falloir prévoir toute la logistique associée à la routine scolaire, à l’usage des locaux, l’entreposage, etc. ».

« Nous aurons l’occasion de célébrer ensemble », reprend-il, « et d’ailleurs, nous le faisons déjà dans d’autres écoles sur notre territoire ».

Pour le surintendant du CEPEO, ce pourrait être le cas lors de la célébration de la Journée franco-ontarienne. « On est tous Franco-Ontariens et on lèvera notre drapeau ensemble. »

Éventuellement, « nous pourrions avoir une belle collaboration avec le Centre culturel Frontenac, qui habite sous le même toit que les écoles », espère Jason Dupuis. « On veut attirer les francophones ici, vers ce beau bâtiment, puis permettre aux gens de vivre au quotidien une vie en français. »

Inutile de voir dans ce partage de ressources, les prémices d’une future fusion entre conseils scolaires catholiques et publics.

« Voyons comment les choses évoluent, puis on pourra tirer des leçons de cette belle aventure dans quelques années », philosophe M. Aïdouni. 

Pour Sarah Lasko, « les parents veulent une belle collaboration. Nous sommes tellement contents qu’il y ait deux écoles et tous les autres services francophones dans cet endroit. Nous voulons une communauté francophone unie ».

Mme Chatelain, qui souligne aussi le caractère inspirant de ce projet, pense qu’il va être « suivi partout en province ». 

« Le ministère va certainement regarder ça de près puisque ça pourrait insuffler d’autres modèles. »

La direction des deux écoles peaufine encore les derniers détails, l’installation des salles est toujours en cours. Crédit image : Lila Mouch

« Trahi » par un des propriétaires, Doug Ford pourrait restituer des terres à la Ceinture de verdure

Dans une déclaration inattendue ce matin, le premier ministre de l’Ontario a déclaré que le gouvernement envisageait la restitution de deux parcelles d’Ajax à la Ceinture de verdure, après la mise en vente de ses terres par un propriétaire foncier, au lieu de l’accord initial dédié à la construction de 50 000 logements.

Un nouveau rebondissement dans l’affaire du développement de la Ceinture de verdure qui semble aller de Charybde en Scylla.

On apprend ce mardi que l’un des propriétaires, dont les terrains avaient été retirés des terres protégées de la Ceinture de verdure, les aurait listés « à vendre », dans le dos du gouvernement, au lieu de la condition préalable de les utiliser pour la construction de 50 000 logements.

« Récemment, nous avons appris que le propriétaire des 765 et 775 Kingston Road East à Ajax, des sites sélectionnés dans le cadre de l’échange de terrains pour construire au moins 50 000 nouvelles habitations […] a mis ce terrain en vente. À aucun moment, l’intention de vendre n’a été divulguée au facilitateur du gouvernement au cours des discussions actives et en cours », exprime Doug Ford dans sa déclaration envoyée aux journalistes.

Une clause de non-responsabilité critique pour le gouvernement qui intervient dans le contexte d’une nouvelle enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), annoncée la semaine dernière, après le rapport accablant de la vérificatrice générale Bonnie Lysyk révélant des manquements dans la gestion et la transaction des terres de cette zone protégée.

Doug Ford menace de sanctions les propriétaires

« Ce comportement va à l’encontre de tout ce que notre gouvernement fait pour permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder à la propriété », juge Doug Ford. « En réponse, notre gouvernement explore toutes les options qui s’offrent à nous, y compris en entamant immédiatement le processus visant à réintégrer ces sites à la Ceinture de verdure. »

Une sanction que le premier ministre de l’Ontario menace d’appliquer à d’autres propriétaires si une avidité similaire les en prenait : « Aux autres propriétaires fonciers, vous êtes prévenus : si vous ne remplissez pas les conditions de notre gouvernement, notamment démontrer de réels progrès d’ici la fin de l’année avec un plan visant à mettre les pelles en terre d’ici 2025, vos terrains retourneront à la Ceinture de verdure. »

Le bureau du commissaire à l’intégrité de l’Ontario a également annoncé ce matin qu’une enquête sera menée sur le ministre des Affaires municipales et du Logement Steve Clark ainsi que sur son chef de cabinet Ryan Amato, qui a donné sa démission la semaine dernière, du fait de la controverse en cours.

Les partis de l’opposition réagissent

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a créé un nouveau site internet dédié à la démission de Steve Clark avec pour intitulé : « Le ministre du Logement du gouvernement conservateur de Doug Ford a-t-il déjà démissionné? Non! ».

Le NPD y partage notamment une pétition pour le départ du ministre ainsi qu’une vidéo datant de 2016 dans laquelle M. Clark exprimait ses vues sur le fait que, dès lors qu’un ministre fait l’objet d’une investigation quant à l’intégrité, celui-ci doit immédiatement quitter ses fonctions.

Mike Schreiner, le chef du Parti vert, a lui aussi réagi à la nouvelle : « Le don de 8,3 milliards de dollars du gouvernement Ford pour la Ceinture de verdure n’a jamais eu pour but de construire davantage de logements. Depuis le début, il s’agit de faveurs en milliards de dollars accordées à de riches élites. »

Celui-ci exhorte le premier ministre à restituer ces terres ainsi que toutes les autres à la Ceinture de verdure et de promouvoir « de véritables solutions à la crise du logement ».

Pour le Parti libéral de l’Ontario, il ne s’agirait que de la partie émergée de l’iceberg : « D’autres terres ont déjà été cédées et des bénéfices ont déjà été réalisés. Le mal est fait. Les terres en question ne sont qu’une petite partie du don de 8,3 milliards de dollars de Doug Ford […] qui a enrichi des initiés bien connectés et amis », déclare John Fraser, chef par intérim du parti.

« Si le premier ministre était sérieux, il accepterait la recommandation de la vérificatrice générale de restituer toutes les terres à la Ceinture de verdure. »

Parmi les appels à l’action demandés par les libéraux : « Le ministre Clark doit démissionner, Doug Ford doit faire preuve de transparence sur ce scandale et l’argent des contribuables ne doit pas être utilisé pour payer les frais juridiques de toute personne impliquée dans une investigation. »

Dernières négociations cruciales pour les enseignants franco-ontariens

TORONTO – Alors que la rentrée débute dans la province, l’Association des enseignantes et des enseignants francophones de l’Ontario (AEFO) et ses 13 000 membres s’apprêtent à entrer dans ses dernières rondes de négociations cette semaine avec le gouvernement pour la renégociation de la convention collective.

Vendredi dernier, la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF-FEESO) acceptait une offre du gouvernement visant à prolonger les négociations jusqu’au 27 octobre prochain sans possibilité de grève. Alors que le syndicat, qui compte 5000 membres francophones, et le ministre de l’Éducation Stephen Lecce avaient annoncé cet accord, ce dernier laissait aussi entendre qu’il ferait cette offre à tous les autres syndicats dès ce début de semaine pour « garder les élèves dans les salles de classe ».

Faisant front commun, l’AEFO et les syndicats anglophones l’Elementary Teachers’ Federation of Ontario (ETFO) et l’Ontario English Catholic Teachers’ Association (OECTA) réagissent par la négative via une déclaration commune.

« L’annonce faite aujourd’hui par le ministre de l’Éducation Stephen Lecce et OSSTF/FEESO, selon laquelle les parties se soumettront à un arbitrage exécutoire, n’est pas une solution que l’AEFO, l’ETFO et l’OECTA peuvent envisager à nos tables de négociations respectives pour le moment. »

Et d’expliquer : « Le recours à l’arbitrage exécutoire à ce stade n’aiderait pas les élèves – en particulier ceux qui fréquentent des écoles élémentaires et secondaires – car cela garantirait pratiquement que les questions clés que nous avons soulevées à nos tables de négociations respectives, et qui sont essentielles à l’apprentissage et aux conditions de travail dans nos écoles, ne seraient pas abordées. »

Parmi les arguments évoqués, les difficultés que rencontre l’éducation publique en Ontario : l’augmentation de la violence dans les écoles, les ressources pour la santé mentale des élèves, l’utilisation par les enseignants de leur jugement professionnel, et la lutte contre la pénurie du personnel. 

L’ETFO annonçait déjà la semaine dernière qu’il tiendrait un vote de grève dès la mi-septembre pour ses 83 000 membres.

Les négociations de la dernière chance?

Après avoir rencontré le gouvernement les 10 et 11 juillet dernier avec le Conseil des associations d’employeurs (CAE), les prochaines négociations pour le syndicat de 13 000 enseignants francophones sont prévues cette semaine, de mercredi à vendredi, pour le renouvellement de la convention collective du personnel enseignant et suppléant.

Sans un accord qui serait « la meilleure entente possible pour nos membres qui soit juste et équitable, qui protège leurs acquis et leurs droits et qui améliore leurs conditions de travail », le syndicat francophone n’exclut pas la possibilité d’une grève.

« Nous espérons que nos prochaines dates de négociation seront concluantes, car nous pouvons vous dire que si ce n’est pas le cas, nous n’excluons pas la possibilité de déclencher un vote de grève auprès de nos membres. Nous continuons donc à évaluer toutes les options possibles pour faire avancer les négociations plus rapidement », nous confie Anne Vinet-Roy, la présidente de l’AEFO.

Celle-ci avait précédemment déclaré inacceptable que le rythme des négociations soit si lent et que leurs membres commencent la nouvelle année scolaire sans contrat de travail.

La déclaration des trois syndicats, donnant le ton, conclut ainsi : « Les travailleuses et les travailleurs en éducation représentés par l’AEFO, l’ETFO et l’OECTA continueront leurs efforts pour obtenir des accords négociés et équitables qui défendent et protègent l’éducation financée par les fonds publics et qui soutiendront tous les élèves, le personnel et les familles de cette province. »

Une rentrée scolaire marquée par plusieurs changements en Ontario

Nouvelles écoles, écriture cursive, mathématiques renforcées, projet pilote de semaine à quatre jours… plusieurs nouveautés font leur apparition. Tour d’horizon à l’aube de la rentrée scolaire.

Des milliers d’élèves retrouveront ce mardi les bancs de l’école à Ottawa et dans l’Est et seront imités, mardi prochain, par leurs camarades du reste de la province.

La principale nouveauté dans cette partie de l’Ontario est l’ouverture de l’École élémentaire catholique des Deux-Rivières à Arnprior, à 65 kilomètres à l’ouest de la capitale fédérale, un établissement du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) qui compte accueillir à terme 248 élèves et 49 enfants en garderie.

Une autre ouverture attire tout autant l’attention, celle qui rassemble sous le même toit à Kingston deux écoles secondaires existantes : Mille-Îles du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) et Sainte-Marie-Rivier du CECCE. En plus d’une bibliothèque, d’un gymnase et d’un réfectoire, le bâtiment abritera d’ici la fin de l’année le Centre culturel Frontenac. Ce dernier bénéficiera du théâtre également inclus.

Autre infrastructure scolaire attendue dès cette année : le dôme de l’École secondaire catholique Garneau du CECCE, à Orléans, un équipement de pointe dédié au programme de sports-études.

Ailleurs dans la province, deux ouvertures sont à signaler : celle de l’école élémentaire publique Thunder Bay, d’une capacité de 257 élèves, et celle de l’école secondaire Michelle O’Bonsawin à Toronto, ex-école Greenwood du Toronto District School Board, complètement réaménagée.

La phonétique et l’écriture cursive font leur retour

L’autre grande nouveauté, c’est le retour à l’écriture cursive. Dans son programme-cadre révisé de français de la 1ʳᵉ à la 8ᵉ année, le gouvernement réintroduit cette pédagogie optionnelle depuis 2006, dans un consensus quasi généralisé avec les experts en éducation.

L’écriture cursive offre en effet plusieurs avantages, à commencer par la vitesse d’écriture plus élevée puisque les lettres se relient sans lever le crayon, mais aussi un gain dans la compréhension des mots et la syntaxe.

« L’enseignement de la phonétique et l’étude des mots figurent aussi parmi les nouveautés phares du programme-cadre », complète Grace Lee, porte-parole du ministère de l’Éducation. « Cette connaissance conduira à une meilleure lecture des mots, à la construction de mots à vue et à des compétences en orthographe. »

Une part du programme insiste de surcroit sur la compréhension des élèves qui doivent être capables d’activer des connaissances antérieures, faire des prédictions et les confirmer, vérifier leur compréhension et en faire un suivi continu, ainsi que résumer des textes incluant des textes d’autrices et d’auteurs de l’Ontario français.

Le plan en mathématiques et lecture entre en vigueur

Le plan en mathématiques et lecture dévoilé en avril dernier entre dans le vif du sujet dès ce mois-ci. Le gouvernement de l’Ontario a mis plus de 180 millions de dollars sur la table pour le mettre en œuvre : 71 millions pour les mathématiques, 109 millions pour la littéracie. Il prévoit des soutiens ciblés aux élèves en classe et à la maison, ainsi que l’embauche de 2000 enseignants additionnels, dont 300 accompagnateurs pour les mathématiques et 300 autres pour la lecture.

Le ministre Lecce l’a rappelé ce lundi en conférence de presse, l’objectif est de « favoriser la réussite des élèves en classe en mettant l’accent sur la lecture, l’écriture, les mathématiques, les disciplines STIM et l’apprentissage de la littératie en santé mentale ».

Le ministre Stephen Lecce a mis en avant, en conférence de presse, le financement supplémentaire de base de près de 700 millions de dollars consacré à l’éducation. Source : YouTube Gouvernement de l’Ontario

Chaque conseil scolaire doit avoir recruté un leader en mathématiques afin de piloter la concrétisation du programme-cadre de mathématiques, uniformiser la formation et fournir des soutiens supplémentaires aux accompagnateurs dans les salles de classe.

Côté lecture, au-delà du recrutement d’enseignants spécialisés, l’enveloppe financière consiste à mettre en œuvre de nouvelles exigences en matière d’évaluation à un plus jeune âge, pour tous les élèves du jardin d’enfants à la 2e année, parallèlement à un outil d’évaluation normalisé et à une formation pour les enseignants.

Pas de projet pilote de semaine à quatre jours

Devant entrer en vigueur lors de cette rentrée, le projet pilote de semaine de classe à quatre jours n’a finalement pas été retenu par le ministère de l’Éducation. Il concernait les élèves de l’École élémentaire catholique l’Étoile-de-l’Est et l’École élémentaire catholique Saint-Rémi, respectivement situées dans l’est et l’ouest d’Ottawa.

L’objectif était de restaurer un certain « équilibre entre la vie personnelle et scolaire ». Le CECCE espère que cette décision sera reconsidérée pour la rentrée scolaire suivante 2024-2025.

Novatrice pour certains parents, source de potentiel favoritisme pour d’autres, la semaine à quatre jours était proposée à titre facultatif, les parents étant libres d’y inscrire leurs enfants ou de les maintenir dans une semaine à cinq jours de classe.

22 millions de dollars pour l’aménagement linguistique

Pour 2022-2023, le ministère de l’Éducation consacrera 22 millions de dollars à l’éducation en langue française afin d’offrir des soutiens adaptés aux élèves conformément à la Politique d’aménagement linguistique. Cette somme, confirmée à ONFR+, provient du Fonds pour les priorités et les partenariats (FPP).

Basé sur un nouveau mode de calcul, le montant de la Subvention pour le transport des élèves devrait atteindre quant à lui 1,2 million de dollars en 2023-2024 pour l’ensemble des conseils scolaires, anglophones et francophones.

Cet article a été modifié le mardi 29 août à 14h.

Angèle Brunelle, 40 ans de dévouement à la communauté francophone du Nord

[LA RENCONTRE D’ONFR]

THUNDER BAY – L’Association des Francophones du nord-ouest de l’Ontario (AFNOO), l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le Conseil consultatif des services de santé de français, l’Université de Médecine du Nord de l’Ontario (ex-EMNO), le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, le centre Grandir en français : difficile de citer toutes les implications d’Angèle Brunelle en un paragraphe. La Kapuskoise d’origine, qui vient tout juste de prendre sa retraite après avoir œuvré 27 ans pour l’Accueil francophone de Thunder Bay, laisse une empreinte durable dans le milieu francophone du Nord-Ouest qu’elle a largement contribué à bâtir.

« Qu’est-ce qui vous a fait réaliser que c’est le bon moment pour partir à la retraite?

J’ai décidé de prendre ma retraite parce que j’ai maintenant 65 ans et que j’ai travaillé avec ténacité pendant plusieurs années. J’ai maintenant l’intention de profiter des années qui me restent pour faire ce qui me plait sans restriction de temps.

Êtes-vous sereine concernant la relève francophone de Thunder Bay?

Je suis très sereine en ce qui concerne la relève à l’Accueil francophone de Thunder Bay. Je suis convaincue que la nouvelle directrice générale possède les compétences et les qualités nécessaires pour bien réussir et assurer le succès de l’Accueil.

Claudette Gleeson, présidente de l’AFNOO, a tenu à rendre hommage à Angèle Brunelle au cours d’une célébration organisée pour souligner le départ à la retraite d’Angèle Brunelle en juin dernier. Crédit image : Rachida Sidibité

Qu’est-ce qui va le plus vous manquer?

Je vais surtout regretter les gens : mon équipe, mes collègues, nos clients. Je suis entourée de personnes dévouées qui œuvrent pour l’avancement des services en français et c’est ce qui va me manquer le plus.

Que comptez-vous faire durant votre retraite?

J’ai plusieurs projets en tête mais, principalement, j’aimerais apprendre l’espagnol. Je veux aussi voyager et découvrir de nouveaux endroits : j’ai quatre voyages de planifiés dans la prochaine année. Je veux aussi passer du bon temps avec ma famille et simplement profiter de la vie.

Est-ce vraiment la fin de vos implications bénévoles?

Non, ce n’est pas la fin de mes implications bénévoles. Je siège présentement à certains comités et CA (conseil d’administration) et je veux poursuivre mes engagements. Ensuite, on verra ce qui pique ma curiosité.

Vous avez une liste interminable de bénévolat et de rôles joués dans le communautaire, comment tout ça a-t-il a commencé?

J’ai toujours valorisé le français que je tenais pour acquis mais, lorsque j’ai déménagé à Thunder Bay, j’ai réalisé que vivre en français n’est pas une garantie. Je me suis impliquée lorsque mon enfant a commencé l’école française. À cette époque, il manquait de ressources et il n’y avait pas d’équipements de jeux dans la cour d’école alors j’ai joint l’API et nous avons fait des prélèvements de fonds pour améliorer la situation.

Je me suis rendu compte que si je voulais voir des changements durables dans l’amélioration des services en français, je devais m’impliquer et ce fut le début de plusieurs années d’engagement.

Angèle Brunelle fut une des récipiendaires de l’Ordre de l’Ontario, la plus haute distinction civile de la province en 2016 avec notamment l’avocat Ronald Caza ou encore Ethel Côté. Gracieuseté

Vous avez eu un rôle décisif dans la fusion des conseils scolaires et la création du Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales (CSDCAB). Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la création de la première école publique de Thunder Bay?

Il y a deux écoles secondaires publiques dans notre région et s’il y a une demande pour une école élémentaire publique, c’est bien. Nous avons quatre systèmes scolaires en Ontario et ils ont tous le droit d’exister.

Et puis il y a eu la santé et votre impact indéniable à l’Accueil francophone de Thunder Bay, votre plus grande bataille. Pensez-vous que la situation a évolué positivement pour les soins de santé aux francophones?

Au cours des années, nous avons réussi certains gains, mais je pense que c’est une bataille qui se poursuit. À chaque changement de gouvernement ou de leadership au sein d’organisme, il faut reprendre et faire valoir nos droits et nos besoins. C’est un travail ardu, mais qui en vaut la peine.

Angèle Brunelle, alors administratrice à l’École de Médecine du Nord de l’Ontario, fut intronisée à la Compagnie des Cents-associés francophones en 2017, récompense accordée aux pionniers qui contribuent au développement de la vitalité des communautés francophones dans l’ensemble du Canada. Gracieuseté

Vous avez siégé au sein de plusieurs conseils d’administration majoritairement anglophones comme le Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay. Est-ce important pour vous d’être à la table pour les francophones?

D’après moi, c’est primordial. Les changements se font aux tables décisionnelles alors il est important d’être présent si on veut influencer les décisions pour inclure les besoins des francophones.

Quelle est la rencontre qui vous a le plus marquée durant votre long parcours?

La rencontre qui m’a le plus marquée est celle avec François Boileau, notre ancien commissaire aux services en français. J’ai vraiment apprécié son intégrité, son oreille attentive, son humilité et sa capacité de voir les enjeux et d’y répondre efficacement.

Quelle est, selon vous, la plus gros enjeu qui demeure à Thunder Bay de manière générale?

Notre plus grand enjeu est le fait que nous sommes tellement minoritaires. C’est très difficile de faire valoir nos points et nos enjeux quand les décideurs ne voient pas la pertinence à cause des nombres. Il faut toujours être vigilant pour ne pas perdre nos acquis.

Angèle Brunelle explique le concept d’interprétation des soins en français, le projet phare de l’Accueil francophone, lors du congrès de Connexions en 2015. Gracieuseté

Avec toute votre expérience et le recul, quelle est, selon vous, la plus grande faiblesse des organismes communautaires francophones?

La plupart des gens qui travaillent dans le milieu communautaire francophone sont passionnés par la cause. La relève dans les organismes communautaires est définitivement un souci, la rémunération est souvent inadéquate et œuvrer dans le domaine public ou privé est souvent plus alléchant pour les plus jeunes qui entrent sur le marché du travail.

Comment avez-vous accueilli la nouvelle du refus de financement du provincial de l’Université de Sudbury?

J’étais déçue du refus mais le dossier est loin d’être clos. J’espère sincèrement que le gouvernement et la communauté francophone trouvent ensemble une solution à l’éducation post-secondaire en français dans le Nord.

Angèle Brunelle, alors membre du comité consultatif francophone et présidente de Thunder Bay Carrefour santé, Anita Jean, directrice du conseil d’administration du même organisme, et Jean Bartkowiak, président et chef de la direction du Centre des sciences de la santé, ont hissé le drapeau franco-ontarien à l’extérieur du Centre des sciences de la santé en 2016. Gracieuseté

Avez-vous un regret quelconque par rapport à quelque chose de votre parcours?

Je n’ai pas de regret, j’essaie toujours de donner le meilleur de moi-même et de faire tout ce qui est possible avec mes capacités. Ma philosophie est qu’il faut accepter ce qui est hors de notre contrôle et essayer de changer ou d’influencer ce qu’on peut.

Angèle Brunelle, qui a fait partie du conseil d’administration du Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay de 2010 à 2012, est ici aux côtés de Stephen Wright, membre du conseil en 2004. Gracieuseté

Est-ce que vous avez un rêve/souhait/projet à réaliser potentiellement à l’avenir?

Un rêve pour moi serait de voir les services en français de tous les domaines : santé, éducation, services sociaux, etc. accessibles à tous ceux qui désirent y avoir recours.

Angèle Brunelle a servi un mandat de quatre ans au conseil d’administration de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, au sein duquel elle a représenté le Nord de 2014 à 2018. Gracieuseté

Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de vous si vous deviez choisir une chose en particulier?

J’aimerais que les gens se souviennent de moi comme une personne d’équipe qui aime travailler en collaboration dans un climat positif et respectueux avec le but commun d’améliorer la qualité de vie en français. »

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LES DATES-CLÉS D’ANGÈLE BRUNELLE

1958 : Naissance à Kapuskasing.

1996 : Embauche à l’Accueil francophone.

1998 : Création du Conseil scolaire de district catholique des Aurores boréales.

2016 : Reçoit l’Ordre de l’Ontario.

2023 : Départ à la retraite

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

This is Indian Land : vers une décolonisation de l’hymne national du Canada. In English. Et en français

[CHRONIQUE]

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, la blogueuse et activiste du Nord de l’Ontario, Isabelle Bougeault-Tassé.

C’est l’époque de vérité – et de réconciliation. Du remix. Des mots justes. De la réinvention de l’hymne national en Canadian English, écrite en 1908. Réécrite en 1968. En 1980. Et en 2018. Il y avait, semble-t-il, du pain sur la planche. Mais qu’en est-il de la version franco? Avons-nous, comme communauté linguistique, fait le dur et délicat travail de réflexion sur les paroles d’un hymne jusqu’alors immuable?

« THIS IS INDIAN LAND ». Ceci est une terre autochtone.

Ce magnifique graffiti, peint au clair de lune sur le pont ferroviaire de la Première nation à Garden River dans le Nord de l’Ontario en 1973, est un cri de cœur anichinabé, « un acte de revendication et de fierté », un rappel que nous habitons des terres autochtones.

Des terres sacrées. Pillées. Revendiquées. Ravagées. Protégées. Et cinquante ans plus tard, en cette époque de vérité et de réconciliation, la missive peinte sur le pont de Garden River est toujours incontournable.

Il nous faut des mots justes. Des mots, des actions qui peuvent panser des blessures historiques. Symboliques.

Car le Canada est « notre maison en terre autochtone ». This is Indian Land.

Le Remix

Jully Black nous a prêté sa voix, même si « les mots ne venaient plus ». Depuis quelques années, cette grande artiste — fille d’une immigrante de la Jamaïque, reine du R&B canadien et thought leader Noire — ne chantait plus l’hymne national, bouleversée par les tombes d’enfants autochtones trouvées sur les terrains d’anciens pensionnats.

En février 2023, Jully Black reprenait l’hymne lors d’un match des étoiles de la NBA, chantant « O Canada, our home on Native land ». Un seul mot, lourd de symbolique, changé.

« Je ne voulais pas manquer de respect à l’auteur-compositeur », a-t-elle expliqué. « Mais je me rends également compte que nous sommes sur la terre, nous ne la possédons pas, elle ne nous appartient pas. J’aimerais pouvoir m’asseoir avec l’auteur-compositeur et dire, « Hé, vous avez peut-être mal compris les faits ».

« Et », ajoute-t-elle, « pourrions-nous faire un remix? ».

Tout comme Jully Black, l’artiste franco-canadien Mehdi Cayenne, né en Algérie dans le nord de l’Afrique, ayant grandit au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Ontario, il allait lui aussi nous prêter voix.

Une critique – « une polémique », glorieusement « antipatriotique », son Ô Canada (2010) examine les revers du nationalisme canadien, ouvrant avec ces paroles : « Ô Canada, our home on Native land ».

« Comme immigrant, on ne se fait pas raconter toute l’histoire », soulignait Mehdi Cayenne en 2019. « Ultimement, ce n’est pas le gouvernement canadien qui t’accueille, c’est les nations souveraines des peuples autochtones qui t’accueillent ».

Le chanteur Mehdi Cayenne. Crédit image : Fred Lombard/indiemusic.fr

Tout comme ceux qui, comme moi, sont nés en cette terre d’accueil d’ancêtres français, on ne se fait pas raconter toute l’histoire. Que ce sont les nations souveraines autochtones qui nous ont accueillis. Moi. Mes aïeux.

This is Indian land.

Les OG de l’hymne national

« On a presque envie de sourire devant un chroniqueur conservateur de Toronto qui croit qu’on ne peut pas toucher aux paroles de l’Ô Canada », écrit Emilie Nicolas dans les pages du journal Le Devoir sur la controverse suscitée par le geste solidaire de Jully Black.

« On a envie de lui rappeler que la musique originale est de Calixa Lavallée », poursuit-elle. « Et que le poème est d’Adolphe-Basile Routhier. Que l’hymne a été chanté pour la première fois le 24 juin 1880, pour les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste! Que le mot « Canada », à l’époque, était encore largement synonyme du Canada français! Et que les traductions anglaises (oui, au pluriel — il y en a eu plusieurs) constituent déjà une forme de récupération politique d’un chant qui a été conçu pour parler de tout autre chose que ce qu’il représente aujourd’hui ».

