OTTAWA – Alors que plusieurs hôpitaux ontariens mettent en place des compressions budgétaires pour freiner des déficits croissants, le PDG de l’Hôpital Montfort, Dominic Giroux, déplore que la performance financière ne soit pas récompensée.
En prévision du budget du printemps, l’Association des hôpitaux de l’Ontario (AHO) a prévenu le gouvernement provincial que le secteur fait face à un déficit structurel d’un milliard de dollars.
Dans un contexte de pressions financières accrues, la province a déjà accordé des aides ponctuelles à certains établissements.
En décembre dernier, la province a injecté 650 millions de dollars dans 84 des 140 hôpitaux de l’Ontario. Montfort n’a rien reçu. La même situation s’était produite en 2020-2021, alors que 696,6 millions de dollars avaient été distribués à 69 hôpitaux, sans qu’un sou ne soit versé à l’établissement francophone d’Ottawa.
Selon lui, ce signal est difficile à recevoir pour les équipes qui ont réussi à redresser la situation financière de l’hôpital. « Ce n’est pas motivant pour nos équipes qui font preuve de courage budgétaire et qui affichent une excellente performance financière », affirme-t-il.

Le PDG réclame une plus grande équité dans les projections d’augmentation des revenus entre Montfort et les autres hôpitaux de la capitale, ainsi qu’une meilleure prise en compte de la croissance et du vieillissement de la population.
Il pointe notamment la directive du ministère de la Santé demandant aux hôpitaux d’anticiper une hausse annuelle de revenus de 2 % pour les deux prochaines années.
« C’est là que les choses se compliquent. L’inflation en Ontario est déjà légèrement supérieure à 2 %. Dans notre région, la population des 65 ans et plus augmentera de 3,7 % par année durant cette période », explique-t-il.
Selon les projections du ministère des Finances de l’Ontario, Ottawa et l’Est ontarien compteront 200 000 patients de plus d’ici dix ans, dont 75 000 aînés.
Pression démographique
Au cours des trois dernières années, Montfort a observé une hausse marquée de l’achalandage, tant aux cliniques externes (+23 %), en imagerie médicale (+22 %), au bloc opératoire (+15 %) et à l’urgence (+8 %). « Le territoire que nous desservons connaît la quatrième plus forte croissance démographique en Ontario », rappelle M. Giroux.
Pour répondre à cette pression, l’hôpital mise sur les orientations de son Plan stratégique 2024-2028, qui prévoit notamment l’ajout d’une clinique pour les patients sans accès aux soins primaires au Carrefour santé Aline-Chrétien à Orléans, la planification du redéveloppement de l’hôpital afin d’augmenter le nombre de lits et d’améliorer certains espaces cliniques, ainsi que l’élargissement de l’accès à certaines spécialités médicales.
L’un des axes centraux demeure également l’expansion des services en français.
Montfort souhaite accroître l’offre de soins primaires en français dans l’ouest d’Ottawa et développer 320 lits de soins de longue durée en français, notamment à la suite de la fermeture récente de deux centres désignés sous la Loi sur les services en français à Orléans et à Embrun.
Le ministère de la Santé s’attend à ce que chaque région atteigne l’équilibre budgétaire, incluant l’amortissement des bâtiments, d’ici le 31 mars 2028.
Selon M. Giroux, dans la région de Champlain, qui regroupe 20 hôpitaux, cet équilibre avait déjà été atteint au 31 mars 2025.
Montfort, pour sa part, a atteint l’équilibre budgétaire opérationnel exigé par Santé Ontario au cours des deux dernières années et prévoit maintenir cette trajectoire cette année, après avoir éliminé un déficit de 6,9 millions de dollars en 2022-2023, soutient M. Giroux.
« Cet équilibre est le résultat d’efforts soutenus d’amélioration de la performance financière, notamment en contrôlant la croissance des dépenses et en assurant une gestion efficiente. Le ministère et Santé Ontario nous citent favorablement en exemple », conclut Dominic Giroux, qui réclame maintenant une reconnaissance budgétaire à la hauteur de cette performance.
Le ministère défend ses investissements
Le ministère de la Santé rejette l’idée d’un manque de reconnaissance envers l’établissement francophone.
Dans une déclaration écrite à ONFR, Ema Popovic, porte-parole de la ministre de la Santé affirme que « l’Ontario est fière de posséder l’un des plus importants systèmes de santé financés par les fonds publics au monde », soulignant que la province dispose « du plus grand effectif du domaine de la santé au Canada » et qu’elle poursuit des investissements records.
Le gouvernement prévoit cette année un investissement de 91,5 milliards de dollars en santé, soit une augmentation de 30 milliards depuis 2018. Cela inclut des hausses dans le secteur hospitalier de 4 % pour une troisième année consécutive, « ce qui est sans précédent », selon le ministère.
Concernant spécifiquement Montfort, la province indique avoir augmenté son financement de 48 % depuis 2018. Elle mentionne également plus de 762 000 $ investis par l’entremise du Fonds de formation en soins infirmiers aux malades en phase critique, plus de 4,6 millions de dollars en financement supplémentaire pour la reprise des chirurgies et plus de 6 millions de dollars du programme Garantie d’emploi des diplômés en soins infirmiers.

































































































































