L’artiste Jully Black. Crédit image : : Facebook Jully Black

O Canada, version anglo, est basée sur des paroles de Robert Stanley Weir écrite en 1908. Réécrites en 1968. En 1980 (l’année où elle devient hymne national). Et en 2018 (« thy sons » devient « us »). De toute évidence, il y avait du pain sur la planche et des paroles qui méritaient d’être éditées.

Mais avons-nous, du côté franco, fait ce même travail de notre hymne national dont les paroles sont immuables depuis sa rédaction il y a 143 ans? Pouvons-nous puiser l’inspiration dans les deux autres versets qui, certes, reflètent un catholicisme colonial, mais qui nous exhorte également à « sur notre sol, asseoir la vérité » et à « être un peuple de frères »?

Ne faut-il pas une réflexion franconationale qui témoigne de notre affection et respect pour cette « terre de nos aïeux »?

This, après tout, is Indian land.

Les mots justes

« Ô Canada… tu seras bien ce que ton enfant en fera », chante Mehdi Cayenne.

Oui. Or, faisons-en quelque chose de juste. Le Canada traverse une « période d’introspection » sur son histoire, souligne l’intellectuel Jack Jedwab, président du Canadian Studies Association, et, poursuit-il, « il y a une certaine valeur à essayer de reconnaître qui nous sommes, correctement ».

Qui nous sommes. Correctement.

Lors de la fête du Canada cette année, on révélait qu’un Canadien sur trois souhaite un amendement de l’hymne national. Plus tôt ce mois-ci, un second sondage réitérait que 41 % des Anglo-Canadiens sont en faveur d’un amendement des paroles de l’hymne national. Si j’étais Anglo-Canadienne, je serais de ce nombre. Et si je suis fière, féroce et franco, je suis aussi de ceux qui souhaitent ce remix. Mais il nous faut plus qu’un « home on Native land », plus qu’une « terre de nos aïeux ». En anglais. En français. En bilingue officiel. Dans les langues de la constellation de peuples de ce vaste pays.

Car ceci est notre « maison en terre autochtone ».

This is Indian Land.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Entente provisoire entre l’Ontario et un syndicat représentant 5000 membres francophones

TORONTO – La Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEESO) et le gouvernement se sont entendus pour poursuivre les négociations des conventions collectives jusqu’au 27 octobre prochain. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Éducation Stephen Lecce vendredi après-midi, évitant ainsi un mouvement de grève et garantissant les cours dans les écoles secondaires de la province.

Aucune entente réelle n’avait été trouvée depuis le mois d’août dernier, date d’expiration des conventions collectives des enseignants ontariens, sans contrat depuis un an.

Le syndicat enseignant OSSTF-FEESO, qui compte 60 000 membres dont 5000 francophones, et le gouvernement se sont entendus pour poursuivre les négociations des conventions collectives jusqu’au 27 octobre et soumettre toute question restée en suspens à un arbitrage extérieur après cette date butoir.

« L’annonce de ce vendredi est une proposition et non un accord de principe et les membres devront se prononcer sur l’offre à la fin septembre », a précisé le syndicat.

Si les membres votent non, la proposition sera abandonnée et les négociations se poursuivront. Si acceptée, aucune grève de ce syndicat ne sera possible.

Cet accord promet aussi de rattraper le retard salarial causé par la Loi 124, libellé qui plafonne les augmentations de salaire des employés du public en Ontario à un point de pourcentage par année sur une période de trois ans. Cette loi, entrée en vigueur en 2019, a été jugée inconstitutionnelle par la Cour supérieure de justice de l’Ontario en 2022.

Le gouvernement Ford porte toutefois ce jugement en appel à l’heure actuelle. Mais si l’entente est acceptée par les membres de FEESO, ils n’auront pas à attendre la décision de la Cour pour être compensés financièrement.

Un impact pour 13 000 enseignants francophones?

Le ministre Lecce souhaite, à quelques jours du début des classes, « entrer dans l’année scolaire avec de la stabilité », a-t-il répété en conférence de presse.

« Nous avons réussi à trouver une entente avec une fédération et pensons être en mesure de proposer les mêmes ententes à d’autres syndicats. […] S’ils (les autres syndicats) acceptent dans les prochains jours, on peut alors offrir une certitude aux parents et aux enfants. Pensons aux enfants en premier. »

Une ronde de négociations est d’ailleurs prévue la semaine prochaine entre l’Ontario et l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), le principal syndicat d’enseignants francophones de la province, comptant 13 000 membres.

Cet accord sur l’étirement de deux mois des négociations intervient seulement une semaine après l’annonce d’un vote de grève, de mi-septembre à mi-octobre, côté anglophone, de la part du syndicat Elementary Teachers’ Federation of Ontario (ETFO), qui compte 83 000 membres.

La présidente de l’OSSTF-FEESO Karen Littlewood déplorait la semaine dernière le peu de temps octroyé pour les négociations par le gouvernement, soit 25 dates respectives pour les travailleurs en éducation et pour le personnel enseignant et suppléant, et l’absence « d’engagement à conclure de nouvelles ententes pour nos Membres avant la rentrée, en septembre ».

Article écrit avec la collaboration de Pascal Vachon.

La Francophonie victime de coups d’État, quelle place pour la langue française?

L’Afrique francophone semble se désolidariser du français et des emblèmes de la Francophonie, dans un contexte où de plus en plus de pays s’opposent véhéments à la France. Mais, les raisons pourraient être multiples : un rejet de la France, la réappropriation des langues locales, la démographie, le manque de moyens ou tout simplement l’improductivité de la langue dans ces pays, alors qu’ils traversent des instabilités politiques, économiques et sociales.

Cette sempiternelle image des pays francophones en Afrique est loin d’être nouvelle.

« Toute cette méfiance et cette réticence de plus en plus grande envers le français et l’espace de la francophonie, il faut voir ça avec un cumul d’éléments qui offre un contexte favorable à cela et qui prend différentes formes du fait de la configuration politique, géopolitique de chacun d’entre eux », avance la socio-démographe de l’Université d’Ottawa, Nathalie Mondain.

D’après des chercheurs de l’Université de Sherbrooke, 22 pays africains ont le français comme langue officielle ou co-officielle. Parmi eux, la République démocratique du Congo, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Guinée et bien d’autres qui traversent des bouleversements majeurs. 

Le Mali, qui est gouverné par une junte militaire depuis 2020, a officiellement rétrogradé le français comme langue de travail en 2023. 

En 1992, dans la constitution du Mali, le français y était inscrit comme langue officielle, mais suite aux deux coups d’État successifs en 2020 et 2021, le pays a modifié sa constitution et y a inscrit 13 nouvelles langues officielles, mais pas le français. 

Plusieurs pays de la région du Sahel se prononcent également contre l’influence française. En juillet dernier, le président du Niger a été renversé par un coup d’État mettant au pouvoir des militaires opposés à la France.

« Il y a une relation de défiance qui s’est structurée à l’endroit de la France du fait de l’incapacité notamment de l’opération Barkhane et des troupes militaires françaises de réussir à sécuriser la région alors qu’ils étaient là depuis plusieurs années », explique le professeur en science politique de l’Université de Sherbrooke, Adib Bencherif.

Cette tendance anti-français est aussi caractérisée par l’histoire coloniale de la France. D’ailleurs, au printemps dernier, l’Algérie ajoutait à son hymne national, Kassaman, un nouveau couplet.

 « Ô France, le temps des palabres est révolu (…), Ô France, voici venu le jour où il te faut rendre des comptes. »

La perte d’influence en Afrique

L’époque contestataire de la « Françafrique » est révolue. Le terme Françafrique est apparu pour la première fois en 1955 et désignait l’ensemble des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines pour en dénoncer le caractère ambigu et opaque.

Aujourd’hui, le rejet manifeste de la France et par extension de l’éducation en français ainsi que la place de la langue dans les administrations se fait de plus en plus présente. 

Cela s’exprime sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les rues. Pourtant, M. Bencherif, pense que pour l’instant, ce rejet est très déclaratoire. 

« Il y a une espèce de radicalité un peu utopique. Je pense qu’il faut le voir à travers le prisme d’une sorte de pensée post-coloniale, un panafricanisme un peu caricatural. »

Adib Benchérif est professeur de Science politique à l’Université de Sherbrooke au Québec. Expert en enjeux identitaires en politique comparée (Sahel, Afrique du Nord), il travaille aussi sur la sociologie des conflits armés. Gracieuseté

L’instabilité du système scolaire en français

D’après Nathalie Mondain, d’une part, nous sommes témoins d’un long processus cherchant à s’affranchir des nouvelles formes de colonialisme perpétrées tant par les anciennes puissances coloniales que par les grandes institutions internationales. « Il y a cet élan de dire : « on peut rentrer de plain-pied dans le 21ᵉ siècle avec nos propres connaissances, nos référents culturels, nos référents sociaux et à commencer par la langue ». »

Pour autant, la chercheure reconnaît là, un immense défi : « Le problème, c’est que tous ces pays sont des mosaïques ethnolinguistiques. Peut-on enseigner dans 45 langues? », questionne-t-elle. 

Dans cette région, le français navigue dans des univers plurilingues. Les frontières du Burkina Faso, par exemple, touchent le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire qui ont tous le français comme langue officielle, (sauf le Mali depuis 2023). 

D’autre part, Mme Mondain rappelle que la démographie de cette région vis-à-vis de l’apprentissage de la langue de Molière pourrait être une intéressante piste de recherche. « Au Sénégal, 62 % de la population à moins de 25 ans, avec très peu de perspective d’insertion professionnelle. »

Au Burkina Faso, d’après l’UNICEF, 78 % de la population à moins de 35 ans, au Mali 65 % de la population aurait moins de 25 ans et au Nigéria la moyenne d’âge serait de 18 ans et trois mois. 

La question de l’utilité et de la productivité de la langue française dans cette région se pose donc véritablement. Pour la socio-démographe, la question des moyens est tout aussi importante. 

« Il y a ceux qui vont à l’école et qui n’en retirent rien. Il y a ceux qui n’y vont pas, mais surtout, il y a une part gigantesque de la population qui compte sur un membre de l’entourage en migration, pour l’envoi d’argent. »

« Si c’est cette perceptive qui est offerte aux jeunes, ce n’est pas très réjouissant », pense-t-elle. 

Nathalie Mondain est socio-démographe, experte en migration africaine et parcours socio-éducatif à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

Au Nigeria, par exemple, la politique limite l’enseignement du français seulement au niveau de l’école secondaire de premier cycle.

On comprend qu’au-delà de la démographie, l’institution scolaire africaine qui avait contribué à faire entrer massivement la langue française dans ces régions est aujourd’hui fragilisée par l’instabilité politique, les conflits armés, l’insécurité, le manque de moyens et la pandémie de la COVID-19. 

Avant 2020, le français était en forte progression dans le monde. Depuis la pandémie la progression se fait plus lente. De nombreux chercheurs ainsi que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) déclaraient en 2022 que c’est sur le continent africain que se jouait l’avenir de la langue française. 

Comme partout ailleurs dans les pays anciennement colonisés par la France, la langue française, de par son statut et les fonctions qu’elle assume, s’est imposée comme une réalité linguistique nationale. 

Mais la difficulté reste d’uniformiser l’apprentissage dans une Afrique plurilinguistique. Ce que l’OIF tente par tous les moyens. Cependant, de plus en plus d’intellectuels y voient un endroit pour la formation de partenariats économiques plutôt qu’un véritable tremplin de la langue française dans le monde.

S’éloigner de la Francophonie et se rapprocher de la Chine et de la Russie

D’après M. Bencherif, « c’est un dialogue intelligent, critique qui est en train de se perdre ». 

« On peut être en désaccord, on peut souligner les déficiences d’un système, voire les injustices d’un système nord-sud, mais de là, à être dans une logique strictement d’opposition, où le langage devient uniquement pamphlétaire, c’est perdre la richesse possible dans le dialogue et même dans le débat. »

Aujourd’hui, d’autres puissances tentent de prendre une place dans les régions africaines et francophones. Depuis deux ans, la Guinée, le Mali, le Burkina Faso, et maintenant le Niger, ont été l’objet de coups d’État. En même temps il apparaît de manière de plus en plus notable que ces pays s’éloignent progressivement de la Francophonie.

Des figures vraiment contestataires, comme l’influenceuse Nathalie Yamb, aujourd’hui considéré par les États-Unis d’être liée au groupe Wagner et d’être un élément de la propagande russe en Afrique, galvanisent le débat. 

« Nathalie Yamb avait énoncé qu’il fallait supprimer le français comme langue officielle, car c’est comme un héritage de la colonisation, qu’il fallait arrêter de parler de français », rappelle M. Benchérif. 

D’ailleurs, le professeur de science politique confirme qu’il y a l’idée d’une compétition s’amorçant, avec la Chine. Sur le plan de l’éducation, il a des réflexions autour d’une éducation plus proche du confucianisme que d’une éducation à la française. 

« Avec la Russie, c’est une puissance d’influence, ça, c’est une évidence. Ils jouent surtout au niveau déclaratoire et à travers des médias. »

Pourtant, les signes sont présents. C’est d’ailleurs une tangente, un basculement déjà observé au Rwanda. 

« C’est une piste intéressante », analyse l’expert, « parce que vous voyez là, un pays qui se désolidarise complètement de la langue française pour s’angliciser. »

« Ils ont créé des formations en anglais et en font une nouvelle langue de travail. D’un point de vue du phénomène, il y a peut-être une tangente par certains pays qui voudraient aller dans ce sens-là. » 

Cet article a été modifié le 23 août à 13h42.

Keith Spicer, le premier commissaire aux langues officielles, est décédé

Le tout premier commissaire aux langues officielles de l’appareil fédéral, Keith Spicer, est mort jeudi matin à l’âge de 89 ans.

Son fils, Nick Spicer, a confirmé la nouvelle à La Presse canadienne. Son mandat en tant que chien de garde des langues officielles aura duré sept ans (1970-1977), alors nommé par Pierre Elliott Trudeau. Son début de règne faisait suite à l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles (LLO) en 1969.

« J’ai toujours cru que le mandat d’un commissaire, ce n’était pas juridique. Donc je me suis dit, mon rôle est de transformer le débat national, de passer de l’hystérie à un dialogue raisonnable », affirmait-il en entrevue avec ONFR+ en 2019, en l’honneur du cinquantième anniversaire de la LLO.

Cela arrive quelques années après la mise en place de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, la Commission Laurendeau-Dunton, qui recommande de mettre sur place une loi reconnaissant les deux langues officielles. Keith Spicer avait lui-même travaillé comme recherchiste pour la Commission.

À cette époque, il existe une fracture entre les francophones et les anglophones au pays, notamment avec la montée du souverainisme au Québec. Keith Spicer se donnait alors comme mission d’allier les gens « à au moins tolérer la loi ».

« Les Québécois, les francophones et les Acadiens, en général, ils étaient très sceptiques sinon cyniques, alors je leur ai dit, ‘’vous avez bien raison de rester cyniques et sceptiques’’. Du côté anglophone, ‘’je comprends votre frustration, je viens d’une famille anglophone’’… En utilisant l’humour adopté aux deux Canadas, anglophone et francophone, on a réussi sur plusieurs années à décrisper l’ambiance », se rappelait-il.

Keith Spicer. Gracieuseté du Commissariat aux langues officielles.

Réactions

Le premier ministre Justin Trudeau a salué sa mobilisation « dans le soutien du public canadien à l’égard de la Loi sur les langues officielles » et « sa défense des droits des minorités francophones partout au Canada ».

« Ses décennies de travail acharné ont contribué à façonner le paysage linguistique du Canada tel que nous le connaissons. C’est un flambeau que nous continuons à brandir haut en cherchant à établir l’égalité réelle du français et de l’anglais au Canada. »

L’actuel commissaire, Raymond Théberge a tenu « à offrir nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de Keith Spicer » au nom du commissariat.

« À travers mon regard de jeune franco-manitobain, Keith Spicer représentait la vraie incarnation de la Loi sur les langues officielles. Il était une vedette, mais surtout, ma vedette. Sa vision du bilinguisme et de l’ouverture aux autres m’interpelle tout particulièrement », a-t-il souligné.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada a salué le départ d’un « homme qui a fait beaucoup pour la promotion de la dualité linguistique canadienne ».

CRTC et Commission Spicer

Keith Spicer a notamment aidé à la création de l’organisme Canadian Parents for French en 1977, organisation qui milite pour l’immersion en français dans les écoles hors Québec.

De 1989 à 1996, Keith Spicer a été le président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). À la suite de l’échec de l’Accord du lac Meech en 1990, il prend une pause de son poste pour présider le Forum Citoyen sur l’Unité Nationale, renommé Commission Spicer, à la demande du premier ministre Brian Mulroney.

Il a aussi été rédacteur en chef du Ottawa Citizen, lui qui faisait aussi des apparitions comme commentateur dans des émissions télévisées francophones, comme au Québec. Keith Spicer a également été professeur à l’Université d’Ottawa en plus de recevoir un doctorat honorifique de cet établissement ainsi que d’autres comme La Laurentienne et le Collège Glendon. Il déménage à Paris à la fin des années 1990, avant de revenir au Canada dans les dernières années.

Arts, humour, musique et pique-nique

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Alors que les élèves se préparent à retourner sur les bancs d’école et que les différents diffuseurs s’apprêtent à lancer leur saison artistique, les communautés franco-ontariennes se réunissent lors de plusieurs événements communautaires et culturels. Aussi au menu : un nouvel artiste est à l’honneur à Toronto, un lieu inusité devient salle de spectacle dans l’Est et un duo franco-ontarien termine sa tournée de la province.

Arts visuels

Plein feux sur Sylt

La galerie d’art Thompson Landry, qui se spécialise dans la diffusion d’œuvres d’artistes francophones, met en lumière le travail de Sylt du 24 août au 10 septembre. Le public pourra rencontrer le principal intéressé à la galerie le 26 août de midi à 16h. Les forêts du Québec ainsi que la féminité sont de grandes inspirations pour Sylt, qui peint les éléments de la nature en eux-mêmes ou les intègre à des portraits féminins aux couleurs terreuses. L’artiste peintre compte plus de quatre décennies de carrière. Son exposition Les quatre saisons de Sylt avait été présentée à la galerie Thompson Landry en 2021.

L’une des oeuvres de l’exposition à la galerie Thompson Landry. Sylt, Beauty of Honesty, 60 X 40, Mixed media on board

Exposition Spotlight on Sylt du 24 août au 10 septembre. Rencontre avec l’artiste le 26 août. Détails sur le site de la galerie Thompson Landry.

Musique

Diversité des cultures à Milton

La troisième édition de l’AfroJazz fest se déroule samedi et dimanche au parc sportif communautaire de Milton. Des performances artistiques, des activités familiales, de la danse et un défilé culturel sont au menu. Les festivaliers pourront assister aux performances de Lorraine Klaasen, Adama Daou, Dieufaite Charles, Donald Dogbo, Amadou Kienou et Dicko Fils, entre autres. L’Afrojazz fest veut « promouvoir la beauté et la diversité des cultures africaines et caribéennes » et met à l’avant une douzaine de communautés différentes cette année. Le festival est organisé par le Centre canadien pour l’unité de la famille (CCF).

Okavango African Orchestra à l’édition 2022 de l’Afrojazz fest. Gracieuseté CCF

Les 26 et 27 août à Milton. Gratuit. Programmation complète sur le site du CCF.

Fin de la tournée Salt

Le duo ottavien Moonfruits en est aux dernières étapes de sa tournée ontarienne estivale. Kaitlin Milroy et Alex Millaire seront en spectacle à Barrie jeudi, sur l’île Manitoulin vendredi, à Owen Sound dimanche et à Ottawa le 31 août. Moonfruits a lancé son album Salt l’an dernier. L’opus explore les thèmes de la famille, de la communauté, des changements climatiques et des réalités socio-économiques.

Moonfruits est un duo bilingue d’Ottawa. Crédit image : Curtis Perry

Les 24, 25, 27 et 31 août. Détails sur le site de Moonfruits.

La grange en spectacle

Pour une troisième année, l’humoriste Evelyne Roy-Molgat revient dans son patelin natal de l’Orignal pour transformer la grange de son père en salle de spectacle. La soirée Humour & musique à la grange invite les gens à apporter leurs chaises et consommations pour profiter d’un spectacle à deux volets. L’animatrice des soirées Open Mic du Bordel Comédie Club se charge du volet humour avec des invités surprises, puis elle confie la fin de soirée à son frère et à son groupe Young Veterans.

Cette grange deviendra une salle de spectacle le temps d’une soirée. Gracieuseté Evelyne Roy-Molgat

Le 25 août à l’Orignal. Billets sur la plateforme Le point de vente.

Communautaire

Pique-nique de fin d’été

Alors que le festival de Fierté dans la capitale bat son plein jusqu’à dimanche, la communauté LGBTQ+ et ses alliés se rassemblent aussi à Toronto. FrancoQueer organise un grand pique-nique communautaire à la plage ce samedi. C’est une tradition de se réunir une dernière fois de façon officielle avant la fin de l’été, mais l’organisme affirme que l’édition 2023 sera la plus grande à ce jour. Une dizaine d’organisations de la francophonie torontoise seront sur place. Cette fête pleine de jeux, d’activités familiales et de musique et de nourriture aura lieu au parc Woodbine Beach.

Photo de l’édition 2022 du pique-nique à la plage. Gracieuseté FrancoQueer

Le 26 août. Détails et billets gratuits sur la plateforme Eventbrite.

L’enquête sur la Ceinture de verdure entre les mains de la GRC

TORONTO – Au lendemain de la démission du chef de cabinet du ministre du Logement Steve Clark, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) annonce l’ouverture d’une enquête sur le développement immobilier de la Ceinture de verdure, à la demande de la Police provinciale de l’Ontario (PPO). Une investigation qui fait suite au rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, révélant de nombreuses irrégularités de la part du gouvernement.

La controverse du développement immobilier de la Ceinture de verdure, alimentée par les révélations du rapport de la vérificatrice générale Bonnie Lysyk, le 9 août dernier, a connu quelques rebondissements ces dernières 24 heures.

Le rapport, dont les conclusions révèlent des irrégularités, a notamment établi le traitement préférentiel de certains promoteurs immobiliers pour le retrait de 15 parcelles de la Ceinture de verdure, soit 7400 acres, augmentant la valeur totale de plus de 8,3 milliards de dollars.

Hier soir, Ryan Amato, le chef de cabinet du ministre des Affaires municipales et du Logement Steve Clark, a soudainement donné sa démission ce qui était réclamé par tous les partis d’opposition depuis la publication du rapport de la vérificatrice générale.

Celui-ci aurait, entre autres, modifié les critères d’évaluation pour faciliter le retrait des terres de la Ceinture de verdure, dont 92 % de la superficie auraient été désignées directement par trois promoteurs.

La cheffe du Nouveau Parti démocratique (NDP) Marit Stiles a réagi, déclarant « qu’il s’agit du strict minimum à faire pour l’un des abus de confiance du public les plus graves de l’histoire de l’Ontario ».

D’ajouter que le ministre Steve Clark doit à son tour démissionner, ce membre du personnel n’ayant manifestement pas agi seul.

Une opinion partagée par John Fraser, le chef par intérim du Parti libéral. « Il est simplement inconcevable qu’un seul membre du personnel soit à l’origine de ce projet de 8,3 milliards de dollars. »

« La vérité est que le ministre [Steve Clark] et le premier ministre ont soutenu ce projet du cabinet en toute connaissance de cause », ajoute-t-il.

L’opposition demande la démission du ministre Clark dans la foulée des événements autour de la Ceinture de verdure. Crédit image : Maxime Delaquis

De la police provinciale à la GRC

Alors qu’une plainte a déjà été transférée au bureau du Commissaire à l’intégrité de l’Ontario, notamment par rapport à l’usage du téléphone personnel du premier ministre Doug Ford pour des affaires gouvernementales, la police fédérale a pris les choses en main en décidant d’ouvrir une enquête, suite à une requête de la Police provinciale de l’Ontario (PPO).

« La GRC peut confirmer que nous avons reçu une demande de la PPO pour enquêter sur des irrégularités dans la disposition de la Ceinture de verdure entourant Toronto. Nous examinerons et évaluerons les informations reçues et prendrons les mesures appropriées si cela est jugé nécessaire », a corroboré par courriel un porte-parole de la police fédérale.

Le chef du Parti vert Mike Schreiner s’est dit « heureux d’apprendre que la GRC ouvrira une enquête sur le processus de corruption qui a permis à quelques spéculateurs fonciers riches et bien connectés d’encaisser 8,3 milliards de dollars sur le dos des Ontariens ordinaires ».

Les trois partis d’opposition réclament de façon unanime l’annulation des transactions immobilières et la restitution des terres à la Ceinture de verdure.

Le français à son plus bas en 50 ans en Ontario

Le pourcentage de francophones en Ontario est à son plus bas de toute l’histoire des recensements enregistrés, selon de récentes données publiées par Statistique Canada.

Ces chiffres basés sur le Recensement de 2021 révèlent qu’en 1971, 6,4 % des Ontariens avaient le français comme première langue officielle parlée, alors qu’aujourd’hui, c’est près de deux fois moins, soit 3,4 % de la population. Le nombre de personnes disant être bilingues ou encore ne pas avoir le français et l’anglais comme première langue parlée n’a bougé que de quelques décimales depuis 1971. 

Statistique Canada estime que la plus grande proportion de ces francophones se retrouve dans des villes comme Hawkesbury (74 %), Timmins (32 %), le Grand Sudbury (23 %), Ottawa (14 %), etc.

C’est aussi la première fois depuis 1996 que ceux disant avoir le français comme première langue officielle subissent une diminution en nombres purs. Il y a près de 30 ans, il y avait 480 650 Franco-Ontariens, un nombre qui n’avait cessé d’augmenter jusqu’à 2016. En 2021, le compteur s’arrête à 484 425 Franco-Ontariens dans la province. Entre 2001 et 2016, entre 489 000 et 505 000 personnes identifiaient le français comme principal dialecte utilisé.

Le nombre de personnes en Ontario définissant avoir le français comme première langue officielle parlée ou se disant bilingue. Crédit image : Statistique Canada

C’est l’anglais qui fait du chemin dans la plus grosse province au pays, passant de 91,1 % d’interlocuteurs à un demi-siècle plus tard, 93,5 %.

Ces chiffress sont basés sur la première langue officielle parlée, la principale unité de mesure des démographes, car elle tient compte de la connaissance des deux langues officielles, de la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison.

Au Canada et ailleurs

Le portrait en Ontario est similaire à l’échelle du pays alors qu’en 1971, 27,2 % des Canadiens disaient parler principalement français, une donnée qui diminue à 21,4 % près de 50 ans plus tard. Le taux de bilinguisme français-anglais a plus que doublé passant de 0,5 % à l’époque à 1,3 % récemment.

Au Nouveau-Brunswick, les francophones représentaient le tiers de la population en 1971 ce qui n’est plus le cas aujourd’hui alors qu’ils sont légèrement moins, soit 30 %.

Hors Québec, le poids démographique des francophones a aussi presque fondu de moitié un demi-siècle plus tard, passant de 6 % à 3,3 %, une donnée en constante diminution à chaque recensement.

Questionné au sujet de ces chiffres et sur la nécessité d’augmenter la quantité d’immigrants francophones, le premier ministre Justin Trudeau a soutenu qu’il fallait aller au-delà du nombre.

« Il y a plus que juste ça à faire. Il faut qu’on s’assure que les communautés francophones en milieu minoritaire à travers le pays puissent s’épanouir, puisse avoir les services, que ce soit les services de garde, que ce soit des écoles comme l’Université de l’Ontario français, que ce soit des appuis communautaires ou juridiques », a-t-il répondu, en direct de Charlottetown où se tient la retraite du cabinet depuis deux jours.

Son gouvernement doit dans les prochains mois annoncer une nouvelle cible de nouveaux arrivants francophones hors du Québec, un objectif de 4,4 % qui a été atteint qu’à une seule reprise depuis son implantation en 2003, soit l’an dernier. La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) demande à ce qu’elle soit triplée à 12 % des 2024 et qu’elle continue d’augmenter jusqu’à atteindre 20 % en 2036.

Ruée vers l’or : un second souffle pour Dubreuilville ?

[VIRÉES D’ÉTÉ]

DUBREUILVILLE – Après deux années d’attente, la nouvelle mine d’or de Dubreuilville est officiellement en opération dans le canton. L’exploitation d’une nouvelle mine fait déjà du bien à la communauté de 576 habitants même si certaines inquiétudes persistent devant l’arrivée massive d’employés temporaires.

2000 employés pour la construction, deux années de préparation et une première coulée d’or plus tard : Dubreuilville a accueilli sa deuxième mine d’or.

Cette nouvelle exploitation en dit long sur les ambitions de ce canton qui a subi un gros revers avec la perte de la scierie des frères Dubreuil qui a dû fermer ses portes en 2008 en raison de difficultés financières. Au revoir l’industrie forestière, le village s’est tourné vers l’industrie aurifère.

Cette nouvelle mine s’ajoute à la première, Alamos, qui est en opération depuis tout juste 20 ans dans le canton. Magino est une réexploitation d’une ancienne mine d’or souterraine du même nom qui a été développée après la Première Guerre mondiale.

Le développement du site de la mine a nécessité environ 500 millions de dollars. Le site est situé à 14 km au sud-est du canton. Crédit image : Inès Rebei

Après avoir fonctionné sporadiquement pendant quelques décennies, c’est l’entreprise Argonaut, appartenant à des Américains, qui en a repris l’opération. Et Argonaut est déjà bien présente dans le village, situé stratégiquement à côté de la municipalité.

C’est aussi, symboliquement, dans l’immeuble qui appartenait à la scierie des frères Dubreuil que le géant américain a choisi d’établir son siège. Les dortoirs des travailleurs de la mine sont eux aussi installés sur l’ancien site du moulin à scie dans les limites du canton.

Des retombées économiques espérées

Et les espoirs sont grands pour cette mine à ciel ouvert qui devrait produire jusqu’à 81 000 onces d’or en 2023, et environ 148 000 onces d’or en 2024, sa première année complète de production.

Avec une durée de vie de cette nouvelle mine à ciel ouvert estimée à 19 ans, le paysage de Dubreuilville promet de changer même si des doutes persistent quant à l’avenir.

La mine Alamos prévoit de creuser à 60 mètres de profondeur, comparativement à 42 actuellement, ce qui en fait une cheffe de file dans le secteur aurifère de la province. Crédit image : Inès Rebei

La mine d’Alamos, dont la durée de vie était censée être de 17 ans, vient de fêter ses 20 ans d’existence et a entamé sa troisième phase d’expansion.

Malgré cela il demeure impossible d’estimer les retombées selon les agentes de développement du canton.

Si les revenus générés par la mine risquent d’être minimes pour le village, on mise plutôt sur les dépenses des travailleurs dans les commerces ce qui pourrait réellement bénéficier selon la municipalité.

Derrière la vitre des camions lourds, de plus en plus de femmes dans les mines de Dubreuilville. Cathy Prévost, qui est aussi la fille de l’aînée du village, fait partie de ces femmes qui font la fierté de l’industrie.

Cathy Prévost fait partie des 20 % de femmes qui travaillent à la mine. Crédit image : Inès Rebei.

Celle-ci travaillait pour l’ancien moulin à scie jusqu’à sa fermeture et se réjouit d’avoir retrouvé du travail pour la nouvelle mine d’or.

Des citoyens temporaires

Cette dernière emploie actuellement près de 650 employés, tandis que la nouvelle mine devrait compter près de 500 travailleurs. Près du tiers des employés sont des résidents permanents du canton tandis que le reste est constitué de contractuels qui travaillent sept jours d’affilée avant de rentrer chez eux et revenir après une semaine de congé.  

Et l’impact devrait se faire ressentir jusqu’à Wawa, à une heure de Dubreuilville, qui fournit déjà entre 300 et 400 travailleurs à la première mine.

Si le village compte 82 % de personnes dont le français est la première langue officielle parlée, le langage d’usage à la mine est bien l’anglais.

Un choix qui se justifie par la présence de deux tiers d’employés venant de l’extérieur de la ville, en Ontario anglais. Cette nouvelle réalité se reflète dans les menus du seul restaurant de la ville qui n’offre qu’une version anglaise.

Un défi de cohabitation 

La présence accrue de travailleurs dans le village fait dire à beaucoup qu’il y a désormais deux Dubreuilville. Les résidents permanents doivent conjuguer, pour le meilleur comme pour le pire, avec les travailleurs à contrat, de passage pour un temps.

 « C’est sûr que ça a été une adaptation », confie discrètement Chantale Croft, agente de développement économique de Dubreuilville.

Selon les agentes de développement du canton, Chantale Croft, à gauche, et Shelley Casey, l’arrivée des travailleurs s’est faite de manière très soudaine avec la nouvelle mine comparé à la première. Crédit image : Inès Rebei

Épicerie, restaurant et espaces communs : ce n’est plus 576 habitants qui circulent dans la bourgade, mais le double. La file d’attente est donc longue, à certaines heures, à l’épicerie locale.

« On s’était habitués à notre tranquillité », déclare quant à elle Shelley Casey, également agente de développement au canton. Contrairement aux horaires du moulin à scie, les horaires de travail de la mine sont parfois difficiles pour les habitants.

Elle ajoute constater la présence importante de camions blancs avec des drapeaux blancs qui sont stationnés devant les commerces du canton aux alentours de 18h quand les ouvriers finissent leur travail à la mine.

Les habitants souhaitent sociabiliser davantage avec les ouvriers selon la municipalité. Crédit image : Inès Rebei

Loin de là l’époque où tout le monde se reconnaissait dans la salle à manger du seul restaurant du village et où chaque nouveau visage attirait la curiosité, selon les agentes. Néanmoins, la chaleur humaine qui caractérise la population de cette bourgade, isolée dans la forêt Boréale, apaise la situation.

« On est une petite communauté accueillante, mais c’est plus difficile avec tout ce monde-là », ajoute Mme Casey.

Un bon dialogue avec les mines

Un autre enjeu concerne l’aspect environnemental et sécuritaire du village. Dans les deux mines, les camps d’habitation, situés en grande partie dans les limites du village, sont assujettis à des règles assez strictes.

Pour les travailleurs logeant dans ces habitations, il n’est pas permis d’y boire de l’alcool et un couvre-feu y est établi aux alentours de 22h. En conséquence, après une longue journée de dur labeur, certains travailleurs choisissent d’aller consommer de l’alcool et finissent par jeter leurs déchets dans la forêt.

« C’est un problème constant », constate Mme Croft, qui indique que la situation s’est améliorée dernièrement.

Le canton a organisé récemment une journée communautaire pour ramasser les déchets et confirme que les deux mines y ont participé. Une formule à succès que Dubreuilville dit vouloir reproduire deux fois par an.

Les travailleurs qui logent temporairement à Dubreuilville sont originaires de Sault Ste. Marie, Sudbury ou même Toronto. Crédit image : Inès Rebei

De son côté, le conseiller municipal Luc Lévesque craint des dépassements au niveau de la conduite de certains employés, en raison d’accidents mineurs qui ont causé des dommages sur un mur de l’une des deux écoles de la collectivité.

Par ailleurs, le nouveau site d’enfouissement de la municipalité qui devait être comblé en 50 ans le sera maintenant en 20 ans à cause de la nouvelle mine dont les déchets sont importants.

Santé, sécurité, environnement : les deux mines sont sensibilisées, indique-t-on toutefois au canton qui assure avoir eu avec eux des discussions sur les enjeux à long terme reliés aux deux mines.

« Ils répondent, ils sont à l’écoute pour régler tous les problèmes qui peuvent arriver », rassure de son côté Mme Casey.  

Manque de logements

Dans les deux mines, il reste encore à recruter de la main-d’œuvre pour alimenter les sites, mais qui dit recrutement dit logement. Une campagne de recrutement qui soulève des doutes sur la capacité du petit canton de pouvoir héberger ces nouveaux employés.

« On a beau essayer de les attirer autant qu’on peut si on n’a pas de logements pour les héberger, ça ne sert à rien de faire toute cette propagande-là », se désole Chantale Croft.

L’objectif, le rêve aussi, est de retenir ces travailleurs dans la collectivité du Nord qui a des besoins dans plusieurs secteurs d’activités.

Le canton ne compte que quelques appartements, destinés à loger les aînés. Crédit image : Inès Rebei

« On a besoin de travailleurs pour les mines, mais on en a aussi besoin pour les services », juge Mme Croft qui cite en exemple la garderie de la commune.

« On n’a pas juste besoin des travailleurs, mais aussi des familles, de remplir nos écoles », estime de son côté Mme Casey qui regrette les coûts excessivement élevés pour construire dans le canton.

Pourtant, des terrains existent, mais encore faut-il les bâtir : « On a 12 terrains prêts à bâtir, mais personne ne fait rien, c’est sûr que ça va dormir encore 10 ans et c’est le payeur de taxe qui va en souffrir », raconte Mme Casey.

Un effort a été fait au seul hôtel du village, le Relais Magpie, appartenant à l’entrepreneur Patrice Dubreuil, qui a ajouté des unités modulaires externes pouvant héberger 30 employés.

Le propriétaire de la mine Alamos, l’Américain, Austin Hemphill, qui habite à Dubreuilville, s’implique dans la cause en proposant une généreuse compensation financière pour les employés qui souhaitent s’établir dans le canton.

M. Hemphill, estime qu’il n’y a pas de concurrence entre les deux mines et se réjouit de l’apport de Magino pour le village. Crédit image : Inès Rebei

Et c’est un incitatif de 50 000 $ en cinq ans que propose la mine pour un employé désirant acheter ou bâtir une maison, distribuée par tranche de 10 000 $. Un geste qui se veut aussi pour réduire les dépenses de transport et logement de chaque employé mobile, estimées à 2000 $ par mois.

La mine Magino n’a jamais donné suite à nos demandes d’entrevues, les informations au sujet de la mine Magino ont été recueillies auprès de la municipalité.

Avec la collaboration de Jacques-Normand Sauvé.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Des évacués de Yellowknife déplorent l’absence des médias sur les réseaux sociaux

YELLOWKNIFE – Dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO), des centaines de feux ravagent les forêts. Mercredi dernier, les habitants de la capitale ténoise ont eu ordre d’évacuer et des milliers de personnes ont quitté leur domicile vers l’Alberta. Sur la longue route qui sépare les deux régions, l’accès aux nouvelles, pourtant précieuses en ces heures sombres, n’a jamais été aussi compliqué que depuis le blocage de Meta. 

Plus de 651 feux sont hors de contrôle au pays selon le Centre interservices des feux de forêt du Canada et la semaine dernière, des milliers de personnes ont quitté plusieurs villes des Territoires du Nord-Ouest (TNO) en raison des incendies. L’état d’urgence a été déclenché dans la capitale, Yellowknife. 

En entrevue avec ONFR+, plusieurs habitants nous ont raconté leur fuite vers l’Alberta.

« Comme vous vous en doutez, pour aller en Alberta, on roule 15, 17 heures, 18 heures et même plus », explique Simon Cloutier, président de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones, habitant de Yellowknife. 

M. Cloutier et sa famille ont quitté leur maison, mercredi après-midi, quelques heures avant l’évacuation officielle. « Ça faisait déjà plusieurs jours qu’on s’inquiétait et c’était difficile d’avoir de bonnes sources d’informations avant même de partir. »

« Évidemment, quand on est habitué depuis des années à ouvrir son Facebook tout de suite et de voir les publications des différents médias ou de voir les posts de médias partagés par nos amis proches, c’était tout simplement plus facile. »

Naviguer dans le chaos sans vérification des faits

Même si la désinformation et les rumeurs ont toujours été là, Simon Cloutier se souvient qu’aussitôt « on faisait défiler la page Facebook, on tombait tout de suite sur quelqu’un qui partageait une publication officielle de CBC ou de Radio-Canada ou peu importe. Ça permettait d’immédiatement éliminer la fausse information ».

« Maintenant qu’on a plus ça, il y a beaucoup plus de confusion et de chaos. »

Il n’y a qu’une seule route pour quitter Yellowknife. Crédit image : Christine Ratel

Sur les plateformes telles que Facebook, vérifier l’information grâce aux médias semble avoir été un luxe, aujourd’hui anéanti par la décision de Meta, soit celle de bloquer toutes les pages des médias canadiens et leurs contenus sur leurs réseaux sociaux. 

Pendant l’évacuation, la fin de semaine dernière, un grand nombre de personnes étaient branchées sur Cabin Radio, un moyen fiable de suivre les nouvelles en voiture. Mais, les journalistes de Cabin Radio font aussi partie des gens évacués à présent. Pour M. Cloutier, ce n’est pas évident pour tout le monde. Savoir où s’informer et comment s’informer, c’est important dans des moments de crise comme celle que traversent les habitants des Territoires du Nord-Ouest, souligne-t-il.

« En ce moment, les gens ont besoin d’informations. Moi, je crois qu’ils auraient pu faire une entorse à leur rigidité et se dire que là, il y a une urgence. Même des fois, ça peut sauver une vie » – Michel Legault

Michel Legault, lui aussi évacué de Yellowknife, a plus ou moins navigué via des groupes sur les réseaux sociaux. « C’est sûr que la générosité des gens est incroyable et le partage d’informations va avec. »

Le seul problème, croit-il, c’est de suivre les informations que les gens partagent. « C’est dans ma nature de contre-vérifier, par exemple, j’ai reçu un message disant que l’essence était offerte à High Level et c’était vrai, mais ce n’est pas le cas pour tout. »

« Des gens parlaient de cambriolages ou disaient que la GRC ne faisait rien. Ce n’était pas vrai. »

Pour autant, M. Legault, membre de la fonction publique territoriale, estime que les informations deviennent obsolètes très rapidement. « Nous voyageons en groupe et nous suivons des pages sur Facebook, nous discutons sur Messenger, mais il y a des risques que des gens mal informés lancent une rumeur sans forcément être mal intentionnés. »

À certains endroits, la visibilité était quasi nulle. Crédit image : Christine Ratel

Pendant son périple, le Franco-Ténois, Sean Poitras explique que lorsqu’il conduisait pour trouver refuge à Grande Prairie, en Alberta, ce n’est qu’après quelques heures, que déjà, les informations n’étaient déjà plus fiables. « On nous a ensuite dit d’aller à Saint-Albert, dans la banlieue d’Edmonton. Puis, après ça, au trois quarts de notre trajectoire, le centre de Saint-Albert était complet, alors l’information suivante, c’était d’aller à Leduc. »

Simon Cloutier, lui, suppose « qu’en termes de complexité, nous sommes à deux années-lumière de la facilité qu’on avait avant, versus la complexité qu’on a présentement pour accéder aux informations ».

C’est ce que déplore Michel Legault, présentement en sécurité à Edmonton en Alberta. « Ça me fait rager, ce sont des mégacorporations. Ce n’est pas le moment d’essayer de nous avoir de leur côté ou contre vous », dit-il en référence aux dires de géant Meta, qui indique que ce blocage est en réponse à la législation canadienne.

« En ce moment, les gens ont besoin d’informations. Moi, je crois qu’ils auraient pu faire une entorse à leur rigidité et se dire que là, il y a une urgence. Même des fois, ça peut sauver une vie. » 

Le Franco-Ténois est certain que le moment est mal choisi. « Ils ne feront pleurer personne. Ce sont des compagnies multimilliardaires et ils ne veulent pas donner une petite partie aux médias. Si tout le monde regarde les articles et il n’y a pas d’argent qui rentre. Où on va prendre l’information? » se demande-t-il. 

Avec le stress et le manque de temps : pas facile de changer ses habitudes 

Pour Simon Cloutier, il est évident que l’interdiction de Facebook de partager de nouvelles canadiennes signifie que les informations d’urgence ne sont pas disponibles sur la plateforme. 

« On en parle beaucoup, mais il semble que la région de Kelowna en Colombie-Britannique a été très impactée par cette absence des médias », rappelle-t-il. 

« Il y a beaucoup plus de confusion et de chaos » – Simon Cloutier

Michel Legault et Dominique Poirier ont quitté Yellowknife entre mercredi soir et jeudi dans la nuit. Crédit image : Dominique Poirier

« Il y avait beaucoup de panique en ville mercredi, parce que beaucoup de gens disaient que le feu était à l’intérieur de la zone de 10 kilomètres de Yellowknife en fin de journée, alors que ce n’était pas vrai. Cette information s’est propagée rapidement. Il y a beaucoup de gens qui ont paniqué, qui ont quitté en panique plutôt que de prendre un petit peu plus de temps pour s’assurer qu’ils avaient tout. »

C’est aussi l’inquiétude du côté de Hay River dans les TNO, la sœur de Sean Poitras y vit et pour le jeune franco-ténois, « c’est vraiment stressant pour elle, car la région est extrêmement en danger et il est vraiment difficile d’avoir les bonnes informations ».

« On s’en rend compte », reprend-il, « que naturellement, on va sur Facebook pour trouver des updates ».

Il est aussi probable que des gens n’aient pas le réflexe d’aller sur les sites de nouvelles, « parfois les gens ne connaissent pas, les plus jeunes ou les plus vieux, ou simplement comment ça fonctionne », pense M. Legault.

Les évacués de Yellowknife ne savent toujours quand ils vont pouvoir retourner chez eux. Crédit image : Christine Ratel

Michel Legault admet ne pas pouvoir se couper de Facebook en ce moment, « si je le fais, je coupe les liens avec les amis. Mais surtout, Facebook est tellement présent dans nos vies et fait partie de nos vies. Je crois que s’ils veulent ce statut-là, il faut en redonner à la population aussi ».

Cet article a été modifié le 23 août 2023 à 14h11

Que font les médias franco-ontariens face au blocage de Meta ?

TORONTO – Alors que le groupe Meta interdit les nouvelles canadiennes sur Facebook et Instagram depuis août, en réponse à la Loi sur les nouvelles en ligne (Online News Act), qui requiert une rémunération envers les organes de presse, ceux-ci ont dû s’adapter. Pour les médias franco-ontariens, digitaux particulièrement, dont la présence en ligne est capitale pour la diffusion au lectorat, de nouvelles stratégies s’imposent : contourner l’algorithme des médias sociaux ou encore recentrer sur les sources mères de l’information.

Après Meta, c’est le géant du web Google qui a annoncé que si un accord n’était pas trouvé avec le gouvernement canadien, il mettrait à exécution le blocage des liens journalistiques lors de l’entrée en vigueur de C-18, soit à la fin de l’année, en décembre.

Le professeur en journalisme, Samuel Lamoureux, nous confiait qu’une baisse de visibilité des contenus de l’ordre de 60 % était à dénoter sur Facebook, plateforme sur laquelle de nombreux médias comptent pour la diffusion de leurs articles.

Julien Cayouette, directeur de l’information du journal Le Voyageur, explique avoir trouvé une stratégie de contournement provisoire, et ce, sur la plateforme elle-même.

« Nous avons pour l’instant trouvé une façon d’indiquer sur Facebook que nous avons de nouveaux textes sur le site web en publiant un message contenant une photo, un lien simple avec un espace en plus, pour que Facebook n’identifie pas le site web, et une courte description. Nous les diffusons sur les groupes de cette façon. »

Julien Cayouette, directeur de l’information du journal Le Voyageur. Gracieuseté

Si certains administrateurs de groupes Facebook relayant les nouvelles franco-ontariennes ont décidé de ne pas interférer et de laisser les publications abonder de façon organique, certains décident d’agir en soutien aux médias.

André Lefort, administrateur de Franco-Ontariens du Nord de l’Ontario, est d’avis que cette situation doit nous pousser à être plus créatifs. Il a ainsi décidé de résumer par écrit les actualités sous forme de revue de presse aux lecteurs.

Mathieu Fortin, du groupe Je suis Franco-Ontarien/Franco-Ontarienne, nous indique avoir créé un article « répertoire » des médias franco-ontariens : https://buzzfortin.com/repertoire-des-medias-franco-ontariens-et-la-loi-c-18/.

« Le ban de Méta envoie un message important aux médias : diversifiez vos sources et vos réseaux de publications et habituez les gens à venir chercher vos nouvelles ailleurs que sur des plateformes dont vous n’êtes pas le maitre absolu. Je trouve cela triste et même dangereux pour la survie des médias en milieu minoritaire », déclare celui-ci.

Son idée pour aider les journalistes : créer un potentiel bulletin d’information du type revue de presse en Facebook Live. « Je pense que les médias sont en période de questionnement. La porte est ouverte pour voir comment nous pouvons travailler ensemble », conclut-il.

Se passer des plateformes Meta

D’autres médias misent désormais sur le fait de se passer des plateformes de Meta.

Dans une déclaration officielle, CBC/Radio-Canada dénonce que « la décision de Meta de bloquer l’accès des Canadiens à des sources locales d’information vérifiée et digne de confiance » est « irresponsable et constitue un abus de sa position dominante dans le marché ».

« C’est d’autant plus vrai à un moment où la population en a besoin pour rester à l’abri des événements météorologiques sans précédent au pays », indique Marc Pichette, premier directeur, Promotion et Relations publiques chez la société d’État.

Ce dernier explique que la position du groupe est d’encourager le public à se rendre directement sur les sites web de médias de confiance pour trouver l’information dont ils ont besoin.

Le rédacteur en chef de l-express.ca, François Bergeron, explique que seulement 5 % de leurs lecteurs provenaient de liens d’articles partagés sur Facebook et 1 % sur Instagram.

« Nous nous recentrons sur Twitter et LinkedIn. Nous développons aussi sur Facebook une façon de partager nos articles sans le lien, mais avec des instructions faciles pour le trouver. Et nous développons des stratégies de promotion de notre média et de son infolettre. »

Marc St-Hilaire, directeur général Le Quotidien, groupe Les Coops de l’information. Gracieuseté

Il ajoute craindre l’impact bien plus important qu’aura une suspension des liens de médias d’information canadiens comme résultats de recherche Google, ce qui « représente actuellement environ 40 % des lecteurs de notre média numérique ».

Pour Marc St-Hilaire, directeur général du Quotidien du groupe Les Coops de l’information (dont Le Droit, Le Nouvelliste, Le Soleil, La Tribune, etc.), l’enjeu est vraiment de briser l’habitude d’aller prendre l’information sur Facebook pour aller la chercher sur les plateformes du groupe média.

« Peu importe les actions qu’on va entreprendre, on est conscient qu’on ne pourra pas avoir le même flux de lecteurs que via Facebook, mais si on peut aller chercher une fraction de ce qu’on perd avec ce blocage, ce sera déjà une victoire. »

Retour aux sources mères de l’information

Le mot d’ordre pour de nombreux médias en ligne est le retour aux sites internet. Marc St-Hilaire ajoute que des campagnes publicitaires et marketing sont déployées pour inciter le lecteur à aller à la source.

« Nous faisons confiance au processus et aux parties prenantes pour arriver à un dénouement. Mais si ça devait perdurer, il faudrait faire émerger une solution alternative durable, qui assurément ne se fera pas du jour au lendemain », modère celui-ci.

« Les réseaux sociaux aléatoires n’ont jamais été de bons moyens de s’informer » – François Bergeron

Autre outil mis en avant par les médias en cette période de bouleversement sur les médias sociaux, l’infolettre.

« Notre infolettre était déjà bien rodée, alors nous poursuivons. Un des avantages de cette crise sera peut-être de nous avoir apporté quelques inscriptions de plus pour notre infolettre gratuite et même quelques abonnements de plus », relativise Julien Cayouette du journal Le Voyageur.

D’ajouter : « Et c’est peut-être là l’un des avantages des journaux qui ont encore des éditions papier ou numérique. Nous avons encore ce moyen de diffusion qui intéresse toujours des lecteurs. »

François Bergeron de l’-express.ca y voit également une opportunité pour les lecteurs de prendre de meilleures habitudes de consommation de l’information : « Aller directement sur les sites de leurs médias préférés, recevoir les infolettres des médias par courriel, et les alertes des médias sur leur téléphone ». « Les réseaux sociaux aléatoires n’ont jamais été de bons moyens de s’informer », conclut celui-ci.

François Bergeron, rédacteur en chef de l-express.ca. Gracieuseté

Nouvelle « prime » sur objectif de construction de logements pour les municipalités d’Ontario

LONDON – Doug Ford a annoncé ce matin le lancement d’un fonds d’encouragement à l’atteinte des objectifs en matière de logement, soit 1,2 milliard de dollars pour les villes de la province qui atteignent des quotas de construction résidentielle.

Durant son discours dans le cadre du congrès de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO), qui se déroule du 20 au 23 août, le premier ministre de l’Ontario a annoncé le lancement d’un incitatif à la construction de logements pour atteindre l’objectif de la province de construire 1,5 million de nouveaux logements d’ici à 2031.

Cette enveloppe de 400 millions de dollars en financement annuel, soit 1,2 milliard de dollars sur trois ans, récompensera les municipalités en voie d’atteindre les cibles provinciales d’ici cette date butoir.

« Ces cibles seront ambitieuses, mais réalistes. Pour la première année du programme en 2023, nous voulons réaliser au moins 110 000 nouvelles mises en chantier. Ce serait la première fois en plus de 30 ans que l’Ontario dépasserait le seuil des 100 000 mises en chantier », a déclaré le premier ministre ontarien.

Les municipalités qui atteindront 80 % de leur cible annuelle chaque année deviendront admissibles à un financement en fonction de leur part de l’objectif global de 1,5 million de logements. Celles qui surpassent leurs cibles recevront une prime en plus de leur allocation.

Si une municipalité a par exemple un objectif total de 150 000 logements d’ici 2031, cela représente 10 % de l’objectif de l’Ontario de 1,5 million de foyers et les rend admissibles à un financement annuel de 40 millions de dollars.

50 municipalités se sont vues assigner des objectifs de logement dont 21 nouvelles villes, parmi lesquelles : Sudbury, Sarnia, Thunder Bay, Welland, ou encore Peterborough.

Plus de maires aux « pouvoirs forts » dès le 31 octobre 2023

Doug Ford a également annoncé une extension des pouvoirs de « maires forts » aux municipalités dont la population atteindra 50 000 habitants ou plus d’ici 2031 et qui s’engagent à honorer leurs cibles de construction résidentielle.

L’extension des pouvoirs forts des maires entrera en vigueur le 31 octobre 2023 et viendra s’ajouter aux 28 maires auxquels ces nouveaux pouvoirs ont été octroyés. 

Doug Ford, premier ministre de l’Ontario. Source : Twitter Fordnation

« Grâce à ces nouvelles mesures, nous aidons les municipalités et leur fournissons les outils dont elles ont besoin pour accélérer la construction de logements afin de s’attaquer à la crise d’abordabilité qui fait en sorte que trop de gens, en particulier les jeunes familles et les nouveaux arrivants, n’ont pas les moyens de réaliser leur rêve d’accéder à la propriété », a-t-il commenté.

Ces pouvoirs renforcés des maires offrent des outils qui permettent aux présidents des conseils municipaux de réduire les formalités administratives, pouvant accélérer la réalisation d’objectifs prioritaires clés que les municipalités et la province ont en commun, notamment en matière de logement et d’infrastructure.

Les employés du diffuseur public TVO en grève

TORONTO – Les travailleurs de TVOntario (TVO), le diffuseur public anglophone de la province, ont déclenché une grève lundi matin.

« Nous sommes profondément attristés de ne pas avoir été en mesure de conclure une entente juste et raisonnable avec notre employeur », a écrit la Guilde canadienne des médias dans un communiqué.

Cette dernière représente plus d’une soixantaine de journalistes, producteurs et travailleurs éducatifs au sein de l’organisme public.

Au début du mois d’août, les employés avaient voté en faveur d’un mandat de grève à la hauteur de 96 %. Le syndicat exige des salaires plus élevés pour rattraper l’inflation actuelle et dénonce qu’un trop grand nombre de postes permanents soient occupés par des employés contractuels temporaires.

La convention collective des membres de TVO est expirée depuis octobre dernier. TVO est un télédiffuseur éducatif public de langue anglaise qui appartient au ministère de l’Éducation. Le pendant francophone de TVO est le Groupe Média TFO.

Cap sur Dubreuilville, un ancien village privé où la francophonie est reine

[VIRÉES D’ÉTÉ]

DUBREUILVILLE – Perdu dans la forêt, à une heure de route des villes les plus proches, le canton de Dubreuilville a une histoire particulièrement étonnante. Ce fief francophone de 576 habitants nourri par l’industrie aurifère et le tourisme, lutte encore et toujours pour sa survie.

Les francophones sont en terrain plus que connu à Dubreuilville où 82 % de la population a le français comme première langue officielle parlée selon les données du dernier recensement de 2021. Seuls 105 personnes ont l’anglais comme première langue officielle parlée.

C’est donc la deuxième localité en Ontario où le français est aussi dominant après Hearst, le célèbre dénommé village Gaulois de 86 % de francophones.

Le slogan de la ville, « Prenez le temps de vivre », comme les panneaux routiers et les noms de rue, se lit dans la langue de Molière dans tout le canton. Fait assez inusité, la mairesse, Beverly Nantel, est anglophone.

Avec deux seuls établissements scolaires, tous deux francophones, l’École élémentaire catholique Saint-Joseph et l’École secondaire publique L’Orée des bois, les anglophones n’ont pas d’autre choix que de se rendre à une heure de route, à la ville de Wawa, pour scolariser leurs enfants.

La rivière Magpie traverse les villages de Dubreuilville et de Magpie. Crédit image : Inès Rebei

Pour l’industrie minière, très importante à Dubreuilville, cette situation est un frein au recrutement de la main-d’œuvre, souvent extérieure au canton, et à l’installation de familles ontariennes. Ironiquement, c’était auparavant l’enjeu des jeunes francophones, qui, avant l’arrivée de ces écoles françaises en 1961 et en 2008, devaient faire 150 km d’autobus par jour.

La majorité francophone de Dubreuilville a permis à quantité de francophones de Wawa et de la région de sortir du placard et d’affirmer leur identité, ce qu’ils cachaient avant, pour ne pas être différents de la majorité anglophone.

Plusieurs personnalités francophones importantes sont passées par Dubreuilville. Guy Bourgouin, le député néo-démocrate provincial de Mushkegowuk-Baie James, en est originaire, alors que Michael Mantha y a travaillé comme président de l’union des travailleurs avant de devenir député d’Algoma-Manitoulin.

L’aréna de la ville a été rebaptisée en hommage à Eddy Lefrançois, ex-ambassadeur pour la Société canadienne de la sclérose latérale amyotrophique, décédé en 2019. Crédit image : Inès Rebei

Un village privé créé par quatre frères

Le village tire son nom de la famille Dubreuil, quatre frères de l’industrie forestière, Napoléon, Joachim, Augustin et Marcel lesquels étaient venus de Taschereau, au Québec pour s’installer dans le Nord.

Les frères sont arrivés à la fin des années 40, après avoir accepté un travail de récolte de bois calciné dans la vallée de la Mississagi. Gracieuseté Patrice Dubreuil

En 1958, Augustin Dubreuil a inventé le « Sputnik » (nommé en hommage au premier satellite russe lancé dans l’espace en 1957), un équipement capable de transporter dans la scierie des billes de longueur complète par un seul opérateur. Le processus consistant à amener des arbres complets à la scierie était une première en Amérique du Nord et considéré comme révolutionnaire.

Les frères de Dubreuil ont été intronisés au Temple de la renommée du bois d’œuvre pour avoir changé la façon dont l’exploitation forestière est effectuée aujourd’hui en Amérique du Nord.

La compagnie a été enregistrée sous le nom de Frères Dubreuil avant d’être changée par la traduction en anglais pour mieux transiger avec le gouvernement. Crédit image : Inès Rebei

Créé de toute pièce, le village n’existait pas sur la carte de l’Ontario avant leur installation en 1961, et, jusqu’en 1977, Dubreuilville était considéré comme un site de société privée, appartenant aux frères Dubreuil.

Les véhicules devaient s’enregistrer à la porte située au niveau de l’embranchement des autoroutes pour avoir accès au village, et l’épicerie comme le loyer des maisons étaient prélevés sur le salaire des employés.

En 1978, les frères Dubreuil vendent toutes leurs propriétés à leurs employés en afin de permettre la création d’un canton provincial enregistré reconnu par la province.

Aujourd’hui, l’un des petits-fils des fondateurs du village, Patrice Dubreuil, est encore très actif dans le canton qu’il continue de promouvoir. Il a conçu, notamment, deux applications à succès pour cartographier les sentiers de motoneige de la région, Mooseback Trail system et plus récemment Trans Ontario Trail.

Les premières rues de Dubreuilville ont étés nommées pour rappeler les espèces forestières locales. Crédit image : Inès Rebei

Une population en décroissance

Pendant les années 1980, plusieurs scieries familiales du nord-est de l’Ontario sont achetées par de grandes entreprises intégrées (avec scieries et usines à pâtes) ou des multinationales (ayant des usines dans plusieurs pays.

L’usine des frères Dubreuil n’y échappe pas puisqu’en avril 1989, Buchanan Forest Products de Thunder Bay achète l’entreprise. En 2008-2009, la grande récession et chute des prix du bois d’œuvre voit la fermeture complète de la scierie.

La population du village, qui a connu l’arrivée massive de familles et d’ouvriers principalement venus de l’Abitibi et de Gaspésie avait atteint un certain âge d’or jusqu’aux années 1990. Le nombre de résidents était alors passé de 400 en 1965 à environ 1100 en 1975.

Dubreuilville compte près de 315 maisons et quelques appartements seulement. Crédit image : Dominique Demers

Mais depuis la fermeture de la scierie, la population n’a fait que décroître graduellement. Alors qu’au recensement de 2006, le village comptait 773 âmes, ce nombre chute à 635 selon les données de 2011 et 576 aujourd’hui.

Le manque criant de logements à Dubreuilville ne fait qu’aggraver la situation dans ce canton qui a besoin de travailleurs dans plusieurs secteurs comme les mines, les services ou encore l’éducation.

Néanmoins, Dubreuilville peut se targuer d’un taux de criminalité presque nul. La bourgade ne compte qu’un poste de police satellite, deux camions de pompiers et deux ambulances. Pour se divertir, la population mise beaucoup sur son seul restaurant, le centre de vie à Dubreuilville.

Le village fantôme de Goudreau À quelques kilomètres au sud-est de Dubreuilville, la petite ville minière de Goudreau a, quant à elle, connu son âge d’or dans les années 1900, avant d’être frappée de plein fouet par la grippe espagnole, puis la fermeture de sa seule mine d’or. Un camp de concentration de prisonniers allemands y avait notamment été inauguré durant la Seconde Guerre. Le village ne compte plus qu’un seul habitant qui y vit quelques mois par année.

Un canton qui se développe

Malgré son isolement, Dubreuilville a profité au fil des ans d’industries prolifiques, notamment l’industrie minière et l’industrie du tourisme.

L’industrie aurifère fait les beaux jours de Dubreuilville, qui vient de voir naître l’exploitation d’une deuxième mine. Alamos Gold Island est en activité depuis 20 ans, produit plus de 100 000 onces d’or par an et emploie près de 600 personnes.

Un tiers de la main-d’œuvre de la mine est originaire de Dubreuilville, tandis que d’autres mineurs se rendent chaque semaine sur deux sur le site de la mine. L’entreprise a aménagé des dortoirs dans les limites de la ville de Dubreuilville, en plus d’occuper plusieurs maisons, appartements et bâtiments spéciaux destinés à abriter leur personnel.

Une nouvelle mine d’or, Magino de la compagnie Argonaut Gold, a effectué sa première coulée d’or le 14 juin dernier.

Dans ces deux mines, l’anglais demeure la langue de travail et de communication, à l’inverse de l’usine des frères Dubreuil.

Le tourisme est aussi très important ce village situé en plein milieu de la forêt Magpie, réputée pour ses activités de pêche, de chasse, de motoneige et de VTT très actif. Plusieurs pistes TOP de la Fédération des clubs de motoneigistes de l’Ontario se croisent à Dubreuilville.

Le Relais Magpie, seul établissement hôtelier de la ville, est tenu par l’entrepreneur Patrice Dubreuil. Gracieuseté de Patrice Dubreuil

Des efforts continuent d’être faits pour connecter la ville au reste de la province et du monde. Dubreuilville vient d’obtenir, après une longue attente, un accès internet à haute vitesse qui fait déjà le bonheur des habitants.

Avant cela, le Dubreuiville avait accès collectivement à seulement 100 Mo, par l’entremise d’une connexion internet provenant de White river, à une heure de route de là.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux

Le succès réside dans le collectif selon Ethel Côté

[LA RENCONTRE D’ONFR]

OTTAWA – Fondatrice de mécènESS, une entreprise citoyenne en innovation sociale et en développement, Ethel Côté s’intéresse aux diverses stratégies financières qui pourraient soutenir le développement des communautés. Ancienne présidente et fondatrice de la Nouvelle Scène, impliquée auprès de producteurs et productrices agricoles, des arts, mais aussi à l’international, à la cause des femmes et à l’enseignement, Ethel Côté est praticienne en économie sociale solidaire, coopératrice, entrepreneure sociale, agente de changement et d’innovation sociale et enfin, professeure associée à l’Université de l’Ontario français (UOF). Après trente ans d’expertise, elle travaille toujours auprès de la communauté franco-ontarienne et s’assure de sa vitalité.

« Vous avez un curriculum très impressionnant, des missions à l’étranger, des conférences, des tas de prix et de projets, qu’est-ce qui vous motive autant?

Je pense que je me suis posé la question beaucoup plus jeune, dans la trentaine, puis un peu plus tard dans la quarantaine, je suis comme une abeille qui butine d’un sujet à l’autre, d’un secteur d’activité à l’autre. Je me suis vraiment rendu compte qu’il y avait un fil conducteur. Je crois fondamentalement dans la communauté, dans les personnes, leur individualité, mais dans la collectivité aussi. Le fil conducteur, c’est réellement le développement. Donc pour le bien commun, pour le bien de la communauté, le bien des personnes, l’amélioration des conditions de vie et la justice sociale. C’est ça qui me motive.

Quand tu veux travailler sur le développement, tous les aspects de la vie humaine sont importants.

Ce n’est pas juste l’économie, ce n’est pas juste la culture, la langue ou l’identité. C’est tout ça.

Ethel Côté œuvre depuis plus de 30 ans dans le développement de l’économie sociale et solidaire. Gracieuseté

Vous êtes impliquée dans le développement des communautés, notamment en économie sociale et solidaire, mais votre expertise résonne surtout dans le monde de l’entrepreneuriat, n’est-ce pas?

En fait, le développement s’applique sous toutes les formes et auprès de gens qui ont le goût d’avancer, le goût de construire ou de faire une différence. C’est certain, qu’une organisation va vivre pleine de défis, pleins de réussites, pleins de joies, pleins de peines. S’il te manque des cordes à ton arc – puis il nous en manque toujours – tu ne peux pas intervenir, tu ne peux pas accompagner avec toute la bonne compréhension qu’il faut.

Ma fille à l’école avait un jour dit : « Ma mère a la meilleure job de la planète, parce qu’elle accompagne les gens qui ont un rêve, pour le réaliser. »

Accompagner des gens ou des organismes pour réaliser leurs rêves, est-ce que ça demande beaucoup de dons de soi?

J’ai autant reçu que j’ai donné. J’adore ce que je fais et je n’avais jamais vu ça comme une mission, sauf la fois où j’ai accompagné une congrégation religieuse. Oh wow! Là, je leur avais demandé « mais êtes-vous certain que je suis la meilleure personne pour vous accompagner? ». Puis, ils m’ont répondu, « oui, tu embrasses la mission, tu es une femme de cause, tu nous ressembles ». Je me suis dit qu’en même temps, tout le monde vit des défis dans sa vie et les projets collectifs m’ont toujours amené du baume. En gang, on est capable de surmonter, de monter cette montagne, puis d’enlever les rochers sur le sentier. Le mérite que j’ai, c’est qu’on a réussi tellement d’affaires ensemble.

À Bamako, au Mali, lors d’une planification stratégique du Réseau national de promotion d’économie sociale et solidaire. Une des plus belles expériences de Mme Côté. Gracieuseté

Cela fait plus de 30 ans que vous œuvrez pour la communauté et vous prônez le succès de la collectivité et du projet collectif, pourquoi êtes-vous si certaine que le « collectif » est la bonne façon de faire?

Je t’avoue que j’ai vécu la pauvreté comme plusieurs personnes dans leur vie, mais soutenue par un centre d’accès pour femmes, avec des voisins, c’était vivre dans une petite coop d’habitation. Là, tu te rends compte qu’il y a peut-être quelque chose qui peut m’affecter, mais que bien entourée, j’ai vu les marches, les marches que je devais gravir pour aller plus loin, pour m’en sortir.

Donc, ayant vécu ça, très tôt, j’avais 18 ans, je me disais : « C’est toujours plus facile de rebondir quand tu es bien entourée. » La logique du collectif, c’est la logique de croire que la force du groupe peut surmonter n’importe quoi.

Ethel Côté au Congrès de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), en 2020. Gracieuseté

C’est une chose qu’on oublie dans notre communauté, mais notre force collective a bougé les montagnes, surtout en Ontario. Nous n’aurions aucune limite, si on assumait notre force collective au quotidien. On verra si cette force va se rallier pour l’Université de Sudbury.

Pour ceux qui ne le savent pas, concrètement, qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire?

C’est de croire que l’économie, ce n’est pas l’apanage des riches. C’est croire que l’économie, ça fait partie de notre quotidien, puisque chacun et chacune, quel que soit notre contexte, notre réalité, on y joue un rôle. La journée où vous sortez un dollar de votre poche, vous faites partie de l’économie. Donc l’économie sociale et solidaire, c’est croire qu’on peut entreprendre autrement, c’est croire qu’on peut dépenser autrement, qu’on peut consommer autrement et qu’on peut produire autrement.

Puis croire aussi dans le collectif économique, qu’on peut soutenir le développement de notre communauté, qu’on peut mobiliser des partenaires privés, publics, sociaux pour vraiment créer de la richesse, mais pas pour enrichir le 2 % de la population qui est déjà riche, mais enrichir l’autre 98 % laissé pour compte. L’économie sociale et solidaire, c’est créer des coopératives qui nous appartiennent, et qu’on gère ensemble. Les organisations communautaires, ça fait partie de l’économie sociale et solidaire.

C’est l’épicerie du coin de la rue qui est devenue un dépanneur coopératif. Puis, c’est une économie qui s’interroge réellement sur l’inclusion.

Mme Côté a reçu l’ordre de l’Ontario en 2016. Gracieuseté

Nous avons de bons exemples de coopératives en Ontario français, mais est-ce un modèle viable?

Écoute, c’est difficile d’être en affaires. C’est là où il faut comprendre à gérer ensemble et à se donner les bons outils.

Tu amènes plus de cerveau, tu amènes plus d’énergie à la table avec une coop. La Fromagerie St-Albert est un bon exemple d’une coopérative qui a vécu des hauts et des bas. Ils ont vraiment écouté leur communauté. Ils investissent toujours dans les membres, les membres réinvestissent dans leur coop, ils donnent de bonnes conditions de travail à leurs employés. Ils se sont donné toutes les bonnes pratiques qu’on trouve dans le privé, social et public, mais sous la même coopérative. Cette fromagerie est extraordinaire, une alchimie pareille, j’ai rarement vu ça.

Dans le domaine agricole, c’est très inspirant, elle est belle l’agriculture en Ontario. Des producteurs agricoles indépendants, des fermes indépendantes, privées, ont choisi ensemble des solutions collectives.

Moi, j’ai toujours dit, il y a 150 ans, 165 ans de coopératives francophones, anglophones confondues en Ontario, c’est le cas de Desjardins, mais on ne sait pas non plus qu’à Ottawa, il existe une quinzaine de coop francophone. Elles ne s’affichent pas, puis on ne sait pas, mais ce sont des milieux de vie extraordinaires.

Il y a de toutes sortes de coop en Ontario, anglo, franco, mixte, multiculturelle, etcetera. On en a trouvé 3 000 à l’UOF, nous sommes en train de faire une cartographie.

Sommes-nous en retard en termes de pratiques sociales et d’innovations sociales au Canada?

Oui, c’est assez impressionnant. Près d’une centaine de pays sont en avance. Il y a des pays qui se rendent très loin dans leurs pratiques collectives. Le Maroc a un budget d’équité de genre par exemple.

Au Sénégal avec l’Association culturelle d’aide à la promotion éducative et sociale (ACAPES), lors d’une rencontre avec des jeunes d’une école. Mme Côté a invité les jeunes à prendre la parole lors d’une rencontre de Globalisation de la solidarité à Dakar, 1400 étudiants se sont présentés et plusieurs ont pris la parole. Gracieuseté

Votre travail pour le leadership féminin a aussi résonné à l’international. Comment avez-vous intégré ces réseaux?

J’ai souvent été invitée et j’ai souvent amené la perspective du genre dans mes conférences. Je fais ça depuis trente ans, puis en 2005 je me suis retrouvée au Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale solidaire (RIPESS). Puis par exemple à une conférence au Luxembourg, l’ONG française, Quartier du monde, qui a un siège à Paris et à Rabat au Maroc m’a vu et m’a invité pour être la référente en économie sociale et solidaire.

Donc là, pendant 10 ans, chaque année, on avait un forum international en personne, plusieurs forums virtuels et on a co-créé un guide d’accompagnement de l’entreprise en économie sociale et solidaire avec la perspective de genre. Pour toutes les étapes de développement d’une entreprise collective, on s’est questionné sur « qu’est-ce qu’il nous faut de plus ou adapté aux femmes pour vraiment qu’elles passent à l’action? ».

À des moments donnés, on est arrivé face à un mur parce qu’il faut travailler aussi avec les hommes. Donc, on a créé aussi des espaces, des exercices, des ateliers. Puis là, les femmes de tous les pays amenaient des contributions. On testait ce guide au Mali, au Sénégal, au Maroc, en France, en Belgique, au Brésil, en Syrie, en Colombie et en Bolivie.

Vous avez aussi été la présidente et fondatrice de la Nouvelle Scène à Ottawa et vous avez des liens forts avec la culture, est-ce une autre corde à votre arc?

J’adore la culture. Pour moi, c’est fondamental pour construire l’identité d’une personne. Il faut que tu connaisses ta langue, tu connaisses ton identité, il faut que tu saches d’où tu viens. Indépendamment où tu te retrouves sur la planète à un moment donné, c’est quelque chose qui va rester avec toi. C’est pour ça que c’est intéressant les gens qui arrivent de partout avec plein de richesse et leur culture. Quand on fait place à cette diversité culturelle, c’est juste tellement plus riche.

Ethel Côté a siégé sur le comité directeur du Forum économique de la francophonie canadienne. Gracieuseté

Alors oui j’ai aussi une petite carrière dans la culture. D’ailleurs, La Nouvelle Scène, c’est une entreprise d’économie sociale. Il y a une douzaine ou une quinzaine d’emplois directs, mais 120 emplois indirects. Je me suis impliquée cinq ans à La Nouvelle Scène, puis ça n’a pas était facile parce qu’après trois ans de démarchage, on s’est fait dire à un moment donné : « Vos pires ennemis, c’est votre communauté », ou encore, « ne donnez jamais des millions à des artistes, ça ne va pas gérer ».

Le pire, c’est que c’était quelqu’un de notre communauté, mais on s’est dit qu’on allait travailler à convaincre notre communauté qu’on était capable. On les a impliqués et ça s’est réalisé.

Un autre beau projet aussi, c’est la Place des Arts de Sudbury, j’ai été impliqué au niveau de la gouvernance et de la planification stratégique. Mais mon vrai premier job en culture, ça a été un job de coordonnatrice dans un festival de théâtre en Saskatchewan. Puis, j’ai travaillé à Théâtre Action, jusqu’à la Commission de la Capitale nationale, j’étais à la direction artistique de tout ce qui est programmation d’événements spéciaux, la fête du Canada, le Bal de neige, l’arrivée de Champlain.

Avec Ginette Gratton et Madelaine Meilleure, deux mentors et femmes qu’admire Mme Côté. Gracieuseté

Votre premier combat en Ontario français est arrivé tôt dans votre jeunesse, lorsque vous étiez élève à l’école Charlebois, à Ottawa. Que s’était-il passé?

Je suis née au Québec, j’avais quinze ans quand je suis arrivée en Ontario et mon école était encore sous les conseils scolaires anglophones. Je n’étais pas bilingue en ce temps-là et un groupe d’étudiants et de parents souhaitaient transformer l’école Charlebois en école d’immersion. Mais je voulais sauver mon école, déjà que je me sentais déraciné, on n’allait quand même pas m’enlever mon école française. Elle n’est peut-être pas parfaite, mais c’était mon école. Finalement, on l’a sauvée, mais aujourd’hui, elle n’existe plus. Donc oui, j’ai compris très tôt l’enjeu de nos communautés. Mais j’ai assisté à la création de la Fédération De La Jeunesse Franco-Ontarienne (FESFO) à l’élévation de nos voix. »


LES DATES-CLÉS D’ETHEL CÔTÉ 

1958 : Naissance à Dummondville (Québec)

1977 : Première lutte pour sauver l’école Charlebois à Ottawa

1994 : Directrice générale du Conseil de la Coopération de l’Ontario

2003 : Grade de Chevalier de la Pléiade – Ordre de la francophonie – Dialogue des cultures

2016 : Reçoit l’Ordre de l’Ontario

2017 : Ethel Côté fait partie des 100 modèles franco-ontariens publiés par la FESFO

2021 : Planification stratégique de plusieurs organisations : Place des Arts,
ACFOMI, ACFO SDG, ACFO WECK, Réseau Affaires Femmes, Association du
patrimoine familial, Centre d’emploi de Prescott-Russell, etc.

2022 : Reçoit l’Ordre du Canada

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Comment écrire les révolutions?

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, place à la littérature avec l’autrice Monia Mazigh.

[CHRONIQUE]

J’étais encore à mes premières années d’université à Tunis quand j’ai fait la découverte de Tracy Chapman, sa musique engagée et ses cordes vocales profondes et changeantes. À l’époque, je ne comprenais pas toutes les paroles de sa chanson « Talkin’ Bout A Revolution », mais avec le timbre chaud de sa voix et quelques mots en anglais glanés par ici et par là, je devinais que Tracy Chapman parlait du peuple, des pauvres qui chuchotent et veulent le changement et des « tables qui allaient tourner ».

Une chanson prémonitoire pour le printemps arabe qui allait déferler sur les rives méditerranéennes en commençant par le sol tunisien et un peu plus loin dans la capitale cairote de l’Égypte. Le peuple qui est sorti réclamant le changement. Des moments historiques. Des moments qui s’inscrivent dans les bouleversements sociaux qui emportent tout sur leur passage : dictateurs, corrompus et surtout les vies de jeunes personnes qui sont sorties pour faire la révolution.

Bien évidemment, Tracy Chapman est une compositrice afro-américaine dont l’art, l’histoire et le vécu se sont inévitablement imprégnés de la lutte des droits civiques des Afro-Américains aux États-Unis. Elle a pu naturellement trouver les mots et les métaphores exacts dans sa chanson pour parler de « révolution ».

Mais qu’en est-il des autres?

Quand je me suis décidée à écrire mon roman Du pain et du jasmin en 2014, quelques années après la révolution du jasmin de 2011, je ne savais pas comment m’y prendre. Comment parler de changement quand les gens se sont presque habitués à la dictature? Comment décrire les révolutions quand on ne les a pas vécues? Pourquoi certains d’entre nous embarquent-ils dans le train des révolutions alors que d’autres choisissent de l’observer passivement et que même certains refusent de le voir passer?

Je viens de terminer la lecture d’une nouvelle par Leila Aboulela. C’est une romancière d’origine soudano-égyptienne qui vit en Écosse. Elle écrit en anglais, mais plusieurs de ses livres ont été traduites en français comme Minaret, La traductrice, Lyrics Alley, etc. L’écriture de Leila Aboulela me fascine, car elle traite à la fois de sujets familiers, mais aussi étrangers et nouveaux.

Quand j’ai lu son roman Minaret, je ne connaissais rien du Soudan. De sa politique, des habitudes des Soudanais, etc. Leila Aboulela m’en a fait la découverte : l’élite de la classe politique cloîtrée dans leurs tours d’ivoire loin des problèmes quotidiens du peuple. La violence des putschistes qui exécutent sans merci quand la révolution éclate et bien sûr la fuite de ceux qui autrefois étaient les privilégiés, chassés du pouvoir pour s’établir dans les capitales occidentales comme Londres.

Mais Leila Aboulela ne prend pas parti, ni des pauvres ni des riches. Elle ne prône pas le « retournement des tables ». Tout ce qu’elle fait, c’est nous prendre délicatement par la main et nous immerger dans ce monde de mots, d’images et de personnages attachants. Le personnage d’une jeune fille, autrefois gâtée, qui au départ ne nous inspire aucune sympathie, mais qui graduellement tombe en déchéance. Elle perd sa famille, elle perd ses amours, elle perd ses anciens repères et en découvre des nouveaux.

Dans sa plus récente nouvelle, « Lève-toi », Leila Aboulela raconte l’histoire de deux sœurs : Dunia l’aînée et Nada, la narratrice. Deux sœurs qui vivent au Caire, l’une mariée, et l’autre célibataire travaillant comme haut cadre dans une boite d’informatique.

Deux sœurs qui de prime abord sont très attachées l’une à l’autre surtout après le décès de leurs parents. Dunia, qui protège Nada, qui n’est pas toujours d’accord avec les choix amoureux de sa sœur aînée, mais qui la regarde encore avec des yeux d’admiration. Deux sœurs appartenant à une classe moyenne éduquée, détachée de la pauvreté et des luttes sociales. Deux jeunes femmes qui veulent réussir chacune à sa façon.

Leila Aboulela choisit un incident qui viendra faire éclater la bulle dans laquelle ses deux jeunes femmes se sont inconsciemment enfermées. En réalité, il y a deux incidents. Il y a l’incident personnel qui amorce la rupture, mais il y a les bruits qui courent autour de la révolution « Talkin’ Bout A Revolution » comme, dirait Tracy Chapman. Ces mêmes chuchotements et ces murmures que Nada va écouter dans la salle d’attente chez le mécanicien alors que sa voiture est réparée. La femme du mécanicien, dont le ventre bombé et plein par la nouvelle vie qui s’y construit, va représenter l’image de la femme qui choisit le changement, celle qui n’a pas peur d’aller sur la place publique au Tahrir square pour demander le départ du dictateur. Et Nada qui est obnubilée par cette femme, mais qui hésite face à ses appels à la révolution.

Nada qui ne comprend pas la révolution et qui demande l’avis de sa sœur. Celle-ci, fâchée par l’incident, ne veut plus répondre aux messages et appels de sa sœur. Elle se mure dans son silence. Elle n’aime pas la révolution. Elle s’en fiche. La sororité craque. Il y a celle qui embarque et celle qui refuse. Il y a le peuple qui sort dans les rues, celui qui regarde par les fenêtres et celui qui se lamente sur le futur en idéalisant le passé.

Leila Aboulela dans sa nouvelle a eu la force des mots et des images pour représenter cette cassure de la société. Ces deux sœurs qui pourtant nous paraissaient tellement proches l’une de l’autre, complices d’un secret commun, n’ont pas pu résister aux forces extérieures. Ce qui semble au départ un incident familial presque anodin devient le point de départ d’une révolution qui prendra tout le monde par surprise et la faille qui s’élargit pour engouffrer celles qui choisissent d’y sauter alors que les autres, comme Dunia, choisissent tout simplement de s’en éloigner.

Dans mon roman, Du pain et du jasmin, j’ai choisi l’amitié entre deux femmes : Nadia et Neila. Deux personnages féminins pour faire tisser le récit d’une révolution. Celle qui part, Nadia, et celle qui reste, Neila. Celle qui évolue dans le présent et celle qui se colle au passé. Celle qui brise les normes sociales au risque de devenir un paria et celle qui rentre dans les moules pour devenir un simple numéro, une autre personne à rajouter sur les registres civils.

Que ce soit Tracy Chapman, Leila Aboulela ou moi-même, chacune de nous parle à sa manière de ces révolutions qui fascinent, tuent, « font tourner les tables » ou qui séparent des liens, amitié ou sororité, qui un jour paraissent vigoureux, presque imbattables et le lendemain bien vulnérable.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Fierté dans la capitale : « On doit respecter toutes les parties de nos identités, » dit le francophone Francesco MacAllister-Caruso

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Francesco MacAllister-Caruso est coprésident du conseil d’administration et directeur des affaires francophones de Fierté dans la capitale.

LE CONTEXTE :

Le festival de Fierté dans la capitale a lieu du 19 au 27 août un peu partout dans la région d’Ottawa. Le défilé de la fierté se tiendra le 27 août.

L’ENJEU :

En tant que Franco-Ontarien, Francesco travaille à améliorer l’offre et l’accessibilité aux activités de Fierté dans la capitale pour les francophones LGBTQ+. Iel nous parle aussi de l’importance des activités de la fierté dans le contexte social actuel.

« Quel est l’historique de Fierté dans la capitale?

Notre organisation a été créée à partir d’un organisme précédent qui avait fermé ses portes. Nous avons ouvert les nôtres en 2015. Depuis ce temps, nous organisons le défilé et le festival de la Fierté en été. Depuis 2019, nous organisons aussi la fierté hivernale en janvier et février.

Quelle est l’importance de Fierté dans la capitale dans la communauté LGBTQ+?

La fierté était d’abord un mouvement de protestation contre les injustices. À mesure qu’on a gagné des droits, c’est aussi devenu un moyen de célébration pour se rappeler nos victoires précédentes. Mais aujourd’hui, on voit une montée de la haine anti-queer et surtout, anti-trans. La fierté est un bon rappel qu’il faut continuer à lutter.

À Ottawa, on fait ça à la fin août parce que c’est l’anniversaire de la manifestation We Demand (1971), la première manifestation canadienne à grande échelle à exiger des droits queers et trans.

L’organisme Fierté dans la capitale organise les activités de la fierté à Ottawa depuis 2015. Crédit image : Melody Maloney, gracieuseté Fierté dans la capitale

Ottawa n’a pas échappé aux manifestations anti-drag dans les derniers mois. Comment réagissez-vous en tant qu’organisme?

Ça nous désole de voir qu’on fait encore face à cette haine-là. Des droits qui ont été décidés il y a bien longtemps réapparaissent dans le  »débat public ». Nous avons vu nos propres événements se faire cibler par des groupes d’extrême droite. Nous avons aussi vu des membres de la communauté se faire lancer des jurons, se faire battre et voler. Nous insistons sur le besoin de continuer de lutter tout en continuant de célébrer.

Quels sont les événements phares de la programmation?

La programmation se veut un espace où tout le monde peut se sentir accueilli et à l’aise. L’événement que tout le monde connaît est le défilé de la fierté. Mais il y a aussi, par exemple, le concours de la fierté, où des artistes drags vont compétitionner pour différents titres, plusieurs activités familiales, des estrades communautaires accessibles gratuitement, etc. Il y a aussi des activités plus ciblées sur la sensibilisation : un panel de discussion sur les droits trans, un atelier sur la fierté dans les milieux de travail.

Francesco MacAllister-Caruso est coprésident du conseil d’administration et directeur des affaires francophones de Fierté dans la capitale. Gracieuseté

En quoi consiste votre travail pour bonifier l’offre francophone?

Les espaces qui se disent bilingues sont souvent des espaces anglophones qui ajoutent des affiches en français, souvent mal traduites. Ma mission est de m’assurer que l’offre est concrète. On a des activités en français et des partenariats avec des organismes communautaires pour soutenir leur programmation.

Par exemple, on travaille avec Jeunesse Idem, un organisme de Gatineau qui organise des spectacles de drag francophones. Il y a d’autres exemples dans notre guide de la fierté.

D’un côté, on mise sur des événements propres aux francophones. De l’autre, on améliore notre communication générale. Je m’assure que tout est bien traduit, mais aussi qu’on parle de ce qui nous intéresse. On espère montrer aux francophones qu’être queer n’est pas obligé de se passer uniquement en anglais. On doit respecter toutes les parties de nos identités si on veut vraiment célébrer ensemble.

Vous vous identifiez vous-même comme fier Franco-Ontarien queer et non binaire. Comment se vit cette identité?

Le français est une langue explicitement genrée et très prescriptive. C’est difficile d’exprimer nos identités non binaires, mais ça se fait. Il y a une personne sur notre conseil d’administration qui est traducteur pour le gouvernement. L’un de ses projets préférés est de montrer comment on peut s’exprimer en français d’une façon moins genrée.

Le festival Fierté dans la capitale aura lieu du 19 au 27 août 2023. Crédit image : Melody Maloney, gracieuseté Fierté dans la capitale

Par exemple, on fait de la sensibilisation sur l’utilisation des pronoms. En anglais, tu peux utiliser le they/them. En français, tu peux utiliser le iel, mais il faut aussi préciser les accords.

Dans les cercles plus prescriptifs, on a tendance à dire que le non genré vient de l’anglais et que ce n’est ni possible ni désirable en francophonie. Nous, on explique qu’il y a bel et bien des francophones non binaires. Ça vient de notre désir de s’exprimer dans notre langue, et non d’anglophones qui imposent leur vision.

Comment peut-on se poser en allié?

Une des façons, c’est d’intervenir quand on entend des propos haineux ou déplacés.

Juste un petit mot, comme : c’est blessant ce que tu viens de dire, voici pourquoi, et voici ce que tu pourrais dire à la place. Ce n’est pas tout le monde qui sera réceptif, mais le fait que les gens te voient intervenir, ça envoie un message clair comme quoi tu es une personne sécuritaire pour les personnes queers.

Participer au défilé de la fierté le 27 août est une belle façon de se poser en allié. Crédit image : Melody Maloney, gracieuseté Fierté dans la capitale

À part ça, c’est de nous laisser la place pour lutter comme on le croit. Assistez aux manifestations, surtout quand il y a des groupes d’extrême droite qui ciblent nos événements. Venez contre-manifester si vous le pouvez. Et si vous ne le pouvez pas, partagez sur les réseaux sociaux, parlez de l’importance de lutter pour ne pas laisser nos droits reculer.

C’est aussi pourquoi on a choisi le thème de cette année, qui est Crions notre fierté haut et fort. On veut rappeler aux gens que c’est important de ne pas se laisser intimider et d’être fiers de qui nous sommes, dans toute notre diversité. »

L’été n’a pas dit son dernier mot

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

Alors que la rentrée scolaire approche, on sent une certaine ambiance de transition culturelle en Ontario. La fin d’une exposition, le début d’une saison… certains festivals célèbrent toujours l’été et les gens, d’autres appellent à la nostalgie. Pour sortir et profiter au maximum de la fin de saison et pour rester à l’intérieur les jours d’orage, voici quelques suggestions d’activités culturelles pour cette semaine.

Musique

Aux bords de la rivière Grand

Cette fin de semaine, les citoyens et visiteurs du comté de Wellington auront l’occasion de voir deux artistes francophones très en vogue. Les Montréalaises Rêve et Charlotte Cardin seront au festival Riverfest d’Elora, respectivement samedi et dimanche. Les têtes d’affiche du Riverfest sont The Reklaws, Metric et Feist.

Charlotte Cardin sera également en concert à Niagara-on-the-lake vendredi et à Picton samedi. Elle sera de retour en Ontario en février 2024. En plus de son concert à Ottawa le 6 février, la chanteuse a annoncé plus tôt cette semaine qu’elle visitera Kitchener le 14, Toronto le 15, Hamilton le 16 et London le 17. Les billets pour ces nouvelles dates seront en vente ce vendredi.

Charlotte Cardin a annoncé de nouvelles dates de tournée en Ontario pour février 2024. Crédit image : William Arcand

Festival Riverfest, au parc Bissell d’Elora, du 18 au 20 août. Programmation complète sur le site web du Riverfest.

Les meilleurs hommages musicaux

Le festival Nostalgia ramène à la vie les décennies 70, 80 et 90 en musique. Du 23 au 27 août, sur les Plaines Lebreton à Ottawa, c’est la quatrième édition de ce qui se targue d’être « l’ultime événement hommage ». Nostalgia réunit des spectacles hommages de grande qualité, souvent approuvés par les membres des formations originales. Deux francophones se démarquent cette année : Freddie Mercury et Phil Collins, ou plutôt Marc Martel et Martin Levac.

Marc Martel est connu pour sa personnification de Freddie Mercury. Source : Festival Nostalgia

Marc Martel a été sélectionné par Brian May et Roger Taylor eux-mêmes pour être de l’hommage officiel The Queen Extravaganza. Il a aussi chanté dans le film Bohemian Rhapsody avec Rami Malek. Pour sa voix très près de celle de Freddie Mercury, il a été encensé par plusieurs, dont Céline Dion. Il présentera One Vision of Queen lors de la soirée d’ouverture de Nostalgia, le 23 août.

Martin Levac n’a plus besoin de présentation, lui qui personnifie Phil Collins depuis deux décennies. Il a le sceau d’approbation du chanteur de Genesis lui-même. À l’émission Tout le monde en parle, le vrai Phil Collins a commenté la version du spectacle The Lamb Lies Down On Broadway de The Musical Box, dans lequel Martin tenait la vedette, en ces termes.

« C’était extraordinaire de voir un tel souci du détail. J’ai toujours été dans le groupe, alors je n’avais jamais pu voir le groupe. Ça a été une expérience formidable. »

Martin Levac présentera le spectacle Phil Collins & Genesis au festival Nostalgia le 26 août.

Martin Levac personnifie Phil Collins depuis 20 ans. Source : Festival Nostalgia

Festival Nostalgia, du 23 au 27 août sur les plaines Lebreton. Programmation complète sur le site du festival Nostalgia.

Communauté

La fierté à l’honneur

Le festival de Fierté dans la capitale débute samedi et de nombreuses activités seront à l’honneur pendant neuf jours. Si le défilé de la fierté, le 27 août, est l’événement le plus connu, il y en a vraiment pour tous les goûts dans la programmation : des conférences et discussions sur les droits de la personne, des pique-niques familiaux, des soirées de drag, un échange de vêtements inclusif, une exposition d’œuvres créées par de jeunes artistes LGBTQ+, de la poésie, du documentaire, des spectacles musicaux, etc.

Pour en apprendre plus sur les expériences collectives et individuelles LGBTQ+, l’activité de bibliothèque vivante, le 20 août, vous permettra de rencontrer des leaders de la communauté et d’avoir des discussions individuelles avec elleux. Fierté dans la capitale est un événement bilingue et de réels efforts sont déployés afin d’offrir des activités en français, entre autres au moyen de partenariat avec d’autres organismes.

Le festival Fierté dans la capitale débutera ce samedi et culminera avec le défilé de la fierté le 27 août. Gracieuseté Fierté dans la capitale

Du 19 au 27 août, partout dans la région de la capitale nationale. Programmation complète sur le site de fierté dans la capitale.

Des foires agricoles un peu partout

C’est la saison des foires agricoles et les gens de l’Est ontarien ont l’embarras du choix cette fin de semaine. La plus grosse, Capital Fair, se tient à l’hippodrome Rideau Carleton d’Ottawa jusqu’au 27 août. La francophone Rachel Beausoleil fera partie des artistes en prestation. La foire de la capitale existe depuis 1975. La tradition remonte à plus loin pour des municipalités plus à l’Est, où beaucoup de francophones participent chaque année aux foires agricoles de leur communauté.

La foire de Russell, qui se tient jusqu’à dimanche, existe depuis 1867. Celle de Vankleek Hill est encore plus ancienne, datant de 1844. Il s’agit d’une des plus vieilles foires agricoles de l’Ontario. Elle se déroule également jusqu’à dimanche, pour une 179e édition.

Le terrain de la foire agricole de Vankleek Hill est prêt à recevoir la population. Gracieuseté Société agricole de Vankleek Hill

À Ottawa, Russell et Vankleek Hill. Détails sur les sites de Capital Fair, de la Société agricole de Russell et de la Société agricole de Vankleek Hill.

Humour

Improvisateurs recherchés

La Ligue amateur d’improvisation de Sarnia (L.A.I.S.) tient son camp d’essai ce dimanche au Centre communautaire francophone de Sarnia. L’activité s’adresse aux improvisateurs de 16 ans et plus et le dîner est fourni. L’arbitre de la L.A.I.S, Olivier Lacasse, animera la journée. Les matchs de la saison auront lieu au centre communautaire à raison d’une fois par mois à compter du 29 septembre.

Des improvisateurs de la L.A.I.S. lors d’un match de la saison dernière. Gracieuseté Centre culturel francophone de Sarnia

Inscription préalable auprès du Centre communautaire francophone de Sarnia. Camp d’essai le 20 août. Détails sur la page Facebook de l’événement.

Rire avec les jeunes

La finale du concours LOL! Mort de rire Desjardins 2023 vient d’arriver sur la chaîne Youtube de TFO. 13 humoristes en herbe, âgés de 12 à 18 ans, ont présenté leur numéro en mai dernier, lors d’une soirée animée par Évelyne Roy-Molgat. Celle qui a elle-même participé au Concours LOL quatre fois pendant son secondaire gagne aujourd’hui sa vie comme humoriste.

Qui sait, ce sera peut-être aussi le cas d’Emma-Rose Smith, qui a gagné le concours pour une deuxième année consécutive. Un nom à surveiller également en chanson, puisqu’Emma-Rose Smith revient tout juste d’une autre participation au volet Jamais trop tôt du Festival international de la chanson de Granby.

Le concours LOL! Mort de rire Desjardins est une initiative de l’Association des communautés francophones de l’Ontario de Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) afin d’éveiller les jeunes franco-ontariens à leur propre culture. Bien établi dans tout l’Ontario, le concours LOL a ajouté des activités de formation et un forum pour les jeunes de partout au pays cette année.

Les finalistes du concours LOL! Mort de rire Desjardins 2022-2023. Gracieuseté ACFO-SDG

À visionner en tout temps sur la chaîne Youtube de TFO.

Arts visuels

Artistes oubliées à redécouvrir

D’ici dimanche, c’est la dernière chance de voir l’exposition Sans invitation : artistes canadiennes de la modernité au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). Cette exposition met en lumière le travail des femmes artistes de l’entre-deux-guerres, dont l’héritage a souvent été ignoré dans l’histoire de l’art traditionnelle. Contrairement à leurs contemporains masculins plus connus, comme ceux du Groupe des sept, ces femmes ne s’intéressaient pas qu’aux paysages, mais aussi aux scènes de la vie quotidienne, aux portraits, aux familles immigrantes, à la réalité socio-économique et aux peuples autochtones.

D’ailleurs, une salle de l’exposition, la salle des ancêtres, est dédiée à des peintres femmes autochtones autrefois connues. Le département Voix autochtones et décolonisation effectue un travail de recherche pour redécouvrir ces artistes que l’histoire de l’art a souvent laissé tomber.

Œuvre de Prudence Heward. Au théâtre, 1928. Musée des beaux-arts de Montréal. Achat, legs de Horsley et Annie Townsend. Photo : MBAM, Christine Guest

Au Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 20 août. Détails sur le site du MBAC.

Un tout nouveau festival « afro et diversité » à Cornwall

CORNWALL – La ville de Cornwall devra ajouter un nouveau festival à son calendrier estival. En attendant la première édition complète l’an prochain, le Festival international afro & diversité de Cornwall SDG (FIADC) organise un événement de lancement ce samedi, afin de donner un avant-goût de l’événement. ONFR+ s’est entretenu avec la fondatrice du festival, Flora Cynthia Kra.

Depuis le mois de mars, l’équipe du FIADC, sa présidente en tête, mène une véritable campagne de séduction auprès des médias et de la population. Ce samedi, elle tiendra un tout premier événement, une cérémonie de lancement au Complexe civique de Cornwall. En plus des discours officiels, il y a aura des artistes invités, un dévoilement de programmation, des activités pour enfants et des surprises.

Marteeyet Ahdu sera le premier artiste en prestation lors de ce mini-festival. Crédit image : page Facebook FIADC

Les artistes en prestation samedi reflètent la diversité que le FIADC veut mettre à l’avant-plan. L’artiste de Cornwall d’origine birmane, Marteeyet, ouvrira le bal. Les groupes de danse brésilienne Doumica et philippine Philipino, la danseuse égyptienne Yafaa et le groupe multidisciplinaire traditionnel ouest-africain Benkadi seront aussi de la partie.

Afro descendance, diversité et francophonie

Pour Flora Cynthia Kra, il est important que le festival soit inclusif, que ce soit au niveau des origines culturelles ou linguistiques. « Le festival a une identité francophone, parce que nous sommes une équipe francophone. Nous allons utiliser le français d’abord. Et ensuite, nous allons traduire en anglais parce que nous sommes au Canada. L’utilisation des deux langues est importante », souligne-t-elle.

Le FIADC a identifié 10 valeurs à incarner pendant l’événement : la diversité culturelle, l’inclusion, la solidarité, la créativité, la durabilité, le respect, l’engagement social, la convivialité, la coopération et l’ouverture d’esprit.  

Yafaa est une artiste de Cornwall d’origine égyptienne. Elle sera en prestation lors de la journée de samedi. Gracieuseté

Flora Cynthia Kra s’occupe déjà d’une communauté virtuelle de 10 000 personnes qui promeut les cultures afro descendantes. Cette fois, elle avait envie de réunir les gens dans un lieu physique. Le choix de Cornwall allait de soi, puisqu’elle y réside depuis 2020. Elle aime la ville pour sa situation géographique et la facilité avec laquelle elle peut vivre sa francophonie, explique-t-elle.

L’organisatrice souligne qu’elle s’est toujours sentie accueillie et que les Cornwalliens s’informaient souvent de façon bienveillante sur son pays d’origine, la Côte d’Ivoire. Le festival servira donc à célébrer la diversité, et peut-être à répondre aux questions de certains curieux.

« En faisant notre promotion, nous voulons déjà donner une autre image de la culture afro, etc. Nous voulons activer les curieux. Peut-être qu’ils n’ont pas une idée claire de ce qui se passe à l’autre bout du monde. Nous voulons briser les stéréotypes. Nous voulons montrer les cultures afros et issues de la diversité dans toute leur splendeur », affirme la fondatrice.

La formation Doumica offrira une prestation de danse brésilienne le 19 août. Crédit image : page Facebook FIADC

Flora Cynthia Kra souligne aussi que la population de la région se diversifie elle-même, en accueillant des communautés latines, européennes, sri lankaises, camerounaises et nigérianes, pour ne nommer que celles-là.

Le FIADC mettra donc en lumière les cultures afro descendantes, les cultures issues de la diversité mondiale et les cultures locales, dans cet ordre. Dans le festival complet, dès l’été 2024, il y aura non seulement de la danse et de la musique, mais aussi de l’artisanat, du théâtre, du cinéma, de la gastronomie et des arts visuels, par exemple.

Un engouement déjà présent

L’idée d’organiser un mini-festival ce samedi est venue de l’envie de faire connaitre le FIADC en tant que tout nouvel organisme à but non lucratif de Cornwall. Les perches tendues ont déjà été attrapées par plusieurs.

L’Association des communautés francophones de l’Ontario de Stomont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) a annoncé qu’elle marrainerait l’événement. Quelques artistes ont aussi contacté l’équipe organisatrice afin de faire partie de la programmation.

Flora Cynthia Kra est la fondatrice et présidente du nouveau Festival international afro & diversité de Cornwall. Gracieuseté

Cette programmation contient tout un volet international, puisque le vice-président du FIADC, Éric Bouablé, réside en Côte d’Ivoire et a l’habitude de voyager un peu partout pour dénicher des talents.

Tout le comité organisateur se donne corps et âme pour en faire un événement mémorable, dès la première édition. « Je travaille avec une équipe dynamique et aussi passionnée que moi », souligne Flora Cynthia Kra.

La cérémonie de lancement du Festival international afro & diversité de Cornwall SDG aura lieu le 19 août à 13h au Complexe civique de Cornwall. Francophones et francophiles de toutes origines sont invités à y participer afin d’obtenir un avant-goût du festival, dont la première édition complète se tiendra en 2024.

Le député d’Algoma-Manitoulin Michael Mantha officiellement banni du NPD

TORONTO – Les conclusions de l’enquête sur le débuté d’Algoma-Manitoulin Michael Mantha, ont corroboré les allégations d’inconduite grave en milieu de travail. Celui-ci est officiellement exclu du caucus, a annoncé le Nouveau Parti démocratique (NPD) dans un communiqué.

C’est depuis le 31 mars dernier, début d’une enquête indépendante pour allégations de mauvaise conduite et instiguée par la cheffe du NPD Marit Stiles, que le député franco-ontarien Michael Mantha siège à Queen’s Park en tant qu’indépendant.

Ce mardi en fin de journée, les résultats de l’enquête pour « inconduite grave au travail » ont conclu que les allégations étaient fondées, suite à des entretiens avec plusieurs témoins et au visionnage d’enregistrements vidéo, entre autres de preuves matérielles.

Durant l’investigation, Michael Mantha avait refusé de se présenter à une entrevue et de fournir des documents demandés par l’enquêteur.

Le NPD a officiellement annoncé que le député ne réintègrera pas le parti.

« À la lumière de ces conclusions, le député Mantha ne reviendra pas au caucus du NPD de l’Ontario. Afin de continuer à préserver la confidentialité et la sécurité du plaignant, le caucus ne divulguera pas plus de détails sur le rapport. »

En juin dernier, le député d’Algoma-Manitoulin avait confié au micro d’ONFR+ qu’il se présenterait aux élections de 2026 comme membre indépendant, avant de réaffirmer son engagement d’élu.

« Je représente toujours les gens de ma circonscription. Mes services, mes journées, n’ont pas changé. Je ne fais plus partie du caucus et du leadership team, donc je regarde le positif : j’ai plus de temps et d’attention à accorder à ma circonscription, ce qui est idéal. »

Chartrand Lumber, entreprise centenaire à Rivière des Français

[VIRÉES D’ÉTÉ]

RIVIÈRE DES FRANÇAIS – C’est en 1923 qu’Ernest Chartrand a commencé à opérer sa première scierie. Se doutait-il qu’un siècle plus tard, ses arrière-petits-enfants seraient à la tête de son entreprise? Aujourd’hui, H & R Chartrand Lumber Ltd est un employeur et citoyen corporatif important dans la municipalité de la Rivière des Français. ONFR+ a rencontré la copropriétaire, Amy Schoppmann.

Il reste quelques ballons sur la devanture de la petite bâtisse lorsque nous entrons dans le bureau de Chartrand Lumber. C’est que quelques jours plus tôt, propriétaires, employés, élus municipaux et citoyens de Rivière des Français se réunissaient pour souligner le centième anniversaire de l’entreprise. Amy Schoppmann estime que plus de 200 personnes se sont présentées à la fête.

« Les gens étaient très fiers de nous. On a eu beaucoup de compliments et d’encouragements. Ils apprécient notre soutien à la communauté, les différents événements dans lesquels on s’implique. »

La mairesse de la Municipalité de la Rivière des Français, Gisèle Pageau, a profité de l’occasion pour remettre une plaque de reconnaissance à la famille Chartrand pour un siècle d’implication dans la communauté. Les arrière-petits-enfants d’Ernest Chartrand pourront l’accrocher au mur du bureau, à côté des autres prix reçus à travers les années.

Une autre reconnaissance reçue par la famille Chartrand pour son implication sociale, en 2022. Crédit image : Rachel Crustin

Une histoire de famille francophone

Même si l’entreprise ne s’affiche qu’en anglais sur sa page Facebook, l’identité francophone est présente au quotidien. Environ 50 % des clients et 70 % des employés sont francophones, selon Amy Schoppmann.

Elle et son frère Gary Chartrand représentent la quatrième génération de propriétaires. Le choix de reprendre l’entreprise en 2019 était mûrement réfléchi.

« Au secondaire, mes parents m’ont encouragée à aller au collège, à avoir une éducation et à voir ce que le monde a d’autre à offrir. Je suis devenue infirmière. J’ai pratiqué pendant dix ans. Je savais qu’au moment où mon plus jeune allait commencer l’école, j’allais avoir plus de temps à offrir à l’entreprise. J’étais prête à revenir. »

Quelques archives familiales dans les bureaux de Chartrand Lumber. Crédit image : Rachel Crustin

Maman de quatre enfants de huit à 11 ans, la femme d’affaires est optimiste quant à la possibilité de voir une cinquième génération à la tête de Chartrand Lumber. « Mon aîné est capable de conduire n’importe quel équipement dans la cour. Il a hâte d’avoir un emploi. »

Le jeune ne manquera pas de projets, s’il décide effectivement de rallier les rangs de l’entreprise familiale. Il y a deux ans, les propriétaires ont acheté le terrain de l’autre côté de la rue afin de développer un nouveau service, la production de produits finis. Pour l’instant, Chartrand Lumber vend un produit brut aux entreprises de construction et aux particuliers. La ressource principalement exploitée est le pin blanc, mais elle offre aussi du pin rouge, selon la demande.

Pour cette première expansion depuis l’arrivée de la quatrième génération, il faut beaucoup de planification et de patience. Mais le terrain est défriché, la machinerie est achetée et les plans sont prêts. On peut donc s’attendre à voir ce rêve concrétisé dans les prochaines années.

Les défis d’aujourd’hui

Elle est bien loin, l’époque où Ernest Chartrand et son équipe partaient bûcher avec leurs chevaux et leurs scies à main. Aujourd’hui, la licence de Chartrand Lumber permet d’exploiter 300 hectares de la forêt de Sudbury chaque année, dans les coins de Saint-Charles, Noëlville et Killarney. Les billots sont ensuite apportés à la scierie du 96 rue Notre-Dame Est à Noëlville.

Chartrand Lumber s’approvisionne en pin dans la forêt de Sudbury et ramène les billots à sa scierie de Noëlville. Crédit images : Rachel Crustin

« Ça fait 100 ans que le monde bûche les mêmes forêts. Donc, il faut aller de plus en plus loin, ça coûte de plus en plus cher pour apporter le matériel à la scierie », explique Amy Schoppmann.

Il faut naviguer entre la vitesse à laquelle le marché se transforme et le besoin de prévoir ses opérations environ un an à l’avance. Il faut aussi planifier le budget et faire attention aux dépenses. Heureusement, 95 % de l’entretien du moulin peut se faire directement par les employés.

Les employés de Chartrand Lumber connaissent bien le moulin et peuvent le réparer eux-mêmes dans la plupart des cas. Crédit image : Rachel Crustin

La conscience environnementale doit aussi faire partie des plans d’exploitation. Chaque année, l’entreprise reçoit une formation sur les espèces menacées et se fait évaluer pour assurer le respect des règles.

« Les règlements changent chaque année. Il faut être plus conscient des espèces en danger comme les tortues, par exemple. Selon les conditions de la forêt et ce qu’on trouve quand on arrive, ça va déterminer si l’on peut garder toute notre coupe allouée. Il faut payer pour toute la région quand même. C’est plus profitable de tout bûcher le bloc le temps qu’on est là, à cause de ce que ça nous a coûté de bâtir les chemins pour se rendre. Alors, quand on perd une section à cause des espèces en danger, ça nous enlève une grosse partie de terrain et il faut aller chercher ces ressources ailleurs. »

La tortue mouchetée, ou Emydoidea blandingii, est l’une des espèces menacées de l’Ontario. Crédit images : Getty Images / mynewturtle

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est un autre enjeu majeur pour l’industrie du bois.

« Nous sommes seulement à une heure de route de Sudbury, une ville minière. Les salaires sont plus élevés dans les mines que dans la forêt. Alors il y a un gros manque de main-d’œuvre spécialisée », indique la copropriétaire de Chartrand Lumber.

Rencontrée alors que les feux de forêt faisaient rage plus au nord, Amy Schoppmann ne semblait pas inquiète pour sa production. Elle souligne que le feu de forêt le plus proche est celui survenu en 2018 sur le territoire de la Première Nation Henvey Inlet.

Amy Schoppmann a repris les rênes de l’entreprise familiale en 2019, avec son frère Gary Chartrand. Crédit image : Rachel Crustin

Questionnée également sur le fait d’être une femme dans un milieu d’hommes, elle se souvient.

« Quand j’ai commencé, il y avait des hommes que ça faisait plus longtemps qu’ils travaillaient au moulin que d’années depuis que je suis venue au monde. Ils n’étaient pas toujours réceptifs. Mais c’est un changement. Les gens sont habitués à travailler à leur façon. Au final, on s’est toujours bien entendus. »

De son propre aveu, la gestion des ressources humaines fut son plus grand défi lorsqu’elle et son frère ont repris l’entreprise. Mais le travail d’équipe a pris le dessus. 

« Je ne voudrais jamais posséder une très grande entreprise. On est tellement chanceux de connaître nos clients réguliers. On a vraiment une bonne relation avec la communauté, nos clients et nos employés, qui ne sont pas juste des numéros. »

Implication dans la communauté

En plus d’employer jusqu’à 20 personnes au printemps et 35 en hiver, la famille Chartrand s’implique de différentes façons dans la vie de Rivière des Français, un intérêt qui s’est transmis de génération en génération.

Le 26 août prochain, ce sera la deuxième campagne de financement annuelle au parc Joe Chartrand de Noëlville. Alors que de toutes nouvelles structures de jeux viennent d’être installées, les propriétaires de Chartrand Lumber souhaitent ajouter des toilettes publiques.

De nouvelles structures de jeux viennent d’être installées au parc Joe Chartrand, avec une section pensée spécialement pour les enfants vivant avec un trouble du spectre de l’autisme. La famille Chartrand amasse des fonds pour ajouter des toilettes publiques dans le parc. Crédit image : Rachel Crustin

En 2021, déçue de l’annulation du défilé de Noël à cause des mesures sanitaires, Amy Schoppmann a eu l’idée d’organiser un défilé inversé.

« Nous avons décoré notre cour entière, d’une entrée à l’autre. Il y avait des arbres de Noël, des chars allégoriques… Les gens étaient à l’intérieur de leur véhicule. Nous suivions les règlements. Il y a eu environ 200 autos. Les gens ont été impressionnés, et nous avons eu le mandat de le refaire. »

La nouvelle tradition se poursuivra cette année pour une troisième édition, même sans les restrictions pandémiques.

Le défilé inversé de Chartrand Lumber vu par un drone. Crédit image : capture d’écran Youtube Donald Alex McDougall

L’entraide est une valeur bien présente à Rivière des Français. « On travaille très bien avec d’autres petites entreprises. C’est un des avantages d’être dans une petite communauté. On peut emprunter des machines, on s’entraide tous. »

Voilà pourquoi, après 100 ans, Chartrand Lumber est toujours une entreprise locale de Noëlville.

« Mon frère et moi, nous sommes la quatrième génération à prendre la relève. Nous n’avons aucune intention de partir », conclut Amy Schoppmann.

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

« Il est dans l’intérêt de Facebook de s’appuyer sur les journalistes contre la désinformation »

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI

Samuel Lamoureux, professeur chargé de cours en journalisme et communication à l’Université d’Ottawa et l’Université du Québec à Montréal.

LE CONTEXTE

Depuis le début du mois d’août, le géant des médias sociaux Meta a mis à exécution ses menaces de bloquer les informations journalistiques des médias canadiens sur Facebook et Instagram, en réponse à C-18, la Loi sur les nouvelles en ligne (Online News Act) en juin dernier du gouvernement fédéral, qui stipule que ces plateformes numériques doivent payer les organes de presse pour la publication des articles et contenus des médias.

L’ENJEU

Il s’agit d’un défi d’envergure et double pour les médias (pour les petits médias et médias francophones en minorité linguistique d’autant plus) : d’un côté, le fait que les réseaux sociaux soient un canal de diffusion majeur de l’information et, d’un autre, pour la reconnaissance journalistique que représente cette redevance de la part des plateformes numériques.

« Quelles sont les conséquences immédiates observées pour les médias canadiens?

On commence à remarquer certains effets, notamment une baisse de visibilité des contenus de l’ordre de 60 % sur Facebook. Pour plusieurs médias, leurs vitrines principales sont les médias sociaux. Dans l’immédiat, il est important de prendre en compte ce changement et d’intégrer que ce conflit avec Facebook pourrait durer. Pour les médias en ligne, c’est un défi majeur. Pour les médias papier, radio et télé, ils ont toujours leur médium principal sur lequel compter.

Quelle stratégie de contournement les journalistes peuvent-ils mettre en place?

Des méthodes de contournement sont toujours possibles. Certains journalistes vont utiliser des stratégies plutôt individuelles pour tromper l’algorithme. Certains vont par exemple publier une capture d’écran de leurs articles tout en partageant le lien. Cela n’est pas bloqué jusqu’à présent.

Une autre stratégie consiste à apprendre à se passer de ces plateformes. Cette question, les médias avaient déjà commencé à l’envisager depuis 2018, quand on s’est rendu compte que Facebook ne distribuait pas les revenus.

À l’échelle des organes de presse, quels autres recours sont-ils possibles?

J’en ai observé de nombreux qui incitent leurs lecteurs à s’abonner aux infolettres. Il y a également le fait que de nombreux médias ont commencé à adapter et à diversifier leurs sources de revenus : les abonnements numériques de leur lectorat, la philanthropie, les subventions publiques.

Certains veulent également devenir des OBNL (organismes à but non lucratif), ce qui permet des dons défiscalisés de la part de leurs lecteurs.

Ce qui est encourageant pour les organes de presse est que ce processus était déjà engagé. La situation risque simplement d’accélérer la tendance et la diversification des revenus en général.

La focale sera donc plus redirigée vers les supports traditionnels comme les sites internet et infolettres. Comment orienter efficacement le lectorat?

C’est tout le défi des infomédiaires (les intermédiaires entre les producteurs d’information et les internautes). Google est un bon exemple d’infomédiaire. Il faut suivre les habitudes des usagers. D’autres infomédiaires ont émergé tels qu’Apple News. Il faut également miser sur les SEO, l’optimisation via les moteurs de recherche, pour accentuer la découvrabilité des contenus en se passant des plateformes qui étaient avant centrales.

Peut-on envisager que le contexte soit propice à l’émergence de nouveaux infomédiaires qui, eux, pourraient avoir une entente avec les médias?

Ça ouvre un espace c’est certain, mais le problème reste que le marché numérique en ce moment est très monopolistique avec quelques mastodontes seulement, tels que Google, Twitter, TikTok, Meta.

Mais est-ce qu’une entreprise indépendante canadienne par exemple pourrait s’imposer? C’est toute la question. On se rend bien compte de ce monopole avec le lancement de Thread de Facebook, qui aurait d’ailleurs besoin des médias pour que ça marche, médias avec lesquels Facebook est en conflit. On peut se demander si leurs propres sanctions ne vont pas se retourner contre eux et leur nouveau lancement.

Et si les médias se détournaient de Facebook?

Si les médias se détournaient de Facebook, il faudrait qu’une nouvelle source de revenus émerge pour ne pas que le déclin de la plateforme soit le déclin des médias.

Parmi les questions hypothétiques : pourrait-on par exemple avoir d’autres mesures de soutien public pour les médias, prolonger les crédits d’impôt sur la masse salariale des journalistes (qui, pendant la pandémie, remboursaient quasiment la moitié des salaires dans certaines salles de rédaction), avoir de nouveaux statuts philanthropiques, voir un retour de la publicité des entreprises privées dans les médias ?

Autre scénario, pourrait-on envisager que des négociations et qu’un accord aboutissent entre le gouvernement et Meta, comme c’était le cas en Australie en 2021?

C’est possible qu’on arrive à une négociation. Il a été calculé que si Facebook signait des accords avec tous les médias, cela se chiffrerait à 200 millions de dollars, ce qui n’est pas énorme comparé à la capitalisation boursière de Facebook, aux alentours de 700 milliards de dollars. Facebook avait d’ailleurs déjà commencé à avoir des ententes individuelles, mais ce n’est pas là que réside le problème principal.

Il se trouve que le groupe Meta craint d’autres lois et essaye probablement de prendre le Canada comme exemple pour faire pression. L’état de la Californie a notamment soumis un projet de loi qui va bien plus loin. Il s’agirait d’une taxe pour dédommager les médias, ce qui est différent de simplement créer un cadre de réglementation avec des négociations individuelles comme au Canada. L’Union européenne pourrait également se diriger vers ça. Certains pays ont commencé à préparer des lois, notamment l’Irlande, là où Facebook paye ses impôts.

Les médias pourraient-ils eux aussi faire pression de leur côté?

Ce serait possible si les médias formaient une alliance solide. Les journalistes eux-mêmes peuvent essayer de pousser leurs dirigeants à travailler ensemble et à former un front uni.

Au Canada, on a quand même une histoire de résistance face à l’hégémonie culturelle américaine. On s’est créé un service public fin des années 30, début des années 40, justement pour ne pas être avalé par les États-Unis. On a créé CBC, Radio-Canada. Il y a une vieille fibre de fierté culturelle, de souveraineté à agiter. Les gens peuvent être réceptifs à ça.

Quel est le scénario à venir le plus plausible?

Ce ban pourrait durer plusieurs semaines et mois, mais ça va aussi dépendre des prochains résultats boursiers de Facebook. Si cet automne les actions ont baissé et le lancement de Thread n’est pas aussi bon que voulu, capitalisme financier oblige, les actionnaires pourraient sanctionner Meta.

Cela donnerait le signal que ce n’était pas une bonne idée de bannir les médias. À noter également qu’à long terme, il est aussi dans l’intérêt de Facebook de s’appuyer sur des journalistes pour la véracité de leurs contenus, contre la désinformation qui leur est parfois reprochée. »

Le financement de la Fête de l’Acadie touche à sa fin, les organisateurs inquiets

MONCTON – Depuis 2019, le gouvernement fédéral octroie une enveloppe de 500 000 $ chaque année aux célébrations de la Fête nationale de l’Acadie, renouvelable aux trois ans. Cette année, dans le budget fédéral, la Société Nationale de l’Acadie a constaté l’absence de ce fond, qui serait offert une dernière fois en cet été 2023. Alors que la fête bat son plein dans toutes les communautés acadiennes du pays et à quelques heures du Tintamarre, de nombreux organisateurs, artistes et festivals se demandent si ce sera la dernière. 

Depuis cinq ans, l’enveloppe fédérale sert à organiser le grand spectacle télévisé annuel et de nombreux spectacles et activités à travers les provinces et territoires qui en font la demande (en versement de 5000 $ maximum). 

ONFR+ s’est entretenu avec la directrice générale de la Société Nationale de l’Acadie (SNA), Véronique Mallet. Elle confirme que lorsqu’ils ont constaté l’absence du renouvellement des fonds, le ministère du Patrimoine canadien a validé son inquiétude. 

« Vous vous doutez très bien, j’imagine, de la préoccupation qui nous occupe depuis ce temps-là. »

Photo d’une célébration de la Fête nationale de l’Acadie à Ottawa. Il n’y avait pas de tintamarre officiel de prévu dans la capitale pour 2023. Archive ONFR+

En l’absence de ce demi-million de dollars, les répercutions sur les célébrations pourraient être dramatiques. 

« Cela va avoir un impact sur la production de spectacles, dont celui diffusé par Radio-Canada », indique la directrice.

De plus, « cela finance des fêtes dans des communautés dans l’ensemble du pays, incluant en Ontario. On a eu des fêtes l’année dernière jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest ».

La semaine dernière, la SNA a lancé une pétition pour que les individus puissent témoigner de leur attachement et de l’importance qu’ils portent à la Fête nationale de l’Acadie et pour demander à la ministre qu’elle revisite cette décision rapidement.

L’Acadie laissée à elle seule pour sa fête nationale

« On voit certainement un impact important de l’arrêt de ce financement-là », réitère Mme Mallet.

Même son de cloche du côté du festival Acadie Rock de Moncton, qui a bénéficié durant deux années de suite du montant majeur de cette enveloppe. 

« Ça nous a permis, en pleine pandémie, de pouvoir se réinventer avec la production de deux émissions de télévision, à un moment où le public ne pouvait plus assister en direct à nos spectacles », se rappelle Éric Cormier, le directeur d’Acadie Rock.

D’après M. Cormier, ce fond, en plus de permettre le rayonnement de la culture acadienne, offre les moyens de mettre en lumière les travailleurs culturels et les artistes. 

Jasmin Cyr est le président de l’’Association acadienne de la région de la capitale nationale (AARCN) qui a été fondée en 2001. Gracieuseté

À Ottawa, Jasmin Cyr, le président de l’association acadienne de la région de la capitale nationale (AARCN), trouve dommage de retirer une telle somme, d’autant plus que « la province [du Nouveau-Brunswick] ne viendra pas en aide aux francophones ».

« Le Nouveau-Brunswick, c’est un gouvernement très conservateur, très près de ses sous, qui est assez anti-francophones. Le premier ministre provincial est unilingue anglophone dans une province qui est officiellement bilingue et il n’est pas très ouvert à la communauté francophone », précise l’Acadien.

L’AARCN recevait depuis quatre ans des fonds pour offrir des fêtes acadiennes à la population.

Au micro d’ONFR+, le député libéral fédéral René Arsenault dit comprendre l’inquiétude des organismes. D’après lui, elle est légitime « parce que des spectacles à grand déploiement, ça ne s’organise pas en deux semaines. Je comprends exactement leurs inquiétudes. Moi, je leur ai dit que je suis convaincu que ça va être reproduit. Si ça ne l’est pas, je serai le premier surpris ».

Faire partie de Canada en fête à titre permanent

« La fête des Acadiens existe depuis 1881, ce n’est pas rien », signale Véronique Mallet. 

Les célébrations symbolisent la résilience, le courage et la fierté de la communauté. C’est le cas du Grand Tintamarre, où les Acadiens sont invités à marcher dans les rues en faisant le plus de bruit possible, pour montrer que leur peuple est toujours vivant malgré la déportation de 1755. Le plus grand rassemblement a lieu à Caraquet, mais d’autres villes organisent leur propre tintamarre. Pour la directrice générale de la SNA, « annuler ce financement, c’est comme un pied de nez à la nation acadienne qui, elle, s’est dotée d’outils pour célébrer sa fierté ».

Foule de participants au Festival de Caraquet, au Nouveau-Brunswick. Crédit image : David Champagne/ Festival acadien de Caraquet.

« La fête nationale de l’Acadie fait partie des fêtes nationales du pays », pense Éric Cormier, « ce financement ne devrait pas être remis en question ». 

Le directeur du festival Acadie Rock considère que ce financement a démontré un certain succès et son utilité depuis les cinq dernières années. « Ça a permis un rayonnement plus grand pour toute l’Acadie. »

Éric Cormier est le directeur du festival Acadie Rock, un des évènements majeur des fêtes acadiennes. Crédit image : Annie-France Noël

Véronique Mallet de la SNA rappelle que les 500 000 $ proviennent d’un financement qui est indépendant de celui qui est octroyé à la Journée des peuples autochtones, à la Saint-Jean-Baptiste, à la Journée canadienne du multiculturalisme et à la Fête du Canada.

D’ailleurs, « dans le programme qui finance ces quatre journées-là, l’enveloppe n’a subi aucune coupe budgétaire », fait connaître Mme Mallet. « Ce financement est pérenne et renouvelé année après année. »

M. Arsenault a eu une discussion avec le ministère du Patrimoine canadien. « Nous en avons parlé et nous voulons qu’une fois pour toutes, les fêtes acadiennes soient incluses dans le même programme, au même titre que les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste et les autres. »

Une réponse du gouvernement attendue 

Pour son festival, Éric Cormier va devoir savoir très bientôt si, oui ou non, le gouvernement renouvelle le financement. 

« Nous, c’est dès septembre qu’on se prépare. Il faut refaire les demandes de financement dès septembre pour l’année prochaine. C’est un travail qui est en continu. »

Le député acadien René Arsenault veut s’assurer que les associations ou les communautés acadiennes puissent bénéficier de ce genre d’aide et le sachent le plus tôt possible.

« Avec la nouvelle ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, et le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, on s’échange des courriels à ce sujet », se veut-il rassurant. 

René Arsenault est le député libéral de Madawaska—Restigouche au Nouveau-Brunswick.
Crédit image : Gouvernement du Canada

M. Arsenault admet que la bureaucratie fédérale peut prendre du temps, mais il reste optimiste. « Nous allons faire tout notre possible et je suis confiant que nous allons reconduire ce financement. […] J’espère que nous aurons une réponse d’ici à l’automne. »

« On a besoin d’une confirmation rapide », exprime Mme Mallet. « En 2024, ça va être l’été du congrès mondial acadien, ce qui veut dire que nos artistes acadiens vont être très sollicités l’été prochain. Une fête du 15 août, ça commence à s’organiser habituellement le 16 août pour l’année suivante. »

Véronique Mallet est la directrice générale de la Société Nationale de l’Acadie (SNA). Gracieuseté

Le directeur d’Acadie Rock pense qu’il est important de faire la lumière sur ce financement, puisqu’un aspect important de ces grandes célébrations est la gratuité des spectacles et activités. 

« Cette année, nous avons neuf jours de festival pour Acadie Rock. Le point culminant, c’est notre grand spectacle du 15 août. Nous allons chercher entre 7 000 et 10 000 personnes. C’est un spectacle gratuit et nous voulons garder ça pour la population », explique-t-il. 

« Le financement devient important aussi quand il nous permet de l’offrir aux participants. Puis, on ne se le cachera pas, les coûts techniques sont plus chers, la sécurité et tout l’aménagement d’un site, ça coûte beaucoup plus cher que les dernières années. Donc, c’est certain que de perdre des enveloppes comme ça en bout de ligne, c’est inquiétant », conclut-il.

Rivière des Français, communauté tissée serrée

[VIRÉES D’ÉTÉ]

RIVIÈRE DES FRANÇAIS – La Municipalité de la Rivière des Français a été créée en 1999, lors des fusions municipales ontariennes. Elle regroupe les villages de Noëlville, Alban, Monetville et Ouellet. Elle tient son nom de la rivière qui la traverse, elle-même nommée ainsi par les Ojibwés de la région, car elle amenait des missionnaires et colons français sur leur territoire.

L’histoire de la Rivière des Français a de quoi frapper l’imaginaire. Les grands explorateurs comme Étienne Brûlé, Samuel de Champlain et Pierre-Esprit Radisson y ont circulé puisqu’elle faisait partie des voies navigables entre Montréal et les Grands Lacs. Elle se situe entre le lac Nipissing et la baie Georgienne.

L’établissement de villages permanents à l’emplacement de l’actuelle municipalité de la Rivière des Français est plus récent. Le premier colon à s’y être établi est Cyrille Monet, avec sa femme Odile Bouin et leurs enfants, en 1895. Né Alexandre Boisvert, ce grand ami de Louis Riel aurait changé d’identité après avoir participé à la révolte des Métis au Manitoba. Il serait arrivé dans la région guidé par l’autochtone Michel Maringoué.

Au gré des saisons

Aujourd’hui, Rivière des Français compte environ 2800 habitants permanents, mais sa population s’élève à plus de 9 000 en été. L’accès à la rivière en fait un important lieu de villégiature. En plus des propriétés privées, plusieurs entreprises proposent des chalets locatifs pour les amateurs de canot, de pêche ou de baignade.

L’équipe d’ONFR+ a été reçue au complexe de chalets locatifs The Lodge at Pine Cove lors de la réalisation de ce reportage. Crédit images : Rachel Crustin

On trouve aussi de jeunes familles qui s’établissent à Rivière des Français. Selon la mairesse Gisèle Pageau, l’établissement massif du télétravail durant la pandémie a donné un élan à la municipalité. La proximité avec la ville du Grand Sudbury permet de garder un lien avec une communauté plus urbaine, tout en adoptant un style de vie plus campagnard.

La famille Séguin fait partie de celles qui ont quitté Sudbury pour emménager dans cette petite municipalité. Justin et Julie caressaient depuis longtemps le rêve de revenir dans la communauté qui les a vus grandir, lui à Alban, elle à Noëlville. La réticence de leurs trois filles a retardé le projet, mais un acte de vandalisme sur la voiture familiale a fait déborder le vase. Ils ont acheté une propriété avec 35 acres de terrain, pour la modique somme de 550 000 $.

Justin Séguin contemple une partie de son immense terrain à Alban. Crédit image : Rachel Crustin

Le but ultime : construire d’autres maisons afin d’offrir un bout de terre à chacune de leurs filles. Mais avant, construire une grange et se procurer des chevaux pour qu’elles puissent pratiquer leur passion pour l’équitation.

Aujourd’hui, toute la famille se plaît à Rivière des Français. Même le conjoint de leur aînée s’est intégré dans la communauté. Le couple vit dans un appartement attenant au garage de la maison familiale.

Un autre avantage, selon Julie Séguin, est la qualité des écoles. Avoir moins d’élèves par classe favorise un apprentissage plus personnalisé, et l’intimidation est quasi inexistante.

La famille Séguin a quitté Sudbury pour s’installer à Rivière des Français. De gauche à droite : Isabelle, Justin, Alissa, Julie et Esmee. Crédit image : Rachel Crustin

Lorsqu’on lui demande d’expliquer ce qui l’attirait tant de Rivière des Français, Justin Séguin n’hésite pas une seconde : « La communauté. Tout le monde est gentil et serviable. Si j’ai besoin de quelque chose, les gens viennent tout de suite. Les gens, surtout francophones, sont assez formidables », souligne celui qui s’implique au conseil municipal et comme pompier volontaire.

Initiatives communautaires

Justin Séguin est loin d’être le seul à veiller au bien-être de sa communauté. Nous avons rencontré Lorraine Quesnel et André Gélinas, membres du comité du Village ami des aînés, amis de tous de la Rivière des Français.

À leur initiative, un nouveau sentier familial a été ouvert en 2020, juste à côté de l’hôtel de ville. Sur plus ou moins un kilomètre, 400 mètres dans le bois sont réellement accessibles à tous les types d’aide à la mobilité, même si les bénévoles sont déterminés à augmenter ce chiffre lors de la prochaine phase de développement.

Lorraine Quesnel et André Gélinas se sont impliqués dans l’ouverture d’un nouveau sentier accessible pour la population de Rivière des Français. Crédit image : Rachel Crustin

Gisèle Pageau s’applique particulièrement à faire des ponts entre les générations. Cela se traduit entre autres par la location gratuite de lieux ou d’équipements pour des activités ciblées pour les enfants ou les aînés. L’arrivée de nouvelles familles vient aussi enrichir le bassin de parents bénévoles.

De toutes nouvelles structures de jeux ont été installées au parc Joe Chartrand de Noëlville, avec une section pensée spécialement pour les enfants qui vivent avec un trouble du spectre de l’autisme.

En chantier lors de notre passage au début juillet, les nouvelles structures de jeux du parc Joe Chartrand de Noëlville sont maintenant accessibles. Crédit images : Rachel Crustin pour les deux photos du haut, gracieuseté Municipalité de la Rivière des Français pour celle du bas.

Une plage publique est mise à la disposition des citoyens n’ayant pas d’accès direct à la rivière et un partenariat avec la galerie d’art de Noëlville a permis d’installer six murales à travers la ville, peintes par des artistes locaux.

Vivre en harmonie

Près de 32 % de la population a 65 ans et plus. Un autre projet est celui d’ouvrir une résidence pour aînés gérée par un organisme sans but lucratif, pour offrir des loyers à prix raisonnables et garder les aînés actifs dans la société.  

D’autres initiatives permettent aux communautés des deux langues officielles de vivre ensemble. Le club des aînés, francophone, ouvre ses activités aux anglophones en offrant un service de traduction. L’église Notre-Dame-de-Lourdes offre certaines messes dans les deux langues, en l’absence d’une église catholique anglophone.

L’une des six murales peintes par des artistes locaux et qui représentent le patrimoine de Rivière des Français. Crédit image : Rachel Crustin

Les élus municipaux ont combattu les guerres de clochers qui auraient pu persister après les fusions, particulièrement entre Alban et Noëlville. Gisèle Pageau explique : « On a travaillé fort pour s’assurer que les deux villages aient des activités conjointes et qu’on puisse enlever cette rivalité-là. Aujourd’hui, personne ne se rappelle c’était quoi, la chicane. »

Les enjeux

Le poste de police de Rivière des Français a fait la manchette dernièrement, puisqu’il est menacé de fermeture. Pour l’instant, Gisèle Pageau a réussi à repousser l’échéancier en multipliant les rencontres avec la Police provinciale de l’Ontario (PPO), les municipalités avoisinantes, l’équipe d’infrastructure et le solliciteur général de l’Ontario, Michael S. Kerzner.

« Ça ne fait pas de sens de fermer le bureau ici, parce qu’on a dix officiers pour couvrir 5 000 km2 de territoire. Ils nous ont dit qu’on aurait un officier dans la région chaque jour. Mais s’il faut qu’il aille chercher son équipement à Sudbury ou à Cache Bay et qu’il le rapporte chaque soir, ça fait 3h par jour où il n’y a personne. »

Selon la mairesse, la construction d’un poste de police trop coûteux à Cache Bay serait la cause de cette éventuelle fermeture à Noëlville. Rhétoriquement, elle questionne : « Qu’est-ce qui est le plus précieux? Sauver de l’argent ou sauver des vies? »

Elle souligne sa volonté de travailler avec les communautés autochtones avoisinantes de Dokis et Henvey Inlet. Respectivement desservies par les détachements de North Bay et de l’île Manitoulin, ces communautés bénéficieraient d’obtenir des services reliés à Noëlville, plus près géographiquement.

Gisèle Pageau est mairesse de la Municipalité de la Rivière des Français depuis cinq ans. Crédit image : Rachel Crustin

Un autre enjeu est lié à l’attrait touristique de la Rivière des Français. La municipalité travaille à se doter d’une politique pour encadrer les plateformes d’hébergement comme Airbnb, qui devrait être adoptée au début de l’automne.

Si tout le monde respecte les règles et les citoyens, la mairesse souligne que tous sont les bienvenus. « C’est un endroit qui accueille tout le monde. Ça ne fait pas de différence qui tu es : riche, pauvre, francophone, anglophone ou autres. Il y a beaucoup d’activités auxquelles les gens peuvent participer. Tu peux en faire autant que tu veux, ou tu peux ne rien faire aussi. Et tu vas être heureux. »

Pour aller plus loin
Selon un document de la société historique du Nouvel-Ontario, les première familles arrivaient surtout de l’Outaouais québécois et de l’Est ontarien. Quelques-unes venaient d’aussi loin que de l’actuelle région du Bas-Saint-Laurent, au Québec. Les colons vivaient de l’industrie du bois et des produits de la terre. Le commerce s’est fait par voie maritime jusque dans les années 1920, et il fallut attendre 1950 pour avoir accès à l’électricité dans les chaumières.

La plage publique de Rivière des Français est située à Alban. Crédit image : Rachel Crustin

Le poids démographique
Lors de notre passage, nous avons pu constater à quel point le français est vivant, étant souvent la première langue avec laquelle les gens nous abordaient. Les anglophones de French River sont pourtant de plus en plus nombreux. Il y a deux ans, il n’y avait que 48 élèves inscrits à l’école anglophone de Monetville. Aujourd’hui, ils sont 103.
Sans minimiser l’impact d’un poids démographique descendant, Gisèle Pageau se dit confiante, soulignant que les écoles francophones se remplissent aussi. Rivière des Français compte deux écoles francophones, l’une élémentaire et l’autre allant jusqu’à la 12e année. Les adolescents anglophones doivent quant à eux se rendre à Sturgeon Falls ou Sudbury pour leurs études secondaires.

À l’hôtel de ville, le drapeau franco-ontarien côtoie fièrement ceux du Canada et de la Municipalité de la Rivière des Français. Crédit image : Rachel Crustin

Tout au long des mois de juillet et août, Virées d’été vous emmène dans des villages et recoins inattendus de la francophonie ontarienne. Une série à découvrir sur notre site web et nos réseaux sociaux.

Coco Belliveau, humoriste multidisciplinaire

[LA RENCONTRE D’ONFR]

GRAND-SAULT – Coco Belliveau fait rire avec des sujets parfois sensibles : féminisme, grossophobie, pansexualité, autisme, agressions sexuelles, etc. De son propre aveu, l’humoriste fait les blagues qu’elle aurait eu besoin d’entendre. Et ça fonctionne. À quelques jours de la Fête nationale de l’Acadie, ONFR a rencontré cette artiste originaire de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick.

« Comment vous définissez-vous comme artiste?

Je dis humoriste disciplinaire, parce qu’artiste multidisciplinaire ratissait trop large. L’humour est la racine de tous mes éléments. Quand on me demande quel style d’humour, je dis politico-social. C’est intentionnellement vague.

Comment l’humour est-il arrivé dans votre vie?

Je n’étais pas particulièrement drôle quand j’étais jeune. Ma famille a été surprise de mon choix. J’étais drôle, mais pas de façon intentionnelle. C’est ce que je voulais aller chercher.

Je faisais de l’improvisation et du théâtre. J’étais obsédée par les gens drôles. Pour moi, c’est un signe d’intellect. J’ai essayé l’humour. Je n’étais pas bonne, mais ça ne m’a jamais dérangée. Si j’ai envie de le faire, je le fais, c’est tout.

Coco Belliveau était d’abord incrédule quand un juge d’un concours d’humour lui a parlé de l’École nationale de l’humour (ÉNH). Crédit image : Émilie Lapointe

Je ne voyais pas ça comme un métier, parce qu’il n’y a pas une grande industrie de l’humour au Nouveau-Brunswick. Après un concours, un juge m’a dit que je devrais aller à l’École nationale de l’humour (ÉNH), que j’avais du potentiel, mais que je manquais d’organisation.

Pour moi, c’était vraiment gros de quitter le Nouveau-Brunswick. Mais j’y ai été et, t’sais, comme des fois tu cliques sur le bonheur? Je ne suis pas matinale, mais je me réveillais avec la hâte d’aller rire avec ces gens. Je suis choyée, parce que c’est tellement difficile de trouver ce qu’on veut faire dans la vie, et ça a coulé naturellement pour moi.

Comment s’est passé le changement du Nouveau-Brunswick à Montréal?

C’était difficile. Je suis très sensorielle. Je suis sur le spectre de l’autisme. Je trouvais ça super bruyant. Et rencontrer de nouvelles personnes, c’est difficile pour moi. Mon père était malade en plus… Avec le temps, j’ai appris à aimer Montréal. Mes deux meilleurs amis y ont déménagé. J’ai trouvé des points de repère et une autre famille, choisie.

Avez-vous vécu de l’insécurité linguistique?

C’est sûr. Je me demandais si on s’habituait à ne pas entendre notre accent autour de nous. Au fil du temps, on s’en rend moins compte. J’étais contente car je viens d’un endroit bilingue et Montréal est très bilingue. Je fais aussi des choses en anglais. J’adore les deux, mais c’est important pour moi de vivre en français.

C’était important pour ma mère qu’on parle français. Et à l’Université de Moncton, il y avait beaucoup d’animosité entre anglophones et francophones. En vivant ces tensions-là, tu comprends que tu n’as pas le choix. On est tous à risque. J’ai deux sœurs qui vivent en anglais, alors que ma grande sœur et moi vivons en français. Évidemment, toute la famille est bilingue. Ce n’est pas toujours possible de travailler en français au Nouveau-Brunswick.

Coco Belliveau lors d’une édition spéciale extérieure de l’émission radiophonique La soirée est (encore) jeune, diffusée à Ici Radio-Canada Première. Crédit image : Marc-André Roy

Ça aide que le milieu de l’humour francophone soit aussi grand. Au Canada anglais, les humoristes vont plus vers Toronto ou les États-Unis. Montréal, ça me permet de ne pas être trop loin et de vivre dans ma langue.

Je sais que l’accent acadien a son charme, mais les gens s’en moquent aussi. Dans leur tête, je viens d’un village de pêcheurs et je suis un peu naïve. Peut-être que les stéréotypes jouent à mon avantage, car les gens sous-estiment mon intellect. Des fois, je me fais corriger et je réponds : c’est mon patois. Ce n’est pas parce que ce n’est pas grammaticalement correct que c’est une faute.

Je crois que ça joue contre moi en tant que comédienne, parce qu’il y a moins d’ouverture à donner des rôles à des gens qui n’ont pas un français normatif. Je considère quand même que nos vies sont extrêmement similaires. Les Québécois voient ça comme une autre culture, mais on a beaucoup d’éléments communs.

Qu’est-ce que des émissions comme Le prochain stand-up et Big Brother célébrités (BBC) ont changé dans votre carrière?

Le prochain stand-up, ça m’a permis de faire évoluer ma carrière pendant la pandémie et ça m’a aidée avec mon estime. J’avais un syndrome de l’imposteur. Il y a des personnes de l’industrie qui ne te respectent pas jusqu’à ce que tu te prouves. Mais ces émissions-là existent pour découvrir de nouveaux talents, et les gens ont vu de quoi j’étais capable.

BBC, pour moi, c’était plus un déploiement de capacités mentales qu’une carte de visite pour mon humour.

Comment avez-vous réagi en regardant BBC à votre sortie?

Il y a des semaines que j’ai plus aimées que d’autres. Il y a aussi des moments où ils nous font parler dans le confessionnal pour ajouter du suspense alors que le plan est prévisible. J’embarquais, je disais que ça serait le fun de trahir, mais je n’avais pas toujours l’intention de le faire.

J’ai aussi des moments où je suis juste moi-même. Ça fait bizarre de laisser son image entre les mains de quelqu’un d’autre. Je suis encore beaucoup dans ces réflexions. Ça fait quatre mois que je suis sortie, mais je n’ai pas pris le temps de décrocher. Je m’en remets encore.

Coco Belliveau s’est rendue jusqu’au top 3 de la plus récente édition de Big Brother Célébrités. Mona de Grenoble a gagné cette troisième saison. Gracieuseté Noovo

Évidemment, je suis heureuse d’avoir montré la diversité. Plein de gens sur le spectre de l’autisme m’ont contactée, parce que c’est à BBC que j’ai fait ma sortie publique. Ça me fait du bien de pouvoir en discuter. Certains me demandaient comment je faisais pour mettre de côté mes émotions. Mais je suis gérée par les règlements, et c’était écrit qu’on allait devoir mentir.

En 2021, vous aviez critiqué BBC au balado Couple ouvert. Comment vous êtes-vous retrouvée dans la troisième saison?

J’ai prévenu Bell Média. Ils ont écouté et ont dit que ce n’était rien. Ce que je disais, c’était vrai, mis à part quelques blagues. Ce qui m’a marquée, c’est que beaucoup de joueurs ne connaissaient pas vraiment le jeu. Plusieurs voulaient s’en aller, parce que c’est très dur comme expérience. Ce n’était pas à la hauteur de la version originale. C’est souvent le cas pour des premières saisons. Et au Québec c’est particulier, car on aime les vedettes gentilles.

Mais ça m’a charmée quand j’ai écouté la saison deux, avec Tranna Wintour. En la voyant rester authentique, s’exprimer comme personne trans et être drôle, ça m’a parlé. Je ne m’étais peut-être pas sentie représentée dans la première saison, même si j’aime beaucoup les femmes qui y étaient.

Sans que je le sache, Tranna m’a proposée pour la saison 3. J’ai contacté Groupe Entourage et ils m’ont dit qu’ils m’avaient déjà sur leur liste de candidats potentiels. Ensuite, ils essaient de trouver différents styles de joueurs : sportifs, stratèges, personnes drôles, émotives, etc. Il y a toujours un pendant féminin et masculin. Cette année, ils avaient identifié LeLouis Courchesne et moi comme les masterminds. Mais je n’en avais aucune idée.

Vous êtes aussi connue pour les rap battle. Qu’est-ce que vous aimez dans cette discipline?

Il n’y a pas de manières socialement acceptables d’exprimer la colère pour les femmes. Là, je pouvais crier sur des messieurs! J’aime la joute verbale. C’est un peu comme la lutte. Être vilain, c’est hot.

Ils disent des choses grotesques : t’es grosse, t’as l’air lesbienne. C’était une confrontation de valeurs. Eux m’insultent sur des choses qui ne sont pas des insultes pour moi, puis moi je les insulte sur leur manière de faire. Ça me permettait de me défouler de façon consensuelle. Ce ne sont pas mes ennemis dans la vie.

Même ma psy disait que c’était une bonne place pour exprimer ma colère. Et à un moment donné, je n’étais plus fâchée.

Avez-vous déjà été réellement insultée?

Il y a des gens tellement fins qui disent des choses dégueulasses. Je ne peux pas désapprouver car c’est le concept. Mais le problème, c’est que ça peut nourrir des gens qui pensent vraiment comme ça.

Coco Belliveau dans un WordUP! Battle contre VK, en 2020. Capture d’écran Youtube WordUP! Battles

Ce jeu, c’est d’essayer de trouver l’endroit où la personne est insécure. Et c’est aussi positif, tu te sens forte quand ça ne te dérange pas parce que c’est un complexe que tu as dépassé. J’ai trouvé plus difficile de faire des roast battles entre humoristes, parce que c’était des collègues.

Dans les rap battles, quand j’ai été insultée, c’était des choses qui allaient contre mes valeurs, liées aux agressions sexuelles, par exemple.

C’était dit par une autre femme…

C’est ce qui m’a dérangée, parce qu’elle comprenait. On a beau dire que c’était pour le spectacle, mais les réactions des gars derrière qui étaient d’accord avec ce qu’elle disait, ça a valorisé des gens dans leurs mauvais comportements.

Mais j’ai beaucoup de respect pour elle. L’eau a coulé sous les ponts depuis.

Quand vous avez lancé votre EP de rap, Succès souvenirs ‘91, aviez-vous peur de ne pas être prise au sérieux?

Non, car je ne me prenais pas au sérieux moi-même. C’était surtout pour avoir une carte de visite. Suite à ça, j’ai été faire un rap battle contre Patrice Bélanger au Fabuleux printemps de Maryline. Et cette semaine, j’ai fait mon rap Bi $ou $ bi $ou $ au spectacle ImmiX de Fierté Montréal.

Si j’écris quelque chose d’autre, j’aimerais le faire plus sérieusement. Là, je l’ai fait pour le fun, j’ai exploré.

Vous avez été diagnostiquée avec un trouble du spectre de l’autisme à l’âge adulte. Qu’est-ce que ça a changé pour vous?

Au début, je trouvais que ça n’avait rien changé. En tant qu’adulte, il n’y a pas beaucoup de ressources. J’étais exactement pareille, mais avec un diagnostic. Ça faisait très longtemps que l’idée d’aller voir un neuropsy était sur la table. Quand j’étais jeune, il y avait des soupçons, mais il n’y avait pas vraiment de spécialistes accessibles dans ma région. Et pour les filles, c’est moins clair. Elles vont souvent se faire diagnostiquer de l’anxiété, puis une dépression, avant de découvrir que c’était le spectre de l’autisme. C’est malheureux.

Coco Belliveau à l’ouverture de Fierté Montréal en août 2023. Crédit image : Mathieu Catafard

Enfant, on se moquait de moi en me traitant d’autiste. J’avais une connotation négative à ce mot à cause de ça. C’est après des années, plusieurs psys, d’autres diagnostics et des discussions avec une amie diagnostiquée dans la vingtaine, que j’ai finalement été faire le test.

Ce qui est fabuleux, c’est que tu dois monter un dossier avec tes symptômes. Moi, ça faisait des années que je compilais une liste de tout ce qui ne tourne pas rond. Je suis arrivée chez le docteur avec mon fichier. Juste à m’écouter parler de ce que j’avais fait pour me préparer à cette situation anxiogène, il m’a dit : « Je n’ai pas encore lu ton dossier, mais il y a de fortes de chances que tu sois à la bonne place. »

Je n’en ai pas trop parlé avant BBC, j’étais encore en train d’absorber la nouvelle. Souvent, les gens vont sembler plus bizarres après un diagnostic, parce qu’ils ne masqueront plus leurs symptômes. Éventuellement, il va y avoir un entre-deux. Je commence à être dans cet entre-deux.

Coco Belliveau rencontre l’animatrice Marie-Mai après son élimination de Big Brother Célébrités, en 2023. Crédit image : Vanessa Brossard

Avant, je me brûlais parfois à essayer de rentrer dans le moule. Le diagnostic me permet d’exprimer clairement mes besoins. Je n’ai pas l’air d’une diva parce que j’ai besoin d’être en silence.

Et le meilleur, c’est de repenser à plein de moments de ma vie où je me suis cognée sur la tête en me demandant pourquoi je n’étais pas capable de faire des choses que les autres étaient capables de faire. Là, je peux voir pourquoi et me pardonner.

En 2019, vous avez perdu 75 lb pour prouver un point, avant votre spectacle Laide. Qu’est-ce qui s’est passé?

Je parlais de grossophobie. Après des spectacles, des gars allaient parler avec d’autres humoristes femmes pour leur dire combien elles étaient bonnes, et ils m’ignoraient complètement. Je ne m’attends pas à ce qu’on me louange, mais me regarder dans les yeux serait la base.

J’en parlais avec une humoriste et elle n’était pas d’accord. Alors je suis allée lire sur les biais cognitifs. Je voulais comprendre pourquoi elle ne pouvait pas voir qu’on était traitées différemment.

Coco Belliveau était finaliste de la première saison du Prochain stand-up, sur les ondes de Noovo, en 2020. Crédit image : Eric Myre

C’est la même chose quand un gars est sexiste. Si une fille le lui dit, il se braque. Mais si un autre homme le lui dit, il écoute. Donc, je me suis dit qu’il y a des gens minces qui ont besoin de se le faire dire par quelqu’un de mince. Alors, je suis devenue très mince. C’était maladif. Mais j’en avais besoin.

Je pouvais prouver empiriquement, par mon expérience dans les deux corps, que ce que je disais était vrai. En plus, j’avais des études scientifiques pour le prouver et c’était drôle.

La fête nationale acadienne aura lieu le 15 août. Quel est votre rapport avec l’Acadie?

L’Acadie, c’est un état d’esprit. On n’a pas un territoire marqué. L’Acadie a été volée. C’est devenu le Nouveau-Brunswick, mais nous les Acadiens on a été déportés partout. Donc, ça ne dérange pas où tu es. C’est une manière d’être, une énergie.


LES DATES-CLÉS DE COCO BELLIVEAU

1991 : Naissance à Perth-Andover, au Nouveau-Brunswick. Elle grandira à Grand-Sault.

2014 : Déménagement à Montréal pour étudier à l’École nationale de l’humour.

2019 : Présentation de son spectacle Laide, qui parle de grossophobie et pour lequel elle a perdu 75 lb

2020 : Finaliste au concours télévisé Le prochain stand-up

2023 : Participation marquante à la téléréalité Big Brother Célébrités

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Gisèle Lalonde et le patrimoine franco-ontarien

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

Il y a un an, Gisèle Lalonde nous quittait. Tous ont salué unanimement, et à juste titre, sa remarquable vie consacrée à la francophonie ontarienne. Si cette véritable icône de la francophonie sera à jamais associée au mouvement S.O.S. Montfort qu’elle a présidé, cette chronique propose de faire découvrir sa contribution méconnue dans le domaine du patrimoine franco-ontarien.

Après avoir mis en valeur le patrimoine franco-ontarien de son vivant, Gisèle Lalonde, fait maintenant son entrée dans l’histoire, au musée et dans notre toponymie.

L’histoire

Le moins qu’on puisse dire c’est que Gisèle Lalonde a toujours eu le sens de l’histoire. Elle y consacre une grande importance dans son implication communautaire.

Cela commence tôt à l’école avec l’influence que la congrégation religieuse des Filles de la Sagesse a eue sur elle : « elles m’ont enseigné mes droits de femme, à apprendre à me dépasser, l’attachement à mon histoire, à mon patrimoine et le respect », déclarait-elle en 2010.

Au Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques

À titre de directrice générale fondatrice du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP), elle fait publier de 1978 à 1984 trois séries de livres sur l’histoire de villes et villages franco-ontariens, de partout en province. Mieux connus sous le nom de « PRO-F-ONT » (diminutif de Projet franco-ontarien), ces livres d’histoires destinés aux salles de classes du secondaire furent parmi les premiers documents qui permettaient aux Franco-Ontariens de connaître l’histoire de leur localité. 

Gisèle Lalonde présente au maire de la Cité de Vanier, Bernard Grandmaître, le livre sur l’histoire de Vanier de la série « PRO-F-ONT », publié aux éditions du CFORP. Source : Gisèle Lalonde, Jusqu’au bout! Ottawa, Le Nordir, 2003, 337 p

En 1984, l’année du 10ᵉ anniversaire du CFORP (et des festivités du bicentenaire de l’Ontario), pour marquer ce double jalon, paraît un agenda historique sur l’Ontario français. Une première du genre.

Dans sa préface, Gisèle Lalonde écrit : « Nous désirons par cet agenda historique sceller un pacte avec le passé et démontrer aux yeux de tous que nous sommes chez nous en Ontario […] Cet agenda se veut une preuve flagrante que des Franco-Ontariens ont joué un rôle important dans l’histoire de cette province. »

Page de couverture de l’agenda historique publié par le CFORP en 1984. Crédit photo : Jean-Yves Pelletier

La même année, elle utilise des fonds qu’elle avait à sa disposition pour monter deux expositions itinérantes : la première sur le Règlement 17 et la seconde sur le patrimoine franco-ontarien. 

La tournée des expositions culmine à Queen’s Park où elle pousse l’audace jusqu’à présenter l’exposition sur Règlement 17 au premier ministre de l’Ontario de l’époque, Bill Davis.

À la même époque, Gisèle Lalonde fait publier la première anthologie sur la littérature franco-ontarienne. Avec Yolande Grisé (l’auteure de l’anthologie), elle se rend à Montréal et réussit à la faire publier chez la maison d’édition Fides. Dans la préface du premier volume, Lalonde écrit : « Nous sommes un peuple dont l’histoire est marquée d’hommes courageux, de femmes fortes. » 

Ironie du calendrier, le CFORP est fondé par Gisèle Lalonde un 7 janvier 1974, alors que la fameuse bataille des épingles à chapeau a eu lieu également… un 7 janvier 1916.

Après le CFORP, Gisèle Lalonde se lance en politique municipale et est élue mairesse de Vanier. Dans ses mémoires, elle raconte que le soir de sa victoire électorale, elle pense à tous les illustres maires qui l’ont précédée.

S.O.S. Montfort et l’histoire

L’historien Marcel Martel a répertorié les nombreuses allusions directes que S.O.S. Montfort a faites à la crise du Règlement 17. Par exemple, le discours de Gisèle Lalonde du fameux 22 mars 1997 est imbibé du sens de l’histoire.

Du sens de l’histoire qui l’habitait, elle devient à son tour elle-même un personnage historique. Gisèle Lalonde a un impact certain sur la conscience historique des jeunes franco-ontariens, comme l’ont étudié les chercheurs universitaires Jean-Philippe Croteau, Stéphane Lévesque et Raphaël Gani.

Un élève d’une école secondaire de la région d’Ottawa résumait aux trois chercheurs la bataille de S.O.S. Montfort en ces mots : « En 1997, la bataille du français en Ontario fut incroyable. Le gouvernement annonça la fermeture « de la seule hôpital française » (sic) en Ontario, soit l’Hôpital Montfort. Gisèle Lalonde s’est chargée de réunir les Franco-Ontariens et ensemble de se battre pour leur droit à recevoir des services en français. Elle a commencé l’opération SOS Montfort. Grâce à ces efforts, Montfort est encore en marche aujourd’hui. »

Ce qui est frappant, c’est que Gisèle Lalonde est devenue une référence même chez des Franco-Ontariens issus de la diversité. Dans l’exemple suivant, une élève née au Mexique affirme, au terme de douze années de scolarité en sol franco-ontarien, que : « Béatrice Desloges avait des écoles clandestines francophones et s’est battue avec des épingles contre des policiers pour abolir le règlement 17. Comme Gisèle Lalonde qui s’est battue contre la fermeture de l’Hôpital Montfort. »

En outre, Gisèle Lalonde sera l’une des six personnalités franco-ontariennes à voir sa biographie être publiée par le CFORP dans la collection Des gens d’exception, en 2011. Un retour aux sources qui n’est pas sans rappeler vaguement la série des « Pro-F-Ont ».

Page de couverture de la biographie rédigée par Michel Gratton sur Gisèle Lalonde, publiée par le CFORP en 2011 dans la collection : Des gens d’exception. Crédit photo : Regroupement des éditeurs franco-canadiens

Au moment de son décès, il y a un an, le professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa et spécialiste en histoire franco-ontarienne Michel Bock estimait que sa mémoire ne risque pas de disparaître de sitôt. En entrevue au journal étudiant La Rotonde, il soutient que Gisèle Lalonde figurera, si ce n’est pas déjà le cas, au « panthéon des grandes figures de l’histoire franco-ontarienne » pour les années à venir.

Au micro d’ONFR+, le président-directeur général de l’Hôpital Montfort au moment de la crise, Gérald Savoie, l’a comparée à la Jeanne d’Arc de l’Ontario français.

Le village franco-ontarien à Vanier

Fait totalement méconnu aujourd’hui, Gisèle Lalonde a milité et imaginé un village d’antan franco-ontarien, à Vanier. 

S’inspirant des villages d’antan d’Upper Canada Village situés à Morrisburg (près de Cornwall) ou du village acadien de Caraquet, l’idée est lancée au moment de la campagne électorale provinciale de 1981.

C’est l’une des promesses clefs du candidat vedette du Parti progressiste-conservateur dans la circonscription d’Ottawa-Est, le militant franco-ontarien Omer Deslauriers.

Gisèle Lalonde (qui avait précédé Deslauriers comme candidate progressiste-conservatrice dans la même circonscription l’élection précédente) se fait confier, par le conseil municipal de la Cité de Vanier le 18 mars 1981, la présidence du Comité du village franco-ontarien à Vanier.

Travail qu’elle effectuera bénévolement. 

Extrait d’une coupure de presse du journal Le Droit du 28 décembre 1981, page 37, sur le projet d’un village d’antan franco-ontarien à Vanier. Gracieuseté

Une idée de Gisèle Lalonde et Omer Deslauriers

En entrevue au journal Le Droit, en décembre 1981, elle raconte que « cette idée, c’était la nôtre. M. Deslauriers était venu me voir au Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques et m’avait demandé ce que moi, j’entrevoyais comme solutions possibles économiques de Vanier et afin de lui permettre de prendre la place qui lui revient en Ontario ». 

La campagne électorale terminée et Deslauriers défait, c’est Gisèle Lalonde qui continue de mousser le projet : « On a quelque chose de nouveau à offrir. Il faut aller vers ce que nous, comme peuple, pouvons offrir. Faut miser sur la population, sur nos ressources culturelles, sur notre dynamisme », affirme-t-elle dans un élan passionné au journal Le Droit.

Elle indique ne pas être la seule à y croire : « Je reçois presque tous les jours des appels de personnes qui amassent des choses à exposer dans le village. On me demande quand il sera construit et quand elles pourront laisser des choses. »

Le gouvernement de l’Ontario octroiera une subvention de 30 000 $ pour effectuer une étude de faisabilité sur la rentabilité d’un village d’antan franco-ontarien à Vanier.

Une firme déposera en 1982 un rapport favorable à la vitalité du projet et, deux ans plus tard, dans son rapport sur l’avenir de la Cité de Vanier, l’historien franco-ontarien Robert Choquette appuiera aussi l’idée.

Malheureusement, le village franco-ontarien à Vanier ne dépassera pas le stade du rapport de faisabilité. Quelques années plus tard à peine, en 1985, au moment où elle est élue à la mairie de Vanier, c’est sur l’Île Cummings que Gisèle Lalonde misera pour développer le potentiel économique, touristique et patrimonial de sa cité.

L’Île Cummings

L’Île Cummings est une île inhabitée située dans la rivière Rideau entre la Cité de Vanier et la ville d’Ottawa. C’est sur cette île que l’histoire de Vanier a débuté lorsque le pionnier Charles Cummings s’en porte acquéreur en 1836 et y érige un magasin général et un pont à péage reliant les deux rives.

L’Île est achetée par la ville d’Ottawa en 1920, mais Gisèle Lalonde rêve de la revoir revenir dans le giron de sa municipalité en raison de son importance historique.

Le projet lui tient tellement à cœur qu’elle en fait le thème central de son discours inaugural lors de son assermentation comme mairesse en décembre 1985. 

Photo de Gisèle Lalonde prêtant serment comme mairesse de Vanier par le juge Roch Lalande. Crédit image : Le Droit. Photographe : Michel Lafleur, 4 décembre 1985

L’éditorialiste du journal Le Droit Alain Dexter s’enthousiasme pour ce projet : « Ça va bouger à Vanier, s’il faut en juger par le discours inaugural prononcé mardi par le maire Gisèle Lalonde. Quel stimulant que de voir cette femme faire son entrée en politique en lançant un débat sur l’intégrité du territoire de Vanier et sur son devenir économique. Mme Lalonde a une affection évidente pour l’histoire. » 

« Sa volonté de reprendre l’Île Cummings, présentement incorporée à Ottawa, donne d’ailleurs une idée de l’envergure de cette politicienne qui s’inscrit dans la tradition des architectes de ce pays. C’est une bâtisseuse qui a un sens du territoire et une vision musclée de son rôle de magistrat municipal. Tous ces Québécois qui rêvent de récupérer le territoire du Labrador peuvent facilement s’identifier au rêve de Gisèle Lalonde, parce que l’Île Cummings (si petite soit-elle) fait partie du patrimoine de Vanier. »

S’appuyant sur des documents légaux du début du XXe siècle qu’elle a trouvés dans les archives, Gisèle Lalonde plaide tout au long des pourparlers en misant sur l’histoire : « l’Île Cummings nous revient de droit ! » déclare-t-elle carrément. 

Après moult négociations, elle réussit à rapatrier l’Île dans le territoire de Vanier en juin 1986 en vertu d’une entente.

Pour souligner l’événement, une cérémonie est organisée sur l’île le jour de la St-Jean-Baptiste. Gisèle Lalonde déclare vouloir « en faire un site qui saura souligner notre histoire, notre culture et notre joie de vivre ».

Parmi les autres projets à connotation patrimoniale que Gisèle Lalonde instiguera, plusieurs se réaliseront tels que la création du Festival des sucres de Vanier en 1987, la construction d’une cabane à sucre dans le parc Richelieu en 1998, ou encore celui de restaurer la statue de la Vierge Marie, vestige de l’époque de la présence de la congrégation religieuse des Pères Blancs à Vanier. 

Mais parmi tous ses projets patrimoniaux, celui d’un musée à Vanier aura été celui qui a le plus abouti.

Le Muséoparc Vanier

À la veille de la fusion municipale de Vanier à Ottawa, des citoyens de Vanier, Diane Doré en tête, militent pour la création d’un musée : « J’en ai discuté avec Gisèle Lalonde et elle m’a suggéré d’ajouter à ce musée l’histoire de la communauté franco-ontarienne. C’est une très bonne idée », déclare-t-elle en entrevue au Droit en 2000.

Ce Musée verra le jour le 11 octobre 2006 et prendra le nom de Muséoparc Vanier. Seul musée dédié à la francophonie à Ottawa et l’un des rares au Canada, il s’est refait une cure de jouvence au mois de juin dernier avec ses locaux entièrement rénovés et une nouvelle aire d’exposition permanente entièrement refaite.

Naturellement, Gisèle Lalonde y tient maintenant une place de choix sur l’un des panneaux d’interprétation du musée, principalement consacré au mouvement S.O.S. Montfort. 

Nouveau panneau d’interprétation où Gisèle Lalonde y tient une place centrale dans la nouvelle aire d’exposition permanente du Muséoparc Vanier, inaugurée le 27 juin dernier. Crédit photo : Yanick Labossière/ Muséoparc Vanier, 2023

Le conservateur du Muséoparc, Yanick Labossière nous confirme que l’institution patrimoniale détient dans sa collection plusieurs objets ayant appartenu à Gisèle Lalonde. 

Après avoir imaginé plusieurs façons de mettre le patrimoine franco-ontarien en valeur, Gisèle Lalonde fait véritablement son entrée au musée.

La toponymie 

La toponymie est un aspect essentiel du patrimoine franco-ontarien. Gisèle Lalonde l’avait bien compris en baptisant, de son temps à la mairie, les rues Pauline-Charron et Ida-Rocheleau à Vanier.

En 1987, elle francise aussi la rue de l’hôtel de ville de Vanier, passant de White Fathers à Pères-Blancs. « C’est une partie de notre patrimoine qui est rétablie de cette façon », avait-elle déclaré au journal Le Droit.

À son tour, Gisèle Lalonde fait maintenant partie de notre toponymie. 

Une école secondaire porte son nom depuis 20 ans cette année

En 2002, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario annonce que sa prochaine école secondaire portera le nom de Gisèle Lalonde. 

Érigée au coût de 20 millions de dollars, cette première école secondaire construite par le conseil scolaire ouvre ses portes à la rentrée de 2003 à côté d’un grand parc municipal, d’espaces de verdure et de divers terrains sportifs. Construction audacieuse et unique, les plans furent dessinés par les architectes franco-ontariens Pierre-Yves Séguin et Sébastien Racine.

Gisèle Lalonde pose fièrement devant l’école secondaire de langue française qui porte son nom à Orléans depuis 2003. Photo prise dans la dernière année de sa vie, par son fils Guy. Crédit photo : famille Lalonde

Fait à noter, Gisèle Lalonde ne devient alors que la seconde femme à avoir une école secondaire de langue française à être nommée en son honneur dans la région d’Ottawa. (La première fut Béatrice Desloges, en 1997, également à Orléans). 

Après Gisèle Lalonde, d’autres illustres Franco-Ontariens de la seconde moitié du XXe siècle verront des écoles être nommées de leur vivant en leur honneur, tels que Bernard Grandmaître (2006), Jean-Robert Gauthier (2006), Maurice Lapointe (2011) ou encore Gaétan Gervais (2012).

Bibliothèque, rue et salles 

Par ailleurs, le bâtiment qui abrite la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa, dans le parc Richelieu, porte également le nom de Gisèle Lalonde. Ce bâtiment, protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario depuis 1997, est un joyau historique sur un site hautement patrimonial, et un des premiers exemples d’une transformation réussie d’un bâtiment du patrimoine bâti religieux en espace culturel. La bibliothèque possède la plus importante collection de matériel et articles en français du réseau de bibliothèques de la ville d’Ottawa.

Plaque sur la façade de la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa, un bâtiment patrimonial désigné en vertu de la Loi, dans le parc Richelieu à Ottawa. Crédit photo : Diego Elizondo, 2022

Enfin, le 27 juillet dernier, un an jour pour jour après son décès, l’Hôpital Montfort a inauguré sur son terrain une voie qui porte le nom de Gisèle Lalonde, en présence de sa famille immédiate, notamment de ses trois fils. 

Les trois fils de Gisèle Lalonde posent devant la plaque du nom de rue qui porte le nom de leur mère depuis le 27 juillet dernier sur le terrain de l’Hôpital Montfort. De gauche à droite : Richard, André et Guy. Crédit photo : Diego Elizondo, 2023

Mentionnons qu’une salle de réunion du CFORP au 435 rue Donald, a également porté son nom de 2002 à 2018 (environ) et que des salles Gisèle-Lalonde existeraient dans les blocs résidentiels du 200 rue Lafontaine et à la résidence pour personnes âgées du 624 rue Wilson, à Ottawa.

Gisèle Lalonde oubliée? Jamais!


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

Bonne nouvelle pour le festival Up Here

SUDBURY – Le festival de musique et d’art urbain Up Here de Sudbury annonce un retour de certains éléments de sa programmation qui avaient été annulés dans les dernières semaines, suite à la perte de la subvention du programme Expérience Ontario.

Soupir de soulagement ou soupir essoufflé du sprinter en fin de course. Le 31 juillet dernier, l’organisation du festival Up Here avait demandé l’aide de la population tout en annonçant devoir retirer certains éléments de sa programmation.

À trois semaines de l’événement, l’organisme We Live Up Here (WLUH) apprenait que la subvention du programme Expérience Ontario lui était refusée pour l’édition 2023. Cette subvention représentait bon an mal an environ 20 % du budget. Depuis, c’est le branle-bas de combat pour cet organisme artistique sudburois.

Vendredi après-midi, les organisateurs publiaient un nouveau communiqué sur leur site web et leurs réseaux sociaux. La mobilisation de la population a permis d’amasser plus de 8 000 $ en dons privés. Joint au téléphone, le président de WLUH, Christian Pelletier, explique que ces dons viennent principalement de la région, mais aussi d’ex-Sudburois qui ont le festival à cœur.

De nouveaux commanditaires se sont joints au festival. De plus, la Ville du Grand Sudbury, qui finançait déjà l’événement, a promis un soutien financier supplémentaire dont le montant reste à confirmer. Christian Pelletier salue le leadership municipal dans ce dossier.

Les éléments qui reviennent

L’artiste muraliste albertaine Katie Green sera bel et bien du festival Up Here cette année. « C’est une artiste qui nous tient à cœur depuis plusieurs années, et on avait très hâte de l’avoir », se désolait Christian Pelletier dans une entrevue accordée à ONFR+ après l’annulation de sa présence.

La nouvelle murale prendra la place d’une œuvre qui avait été peinte par Alexandra Mackenzie au tout premier festival, en 2015. Christian Pelletier explique ce choix : « Les murs sont en rotation. Cette murale commençait à montrer un peu d’âge, donc elle était sur notre radar. Et Katie Green a une approche très particulière. C’est du papier peint et non une murale traditionnelle. Donc, ça prend une surface lisse, et il n’y en a pas beaucoup dans les parages. Son art est tellement abstrait, fun et coloré, ça nous prenait un propriétaire aussi fou qu’elle. Et le propriétaire de cet édifice-là trippe vraiment sur son art. »

La murale Naturer d’Alexandra Mackenzie sera remplacée par la nouvelle oeuvre de Katie Green, sur le mur du bar 84 Station. Crédit image : Alexandra Mackenzie, site web du festival Up Here.

Des installations artistiques urbaines d’envergure, dont l’ampleur prévue avait été diminuée, seront finalement déployées à leur plein potentiel.

« Il y a Studio Nude Beach, un collectif artistique de North Bay, qui va faire une installation immersive à couper le souffle dans une craque entre deux édifices du centre-ville. Je ne veux pas en dire plus, c’est un projet secret », avance Christian Pelletier.

Un autre projet, de l’artiste d’art numérique torontois Tasman Richardson, a été récupéré par la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) et fait donc partie des éléments de retour à l’horaire du festival Up Here.

Une performance de fermeture soulignera aussi la fin de l’exposition Mr. Gros de Geneviève et Matthieu, en place depuis juin à la GNO. Gracieuseté Galerie du Nouvel-Ontario

« On est rassurés. On a tellement d’autres chats à fouetter à cette heure-ci! On veut garder notre focus sur l’événement qui commence dans exactement une semaine », souffle le co-fondateur du festival. Le communiqué indique aussi que « finalement, grâce à la générosité inébranlable de notre communauté, nous serons en mesure de payer équitablement les membres de l’équipe. » (traduction libre).

Christian Pelletier est co-directeur artistique et co-fondateur du Festival Up Here, ainsi que président de l’organisme sans but lucratif qui organise le festival, We Live Up Here. Crédit image : Tennille Heinonen

WLUH demande à la population de continuer de soutenir le festival, tout en se réjouissant de voir que les passeports qui donnent accès à l’entièreté de l’événement sont presque tous vendus. Il est toujours le temps d’acheter des billets, de s’inscrire comme bénévole ou de se proposer pour héberger un artiste pour la fin de semaine.

Les résidents de Sudbury peuvent déjà ouvrir l’œil puisque certains muralistes ont commencé leur projet. Le festival Up Here aura lieu du 18 au 20 août au centre-ville de Sudbury.

House of PainT, une vingtième édition sous le pont Dunbar

OTTAWA – La 20e édition de House of PainT se tiendra de vendredi à dimanche à Ottawa. Ce festival des arts et des cultures urbaines célèbre la communauté hip-hop et attire chaque année des visiteurs de partout au Canada. Coup d’œil à la programmation de cet événement gratuit dans la capitale.

House of PainT veut démocratiser le monde du hip-hop en concentrant ses activités autour d’éléments de cette culture urbaine. La musique, la danse, le DJ-ing le MC-ing (poésie et rap) et l’artisanat seront représentés durant la fin de semaine. L’événement principal se déroule le samedi 12 août sous le pont Dunbar, au parc Brewer.

La danse au coeur du festival

Le coordonnateur des compétitions de danses, Arnaldo Betancourt Silva, témoigne du rayonnement de ce festival au micro d’ONFR+ : « Personnellement, ça me tient vraiment à cœur parce que, quand j’habitais à Montréal, j’étais excité de venir à Ottawa chaque année pour House of Paint. »

Photo de l’édition 2022 de House of PainT. Le coordonnateur des compétitions de danse Arnaldo Betancourt Silva (pantalons jaunes), se tient derrière le danseur principal, G-freezzy. Crédit image : Lorenzo Francis-Pierre

Le co-fondateur de Moov Ottawa Danse, qui promeut la culture de la danse urbaine dans la capitale, se rappelle ses participations aux compétitions comme d’autant d’événements formateurs dans sa carrière naissante, avant de devenir un professionnel de la danse urbaine. Il nomme aussi l’importance du rassemblement dans le succès du festival. « Pour moi, c’est très nostalgique, car chaque année je revois des gens que je n’ai pas vus depuis longtemps. C’est vraiment un événement social. »

Arnaldo Betancourt Silva souligne que cette année, les participants ont une motivation supplémentaire. Les gagnants de la compétition quatre contre quatre de break dance obtiendront une place pour la Battle New School, un événement de danse hip-hop qui se tiendra à Quimper, en France, en novembre.

Un festival pour tous

L’organisation de House of PainT invite toute la population à profiter gratuitement de ses activités. Le site web de l’événement incite les familles à se rendre sous le pont Dunbar le samedi, tout en précisant que les artistes ne sont pas censurés et qu’un langage plus cru pourrait être entendu le soir. Par contre, des activités sont prévues pour les enfants durant la journée.

Toute la fin de semaine, les amateurs de culture hip-hop pourront assister à divers événements de réseautage et conférences, et même suivre un atelier d’écriture avec le rappeur gatinois bien connu, D-Track. Le Franco-Ottavien Le R Premier sera en spectacle en début de soirée samedi, suivi par Eazy Finesse, elle aussi résidente d’Ottawa.

House of PainT célèbre entre autres l’art du graffiti. En complément, le site web du festival propose une carte des murales et graffitis artistiques d’Ottawa. Crédit image : David D Pistol

Parmi les autres activités de House of PainT cette année, on retrouve À nous le bal, une soirée dansante afroqueer qui aura lieu au Centre national des arts vendredi soir.

Dimanche, les festivaliers assisteront à la première nord-américaine du documentaire Où va le blanc quand la neige fond? Ce film de Guillaume Kozakiewiez traite de la culture du graffiti en France. Il sera présenté plusieurs fois dans la journée au microcinéma du Digital Arts Resource Centre.

À deux pas de là, à la Galerie d’art d’Ottawa, une nouvelle exposition met en lumière 40 ans de culture hip-hop dans la région d’Ottawa-Gatineau. Demain c’est loin souligne entre autres l’importance de House of PainT dans la culture urbaine de la capitale. L’exposition est en cours jusqu’au 18 février 2024.

Photo de l’édition 2022 du festival House of PainT. Crédit image : Lorenzo Francis-Pierre

Dans un communiqué, la directrice générale de House of PainT, Veronica Roy, explique sa vision de l’événement : « Il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de célébrer entre les générations, d’une occasion pour nous de donner le ton pour l’avenir du hip-hop dans la région de la capitale nationale, et d’une perpétuation de la paix, de l’amour, de l’unité et du plaisir pour les générations futures. »

Arnaldo Betancourt Silva abonde dans le même sens. « C’est juste de rassembler la communauté ensemble, et d’avoir ce point commun pour partager des expériences. »

*** Mise à jour : En raison des inondations à Ottawa, l’organisation du festival House of PainT a annoncé vendredi soir que les activités de samedi se dérouleraient au Centre national des arts plutôt que sous le pont Dunbar.

Alexandre Landry de Hanmer dans le sillage de Nina Kucheran 

SCARBOROUGH  Si la nageuse franco-ontarienne de Sudbury s’est illustrée avec un total de quatre médailles lors des Championnats nationaux, son coéquipier Alexandre Landy s’est quant à lui révélé lors de l’ultime journée de compétition avec une médaille de bronze sur le 200m brasse. Le nageur a terminé troisième, ce 6 août. Petite présentation de ce jeune nageur franco-sudburois qui pourrait faire parler de lui dans les années à venir. 

Tous les regards franco-ontariens étaient tournés vers Nina Kucheran pour les Championnats canadiens de natation qui se déroulaient au Centre Panaméricain de Scarborough du 1ᵉʳ au 6 août. La brasseuse francophone, qui représentait sa ville natale de Sudbury, faisait partie des favorites dans sa discipline et ses distances de prédilection (50m, 100m et 200m). 

Si au final Nina s’est heurtée dans chaque course à Rachel Nicol, nageuse expérimentée qui a raflé toutes les premières places, elle a tout de même signé des podiums de façon très engagée sur chaque course. Malgré la déception de ne pas avoir battu ses records personnels, Kucheran a été en mesure de s’évaluer face à la concurrence. Elle ira en Floride – après des vacances bien méritées – ayant en tête l’envie de progresser tout en s’appuyant sur ses performances aux Championnats nationaux. 

Alexandre Landry, la belle surprise 

De manière plus inattendue, son coéquipier de l’équipe de natation de Sudbury (Sudbury Laurentian Swim Club), Alexandre Landry s’est totalement révélé sur la compétition. Le natif de Hanmer a battu ses records personnels sur deux de ses trois disciplines de prédilection, les 50m (29 »14) et 200m brasse (2’18 »55). Au-delà de ce record, c’est une médaille de bronze que le jeune nageur de 20 ans a empoché sur le 200m. 

« C’est incroyable, je ne m’attendais pas à cela. J’espérais juste faire les finales, faire de mon mieux », a-t-il réagi après sa course. « Je me suis surpassé avec ce podium, c’est génial. De manière générale, je suis très satisfait de mes résultats sur ces championnats. Sur 100m, j’ai amélioré mon record personnel. Je suis très heureux. »

Après ces performances remarquées, l’équipe de natation de Sudbury compte dans ses rangs deux athlètes qui visent des sélections avec l’équipe nationale canadienne, tous les deux dans la même discipline : la brasse. Landry fait figure, au même titre que Nina Kucheran, de tête d’affiche dans l’équipe sudburoise.

Alexandre Landry et Nina Kucheran partagent des ambitions similaires. Représenter le Canada sur la scène internationale est l’une d’entre elles. Crédit image : Sudbury Laurentian Swim Team

Si Alexandre Landry connaît encore peu sa coéquipière, il apprécie sa combativité : « Nina, c’est une athlète dont j’avais entendu parler, mais que je n’avais pas vraiment appris à connaître. Cela fait deux ans que je suis avec cette équipe et Nina Kucheran est à l’université en Floride, donc, je n’ai pas eu la chance de m’entraîner régulièrement avec elle. En revanche, quand elle revient pour les compétitions comme les nationaux avec notre équipe, elle s’entraîne parfois avec nous. C’est vraiment intéressant d’avoir une autre athlète compétitive dans l’équipe. »

Représenter le Canada sur la scène internationale

Alexandre Landry y a goûté à travers des relais lors des Championnats du monde 2022 à Toronto. 

« J’avais été invité à participer avec les relais grâce à mes bons résultats lors des nationaux cette année-là. C’était la première compétition de la saison, c’était intense », se souvient-il.

« J’ai affronté les meilleurs athlètes du monde lors de cette compétition. À trois couloirs de moi, à ma droite, il y avait Nic Fink, un Américain qui a reçu une médaille aux derniers Championnats du monde. »

« C’était impressionnant d’être au milieu des meilleurs et de pouvoir connaître les athlètes internationaux et nager contre eux », ajoute le brasseur. 

Du talent, mais du travail aussi  

La natation a quasiment toujours fait partie du quotidien du jeune sudburois. Depuis les cours de natation à l’âge de trois ans, en passant par l’équipe de la Vallée (Valley East Waves) et jusqu’à aujourd’hui avec le Sudbury Laurentian Swim Club. 

« J’ai toujours aimé nager, mais les compétitions me stressaient beaucoup. Je pleurais même parfois avant de participer. J’ai finalement appris à gérer mon stress avec mes parents, mes entraîneurs et mes coéquipiers. »

Alexandre Landry a réalisé qu’il était capable de bien nager, grâce à chacun de ses succès. « Je me suis rendu compte que je me surpassais lors des championnats régionaux, nationaux et même internationaux. Au fil du temps, je suis vraiment tombé en amour avec ce sport et c’est carrément devenu ma vie maintenant », constate le nageur.

Comme sa coéquipière Nina Kucheran, « c’est la brasse qui lui est tombée dessus plutôt que l’inverse ». 

Durant sa jeunesse, le Franco-Ontarien a eu beaucoup de succès dans cette discipline, et ce, depuis sa première compétition. « J’ai toujours pris beaucoup de plaisir dans cette nage », se rappelle-t-il.

D’ailleurs, le sportif admet aimer l’entraînement intensif. D’après lui, cela a directement un rapport avec la force de ses jambes. « Mon mouvement de jambe est un peu différent de celui des autres nageurs de mon calibre. Il est beaucoup plus large mais ça fonctionne pour moi. C’est drôle de voir comment la brasse peut varier d’un athlète à l’autre. »

Pour l’instant, l’heure est à l’entraînement. Les retrouvailles en compétition seront probablement pour 2024. Crédit image : Daniel Landry

Après avoir goûté une deuxième fois au niveau international, Alexandre Landry s’est aussi retrouvé cette fois-ci en individuel pour la compétition YR Pro Swim series, qui se déroulait à Fort Lauderdale en Floride, début mars 2023. I n’a alors plus qu’une seule idée en tête : faire partie régulièrement de la sélection nationale. 

« Mes ambitions seront toujours d’améliorer mes temps et de pouvoir représenter le Canada au niveau international. J’aimerais aller faire une compétition en Europe ou même au Japon, n’importe où dans le monde. J’aime représenter mon pays. Je suis vraiment fier d’être Canadien. »

Il garde d’ailleurs un bon souvenir de sa compétition en Floride qui l’avait grandement aidé à progresser. L’objectif fixé par son entraîneur Dean Henze était d’avoir l’opportunité de se frotter à une forte concurrence et ainsi d’acquérir de l’expérience. Une expérience qu’il continue d’engranger à seulement 20 ans. 

Rares sont les Franco-Canadiens dans la compétition

Pour tirer son épingle du jeu et faire partie des meilleurs brasseurs canadiens, il devra à terme rivaliser avec les meilleurs nageurs de sa discipline comme James Dergousoff, Gabe Mastromatteo, Justice Migneault ou encore Brayden Taivassalo. Alexandre Landry espère la réouverture de l’équipe de l’Université Laurentienne « afin d’avoir plus d’occasions de se mesurer à eux sur le circuit universitaire ».

Et le français dans tout ça?

En dehors de la natation, Alexandre Landry vit totalement en français, à la maison comme au travail ou encore à l’université. 

« Mes deux parents sont des enseignants en français qui sont aujourd’hui retraités. Ma mère était enseignante en maternelle, alors que mon père était professeur de chimie au collège Boréal. Moi-même, je travaille dans une école publique française comme tuteur et j’étudie la comptabilité en français, à l’Université Laurentienne. »

Artistes francophones dans les festivals anglophones

[LE FIL CULTUREL DE L’ONTARIO FRANÇAIS]

La saison des festivals se poursuit en Ontario. Plusieurs artistes francophones se glissent plus ou moins subtilement dans les programmations anglophones et nous les avons cherchés pour vous. On vous dit aussi où aller en Ontario pour voir le succès cinématographique québécois de l’été, et on souligne une belle collaboration entre un organisme autochtone et un organisme francophone.

Musique

Musiques d’Afrique à Toronto

Le Habari Africa Festival se tiendra de vendredi à dimanche au Centre Harbourfront de Toronto. Il s’agit d’un événement multidisciplinaire, familial et gratuit. Environ la moitié de la programmation est constituée d’artistes francophones. Parmi eux, on retrouve Kizaba, qui mêle musique contemporaine et électronique aux rythmes traditionnels congolais.

L’Ivoirienne Kady Diaby est aussi du genre à mélanger modernité et tradition à travers ses contes et sa musique. À l’occasion du Habari Africa Festival, elle sera accompagnée du percussionniste Amadou Kienou et du maître du balafon, Adama Daou. Les spectateurs pourront aussi voir Njacko Backo & Kalimbas at Work, formation d’origine camerounaise ayant reçu une nomination aux prix Juno en 2021 dans la catégorie Album pour enfants de l’année.

Le Malien d’origine Adama Daou offre des ateliers de balafon dans les festivals, permettant à tous de jouer quelques notes sur cet instrument traditionnel. Photo prise à la FrancoFEST de Hamilton en juin 2023. Crédit image : Rachel Crustin

Du 11 au 13 août au Centre Harbourfront. Gratuit. Programmation complète sur le site de la Batuki Music Society

Musique celtique à Goderich

Aux abords du lac Huron, on célèbre chaque année les nations celtes et leur contribution à l’Histoire du comté de Huron. Le Celtic Roots Festival aura lieu au parc Lions’ Harbour de vendredi à dimanche. La programmation musicale se décline sur cinq scènes différentes, entre autres entourées d’activités familiales et d’un marché nocturne. Le festival s’intègre dans une célébration plus large qui inclut aussi d’autres événements et un camp de jour sur la culture celte pour les enfants.

Cette année, la formation québécoise Bon Débarras sera présente pour des prestations samedi et dimanche. On retrouve aussi le groupe familial The Fitzgeralds, qui nomme la musique traditionnelle canadienne-française parmi ses inspirations.

La formation québécoise Bon débarras. De gauche à droite : Dominic Desrochers, Véronique Plasse et Jean-François Dumas. Crédit image : Vitor Munhoz

Du 11 au 13 août à Goderich. Détails et billets sur le site du Celtic Roots Festival

Musique country à Oro-Medonte

De jeudi à dimanche, c’est le festival Boots and Hearts à Oro-Medonte, dans le comté de Simcoe, qui se targue d’être le plus grand festival de musique et camping au pays. L’événement propose des têtes d’affiche comme Tim McGraw, Keith Urban et Nickelback. Le Québécois Matt Lang, découvert à l’émission La Voix en 2015, sera en spectacle dimanche.

Le Boots and Hearts propose aussi un concours pancanadien pour les nouveaux artistes country, dont les dernières étapes se déroulent pendant le festival. Parmi les huit finalistes, on retrouve la Montréalaise Trudy Simoneau. Celle qui s’est fait connaître du public québécois en gagnant la téléréalité Occupation Double Afrique du Sud a refusé de miser sur cette popularité instantanée pour mousser une carrière musicale qui n’aurait pas respecté ses idéaux. Elle a plutôt choisi de franchir les étapes à son rythme, sans compromis.

Après des dates dans l’Ouest canadien jeudi et vendredi, Matt Lang sera en spectacle au festival Boots and Hearts dimanche. Crédit image : Will Ayotte. Source : Page Facebook Matt Lang

Du 10 au 13 août au Burl’s Creek Event Grounds de Oro-Medonte. Détails et billets sur le site du festival Boots and Hearts

Musique folk à Red Rock

Sur la rive nord du Lac Supérieur, ce sont des notes de folk qui résonneront de jeudi à dimanche. Le festival Live From the Rock fait une belle place aux artistes francophones. On y retrouve le Montréalais Aleksi Campagne et, de la région de Gatineau-Ottawa, Leverage For Mountains, Moon Fruits et Mia Kelly. Cette dernière s’est récemment rendue en finale des Jeux de la francophonie dans la catégorie Chanson, à Kinshasa, en République démocratique du Congo. 

À 20 ans, Mia Kelly fait déjà beaucoup parler d’elle dans la communauté artistique franco-ontarienne. Crédit image : Randy Kelly

Du 10 au 13 août à Red Rock. Détails et billets sur le site du festival Live From the Rock

Communautaire

Jour de l’amitié à Akwesasne

Le Native North American Travelling College (NNATC) est un centre culturel autochtone situé à Akwesasne, communauté à cheval entre l’Ontario, le Québec et les États-Unis. Il organise la Journée de l’amitié ce samedi sur l’île Cornwall, du côté ontarien. Il y aura des spectacles musicaux, des compétitions de danses traditionnelles, des artisans et des producteurs locaux. L’Association des communautés francophones de l’Ontario de Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) offre son aide au NNATC en dépêchant gracieusement ses employés sur place afin de traduire les activités pour que les communautés francophones puissent y participer.

L’ACFO-SDG traduira les activités pour les personnes francophones qui en ont besoin, lors de la journée organisée par le NNATC. Gracieuseté ACFO-SDG

Le 12 août à Akwesasne. Détails sur la page Facebook de l’ACFO-SDG

Cinéma

Le temps d’un été… à Ottawa

Le temps d’un été est le film québécois numéro un au box-office de la province en 2023. Le scénario de Marie Vien, réalisé par Louise Archambault, a cumulé près de 1 600 000 $. La comédie dramatique nous présente un aumônier et curé de paroisse qui hérite d’une propriété dans la région du Bas-Saint-Laurent. Il y emmène avec lui un groupe de sans-abris qu’il côtoie depuis un quart de siècle et qui, « comme lui, ont besoin de vacances ». Le film est présenté cette semaine au cinéma ByTowne d’Ottawa, avec des sous-titres en anglais.

Le temps d’un été met entre autres en vedette Patrice Robitaille, Élise Guilbault, Guy Nadon, Gilbert Sicotte et Sébastien Ricard. Crédit image : Immina Films

Du 11 au 17 août. Détails et billets sur le site du cinéma ByTowne